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Leadership avisé RBC Action climatique
Compétences et études postsecondaires

Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

➔ L’empreinte carbone croissante du soccer

➔ Comment reconnaître, encourager et déployer à grande échelle des initiatives de conservation

➔ Notes du Sommet Canada-États-Unis : le Canada doit utiliser ses réserves de minéraux critiques et ses capacités nucléaires comme un levier stratégique

  • La Canadian Deep Geothermal Coalition élaborera la première feuille de route nationale pour l’énergie géothermique du pays. Le gouvernement du Canada a mandaté ce groupe, composé de chefs de file de l’industrie, de représentants des communautés autochtones, de chercheurs et de décideurs politiques, pour exploiter cette énergie propre émergente qui a attiré l’attention de 50 territoires à l’échelle mondiale.

  • Le gouvernement du Québec a revu à la baisse son objectif initial de 100 % de ventes de véhicules zéro émission d’ici 2035. Sa nouvelle cible a été fixée à 80 %. Le gouvernement a qualifié cette décision d’« approche équilibrée » compte tenu des problèmes de chaîne logistique rencontrés par l’industrie automobile mondiale. En mars, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a exhorté les gouvernements du Québec et de la Colombie-Britannique à abaisser leurs objectifs de ventes de véhicules électriques afin de stimuler la compétitivité du pays.

  • Un été de soccer enflammant est à nos portes. Les 48 équipes qui s’affrontent lors de la Coupe du Monde de la FIFA doivent aussi faire face à un autre adversaire redoutable : un temps exceptionnellement chaud amplifié par le phénomène El Niño. Selon le secrétaire général de l’ONU António Guterres, ce cycle de réchauffement naturel « jettera de l’huile sur le feu d’une planète qui se réchauffe ». À noter que cet événement organisé par le Canada, les États-Unis et le Mexique présente également un bilan carbone élevé.

    Coupes du monde de la FIFA : matchs enflammés, bilan carbone élevé

Dans une récente tribune, Catherine Grenier, présidente et cheffe de la direction de Conservation de la nature Canada, explique qu’il est essentiel d’attribuer une valeur formelle à la nature.  

De l’agriculture à la foresterie, en passant par le développement municipal et l’exploitation minière, de nombreux secteurs gèrent activement leurs terres de manière à produire des résultats concrets et mesurables en matière de conservation. Toutefois, ces résultats ne sont pas correctement comptabilisés ou reflétés dans leurs bilans. En effet, ils ne contribuent pas officiellement à la réalisation des objectifs de conservation, n’éclairent pas la prise de décisions relatives à la conservation et ne sont pas pris en compte dans les cadres de référence qui attribuent une valeur à la nature. 

Il est temps de reconnaître davantage ces secteurs comme des acteurs à part entière dans le milieu de la conservation et de les inclure dans le débat sur la préservation de l’environnement. Ensemble, nous pouvons trouver et promouvoir des méthodes concrètes d’utilisation de nos terres qui continueront de soutenir la biodiversité.

AMCEZ : reconnaître, encourager et déployer à grande échelle

 Pour approfondir cette collaboration, il est essentiel de reconnaître officiellement le travail qui a déjà été accompli. L’une des approches consiste à reconnaître les autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ).

Les AMCEZ ne font pas partie des aires protégées, mais elles génèrent des retombées positives pour la nature à long terme même si la conservation n’est pas leur objectif principal. Ces aires offrent un moyen de valoriser et de maintenir des pratiques de gestion des terres efficaces, ce qui favorise la préservation de la biodiversité à long terme.

Prenons par exemple les décisions que prennent les villes pour protéger l’eau potable en imposant des restrictions d’utilisation des terres et une gestion adéquate des bassins versants. Ou comment les propriétaires fonciers et les entreprises soustraient certaines de leurs terres aux travaux forestiers et à l’exploitation industrielle. Les éleveurs soutiennent les activités compatibles avec la préservation de l’environnement, comme le pâturage dans les prairies naturelles. Les infrastructures vertes favorisent la connectivité de la faune en limitant la fragmentation des terres causée par le développement humain. La reconnaissance des AMCEZ est un moyen de mettre en lumière et d’asseoir la crédibilité de ces engagements à long terme, en offrant une distinction tangible à présenter sur des marchés de plus en plus soucieux des contributions environnementales. 

Les AMCEZ en action

Plus tôt cette année, la ville de Saint John, au Nouveau-Brunswick, a officiellement reconnu 4 800 hectares de terrains municipaux comme ayant un statut de conservation particulier. Ces aires comprennent des forêts matures intactes, des rives de lacs et de riches zones humides qui servent à améliorer et à protéger l’approvisionnement en eau potable de la ville, et dont les avantages s’étendent au-delà de la santé et du bien-être de ses citoyens.

En 2022, J.D. Irving, Limited est devenue la première entreprise forestière au Canada à voir une partie de ses terres, soit près de 10 000 hectares de forêt et littoral acadiens, reconnue comme une AMCEZ. Ce territoire favorise le respect des engagements publics et aide à répondre aux attentes en matière de loisirs, tout en préservant certaines des zones les plus singulières et les plus riches en espèces de la province.

La voie à suivre

Les AMCEZ ne sont pas une nouveauté, mais la stratégie du Canada pour protéger la nature récemment publiée par le gouvernement fédéral a rétabli un cadre politique susceptible d’accélérer leur application. Collectivement, nous avons l’occasion de tracer la voie à suivre, de favoriser l’innovation et de collaborer pour trouver de nouvelles façons de concevoir des solutions pour et avec des partenaires dont les efforts ne sont actuellement pas pris en compte.

Pour les leaders dans le domaine de la conservation, cela implique d’explorer des pistes comme les suivantes : Comment et dans quels contextes les décisions de gestion prises par l’industrie produisent-elles des résultats durables en matière de conservation ? Comment peut-on renforcer et soutenir ces pratiques de gestion à long terme ? Quels outils pourrions-nous élaborer pour répondre aux besoins de l’industrie tout en tenant compte de la biodiversité ?

La reconnaissance des AMCEZ a pris de l’ampleur dans les ranchs fonctionnels, les forêts gérées de façon durable, les municipalités et les milieux consacrés à la recherche et aux activités récréatives. L’avenir réside dans le fait de travailler en partenariat avec l’industrie pour approfondir les recherches, faire preuve de créativité et découvrir d’autres possibilités d’application.

Cette approche ouvre également la porte à une meilleure reconnaissance, à un soutien plus significatif et à un engagement accru dans la collectivité. Il est évident que, lorsqu’on les examine conjointement, la nature et l’économie peuvent fonctionner en harmonie.

  • Dans le nouvel ordre mondial, le Canada devra jouer ses nombreuses cartes de manière plus audacieuse : le gaz naturel à faible empreinte carbone, les minéraux critiques, l’alimentation et les engrais, le combustible nucléaire et un environnement stable régi par l’état de droit, que les capitaux prisent de plus en plus, note John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC, dans son analyse lors du sommet Canada-États-Unis organisé par RBC et Eurasia Group qui s’est conclu récemment.

  • Lors du Sommet sur le leadership 2026 de l’Alliance climatique pour des bâtiments intelligents, les leaders de l’industrie se sont penchés sur les moyens par lesquels les secteurs de la construction et du bâtiment peuvent stimuler la croissance économique du Canada tout en respectant nos engagements climatiques. Stephanie Shewchuk de l’équipe Leadership avisé RBC a présenté les idées et les innovations qui font avancer ce débat. Lisez quelques faits saillants de l’événement ici.

  • À l’occasion de la Semaine d’action pour le climat de Londres qui se déroulera la semaine prochaine, plus de 75 000 participants discuteront de l’état d’avancement de la transition énergétique, des chaînes d’approvisionnement, de la sécurité énergétique, des villes durables, de l’élimination du carbone et d’autres sujets connexes. Allez-vous y participer ? Faites-nous part de vos commentaires. #LCAW2026

  • L’essor des batteries met fin à l’argument selon lequel « le vent ne souffle pas toujours et le soleil ne brille pas toujours », constate Alison Reeves, directrice de programme à l’Institut Grattan. « Qui se soucie encore de savoir si on peut stocker l’électricité à grande échelle ? »

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

Compétences et études postsecondaires

Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

➔ L’affrontement autour du méthane

➔ Le Canada déploie ses ambitions nucléaires à l’échelle mondiale

➔ Pourquoi une municipalité canadienne a mis en pause un projet de centre de données

Les entreprises reviennent au premier plan : Le développement durable des entreprises semble amorcer un tournant, les sociétés affichant un engagement renouvelé porté par les vents favorables décrits précédemment, souligneBrian Hong, directeur général, Solutions des marchés environnementaux, qui a participé à la Semaine du climat de Londres. La diversité des participants aux différents événements — grandes entreprises, institutions financières, investisseurs, représentants gouvernementaux et organisations non gouvernementales — constitue également un indicateur encourageant. Lisez ses impressions complètes de la #LCAW2026 ici.

Le Canada fait figure de retardataire dans l’Indice de transition énergétique. Classé au 32e rang, le pays a perdu une place dans l’indice du Forum économique mondial, qui évalue 120 pays, et accuse un retard par rapport à la plupart des économies avancées comparables (les États-Unis occupent le 19e rang et l’Australie, le 26e).Le recul du Canada s’inscrit dans une tendance plus générale de détérioration de la performance des économies avancées attribuable à la hausse des prix de l’énergie et à l’affaiblissement des politiques climatiques.

Le phénomène El Niño alimente une crise du refroidissement. Le refroidissement des espaces est déjà la source de demande énergétique connaissant la croissance la plus rapide dans les bâtiments à l’échelle mondiale (4 % par année), exerçant une pression croissante sur les réseaux électriques. Alors que les températures demeurent accablantes, on peut s’attendre à une accélération de l’adoption des systèmes de climatisation — et, par conséquent, de la demande d’électricité. Au Canada, seulement 52 % des locataires ont accès à la climatisation, tandis qu’à l’échelle mondiale, à peine 15 % des 3,5 milliards de personnes vivant dans des climats chauds possèdent un climatiseur.

Par Vivan Sorab, responsable principal, Technologie propre RBC

La stratégie canadienne en matière d’électricité se trouve à un moment charnière, alors que les décideurs et les acteurs de l’industrie tentent de concilier les impératifs de croissance avec le maintien d’un réseau électrique qui demeure, dans une large mesure, propre.

À l’issue du Sommet sur la stratégie en matière d’électricité, organisé à Ottawa par Ressources naturelles Canada et le Smart Grid Innovation Network, je retiens les constats suivants :

L’activité se concentre au niveau de la distribution. La construction de nouveaux logements entraîne une forte hausse de la demande de transformateurs et de compteurs, tandis que l’adoption de panneaux solaires sur les toits, de véhicules électriques et d’autres ressources fondées sur des onduleurs s’accélère considérablement. Les centres de données se tournent de plus en plus vers les réseaux de distribution. Confrontés à des contraintes comme le plafond de 1,2 gigawatt imposé en Alberta et aux pénuries mondiales de semi-conducteurs, ils cherchent de plus en plus à se raccorder directement aux réseaux de distribution.

L’abordabilité constitue une contrainte déterminante. Une focalisation excessive sur le coût le plus bas freine les investissements dont le réseau électrique a besoin pour se développer. Or, l’abordabilité représente également la plus grande menace à la continuité politique et, par conséquent, à la pérennité de toute stratégie nationale.

La planification doit aller au-delà du kilowattheure. La planification intégrée des ressources vise à optimiser la capacité et l’approvisionnement énergétique, mais les ressources énergétiques distribuées et la gestion de la demande procurent des avantages qui dépassent largement la seule fourniture d’électricité. Elles favorisent notamment le développement économique local, améliorent le confort des consommateurs et génèrent des économies pour les ménages. Selon certains intervenants, ces bénéfices ne sont actuellement pas correctement valorisés. En conséquence, les solutions distribuées qui pourraient alléger la pression sur le réseau sont systématiquement sous-évaluées.

La main-d’œuvre et les chaînes logistiques limitent ce qu’il est possible de déployer et à quel rythme. Les prévisions de déploiement, notamment pour les thermopompes, reposent sur des trajectoires que les capacités actuelles de la main-d’œuvre et des chaînes logistiques ne permettent pas de soutenir. Le rythme de déploiement réalisable sera donc plus modeste que ne le laissent entendre les objectifs annoncés. Le déficit de compétences vient accentuer ces contraintes. Chaque départ à la retraite entraîne la perte de 30 à 40 années d’expertise, sans qu’il existe de mécanisme systématique de perfectionnement ou de transfert des connaissances pour assurer la relève.

Les interconnexions et un réseau électrique est-ouest sont de nouveau à l’ordre du jour. L’évolution du contexte géopolitique a ravivé l’intérêt pour une plus grande intégration régionale, mais le réseau électrique canadien demeure principalement orienté selon un axe nord-sud. Des interconnexions entre fuseaux horaires pourraient accroître de façon significative la valeur des énergies renouvelables en atténuant les pointes de demande à l’échelle du pays. Des travaux de modélisation plus approfondis et des analyses de faisabilité demeurent toutefois nécessaires.

La plus grande occasion d’exportation n’est peut-être pas matérielle. Les discussions sur les exportations se concentrent souvent sur des actifs physiques, comme les petits réacteurs modulaires et les grandes composantes nucléaires. Or, le Canada dispose d’un avantage encore sous-exploité : son expertise en électrification et ses logiciels de gestion des réseaux électriques.

Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Les États-Unis et le Qatar sont en désaccord avec l’Union européenne au sujet de ses règles relatives aux importations de méthane. Bruxelles maintient sa position, tout en suspendant discrètement l’application de ces règles. Le débat s’articule désormais autour d’une opposition devenue familière : sécurité énergétique contre ambition climatique.

Cette situation pourrait toutefois jouer en faveur du Canada, compte tenu de ses normes élevées de conformité en matière de méthane. La plupart des grandes sources d’inquiétude qui alimentent actuellement l’anxiété mondiale quant à l’approvisionnement en gaz trouvent une réponse canadienne, affirme Shaz Merwat, notre responsable principal, Politique énergétique.

Des années d’efforts en matière de méthane portent leurs fruits. Le bassin de Montney affiche l’une des plus faibles intensités d’émissions de méthane parmi les bassins gaziers du monde. Les règlements fédéraux renforcés, finalisés en décembre, visent une réduction de 72 % des émissions de méthane par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2030. Le fardeau de conformité auquel s’opposent les États-Unis et le Qatar est déjà intégré aux activités des exploitants canadiens.

Des points de congestion ? Le terminal de Kitimat expédie son gaz vers l’ouest. Aucune préoccupation ne découle du conflit actuel dans le détroit d’Ormuz, des perturbations de la circulation dans le canal de Suez, de l’assèchement du canal de Panama, ou encore des incertitudes entourant l’avenir du détroit de Taïwan.

Pour les exploitants canadiens, la performance en matière de méthane s’impose comme un avantage concurrentiel discret et peu coûteux, alors qu’un nombre croissant d’acheteurs commencent à en faire une condition d’approvisionnement plutôt qu’un simple critère de préférence.

