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Leadership avisé RBC Géopolitique, commerce et économie

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La semaine prochaine, le Sommet canadien sur l’investissement, qui aura lieu à Toronto, réunira 100 investisseurs mondiaux, qui gèrent chacun plus de 1 000 milliards de dollars, ainsi que des dirigeants et des chefs de direction canadiens. L’énergie, les minéraux critiques, la défense et les technologies de pointe feront partie des principaux thèmes abordés.

John Stackhouse, de RBC, traite des éléments auxquels vous devriez réfléchir à l’approche de cet événement inédit.

Cette vidéo est en anglais.

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La stratégie d’immigration du Canada a perdu de son efficacité. Les chocs démographiques — notamment l’accueil, en seulement trois ans, d’un volume d’immigrants correspondant à une décennie d’immigration —, l’instabilité des politiques, l’importance moindre accordée aux compétences et à l’expérience, ainsi que le manque de données en temps réel et de transparence en sont les principales causes. Résultat : pour la première fois en plus de 20 ans, l’opinion publique à l’égard de l’immigration est devenue négative.

Sans l’immigration, la population du Canada sera réduite de moitié d’ici la fin du siècle. Notre population vieillit, le nombre de décès dépasse celui des naissances et le taux de participation à la population active diminue, alors même que la concurrence internationale pour attirer des travailleurs hautement qualifiés en âge de travailler s’intensifie.

Entrée express ne fonctionne pas comme prévu. L’objectif de ce programme phare est de sélectionner les candidats ayant le plus fort potentiel de revenus, et il y parvient : après trois ans, leur revenu médian est supérieur de 30 % à celui des personnes admises dans le cadre du Programme des candidats des provinces (PCP), le deuxième volet d’immigration économique en importancea. Cependant, les sous-catégories du programme compromettent maintenant cet objectif en permettant à des candidats ayant obtenu de moins bons résultats de devancer ceux qui les précèdent dans la file d’attente.

Les catégories d’immigration doivent être resserrées et mieux adaptées aux pénuries de talents propres à chaque région. Le Canada a besoin de certaines catégories d’immigration pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre (notamment dans les métiers manuels), lesquelles varient d’une région à l’autre. Cependant, les 80 volets provinciaux et les catégories fédérales qui se chevauchent ajoutent une complexité inutile au système.

Les voies d’immigration temporaire ont privilégié le volume au détriment des compétences, compromettant ainsi un avantage clé du système en deux étapes. L’accent mis sur l’attraction de travailleurs et d’étudiants pour combler les pénuries de main-d’œuvre à bas salaire et soutenir financièrement des établissements collégiaux sous-financés a compromis une stratégie qui, pendant plus de deux décennies, avait permis aux anciens résidents temporaires d’afficher un avantage salarial par rapport aux résidents permanents admis directement.

Le Canada pourrait reprendre l’avantage dans la course mondiale aux talents en :

  • stabilisant la croissance démographique au moyen d’une cible de croissance de la population (p. ex., 1 %) ;

    rétablissant le système de points, en revenant aux principes de base et en éliminant les sous-catégories d’Entrée express ;

    concentrant la plupart des catégories aux niveaux provincial et territorial afin de répondre aux pénuries de compétences propres à chaque région ;

    renouant avec le modèle en deux étapes, en privilégiant l’admission temporaire de travailleurs hautement qualifiés et en accordant des points dans Entrée express pour l’expérience acquise au Canada ;

    comblant le déficit de données grâce à des renseignements plus complets et disponibles presque en temps réel sur les résultats, notamment les départs du pays et les revenus.

Le Canada se trouve à un moment charnière de son histoire. Les ambitions économiques du pays attirent l’attention du monde entier, alors que les capitaux et les talents partout dans le monde se tournent de plus en plus vers le Canada comme terre d’accueil pour investir et bâtir l’avenir. La capacité du Canada à tirer parti de cet élan dépendra en grande partie de sa capacité à disposer des personnes, des compétences et de l’ambition nécessaires pour le soutenir. Cela passe notamment par une stratégie d’immigration solide et stable, sur laquelle le Canada s’appuie depuis le début de son histoire moderne.

Le présent rapport vise à contribuer à remettre cette stratégie sur la bonne voie, dans la perspective d’une décennie qui s’annonce sans précédent. Notre pays connaît une profonde transformation démographique. Parallèlement, les technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle et la robotique, transforment notre façon de vivre et de travailler. Et les valeurs et les aspirations du pays et de ses collectivités continuent d’évoluer.

Pour RBC, il s’agit de bien plus qu’un enjeu macroéconomique. La question touche directement à notre raison d’être : Contribuer à la réussite des clients et à la prospérité des collectivités. Depuis la fondation de RBC, les immigrants jouent un rôle essentiel dans son histoire. Des nouveaux arrivants au Canada comptaient parmi les personnes qui ont fondé, en 1864, la Merchants’ Bank of Halifax, nom d’origine de la banque. RBC a grandi avec le pays, installant des succursales temporaires aux côtés des chantiers ferroviaires pour servir ceux qui contribuaient concrètement à bâtir le Canada. Plus récemment, nous avons été parmi les premiers à mettre sur pied des Centres pour nouveaux arrivants offrant des conseils personnalisés et des prêts à faible taux d’intérêt aux médecins formés à l’étranger, et aujourd’hui nos services sont offerts dans 200 langues.

Les enjeux sont considérables. Le moment est venu de renforcer notre position dans la course mondiale aux talents grâce à une stratégie plus judicieuse.

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, Banque Royale du Canada

La stratégie d’immigration du Canada doit être repensée.

Entre 2022 et 2024, le pays a accueilli trois millions de migrants, soit environ l’équivalent d’une décennie d’immigration. Cette hausse historique, alimentée par l’afflux de résidents temporaires moins qualifiés, a mis à rude épreuve les infrastructures et les services et masqué le ralentissement de l’économie ; le PIB par habitant a reculé pendant deux années consécutives. Le ralentissement subséquent de l’immigration a entraîné la première baisse de la population du Canada jamais enregistrée.

Ces chocs démographiques illustrent à quel point le système d’immigration du Canada, autrefois réputé, a perdu de son avantage. L’instabilité des politiques, l’affaiblissement du système de points et l’importance moindre accordée aux compétences et à l’expérience y ont également contribué.

Cette perte d’efficacité survient alors que les pressions démographiques s’intensifient et que la concurrence mondiale pour attirer des talents de calibre mondial s’accélère. Le nombre de décès dépasse désormais celui des naissances au Canada. Sans immigration, la population du pays serait réduite de moitié d’ici la fin du siècle.

De surcroît, plus de 25 000 Canadiens prennent leur retraite chaque mois, soit près du double du nombre enregistré il y a 20 ans1. La hausse du ratio entre les personnes âgées et la population en âge de travailler exercera une forte pression sur les régimes de retraite et les systèmes de santé.

Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à ces défis démographiques. À l’échelle mondiale, la population de moins de 25 ans a probablement atteint un sommet2, ce qui laisse présager un recul de la population active partout dans le monde. À mesure que ces tendances se poursuivront, la concurrence pour attirer les travailleurs en âge de travailler hautement qualifiés s’intensifiera.

Malgré ces pressions, 71 % des Canadiens estiment que le pays accueille trop d’immigrants.3 Les sondages indiquent que la plupart des répondants ne sont pas opposés à l’immigration, mais qu’ils s’inquiètent plutôt de la façon dont le gouvernement gère le dossier de l’immigration4. Une discussion constructive sur la politique d’immigration du Canada pourrait permettre de remettre les niveaux d’admission sur la bonne voie et d’éviter que le débat ne sombre dans une rhétorique politisée et contre-productive, comme c’est de plus en plus le cas aux États-Unis et en Europe.

Au cours des six derniers mois, nous avons consulté plus de 60 experts — économistes, démographes, sondeurs, représentants sectoriels et décideurs — afin de comprendre ce qui n’a pas fonctionné dans la politique d’immigration économique du Canada ces dernières années et de recueillir des idées et des perspectives pour mieux orienter la suite. Ces entrevues et tables rondes, auxquelles se sont ajoutées nos propres recherches et analyses de données, ont fait émerger cinq questions auxquelles les décideurs canadiens doivent s’attaquer de toute urgence et en toute transparence pour repenser la stratégie d’immigration du Canada et la rendre plus judicieuse.

1. Existe-t-il un taux idéal ?

Au cours des décennies qui ont précédé la pandémie, la croissance démographique du Canada était relativement stable, s’établissant en moyenne à 1,1 % et augmentant progressivement pour atteindre 1,5 % en 2019 (contre une moyenne de 0,6 % dans les pays de l’OCDE à l’époque, mais avec une densité de population plus faible au Canada). Cette stabilité permettait au Canada d’accueillir de nouveaux habitants sans exercer une pression excessive sur les infrastructures et les services.

À l’inverse, les chocs démographiques survenus après la pandémie ont créé des tensions et accru l’incertitude. Après les confinements, le Canada a accueilli en seulement trois ans un volume d’immigrants équivalant à une décennie d’immigration, soit environ trois millions de personnes. Cette croissance démographique rapide, alimentée par l’immigration temporaire de travailleurs moins qualifiés, a mis à rude épreuve les infrastructures et les services et masqué le ralentissement de l’économie. La proportion de résidents temporaires est passée de moins de 3 % de la population totale avant la pandémie à 7,6 % en 20245 ; les loyers ont grimpé en flèche dans les grandes villes comme Vancouver et Toronto, et le PIB par habitant a reculé pendant deux années consécutives6. En 2023, l’opinion publique à l’égard de l’immigration est devenue négative pour la première fois en plus de 20 ans7.

Conscient de la nécessité de rééquilibrer la situation, le Canada a plafonné la proportion de résidents temporaires, avec pour objectif de la ramener à 5 % de la population totale, et mis en place des garde-fous pour prévenir les abus des programmes destinés aux résidents temporaires par les employeurs et les établissements d’enseignement. Ces mesures ont toutefois provoqué, elles aussi, d’importantes perturbations. Par exemple, plus de 25 changements aux règles visant les étudiants étrangers ont été apportés en l’espace d’environ deux ans8, entraînant la perte de plus de 20 000 emplois dans le secteur de l’enseignement postsecondaire9. Et l’an dernier, la population du Canada a diminué pour la première fois depuis les années 1950.

Les collectivités et les entreprises canadiennes, et les travailleurs qualifiés qui envisagent d’immigrer au Canada, ont besoin de plus de stabilité et de prévisibilité pour pouvoir planifier de façon réaliste.

Qu’est-ce que le Plan des niveaux d’immigration ?

Publié chaque année par le ministre de l’Immigration, le Plan des niveaux d’immigration du Canada établit le nombre de résidents permanents et, depuis 2024, de résidents temporaires que le pays prévoit admettre au cours de l’année à venir, selon différentes catégories, ainsi que des cibles indicatives pour les deux années suivantes. Il s’agit essentiellement de la feuille de route triennale du gouvernement en matière de volume et de composition de l’immigration.

Principaux éléments à prendre en considération

  • Le Canada pourrait envisager d’atteindre et de maintenir une cible stable de croissance démographiqueb d’environ 1 %, un taux qui s’est avéré efficace par le passé, et d’inscrire les décisions en matière d’immigration dans le contexte de l’évolution des autres facteurs démographiques, notamment la fécondité et l’espérance de vie.

    La cible pourrait s’inscrire dans une fourchette de contrôle permettant de légers ajustements annuels (p. ex., +/- 0,2 %) en fonction de facteurs comme l’évolution de la conjoncture économique et du marché du travail, afin de favoriser la réussite des nouveaux arrivants.

    La répartition des admissions — environ 60 % au titre de l’immigration économique, 15 % au titre de l’immigration humanitaire et 25 % au titre de la réunification familiale — est demeurée stable au cours de la dernière décennie. Le Canada pourrait envisager de maintenir cette répartition à l’avenir.

    Les changements de politique et les instructions ministérielles pourraient être limités au Plan des niveaux d’immigration annuel, qui serait accompagné de renseignements comme :

    la logique et les données probantes qui sous-tendent les plans (p. ex., projections démographiques, prévisions d’emploi, capacité des infrastructures) ;

    les formules et la pondération utilisées pour établir les allocations provinciales et attribuer les points dans le cadre d’Entrée express.

    Le taux de croissance devrait être assorti de politiques et d’investissements permettant de répondre aux besoins prévus pour une population de cette taille. Une croissance plus forte nécessite des investissements plus importants dans les infrastructures publiques, comme le logement et les transports, dans les services, comme les soins de santé et l’éducation, ainsi que des investissements privés accrus pour assurer une main-d’œuvre productive. Si le Canada opte pour un taux de croissance plus faible, les politiques devront tenir compte des déficits de financement et de main-d’œuvre associés au vieillissement de la population, à une population active et une assiette fiscale plus restreintes, ainsi qu’à l’augmentation des besoins en matière de soins. Dans ce scénario, le Canada pourrait notamment envisager d’accroître le recours aux technologies dans les hôpitaux et les établissements de soins de longue durée.

2. Comment sélectionner les candidats les plus susceptibles de réussir ?

Le Canada a instauré le système de points pour l’immigration en 1967. Des fonctionnaires attribuaient des points selon neuf critères, dont les études et la formation, la demande de main-d’œuvre et les compétences linguistiques. Un minimum de 50 points sur 100 était requis pour être admis10. Ce système a contribué à réduire les biais dans la sélection des immigrants au Canada et à favoriser à la fois la croissance économique et le dynamisme multiculturel du pays.

Qu’est-ce que le système de points ?

Le système de points est un outil qui permet au Canada de sélectionner des immigrants en fonction de leur potentiel de revenus. Depuis 2015, le système de points, appelé Système de classement global, est administré dans le cadre du programme Entrée express. Il attribue à chaque candidat une cote fondée sur différents facteurs, notamment les études, les compétences linguistiques, l’expérience de travail et l’âge.

La version actuelle du système de points, intégrée au programme Entrée express depuis 2015, s’appuie sur les résultats obtenus par les immigrants par le passé pour repérer les candidats les plus susceptibles de réussir à l’avenir et leur accorder la priorité.

Et le système est efficace : les candidats qui obtiennent les meilleurs résultats tendent à avoir des revenus plus élevés. Les immigrants admis dans le cadre de la catégorie de l’expérience canadienne — la catégorie d’Entrée express dont la note de passage est la plus élevée — ont systématiquement affiché des revenus supérieurs à ceux des personnes admises par d’autres voies. Après 10 ans, leur revenu médian s’établit à 92 100 $, contre 67 400 $ pour les immigrants admis au titre de l’immigration économique et 47 600 $ pour l’ensemble des Canadiens11. Même après trois ans, le revenu médian de l’ensemble des demandeurs principaux admis dans le cadre d’Entrée express est considérablement plus élevé (voir le graphique ci-dessous).

Mais l’attention récemment accordée à l’admission de nouveaux arrivants dans des catégories d’Entrée express associées à des professions précises compromet le fonctionnement du programme Une loi adoptée en 2022 permet au Canada d’ajouter à Entrée express des catégories — en plus des trois catégories initialesc — qui répondent à des priorités précises. Dans chacune de ces catégories, un sous-ensemble de candidats est classé en fonction de critères précis, indépendamment des autres candidats du bassin12. Par exemple, les aides-enseignants sont classés avec les autres candidats de la catégorie des professions de l’enseignement, notamment les enseignants et les éducateurs de la petite enfance, et peuvent ainsi devancer des candidats ayant obtenu une note plus élevée dans une autre catégorie — par exemple des ingénieurs ou des infirmiers praticiens — qui attendent eux aussi d’être admis. En pratique, la concurrence entre les candidats de la catégorie de l’expérience canadienne s’intensifie, tandis que les nouvelles catégories abaissent le seuil d’admission : en moyenne, il faut plus de 100 points de plus pour être admis au titre de la catégorie de l’expérience canadienne qu’au titre des autres catégories.

La liste des catégories d’Entrée express a changé à plusieurs reprises depuis2022, ce qui montre à quel point les besoins en compétences évoluent rapidement et à quel point il est vain de concevoir à l’échelle nationale un système d’immigration permanente qui repose sur ces besoins.

Le programme Entrée express a également abandonné le seuil minimal qui caractérisait le système de points à l’origine : les notes de passage, qui se situaient à environ 450 avant la pandémie, ont chuté jusqu’à 75 en 2021 alors que le Canada cherchait à atteindre ses cibles de résidents permanents malgré les restrictions de voyage13. Et le système perd du terrain : en 2000, près de 80 % des immigrants économiques étaient admis dans le cadre d’une sélection fédérale fondée sur les points ; récemment, cette proportion était plutôt de l’ordre de 30 %14.  

En recentrant les admissions fédérales sur les candidats ayant obtenu les meilleures notes, plutôt qu’en cherchant à prévoir les besoins en compétences ou en professions précises et à y répondre — des besoins qui varient selon les régions —, le Canada pourrait redonner à Entrée express sa vocation première.

Principaux éléments à prendre en considération

  • Le Canada pourrait envisager de fixer une proportion minimale des admissions au titre de l’immigration économique permanente qui se ferait par Entrée express afin de déterminer si cette mesure contribuerait à accroître la prospérité et la confiance du public. Les décideurs pourraient également envisager de rétablir une note de passage minimale fondée sur les principaux facteurs de sélectiond.

  • Les rondes d’invitations d’Entrée express devraient permettre d’admettre les candidats ayant obtenu les meilleures notes. Pour y parvenir, le Canada pourrait éviter d’utiliser Entrée express pour répondre à des objectifs à court terme en y ajoutant des sous-catégories ou en créant, parallèlement à ce programme, d’autres catégories fédérales d’immigration économique.

    Le gouvernement fédéral a indiqué son intention de simplifier les catégories d’Entrée express. Il pourrait aller plus loin en abrogeant la loi de 2022 qui permet d’organiser des rondes d’invitations supplémentaires fondées sur des catégories.  Le Canada pourrait s’engager à revoir régulièrement le système afin de recalibrer le mécanisme de notation et de veiller à ce qu’il demeure adapté à l’évolution du marché du travail, par exemple en tenant compte des compétences qui s’avèrent résilientes à mesure que les répercussions de l’IA se font sentir sur le marché.

3. Qu’en est-il des pénuries d’aptitudes au Canada ?

On pourrait faire valoir que toute l’immigration économique du Canada devrait passer par Entrée express, puisque l’admission des candidats ayant obtenu les meilleures notes serait le moyen le plus sûr d’accroître les revenus moyens et le niveau de vie. Mais une telle approche ferait abstraction des pénuries de talents qui touchent les collectivités partout au pays.

À mesure que la population canadienne vieillit, la demande de travailleurs de la santé augmente plus rapidement que notre capacité à former suffisamment de travailleurs au pays. Entre 2016 et 2024, la proportion de postes vacants dans le secteur des soins de santé a presque triplé15 et a été multipliée par cinq dans le cas des infirmiers auxiliaires autorisés.16

Les métiers spécialisés sont eux aussi confrontés à des pénuries de main-d’œuvre. En Colombie-Britannique, par exemple, les effectifs dans le secteur de la construction non résidentielle devront augmenter de 10 % pour permettre la réalisation de projets comme l’agrandissement de l’Hôpital de Richmond et les travaux aux hôpitaux St. Paul’s et Surrey17. Le gouvernement fédéral estime que plus de 1,4 million de nouveaux travailleurs des métiers spécialisés seront nécessaires d’ici 203318, alors qu’une vague de départs à la retraite se profile. Les pénuries prévues varient selon les régions : en Ontario, les cuisiniers et les soudeurs figurent en tête de liste, tandis qu’au Yukon, les principaux besoins futurs comprennent notamment les plombiers et les électriciens en construction19.

La sélection fondée sur des catégories, notamment dans le cadre du Programme des candidats des provinces (PCP), permet de répondre à des pénuries de compétences précises et de mieux répartir les retombées de l’immigration partout au pays. Lorsque le PCP a été créé en 1998, 11 % des immigrants économiques s’établissaient à l’extérieur de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique. En 2024, cette proportion atteignait 37 %. 

Le Canada doit toutefois se garder de multiplier les catégories, qui varient considérablement d’une province à l’autre malgré des objectifs souvent similaires et qui chevauchent les catégories fédérales. Par exemple, toutes les provinces offrent des voies d’immigration distinctes pour les entrepreneurs, les travailleurs qualifiés et les diplômés étrangers d’établissements d’enseignement postsecondaire canadiens20. Imaginez devoir vous retrouver dans ce dédale d’environ 80 voies d’immigration21 en tant que personne souhaitant immigrer au Canada.

Un autre défi de taille lié au PCP est la rétention : certaines provinces, de même que les régions rurales de la plupart des provinces, peinent à inciter les nouveaux arrivants qualifiés à y rester. Chez les cohortes admises entre 2010 et 2015, les taux de rétention après cinq ans allaient de 39 % à l’Île-du-Prince-Édouard et de 61 % au Nouveau-Brunswick à environ 94 % en Ontario et en Alberta22.

Le Canada a besoin de certaines voies d’immigration fondées sur des catégories pour répondre aux pénuries de talents que le système de points pourrait ne pas prioriser, mais les gouvernements fédéral et provinciaux doivent faire preuve de stratégie dans leur gestion.  

Principaux éléments à considérer :   

  • Situer les catégories d’immigration auprès des provinces et des territoires et en réduire le nombre au niveau fédéral rapprocherait les admissions ciblées des marchés du travail régionaux et permettrait au gouvernement fédéral de se concentrer sur l’admission des candidats dont les revenus futurs sont les plus prometteurs.

    Les provinces qui participent au Programme des candidats des provinces (PCP) pourraient se concerter afin de simplifier le système en visant un nombre réduit de catégories plus stables, tout en permettant éventuellement d’ajuster les critères pour conserver une certaine souplesse.

    Les provinces pourraient s’appuyer sur les données sur le marché du travail afin d’harmoniser les catégories avec les débouchés qui se sont concrètement confirmés. Elles pourraient également chercher à sélectionner et à désigner davantage de candidats provinciaux issus du bassin d’Entrée express, dont les revenus ont tendance à être environ 30 % plus élevés que ceux des autres cohortes après trois ans.23

  • Les taux de rétention sont plus élevés lorsque les nouveaux arrivants occupent un emploi et voient leurs revenus augmenter.24 Les provinces pourraient expérimenter différentes façons de favoriser la réussite professionnelle des nouveaux arrivants, notamment en mettant à l’essai des programmes d’évaluation des compétencese permettant de reconnaître et d’homologuer les compétences qu’ils possèdent à leur arrivée.f

    Les provinces pourraient également se doter de cadres d’évaluation plus solides. Des organismes de recherche de la Colombie-Britannique, du Manitoba, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswickg ont conclu des ententes d’échange de données avec le gouvernement fédéral qui permettent de croiser les dossiers d’immigration et les données provinciales et d’obtenir plus rapidement des renseignements plus détaillés sur les personnes qui restent dans la province. D’autres provinces pourraient leur emboîter le pas.

4. Comment faciliter le parcours des talents temporaires ?

Même lorsque les immigrants arrivent au Canada avec les compétences dont le pays a besoin, il faut souvent des années avant que leurs titres de compétences soient reconnus et qu’ils puissent acquérir l’expérience professionnelle au Canada nécessaire pour réussir sur le marché du travail. C’est précisément à cet enjeu que répond le modèle en deux étapes que le Canada met en œuvre depuis plus de deux décennies.

Le modèle d’immigration en deux étapes

Le modèle d’immigration en deux étapes est le parcours vers la résidence permanente que suit une proportion croissante des immigrants au Canada. Il consiste à entrer d’abord au Canada à titre de résident temporaire — notamment comme travailleur étranger ou étudiant étranger —, puis à obtenir la résidence permanente par l’intermédiaire de programmes comme Entrée express ou le Programme des candidats des provinces.

Dans le cadre du modèle d’immigration en deux étapes, les nouveaux arrivants qualifiés arrivent au Canada avec un permis d’études ou de travail, font reconnaître leurs titres de compétences, et acquièrent une expérience professionnelle et des réseaux qui se traduisent par des revenus plus élevés.  Dix ans après leur arrivée, ceux qui étaient passés par le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) dans le cadre du modèle en deux étapes gagnaient en moyenne 18 000 $ de plus que ceux qui avaient suivi le parcours en une seule étape25. De même, les résidents permanents qui avaient auparavant étudié au Canada gagnaient environ 30 % de plus que les nouveaux arrivants ayant des titres de compétences comparables26. En fait, le niveau de revenu d’une personne à titre de résident temporaire est le meilleur indicateur de son revenu futur comme résident permanent27.

Or, ces gains de revenus par rapport aux immigrants admis en une seule étape disparaissent lorsque les résidents temporaires arrivent avec un faible niveau de compétences ou s’inscrivent à des programmes d’études postsecondaires de piètre qualité.

Le Canada a commencé à voir ces gains s’amenuiser avant la pandémie, alors que les collèges et les universités augmentaient leurs effectifs d’étudiants étrangers. Bon nombre de collèges l’ont fait avec l’aide de partenaires privés et de campus satellites improvisés, sans mécanismes de contrôle suffisants pour veiller à ce que les étudiants s’inscrivent à des programmes de qualité.

Puis la pandémie a frappé. À la sortie des confinements, les entreprises et les établissements d’enseignement postsecondaire ont réclamé davantage de travailleurs et d’étudiants temporaires, et le gouvernement a répondu à la demande. Le nombre d’étudiants étrangers a alors explosé — le ministre de l’Immigration de l’époque allant jusqu’à comparer les collèges à des « usines à chiots »28   —, tandis que les entreprises comblaient les pénuries de main-d’œuvre dans les emplois à bas salaire, notamment sous l’effet de ce qui a été appelé « l’effet PCU », qui avait désincité les travailleurs rémunérés au salaire minimum à reprendre leur emploi29.

Entre 2019 (avant la pandémie) et 2023 :

  • Le nombre de permis d’études approuvés a augmenté de 102 %30

  • Le nombre de permis de travail postdiplôme approuvés a augmenté de 154 %31

  • Le nombre de permis de travail pour travailleurs étrangers temporaires a augmenté de 88 %

  • Le nombre de permis délivrés dans le cadre du Programme de mobilité internationale, une version accélérée du programme de travailleurs temporaires, a augmenté de 126 %.32

En 2023, le revenu d’entrée médian des immigrants ayant suivi le modèle en deux étapes était tombé à son plus bas niveau depuis 2017.33

Depuis, les mesures prises par le gouvernement ont évolué dans la direction opposée, misant sur une sélection plus rigoureuse et une réduction du nombre de résidents temporaires admis. En 2024, par exemple, le Canada a renforcé les mécanismes de contrôle du Programme des étudiants étrangers, notamment en instaurant les lettres d’attestation provinciale afin de répartir entre les provinces et les territoires le nombre limité de places accordées aux étudiants étrangers. Le gouvernement a également considérablement resserré l’octroi de nouveaux permis d’études : le taux d’approbation s’établissait à 38 % en septembre 2025, contre 58 % en 2023, alors même que le nombre de demandes était beaucoup plus élevé34.

Ces deux mouvements de balancier — l’afflux massif de résidents temporaires peu qualifiés, d’une part, et les restrictions rigoureuses imposées aux étudiants qui souhaitent s’inscrire à des programmes de qualité, d’autre part — compromettent la logique même du modèle en deux étapes que le Canada continue de privilégier, alors qu’il fait passer un nombre record de résidents temporaires au statut de résident permanent.

Principaux éléments à prendre en considération

  • Les diplômés étrangers de programmes d’études postsecondaires de grande qualité, adaptés aux besoins du marché du travail, constituent de bons candidats à la résidence permanente s’ils souhaitent rester au Canada et de bons ambassadeurs du pays s’ils choisissent de partir. Or, ce n’est pas ainsi que les collèges et les universités ont été incités à considérer les étudiants étrangers. La mise à jour des modèles de financement provinciaux, de manière à ce que les établissements publics ne dépendent pas des droits de scolarité des étudiants étrangers pour financer les places destinées aux étudiants canadiens, pourrait contribuer à préserver la viabilité d’un système d’enseignement de calibre mondial et l’intégrité du parcours en deux étapes pour les talents.

  • Une fois la cible de 5 % de résidents temporaires atteinte, le Canada pourrait envisager de revenir à une admission des étudiants étrangers dictée par la demande, en commençant peut-être par un projet pilote au niveau des études supérieures, qui est déjà exempté des plafonds établis au moyen des lettres d’attestation provinciale, afin d’évaluer les répercussions sur les niveaux d’immigration temporaire et le profil de compétences des nouveaux arrivants. Le Canada pourrait également mettre à l’essai une voie temporaire pour les entrepreneurs afin d’attirer des investisseurs et des créateurs d’emplois ayant fait leurs preuves.h

  • L’intégration, dans le mécanisme de notation du Canada, des revenus gagnés à titre de travailleur temporaire et des revenus associés à certains programmes d’études postsecondaires au Canada pourrait améliorer les résultats, surtout si le mécanisme était transparent pour les demandeurs. Par exemple, le fait d’illustrer clairement l’incidence que pourrait avoir le choix d’un programme d’études postsecondaires sur leur note pourrait les inciter à privilégier des programmes dont les résultats sur le marché du travail sont démontrés.

5. Le Canada dispose-t-il de données suffisamment fiables et à jour ?

Les données disponibles pour orienter les décisions du Canada en matière de politique d’immigration sont moins complètes et moins à jour qu’elles pourraient l’être. Bien que le Canada dispose d’une bonne visibilité sur les répercussions économiques de l’immigration grâce à la Base de données longitudinales sur l’immigration, qui s’appuie sur les données des déclarations de revenus, le délai de deux ans avant la publication des données en limite considérablement l’utilité.

En Nouvelle-Zélande, les données sur l’emploi des migrants sont publiées avec un délai de seulement trois mois. Elles combinent les données sur l’immigration et les données fiscales mensuelles35.  Le projet de paie électronique du Canada, qui vise à normaliser et à centraliser les déclarations de paie des employeurs, pourrait permettre de produire des données dans des délais comparables à ceux de la Nouvelle-Zélande.

Entre-temps, l’Enquête sur la population active (EPA) fournit des données plus rapidement que la Base de données longitudinales sur l’immigration. L’EPA produit chaque mois des estimations de l’emploi et d’autres données sur le marché du travail, avec un délai de seulement 10 jours entre la collecte et la publication des données36. Toutefois, ses données sont moins détaillées et moins fiables que celles de la Base de données longitudinales sur l’immigration, et les résidents temporaires y sont sous-représentés. Les données de l’EPA ne permettent pas de déterminer ce que deviennent certains groupes précis de résidents temporaires, comme les titulaires d’un permis de travail postdiplôme.

Jusqu’à récemment, le Canada ne disposait pas non plus de données suffisantes sur le respect des conditions d’immigration. Dans un rapport publié en 2026, le vérificateur général a constaté qu’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) « ne savait pas si les étudiants quittaient le Canada après l’expiration de leur permis ». L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) n’a pu confirmer le départ que d’environ 40 % des quelque 40 000 titulaires de permis d’études expirés37. En réponse à ce défi,IRCC et l’ASFC ont lancé un projet pilote visant à suivre les départs du Canada.

Au-delà des lacunes dans les données, le manque de transparence du processus décisionnel pose lui aussi des difficultés et peut miner la confiance du public. La cible de 380 000 résidents permanents établie dans le Plan des niveaux d’immigration 2026-2028 représentait une hausse modeste par rapport aux projections de l’année précédente, mais elle a été présentée comme une baisse, notamment parce que les chiffres de 2024 étaient utilisés comme point de comparaison sans tenir compte des mesures ponctuelles prises pour rééquilibrer la population de résidents temporaires, notamment le passage de 148 000 d’entre eux au statut de résident permanent. Cette présentation trompeuse ne fait qu’alimenter le scepticisme du public. Parallèlement, IRCC publie chaque année, dans le Plan des niveaux d’immigration, le nombre de candidats que chaque province reçoit dans le cadre du PCP. Toutefois, la formule précise et les facteurs de pondération utilisés pour établir ces allocations demeurent confidentiels.

Améliorer la rapidité, l’exhaustivité et la transparence de la collecte et de la communication des données sur l’immigration pourrait contribuer à éclairer les décisions en matière de politique d’immigration et à renforcer la confiance du public à leur égard.

Principaux éléments à prendre en considération

  • Faire progresser le projet de paie électronique avec la participation de ministères et organismes comme Statistique Canada pourrait permettre d’obtenir plus rapidement des données sur les principaux indicateurs. Cette initiative pourrait s’inscrire dans une approche à plusieurs niveaux en matière de données, qui comprendrait également :

    • Intégrer les données de paie électronique à la Base de données longitudinales sur l’immigration afin que les décideurs disposent également d’un portrait longitudinal plus détaillé, établi à partir du couplage des données fiscales et des données sur l’immigration.

    • Recueillir des données plus précises auprès des résidents temporaires dans le questionnaire de l’EPA et publier des estimations des départs selon le type de permis (par exemple, pour les titulaires d’un permis de travail postdiplôme)i.

    • Croiser et exploiter les données déjà recueillies systématiquement afin de mieux comprendre les résultats des immigrants, notamment leur mobilité. Par exemple, l’Environnement de données statistiques longitudinales sur l’immigration combine des données administratives sur la santé et l’éducation avec des données du Recensement et de la Base de données longitudinales sur l’immigration. Cet environnement a toutefois été créé de façon ponctuelle et ne constitue pas encore un produit régulier.

  • Le Canada pourrait améliorer la transparence et la reddition de comptes en :

    • publiant des cibles claires dans le Plan des niveaux d’immigration et la logique qui les sous-tend, afin d’éviter toute ambiguïté susceptible d’éroder la confiance du public ;

    • uniformisant la présentation des données provinciales sur le PCP (format et fréquence de publication) et en publiant des données nationales consolidées indiquant les allocations provinciales, les taux d’utilisation et la proportion des candidats désignés provenant du bassin d’Entrée express ;

    • présentant séparément la proportion d’immigrants économiques qui sont des demandeurs principaux et celle qui correspond aux conjoints et aux personnes à charge.

En définitive, les questions soulevées dans le présent rapport portent sur la recherche d’un équilibre entre des intérêts parfois difficiles à concilier.

Le Plan des niveaux d’immigration du Canada établit des cibles pour les admissions de résidents permanents et temporaires, ce qui signifie que le nombre de places disponibles est limité : l’admission d’une personne se fait, en pratique, au détriment d’une autre.

L’admission de nouveaux arrivants hautement qualifiés peut contribuer à accroître le bien-être économique de la population canadienne dans son ensemble. À l’inverse, l’admission de personnes dont les compétences sont moins recherchées sur le marché du travail canadien peut avoir l’effet contraire, en accentuant la concurrence pour les emplois à bas salaire et en exerçant une pression à la baisse sur les salaires moyens et la prospérité économique.

En théorie, le Canada pourrait s’en remettre uniquement au système de points pour sélectionner les immigrants économiques les plus susceptibles d’obtenir des emplois bien rémunérés et de contribuer davantage à l’assiette fiscale. Or, ces candidats ayant obtenu les meilleures notes pourraient tous choisir des emplois dans le secteur des entreprises à Toronto, ce qui contribuerait peu à réduire les listes d’attente pour consulter un médecin de famille dans des endroits comme l’Île-du-Prince-Édouard.

La sélection fondée sur des catégories peut aider le Canada à répondre à des pénuries de compétences précises et urgentes. Le Canada pourrait tirer le meilleur parti des deux approches — la sélection fondée sur des catégories et celle fondée sur le système de points — sans que l’une compromette l’autre, en confiant au gouvernement fédéral la sélection, au moyen du système de points, des candidats ayant les revenus futurs les plus prometteurs et en laissant aux provinces et aux territoires le soin de définir les catégories d’admission en fonction de leurs priorités. Les provinces pourraient collaborer avec les organismes professionnels et les établissements de formation qu’elles réglementent afin de veiller à ce que les nouveaux arrivants soient sélectionnés et accompagnés de manière à répondre aux pénuries régionales de talents dans des carrières offrant de bonnes perspectives.

Le fait d’emprunter un parcours en deux étapes vers la résidence permanente, en acquérant d’abord une expérience de travail ou d’études au Canada, peut accroître les chances des nouveaux arrivants d’accéder à ces carrières prometteuses. Cela dit, tous les programmes temporaires ne devraient pas nécessairement mener à la résidence permanente. Le Canada pourrait améliorer les résultats et la transparence en s’appuyant sur des indicateurs de revenus pour déterminer quelles voies d’immigration temporaire peuvent servir de tremplin vers la résidence permanente et en précisant davantage les attentes à l’égard de celles qui ne le peuvent pas. Pour y parvenir, il faudrait améliorer la rapidité et l’exhaustivité de la collecte et de la communication des données au Canada.

Gérer ces arbitrages de façon stratégique et transparente, en énonçant clairement les cibles et les principes qui les sous-tendent dans le Plan des niveaux d’immigration du Canada, peut contribuer à rétablir et à maintenir la confiance du public à l’égard des décisions en matière de politique d’immigration. Il en va de même d’une croissance démographique stable.

Une croissance régulière et prévisible permet aux décideurs et aux entreprises de planifier les infrastructures, les services et les mesures de soutien dont les nouveaux arrivants et leurs familles ont besoin — des soins de santé et du logement au transport et à l’éducation —, tout en renforçant la confiance du public dans le fait que l’immigration contribue à la vitalité des collectivités et de l’économie canadiennes plutôt qu’à les fragiliser.

Il est urgent de rétablir cette confiance. La capacité du Canada à attirer des talents de calibre mondial repose sur le rétablissement de sa réputation comme pays stable, doté d’une population accueillante et de parcours d’immigration prévisibles permettant aux nouveaux arrivants de s’épanouir. En recentrant les arbitrages en matière de politiques sur l’accroissement de la prospérité partout au pays grâce à une immigration économique stable et axée sur les compétences, le Canada peut regagner l’appui du public à l’égard d’une stratégie d’immigration à long terme, dans laquelle les objectifs humanitaires et de réunification familiale progressent de concert avec les objectifs économiques.

Télécharger le rapport

30 Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. (2024). Le programme des étudiants internationaux en un coup d’œil. https://www.canada.ca/fr/immigration-refugies-citoyennete/organisation/transparence/comites/cimm-28-fev-2024/programme-etudiants-internationaux-en-un-coup-doeil.html

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Le président des États-Unis, Donald Trump, a pris le Canada par surprise en annonçant un virage vers le Venezuela et un plan pour prendre le contrôle d’une partie des réserves pétrolières du pays sud-américain.

Mais dans les faits, le Venezuela pourrait-il prendre le pas sur les sables bitumineux ?

Pourquoi le pétrole lourd est-il si important pour les États-Unis ? Il n’est pas facile pour les États-Unis de remplacer l’offre canadienne, dans le contexte d’une production nationale extrêmement faible et d’un déclin structurel de l’approvisionnement en brut lourd du Mexique et du Venezuela.

La rivalité entre le Venezuela et le Canada dans le domaine du pétrole lourd n’est pas quelque chose de nouveau. Les deux pays se disputaient déjà les capacités de raffinage des États-Unis dans les années 1990 et au début des années 2000 – bien que ce ne soit plus le cas depuis plusieurs années. Les exportations de brut lourd du Venezuela vers les États-Unis ont chuté, passant de plus de 1,5 million de barils par jour (bpj) en 2000 à des niveaux négligeables ces dernières années. Toutefois, depuis le renversement du régime de Nicolas Maduro par Washington, le brut vénézuélien a refait surface pour atteindre 630 000 bpj en juin. En comparaison, le Canada a exporté plus de quatre millions de barils par jour aux États-Unis au cours du même mois, et il demeure la principale source de pétrole brut importé pour les États-Unis.

Les coûts d’une relance de la production au Venezuela seraient colossaux. Selon l’équipe Stratégie marchandise de RBC, le projet coûterait des milliards de dollars en investissements sur une période de dix ans, notamment à cause de la mauvaise gestion des infrastructures et des actifs au Venezuela à partir du milieu des années 2000 et du vieillissement de bon nombre des gisements les plus prolifiques du pays. 

Le retour du pétrole vénézuélien « serait probablement un processus lent, coûteux et politiquement fragile », selon Shaz Merwat, Énergie, Leadership avisé RBC, dans une note publiée à la fin de l’année dernière.

La plupart des sociétés hésitent à retourner au Venezuela – pour le moment. Les sociétés ayant exercé des activités au Venezuela par le passé sont hésitantes, préoccupées par le recouvrement de la dette découlant de l’ère des sanctions. ExxonMobil et ConocoPhillips traînent à retourner au Venezuela, après avoir perdu des milliards de dollars d’actifs lors d’expropriations menées par l’État.

Cependant, certaines se sont lancées. L’entreprise américaine Chevron et l’entreprise italienne Eni sont ainsi les premières à revenir dans ce pays après l’annonce de M. Trump. Le plan d’investissement de 7 milliards de dollars américains de Chevron pour les cinq prochaines années pourrait plus que doubler sa production au Venezuela, la portant à 600 000 barils par jour.

La lutte pour le pétrole lourd s’intensifiera au cours des prochaines années. L’équipe Stratégie marchandise de RBC estime que l’offre du Venezuela pourrait augmenter de 110 000 bpj en 2026 et de 245 000 bpj supplémentaires en 2027. Les États-Unis prétendent contrôler 65 milliards de barils des réserves prouvées du Venezuela, ce qui laisse du potentiel pour augmenter cette part, à condition que le projet surmonte les obstacles juridiques et contractuels au Venezuela et aux États-Unis ainsi que les changements politiques dans ces deux pays.

Qu’est-ce que cela signifie pour le Canada ? L’an dernier, les sociétés pétrolières canadiennes ont extrait un volume record de 5,35 millions de barils de brut par jour, faisant fi des efforts des États-Unis pour ranimer l’industrie pétrolière du Venezuela. Les principales actions du secteur canadien de l’énergie ont continué de progresser à la faveur de la hausse des prix du pétrole.

Le secteur canadien du pétrole et du gaz attire l’attention des États-Unis et du reste du monde. Au cours des dernières semaines, des sociétés comme KKR, Apollo et Pétrole et gaz du Nord ont investi dans le secteur pétrolier tau Canada. La phase 2 du projet de LNG Canada, une coentreprise regroupant cinq sociétés mondiales du secteur de l’énergie, dont la grande société pétrolière Shell, est maintenant en attente de l’approbation simplifiée du Bureau des grands projets du gouvernement.

Le Canada se tourne vers l’Asie. Des efforts sont également déployés pour aider le Canada à se diversifier au cas où le Venezuela augmenterait sa production de façon encore plus significative. Le projet de pipeline de la côte ouest, qui acheminera un million de barils par jour de l’Alberta à la Colombie-Britannique, ciblera l’Asie. Peu importe l’évolution de la politique américaine, les producteurs canadiens sont en voie de se positionner pour accéder à un marché diversifié et accroître leur résilience face à l’intensification de la concurrence.

Le Canada et les États-Unis ont échangé des attaques verbales : Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, a déclaré que son pays « n’était pas en guerre » avec le Canada, en se moquant de la menace que représenteraient des « sous-marins sortis du centre commercial d’Edmonton ». Le Premier ministre Mark Carney a déclaré que les Américains devraient « cesser de faire des mèmes, de lancer des pointes et de jouer les durs, et commencer à être sérieux. »

Les républicains soutiennent la guerre commerciale de Donald Trump : les membres républicains du Congrès ont rencontré le représentant américain au Commerce Jamieson Greer cette semaine, et dans l’ensemble ils ont appuyé la stratégie commerciale du président, reprochant à M. Carney de se retirer des négociations.

Les ministres des Finances et les dirigeants des banques centrales du monde se sont réunis au sommet du G20 : La Chine a été le seul pays à rejeter certaines parties d’une déclaration commune publiée à la suite du sommet, en particulier un paragraphe précisant que les pays prendraient des mesures pour éliminer les politiques et les pratiques non favorables aux marchés.

Le Sommet sur les placements du Canada approche, dans le contexte des tensions commerciales avec les États-Unis : Au cours du sommet, M. Carney et d’importants chefs de la direction canadiens comptent parler de l’énergie, des minéraux critiques, de la défense et des technologies avancées, selon un rapport.

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Après l’échec des pourparlers entre le Canada et les États-Unis, le président américain Donald Trump a imposé des droits de douane de 50 % sur plus de 500 marchandises canadiennes, ce qui représente 5 % (environ 20 milliards de dollars américains) du total des exportations du pays vers les États-Unis. Le Canada a répliqué en annonçant des contre-mesures tarifaires « dollar pour dollar ».

Nos collègues des Services économiques RBC ont analysé les répercussions des nouveaux droits de douane américains :

  • 5,5 % – Le taux moyen des droits de douane sur les importations américaines en provenance du Canada, en hausse par rapport à 3 % environ, mais encore au-dessous du taux moyen appliqué par les États-Unis aux importations de tous les autres pays.

  • 0,4 % – L’impact sur le PIB du Canada. Bien que plus de 80 % des exportations demeurent exemptes de droits de douane en vertu de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), l’impact sur les secteurs ciblés sera considérable. 

Vous pouvez consulter l’intégralité du rapport des Services économiques RBC ici.

  • La Colombie-Britannique, le Québec et l’Ontario sont les provinces les plus impactées par les nouveaux droits de douane, car de 10 % à 15 % de leurs exportations vers les États-Unis sont touchées.

  • Le matériel électrique, le plastique, l’empaquetage, le mobilier et l’éclairage constituent la majeure partie des biens visés.

  • Les Prairies et les provinces de l’Atlantique, dont les États-Unis dépendent largement pour s’approvisionner en biens essentiels comme l’énergie, la potasse et les céréales, sont largement épargnées.

Bon nombre des principales exportations agroalimentaires du Canada, dont les céréales, les oléagineux, les aliments riches en protéines et le bétail, ainsi que les produits transformés, ont été exclues de la liste visée à l’article 338.

Cependant, plusieurs secteurs importants sont touchés :

  • Produits laitiers : le secteur a été ciblé de façon significative, mais de façon inégale. Le barème s’applique à des dizaines de produits, en particulier le lactosérum, les concentrés de lait et de crème, ainsi que plusieurs ingrédients protéinés pour le lait. La famille de produits la plus impactée est celle du lactosérum, dont plus de 100 millions de dollars en valeur ont été vendus aux États-Unis en 2025. Il est à noter que le yogourt, le beurre et le fromage ne sont pas inclus dans la dernière liste de droits de douane.

  • Miel, sucres, sirops : le miel naturel a été ciblé, ce qui pourrait avoir de graves répercussions pour les apiculteurs. L’an dernier, le miel envoyé aux États-Unis a atteint une valeur de 30 millions de dollars, soit plus de 50 % des exportations de ce produit. D’autres sirops et sucres, comme le glucose et le sirop de glucose (soit 100 millions de dollars d’exportations vers les États-Unis) figurent dans la liste, tandis que le sirop d’érable (540 millions de dollars) a été épargné.

  • Horticulture, botanique, huiles essentielles : la plupart des bulbes, des fleurs coupées et des autres plantes vivantes sont touchés, de même que les huiles essentielles, lesquelles sont toutes incluses dans la liste. Ces mesures ont de lourdes conséquences. En 2025, les fleurs coupées et les boutons de fleurs exportés aux États-Unis ont représenté 155 millions de dollars, et les bulbes et tubercules, 52 millions de dollars. En outre, la valeur des exportations d’huiles essentielles vers les États-Unis s’est élevée à 55 millions de dollars environ, soit 80 % des exportations de ce segment. 

  • Boissons alcoolisées : le barème tarifaire comprend 63 lignes classifiées dans la catégorie des boissons alcoolisées, ce qui porte un coup considérable et généralisé au secteur. Cette liste englobe plus de 1,2 milliard de dollars de produits parmi les grandes familles de bières, de vins, de spiritueux et autres boissons fermentées.

Étant donné que plus de 60 % (60 milliards de dollars) des exportations du secteur agroalimentaire canadien sont destinées aux États-Unis chaque année, les Américains sont devenus dépendants du Canada pour assurer la sécurité et l’accessibilité alimentaires. Bien que les nouveaux droits de douane soient douloureux pour les secteurs visés et entraînent une hausse des prix pour les consommateurs américains, ils ne modifient pas la situation macroéconomique de l’agriculture canadienne.

Lundi, Donald Trump a annoncé qu’il doublerait les droits de douane à l’égard de l’industrie automobile canadienne pour les porter à 50 % et qu’il appliquerait un taux punitif sur les voitures, les camions et les pièces, en plus de l’acier. Dans sa publication, le président a déclaré que les Américains n’ont pas besoin du Canada.

Or, le secteur nord-américain de l’automobile est hautement intégré – les pièces traversent les frontières nord-américaines jusqu’à huit reprises avant qu’un véhicule ne soit assemblé. Ces droits de douane sont plus dévastateurs pour le secteur automobile canadien que pour le secteur américain, mais dans l’absolu, l’escalade de la guerre commerciale pénalisera le secteur automobile des deux côtés de la frontière.

  • Répartition : les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de l’automobile s’élèvent à 100 milliards de dollars (entre l’assemblage, les pièces, la carrosserie et les semi-remorques). Les États-Unis ont un excédent de 3 milliards de dollars. Peu importe les échanges commerciaux perdus avec les Américains, ces derniers risquent d’être perdants également.

  • Coup à la production des États-Unis : la plupart des 10 à 11 millions de véhicules assemblés aux États-Unis sont vendus sur le marché intérieur, mais environ 15 % sont exportés, le Canada représentant de loin le plus grand marché d’exportation – plus que les 10 marchés d’exportation suivants combinés. Le fait de fermer la porte aux importations américaines impacterait de 7 % à 10 % de la production annuelle des États-Unis.

  • Les Canadiens sont de gros acheteurs de voitures : seuls les Américains achètent plus de voitures que les Canadiens, sur une base par habitant. Les Canadiens dépensent près de 110 milliards de dollars par année en voitures, dont 90 % sont fabriquées à l’étranger. Les Canadiens ont aussi une préférence marquée pour les véhicules plus lourds et à plus forte valeur. La série F de Ford est le véhicule le plus vendu au Canada depuis 15 ans.

  • Les droits de douane rendent les véhicules plus chers : à eux seuls, les droits de douane à l’égard du Canada et du Mexique ont totalisé 1 600 $ par véhicule assemblé aux États-Unis, sans compter les droits imposés sur l’acier et l’aluminium. Les droits de douane à l’égard du Canada et du Mexique ont coûté 12,5 milliards de dollars aux fabricants et fournisseurs automobiles nord-américains l’année dernière.

  • Les États-Unis perdent des parts de marché : le marché canadien est petit par rapport au marché américain, mais le pays demeure le plus grand acheteur mondial de voitures et de camions américains. Dans la décennie ayant précédé l’imposition de droits de douane sur l’industrie automobile canadienne par Donald Trump, 49 % des véhicules importés au Canada étaient fabriqués aux États-Unis. Mais au cours des dix premiers mois de 2025, ce pourcentage est tombé à 36 % au profit des véhicules sud-coréens et mexicains qui ont gagné des parts de marché. Si des droits de douane encore plus élevés entrent en vigueur, cette tendance pourrait se poursuivre.

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Alors que le débat se poursuit sur les coûts de construction du projet de l’oléoduc de la côte ouest de l’Alberta, une question reste en suspens : Comment le brut lourd canadien peut-il rivaliser avec ceux du golfe Persique et du Vénézuéla qui améliore sans cesse ses catégories de pétrole, ces deux concurrents approvisionnant déjà le marché asiatique ? Plusieurs éléments clés doivent être réunis pour justifier la rentabilité du projet d’oléoduc, mais aucun d’entre eux n’est garanti.

Un baril canadien coûte environ le double de celui du golfe si l’on tient compte des coûts d’acheminement à une même raffinerie, située à une distance de 1 200 kilomètres par rapport au port en eau profonde. Sur la seule base du coût de livraison, tout argument en faveur de l’oléoduc doit expliquer ce qui compense un tel écart.

Un marché pétrolier concurrentiel

Livraison de pétrole brut lourd dans l’Asie du Nord-Est ($ CA/baril)

Pétrole WCSBrut lourd arabeBrut Merey
Coûts de livraison ($ CA/baril)(Canada)(Golfe)(Vénézuéla)
Du gisement au port en eau profondeDe 9 $ à 11 $De 2 $ à 3 $De 4 $ à 6 $
Fret vers l’Asie du Nord-EstDe 4 $ à 6 $De 3 $ à 4 $De 4 $ à 5 $
Prix de vente, tous frais comprisDe 13 $ à 17 $De 5 $ à 7 $De 8 $ à 11 $

Nota : Les coûts de l’expédition des gisements au port en eau profonde pour les pays du golfe Persique et le Vénézuéla sont des estimations de Leadership avisé RBC. Les coûts du brut Western Canadian Select (WCS) sont modélisés d’après les coûts d’expédition de Trans Mountain depuis son terminal maritime de Westridge jusqu’en Chine.  Les frets sont des estimations au milieu du cycle.

Le nouvel oléoduc ne doit pas suivre le même parcours que celui du projet d’agrandissement de Trans Mountain (projet TMX), où les dépassements de coûts ont été partiellement répercutés sur les expéditeurs.

Rentabilité de l’oléoduc

Comparaison des indicateurs financiers entre l’oléoduc de la côte ouest et celui du projet de Trans Moutain (projet TMX)

Oléoduc de la côte ouestOléoduc de la côte ouestProjet TMX
Paramètres de l’oléoduc ($ CA)Est. basseHighActual
Capacité, en nombre de barils par jour1 0001 000890
Coûts en capital, en milliards de dollars35,2 $43,7 $35,3 $
Coût en capital, en dollars par nombre de barils par jour35 200 $43 700 $59 831 $
Droits pipeliniers, en dollars/barilÀ déterminerÀ déterminerDe 9 $ à 11 $
Fret vers l’Asie, en dollars/barilDe 2 $ à 3 $De 2 $ à 3 $De 4 $ à 6 $

Nota : Les droits pipeliniers du projet TMX tiennent compte des prix révisés communiqués le 7 juillet à la Régie de l’énergie du Canada (de 9,20 $ à 11,05 $ le baril). Le coût en capital par baril du projet TMX est calculé sur la seule base des volumes d’expansion (590 000 barils par jour). Les frets sont des chiffres (normalisés) au milieu du cycle. Toutes les mentions du dollar désignent le dollar canadien.

Les coûts de transport de l’oléoduc de la côte ouest devraient, espérons-le, être inférieurs à ceux du projet TMX, grâce à l’utilisation d’une canalisation plus grande le long d’un tracé « à risque moindre » et au chargement direct de superpétroliers (navires très gros porteurs) au lieu de navires de taille moyenne Aframax. Le défi sera de respecter le budget du projet. Le coût estimé de 35 à 44 milliards de dollars du projet exclut l’indexation et le financement, des points critiques pour la compétitivité.

Le pétrole Western Canadian Select (WCS) se négocie bien en deçà des références mondiales, en grande partie à cause de l’enclavement du pétrole (son seul et unique marché étant les États-Unis) plutôt que de sa qualité. Bien qu’un prix inférieur améliore la compétitivité (les acheteurs obtenant un baril similaire à moindre coût), cela est loin d’être idéal pour les producteurs, et l’acheminement du pétrole jusqu’au port en eau profonde permet d’éviter cet inconvénient structurel. Le gouvernement de l’Alberta estime que l’oléoduc de la côte ouest pourrait réduire l’écart de prix entre le WCS et la référence américaine, le West Texas Intermediate, d’un montant pouvant atteindre 3 $ US le baril. À titre de référence, le WCS s’est négocié dans le passé à un rabais de 10 $ US à 15 $ US par rapport au WTI, en dépassant toutefois 20 $ US le baril.

Les acheteurs espèrent que le brut canadien sera plus fiable. Les barils bon marché du golfe Persique présentent un risque lié au détroit d’Ormuz, alors que les barils vénézuéliens sont tributaires d’une reconstruction économique prolongée. Le pétrole canadien ne comporte aucun de ces risques, et les acheteurs asiatiques sont prêts à payer pour cette sécurité.

Les engagements des producteurs sont moins liés à la demande asiatique. Le taux d’exécution des commandes du projet TMX suggère qu’il y a une demande manifeste, mais il faudra atténuer les inquiétudes concernant les dépassements de coûts pour assurer la compétitivité du projet de la côte ouest.

L’argument commercial repose sur plusieurs conditions : la construction du projet dans le respect des délais et du budget, un rabais d’une nature plus structurelle au lieu de dépendre d’événements périodiques et le maintien de la prime de fiabilité au-delà des récentes perturbations. Dans le respect de ces conditions, les retombées seront importantes : une augmentation des exportations annuelles d’environ 20 milliards de dollars (sur la base d’un nombre d’un million de barils par jour à un taux d’utilisation de 90 % et d’un prix du WCS de 60 $ le baril), ainsi qu’un resserrement potentiel de l’écart de 3 $ US le baril dans le cadre de la future production de bitume de l’ordre de 4,5 à 5 millions de barils par jour d’ici 2035, ce qui représente un montant approximatif annuel de 5 milliards de dollars. La décision du Canada de réaliser ce pari avec l’argent public relève d’un choix budgétaire, surtout au vu de l’évolution récente des oléoducs canadiens. Voilà toutefois une décision dont la probabilité augmente de jour en jour.

 – Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Le mois dernier, RBC a réuni plus de 500 dirigeants du monde des affaires et du gouvernement et experts politiques à l’occasion du Sommet entre les États-Unis et le Canada, en partenariat avec Eurasia Group. Des ministres, des gouverneurs, des ambassadeurs, des économistes, des investisseurs et même un astronaute se sont réunis dans une même salle pour discuter de l’avenir de la relation la plus prospère au monde.

Cette vidéo est en anglais.

Donald Trump menace de mettre fin au commerce avec l’Espagne

  • Le président américain a brandi la menace face au refus du pays européen d’augmenter ses dépenses de défense à un montant correspondant à 5 % de son PIB d’ici 2035. L’administration américaine est en train de préparer une liste de marchandises espagnoles susceptibles de faire l’objet d’un embargo.

Le Canada déclare aux Émirats arabes unis qu’il n’est pas prêt à recevoir ses fonds

  • Le Bureau des grands projets du gouvernement fédéral a déclaré à une délégation officielle des Émirats arabes unis qu’il était trop tôt pour injecter des milliards de dollars au Canada, les projets n’en étant toujours qu’à leurs débuts. L’an dernier, le Premier ministre, Mark Carney, a obtenu un engagement des Émirats arabes unis d’investir 70 milliards de dollars, mais ce capital n’a pas encore été déployé.

Bruxelles lance une enquête sur les importations de canards chinois

  • La Commission européenne a lancé une enquête antidumping ciblant le canard de Pékin chinois, la race utilisée pour préparer le célèbre plat de canard laqué. Le dernier différend souligne l’aggravation des tensions commerciales entre l’UE et la Chine.

Les groupes mondiaux axés sur le commerce et l’économie mettent en garde contre l’incertitude

  • Les dirigeants des grandes organisations mondiales, l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Fonds monétaire international (FMI), le Groupe de la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), se sont réunis pour discuter des répercussions de la guerre au Moyen-Orient. Bien qu’ils aient qualifié l’économie mondiale de « globalement résiliente », ils ont averti que l’incertitude restait élevée et que les répercussions de la guerre pourraient persister.

Le déficit commercial des États-Unis s’élargit tout comme l’excédent du Canada

  • Aux États-Unis, le déficit commercial a fortement augmenté en mai, atteignant son niveau le plus élevé en 14 mois, malgré les droits de douane sur les importations. Parallèlement, le Canada a vu son excédent commercial augmenter à son plus haut niveau en quatre ans au mois de mai, les exportations de métaux et d’énergie ayant augmenté durant la guerre au Moyen-Orient.

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Le refus du président américain Donald Trump de renouveler l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) avant l’échéance du 1er juillet n’a surpris personne. Il marque toutefois, pour l’accord, le début d’une nouvelle ère qui s’annonce riche en négociations — et encore plus en incertitude.

Que signifie réellement l’absence d’accord à l’échéance ?

  • Tout d’abord, l’ACEUM est loin d’être chose du passé : il devra faire l’objet d’un examen annuel au cours des dix prochaines années. À court terme, la situation demeure donc essentiellement inchangée, puisque les exemptions tarifaires visant les produits canadiens et mexicains conformes à l’ACEUM restent en vigueur. Toutefois, si les trois parties ne parviennent pas à s’entendre sur une prolongation d’ici 2036, l’accord prendra fin.

  • Les États-Unis pourraient-ils se retirer de l’accord avant 2036 ? M. Trump a menacé de le faire. Il devra toutefois donner un préavis écrit de six mois et, selon le comité des finances du Sénat américain, obtenir l’approbation du Congrès. Comme le soulignent nos collègues des Services économiques RBC dans leur plus récent rapport, nous continuons de considérer qu’une résiliation pure et simple de l’ACEUM est peu probable, si la logique économique prévaut. Les exportateurs et les importateurs des deux côtés de la frontière ont tout intérêt à préserver l’accord. »

  • Des accords parallèles sont-ils envisagés ? On croit que les États-Unis chercheront à conclure des « protocoles » distincts avec le Canada et le Mexique. Le ministre canadien responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, a indiqué que son gouvernement était ouvert à cette possibilité.

Les obstacles :

Les États-Unis ont une longue liste de sujets de mécontentement, exposés dans le National Trade Estimate de 2026 publié plus tôt cette année par le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR). On y retrouve plusieurs enjeux souvent évoqués, notamment le système canadien de gestion de l’offre, l’accès limité au marché canadien pour les vins, les bières et les spiritueux américains, ainsi que la politique fédérale « Achetez canadien ».

Mais la liste ne s’arrête pas là :

  • Un meilleur accès au marché de l’électricité de l’Alberta : Selon l’USTR, peu de progrès ont été réalisés pour faciliter l’accès des producteurs d’énergie du Montana au marché albertain. L’organisme estime également que l’électricité produite au Montana est désavantagée au profit de celle des producteurs albertains, même lorsque les prix sont équivalents.

  • Des délais trop longs pour les approbations réglementaires dans le secteur aéronautique : Les États-Unis indiquent que des parties prenantes ont soulevé des préoccupations concernant le processus réglementaire et les délais de validation des aéronefs au Canada.

  • Une réglementation « lourde » dans le secteur des semences : Selon l’USTR, le système canadien d’importation des semences est lent et lourd et désavantage les exportations américaines de semences et de céréales vers le Canada.

  • Une protection insuffisante de la propriété intellectuelle : L’USTR a inscrit le Canada sur sa liste de surveillance en matière de protection et d’application des droits de propriété intellectuelle. L’organisme a également déploré l’insuffisance des mesures prises pour lutter contre les produits contrefaits ou piratés, tant à la frontière qu’au Canada, citant expressément le Pacific Mall de Toronto.

La suite des choses

  • Les négociations se poursuivront tout au long de l’été : Les États-Unis rencontreront le Mexique durant la semaine du 20 juillet dans le cadre d’une troisième ronde de négociations bilatérales. Le Mexique pourrait se montrer disposé à faire certaines concessions, le gouvernement de Claudia Sheinbaum ayant fait de sa relation commerciale avec les États-Unis sa priorité. Washington et Ottawa n’ont toutefois pas encore amorcé leurs négociations.

  • Une nouvelle échéance approche : Les droits de douane imposés en vertu de l’article 122 expireront le 24 juillet, à moins que le Congrès ne les prolonge, ce qui semble peu probable. L’administration Trump devrait plutôt annoncer une nouvelle série de droits de douane. Cette perspective a déjà entraîné une hausse des expéditions — et des coûts de transport —, les entreprises cherchant à devancer l’entrée en vigueur de nouvelles mesures tarifaires.

    Les importateurs devancent leurs expéditions en prévision de nouveaux droits de douane américains
  • L’incertitude freinera les investissements : Bien que l’accord demeure en vigueur, les examens annuels prolongeront l’incertitude qui pèse déjà sur les décisions d’investissement des entreprises. Faute de visibilité, celles-ci risquent de reporter d’importantes décisions d’investissement à long terme.Comme l’a récemment déclaré le ministre mexicain de l’Économie, Marcelo Ebrard : « Si vous nous imposez un processus d’examen permanent, vous finirez par étouffer l’investissement. »

La nécessité de nourrir 10 milliards de personnes d’ici 2050 est depuis longtemps au cœur des recherches et des politiques agroalimentaires. Mais dans un contexte de baisse des taux de fécondité et de stabilisation progressive de la population mondiale, une nouvelle étude de S&P Global Energy pose la question à long terme sous un autre angle : et si l’offre finissait par dépasser la demande ?

Pour certaines cultures, la croissance de la demande devrait ralentir d’ici 2050. Les cultures destinées à l’alimentation animale seraient particulièrement touchées, alors que la croissance de la consommation de viande par habitant devrait ralentir pour s’établir à environ 0,1 % par année.

Parallèlement, les rendements agricoles et la production alimentaire continuent d’augmenter. Cette tendance s’observe également au Canada, où les rendements et la production globale de la plupart des cultures ont considérablement progressé depuis le début du siècle. Par exemple, entre 2000 et 2012, la production annuelle de blé n’a jamais dépassé 30 millions de tonnes. En 2025, elle atteignait près de 40 millions de tonnes.

Type de cultureCroissance annuelle moyenne du rendement (%), 2000-2025
Canola (colza)3,4
Maïs-grain2,1
Blé, tous types confondus3,0
Orge3,3

Source: Statistique Canada Tableau 32-10-0359-01 Estimation de la superficie, du rendement, de la production, du prix moyen à la ferme et de la valeur totale à la ferme des principales grandes cultures, en unités métriques et impériales

Si ces hausses annuelles de rendement se poursuivent de 2026 à 2050 et que les superficies ensemencées demeurent constantes, la production de blé et de canola augmenterait de plusieurs dizaines de millions de tonnes.

Même si l’on ne prévoit pas de baisse absolue de la consommation alimentaire, le ralentissement de la croissance démographique, conjugué à l’augmentation continue de la production agricole, pourrait créer un déséquilibre et poser des défis structurels pour la santé et la rentabilité à long terme des marchés d’exportation. La demande croissante de biocarburants et le développement de nouveaux débouchés pourraient absorber une partie de ces excédents. Le Canada devra néanmoins continuer d’accroître son efficacité tout en cherchant à se démarquer des autres grands pays exportateurs de produits agricoles. En misant sur la qualité de ses exportations et sa fiabilité comme partenaire commercial, le Canada pourra contribuer à préserver sa réputation de fournisseur privilégié.


Les personnes contributrices: Alicja Siekierska, Farhad Panahov, Wilson Fink

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Plus de 500 dirigeants du monde des affaires, du gouvernement, de la politique et des communautés, ainsi que des experts politiques et des universitaires, se sont réunis lors du Sommet annuel entre les États-Unis et le Canada, organisé par RBC et Eurasia Group à Toronto le 11 juin, pour discuter des tenants et des aboutissants de la relation la plus prospère au monde.

Voici quelques-uns des éléments qui sont ressortis :

Le ton a toute son importance, et le sommet de cette année ne portait aucune trace de l’hostilité observée l’an dernier. Les ambassadeurs des deux pays ont parlé d’espoir, bien qu’avec des attentes différentes, et les deux parties ont qualifié les droits de douane de nouvelle normalité, là encore avec des attentes divergentes. Les données fondamentales sont trop importantes pour être ignorées : des échanges commerciaux bilatéraux annuels de 1 300 milliards de dollars, 120 millions de passages transfrontaliers par an et une relation tissée à travers le partage de la propriété intellectuelle, de talents, de capitaux et d’innovations. Robert Lighthizer, l’ancien responsable du commerce de M. Trump, a reconnu que le Canada n’était pas le problème principal, car la véritable frustration de l’Amérique concerne la Chine, l’Allemagne et le Japon. Cela dit, le Canada n’est pas exempté pour autant, et M. Lighthizer s’est montré direct : les droits de douane ne disparaîtront pas avant une génération.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait un rapprochement. Les dirigeants d’entreprise sont d’accord pour dire que les dommages causés aux relations entre le Canada et les États-Unis ne sont pas irréparables, mais qu’ils existent bel et bien, et qu’il faudra du temps pour les réparer. La confiance revient lentement. L’incertitude s’estompe lentement, elle aussi. Cependant, la logique économique d’un resserrement des liens entre le Canada et les États-Unis demeure solide. Un gestionnaire de portefeuille canadien a affirmé que, peu importe la manière dont ils exécutent leurs modèles de risque, ils se retrouvent toujours avec une allocation de 50 à 60 % aux États-Unis. Les deux gouvernements ont maintenant l’été, et probablement une partie de l’automne, pour trouver une voie à suivre sur le plan commercial. Ils devront également reconnaître à quel point leurs économies changent simultanément. Cette zone commerciale n’a plus rien à voir avec celle de vos parents.

Alors que s’estompent les espoirs du libre-échange, une nouvelle ère du capitalisme d’État est en train de voir le jour. Washington et Ottawa utilisent désormais explicitement les dépenses publiques, les droits de douane, les marchés publics et la réglementation comme des outils de stratégie économique – et l’époque où l’on supposait que la politique laisserait la mondialisation tranquille est révolue. Daleep Singh, gestionnaire d’actifs chez PGIM, l’a exprimé clairement : nous vivons dans un monde dominé par la fiscalité où la politique industrielle connaît une véritable renaissance. Chaque lien transfrontalier, qu’il s’agisse de commerce, de capitaux, d’énergie ou de technologie, court désormais le risque d’être militarisé à des fins d’influence géopolitique. Le résultat se traduit par une dette publique accrue, une tendance à une inflation plus élevée, un risque politique accru et des arguments renforcés en faveur des actifs tangibles liés à la sécurité économique.

Cela signifiera-t-il qu’on en revient au mercantilisme ? Si les gouvernements essaient d’obtenir des faveurs économiques en affaiblissant ou en contraignant les autres (en privilégiant la force compétitive au détriment de l’avantage comparatif), le Canada devra jouer ses nombreuses cartes de manière plus audacieuse : le gaz naturel à faible empreinte carbone, les minéraux critiques, l’alimentation et les engrais, le combustible nucléaire et un environnement stable régi par l’état de droit, que les capitaux prisent de plus en plus. Cela présente également d’importantes occasions commerciales pour les entreprises, car les gouvernements mettent en place des incitatifs pour relocaliser des secteurs économiques et financent le développement à grande échelle d’entreprises, allant de l’IA aux sciences de la vie. Annesley Wallace, gestionnaire de régimes de retraite chez HOOPP, a parfaitement résumé l’état d’esprit des investisseurs : le Canada attire désormais l’attention des investisseurs mondiaux d’une manière qui n’existait pas il y a quelques années. Les capitaux exigent toutefois de la certitude politique et des résultats concrets, pas seulement de l’ambition.

Les centres de données sont les nouvelles usines, c’est-à-dire l’infrastructure physique de l’économie fondée sur l’IA. Et le Canada y pèche par son absence. Hamid Moghadam, de Prologis, l’une des plus grandes entreprises de logistique au monde, qui a investi 5 milliards de dollars au Canada, s’est montré direct : les entreprises qui construisent des centres de données vont là où c’est le plus simple. Le Canada ne figure pas sur cette liste. Prologis ne dispose actuellement d’aucune capacité de centres de données dédiés à l’IA au Canada, les Pays-Bas et les États-Unis dominant largement son portefeuille. Cette situation s’explique par une « disposition bizarre » de la loi fiscale canadienne, qui impose une charge de 15 % sur les capitaux américains exonérés d’impôt investis dans des propriétés canadiennes – une friction qui ne s’applique pas en sens inverse. Il pourrait s’agir du plus grand risque transfrontalier, car les entreprises utilisatrices (contrairement aux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle) se tournent davantage vers des modèles d’inférence capables d’utiliser des infrastructures à faible latence. Bell Canada saisit cette occasion avec un nouveau centre de données à Regina qui devrait, du moins au début, s’appuyer sur des utilisateurs américains.

Le rythme plus lent de l’adoption de l’IA au Canada (moins d’une entreprise sur cinq et encore moins d’utilisateurs du secteur public ayant déployé la technologie) commence à se faire sentir sur les résultats de l’économie et des entreprises. Le Canada tente de rattraper son retard avec une nouvelle stratégie nationale sur l’IA, qui vise à investir dans la sensibilisation et les compétences liées à l’IA, ainsi que dans son adoption par les entreprises. Jenny Johnson, de la société de gestion de placements Franklin Templeton, l’a exprimé de manière frappante : le rythme de l’IA est si rapide que les entreprises qui réussiront leur transition laisseront définitivement les autres acteurs de leur secteur derrière elles. Elle a dit à ses propres dirigeants : « si vous ne développez pas vous-mêmes des agents, vous êtes déjà à la traîne. Le problème est que les citoyens des deux pays sont de plus en plus anxieux et sceptiques face à l’IA. Cela entraîne une pression accrue de la base militante, y compris dans les campagnes électorales de mi-mandat de cette année aux États-Unis, pour réglementer l’IA. 

Le Canada et les États-Unis traversent tous deux une crise de confiance du public envers la technologie, mais ils y répondent de manières qui pourraient les placer sur une trajectoire de collision en matière de réglementation, de données et de commerce numérique. Aux États-Unis, l’essor de l’IA est propulsé par le capital privé, les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle et une culture réglementaire permissive. La préoccupation porte moins sur la gouvernance que sur le risque de se faire distancer par la Chine dans la course aux armements de l’IA, bien que la résistance locale aux centres de données, en particulier en raison de leur consommation d’électricité et d’eau, pourrait changer les propos. Le Canada, en revanche, privilégie une approche davantage axée sur les droits et sur la souveraineté. 

Dans les deux pays, de même qu’à l’étranger, la révolution de l’IA progresse si rapidement que les gouvernements semblent condamnés à réagir. Ian Bremmer, fondateur et président d’Eurasia Group, a mis en garde contre une aggravation de la crise dans laquelle aucun dirigeant politique ne pourrait surmonter le fossé structurel entre la transformation technologique et des systèmes de gouvernance obsolètes. Les sociétés de technologie, a-t-il dit, agissent de plus en plus comme des souverains fonctionnels dans leurs propres domaines, et l’absence de gouvernance encadrant l’IA est l’un des risques les plus pressants qui se profilent à l’horizon. Le ministre canadien de l’IA, Evan Solomon, a reconnu le paradoxe : le meilleur et le plus important partenaire du Canada dans le domaine de l’IA demeure les États-Unis, et l’accès aux modèles de pointe, à la puissance de calcul et aux capitaux s’effectue encore principalement du nord vers le sud. Mais à mesure que le Canada bâtit son propre cadre de souveraineté en matière d’IA et que la Loi pour des médias sociaux sûrs (Safe Social Media Act), les nouvelles règles de protection de la vie privée et la stratégie L’IA pour tous prennent forme, les conflits concernant les flux de données, la réglementation des plateformes et le commerce numérique deviennent de plus en plus probables. 

Une fois de plus, la défense est au cœur à la fois de la relation et des divisions émergentes. Une question majeure se pose : quelles technologies domineront les champs de bataille et les lignes de défense de demain ? La preuve ? Trois jours avant le sommet, un drone iranien a abattu un hélicoptère Apache américain, puis un drone maritime américain a sauvé les deux aviateurs abattus. Les États-Unis investissent massivement dans les systèmes d’IA, la robotique et les machines de guerre autonomes, ainsi que dans les armes biologiques et les cyberarmes. Le Canada tente de rattraper son retard en matière de technologies militaires avancées, tout en s’efforçant de restaurer et de reconstituer son stock d’équipements lourds, tels que les avions de chasse et les sous-marins. La stratégie canadienne est tout autant dictée par la politique économique que par la stratégie de défense, afin de tisser des liens commerciaux avec ses alliés européens et asiatiques.

Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont réécrit la doctrine de défense. La production évolutive et les chaînes logistiques résilientes se sont révélées aussi décisives que la puissance de feu. Mike Greenley, chef de la direction de MDA Space, l’a exprimé en ces termes : la défense et l’espace demeurent des domaines de collaboration et d’intégration totales, même en période de tensions commerciales. « Plus nous sommes forts, meilleur sera le partenaire que nous incarnons. »

Cela pourrait nécessiter une matrice complexe de chaînes d’approvisionnement et de partenariats, au sein de laquelle le Canada pourrait continuer à jouer un rôle dans le programme d’avions de chasse F-35 tout en développant le partenariat GlobalEye entre le suédois Saab et Bombardier pour fabriquer des avions de surveillance destinés à la défense de l’Arctique. L’énergie et les minéraux critiques constitueront un élément crucial de ce nouveau chapitre. Vivek Lall, de l’entreprise de défense General Atomics, a désigné une triade technologique reliant l’IA, l’énergie nucléaire et l’autonomie comme le cadre de référence de la prochaine génération de capacités de défense, et a soutenu que la collaboration entre le Canada et les États-Unis recèle un potentiel majeur dans ces trois domaines.

L’Arctique n’est plus une considération politique lointaine. Il est devenu un champ de bataille économique, géopolitique et stratégique mondial où le Canada et les États-Unis n’ont d’autre choix que de travailler ensemble, et rapidement. Olafur Grimsson, ancien président de l’Islande, a ainsi défini le défi : la dernière décennie a vu un afflux de nouveaux arrivants dans l’Arctique, alors que la Chine, la Russie et une constellation d’économies asiatiques cherchaient à y obtenir un accès. L’ancienne notion de souveraineté, où des lignes tracées sur une carte réglaient la question, ne s’applique plus dans un environnement qui devient rapidement à la fois économiquement accessible et stratégiquement contesté.

Thomas Dans, le président de la Commission américaine de recherche sur l’Arctique, s’est montré direct quant à la vision de Washington : les deux pays ont « énormément de marge, non seulement pour rattraper leur retard, mais aussi pour le dépasser et s’imposer comme de véritables leaders ».

Selon lui, l’Amérique du Nord doit regarder au-delà du pôle Nord, vers l’étoile Polaire. Le premier défi est la Russie. Même s’il peut y avoir de la place pour une coopération sur les pêcheries et les ressources partagées avec le Kremlin, M. Grimson a averti que l’Occident risquait de perdre de vue ce que Moscou est en train d’accomplir dans son propre Arctique, surtout alors que la Russie renforce ses liens avec la Chine, l’Inde et d’autres puissances asiatiques dans les secteurs de l’énergie, des pipelines et des mines. Le même type de développement des ressources est possible du côté nord-américain. Puis, il y a la trajectoire vers le ciel. La défense continentale a beau se trouver dans l’ionosphère, elle ne s’y arrête pas. Les deux pays doivent développer des systèmes terrestres et maritimes dans l’Arctique afin de relier leurs opérations de défense spatiale en pleine expansion.

Le Canada a toujours boxé au-dessus de sa catégorie dans l’espace, mais en grande partie, comme partenaire subalterne de la NASA. Cette posture est en train de changer. Le Canada cherche présentement à se forger une identité spatiale distincte en s’appuyant sur ses propres atouts et en communiquant avec un plus large éventail de partenaires internationaux, tout en conservant une profonde intégration avec les États-Unis. Il pourrait constituer le plus grand défi à la coopération continentale. L’astronaute canadien Jeremy Hansen a déclaré que les deux pays trouveront les meilleures occasions en misant sur leurs forces respectives, plutôt que pour des raisons diplomatiques. Pour le Canada, ces atouts résident dans l’observation de la Terre, les communications spatiales, la robotique et l’informatique embarquée.

Les pays accroissent rapidement leurs dépenses, créant un multiplicateur économique de 2,5 fois pour la fabrication et les technologies spatiales. Le fait toutefois de laisser ce que l’on nomme la « dernière frontière » aux seules entreprises commerciales pourrait amener à sous-estimer l’ampleur des tensions géopolitiques qui s’y jouent. Dans la course pour retourner sur la Lune, la Chine s’associe avec 11 pays, tandis que les États-Unis en comptent 60. Le Canada fait partie de cette deuxième coalition et y apporte une contribution significative. M. Hansen a comparé cet enjeu à l’éthos d’un équipage spatial : « Dans notre culture spatiale, il est inacceptable que des gens se contentent de pointer du doigt ce qui ne va pas et s’arrêtent là. » L’ambition spatiale du Canada exige la même discipline : des propositions précises, sans se cantonner à des aspirations.

Le Canada cherche à diversifier ses relations économiques et de sécurité sans pour autant affaiblir sa relation indissociable avec les États-Unis. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada disposait d’accords commerciaux avec 52 pays. Les pourparlers avec l’UE s’approfondissent, non seulement en réponse aux droits de douane, mais aussi pour créer de véritables entreprises intégrées canado-européennes et harmoniser les politiques industrielles. Michael Sabia, greffier du Conseil privé, a été tout aussi clair : la stratégie américaine du Canada et sa stratégie mondiale globale se renforcent mutuellement. « Nous ne nous découplons pas. Nous nous diversifions. » En ce qui concerne la Chine, sa formulation a fait écho aux propos des États-Unis, c’est-à-dire réduire le risque, et non dissocier les deux pays, avec des garde-fous clairs qui définissent les domaines où le Canada peut ou ne peut pas s’engager.

La diversification a toutefois un coût et les infrastructures nécessaires pour réorienter le commerce canadien ne sont pas encore construites pour la plupart. La capacité des pipelines de la côte Ouest demeure gravement limitée, ce qui restreint l’aptitude du Canada à vendre son pétrole et son gaz au prix fort sur les marchés asiatiques. Les infrastructures portuaires de Vancouver et des autres points de transit du Pacifique – liaisons ferroviaires, capacité des ponts, débit des terminaux – accusent un retard considérable par rapport aux ambitions d’une stratégie commerciale sérieuse pour le Pacifique. Par ailleurs, les délais d’obtention des permis pour les nouveaux projets d’infrastructure demeurent un goulet d’étranglement systémique. Ce sont des problèmes solubles. Le dernier argument de M. Sabia était que le Canada détient des atouts véritablement puissants : du gaz à faible empreinte carbone, de la nourriture, des engrais, des minéraux critiques, des capacités en IA et une prime de confiance qui découle de ses valeurs et de son histoire. « Ce n’est pas le moment de céder à l’anxiété nationale. C’est le moment d’avoir confiance. » 

Télécharger le rapport

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Plus d’un an après le choc commercial historique survenu entre les États-Unis et le Canada, les deux économies se trouvent à un nouveau carrefour : l’avenir de l’ACEUM. Dans ce nouveau chapitre, ce qui était vrai auparavant ne l’est peut-être plus. 

En quelque sorte, ce moment procure un soulagement. Ce qui s’annonçait comme un choc commercial d’un impact monumental s’est transformé en une situation beaucoup moins menaçante, avec une liste de plus en plus longue de biens exemptés de droits de douane pour bon nombre de partenaires commerciaux. La plus longue liste est celle du Canada, principalement grâce à l’ACEUM qui exonère de droits de douane près de 90 % des exportations vers les États-Unis. Par conséquent, le schisme commercial entre les deux pays est relativement étroit, bien que profond.  

Il y a aussi des hésitations. Les liens entre les États-Unis et le Canada semblent mis à mal, même s’ils ne sont pas brisés, et l’issue des négociations commerciales est loin d’être certaine. Autrement dit, cette nouvelle relation pourrait encore connaître des évolutions. Les emplois tributaires du commerce international continuent de s’effriter des deux côtés de la frontière, et les Américains commencent à constater une accélération de l’inflation liée aux droits de douane.  

La guerre commerciale donne lieu à une détérioration à petit feu – une perturbation et une transformation qui avancent au ralenti. Une évolution lente permet de gagner du temps pour manœuvrer, mais peut aussi encourager à ne rien faire. En outre, cette détérioration met en lumière les fissures qui avaient été plus ou moins colmatées dans le passé. Le choc commercial a révélé des tendances qui étaient passées inaperçues dans le domaine du commerce mondial, notamment en ce qui a trait aux relations commerciales entre les États-Unis et le Canada. Six de ces tendances méritent d’être mentionnées : 

  1. Le commerce mondial a doublé en dehors de la sphère des États-Unis. 

    L’une des grandes craintes du Jour de la libération était que les nouveaux droits de douane massifs déclenchent une récession mondiale, étant donné le poids des États-Unis dans l’économie mondiale. Or, à l’extérieur des États-Unis, le commerce mondial a doublé pour s’établir à 4,4 % d’une année sur l’autre.   

    La vision d’un monde centré sur l’Amérique du Nord pourrait faire oublier qu’en dehors du Mexique et du Canada, les partenaires commerciaux des États-Unis sont beaucoup moins sensibles au marché américain de la consommation. Avant les droits de douane de 2025, les exportations vers les États-Unis s’élevaient à 30 % pour le Vietnam, à 15 % pour la Chine et à 9 % pour la zone euro.  

    Et au lieu de disloquer l’économie mondiale, le reste du monde déploie un effort pour s’adapter en réorganisant les échanges en périphérie du marché américain. Dans un monde caractérisé par la puissance commerciale, l’essor des échanges entre les partenaires mondiaux porte à croire que les États-Unis ont peut-être moins de pouvoir que ce qui était présumé au départ.

    Les États-Unis représentent le plus grand marché d'exportation pour les pays partenaires de l'AEUMC
  2. L’année de la divergence commerciale pour le Canada 

    De même, le Canada a réorienté ses échanges commerciaux en dehors des États-Unis en 2025 – la part des États-Unis dans le total des exportations canadiennes passant de 76 % au quatrième trimestre de 2024 à 68 % pour la même période en 2025. Ainsi, bien que les exportations vers les États-Unis aient reculé de 6 % d’une année sur l’autre, ce qui représente près de 35 milliards de dollars, le repli a été compensé par une hausse de 29 milliards de dollars des exportations vers le reste du monde.  

    Cette diversification ne découle pas de la recherche de nouveaux acheteurs pour les produits soumis aux droits de douane. L’augmentation est plutôt attribuable à une flambée des prix de l’or, qui ont gagné plus de 60 % en 2025. Par conséquent, les exportations d’or vers le Royaume-Uni ont bondi à elles seules de 17 milliards de dollars, soit 76 %, l’an dernier, ce qui fait de l’or le deuxième produit d’exportation du Canada en importance après le pétrole brut. Cette tendance a donc considérablement amorti le déclin enregistré pour les autres biens. 

    D’autre part, l’or a grandement stimulé le marché boursier canadien et accru la richesse financière des Canadiens. Selon les estimations, la montée de l’or a représenté un tiers de la hausse de 28 % du TSX et constitué le principal moteur du rendement supérieur de cet indice par rapport au S&P 500 l’an dernier.  

    Les secteurs de l'or et de l'énergie ont été les principaux moteurs de la hausse des exportations vers les marchés autres que les États-Unis en 2025
  3. La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a eu un impact plus limité 

    Conjugué au choc énergétique, le choc commercial crée des différences encore plus marquées entre les régions du Canada, certaines provinces et économies locales portant le poids de cette cassure de façon disproportionnée. Toutefois, personne n’a été totalement épargné.   

    Grâce à l’ACEUM, moins de secteurs, donc de régions ont été frappés par le pire du choc commercial. Bien que la guerre commerciale soit devenue une source de préoccupation partout au pays, elle a surtout touché les provinces fortement dépendantes de l’industrie comme le Québec et l’Ontario. Les secteurs de l’acier et des véhicules et pièces automobiles ont subi le plus grand repli des exportations, ce qui a posé des difficultés particulièrement graves dans des régions telles que le sud-ouest de l’Ontario. Des villes comme Windsor, en Ontario, ont vu leur taux de chômage s’envoler à 11,1 %, tandis que le taux moyen national a culminé à 7,1 %.  

    En dehors de l’Ontario et de certaines parties du Québec, le reste du Canada, en particulier les provinces productrices d’énergie et de marchandises agricoles, a relativement peu souffert de la guerre commerciale. Ces provinces ont profité du fait que seulement une petite partie de leur commerce était soumis aux droits de douane américains, et elles ont bénéficié d’une plus grande diversification globale. La Colombie-Britannique, par exemple, n’a pas été au cœur des discussions en 2025. Cependant, en 2026 elle pourrait être touchée par l’effet domino des droits sur le bois d’œuvre qui ont bondi en octobre 2025.  

    Conjugué au choc énergétique, le choc commercial crée des divergences économiques généralisées dans le pays, et plusieurs implications méritent d’être examinées par les décideurs à tous les échelons gouvernementaux.   

    Taux effectif moyen des droits de douane sur les exportations vers les États-Unis, par province
  4. Le déficit commercial des États-Unis s’est redistribué 

    Au départ, l’administration américaine avait justifié l’imposition des droits de douane comme une méthode pour réduire le déficit commercial des États-Unis, du moins en partie. Un an plus tard, cependant, le déficit a évolué dans la mauvaise direction. Globalement, le déficit attribuable aux biens et aux services s’est creusé de 47 milliards de dollars américains en 2025 par rapport à 2024. Le déficit commercial lié aux biens a atteint à lui seul un montant record de 1,26 billion de dollars américains en 2025.  

    Derrière cette réalité se cache un net changement de politique commerciale : si le déficit global a augmenté, sa composition est considérablement différente. Les droits de douane ont réussi à réduire les importations en provenance des principaux pays cibles (en particulier la Chine) tout en augmentant celles d’autres pays asiatiques, parmi lesquels le Vietnam, Taïwan, l’Inde, la Thaïlande et la Malaisie.  

    Pour d’autres pays cibles, dont le Mexique, les exportations vers les États-Unis ont augmenté. Le déficit des États-Unis avec le Mexique a augmenté de 25 milliards de dollars américains malgré des droits de douane de 25 à 35 % imposés à différents moments en 2025, mais avec d’importantes exemptions. Plusieurs objectifs commerciaux ont constitué un choix peu judicieux, compte tenu des chaînes logistiques manufacturières profondément intégrées. 

    En fin de compte, la géographie a considérablement changé, mais pas l’échelle globale des échanges. 

    Variation de la valance commerciale annuelle des États-Unis par pays en 2025
  5. Les Canadiens ont pris en main leur protection économique, ainsi que les dommages 

    Si des mesures de représailles ont été mises en place par les gouvernements, les Canadiens ont pris à cœur la guerre commerciale sur le plan personnel, ce qui s’est surtout reflété dans les voyages. Cela a eu des répercussions au Canada, et dans un secteur clé des États-Unis. 

    Grâce à la faible étendue des mesures de riposte prises par le gouvernement canadien, la guerre commerciale a eu un effet limité sur les prix à la consommation au pays. Néanmoins, le comportement des consommateurs a changé, en particulier vis-à-vis des voyages

    Le gouvernement fédéral a imposé des droits de douane concernant à peine un tiers des importations américaines, avant de les éliminer en septembre – sauf pour l’acier, l’aluminium et l’automobile. Cela a maintenu les prix à la consommation à leur niveau normal et permis à la Banque du Canada de continuer à abaisser les taux directeurs. En même temps, les gouvernements provinciaux ont entrepris de boycotter certains produits, notamment les boissons alcoolisées fabriquées aux États-Unis, tandis que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ont adopté des politiques « Achetez canadien » en matière d’approvisionnement. 

    Malgré tout, le pays a réagi de façon moins officielle et plus ciblée. Les voyages en sont l’exemple le plus frappant. Les rendements canadiens depuis les États-Unis ont fondu de 25 % d’une année sur l’autre en 2025.  

    En revanche, les voyages vers le reste du monde ont augmenté de 9,2 % par rapport à 2024. Les Canadiens ont aussi dépensé davantage au pays. C’est ainsi que le tourisme intérieur a bondi de 2,7 %, faisant grimper les dépenses de 11 % par rapport à la moyenne d’avant la pandémie. Cette tendance a contribué à l’augmentation de la consommation intérieure. 

    Les voyages transfortaliers canadiens ont chuté, tandis que les voyages dans les pays étrangers ont augmenté
  6. Le Canada a créé plus d’emplois que les États-Unis en 2025 alors que les deux pays ont souffert du choc 

    Les données sur l’emploi dressent un portrait surprenant. L’Enquête sur la population active du Canada fait état de la création de 211 000 emplois en 2025, ce qui représente une hausse de 1 %. En parallèle, l’enquête sur les emplois non agricoles aux États-Unis montre une augmentation de 116 000 emplois, soit une hausse de 0,07 % du nombre d’employés. 

    Plus intéressant encore est ce qui s’est passé sous la surface. Aux États-Unis, quelque 275 000 emplois ont été perdus l’an dernier dans les secteurs sensibles au commerce international, dont la manufacture, le commerce de gros, la vente au détail, le transport et l’entreposage, ainsi que les services de travail temporaire. Parmi tous les secteurs sensibles au commerce international, le transport et l’entreposage sont ceux qui ont été les plus durement touchés, avec des pertes d’emploi à la hauteur des compressions subies à l’ère de la COVID-19. Un total de près de 430 000 emplois ont été créés sur une base nette dans tous les autres secteurs combinés.  

    Au Canada, les emplois tributaires de la demande des États-Unis ont chuté de 2 %. Le côté positif, du moins pour le Canada, est que même si une grande partie des exportations du pays (environ 68 %) dépend des États-Unis, seulement 12 % des emplois sont tributaires de la demande américaine, ce qui contribue à limiter les répercussions du choc commercial.  

    Conclusion : les travailleurs des deux économies ont souffert, et ils bénéficieraient davantage d’une amélioration que d’une détérioration des relations commerciales.  

    L'emploi au Canada a progressé en 2025 en dépit du choc commercial

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Le Canada et les États-Unis sont liés par la plus importante relation commerciale bilatérale au monde – une relation qui subit aujourd’hui des tensions sans précédent. Dans ce qui suit, nous nous intéressons à quatre secteurs d’importance stratégique – les minéraux critiques, l’énergie, l’automobile et la défense – qui se trouvent au cœur de cette relation. Nous examinons comment un alignement stratégique accru peut renforcer la sécurité, la compétitivité et la résilience nord-américaines, et comment y parvenir.

Le défi : le commerce automobile entre le Canada et les États-Unis subit des pressions sur plusieurs fronts

  • Les droits de douane imposés par les États-Unis au titre de l’article 232 ont créé des frictions au moment précis où le secteur avait besoin d’une coordination continentale.

  • La grande menace structurelle qui pèse sur les échanges automobiles Canada–États-Unis, évalués à 100 milliards de dollars américains, vient de la Chine, qui a produit 33 millions de véhicules en 2025, soit plus du tiers de la production mondiale. La domination croissante de la Chine tient à son ampleur, à sa supériorité technologique, à sa rapidité de développement et au prix abordable de ses véhicules.

  • Quatre autres grandes tendances viennent encore accentuer ce défi :

    • l’électrification marque le pas en Amérique du Nord, alors que l’électrification des groupes motopropulseurs, portée par la Chine, s’accélère partout ailleurs ; les véhicules deviennent des plateformes définies par logiciel, et leur valeur se concentre de plus en plus dans les puces, les capteurs et les logiciels plutôt que dans les composants mécaniques ;

    • les véhicules deviennent des plateformes définies par logiciel, et leur valeur se concentre de plus en plus dans les puces, les capteurs et les logiciels plutôt que dans les composants mécaniques ;

    • l’industrie 4.0 transforme les activités manufacturières et réduit les besoins en main-d’œuvre ;

    • la maturité du marché, alors que le ralentissement de la croissance démographique et l’essor des plateformes de mobilité partagée transforment les habitudes de propriété chez les consommateurs urbains.1

Forces collectives

  • Les États-Unis apportent l’envergure, les capitaux et la demande du marché. Le savoir-faire manufacturier, l’infrastructure de R-D et les leviers de politique intérieure des États-Unis orientent les flux d’investissement dans l’ensemble du système nord-américain.

  • Le Canada apporte des atouts complémentaires : des usines d’assemblage primées, des fabricants de pièces de calibre mondial (p. ex., Magna et Linamar) et une grappe technologique dotée d’expertises en capteurs, en IA, en matériaux légers et en autonomie. Le logiciel BlackBerry QNX, par exemple, est déjà intégré à plus de 250 millions de véhicules dans le monde.2

    Le commerce automobile nord-américain : 100 milliards de dollars américains
  • Les deux pays possèdent des atouts en IA et en autonomie, mais accusent un retard par rapport à la Chine dans la chimie des batteries, l’extraction primaire et le raffinage des éléments entrant dans leur composition, ainsi que l’échelle manufacturière qui génère des gains d’efficacité.

  • Le réseau électrique du Canada est propre et offre des tarifs plus concurrentiels que ceux de territoires automobiles comparables comme le Michigan et l’Ohio. Cet avantage prend une importance stratégique croissante à mesure que l’électrification, l’informatique embarquée et les systèmes autonomes augmentent la charge électrique par véhicule.

  • Les minéraux critiques du Canada offrent un rempart contre la dépendance à l’égard de la Chine. L’extraction et le raffinage du cuivre, du cobalt, du lithium et du graphite renforceraient les chaînes d’approvisionnement intégrées des batteries, des véhicules électriques et des voitures intelligentes. De la mine au véhicule fini, toute la chaîne de valeur peut être réalisée en Amérique du Nord et, en grande partie, à moins d’une journée de route des usines d’assemblage.

  • Les batteries sont coûteuses et dangereuses à transporter en raison de leur composition chimique, ce qui confère un avantage concurrentiel au réseau ferroviaire canadien, au transport maritime sur les Grands Lacs et au camionnage transfrontalier.

Obstacles

  • L’incertitude entourant les droits de douane est l’obstacle le plus immédiat à la croissance et à l’innovation. Pour le Canada, la menace est existentielle. Plus de 90 % des véhicules canadiens sont expédiés aux États-Unis. Même avec un taux effectif de droits de douane relativement faible, les marges des usines seraient comprimées, ce qui modifierait les calculs des comités d’investissement à Detroit et à Tokyo.

  • Pour les États-Unis, les droits de douane de représailles seraient dommageables, sans être fatals. Le marché canadien de la consommation est vaste et lucratif : par habitant, les Canadiens achètent plus de véhicules que les consommateurs de tout autre pays, sauf les États-Unis. Le Canada n’est pas seulement le premier marché d’exportation des véhicules américains : il dépasse les dix marchés suivants réunis.

  • Relocaliser l’assemblage aux États-Unis ferait grimper le prix des véhicules pour les consommateurs américains. L’aluminium canadien, produit à partir d’hydroélectricité et d’énergie nucléaire propres et peu coûteuses, est un intrant essentiel pour alléger les véhicules. Le Ford F-Series est le véhicule le plus vendu en Amérique du Nord et contient quelque 385 kg d’aluminium. Le Canada fournit plus de la moitié de l’aluminium consommé aux États-Unis. Rapatrier la production en utilisant de l’aluminium assujetti à des droits de douane pourrait coûter de 1 à 2 milliards de dollars américains aux consommateurs automobiles américains.3 Le coût d’achat des véhicules s’est déjà alourdi des deux côtés de la frontière. Le prix de transaction moyen d’un véhicule neuf dépasse maintenant 50 000 $ aux États-Unis et 60 000 $ au Canada, ce qui rend les véhicules neufs inaccessibles pour de nombreux consommateurs.4 Résultat : le parc automobile vieillit, les ménages repoussant le remplacement de leur véhicule ou se retirant complètement du marché. Les droits de douane, les exigences de relocalisation de la production et le surcoût associé à l’électrification risquent d’accentuer les problèmes d’accessibilité financière.

  • Le repli des véhicules électriques immobilise des capitaux sans régler le problème de compétitivité. Les 53 milliards de dollars américains de dépréciations inscrites par les constructeurs automobiles de Detroit témoignent d’une véritable erreur d’appréciation du comportement des consommateurs et de la stabilité des politiques publiques.5 Les prévisionnistes du secteur s’attendent à ce que la production automobile nord-américaine demeure inférieure au record de 18 millions de véhicules légers atteint en 2016 jusqu’à la fin de la décennie.6 Le retour vers les plateformes à moteur à combustion interne et hybrides permet de gagner du temps, mais les constructeurs chinois continuent de bâtir des avantages technologiques et d’échelle sur les plateformes – électrifiées et définies par logiciel – qui domineront les prochaines décennies.

La voie à suivre

  • Réformes de la politique commerciale. L’objectif de Washington – rapatrier la production manufacturière – répond à une préoccupation industrielle légitime, mais la production que les États-Unis cherchent à récupérer n’a pas migré vers le Canada. Depuis 2000, les volumes d’assemblage ont diminué tant au Canada (-1,7 million d’unités) qu’aux États-Unis (-2,6 millions d’unités), tandis que le centre de gravité de l’assemblage continental s’est déplacé vers le Mexique (+2,2 millions d’unités). Le Canada, les États-Unis et le Mexique pourraient harmoniser et renforcer les règles d’origine, ainsi que réformer la politique tarifaire de la nation la plus favorisée, afin d’inciter les constructeurs mondiaux à implanter leur production au sein du bloc, tout en imposant conjointement des droits de douane sur les véhicules électriques, les pièces, l’acier et l’aluminium provenant de l’extérieur du bloc – une façon de se prémunir contre le dumping chinois. Des réformes aux dispositions sur la teneur en valeur de la main-d’œuvre, par exemple une hausse de la part de contenu exigée et du taux salarial, contribueraient à rééquilibrer l’investissement et la production au sein d’un bloc qui favorise depuis longtemps le Mexique.7

  • Pacte automobile sur les minéraux critiques. Une coopération couvrant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement permettrait de mettre en relation la géologie et l’expertise minière de calibre mondial du Canada avec les marchés financiers et la demande industrielle des États-Unis. En échange d’un accès en franchise de droits au marché américain, Ottawa et les provinces pourraient officialiser le libre-échange de l’acier, de l’aluminium et du cuivre, ainsi que des ententes d’achat, des mécanismes de stockage et des prix planchers pour le cobalt, le lithium, le graphite et les terres rares, ce qui réduirait les risques commerciaux liés à l’investissement privé et ferait de l’infrastructure de transformation canadienne une garantie implicite de sécurité des chaînes d’approvisionnement américaines, sans nouveau coût net en capital pour l’un ou l’autre gouvernement. L’extraction et le raffinage pourraient tirer parti des vastes capacités du Canada en matière d’énergie propre.

  • Coopération en matière de compétences et de recherche. Les constructeurs nord-américains misent de plus en plus sur les véhicules électriques à autonomie prolongée (VEAP) et les hybrides comme solution de transition entre le moteur à combustion interne et l’électrification complète. Des co-investissements dans les installations d’essai, une réforme de la recherche scientifique et du développement expérimental (RS&DE) afin d’y inclure l’autonomie, la connectivité et les exigences en cybersécurité, ainsi qu’une réforme de l’immigration visant à attirer des talents en ingénierie et en IA permettraient d’accroître la concentration de compétences nécessaire pour rivaliser avec la Chine.

Résultat potentiel : Le Canada et les États-Unis pourraient être mieux préparés à un avenir automobile électrifié, autonome et de plus en plus défini par logiciel en misant sur un partenariat bilatéral qui relie l’aluminium canadien, l’énergie propre, les minéraux critiques et les capacités de fabrication avancée aux marchés financiers américains, aux sièges sociaux des constructeurs et à la demande des consommateurs. Le maintien de l’accès aux marchés pour les deux parties pourrait contribuer à maintenir des prix de véhicules concurrentiels pour les consommateurs, tout en excluant le contenu chinois des chaînes d’approvisionnement continentales.

Le défi : la domination structurelle de la Chine

  • La domination de la Chine dans le raffinage et la fabrication des minéraux critiques constitue la menace la plus directe pour la souveraineté industrielle de l’Amérique du Nord. La Chine domine la transformation de 19 des 20 minéraux les plus critiques, avec une part de marché moyenne de 70 %. Pour les matériaux technologiques et les matériaux entrant dans la fabrication des batteries, comme le gallium, le graphite et les terres rares, sa part dépasse 90 %.8

  • Les questions entourant l’utilisation de la dépendance aux chaînes d’approvisionnement comme arme économique ne relèvent plus de la théorie. La Chine a imposé des contrôles à l’exportation sur le gallium, le germanium, les terres rares et les technologies de la chaîne de valeur des batteries au plus fort des tensions commerciales avec les États-Unis. En 2025, Ford a fermé son usine d’assemblage de Chicago pendant une semaine à la suite des restrictions chinoises à l’exportation de terres rares. L’U.S. Geological Survey estime qu’une perturbation de 30 % de l’approvisionnement en gallium pourrait réduire la production américaine de 600 milliards de dollars américains, soit 2 % du PIB des États-Unis.9

Forces collectives

  • La réponse continentale – qui extrait, qui raffine et qui capte la valeur en aval – déterminera la compétitivité industrielle et militaire de l’Amérique du Nord jusqu’en 2040.

  • Le Canada et les États-Unis sont déjà le plus important partenaire commercial l’un de l’autre dans le secteur des minéraux, avec des échanges bilatéraux annuels d’environ 150 milliards de dollars.10 Le Canada est la principale source d’importations américaines de minéraux critiques, avec une part de 20 %.11 Mais le système actuel est fragmenté : le Canada extrait, la Chine raffine et les États-Unis fabriquent. Combler cet écart constituera le grand défi de politique industrielle de la prochaine décennie.

  • Le Canada possède une géologie de calibre mondial riche en cobalt, cuivre, gallium, germanium, graphite, lithium, nickel, tungstène et terres rares, avec un potentiel d’approvisionnement multiplié par sept d’ici 2040.12 Le Canada dispose également d’infrastructures de raffinage établies ou en développement, notamment les installations d’Anglo Teck à Trail (germanium), l’installation de métaux des terres rares de Neo Performance Materials (gallium), le corridor de Sudbury (cuivre, nickel, cobalt) et l’écosystème de transformation minérale de Bécancour, qui relie les mines du Québec aux usines de transformation et à la fabrication de batteries en aval.

    La Chine exerce une emprise considérable sur les minéraux, mais le Canada offre une solution de rechange
  • Le Canada dispose d’une électricité propre et abordable, ainsi que d’abondantes ressources en eau. Les États-Unis possèdent l’envergure manufacturière, des marchés financiers dominants et la volonté politique de renforcer les chaînes d’approvisionnement.

Obstacles

  • La Chine a accès à des capitaux subventionnés par l’État et pratiquement illimités pour financer les mines et les usines de transformation.

  • L’écart avec la Chine en matière de talents et de R-D s’est creusé. La Chine compte 39 programmes universitaires destinés à former des ingénieurs et des technologues spécialisés dans les minéraux critiques ; le Canada n’en compte aucun.13

  • Pour de nombreux minéraux critiques, la demande nord-américaine est trop faible pour ancrer le marché. En 2024, les États-Unis représentaient moins de 2 % de la consommation de terres rares : un niveau nettement inférieur au seuil nécessaire pour rendre les ententes d’achat commercialement viables.

  • Les cycles d’investissement dans le secteur minier sont longs. Dans un monde où les capitaux affluent vers l’IA à cycle court, attirer des investissements dans le raffinage de minéraux à faible volume est difficile sur le plan économique.

  • Les normes élevées en matière de travail et d’environnement constituent des avantages stratégiques à long terme, mais elles entraînent des délais d’obtention de permis bien plus longs qu’en Chine. Les installations de transformation doivent faire l’objet d’évaluations environnementales supplémentaires.

  • Les chaînes d’approvisionnement se structureront autour de la demande, non de l’offre, mais l’essentiel de cette demande viendra des énergies renouvelables et des véhicules électriques, et non de la défense. La chimie des batteries évolue rapidement, tout comme leur intensité en minéraux. Jusqu’à tout récemment, le cobalt était considéré comme essentiel. La chimie au phosphate de fer lithié s’est depuis imposée comme technologie dominante pour les cellules. Les batteries sodium-ion et les batteries à l’état solide pourraient, de la même façon, bouleverser la demande de lithium.

  • Le Canada ne peut pas déployer simultanément une stratégie couvrant les 34 minéraux critiques. Les capitaux, les talents, la capacité de traitement des permis et les infrastructures ne sont pas illimités. Une stratégie plus crédible consisterait à concentrer les investissements dans les minéraux pour lesquels le Canada dispose déjà d’infrastructures de raffinage et où son avantage en matière d’énergie propre est le plus déterminant. Cette stratégie pourrait aussi cibler les minéraux dont la demande est indépendante des trajectoires technologiques et soutenue par de multiples usages autres que les batteries de véhicules électriques.

  • Si les États ont un rôle à jouer dans la création et le soutien des marchés, la captation réglementaire par quelques entreprises pivots constitue une menace pour le bien public.

La voie à suivre

  • L’infrastructure d’approvisionnement du Canada et l’architecture de la demande américaine sont symbiotiques. Un partenariat officiel sur les minéraux critiques permettrait d’arrimer la géologie, l’énergie propre et l’expertise minière du Canada aux marchés financiers américains et à la demande manufacturière nord-américaine, dans une complémentarité qu’aucune autre alliance ne pourrait égaler.

  • La demande à long terme de minéraux critiques devrait demeurer forte. L’AIE prévoit, d’ici 2040, une croissance de la demande pour le cuivre (30 %), le cobalt (50 %), le graphite (130 %), le lithium (350 %), le nickel (70 %) et les terres rares magnétiques (65 %), portée par les énergies renouvelables, l’adoption des véhicules électriques, le stockage sur batteries raccordées au réseau et l’expansion des réseaux électriques. La défense s’ajoute à ces facteurs, ce qui renforce l’argument stratégique en faveur de la mise en place de ces chaînes d’approvisionnement dès maintenant. La mutualisation de la demande aux États-Unis, au Canada, dans l’Union européenne, au Royaume-Uni, en Australie, en Inde, au Japon et en Corée pourrait élargir le marché à plus de 2,5 milliards de personnes.14

  • Le projet Vault fonctionne mieux avec le Canada. La stratégie fédérale du Canada cible les six mêmes minéraux, à savoir lithium, graphite, nickel, cobalt, cuivre et terres rares, ce qui correspond aux principaux axes d’intervention dui projet Vault. Le Fonds ontarien de 500 millions de dollars pour la transformation des minéraux critiques développe la capacité de raffinage intermédiaire dont les constructeurs américains ont besoin comme contrepartie dans le cadre de Vault. Une admissibilité explicite du Canada aux règles d’origine dans le cadre de Vault – afin que les minéraux raffinés dans ces installations soient considérés comme un approvisionnement intérieur américain – transformerait les installations de transformation canadiennes existantes en capacité industrielle américaine implicite, sans nouveau coût net en capital pour l’un ou l’autre gouvernement.

  • La mutualisation de la demande alliée fonctionne mieux lorsque le partenariat bilatéral Canada–États-Unis en constitue le socle. Le Forum on Resource Geostrategic Engagement (FORGE) pourrait être restructuré sur le modèle de l’OTAN, les alliés s’engageant alors à se procurer des minéraux raffinés auprès d’autres pays alliés dans le cadre de leurs objectifs de dépenses de défense au sein de l’OTAN.15

  • La manipulation des prix par la Chine est la menace commune qui rend essentielle une stabilisation bilatérale des prix. Le recours à des contrats sur différence, à des prix planchers et à des garanties de volume pourrait être appliqué bilatéralement aux transformateurs canadiens, ce qui mettrait les chaînes d’approvisionnement nord-américaines à l’abri de la manipulation des prix par la Chine.

  • Des investissements soutenus en R-D, en chimie de la transformation et dans les talents en ingénierie sont nécessaires. Des investissements conjoints, des programmes communs de formation technique et le regroupement géographique des activités de transformation et de fabrication destinée aux utilisateurs finaux pourraient contribuer à accroître la concentration de compétences qu’aucun des deux pays ne pourrait développer seul.16

Résultat potentiel : Une chaîne d’approvisionnement nord-américaine pourrait réduire la dépendance au raffinage chinois, en reliant la géologie et l’expertise minière du Canada au financement et à la demande manufacturière des États-Unis, tout en renforçant simultanément la résilience des chaînes d’approvisionnement et les capacités stratégiques.

Le défi : sécurité, abordabilité et marge de manœuvre

  • En 2024, le Canada a exporté pour 170 milliards de dollars d’hydrocarbures vers les États-Unis – pétrole brut, gaz naturel, liquides de gaz naturel et produits raffinés –, ce qui représentait 22 % des exportations canadiennes. Le Canada fournit plus de 60 % des importations américaines de pétrole brut et la quasi-totalité des importations de gaz naturel. Les échanges énergétiques bilatéraux s’élèvent à 215 milliards de dollars et reposent sur plus de 100 lignes de transport et pipelines transfrontaliers.17

  • Trois impératifs définissent cette relation :

    • Sécurité et souveraineté énergétiques : La dépendance du Canada à l’égard d’un seul acheteur pour ses exportations expose les deux pays à des risques de perturbation politiques, logistiques ou géopolitiques. Pour le pétrole, la croissance future de la demande se trouve en Asie. Pour le gaz naturel, la croissance de la demande viendra à la fois de l’Asie et de l’Amérique du Nord.

    • Accessibilité financière pour les consommateurs : La volatilité des prix de l’énergie, qu’elle soit causée par un conflit dans le golfe Persique, des tensions tarifaires ou des contraintes d’infrastructure, se répercute sur les ménages et les industries des deux côtés de la frontière.

    • Maximisation de la valeur : L’écart de prix entre le WCS et le WTI – historiquement de 10 à 25 dollars américains le baril – représente un transfert structurel de valeur des producteurs canadiens vers les raffineurs américains, attribuable à l’enclavement géographique de l’Alberta et à l’insuffisance des options d’exportation.18

  • La crise dans le golfe Persique a resserré les marchés du brut lourd, fait monter les prix et mis en lumière, avec acuité, la vulnérabilité associée à une dépendance envers des approvisionnements politiquement instables. Les États-Unis et leurs alliés asiatiques évaluent d’autres options. Le Canada s’impose comme la solution évidente.

Forces collectives

  • Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole, avec une production de 5,8 millions de barils par jour. Les sables bitumineux constituent un actif distinctif : ils sont à longue durée de vie, à forte intensité de capital et, contrairement au pétrole de schiste américain, résilients à la volatilité des prix à court cycle. La production américaine de pétrole brut atteint un plateau : le scénario de référence à long terme de l’EIA prévoit un pic de production en 2030, suivi d’un recul dans les années 2030. À mesure que l’essor du pétrole de schiste s’essouffle, les importations canadiennes gagnent en importance stratégique.19

  • La demande nord-américaine de brut lourd est structurelle. Les raffineries du Midwest et de la côte du golfe des États-Unis sont configurées pour traiter le bitume canadien lourd et sulfureux ; une configuration de plus en plus répandue en Inde et en Chine. Les raffineries américaines dotées d’une capacité de conversion du brut lourd devront trouver une source d’approvisionnement de remplacement. La production vénézuélienne demeure limitée par des contraintes liées à la sécurité, aux risques et aux infrastructures. Le Canada est le seul fournisseur de brut lourd à proximité capable d’offrir un approvisionnement d’envergure.20

  • Le Projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain (TMX) a commencé à transformer la position stratégique du Canada. Depuis sa mise en service en 2024, TMX a triplé sa capacité d’acheminement vers les eaux côtières, pour la porter à 890 000 barils par jour. L’écart entre le WCS et le WTI s’est resserré et stabilisé, passant de près de 30 dollars américains le baril en 2022 à environ 10 dollars américains en 2025. Chaque baril supplémentaire expédié en Asie, au lieu d’être dirigé vers le marché continental, réduit l’écart et améliore les prix nets réalisés par les producteurs.21

    L'élargissement de la clientèle du pétrole brut canadien contribue à réduire l'écart de prix et la volatilité
  • Du côté du gaz naturel, la formation de Montney, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, est l’un des plus grands gisements de gaz naturel au monde, et l’installation de Kitimat de LNG Canada, qui a expédié sa première cargaison en juin 2025, a ouvert la première grande route canadienne d’exportation de GNL vers le Pacifique.

Obstacles

  • Prix du pétrole : des prix bas et volatils nuisent à l’expansion de nouveaux projets et aux infrastructures de pipelines ; des prix élevés provoquent une destruction de la demande et accélèrent la transition énergétique. Une expansion soutenue de nouveaux projets exigera une stabilité des politiques et un élargissement des infrastructures d’exportation.

  • Les investissements dans de nouveaux projets dans les sables bitumineux sont limités. La croissance à partir des installations existantes est possible, mais elle exige un cadre stratégique qui favorise l’expansion et ne désavantage pas le Canada par rapport à d’autres territoires. Une résolution de la crise dans le Golfe – qui ramènerait sur le marché l’approvisionnement en brut lourd sulfureux saoudien, irakien et possiblement iranien – atténuerait la prime dont bénéficient actuellement les barils canadiens en Asie. La production vénézuélienne, si elle était relancée à la faveur d’un changement de politique américaine, ferait concurrence au brut lourd canadien plus directement que le pétrole de schiste américain.22

  • Pour le gaz, la substitution constitue une contrainte qui ne s’applique pas au pétrole. Les acheteurs asiatiques peuvent délaisser le GNL au profit du charbon, du nucléaire ou des énergies renouvelables. La position concurrentielle de LNG Canada en Asie dépend de la cohérence des politiques carbone, des coûts d’expédition par rapport aux exportateurs qataris et australiens, et de la capacité du gaz canadien à être offert à un prix inférieur à celui du charbon.

  • L’Alliance des sables bitumineux, qui regroupe les cinq plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada, s’est engagée à investir 16,5 milliards de dollars dans le captage et la séquestration du carbone d’ici 2030. La tension entre sécurité énergétique et politique climatique a entraîné une volatilité des politiques de gestion des émissions, ce qui accentue les défis techniques et financiers associés aux projets de captage et de stockage du carbone.

La voie à suivre

  • La diversification des options profite aux deux pays. La logique stratégique du pétrole et celle du gaz vont dans des directions opposées, et les politiques énergétiques des deux pays pourraient refléter cette asymétrie. Pour le pétrole canadien, la diversification vers l’Asie est la voie qui maximise la valeur : chaque baril supplémentaire expédié aux acheteurs asiatiques par TMX resserre l’écart WCS–WTI et accroît les prix nets réalisés par les producteurs canadiens. Injecter davantage de pétrole lourd dans le marché continental américain produit l’effet inverse. Pour le gaz naturel, le calcul est inversé : la demande d’électricité tirée par l’IA a fait monter les prix au Henry Hub, faisant des États-Unis un marché gazier à prix supérieur. La route pacifique de LNG Canada demeure stratégiquement importante pour la diversification à long terme du Canada. De même, les États-Unis pourraient continuer de rechercher une plus grande diversification pour leurs raffineries, en sécurisant l’approvisionnement canadien tout en trouvant de nouvelles sources d’importation.

  • Un partenariat officiel en matière de sécurité énergétique. Un tel partenariat harmoniserait les processus d’autorisation des pipelines et les échéanciers réglementaires, coordonnerait les réserves stratégiques, favoriserait une collaboration bilatérale en matière de captage et de stockage du carbone ainsi que de réduction du méthane, et établirait un cadre commun d’investissement dans les infrastructures qui traiterait la production canadienne comme une garantie implicite de sécurité d’approvisionnement pour les États-Unis, sans nécessiter de capitaux publics de part et d’autre. Ce cadre pourrait être élargi au G7 et aux alliés de l’OTAN.

  • Le marché du pétrole fonctionne. Le système pétrolier et gazier continental – des centaines de pipelines, un raffinage intégré, des flux commerciaux établis – fonctionne efficacement lorsque les politiques n’en faussent pas les mécanismes. Les droits de douane sur l’énergie canadienne font augmenter les prix pour les consommateurs américains, élargissent l’écart du WCS et réduisent les revenus des producteurs, sans rapatrier la moindre production. Le système de raffinage américain, en particulier sa capacité de conversion du brut lourd, a été conçu pour le pétrole canadien. Perturber cette relation obligerait les raffineries américaines à investir des milliards de dollars en réoutillage ou à s’approvisionner en barils plus lourds auprès de fournisseurs moins stables.

  • Le gaz est complémentaire, et non concurrent. Les prix du gaz naturel au Henry Hub ont bondi sous l’effet de la consommation d’électricité liée à l’IA aux États-Unis, ce qui rend les ventes de gaz sur le marché américain économiquement attrayantes pour les producteurs canadiens. Le bassin gazier de Montney et la croissance de la demande américaine se renforcent mutuellement. Les investissements d’acteurs américains comme canadiens dans les infrastructures de production du Montney élargissent l’approvisionnement gazier continental dont les deux pays ont besoin pour la production d’électricité, les usages industriels et l’exportation de GNL.  

Résultat potentiel : Un partenariat énergétique bilatéral pourrait relier les ressources pétrolières et gazières de calibre mondial du Canada, ses infrastructures de pipelines et son accès aux eaux côtières du Pacifique à la capacité de raffinage, aux marchés financiers et à la demande continentale des États-Unis, afin d’offrir aux consommateurs une énergie abordable et sûre tout en élargissant les options stratégiques des deux pays sur les marchés mondiaux.

Le défi : des menaces accrues et des alliances qui s’effritent

  • Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2,9 billions de dollars américains en 2025, marquant une neuvième hausse annuelle consécutive. Les États-Unis, la Chine et la Russie en représentaient environ la moitié : une proportion inchangée depuis 2000. Toutefois, leur poids relatif a radicalement changé : en 2000, la Russie et la Chine réunies consacraient aux dépenses militaires l’équivalent d’un dixième des dépenses américaines ; aujourd’hui, elles dépensent plus de la moitié de ce que dépensent les États-Unis.23

  • L’invasion de l’Ukraine par la Russie a bouleversé les calculs de sécurité de l’Europe. L’OTAN a répondu par un engagement historique : au sommet de La Haye de 2025, les 32 alliés ont tous atteint la cible de 2 % du PIB pour la première fois depuis l’engagement pris au pays de Galles en 2014. Les alliés de l’OTAN ont également convenu d’un nouveau seuil de référence de 5 % du PIB d’ici 2035.24

  • The Canada–U.S. defence partnership faces four frictions: Les exercices et les manœuvres de la Russie et de la Chine dans l’Arctique illustrent la montée de la menace pour l’Amérique du Nord.25 Le partenariat de défense Canada–États-Unis se heurte à quatre points de friction :

    • Dépenses de défense : Le Canada a augmenté ses dépenses militaires de près de 70 % de 2022 à 2025, atteignant ainsi la cible de 2 % de l’OTAN pour la première fois depuis les années 1980.26 Bien qu’il se soit engagé à atteindre 5 % du PIB d’ici 2035, le Canada n’a toujours pas présenté de feuille de route jugée convaincante par Washington, ce qui a amené les États-Unis à suspendre la Commission permanente canado-américaine de défense.27

    • Acquisition des F-35 : L’examen du programme par le Canada intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes. Les États-Unis présentent ce retard non pas simplement comme une décision d’approvisionnement, mais comme un test visant à déterminer si le Canada entend demeurer pertinent sur le plan opérationnel à l’ère de la défense aérienne et antimissile de cinquième génération. Les tensions commerciales soulèvent également la question de savoir si le Canada continuera d’acheter le matériel militaire américain le plus sophistiqué.

    • Le Dôme d’or : Conçu pour assurer la défense du continent, il coûterait, selon le Bureau du budget du Congrès américain, 1,2 billion de dollars américains sur 20 ans.28 Le rôle du Canada reste à déterminer.

      Les dépenses de défense de l'OTAN demeurent inférieures à celles de la Russie en proportion du PIB

Forces collectives

  • En plus d’une envergure de plateformes, d’une profondeur de capital et d’une sophistication technologique inégalées, les États-Unis disposent d’une économie dynamique de l’innovation en défense, d’une forte concentration en R-D et d’une base industrielle de défense avancée.

  • Le Canada apporte des capacités de calibre mondial dans des domaines essentiels à la défense moderne, notamment l’avionique, la maintenance, la réparation et la révision d’aéronefs, les capteurs marins, la guerre électronique, les drones, ainsi que la formation et la simulation ; autant de secteurs désignés comme capacités souveraines prioritaires dans la Stratégie industrielle de défense (SID) d’Ottawa.29 Dans le domaine spatial, le Canada possède un héritage de six décennies qui couvre l’observation de la Terre, les communications par satellite et les systèmes de positionnement, de navigation et de synchronisation. Le Canada contribue largement aux capacités d’alerte précoce grâce aux réseaux de radars du Nord, exploite une partie du Système d’alerte du Nord (NWS) et maintient des sites d’opérations avancés dans l’Arctique.30 Près de la moitié de la production canadienne de défense est exportée, dont 70 % vers les États-Unis et les partenaires du Groupe des cinq, ce qui souligne sa profonde interconnexion avec les marchés mondiaux.31

Obstacles

  • Plus de 90 % des entreprises canadiennes du secteur de la défense sont des PME. L’absence de grands maîtres d’œuvre en défense freine la formation de capital, ce qui complique l’objectif de développer la base industrielle du Canada. Le bassin canadien de capital de risque – environ 12 milliards de dollars – représente moins de 5 % du bassin équivalent aux États-Unis. Les actifs donnés en garantie dans le secteur de la défense (installations spécialisées, propriété intellectuelle restreinte) sont souvent peu liquides, et un décalage persiste entre les besoins d’investissement initiaux et le calendrier des revenus.32

  • Politiques d’approvisionnement protectionnistes : le Canada comme les États-Unis cherchent à acheter davantage auprès de fournisseurs nationaux, ce qui accentue les frictions commerciales. Pour le Canada, attribuer des contrats à des entreprises nationales dans des secteurs où la capacité industrielle n’existe pas encore à grande échelle pourrait faire augmenter les coûts et allonger les échéanciers. À l’exception du spatial, du maritime et de certains aéronefs, l’objectif de 70 % de contenu canadien dans les acquisitions de défense d’ici 2035, contre environ 40 % aujourd’hui, exige de bâtir une infrastructure industrielle qui ne peut être créée rapidement.

  • La souveraineté dans l’Arctique constitue un autre point de tension. La Russie et la Chine représentent des menaces pour l’Arctique et, malgré les pressions américaines en faveur d’investissements dans la défense de cette région, celle-ci demeure exposée, en dépit des investissements actuels dans la défense arctique.

  • La base industrielle de défense des États-Unis est limitée par sa capacité de production, et non simplement par l’accès aux capitaux. Les conflits en Ukraine et en Iran ont mis en évidence des lacunes dans les stocks de munitions, tandis que les dispositions « Buy American » et les contrôles à l’exportation ont restreint l’intégration des chaînes d’approvisionnement avec les alliés.33

La voie à suivre

  • Développer des bases industrielles distinctes, mais interopérables. Le Canada s’est engagé dans une voie claire et distincte pour diversifier son industrie de défense par rapport à celle des États-Unis et développer sa propre capacité manufacturière souveraine. Cela créera des capacités divergentes et une plus grande autonomie canadienne. Toutefois, pour assurer le bon fonctionnement à long terme du cadre de défense nord-américain, il sera important que les capacités clés, en particulier celles qui sont essentielles aux commandements conjoints, conservent leur interopérabilité technologique et opérationnelle.

  • Approfondir la coopération dans les domaines où les besoins opérationnels convergent. La modernisation du NORAD est fondamentale. L’investissement canadien d’environ 40 milliards de dollars sur 20 ans – radars transhorizon, y compris le système arctique de 6,5 milliards de dollars codéveloppé avec l’Australie, surveillance spatiale, commandement et contrôle, et infrastructures nordiques – témoigne d’un engagement profond envers le partenariat. Le Canada pourrait négocier sa participation à un futur Dôme d’or : les capteurs canadiens, l’infrastructure radar arctique et l’accès à l’espace aérien constituent de véritables contributions qui justifient des modalités de partage des coûts, des droits canadiens de propriété intellectuelle sur les systèmes développés conjointement et un rôle défini du Canada dans les décisions d’interception.34

  • Explorer la coopération dans les technologies spatiales et les drones. Les conflits récents montrent que les systèmes sans équipage redéfinissent la conduite de la guerre. Parallèlement, l’espace devient un domaine stratégique de plus en plus contesté. L’Ukraine est devenue la « Silicon Valley » de l’innovation en défense, et de récents exercices de l’OTAN ont démontré l’efficacité de ces capacités contre des armées dépassées. Cette phase de réarmement ne prendra pas la même forme que les précédentes. Le Canada doit moderniser son équipement et ses infrastructures militaires à grande échelle, tandis que les États-Unis font face à des stocks épuisés et à des menaces asymétriques. Par conséquent, les deux pays doivent redéfinir leurs priorités quant aux technologies de défense à développer et à acquérir, ce qui crée des occasions de collaboration pour éviter les dédoublements dans les domaines où leurs intérêts de sécurité se rejoignent.

  • Approfondir le partenariat sur les minéraux critiques. La géologie du Canada, si elle est jumelée à une capacité de raffinage, pourrait servir de rempart contre la dépendance envers des puissances adverses. La formalisation d’accords d’approvisionnement pour les minéraux critiques à la défense de l’OTAN – avec des ententes d’achat, des mécanismes de stabilisation des prix et une admissibilité aux règles d’origine permettant de considérer les intrants raffinés au Canada comme un approvisionnement intérieur américain – renforcerait la résilience industrielle des deux pays.

  • Diversifier les plateformes et les partenariats. L’investissement de 530 millions de dollars du Canada dans l’Agence spatiale européenne, sa participation à l’initiative SAFE de l’Union européenne et son nouvel accord bilatéral avec l’Australie témoignent des efforts d’Ottawa pour diversifier sa base industrielle de défense. Les partenaires européens s’attendront à avoir accès aux marchés publics canadiens en contrepartie de l’accès aux marchés européens.

Résultat potentiel : La relation de défense Canada–États-Unis repose depuis toujours sur un pacte implicite : le Canada offre une profondeur géographique au sol, sous l’océan, en mer, dans les airs et dans l’espace ; les États-Unis fournissent un parapluie de sécurité et de protection, renforcé par une envergure de plateformes, une profondeur de capital, une sophistication technologique et des dépenses de R-D inégalées. Pour préserver ce pacte, le Canada devra combler l’écart entre ses engagements financiers et sa crédibilité opérationnelle, en menant à bien la modernisation du NORAD, en tranchant la décision relative aux F-35 et en bâtissant une base industrielle nationale véritablement capable. Pour les États-Unis, le respect de la souveraineté canadienne permettra de s’assurer d’un partenaire à long terme plus fiable.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier les experts externes consultés dans le cadre de ce rapport, dont certains sont nommés ci-dessous.

Peter Dawe, BDC

Steve Carlisle, General Motors (retraité)

Robert Johnston, University of Calgary

Frank McKenna, TD Securities et ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis

Michael Robinet, S&P Global Mobility

[1] Brennan, J. 2026. Composer avec l’incertitude : quatre trajectoires futures pour le secteur canadien de l’automobile Toronto : Leadership avisé RBC.

[2] Brennan (2026), Steering Through Uncertainty.

[3] Le Canada exporte pour environ 11 milliards de dollars américains d’aluminium vers les États-Unis, dont plus du tiers est destiné au secteur des transports. Avec des droits de douane de 50 %, les répercussions sur le seul secteur de l’assemblage automobile pourraient dépasser 1 milliard de dollars. Si l’on tient également compte des pièces automobiles, la facture liée aux droits de douane grimpe davantage. Pour une analyse économique de l’aluminium canadien assujetti à des droits de douane, voir Aluminum Association. 2025. Powering Up American Aluminum: A Roadmap for Next Generation Supply Chain Resilience. Arlington, VA : The Aluminum Association; Business Data Lab. 2025. How to Undermine U.S. Manufacturing: Debunking Aluminum Tariff Myths. Ottawa : Business Data Lab.; and Livingston, Brian. 2025. Canada’s Aluminum Production and US Tariffs. Intelligence Memos. Toronto : C.D. Howe Institute. 2 septembre.

[4] Brennan (2006). Steering Through Uncertainty.

[5] Markman, J. 2026. « How Legacy Automakers Torched $53 Billion on EVs They’ll Never Sell », Forbes, 9 février.

[6] Robinet, M. 2026. New Automotive Geo-economics. S&P Global Mobility. Présenté à la PMA, en mai 2026.

[7] Voir Helper, S. et T. Tucker. 2026. « Challenges and Opportunities for the North American Auto Industry in the 2026 USMCA Renegotiation », 4 mars. Washington : Brookings Institution ; U.S. International Trade Commission. 2025. USMCA Automotive Rules of Origin: Economic Impact and Operation, 2025 Report. Publication no 5642. Washington : USITC.

[8] IEA. 2025. Global Critical Minerals Outlook. Paris : Agence internationale de l’énergie.

[9] Gracelin Baskaran formule cette affirmation dans son témoignage devant le sous-comité des ressources naturelles de la Chambre des représentants – une affirmation que nous n’avons pas été en mesure de vérifier de façon indépendante. Voir : Baskaran, G. 2026. « Unleashing America’s Mineral Potential : The Critical Minerals Commodity Supply Chain », témoignage devant le House Natural Resources Subcommittee on Oversight and Investigations. Washington : Center for Strategic & International Studies.

[10] Ressources naturelles Canada. 2025. Canada-U.S. Minerals Data Dashboard.

[11] Baskaran, G. 2025. « Canadian Tariffs Will Undermine U.S. Minerals Security », Center for Strategic & International Studies, 29 janvier.

[12] Merwat, S. 2026. Exploiter et transformer : combler le déficit de capitaux des minéraux critiques au Canada. Toronto : Leadership avisé RBC.

[13] Merwat, S. 2025. Le nouveau grand jeu : le rôle des minéraux critiques dans la course à la suprématie technologique. Toronto : Leadership avisé RBC.

[14] Voir Baskaran (2026).

[15] Voir Baskaran (2026) pour un ensemble de recommandations de politiques qui intègrent l’extraction, la transformation, le raffinage et la fabrication autour de pôles de demande.

[16] Merwat, S. 2026. Transformation des minéraux critiques : retard de l’Occident en matière de raffinage et technologies disponibles pour combler les lacunes. Toronto : Leadership avisé RBC.

[17] Régie de l’énergie du Canada. 2025. Aperçu du marché : Aperçu des échanges d’énergie entre le Canada et les États-Unis en 2024. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.cer-rec.gc.ca/fr/donnees-analyse/marches-energetiques/apercu-marches/2025/apercu-marche-apercu-des-echanges-denergie-entre-le-canada-et-les-etats-unis-en-2024.html.

[18] Une partie de cet écart reflète la qualité et les coûts de transport, mais une autre découle d’une diversification insuffisante des exportations. Voir Alberta Energy Regulator. 2025. Alberta Energy Outlook ST98. Calgary : Government of Alberta.

[19] Energy Information Administration. 2026. Annual Energy Outlook. Washington : département de l’Énergie des États-Unis.

[20] Merwat, S. 2026. Six graphiques d’analyse des relations pétrolières Canada–États-Unis, en contexte de nouveaux développements géopolitiques sur les marchés pétroliers. Toronto : Leadership avisé RBC.

[21] Johnston, R. 2026. « Asia’s Oil Demand Outlook and Geopolitics », présentation à PwC Canada/School of Public Policy Asia Oil Outlook, 7 mai.

[22] Lisez l’explication de l’Alliance des sables bitumineux sur le projet Pathways : https://alliancesablesbitumineux.ca/projet-pathways/.

[23] Calculs de l’auteur fondés sur les données de la base SIPRI Military Expenditures Database (en dollars américains constants de 2024). 

[24] OTAN. 2025. Dépenses de défense et engagement de l’OTAN des 5 %. Bruxelles : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.nato.int/fr/what-we-do/introduction-to-nato/defence-expenditures-and-natos-5-commitment.

[25] Bingen, K.A. 2026. « Orbits of Influence : Emerging Threats to U.S. Space Security and Foreign Policy Implications ». Statement before the House Foreign Affairs Subcommittee on Europe. Washington : Center for Strategic and International Studies, 29 avril.

[26] Les données de l’OTAN indiquent que les dépenses de défense du Canada sont passées de 26 milliards de dollars américains en 2022 à 44 milliards de dollars américains en 2025, soit une hausse de 69 % (aux prix et taux de change courants). Les données du SIPRI indiquent que le Canada consacrait 2,06 % de son PIB à la défense en 1987.

[27] Certains interprètent la suspension de la Commission permanente comme une réponse à la décision du Canada de réexaminer le programme F-35, et non comme une réaction aux dépenses militaires prévues par le Canada, malgré les affirmations contraires.

[28] Rapport de mai 2026 du Bureau du budget du Congrès américain : https://www.cbo.gov/system/files/2026-05/62379-golden-dome.pdf.

[29] Ministère de la Défense nationale. 2026. Stratégie Industrielle de Défense du Canada : Sécurité, souveraineté et prospérité. Ottawa : Gouvernement du Canada.

[30] See NORAD Backgrounder: https://www.canada.ca/en/department-national-defence/news/2022/06/north-american-aerospace-defense-command-norad.html

[31] Voir la Stratégie Industrielle de Défense du Canada (2026).

[32] Ashcroft, T. 2026. Investissements de première ligne : comment faire progresser le financement de la défense au Canada. Toronto : Leadership avisé RBC.

[33] Voir le reportage de l’Associated Press, « US Will Need Years to Replenish Stockpiles of Advanced Weapons Used in Iran War, New Analysis Finds », 27 mai. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.usnews.com/news/business/articles/2026-05-27/us-will-need-years-to-replenish-stockpiles-of-advanced-weapons-used-in-iran-war-new-analysis-finds.

[34] Ministère de la Défense nationale. 2025. Fiche d’information : Financement pour la défense continentale et la modernisation du NORAD. Ottawa : Gouvernement du Canada. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/services/operations/allies-partenaires/norad/fiche-financement-norad-modernisation.html.

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Également dans ce numéro : 10 chiffres qui illustrent l’incidence du Brexit sur le Royaume-Uni 10 ans après

L’expertise, et non les électrons, pourrait constituer le principal atout du Canada en matière d’exportation d’énergie

  • Le débat sur le commerce de l’électricité à Ottawa tourne sans cesse autour des interconnexions est-ouest et des flux transfrontaliers d’électricité, mais l’expertise canadienne pourrait constituer un atout d’exportation sous-estimé. Un exemple de ce type, évoqué lors du sommet national de l’électricité du Canada (Canada’s Electricity Strategy Summit) qui s’est tenu cette semaine à Ottawa, est celui de Manitoba Hydro International (relancée en 2024 par la société provinciale de services publics après trois ans de fermeture), qui a commencé en 1998 à vendre l’expertise canadienne en matière de services publics à plus de 120 clients à travers le monde.

Le Canada doit supprimer les barrières au commerce et à l’investissement

  • L’un des principaux enseignements tirés d’une table ronde organisée cette semaine par le C.D. Howe Institute est que, si la diversification des échanges commerciaux est importante, la réduction des barrières à l’investissement étranger est tout aussi urgente. Une réforme globale du système d’imposition des sociétés du pays figurait parmi les idées qui ont été avancées.

La semaine prochaine, l’Amérique du Nord franchira une étape décisive dans les relations commerciales entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. 

Il ne s’agit pas d’un précipice, mais cet accord marquera le début d’un nouveau chapitre dans ce qui a été jusqu’à présent l’accord commercial le plus fructueux au monde.

Pour évaluer ce que l’avenir pourrait réserver, John Stackhouse, de RBC, a participé cette semaine à une table ronde virtuelle organisée par la Brookings Institution, aux côtés d’experts en politique des trois pays. Une chose semblait certaine : quelle que soit la forme que prendra l’ACEUM révisé, l’esprit du commerce nord-américain sera probablement marqué par davantage de coups de coude et moins de poignées de main.

Quelques autres points à retenir :

1. Un accord sera conclu : « Il y a des raisons d’être optimiste », tel était le refrain, même si les coûts de cet accord se feront sentir dans les trois pays. Il en va de même pour le calendrier, surtout si les négociations se poursuivent après les élections de mi-mandat aux États-Unis, dans un contexte où Washington sera plus divisé. 

2. Il faudra s’habituer aux droits de douane : Au-delà de la date butoir du 1er juillet pour la révision de l’ACEUM, le régime actuel de droits de douane prévu à l’article 122 expirera le 24 juillet, date à laquelle il faut s’attendre à ce que l’administration Trump mette en place un autre régime. La population canadienne doit envisager toute une série de droits de douane qui pourraient en découler, allant d’une « mesure musclée » de 15 à 25 % (ce qui est peu probable) à une variante du statu quo, qui pourrait s’accompagner de mesures frontalières plus strictes concernant le commerce numérique. On peut parier sans trop de risque sur une forme de « prix d’accès au marché », peut-être de l’ordre de 5 %, assorti d’une foule d’exemptions.

3. Les lettres d’accompagnement seront essentielles : L’accord général pourrait rester en place dans une large mesure, accompagné d’une série de conventions accessoires ne nécessitant pas de loi. Cela peut être une bonne nouvelle, car ces lettres peuvent être modifiées plus facilement qu’un accord complet. Toutefois, ce risque peut aussi s’appliquer aux garanties que le Canada et le Mexique pourraient chercher à obtenir dans le cadre d’opérations parallèles. 

4. Le Mexique est prêt à faire des concessions : Le gouvernement de Claudia Sheinbaum – de manière plus ouverte que le Canada – a fait des États-Unis sa priorité commerciale absolue et adopte des politiques pour s’aligner sur les demandes de Washington. Il pourrait en résulter un resserrement des règles d’origine pour le secteur automobile. Le Mexique est également intéressé par un cadre plus large pour régler les questions liées aux frontières, à l’énergie et à la sécurité alimentaire, ainsi qu’au commerce.

5. Le Canada doit gérer ses divisions internes : Le Canada n’a pas une économie unique en matière de commerce. Les droits de douane actuels au titre de l’article 232 couvrent 36 à 37 % des exportations canadiennes vers les États-Unis – mais 58 % pour l’Ontario et 55 % pour le Québec. Les Maritimes, la Saskatchewan et l’Alberta subissent des répercussions inférieures à 10 %. L’opinion publique canadienne s’est aussi durcie à l’idée d’un accord à tout prix, en partie parce que la confiance des Canadiens et Canadiennes dans les engagements américains s’est affaiblie. 

6. L’incertitude nuit à l’investissement et à la croissance : Dans les trois pays, les entreprises se protègent face aux aléas frontaliers en diversifiant leur production afin d’anticiper les nouvelles mesures tarifaires et non tarifaires. En ce qui a trait au Canada, certains investissements pourraient aussi être réalisés pour desservir des marchés d’exportation autres que les États-Unis, notamment l’Europe et la Chine. 

Cette semaine a marqué le 10e anniversaire du référendum à l’issue duquel le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne. Une décennie après ce vote sans précédent, les répercussions sont encore en cours d’évaluation et de prise de conscience.

  •  14% – La baisse des exportations britanniques de biens vers l’UE en 2025 par rapport à 2019, avant que les deux partenaires ne signent un nouvel accord commercial. Durant la même période, les exportations britanniques vers des pays non membres de l’UE ont chuté de 8 %. 

  • 28% – Le bond des exportations de services du Royaume-Uni vers l’UE par rapport à 2019. Les exportations vers les pays non membres de l’UE ont augmenté de 26 % par rapport à 2019. Toutefois, le Centre for European Reform estime que les exportations de services sont toujours inférieures de 7 % à ce qu’elles auraient été si le Royaume-Uni était resté dans l’UE.

  • ↓ 6 à 8 % – – La baisse de la croissance du PIB britannique d’ici fin 2025 attribuable au Brexit, selon une étude du National Bureau of Economic Research.


    Brexit, 10 ans après : le PIB par habitant du R.-U. est resté à la traîne par rapport à celui de certains de ses pairs

  •   5 à 10 % – La croissance du PIB par habitant du Royaume-Uni a été inférieure de 5 % à 10 % à celle d’autres pays comparables entre le Brexit et la fin de 2025, selon les estimations du NBER.

  • ↓  13% – Le recul des investissements des entreprises britanniques. Une autre étude suggère que les entreprises britanniques investissent à peine 11,1 % du PIB et que seul le Canada se classe au dernier rang parmi les pays du G7.

  • 16% – La part des entreprises qui ont déclaré que le Brexit constituait une source importante d’incertitude en septembre 2025. Ce chiffre atteignait 40 % peu après la sortie du Royaume-Uni de l’UE. 

  • 39 – Le nombre d’accords commerciaux que la Grande-Bretagne a signé avec 72 pays depuis le Brexit. Toutefois, bien que les relations commerciales entre le Royaume-Uni et l’UE aient fondamentalement changé après le Brexit, l’UE demeure le principal partenaire commercial du Royaume-Uni


    Le Royaume-Uni se sentir un peu de « Bregret  » 10 ans apres le Brexit

  • 57% – La proportion des répondants et répondantes qui ont estimé que la Grande-Bretagne avait eu tort de quitter l’UE lors d’un récent sondage.

  • 41% – L’UE représentait 41 % des exportations du Royaume-Uni et 50 % de ses importations.

  • – Le nombre de Premiers ministres que le Royaume-Uni a connus depuis le référendum. L’ancien maire du Grand Manchester, Andy Burnham, devrait devenir le septième Premier ministre depuis le Brexit.


    Un va-et-vient incessant au 10 Downing Street