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Au Canada, les programmes de garantie de prêts pour les Autochtones ont totalisé 1,8 milliard de dollars sur 26 opérations1. Même si leur taux d’utilisation reste faible (11 %2), c’est un début prometteur, qui reflète la complexité de ces opérations et un contexte macroéconomique difficile.

La principale lacune réside dans le processus initial, et non dans la phase finale. Les programmes de garantie entrent en vigueur au moment de la clôture financière. De nombreux projets désormais au cœur du programme économique du Canada nécessitent la participation des Autochtones bien avant ce stade – avant que la viabilité commerciale soit établie et bien avant qu’une communauté puisse présenter sa liste de conditions.

Les programmes actuels conviennent mieux aux actifs générateurs de rendement provenant d’un contrat. Plus de 80 % des opérations sur capitaux propres autochtones antérieures ont été effectuées dans le secteur de l’énergie et des services publics3, souvent des opérations de moindre envergure soutenues par un processus d’approvisionnement exclusif à l’échelle provinciale (p. ex., les projets énergétiques en Ontario).

La prochaine vague de projets au Canada présente un profil de risque qui n’a jamais été pris en compte dans la conception de ces programmes. Cela inclut le gaz naturel liquéfié (GNL) exigeant en investissements, l’exploitation minière à risque élevé et les projets inédits, comme la capture de carbone et les petits réacteurs modulaires.

Seules les communautés expérimentées sont en mesure de profiter pleinement de ces programmes. Les communautés de niveau intermédiaire, moins préparées à conclure ces opérations, demeurent structurellement sous-représentées. La conception actuelle des programmes ne fait que renforcer cet écart.

La participation n’est pas nécessairement synonyme de consentement. Le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC) est un processus de prise de décision éclairée et volontaire ; la participation est une structure financière.

Le Canada opère actuellement une importante réorientation économique. La guerre commerciale avec les États-Unis, l’émergence de nouveaux partenaires stratégiques, les exigences de transition énergétique et le regain d’intérêt pour la souveraineté et la sécurité ont fait naître un consensus politique sur la nécessité pour le pays de se développer, et de le faire rapidement. Le gouvernement fédéral s’est fixé pour objectif d’augmenter de 300 milliards de dollars le volume des échanges commerciaux hors États-Unis au cours de la prochaine décennie4. Le Bureau des grands projets a soumis 17 projets d’une valeur de 126 milliards de dollars en vue d’une approbation accélérée5. L’ensemble des programmes de garantie de prêts aux niveaux fédéral et provincial disposent désormais d’une enveloppe de plus de 17 milliards de dollars pour soutenir la participation des Autochtones au capital6. De plus, les marchés des capitaux ont largement admis qu’un partenariat significatif avec les Autochtones n’est pas une simple case à cocher sur le plan réglementaire, mais bien une condition de la viabilité d’un projet.

Il s’agit là de réels progrès. Toutefois, ils reposent sur une hypothèse commune qui mérite d’être examinée : les outils, les échéanciers et les structures mis en place autour du programme des grands projets du Canada sont conçus pour des communautés que l’on sollicite pour participer. Cette hypothèse n’est pas fausse, mais elle n’est pas toujours exacte non plus.

Les communautés autochtones ne sont pas des participants passifs qui attendent d’être mobilisés pour s’inscrire dans le programme économique du Canada. Ce sont des entités souveraines qui ont leurs propres priorités économiques, leurs propres définitions de ce qu’est un investissement attrayant et leurs propres échéanciers pour accroître la capacité institutionnelle requise pour les opérations complexes. Les communautés souhaitent généralement détenir une participation dans les projets qui leur sont directement utiles, à savoir des actifs qui procurent des avantages tangibles et directs à leurs membres, et dont elles se sentent véritablement propriétaires.

Les communautés sont désireuses de détenir une part d’un pipeline ou d’un terminal de GNL. Mais la nature de ce type de propriété importe : une participation financière dans un grand projet d’infrastructure (et peut-être lointain) n’est pas nécessairement la même chose que de détenir des actifs proches et pertinents pour la communauté. L’équilibre entre l’actif, la communauté et la nature de la participation est important, et c’est un équilibre qui n’a pas nécessairement été pris en compte lors de la conception de la liste des projets nationaux du Canada.

C’est là tout le défi qui se pose en matière de participation économique des Autochtones. Un défi qui doit répondre à deux formes légitimes de développement national – l’impératif du Canada de diversifier son économie et de se développer à grande échelle, et l’impératif des communautés autochtones de participer de manière à servir au mieux les intérêts de leurs populations –, qui se recoupent, mais ne coïncident pas toujours. Étant donné que la majorité des projets identifiés se déroulent sur des terres autochtones ou à proximité de celles-ci7, trouver le juste équilibre entre ces deux impératifs est un facteur déterminant pour savoir si le Canada sera en mesure de se développer au cours de la prochaine décennie.

Lorsque les programmes de garantie de prêts ont été annoncés, ils ont suscité un véritable enthousiasme et une ambition sincère. À lui seul, le programme fédéral dispose d’une enveloppe de 10 milliards de dollars8. Les programmes provinciaux en Alberta, en Ontario, en Saskatchewan, au Manitoba et en Colombie-Britannique ajoutent 7 milliards de dollars supplémentaires à cette enveloppe9. Ensemble, ces programmes répondent à un besoin auquel le Canada n’avait jamais répondu à une telle échelle auparavant : un mécanisme systématique permettant aux communautés autochtones d’accéder à des capitaux pour prendre des participations dans de grands projets liés aux ressources et à l’énergie.

Garanties de prêts, nombre d'opérations

Si l’on examine les taux d’utilisation de façon isolée, ceux-ci semblent modestes. À ce jour, 26 opérations ont été conclues dans le cadre de quatre programmes de garantie, pour un total d’environ 1,8 milliard de dollars, soit environ 11 % de l’enveloppe de tous les programmes réunis. L’Ontario arrive en tête en nombre d’opérations : 13 opérations d’une valeur de 563 millions de dollars depuis 200910. L’Alberta mène le bal en termes de valeur monétaire : 9 opérations totalisant 749 millions de dollars depuis 201911. Le programme fédéral, qui dispose de la plus grosse enveloppe (10 milliards de dollars), a conclu deux opérations : une garantie de 400 millions de dollars sur un projet de pipeline de 740 millions de dollars couvrant 12,5 % du réseau de gazoducs Westcoast d’Enbridge à travers 38 Premières Nations en Colombie-Britannique, et une deuxième opération permettant d’acquérir une participation de 20 % dans la ligne de transport d’électricité entre Chatham et Lakeshore d’Hydro One (montant non divulgué)12. La Saskatchewan a conclu deux accords d’une valeur de 107 millions de dollars13. Le Manitoba a également lancé un programme.

Garanties de prêts, valeur en dollars

Le taux d’utilisation mérite toutefois d’être replacé dans son contexte avant de susciter des critiques. Ces programmes en sont encore à leurs débuts et les opérations dans le secteur des ressources sont complexes. En effet, elles nécessitent de regrouper de nombreuses communautés, la rentabilité des projets évolue constamment, le leadership change et il faut prendre le temps d’établir un climat de confiance, chose qu’aucun instrument gouvernemental ne peut accélérer. Le contexte macroéconomique actuel a encore aggravé la situation : guerre commerciale avec les États-Unis, incertitude sur les droits de douane, hausse des taux d’intérêt et volatilité des prix des produits de base.

Ce contexte est important, car il met en lumière un aspect essentiel de ce que sont les garanties de prêt et de ce qu’elles ne sont pas. Une garantie n’est ni une subvention, ni un financement direct, ni de l’argent gratuit. C’est un mécanisme qui permet d’obtenir des prêts dans un premier temps, tout en réduisant le coût du capital d’environ 50 à 150 points de base (selon des données empiriques), ce qui est significatif quand on sait que les communautés autochtones empruntent généralement la totalité du prix d’acquisition pour prendre une participation.

À ce titre, les projets sont souvent des actifs générateurs de rendement, comme les projets d’énergie et de services publics, les lignes de transport d’énergie et les pipelines. Les projets offrant des flux de trésorerie provenant de contrat, un service de la dette prévisible et une exposition limitée aux produits de base présentent un risque de défaillance plus gérable et protègent l’argent des contribuables. Ces actifs conviennent également bien aux communautés : des versements uniformes et stables permettent de couvrir l’intégralité du financement par emprunt sans exposer les communautés à une volatilité impossible à gérer.

Mais que se passe-t-il lorsque le profil de risque des projets change ? Le GPL est beaucoup plus exigeant en investissements. Les minéraux critiques sont davantage exposés aux produits de base et ne sont généralement pas assortis d’une entente d’écoulement. La capture de carbone, l’hydrogène et les petits réacteurs modulaires sont encore des technologies émergentes ou inédites. Ce profil de risque contraste fortement avec les opérations conclues jusqu’à maintenant.

Selon les données de l’Indigenous Energy Monitor (IEM), la valeur médiane d’un projet détenu par des Autochtones s’élève à environ 175 millions de dollars, et seuls 15 % des projets dépassent le seuil du milliard de dollars. Le portefeuille du Bureau des grands projets (BGP) se situe dans une tout autre catégorie, et son profil de risque dépasse largement ce qu’une garantie de prêt est censée couvrir.

Les garanties de prêt sont, par nature, un instrument de dernier recours : elles prennent effet lorsqu’une opération est viable sur le plan commercial et qu’une communauté est prête à conclure l’opération. Cependant, bon nombre des futurs projets du Canada liés aux ressources pourraient exiger que les communautés autochtones participent beaucoup plus tôt dans le cycle de développement, avant que la viabilité commerciale ne soit établie et bien avant qu’elles puissent présenter une liste de conditions.

Cela peut créer un décalage temporel : les programmes s’activent trop tard, alors que les communautés pourraient avoir besoin d’un soutien dès le début. Ce problème en début de processus est sans doute la lacune la plus importante de la structure actuelle.

Dans l’ensemble de l’écosystème (programmes, institutions financières, promoteurs et collectivités), cinq défis structurels persistent, qu’aucun instrument, garantie de prêt ou autre, n’a résolus, et qui sont pourtant probablement indispensables pour la prochaine génération de projets canadiens.

1. Le fossé bancaire

Selon le sondage de la Banque du Canada sur les entreprises autochtones, seules 8 % des entreprises autochtones ont recours à des prêts institutionnels comme principale source de financement, contre 31 % des petites entreprises non autochtones. De même, les taux d’approbation des prêts s’élèvent respectivement à 58 % et 90 %. Cela reste un obstacle structurel.

Les institutions financières apprennent encore comment opérer dans ce domaine. Les opérations sont encore traitées au cas par cas plutôt que selon des grilles standardisées. Les normes de syndication sont toujours en cours d’établissement. Les banques ne tiennent pas encore pleinement compte de la solidité des garanties fédérales et provinciales dans les taux qu’elles offrent aux emprunteurs autochtones. Dans certaines opérations, on trouve encore des écarts de 50 points de base (selon des données empiriques), même en présence de garanties de prêts.

Ce problème est particulièrement marqué pour les prêts de 5 à 100 millions de dollars, qui sont généralement sans recours, alors que les opérations du marché intermédiaire commercial disposent d’un droit de recours. La structure des taux aggrave souvent cette situation : les prêts à terme à taux fixe prescrits peuvent entraîner des charges d’intérêt importantes pour les communautés qui sont entièrement financées. Des structures plus souples, comprenant des taux flottants ou des périodes de réinitialisation plus courtes, pourraient considérablement améliorer l’accessibilité financière.

2. Le problème d’accès

Les communautés qui recourent le plus activement aux programmes de garantie sont généralement celles qui ont déjà une expérience en la matière : des structures d’investissement bien établies, une capacité juridique et des relations existantes avec des prêteurs. Ces communautés font régulièrement appel à ces programmes. Les communautés moins expérimentées, dont les capacités institutionnelles sont limitées, sont souvent laissées pour compte. Même lorsque des capitaux sont injectés, de nombreuses communautés ne disposent pas des structures de gouvernance internes nécessaires pour les gérer efficacement. Par conséquent, les responsables de programmes ont déployé des efforts considérables pour intégrer les communautés moins expérimentées par le biais de structures de consortiums, dans le but de pallier ces défis structurels. Même dans ce cas, le manque d’accès à des occasions ou à des actifs attractifs reste un facteur clé.

De nombreuses collectivités autochtones dépendent des transferts fédéraux et provinciaux pour financer leurs services de base comme le logement, l’éducation et les soins de santé. Toutefois, une préoccupation persiste à ce sujet : que ces dotations soient, à terme, revues à la baisse si les communautés génèrent leurs propres revenus grâce à une participation. Ce risque est particulièrement tangible avant la génération de revenus, car les revenus issus d’un investissement en capital peuvent ne pas être versés avant plusieurs années (phase de construction). Ce risque constitue un véritable frein à la participation.

Plus important encore, l’article 89(1) de la Loi sur les Indiens protège les biens immobiliers et mobiliers d’une Première Nation ou d’une bande situés sur une réserve contre toute saisie ou toute autre mesure d’exécution par des créanciers non autochtones, rendant ces actifs largement indisponibles en tant que garanties conventionnelles. Aucun programme de garantie de prêts, de par sa conception même, ne peut modifier cette contrainte fondamentale ; au contraire, les garanties existent précisément à cause d’elle et façonnent chaque aspect de la manière dont les communautés interagissent avec les marchés financiers.

3. Le déséquilibre d’échelle

Les programmes sont confrontés à un problème structurel aussi bien pour les plus petits projets que pour les projets de très grande envergure. À la base de l’échelle, les opérations inférieures à 25 millions de dollars ne sont pas rentables. Les frais juridiques et de structure absorbent une part disproportionnée des bénéfices lorsque les montants en jeu sont modestes. Pourtant, une part non négligeable des projets détenus par des Autochtones se situe dans cette fourchette. La structure actuelle des programmes ne permet pas de les servir « efficacement ».

Pour les opérations de plus grande envergure, les engagements en capital et les tolérances au risque dépassent clairement la capacité des structures de garantie actuelles. Le projet de gazoduc de Coastal GasLink illustre parfaitement cette situation : une participation de 10 % a été proposée à 16 communautés autochtones en mars 2022, le gazoduc a été mis en service en novembre 2024, mais l’opération n’est toujours pas clôturée. Cela reflète la complexité inhérente à la gestion de grands consortiums de communautés sur plusieurs années, au cours desquelles l’économie des projets, le leadership et les conditions des ententes évoluent.

4. Le décalage géographique et sectoriel

Ces derniers temps, les programmes de garantie ont été particulièrement actifs dans l’Ouest canadien, où des infrastructures bien établies, des cadres réglementaires éprouvés et des communautés expérimentées ont créé des conditions idéales pour la conclusion d’opérations. En revanche, dans le nord et le nord-est du Canada, où se situent de nombreux projets liés aux minéraux critiques, tels que le lithium, le nickel et le graphite, les communautés sont souvent novices en matière de participation à des projets d’envergure, sont plus éloignées des infrastructures existantes des programmes et opèrent sans les relations commerciales dont bénéficient les communautés de l’Ouest depuis des décennies.

Des 546 projets détenus par des Autochtones suivis par IEM, seuls 13 concernent l’exploitation minière et les minéraux, et ce, même si les minéraux critiques sont une priorité nationale14. La forme de participation autochtone historiquement privilégiée dans le secteur minier a été celle des redevances et des ententes de partage des revenus – des structures que les communautés ont réussi à négocier, mais qui ne sont pas prises en compte dans les données sur la participation au capital et ne sont pas soutenues par des programmes de garantie.

Les projets énergétiques dominent, suivis par le secteur intermédiaire de l'énergie

La carte provinciale est également incomplète. L’Alberta, l’Ontario, la Saskatchewan, le Manitoba et la Colombie-Britannique offrent des programmes de grande envergure, mais on constate un manque de participation significative dans les autres provinces. Cela accentue le fossé géographique et sectoriel. En général, le soutien provincial est souvent plus rapide, reflète mieux les priorités régionales en matière de ressources et permet une meilleure coordination entre les gouvernements, les promoteurs et les collectivités locales quant à l’« acceptabilité » des projets souhaités – des avantages clés qui sont beaucoup plus difficiles à reproduire à l’échelle nationale.

5. La participation n’est pas toujours synonyme de consentement

Les marchés des capitaux traditionnels semblent de plus en plus considérer la participation des Autochtones comme une mesure par défaut de réconciliation significative et comme un indicateur de consentement aux projets. Pourtant, le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC) est un processus de prise de décision éclairée et volontaire, tandis que la participation est une structure financière. Confondre les deux peut créer une pression contre-productive sur les communautés : le sentiment qu’accepter une participation au capital revient à consentir au projet, ou que refuser cette participation revient à renoncer à une place à la table des négociations.

Certaines communautés préfèrent véritablement les redevances, le partage des revenus ou la sous-traitance comme formes de participation économique, ce qui leur évite d’assumer le risque lié aux projets ou de rembourser la dette. Il s’agit là de structures légitimes qui ont fait leurs preuves dans le contexte canadien et qui méritent d’être traitées comme telles. Pour les projets à risque élevé, comme l’exploitation minière en amont ou les projets inédits, la participation au capital n’est probablement pas la forme la plus appropriée pour prendre part à un projet (à l’exception de la possibilité d’investir dans l’infrastructure d’habilitation entourant le projet). Les partenariats de participation sont davantage considérés comme un signe de confiance que comme une condition préalable à celle-ci. En effet, les communautés qui entretiennent des relations de confiance avec les promoteurs agissent rapidement.

Aucun pays similaire n’a mis en place un cadre systématique pour la participation des Autochtones aux grands projets liés aux ressources et à l’énergie comme l’a fait le Canada.

Les États-Unis ont mis en place le « Tribal Energy Financing Program » (programme de financement énergétique tribal) du ministère de l’Énergie, qui est doté d’une enveloppe de 20 milliards de dollars américains destinés soit à des prêts directs, soit à des garanties de prêts partielles15. Une seule opération a été conclue à ce jour16. Par la suite, des lois ont annulé la plupart des financements non engagés dans le cadre de l’Inflation Reduction Act (IRA – loi sur la réduction de l’inflation), limitant considérablement l’enveloppe disponible.

L’Australie dispose d’un système de partage des redevances par le biais de l’Aboriginals Benefit Account (compte des prestations des Autochtones) et d’Aboriginal Investment NT, qui ont reçu une dotation de 680 millions de dollars à leur création17. Il n’existe aucune garantie de prêts soutenue par le gouvernement pour la participation des Autochtones dans des projets individuels. Il convient de noter que plus de 57 % des mines de minéraux critiques en exploitation se trouvent sur des terres où les Australiens autochtones détiennent des droits fonciers ancestraux, mais la participation dans ces projets reste limitée18.

Les Maoris et les Iwi de Nouvelle-Zélande ont constitué des portefeuilles d’investissement diversifiés grâce aux accords conclus dans le cadre du Traité de Waitangi, et certains Iwi participent désormais à des coentreprises d’infrastructure à grande échelle avec des partenaires institutionnels. Cette capacité institutionnelle s’est construite au fil de trente années de capitalisation des fonds issus des accords de règlement et de développement de la gouvernance.

La combinaison de programmes de garantie fédéraux et provinciaux au Canada, complétée par un soutien financier ciblé de la Banque de l’infrastructure du Canada, du Fonds de croissance du Canada et de l’Administration financière des Premières Nations, représente une approche plus systématique que celle déployée par n’importe lequel de ces pays.

Les programmes actuels ne sont pas forcément des échecs : ils répondent aux objectifs pour lesquels ils ont été conçus. La question est de savoir si ces objectifs sont suffisants pour gérer l’ampleur, le rythme et le profil de risque de la construction nationale qu’ambitionne le gouvernement fédéral. En effet, l’enveloppe de 300 milliards de dollars prévue va générer une nouvelle vague de projets dont l’intensité en capital et le niveau de risque dépassent la capacité de la structure actuelle.

Un modèle simplifié pour les opérations de moindre envergure (moins de 25 millions de dollars) permettrait d’intégrer les communautés intermédiaires dans le système, sans nécessiter de processus de structuration sur mesure qui absorbent la majeure partie des bénéfices (par exemple, les programmes de prêts agricoles disposent de conditions normalisées, ce qui permet aux banques de traiter plus facilement les petits montants). Les opérations de moindre envergure, mais réalisées en nombre, permettent également de développer un savoir institutionnel, tant du côté des communautés que des prêteurs, sur lequel les opérations plus importantes peuvent s’appuyer.

Les garanties fédérales et provinciales ne sont pas pleinement prises en compte dans les taux offerts aux emprunteurs autochtones, ce qui fait que les projets entièrement financés réduisent considérablement les distributions perçues par une communauté. Si les banques offraient des conditions de prêt adaptées, il serait possible de réduire les charges d’intérêt et d’améliorer les flux de trésorerie.

Les opérations multicommunautaires les plus réussies montrent que les Nations expérimentées peuvent soutenir celles qui le sont moins tout au long du processus, en prenant en charge les coûts liés aux négociations que les petites communautés ne sont pas en mesure de gérer. En formalisant et en affectant des ressources à ce rôle, il serait possible d’étendre les programmes sans exiger de chaque communauté participante qu’elle développe elle-même une capacité transactionnelle complète.

L’investissement dans le renforcement des capacités en amont du cycle de l’opération est sous-exploité. Une formation en littératie financière, une préparation à la gouvernance et un soutien consultatif préalable aux opérations, offerts dans le cadre d’une préparation permanente (plutôt que déclenchés par une opération en cours), permettraient à un plus grand nombre de communautés d’acquérir les capacités suffisantes pour réellement accéder à ces programmes.

Le budget de 2025 permet au Programme canadien de garantie de prêts pour les Autochtones de recourir à de la dette convertible (c.-à-d. engagée à la construction et convertie en capitaux propres dès que les flux de trésorerie commencent), ce qui pourrait devenir l’approche standard pour la participation dans des installations nouvelles. Dans d’autres cas, des solutions de structuration créatives permettant aux promoteurs de prendre en charge les capitaux propres des communautés pendant la construction (les investissements dans la communauté sont souvent des positions entièrement financées) sont à l’étude.

Du côté des mesures incitatives, un crédit d’impôt à l’investissement autochtone pourrait directement améliorer la rentabilité de la participation au capital autochtone pour les promoteurs. Une plus grande flexibilité des comptes fiscaux délaissés pourrait également améliorer la rentabilité des projets ; les communautés autochtones ne paient pas d’impôt sur les sociétés et ne bénéficient donc pas des boucliers fiscaux traditionnels, mais ces avantages pourraient être structurés de manière à profiter à l’entreprise partenaire.

Le fossé le plus important concerne le risque en début de projet. Les garanties de prêts s’activent lorsqu’une opération est viable sur le plan commercial, mais bon nombre des projets nécessitant la participation des communautés autochtones exigent un engagement de capital bien avant ce stade. La difficulté à approuver et à autoriser des projets d’installations nouvelles est parfois due au fait que la participation autochtone intervient trop tard dans le cycle de développement.

Le recours à la dette convertible et aux garanties conditionnelles (financement garanti une fois que les étapes clés du projet sont franchies) constitue une avancée significative pour résoudre le problème de calendrier. Toutefois, pour combler cette lacune, il faudrait peut-être mettre en place un instrument ou un mécanisme dédié permettant d’investir les premiers dollars, absorbant ainsi le risque en début de projet – un risque que les banques et les programmes de garantie ne sont pas conçus pour prendre en charge.

Le rôle du Fonds de croissance du Canada (FCC) dans le domaine des minéraux critiques, qui consiste à fournir du capital souverain patient pour des projets que les marchés seuls ne financeraient pas, offre un modèle potentiel. Il n’existe pas encore de mécanisme comparable axé spécifiquement sur la participation des Autochtones à de grands projets. Cela viendrait encore compléter la structure du capital à paliers existante (financement de la BIC, obligations de l’Administration financière des Premières Nations et capitaux propres du FCC).

Stonlasec8 et le pipeline Westcoast | Fédéral | 2025

En juillet 2025, la société Stonlasec8 Indigenous Alliance Limited Partnership, qui représente 38 Premières Nations en Colombie-Britannique, a acquis une participation de 12,5 % dans le réseau de pipeline de gaz naturel Westcoast d’Enbridge, pour une valeur d’environ 736 millions de dollars. Il s’agit de la première garantie de prêt émise par la Corporation de garantie de prêts pour les Autochtones du Canada (CGPAC). La CGPAC a fourni une garantie fédérale de 400 millions de dollars qui a permis au partenariat d’emprunter à un coût considérablement réduit. Le financement était structuré en deux tranches : des obligations garanties de premier rang émises pour un montant notionnel de 400 millions de dollars, avec une échéance de 30 ans et un coupon de 4,517 %, et une émission distincte d’obligations de premier rang non garanties d’une valeur notionnelle de 335 millions de dollars, avec une échéance de 30 ans et un coupon de 5,168 %, démontrant ainsi comment ces deux instruments peuvent coexister au sein d’une même structure de capital. L’instrument à taux fixe a protégé les communautés contre les fluctuations des taux d’intérêt pendant toute la durée de l’investissement – une caractéristique importante pour les collectivités qui sont entièrement financées et qui dépendent de distributions stables.

Clearwater Infrastructure Partnership | Alberta | 2023

En décembre 2023, Wapiscanis Waseskwan Nipiy Limited Partnership, qui représente 12 communautés des Premières Nations et Métis du nord de l’Alberta, a acquis une participation hors exploitation de 85 % dans Clearwater Infrastructure Limited Partnership, pour un total d’environ 172 millions de dollars de dollars, soutenue par une garantie de prêt de 150 millions de dollars. Tamarack Valley Energy a conservé une participation de 15 % avec droits d’exploitation et s’est engagée à conclure des accords à long terme de prise ferme sans possibilités de dédit, fournissant ainsi la stabilité des flux de trésorerie provenant de contrat qui rendait le financement viable. L’engagement au niveau de la direction générale de Tamarack a joué un rôle central dans l’opération. Celle-ci a donné de si bons résultats qu’une extension a été conclue en septembre 2024, ajoutant environ 51 millions de dollars d’actifs supplémentaires dans le secteur intermédiaire et intégrant la nation crie de Bigstone au sein du partenariat.

Wataynikaneyap Power | Ontario | 2024

En décembre 2024, Wataynikaneyap Power (détenue à 51 % par un regroupement de 24 Premières Nations et à 49 % par Fortis Inc.) a terminé la construction et assuré la mise sous tension d’environ 1 800 kilomètres de lignes de transport d’électricité reliant 17 communautés éloignées du nord-ouest de l’Ontario au réseau provincial. Le coût total du projet s’est élevé à 1,9 milliard de dollars, financé par 1,6 milliard de dollars de subvention fédérale et 680 millions de dollars de prêts provenant d’un syndicat composé de cinq banques canadiennes. Les communautés qui dépendaient de la production de diesel pendant des décennies ont désormais accès à une électricité fiable et moins coûteuse. Le projet a remporté de nombreux prix et est largement reconnu comme ayant révolutionné les normes du secteur. Hydro One a par la suite adopté une politique visant à offrir aux Premières Nations jusqu’à 50 % de participation dans les nouveaux projets de transport d’électricité de plus de 100 millions de dollars.