Par Vivan Sorab, responsable principale, Technologie propre RBC

La nouvelle Stratégie canadienne sur l’énergie nucléaire s’appuie sur l’héritage du pays en matière d’énergie nucléaire civile afin de renforcer la sécurité énergétique, de soutenir la politique industrielle et d’accroître les perspectives d’exportation.

Voici six constats qui illustrent l’ampleur et la profondeur des nouvelles ambitions nucléaires du Canada :

  • Nouveaux réacteurs : La stratégie prévoit la construction d’un maximum de dix nouveaux grands réacteurs — dont deux en chantier d’ici 2035 et cinq autres planifiés d’ici 2040 —, ainsi que le déploiement d’au moins un réacteur à l’extérieur de l’Ontario, actuel bastion de l’énergie nucléaire au Canada, d’ici 2035. Elle vise également la mise au point d’une version modernisée du réacteur CANDU d’ici 2030 et le doublement de la main-d’œuvre du secteur nucléaire.

  • Une approche fondée sur des parcs de réacteurs : La stratégie concentre les efforts réglementaires, industriels et de construction autour de modèles de réacteurs précis pour chaque usage. Cette approche vise à uniformiser les déploiements, à réduire les coûts et à bâtir une expérience de réalisation à grande échelle.

  • Une approche « Équipe Canada » : La stratégie met l’accent sur les exportations nucléaires et préconise une approche concertée à l’échelle du pays. Elle poursuit plusieurs objectifs : implanter la technologie CANDU dans au moins quatre nouveaux marchés d’ici 2040, accompagner de six à dix pays nouveaux venus dans le nucléaire, et obtenir une part des chaînes logistiques d’au moins cinq projets internationaux ne reposant pas sur la technologie CANDU. La création d’un cadre dédié au financement des exportations et à la commercialisation vise à permettre au Canada de rivaliser sur le terrain du financement souverain, un facteur déterminant dans les exportations de technologies nucléaires.

  • Miser sur l’uranium : Le Canada est le deuxième producteur mondial d’uranium, et les réacteurs CANDU fonctionnent à l’uranium naturel, ce qui les soustrait à la dépendance envers les chaînes logistiques en uranium enrichi, largement dominées par la Russie. La stratégie vise à doubler les exportations d’uranium d’ici 2035. Bien que les réacteurs actuellement en exploitation au Canada ne nécessitent pas d’uranium enrichi, le futur parc canadien de petits réacteurs modulaires (PRM) aura besoin de combustible enrichi. La stratégie indique que cette question est toujours à l’étude, tout en précisant que l’approvisionnement en combustible sera assuré pour les réacteurs qui en auront besoin.

  • Miser sur l’innovation : La fusion nucléaire, un microréacteur de pointe destiné aux applications de défense ainsi qu’un renforcement des capacités en matière d’isotopes médicaux figurent également parmi les composantes clés de la stratégie.

  • Les prochaines étapes : La mise en œuvre de la stratégie dépendra principalement du financement, des chaînes logistiques et des compétences des différentes administrations. La politique fédérale de financement, qui doit préciser les modalités d’intervention, n’est pas attendue avant avril 2027. La stratégie vise par ailleurs à attirer des capitaux privés et des investissements provenant des caisses de retraite, des sources de financement qui se sont jusqu’à présent révélées difficiles à mobiliser pour les projets nucléaires occidentaux. Sur le plan des chaînes logistiques, les capacités de production d’eau lourde, qui ont été abandonnées dans les années 1990, devront être rétablies, tout comme les capacités de fabrication de pièces forgées de grande dimension et de matériaux de qualité nucléaire. Enfin, ce sont les provinces, et non Ottawa, qui choisissent les technologies à déployer et qui assument la gestion de leurs retombées en aval. Le rôle du gouvernement fédéral consiste essentiellement à donner des orientations et à contribuer à l’atténuation des risques.

➔ Le Canada peut-il construire davantage de logements et renforcer ses infrastructures de défense tout en respectant ses objectifs climatiques ? John Stackhouse, de RBC, livre quelques réflexions sur ce triple défi qui sera bientôt mis à l’épreuve alors que le Canada s’engage dans une nouvelle phase d’expansion résidentielle.

➔ Quand les municipalités ripostent.Illustrant la montée des préoccupations municipales à l’égard des centres de données, les conseillers municipaux de Hamilton, en Ontario, ont unanimement suspendu un projet de centre de données, invoquant ses répercussions potentielles sur l’environnement, l’utilisation de l’eau et l’abordabilité. La conseillère municipale Nrindr Nann, à l’origine de l’initiative, a indiqué que 21 autres conseils municipaux ont demandé à recevoir sa motion.

➔ 25 % d’ici 2035. Il s’agit du nouvel objectif climatique proposé par la présidence turque de la COP31 visant à réduire l’intensité de la consommation énergétique dans le secteur du bâtiment d’ici 2035. Cet objectif pourrait trouver un écho favorable et contribuer à créer un nouvel élan, alors que la hausse des coûts de l’électricité est devenue un enjeu majeur tant pour les entreprises que pour les consommateurs.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

Compétences et études postsecondaires

Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

➔ La F1 prend les devants avec son initiative sur les carburants durables

➔ Ce qui empêche Evan Fraser, de l’Arrell Institute,de dormir

➔ Quel sera le prochain grand moment de la politique climatique au Canada ?

Pour la première fois, les investissements dans l’énergie propre devraient être près de deux fois plus élevés que ceux consacrés aux combustibles fossiles. Pour chaque dollar investi dans le pétrole, le gaz et le charbon, soit 1,2 billion de dollars américains, près de deux dollars devraient être dirigés vers les énergies renouvelables, le nucléaire, les réseaux, le stockage, l’efficacité énergétique et l’électrification en 2026, estime l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport World Energy Investment 2026. Le conflit au Moyen-Orient rebat les cartes de l’investissement énergétique en temps réel et ramène la sécurité énergétique au premier plan, souligne Vivan Sorab, responsable principal, Technologie propre RBC. Les investissements mondiaux dans l’énergie sont en voie d’atteindre 3,4 billions de dollars américains cette année, en hausse de 5 % par rapport à 2025, tandis que le solaire attire en moyenne 1 milliard de dollars américains par jour. Le nucléaire fait lui aussi son retour, avec 78 GW en construction dans 15 pays et des investissements annuels de plus de 80 milliards de dollars américains. Cela dit, les signaux ne sont pas tous positifs : Les investissements dans l’approvisionnement en charbon atteignent 180 milliards de dollars américains, leur plus haut niveau depuis 2 012.

Montréal a récemment accueilli la Formule 1 et une nouvelle génération de carburants durables, poursuivant ainsi son héritage de leadership climatique – du Protocole de Montréal de 1987 au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal de 2022 –, écrit John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction RBC, qui était sur place pour cet événement à haut indice d’octane, mais durable. L’initiative s’inscrivait dans la nouvelle norme sur les carburants adoptée par la F1 cette saison, qui vise la carboneutralité d’ici 2030. Les monoplaces roulaient avec un carburant durable avancé à 100 %, et l’écurie Mercedes a remporté le Grand Prix du Canada grâce à un carburant mis au point par son partenaire Petronas. L’initiative de durabilité va au-delà du carburant : Les équipes de soutien ont voyagé à bord d’avions-cargos alimentés par des carburants d’aviation durables, tandis que les voitures intègrent des conceptions axées sur une efficacité accrue. Montréal a aussi récemment accueilli la Série Innovation durable de la FIA, qui explore comment l’IA et la technologie peuvent générer des gains d’efficacité.

Pour Sarah Goodman, la crise des feux de forêt se vit de très près. Presque tout le monde en Colombie-Britannique connaît aujourd’hui quelqu’un qui a dû évacuer son domicile à cause des feux de forêt, explique Sarah Goodman, établie à Vancouver et à la tête de NorthX, une entreprise britanno-colombienne qui a fait des feux de forêt un secteur stratégique pour déployer des solutions climatiques « robustes ».

L’entreprise, soutenue par les gouvernements fédéral et provincial ainsi que par Shell, a investi 5,5 millions de dollars dans les technologies de lutte contre les feux de forêt, dont une nouvelle ronde de financement de 2,2 millions de dollars destinée à trois jeunes pousses prometteuses. La saison des feux de forêt de cette année ravage déjà certaines régions de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, alors que Vancouver a récemment enregistré une température de 23,9 degrés, fracassant un record de chaleur vieux de 128 ans pour un mois de mai.

Les feux de forêt sont à la fois une conséquence et un accélérateur des changements climatiques. La hausse des températures transforme les forêts en véritables poudrières, avec des conséquences économiques et environnementales désastreuses :

  • Selon CatIQ, les pertes assurées liées aux feux de forêt au Canada ont bondi de 1 003 % pour atteindre 8,1 milliards de dollars entre 2016 et 2025, contre 734 millions de dollars au cours de la décennie précédente.

    Un nombre record de Canadiens ont fui les feux de forêt au cours de la dernière décennie. Nombre total de personnes évacuées au Canada en raison de feux de végétation, par année.
  • Jusqu’à 7 % de la production pétrolière canadienne a été brièvement interrompue lors d’un feu de forêt en Alberta l’an dernier, alors que d’importantes infrastructures pipelinières se trouvaient dangereusement près des flammes.

  • Les saisons 2023 et 2025 ont été les deux pires saisons de feux de forêt jamais enregistrées au Canada. Selon la base de données Copernicus de la Commission européenne, les émissions de carbone attribuables aux feux de forêt au Canada ont atteint 250 mégatonnes au cours des dix premiers mois de 2025 – à titre de comparaison, les émissions de GES du pays s’élevaient à 661,5 Mt en 2024.

  • Si les feux de forêt du Canada étaient un pays, ils auraient été le huitième émetteur mondial en importance en 2023, selon 440megatonnes.ca. Pourtant, les feux qui ravagent les forêts non aménagées ne sont pas comptabilisés dans les émissions officielles du Canada.

  • « La gravité et le comportement des feux de végétation évoluent à un rythme qui dépasse de plus en plus notre capacité à suivre », affirme Stacey Sankey, conseillère en politiques à Ressources naturelles Canada et autrice du document Plan directeur pour une science des feux de forêt au Canada (2019-2029).

Les investissements s’accélèrent pour mieux supprimer, maîtriser et gérer les feux de forêt, mais, comme le souligne Sarah Goodman, « nous n’en sommes encore qu’aux débuts des technologies de lutte contre les feux de forêt » :

  • En avril, NorthX Climate Tech a investi au total 2,2 millions de dollars dans trois jeunes pousses de la Colombie-Britannique dans le cadre d’une nouvelle ronde de financement : Crown.ai, Nova et Skyward Wildfire Technologies.

    • Crwn.Ai utilise l’intelligence artificielle pour prédire les départs de feu causés par les lignes électriques ;

    • Nova, une autre technologie optimisée par l’IA, exploite des données aériennes pour repérer les zones à risque ; et

    • Skyward cherche à mieux gérer la foudre, souvent à l’origine de feux destructeurs.

  • « Les feux de forêt se comportent différemment selon les régions », souligne Sarah Goodman, mais les technologies canadiennes présentent un réel potentiel d’exportation. Nova, par exemple, est présente dans 200 territoires dans le monde.

  • Le gouvernement fédéral augmente de 70 millions de dollars le financement consacré aux feux de forêt, qui atteindra 629,8 millions de dollars d’ici 2030. Une partie du budget de défense de 290 milliards de dollars pourrait aussi avoir une double vocation, en servant à la fois à la surveillance aérienne et à la suppression des feux de forêt.

En matière de feux de forêt, Stacey Sankey a littéralement rédigé le plan directeur. Conseillère principale en politiques au Service canadien des forêts, elle est l’autrice du Plan directeur pour une science des feux de forêt au Canada (2019-2029). La situation s’est nettement améliorée, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir, affirme Stacey Sankey. L’entrevue a été abrégée par souci de concision :

Q. Les défis que vous aviez recensés dans le rapport se sont-ils atténués ou aggravés depuis sa publication ?

R. Le Plan directeur formulait quinze recommandations visant à orienter les investissements scientifiques, à attirer de nouveaux partenariats et à coordonner les efforts de recherche à l’échelle nationale. Des progrès réels ont été réalisés pour combler l’écart en matière de ressources humaines. Un investissement de 5 millions de dollars, réalisé par l’entremise de Ressources naturelles Canada (RNCan) et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), a permis de créer un réseau de recherche sur les feux de végétation, établi à l’Université de l’Alberta, qui forme 68 professionnels des feux de végétation aux cycles de la maîtrise, du doctorat et du postdoctorat. Dans le cadre de ce réseau, de nombreuses universités ont élargi leurs programmes afin d’y intégrer des recherches et des cours consacrés aux feux de végétation. Le gouvernement fédéral a également investi massivement dans la formation d’un plus grand nombre de pompiers communautaires. Cela dit, les progrès demeurent mis à l’épreuve par l’ampleur de l’aggravation des feux de végétation.

Q. Lesquelles de vos recommandations ont été mises en œuvre ?

R. Des avancées importantes et concrètes ont été réalisées dans les grands axes de recommandations du Plan directeur : renforcer la capacité de recherche et d’innovation, respecter les savoirs autochtones, élargir les partenariats et partager la gouvernance et la coordination.

RNCan a renforcé les systèmes de données, de modélisation et d’aide à la décision, notamment en modernisant le Système canadien d’information sur les feux de végétation (SCIFV) et la Méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt (MCEDIF). De nouveaux investissements ciblés ont fait progresser les outils d’évaluation des risques liés aux feux de végétation, tandis que le réseau du CRSNG a formé une nouvelle génération de spécialistes des feux de végétation.

En ce qui concerne l’intendance autochtone du feu, la mise en œuvre comprend notamment la création du Laboratoire REDfeu (réciprocité, écologie et diversité en matière de feu) et du collectif Thunderbird, qui œuvrent à faire progresser le leadership et les savoirs autochtones dans la gestion des feux de végétation.

Le gouvernement fédéral aide les provinces et les territoires à se procurer de l’équipement spécialisé, à former les pompiers et à garantir une capacité de lutte aérienne contre les feux. Le Canada s’est également engagé à coopérer à l’échelle internationale par l’entremise de la Charte de Kananaskis sur les feux de forêt du G7 et de La mission GardeFeu, une collaboration entre RNCan, Environnement et Changement climatique Canada et l’Agence spatiale canadienne, qui deviendra le premier système satellitaire gouvernemental au monde consacré à la surveillance des feux de forêt.

Q. Quels autres défis sont apparus depuis la publication du rapport ?

R. Le rythme auquel évoluent la gravité et le comportement des feux de végétation s’accélère plus vite que notre capacité à suivre aisément la cadence, et les ressources de lutte contre les feux demeurent sous pression, ce qui maintient le Canada dans une situation de dépendance envers les ressources internationales lors d’épisodes extrêmes. Il reste également du travail à faire pour faire progresser l’intendance autochtone des feux de végétation.

À la croisée de l’alimentation, de la durabilité et des changements climatiques, Evan Fraser, directeur général de l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, craint qu’un climat en mutation déclenche une polycrise mondiale. Il demeure toutefois convaincu que le Canada peut jouer un rôle accru et devenir une source de stabilité alimentaire pour le monde.

Q. Quelle est la chose que vous aimeriez que davantage de gens comprennent au sujet du lien entre les changements climatiques et notre système alimentaire ?

R. On parle souvent des systèmes énergétiques – chauffage, éclairage, électricité, gaz – comme d’un levier essentiel pour lutter contre les changements climatiques, mais l’alimentation est elle aussi un levier majeur. Les systèmes alimentaires produisent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais avec quelques grands changements, ces systèmes peuvent devenir carboneutres, voire « carbone-négatifs » (c’est-à-dire absorber plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en émettent). La clé consiste à réduire l’utilisation des combustibles fossiles dans la production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement, à appliquer avec précision des intrants comme les engrais, et à enrichir la matière organique des sols. C’est dans ce dernier élément que réside le potentiel « carbone-négatif ». La matière organique du sol, au fond, c’est du dioxyde de carbone transformé en matière végétale. Lorsque les agriculteurs adoptent des pratiques qui réduisent la perturbation des sols, par exemple, la matière organique peut s’y accumuler et capter le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. La matière organique du sol agit aussi comme une éponge : Elle capte l’eau lorsqu’elle est disponible et la retient lorsqu’elle est nécessaire, ce qui rend les sols plus résilients face aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Q. Quels enjeux liés au climat et à l’alimentation vous empêchent de dormir ?

R. Ce qui m’empêche de dormir, ce ne sont pas les changements climatiques pris isolément, mais l’interaction entre les bouleversements climatiques, géopolitiques et économiques. Je crains que ces facteurs de stress ne s’accumulent jusqu’à provoquer une cascade de crises susceptible de dépasser la capacité d’adaptation des pays et des ménages. 

Depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et le blocus du détroit d’Ormuz, les prix des engrais ont explosé, forçant les agriculteurs du monde entier – en particulier les petits exploitants en Afrique et ailleurs – à réduire leur utilisation d’engrais. Cela se traduira par une baisse des rendements. Parallèlement, le Midwest américain connaît une grave sécheresse, la mousson indienne s’annonce faible, et un épisode El Niño majeur menace la prochaine saison de croissance dans l’hémisphère Sud.

Je crains que nous soyons confrontés à une polycrise. Au cours des six à douze prochains mois, plusieurs éléments du système alimentaire pourraient dérailler et déclencher une nouvelle poussée d’inflation alimentaire. L’un des scénarios préoccupants serait la répétition des vastes émeutes de la faim qui ont éclaté entre 2008 et 2011 en Haïti, au Cameroun et dans des dizaines d’autres pays. Je vois déjà des signes inquiétants laissant penser que nous pourrions revenir vers ce type de situation dans des pays comme le Kenya.Une mauvaise récolte cette année, attribuable aux changements climatiques, pourrait accélérer les perturbations et entraîner une instabilité politique. 

Q. Quelles innovations dans le système alimentaire vous rendent le plus optimiste ? Et quel rôle le Canada joue-t-il – ou devrait-il jouer – pour faire progresser l’innovation ?

R. Le Canada devrait se positionner comme l’exportateur d’aliments et de produits agroalimentaires le plus fiable et le plus digne de confiance au monde, non seulement parce qu’il s’agit d’une marchandise économiquement précieuse à échanger, mais aussi parce que c’est un levier stratégique. Par ses exportations alimentaires, le Canada peut aussi exporter de la stabilité géopolitique et de la résilience, un rôle qu’il devrait assumer pleinement, surtout dans cette période d’extraordinaire turbulence. 

Pour jouer un rôle de chef de file, nous devons investir massivement dans la recherche et la formation agroalimentaires, en misant sur des innovations comme les semences résistantes à la sécheresse et aux ravageurs, les outils d’aide à la décision fondés sur l’IA pour les agriculteurs et les tracteurs intelligents. Ces avancées aideront les agriculteurs canadiens à composer avec les changements climatiques et les perturbations géopolitiques. Grâce à ces innovations, conjuguées à nos agriculteurs, à notre géographie ainsi qu’à nos ressources en terres et en eau, le Canada est bien placé pour devenir l’un des plus grands greniers du monde au cours de ce siècle. 

  • Rick Smith, de l’Institut climatique du Canada, croit que le prochain grand moment de la politique climatique au Canada sera la publication de la réglementation fédérale sur les véhicules visant à atteindre l’équivalent d’un taux d’adoption des V. É. de 75 % d’ici 2035.

  • Michael Liebreich se penche sur la Great Clean Energy Acceleration 2.0, une rupture dans les marchés de l’énergie aussi profonde que les chocs pétroliers des années 1970.

  • Jonathan Stern, chercheur émérite à l’Oxford Institute for Energy Studies, pose la question dans un rapport : Les efforts visant à réduire le torchage dans les activités pétrolières et gazières en amont sont-ils voués à l’échec ?

  • Celeste Saulo, secrétaire générale de l’Organisation météorologique mondiale, explique pourquoi le phénomène météorologique El Niño attendu cet été constitue un « avertissement climatique urgent ».

Compétences et études postsecondaires

Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

  • Projet de pipeline de Pathways : comprendre l’entente conclue entre l’Alberta et le Canada

  • Comment le projet Hope Bay renforce la participation autochtone

  • Les prix du pétrole bondissent, mais les actions d’énergie propre sont les véritables gagnantes

Même si Honda a suspendu son projet d’usine de véhicules électriques de 15 milliards de dollars en Ontario, il demeure possible de voir un jour les chaînes de montage canadiennes bourdonner d’activité. Dans son rapport Composer avec l’incertitude, Jordan Brennan, directeur général de leadership avisé RBC, décrit quatre avenues possibles pour l’industrie automobile canadienne en pleine tourmente. Selon l’une des prévisions les plus optimistes, l’industrie pourrait regagner l’accès au marché américain, débloquer des milliards de dollars d’investissements annoncés dans les véhicules électriques et traditionnels et faire passer la production automobile à deux millions d’unités d’ici 2040, comparativement à 1,3 million actuellement. L’exploitation des réserves de minéraux critiques renforcerait l’argument en faveur des véhicules fabriqués au Canada. C’est le scénario de la voie rapide. D’autres projections évoquent plutôt une diversification du secteur, un ralentissement ou même une impasse. Cliquez ici pour explorer ces quatre scénarios.

Le projet Hope Bay promet un développement mené par les Inuits. Ottawa a donné le coup d’envoi au réaménagement de la mine d’or Hope Bay au Nunavut. Ce projet de 2 milliards de dollars devrait entraîner une hausse annuelle des exportations de 2,6 milliards de dollars et créer près de 2 000 emplois. Ottawa a également annoncé un investissement de 25 millions de dollars dans le projet éolien Kitikmeot Tugliq Energy Hope Bay, un système de production éolienne et de stockage d’énergie par batteries appartenant à des Inuits et destiné à alimenter la mine. Le projet est un exemple concret du cadre étudié dans notre rapport Bâtir une nation, qui évalue les programmes de garantie de prêts pour les Autochtones dans le cadre de la nouvelle vague de projets au Canada. Le projet Hope Bay présente trois aspects prometteurs : 1) L’énergie éolienne et des batteries remplaceront le diesel pour alimenter la mine ; 2) La participation des Autochtones au capital dans le secteur minier demeure structurellement sous-représentée. Bien que Hope Bay porte sur l’or et non sur un minerai critique, il sert de modèle pour les projets plus difficiles qui suivront. 3) Un projet énergétique détenu par des Inuits pour alimenter une mine située sur des terres inuites offre aux collectivités éloignées des occasions de participer aux nouveaux projets canadiens.

Le rendement de l'indice des énergies propres dépasse celui du pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Données du 28 février ar 12 mai

Alors que le prix du pétrole s’envole, la dynamique favorise les titres du secteur à faible intensité de carbone. Les entreprises d’énergie propre profitent à la fois de la hausse du prix des combustibles fossiles et de l’accélération des politiques de soutien aux énergies renouvelables, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à l’indépendance énergétique, nous dit Christopher Dendrinos, analyste des énergies propres, de RBC Marché des Capitaux. Cette tendance est particulièrement marquée en Europe, où la dépendance aux importations de pétrole et de gaz demeure élevée. Même si le gaz naturel occupe une place dominante dans le secteur des centres de données, les énergies renouvelables bénéficient elles aussi de la demande croissante en énergie alimentée par l’IA. « Le secteur continue de faire preuve de résilience grâce à un contexte macroéconomique favorable marqué par une forte demande énergétique », affirme M. Dendrinos.

Canada and Alberta’s landmark Implementation Agreement last week builds on the November 2025 Memorandum of Understanding that aimed to balance Canada’s economic and environmental goals.  However, the Implementation Agreement doesn’t stand alone. A day before, Carney had launched a National Electricity Strategy committing to double Canada’s grid capacity by 2050, with consultations now underway with provinces, territories, Indigenous Peoples, utilities, and unions. The strategy projects up to $15 billion in total energy savings and lower energy costs for 7 in 10 Canadian households. Natural gas retains a role for grid stability, nuclear and geothermal get explicit support, and the Clean Electricity Investment Tax Credit is being extended to intra-provincial transmission. A joint Alberta-Canada Electricity Working Group has been struck to advance the work.

Alors que d’autres parties prenantes commenceront maintenant à se prononcer sur la Stratégie nationale de l’électricité, le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta se trouve déjà à un stade avancé et semble en voie de concrétisation. Shaz Merwat, responsable principal de la politique, nous donne les faits saillants :

  • La tarification du carbone en Alberta est désormais fixée jusqu’en 2040 : les prix de référence à la tonne du système Technology Innovation and Emissions Reduction (TIER) sont établis à 95 $ aujourd’hui, à 115 $ en 2030, à 130 $ en 2035 et à 140 $ en 2040. Le filet de sécurité fédéral sera mis à jour en conséquence et devient essentiellement le cadre national de tarification du carbone pour l’industrie.

  • Établissement, pour la première fois, d’un prix plancher obligatoire dans le cadre du système TIER : 60 $ la tonne à compter de 2030, avec une hausse graduelle jusqu’à 110 $ en 2040. Avant la signature du protocole d’entente, les crédits du système TIER s’échangeaient autour de 20 $, malgré un prix de référence de 95 $. Ce mécanisme de prix plancher représente l’élément le plus important de l’accord.

  • Contrats sur différence pour le carbone (CDPC) pour 75 millions de tonnes de carbone : émis conjointement pour la période allant de 2030 à 2040, avec un partage égal des coûts et une responsabilité maximale de 600 millions de dollars par partie (1,2 milliard de dollars au total). Si l’un des gouvernements revient sur ses engagements, il assumera seul l’entière responsabilité financière.

  • Le pipeline de la côte Ouest suit désormais un échéancier précis : l’Alberta doit soumettre le projet au Bureau des grands projets d’ici le 1er juillet, et Ottawa le désignera comme « projet d’intérêt national » en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada d’ici le 1er octobre. La construction du pipeline d’une capacité d’un million de barils par jour à destination des marchés asiatiques pourrait commencer d’ici septembre 2027.

  • Sans Pathways, il n’y aura pas de pipeline. Les deux projets sont directement liés l’un à l’autre. La stratégie vise à réduire les émissions totales de 16 millions de tonnes par an : 6 millions de tonnes d’ici 2035, 5 millions de tonnes d’ici 2040 et 5 millions de tonnes d’ici 2045. Le protocole d’entente trilatéral avec l’Alliance des sables bitumineux n’a pas encore été signé.

  • Des niveaux d’exigence adaptés selon les secteurs. En vertu du système TIER révisé, les grands producteurs des sables bitumineux devront réduire l’intensité de leurs émissions de 2 % par année jusqu’en 2040, alors que les exploitants de Pathways seront soumis à un resserrement de seulement 1 % à partir de 2031.

  • Entente de collaboration sur l’évaluation d’impact. Délai maximal de deux ans pour la réalisation des évaluations d’impact et reconnaissance par le fédéral des processus provinciaux lorsque les projets relèvent principalement de la compétence de l’Alberta.

  • La participation économique autochtone est au cœur du cadre. Les voies de copropriété et de partenariats en capital sont mentionnées à plusieurs reprises dans l’accord de mise en œuvre et l’entente de collaboration sur l’évaluation d’impact.

  • The Co-operation agreement reflects intriguingly different working on UNDRIP. Canada maintains its commitment, while Alberta views UNDRIP as non-binding.

  • Climate targets remain intact. Both Alberta and Ottawa re-commit their target of net zero by 2050.

Ensemble, ces deux annonces pourraient ouvrir la voie au cadre énergétique fédéral-provincial le plus vaste que le Canada ait mis en place depuis dix ans, couvrant à la fois les marchés du carbone, le captage, le stockage et l’utilisation du carbone, les infrastructures d’exportation pétrolière et l’expansion du réseau électrique. L’architecture est désormais définie, mais l’exécution sera déterminante. Voici les indicateurs à surveiller cet été, en prévision du Sommet canadien de l’investissement d’Ottawa en septembre : la désignation d’un promoteur pour le pipeline, le protocole d’entente trilatéral avec l’Alliance des sables bitumineux, ainsi que le premier accord significatif de consentement autochtone sur le tracé du pipeline.

  • L’incertitude persistante entourant les marchés pétroliers mondiaux pourrait favoriser une accélération du virage vers les véhicules électriques, alors que le Canada accroît sa production nationale d’électricité, a déclaré Victor Fedeli, ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l’Ontario, à John Stackhouse lors de l’événement automobile du Toronto Region Board of Trade.

  • Lisa Ashton, responsable des politiques, Agriculture, revient sur les raisons pour lesquelles le Canada et d’autres pays amorcent une réforme de la comptabilisation des émissions attribuables aux engrais. Lisez le résumé ici.

  • La provenance des minéraux critiques demeure difficile à vérifier, ce qui nuit à leurs garanties environnementales. Seulement de 30 % à 40 % des entreprises disposent d’un système permettant d’assurer cette traçabilité. L’Agence internationale de l’énergie estime que le renforcement des incitatifs à la collecte et au partage des données pourrait être l’une des cinq solutions pour faire face à ce défi.

  • D’après les estimations de Will Noel, du Pembina Institute, l’incapacité de l’Alberta à développer de nouvelles lignes de transport d’électricité pourrait entraîner des coûts supplémentaires de plus d’un quart de millions de dollars par année pour les consommateurs de la province.

  • Leah Stokes, professeure en politique environnementale de l’University of California, Santa Barbara, soutient que le recul de l’administration américaine actuelle face aux énergies propres a déjà coûté 1 508 $ US par foyer américain en 2026.

    Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

    Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

    Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

    Bulletin d’information sur le climat

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Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

Comme les agriculteurs canadiens produisent plus à l’acre pour nourrir la population mondiale grandissante, l’utilisation d’engrais a bondi de 108 % au cours des deux dernières décennies. Cela a eu des répercussions sur l’environnement, car les engrais synthétiques représentent maintenant le quart des émissions du secteur agricole au Canada1. Mais le système actuel de comptabilisation des émissions a des lacunes, car il se concentre principalement sur la quantité utilisée. Ce qui manque dans l’équation, c’est la gérance des agriculteurs relative à l’utilisation des engrais, afin d’en optimiser le placement, la source et le moment d’épandage pour réduire les émissions.

Les emissions produites par les engrais synthetiques ont augmente de 111 % depuis 2005. Emissions de GES annuelles (en Mt d'equivalent CO2).

Afin d’optimiser l’utilisation des engrais, le nombre d’agriculteurs canadiens suivant un programme de gérance des nutriments a plus que triplé au cours des cinq dernières années.2

La hausse du taux d’adoption témoigne de l’action climatique. Il s’agit toutefois aussi d’une décision économique, d’autant plus que les tensions géopolitiques continuent de perturber l’approvisionnement en engrais et de faire monter les prix. Au cours des cinq dernières années, les engrais azotés ont été durement touchés par les perturbations de la chaîne logistique causées par les conflits géopolitiques, car d’importants producteurs sont des pays du Moyen-Orient et la Russie. L’azote est aussi le principal moteur des émissions de GES liées à l’utilisation des engrais. Lorsque l’azote n’est pas entièrement consommé par les cultures, l’azote peut être émis dans l’atmosphère sous forme d’oxyde nitreux (N2O), un GES 273 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur une période de 100 ans. Lorsque les agriculteurs adoptent des pratiques de gérance des nutriments, la réduction de GES peut être considérable. Par exemple, une étude en Ontario a établi que lorsque les taux d’engrais azotés sont optimisés et que des technologies et des pratiques qui améliorent la source, le moment et le placement des engrais sont adoptées, les émissions de N2O peuvent diminuer de 57 %.

Pour tenir compte de l’éventail complet des pratiques, le Canada et d’autres pays producteurs agricoles, dont l’Australie, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, le Brésil et les États-Unis, mettent en place des réseaux de recherche et sectoriels en vue de faire progresser les systèmes de mesure et de surveillance du N2O.

Ces réseaux axés sur la recherche offrent de nombreuses applications dans le marché, notamment pour :

  • Mieux comprendre l’incidence des pratiques agricoles sur les émissions de N2O, afin d’orienter les décisions d’investissement des agriculteurs, des entreprises et des gouvernements en matière de gérance des nutriments

  • Créer une série d’indicateurs qui permettent d’assurer un suivi plus précis des cibles d’émissions de GES à l’échelle d’une exploitation agricole, à l’échelle régionale et à l’échelle nationale

  • Affiner les protocoles de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification pour les programmes de compensation carbone et de durabilité, et améliorer la comptabilisation des actions climatiques des agriculteurs afin d’établir un lieu plus étroit avec les incitatifs du marché et d’assurer une plus grande assurance aux acheteurs de crédits carbone

Le Canada : une figure de proue dans l’innovation des pratiques de mesure et de surveillance

L’action du Canada relative aux émissions de N2O liées aux engrais se concentre de plus en plus sur l’amélioration de la mesure, de la coordination et de la gestion de l’azote à la ferme. L’une des principales initiatives est le Canadian Nitrous Oxide Network (CanN2ONet), un réseau collaboratif de recherche regroupant des universités, des organismes gouvernementaux, des groupes d’agriculteurs et des partenaires sectoriels. Le réseau a été établi peu après l’établissement en 2020 de l’objectif national du Canada visant à réduire les émissions de N2O liées aux engrais de 30 % d’ici 2030, une mesure qui a suscité une forte opposition de la part du secteur, mais qui s’est dissipée depuis.

CanN2ONet exploite une série de sites de surveillance à long terme en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario. Ces sites ont recours à des techniques micrométéorologiques pour mesurer en continu les émissions de N2O provenant de champs agricoles dans divers climats, diverses conditions de sol et divers systèmes de gestion. Le réseau vise aussi à relever un défi de longue date lié à la politique climatique agricole : mesurer avec précision les émissions dans les champs. Les inventaires nationaux traditionnels de GES reposent souvent sur des hypothèses généralisées qui ne tiennent pas pleinement compte des conditions météorologiques et des sols à l’échelle locale.

Danemark : une vision ambitieuse pour l’atteinte des cibles de GES

L’initiative SmartField au Danemark figure parmi les efforts les plus avancés en Europe en matière de réduction des émissions de N2O attribuables à l’agriculture grâce à l’innovation fondée sur les données et visant les champs agricoles. Dirigé par l’institut technologique danois et financé par la Novo Nordisk Foundation, SmartField vise à réduire les émissions de N2O attribuables à l’agriculture danoise de 30 % d’ici 2030 sans réduire les rendements ou augmenter la pollution par l’azote sous d’autres formes.

Des chercheurs du Canada et du Danemark collaborent dans le cadre des initiatives CanN2ONet et SmartField qui s’attachent toutes deux à mettre sur pied une plateforme nationale d’essai et de validation pour les technologies de réduction des émissions et les pratiques agricoles. L’initiative SmartField combine des « supersites » fixes, des systèmes de mesure mobiles, des capteurs avancés et des outils de modélisation pour surveiller le comportement des engrais dans des conditions agricoles réelles. Ces installations génèrent des ensembles de données détaillés sur le cycle de l’azote, la biologie des sols, la performance des cultures et les émissions de gaz à effet de serre.

L’une des caractéristiques de l’initiative est qu’elle intègre la science, les politiques et la mise en œuvre. SmartField réunit des universités, des organismes gouvernementaux, des organisations agricoles et des intervenants du secteur privé dans le but d’accélérer l’adoption de pratiques agricoles à faibles émissions.

Nouvelle-Zélande : un équilibre entre la croissance de l’économie rurale et les trajectoires des GES

L’agriculture produit environ la moitié des émissions de GES du pays. Le fumier de bovins et la fertilisation des pâturages pour l’alimentation des animaux sont les principaux responsables des émissions de N2O. Le secteur agricole est aussi celui qui contribue le plus aux revenus d’exportation ; il représente en effet 70 % des exportations de marchandises et la production agricole représente à elle seule 5 % du PIB du pays.

L’approche de la Nouvelle-Zélande pour gérer l’empreinte environnementale et économique importante de son secteur agricole a évolué au cours des cinq dernières années. Au départ, elle visait en priorité une réduction massive des GES, conformément aux objectifs zéro émission nette fixés par la loi. Grâce à la mobilisation sectorielle, la priorité est maintenant davantage accordée à l’innovation et au recours à des pratiques et des technologies qui permettent d’accroître la productivité et de réduire les émissions. L’approche centralisée menée par le gouvernement pour faire progresser la comptabilisation des émissions de N2O a été promue par le centre des émissions agricoles du pays et s’inscrit dans les ambitions plus larges de la Nouvelle-Zélande visant à réduire les émissions de GES provenant de l’agriculture.

Compétences et études postsecondaires

Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

➔ Les projets d’énergies renouvelables peuvent servir de modèle pour favoriser la participation autochtone aux futurs projets

➔ Comment la réduction des émissions de méthane pourrait compenser les pertes d’approvisionnement en gaz du Moyen-Orient

➔ Your backyard can help save the environment

Les dix principales catégories de projets détenus par des Autochtones, par nombre de projets

La participation autochtone se concentre surtout dans le secteur de l’électricité et des services publics. C’est à la fois sa force et sa limite, estime Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique. Les programmes de garanties de prêts ont surtout été utilisés dans l’Ouest canadien, tandis que les collectivités nordiques, pourtant les plus proches des gisements de minéraux dont dépend la transition énergétique, ne disposent pas de la préparation transactionnelle nécessaire. Or, l’électrification ouvre d’importantes possibilités d’investissement autochtone partout au pays. Consultez notre rapport Bâtir une nation, qui examine les moyens de renforcer la participation des Premières Nations alors que le Canada s’engage dans une nouvelle vague de projets.

La récupération du méthane perdu pourrait compenser les approvisionnements en gaz bloqués par la fermeture du détroit d’Ormuz. C’est le constat frappant que dresse l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui estime que les mesures déjà disponibles de récupération du gaz perdu sous forme de méthane pourraient libérer jusqu’à 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit le double des volumes d’approvisionnement interrompus par la fermeture de fait du détroit. D’importantes quantités de gaz produit ne sont pas utilisées à des fins productives en raison des fuites de méthane, ainsi que du torchage et de l’évacuation dans les activités pétrolières et gazières. Selon l’AIE, des technologies éprouvées et rentables pourraient réduire les trois quarts des émissions du secteur pétrolier et gazier, et environ la moitié des émissions liées au charbon. (À lire aussi : Ce que signifie pour les entreprises l’accord d’équivalence sur le méthane entre le Canada et l’Alberta)

Icône de la conservation de la nature, Sir David Attenborough s’intéresse maintenant à sa propre cour arrière sous l’angle de la durabilité. Après avoir parcouru les lieux les plus sauvages de la planète, la nouvelle série de la BBC d’Attenborough braque les projecteurs sur un espace souvent négligé : le jardin. Et les occasions à portée de main n’y manquent pas, au sens propre : les jardins résidentiels peuvent réduire les émissions de carbone, capter du carbone et produire des aliments frais (conseil de pro : utilisez l’eau de pluie pour jardiner vraiment écolo). Les Canadiens ont déjà une longueur d’avance : selon un sondage réalisé il y a quelques années, environ trois ménages canadiens sur cinq (59 %) cultivaient des fruits, des fines herbes, des légumes ou des fleurs pour leur usage personnel.

Il est encore tôt pour le dire, mais l’impasse qui se dessine dans le détroit d’Ormuz force les pays à se recentrer sur l’électrification comme voie de sortie des combustibles fossiles. Ce scénario n’est pas sans précédent : pas plus tard qu’en 2022, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie avait bouleversé les liens énergétiques de l’Europe avec le pétrole et le gaz russes. Pourtant, le charbon, le pétrole et le gaz sont revenus à des niveaux proches de leurs sommets historiques.

Cette fois-ci sera-t-elle différente ? Voici cinq façons dont la crise a redonné de l’élan à la transition énergétique.

1. Le consensus mondial se renforce. Santa Marta, en Colombie, accueillait la semaine dernière la première Conférence sur la sortie des combustibles fossiles, où 57 pays, dont le Canada, ont cherché des moyens d’avancer vers une énergie plus propre.Si plusieurs objectifs ambitieux y ont été présentés, l’un des principaux constats a été la nécessité de créer un groupe d’experts chargé d’apporter un éclairage scientifique sur la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles, les prix élevés de l’énergie et les dommages causés par les phénomènes météorologiques extrêmes. Un tel forum pourrait devenir un véritable terreau d’idées nouvelles.

2. AccelerateEU vise à protéger l’Europe contre les chocs liés aux prix de l’énergie. L’une des pistes consiste à accélérer le passage à une « énergie propre, verte et produite localement », notamment grâce à un plan d’action pour l’électrification que la Commission européenne doit publier d’ici l’été.

3. Les réactions instinctives des consommateurs pourraient modifier la demande à long terme. Les ventes mondiales de véhicules électriques ont bondi de 66 % en mars par rapport à février, certains consommateurs ayant reculé devant les prix à la pompe et opté pour l’électrique. Plusieurs pays d’Europe et d’Asie ont connu des mois records. Cette dynamique pourrait avoir des effets durables sur la demande de carburant et sur ce qu’on appelle la « destruction de la demande ». Au Canada, plus de 12 600 véhicules à émission zéro ont été vendus en février, contre près de 8 700 le mois précédent, selon de récentes données de Statistique Canada. Selon un sondage d’AutoTrader mené auprès de 17 000 Canadiens, la moitié des répondants envisageraient maintenant d’acheter un véhicule électrique.

4. Les fonctionnaires chinois se mobilisent désormais pour l’énergie propre. Le pays lance une campagne visant à accélérer l’action climatique des autorités locales, dans l’objectif de faire plafonner les émissions de CO2 avant 2030. À la clé : des récompenses et des perspectives d’avancement pour les fonctionnaires locaux. Ne sous-estimez jamais l’ingéniosité d’un gestionnaire intermédiaire déterminé à décrocher sa prime de rendement.

5. La plupart des énergies renouvelables sont désormais concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles. Même avant la guerre en Iran, la compétitivité des prix de l’énergie solaire et éolienne était le principal moteur de la décarbonation du secteur de l’électricité, selon Ember Energy. En 2025, le coût actualisé moyen de l’énergie (LCOE) du solaire (39 $/MWh) et de l’éolien terrestre (40 $/MWh) était inférieur de 60 % à celui des turbines à gaz à cycle combiné (TGCC), qui s’établissait à 102 $/MWh. L’éolien en mer (100 $/MWh) a lui aussi atteint la parité de prix avec les TGCC. Des prix du pétrole supérieurs à 100 $ US ne font que renforcer l’argument en faveur des énergies renouvelables. D’après une analyse de Carbon Brief fondée sur les données douanières chinoises, les exportations chinoises de panneaux solaires photovoltaïques, de batteries lithium-ion et de véhicules à énergies nouvelles ont bondi de 70 % en mars par rapport à l’année précédente.

Voici ce que Lisa Ashton, cheffe, Recherche, a retenu de la plus récente Mise à jour économique du printemps d’Ottawa :

Les efforts pour stimuler les investissements propres se poursuivent. L’élargissement des crédits d’impôt et des incitatifs visant la capture du carbone, l’électricité propre et les technologies propres vise à attirer des capitaux privés et à faire croître l’innovation canadienne.

Un investissement climatique international de 5 milliards de dollars est proposé. Par l’intermédiaire d’Environnement et Changement climatique Canada, de FinDev et d’Affaires mondiales Canada, la mise à jour propose des dépenses consacrées à des initiatives climatiques et au développement technologique dans les économies émergentes du monde entier afin de faire progresser la décarbonation mondiale.

Un financement de 3,5 milliards de dollars pour amplifier les retombées positives pour la nature. Annoncée dans la stratégie Une force de la nature du gouvernement, cette enveloppe fédérale stimulera les investissements dans la nature, en arrimant la compétitivité climatique aux objectifs de conservation, comme la protection de 30 % des terres et des eaux d’ici 2030.

Intégration à une stratégie économique plus large. La Conférence sur la finance durable proposée et l’élaboration de lignes directrices canadiennes sur l’investissement durable visent à mobiliser des capitaux publics et privés dans des secteurs économiques clés, en rattachant les investissements durables à l’emploi, à l’abordabilité et à la compétitivité mondiale.

Ce qu’il faut retenir. Le Canada renforce son approche de la politique climatique, axée sur le marché et portée par l’investissement. Pour que cette approche renouvelée produise des résultats concrets, le pays devra faire avancer des stratégies et des accords clés, notamment le protocole d’entente sur l’énergie conclu avec l’Alberta.

First Nations Major Project Coalition’s 9th annual conference
  • Lors dela 9e Conférence annuelle de la First Nations Major Project Coalition, John Stackhouse a expliqué en quoi la réconciliation économique et la participation au capital des Autochtones sont essentielles pour que les grandes ambitions du Canada se concrétisent pleinement.

  • Gregory Brew, historien de l’énergie internationale et des relations entre les États-Unis et l’Iran, et analyste principal à Eurasia Group, explique pourquoi l’Amérique paierait cher son arrogance énergétique.

  • Les subventions et les prix planchers sont des outils temporaires ; c’est la demande qui soutiendra les prix et la confiance des investisseurs dans les minéraux critiques, écrit Gracelin Baskaran, directrice, Sécurité des minéraux critiques, au Center for Strategic and International Studies.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

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Bulletin d’information sur le climat

Compétences et études postsecondaires

Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

La tarification du carbone industriel est considérée comme l’un des leviers d’action publique les plus efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Le Canada réévalue actuellement son approche afin de stimuler les investissements dans l’action climatique nationale et de remettre le pays sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de réduction des émissions de GES. Toutes les options de réduction doivent toutefois être envisagées. L’agriculture, en tant que vecteur de réduction des émissions de GES et de séquestration du carbone, pourrait jouer un rôle clé dans un marché du carbone harmonisé à l’échelle nationale.

L’agriculture climato-intelligente offre un potentiel encore sous-exploité pour le Canada, tant pour attirer des investissements que pour réduire les émissions de GES. D’ici 2030, l’agriculture pourrait permettre de réduire plus de 37 mégatonnes d’émissions de GES par année, soit environ 6 % des émissions projetées du Canada pour cette année-là.

Dix systèmes de tarification du carbone composent actuellement le marché fragmenté du Canada. Cette approche se caractérise par des conditions inefficaces, notamment des déséquilibres entre l’offre et la demande, une incohérence des prix et un manque de transparence. La résolution de ces enjeux structurels est essentielle pour rendre l’agriculture canadienne, ainsi que d’autres secteurs, plus compétitive dans l’action climatique.

L’agriculture est souvent reléguée au second plan dans les politiques climatiques, et cinq obstacles majeurs freinent son développement. Outre des marchés fragmentés et peu profonds, l’absence de protocoles adaptés aux pratiques agricoles climato-intelligentes, les coûts élevés de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification (MSDV) pour des projets de petite taille, les mécanismes limités d’atténuation des risques pour les agriculteurs et les investisseurs, ainsi que le nombre restreint de spécialistes en marchés du carbone ont freiné la croissance du secteur agricole canadien.

Parmi les cinq pistes visant à libérer le potentiel de l’agriculture dans la tarification du carbone figure la création d’un portail de transfert des projets agricoles des marchés de compensation vers des mécanismes de compensation interne. Lever les obstacles réglementairesfédéraux et interprovinciaux pour développer et échanger des crédits carbone,etaccélérer l’approbation des protocoles agricoles grâce à un système hiérarchisé, pourrait également favoriser un marché bénéficiant d’une forte présence agricole.

L’agriculture est restée trop longtemps en marge du système canadien de tarification du carbone industriel. Mais la dynamique pourrait changer. La stratégie de compétitivité climatique, la révision du cadre de référence de la tarification du carbone industriel, le protocole d’entente Canada–Alberta sur l’énergie, ainsi qu’une nouvelle stratégie pour la nature (Une force de la nature), constituent autant de leviers potentiels pour intégrer davantage l’agriculture dans l’innovation climatique et les occasions d’investissement fondées sur la nature, comme les marchés du carbone.

Les agriculteurs plaident depuis un certain temps pour un meilleur accès aux marchés du carbone comme source de compensation.1 Bien que l’agriculture climato-intelligente puisse générer des gains à la fois en matière de rentabilité et de réduction des émissions de GES, l’innovation peut être coûteuse au départ — d’où l’importance d’incitatifs pour en favoriser le déploiement à grande échelle. À première vue, les marchés du carbone offrent aux agriculteurs qui innovent en matière de pratiques et de technologies climato-intelligentes une immense occasion financière. La participation à ces marchés peut également contribuer à réduire les émissions de GES du secteur et à renforcer ses puits de carbone. Le secteur agricole canadien est responsable de 10 % des émissions du pays et pourrait réduire plus de 37 mégatonnes de GES par année d’ici 2030 en adoptant des pratiques climato-intelligentes — soit environ 6 % des émissions projetées du Canada pour cette année-là.2 Avec un marché du carbone adéquat, ce potentiel de réduction pourrait être transformé en actifs pour les investisseurs et les entreprises cherchant à réduire leur empreinte carbone.

Malgré ce potentiel, le régime actuel de tarification du carbone au Canada demeure fragmenté, caractérisé par des marchés peu performants et des occasions d’investissement sous-exploitées.Les progrès limités dans la mise en place d’un marché fongible et dans l’utilisation des terres agricoles et des technologies comme sources de crédits compensatoires ont détourné les investissements et les projets climato-intelligents vers d’autres pays.

Cela dit, l’intégration accrue de l’agriculture aux marchés du carbone n’en est qu’à ses débuts et demeure un chantier politique complexe dans la plupart des économies avancées. Par ailleurs, des obstacles structurels, financiers et liés aux compétences limitent la capacité du secteur agricole canadien à générer des crédits compensatoires à grande échelle. Les lever constitue toutefois une occasion de positionner durablement la réduction des émissions agricoles comme une voie rentable pour atteindre les objectifs de zéro émission nette du Canada. Comme indiqué ci‑dessous, avancer dans cette direction exige des réformes ciblées, une accélération des travaux sur les protocoles et des investissements précis dans les capacités et les ressources.

Fonctionnement du système canadien de tarification du carbone

Chaque province et territoire dispose d’un système de tarification du carbone pour les grands émetteurs industriels respectant le seuil minimal de rigueur nationale.

Aperçu de la conception, et des limites, de ces systèmes :

  • Une mosaïque de systèmes : en vertu de la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre, un système fédéral de tarification fondé sur le rendement (STFR) est appliqué dans les administrations qui ne disposent pas d’un système équivalent, soit le Yukon, le Nunavut, le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard.

  • Provinces autogérées : les autres provinces et territoires peuvent administrer leur propre système, pourvu qu’il respecte le niveau minimal de rigueur établi par le gouvernement fédéral.

  • Principe du pollueur‑payeur : les grandes installations industrielles, notamment les sables bitumineux et les aciéries, sont assujetties au système de tarification du carbone de leur ressort. Si une installation dépasse son niveau d’émissions autorisé, elle doit soit payer le prix du carbone sur l’excédent, soit acheter des crédits d’autres installations qui ont fait mieux que leur référence, soit acheter des crédits compensatoires auprès de secteurs non réglementés comme l’agriculture ou la foresterie.

  • Les options de participation du secteur agricole sont limitées. Au Canada, les mécanismes actifs permettant de générer des crédits compensatoires dans les marchés de conformité — là où des protocoles agricoles ou connexes ont été approuvés — comprennent le Régime de crédits compensatoires pour les GES, le système TIER de l’Alberta, le système de tarification fondé sur le rendement de la Colombie-Britannique et le système de plafonnement et d’échange du Québec. Le Régime de crédits compensatoires pour les GES du gouvernement fédéral est accessible aux agriculteurs partout au pays, sauf lorsqu’un protocole existe déjà dans leur ressort pour la pratique agricole visée (par exemple, la réduction des émissions de méthane chez les bovins de boucherie).

    • Régime de crédits compensatoires pour les GES du gouvernement fédéral :                

      – Réduction des émissions de méthane entérique provenant des bovins de boucherie

    • Système de tarification fondé sur le rendement de l’Alberta (registre TIER) :

      – Réduction des émissions d’oxyde nitreux en agriculture

      – Production et utilisation de biocarburants

      – Production et combustion de biogaz

      – Efficacité énergétique

      – Réduction des émissions de GES provenant des bovins d’engraissement              

      – Sélection de bovins sur la base de marqueurs associés à une faible consommation résiduelle d’aliments

    • Système de tarification fondé sur le rendement de la Colombie-Britannique :

      – Méthane provenant des déchets organiques.

      – Substitution de carburants

    • Système de plafond-échange du Québec :

      – Destruction du méthane par couverture des installations de stockage du fumier

      – Digestion anaérobie du fumier

1. Fédération fragmentée : des marchés peu profonds freinent la mise à l’échelle  

La fragmentation décourage les investisseurs de considérer le Canada comme un marché uni. Le système décentralisé de tarification du carbone au Canada pose plusieurs défis pour le déploiement à grande échelle des crédits compensatoires agricoles à des fins d’investissement, notamment :

  • Complexité et ambiguïté des politiques pour les agriculteurs qui cherchent à accéder aux marchés

  • Fardeau administratif élevé pour les entreprises réglementées, les agrégateurs et les investisseurs qui exercent leurs activités dans plusieurs ressorts ou doivent atteindre une échelle suffisante pour démontrer la rentabilité de leurs investissements.

  • Marchés de petite taille caractérisés par une faible participation des investisseurs et un manque de liquidité

  • Utilisation inefficace des ressources et de l’expertise canadiennes en matière de conception et de développement des marchés

Pour compliquer davantage la situation, le système canadien s’inscrit dans un paysage international des marchés volontaires et de conformité qui est lui aussi fragmenté. Ce paysage est difficile à appréhender en raison de la diversité des registres, des normes et des protocoles de compensation, qui ne sont pas équivalents, ce qui crée de l’incertitude quant au marché et à la qualité des crédits.

Aperçu de l'activité du marché de conformité au Canada dans le secteur agricole

La fragmentation au Canada entraîne plusieurs inefficacités sur le marché. En particulier, les limites liées à l’utilisation interjuridictionnelle des protocoles et au développement des projets restreignent l’utilisation efficace des ressources et de l’expertise nationales. L’élaboration de protocoles agricoles et de projets de crédits compensatoires nécessite une expertise technique importante et du temps afin de mettre en place des normes et des systèmes de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification. Lorsque les protocoles ne sont pas transférables et que les projets ne sont pas déployés à l’échelle de plusieurs ressorts, cela peut entraîner une duplication des ressources et nuire aux économies d’échelle dans le développement des projets. Par exemple, Environnement et Changement climatique Canada a récemment élaboré un protocole dans le système fédéral de crédits compensatoires visant la réduction des émissions dans les parcs d’engraissement bovins. Toutefois, ces protocoles fédéraux ne peuvent pas être utilisés dans les systèmes provinciaux lorsqu’un protocole équivalent y est déjà en place. Les producteurs de bovins de boucherie de l’Alberta — dont les parcs d’engraissement comptent pour plus de 70 % du bétail de parcs d’engraissement au Canada — ne peuvent pas utiliser le protocole fédéral, même s’il leur conviendrait. Ils doivent recourir au protocole du système TIER de l’Alberta, ce qui donne lieu à un protocole distinct auquel la majorité des parcs d’engraissement du pays n’ont pas accès.

2. Protocoles peu pratiques : un rôle limité de l’agriculture dans la réduction des GES

L’absence de protocoles approuvés et applicables pour les pratiques climato-intelligentes est l’un des principaux obstacles au renforcement de la présence de l’agriculture sur les marchés de conformité. Les développeurs ne peuvent pas émettre de crédits sans protocoles permettant de suivre et de vérifier les réductions d’émissions. Sans protocoles, il n’y a pas de crédits compensatoires.

L’élaboration de protocoles est un processus hautement technique et l’établissement d’un consensus sur les approches de MSDV constitue un défi à l’échelle mondiale. Au Canada, en particulier, les protocoles agricoles se sont révélés particulièrement difficiles à mettre en place — les plus récents étant le fruit d’une approche lente et prudente face aux risques. Par exemple, le protocole sur l’enrichissement du carbone organique des sols est en développement dans le système fédéral depuis plus de trois ans, l’équipe technique s’efforçant de concevoir un protocole conforme aux normes du système tout en étant applicable sur le terrain.

Couverture des crédits compensatoires à l'échelle du Canada

Au Canada, on privilégie des mesures directes propres à chaque projet pour démontrer les impacts. Bien que cette méthode favorise une plus grande précision, elle peut entraîner des coûts et des besoins en ressources pour l’approche de MSDV, en particulier lorsque les projets ne sont pas déployés à grande échelle. Trouver un équilibre entre rigueur et faisabilité de l’approche de MSDV constitue le principal défi pour la conception des protocoles à l’avenir. Les développeurs de projets qui ont testé différentes versions du Protocole de réduction des émissions d’oxyde nitreux (PREON) dans le système TIER de l’Alberta ont mis ce défi en évidence. Les projets PREON ont montré les décalages possibles entre les exigences de MSDV, la qualité des données à l’échelle des exploitations agricoles et les réalités du terrain dans des écosystèmes naturels.

3. Bloqués au stade pilote : petits projets, faible rendement, croissance lente

La création d’un réseau mobilisé d’agriculteurs, de développeurs de projets et de décideurs publics nécessite la mise à l’essai de programmes qui permettent de développer l’expertise et de créer des pôles d’innovation. Le problème est que de nombreux projets agricoles de crédits compensatoires au Canada peinent à dépasser le stade pilote. En conséquence, le Canada occupe une place limitée sur le marché — représentant seulement 0,2 % des projets agricoles dans les registres volontaires mondiaux établis. Ces projets n’ont pas encore généré de crédits.3

Plusieurs autres facteurs expliquent le manque de projets agricoles à grande échelle sur les marchés volontaires et de conformité, notamment : la conception des protocoles, une connaissance limitée au Canada des options crédibles de marchés du carbone pour l’agriculture, un accès restreint au capital initial nécessaire pour développer les projets, la dispersion géographique, le faible nombre d’entreprises agrotechnologiques et agroalimentaires ayant leur siège au Canada, ce qui peut influencer le choix des lieux où les entreprises lancent leurs premiers projets pilotes et amorcent leur croissance. L’expérimentation du Protocole relatif aux projets de conservation des prairies du Canada dans le registre volontaire Carbon Action Reserve illustre également les défis liés à la mise à l’échelle lorsque la valeur des crédits ne correspond pas à l’ampleur des engagements exigés des agriculteurs et des éleveurs, comme la signature d’ententes de conservation ou de servitudes, ainsi que des garanties de permanence sur 100 ans.

L’expérience acquise sur les marchés volontaires peut servir de banc d’essai pour les agriculteurs, les agrégateurs et les autorités réglementaires, qui ont besoin d’études de cas, comme le Projet pilote du protocole relatif aux projets de conservation des prairies, pour résoudre les enjeux techniques et orienter la participation future aux marchés et l’élaboration des protocoles. Toutefois, cela nécessite que les autorités réglementaires mettent en œuvre les leçons tirées. La validation du potentiel de mise à l’échelle des crédits agricoles et l’exploration des mécanismes de conception des marchés avant leur intégration dans les systèmes de conformité constituent une approche actuellement menée par l’Union européenne (UE), où est exploité le plus important système d’échange de quotas d’émission au monde en valeur. La Commission européenne a été appelée à intégrer les absorptions de carbone, y compris les crédits agricoles, dans le système d’échange de quotas d’émission de l’UE. Elle répond à cette demande en évaluant d’abord les impacts dans les marchés volontaires. L’UE a adopté en 2024 le règlement Carbon Removals and Carbon Farming, qui établit l’architecture de marché du premier cadre de certification volontaire à l’échelle de l’UE pour les projets d’absorption de carbone reconnus par la Commission européenne. Des approches comme celle-ci peuvent aider à faire passer les projets au-delà de la phase pilote en renforçant la confiance des investisseurs grâce à une reconnaissance réglementaire, tout en proposant une progression graduelle vers des exigences plus strictes et la conformité, en commençant par le marché volontaire.

4. Absence de partage des risques : des conditions de marché qui isolent agriculteurs, régulateurs et investisseurs

La mise en place de nouvelles pratiques peut comporter des risques financiers et opérationnels pour les agriculteurs — un défi mondial dans le déploiement à grande échelle de pratiques climato-intelligentes. Les paiements liés aux crédits carbone sont généralement versés après la vérification des réductions d’émissions de GES et la vente des crédits sur le marché. Cela peut créer un décalage important entre les investissements des agriculteurs dans de nouvelles pratiques et technologies et la réception des paiements associés aux crédits carbone. Selon la conception du projet et la disponibilité de capitaux initiaux provenant des acheteurs de crédits (p. ex. ententes d’achat à terme), les agrégateurs de projets peuvent verser des paiements intermédiaires aux agriculteurs afin de couvrir une partie de la valeur des crédits pendant que le projet suit le processus de MSDV. Cette option comporte toutefois des risques pour les investisseurs : que se passe-t-il si le projet ne respecte pas les normes de MSDV et ne génère pas de crédits ? Cette dynamique, où les risques des investisseurs et des agriculteurs peuvent diverger, constitue un enjeu clé à résoudre pour développer les projets de crédits compensatoires agricoles à grande échelle. Les marchés du carbone, en particulier les marchés de conformité, imposent des exigences strictes en matière d’additionnalité. Il faut démontrer que le changement de pratique a été motivé par le marché du carbone, ce qui limite souvent la possibilité d’utiliser d’autres incitatifs financiers pour combler les écarts.

Les pratiques climato-intelligentes peuvent contribuer à améliorer les marges bénéficiaires, mais cela peut prendre du temps. Au-delà des coûts initiaux, comme l’achat de semences de cultures de couverture, il existe également des risques pour les rendements et les marges si les nouvelles pratiques ne donnent pas les résultats escomptés. Selon Bain and Company, les agriculteurs canadiens qui adoptent des pratiques climato-intelligentes font face, en moyenne, à une période de trois à cinq ans de rendements potentiellement plus faibles et de coûts plus élevés par acre avant d’atteindre la rentabilité4. Les agriculteurs assument donc des risques liés aux coûts de participation au marché, surtout pour le protocole de MSDV, et aux pertes de productivité si les pratiques ne se traduisent pas par une solide réduction des GES.

5. Talents et innovation recherchés : le Canada est à la traîne en matière d’expertise du marché du carbone

Les limites de conception des marchés — de la fragmentation aux protocoles peu pratiques — ont fait en sorte que le Canada accuse un retard dans le développement des talents et des outils nécessaires pour concevoir des protocoles, déployer des projets à grande échelle et émettre des crédits agricoles. Entre-temps, nos pairs du monde entier prennent de l’avance. Les États-Unis, l’UE et l’Australie, de même que des économies émergentes comme le Brésil, établissent de vastes réseaux d’expertise, incluant des développeurs de projets, des entreprises agrotechnologiques spécialisées en MSDV, ainsi que des institutions et des consultants disposant d’une solide expérience dans la définition des mécanismes de marché pour l’agriculture dans des cadres de gouvernance environnementale.

Les politiques et programmes gouvernementaux favorisant le développement des marchés peuvent jouer un rôle clé dans le renforcement des compétences et de l’expertise en matière de marchés du carbone. Le département de l’agriculture des États-Unis (USDA) a lancé en 2022 le programme Partnerships for Climate-Smart Commodities — un investissement de 3,1 milliards de dollars américains dans plus de 140 projets, visant à fournir un soutien technique et financier pour aider les producteurs à adopter des pratiques climato-intelligentes, à tester des méthodes innovantes et rentables de MSDV et à développer des marchés pour ces pratiques. Selon l’USDA, cet investissement a permis de créer des centaines de nouvelles occasions de marché et de réduire de 60 mégatonnes les émissions de GES sur la durée de vie des projets5. De tels investissements créent également un besoin accru de développer l’expertise des services de soutien — notamment en agronomie et en conseil financier — afin de mieux accompagner les agriculteurs dans l’accès aux mécanismes de marché liés à la réduction des émissions de GES.

Comment d’autres ressorts intègrent l’agriculture dans la tarification du carbone industriel

Contexte :

L’Union européenne soutient traditionnellement les pratiques climato-intelligentes par des programmes de subventions, mais depuis 2024, elle développe l’architecture de marché afin d’offrir aux agriculteurs davantage d’options de financement hybrides.

Approche :

La pierre angulaire de l’architecture de marché permettant à l’agriculture de participer aux marchés du carbone reconnus par la Commission européenne est le règlement Carbon Removals and Carbon Farming.

Ce règlement établit un système de certification à l’échelle de l’UE pour les absorptions de carbone, permettant aux agriculteurs de générer des crédits compensatoires qui seront d’abord disponibles sur les marchés volontaires. L’UE envisage une approche progressive pouvant mener à l’intégration de l’agriculture dans le système d’échange de quotas d’émission de l’UE.

Ambition :

Mettre en place des mécanismes de marché permettant à l’agriculture de participer aux marchés du carbone et de contribuer à la décarbonation du système alimentaire européen, avec un fort accent sur l’intégrité et la qualité des crédits.

Contexte :

Une approche orientée vers le marché depuis 2011, visant l’intégration de l’agriculture dans les marchés de conformité comme source principale de crédits.

Approche :

Le cadre de conformité australien permet aux agriculteurs de générer volontairement des unités australiennes de crédits carbone, achetées par de grands émetteurs industriels réglementés et par le gouvernement au moyen d’enchères afin de garantir une demande à long terme.

L’accent mis sur la création de crédits liés aux absorptions de carbone en agriculture a suscité des débats sur l’intégrité et la qualité des crédits.

Ambition :

Intégrer pleinement l’agriculture aux marchés de conformité en tant que source de crédits compensatoires contribuant aux objectifs nationaux de décarbonation.

Contexte :

La Californie a aligné son système de plafonnement et d’échange avec des mécanismes de financement pour soutenir la décarbonation, offrant aux agriculteurs des voies pour générer des crédits carbone et bénéficier d’un appui financier pour des projets climato-intelligents.

Approche :

Le système de plafonnement et d’échange de la Californie couvre les grands émetteurs industriels réglementés et permet aux entreprises d’utiliser un nombre limité de crédits compensatoires lorsqu’elles ne respectent pas les seuils de conformité.L’agriculture peut constituer une source de ces crédits au moyen de protocoles approuvés, notamment la digestion anaérobie et la réduction des émissions de méthane issues de la culture du riz. Pour soutenir l’absorption du carbone en agriculture, la Californie utilise des programmes de financement tels que le Healthy Soils Program.

Pour soutenir l’absorption du carbone en agriculture, la Californie utilise des programmes de financement tels que le Healthy Soils Program.

Ambition :

Offrir plusieurs voies pour soutenir l’adoption de pratiques climato-intelligentes en agriculture — à la fois par les crédits et par des programmes de financement — tout en réduisant les risques associés aux crédits d’absorption dans les marchés de conformité.

Contexte:

Les cadres politiques relatifs aux marchés de conformité et à la participation de l’agriculture sont en évolution et en cours de consolidation. À l’heure actuelle, on observe une combinaison de marchés volontaires, de projets pilotes de conformité et de programmes de financement, avec des plans visant à développer un marché de conformité pour les grands émetteurs industriels et à potentiellement inclure l’agriculture comme source de crédits compensatoires.

Approche :

Le système brésilien d’échange de quotas d’émission de GES, établi en 2024, est actuellement en phase de mise en place. Il devrait être pleinement opérationnel d’ici 2030, et, selon les experts en politiques publiques, offrir au secteur agricole la possibilité de générer des crédits. La quantité de crédits compensatoires pouvant être utilisée par les émetteurs réglementés devrait être plafonnée.

Ambition :

Positionner l’agriculture comme participant volontaire aux marchés de conformité afin d’inciter à la réduction des émissions, en complément d’autres mécanismes actifs dans le pays, comme les programmes de compensation interne du carbone et les marchés volontaires.

Contexte:

L’agriculture, en particulier les émissions de méthane provenant du bétail, constitue la principale source d’émissions du pays, ce qui a suscité un débat intense sur la manière de réduire les émissions dans ce secteur.

Une tarification du carbone pour les émissions agricoles était prévue, mais le plan de réduction des émissions révisé pour 2026 a réorienté son approche afin de privilégier l’investissement dans l’innovation et les technologies au sein des exploitations agricoles, dans le but de réduire les émissions de GES.

Approche :

À l’heure actuelle, les pratiques agricoles ne sont pas réglementées dans le cadre du système d’échange de quotas du pays, et les agriculteurs génèrent des crédits par l’entremise de projets forestiers.

Pour s’attaquer aux émissions de GES provenant du bétail, le pays a mis en place un fonds d’investissement public-privé, AgriZero, visant à déployer à grande échelle des innovations dont l’efficacité pour réduire ces émissions a été démontrée. Ce fonds fonctionne séparément du système d’échange de quotas.  

Ambition :

Trouver un équilibre entre les objectifs économiques et les objectifs de réduction des émissions du secteur de l’élevage, en reconnaissant que ce secteur est à la fois un moteur central de croissance et un contributeur majeur à l’inventaire national des GES.

1. Élaborer un cadre d’harmonisation des crédits compensatoires agricoles à l’échelle fédérale et provinciale

Harmoniser les registres, les projets et les protocoles agricoles entre les systèmes provinciaux et fédéraux. C’est comparable à l’élimination des barrières commerciales interprovinciales. Le gouvernement fédéral et les provinces pourraient négocier des ajustements d’harmonisation formels dans le cadre de la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre, notamment :

  • Reconnaissance de l’équivalence des protocoles : permettre à chaque ressort de reconnaître les normes des autres, réduisant ainsi la redondance et la lourdeur administrative.

  • Fongibilité des crédits : stimuler l’activité du marché et diversifier la demande entre juridictions.

  • Normes et mesures de protection MSDV : éviter les incohérences et le double comptage, tout en apportant clarté et certitude quant à la qualité des crédits.

  • Interopérabilité des registres : permettre aux développeurs de projets et aux investisseurs de déployer des projets à l’échelle de plusieurs ressorts, tout en facilitant l’accès aux données, leur échange et leur interprétation à l’échelle du Canada.

  • Coordination des réserves de précaution : centraliser les réserves de crédits servant de mécanisme d’assurance en cas d’inversion ou de surestimation.

Dans ce cadre, les projets agricoles respectant les normes fédérales d’intégrité environnementale pourraient être développés sur plusieurs marchés de conformité. Cette approche permettrait de déployer des projets dans plusieurs provinces aux systèmes de production similaires. Par exemple, la région de l’Aspen Parkland, qui s’étend du Manitoba à l’Alberta, la région de Peace River, répartie entre la Colombie-Britannique et l’Alberta, ainsi que le Great Clay Belt, qui traverse la frontière nord de l’Ontario jusque dans l’ouest du Québec. Une telle interopérabilité pourrait accroître la liquidité du marché, réduire les coûts de projet pour les agriculteurs et les développeurs, limiter la duplication administrative et créer des incitatifs plus clairs pour les agriculteurs et les investisseurs.

Des marchés intégrés comme la Western Climate Initiative, qui plafonne les émissions à 352 mégatonnes, démontrent que des systèmes harmonisés sont possibles et favorisent des marchés plus profonds, avec des volumes d’échange accrus et une meilleure stabilité des prix.6

Pour veiller à ce que l’harmonisation des crédits compensatoires agricoles ne génère pas de volatilité et préserve l’intégrité des références sectorielles, des mesures additionnelles pourraient être intégrées au sein d’un système harmonisé, notamment :

  • L’établissement d’un prix plancher pour les crédits agricoles lié au prix fédéral du carbone

  • La possibilité de conclure des contrats à terme pluriannuels entre agriculteurs et émetteurs industriels

  • La fixation  de plafonds annuels d’émission de crédits

  • L’examen des impacts du marché tous les trois ans

2. Portail de transfert entre marchés de crédits compensatoires et marchés internes

Le manque d’intégration entre les marchés volontaires et de conformité est souvent cité comme un obstacle à l’investissement et à l’accès des agriculteurs. Un portail permettrait de déplacer les projets vers des registres volontaires de compensation interne — où des entreprises investissent dans des réductions de GES au sein de leur chaîne logistique. Ce mécanisme permettrait d’accroître l’accès à des projets agricoles robustes contribuant à la réduction des émissions de GES, tout en évitant une surabondance de crédits sur les marchés de conformité.

En complément de la demande des marchés de conformité, les projets agricoles de réduction des émissions de GES suscitent également l’intérêt des entreprises agroalimentaires qui se sont engagées à réduire les émissions de leur chaîne logistique (c.-à-d. les émissions de portée 3), lesquelles proviennent en grande partie de la production agricole. La mise en place d’un portail national de transfert pour les projets agricoles permettrait de rediriger ces projets vers des acheteurs du secteur agroalimentaire cherchant à réduire les émissions de leur chaîne logistique. Le transfert de projets de crédits compensatoires vers des projets de compensation interne peut nécessiter certains ajustements de l’approche de MSDV, comme le passage d’une mesure de référence fondée sur une intervention à une méthodologie fondée sur un inventaire. Ces ajustements doivent être effectués avant l’émission de crédits, puisque les lignes directrices internationales applicables aux entreprises agroalimentaires ayant des cibles de portée 3 interdisent l’utilisation de crédits compensatoires pour comptabiliser les réductions d’émissions de portée 3. La mise en œuvre de tels mécanismes est pilotée par des organisations comme Verra, qui s’apprête à publier des lignes directrices sur le transfert de projets depuis son registre volontaire de crédits compensatoires, le registre Verified Carbon Standard (VCS), vers son programme de compensation interne, le programme Scope 3 Standard (S3S). Permettre ce type d’intégration des marchés pourrait créer les conditions nécessaires pour renforcer la confiance des entreprises agroalimentaires et stimuler les investissements dans des projets de compensation interne réalisés au Canada, puisqu’ils reposeraient sur des protocoles approuvés par les autorités publiques.

3. Créer un volet dédié aux crédits compensatoires agricoles dans le cadre du système de tarification fondé sur le rendement

La création d’un volet de crédits compensatoires agricoles, défini dans les limites d’utilisation des crédits allouées aux émetteurs réglementés, pourrait constituer une approche permettant d’équilibrer le risque de surabondance de crédits sur le marché, tout en stimulant la création ciblée de crédits compensatoires agricoles. Dans les limites actuelles d’utilisation des crédits compensatoires prévues par les systèmes provinciaux et fédéral, ce volet pourrait être intégré aux exigences existantes imposées aux émetteurs réglementés, en les obligeant à consacrer une part de leurs achats de crédits à des projets agricoles lorsque ceux-ci sont disponibles sur le marché.

Les crédits agricoles devraient être intégrés au marché du carbone industriel de manière à soutenir la maîtrise des coûts, sans affaiblir les incitatifs à la décarbonation industrielle. À mesure que les seuils sectoriels se resserrent en vue des cibles climatiques de 2035 et 2050 du Canada, le recours obligatoire aux crédits agricoles pourrait diminuer progressivement.

Cette structure permettrait aux crédits agricoles de jouer trois rôles complémentaires, tout en maintenant la décarbonation industrielle comme principal moteur de réduction des émissions :

  • contribuer à la maîtrise des coûts pour l’industrie ;

  • générer de nouvelles sources de revenus pour les agriculteurs et soutenir les économies rurales ;

  • permettre des réductions additionnelles en dehors des secteurs industriels lourds.

4. Accélérer l’approbation de protocoles agricoles applicables

Les projets de compensation agricole n’ont pas tous la même valeur stratégique. En reconnaissant que certains crédits présentent davantage de co-bénéfices ou de risques que d’autres, le Canada pourrait adopter une hiérarchisation publique des protocoles agricoles, classant les pratiques climato-intelligentes selon leur coût et leurs risques en matière de MSDV, leur potentiel de réduction des émissions de GES et leurs co-bénéfices, afin de prioriser le développement et la réforme des protocoles.

  • Les protocoles à priorité élevée pourraient mettre l’accent sur les mesures de compensation qui sont assorties de solides cadres de MSDV et qui procurent une valeur économique concrète à long terme au-delà des crédits, notamment :

    • digesteurs de fumier liés au gaz naturel renouvelable ;

    • additifs alimentaires réduisant les émissions de méthane du bétail ;

    • gestion de précision de l’azote.

  • Les protocoles de priorité moyenne pourraient viser des pratiques offrant des bénéfices écosystémiques plus larges et contribuant à la résilience, mais présentant davantage d’incertitudes en matière de MSDV, notamment :

    • cultures de couverture ;

    • systèmes de travail du sol réduit ou sans labour ;

    • rotations culturales améliorées ;

    • restauration des Prairies ;

    • Edge of field rehabilitation (e.g., restoring wetlands)

  • Les protocoles à faible priorité pourraient porter sur des pratiques émergentes présentant un potentiel, mais nécessitant des avancées technologiques ou une mise à l’échelle des procédés pour être applicables au Canada, notamment :

    • biochar ;

    • inoculants microbiens.

La science sous-jacente des approches de MSDV des protocoles agricoles n’est pas parfaite — notre compréhension des écosystèmes naturels demeure intrinsèquement limitée — et il existe des risques importants d’erreur dans l’évaluation du lien entre l’adoption de pratiques agricoles et les réductions d’émissions de GES. Il est toutefois possible de gérer ces risques de manière responsable tout en accélérant l’approbation des protocoles.

Par exemple, les protocoles agricoles peuvent intégrer :

  • des scénarios de référence prudents :

  • des tests d’additionnalité fondés sur des scénarios contrefactuels ;

  • des mécanismes de réserve pour couvrir les risques de réversibilité ;

  • des cadres de suivi sur plus de 20 ans pour le carbone des sols.

5. Regrouper les projets agricoles de crédits compensatoires et investir dans les approches régionales de MSDV pour atteindre une échelle viable

La plupart des exploitations agricoles canadiennes génèrent des volumes relativement modestes de réductions d’émissions de GES, ce qui rend souvent le coût d’enregistrement et de vérification de projets individuels prohibitif. Par ailleurs, de nombreux agriculteurs canadiens ne connaissent pas clairement les voies d’accès pour participer à des projets regroupés.

Pour surmonter ces obstacles, le gouvernement fédéral pourrait mettre en place un cadre national d’agrégation permettant d’agréer des agrégateurs de projets tiers par l’entremise du système existant de crédits et de suivi, et de les inscrire dans un registre public lorsqu’ils développent des projets auxquels les agriculteurs peuvent adhérer, en complément de la liste des projets actifs déjà publiée. Cette liste d’agrégateurs tiers deviendrait ainsi un point d’accès fiable pour les agriculteurs souhaitant participer à de tels projets.

En complément d’une meilleure transparence de l’accès au marché, les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient également envisager de structurer des volets de financement, notamment dans le cadre de programmes comme le Programme des technologies propres en agriculture, afin de soutenir le développement d’approches régionales en matière de MSDV. Ces fonds pourraient être accessibles aux organisations agricoles, en partenariat avec des agrégateurs de projets, afin de développer des ressources sur le terrain et une expertise technique facilitant la participation des agriculteurs aux projets ainsi que l’adoption des technologies nécessaires à la collecte de données pour les systèmes de MSDV et à la réduction des émissions de GES. Des investissements ciblés et avancés dans les technologies et les ressources de MDSV nécessaires à l’émission de crédits agricoles robustes pourraient inclure :

  • la télédétection et le suivi des sols par satellite ;

  • des processus d’échantillonnage des sols simplifiés et harmonisés ;

  • l’intégration de plateformes numériques de données agricoles et la sensibilisation des agriculteurs aux exigences en matière de données ;

  • des facteurs d’émission normalisés pour les pratiques climato-intelligentes, adaptés aux réalités régionales.

En adoptant un modèle de développement de projets plus inclusif et en élargissant les possibilités de participation, le Canada pourrait accroître la présence de l’agriculture sur le marché tout en maintenant une supervision environnementale rigoureuse.

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Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

La récente entente de principe d’équivalence sur le méthane entre le Canada et l’Alberta fixe un objectif de réduction de 75 % des émissions de méthane de pétrole et de gaz d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2014.1 Cela pourrait s’avérer déterminant pour les ambitions climatiques du pays : le méthane a environ 80 fois plus d’incidence sur le réchauffement que le CO₂, sur une période de 20 ans, et représente près d’un quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur, ce qui en fait l’un des leviers les moins coûteux et les plus percutants pour les avancées liées au climat à court terme.

Pour les producteurs de pétrole et de gaz, la mesure et l’analyse du rendement des émissions de méthane offrent maintenant une plus grande souplesse sur le plan de la mise en œuvre, mais avec la vérification au premier plan.

Dans de nombreux cas, les entreprises du secteur du pétrole et du gaz sont déjà en place et comprennent plusieurs technologies clés de réduction des émissions de méthane, notamment : 

  • Unités de récupération de vapeur qui captent le gaz de réservoirs d’entreposage qui autrement serait libéré dans l’atmosphère ;

  • Systèmes pneumatiques à faible purge qui éliminent les émissions de méthane courantes provenant des instruments de contrôle des vannes et des pompes ;

  • Remplacements de joint d’étanchéité de compresseur pour prévenir les fuites des appareils sous pression ;

  • Leak detection and repair programs that use optical gas imaging and continuous monitors to find and tackle fugitive emissions.

Ensemble, ces technologies pourraient réduire les émissions de plus de trois millions de tonnes par année, soit l’équivalent d’environ 1 % des émissions annuelles en Alberta.2 La province a déployé ces technologies à grande échelle. Depuis 2019, l’Alberta a investi 172 millions de dollars dans la technologie de réduction du méthane, incluant l’installation de plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou à purge nulle. Les résultats sont tangibles : les programmes financés par le gouvernement ont permis d’éviter le rejet d’environ 17 millions de tonnes d’émissions, selon le gouvernement de l’Alberta. Un programme de mise en œuvre de 25 millions de dollars a permis à 49 exploitants de déployer l’équipement dans plus de 650 sites, à des coûts d’élimination inférieurs à 50 dollars la tonne.3

Le secteur canadien de l’atténuation des émissions de méthane compte plus de 130 entreprises, et les mesures de conformité en vertu de l’application renforcée des règles sur le méthane devraient créer 34 000 emplois entre 2027 et 2040.

Cependant, tout progrès comporte des vents contraires. L’Alberta avait gelé le prix des crédits du fonds provincial « Technology Innovation and Emissions Reduction » (TIER) à 95 dollars la tonne en mai 2025, bien en deçà de la trajectoire fédérale de 170 dollars, invoquant les pressions tarifaires exercées par les États-Unis.4 Le protocole d’accord engage les deux gouvernements à respecter un prix minimum réel de 130 dollars la tonne ; cependant, quelques jours après sa signature, l’Alberta a effectué des modifications qui ont inondé le marché des crédits.

Bien que l’accord soit prometteur, son succès dépend d’une vérification transparente, d’autant plus qu’une exploration aérienne pluriannuelle a révélé que les émissions de méthane de l’Ouest canadien s’avéraient presque deux fois les inventaires officiels.5 Le Canada en a tenu compte lorsqu’il a mis à niveau sa méthodologie, entraînant une augmentation de plus de 35 % des émissions fugitives déclarées.6 L’engagement de l’accord envers une évaluation indépendante par un tiers pourrait s’avérer son élément le plus important.

Grâce à une interdiction qui remonte à 1971, la Norvège affiche la plus faible intensité de méthane au monde, mais son secteur pétrolier et gazier ne représente qu’une fraction de celui du Canada.7 Le rapport Global Methane Tracker 2025 de l’AIE situe l’intensité des émissions en amont du Canada à environ 0,40 kg de méthane/GJ, ce qui est inférieur à la moyenne mondiale de 0,55 kg de méthane/GJ, bien devant la Russie, l’Iran et le Turkménistan, mais plus élevé que la Norvège et l’Arabie saoudite.8

La réglementation de l’Union européenne (UE) sur le méthane, soit la première norme juridiquement contraignante au monde, exigera des importateurs qu’ils signalent l’intensité du méthane à partir de 2028 et atteignent les seuils d’intensité maximale d’ici 2030, liant rendement du méthane à faible émission et accès au marché, offrant ainsi un avantage potentiel aux producteurs pour concurrencer sur le plan de l’intensité du méthane.9

Les capitaux privés surveillent cette tendance. Un exemple récent est l’entreprise montréalaise GHGSat qui a levé 47 millions de dollars en septembre 2025, portant le financement total à 173 millions de dollars, avec l’appui des entités canadiennes Yaletown Partners, BDC Capital et Banque Nationale.10 La société GHGSat exploite désormais 16 satellites de détection du méthane et s’est associée à ExxonMobil et à Aramco.

Plus tard cette année, une ébauche d’accord d’équivalence devrait faire l’objet d’une consultation publique de 60 jours. Les signaux laissent entrevoir un régime mondial de plus en plus strict pour les émissions de méthane : normes d’importation de l’UE d’ici 2030 ; recherche par le Japon et la Corée du Sud d’un approvisionnement en gaz à faible émission de carbone ; et l’Engagement mondial sur le méthane, approuvé par 159 pays.

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Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

Jour de la Terre 2026. Richesses naturelles, ressources et revnoveau au Canada

« Notre pouvoir, notre planète » est le thème mondial du Jour de la Terre de cette année. En effet, l’énergie propre constitue souvent le socled’une économie plus propre. Selon une nouvelle recherche réalisée par Jordan Brennan et Farhad Panahov à RBC,un investissement d’environ 670 milliards de dollars au cours des dix prochaines années sera nécessaire pour soutenir la transition énergétique du réseau électrique du Canada. Même si 80 % de l’électricité est non émettrice, le réseau canadien devra accroître sa capacité et être modernisé. Pour en savoir plus, lisez le rapport Gains en capital.

Les feux de forêt ne prennent pas de pause pour le Jour de la Terre. Près de 200 feux de forêt brûlaient au Canada la semaine dernière, soit presque deux fois la moyenne des dix dernières années pour cette période de l’année. Cela met en évidence l’ampleur du défi que représente la protection de la nature. Comme l’indique un récent rapport de RBC, ignorer la nature, c’est compromettre la prospérité, surtout alors que nous déployons des projets majeurs d’intérêt national. La conservation doit désormais être vue comme un capital auquel les générations à venir pourront accéder.

Le célèbre procédé Fischer‑Tropsch nous a donné l’essence et le carburant d’aviation — et il est maintenant en voie de produire des carburants durables. Unsiècle exactement après queFranz Fischer et Hans Tropsch ont révolutionné les hydrocarbures, cette même technique est aujourd’hui utilisée pour dissocier la production d’hydrocarbures des matières premières d’origine fossile, notamment en produisant des carburants d’aviation durables à partir de dioxyde de carbone. Mais une véritable durabilité exige une intégration à l’échelle des systèmes avec des « modules en amont à faibles émissions de carbone, tels que l’hydrogène vert et le captage du CO₂ », explique Ding Ma, de l’Université de Pékin, dans Nature. Le procédé dépasse désormais le stade des laboratoires, plusieurs pays, dont la Chine, travaillant à une fabrication chimique à faibles émissions.

Le capital naturel, c’est-à-dire les forêts, l’eau potable, les sols fertiles et la biodiversité, est l’un des atouts les plus précieux d’un pays. Il soutient les industries, protège les collectivités et joue un rôle majeur dans la résilience climatique. Le Canada est exceptionnellement riche en capital naturel, mais quand il s’agit d’investir dans celui-ci et d’en assurer la gestion, le tableau est mitigé, surtout si on le compare à des pays comme le Royaume-Uni, l’Australie et le Danemark.

La richesse naturelle du Canada est difficile à surestimer. Le pays abrite environ 24 % de la forêt boréale mondiale et près de 20 % des ressources en eau douce de la planète. Les secteurs des ressources naturelles, notamment le pétrole, les mines, la foresterie et l’agriculture, représentent environ 20 % du PIB canadien, chaînes d’approvisionnement comprises. Pourtant, le Canada peine à transformer le capital naturel en une catégorie d’actifs investissables à grande échelle.

Leçons à tirer du reste du monde

Royaume-Uni : Le Royaume-Uni a adopté une approche plus systématique pour intégrer la comptabilité du capital naturel dans les politiques publiques et la planification. Depuis 2012, le Natural Capital Committee du Royaume-Uni conseille le gouvernement sur la manière de mesurer les écosystèmes et d’investir dans ceux-ci — une fonction qui a évolué vers la création de l’Office for Environmental Protection en 2021. Aujourd’hui, le Royaume-Uni publie des comptes officiels du capital naturel qui estiment la valeur économique des forêts, des rivières et d’autres actifs, un outil comptable dont dispose également le Canada dans le cadre du système des Nations Unies de comptabilité économique et environnementale. L’approche britannique, qui intègre des considérations économiques et environnementales dans la prise de décision, est complétée par des mécanismes de marché capables de stimuler les investissements dans les actifs naturels, comme le programme Biodiversity Net Gain.

Australie : Comme le Canada, ce pays est riche en ressources naturelles et en dépend fortement sur le plan économique pour l’exploitation minière, l’agriculture, le pétrole et le gaz. Toutefois, l’Australie a adopté une approche plus ambitieuse pour attirer les investisseurs privés dans le capital naturel. Des projets d’infrastructure d’envergure ont été réalisés pour mobiliser des investissements institutionnels, y compris ceux de fonds de pension canadiens, dans des projets à long terme, notamment dans le développement des énergies renouvelables et l’utilisation durable des terres. Un exemple est le Murray–Darling Basin Plan, une initiative de 13 milliards de dollars visant à gérer durablement les ressources en eau dans la principale région agricole du pays.

Danemark : Ce pays scandinave ne dispose pas des vastes ressources naturelles du Canada. Il a plutôt choisi d’intégrer la durabilité environnementale dans sa fiscalité afin de rendre l’investissement dans la gestion durable des ressources naturelles plus attrayant sur le plan économique. C’est pourquoi plus de 50 % de l’électricité du Danemark provient de l’énergie éolienne et solaire.

Bien que le Canada ait pris des engagements importants, il ne dispose toujours pas des systèmes coordonnés de ses pairs. Le troisième pilier de la stratégie Une force de la nature, Valoriser la nature et mobiliser des capitaux, vise à relever ce défi. En commençant par la mise sur pied d’un groupe d’experts sur la comptabilité du capital naturel et le financement de la nature, le gouvernement fédéral cherche à mobiliser des capitaux privés, en complément de son engagement de 3,8 milliards de dollars en faveur de résultats positifs pour la nature. Si le Canada peut évaluer la valeur de ses actifs naturels, attirer davantage d’investissements privés et aligner ses objectifs environnementaux avec la croissance économique, il pourra transformer son patrimoine en avantage économique durable.

Pour en savoir plus sur le capital naturel, lisez Extraire la valeur : la nature, un atout dans les programmes de stimulation de la croissance.

« L’agriculteur est responsable du sol qu’il exploite. Cette ressource naturelle ne se régénère pas au même rythme qu’elle s’épuise… Il lui faut donc constituer un compte d’épargne‑sol. Cela lui permettra non seulement de préserver son sol, mais aussi d’augmenter son revenu et d’accumuler des intérêts. »

Cette citation (traduite librement) tirée d’une édition de 1948 de la publication de RBC Making Money by Saving Soil, est aussi pertinente aujourd’hui qu’à son origine. En fait, la question de la conservation des sols fait partie des préoccupations des agriculteurs depuis bien longtemps. La situation a bien sûr évolué : la recherche, les mégadonnées et la technologie nous ont permis de mieux comprendre les dynamiques du sol sous nos pieds. Mais bon nombre des défis liés à la conservation des sols pour produire des cultures saines demeurent les mêmes. Lisez l’article de Lisa Ashton, cheffe intérimaire, Institut d’action climatique, à link.

  • Quelque 10 000 événements sont organisés dans le monde pour célébrer le Jour de la Terre 2026. Toutefois, si vous manquez de temps, Eathday.org propose50 moyens de passer à l’action pour la planète.

  • Selon un nouveau rapport de MaRS, le coût des rénovations en profondeur requises pour réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre des bâtiments canadiens d’ici 2030 serait d’environ 10 $ le pied carré

  • James Rising et ses collègues du Grantham Research Institute on Climate Change expliquent comment les investissements en adaptation climatique peuvent générer un « triple dividende » : prévenir les pertes, stimuler l’activité économique et offrir des co‑bénéfices sociaux et environnementaux.

  • Malgré le contrecoup subi par les énergies renouvelables, 44 % des Américains continuent de s’inquiéter au sujet du changement climatique, un niveau proche d’un sommet historique. À l’inverse, seuls 35 % des répondants se disent optimistes quant à l’état de l’environnement (un creux record), selon Gallup.

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Davos 2018 : Ressouder un monde fracturé

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum économique mondial tenu cette année.

➔ L’accord de principe entre le Canada et l’Alberta sur le méthane permet-il à la fois une hausse de la production de pétrole et de gaz et une baisse des émissions ?

➔ Les raisons pour lesquelles le commerce durable du Canada se retrouve déficitaire.

➔  Une ville de la Colombie-Britannique montre la voie en matière de réglementation liée au chauffage.

➔  Le déficit commercial écotechnologique du Canada ne cesse d’augmenter. Le déficit commercial environnemental et écotechnologique du pays n’a cessé d’augmenter pour s’établir à 15,6 milliards de dollars en 2024, comparativement à 2,4 milliards il y a dix ans, selon les dernières données de Statistique Canada . Les importations d’électricité propre, soit l’atout climatique le plus prisé du Canada, ont bondi ces dernières années, alors que les exportations chutaient en raison de la sécheresse et de la demande intérieure croissante d’électricité. Selon l’économiste Farhad Panahov, le matériel écotechnologique, des éoliennes aux véhicules électriques et au matériel de traitement de l’eau, représentait environ 80 % de la croissance des importations, en phase avec les fortes tendances d’adoption et de déploiement au Canada au cours de la même période.

Déficit commercial en matière d'énergie propre au Canada

➔  L’Union européenne a mis en place le premier programme du bloc, sur une base volontaire, pour générer des crédits carbone certifiés. Les crédits générés en vertu du Règlement sur l’élimination du carbone et l’agriculture du carbone (CRCF) sont conçus dans le cadre d’une certification volontaire du carbone, pour stimuler l’extensibilité et aider l’UE à atteindre ses objectifs de carboneutralité d’ici 2050. Selon Lisa Ashton, directrice intérimaire de l’Institut d’action climatique RBC, le Canada pourrait s’en inspirer : le secteur agricole dispose d’un ensemble de programmes pour conclure des ententes de conformité et saisir des occasions de marché volontaires, mais avec une disponibilité limitée de protocoles de conformité reconnaissant le rôle des agriculteurs dans la construction de puits de carbone du pays au moyen de pratiques durables. Toutefois, le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta et la révision de la tarification étalon du carbone pourraient améliorer la capacité des agriculteurs à accéder aux marchés du carbone.

➔  Hydro-Québec encourage les ménages à produire leur propre énergie. Une nouvelle subvention de 1 000 $ par kW pour les ensembles solaires couvre jusqu’à 40 % des coûts admissibles du projet. Le Québec retarde par rapport aux autres territoires nord-américains en ce qui concerne l’énergie solaire, car son hydroélectricité bon marché signifie que des périodes de remboursement de 25 à 30 ans ont rendu l’énergie solaire non rentable. Cela est en train de changer. Alors qu’Hydro-Québec met au point des sources d’énergie de remplacement et redirige les excédents vers l’exportation et le secteur, la production ainsi répartie allège la pression sur le réseau. En effet, les ménages peuvent même revendre leur électricité excédentaire au réseau. L’objectif des nouveaux incitatifs vise à faire passer les coûts d’investissement de 36 000 $ à 24 000 $, ce qui représente un délai de récupération de 10 à 12 ans. Bien que le délai de récupération des coûts soit long, il est difficile de rivaliser avec les prix d’électricité les plus faibles du continent. En revanche, pour le Pakistan qui est au beau milieu d’une révolution solaire, une mise en place semblable coûterait 6 500 $, selon les estimations du responsable de la politique énergétique Shaz Merwat. Lisez également notre rapport : Comment les maisons intelligentes peuvent accroître l’efficacité du réseau électrique.

Terre-Neuve-et-Labrador pourrait compter parmi les principaux producteurs d’énergie éolienne au Canada. Les dernières prévisions de la Régie de l’énergie du Canada (Avenir énergétique du Canada en 2026 ), s’attendent à ce que la province de l’Atlantique devienne une centrale éolienne extracôtière, représentant une part importante de la nouvelle capacité d’énergie éolienne d’ici 2050, de même que pour l’Alberta.

Shaz Merwat passe en revue les perspectives éoliennes de la province de l’Atlantique :

  • L’énergie éolienne, principalement en mer, pourrait représenter une capacité de 13,3 watts d’électricité d’ici 2050 dans la province, comparativement à des chiffres négligeables aujourd’hui, selon l’hypothèse de base de l’équipe de la Régie de l’énergie du Canada (scénario selon les mesures actuelles).

  • La capacité totale en électricité de la province devrait tripler, dont 98 % en énergies renouvelables d’ici 2050 (contre environ 87 % aujourd’hui).
    Source : Régie de l’énergie du Canada

  • La Régie de l’énergie du Canada (REC) mise gros sur Terre-Neuve. La province bénéficie de conditions éoliennes de niveau international, mais de presque aucune industrie éolienne à l’heure actuelle, et compte tenu de certaines baisses majeures récentes liées à la demande anticipée d’hydrogène vert, l’éolien représente probablement un risque de marché plus important.

  • Les coûts des turbines flottantes et de celles en eau profonde limitent également la mise en place d’une énergie éolienne extraterritoriale. Le corridor de transmission requis pour acheminer l’énergie vers le marché du Québec demeure une proposition de plusieurs milliards de dollars sans décision d’investissement finale, mais sera nécessaire si Terre-Neuve-et-Labrador souhaite poursuivre ses projets d’exportation d’énergie éolienne vers le Québec et les provinces de l’Atlantique.

  • L’Alberta pourrait représenter un défi de plus à l’effort du Canada pour accroître l’énergie éolienne. La province possède les ressources et le réseau requis pour devenir le plus important producteur d’énergie éolienne au Canada. Or, les nouveaux investissements en éolien sont essentiellement gelés, en raison d’une incertitude politique qui ne s’est pas encore dissipée.

  • La mise en place de l’énergie éolienne dépend fortement de l’Alberta et de Terre-Neuve, où l’on prévoit que ces provinces ajouteront respectivement 16 et 13 GW, selon l’hypothèse de base de la REC, constituant la majeure partie des 72 GW d’ici 2050 pour l’ensemble du Canada.

  • D’ici 2050, selon les perspectives de la REC, l’éolien devrait représenter 30 % de la capacité de production totale du Canada, par rapport à seulement 11 % en 2025.

Par Vivan Sorab

Le récent accord d’équivalence du méthane entre Ottawa et l’Alberta prépare le terrain pour que la province régule le méthane à sa manière.

La réduction des émissions de méthane se veut l’une des mesures les moins coûteuses et les plus efficaces pour réaliser des progrès climatiques à court terme. Sur une période de 20 ans, le méthane impacte environ 80 fois plus le réchauffement climatique que le dioxyde de carbone et représente près du quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur pétrolier et gazier du Canada.

L’accord d’équivalence met en suspens la Réglementation d’Ottawa sur le méthane et permet à l’Alberta de mettre en œuvre sa propre approche axée sur le rendement qui regroupe des règlements, des crédits compensatoires et des investissements ciblés, ainsi que la modélisation du méthane, l’analyse et les résultats de la réduction des émissions, dont la supervision s’effectue par un tiers nommé conjointement et à coûts partagés.

La gestion du méthane s'est améliorée en Alberta mais le torchage demeure élevé

Les nouvelles règles provinciales entreront en vigueur le 1er janvier 2027. L’entente, d’une durée de dix ans, remplacera l’accord d’équivalence actuel, qui doit prendre fin en octobre 2030. Si les réductions sont insuffisantes, l’Alberta s’engage à prendre des mesures correctives.

Voici quelques observations :

  • Un véritable élan émerge de tout ça. L’Alberta a déjà réduit ses émissions de méthane de plus de 50 % par rapport à leurs niveaux de 2014, pour environ 172 millions de dollars d’investissements technologiques de réduction depuis 2019 et plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou sans purge, installés dans le cadre du programme de compensation des émissions de carbonede la province.

  • L’acceptation de la vérification des émissions par un tiers représente une étape importante, compte tenu de la divergence des résultats précédents entre les données du secteur et celles d’études indépendantes.

  • L’objectif de 2035 prolonge le délai de conformité de l’Alberta de cinq ans par rapport aux règlements fédéraux existants sur le méthane, faisant passer le seuil de conformité à 75 %, contre 72 % auparavant.

  • Le secteur canadien de l’atténuation du méthane compte plus de 130 entreprises. Les mesures de conformité en vertu des règlements fédéraux pourraient générer 34 000 emplois entre 2027 et 2040, selon une estimation.

  • Les technologies utilisées sont en grande partie éprouvées et disponibles : unités de récupération de vapeur, dispositifs pneumatiques à faible purge, systèmes de contrôle en continu, et programmes de détection et de réparation des fuites.

  • Un projet d’accord d’équivalence est attendu plus tard cette année, suivi d’une consultation publique de 60 jours, les deux parties visant à le finaliser d’ici la fin de l’année.

  • Deux autres protocoles d’entente entre le Canada et l’Alberta demeurent en suspens, notamment l’équivalence de tarification du carbone industriel et un accord trilatéral avec les partenaires de Pathways Alliance.

Ottawa et l’Alberta parient qu’une réglementation coopérative fondée sur les résultats peut entraîner à la fois une augmentation de la production pétrolière et gazière et une baisse des émissions. Ce modèle deviendra un plan sous réserve que les détails puissent résister à un examen.

  • En Colombie-Britannique, l’objectif de ventes de véhicules électriques est passé de 100 % à 75 % en 2035, par souci de conformité aux objectifs fédéraux. Adam Thorn de l’Institut Pembina est « encouragé », mais Brian Kingston, chef de la direction de l’Association canadienne des constructeurs de véhicules, est « déçu » que la Colombie-Britannique se conforme à son mandat provincial en matière de véhicules électriques.

  • New Westminster veut éviter un autre épisode de « dôme de chaleur » : Après que la ville de la Colombie-Britannique ait connu le taux de mortalité le plus élevé lors du dôme de chaleur de 2021, elle est devenue la première ville canadienne à adopter un règlement de chaleur maximale, exigeant que les propriétaires conservent au moins une pièce dans un appartement loué à 26 °C ou moins. « Bien qu’imparfait… c’est une reconnaissance que d’autres vagues de chaleur vont survenir, et que nous devons tous nous adapter », explique Colin Chan, directeur exécutif de l’Autorité provinciale du service de santé de la Colombie-Britannique.

  • L’énergie solaire a atteint un point de bascule. « Dans l’ensemble et depuis un certain temps, l’énergie solaire est déjà moins chère que l’énergie fossile, mais les coûts initiaux étaient auparavant plus élevés », explique Nicolas Fulghum , analyste principal des données énergétiques et climatiques chez Ember.

  • À suivre : Jesse Jenkins, professeur agrégé de politique énergétique à l’Université Princeton, est la voix numérique la plus influente du secteur de l’énergie propre aux États-Unis. Voici une liste de 99 autres poids lourds d’influence aux États-Unis dans le domaine du climat.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat