Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Le système énergétique mondial connaît actuellement les affres d’une grande mutation.
Non seulement il doit répondre à une demande accrue liée à la croissance démographique et économique, mais la crise climatique exige une modification radicale des sources d’énergie. Les nouvelles technologies changent les perspectives sur ces deux tableaux.
Vers 2035, les 10 milliards de Terriens se seront-ils dotés des moyens énergétiques que suppose la prochaine phase de la croissance durable ? Quel rôle les tensions et ambitions géopolitiques joueront-elles alors ? De quelle manière le Canada – l’un des ténors mondiaux de l’énergie sous toutes ses formes – pourra-t-il générer le plus de valeur dans une économie carboneutre ?
Pour évaluer ce que seront l’offre et la demande d’énergie dans les années 2030, Services économiques et leadership avisé RBC, RBC Marchés des capitaux et Recherche mondiale ont compilé des données mondiales et nationales qui leur ont permis de faire de nouvelles projections fondées sur les hypothèses actuelles concernant l’évolution de la démographie, la croissance économique, la répartition des biens, le recours aux nouvelles technologies et les réglementations gouvernementales.
On trouvera ici les principaux résultats de l’exercice qui a été mené. Six grandes conclusions peuvent en être tirées qui devraient faciliter les débats lors de la COP28 – la conférence des Nations Unies sur le climat qui se tient à Dubaï –, ainsi que les discussions qui s’ensuivront sur les politiques énergétiques.
D’un côté, l’énergie joue un rôle crucial dans tous les pans de notre économie ; de l’autre, les progrès à réaliser sur le plan climatique dépendent de la façon dont nous gérons les émissions. L’équilibre à trouver exige un débat public éclairé auquel les auteurs du présent rapport espèrent contribuer.
1. La croissance de la demande mondiale va être égale à la consommation d’énergie des États-Unis
La croissance de la population mondiale ralentit mais, au cours des prochaines décennies, les besoins des pays émergents nécessiteront de produire plus d’exajoules. En 2050, avec 1,7 milliard d’habitants de plus (soit l’équivalent de la population de la Chine et des États-Unis, le temps d’une génération), les Terriens seront 9,7 milliards. D’ici 2035, l’augmentation sera de 834 millions (la population actuelle de l’Europe). Elle exigera de produire 93 quads de plus (1 quad = 1015 BTU), soit à peu près la consommation d’énergie actuelle des États-Unis.
Concernant les sources d’énergie à forte intensité carbonique, le monde actuel se divise en deux catégories. Dans les pays dits avancés, les gains d’efficacité écoénergétique ont, en Europe et en Amérique du Nord, fait diminuer la consommation par habitant de 13 % en 20 ans (- 0,7 % par an). La croissance démographique ralentit aussi, bien que pas très sensiblement dans les pays les plus développés. Toutefois, les gains d’efficacité écoénergétique par habitant ne sont pas encore suffisants pour que, en valeur absolue, la demande en énergie diminue vraiment, surtout au Canada.
Il en va différemment dans les pays émergents, où la généralisation des voitures particulières, des appareils électroménagers et des fabrications de pointe n’en est qu’à ses débuts. L’Inde – le pays le plus peuplé – consomme encore relativement peu d’énergie. Le ralentissement de la croissance démographique aidera à contenir la hausse des émissions, mais pas assez pour contrebalancer l’augmentation de la demande en sources d’énergie à forte intensité carbonique (le charbon, notamment). De fait, la croissance de la population indienne continue de s’observer surtout dans le nord, où les usines et les villes demeurent dépendantes du charbon.
Croissance de la demande mondiale, par région
Points de pourcentage par rapport à la croissance mondiale
Sources : ONU et Services économiques RBC
Dans les autres pays en développement, le rythme de la croissance varie. En Chine (le plus grand marché mondial), la consommation d’énergie par habitant se rapproche de celle des pays avancés et commencera à se stabiliser. La croissance de la demande devrait ralentir après avoir augmenté de 2 % par an au cours de la prochaine décennie. Par ailleurs, après des décennies de dénatalité, la population chinoise diminue pour de bon, ce qui signifie (toutes choses étant égales par ailleurs) que, en valeur absolue, la consommation d’énergie baisse. D’après nos calculs, sa croissance sera moitié moins rapide que durant la dernière décennie et pourrait être encore plus lente si l’économie chinoise s’essouffle.
Le développement économique, la gestion de la demande en énergie et les contraintes climatiques constituent également un casse-tête dans les pays particulièrement peuplés d’Afrique, dans le reste de l’Asie et en Amérique du Sud. La question des capitaux disponibles y sera vitale. Un cinquième seulement des investissements en énergies propres est consacré aux pays en développement, alors qu’ils représentent les deux tiers de la population mondiale. Quant aux pays à revenu intermédiaire (Brésil, Mexique, Afrique du Sud…), ils comptent pour 75 % de la population mondiale et on y trouve 62 % des habitants les plus pauvres du globe. Le revenu disponible moyen y augmente cependant et le désir d’acquérir un vélomoteur, une maison ou des appareils électroniques nécessitera de produire de l’énergie sous toutes ses formes.
Les écarts de consommation observés entre les pays émergents finiront par s’estomper à mesure que leurs économies se développeront, mais nous n’en sommes pas encore là.
Consommation d’énergie par habitant
MBTU/personne (2021)
Sources : EIA, Recherche économique RBC
2. Les énergies renouvelables vont répondre à 20 % de la demande mondiale
La demande totale en énergie va continuer à augmenter, mais la part des sources carboneutres et renouvelables aussi. Les énergies renouvelables sont censées croître cinq fois plus vite que les autres d’ici 2035 ; elles compteront alors pour 20 % de la consommation mondiale, contre 12 % en 2022 et 8 % en 20121.
Face aux sources classiques, les énergies renouvelables sont devenues beaucoup plus abordables et les aides gouvernementales favorisent la transition. Aux États-Unis, grâce à l’Inflation Reduction Act, la croissance des énergies renouvelables devrait, avec un taux d’augmentation annuel de 7 %, plus que doubler d’ici 2035.
Sur à peu près tous les continents, la part des énergies renouvelables dans la consommation totale devrait augmenter (avant tout parce que, entre 2010 et 2020, le coût de l’énergie solaire et celui de l’énergie éolienne ont diminué respectivement de 56 % et 85 %). Cette croissance pourrait se faire en bonne partie au détriment du charbon et des autres sources à forte intensité carbonique. Au cours de la dernière décennie, la consommation mondiale de charbon a reculé de quelque 0,5 % par an ; cette cadence devrait être deux fois plus forte d’ici 2035. Le charbon ne compterait alors que pour environ 20 % de la consommation d’énergie mondiale, contre 27 % aujourd’hui et plus de 30 % il y a dix ans.
Cependant, les énergies renouvelables s’accompagnent elles aussi de zones d’ombre. Les pays qui se sont résolument engagés dans leur mise en œuvre s’inquiètent de la fiabilité des réseaux qui recourent essentiellement à l’énergie solaire ou éolienne. Par ailleurs, la multiplication des installations entraîne une inflation par les coûts – au moins à moyen terme – et le stockage de l’énergie à grande échelle dans les batteries reste problématique, malgré les rapides progrès réalisés.
D’autre part, pour assurer une mise en œuvre harmonieuse et l’égalité des chances entre les pays, ces derniers doivent absolument coopérer. L’ensemble hétéroclite des réglementations internationales – qui comprend notamment des taxes d’ajustement aux frontières et différents mécanismes de tarification du carbone – doit être peaufiné, s’appuyer sur des normes communes et être accepté par les différentes parties ; l’accélération de la transition l’exige.
En attendant, les inquiétudes que suscite le contrôle par la Chine des métaux, minéraux et technologies essentiels pour ladite transition ont conduit de nombreux pays à établir des chaînes d’approvisionnement parallèles et plus coûteuses. Seulement, il faudra au moins dix ans avant que les mines en projet soient opérationnelles. De plus, la complexité et le coût des chaînes en question pourraient facilement augmenter si des restrictions commerciales entraient en vigueur. De telles frictions ne risquent guère de ralentir l’adoption des énergies renouvelables, mais elles pourraient la retarder.
Consommation mondiale d’énergie selon la source
Sources : EIA, Recherche économique RBC
3. Le pic pétrolier est en vue mais n’est pas encore survenu
Les discussions portant sur le pic pétrolier font parfois oublier qu’un secteur peut fort bien ne jamais dépasser un certain seuil et demeurer pourtant à l’avant-scène pendant des décennies. Nous pensons que la part du pétrole dans la consommation totale d’énergie va continuer de diminuer, mais que, en valeur absolue, la consommation de pétrole n’atteindra pas le pic avant 2035.
Elle diminue dans les grands pays développés (y compris aux États-Unis) mais son augmentation va se poursuivre dans les pays émergents, dont la population et les besoins en énergie par habitant croissent. Ces estimations sont entachées d’assez fortes incertitudes à court terme, dans un sens comme dans l’autre (ralentissement de la croissance et adoption rapide des technologies, notamment en Chine). La trajectoire est toutefois claire : plus de 60 % de la consommation mondiale de pétrole est le fait du secteur des transports, où l’adoption des véhicules électriques va bon train, y compris en Chine, pourtant responsable ces dix dernières années de près des deux tiers de l’augmentation de la consommation. Dans ce pays, les véhicules tout électriques ou hybrides rechargeables représentent aujourd’hui 40 % des ventes au détail, contre 3 % en 2019.
Croissance prévue de la consommation de pétrole par région
Variation annuelle prévue de 2022 à 2035 (en points de pourcentage)
Source : Recherche économique RBC
En Europe, la part des véhicules électriques dans le total des ventes d’automobiles était de 44 % en 2022. Le Royaume-Uni entend interdire en 2035 la vente de véhicules équipés seulement d’un moteur à combustion externe. Le Canada prévoit de faire passer la part des véhicules non polluants dans les ventes de véhicules neufs à 60 % d’ici 2030 et à 100 % d’ici 2035. Tous ces plans peuvent changer – en matière d’énergie verte, les gouvernements retardent souvent l’atteinte des objectifs.
Le taux de remplacement des parcs de véhicules est un autre facteur clé. Aujourd’hui plus fiables et plus solides, les véhicules dotés d’un moteur à combustion interne demeurent en circulation plus longtemps (12 ans en moyenne aux États-Unis) ; ils ne disparaîtront donc pas du jour au lendemain, même si la part des véhicules électriques augmente. Toutefois, la consommation de pétrole par habitant diminue depuis des dizaines d’années dans les pays développés, grâce à un meilleur rendement du carburant, et cette tendance ira probablement croissant à mesure que les véhicules électriques se généraliseront.
Consommation de pétrole par habitant
Indice 100 en 2011
Source : Recherche économique RBC
4. Transition plus incertaine pour le gaz naturel
La fermeture graduelle des centrales au charbon devrait stimuler la demande en gaz naturel, considéré comme l’instrument de la transition vers les énergies renouvelables et le stockage au moyen de batteries – au moins dans les pays développés.
Le rythme de cette transition variera fortement d’une région à l’autre et selon l’ampleur des aides gouvernementales. Aux États-Unis, les subventions prévues dans l’Inflation Reduction Act pour l’installation de thermopompes contribueront à accélérer la transition vers les combustibles renouvelables alimentant les systèmes de chauffage des particuliers et des entreprises. Ailleurs, le charbon demeure une source d’énergie de base que le gaz naturel pourrait supplanter progressivement. En 2022, la Chine – le plus grand émetteur de GES au monde – investit toujours dans l’énergie nucléaire, mais a aussi autorisé la construction de l’équivalent de deux grandes centrales au charbon par semaine, malgré son engagement à atteindre la carboneutralité d’ici 2060. En Inde, on estime que des centrales au charbon d’une puissance totale de 65,3 gigawatts sont en construction ; cela représente un tiers de la capacité de celles qui existent déjà.
À l’échelle mondiale, la croissance de la demande en gaz naturel devrait résulter avant tout de l’augmentation des besoins des pays émergents, qui sont tels que le pic ne devrait survenir qu’après 2035. Toutefois, le taux de croissance annuel sera en moyenne deux fois moins élevé que celui des dix dernières années (1,8 %) et la part du gaz naturel dans la consommation d’énergie mondiale fléchira avec l’accélération de la transition vers les énergies renouvelables.
Au Canada, la demande sera surtout le fait des industriels, notamment ceux du secteur pétrogazier. Le projet LNG Canada, qui devrait être lancé d’ici le milieu de la décennie, constituera la première incursion majeure du Canada sur le terrain des exportations non dirigées vers les États-Unis. Les autres pays développés cherchent en effet à assurer leurs approvisionnements. En Europe, depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la construction de 26 terminaux de regazéification a été annoncée ou entamée, pour une capacité totale de 104,5 millions de tonnes par an – soit 20 % de la capacité mondiale actuelle en GNL, selon l’Union internationale de l’industrie du gaz. En Asie, le Japon, la Chine et la Corée du Sud restent les trois premiers importateurs. Les nouveaux accords à long terme qu’ils ont signés avec différents exportateurs montrent qu’ils entendent garantir et diversifier leurs sources d’approvisionnement.
5. Investissements dans le pétrole : profits et plafonnement des émissions
Le pétrole demeure une importante source d’énergie : il comptera encore pour 30 % de la consommation mondiale en 2035. Ce serait encore le cas si le scénario plus optimiste de l’Agence internationale de l’énergie se concrétisait – si le pic de consommation de pétrole mondiale survenait avant la fin de la présente décennie. La nature de la production canadienne (elle repose beaucoup sur des projets à long terme impliquant de très gros investissements irrécupérables initiaux, et elle ne représente qu’une faible part de la production mondiale) la rend à peu près insensible aux fluctuations à court terme du marché2.
Les dépenses en immobilisations du secteur pétrolier et gazier au Canada demeurent faibles
Toutefois, le secteur demeure prisonnier de la capacité insuffisante de ses pipelines, dont il a besoin pour commercialiser le pétrole canadien. L’expansion du pipeline Trans Mountain prise en charge par le gouvernement fédéral aura pour effet d’accroître sensiblement la capacité de transport quand il sera mis en service (probablement en 2024). Le surcroît de capacité (590 000 barils par jour) permettra de facturer le pétrole aux cours internationaux et de contrer la décote des indices canadiens.
Par ailleurs, la production du pétrole extrait des sables bitumineux, déjà bien capitalisée, ne nécessitera probablement pas de nouveaux investissements majeurs. De fait, les sommes investies dans le secteur pétrogazier ne représentent plus que 1,5 % du PIB annuel canadien – moins de la moitié de ce qu’elles représentaient (3,7 %) avant la baisse des cours de 2015.
Même en l’absence de nouveaux projets, le secteur pourra produire davantage au cours de la prochaine décennie si la demande mondiale augmente. Nous prévoyons que la production de pétrole canadienne grimpera de 16,5 % d’ici 2030, par augmentation de la capacité des installations existantes plutôt que sous l’effet de nouveaux investissements.
Le cadre proposé par le gouvernement fédéral pour plafonner les émissions des secteurs pétrolier et gazier pourrait changer cette perspective. Il n’y a pas encore de certitude quant à la forme que prendra la réglementation finale – le cadre envisage un plafond (souple) de 35 % à 38 % en dessous des émissions de 2019 provenant de la production de pétrole et de gaz, à mettre en place progressivement entre 2026 et 2030, avec des options permettant de produire des plafonds plus élevés moyennant un prix. Or les détails sont encore à venir et seront influencés par les réactions de l’industrie, les pressions législatives et les éventuelles contestations judiciaires.
Dans la perspective des années 2030, c’est sans doute en matière de décarbonation que les sociétés pétrolières et gazières ont le plus de besoins en capitaux. Le secteur du pétrole a déjà abaissé ses émissions par baril d’environ 20 % depuis 2010, bien que l’accroissement de production ait entraîné une hausse en valeur absolue pendant cette période. Les plans et propositions de décarbonation (notamment par capture et séquestration) exigeront de nouveaux capitaux totalisant des dizaines de milliards de dollars, qui proviendront en partie du gouvernement fédéral et des provinces. Le secteur estime que de tels investissements pourraient lui garantir ses marchés d’exportation pendant des années voire des décennies.
6. Au Canada, la forte croissance démographique exigera la diversification des sources d’énergie
Du fait de ses hivers rigoureux, de ses étés chauds et de sa population clairsemée, le Canada affiche l’un des taux de consommation d’énergie par habitant les plus élevés au monde. En outre, sa croissance démographique, liée à une forte immigration, implique une demande accrue en énergie.
Les Canadiens d’aujourd’hui adopteront-ils suffisamment vite les technologies vertes pour compenser l’arrivée, d’ici dix ans, de cinq millions d’immigrants ? C’est possible, si l’on en juge par l’engouement pour les véhicules électriques – la proportion de véhicules hybrides ou tout électriques vendus a plus que doublé au cours de la dernière décennie, passant de 7 % à 16 %. Les quantités d’essence vendues sont inférieures d’environ 3 % à celles de 2019, malgré un accroissement de 6 % de la population.
Les ventes d’essence au Canada augmentent moins vite que la population
Les changements que la pandémie a induits sur les habitudes de consommation pourraient avoir des conséquences à long terme. Les politiques de télétravail ont eu un effet marqué sur le transport en commun et la consommation d’essence. À cela s’ajoute le fait que la nouvelle génération de Canadiens et les immigrants, qui sont plus jeunes qu’avant, s’installent plutôt en ville, ce qui entraînera également une baisse de la consommation de carburant.
Qui dit augmentation de la population dit cependant construction de nouveaux logements, qu’il faut chauffer. À long terme, la généralisation d’appareils moins énergivores (thermopompes, par exemple) fera en sorte qu’on utilisera moins le gaz naturel et le mazout pour se chauffer. Cependant, le chauffage demeure une nécessité en hiver, aussi la demande en énergie continuera-t-elle de croître et, pour un temps, la consommation de gaz naturel se maintiendra à un certain niveau.
La croissance de la population ralentit, sauf au Canada
Variation moyenne par an (%)
Sources : Projections démographiques des Nations Unies (Statistique Canada pour le Canada), Recherche économique RBC
Par rapport à d’autres pays, la part des énergies renouvelables (25 %) est importante au Canada, du fait surtout de l’abondance des sources d’hydroélectricité. Il n’en reste pas moins que le Canada est l’un des rares pays développés à ne pas avoir fait croître cette part au cours de la dernière décennie. Cela pourrait changer d’ici dix ans, si l’on en croit le Règlement sur l’électricité propre que le gouvernement fédéral se propose de mettre en œuvre et qui prévoit d’établir, d’ici 2035, des réseaux électriques à émissions faibles ou nulles. Le règlement s’inscrit dans le dessein général du gouvernement canadien : rendre l’économie carboneutre d’ici 2050. De la forme qu’il prendra et de son efficacité (plusieurs provinces s’y opposent) dépendra la ligne de tendance que suivra la consommation de gaz naturel.
Le Canada est censé également s’appuyer sur le développement du nucléaire, dont l’Ontario est le maître d’œuvre, pour hausser la part des énergies carboneutres. À mesure que l’acceptation de cette industrie comme source d’énergie fiable sans émission progressera, nous prévoyons une augmentation de 9 % de la consommation d’énergie nucléaire au Canada d’ici 2035.
Consommation canadienne d’énergie selon la source
Source: U.S. Department of Energy, RBC Economics
En conclusion, des leviers politiques judicieux et l’innovation industrielle peuvent faire du Canada un acteur mondial du secteur de l’énergie, et ce, dans tous les secteurs (solaire, éolien, bois et combustibles fossiles). Grâce à ses ressources et à l’ingéniosité des Canadiens, notre pays peut devenir une force agissante dans le monde et atteindre son objectif de carboneutralité, comme nous le soulignions dans notre rapport Une transition à 2 billions de dollars.
Myha Truong-Regan, Head of Climate Research, RBC Climate Action Institute Yadullah Hussain, Managing Editor, RBC Climate Action Institute Caprice Biasoni, Graphic Design Specialist
La croissance des énergies renouvelables sera plus rapide si les gouvernements se montrent davantage décidés à favoriser la transition. Les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) indiquent aussi que, en 2035, les énergies renouvelables compteront pour quelque 20 % de la consommation mondiale si l’on tient compte des « politiques déclarées », mais cette part pourrait avoisiner 33 % si l’on en croit les « engagements annoncés ».
La production canadienne a continué d’augmenter après l’effondrement des cours mondiaux survenu en 2015.
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Dans cet essai, notre invité Allan Clarke expose les façons dont le Canada peut tirer parti du potentiel qu’offrent les communautés des Premières Nations pour faire progresser la croissance verte du Canada
Points clés
Les engagements budgétaires de 2023 du gouvernement fédéral donneront aux peuples autochtones les moyens de jouer un rôle clé dans l’atteinte des objectifs de carboneutralité du pays.
Le soutien financier du gouvernement à l’investissement autochtone dans les grands projets est essentiel à la réconciliation économique.
Des solutions spécialement conçues pour le Canada pourraient comprendre des programmes de garantie sur prêt, des instruments de collecte de capitaux et la gestion du risque de crédit. Ces solutions viseraient à mettre en valeur le potentiel des Autochtones et à intégrer leurs capitaux et leurs compétences dans des projets verts en faveur du développement économique et communautaire.
Un accès à long terme durable à un flux de capitaux prévisible ne peut être obtenu qu’en engageant des réformes structurelles en matière de fiscalité et d’impôts.
Les groupes autochtones peuvent jouer un rôle de premier plan dans la mise en œuvre de la stratégie sur les minéraux critiques du Canada, laquelle devrait être cruciale dans la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, tant au pays qu’à l’échelle mondiale.
Les groupes autochtones, pilier des objectifs de carboneutralité dans le budget de 2023
Dans le budget de 2023, le gouvernement du Canada a reconnu que « les grandes économies du monde progressent à un rythme sans précédent pour lutter contre les changements climatiques, restructurer leurs économies et bâtir les industries carboneutres de demain. »
Pour éviter que le pays ne se retrouve à la traîne, le gouvernement a donc proposé dans le budget de 2023 plusieurs initiatives qui ont été décrites comme nécessaires pour « bâtir une économie canadienne propre, durable et prospère. »
Voici quelques points saillants de ce budget :
Investissements importants pour accélérer l’approvisionnement et le transport d’électricité propre
Crédit d’impôt remboursable pour soutenir et accélérer les investissements dans le secteur de l’électricité propre au Canada
Priorité accordée aux investissements qui visent à soutenir la mise en place de grands projets d’infrastructure axés sur l’électricité propre et la croissance propre, par l’intermédiaire de la Banque de l’infrastructure du Canada
Refinancement du Programme des énergies renouvelables intelligentes et de trajectoires d’électrification afin de soutenir des projets prioritaires en région et des projets menés par des Autochtones.
Dans le même temps, Ottawa a reconnu que le pays devrait relever deux défis fondamentaux pour atteindre ses objectifs.
Premièrement, des investissements d’envergure et à long terme sont nécessaires pour soutenir le réalignement des chaînes d’approvisionnement mondiales et construire un avenir à zéro émission nette. Deuxièmement, l’adoption récente de la loi sur la réduction de l’inflation (IRA) aux États-Unis compromet grandement la compétitivité du Canada dans les secteurs qui contribueront au développement de l’économie verte.
Afin d’accélérer la réalisation des projets d’envergure nécessaires au développement de l’économie propre, le gouvernement a l’intention en priorité d’examiner plus rapidement les grands projets, tout en maintenant des normes réglementaires rigoureuses.
Le gouvernement a également fait part de son engagement à continuer d’améliorer la qualité et l’uniformité des avantages que tirent les communautés autochtones des grands projets menés sur leurs territoires, en multipliant les occasions qui leur sont offertes de participer à des projets importants en tant que partenaires.
Dans le budget de 2023, 8,7 millions de dollars ont été prévus pour favoriser le dialogue avec les partenaires autochtones, notamment avec les détenteurs de droits autochtones, en vue d’élaborer un cadre national de partage des avantages.
La Banque de l’infrastructure du Canada a pour mission d’accorder des prêts aux communautés autochtones afin de les aider à acquérir des participations dans les grands projets dans lesquels la Banque investit également.
Ces deux initiatives aideront le Canada à bâtir une économie propre.
Dans le premier cas, la mise en œuvre effective de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDP) au Canada exige un partage des richesses et du pouvoir.
L’article 26 de la DNUDP stipule que « les peuples autochtones ont droit aux terres, territoires et ressources qu’ils possèdent et occupent traditionnellement ou qu’ils ont utilisés ou acquis. »
Un cadre national de partage des avantages pourrait constituer une étape importante dans la mise en œuvre de la DNUDP et dans le cheminement vers la réconciliation économique.
Bien que d’une portée limitée, le soutien offert aux communautés autochtones par la Banque de l’infrastructure du Canada afin de leur permettre de prendre des participations dans de grands projets est une autre bonne nouvelle.
Faciliter l’accès aux capitaux
C’est un début, mais on peut faire plus. Voici trois façons mutuellement avantageuses pour le Canada de dégager des capitaux pour la participation des Autochtones.
1. Généraliser les programmes de prêts
Le plus grand obstacle à la participation des Autochtones aux grands projets est l’accès à des capitaux à un coût abordable.
Les causes sont bien connues : un environnement juridique et réglementaire défavorable au développement économique et commercial ; une exclusion historique et délibérée les ayant empêchés d’administrer leurs terres traditionnelles et leurs ressources ; des investissements publics inéquitables dans le logement et les infrastructures ; un manque de soutien à la croissance des entreprises ; et un régime de financement gouvernemental complexe.
Selon la Stratégie économique nationale pour les Autochtones : « Si les effets du colonialisme ont été dévastateurs pour la santé sociale, physique et mentale de nos communautés, l’un de ses objectifs les plus néfastes a été d’exclure délibérément les peuples autochtones du partage de la richesse de ce pays ». 1
La Loi sur les Indiens est communément reconnue comme le principal instrument ayant servi à atteindre cet objectif néfaste. Cette loi anachronique régit presque tous les aspects de la vie communautaire dans les réserves pour les quelque 600 000 Indiens inscrits.2 Elle définit ce qu’est un « Indien » et, entre autres, régit l’appartenance à une bande, le gouvernement de la bande, la fiscalité, les terres et les ressources, les successions et la gestion de l’argent.
Alors que les lois et les règlements en dehors des réserves évoluent habituellement et sont mis à jour au fil du temps, la Loi sur les Indiens est globalement restée figée dans le temps, laissant aux communautés vivant dans les réserves des règles et des procédures désuètes et paternalistes qui sont en décalage avec une économie moderne.
En partie du fait de son obligation fiduciaire envers les peuples autochtones, le gouvernement fédéral agit souvent de façon préjudiciable au développement de l’économie et des entreprises dans les réserves. En tant que fiduciaire, la Couronne doit protéger les intérêts des Premières Nations et peut être tenue responsable en cas de manquement à son obligation, comme en témoigne le nombre croissant des revendications particulières qui portent sur les torts historiques causés aux Premières Nations. 3
Cette obligation fiduciaire entrave considérablement la conclusion des transactions, car la Couronne agit souvent de façon à réduire sa responsabilité potentielle dans les décisions qu’elle seule peut approuver en dernier ressort en vertu de la Loi sur les Indiens.
Selon les recherches menées par Fiscal Realities, dans son rapport Expanding Commercial Activity on Reserve Land, « en raison des retards et de la réticence de la Couronne à permettre aux Premières Nations de partager les risques, les Premières Nations sont non seulement protégées contre les mauvaises transactions, mais elles perdent aussi beaucoup de bonnes transactions. » 4
S’ils sont mis en œuvre avec prudence, les programmes de garantie sur prêts peuvent aider les communautés autochtones à surmonter les obstacles au développement économique et à l’inclusion économique qui résultent de politiques et de lois désuètes.
Des programmes de garantie sur prêts sont actuellement appliqués en Alberta, en Ontario et en Saskatchewan.
Il y a peu de temps, l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC) a joué un rôle clé dans l’entente historique qui a abouti à l’acquisition par 23 communautés des Premières Nations et des Métis d’une participation hors exploitation de 11,57 % dans sept pipelines d’Enbridge dans le nord de l’Alberta (évaluée à 1,12 milliard de dollars). Dans cette affaire, l’AIOC a fourni une garantie sur prêt qui a permis aux groupes autochtones de prendre part à ce projet.
À l’époque, les dirigeants autochtones concernés parlaient avec enthousiasme des répercussions positives qu’apporteraient les revenus prévisibles et à long terme générés par ce partenariat sur leurs citoyens et leurs communautés. Le président de la communauté métisse de Fort McKay, Ron Quintal, a déclaré que cette entente permettrait à la communauté de consacrer plus d’argent à l’éducation, aux infrastructures et au logement.5
Un programme fédéral de garantie sur prêt faciliterait la prise de participation dans des projets d’envergure par les communautés autochtones, ce qui représenterait un pas de plus vers la réconciliation économique en mettant fin aux pratiques passées d’exclusion économique. Il favoriserait également la mise en œuvre de la DNUDP en créant des conditions propices à un consentement libre, préalable et éclairé, et aiderait les communautés autochtones à générer des revenus. Ces revenus seront réinvestis pour les Autochtones dans le logement, l’éducation, la santé et d’autres services qui contribuent au bien-être et à l’atteinte de meilleurs résultats socio-économiques pour ces communautés.
2. Surmonter les obstacles au développement
Le Canada doit prendre des mesures concrètes pour combler ses lacunes en matière d’infrastructures.
Le sous-investissement de longue date dans les infrastructures clés des communautés des Premières Nations a engendré d’immenses inégalités sur le plan économique, social et sanitaire. Tandis que des infrastructures appropriées sont essentielles à la santé et au bien-être des communautés, le manque d’infrastructures (logement, services à large bande, connectivité, transport, énergie, systèmes adéquats pour le traitement de l’eau et des eaux usées) constitue un obstacle majeur au développement économique et une entrave à la participation des peuples autochtones à des projets d’envergure.
Bien que les investissements annoncés dans les derniers budgets représentent une énorme augmentation du financement en faveur d’infrastructures autochtones par rapport aux normes historiques, ils restent insuffisants pour combler de façon substantielle le déficit d’infrastructures.
De nouvelles approches et des solutions innovantes sont également nécessaires pour déployer plus efficacement les fonds mis à disposition par le gouvernement fédéral. Il est largement admis que les graves pénuries de logements et d’infrastructures dans les réserves ne peuvent être résorbées exclusivement par le modèle actuel de financement fédéral qui consiste à accorder chaque année un financement en espèces. Lorsque l’inflation dépasse les hausses annuelles prévues dans le budget, moins d’infrastructures sont construites chaque année, alors que la population autochtone ne cesse d’augmenter. D’autres solutions doivent être envisagées.
La Loi sur la gestion financière des Premières Nations (LGFPN) et les institutions qui en découlent, notamment l’Autorité financière des Premières Nations, le Conseil de gestion financière des Premières Nations et l’Institut des infrastructures des Premières Nations, peuvent permettre d’utiliser les transferts fédéraux à long terme comme levier pour obtenir du financement par emprunt sur les marchés de capitaux afin de construire des infrastructures et des logements dans les réserves.
Le Canada doit prendre des mesures concrètes pour combler ses lacunes en matière d’infrastructures dans les communautés autochtones.
Plus précisément, la LGFPN confère aux Premières Nations des pouvoirs financiers semblables à ceux exercés par les municipalités et d’autres ordres de gouvernement dans les domaines de l’imposition des biens immobiliers, de la gestion financière et de l’accès aux capitaux. La promotion de cadres fermes et responsables d’imposition et de gestion financière dans les réserves, ainsi que la mise en place d’un mécanisme d’emprunt collectif pour financer des infrastructures et d’autres services publics, a permis de démontrer l’intérêt de ce régime en tant qu’instrument majeur pour promouvoir le développement économique et assurer la pérennité des communautés des Premières Nations.
Depuis l’émission de sa première obligation non garantie en 2014, l’Autorité financière des Premières Nations a recueilli plus de 1,8 milliard de dollars sur les marchés des capitaux. Les fonds obtenus servent à financer la construction de logements et d’infrastructures publiques dans les communautés des Premières Nations. Aujourd’hui, plus de 350 Premières Nations participent à la LGFPN, et 142 de ces Premières Nations se sont qualifiées comme membres emprunteurs.
D’après le rapport intitulé Closing the Infrastructure Gap by 2030 (Combler les lacunes en matière d’infrastructure d’ici 2030), un rapport collaboratif et complet qui chiffre les besoins en infrastructures des Premières Nations du Canada et qui a été publié en 2022, 349,2 milliards de dollars sont nécessaires d’ici 2030 pour combler le déficit d’infrastructure dans les communautés des Premières Nations. Ce rapport présente sans aucun doute l’évaluation et l’établissement des coûts des besoins en logements et en infrastructures des Premières Nations les plus approfondis, les plus exhaustifs et les plus importants jamais réalisés. Il indique les investissements et les coûts d’exploitation et de maintenance nécessaires à la construction, à la réparation et à l’amélioration des infrastructures des Premières Nations, ainsi qu’à leur entretien adéquat et régulier.
Ce rapport désigne également les grandes infrastructures prioritaires parmi un large éventail de besoins décelés – il s’agit souvent de besoins habituellement non financés par Services aux Autochtones Canada ou d’autres ministères du gouvernement fédéral. En plus d’estimer les coûts associés à l’éducation, aux logements et aux infrastructures publiques, ce rapport renferme un examen complet des dépenses associées à la praticabilité des routes en toutes saisons, à l’adaptation aux changements climatiques, à la réalisation des objectifs de carboneutralité, à la connectivité et à l’accessibilité.
En s’appuyant sur le succès de la LGFPN, le gouvernement devrait permettre aux Premières Nations d’emprunter en donnant les transferts fédéraux à long terme en garantie. Il serait ainsi possible de construire plus d’infrastructures et de logements dès aujourd’hui, en dollars actuels, et d’appliquer des normes de conception, de construction et d’entretien supérieures à celles actuellement en vigueur dans les programmes gouvernementaux.
3. Établir une nouvelle relation financière avec les peuples autochtones
Le Canada doit respecter son engagement à établir une nouvelle relation financière avec les peuples autochtones.
En 2019, le Comité consultatif mixte sur les relations financières a publié son rapport provisoire7qui formule des recommandations de grande portée pour l’amélioration des relations financières de nation à nation ainsi que des relations financières fondées sur des traités entre les Premières Nations et le Canada. Ces recommandations comprenaient les améliorations suivantes : assurer un financement suffisant, flexible et prévisible, favoriser des occasions de générer des revenus, renforcer les institutions qui soutiennent les Premières Nations, définir de nouvelles approches pour mesurer les résultats, accorder des pouvoirs en matière de finances et d’impôts, et créer de nouveaux organismes responsables de la politique financière.
L’association de pouvoirs financiers, de structures institutionnelles et d’une capacité financière et administrative à une nouvelle relation financière est une condition préalable nécessaire pour encourager des partenariats réussis et authentiques avec les communautés autochtones dans le cadre de grands projets. Il s’agit d’une étape cruciale dans la transition vers une économie propre qui garantirait aux gouvernements autochtones d’avoir un large accès à des capitaux, y compris aux capitaux qu’ils détiennent.
Ces recommandations sont conformes aux positions exprimées par le gouvernement. Par exemple, la Stratégie sur les minéraux critiques du Canada a été décrite par le ministre des Ressources naturelles comme un moyen de « faire progresser la réconciliation avec les peuples autochtones ».8
En développant et en consolidant notre expertise à chaque point de la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques, le Canada peut stimuler son économie d’un océan à l’autre, lutter contre les changements climatiques au pays et dans le monde entier, et améliorer la résilience de notre chaîne d’approvisionnement ainsi que celles de nos alliés face aux perturbations futures. Il est important d’entreprendre cette démarche de manière à faire progresser l’engagement du gouvernement du Canada envers la réconciliation avec les peuples autochtones, en favorisant des consultations constructives, une mobilisation précoce et continue, des investissements dans le soutien des capacités, une intendance environnementale, la sécurité communautaire et des retombées économiques pour les peuples autochtones. – Stratégie canadienne sur les minéraux critiques
La Stratégie sur les minéraux critiques accordera la priorité à la réconciliation économique et au respect des droits des Autochtones et des traités, et contribuera au bien-être socio-économique des communautés autochtones. Selon cette stratégie, les facteurs clés de réussite résident dans l’établissement de relations solides et progressives avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis du Canada au moyen d’une mobilisation précoce et de collaborations, et dans la mise en place de partenariats mutuellement avantageux.
Cette stratégie décèle également des obstacles systémiques à la participation et au leadership des Autochtones dans ce secteur, en plus de chercher à combler les écarts en matière de développement économique, d’affaires et d’aptitudes et de compétences des communautés. Dans son plan directeur, elle souligne également la nécessité d’encourager la recherche dirigée par les Autochtones, l’intégration du savoir traditionnel et l’inclusion des Autochtones dans la planification et la prise de décisions tout au long du cycle de vie du projet. Elle cite également à juste titre l’accès à un financement abordable comme un obstacle majeur à la prise de participation.
La mise en œuvre d’un programme fédéral de garantie sur prêt faciliterait la prise de participations dans des projets d’envergure par les communautés autochtones. Le fait de combler les lacunes en matière d’infrastructures en employant des solutions innovantes aiderait à surmonter un obstacle de longue date à la création de conditions favorables au développement économique dans les communautés autochtones, tout en contribuant à accroître les revenus autonomes provenant de leur participation à de grands projets et à établir une relation financière moderne entre le Canada et les gouvernements autochtones.
Ces efforts conduiraient à verser des dividendes – non pas à des actionnaires de sociétés fermées – mais aux citoyens des gouvernements autochtones sous la forme de nouveaux investissements dans les logements, les infrastructures, l’éducation, les établissements et les soins de santé et d’autres services publics. Toutes ces choses font cruellement – et manifestement – défaut.
Collaborateurs :
Auteur principal : Allan Clarke, consultant, Questions autochtones
Institut d’action pour le climat RBC Myha Truong-Regan, responsable de la recherche sur le climat Yadullah Hussain, rédacteur en chef Shiplu Talukder, spécialiste de l’édition numérique Darren Chow, gestionnaire principal, Médias numériques
Allan Clarke est consultant sur les questions autochtones à Ottawa. Il a travaillé plus de 30 ans dans la fonction publique du Canada, dont les dernières années au sein d’Affaires autochtones et du Nord Canada. Allan Clarke a siégé aux conseils d’administration de plusieurs organisations à but non lucratif, dont Catalyste+, le Bureau de l’écran autochtone, la Société John Howard (Ottawa), BookNet Canada et l’Association pour l’exportation du livre canadien. Il est Anishinaabe et sa famille est originaire de la réserve indienne non cédée de Wikwemikong.
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Pourquoi nous avons rédigé ce rapport
Le marché immobilier canadien est au bord de l’explosion. Notre parc de logements actuel est déjà largement inférieur aux besoins des Canadiens et il nous faudra bientôt trouver un moyen de répondre à la hausse record de la demande des nouveaux Canadiens. Cela signifie qu’il nous faudra construire près de six millions de nouvelles maisons.
La construction de façon durable (une exigence nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques) de ces maisons ouvre la voie à des débouchés économiques. Le Canada peut mener la prochaine ère écologique du secteur de la construction nord-américain, définie notamment par de nouveaux matériaux de construction, des systèmes intelligents de construction et l’utilisation de systèmes de chauffage et de refroidissement à faibles émissions. En plus de la construction des bâtiments, nous devrons constituer de nouvelles chaînes logistiques, regrouper une main-d’œuvre qualifiée et bâtir surtout une économie moderne qui facilite la transition.
C’est cet enjeu qui a incité RBC Institut d’action climatique et le Brookfield Sustainability Institute du Collège George Brown à entamer une collaboration, en commençant par ce document. Tours à faibles émissions de carbone : le défi zéro émission nette de 40 milliards $ du Canada vise à informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi à mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de la construction d’édifices plus durables.
John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC
Luigi Ferrara, président du conseil et chef de la direction, Brookfield Sustainability Institute
Points importants
D’ici 2030, le Canada aura besoin de 5,8 millions de nouvelles habitations, soit 40 % de plus, car la crise d’accessibilité à la propriété et le pic d’immigration actuels font augmenter la demande.
Si on les construit selon les pratiques actuelles et les codes qui sont en vigueur, ces structures ajouteront chaque année jusqu’à 18 Mt (millions de tonnes) d’émissions de gaz à effet de serre à notre bilan carbone.
Les émissions provenant de la production du ciment et de l’acier utilisés pour les construire s’ajouteront
Avec environ 90 Mt de gaz à effet de serre par année, les bâtiments actuels comptent déjà parmi les plus grands émetteurs du Canada.
Pour atteindre nos objectifs de carboneutralité, nous devrons changer notre façon de construire et ce que nous construisons. Nous devrons également moderniser nos bâtiments actuels en rénovant quelque 16 millions d’habitations et 750 millions de mètres carrés de locaux commerciaux.
Il faudra à cette fin des investissements de plus de 40 milliards de dollars par an, dont 60 % pour les rénovations et le reste pour les nouvelles constructions1.
Les nouvelles technologies seront essentielles. L’utilisation des pompes à chaleur (qui gagne déjà du terrain dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie-Britannique) doit se généraliser, augmenter et finir par remplacer les fournaises au gaz, qui constituent la plus importante source d’émissions des bâtiments.
Key Charts
Sept idées
Les provinces devraient établir des normes d’émissions de plus en plus strictes pour les immeubles nouveaux et existants.
Les codes pour la construction de nouveaux bâtiments doivent se renforcer rapidement, et les émissions autorisées dans les structures actuelles doivent diminuer peu à peu selon un plan transparent, mais ambitieux. Il importe de réduire graduellement les ventes de technologies et de matériaux à fortes émissions de carbone, conformément à ce plan.
Les propriétaires d’immeubles sont tenus de recueillir les données relatives aux émissions et aux rénovations, et de les diffuser
Une base de données nationale en libre accès présentant les effets des diverses améliorations apportées à tous les types de bâtiments peut aider les propriétaires à élaborer des plans d’investissement pour respecter les règlements susmentionnés. Tous les paliers de gouvernement doivent contribuer au paiement des coûts de la base de données.
Les commissions des services publics doivent transmettre les bons messages sur les prix
Les provinces peuvent utiliser les tarifs d’électricité pour encourager l’installation de pompes à chaleur dans les grands bâtiments, ainsi que les économies d’énergie et le déplacement de la demande dans les plus petits.
Il faut cibler l’abordabilité grâce à l’assurance prêt hypothécaire, aux prêts et aux règles d’utilisation du sol.
Ottawa doit autoriser la prolongation de la période d’amortissement maximale pour les prêts hypothécaires verts assurés et accorder des subventions directes plus importantes aux acheteurs de pompes à chaleur à faibles revenus. Les administrations municipales doivent réduire les frais de développement et augmenter la densité autorisée pour les bâtiments durables. Les banques doivent examiner comment modifier les critères de crédit afin d’aider les propriétaires à acheter des logements écologiques plus coûteux.
Les municipalités doivent créer des quartiers à faibles émissions de carbone.
Désigner des zones de bâtiments à faibles émissions de carbone (p. ex. des bâtiments en bois massif, l’utilisation de nouvelles formes de béton ou des maisons préfabriquées), plutôt que des emplacements précis, afin d’augmenter rapidement l’échelle des projets pilotes.
Améliorer les compétences des travailleurs, faire croître la main-d’œuvre et adopter de nouvelles méthodes de conception.
Les syndicats et les employeurs peuvent unir leurs efforts pour enseigner aux travailleurs les méthodes de construction nécessitant moins de main-d’œuvre. Le gouvernement fédéral peut élaborer une politique d’immigration mieux ciblée afin d’attirer les nouveaux arrivants possédant les compétences requises en construction.
Les participants du secteur peuvent collaborer pour favoriser l’innovation au sujet des pompes à chaleur, ainsi que leur approvisionnement.
Les groupes sectoriels peuvent cibler d’autres pays froids pour améliorer les pompes à chaleur destinées aux climats froids et réduire leur coût. Les gouvernements peuvent appuyer les missions commerciales et stimuler la production nationale de pompes et de composants, notamment grâce à des synergies avec d’autres fabricants et innovateurs canadiens (p. ex. les fabricants de pièces automobiles).
Pourquoi il faut rendre l’environnement bâti du Canada plus durable
Il y a longtemps que les bâtiments sont au cœur du problème d’émissions du Canada.
Chauffés par des fournaises au gaz, alimentés par de l’électricité produite avec du charbon et soutenus par des fondations en béton à fortes émissions, nos bâtiments sont notre troisième source d’émissions de gaz à effet de serre en importance après les secteurs de l’énergie et du transport. Au total, ils génèrent un huitième de nos émissions, soit environ 90 millions de tonnes (Mt) de dioxyde de carbone par année. De plus, ces émissions augmentent, car on construit plus de maisons et de locaux commerciaux chauffés au gaz naturel.
Pour atteindre nos objectifs climatiques, nous devons bâtir d’une nouvelle façon. La conception et la modernisation peuvent nous permettre de faire bien plus que réduire nos émissions. Nous pouvons transformer nos bâtiments en puissants moteurs de transition durable qui serviront de bornes de recharge pour les véhicules électriques, de générateurs d’énergie solaire et de puits de carbone emprisonnant les émissions stockées dans les matières premières.
L’« environnement bâti » du Canada, c’est-à-dire les centres commerciaux, les habitations et les tours de bureaux qui sont au cœur de nos existences, est essentiel à l’économie. Les services immobiliers et le secteur de la construction produisent directement un cinquième du PIB, car des bâtiments commerciaux sont nécessaires à un vaste éventail d’activités économiques qui s’étendent des magasins de vente au détail aux chaînes de montage. Cependant, presque la moitié de notre parc immobilier a été construit avant 1980, époque où l’efficacité énergétique n’était pas une priorité absolue. Qui plus est, au Canada, la fraîcheur du climat et l’abondance de gaz naturel nous ont longtemps amenés à chauffer nos habitations généreusement sans avoir à faire attention aux émissions.
Ce n’est plus possible maintenant. Notre parc de logements actuel est déjà largement inférieur aux besoins des Canadiens et la flambée des prix rend la propriété de plus en plus inaccessible. Comme nos objectifs d’immigration records amèneront 5,5 millions de nouveaux arrivants au Canada d’ici 2035, nous devrons accroître notre parc de logements de 40 % au cours des dix prochaines années, et ce, sans augmenter les émissions.
L’ampleur de cette tâche est sans doute colossale, mais elle nous donne aussi la possibilité de repartir à zéro. Certaines entreprises canadiennes saisissent cette occasion en prenant l’initiative de développer des technologies de construction favorables au climat. La société Element5 de St Thomas, en Ontario, produit une technologie liée au bois massif qui permet d’en coller plusieurs couches ensemble afin de produire du bois suffisamment solide pour remplacer l’acier et le béton habituellement utilisés dans les bâtiments. L’entreprise QuadReal de la Colombie-Britannique est en train de transformer un entrepôt de Toronto en centrale solaire en installant sur son toit de nombreux panneaux destinés à alimenter des camions de livraison électriques. De plus, la société torontoise Morgan Solar conçoit des stores qui servent également de panneaux solaires. En exportant ces solutions de construction intelligente, en faisant croître l’économie et en réduisant ses propres émissions, le Canada peut jouer un rôle de chef de file en Amérique du Nord.
Nos constructeurs devront relever le défi d’intégrer ces innovations à faibles émissions de carbone à leurs activités courantes. Ils devront aussi composer avec le fait qu’au Canada, les espaces de vie sont plus vastes que dans la plupart des pays développés.
Les pénuries de main-d’œuvre, le fait que les systèmes électriques peinent à répondre à la demande et les tensions s’exerçant sur les chaînes logistiques liées aux nouvelles technologies constitueront d’importants obstacles. Le coût supplémentaire lié à la construction durable en sera un autre. Chaque dollar supplémentaire aura une incidence sur les ménages canadiens, aux prises avec la hausse du coût de la vie.
Toutefois, le maintien des normes de construction que nous appliquons depuis toujours s’accompagnera d’autres fardeaux financiers qui prendront la forme de futures rénovations et d’un prix du carbone supérieur. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’attendre plus longtemps.
Étude de cas
Création de communautés favorables au climat
Les nouvelles communautés offrent à leurs concepteurs une chance de mettre au point, à l’échelle de quartiers, des solutions qui nous rapprochent rapidement de la carboneutralité.
Les « communautés favorables au climat » adoptent des solutions fondées sur la nature, des pratiques d’économie circulaire et des types d’énergie renouvelable. Leurs travaux de conception sont axés sur la durabilité et la flexibilité des bâtiments, ainsi que sur la préservation des écosystèmes. Elles aident aussi leurs habitants à adopter des philosophies de vie simples, des économies fondées sur le partage et des réseaux communautaires intelligents.
Ces communautés privilégient généralement le transport en commun, les petites maisons et les quartiers densément peuplés dont les résidents peuvent se déplacer à pied pour vivre, travailler et jouer. Elles comprennent généralement des locaux destinés à divers usages et différents types de logements locatifs, créent un réseau d’espaces naturels et pavés à échelle humaine, adoptent des installations de cohabitation gérées par la communauté et intègrent des systèmes fondés sur l’énergie renouvelable et sur des solutions intelligentes pour réduire la consommation d’énergie.
Le quartier Bedzed de Londres, qui est l’une des premières communautés favorables au climat du monde, compte 100 habitations, un collège, des bureaux et diverses installations communautaires. Des matériaux locaux et recyclés ont été utilisés pour le construire, et son système de chauffage central et ses maisons à conception passive ont contribué à réduire de moitié les émissions liées au transport et d’un tiers celles qui sont liées au chauffage. L’utilisation d’eau a été réduite de deux tiers. Ainsi, les résidents, dont les factures annuelles sont inférieures de 1 400 livres sterling à celles de la moyenne des Londoniens, ont pu réaliser des économies importantes.
Nouvelles constructions et rénovations : une nouvelle voie et un long effort
Les nouveaux bâtiments nous offrent une occasion unique de réinventer notre environnement bâti.
Dès le départ, les collectivités et les structures peuvent être conçues pour être plus efficaces sur le plan énergétique et plus résistantes aux menaces physiques et aux coûts liés aux changements climatiques comme la chaleur, les inondations et les incendies de forêt. Lorsqu’ils construisent des bâtiments entièrement neufs, les promoteurs peuvent créer de façon plus abordable des « enveloppes » étanches et des structures entraînant moins de pertes d’air et de chaleur. Ils peuvent aussi s’inspirer de technologies moins énergivores, comme les pompes à chaleur, qui déplacent la chaleur de l’air extérieur, de l’eau ou du sol pour la transférer à l’intérieur. De cette façon, des économies sont réalisées plus rapidement. En outre, comme les pompes à chaleur peuvent aussi bien servir à chauffer les espaces qu’à les rafraîchir, la technologie qui leur est associée peut aussi éliminer le besoin de fournaises et de climatiseurs dans de nombreuses parties du pays, ce qui permet de réduire encore plus les coûts.
Ces économies d’exploitation peuvent compenser en grande partie le coût initial supplémentaire de 5 à 10 % lié à la construction de bâtiments durables. Si l’on apportait des modifications aux politiques de prêts hypothécaires (par exemple, en prolongeant la période d’amortissement des prêts hypothécaires assurés pour les maisons carboneutres), la compensation serait encore meilleure. Entre-temps, la mise en œuvre d’un cadre réglementaire uniforme et de codes du bâtiment favorisant tous autant les bâtiments carboneutres dans toutes les municipalités ferait en sorte que les coûts et les normes soient les mêmes pour tous les constructeurs.
Ce qu’on appelle le « carbone intrinsèque » constitue un plus grand défi. Le carbone intrinsèque est constitué des émissions produites lors de la fabrication de matériaux de construction (comme le ciment destiné à de nouvelles fondations et le verre des nouvelles fenêtres). Selon certaines mesures, il représente 11 % des émissions mondiales,2 et peut correspondre à près de deux décennies d’émissions liées à l’exploitation d’un immeuble.
Heureusement, certaines des innovations les plus intéressantes ont lieu dans ce domaine. L’utilisation de bois dans les grands bâtiments permet d’emprisonner efficacement le carbone stocké dans les arbres pendant plus de 100 ans. De plus, certaines études portent à croire qu’elle réduit également les pertes de chaleur, ce qui facilite aussi la réduction des émissions liées à l’exploitation de ces bâtiments. Les innovations relatives au béton peuvent faire augmenter la quantité de carbone qu’il stocke et les bâtiments imprimés en 3D ou préfabriqués permettent de réduire considérablement la quantité de matériaux gaspillés. D’autres matériaux sont en cours de mise au point : par exemple, au Royaume-Uni, des chercheurs font pousser des structures à partir de mycélium, de sciure et de laine. Certaines de ces innovations ne pourront être utilisées à grande échelle, mais nous devons investir massivement dans les plus prometteuses.
La réglementation actuelle constitue un obstacle important. Pour construire un bâtiment de dix étages en bois massif, les architectes du Collège George Brown de Toronto ont dû obtenir des exemptions spéciales aux codes du bâtiment. Ils les ont obtenus au bout de quatre ans, ce qui est largement supérieur au temps de construction total prévu pour le bâtiment lui-même. Nous devrons accélérer la cadence et apprendre de nos pairs du monde entier. Par exemple, en Europe, il y a trois fois plus de grands bâtiments en bois massif en construction.
Bâtir à partir de rien est une chose. La rénovation des espaces actuels, dont beaucoup ont été construits il y a des décennies, sera plus difficile. Pour atteindre nos objectifs de 2050, nous devrons chaque année convertir 57 millions de m2 d’espaces résidentiels (400 000 logements) et plus de 25 millions de m2 d’espaces commerciaux au chauffage à faibles émissions. Rien que pour les logements, il faudrait à cette fin presque tripler notre rythme actuel de conversion.
Cependant, le simple fait de remplacer les bâtiments vieillissants sera coûteux et pourrait produire d’autres émissions. De plus, on peut travailler à partir des structures actuelles. Les rénovations qui améliorent l’étanchéité à l’air et l’isolation peuvent améliorer la rentabilité des pompes à chaleur, mais certains propriétaires pourraient devoir évacuer leurs locataires et perdre leurs loyers, et les propriétaires occupants pourraient devoir sacrifier de l’espace pour améliorer l’isolation. Pour les propriétaires, il est possible que les économies réalisées grâce aux rénovations ne compensent pas leur coût, sauf lorsque celles-ci devaient être effectuées de toute façon. De plus, à cause du carbone intrinsèque, les améliorations précoces peuvent même, dans certains cas, avoir un effet négatif en ce qui concerne les émissions.
Quoi qu’il en soit, chaque fois que nos bâtiments vieillissants ont besoin d’améliorations, il faut saisir l’occasion. Or, il y a suffisamment de bâtiments commerciaux en fin de vie pour nous tenir occupés jusqu’en 2030. Pour ne pas manquer cette occasion de réduire les tensions pesant sur notre réseau électrique déjà surchargé, nous devons rapidement mettre sur pied une économie de la rénovation.
Les technologies propres sont peut-être la meilleure solution pour réduire les émissions. Malheureusement, les chiffres font en sorte qu’il est difficile d’en convaincre les propriétaires occupants et commerciaux. En plus d’être des espaces dans lesquels nous vivons et travaillons, les bâtiments modernes sont aussi des systèmes mécaniques complexes. Les plans budgétaires d’investissement des grands bâtiments commerciaux sont complexes. De plus, les budgets des propriétaires occupants comportent de nombreuses priorités conflictuelles. Certaines rénovations peuvent être logiques et avoir un rendement raisonnable sur le plan financier (bien qu’elles soient moins enthousiasmantes qu’une nouvelle cuisine éclatante). Mais dans bien des cas, et surtout pour les changements importants comme le remplacement d’une fournaise au gaz par une pompe à chaleur, les calculs ne donnent pas un résultat intéressant. En effet, bien que les pompes à chaleur entraînent une réduction des factures de services publics au fil du temps, il revient moins cher de chauffer une habitation avec une fournaise au gaz.
Pour chauffer leur logement avec une nouvelle fournaise au gaz à haute efficacité et la rafraîchir avec un climatiseur, les propriétaires occupants de Toronto dépensent environ 2 700 $ par année3. Pour faire de même avec une pompe à chaleur pour climat froid,4 qui coûte plus cher, il leur faudrait payer entre 3 300 $ et 3 800 $. Pour que les pompes à chaleur soient plus avantageuses sur le plan financier, il faudrait que la taxe carbone soit supérieure à 200 $.
Les meilleures pompes à chaleur sont celles qui, comme les fournaises actuelles, sont en grande partie invisibles et poussent l’air à travers les conduits. Ce sont également celles qui coûtent le plus cher. En comparaison, les modèles les plus abordables chauffent les maisons de façon moins uniforme. Comme l’adoption des pompes à chaleur s’accroît à l’échelle mondiale, leur coût de fabrication (et leur prix de vente) devrait baisser. Mais de combien et à quelle vitesse ? Nous ne sommes pas certains de ces éléments essentiels.
Autre problème : les pompes à chaleur consomment moins d’énergie, mais elles fonctionnent à l’électricité, qui coûte quatre fois plus cher que le gaz naturel5. Les rénovations qui rendent l’enveloppe des bâtiments plus étanches peuvent permettre d’utiliser des pompes plus petites, qui coûtent moins cher. Cependant, le coût de ces rénovations dépasse parfois les économies réalisées sur le prix des pompes. Si les petites pompes à chaleur gagnaient en popularité, nous pourrions éviter les coûts liés à la construction d’un système électrique beaucoup plus vaste, mais cela ne suffira peut-être pas à convaincre les consommateurs.
Pour remédier à cette situation, les gouvernements se sont tournés vers des subventions aux ménages, comme l’initiative canadienne pour des maisons plus vertes, qui comprend des subventions et des prêts sans intérêt pour combler les écarts de coûts. Les ménages se montrent toutefois réticents à y participer. En près de 18 mois, seules 19 000 habitations (sur un total de 16 millions) ont profité de l’initiative canadienne pour des maisons plus vertes et 196 000 demandes ont été présentées (moins de la moitié des rénovations que nous devrions effectuer chaque année). Sur les 2,6 milliards de dollars disponibles, seuls 69 millions ont été utilisés6. Les programmes à l’échelle des villes, comme le Home Energy Loan Program de Toronto, sont encore moins efficaces (245 habitations depuis 2014)7.
Le Canada atlantique donne un peu d’espoir. Entre un cinquième et un tiers des ménages des trois provinces maritimes utilisent des pompes à chaleur comme principale source de chaleur (bien que ce soit souvent en combinaison avec le chauffage au bois ou à l’électricité). Ce taux était de moins de 10 % au cours de la dernière décennie. Il a donc beaucoup augmenté comparativement à ce qui s’est produit dans le reste du Canada. La principale cause de cette augmentation est le financement provincial pour les maisons écoénergétiques, notamment au moyen de subventions et de remises pour les pompes à chaleur8. L’existence d’un système provincial bien développé pour la réalisation des rénovations et l’éducation des propriétaires occupants y est aussi pour quelque chose.
Étude de cas
Première Nation Haíłzaqv
La Première Nation Haíłzaqv de Bella Bella (C.-B.) a entrepris d’importantes rénovations en vue de réduire sa dépendance envers le diesel et ses émissions, tout en offrant un accès équitable à de l’énergie propre.
Dans le cadre du programme, 154 maisons ont déjà été rénovées en y ajoutant des pompes à chaleur alimentées par de l’hydroélectricité propre, ce qui a réduit le coût élevé du chauffage pour les résidents utilisant du mazout. La spécificité du projet Haíłzaqv tient à son approche. Les dirigeants de la communauté ont stimulé l’engagement tant virtuellement qu’en personne en aidant, par exemple, les résidents à répondre à des sondages sur l’énergie. Le programme vise à distribuer des « trousses écologiques » pour permettre aux résidents d’installer des ampoules à DEL et de rendre leurs logements étanches à l’air. Il permet aussi d’obtenir une formation pour les travaux connexes (comme la vérification de l’efficacité énergétique). Coastal Heat Pumps a également formé les résidents de la communauté pour l’installation de nouveaux systèmes de chauffage, ce qui leur a permis de développer des compétences à long terme.
Cette approche ascendante, encouragée par des subventions d’efficacité énergétique de B.C. Hydro, a attiré près de 20 millions de dollars d’investissements de la communauté.
Les programmes offrant un moyen de rénover les bâtiments commerciaux sont encore plus rares. Ils ont tendance à dépendre de financement à bas prix provenant d’entités gouvernementales comme la Banque de l’infrastructure du Canada. Et même lorsque c’est le cas, le manque de pompes à chaleur commercialisées à grande échelle rend les économies peu attrayantes. Pour rendre les chiffres plus attrayants, les propriétaires réduisent souvent l’ampleur de leur stratégie de décarbonisation. Il sera essentiel d’offrir des services de rénovation simplifiés et normalisés guidant les propriétaires au moyen d’un processus efficace.
Tant que ce ne sera pas le cas, il faudra des subventions plus importantes ou des règlements plus stricts.
2. Les infrastructures électriques
Même une fois que nous aurons rénové les bâtiments, leur électrification pourrait quadrupler la demande maximale au sein du système, ce qui ferait augmenter les tarifs d’électricité pour tout le monde.