Cedar LNG | Colombie-Britannique | En construction

Cedar LNG est une installation flottante de gaz naturel liquéfié en construction près de Kitimat, en Colombie-Britannique, sur le territoire traditionnel de la Nation Haisla. La Nation Haisla détient une participation majoritaire de 50,1 %, tandis que Pembina Pipeline Corporation détient les 49,9 % restants, ce qui en fait la première installation d’exportation de GNL au monde détenue majoritairement par des Autochtones. Le coût total du projet, évalué à 6 milliards de dollars canadiens, est financé à 60 % par de la dette au niveau des actifs et à 40 % par des fonds propres. La Première Nation Haisla a financé 20 % des fonds par l’entremise de l’Administration financière des Premières Nations en 2026, notamment par l’émission d’une obligation durable (350 millions de dollars avec une échéance de 30 ans et un coupon de 4,7 %) qui a remporté le prix Sustainability Bond of the Year d’Environmental Finance. L’installation sera entièrement alimentée en électricité renouvelable par BC Hydro. La mise en service est prévue pour la fin de 2028. Cedar LNG ne recourt à aucune garantie de prêt.

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➔ Les projets d’énergies renouvelables peuvent servir de modèle pour favoriser la participation autochtone aux futurs projets

➔ Comment la réduction des émissions de méthane pourrait compenser les pertes d’approvisionnement en gaz du Moyen-Orient

➔ Your backyard can help save the environment

Les dix principales catégories de projets détenus par des Autochtones, par nombre de projets

La participation autochtone se concentre surtout dans le secteur de l’électricité et des services publics. C’est à la fois sa force et sa limite, estime Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique. Les programmes de garanties de prêts ont surtout été utilisés dans l’Ouest canadien, tandis que les collectivités nordiques, pourtant les plus proches des gisements de minéraux dont dépend la transition énergétique, ne disposent pas de la préparation transactionnelle nécessaire. Or, l’électrification ouvre d’importantes possibilités d’investissement autochtone partout au pays. Consultez notre rapport Bâtir une nation, qui examine les moyens de renforcer la participation des Premières Nations alors que le Canada s’engage dans une nouvelle vague de projets.

La récupération du méthane perdu pourrait compenser les approvisionnements en gaz bloqués par la fermeture du détroit d’Ormuz. C’est le constat frappant que dresse l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui estime que les mesures déjà disponibles de récupération du gaz perdu sous forme de méthane pourraient libérer jusqu’à 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit le double des volumes d’approvisionnement interrompus par la fermeture de fait du détroit. D’importantes quantités de gaz produit ne sont pas utilisées à des fins productives en raison des fuites de méthane, ainsi que du torchage et de l’évacuation dans les activités pétrolières et gazières. Selon l’AIE, des technologies éprouvées et rentables pourraient réduire les trois quarts des émissions du secteur pétrolier et gazier, et environ la moitié des émissions liées au charbon. (À lire aussi : Ce que signifie pour les entreprises l’accord d’équivalence sur le méthane entre le Canada et l’Alberta)

Icône de la conservation de la nature, Sir David Attenborough s’intéresse maintenant à sa propre cour arrière sous l’angle de la durabilité. Après avoir parcouru les lieux les plus sauvages de la planète, la nouvelle série de la BBC d’Attenborough braque les projecteurs sur un espace souvent négligé : le jardin. Et les occasions à portée de main n’y manquent pas, au sens propre : les jardins résidentiels peuvent réduire les émissions de carbone, capter du carbone et produire des aliments frais (conseil de pro : utilisez l’eau de pluie pour jardiner vraiment écolo). Les Canadiens ont déjà une longueur d’avance : selon un sondage réalisé il y a quelques années, environ trois ménages canadiens sur cinq (59 %) cultivaient des fruits, des fines herbes, des légumes ou des fleurs pour leur usage personnel.

Il est encore tôt pour le dire, mais l’impasse qui se dessine dans le détroit d’Ormuz force les pays à se recentrer sur l’électrification comme voie de sortie des combustibles fossiles. Ce scénario n’est pas sans précédent : pas plus tard qu’en 2022, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie avait bouleversé les liens énergétiques de l’Europe avec le pétrole et le gaz russes. Pourtant, le charbon, le pétrole et le gaz sont revenus à des niveaux proches de leurs sommets historiques.

Cette fois-ci sera-t-elle différente ? Voici cinq façons dont la crise a redonné de l’élan à la transition énergétique.

1. Le consensus mondial se renforce. Santa Marta, en Colombie, accueillait la semaine dernière la première Conférence sur la sortie des combustibles fossiles, où 57 pays, dont le Canada, ont cherché des moyens d’avancer vers une énergie plus propre.Si plusieurs objectifs ambitieux y ont été présentés, l’un des principaux constats a été la nécessité de créer un groupe d’experts chargé d’apporter un éclairage scientifique sur la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles, les prix élevés de l’énergie et les dommages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes. Un tel forum pourrait devenir un véritable terreau d’idées nouvelles.

2. AccelerateEU vise à protéger l’Europe contre les chocs liés aux prix de l’énergie. L’une des pistes consiste à accélérer le passage à une « énergie propre, verte et produite localement », notamment grâce à un plan d’action pour l’électrification que la Commission européenne doit publier d’ici l’été.

3. Les réactions instinctives des consommateurs pourraient modifier la demande à long terme. Les ventes mondiales de véhicules électriques ont bondi de 66 % en mars par rapport à février, certains consommateurs ayant reculé devant les prix à la pompe et opté pour l’électrique. Plusieurs pays d’Europe et d’Asie ont connu des mois records. Cette dynamique pourrait avoir des effets durables sur la demande de carburant et sur ce qu’on appelle la « destruction de la demande ». Au Canada, plus de 12 600 véhicules à émission zéro ont été vendus en février, contre près de 8 700 le mois précédent, selon de récentes données de Statistique Canada. Selon un sondage d’AutoTrader mené auprès de 17 000 Canadiens, la moitié des répondants envisageraient maintenant d’acheter un véhicule électrique.

4. Les fonctionnaires chinois se mobilisent désormais pour l’énergie propre. Le pays lance une campagne visant à accélérer l’action climatique des autorités locales, dans l’objectif de faire plafonner les émissions de CO2 avant 2030. À la clé : des récompenses et des perspectives d’avancement pour les fonctionnaires locaux. Ne sous-estimez jamais l’ingéniosité d’un gestionnaire intermédiaire déterminé à décrocher sa prime de rendement.

5. La plupart des énergies renouvelables sont désormais concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles. Même avant la guerre en Iran, la compétitivité des prix de l’énergie solaire et éolienne était le principal moteur de la décarbonation du secteur de l’électricité, selon Ember Energy. En 2025, le coût actualisé moyen de l’énergie (LCOE) du solaire (39 $/MWh) et de l’éolien terrestre (40 $/MWh) était inférieur de 60 % à celui des turbines à gaz à cycle combiné (TGCC), qui s’établissait à 102 $/MWh. L’éolien en mer (100 $/MWh) a lui aussi atteint la parité de prix avec les TGCC. Des prix du pétrole supérieurs à 100 $ US ne font que renforcer l’argument en faveur des énergies renouvelables. D’après une analyse de Carbon Brief fondée sur les données douanières chinoises, les exportations chinoises de panneaux solaires photovoltaïques, de batteries lithium-ion et de véhicules à énergies nouvelles ont bondi de 70 % en mars par rapport à l’année précédente.

Voici ce que Lisa Ashton, cheffe, Recherche, a retenu de la plus récente Mise à jour économique du printemps d’Ottawa :

Les efforts pour stimuler les investissements propres se poursuivent. L’élargissement des crédits d’impôt et des incitatifs visant la capture du carbone, l’électricité propre et les technologies propres vise à attirer des capitaux privés et à faire croître l’innovation canadienne.

Un investissement climatique international de 5 milliards de dollars est proposé. Par l’intermédiaire d’Environnement et Changement climatique Canada, de FinDev et d’Affaires mondiales Canada, la mise à jour propose des dépenses consacrées à des initiatives climatiques et au développement technologique dans les économies émergentes du monde entier afin de faire progresser la décarbonation mondiale.

Un financement de 3,5 milliards de dollars pour amplifier les retombées positives pour la nature. Annoncée dans la stratégie Une force de la nature du gouvernement, cette enveloppe fédérale stimulera les investissements dans la nature, en arrimant la compétitivité climatique aux objectifs de conservation, comme la protection de 30 % des terres et des eaux d’ici 2030.

Intégration à une stratégie économique plus large. La Conférence sur la finance durable proposée et l’élaboration de lignes directrices canadiennes sur l’investissement durable visent à mobiliser des capitaux publics et privés dans des secteurs économiques clés, en rattachant les investissements durables à l’emploi, à l’abordabilité et à la compétitivité mondiale.

Ce qu’il faut retenir. Le Canada renforce son approche de la politique climatique, axée sur le marché et portée par l’investissement. Pour que cette approche renouvelée produise des résultats concrets, le pays devra faire avancer des stratégies et des accords clés, notamment le protocole d’entente sur l’énergie conclu avec l’Alberta.

First Nations Major Project Coalition’s 9th annual conference
  • Lors dela 9e Conférence annuelle de la First Nations Major Project Coalition, John Stackhouse a expliqué en quoi la réconciliation économique et la participation au capital des Autochtones sont essentielles pour que les grandes ambitions du Canada se concrétisent pleinement.

  • Gregory Brew, historien de l’énergie internationale et des relations entre les États-Unis et l’Iran, et analyste principal à Eurasia Group, explique pourquoi l’Amérique paierait cher son arrogance énergétique.

  • Les subventions et les prix planchers sont des outils temporaires ; c’est la demande qui soutiendra les prix et la confiance des investisseurs dans les minéraux critiques, écrit Gracelin Baskaran, directrice, Sécurité des minéraux critiques, au Center for Strategic and International Studies.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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  • Le Canada est revenu dans la ligne de mire des investisseurs mondiaux. L’an dernier, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint près de 100 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis 2015.

  • Les flux de capitaux mondiaux connaissent des changements significatifs. Les perturbations géopolitiques, en particulier le conflit en Iran, ont incité les principaux investisseurs et les sociétés à rééquilibrer leurs portefeuilles.

  • Une enveloppe d’investissement de 1,8 billion de dollars pendant les dix prochaines années pourrait placer le Canada au premier rang de la croissance parmi les pays du G7. D’après les recherches et analyses de Leadership avisé RBC, il existe des occasions extrêmement intéressantes dans six secteurs exportateurs qui investissent massivement dans la recherche et le développement (R-D) et revêtent une importance stratégique :

    • Pétrole et gaz : 705 milliards $. De nouveaux oléoducs et terminaux de GNL pourraient transformer le Canada en une superpuissance énergétique tout en soutenant la diversification du commerce international, la sécurité énergétique des pays alliés et les technologies de capture et de séquestration de carbone.

    • Électricité : 670 milliards $. Une expansion énergétique dans les secteurs du nucléaire, de l’hydroélectricité et des énergies renouvelables, conjuguée à une modernisation du réseau, permettrait au pays de disposer d’un système fiable, abordable et sans émissions, tout en renforçant la compétitivité du Canada dans les industries à forte consommation d’énergie.

    • Agriculture et agroalimentaire : 205 milliards $. Un effort accru en matière de R-D pourrait se traduire par un cycle de croissance de plusieurs décennies, axé sur les exportations, qui assurerait la souveraineté alimentaire nationale ainsi que la sécurité alimentaire des pays alliés.

    • Métaux et minéraux : 200 milliards $. Alors que les partenaires de l’OTAN se penchent sur une diversification de la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques, actuellement dominée par la Chine, le Canada pourrait représenter une protection contre le risque de concentration, contribuer à la transition énergétique de l’Occident et solidifier les chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de la défense et de la fabrication de pointe.

    • Défense : 19 milliards $. Le Canada prévoit tripler ses dépenses de défense pour atteindre 5 % de son PIB d’ici 2035, ce qui générerait 100 milliards de dollars pour les entreprises canadiennes et ferait passer le Canada d’un statut d’importateur d’équipement de défense à celui de fournisseur de capacités militaires pour les pays alliés, en particulier dans des domaines émergents comme la surveillance de l’Arctique et les systèmes de défense spatiale.

    • Espace : 12 milliards $. Les ambitions économiques du Canada doivent aller au-delà des limites de notre planète. Un effort d’investissement dans le secteur spatial aiderait à promouvoir l’excellence du pays dans les domaines de la communication par satellite, de la robotique spatiale, de l’observation de la Terre et du génie aérospatial, tout en créant des occasions dans la défense, la haute technologie et la fabrication de pointe.

  • Le Canada émerge à peine d’une récession des investissements jamais vue auparavant. Ce regain d’intérêt survient après une décennie de repli des investissements des entreprises, de stagnation de la productivité et de stagnation du niveau de vie. Entre 2015 et 2024, plus d’un billion de dollars d’investissements sont sortis du Canada – le plus grand exode de capitaux de l’histoire du Canada. Pour chaque dollar d’investissement direct étranger (IDE) arrivé au pays, deux dollars en sont sortis.

  • Pour libérer des investissements, le Canada doit se doter d’un nouveau cadre de formation de capital. Le secteur des sociétés non financières dispose de liquidités de plus d’un billion de dollars au total. Le déploiement de ces liquidités pourrait encourager de nouveaux afflux de capitaux : capitaux institutionnels, capital-risque, capitaux étrangers et capitaux publics. Le cadre de formation de capital que nous proposons comprend quatre piliers, chacun consacré à un palier additionnel dans la structure de capital :

    • Programme de recyclage d’actifs depuis des installations existantes vers des installations nouvelles

    • Approvisionnement adapté à la taille des sociétés

    • Réforme des impôts sur le revenu des sociétés et les investissements étrangers

    • Exploitation du capital de l’État

  • Le nouveau plan de match du Canada doit inclure un partenariat économique avec les peuples autochtones, non seulement pour faciliter l’approbation des projets, mais aussi pour accélérer leur mise en œuvre. Les partenariats sont plus efficaces s’ils sont mis en place dès les premières phases d’un projet et répondent aux besoins de la collectivité.

Le Canada revient à l’avant-scène de la mobilisation de capitaux.

Après une décennie marquée par des fuites de capitaux sans précédent et des investissements timides de la part des entreprises, le Canada attire de plus en plus l’attention des investisseurs et des sociétés du monde entier qui cherchent à rééquilibrer leurs portefeuilles dans le contexte d’incertitude mondiale. L’an dernier, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint près de 100 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis 2015, et pour la première fois en une décennie, les afflux ont dépassé les sorties.

Les possibilités sont immenses. Si le Canada parvenait à tirer parti de ce moment, il pourrait devenir le chef de file du G7 en matière de croissance économique et de dynamisme industriel. D’après les recherches et analyses de Leadership avisé RBC, le Canada aura besoin de 1,8 billion de dollars d’investissements au cours des dix prochaines années pour propulser la croissance dans six secteurs exportateurs qui investissent massivement en R-D et revêtent une importance stratégique : le pétrole et le gaz, les métaux et les minéraux, l’électricité, l’agriculture et agroalimentaire, la défense et l’espace.

Pour une économie évaluée à 3 billions de dollars par an, et puisque nous nous concentrons sur six secteurs qui représentent moins de 10 % du PIB au total, la somme de 1,8 billion de dollars est considérable. Toutefois, il est possible de l’atteindre en une décennie, surtout si l’on tient compte des réserves de capitaux disponibles. Entre les fonds de pension et les gestionnaires d’actifs, le Canada compte près de 10 billions de dollars américains de capitaux. Et bien que les estimations varient, le montant des capitaux mondiaux se situe entre 150 et 200 billions de dollars US.2

Autrement dit, les capitaux sont plus que suffisants pour réaliser les ambitions de croissance du pays.

C’est pourquoi nous imaginons deux scénarios pour l’avenir : croissance tendancielle, ou croissance accélérée. Le scénario de croissance tendancielle établit une projection à 10 ans de la situation du Canada dans l’hypothèse où les politiques et modèles d’investissement actuels resteraient constants. Le scénario de croissance accélérée repose sur une décennie de stratégie réfléchie, de coordination entre le gouvernement fédéral et les provinces et d’investissement ciblé.3

Le deuxième scénario, qui prévoit des injections de capitaux supérieures de 65 % à celles du scénario de croissance tendancielle, se traduirait par un Canada rénové et prospère. Ce plan inclut deux nouveaux oléoducs qui augmenteraient d’un tiers la capacité de production ; une expansion de la génération d’électricité pour toutes les sources d’énergie, y compris le nucléaire ; 300 milliards de dollars de dépenses militaires qui renforceraient la fabrication de pointe et aideraient le Canada à accroître sa participation à la défense collective de l’OTAN ; le positionnement du secteur minier comme clé de voûte de la stratégie industrielle et géopolitique du Canada ; et une capacité de lancement nationale, au moment où l’espace devient la prochaine frontière économique.

Les investissements des entreprises et le PIB réel par habitant tombent à des creux historiques

Le tout, dans la foulée de dix années de récession des investissements. Au cours de la dernière décennie, les sorties nettes d’investissements ont dépassé la barre du billion de dollars au Canada, soit l’exode de capitaux le plus important de l’histoire moderne du pays. Pour chaque dollar investi au Canada depuis l’étranger, deux dollars en sont sortis. Au cours de la dernière décennie, le Canada a représenté environ 10 % des investissements directs à l’étranger à l’échelle mondiale, et exporté plus de capitaux que tout autre pays sur Terre, à l’exception des États-Unis et de la Chine. Le Canada se classe actuellement au dernier rang des pays du G7 pour ce qui est des investissements, tant dans le secteur des machines et du matériel que dans celui de la propriété intellectuelle. Une part de seulement 30 % de la formation de capital canadienne est investie dans des catégories qui améliorent la productivité, ce qui représente la moitié de celle des États-Unis.4

Les investissements nets du Canada à l'étranger s'élèvent à 1 billion $

Le point de vue commun aux experts que nous avons consultés, qu’il s’agisse de caisses de retraite, de décideurs politiques, de fabricants ou de sociétés minières, est que le Canada ne manque pas de capitaux. Les obstacles sont plutôt l’exécution, la prévisibilité et la tolérance au risque. Ce qu’il faut, c’est plus d’audace et d’ambition commerciale. La croissance exige des compromis dans trois domaines reliés entre eux :

  • Améliorer la tolérance au risque dans l’écosystème canadien et éliminer les barrières réglementaires qui entravent notamment l’obtention des permis et la mise en œuvre des projets, tout en respectant les droits des peuples autochtones et en assurant la protection de l’environnement.

  • Réduire l’incertitude entourant les processus : les investisseurs savent composer avec les risques, mais ils s’enfuient lorsqu’ils sont confrontés à des règles vagues et à des cadres changeants.

  • Récompenser la prise de risques et l’entrepreneuriat afin de stimuler l’innovation et la croissance.

Rien de tout cela ne sera facile. Le marché boursier canadien a gagné du terrain, mais la concurrence mondiale pour les capitaux est féroce. Le Canada n’est pas le seul pays engagé dans une amélioration de son économie. Mais le pays possède toutes les qualités propres à un chef de file économique : un vaste bassin de talents, une abondance de ressources naturelles, la stabilité politique et la prééminence du droit.

La question n’est pas de savoir si le Canada peut croître, mais plutôt comment.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis430 milliards $705 milliards $
Pas d’effort significatif pour augmenter la production de pétrole ou de gaz naturel liquéfiéDeux nouveaux oléoducs qui augmentent la production d’un tiers
Investissements qui améliorent progressivement la productionTrois nouveaux terminaux d’exportation de GNL
Expansion de la capacité de capture de carbone

Le secteur canadien du pétrole et du gaz se trouve à un carrefour stratégique. Les producteurs canadiens semblent prêts à renouer avec la croissance : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que compte tenu de la politique actuelle, la demande mondiale de pétrole et de gaz naturel continuera de croître jusqu’en 2050. 5 La demande de pétrole repose en partie sur la croissance des marchés en développement, le transport aérien et la pétrochimie. La capacité de production de GNL a atteint des niveaux sans précédent. Une nouvelle capacité d’exportation de 300 milliards de mètres cubes est attendue sur le marché d’ici 2030, ce qui représente une hausse d’environ 50 % de l’offre mondiale de GNL, dont les deux tiers proviennent des États-Unis et du Qatar.

La sécurité énergétique est devenue une préoccupation géopolitique majeure. Et c’était avant que la guerre en Iran provoque un effondrement de l’offre et une envolée des prix, et expose au grand jour la dépendance de nombreuses économies avancées envers le Moyen-Orient. L’incidence à long terme de la perturbation de l’offre n’est pas encore connue. En outre, il est trop tôt pour conclure que la demande de pétrole et de gaz canadiens demeurera solide dans un avenir prévisible. Non seulement à des fins énergétiques, mais aussi en tant qu’intrants dans des industries essentielles comme les produits pharmaceutiques et les engrais. La situation au Venezuela reste une inconnue. Il n’est pas certain que les investissements afflueront dans ce pays à l’échelle nécessaire pour accroître considérablement ses capacités de production et d’exportation. Sur le plan stratégique, les États-Unis sont donc exposés à un risque, même s’ils sont le plus grand producteur de pétrole au monde. Avec 46 milliards de barils de pétrole récupérables, le ratio réserves/production des États-Unis montre moins de sept ans de réserves prouvées, sur la base des habitudes de consommation actuelles.

Le contexte opérationnel du Canada connaît toutefois des contraintes. Les pipelines fonctionnent presque au maximum de leur capacité, et plusieurs mégaprojets ont été retardés ou annulés au cours de la dernière décennie. Le protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta signale une inflexion des politiques ; pour les marchés des capitaux, il réduit le risque politique, historiquement l’un des facteurs ayant le plus contribué au coût en capital du Canada. Ce protocole, conjugué à l’action de diplomatie commerciale du Premier ministre Mark Carney en faveur des exportations de GNL vers la région Indo-Pacifique, incluant la construction d’infrastructures commerciales connexes, le message aux marchés des capitaux mondiaux est que le Canada est maintenant plus ouvert au développement.

Au Canada, le gaz naturel et le GNL sont aussi en voie d’expansion. La préoccupation des pays asiatiques et européens pour la sécurité énergétique et la transition du charbon au gaz offre une trajectoire de croissance bien définie. La côte ouest du Canada est bien placée pour répondre à cette demande, à condition que la capacité d’exportation, les permis et les partenariats avec les peuples autochtones soient harmonisés. 6 Compte tenu de la percée des États-Unis dans le domaine du GNL, la croissance future repose sur la prévisibilité et l’accélération de la délivrance de permis, l’efficience des évaluations environnementales et l’harmonisation des politiques entre les territoires.

Pétrole et gaz (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi148 000
Revenus248 G$
Exportations115 G$
PIB97 G$
Source : Statistique Canada.

Du point de vue du capital, les grandes sociétés de sables bitumineux ont mis l’accent sur la discipline en matière de capital et sur le rendement pour les actionnaires, après avoir désendetté leurs bilans. La plus grande partie du capital du secteur provient des flux de trésorerie d’exploitation et des bénéfices non distribués. Les plus grandes sociétés pétrolières et gazières du Canada détiennent au total des dizaines de milliards de dollars de liquidités dans leurs bilans, et elles génèrent des dizaines de milliards de dollars supplémentaires en flux de trésorerie disponibles. Le secteur est bien pourvu en capital pour financer sa croissance à l’interne, mais les marchés de la dette et des actions accueilleraient positivement des investissements catalyseurs. Le secteur exige beaucoup de capitaux, notamment pour le forage, l’extraction de bitume, les usines de traitement, le raffinage et les pipelines, et les coûts de maintenance sont extraordinairement élevés. Le secteur s’est montré réticent à entreprendre les lourdes dépenses d’investissement nécessaires pour accroître sa capacité de production, car il est particulièrement sensible aux politiques et à l’incertitude entourant l’approbation des pipelines, sans parler de la volatilité des prix des marchandises.

Les capitaux tendent à affluer dans le secteur quand une meilleure certitude politique permet d’envisager l’horizon d’investissement à longe terme nécessaire pour que les bénéfices non distribués soient investis dans des actifs durables, favorables à la productivité. Si ces conditions ne sont pas réunies, le capital est généralement retourné aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions.

Les dépenses en immobilisations par baril se sont effondrées, passant de 75 $ US par baril en 2014 à 20 $ US par baril en 2024 (après rajustement en fonction de l’inflation). La production a plus que doublé depuis 2000, et pourtant les entreprises investissent moins qu’il y a un quart de siècle. Par conséquent, les infrastructures énergétiques canadiennes sont confrontées à des contraintes de capacité en regard du potentiel de ressources.

L’intégration des technologies propres répond à la fois à un besoin de capitaux et à une nécessité stratégique. Les projets à grande échelle de capture et de séquestration de carbone (CSC) comme Pathways Alliance et les programmes de réduction des émissions de méthane sont des facteurs importants pour sécuriser l’accès au marché et le soutien politique. La modélisation de l’AIE indique que la décarbonation du secteur pétrolier et gazier exigera l’adoption de technologies de réduction du méthane éprouvées, testées et abordables (p. ex., dispositifs de détection et de contrôle des fuites) et des investissements massifs (plus de 100 milliards $US) dans la technologie de CSC en vue d’atteindre la carboneutralité. Sans ces investissements, les producteurs canadiens risquent de perdre accès aux marchés soucieux des émissions de carbone.

Tant que les principaux aspects du protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta ne seront pas mis en œuvre, la capacité des pipelines demeurera un goulot d’étranglement déterminant pour l’avenir du pétrole canadien. La politique climatique, y compris la tarification du carbone dans le secteur industriel, est toujours en évolution. Le débat au sujet de la Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers ajoute une couche d’incertitude. Entre-temps, la dépendance des exportations canadiennes à l’égard des États-Unis demeurera un risque pour la souveraineté et la résilience du Canada. En l’absence de nouvelles voies à travers les eaux maritimes, la diversification vers l’Asie ne sera qu’une aspiration.

Dans le secteur du pétrole, les dépenses en immobilisations ont chuté au cours de la dernière décennie.

Des capitaux sont nécessaires pour entretenir et amplifier progressivement les infrastructures et les modèles de production actuels. Le Canada demeure un acteur important sur les marchés internationaux, mais il continue de jouer un rôle limité sur la scène géopolitique.

  • La production de pétrole s’accroît de 10 % par année pour atteindre près de six millions de barils par jour (bpj) en 2030, avant de plafonner. Le Canada reste dépendant des acheteurs américains.

  • Aucun nouveau pipeline pour l’exportation de pétrole : le système repose sur l’amélioration de l’efficience des infrastructures existantes.

  • La production de GNL augmente grâce à l’achèvement des projets d’expansion annoncés (Woodfibre LNG et Cedar LNG), mais le Canada ne satisfait pas la demande de la région Indo-Pacifique. Aucun nouveau terminal n’est ajouté, au-delà de ce qui est déjà financé.

  • Le déploiement de la technologie de CSC est limité, ce qui freine l’accès aux marchés de l’Europe et de l’Asie et intensifie les frictions nationales quant au développement des hydrocarbures.

