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Également dans ce numéro : Les enjeux non négociables de l’ACEUM et les frictions persistantes autour des interdictions provinciales sur l’alcool

L’avenir des relations économiques entre le Canada et l’UE repose sur la politique industrielle

  • À mesure que le Canada diversifie ses relations commerciales au‑delà des États‑Unis, l’Union européenne s’impose comme un partenaire prioritaire.

  • L’intensification des échanges diplomatiques a même amené certains à évoquer l’idée d’une adhésion du Canada au bloc.

  • Si cela demeure improbable pour plusieurs raisons, ce qui est pertinent et concret, en revanche, c’est l’alignement croissant entre le Canada et l’Europe en matière de politique industrielle – particulièrement dans les secteurs où les gouvernements orientent les investissements, structurent les chaînes logistiques et définissent les règles de la concurrence. 

De l’accès aux marchés à l’accès industriel

Au cours des dix dernières années, la relation entre le Canada et l’UE a été définie par l’Accord économique et commercial global (AECG) signé en 2016. Les échanges commerciaux ont connu une croissance importante durant cette période, mais l’accord ne s’est pas avéré sans friction dans la pratique :

  • La ratification n’est pas encore terminée et l’accord n’est pas encore pleinement en vigueur, plusieurs États membres de l’UE n’ayant pas encore approuvé son chapitre sur les investissements.

  • Des obstacles réglementaires persistent, en particulier dans le secteur agricole, où les exportateurs canadiens sont confrontés à des contraintes liées aux règles sanitaires de l’UE, aux seuils de pesticides et aux normes sur les produits.

  • Cependant, son application provisoire a permis une augmentation de plus de 77 % du commerce bilatéral de marchandises depuis 2016, atteignant 134 milliards de dollars en 2025.

  • Aujourd’hui, dans les domaines de l’énergie propre, de la fabrication de pointe et de la défense, le Canada et l’UE mobilisent leurs financements publics et leurs politiques d’approvisionnement pour développer des capacités nationales et sécuriser les chaînes logistiques. Ce virage transforme la manière dont l’accès aux marchés bilatéraux sera déterminé.

Redéfinition de l’accès

  • Le Pacte vert européen oriente les investissements vers les batteries, l’hydrogène et la décarbonation industrielle, afin de concentrer la production au sein de l’UE.

  • Le projet de loi d’accélération industrielle en faveur du « Made in Europe » conditionnerait l’accès aux subventions et aux marchés publics des secteurs stratégiques à une production située dans l’UE ou à une réciprocité fondée sur la production dans un pays partenaire.

  • Cette semaine, la ministre de l’industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada engagerait des discussions avec Bruxelles afin d’obtenir un accès au programme « Made in Europe », dans une approche de réciprocité alignée sur la politique industrielle.

La défense en tête de la collaboration industrielle Canada–UE

  • La participation du Canada au programme européen Security Action for Europe (SAFE) constitue l’exemple le plus clair de la manière dont ce virage s’opère.

  • Le programme SAFE accordera jusqu’à 244 milliards de dollars en prêts aux États membres de l’UE pour appuyer des projets de défense et, en décembre, le Canada est devenu le seul État non membre à obtenir un accès privilégié au programme.

Concrètement, cela signifie que :

  • Les entreprises canadiennes peuvent soumissionner à des contrats de défense financés par l’UE sur un pied d’égalité avec les fournisseurs européens, en compétition directe plutôt qu’en passant par la sous‑traitance ou des intermédiaires locaux.

  • Jusqu’à 80 % de contenu canadien est autorisé dans les contrats, comparativement à 35 % pour les autres pays tiers, ce qui accroît considérablement la capacité des secteurs manufacturier, de l’ingénierie et des chaînes logistiques du Canada à ancrer les activités au pays tout en étant admissibles aux marchés publics de l’UE.

  • Le Canada versera une cotisation initiale de 10 millions d’euros et des frais de participation de 15 % s’appliqueront à la valeur du contenu canadien dans les contrats où le contenu européen représente moins de 65 % de la valeur.

Ce qu’il faut surveiller

  • L’accès du Canada au programme « Made in Europe » : le gouvernement a ouvert la porte, mais l’adhésion éventuelle dépendra de la volonté de l’UE et nécessitera des discussions substantielles. La question clé est de savoir si le Canada peut transformer l’alignement politique en un accès formel à plusieurs secteurs, et non seulement à la défense, afin de participer à des projets soutenus par des subventions.

  • La concrétisation de SAFE en contrats : des conditions préférentielles sont en place, mais l’élément déterminant sera l’attribution de contrats. La capacité des entreprises canadiennes à obtenir des rôles significatifs dans des projets financés par SAFE et à accroître leurs exportations à l’échelle du continent déterminera l’ampleur et la durabilité de ce partenariat.

  • L’évolution de l’AECG : des points de friction importants subsistent pour les exportateurs ; l’accord n’est appliqué qu’à titre provisoire ; l’harmonisation réglementaire sera difficile à atteindre ; et des négociations sont en cours pour conclure un accord sur le commerce numérique.

Considérés conjointement, ces éléments détermineront si le Canada peut passer d’un partenaire privilégié à un participant structurel à la montée en puissance industrielle de l’Europe – et tirer parti, sur le plan commercial, des centaines de milliards mobilisés par l’UE.

–Thomas Ashcroft, responsable principal de politique, Enjeux mondiaux

Les importations de bières, de vins et de spiritueux en provenance des États-Unis ont chuté de 70 %
  • Les interdictions provinciales visant les alcools américains pourraient être levées « rapidement », selon Mark Carney. Le premier ministre a toutefois précisé que cela dépendrait de la volonté des États-Unis de prendre des mesures concernant les droits de douane imposés sur l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiennes — ainsi que sur les produits forestiers : « Ce ne sont pas de simples irritants. Ce sont des violations de notre accord commercial. »

  • Le gouvernement fédéral a déclaré qu’il ne reculerait pas sur la question de la gestion de l’offre laitière dans le cadre des négociations commerciales. Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce canado-américain, a aussi affirmé que le Canada ne cédera pas aux demandes des États-Unis concernant les règles d’étiquetage en français lorsque les négociations de l’ACEUM débuteront plus tard cette année. Ces deux enjeux, de même que la Loi sur la diffusion continue en ligne et la politique « Achetez canadien », ont été critiqués par l’administration Trump. Quant à savoir si des droits de douane resteront en vigueur advenant la conclusion d’un accord, M. LeBlanc a dit : « Soyons réalistes, personne n’a encore été complètement exempté. »

  • L’administration Trump commencera à rembourser 166 milliards de dollars américains en droits de douane – intérêts compris. Deux mois après que la Cour suprême a invalidé les droits de douane du « Liberation Day », le gouvernement américain a commencé à accepter les demandes de remboursement cette semaine. Le gouvernement a dû mettre en place un système de traitement destiné aux 330 000 importateurs ayant acquitté des droits en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act.

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Jour de la Terre 2026. Richesses naturelles, ressources et revnoveau au Canada

« Notre pouvoir, notre planète » est le thème mondial du Jour de la Terre de cette année. En effet, l’énergie propre constitue souvent le socled’une économie plus propre. Selon une nouvelle recherche réalisée par Jordan Brennan et Farhad Panahov à RBC,un investissement d’environ 670 milliards de dollars au cours des dix prochaines années sera nécessaire pour soutenir la transition énergétique du réseau électrique du Canada. Même si 80 % de l’électricité est non émettrice, le réseau canadien devra accroître sa capacité et être modernisé. Pour en savoir plus, lisez le rapport Gains en capital.

Les feux de forêt ne prennent pas de pause pour le Jour de la Terre. Près de 200 feux de forêt brûlaient au Canada la semaine dernière, soit presque deux fois la moyenne des dix dernières années pour cette période de l’année. Cela met en évidence l’ampleur du défi que représente la protection de la nature. Comme l’indique un récent rapport de RBC, ignorer la nature, c’est compromettre la prospérité, surtout alors que nous déployons des projets majeurs d’intérêt national. La conservation doit désormais être vue comme un capital auquel les générations à venir pourront accéder.

Le célèbre procédé Fischer‑Tropsch nous a donné l’essence et le carburant d’aviation — et il est maintenant en voie de produire des carburants durables. Unsiècle exactement après queFranz Fischer et Hans Tropsch ont révolutionné les hydrocarbures, cette même technique est aujourd’hui utilisée pour dissocier la production d’hydrocarbures des matières premières d’origine fossile, notamment en produisant des carburants d’aviation durables à partir de dioxyde de carbone. Mais une véritable durabilité exige une intégration à l’échelle des systèmes avec des « modules en amont à faibles émissions de carbone, tels que l’hydrogène vert et le captage du CO₂ », explique Ding Ma, de l’Université de Pékin, dans Nature. Le procédé dépasse désormais le stade des laboratoires, plusieurs pays, dont la Chine, travaillant à une fabrication chimique à faibles émissions.

Le capital naturel, c’est-à-dire les forêts, l’eau potable, les sols fertiles et la biodiversité, est l’un des atouts les plus précieux d’un pays. Il soutient les industries, protège les collectivités et joue un rôle majeur dans la résilience climatique. Le Canada est exceptionnellement riche en capital naturel, mais quand il s’agit d’investir dans celui-ci et d’en assurer la gestion, le tableau est mitigé, surtout si on le compare à des pays comme le Royaume-Uni, l’Australie et le Danemark.

La richesse naturelle du Canada est difficile à surestimer. Le pays abrite environ 24 % de la forêt boréale mondiale et près de 20 % des ressources en eau douce de la planète. Les secteurs des ressources naturelles, notamment le pétrole, les mines, la foresterie et l’agriculture, représentent environ 20 % du PIB canadien, chaînes d’approvisionnement comprises. Pourtant, le Canada peine à transformer le capital naturel en une catégorie d’actifs investissables à grande échelle.

Leçons à tirer du reste du monde

Royaume-Uni : Le Royaume-Uni a adopté une approche plus systématique pour intégrer la comptabilité du capital naturel dans les politiques publiques et la planification. Depuis 2012, le Natural Capital Committee du Royaume-Uni conseille le gouvernement sur la manière de mesurer les écosystèmes et d’investir dans ceux-ci — une fonction qui a évolué vers la création de l’Office for Environmental Protection en 2021. Aujourd’hui, le Royaume-Uni publie des comptes officiels du capital naturel qui estiment la valeur économique des forêts, des rivières et d’autres actifs, un outil comptable dont dispose également le Canada dans le cadre du système des Nations Unies de comptabilité économique et environnementale. L’approche britannique, qui intègre des considérations économiques et environnementales dans la prise de décision, est complétée par des mécanismes de marché capables de stimuler les investissements dans les actifs naturels, comme le programme Biodiversity Net Gain.

Australie : Comme le Canada, ce pays est riche en ressources naturelles et en dépend fortement sur le plan économique pour l’exploitation minière, l’agriculture, le pétrole et le gaz. Toutefois, l’Australie a adopté une approche plus ambitieuse pour attirer les investisseurs privés dans le capital naturel. Des projets d’infrastructure d’envergure ont été réalisés pour mobiliser des investissements institutionnels, y compris ceux de fonds de pension canadiens, dans des projets à long terme, notamment dans le développement des énergies renouvelables et l’utilisation durable des terres. Un exemple est le Murray–Darling Basin Plan, une initiative de 13 milliards de dollars visant à gérer durablement les ressources en eau dans la principale région agricole du pays.

Danemark : Ce pays scandinave ne dispose pas des vastes ressources naturelles du Canada. Il a plutôt choisi d’intégrer la durabilité environnementale dans sa fiscalité afin de rendre l’investissement dans la gestion durable des ressources naturelles plus attrayant sur le plan économique. C’est pourquoi plus de 50 % de l’électricité du Danemark provient de l’énergie éolienne et solaire.

Bien que le Canada ait pris des engagements importants, il ne dispose toujours pas des systèmes coordonnés de ses pairs. Le troisième pilier de la stratégie Une force de la nature, Valoriser la nature et mobiliser des capitaux, vise à relever ce défi. En commençant par la mise sur pied d’un groupe d’experts sur la comptabilité du capital naturel et le financement de la nature, le gouvernement fédéral cherche à mobiliser des capitaux privés, en complément de son engagement de 3,8 milliards de dollars en faveur de résultats positifs pour la nature. Si le Canada peut évaluer la valeur de ses actifs naturels, attirer davantage d’investissements privés et aligner ses objectifs environnementaux avec la croissance économique, il pourra transformer son patrimoine en avantage économique durable.

Pour en savoir plus sur le capital naturel, lisez Extraire la valeur : la nature, un atout dans les programmes de stimulation de la croissance.

« L’agriculteur est responsable du sol qu’il exploite. Cette ressource naturelle ne se régénère pas au même rythme qu’elle s’épuise… Il lui faut donc constituer un compte d’épargne‑sol. Cela lui permettra non seulement de préserver son sol, mais aussi d’augmenter son revenu et d’accumuler des intérêts. »

Cette citation (traduite librement) tirée d’une édition de 1948 de la publication de RBC Making Money by Saving Soil, est aussi pertinente aujourd’hui qu’à son origine. En fait, la question de la conservation des sols fait partie des préoccupations des agriculteurs depuis bien longtemps. La situation a bien sûr évolué : la recherche, les mégadonnées et la technologie nous ont permis de mieux comprendre les dynamiques du sol sous nos pieds. Mais bon nombre des défis liés à la conservation des sols pour produire des cultures saines demeurent les mêmes. Lisez l’article de Lisa Ashton, cheffe intérimaire, Institut d’action climatique, à link.

  • Quelque 10 000 événements sont organisés dans le monde pour célébrer le Jour de la Terre 2026. Toutefois, si vous manquez de temps, Eathday.org propose50 moyens de passer à l’action pour la planète.

  • Selon un nouveau rapport de MaRS, le coût des rénovations en profondeur requises pour réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments canadiens d’ici 2030 serait d’environ 10 $ le pied carré

  • James Rising et ses collègues du Grantham Research Institute on Climate Change expliquent comment les investissements en adaptation climatique peuvent générer un « triple dividende » : prévenir les pertes, stimuler l’activité économique et offrir des co‑bénéfices sociaux et environnementaux.

  • Malgré le contrecoup subi par les énergies renouvelables, 44 % des Américains continuent de s’inquiéter au sujet du changement climatique, un niveau proche d’un sommet historique. À l’inverse, seuls 35 % des répondants se disent optimistes quant à l’état de l’environnement (un creux record), selon Gallup.

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« Soyons clairs : l’agriculteur est responsable du sol qu’il laboure. C’est une ressource naturelle qui ne se régénère pas aussi vite qu’elle s’épuise […]. L’agriculteur doit donc ouvrir un compte d’épargne « sol ». Non seulement cela en assurera la conservation, mais le compte produira un revenu et des intérêts. »

Cette citation, traduite librement, est extraite de Making Money by Saving Soils (édition de 1958), l’ouvrage qui fut la source initiale du Leadership avisé RBC. Elle n’a rien perdu de son actualité. La question de la conservation des sols préoccupe les agriculteurs depuis très longtemps. Si les études, les statistiques et les techniques modernes permettent de mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds, les défis à relever pour obtenir de bonnes récoltes n’en demeurent pas moins les mêmes.

En 1950, un Canadien sur cinq faisait partie de ce qu’on appelle la population agricole1. Pour RBC, à l’époque, s’il importait de préserver le sol, c’était parce qu’il représentait :

  • Un moyen de subsistance

  • L’espoir de s’enrichir

  • Un actif à transmettre à la génération suivante

Les agriculteurs étaient incités à pratiquer la rotation des cultures, la gestion responsable des éléments nutritifs et la préservation des milieux situés en bordure de champ (bois et cours d’eau). Trois raisons poussaient à labourer : cela permettait de préparer un lit de semence approprié, de détruire les plantes indésirables et d’améliorer les qualités physiques du sol. Aujourd’hui, on suggère plutôt le contraire, afin de réduire l’érosion, de favoriser la biodiversité des sols et d’éviter de perturber les puits de carbone qu’ils constituent. Au Canada, ce changement de pratique est favorable à la santé du sol. Nos sols sont considérés aujourd’hui comme des puits de carbone nets, du fait du non-recours au labourage dans les Prairies et à l’accroissement de la productivité dans l’ensemble du pays2.

Des années 1940 à la décennie 70, l’agriculture s’est grandement transformée. Les progrès accomplis par les sciences de la vie et la mécanisation allaient entraîner l’adoption massive de nouvelles variétés de végétaux, des engrais et pesticides industriels ainsi que d’équipements qui permettaient de produire davantage par hectare – il le fallait, car la population mondiale augmentait rapidement. Simultanément, le nombre d’agriculteurs diminuait sensiblement : en 1980, sur 21 Canadiens, un seul faisait partie de la population agricole3.

Pour optimiser la croissance des végétaux, les exploitants introduisaient davantage d’éléments nutritifs dans le sol (azote, phosphore et potassium, notamment). Cela a pu conduire à employer trop d’engrais, ce qui a des effets néfastes sur la composition du sol et entraîne la pollution des cours d’eau. Toutefois, la quantité de résidus de récolte retournant au sol augmentait aussi, d’où des gains de matière organique enfouie.

De nos jours, le perfectionnement de l’outillage apparu pendant la « révolution verte » se poursuit et conduit à produire davantage de récoltes de qualité. Les intrants et le matériel agricole offrent de plus en plus souvent autant d’avantages sur le plan de la santé du sol qu’au chapitre de la productivité. Citons par exemple les engrais biologiques et la vaporisation de pesticides dans les seuls cas où il est vraiment nécessaire d’éliminer des plantes envahissantes.

Aujourd’hui, moins de 2 % des Canadiens vivent ou travaillent dans une exploitation agricole4. Cela n’empêche pas le Canada de figurer, au classement mondial de la sécurité alimentaire, des exportations de produits agroalimentaires ou de la qualité et de la sécurité des aliments, parmi les 10 premiers5,6. Toutefois, le fait que la population agricole de notre pays soit si peu nombreuse représente une menace pour l’avenir de ce secteur.

Par rapport à ce qui se passait il y a 70 ans, les agriculteurs peuvent compter sur un réseau de partenaires et de conseillers beaucoup plus étendu, et ce, dans tous les domaines (finances, agronomie, technologie, machinerie, planification de la transition et durabilité). Au-delà des tâches agricoles, les jeunes peuvent embrasser aujourd’hui des carrières variées, dynamiques et stimulantes : les informaticiens conçoivent des outils reposant sur l’IA qui permettent de répandre les engrais avec beaucoup plus de précision ; les consultants en environnement informent les agriculteurs des crédits et primes offerts à ceux qui veillent à la conservation des sols ; les experts du commerce international trouvent de nouveaux marchés pour les produits canadiens. Les grands défis consistent désormais à mobiliser davantage nos compatriotes en faveur de l’agriculture, ce secteur essentiel à la prospérité nationale, et à souligner combien il importe de préserver nos actifs naturels, au premier rang desquels figurent les sols en santé.

Décidément avant-gardiste, l’ouvrage de 1958 que nous avons cité d’entrée de jeu le disait déjà : « Pour être de bons protecteurs de l’environnement, nous devons changer nos façons de voir, renoncer à certaines pratiques traditionnelles et repenser, parfois complètement, nos méthodes agricoles. »

C’est un sol qui constitue, de manière durable, un écosystème favorable à la croissance des végétaux, des animaux et des humains7. Les sols sont essentiels à nos économies et à l’environnement. Ils sont la source de près de 95 % de ce que nous mangeons8. Sur la terre ferme, ils sont aussi le plus important puits de carbone : ils absorbent trois fois plus de CO2 que l’atmosphère et deux fois plus que tous les végétaux vivants9.

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➔ L’accord de principe entre le Canada et l’Alberta sur le méthane permet-il à la fois une hausse de la production de pétrole et de gaz et une baisse des émissions ?

➔ Les raisons pour lesquelles le commerce durable du Canada se retrouve déficitaire.

➔  Une ville de la Colombie-Britannique montre la voie en matière de réglementation liée au chauffage.

➔  Le déficit commercial écotechnologique du Canada ne cesse d’augmenter. Le déficit commercial environnemental et écotechnologique du pays n’a cessé d’augmenter pour s’établir à 15,6 milliards de dollars en 2024, comparativement à 2,4 milliards il y a dix ans, selon les dernières données de Statistique Canada . Les importations d’électricité propre, soit l’atout climatique le plus prisé du Canada, ont bondi ces dernières années, alors que les exportations chutaient en raison de la sécheresse et de la demande intérieure croissante d’électricité. Selon l’économiste Farhad Panahov, le matériel écotechnologique, des éoliennes aux véhicules électriques et au matériel de traitement de l’eau, représentait environ 80 % de la croissance des importations, en phase avec les fortes tendances d’adoption et de déploiement au Canada au cours de la même période.

Déficit commercial en matière d'énergie propre au Canada

➔  L’Union européenne a mis en place le premier programme du bloc, sur une base volontaire, pour générer des crédits carbone certifiés. Les crédits générés en vertu du Règlement sur l’élimination du carbone et l’agriculture du carbone (CRCF) sont conçus dans le cadre d’une certification volontaire du carbone, pour stimuler l’extensibilité et aider l’UE à atteindre ses objectifs de carboneutralité d’ici 2050. Selon Lisa Ashton, directrice intérimaire de l’Institut d’action climatique RBC, le Canada pourrait s’en inspirer : le secteur agricole dispose d’un ensemble de programmes pour conclure des ententes de conformité et saisir des occasions de marché volontaires, mais avec une disponibilité limitée de protocoles de conformité reconnaissant le rôle des agriculteurs dans la construction de puits de carbone du pays au moyen de pratiques durables. Toutefois, le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta et la révision de la tarification étalon du carbone pourraient améliorer la capacité des agriculteurs à accéder aux marchés du carbone.

➔  Hydro-Québec encourage les ménages à produire leur propre énergie. Une nouvelle subvention de 1 000 $ par kW pour les ensembles solaires couvre jusqu’à 40 % des coûts admissibles du projet. Le Québec retarde par rapport aux autres territoires nord-américains en ce qui concerne l’énergie solaire, car son hydroélectricité bon marché signifie que des périodes de remboursement de 25 à 30 ans ont rendu l’énergie solaire non rentable. Cela est en train de changer. Alors qu’Hydro-Québec met au point des sources d’énergie de remplacement et redirige les excédents vers l’exportation et le secteur, la production ainsi répartie allège la pression sur le réseau. En effet, les ménages peuvent même revendre leur électricité excédentaire au réseau. L’objectif des nouveaux incitatifs vise à faire passer les coûts d’investissement de 36 000 $ à 24 000 $, ce qui représente un délai de récupération de 10 à 12 ans. Bien que le délai de récupération des coûts soit long, il est difficile de rivaliser avec les prix d’électricité les plus faibles du continent. En revanche, pour le Pakistan qui est au beau milieu d’une révolution solaire, une mise en place semblable coûterait 6 500 $, selon les estimations du responsable de la politique énergétique Shaz Merwat. Lisez également notre rapport : Comment les maisons intelligentes peuvent accroître l’efficacité du réseau électrique.

Terre-Neuve-et-Labrador pourrait compter parmi les principaux producteurs d’énergie éolienne au Canada. Les dernières prévisions de la Régie de l’énergie du Canada (Avenir énergétique du Canada en 2026 ), s’attendent à ce que la province de l’Atlantique devienne une centrale éolienne extracôtière, représentant une part importante de la nouvelle capacité d’énergie éolienne d’ici 2050, de même que pour l’Alberta.

Shaz Merwat passe en revue les perspectives éoliennes de la province de l’Atlantique :

  • L’énergie éolienne, principalement en mer, pourrait représenter une capacité de 13,3 watts d’électricité d’ici 2050 dans la province, comparativement à des chiffres négligeables aujourd’hui, selon l’hypothèse de base de l’équipe de la Régie de l’énergie du Canada (scénario selon les mesures actuelles).

  • La capacité totale en électricité de la province devrait tripler, dont 98 % en énergies renouvelables d’ici 2050 (contre environ 87 % aujourd’hui).
    Source : Régie de l’énergie du Canada

  • La Régie de l’énergie du Canada (REC) mise gros sur Terre-Neuve. La province bénéficie de conditions éoliennes de niveau international, mais de presque aucune industrie éolienne à l’heure actuelle, et compte tenu de certaines baisses majeures récentes liées à la demande anticipée d’hydrogène vert, l’éolien représente probablement un risque de marché plus important.

  • Les coûts des turbines flottantes et de celles en eau profonde limitent également la mise en place d’une énergie éolienne extraterritoriale. Le corridor de transmission requis pour acheminer l’énergie vers le marché du Québec demeure une proposition de plusieurs milliards de dollars sans décision d’investissement finale, mais sera nécessaire si Terre-Neuve-et-Labrador souhaite poursuivre ses projets d’exportation d’énergie éolienne vers le Québec et les provinces de l’Atlantique.

  • L’Alberta pourrait représenter un défi de plus à l’effort du Canada pour accroître l’énergie éolienne. La province possède les ressources et le réseau requis pour devenir le plus important producteur d’énergie éolienne au Canada. Or, les nouveaux investissements en éolien sont essentiellement gelés, en raison d’une incertitude politique qui ne s’est pas encore dissipée.

  • La mise en place de l’énergie éolienne dépend fortement de l’Alberta et de Terre-Neuve, où l’on prévoit que ces provinces ajouteront respectivement 16 et 13 GW, selon l’hypothèse de base de la REC, constituant la majeure partie des 72 GW d’ici 2050 pour l’ensemble du Canada.

  • D’ici 2050, selon les perspectives de la REC, l’éolien devrait représenter 30 % de la capacité de production totale du Canada, par rapport à seulement 11 % en 2025.

Par Vivan Sorab

Le récent accord d’équivalence du méthane entre Ottawa et l’Alberta prépare le terrain pour que la province régule le méthane à sa manière.

La réduction des émissions de méthane se veut l’une des mesures les moins coûteuses et les plus efficaces pour réaliser des progrès climatiques à court terme. Sur une période de 20 ans, le méthane impacte environ 80 fois plus le réchauffement climatique que le dioxyde de carbone et représente près du quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur pétrolier et gazier du Canada.

L’accord d’équivalence met en suspens la Réglementation d’Ottawa sur le méthane et permet à l’Alberta de mettre en œuvre sa propre approche axée sur le rendement qui regroupe des règlements, des crédits compensatoires et des investissements ciblés, ainsi que la modélisation du méthane, l’analyse et les résultats de la réduction des émissions, dont la supervision s’effectue par un tiers nommé conjointement et à coûts partagés.

La gestion du méthane s'est améliorée en Alberta mais le torchage demeure élevé

Les nouvelles règles provinciales entreront en vigueur le 1er janvier 2027. L’entente, d’une durée de dix ans, remplacera l’accord d’équivalence actuel, qui doit prendre fin en octobre 2030. Si les réductions sont insuffisantes, l’Alberta s’engage à prendre des mesures correctives.

Voici quelques observations :

  • Un véritable élan émerge de tout ça. L’Alberta a déjà réduit ses émissions de méthane de plus de 50 % par rapport à leurs niveaux de 2014, pour environ 172 millions de dollars d’investissements technologiques de réduction depuis 2019 et plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou sans purge, installés dans le cadre du programme de compensation des émissions de carbonede la province.

  • L’acceptation de la vérification des émissions par un tiers représente une étape importante, compte tenu de la divergence des résultats précédents entre les données du secteur et celles d’études indépendantes.

  • L’objectif de 2035 prolonge le délai de conformité de l’Alberta de cinq ans par rapport aux règlements fédéraux existants sur le méthane, faisant passer le seuil de conformité à 75 %, contre 72 % auparavant.

  • Le secteur canadien de l’atténuation du méthane compte plus de 130 entreprises. Les mesures de conformité en vertu des règlements fédéraux pourraient générer 34 000 emplois entre 2027 et 2040, selon une estimation.

  • Les technologies utilisées sont en grande partie éprouvées et disponibles : unités de récupération de vapeur, dispositifs pneumatiques à faible purge, systèmes de contrôle en continu, et programmes de détection et de réparation des fuites.

  • Un projet d’accord d’équivalence est attendu plus tard cette année, suivi d’une consultation publique de 60 jours, les deux parties visant à le finaliser d’ici la fin de l’année.

  • Deux autres protocoles d’entente entre le Canada et l’Alberta demeurent en suspens, notamment l’équivalence de tarification du carbone industriel et un accord trilatéral avec les partenaires de Pathways Alliance.

Ottawa et l’Alberta parient qu’une réglementation coopérative fondée sur les résultats peut entraîner à la fois une augmentation de la production pétrolière et gazière et une baisse des émissions. Ce modèle deviendra un plan sous réserve que les détails puissent résister à un examen.

  • En Colombie-Britannique, l’objectif de ventes de véhicules électriques est passé de 100 % à 75 % en 2035, par souci de conformité aux objectifs fédéraux. Adam Thorn de l’Institut Pembina est « encouragé », mais Brian Kingston, chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, est « déçu » que la Colombie-Britannique se conforme à son mandat provincial en matière de véhicules électriques.

  • New Westminster veut éviter un autre épisode de « dôme de chaleur » : Après que la ville de la Colombie-Britannique ait connu le taux de mortalité le plus élevé lors du dôme de chaleur de 2021, elle est devenue la première ville canadienne à adopter un règlement de chaleur maximale, exigeant que les propriétaires conservent au moins une pièce dans un appartement loué à 26 °C ou moins. « Bien qu’imparfait… c’est une reconnaissance que d’autres vagues de chaleur vont survenir, et que nous devons tous nous adapter », explique Colin Chan, directeur exécutif de l’Autorité provinciale du service de santé de la Colombie-Britannique.

  • L’énergie solaire a atteint un point de bascule. « Dans l’ensemble et depuis un certain temps, l’énergie solaire est déjà moins chère que l’énergie fossile, mais les coûts initiaux étaient auparavant plus élevés », explique Nicolas Fulghum , analyste principal des données énergétiques et climatiques chez Ember.

  • À suivre : Jesse Jenkins, professeur agrégé de politique énergétique à l’Université Princeton, est la voix numérique la plus influente du secteur de l’énergie propre aux États-Unis. Voici une liste de 99 autres poids lourds d’influence aux États-Unis dans le domaine du climat.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Plus tôt cette semaine, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a clarifié ce qui se dessinait depuis des mois : les États-Unis entendent préserver le cœur de l’AEUMC, tout en négociant de nouvelles modalités distinctes avec le Canada et le Mexique.  

Dans le cadre actuel de l’ACEUM, des modalités différentes s’appliquent déjà au Canada et au Mexique dans leurs relations avec les États-Unis. Or, les propos de M. Greer marquent un véritable tournant : ils élargissent la portée des enjeux examinés dans la relation économique canado-américaine et en redéfinissent en profondeur les règles du jeu.

Un accord assorti de nombreuses conditions

  • En négociant les différends bilatéraux dans le cadre d’accords parallèles avec le Canada et le Mexique, Washington conditionne désormais l’accès au marché pour ces deux pays à des résultats sur plusieurs fronts, plutôt qu’à un ensemble unique de règles fixes.

  • À titre d’exemple, plutôt que de verrouiller une prolongation de 16 ans, M. Greer a laissé entendre que les États-Unis pourraient enclencher un processus d’examens annuels pouvant s’étendre sur une décennie ; maintenant ainsi l’accord en vigueur, mais sous une pression constante de renégociation.

  • Concrètement, cela signifie que la politique commerciale devient plus évolutive. Les décisions concernant les droits de douane, les marchés publics, les règles numériques, le règlement des différends ou encore les mécanismes d’application ne seront plus arrêtées une fois pour toutes, mais réexaminées au fil des négociations.

  • Sur le plan politique, M. Greer laisse entrevoir qu’il sera impossible de régler l’ensemble des enjeux d’ici l’échéance du 1er juillet. Il pourra plutôt annoncer le maintien des protocoles de base de l’ACEUM, pendant que les dossiers plus complexes continueront d’être négociés dans des accords parallèles élargis.

  • Par ailleurs, dans un contexte d’imprévisibilité des marchés de l’énergie, M. Greer cherchait possiblement à rassurer les investisseurs quant à la continuité du marché énergétique nord-américain intégré, avec un certain cadre de fonctionnement en place.

  • Steve Verheul, ancien négociateur en chef du Canada pour le commerce, a souligné que la guerre en Iran a mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement américaines dans des secteurs clés – énergie, aluminium, engrais – autant de ressources que le Canada pourrait contribuer à fournir, offrant ainsi un certain levier à Ottawa.

La question centrale porte sur l’instauration d’un droit de douane de base pour l’accès au marché.

  • L’enjeu principal consiste à déterminer si les États-Unis mettront en place un droit de douane généralisé d’accès au marché et, le cas échéant, à quel niveau il sera fixé.

  • Du côté canadien, plusieurs estiment qu’un taux supérieur à 5 % serait inacceptable. Les États-Unis pourraient toutefois chercher à faire grimper ce taux jusqu’à 10 %, même si cela s’accompagnerait vraisemblablement d’importantes exceptions et exclusions.

  • Un droit de douane de base pour l’accès au marché aurait des répercussions plus larges sur l’économie canadienne que les effets plus ciblés des tarifs sectoriels imposés en vertu de l’article 232, comme le montre le plus récent rapport des Services économiques RBC : Un an de chocs tarifaires au Canada (seulement en anglais).

Au-delà du commerce : vers une négociation plus stratégique

  • Avant les propos de M. Greer, le Bureau du représentant au commerce des États-Unis (USTR) a également publié, le 31 mars, son rapport annuel National Trade Estimate (en anglais seulement), qui recense ce qu’il considère comme des « obstacles importants au commerce » chez ses partenaires, dont le Canada. 

  • La plupart des irritants recensés ne surprennent pas, mais ils prennent une place de plus en plus centrale dans les négociations.

  • Dans le contexte de la guerre commerciale menée par Trump, certains de ces irritants ont évolué et pris de l’ampleur, notamment le fait que les sociétés des alcools provinciales ne tiennent plus de produits américains en stock.

  • D’autres touchent directement à la façon dont le Canada structure certains pans de son économie : renforcement des politiques d’approvisionnement « Acheter canadien », gestion de l’offre dans le secteur laitier, réglementation du numérique et du streaming, ainsi que de nouvelles ambitions en matière de souveraineté des données.

  • À cela s’ajoutent les ambitions stratégiques des États-Unis en ce qui concerne les minéraux critiques. Le niveau de participation du Canada à ces ambitions sera un enjeu déterminant, comme nous l’avons évoqué en février.

Les prochaines étapes et leurs implications stratégiques

  • 1er juin : M. Greer doit présenter au Congrès les intentions de l’administration : soit prolonger l’ACEUM tel quel, soit envisager des modifications.

  • 1er juillet : le Canada, le Mexique et les États-Unis se réuniront officiellement pour l’examen prévu aux six ans dans l’accord, moment où Washington devrait faire pression pour passer à un cadre de révisions annuelles sur dix ans.

  • Les États-Unis se positionnent ainsi pour un modèle de négociation continu, fondé sur des révisions périodiques, leur permettant de maintenir un levier sur les dossiers non réglés.

  • Du côté d’Ottawa, l’un des objectifs, en plus de préserver un accès large et avantageux au marché américain, consiste à repousser les décisions sur les dossiers prioritaires le plus près possible des élections de mi-mandat, sans compromettre l’ensemble de l’accord.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

Il y a un an, Donald Trump se tenait dans la roseraie de la Maison-Blanche pour annoncer les droits de douane du « jour de la libération » de son administration. Cette semaine, nos collègues des Services économiques RBC ont examiné de près les répercussions de ces droits de douane. Voici quelques constats clés à retenir (cliquez sur les liens pour approfondir l’analyse) :

Canada : Un an de chocs tarifaires au Canada : ce qu’il faut retenir (en anglais seulement)

  • Malgré des tensions commerciales accrues, le Canada demeurait l’an dernier la principale source d’importations pour 22 États américains, un niveau inchangé par rapport à 2024.

  • Les mesures de rétorsion limitées du Canada ont atténué l’impact de la guerre commerciale sur les prix à la consommation au pays.

  • Comme les tarifs américains visant les produits canadiens sont ciblés, leurs effets ont été inégaux d’une région à l’autre.

États-Unis : Un an plus tard – comment les droits de douane et la politique commerciale ont redéfini le paysage (en anglais seulement)

  • Les droits de douane n’ont pas permis de réduire les déséquilibres commerciaux, en particulier avec la Chine.

  • Les revenus tirés des droits ont un effet limité sur la réduction du déficit, notamment parce qu’ils sont loin de compenser les baisses d’impôt de la loi One Big Beautiful Bill.

  • Rien n’indique que la politique tarifaire ait favorisé un rapatriement des emplois manufacturiers.

Les emplois salariés domestiques masquent une contraction profonde et durable dans les secteurs tributaires des échanges commerciaux. Variation cumulée des emplois salariés, depuis avril 2025.

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À mesure que la crise au Moyen-Orient se prolonge, de nombreuses économies émergentes importatrices de pétrole font face à une « triple pression » : hausse des coûts des importations d’énergie, dépréciation des monnaies et augmentation des taux pour le refinancement de la dette.

Le trafic maritime dans le détroir d'Ormuz se tarit. Moyenne mobile sur sept jours pour les pétroliers, porte-conteneurs, vrac sec, marchandises générales, rouliers.

Le quasi-blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran a fait grimper en flèche les prix du pétrole, du diésel et du gaz, entraînant une hausse des coûts des denrées alimentaires, des engrais et des transports à l’échelle mondiale. Mais ce sont les économies en développement qui en subissent le plus durement les effets. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports représentent 15 à 25 % du panier de l’IPC ; le renforcement du dollar américain (en hausse de 0,85 % par rapport à un panier de devises depuis le début du conflit en Iran) a alourdi le coût du service de la dette libellée en monnaie locale. De l’Argentine au Vietnam, des pays ont mis en place des mesures d’économie d’énergie ou instauré des dispositifs d’aide d’urgence aux consommateurs afin d’apporter un certain soulagement. L’inflation alimentée par les prix de l’énergie contraint les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés, même si les économies nationales ralentissent et que les réserves de change s’amenuisent. La confiance des investisseurs a déjà été entamée : l’indice MSCI des marchés émergents a effacé ses gains de 13 % depuis le début de l’année, tandis que les émissions obligataires des marchés émergents ont atteint en mars leur niveau le plus bas depuis 2009.

Les vulnérabilités liées à la dette des marchés émergents étaient déjà à des niveaux historiquement élevés. Les pays en développement ont payé 741 milliards de dollars US de plus en service de la dette qu’ils n’ont reçu en financements (2022–2024). Les coûts d’emprunt ont nettement augmenté, les émissions postérieures à 2020 se faisant à des taux d’environ 10 %, soit environ le double des niveaux d’avant la pandémie. Avec 29 % des obligations des pays à faible revenu arrivant à échéance d’ici 2026, le risque de défaut augmente pour certains États souverains. La Banque mondiale indique qu’elle est « prête à intervenir à grande échelle » pour aider les marchés émergents qui en ont fait la demande.

Voici quelques-uns des pays sous pression :

  • Égypte : importateur net d’énergie avec d’importantes subventions aux carburants (28 % des dépenses publiques), une dette élevée en dollars américains et des refinancements d’euro-obligations à court terme (4 milliards de dollars US) ; pression sur les changes (monnaie −8 %) et déficit du compte courant (−3 % du PIB) aggravés par la dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (73 % provenant des économies du CCG) et par la baisse des revenus du canal de Suez et du tourisme.

  • Pakistan : les prix des produits pétroliers ont augmenté de 25 %, tandis qu’un refinancement à venir (1 milliard de dollars US) est attendu en 2026 ; un historique récent de crise de la dette, ainsi qu’une forte dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (62 % provenant des économies du CCG), met sous pression les réserves et accentue le risque de déséquilibre de la balance des paiements.

  • Bangladesh : structurellement dépendant du GNL (50 % de l’électricité) sans solution de substitution à court terme ; les perturbations d’approvisionnement et la hausse des coûts de transport alimentent l’inflation (~9 % et plus) et accentuent la pression sur les réserves de change.

  • Zambie : fardeau du service de la dette extrêmement élevé (10 % du PIB) et dépendance aux importations d’engrais (2,5 % du PIB) ; la dépréciation du taux de change (−5 %) accentue les tensions sur le financement extérieur.

  • Sri Lanka : l’économie, fragilisée depuis le défaut de 2022, reste vulnérable ; le rationnement du carburant et la dépendance persistante aux importations freinent la reprise malgré une stabilisation partielle de l’approvisionnement en GNL via les États-Unis.

  • Côte d’Ivoire, Mongolie, République dominicaine : combinaison d’une exposition à une dette libellée en devises étrangères, de déficits du compte courant et d’échéances en 2026 ; plusieurs pays supportent également des charges de subventions (par exemple la Mongolie), ce qui accentue la pression budgétaire à mesure que les prix de l’énergie augmentent.

  • Afrique du Sud : part élevée de la dette locale détenue par des non-résidents (16 % du PIB)) ; pression sur les changes (monnaie −5,2 %) ; vulnérabilité aux sorties de capitaux, à la volatilité des marchés obligataires et au resserrement des conditions financières.

  • Turquie : rendements domestiques extrêmement élevés (>35 %), dépréciation persistante de la monnaie et forte diminution des réserves (23 milliards de dollars US) liée aux interventions sur le marché des changes ; marge de manœuvre politique limitée.

  • Inde : dépendance aux importations de pétrole brut à hauteur de 89 %, dont environ la moitié transite par le détroit ; roupie à des niveaux historiquement bas, usines d’engrais fonctionnant à 70 % de leur capacité ; exposition accrue en raison de la dépendance aux envois de fonds.

  • Philippines : importe 90 % de son pétrole du Moyen-Orient ; déficit du compte courant (−3,4 % du PIB). Les perturbations du transport maritime compriment les marges dans son principal secteur d’exportation (les semi-conducteurs et l’électronique représentant environ 60 % des exportations totales), tandis que la répercussion de la hausse des prix de l’énergie alimente une inflation supérieure aux objectifs.

Plusieurs des marchés essentiels à la stratégie de diversification du Canada sont exposés au conflit en Iran : l’Égypte figure parmi les plus grands importateurs mondiaux de blé canadien, tandis que le Bangladesh et le Pakistan sont des destinations clés pour les légumineuses canadiennes. En Zambie, où le cuivre représente environ 70 % des recettes d’exportation, des entreprises canadiennes mènent d’importantes expansions de production. Des files d’attente de plusieurs heures dans les stations-service en Inde indiquent que le choc touche déjà les ménages – alors même que les négociations de l’Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Inde visent 70 milliards de dollars d’échanges bilatéraux d’ici 2030. Par ailleurs, l’exposition des entités canadiennes aux actifs des marchés émergents en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie pourrait également constituer un autre défi.

Sydney Wisener

Les discussions sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué

  • La 14e Conférence ministérielle de l’OMC, tenue la semaine dernière au Cameroun, n’est pas parvenue à ouvrir une nouvelle ère de réforme du commerce mondial après de profondes divergences entre les États-Unis et le Brésil quant à la durée de prolongation du moratoire sur le commerce numérique, un accord interdisant l’imposition de droits sur les transmissions électroniques et les services numériques.

  • Ce désaccord a été la principale raison pour laquelle un projet de plan de réforme de l’OMC n’a pas été adopté, un revers majeur pour l’organisation qui cherchait à contrer sa marginalisation et à rester pertinente dans cette nouvelle ère de perturbations du commerce.

  • Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a vivement critiqué l’OMC à son retour aux États-Unis, déclarant qu’elle ne jouerait qu’un « rôle limité » dans les futures discussions de politique commerciale mondiale.

L’hélium devient un nouveau casse-tête lié au détroit d’Ormuz

  • Outre les perturbations des marchés mondiaux de l’énergie, de l’aluminium, du transport maritime et des engrais, la quasi-fermeture du détroit menace l’approvisionnement mondial en hélium, un composant clé dans la production de semi-conducteurs.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

Les États-Unis se préparent à imposer de nouveaux droits de douane sur les produits pharmaceutiques

  • Selon un projet de décret obtenu par les médias, l’administration Trump prépare de nouveaux prélèvements sur les médicaments de marque des entreprises pharmaceutiques, incluant des droits de douane de 100 % sur les médicaments brevetés et leurs principes actifs.

  • Bien que la proposition n’ait pas encore été officiellement annoncée, elle donnerait suite aux menaces formulées par Trump l’automne dernier dans le cadre de la stratégie de son administration visant à contraindre les fabricants pharmaceutiques à construire ou relocaliser des installations de production aux États-Unis.

— Thomas Ashcroft

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J’étais à Houston ces derniers jours pour la semaine CERAWeek, aussi appelée le Super Bowl de l’énergie, où se tenait une série d’échanges intenses et instructifs sur l’actuelle crise mondiale de l’énergie. L’an dernier, le forum était tout ouïe lorsque le nouveau gouvernement Trump a présenté sa stratégie de « domination énergétique ». Cette année, le forum n’en avait que pour la crise énergétique majeure causée par la guerre en Iran.

Selon le point de vue dominant, le conflit – et donc le danger dans le golfe Persique – perdurera pendant un certain temps encore, et les marchés de l’énergie peineront à trouver une nouvelle normalité. L’ancien secrétaire à la défense James Mattis, qui a participé à trois guerres dans la région du Golfe et autour, a déclaré que les États-Unis ne pouvaient pas crier victoire unilatéralement. Même si sa marine a été détruite, l’Iran peut encore déployer des missiles de croisière antinavires tout le long de sa côte de 1 000 kilomètres. Cela implique que le conflit pourrait durer plus longtemps que prévu et que les répercussions économiques pourraient s’accentuer si les chaînes d’approvisionnement restent paralysées. La circulation dans le détroit d’Ormuz est en baisse de 70 %, plus de 850 pétroliers y étant pris pour cibles. Il faudra des semaines pour évacuer cette flotte – ce qui a amené l’AIE à qualifier la situation de « plus grand défi mondial pour la sécurité énergétique et alimentaire de tous les temps ».

La perturbation du marché du GNL n’est pas un choc temporaire. Le chef de la direction de QatarEnergy a confirmé que le pays a perdu environ 17 % de sa capacité d’exportation de GNL pour des années et que la remise en état des installations nécessitera des milliards de dollars. Les marges sur le GNL ont déjà augmenté de 200 % en moyenne pour la période de 2026 à 2028. L’augmentation de l’offre en provenance de l’Australie, du Canada et des États-Unis suffira tout juste à compenser les pertes, mais n’entraînera aucune croissance de l’offre. Cela signifie qu’il est peu probable de voir l’offre de GNL revenir à ses niveaux d’avant la guerre d’ici la fin de 2027, dans le meilleur des cas. Les analystes de S&P Global Energy s’attendent à une perte de production pouvant atteindre 35 millions de tonnes de GNL en 2026, ce qui correspond à la moitié des importations annuelles du Japon.

Le Programme alimentaire mondial a averti que pas moins de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d’insécurité alimentaire grave si le conflit ne se règle pas bientôt – une crise comparable à celle qu’a causée l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela tient en grande partie au fait que 30 % de la production mondiale d’urée provient de l’Iran et de pays tributaires du détroit d’Ormuz et que les exportations d’engrais du golfe Persique ont brutalement chuté, avec pour effet de pousser les prix à la hausse partout dans le monde et de menacer la saison des plantations au printemps. Les coûts de stockage et de fret ont quadruplé en Europe, ce qui ajoute au cauchemar du transport. Les prix des intrants agricoles ont presque doublé en Égypte. Les usines d’engrais en Inde, au Bangladesh et au Pakistan ont dû arrêter complètement leur production en raison de l’envol des prix du gaz naturel et du pétrole – et, contrairement à 2022, il n’existe guère de solutions de rechange. L’Inde a réduit la production de trois de ses usines d’urée. Le Bangladesh a fermé quatre de ses cinq usines d’engrais.

Le détroit est la seule voie maritime pour 93 % des importations de pétrole du Japon, ce qui pousse Tokyo à commencer à libérer 80 millions de barils de pétrole de ses réserves stratégiques. Les réserves de GNL du pays sont considérablement moindres, les entreprises japonaises n’ayant qu’environ trois semaines de stocks de GNL, soit l’équivalent du volume total de leurs importations de GNL dépendantes du détroit d’Ormuz. Taïwan et la Corée du Sud sont aussi gravement menacés. En Asie du Sud, des mesures de rationnement du carburant sont mises en place. Le Pakistan et le Bangladesh dépendent du Qatar pour environ la moitié de leurs importations de GNL. Les prix au comptant du GNL en Asie ont bondi de 143 % depuis le 28 février.

Les hausses des coûts de la dette et des prix à l’importation ont toujours été problématiques pour les pays en développement, en particulier ceux qui ont recours au crédit étranger et à l’énergie pour stimuler leur croissance. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports comptent pour 15 à 25 % de l’inflation. La Banque asiatique de développement a déterminé que les Philippines, le Pakistan et le Sri Lanka étaient les économies les plus vulnérables de la région. Des répercussions se feront également sentir dans les régions de fabrication à faible coût, où les prix des intrants – les plastiques à base de pétrole, par exemple – sont en hausse. Tous ces éléments vont obliger les pays endettés à emprunter davantage pour subventionner la consommation et l’industrie, alors même que les coûts d’intérêt augmentent de nouveau. En Ouzbékistan, en Égypte et en Mongolie, les subventions liées aux carburants représentent respectivement 28,3 %, 28,0 % et 11,9 % des dépenses publiques. Les pays qui dépendent du tourisme, comme le Kenya et le Sri Lanka, pourraient souffrir encore plus.

Tout le monde s’entend pour dire que la demande d’énergie des centres de données liés à l’IA continuera d’augmenter et qu’il n’y aura pas assez de gaz pour les faire fonctionner. De grandes entreprises technologiques comme Google et Microsoft élaborent des plans pour recourir à l’énergie nucléaire, et même relancer des centrales désaffectées aux États-Unis. Mais il faudra des années pour ce faire. Les centres de données représentent à présent 4 % de la consommation électrique américaine, et on prévoit que ce chiffre pourrait atteindre 12 %. Ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis et à la Chine. Des pays asiatiques comme les Philippines ont des stratégies ambitieuses en matière de centres de données, qui dépendent d’une hausse des importations de gaz pour tourner. Ils auront maintenant besoin de ce gaz – à un coût beaucoup plus élevé – pour maintenir les usines et les systèmes de climatisation en marche. Le déséquilibre entre l’offre et la demande ne se calcule pas.

Le choc énergétique a mis en lumière l’ambition de la Chine de vendre des véhicules électriques au monde entier, en particulier aux pays en développement – pour autant que ces pays tributaires de l’énergie puissent trouver de nouvelles façons d’électrifier leurs parcs automobiles. À l’heure actuelle, quelque 60 % des véhicules entièrement électriques dans le monde se vendent en Chine. Le choc énergétique va-t-il doper la croissance de ce segment ? Cela risque de prendre un certain temps, notamment dans les pays qui doivent composer avec un certain nombre d’autres difficultés pour bâtir leur infrastructure électrique. Il faut s’attendre à voir à la fois des véhicules à essence et des véhicules électriques sur les routes de la plupart des pays pendant encore longtemps – même Ford Motor Co, aux États-Unis, a mis à profit le forum de Houston pour promouvoir sa stratégie de développement d’une nouvelle camionnette électrique, mise au point dans une unité de recherche avancée en Californie. L’attrait de cette camionnette tient davantage à sa simplicité qu’à ses besoins énergétiques. Les nouveaux véhicules n’utilisent qu’une fraction des composantes (tout tourne autour de la batterie) et du câblage interne de leurs prédécesseurs, ce qui en rend la fabrication beaucoup plus facile et moins coûteuse. Les constructeurs automobiles américains apprennent aussi de la Chine à concevoir des véhicules comme des plateformes technologiques. La principale question pour Jim Farley, le chef de la direction de Ford, est de savoir comment les Américains réagiront. Comme Ford le sait, l’automobile est une culture.

Nous n’en sommes qu’au début – et les événements imprévus se multiplient –, mais le conflit pourrait entraîner une perte de production de l’ordre de 10 millions de barils par jour cette année. Cela représente environ 10 % des besoins mondiaux. Il existe des quantités de champs de pétrole pour compenser cette perte, mais cela ne se fera ni rapidement ni efficacement. Prenons l’exemple du Venezuela. La récente augmentation de 250 000 barils par jour de sa production pour 2026 représente moins de 0,3 % de la consommation mondiale. La Guyane, sa voisine, est plus prometteuse, tout comme le Brésil, le Nigéria et même la Libye. Mais toutes ces possibilités, prises ensemble, ne permettent même pas d’approcher les volumes perdus. Certaines conversations, à la semaine CERAWeek, évoquaient une reprise des forages en Alaska et de l’exploration en mer du Nord, et même à l’extrême nord de la Norvège. La production devrait également augmenter au Canada, y compris en mer au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Mais la plupart des yeux sont tournés vers la Russie. Le pays pourrait avoir quelque 80 millions de barils de pétrole en ce moment dans les eaux internationales, et bien davantage prêts à expédier.

Le ministre de l’Énergie Timothy Hodgson n’a pas mâché ses mots. Le Canada va produire et exporter beaucoup plus de pétrole et de gaz. Il a même chiffré cette perspective à 2,5 millions de barils de pétrole supplémentaires par jour (soit une hausse de 50 %) et à 100 milliards de pieds cubes de gaz (le double des prévisions) d’ici 2035. Le ministre a expliqué à divers auditoires que le soutien des Autochtones au développement des ressources avait rarement été aussi fort, en partie parce que la plupart des grands projets d’exploitation des ressources ont à présent un actionnariat autochtone. La première ministre de l’Alberta Danielle Smith a évoqué devant un auditoire la conclusion prochaine d’un accord sur la tarification du carbone entre Ottawa et sa province, lequel accord sera essentiel pour les contrats à long terme. Il pourrait également sous-tendre des plans d’investissement massif dans la capture et le stockage du carbone, un objectif auquel le gouvernement Carney demeure très attaché. En coulisses, des fonds souverains, des multinationales et des sociétés d’État se sont réunis pour faire progresser des négociations sur des contrats à long terme et des prises de participation. Une question semblait tous les habiter : Le Canada saura-t-il, cette fois-ci, agir rapidement et à grande échelle ?

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Également dans ce numéro : Démêler la chaîne logistique en biocarburants en Amérique du Nord

Le détroit d’Ormuz a longtemps été traité comme un enjeu strictement pétrolier. Lorsqu’il se ferme, les marchés de l’énergie réagissent, les taux de fret des pétroliers s’envolent et l’attention médiatique se concentre sur le brut. Mais il s’agit aussi d’un choc lent et persistant sur le coût du transport de marchandises, un choc qui s’enracine au fil du temps.

Effet de premier ordre : brut et pétroliers

L’impact le plus direct se situe précisément là où les marchés l’anticipaient. Les taux au comptant de référence pour les très gros transporteurs de brut, multipliés par six depuis le début de janvier, s’établissent actuellement à 98 $ US/t (13 à 14 $ US/baril). Les volumes de pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz (et le canal de Suez) se sont essentiellement effondrés, plus de 200 navires étant immobilisés dans le golfe Persique.

Effet de second ordre : produits et carburants

Les arrêts de raffineries et les contraintes à l’exportation liées au détroit d’Ormuz ont fragmenté les chaînes logistiques mondiales en carburant marin, forçant les navires à s’approvisionner dans des ports de rechange à des primes de zone de guerre élevées. Comme illustré ci-dessous, le prix indexé du carburant marin à Singapour a augmenté de 66 % depuis le début de la crise. Non illustré, mais tout aussi révélateur, l’écart entre les prix franco à bord et les prix livrés, habituellement inférieur à 5 %, a largement dépassé 50 % à la mi‑mars, signe d’une véritable désorganisation physique dans l’acheminement du carburant marin vers les navires.

Maersk, entreprise danoise de transport maritime, a officialisé cette perturbation le 25 mars en imposant une surcharge mondiale d’urgence sur le carburant, faisant de ce choc un facteur désormais solidement installé dans l’économie du transport maritime.

Effet de troisième ordre : conteneurs et vrac sec

L’indice du fret conteneurisé de Shanghai (SCFI) a baissé progressivement avant le conflit et a depuis bondi (voir le graphique), mais il s’agit probablement de fluctuations saisonnières. À la mi‑février, le Nouvel An chinois a entraîné un ralentissement saisonnier du débit portuaire, tombé à 40–50 % de sa capacité normale. La part de la reprise du SCFI en mars attribuable à des contraintes d’offre plutôt qu’à une demande plus forte demeurera incertaine jusqu’à la publication des données portuaires officielles en fin de mois.

Cela dit, le vrac sec était structurellement peu exposé au détroit d’Ormuz – environ 55 navires de vrac sec y transitaient chaque semaine avant le conflit – et l’indice Baltic Dry reste globalement stable, voire légèrement en baisse. Néanmoins, la vitesse moyenne des grands porte-conteneurs a légèrement diminué (voir graphique) depuis fin février, un signal modeste, cohérent avec des ajustements de trajectoire en marge de la zone de conflit.

–Shaz Merwat, Energy Policy Lead

Frictions commerciales croissantes. Valéurs indexées, 27 février = 100

La chaîne logistique en Amérique du Nord, autrefois intégrée, se fragmente désormais selon des lignes nationales.

Les incitatifs fédéraux américains, les programmes à l’échelle des États et le Règlement sur les combustibles propres du Canada tirent de plus en plus dans des directions différentes, ce qui entraîne un marché morcelé, avec des répercussions pour les producteurs canadiens de biocarburants et les agriculteurs cultivant des oléagineux et des céréales, notamment le canola, le soya et le maïs.

Des changements de politiques qui ont créé une fracture continentale

Les modifications apportées à la politique américaine dans le cadre de la norme sur les carburants renouvelables (Renewable Fuel Standard) et les nouveaux crédits d’impôt à la production ont déclenché ce réalignement. Les règles proposées pour cette norme en 2026–2027 augmentent considérablement les cibles d’incorporation domestique de diesel à base de biomasse, renforçant la demande pour des matières premières d’origine végétale comme l’huile de soya.

  • Parallèlement, les nouvelles structures d’incitatifs, en particulier la transition des crédits pour mélange vers des crédits fondés sur la production, favorisent explicitement la production intérieure de biocarburants aux États‑Unis.

  • Ce changement abolit l’incitatif de 1 $ US par gallon dont bénéficiaient les biodiesels et le diesel renouvelable canadiens sur le marché américain, puisque les biocarburants doivent désormais être produits aux États-Unis pour être admissibles aux crédits de production. Résultat : une baisse d’environ 13 % de la valeur des importations canadiennes vers les États-Unis entre 2024 et 2025, selon les données sur le commerce international du Canada. Il s’agit d’un changement notable par rapport au coup de pouce dont bénéficiaient auparavant les biocarburants canadiens grâce aux subventions américaines.

Quels effets sur les marchés canadiens des oléagineux et des céréales ?

Le marché des biocarburants est fortement tributaire des politiques publiques, et la certitude réglementaire n’est jamais garantie. Les incitatifs pour les matières premières destinées aux biocarburants aux États-Unis continuent d’évoluer, alors que l’Environmental Protection Agency (EPA) fixe ses obligations en matière de volumes renouvelables pour 2026 et 2027.

L’incertitude qui pèse sur les agriculteurs canadiens tient au fait que l’EPA a proposé de réduire le nombre de crédits RIN (Renewable Identification Numbers) attribués aux carburants renouvelables importés et à ceux produits à partir de matières premières étrangères, ce qui découragerait financièrement les raffineries américaines d’utiliser des matières premières canadiennes. Toutefois, l’augmentation de la demande intérieure canadienne pourrait compenser en partie le risque lié à l’exportation.

Canola : le plus exposé. L’huile de canola exportée aux États-Unis est principalement utilisée pour la production du diesel renouvelable. Les volumes d’exportation d’huile de canola vers les États‑Unis ont chuté de 26 % entre 2024 et 2025, après avoir augmenté chaque année au cours des cinq années précédentes. Cette baisse est survenue après une période de plus d’un an d’incertitude réglementaire pour l’industrie canadienne du canola, qui attendait des précisions du département du Trésor américain et de l’IRS sur les crédits de production, y compris la confirmation en janvier de l’admissibilité des matières premières nord‑américaines.

Soya : les producteurs canadiens de soya pourraient bénéficier de politiques américaines favorables. Selon les perspectives 2026 du département de l’Agriculture des États-Unis, les mandats en matière de biocarburants et les incitatifs fiscaux devraient entraîner une hausse de 17 % de l’utilisation d’huile de soya américaine dans les biocarburants. La demande accrue soutient les prix, mais le marché demeure exposé à des risques à la baisse pour les échanges avec les États-Unis si les obligations en matière de volumes renouvelables proposées par l’EPA sont confirmées.

Maïs : le maïs reste fortement lié à la production d’éthanol aux États-Unis dans le cadre de la norme américaine sur les carburants renouvelables. Cependant, les producteurs canadiens d’éthanol sont désormais désavantagés par le crédit à la production de combustibles propres (45Z), conçu pour encourager la production de biocarburants finis aux États-Unis.

Conclusion

Les perspectives pour le Canada sont mitigées. La demande du marché intérieur dépendra largement des prochaines modifications du Règlement sur les combustibles propres du gouvernement fédéral, où plusieurs leviers politiques sont à l’étude pour soutenir la demande domestique, notamment des exigences de contenu local minimal et des multiplicateurs de crédits pour les producteurs locaux.

Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Les producteurs de bœuf canadiens s’inquiètent d’un éventuel accord de libre-échange avec le Mercosur

  • Alors qu’Ottawa cherche à conclure cette année un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain, l’Association canadienne des bovins (ACB) a exprimé ses préoccupations.

  • Le Brésil est le plus grand producteur de bœuf au monde, et l’ACB craint qu’un accord avec le Mercosur n’inonde le marché canadien de bœuf bon marché, compromette les efforts de reprise d’un secteur confronté à la plus faible offre de bétail en quarante ans, et expose le Canada à des accusations américaines de servir de « porte d’entrée détournée » vers le marché nord‑américain.

Les coûts des engrais flambent à l’approche de la saison des semis

  • Les perturbations dans les expéditions d’engrais et des matières premières essentielles à leur production via le détroit d’Ormuz ont fait grimper les prix, alors que les agriculteurs nord-américains s’apprêtent à entamer la saison des semis de printemps. L’urée, par exemple, a vu son prix augmenter d’environ 40 % depuis le début du conflit. Cette hausse devient rapidement un enjeu politique pour Donald Trump, qui a rencontré cette semaine des groupes agricoles américains, un lobby politique influent.

  • Meanwhile, Russia, whose shipments remain unaffected by the Hormuz blockade, has deep reserves of fertilizers and commodities. Earlier this week, Russia halted its exports of ammonium nitrate, to shore up its domestic supply. But the conflict potentially raises the specter of Russia looking to increase its leverage on having restrictions on Russian fertilizer exports to Europe eased.

Le Parlement européen approuve un accord commercial avec les États-Unis

  • Les législateurs de l’Union européenne avaient auparavant retardé l’approbation de l’accord de Turnberry en raison des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland. Toutefois, mardi, le Parlement européen a ouvert la voie à sa mise en œuvre, en y ajoutant des conditions supplémentaires. Avant le vote, les États-Unis avaient averti que l’Union européenne pourrait perdre son accès préférentiel aux livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) américain si l’accord était de nouveau retardé, alors que l’Europe subit déjà les effets de perturbations dans les approvisionnements en GNL en provenance du Qatar.

  • L’accord prévoit l’élimination des droits de douane de l’UE sur les produits industriels américains et certains produits agricoles, ainsi qu’une baisse des droits de douane américains sur la plupart des biens européens à 15 %. Les députés européens ont cependant ajouté des mécanismes de protection, notamment en retardant la suppression des droits de douane européens jusqu’à ce que les États-Unis réduisent les leurs. Ces mesures devront maintenant être approuvées par les États membres, les négociations devant commencer le 13 avril.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

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Cet article est un compagnon de l’épisode Disruptors sur la façon dont la plate-forme Wikipédia a construit la crédibilité grâce à la communauté, la transparence et un engagement partagé à la neutralité – Confiance à l’échelle : leçons de Wikipédia

La relation que les gens entretiennent avec les institutions a changé. Dans les pays de l’OCDE, davantage de gens se disent méfiants plutôt que confiants envers leur gouvernement national. Au Canada, seulement 48 % affirment faire confiance au gouvernement fédéral, comparativement à près de 60 % avant la pandémie1. Selon un sondage d’Ipsos, la confiance envers la capacité du gouvernement à agir de manière juste est passée de 58 % en 2019 à 43 % en 20222. Par ailleurs, l’indice CanTrust 2025 révèle que seulement 17 % des Canadiens font confiance aux politiciens, soit le niveau le plus bas en dix ans, et que six personnes sur dix estiment que les partis politiques sont des sources de division3.

Les médias sociaux et le contenu généré par l’IA ont accéléré cette tendance. Près de la moitié des Canadiens croient désormais que l’IA rendra les sources d’information moins fiables. Les algorithmes favorisent l’indignation au détriment de l’exactitude, inondant le débat public de contenus polarisants et de bruit généré par l’IA. Comme l’a souligné Jimmy Wales, cofondateur de Wikipédia, lors d’un récent épisode du balado Les innovateurs RBC, les plateformes encouragent de mauvais comportements en raison de l’engagement qu’ils suscitent : « les comportements provocateurs génèrent davantage d’interactions »4.

Dans son plus récent ouvrage, Seven Rules of Trust—A Blueprint for Building Things That Last (Les sept règles de la confiance : un plan pour construire des choses qui durent), Jimmy Wales s’intéresse à la crise mondiale de la crédibilité et des connaissances.Ces deux éléments se raréfient : selon le Baromètre de confiance Edelman 2026, 73 % des Canadiens se disent réticents à faire confiance à des personnes ayant des valeurs ou des sources d’information différentes5.

Les conséquences de cette méfiance sont nombreuses et concrètes. Lors des élections de 2023 en Slovaquie, un hypertrucage audio imitant un chef de parti politique est devenu viral pendant une période de silence électoral imposée par la loi, privant les journalistes d’une possibilité de réaction6. Aux États-Unis, un appel automatisé généré par l’IA et imitant le président Joe Biden a exhorté les électeurs du New Hampshire à rester chez eux lors de la primaire de 20247. Des incidents similaires sont survenus au Bangladesh, en Turquie et en Inde. Le German Marshall Fund a recensé 133 cas d’hypertrucage liés à des élections dans des dizaines de pays8.

Wikipédia est un modèle particulièrement instructif. Cette encyclopédie en ligne gratuite compte plus de sept millions d’articles en anglais, environ 283 000 contributeurs actifs et des milliards de pages consultées chaque année, le tout avec le budget d’un organisme sans but lucratif. Pour de nombreux utilisateurs, il s’agit d’une source de référence pour des sujets variés, allant de l’histoire d’entreprises à des faits insolites ou à des sujets peu connus.

Malgré sa diversité, la plateforme est loin d’être parfaite : des détracteurs soulignent des biais idéologiques, des écarts entre les sexes parmi les contributeurs et un risque de manipulation rémunérée. Toutefois, comme l’a souligné Jimmy Wales lors du balado, Wikipédia est passée « d’une plateforme autrefois perçue comme peu crédible à l’une des rares sources auxquelles les gens font confiance ».

Cela s’explique par sa structure. Le modèle de Wikipédia repose sur « la responsabilisation plutôt que le contrôle d’accès », a mentionné Jimmy Wales lors du balado Les innovateurs RBC9. « Toutes vos modifications sont visibles par tous. » Chaque source peut être vérifiée, les désaccords sont traités sur des pages de discussion publiques et les corrections surviennent en temps réel.

La réflexion de Jimmy Wales a été influencée dès le départ par l’argument du philosophe Friedrich Hayek, lauréat d’un prix Nobel, concernant la décentralisation des connaissances, selon lequel la prise de décision est plus efficace au niveau des utilisateurs finaux qu’à celui d’une hiérarchie centrale. Selon Jimmy Wales, les Notes de la communauté de la plateforme X sont une application prometteuse du même principe : donner davantage de pouvoir aux utilisateurs plutôt que de s’en remettre à une modération centralisée.

Des travaux de recherche remontant à l’étude de Knack et Keefer (1997) confirment que la confiance est un facteur mesurable de la croissance10. Une analyse d’Ira Kalish, économiste en chef mondial chez Deloitte, rend ce mécanisme concret : une hausse de la confiance entraîne une augmentation des investissements en immobilisations des entreprises et améliore la productivité grâce à des investissements de meilleure qualité, à l’accumulation de capital humain et à une plus grande internationalisation11.

Selon les modélisations du cabinet, une augmentation de dix points de pourcentage de la proportion de personnes qui font confiance au sein d’un pays se traduirait par une hausse d’environ un demi-point de pourcentage de la croissance annuelle du PIB par habitant ; il s’agit d’un gain appréciable dans un contexte où la croissance mondiale s’établissait en moyenne à 2,2 % entre 2015 et 2019.

Il n’existe pas de solution unique pour rétablir la confiance dans la gouvernance des entreprises et du secteur public. Toutefois, comme l’a mis en évidence la discussion avec Jimmy Wales lors du balado Les innovateurs RBC, la confiance n’est pas un simple principe abstrait. Sa reconstruction sera progressive, inégale et continue. En revanche, le coût de l’inaction est déjà mesurable.

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Ce que vous devez savoir sur la lutte de l’Occident pour briser le rôle dominant de la Chine dans le raffinage des éléments des terres rares – et les technologies qui pourraient briser l’emprise de Beijing

À présent que l’Occident a cédé le raffinage des minéraux critiques à la Chine, l’un des défis industriels de
la décennie est de reconstruire cette capacité d’une manière qui soit respectueuse de l’environnement,
économiquement viable, évolutive et en accord avec les cadres réglementaires occidentaux.

La Chine contrôle 70 % du marché mondial du raffinage pour 19 des 20 minéraux les plus essentiels au monde, parmi lesquels les éléments des terres rares, dont plus de 90 % sont transformés dans le pays. Cette position dominante est l’effet combiné de trois forces structurelles qui se complètent entre elles au fil du temps.

Économie. En chine, le faible coût de la main-d’œuvre, les subventions en faveur de l’énergie et le soutien étatique à l’industrie ont engendré une structure de coûts avec laquelle les usines de traitement occidentales ne pouvaient pas rivaliser, compte tenu des prix des marchandises.

Environnement. Le raffinage conventionnel des terres rares repose sur une cuisson à l’acide sulfurique, plusieurs étapes de lixiviation et une extraction avec solvants, ce qui génère des déchets toxiques et des résidus radioactifs. Selon une analyse de Harvard, pour chaque tonne de terre rare produite, le raffinage conventionnel génère près de 2 000 tonnes de déchets toxiques. Les territoires occidentaux internalisent ces coûts sous la forme de systèmes de permis, de responsabilité environnementale et d’opposition des communautés.

Écosystème industriel. À mesure de l’expansion de sa capacité de raffinage, la Chine a attiré des talents en ingénierie et des producteurs en aval, tandis que la demande des utilisateurs finaux a augmenté – chaque facteur venant renforcer les autres. En revanche, le raffinage de l’Occident s’est replié pendant une quarantaine d’années, ce qui a mené les marchés financiers à cesser de financer les projets, les institutions à cesser de former les talents, et les producteurs en aval à se rabattre sur l’approvisionnement en Chine. La Chine est dans la situation inverse, puisqu’elle bénéficie de quatre décennies de connaissance du raffinage, d’expertise en ingénierie et de propriété intellectuelle qui font barrière au retour de l’occident dans cette industrie.

Si l’Occident menait la reconstruction de sa capacité de raffinage sur la base du modèle chinois, il se heurterait aux mêmes obstacles qui ont causé la délocalisation de cette activité. De plus, la situation est aggravée par les contrôles d’exportation mis en place par la Chine en octobre 2025 à l’égard des équipements et technologies de raffinage. Une voie plus facile serait d’engager directement la responsabilité environnementale liée aux méthodes conventionnelles et, ce faisant, d’améliorer le rendement économique.

Les subventions et décisions d’approvisionnement donnent une indication des méthodes de raffinage ayant atteint les seuils élémentaires de viabilité. Depuis 2022, le département de la Guerre des États-Unis, le ministère de l’Énergie et le gouvernement du Canada ont investi des capitaux importants dans la transformation des minéraux critiques de nouvelle génération.

Déchets et résidus. De nouvelles méthodes de traitement telles que le grillage éclair et les échangeurs d’ions modulaires réduisent considérablement, voire éliminent les déchets, ce qui permet d’autoriser des projets où les méthodes de traitement conventionnelles ne seraient pas acceptables.

La société canadienne Ucore Rare Metals en est un exemple. Sa plateforme RapidSX est un système d’extraction en colonne avec solvants destiné à la séparation des terres rares, qui est environ trois fois plus rapide que les mélangeurs-décanteurs conventionnels. Son empreinte physique est réduite et il ne nécessite pas d’équipements ou technologies chinois. Le département de la Défense des États-Unis a accordé 4 millions de dollars américains aux installations de démonstration d’Ucore à Kingston, en Ontario, puis 18 millions de dollars américains à son centre Strategic Metals Complex (SMC) en Louisiane. Lors de la réunion des ministres des Ressources du G7 en octobre 2025, le gouvernement du Canada s’est engagé à investir 36 millions de dollars dans le raffinage du samarium et du gadolinium.

Émissions. Quant au processus de décarbonation, il repose principalement sur les sources d’énergie. Le remplacement des fours à combustibles fossiles par des solutions basées sur des énergies alternatives (énergie hydroélectrique ou autres sources propres) résoudrait donc le problème des émissions, tout en améliorant la rentabilité compte tenu de la baisse des coûts de l’électricité propre. La plupart des activités mondiales de raffinage des minéraux critiques reposent sur une forte utilisation du charbon en Chine. L’utilisation de l’énergie hydroélectrique, comme le propose le Québec, modifie considérablement le profil d’émissions associé à cette industrie.

La société australienne Metallium Resources Inc. travaille à une solution pour transformer la récupération des métaux et recycler les déchets grâce à un système de grillage éclair – impulsions électriques d’une milliseconde pour monter à une température de plus de 3 000 degrés Celsius permettant d’extraire les métaux de façon sélective, sans acide ni eau. Le département de la Guerre des États-Unis a accordé une première subvention axée sur le gallium et sélectionné cette technologie comme une étape de traitement dans le cadre d’un projet de récupération des boues rouges en Louisiane. L’usine de démonstration de Metallium au Texas a été commandée, avec un approvisionnement en matière première assuré par une convention exécutoire conclue avec la société Glencore plc.

Recyclage. L’AIE a découvert que les minéraux de transition énergétiques recyclés, tels que le nickel, le titane et le lithium, produisent en moyenne 80 % moins d’émissions de gaz à effet de serre que les matériaux provenant directement des mines. Les taux de recyclage des éléments de terres rares et du lithium demeurent inférieurs à 5 % à l’échelle mondiale, mais les matières premières s’accumulent rapidement : batteries de VE, aimants d’éoliennes en fin de vie et déchets électroniques des infrastructures d’IA dont le contenu en métaux critiques peut être récupéré.

L’UE a institutionnalisé la demande de produits recyclés au moyen d’une réglementation exécutoire. En vertu du règlement 2023/1542 de l’UE relatif aux batteries, les fabricants sont tenus de respecter des exigences minimales en matière de contenu recyclé. Il s’agit de seuils de conformité exécutoires, et non de cibles. Ces dispositions donnent le signal d’une demande structurelle en matériaux de récupération que l’infrastructure de raffinage actuelle ne peut pas satisfaire.

ReElement Technologies ambitionne de transformer les débris en matériaux miniers. ReElement est une filiale d’American Resources Corp qui exploite un échangeur d’ions modulaire et une plateforme de raffinage avec solvants qui transforme les débris magnétiques des terres rares et la masse noire des piles au lithium-ion en produits séparés d’une purification élevée. La plateforme prend en charge plusieurs types de matières premières sans utiliser les concentrés chinois. ReElement a reçu un financement des départements de la Défense et de l’Énergie dans le cadre des efforts des États-Unis pour établir une capacité nationale de raffinage des terres rares et des métaux de batterie.

Il faudra du temps pour rivaliser avec la prédominance de la Chine dans le secteur du raffinage, mais le financement de technologies expérimentales, avec le soutien de mesures politiques, laisse penser que la transition est amorcée.

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