Selon BNEF, pour décarboner l’économie d’ici 2050, nous devrons investir 350 milliards de dollars dans nos réseaux de distribution d’électricité (les fils qui alimentent directement les bâtiments). Environ 40 % de ces dépenses seront consacrées à la modernisation des infrastructures actuelles9. Une partie de celles-ci sont nécessaires pour veiller à ce que nos réseaux puissent résister aux effets physiques des changements climatiques (les vagues de chaleur peuvent endommager les transformateurs et les lignes électriques), mais la plupart serviront à électrifier les bâtiments et à charger les véhicules électriques.
En utilisant l’énergie accumulée dans les batteries des véhicules électriques (et en dédommageant les propriétaires des véhicules), on pourrait répondre à au moins 8 % de la nouvelle demande de pointe prévue10. La conception du nouveau tarif de nuit extrêmement avantageux de l’Ontario, qui encourage les conducteurs de véhicules électriques à les brancher la nuit, lorsque la demande est plus faible, pourrait permettre aux propriétaires de véhicules électriques de réaliser des économies et d’alléger le fardeau imposé au réseau. Mais pour avoir un plus grand effet, nous devons prendre des mesures semblables pour beaucoup d’autres appareils qui dépendent de l’électricité. Il est également essentiel d’appuyer les propriétaires d’immeubles qui économisent de l’énergie.
Nous pouvons électrifier beaucoup plus de bâtiments avant de faire face à ces problèmes. Cependant, si nous n’effectuons aucun changement, nous risquons de le faire de la mauvaise façon. Dans l’obligation de décarboner, les propriétaires de grands bâtiments pourraient choisir des chaudières électriques plutôt que d’investir dans de coûteuses pompes à chaleur. Ces systèmes accroîtront les pressions subies par les réseaux de distribution.
Entre-temps, il existe de bonnes raisons d’utiliser des systèmes hybrides au gaz et à l’électricité pour réduire les coûts. Le gaz est déjà disponible et les systèmes de chauffage que l’on remplace aujourd’hui devront de nouveau être remplacés d’ici 2050, ce qui nous donnera une nouvelle occasion de décarboner complètement. Même compte tenu du coût supplémentaire lié au gaz naturel renouvelable, l’utilisation de pompes à chaleur combinées à des systèmes de chauffage au gaz naturel renouvelable réduit les coûts de deux tiers. Il s’agit d’une solution qu’examinent Hydro-Québec et Energir.
Les systèmes hybrides permettent également de régler un autre problème. Il arrive fréquemment que les bâtiments ne puissent pas obtenir toute l’électricité nécessaire pour une décarbonation complète. Deux tours d’habitation récemment construites à Toronto, qui comprennent 700 places de stationnement, ne pouvaient alimenter que dix bornes de recharge de véhicules électriques.
D’ici 2030, nous devrons déterminer si les systèmes hybrides nous permettront de devenir carboneutres ou si nous devons faire plus d’efforts pour électrifier les bâtiments. Si la réponse est la seconde, nous devrons repenser les structures tarifaires de l’électricité qui, actuellement, ne tiennent compte ni du chargement en période de pointe ni de la durée d’utilisation de façon uniforme ou transparente à l’échelle du pays.
3. La population active
Les nouvelles constructions et rénovations dont nous avons besoin pourraient ajouter une demande importante sur le marché de l’emploi, où le manque de main-d’œuvre se fait déjà sentir. Selon nos estimations, la demande de travailleurs des domaines du chauffage, de la climatisation, de la ventilation et de l’électricité augmentera au plus haut point. Nous aurons besoin de 45 % de travailleurs de plus dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation, ainsi que de 55 % d’électriciens de plus.
Certaines provinces éprouveront plus de difficultés que les autres. On peut remplacer les plinthes de chauffage électrique inefficaces par des pompes à chaleur. Toutefois, la plupart des économies d’émissions découleront du remplacement des fournaises au gaz par des pompes à chaleur. Le Québec et la Colombie-Britannique, qui disposent d’une main-d’œuvre plus importante dans les métiers de la construction et dont la dépendance à l’égard du gaz est moins grande, seront les mieux placés pour réaliser cette transition. L’Ontario et l’Alberta, qui dépendent davantage du gaz naturel, abritent les populations qui connaissent la croissance démographique la plus rapide et font face aux pénuries les plus criantes dans le secteur des métiers de la construction, auront de plus grandes difficultés.
Alors qu’au cours de la décennie actuelle, un quart des travailleurs du secteur de la construction au Canada approchent de la retraite, il nous faudra de nouvelles stratégies pour attirer de jeunes travailleurs. Nous devrons aussi améliorer les compétences des travailleurs actuels. Dans le secteur de la construction, la connaissance des pompes à chaleur et des améliorations nécessaires à leur utilisation demeure un obstacle.
L’innovation peut aussi nous aider. Par exemple, la construction de bâtiments en bois massif nécessite 25 % moins de temps et 40 % moins de main-d’œuvre sur les chantiers que celle des types de bâtiments actuels11. Toutefois, elle nécessite aussi des travailleurs ayant de l’expérience en modélisation 3D et en usinage à l’aide de commandes numériques par ordinateur (CNC) pour fabriquer des panneaux de bois. Les salaires de ces travailleurs sont 30 % plus élevés que ceux des ouvriers du secteur de la construction12. Pour obtenir les avantages liés à l’augmentation des salaires des travailleurs, à la réduction des émissions et à la conception durable, il faudra tout de même contribuer à la formation des travailleurs de ces corps de métier.
Étude de cas
Constitution d’une main-d’œuvre spécialisée en rénovation
Pour construire des bâtiments durables, il faut diverses compétences. Certains projets peuvent nécessiter une expertise dans des domaines tels que l’installation de panneaux solaires, de toits verts et de systèmes d’énergie géothermique ou la collecte de l’eau de pluie. Les gestionnaires de bâtiments devront recueillir et analyser des données sur l’utilisation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, et acquérir de nouvelles compétences en gestion de rénovations. Ils devront aussi utiliser des systèmes de construction plus intelligents et plus complexes. Les architectes devront acquérir une expertise en matière de rénovation et de conception durable. Il faudra aussi se concentrer davantage sur l’amélioration des compétences des personnes qui travaillent dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation afin qu’elles installent des pompes à chaleur et de nouveaux systèmes complexes pour les bâtiments modernes.
Au Canada, Workforce 2030 tire parti d’un réseau d’organismes communautaires, d’éducateurs et d’experts sectoriels pour faire passer les travailleurs touchés par la pandémie à des activités du secteur du bâtiment durable, comme la rénovation écoénergétique et les nouvelles constructions à faibles émissions de carbone. Il faudra aussi plus de formation pratique. Le programme « Green Skills at Work » de Singapour offre aux travailleurs une formation pratique et une formation en classe pour leur permettre d’acquérir des compétences et des connaissances liées aux pratiques de construction à faibles émissions de carbone.
4. Les chaînes logistiques
Le Canada n’est pas le seul pays à vouloir décarboner ses bâtiments. En Europe, les ventes de pompes à chaleur ont augmenté rapidement, et environ 16 % des bâtiments sont chauffés grâce à cette technologie13. L’augmentation faramineuse des prix du gaz due à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les efforts considérables déployés par les gouvernements de l’UE pour encourager les économies de gaz ont contribué à cette situation.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévient que les ventes pourraient dépasser l’offre14. Des entreprises d’Asie et d’Europe ont annoncé des projets de construction de nouvelles usines de fabrication, mais celles-ci ne suffiront pas à répondre à la demande. Comme il suffit de deux ans pour construire ces installations, il pourrait être facile de régler ce problème. Cependant, pour stimuler les investissements, il faudra que la demande soit forte.
Notre climat froid et nos grandes pièces rendent les besoins du Canada uniques, mais nous incitent aussi à innover. Le programme conjoint de RNCan, de l’Environmental Protection Agency et du département de l’Énergie des États-Unis pour la mise au point de pompes à chaleur destinées aux climats froids constitue un bon départ.
Toutefois, étant donné les limites du secteur manufacturier canadien, nous devrons toujours faire concurrence pour obtenir ces produits essentiels. Par exemple, l’administration Biden a récemment ajouté les pompes à chaleur à la liste des marchandises désignées par le Defense Production Act comme essentielles aux objectifs climatiques critiques des États-Unis. Le Canada pourrait bénéficier d’une amélioration de l’approvisionnement américain, mais le fait de compter sur des fournisseurs étrangers ajoute un risque inutile à notre transition. La collaboration du Canada et des États-Unis devrait être accompagnée d’efforts pour diversifier nos chaînes logistiques concernant cette technologie essentielle et pour en établir la production au pays.
Principal auteur : Colin Guldimann, premier économiste, Institut d’action climatique RBC
RBC Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé Farhad Panahov, économiste, Institut d’action climatique RBC Ben Richardson, associé, Recherche Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Brookfield Sustainability Institute Luigi Ferrara, Centre des arts, du design et des technologies de l’information Jacob Kessler, premier directeur, Expansion des affaires et gestion des comptes Matt Hexemer, directeur, Global Design Studio Joseph Enaje, concepteur en chef Chiara Alberti, rédacteur/concepteur Lucrezia Marsili, rédacteur/concepteur Finn Crockatt, rédacteur/concepteur
Remerciements Nous remercions les personnes suivantes pour les conversations éclairées que nous avons eues avec elles et l’aide qu’elles nous ont apportée sur le plan de l’analyse technique: Julia McNally, Sheena Sharpe et Cara Sloat, quartier 2030 de Toronto Jon Douglas, directeur général, Développement durable mondial, Services immobiliers RBC Denise Grey, directrice générale, Stratégie ESG, RBC Brendan Haley, directeur général, Efficacité énergétique Canada Isabelle Smith, directrice, Ingénierie Net Zéro, SNC Lavalin Stuart Galloway, VPD, SOFIAC Aaron Berg, directeur, Investissements dans l’efficacité énergétique, Banque de l’infrastructure du Canada Julia Langer, cheffe de la direction, TAF Carl Pawlowski, cadre dirigeant, Développement durable, Minto Group Joanna Jackson, directrice, Développement durable et innovation, Minto Group Jeff Ranson, vice-président, Développement durable et relations avec les parties prenantes, BOMA Mark Hutchinson, vice-président des programmes du bâtiment durable et de l’innovation, Conseil du bâtiment durable du Canada Andrew Guido, vice-président, Développement durable et innovation, Empire Communities Luke Gilgan, membre du conseil d’administration, Mattamy Asset Management Roya Khaleeli, directrice, ESG, Mattamy Asset Management Kevin Kruk, vice-président, Financement de projet, Tridel Graeme Armster, directeur, Innovation et développement durable, Tridel Malini Giridhar,vice-présidente, Expansion des affaires et réglementation, Enbridge Les personnes qui ont participé au forum sur les bâtiments carboneutres de RBC et BSI le 15 mars 2023
Animateurs du forum sur les bâtiments carboneutres: Sandhya Casson Kevin Santus Graeme Kondruss Jasraj Singh Narula Wing Yan Chan Tyana Van-Tang Thanusha Kanagendran Isabel Mactal Carmen Skoretz Wing Yan Chan Monika Patel Lakshya Verma Yasaman Musician Haylie Wong Dhruv Sheliya Samyuktha Vasudevan Livy Morden Ka Man Carmen Lau Berk Ercan Angelo Barletta Mansi Bhojani Shree Shivrajnagesh
Ces estimations tiennent compte de la différence du coût en capital des nouveaux bâtiments carboneutres par rapport à celui des bâtiments respectant les codes actuels, ainsi que du coût initial en capital des rénovations (isolation, pompes à chaleur, etc.). Elles ne tiennent pas compte des dépenses annuelles supplémentaires ni de l’augmentation globale des coûts engagés pendant la durée de vie des immeubles, qui seraient compensés par les économies réalisées grâce à la diminution des factures d’énergie.
Le reste sera réparti uniformément entre le remplacement des infrastructures en fin de vie et les investissements destinés à faciliter l’acquisition d’actifs de nouvelle génération.
Wood Products Council, « Mass Timber: Shifting Labor from Jobsite to Shop »
Au Canada, le salaire médian des machinistes spécialisés en CNC est de 27,35 $ l’heure, contre 21 $ l’heure pour les ouvriers du secteur de la construction.
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Le gaz naturel représente actuellement l’un des plus gros enjeux pour le Canada
L’expansion de son exploitation pourrait stimuler l’activité économique et contribuer à réduire les émissions de GES. Par contre, sans d’importants investissements dans les technologies de réduction, nous risquons de rater nos cibles de carboneutralité.
À l’heure où le Japon et l’Allemagne, grands importateurs, lorgnent le gaz naturel canadien, les décideurs fédéraux et provinciaux sont aux prises avec un double dilemne : renvoyer ces pays les mains vides au risque de voir s’accroître la volatilité des prix mondiaux de l’énergie, ou puiser dans les ressources de gaz britanno-colombiennes et albertaines au risque d’exposer davantage l’économie du Canada aux fluctuations du marché mondial.
En mai, les participants au sommet du G7, qui aura lieu au Japon, devront débattre de ce casse-tête entre énergie et climat. Au sein de ce groupe des pays les plus riches, on se questionne encore sur le rôle du gaz naturel dans la stabilité du marché de l’énergie. Une « alliance de l’énergie » stratégique qui assurerait la prospérité à long terme des pays du G7 tout en leur donnant les moyens de leurs ambitions en matière de climat permettrait d’y voir plus clair.
Voici trois rôles que pourrait jouer le Canada à cet égard :
Fournisseur de la côte du golfe du Mexique : Approvisionnement à grande échelle des exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) de cette région, où les terminaux se multiplient. Cette stratégie pourrait élever les émissions amont du Canada dues au secteur gazier d’au plus 7 %.
Fournisseur stratégique : Constitution d’une niche dans le marché mondial du GNL par la fourniture stratégique de gaz stable et à faibles émissions. Quelques projets pourraient contribuer à réduire les émissions mondiales de 105 Mt éq. CO2 (soit à peu près l’équivalent des émissions totales du Qatar), mais entraîneraient aussi, en l’état actuel de la technologie, une augmentation d’un tiers des émissions du secteur gazier canadien. Toutefois, l’électrification et d’autres approches permettraient de compenser la plupart des émissions amont dues au gaz et près d’un tiers des émissions des terminaux de GNL. Avec cette stratégie, 133 milliards de dollars pourraient se trouver injectés dans l’économie canadienne sous forme d’investissements pendant une période de 40 ans.
Plaque tournante gazière de la côte Ouest : Exploitation du plein potentiel du GNL, pour un rôle plus affirmé sur le marché mondial du gaz naturel. Cette stratégie pourrait entraîner une réduction des émissions mondiales nettes de 211 Mt éq. CO2, mais entraînerait aussi une augmentation de 66 % des émissions du secteur gazier canadien. Elle susciterait plus de 200 milliards de dollars d’investissements.
Les gouvernements et les industriels canadiens doivent soupeser sans tarder les risques économiques et climatiques liés à chacune des avenues précitées. Le marché mondial du GNL est en cours de restructuration, ce qui offre de nouvelles possibilités aux promoteurs de la côte Ouest – mais cela ne durera pas.
Climat et sécurité énergétique à l’échelle mondiale : quels choix pour le Canada ?
Le secteur du GNL est à l’affût de nouveaux investissements
Atteindre la carboneutralité implique de cesser de consommer des combustibles fossiles, gaz naturel y compris. Mais nous n’en sommes pas encore là. Bien que les parcs d’éoliennes et les installations photovoltaïques se multiplient dans le monde, on constate un nouvel engouement pour le gaz naturel liquéfié, c’est-à-dire refroidi à -162 °C (il n’occupe plus alors que 1/600e de son volume initial) afin de pouvoir être transporté par bateau. Pourquoi cet engouement ? Avant tout, parce que la combustion du gaz naturel émet souvent moins de GES que le pétrole ou le charbon.
L’Europe a fait la preuve de l’intérêt du GNL, qui lui a permis de s’affranchir le plus vite possible du gaz russe – transporté, lui, par pipeline. Ses importations (provenant surtout des États-Unis) représentaient en 2021 10 % du volume mondial de GNL mis sur le marché.
Certes, l’Union européenne entend poursuivre la décarbonation de son économie, mais pour le moment, elle s’empresse de construire de nouveaux terminaux de regazéification. L’UE considère toujours le gaz naturel comme compatible avec la durabilité, mais elle impose à son emploi de strictes conditions. Entre autres, les producteurs d’électricité ne devront plus y recourir après 2035 sans mesures de réduction des émissions ; autrement dit, si le captage du CO2 fait des progrès sensibles, le gaz pourrait contribuer plus longtemps à la production d’énergie en Europe.
Si le gaz est destiné à faire partie du bouquet énergétique de l’Europe et d’autres économies avancées pendant encore quelque temps, il est clair toutefois que la demande à long terme va diminuer au fil de la décarbonation des producteurs d’électricité de ces régions.
Un combustible fossile plus propre que les autres
L’Asie, par contre, aura plus de mal à s’affranchir du gaz naturel. Le Japon – l’un des plus grands importateurs de GNL – s’inquiète de sa dépendance à l’égard de la Russie et du Moyen-Orient, mais aussi des nouveaux quotas d’exportation proposés par l’Australie, important fournisseur. Aussi le Japon va-t-il encourager les autres membres du G7 à développer également les autres filières (nucléaire et hydrogène).
Le GNL demeure aussi un combustible essentiel en Chine, en Inde et dans d’autres pays très peuplés d’Asie du Sud et du Sud-Est, qui cherchent à répondre à la demande croissante en énergie tout en diminuant leur forte dépendance à l’égard du charbon, afin de remplir leurs engagements en matière de climat. D’après les hypothèses de base de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud-Est vont voir la demande en gaz augmenter d’environ 44 % d’ici 2050. Sachant que la production locale (avec gazoducs à la clé) décline, les producteurs de GNL pourraient se tailler la part du lion.
L’industrie gazière n’a pas le vent en poupe pour autant. Refroidis par la hausse récente du prix du GNL (multiplié par cinq l’an dernier), beaucoup de pays asiatiques ont augmenté leur consommation de charbon et d’autres se sont tournés vers les sources d’énergie renouvelables ; cette transition s’accélère fortement en Asie. L’essor des sources non émettrices y prendra peut-être du temps, mais elles représentent toujours une épée de Damoclès à long terme pour les producteurs de gaz.
Gaz naturel : les marchés en croissance
Le marché mondial du GNL demeure tendu, mais les exportateurs réagissent à l’augmentation des prix en proposant une foule de projets. C’est le cas notamment des chefs de file, à commencer par les États-Unis et le Qatar.
À l’échelle mondiale, de nouveaux projets d’approvisionnement en GNL représentant plus de 100 mégatonnes par an (MTPA) pourraient être approuvés d’ici 2024, soit une croissance de 17 % du marché. Une capacité supplémentaire de 1 035 MTPA serait possible – les décisions finales d’investissement restent à prendre –, mais l’Union internationale de l’industrie du gaz estime qu’une bonne partie des projets risque de ne pas aller plus loin, car les investisseurs exigent une gestion disciplinée des capitaux et rechignent à s’engager à long terme dans un marché somme toute incertain. Des questions se posent aussi quant aux prévisions de la Russie, plombée par les sanctions occidentales et le départ de grands acteurs de l’industrie pétrogazière.
Dans ces conditions (perspectives bonnes à moyen terme mais apparemment beaucoup moins à long terme), des investissements sur 25 à 40 ans dans les usines de liquéfaction canadiennes sont-ils rentables ?
La proposition canadienne
Le terminal LNG Canada Phase I – projet d’importance auquel participent en Colombie-Britannique Royal Dutch Shell, Petronas BHD (Malaisie), PetroChina Co., Mitsubishi Corp. (Japon) et Gas Corp. (Corée) – marquera l’entrée officielle du Canada, d’ici le milieu de la décennie, sur le marché mondial du GNL. La capacité du terminal (14 MTPA) placera d’un seul coup le pays parmi les 10 premiers exportateurs. Les projets Woodfibre LNG et Cedar LNG (jusqu’à 6 MTPA à eux deux) sont également en bonne voie.
Sur la côte Ouest, les chefs de file mondiaux s’intéressent certainement aux nouveaux projets que suscitent, en plus des avantages suivants, la nécessité de diversifier les fournisseurs :
Le Canada est le quatrième producteur mondial de gaz naturel et l’on y trouve une très forte concentration de réserves, les unes traditionnelles, les autres non.
À cheval sur l’Alberta et la Colombie-Britannique, le bassin schisteux Montney (à peu près de la taille du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse réunis) pourrait produire 449 billions de pieds cubes de gaz, ce qui représente environ six fois les réserves traditionnelles canadiennes. De plus, son exploitation est relativement peu coûteuse : d’après une étude de 2018, elle garantirait 200 ans de réserves avec un seuil de rentabilité de 2,50 $ par million de BTU1.
Les installations britanno-colombiennes sont à quelque 10 jours de mer de l’Asie, alors qu’il en faut 20 pour les exportateurs du golfe du Mexique, qui doivent emprunter le canal de Panama – péage, frais de carburant et émissions en sus. Sur la côte ouest américaine, le seul grand projet en cours (approuvé par le gouvernement fédéral et d’une valeur de 39 G$ US) se trouve en Alaska.
En exportant du gaz vers les pays membres du Partenariat transpacifique, le Canada renforcerait sa position dans la région Indo-Pacifique en matière d’investissements et d’échanges commerciaux.
La réglementation canadienne sur les émissions de méthane (l’une des plus avancées au monde), les émissions de CO2 relativement faibles de la formation Montney et la promesse d’une source d’électricité propre séduisent les producteurs mondiaux désireux de réduire leurs émissions de GES. Au sein des groupes autochtones, une majorité voit deux des projets canadiens d’un bon œil – le soutien semble donc assuré sur la scène locale.
Écart par rapport à l’Asie
milles marins
Sources : Oxford Energy Institute, Services économiques RBC
Plusieurs problèmes subsistent néanmoins sur le plan des coûts et de la rentabilité. Au Canada, les coûts d’immobilisation liés aux tout nouveaux projets sont relativement élevés et il n’est pas certain que les consommateurs étrangers soient enclins à payer plus cher pour s’assurer la diversité des approvisionnements. Bien que le pays dispose d’atouts lui permettant de produire un GNL en émettant moins de GES, de nouvelles politiques imposant une rapide décarbonation par les industriels pourraient, sur le plan des coûts, peser encore davantage.
Comment les projets canadiens de GNL se comparent à leurs rivaux
$ CA/MBTU
Détaillons les trois rôles que peut jouer le Canada à l’échelle mondiale en matière de sécurité énergétique et environnementale.
Scénario 1 : Fournisseur de la côte du golfe du Mexique
Le renforcement rapide des capacités américaines d’exportation de GNL constitue un débouché pour les producteurs de gaz de l’Ouest canadien. Le Canada dispose de ressources en gaz pléthoriques et peu coûteuses à exploiter et compte des sociétés de catégorie investissement sur son territoire. Le tout ne peut que séduire nombre de producteurs américains de GNL, qui recherchent des sources d’approvisionnement aussi stables que possible.
Résultat : le secteur privé canadien a déjà pu conclure avec les exportateurs de GNL américains des ententes d’approvisionnement représentant 0,3 milliard de pieds cubes par jour (pi³/j). À partir de 1 pi³/j, les fournisseurs du Canada pourraient s’exposer à la fluctuation des cours mondiaux sans mettre leur capital démesurément à risque.
Fournisseur de la côte du golfe du Mexique
Nouvelle capacité
Économie
Climat
Capacité en GNL
Production de gaz
Investissements
Emplois
Redevances
Émissions canadiennes
Émissions nettes mondiales
–
1,0 Gpi3/jour
$10 G $
6,200
4,7 G $
3,4 Mt éq. CO2
–
Aspects climatiques et économiques
Compte tenu de l’abondance des sources de gaz naturel dans l’Ouest canadien, une hausse des exportations par les États-Unis n’entraînerait pas forcément une hausse de la production. Mais si tel était le cas, les émissions de GES du secteur pétrogazier du Canada augmenteraient de 2 %, alors que le pays s’est fixé l’objectif de les réduire de 42 % d’ici 2030.
L’exportation de gaz vers le golfe du Mexique ne saurait garantir la croissance. Les producteurs américains de GNL pourraient fort bien, à long terme, s’approvisionner sur le marché intérieur, il sera difficile d’établir de nouveaux gazoducs courant d’un pays ou d’un État à l’autre, et les majorations de prix seront peut-être empochées par d’autres acteurs.
Sans davantage de pipelines aboutissant aux États-Unis ou à l’est du pays, ni terminaux de GNL construits dans l’ouest, la valeur des gisements de gaz canadiens continuera de décroître. Et les marchés locaux étant inondés, le gaz canadien est vendu à rabais par rapport aux prix de référence américains ou mondiaux.
Le gaz canadien, un produit vendu à rabais
$ US/MBTU
Scénario 2 : Exportateur stratégique
Le Canada pourrait se montrer plus déterminé à stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie en augmentant sa capacité de production de GNL de 40 MTPA, soit environ 7 % de la capacité mondiale actuelle2. L’exportation de gaz pourrait affermir les liens établis en matière de commerce et d’investissements avec les membres stratégiques du Partenariat transpacifique.
Conformément aux nouvelles règles de la Colombie-Britannique, un plan « zéro émission nette » crédible doit être produit d’ici 2030 pour les usines de GNL proposées et pour celles qui sont en cours d’évaluation environnementale. Les faibles émissions du Canada et ses normes ESG (environnement, société et gouvernance) relativement élevées peuvent favoriser l’achat de son gaz par les pays prêts à payer le prix fort.
Fournisseur stratégique
GNL
Production de gaz
Investissements
Emplois
Redevances
Émissions canadiennes
Émissions nettes mondiales
40 MTPA
4,8 Gpi3/jour
$133 G$
95 400
$22.7B
16,6 Mt éq. CO2
-105 Mt éq. CO2
Aspects climatiques et économiques
Les émissions mondiales de GES pourraient diminuer. Par rapport à la moyenne chinoise, le GNL de la côte ouest canadienne expédié en Chine peut générer moins de la moitié des émissions totales par unité d’électricité, s’il remplace le charbon utilisé dans les centrales 3.
L’article 6 de l’Accord de Paris (relatif au système international centralisé d’échange de droits d’émissions et qui accorderait au Canada le crédit des réductions d’émissions liées au remplacement du charbon par le GNL) ne prendra effet que dans plusieurs années.
Il est technologiquement possible de décarboner fortement le gaz et le GNL canadiens : jusqu’à 90 % des émissions amont des producteurs de gaz pourraient être éliminées et l’électrification complète des terminaux de GNL permettrait de réduire les émissions de 63 % par rapport à une électrification limitée aux équipements autres qu’à compression (cas du terminal LNG Canada Phase I). Cela pourrait faire croître les coûts de production de 0,7 $/MBTU, d’où augmentation du prix de vente canadien.
Par ailleurs, l’électrification des terminaux de GNL et des usines à gaz (aux fins de réduction des émissions) nécessiterait la construction d’importantes infrastructures de génération et de transport d’électricité. Pour les terminaux, les estimations varient, mais chaque tranche de 20 MTPA de LNG pourrait exiger environ 10 % de la capacité de production d’électricité actuelle de la Colombie-Britannique, soit de quoi alimenter jusqu’à 2 millions de véhicules électriques4. La province impose aux terminaux en projet dont l’évaluation environnementale débute d’être carboneutres d’ici 2030, mais BC Hydro n’a pas encore dressé de plans d’électrification précis, ce qui laisse la porte entrouverte encore quelque temps à de nouveaux investissements dans les usines de GNL.
Les nouveaux terminaux pourraient, par le jeu des redevances et des impôts, rapporter d’importants revenus aux gouvernements, mais ces derniers, considérant les perspectives incertaines à long terme, pourraient se voir demander des mesures fiscales favorisant les nouveaux projets, ce qui reviendrait à verser des subventions aux consommateurs pour garantir la sécurité énergétique.
Comment les producteurs de gaz peuvent réduire les émissions
Source d’émissions (part des émissions)
Technologie
Part des réductions technologiquement possibles
Coût pour le producteur ($ CA/Gpi3)
Combustion 63 %
Électrification
100 %
514 000 $
Ventilation et fuites de méthane 17 %
Technologies diverses – détection des fuites et réparation, capture des purges, remplacement des pompes, etc.
68 %
1 900 $
Ventilation du CO2 17 %
Capture du carbone
70 %
158 000 $
Torchage 4 %
Collecte et compression de gaz dans les pipelines
90 %
5 700 $
Total des émissions amont du secteur gazier : 50 Mt éq. CO2
Sources : Rapport d’inventaire national 2022, ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique, outil de suivi du méthane de l’AIE, RBC (« Une transition à 2 billions de dollars ») et consultations auprès des intervenants du secteur
Scénario 3 : Plaque tournante de la côte Ouest
En assurant jusqu’à 13 % de la capacité mondiale actuelle de production de GNL et en augmentant de 60 % sa production de gaz naturel, le Canada pourrait devenir un fournisseur d’envergure mondiale. Compte tenu toutefois des coûts élevés de développement et de décarbonation, il ne lui sera pas facile de devenir un grand producteur de GNL propre et concurrentiel.
Plaque tournante de la côte Ouest
Nouvelle capacité
Économie
Climat
GNL
Production de gaz
Investissements
Emplois
Redevances
Émissions canadiennes
Émissions nettes mondiales
80 MTPA
9,7 Gpi3/jour
236 G$
169 000
45,5 G$
33,2 Mt éq. CO2
-211 Mt éq. CO2
Aspects climatiques et économiques
Si l’on conserve les technologies actuelles, les émissions du secteur du gaz augmenteraient de 60 %. Compte tenu du coût élevé de la décarbonation et de la difficulté à trouver suffisamment d’acheteurs étrangers acceptant d’échanger des droits d’émissions, le Canada devrait probablement assouplir ses cibles nationales d’émissions pour le secteur en jeu.
Pour que les coûts d’approvisionnement demeurent concurrentiels et que les émissions du secteur diminuent, les nouveaux projets pourraient nécessiter d’importants incitatifs fiscaux ou l’injection de fonds publics dans les infrastructures de production d’électricité. Sur le plan financier, les gouvernements pourraient contribuer davantage à la justification des nouveaux projets, en affectant les redevances et les revenus fiscaux qu’ils généreront à la mise en œuvre de la stratégie à la fois risquée et avantageuse qui consiste à décarboner résolument les secteurs autres que celui du gaz.
Sur le front du climat, une forte augmentation de la production de gaz naturel pourrait nuire à la réputation du Canada. Sans le consentement des Autochtones sur le territoire desquels se trouve une bonne partie de la formation Montney, les producteurs de gaz pourraient avoir du mal à en fournir suffisamment en aval.
Une expansion du secteur gazier permettrait de se prémunir en partie contre les fluctuations du secteur pétrolier canadien mais, une plus grande part de l’activité économique reposant alors sur les combustibles fossiles, l’économie du pays serait exposée au risque de transition si les prévisions concernant le gaz naturel s’assombrissaient. Les actifs délaissés du secteur cesseraient d’avoir des retombées positives sur l’économie, en dépit des quotas d’émission et du soutien des fonds publics.
Projets en cours au Canada
Projet
Propriétaires
Localisation
État
Capacité (mégatonnes par an)
LNG Canada Phase 1
Shell/Petronas/Petrochina/Mitsubishi/Korea Gas
Démarrage des activités commerciales au milieu de la décennie
14
LNG Canada Phase 2
Shell/Petronas/Petrochina/Mitsubishi/Korea Gas
Kitimat (territoire de la nation Haisla)
Étude de faisabilité économique en cours
14
Cedar LNG
Nation Haisla/Pembina
Permis d’évaluation environnementale obtenu
3 to 4
Ksi Lisims LNG
Nation Nisga’a, Rockies LNG (Advantage, ARC Resources, Birchcliff, Bonavista, NuVista, Paramount Resources et Peyto) et Western LNG (É.-U.)
Île Pearse, côte nord-ouest de la C.-B. (territoire de la nation Nisga’a)
Évaluation environnementale en cours
12
Woodfibre LNG
Pacific Energy Corp. (Singapore)/Enbridge (30%)
Squamish (Colombie-Britannique)
Approuvé
2,1
Tilbury Phase 2 Expansion
Fortis BC
Île de Tilbury (C.-B.)
Évaluation environnementale en cours
2,5
En chantier ; les autres projets sont en attente de la décision finale d’investissement. Sources : sites Web relatifs aux projets, Services économiques RBC
Le Canada doit décider de l’avenir de sa production de GNL
Au Canada, le GNL constitue l’un des plus grands enjeux sur le plan de l’économie et sur celui de la lutte contre les changements climatiques – chacun de ces aspects présente de nombreux avantages ou désavantages.
Jusqu’ici, le pays a évité de s’engager résolument dans un sens ou dans l’autre (d’où la vague de projets morts avant terme, il y a 10 ans). L’enjeu n’a fait que croître. Le Canada ne peut plus tergiverser, ce qui le mettrait à la merci des aléas.
Notre pays doit doter son industrie du GNL de balises claires et définir les rôles que doivent jouer respectivement le secteur privé, les gouvernements, les contribuables (qui payent les factures d’électricité) et les consommateurs étrangers, afin d’équilibrer comme il le souhaite les risques climatiques et les risques économiques. Peu importe ses visées : le fait qu’il manque des éléments clés dans son cadre stratégique et dans le plan d’action de son industrie empêche le Canada d’aller de l’avant.
Voici nos suggestions.
Le Canada devrait militer pour l’adoption de normes élevées dans les ententes bilatérales entourant les échanges de droits d’émissions prévus dans l’article 6 de l’Accord de Paris ; le gouvernement fédéral dirigerait le développement de cadres robustes au sein du G7. En matière de finance durable, la taxonomie canadienne à venir pourrait prévoir une certaine flexibilité à l’égard des actifs transitoires à long terme associés au GNL et liés à une réduction avérée des émissions mondiales.
Le gouvernement fédéral doit tenir sa promesse d’accélérer l’approbation des grands projets et de simplifier les processus d’évaluation réglementaire, notamment en veillant avec les provinces à ce qu’il n’y ait qu’un processus à suivre par projet.
Le secteur privé doit chercher à accroître la capacité de transport du gaz des infrastructures existantes, ce qui suppose notamment : que les exploitants canadiens de catégorie investissement concluent davantage d’ententes d’approvisionnement à long terme avec les producteurs de GNL américains ; que les sociétés du secteur intermédiaire optimisent la capacité des gazoducs ; que les grandes sociétés gazières et les exploitants de pipelines s’efforcent de régler leurs fréquents différends contractuels.
Les promoteurs de nouveaux projets de terminaux de GNL devraient améliorer leur profil de coûts en misant sur les gazoducs les plus efficaces, en faisant des économies d’échelle, en adoptant des technologies plus modulaires ou en gérant de manière proactive les contraintes entourant la main-d’œuvre spécialisée et les chaînes d’approvisionnement.
Le gouvernement fédéral et les provinces devraient fixer des objectifs de décarbonation plus clairs pour le secteur du gaz et du GNL. Ils devraient manifester aussi clairement leur appui à sa décarbonation tout en agissant de manière cohérente avec la vision qu’a le Canada du rôle que joue le secteur en matière de sécurité énergétique mondiale. De leur côté, les industriels doivent tenir leur engagement à réduire les émissions.
En ce qui concerne l’électrification, BC Hydro devrait dresser rapidement une stratégie claire (et un calendrier à l’avenant) afin que les investisseurs privés sachent à quoi s’en tenir. Lors de l’examen du cadre de tarification appliqué aux utilisateurs industriels, il faudrait répartir de manière convenable les coûts liés à l’extension du réseau.
Le gouvernement fédéral et les provinces devraient mettre en œuvre des mesures de soutien massif pour les communautés autochtones, afin qu’elles puissent acheter des titres de participation dans les grands projets (notamment d’infrastructures liées au GNL), ce qui comblerait une lacune historique quant à l’accès aux capitaux (lacune qui a souvent miné le soutien aux projets et freiné le développement).
Sur la scène internationale, l’industrie et le gouvernement doivent activement faire connaître le cadre canadien de développement du GNL, afin que les investisseurs étrangers saisissent les avantages qu’offre le Canada et sachent qu’il est ouvert aux investissements.
Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe, Leadership avisé, Services économiques Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Climat et énergie, Services économiques et leadership avisé
La capacité de GNL en mégatonnes par an est convertie en production de gaz en Gpi3/jour, selon une hypothèse de taux d’utilisation de 80 %, multipliée par le facteur de conversion entre GNL et gaz (Gpi3) de 48,0279, puis divisée par 365. La valeur est ensuite majorée pour tenir compte de la consommation de carburant du terminal de GNL (selon le cahier des charges du projet LNG Canada Phase I).
Les investissements de capitaux pour les terminaux de liquéfaction de GNL, la production et le transport de gaz en amont ne comprennent pas les coûts d’exploitation. Les estimations reposent sur une série de sources, y compris les projets de GNL. L’incidence (directe, indirecte et induite) totale sur l’emploi des investissements de capitaux (à l’exclusion des coûts d’exploitation) est calculée à partir des multiplicateurs de Statistique Canada pour la construction des installations pétrolières et gazières. La période moyenne de construction (pondérée) est de 10 ans. Effectifs dans le secteur gazier actuel : somme des emplois directs, indirects ou induits (source : Association canadienne des producteurs pétroliers). Redevances estimées à 15 % du chiffre d’affaires (cours à terme sur un mois – indice AECO).
Les émissions canadiennes sont calculées selon l’intensité des émissions pour la production de gaz en amont de la Colombie-Britannique, établie par l’outil du Pembina Institute relatif au gaz de schiste (valeurs historiques, sans compter les réductions d’émissions prévues), et l’intensité des émissions implicites liées à la liquéfaction, d’après le cahier des charges du projet LNG Canada Phase I.
Réduction des émissions nettes mondiales calculée d’après la valeur médiane des diminutions d’émissions totales permises par le GNL canadien livré en Asie, comparativement au charbon utilisé dans les centrales électriques chinoises (Nie et coll., « Greenhouse-gas emissions of Canadian liquefied natural gas for use in China: Comparison and synthesis of three independent life cycle assessments », Journal of Cleaner Production, 2020).
Potentiel de réduction d’après l’outil de suivi du méthane de l’AIE, le document « Une transition à 2 billions de dollars » de RBC et divers entretiens avec des représentants de l’industrie ou du milieu universitaire.
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Principales constatations
D’ici 2033, 40 % des exploitants agricoles canadiens auront pris leur retraite. L’agriculture du Canada est donc sur le point de vivre l’une des plus grandes transitions de son histoire en matière de main-d’œuvre et de relève des dirigeants.
Sur le même horizon, la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 24 000 travailleurs dans les exploitations agricoles, les pépinières et les serres.i
66 % des producteurs n’ont pas de plan de relève, ce qui jette une ombre sur l’avenir des terres agricoles.ii
Ces menaces émergent à un moment où la main-d’œuvre agricole du Canada a besoin d’évoluer pour inclure des compétences telles que l’analyse des données, les sciences de l’environnement et les pratiques respectueuses du climat, ce qui nous permettrait de produire plus d’aliments avec moins d’émissions.
À l’aide de politiques à court, moyen et long terme, le Canada peut se procurer la main-d’œuvre agricole compétente en technologie numérique dont le pays a besoin pour devenir un chef de file mondial de la production alimentaire durable et à faibles émissions de carbone.
Afin d’éviter une crise des compétences à court terme, au cours de la prochaine décennie nous devrons attirer 30 000 immigrants permanents capables d’établir leurs propres fermes et serres ou de reprendre les exploitations existantes.
Pour atteindre nos objectifs à moyen et à long terme, nous devrons bâtir un nouveau pipeline d’exploitants et de travailleurs nationaux en facilitant l’accès à l’enseignement et en augmentant les dépenses de recherche et développement destinées à améliorer l’automatisation et la productivité.
D’autres pays comme le Japon et la Nouvelle-Zélande déploient rapidement des stratégies nationales visant à relever des défis similaires. Les gouvernements en question offrent des incitatifs aux exploitants qui deviennent plus autonomes et ouvrent des voies aux travailleurs étrangers qualifiés et aux nouveaux agriculteurs. Le Canada doit agir rapidement.
Les agriculteurs canadiens vieillissent et sont moins nombreux
2001
166 M acres
346 000
âge moyen 50
2006
167 M acres
327 000
âge moyen 52
2011
160 M acres
294 000
âge moyen 54
2016
159 M acres
272 000
âge moyen 55
2021
153 M acres
262 000
âge moyen 56
Citation : Services économiques RBC et Statistique Canadaiii
Un plan de croissance en trois points
Accroître l’immigration d’exploitants agricoles internationaux de 30 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie.
Promouvoir l’enseignement agricole dans les collèges et les universités afin d’attirer de nouveaux étudiants.
Accélérer l’adoption de solutions autonomes et mécanisées dans les exploitations agricoles.
À court terme :
Ouvrir les frontières à de nouveaux producteurs canadiens
La crise des compétences agricoles que traverse le Canada est déjà l’une des pires au monde. Le pays souffre d’une pénurie de compétences qui figure parmi les plus graves du secteur de la production alimentaire à l’échelle mondiale, en comparaison avec les autres grands exportateurs de produits alimentaires. Seuls les États-Unis et les Pays-Bas sont encore plus à la traîne.
La pénurie de travailleurs agricoles dont souffre le Canada est l’une des plus graves au monde
Citation : Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDEiv
La crise démographique qui approche à grands devrait aggraver le problème. Dans 10 ans, 60 % des exploitants agricoles d’aujourd’hui auront plus de 65 ans. Jamais autant d’agriculteurs canadiens n’ont été aussi près de la retraite. De plus, le nombre d’exploitants de moins de 55 ans a décliné de 54 % depuis 2001.v La solution la plus rapide se trouve à nos frontières. L’octroi d’un statut de résident permanent à plus de 24 000 travailleurs agricoles et 30 000 exploitants pourrait combler les pénuries liées à la retraite et aux postes vacants, aider le secteur à réaliser son potentiel de productivité et répondre à la demande alimentaire canadienne aussi bien qu’internationale.
De nombreuses serres et exploitations agricoles font déjà appel à d’autres pays pour répondre au besoin de main-d’œuvre peu qualifiée. De fait, le secteur agricole canadien est l’un des plus diversifiés au monde, bien que la demande de travailleurs étrangers diffère considérablement selon les provinces et les activités.
Le programme des travailleurs étrangers temporaires demeure une source essentielle de main-d’œuvre peu qualifiée. Mais ce dispositif a ses inconvénients. Premièrement, il s’agit d’une solution provisoire à un problème chronique. Deuxièmement, bon nombre des travailleurs étrangers temporaires (TET) qui acquièrent des compétences essentielles à l’ensemencement et à la récolte au Canada doivent retourner dans leur pays d’origine pendant de courtes périodes. S’il leur est impossible de revenir au Canada (par exemple parce que leur propre gouvernement fait obstacle à la migration pour des raisons de sécurité alimentaire nationale), la main-d’œuvre agricole du Canada s’en trouve considérablement réduite.
De meilleures politiques sont nécessaires pour faciliter l’immigration des travailleurs peu qualifiés. Par exemple, une voie vers la résidence permanente pour les TET expérimentés constituerait une solution immédiate à ce type de pénurie.
En ce qui concerne les exploitants agricoles hautement qualifiés, le Canada a toujours bien accueilli cette catégorie d’immigrants en provenance des Pays-Bas, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Inde. Cependant, il existe aujourd’hui des occasions en or d’attirer des exploitants ayant perdu leurs entreprises à cause de politiques réglementaires d’autres pays.
Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement a réservé un budget de 24,3 milliards d’euros pour racheter les 3 000 fermes néerlandaises qui produisent le plus d’émissions. Les producteurs n’acceptant pas cette offre seront forcés de fermer. De plus, les exploitations agricoles autorisées à rester en activité devront considérablement diminuer leur application d’azote. Le pays devra aussi réduire sa population d’animaux d’élevage à un tiers de sa taille actuelle dans un délai de huit ans. En Nouvelle-Zélande, une loi de 2019 exigeant des producteurs qu’ils réduisent leurs émissions de 10 % dans les trois prochaines années oblige déjà les exploitations agricoles à réduire leurs activités.
Des centaines de milliers d’agriculteurs qualifiés du monde entier sont forcés de réduire la taille de leur exploitation ou sont menacés de fermeture. Rien qu’au sein de l’UE, une perte de plus de quatre millions d’exploitations agricoles est enregistrée depuis 2005. À l’échelle mondiale, cela crée un bassin d’agriculteurs qualifiés qui pourraient aider le Canada à accroître ses exportations alimentaires et à s’adapter aux règlements plus rigoureux en matière de durabilité.
L’immigration de scientifiques, d’ingénieurs en données et d’entrepreneurs est déjà reconnue comme essentielle à la croissance du Canada. Une approche similaire doit être adoptée pour attirer les agriculteurs.
À moyen terme :
Les écoles d’agriculture doivent évoluer pour répondre aux exigences d’aujourd’hui
Un changement fondamental est survenu dans les écoles d’agriculture partout au Canada. Alors que les inscriptions déclinaient dans les années 1990, beaucoup ont revu leurs programmes. Afin d’encourager les inscriptions, ces écoles ont commencé à offrir des cours interdisciplinaires susceptibles d’attirer les étudiants urbains moins motivés pour travailler en exploitation agricole. Cela signifiait se concentrer sur des sujets autres que les sciences agricoles, allant de la sécurité alimentaire au développement international.
L’approche a fonctionné. Après avoir touché le fond en 2003, les admissions ont augmenté de plus de 40 %, ce qui signale un changement de mentalité à l’égard des études agricoles.vi À l’heure actuelle, le taux d’inscription à l’enseignement postsecondaire dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et des sciences vétérinaires au Canada fait partie des plus élevés parmi les taux de l’OCDE, de l’UE et du G20. Malgré cela, la demande de diplômés continue de dépasser l’offre.vii
Le taux d’inscription à l’enseignement agricole au Canada est élevé
Pourcentage d’inscriptions total
Citation : Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBCviii
Afin de renforcer le taux d’inscription, davantage d’efforts doivent être mis en œuvre pour intégrer l’agriculture aux programmes traditionnels. Par exemple, parmi les dix meilleures écoles de commerce du Canada, aucun programme de MBA à temps plein n’offre de cours optionnels dans le domaine de l’agriculture. De même, les écoles d’agriculture ne font pas assez pour promouvoir une approche interdisciplinaire qui intégrerait des étudiants de filières allant de l’ingénierie aux sciences sociales. Ces innovations seront essentielles pour encourager les inscriptions et construire un écosystème agricole plus solide et mieux doté en ressources.
D’un autre côté, plusieurs écoles et collèges d’agriculture sont en voie de se transformer en centres multidisciplinaires parmi les plus polyvalents du pays. Ces établissements incorporent des thèmes qui vont des incitatifs financiers à la séquestration du carbone dans les sols, en passant par l’énergie propre. L’Installation de recherche sur les systèmes environnementaux contrôlés de l’Université de Guelph travaille même avec la NASA et l’Agence spatiale canadienne pour mettre au point des méthodes de culture de nourriture sur Mars.
En plus d’augmenter le nombre d’inscriptions, les écoles d’agriculture doivent équiper les élèves des outils dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs compétences. Par exemple, les écoles d’ingénierie, de commerce et d’informatique pourraient mettre en place davantage de coopératives, d’études de cas et de projets spéciaux liés à l’agriculture, qui offriraient des occasions d’apprentissage expérientiel axées sur la production alimentaire.
Services-conseils pour les producteurs
L’enseignement ne finit pas à la porte de l’école. Les producteurs ont toujours été des pionniers dans le domaine des nouvelles technologies. Pour mettre encore plus de compétences numériques en application, ils auront besoin de services-conseils leur permettant de se renseigner sur les meilleures solutions, les pratiques de production les plus efficaces et les façons de réduire les coûts et de promouvoir la durabilité dans leurs exploitations. Étant donné que chaque exploitation est confrontée à des défis uniques, les solutions doivent être individualisées. Les services-conseils visent à aider les agriculteurs à concevoir des solutions sur mesure. De plus, des ateliers sont proposés aux exploitants agricoles et à leurs employés, que ce soit dans un cadre structuré ou de façon informelle. Les services-conseils, à l’image de ceux qui sont offerts aux agriculteurs américains, doivent devenir plus accessibles aux nouveaux agriculteurs canadiens.
À long terme :
Déployer des solutions pour renforcer la mécanisation et l’autonomie des exploitations agricoles
L’automatisation est un thème central de l’agriculture depuis des siècles. La plupart des machines et des outils intègrent aujourd’hui des technologies qui augmentent l’efficacité sur chaque acre cultivé. Et les producteurs qui investissent dans la technologie sont souvent ceux qui dégagent la meilleure rentabilité. En 2020, plus de 50 % des exploitations agricoles ayant investi dans les nouvelles technologies ont constaté une baisse de leurs coûts. Et bien que l’automatisation réduise le besoin de main-d’œuvre agricole, elle crée aussi de nouveaux emplois pour les travailleurs hautement qualifiés. Les inventions telles que le tracteur, la moissonneuse-batteuse automotrice et le guidage automatisé ont marqué des jalons dans l’innovation et la productivité de l’agriculture.
Dorénavant, les technologies et pratiques agricoles intelligentes permettront aux exploitations de rehausser leur efficacité et leur productivité, de limiter leur impact sur l’environnement et de mettre l’accent sur la durabilité. Un autre aspect important est que ces solutions innovatrices réduisent les besoins de main-d’œuvre peu qualifiée.
Une grande partie de cette technologie est en cours de développement au Canada. Néanmoins, un effort de recherche et de développement plus ambitieux est essentiel pour réduire les besoins de main-d’œuvre, améliorer les taux de production et promouvoir la durabilité. Cela commence par le financement. Au Canada, les fonds consacrés à la recherche et au développement du secteur agricole proviennent principalement de sources publiques. Nous devons viser plus haut en matière de financement, car chaque dollar investi en recherche et développement génère entre 10 et 20 dollars de PIB.ix À mesure que la production agricole s’intensifiera, de plus en plus d’outils seront nécessaires pour réduire les émissions de manière autonome.
Dans l’agriculture canadienne, le financement public de la recherche et du développement est en retard par rapport aux autres pays
millions de dollars américains
Citation : Services économiques RBC, OCDE et Statistique Canada
Les investissements publics représentent la plus grande source de financement dans la recherche et le développement agricoles au Canada, soit 456 millions de dollars en 2020, mais les investissements du secteur privé sont à la traîne avec 156 millions de dollars.xxi Et les sociétés canadiennes, de manière générale, investissent moins dans la recherche et le développement, en comparaison avec leurs homologues étrangères. Les sociétés ont contribué de façon significative aux innovations passées, afin de résorber les pénuries de main-d’œuvre tout en rendant la production agricole plus résiliente face aux phénomènes météorologiques extrêmes et en améliorant la qualité et la durabilité. Toutefois, pour que le Canada devienne l’exportateur alimentaire le plus fiable et le plus durable au monde, d’autres investissements seront nécessaires.
L’effort de recherche et développement peut stimuler la croissance du secteur, mais la distribution entre les producteurs sera essentielle. Les dépenses en immobilisations ont augmenté plus rapidement dans l’agriculture que dans les autres secteurs du Canada au cours des 15 dernières années. Or, la majeure partie de ces investissements est attribuable aux cultivateurs.
Les sociétés agricoles canadiennes sont à la traîne des concurrents mondiaux en matière de dépenses en recherche et développement
Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences dans son secteur agricole. Les autres pays ont déjà pris des mesures pour remédier aux pénuries grâce à des programmes politiques spécifiques :
Le Japon
L’âge moyen d’un exploitant agricole est de 68 ans au Japon, ce qui en fait le pays de l’OCDE le plus sensible au problème de la relève des dirigeants. Pour encourager les jeunes à entrer dans le secteur, le gouvernement leur offre une aide au revenu pendant cinq ans à compter de la création de leur propre exploitation agricole. De plus, le programme Smart Agriculture propose des services-conseils gratuits sur la façon de mettre en œuvre des solutions autonomes et mécanisées. Le pays a également établi des « villages pilotes » visant à démontrer l’efficacité des nouvelles technologies.xiii
La Nouvelle-Zélande
La Nouvelle-Zélande a du mal à convaincre les jeunes et les nouveaux producteurs à s’engager dans le secteur. En 2014, un groupe de producteurs, universités, collèges et agents publics ont formé la Primary Industry Alliance.xiiv Le volet agricole du programme ambitionne d’attirer de nouveaux agriculteurs par les voies de l’enseignement et de l’immigration. De plus, le gouvernement a engagé un dialogue avec la communauté maorie afin d’accroître sa participation dans le secteur.
Les Pays-Bas
Plus de 530 000 travailleurs migrants sont employés dans le secteur agricole néerlandais. Alors que les Pays-Bas dépendent de plus en plus de ces travailleurs migrants, le pays souhaite augmenter la part de travailleurs hautement qualifiés. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a élaboré le programme Strategy for Green Education, dont l’objectif est d’attirer les étudiants dans le secteur et d’assurer une coordination entre les établissements d’enseignement afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre agricole.
Les États-Unis
Tout comme le Canada, les États-Unis sont fortement dépendants des travailleurs temporaires. Cependant, du fait que le nombre d’exploitants agricoles a diminué, la demande de main-d’œuvre n’a fait que croître. Il existe un financement pour les programmes d’enseignement agricole dans les écoles secondaires, et des terrains sont donnés aux universités qui offrent des services consultatifs aux agriculteurs. Cependant, la crise de la main-d’œuvre pousse le salaire moyen vers le haut et incite de nombreux producteurs à investir dans des solutions autonomes.
Conclusion
Le secteur agricole fait face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences pour transformer l’agriculture. Toutefois, avec une bonne approche, ce désavantage aigu pourrait devenir un avantage générationnel. Si le Canada augmentait l’immigration d’agriculteurs qualifiés, encourageait les collèges et universités à faire entrer dans cette filière des étudiants de tous les horizons, et investissait dans des solutions innovatrices visant à automatiser le secteur et à réduire la main-d’œuvre agricole, alors le pays pourrait prendre la tête de la transition mondiale vers une agriculture à faibles émissions de carbone.
Le budget de 2023 a été l’occasion d’établir des objectifs ambitieux qui tirent parti des avantages naturels du Canada dans le domaine de l’agriculture. Bon nombre des mesures dévoilées apportent un soulagement temporaire à diverses questions, mais le budget manque de vision globale sur l’avenir du secteur et les enjeux climatiques auxquels il est confronté. Le moment est venu pour les agriculteurs, les gouvernements et les acteurs de la chaîne logistique agricole de travailler ensemble sur cette question.
Pour relever ces défis, il faudra adopter une nouvelle approche basée sur la participation de toutes ces parties prenantes.
Auteur principal: Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, RBC
RBC Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Farhad Panahov, économiste Carrie Freestone, économiste Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise
Boston Consulting Group Youssef Aroub, chef de projet Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil
Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat
Joy Agnew, Ph. D., vice-présidente associée, Recherche appliquée, Olds College
Christopher Johnson, associé principal en développement, Olds College
Danny Le Roy, Ph. D., professeur agrégé d’économie, Université de Lethbridge
Jeanna Rex, Arrell Food Institute, coordonnatrice en éducation, Arrell Food Institute, Université de Guelph
Beverly Agar, première directrice relationnelle, Agriculture et agroalimentaire, RBC
Emploi et Développement social Canada et Services économiques RBC.
Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDE.
Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
Institut agricole du Canada, « An Overview of the Canadian Agricultural Innovation System. »
Statistique Canada et Services économiques RBC.
Statistique Canada et Services économiques RBC.
Statistique Canada, Statistiques de l’OCDE et Services économiques RBC.
« Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
« Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
« Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Raisons pour lesquelles nous avons rédigé ce rapport
Le Canada se doit d’être l’un des protagonistes de l’agriculture carboneutre. Ses organisations souhaitent jouer un rôle constructif dans l’atteinte de cet objectif.
Pour favoriser cette réalisation, nous avons entrepris un projet de recherche à long terme en nous appuyant sur notre rapport général, La prochaine révolution verte. Nous poursuivons ce travail par une série de courts rapports qui examinent les possibilités en matière de politique, de capital humain, de capital financier et de technologie. Bien qu’aucun de ces éléments ne constitue la solution miracle à eux seuls, l’ensemble des thèmes et des recherches en ce sens contribuera à l’atteinte de notre objectif commun d’un système alimentaire plus durable.
Le présent rapport est axé sur l’agriculture et la technologie. Il présente les occasions qu’offrent un éventail de technologies au Canada, ainsi que la nécessité que le pays adopte une approche stratégique. Notre équipe a analysé les données sur les placements, les voies de transition sectorielles et l’incidence des politiques publiques, tant au Canada que dans d’autres pays. Nous avons également travaillé avec l’équipe du programme de technologie agricole du Creative Destruction Lab, basé à Calgary(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), afin de mieux comprendre l’expérience des entrepreneurs.
Le Canada est à l’avant-garde de la recherche et du développement. Il bénéficie d’un excellent vivier d’entreprises en démarrage et d’un bassin de talents incluant des agriculteurs férus de technologie, des scientifiques de renommée mondiale et des entrepreneurs agricoles créatifs. De plus, nous comprenons qu’il est impératif de faire avancer une transition juste par le biais de la technologie plutôt que de choisir des technologies pour ce qu’elles sont.
L’innovation sera la clé du succès pour créer le système alimentaire durable et carboneutre de demain. C’est le moment pour le Canada d’entrer en jeu.
John Stackhouse,
premier vice-président, Services économiques et leadership avisé RBC
Keith Halliday,
directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada du BCG
Evan Fraser,
directeur, Arrell Food Institute, Université de Guelph
Points importants
Grâce à une nouvelle génération de technologies agricoles, les émissions attendues en 2050 dans le secteur agricole canadien1 pourraient baisser de 40 %.
Sept technologies en particulier pourraient transformer le pays en un producteur agricole à faibles émissions de carbone : les technologies de précision, les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, les digesteurs anaérobies, l’agriculture en environnement contrôlé, les additifs alimentaires pour le bétail, la biotechnologie agricole et l’agriculture cellulaire.
Cependant, la part du Canada dans les investissements mondiaux consacrés à ces technologies reste insuffisante. La plupart des financements destinés à la recherche et au développement (R-D) agricoles sont d’ailleurs d’origine publique.
Les producteurs, en particulier les propriétaires de petites et moyennes entreprises, se heurtent à des obstacles, tels que les coûts et les infrastructures, dans l’adoption de ces technologies. Les entrepreneurs auront aussi besoin de soutien pour déployer leurs innovations.
En s’appuyant sur ses forces existantes, le Canada pourrait s’imposer comme un chef de file dans le développement des technologies agricoles qui forgeront l’avenir des systèmes alimentaires mondiaux.
Le Canada peut devenir chef de file dans le nouveau Monde de la technologie agricole
Imaginez une récolte exceptionnelle de blé produite entièrement sans engrais chimiques et selon des pratiques de régénération du sol. Ou un essaim de drones qui utilise l’intelligence artificielle pour identifier toutes les plantes d’un champ, et qui pulvérise seulement les mauvaises herbes à l’aide d’une buse de précision. Ou encore une tranche de sashimi de saumon frais cultivé dans un bioréacteur, et non pêché en mer.
Ce sont là des technologies qui changent la donne et qui ouvrent la voie à la prochaine révolution verte de l’agriculture. Tout comme les innovations qui les ont précédées, ces technologies visent à accélérer la productivité afin de répondre aux besoins d’une population en croissance dans le monde. En outre, elles jouent un rôle nouveau et crucial : réduire les émissions du secteur agricole et faciliter l’absorption des émissions de gaz à effet de serre dans le sol.
Alors que l’agriculture produit 10 % des émissions canadiennes de gaz à effet de serre chaque année, les principales matières utilisées par ce secteur – le sol, les plantes et les animaux – détiennent un pouvoir presque inégalé pour retirer les émissions de l’atmosphère où elles sont responsables des changements climatiques.
Pour que ces ressources aident à réduire les émissions, certaines conditions doivent être réunies. Des politiques de soutien, du personnel formé adéquatement et des financements sont notamment nécessaires. La technologie sera la clé du succès de cette transformation, y compris de notre capacité à la développer et à la mettre au profit de l’économie, de l’environnement et des exploitants agricoles individuels. À l’issue de nos recherches antérieures, nous avons conclu que les solutions technologiques pouvaient jouer un rôle majeur pour réduire de 40 % les émissions attendues en 2050 dans le secteur agricole canadien .
En tant que premier exportateur de cultures essentielles, avec un large accès aux marchés et une longue tradition d’innovation agricole, le Canada est extrêmement bien placé pour devenir chef de file mondial à la fois dans l’adoption de ces technologies agricoles et dans leur développement. En mobilisant divers acteurs du système alimentaire canadien, nous pouvons mettre au point des technologies responsables, créatives et efficaces. Compte tenu de nos atouts, c’est une occasion qui s’offre à nous.
Nous avons cerné sept innovations ou « technologies agricoles » que nous jugeons importantes pour réduire fortement les émissions, et qui offrent au Canada l’occasion de prendre la tête de l’innovation. Certaines de ces technologies comme les digesteurs anaérobies, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) et la technologie de précision commencent déjà à être déployées. D’autres, comme les fermes verticales et la science végétale, constitueront des solutions clés à moyen terme. D’autres encore, comme l’agriculture cellulaire et la fermentation de précision, pourraient transformer les systèmes alimentaires de demain.
Dans tous les cas, la pleine exploitation du potentiel de ces innovations exigera de mettre en place des dispositifs de collaboration non seulement pour les agriculteurs et les entrepreneurs, mais aussi pour les collectivités, les investisseurs, les sociétés, les entreprises sociales et les gouvernements. Il faudra démontrer aux agriculteurs de tous les horizons la pertinence de réaliser des investissements initiaux importants dans les technologies agricoles qui ont déjà fait leurs preuves, tout en atténuant les risques associés à une immersion dans les technologies émergentes. Il sera également important de veiller à ce que ces instruments, dont bon nombre demandent beaucoup de capitaux, ne nuisent pas aux petites et moyennes entreprises et aux producteurs. Par ailleurs, il conviendra de s’assurer que leur déploiement vise véritablement à contribuer à l’atteinte des cibles d’émissions du Canada et à favoriser la transition économique verte.
Il sera donc nécessaire d’accélérer les investissements dans la recherche et le développement, en particulier de la part des acteurs privés, et d’orienter les investissements vers les technologies capables de réduire les émissions dès aujourd’hui. À l’heure actuelle, au Canada, la plupart des investissements dans les technologies agricoles sont axés sur l’amélioration de la productivité, la numérisation et l’automatisation, utiles pour accroître les rendements et améliorer l’exploitation des fermes. Nous avons besoin de plus d’investissements dans l’innovation pour faire progresser l’agriculture durable et régénérative.
Le Canada détient une part minimale dans le financement mondial de la plupart des technologies importantesInvestissements mondiaux en capital-risque et en capital-investissement dans les technologies agricoles depuis 2017
Prêtes à être déployées : Ces technologies sont déjà intégrées à nos efforts pour réduire les émissions de l’agriculture. Elles sont développées et disponibles sur le marché, mais nécessitent la mise en place de mesures incitatives, financières et politiques à grande échelle.
En bonne voie : Ces technologies sont encore considérées comme naissantes, bien qu’elles soient disponibles sur le marché. Elles offrent au Canada un potentiel intéressant pour s’adapter aux effets des changements climatiques et réduire les émissions, mais leur développement et leur croissance restent insuffisants.
Moins prêtes : La plupart de ces technologies sont au stade de la R-D. De manière générale, elles ne sont pas encore commercialisées (du moins au Canada). Elles offrent un immense potentiel pour transformer le secteur et mettre à profit les forces et les ressources existantes du Canada.
La mobilisation des investissements privés est essentielle pour faire face à la concurrence mondiale
Les innovations agricoles canadiennes peuvent être observées dans les champs du monde entier, des semences de canola développées par les scientifiques des Prairies aux vis à grain conçues au Manitoba. Pourtant, alors que nous sommes en train de migrer vers une agriculture à faibles émissions, une grande partie de nos atouts demeure inexploitée, par exemple dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la science des données.
Les investissements dans l’agriculture ont surpassé les investissements consacrés aux autres secteurs canadiens au cours des dernières années. Cela indique un renforcement de la productivité, ainsi qu’une augmentation de la demande intérieure en machines et équipements intégrant davantage de technologie. Cela dit, des investissements supplémentaires sont nécessaires, notamment de la part du secteur privé, si nous voulons devenir chefs de file mondiaux dans ce domaine. Depuis plusieurs générations, l’effort de recherche et de développement mené dans le secteur agricole canadien dépend trop largement du secteur public. Au cours de la dernière décennie, le secteur public a financé 90 % de la R-D agricole du Canada, contre 30 % aux États-Unis .2
Dans le même temps, les entreprises en démarrage et les sociétés privées du secteur agricole canadien ont eu moins de succès que leurs homologues internationales pour attirer des investissements privés. Sur les quelque 36 milliards de dollars d’investissement en capital-risque et en capital-investissement déployés dans les technologies agricoles depuis 2017 à l’échelle mondiale, le Canada a seulement reçu 3 % de ces fonds, soit 1 milliard de dollars américains. Les États-Unis ont bénéficié de 20 milliards de dollars, soit 55 %.
Les sociétés agricoles canadiennes ont considérablement augmenté leurs budgets de R-D, qui sont au moins passés du simple au double ces dernières années par rapport à 2015. Ces montants restent cependant très inférieurs aux financements publics déployés par le Canada en matière de R-D. Or, ces derniers déclinent constamment depuis les années 1980 sur la base du pourcentage du PIB. Alors que les gouvernements de pays comparables tels que les États-Unis et l’Europe accélèrent les dépenses publiques dans l’agriculture durable (par exemple dans le cadre de la loi sur la réduction de l’inflation et du Pacte vert pour l’Europe), le Canada risque de prendre encore plus de retard. Il est impératif que le Canada continue de mettre en place des mesures incitatives au même rythme afin de ne pas désavantager nos producteurs et nos sociétés ou d’éviter l’exode des cerveaux. Pour rester dans la course, nous aurons besoin que les gouvernements renforcent leur soutien à la mise en œuvre sur le terrain, et qu’ils encouragent les pratiques agricoles régénératrices basées sur les technologies agricoles.
De plus, il faudra que les sociétés déploient davantage d’investissements, notamment en faveur des technologies les plus prometteuses, pour atténuer l’effet des changements climatiques.
Les investissements dans l’agroalimentaire ont surpassé ceux consacrés aux autres secteurs au Canada
La course mondiale vers la prochaine génération de technologies agricoles
Israël
Israël, un petit pays possédant peu de terres arables, est déjà le chef de file mondial de la fertirrigation numérique, un arrosage ciblé d’eau enrichie d’engrais effectué directement sur les racines des plantes et déterminé au moyen de capteurs et d’analyses de données en nuage. Plus récemment, le pays a intensifié ses efforts dans le secteur agricole en développant des centres d’agriculture verticale et de protéines alternatives. Les sociétés israéliennes sont en tête du classement mondial en ce qui concerne les investissements dans les protéines végétales. Elles ont ainsi mobilisé 160 millions de dollars au cours du premier semestre de 2022, ce qui représente 22 % de tous les fonds accumulés dans le monde. L’investissement dans les nouvelles protéines en sens large occupe le deuxième rang mondial, y compris dans le domaine de la viande cultivée en laboratoire (320 millions de dollars américains au premier semestre de 2022) .3 Le secteur a connu une croissance de 160 % au premier semestre de 2022 et compte une centaine de sociétés israéliennes spécialisées en nouvelles protéines, dont 11 ont été créées entre 2021 et 2022. Israël consacre 17 % de son budget agricole à la recherche et au développement.
Singapour
Moins de 1 % de la superficie de Singapour est composée de terres arables, mais cela n’a pas empêché le pays de se fixer des objectifs ambitieux en matière d’agriculture. Son plan « 30 by 30 » vise à réduire sa dépendance aux importations alimentaires, en augmentant sa production de nourriture à 30 % de la demande nationale d’ici 2030. Dans cette optique, le gouvernement octroie des financements pour aider les agriculteurs à mettre à niveau leurs équipements et à tester de nouvelles technologies dans leurs exploitations, tout en soutenant l’innovation et le développement des technologies agricoles. Singapour dispose de grands atouts dans le secteur de l’agriculture urbaine et en environnement contrôlé (par exemple les fermes verticales, la pisciculture en circuit fermé, et les fermes en intérieur qui optimisent leur efficacité grâce à l’IA et aux mégadonnées). Récemment, le pays s’est démarqué en tant que centre de développement et de réglementation pour les protéines alternatives .4 En 2019, Singapour a annoncé une réglementation relative à la certification des produits alimentaires. De plus, le pays travaille aux côtés d’organisations publiques et privées afin de stimuler la croissance des nouvelles entreprises d’agriculture cellulaire. Singapour a été le premier pays à approuver la viande cultivée à partir de cellules animales destinée à la consommation humaine, en décembre 2020, et a donné naissance à une vingtaine de producteurs de viande cellulaire.
Japon
Les crises obligent à innover. À la suite du tsunami de 2011 et de la catastrophe nucléaire de Fukushima qui a détruit une grande partie des terres agricoles situées à proximité du site, le gouvernement japonais a lancé un programme en faveur des fermes verticales afin de remplacer la production perdue. Aujourd’hui, le Japon compte plus de 300 fermes verticales qui ont recours à l’automatisation robotique et à la technologie intelligente. L’objectif du pays est de maintenir son approvisionnement en nourriture, d’autant plus que la production souffre du vieillissement de la population et de la migration vers les villes qui causent un abandon des terres agricoles .5 La Stratégie d’innovation environnementale 2020 du gouvernement vise à mettre au point des technologies respectueuses du climat, particulièrement en créant de nouvelles espèces animales permettant de réduire les émissions de CH4 et de N2O.
Pays-Bas
Malgré leur petite taille, les Pays-Bas sont au deuxième rang mondial des exportateurs de produits alimentaires, en valeur, derrière les États-Unis. Véritable puissance agroalimentaire, le pays se distingue par la numérisation de ses serres et de ses champs et par l’intégration de technologies intelligentes. Les serres néerlandaises, qui représentent 80 % des terres cultivées aux Pays-Bas, figurent parmi les plus sophistiquées du monde. Récemment, les Pays-Bas se sont imposés en tant que précurseurs dans le domaine des aliments végétaux, principalement grâce aux innovations de l’Université et du centre de recherche de Wageningen. Cette université constitue le principal centre de recherche de l’industrie alimentaire néerlandaise, et elle est souvent appelée la « Food Valley » ou « Silicon Valley of Food ». L’Université de Wageningen, qui compte un centre d’innovation en production alimentaire végétale estimé à 94 millions de dollars américains, travaille avec des entreprises en démarrage et des chercheurs afin de créer de nouveaux aliments végétaliens. Près de 200 sociétés agroalimentaires sont présentes dans un rayon de 10 kilomètres de l’université, ce qui constitue un puissant réseau de collaboration entre les secteurs public et privé. Plus de 60 sociétés et établissements de recherche dédiés aux protéines végétales sont installés dans le pays .6
Les sept technologies transformatrices
Bâtir un secteur agricole à faibles émissions de carbone représente un défi inédit à ce jour. La bonne nouvelle est que nous avons une technologie puissante à notre disposition. Nous avons cerné sept innovations les plus prometteuses pour réduire les émissions et les stocker ou séquestrer dans le sol, à condition qu’elles soient adoptées de façon équitable et bénéficient du soutien des producteurs et des collectivités.
Le débat est loin d’être clos. Aucune technologie, quel que soit son potentiel, ne constitue de solution miracle. Elle doit être adoptée par les producteurs, acceptée par les consommateurs et soutenue par des politiques. Malheureusement, les innovations technologiques prometteuses ont trop souvent nui aux collectivités dans le passé. De ce fait, notre objectif est de présenter le potentiel de ces innovations à réduire les émissions au Canada et de mettre à profit cette analyse pour mener à bien les étapes de ce projet de collaboration. Nous mettrons alors ces idées à l’essai sur le terrain avec divers groupes et différentes collectivités aux quatre coins du Canada.
Il sera essentiel de mobiliser des investissements dans les technologies cernées pour exploiter leur plein potentiel. En collaboration, RBC, le Center for Growth and Innovation Analytics de BCG et l’Arrell Food Institute ont rassemblé les meilleures statistiques disponibles sur les investissements actuels. Pourtant, la plupart de ces données demeurent insuffisantes, ou elles ne sont pas divulguées. Nous aurons absolument besoin d’une meilleure transparence dans ce domaine pour pouvoir suivre nos progrès.
Le problème
Lorsqu’ils sont appliqués dans les champs, les engrais azotés constituent une importante source d’émissions. De plus, le labour provoque un dégagement du carbone stocké dans le sol, et le libère dans l’atmosphère où il contribue au changement climatique.
La solution
Les technologies de précision comme les tracteurs intelligents recueillent des données sur la productivité agricole et l’utilisation des engrais, afin de prendre des décisions plus précises sur les endroits où appliquer les intrants et sur les doses à utiliser. D’autres outils comme les semoirs pneumatiques et les capteurs de sols aident les agriculteurs à semer et à fertiliser avec plus de précision, et facilitent les pratiques agricoles régénératrices, telles que la réduction du travail des sols, qui protègent la biodiversité et la qualité des sols. À l’heure actuelle, 13 mégatonnes de carbone sont stockées dans le sol canadien. Nos recherches révèlent que l’adoption de cette technologie, combinée à des pratiques agricoles régénératrices, aiderait à stocker une quantité supplémentaire de 21 mégatonnes de carbone dans les sols d’ici 2050.
Les agriculteurs canadiens ont fait de grandes avancées pour adopter certaines technologies de précision. En Saskatchewan, par exemple, la technologie de précision a aidé 80 % des agriculteurs à mettre en place des techniques sans labour ou un labour de conservation. Et les systèmes de guidage automatique pour tracteurs sont utilisés depuis des décennies dans les fermes. Cependant, l’agriculture de précision prendrait une tout autre dimension si les outils de nouvelle génération, intégrant des technologies de pointe comme l’intelligence artificielle et la robotique automatisée basées sur des données, étaient adoptés de manière plus large.
Les défis
Le Canada accuse un retard par rapport à la moyenne mondiale en matière d’investissement dans la technologie agricole de précision. Les producteurs sont d’ailleurs confrontés à plusieurs obstacles à son adoption. Pour pallier à cet écart, il est vital de convaincre les agriculteurs de l’efficacité de ces outils de nouvelle génération sur leurs fermes. Les secteurs privé et public peuvent participer à la démonstration des avantages en organisant des essais sur le terrain en partenariat avec d’autres entités, en mettant en place des marchés pour la négociation du carbone et en fournissant des données et des preuves attestant de l’utilité de ces technologies pour les agriculteurs. La protection de ces données agricoles constituera également un facteur essentiel. Compte tenu des disparités de qualité et de composition des sols dans l’ensemble du pays, les agriculteurs se fieront plutôt aux démonstrations faites à proximité de leurs exploitations.
Pleins feux sur le Canada
Precision AI(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) produit des drones alimentés par l’intelligence artificielle et dotés d’une vision informatique embarquée qui leur permettent de prendre des décisions détaillées concernant une exploitation agricole. Ce type de drone peut identifier toutes les espèces de plantes qu’ils détectent dans un champ et cibler les mauvaises herbes à l’aide d’une pulvérisation de précision, ce qui permet d’économiser jusqu’à 95 % de produits chimiques. Fondée à Regina, en Saskatchewan, en 2017, la société compte à présent plus de 40 employés à temps plein dans le monde et a amassé 20 millions de dollars lors d’un financement de démarrage en 2021.
Le problème
La production d’engrais azoté, qui a stimulé les rendements au cours des dernières décennies, implique la combustion de gaz naturel et sa conversion en hydrogène. Ces deux processus produisent de grandes quantités de dioxyde de carbone qui sont rejetées dans l’atmosphère où elles contribuent aux changements climatiques. Selon nos estimations, la production d’engrais émet 12 mégatonnes d’émissions chaque année. Si nous ne changeons rien, les émissions atteindront 35 mégatonnes avant 2050.
La solution
Les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) emprisonnent les émissions de dioxyde de carbone avant qu’elles ne pénètrent dans l’atmosphère, les réutilisent, ou les compressent sous une forme liquide qui est ensuite expédiée par pipeline vers un centre de stockage. La technologie de CUSC a le potentiel de recueillir et stocker 7 mégatonnes d’émissions d’ici 2050.
Depuis 2019, la société Nutrien, établie à Saskatoon, utilise la technologie de CUSC pour capter le dioxyde de carbone de son usine de Redwater. Ce CO2 liquide est alors acheminé par le pipeline Alberta Carbon Trunk Line vers le centre de l’Alberta, où sont situées des installations de récupération assistée du pétrole. Nutrien a expédié environ 139 000 tonnes de CO2 par cette voie en 2021.7(ce contenu est disponible en anglais seulement) Néanmoins, la technologie de CUSC n’est pas adoptée de façon significative dans le secteur canadien des engrais. Et dans le monde, seulement six usines d’engrais utilisent cette technologie .8
Les défisAfin de permettre l’adoption généralisée de la technologie de CUSC dans la production d’engrais, il est essentiel de développer les infrastructures. Il s’agit notamment des centres de séquestration du carbone et de l’extension des pipelines existants, afin de réduire les obstacles économiques auxquels se heurtent les producteurs. Pour y parvenir, nous aurons besoin d’une meilleure coordination entre les gouvernements, les organismes de réglementation et les secteurs d’activité. Nous avons besoin d’un cadre réglementaire cohérent en ce qui concerne l’accès à l’espace géologique pour stocker le carbone, la délivrance de permis pour les grands projets, la responsabilité civile et d’autres aspects techniques complexes liés aux projets, si nous voulons accroître le déploiement de capitaux dans le captage du carbone
Pleins feux sur le Canada
La technologie offerte par la société Svante, dont le siège social est situé à Vancouver, en Colombie-Britannique, permet de purifier et de concentrer le CO2 en 60 secondes. Cette méthode consiste à séparer le CO2 de l’azote. Les effluents gazeux (dégagés lors de la production de l’acier ou dans le secteur pétrolier et gazier) sont dilués et réacheminés vers une plate-forme à rotation continue où le CO2 est piégé dans des filtres exclusifs, fabriqués à partir de nanomatériaux offrant une haute capacité de captage du CO2. Ils sont ensuite purifiés et prêts à être stockés. La première usine pilote de la société, établie en Saskatchewan en partenariat avec Husky Energy (maintenant Cenovus Energy), est en mesure de capter plus de 10 000 tonnes de CO2 par an. Cette technologie présente des coûts en capital moins élevés que ceux des autres solutions, et rend le captage du carbone commercialement accessible à grande échelle.
Le problème
Les aliments absorbés par le bétail doivent également en sortir, un processus qui dégage chaque année des émissions d’environ 8 mégatonnes de méthane au Canada selon nos recherches. Si nous ne changeons rien, ces émissions provenant des fumiers atteindront 10 mégatonnes avant 2050.
La solution
Les systèmes de digestion anaérobie utilisent le méthane extrait du fumier (vaches, porcs, poulets et divers ruminants) ainsi que les résidus organiques externes comme les résidus de récolte, les déchets alimentaires ou l’ensilage, pour le transformer en gaz naturel renouvelable, en biogaz ou en électricité. Le digestat, sous-produit de ce processus, peut être utilisé comme engrais organique ou dans les literies des bovins. Les systèmes de digestion anaérobie ont le potentiel de réduire les émissions de 2 mégatonnes d’ici 2050.
Le Canada compte 279 projets de biogaz qui transforment le méthane en 196 MW d’électricité propre et 6 millions de GJ de gaz naturel renouvelable (GNR), soit l’équivalent d’au moins neuf grands barrages hydroélectriques. Et avec seulement 45 digesteurs opérationnels dans le secteur agricole canadien en 2020, le potentiel de croissance le plus important de cette technologie réside dans les exploitations agricoles9(ce contenu est disponible en anglais seulement) En outre, les systèmes de digestion anaérobie implantés dans les fermes constituent une source de revenus supplémentaires pour les agriculteurs désireux et capables d’entreprendre un projet sur leurs terres.
Au Canada, le développement du biogaz (y compris les systèmes de digestion anaérobie) est dicté par les politiques provinciales en matière d’énergie et de gestion des déchets. D’énormes possibilités de croissance se présentent, surtout dans l’agriculture, où les résidus de récolte et les fumiers représentent les deux tiers des ressources de biogaz facilement accessibles au Canada. Au-delà des systèmes implantés dans les fermes, les digesteurs communautaires offrent un potentiel de croissance, étant donné que leur utilisation et leurs coûts peuvent être partagés entre plusieurs fermes et éventuellement avec les municipalités locales.
Les défis
Cependant, l’investissement et le développement sont anémiques à ce jour, avec seulement 29 projets en cours. (Il existe peu de données sur les investissements dans le développement des systèmes de digestion anaérobie.) Le coût élevé lié à la construction de ces installations (quelques dizaines de millions par installation, selon la taille) représente un obstacle. Bien que des mesures soient déjà en place en faveur de ce secteur, notamment les politiques gouvernementales telles que la réglementation sur les carburants propres et les marchés compensatoires, nous aurons besoin d’une plus forte demande en biocarburants. De plus, nous devrons élaborer des structures destinées à atténuer les risques, par exemple des conventions d’achat d’énergie.
Pleins feux sur le Canada
DLS Biogas(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) construit des usines de biogaz avec surveillance à distance. Les usines de biogaz recueillent les déchets organiques (y compris les fumiers), capturent le méthane et le transforment en gaz naturel renouvelable, en électricité et en digestat. Dans le cadre de son offre de services, DLS Biogas propose aux agriculteurs des études de faisabilité, des analyses financières, des services de planification et de gestion de la construction, et un soutien opérationnel complet. La société ontarienne fait partie des sociétés de Dairy Lane Systems, qui fournit des équipements et des services aux producteurs laitiers depuis plus de 30 ans.
Le problème
L’agriculture traditionnelle produit des émissions lors de l’épandage d’engrais. Des émissions sont également créées lorsque les sols sont convertis en terres agricoles et lorsque les aliments sont transportés du champ à l’épicerie. L’agriculture en environnement contrôlé a le potentiel de renverser la dynamique des changements d’utilisation des sols. Si rien n’est fait dans ce domaine, les émissions augmenteront de 4 mégatonnes à 24 mégatonnes d’ici 2050.
La solution
Les serres et les fermes verticales sont les exemples les plus connus d’agriculture en environnement contrôlé, c’est-à-dire la production de nourriture dans un milieu fermé. Les fermes verticales produisent de la nourriture à l’intérieur de bâtiments, en couches empilées.
L’agriculture verticale exploite seulement 10 % des terres et consomme jusqu’à 90 % moins d’eau que l’agriculture traditionnelle .10 De plus, cette technologie peut offrir un approvisionnement en fruits et légumes à la fois stable et local, réduire les besoins en transport à forte intensité carbonique, et renforcer la sécurité alimentaire nationale. Lorsqu’elles sont alimentées et chauffées à l’aide de combustibles fossiles comme le propane, comme c’est souvent le cas actuellement, les serres peuvent accroître notre empreinte carbone. À plus long terme, cependant, l’utilisation d’énergies renouvelables ou à faibles émissions de carbone pourrait permettre de cultiver des aliments en produisant peu d’émissions de carbone. L’agriculture en environnement contrôlé permet aussi de produire plus de nourriture sur moins de terres. Si elle fait l’objet de politiques appropriées pour inciter à protéger les terres, elle générera de nouvelles occasions de création d’habitats fauniques et de captage du carbone dans le sol. Toutefois, bien que cette technologie soit viable pour ce qui est des micropousses et d’autres fruits et légumes, à l’heure actuelle, elle ne représente pas une solution réalisable pour les autres grandes cultures, comme les baies.
Selon nos estimations, nous pouvons éviter 20 mégatonnes d’émissions si nous freinons les changements d’utilisation des sols dès aujourd’hui et jusqu’en 2050.
Selon le dernier Recensement de l’agriculture, le Canada compte environ 5 000 serres et pépinières. Des investissements importants sont également réalisés pour développer l’agriculture verticale, notamment quelques programmes gouvernementaux et un investissement de 65 millions de dollars de McCain Foods.
Les défis
Les coûts demeurent un obstacle. En plus des coûts en capital comme les terrains et les bâtiments, les coûts d’électricité pour l’éclairage à DEL, qui remplace l’ensoleillement naturel pendant le cycle de croissance, occupe souvent la plus grande partie du budget pour les fermes verticales. Les fermes verticales ne peuvent pas encore concurrencer l’agriculture traditionnelle, et les exploitants ont du mal à appliquer les règlements de zonage qui ne reconnaissent pas l’agriculture en intérieur comme une activité agricole.
Pleins feux sur le Canada
Fondée en 2011, GoodLeaf Farms(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) s’est inspirée de l’agriculture hydroponique en intérieur développée au Japon. Sa ferme pilote a été construite près de Truro, en Nouvelle-Écosse, en 2015, et la société a lancé sa première ferme commerciale à grande échelle à Guelph, en Ontario, en 2019. GoodLeaf cultive des micropousses et jeunes pousses tout au long de l’année à l’aide d’un système hydroponique qui inclut des lampes à DEL et un contrôle de la chaleur et de l’humidité. Ses produits comprennent des micropousses de roquette, de laitue, d’épinards et d’autres variétés destinées au marché de l’Ontario.
Les scientifiques ont découvert une façon de réduire les émissions dégagées par le microbiote intestinal des bovins. Des additifs pour l’alimentation animale comme le 3-NOP (3-nitrooxypropanol) et certains suppléments à base d’algues détruisent l’enzyme qui déclenche la production de méthane. Ces produits peuvent aussi aider les vaches à digérer la nourriture plus efficacement. Les additifs et les suppléments pourraient réduire les émissions de 16 mégatonnes d’ici 2050.
Il a été démontré que le 3-NOP réduit les émissions de 45 %, tandis que l’ajout d’algues à l’alimentation des vaches laitières peut réduire les émissions de 82 %. Les scientifiques cherchent également à s’assurer que cela peut être fait sans perte de rendement du bétail, voire avec une amélioration du rendement (c’est-à-dire une meilleure croissance des animaux à partir d’une moindre quantité de nourriture) .12
Les défis
L’approbation réglementaire constitue le plus grand défi pour produire des additifs alimentaires à grande échelle. Le 3-NOP a été approuvé au Brésil et dans l’Union européenne, où il a été classé dans la catégorie des additifs alimentaires qui présentent des avantages pour l’environnement (ce qui simplifie la voie vers la commercialisation). Au Canada, cet additif est cependant classifié comme un médicament vétérinaire. Il est donc peu probable qu’il soit approuvé avant plusieurs années.
Le coût représente aussi un obstacle de taille. Étant donné qu’il n’existe pas de tarification des gaz à effet de serre. (par exemple une taxe carbone), les agriculteurs ne sont pas motivés pour adopter les additifs visant à réduire le méthane, car ils n’en voient pas les avantages économiques, mais seulement les avantages pour l’environnement. Bien qu’un système de crédit carbone puisse être utile, une lourde charge pèserait encore sur les agriculteurs, du fait que ces derniers seraient tenus de recueillir toutes les données requises pour obtenir le crédit.
Pleins feux sur le Canada
Fondée en 2007 à l’Île-du-Prince-Édouard, la société North Atlantic Organics (NAO) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) produit des suppléments minéraux destinés aux animaux et aux végétaux à partir de plantes marines biologiques (algues). Le cofondateur Joe Dorgan a eu l’idée de cette entreprise lorsqu’il a voulu convertir son cheptel laitier en élevage biologique, mais n’a pas trouvé de source naturelle de suppléments minéraux. Une percée a été réalisée en 2014 lorsque Rob Kinley, un agronome travaillant pour l’entreprise, a découvert que son mélange d’algues destiné au bétail pouvait réduire de 20 % les émissions de méthane provenant de la digestion des vaches . La société est en train de développer des suppléments minéraux pour les végétaux, et espère augmenter sa production. »>North Atlantic Organics (NAO) produit des suppléments minéraux destinés aux animaux et aux végétaux à partir de plantes marines biologiques (algues). Le cofondateur Joe Dorgan a eu l’idée de cette entreprise lorsqu’il a voulu convertir son cheptel laitier en élevage biologique, mais n’a pas trouvé de source naturelle de suppléments minéraux. Une percée a été réalisée en 2014 lorsque Rob Kinley, un agronome travaillant pour l’entreprise, a découvert que son mélange d’algues destiné au bétail pouvait réduire de 20 % les émissions de méthane provenant de la digestion des vaches . La société est en train de développer des suppléments minéraux pour les végétaux, et espère augmenter sa production.
Le problème
Les changements climatiques se traduisent par des phénomènes météorologiques extrêmes qui peuvent décimer les cultures. La surconsommation d’engrais, comme nous l’avons vu plus haut, génère des émissions d’oxyde nitreux.
La solution
La biotechnologie agricole vise à accélérer et à compléter les approches traditionnelles de production de cultures et de bétail présentant des caractéristiques souhaitables, comme une meilleure résistance aux maladies et à la sécheresse (entre autres), au moyen de l’élevage sélectif, du génie génétique, de l’édition génomique et de la culture tissulaire. Cette innovation trouve son origine dans la reproduction des plantes et des animaux, méthode utilisée depuis des millénaires pour créer de nouvelles variétés de cultures et rehausser les rendements. Le canola, inventé en Saskatchewan dans les années 1960, en est un exemple. En plus de la reproduction, les approches génomiques qui visent à améliorer les microbiomes, notamment ceux des sols et des intestins du bétail, peuvent favoriser la séquestration du carbone et prévenir les maladies. L’utilisation de la biotechnologie agricole aux fins de réduire les émissions de carbone est une approche relativement nouvelle, encore en phase de R-D.
La biotechnologie agricole peut créer des cultures qui améliorent l’absorption de l’azote et des autres nutriments dans le sol (réduisant ainsi la consommation d’engrais). Elle permet aussi de développer des plantes plus résistantes aux maladies et aux phénomènes météorologiques extrêmes (comme les inondations et les sécheresses) et d’optimiser le microbiome des sols afin de rehausser leur fertilité et stimuler la croissance des végétaux. Parmi les recherches agricoles les plus passionnantes, certaines se déroulent sous la surface du sol, alors que les scientifiques étudient la puissance des microbiomes et des systèmes racinaires pour contrer les changements climatiques. Certains analysent la possibilité de contrôler la photosynthèse afin d’accélérer la séquestration du carbone. D’autres sont en train de développer des microbiomes inoculés à partir de maladies. Des biofertilisants sont également mis au point, afin de procurer l’azote atmosphérique nécessaire à la croissance des plantes.
Les défis
La réglementation des végétaux à caractères nouveaux fait partie des principaux obstacles à l’investissement au Canada, car elle est plus stricte que celle des pays concurrents. Un sondage mené par CropLife Canada auprès des phytogénéticiens révèle qu’un quart des recherches sur la culture sélective ont été interrompues au motif que les projets étaient jugés « novateurs », donc soumis aux évaluations et aux approbations prévues pour les végétaux à caractère nouveau (VCN), dont le coût peut s’élever à des millions de dollars avant que le produit puisse être commercialisé. Parmi les répondants, 77 % ont indiqué que le cadre réglementaire des VCN devait être mis à jour afin de prendre en compte l’état actuel des connaissances. De plus, 27 % ont déclaré avoir mené des essais sur le terrain en dehors du Canada afin de contourner les exigences relatives aux variétés de VCN.
Pleins feux sur le Canada
Okanagan Specialty Fruits(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), établie à Summerland (C.-B.), cultive de nouvelles variétés de fruits issues de la bio-ingénierie. Son produit phare est la pomme « Arctic » qui ne brunit pas après avoir été mordue, tranchée ou abîmée (mais qui brunit quand elle commence à pourrir). La société détient des droits de propriété intellectuelle mondiaux au regard des compositions et des méthodes appliquées pour réguler l’expression génique du polyphénol oxydase (PPO) et contrôler le brunissement enzymatique des fruits provenant des arbres.
Le problème
Le bétail dégage des émissions par le biais de la fermentation entérique et des fumiers, comme nous l’avons vu plus haut. Les changements d’utilisation des sols génèrent également des émissions.
La solution
L’agriculture cellulaire est une discipline qui peut transformer les levures, bactéries, échantillons de cellules et champignons en nouvelles formes de protéines pouvant servir de substituts de produits laitiers ou en viandes et poissons cultivés en laboratoire. Cette technologie a le potentiel de produire des substituts de viande et de produits laitiers qui nécessitent moins de terres et d’intrants.
La culture en laboratoire est considérée comme plus durable, car ce procédé utilise moins d’eau et de terres pour produire des aliments, et émet moins de gaz à effet de serre qu’un troupeau de bovins dans un champ ou une grange pleine de volaille.
De plus, le Canada dispose d’une abondante réserve de matières premières, en particulier de glucides, d’amidons et de sucres, qui peuvent être utilisées pour produire des aliments à base de cellules .14 (Nous jetons actuellement les restes d’amidon issu des pois, dont les protéines sont utilisées pour fabriquer des substituts de viande à base de plantes. Ces résidus pourraient nourrir des micro-organismes spécialement cultivés, comme de la levure, qui pourraient ensuite être utilisés pour fabriquer les protéines normalement présentes dans les produits laitiers.)
Les défis
L’investissement initial élevé constitue un obstacle à la création des sociétés d’agriculture cellulaire. Un autre obstacle est le manque de connaissance des investisseurs. Outre quelques sociétés d’investissement spécialisées, les entrepreneurs affirment que la plupart des investisseurs ne comprennent pas suffisamment les nuances des sciences alimentaires pour pouvoir évaluer le potentiel de la culture verticale. Les financements octroyés tendent à être faibles, et à courte échéance. Les entrepreneurs ont besoin d’un capital patient plus important pour faire croître leur société.
Pleins feux sur le Canada
Cell Ag Tech(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) est une jeune entreprise d’agriculture cellulaire implantée en Ontario, qui cultive des produits de la mer à partir de cellules et se concentre actuellement sur le poisson blanc maigre. La société Cell Ag Tech a été primée lors du récent concours régional d’agriculture cellulaire du Canada, AcCELLerate-ON, pour son travail de représentation des cellules souches musculaires du poisson en 2 D et en 3 D. Au début de l’année, Cell Ag Tech a également conclu une entente de collaboration avec le Centre pour la commercialisation de la médecine régénératrice afin de mettre au point un processus visant à cultiver des cellules de poisson en bioréacteur.
Recommandations : Le temps est venu pour le Canada de prendre la tête de la révolution
La prochaine révolution verte dépend à la fois de l’adoption des technologies prêtes à être déployées et du développement responsable de technologies innovatrices qui façonneront l’avenir. Bien que d’autres pays mobilisent rapidement leurs propres ressources pour atteindre ces objectifs, peu d’entre eux sont aussi bien placés que le Canada pour diriger la révolution.
Les actions suivantes seront essentielles pour mobiliser les investissements nécessaires au déploiement des sept technologies transformatrices, tout en éliminant les principaux obstacles à leur adoption. Au cours des prochaines phases de notre série de rapports, nous comprendrons mieux comment la technologie (avec le soutien des politiques publiques) peut être utilisée pour soutenir les producteurs (en particulier les petites et moyennes exploitations agricoles), favoriser l’acceptation des consommateurs et inclure toutes les parties prenantes.
Créer un organisme de financement central pour la recherche et le développement. Bon nombre des domaines les plus prometteurs et les plus avancés de la recherche agricole canadienne n’entrent pas dans les catégories de financement actuelles. La mise en place d’un système centralisé semblable à celui du département de l’Agriculture des États-Unis, en étroite collaboration avec le milieu universitaire et le secteur privé, pourrait donner une vision plus complète, à l’échelle canadienne, des domaines où le soutien et l’innovation sont nécessaires. L’esprit d’initiative dont fait preuve le gouvernement fédéral pour créer de grands pôles d’innovation illustre à quel point le Canada pourrait soutenir la recherche et l’innovation agroalimentaires.
Favoriser la commercialisation de la recherche existante. Cela implique d’augmenter les financements consacrés aux programmes et organismes de transfert de technologie universitaire. Afin d’exploiter les forces intrinsèques du Canada dans le domaine de la recherche et du développement, nous devons faciliter l’accès des chercheurs aux marchés commerciaux. À cet égard, nous devrons simplifier les règlements relatifs aux sciences des cultures qui imposent actuellement des essais exhaustifs (et coûteux), ce qui décourage certains chercheurs de poursuivre leur développement au Canada.
Mettre sur pied des programmes d’agriculture et de technologie dans les établissements postsecondaires. Le système alimentaire du futur a besoin d’experts en science des données, programmation et intelligence artificielle. Or, bon nombre de ces talents sont actuellement attirés par l’industrie du logiciel. Des efforts doivent être entrepris au plus tôt pour attirer davantage de ces talents. Afin de repositionner l’agriculture en tant que carrière attrayante, les gouvernements locaux et les sociétés devront rehausser la réputation des collectivités rurales en tant que lieux de vie agréables, en particulier auprès des immigrants qui possèdent des compétences en STIM. La collaboration avec les spécialistes en sciences sociales permettra de s’assurer que les innovations sont adaptées aux besoins des agriculteurs, acceptées par les consommateurs et mises au point de façon responsable.
Fonder une Silicon Valley canadienne de technologie agricole. Ce projet de percée dans les technologies agricoles doit permettre une collaboration intersectorielle entre les entrepreneurs, les investisseurs, les chercheurs, les collectivités, les sociétés et les gouvernements en vue d’insuffler des idées novatrices et de soutenir la croissance des entreprises en démarrage ou en croissance. Il s’agira de rassembler les acteurs des secteurs public et privé autour d’une ambition commune en matière d’innovation, axée sur des priorités précises (comme les sept technologies transformatrices décrites ci-dessus). Un exemple de cette démarche est l’initiative Foodbytes! lancée par Rabobank. Elle inclut un programme qui offre aux entreprises en démarrage du secteur alimentaire et des technologies agricoles des occasions de mentorat, de partenariat commercial et d’investissement.
Mettre en place des incitations fiscales et financières innovantes pour encourager l’investissement privé. Stimuler l’investissement privé dans les technologies agricoles canadiennes amène à réfléchir de façon plus créative aux incitations fiscales et financières dont nous disposons. Nous devons privilégier l’automatisation, qui est la clé de notre productivité agricole et de notre compétitivité internationale. Cela attirera plus de capitaux dans les technologies destinées à façonner l’agriculture à faibles émissions de demain. L’une des possibilités serait d’incorporer l’intelligence artificielle et les technologies agricoles dans les règles d’accélération de l’amortissement, en plus des actifs corporels actuellement pris en compte.
Offrir une vision globale, transparente et accessible des investissements dans les technologies agricoles. Cette vision doit inclure le cycle de vie complet des innovations. La plupart des renseignements sur les investissements privés (capital-risque et capital-investissement) dans les entreprises en démarrage sont disponibles, à l’exception des informations sur les rondes de financement qui ne sont pas toujours divulguées. En revanche, il est difficile, voire impossible d’obtenir des données exhaustives sur les investissements dans la R-D agricole. Il en va de même pour la R-D dédiée aux technologies agricoles dans l’enseignement supérieur. Combler ces lacunes en matière d’information nous donnerait une vue d’ensemble du paysage technologique, et nous aiderait à cerner les domaines qui nécessitent des investissements plus importants.
Créer des communautés de précurseurs parmi les agriculteurs. Les agriculteurs font foi aux agriculteurs. Le simple fait de voir le succès des autres a incité de nombreux agriculteurs à adopter des pratiques agricoles régénératrices – en particulier ceux qui travaillent dans des conditions comparables. De tels exemples apaisent les inquiétudes des agriculteurs à propos des technologies, car ils constatent qu’elles peuvent être utilisées sans risque pour leur exploitation. Des lieux de démonstration indépendants constituent un excellent moyen de prouver l’efficacité des innovations émergentes. Une grande partie de ce transfert de connaissances était auparavant réalisé dans le cadre de programmes de vulgarisation agricole indépendants et financés par des ressources publiques. Plus récemment, des sociétés du secteur privé ont massivement investi dans des programmes de recherche appliquée afin d’aider les agriculteurs à obtenir les meilleurs résultats possibles à partir de leurs produits.
Faire payer. Forcer les agriculteurs à payer pour les émissions qu’ils produisent actuellement pourrait augmenter les prix déjà élevés des denrées alimentaires. Il serait plus opportun de rémunérer les agriculteurs pour leur effort de réduction des émissions. Les modèles existants tels que les crédits de carbone sont toutefois insuffisants, et ils font peser un poids mal réparti entre les agriculteurs. L’une des solutions serait de mettre en place une norme canadienne visant à mesurer l’impact des activités destinées à réduire les émissions. Il s’agirait de créer un système de mesure, de notification et de vérification (MNV) du carbone stocké dans les sols, afin de pouvoir rémunérer les agriculteurs et aider les décideurs et les institutions financières à mobiliser des financements. Cette norme, qui est également essentielle pour attirer les investissements, devra être conçue et réglementée à l’échelle nationale, et harmonisée à l’échelle internationale avec nos principaux partenaires commerciaux.
Partager les risques. Pour les agriculteurs, les technologies de réduction des émissions ajoutent de l’incertitude à des activités déjà soumises à de nombreux risques. Les gouvernements et les autres entreprises de la chaîne de valeur agricole ont un rôle important à jouer dans le partage des risques. Cela implique des assurances contre les pertes de rendement pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables. À l’heure actuelle, les régimes d’assurance récolte ne comportent pas d’incitations aux pratiques agricoles durables, bien que ces pratiques aient fait leurs preuves pour atténuer l’incidence des inondations et des sécheresses. Les compagnies d’assurance récolte devraient envisager un ajustement des primes afin de tenir compte de ces évolutions dans les risques.
RBC Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé John Stackhouse, premier vice-président Colin Guldimann, économiste Ben Richardson, associé, Recherche Farah Huq, première directrice, Contenu stratégique Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé Kitty Wu, stagiaire Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise Brenda Bouw, rédactrice indépendante
Boston Consulting Group Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Sonya Hoo, directrice générale et associée Wendi Backler, associée et directrice, Center for Growth and Innovation Analytics, BCG Youssef Aroub, chef de projet Pilar Pedrinelli, conseillère Rachit Sharma, premier analyste de recherche, Center for Growth and Innovation Analytics, BCG
Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Dr Jesus Pulido-Castanon, associé en recherche postdoctorale Emily Duncan, candidate au doctorat, Géographie, environnement et géomatique
En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes et les organismes suivants pour leurs contributions :
Alice Reimer, conseillère stratégique, CDL
Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
Jim Baker, chef de la direction, Cultura Technologies (Volaris Group)
Simon Barber, ancien directeur, Asia Pacific Regulatory and Stewardship, Syngenta Seeds, Singapour
Wilf Keller, vice-président, Sensibilisation, Conseil de l’innovation agroalimentaire
Ray Price, chef de la direction, SunTerra Group
Gary Haley, président, Haley Family Investment Trust
Jay Cross, président, Académie canadienne des sciences de la santé ; professeur, Université de Calgary
Lenore Newman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire et environnement, professeure de géographie, Université Simon Fraser
Mark Thompson, vice-président exécutif, chef, Développement et stratégie d’entreprise, Nutrien Ltd.
Michelle Nutting, directrice, Agriculture et environnement durable, Nutrien Ltd.
Dan Heaney, chargé de recherche associé, Plant Nutrition Canada
Tom Steve, directeur général, Commission albertaine du blé
Jason Lenz, vice-président, Commission albertaine du blé
Dan McCann, chef de la direction, Precision AI
Juanita Moore, vice-présidente, Expansion des affaires, GoodLeaf Farms
Janay Meisser, directrice de l’innovation, United Farmers of Alberta
Mauricio Alanís, directeur, Stratégie et partenariats en matière de durabilité, Aliments Maple Leaf
Ryan Phillippe, directeur, Développement de l’entreprise, Génome Canada
Josh Bourassa, chargé de recherche associé, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Elena Vinco, chercheuse et analyste politique, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Guillaume Lhermie, directeur, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Lejjy Gafour, présidente, Cult Food Science Corp.
Francis Rowe, chef des finances, Cult Food Science Corp.
Jane Church, directrice, Engagement de l’entreprise, Nature United
Tony Ward, professeur émérite, Département d’économie, Université de Brock
Dave MacMillan, chef de la direction, Deveron UAS
Derek Eaton, directeur, Recherche et sensibilisation en matière de politique publique, Smart Prosperity Institute
David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
Stuart Smyth, professeur agrégé, College of Agriculture and Bioresresources, Université de la Saskatchewan
Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures
John Van Logtenstein, vice-président, Dairy Lane Systems et DLS Biogas
12. Breanna M. Roque, Marielena Venegas, Robert D. Kinley, Rocky de Nys, Toni L. Duarte, Xiang Yang, Ermias Kebreab, “Red seaweed (Asparagopsis taxiformis) supplementation reduces enteric methane by over 80 percent in beef steers,” March 2021.
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
92 à zéro est le dernier bulletin de la série sur le climat des groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC. Il fait suite au rapport phare de l’équipe, Une transition à 2 billions de dollars.Depuis des décennies, RBC collabore avec les collectivités autochtones et nous continuons à avancer avec elles sur la voie du progrès et de la réconciliation. La Commission royale sur les peuples autochtones est le produit d’un cri d’alarme qui a entraîné la production d’une œuvre intitulée Cost of Doing Nothing (l’inaction coûte cher) de même que la rédaction d’autres rapports, dont Un chemin tracé. Dans le cadre de notre Stratégie climatique, nous nous engageons à assurer la durabilité et à accélérer la transition zéro émission nette. Ces initiatives nous permettent d’écouter ce que les gens ont à dire et d’en tirer des leçons, et d’utiliser notre plateforme pour donner plus de voix aux Autochtones.
Il est clair que les priorités nationales de carboneutralité et de réconciliation avec les Autochtones sont étroitement liées. Dans ce même esprit, nous croyons que les démarches de réconciliation de RBC se recouperont de plus en plus avec nos priorités climatiques.
92 à zéro souligne l’incroyable apport des autochtones en capitaux, en connaissances et en processus décisionnel à la transition à 2 billions de dollars vers un Canada à zéro émission nette. o Ce rapport contribuera à informer une initiative nationale de <> que nous avons récemment lancée. Dirigée par Phil Fontaine, l’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations, nous espérons que cette initiative servira d’inspiration vers la reconciliation.
Nous devons aujourd’hui agir pour faire tomber les obstacles systématiques qui empêchent l’épanouissement du capital autochtone, tout en soutenant la réconciliation et l’action pour le climat. Nous espérons que ce rapport nous poussera plus loin sur cette voie.
Nous reconnaissons que RBC a élu domicile dans les territoires non cédés de l’île de la Tortue (Amérique du Nord), résultant de traités traditionnels et modernes, où habitent de nombreux peuples des Premières Nations, inuits et métis.
Points clés :
La transition Vers un Canada à zéro émission nette reposera sur des sources cruciales de capitaux conservés par les nations autochtones. RBC estime que le Canada aura besoin d’environ 2 billions de dollars de capitaux au cours des 25 prochaines années, une grande partie de ces fonds provenant de sources autochtones, ou de partenariats autochtones, notamment de propriétés autochtones.
Une approche de transition climatique dirigée par des Autochtones et des possibilités économiques vers la carboneutralité seront essentielles à la réconciliation économique.
Le Canada doit plus précisément miser sur quatre formes de capitaux autochtones pour atteindre la carboneutralité et la réconciliation économique :
Capital naturel: Les terres autochtones comportent d’importantes ressources essentielles aux systèmes énergies vertes et à la révolution des technologies propres. Au moins 56 % des nouveaux projets de mines de minéraux critiques, 35 % des meilleurs sites solaires et 44 % des sites éoliens les plus performants se situent sur des territoires autochtones.
Capital financier: Le patrimoine croissant des collectivités autochtones comprend environ 20 milliards de dollars de biens en fiducie et jusqu’à 100 milliards de dollars de revendications territoriales et autres revendications. Ce capital sera requis pour attirer les milliards d’investissements privés et publics dans l’énergie propre pour l’atteinte de la carboneutralité.
Capital intellectuel: La prise en compte des valeurs autochtones et des connaissances traditionnelles dans la transition permettra d’obtenir des résultats plus durables et rentables. Elle peut consolider la position du Canada en tant que chef de file dans le secteur des techniques régénératrices, de la préservation de la biodiversité et des solutions de carbone fondées sur la nature. C’est notre meilleur atout dans la course aux investissements du secteur de l’énergie avec d’autres pays.
Capital humain: Les jeunes leaders et entrepreneurs autochtones joueront un rôle crucial en générant les idées novatrices nécessaires à la transition verte. La cohorte de jeunes connaissant la plus forte croissance au Canada se trouve dans les communautés autochtones, qui peuvent ainsi contribuer à une main-d’œuvre pour l’avenir zéro émission nette. Ces jeunes profiteront de bons emplois dans les secteurs des métiers qualifiés, des technologies de pointe, des entreprises commerciales, etc.
Que signifie 92 ?
Pour redresser les torts causés par les pensionnats et faire progresser le processus de réconciliation au Canada, la Commission de vérité et réconciliation de 2015 a lancé 94 appels à l’action. Le 92e portait spécifiquement sur les affaires et la réconciliation. Lisez-le ici.
Nous reconnaissons que RBC a élu domicile dans les territoires non cédés de l’île de la Tortue (Amérique du Nord), résultant de traités traditionnels et modernes, où habitent de nombreux peuples des Premières Nations, inuits et métis.
Les communautés autochtones peuvent propulser la croissance de l’économie verte
Pour de nombreux peuples autochtones du Canada, le tressage est un geste sacré. Rassembler chaque brin de cheveux à partir de sa propre racine dans le but d’en faire un tout plus fort, plus unifié. Un brin de cheveux qui, seul se casse facilement, est plus résistant tressé avec les autres.
Le foin d’odeur est tissée et brûlée avec de la sauge, du cèdre et du tabac, ce rituel renforçant la communauté, qui à son tour prend soin de la plante.
De même, pour relever le défi de cette génération face aux changements climatiques, le Canada doit rassembler les éléments essentiels du capital autochtone de façon à arrimer durablement une stratégie zéro émission nette.
Cette nouvelle approche est loin de se limiter à l’aspect monétaire. Elle s’appuie également sur le capital naturel – d’importants volets de projets miniers, solaires et éoliens essentiels dépendent de l’accès aux terres autochtones – sur la richesse autochtone en croissance (capital financier), le savoir autochtone traditionnel (capital intellectuel) et le vigoureux entrepreneuriat autochtone ainsi que ses talents (capital humain). Chacun doit renforcer l’ensemble.
Pour libérer ce capital, le Canada aura besoin de nouveaux outils qui favoriseront le développement de l’énergie propre. Conséquemment, nous devrons renforcer nos engagements dans ce sens et instituer de meilleures mesures incitatives pour le partenariat avec les Autochtones, un plus grand partage des avantages issus des projets et une participation plus équitable des Autochtones au moyen de modèles propices au financement. Il faudra établir des critères d’investissement tenant compte des perspectives autochtones et visant plus expressément l’essor des entrepreneurs autochtones et du leadership des jeunes.
Il faudra avant tout une nouvelle approche du partenariat consolidant le rôle des droits des Autochtones, leur leadership, leur prise de décisions et leur consentement.
Ces mesures concrètes permettront d’attirer de plus en plus de sources de capitaux autochtones vers la carboneutralité. Aussi, elles permettront de mobiliser un capital privé essentiel au développement prévisible, à de meilleurs résultats environnementaux et à des retombées sociales majeures.
Un partenariat important prend du temps à s’installer. Mais les exigences du passage à la carboneutralité sont immédiates, et il n’y a qu’une occasion à saisir pour réussir.
Il incombe maintenant à chacun de s’unir aux autres pour que tous ensemble, nous allions de l’avant.
Capital naturel: Le chemin de la carboneutralité passe par les terres autochtones
Le Canada fait face au défi climatique mondial avec un lot d’avantages exceptionnels. Son territoire comprend d’énormes quantités de ressources pour produire de l’énergie conventionnelle ou renouvelable, des atouts certes enviables, mais non sans complications. Tout en continuant d’utiliser le pétrole et le gaz et de travailler à produire cette énergie de façon plus durable, le Canada doit commencer à exploiter les ressources qui feront tourner l’économie propre de l’avenir.
Et ces ressources sont en grande partie indissociables des terres autochtones. Des recherches de RBC montrent qu’au moins 56 % de grands projets miniers d’avant-garde touchent des territoires autochtones. Les meilleures occasions de développement des énergies renouvelables se recoupent aussi sur les terres autochtones, qui représentent au moins 35 % des meilleurs sites pour l’énergie solaire et 44 % des meilleurs sites pour l’éolien. Les droits des autochtones s’appliquent sur de nombreux autres territoires à propos desquels un dialogue s’impose.
Pour inclure ces biens dans sa stratégie zéro émission nette, le Canada doit revoir son modèle de partenariat avec les Autochtones, de sorte qu’il commence par un véritable dialogue et un consentement digne de ce nom.
Les terres autochtones comportent des ressources fondamentales
Au moins 56 % des 60 milliards de dollars investis dans de grands projets miniers d’avant-garde concernent des territoires autochtones, dont 26 % dans un rayon de 20 kilomètres de réserves autochtones, de terres octroyées par des ententes et d’autres terres dont le titre s’apparente à des titres de propriété, et 30 % dans des territoires non cédés où les droits des Autochtones sont revendiqués.
Au moins 35 % des sites les plus importants où seront investis les 30 milliards de dollars requis pour le développement de l’énergie solaire sont situés près de terres faisant l’objet de titres s’apparentant à des titres de propriété.1.
Et au moins 44 % des meilleurs sites pour les 135 milliards de dollars requis dans le développement éolien font l’objet de titres s’apparentant à des titres de propriété.
Les communautés autochtones ont leur mot à dire, mais n’ont pas de pouvoir de décision
Une plus grande reconnaissance juridique et politique des droits fonciers a permis aux voix autochtones de s’exprimer à la table de négociation à l’égard des projets de développement, en particulier sur les territoires non cédés et les territoires faisant l’objet de traités modernes.
Ces progrès font suite à des décennies de politique gouvernementale qui ont empêché les peuples autochtones de prendre des décisions et les ont privés de leurs droits ancestraux et de leurs droits issus de traités. Cela a créé un cycle de sous-investissement, de pauvreté et de traumatisme qui persiste dans de nombreuses communautés aujourd’hui.
Comment les peuples autochtones ont-ils été écartés de la prise de décisions concernant leur territoire ?
Les colons ont dès le départ coopéré avec des groupes autochtones et créé des alliances commerciales et militaires stratégiques mutuellement avantageuses qui ont contribué à la survie des Européens dans les territoires. Les politiques gouvernementales officielles de dépossession des terres et les lois paternalistes de suppression et d’assimilation culturelle ont toutefois fini par prendre le dessus au fil du temps. Le gouvernement n’a jamais pleinement respecté les ententes originales, et a omis de faire participer les peuples autochtones à la prise des décisions.
Les 50 dernières années ont été déterminantes dans l’affirmation des droits fonciers des Autochtones, ceux-ci étant issus de l’occupation initiale des terres par les peuples autochtones et non de l’occupation des Britanniques. Les gouvernements ont une obligation, parfois fiduciaire, de consultation quant à la plupart des actions susceptibles de se répercuter sur les droits des Autochtones. Ils doivent absolument justifier toute infraction et offrir une indemnisation lorsqu’il le faut. Plusieurs importantes décisions judiciaires ont étendu cette obligation des droits établis aux droits revendiqués.
L’intégration de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDP) aux lois du Canada et de la Colombie-Britannique renforcera le besoin d’impliquer les Autochtones plus tôt, et favorisera la prise de décision conjointe et le consentement des parties lors de l’élaboration de projets.
À mesure que les communautés autochtones recouvrent leurs droits et leur souveraineté, la façon de faire des affaires se rapproche du véritable esprit qu’adoptaient les Autochtones et les nations colonisatrices lors des premiers accords de coopération ou des traités qui ont guidé le partage du territoire où nous avons vécu ensemble en parallèle.
Mais des conflits continuent de survenir, qui peuvent entre autres donner lieu à des manifestations publiques contre les entreprises de développement. Bien que les tribunaux se soient montrés de plus en plus disposés à créer un précédent en matière de consultation, ils ont également établi que les droits des Autochtones ne sont pas absolus.
Le gouvernement se trouve souvent à devoir prendre des décisions difficiles dans l’intérêt national.Cela a toutefois conduit à des politiques problématiques et à un défaut d’approche d’entreprise nuisant au dialogue. Trop souvent, les peuples autochtones n’avaient qu’une case à cocher pour approuver des projets déjà planifiés qui ne respectaient ni leurs valeurs communautaires, ni leur gouvernance, ni leurs échéanciers, ou le processus menant au consensus.
Les frictions qui s’en sont suivies ont mené à l’annulation de projets, à des coûts et des échéanciers débridés, et à des phases de planification précipitées laissant de côté le vaste savoir des Autochtones concernant la gestion des terres.
Une approche par opposition est une façon de poursuivre le développement énergétique. Mais elle est loin d’être idéale. Il en résulte des contestations judiciaires, des abandons de fiducies d’utilité sociale, des retards et de l’incertitude en matière d’investissement qui constituent une menace considérable pour les ambitions du Canada en matière de climat.
Conclure un véritable partenariat
Certains dirigeants autochtones ont fait savoir au milieu des affaires canadien qu’ils n’envisageaient pas les choses de la bonne façon. Plutôt que de représenter un risque de projet, les peuples autochtones peuvent apporter quelque chose d’unique. Ils peuvent améliorer la certitude et les rendements, offrir des connaissances approfondies concernant les lieux et de meilleurs résultats environnementaux et sociaux. Aussi, comme les droits des peuples autochtones continuent d’attirer l’attention de la communauté internationale, leur réintégration dans le développement de l’énergie propre pourrait devenir une force concurrentielle.
“Je crois que beaucoup de promoteurs vont devoir changer leur façon de penser pour voir que les peuples autochtones représentent une source possible de capital, une revalorisation de leur projet naissant, plutôt qu’un potentiel de risque.”
Mark Podlasly Directeur, Politique économique First Nations Major Projects Coalition
Pour y parvenir, les communautés autochtones doivent jouer un rôle actif en tant que véritables partenaires. Ainsi nous faut-il tenir compte de leurs voix, de leurs valeurs,de leurs connaissances et de leur prise de décision dès les premières étapes d’un projet. Il faut prévoir suffisamment de temps pour ce processus, comme les mois ou les années consacrés au développement de l’Ouest.
Le dialogue constructif et le véritable consentement s’exercent au fil du temps passé à bâtir la confiance, à partager l’information et à réaligner les modalités du partenariat en fonction de l’évolution des priorités. Il comprend également la possibilité de dire non – certains projets ne seront pas conformes aux valeurs communautaires, et il peut être nécessaire de les réorienter ou, dans certains cas, de les abandonner.
Le pouvoir de l’équité à l’égard des autochtones
Les intérêts des Autochtones dans les nouveaux projets énergétiques sont en croissance. L’équité améliore le profil de risque des projets, à la fois par le partage continu de l’information et la capacité des deux parties à façonner leur orientation.
La participation peut permettre de créer une richesse intergénérationnelle et d’orienter la gérance des terres. Cela correspond à la vision à long terme d’un monde durable qu’adoptent de nombreux pays, en particulier les Haudenosaunee (Iroquois), qui évoquent le principe de la «septième génération » selon lequel les décisions sont en partie déterminées par les répercussions qu’elles auront sur les sept prochaines générations.
Par contre, les engagements à court terme dans bon nombre d’ententes sur les répercussions et les avantages actuelles (portant sur l’approvisionnement autochtone, l’emploi, l’investissement communautaire ou les redevances) répondent de moins en moins aux priorités des communautés autochtones, surtout compte tenu des précieuses sources de capitaux qu’elles contrôlent.
La participation n’est pas une solution universelle. Certaines communautés n’ont peut-être pas l’appétit pour le risque ou l’expertise nécessaires pour gérer le placement en actions. Le développement de l’infrastructure est complexe et risqué, et les prêteurs qui financent les projets peuvent se méfier des partenaires de taille sans trop d’expérience en construction ou en exploitation. Certains projets axés sur des carburants de transition ou des technologies contribuant très peu à la réduction des émissions (comme le pétrole, le gaz naturel ou la capture, l’utilisation et le stockage du carbone) pourraient comporter des risques à long terme.
Et les capitaux propres ne sont pas toujours une option pour les communautés autochtones qui voudraient les faire jouer. Même les communautés qui ont des activités génératrices de revenus peuvent se voir refuser du financement par des prêteurs privés pour une portion de leur apport en capital. Pour les communautés qui n’ont pas d’activités génératrices de revenus, l’option sur actions est encore plus inaccessible.
Les promoteurs de projets, les institutions financières et les gouvernements doivent éliminer cette lacune du financement par actions. Il faut alors renforcer les capacités et fournir des services-conseils pour aider les communautés à faire des choix éclairés entre les différents accords de partenariat et à négocier les meilleures conditions
“Notre pays a connu l’expansion industrielle […], nous nous sommes retirés et avons assisté à la destruction de notre territoire, de notre environnement et de nos ressources culturelles puis sommes devenus des partenaires actifs dans un processus où nous avions un siège à la table.”
Chief Crystal Smith La nation Haisla Présidente First Nations LNG Alliance
Capital financier: Le leadership autochtone contribuera à alimenter la transition à 2 billions de dollars
Les grandes entreprises canadiennes qui détiennent 8 billions de dollars d’actifs mondiaux se sont engagées à investir dans l’économie zéro émission nette. Cependant, les investissements annuels dans des projets écologiques ne sont pas près d’atteindre les 80 milliards de dollars requis chaque année. Le patrimoine financier des Autochtones n’a pas l’ampleur nécessaire pour primer dans le financement de la transition à 2 billions de dollars. Mais avec plus de 20 milliards de dollars d’actifs en fiducie et jusqu’à 100 milliards de dollars en revendications territoriales et autres revendications, il peut néanmoins générer des retombées importantes.
La plus grande occasion réside dans le pouvoir du capital financier des Autochtones et leur volonté de prendre part au substantiel financement privé nécessaire pour atteindre la carboneutralité de diverses façons, soit en atténuant le risque des projets, en augmentant les rendements, en améliorant les résultats environnementaux et en rehaussant l’acceptation sociale. Mobiliser les investisseurs pour soutenir l’investissement responsable auprès des Autochtones accélérera ce processus tout en améliorant la réconciliation économique.
Les actifs en croissance des Autochtones sont réintroduits dans les collectivités
Une plus grande reconnaissance des droits fonciers autochtones et l’application plus soutenue de ces droits ont ajouté à la richesse financière des communautés autochtones. Ces ajouts dérivent en partie des règlements de revendications territoriales ou d’indemnités pour des violations passées de droits issus de traités ou d’autres droits. Comme plus de 250 revendications particulières n’ont pas encore fait l’objet de négociation et que plus de 160 revendications sont actuellement à l’étude, et que de plus, il y a les litiges en cours et les revendications territoriales, on peut s’attendre à de nouvelles augmentations de ces actifs.3
Le projet de développement Sen̓ ákw sur des terres de réserve de la Nation Squamish à Vancouver, un projet de construction d’un immeuble polyvalent d’une douzaine de tours, est le plus important projet de développement économique des Premières Nations de l’histoire du Canada et le premier projet de logements zéro émission à grande échelle. En partenariat avec un promoteur privé, la Nation contribue à la mise en valeur de la terre. Coûtant 3 milliards de dollars pour la construction, le projet pourrait générer des revenus de 8 à 12 milliards de dollars pour la Nation sur la durée de vie de la propriété louée à bail.
Distincts de la richesse individuelle, ces actifs sont au profit de la collectivité, ils soutiennent les dépenses liées à l’infrastructure physique, sociale ou culturelle, au développement économique ou aux versements destinés aux membres. Ils sont de plus en plus utilisés pour décarboner les communautés locales, pour des projets zéro émission nette dans le domaine de l’environnement bâti par exemple, ou pour des projets d’énergie renouvelable, des lignes de transport apportant de l’électricité plus propre aux communautés éloignées dépendantes du diesel, ou encore pour des participations dans des projets pour le développement durable, comme des installations pour produire du carburant durant la transition ou de l’énergie solaire et de l’éolien.
Bien qu’en croissance, les actifs financiers autochtones demeurent insuffisants, à la suite de nombreuses années de non-reconnaissance des droits des Autochtones et des entraves à leur économie. Il y a aussi des variations importantes dans le patrimoine financier détenu par les communautés en fonction de l’entente dont le titre des territoires fait l’objet (traité moderne ou historique, territoire non cédé), de l’emplacement (urbain ou éloigné) et de la proximité avec les grands projets d’exploitation des ressources. Par exemple, les nations Squamish, Musqueam et Tsleil-Waututh procèdent à des développements majeurs sur leurs territoires traditionnels non cédés autour de Vancouver et dans la région moderne de cette ville. En revanche, un échantillon limité comprenant les 500 Premières Nations de 2015 à 2016 montrait que la moitié d’entre elles avaient des revenus inférieurs à 3 millions de dollars, tandis que la nation au sommet avait des revenus s’élevant à 100 millions de dollars4.
Reconnaître officiellement la valeur du partenariat autochtone
Les dirigeants autochtones peuvent offrir la plus grande certitude à long terme quant au développement des infrastructures. De plus, les promoteurs et les scientifiques occidentaux commencent à reconnaître la valeur du savoir autochtone dans la conception de projets.
Les gouvernements et les principaux promoteurs de projets doivent reconnaître financièrement la valeur qu’apportent les partenaires autochtones. Une rémunération équitable mènera à une base d’actifs financiers autochtones croissante qui pourra être réinvestie dans le bien-être communautaire et positionner les pays pour l’investissement zéro émission nette. Cela signifie trouver de nouveaux modèles d’évaluation qui ne se limitent pas aux terres louées ou à des droits de passage. À l’heure actuelle, les communautés qui cherchent une participation après la phase de construction risquée achètent souvent une participation dans un projet plus intéressant, mais à un coût plus élevé. Ceci malgré leur participation active à la réduction du risque dès le départ. En ce qui concerne les connaissances traditionnelles, les communautés sont souvent dédommagées pour le temps ou l’argent qu’elles y consacrent, mais pas nécessairement pour leur propriété intellectuelle en tant que « consultants sur le terrain ». La classification appropriée de ces caractéristiques comme étant favorable aux rendements des projets peut mener à leur monétisation, ce qui contribue à combler l’écart entre les actifs financiers et les financements par actions autochtones.
Accélérer le zéro émission nette grâce à l’investissement responsable axé sur les Autochtones
Les communautés autochtones prospères investissent dans des produits financiers conformes à leurs valeurs culturelles et utilisent des stratégies activistes pour inciter les entreprises à faire mieux. Ils rehaussent leur impact et renforcent leur capacité grâce à des partenariats avec des investisseurs partageant les mêmes idées.
La National Aboriginal Trust Officers Association (NATOA), un organisme de ressources et de formation, et Share, un organisme d’investissement responsable, ont créé l’Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable. Il vise à mobiliser les investisseurs canadiens pour « … utiliser leurs voix et leur capital pour promouvoir des résultats économiques positifs pour les peuples autochtones, notamment par l’emploi, le soutien aux entrepreneurs autochtones, le renforcement des partenariats avec les communautés autochtones et le respect des droits autochtones »10.
Il est de plus en plus admis que les entrepreneurs et les collectivités autochtones pourraient être un point de focalisation intéressant pour les approches axées sur l’investissement d’impact. De plus, les facteurs autochtones, comme le codéveloppement de projets autochtones ou la participation des Autochtones à la gouvernance d’entreprise, peuvent être importants pour la réussite globale des entreprises et des projets. Mais alors que les intentions sont en hausse, les outils et le cadre réglementaire pour mobiliser la finance n’en sont qu’aux premiers stades.
Les normes ESG qui sont de plus en plus déployées sur les marchés financiers ont largement omis les priorités et les perspectives des Autochtones, et ont été élaborées sans leur apport.
Les questions autochtones sont trop souvent considérées comme un facteur « S » dans la modélisation des critères ESG, qui négligent les fondements juridiques uniques de la participation autochtone, ainsi que la nature environnementale unique du développement mené ou guidé par les Autochtones11.
Le marché du fonds d’actions durable de 1,3 billion de dollars n’a pas de fonds qui mettent explicitement l’accent sur les questions autochtones.
La demande des investisseurs a été insuffisante pour établir des produits de placements conformes aux priorités des Autochtones.
Les engagements commerciaux concrets à l’égard des questions autochtones ne sont pas suffisamment importants, ni divulgués et vérifiables, pour élaborer des produits diversifiés.
Alors que la conjoncture de placement évolue, l’inaction des entreprises et des investisseurs à l’égard des priorités climatiques et autochtones devient de plus en plus évidente pour les résultats.
“Grâce aux efforts de nos aînés, ma génération a pu avoir des possibilités ; oui, il y a des défis, mais je n’ai pas eu besoin de me battre pour être reconnu. Ces possibilités qui me sont données sont une responsabilité d’apporter une contribution à la communauté”
Joseph Bastien SHARE Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable
Capital Intellectuel: le pouvoir de l’intendance des terres et des connaissances autochtones
Le capital autochtone ne se limite pas au capital naturel et financier. La reconnaissance de la valeur des voix et des connaissances autochtones peut être un puissant moteur de la réconciliation économique et de la croissance.
Des générations de savoir autochtone traditionnel ont façonné une approche de la gestion des terres qui assure la durabilité à long terme des écosystèmes. Chaque communauté se spécialise dans la préservation des relations délicates entre les personnes, les plantes et les animaux sur son territoire traditionnel. Cette approche est holistique, ancrée dans l’interdépendance de l’environnement, du bien-être et de la culture. Il s’agit du principe de réciprocité et de durabilité.
Il n’est pas rigide, mais évolue.
Alors que le Canada cherche à bâtir une économie prospère tout en minimisant les dommages environnementaux, en préservant la biodiversité et en développant des puits de carbone naturels pour la gestion du climat, les connaissances et les façons autochtones d’acquérir des connaissances deviendront des avantages concurrentiels essentiels.
L’exploitation de ces actifs peut également offrir des possibilités économiques aux peuples autochtones qui n’ont pas toujours bénéficié des droits fonciers.
Mais cela signifiera adopter une vision différente du monde.
Vision à deux yeux pour de meilleurs résultats
Etuaptmumk, ou la vision à deux yeux est un principe Mi’kmaq qui nous demande de voir d’un œil avec la force de la gérance, des connaissances et des façons autochtones d’acquérir des connaissances, et de l’autre avec la force des outils et des systèmes occidentaux. L’association des deux perspectives peut créer des solutions zéro émission nette réfléchies et plus rentables.
L’unification du savoir autochtone fondé sur le milieu et des méthodes scientifiques occidentales améliore les résultats des études environnementales pour les projets de développement. En soi, l’approche scientifique traditionnelle ne peut offrir qu’une vision étroite de l’environnement local et nécessite une extrapolation avancée, par exemple, sur les tendances migratoires initiales des poissons ou sur la façon de restaurer un site de projet récupéré dans son écosystème d’origine depuis des décennies. Le savoir autochtone, acquis au fil de siècles de variations climatiques, peut enrichir ou contextualiser ces informations, produisant des conclusions plus solides. De même, les méthodes occidentales peuvent compléter les connaissances traditionnelles. Par exemple, les dispositifs de suivi sur les espèces locales à risque peuvent élargir l’information et la compréhension de leurs mouvements.
“[Mi’kmaq Ecological Knowledge] est un ensemble cumulatif de connaissances qui se transmet de génération en génération, de l’aîné à l’enfant et qui est dynamique. MEK s’appuie sur un monde naturel en constante évolution – alors que les connaissances écologiques évoluent au fil du temps et que de nouvelles expériences permettent de faire valoir de nouvelles connaissances sur l’écologie de la Terre, les Mi’kmaq continueront d’apprendre, de croître et de partager, comme ils le font depuis plus de dix mille ans.”
Mi’kmaq Ecological Knowledge Study Protocol assemblée des chefs Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse
Les lois fédérales exigent désormais l’intégration du savoir autochtone dans la méthode d’évaluation de l’environnement, avec une orientation provisoire révélant que les connaissances traditionnelles doivent être considérées comme la source d’un cadre « des renseignements complémentaires influents, aux côtés de la science occidentale »12.
Toutefois, le savoir autochtone n’a pas encore une place égale dans les études environnementales. Alors que la science occidentale se voit accorder des mois, voire des années, pour faire son travail, les processus d’évaluation ne prévoient souvent qu’un court délai pour obtenir la contribution des Autochtones, vers la fin. Les communautés autochtones ne sont souvent pas en mesure d’accéder à cette information, car elle doit être recueillie auprès des détenteurs de connaissances de la communauté, et ils peuvent être réticents à la partager si la relation de confiance n’est pas solide. D’autres voudront peut-être produire leurs propres études traditionnelles fondées sur le savoir.
Capital Humain une nouvelle génération de dirigeants stimule l’innovation
Une plus grande participation dans l’élaboration de projets locaux, l’accroissement de la richesse et la reconnaissance de la valeur du savoir autochtone donnent plus de pouvoir à une nouvelle génération de peuples et d’entrepreneurs autochtones. L’économie autochtone, estimée à plus de 30 milliards de dollars par année en 2016, dépasse la croissance de l’économie nationale globale et devrait atteindre 100 milliards de dollars d’ici 202413,14.
Driving change est un groupe en pleine expansion de jeunes dirigeants autochtones instruits. Ces dirigeants sont en train de briser le cycle des traumatismes intergénérationnels des pensionnats et de faire avancer de nouveaux modèles de réconciliation et de développement économique. Appuyés par des droits fonciers plus solides et un capital croissant, ils poursuivent une approche axée sur les Autochtones en matière de développement économique durable qui établit un lien entre l’investissement et la prospérité communautaire. Ils créent des réseaux avec d’autres dirigeants autochtones, passés et présents, et ils agissent souvent par l’entremise d’organisations autochtones de plus en plus influentes, comme le Conseil canadien pour le commerce autochtone, la Coalition de Premières Nations pour les grands projets, le Conseil des ressources autochtones ou l’Association nationale des sociétés autochtones de financement.
Bon nombre d’entre eux sont à la tête de grandes entreprises économiques et sont en train d’élaborer un nouveau modèle pour la prochaine génération, qui juge que la représentation autochtone est encore limitée dans les entreprises canadiennes. En 2020, seulement 0,3 % des sièges au conseil d’administration étaient occupés par des Autochtones, bien qu’ils représentent 4,9 % de la population canadienne15.
Les entreprises canadiennes recherchent de plus en plus des perspectives et la représentation autochtones. Parallèlement, il sera important de ne pas retenir les talents autochtones, surtout dans les communautés éloignées. Les entreprises qui ont un objectif social clair et qui utilisent des modèles innovateurs pour partager les talents autochtones avec leurs communautés sont plus susceptibles de réussir.
Les talents et les entreprises locaux peuvent procurer un avantage concurrentiel
Les projets zéro émission nette proposés par les dirigeants autochtones à leurs communautés disposeront d’un capital humain puissant. De plus, de nombreuses communautés s’intéressent aux partenariats économiques qui incluent des avantages sociaux à long terme. Cela signifie des emplois de plus grande valeur pour les Autochtones et un perfectionnement des compétences qui perdurent au-delà du projet, et qui comprennent des occasions à tous les niveaux, y compris la planification, la conception, la construction, la gestion et l’exploitation.
C’est également dans l’intérêt des promoteurs de projets. D’une part, il s’agit d’un signe du véritable partenariat que les chefs autochtones rechercheront lorsqu’ils choisiront des collaborateurs. D’autre part, dans un monde marqué par de graves pénuries de main-d’œuvre et des chaînes logistiques mondiales fragiles et coûteuses, un réseau d’employés et de fournisseurs locaux fiables offre de la valeur. La constitution de ces réseaux prend du temps. Cependant, la transition du système énergétique canadien sera un projet intergénérationnel.
La transition zéro émission nette peut bénéficier d’une main-d’œuvre autochtone plus jeune que pour l’ensemble du Canada. Les jeunes autochtones représentent la cohorte de population qui connaît la croissance la plus rapide, et leur nombre augmente quatre fois plus rapidement que la population non autochtone. Les Autochtones poursuivent de plus en plus des études postsecondaires, en particulier les femmes, dont 52 % ont obtenu un diplôme d’études postsecondaires en 2016. Les jeunes autochtones apprécient leurs langues, leur identité et leur culture, et ils ont confiance en leurs aptitudes fondamentales, y compris leur esprit critique, leur communication ou leur collaboration, qui sont tous au cœur de l’avenir du monde du travail16,17. L’emploi déjà fort des Autochtones dans les professions de l’économie des ressources et des métiers qualifiés au Canada, et la plus grande proximité des régions éloignées, se traduisent par une transition plus facile vers les compétences nécessaires à l’énergie propre et à l’infrastructure verte.
Pendant ce temps, les entrepreneurs autochtones développent de nouvelles entreprises neuf fois plus que la moyenne canadienne, avec 50000 entreprises appartenant à des Autochtones dans divers secteurs canadiens18. Bon nombre de ces entreprises font la promotion des valeurs et du savoir autochtones, de Cheekbone Beauty, fondée par Jenn Harper, une femme anishinaabe dont la gamme de cosmétiques durables de haute qualité apporte une contribution à la communauté, à l’application mobile SIKU, un réseau social dirigé par les Inuits pour aider les chasseurs à partager leurs connaissances en temps réel des conditions des glaces et du comportement des animaux.
Pour aller de l’avant avec la réconciliation, il ne faut pas faire abstraction du passé ni de l’impact qui perdure dans tant de communautés autochtones. Tous les Canadiens, y compris les entreprises canadiennes, ont un rôle plus important à jouer dans la réconciliation, notamment en appuyant de nouvelles approches en matière d’éducation et de voies vers l’emploi, comme nous l’avons vu dans notre rapport de 2021, Des connexions à bâtir. Qu’il s’agisse d’occasions d’apprentissage et de programme coopératif pour les étudiants autochtones ou de capital pour les jeunes entrepreneurs, une approche axée sur les compétences en matière de transition climatique sera essentielle.
“Je pense aux progrès [réalisés par les groupes autochtones], et il s’agit d’un petit groupe qui sort des sentiers battus, qui se penche sur l’innovation. Il nous faut comprendre et trouver un moyen d’inciter tout le monde à nous suivre”
Chief David Jimmie Chef de la direction de Squiala First Nation Président, Conseil des chefs de la nation Stó:lō
La planification des ressources et des moyens d’aide sont nécessaires. Les organisations dirigées par des Autochtones fournissent certaines de ces ressources, outre la NATOA, la Coalition de Premières Nations pour les grands projets et d’autres, l’AAFA Canada fournit des services de développement des outils en gestion, en finance et en gouvernance autochtones. Le Indigenous Leadership Development Institute Inc. (ILDII) renforce la capacité de leadership des Autochtones grâce à une formation spécifique. Mais un accès plus large et de nouveaux partenariats seront essentiels.
D’autres innovations financières contribuent à combler les écarts de capitaux qui existent depuis longtemps entre les communautés autochtones et le reste du pays. Il faudrait environ 83 milliards de dollars en capital pour combler le déficit de financement selon les estimations de 201319. Toutefois, les entrepreneurs autochtones sont encore confrontés à des obstacles auxquels d’autres entrepreneurs canadiens n’ont pas à faire face Les limites imposées par la Loi sur les Indiens et le sous-investissement du gouvernement dans les actifs continuent de limiter l’utilisation des maisons ou d’autres sources de garantie pour les prêts conventionnels.
Les approches novatrices peuvent souvent contourner cette situation, mais la complexité peut faire peur à certains prêteurs ou susciter une aversion pour le risque importante dans le domaine des prêts aux Autochtones. De plus, comme il faut faire appel à de nombreux gouvernements, organisations autochtones et programmes privés pour obtenir du financement, les processus de demande et les échéanciers peuvent être complexes et prendre du temps.
Une voie à suivre
Dans son livre, Tresser les herbes sacrées, Robin Wall Kimmerer décrit la propagation du foin d’odeur comme une culture non pas à partir du vent ou des animaux, mais à partir de racines souterraines appelées rhizomes. Après avoir longtemps survécu à l’inconnu, la communauté autochtone émerge aujourd’hui avec force et s’empare de la prospérité fondée sur la reconnaissance des éléments essentiels qui l’ont nourrie : capital naturel, humain, financier et intellectuel.
Pour atteindre zéro émission nette, le Canada devra réunir ce capital autochtone avec le capital non autochtone par une intention positive et une action délibérée. Si cette politique est menée correctement, elle peut promouvoir la réconciliation et un avenir prospère à zéro émission nette pour tous au Canada.
Voici quelques questions clés auxquelles les Canadiens doivent répondre :
Quelles sont les étapes de l’engagement que les promoteurs de projet doivent élaborer avec les communautés autochtones pour obtenir et maintenir le consentement au développement, compte tenu de l’évolution des définitions du consentement et des priorités propres à la communauté ?
rComment les communautés autochtones peuvent-elles communiquer de façon proactive leurs structures de gouvernance interne, leurs processus de mobilisation privilégiés et la position ou les conditions générales de l’énergie propre et du développement de l’infrastructure ?
Comment peut-on élaborer de meilleurs modèles de participation pour englober la vaste gamme d’actifs, d’ambitions et de priorités dans l’ensemble des communautés autochtones ?
Comment les établissements financiers et les gouvernements non autochtones et autochtones peuvent-ils combler les lacunes dans le financement de projet nécessaire pour assurer une véritable propriété autochtone ?
Comment peut-on adapter les normes et les mesures internationales des critères ESG afin d’intégrer les perspectives autochtones et le contexte propre au Canada, y compris le cadre juridique des droits ?
Quelles sont les meilleures pratiques pour comprendre et intégrer de façon significative le savoir et les perspectives autochtones dans les processus décisionnels de projet ainsi que dans les stratégies de développement économique plus générales ?
Comment peut-on aider les communautés autochtones à prévoir l’offre de main-d’œuvre, les compétences ou le réseau de fournisseurs nécessaires pour participer activement aux occasions de développement économique ?
Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.
Le nouveau compromis climatiqueest le dernier bulletin la série sur le climat des groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC. Il fait suite au rapport phare que l’équipe a publié en octobre 2021, Une transition à 2 billions de dollars. Cette série sur le climat vise à informer et à donner des idées pour assurer la prospérité du Canada ; elle appuie également l’engagement de RBC à défendre des solutions climatiques intelligentes, un pilier clé de la Stratégie climatique RBC.
Qu’advient-il des changements climatiques quand la sécurité énergétique est en jeu ?
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a ébranlé les marchés mondiaux de l’énergie. Alors que les gouvernements et les consommateurs doivent composer avec des pénuries et une flambée des prix du gaz et de l’électricité, les politiques climatiques se heurtent à l’enjeu de la sécurité énergétique.
L’ancien ordre énergétique est bouleversé, et l’Europe et l’Asie cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement pour remplacer les importations russes. Le fait que Moscou exploite la vulnérabilité énergétique de l’Europe ne sera pas oublié de sitôt et a accéléré deux tendances contradictoires : une décarbonation rapide et une augmentation précipitée de la production de combustibles fossiles, du moins à court terme.
Cette dichotomie met en lumière une dure réalité : si aucune mesure additionnelle d’envergure n’est prise, le pétrole et le gaz demeureront probablement des sources d’énergie controversées, mais essentielles pendant plus longtemps que certains le pensent.
Plusieurs questions cruciales se posent donc pour l’Occident :
Le Canada et les États-Unis devraient-ils accroître substantiellement leur production à court terme afin de freiner la progression des prix ?
Comment peuvent-ils concilier une hausse de la production avec leurs ambitieux plans de réduction des émissions ?
Si les gouvernements ne parviennent pas à trouver l’équilibre entre action climatique et sécurité énergétique, les coûts élevés de l’énergie et la hausse des émissions saperont-ils la confiance du public ?
Il est important de souligner que le Canada peut encore atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050, malgré les embûches.
Le gouvernement canadien souhaite une augmentation de la production de pétrole et de gaz pour atténuer les effets de la crise mondiale à court terme, tout en gardant résolument le cap sur la décarbonation et la compétitivité du secteur à long terme.
Nos recherches montrent que les deux objectifs sont réalisables, mais à un coût énorme. Il est important de souligner que le Canada peut encore atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050, malgré les embûches.
Il n’y a toutefois pas une minute à perdre. Les politiques qui seront adoptées au cours des 24 prochains mois doivent définir la voie du Canada en matière de climat et d’énergie en vue de la carboneutralité en 2050.
Principales conclusions :
Le secteur pétrolier et gazier du Canada peut favoriser la sécurité énergétique à court terme, tout en permettant de réaliser des progrès sur le plan du climat. Cependant, il faut que le cadre réglementaire soit prévisible et que tous les paliers de gouvernement apportent leur soutien.
Jusqu’à 500 000 barils par jour de pétrole classique et extrait des sables bitumineux pourraient s’ajouter aux niveaux de 2021.
Cela entraînerait une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 9 millions de tonnes par an, qui serait compensée au coût d’au moins 1,5 milliard de dollars par an. Toutefois, le gain net potentiel serait de 10,5 milliards de dollars par an. Notons que si le pétrole canadien remplace celui d’autres pays, les émissions mondiales n’augmenteront pas.
Pour atteindre les cibles climatiques malgré l’accélération de la production, des investissements massifs devront être faits dans la réduction du méthane, ainsi que dans l’électrification et le captage du carbone dans tous les secteurs.
Une réduction de 40 % d’ici 2030 des émissions liées aux sables bitumineux par rapport aux niveaux actuels nécessitera probablement des investissements de l’ordre de 45 à 65 milliards de dollars entre 2024 et 2030 ; ces dépenses culmineront à 9 milliards de dollars par an, environ, au milieu de la décennie.
Afin de parvenir à la décarbonation complète en amont au moyen du captage, de l’utilisation et du stockage du carbone (CUSC), une technologie essentielle à la réduction des émissions, le prix du WTI devra avoisiner 50 $ US en moyenne jusqu’en 2050.
La technologie de décarbonation dans le secteur des sables bitumineux devra être déployée en suivant une approche réfléchie pour éviter de trop investir dans des solutions coûteuses. Le CUSC doit être considéré comme un outil parmi d’autres à la disposition du Canada.
CHAPITRE 1
Le pétrole restera indispensable pendant longtemps
On n’a jamais imaginé que la décarbonation serait facile. Cela dit, elle provoque d’importantes perturbations dans l’économie et sur la scène politique.
Les enjeux de la sécurité énergétique et des changements climatiques s’opposent depuis longtemps, mais l’opération militaire de Moscou a fait éclater ces dissensions au grand jour. Selon les premières indications, on estime que le flux de pétrole russe pourrait diminuer d’au moins 3 millions de barils par jour en raison du manque d’acheteurs. À long terme, une plus grande part des 11,7 millions de barils produits par jour pourrait être remise en question, étant donné que les grandes sociétés pétrolières délaissent la Russie devenue État paria.
L’invasion russe a suscité des appels à réduire la demande de pétrole et de gaz en accélérant les investissements dans les technologies d’énergies propres, ce qui limiterait la possibilité de prendre les marchés de l’énergie en otage. Cependant, la plupart des pays auront du mal à changer rapidement de sources d’énergie au cours de la prochaine décennie.
Par exemple, les véhicules zéro émission (VZE) ont représenté seulement 5,6 % des immatriculations de véhicules légers au Canada en 2021 . Vu ce point de départ modeste, il faudrait un effort herculéen pour atteindre les objectifs de VZE prévus dans le Plan de réduction des émissions récemment annoncé par Ottawa. Le plan stipule qu’en 2030, au moins 60 % des véhicules légers neufs qui seront vendus devront être des VZE. Même si le Canada mène à bien cet objectif ambitieux, 84 % des véhicules légers consommeront encore de l’essence à la fin de la décennie.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a créé une onde de choc sur les marchés de l’énergie, mais il est encore trop tôt pour savoir si les pays augmenteront fortement les investissements dans les énergies renouvelables ou s’ils auront recours aux combustibles fossiles pour pallier les pénuries. Il est fort probable que des investissements seront effectués dans les deux solutions.
Selon les estimations préliminaires, les investissements dans le secteur pétrolier et gazier grimperont de 11,6 % d’une année sur l’autre pour s’établir à 533 milliards de dollars américains en 2022. D’après Fitch Solutions, ils progresseront de 4 % de plus en 2023, avant de revenir aux niveaux d’avant la pandémie en 2024.
Jusqu’à présent, l’envolée des prix des combustibles fossiles n’a guère entamé la demande, du moins en Amérique du Nord.
Les énergies renouvelables devraient également recevoir un coup de pouce, mais au Canada, les pressions en faveur d’une hausse de la production de pétrole et de la construction de pipelines se sont intensifiées. Les bassins de schiste des États-Unis et les champs pétrolifères du Moyen-Orient se préparent à redémarrer des sites de forage mis en sommeil.
En outre, d’anciennes habitudes de consommation pourraient revoir le jour. L’Allemagne prévoit construire des terminaux de GNL même si elle accroît ses investissements dans les énergies renouvelables, tandis que l’AIE a recommandé un retour temporaire à la production d’électricité au charbon et au pétrole afin que l’Union européenne puisse se passer du gaz russe. Dans les deux cas, les émissions augmenteraient au lieu de baisser.
Cette réaction précipitée vise à éviter une flambée des prix pour les consommateurs. Des prix de l’énergie résolument élevés se répercutent sur les secteurs à forte intensité énergétique ; les prix des produits de base montent et grèvent le budget des ménages et des petites entreprises vulnérables. Dans ces conditions, l’accessibilité et l’abordabilité de l’énergie l’emportent généralement sur les considérations climatiques pour les consommateurs.
La détermination des gouvernements donne déjà des signes de fléchissement : l’Allemagne, la Californie et la Colombie-Britannique, généralement considérées comme à l’avant-garde de l’action climatique, offrent des subventions pour compenser les prix élevés de l’essence et de l’énergie.
Jusqu’à présent, l’envolée des prix des combustibles fossiles n’a guère entamé la demande, du moins en Amérique du Nord. Les consommateurs peuvent la supporter. En effet, aux États-Unis, la part du coût de l’essence dans les dépenses personnelles de consommation est encore inférieure de près d’un point de pourcentage à ce qu’elle était au début des années 2000, tandis que les Canadiens ont accumulé une épargne considérable durant la pandémie.
La réglementation et les investisseurs incitent les fournisseurs d’énergie à diminuer les émissions directes (périmètre 1) et les émissions indirectes liées aux achats d’électricité (périmètre 2). Par contre, les gouvernements ont jusqu’ici évité de s’attaquer à un autre défi tout aussi important : le comportement des consommateurs.
À l’échelle mondiale, les subventions explicites et implicites aux combustibles fossiles et principalement axées sur les consommateurs ont totalisé 5 900 milliards de dollars américains en 2020, soit environ 6,8 % du PIB. Selon le Fonds monétaire international, elles devraient atteindre 7,4 % du PIB d’ici 2025. Les tendances de consommation montrent aussi que les préférences prennent le pas sur les considérations climatiques. Ainsi, les ventes de VUS ont bondi de 10 % et représenté 45 % des ventes de voitures l’an dernier, générant 120 millions de tonnes de CO2 supplémentaires par année.
Dans l’ensemble, ces indicateurs laissent présager une progression, et non un recul, de la demande de pétrole durant dans la décennie en cours.
Les prévisions à court terme de l’AIE indiquent que la demande de pétrole atteindra 104 millions de barils par jour en 2026, contre environ 99,7 millions cette année. Les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Brésil seront les principaux moteurs de croissance de la production au cours des prochaines années.
Le Canada contribuera également à l’essor de la production. La Régie de l’énergie du Canada prévoit que la production nationale, largement attribuable aux sables bitumineux, culminera à 5,8 millions de barils par jour d’ici 2032, avant de retomber à 4,8 millions de barils par jour en 2050, si les mesures visant à réduire les émissions de GES se poursuivent à leur rythme actuel. Si ces prévisions se concrétisent, les émissions augmenteront dans l’ensemble, malgré les initiatives pour améliorer l’efficience des sables bitumineux (qui a chuté d’un tiers depuis 1990).
Hausse de la demande mondiale d’énergie
Au cours des quatre dernières décennies, la demande d’énergie a progressé d’environ 1,75 % par an.
Cette hausse devrait se poursuivre puisqu’on s’attend à ce que la planète gagne 2,2 milliards d’habitants d’ici 2050. Le scénario de base de l’AIE table sur une croissance de la demande d’énergie de 1 % par an au cours des trois prochaines décennies.
De 2020 à 2050, la consommation d’énergies renouvelables devrait croître à un rythme annuel de 3,2 %, comparativement à 0,5 % et 1,3 %, respectivement, pour la demande de pétrole et celle de gaz naturel. En l’absence de mesures plus musclées, le renforcement des investissements dans les énergies propres ne s’accompagnera pas forcément d’un déclin des énergies traditionnelles.
L’avenir des marchés du pétrole ne s’annonce pas brillant pour autant. Selon un scénario moins optimiste de l’AIE, la demande de pétrole chutera de 25 % et le prix s’établira à 64 $ US le baril en moyenne. En revanche, si les pays mettent les bouchées doubles pour atteindre la carboneutralité, le prix plongera jusqu’à 24 $ US. Pour pouvoir vendre sur ce marché de plus en plus restreint, la production de pétrole devra générer zéro émission nette.
Le problème est que ce scénario de base pour la demande de combustibles fossiles va à l’encontre des objectifs climatiques.
Pour avoir 50 % de chances de limiter le réchauffement à 1,5 °C (l’ambitieux objectif de l’Accord de Paris), 60 % du pétrole et du gaz et 90 % du charbon qui subsistent dans le sol devront y rester .
C’est deux fois plus que pour le scénario d’un réchauffement de 2 °C, de sorte que le pic de la production mondiale devrait être atteint prochainement, d’ici dix ans sans aucun doute.
Une hausse de 2 °C serait encore plus dévastatrice pour la planète qu’une hausse de 1,5 °C : deux fois plus de plantes et d’animaux subiraient une diminution de leur milieu naturel, de vastes massifs coralliens disparaîtraient et des millions de personnes seraient confrontées à des vagues de chaleur, des inondations et une pénurie d’eau .
Compte tenu de perspectives aussi sombres, l’Occident doit impérativement restreindre sa production de pétrole, malgré l’urgence de la sécurité énergétique. Afin de dénouer les tensions, il faut que la nouvelle production occidentale remplace d’autres sources pour stabiliser les émissions mondiales (y compris les émissions périmètre 3 qui regroupent les émissions en amont et en aval), et que les responsables politiques redoublent d’efforts pour faire baisser la demande de pétrole.
Le Canada dispose des outils et des technologies nécessaires pour déployer rapidement les énergies renouvelables, et électrifier les bâtiments et l’infrastructure de transport et, dans certains cas, l’industrie. Une planification minutieuse sera également requise afin de gérer les sources d’énergies renouvelables intermittentes et le coût élevé de certaines solutions de remplacement.
Cependant, il sera plus difficile de remplacer la mise en valeur des combustibles fossiles ailleurs dans le monde. Les économies occidentales doivent être sur la même longueur d’onde, en visant à la fois une hausse de leur production et une baisse de la demande globale de pétrole. Elles doivent également accepter de payer plus cher le pétrole de producteurs qui respectent les objectifs climatiques.
Le Canada et les États-Unis devraient conclure une alliance nord-américaine en matière de sécurité énergétique visant à la fois l’énergie conventionnelle et les ressources sous-jacentes pour la transition énergétique. Parmi les éléments d’une telle stratégie, la conclusion de contrats à long terme avec des raffineries américaines offrirait aux producteurs canadiens de pétrole une prévisibilité qui les inciterait à investir dans la décarbonation, l’entretien des pipelines existants et le soutien des lignes électriques.
Le Canada doit veiller à être reconnu pour sa stabilité et ses efforts de décarbonation de l’énergie. Les contrats à long terme pourraient fixer des prix plancher pour le pétrole qui appuient les investissements dans la décarbonation au Canada et réduisent l’incidence des prix extrêmement élevés pour les consommateurs américains.
CHAPITRE 2
Le rôle du Canada dans la sécurité énergétique
Le secteur énergétique est d’une importance capitale pour le Canada. L’extraction et les activités connexes, le raffinage, la distribution et le transport du pétrole et du gaz pourraient générer près de 10 % du PIB du Canada en 2022. En 2020, le secteur représentait non seulement 178 500 emplois directs, mais aussi 415 000 emplois indirects.
Les gouvernements des provinces riches en ressources perçoivent des redevances. Celles-ci devraient totaliser au moins 18 milliards de dollars en 2022, soit 50 % de plus qu’en 2021, grâce à l’envolée des prix de l’énergie et aux projets dont les prêts sont entièrement remboursés.
Grâce à son immense richesse en ressources, le Canada peut jouer un rôle crucial dans la sécurité énergétique mondiale en contribuant à pallier les pénuries d’énergie à court terme. Cette richesse peut aussi renforcer son statut de puissance douce en l’aidant à neutraliser les forces antidémocratiques. Le défi est d’y parvenir sans compromettre nos objectifs climatiques.
Commençons par la bonne nouvelle. Le Canada peut augmenter ses exportations de pétrole et de gaz vers les États-Unis, afin que ce pays puisse gonfler son offre au reste du monde.
Nous estimons que le Canada peut relever sa production de 500 000 barils par jour en combinant pétrole classique et sables bitumineux, afin de combler l’insuffisance de l’offre au cours de la prochaine année.
Bien que les exportations canadiennes frôlent déjà des niveaux records, avec une moyenne de 3,76 millions de barils par jour en 2021, la capacité des pipelines à destination des États-Unis dépasse 4 millions de barils par jour.
Au cours des dernières années, les exploitants de pipelines canadiens ont réalisé des investissements en vue de désengorger leurs systèmes et, ainsi, d’optimiser la capacité. Par contre, une hausse notable de cette dernière exigerait la construction de nouvelles lignes, selon les experts du secteur.
Ce ne sera peut-être pas nécessaire d’après des prévisions de production réalistes. Ainsi, la Régie de l’énergie du Canada est d’avis que la capacité des pipelines et du chemin de fer sera de 5,3 millions de barils par jour d’ici 2050, ce qui devrait suffire pour acheminer la production du Canada.
La capacité ferroviaire étant d’environ 1 million de barils par jour, elle permettrait, au besoin, de prendre en charge une expansion à court terme des exportations de pétrole. Toutefois, les compagnies de chemin de fer devront pour cela relever le défi consistant à fournir des wagons spéciaux et à jongler avec la demande des secteurs agricole, alimentaire et minier déjà confrontés aux problèmes des chaînes logistiques
La capacité de transport du Canada est suffisante
Sources : Association canadienne des producteurs pétroliers, Régie de l’énergie du Canada
La mauvaise nouvelle : le Canada a récemment dévoilé son Plan de réduction des émissions qui prévoit une diminution de 42 % dans le secteur pétrolier et gazier. La hausse de la production pourrait compromettre cet objectif puisqu’elle générera jusqu’à 9 millions de tonnes de GES additionnelles.
Jeter les bases de la réduction des émissions
Le Plan de réduction des émissions, élaboré en vertu de la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, et le budget fédéral qui a suivi son annonce marquent un changement de ton dans la politique climatique. Le document fixe des objectifs d’émissions sectoriels et prévoit un financement appréciable pour le transport, le captage du carbone et les solutions climatiques fondées sur la nature.
Par contre, il est flou en ce qui concerne l’énergie, malgré l’importance de ce secteur. Tenant compte de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique qui prend de l’ampleur à l’échelle mondiale, le Plan de réduction des émissions souligne le dilemme consistant à définir des objectifs climatiques ambitieux alors que des perturbations structurelles se propagent sur les marchés de l’énergie.
Le Plan table sur une augmentation de la production pétrolière au Canada. Cependant, les annonces récentes attirent davantage l’attention sur les émissions des nouveaux projets que sur leurs retombées économiques. De plus en plus, le message d’Ottawa est que seules les installations à faibles émissions assureront l’acceptabilité sociale.
Ce sera un défi, mais nous croyons que le Canada peut à la fois accélérer sa production de pétrole et atteindre son objectif déclaré de réduire les émissions de GES de 40 % à 45 % d’ici la fin de la décennie.
Mais il n’y a aucune garantie. Le secteur pourrait ignorer l’appel à augmenter la production sans rajuster ses objectifs d’émissions et obtenir l’acceptabilité sociale. Les investisseurs privilégient les dividendes et les rachats et sont peu favorables à une baisse des bénéfices qui permettrait de produire plus. En outre, les pénuries de main-d’œuvre et les cibles ESG strictes n’incitent pas à accroître la production.
Par contre, les choses pourraient changer si les prix du pétrole poursuivent leur ascension. Pour augmenter l’offre, les responsables politiques du Canada doivent montrer qu’ils sont prêts à accepter une hausse temporaire des émissions générées par le secteur pétrolier, pourvu qu’elles fléchissent ailleurs ou bien que la mise à l’arrêt des sites de production commence après 2030.
Par ailleurs, les décideurs ont d’autres moyens de s’assurer que les objectifs d’émissions de 2030 restent réalisables. L’augmentation des émissions du secteur pétrolier peut être neutralisée par des réductions dans d’autres secteurs, par exemple, en accélérant la construction d’infrastructures d’énergies renouvelables et la décarbonation, et en améliorant l’efficacité énergétique. Les retombées économiques d’une production de pétrole accrue peuvent compenser une partie du coût de la décarbonation accélérée d’autres secteurs, en particulier les bâtiments et l’électricité, où les goulets d’étranglement des chaînes logistiques sont moins graves que dans le transport.
Dans l’ensemble, le monde n’a pas besoin de revoir son engagement envers la carboneutralité en raison de l’enjeu à court terme de la sécurité énergétique. Par contre, les compromis entre secteurs ne fonctionneront pas à long terme. Les producteurs de pétrole canadiens devront non seulement réduire les émissions moyennes du secteur, mais aussi les émissions globales liées à chaque type de production. Pour effectuer des investissements à long terme à cette fin, les producteurs ont besoin de prévisibilité. Or, rien de tel qu’une crise énergétique pour mettre les choses à plat.
CHAPITRE 3
CUSC, une solution incontournable
Concilier sécurité énergétique à court terme et objectifs climatiques ne sera pas facile. Cependant, comme le souligne notre rapport Une transition à 2 billions de dollars : Vers un Canada à zéro émission nette, les technologies permettant de réduire considérablement les émissions sont à portée de main pour le transport, les bâtiments et l’électricité.
Le Plan de réduction des émissions cible déjà une diminution de 42 % dans le secteur pétrolier et gazier, dont près de 40 % pour les sables bitumineux, où les réductions sont coûteuses et techniquement difficiles. La tâche sera ardue, étant donné que le secteur mise sur des projets de captage du carbone à forte intensité de capital pour réaliser des réductions significatives.
La mise en valeur du gisement pétrolier de Bay du Nord, au large des côtes de Terre-Neuve, vient d’être approuvée, mais la production pourrait ne pas commencer avant la fin des années 2020. On s’attend à ce que durant sa durée de vie, le projet émette quelque 4,5 millions de tonnes de GES.
En revanche, les producteurs de pétrole classique et de gaz naturel semblent bien placés pour abaisser leurs émissions au cours de la prochaine décennie. D’une part, leurs émissions par baril sont plus faibles, puisqu’ils consomment moins d’énergie. D’autre part, environ 40 % des émissions des installations gazières en amont et les deux tiers des émissions liées au pétrole classique proviennent des rejets et des fuites de méthane. Elles devraient reculer de 75 % d’ici 2030, grâce à des dispositifs de détection des fuites et à des systèmes de récupération de vapeur, soit la quasi-totalité des baisses prévues dans le Plan de réduction des émissions.
Un effort accru visant à électrifier les installations situées près du réseau électrique propre de la Colombie-Britannique, pour s’attaquer à la combustion, pourrait accentuer les réductions et compenser l’augmentation de la production. À moyen terme, la décarbonation s’accélérera quand les services publics électrifieront un plus grand nombre de champs pétrolifères et gaziers de la Colombie-Britannique et de l’Alberta.
Types de production de bitume
Projets d’exploitation minière : prêts à démarrer Seul le cinquième du pétrole provenant des gisements de sables bitumineux peut être extrait par l’exploitation minière. Le bitume extrait par d’énormes pelles est expédié, au moyen de gros camions, vers des installations de nettoyage où il est séparé du sable, de l’eau et de l’argile, ou résidus. Les déchets sont envoyés dans des bassins de résidus. Production actuelle (2020) : 1,49 million de barils par jour Production prévue (2030) : 1,7 million de barils par jour Le pétrole ainsi séparé est traité de deux façons :
Pétrole brut synthétique Pétrole brut synthétique : Une fois libre de déchets, le bitume est converti en pétrole brut non corrosif, ou pétrole brut synthétique, dans des usines de valorisation ou des raffineries de pétrole lourd. Bien que le procédé augmente les émissions du pétrole en amont, le produit final, plus léger et sans soufre, peut être vendu à une raffinerie traditionnelle. Intensité moyenne des émissions (2014-2018) : 95 kg par baril
Traitement des mousses Dilbit extrait ou traitement de la mousse avec un solvant paraffinique : le traitement de la mousse avec un solvant paraffinique est la méthode adoptée pour deux nouveaux projets d’extraction des sables bitumineux, soit le projet Kearl de l’Impériale et le projet Fort Hills de Suncor Énergie. Le procédé élimine les composants les plus lourds du bitume, qui est dilué avec des mélanges plus légers pour produire du dilbit. Lors du traitement de la mousse avec un solvant paraffinique, on utilise un solvant paraffinique comme diluant, ce qui permet d’obtenir un produit final propre qui peut être transporté sans qu’il soit nécessaire de le raffiner davantage, réduisant ainsi les émissions en amont. Intensité moyenne des émissions (2014-2018) : 46 kg de CO2 par baril
Si le Canada est réellement déterminé à réduire les émissions des sables bitumineux d’ici 2030, la première chose à faire est d’atténuer l’intensité des émissions, c’est-à-dire le CO2 émis par baril, en améliorant l’efficience de la production. Il est toutefois peu probable que les émissions atteignent les niveaux ciblés grâce à ces mesures.
Sans nouvelle installation pour comprimer les émissions moyennes de carbone , les émissions par baril de pétrole extrait des sables bitumineux pourraient reculer d’environ 6 % à 7 % d’ici 2030. Certaines de ces améliorations sont chères . D’autres s’avèrent économiques uniquement pour les nouvelles installations ou pour celles qui n’ont pas encore franchi l’étape du prototype.
Sans nouvelle installation pour comprimer les émissions moyennes de carbone , les émissions par baril de pétrole extrait des sables bitumineux pourraient reculer d’environ 6 % à 7 % d’ici 2030. Certaines de ces améliorations sont chères . D’autres s’avèrent économiques uniquement pour les nouvelles installations ou pour celles qui n’ont pas encore franchi l’étape du prototype.
À long terme, de nouvelles technologies, qui fournissent de la vapeur à faible teneur en carbone ou sans carbone, comme des chaudières à hydrogène et de petits réacteurs nucléaires modulaires, pourraient révolutionner la production de pétrole issu des sables bitumineux, car elles procurent des sources de chaleur et d’énergie à zéro carbone. Contrairement aux producteurs conventionnels, qui doivent constamment forer de nouveaux puits et déplacer de l’équipement de contrôle des émissions à chaque fois, la nature stationnaire et la faible vitesse de déclin des sables bitumineux peuvent améliorer la rentabilité d’équipement plus cher comme les réacteurs.
En attendant, le captage du carbone est indispensable pour obtenir des baisses marquées des émissions. L’AIE et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU s’entendent pour dire que la technologie de CUSC est capable de contribuer à la réduction des émissions, grâce à des politiques favorables, au soutien du public et à l’innovation.
Alors que la capacité de captage dans le monde est de seulement 40 millions de tonnes par année, une expansion à court terme de 20 à 30 millions de tonnes au Canada semble ambitieuse.
La technologie présente toutefois certains inconvénients : elle est chère, son expansion est lente, elle accroît les coûts, dépend d’une ingénierie complexe et, parfois, ne capte ou ne stocke pas efficacement les émissions. La technologie doit également être mise à l’essai à grande échelle. Pour le moment, il n’existe pas d’usines majeures qui captent le CO2 engendré par la combustion du gaz naturel, ce qui est la principale application pour les sables bitumineux. Alors que la capacité de captage dans le monde est de seulement 40 millions de tonnes par année, une expansion à court terme de 20 à 30 millions de tonnes au Canada semble ambitieuse.
Qui plus est, les projets de CUSC n’ont pas de retombées financières propres. Le produit qu’ils fabriquent, le CO2, a une valeur marchande négligeable, de sorte que les rendements dépendent de la politique gouvernementale, comme la tarification du carbone ou les normes relatives au carburant. Dans de nombreux cas, les allègements fiscaux ou les paiements réglementaires sont très incertains.
Par conséquent, la plupart des projets de CUSC jusqu’à maintenant, au Canada et ailleurs, ont été fortement subventionnés par des crédits d’impôt ou des investissements publics. Ou encore, les entreprises ont dû payer de leur plein gré des prix du carbone très élevés. Pour que le financement du gouvernement soit justifié, l’extraction de pétrole des sables bitumineux à grande échelle doit être concurrentielle à long terme.
Capteurs d’émissions : projets de capture, d’utilisation et de stockage de carbone (CCUS) au Canada
Projets CCUS en cours, en construction ou proposés
CHAPITRE 4
Les sables bitumineux carboneutres peuvent-ils être concurrentiels sur les marchés mondiaux ?
L’Initiative pour des sables bitumineux carboneutres, dont le but est d’atteindre zéro émission nette dans le secteur des sables bitumineux, compte réduire les émissions de 22 millions de tonnes (Mt) d’ici 2030. Afin d’accroître les investissements dans les projets de CUSC, le dernier budget fédéral prévoit un crédit d’impôt remboursable pour investissement totalisant un peu moins de la moitié des coûts d’un projet, et ce, jusqu’en 2030. C’est un grand pas dans la bonne direction qui devrait favoriser les études visant à déterminer les meilleurs sites de CUSC et encourager les investissements.
Cependant, les provinces devront fournir des efforts supplémentaires pour généraliser le déploiement de la technologie, sachant que les modèles du gouvernement tablent sur la création d’une capacité de 15 à 18 Mt d’ici 2030. Elles pourraient notamment accorder un crédit complémentaire, mais aussi améliorer les volets non financiers des projets de CUSC, comme la délivrance des permis, la responsabilité et les droits de stockage. L’engagement du gouvernement à favoriser la prévisibilité de la tarification du carbone pourrait également atténuer le risque lié aux investissements dans les projets de CUSC.
De plus, afin que les contributions à l’objectif du Canada pour 2030 soient équitables, nous pensons qu’il faut être encore plus ambitieux, et mettre en place une capacité de captage du carbone d’environ 30 Mt au cours des huit prochaines années.
À cette fin, les investissements nécessaires vont de 45 à 65 milliards de dollars entre 2024 et 2030, soit 9 milliards de dollars par an à leur sommet. Cela représenterait un écart important par rapport aux niveaux actuels. En supposant que le gouvernement continue de payer la moitié de la facture, le coût total serait également considérable pour les contribuables.
Auparavant, les périodes de cherté du pétrole ont entraîné un boom des investissements. Cependant, le contexte à court terme a changé. Après quelques années tumultueuses, les investisseurs du secteur pétrolier préfèrent que les entreprises se concentrent sur les dividendes et les rachats d’actions plutôt qu’elles investissent dans de coûteux projets de captage du carbone.
Les perspectives à long terme remettent également en question la nécessité d’investir massivement dans les sables bitumineux, puisque selon la plupart des prévisions, la demande de pétrole chutera au cours des prochaines décennies, à mesure que les conducteurs se tourneront vers les véhicules électriques. La tendance pourrait s’accélérer avec l’accent mis sur la décarbonation en vue de réduire la dépendance de l’Europe au pétrole et au gaz russes.
Selon nos estimations, la décarbonation totale des sables bitumineux pourrait coûter de 6 $ à 14 $ le baril pour le bitume extrait et de 17 $ à 23 $ pour le bitume produit in situ. Globalement, le WTI devrait se vendre en moyenne à environ 50 $ US pendant la durée du projet afin de répondre aux attentes des investisseurs. Bien que ce niveau ait généralement été atteint depuis 2005, il est peut-être trop élevé compte tenu de l’incertitude de la demande future.
Cela dit, les puits de sables bitumineux déclinent plus lentement que les puits conventionnels, ce qui les rend plus adaptés aux dispositifs de CUSC fixes. Si la technologie de CUSC demeure indispensable pour la décarbonation du pétrole, elle pourrait constituer un avantage structurel pour les producteurs de sables bitumineux. Abstraction faite des coûts irrécupérables, les installations de drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV) dotées de systèmes de CUSC pourraient s’avérer rentables même si le prix tombe à 40 $ US.
Vu les coûts relativement élevés de la réduction des émissions, les producteurs canadiens devraient adopter une approche pragmatique à l’égard du CUSC. Un étalement des investissements tout au long des années 2020 et 2030 favoriserait les économies et permettrait l’utilisation de futures technologies afin d’abaisser les coûts. Une approche plus lente va à l’encontre des fortes réductions des émissions visées pour la présente décennie. Par contre, en étant mesurée et réaliste, cette approche de la décarbonation de la production de pétrole lourd sera essentielle pour maintenir la compétitivité économique du Canada dans le secteur.
À long terme, étant donné que la majorité des émissions engendrées par la consommation de pétrole sont liées à la combustion, le secteur devra investir dans la mise au point d’utilisations du bitume qui ne nécessitent pas de combustion. Selon les prévisions de l’AIE, la demande pour des utilisations sans combustion, par exemple, des produits comme les lubrifiants, les cires et l’asphalte, avoisinera 15 millions de barils par jour en 2050. L’utilisation de la partie la plus lourde du pétrole canadien pour fabriquer des produits à valeur ajoutée, comme la fibre de carbone, en est aux premiers stades de l’innovation, mais elle pourrait jouer un rôle majeur dans la diversification et la transition du secteur des sables bitumineux.
Bien entendu, ces efforts pourraient se heurter aux obligations de réduction imposées par le gouvernement ainsi qu’à l’incertitude considérable entourant les prix futurs du pétrole et du carbone. Le secteur et le gouvernement doivent collaborer pour relever ces défis.
CHAPITRE 5
Gérer la volatilité du cycle d’investissement
Le secteur pétrolier est très cyclique, ce qui rend les placements à long terme difficiles, surtout quand le rendement des projets de décarbonation est incertain. Tout d’abord, la production de pétrole et les émissions fluctueront probablement jusqu’en 2050, puisque les prix favoriseront ou décourageront les investissements. Mettre des milliards de dollars dans des projets de CUSC en période de faiblesse des prix n’est guère envisageable ; à l’inverse, même quand les prix sont élevés, les investisseurs échaudés par les fortes fluctuations peuvent hésiter à financer des projets à grande échelle et à long terme.
Par ailleurs, les producteurs canadiens de pétrole et de gaz ont enregistré des flux de trésorerie records cette année, soit 150 milliards de dollars américains selon les estimations , tandis qu’on prévoit que les prix resteront élevés pendant un certain temps. Par conséquent, le public comprend mal qu’on injecte des fonds publics pour décarboner le secteur pétrolier alors que les entreprises ont engrangé des bénéfices substantiels.
Dans ce contexte, le Canada doit s’efforcer d’atténuer la volatilité des cycles d’investissement dans le secteur pétrolier et faire en sorte que la décarbonation de ce secteur soit financée de façon régulière. Le gouvernement fédéral et les provinces devraient étaler la distribution des revenus substantiels inattendus qu’ils reçoivent quand les prix sont élevés en vue de soutenir les investissements lorsque le secteur traverse une période difficile. De leur côté, les entreprises doivent s’engager à financer la décarbonation même si les prix du pétrole fléchissent.
Le Fonds de croissance du Canada constitue un changement de cap bienvenu dans l’approche du gouvernement, car il prévoit de nouvelles structures d’investissement et une participation officielle dans les projets de réduction des émissions. Bien qu’investir aux côtés des entreprises dans les projets de réduction des émissions améliore les rendements financiers, les initiatives de décarbonation se heurtent encore à des obstacles de taille. L’incertitude politique, les barrières réglementaires et celles qui bloquent l’octroi de permis, les droits du sous-sol pour le stockage du carbone et la responsabilité en cas de fuite, ainsi que les risques associés aux technologies émergentes peuvent retarder les investissements.
Afin que des investissements suffisants et mûrement réfléchis soient réalisés pour atteindre les objectifs du secteur dont l’échéance approche à grands pas, le Fonds de croissance doit se doter d’un volet énergétique qui réunisse les bons intervenants dans le but d’uniformiser et d’accélérer l’approbation des projets.
Les provinces riches en ressources, les secteurs de l’énergie et de la finance, les organismes de réglementation, les services publics et des experts externes peuvent former un partenariat avec le Fonds de croissance en vue d’aplanir les obstacles.
Les contributions publiques qui appuient les investissements dans la décarbonation du pétrole et du gaz pourraient être plus élevées quand les prix sont bas que lorsque les flux de trésorerie du secteur sont abondants. Le gouvernement ferait ainsi la preuve qu’il soutient le secteur quand les temps sont durs.
Et surtout, le soutien apporté ne doit pas être influencé par le cycle politique. Plutôt que de prévoir d’autres affectations budgétaires, le financement public devrait être distinct des redevances existantes et de l’impôt fédéral des sociétés en vue d’assurer la stabilité du financement.
Volet énergétique du Fonds de croissance du Canada : le rôle des différents intervenants
Gouvernement fédéral : dans le Fonds de croissance, affecter les recettes fiscales inattendues tirées des sociétés lorsque les prix des marchandises sont élevés à une importante décarbonation des secteurs non pétroliers ; établir des contrats à long terme garantissant la tarification du carbone pour atténuer le risque lié aux flux de trésorerie de certains projets de CUSC.
Gouvernements provinciaux : affecter les redevances existantes à la décarbonation des économies provinciales et s’engager à réduire de façon proactive la libre attribution des crédits dans les systèmes de tarification provinciaux afin de soutenir le prix de base du carbone.
Organismes de réglementation provinciaux et fédéraux : collaborer avec les ministères, le secteur et les intervenants locaux en vue d’accélérer le processus de délivrance des permis et d’approbation des projets stratégiques de décarbonation.
Groupes autochtones : étant à l’avant-garde de la lutte contre les changements climatiques et de la gestion des ressources, doivent être des partenaires à part entière et influencer la façon dont les ressources du fonds sont déployées.
Institutions financières du secteur : partenaires essentiels pour aider le secteur à emprunter en vue d’atteindre les taux de rendement souhaités. Étudier le financement sans recours soutenu par les garanties de tarification du carbone du gouvernement fédéral.
Services publics : planifier la production d’électricité et sa distribution aux sites clés du secteur énergétique, comme les terminaux d’exportation et les champs éloignés.
Secteur: affecter les capitaux à mesure que les projets sont approuvés, et fournir une expertise sur l’objet des investissements. Les entreprises doivent s’engager à donner la priorité à la décarbonation tout au long du cycle d’investissement.
DES IDÉES POUR AVANCER
Pour assurer la sécurité énergétique et climatique, le gouvernement fédéral et les provinces clés, le secteur privé et les communautés autochtones devront bientôt prendre des mesures essentielles. Voici quelques idées :
PARTICIPER ACTIVEMENT À LA STABILITÉ DU MARCHÉ DU PÉTROLE
Éviter les politiques de réduction des émissions qui restreignent ou diminuent la production à court terme au moment où le pétrole de l’Ouest canadien permet de répondre aux perturbations actuelles du marché. Après 2030, d’importants efforts devront être déployés pour réduire et même fermer les projets qui ne sont pas conformes aux objectifs de carboneutralité du Canada. Les technologies et les processus de décarbonation devraient être intégrés aux modèles d’affaires de tous les nouveaux projets.
Le Fonds de croissance du Canada permettra d’éliminer les fluctuations durant les cycles d’investissement du secteur pétrolier et gazier. Les dépenses pourraient comprendre des contributions publiques plus importantes en période de prix faibles et un financement privé accru quand les prix sont élevés.
Veiller à ce que les plafonds d’émissions tiennent compte de l’avenir. Privilégier le gaz naturel et la production conventionnelle au détriment des sables bitumineux, et viser une diminution des émissions à moyen terme.
ACCÉLÉRER ET DIVERSIFIER LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS
Compenser la lenteur de la réduction des émissions liées au pétrole par d’autres mesures de décarbonation, notamment la rénovation des bâtiments, les subventions aux VZE et les infrastructures de distribution de l’électricité.
Mettre au point de nouvelles technologies de réduction des émissions qui maintiennent les économies de coûts. L’agence canadienne d’innovation et d’investissement, dont la création a été annoncée dans le budget 2022, devrait également prévoir un volet pour les technologies les plus prometteuses de réduction des émissions à un stade précoce, ainsi que pour les utilisations du pétrole non liées à la combustion.
Diversifier les investissements dans l’énergie. Bien que le pétrole et le gaz soient des combustibles essentiels à la transition climatique, l’électricité et les nouvelles technologies énergétiques, comme l’hydrogène, gagnent en importance. Les entreprises du Canada devraient s’attacher à élargir leur portefeuille d’actifs et développer leur expertise dans les technologies durables à faibles émissions susceptibles de compléter les exportations de combustibles fossiles.
PROFITER DE L’EXPERTISE AUTOCHTONE
Continuer d’intégrer les groupes autochtones à titre de partenaires clés dans les nouveaux systèmes énergétiques. La prise de participation dans de nouveaux projets d’infrastructure et d’énergie favoriserait l’adhésion de partenaires possédant une expertise locale, ce qui accélère la mise en valeur. Veiller à ce que les communautés autochtones obtiennent une option d’achat et une part de propriété, et profitent des retombées économiques des projets est la solution idéale pour faire progresser notablement la réconciliation et l’inclusion économiques.
FORGER DES ALLIANCES ÉNERGÉTIQUES
Favoriser les exportations d’énergie aux États-Unis, au plus haut niveau politique, en aplanissant les obstacles entre les États et les provinces. Créer une alliance énergétique nord-américaine et prévoir un sommet de hauts responsables, afin que les États-Unis et le Canada s’entendent sur l’accès aux marchés, notamment les pipelines transfrontaliers, l’harmonisation des normes sur le carburant et les ajustements à la frontière pour le carbone.
Collaborer avec les partenaires internationaux pour assurer la prévisibilité de la demande. AConclure des contrats à long terme avec les États-Unis et l’Europe, dont les prix tiennent compte des efforts environnementaux, de la gouvernance et de la stabilité géopolitique, afin que les producteurs les plus stables demeurent les principaux fournisseurs de pétrole à zéro émission nette. De même, le renforcement des liens avec les économies asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud et Taïwan conforterait la stabilité du marché de l’énergie. Il pourrait également ouvrir la voie à des coentreprises axées sur l’exportation de gaz naturel liquéfié et d’hydrogène vers les pays asiatiques.
Contributors
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Stratégie de leadership avisé, Climat et énergie
Colin Guldimann, économiste
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Zeba Khan, directrice des publications, Services économiques et leadership avisé
Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche, Services économiques et leadership avisé