Le Canada devient un pays capable d’assurer la sécurité énergétique de ses alliés, de contribuer à la réduction des émissions dans le monde et de galvaniser la croissance de l’économie nationale grâce à des investissements à long terme hautement capitalistiques.

  • Ce scénario s’appuie sur deux nouveaux pipelines d’exportations :

    • Un pipeline sur la côte ouest jusqu’à Prince Rupert ou Kitimat pourrait ajouter un million de barils par jour.

    • Un pipeline reliant l’Alberta aux raffineries côtières du golfe du Mexique en passant par les États-Unis pourrait ajouter 800 000 bpj – avec une réalisation par étapes basée sur les réseaux existants, ou dans le cadre d’un nouveau projet d’expansion de pipelines de grand débit.

  • La production de pétrole augmente à 7,1 Mb/j d’ici 2035. 

  • Un projet de capture et de séquestration de carbone (CSC) à grande échelle devient partie intégrante de la stratégie du Canada et contribue à l’expansion de la production. Les réductions d’émissions ont été incorporées dans notre modèle de croissance :

    • Pathways, qui séquestrerait jusqu’à 22 000 kilogrammes par année (kg/an).

    • D’autres projets pourraient permettre de séquestrer les émissions de sables bitumineux à une échelle similaire (p. ex., Alberta Carbon Grid ou Origines).

  • Trois nouveaux grands projets de GNL ajoutent 3,8 milliards de pieds cubes par jour (Gpi3) à la capacité d’exportation de GNL du Canada : la phase 2 de LNG Canada, le projet Ksi Lisims LNG et l’expansion de Tilbury LNG.

Combinés, ces investissements créent un système énergétique fondamentalement différent. Le Canada contribue à répondre aux besoins énergétiques à long terme des États-Unis et veille à la sécurité énergétique de ses partenaires en Asie et en Europe. Le Canada retrouve son influence sur les marchés mondiaux du pétrole et du GNL, diversifie ses partenaires commerciaux et renforce sa souveraineté. Les ententes de participation autochtone sont prises en comptes dans les mégaprojets en accord avec les besoins des collectivités, ce qui permet d’accélérer la mise en œuvre des projets. Les émissions en amont sont gérées au moyen de solutions de CSC à grande échelle.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis400 milliards $670 milliards $
Achèvement des projets en coursExpansion de l’énergie éolienne et de l’énergie nucléaire pour assurer l’électrification de toute l’économie
Maintenance du réseauExpansion et modernisation du réseau

Le réseau électrique du Canada repose à près de 80 % sur des sources d’énergie non émettrices de GES, avec en tête l’hydroélectricité et le nucléaire. Mais les prochaines décennies mettront à l’épreuve tous les maillons du réseau. L’électrification des véhicules, des immeubles, des industries et des centres de données pourrait faire doubler la demande d’ici 2050. Pour maintenir la fiabilité et l’abordabilité du réseau, le Canada doit agrandir et moderniser massivement un réseau mis au point il y a plus d’un demi-siècle. Un effort politique a été engagé dans ce domaine, avec une nouvelle stratégie pancanadienne d’électricité en cours d’étude.

La planification de l’électricité passe d’une logique de services publics provinciaux à un modèle qui inscrit les infrastructures nationales dans une stratégie industrielle. Les engagements et les applications des centres de données à très grande échelle transforment la prévision de charge, laquelle ne se base plus sur des mises à niveau graduelles, mais sur une demande accélérée. L’électricité est de plus en plus considérée du point de vue de la capacité industrielle et de la résilience économique, plutôt que sous le seul angle des besoins en énergie et de la gestion climatique. Il existe aussi des domaines où la coopération régionale pourrait être accrue en matière de production et de transport, comme les interconnexions, avec un rôle important du gouvernement fédéral dans la coordination, le financement et la réglementation. 

La modernisation des systèmes du Canada coûtera cher, en raison de leur hétérogénéité. Le secteur de l’énergie se distingue des autres secteurs par sa division entre les sociétés de services publics et les exploitants privés, tous assujettis à une lourde réglementation. Il s’agit d’un secteur axé sur le bilan, où les flux de capitaux sont très structurés. Les investissements sont généralement financés par des titres de créance à long terme, plutôt que des actions. Le profil risque-rendement n’est pas seulement lié aux cours boursiers. L’approbation réglementaire, le cadre de fixation des taux, les mécanismes de recouvrement des coûts et, parfois, les ententes de partage du risque attirent les investisseurs à long terme axés sur le passif, comme les caisses de retraite et les assureurs qui privilégient la sécurité et la stabilité des rendements.

Secteur des services publics (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi140 000
Revenus51 G$
Exportations$4.6B
PIB$46B
Source : Statistique Canada.

Les investissements affluent vers les réseaux de production, de transport et de distribution échelonnés sur plusieurs décennies, la modernisation du réseau, le stockage et les systèmes de contrôle numérique. Contrairement à d’autres industries lourdes, l’amélioration de la productivité ne découle pas de l’efficience de la main-d’œuvre, mais de l’accroissement du capital, c’est-à-dire qu’elle repose sur des systèmes plus grands, plus résilients et plus flexibles qui réduisent les coûts et favorisent l’activité économique en aval.

Sur le plan de la production, chaque ressource joue un rôle distinct dans le système canadien.

  • Le nucléaire est en train de renaître. Les travaux de rénovation en Ontario assurent l’offre de base, tandis que le petit réacteur modulaire (PRM) de Darlington représente le premier projet à échelle de réseau mené en Occident. La production d’énergie nucléaire à grande échelle comporte des risques considérables en matière de coûts et de calendrier. Une étude récente a révélé que parmi les deux dizaines de types de projets évalués, les déchets nucléaires et l’énergie nucléaire étaient classés respectivement au premier et au troisième rang en ce qui a trait aux dépassements de coûts. Le programme de rénovation de l’Ontario a toutefois été achevé plus tôt que prévu et à un coût inférieur au budget, ce qui en fait l’un des grands projets d’infrastructure les plus réussis de l’histoire du Canada.

  • L’hydroélectricité demeure la clé de voûte de l’énergie partout au Canada, mais le contexte a changé. Alors que le réseau et la demande évoluent, l’hydroélectricité, autrefois considérée comme une source d’énergie inépuisable, devient une source plus modérée. La sécheresse au Québec, en Colombie-Britannique et au Manitoba a mis en lumière la fragilité liée à la dépendance exclusive à l’hydroélectricité. L’avenir de l’hydroélectricité ne se résume plus aux mégaprojets, mais repose aussi sur la flexibilité, l’utilisation stratégique des interconnexions et l’inertie du réseau.

  • L’énergie éolienne représente la plus grande part de la production d’énergie nouvelle. Sur une base incrémentielle, l’énergie éolienne est la source d’énergie nouvelle la moins coûteuse. Les défis sont l’intermittence et l’inertie. L’intégration de grands volumes d’énergies renouvelables exige du stockage, un réseau stable et de la flexibilité.

  • Le gaz naturel demeurera probablement un filet de sécurité dans plusieurs régions.

    Rapidly expanding electricity demand also puts strain on the grid and related infrastructure. Transmission and distribution of assets spanning 850,000 kilometres require massive upgrades, regional interconnection, and enhanced digitization. Canada’s patchwork of 10 provincial grids complicates this process. The long-horizon nature of investment planning is complicated by the multiplicity of demand drivers, which are politically, technologically, and culturally contingent.   

Le Canada s'apprête à amplifier son réseau électrique

Le Canada achève les projets déjà approuvés, financés ou en cours de construction, et sa production d’énergie augmente de 20 % toutes sources confondues.

  • Le Canada augmente de 63 GW ses capacités dans les domaines de l’énergie, de l’énergie solaire, du gaz naturel et du stockage de batteries, sur la base des projets déjà planifiés et annoncés.

  • Deux grands projets nucléaires sont lancés en Ontario : le PRM de Darlington (mise en service en 2035) et le projet Bruce C (mise en service en 2041).

  • En ce qui concerne le réseau, notre hypothèse fait état de réinvestissements courants et d’améliorations progressives dans les lignes de transport et de distribution existantes au Canada, ainsi que d’avancées modestes sur le plan de la décarbonation à l’échelle nationale.

La trajectoire de base ne modifie pas considérablement la structure sous-jacente du système. Lorsque la politique climatique est au point mort ou en recul, les incitatifs en faveur de la décarbonation sont moins attrayants. Les efforts mondiaux et nationaux visant à réduire les émissions demeurent limités. L’électrification avance, dans ce scénario, mais lentement.

Le Canada transforme et amplifie radicalement son système énergétique destiné à la production, au transport et à la distribution, ce qui inclut des mesures politiques pour promouvoir la décarbonation et une croissance économique portée par l’électrification.

  • Le Canada construit 119 GW de nouvelles capacités de production, soit près du double par rapport au scénario de croissance tendancielle.

  • Les nouveaux projets nucléaires comprennent les PRM de Peace River (Alberta), Point Lepreau (Nouveau-Brunswick), Wesleyville (Ontario) et en Saskatchewan.

  • Le Canada augmente considérablement son énergie éolienne au-delà des projets déjà en place. Le réseau s’agrandit de 240 000 kilomètres – soit le double du scénario de croissance tendancielle – avec des investissements considérables dans la modernisation et la numérisation du réseau, le renforcement du système et la mise en place de nouvelles connexions.

Le système élargi est plus propre, plus flexible, et autosuffisant. Il répond à l’électrification de l’économie globale et tient compte des principaux facteurs qui devraient influer sur la demande au cours des prochaines décennies, à savoir :

  • Croissance de la population, donc augmentation de la demande d’électricité de la part des ménages (appareils électroniques, thermopompes, etc.). Cette tendance est en pleine évolution, car le système d’immigration canadien fait l’objet d’une attention accrue.

  • L’adoption des véhicules électriques, qui stagne depuis le retrait des mesures incitatives, pourrait reprendre de la vigueur grâce à la nouvelle stratégie d’Ottawa en matière d’automobile. Le renforcement des normes d’émissions, la mise en place de nouvelles remises pour véhicules électriques et l’amélioration des infrastructures de recharge visent à porter à 75 % la part des véhicules électriques dans les ventes d’ici 2035. Cette tendance pourrait aller au-delà de l’électrification des voitures particulières et englober le fret et le transport par véhicules lourds, ce qui chargerait encore plus le réseau.

  • Les centres de données demeurent une inconnue, car ils engendrent des risques et de l’incertitude dans le secteur. Les services publics signalent déjà une demande qui dépasse largement ce que les perspectives avaient modélisé :

    • L’exemple de l’Alberta est frappant : à septembre 2025, les demandes de connexion au réseau avaient bondi de 6 GW à près de 20 GW, incitant la province à mettre en œuvre un programme d’intégration en deux phases pour maintenir la fiabilité et l’abordabilité du réseau.

    • Hydro-Québec s’attend à ce que les centres de données représentent 15 % de la nouvelle demande nette d’électricité d’ici 2032.

    • En Ontario, l’IESO prévoit que les centres de données représenteront plus de 10 % de la nouvelle demande d’électricité d’ici 2035.

  • Un autre facteur imprévisible est l’évolution de la technologie des batteries, qui est difficile à anticiper, même si la courbe des coûts fléchit.

Ce scénario prend en compte une population nationale de plus grande taille, qui consomme plus d’électricité propre dans les foyers et qui utilise de l’énergie propre au travail. Au moyen d’interconnexions et de corridors électriques, le Canada étend son réseau horizontalement, assurant ainsi le transport d’électricité des régions productrices vers les régions consommatrices d’énergie, y compris à l’étranger.

La stabilité, l’abordabilité et la flexibilité du système électrique canadien constituent un avantage stratégique par rapport au reste du monde, qui permet au Canada de remporter de nouveaux mandats d’investissement dans les secteurs de la fabrication de pointe et des technologies avancées tout en avançant vers son objectif d’un réseau électrique à zéro émission nette d’ici 2050.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis140 milliards $200 milliards $
Maintien du taux de croissance à long terme du secteurDéveloppement de projets miniers dans leurs premières ou dernières étapes.

L’exploitation minière a toujours été un secteur cyclique régi par les forces du marché. Cependant, compte tenu des récents événements survenus à Washington et à Beijing, le segment des minéraux critiques, en pleine expansion, est de plus en plus influencé par la stratégie géopolitique. Le Canada, les États-Unis et les autres partenaires de l’OTAN voient maintenant le secteur minier sous l’angle de la souveraineté, de la sécurité et de l’infrastructure stratégique. Ce faisant, ils commencent à refléter le plan de match de la Chine. Pendant vingt ans, la Chine s’est appuyée sur une politique industrielle, des financements publics et des mécanismes hors marché pour assurer le contrôle des minéraux essentiels à la défense, à la fabrication de pointe et aux technologies propres, notamment sur le plan de la transformation, du raffinage et de la fabrication secondaire.

L’Alliance sur la production de minéraux critiques, dirigée par le Canada, a annoncé plus d’une vingtaine de nouveaux investissements et partenariats, mobilisé quelque 6 milliards de dollars au bénéfice de projets et déclaré les minéraux critiques comme « essentiels » en vertu de la Loi sur la production de défense du pays. Les conventions de vente et d’achat, les prix planchers et l’accumulation de stocks figurent parmi les mécanismes hors marché utilisés pour mobiliser des capitaux privés. 

Les États-Unis vont encore plus loin avec le projet Vault, un partenariat public-privé visant à financer des projets et accumuler des stocks de minéraux nécessaires à la fabrication de pointe et aux technologies avancées. La Maison-Blanche utilise une panoplie d’instruments d’atténuation du risque, tels que les garanties de prêt, les conventions de vente et d’achat et les prises de participation directe dans des sociétés d’exploitation minière, afin d’accélérer le développement dans les domaines du lithium, du cuivre, du cobalt et des terres rares, entre autres. Pratiquement du jour au lendemain, les gouvernements occidentaux sont passés de simples observateurs de la dynamique du secteur minier à un rôle d’acteurs principaux du marché.

Secteur minier (2024)

Dépenses variablesValue
Emploi128,000
Revenus$85B
Exportations$35B
PIB32 G$
Source: Statistique Canada.

Les défis de longue date du Canada sont mis en évidence. Malgré une géologie favorable, un financement minier de calibre mondial et une expertise en ingénierie, la croissance a été freinée par :

  • Un processus de délivrance de permis laborieux, complexe et imprévisible.

  • Des infrastructures insuffisantes (routes, lignes de transport, installations industrielles).

  • Une pénurie de talents spécialisés dans l’exploitation minière, surtout en matière d’exploitation.

  • Capital-risque. Les sociétés minières plus récentes ont eu du mal à mobiliser des fonds auprès d’investisseurs institutionnels, car le marché de l’investissement s’est tourné vers le cannabis, puis les cryptomonnaies, puis vers l’IA qui prend une place grandissante.

Pour être concurrentiel dans cette nouvelle ère, le secteur minier canadien doit aller au-delà d’une dynamique fondée sur le marché, et s’inscrire dans un développement national stratégique. De plus en plus d’ententes de participation autochtone sont intégrées aux premières étapes des projets, ce qui raccourcit le cycle de consultation.

La demande mondiale de métaux devrait augmenter au cours des 25 prochaines années

Le secteur minier canadien reste sur sa trajectoire historique à long terme. L’ambition politique reste élevée, mais les obstacles à la formation de capital – incertitude relative aux permis, insuffisance des infrastructures, pénurie de talents – ne sont pas résolus de manière significative. Le cadre réglementaire ne s’améliore pas assez vite pour accélérer les flux de capitaux. La production croît lentement, dans la lignée d’un taux de croissance annuelle du PIB de 0,5 %.

  • Les nouvelles mines ont de la difficulté à parvenir à des décisions d’investissement définitives.

  • Les flux de capitaux restent concentrés sur les métaux de base et les métaux précieux.

  • Le potentiel des minéraux critiques canadiens demeure sous-exploité et tributaire des forces du marché. 

Ces tendances sont suffisantes pour poursuivre les activités et remplacer les actifs qui se déprécient, mais elles ne transformeront pas la position concurrentielle du Canada dans les chaînes logistiques mondiales. Le Canada préserve sa base minière, mais sa chaîne logistique reste dépendante du raffinage et de la transformation à l’étranger. Le Canada conserve une force relative dans le secteur minier, mais ne devient pas un acteur majeur dans la course géopolitique à la souveraineté en matière de minéraux critiques, perdant du même coup son influence stratégique auprès de ses partenaires de l’OTAN. 

Les forces du marché continuent de régir l’exploitation des métaux de base et des métaux précieux, mais les minéraux critiques sont devenus une priorité nationale. Ottawa dirige des mesures fédérales et provinciales coordonnées et met en place plusieurs mécanismes d’atténuation du risque.

Le scénario de croissance accélérée reflète trois éléments fondamentaux du secteur minier mondial :

  • De nombreux projets miniers essentiels ne sont pas viables commercialement s’ils sont laissés à la dynamique du marché. Entre la petite taille du marché, l’absence de prix mondiaux et les barrières liées aux infrastructures, les sociétés minières mondiales ne sont pas encouragées à exploiter les ressources de minéraux critiques et de terres rares.

  • Le Canada possède des dizaines de gisements d’une importance stratégique, mais la pleine exploitation de ces gisements nécessitera la collaboration des secteurs public et privé.

  • Les États-Unis et autres pays alliés avancent vite, et le Canada risque d’être laissé pour compte dans la course mondiale à la construction d’une chaîne d’approvisionnement pour les minéraux critiques.

Le Canada élabore une série de projets dans leurs premières ou dernières étapes, visant une panoplie de métaux précieux, de métaux de base et de minéraux critiques. Le Canada devient un chef de file de l’Alliance sur la production de minéraux critiques grâce à l’exploitation de ses réserves de cuivre, de lithium, de nickel, de cobalt et de terres rares. Afin de réduire sa dépendance à la Chine dans les domaines de la transformation et de la fabrication secondaire, le Canada s’est associé à l’OTAN et à d’autres pays alliés pour créer une chaîne logistique de raffinage de minéraux critiques en tirant parti de la capacité de fusion existante.

Le Canada sert de catalyseur pour :

  • Le développement de tous les projets dans leurs étapes finales, notamment la mine de nickel Eagle’s Nest dans le Cercle de feu de l’Ontario et la mine de cuivre Casino au Yukon.

  • Projets dans leurs premières étapes visant un éventail de métaux et minerais. Le Canada est un fournisseur fiable de minéraux critiques pour ses partenaires de l’OTAN. Le Canada renforce les chaînes logistiques nationales et internationales de même que sa capacité de transformation. Le secteur minier est transformé d’un secteur de ressources naturelles en un pilier de la stratégie industrielle et géopolitique du Canada.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis10 milliards $19 milliards $
Le Canada atteint sa cible de dépenses de 2 % fixée par l’OTAN.Core defence spending increases to 3.5% of GDP by 2035

Les courants géopolitiques changent rapidement. L’incertitude entourant la cohésion et la stabilité de l’OTAN a suscité des interrogations quant aux capacités militaires du Canada. Après des décennies de sous-investissement, Ottawa envoie le meilleur signal de demande depuis une génération. Le gouvernement fédéral réalise des investissements historiques dans le cadre de son engagement à augmenter les dépenses militaires à 5 % du PIB. La Stratégie industrielle de défense d’Ottawa marque le début d’un nouveau plan directeur qui allie capacité industrielle et positionnement stratégique.

L’augmentation de l’enveloppe de financement entraîne un changement de mentalité au sein des Forces armées canadiennes (FAC), qui passent d’une approche de plateforme à une approche axée sur les capacités. Les systèmes autonomes et sans pilote, c’est-à-dire les drones, illustrent bien le phénomène. À l’intersection de la défense, de l’espace, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, le secteur des drones évolue rapidement d’un sous-secteur de niche à une source de capacités fondamentales. Le programme canadien d’accroissement du nombre de drones et l’initiative MINERVA de l’Armée canadienne illustrent cette évolution : le gouvernement définit la mission ou les résultats attendus, et demande à l’industrie de fournir la solution. Les drones s’inscrivent aussi dans l’esprit de double usage de la stratégie de défense spatiale du Canada, car parallèlement à leur usage dans un contexte commercial, ils offrent des applications militaires évolutives lorsque les délais d’approvisionnement sont en accord avec les mécanismes de répartition du risque. En ce qui a trait à la souveraineté dans l’Arctique, qui retient à nouveau l’attention d’Ottawa, les drones, par leur persistance et leur réactivité, complètent les dispositifs spatiaux tout en constituant une capacité durable à l’échelle nationale.

Malgré le récent effort de financement, le secteur de la défense est confronté à une série de défis liés entre eux.

Secteur de la défense (2022)

Dépenses variablesValeur
Emploi36 000
Revenus14 milliards $
Exportations7 milliards $
PIB9,6 milliards $
Dépenses en recherche et développement$440M
Source: ISED
  • En raison de la faiblesse et de l’incertitude entourant les dépenses publiques, les sociétés nationales n’ont pas de client stratégique.

  • Le processus d’approvisionnement canadien peut être laborieux, complexe et politisé. La surveillance répartie entre plusieurs agences, les cycles de soumission prolongés et les complexités administratives dissuadent les investisseurs et limitent l’innovation.

  • Les occasions d’exportation sur les marchés étrangers sont parfois limitées pour les sociétés canadiennes en raison des barrières réglementaires, politiques et économiques conçues pour favoriser la souveraineté du pays importateur, au détriment des concurrents étrangers.

  • Le problème persistant de l’échelle, du fait que bon nombre de PME canadiennes dépendent de conglomérats américains.

  • La chaîne d’approvisionnement de la défense reste fragile dans l’ère de l’après-pandémie, où les retards et les goulots d’étranglement techniques pénalisent les fournisseurs des catégories 2 et 3.

  • La pénurie de compétences signifie que les entreprises ont du mal à trouver des ingénieurs, des scientifiques et des techniciens.

La dynamique des capitaux dans le secteur de la défense est dictée par les marchés publics, les contrats à long terme et les signaux de financement public de la R-D, qui attirent aussi le capital-risque et la prise de participation stratégique pour les investissements de démarrage et la structuration de la dette des sociétés plus avancées. Les flux de capitaux permettent de financer la recherche et le développement, l’équipement spécialisé, les installations de fabrication, ainsi que les infrastructures technologiques et les activités d’exploitation. Compte tenu de la nature du secteur, la demande gouvernementale peut faciliter la mise à l’échelle de la capacité industrielle dans le cadre de contrats à long terme, et réduire le risque associé aux investissements privés.

Le budget de 2025 a élargi le cadre de financement, à l’aide de nouvelles mesures visant les technologies à double usage, les minéraux critiques, l’intelligence artificielle et la capacité souveraine de lancement spatial. L’accent sur l’approvisionnement est clair :

  • Avions de chasse, avions de patrouille maritime, sous-marins capables d’opérer sous la banquise et lance-roquettes de longue portée.

  • Stratégie orientée sur la surveillance aérienne et maritime avec une revitalisation des infrastructures canadiennes militaires et à double usage, y compris les installations dans l’Arctique.

  • Ces capacités dépendent de l’espace, des communications par satellite et des cybersystèmes pour connecter et sécuriser les systèmes de défense numériques du Canada.

Tout cela s’inscrit dans une politique industrielle encore naissante, portée par de grandes ambitions d’achat au Canada. Le secteur bénéficie de puissants atouts, mais il lui reste à prendre de la vitesse.

Le Canada est à la traîne de ses pairs de l'OTAN pour les dépenses militaires

Le Canada dépense annuellement 2 % de son PIB jusqu’en 2035. La demande est donc prévisible.

  • La politique d’Ottawa en faveur des achats au Canada oriente les volumes d’approvisionnement vers les produits nationaux.

  • L’écosystème de la défense est renforcé tout au long de la chaîne de valeur, à commencer par la recherche et le développement, puis à l’échelle des installations et des machines et équipements spécialisés, ce qui se traduit par une amélioration des capacités.

Bottom line: Canada rebuilds its military incrementally, with expanded hardware in a few key areas. This enables Canada to better surveil the Arctic, patrol the coasts, and support our NATO allies. However, in a world where the integrity of the NATO alliance is in question, or abolished completely, Canada’s defence capabilities remain under-developed. En conclusion, le Canada reconstruit graduellement ses capacités militaires grâce une amélioration de son matériel dans plusieurs domaines clés. Cela permet au Canada de renforcer la surveillance de l’Arctique et le patrouillage des côtes, et de mieux soutenir ses alliés de l’OTAN. Toutefois, dans un monde où la crédibilité de l’OTAN est remise en question, voire complètement anéantie, les capacités de défense du Canada demeurent sous-développées.

Le Canada atteint sa pleine cible de l’OTAN de 5 % du PIB d’ici 2035, incluant :

  • Augmentation linéaire des actifs de base du secteur de la défense.

  • Augmentation de la part des dépenses affectées aux biens d’équipement et au matériel militaire.

  • Approvisionnement national massif en avions et navires de nouvelle génération, architectures de cyberdéfense et infrastructures en Arctique.

Cela ajoute 300 milliards de dollars aux dépenses militaires au cours des dix prochaines années. Si Ottawa maintient son engagement d’atteindre au moins 70 % de ses importations au pays au cours de la prochaine décennie (contre 30 % actuellement), les producteurs canadiens devraient gagner 100 milliards de dollars de revenus supplémentaires (ce qui exclut les dépenses liées aux infrastructures à double usage). Il ne s’agit pas seulement d’une augmentation des dépenses. La défense repose particulièrement sur la recherche et le développement, ce qui se répercute sur l’ensemble de la production de propriété intellectuelle et soutient la fabrication de pointe, permettant au Canada de mieux contribuer à la défense collective de l’OTAN.

Le Canada renforce à la fois ses capacités défensives et spatiales. Les dépenses militaires revitalisent la base industrielle du Canada. L’espace mobilise de la technologie à double usage. Le Canada contribue grandement aux capacités de défensives et spatiales des pays alliés, ce qui représente non seulement une nouvelle « frontière » à défendre, mais aussi un marché de consommation frontière.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis5 milliards $12 milliards $
Le secteur croît à un taux historique (1 % par année).Le secteur spatial canadien double sa part de marché mondiale et augmente de 2 % d’ici 2035.

L’espace représente une convergence unique de besoin stratégique et d’occasion de formation de capital. De par leur nature stratégique, les capacités spatiales contribuent à la souveraineté canadienne grâce à la surveillance de l’Arctique, aux communications de défense et au suivi du climat, tout en stimulant la productivité d’autres secteurs. En effet, l’observation de la Terre et l’analyse géospatiale rehaussent l’efficience de l’agriculture, des mines, de l’énergie, des infrastructures et des assurances, ce qui en fait des éléments essentiels dans toute stratégie de formation de capital. La combinaison de la technologie spatiale et de l’IA représente également un puissant moteur de la demande et de la propriété intellectuelle, du fait que les données spatiales alliées à l’intelligence artificielle peuvent renforcer les capacités d’automatisation, la résilience face aux changements climatiques et les moyens de défense.

Le Canada est reconnu pour son excellence en matière de communications par satellite, de robotique spatiale, d’observation de la Terre et de génie aérospatial. Bien que le pays soit la troisième puissance spatiale et bénéficie d’une renommée de longue date dans ce domaine, le sous-investissement fédéral et l’incapacité de développer la capacité souveraine de lancement dans l’espace ont limité la croissance du secteur. Cette ère pourrait maintenant prendre fin, en partie grâce à la mise en convergence des technologies de la défense et de l’espace.

Industrie spatiale (2023)

Dépenses variablesValeur
Emploi13 900
Revenus5,1 milliards $
Exportations2,2 milliards $
PIB3,4 milliards $
Dépenses en recherche et développement$650M
Source: Agence spatiale canadienne

Une révolution à deux volets est engagée, mais le Canada n’a pas encore trouvé un terrain solide.

  • Aux États-Unis, une transformation du modèle d’affaires est en cours depuis 15 années, soutenue par des mesures politiques en vertu desquelles le secteur privé a pris un rôle de plus en plus déterminant dans le déploiement de capitaux et l’innovation.

  • Le deuxième point de transformation sera l’Europe, qui n’en est qu’à ses débuts. Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’engagement de l’OTAN à augmenter les dépenses de défense, nous assistons à une mise en convergence du secteur spatial et du secteur de la défense souveraine. Les sociétés spatiales traditionnelles se tournent vers des contrats du secteur de la défense, tandis que les conglomérats de défense élargissent leurs capacités spatiales. Les technologies spatiales « à double usage » sont désormais la norme.8

Tout comme dans le secteur de la défense, les capitaux affluent lorsque la demande gouvernementale atténue les risques associés à l’investissement privé, ce qui permet aux entreprises de renforcer leurs capacités technologiques et de mettre à l’échelle leurs capacités industrielles dans le cadre de contrats à long terme – cela ne serait pas possible si les contrats étaient purement commerciaux. Le modèle de financement du Canada est mis à l’épreuve. Dans le secteur spatial, la voie la plus rapide vers une mise à l’échelle industrielle ne repose pas sur le matériel que possède l’État, mais sur le rôle de l’État en tant que client stratégique pour les sociétés de services à vocation commerciale – données, communications, surveillance, analyse et lancements – dans le cadre de contrats pluriannuels fondés sur le rendement. Si leur structuration est correcte, ces contrats deviennent des sources quasi souveraines de revenus, ce qui facilite le financement, réduit le coût du capital et permet de débloquer d’importantes enveloppes d’investissement privé, tout en aidant les entreprises canadiennes à mettre à l’échelle leurs capacités au pays et à exporter dans le reste du monde.

Malgré les réalisations antérieures et les forces actuelles, le secteur reste confronté à des défis structurels et politiques.

Budget consacré au secteur spatial parmi les 10 pays participants au Forum sur le secteur spatial de l'OCDE
  • Les ventes annuelles reculent de 1 % par année.

  • L’activité du secteur chute à 4,5 milliards de dollars en 2035.

Conclusion : le Canada ne parvient pas à enrayer le déclin de son secteur spatial. Cette situation est principalement une affaire de politique, et ne résulte pas d’un échec des sociétés spatiales sur le plan de l’innovation et de la croissance. Par conséquent, les capacités de défense spatiale du Canada continuent de stagner tandis que les applications civiles de base sont au point mort. Conclusion : le Canada ne parvient pas à enrayer le déclin de son secteur spatial. Cette situation est principalement une affaire de politique, et ne résulte pas d’un échec des sociétés spatiales sur le plan de l’innovation et de la croissance. Par conséquent, les capacités de défense spatiale du Canada continuent de stagner tandis que les applications civiles de base sont au point mort.

L’espace est considéré comme un élément essentiel de la sécurité nationale et de la compétitivité économique.

  • Le Canada double sa part de marché mondiale, qui passe de 1 % à 2 %.

  • Renforcement de la capacité de lancement souveraine, soutenue par une croissance accélérée des lancements de satellites, conformément aux engagements de financement prévus au budget de 2025.

  • Approfondissement de l’intégration du double usage avec la défense.

  • Modernisation de l’approvisionnement axée sur la rapidité, les partenariats commerciaux et la répartition du risque.

  • On the space-defence axis, government earmarks a modest share of incremental defence spending growth for dual-use space, procured primarily via COCO service contracts—creating predictable revenues that crowd-in private capital at scale.

McKinsey prévoit que le marché spatial mondial atteindra 755 milliards de dollars américains d’ici 2035.Le Canada double sa part de marché actuelle, ce qui entraîne une multiplication par quatre des revenus tirés des ventes. Le Canada renforce à la fois ses capacités défensives et spatiales. Les dépenses militaires revitalisent la base industrielle du Canada. Le secteur de l’espace impulse les technologies à double usage, ce qui permet au Canada de contribuer de manière significative à la capacité de défense et spatiale de ses alliés.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capital Required155 milliards $205 milliards $
Les tendances historiques de la croissance restent constantes dans le futurLa croissance engendrée par les exportations aide le Canada à retrouver son
Les investissements en R-D et en propriété intellectuelle augmentent, ce qui renforce l’innovation et la productivité

Il y a un demi-siècle, le secteur agricole canadien a vécu un essor de croissance et d’innovation fondé sur la recherche et le développement. Les provinces des Prairies sont devenues le grenier du monde, s’imposant comme chefs de file pour les céréales et les oléagineux, mais aussi pour les légumineuses et la viande bovine. Dans les années 1970 et 1980, une forte hausse des investissements s’est traduite par un remaniement de l’agriculture, coïncidant avec l’introduction de nouvelles machines, de variétés de cultures améliorées, de nouveaux produits chimiques agricoles, de techniques génétiques avancées et de systèmes de gestion agricoles.

L’élan suscité par la recherche et le développement, l’innovation et la croissance s’est estompé au cours des dernières décennies. La croissance de la productivité agricole a ralenti, passant d’environ 2 % dans les années 1990-2000 à 1,4 % récemment.10 Le Canada a également perdu du terrain en tant qu’exportateur de produits agroalimentaires. L’investissement dans la fabrication de produits alimentaires et de boissons, qui occupe la plus grande part dans le secteur manufacturier global, est resté stable du milieu des années 1990 au milieu des années 2010, bien qu’il ait montré des signes de rebond au cours de la dernière décennie.

Agriculture et agroalimentaire (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi695 000
Revenus337 milliards $
Exportations60 G$
PIB78 milliards $
Source : Statistique Canada.

Après 2018, nous avons assisté à une brève vague d’expansion dans l’agroalimentaire – entre autres, une usine de volaille Maple Leaf pour 770 millions de dollars et une minoterie de Parrish & Heimbecker pour 250 millions de dollars. RBC estime que le secteur a investi 7,5 milliards de dollars pour accroître sa capacité de fabrication au cours des dernières années, ce qui représente une hausse de 20 %.

Les entreprises agricoles dépendent des flux de trésorerie, des bénéfices non répartis et de la dette bancaire pour financer leur croissance, et elles utilisent des terres, de l’équipement et des stocks comme garanties. Les entreprises agroalimentaires, dont certaines ont une envergure mondiale, peuvent endetter leurs bilans afin de financer leur croissance, en plus des flux de trésorerie, et accéder aux marchés des capitaux. Le capital est déployé dans des investissements productifs en machinerie et en équipement, dans des technologies d’agriculture de précision, dans des installations de stockage, dans des usines de transformation et, de plus en plus, dans la recherche et le développement concernant les semences et les produits biologiques.

Un nœud d’obstacles freine le secteur :

  • Le moteur de l’innovation est mis à rude épreuve. Au Canada, l’activité de R-D du secteur agricole a reculé en termes réels et en pourcentage du PIB. L’aide publique consacrée aux connaissances et innovations agricoles, qui représentait auparavant de 3 % à 4 % des revenus du secteur, est tombée en deçà de la moyenne de l’OCDE. Ce recul érode la future production du canola et limite la commercialisation d’outils de précision, de semences et de systèmes de données.

  • Intensité capitalistique. Les contraintes de capital peuvent freiner l’adoption d’équipements de haute technologie coûteux tels que les drones, les capteurs de récolte et les systèmes de surveillance par GPS utilisés dans l’agriculture de précision.

  • Vague de relève et creusement des lacunes de compétences. L’âge moyen des exploitants agricoles est de 56 ans. La transition vers la nouvelle génération approche à grands pas. Et le nombre d’exploitants de moins de 56 ans a diminué de plus de 50 % depuis 2001.11 En même temps, les exploitations deviennent de plus en plus axées sur la technologie et ont besoin de beaucoup de données, ce qui signifie que les exploitants doivent posséder des compétences techniques, analytiques et de gestion des systèmes. La pénurie de main-d’œuvre et de compétences nécessite des solutions à plusieurs niveaux, allant d’une immigration ciblée (à court terme) à une discipline éducative plus intégrée et à une technologie agricole plus intelligente (à long terme).

  • Concentration des marchés d’exportation. Environ 60 % des exportations de produits agricoles et agroalimentaires du Canada sont expédiées aux États-Unis, ce qui représente un risque de concentration peu engageant. En outre, les États-Unis sont devenus un marché mature (caractérisé par un vieillissement de la population et une lenteur de la croissance), ce qui réduit les perspectives de croissance pour les exportations, surtout si l’on compare avec les marchés émergents.

Le Canada dispose encore d’énormes capacités – des terres fertiles, une eau abondante, des techniques génétiques avancées et une chaîne d’approvisionnement concurrentielle à l’échelle mondiale. La prochaine ère de croissance dépendra de la capacité du Canada à générer une nouvelle vague d’investissements et à reconstruire son écosystème de l’innovation. Le Canada devra gagner du terrain sur deux fronts : utiliser plus efficacement les intrants de production et progresser dans la chaîne de valeur en captant une plus grande part de la capacité mondiale de transformation des aliments. Cela implique l’adoption de technologies agricoles innovantes pour faire progresser la recherche sur le rendement des cultures, la gestion du bétail, l’exploitation des serres et l’expansion de la capacité de fabrication nationale, ce qui se traduirait par des gains d’efficacité dans les exploitations agricoles et les usines.  

La formation du capital dans le secteur de l'agriculture s'oriente lentement à la hausse
    • Les flux d’investissements publics et privés en R-D et dans la propriété intellectuelle se situent à des niveaux historiques.

    • Les investissements agricoles dans les structures, le matériel et l’équipement perpétuent l’intensité capitalistique.

    • Les usines de transformation des aliments remplacent ou modernisent leurs machines et équipements.

Les conséquences de ce scénario :

  • La productivité continue de s’améliorer peu à peu, restant bien en deçà des sommets historiques. Financement agricole Canada estime à 30 milliards de dollars la perte de revenus du secteur au cours de la prochaine décennie à cause des gains d’efficience non réalisés.12

  • La position du Canada dans le commerce agroalimentaire mondial continue de s’éroder lentement. Au début des années 2000, le Canada était le cinquième exportateur en importance, mais il est aujourd’hui septième et pourrait bien chuter au neuvième rang dans les dix prochaines années.13

Ce scénario ne prévoit pas un effondrement, mais plutôt une stagnation. Le Canada conserve son empreinte actuelle, mais ne saisit pas la prochaine vague mondiale en matière de technologie agricole, d’automatisation et de transformation à valeur ajoutée.

Le Canada s’engage dans un nouveau cycle de croissance de plusieurs décennies. Nous imaginons un essor des investissements semblable à celui des années 1970, porté par un soutien accru aux activités de R-D et de production de propriété intellectuelle. Davantage de capitaux publics et privés soutiennent la recherche et la production de propriété intellectuelle, ce qui stimule les progrès technologiques et la formation de capital, améliore progressivement l’efficience agricole et facilite l’adoption de nouvelles technologies. Selon ce scénario, la croissance du secteur de la transformation alimentaire repose sur la demande étrangère en exportations d’aliments canadiens.

  • Le Canada regagne sa part du marché agroalimentaire international, passant du septième au cinquième rang, renforçant ainsi son statut de superpuissance agroalimentaire.

  • Il faudrait que les dépenses publiques et privées liées à la R-D augmentent de 50 % pour retrouver leurs niveaux des années 1980 – ajustés en fonction du PIB. Toutefois, le rendement sur l’investissement en R-D pourrait être de 10 à 20 fois supérieur.14

  • Le Canada déploie des efforts délibérés et coordonnés pour déclencher un nouveau cycle d’investissement et d’innovation dans le secteur. Les dépenses en immobilisations montent en flèche grâce à l’adoption à grande échelle de technologies agricoles émergentes, notamment la génétique des cultures, des machines plus efficientes et des systèmes de production améliorés.

Qu’il s’agisse d’affecter davantage de fonds à la recherche, de mettre à niveau l’équipement à des fins d’efficience ou d’adopter de nouvelles pratiques, l’accroissement notable de la productivité exigera une nouvelle phase d’accroissement du capital. Dans notre scénario de croissance, les marchés d’exportation du Canada gagnent en ampleur et en intensité, en particulier dans le domaine des aliments transformés. Comme nous l’avons mentionné dans une récente recherche RBC, le Canada pourrait gagner une part importante du commerce agroalimentaire international et retrouver son rang mondial15 Pour ce qui est du secteur agroalimentaire, cela signifie que les exportations grimpent au-delà les niveaux actuels. Il en résulte non seulement un renforcement de la souveraineté alimentaire, mais aussi une sécurité alimentaire pour les pays alliés et amis, ce qui renforce la position du Canada comme chef de file sectoriel et partenaire de confiance.

Pendant des décennies, le cadre de l’investissement au Canada s’est appuyé sur le principe de sociétés privées exerçant leurs activités sur des marchés relativement libres et aux frontières de plus en plus ouvertes, le tout sous l’auspice d’institutions multilatérales. Les flux de capitaux étaient dictés par les avantages comparatifs et l’efficience des coûts. Cette nouvelle ère se caractérise par une fragmentation et par l’élargissement du rôle de l’État, tandis que les capacités industrielles, la souveraineté et l’alignement géopolitique sont des facteurs qui s’ajoutent au calcul traditionnel des profits et des pertes.

Le Canada ne manque pas de capitaux, mais les systèmes utilisés pour les déployer sont mal adaptés à cette nouvelle ère. Les capitaux n’affluent pas à la vitesse ni à l’échelle nécessaires vers les secteurs qui en ont besoin – c’est ce qu’on appelle la non-concordance des capitaux. Pour moderniser son cadre de formation de capital, le Canada doit mettre l’accent sur un rapprochement entre les enveloppes de capitaux et les actifs investissables.

Ce sont les sociétés elles-mêmes qui représentent la première source de capitaux visant à financer la croissance. Le secteur des sociétés non financières du Canada, dont les bilans totalisent plus de 1,1 billion de dollars de devises, de dépôts et de titres de créance, constitue la première couche des réserves de capitaux. Les liquidités excédentaires des sociétés canadiennes ne suffiraient peut-être pas à alimenter notre scénario de croissance accélérée, mais leur déploiement pourrait avoir un effet en cascade et attirer d’autres enveloppes de capitaux.

Le cadre que nous proposons repose sur quatre sources de capitaux supplémentaires : les capitaux institutionnels, le capital-risque, les capitaux étrangers et les capitaux d’État.

  • Les grands portefeuilles de capitaux institutionnels – caisses de retraite, gestionnaires d’actifs mondiaux, assureurs – sont positionnés pour investir dans des actifs à long terme, à faible risque et produisant des flux de trésorerie prévisibles. Le Canada produit trop peu de ces actifs. En fait, de nombreuses occasions se présentent aux premières étapes de développement, alors que les projets sont minés par l’incertitude réglementaire, les délais d’obtention de permis ou le risque de commercialisation. Les capitaux institutionnels ne sont pas conçus pour saisir ces occasions.

  • L’écosystème canadien de capital-risque fonctionne relativement bien dans les premières étapes. Le capital-risque et le capital-investissement permettent de financer un flux constant d’innovations, mais trop peu de sociétés passent de la phase de démarrage à une expansion à grande échelle. Le pays manque de capitaux de croissance pour financer les dernières étapes des projets, et les signaux de demande requis – approvisionnement, clientèle stratégique, profondeur des marchés intérieurs – pour soutenir la commercialisation sont également insuffisants. Par conséquent, les sociétés réussissant à mobiliser des capitaux demeurent de taille moyenne, par faute de moyens suffisants pour s’accroître à l’échelle nationale.

  • Les capitaux étrangers demeurent une source de croissance sous-exploitée. Les investisseurs mondiaux accordent la priorité aux territoires offrant des politiques claires, des processus rapides et des rendements concurrentiels. Le Canada possède les fonds de dotation nécessaires pour se démarquer sur le marché des investissements mondiaux, mais il est constamment à la traîne du point de vue de l’exécution. Les longs délais d’approbation et la volatilité des politiques augmentent l’incertitude et le coût du capital.

  • Les capitaux de l’État pourraient être déployés à grande échelle, non pas pour remplacer l’investissement privé, mais pour l’encourager. Face à la fragmentation de l’économie politique mondiale, les gouvernements jouent un rôle plus important dans la circulation des flux de capitaux par l’intermédiaire des marchés publics, des prises de participation et d’autres mécanismes d’atténuation du risque. Le Canada dispose de nombreux véhicules de déploiement, avec une abondance de sociétés d’État et d’institutions financières publiques, mais la coordination et l’exécution freinent l’affectation de capitaux de l’État et l’accroissement des investissements privés.

Pour résoudre ce problème de concordance, nous explorons un ensemble de mécanismes interconnectés qui permettraient d’attirer et de libérer des investissements. Ces solutions sont conçues pour réduire l’incertitude des investisseurs, atténuer le risque d’exécution et augmenter les rendements après impôt, sans pour autant alourdir la pression sur les finances publiques du Canada qui sont déjà tendues. Il est important de noter que chaque solution peut être mise en œuvre à court terme à l’échelle politique.

Au Canada, d’importants capitaux publics sont immobilisés dans des actifs publics matures à faible risque : ports, services publics, pipelines, routes et autres infrastructures de base. Ces actifs peuvent produire des flux de trésorerie stables et prévisibles (et c’est souvent le cas), ce qui les rend particulièrement adaptés à l’investissement institutionnel à long terme. Néanmoins, ils demeurent inscrits dans les bilans publics, ce qui limite la flexibilité budgétaire à un moment où de nombreux gouvernements canadiens sont déjà en déficit. Parallèlement, l’incertitude politique décourage l’investissement dans les projets d’infrastructures essentielles. Par conséquent, les investisseurs institutionnels restent sur la touche tandis que les projets d’intérêt national demeurent sous-capitalisés.

Les gouvernements de tous les niveaux possèdent des actifs – des pipelines aux aéroports, des services publics aux ponts – qui peuvent être monétisés. En vertu de ce modèle, les gouvernements pourraient louer ou céder les actifs arrivés à maturité, convertir la richesse publique dormante en flux économiques productifs, et réinvestir le produit dans de nouvelles infrastructures. Au besoin, des incitatifs fédéraux pourraient être utilisés pour encourager les provinces et les municipalités à participer à l’initiative. Les avantages sont évidents :

  • Pour le gouvernement, de la capacité budgétaire est créée sans augmenter les impôts ni émettre de titres de créance. Les gouvernements réorientent le capital provenant des actifs matures vers des infrastructures à impact élevé.

  • Pour les citoyens, une nouvelle infrastructure voit le jour sans hausse d’impôts.

Ce modèle n’entraîne pas de nouveaux coûts, mais change qui le prend en charge – c’est là que des compromis (inévitables) doivent être faits. Le fait de transférer ces coûts des contribuables aux utilisateurs directs pourrait créer des frictions politiques, malgré la logique économique du modèle qui améliore l’équité (puisque les coûts sont mis en phase avec l’utilisation des actifs) ainsi que l’efficience (puisque la tarification régule la demande tout en finançant l’entretien). La gouvernance est la clé de la réussite du programme et du soutien du public. 

Le capital public est plus utile dans les premières étapes du développement, lorsque le risque est élevé, tandis que le capital privé convient mieux aux actifs à long terme dont les risques sont moins importants. Un programme de recyclage des actifs pourrait aider les gouvernements à atteindre l’équilibre budgétaire tout en générant le dynamisme inhérent à une économie de marché. Le programme de recyclage des actifs de l’Australie témoigne du potentiel de cette solution : des incitatifs fédéraux de 2,3 milliards de dollars ont permis de mobiliser 15 milliards de dollars d’investissements en infrastructures supplémentaires sur cinq ans, accélérant le développement des infrastructures sans alourdir la dette publique.

Pour assurer l’efficacité d’un programme de recyclage des actifs, il convient d’inclure ce qui suit :

  • Critères d’admissibilité clairs, axés sur les actifs matures générant des revenus.

  • Réaffecter le produit des dessaisissements à de nouveaux investissements en infrastructures (et non aux revenus généraux).

  • Normes d’évaluation et de gouvernance transparentes.

Ce modèle de construction et privatisation attirerait des capitaux privés, permettant de réaliser des investissements générateurs de productivité dans les infrastructures de base sans pression sur les finances publiques.

Au Canada, l’écart de mise à l’échelle est particulièrement prononcé pour les sociétés de taille moyenne. Pour les grands portefeuilles de capitaux institutionnels, comme les caisses de retraite, les projets doivent respecter des seuils de taille, de maturité et de flux de trésorerie. Or, bon nombre de projets et d’entreprises du Canada sont de trop petite taille ou dans des étapes trop précoces pour être admissibles.

Des processus d’approvisionnement ouverts aux sociétés commerciales pourraient aider à combler cet écart, à condition que le modèle évolue d’une fonction administrative à un outil de politique industrielle. Au lieu d’acheter des plateformes, le gouvernement devrait acheter des capacités au moyen de contrats fondés sur les résultats. Le gouvernement agirait en tant que client stratégique en canalisant la demande publique, afin de réduire l’incertitude entourant les revenus des projets et des sociétés qui ont du mal à accéder aux capitaux à cause du risque de commercialisation. 16 Un processus d’approvisionnement intelligent permettrait d’attirer des capitaux privés, de tirer parti de la concurrence, de transférer le risque et d’encourager l’innovation, créant ainsi une cascade de formation de capital.

Des plans de production pluriannuels, une mise aux normes de la flotte et des contrats de maintien sur le cycle de vie pourraient transformer des achats ponctuels en capacité industrielle durable. Le maintien et les mises à niveau génèrent des flux de revenus récurrents, des emplois qualifiés stables et un contrôle national sur la propriété intellectuelle. Le Canada pourrait continuer à connaître des fuites de capitaux bien après la décision d’approvisionnement initiale. À cet égard, l’architecture financière est importante : les contrats stratégiques permettent le financement de projets et la mise en place de prêts adossés à des actifs, tandis que les conventions de vente et d’achat réduisent considérablement le coût moyen pondéré du capital en rendant la dette viable plus tôt dans le cycle de développement. Cet « effet papillon » pourrait transformer l’approvisionnement en une formation de capital généralisée, en aidant les sociétés canadiennes, actuellement fournisseurs de niveau 2, à devenir des entrepreneurs principaux concurrentiels à l’échelle mondiale.

Le Commercial Crew and Carrier Program (C3PO) de la NASA constitue un exemple intéressant. Dans le passé, la NASA concevait, détenait et possédait ses actifs en vertu de contrats à coût remboursé, avec une lourde supervision bureaucratique et une réutilisation commerciale limitée. Après 2005, la NASA a fait volte-face en passant de l’approche « construire et posséder » à une approche « acheter et utiliser ». La NASA est devenue un client stratégique qui achète des services auprès de sociétés privées concevant et possédant des actifs pour de multiples clients. Les coûts de lancement sont devenus dix fois moins élevés, soutenus par des innovations notables comme les fusées réutilisables, les systèmes d’amarrage autonome et le tourisme spatial.

Au Canada, ce même modèle pourrait :

  • Agir comme un signal de demande stratégique. Selon le modèle du client stratégique, répondre à une demande soutenue grâce à des contrats à long terme, réduire l’incertitude commerciale et encourager les importantes dépenses en immobilisations requises pour le développement technologique de pointe. Attirer du capital-risque grâce à des engagements d’achat anticipés assortis de volumes minimaux garantis.

  • Mettre en place des contrats liés au rendement. Passer d’une prestation à coût remboursé à une prestation à prix fixe pour les actifs arrivés à maturité, au moyen d’appels d’offres concurrentiels qui récompenseraient l’amélioration des capacités tout en gérant les risques de dépassement des coûts. Mettre en place des mesures de rendement fondées sur la capacité et les délais de livraison, conjointement à des récompenses (tarification favorable, primes) et des pénalités (amendes pour retards).

  • Simplifier les tâches administratives. Réduire la bureaucratie pour les entrepreneurs en leur permettant de consacrer leurs modestes ressources au perfectionnement des capacités, l’amélioration de la productivité et la maintenabilité. Pour accélérer les programmes, il faudrait envisager la création d’une autorité en dehors du système d’approvisionnement traditionnel, capable de signer les contrats de production subséquents sans avoir à les soumettre à un processus de concurrence (sous réserve que la société parvienne à livrer les capacités requises dans les limites du budget).

Il en résulterait une harmonisation des incitatifs, une voie de commercialisation plus claire pour les petites et moyennes entreprises, et un écosystème plus dynamique constitué de sociétés ayant une meilleure capacité à répondre aux besoins intérieurs et à rivaliser à l’étranger.

Les investisseurs mondiaux évaluent les territoires en fonction de leur ouverture à l’investissement et de leur compétitivité structurelle. L’accueil des investissements étrangers et la politique fiscale sont des éléments essentiels dans les cadres de décision.

Le cadre canadien visant à examiner les investissements étrangers, c’est-à-dire la Loi sur Investissement Canada (LIC), constitue un frein pour attirer les capitaux mondiaux. Assurer la sécurité nationale et donner un avantage net au Canada sont des objectifs raisonnables, mais l’application de ce cadre peut être une source d’incertitude, d’opacité et de retards. Le caractère réactif et discrétionnaire du système crée de l’imprévisibilité, avec un effet dissuasif sur les investissements étrangers. Une réforme donnerait plus de confiance aux investisseurs tout en rehaussant les rendements après impôt.

  • Le système de sélection et d’approbation des investissements étrangers pourrait être davantage fondé sur des règles et stratégiquement harmonisé, avec une distinction entre les secteurs commercialement ou stratégiquement sensibles et ceux où les capitaux sont bien accueillis. Certaines réformes pourraient préserver la sécurité nationale tout en renforçant l’attrait du Canada comme destination d’investissement :

    • Processus plus rapides pour les placements à faible risque tels que les participations minoritaires, les investissements provenant d’alliés de confiance ou les projets visant des secteurs autorisés.

    • Corridors d’investissement stratégique avec des alliés privilégiés, et harmonisation des stratégies politiques, industrielles et de capital dans des domaines tels que les mines, l’énergie et la fabrication de pointe.

À la suite de ces changements, la LIC ne serait plus perçue comme une barrière, mais comme un élément de facilitation et de prévisibilité pour l’investissement étranger, tout en assurant la protection des intérêts nationaux et un accueil favorable aux capitaux mondiaux.

Le Canada a également besoin d’un régime d’impôt sur les revenus des sociétés plus concurrentiel. Depuis les réformes engagées par les États-Unis et d’autres pays en 2018, le Canada a perdu son avantage en matière d’impôt des sociétés. C’est pourquoi les principaux fiscalistes réclament une réforme fiscale « coup de poing » qui encouragerait l’investissement au lieu de créer encore plus de couches de crédits d’impôt ayant des effets de distorsion. Pour accroître les rendements du capital après impôt, nous voyons deux solutions qui méritent d’être étudiées en profondeur :

  • Le Canada pourrait imposer les bénéfices distribués tout en exonérant les bénéfices non répartis. Par exemple, l’Estonie et la Lettonie accordent aux sociétés une exonération d’impôt totale sur leurs bénéfices non répartis, une disposition qui a fait ses preuves pour attirer les investissements directs étrangers. En supposant que cette option soit conforme aux conventions fiscales internationales et aux règles fiscales minimales de l’OCDE, le Canada pourrait :

    • Imposer les bénéfices qui sont distribués : dividendes, rachats d’actions et distributions réputées.

    • Exonérer les bénéfices retenus au bilan des sociétés, afin de les inciter à réinvestir dans la recherche et le développement, la propriété intellectuelle, les machines et équipements, et l’expansion des affaires.

    • Soulignons que cette approche pourrait être neutre au regard des recettes publiques, grâce à la suppression d’autres incitatifs fiscaux inefficaces et générateurs de distorsions qui deviendraient alors redondants.17

Même si elle n’influe aucunement sur les recettes publiques, cette réforme ferait du Canada une destination d’investissement plus intéressante en abaissant considérablement le taux d’imposition effectif marginal. Elle récompenserait aussi directement et considérablement les sociétés canalisant leurs capitaux dans des activités productives au Canada.

  • Mise en place d’une série de réformes qui amélioreraient la compétitivité fiscale du Canada :

    • Réduction du taux de l’impôt sur les sociétés à l’échelle fédérale. Réduction des taux d’imposition sur les revenus des sociétés pour accroître la compétitivité du Canada par rapport à d’autres territoires, en particulier depuis les récentes réformes fiscales aux États-Unis.

    • Passation en charges complète des dépenses en immobilisations. Permettre aux entreprises de déduire immédiatement le coût total des machines, de l’équipement et des investissements en propriété intellectuelle plutôt que de les amortir au fil du temps. Une telle solution procurerait des avantages immédiats en matière de flux de trésorerie et réduirait le coût en capital des placements axés sur la croissance.

    • Traitement amélioré des gains en capital. Augmenter les limites d’exonération des gains en capital pour les investissements des sociétés, et accroître les allocations pour passation d’entreprise afin de faciliter le réinvestissement et la planification de la relève tout en maintenant l’équité.

Cette approche globale témoignerait clairement de l’engagement du Canada à demeurer une destination de prédilection pour les capitaux mondiaux, tout en assurant la viabilité des revenus et la conformité aux lois fiscales internationales.

Le Canada demeure confronté à un défi persistant en ce qui concerne le financement de projets et de technologies qui sont commercialement viables à long terme, mais ne parviennent pas à surmonter les obstacles à l’investissement privé à court terme. Il s’agit généralement de technologies premières en leur genre ou d’actifs stratégiques (petits réacteurs nucléaires modulaires, minéraux critiques, transformation des terres rares, capture de carbone), où des facteurs tels que les délais d’attente, l’incertitude entourant la demande ou la volatilité des prix creusent un écart entre la tolérance au risque et les intérêts stratégiques du Canada.

Le problème n’est pas l’absence de capital, mais plutôt le manque de capacité à prendre des risques. Les investisseurs privés sont peu disposés à composer avec l’incertitude initiale lorsque les calendriers s’étendent sur plusieurs décennies et les sources de revenus demeurent incertaines. Il en résulte un sous-investissement dans les secteurs qui comptent le plus pour le positionnement industriel et géopolitique du Canada.

Un déploiement plus actif du capital de l’État pourrait contribuer à combler cet écart, non pas dans l’objectif de supplanter l’investissement privé, mais plutôt de modifier le profil risque-rendement afin de l’attirer. Pour ce faire, une panoplie d’instruments peut être déployée :

  • Prises de participation de l’État dans des entreprises ou des projets en phase de démarrage ou d’une importance systémique, qui permettraient à l’État d’absorber le risque initial tout en conservant une participation aux hausses.

  • Prix planchers pour réduire la volatilité des marchandises et favoriser la viabilité des projets, surtout dans les marchés peu profonds ou peu matures comme l’extraction et la transformation des terres rares.

  • Conventions de vente et d’achat à long terme offrant une certitude en matière de revenus, qui permettraient aux promoteurs de projets d’obtenir des financements par emprunt ou par actions adossés à une demande contractuelle sur une longue durée.

  • Accumulation stratégique de stocks pour stabiliser les marchés et donner le signal d’une forte demande publique dans les secteurs prioritaires.18

Ces outils sont déjà déployés dans des pays pairs, en particulier dans les secteurs des minéraux critiques et de l’énergie où les gouvernements agissent en tant qu’acteurs principaux du marché et non comme simples observateurs. La question n’est pas de savoir s’il faut utiliser ces outils, mais comment les déployer à une vitesse et à une échelle suffisantes.

Ce cadre de formation de capital vise à restaurer l’attrait du Canada pour les investisseurs en réduisant l’incertitude, en contribuant à une mise à l’échelle des capacités là où les mandats l’exigent, en transférant le risque initial afin qu’il ne soit plus porté par les investisseurs privés, et en améliorant le rendement après impôt associé aux investissements productifs.

À condition d’abaisser le coût du capital ajusté en fonction du risque dans les secteurs stratégiques tels que le pétrole et le gaz, l’électricité, les mines, la défense, l’espace, et l’agriculture et agroalimentaire, le Canada peut convertir ses atouts non exploités en projets bancables.

Mais cette excellente occasion ne durera pas. Dans un contexte de concurrence accrue, les capitaux seront dirigés vers les pays assurant la viabilité des investissements. Le Canada doit agir rapidement pour mettre en œuvre ses ambitions.

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A.  Méthodologie et sources des données

Pétrole et gaz

Dans le secteur pétrolier et gazier, le capital requis comprend ce qui suit :

  • Investissement en installations existantes pour accroître progressivement la production de pétrole conventionnel et de sables bitumineux ;

  • Investissement en installations nouvelles pour créer de nouvelles capacités de production dans le secteur des sables bitumineux ;

  • Nouvelle infrastructure de pipeline pour renforcer la capacité d’exportation ;

  • Nouveaux investissements dans l’extraction de gaz naturel ;

  • Nouvelles installations d’exportation de GNL ;

  • Investissements dans des projets de capture de carbone.

Notre scénario de croissance tendancielle dans le secteur pétrolier est fondé sur les prévisions de production de RBC Marchés des Capitaux.

  • La production augmente de 5,1 millions de barils par jour (Mb/j) en 2024 à 5,9 Mb/j d’ici 2030, avant de plafonner. La production supplémentaire se répartit proportionnellement entre le pétrole conventionnel et les sables bitumineux.

  • Le processus d’optimisation et d’amélioration de l’efficience des pipelines permet de faire circuler davantage de pétrole dans les infrastructures existantes, en supposant que le réseau principal d’Enbridge augmente son volume de 300 000 barils par jour ou que le pipeline Trans Mountain ajoute 245 000 barils par jour au-delà de 2027 grâce à des stations de pompage. Nous supposons qu’aucun site de production majeur n’est nouvellement construit, et que l’augmentation de la production provient des installations existantes.

  • Les données sur les dépenses en immobilisations proviennent de l’Association canadienne des producteurs pétroliers et de la Régie de l’énergie du Canada. Afin d’estimer les dépenses en immobilisations annuelles pour la prochaine décennie, nous avons utilisé les dépenses en immobilisations moyennes par baril de production de pétrole entre 2017 et 2023 pour le pétrole conventionnel (38,80 $) et les sables bitumineux (9,90 $).

  • Notre scénario de croissance tendancielle dans le secteur du gaz naturel prévoit l’achèvement des installations de GNL Woodfibre et Cedar. D’après Ressources naturelles Canada, le coût total est estimé à 11,5 milliards de dollars. Cela permet d’ajouter 0,7 Gpi3/j aux nouvelles capacités d’exportation.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous supposons l’approbation de deux nouveaux oléoducs :

  • L’oléoduc Keystone XL augmente la capacité de 0,83 million de barils par jour, et que l’oléoduc de l’Alberta à la Colombie-Britannique (plus ou moins inspiré de Northen Gateway) ajoute 1 million de barils par jour. Pour établir le coût estimatif de chaque pipeline, nous avons utilisé le coût au kilomètre du pipeline Northern Gate (fourni par l’Office national de l’énergie) corrigé en fonction de l’inflation et des dépassements de coûts. Nous estimons que le coût de chaque pipeline est d’environ 30 milliards de dollars. Nous supposons que la construction du pipeline commencera en 2028 et s’échelonnera sur quatre années. La capacité de production de sables bitumineux s’accroît ainsi de 1,2 million de barils par jour environ. Cette estimation tient compte d’une répartition à 70-30 entre le bitume et le condensat dans les pipelines.

  • L’augmentation de la capacité du pipeline permet de réaliser des investissements en installations nouvelles destinées aux sables bitumineux pour un coût d’environ 56 000 $ par baril et par jour. La production pétrolière totale du Canada pourrait ainsi atteindre 7,1 millions de barils par jour d’ici 2035.

  • Notre scénario de croissance accélérée comprend trois projets supplémentaires de terminaux d’exportation de GNL : phase 2 de LNG Canada, Tilbury et Ksi Lisims. Les coûts estimatifs sont tirés de sources accessibles au public. Collectivement, ces terminaux d’exportation nécessitent des dépenses en immobilisations d’environ 55 milliards de dollars. Ces terminaux augmentent la capacité d’exportation de 3,75 Gpi3/j. Nous avons estimé que les dépenses en immobilisations pour l’extraction de gaz naturel supplémentaire seraient de 10 $ par baril d’équivalents pétrole.

  • Our step change scenario imagines heavy investment into carbon capture and sequestration (CCS) infrastructure. We assume major projects go forward, including the Pathways Alliance’s Phase 1, at a cost of $24 billion. We assume two additional projects of a similar scale go forward. We loosely estimate the total investment for CCS projects amounts to $80 billion over 10 years, based on publicly available estimates. We source project-level CCS data from the BloombergNEF Carbon Capture Capacity Database and include approximate costs from various sources, including news articles.

Électricité

Dans le secteur de l’électricité, le capital requis comprend ce qui suit :

  • coûts initiaux des projets de construction de centrales qui se trouvent déjà à diverses étapes de développement ou qui ont été annoncés ;

  • coûts de remplacement ou de mise à niveau du réseau électrique, ce qui inclut les lignes de transport et de distribution, la mise en place de nouvelles connexions et le renforcement des systèmes.

Selon notre scénario de croissance tendancielle, les projets qui en sont à diverses étapes de développement passeront à la phase de construction.

  • La capacité électrique s’accroît d’environ 69 GW dans toutes les sources d’énergie. Nous tenons compte des projets pour lesquels les processus d’obtention de permis ont été amorcés, pour lesquels un financement a été obtenu, qui sont déjà en phase de construction, ainsi que les projets énergétiques qui ont été annoncés. Nous nous appuyons sur la base de données des projets de production d’énergie de S&P CapIQ. Les données mesurent la capacité et les coûts de construction des projets par type de technologie.

  • Nous incluons aussi les projets de PRM de Bruce C et de Darlington dans notre scénario de croissance tendancielle. Combinés, ils fourniront 6 GW de nouvelles capacités. OPG estime le coût du PRM de Darlington à environ 21 milliards de dollars. Pour Bruce C, nous nous appuyons sur les données du Center For Advanced Nuclear Systems du MIT pour évaluer le coût des réacteurs AP1000, qui se chiffre entre 8 300 $ US et 10 375 $ US par kW.

  • Nous utilisons un exemple de calendrier de déploiement de projets nucléaires à grande échelle tiré du Plan énergétique intégré de l’Ontario, en répartissant équitablement les coûts de construction au fil du temps. Dans le cas des projets dont le déploiement est programmé au-delà de 2035, nous intégrons une partie du coût d’ici 2035.

Nous comparons ce renforcement des capacités aux projections du rapport Avenir énergétique du Canada en 2026 de la Régie de l’énergie du Canada. Notre scénario de croissance tendancielle est globalement conforme aux nouvelles exigences de capacité inscrites dans le scénario de carboneutralité de la Régie de l’énergie du Canada, qui suppose des incitatifs politiques limités en faveur de l’électrification et de l’écologisation du réseau.

Les investissements visant la maintenance et l’amélioration du réseau proviennent de Prévisions de BloombergNEF. Le plan inclut notamment des investissements dans les lignes de transport et de distribution ainsi que dans les sous-stations du réseau, en vue de remplacer les installations vieillissantes, d’établir de nouvelles connexions et de renforcer les systèmes.

Bien que les scénarios de BloombergNEF n’aient pas de corrélation directe avec les scénarios de la Régie de l’énergie du Canada (scénario de transition économique utilisé dans notre scénario de croissance tendancielle), ils supposent l’absence de soutien politique à la transition énergétique, en dehors des mesures existantes, tout comme le scénario de carboneutralité de la Régie de l’énergie du Canada.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous intégrons la capacité supplémentaire requise pour que le Canada demeure sur la voie de la carboneutralité, comme le prévoit le scénario zéro émission nette de la Régie de l’énergie du Canada. Nous incluons quatre projets nucléaires supplémentaires (Wesleyville, PRM de la Saskatchewan, Point Lepreau et Peace River) qui généreront environ 13 GW additionnels pour un coût estimatif de 149 milliards $, dont 43 milliards $ sont répartis jusqu’en 2035. Selon le scénario de croissance accélérée, la capacité totale augmenterait de 98 GW.

TechnologyCER ‘Current Measures growth 2025-35 (MW)CER ‘Net-Zero’ growth 2025-35 (MW)Projects in development (MW)Announced projects (MW)Additional capacity in Step-Change scenario
Solar10,82610,1759,4614,003
Wind36,12858,52617,7453,49337,288
Hydro6,3186,3381,0166,111
Natural Gas9825,0397,0754,438
Battery4,8425,4135,7133,455
Nuclear2,1122,1126,00013,175

Comme pour le scénario de croissance tendancielle, nous utilisons les projections de BloombergNEF pour les investissements liés aux infrastructures du réseau. Le scénario zéro émission nette décrit une démarche difficile, mais réalisable pour atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Bien qu’il ne corresponde pas directement au scénario zéro émission nette de la CER, il présente une voie à suivre.

ProjectCaseCapacity
(MW)
Cost ($B)EstimationTimeline
Darlington SMRBase1,20020.9OPG192029-3520
Bruce CBase4,80058.3MIT CANES212031-4122
Peace RiverGrowth4,40039.3Derived estimate232029-4224
Point LepreauGrowth3005.2Derived estimate252030-3426
Sask. SMRGrowth3155.5Derived estimate272030-3428
WesleyvilleGrowth8,16099.1MIT CANES2033-4729

Exploitation minière

Les besoins en capital dans le secteur minier comprennent une combinaison de :

  • Dépenses en immobilisations nécessaires aux activités générales ;

  • Coûts de construction d’installations nouvelles.

Nous utilisons une approche combinée : modélisation économique générale pour estimer les dépenses en immobilisations dans le scénario de croissance tendancielle ; et une approche ascendante fondée sur les projets, qui tire parti des données de S&P Capital IQ pour le scénario de croissance accélérée.

Dans notre scénario de croissance tendancielle, nous utilisons la fonction de production Cobb-Douglas en considérant les tendances des dix dernières années, en supposant que la relation entre l’investissement et la production correspond aux tendances historiques. La fonction de production Cobb-Douglas quantifie l’interaction entre la main-d’œuvre, le capital et la productivité relativement au PIB. Nous utilisons les données de Statistique Canada, Tableau 36-10-0217-01 pour établir la relation entre la productivité multifactorielle (MPF), le capital (K) et la main-d’œuvre (T), ainsi que le PIB réel, exprimés comme suit :

RealGDP=MFPKαL((1α))Real GDP=MFP*K^α*L^((1-α)) PIBréel=MFP∗Kα∗L ((1 – α))

Premièrement, nous avons déterminé une valeur générale pour l’élasticité, le facteur α, qui est d’environ 0,7 en moyenne entre 2012 et 2021. Nous utilisons les tableaux suivants pour les données sur les sociétés minières et l’exploitation en carrière (sauf le pétrole et le gaz) – SCIAN 212 :

Une fois le modèle défini, nous appliquons un taux de croissance annuel composé sur 10 ans pour le PIB réel, la main-d’œuvre et la productivité afin d’élargir les projections dans le cadre du scénario de croissance tendancielle. Le PIB réel augmente de 0,6 % par an jusqu’en 2035, ce qui suppose des flux d’investissement totaux d’environ 139 milliards de dollars dans le secteur au cours de la prochaine décennie, selon un taux d’amortissement historique d’environ 16 %.

Les placements font ici référence aux flux de capitaux fixes non résidentiels. Cela comprend la construction d’immeubles industriels, comme les usines, les machines et l’équipement, et la construction de produits de propriété intellectuelle résultant d’activités de recherche et développement et d’activités similaires.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous calculons le coût de la construction de nouvelles mines au Canada pour une gamme de métaux et de minerais : or, zinc, minerai de fer, potasse, U3O8, cuivre, lithium, graphite, nickel, éléments des terres rares (principalement des lanthanides) et cobalt. Nous avons obtenu un ensemble de données de plus de 1 000 projets actuellement en exploitation ou à diverses étapes de développement. Pour modéliser le scénario de croissance accélérée, nous avons adopté une approche ascendante en examinant :

  • plus de 1 000 sites miniers actifs et inactifs partout au Canada ;

  • plus de 50 projets en étape ultime de développement dans les secteurs des métaux de base (p. ex., zinc et cuivre), des métaux précieux (or, argent) et des minéraux critiques (lithium, graphite) ;

  • plus de 100 occasions à un stade précoce dont les coûts ou les réserves sont connus.

Nous appelons projets qui sont à l’étape de préfaisabilité (développement des réserves, exploration avancée, préfaisabilité et définition de la portée) comme des projets aux premières étapes, et ceux qui sont déjà à l’étape de faisabilité ou dont la construction a commencé comme des projets en à l’étape finale.

À mesure que les projets miniers progressent, davantage de renseignements deviennent disponibles. Nous avons donc réduit notre périmètre à 228 projets actifs présentant des renseignements sur les coûts en capital initiaux ou sur les capacités de production estimatives. Des renseignements sont disponibles pour environ 95 % des projets qui en sont aux dernières étapes.

Dans le cas des projets pour lesquels seuls des renseignements sur la capacité de production sont disponibles, nous appliquons un coût moyen estimé par capacité de production pour les métaux ou minéraux correspondants. Selon le scénario de croissance accélérée, tous les projets qui en sont aux dernières étapes et 10 % des projets aux premières étapes doivent être achevés sur une période de 10 ans.

MetalTotal countActive projectsEarly Stage: Projects with cost or capacity infoLate Stage: Projects with cost or capacity info
Gold4462966924
Silver32172
Zinc915187
Copper16396243
Lithium3232127
U3O8472173
Graphite221452
Nickel6939115
Potash13742
Lanthanides141362
Iron Ore5334119
Diamonds1152
Platinum521
Cobal3311
Total1,00163016365

Défense

Les besoins en capital du secteur de la défense englobent la R-D ainsi que les machines et équipements, en fonction de différentes hypothèses concernant les dépenses publiques dans le secteur de la défense. Selon les données du rapport État de l’industrie canadienne de la défense publié par Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISED), le secteur génère des revenus répartis à parts égales entre les ventes au pays et les exportations. De plus, les ventes au gouvernement fédéral représentent près des deux tiers des revenus intérieurs.

Nous supposons que les dépenses en biens d’équipement du gouvernement fédéral constituent la principale source de revenus pour l’industrie canadienne, et cette source varie selon les scénarios. Nous supposons que les autres revenus augmenteront au taux de croissance du PIB nominal de 3,5 %.

Historiquement, les dépenses en machines et équipements et les dépenses de R-D ont représenté environ 5,5 % des revenus. Nous utilisons ce ratio pour déterminer les dépenses en immobilisations requises par le secteur pour assurer la nouvelle trajectoire des revenus.

Dans notre scénario de croissance tendancielle, nous supposons que le Canada n’atteindra que 2 % des dépenses fixées par l’OTAN. Les dépenses sont réparties entre le personnel (50 %), l’exploitation et la préparation (25 %), les biens d’équipement (20 %) et l’infrastructure (5 %), ce qui correspond à la répartition historique, et la consigne d’achat au Canada augmente la part du contenu canadien de 30 % à 50 % en 2035 (hausse linéaire). Le gouvernement fédéral a indiqué que par le passé, environ 70 % des dépenses consacrées à la défense étaient dirigées vers des producteurs étrangers, laissant une part de 30 % au marché intérieur. Ottawa veut inverser cette tendance au cours des dix prochaines années afin que la balance s’établisse à 70/30 au bénéfice des entreprises canadiennes.

Dans notre scénario de croissance accélérée, la principale différence est que le Canada est en voie d’atteindre l’exigence de dépenses de 5 % fixée par l’OTAN, dont 3,5 % consacrées aux biens de défense de base. Nous supposons que la composition des dépenses reste la même. Les dépenses de personnel demeurent semblables à celles du scénario de croissance tendancielle, et les dépenses liées à la préparation et aux infrastructures augmentent selon la répartition historique de 25 % et de 5 %, respectivement. Les autres dépenses de défense sont axées sur l’acquisition de nouveaux biens d’équipement (ou le remplacement de biens d’équipement vieillissants), qui génèrent des revenus accrus pour le secteur et qui nécessitent des investissements supplémentaires pour répondre à la demande croissante.

Espace

Les données sur l’économie spatiale canadienne sont limitées. L’Agence spatiale canadienne (ASC) publie chaque année l’État du secteur spatial canadien, englobant notamment le revenu, le produit intérieur brut, l’emploi et les exportations. Les données concernant les sociétés cotées en bourse sont disponibles. Dans notre méthode, nous avons combiné les données de ces deux sources pour modéliser le chiffre d’affaires, le PIB et les dépenses en immobilisations dans les deux scénarios de croissance tendancielle et de croissance accélérée.

Les calculs ont nécessité plusieurs étapes.

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires et le PIB jusqu’en 2035 dans le scénario de croissance tendancielle, nous avons dérivé le taux de croissance annuel historique sur la plus longue durée possible à l’aide des données de l’ASC (de 2014 à 2022) qui, selon nous, orienteront la future croissance du chiffre d’affaires (-0,8 %) et du PIB (1 %).

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires dans le cadre du scénario de croissance accélérée, nous supposons que le Canada doublera sa part du marché mondial d’ici 2035, en passant d’environ 1,1 % du marché mondial en 2022 à 2 % d’ici 2035. En partenariat avec McKinsey & Company, le Forum économique mondial prévoit que le marché spatial mondial augmentera à 755 milliards de dollars américains d’ici 2035, portant la part du Canada à 21 milliards de dollars canadiens. Ce scénario prévoit donc un quadruplement de la croissance du marché spatial en dix ans.

  • To infer the capital required under the two scenarios, we used data for publicly traded space firms. From 2020-2024, Canada’s publicly traded space firms had a capex-to-revenue ratio of 36% (on a weighted average basis). That figure was skewed by heavy investments from a few key firms that are unlikely to be repeated in the future, even under the Step Change Scenario. To better anchor the capex-to-revenue ratio, we included a few mature aerospace companies, which have lower capital requirements. On a weighted-average basis, this brought the capex-to-revenue ratio down to ~10%.

  • Across the Trend Growth and Step Change scenarios, we multiplied annual sales revenue by 10% to determine the annual capex, aggregating the figures over 2025-2035 to determine the total capital required

Agriculture et agroalimentaire

Dans le secteur de l’agriculture, le capital requis comprend ce qui suit :

  • soutien des secteurs public et privé aux connaissances et à l’innovation dans le domaine agricole, grâce à des dépenses en recherche et développement et en propriété intellectuelle ;

  • dans les secteurs de la transformation et de la fabrication, dépenses en immobilisations pour la construction non résidentielle, les machines et les équipements visant à optimiser les procédés au niveau des usines ;

  • pour les grands agriculteurs commerciaux, approfondissement du capital grâce à l’adoption de solutions de technologies agricoles.

À partir des données du USDA, nous examinons la productivité agricole du Canada sur plusieurs décennies. La tendance suggère que la croissance de la productivité a atteint un sommet dans les années 1990 et 2000, puis qu’elle a décliné par la suite. À partir du Tableau 36-10-0096-01 de Statistique Canada, nous observons les tendances de l’investissement au cours de la même période. Nous comparons les flux d’investissement réels au fil du temps ainsi que les flux d’investissement par rapport au PIB du secteur. Les taux d’investissement ont été élevés (tant en termes réels qu’en pourcentage du PIB) au milieu des années 1970 et au milieu des années 1980, se traduisant par des gains de productivité notables au cours des décennies qui ont suivi. À partir des données du rapport de l’OCDE Politiques agricoles : suivi et évaluation, nous suivons le soutien public aux activités de recherche et de développement depuis 1986. Les tendances indiquent une baisse des dépenses en termes réels, en pourcentage des revenus sectoriels et en pourcentage du PIB agricole.

In our Trend Growth Scenario, we extend the average investment trends of the past 10 years. This suggests ~$10 billion annual investment in non-residential construction, machinery and equipment purchases and ~$1.3 billion combined industry IP investments and public support for R&D.

Our Step Change Scenario assumes Canada repeats the investment surge witnessed in the 1970s-1980s, which could raise productivity through more innovation, stronger advanced tech and practice adoption, and investments into efficiency gains. Industry capex increases to ~$13.8 billion annually to match peak levels in 1970s, and combined public and private R&D-related investments rise to $1.6 billion, matching peak levels in 1980s.

Combined total rises to ~$18.9 billion if instead investment levels are calibrated on proportional size to industry GDP – where industry capex investment stood at ~34% (vs 21% currently) as the share of industry GDP on average during 1973-1982, and combined public and private R&D spending was 4.2% (vs 2.7%) during 1986-1995.

For the food manufacturing industry, we tailor the Trend Growth and Step Change scenarios to Canada’s share of global exports aligned with pathways developed in Food first: How agriculture can lead a new era for Canadian exports. Canada’s current market share of global agriculture and agri-food exports stands at 3.7%, and by 2035, global agriculture and agri-food export market (HS codes 1-24) is projected to grow by 0.6% annually. In our Trend Growth scenario for the food manufacturing industry, we assume Canada only maintains it current global standing. This implies 0.8% annual growth in exports of food manufacturing products. Our Step Change scenario for food manufacturing industry assumes Canada increases its export market share by 50%, capturing about US$66 billion by 2035.

In both scenarios, to estimate overall production levels (Statistics Canada table 36-10-0488-01) we combine projected exports with domestic consumption. Domestic consumption is based on historic per capita levels – ~$2500 of real output (adjusted to 2025 price levels) per person, and by 2035, Canada’s population is expected to reach 44.3 million. Overall, food manufacturing production is projected to grow from an estimated $144 billion in 2025 to $155 and $173 billion by 2035 for Trend Growth and Step Change scenarios, respectively. We use a recent spike in investments since 2018, which led to 20% increase in estimated real output, compared to the historic average of 1.9 investment per output ratio during 2007-2017 to derive capital requirements for production capacity increase aligned with our Trend Growth and Step Change scenarios.

B.  Références

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C.  Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier les personnes suivantes, dont les observations ont éclairé nos réflexions et notre rédaction, ainsi que les nombreux experts qui ont souhaité garder l’anonymat.

Mines Agnico Eagle : Alden Greenhouse

Arrell Food Institute, Université de Guelph : Evan Fraser

Bennett Jones : John Baird

Bombardier : Francis Richer De la Flèche

Brookfield Asset Management : Cyrus Madon

Bruce Power : James Scongack

Institut climatique du Canada : Kate Harland

Réseau canadien d’innovation en alimentation : Richa Gupta

Office d’investissement du régime de pensions du Canada : Andrew Alley, Bruce Hogg, Tara Perkins

Exportation et développement Canada : Sven List

MDA Space : Guillaume Lavoie, Patrick Nihill

NASA : Alex MacDonald (ancien étudiant)

NordSpace : Rahul Goel

Ministère de l’Agriculture de l’Ontario : Steve Duff

Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario : Jonathan Hausman

Prospectors & Builders Association of Canada : Jeff Killeen

RBC : Tracy Antoine, Daniel Chornous, Louis Derlis, Chinyere Eni, Andrew Hay, Ken Herbert, Sara Gelgor, Stuart Kedwell, Robert Kwan, Eric Lascalles, James McGarragle, Lorna McKercher, Rob Nicholson, Greg Pardy, Chris Redgate, Hugh Samson, Michael Scott, Michael Siperco

Espace Canada : Brian Gallant

Ressources Teck : Jeff Hanman, Dale Steeves

The Simpson Center for Food and Agricultural Policy : Sabrina Gulab

Université de Calgary : Robert Johnston, Jack Mintz, Trevor Tombe Volatus Aerospace : Greg Colacitti, Glen Lynch, Abhi Singhvi

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La tarification du carbone industriel est considérée comme l’un des leviers d’action publique les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le Canada réévalue actuellement son approche afin de stimuler les investissements dans l’action climatique nationale et de remettre le pays sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES. Toutes les options de réduction doivent toutefois être envisagées. L’agriculture, en tant que vecteur de réduction des émissions de GES et de séquestration du carbone, pourrait jouer un rôle clé dans un marché du carbone harmonisé à l’échelle nationale.

L’agriculture climato-intelligente offre un potentiel encore sous-exploité pour le Canada, tant pour attirer des investissements que pour réduire les émissions de GES. D’ici 2030, l’agriculture pourrait permettre de réduire plus de 37 mégatonnes d’émissions de GES par année, soit environ 6 % des émissions projetées du Canada pour cette année-là.

Dix systèmes de tarification du carbone composent actuellement le marché fragmenté du Canada. Cette approche se caractérise par des conditions inefficaces, notamment des déséquilibres entre l’offre et la demande, une incohérence des prix et un manque de transparence. La résolution de ces enjeux structurels est essentielle pour rendre l’agriculture canadienne, ainsi que d’autres secteurs, plus compétitive dans l’action climatique.

L’agriculture est souvent reléguée au second plan dans les politiques climatiques, et cinq obstacles majeurs freinent son développement. Outre des marchés fragmentés et peu profonds, l’absence de protocoles adaptés aux pratiques agricoles climato-intelligentes, les coûts élevés de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification (MSDV) pour des projets de petite taille, les mécanismes limités d’atténuation des risques pour les agriculteurs et les investisseurs, ainsi que le nombre restreint de spécialistes en marchés du carbone ont freiné la croissance du secteur agricole canadien.

Parmi les cinq pistes visant à libérer le potentiel de l’agriculture dans la tarification du carbone figure la création d’un portail de transfert des projets agricoles des marchés de compensation vers des mécanismes de compensation interne. Lever les obstacles réglementairesfédéraux et interprovinciaux pour développer et échanger des crédits carbone,etaccélérer l’approbation des protocoles agricoles grâce à un système hiérarchisé, pourrait également favoriser un marché bénéficiant d’une forte présence agricole.

L’agriculture est restée trop longtemps en marge du système canadien de tarification du carbone industriel. Mais la dynamique pourrait changer. La stratégie de compétitivité climatique, la révision du cadre de référence de la tarification du carbone industriel, le protocole d’entente Canada–Alberta sur l’énergie, ainsi qu’une nouvelle stratégie pour la nature (Une force de la nature), constituent autant de leviers potentiels pour intégrer davantage l’agriculture dans l’innovation climatique et les occasions d’investissement fondées sur la nature, comme les marchés du carbone.

Les agriculteurs plaident depuis un certain temps pour un meilleur accès aux marchés du carbone comme source de compensation.1 Bien que l’agriculture climato-intelligente puisse générer des gains à la fois en matière de rentabilité et de réduction des émissions de GES, l’innovation peut être coûteuse au départ — d’où l’importance d’incitatifs pour en favoriser le déploiement à grande échelle. À première vue, les marchés du carbone offrent aux agriculteurs qui innovent en matière de pratiques et de technologies climato-intelligentes une immense occasion financière. La participation à ces marchés peut également contribuer à réduire les émissions de GES du secteur et à renforcer ses puits de carbone. Le secteur agricole canadien est responsable de 10 % des émissions du pays et pourrait réduire plus de 37 mégatonnes de GES par année d’ici 2030 en adoptant des pratiques climato-intelligentes — soit environ 6 % des émissions projetées du Canada pour cette année-là.2 Avec un marché du carbone adéquat, ce potentiel de réduction pourrait être transformé en actifs pour les investisseurs et les entreprises cherchant à réduire leur empreinte carbone.

Malgré ce potentiel, le régime actuel de tarification du carbone au Canada demeure fragmenté, caractérisé par des marchés peu performants et des occasions d’investissement sous-exploitées.Les progrès limités dans la mise en place d’un marché fongible et dans l’utilisation des terres agricoles et des technologies comme sources de crédits compensatoires ont détourné les investissements et les projets climato-intelligents vers d’autres pays.

Cela dit, l’intégration accrue de l’agriculture aux marchés du carbone n’en est qu’à ses débuts et demeure un chantier politique complexe dans la plupart des économies avancées. Par ailleurs, des obstacles structurels, financiers et liés aux compétences limitent la capacité du secteur agricole canadien à générer des crédits compensatoires à grande échelle. Les lever constitue toutefois une occasion de positionner durablement la réduction des émissions agricoles comme une voie rentable pour atteindre les objectifs de zéro émission nette du Canada. Comme indiqué ci‑dessous, avancer dans cette direction exige des réformes ciblées, une accélération des travaux sur les protocoles et des investissements précis dans les capacités et les ressources.

Fonctionnement du système canadien de tarification du carbone

Chaque province et territoire dispose d’un système de tarification du carbone pour les grands émetteurs industriels respectant le seuil minimal de rigueur nationale.

Aperçu de la conception, et des limites, de ces systèmes :

  • Une mosaïque de systèmes : en vertu de la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre, un système fédéral de tarification fondé sur le rendement (STFR) est appliqué dans les administrations qui ne disposent pas d’un système équivalent, soit le Yukon, le Nunavut, le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard.

  • Provinces autogérées : les autres provinces et territoires peuvent administrer leur propre système, pourvu qu’il respecte le niveau minimal de rigueur établi par le gouvernement fédéral.

  • Principe du pollueur‑payeur : les grandes installations industrielles, notamment les sables bitumineux et les aciéries, sont assujetties au système de tarification du carbone de leur ressort. Si une installation dépasse son niveau d’émissions autorisé, elle doit soit payer le prix du carbone sur l’excédent, soit acheter des crédits d’autres installations qui ont fait mieux que leur référence, soit acheter des crédits compensatoires auprès de secteurs non réglementés comme l’agriculture ou la foresterie.

  • Les options de participation du secteur agricole sont limitées. Au Canada, les mécanismes actifs permettant de générer des crédits compensatoires dans les marchés de conformité — là où des protocoles agricoles ou connexes ont été approuvés — comprennent le Régime de crédits compensatoires pour les GES, le système TIER de l’Alberta, le système de tarification fondé sur le rendement de la Colombie-Britannique et le système de plafonnement et d’échange du Québec. Le Régime de crédits compensatoires pour les GES du gouvernement fédéral est accessible aux agriculteurs partout au pays, sauf lorsqu’un protocole existe déjà dans leur ressort pour la pratique agricole visée (par exemple, la réduction des émissions de méthane chez les bovins de boucherie).

    • Régime de crédits compensatoires pour les GES du gouvernement fédéral :                

      – Réduction des émissions de méthane entérique provenant des bovins de boucherie

    • Système de tarification fondé sur le rendement de l’Alberta (registre TIER) :

      – Réduction des émissions d’oxyde nitreux en agriculture

      – Production et utilisation de biocarburants

      – Production et combustion de biogaz

      – Efficacité énergétique

      – Réduction des émissions de GES provenant des bovins d’engraissement              

      – Sélection de bovins sur la base de marqueurs associés à une faible consommation résiduelle d’aliments

    • Système de tarification fondé sur le rendement de la Colombie-Britannique :

      – Méthane provenant des déchets organiques.

      – Substitution de carburants

    • Système de plafond-échange du Québec :

      – Destruction du méthane par couverture des installations de stockage du fumier

      – Digestion anaérobie du fumier

1. Fédération fragmentée : des marchés peu profonds freinent la mise à l’échelle  

La fragmentation décourage les investisseurs de considérer le Canada comme un marché uni. Le système décentralisé de tarification du carbone au Canada pose plusieurs défis pour le déploiement à grande échelle des crédits compensatoires agricoles à des fins d’investissement, notamment :

  • Complexité et ambiguïté des politiques pour les agriculteurs qui cherchent à accéder aux marchés

  • Fardeau administratif élevé pour les entreprises réglementées, les agrégateurs et les investisseurs qui exercent leurs activités dans plusieurs ressorts ou doivent atteindre une échelle suffisante pour démontrer la rentabilité de leurs investissements.

  • Marchés de petite taille caractérisés par une faible participation des investisseurs et un manque de liquidité

  • Utilisation inefficace des ressources et de l’expertise canadiennes en matière de conception et de développement des marchés

Pour compliquer davantage la situation, le système canadien s’inscrit dans un paysage international des marchés volontaires et de conformité qui est lui aussi fragmenté. Ce paysage est difficile à appréhender en raison de la diversité des registres, des normes et des protocoles de compensation, qui ne sont pas équivalents, ce qui crée de l’incertitude quant au marché et à la qualité des crédits.

Aperçu de l'activité du marché de conformité au Canada dans le secteur agricole

La fragmentation au Canada entraîne plusieurs inefficacités sur le marché. En particulier, les limites liées à l’utilisation interjuridictionnelle des protocoles et au développement des projets restreignent l’utilisation efficace des ressources et de l’expertise nationales. L’élaboration de protocoles agricoles et de projets de crédits compensatoires nécessite une expertise technique importante et du temps afin de mettre en place des normes et des systèmes de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification. Lorsque les protocoles ne sont pas transférables et que les projets ne sont pas déployés à l’échelle de plusieurs ressorts, cela peut entraîner une duplication des ressources et nuire aux économies d’échelle dans le développement des projets. Par exemple, Environnement et Changement climatique Canada a récemment élaboré un protocole dans le système fédéral de crédits compensatoires visant la réduction des émissions dans les parcs d’engraissement bovins. Toutefois, ces protocoles fédéraux ne peuvent pas être utilisés dans les systèmes provinciaux lorsqu’un protocole équivalent y est déjà en place. Les producteurs de bovins de boucherie de l’Alberta — dont les parcs d’engraissement comptent pour plus de 70 % du bétail de parcs d’engraissement au Canada — ne peuvent pas utiliser le protocole fédéral, même s’il leur conviendrait. Ils doivent recourir au protocole du système TIER de l’Alberta, ce qui donne lieu à un protocole distinct auquel la majorité des parcs d’engraissement du pays n’ont pas accès.

2. Protocoles peu pratiques : un rôle limité de l’agriculture dans la réduction des GES

L’absence de protocoles approuvés et applicables pour les pratiques climato-intelligentes est l’un des principaux obstacles au renforcement de la présence de l’agriculture sur les marchés de conformité. Les développeurs ne peuvent pas émettre de crédits sans protocoles permettant de suivre et de vérifier les réductions d’émissions. Sans protocoles, il n’y a pas de crédits compensatoires.

L’élaboration de protocoles est un processus hautement technique et l’établissement d’un consensus sur les approches de MSDV constitue un défi à l’échelle mondiale. Au Canada, en particulier, les protocoles agricoles se sont révélés particulièrement difficiles à mettre en place — les plus récents étant le fruit d’une approche lente et prudente face aux risques. Par exemple, le protocole sur l’enrichissement du carbone organique des sols est en développement dans le système fédéral depuis plus de trois ans, l’équipe technique s’efforçant de concevoir un protocole conforme aux normes du système tout en étant applicable sur le terrain.

Couverture des crédits compensatoires à l'échelle du Canada

Au Canada, on privilégie des mesures directes propres à chaque projet pour démontrer les impacts. Bien que cette méthode favorise une plus grande précision, elle peut entraîner des coûts et des besoins en ressources pour l’approche de MSDV, en particulier lorsque les projets ne sont pas déployés à grande échelle. Trouver un équilibre entre rigueur et faisabilité de l’approche de MSDV constitue le principal défi pour la conception des protocoles à l’avenir. Les développeurs de projets qui ont testé différentes versions du Protocole de réduction des émissions d’oxyde nitreux (PREON) dans le système TIER de l’Alberta ont mis ce défi en évidence. Les projets PREON ont montré les décalages possibles entre les exigences de MSDV, la qualité des données à l’échelle des exploitations agricoles et les réalités du terrain dans des écosystèmes naturels.

3. Bloqués au stade pilote : petits projets, faible rendement, croissance lente

La création d’un réseau mobilisé d’agriculteurs, de développeurs de projets et de décideurs publics nécessite la mise à l’essai de programmes qui permettent de développer l’expertise et de créer des pôles d’innovation. Le problème est que de nombreux projets agricoles de crédits compensatoires au Canada peinent à dépasser le stade pilote. En conséquence, le Canada occupe une place limitée sur le marché — représentant seulement 0,2 % des projets agricoles dans les registres volontaires mondiaux établis. Ces projets n’ont pas encore généré de crédits.3

Plusieurs autres facteurs expliquent le manque de projets agricoles à grande échelle sur les marchés volontaires et de conformité, notamment : la conception des protocoles, une connaissance limitée au Canada des options crédibles de marchés du carbone pour l’agriculture, un accès restreint au capital initial nécessaire pour développer les projets, la dispersion géographique, le faible nombre d’entreprises agrotechnologiques et agroalimentaires ayant leur siège au Canada, ce qui peut influencer le choix des lieux où les entreprises lancent leurs premiers projets pilotes et amorcent leur croissance. L’expérimentation du Protocole relatif aux projets de conservation des prairies du Canada dans le registre volontaire Carbon Action Reserve illustre également les défis liés à la mise à l’échelle lorsque la valeur des crédits ne correspond pas à l’ampleur des engagements exigés des agriculteurs et des éleveurs, comme la signature d’ententes de conservation ou de servitudes, ainsi que des garanties de permanence sur 100 ans.

L’expérience acquise sur les marchés volontaires peut servir de banc d’essai pour les agriculteurs, les agrégateurs et les autorités réglementaires, qui ont besoin d’études de cas, comme le Projet pilote du protocole relatif aux projets de conservation des prairies, pour résoudre les enjeux techniques et orienter la participation future aux marchés et l’élaboration des protocoles. Toutefois, cela nécessite que les autorités réglementaires mettent en œuvre les leçons tirées. La validation du potentiel de mise à l’échelle des crédits agricoles et l’exploration des mécanismes de conception des marchés avant leur intégration dans les systèmes de conformité constituent une approche actuellement menée par l’Union européenne (UE), où est exploité le plus important système d’échange de quotas d’émission au monde en valeur. La Commission européenne a été appelée à intégrer les absorptions de carbone, y compris les crédits agricoles, dans le système d’échange de quotas d’émission de l’UE. Elle répond à cette demande en évaluant d’abord les impacts dans les marchés volontaires. L’UE a adopté en 2024 le règlement Carbon Removals and Carbon Farming, qui établit l’architecture de marché du premier cadre de certification volontaire à l’échelle de l’UE pour les projets d’absorption de carbone reconnus par la Commission européenne. Des approches comme celle-ci peuvent aider à faire passer les projets au-delà de la phase pilote en renforçant la confiance des investisseurs grâce à une reconnaissance réglementaire, tout en proposant une progression graduelle vers des exigences plus strictes et la conformité, en commençant par le marché volontaire.

4. Absence de partage des risques : des conditions de marché qui isolent agriculteurs, régulateurs et investisseurs

La mise en place de nouvelles pratiques peut comporter des risques financiers et opérationnels pour les agriculteurs — un défi mondial dans le déploiement à grande échelle de pratiques climato-intelligentes. Les paiements liés aux crédits carbone sont généralement versés après la vérification des réductions d’émissions de GES et la vente des crédits sur le marché. Cela peut créer un décalage important entre les investissements des agriculteurs dans de nouvelles pratiques et technologies et la réception des paiements associés aux crédits carbone. Selon la conception du projet et la disponibilité de capitaux initiaux provenant des acheteurs de crédits (p. ex. ententes d’achat à terme), les agrégateurs de projets peuvent verser des paiements intermédiaires aux agriculteurs afin de couvrir une partie de la valeur des crédits pendant que le projet suit le processus de MSDV. Cette option comporte toutefois des risques pour les investisseurs : que se passe-t-il si le projet ne respecte pas les normes de MSDV et ne génère pas de crédits ? Cette dynamique, où les risques des investisseurs et des agriculteurs peuvent diverger, constitue un enjeu clé à résoudre pour développer les projets de crédits compensatoires agricoles à grande échelle. Les marchés du carbone, en particulier les marchés de conformité, imposent des exigences strictes en matière d’additionnalité. Il faut démontrer que le changement de pratique a été motivé par le marché du carbone, ce qui limite souvent la possibilité d’utiliser d’autres incitatifs financiers pour combler les écarts.

Les pratiques climato-intelligentes peuvent contribuer à améliorer les marges bénéficiaires, mais cela peut prendre du temps. Au-delà des coûts initiaux, comme l’achat de semences de cultures de couverture, il existe également des risques pour les rendements et les marges si les nouvelles pratiques ne donnent pas les résultats escomptés. Selon Bain and Company, les agriculteurs canadiens qui adoptent des pratiques climato-intelligentes font face, en moyenne, à une période de trois à cinq ans de rendements potentiellement plus faibles et de coûts plus élevés par acre avant d’atteindre la rentabilité4. Les agriculteurs assument donc des risques liés aux coûts de participation au marché, surtout pour le protocole de MSDV, et aux pertes de productivité si les pratiques ne se traduisent pas par une solide réduction des GES.

5. Talents et innovation recherchés : le Canada est à la traîne en matière d’expertise du marché du carbone

Les limites de conception des marchés — de la fragmentation aux protocoles peu pratiques — ont fait en sorte que le Canada accuse un retard dans le développement des talents et des outils nécessaires pour concevoir des protocoles, déployer des projets à grande échelle et émettre des crédits agricoles. Entre-temps, nos pairs du monde entier prennent de l’avance. Les États-Unis, l’UE et l’Australie, de même que des économies émergentes comme le Brésil, établissent de vastes réseaux d’expertise, incluant des développeurs de projets, des entreprises agrotechnologiques spécialisées en MSDV, ainsi que des institutions et des consultants disposant d’une solide expérience dans la définition des mécanismes de marché pour l’agriculture dans des cadres de gouvernance environnementale.

Les politiques et programmes gouvernementaux favorisant le développement des marchés peuvent jouer un rôle clé dans le renforcement des compétences et de l’expertise en matière de marchés du carbone. Le département de l’agriculture des États-Unis (USDA) a lancé en 2022 le programme Partnerships for Climate-Smart Commodities — un investissement de 3,1 milliards de dollars américains dans plus de 140 projets, visant à fournir un soutien technique et financier pour aider les producteurs à adopter des pratiques climato-intelligentes, à tester des méthodes innovantes et rentables de MSDV et à développer des marchés pour ces pratiques. Selon l’USDA, cet investissement a permis de créer des centaines de nouvelles occasions de marché et de réduire de 60 mégatonnes les émissions de GES sur la durée de vie des projets5. De tels investissements créent également un besoin accru de développer l’expertise des services de soutien — notamment en agronomie et en conseil financier — afin de mieux accompagner les agriculteurs dans l’accès aux mécanismes de marché liés à la réduction des émissions de GES.

Comment d’autres ressorts intègrent l’agriculture dans la tarification du carbone industriel

Contexte :

L’Union européenne soutient traditionnellement les pratiques climato-intelligentes par des programmes de subventions, mais depuis 2024, elle développe l’architecture de marché afin d’offrir aux agriculteurs davantage d’options de financement hybrides.

Approche :

La pierre angulaire de l’architecture de marché permettant à l’agriculture de participer aux marchés du carbone reconnus par la Commission européenne est le règlement Carbon Removals and Carbon Farming.

Ce règlement établit un système de certification à l’échelle de l’UE pour les absorptions de carbone, permettant aux agriculteurs de générer des crédits compensatoires qui seront d’abord disponibles sur les marchés volontaires. L’UE envisage une approche progressive pouvant mener à l’intégration de l’agriculture dans le système d’échange de quotas d’émission de l’UE.

Ambition :

Mettre en place des mécanismes de marché permettant à l’agriculture de participer aux marchés du carbone et de contribuer à la décarbonation du système alimentaire européen, avec un fort accent sur l’intégrité et la qualité des crédits.

Contexte :

Une approche orientée vers le marché depuis 2011, visant l’intégration de l’agriculture dans les marchés de conformité comme source principale de crédits.

Approche :

Le cadre de conformité australien permet aux agriculteurs de générer volontairement des unités australiennes de crédits carbone, achetées par de grands émetteurs industriels réglementés et par le gouvernement au moyen d’enchères afin de garantir une demande à long terme.

L’accent mis sur la création de crédits liés aux absorptions de carbone en agriculture a suscité des débats sur l’intégrité et la qualité des crédits.

Ambition :

Intégrer pleinement l’agriculture aux marchés de conformité en tant que source de crédits compensatoires contribuant aux objectifs nationaux de décarbonation.

Contexte :

La Californie a aligné son système de plafonnement et d’échange avec des mécanismes de financement pour soutenir la décarbonation, offrant aux agriculteurs des voies pour générer des crédits carbone et bénéficier d’un appui financier pour des projets climato-intelligents.

Approche :

Le système de plafonnement et d’échange de la Californie couvre les grands émetteurs industriels réglementés et permet aux entreprises d’utiliser un nombre limité de crédits compensatoires lorsqu’elles ne respectent pas les seuils de conformité.L’agriculture peut constituer une source de ces crédits au moyen de protocoles approuvés, notamment la digestion anaérobie et la réduction des émissions de méthane issues de la culture du riz. Pour soutenir l’absorption du carbone en agriculture, la Californie utilise des programmes de financement tels que le Healthy Soils Program.

Pour soutenir l’absorption du carbone en agriculture, la Californie utilise des programmes de financement tels que le Healthy Soils Program.

Ambition :

Offrir plusieurs voies pour soutenir l’adoption de pratiques climato-intelligentes en agriculture — à la fois par les crédits et par des programmes de financement — tout en réduisant les risques associés aux crédits d’absorption dans les marchés de conformité.

Contexte:

Les cadres politiques relatifs aux marchés de conformité et à la participation de l’agriculture sont en évolution et en cours de consolidation. À l’heure actuelle, on observe une combinaison de marchés volontaires, de projets pilotes de conformité et de programmes de financement, avec des plans visant à développer un marché de conformité pour les grands émetteurs industriels et à potentiellement inclure l’agriculture comme source de crédits compensatoires.

Approche :

Le système brésilien d’échange de quotas d’émission de GES, établi en 2024, est actuellement en phase de mise en place. Il devrait être pleinement opérationnel d’ici 2030, et, selon les experts en politiques publiques, offrir au secteur agricole la possibilité de générer des crédits. La quantité de crédits compensatoires pouvant être utilisée par les émetteurs réglementés devrait être plafonnée.

Ambition :

Positionner l’agriculture comme participant volontaire aux marchés de conformité afin d’inciter à la réduction des émissions, en complément d’autres mécanismes actifs dans le pays, comme les programmes de compensation interne du carbone et les marchés volontaires.

Contexte:

L’agriculture, en particulier les émissions de méthane provenant du bétail, constitue la principale source d’émissions du pays, ce qui a suscité un débat intense sur la manière de réduire les émissions dans ce secteur.

Une tarification du carbone pour les émissions agricoles était prévue, mais le plan de réduction des émissions révisé pour 2026 a réorienté son approche afin de privilégier l’investissement dans l’innovation et les technologies au sein des exploitations agricoles, dans le but de réduire les émissions de GES.

Approche :

À l’heure actuelle, les pratiques agricoles ne sont pas réglementées dans le cadre du système d’échange de quotas du pays, et les agriculteurs génèrent des crédits par l’entremise de projets forestiers.

Pour s’attaquer aux émissions de GES provenant du bétail, le pays a mis en place un fonds d’investissement public-privé, AgriZero, visant à déployer à grande échelle des innovations dont l’efficacité pour réduire ces émissions a été démontrée. Ce fonds fonctionne séparément du système d’échange de quotas.  

Ambition :

Trouver un équilibre entre les objectifs économiques et les objectifs de réduction des émissions du secteur de l’élevage, en reconnaissant que ce secteur est à la fois un moteur central de croissance et un contributeur majeur à l’inventaire national des GES.

1. Élaborer un cadre d’harmonisation des crédits compensatoires agricoles à l’échelle fédérale et provinciale

Harmoniser les registres, les projets et les protocoles agricoles entre les systèmes provinciaux et fédéraux. C’est comparable à l’élimination des barrières commerciales interprovinciales. Le gouvernement fédéral et les provinces pourraient négocier des ajustements d’harmonisation formels dans le cadre de la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre, notamment :

  • Reconnaissance de l’équivalence des protocoles : permettre à chaque ressort de reconnaître les normes des autres, réduisant ainsi la redondance et la lourdeur administrative.

  • Fongibilité des crédits : stimuler l’activité du marché et diversifier la demande entre juridictions.

  • Normes et mesures de protection MSDV : éviter les incohérences et le double comptage, tout en apportant clarté et certitude quant à la qualité des crédits.

  • Interopérabilité des registres : permettre aux développeurs de projets et aux investisseurs de déployer des projets à l’échelle de plusieurs ressorts, tout en facilitant l’accès aux données, leur échange et leur interprétation à l’échelle du Canada.

  • Coordination des réserves de précaution : centraliser les réserves de crédits servant de mécanisme d’assurance en cas d’inversion ou de surestimation.

Dans ce cadre, les projets agricoles respectant les normes fédérales d’intégrité environnementale pourraient être développés sur plusieurs marchés de conformité. Cette approche permettrait de déployer des projets dans plusieurs provinces aux systèmes de production similaires. Par exemple, la région de l’Aspen Parkland, qui s’étend du Manitoba à l’Alberta, la région de Peace River, répartie entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, ainsi que le Great Clay Belt, qui traverse la frontière nord de l’Ontario jusque dans l’ouest du Québec. Une telle interopérabilité pourrait accroître la liquidité du marché, réduire les coûts de projet pour les agriculteurs et les développeurs, limiter la duplication administrative et créer des incitatifs plus clairs pour les agriculteurs et les investisseurs.

Des marchés intégrés comme la Western Climate Initiative, qui plafonne les émissions à 352 mégatonnes, démontrent que des systèmes harmonisés sont possibles et favorisent des marchés plus profonds, avec des volumes d’échange accrus et une meilleure stabilité des prix.6

Pour veiller à ce que l’harmonisation des crédits compensatoires agricoles ne génère pas de volatilité et préserve l’intégrité des références sectorielles, des mesures additionnelles pourraient être intégrées au sein d’un système harmonisé, notamment :

  • L’établissement d’un prix plancher pour les crédits agricoles lié au prix fédéral du carbone

  • La possibilité de conclure des contrats à terme pluriannuels entre agriculteurs et émetteurs industriels

  • La fixation  de plafonds annuels d’émission de crédits

  • L’examen des impacts du marché tous les trois ans

2. Portail de transfert entre marchés de crédits compensatoires et marchés internes

Le manque d’intégration entre les marchés volontaires et de conformité est souvent cité comme un obstacle à l’investissement et à l’accès des agriculteurs. Un portail permettrait de déplacer les projets vers des registres volontaires de compensation interne — où des entreprises investissent dans des réductions de GES au sein de leur chaîne logistique. Ce mécanisme permettrait d’accroître l’accès à des projets agricoles robustes contribuant à la réduction des émissions de GES, tout en évitant une surabondance de crédits sur les marchés de conformité.

En complément de la demande des marchés de conformité, les projets agricoles de réduction des émissions de GES suscitent également l’intérêt des entreprises agroalimentaires qui se sont engagées à réduire les émissions de leur chaîne logistique (c.-à-d. les émissions de portée 3), lesquelles proviennent en grande partie de la production agricole. La mise en place d’un portail national de transfert pour les projets agricoles permettrait de rediriger ces projets vers des acheteurs du secteur agroalimentaire cherchant à réduire les émissions de leur chaîne logistique. Le transfert de projets de crédits compensatoires vers des projets de compensation interne peut nécessiter certains ajustements de l’approche de MSDV, comme le passage d’une mesure de référence fondée sur une intervention à une méthodologie fondée sur un inventaire. Ces ajustements doivent être effectués avant l’émission de crédits, puisque les lignes directrices internationales applicables aux entreprises agroalimentaires ayant des cibles de portée 3 interdisent l’utilisation de crédits compensatoires pour comptabiliser les réductions d’émissions de portée 3. La mise en œuvre de tels mécanismes est pilotée par des organisations comme Verra, qui s’apprête à publier des lignes directrices sur le transfert de projets depuis son registre volontaire de crédits compensatoires, le registre Verified Carbon Standard (VCS), vers son programme de compensation interne, le programme Scope 3 Standard (S3S). Permettre ce type d’intégration des marchés pourrait créer les conditions nécessaires pour renforcer la confiance des entreprises agroalimentaires et stimuler les investissements dans des projets de compensation interne réalisés au Canada, puisqu’ils reposeraient sur des protocoles approuvés par les autorités publiques.

3. Créer un volet dédié aux crédits compensatoires agricoles dans le cadre du système de tarification fondé sur le rendement

La création d’un volet de crédits compensatoires agricoles, défini dans les limites d’utilisation des crédits allouées aux émetteurs réglementés, pourrait constituer une approche permettant d’équilibrer le risque de surabondance de crédits sur le marché, tout en stimulant la création ciblée de crédits compensatoires agricoles. Dans les limites actuelles d’utilisation des crédits compensatoires prévues par les systèmes provinciaux et fédéral, ce volet pourrait être intégré aux exigences existantes imposées aux émetteurs réglementés, en les obligeant à consacrer une part de leurs achats de crédits à des projets agricoles lorsque ceux-ci sont disponibles sur le marché.

Les crédits agricoles devraient être intégrés au marché du carbone industriel de manière à soutenir la maîtrise des coûts, sans affaiblir les incitatifs à la décarbonation industrielle. À mesure que les seuils sectoriels se resserrent en vue des cibles climatiques de 2035 et 2050 du Canada, le recours obligatoire aux crédits agricoles pourrait diminuer progressivement.

Cette structure permettrait aux crédits agricoles de jouer trois rôles complémentaires, tout en maintenant la décarbonation industrielle comme principal moteur de réduction des émissions :

  • contribuer à la maîtrise des coûts pour l’industrie ;

  • générer de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs et soutenir les économies rurales ;

  • permettre des réductions additionnelles en dehors des secteurs industriels lourds.

4. Accélérer l’approbation de protocoles agricoles applicables

Les projets de compensation agricole n’ont pas tous la même valeur stratégique. En reconnaissant que certains crédits présentent davantage de co-bénéfices ou de risques que d’autres, le Canada pourrait adopter une hiérarchisation publique des protocoles agricoles, classant les pratiques climato-intelligentes selon leur coût et leurs risques en matière de MSDV, leur potentiel de réduction des émissions de GES et leurs co-bénéfices, afin de prioriser le développement et la réforme des protocoles.

  • Les protocoles à priorité élevée pourraient mettre l’accent sur les mesures de compensation qui sont assorties de solides cadres de MSDV et qui procurent une valeur économique concrète à long terme au-delà des crédits, notamment :

    • digesteurs de fumier liés au gaz naturel renouvelable ;

    • additifs alimentaires réduisant les émissions de méthane du bétail ;

    • gestion de précision de l’azote.

  • Les protocoles de priorité moyenne pourraient viser des pratiques offrant des bénéfices écosystémiques plus larges et contribuant à la résilience, mais présentant davantage d’incertitudes en matière de MSDV, notamment :

    • cultures de couverture ;

    • systèmes de travail du sol réduit ou sans labour ;

    • rotations culturales améliorées ;

    • restauration des Prairies ;

    • Edge of field rehabilitation (e.g., restoring wetlands)

  • Les protocoles à faible priorité pourraient porter sur des pratiques émergentes présentant un potentiel, mais nécessitant des avancées technologiques ou une mise à l’échelle des procédés pour être applicables au Canada, notamment :

    • biochar ;

    • inoculants microbiens.

La science sous-jacente des approches de MSDV des protocoles agricoles n’est pas parfaite — notre compréhension des écosystèmes naturels demeure intrinsèquement limitée — et il existe des risques importants d’erreur dans l’évaluation du lien entre l’adoption de pratiques agricoles et les réductions d’émissions de GES. Il est toutefois possible de gérer ces risques de manière responsable tout en accélérant l’approbation des protocoles.

Par exemple, les protocoles agricoles peuvent intégrer :

  • des scénarios de référence prudents :

  • des tests d’additionnalité fondés sur des scénarios contrefactuels ;

  • des mécanismes de réserve pour couvrir les risques de réversibilité ;

  • des cadres de suivi sur plus de 20 ans pour le carbone des sols.

5. Regrouper les projets agricoles de crédits compensatoires et investir dans les approches régionales de MSDV pour atteindre une échelle viable

La plupart des exploitations agricoles canadiennes génèrent des volumes relativement modestes de réductions d’émissions de GES, ce qui rend souvent le coût d’enregistrement et de vérification de projets individuels prohibitif. Par ailleurs, de nombreux agriculteurs canadiens ne connaissent pas clairement les voies d’accès pour participer à des projets regroupés.

Pour surmonter ces obstacles, le gouvernement fédéral pourrait mettre en place un cadre national d’agrégation permettant d’agréer des agrégateurs de projets tiers par l’entremise du système existant de crédits et de suivi, et de les inscrire dans un registre public lorsqu’ils développent des projets auxquels les agriculteurs peuvent adhérer, en complément de la liste des projets actifs déjà publiée. Cette liste d’agrégateurs tiers deviendrait ainsi un point d’accès fiable pour les agriculteurs souhaitant participer à de tels projets.

En complément d’une meilleure transparence de l’accès au marché, les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient également envisager de structurer des volets de financement, notamment dans le cadre de programmes comme le Programme des technologies propres en agriculture, afin de soutenir le développement d’approches régionales en matière de MSDV. Ces fonds pourraient être accessibles aux organisations agricoles, en partenariat avec des agrégateurs de projets, afin de développer des ressources sur le terrain et une expertise technique facilitant la participation des agriculteurs aux projets ainsi que l’adoption des technologies nécessaires à la collecte de données pour les systèmes de MSDV et à la réduction des émissions de GES. Des investissements ciblés et avancés dans les technologies et les ressources de MDSV nécessaires à l’émission de crédits agricoles robustes pourraient inclure :

  • la télédétection et le suivi des sols par satellite ;

  • des processus d’échantillonnage des sols simplifiés et harmonisés ;

  • l’intégration de plateformes numériques de données agricoles et la sensibilisation des agriculteurs aux exigences en matière de données ;

  • des facteurs d’émission normalisés pour les pratiques climato-intelligentes, adaptés aux réalités régionales.

En adoptant un modèle de développement de projets plus inclusif et en élargissant les possibilités de participation, le Canada pourrait accroître la présence de l’agriculture sur le marché tout en maintenant une supervision environnementale rigoureuse.

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Le prix des aliments devait se stabiliser à l’échelle mondiale en 2026, mais les perturbations ont profondément changé la donne. Au lieu de s’atténuer, les risques penchent désormais vers une nouvelle poussée de l’inflation alimentaire.

Le principal facteur géopolitique, à l’heure actuelle, est le conflit au Moyen-Orient, et plus précisément les perturbations qui touchent une artère névralgique – le détroit d’Ormuz – pour le commerce mondial de l’énergie et des engrais. La Banque mondiale s’attend maintenant à ce que les prix de l’énergie bondissent d’environ 24 % en 2026. Cette hausse des prix de l’énergie est lourde de conséquences pour le prix des aliments, puisque l’énergie entre directement dans le coût du transport, de la transformation et de la réfrigération. C’est un effet inflationniste de second tour classique : l’inflation alimentaire suit l’inflation énergétique avec plusieurs mois de décalage.

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement en engrais constituent le risque caché que le conflit fait peser sur les prix des aliments – et le plus sous-estimé. Selon la Banque mondiale, le prix des engrais devrait augmenter de 31 %, alors qu’environ le tiers du commerce mondial des engrais transite par le détroit d’Ormuz. L’urée, un engrais essentiel pour accroître les rendements agricoles, a augmenté de 86 % en mars 2026 par rapport à la même période l’an dernier, avec un bond de 53 % depuis février seulement en raison des tensions au Moyen-Orient.

En règle générale, le choc sur les prix des engrais produit un effet différé, mais puissant : les agriculteurs réduisent leur utilisation d’engrais, les rendements diminuent, puis une flambée des prix des aliments s’enclenche – avec un certain décalage (2026-2027).

Selon le Conseil international des céréales, nous en observons déjà les premiers signes : les agriculteurs devraient réduire les superficies ensemencées, tandis que les bilans céréaliers se resserreraient à l’approche de la saison 2026-2027.

À cela s’ajoute le risque climatique : les perspectives de production alimentaire de cette année, jusque-là plutôt rassurantes, pourraient désormais devenir un facteur supplémentaire d’aggravation de la faim dans le monde. Cette saison agricole, les agriculteurs devraient faire face à ce que les projections décrivent comme une perturbation liée à un « super » El Niño, qui provoquerait des sécheresses en Asie et en Australie, tout en risquant d’entraîner un excès d’humidité en Amérique du Nord et du Sud. Ces dynamiques météorologiques difficiles à prévoir pourraient freiner la production dans les plus grands greniers agricoles du monde, où l’on cultive le riz, le blé et le soya.

À l’échelle mondiale, on estime que 363 millions de personnes risquent de souffrir de faim aiguë en 2026, un nombre en hausse sous l’effet des conflits et des changements climatiques, en particulier les vagues de chaleur et les sécheresses, qui compliquent la production alimentaire et l’accès aux aliments dans les pays en développement et les pays instables.

Au Canada, pays d’abondance, ce sont les personnes en situation d’insécurité alimentaire qui ressentent le plus durement le poids de l’abordabilité des aliments. Or, les perturbations mondiales devraient faire monter les prix encore davantage en 2026. Selon les plus récentes estimations du Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, les prix des aliments devraient augmenter de 4 % à 6 % pour les Canadiens entre 2025 et 2026, ce qui représente près de 1 000 $ de plus par année à l’épicerie pour une famille moyenne de quatre personnes.

À surveiller : les politiques adoptées en réaction à l’inflation alimentaire pourraient perturber encore davantage les flux commerciaux mondiaux. Lorsque les risques mondiaux s’intensifient, la géopolitique peut redessiner les flux commerciaux, notamment par des restrictions à l’exportation destinées à protéger les stocks alimentaires nationaux ; de leur côté, les resserrements monétaires des banques centrales peuvent freiner la demande, mais aussi accroître la volatilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Conclusion : les risques liés à l’accès aux aliments et aux prix sont passés d’un niveau modéré à une phase d’intensification. Les attentes d’inflation alimentaire sont revues à la hausse, et plus rapidement que prévu : l’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a augmenté de 2,4 % entre février et mars 2026, sous l’effet de pressions marquées sur les prix des huiles, du sucre et des céréales.

—Lisa Ashton

Ottawa prépare un sommet plus tard cette année afin d’attirer un billion de dollars en nouveaux investissements sur cinq ans. Les données de février sur les titres offrent un premier aperçu du plan de match des investisseurs étrangers au Canada.

Les investisseurs mondiaux restent au Canada, mais réorientent leurs positions en fonction de la guerre commerciale. En février, les investisseurs étrangers ont injecté 6,2 milliards de dollars dans les valeurs canadiennes, ce qui s’ajoute aux 106 milliards de dollars accumulés au cours des quatre mois précédents. Parallèlement, les investisseurs canadiens ont placé 25,4 milliards de dollars dans des valeurs étrangères, soit la plus importante sortie de capitaux depuis mars 2024. Même si les données mensuelles sur les titres sont, par nature, volatiles, le résultat net s’est traduit par une sortie de 19,2 milliards de dollars de l’économie canadienne. Le chiffre global, toutefois, ne dit pas tout. Les données de février racontent moins une seule histoire que trois dynamiques simultanées : des investisseurs étrangers qui font la distinction entre le crédit canadien et les perspectives de croissance, des capitaux canadiens en quête de rendements aux États-Unis, et un marché qui compose avec les remous commerciaux.

Du côté des actions, la rotation est structurelle, et non aléatoire. Les capitaux étrangers opèrent une forte rotation au sein des actions canadiennes : ils se retirent de l’énergie et du secteur manufacturier pour se tourner vers les banques. Les investisseurs étrangers ont vendu pour 9,2 milliards de dollars d’actions canadiennes en février, même si l’indice de référence TSX a progressé de 7,6 %. À l’échelle sectorielle, l’intermédiation de crédit et les services connexes ont absorbé 12,1 milliards de dollars en février seulement, soit le plus important afflux jamais enregistré pour un seul secteur dans l’ensemble de données. L’énergie et les mines ont perdu 9,4 milliards de dollars au cours du même mois, leur plus faible résultat des cinq derniers mois. Le secteur manufacturier a enregistré des sorties de capitaux dans quatre des cinq derniers mois. Cette tendance n’a rien d’aléatoire : les gestionnaires étrangers concentrent leurs placements dans des actifs à l’abri des perturbations commerciales, comme les banques, tout en réduisant leur exposition aux secteurs qui y sont plus vulnérables, comme l’énergie et le secteur manufacturier.

Le marché obligataire offre, lui, un certain réconfort. Les investisseurs étrangers ont ajouté 22,6 milliards de dollars en obligations canadiennes en février, dont 11,1 milliards de dollars en obligations de sociétés, principalement des obligations en devises émises par des sociétés financières canadiennes, ainsi que 8,4 milliards de dollars en obligations du gouvernement fédéral. Dans le même temps, ils ont vendu pour 9,2 milliards de dollars d’actions canadiennes. Ces mouvements témoignent de la confiance des investisseurs étrangers à l’égard de la qualité du crédit canadien, mais aussi d’une prudence accrue à l’égard des actions.

Sydney Wisener

Le représentant américain au Commerce a fourni de nouvelles observations sur l’ACEUM

  • Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré devant un auditoire à Washington que la politique américaine continuerait d’être guidée par « L’Amérique d’abord », et que l’accord commercial Canada–États-Unis–Mexique plaçait les deux partenaires des États-Unis dans la position commerciale la plus enviable qui soit avec ce pays.

  • M. Greer a toutefois indiqué une volonté de collaborer avec le Canada dans les secteurs de l’énergie et des minéraux critiques, tout en mettant en garde contre leur utilisation comme levier dans les négociations commerciales. Comme en écho à ces propos, le président américain Donald Trump a signé un décret autorisant un projet d’oléoduc Canada-Wyoming.

La plus haute responsable du commerce de l’UE quitte ses fonctions en raison de désaccords sur l’accord entre les États-Unis et l’UE

  • Sabine Weyand will step down as Director-General for Trade after raising concerns that the agreement the EU struck with President Donald Trump does not meet global trade rules.

  • La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, a défendu à plusieurs reprises l’accord – aux termes duquel l’UE a accepté de payer des droits de douane de 15 % sur la plupart des produits, tout en ramenant à zéro les droits de douane sur la plupart des produits américains – en le présentant comme une première étape vers un accord de libre-échange plus vaste.

L’OCDE signale une hausse soutenue des restrictions à l’exportation de minéraux critiques

  • L’analyse montre que les restrictions à l’exportation de minéraux critiques ont quintuplé depuis 2009, un nombre croissant de pays imposant des contrôles sur des intrants liés à la défense, aux technologies et à l’énergie.

  • La Chine continue de dominer l’offre, assurant environ 70 % de la production de terres rares et plus de 90 % de certaines matières essentielles, tandis que les récentes perturbations des exportations mettent en relief la vulnérabilité persistante des chaînes d’approvisionnement.

La Chine menace de riposter au projet européen « Made in Europe »

  • Le ministère chinois du Commerce a averti l’UE qu’il pourrait prendre des contre-mesures si le projet de loi sur l’accélérateur industriel proposé par le bloc restreignait l’accès des entreprises chinoises aux subventions et aux marchés publics.

  • L’initiative de l’UE vise clairement à réduire les dépendances à l’égard de la Chine et à porter la part du secteur manufacturier dans le PIB à 20 % d’ici 2035, contre 14,3 % actuellement.

—Thomas Ashcroft

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La récente entente de principe d’équivalence sur le méthane entre le Canada et l’Alberta fixe un objectif de réduction de 75 % des émissions de méthane de pétrole et de gaz d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2014.1 Cela pourrait s’avérer déterminant pour les ambitions climatiques du pays : le méthane a environ 80 fois plus d’incidence sur le réchauffement que le CO₂, sur une période de 20 ans, et représente près d’un quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur, ce qui en fait l’un des leviers les moins coûteux et les plus percutants pour les avancées liées au climat à court terme.

Pour les producteurs de pétrole et de gaz, la mesure et l’analyse du rendement des émissions de méthane offrent maintenant une plus grande souplesse sur le plan de la mise en œuvre, mais avec la vérification au premier plan.

Dans de nombreux cas, les entreprises du secteur du pétrole et du gaz sont déjà en place et comprennent plusieurs technologies clés de réduction des émissions de méthane, notamment : 

  • Unités de récupération de vapeur qui captent le gaz de réservoirs d’entreposage qui autrement serait libéré dans l’atmosphère ;

  • Systèmes pneumatiques à faible purge qui éliminent les émissions de méthane courantes provenant des instruments de contrôle des vannes et des pompes ;

  • Remplacements de joint d’étanchéité de compresseur pour prévenir les fuites des appareils sous pression ;

  • Leak detection and repair programs that use optical gas imaging and continuous monitors to find and tackle fugitive emissions.

Ensemble, ces technologies pourraient réduire les émissions de plus de trois millions de tonnes par année, soit l’équivalent d’environ 1 % des émissions annuelles en Alberta.2 La province a déployé ces technologies à grande échelle. Depuis 2019, l’Alberta a investi 172 millions de dollars dans la technologie de réduction du méthane, incluant l’installation de plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou à purge nulle. Les résultats sont tangibles : les programmes financés par le gouvernement ont permis d’éviter le rejet d’environ 17 millions de tonnes d’émissions, selon le gouvernement de l’Alberta. Un programme de mise en œuvre de 25 millions de dollars a permis à 49 exploitants de déployer l’équipement dans plus de 650 sites, à des coûts d’élimination inférieurs à 50 dollars la tonne.3

Le secteur canadien de l’atténuation des émissions de méthane compte plus de 130 entreprises, et les mesures de conformité en vertu de l’application renforcée des règles sur le méthane devraient créer 34 000 emplois entre 2027 et 2040.

Cependant, tout progrès comporte des vents contraires. L’Alberta avait gelé le prix des crédits du fonds provincial « Technology Innovation and Emissions Reduction » (TIER) à 95 dollars la tonne en mai 2025, bien en deçà de la trajectoire fédérale de 170 dollars, invoquant les pressions tarifaires exercées par les États-Unis.4 Le protocole d’accord engage les deux gouvernements à respecter un prix minimum réel de 130 dollars la tonne ; cependant, quelques jours après sa signature, l’Alberta a effectué des modifications qui ont inondé le marché des crédits.

Bien que l’accord soit prometteur, son succès dépend d’une vérification transparente, d’autant plus qu’une exploration aérienne pluriannuelle a révélé que les émissions de méthane de l’Ouest canadien s’avéraient presque deux fois les inventaires officiels.5 Le Canada en a tenu compte lorsqu’il a mis à niveau sa méthodologie, entraînant une augmentation de plus de 35 % des émissions fugitives déclarées.6 L’engagement de l’accord envers une évaluation indépendante par un tiers pourrait s’avérer son élément le plus important.

Grâce à une interdiction qui remonte à 1971, la Norvège affiche la plus faible intensité de méthane au monde, mais son secteur pétrolier et gazier ne représente qu’une fraction de celui du Canada.7 Le rapport Global Methane Tracker 2025 de l’AIE situe l’intensité des émissions en amont du Canada à environ 0,40 kg de méthane/GJ, ce qui est inférieur à la moyenne mondiale de 0,55 kg de méthane/GJ, bien devant la Russie, l’Iran et le Turkménistan, mais plus élevé que la Norvège et l’Arabie saoudite.8

La réglementation de l’Union européenne (UE) sur le méthane, soit la première norme juridiquement contraignante au monde, exigera des importateurs qu’ils signalent l’intensité du méthane à partir de 2028 et atteignent les seuils d’intensité maximale d’ici 2030, liant rendement du méthane à faible émission et accès au marché, offrant ainsi un avantage potentiel aux producteurs pour concurrencer sur le plan de l’intensité du méthane.9

Les capitaux privés surveillent cette tendance. Un exemple récent est l’entreprise montréalaise GHGSat qui a levé 47 millions de dollars en septembre 2025, portant le financement total à 173 millions de dollars, avec l’appui des entités canadiennes Yaletown Partners, BDC Capital et Banque Nationale.10 La société GHGSat exploite désormais 16 satellites de détection du méthane et s’est associée à ExxonMobil et à Aramco.

Plus tard cette année, une ébauche d’accord d’équivalence devrait faire l’objet d’une consultation publique de 60 jours. Les signaux laissent entrevoir un régime mondial de plus en plus strict pour les émissions de méthane : normes d’importation de l’UE d’ici 2030 ; recherche par le Japon et la Corée du Sud d’un approvisionnement en gaz à faible émission de carbone ; et l’Engagement mondial sur le méthane, approuvé par 159 pays.

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Également dans ce numéro : Les enjeux non négociables de l’ACEUM et les frictions persistantes autour des interdictions provinciales sur l’alcool

L’avenir des relations économiques entre le Canada et l’UE repose sur la politique industrielle

  • À mesure que le Canada diversifie ses relations commerciales au‑delà des États‑Unis, l’Union européenne s’impose comme un partenaire prioritaire.

  • L’intensification des échanges diplomatiques a même amené certains à évoquer l’idée d’une adhésion du Canada au bloc.

  • Si cela demeure improbable pour plusieurs raisons, ce qui est pertinent et concret, en revanche, c’est l’alignement croissant entre le Canada et l’Europe en matière de politique industrielle – particulièrement dans les secteurs où les gouvernements orientent les investissements, structurent les chaînes logistiques et définissent les règles de la concurrence. 

De l’accès aux marchés à l’accès industriel

Au cours des dix dernières années, la relation entre le Canada et l’UE a été définie par l’Accord économique et commercial global (AECG) signé en 2016. Les échanges commerciaux ont connu une croissance importante durant cette période, mais l’accord ne s’est pas avéré sans friction dans la pratique :

  • La ratification n’est pas encore terminée et l’accord n’est pas encore pleinement en vigueur, plusieurs États membres de l’UE n’ayant pas encore approuvé son chapitre sur les investissements.

  • Des obstacles réglementaires persistent, en particulier dans le secteur agricole, où les exportateurs canadiens sont confrontés à des contraintes liées aux règles sanitaires de l’UE, aux seuils de pesticides et aux normes sur les produits.

  • Cependant, son application provisoire a permis une augmentation de plus de 77 % du commerce bilatéral de marchandises depuis 2016, atteignant 134 milliards de dollars en 2025.

  • Aujourd’hui, dans les domaines de l’énergie propre, de la fabrication de pointe et de la défense, le Canada et l’UE mobilisent leurs financements publics et leurs politiques d’approvisionnement pour développer des capacités nationales et sécuriser les chaînes logistiques. Ce virage transforme la manière dont l’accès aux marchés bilatéraux sera déterminé.

Redéfinition de l’accès

  • Le Pacte vert européen oriente les investissements vers les batteries, l’hydrogène et la décarbonation industrielle, afin de concentrer la production au sein de l’UE.

  • Le projet de loi d’accélération industrielle en faveur du « Made in Europe » conditionnerait l’accès aux subventions et aux marchés publics des secteurs stratégiques à une production située dans l’UE ou à une réciprocité fondée sur la production dans un pays partenaire.

  • Cette semaine, la ministre de l’industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada engagerait des discussions avec Bruxelles afin d’obtenir un accès au programme « Made in Europe », dans une approche de réciprocité alignée sur la politique industrielle.

La défense en tête de la collaboration industrielle Canada–UE

  • La participation du Canada au programme européen Security Action for Europe (SAFE) constitue l’exemple le plus clair de la manière dont ce virage s’opère.

  • Le programme SAFE accordera jusqu’à 244 milliards de dollars en prêts aux États membres de l’UE pour appuyer des projets de défense et, en décembre, le Canada est devenu le seul État non membre à obtenir un accès privilégié au programme.

Concrètement, cela signifie que :

  • Les entreprises canadiennes peuvent soumissionner à des contrats de défense financés par l’UE sur un pied d’égalité avec les fournisseurs européens, en compétition directe plutôt qu’en passant par la sous‑traitance ou des intermédiaires locaux.

  • Jusqu’à 80 % de contenu canadien est autorisé dans les contrats, comparativement à 35 % pour les autres pays tiers, ce qui accroît considérablement la capacité des secteurs manufacturier, de l’ingénierie et des chaînes logistiques du Canada à ancrer les activités au pays tout en étant admissibles aux marchés publics de l’UE.

  • Le Canada versera une cotisation initiale de 10 millions d’euros et des frais de participation de 15 % s’appliqueront à la valeur du contenu canadien dans les contrats où le contenu européen représente moins de 65 % de la valeur.

Ce qu’il faut surveiller

  • L’accès du Canada au programme « Made in Europe » : le gouvernement a ouvert la porte, mais l’adhésion éventuelle dépendra de la volonté de l’UE et nécessitera des discussions substantielles. La question clé est de savoir si le Canada peut transformer l’alignement politique en un accès formel à plusieurs secteurs, et non seulement à la défense, afin de participer à des projets soutenus par des subventions.

  • La concrétisation de SAFE en contrats : des conditions préférentielles sont en place, mais l’élément déterminant sera l’attribution de contrats. La capacité des entreprises canadiennes à obtenir des rôles significatifs dans des projets financés par SAFE et à accroître leurs exportations à l’échelle du continent déterminera l’ampleur et la durabilité de ce partenariat.

  • L’évolution de l’AECG : des points de friction importants subsistent pour les exportateurs ; l’accord n’est appliqué qu’à titre provisoire ; l’harmonisation réglementaire sera difficile à atteindre ; et des négociations sont en cours pour conclure un accord sur le commerce numérique.

Considérés conjointement, ces éléments détermineront si le Canada peut passer d’un partenaire privilégié à un participant structurel à la montée en puissance industrielle de l’Europe – et tirer parti, sur le plan commercial, des centaines de milliards mobilisés par l’UE.

–Thomas Ashcroft, responsable principal de politique, Enjeux mondiaux

Les importations de bières, de vins et de spiritueux en provenance des États-Unis ont chuté de 70 %
  • Les interdictions provinciales visant les alcools américains pourraient être levées « rapidement », selon Mark Carney. Le premier ministre a toutefois précisé que cela dépendrait de la volonté des États-Unis de prendre des mesures concernant les droits de douane imposés sur l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiennes — ainsi que sur les produits forestiers : « Ce ne sont pas de simples irritants. Ce sont des violations de notre accord commercial. »

  • Le gouvernement fédéral a déclaré qu’il ne reculerait pas sur la question de la gestion de l’offre laitière dans le cadre des négociations commerciales. Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce canado-américain, a aussi affirmé que le Canada ne cédera pas aux demandes des États-Unis concernant les règles d’étiquetage en français lorsque les négociations de l’ACEUM débuteront plus tard cette année. Ces deux enjeux, de même que la Loi sur la diffusion continue en ligne et la politique « Achetez canadien », ont été critiqués par l’administration Trump. Quant à savoir si des droits de douane resteront en vigueur advenant la conclusion d’un accord, M. LeBlanc a dit : « Soyons réalistes, personne n’a encore été complètement exempté. »

  • L’administration Trump commencera à rembourser 166 milliards de dollars américains en droits de douane – intérêts compris. Deux mois après que la Cour suprême a invalidé les droits de douane du « Liberation Day », le gouvernement américain a commencé à accepter les demandes de remboursement cette semaine. Le gouvernement a dû mettre en place un système de traitement destiné aux 330 000 importateurs ayant acquitté des droits en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act.

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Jour de la Terre 2026. Richesses naturelles, ressources et revnoveau au Canada

« Notre pouvoir, notre planète » est le thème mondial du Jour de la Terre de cette année. En effet, l’énergie propre constitue souvent le socled’une économie plus propre. Selon une nouvelle recherche réalisée par Jordan Brennan et Farhad Panahov à RBC,un investissement d’environ 670 milliards de dollars au cours des dix prochaines années sera nécessaire pour soutenir la transition énergétique du réseau électrique du Canada. Même si 80 % de l’électricité est non émettrice, le réseau canadien devra accroître sa capacité et être modernisé. Pour en savoir plus, lisez le rapport Gains en capital.

Les feux de forêt ne prennent pas de pause pour le Jour de la Terre. Près de 200 feux de forêt brûlaient au Canada la semaine dernière, soit presque deux fois la moyenne des dix dernières années pour cette période de l’année. Cela met en évidence l’ampleur du défi que représente la protection de la nature. Comme l’indique un récent rapport de RBC, ignorer la nature, c’est compromettre la prospérité, surtout alors que nous déployons des projets majeurs d’intérêt national. La conservation doit désormais être vue comme un capital auquel les générations à venir pourront accéder.

Le célèbre procédé Fischer‑Tropsch nous a donné l’essence et le carburant d’aviation — et il est maintenant en voie de produire des carburants durables. Unsiècle exactement après queFranz Fischer et Hans Tropsch ont révolutionné les hydrocarbures, cette même technique est aujourd’hui utilisée pour dissocier la production d’hydrocarbures des matières premières d’origine fossile, notamment en produisant des carburants d’aviation durables à partir de dioxyde de carbone. Mais une véritable durabilité exige une intégration à l’échelle des systèmes avec des « modules en amont à faibles émissions de carbone, tels que l’hydrogène vert et le captage du CO₂ », explique Ding Ma, de l’Université de Pékin, dans Nature. Le procédé dépasse désormais le stade des laboratoires, plusieurs pays, dont la Chine, travaillant à une fabrication chimique à faibles émissions.

Le capital naturel, c’est-à-dire les forêts, l’eau potable, les sols fertiles et la biodiversité, est l’un des atouts les plus précieux d’un pays. Il soutient les industries, protège les collectivités et joue un rôle majeur dans la résilience climatique. Le Canada est exceptionnellement riche en capital naturel, mais quand il s’agit d’investir dans celui-ci et d’en assurer la gestion, le tableau est mitigé, surtout si on le compare à des pays comme le Royaume-Uni, l’Australie et le Danemark.

La richesse naturelle du Canada est difficile à surestimer. Le pays abrite environ 24 % de la forêt boréale mondiale et près de 20 % des ressources en eau douce de la planète. Les secteurs des ressources naturelles, notamment le pétrole, les mines, la foresterie et l’agriculture, représentent environ 20 % du PIB canadien, chaînes d’approvisionnement comprises. Pourtant, le Canada peine à transformer le capital naturel en une catégorie d’actifs investissables à grande échelle.

Leçons à tirer du reste du monde

Royaume-Uni : Le Royaume-Uni a adopté une approche plus systématique pour intégrer la comptabilité du capital naturel dans les politiques publiques et la planification. Depuis 2012, le Natural Capital Committee du Royaume-Uni conseille le gouvernement sur la manière de mesurer les écosystèmes et d’investir dans ceux-ci — une fonction qui a évolué vers la création de l’Office for Environmental Protection en 2021. Aujourd’hui, le Royaume-Uni publie des comptes officiels du capital naturel qui estiment la valeur économique des forêts, des rivières et d’autres actifs, un outil comptable dont dispose également le Canada dans le cadre du système des Nations Unies de comptabilité économique et environnementale. L’approche britannique, qui intègre des considérations économiques et environnementales dans la prise de décision, est complétée par des mécanismes de marché capables de stimuler les investissements dans les actifs naturels, comme le programme Biodiversity Net Gain.

Australie : Comme le Canada, ce pays est riche en ressources naturelles et en dépend fortement sur le plan économique pour l’exploitation minière, l’agriculture, le pétrole et le gaz. Toutefois, l’Australie a adopté une approche plus ambitieuse pour attirer les investisseurs privés dans le capital naturel. Des projets d’infrastructure d’envergure ont été réalisés pour mobiliser des investissements institutionnels, y compris ceux de fonds de pension canadiens, dans des projets à long terme, notamment dans le développement des énergies renouvelables et l’utilisation durable des terres. Un exemple est le Murray–Darling Basin Plan, une initiative de 13 milliards de dollars visant à gérer durablement les ressources en eau dans la principale région agricole du pays.

Danemark : Ce pays scandinave ne dispose pas des vastes ressources naturelles du Canada. Il a plutôt choisi d’intégrer la durabilité environnementale dans sa fiscalité afin de rendre l’investissement dans la gestion durable des ressources naturelles plus attrayant sur le plan économique. C’est pourquoi plus de 50 % de l’électricité du Danemark provient de l’énergie éolienne et solaire.

Bien que le Canada ait pris des engagements importants, il ne dispose toujours pas des systèmes coordonnés de ses pairs. Le troisième pilier de la stratégie Une force de la nature, Valoriser la nature et mobiliser des capitaux, vise à relever ce défi. En commençant par la mise sur pied d’un groupe d’experts sur la comptabilité du capital naturel et le financement de la nature, le gouvernement fédéral cherche à mobiliser des capitaux privés, en complément de son engagement de 3,8 milliards de dollars en faveur de résultats positifs pour la nature. Si le Canada peut évaluer la valeur de ses actifs naturels, attirer davantage d’investissements privés et aligner ses objectifs environnementaux avec la croissance économique, il pourra transformer son patrimoine en avantage économique durable.

Pour en savoir plus sur le capital naturel, lisez Extraire la valeur : la nature, un atout dans les programmes de stimulation de la croissance.

« L’agriculteur est responsable du sol qu’il exploite. Cette ressource naturelle ne se régénère pas au même rythme qu’elle s’épuise… Il lui faut donc constituer un compte d’épargne‑sol. Cela lui permettra non seulement de préserver son sol, mais aussi d’augmenter son revenu et d’accumuler des intérêts. »

Cette citation (traduite librement) tirée d’une édition de 1948 de la publication de RBC Making Money by Saving Soil, est aussi pertinente aujourd’hui qu’à son origine. En fait, la question de la conservation des sols fait partie des préoccupations des agriculteurs depuis bien longtemps. La situation a bien sûr évolué : la recherche, les mégadonnées et la technologie nous ont permis de mieux comprendre les dynamiques du sol sous nos pieds. Mais bon nombre des défis liés à la conservation des sols pour produire des cultures saines demeurent les mêmes. Lisez l’article de Lisa Ashton, cheffe intérimaire, Institut d’action climatique, à link.

  • Quelque 10 000 événements sont organisés dans le monde pour célébrer le Jour de la Terre 2026. Toutefois, si vous manquez de temps, Eathday.org propose50 moyens de passer à l’action pour la planète.

  • Selon un nouveau rapport de MaRS, le coût des rénovations en profondeur requises pour réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments canadiens d’ici 2030 serait d’environ 10 $ le pied carré

  • James Rising et ses collègues du Grantham Research Institute on Climate Change expliquent comment les investissements en adaptation climatique peuvent générer un « triple dividende » : prévenir les pertes, stimuler l’activité économique et offrir des co‑bénéfices sociaux et environnementaux.

  • Malgré le contrecoup subi par les énergies renouvelables, 44 % des Américains continuent de s’inquiéter au sujet du changement climatique, un niveau proche d’un sommet historique. À l’inverse, seuls 35 % des répondants se disent optimistes quant à l’état de l’environnement (un creux record), selon Gallup.

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« Soyons clairs : l’agriculteur est responsable du sol qu’il laboure. C’est une ressource naturelle qui ne se régénère pas aussi vite qu’elle s’épuise […]. L’agriculteur doit donc ouvrir un compte d’épargne « sol ». Non seulement cela en assurera la conservation, mais le compte produira un revenu et des intérêts. »

Cette citation, traduite librement, est extraite de Making Money by Saving Soils (édition de 1958), l’ouvrage qui fut la source initiale du Leadership avisé RBC. Elle n’a rien perdu de son actualité. La question de la conservation des sols préoccupe les agriculteurs depuis très longtemps. Si les études, les statistiques et les techniques modernes permettent de mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds, les défis à relever pour obtenir de bonnes récoltes n’en demeurent pas moins les mêmes.

En 1950, un Canadien sur cinq faisait partie de ce qu’on appelle la population agricole1. Pour RBC, à l’époque, s’il importait de préserver le sol, c’était parce qu’il représentait :

  • Un moyen de subsistance

  • L’espoir de s’enrichir

  • Un actif à transmettre à la génération suivante

Les agriculteurs étaient incités à pratiquer la rotation des cultures, la gestion responsable des éléments nutritifs et la préservation des milieux situés en bordure de champ (bois et cours d’eau). Trois raisons poussaient à labourer : cela permettait de préparer un lit de semence approprié, de détruire les plantes indésirables et d’améliorer les qualités physiques du sol. Aujourd’hui, on suggère plutôt le contraire, afin de réduire l’érosion, de favoriser la biodiversité des sols et d’éviter de perturber les puits de carbone qu’ils constituent. Au Canada, ce changement de pratique est favorable à la santé du sol. Nos sols sont considérés aujourd’hui comme des puits de carbone nets, du fait du non-recours au labourage dans les Prairies et à l’accroissement de la productivité dans l’ensemble du pays2.

Des années 1940 à la décennie 70, l’agriculture s’est grandement transformée. Les progrès accomplis par les sciences de la vie et la mécanisation allaient entraîner l’adoption massive de nouvelles variétés de végétaux, des engrais et pesticides industriels ainsi que d’équipements qui permettaient de produire davantage par hectare – il le fallait, car la population mondiale augmentait rapidement. Simultanément, le nombre d’agriculteurs diminuait sensiblement : en 1980, sur 21 Canadiens, un seul faisait partie de la population agricole3.

Pour optimiser la croissance des végétaux, les exploitants introduisaient davantage d’éléments nutritifs dans le sol (azote, phosphore et potassium, notamment). Cela a pu conduire à employer trop d’engrais, ce qui a des effets néfastes sur la composition du sol et entraîne la pollution des cours d’eau. Toutefois, la quantité de résidus de récolte retournant au sol augmentait aussi, d’où des gains de matière organique enfouie.

De nos jours, le perfectionnement de l’outillage apparu pendant la « révolution verte » se poursuit et conduit à produire davantage de récoltes de qualité. Les intrants et le matériel agricole offrent de plus en plus souvent autant d’avantages sur le plan de la santé du sol qu’au chapitre de la productivité. Citons par exemple les engrais biologiques et la vaporisation de pesticides dans les seuls cas où il est vraiment nécessaire d’éliminer des plantes envahissantes.

Aujourd’hui, moins de 2 % des Canadiens vivent ou travaillent dans une exploitation agricole4. Cela n’empêche pas le Canada de figurer, au classement mondial de la sécurité alimentaire, des exportations de produits agroalimentaires ou de la qualité et de la sécurité des aliments, parmi les 10 premiers5,6. Toutefois, le fait que la population agricole de notre pays soit si peu nombreuse représente une menace pour l’avenir de ce secteur.

Par rapport à ce qui se passait il y a 70 ans, les agriculteurs peuvent compter sur un réseau de partenaires et de conseillers beaucoup plus étendu, et ce, dans tous les domaines (finances, agronomie, technologie, machinerie, planification de la transition et durabilité). Au-delà des tâches agricoles, les jeunes peuvent embrasser aujourd’hui des carrières variées, dynamiques et stimulantes : les informaticiens conçoivent des outils reposant sur l’IA qui permettent de répandre les engrais avec beaucoup plus de précision ; les consultants en environnement informent les agriculteurs des crédits et primes offerts à ceux qui veillent à la conservation des sols ; les experts du commerce international trouvent de nouveaux marchés pour les produits canadiens. Les grands défis consistent désormais à mobiliser davantage nos compatriotes en faveur de l’agriculture, ce secteur essentiel à la prospérité nationale, et à souligner combien il importe de préserver nos actifs naturels, au premier rang desquels figurent les sols en santé.

Décidément avant-gardiste, l’ouvrage de 1958 que nous avons cité d’entrée de jeu le disait déjà : « Pour être de bons protecteurs de l’environnement, nous devons changer nos façons de voir, renoncer à certaines pratiques traditionnelles et repenser, parfois complètement, nos méthodes agricoles. »

C’est un sol qui constitue, de manière durable, un écosystème favorable à la croissance des végétaux, des animaux et des humains7. Les sols sont essentiels à nos économies et à l’environnement. Ils sont la source de près de 95 % de ce que nous mangeons8. Sur la terre ferme, ils sont aussi le plus important puits de carbone : ils absorbent trois fois plus de CO2 que l’atmosphère et deux fois plus que tous les végétaux vivants9.

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➔ L’accord de principe entre le Canada et l’Alberta sur le méthane permet-il à la fois une hausse de la production de pétrole et de gaz et une baisse des émissions ?

➔ Les raisons pour lesquelles le commerce durable du Canada se retrouve déficitaire.

➔  Une ville de la Colombie-Britannique montre la voie en matière de réglementation liée au chauffage.

➔  Le déficit commercial écotechnologique du Canada ne cesse d’augmenter. Le déficit commercial environnemental et écotechnologique du pays n’a cessé d’augmenter pour s’établir à 15,6 milliards de dollars en 2024, comparativement à 2,4 milliards il y a dix ans, selon les dernières données de Statistique Canada . Les importations d’électricité propre, soit l’atout climatique le plus prisé du Canada, ont bondi ces dernières années, alors que les exportations chutaient en raison de la sécheresse et de la demande intérieure croissante d’électricité. Selon l’économiste Farhad Panahov, le matériel écotechnologique, des éoliennes aux véhicules électriques et au matériel de traitement de l’eau, représentait environ 80 % de la croissance des importations, en phase avec les fortes tendances d’adoption et de déploiement au Canada au cours de la même période.

Déficit commercial en matière d'énergie propre au Canada

➔  L’Union européenne a mis en place le premier programme du bloc, sur une base volontaire, pour générer des crédits carbone certifiés. Les crédits générés en vertu du Règlement sur l’élimination du carbone et l’agriculture du carbone (CRCF) sont conçus dans le cadre d’une certification volontaire du carbone, pour stimuler l’extensibilité et aider l’UE à atteindre ses objectifs de carboneutralité d’ici 2050. Selon Lisa Ashton, directrice intérimaire de l’Institut d’action climatique RBC, le Canada pourrait s’en inspirer : le secteur agricole dispose d’un ensemble de programmes pour conclure des ententes de conformité et saisir des occasions de marché volontaires, mais avec une disponibilité limitée de protocoles de conformité reconnaissant le rôle des agriculteurs dans la construction de puits de carbone du pays au moyen de pratiques durables. Toutefois, le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta et la révision de la tarification étalon du carbone pourraient améliorer la capacité des agriculteurs à accéder aux marchés du carbone.

➔  Hydro-Québec encourage les ménages à produire leur propre énergie. Une nouvelle subvention de 1 000 $ par kW pour les ensembles solaires couvre jusqu’à 40 % des coûts admissibles du projet. Le Québec retarde par rapport aux autres territoires nord-américains en ce qui concerne l’énergie solaire, car son hydroélectricité bon marché signifie que des périodes de remboursement de 25 à 30 ans ont rendu l’énergie solaire non rentable. Cela est en train de changer. Alors qu’Hydro-Québec met au point des sources d’énergie de remplacement et redirige les excédents vers l’exportation et le secteur, la production ainsi répartie allège la pression sur le réseau. En effet, les ménages peuvent même revendre leur électricité excédentaire au réseau. L’objectif des nouveaux incitatifs vise à faire passer les coûts d’investissement de 36 000 $ à 24 000 $, ce qui représente un délai de récupération de 10 à 12 ans. Bien que le délai de récupération des coûts soit long, il est difficile de rivaliser avec les prix d’électricité les plus faibles du continent. En revanche, pour le Pakistan qui est au beau milieu d’une révolution solaire, une mise en place semblable coûterait 6 500 $, selon les estimations du responsable de la politique énergétique Shaz Merwat. Lisez également notre rapport : Comment les maisons intelligentes peuvent accroître l’efficacité du réseau électrique.

Terre-Neuve-et-Labrador pourrait compter parmi les principaux producteurs d’énergie éolienne au Canada. Les dernières prévisions de la Régie de l’énergie du Canada (Avenir énergétique du Canada en 2026 ), s’attendent à ce que la province de l’Atlantique devienne une centrale éolienne extracôtière, représentant une part importante de la nouvelle capacité d’énergie éolienne d’ici 2050, de même que pour l’Alberta.

Shaz Merwat passe en revue les perspectives éoliennes de la province de l’Atlantique :

  • L’énergie éolienne, principalement en mer, pourrait représenter une capacité de 13,3 watts d’électricité d’ici 2050 dans la province, comparativement à des chiffres négligeables aujourd’hui, selon l’hypothèse de base de l’équipe de la Régie de l’énergie du Canada (scénario selon les mesures actuelles).

  • La capacité totale en électricité de la province devrait tripler, dont 98 % en énergies renouvelables d’ici 2050 (contre environ 87 % aujourd’hui).
    Source : Régie de l’énergie du Canada

  • La Régie de l’énergie du Canada (REC) mise gros sur Terre-Neuve. La province bénéficie de conditions éoliennes de niveau international, mais de presque aucune industrie éolienne à l’heure actuelle, et compte tenu de certaines baisses majeures récentes liées à la demande anticipée d’hydrogène vert, l’éolien représente probablement un risque de marché plus important.

  • Les coûts des turbines flottantes et de celles en eau profonde limitent également la mise en place d’une énergie éolienne extraterritoriale. Le corridor de transmission requis pour acheminer l’énergie vers le marché du Québec demeure une proposition de plusieurs milliards de dollars sans décision d’investissement finale, mais sera nécessaire si Terre-Neuve-et-Labrador souhaite poursuivre ses projets d’exportation d’énergie éolienne vers le Québec et les provinces de l’Atlantique.

  • L’Alberta pourrait représenter un défi de plus à l’effort du Canada pour accroître l’énergie éolienne. La province possède les ressources et le réseau requis pour devenir le plus important producteur d’énergie éolienne au Canada. Or, les nouveaux investissements en éolien sont essentiellement gelés, en raison d’une incertitude politique qui ne s’est pas encore dissipée.

  • La mise en place de l’énergie éolienne dépend fortement de l’Alberta et de Terre-Neuve, où l’on prévoit que ces provinces ajouteront respectivement 16 et 13 GW, selon l’hypothèse de base de la REC, constituant la majeure partie des 72 GW d’ici 2050 pour l’ensemble du Canada.

  • D’ici 2050, selon les perspectives de la REC, l’éolien devrait représenter 30 % de la capacité de production totale du Canada, par rapport à seulement 11 % en 2025.

Par Vivan Sorab

Le récent accord d’équivalence du méthane entre Ottawa et l’Alberta prépare le terrain pour que la province régule le méthane à sa manière.

La réduction des émissions de méthane se veut l’une des mesures les moins coûteuses et les plus efficaces pour réaliser des progrès climatiques à court terme. Sur une période de 20 ans, le méthane impacte environ 80 fois plus le réchauffement climatique que le dioxyde de carbone et représente près du quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur pétrolier et gazier du Canada.

L’accord d’équivalence met en suspens la Réglementation d’Ottawa sur le méthane et permet à l’Alberta de mettre en œuvre sa propre approche axée sur le rendement qui regroupe des règlements, des crédits compensatoires et des investissements ciblés, ainsi que la modélisation du méthane, l’analyse et les résultats de la réduction des émissions, dont la supervision s’effectue par un tiers nommé conjointement et à coûts partagés.

La gestion du méthane s'est améliorée en Alberta mais le torchage demeure élevé

Les nouvelles règles provinciales entreront en vigueur le 1er janvier 2027. L’entente, d’une durée de dix ans, remplacera l’accord d’équivalence actuel, qui doit prendre fin en octobre 2030. Si les réductions sont insuffisantes, l’Alberta s’engage à prendre des mesures correctives.

Voici quelques observations :

  • Un véritable élan émerge de tout ça. L’Alberta a déjà réduit ses émissions de méthane de plus de 50 % par rapport à leurs niveaux de 2014, pour environ 172 millions de dollars d’investissements technologiques de réduction depuis 2019 et plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou sans purge, installés dans le cadre du programme de compensation des émissions de carbonede la province.

  • L’acceptation de la vérification des émissions par un tiers représente une étape importante, compte tenu de la divergence des résultats précédents entre les données du secteur et celles d’études indépendantes.

  • L’objectif de 2035 prolonge le délai de conformité de l’Alberta de cinq ans par rapport aux règlements fédéraux existants sur le méthane, faisant passer le seuil de conformité à 75 %, contre 72 % auparavant.

  • Le secteur canadien de l’atténuation du méthane compte plus de 130 entreprises. Les mesures de conformité en vertu des règlements fédéraux pourraient générer 34 000 emplois entre 2027 et 2040, selon une estimation.

  • Les technologies utilisées sont en grande partie éprouvées et disponibles : unités de récupération de vapeur, dispositifs pneumatiques à faible purge, systèmes de contrôle en continu, et programmes de détection et de réparation des fuites.

  • Un projet d’accord d’équivalence est attendu plus tard cette année, suivi d’une consultation publique de 60 jours, les deux parties visant à le finaliser d’ici la fin de l’année.

  • Deux autres protocoles d’entente entre le Canada et l’Alberta demeurent en suspens, notamment l’équivalence de tarification du carbone industriel et un accord trilatéral avec les partenaires de Pathways Alliance.

Ottawa et l’Alberta parient qu’une réglementation coopérative fondée sur les résultats peut entraîner à la fois une augmentation de la production pétrolière et gazière et une baisse des émissions. Ce modèle deviendra un plan sous réserve que les détails puissent résister à un examen.

  • En Colombie-Britannique, l’objectif de ventes de véhicules électriques est passé de 100 % à 75 % en 2035, par souci de conformité aux objectifs fédéraux. Adam Thorn de l’Institut Pembina est « encouragé », mais Brian Kingston, chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, est « déçu » que la Colombie-Britannique se conforme à son mandat provincial en matière de véhicules électriques.

  • New Westminster veut éviter un autre épisode de « dôme de chaleur » : Après que la ville de la Colombie-Britannique ait connu le taux de mortalité le plus élevé lors du dôme de chaleur de 2021, elle est devenue la première ville canadienne à adopter un règlement de chaleur maximale, exigeant que les propriétaires conservent au moins une pièce dans un appartement loué à 26 °C ou moins. « Bien qu’imparfait… c’est une reconnaissance que d’autres vagues de chaleur vont survenir, et que nous devons tous nous adapter », explique Colin Chan, directeur exécutif de l’Autorité provinciale du service de santé de la Colombie-Britannique.

  • L’énergie solaire a atteint un point de bascule. « Dans l’ensemble et depuis un certain temps, l’énergie solaire est déjà moins chère que l’énergie fossile, mais les coûts initiaux étaient auparavant plus élevés », explique Nicolas Fulghum , analyste principal des données énergétiques et climatiques chez Ember.

  • À suivre : Jesse Jenkins, professeur agrégé de politique énergétique à l’Université Princeton, est la voix numérique la plus influente du secteur de l’énergie propre aux États-Unis. Voici une liste de 99 autres poids lourds d’influence aux États-Unis dans le domaine du climat.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat