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Plus tôt cette semaine, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a clarifié ce qui se dessinait depuis des mois : les États-Unis entendent préserver le cœur de l’AEUMC, tout en négociant de nouvelles modalités distinctes avec le Canada et le Mexique.  

Dans le cadre actuel de l’ACEUM, des modalités différentes s’appliquent déjà au Canada et au Mexique dans leurs relations avec les États-Unis. Or, les propos de M. Greer marquent un véritable tournant : ils élargissent la portée des enjeux examinés dans la relation économique canado-américaine et en redéfinissent en profondeur les règles du jeu.

Un accord assorti de nombreuses conditions

  • En négociant les différends bilatéraux dans le cadre d’accords parallèles avec le Canada et le Mexique, Washington conditionne désormais l’accès au marché pour ces deux pays à des résultats sur plusieurs fronts, plutôt qu’à un ensemble unique de règles fixes.

  • À titre d’exemple, plutôt que de verrouiller une prolongation de 16 ans, M. Greer a laissé entendre que les États-Unis pourraient enclencher un processus d’examens annuels pouvant s’étendre sur une décennie ; maintenant ainsi l’accord en vigueur, mais sous une pression constante de renégociation.

  • Concrètement, cela signifie que la politique commerciale devient plus évolutive. Les décisions concernant les droits de douane, les marchés publics, les règles numériques, le règlement des différends ou encore les mécanismes d’application ne seront plus arrêtées une fois pour toutes, mais réexaminées au fil des négociations.

  • Sur le plan politique, M. Greer laisse entrevoir qu’il sera impossible de régler l’ensemble des enjeux d’ici l’échéance du 1er juillet. Il pourra plutôt annoncer le maintien des protocoles de base de l’ACEUM, pendant que les dossiers plus complexes continueront d’être négociés dans des accords parallèles élargis.

  • Par ailleurs, dans un contexte d’imprévisibilité des marchés de l’énergie, M. Greer cherchait possiblement à rassurer les investisseurs quant à la continuité du marché énergétique nord-américain intégré, avec un certain cadre de fonctionnement en place.

  • Steve Verheul, ancien négociateur en chef du Canada pour le commerce, a souligné que la guerre en Iran a mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement américaines dans des secteurs clés – énergie, aluminium, engrais – autant de ressources que le Canada pourrait contribuer à fournir, offrant ainsi un certain levier à Ottawa.

La question centrale porte sur l’instauration d’un droit de douane de base pour l’accès au marché.

  • L’enjeu principal consiste à déterminer si les États-Unis mettront en place un droit de douane généralisé d’accès au marché et, le cas échéant, à quel niveau il sera fixé.

  • Du côté canadien, plusieurs estiment qu’un taux supérieur à 5 % serait inacceptable. Les États-Unis pourraient toutefois chercher à faire grimper ce taux jusqu’à 10 %, même si cela s’accompagnerait vraisemblablement d’importantes exceptions et exclusions.

  • Un droit de douane de base pour l’accès au marché aurait des répercussions plus larges sur l’économie canadienne que les effets plus ciblés des tarifs sectoriels imposés en vertu de l’article 232, comme le montre le plus récent rapport des Services économiques RBC : Un an de chocs tarifaires au Canada (seulement en anglais).

Au-delà du commerce : vers une négociation plus stratégique

  • Avant les propos de M. Greer, le Bureau du représentant au commerce des États-Unis (USTR) a également publié, le 31 mars, son rapport annuel National Trade Estimate (en anglais seulement), qui recense ce qu’il considère comme des « obstacles importants au commerce » chez ses partenaires, dont le Canada. 

  • La plupart des irritants recensés ne surprennent pas, mais ils prennent une place de plus en plus centrale dans les négociations.

  • Dans le contexte de la guerre commerciale menée par Trump, certains de ces irritants ont évolué et pris de l’ampleur, notamment le fait que les sociétés des alcools provinciales ne tiennent plus de produits américains en stock.

  • D’autres touchent directement à la façon dont le Canada structure certains pans de son économie : renforcement des politiques d’approvisionnement « Acheter canadien », gestion de l’offre dans le secteur laitier, réglementation du numérique et du streaming, ainsi que de nouvelles ambitions en matière de souveraineté des données.

  • À cela s’ajoutent les ambitions stratégiques des États-Unis en ce qui concerne les minéraux critiques. Le niveau de participation du Canada à ces ambitions sera un enjeu déterminant, comme nous l’avons évoqué en février.

Les prochaines étapes et leurs implications stratégiques

  • 1er juin : M. Greer doit présenter au Congrès les intentions de l’administration : soit prolonger l’ACEUM tel quel, soit envisager des modifications.

  • 1er juillet : le Canada, le Mexique et les États-Unis se réuniront officiellement pour l’examen prévu aux six ans dans l’accord, moment où Washington devrait faire pression pour passer à un cadre de révisions annuelles sur dix ans.

  • Les États-Unis se positionnent ainsi pour un modèle de négociation continu, fondé sur des révisions périodiques, leur permettant de maintenir un levier sur les dossiers non réglés.

  • Du côté d’Ottawa, l’un des objectifs, en plus de préserver un accès large et avantageux au marché américain, consiste à repousser les décisions sur les dossiers prioritaires le plus près possible des élections de mi-mandat, sans compromettre l’ensemble de l’accord.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

Il y a un an, Donald Trump se tenait dans la roseraie de la Maison-Blanche pour annoncer les droits de douane du « jour de la libération » de son administration. Cette semaine, nos collègues des Services économiques RBC ont examiné de près les répercussions de ces droits de douane. Voici quelques constats clés à retenir (cliquez sur les liens pour approfondir l’analyse) :

Canada : Un an de chocs tarifaires au Canada : ce qu’il faut retenir (en anglais seulement)

  • Malgré des tensions commerciales accrues, le Canada demeurait l’an dernier la principale source d’importations pour 22 États américains, un niveau inchangé par rapport à 2024.

  • Les mesures de rétorsion limitées du Canada ont atténué l’impact de la guerre commerciale sur les prix à la consommation au pays.

  • Comme les tarifs américains visant les produits canadiens sont ciblés, leurs effets ont été inégaux d’une région à l’autre.

États-Unis : Un an plus tard – comment les droits de douane et la politique commerciale ont redéfini le paysage (en anglais seulement)

  • Les droits de douane n’ont pas permis de réduire les déséquilibres commerciaux, en particulier avec la Chine.

  • Les revenus tirés des droits ont un effet limité sur la réduction du déficit, notamment parce qu’ils sont loin de compenser les baisses d’impôt de la loi One Big Beautiful Bill.

  • Rien n’indique que la politique tarifaire ait favorisé un rapatriement des emplois manufacturiers.

Les emplois salariés domestiques masquent une contraction profonde et durable dans les secteurs tributaires des échanges commerciaux. Variation cumulée des emplois salariés, depuis avril 2025.

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À mesure que la crise au Moyen-Orient se prolonge, de nombreuses économies émergentes importatrices de pétrole font face à une « triple pression » : hausse des coûts des importations d’énergie, dépréciation des monnaies et augmentation des taux pour le refinancement de la dette.

Le trafic maritime dans le détroir d'Ormuz se tarit. Moyenne mobile sur sept jours pour les pétroliers, porte-conteneurs, vrac sec, marchandises générales, rouliers.

Le quasi-blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran a fait grimper en flèche les prix du pétrole, du diésel et du gaz, entraînant une hausse des coûts des denrées alimentaires, des engrais et des transports à l’échelle mondiale. Mais ce sont les économies en développement qui en subissent le plus durement les effets. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports représentent 15 à 25 % du panier de l’IPC ; le renforcement du dollar américain (en hausse de 0,85 % par rapport à un panier de devises depuis le début du conflit en Iran) a alourdi le coût du service de la dette libellée en monnaie locale. De l’Argentine au Vietnam, des pays ont mis en place des mesures d’économie d’énergie ou instauré des dispositifs d’aide d’urgence aux consommateurs afin d’apporter un certain soulagement. L’inflation alimentée par les prix de l’énergie contraint les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés, même si les économies nationales ralentissent et que les réserves de change s’amenuisent. La confiance des investisseurs a déjà été entamée : l’indice MSCI des marchés émergents a effacé ses gains de 13 % depuis le début de l’année, tandis que les émissions obligataires des marchés émergents ont atteint en mars leur niveau le plus bas depuis 2009.

Les vulnérabilités liées à la dette des marchés émergents étaient déjà à des niveaux historiquement élevés. Les pays en développement ont payé 741 milliards de dollars US de plus en service de la dette qu’ils n’ont reçu en financements (2022–2024). Les coûts d’emprunt ont nettement augmenté, les émissions postérieures à 2020 se faisant à des taux d’environ 10 %, soit environ le double des niveaux d’avant la pandémie. Avec 29 % des obligations des pays à faible revenu arrivant à échéance d’ici 2026, le risque de défaut augmente pour certains États souverains. La Banque mondiale indique qu’elle est « prête à intervenir à grande échelle » pour aider les marchés émergents qui en ont fait la demande.

Voici quelques-uns des pays sous pression :

  • Égypte : importateur net d’énergie avec d’importantes subventions aux carburants (28 % des dépenses publiques), une dette élevée en dollars américains et des refinancements d’euro-obligations à court terme (4 milliards de dollars US) ; pression sur les changes (monnaie −8 %) et déficit du compte courant (−3 % du PIB) aggravés par la dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (73 % provenant des économies du CCG) et par la baisse des revenus du canal de Suez et du tourisme.

  • Pakistan : les prix des produits pétroliers ont augmenté de 25 %, tandis qu’un refinancement à venir (1 milliard de dollars US) est attendu en 2026 ; un historique récent de crise de la dette, ainsi qu’une forte dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (62 % provenant des économies du CCG), met sous pression les réserves et accentue le risque de déséquilibre de la balance des paiements.

  • Bangladesh : structurellement dépendant du GNL (50 % de l’électricité) sans solution de substitution à court terme ; les perturbations d’approvisionnement et la hausse des coûts de transport alimentent l’inflation (~9 % et plus) et accentuent la pression sur les réserves de change.

  • Zambie : fardeau du service de la dette extrêmement élevé (10 % du PIB) et dépendance aux importations d’engrais (2,5 % du PIB) ; la dépréciation du taux de change (−5 %) accentue les tensions sur le financement extérieur.

  • Sri Lanka : l’économie, fragilisée depuis le défaut de 2022, reste vulnérable ; le rationnement du carburant et la dépendance persistante aux importations freinent la reprise malgré une stabilisation partielle de l’approvisionnement en GNL via les États-Unis.

  • Côte d’Ivoire, Mongolie, République dominicaine : combinaison d’une exposition à une dette libellée en devises étrangères, de déficits du compte courant et d’échéances en 2026 ; plusieurs pays supportent également des charges de subventions (par exemple la Mongolie), ce qui accentue la pression budgétaire à mesure que les prix de l’énergie augmentent.

  • Afrique du Sud : part élevée de la dette locale détenue par des non-résidents (16 % du PIB)) ; pression sur les changes (monnaie −5,2 %) ; vulnérabilité aux sorties de capitaux, à la volatilité des marchés obligataires et au resserrement des conditions financières.

  • Turquie : rendements domestiques extrêmement élevés (>35 %), dépréciation persistante de la monnaie et forte diminution des réserves (23 milliards de dollars US) liée aux interventions sur le marché des changes ; marge de manœuvre politique limitée.

  • Inde : dépendance aux importations de pétrole brut à hauteur de 89 %, dont environ la moitié transite par le détroit ; roupie à des niveaux historiquement bas, usines d’engrais fonctionnant à 70 % de leur capacité ; exposition accrue en raison de la dépendance aux envois de fonds.

  • Philippines : importe 90 % de son pétrole du Moyen-Orient ; déficit du compte courant (−3,4 % du PIB). Les perturbations du transport maritime compriment les marges dans son principal secteur d’exportation (les semi-conducteurs et l’électronique représentant environ 60 % des exportations totales), tandis que la répercussion de la hausse des prix de l’énergie alimente une inflation supérieure aux objectifs.

Plusieurs des marchés essentiels à la stratégie de diversification du Canada sont exposés au conflit en Iran : l’Égypte figure parmi les plus grands importateurs mondiaux de blé canadien, tandis que le Bangladesh et le Pakistan sont des destinations clés pour les légumineuses canadiennes. En Zambie, où le cuivre représente environ 70 % des recettes d’exportation, des entreprises canadiennes mènent d’importantes expansions de production. Des files d’attente de plusieurs heures dans les stations-service en Inde indiquent que le choc touche déjà les ménages – alors même que les négociations de l’Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Inde visent 70 milliards de dollars d’échanges bilatéraux d’ici 2030. Par ailleurs, l’exposition des entités canadiennes aux actifs des marchés émergents en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie pourrait également constituer un autre défi.

Sydney Wisener

Les discussions sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué

  • La 14e Conférence ministérielle de l’OMC, tenue la semaine dernière au Cameroun, n’est pas parvenue à ouvrir une nouvelle ère de réforme du commerce mondial après de profondes divergences entre les États-Unis et le Brésil quant à la durée de prolongation du moratoire sur le commerce numérique, un accord interdisant l’imposition de droits sur les transmissions électroniques et les services numériques.

  • Ce désaccord a été la principale raison pour laquelle un projet de plan de réforme de l’OMC n’a pas été adopté, un revers majeur pour l’organisation qui cherchait à contrer sa marginalisation et à rester pertinente dans cette nouvelle ère de perturbations du commerce.

  • Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a vivement critiqué l’OMC à son retour aux États-Unis, déclarant qu’elle ne jouerait qu’un « rôle limité » dans les futures discussions de politique commerciale mondiale.

L’hélium devient un nouveau casse-tête lié au détroit d’Ormuz

  • Outre les perturbations des marchés mondiaux de l’énergie, de l’aluminium, du transport maritime et des engrais, la quasi-fermeture du détroit menace l’approvisionnement mondial en hélium, un composant clé dans la production de semi-conducteurs.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

Les États-Unis se préparent à imposer de nouveaux droits de douane sur les produits pharmaceutiques

  • Selon un projet de décret obtenu par les médias, l’administration Trump prépare de nouveaux prélèvements sur les médicaments de marque des entreprises pharmaceutiques, incluant des droits de douane de 100 % sur les médicaments brevetés et leurs principes actifs.

  • Bien que la proposition n’ait pas encore été officiellement annoncée, elle donnerait suite aux menaces formulées par Trump l’automne dernier dans le cadre de la stratégie de son administration visant à contraindre les fabricants pharmaceutiques à construire ou relocaliser des installations de production aux États-Unis.

— Thomas Ashcroft

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J’étais à Houston ces derniers jours pour la semaine CERAWeek, aussi appelée le Super Bowl de l’énergie, où se tenait une série d’échanges intenses et instructifs sur l’actuelle crise mondiale de l’énergie. L’an dernier, le forum était tout ouïe lorsque le nouveau gouvernement Trump a présenté sa stratégie de « domination énergétique ». Cette année, le forum n’en avait que pour la crise énergétique majeure causée par la guerre en Iran.

Selon le point de vue dominant, le conflit – et donc le danger dans le golfe Persique – perdurera pendant un certain temps encore, et les marchés de l’énergie peineront à trouver une nouvelle normalité. L’ancien secrétaire à la défense James Mattis, qui a participé à trois guerres dans la région du Golfe et autour, a déclaré que les États-Unis ne pouvaient pas crier victoire unilatéralement. Même si sa marine a été détruite, l’Iran peut encore déployer des missiles de croisière antinavires tout le long de sa côte de 1 000 kilomètres. Cela implique que le conflit pourrait durer plus longtemps que prévu et que les répercussions économiques pourraient s’accentuer si les chaînes d’approvisionnement restent paralysées. La circulation dans le détroit d’Ormuz est en baisse de 70 %, plus de 850 pétroliers y étant pris pour cibles. Il faudra des semaines pour évacuer cette flotte – ce qui a amené l’AIE à qualifier la situation de « plus grand défi mondial pour la sécurité énergétique et alimentaire de tous les temps ».

La perturbation du marché du GNL n’est pas un choc temporaire. Le chef de la direction de QatarEnergy a confirmé que le pays a perdu environ 17 % de sa capacité d’exportation de GNL pour des années et que la remise en état des installations nécessitera des milliards de dollars. Les marges sur le GNL ont déjà augmenté de 200 % en moyenne pour la période de 2026 à 2028. L’augmentation de l’offre en provenance de l’Australie, du Canada et des États-Unis suffira tout juste à compenser les pertes, mais n’entraînera aucune croissance de l’offre. Cela signifie qu’il est peu probable de voir l’offre de GNL revenir à ses niveaux d’avant la guerre d’ici la fin de 2027, dans le meilleur des cas. Les analystes de S&P Global Energy s’attendent à une perte de production pouvant atteindre 35 millions de tonnes de GNL en 2026, ce qui correspond à la moitié des importations annuelles du Japon.

Le Programme alimentaire mondial a averti que pas moins de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d’insécurité alimentaire grave si le conflit ne se règle pas bientôt – une crise comparable à celle qu’a causée l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela tient en grande partie au fait que 30 % de la production mondiale d’urée provient de l’Iran et de pays tributaires du détroit d’Ormuz et que les exportations d’engrais du golfe Persique ont brutalement chuté, avec pour effet de pousser les prix à la hausse partout dans le monde et de menacer la saison des plantations au printemps. Les coûts de stockage et de fret ont quadruplé en Europe, ce qui ajoute au cauchemar du transport. Les prix des intrants agricoles ont presque doublé en Égypte. Les usines d’engrais en Inde, au Bangladesh et au Pakistan ont dû arrêter complètement leur production en raison de l’envol des prix du gaz naturel et du pétrole – et, contrairement à 2022, il n’existe guère de solutions de rechange. L’Inde a réduit la production de trois de ses usines d’urée. Le Bangladesh a fermé quatre de ses cinq usines d’engrais.

Le détroit est la seule voie maritime pour 93 % des importations de pétrole du Japon, ce qui pousse Tokyo à commencer à libérer 80 millions de barils de pétrole de ses réserves stratégiques. Les réserves de GNL du pays sont considérablement moindres, les entreprises japonaises n’ayant qu’environ trois semaines de stocks de GNL, soit l’équivalent du volume total de leurs importations de GNL dépendantes du détroit d’Ormuz. Taïwan et la Corée du Sud sont aussi gravement menacés. En Asie du Sud, des mesures de rationnement du carburant sont mises en place. Le Pakistan et le Bangladesh dépendent du Qatar pour environ la moitié de leurs importations de GNL. Les prix au comptant du GNL en Asie ont bondi de 143 % depuis le 28 février.

Les hausses des coûts de la dette et des prix à l’importation ont toujours été problématiques pour les pays en développement, en particulier ceux qui ont recours au crédit étranger et à l’énergie pour stimuler leur croissance. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports comptent pour 15 à 25 % de l’inflation. La Banque asiatique de développement a déterminé que les Philippines, le Pakistan et le Sri Lanka étaient les économies les plus vulnérables de la région. Des répercussions se feront également sentir dans les régions de fabrication à faible coût, où les prix des intrants – les plastiques à base de pétrole, par exemple – sont en hausse. Tous ces éléments vont obliger les pays endettés à emprunter davantage pour subventionner la consommation et l’industrie, alors même que les coûts d’intérêt augmentent de nouveau. En Ouzbékistan, en Égypte et en Mongolie, les subventions liées aux carburants représentent respectivement 28,3 %, 28,0 % et 11,9 % des dépenses publiques. Les pays qui dépendent du tourisme, comme le Kenya et le Sri Lanka, pourraient souffrir encore plus.

Tout le monde s’entend pour dire que la demande d’énergie des centres de données liés à l’IA continuera d’augmenter et qu’il n’y aura pas assez de gaz pour les faire fonctionner. De grandes entreprises technologiques comme Google et Microsoft élaborent des plans pour recourir à l’énergie nucléaire, et même relancer des centrales désaffectées aux États-Unis. Mais il faudra des années pour ce faire. Les centres de données représentent à présent 4 % de la consommation électrique américaine, et on prévoit que ce chiffre pourrait atteindre 12 %. Ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis et à la Chine. Des pays asiatiques comme les Philippines ont des stratégies ambitieuses en matière de centres de données, qui dépendent d’une hausse des importations de gaz pour tourner. Ils auront maintenant besoin de ce gaz – à un coût beaucoup plus élevé – pour maintenir les usines et les systèmes de climatisation en marche. Le déséquilibre entre l’offre et la demande ne se calcule pas.

Le choc énergétique a mis en lumière l’ambition de la Chine de vendre des véhicules électriques au monde entier, en particulier aux pays en développement – pour autant que ces pays tributaires de l’énergie puissent trouver de nouvelles façons d’électrifier leurs parcs automobiles. À l’heure actuelle, quelque 60 % des véhicules entièrement électriques dans le monde se vendent en Chine. Le choc énergétique va-t-il doper la croissance de ce segment ? Cela risque de prendre un certain temps, notamment dans les pays qui doivent composer avec un certain nombre d’autres difficultés pour bâtir leur infrastructure électrique. Il faut s’attendre à voir à la fois des véhicules à essence et des véhicules électriques sur les routes de la plupart des pays pendant encore longtemps – même Ford Motor Co, aux États-Unis, a mis à profit le forum de Houston pour promouvoir sa stratégie de développement d’une nouvelle camionnette électrique, mise au point dans une unité de recherche avancée en Californie. L’attrait de cette camionnette tient davantage à sa simplicité qu’à ses besoins énergétiques. Les nouveaux véhicules n’utilisent qu’une fraction des composantes (tout tourne autour de la batterie) et du câblage interne de leurs prédécesseurs, ce qui en rend la fabrication beaucoup plus facile et moins coûteuse. Les constructeurs automobiles américains apprennent aussi de la Chine à concevoir des véhicules comme des plateformes technologiques. La principale question pour Jim Farley, le chef de la direction de Ford, est de savoir comment les Américains réagiront. Comme Ford le sait, l’automobile est une culture.

Nous n’en sommes qu’au début – et les événements imprévus se multiplient –, mais le conflit pourrait entraîner une perte de production de l’ordre de 10 millions de barils par jour cette année. Cela représente environ 10 % des besoins mondiaux. Il existe des quantités de champs de pétrole pour compenser cette perte, mais cela ne se fera ni rapidement ni efficacement. Prenons l’exemple du Venezuela. La récente augmentation de 250 000 barils par jour de sa production pour 2026 représente moins de 0,3 % de la consommation mondiale. La Guyane, sa voisine, est plus prometteuse, tout comme le Brésil, le Nigéria et même la Libye. Mais toutes ces possibilités, prises ensemble, ne permettent même pas d’approcher les volumes perdus. Certaines conversations, à la semaine CERAWeek, évoquaient une reprise des forages en Alaska et de l’exploration en mer du Nord, et même à l’extrême nord de la Norvège. La production devrait également augmenter au Canada, y compris en mer au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Mais la plupart des yeux sont tournés vers la Russie. Le pays pourrait avoir quelque 80 millions de barils de pétrole en ce moment dans les eaux internationales, et bien davantage prêts à expédier.

Le ministre de l’Énergie Timothy Hodgson n’a pas mâché ses mots. Le Canada va produire et exporter beaucoup plus de pétrole et de gaz. Il a même chiffré cette perspective à 2,5 millions de barils de pétrole supplémentaires par jour (soit une hausse de 50 %) et à 100 milliards de pieds cubes de gaz (le double des prévisions) d’ici 2035. Le ministre a expliqué à divers auditoires que le soutien des Autochtones au développement des ressources avait rarement été aussi fort, en partie parce que la plupart des grands projets d’exploitation des ressources ont à présent un actionnariat autochtone. La première ministre de l’Alberta Danielle Smith a évoqué devant un auditoire la conclusion prochaine d’un accord sur la tarification du carbone entre Ottawa et sa province, lequel accord sera essentiel pour les contrats à long terme. Il pourrait également sous-tendre des plans d’investissement massif dans la capture et le stockage du carbone, un objectif auquel le gouvernement Carney demeure très attaché. En coulisses, des fonds souverains, des multinationales et des sociétés d’État se sont réunis pour faire progresser des négociations sur des contrats à long terme et des prises de participation. Une question semblait tous les habiter : Le Canada saura-t-il, cette fois-ci, agir rapidement et à grande échelle ?

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Également dans ce numéro : Démêler la chaîne logistique en biocarburants en Amérique du Nord

Le détroit d’Ormuz a longtemps été traité comme un enjeu strictement pétrolier. Lorsqu’il se ferme, les marchés de l’énergie réagissent, les taux de fret des pétroliers s’envolent et l’attention médiatique se concentre sur le brut. Mais il s’agit aussi d’un choc lent et persistant sur le coût du transport de marchandises, un choc qui s’enracine au fil du temps.

Effet de premier ordre : brut et pétroliers

L’impact le plus direct se situe précisément là où les marchés l’anticipaient. Les taux au comptant de référence pour les très gros transporteurs de brut, multipliés par six depuis le début de janvier, s’établissent actuellement à 98 $ US/t (13 à 14 $ US/baril). Les volumes de pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz (et le canal de Suez) se sont essentiellement effondrés, plus de 200 navires étant immobilisés dans le golfe Persique.

Effet de second ordre : produits et carburants

Les arrêts de raffineries et les contraintes à l’exportation liées au détroit d’Ormuz ont fragmenté les chaînes logistiques mondiales en carburant marin, forçant les navires à s’approvisionner dans des ports de rechange à des primes de zone de guerre élevées. Comme illustré ci-dessous, le prix indexé du carburant marin à Singapour a augmenté de 66 % depuis le début de la crise. Non illustré, mais tout aussi révélateur, l’écart entre les prix franco à bord et les prix livrés, habituellement inférieur à 5 %, a largement dépassé 50 % à la mi‑mars, signe d’une véritable désorganisation physique dans l’acheminement du carburant marin vers les navires.

Maersk, entreprise danoise de transport maritime, a officialisé cette perturbation le 25 mars en imposant une surcharge mondiale d’urgence sur le carburant, faisant de ce choc un facteur désormais solidement installé dans l’économie du transport maritime.

Effet de troisième ordre : conteneurs et vrac sec

L’indice du fret conteneurisé de Shanghai (SCFI) a baissé progressivement avant le conflit et a depuis bondi (voir le graphique), mais il s’agit probablement de fluctuations saisonnières. À la mi‑février, le Nouvel An chinois a entraîné un ralentissement saisonnier du débit portuaire, tombé à 40–50 % de sa capacité normale. La part de la reprise du SCFI en mars attribuable à des contraintes d’offre plutôt qu’à une demande plus forte demeurera incertaine jusqu’à la publication des données portuaires officielles en fin de mois.

Cela dit, le vrac sec était structurellement peu exposé au détroit d’Ormuz – environ 55 navires de vrac sec y transitaient chaque semaine avant le conflit – et l’indice Baltic Dry reste globalement stable, voire légèrement en baisse. Néanmoins, la vitesse moyenne des grands porte-conteneurs a légèrement diminué (voir graphique) depuis fin février, un signal modeste, cohérent avec des ajustements de trajectoire en marge de la zone de conflit.

–Shaz Merwat, Energy Policy Lead

Frictions commerciales croissantes. Valéurs indexées, 27 février = 100

La chaîne logistique en Amérique du Nord, autrefois intégrée, se fragmente désormais selon des lignes nationales.

Les incitatifs fédéraux américains, les programmes à l’échelle des États et le Règlement sur les combustibles propres du Canada tirent de plus en plus dans des directions différentes, ce qui entraîne un marché morcelé, avec des répercussions pour les producteurs canadiens de biocarburants et les agriculteurs cultivant des oléagineux et des céréales, notamment le canola, le soya et le maïs.

Des changements de politiques qui ont créé une fracture continentale

Les modifications apportées à la politique américaine dans le cadre de la norme sur les carburants renouvelables (Renewable Fuel Standard) et les nouveaux crédits d’impôt à la production ont déclenché ce réalignement. Les règles proposées pour cette norme en 2026–2027 augmentent considérablement les cibles d’incorporation domestique de diesel à base de biomasse, renforçant la demande pour des matières premières d’origine végétale comme l’huile de soya.

  • Parallèlement, les nouvelles structures d’incitatifs, en particulier la transition des crédits pour mélange vers des crédits fondés sur la production, favorisent explicitement la production intérieure de biocarburants aux États‑Unis.

  • Ce changement abolit l’incitatif de 1 $ US par gallon dont bénéficiaient les biodiesels et le diesel renouvelable canadiens sur le marché américain, puisque les biocarburants doivent désormais être produits aux États-Unis pour être admissibles aux crédits de production. Résultat : une baisse d’environ 13 % de la valeur des importations canadiennes vers les États-Unis entre 2024 et 2025, selon les données sur le commerce international du Canada. Il s’agit d’un changement notable par rapport au coup de pouce dont bénéficiaient auparavant les biocarburants canadiens grâce aux subventions américaines.

Quels effets sur les marchés canadiens des oléagineux et des céréales ?

Le marché des biocarburants est fortement tributaire des politiques publiques, et la certitude réglementaire n’est jamais garantie. Les incitatifs pour les matières premières destinées aux biocarburants aux États-Unis continuent d’évoluer, alors que l’Environmental Protection Agency (EPA) fixe ses obligations en matière de volumes renouvelables pour 2026 et 2027.

L’incertitude qui pèse sur les agriculteurs canadiens tient au fait que l’EPA a proposé de réduire le nombre de crédits RIN (Renewable Identification Numbers) attribués aux carburants renouvelables importés et à ceux produits à partir de matières premières étrangères, ce qui découragerait financièrement les raffineries américaines d’utiliser des matières premières canadiennes. Toutefois, l’augmentation de la demande intérieure canadienne pourrait compenser en partie le risque lié à l’exportation.

Canola : le plus exposé. L’huile de canola exportée aux États-Unis est principalement utilisée pour la production du diesel renouvelable. Les volumes d’exportation d’huile de canola vers les États‑Unis ont chuté de 26 % entre 2024 et 2025, après avoir augmenté chaque année au cours des cinq années précédentes. Cette baisse est survenue après une période de plus d’un an d’incertitude réglementaire pour l’industrie canadienne du canola, qui attendait des précisions du département du Trésor américain et de l’IRS sur les crédits de production, y compris la confirmation en janvier de l’admissibilité des matières premières nord‑américaines.

Soya : les producteurs canadiens de soya pourraient bénéficier de politiques américaines favorables. Selon les perspectives 2026 du département de l’Agriculture des États-Unis, les mandats en matière de biocarburants et les incitatifs fiscaux devraient entraîner une hausse de 17 % de l’utilisation d’huile de soya américaine dans les biocarburants. La demande accrue soutient les prix, mais le marché demeure exposé à des risques à la baisse pour les échanges avec les États-Unis si les obligations en matière de volumes renouvelables proposées par l’EPA sont confirmées.

Maïs : le maïs reste fortement lié à la production d’éthanol aux États-Unis dans le cadre de la norme américaine sur les carburants renouvelables. Cependant, les producteurs canadiens d’éthanol sont désormais désavantagés par le crédit à la production de combustibles propres (45Z), conçu pour encourager la production de biocarburants finis aux États-Unis.

Conclusion

Les perspectives pour le Canada sont mitigées. La demande du marché intérieur dépendra largement des prochaines modifications du Règlement sur les combustibles propres du gouvernement fédéral, où plusieurs leviers politiques sont à l’étude pour soutenir la demande domestique, notamment des exigences de contenu local minimal et des multiplicateurs de crédits pour les producteurs locaux.

Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Les producteurs de bœuf canadiens s’inquiètent d’un éventuel accord de libre-échange avec le Mercosur

  • Alors qu’Ottawa cherche à conclure cette année un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain, l’Association canadienne des bovins (ACB) a exprimé ses préoccupations.

  • Le Brésil est le plus grand producteur de bœuf au monde, et l’ACB craint qu’un accord avec le Mercosur n’inonde le marché canadien de bœuf bon marché, compromette les efforts de reprise d’un secteur confronté à la plus faible offre de bétail en quarante ans, et expose le Canada à des accusations américaines de servir de « porte d’entrée détournée » vers le marché nord‑américain.

Les coûts des engrais flambent à l’approche de la saison des semis

  • Les perturbations dans les expéditions d’engrais et des matières premières essentielles à leur production via le détroit d’Ormuz ont fait grimper les prix, alors que les agriculteurs nord-américains s’apprêtent à entamer la saison des semis de printemps. L’urée, par exemple, a vu son prix augmenter d’environ 40 % depuis le début du conflit. Cette hausse devient rapidement un enjeu politique pour Donald Trump, qui a rencontré cette semaine des groupes agricoles américains, un lobby politique influent.

  • Meanwhile, Russia, whose shipments remain unaffected by the Hormuz blockade, has deep reserves of fertilizers and commodities. Earlier this week, Russia halted its exports of ammonium nitrate, to shore up its domestic supply. But the conflict potentially raises the specter of Russia looking to increase its leverage on having restrictions on Russian fertilizer exports to Europe eased.

Le Parlement européen approuve un accord commercial avec les États-Unis

  • Les législateurs de l’Union européenne avaient auparavant retardé l’approbation de l’accord de Turnberry en raison des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland. Toutefois, mardi, le Parlement européen a ouvert la voie à sa mise en œuvre, en y ajoutant des conditions supplémentaires. Avant le vote, les États-Unis avaient averti que l’Union européenne pourrait perdre son accès préférentiel aux livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) américain si l’accord était de nouveau retardé, alors que l’Europe subit déjà les effets de perturbations dans les approvisionnements en GNL en provenance du Qatar.

  • L’accord prévoit l’élimination des droits de douane de l’UE sur les produits industriels américains et certains produits agricoles, ainsi qu’une baisse des droits de douane américains sur la plupart des biens européens à 15 %. Les députés européens ont cependant ajouté des mécanismes de protection, notamment en retardant la suppression des droits de douane européens jusqu’à ce que les États-Unis réduisent les leurs. Ces mesures devront maintenant être approuvées par les États membres, les négociations devant commencer le 13 avril.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

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Cet article est un compagnon de l’épisode Disruptors sur la façon dont la plate-forme Wikipédia a construit la crédibilité grâce à la communauté, la transparence et un engagement partagé à la neutralité – Confiance à l’échelle : leçons de Wikipédia

La relation que les gens entretiennent avec les institutions a changé. Dans les pays de l’OCDE, davantage de gens se disent méfiants plutôt que confiants envers leur gouvernement national. Au Canada, seulement 48 % affirment faire confiance au gouvernement fédéral, comparativement à près de 60 % avant la pandémie1. Selon un sondage d’Ipsos, la confiance envers la capacité du gouvernement à agir de manière juste est passée de 58 % en 2019 à 43 % en 20222. Par ailleurs, l’indice CanTrust 2025 révèle que seulement 17 % des Canadiens font confiance aux politiciens, soit le niveau le plus bas en dix ans, et que six personnes sur dix estiment que les partis politiques sont des sources de division3.

Les médias sociaux et le contenu généré par l’IA ont accéléré cette tendance. Près de la moitié des Canadiens croient désormais que l’IA rendra les sources d’information moins fiables. Les algorithmes favorisent l’indignation au détriment de l’exactitude, inondant le débat public de contenus polarisants et de bruit généré par l’IA. Comme l’a souligné Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, lors d’un récent épisode du balado Les innovateurs RBC, les plateformes encouragent de mauvais comportements en raison de l’engagement qu’ils suscitent : « les comportements provocateurs génèrent davantage d’interactions »4.

Dans son plus récent ouvrage, Seven Rules of Trust—A Blueprint for Building Things That Last (Les sept règles de la confiance : un plan pour construire des choses qui durent), Jimmy Wales s’intéresse à la crise mondiale de la crédibilité et des connaissances.Ces deux éléments se raréfient : selon le Baromètre de confiance Edelman 2026, 73 % des Canadiens se disent réticents à faire confiance à des personnes ayant des valeurs ou des sources d’information différentes5.

Les conséquences de cette méfiance sont nombreuses et concrètes. Lors des élections de 2023 en Slovaquie, un hypertrucage audio imitant un chef de parti politique est devenu viral pendant une période de silence électoral imposée par la loi, privant les journalistes d’une possibilité de réaction6. Aux États-Unis, un appel automatisé généré par l’IA et imitant le président Joe Biden a exhorté les électeurs du New Hampshire à rester chez eux lors de la primaire de 20247. Des incidents similaires sont survenus au Bangladesh, en Turquie et en Inde. Le German Marshall Fund a recensé 133 cas d’hypertrucage liés à des élections dans des dizaines de pays8.

Wikipédia est un modèle particulièrement instructif. Cette encyclopédie en ligne gratuite compte plus de sept millions d’articles en anglais, environ 283 000 contributeurs actifs et des milliards de pages consultées chaque année, le tout avec le budget d’un organisme sans but lucratif. Pour de nombreux utilisateurs, il s’agit d’une source de référence pour des sujets variés, allant de l’histoire d’entreprises à des faits insolites ou à des sujets peu connus.

Malgré sa diversité, la plateforme est loin d’être parfaite : des détracteurs soulignent des biais idéologiques, des écarts entre les sexes parmi les contributeurs et un risque de manipulation rémunérée. Toutefois, comme l’a souligné Jimmy Wales lors du balado, Wikipédia est passée « d’une plateforme autrefois perçue comme peu crédible à l’une des rares sources auxquelles les gens font confiance ».

Cela s’explique par sa structure. Le modèle de Wikipédia repose sur « la responsabilisation plutôt que le contrôle d’accès », a mentionné Jimmy Wales lors du balado Les innovateurs RBC9. « Toutes vos modifications sont visibles par tous. » Chaque source peut être vérifiée, les désaccords sont traités sur des pages de discussion publiques et les corrections surviennent en temps réel.

La réflexion de Jimmy Wales a été influencée dès le départ par l’argument du philosophe Friedrich Hayek, lauréat d’un prix Nobel, concernant la décentralisation des connaissances, selon lequel la prise de décision est plus efficace au niveau des utilisateurs finaux qu’à celui d’une hiérarchie centrale. Selon Jimmy Wales, les Notes de la communauté de la plateforme X sont une application prometteuse du même principe : donner davantage de pouvoir aux utilisateurs plutôt que de s’en remettre à une modération centralisée.

Des travaux de recherche remontant à l’étude de Knack et Keefer (1997) confirment que la confiance est un facteur mesurable de la croissance10. Une analyse d’Ira Kalish, économiste en chef mondial chez Deloitte, rend ce mécanisme concret : une hausse de la confiance entraîne une augmentation des investissements en immobilisations des entreprises et améliore la productivité grâce à des investissements de meilleure qualité, à l’accumulation de capital humain et à une plus grande internationalisation11.

Selon les modélisations du cabinet, une augmentation de dix points de pourcentage de la proportion de personnes qui font confiance au sein d’un pays se traduirait par une hausse d’environ un demi-point de pourcentage de la croissance annuelle du PIB par habitant ; il s’agit d’un gain appréciable dans un contexte où la croissance mondiale s’établissait en moyenne à 2,2 % entre 2015 et 2019.

Il n’existe pas de solution unique pour rétablir la confiance dans la gouvernance des entreprises et du secteur public. Toutefois, comme l’a mis en évidence la discussion avec Jimmy Wales lors du balado Les innovateurs RBC, la confiance n’est pas un simple principe abstrait. Sa reconstruction sera progressive, inégale et continue. En revanche, le coût de l’inaction est déjà mesurable.

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Ce que vous devez savoir sur la lutte de l’Occident pour briser le rôle dominant de la Chine dans le raffinage des éléments des terres rares – et les technologies qui pourraient briser l’emprise de Beijing

À présent que l’Occident a cédé le raffinage des minéraux critiques à la Chine, l’un des défis industriels de
la décennie est de reconstruire cette capacité d’une manière qui soit respectueuse de l’environnement,
économiquement viable, évolutive et en accord avec les cadres réglementaires occidentaux.

La Chine contrôle 70 % du marché mondial du raffinage pour 19 des 20 minéraux les plus essentiels au monde, parmi lesquels les éléments des terres rares, dont plus de 90 % sont transformés dans le pays. Cette position dominante est l’effet combiné de trois forces structurelles qui se complètent entre elles au fil du temps.

Économie. En chine, le faible coût de la main-d’œuvre, les subventions en faveur de l’énergie et le soutien étatique à l’industrie ont engendré une structure de coûts avec laquelle les usines de traitement occidentales ne pouvaient pas rivaliser, compte tenu des prix des marchandises.

Environnement. Le raffinage conventionnel des terres rares repose sur une cuisson à l’acide sulfurique, plusieurs étapes de lixiviation et une extraction avec solvants, ce qui génère des déchets toxiques et des résidus radioactifs. Selon une analyse de Harvard, pour chaque tonne de terre rare produite, le raffinage conventionnel génère près de 2 000 tonnes de déchets toxiques. Les territoires occidentaux internalisent ces coûts sous la forme de systèmes de permis, de responsabilité environnementale et d’opposition des communautés.

Écosystème industriel. À mesure de l’expansion de sa capacité de raffinage, la Chine a attiré des talents en ingénierie et des producteurs en aval, tandis que la demande des utilisateurs finaux a augmenté – chaque facteur venant renforcer les autres. En revanche, le raffinage de l’Occident s’est replié pendant une quarantaine d’années, ce qui a mené les marchés financiers à cesser de financer les projets, les institutions à cesser de former les talents, et les producteurs en aval à se rabattre sur l’approvisionnement en Chine. La Chine est dans la situation inverse, puisqu’elle bénéficie de quatre décennies de connaissance du raffinage, d’expertise en ingénierie et de propriété intellectuelle qui font barrière au retour de l’occident dans cette industrie.

Si l’Occident menait la reconstruction de sa capacité de raffinage sur la base du modèle chinois, il se heurterait aux mêmes obstacles qui ont causé la délocalisation de cette activité. De plus, la situation est aggravée par les contrôles d’exportation mis en place par la Chine en octobre 2025 à l’égard des équipements et technologies de raffinage. Une voie plus facile serait d’engager directement la responsabilité environnementale liée aux méthodes conventionnelles et, ce faisant, d’améliorer le rendement économique.

Les subventions et décisions d’approvisionnement donnent une indication des méthodes de raffinage ayant atteint les seuils élémentaires de viabilité. Depuis 2022, le département de la Guerre des États-Unis, le ministère de l’Énergie et le gouvernement du Canada ont investi des capitaux importants dans la transformation des minéraux critiques de nouvelle génération.

Déchets et résidus. De nouvelles méthodes de traitement telles que le grillage éclair et les échangeurs d’ions modulaires réduisent considérablement, voire éliminent les déchets, ce qui permet d’autoriser des projets où les méthodes de traitement conventionnelles ne seraient pas acceptables.

La société canadienne Ucore Rare Metals en est un exemple. Sa plateforme RapidSX est un système d’extraction en colonne avec solvants destiné à la séparation des terres rares, qui est environ trois fois plus rapide que les mélangeurs-décanteurs conventionnels. Son empreinte physique est réduite et il ne nécessite pas d’équipements ou technologies chinois. Le département de la Défense des États-Unis a accordé 4 millions de dollars américains aux installations de démonstration d’Ucore à Kingston, en Ontario, puis 18 millions de dollars américains à son centre Strategic Metals Complex (SMC) en Louisiane. Lors de la réunion des ministres des Ressources du G7 en octobre 2025, le gouvernement du Canada s’est engagé à investir 36 millions de dollars dans le raffinage du samarium et du gadolinium.

Émissions. Quant au processus de décarbonation, il repose principalement sur les sources d’énergie. Le remplacement des fours à combustibles fossiles par des solutions basées sur des énergies alternatives (énergie hydroélectrique ou autres sources propres) résoudrait donc le problème des émissions, tout en améliorant la rentabilité compte tenu de la baisse des coûts de l’électricité propre. La plupart des activités mondiales de raffinage des minéraux critiques reposent sur une forte utilisation du charbon en Chine. L’utilisation de l’énergie hydroélectrique, comme le propose le Québec, modifie considérablement le profil d’émissions associé à cette industrie.

La société australienne Metallium Resources Inc. travaille à une solution pour transformer la récupération des métaux et recycler les déchets grâce à un système de grillage éclair – impulsions électriques d’une milliseconde pour monter à une température de plus de 3 000 degrés Celsius permettant d’extraire les métaux de façon sélective, sans acide ni eau. Le département de la Guerre des États-Unis a accordé une première subvention axée sur le gallium et sélectionné cette technologie comme une étape de traitement dans le cadre d’un projet de récupération des boues rouges en Louisiane. L’usine de démonstration de Metallium au Texas a été commandée, avec un approvisionnement en matière première assuré par une convention exécutoire conclue avec la société Glencore plc.

Recyclage. L’AIE a découvert que les minéraux de transition énergétiques recyclés, tels que le nickel, le titane et le lithium, produisent en moyenne 80 % moins d’émissions de gaz à effet de serre que les matériaux provenant directement des mines. Les taux de recyclage des éléments de terres rares et du lithium demeurent inférieurs à 5 % à l’échelle mondiale, mais les matières premières s’accumulent rapidement : batteries de VE, aimants d’éoliennes en fin de vie et déchets électroniques des infrastructures d’IA dont le contenu en métaux critiques peut être récupéré.

L’UE a institutionnalisé la demande de produits recyclés au moyen d’une réglementation exécutoire. En vertu du règlement 2023/1542 de l’UE relatif aux batteries, les fabricants sont tenus de respecter des exigences minimales en matière de contenu recyclé. Il s’agit de seuils de conformité exécutoires, et non de cibles. Ces dispositions donnent le signal d’une demande structurelle en matériaux de récupération que l’infrastructure de raffinage actuelle ne peut pas satisfaire.

ReElement Technologies ambitionne de transformer les débris en matériaux miniers. ReElement est une filiale d’American Resources Corp qui exploite un échangeur d’ions modulaire et une plateforme de raffinage avec solvants qui transforme les débris magnétiques des terres rares et la masse noire des piles au lithium-ion en produits séparés d’une purification élevée. La plateforme prend en charge plusieurs types de matières premières sans utiliser les concentrés chinois. ReElement a reçu un financement des départements de la Défense et de l’Énergie dans le cadre des efforts des États-Unis pour établir une capacité nationale de raffinage des terres rares et des métaux de batterie.

Il faudra du temps pour rivaliser avec la prédominance de la Chine dans le secteur du raffinage, mais le financement de technologies expérimentales, avec le soutien de mesures politiques, laisse penser que la transition est amorcée.

Télécharger le rapport

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➔ Le Canada établit de nouveaux scénarios pour une nouvelle ère énergétique

➔ Le petit changement qui a révolutionné l’efficacité énergétique

➔ Un guide pour les climato-optimistes

Que deviennent les plantations de café lorsque les chauves-souris qui contrôlent les ravageurs disparaissent ? Le monde commence à prendre conscience que la biodiversité influence tout, de votre café du matin aux résultats financiers des entreprises. Récemment, 152 gouvernements membres, dont le Canada, ont appuyé le rapport d’évaluation de l’IPBES sur les entreprises et la biodiversité. Il s’agit d’une recherche marquante : plus de la moitié de l’économie mondiale – soit environ 78 billions de dollars US – dépend de la nature, qu’il s’agisse de l’alimentation, du tourisme ou de la construction, selon l’Institut de recherche RBC. L’un des principaux constats du rapport de l’IPBES : la nécessité d’aligner les politiques budgétaires et les flux financiers sur les objectifs de biodiversité et de durabilité. Cependant, une couverture médiatique discrète suggère que le message de la nature comme un actif stratégique, et un bouclier, n’a pas encore trouvé un écho auprès du grand public des entreprises. Pour en savoir plus, lisez Extraire la valeur : la nature, un atout dans les programmes de stimulation de la croissance.

Un moment déclic pour l’efficacité énergétique Même si la surface bâtie mondiale a augmenté de 20 % au cours de la dernière décennie, la consommation d’électricité liée à l’éclairage est demeurée stable. La raison ? Les ampoules DEL, près de 12 fois plus efficaces que les lampes halogènes. Sans elles, la consommation mondiale d’électricité aurait augmenté de 800 TWh – soit plus que la consommation annuelle de l’Afrique, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le potentiel d’économie reste considérable : environ 30 % des lampes en Amérique du Sud et dans certaines régions d’Asie-Pacifique (hors Chine et Inde) doivent encore être modernisées. Et même dans les pays déjà équipés, le remplacement des premières générations de LED, aujourd’hui dépassées, permettrait de réduire encore davantage la consommation électrique.

Le nucléaire fait un retour dans le débat climatique Cette technologie d’électricité à faible émission de carbone est à la base de certains des réseaux les plus propres au monde et pourrait contribuer à la décarbonation de plusieurs industries, explique Vivan Sorab, responsable principal, Politique, Technologie propre RBC. Le réseau électrique français émet seulement 22 gCO₂/kWh, l’un des niveaux les plus faibles au monde, le nucléaire fournissant 65 % de l’électricité du pays. En Ontario, l’intensité des émissions du réseau a augmenté à 74 gCO₂/kWh en 2024 par rapport à l’année précédente, en raison de travaux de remise à neuf des centrales nucléaires et de la hausse de la demande, qui ont nécessité un recours accru au gaz naturel. Les petits réacteurs modulaires (PRM) pourraient étendre la contribution du nucléaire au-delà du réseau électrique. Certaines industries fortement émettrices – extraction de pétrole lourd, pétrochimie – ont besoin de vapeur à haute température que les énergies renouvelables peinent à fournir seules. Les PRM pourraient éventuellement produire à la fois de l’électricité et de la chaleur industrielle, ce qui en ferait l’une des rares technologies capables d’aider les secteurs difficiles à décarboner. Pour en savoir plus sur l’énergie nucléaire, lisez L’avantage atomique : une occasion historique pour le Canada à l’aube d’une nouvelle ère nucléaire.



Par John Stackhouse

La délégation climatique présente cette semaine à la grande conférence énergétique CERAWeek, à Houston, avait de quoi être un peu déboussolée. L’humidité du bayou et les files de la TSA y étaient pour quelque chose, certes, mais c’est surtout le changement dans le discours sur l’action climatique qui donnait l’impression d’un virage à 180 degrés. 

Il y a deux ans, la secrétaire à l’Énergie de Joe Biden, Jennifer Granholm, était venue expliquer la pause imposée aux exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Lundi, Chris Wright, secrétaire à l’Énergie sous Donald Trump, est monté sur la même scène pour présenter un plan visant à doubler la production de GNL d’ici la fin de la décennie.

Et ce n’est pas seulement la Maison-Blanche qui a changé de cap climatique. Des délégations de dizaines de pays sont venues à Houston pour demander plus de tout, surtout du gaz naturel. Le Japon, berceau du protocole de Kyoto et de nombreuses innovations climatiques, était en tête de file, expliquant qu’il ne peut plus compter uniquement sur le Qatar et quelques autres fournisseurs pour alimenter en gaz son économie insulaire. (Souvenons-nous de l’arrêt du nucléaire après Fukushima.)

Les États-Unis travaillent désormais à fournir au Japon et à d’autres alliés autant de gaz et de pétrole que possible. Et une grande partie de cet approvisionnement pourrait provenir du Canada.

En matière de pétrole, le Canada comble déjà les deux tiers de l’écart entre la production américaine (12 millions de barils/jour) et sa consommation (20 millions). Nous fournissons une part encore plus importante du gaz consommé par les Américains dans plusieurs États.

Le ministre canadien de l’Énergie, Tim Hodgson, est venu à Houston pour affirmer que le gouvernement fédéral est déterminé à voir la production pétrolière augmenter de 2,5 millions de barils par jour – une hausse de 50 % – et à doubler les exportations de GNL par rapport aux plans actuels. Peut-on concilier cette hausse avec les engagements climatiques ?

J’ai posé la question à Tim Hodgson et à la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, lors d’un échange que j’animais à Canada House dans le cadre de la conférence. Ils ont affiché une forte convergence de vues (à tel point que Mme Smith s’est décrite comme la porte-parole environnementale de la politique énergétique de Mark Carney). Ils ont ensuite insisté sur trois priorités : le méthane, la tarification du carbone et Pathways.

Leurs gouvernements ont d’ailleurs annoncé plus tard dans la journée une entente sur les émissions de méthane qui contribuera à maintenir le Canada – et l’Alberta – sur la voie vers l’objectif de zéro émission nette (ou la « carboneutralité », selon la terminologie privilégiée par Mme Smith). La tarification du carbone industriel demeure plus complexe, même si des prolongations d’échéancier pourraient permettre de débloquer la situation.

Le principal enjeu reste Pathways, que M. Hodgson décrit comme « le plus grand projet de captage du carbone au monde », et qui permettrait de réduire nettement l’empreinte carbone des barils supplémentaires. La question des coûts demeure toutefois entière. Ottawa estime que Pathways pourrait coûter aussi peu que 50 cents par baril – une aubaine pour l’industrie si cela permet d’atteindre une hausse de production de 50 %. Les acteurs du secteur présents sur place jugent plutôt que les coûts seront plus élevés, bien qu’ils espèrent que des investissements éventuels de fonds de pension canadiens pourraient réduire les coûts en capital à long terme.

Nous devrions en savoir davantage la semaine prochaine, à l’approche de l’échéance du 1er avril prévue dans le protocole d’entente Ottawa–Alberta sur l’énergie. La crise mondiale pourrait entraîner certains retards et nécessiter de nouveaux ajustements. Mais le message envoyé à Houston par Ottawa et l’Alberta était clair : davantage de production et moins d’émissions, voilà le nouveau plan canadien.

Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

L’électrification sera le principal moteur climatique du Canada. La production d’électricité devrait augmenter de 50 % d’ici 2050, les énergies renouvelables représentant 91 % du réseau (contre 79 % aujourd’hui), selon le plus récent scénario de référence de la Régie de l’énergie du Canada, qu’elle désigne sous le nom de Mesures actuelles.

Même si la carboneutralité d’ici 2050 demeure un objectif ambitieux, l’économie devrait continuer de progresser vers des sources plus sobres en carbone. Alors que le charbon, fortement émetteur, est presque éliminé et que la croissance de la production de pétrole brut ralentit, l’expansion des combustibles fossiles sera principalement portée par le gaz naturel, relativement moins émetteur : d’ici 2050, il représentera 43 % de la production totale de pétrole et de gaz, contre 36 % aujourd’hui.

Trajectoire énergétique et des émissions du Canada. Scénario selon les mesures actuelles.

Publié deux semaines après le début de la guerre en Iran, qui pourrait s’avérer l’un des événements énergétiques les plus marquants du siècle, le rapport propose plusieurs trajectoires pour la croissance de l’énergie et de l’électricité au Canada, ainsi que pour la réduction des émissions.

  • Le Canada va au-delà du scénario unique de carboneutralité : cette édition conserve les scénarios Mesures actuelles et Carboneutralité du Canada du rapport Avenir énergétique du Canada en 2023 (AE2023), mais y ajoute des scénarios à la hausse et à la baisse. Ceux-ci encadrent le scénario de référence en faisant varier la croissance économique, les exportations de gaz naturel liquéfié, la demande des centres de données et les prix mondiaux de l’énergie, offrant ainsi une fourchette de résultats plus réaliste de ±20 %, plutôt que de considérer la carboneutralité en 2050 comme seule trajectoire.

  • Les émissions diminueront d’environ 14 % d’ici 2050. Dans tous les cas, les émissions de GES sous Mesures actuelles sont plus faibles dans Avenir énergétique 2026 (AE2026) que dans l’édition précédente, mais une économie canadienne carboneutre n’apparaît toujours pas à l’horizon. D’ici 2050, AE2026 projette 546 mégatonnes (Mt), contre 566 Mt dans l’édition 2023, ce qui reflète une décarbonation plus rapide à court terme grâce aux politiques déjà en place, notamment dans le secteur de l’électricité.

  • Le soleil et le vent alimenteront le réseau. La production d’électricité dans le scénario Mesures actuelles est globalement similaire dans les deux rapports. D’ici 2050, la production atteint environ 975 TWh dans Avenir énergétique en 2026, contre 972 TWh dans Avenir énergétique 2023. La principale différence réside dans la part des énergies renouvelables : le rapport de 2026 prévoit une montée plus rapide, atteignant 91 % de production non émettrice d’ici 2050, contre 86 % dans le rapport de 2023, avec une accélération plus marquée après 2035.

  • Le pic pétrolier est repoussé La production pétrolière reste similaire à court terme, mais AE2026 est nettement plus prudent à moyen terme. D’ici 2035, AE2026 prévoit environ 6,0 millions de barils par jour, contre 6,5 millions dans AE2023. Les trajectoires convergent ensuite : 5,9 millions en 2050 dans AE2026, contre 6,3 millions dans AE2023. Le pic de production pétrolière est ainsi repoussé de sept ans, passant de 2035 à 2042. Selon le Scénario plus élevé, la production de pétrole montera à 6,4 millions de barils par jour.

  • …et le gaz naturel prend de l’ampleur. AE2026 prévoit une production nettement plus élevée à tous les horizons, atteignant 26,8 milliards de pieds cubes par jour d’ici 2050, contre 21,5 dans AE2023 – soit une hausse de 25 %, largement attribuable aux nouvelles hypothèses d’exportations de GNL intégrées au modèle 2026.

  • Le captage du carbone restera marginal. Bien que les volumes ne soient pas détaillés dans les projections, environ 4 % de la production totale d’électricité proviendrait de gaz naturel avec captage du carbone dans le scénario Mesures actuelles.Les émissions totales du secteur pétrolier et gazier devraient atteindre 176 Mt en 2050, en baisse de 12 % par rapport aux 199 Mt projetées en 2025, malgré une hausse de 5 % de la production (5,9 millions de barils par jour en 2050, contre 5,6 millions en 2025).

  • Le Canada est à la traîne de ses pairs : à l’échelle mondiale, dans le scénario Mesures actuelles, les émissions du Canada passeraient de 694 Mt en 2023 (dernières données disponibles) à 562 Mt d’ici 2035, soit une réduction de 23 % par rapport au niveau de 2005 (environ 730 Mt). Cela place le Canada légèrement derrière les États-Unis, où Rhodium Group prévoit une réduction de 26 à 35 % d’ici 2035 par rapport à 2005. Les deux pays sont nettement derrière l’Union européenne, qui vise une réduction d’environ 45 à 47 % d’ici 2035 selon les mesures actuelles et prévues. Les trois restent toutefois loin de la carboneutralité sans mesures additionnelles.​​​​​​​​​​​​​​​​

Fred Pearce, écrivain scientifique et conférencier britannique, auteur au fil des ans de plusieurs ouvrages aux titres plutôt sombres — Quand meurent les grands fleuves, The Land Grabbers et With Speed and Violence – change de ton avec Despite it All: A Handbook for Climate Hopefuls.Il y racontedes histoires qui témoignent d’« espoir au milieu de la morosité ».

Voici un extrait d’un bref échange de courriels :

Qu’est-ce qui vous rend optimiste ?
Nous sommes toujours en grand danger. Chaque tonne de gaz à effet de serre ajoutée à l’atmosphère y demeure pendant des siècles. Mais mon espoir repose sur les progrès techniques extraordinaires que nous avons accomplis. La Chine, et de plus en plus l’Inde ainsi que d’autres pays en plein développement, adoptent l’énergie solaire comme source d’énergie par défaut, parce qu’elle est si peu coûteuse. C’était impensable il y a seulement vingt ans. La Chine est en train de révolutionner le marché des batteries : leur coût s’effondre, et le stockage de l’énergie solaire devient réellement envisageable. Nous entrons dans l’ère solaire. Ce sont désormais les facteurs économiques, et non politiques, qui font la différence. Il reste à savoir si les choses vont se faire assez rapidement. Mais elles avancent.

L’une des raisons de votre optimisme est la baisse de la taille des familles et le vieillissement de la population, mais cela ne risque-t-il pas de freiner la croissance économique et la capacité des gouvernements à soutenir les citoyens ?
 
Il s’agit d’une nouvelle forme de « bombe démographique ». On redoute souvent qu’un nombre croissant de personnes âgées « à charge » et un nombre décroissant d’actifs pour les soutenir ne pèsent sur l’économie. Le vieillissement pourrait aussi ralentir l’activité économique en affaiblissant l’innovation portée par les jeunes ambitieux. Il faut revoir notre regard sur les aînés : les considérer comme une source de savoir et d’expérience, comme des aidants autant que des personnes aidées. J’ai 74 ans et je travaille encore, alors je suis bien placé pour le dire ! Mais rappelons aussi que nous avons moins d’enfants à charge, et qu’aujourd’hui la majorité des femmes participent à l’économie, plutôt que de rester à la maison pour élever les enfants.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus ?
Les effets de seuil, les points de non-retour. La fonte des calottes glaciaires au Groenland et en Antarctique, et la montée du niveau des mers qui en résulte, pourraient bientôt devenir irréversibles – même si les températures redescendent. La déforestation en Amazonie pourrait approcher un seuil critique où le manque d’arbres assèche l’air, entraînant la mort des arbres restants. Le système de circulation océanique pourrait lui aussi être proche d’un effondrement, ce qui interromprait le Gulf Stream.  Sans oublier le dégel du pergélisol, qui libère du méthane – un puissant gaz à effet de serre – et accélère fortement le réchauffement. Là encore, de manière irréversible. La science ne peut pas encore nous dire précisément où et quand ces points de bascule pourraient être franchis. Ainsi, même si nous faisons des progrès remarquables pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, je crains qu’il soit déjà trop tard pour éviter ces grands bouleversements. Nous aurons peut-être de la chance… ou pas.

  • Le manque de valorisation et de prise en compte des actifs naturels fait partie des quatre obstaclesqui freinent les initiatives d’adaptation climatique au Canada, écrivent James Stewart, chercheur principal au CD Howe Instituteet Anabela Bonada, directrice générale du Centre Intact sur l’adaptation aux changements climatiques de l’Université de Waterloo.

  • Gavin Mooney, conseiller en transition énergétique analyse comment le déploiement rapide de l’énergie solaire a aidé le Pakistan à atténuer sa forte dépendance au gaz naturel du Moyen-Orient.

  • Le Canada s’apprête à lancer l’un des plus vastes programmes de développement de son réseau électrique de son histoire. Pour que ce vaste chantier réussisse, les Nations autochtones doivent en être au centre, et non en périphérie, écrivent Kwatuuma Cole Sayers et Blake Shaffer dans un article d’opinion.

  • As energy systems are struggling to transform in the face of climate change, Justice in Canada’s Energy Transition report asserts that justice and equity are central to making a low-carbon economy sustainable, writes Julie MacArthur, a co-editor of the report.

  • « Alertes à la chaleur extrême, avertissements de conditions propices aux feux de forêt, records mensuels de température battus une fois de plus… il s’agit sans doute de l’une des vagues de chaleur hors saison les plus anormales que j’ai observées », indique le climatologue Zachary Labe à propos de la saison actuelle.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Il n’est pas nécessaire que les perturbations affectant les navires transitant par le détroit d’Ormuz soient prolongées pour que celui-ci cesse de fonctionner comme une artère fiable du commerce mondial. Les coûts commencent à s’accumuler : les taux de fret des conteneurs ont augmenté de 12 % au cours des deux semaines se terminant jeudi dernier, selon l’indice mondial des conteneurs de Drewry.

  • En période de risque de guerre maritime, un groupe relativement restreint d’assureurs désigne certaines zones comme étant à haut risque. Les protections habituelles ne suffisent alors plus, et les armateurs doivent souscrire une assurance contre les risques de guerre — au cas par cas (par voyage) —  tarifée en pourcentage de la valeur du navire.

  • Au cours des dernières semaines, ces primes sont passées de fractions de point de pourcentage à environ 5 % de la valeur d’un navire. Pour un grand pétrolier, cela représente des millions de dollars pour une seule traversée. Cette situation pourrait bientôt entraîner des pénuries et, vraisemblablement, une hausse des prix de biens de consommation courants allant des jouets et des vêtements aux semi-conducteurs.

  • Alors que des drones iraniens, des mines et des attaques menées par de petites embarcations constituent une menace persistante et crédible pour le détroit, la décision relève également du jugement humain des capitaines et des équipages, sans parler des armateurs peu enclins à voir l’un de leurs coûteux pétroliers couler ou devenir inutilisable.

  • Des efforts internationaux sont en hausse, notamment de la part du Canada, afin de rétablir en toute sécurité l’exploitation d’un corridor maritime clé dans le Golfe, où environ 1 000 navires — principalement des pétroliers — sont actuellement immobilisés.

  • Selon Lloyd’s List Intelligence, le conflit a déjà entraîné le ciblage de 23 navires, certains incidents ayant causé des pertes parmi les équipages.

  • Alors que la pandémie de COVID-19 a provoqué une chute marquée des volumes tout en faisant grimper fortement les taux de fret, la situation dans le détroit d’Ormuz met à l’épreuve la précision du système mondial de transport maritime : les flux sont redirigés, les trajets s’allongent et le tonnage est repositionné entre les différents bassins. Les cargaisons qui transiteraient normalement par Ormuz sont de plus en plus acheminées vers l’ouest par des corridors alternatifs, les ports de la mer Rouge s’imposant comme des nœuds clés dans une carte en rapide mutation des flux de marchandises transitant par le Moyen-Orient.

Quelle en est l’incidence ?

  • L’allongement des trajets absorbe des capacités, resserre la disponibilité des navires dans certaines régions et crée des déséquilibres ailleurs. Pour le commerce conteneurisé, l’incidence est conséquente. Les délais de livraison du commerce électronique touchent déjà le commerce de détail au Moyen-Orient, le fret aérien étant lui aussi perturbé.

  • Les chaînes logistiques mondiales reposent sur la synchronisation. Les marchandises circulent de manière séquentielle et selon des fenêtres temporelles définies. Cette prévisibilité s’érode désormais. Une hausse des taux de fret peut être absorbée ; une expédition qui arrive avec des semaines de retard, et sans certitude, ne le peut pas.

–Thomas Ashcroft

Le commerce du pétrole et du gaz est pratiquement à l’arrêt dans les pays entourant le détroit d’Ormuz, dans le golfe Persique. De plus, les installations d’exportation de gaz naturel du Qatar ayant été touchées, les prévisionnistes du secteur énergétique doivent revoir leurs scénarios.

Le marché mondial du GNL devait entrer dans une phase d’excédent notable en 2026, avec un surplus de deux millions de tonnes pour une offre totale de 475 millions de tonnes (Mt) cette année, puis un excédent de 30 Mt pour une offre de 585 Mt en 2029.

À quel point les exportations de GNL du Qatar sont-elles touchées ?

  • Une perturbation de l’approvisionnement qatari — le deuxième exportateur mondial de GNL — éliminerait entièrement le surplus prévu pendant environ trois ans, entraînant plutôt un déficit d’environ 30 Mt en 2026, et seulement un excédent de 8 Mt en 2029. Bien entendu, cela suppose l’absence de destruction de la demande, ce qui reste à confirmer.

  • D’après les échanges en cours, l’offre ajustée de GNL du Qatar pour cette année se situerait probablement  50 et 55 Mt, soit une perturbation d’environ 30 Mtpa par rapport aux quelque 83 Mtpa de production de l’an dernier. Il ne s’agit pas d’un écart marginal — c’est une baisse presque deux fois supérieure à la capacité totale actuelle d’exportation de GNL du Canada.

  • L’expansion du North Field du Qatar, qui soutient la croissance de l’offre mondiale jusqu’en 2030, pourrait être retardée avec une montée en puissance plus lente. Le marché anticipait ces volumes, mais réévalue désormais un déficit à court et moyen terme.

    Production de gaz naturel du vaste champ North Field du Qatar.

Un choc en deux temps

  • Un déficit d’approvisionnement à court terme, alors que des capacités existantes au Qatar sont mises hors service, suivi d’un retard à moyen terme des trains d’expansion qui devaient rééquilibrer le marché. 

  • La situation dans le détroit d’Ormuz vient aggraver le tableau. Avec un flux de pétroliers pratiquement à l’arrêt, la perturbation ne se limite pas à la production : même les volumes non touchés ne peuvent plus transiter par le détroit. 

  • LNG Canada monte en puissance. Huit navires ont quitté la Colombie-Britannique au cours des 17 premiers jours de mars, contre quatre pour l’ensemble du mois de décembre, ce qui indique que les acheteurs du bassin du Pacifique réorientent déjà leurs approvisionnements hors du Golfe. Des rapports indiquent également que des cargaisons américaines de GNL sont acheminées vers l’Asie par le canal de Panama.

  • En résumé : l’excédent de GNL anticipé — largement censé faire baisser les prix et améliorer l’accessibilité — est probablement écarté au moins jusqu’en 2028.

Pour plus d’information : Choc énergétique : huit graphiques pour expliquer les retombées mondiales de la crise du pétrole et du gaz.

–Shaz Merwat

Négocier des échanges commerciaux avec le président Donald Trump s’apparente à un jeu de « tape-taupe » : les irritants surgissent sans cesse, de manière agressive. Et si l’on réagit trop tard, le problème réapparaît et frappe encore plus fort. Le lancement, par le représentant américain au commerce, d’une enquête au titre de la section 301 visant le Canada constitue simplement le dernier épisode en date.

Les enquêtes, qui ciblent au total environ 60 partenaires commerciaux, s’inscrivent dans deux volets :

  • D’abord, déterminer si certains pays n’ont pas efficacement interdit ou appliqué les interdictions concernant l’entrée aux États-Unis de biens produits par le travail forcé (ce qui est au cœur de l’enquête visant le Canada).

  • Ensuite, évaluer si les subventions accordées par des gouvernements étrangers entraînent une surcapacité qui inonde les marchés et nuit à la production manufacturière américaine dans des secteurs clés.

L’objectif des États-Unis est d’inciter leurs alliés à partager le fardeau lié au renforcement des mesures contre les produits issus du travail forcé provenant notamment de régions comme le Xinjiang — où des minorités sont contraintes de produire des biens —, en plus de s’attaquer à la surcapacité et aux risques plus larges associés aux chaînes logistiques chinoises. Il ne s’agit donc pas seulement d’accusations bilatérales. Pour le Canada, cela enclenche un processus délibérément ciblé :

  • Washington soutient que le régime canadien d’application des règles relatives au travail forcé impose un fardeau injuste au commerce américain en permettant à des biens contaminés d’entrer en Amérique du Nord.

  • Cela déclenche des consultations obligatoires, des audiences publiques et une collecte de preuves avant l’éventuelle imposition de droits de douane.

Quelle est la menace réelle ?

Si le Canada est jugé en défaut dans le cadre de ces enquêtes, des droits de douane pourraient viser des intrants manufacturiers (acier, aluminium, minéraux), des biens de haute technologie (semi-conducteurs, solaire, véhicules électriques), ainsi que des produits comme les fruits de mer, les jouets, les équipements électriques et des biens de consommation courante comme les textiles et le cuir. 

Les données de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) indiquent des progrès modestes depuis l’entrée en vigueur, en 2024, de la Loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement. Les interceptions d’envois soupçonnés d’être liés au travail forcé — notamment des vêtements, des jouets et des produits électroniques souvent reliés indirectement à la région autonome du Xinjiang en Chine — ont légèrement augmenté, avec environ 50 détentions en 2024 contre presque aucune au cours des trois années précédentes. Cependant, un seul envoi a été confirmé comme contrevenant à l’interdiction au Canada, une fraction des saisies totalisant 1 milliard de dollars américains effectuées par le U.S. Customs and Border Protection pour des liens présumés avec le travail forcé. Le gouvernement canadien a engagé 25,1 millions de dollars sur deux ans à compter de 2025 pour Affaires mondiales Canada et l’ASFC afin de renforcer les enquêtes et l’application de la loi. Néanmoins, Washington remet en question l’efficacité de ces mesures, estimant que leur portée demeure insuffisante pour atteindre ses objectifs stratégiques à l’égard de la Chine.

À quoi faut-il s’attendre maintenant ?

  • La section 301 est un processus. Contrairement à la section 232, elle exige des consultations, la constitution d’un dossier probant et la tenue d’audiences publiques avant toute imposition de droits de douane.

  • Le Canada dispose d’une fenêtre étroite pour influencer le dossier : les soumissions prévues d’ici le 15 avril et les audiences débutant le 28 avril seront déterminantes pour démontrer les progrès en matière d’application et étayer les arguments fondés sur les engagements en matière de travail prévus par l’AEUMC (chapitre 23).

Incidences sur les négociations de l’AEUMC

  • Le calendrier est délibéré. Le processus au titre de la section 301 se déroule en parallèle de l’examen de l’AEUMC, offrant au Bureau du représentant américain au commerce (USTR) un signal précoce quant à l’efficacité des consultations.

  • Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a indiqué cette semaine que le Canada accuse un retard par rapport au Mexique dans le processus d’examen de l’AEUMC. Le rythme canadien est toutefois stratégique, reflétant une allocation réfléchie des risques et des leviers à Ottawa. Mark Carney a constitué son équipe et réparti les rôles en conséquence : l’ambassadeur Mark Wiseman mobilise le Congrès pour contrer des scénarios imprévisibles comme un retrait de l’AEUMC (possible par décret présidentiel, bien que le Congrès conserve ultimement le pouvoir d’abroger la loi).

  • Parallèlement, la négociatrice en chef Janice Charette coordonne les ministères concernés et les lignes rouges pour le premier ministre.

  • Avant les élections de mi-mandat américaines, le Canada doit coopérer sur la question du travail forcé sans concéder des éléments de grande valeur stratégique, comme l’accès aux minéraux critiques. Il s’agit de démontrer des progrès et une volonté d’agir en matière d’application, tout en conservant des atouts stratégiques et en laissant les élections de mi-mandat tester le rapport de force avec Donald Trump, afin de préserver la marge de manœuvre d’Ottawa dans les négociations.

–Thomas Ashcroft

La récente « offre » opportuniste de la Chine à Taïwan — proposant une réunification avec le continent en échange d’une sécurité énergétique — illustre la convergence croissante entre sécurité énergétique, commerce et géopolitique, alors que le conflit au Moyen-Orient bouleverse violemment les systèmes énergétiques mondiaux.

Pourquoi Taïwan a-t-il besoin de sécurité énergétique ?

  • L’île d’Asie de l’Est est le principal producteur mondial de semi-conducteurs. Le gaz naturel et le pétrole — majoritairement importés — représentent 61 % de son approvisionnement énergétique, selon le Statistical Review of World Energy.  Le charbon (33 %), le nucléaire (3 %) et les énergies renouvelables (3 %) composent le reste.

  • Taïwan a lancé des politiques visant à éliminer progressivement l’énergie nucléaire en 2016 et a achevé la fermeture de son dernier réacteur en mai 2025, retirant près de 5 GW de capacité — soit environ 42 % de la capacité nucléaire du Canada — et accentuant sa dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié.

  • Environ 42 % des importations de GNL de Taïwan provenaient du Qatar, qui a subi cette semaine une importante attaque de missiles en provenance de l’Iran.

  • Taïwan réévalue désormais sa stratégie nucléaire, avec des études de faisabilité portant sur la remise en service de deux centrales. La société d’État Taipower devrait également soumettre ce mois-ci des plans de redémarrage de réacteurs.

Leçons pour une nouvelle ère énergétique

  • Notre rapport L’avantage atomique : une occasion historique pour le Canada à l’aube d’une nouvelle ère nucléaire a mis en évidence le rôle central de la sécurité énergétique dans la relance du nucléaire à l’échelle mondiale.

  • De nombreux pays européens et asiatiques diversifient à la fois leurs fournisseurs d’énergie et leurs sources de production afin de composer avec l’instabilité géopolitique qui perturbe les marchés énergétiques mondiaux.

  • À mesure que les pays cherchent à diversifier leurs approvisionnements et leurs sources d’énergie, le Canada est bien positionné pour soutenir ces objectifs. La technologie des réacteurs CANDU du Canada — incluant des réacteurs de moins d’un gigawatt adaptés aux réseaux de plus petite taille —, ainsi que l’expertise croissante du pays en matière de petits réacteurs modulaires, en font un partenaire tout désigné pour les pays souhaitant réduire leur dépendance aux combustibles fossiles sans recourir à des technologies chinoises ou russes.

–Vivan Sorab

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  • Le Canada est l’un des six pays à disposer d’un éventail de technologies nucléaires conçues sur son territoire et exportables. Cet atout stratégique confère au Canada une position idéale pour façonner la sécurité énergétique mondiale et forger des alliances à long terme.

  • Le Canada peut tirer parti de l’ambition nucléaire croissante à l’échelle mondiale. Les États-Unis ont pour ambition de quadrupler leur capacité nucléaire, et plus de 30 autres pays se sont engagés à tripler la leur d’ici 2050.Le Canada peut offrir une valeur éprouvée tout au long de la chaîne d’approvisionnement nucléaire pour aider à répondre aux besoins d’un marché mondial en pleine expansion.

  • L’uranium est la vulnérabilité structurelle des États-Unis, et l’avantage du Canada. Les réacteurs nucléaires américains ont besoin de 25 355 tonnes d’uranium par an, mais ne comblent que 8 % de ce besoin au pays. Le Canada, qui possède les troisièmes plus importantes ressources en uranium au monde et qui augmente sa production, s’impose comme un pilier des chaînes d’approvisionnement de combustibles nucléaires en Amérique du Nord grâce à la grande qualité de ses gisements, à la fiabilité de sa production et à sa stabilité géopolitique.

  • La chaîne d’approvisionnement nucléaire du Canada est prête à s’étendre, mais se trouve à un point d’inflexion stratégique. Les projets de remise à neuf des installations nucléaires de l’Ontario ont permis de préserver des capacités de fabrication et d’ingénierie à rentabilité élevée, et ont démontré que les projets nucléaires d’envergure pouvaient être achevés avant l’échéance et à un coût inférieur au budget. Toutefois, la compétitivité future dépend d’une clarté suffisante des politiques, d’un pipeline de projets bien fourni et de la réussite de la construction de nouvelles centrales nucléaires, nécessaires pour justifier des investissements et une expansion soutenus.

  • Le Canada est confronté à trois scénarios nucléaires plausibles et non mutuellement exclusifs. Le Canada peut axer sa stratégie sur : 1) la sécurité de l’approvisionnement en uranium et en combustible ; 2) le leadership technologique grâce aux réacteurs à eau lourde sous pression et aux petits réacteurs modulaires à eau légère ; ou 3) l’intégration plus étroite au développement de l’infrastructure nucléaire nord-américaine.

  • Le Canada doit agir rapidement pour réaliser son ambition nucléaire. Alors que l’intérêt mondial pour l’énergie nucléaire connaît un essor fulgurant, les concurrents dans le secteur du nucléaire civil associent technologie, financement, diplomatie et partenariats à long terme. Le Canada dispose d’une marge de manœuvre de plus en plus réduite pour transformer ses intentions en influence durable. Cela pourrait représenter une occasion d’exportation de plusieurs milliards de dollars. En effet, selon un scénario de l’Agence internationale de l’énergie, les investissements dans le domaine nucléaire doivent presque doubler pour atteindre 120 milliards de dollars américains par an d’ici 2030 afin de doubler la capacité nucléaire.

Après une période de stagnation dans le monde occidental, l’énergie nucléaire fait son retour – une résurgence mondiale alimentée par la demande croissante d’énergie liée à l’intelligence artificielle, les préoccupations en matière de sécurité énergétique et l’évolution des politiques industrielles.

Le secteur de la technologie, confronté à une augmentation imminente de la demande d’énergie en raison des centres de données de l’IA, est un facteur clé de la renaissance nucléaire. Des entreprises comme Google, Microsoft, Meta et Amazon ont signé des ententes avec des producteurs d’énergie nucléaire conventionnelle et des sociétés de technologie nucléaire de pointe. Google a signé une convention d’achat d’énergie de 25 ans avec NextEra Energy en vue de la remise en service du Duane Arnold Energy Centre dans l’Iowa, une centrale de 610 MW à l’arrêt depuis 20201. L’entreprise a également apporté un capital de démarrage à Elementl Power pour le développement de trois sites nucléaires de pointe aux États-Unis2, et s’est associée à l’entreprise Kairos Power, spécialisée dans les petits réacteurs modulaires, et à la Tennessee Valley Authority dans le cadre d’un projet de développement3. Amazon a investi plus d’un milliard de dollars américains dans des projets et des technologies nucléaires4, notamment en prenant une participation dans X-Energy, une société de conception de petits réacteurs modulaires de pointe5. Enfin, Meta, qui cherchait à s’assurer un approvisionnement fiable en électricité à long terme pour nourrir ses ambitions en matière d’IA, a signé des ententes de 20 ans pour acheter de l’énergie auprès de trois centrales nucléaires américaines. Elle s’est également engagée à développer des petits réacteurs modulaires avec deux entreprises. Selon Meta, ces ententes lui permettront de disposer de 6,6 gigawatts d’énergie d’ici 20356.

Au-delà des besoins croissants d’énergie liés à l’intelligence artificielle, les préoccupations en matière de sécurité énergétique, particulièrement en Europe, remettent en cause les plans de sortie du nucléaire en faveur de l’élaboration de nouvelles stratégies dans ce domaine. L’Italie a récemment commencé à envisager la réintroduction de l’énergie nucléaire dans son bouquet énergétique, près de quarante ans après la fermeture de sa dernière centrale7. Le Danemark envisage activement le recours à l’énergie nucléaire8, et la Norvège a lancé des analyses d’impact en vue de l’installation d’un éventuel petit réacteur modulaire9. La Commission européenne élabore également une stratégie visant le déploiement de petits réacteurs modulaires d’ici les années 203010.

Planification et construction de réacteurs nucléaires: le retard de l’Occident

La résurgence du nucléaire en Occident se heurte toutefois à d’importants défis. Les projets de construction de réacteurs dans plusieurs pays occidentaux ont notamment été marqués par des dépassements de coûts et de délais qui ont accru les risques de non-achèvement et freiné le financement. Vogtle 3 et 4 en Géorgie, les premiers projets de nouveaux réacteurs aux États-Unis depuis des décennies, ont été finalisés en 2014 pour un coût estimé à 36,8 milliards de dollars, alors que le coût initial était estimé à 14 milliards de dollars11. Le projet de Flamanville 3, en France, a été relié au réseau en décembre 2024, avec un retard de douze ans et un coût de 13,2 milliards d’euros, soit quatre fois l’estimation initiale12. Le projet britannique Hinckley Point C est toujours en construction et devrait désormais coûter 49 milliards de livres, soit près du triple de l’estimation de 18 milliards de livres quand la construction a débuté en 2017, la première unité ne devant pas être mise en service avant 203013. Aux États-Unis, le projet V.C. Summer en Caroline du Sud a été abandonné en 2017 en raison des retards et des dépassements de coûts14.   

Mais avec le regain d’intérêt pour le nucléaire, la capacité mondiale pourrait augmenter de 75 % pour atteindre environ 730 GW d’ici 2050 si les politiques actuelles sont maintenues, selon l’Agence internationale de l’énergie.15 

Les États-Unis, pour leur part, visent à quadrupler ce qui constitue déjà le plus grand parc de réacteurs nucléaires au monde d’ici 2050 (contre un objectif initial de tripler la capacité), à renforcer leur chaîne d’approvisionnement et à moderniser l’approvisionnement en combustible nucléaire. Ils progressent rapidement dans le domaine de la technologie nucléaire de nouvelle génération, en consacrant environ 5 milliards de dollars de fonds fédéraux à la recherche, à la démonstration et au déploiement précoce de petits réacteurs modulaires et avancés par le biais de programmes du département de l’Énergie des États-Unis.

La Chine développe quant à elle une capacité additionnelle de 38,5 GW16, tandis que la Russie tire parti de l’énergie nucléaire pour atteindre ses objectifs en matière de politique arctique, industrielle et étrangère, en étendant son modèle d’exportation de réacteurs soutenu par l’État.

Fort d’importantes réserves d’uranium et d’une grande expertise en technologie nucléaire, le Canada est l’un des six pays à disposer d’un éventail de technologies nucléaires conçues sur son territoire et exportables. Il lance par ailleurs un nouveau programme de construction nucléaire qui pourrait devenir l’un des plus importants de l’Occident si l’ensemble des projets se déroulent comme prévu. La construction du premier petit réacteur modulaire du G7 a débuté sur le site nucléaire de Darlington, à Clarington, en Ontario. En outre, plusieurs réacteurs ont été remis à neuf avant l’échéance et à un coût inférieur au budget, allant à l’encontre de la tendance au dépassement des coûts des projets nucléaires dans d’autres pays occidentaux.

En d’autres termes, le Canada a l’occasion de jouer un rôle clé dans la résurgence de l’énergie nucléaire en assurant l’approvisionnement mondial en uranium et en combustible, en jouant un rôle de premier plan dans l’exportation de technologies et de services nucléaires vers ses alliés, en développant les chaînes d’approvisionnement nucléaires nord-américaines et en renforçant les exportations nucléaires mondiales.

Pour analyser ces trois scénarios, Leadership avisé RBC s’est entretenu avec des experts en énergie nucléaire au Canada et aux États-Unis et a estimé les besoins en combustible nucléaire pour les parcs de réacteurs en expansion des deux pays.

L’objectif

À mesure que les réacteurs redémarrent à l’échelle mondiale, la stabilité de l’exploitation minière de l’uranium et des services liés au combustible nucléaire (conversion, enrichissement, fabrication) devient de plus en plus cruciale pour la sécurité énergétique. Les gisements d’uranium de classe mondiale du Canada et son expertise en matière de conversion d’uranium constituent le pilier de la sécurité de l’approvisionnement du combustible nucléaire de ses alliés en Amérique du Nord et à l’étranger, et permettent de se prémunir contre l’insécurité énergétique et les risques de nationalisation des ressources.

La demande mondiale d’uranium devrait fortement augmenter

Tirer parti de l’avantage canadien

Les réacteurs prévus et en construction augmenteront les besoins mondiaux d’uranium à mesure qu’ils entreront en service, ce qui nécessitera l’ouverture de nouvelles mines, car la qualité des ressources existantes diminuera et l’approvisionnement en uranium secondaire deviendra plus limité.

Le Canada possède les troisièmes plus importantes ressources en uranium au monde après l’Australie et le Kazakhstan,17 et joue déjà un rôle clé dans les chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire grâce à la haute qualité de ses gisements, à la fiabilité de sa production, à sa stabilité géopolitique et à son expertise en matière de fabrication de combustibles.

L’expansion continue des projets existants et l’ouverture de nouvelles mines en Saskatchewan renforceront la position du Canada en tant que pilier essentiel de la sécurité énergétique pour ses alliés en Amérique du Nord et dans le monde. En misant sur ses atouts dans le domaine de la conversion d’uranium (le Canada détient 18 % de la capacité mondiale de conversion d’uranium),18 le Canada peut renforcer la stabilité de l’approvisionnement en combustible du parc nucléaire en expansion en Amérique du Nord et à l’étranger.

Les voies vers la réussite

Le parc de réacteurs nucléaires américain présente déjà des faiblesses majeures en matière de sécurité énergétique, 20 % de son uranium enrichi provenant de la Russie en 2024.19 Les États-Unis ont cherché à réduire cette dépendance en proposant des investissements dans le retraitement du combustible épuisé et en instaurant, sous l’administration précédente, une interdiction d’importer de l’uranium enrichi provenant de la Russie (la Russie contrôle 40 % de la capacité mondiale d’enrichissement)20. Cependant, même avec une expansion potentielle des infrastructures d’enrichissement, les États-Unis resteront dépendants des importations d’uranium, la production nationale ne représentant actuellement qu’une fraction des besoins annuels des réacteurs. En 2024, les opérateurs de réacteurs américains ont acheté 25 355 tonnes d’uranium, dont seulement 8 % provenaient du marché intérieur, le Canada constituant la principale source d’approvisionnement des États-Unis avec 36 % du total21 La poursuite du partenariat entre les États-Unis et le Canada en matière d’uranium sera essentielle pour la sécurité de l’approvisionnement en combustible nucléaire des États-Unis.

L’objectif

En tirant parti de son expertise technologique et en développant son programme nucléaire national de grande envergure, parallèlement à une expertise croissante dans le déploiement de petits réacteurs modulaires, le Canada renforcerait sa sécurité énergétique et économique à l’échelle nationale. Cela lui permettrait également de disposer d’un éventail unique de technologies de réacteurs, de services d’ingénierie et d’exploitation, ainsi que d’un soutien réglementaire pour les territoires nouvellement ou déjà dotés de centrales nucléaires.

Tirer parti de l’avantage canadien

L’expérience du Canada en matière de conception, de construction et d’exploitation du réacteur à eau lourde sous pression CANDU, avec un parc de 17 réacteurs en Ontario et au Nouveau-Brunswick et 12 unités exportées à l’international depuis les années 197022, constitue un atout majeur. Alimentés à l’uranium naturel, les réacteurs canadiens ne dépendent pas de combustibles à uranium enrichi, ce qui leur permet de ne pas être tributaires d’un groupe restreint de fournisseurs d’uranium enrichi – un atout de plus en plus précieux à l’heure où l’indépendance énergétique gagne du terrain à l’échelle mondiale. Des conceptions modernes à l’échelle du gigawatt et des versions modernisées des réacteurs existants pourraient élargir l’éventail de réacteurs du Canada, sous réserve d’obtenir les autorisations nécessaires et de faire leurs preuves sur le marché canadien. Parallèlement, la construction et l’exploitation réussies de petits réacteurs modulaires à eau légère à l’échelle du réseau en Ontario consoliderait la position du Canada en tant que pionnier et exploitant de cette technologie, permettant ainsi aux fournisseurs et aux opérateurs de commercialiser leur expertise en matière de construction, d’exploitation et de réglementation dans de nouveaux marchés.

Grâce à ces capacités combinées, le Canada pourrait devenir l’un des rares pays à disposer d’une expertise et d’une capacité d’exportation crédibles couvrant un éventail de technologies, des grands réacteurs nucléaires aux petits réacteurs modulaires.

Une telle stratégie en matière d’énergie nucléaire pourrait aussi donner de l’élan à plus de 200 fabricants nationaux qui soutiennent le programme du Canada. Le déploiement des réacteurs à eau lourde sous pression et des petits réacteurs modulaires à l’étranger pourrait permettre au Canada de créer de la valeur tout au long du cycle de vie des réacteurs, de l’approvisionnement en uranium et en combustible, au soutien réglementaire et à la construction et l’exploitation des réacteurs, en passant par la remise à neuf et le déclassement, et ce, même en délocalisant partiellement la chaîne d’approvisionnement dans les pays partenaires.

Les voies vers la réussite

L’expérience acquise lors des premiers projets de petits réacteurs modulaires permettra au secteur nucléaire canadien, ainsi qu’à ses partenaires de la chaîne d’approvisionnement, de la construction et de l’ingénierie, de consolider le déploiement à l’échelle mondiale. La Pologne,23 la Hongrie24 et la Bulgarie25 pourraient représenter à elles seules un pipeline de 40 petits réacteurs modulaires, offrant ainsi au Canada un marché initial crucial dès les années 2030. Le déploiement national de grands réacteurs, quant à lui, ouvrira la voie aux exportations internationales plus tard dans la décennie. Pour y parvenir, le Canada devra mener à bien la mise en œuvre et l’exploitation de ses installations locales, en s’appuyant sur le développement de sa chaîne d’approvisionnement et de sa base de production nucléaire au-delà de ses capacités actuelles en matière de remise à neuf. Il faudra combler les principales lacunes en matière de production, comme les caissons de réacteurs et la production d’eau lourde pour les nouveaux réacteurs. Le Canada devra aussi étoffer son bassin de talents pour se préparer à la construction de réacteurs tout en préservant son expertise existante, les déploiements mondiaux créant une concurrence pour les talents.

L’objectif

Une intégration plus étroite au sein de la chaîne d’approvisionnement des États-Unis (y compris la fabrication, la construction et le déploiement des composants des réacteurs) permettrait au Canada d’accéder à un pipeline d’exportation bien établi pour les grands réacteurs nucléaires à eau légère. Si le Canada parvient à mener des négociations commerciales fructueuses et à mettre en place un transfert transfrontalier de propriété intellectuelle, il pourrait partiellement délocaliser les chaînes d’approvisionnement pour les composants de grands réacteurs d’origine américaine, ce qui lui permettrait de soutenir ses propres programmes de construction au pays et de contribuer à la construction de réacteurs à l’étranger.

Tirer parti de l’avantage canadien

La coopération entre les États-Unis et le Canada pour le nucléaire civil s’appuie sur plusieurs décennies de collaboration technologique et d’échange d’expertise. Bien que le Canada et les États-Unis exploitent aujourd’hui des technologies de réacteurs nucléaires différentes et disposent de procédures de réglementation nucléaire distinctes, les deux pays ont officiellement collaboré à l’élaboration de plusieurs technologies de pointe, comme les combustibles pour les petits réacteurs modulaires de nouvelle génération et les petits réacteurs modulaires à eau légère, dans le cadre d’un travail technique conjoint entre les organismes de réglementation de chaque pays.26

Le Canada, dont le parc nucléaire repose depuis toujours sur une seule technologie, pourrait élargir son parc de grands réacteurs nucléaires pour y inclure des modèles d’origine américaine, tels que l’AP-1000, qui est déjà exploité depuis plus d’une décennie aux États-Unis et en Chine. Cela pourrait réduire les risques liés à la construction de réacteurs de l’ordre du gigawatt au Canada en tirant parti des enseignements des projets de construction antérieurs aux États-Unis et en Chine. Cela permettrait également de développer la chaîne d’approvisionnement nucléaire canadienne et d’accéder de manière sélective à un pipeline d’exportation mondial. À l’heure actuelle, des contrats pour 20 réacteurs AP-1000 ont été conclus dans des marchés comme la Pologne, la Hongrie, l’Ukraine et l’Inde,27 et des fabricants canadiens ont signé des protocoles d’entente pour la fourniture potentielle de composants, tels que de la robinetterie et des équipements de régulation de débit,28 ainsi que des générateurs de vapeur, des caissons à pression et des échangeurs de chaleur.29

Des fabricants canadiens ont déjà fourni des composants, notamment de la robinetterie30 et des services de fabrication de modules de réacteurs31 pour des projets nucléaires américains, tels que les réacteurs Vogtle 3 et 4 en Géorgie. Les chaînes d’approvisionnement nucléaires américaines, largement inactives jusqu’à l’arrivée des projets Vogtle, n’ont pas la capacité requise pour porter la construction de réacteurs aux niveaux envisagés par le gouvernement américain32 Si des projets de construction voient le jour, cela pourrait donc créer des occasions pour les fabricants canadiens. La chaîne d’approvisionnement nucléaire canadienne compte déjà plus d’une vingtaine d’entreprises détenant des certifications délivrées par l’American Society of Mechanical Engineers, couvrant les composants de base, les systèmes de sûreté et les systèmes de décharge33 ce qui témoigne de l’existence d’une base industrielle établie et agréée en mesure de soutenir le déploiement de réacteurs à grande échelle.

Les voies vers la réussite

Pour parvenir à s’intégrer plus étroitement à la chaîne d’approvisionnement nord-américaine, le Canada devra consolider et accroître les occasions de fabrication et d’exportation sur son territoire à mesure que les États-Unis développent leur base industrielle nucléaire. Washington considère de plus en plus l’énergie nucléaire comme un secteur économique stratégique, la politique industrielle jouant un rôle accru au même titre que les considérations commerciales. Les récents accords conclus entre le gouvernement fédéral américain et les partenaires du secteur nucléaire reflètent cette orientation et positionnent le déploiement de réacteurs comme un vecteur de renouveau industriel aux États-Unis. L’évolution des dynamiques commerciales existantes entre les États-Unis et le Canada, comme les droits de douane sur les composants fabriqués au Canada, ainsi que les négociations commerciales, détermineront la mesure dans laquelle le Canada pourra délocaliser sa production et accroître ses exportations actuelles vers les États-Unis.

  • Il y a 80 ans, le Canada est devenu le deuxième pays après les États-Unis à réaliser une fission nucléaire durable grâce à la pile expérimentale d’énergie zéro (ZEEP – Zero Energy Experimental Pile) aux laboratoires Chak River, en Ontario.34

  • La technologie canadienne de réacteurs nucléaires à eau lourde sous pression, le CANDU, fournit 15 % de l’électricité du pays grâce à 16 réacteurs en Ontario et un réacteur au Nouveau-Brunswick.35

  • Le secteur nucléaire canadien emploie environ 89 000 personnes,36 et est un important producteur d’isotopes médicaux, comme le cobalt 60, produit par les réacteurs et utilisé dans le traitement du cancer et la stérilisation médicale.

  • Le Canada est un chef de file en matière de technologies nucléaires de nouvelle génération : il a élaboré la première feuille de route du projet pilote de petits réacteurs modulaires au monde en 2018 et travaille actuellement à la construction du premier petit réacteur modulaire du G7 près de Toronto, un projet qui fournira à terme 300 MW de capacité, soit assez pour alimenter 300 000 foyers en électricité fiable et sans émissions.

  • Le Canada progresse rapidement dans la mise en œuvre de son dépôt en formations géologiques profondes, l’aboutissement de nombreuses années de consultation avec les parties prenantes et les Autochtones. Ce projet en est désormais à la phase d’évaluation environnementale, un pas de plus vers une solution unique pour la gestion responsable et à long terme du combustible nucléaire épuisé.

Pour développer son secteur nucléaire, le Canada doit renforcer et perfectionner plusieurs aspects de la chaîne d’approvisionnement :

  • Établir une stratégie nucléaire globale axée sur la sécurité énergétique et économique et sur une approche de déploiement par parc de réacteurs, une stratégie pancanadienne globale, en coordination avec l’Ontario et d’autres provinces, l’industrie et les universités, peut renforcer la confiance nécessaire aux investissements dans la chaîne d’approvisionnement, au développement de la main-d’œuvre, à la coopération interprovinciale et aux partenariats internationaux. Cette stratégie pourrait intégrer des objectifs de déploiement, des calendriers de construction pour les grands projets et une vision claire des technologies à adopter dans le but d’assurer la sécurité énergétique et économique future.

  • Mettre en place une infrastructure diplomatique et de financement concurrentielle pour les exportations nucléaires. La création d’une facilité de financement dédiée aux exportations nucléaires, soutenant un éventail de réacteurs multi-technologies incluant les petits réacteurs modulaires, pourrait rehausser la compétitivité du Canada en tant qu’exportateur de réacteurs nucléaires, de composants et d’expertise. Celle-ci pourrait être associée à une infrastructure diplomatique renforcée, avec des délégués commerciaux spécialisés dans le nucléaire et l’intégration de la coopération nucléaire civile dans les stratégies de politique étrangère du Canada.

  • Constituer et maintenir une main-d’œuvre qualifiée dans le secteur nucléaire. La planification du perfectionnement des aptitudes, y compris l’expansion des programmes d’apprentissage, l’accélération des procédures d’obtention de visas pour les spécialistes du nucléaire, des partenariats avec les universités et des centres de formation liés aux calendriers de déploiement, pourraient faciliter le déploiement du nucléaire à grande échelle.

  • Combler les lacunes critiques de la chaîne d’approvisionnement et soutenir l’expansion. Le Canada devra accroître la production d’eau lourde et combler les lacunes dans la fabrication de calandres et l’approvisionnement en zirconium pour les gaines de combustible, tout en aidant les fournisseurs locaux à demeurer concurrentiels face aux fabricants d’autres pays où le nucléaire civil est développé, comme la Chine. La chaîne d’approvisionnement nucléaire peut offrir une voie de diversification aux fabricants d’autres secteurs (p. ex., automobile), mais elle pourrait aussi bénéficier d’un soutien ciblé pour obtenir des certifications de production de composants nucléaires, coûteuses et chronophages, délivrées par des organisations professionnelles comme l’Association canadienne de normalisation et l’American Society of Mechanical Engineers.

  • Protéger la chaîne de valeur de l’uranium et renforcer la sécurité en matière de combustible. L’augmentation des capacités d’exploitation minière, l’expansion des infrastructures de conversion pour offrir davantage de services à valeur ajoutée tout au long du cycle du combustible nucléaire, ainsi que l’évaluation des besoins en matière de combustible avancé et l’expansion potentielle des capacités du Canada en matière de combustible dans des secteurs comme la fabrication et l’enrichissement permettront au Canada et à ses alliés de se préparer à un avenir énergétique sûr, quelle que soit la technologie utilisée.

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Leadership avisé RBC tient à remercier les personnes et les organisations suivantes d’avoir partagé leur expertise.

AtkinsRéalis

Énergie atomique du Canada limitée

BWXT Canada

Cameco Corporation

Commission canadienne de sûreté nucléaire

Conexus Nuclear Inc.

David Paterson

Laurentis Energy Partners

Michelle Leslie

Milt Caplan, MZ Consulting

Norm Sawyer, ION Nuclear Consulting

Ontario Power Generation

RBC Marché des Capitaux

SMR Forum

The Breakthrough Institute

Canadian Association of Small Modular Reactors

Association nucléaire canadienne

Organization of Canadian Nuclear Industries

World Nuclear Association

Westinghouse Canada

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Cet article s’ajoute à l’épisode « Les innovateurs » qui porte sur la technologie sportive : La technologie remporte l’or : comment le Canada peut rebâtir son bassin olympique.

Le 1er novembre 1959, trois minutes après le début d’un match au Madison Square Garden, un tir d’Andy Bathgate, attaquant des Rangers de New York, a fracturé le nez de Jacques Plante. Le gardien des Canadiens de Montréal a quitté la glace, a reçu plusieurs points de suture et est revenu en portant un masque en fibre de verre qu’il avait lui-même moulé. Montréal a gagné 3-1 et a ensuite enchaîné une série de 18 matchs sans défaite. Dès lors, Plante refusa de jouer sans masque. En l’espace d’une décennie, tous les gardiens de but de la ligue avaient emboîté le pas. Plante ne cherchait pas à perturber quoi que ce soit. Il avait simplement décidé que le fait d’arrêter une rondelle gelée avec son visage était un problème qui valait la peine d’être résolu. Depuis, faire preuve d’initiative – cerner un problème, mettre au point une solution et laisser les résultats parler d’eux-mêmes – fait partie du sport canadien.

Évalué à environ 19 milliards de dollars américains en 2024, le marché mondial de la technologie sportive enregistre une croissance annuelle d’environ 20 %. Le Canada détient une part de marché de 450 millions de dollars américains, soit un peu plus de 3 %, et son taux de croissance annuel est de près de 19 %, ce qui le place parmi les marchés nationaux les plus dynamiques. Pourtant, en matière de financement, le Canada considère le sport et les technologies sportives comme une dépense discrétionnaire. Comme le soulignait David Shoemaker, directeur général du Comité olympique canadien, dans un récent épisode de la série Les innovateurs, les pays comparables « investissent cinq, six, voire dix fois plus que [le Canada] au niveau fédéral ». À elle seule, l’Allemagne investit « environ un milliard de dollars par année dans le sport ».

Le laboratoire Future of Sport de l’Université métropolitaine de Toronto, lancé avec Maple Leaf Sports & Entertainment (MLSE) en 2015, est l’un des premiers incubateurs de technologie sportive d’Amérique du Nord et a contribué au lancement d’entreprises qui ont collectivement amassé plus de 100 millions de dollars.

Parmi celles-ci figure la société montréalaise Sportlogiq, cofondée par Craig Buntin, ancien patineur artistique olympique, qui a mis au point une technologie d’analyse sportive alimentée par l’IA, maintenant utilisée par presque toutes les équipes de la LNH. On peut également parler de Rapsodo et de 3Motion AI, qui mettent des outils d’entrainement biomécanique entre les mains des athlètes évoluant dans des clubs et des entraîneurs locaux. Ces outils sont maintenant accessibles à partir d’un appareil portatif ou d’une application pour téléphone intelligent.

Le problème avec le secteur des technologies sportives au Canada n’a jamais été ce qui est développé. C’est plutôt ce qui se passe ensuite. En janvier 2026, Sportlogiq a été acquise par Teamworks, une société établie aux États-Unis. Fondée à Halifax, la société Kinduct, dont la plateforme de gestion des athlètes était utilisée par plus de 550 équipes et organisations dans le monde entier, a été rachetée en 2020 par la société mCube, basée dans la Silicon Valley, dans le cadre de ce que son fondateur a qualifié de plus importante cession dans le secteur de la technologie sportive.

Le schéma est bien connu : les fonds publics consacrés à la recherche permettent de lancer l’entreprise, qui fait ses preuves à l’échelle mondiale avant d’être rachetée par des investisseurs étrangers qui fournissent l’infrastructure commerciale dont le Canada ne dispose pas. La même tendance émerge dans le domaine du capital humain. Dans Les innovateurs, Jennifer Heil, cheffe de mission canadienne aux Jeux olympiques d’hiver 2026 de Milan-Cortina et fondatrice d’une jeune entreprise technologique a décrit un « véritable exode des cerveaux » dans le sport de haut niveau, les meilleurs scientifiques et nutritionnistes s’installant aux États-Unis parce que « nous n’avons pas les moyens de les payer à l’heure actuelle ».

Les trois quarts des médaillés canadiens aux Jeux de Milan-Cortina étaient âgés de 30 ans ou plus. Le bassin de talents s’amenuise : chez Patinage de vitesse Canada, l’équipe pour la Coupe du monde est passée de 24 à 16 patineurs. Près de la moitié des familles canadiennes jugent que le sport organisé est trop cher, et les athlètes de niveau national déboursent jusqu’à 25 000 $ pour représenter leur pays.

La technologie sportive peut s’attaquer directement au problème. Lorsque la gymnaste Marion Thénault, 17 ans, a été repérée pour le Camp des recrues RBC, elle n’avait aucune expérience en ski ; en cinq ans, elle a remporté la médaille de bronze olympique. Un processus de repérage des talents assisté par l’intelligence artificielle pourrait permettre de reproduire ce type de découverte à grande échelle, en touchant des communautés que le recrutement traditionnel ne parviendra jamais à atteindre.

M. Shoemaker imagine ce que cela donnerait grâce à l’IA : « Montrez-nous comment vous sautez, courez ou lancez, et nous vous dirons dans quel sport vous devriez vous inscrire à votre club local. » La jeune entreprise de M. Heil, Revel, repose sur l’idée que l’intelligence artificielle peut « démocratiser l’accès » à des connaissances d’élite sur l’entraînement, auparavant réservées aux athlètes olympiques.

Et en veillant à ce que les entreprises qui développent ces outils restent sous contrôle canadien, on s’assure que les retombées (emplois, propriété intellectuelle, revenus générés par les plateformes) restent ici aussi.

Le secteur dispose des entreprises et des infrastructures de recherche nécessaires. Il lui manque toutefois les capitaux nationaux pour permettre aux entreprises de se développer sur le marché intérieur, ainsi qu’une stratégie nationale visant à mettre ces produits à la disposition des jeunes athlètes qui en ont besoin.

Cet écart est visible au sein même du système public : les organismes nationaux de sport n’ont pas vu leur financement de base augmenter depuis 2005 et M. Shoemaker souligne que certains athlètes doivent désormais s’acquitter de frais d’inscription pouvant atteindre 30 000 $. Une stratégie nationale en matière de technologie sportive pourrait considérer les données, les infrastructures et la détection des talents comme des investissements à long terme.