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Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

  • Le système canadien de la gestion de l’offre, qui représente 30 milliards de dollars, est l’assise de la souveraineté et de la sécurité alimentaires du pays depuis plus de 50 ans. S’appliquant aux produits laitiers, au poulet, à la dinde et aux œufs, il assure la stabilité des prix et de l’offre de denrées de base.

  • Le système reconnaît que la production d’aliments coûte cher. Il favorise la stabilité de la chaîne logistique, mais peut faire monter les prix à la consommation, surtout dans un contexte de hausse du coût des intrants.

  • Les trois piliers de la gestion de l’offre sont de nouveau attaqués. L’intégrité du système est garantie par trois choses : des contingents de production, des prix fixes et des contingents d’importation. À l’heure actuelle, les trois font l’objet de critiques au sein du Canada et de la part de ses principaux partenaires commerciaux, dont les États-Unis.

  • Une nouvelle loi limite la capacité d’Ottawa à ouvrir le secteur. Les partisans du système soutiennent que le projet de loi C-202 accorde la priorité à la sécurité alimentaire nationale et empêche le ministre des Affaires étrangères d’accorder de nouvelles concessions dans le cadre d’éventuels accords commerciaux. D’autres experts affirment qu’il pourrait désavantager le Canada dans les négociations commerciales, notamment celles liées à la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) l’an prochain.

  • Les accords commerciaux réduisent la mainmise des producteurs canadiens. Par ailleurs, l’élargissement de l’accès aux marchés mondiaux pour les agriculteurs canadiens soumis à la gestion de l’offre pourrait aller à l’encontre de la conception du système.Une petite base de production adaptée à la consommation intérieure rend ces derniers mal équipés pour rivaliser en tant qu’exportateurs sur les marchés mondiaux, où les volumes élevés et les prix concurrentiels sont déterminants.

  • Le Canada n’est pas le seul pays à devoir faire des choix difficiles en matière de politique agricole. En Nouvelle-Zélande, le secteur agricole est aux prises avec une empreinte GES démesurée, et au Royaume-Uni, il peine à reprendre pied depuis le Brexit. Le Brésil, qui n’est devancé que par les États-Unis pour les exportations totales de produits agroalimentaires, aspire à accroître sa part du marché mondial. Le Canada pourrait tirer des leçons de ces changements sur la scène internationale, à l’heure des décisions concernant son secteur alimentaire national.

Les trois piliers de la gestion de l'offre. La stabilité de la chaîne logistique des secteurs sous gestion de l'offre, notamment les produits laitiers, la volaille et les œufs, repose sur trois piliers.

Dans le contexte actuel de renégociation de l’accord commercial entre le Canada et les États-Unis, le système canadien de la gestion de l’offre est une fois de plus dans la mire de l’administration Trump, qui le considère comme un irritant majeur.

Cela a donné lieu à un nouveau débat sur les secteurs alimentaires canadiens sous gestion de l’offre, notamment ceux des produits laitiers, du poulet, de la dinde et des œufs, qui sont au cœur de la politique nationale depuis les années 1970.

Essentiellement, le système garantit un prix stable qui rémunère équitablement les agriculteurs pour la production d’aliments de qualité supérieure. Ses défenseurs avancent qu’il renforce la sécurité alimentaire, soutient les producteurs nationaux et assure la régularité de la qualité et de l’offre pour les consommateurs. En revanche, ses détracteurs soutiennent qu’il freine l’innovation, gonfle les prix et limite la concurrence.

Le système a fait l’objet d’un examen minutieux dans presque toutes les négociations commerciales et périodes de ralentissement économique, et sera probablement à l’ordre du jour de la révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) l’an prochain. Il est également remis en question dans le cadre d’un mouvement national visant à développer un marché unifié pour les biens et les services. Les avis sont polarisés, allant des appels à l’abandon de la gestion de l’offre jusqu’au statu quo, en passant par une gamme d’idées nuancées sur la réforme d’un système en place depuis plus d’un demi-siècle.

Ceux qui veulent préserver le système passent à l’action. En juin, le projet de loi C-202 a reçu la sanction royale, avec le soutien massif des associations d’agriculteurs canadiens soumis à la gestion de l’offre. Cette loi ordonne au ministre des Affaires étrangères de cesser d’attribuer aux partenaires commerciaux de nouveaux contingents dans les secteurs des produits laitiers, de la volaille et des œufs en vertu d’accords internationaux. Néanmoins, le débat se poursuit, les parties prenantes désignant des éléments précis, allant des systèmes régionaux de mise en commun du lait jusqu’à la question de savoir quel maillon de la chaîne logistique devrait avoir accès aux contingents étrangers.

Et les discussions ne se limitent pas à l’agriculture. La gestion de l’offre a des répercussions sur de nombreux aspects de l’économie canadienne, y compris le prix des aliments, les options offertes, les emplois dans la chaîne logistique, la diversification des échanges commerciaux et les perspectives de croissance.

La gestion de l’offre en chiffres :

  • 1 %. L’apport des secteurs sous gestion de l’offre au PIB du Canada, soit plus de 30 milliards de dollars. L’ensemble du secteur agricole et agroalimentaire compte pour plus de 7 % du PIB du Canada.1 2

  • 339 000 Le nombre d’emplois à temps plein dans les secteurs sous gestion de l’offre, de l’exploitation à la transformation, en passant par la distribution.3

  • 14 699. Le nombre d’exploitations agricoles soumises à la gestion de l’offre au Canada, soit 8 % des quelque 190 000 exploitations agricoles du pays.4

  • 9 430. Le nombre de fermes laitières, principalement au Québec et en Ontario. Depuis le début des années 2000, le nombre de fermes laitières au Canada a chuté de plus de 50 % en raison de la consolidation du marché.5

  • 7 %. Le pourcentage d’augmentation du nombre d’élevages de volaille et de poules pondeuses au cours des 20 dernières années. On les retrouve principalement en Ontario, en Colombie-Britannique et au Québec, mais les provinces des Prairies connaissent aussi une hausse.6

Le système canadien est conçu pour préserver la souveraineté, la stabilité et les standards alimentaires, ce qui contribue à la prospérité de l’industrie, mais pose également des défis dans un marché mondial en constante évolution.

Souveraineté

La gestion de l’offre garantit des prix stables et une chaîne logistique nationale solide pour répondre à la demande. Toutefois, le Canada étant un pays orienté sur l’exportation, une chaîne logistique exclusivement nationale peut être la source de tensions lors de négociations commerciales.

La gestion de l’offre contrarie les principaux partenaires commerciaux du Canada, en particulier les États-Unis, l’Union européenne (UE) et, il y a peu, la Nouvelle-Zélande. Un point de friction majeur : les restrictions canadiennes sur les contingents d’importation.

Ces contingents visent à limiter les importations dans les secteurs canadiens sous gestion de l’offre. Cela dit, le Canada a récemment fait davantage de concessions. Par exemple, dans le cadre des pourparlers entourant l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), le Canada a accepté d’accorder aux pays participants une part d’environ 3,25 % de son marché intérieur des produits laitiers7. Cependant, comme les transformateurs canadiens détiennent la majorité des contingents tarifaires d’importation, les importateurs étrangers font valoir qu’ils ont un accès limité au marché canadien pour réaliser leurs volumes exemptés de droits de douane négociés dans l’accord.

Le déficit commercial du secteur laitier canadien avec le reste du monde s'accentue

Les accords commerciaux réduisent la mainmise des producteurs canadiens. Les concessions ont entraîné un léger déficit commercial pour le Canada pour tous les produits soumis à la gestion de l’offre, à l’exception de la viande de poulet. Par exemple, les importations représentent aujourd’hui environ 4 % du marché laitier canadien8. Résultat : le gouvernement a versé 4,8 milliards de dollars aux producteurs et transformateurs de produits laitiers, de volaille et d’œufs pour compenser les pertes de bénéfices découlant de la concurrence étrangère9. Autrement dit, les Canadiens paient doublement pour leurs aliments soumis à la gestion l’offre : à la caisse et par le biais de leurs impôts.

De 1995 à 2017, l’accès des autres pays aux contingents tarifaires dans le secteur laitier canadien était limité par des engagements pris dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Avec la mise en œuvre progressive de l’ACEUM, de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne et du PTPGP au cours des 10 prochaines années, l’accès des produits laitiers canadiens aux marchés étrangers devrait grimper pour atteindre environ 10 % de la production laitière du Canada10. En contrepartie, le Canada a élargi l’accès des pays concernés à ses marchés pour les produits laitiers, la volaille et les œufs. Toutefois, l’augmentation des volumes d’exportation n’est pas un objectif pour les secteurs canadiens sous gestion de l’offre. Le Canada a une petite base de production, et sa chaîne logistique de même que ses relations sont pensées pour le marché intérieur. Par conséquent, les secteurs sous gestion de l’offre sont mal équipés pour être des chefs de file sur les marchés mondiaux, où les volumes élevés et les prix concurrentiels sont essentiels à la réussite.

Le système du Canada n'est pas conçu pour être concurrentiel sur les marchés mondiaux

Les chaînes logistiques nationales contribuent à protéger les Canadiens contre les répercussions des guerres commerciales. En période de perturbations mondiales, la chaîne logistique alimentaire nationale a bien servi la population. Prenons l’exemple du mouvement « Acheter canadien » qui a vu le jour à la suite de la guerre commerciale déclenchée par le président américain Donald Trump. Il a entraîné une baisse des ventes des marques américaines, les Canadiens les remplaçant par des produits nationaux dans la mesure du possible. En ce qui concerne les produits laitiers, la volaille et les œufs, plus particulièrement, les Canadiens peuvent avoir la certitude d’un accès immédiat aux chaînes d’approvisionnement établies au pays.

Éliminer les failles :

  • Dans le cas des produits transformés, comme les plats préparés, les frontières peuvent être floues entre les différents codes SH (qui permettent de catégoriser les biens et de services).

  • Ainsi, certains importateurs introduisent leurs produits au Canada en franchise de droits de douane, contournant le système canadien de contingents tarifaires, qui fixe les volumes alloués en vertu d’accords de libre-échange, y compris l’ACEUM, l’AECG et le PTPGP.

  • Certaines de ces failles ont été comblées, notamment celle liée au fromage importé en franchise de droits de douane lorsqu’il entrait dans la composition de plats préparés, comme les nécessaires à pizza destinés aux restaurants, qui était exclu des contingents tarifaires. Par contre, d’autres subsistent. C’est le cas, par exemple, de la volaille de réforme (poules pondeuses âgées), qui peut être catégorisée à tort comme du poulet à frire élevé pour la consommation de viande afin d’éviter le paiement des droits de douane canadiens.

  • Bien que les importateurs bénéficient de contingents tarifaires pour les produits laitiers, les œufs et la volaille, cette voie d’accès est souvent sous-utilisée, puisque les transformateurs canadiens contrôlent la majorité du système ainsi que l’espace réservé dans les rayons des épiceries.

  • Cette situation cause de plus en plus de tensions entre le Canada et ses partenaires commerciaux, surtout les États-Unis qui prétendent que le Canada « ne respecte pas l’esprit » de l’ACEUM et complique l’accès des producteurs américains à son marché.

    Malgré les accords commerciaux, les entreprises étrangères ont du mal à commercialiser leurs produits au Canada

Stabilité

La gestion de l’offre est synonyme de stabilité. Mais à quel prix et pour qui ? Compte tenu de l’accentuation des perturbations sur les marchés mondiaux, il est essentiel de déterminer une voie qui profite à la fois aux agriculteurs et aux consommateurs canadiens.

Les chaînes logistiques alimentaires canadiennes se sont distinguées pendant la pandémie et lors d’autres crises, comme la récente éclosion de grippe aviaire qui a ravagé l’industrie américaine.

Aux États-Unis, les prix des œufs ont récemment explosé à cause de cette maladie. En juillet 2025, on dénombrait 174 millions de cas confirmés dans les exploitations avicoles et plus de 1 074 troupeaux de vaches laitières avaient été touchés.11

TLes répercussions ont été beaucoup moins graves au Canada, avec environ 14 millions d’oiseaux infectés et aucun cas signalé chez les vaches laitières12.Par ailleurs, les élevages canadiens de volaille, de poules pondeuses et de vaches laitières ont mieux résisté grâce aux normes de biosécurité et de bien-être animal en vigueur dans le secteur. La production à plus petite échelle et plus dispersée que celle des États-Unis (hormis les zones à forte densité telles que la vallée du Fraser en Colombie-Britannique) y est aussi pour quelque chose. Ces facteurs propres aux exploitations agricoles contribuent à la stabilité des prix à la consommation et à la disponibilité des produits. De 2017 à 2025, une douzaine d’œufs vendus au Canada se vendait en moyenne 1 $ de plus qu’aux États-Unis. En février 2025, toutefois, la situation s’est inversée, et la douzaine d’œufs coûtaient 3,52 $ de plus aux États-Unis qu’au Canada.13 14

Les perturbations de l'approvisionnement alimentent la volatilité des prix des œufs aux États-Unis

Divers enjeux risquent d’intensifier les perturbations des chaînes logistiques et des marchés, notamment l’abandon progressif de la réglementation du commerce à l’échelle mondiale, ainsi que les phénomènes météorologiques extrêmes et la propagation de maladies et de ravageurs découlant des changements climatiques. Les décideurs doivent en tenir compte, car la volatilité fréquente a une incidence sur les prix des marchandises.

La production d’aliments coûte cher. Dans les secteurs sous gestion de l’offre, les contingents et les prix fixes sont une source de certitude pour les agriculteurs, ce qui favorise la stabilité de la chaîne logistique. Cependant, cette stabilité n’est pas gratuite, car les produits deviennent inévitablement plus chers quand le coût des intrants augmente au Canada. La détérioration de l’accessibilité a un impact disproportionné sur la sécurité alimentaire des familles à faible revenu, mais la forte volatilité des prix influence aussi les dépenses des ménages de la classe moyenne.15 16

Au contraire, les producteurs de blé et les éleveurs de bovins de boucherie qui ne sont pas assujettis à la gestion de l’offre sont exposés aux marchés des marchandises, de sorte que leurs marges bénéficiaires et les prix de leurs produits fluctuent en fonction de l’évolution de ces marchés. Les agriculteurs non soumis à la gestion de l’offre sont souvent à la merci des prix et ne peuvent pas refiler la hausse des coûts aux consommateurs.

L’aide fournie par le Canada aux agriculteurs est controversée, mais comparable à celle des États-Unis. Si l’on compare le total du soutien direct aux producteurs, l’apport des États-Unis est 6,5 fois supérieur à celui du Canada. Cela dit, les deux pays sont à peu près à égalité si l’on considère les estimations du soutien direct aux producteurs en pourcentage de la valeur produite à la sortie de l’exploitation, soit environ 7 %17. En ce qui concerne les produits soumis à la gestion de l’offre, le soutien aux producteurs est clairement aligné sur l’approche de chaque pays. L’apport du Canada correspond au prix que les producteurs reçoivent en fonction de la gestion de l’offre, tandis que celui des États-Unis fluctue au gré de la volatilité des marchés.

L'industrie laitière canadienne bénéficie d'un soutien gouvernemental plus constant

Les exploitations agricoles sous gestion de l’offre contribuent à la prospérité de l’économie rurale du Canada. La stabilité joue également un rôle élargi dans l’économie rurale canadienne. Les données du plus récent recensement agricole montrent que, sur une période de cinq ans (de 2016 à 2021), le nombre de fermes laitières a diminué de 11 %, tandis que la taille des troupeaux a augmenté de 13 %18. Aux États-Unis, sur la même période, le nombre de fermes laitières a reculé de 34 %, et la taille des troupeaux a grimpé de 48 %19. La consolidation permet aux grandes exploitations laitières américaines de réaliser des économies d’échelle. Par contre, chez nos voisins du sud, cette tendance récente entraîne une perte de diversité en termes de taille des exploitations et une concentration des troupeaux, ce qui les rend plus vulnérables aux maladies et aux épidémies de ravageurs. De plus, il y a un risque de chute de la demande à l’égard des entreprises de soutien et au sein des communautés rurales.

Standards

Le système canadien de la gestion de l’offre répond à des normes élevées, ce qui se traduit par une efficacité accrue et de meilleurs résultats en matière de durabilité. Néanmoins, ce système n’est pas conçu pour maximiser la production.

Les agriculteurs canadiens renforcent de plus en plus leurs capacités à mesurer, déclarer et vérifier leurs progrès dans l’adoption de pratiques de gestion exemplaires, plus particulièrement celles liées à la durabilité environnementale et au bien-être animal. La gestion de l’offre s’accompagne d’une solide gouvernance et d’un contrôle des marchés, ce qui favorise l’adoption généralisée et uniforme de pratiques et de normes, à la ferme et à chaque étape de la chaîne d’approvisionnement. Pour participer aux marchés réglementés, les exploitations soumises à la gestion de l’offre adhèrent à un code de pratique et à des normes, ce qui explique le rehaussement des standards canadiens concernant le bien-être et la santé des animaux, ainsi que la qualité des aliments. Bien que cela puisse être contraignant, les agriculteurs doivent s’y conformer afin d’accéder à ces marchés. Les systèmes de production canadiens qui ne sont pas assujettis à la gestion de l’offre, comme celui du bœuf, disposent aussi de programmes qui garantissent le respect de normes élevées dans les exploitations agricoles, par exemple, le programme d’assurance qualité du bœuf nourri au maïs de l’Ontario. Toujours est-il que le système de gouvernance de la gestion de l’offre permet une adoption généralisée et uniforme des pratiques – un objectif difficile à atteindre lorsque la réglementation et le contrôle des marchés sont moins rigoureux.

Des standards plus stricts que ceux des États-Unis : Le programme proAction a été mis sur pied par les Producteurs laitiers du Canada afin d’établir des normes et d’encadrer les pratiques entourant les six volets suivants : qualité du lait, salubrité des aliments, traçabilité, biosécurité, bien-être des animaux et environnement. Un total de 99,7 % des producteurs laitiers canadiens y adhèrent20. De même, aux États-Unis, il y a le programme National Dairy Farmers Assuring Responsible Management (FARM), qui couvre 99 % de l’offre de lait du pays21. Toutefois, les normes de ces deux programmes et les réglementations complémentaires diffèrent, ce qui peut avoir des répercussions sur la santé animale et la qualité du lait. Les États-Unis autorisent aussi des valeurs plus élevées pour le comptage des cellules somatiques, c’est-à-dire le nombre de globules blancs des vaches. Tout comme chez les humains, un taux élevé de globules blancs signifie que l’organisme lutte contre une maladie ou une inflammation, ce qui est susceptible d’altérer la qualité du lait. Aux États-Unis, la limite est de 750 000 cellules somatiques individuelles par millilitre (ml), tandis qu’au Canada, elle est de 400 000 cellules somatiques individuelles par ml 22 23.

L’industrie met l’accent sur l’efficacité et la durabilité. Les cadres de gouvernance de la gestion de l’offre fournissent également une plateforme pour accroître la participation des agriculteurs à des initiatives sectorielles touchant divers sujets, dont l’efficacité, l’innovation et la durabilité. Par exemple, les producteurs d’œufs du Canada mesurent et déclarent leurs progrès en matière de durabilité par l’intermédiaire de l’Outil d’évaluation de l’empreinte écologique des fermes (OEEEF). Cette approche unifiée fait contrepoids à la fragmentation croissante des projets axés sur la durabilité et la régénération que de nombreux agriculteurs entreprennent pour accéder au marché ou obtenir de nouvelles sources de revenus grâce à des mécanismes comme les crédits carbone et les primes vertes.

Le système laitier sous gestion de l'offre du Canada est un chef de file en matière d'efficacité de la production

La sécurité et la souveraineté alimentaires figurent parmi les priorités des gouvernements du monde entier, à l’heure où les phénomènes météorologiques extrêmes détruisent les cultures et où les barrières commerciales perturbent les échanges.

Les produits laitiers, qui sont importants tant sur le plan nutritif que culturel (qu’on pense au fromage français ou lassi indien) connaissent une forte demande, mais aussi une grande volatilité sur les marchés internationaux. C’est pourquoi le secteur fait l’objet d’une attention particulière en matière de politique, de commerce et de soutien aux agriculteurs.

Voici comment d’autres pays gèrent leur industrie laitière en cette période de transition et de perturbation.

Nouvelle-Zélande : Un chef de file international dont l’empreinte GES est en hausse

La Nouvelle-Zélande a aboli ses contingents de production dans les années 1980 en raison d’une crise budgétaire, faisant ainsi du pays le plus grand exportateur de produits laitiers au monde. En 2001, le gouvernement a mis en place Fonterra, une coopérative agricole qui fixe les prix. Cette dernière est maintenant le principal acheteur de lait néo-zélandais. Le calcul des prix est fondé sur les revenus tirés de la vente de lait, déduction faite des charges d’exploitation, des frais généraux et du recouvrement du capital. La Nouvelle-Zélande a plus que doublé son cheptel national depuis le début des années 1980. La taille des troupeaux individuels a triplé et leur nombre est passé de 15 753 en 1985 à 10 485 en 202424. La libéralisation du marché a métamorphosé les chaînes d’approvisionnement de l’industrie laitière néo-zélandaise, plus particulièrement celle de la production de lait en poudre, dont le volume a augmenté de 237 % depuis 2000, grâce aux accords de libre-échange conclus avec de grands importateurs comme la Chine et aux investissements étrangers et nationaux pour renforcer la capacité et automatiser les processus de transformation25.

Le secteur a gagné en efficacité et en compétitivité, comme en témoigne la consolidation du cheptel. En revanche, la croissance du nombre de vaches a accentué ses répercussions environnementales, notamment ses émissions de gaz à effet de serre (GES). Aujourd’hui, en Nouvelle-Zélande, l’agriculture est à l’origine de plus de 50 % des émissions de GES du pays, et c’est surtout à cause de l’industrie laitière26. Les récents objectifs en matière de GES ont fait naître de l’incertitude dans le secteur, ce qui a donné lieu à une révision des cibles nationales et du rôle de l’agriculture dans l’atteinte de celles-ci. Le partenariat public-privé AgriZero met l’accent sur le financement participatif et l’accélération de la lutte contre les changements climatiques en agriculture. Il s’agit d’un modèle unique pour mobiliser des fonds à un moment où l’attention portée à cette lutte s’essouffle.

Leçon pour le Canada : En tant que première initiative du genre, AgriZero peut servir d’exemple au Canada, dans un contexte où les fonds destinés à la lutte contre les changements climatiques s’épuisent et où le besoin d’une action coordonnée et à grande échelle dans le secteur agricole se fait de plus en plus pressant.

Royaume-Uni : Abandon du modèle de l’UE

Depuis le Brexit, le Royaume-Uni réoriente sa politique vers des subventions régionales dans le cadre des dispositifs de gestion environnementale des terres. Ces dispositifs reposent sur des mesures d’agriculture durable, par exemple, la réhabilitation des terres marginales. Les producteurs laitiers britanniques recevaient des paiements directs au titre de la politique agricole commune de l’UE, mais ces versements seront progressivement éliminés d’ici 2028, étant donné la sortie du Royaume-Uni du bloc économique. Cette transition impose un fardeau financier et administratif, alors même que les agriculteurs doivent s’adapter au changement, tout en faisant face à la hausse des coûts de production au niveau national et à la concurrence accrue des importateurs.

Afin de favoriser les échanges agroalimentaires entre l’UE et le Royaume-Uni, les deux ont convenu d’établir un espace sanitaire et phytosanitaire commun (c’est-à-dire des normes collectives en matière de sécurité et de qualité des aliments). Toutefois, certains estiment que cette décision maintient les liens du Royaume-Uni avec l’UE et pourrait entraver sa capacité à conclure des accords commerciaux avec d’autres pays.

Leçon pour le Canada : Au moment où le Canada s’engage dans une mission visant à renforcer et à diversifier ses relations commerciales internationales, il convient d’éviter de passer d’une dépendance excessive envers les États-Unis à un alignement trop important sur des normes étrangères restrictives à outrance à l’égard des produits agroalimentaires.

Brésil : La difficulté de percer sur le marché mondial, malgré une ambition affichée

Le Brésil a transformé son secteur agricole et se classe maintenant parmi les plus grands exportateurs agroalimentaires, n’étant devancé que par les États-Unis. Pourtant, moins de 1 % de la production laitière du pays est exportée27. La demande intérieure, un système de commercialisation qui n’est pas axé sur les exportations et la forte concurrence sur le marché international ont freiné son expansion.

Les infrastructures de production et de transformation des produits laitiers du Brésil varient grandement, allant des petites exploitations de subsistance aux entreprises modernes de grande envergure. Les premières peuvent bénéficier de subventions pour les investissements dans des actifs tels que les cuves de refroidissement, les pâturages et les infrastructures de traite. Les prix payés aux agriculteurs sont principalement dictés par le marché, mais le gouvernement peut intervenir par l’intermédiaire de la CONAB (société nationale d’approvisionnement) et acheter le lait excédentaire ou accorder des subventions pour l’entreposage.

Affichant l’ambition d’une percée internationale fracassante, le Brésil devra affronter une vive concurrence, notamment de la part de la Nouvelle-Zélande, qui lorgne elle aussi les marchés du Moyen-Orient, de l’Amérique latine et de l’Asie. Pour connaître une croissance mondiale, le Brésil doit aussi revoir ses normes et réglementations moins rigoureuses en matière d’utilisation des terres, d’émissions de GES, de traçabilité et de services logistiques de la chaîne du froid.

Leçon pour le Canada : Bien que le Brésil et le Canada aient suivi jusqu’à présent des trajectoires différentes, ils se disputent de plus en plus la même part du marché mondial des exportations agroalimentaires. L’approche du Brésil, qui favorise la coexistence d’exploitations de tailles diverses et cible la croissance à la fois du marché intérieur et des exportations, devrait inciter le Canada à examiner sa propre production, qui continue de se consolider et qui fait face à une concurrence étrangère croissante.

PERSPECTIVES DES MARCHÉS

Le système canadien de la gestion de l’offre est conçu pour offrir une protection contre les fluctuations des marchés internationaux. Les décideurs doivent néanmoins rester à l’affût des changements structurels et des tendances macroéconomiques ayant trait à l’agriculture mondiale.

Produits laitiers

  • On s’attend à ce que les prix mondiaux réels des produits laitiers pour les producteurs suivent une tendance baissière au cours de cette décennie. Toutefois, ils devraient augmenter par rapport au coût des intrants, surtout à mesure que la production laitière par animal progresse28. Les agriculteurs américains pourraient voir leurs prix réels baisser en moyenne de 8 % par an, ce qui risque de se traduire par une baisse des rendements pour les fermes laitières qui n’innovent pas et ne se développent pas sur les marchés des marchandises29.

  • La consommation mondiale de produits laitiers devrait augmenter de 1 % par an. La production, quant à elle, devrait croître de 1,6 % par an pour s’établir à 1 085 millions de tonnes, stimulée par celle de l’Inde, du Pakistan et de l’Afrique subsaharienne, qui est principalement destinée à la consommation intérieure.30

  • La consommation de produits laitiers frais en Amérique du Nord et en Europe est stable ou en baisse. Cela s’explique par le fait que les consommateurs délaissent le lait entier et la crème et que des boissons végétales, comme le lait d’avoine, se sont imposées comme solution de remplacement. La consommation de produits laitiers transformés, notamment le beurre et le lait en poudre, est en hausse, en raison de leur utilisation dans la fabrication de produits alimentaires, comme les préparations pour nourrissons et les produits de boulangerie. Enfin, la consommation de fromage, qui est étroitement liée au revenu des ménages, augmente dans certains marchés internationaux en plein essor, tels que le Mexique, les États-Unis, le Brésil et l’Arabie saoudite.31

  • Seulement 7 % de la production mondiale de lait est vendue à l’international, à cause de la nature périssable de cette denrée et du fait que dans de nombreux pays, les systèmes de commercialisation sont surtout conçus pour la distribution nationale ou régionale, à quelques exceptions près comme la Nouvelle-Zélande et l’Irlande. Cependant, plus de 50 % du lait en poudre, y compris entier et écrémé, est exporté.32

  • Seulement 7 % de la production mondiale de lait est vendue à l’international, à cause de la nature périssable de cette denrée et du fait que dans de nombreux pays, les systèmes de commercialisation sont surtout conçus pour la distribution nationale ou régionale, à quelques exceptions près comme la Nouvelle-Zélande et l’Irlande. Cependant, plus de 50 % du lait en poudre, y compris entier et écrémé, est exporté.33

Volaille et œufs

  • Les prix mondiaux de la volaille et des œufs devraient baisser à la suite du repli de l’inflation et du coût des intrants. Par exemple, aux États-Unis, le prix à la ferme d’une douzaine d’œufs devrait diminuer de 0,90 $ US au cours de la prochaine décennie, avec un recul moyen de 4 % d’une année sur l’autre34. Par ailleurs, on s’attend à ce que la production américaine augmente de 12 % d’ici 2033, par rapport à l’année de référence 2022.

  • Stimulée par la demande croissante, la production de volaille devrait s’intensifier et finir par représenter près de la moitié de toute la viande produite. On anticipe une hausse de 16 % de la consommation de volaille dans les 10 années qui viennent, soit la plus forte progression parmi les protéines animales. D’ici 2034, la volaille devrait représenter 43 % des protéines animales consommées, avec une croissance notable au Brésil, en Europe et aux États-Unis.35

  • La politique alimentaire autonome de la Chine et la récente résurgence de la peste porcine africaine et de la grippe aviaire ont entraîné une diminution du commerce mondial de viande par rapport au sommet atteint en 2021, année où la Chine comptait pour environ le quart des importations mondiales de viande.

  • La croissance de la population et du PIB en Afrique et en Asie est susceptible de faire rebondir les exportations de viande au cours de la prochaine décennie, surtout celles de volaille, qui devrait représenter plus de 40 % du total.36

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Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Alors que l’intelligence artificielle se généralise, le Canada est à la croisée des chemins : malgré ses centres de recherche de premier plan et son solide bassin de talents, le pays prend du retard dans la course à l’adoption de l’IA menée par les concurrents internationaux. Le problème ne réside pas dans un déficit de technologies ou de compétences, mais dans une sorte de blocage imaginatif, une incapacité généralisée des entreprises canadiennes, et notamment des PME, à percevoir l’intérêt et les avantages de l’IA pour leur activité. Le Canada, avec 12 % seulement des organisations qui ont intégré l’intelligence artificielle dans leur production ou leurs services, figure parmi les derniers en ce qui concerne l’adoption de l’IA dans l’OCDE. Les données de l’OCDE montrent également que le nombre de cas d’utilisation de l’IA envisagés par les sociétés canadiennes est plus restreint que dans les autres pays.

Les avantages sont pourtant sans équivoque. Un sondage récent de la Business Development Bank of Canada révèle que 97 % des PME qui utilisent l’IA constatent des avantages concrets. Les données de Statistique Canada montrent que l’incidence de l’IA sur la réduction des tâches est particulièrement marquée dans les entreprises de moins de 100 employés, ce qui souligne le fort potentiel de ces technologies pour les PME. Le sujet de l’adoption de l’IA figurait à l’ordre du jour du sommet du G7, qui s’est tenu à Kananaskis, en Alberta, puisque les chefs d’État se sont engagés à « redoubler d’efforts » en la matière afin d’améliorer la prospérité.

Pour mieux comprendre pourquoi les entreprises canadiennes peinent à adopter l’intelligence artificielle, Leadership avisé RBC s’est associé à la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l’Université de Toronto pour réaliser plus d’une vingtaine d’entrevues approfondies avec des cadres supérieurs des secteurs privé et public et du monde des technologies au Canada. Voici ce que nous avons appris sur les freins rencontrés par les sociétés de toutes les tailles, et les enseignements tirés des organisations qui n’ont pas hésité à relever le défi de l’IA.  

Parmi les entreprises qui tardent à se mettre à l’IA, certaines sont victimes d’une forme d’inertie : si les coûts d’adoption sont immédiats et bien concrets, les avantages semblent obscurs et distants. Pour les directeurs de la technologie, les projets liés à l’intelligence artificielle nécessitent des investissements initiaux conséquents, mais ils peuvent aussi coûter cher sur le plan de la réputation en cas d’échec. Comme l’admettent certains cadres interrogés, en optant pour une adoption tardive, la société prend le risque d’accumuler du retard par rapport aux concurrents qui ont pris les devants. Le pari est à double tranchant : agir rapidement et risquer de perdre le peu de capital et de personnel disponible, ou attendre et risquer de passer à côté d’un avantage concurrentiel.

Plusieurs dirigeants du secteur des technologies remarquent qu’à cause de ces incertitudes, l’obtention des autorisations est souvent repoussée de 6 à 12 mois. À cela s’ajoute une certaine frustration face au fait que bon nombre de chefs d’entreprise canadiens ne voient pas les avantages dont bénéficient déjà leurs concurrents grâce à l’IA. Les concepteurs de technologies affirment même convaincre davantage lorsqu’ils présentent leurs solutions d’IA aux divisions américaines des entreprises canadiennes.

Pour surmonter ces obstacles, les leaders recommandent de quantifier clairement les investissements dans l’IA en comparant les coûts de l’action immédiate à ceux de l’inaction. Certains outils comme les tableaux de bord permettant de calculer les « coûts du retard » peuvent aider les entreprises à prendre conscience de ce qu’elles ont à perdre.

Bell Canada : surmonter le biais d’inertie

Lorsque GPT-4 est arrivé sur le marché, début 2023, le directeur de Bell Canada a immédiatement voulu savoir ce qui lui en coûterait de ne pas s’en saisir. En quelques semaines, le président du groupe a organisé deux tutoriels à l’attention du conseil d’administration et dévoilé une analyse mettant en balance la perte de productivité et le coût modeste de projets pilotes. Ces chiffres ont été déterminants, puisque des capitaux ont été débloqués au cours du trimestre pour financer des applications d’IA. Les 50 000 appels de clients quotidiens sont désormais analysés en temps réel, et cette technologie met en évidence des points de friction qui étaient auparavant noyés dans des échantillons anecdotiques. Les demandes sont maintenant traitées avec plus de précisions par des agents conversationnels et de clavardage.

Encourager une « culture de l’entrepreneuriat et de l’expérimentation » a également permis à Bell Canada d’imaginer des utilisations innovantes de l’IA qui améliorent largement les processus de communication, les flux de travail et la satisfaction des clients. 

Par peur de perdre leur emploi ou par méconnaissance des avantages de cette technologie, les Canadiens se montrent sceptiques face à l’intelligence artificielle. Une étude KPMG récente montre que 79 % d’entre eux s’inquiètent des conséquences négatives de l’IA. On estime que dans le pays, moins d’un quart des employés ont déjà suivi une formation sur l’intelligence artificielle. La grande majorité des Canadiens ne l’a tout simplement pas suffisamment utilisée pour la démystifier.

Il est toujours utile d’avoir un défenseur de l’IA ou une unité opérationnelle dédiée à l’expérimentation et à la mise en œuvre, mais pour être adoptée largement, cette technologie ne doit pas rester la chasse gardée d’un petit nombre. Nos recherches montrent que les entreprises qui forment leur personnel bénéficient d’une expansion plus rapide des projets d’IA, d’une meilleure mobilisation des employés et d’une confiance générale accrue. La connaissance est un puissant catalyseur pour l’innovation continue et la différenciation concurrentielle.

Hopper : mettre à niveau les aptitudes du personnel pour plus d’efficacité

Au lieu de les remplacer par l’IA, Hopper, une plateforme de voyage établie à Montréal, a formé son personnel d’assistance à des postes axés sur la production de contenus, l’entraînement et les tests de l’intelligence artificielle. Cette mise à niveau des aptitudes pour intégrer l’IA dans les fonctions de l’assistance clientèle a eu raison de l’hésitation des employés, mais elle a aussi permis à Hopper de réduire de 75 % le délai de traitement moyen initial des demandes des clients, qui était de 15 à 20 minutes et a chuté à entre 3 et 5 minutes. Cette stratégie, qui n’a par ailleurs pas nui à la satisfaction des clients, coûte ainsi 90 % moins cher environ que les interactions exclusivement humaines.

Les organisations canadiennes qui ont adopté l’IA avec le plus de réussite reflètent les expérimentations menées à la base (employés « augmentés » qui rédigent déjà des consignes, déploient des correctifs et créent des prototypes grâce aux outils d’IA générative) dans le cadre d’une mission de transition voulue par la direction. Mais si la base est seule à agir, les TI « dans l’ombre » prolifèrent et les chefs de file s’essoufflent par manque de budget ou de pouvoir d’approbation des risques. À l’inverse, si la direction est seule à donner l’impulsion, les initiatives sont perçues comme imposées et le personnel ne manque pas de reprendre ses anciennes habitudes.

Lumberhub : une « superagentivité » ascendante dans un secteur traditionnel

Au moment où une inertie tarifaire chronique s’est installée entre les différentes scieries et où les constructeurs de maisons ont commencé à réduire leurs marges, George McKeown, chimiste reconverti dans le commerce du bois d’œuvre, s’est posé une question simple : Pourquoi accepterions-nous ce manque d’efficacité ?

Sa maîtrise du codage étant insuffisante, il s’est tourné vers des collègues programmeurs travaillant avec des outils d’IA génératives pour écrire plus de 40 000 lignes de code. En moins de trois mois, il a créé une application Web classique React/Typescript fonctionnant sur Amazon Web Services qui acquiert des données en temps réel sur les contrats à terme, produit des devis dynamiques pour chaque référence produit et génère automatiquement les bons de commande pour les fournisseurs.

  • L’intelligence artificielle est utilisée comme un optimisateur, et non comme produit final : la plateforme fonctionne avec les langages classiques SQL et Python ; son code a été écrit beaucoup plus rapidement grâce à des outils de type Copilot.

  • Les avantages sont immédiats : le délai entre le devis et la commande, qui se comptait auparavant en jours, est désormais de quelques minutes, ce qui permet de modérer les fluctuations de prix volatils et sources d’inefficacité.

  • La direction a été motrice : après avoir assisté à une démonstration en direct, le chef de la direction a fait en sorte que l’entreprise définisse un budget pour affiner le prototype et l’intégrer au système de planification des ressources.

L’intelligence artificielle a ouvert un incroyable champ des possibles. Les technologues partent du principe que tous les processus, produits et points de contact des clients peuvent être automatisés. Mais l’abondance peut inhiber l’action et engendrer une sorte de « paralysie du choix ». Le blocage réside souvent dans le choix du tout premier cas d’utilisation. Pour accélérer le processus décisionnel, certaines entreprises font appel à l’expertise de leur personnel en organisant par exemple des « tournois de cas d’utilisation » afin d’évaluer leurs options.

Mais même lorsqu’un programme pilote est choisi et mis en place, les entreprises canadiennes de taille moyenne rencontrent souvent des obstacles importants au moment de les faire évoluer. Au cours de nos entrevues, nous avons relevé trois principaux freins aux initiatives liées à l’IA :

  • Épuisement des financements : Il est fréquent que les aides publiques financent les équipements ou le personnel pendant les premières phases des projets seulement, et ne couvrent pas les coûts d’intégration, de formation et d’adaptation subséquents. De nombreux projets s’arrêtent prématurément parce que ces frais sont habituellement financés par les budgets opérationnels et non sous forme de dépenses en immobilisations.

  • Perte des personnes motrices : Celles et ceux qui pilotent les projets, comme les directeurs d’usine ou les responsables TI, sont souvent promus ou mutés après le début du projet pilote. Leurs successeurs héritent alors des risques sans montrer le même enthousiasme et sans avoir une vision aussi claire du projet initial.

  • Perte du rendement du capital investi en cours de route : Les avantages concrets essentiels pour l’expansion sont rarement abordés pour décider de la répartition des fonds propres. Les améliorations techniques proposées par les ingénieurs doivent se traduire par des projections claires en matière de flux de trésorerie. Les charges d’exploitation potentielles doivent donc être explicitement justifiées par des avantages sur le plan de la trésorerie, et non par des indicateurs abstraits comme le « nombre de défauts par millions d’opportunités ».

De nombreux cadres interrogés expliquent avoir dû faire des pieds et des mains pour rendre l’utilisation de l’IA possible, et insistent sur le caractère fondamental de l’architecture des données. Certains font aussi état d’une pénurie de données de production de qualité dans le secteur manufacturier. Comme il est par ailleurs problématique d’unifier différents ensembles de données, les difficultés au niveau de l’intégration des données finissent par mettre en échec ou retarder la mise en place de l’IA. Avant même d’envisager d’utiliser des outils d’intelligence artificielle, des investissements initiaux conséquents sont souvent nécessaires pour améliorer la qualité, la fiabilité et la gouvernance des données. Cette étape a tendance à être dissuasive pour les entreprises.

Il est primordial de renforcer les infrastructures de données du Canada en construisant de solides écosystèmes prêts pour l’IA. De nombreuses PME, dont près de la moitié ont plus de 20 ans, rencontrent d’importants obstacles pour adapter leurs anciens systèmes et leurs ensembles de données fragmentés. Dans les anciens systèmes de gestion de l’information, les données sont enregistrées dans des formats incompatibles, et elles sont truffées de lacunes et de doublons. Ce travail de nettoyage et de réparation de ces sources épuise souvent les équipes et les budgets bien avant que les avantages se concrétisent.

Hôpital St. Michael : ce que le cloisonnement des données fait perdre au Canada

Créée pour permettre la constitution de grands ensembles de données et améliorer le secteur de la santé, GEMINI est la plus grande plateforme de données hospitalières pour la recherche du Canada.

Si elle regroupe déjà plus de 60 % des établissements hospitaliers de l’Ontario et soutient plus de 1 000 cliniciens par le biais d’une bourse de recherche de 140 millions de dollars, la plateforme rencontre encore certaines difficultés. Le réseau disparate des systèmes hospitaliers et leurs formats de données incompatibles ralentissent les processus de gouvernance, et les cycles d’actualisation des données trop peu fréquents empêchent les progrès. Ces freins mettent en lumière ce que le Canada perdra si l’on ne redouble pas d’efforts en matière d’intégration des données.

Les plateformes comme GEMINI sont capables d’associer automatiquement des patients à des essais cliniques et d’enregistrer efficacement les données de santé, ce qui permet de réduire le coût des essais de 80 % et d’accroître l’attractivité du Canada en la matière. Des ensembles de données détaillées et à grande échelle sont essentiels pour utiliser l’IA dans le domaine de la santé. GEMINI et ses partenaires en Alberta et au Québec ont commencé à agir pour dépasser les freins et souhaitent créer un réseau de partage de données en temps quasi réel regroupant 100 établissements, baptisé VITAL. Il est primordial d’avoir accès à des ensembles de données aussi vastes et détaillés que ceux de GEMINI pour développer l’intelligence artificielle dans la santé. Ils seront déterminants pour permettre au Canada de se démarquer dans ce secteur.

Il n’est pas rare d’investir dans l’IA pour automatiser ce que l’on connaît (tâches répétitives) ou pour analyser les inconnues connues (questions que l’on peut formuler, mais auxquelles on ne peut répondre). Certaines grandes réussites découlent pourtant des inconnues inconnues, c’est-à-dire de ce qui manquait aux dirigeants, mais dont ceux-ci n’étaient pas conscients avant que le modèle d’IA ne le pointe du doigt.

En observant des années de données capteurs, de journaux d’appels ou de documents d’expédition, les modèles d’intelligence artificielle peuvent repérer des corrélations et des anomalies qui échappent à l’analyse humaine : une consommation électrique excessive sur une ligne de production, par exemple, ou des microcoupures à répétition sur un réseau de distribution, ou encore des occasions de ventes croisées insoupçonnées en commerce électronique. L’analyse des budgets, des indicateurs clés de rendement et des risques étant pensée pour certains problèmes définis, la capacité de l’IA à en révéler de nouveaux élargit les horizons opérationnels d’une entreprise.

Linamar : transformer les « inconnues inconnues » en avantage concurrentiel

La possibilité de repérer les sources d’inefficacité cachées et de trouver des solutions inattendues dans des environnements de production complexes transforme la manière dont Linamar voit les données négligées, ce qui recèle des avantages concurrentiels concrets.

Quand Linamar a injecté 10 ans de données d’atelier dans la plateforme d’IA et d’analyse industrielle Acerta LinePulse, la première surprise a été de découvrir plusieurs microfluctuations dans la pression de la pompe que les ingénieurs n’avaient jamais relevées. En résolvant ce problème, l’entreprise a pu éliminer une source de coûts silencieux dans son processus de production de pièces pour les boîtes de vitesses de véhicules électriques. L’outil d’apprentissage automatique du logiciel chargé d’analyser les causes profondes a ensuite su déceler la variable en amont qui causait le plus « de bruit, de vibrations et de rugosité » parmi plus de 100 paramètres qu’aucun humain n’aurait pu corréler en temps réel. Sur une autre ligne de production, le modèle d’IA a mis le doigt sur un goulet d’étranglement dans la ligne d’assemblage qui ralentissait la productivité.

En utilisant une plateforme d’IA industrielle capable de résoudre les problèmes dans la plupart des environnements de production discrète, Linamar ne s’est pas contenté de faire des économies ponctuelles. L’entreprise en a fait un outil diagnostic permanent dont chaque analyse permet de libérer des capacités, de résoudre des problèmes de commercialisation, et même d’élargir la clientèle.

De la même manière que la croissance économique reposait jadis sur les chemins de fer et les réseaux électriques, l’innovation nécessite aujourd’hui de solides capacités de calcul pour l’IA, c’est-à-dire des superordinateurs et des groupes d’UTG. Le Canada accuse pour l’instant un retard conséquent dans un contexte de demande croissante en matière d’entraînement et de déploiement de modèle d’IA de pointe. Derrière tous les pays membres du G7, le Canada possède huit à dix fois moins de puissance de calcul disponible par personne par rapport à d’autres pays comme les États-Unis. Ces lacunes nationales pourraient bien freiner les innovateurs canadiens, alors que certains pays proposent à leurs entreprises et chercheurs en IA des infrastructures conséquentes et subventionnées. Par ailleurs, le recours par les institutions canadiennes à des fournisseurs de services infonuagiques étrangers présente des risques accrus pour la souveraineté, la sécurité et la résilience économique en ce qui concerne les données sensibles et l’utilisation de l’IA au sein du gouvernement.


Les cadres interrogés expliquent que faire la queue pour accéder aux capacités de calcul nationales peut rallonger les délais d’entraînement de plusieurs heures, voire de plusieurs jours, ce qui fait drastiquement chuter la vitesse d’itération. Les règles sur les marchés publics et la prudence du secteur public en ce qui concerne les achats freinent aussi la constitution de groupes souverains susceptibles d’attirer des locataires majeurs. Sans « crédits d’utilisation » ciblés ni infrastructure commune, même les plus éminents chercheurs ne peuvent pas totalement commercialiser leurs modèles dans leur pays.

À l’échelle des provinces, certaines initiatives comme l’Artificial Intelligence Data Centres Strategy (stratégie en matière de centres de données pour l’intelligence artificielle), en Alberta, contribuent à aligner les atouts locaux (aptitudes ou énergie, par exemple) avec les perspectives économiques offertes par les infrastructures liées à l’intelligence artificielle. Ces projets viennent compléter avantageusement les stratégies fédérales qui incitent au développement général de ces infrastructures.

Certaines initiatives fédérales récentes, notamment la Stratégie canadienne sur la capacité de calcul souveraine pour l’IA et ses 2 milliards de dollars de budget, représentent des mesures importantes pour rattraper le retard. Le premier projet entrepris dans ce cadre, un partenariat national de superinformatique entre Cohere et CoreWeave, permettra ainsi aux entreprises d’IA canadiennes d’utiliser des ressources informatiques essentielles sur le territoire national. L’accélération et l’élargissement de ces investissements stratégiques pourraient renforcer considérablement les infrastructures liées à l’IA au Canada et permettre la mise au point de solutions rapide et sécurisée sans recours à des prestataires externes.

La responsabilité réglementaire est actuellement répartie entre plusieurs acteurs, notamment Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE), le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, le Bureau de la concurrence, ainsi que des organismes de réglementation sectoriels comme Santé Canada et Transports Canada. De plus en plus, les provinces élaborent leurs propres recommandations (modifications de Loi 25 du Québec concernant la vie privée, par exemple), ce qui donne naissance à ce que certains qualifient de « mini-UE » où coexistent 13 régimes distincts.

L’absence de leadership fédéral constitue un obstacle réglementaire majeur évoqué au cours de la plupart des entrevues. Les tentatives récentes, et notamment la Loi sur l’intelligence artificielle et les données, sont tombées à l’eau suite à des difficultés politiques. Cette loi a été critiquée pour ses exigences lourdes et excessivement prudentes en matière de conformité, mais aussi pour des lacunes procédurales et une mobilisation inadéquate des parties prenantes. Le Canada gagnerait à avoir un cadre réglementaire clair qui favorise l’innovation, implique une réelle participation du public et permet concrètement la mise en place de l’IA.

Cette absence de lignes directrices fédérales touche les PME, pilier de l’économie canadienne, de façon disproportionnée. Les plus petites entreprises aux ressources généralement limitées ont du mal à lire entre les lignes des ambiguïtés réglementaires et hésitent donc à investir dans l’intelligence artificielle. Les dirigeants du secteur des technologies interrogés par RBC sont nombreux à déplorer l’incertitude persistante et l’excès de prudence engendrés chez les entreprises par les effets d’annonce répétés qui ne sont jamais suivis de recommandations concrètes. Inquiètes des futurs coûts de conformité en cas de durcissement des réglementations, les organisations se cantonnent donc aux cas d’utilisation classiques de l’IA. Un peu de clarté serait réellement bénéfique.

Malgré les obstacles, nombreuses sont les entreprises canadiennes qui ont réussi à intégrer l’IA dans leur activité et qui en retirent des avantages concurrentiels. Pour réussir, les entreprises :

  • Quantifient ce qui leur coûterait d’agir et de ne rien faire pour s’assurer que la répartition des fonds propres est décidée en connaissance de cause, en sachant les risques et les avantages de l’IA

  • Sensibilisent leurs employés aux avantages de l’IA et leur apprend à utiliser ces technologies, à la fois pour les faire avancer dans leur carrière et pour accroître l’efficacité opérationnelle de l’organisation

  • Sortent de la torpeur liée à la paralysie du choix en intégrant des employés dans le processus d’évaluation et en leur donnant les moyens de mettre en œuvre des solutions

  • Investissent dans la gouvernance des données pour disposer de données uniformisées, consolidées et prêtes pour l’IA

  • Définissent un budget « exploratoire » en réservant une partie des dépenses annuelles dédiées à l’IA à l’exploration de données ouverte afin de ne pas passer à côté d’occasions difficiles à repérer ; en cultivant cet état d’esprit chez leur personnel, ces entreprises transforment chaque nouvel ensemble de données en terrain de chasse permettant de repérer des sources d’inefficacité cachées et des occasions de croissance

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Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Les dernières années ont été extrêmement difficiles pour bon nombre de Canadiens. La pandémie a causé d’importantes perturbations sur le marché du travail et fait grimper l’inflation à des niveaux jamais vus depuis plusieurs décennies, tandis que la guerre en Ukraine n’a fait qu’empirer les choses. Et maintenant, le pays est confronté à une guerre commerciale avec les États-Unis qui provoque ses propres ondes de choc, dont des pertes d’emplois et des bouleversements dans les chaînes logistiques qui poussent les prix des biens vers des niveaux encore plus élevés. Beaucoup n’arrivent plus à suivre.

Aujourd’hui, un Canadien sur quatre fait face à l’insécurité alimentaire. Cela représente 10 millions de personnes, un chiffre sans précédent au Canada.1 Le problème est surtout celui de l’accessibilité financière. Il y a une abondance de nourriture. Mais cette nourriture est inabordable pour de plus en plus de monde. En mars 2024, les banques alimentaires canadiennes ont enregistré plus de deux millions de visites. Autrement dit, une hausse de 90 % en seulement cinq années.2 Sachant que les banques alimentaires sont utilisées en tout dernier recours, cette situation est dramatique. Le soutien aux banques alimentaires et leur approvisionnement est une question critique. Cependant, pour remédier à l’insécurité alimentaire à long terme, il est vital de construire une économie canadienne plus robuste. En particulier, il faut résoudre la crise de l’accessibilité, améliorer la productivité et faire avancer un développement économique durable dans les régions canadiennes rurales et éloignées.

Les taux de pauvreté et d'insécurité alimentaire en hausse au Canada

Guerre commerciale visant la nourriture : augmentation des pertes d’emplois, coûts et perturbations

Les pertes d’emploi et l’insécurité obligent de nombreuses personnes à faire des choix difficiles

La guerre commerciale du président américain Donald Trump a provoqué une incertitude générale. Des lancements ont été retardés. La production est en pause. Des mises à pied ont été annoncées. Entre janvier et mai, le secteur manufacturier canadien a perdu 54 000 emplois et le taux de chômage du pays s’est hissé à 7 %, ce qui représente son sommet depuis 2016 exception faite de la pandémie.3 4 Les secteurs sensibles aux échanges commerciaux, dont celui de la manufacture, continuent de procéder à des mises à pied, et l’incertitude s’est accrue au regard de l’emploi dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium qui subissent les droits de douane de 50 % imposés par l’administration Trump. Une telle volatilité pourrait entraîner les travailleurs dans une situation financière précaire.

Le ménage canadien moyen a consacré environ 76 750 $ à l’achat de biens et de services en 2023, avec des parts respectives de 15 % et 32 % dans la nourriture et le logement. Le quintile de revenu inférieur a dépensé 40 080 $ par an, soit environ la moitié des dépenses du ménage moyen, avec des parts de 18 % dans l’alimentation et de 35 % dans le logement.5 En cas de perte d’emploi ou dans la crainte d’une mise à pied, les Canadiens situés dans les tranches d’imposition supérieures ont la possibilité de réduire leurs dépenses de consommation discrétionnaire (nouveaux vêtements, repas au restaurant) à court terme. Les ménages à faible revenu, qui n’ont pas ce luxe, doivent faire un choix difficile entre leurs différents besoins de base à couvrir comme les services publics, les médicaments et la nourriture. Entre autres, ces choix peuvent avoir des répercussions sur la qualité des aliments achetés, les ménages à faible revenu optant pour des aliments plus économiques et moins nutritifs.6

Tout comme les replis du marché du travail, les fluctuations sur les marchés internationaux de marchandises touchés par les guerres commerciales peuvent impacter les Canadiens dont le revenu est directement lié aux prix du marché. Les agriculteurs sont souvent en bout de chaîne, dans l’incapacité de répercuter la hausse des coûts sur les acheteurs et les consommateurs. De plus, les droits de douane imposés par la Chine sur les produits agroalimentaires comme l’huile de canola et les fruits de mer ont récemment porté un dur coup à l’économie rurale du Canada. La Nouvelle-Écosse serait la province la plus touchée par les droits de 25 % imposés par la Chine sur les produits aquatiques, lesquels représentaient 9,2 % de la valeur totale des exportations de la province en 2024. Les agriculteurs et les pêcheurs sont habitués à la volatilité liée aux conditions météorologiques et à l’évolution de la demande. Néanmoins, des perturbations persistantes pourraient éroder la stabilité des régions rurales et éloignées déjà désavantagées pour accéder aux occasions économiques et aux services.

En outre, les droits de douane ne touchent pas seulement la sécurité de l’emploi. Par exemple Windsor, en Ontario, est tributaire de l’automobile, de la fabrication de pointe, de la transformation des aliments, et de la manutention et de l’expédition des céréales et oléagineux. Cette dépendance rend toute la ville et ses environs vulnérables aux droits de douane imposés par Donald Trump au secteur de l’automobile, ainsi qu’aux droits de douane de rétorsion imposés par la Chine aux produits agroalimentaires canadiens. Le taux de chômage de Windsor est supérieur à la moyenne nationale, avec un niveau de 10,8 % en mai 2025 contre 7,8 % en mai 2024.7 De plus, les multiples pressions sur l’emploi d’une région et la hausse du coût de la vie peuvent avoir des répercussions sur le commerce de détail et les services. À mesure que les dépenses de consommation se resserreront, tous les secteurs et leurs travailleurs seront touchés.

La hausse du coût de la vie menace d’aggraver la crise de l’insécurité alimentaire.

En raison de la hausse des coûts au Canada, un seul emploi ne suffit plus à répondre aux besoins de base. Plus de 60 % des ménages canadiens en situation d’insécurité alimentaire dépendent d’un salaire ou d’un revenu de travail autonome en tant que principale source de revenu.8 Les travailleurs qui font face à une insécurité alimentaire modérée à grave occupent souvent des emplois à faible rémunération ou des emplois précaires qui ne suffisent pas à suivre le rythme du coût de la vie. Au Canada, les membres des minorités visibles, les femmes et les nouveaux immigrants gagnent un revenu inférieur à la moyenne nationale. Par conséquent, l’insécurité alimentaire frappe ces groupes de façon disproportionnée. Plus de 46 % des ménages noirs et 39 % de la population autochtone vivant hors réserve sont en situation d’insécurité alimentaire.9 Les ménages monoparentaux ont également un taux d’insécurité alimentaire plus élevé, soit 52 %.10

Les effets de l’insécurité alimentaire aggravent la marginalisation des groupes vulnérables. L’insécurité alimentaire est associée à une plus forte probabilité de maladies chroniques comme le diabète et les troubles cardiovasculaires. Il en résulte davantage de consultations médicales et d’hospitalisations. Les coûts de santé associés aux Canadiens en situation d’insécurité alimentaire sont plus de deux fois plus élevés que ceux associés aux Canadiens en situation de sécurité alimentaire.11 L’insécurité alimentaire a également des répercussions sur le développement physique et mental des enfants, ainsi que sur leur rendement scolaire et leur comportement.12 Ces incidences mettent en lumière les coûts sanitaires et socioéconomiques qui pèsent sur les familles et sur l’économie canadienne.

Au cours des cinq dernières années, la crise de l’accessibilité a durement frappé les ménages dont les salaires ne suivent pas la montée des prix des biens et des services. À mesure que les stocks d’avant les droits de douane sortent des rayons des épiceries, les nouveaux prix incluant les droits de douane intensifient l’inaccessibilité des produits au Canada, en particulier dans l’alimentaire. Depuis janvier 2025, les prix des aliments constituent un important facteur de hausse de l’indice des prix à la consommation au Canada. En avril 2025, les prix des alimentes ont augmenté de 3,8 % par rapport à l’année précédente.

Augmentation de 'écart entre le coût des aliments et les salaires

Les perturbations de chaîne logistique impactent la stabilité et le coût des aliments

Les sociétés alimentaires et les détaillants ont fait état de pertes au premier trimestre, conséquence directe de la guerre des droits de douane.13 En plus de faire face à des pertes, les chaînes logistiques agroalimentaires entre le Canada et les États-Unis doivent maintenant satisfaire à des exigences administratives additionnelles pour prouver leur conformité à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), étant donné que seulement deux tiers des exportations agroalimentaires canadiennes ont été échangés dans le cadre de l’ACEUM en 2024. Les fournisseurs, grossistes et détaillants agroalimentaires, dont les marges sont souvent très minces, n’ont pas la capacité d’absorber ces complexités et ces coûts supplémentaires. En définitive, la hausse des coûts est répercutée sur le consommateur. Aux États-Unis, les droits de douane devraient entraîner une hausse de 2,6 % des prix des aliments à court terme, avec une incidence disproportionnée sur les fruits et légumes dont les prix pourraient augmenter de 5,4 %.14

Les guerres commerciales ont déclenché un mouvement en faveur de la diversification. Bien que la diversification des échanges commerciaux constitue une stratégie pour accroître et renforcer les exportations agroalimentaires canadiennes, cette approche comporte quelques inconvénients, parmi lesquels une certaine incertitude à court terme sur le plan de la qualité et des coûts pour les consommateurs en attendant que les chaînes logistiques soient bien établies. La stabilité et la régularité des échanges commerciaux sont des conditions déterminantes pour maintenir les coûts de transport, de logistique et d’exploitation à des niveaux raisonnables pour les négociants, les grossistes et les détaillants, ce qui contribue à la constance des prix, de la qualité et de la disponibilité pour les consommateurs. À l’heure actuelle, l’incertitude liée aux droits de douane remet en question les avantages auxquels les consommateurs nord-américains sont habitués en raison de la connexion des chaînes logistiques entre le Canada et les États-Unis.

Prochaine étape : lier les solutions alimentaires aux ambitions de croissance du Canada

Les solutions à l’insécurité alimentaire au Canada sont bien documentées, mais le problème reste du côté des politiques et des engagements financiers à grande échelle.

Les solutions pourraient inclure :

  • Combler les disparités entre les régions rurales et urbaines du Canada en ce qui a trait à l’accès aux ressources, aux revenus de subsistance et aux occasions de développement économique.

  • Reconstruire le filet de sécurité sociale du Canada en vue de mieux soutenir les ménages à faible revenu et d’intervenir de façon proactive lorsqu’un ménage fait face à une perte de revenu ou à une perturbation ayant un impact sur son budget.

  • Améliorer l’accessibilité au logement. 

Une cible de sécurité alimentaire pourrait constituer le catalyseur nécessaire pour unir ces solutions, susciter des actions à l’échelle du Canada et suivre les progrès réalisés. Cette idée n’est pas nouvelle. Les experts de la sécurité alimentaire au Canada recommandent une cible de 50 % d’ici 2030.15 16 Mais le moment est venu d’adopter une vision ambitieuse pour la sécurité alimentaire au Canada, alors que le pays s’emploie à bâtir une économie plus forte. L’un des principaux défis consiste à déterminer dans quels domaines les solutions de sécurité alimentaire peuvent être harmonisées avec les engagements existants, afin d’insuffler un nouvel élan. Le plan pour la sécurité alimentaire au Canada doit aussi veiller à améliorer les taux de façon proportionnelle dans les régions et les groupes les plus vulnérables.

Le taux d'insécurité alimentaire est exceptionnellement élevé dans le nord du Canada

Promouvoir le développement et renforcer les services de santé dans les collectivités rurales et éloignées, tout en accélérant les grands projets d’infrastructure au Canada. L’ambition du Canada d’accélérer les grands projets d’infrastructure, du port de Churchill au Cercle de feu, se concentre principalement dans les régions rurales et éloignées du nord du Canada. Les régions rurales et éloignées du Canada représentent 25 % du PIB du Canada, mais elles sont nettement déficientes en matière de soins de santé, de logement et d’accès aux autres besoins essentiels comme les aliments sains.17 L’insécurité alimentaire est élevée partout au Canada, mais plus particulièrement dans le Nord et dans les régions éloignées. Plus de 58 % des habitants du Nunavut sont en situation d’insécurité alimentaire. De plus, au Canada, seulement 7 % des médecins travaillent dans les régions rurales, alors que celles-ci représentent 18 % de la population totale du Canada.18

Les plans du Canada pour assurer sa sécurité et sa souveraineté économiques reposent en grande partie sur la disponibilité d’une main-d’œuvre productive dans les régions rurales et éloignées. Toutefois, il est compliqué de convaincre les travailleurs de rester ou d’emménager dans les régions rurales ou éloignées pour mener à bien les projets en question si ces régions ne leur permettent pas d’accéder aux ressources dont ils ont besoin pour assurer une vie saine à leurs familles. Le Canada pourrait renverser la tendance d’une croissance 15 fois plus rapide dans les zones urbaines que dans les régions rurales en atténuant la fuite des cerveaux et des ressources grâce à des investissements dans les ressources des collectivités, en renforçant par exemple l’accès aux soins de santé, aux aliments et au logement, afin de se mettre au niveau de ses ambitions en matière de grands projets d’infrastructure.19

Améliorer l’accès au soutien financier et aux prestations sociales pour les ménages en engageant des réformes politiques. Le moment serait bien choisi pour faire avancer les projets de réforme, à présent que le gouvernement libéral s’est engagé à examiner et réformer le processus de demande de crédit d’impôt pour personnes handicapées (CIPH). Le CIPH donne accès à d’importants programmes du gouvernement fédéral, dont la Prestation canadienne pour les personnes handicapées, l’Allocation canadienne pour enfants destinée aux enfants handicapés et le Régime canadien de soins dentaires. Cet examen donne l’occasion d’encourager le réseau canadien de banques alimentaires desservant les familles bénéficiaires du CIPH à élaborer des solutions pratiques et efficaces pour les ménages, en particulier ceux qui font face à la crise du logement et à l’insécurité alimentaire.

En plus de l’admissibilité aux prestations, les groupes les plus vulnérables au Canada, y compris les personnes handicapées et les sans-abri, sont souvent les plus difficiles à joindre pour faire les déclarations fiscales, et le taux de déclaration de revenus de cette population est inférieur à la moyenne nationale de 92 %.20 Les revenus non déclarés et les crédits d’impôt non réclamés représentent plus de 8,9 millions de chèques de l’Agence du revenu du Canada (ARC) non encaissés, pour un total de 1,4 milliard de dollars.21 La valeur des crédits d’impôt ne résoudra pas toutes les difficultés financières des ménages, mais c’est un bon début.

Le projet pilote de l’ARC concernant la déclaration automatique des revenus, de même que les approches visant à rationaliser et à simplifier les déclarations fiscales sont l’occasion de définir des services de soutien qui aideraient les Canadiens à naviguer dans les processus administratifs pour devenir admissibles aux crédits d’impôt et en bénéficier. Nous avons aussi beaucoup à apprendre des organismes communautaires, comme les banques alimentaires, qui offrent des services intégrés tels que des programmes d’alimentation et de littératie financière aux populations les plus vulnérables et marginalisées du Canada.

Harmoniser les objectifs de sécurité alimentaire avec l’essor de la construction résidentielle au Canada. La réduction des coûts du logement peut transformer le budget d’un ménage. Le projet du nouveau gouvernement fédéral libéral de construire 500 000 logements par année stimulerait l’économie tout en répondant à un besoin essentiel, étant donné que l’une des priorités du plan « Construire des logements au Canada » est de construire des logements abordables à grande échelle. Cette priorité se traduit par un engagement de 6 milliards de dollars en faveur du logement très abordable couvrant les logements admissibles aux allocations, le logement pour les Autochtones et les refuges. En plus de construire rapidement de tels logements et d’établir des cibles relatives aux sans-abri dans les provinces, le gouvernement pourrait envisager de s’harmoniser avec les objectifs de sécurité alimentaire et les actions menées à l’échelle nationale afin d’évaluer ses progrès en matière de logement abordable, dans l’objectif d’améliorer l’accès à un mode de vie plus sain et plus productif, ce qui contribuerait à la croissance de l’économie canadienne.

L’insécurité alimentaire est un problème systémique qui requiert des solutions fondées sur les systèmes. Alors que le Canada s’engage dans une ère de stimulation de la croissance, le moment est venu d’examiner la façon dont le pays peut mettre à profit son approche unifiée pour lutter contre les symptômes les plus chroniques d’une économie à la dérive : l’insécurité alimentaire et la pauvreté.

Expériences et approches dans le reste du monde

L’insécurité alimentaire touche tous les pays, et plus de 295 millions de personnes sont aux prises avec la faim aiguë dans le monde. Les pays adoptent des approches différentes pour mesurer, surveiller et atténuer le problème, qui vont bien au-delà des programmes et des politiques alimentaires et s’étendent aux domaines du revenu, du logement et de l’équité sociale. Toutefois, les économies avancées comme le Canada élargissent de plus en plus leurs programmes alimentaires pour contrer les répercussions de l’insécurité alimentaire sur les collectivités à court terme. 

Au Royaume-Uni, plus de 7 millions de personnes, soit 11 % de la population, appartiennent aux ménages en situation d’insécurité alimentaire.22 Et un tiers des enfants du Royaume-Uni vivent dans la pauvreté. Pour relever ce défi, le gouvernement a mis sur pied un Groupe de travail contre la pauvreté des enfants.23 De plus, le Royaume-Uni a mis en place plusieurs programmes notables directement liés à l’accès aux aliments, parmi lesquels :

  • Un programme de repas scolaires gratuits fournit aux enfants et aux jeunes des repas conformes aux normes alimentaires recommandées. En plus des repas scolaires, le Royaume-Uni a lancé le programme Holiday Activities and Food (HAF) en 2022 afin d’améliorer l’accès à la nourriture et aux ressources pendant les vacances scolaires.24

  • En Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord, les bons Healthy Start aident les personnes à faible revenu à se procurer des vitamines prénatales, du lait maternisé et des aliments adaptés à la santé des enfants en bas âge. En Écosse, un programme équivalent appelé Best Start Foods a été lancé en août 2019.

  • Household Support Fund : prestations de 1,5 milliard de livres sterling allouées en 2022-2023 pour aider les ménages à payer les dépenses essentielles comme l’alimentation, l’électricité et le logement.

De plus, le Royaume-Uni mène sa plus grande campagne de construction de logements depuis la Seconde Guerre mondiale. Cet effort de construction est motivé par les répercussions de la pénurie de logements abordables sur la stabilité et les dépenses des ménages. La campagne inclut un plan visant à créer une douzaine de nouvelles villes d’environ 10 000 logements chacune.25

En Nouvelle-Zélande, 27 % des ménages avec enfants ont souvent ou parfois manqué de nourriture en 2023, ce qui marque une hausse par rapport à 14,4 % en 2021.26 Face à l’aggravation de l’insécurité alimentaire, la Nouvelle-Zélande a dirigé la mise sur pied d’une feuille de route sur 10 ans en faveur de la sécurité alimentaire pour la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC). Ce plan couvre quatre domaines clés : la numérisation, la productivité, l’inclusivité et la durabilité. L’APEC comprend 21 pays membres de la ceinture du Pacifique, y compris le Canada.

Plusieurs ministères néo-zélandais encadrent la recherche, les politiques et les programmes en faveur de la sécurité alimentaire, notamment ceux de la santé, de l’éducation et du développement social, ce qui témoigne de la reconnaissance de l’impact de l’insécurité alimentaire sur la santé et le bien-être des humains. La Nouvelle-Zélande connaît le développement d’un mouvement de plus en plus marqué en faveur de l’accès aux ressources dans les quatre principales régions du pays, en vue de répondre aux besoins essentiels et d’améliorer les conditions de vie :

  • Lancement en 2022 du Public Health Advisory Committee. En 2023, ce comité a été chargé d’examiner le système alimentaire de la Nouvelle-Zélande et d’émettre des conseils et des recommandations, lesquels sont présentés dans son rapport de 2024 intitulé Rebalancing Our Food System.

  • La Nouvelle-Zélande verse des fonds publics pour entretenir les infrastructures de distribution alimentaire dans les collectivités et soutenir les centres alimentaires communautaires régionaux dans le cadre du programme Food Secure Communities établi en 2020.

  • Le programme de repas sain à l’école (Ka Ora, Ka Ako) a été lancé en 2019 pour offrir des repas gratuits aux élèves qui fréquentent les écoles de régions à faible revenu. Le programme est mis en œuvre dans plus de 1 000 écoles et fournit des repas à près de 240 000 étudiants chaque jour.

L’insécurité alimentaire a touché 47 millions d’Américains en 2023. À l’issue de la pandémie, les États-Unis ont connu une tendance similaire à celle du Canada, c’est-à-dire que le taux des ménages en situation d’insécurité alimentaire est passé de 10 % à 14 % entre 2021 et 2023.27 Parmi les pays de l’OCDE, seul le Costa Rica présente des inégalités de revenus prononcées. Les projets de loi comme celui de la « grande et belle loi » menacent d’aggraver les inégalités aux États-Unis en augmentant la dette nationale, ce qui pourrait mener à des coupes dans les programmes visant à réduire l’insécurité alimentaire et améliorer l’accès à la nourriture, notamment :

  • Le programme Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP) offre une subvention soumise à restrictions pour l’achat de nourriture. Le SNAP dessert 42,2 millions de personnes par mois en moyenne (12,6 % de la population des États-Unis).28 Il a été démontré qu’une participation au programme SNAP pendant six mois permet de réduire l’insécurité alimentaire de 5 à 10 points de pourcentage, et que ce programme est encore plus efficace pour les enfants et les personnes dont la sécurité alimentaire est très faible.29 30 Le SNAP a également démontré son incidence positive sur l’activité économique et la création d’emplois au sein des collectivités locales.

  • TLe programme Special Supplemental Nutrition Program for Women, Infants and Children (WIC) offre une subvention alimentaire soumise à restrictions, destinée aux femmes enceintes, aux jeunes mères, aux nourrissons et aux enfants jusqu’à cinq ans qui répondent à des critères d’admissibilité fondés à la fois sur le revenu et la nutrition.31 En 2023, le gouvernement fédéral a consacré 6,6 milliards de dollars américains au programme WIC, qui a bénéficié en moyenne à 6,6 millions de personnes par mois.32

Nos partenaires de projet

Télécharger le rapport

  1. Statistique Canada. Insécurité alimentaire selon le type de famille économique, 2025.

  2. Banques alimentaires Canada. Bilan-Faim 2024, 2024.

  3. Statistique Canada. Caractéristiques de la population active selon la région métropolitaine de recensement, moyenne mobile sur trois mois, données désaisonnalisées, 2025.

  4. Statistique Canada. Emploi selon le secteur, données mensuelles désaisonnalisées et cycle de tendance, cinq derniers mois (x 1 000), 2025.

  5. Statistique Canada. Dépenses des ménages selon le quintile de revenu du ménage, Canada, régions et provinces, 2025.

  6. French et al. La qualité nutritive des aliments achetés varie selon le revenu des ménages (étude SHoPPER, 2019).

  7. Statistique Canada. Caractéristiques de la population active selon la région métropolitaine de recensement, moyenne mobile sur trois mois, données désaisonnalisées, 2025.

  8. Li T, Fafard St-Germain AA, Tarasuk V. : Surveillance de l’insécurité alimentaire des ménages au Canada (2022), 2023.

  9. Statistique Canada. Insécurité alimentaire selon certaines caractéristiques démographiques, 2025.

  10. Statistique Canada. Insécurité alimentaire selon le type de famille économique, 2025.

  11. Statistique Canada, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) 2005, 2007-2008, 2009-2010, bases de données administratives de l’Ontario. D’après : Tarasuk, Cheng, de Oliveira, Dachner, Gundersen et Kurdyak (2015)

  12. Gallegos et al. Insécurité alimentaire et développement de l’enfant, 2021.

  13. Pepsico. PepsiCo Reports First-Quarter 2025 Results; Updates 2025 Financial Guidance, 2025.

  14. The Budget Lab at Yale. State of U.S. Tariffs : 15 avril 2025

  15. Banques alimentaires Canada. Lettre ouverte conjointe : Réduire de moitié l’insécurité alimentaire au Canada d’ici 2030, 2025.

  16. Beardsley, McCain et Saul. Engageons-nous à réduire l’insécurité alimentaire de moitié, 2022.

  17. Innovation, Sciences et Développement économique Canada Développement économique rural.

  18. Institut canadien d’information sur la santé. Profil des médecins au Canada, 2025

  19. Statistique Canada. Recensement en bref, 2022.

  20. Canada Revenue Agency. Statistical report on the participation of the hard-to-reach populations in the tax and benefit systems, 2024.

  21. Agence du revenu du Canada. Environ 1,4 milliard de dollars de chèques non encaissés dormaient dans les coffres de l’Agence du revenu du Canada en 2022.

  22. Parlement du Royaume-Uni. Who is experiencing food insecurity in the UK? 2024.

  23. Gouvernement du Royaume-Uni. Tackling Child Poverty: Developing Our Strategy, 2024.

  24. Gouvernement du Royaume-Uni. Guidance : Holiday activities and food programme 2024, 2025.

  25. Gouvernement du Royaume-Uni. Government unveils plans for next generation of new towns, 2025.

  26. Ministère de la Santé. New Zealand Health Survey, 2025.

  27. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. Food Security in the U.S. – Key Statistics & Graphics, 2025.

  28. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. SNAP in Action, 2025.

  29. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. Measuring the Effect of SNAP Participation on Food Security, 2025.

  30. Johnson-Green et Claflin. Gender and Racial Justice in SNAP, 2021.

  31. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis. Programme WIC | Economic Research Service, 2025.

  32. Economic Research Service, département de l’Agriculture des États-Unis.

Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Principales conclusions

  • Le gaz joue un rôle décisif dans nos meilleurs et pires scénarios concernant les systèmes énergétiques mondiaux. Il représentera un carburant de transition essentiel dans la « décarbonisation du monde » puis connaîtra une régression à la fin des années 2030 ; dans notre pire scénario, celui que nous dénommons le « monde dystopique », il procure une sécurité énergétique.

  • Le gaz peut assurer la sécurité énergétique des pays du G7+, quoiqu’avec des efforts. Pour les consommateurs des pays du G7+, il peut réduire la dépendance à l’égard de la Russie dans l’immédiat et éviter les cycles d’essor et de contraction de l’économie. Dans le long terme, il ouvre de nouveaux marchés prometteurs pour les producteurs des pays du G7+. Cette marchandise est toutefois problématique sur le plan géopolitique : elle est hors de prix dans certaines régions comme l’Asie. On la juge également trop riche en carbone. Le G7+ peut aider à surmonter ces obstacles.

  • Le gaz peut contribuer à lutter contre le changement climatique, bien qu’il puisse aussi en aggraver la situation. On remet en question l’atteinte de zéro émission nette avant les années 2060. Le G7+ peut toutefois promouvoir des politiques et des technologies qui catalysent la capture de carbone, accélèrent la réduction de l’intensité de méthane et encouragent le développement de solutions de rechange à faible émission de carbone (p. ex., l’ammoniac et l’hydrogène). L’augmentation de la température mondiale à environ 1,7 à 1,8 °C s’en trouverait limitée par rapport aux niveaux préindustriels.

  • Le G7+ pourrait devenir le producteur de gaz naturel liquide (GNL) le plus influent. D’ici 2040, grâce à leurs exportations de GNL, les États-Unis, le Canada et l’Australie pourraient alimenter les pays du G7+ et desservir les marchés émergents asiatiques, comme nous le présentons dans notre scénario de « monde démocratique ». Voilà l’occasion pour le G7+ d’étendre son influence géopolitique et de renforcer ses liens avec les marchés émergents.

  • Il se peut que la capacité mondiale d’exportation de GNL doive augmenter de près de 50 % d’ici 2040. La capacité d’exportation et l’offre en chantier ne suffisent pas à répondre aux besoins et aux aspirations d’une population mondiale en accroissement et d’une économie mondiale qui, selon notre scénario de « monde divisé », progressera de 42 %.

  • Le pacte du G7+ contribue à assurer le financement des projets liés au GNL. Il pourrait faciliter le financement auprès d’un éventail d’institutions financières, y compris des banques multilatérales de développement et des organismes nationaux de crédit à l’exportation qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de peur de « bloquer » des émissions.

  • Rien qu’en Amérique du Nord, l’exportation de gaz nécessiterait des investissements de 1 200 milliards de dollars américains. La construction des infrastructures gazières sur le continent exigerait probablement environ 1 200 milliards de dollars américains au cours des 15 prochaines années. Les collectivités et les sociétés auraient cependant besoin de politiques de soutien et de cadres clairs.

Bienvenue dans les années 2040.

Pendant la décennie qui précédera 2050, notre monde sera très différent d’aujourd’hui, tout comme nos besoins en énergie.

La planète accueillera au moins un milliard de personnes de plus, faisant grimper la population à plus de neuf milliards. Si la tendance des dernières décennies se maintient, la production économique mondiale augmentera de l’équivalent d’une autre économie américaine en Asie et dans la partie sud de la planète, et fera croître la demande énergétique de manière correspondante. Ajoutons à cela un élément complètement inédit : l’intelligence artificielle à grande échelle et les besoins informatiques en découlant, qui, pour l’instant, nous semblent incalculables. Selon une estimation, 4 000 térawattheures de plus d’électricité seront nécessaires pour faire fonctionner cette économie émergente axée sur les centres de données – l’équivalent de 15 % de la production mondiale d’électricité actuelle1.

Bien qu’un autre changement majeur dans la demande d’énergie puisse nécessiter une multiplication de chacune des sources d’énergie pratiques et abordables, les attentes reposent majoritairement sur le gaz naturel. Cette ressource, pour laquelle l’offre a déjà grimpé de 70 % depuis le début du 21e siècle, est susceptible de dépasser le pétrole pour devenir la forme d’énergie la plus répandue au monde2. L’avènement du gaz naturel liquéfié et des superpétroliers transportant le GNL refroidi à de très basses températures d’un océan à l’autre a transformé encore davantage les perspectives du gaz. En un peu plus de dix ans, les États-Unis sont passés de l’un des importateurs de gaz les plus importants au monde au plus grand exportateur de GNL à l’échelle planétaire.

Le gaz naturel pourrait être aussi essentiel au 21e siècle que le pétrole l’était pour le 20e siècle, mais cela signifie faire des choix stratégiques qui interpellent déjà le monde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, et l’utilisation stratégique du gaz par cette dernière dans le but d’affaiblir l’Europe, n’est que l’un des indicateurs du risque pour la sécurité énergétique qu’a entraînés la croissance rapide de la dépendance au gaz naturel. Les pays de partout dans le monde connaissant une croissance et une urbanisation rapides ont constaté que leur dépendance au gaz importé comportait des risques supplémentaires. L’ambition grandissante de l’Occident de rapatrier la fabrication et de se remilitariser pourrait aussi nécessiter une plus grande quantité de gaz naturel comme source d’énergie concentrée à la fois fiable et abordable.

Pour répondre à ces défis, peu d’organismes sont mieux placés que le G7, le groupe de démocraties libérales de premier plan composé des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon se réunissant du 15 au 17 juin à Kananaskis, en Alberta. La sécurité énergétique occupait une place de choix dans le programme de ce sommet.

Le G7 a été mis sur pied il y a 50 ans, au milieu des années 1970, en réponse à des perturbations similaires de l’économie mondiale causées par un choc pétrolier et les conflits en découlant. À l’heure actuelle, l’alliance est confrontée à de nouveaux défis, particulièrement du côté de la Chine et de la Russie, et pourrait découvrir des occasions de se réaffirmer en adoptant une approche démocratique et décarbonisée en matière de gaz naturel en vue de se préparer à un monde qui évolue rapidement.

À condition d’être bien géré, le G7+, un groupe composé des pays du G7 et de leurs principaux alliés, dont l’Australie et la Corée du Sud, peut créer des alliances plus fortes avec des marchés émergents, principalement en Asie, stabiliser les prix de l’énergie et renforcer la croissance mondiale à long terme. Il pourrait même créer un pont vers une réduction des émissions énergétiques en supplantant le charbon. Avec des consommateurs à sa tête de 107 millions de tonnes par an (Union européenne) et de 64 millions de tonnes par an (Japon), le G7+ utilise 227 millions de tonnes de GNL par an, ce qui représente 51 % de la demande mondiale. Ce chiffre excède les 179 millions de tonnes par an actuellement produites par les États-Unis et l’Australie.

D’ici 2040, la balance commerciale de gaz du G7+ pourrait s’inverser : l’offre excèderait ainsi de loin la demande de ses membres et de ses alliés (de près de 150 millions de tonnes par an), forçant ainsi l’alliance occidentale à obtenir de nouveaux marchés. La Chine devrait être de loin le plus important acheteur de GNL en 2040 (163 millions de tonnes par an comparativement à 79 millions de tonnes par an en 2024, selon le scénario de base de Rystad Energy). Cependant, les frictions commerciales avec l’Amérique du Nord pourraient faire en sorte qu’elle diversifie ses importations de GNL pour s’éloigner des sources américaines.

Pour le G7, il sera essentiel d’obtenir le concours d’autres alliés pour assurer un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. L’Inde est souvent considérée comme une perspective prometteuse à long terme pour les exportations des pays du G7+, puisque sa demande devrait atteindre 63 millions de tonnes par an. Toutefois, d’autres marchés asiatiques émergents, p. ex., le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie, joueront eux aussi un rôle essentiel, puisqu’ils devraient consommer, au total, 219 millions de tonnes par an d’ici 2040. Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Avec tous ces facteurs en jeu, le monde aura presque certainement besoin de plus de gaz en 2040 ; la question est de savoir dans quelle mesure.

Afin de tracer les trajectoires potentielles, Leadership avisé RBC et Rystad Energy, établie à Oslo, ont élaboré une nouvelle méthodologie de recherche permettant de fournir un aperçu des scénarios plausibles pour les années 2040, en prenant en compte que la condition de notre monde au milieu du siècle reposera sur l’évolution de la croissance. Chacun de ces scénarios a été façonné en fonction des alignements géopolitiques, des ambitions en matière de politique climatique et de la dynamique des marchés. Nous avons ensuite collaboré avec divers experts en politique afin d’évaluer les risques de chaque scénario et d’élaborer des options politiques plus vastes.

Les résultats suggérés par chaque scénario varient profondément. Notre éventail de trajectoires démontre que les exportations totales de gaz naturel à l’échelle mondiale pourraient passer de 411 millions de tonnes par an en 2024 à pas moins de 737 millions de tonnes par an d’ici 2050 – ou bien reculer jusqu’à 366 millions de tonnes par an. L’écart net de 371 millions de tonnes par an est presque équivalent aux exportations actuelles de GNL.

La différence réside dans le fait que le monde pourrait au non développer des marchés plus structurés pour le gaz naturel, trouver des moyens de mettre en relation des marchés à forte croissance avec des fournisseurs fiables (et démocratiques), et investir dans des technologies permettant de réduire les émissions. Les attributs environnementaux de cette future offre de gaz, y compris l’ampleur de la transition visant à capturer le carbone et les combustibles de rechange à faibles émissions de carbone comme l’hydrogène et l’ammoniac, auront une incidence majeure sur l’orientation du changement climatique, puisque les émissions de méthane provenant du gaz naturel sont largement considérées comme étant plus dangereuses pour le réchauffement climatique que le carbone, bien qu’elles soient également plus faciles à contenir.

Ayant connu les chocs de prix qui ont suivi la crise de l’énergie dans l’ouest des États-Unis en 2000 et 2001, la hausse de prix du GNL au Japon après l’accident nucléaire de Fukushima, et les récents chocs simultanés de la COVID-19 et de l’utilisation stratégique par la Russie des exportations de gaz aux fins de la guerre qu’elle mène en Ukraine, les nations du G7+ souhaitent assurer leur approvisionnement à long terme en gaz naturel fiable et abordable. Une approche coordonnée du G7+ peut stabiliser les marchés au moyen d’un alignement cohérent des politiques et d’investissements conjoints dans les infrastructures.

Des marchés de gaz naturel démocratiques et fondés sur des règles peuvent garantir des normes environnementales dans l’ensemble de la chaîne logistique, en plus de contribuer à la croissance économique au moyen d’une décarbonisation industrielle, y compris sous forme d’investissements dans la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), de combustibles à faibles émissions de carbone pour le chauffage industriel et le transport lourd, et d’un plan d’action coordonné d’élimination de gaz à la torche et d’atténuation des émissions fugitives de méthane.

Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Par conséquent, les marchés asiatiques émergents, notamment le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie seront essentiels pour le G7+ puisqu’ils devraient avoir une consommation combinée de 219 millions de tonnes par an d’ici 2040, particulièrement dans leur transition accélérée du charbon au gaz naturel.

Pour réussir tout cela, un accord du G7 sur le gaz naturel pourrait devoir jeter les bases d’une infrastructure de gaz naturel robuste et sécuritaire en phase avec les besoins des producteurs et des consommateurs en vue d’assurer la stabilité des prix, l’abordabilité et la fiabilité de la source d’énergie, et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une telle entente pourrait couvrir les besoins d’un contexte de gaz naturel à croissance rapide en vue de développer des marchés et des outils financiers plus sophistiqués, de résoudre l’insuffisance d’infrastructures et de coordonner les plans d’investissement nationaux, et de travailler conjointement afin de veiller à ce que les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine affichant une croissance rapide aient accès à l’approvisionnement du G7+, non seulement à des fins de croissance économique, mais également de stabilité géopolitique. Le G7 et ses principaux alliés doivent toutefois reconnaître les risques de certaines trajectoires divergentes si une approche coordonnée n’est pas adoptée. Notre modélisation présente quatre résultats possibles.

En coulisse – Notre méthode de recherche

La recherche et la méthodologie qui sous-tendent ce document sont uniques pour trois grandes raisons :

La recherche a combiné la modélisation quantitative à des entretiens qualitatifs et à des tables rondes, notamment avec de hauts dirigeants des gouvernements fédéral et provinciaux du Canada, des acteurs du secteur privé, des groupes autochtones, des instituts de recherche internationaux et des banques multilatérales de développement. L’équipe a rencontré ces experts un par un et dans le cadre d’événements à Washington D.C., à Vancouver, à Ottawa, à Londres, à Beijing, à New York, à Calgary et à Toronto.

L’équipe Leadership avisé RBC s’est entretenue avec plus d’une centaine d’experts au Canada, aux États-Unis, au Japon et en Europe pour trouver des solutions pratiques à la sécurité énergétique. Parmi eux se trouvaient des représentants de la Banque asiatique de développement, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), de Mokwateh, de la First Nations Climate Initiative, le Dr Robert J. Johnston, directeur principal de la recherche, Centre on Global Energy Policy, Université de Columbia, et le Dr Ken Kokawa, premier directeur général principal et économiste en chef, Institute of Energy Economics, Japan (IEEJ). L’équipe Leadership avisé RBC s’est associée à Rystad Energy pour collaborer dans le cadre des données et de la modélisation de cette recherche.

Les quatre scénarios ont été modélisés aux fins de l’élaboration de solides recommandations pour le G7+ à l’approche de la réunion de Kannaskis en juin. Nous le savons : les méthodes prévisionnelles traditionnelles ne sont pas à même de saisir les facteurs complexes qui provoquent des changements dans notre paysage géopolitique et dans nos systèmes énergétiques. Nous avons répertorié ces facteurs de changement et élaboré une gamme de quatre avenirs distincts quoique plausibles, en regard desquels nous pourrions mettre à l’épreuve les contours d’une stratégie coordonnée de gaz naturel au sein du G7+.

Les scénarios reposent sur différentes variations de facteurs déterminants propres au contexte du G7+, notamment la stabilité géopolitique, la croissance démographique et économique dans les marchés émergents, la numérisation et le déploiement des centres de données, les politiques climatiques et énergétiques, le rôle des institutions internationales et des forums multilatéraux, la production et la fabrication de combustibles fossiles et leur distribution par les chaînes logistiques, le rôle de la société civile, la cohésion sociale et la demande mondiale de gaz.

Voici certaines de nos hypothèses valables pour les quatre scénarios :

  • la population mondiale comptera environ 9,2 milliards de personnes. D’importantes variations régionales surviendront en fonction des tendances liées au PIB, à l’éducation et aux soins de santé ;

  • la consommation de charbon continuera de diminuer dans les pays de l’OCDE ;

  • la croissance continue de l’industrie du charbon en Asie offrira un potentiel important de remplacement du charbon par le gaz ;

  • le pétrole demeurera un carburant dominant pour le secteur des transports, en particulier dans les pays asiatiques émergents ;

  • la production d’énergie nucléaire continuera de jouer un rôle stratégique quoique globalement mineur, au cours des années 2030, et de nouvelles constructions sont prévues dans les marchés asiatiques tels que la Chine et les États-Unis, particulièrement pour répondre à la demande croissante des centres de données ;

  • les énergies renouvelables connaîtront une croissance exponentielle, en particulier les énergies solaire et éolienne, à mesure que les coûts continuent de baisser ;

  • les températures mondiales devraient augmenter et se situer dans une fourchette de 1,8 à 2,2 °C de plus que les niveaux préindustriels.

Les scénarios suivants ne constituent en aucun cas une prédiction de ce à quoi ressemblera l’avenir en 2040, mais plutôt un éventail d’avenirs plausibles.

  • Titre de l’année : « Le Japon et la Chine affichent leur résistance face aux chocs mondiaux des prix du gaz »

  • Un ordre mondial fragmenté et protectionniste, qui se traduit par une détérioration accrue des institutions internationales et par l’influence croissante de la Russie et de la Chine se profilant en puissances mondiales.

  • L’Australie, la Russie, le Qatar et les États-Unis dominent le secteur mondial de la production de gaz ; l’offre concentrée de gaz fait courir au G7+ d’importants risques de marché et une forte volatilité à mesure qu’un écart d’approvisionnement apparaît.

  • La croissance technologique prend une tournure régionale : la Chine et les pays du Golfe prennent la tête de l’IA et des infrastructures numériques comparables à celles de l’Amérique du Nord, et dirigent par là même les flux de gaz vers les pays tiers du G7.

Contexte

L’année 2040 divisée se caractérise par le protectionnisme et le régionalisme à mesure que les superpuissances continuent de se retirer des alliances mondiales. La porte est ainsi ouverte à une domination de la Russie (énergie et ressources) et de la Chine (technologie et manufacture). Les préoccupations relatives à la sécurité énergétique au milieu des années 2020 et au début des années 2030 sont maintenant amplifiées par les problèmes d’approvisionnement et d’accessibilité. Les institutions et alliances multilatérales telles que le G7 ont une influence limitée sur les acteurs étatiques. Les États-Unis, la Chine et d’autres grands acteurs mondiaux se sont retirés des institutions et alliances internationales, ce qui renforce la realpolitik et accroît l’importance accordée aux politiques et aux frontières nationales. La sécurité énergétique est l’une des principales inquiétudes mondiales et a eu une incidence profonde sur la capacité des marchés émergents à s’industrialiser et à se développer sur le plan économique. L’actuel cycle d’essor et de contraction expose les consommateurs à la volatilité des prix, tandis que les principaux producteurs comme les États-Unis, le Qatar, la Russie et l’Australie deviennent vulnérables du fait de la réticence des clients de signer des contrats à long terme. Alors que les pays s’attachent à relever les défis immédiats liés à la sécurité énergétique, l’activisme climatique cède la place à des actions civiques plus extrêmes et violentes.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

L’action climatique menée à l’échelle mondiale, à la fin des années 2010 et au début des années 2020, a considérablement ralenti, et seuls quelques pays européens se sont résolument consacrés à cette cause. Bien que cette division persiste dans le monde, le progressisme pour le climat persiste. Les sociétés et capitaux mondiaux restent orientés sur la cible de zéro émission nette. Les émissions, qui diminueront progressivement pendant le reste du siècle, devraient atteindre la zéro émission nette d’ici 2096 avec des augmentations de températures limitées à 2,0 °C, un résultat qui dépasse légèrement les limites de l’Accord de Paris.

La Corée du Sud et la Chine demeurent des chefs de file en matière d’innovations et d’approvisionnements technologiques, tandis que d’autres pays prennent du retard dans la révolution de l’IA et ne sont plus que de simples acheteurs de ces technologies. La demande mondiale d’énergie pour les centres de données a environ sextuplé par rapport à celle de 2025. Le développement technologique est de plus en plus influencé par les puissances régionales, et entraîne ainsi des normes et des écosystèmes divergents. Cette fragmentation entrave l’interopérabilité mondiale et exacerbe les tensions géopolitiques. Les efforts déployés par les pays du Golfe pour accélérer le déploiement d’infrastructures d’IA de la manière prévue au milieu des années 2020 se sont concrétisés. Les Émirats arabes unis continuent d’afficher les dépenses par employé les plus élevées de la région dans les services infonuagiques publics et sont maintenant solidement établis comme chef de file mondial de l’IA. L’Arabie saoudite et Singapour sont également au premier plan. Compte tenu de la diversification des sources d’approvisionnement en gaz de la Chine et de l’accélération de ses efforts de production nationaux au milieu des années 2030, les pays du Golfe et la Chine sont de puissants rivaux par rapport aux pays du G7 en ce qui concerne l’innovation en matière de technologies propres et les infrastructures numériques.

DIVISÉ : Les cycles d'essor et de contraction dominent les systèmes énergétiques

L’évolution du GNL

Le monde a besoin de trouver 207 millions de tonnes de GNL de plus d’ici 2040, par rapport à la capacité actuelle et à l’offre en construction. L’industrialisation de marchés émergents tels que l’Indonésie et l’Inde a été freinée par l’insuffisance d’un approvisionnement énergétique abordable. L’essor des infrastructures technologiques en Corée du Sud, en Chine et dans le Golfe envoie toutefois un signal fort indiquant une demande constante et croissante de gaz naturel qui culminera en 2038. L’insuffisance de l’offre transparaît, et les consommateurs de gaz subissent la volatilité du marché, les prix étant principalement influencés par les fournisseurs actuels qui concentrent leur offre : les États-Unis, la Russie, le Qatar et l’Australie. Les États-Unis restent le chef de file mondial et génèrent plus de GNL que la Russie et l’Australie au cours des années 2030. Les autres membres du G7+ sont exposés à la volatilité du marché, compte tenu des fluctuations des prix, du contrôle des grands producteurs et des perturbations des marchés régionaux.

Des chefs de file de la technologie, p. ex., la Corée du Sud, l’Inde et la Chine, restent dépendants de pays non démocratiques pour s’approvisionner, p. ex., la Russie, afin d’alimenter leurs centres de données et leurs infrastructures numériques. Dans le monde, les centres de données et les infrastructures numériques liés à l’IA ainsi que la propriété et l’exploitation de celle-ci sont dominés par des chefs de file de la technologie. Bien que les pays en développement aient toujours accès à des outils d’IA, ils ont peu de poids sur l’établissement de normes, sont de plus en plus victimes d’impartiaux et de modalités injustes de la part des fournisseurs technologiques.

  • Titre de l’année : « La nouvelle usine indonésienne de robots est paralysée par la pénurie mondiale de gaz »

  • L’intensification des conflits régionaux et le ralentissement de l’économie mondiale à la fin des années 2030 ont abouti à un monde très fragmenté.

  • La dépendance à l’égard des combustibles fossiles continue d’augmenter parallèlement à la demande croissante de GNL.

  • Les pays du Golfe enregistrent une croissance vigoureuse en raison des nouvelles fortes pénuries d’approvisionnement énergétique.

  • La sécurité énergétique domine les programmes politiques et détourne l’attention de la lutte contre les changements climatiques, tandis que les programmes nationaux donnent la priorité à la militarisation et aux facteurs géopolitiques au nom de la sécurité.

Contexte

En 2040, les conflits régionaux et le ralentissement économique mondial prolongé observé à la fin des années 2030 ont contribué à l’érosion des institutions internationales et l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale. Les protocoles internationaux relatifs à la primauté du droit et à la sécurité mondiale sont inexécutoires et bloqués dans un bourbier où l’indécision et le droit de veto dominent. L’incapacité d’un pays ou d’une institution internationale à intervenir efficacement face à l’agressivité grandissante en Ukraine et au Moyen-Orient a poussé des régimes violents et autoritaires à redéfinir la scène mondiale. Dans des pays tels que les États-Unis, la culture de la peur, le protectionnisme et les discours autoritaires purs et durs ont provoqué une diminution de la présence mondiale. L’UE est dominée par des politiques protectionnistes, et met l’accent sur les économies locales et une poignée de relations commerciales clés pour amortir les effets des conflits régionaux. La sécurité monopolise les politiques et les programmes nationaux tandis que les politiques nationalistes créent un climat à deux vitesses pour le commerce et les investissements. L’imposition par la Chine de restrictions sur les exportations de métaux des terres rares au milieu des années 2020 a ouvert la voie à une tendance croissante du contrôle des chaînes logistiques, en particulier dans les secteurs de la technologie et de la défense. En raison de la fermeture des frontières et de la coopération en bloc, le commerce international se limite à de petits clubs de pays, qui limitent l’accès au marché, misant sur les politiques technonationalistes de la fin des années 2020 pour renforcer l’indépendance à l’égard des chaînes logistiques étrangères et la compétitivité de la production de semi-conducteurs. La hausse du chômage due au ralentissement de l’économie mondiale et au fossé technologique grandissant creuse un écart entre ceux qui ont accès à une infrastructure numérique et ceux qui n’en ont pas. Dans un monde où la société civile et les institutions se caractérisent par une grande méfiance et un manque de coordination, le G7 a du mal à renforcer sa résilience énergétique et à résister aux perturbations périodiques de l’offre et de la demande en énergie.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les changements climatiques, ainsi que les conflits régionaux et prolongés, déclenchent de nouvelles vagues de crises humanitaires. L’expression « transition énergétique » est presque tombée dans l’oubli, alors que les programmes nationaux de la sécurité dominent le discours sur les systèmes énergétiques. La confiance mondiale est étroitement liée à la sécurité énergétique, ce qui stimule la demande de combustibles fossiles à faible coût, comme le pétrole et le charbon, au détriment de la gestion des émissions. Les pays du Golfe riches en combustibles fossiles connaissent une croissance considérable alors qu’ils soutiennent les économies asiatiques, en plus de débloquer d’importants fonds publics de plus en plus orientés vers une économie de données. À l’échelle mondiale, la montée du nationalisme et les préoccupations liées à la sécurité nationale engendrent un déclin du multilatéralisme. Les coalitions comme l’Accord de Paris ont perdu de leur importance alors que la poursuite d’une énergie à bas prix et d’une reprise économique domine les priorités. L’utilisation stratégique du commerce international devient un phénomène courant, voire attendu, dans un contexte où la concurrence entre les pays prend une toute nouvelle importance. Une montée du militarisme et du protectionnisme est à prévoir.

DYSTOPIQUE : Les pays se bousculent pour assurer la sécurité énergétique

L’évolution du GNL

La demande de gaz naturel est en hausse de 16 % par rapport aux niveaux de 2025. Ces chiffres sont tempérés par la demande d’autres combustibles fossiles rentables comme le charbon, qui représente encore un élément fondamental des systèmes énergétiques (22 % de l’énergie primaire totale). La demande mondiale de combustibles fossiles continue de croître au-delà des projections initiales pour 2030, sans montrer de signe d’essoufflement pour les années 2040. Tandis que les objectifs climatiques sont mis de côté au profit de la sécurité nationale, la transition du charbon au gaz naturel en Asie ne se déroule pas comme prévu à la fin des années 2020. Des défis s’annoncent au chapitre de l’énergie et de la sécurité nationale, y compris sous forme de pénuries limitant la croissance économique mondiale. D’ici 2040, 225 millions de tonnes supplémentaires de GNL, représentant plus de la moitié de la production mondiale en 2024, sont requises en plus de l’offre actuelle et en construction.

  • Titre de l’année : « Le club méthane du G7 crie victoire à l’occasion du 15e anniversaire de la réunion de Kanasaskis. »

  • La sécurité climatique domine l’élaboration des politiques, qui comportent des cibles ambitieuses de réduction des émissions.

  • La demande d’énergie mondiale double, au bas mot, stimulée par l’industrialisation et l’infrastructure numérique. Les solutions d’énergies renouvelables et de technologies propres prennent de l’ampleur pour répondre à la demande.

  • La demande de GNL diminue, présentant un risque d’abandon de biens.

  • Les volumes de gaz restants sont régis par l’émergence d’un marché du gaz propre, alors que le méthane est en bonne voie de satisfaire à la demande de gaz naturel à faibles émissions.

Contexte

En 2040, dans un monde décarbonisé, les politiques et les cibles climatiques ambitieuses exercent une influence dominante dans le paysage international alors que les principales économies mondiales se pressent pour réduire leurs émissions et se procurer de l’énergie à un coût plus concurrentiel. La sécurité climatique est la principale priorité façonnant les politiques énergétiques alors que les événements climatiques destructeurs sont devenus de plus en plus difficiles à ignorer dans les années 2030 et ont orienté les préférences des électeurs et les actions citoyennes, tout en menant les gouvernements à ranimer la coopération mondiale et les institutions internationales. On constate un retour significatif aux cibles climatiques mondiales et à la création de nouveaux mécanismes de marché pour tirer profit de la décarbonisation. Ces mécanismes comprennent notamment l’émergence de combustibles propres et d’un marché du gaz naturel certifié, soutenus par la mesure et le suivi des émissions de méthane. La capture de carbone est en voie d’atteindre les trois milliards de tonnes d’ici 2050, l’équivalent de quatre fois les émissions totales du Canada en 2025. Les membres des générations Y et Z, qui occupent désormais des postes de direction essentiels dans les entreprises, mettent en œuvre le programme de décarbonisation au sein des gouvernements et des institutions. La société civile est elle aussi caractérisée par des acteurs forts et variés qui s’assurent activement que les institutions respectent leurs engagements climatiques.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

Tandis que la Chine a conservé sa position de fabricant de technologies propres et de chef de file en matière de propriété intellectuelle, les investissements occidentaux dans les technologies propres effectués au cours des années 2030 commencent à rapporter, dans le contexte d’une chaîne logistique mondiale davantage répartie qui mène à une résilience accrue et à une diminution des coûts.

Les pays qui ont développé de petits réacteurs modulaires (PRM) dans les années 2030, à savoir le Canada, les États-Unis, l’Argentine, la Pologne, la Roumanie et la Chine, exportent cette expertise vers des pays du monde entier qui souhaitent obtenir une énergie propre et fiable. L’électrification a également une longueur d’avance, ce qui permet de transférer les émissions à utilisation directe et d’augmenter l’efficacité énergétique. La demande de pétrole affiche une diminution de près de 60 % par rapport aux niveaux actuels, passant à 43 millions de barils par jour d’ici 2050, un creux inégalé depuis 1969. Bien qu’elle soit en baisse de 33 % par rapport aux niveaux actuels, la demande de gaz naturel demeure plus résiliente.

DÉCARBONISÉ : Des sources plus propres mènent la transition énergétique mondiale

L’évolution du GNL

La maturité des marchés du carbone, les mécanismes d’ajustement aux frontières et un « club méthane » parmi les acheteurs et les vendeurs du G7+ assurent la robustesse d’un marché du gaz naturel certifié. Au cours des années 2030, les dirigeants gouvernementaux et de l’industrie se sont efforcés d’élaborer des réglementations de marché claires et transparentes, alors que les entreprises recevaient des incitatifs pour réduire les émissions de méthane et cherchaient à se distinguer en fonction du rendement. Les règlements nationaux dans les pays du G7+ s’appuient sur une stratégie multilatérale de gaz naturel du G7+ qui favorise le commerce international et permet de mesurer le méthane. Des innovations importantes apportées aux technologies liées aux satellites ont donné lieu à un suivi plus efficace du méthane et à une meilleure robustesse des ensembles de données, assurant une meilleure uniformité en matière de suivi du méthane que dans les années 2020. Il existe un risque que les infrastructures existantes de GNL puissent être délaissées alors que les principales économies du monde passent à d’autres sources d’énergie renouvelable et que la demande de GNL diminue. La demande mondiale de GNL diminue rapidement en 2040, de sorte que le monde ne nécessite pas de nouveau GNL net d’ici 2050 par rapport à l’offre existante et en chantier. L’approvisionnement existant en gaz naturel provenant des sources du G7+ présente un avantage concurrentiel pour les acheteurs respectueux du climat à la recherche d’hydrogène, d’ammoniac et de gaz naturel à faibles émissions. Les banques multilatérales de développement comme la Banque asiatique de développement ont soutenu des améliorations de l’efficacité énergétique dans la distribution du gaz et les centrales électriques au gaz, ainsi que des projets de remplacement du charbon par le gaz en Asie.

L’atteinte de zéro émission nette se produira probablement au milieu des années 2070, où la température devrait augmenter de 1,8 °C. Cependant, des efforts accrus, par exemple pour exiger une diminution de 30 % de l’intensité des émissions de carbone de la production de gaz naturel après 2030, pourraient permettre d’éviter 40 à 45 milliards de tonnes supplémentaires d’équivalents CO2 d’ici 2100 dans ce scénario.

GNL : Une occasion de réconciliation

L’occasion du Canada liée aux GNL ne peut pas être capitalisée en l’absence de partenariats et de participations autochtones. La majorité des terrains connectant les principaux champs de gaz du pays à la côte du Pacifique sont des territoires non cédés, réclamés ou ratifiés dans le cadre du traité à l’intention des Premières Nations en Colombie-Britannique. Il s’agit d’une importante occasion de réconciliation, dont on prend conscience petit à petit. Les Autochtones, par l’entremise des Nations Haisla et Nisga’a, respectivement, possèdent une participation importante dans les projets de GNL Cedar et Ksi Lisims, deux projets de la côte ouest qui ajouteront 15 millions de tonnes par an à la capacité d’exportation du Canada. En cultivant des partenariats significatifs avec les Autochtones et en élaborant des modèles liés aux capitaux, à la capacité et au consentement autochtones, le GNL peut être une occasion commune de prospérité tout en permettant au Canada de répondre aux besoins du moment et d’accélérer les projets majeurs. — Varun Srivatsan

  • Titre de l’année : « Accord du G7+ pour relier la Terre à des centres de données en orbite basse »

  • Le monde est dominé par des coalitions de nations aux vues similaires et les institutions multilatérales ont été revitalisées.

  • Une trajectoire à deux sources d’énergie émerge alors que les énergies renouvelables prennent rapidement de l’ampleur grâce aux fonds mondiaux axés sur le climat et que la demande de GNL se maintient, stimulée par l’industrialisation de l’Asie et la transition du charbon au gaz.

  • Les chaînes logistiques mondiales et le commerce international sont plus résilients et répartis plus équitablement, la coalition du G7+ consolidant son influence en matière de GNL et de fabrication en vue de contrer la domination de la Chine sur les chaînes logistiques.

Contexte

Dans le scénario démocratique de 2040, le monde présente de solides coalitions entre les nations aux vues similaires, qui déploient des efforts croissants pour lutter contre la fragmentation de la fin des années 2020 et du début des années 2030. Les institutions multilatérales sont en pleine renaissance grâce au changement de cap dans leur gouvernance et leur structure en vue de répondre aux défis mondiaux fréquents et critiques. Un certain nombre de pays sont dissidents et axés sur les régions, comme nous l’avons vu dans le cadre du retrait des institutions internationales qui a eu lieu pendant les années 2020 et au début des années 2030. Le paysage international est désormais dominé par les coalitions de pays démocratiques du G7+ visant à contrer la Chine et la Russie et à assurer la résilience dans les secteurs critiques de l’économie, comme la fabrication de pointe, la défense et l’énergie. Le plus récent accord du G7+ permet aux importateurs de gaz du G7 et à leurs alliés comme la Corée du Sud d’approvisionner en gaz les centres de données et l’infrastructure numérique requis pour alimenter la prochaine génération de technologies d’intelligence artificielle (IA). À mesure que les énergies renouvelables continuent de prendre de l’ampleur, le gaz a un rôle essentiel à jouer pour répondre aux pointes de consommation des grandes villes et pour soutenir la résilience des réseaux électriques. La coopération du G7+ au chapitre du gaz naturel a réduit la volatilité des marchés du gaz par rapport aux années 2020. Cependant, en l’absence d’un marché robuste des gaz propres, les tensions demeurent entre les pays de l’Union européenne et le reste des membres du G7, qui ont mis en péril l’atteinte des cibles d’émissions en faveur de l’abordabilité et de la résilience. La place publique mondiale est robuste dans les pays démocratiques, où les organisations de la société civile favorisent une collaboration et une coopération accrues entre les pays partageant les mêmes valeurs et ayant renouvelé leurs engagements envers des objectifs climatiques ambitieux. Toutefois, l’oppression systémique des acteurs de la société civile dans les états non démocratiques crée une division mondiale entre les démocraties libérales et le reste du monde.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les progrès réalisés à l’égard du climat débutent lentement dans les années 2030, mais le Fonds vert pour le climat commence à avoir une incidence réelle sur l’atténuation des changements climatiques et sur les actions climatiques. Les contributions provenant à la fois de l’hémisphère sud et du G7+ signifient qu’en 2040, le Fonds a atteint une valeur de 800 milliards de dollars en placements à effet de levier, avec un total de 25 milliards de tonnes d’émissions évitées. Le Fonds vert pour le climat n’est qu’un exemple du sentiment général selon lequel le délaissement des combustibles fossiles est inévitable et que la part de la combinaison énergétique mondiale constituée de sources renouvelables continue de s’accroître de manière exponentielle. L’adoption rapide des sources d’énergie renouvelable à coût concurrentiel de même que la stratégie coordonnée du G7+ en matière de gaz naturel ont aidé l’Occident à obtenir de l’énergie pour les économies à croissance rapide comme l’Indonésie et l’inde.

Le commerce international et les chaînes logistiques se diversifient en 2040 par l’entremise d’un accord de commerce international et régional. La délocalisation dans un pays allié et le rapatriement, lorsqu’ils sont mutuellement bénéfiques et effectués de façon systématique et ordonnée assure une certitude politique et débloque des capitaux pour les infrastructures essentielles. Pour les membres du G7+, leur diplomatie mutuelle leur permet de trouver un terrain d’entente à des fins de croissance économique axée sur le climat, et d’assurer ainsi leur présence géopolitique dans le sud et le sud-est de l’Asie, faisant obstacle à l’influence de la Chine.

Le leadership technologique est réparti entre divers États, y compris la Chine, les États-Unis et les Émirats arabes unis, qui continuent d’être des chefs de file comme au milieu des années 2020. Un engagement renouvelé envers les institutions multilatérales a toutefois mené à des pactes mondiaux robustes, comme un accord numérique mondial visant à démocratiser l’accès à l’IA et aux sources d’énergie requises pour alimenter une nouvelle économie de données.

DÉMOCRATIQUE : Les producteurs de marché libre et à faible émission de carbone intensifient leurs forces

L’évolution du GNL

L’accès à un approvisionnement résilient en gaz naturel par l’intermédiaire de la coalition du G7+ permet de mieux adopter l’IA et répondre aux besoins énergétiques afin d’industrialiser davantage l’Asie. Le Japon, la Thaïlande, la Corée et l’Inde sont des marchés où la demande est forte alors que la renaissance de l’Asie domine la demande mondiale de GNL en 2050. La demande de GNL atteint 692 millions de tonnes en 2050 et continue d’augmenter dans un contexte où la croissance économique mondiale stimule la demande. L’incidence climatique de cette réalité est atténuée par la maturité des technologies de capture du méthane et par la demande de gaz à faibles émissions par des acheteurs éthiques comme le Japon. Cependant, un marché mondial des gaz propres n’a pas émergé conformément aux prévisions des experts à la fin des années 2020. Les mécanismes du marché des gaz propres sont adoptés par de plus petites coalitions d’États entretenant des relations commerciales bilatérales ou multilatérales. Les marchés du carbone en expansion au sein du G7+ assurent ultimement une transition énergétique et une offre accrue de gaz naturel, ce qui permet de faire croître une demande de gaz naturel ancrée dans la transition du charbon au gaz en Asie. Alors que la coordination du G7+ à l’égard d’une stratégie de gaz naturel permet d’accéder à une offre et une demande résilientes dans ces pays, la Chine continue de jouer un rôle de chef de file d’importance croissante en technologies propres et en manufacture, ce qui pose un risque majeur aux membres du G7+ qui cherchent activement ces technologies afin de respecter leurs engagements climatiques.

À titre d’hôte du G7 et de cinquième producteur de gaz naturel au monde, le Canada occupe une position unique pour façonner l’avenir du gaz naturel en faisant progresser ses propres objectifs économiques et climatiques et en appuyant la sécurité de l’énergie à l’échelle mondiale.

Plusieurs obstacles freinent toutefois le gaz naturel. Tout d’abord, les pays membres du G7+, qui forment le noyau dur, ainsi que leurs alliés tels que l’Australie et la Corée du Sud, ne sont pas en phase en ce qui concerne le rôle du gaz dans l’avenir des marchés énergétiques. Les principaux producteurs comme le Canada et les États-Unis ont besoin d’une sécurité contractuelle pour bâtir l’infrastructure et l’offre stratégique. Cependant, les consommateurs comme la France, le Japon et la Grande-Bretagne veulent la souplesse contractuelle et des sources d’approvisionnement diversifiées pour couvrir leurs risques et atteindre leurs cibles climatiques. Un autre niveau de complexité est ajouté lorsque le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et les États-Unis favorisent le gaz naturel, tandis que la France et la Grande-Bretagne soutiennent une utilisation accrue de l’hydrogène, de l’énergie nucléaire et du gaz à faible teneur en carbone pour atteindre les objectifs climatiques. De plus, les gouvernements respectueux du climat en Australie, au Canada, en France et dans le reste de l’Union européenne ne s’entendent pas non plus avec les États-Unis, qui considèrent que les combustibles fossiles stimuleront leur domination énergétique.

Un cadre politique coordonné et coopératif adopté par les membres du G7 peut faciliter la création d’un marché résilient de gaz naturel et de GNL qui réduit la volatilité des prix, débloque des capitaux, augmente l’offre diversifiée, réduit les risques liés à la demande et assure la transition éventuelle vers un marché du gaz décarbonisé.

Voici certaines approches axées sur l’action qui pourraient aider le G7, par l’intermédiaire de ses ministres de l’Énergie, à passer à un avenir du gaz démocratique et décarbonisé :

1. Déclarer un accord du G7 pour soutenir le gaz naturel décarbonisé

Un accord politique du G7 qui définit le rôle du gaz naturel et des combustibles connexes dans divers scénarios énergétiques peut contribuer à briser le cycle d’essor et de contraction des prix et des placements. Il peut également signaler le niveau d’investissement et de financement d’une infrastructure de gaz suffisant pour combler l’écart détecté par rapport à l’offre attendue dans trois des quatre scénarios présentés dans le présent document.

Les gouvernements du G7 doivent également s’efforcer de mettre fin au débat sur le gaz naturel voulant qu’il soit soit une solution aux changements climatiques, soit qu’il y contribue. En fait, les deux prises de position sont vraies. À court ou moyen terme, la transition du charbon au gaz naturel, la réduction de l’intensité des émissions de méthane et le déploiement du gaz comme solution provisoire aux sources renouvelables contribuent considérablement aux actions climatiques. À long terme, les gouvernements doivent collaborer avec l’industrie pour obtenir un engagement à développer de nouvelles voies axées sur le gaz naturel à faible teneur en carbone qui pourrait être requis dans tous nos scénarios.

2. Mettre en place un marché mondial du gaz stable et fonctionnel

Le marché du GNL a changé du tout au tout au cours de la dernière décennie, passant d’une série de marchés régionaux reposant principalement sur des contrats à long terme indexés en fonction du prix du pétrole à quelque chose de plus dynamique et global.

Sur ces aspects, le marché du GNL commence à ressembler au marché mondial du pétrole qui a acquis de la profondeur, de la résilience et une grande liquidité depuis les années 1980, offrant un vaste éventail de contrats, d’étalons de prix et d’outils de gestion du risque pour les marchés tant physiques que financiers. Ces caractéristiques signifient que le cours du pétrole, bien que volatile, a une plus grande capacité à absorber les chocs et à se rééquilibrer.

Malgré les progrès réalisés, le marché du GNL a encore du chemin à faire avant de devenir suffisamment mondial et liquide pour attirer des importateurs sensibles aux prix et des fournisseurs de capitaux ayant une aversion pour le risque. La flambée des prix à laquelle on a assisté en 2022, en plein conflit entre la Russie et l’Ukraine, a été dramatique et néfaste pour les consommateurs, ce qui a entraîné un rebond de la demande de charbon en Asie et la fermeture de sites de production industrielle à forte intensité en gaz naturel dans l’Union européenne.

Une caractéristique clé doit être ajoutée à un accord mondial sur le gaz afin de développer un marché négociable avec des participants au marché financier et au marché au comptant, diminuant ainsi le risque lié aux capitaux, réduisant les coûts d’investissement et encourageant des investissements supplémentaires. D’autres participants financiers ou non commerciaux peuvent contribuer à accroître la liquidité et à attirer de nouveaux capitaux.

Le marché mondial du GNL doit également s’appuyer sur des cours de référence efficaces et transparents. L’émergence de ces étalons de référence dont la durée et l’indexation varient peut soutenir un marché fonctionnel. Cela comprend la capacité à monter des contrats pour négocier des cargaisons de GNL à l’aide de divers marqueurs à différentes périodes afin d’éviter l’exposition à une formule unique selon les indices de référence Henry Hub ou Brent. Les pays du G7 doivent tenter de poursuivre les efforts existants, dont le dialogue entre producteurs et consommateurs mené par le Japon.

Technologie du méthane : Contenir un gaz puissant

Le gaz naturel est principalement composé de méthane, un puissant gaz à effet de serre. La réduction des émissions de méthane dans la chaîne de valeur du GNL, qu’il s’agisse de têtes de puits, de transporteurs ou de regazéification, est considérée comme un facteur clé du rendement environnemental pour les entreprises. Ceci est particulièrement essentiel puisque le méthane est de 28 à 36 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 100 ans.

Plusieurs technologies peuvent contribuer à colmater les fuites provenant de l’infrastructure du GNL. Cela comprend la technologie qui peut détecter (au moyen de satellites et de capteurs aériens et terrestres), contenir (au moyen d’unités de récupération de vapeur et de dispositifs pneumatiques à faible débit de purge) ou brûler (au moyen de fûts de torche haute efficacité) du méthane. Les émissions peuvent également être réduites en remplaçant les dispositifs à gaz, comme les compresseurs ayant des équivalents électriques, libérant ainsi le gaz nécessaire pour l’expédition.

Plusieurs technologies et politiques permettent déjà de changer les choses. Aux États-Unis, l’intensité des émissions de méthane a diminué dans les installations de transformation (30 %) et de transmission et de compression (33 %) du gaz naturel de 2014 à 2023, selon les données de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Pendant ce temps, la Norvège présente la plus faible intensité d’émissions au monde en raison de politiques comme l’interdiction du torchage non urgent qui remonte à aussi loin que 1971, et la taxe sur l’éventage et le torchage imposée en 2015.

Toutefois, il demeure difficile de mesurer avec précision les émissions de méthane, tandis que les estimations sont assujetties à une incertitude et à une sous-évaluation généralisées. Au fil des avancées au chapitre de la mesure du méthane (par exemple, au moyen de la surveillance par satellite, qui est actuellement liée à plus de douze satellites en orbite), les exploitants et les organismes de réglementation peuvent réfréner davantage les émissions, réduire l’incertitude liée aux mesures et prendre des mesures d’atténuation appropriées.

Certaines méthodologies d’atténuation du méthane permettront aussi possiblement aux producteurs pétroliers et gaziers de capturer le méthane et de le réintégrer dans la chaîne du gaz afin de diminuer les émissions. En Amérique du Nord, par exemple, les technologies de détection et de réparation des fuites et les pratiques améliorées de maintenance de l’équipement peuvent éviter jusqu’à 55 millions de tonnes métriques, au bas mot, d’équivalent dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO2) en émissions de méthane chaque année, ce qui correspond à retirer 13 millions de véhicules à gaz de la route. – Vivian Sorab

3. Investir dans la décarbonisation pour réduire les émissions au moyen de nouvelles technologies 

Un accord du G7+ sur le gaz ne doit pas être interprété comme approuvant les pratiques habituelles. Il est essentiel que des mesures d’atténuation des émissions de méthane soient prises parallèlement aux trajectoires vers des combustibles carboneutres dérivés du gaz naturel.

L’élimination des émissions fugitives et le torchage ou l’éventage courant découlant de la chaîne de valeur du gaz naturel sont intégrés à l’engagement mondial sur le méthane, qui est fondamental pour que les espoirs de l’industrie du gaz naturel correspondent à un avenir à faibles émissions en carbone. Cela peut également être favorable aux entreprises puisque les coûts d’atténuation sont généralement peu élevés, voire positifs, lorsque le gaz fugitif peut être capturé, transformé et vendu.

Le G7 peut jouer un rôle crucial pour soutenir le déploiement de protocoles de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification (MSDV) des émissions de méthane. L’UE dirige ces efforts par l’entremise du déploiement de sa réglementation sur le méthane, qui impose au secteur de l’énergie de consigner l’intensité en méthane des importations de combustibles fossiles et qui annonce la transition vers les combustibles à faible intensité en méthane. Cela peut constituer un facteur de différenciation pour les sources de GNL et mettre à contribution d’importants consommateurs comme le Japon et la Corée du Sud pour adopter des règlements similaires à ceux de l’UE, tandis que des producteurs comme le Canada, les États-Unis et l’Australie sont en phase sur le plan de l’échéancier et des trajectoires technologiques et politiques en vue d’une réduction rapide de l’intensité en méthane.

La voie vers des combustibles carboneutres doit inclure l’application d’une technologie de capture et stockage du carbone à la production de produits d’ammoniac, de méthanol et d’hydrogène. La technologie de capture et de stockage du carbone sera également essentielle au maintien de la sécurité de la demande à long terme du gaz naturel dans la production d’électricité dans un contexte de décarbonisation de la production industrielle.

La sécurité énergétique dépend généralement de la diversification des sources d’énergie par type de combustible, technologie et région. L’électricité propre est essentielle pour atteindre une économie à faibles émissions de carbone, mais le maintien d’un système diversifié et résilient nécessitera d’autres sources, y compris l’énergie nucléaire, la bioénergie, les crédits de carbone et la capture du carbone. Les combustibles sans carbone et à faibles émissions de carbone peuvent également soutenir la décarbonisation des processus de production industrielle, y compris la production d’acier et de ciment où des températures plus élevées sont requises. Le Canada et les États-Unis travaillent aussi de pair avec les pays du G7+ pour décarboniser les marchés du combustible de soute en passant à l’ammoniac ou au méthanol. Des données récentes provenant de la Chine montrent une trajectoire permettant de remplacer le diesel dans le secteur du camionnage par le GNL, une voie qui pourrait éventuellement mener à l’hydrogène propre.

4. Promouvoir de nouveaux outils de financement pour que les économies en développement investissent dans la croissance propre

L’état du GNL à titre de combustible fossile et la volatilité inhérente de ses prix en tant que marchandise, de même que sa forte intensité de capital, présentent des défis au chapitre du financement de projets. Les pays en développement nécessitent souvent une infrastructure à grande échelle pour importer et stocker le GNL et convertir le liquide en gaz afin de l’expédier vers les marchés internes. La plupart ont besoin de financement à conditions préférentielles. Un signal clair de la politique du G7+, en gage d’une plus grande acceptation du gaz naturel, permet de débloquer le financement auprès de plusieurs institutions, y compris des banques multilatérales de développement comme la Société Financière Internationale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), des agences nationales de crédit à l’exportation comme Exportation et développement Canada ainsi que les banques et les gestionnaires d’actifs du secteur privé qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de crainte de « bloquer » leurs émissions ou de ne pas respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Les politiques connexes doivent souligner l’accord mentionné ci-dessus conclu entre les États membres du G7 et s’engager à réduire les risques du secteur du gaz naturel et à le décarboniser.

L’évolution et la progression continues de l’article 6 de l’Accord de Paris et l’utilisation des résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI), dont le mécanisme conjoint de crédit du Japon, peuvent également offrir de nouvelles méthodes de financement fondées sur le transfert des crédits de carbone générés par les investissements dans la réduction du méthane, la transition du charbon au gaz naturel ou le passage du combustible de soute à l’ammoniac propre.

Cependant, l’article 6 ou le cadre RATI actuel ne convient pas au gaz naturel ou au commerce entre pays développés. Néanmoins, l’esprit des « clubs de carbone », tout comme la création d’incitatifs communs pour des projets de réduction du carbone liés au gaz naturel entre les membres du G7, pourrait servir à créer des flux de revenu qu’il est possible de financer pour ces projets. Ces mesures pourraient être complétées par des programmes comme les obligations de transition verte (GX) du Japon et les fonds climatiques de la Corée du Sud pourraient aussi cofinancer le GNL conformément à la sécurité énergétique et aux transitions liées aux émissions.

Le recours au gaz naturel certifié peut démontrer une voie claire vers la décarbonisation et l’harmonisation avec les valeurs du G7+, ce qui réduit les risques de financement de projets, améliore l’économie des projets au moyen d’une bonification des tarifications et des conventions d’achat, et permet d’accéder au financement des transitions.

Programme d’échange des droits d’émission du Japon

Lancé en 2023, le programme d’échange de droits d’émission pour la transition verte (GX-ETS) est un élément central de la stratégie du Japon pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et soutenir la décarbonisation sectorielle au moyen d’une approche par étapes. Les crédits de carbone vendus aux enchères contribuent au remboursement des obligations de transition verte (GX), ce qui soutient les dépenses axées sur la transition dans des domaines comme l’hydrogène, l’ammoniac, la capture de carbone et l’infrastructure de véhicules électriques. Ces obligations souveraines visent à recueillir environ 20 billions de yens (150 milliards de dollars américains) d’ici le début des années 2030, favorisant une plus grande mobilisation des capitaux d’environ 150 billions de yens (1 billion de dollars américains) en investissements publics et privés.

Bien que sa priorité soit la décarbonisation intérieure, le Japon a exprimé son intérêt à trouver des chaînes logistiques d’énergies propres et à faibles émissions de carbone à l’étranger et à financer les coûts de développement de technologies propres.

Le Canada peut bénéficier grandement de l’harmonisation de ses exportations de combustibles propres, en particulier le GNL et l’hydrogène, avec les objectifs de transition verte du Japon, à condition que les projets satisfassent aux normes japonaises en matière d’intensité en carbone, de transparence et de fiabilité.

Voici comment :

  • La politique de transition verte du Japon accepte que le GNL à faible teneur en carbone soit en phase avec la transition, particulièrement lorsqu’il est jumelé à une décarbonisation du méthane, à un processus de capture et de stockage du carbone, ou à des normes d’émissions de gaz certifié. Il se peut que le GNL canadien soit admissible à des contrats d’approvisionnement à long terme en phase avec la transition verte, si la réduction des émissions peut être vérifiée.

  • Les investissements du Japon par l’entremise d’obligations de transition verte, en particulier dans une infrastructure comme la liquéfaction et le transport, y compris la capture et le stockage du carbone. Le pays fait déjà appel à l’Australie et à d’autres pays pour obtenir de l’ammoniac. Les produits d’énergie certifiés à faible teneur en carbone peuvent tirer parti de plusieurs occasions, y compris du financement par l’entremise d’obligations de transition verte et le mécanisme de crédit conjoint du Japon, une initiative bilatérale lancée par le gouvernement pour faciliter la réduction des émissions de GES en collaboration avec des pays partenaires.

  • Le Canada peut également participer au programme du Japon d’élargir les importations d’hydrogène vert et bleu et d’ammoniac à des fins de production d’énergie et d’utilisation industrielle, en raison du potentiel du Canada à produire de l’hydrogène vert et de divers projets de production d’hydrogène en développement en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador. L’hydrogène bleu, par l’entremise du gaz naturel ayant un potentiel de capture et de stockage du carbone, pourrait devenir une autre occasion.

  • L’économie japonaise a aussi besoin d’énergie pour maintenir son avantage sur le plan des calculs et de l’infrastructure numérique. Les centres de données, l’IA et l’infrastructure numérique dépendront du gaz naturel. — Robert J. Johnston.

5. Créer un Centre d’excellence pour communiquer des perspectives de marché, des technologies et de meilleures pratiques

The U.S. and Canada have strong incentives for cooperation on natural gas. The two countries have deeply integrated domestic markets, growing demand for gas-fired electricity to support reindustrialization and data centres, and a shared need to ensure growing exports do not lead to higher prices at home. Increasingly, as LNG exports from North America grow, the incentives for cooperation and coordination across the G7+ loom large.

Le G7+ peut faire progresser ces intérêts par l’entremise d’une nouvelle organisation afin d’assurer le suivi des mesures techniques et politiques en vue de soutenir la mise en œuvre d’un marché du gaz naturel décarbonisé et dont les risques ont été atténués. Le Canada serait un excellent emplacement pour ce centre en raison de son rôle d’hôte du 51e sommet des dirigeants du G7, des engagements à long terme envers l’action climatique, de l’expertise technique en forage horizontal, en capture du méthane et en électrification, et de son rôle croissant à titre de producteur.

Le Centre pourrait commanditer la recherche technique appliquée dans des domaines comme la réduction des émissions de méthane, l’ammoniac à moindre coût et les carburants à l’hydrogène. La recherche politique et l’innovation financière sont tout aussi importantes dans des domaines comme l’évaluation de projets réglementaires, le partage des avantages communautaires, les protocoles de MSDV du méthane, et le financement durable et des transitions soutenant les pays en développement. Le Centre pourrait prendre des mesures supplémentaires pour analyser le développement des marchés du carbone, y compris des marchés de gaz naturel certifié.

Un Centre d’excellence du G7 serait un indicateur clair des plus importants producteurs et consommateurs de gaz naturel au monde au sujet de leur engagement envers un marché mondial du gaz décarbonisé et dont les risques ont été atténués.

Gaz certifié : La norme de référence

Plusieurs programmes de certification du gaz naturel souscrits par des tiers indépendants ont émergé au cours des dernières années. Les exploitants nord-américains Project Canary, Equitable Origin (EO) et MiQ (Methane Intelligence) jouent un rôle significatif pour certifier les bénéfices du gaz naturel sur le carbone, l’environnement et les droits de la personne.

En Amérique du Nord, quelque 30 % du gaz naturel est actuellement certifié par EO et MiQ. Un tiers de la production provenant du bassin de Montney au Canada est certifié, tout comme les deux tiers de l’offre contractuelle du projet LNG Canada, qui sera lancé sous peu. Plus de la moitié de la production d’Utica et de Marcellus, dans le nord-est des États-Unis, est également certifiée.

En ce qui concerne le méthane, dont les fuites ne sont souvent pas signalées, les producteurs certifient les volumes de gaz naturel auprès de MiQ comme moyen de souligner la faible teneur en carbone de leurs molécules. D’autres aspects liés au rendement environnemental et social excédant les seuils minimums réglementaires, comme la participation autochtone au capital et la réduction de la consommation d’eau, sont communiqués en vertu de la norme d’EO, ce qui concorde largement avec les déclarations requises au titre de la nouvelle directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises de l’UE. La théorie est que ces attributs environnementaux et sociaux mèneraient à des prix plus élevés ou, à tout le moins, à un meilleur accès au marché.

Le marché certifié se trouve aux premiers stades de développement, mais les perspectives pour le gaz naturel et les catalyseurs réglementaires potentiels pourraient mener à un marché plus important et plus liquide. Si suffisamment de pays élaboraient et mettaient en œuvre conjointement une exigence d’intensité en méthane (ou une norme de certification plus générale) excédant le volume du gaz naturel certifié, la valeur des certifications augmenterait et encouragerait une réduction supplémentaire des émissions.

Enfin, l’audit effectué dans les champs par des experts sectoriels à la suite de processus d’assurance de mieux en mieux définis conformes aux normes ISO et IFRS assure la rigueur et la documentation améliorées des demandes de règlement nécessitant un plus grand engagement et le rendement correspondant. Les certifications peuvent aussi contribuer à réduire le financement de projets et les primes de risque d’assurance, améliorant l’aspect économique des projets grâce à la bonification potentielle de la tarification et des conventions d’achat et permettant d’accéder au financement de la transition. Dr Robert J. Johnston

Les 5 grands : les sources d’énergie qui ont alimenté l’économie mondiale au cours des 25 dernières années

Charbon

2000: 24 % de la part du marché mondial
2024: 26 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale de charbon a augmenté de 67 % depuis 2000, la croissance en Asie compensant largement les diminutions en Europe et en Amérique du Nord. La Chine a représenté à elle seule 74 % de la croissance en Asie. Alors que la consommation chinoise devrait diminuer, la hausse de la consommation en Inde et dans le sud-est de l’Asie signifie que le charbon demeurera une source d’énergie essentielle dans les économies asiatiques.

Pétrole

2000: 37 % de la part du marché mondial

2024: 31 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale du pétrole a augmenté de près de 30 % depuis 2000, la Chine représentant plus de la moitié de cette croissance. La consommation en Amérique du Nord et en Europe est essentiellement stable, la croissance provenant surtout des marchés émergents. Le transport routier, le transport maritime et l’expédition ont représenté près de 80 % de la croissance de la demande mondiale de pétrole depuis 2000. Malgré tout, la prédominance du pétrole au sein des systèmes énergétiques mondiaux continue de décliner.

Énergie nucléaire

2000: 7 % de la part du marché mondial

2024: 5 % de la part du marché mondial

La production d’énergie provenant de la technologie est demeurée relativement stable au cours des 25 dernières années, dans un contexte où la diminution dans les pays développés est compensée par la nouvelle capacité en Chine. Les nouvelles centrales nucléaires proposées et en cours de construction en Asie, la remise en service des centrales nucléaires au Canada et en Europe, de même que les nouvelles conceptions de réacteurs aux États-Unis, qui sont largement attribuables aux besoins en électricité des centres de données, pourraient compenser la baisse historique de l’énergie nucléaire.

Énergies renouvelables

2000: 10 % de la part du marché mondial

2024: 13 % de la part du marché mondial

La production d’énergie éolienne et solaire a augmenté de manière exponentielle par rapport aux niveaux négligeables de 2000, faisant passer la part totale du marché mondial des sources primaires d’énergie renouvelable (y compris l’énergie hydroélectrique et la biomasse) à 13 %. La croissance dans d’autres sources d’énergie renouvelable comme l’énergie géothermique affiche également une croissance modérée.

Gaz naturel

2000: 22 % de la part du marché mondial

2024: 25 % de la part du marché mondial

Le gaz naturel a stimulé sa part de marché au cours des 25 dernières années, dont la demande en provenance de plusieurs économies est en hausse. La transition du charbon au gaz dans le secteur de l’énergie a aussi stimulé la demande et a contribué à réduire les émissions de plusieurs pays, y compris le Canada. Depuis 2000, 50 % de la croissance du gaz provient du secteur de l’énergie. Une croissance supplémentaire est issue du secteur de l’énergie (12 %) et du secteur résidentiel (8 %). En tant que matière première essentielle des produits pétrochimiques, le gaz se trouvait également au cœur d’un essor du plastique. La mondialisation des marchés du GNL, dans un contexte où plusieurs nouveaux pays mettent en place des terminaux d’importation du GNL, a également stimulé la demande.

Toutes les données sont tirées du rapport World Energy Outlook de BNEF.

Le projet Croissance

Le rapport fait partie du rapport Croissance de RBC, une initiative visant à générer de nouvelles idées pour l’économie canadienne. Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur le projet Croissance, cliquez ici.

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èA moins d’indication contraire, toutes les données proviennent de Rystad Energy.

Veuillez vous reporter à la section En coulisse – Notre méthode de recherche pour obtenir plus de renseignements sur la recherche collaborative.

1. McKinsey & Co.
2. Agence internationale de l’énergie
3.The Institute of Energy Economics, Japan, 2025 Outlook

Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Principaux points à retenir

Tackling Canada’s housing shortage will require $2 trillion in capital deployment over the next 5 years—that’s a 5X increase from current levels 

Two taxation tools—tax-free municipal bonds for housing and infrastructure, and tax credits for affordable housing—have spurred housing supply in the U.S., attracting $5 in private capital for every $1 of foregone taxation revenue

Municipalities could cut housing costs by 20% by financing infrastructure with municipal bonds.

La pénurie de logements au Canada a atteint un point critique. Selon les estimations, 3,5 millions de nouveaux logements sont nécessaires pour pouvoir répondre à la demande. Un chiffre stupéfiant, surtout comparé aux États-Unis où la pénurie est 12 fois plus faible par habitant malgré une population 8 fois plus importante. L’augmentation de la pénurie de logements au Canada a directement contribué aux problèmes d’accessibilité. Les prix moyens des propriétés ont grimpé en flèche ces dernières années, en particulier en Ontario et en Colombie-Britannique qui représentent les deux tiers de la pénurie du pays, à tel point que les prix atteignent désormais neuf fois le revenu des ménages.

Le gouvernement fédéral a proposé une Stratégie nationale sur le logement en 2017. Néanmoins, le programme n’a réalisé que 10 % de son engagement de construire 131 000 logements locatifs abordables. Le gouvernement de Mark Carney a promis de consacrer la majeure partie de son engagement de 36 milliards de dollars en faveur du logement à la construction de maisons préfabriquées. Des réductions d’impôts et des financements assortis de conditions avantageuses destinés aux promoteurs complètent l’ensemble de politiques du gouvernement.

C’est un début, mais on peut faire plus. L’approche américaine du logement peut être instructive quant à la manière d’attirer des capitaux privés en continu dans la construction de logements. Le Canada aussi bien que les États-Unis fournissent des subventions gouvernementales pour encourager les promoteurs à construire des logements locatifs et en propriété plus abordables. Le Canada privilégie les subventions ou le financement assorti de conditions avantageuses pour le logement locatif, ainsi que l’exonération des redevances publiques et l’aide à la mise de fonds pour les acheteurs d’une première maison. Le plan politique exige du gouvernement fédéral, et dans une moindre mesure, des gouvernements provinciaux, qu’ils financent ces programmes par l’entremise de capitaux directs.

Les États-Unis s’appuient davantage sur les incitations fiscales fédérales pour attirer des capitaux de sociétés, d’institutions et de particuliers visant à financer le logement et les infrastructures liées au logement, notamment les routes et les égouts pluviaux. Deux outils fiscaux sont au centre du plan fiscal américain pour soutenir le logement abordable : les obligations municipales libres d’impôt et le crédit d’impôt pour habitation à loyer modique. En 2024, ces outils ont coûté au Département du Trésor américain un total de 59,1 milliards de dollars américains, soit 1,2 % de l’ensemble des recettes fédérales, mais ont généré près de 500 milliards de dollars américains d’investissements directs en capital.

La mise en place de changements similaires à l’égard de l’impôt fédéral sur le revenu perçu au Canada permettrait d’atteindre un triple objectif dans le domaine du logement : une offre accrue, une meilleure accessibilité et des logements plus durables. Selon nos estimations, les coûts du logement pourraient ainsi diminuer de 20 %. Ces économies permettraient aux promoteurs de libérer davantage de capitaux et de construire deux fois plus de projets avec le même montant de financement en capital. L’accélération de l’activité de construction pourrait aider le gouvernement Carney à concrétiser une priorité clé, à savoir rendre le logement plus abordable au Canada.

Obligations municipales libres d’impôt

Les gouvernements locaux américains ont le pouvoir de lever de la dette sur les marchés publics, par le biais d’émissions d’obligations, afin de financer leurs besoins de fonctionnement et d’investissement, y compris dans le domaine du logement. Les gouvernements locaux ont 4 000 milliards de dollars de dette municipale en circulation, et le marché obligataire municipal américain est le plus important au monde.

La demande de dette de gouvernements locaux est largement attribuable au bouclier fiscal que ces obligations offrent aux investisseurs. Les porteurs de dette municipale, qui sont principalement des investisseurs institutionnels et des particuliers, ne sont pas redevables de l’impôt sur le revenu au regard des intérêts perçus sur ces obligations. Étant donné que les investisseurs sont prêts à accepter un taux de rendement plus bas en échange d’une réduction de leur imposition fiscale, les gouvernements locaux peuvent emprunter sur les marchés de la dette publique à des coûts inférieurs, généralement de 100 à 160 points de base au-dessous des taux des obligations imposables présentant des caractéristiques de risque similaires.

Pour éviter toute utilisation abusive des fonds, le gouvernement fédéral impose des restrictions à ce qui peut être financé. Les recettes sont principalement utilisées pour financer des projets qui profitent aux intérêts publics plutôt qu’aux intérêts privés. Pour être considérées comme d’intérêt public, les obligations doivent répondre à l’un des critères suivants : plus de 90 % du produit est utilisé par une entité gouvernementale, ou moins de 10 % du produit est destiné à une propriété utilisée à des fins commerciales ou au bénéfice d’une entreprise. Les obligations municipales qui remplissent l’une ou l’autre de ces conditions sont classifiées comme des obligations d’État, et le gouvernement fédéral ne plafonne pas le montant de la dette qui peut être émise.

Les activités qui ne satisfont à aucun de ces critères, mais qui offrent des avantages à la fois publics et privés, comme les projets résidentiels multifamiliaux, les bâtiments durables et les projets de conception durable sont admissibles au financement, et il existe un type d’obligation municipale classifiée comme obligation d’activité privée. Contrairement aux obligations d’État, les obligations d’activité privée sont soumises à des limites de levée de capitaux, lesquelles sont fixées à 48 milliards de dollars en 2025. Les obligations d’activité privée sont utilisées pour financer une variété d’initiatives, mais elles sont essentielles en particulier pour les promoteurs qui construisent des projets de logement abordable. Environ 44 % (soit 18 milliards de dollars) des obligations d’activité privée ont été utilisés pour financer des projets de logements locatifs abordables en 2022.

Crédit d’impôt pour habitation à loyer modique en faveur de l’accessibilité du logement locatif

Un deuxième outil du code des impôts des États-Unis est le crédit d’impôt pour habitation à loyer modique. Depuis sa création en 1987, le crédit d’impôt pour habitation à loyer modique est à l’origine du développement de 7,8 % du nouveau parc immobilier américain, soit 3,65 millions d’unités de logements abordables .

Il existe deux types de crédit, un crédit d’impôt de 4 % et un crédit d’impôt de 9 %. Chaque année, les crédits d’impôt de 9 % sont répartis entre les différents États par l’Internal Revenue Service. En 2025, les crédits sont plafonnés à 49,6 milliards de dollars. Les États distribuent ces crédits entre les projets admissibles. Les critères d’admissibilité sont actualisés chaque année en fonction des priorités de chaque État en matière de logement abordable, en incluant la construction de logements plus écologiques ou à meilleure efficience énergétique. Les crédits d’impôt de 4 % sont automatiquement accordés aux projets qui reçoivent 50 % de financement par le biais d’obligations municipales libres d’impôt. Il n’existe pas de plafond relativement au montant des crédits d’impôt de 4 % disponibles chaque année, puisque les promoteurs sollicitent directement ce crédit auprès de l’IRS.

Bien qu’il existe plusieurs approches pour accéder au crédit d’impôt de 9 %, la plus courante consiste pour un chef de file, généralement une banque, à jouer le rôle d’intermédiaire entre les promoteurs et les investisseurs. Une société à responsabilité limitée est constituée, dans laquelle les investisseurs sont les commanditaires avec une participation de 99,99 % dans le projet de logement et où le promoteur est le commandité avec une participation de 0,01 %. Le promoteur transfère aux investisseurs les crédits d’impôt perçus de l’organisme de financement du logement de son État dès lors que le projet est occupé. En retour, les investisseurs fournissent un financement en capital aux promoteurs, généralement établi à 0,90 $ par dollar de crédit. Ces partenariats d’investissement sont structurés pour une durée de 15 ans, ce qui correspond à la période d’accessibilité obligatoire en vertu du code des impôts. À la fin de la période de détention de 15 ans, les investisseurs, qui sont principalement des sociétés, ont la possibilité de revendre le projet de logement au promoteur ou de conclure un nouvel accord pour le même bien.

Les investisseurs dans le crédit d’impôt pour habitation à loyer modique sont principalement motivés par le rendement après impôt lié à leur investissement en capital. Par conséquent, ils sont enclins à fournir un financement en capital de 80 % pour un projet qui générera des rendements inférieurs, parce que leur contribution servira à réduire les loyers. Le taux de rendement interne (TRI) de l’économie des investisseurs après impôt est compris entre 350 et 800 points de base, ce qui, à l’extrémité supérieure de la fourchette du TRI, représente presque le double du rendement d’une obligation du Trésor américain à 12 mois. Il existe deux catégories d’économies d’impôt : les économies d’impôt générales et les économies d’impôt sur le revenu. La première catégorie dérive de l’amortissement des actifs et des pertes d’exploitation. Les économies d’impôt sur le revenu sont réalisées en utilisant les crédits d’impôt pour compenser l’impôt fédéral sur le revenu pendant 10 ans, bien que les crédits soient remboursables si le projet de logement ne respecte pas les exigences de loyer et de revenu.

Bien qu’ils profitent aux investisseurs et aux entreprises, les crédits d’impôt ont un coût : un manque à gagner fiscal qui, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, a coûté au gouvernement 59,1 milliards de dollars américains en 2024. Du côté positif, le crédit d’impôt pour habitation à loyer modique génère 2 dollars d’investissement pour chaque dollar de revenu perdu, selon les estimations. L’effet multiplicateur est encore plus stupéfiant pour les obligations municipales, qui attirent 10 dollars de capitaux d’investisseurs privés pour chaque dollar de recettes fiscales perdues.

Quelles sont les conditions requises pour adopter le modèle fiscal américain au Canada ?

Les crédits d’impôt à l’investissement et les gains en capital libres d’impôt ne sont pas des concepts fiscaux nouveaux au Canada. Le programme d’immeubles résidentiels à logements multiples (IRLM) du gouvernement fédéral, déployé de 1974 à 1981, permettait aux particuliers investissant dans des appartements locatifs de réduire leur impôt en déduisant de leurs revenus l’amortissement et les autres coûts liés à l’investissement. Ce programme a représenté pour le gouvernement fédéral un coût de 1,3 à 2,1 milliards de dollars en manque à gagner fiscal, en dollars d’aujourd’hui, et il a finalement été abandonné en raison de son inefficacité à créer des logements locatifs à un prix inférieur au marché et à réduire les coûts de construction pour les logements locatifs.

Le programme de crédit d’impôt pour habitation à loyer modique des États-Unis est similaire au programme IRLM du Canada en ce qu’il offre des incitations fiscales pour attirer des capitaux privés afin de financer des projets de logement abordable. Mais il diffère par son caractère prescriptif, sa gouvernance et sa conception incitative, qui attirent davantage les capitaux des entreprises et des institutions que ceux des investisseurs particuliers. En imposant des limites de revenus et de loyers, ainsi qu’une période de conformité de 15 ans, le programme a réussi à assurer une offre constante de logements locatifs abordables détenus par des propriétaires privés. L’efficacité du programme est encore renforcée par le fait que les États ont la possibilité d’adapter le programme en fonction des priorités régionales, comme la préférence de l’État de Washington pour les projets situés à proximité des transports en commun.

L’adoption du modèle fiscal américain de logement abordable au Canada exigera que tous les ordres de gouvernement modifient la législation ou introduisent des changements législatifs ou de gouvernance relativement à la manière dont ils fournissent et financent le logement et les infrastructures liées au logement. Le changement le plus important sera nécessaire au niveau des gouvernements locaux. Dans ce contexte, les pratiques de budgétisation des investissements suivies de longue date devront être modernisées, afin de tirer parti du financement par emprunt disponible auprès des investisseurs institutionnels. La mobilisation de capitaux privés dépend toutefois de la capacité du gouvernement fédéral à apporter les modifications nécessaires à son code fiscal, car les avantages liés à d’éventuels changements similaires dans les codes fiscaux provinciaux sont insuffisants pour les investisseurs.

Gouvernement federal

Le gouvernement fédéral devrait modifier le règlement de l’impôt et la gouvernance, afin de mettre en œuvre un crédit d’impôt pour habitation à loyer modique et un régime d’obligations municipales libres d’impôt au Canada.

Pour les obligations municipales libres d’impôt, des modifications doivent être apportées au Règlement de l’impôt sur le revenu pour exonérer les intérêts perçus au titre des obligations municipales. Des garde-fous seraient nécessaires pour garantir que le produit des obligations soit affecté à des projets d’infrastructure liés au logement, tels que les conduites d’eau et les égouts. En outre, pour encourager les infrastructures vertes, le gouvernement pourrait exiger que le produit des obligations soit consacré à la construction d’infrastructures à faibles émissions de carbone, telles que des systèmes d’énergie de quartier utilisant la chaleur résiduelle. Ces deux garde-fous pourraient consister à définir les circonstances dans lesquelles les intérêts perçus sur les obligations municipales ne représentent pas un revenu. Pour que ces changements fonctionnent, les municipalités devront élaborer des cadres d’emprunt, par exemple un cadre d’obligations sociales ou un cadre d’obligations vertes précisant l’utilisation du produit des obligations.

Des changements seraient également nécessaires au niveau du Règlement de l’impôt sur le revenu, afin d’élaborer un crédit d’impôt à l’investissement destiné au financement de logements abordables et des critères d’admissibilité définissant ce qui constitue un logement abordable. Pour encourager la construction de logements plus écologiques, le ministère des Finances pourrait s’inspirer de l’approche de l’IRS consistant à définir une gamme et des types de projets admissibles.

Le dernier changement important requis au niveau fédéral serait l’élargissement du mandat de la Société canadienne d’hypothèques et de logement pour administrer les limites de revenu et de loyer d’un régime de crédit d’impôt pour habitation à loyer modique, si son mandat actuel lié aux besoins de logement n’inclut pas ces activités.

Gouvernements provinciaux

Les provinces canadiennes ne disposent pas d’organismes de financement du logement, mais pourraient faire appel aux ministères ou départements du logement pour administrer les composantes provinciales d’un régime de crédit d’impôt pour habitation à loyer modique. Le mandat de ces ministères et départements devra probablement être modifié pour englober tous les éléments d’un régime à l’échelle provinciale, comme l’établissement de priorités en matière de logement, l’évaluation des demandes, l’attribution des crédits d’impôt et le suivi de la conformité.

Gouvernements municipaux

Pendant des décennies, les municipalités ont été autorisées à mobiliser des capitaux par le biais d’émissions d’obligations et de prêts pour financer des projets d’investissement, mais rarement en faveur du logement abordable. Cela s’explique notamment par le fait que le gouvernement fédéral et les provinces sont les principaux bailleurs de fonds des programmes de logement, sur le marché et hors marché, axés sur l’accessibilité au logement et, plus récemment, la lutte contre les changements climatiques. L’Ontario est la seule province où les municipalités participent activement au financement de logements locatifs abordables, avec principalement des logements collectifs appartenant au gouvernement. Le financement de ces initiatives est principalement assuré par les recettes issues des taxes foncières municipales et des frais d’utilisation, et, dans de rares cas, par le biais d’obligations municipales, ces dernières étant limitées aux grandes villes ayant une population croissante et une base économique stable, comme Toronto.

Nous ne proposons pas que les municipalités adoptent en bloc le modèle des obligations municipales américaines, selon lequel les municipalités financent directement des logements abordables en utilisant le produit des obligations. Une telle proposition pourrait s’avérer impraticable dans les provinces qui ont besoin de fonds publics pour financer des biens publics uniquement. En revanche, nous encourageons les municipalités, en particulier celles de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, à étudier les coûts et les avantages du financement des infrastructures à partir d’un financement par emprunt public à long terme plutôt qu’au moyen des redevances de développement. Notre analyse des projets de logement à l’étude et en construction révèle que le fait de retrancher le coût des infrastructures du prix des propriétés pourrait réduire les coûts de construction par unité de nouvelles propriétés dans la région du Grand Toronto et du Grand Vancouver à hauteur de 20 % en moyenne.

Le passage à un modèle de financement par emprunt ne change pas qui finance les infrastructures municipales liées au logement : les locataires, les propriétaires et les contribuables. Toutefois, le canal de transmission de ces coûts change, passant des promoteurs aux municipalités. Étant donné que les municipalités peuvent emprunter à un taux moins élevé que les promoteurs ou les propriétaires, les coûts d’intérêt répercutés sont moins élevés. Fondamentalement, le changement proposé répond à un problème structurel d’accessibilité au logement qui trouve son origine dans le fait que les locataires et les propriétaires de nouvelles constructions doivent payer les coûts d’infrastructure à l’avance, plutôt que d’étaler le coût sur plusieurs décennies, par le biais de frais de services publics mensuels.

Le financement par dette publique peut se faire avec ou sans inscription aux livres. Le financement avec inscription aux livres exige que les municipalités restent dans leur limite annuelle de remboursement de la dette, qui représente généralement de 25 % de leurs propres sources de revenus. Le financement sans inscription aux livres offre aux municipalités une plus grande flexibilité d’emprunt, car les limites annuelles de remboursement de la dette ne sont pas applicables. Cette forme de financement est toutefois plus complexe sur le plan administratif, car les municipalités doivent créer une société de services municipaux ou une société de service public et définir les services qu’elles souhaitent fournir. Les utilisations les plus courantes des sociétés de services municipaux ou de services publics sont la gestion de l’eau et des eaux usées et la distribution électrique locale. Les deux types de sociétés fonctionnent indépendamment des municipalités et utilisent la dette publique pour financer un projet d’infrastructure, en plus de posséder et d’exploiter le bien.

La solide situation financière des plus grandes municipalités du Canada indique qu’il est possible de passer à un modèle de dette publique pour financer les infrastructures liées au logement. Sur la base des déclarations réglementaires , les 13 plus grandes administrations régionales et de palier supérieur de l’Ontario, qui sont également actives sur le marché des obligations municipales, disposent d’une marge de manœuvre financière leur permettant de contracter des dettes d’au moins 4 milliards de dollars, sous forme de prêts ou d’obligations, sans dépasser leur limite annuelle de remboursement de la dette. C’est deux fois plus que les 2 milliards de dollars qu’elles ont perçus en redevances de développement en 2023.

Une vingtaine de municipalités canadiennes empruntent activement sur le marché de la dette publique pour financer leurs projets d’infrastructures matérielles. Les émissions d’obligations municipales ont totalisé 5,4 milliards de dollars en 2024, et la dette en circulation s’élève à 53 milliards de dollars.

Étant donné les notes de crédit comprises majoritairement entre AA et AAA pour les municipalités canadiennes, le faible risque de défaut et le profil risque-rendement attrayant, il est probable, au vu de l’expérience américaine, que les modifications du Règlement de l’impôt fédéral visant à exonérer les intérêts perçus sur les obligations municipales stimuleront la demande des investisseurs.

Bien qu’il soit peu probable que le marché obligataire municipal du Canada soit multiplié par 75 pour atteindre 4 000 milliards de dollars, ce qui est la taille du marché obligataire municipal américain, ce chiffre prouve que les incitations fiscales peuvent être un outil efficace pour attirer des capitaux privés vers les formes d’infrastructures souhaitées.

Les municipalités disposent d’un éventail d’options de gouvernance quant à la manière de fournir leurs services, ainsi qu’à la propriété et à la gestion de ces services. Le modèle le plus courant au Canada est celui où les municipalités sont entièrement responsables de la prestation des services. Au cours des 30 dernières années, à mesure que de plus en plus de responsabilités ont été transférées des gouvernements provinciaux aux municipalités, une lente évolution a été observée pour explorer des formes différentes et des façons plus rentables de fournir les services. Les sociétés de services municipaux et de services publics sont les deux formes alternatives de prestation de services les plus courantes. La création de ces sociétés municipales indépendantes offre une plus grande flexibilité pour planifier et financer le cycle de vie complet des biens.

Dans un modèle de société de services municipaux ou de prestation de services publics, ces sociétés s’endettent pour payer les coûts initiaux d’investissement d’un projet d’infrastructure. Les dettes sont remboursées pendant plusieurs décennies grâce aux frais d’utilisation mensuels perçus des propriétaires et des entreprises qui utilisent l’infrastructure. La viabilité économique continue de ces systèmes est assurée par des raccordements obligatoires aux services publics, généralement exigés par les réglementations d’urbanisme provinciales ou municipales.

Transformer les idées en actions

Nous encourageons tous les niveaux des gouvernements à étudier et à prendre en considération les idées de fiscalité et de financement proposées dans cette note afin d’actualiser leurs stratégies dans le domaine du logement.

Notre note ne modélise pas l’impact sur les tarifs des services publics, dans le cas où les municipalités adopteraient un modèle de financement par l’emprunt pour les infrastructures. Ces études économiques et fiscales sont complexes et nécessitent une compréhension approfondie des budgets d’investissement et des modèles de prestation de services, lesquels ne sont pas uniformes partout au Canada. Compte tenu de l’expertise requise pour exécuter ces études, les gouvernements provinciaux et municipaux ont la possibilité de cofinancer les études afin de comprendre les coûts et les avantages des idées avancées.

Au niveau fédéral, des travaux de conception de politiques et de programmes sont probablement en cours pour élaborer une proposition de crédit d’impôt pour le logement abordable, avec l’engagement du gouvernement à réduire les redevances de développement municipales de 50 %. Nous encourageons le ministère du Logement, de l’Infrastructure et des Collectivités à prendre en considération les idées avancées à mesure qu’il progressera dans l’analyse des politiques, la conception des programmes et la phase de consultation de son travail. Étant donné que des modifications du Règlement de l’impôt sur le revenu sont au cœur de nos deux idées, nous encourageons le ministère des Finances à évaluer le coût et les avantages de nos deux propositions fiscales à l’égard du bilan du gouvernement. 

Conclusion

On estime que 2 000 milliards de dollars seront nécessaires au cours des cinq prochaines années pour construire les 3,5 millions de logements supplémentaires requis pour atténuer la crise de l’accessibilité au logement dans le pays. Une crise qui a ouvert la voie, au cours des dernières années, à plusieurs études menées par le gouvernement fédéral et les provinces afin d’analyser les causes profondes du problème d’offre et d’accessibilité du logement au pays, ainsi qu’à des recommandations d’action.

Les idées fiscales proposées ci-dessus mettent en avant certaines de ces recommandations. Le Groupe de travail sur l’abordabilité du logement en Ontario a recommandé la création de sociétés de services municipaux indépendantes qui construiraient, posséderaient et exploiteraient les infrastructures liées au logement. Il s’agit également de financer les infrastructures par l’emprunt plutôt que par les redevances de développement. Le Groupe d’experts Canada–Colombie-Britannique sur l’avenir de l’offre et de l’abordabilité des logements a recommandé d’accroître l’offre de logements locatifs à des prix inférieurs au marché en s’appuyant sur un engagement de financement à long terme.

L’urgence d’exploiter et d’élargir le bassin de capitaux disponibles pour la construction de nouveaux logements – cinq fois le niveau actuel de déploiement – devient de plus en plus pressante, alors que les provinces et le gouvernement fédéral engagent de nouvelles dépenses imprévues pour soutenir les entreprises et les collectivités touchées par les droits de douane américains. L’effet net aux deux niveaux de gouvernement est la réduction de la marge de manœuvre budgétaire pour soutenir d’autres priorités, notamment le logement. Le rétablissement de l’accessibilité au logement doit être une priorité stratégique à court et à long terme à tous les niveaux de gouvernement. Cela permettra de libérer du revenu disponible pour les ménages, qui pourra être réinvesti pour développer d’autres secteurs de l’économie. Il s’agira d’un résultat durable, susceptible de préserver le niveau de vie actuel ainsi que la prospérité économique des générations actuelles et des nouvelles générations de locataires et de propriétaires canadiens.

Pour en savoir plus, allez à  rbc.com/fr/leadership-avise/

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Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Aperçu

Sur le plan économique, tout indique en théorie qu’une société plus qualifiée sera plus productive. Les pays et les régions dont la population est plus qualifiée sont ceux qui attireront les secteurs de pointe, en plus d’être ceux où l’épargne et les investissements seront plus importants et où de tout nouveaux secteurs économiques émergeront.

Ce n’est pas encore le cas au Canada. Même si la population canadienne affiche l’un des taux de diplomation postsecondaire les plus élevés au monde et que la fréquentation des établissements d’études postsecondaires est en hausse constante depuis 25 ans, le pays tire de l’arrière au chapitre de la performance économique, incluant la productivité. Un trop grand nombre de diplômés des études supérieures n’arrivent pas à faire progresser la performance économique. Trop peu d’employeurs réussissent à créer des équipes qui présentent les bonnes aptitudes. Trop souvent, les étudiants ignorent comment leurs études leur permettront d’accéder à un emploi. De plus, les étudiants étrangers peinent toujours à être plus productifs dans une économie qui évolue rapidement.

Il est d’autant plus urgent de relever ces défis compte tenu de la détérioration des relations commerciales qui obligent les entreprises canadiennes à chercher rapidement des occasions d’accroître leur présence mondiale et de devenir plus concurrentielles. La recherche des meilleurs talents constitue le nerf de la guerre commerciale.

Bien entendu, cet enjeu n’est pas vraiment nouveau. Au Canada, le secteur postsecondaire, les employeurs et les gouvernements s’efforcent depuis des années, des dizaines d’années en fait, de bâtir une économie plus productive basée sur le savoir et les aptitudes.

Or, malgré toutes les innovations misant sur la préparation à l’emploi, l’éducation est encore loin de contribuer à l’économie. Une situation que le Canada ne peut pas se permettre étant donné ses difficultés sur le plan économique et de la productivité.

Dans le présent rapport, nous expliquons les raisons pour lesquelles le Canada n’arrive pas à profiter des retombées de son système d’éducation postsecondaire qui est pourtant reconnu à l’échelle mondiale. Nous formulons également des recommandations pour que l’éducation postsecondaire devienne un instrument de productivité.  Il s’agit d’un instrument essentiel pour accroître l’avantage concurrentiel du Canada.  Enfin, nous présentons des moyens que certaines économies plus productives ont pris pour tirer parti du capital intellectuel et de la force de recherche de leur système d’éducation postsecondaire. Nous présentons également à des fins de réflexion de nouvelles façons de concevoir les programmes d’études postsecondaires offerts.

Cette année, RBC a lancé Le projet Croissance qui se veut une initiative pour découvrir une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne. Tout au long de ce projet, nous explorerons les principaux moteurs de la croissance économique, comme la productivité. Pour préparer notre rapport dans lequel nous tentons de comprendre pourquoi l’économie est au point mort, nous avons participé à la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES) pour réfléchir au rôle que joue l’éducation postsecondaire dans la crise de la productivité au Canada.

La productivité est un indicateur important de la capacité d’une économie à générer un revenu supplémentaire pour chaque heure travaillée. Certaines économies génèrent un revenu supplémentaire par heure travaillée supérieur aux autres, ce qui leur permet d’afficher une performance et une croissance économiques plus élevées.

Où en sommes-nous ?

La croissance de la productivité de la main-d’œuvre au Canada diminue même si un plus grand nombre de Canadiens obtiennent un diplôme d’études

Sources : Statistique Canada, Services économiques RBC

Malgré sa population hautement qualifiée, le Canada affiche un niveau de productivité inférieur — La population du pays est l’une des plus qualifiée parmi les membres du G7 et supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2024, environ 63 % des Canadiens de 25 à 64 ans détenaient un diplôme d’études postsecondaires, contre 41 % en moyenne pour les pays de l’OCDE.1 Or, ces deux graphiques montrent que notre niveau de productivité n’a pas suivi la même trajectoire. Non seulement tirons-nous de l’arrière par rapport aux autres pays, mais l’écart s’est en plus creusé au cours des dix dernières années, même si la part de diplômés des études supérieures, dont celle des nouveaux arrivants, a augmenté.

La croissance de la productivité est inférieure à celle de nombreux pays de l’OCDE

Croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d’œuvre, de 2014 à 2023, en %

Sources : OCDE, Services économiques RBC

Nos diplômés se trouvent un emploi, mais leur rémunération est inférieure à celle des autres pays — Les diplômés du collégial et de l’université présentent au fil du temps un taux de chômage inférieur et un revenu supérieur aux Canadiens qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires2. Cependant, si l’on fait abstraction du niveau d’études, les Canadiens gagnent en moyenne 8 % de moins que les Américains3, un écart qui se creuse dans de nombreux emplois4. Il s’agit de l’une des raisons qui expliquent l’exode des cerveaux, c’est-à-dire les diplômés des études supérieures qui choisissent de travailler aux États-Unis, ce qui nuit au Canada, notamment sur le plan économique. En excluant le coût et la qualité de vie aux États-Unis, le Canada demeure en milieu de peloton en ce qui a trait au rendement du capital investi de chaque personne ayant poursuivi des études supérieures comparativement aux autres pays5.

Enseignement postsecondaire au Canada

Le Canada compte plusieurs systèmes d’éducation postsecondaire. De fait, chaque province et territoire est responsable (une compétence protégée par la constitution dans le cas des provinces et déléguée par le fédéral aux territoires) d’établir et de réglementer ses universités, collèges et instituts, notamment en leur déléguant les pouvoirs en matière de sanction des études et sur les questions relatives au financement et aux droits de scolarité. C’est pourquoi les politiques et les systèmes varient à l’échelle du pays. Environ 64 % des étudiants de niveau postsecondaire sont inscrits à l’université et 36 % au collège6, dont la grande majorité fréquente un établissement public parmi 100 universités et plus de 200 collèges, dont 13 écoles polytechniques.7 À cela s’ajoutent plus de 1 500 collèges privés d’enseignement professionnel, dont près de la moitié se situent en Ontario.8

Traditionnellement, les universités offrent des cours menant à un diplôme à long terme dans des disciplines académiques, alors que les collèges publics offrent des cours menant à court terme à un diplôme centré sur la carrière. Cependant, les gouvernements provinciaux autres que ceux du Québec et des quatre provinces de l’Atlantique permettent également à certains collèges publics de décerner des diplômes9 et des certificats souvent octroyés par les universités. Par ailleurs, le gouvernement fédéral contribue aux systèmes d’éducation postsecondaire en offrant des bourses de recherche, de l’aide financière aux études et des paiements de transfert aux provinces10.

Les défis

Dans le meilleur des mondes, c’est en développant une main-d’œuvre qualifiée, en stimulant l’innovation grâce aux efforts de recherche et en favorisant la collaboration entre les secteurs que l’enseignement supérieur alimente la productivité. Les établissements postsecondaires permettent aux diplômés d’acquérir des aptitudes essentielles, fournissent aux entreprises des recherches de pointe et alimentent la croissance économique en créant de nouvelles technologies et en faisant émerger des jeunes pousses et des talents. La recherche montre une corrélation positive entre la santé économique d’une région et la présence d’établissements d’enseignement supérieur, et que le PIB sera rehaussé de 0,4 % pour chaque augmentation de 10 % du nombre d’universités par habitant11. Cet effet est attribuable au dynamisme dont profitent le capital humain et l’innovation et non pas seulement aux dépenses directes des établissements et des étudiants.

Les établissements d’enseignement supérieur favorisent également la vitalité sociale et intellectuelle d’une communauté, d’une région et d’une société, même si l’effet est difficile à évaluer. Néanmoins, le cas du Canada nous permet de comprendre que l’existence d’un système d’enseignement supérieur alimenté par ses nombreux participants et ses activités de recherche ne se traduit pas nécessairement par un rendement élevé lorsqu’on l’évalue en fonction de paramètres économiques.

Qu’est-ce qui cloche ? Le manque de données et de recherches limite la capacité de déterminer les facteurs qui contribuent à la valeur économique globale de l’éducation postsecondaire.12 13 Nous pouvons toutefois observer ce qui se passe dans les autres pays qui affichent une meilleure productivité et qui disposent de solides systèmes postsecondaires pour établir ce qui fonctionne et les stratégies qui semblent prometteuses, dont quelques-unes vous sont présentées plus loin. Nous pouvons aussi recenser les lacunes évidentes au pays, que ce soit dans le développement du capital humain ou dans la recherche.

Des écarts persistent entre les connaissances et les aptitudes acquises dans les systèmes d’enseignements supérieurs et les besoins du marché du travail au Canada.

L’OCDE mentionne « qu’un niveau de scolarité plus élevé ne se traduit pas nécessairement par de meilleures aptitudes ».14 Selon les enquêtes menées auprès des employeurs, les entreprises éprouvent encore des difficultés pour embaucher des employés qui possèdent les aptitudes nécessaires, surtout des aptitudes interpersonnelles et en communication.15 Nous savons aussi que l’écart se creuse dans le cas des aptitudes techniques des diplômés liées à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et aux mégadonnées, qui gagnent toutes rapidement en importance.

En raison du caractère inadéquat des modèles d’affaires des établissements postsecondaires, les systèmes d’enseignement supérieur du Canada ne pourront pas atteindre leurs objectifs dans l’état actuel de l’économie mondiale.

Le bilan des établissements postsecondaires est peu reluisant. Les finances de ces établissements se détériorent rapidement à cause de la stagnation du financement gouvernemental provincial, du plafonnement, voire du gel, de l’augmentation des droits de scolarité des étudiants, et du changement de la politique fédérale sur l’immigration qui a fait chuter brusquement le nombre d’étudiants étrangers et les revenus imposants provenant de leurs droits de scolarité plus élevés qui contribuaient à leurs bénéfices. La diminution de leurs revenus est susceptible de s’aggraver en l’absence d’une réforme de leurs modèles d’affaires pour les adapter à l’évolution de l’économie.

Le problème est que les dirigeants des établissements postsecondaires n’ont pas assez de contrôle sur leurs sources de revenus, sont assujettis à des règles de gestion budgétaire et n’ont peu ou pas la capacité de réduire ou de réaffecter une partie de leurs charges fixes les plus importantes. Les salaires et les avantages sociaux des employés représentent plus de 50 % des dépenses totales des collèges et des universités.16 Par ailleurs, les nombreuses facultés permanentes ainsi que la protection que confèrent les conventions collectives et l’ancienneté au corps professoral empêchent les établissements d’ajuster ou d’éliminer des programmes en fonction des inscriptions et de la demande. L’embauche de chargés de cours pour enseigner aux étudiants est l’une des stratégies qui visaient en théorie à obtenir une plus grande souplesse. En pratique, cette stratégie n’a pas fait de miracle et a entraîné la création d’un sous-groupe de professeurs qui ne disposent pas de ressources suffisantes ou d’une stabilité d’emploi élémentaire.

Dans un tel contexte financier fragile et limité, les programmes d’études universitaires qui s’harmonisent le mieux aux secteurs très productifs sont ceux qui coûtent le plus cher à exploiter. Les programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) sont en plein essor depuis plus de 30 ans, profitant de l’engouement du marché du travail et des étudiants. De fait, les inscriptions sont passées de 18,3 % en 1992-1993 à près de 26 % en 2022-2023.17 L’utilisation de laboratoires, d’ordinateurs et d’autre équipement fait grimper leur coût qui représente au moins le double de celui d’une formation en sciences humaines ou en administration des affaires.18 19 Si les collèges et les universités ne peuvent plus compter sur les sources traditionnelles de revenus, ces établissements devraient être libres, voire incités, de trouver de nouveaux flux de revenus, d’élaborer de nouveaux modèles de financement et de revoir leur mission éducative en fonction de leurs besoins, mais aussi, de façon plus large, de leur rôle à l’échelle de la société et de l’économie. Prenons l’exemple de l’Université d’État de l’Arizona (que nous verrons plus loin), qui a adopté une approche entrepreneuriale pour réinventer ses programmes, ses activités de recherche ainsi que son modèle d’affaires afin de reprendre le contrôle sur sa destinée fragilisée par une réduction du financement de l’État tout en faisant de l’accès aux étudiants, notamment des groupes marginalisés, sa priorité.

Le Canada manque de données comparables pour évaluer le rendement de nos systèmes postsecondaires et faire des liens avec les données du marché du travail.

Il est difficile de régler un problème quand on n’a pas toute l’information. Or, c’est ce qui arrive au Canada qui manque de données pour évaluer la performance de ses systèmes d’éducation postsecondaire.20 Les statistiques sur la proportion d’études complètes et l’emploi sont parfois connues, mais les données sur la performance ne sont pas uniformes d’une province ou même d’un établissement à l’autre. Elles ne sont par ailleurs pas publiées en temps opportun ni assez fiables pour pouvoir évaluer si les aptitudes des diplômés correspondent aux besoins du marché du travail. Puisque la responsabilité de l’enseignement supérieur relève des provinces et des territoires, la normalisation de ces données à l’échelle nationale peut sembler impossible. Or, l’intérêt renouvelé pour trouver des façons de mieux harmoniser les économies et le commerce entre les provinces et les territoires représente une occasion idéale d’inviter les établissements postsecondaires à la table de discussion.

Des pays comme les États-Unis et l’Australie font un meilleur suivi des données d’enseignement postsecondaire, ce qui leur permet de discuter des politiques publiques et d’y apporter des changements de façon éclairée. Aux États-Unis, les établissements qui participent aux programmes fédéraux d’aide aux étudiants sont tenus d’effectuer le suivi des données qui peuvent ensuite être consultées dans les systèmes intégrés de données d’éducation postsecondaire. L’Australie a élaboré des indicateurs de qualité pour  l’apprentissage et l’enseignement tirés d’enquêtes parrainées par le gouvernement qui sont menées chaque année auprès des étudiants aux niveaux supérieurs de l’inscription à l’emploi.

Les diplômes des études supérieures ne correspondent pas tout à fait aux besoins.

Près de 15 % de la population active au Canada est titulaire d’un diplôme d’études supérieures, ce qui est un peu moins que la proportion de 16 % de bacheliers en 1997.21  Or, ces diplômes ne mènent pas tous vers un emploi où une telle formation est exigée. (En fait, le nombre d’emplois vacants pour lesquels seul un diplôme d’études secondaires est exigé est plus élevé que ceux où l’on demande un baccalauréat ou un diplôme plus élevé22.)

Par conséquent, on observe un nombre croissant de Canadiens hautement qualifiés dans des emplois qui ne mettent pas à profit leur diplôme. Le Canada s’est classé au deuxième rang des 37 pays de l’OCDE pour son taux le plus élevé de travailleurs surqualifiés23, qui s’élève à 10,6 % pour les travailleurs nés au Canada et à 11,8 % pour les immigrés ayant étudié au Canada en 202324.

Il ne fait aucun doute que les titulaires de diplômes d’études supérieures gagnent un salaire plus élevé que ceux qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires. Or, l’écart se resserre lorsqu’on les compare les détenteurs d’un baccalauréat et d’une maîtrise. Entre 1997 et 2019, l’écart de salaire était de 23 % en moyenne. Depuis la pandémie, l’écart a diminué pour s’établir à 18 %, car un plus grand nombre de titulaires de diplôme d’études supérieures sont en concurrence pour décrocher un nombre inférieur d’emplois nécessitant leurs compétences25. Le choix du programme est également un facteur important : les docteurs en administration des affaires sont ceux qui gagnaient le salaire le plus élevé en 2021, selon une analyse menée auprès de cette cohorte, alors qu’ils ne représentaient que 4 % de tous les docteurs. À l’inverse, les docteurs en sciences humaines (9 %) et en sciences (22 %) figuraient parmi ceux dont le salaire était le moins élevé. Le salaire des titulaires d’un doctorat en mathématiques et en informatique est celui qui a enregistré la plus forte croissance au cours des cinq années suivant l’obtention du diplôme26.

Soulignons également que les titulaires de doctorats sont moins nombreux à travailler dans le secteur privé au Canada comparativement aux États-Unis. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que notre économie demeure en majeure partie basée sur les ressources et en raison des investissements moins importants dans les secteurs de la recherche et développement qui exigeraient de telles aptitudes27. Néanmoins, les étudiants diplômés participent généralement moins aux programmes d’apprentissage intégré au travail (que nous verrons plus loin) et ont peu d’occasions de montrer et de mettre en pratique leurs aptitudes et leur savoir-faire aux entreprises canadiennes qui pourraient en tirer parti. Certes, le Canada a besoin de diplômés des études supérieures, mais il faudrait davantage penser à privilégier les programmes qui répondent le mieux aux besoins et à la façon de profiter le plus des aptitudes et des connaissances qu’ils permettent d’acquérir.

Une expansion des campus et des programmes a été observée au Canada au cours des 25 dernières années, mais on ignore si leur nombre ou leur répartition est favorable.

Le nombre d’étudiants aux niveaux supérieurs a augmenté au cours des 35 dernières années, ce qui a entraîné une expansion des programmes et des campus. L’enseignement postsecondaire doit être de qualité pour former et inspirer la nouvelle génération de talents et de travailleurs qualifiés tout en favorisant les découvertes transformatrices. Il est toutefois intéressant de se demander si la taille et la répartition de la centaine d’universités publiques, auxquelles s’ajoutent plus de 200 collèges avec leurs campus associés et les plus de 25 000 programmes qui y s’offrent répondent aussi bien qu’ils le pourraient aux besoins les plus urgents et contribuer à créer une économie plus productive au pays.

Cette question est d’autant plus importante depuis que le nombre d’étudiants étrangers a été limité, car ce bassin d’étudiants permettait jusqu’en 2024 de contrebalancer la diminution plus récente des inscriptions et des revenus des étudiants canadiens, particulièrement ressentie dans certaines régions. Selon les projections démographiques, la tranche de Canadiens de 15 à 24 ans devrait enregistrer une croissance modeste au cours de la prochaine décennie avant de diminuer pour s’établir légèrement au-dessus du niveau actuel28.

Nous avons aussi encore en tête la crise financière de 2021 qui a secoué l’Université Laurentienne de Sudbury en Ontario, lorsque l’établissement a déclaré faillite principalement en raison de la piètre planification de ses projets d’investissement et de sa lourdeur administrative, comme nous l’avons appris plus tard29.

Réfléchissons sérieusement  aux façons de mieux arrimer les ressources d’enseignement supérieur à un bassin démographique plus large d’étudiants (p. ex., les baby-boomers vieillissants) et de les adapter en fonction de l’évolution des besoins de l’économie.

Nous ne donnons pas aux diplômés internationaux des établissements postsecondaires au Canada les outils pour s’intégrer aux secteurs à forte productivité du marché du travail.

Les étudiants étrangers font partie de la solution pour répondre aux besoins économiques et résoudre la crise de productivité auxquels le Canada devra faire face. Or, au cours des dernières années, nous avons constaté que les efforts déployés au pays pour recruter ces étudiants ont conduit à des dérapages, de sorte que les étudiants n’ont pas obtenu ce qu’ils cherchaient ou se sont retrouvés dans des programmes qui n’offrent pas de débouchés dans des secteurs à valeur élevée. Par exemple, les étudiants étrangers privilégieront souvent les programmes d’administration des affaires au détriment des STGM30, ce qui fait qu’ils sont nombreux à avoir de la difficulté à trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme, même si leur visa leur permet de rester.

À mesure que le Canada s’efforce de réduire et de recalibrer son bassin d’étudiants, nous devrions mettre l’accent sur le recrutement et la formation d’étudiants étrangers de grande qualité tout en cherchant à développer une main-d’œuvre ciblée. Le gouvernement fédéral a récemment imposé cette exigence en adoptant de nouvelles règles concernant les domaines d’études dans lesquels les étudiants étrangers doivent s’inscrire pour être admissibles à un permis de travail postdiplôme.

Il s’agit d’un bon point de départ, mais cette stratégie n’a pas tout à fait donné les résultats escomptés et a plongé plusieurs établissements postsecondaires en crise, les contraignant à combler de toute urgence les trous laissés dans leurs finances et leurs programmes. Lorsque la situation reviendra à la normale, le choix de domaines d’études devrait également tenir compte de la demande de main-d’œuvre des régions. Les étudiants étrangers auront aussi besoin d’un meilleur soutien pour mettre en pratique leurs aptitudes dans leur milieu de travail sous la forme de services personnalisés d’orientation professionnelle et d’occasions d’apprentissage intégré au travail en raison des difficultés de certains liées aux restrictions imposées aux travailleurs étrangers.

Les étudiants ont besoin d’un éventail d’outils plus complet.

Nous avons besoin d’experts en science des données capables de raconter des histoires, des électriciens qui peuvent expliquer les termes techniques complexes à leurs clients, et des créateurs culturels dont les connaissances de pointe en technologie numérique leur permettent de réaliser des prouesses. Les aptitudes et les connaissances techniques acquises dans les programmes de STGM sont précieuses, tout comme le sont les aptitudes où les sciences sociales excellent : la capacité de s’exprimer à l’écrit et à l’oral de façon efficace et convaincante, la pensée critique et les approches créatives en résolution de problèmes.

Par ailleurs, les étudiants finissent parfois par travailler dans un autre domaine que celui dans lequel ils ont été formés, que ce soit dans les STGM, les affaires ou les sciences sociales31. Il n’existe pas assez de programmes d’études postsecondaires qui favorisent l’acquisition de connaissances dans plusieurs disciplines. Or, certains programmes comme le baccalauréat ès arts et sciences offert par l’Université McGill et qui permet aux étudiants de suivre des cours des deux facultés ou le programme de baccalauréat en industries culturelles de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique qui offre une formation combinée en arts, technologies et affaires     sont des exemples prometteurs. De nombreux programmes permettent aux étudiants de faire des choix et ainsi d’élargir par eux-mêmes leurs connaissances et aptitudes.

Cela n’est toutefois qu’une infime partie de ce que nous pouvons ou devons accomplir. Puisque les inscriptions dans les programmes de sciences humaines continuent de diminuer, il est nécessaire que les établissements postsecondaires réinventent les compétences de base que les sciences humaines offrent à tous les étudiants et à la façon de les offrir dans l’ensemble des cursus, programmes et facultés compte tenu de la demande croissante pour les STGM. La pensée critique et la capacité à analyser des problèmes complexes sont des aptitudes clés pour les emplois les plus demandés compte tenu des progrès en intelligence artificielle et en automatisation32, tout comme la capacité à déterminer comment utiliser efficacement ces technologies. Le temps serait-il venu de faire tomber les barrières qui freinent l’intégration des STIAM plus concrètement dans les programmes et les cursus de la plupart des étudiants ?

Les entreprises canadiennes ne tirent pas pleinement parti de la recherche postsecondaire et peinent à adopter les innovations qui en découlent.

En 2022, le Canada s’est hissé au 10e rang mondial pour ce qui est des publications scientifiques33 en plus d’être un chef de file dans certains domaines comme l’intelligence artificielle. Or, les entreprises canadiennes ne sont pas au rendez-vous lorsque vient le temps de tirer parti des découvertes réalisées au pays. Les États-Unis font beaucoup mieux à ce chapitre, car ils jouissent d’un écosystème plus solide qui favorise la transposition de la recherche en application concrète dans le marché, que l’on pense au financement en capital de risque, aux politiques publiques de soutien et au cadre d’applications de la propriété intellectuelle qui incite les chercheurs et les établissements postsecondaires à commercialiser leurs découvertes.

Cela dit, en 2022, les entreprises canadiennes ont investi à peine 1,7 % du PIB en recherche et développement, ce qui est moins que la moyenne de l’OCDE et largement en deçà des pays très productifs comme Israël (6,0 %), la Corée du Sud (5,2 %) et les États-Unis (3,6 %)34. Même dans la recherche en IA où le Canada est un chef de file, nous accusons du retard sur les autres pays quand vient le temps d’en faire un usage commercial.

Comment pouvons-nous faire mieux ?

La question de l’adéquation entre l’enseignement postsecondaire et la formation et les besoins du marché du travail se pose depuis un moment. Les collèges et les universités y travaillent et réussissent à trouver de plus en plus de pistes novatrices. Or, le son de cloche est différent du côté des employeurs et des données économiques et laisse penser que le Canada n’arrive toujours pas à se doter d’une main-d’œuvre qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires pour accroître sa productivité dans un monde de plus en plus concurrentiel. Voici quelques pistes de solution :

Lever les obstacles qui empêchent les établissements d’innover.

Les établissements postsecondaires canadiens ont besoin de nouveaux modèles d’affaires qui leur permettent d’adopter une approche plus entrepreneuriale et d’avoir un meilleur contrôle de leur destinée financière tout en demeurant responsables et imputables à l’égard des personnes et des communautés qu’ils desservent.

Trop souvent les établissements qui cherchent à innover se butent à une multitude de règles fédérales, mais surtout provinciales, qui encadrent toutes leurs activités, des droits de scolarité, aux approvisionnements en passant par les partenaires et les programmes obligatoires, sans obtenir de soutien financier des gouvernements. Un assouplissement raisonnable de la réglementation aurait le mérite de favoriser leur créativité, un esprit de collaboration et leur capacité à s’adapter aux changements. À l’interne, les collèges et les universités doivent se doter de mécanismes pour encourager le changement là où se trouvent des obstacles et de la résistance face à la création ou aux changements de programmes ou à la collaboration avec les secteurs pour concevoir les programmes.

Améliorer la notoriété et la définition des aptitudes acquises dans les établissements d’enseignement postsecondaire.

Les futurs étudiants et les nouveaux diplômés doivent connaître les aptitudes acquises dans le cadre d’un programme afin de s’assurer qu’il correspond à leurs attentes et de pouvoir communiquer ces aptitudes aux employeurs. Certains programmes communiquent déjà ces renseignements, notamment dans les collèges, mais une telle pratique devrait être généralisée et faire partie des données comparables utilisées pour évaluer le rendement des systèmes postsecondaires à l’échelle nationale qui peuvent être liées aux données du marché du travail.

Le défi peut être plus grand pour les titulaires de diplômes d’études supérieures, dont la plupart ne sont pas issus du milieu académique. Ces diplômés, mais également leurs employeurs, doivent connaître quelles aptitudes sont acquises durant leurs recherches et de quelle façon ils pourront les appliquer dans un milieu autre qu’académique.

Adopter l’apprentissage intégré au travail là où les besoins sont les plus criants.

L’apprentissage intégré au travail se veut une façon de faire vivre à un étudiant une véritable expérience de travail dans le cadre de son programme d’études supérieures. Les stages, les formations pratiques, les programmes coopératifs, le mentorat auprès d’un entrepreneur et le travail sur le terrain en sont autant d’exemples. Ces expériences aident les étudiants à appliquer leurs apprentissages en milieu de travail et à acquérir de nouvelles aptitudes pertinentes en plus d’aider les entreprises à recruter des étudiants et à les former en fonction de leurs besoins particuliers.

C’est pourquoi l’apprentissage intégré au travail est l’une des pistes de solution pour relever les enjeux de productivité et d’aptitudes au Canada. De fait, les deux tiers des employeurs qui participent à de tels programmes par l’entremise de la TRAES ont déclaré avoir observé une hausse de leur productivité35. Or, même si des progrès importants ont été accomplis au chapitre des occasions d’apprentissage intégré au travail, ce n’est pas encore la norme, car à peine la moitié de tous les diplômés des études postsecondaires avaient profité d’une telle occasion en 202036. Les occasions sont également variables, puisque les étudiants au doctorat (18 %) et ceux des programmes de sciences humaines (16 %) ont moins accès à de telles expériences37.

La plupart des sociétés canadiennes sont des petites et moyennes entreprises (PME) et font face à un plus grand nombre d’obstacles que les plus grandes sociétés pour intégrer des expériences traditionnelles d’apprentissage intégré au travail, en termes de ressources, de temps et de risque. Des formules plus courtes, plus souples et qui nécessitent moins de ressources sont mieux adaptées à la réalité et aux besoins des PME et en font un meilleur choix. Elles devraient faire partie des expériences d’apprentissage intégré au travail proposées sous forme de mandats de services-conseils, de multiples stages de courte durée d’au plus 10 jours, de stages et de projets en ligne, et de participation à des concours sectoriels comme des marathons de programmation, des compétitions et des projets soumis par les employeurs qui font l’objet d’une évaluation.38

Multiplier les occasions de rehausser et de mettre à niveau les aptitudes.

Les entreprises sont tenues d’aider leurs travailleurs à maintenir les aptitudes nécessaires pour continuer d’exécuter les tâches qui évoluent, notamment sur le plan de la technologie. Les établissements postsecondaires sont bien placés pour offrir ce type de formation et peuvent saisir cette occasion d’en faire une source de revenus lors d’une refonte de leur modèle d’affaires. Trop souvent, les entreprises canadiennes peinent à collaborer avec les établissements postsecondaires et finissent par développer leurs propres outils de formation à l’interne.39

Pour y arriver, les établissements d’enseignement supérieur doivent demeurer à l’affût des occasions visant à rehausser les aptitudes dans leur communauté, collaborer avec les employeurs (et vice versa) pour comprendre quelles sont les aptitudes à améliorer et proposer des solutions et des programmes adaptés à la vie personnelle et professionnelle des apprenants. Un choix judicieux serait de se tourner vers les facultés d’éducation permanente. Les gouvernements pourraient également soutenir financièrement ces programmes et en faire la promotion en offrant des incitatifs fiscaux ou autres, au moment où ils cherchent des politiques pour atténuer les perturbations au sein de la main-d’œuvre. Les microcertifications, des programmes courts souvent offerts en ligne, sont l’une des solutions de rehaussement des aptitudes qui se sont avérées efficaces auprès des travailleurs qui ont besoin d’acquérir des aptitudes complémentaires,40 notamment les programmes et les cours créés par les établissements postsecondaires. L’Ontario, par exemple, permet d’y accéder par l’intermédiaire du portail eCampus qu’elle finance.

Les établissements postsecondaires peuvent aussi élaborer des programmes de mise à niveau des aptitudes pour les travailleurs qui ont besoin d’acquérir de toutes nouvelles aptitudes recherchées en raison d’une réorientation professionnelle. Les programmes de replacement externe offerts en collaboration avec des entreprises locales en sont un exemple. Puisque l’apprentissage y est plus important que dans un programme de rehaussement des aptitudes, la progression peut être plus difficile, surtout si l’on veut des résultats rapides. Les programmes d’éducation axée sur les compétences peuvent être une bonne solution. Ces programmes visent à offrir un éventail précis de compétences souvent nécessaires pour occuper un emploi donné, en soins infirmiers, par exemple. Les cours sont souvent offerts en formule flexible, virtuelle, personnalisée, autodirigée, et les apprentissages antérieurs sont généralement reconnus. Peu utilisée au Canada, cette approche est plus répandue aux États-Unis et pourrait inspirer les réformes visant la structure et la conception des programmes traditionnels.41

Stimuler la différenciation entre les établissements.

Le Canada fait belle figure en matière d’accès aux études postsecondaires dans toutes les régions du pays et dans les communautés éloignées. Or, nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens. Les établissements n’ont pas tous besoin d’un centre de recherche en intelligence artificielle pas plus qu’un département d’histoire.

La différenciation est essentielle et, à ce titre, les collèges publics et les universités sont encouragés à miser sur l’enseignement, les apprentissages et la recherche dans les disciplines où elles excellent, et dissuadés d’offrir les mêmes programmes lorsque cela n’est pas nécessaire. Le gouvernement de l’Ontario suit cette politique, mais sans avoir une vision stratégique du secteur ou définir le rôle des collèges et celui des universités.42

La différentiation peut signifier que certains établissements seront spécialisés et excelleront dans l’enseignement aux étudiants de premier cycle, comme les universités de la Maple League de l’est du Canada, ou seront très impliqués en recherche, comme l’Université de Toronto, ou que leurs programmes d’enseignement et de recherche seront principalement axés sur leurs secteurs locaux importants comme les écoles polytechniques du pays.

Les établissements peuvent aussi se différencier par leurs modèles d’affaires afin de poursuivre leurs activités et de conserver leur pertinence. Leur différenciation peut être établie au moyen d’une convention négociée entre l’établissement et le bailleur de fonds publics, comme en Ontario, qui définit le mandat stratégique de l’établissement. Les modèles de financement public de la recherche peuvent aussi favoriser la différenciation et accroître la capacité en encourageant la spécialisation des établissements, comme le fait le gouvernement fédéral avec son Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada.

La crise financière qui compromet de plus en plus la pérennité des collèges et des universités fait de la différenciation un impératif stratégique pour chaque établissement.

Aider les entreprises canadiennes à se tourner vers la recherche et à y investir.

Les chercheurs de classe mondiale de notre système d’éducation postsecondaire font partie d’un pipeline d’innovation, dont les entreprises canadiennes qui en font partie peuvent mettre en application les découvertes des chercheurs, les commercialiser, les approfondir, les intégrer à leurs activités et accroître leur avantage concurrentiel. Or, ce pipeline est ralenti par les processus réglementaires et d’approbation fragmentés de tous les paliers de gouvernements, ce qui retarde et complique les décisions d’investissement des entreprises. La simplification de ces processus en mettant en place, par exemple, une méthode d’évaluation de l’environnement harmonisée entre le fédéral et les provinces pour les projets qui revêtent une importance stratégique sur le plan national accélérerait les approbations et stimulerait les investissements privés dans les nouveaux grands projets.

Notre système fiscal désuet doit aussi être revu en profondeur dans une optique qui viserait à encourager le privé à investir davantage en recherche et développement au Canada. Cette révision pourrait inclure une analyse des effets des changements au programme d’encouragement fiscal à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS&DE) annoncés récemment dans l’énoncé économique de l’automne 2024, par exemple pour offrir des taux préférentiels aux secteurs à forte concentration en R et D et des incitatifs permanents aux entreprises novatrices pour qu’elles investissent à long terme en R et D, ce qui pourrait stimuler encore plus les investisseurs privés en R et D.

Conclusion

L’enseignement postsecondaire est l’un des fers de lance de notre pays. Nous ne l’exploitons toutefois pas à son plein potentiel de sorte que nous n’arrivons pas à suivre le reste du monde. Nous sommes plongés de toute évidence dans une crise de productivité qui doit être réglée de toute urgence, car elle se répercute directement sur le niveau de vie auquel tous les Canadiens sont en droit de s’attendre, incluant les futurs diplômés, surtout en raison des divisions et des perturbations qui touchent l’économie mondiale. Autant les gouvernements que les établissements et les employeurs sont appelés à prendre des mesures pour améliorer la situation :

  • Lancer une réforme de la réglementation et du régime fiscal pour encourager les investissements privés en R et D et adopter les découvertes réalisées par les chercheurs canadiens.

  • À mesure que les ministères apportent des changements à la stratégie relative aux étudiants étrangers, s’efforcer d’arrimer leurs capacités et leurs intérêts aux programmes qui peuvent répondre aux besoins économiques les plus pressants, à l’échelle tant régionale que nationale. Éliminer les restrictions sur l’immigration qui empêchent les étudiants étrangers de participer aux expériences d’apprentissage intégré au travail.

  • Lever les obstacles qui entravent les affaires et mieux faire connaître la valeur associée à la participation à des expériences d’apprentissage intégré au travail, surtout auprès des PME, en investissant dans des partenariats et le renforcement des capacités.

  • Utiliser les incitations fiscales et le financement public pour encourager les partenariats entre les secteurs et les établissements postsecondaires pour soutenir la création de programmes, de rehaussement et de mise à niveau des aptitudes de qualité et économiques pour les employés.

  • Participer aux efforts pancanadiens et tirer profit des programmes et des ministères pertinents du fédéral pour générer des données comparables, accessibles, complètes et faciles à interpréter dans le but d’analyser et d’établir les résultats en enseignement postsecondaire, y compris ceux des établissements et des programmes.

  • Mettre en place une vision et une stratégie bien définies des systèmes postsecondaires des provinces qui permettent de différencier les objectifs des programmes des collèges et des universités et d’en favoriser la différenciation.

  • Lancer un processus de déréglementation limité des systèmes postsecondaires qui donne aux établissements un plus grand contrôle de leurs finances, de leurs sources de revenus et qui favorise l’innovation dans les programmes et les partenariats sectoriels.

  • En parallèle, promouvoir l’imputabilité en obligeant les établissements à communiquer des données comparables et détaillées sur leur performance et leurs programmes postsecondaires, notamment les aptitudes des diplômés, qui peuvent être liées aux informations sur le marché du travail.

  • Examiner de façon rigoureuse et continue l’évolution des besoins de main-d’œuvre et mettre à jour les informations sur le marché du travail afin de favoriser une meilleure adéquation avec les programmes postsecondaires.

  • Bien expliquer les aptitudes que les étudiants pourront acquérir en suivant les cours et les programmes offerts et proposer des façons de les communiquer aux employeurs. Tirer parti de l’expertise des départements d’éducation permanente qui sont déjà bien placés pour aider.

  • Encourager, soutenir et inciter les départements et les facultés à chercher de nouveaux modèles d’enseignement et d’apprentissage, surtout ceux qui intègrent les aptitudes dont les étudiants auront besoin dans leur milieu de travail.

  • Abattre les barrières qui existent entre les facultés, les programmes et les cursus et qui entravent les apprentissages multi et interdisciplinaires exigés pour faire la promotion des aptitudes dans les STIAM et exposer les étudiants aux problèmes dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est forte.

  • Chercher de nouvelles façons de mieux faire connaître les occasions d’apprentissage intégré au travail auprès des étudiants, de leur expliquer en quoi ils sont un atout et de les aider à surmonter les obstacles qui en freinent l’accès.

  • Interpeller les établissements postsecondaires – ou des intermédiaires comme la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui peuvent faciliter les échanges – pour discuter des aptitudes dont vous avez besoin et déterminer des pistes de collaboration.

  • Envisager de participer à des expériences d’apprentissage intégré au travail afin de combler les lacunes en matière d’aptitudes et d’avoir la possibilité de contribuer à former la nouvelle cohorte d’employés.

  • Chercher des établissements postsecondaires qui offrent des programmes courts pour rehausser ou mettre à niveau les aptitudes de vos employés avant de vous tourner vers de nouveaux fournisseurs externes.

  • S’impliquer dans les activités de prospection dans les écoles secondaires pour mieux faire connaître le secteur, ce qui fait de l’entreprise un milieu de travail stimulant et les parcours scolaires qui mènent à une carrière enrichissante dans le secteur.

  • Continuer de contribuer aux systèmes d’information du marché du travail en partageant les données avec les gouvernements et collaborer pour trouver de nouvelles façons d’améliorer l’exactitude et la pertinence des analyses du marché du travail et l’élaboration de politiques.

Exemples de recherche et développement en enseignement supérieur à l’échelle mondiale

Faciliter le transfert de connaissances aux PME – Université de Heilbronn, Allemagne

Le défi : Combler le manque de connaissances des petites et moyennes entreprises locales.

L’innovation : Cette université en recherche appliquée a créé un laboratoire virtuel en IA qui est accessible à tous, qui est mis à jour régulièrement, et qui aide les entreprises à comprendre l’évolution de la recherche en IA et à adopter des solutions d’IA pragmatiques dans une ville qui a été rapidement reconnue comme étant un centre de l’IA.

Alimenter la croissance des jeunes pousses en créant des liens à l’échelle mondiale — Block 71, Université nationale de Singapour

Le défi : Combler le manque de connaissances et de liens des jeunes pousses.

L’innovation : Block 71 est un centre d’innovation créé en 2011 pour encourager les jeunes pousses à créer des liens avec la recherche académique, les activités de mentorat et les marchés mondiaux. On compte maintenant dix centres dans le monde, dont ceux de la Silicon Valley, de Saigon et de Nagoya, ce qui a permis à plus de 100 jeunes pousses de créer des liens avec plus de 50 sociétés de capital-risque.

Créer une plaque tournante de la recherche grâce aux fusions — Université Paris-Saclay, France

Le défi : Accroître le rayonnement des instituts de recherche et de la recherche à l’échelle mondiale.

L’innovation : Crée en 2019, cette université spécialisée dans la recherche en technologie regroupe 20 collèges, universités publiques et instituts de recherche prestigieux dans un seul campus, sans compromettre leur autonomie. Les ressources combinées et la collaboration ont fait de l’université un chef de file de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation dans les sciences et la technologie à l’échelle mondiale.

Promouvoir l’engagement économique à l’échelle locale – Programme de prospérité économique et d’innovation, Association des universités publiques et créées par donation foncière, États-Unis

Le défi : Arrimer l’enseignement, l’apprentissage et la recherche universitaire au développement économique local.

L’innovation : Le programme encourage les universités à comprendre, communiquer et développer leur engagement économique local en suivant un processus pour obtenir une désignation. Des prix sont aussi décernés chaque année pour souligner des exemples d’excellence en matière de perfectionnement des talents et de la main-d’œuvre ; d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement économique basé sur la technologie ; et d’autres formes d’engagement communautaire.

Exemples d’innovation en enseignement et en apprentissage aux études supérieures à l’échelle mondiale

Diplômes d’apprentis — Université métropolitaine de Manchester

Le défi : Aider les diplômés à acquérir les aptitudes manquantes et améliorer la productivité

L’innovation : Les diplômes d’apprentis allient le travail à temps plein aux études à temps partiel, en offrant la possibilité aux entreprises du secteur de participer en grande partie à la conception et à la mise en œuvre du programme. L’Université métropolitaine de Manchester a obtenu des résultats exceptionnels en utilisant ce modèle. De fait, le salaire médian des apprentis a augmenté de 44 %, ce qui correspond à une hausse de la productivité d’environ 60 %. De plus, 70 % des employeurs ont déclaré des gains au chapitre de la productivité.

Transformer le modèle – Université d’État de l’Arizona, États-Unis

Le défi : Repenser l’université pour favoriser l’accès à l’éducation, faire avancer la recherche des valeurs publiques et s’engager auprès de la communauté pour résoudre les problèmes économiques.

L’innovation : Sous la direction transformatrice de Michael M. Crow, l’université repense son rôle dans le système d’éducation supérieure en vertu de son nouveau modèle d’université américaine. L’établissement a été un précurseur en offrant des programmes menant à un diplôme entièrement en ligne et en favorisant l’accès des groupes d’étudiants non traditionnels, notamment en collaborant avec Starbucks qu’elle puisse offrir gratuitement à ses employés des programmes menant à un diplôme en ligne. Reconnu comme un chef de file du transfert de technologie dans le volet de la recherche et de la propriété intellectuelle, il a obtenu plus de 1 600 brevets depuis 2003 et recueilli plus de 1,4 milliard de dollars en capital investissement.

  • Corée du Sud – Ce géant de l’Asie de l’Est présente le taux le plus élevé d’études postsecondaires parmi les pays de l’OCDE, puisque près de 70 % de sa population a atteint ce niveau d’études43. Il est également l’un des pays de l’OECD où la croissance de la productivité est la plus forte. Le pays a mis à profit les avantages de son système d’enseignement pour développer son économie, notamment son approche descendante robuste qui favorise une collaboration étroite du gouvernement, des entreprises et de la communauté universitaire en recherche44. Même si le pays affiche des résultats moins probants à l’heure actuelle, ses fondamentaux demeurent solides et il continue de faire figure d’exemple en montrant ce qu’il est possible d’accomplir grâce à la politique, aux investissements et à la collaboration.

  • Israël – Avec un taux de croissance de 6,5 % en 202245, le secteur de la haute technologie représente plus de 15 % du GDP du pays46. Les universités sont aussi profondément intégrées à ses activités. Israël s’est hissé au premier rang mondial pour la concentration des talents en IA et cinquième pour la pénétration des talents en IA dans le rapport de l’indice sur l’IA de l’Université Stanford en 2024. Ce classement a été attribué à son écosystème exceptionnel composé de jeunes pousses et d’universitaires et au soutien stratégique de joueurs locaux et multinationaux47.

  • Slovénie – Ce petit pays d’Europe a enregistré de forts gains de productivité au cours de la dernière décennie et une hausse importante de la proportion de sa population titulaire d’un diplôme d’études postsecondaires, laquelle est passée de 35,3 % en 2012 à 47,3 % en 202248. Le pays investit environ 1 % de son PIB dans l’enseignement supérieur, ce qui a permis de faire augmenter rapidement le nombre de diplômés de ses programmes de STIM49. Par ailleurs, l’enseignement supérieur et la science et l’innovation sont regroupés au sein du même ministère.

Programme de technologie numérique, Université York
  • Le défi : Pallier le manque d’aptitudes dans l’économie numérique et développer une main-d’œuvre diversifiée et novatrice.

  • L’innovation : Il s’agit du premier programme d’apprentissage entièrement intégré au travail qui mène à un diplôme au Canada, où les étudiants consacrent 80 % de leur temps au travail, incluant des possibilités de travail rémunérées, et 20 % à leurs cours. Ce programme axé sur les compétences permet aux étudiants de mettre en pratique leurs aptitudes tout en faisant progresser leurs connaissances liées aux technologies avancées. Les employés enregistrent des gains de productivité grâce aux mandats qui durent plus longtemps et à l’engagement plus élevé des étudiants dans les projets.

Programme de technicien en électricité, Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse
  • Le défi : Répondre à la demande de nouvelles aptitudes liées aux efforts déployés par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour accroître sa production d’énergie éolienne terrestre.

  • L’innovation : Grâce à la participation de RBC Fondation à un engagement totalisant 2 millions de dollars, le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse actualise son programme de technicien en électricité afin d’y inclure une formation en énergie éolienne à plus grande échelle pour répondre à la demande du marché du travail en plus de s’inscrire dans les initiatives provinciales pour soutenir la croissance propre. Les fonds serviront à développer un nouveau cours et du matériel de formation pratique.

Grappes d’innovation mondiales, Innovation, Sciences et Développement économique Canada
  • Le défi : Trouver des solutions aux problèmes complexes et augmenter la productivité du Canada dans des industries naissantes clés.

  • L’innovation : Mieux connu sous le nom de « supergrappes », ce programme rassemble des entreprises, des établissements universitaires et des organismes à but non lucratif dans cinq secteurs pour stimuler la croissance et l’innovation, et est financé par le gouvernement et l’industrie. Le programme a généré plus de 1,6 milliard de dollars en projets financés par le gouvernement fédéral et les partenaires de l’industrie entre 2018 et 2023, en plus de créer 24 000 emplois à temps plein50.

Recherche et partenariat pour des stages, Mitacs
  • Le défi : Mettre à profit l’expertise et l’innovation en recherche postsecondaire pour résoudre les problèmes éprouvés par les entreprises et combler les lacunes dans les aptitudes acquises par les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs.

  • L’innovation : Par l’entremise de ses nombreux programmes, cet organisme sans but lucratif rassemble les étudiants et les chercheurs au postdoctorat avec des partenaires du secteur privé dans le but de résoudre des enjeux réels éprouvés par des entreprises dans le cadre de stages et de projets de recherche collaboratifs. Mitacs offre également aux étudiants et aux chercheurs au postdoctorat un programme pour les aider à perfectionner leurs compétences professionnelles. Le programme a généré une hausse de 11 % de la productivité auprès de plus de 12 000 partenaires et des investissements en R et D de 1,2 milliard de dollars entre 2018 et 2023, selon une analyse de Statistique Canada et de Mitacs51.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/le-projet-croissance.

Télécharger le rapport

Contributors:

Leadership avisé RBC

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la
direction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, Dspécialiste, Publication numérique

Table ronde entreprises + enseignement supérieur

Val Walker, Chef de la direction

Matthew McKean, Chef de la R-D

Andrew Bieler, Directeur des partenariats et de l’apprentissage par l’expérience

Carmela Busi la R-D

Contributeur externe

Moira MacDonald, Rédacteur et réviseur


Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Principales constatations

  • Dans le secteur des minéraux, le Canada représente le plus grand partenaire commercial des États-Unis et vice-versa. Le commerce bilatéral1 représente 146 milliards de dollars.
  • Sur une liste de 50 minéraux critiques identifiés, les États-Unis dépendent intégralement des importations en ce qui concerne 12 de ceux-ci et ont un solde importateur (plus de 50 %) pour 29 de ceux-ci2.
  • La Chine représente la principale source étrangère d’approvisionnement des États-Unis (un quart des minéraux critiques)3.
  • L’économie américaine pourrait fortement pâtir des perturbations de l’approvisionnement en minéraux critiques. Voici un exemple : une restriction de 30 % de l’offre de gallium pourrait entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain4.
  • L’approvisionnement de la défense représente une source de financement sous-utilisée pour les principaux minéraux critiques, en particulier le graphite, le tungstène, le scandium et le gallium.

Les soubassements d’une quatrième révolution industrielle

Les minéraux constituent le soubassement de toute économie industrielle. Acier, cuivre, aluminium… Ils posent les fondations des infrastructures économiques, civiles et de la défense. Par ailleurs, une catégorie de minéraux toujours plus nombreux est à la base des éléments indispensables de ladite « quatrième révolution industrielle » – une époque où des forces technologiques perturbatrices, mues par l’interaction personne-machine, animent la recherche, la fabrication et une économie des données en constante expansion.

Dans cette nouvelle ère, la demande pour cette catégorie de « minéraux critiques » sera stimulée par l’utilisation croissante des semi-conducteurs et des machines de traitement des données, l’adoption accrue de technologies de batteries et de nouvelles sources d’énergie, ainsi que les progrès des technologies aérospatiales et de défense. Pour le Canada, la course à la mise en valeur et à la transformation de ces minéraux ne s’arrête pas au secteur minier ; elle met en évidence un nouveau paradigme de sécurité visant à protéger et à renforcer nos intérêts économiques et nationaux dans un ordre mondial en constante évolution. Voici une partie des enjeux :

Semi-conducteurs

Les débuts de l’IA générative nous montrent à quel point nous aurons besoin d’une puissance informatique accrue. Les ventes mondiales de semi-conducteurs devraient atteindre un billion de dollars américains d’ici 2030. Les puces d’intelligence artificielle (IA) de grande puissance représenteront probablement la majorité des ventes5. À ce jour, le silicium constitue le matériau de choix, même si l’IA met ses limites thermiques à l’épreuve. Grâce à sa conductivité exceptionnelle, le nitrure de gallium (GaN) offre une amélioration de plus de 30 % du rendement énergétique des plaquettes6. Le palladium, l’arsenic, le cuivre et le cobalt interviennent également dans la fabrication de puces (placage, câblage).

Batteries

Qu’il s’agisse des véhicules électriques (VE) sur la route, de l’efficacité énergétique à domicile ou de l’entreposage de longue durée dans les sites de production d’énergie, la technologie des batteries devra s’intensifier fortement au cours des prochaines années. Une batterie de VE exige en moyenne 205 kilogrammes de lithium, de composés de cobalt, de nickel, de graphite et de manganèse7 (soit six fois celle d’un moteur à combustion interne). Selon le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la demande nord-américaine en minéraux pour batteries (transport et entreposage aux fins des services publics) quadruplera ou quintuplera probablement d’ici 2040, par rapport à aujourd’hui8.

Énergie de la région pionnière

Il est probable que la consommation de pétrole et de gaz augmentera au cours des dix prochaines années en Amérique du Nord. Nous assisterons toutefois également à une croissance beaucoup plus importante de nouvelles sources d’énergie, notamment les petits réacteurs nucléaires modulaires, la géothermie, l’énergie éolienne et l’énergie solaire. La rapide croissance de l’énergie renouvelable, qui représente maintenant environ 15 % de l’énergie mondiale9, renforce la demande de plusieurs minéraux critiques. Le silicium, l’argent et l’aluminium sont nécessaires pour les panneaux solaires, et le cobalt, le tellure et les métaux du groupe de terres rares, pour l’énergie éolienne. D’après le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la production d’électricité issue des énergies renouvelables (tant solaire qu’éolienne) en Amérique du Nord triplera au moins d’ici 2040 par rapport à celle de 2024 en raison de l’augmentation de la demande d’électricité10.

Défense

L’augmentation des dépenses de défense et de sécurité dans l’Occident, y compris au Canada, exigera beaucoup plus d’équipements lourds et de matériel ainsi que de minéraux entrant dans leur fabrication. Un char d’artillerie type nécessite plus de vingt minéraux critiques dans les systèmes11 de navigation, de communication et de combat, tandis qu’un avion à réaction F-35 compte près de 1 000 livres de métaux du groupe de terres rares12. Les batteries et les semi-conducteurs sont aussi de plus en plus importants pour les opérations militaires, tout comme les besoins plus traditionnels pour renforcer l’artillerie, la marine et l’aérospatiale (l’antimoine, le béryllium, le titane, etc.). Ensuite vient la sécurité aux frontières : le tungstène intervient dans les techniques à rayons X du secteur automobile et le germanium dans l’imagerie thermique et les lunettes de vision nocturne.

Un nouveau grand jeu

La lutte pour la suprématie technologique mondiale entre la Chine et les États-Unis prend les tournures d’une guerre des ressources minérales critiques. Il s’agit pour le 21siècle, d’un grand jeu géopolitique qui pourra bientôt rivaliser avec la course aux champs pétrolifères issue de la Seconde Guerre mondiale ou avec la lutte pour les routes commerciales qui a façonné le 19e siècle.

Pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux, cette guerre risque d’être remportée par la Chine. Dans les domaines des VE, de l’énergie renouvelable et des technologies avancées de défense et de la protection civile, la Chine s’avère aussi innovante que l’Amérique. Dans le monde entier, les automobiles reposent sur la technologie des batteries chinoises. Jim Farley, chef de la direction de Ford, estime que la Chine a dix ans d’avance dans la technologie des batteries, et continue d’innover13. Dans le secteur de la défense, la Chine est en mesure de mettre en place de nouveaux systèmes d’armement cinq fois plus vite que les États-Unis14.

Fait encore plus préoccupant : les États-Unis sont peu ou pas présents dans la chaîne de valeur des minéraux critiques. Le pays dépend entièrement des importations pour près d’un quart de ses 50 minéraux critiques identifiés, et à plus de 50 % des importations pour 29 minéraux15. Dans bien des cas, cette dépendance concerne la Chine. Le pays est la principale source d’importation pour un quart des minéraux critiques des États-Unis et le principal producteur mondial de seize des minéraux critiques figurant sur la liste des États-Unis16.

Comme le montre la figure 1, la Chine occupe une position dominante dans la production ou l’affinage des six minéraux critiques « de base » : le lithium, le graphite, le cobalt, le nickel, le cuivre et les métaux du groupe de terres rares. Au degré extrême, la Chine détient au moins 75 % des parts du marché mondial du graphite produit et affiné, des métaux raffinés du groupe de terres rares et du cobalt affiné17. La Chine contrôle en moyenne les deux tiers de la transformation ou de l’affinage de l’ensemble des six minéraux dans le monde18.

La production de minéraux critiques se caractérise par un risque de concentration important.

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Source: OCDE et Leadership avisé RBC

Et encore davantage pour l’affinage de minéraux critiques, dominé par la Chine

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Sources : OCDE et Leadership avisé RBC

Sur les marchés étrangers, les sociétés minières d’État chinoises sont fortement implantées au Pérou, en République démocratique du Congo et en Indonésie (les sociétés chinoises contrôlant près de 75 % de la capacité de nickel de l’Indonésie)19. Le pays a également établi des liens d’investissement et est le plus important partenaire commercial des producteurs et affineurs de minéraux dans pratiquement chaque pays d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et d’Océanie (Australie).

Il sera difficile de rattraper le retard dans cette ruée vers les minéraux critiques, et beaucoup plus compliqué que lors de la ruée vers le pétrole de l’Occident, pour plusieurs raisons :

  • 1.
    Les minéraux rares. Les minéraux critiques sont un ensemble varié et diversifié de minéraux traditionnels et rares, avec leurs propres processus uniques de production et d’affinage. Le processus est beaucoup plus complexe que le raffinage du pétrole brut ou le traitement du gaz naturel, dont les molécules se cantonnent dans une zone plus étroite : les composés d’hydrogène et de carbone.
  • 2.
    L’utilisation finale a beaucoup d’importance. Dans le cas des minéraux critiques, l’utilisation finale prédit le type de production et le degré d’affinage requis. Par exemple, le gallium primaire est récupéré sous forme de sous-produit de la transformation, et même de l’affinage, de la bauxite, le gallium de haute pureté étant affiné jusqu’à une pureté de 99,9999 %.
  • 3.
    La technologie. Grâce à l’expérience qu’elle a accumulée pendant des dizaines d’années, la Chine a pu innover dans le domaine des techniques d’affinage, comme le perfectionnement du processus d’extraction par solvant pour affiner les métaux du groupe de terres rares.
  • 4.
    Des ressources nationales limitées. Les États-Unis disposent de ressources nationales limitées de minéraux critiques, représentant moins de 1 % des réserves mondiales de cobalt, de nickel et de graphite et moins de 2 % de manganèse et de métaux du groupe de terres rares20.
  • 5.
    L’absence de champions régionaux. Les Sept Sœurs, ancêtres du trio d’origine britannique et américaine BP, Chevron et ExxonMobil ont créé l’industrie pétrolière. Les sept d’entre elles ont reçu d’immenses garanties politiques (et militaires) pour traverser des terres étrangères en vue de constituer des réserves. En revanche, la plupart des principales sociétés minières nord-américaines sont moins implantées à l’échelle mondiale par rapport aux grandes sociétés pétrolières américaines, surtout en aval (à l’exception peut-être de Société aurifère Barrick, de Teck Resources et de First Quantum Minerals).

Les États-Unis auront pour défi de rattraper la domination chinoise, du moins par eux-mêmes. Par conséquent, ils créent de nouvelles sphères stratégiques pour obtenir les minéraux dont ils ont absolument besoin pour assurer leur leadership technologique mondial, en ciblant des marchés sur les ressources – voire en approfondissant des relations – en Ukraine, au Groenland et au Canada. Les États-Unis pourraient même réintégrer des marchandises russes non soumises à des restrictions sur les marchés mondiaux, s’ils poursuivaient leurs propres ambitions concernant la sécurité des ressources.

Le Canada doit être au cœur de cette sphère. Le pays peut réduire le risque lié aux chaînes logistiques des minéraux critiques – en diminuant la dépendance à l’égard de la Chine, mais aussi en fournissant une capacité supplémentaire aux marchés dominés par une poignée de fournisseurs. Le Canada est un pays minier responsable et riche sur le plan géologique. Il possède un important potentiel de minéraux, notamment le nickel, le cobalt, le zinc, l’aluminium, la potasse et d’autres minéraux spécialisés comme l’indium, le graphite, le germanium et le gallium. Nous sommes aussi un pays commerçant, le seul membre du G7 ayant conclu des accords de libre-échange avec les autres membres du G7, auxquels s’ajoute une solide relation sur le plan de la sécurité avec les États-Unis.

Un grand déséquilibre : le leadership de la Chine

L’administration Trump a fait des minéraux critiques une priorité stratégique. Dans l’ensemble, le regain d’intérêt pour la défense, complété par une approche enhardie face à la loi CHIPS and Science Act de l’administration Biden, est considéré comme un investissement positif. Le décret-loi de la nouvelle administration qui interrompt sur-le-champ le décaissement des fonds par l’entremise de la loi Inflation Reduction Act pourrait être plus problématique, car il menace de paralyser certains programmes d’investissements cruciaux alors que Pékin ne ralentit pas la cadence. Tout simplement, il faut peut-être que les États-Unis adoptent tous les facteurs de la demande de minéraux critiques, à l’instar de la Chine : les batteries, l’énergie renouvelable, les VE, la défense et l’IA.

Dans cette section, nous déterminons quatre facteurs clés qui ont entraîné la domination de la Chine dans les minéraux critiques. Il se peut que l’Occident soit forcé d’adopter des approches politiques industrielles et étrangères pour déstabiliser ce grand déséquilibre.

Intervention politique

La politique industrielle axée sur l’acier, l’aluminium et le cuivre (première industrialisation) a été suivie de politiques visant à promouvoir l’adoption des VE et des énergies renouvelables. Sur le plan de l’offre, les États ont fourni une assistance concourant à créer des champions nationaux afin de rivaliser avec les grands acteurs mondiaux. Ces objectifs ont été complétés par des objectifs de politique étrangère, comme l’initiative One Belt, One Road (la nouvelle route de la soie), qui s’est traduite par l’investissement d’un billion de dollars américains dans des pays étrangers – souvent dans des pays riches en ressources21. L’Amérique a réagi en adoptant une politique industrielle, la loi Inflation Reduction Act. Bien qu’elle ait ainsi réussi à stimuler le capital consacré à la recherche, au développement et à la fabrication, peu d’efforts ont été consacrés à l’extraction ou à l’affinage des minéraux.

Marché

Aujourd’hui, la Chine représente 70 % de la valeur de la fabrication de technologies propres à l’échelle mondiale22 dans un écosystème souvent intégré verticalement ; les minéraux sont extraits et affinés en fonction de la spécificité des éléments finaux. La demande stimule l’offre, qui provient de sociétés minières publiques exerçant leurs activités dans des territoires à moindres coûts, tout en bénéficiant d’un soutien de l’État. En revanche, les mineurs occidentaux sont soumis à des normes plus élevées provenant des investisseurs publics et du manque de subventions publiques. Par ailleurs, ils sont souvent soumis à des permis d’exploitation sociaux plus chers dans la mise en valeur des ressources étrangères, étant donné le manque de soutien politique (différend entre États et investisseurs au lieu d’un différend entre États).

Technologies

Le soutien public ciblé à la fois pour l’offre et la demande a favorisé des percées technologiques et abaissé la courbe des coûts – en particulier dans les énergies renouvelables et les batteries. Sur le plan de l’offre, l’innovation technologique dans la production et l’affinage chinois a permis à la Chine de perfectionner le processus d’extraction des solvants pour affiner les métaux du groupe de terres rares.

Tournure d’esprit

La Chine adopte une tournure d’esprit guerrière dans sa répartition de capitaux et d’autres ressources afin d’assurer la sécurité de l’offre et celle de la demande grâce à une approche de la chaîne de valeur complète. En revanche, une telle urgence fait défaut aux États-Unis. Ils délaissent même des réserves minérales stratégiques, soit par défaut de réapprovisionnement des réserves par rapport aux niveaux passés, soit par vente pure et simple des réserves (cas du lithium). Cette approche est très différente de celle adoptée pour le pétrole brut, qui impose le maintien d’une réserve stratégique et comportait une interdiction d’exportation continentale jusqu’en 2015.

Les cinq grands minéraux critiques non combustibles du Canada

Les importations américaines de tous les minéraux et métaux non combustibles ont atteint 167 milliards de dollars américains en 202423. Le Canada demeure la source la plus importante d’importations pour les États-Unis (40 milliards de dollars américains, soit 24 %) et est le premier fournisseur d’acier, d’aluminium, de potasse, de nickel et de zinc aux États-Unis (deuxième fournisseur pour le cuivre)24. Dans les 50 minéraux critiques des États-Unis, le Canada représente aussi la plus importante source d’importations (4,5 milliards de dollars américains, soit 20 %)25.

Cela étant dit, les États-Unis continuent de dépendre de la Chine pour de nombreux minéraux critiques spécialisés ayant une moindre importance commerciale, quoique fondamentaux sur le plan stratégique. Qui plus est, la Chine a mis en place des contrôles à l’exportation sur plusieurs de ces minéraux, p. ex., le gallium. Ce risque d’approvisionnement revêt une grande importance sur le plan économique ; U.S. Geological Survey estime qu’une réduction de l’offre de gallium de 30 % (la Chine constitue le fournisseur mondial à 90 %) pourrait à elle seule entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain26.

À court et à moyen terme, le Canada a l’occasion de supplanter progressivement l’offre chinoise, tout en poursuivant une stratégie canado-américaine visant à assurer la production pour plusieurs technologies ou applications essentielles pour la sécurité continentale et la quatrième révolution industrielle. Voici les cinq principaux minéraux critiques qui peuvent avant tout bénéficier de cette occasion.

1. Le gallium

 

Le gallium est un métal qui possède une des conductivités thermiques les plus hautes. Il intervient dans la production de circuits intégrés et de semi-conducteurs très spécialisés pour l’IA et l’informatique de pointe. Les semi-conducteurs au gallium sont également essentiels à la protection antimissile, aux systèmes radars et aux communications électroniques de prochaine génération des États-Unis.

Les États-Unis demeurent tributaires à 100 % des importations pour leur approvisionnement en gallium27. En 2024, le Canada était le premier fournisseur de gallium aux États-Unis, et représentait plus de 50 % des importations (supplantant ainsi l’approvisionnement chinois28). L’approvisionnement actuel provient du gallium recyclé sur le site de Neo Performance Materials à Peterborough (Ontario). Il se peut que le projet de démonstration de Rio Tinto à Saguenay renforce la production mondiale totale de gallium primaire de 5 à 10 % s’il peut atteindre la viabilité commerciale29. Un projet d’expansion de Teck Resource à Trail (Colombie-Britannique) pourrait également accroître la production de germanium et créer une production de gallium et d’antimoine.

2. Le graphite

 

Une conductivité électrique, une résistance à la température, une inertie chimique et un pouvoir lubrifiant élevés caractérisent ce métal intervenant dans les batteries dont l’intérêt grandit dans les applications de défense. Les propriétés uniques du graphite rendent difficile, voire impossible, la substitution dans de nombreuses applications, par exemple lorsque la résistance thermique est essentielle au rendement de l’équipement et à sa durabilité.

La demande mondiale de graphite devrait presque doubler d’ici 203530. Le Canada a une occasion unique de développer une chaîne de valeur complète de graphite, une proposition fort précieuse puisque la Chine représente 82 % et 91 % de la production et de l’affinage mondiaux de graphite, respectivement31. Le Québec est le plus avancé avec la mine en exploitation de Northern Graphite au Lac-des-Îles, au nord-ouest de Mont-Tremblant, et les projets de développement en cours de Nouveau Monde Graphite pour l’exploitation minière dans la Matawinie au nord de Montréal et l’affinage à Bécancour en périphérie de Trois-Rivières. L’Ontario offre une autre mine de graphite potentielle, Bissett Creek de Northern Graphite, en phase d’autorisation, près de la rivière des Outaouais au nord du parc Algonquin.

3. Le nickel

 

Le nickel possède une ductilité (flexible), une robustesse et une résistance élevées. Le minéral intervient dans les batteries lithium-ion et dans la production d’acier inoxydable. La demande mondiale devrait croître de 70 % d’ici 2035, principalement en raison de la demande de batteries, tant dans le secteur des transports que dans celui de postes fixes (services publics)32.

Le projet Dumont Nickel (Nion Nickel) dans la région de l’Abitibi au Québec, intégré verticalement, est en cours de construction. La mine Crawford de Canada Nickel (la deuxième réserve nickélifère au monde) au nord de Timmins, en Ontario, est en phase d’examen de permis. Le nickel canadien offre une diversification bien nécessaire, l’Indonésie et les Philippines représentant à eux seuls les deux tiers de la production mondiale33. Le nickel canadien parviendra peut-être à dépasser 100 % des besoins en importations américaines si tous les projets sont mis en œuvre34.

4. Le tungstène

 

Avec la plus haute résistance à la traction (la contrainte maximale qu’un matériau peut supporter sans se casser) et le plus haut point de fusion de tous les métaux présents dans la nature, les alliages à base de tungstène sont des intrants clés pour la défense aérienne, les navires militaires et les munitions perforantes. Le tungstène intervient également dans les appareils à rayons X du secteur automobile, et concourt ainsi à renforcer la sécurité aux frontières avec les États-Unis.

La Chine produit 83 % du tungstène mondial et représente 52 % des réserves mondiales35. Le Canada est un ancien producteur qui possède d’importantes réserves qui comprennent certains des plus importants gisements de tungstène au monde. Le projet Sisson de Northcliff Resources, au nord-ouest de Fredericton, et la mine Mactung de Fireweed Metals, dans l’est du Yukon, sont de remarquables projets de tungstène canadiens. En décembre 2024, le gouvernement du Canada et le ministère de la Défense des États-Unis ont annoncé un investissement conjoint de 35 millions de dollars américains dans le projet Mactung, le plus grand gisement de tungstène à forte teneur au monde36.

5. Le germanium

 

Le minéral possède des caractéristiques des semi-conducteurs comparables à celles du silicium, mais des propriétés optiques et thermiques supérieures. Son utilisation est essentielle pour la défense (vision nocturne), l’exploration spatiale, les câbles à fibres optiques et les semi-conducteurs. Ces dernières années, le besoin croissant des centres de données (pour les fibres) a stimulé la demande de ce minéral.

Le Canada a fourni 20 % des importations américaines de germanium (oxyde) en 202337. La société canadienne Teck Resources détient une chaîne logistique intégrée de germanium avec des minerais de zinc extraits en Alaska et affinés à Trail, en Colombie-Britannique. Le site de Trail prévoit accroître la production de germanium, lancée en janvier par le ministre Wilkinson aux États-Unis et à ses alliés cherchant à s’approvisionner au Canada, principalement en raison de l’interdiction de la Chine d’exporter le germanium à la fin de l’année dernière.

Assurer la compétitivité du Canada

Cela fait plus de cent ans que la richesse en ressources naturelles du Canada attire les investisseurs et les exploitants de ressources naturelles, grâce à des infrastructures de qualité, à la primauté du droit, à des normes environnementales et de travail rigoureuses et à de solides relations commerciales. Le Canada peut miser sur ces atouts en prenant les mesures suivantes :

  • Tirer profit des fonds gouvernementaux. Les projets liés aux minéraux critiques connaissent des pénuries de capitaux. Les gouvernements peuvent contribuer à combler cette insuffisance par le biais soit par de placements directs en actions, soit par l’octroi de conventions de vente et d’achat à long terme. L’approvisionnement de la défense est un point de mire où les ministères de la Défense du Canada, des États-Unis et des pays alliés peuvent trouver des réserves de minéraux critiques et de réserves de stocks par l’entremise de « stocks virtuels », essentiellement des engagements d’achat à long terme. En s’engageant à consacrer 2 % du PIB à la défense, le Canada pourrait ainsi débloquer jusqu’à 17 milliards de dollars de capitaux frais chaque année pour la mise en valeur des mines.
  • Restreindre les distorsions de prix issues de la Chine. L’industrie minière exige maintenant une « prime pour la Chine » afin de contrecarrer les distorsions du marché chinois, principalement pour compenser le risque que la Chine inonde les marchés afin de faire chuter les prix mondiaux. Un prix plancher minimal, appuyé par des conventions d’achat gouvernementales et d’autres interventions, renforce la transparence des prix et établit une assurance quant aux revenus pour atténuer les fluctuations des prix. Par ailleurs, les restrictions liées aux produits chinois pourraient soutenir les prix canadiens. Cela comprend la restriction pure et simple de l’offre chinoise, ou l’adoption d’ajustements de prix, p. ex., des droits antidumping, des droits compensateurs ou des ajustements aux frontières (carbone, main-d’œuvre, etc.).
  • Accroître les crédits d’impôt. Le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour les minéraux critiques du Canada exclut les principaux minéraux critiques pour la défense tels que le tungstène, l’indium et le béryllium. L’admissibilité pourrait être élargie à d’autres minéraux que les quinze figurant sur la liste actuelle. Autres solutions : permettre l’accumulation des crédits d’impôt, mettre en place des crédits d’impôt à la production pour soutenir les dépenses d’exploitation (protection contre le dumping chinois) et améliorer divers programmes gouvernementaux visant à appuyer plus explicitement les minéraux critiques, y compris le Fonds stratégique pour l’innovation et le Fonds de croissance du Canada.
  • Garantir l’accès au marché. Les menaces tarifaires et les programmes Buy America entravent les flux de capitaux dans les territoires en dehors des États-Unis. En réduisant au minimum les barrières tarifaires à l’étranger et en investissant dans les capacités nationales d’affinage et de transformation, nous finirons par assurer la demande pour nos produits. Sur le plan de l’offre, il est également crucial de garantir notre propre chaîne logistique. Le gallium connaît une belle réussite au Canada, mais dépend de l’importation d’appareils électroniques de Taïwan (par l’intermédiaire des États-Unis).
  • Investir dans le capital humain. La Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX abritent plus de mineurs que n’importe quel autre indice mondial développé important. Ceux-ci s’accompagnent d’un vaste bassin de talents du secteur minier. Ce talent risque toutefois de péricliter, car les ingénieurs et une génération technophile se tournent de plus en plus vers les carrières dans les logiciels et l’IA. Fait surprenant : la Chine possède 39 programmes universitaires visant à former des ingénieurs dans les minéraux critiques ; le Canada n’en possède aucun.
  • Réduire les délais d’approbation. Le Canada doit consolider ses processus, dans la mesure du possible. Les minéraux critiques sont aussi stratégiques que le transport, et les projets connexes peuvent être déclarés comme faisant partie de l’intérêt national pour accélérer leur développement. Le même type de pragmatisme peut être appliqué au niveau provincial : la collaboration entre les ministères, avec les collectivités locales et avec Ottawa peut être améliorée. Enfin, et peut-être plus important encore, nous devrons trouver de nouveaux moyens d’accélérer les processus d’approbation des projets, sans nuire à l’obligation de consulter les communautés autochtones. Une plus grande participation des Autochtones dans ces projets, notamment par l’entremise des programmes de garantie de prêt nationaux et provinciaux, permet de débloquer plus de richesses et de capitaux autochtones qui peuvent être réinvesties dans l’infrastructure sociale et des projets liés à de futures ressources.
  • Soutenir les infrastructures. Compte tenu de l’emplacement éloigné de nombreux gisements de minéraux critiques, le manque d’infrastructures existantes est problématique (chemins de fer, routes, ports, transport d’électricité, stations cellulaires, hôpitaux, etc.). Une collaboration accrue de la part des gouvernements fédéral et provinciaux visant à fournir des infrastructures d’appui prévisionnelles qui soutiennent le fonctionnement des projets et raccourcissent les délais de mise en valeur des mines.

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Contributors:

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction

Vivan Sorab, premier directeur, Technologie propre

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

  1. Ressources naturelles Canada.
  2. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025 ; Ressources naturelles Canada.
  3. Ressources naturelles Canada.
  4. US Geological Survey.
  5. Deloitte, 2025 Global Semiconductor Industry Outlook (Perspectives mondiales 2025 pour le secteur des semi-conducteurs).
  6. Arrow Electronics, Silicon vs. gallium nitride (GaN) semiconductors: Comparing properties & applications (Comparaison entre les semi-conducteurs de silicium et de nitrure de gallium (GaN) : propriétés et applications), 21 mars 2024.
  7. Agence internationale de l’énergie (AIE), Minerals used in electric cars compared to conventional cars (Comparaison des minéraux utilisés dans les voitures électriques ou les voitures traditionnelles), 5 mai 2021.
  8. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
  9. AIE, Renewables 2024 (Énergies renouvelables 2024), octobre 2024.
  10. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
  11. Ressources naturelles Canada.
  12. Science History Institute, Manufacturers Case Study, Using the Rare Earth Elements (Étude de dossier sur les fabricants, Utilisation des métaux du groupe de terres rares).
  13. Wall Street Journal, What Scared Ford’s CEO in China (Ce que craignait le chef de la direction de Ford en Chine), 14 septembre 2024.
  14. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
  15. Ibid.
  16. Ressources naturelles Canada.
  17. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  18. Ibid.
  19. Reuters, Chinese firms control around 75% of Indonesian nickel capacity, report finds (Selon un rapport, les entreprises chinoises contrôlent environ 75 % de la capacité indonésienne de nickel), 5 février 2025.
  20. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
  21. AidData, Power Playbook: Beijing’s Bid to Secure Overseas Transition Minerals (Plan de match sur l’électricité : Offre de Pékin pour garantir les minéraux de transition à l’étranger), 28 janvier 2025
  22. AIE, Energy Technology Perspectives 2024 (Perspectives 2024 sur les technologies énergétiques), 30 octobre 2024.
  23. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb.
  24. Ibid.
  25. U.S. Geological Survey, Mineral Commodities Survey (Sommaires sur les produits minéraux) ; U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
  26. US Geological Survey.
  27. Ibid.
  28. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
  29. Site Web de l’entreprise.
  30. Ressources naturelles Canada.
  31. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  32. Ressources naturelles Canada.
  33. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  34. Site Web de l’entreprise.
  35. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  36. Ressources naturelles Canada.
  37. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

Les tarifs douaniers américains qui menacent l’économie canadienne appellent à une intervention urgente, vigoureuse et stratégique. Les 30 prochains jours sont cruciaux : le Canada doit démontrer à Washington que la route de l’Amérique vers la sécurité énergétique et économique passe par le Canada. En particulier, cette route passe par les ressources canadiennes.

Un effort particulier dans le secteur des marchandises essentielles pourrait entraîner une résurgence industrielle généralisée au Canada, avec pour effet de stimuler le PIB canadien, de revitaliser l’innovation technique, d’attirer les investissements étrangers et nationaux dans plusieurs domaines clés, d’améliorer la productivité et d’accélérer l’investissement autochtone dans les ressources. Une telle stratégie nous rendrait indispensables à la croissance des États-Unis, et nous positionnerait comme un pilier de leur stratégie économique et énergétique.

En outre, le fait de mettre l’accent sur certaines marchandises spécifiques pourrait favoriser la renaissance de la manufacture et des services connexes au Canada, tandis que les rigoureuses politiques canadiennes de durabilité, par exemple sur la capture et la conservation du méthane, pourraient propager la réduction des émissions dans l’ensemble de la chaîne de valeur. En d’autres termes, une stratégie économique axée sur les ressources naturelles n’est pas synonyme d’extractivisme.

Nous avons aussi un impératif plus large : celui de la diversification géographique. L’expansion des ressources réduirait le risque associé aux projets de marchandises de grande envergure et stimulerait les exportations canadiennes de produits agricoles, de matières et d’énergie vers l’Asie et l’Europe. Au fil du temps, cela pourrait ouvrir la voie à des échanges commerciaux plus importants avec de nombreux pays, parmi lesquels les plus grands et les plus dynamiques du monde. Sur le plan stratégique, le fait de posséder une partie de la chaîne de valeur accroît notre visibilité à l’échelle mondiale, renforce notre pouvoir de négociation avec les États-Unis et nos autres partenaires, et nous rend plus résilients face aux changements géopolitiques.

Washington reconnaît déjà l’importance des ressources canadiennes. La décision d’imposer des tarifs douaniers moins punitifs de 10 % sur l’énergie canadienne, comparativement au taux de 25 % appliqué aux autres marchandises, constitue une reconnaissance tacite de l’importance stratégique des ressources pour l’économie américaine. Nous devons profiter de cet avantage géostratégique et promouvoir les marchandises et leurs produits finaux dans les futures négociations commerciales avec Washington.

Nous présentons ci-après trois groupes de ressources stratégiques sur lesquelles les négociateurs canadiens peuvent s’appuyer pour approfondir l’un des partenariats économiques les plus appréciables au monde :

1. Les abondantes ressources de pétrole, de gaz et d’électricité du Canada peuvent aider l’Amérique à réaliser ses ambitions énergétiques

Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz et d’électricité contribuent à renforcer les réserves d’énergie américaines et à réduire les coûts pour les consommateurs, tout en soutenant l’objectif des États-Unis d’accroître leurs exportations d’énergie vers leurs alliés mondiaux. Étant donné que l’infrastructure énergétique nord-américaine est profondément intégrée entre le nord et le sud de la frontière, toute diversification visant à s’écarter du Canada serait coûteuse et longue à mettre en œuvre.

Exportateurs nets de pétrole et de gaz naturel, les États-Unis cherchent à aider l’Europe et les pays asiatiques alliés à réduire leur dépendance aux sources d’énergie non alignées, mais ils doivent aussi répondre à leur demande intérieure grandissante. Et bien qu’ils disposent de réserves abondantes, les centres de données à forte consommation d’énergie destinés à alimenter l’intelligence artificielle et les autres technologies mettent leur capacité à rude épreuve. Dans le contexte d’une production énergétique stable au Canada, la mise en place d’oléoducs et de réseaux intégrés pourrait accroître l’approvisionnement des États-Unis. Cela donnerait aux États-Unis un coussin de sécurité pour exporter du pétrole et du gaz naturel à leurs alliés mondiaux sans pour autant augmenter les prix à la pompe pour les consommateurs nationaux, ce qui est une priorité absolue de Trump.

Pétrole: 60 % des importations américaines1

Avantage du Canada : le pétrole canadien peut soutenir les efforts des États-Unis visant à devenir de facto le fournisseur de pétrole mondial le plus influent sur les prix.

La part du Canada dans les importations américaines de pétrole brut a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, et elle représente maintenant 24 % de la consommation totale de pétrole aux États-Unis. Les oléoducs transfrontaliers livrent directement le pétrole brut lourd aux raffineries américaines conçues pour le transformer. Pour ces raffineries, surtout celles du Midwest, s’éloigner du brut lourd canadien entraînerait des coûts élevés de rééquipement, ou les ferait dépendre d’autres sources comme le Venezuela ou le Moyen-Orient au prix de risques géopolitiques. Récemment, l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain a presque triplé la capacité de transport de pétrole du Canada vers la côte, ce qui renforce le rôle du Canada dans le soutien des alliés mondiaux comme la Corée du Sud et le Japon.

Électricité : 90 % des importations américaines3

Avantage du Canada : l’électricité canadienne propre et à faible coût peut soutenir plusieurs des efforts américains, notamment dans l’intelligence artificielle, la manufacture de pointe et les produits technologiques avancés.

Bien que les États-Unis produisent la majeure partie de leur propre électricité, les approvisionnements canadiens leur permettent de fonctionner et de maintenir des coûts abordables dans plusieurs États américains. De nouveaux projets, comme la ligne d’interconnexion Hertel‑New York d’Hydro-Québec, visent à accroître les exportations d’électricité en comblant 20 % des besoins en électricité de la ville de New York, ce qui permettra à ses résidents d’économiser environ 17 milliards de dollars en coûts d’électricité au cours des trois prochaines décennies4.

Avec plus de 30 lignes de transmission transfrontalières entre les provinces canadiennes aux États américains, le Canada est un acteur essentiel pour assurer la sécurité du réseau transfrontalier tout en constituant une source potentielle de production supplémentaire. Par exemple, la croissance rapide de la technologie de l’IA – une priorité stratégique des États-Unis – devrait entraîner une forte augmentation de la consommation d’électricité dans les centres de données américains, avec une part estimée à 12 % de la consommation totale des États-Unis d’ici 2028 comparativement à 4,4 % en 20235.

Gaz naturel : 99 % des importations américaines

Avantage du Canada : le gaz naturel canadien peut aider les États-Unis à assurer un ample approvisionnement intérieur, avec une marge de manœuvre pour exporter vers leurs alliés en Europe et en Asie.

Selon l’Agence d’information sur l’énergie des États-Unis, l’augmentation de la demande de gaz naturel dans le pays devrait surpasser la croissance de l’offre au cours des deux prochaines années. De plus, la demande liée aux centres de données et à la relocalisation de l’industrie manufacturière pourrait intensifier les pressions sur la production d’énergie au gaz naturel. Le gaz naturel canadien est bien placé pour combler les lacunes d’approvisionnement. Il représente déjà 9 % de la consommation totale de gaz naturel aux États-Unis, avec la capacité d’accroître cette part.

Le Canada est également sur le point de devenir un important fournisseur de gaz naturel liquéfié (GNL), et le pays est particulièrement bien placé pour exporter de l’énergie vers les alliés stratégiques de l’Asie. En incluant les six projets de GNL de la côte ouest, dont certains dont au stade de proposition et d’autres en cours de construction, notamment la phase 1 de LNG Canada dont la mise en production est attendue cette année, la capacité d’exportation totale du Canada est estimée à 6,26 milliards de pieds cubes par jour. Cette capacité proposée placerait le Canada parmi les cinq principaux exportateurs mondiaux de GNL, sur la base des niveaux actuels. De plus, les terminaux de la côte ouest ont un emplacement stratégique à seulement 10 jours d’expédition de l’Asie, comparativement à 20 jours pour les exportateurs de la côte du Golfe des États-Unis qui doivent emprunter le canal de Panama.

2. L’agriculture canadienne peut renforcer la sécurité alimentaire américaine

Le Canada représente une part importante du grenier nord-américain, fournissant un approvisionnement stable et sûr en produits agricoles qui viennent compléter les forces des États-Unis dans ce secteur. En tant que fournisseur clé d’intrants essentiels comme la potasse et les huiles de graines, le Canada appuie la production américaine d’aliments et de biocarburants. Du fait que les États-Unis sont menacés de pénuries de main-d’œuvre en raison de la répression de l’immigration illégale, le Canada peut contribuer à combler cette lacune à court terme et à renforcer la sécurité alimentaire du continent à long terme.

Potasse : 85 % des importations américaines

Avantage du Canada : la potasse canadienne, élément essentiel des engrais, peut stimuler le rendement des cultures américaines à un moment où les conditions météorologiques sont extrêmes, et renforcer la sécurité alimentaire et la stabilité des chaînes logistiques du continent.

Compte tenu de la croissance de la demande alimentaire, il existe un potentiel important pour renforcer ce partenariat. La mine de potasse Jansen, dont la mise en production est attendue en 2026, devrait stimuler la production de potasse canadienne de 4,2 millions de tonnes par année, avec une expansion potentielle jusqu’à à 8,5 millions de tonnes par année d’ici 2029, ce qui représente une augmentation de la capacité canadienne de plus d’un tiers. Le nouveau projet augmenterait la part de marché mondial du Canada à près de 40 % d’ici 2026. Non seulement l’accroissement de la production renforcera la sécurité alimentaire américaine, mais elle contribuera aussi à supplanter les exportations de potasse de pays non alignés comme la Russie et la Biélorussie.

Huile de colza : 98 % des importations américaines6

Avantage du Canada : le canola, un produit élaboré au Canada, peut jouer un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire des États-Unis et répondre à la demande de biocarburants.

Le Canada fournit aux États-Unis un approvisionnement stable et diversifié de produits agricoles, au second rang derrière le Mexique. Les États-Unis sont fortement tributaires de l’huile de colza canadienne, qui représente 98 % de ses importations totales et joue un rôle important dans la production d’aliments et de carburants renouvelables aux États-Unis.

Le Canada est aussi la principale source d’importation des États-Unis pour ce qui est de la viande et des produits céréaliers, en raison de la chaîne logistique transfrontalière profondément intégrée dans ces secteurs.

Viande : 34 % des importations américaines

Avantage du Canada : La viande canadienne, y compris les bovins et les porcs, est une partie importante de la matière première de la viande aux États-Unis.

Les protéines animales continueront de jouer un rôle important dans l’alimentation américaine, avec une consommation par habitant aux États-Unis. devrait passer de 68,7 kilogrammes en 2023 à 74,6 kilogrammes d’ici 2028.7 Les producteurs de viande canadiens sont essentiels pour répondre à cette demande croissante, tout comme les États-Unis. importe déjà 33 % de son boeuf et 66 % de son porc du Canada.8 La forte intégration entre les marchés de la viande du Canada et des États-Unis est motivée par des normes de sécurité élevées, une structure de marché similaire et l’harmonisation de la qualité des produits. Par conséquent, la viande canadienne soutient non seulement les États-Unis. mais contribue également aux exportations américaines de viande vers les marchés mondiaux.

3. Les minéraux critiques et l’uranium du Canada peuvent alimenter les technologies de pointe en Amérique du Nord

Les États-Unis ont en réserve de nombreux minéraux critiques nécessaires dans le secteur des semi-conducteurs et autres technologies sensibles. Ils possèdent également des réserves d’uranium  capables de contribuer à la construction d’une nouvelle vague de projets d’énergie nucléaire. Le pays ambitionne d’extraire et de raffiner autant que possible à l’intérieur de ses frontières afin de supplanter les approvisionnements de la Chine, mais il fait face à des contraintes, notamment en ce qui a trait à l’augmentation des capacités de raffinage. Le Canada dispose de capacités dans des domaines complémentaires essentiels qui pourraient aider les États-Unis à construire une chaîne de valeur nord-américaine efficace.

Minéraux critiques : 19 % des importations américaines pour le total des minéraux et métaux9

Avantage du Canada : des investissements adéquats, conjugués à un effort d’innovation, permettraient au Canada de faire progresser sa production de plusieurs types de minéraux critiques.

La nouvelle administration américaine cherche à donner de l’élan à plusieurs projets de minéraux critiques, et elle s’intéresse aux occasions de développer ces activités dans le cadre du dialogue quadrilatéral sur la sécurité qui rassemble les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie. Malgré son absence de cette alliance, le Canada joue un rôle dans le secteur des minéraux critiques. Il est l’un des 10 principaux producteurs mondiaux, et figure déjà parmi les fournisseurs importants des États-Unis pour l’aluminium, le fer, l’acier, le cuivre, le nickel et plus encore.

Le Canada a contribué à réduire la dépendance des États-Unis à l’égard de la Chine, depuis le Plan d’action conjoint Canada–États-Unis sur les minéraux critiques aux investissements publics de 3,8 milliards de dollars visant à accroître les exportations de gallium et de germanium, deux métaux critiques touchés par les contrôles à l’exportation de la Chine, vers les États-Unis. L’infrastructure d’extraction et de transformation du Canada pourrait combler les lacunes des États-Unis dans des secteurs clés comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

Expertise en uranium et en énergie nucléaire : 27 % des importations américaines pour l’uranium

Avantage du Canada : les États-Unis traversent le Canada, le deuxième producteur d’uranium après le Kazakhstan.

Cette source d’énergie est de plus en plus importante pour répondre à la demande croissante d’électricité visant à alimenter les centres de données de l’IA et les autres technologies stratégiques avancées à forte intensité énergétique. En tant que premier fournisseur d’uranium des États-Unis, le Canada peut jouer un rôle important dans le cycle du combustible nucléaire du continent grâce à une technologie et à des talents de premier plan, notamment dans le domaine des réacteurs CANDU et des petits réacteurs modulaires (SMR), et à une main-d’œuvre de 89 000 personnes dans le secteur nucléaire.

Ce que le Canada peut faire pour répondre aux intérêts américains

À court terme, il est urgent que le Canada rajuste ses intérêts économiques en fonction de ceux des États-Unis. Pour leur part, les États-Unis peuvent y parvenir seuls, mais au prix d’un cheminement plus difficile, plus coûteux et plus long vers l’autosuffisance. L’évolution de l’environnement économique et géopolitique appelle à une collaboration entre les deux pays dans ces trois grands domaines d’intérêt commun.

La stratégie dépend en grande partie de l’adhésion des États-Unis à cette idée. Nous avons peu de temps pour convaincre Washington de la nécessité de collaborer dans le domaine des ressources et de l’énergie, qui a été militarisé par plusieurs acteurs non alliés.

Le Canada doit aussi mettre de l’ordre dans sa propre politique.

Une stratégie économique et commerciale axée sur les ressources exigerait des milliards de dollars en nouvelles infrastructures, parmi lesquelles des lignes ferroviaires, des ports maritimes et des usines de transformation. Toutefois, l’afflux de capitaux nationaux et étrangers dépendra de la stabilité de l’environnement réglementaire et de la politique en matière de prix, car ces marchés peuvent s’avérer très volatils.

Ces défis ne sont pas nouveaux pour le Canada. L’incertitude réglementaire et politique mine le développement économique depuis plusieurs décennies. Il en va de même pour la stabilité de la demande de nos principaux partenaires commerciaux, y compris les États-Unis.

Le thème de la production et de la transformation des ressources relève d’une réflexion à long terme qui demandera au gouvernement fédéral et aux provinces de travailler de concert à la création d’entités et au renforcement des entités existantes, afin d’attirer et de retenir les capitaux et d’assurer une protection contre l’extrême volatilité des prix. Nous devrons également nous assurer que nos systèmes éducatifs attirent les talents et les compétences dont nous avons besoin pour lancer l’économie sur la voie de la croissance à long terme. De plus, tandis que nous repositionnerons les ressources canadiennes sur le marché américain, nous devrons améliorer nos relations commerciales avec bon nombre d’autres pays et régions.

Tout cela exigera un état d’esprit différent parmi les Canadiens, afin que nos ressources naturelles ne soient pas considérées comme de simples éléments de négociation avec les États-Unis, mais plutôt comme une plateforme stratégique de croissance et de prospérité pour les décennies à venir.

C’est peut-être l’occasion pour le Canada de devenir un acteur clé dans le secteur des ressources.

Contributors:

Salim Zanzana, Économiste

Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique

Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe

Yadullah Hussain, directeur de rédaction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

For more, go to rbc.com/tradehub.

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  1. Tous les États-Unis importer des parts à partir de 2023, sauf indication contraire.
  2. Ressources naturelles Canada « Fiche d’information sur l’énergie 2024-2025 »
  3. Moyenne des 5 dernières années, le chiffre de 2023 ayant été faussé en raison des sécheresses qui ont une incidence sur la capacité de production et d’exportation du Canada.
  4. Énoncé économique de l’automne 2024
  5. États-Unis Département de l’énergie « Évaluation de l’augmentation de la demande d’électricité des centres de données »
  6. Comprend les importations de produits sous le code SH 1514 en 2023
  7. Agriculture et Agroalimentaire Canada « Analyse des tendances du secteur – Tendances de la viande aux États-Unis »
  8. Comprend les produits sous les codes SH 0201 et 0202 pour le boeuf et 0203 pour le porc en 2023
  9. Commission du commerce international des États-Unis
Compétences et études postsecondaires

Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs.

À la remorque des applications d’avant-garde des GAFAM, dont le moteur ChatGPT d’OpenAI n’est qu’un exemple, l’intelligence artificielle redessine rapidement les contours de l’économie mondiale. Les entreprises voient en elle un outil de transformation de leurs activités, ce qui risque d’entraîner d’importantes mutations ou perturbations de l’économie. La révolution de l’IA repose sur l’infrastructure névralgique qui, du traitement des requêtes élémentaires aux processus génératifs les plus complexes, fait tourner les applications : les centres de données.

Chaque sollicitation de l’IA exige une importante puissance de traitement. Une requête ChatGPT nécessite 10 fois plus d’énergie qu’une recherche Google standard. Dans le cas d’une tâche IA plus complexe (génération de texte ou d’images, par exemple), la consommation croît exponentiellement. La croissance de la demande en électricité est due en grande partie aux centres de données. Si tous les projets de centre de données actuellement examinés par les organismes de réglementation étaient réalisés, ils compteraient, d’ici 20301, pour 14 % des besoins en électricité du Canada tout entier (la proportion serait voisine aux États-Unis : 12-15 %2.

La construction de ces 20 ou 30 centres et des infrastructures informatiques connexes3 entraînerait des dépenses en immobilisations de 100 milliards de dollars. L’IA est toutefois énergivore ; disposera-t-on d’assez d’électricité ? Quels seront les impacts sur l’environnement et, plus généralement, sur la compétitivité des branches d’activité canadiennes en jeu ?

The power behind ChatGPT: How data centres process search queries

Principaux points à retenir

  • Les organismes de réglementation canadiens examinent actuellement des demandes d’autorisation visant des centres de données qui exigeront au total une capacité de 15 GW – de quoi alimenter 70 % des ménages du pays.
  • L’IA est le premier moteur de cette croissance ; la construction des centres de données et des infrastructures connexes nécessitera des immobilisations chiffrées à 100 milliards de dollars.
  • Dans ce contexte de croissance axée sur l’IA, les sources d’énergie propre du Canada lui confèrent un avantage stratégique. Bien que sujet de controverse, le gaz naturel est aussi un élément de solution clé. L’énergie nucléaire offre également des possibilités, mais s’accompagne de longs délais de mise en œuvre.
  • Les émissions annuelles du Canada pourraient croître de 3 % s’il fallait produire les six gigawatts supplémentaires exigés par les centres de données au moyen de centrales au gaz. Des installations de captage et de stockage du carbone (CSC) permettraient d’infléchir cette hausse.
  • Sur la scène de l’IA, les centres de données locaux renforcent la position du Canada en préservant notre souveraineté et en renforçant la cybersécurité tout en favorisant l’intégration nord-américaine.
  • La prochaine étape clé vers le maintien du leadership nord-américain consistera à rationaliser la gouvernance en matière d’IA. Le réexamen dont l’AEUMC fera l’objet en 2026 entraînera probablement des changements sur le plan du commerce numérique.
  • Les efforts ciblés visant à promouvoir l’adoption de l’IA dans les PME canadiennes (dont dépend la moitié de notre PIB) pourraient contribuer au redressement du pays en matière de productivité.

Pour un pouvoir de négociation accru

Des choix stratégiques s’imposent à notre pays. Abstraction faite des intérêts économiques, la confidentialité des données, la sécurité nationale et la résilience face aux cybermenaces nous imposent de disposer de nos propres centres de données.

Ses barrages hydroélectriques, ses centrales nucléaires et ses réserves de gaz naturel peuvent faire du Canada un parc majeur d’installations à faible coût pour les géants du numérique. Nous pourrions pousser encore notre avantage en nous servant de l’IA pour stimuler la productivité nationale, accroître notre compétitivité et étoffer notre bassin de spécialistes du numérique.

Sans parler des ressorts commerciaux et géopolitiques – le Canada a besoin d’atouts supplémentaires face à une future administration américaine qui cherchera continuellement à négocier au meilleur prix. Washington a l’œil de plus en plus braqué sur la Chine et, ces prochaines années, la souveraineté en matière de données pourrait devenir l’un des grands enjeux. Cela ouvre bien des possibilités pour le Canada, mais lui fera courir aussi certains risques.

Nous pouvons être un partenaire de premier plan pour les États-Unis, ne serait-ce qu’en érigeant avec eux une forteresse nord-américaine du numérique dans laquelle seront entreposées, de façon sécuritaire et au moindre coût, les données sensibles. Les deux pays devront toutefois conclure une nouvelle entente sur la souveraineté numérique ; l’occasion leur en sera probablement offerte en 2026, lors des prochaines négociations entourant l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC).

Le remaniement du chapitre 19 de l’Accord était l’une des raisons pour lesquelles Washington avait cherché à renégocier celui-ci pendant le premier mandat du président Donald Trump. Dans sa prochaine mouture, le chapitre 19 pourrait insister sur l’harmonisation des données nord-américaines, que réclament aussi bien les virements de fonds transfrontières que la gouvernance en matière d’IA.

 

Des installations gourmandes en électricité

Les besoins des centres de données à très grande échelle des géants du Web ou d’autres entreprises pourraient mettre les réseaux électriques à rude épreuve, faire grimper les factures des consommateurs et mettre gouvernements et organismes de réglementation dans l’embarras – aux États-Unis, la Federal Energy Regulatory Commission a récemment refusé à Amazon d’acheter plus d’électricité à une centrale nucléaire de Pennsylvanie, car cela aurait fait augmenter les tarifs et compromis la fiabilité du réseau.

Au reste, bien des provinces canadiennes sont aux prises avec l’augmentation de leur population, avec l’électrification des transports et avec la décarbonation de l’industrie lourde. Il était déjà prévu que la demande en électricité du Canada doublerait d’ici 2050 (selon certains scénarios4, elle pourrait même tripler), alors que l’IA n’était même pas encore un enjeu pour l’économie mondiale.

Le pays dispose certes de différentes sources d’électricité, mais chacune soulève son lot de problèmes.

  • Énergie éolienne ou solaire. Sa production croît, mais en l’absence de moyens de stockage de l’électricité, le fait qu’elle soit intermittente la rend peu appropriée : les centres de données ont besoin d’une alimentation régulière et fiable.
  • Énergie éolienne ou solaire. Sa production croît, mais en l’absence de moyens de stockage de l’électricité, le fait qu’elle soit intermittente la rend peu appropriée : les centres de données ont besoin d’une alimentation régulière et fiable.
  • Énergie hydroélectrique. Les barrages de plusieurs provinces (Québec et Colombie-Britannique, notamment) sont déjà fortement sollicités et, tout comme pour le nucléaire, l’accroissement de la capacité prendra du temps.
  • Gaz naturel. Cette source d’énergie a la faveur de l’Alberta, voire (du moins à moyen terme) de l’Ontario, mais les émissions produites devront être compensées.

L’AI commande aux provinces d’adopter des approches régionales plus fines

En matière d’intelligence artificielle, les ambitions du Canada seront tributaires des politiques provinciales.

Avec ses lignes de transport moins sollicitées qu’ailleurs, l’Alberta, bien pourvue en gaz naturel, préfère que les centres de données soient alimentés autrement que par le réseau électrique public. C’est l’approche BYOP (bring your own power), qui permet une mise en œuvre plus rapide et est favorable aux marchés locaux du gaz, avec tous les bienfaits que cela implique pour l’économie de la province. Une approche qui satisfait par ailleurs aux exigences de la Régie de l’Énergie du Canada, étant donné que les installations n’injecteront pas dans le réseau plus d’électricité qu’elles n’en consommeront. Ce modèle ne peut toutefois être mis en œuvre partout au Canada.

Le Québec, avec ses normes environnementales sévères et son système de plafonnement et d’échange de droits d’émission, privilégie les solutions peu polluantes. Du fait de ses barrages, la province produit de l’énergie propre mais limite aussi les possibilités en ce qui concerne les projets à fortes émissions, d’autant qu’elle se présente comme un carrefour technologique faiblement carboné. Il en est de même pour la Colombie-Britannique, qui privilégie l’énergie hydroélectrique et où les sources à forte intensité carbonique sont strictement réglementées.

Ontario pratique une plus grande souplesse qui élargit le champ des possibilités. La densité de la population et le fort tissu industriel font que le réseau est fortement tiraillé – qu’il s’agisse des serres, des véhicules électriques ou des chaînes d’approvisionnement des fabricants de batteries, les besoins sont multiples ; la principale difficulté de la province est de trouver l’équilibre.

 

Où établir les centres de données et quels types choisir ? Les décideurs devront satisfaire à un ensemble complexe de critères économiques, environnementaux et sociaux. Nos recherches montrent que les centres de données ont un fort impact sur le PIB, comparativement par exemple aux secteurs de la fabrication et des transports, mais qu’ils créent moins d’emplois (fig. 2).

Le succès de notre stratégie en matière d’intelligence artificielle dépendra donc beaucoup de la coordination entre le gouvernement fédéral et les provinces. L’État devra mettre en place des cadres permettant aux provinces de concevoir des politiques sur mesure réalisant l’équilibre entre la croissance, la durabilité et les exigences de la nouvelle économie. Cela supposera notamment de promouvoir de manière ciblée l’adoption de l’IA dans les PME et de faire en sorte que les centres de données contribuent à accroître la productivité dans tous les secteurs. L’engagement qu’a pris par exemple Amazon Web Services (AWS) d’investir 25 milliards de dollars dans les centres de données canadiens prévoyait en 2023 d’affecter une partie de la capacité de traitement à l’Université de l’Alberta, grâce à un centre infonuagique qui venait d’être construit à Calgary au coût de 4 milliards.

Tirer parti des possibilités qu’offrent les centres de données à très grande échelle

Les centres de données exigent beaucoup d’électricité (entre 200 et 5 000 mégawatts, soit la consommation d’une ville de taille moyenne). Avec son électricité propre et peu coûteuse, le Canada occupe une position avantageuse. Les centrales hydroélectriques ou nucléaires de villes comme Montréal, Vancouver ou Toronto figurent parmi les sources d’énergie nord-américaines les moins chères et les moins polluantes (fig. 3). Aux États-Unis, les tarifs consentis aux établissements industriels dans les États clés où se trouvent des centres de données (Arizona, Illinois, Texas…) sont, en moyenne, 30 à 40 % plus élevés – et la consommation y est supérieure de 20 à 40 %, car le climat chaud complique le refroidissement des installations.

Les géants mondiaux ont bien saisi les avantages qui s’offrent à eux au Canada. Nous estimons que la capacité requise par les projets en attente d’examen dans les différentes provinces s’établit à 15 GW, soit 20 fois plus que la capacité actuelle5 ; elle suffirait aux besoins de 70 % des ménages canadiens d’aujourd’hui. C’est sans compter que l’intérêt réellement exprimé à l’égard des centres de données est fort probablement beaucoup plus grand : à elle seule, l’Alberta a reçu des propositions portant sur 50 projets réclamant une capacité totale de 20 GW6.

On prévoit déjà que l’électrification à grande échelle de l’économie va solliciter de manière inédite les réseaux électriques du pays. La capacité de production d’électricité du Canada devrait atteindre 750 GWh7 au cours des dix prochaines années, alors que la demande devrait passer à 875 GWh8, soit un écart de quelque 15 %. Il convient donc de procéder à une gestion rigoureuse des ressources.

 

Emissions: Tirer parti de la capture du carbone

Compte tenu des objectifs climatiques du Canada, l’empreinte carbone de l’IA inquiète. Les provinces ne peuvent se passer d’alimenter en électricité les importants secteurs que sont l’industrie lourde, les installations de liquéfaction du gaz naturel ou encore les serres. La plupart devront décider si l’exploitation de centres de données est conciliable avec leurs priorités économiques et avec leurs politiques de réduction des émissions.

Les centres de données ont besoin d’une alimentation stable que ne peuvent assurer les parcs d’éoliennes ou de panneaux solaires, sources intermittentes par définition. Dans certaines régions, on s’oppose d’ailleurs aux énergies renouvelables. Le gaz naturel, lui, permet une production stable et facile à moduler.

Par contre, s’il sert à alimenter les centres de données, un problème d’émissions se posera : en supposant qu’on doive produire ainsi six gigawatts supplémentaires, le total des émissions annuelles du Canada pourrait croître de 16 millions de tonnes d’équivalent CO2 (+3 %)9.

Des installations de captage et de stockage du carbone (CSC) permettraient d’infléchir cette hausse. En Alberta, des entreprises débattent déjà d’intégration de tels équipements aux centrales au gaz qui alimentent les centres de données. Le problème environnemental perdrait ainsi de son acuité et on tirerait parti des infrastructures existantes tout en stimulant les investissements en production de gaz naturel et en mise au point des systèmes CSC, qui n’en sont encore qu’à leurs débuts.

Les GAFAM qui, aux États-Unis, investissent massivement dans l’énergie nucléaire pour répondre aux besoins de l’IA pourraient en faire autant au Canada à l’égard du gaz naturel à faibles émissions.

Seulement, cela ne serait pas possible partout, vu le coût élevé et la complexité des systèmes CSC. La technologie est facile à transplanter mais, au Canada, les caractéristiques géologiques et les infrastructures requises pour stocker le carbone ne se trouvent qu’en Alberta.

 

Economy: Des possibilités de croissance chiffrées à 100 milliards de dollars

Qu’il s’agisse d’informatique en nuage ou d’intelligence artificielle, l’économie numérique croît rapidement et change la donne sur tous les plans.

D’après les estimations actuelles, l’économie numérique représente 6,3 % de notre PIB (en comptant plus largement, on aboutit même à 15 %) et elle se développe 2,5 fois plus vite que les secteurs traditionnels10. L’écosystème en jeu dépend étroitement des centres de données, où sont entreposées et traitées les immenses volumes de données que génèrent l’IA et les autres technologies d’avant-garde. À elle seule, la mise sur pied des centres en projet pourrait stimuler considérablement les secteurs de la construction et des infrastructures TI en entraînant des dépenses de 100 milliards de dollars, sans parler des retombées sur l’ensemble de l’économie.

Pour les entreprises canadiennes, l’avantage serait encore plus grand, puisqu’elles disposeraient dès lors d’un écosystème IA qui les aiderait à gagner en compétitivité dans des branches aussi diverses que la santé, l’industrie automobile, la fabrication ou les techniques propres. L’intelligence artificielle pourrait ainsi révolutionner la recherche sur les biotechnologies, aider à déterminer plus précisément les régimes météorologiques ou améliorer les fonctions de navigation des véhicules autonomes.

Le Canada est toutefois en retard sur ses pairs. La proportion des entreprises qui utilisent l’IA n’y est que de 35 %, contre 72 % aux États-Unis11. L’écart est dû en partie au pourcentage élevé de PME au Canada. Nos petites ou moyennes entreprises, qui emploient 65 % de la main-d’œuvre du secteur privé12, manquent souvent des capitaux et des spécialistes requis pour investir dans les technologies ultramodernes. Il est essentiel d’y remédier si l’on veut stimuler la productivité canadienne, en déclin depuis plus de 30 ans13. Le Canada, qui ne consacre que 1,7 % de son PIB14 (deux fois moins que les États-Unis) à la recherche et au développement, doit de toute urgence investir davantage en IA et en innovation technologique.

Le gouvernement fédéral a pris certaines mesures pour rattraper le retard en productivité, en lançant des initiatives comme le Fonds d’accès à une puissance de calcul pour l’IA ; d’un montant de 2 milliards de dollars, il vise à décupler les capacités technologiques et de traitement des grandes entreprises comme des PME, afin de promouvoir l’innovation.

L’adoption de l’IA n’a pas seulement pour but de procurer des gains économiques immédiats ; il s’agit aussi de faire du Canada un chef de file mondial de la technologie, par exemple en étoffant notre main-d’œuvre spécialisée en intelligence artificielle, grâce à des programmes de formation adaptés et à des partenariats avec les établissements universitaires en mesure de susciter une nouvelle génération d’experts en la matière.

Data Security: Préserver notre souveraineté numérique et la confidentialité des données

Une autre priorité est la souveraineté en matière de données. Les lois canadiennes qui encadrent la confidentialité de l’information sont strictes : les données sensibles doivent demeurer à l’intérieur de nos frontières et la conformité est de rigueur, tout comme la protection de la vie privée. La montée du numérique s’accompagne de l’augmentation des cyberrisques. IBM signale que 27 000 atteintes à la sécurité des données ont lieu au Canada chaque année ; les pertes économiques potentielles se chiffrent en milliards.

Seulement, le maintien des données sur le sol national pèse sur la capacité électrique et sur le commerce. Si l’impact des centres de données sur nos lignes de transport n’a pas été plus marqué jusqu’ici, c’est que, au Canada, ils servaient surtout à entreposer l’information. Il faut maintenant tenir compte de la généralisation de l’IA et des activités énergivores des grandes centres informatiques. Il est fort probable qu’une partie des données devra être hébergée et traitée localement, notamment dans les secteurs stratégiques de l’administration publique, de la santé, des services bancaires et des assurances, mais aussi dans les laboratoires R-D, que des délais de réponse trop longs rendraient moins performants.

Ailleurs, par exemple pour le commerce en ligne, un corridor nord-américain tel que celui qu’envisage le PDG d’OpenAI (Sam Altman) pourrait, aux fins de l’économie numérique, donner un avantage comparatif à des régions dont les ressources sont actuellement moins sollicitées. Cela exigerait toutefois une meilleure collaboration entre le Canada et les États-Unis.

Les centres de données peuvent aussi aider le Canada à tirer profit du savoir-faire qui est le sien en matière d’IA. Depuis les années 1980, le pays est l’un des ténors de la recherche en intelligence artificielle, grâce à des universitaires renommés comme Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio, mais il risque d’être détrôné en raison de l’insuffisance de ses infrastructures. Pour demeurer concurrentiel, le Canada devra sans doute prioriser l’affectation des ressources TI aux secteurs publics (santé, éducation et défense, notamment) – des ressources essentielles à l’innovation et au maintien de notre avance technologique.

Conclusion

s’offre au Canada de tirer parti du leadership qu’on lui reconnaît dans le domaine de l’intelligence artificielle. L’écosystème connexe peut produire des outils qui, par le jeu des algorithmes et de l’analyse des grands ensembles de données, peuvent renforcer la compétitivité de nos entreprises dans des branches aussi diverses que la santé, les technologies propres, le secteur manufacturier, les services, les transports et la logistique.

Moyennant une approche flexible et la collaboration du gouvernement fédéral, l’infrastructure IA canadienne pourrait soutenir l’économie numérique conformément aux objectifs que s’est fixés le pays en matière de durabilité, de sécurité et de prospérité économique.

Contributors:

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC

Caprice Biasoni, Graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, Spécialiste, Publication numérique

  1. Cette estimation repose sur les projets de centre de données que l’on suppose en attente d’examen par les organismes de réglementation provinciaux. La consommation d’électricité totale qui pourrait être celle du pays d’ici 2030 a été calculée par le Conseil consultatif canadien de l’électricité.
  2. D’après les chiffres publiés par S&P, BCG et McKinsey.
  3. Estimation reposant sur les coûts totaux de mise sur pied (achat des terrains, construction, coûts de traitement des données et de mise en réseau, dépenses liées aux systèmes de refroidissement).
  4. Conseil consultatif canadien de l’électricité
  5. S&P Global Market Intelligence
  6. The Calgary Herald
  7. S&P Global
  8. Conseil consultatif canadien de l’électricité
  9. Pour le chiffre de 16 millions, nous avons supposé des émissions de 360 kg par mégawattheure.
  10. Statistique Canada (lien)
  11. KPMG
  12. Innovation, Sciences et Développement économique Canada
  13. Statistique Canada
  14. Statistique Canada

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L’année 2024 a marqué un jalon important dans la réconciliation économique autochtone. La généralisation de la participation autochtone dans les capitaux propres des grands projets de développement est un objectif poursuivi depuis longtemps. Les avancées comprennent en particulier :

La décision d’investissement finale concernant la première usine de GNL à capitaux autochtones, Cedar LNG, en Colombie-Britannique.

La convention d’achat-vente conclue par la Nation Nisga’a concernant Ksi Lisims LNG, en Colombie-Britannique.


La poursuite de l’expansion du plus grand projet énergétique dirigé par des Autochtones en Ontario, Wataynikaneyap Power.

L’annonce d’un nouveau projet d’énergie éolienne à capitaux autochtones, Seven Stars Energy, qui devrait être le plus grand de la Saskatchewan.

L’effort en faveur d’une participation significative des Autochtones dans l’économie est maintenant la norme, et il incombe à la fois aux gouvernements et au secteur privé de faire progresser la participation des Autochtones de façon proactive. Il est primordial pour le Canada d’atteindre cet objectif – pour faire croître l’économie autochtone, obtenir un consentement libre et éclairé préalablement au développement des grands projets, et renforcer la confiance des investisseurs.

Le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux commencent à rattraper leur retard. Pour la première fois en 15 ans, BC Hydro a lancé un appel d’offres de fourniture d’électricité en exigeant au moins 25 % de participation autochtone dans les capitaux propres. L’Ontario a récemment annoncé le plus important approvisionnement concurrentiel en énergie de son histoire, avec une cote qui devrait encourager la participation des Autochtones (mais sans l’imposer).1 Tous les projets d’énergie renouvelable de SaskPower exigent un minimum de 10 % de participation autochtone.

Et, après plusieurs années de revendications, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des gouvernements, trois programmes de garantie de prêt destinés aux Autochtones ont été annoncés ─ un programme fédéral, un en Colombie-Britannique et un autre au Manitoba. Ces programmes, s’ils sont déployés de façon efficace, permettront aux nations autochtones d’avoir accès à des capitaux en vue de former des partenariats de participation dans de grands projets. La participation directe dans les capitaux propres peut renforcer l’autodétermination économique, au-delà des traditionnelles ententes sur les répercussions et les avantages, et au-delà des structures fondées sur l’emploi, l’approvisionnement et la passation de marchés. Dans certains cas, les programmes donnent des droits de gouvernance dans les projets ayant une incidence directe sur les Nations. Grâce à l’accès aux fonds propres existant, par l’entremise des programmes de garantie de prêt provinciaux et des sociétés d’État fédérales, les prochaines années représentent une occasion significative de faire progresser la réconciliation économique autochtone et la participation des Autochtones dans les capitaux propres à l’échelle nationale.

Le Canada est en transition énergétique, ce qui est un impératif à la fois climatique et économique. La route du monde à zéro émission nette passe par les territoires autochtones, comme nous l’avons souligné dans notre précédent rapport 92 à zéro. L’engagement des Autochtones, leur participation dans les capitaux propres et les partenariats avec ces collectivités sont maintenant des aspects à prendre en compte dans l’avancement des projets importants liés aux ressources et à l’énergie. L’engagement profond des Autochtones dès les premières phases d’élaboration des grands projets, dans le cadre de partenariats financiers et non financiers, pourrait être un modèle de croissance économique inclusive typiquement canadien, du fait que l’établissement de relations entre les Nations autochtones, les gouvernements et le secteur privé est devenu une priorité.

L’histoire du Canada est liée à celle des Nations autochtones, qui ont occupé ces terres et utilisé ces eaux bien avant l’arrivée des colons. Le gouvernement canadien (incarné par la Couronne) a reconnu l’indépendance, l’autonomie et la gouvernance autochtones par le biais de traités et d’ententes, notamment le traité Kaswhenta (ou traité du wampum à deux rangs) en 1613, la Charte royale de la Baie d’Hudson en 1670 et la Proclamation royale de 1763. Le Canada, en tant que pays et concept, a été façonné par ses relations avec les Premières Nations, et c’est toujours le cas. Selon la Cour suprême du Canada, les ententes et les documents qui reconnaissent les droits et les titres des Autochtones ne font qu’exprimer et réaffirmer une situation qui existait déjà, à savoir que les Nations autochtones œuvrent à la protection et à la gestion du Canada depuis des temps immémoriaux.2

Le gouvernement canadien a poursuivi le processus de colonisation par divers moyens administratifs, juridiques et autres (y compris la violence). À la suite de la création de la Confédération, en 1867, le gouvernement canadien a réalisé une synthèse de diverses ordonnances sur les peuples autochtones pour créer la première Loi sur les Indiens (1876), en vertu de laquelle la politique fédérale est passée du principe de mutualité au concept d’assimilation. Certains des traités historiques conclus par la Confédération avec les Premières Nations ont été signés sous la contrainte, ou appliqués en violation des conditions et de l’esprit de ces textes.

Après la Rébellion de la rivière Rouge, le gouvernement canadien a expulsé des membres de la Nation métisse des terres sur lesquelles ils habitaient pour en faire cadeau aux colons, et dans certains cas, délivré des certificats de propriété pour des terres impropres à la culture et à la chasse ou acquises à bas prix par des spéculateurs sans scrupules. Quant aux Inuits, ils ont été dépossédés de leurs terres de la même façon, leurs ressources ont été décimées par la chasse à la baleine, et le gouvernement a ordonné leur relocalisation dans le Haut-Arctique. Ce ne sont là que quelques exemples des impacts directs et indirects du colonialisme auxquels les Premières Nations, les Inuits et les Métis ont été confrontés au cours de l’histoire.

À la suite de la dépossession de leurs terres, de leurs eaux et de leurs ressources, les nations autochtones se sont retrouvées de plus en plus éloignées de leurs ordonnancements juridiques, modes de gouvernance et systèmes économiques.3 Malgré leur marginalisation, les nations autochtones se sont mobilisées pour défendre et renforcer leurs droits juridiques, politiques et de gouvernance, notamment en faisant inscrire leurs droits et leurs titres ancestraux dans la Constitution. Les peuples autochtones continuent de militer pour leur pleine participation à l’économie canadienne et pour le maintien de leurs droits sui generis qu’ils considèrent comme les clés de l’autodétermination économique et d’une véritable réconciliation.

Les nations autochtones demeurent confrontées à d’importants obstacles institutionnels et juridiques pour mobiliser des capitaux abordables aux fins d’entrepreneuriat et de participation à l’économie. Par exemple, les Premières Nations ne peuvent pas donner de terres de réserves en garantie, en vertu de l’article 89 de la Loi sur les Indiens, tandis que la Nation métisse n’a pas accès aux programmes fédéraux de financement et que les Inuits ont de la difficulté à faire financer des projets dans les régions rurales éloignées.

De grandes avancées ont été réalisées, avec notamment l’adoption de Loi sur la gestion financière des Premières Nations, l’attribution et la dévolution de pouvoirs aux gouvernements territoriaux et la création d’institutions financières dirigées par des Autochtones. D’autres progrès doivent être réalisés pour libérer le potentiel économique des Autochtones et ouvrir la voie d’une véritable réconciliation économique.

Lorsque les nations autochtones envisagent de participer à des projets importants, elles sont souvent confrontées à une combinaison d’obstacles institutionnels, juridiques et économiques qui ont conduit de nombreuses nations autochtones (mais pas toutes) à élaborer un bilan, un historique des opérations ou des capacités internes. Les Nations ont encore du mal à se procurer des capitaux abordables leur permettant de réduire le coût du capital tout en protégeant les actifs autochtones. Cela est dû à la combinaison d’obstacles juridiques et institutionnels décrits ci-dessus, ainsi qu’aux effets de réseau et au manque de sensibilisation du secteur privé aux avantages d’une participation autochtone proactive.

Cette lacune est particulièrement évidente lorsque les nations autochtones souhaitent prendre une participation dans les projets d’énergie et de ressources naturelles développés sur leur territoire. La participation autochtone dans les capitaux propres est maintenant un modèle prioritaire pour harmoniser les intérêts et faire avancer les projets plus rapidement, en privilégiant les relations entre les Autochtones et les entreprises, en intégrant les valeurs et les priorités des Autochtones et en simplifiant les processus réglementaires dans la mesure du possible.4

Une garantie de prêt est une entente contractuelle concernant le remboursement d’une dette consentie par un prêteur tiers, comme une banque, lorsque l’emprunteur ne peut plus payer (c.-à-d. une sûreté). Pour le prêteur, cela peut pratiquement éliminer le risque de perte économique. Pour les investisseurs autochtones, les prêts sous forme de prise de participation peuvent avoir un coût prohibitif en l’absence de garantie (c.-à-d. que le coût du prêt, quand bien même il serait accordé, est inférieur au coût du financement sans garantie). En l’absence de garantie, les investisseurs autochtones se heurtent la plupart du temps à un coût des capitaux propres excessif, et ils doivent se contenter d’une position participative beaucoup plus faible, voire nulle, ce qui est loin d’être optimal.

Une garantie de prêt rend plus facile le financement sous forme de prise de participation, car elle implique une amélioration de la cote de solvabilité et un soutien de liquidité pour les emprunteurs autochtones. Fait important, l’utilisation de sociétés en commandite et d’entités ad hoc ne met pas en péril les actifs des communautés autochtones, puisque la dette mobilisée dans le cadre des projets est sans recours ou comporte un droit de recours limité à l’égard des associés. L’utilisation d’une entité ad hoc détenue par les nations autochtones, conjuguée au versement de distributions à la communauté, limite la sensibilité des passifs à la valeur de l’investissement en capitaux propres initialement effectué par une Nation donnée.

Les programmes de garantie de prêt constituent une partie de la solution visant à combler les écarts en matière d’accès au capital, entre autres outils complémentaires. La figure 1 montre un exemple de structure de propriété et la relation entre une nation autochtone et la participation dans les capitaux propres d’un projet, en particulier lorsqu’une garantie de prêt peut jouer un rôle.

Le gouvernement fédéral, de concert avec les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Manitoba, a annoncé des programmes de garantie de prêt en 2024 en réponse aux revendications des nations autochtones et du secteur privé, ce qui reflète une plus grande maturité dans le processus d’élaboration des politiques publiques. Ces programmes, s’ils sont effectivement mis en œuvre, pourraient contribuer à combler l’écart par rapport à la forte demande de participation autochtone dans les capitaux propres, qui s’élève à environ 45 milliards de dollars pour les dix prochaines années selon la Coalition des projets majeurs des Premières Nations. L’élaboration et le déploiement des programmes de garantie de prêt récemment annoncés profiteront des modèles qui existent déjà dans l’Ontario, l’Alberta et la Saskatchewan.

Outils de financement de projet pour faire progresser la participation autochtone dans les grands projets

Ces annonces constituent un apport important à l’ensemble des outils mis à la disposition des nations autochtones pour participer économiquement dans les projets liés aux ressources et à l’énergie. À mesure que le programme sera déployé, des considérations importantes seront prises en compte, parmi lesquelles le mandat de risque associé au programme de garantie de prêt, un soutien adéquat des capacités pour permettre d’établir des partenariats, une gouvernance solide pour s’assurer que la prise de décisions et l’émission de garanties soient commercialement viables, et le cumul avec d’autres programmes de garantie et de soutien. Priorités à prendre en considération au moment de la mise en œuvre de ces programmes :

Les peuples autochtones doivent recevoir un soutien leur permettant de prendre des décisions indépendantes et éclairées préalablement à leur participation aux projets. Les partenariats doivent être encouragés pour toutes les nations autochtones : Premières Nations, Inuits et Métis. Les points de vue et le leadership des Autochtones, ainsi que le recrutement, le perfectionnement et la fidélisation des talents autochtones doivent figurer parmi les priorités de la mise en œuvre des programmes de garantie de prêt.

Les programmes doivent soutenir la plus vaste gamme de projets possible afin d’optimiser les chances économiques des Autochtones, en tant que priorité de premier ordre et aussi comme moyen d’accroître la productivité au Canada.

Le soutien financier du gouvernement doit être appuyé par un rigoureux processus de contrôle diligent. Il est nécessaire d’ouvrir la voie à la durabilité du marché, afin que les nations autochtones puissent accéder au capital sur un pied d’égalité avec les autres intervenants du marché à long terme.

Le temps est de l’argent. Les négociations individuelles doivent se dérouler à une vitesse adéquate pour établir la confiance, mais la bureaucratie associée aux programmes de garantie de prêt doit avancer au rythme des affaires. Cette priorité devra être équilibrée avec la nécessité de mener un processus de contrôle diligent rigoureux.

Les programmes de garantie de prêt existants continuent de découvrir et d’élaborer de nouvelles approches pour renforcer la mobilisation et la participation des Autochtones. Par exemple, en recherchant la meilleure façon de soutenir la participation autochtone dans les nouveaux projets ou les projets de vente sur plan. Les nouveaux programmes de garantie de prêt doivent faire preuve de souplesse dans la structuration et le déploiement des garanties, afin d’élaborer et d’adopter les meilleures pratiques du secteur public et du secteur privé.

Le choix des projets que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux envisageront de garantir dépendra en grande partie du mandat de risque du programme de garantie de prêt. En règle générale, les programmes de garantie de prêt destinés aux projets à risque faible ou nul soutiendront principalement les secteurs à risque relativement faible (comme les projets à tarif réglementé ou les projets d’exploitation). Un programme de garantie de prêt assorti d’un mandat de risque plus accommodant pourrait soutenir des projets à des étapes plus précoces et dans des secteurs plus risqués (comme les projets plus sensibles au risque sur le fournisseur) et des tailles d’opération plus grandes ou plus petites, facilitant ainsi l’achèvement de nouveaux projets nets qui ne seraient pas réalisables sans la participation économique des Autochtones. La figure 2 présente le risque notionnel dans un éventail de secteurs et d’étapes de projet allant d’un risque faible à un risque élevé.

Il est probable que les programmes de garantie de prêt, de même que de nombreux programmes gouvernementaux de financement, commenceront avec une certaine aversion pour le risque. Toutefois, étant donné la capacité des gouvernements (en particulier du gouvernement fédéral) à absorber plus de risques, ces programmes devraient adopter un mandat de risque dynamique et évolutif à mesure qu’ils gagneront de l’expertise par le biais de l’« apprentissage ». Par exemple, l’examen annuel des mandats de risque pourrait intégrer aux programmes les réflexions des clients autochtones et des intervenants du secteur privé, afin de réévaluer si de nouvelles approches ou des secteurs novateurs pourraient être couverts. Le risque comporterait plusieurs dimensions, notamment :

Même si au départ, les garanties de prêt partielles ne couvrant pas la totalité du prêt pour prise de participation autochtone peuvent être préférables, garantir jusqu’à 100 % de ces prêts peut favoriser une plus grande participation économique des Autochtones et un meilleur rendement sur les projets qui n’étaient pas réalisables auparavant.

Il est important d’adopter une approche neutre à l’égard des secteurs, qui permette aux nations autochtones de conserver leur plein pouvoir et leur pleine détermination relativement aux projets déployés sur leur territoire et qui renforce les effets positifs de la participation autochtone. Le programme de garantie de prêt doit donner la priorité à un ensemble de projets dans un éventail de secteurs et de régions.

Les programmes de garantie de prêt viseront à minimiser les risques indus et les recours aux garanties attribuables à des risques budgétaires ou réputationnels. Au fil du temps, et selon le succès des programmes de garantie de prêt, d’autres considérations pourraient entrer en jeu, par exemple le fait que les projets d’une taille plus petite, les nouveaux projets ou les projets préréglementaires présentent un éventail de risques plus large que les projets de réaménagement ou d’expansion de structures existantes. Cette combinaison devra tirer profit du programme pour maximiser les occasions offertes aux Autochtones et permettre l’investissement dans de nouveaux projets qui contribuent à la réalisation des objectifs énergétiques et économiques.

Un plus grand nombre de nations autochtones participant à une opération peut ajouter de la complexité et diluer le rendement et la participation en capitaux propres pour chacune des Nations, mais cela peut aussi produire des effets multiplicateurs positifs. Les Nations qui ont des capacités plus élevées peuvent soutenir les Nations qui sont en voie de développer et d’accroître leurs propres capacités. L’une des principales mesures d’impact pour les programmes de garantie de prêt sera leur effet sur l’établissement de relations entre les Nations et avec le secteur privé.

Une garantie de prêt ne crée pas de position en liquidités dans les comptes publics d’un gouvernement, mais une provision pour pertes sur prêts peut servir à isoler une partie des liquidités exigibles au titre d’une garantie. Toutefois, lorsqu’une garantie est émise, une partie de cette provision est « immobilisée » jusqu’au remboursement du prêt. La prise en compte de la diversité des durées des prêts (p. ex., une combinaison d’échéances de 5, 10 et 15 ans) peut permettre au programme de recycler le capital et d’émettre de nouvelles garanties qui libéreront une plus grande valeur pour les partenariats de participation.

Les gouvernements pourraient envisager d’autres protections structurantes pour atténuer le risque, parmi lesquelles :

Les nations autochtones ayant la possibilité d’investir leur propre capital peuvent créer une réserve de capitaux propres afin d’atténuer le risque et de réduire davantage le coût des capitaux propres.

Les programmes de garantie de prêt doivent abaisser les barrières à l’entrée, y compris les frais élevés, mais ces frais peuvent aussi être adaptés au profil de risque spécifique de la garantie.

Il s’agit de modalités contractuelles standard qui peuvent stipuler le calendrier de remboursement de la dette en dirigeant les flux de trésorerie vers le remboursement de la dette avant le versement des distributions, et créer une réserve de sécurité visant à s’assurer que les émissions futures pourront être financées par des fonds capitalisés à l’avance et au fil du temps.

Souvent utilisées dans les positions de participation minoritaire, les clauses de rachat d’actions obligent le partenaire majoritaire (et souvent l’exploitant) à racheter les actions de participation des Autochtones en cas de défaut complet.

En tant qu’aspect standard de la surveillance de la dette commerciale, le contrôle diligent postérieur à la clôture peut aider à régler proactivement des problèmes potentiels et permettre à un gouvernement, à des promoteurs ou à des financiers d’intervenir avant qu’un problème ne soit soulevé. La surveillance commerciale et la gestion des relations avec chaque nation autochtone seront des aspects importants.

Le ministre des Finances du gouvernement fédéral a indiqué que le gouvernement serait heureux de constater une sursouscription de son programme et de recevoir une demande d’augmentation du financement au-delà de 5 milliards de dollars. En effet, un seul projet majeur pourrait mobiliser la totalité de l’enveloppe de garantie de prêt. Une enveloppe de garantie plus importante serait un signe positif de l’engagement du gouvernement à favoriser de plus grands partenariats avec les Autochtones en vue de réaliser le potentiel de 45 milliards de dollars.

En fonction de divers facteurs institutionnels et effets de réseau, les nations autochtones peuvent avoir des niveaux de relations, de savoir-faire et d’antécédents d’affaires qui leur permettent de développer leur capacité à évaluer et négocier les opérations. Le niveau de leurs capacités peut varier selon la Nation autochtone et la nature de l’opération. Le soutien des capacités peut être essentiel au succès de l’outil de mobilisation de capitaux permettant aux Nations d’avoir accès à l’expertise commerciale, juridique et financière dont elles ont besoin pour prendre des décisions pertinentes.

À titre de comparaison pour souligner l’importance des capacités, entre autres facteurs, le Tribal Energy Loan Guarantee Program des États-Unis, lancé en 2005, a émis sa première garantie de prêt en mars 2024. La lenteur de l’avancement du programme est attribuable à de multiples facteurs, mais l’un des plus importants est que le programme a omis de financer les capacités des tribus amérindiennes à prendre des décisions éclairées au sujet des aspects commerciaux et techniques des opérations.

Le gouvernement fédéral a prévu 3,5 millions de dollars sur deux ans pour soutenir le financement des capacités en vertu du programme. C’est un bon début, mais le financement des capacités doit être placé plus en avant parmi les priorités afin de s’assurer que les nations autochtones ont l’expertise commerciale, technique et juridique dont elles ont besoin pour prendre des décisions en matière de participation aux projets. Les capacités sont souvent renforcées grâce aux frais imposés sur les garanties de prêt qui peuvent être recyclés dans des fonds de financement des capacités, en plus du soutien apporté par les promoteurs des projets. Le programme de garantie de prêt de la Colombie-Britannique a indiqué qu’il alimenterait un fonds de financement des capacités à hauteur de 10 millions de dollars. Le programme de garantie de prêt du Manitoba n’a pas indiqué s’il financerait les capacités.

Des organisations telles que la Coalition des projets majeurs des Premières Nations ont joué un rôle important pour aider les Nations à développer et renforcer leurs capacités commerciales, techniques et environnementales internes. Le soutien continu des organisations existantes et nouvelles sera un facteur de réussite crucial à long terme.

Une tendance positive est le nombre croissant de nations autochtones qui se soutiennent mutuellement dans le développement de leurs capacités. Fait intéressant, dans les négociations qui font intervenir plusieurs nations autochtones, les Nations ayant le plus d’expérience et la meilleure expertise commerciale ou technique interne ont tendance à allouer leurs ressources internes ou externes, ou à mettre à profit leurs relations ou leur expérience pour soutenir les Nations engagées dans le développement de leurs capacités.

L’indépendance et l’autonomie de l’administration figurent au rang des priorités dans les programmes existants, notamment celui de l’Ontario (géré par un organisme d’État), et ceux de l’Alberta et de la Saskatchewan (gérés par des sociétés indépendantes). L’indépendance et l’autonomie permettent à la prise de décision de se dérouler avec une ingérence politique minimale et, de manière générale, rehaussent la crédibilité. Les perspectives et l’inclusion des Autochtones doivent être des éléments essentiels dans toutes les structures de gouvernance.

Les grandes priorités de l’élaboration d’un modèle de gouvernance transparent, inclusif et souple sont les suivantes :

Le leadership et la représentation des Autochtones au sein des organismes de gouvernance et de prise de décision doivent être une priorité et un impératif, compte tenu de l’accent mis par ces programmes sur la réconciliation économique et l’inclusion des Autochtones

L’accent doit être placé sur l’évaluation des garanties selon des critères apolitiques, notamment pour assurer la viabilité commerciale et l’inclusivité, ce qui limite les possibilités d’ingérence politique dans l’émission de garanties individuelles

Un corollaire pour que les programmes de garantie de prêt demeurent apolitiques consiste à s’assurer que les processus d’approbation et de décision mettent l’accent sur la rapidité. Un processus d’approbation fondé sur un conseil indépendant, autonome et auquel participent des leaders autochtones et des représentants du gouvernement et du secteur privé peut accélérer la mise en œuvre des projets et faciliter la communication.

  • La rapidité du déploiement aide à adopter une approche de « guichet unique », en particulier au niveau fédéral, ou à coordonner les efforts entre les programmes de garantie de prêt fédéraux et provinciaux afin d’assurer l’exécution d’un service approprié à l’intention des Nations.

Des processus d’évaluation et de contrôle diligent solides, basés sur des critères commercialement comparables, doivent être mis en place pour s’assurer que les décisions de garantie de prêt sont prises en fonction des avantages commerciaux et économiques du projet sous-jacent et de la garantie de prêt.

La conviction doit aller de pair avec la transparence pour assurer la crédibilité et la réputation des programmes de garantie de prêt. Un processus de gouvernance clair, conjugué à des exigences rigoureuses en matière de surveillance et de déclaration sera nécessaire pour que les nations autochtones et le secteur privé comprennent le processus et les raisons de la prise de décision en matière de garanties.

Il existe un éventail d’organismes qui offrent un soutien financier à la participation des Autochtones dans des projets importants, notamment des programmes de garantie de prêt provinciaux. Voici quelques-uns des facteurs qui permettraient de cumuler les aides, dans le but d’optimiser les possibilités de participation économique des Autochtones en exploitant le plein potentiel des ressources gouvernementales :

Offrir un « guichet unique » aux Nations pour regrouper les garanties provinciales et fédérales.

  • Cela implique la coordination et la communication entre les fonctionnaires, un aspect particulièrement important pour les projets complexes qui nécessitent le soutien de plusieurs organisations. Le programme fédéral de garantie de prêt pourrait être chef de file dans cette structure.

Harmonisation des modalités financières et contractuelles, en particulier des honoraires, de la structure des garanties et de la souplesse des règles, afin de permettre aux Nations de tirer parti de multiples sources de financement.

En ce qui concerne les subventions destinées aux capacités, il faudrait éviter de restreindre le nombre de sources auxquelles les Nations ont accès.

Les organismes offrant à la fois du financement et du soutien des capacités sont les programmes de garantie provinciaux, l’Autorité financière des Premières Nations, la Banque de l’infrastructure du Canada, Exportation et développement Canada, la Banque de développement du Canada, Financement agricole Canada et plusieurs organismes provinciaux qui soutiennent les occasions économiques pour les Autochtones.

Outils futurs

Les garanties de prêt peuvent constituer un outil efficace, mais elles ne sont qu’un élément de la solution. Il sera important de puiser dans l’investissement privé et d’ouvrir une voie vers la durabilité du marché.

Le gouvernement fédéral pourrait prendre en compte les aspects suivants pour élargir la boîte à outils :

Les intérêts économiques des Autochtones recoupent presque tous les secteurs de l’économie, y compris la pêche, l’agriculture, les télécommunications, l’infrastructure, la fabrication, le tourisme et autres. Les programmes de garantie de prêt fédéraux et provinciaux peuvent commencer à étendre leur soutien à divers secteurs, au-delà des secteurs de l’énergie et des ressources naturelles sur lesquels l’accent a été placé jusque là.

La garantie de la dette des projets pourrait être la prochaine étape, bien que ce type de garantie soit plus risqué, une fois qu’une masse de soutien et de capital privé aura été réunie pour garantir les prises de participation. Dans les faits, cela permettrait de répercuter la cote de solvabilité du gouvernement fédéral sur les emprunteurs autochtones, et donnerait aux banques une plus grande marge de manœuvre pour octroyer des prêts.

L’émission de garanties de plus de 100 % peut soutenir la participation des Autochtones dans des projets de vente sur plan, avant la phase de production de revenus. Tout comme la garantie de la dette, cette approche peut être plus risquée, mais si elle s’applique de façon stratégique dans des projets commercialement viables, elle pourrait libérer une participation significative des Autochtones dès les premières phases des projets, en particulier dans des secteurs stratégiques comme celui des minéraux critiques.

Dans les secteurs à risque plus élevé comme celui de l’exploitation minière, en particulier dans certains projets frontières de minéraux critiques, les nations autochtones pourraient préférer participer par l’entremise de redevances ou d’un flux de revenus. En créant une structure institutionnelle pour transférer aux nations autochtones une partie des redevances perçues, les gouvernements peuvent encourager la participation dans des secteurs tels que l’exploitation minière ou la foresterie (où la redevance est définie comme un droit de coupe). Le gouvernement fédéral doit agir à cet égard. Les gouvernements provinciaux de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, entre autres, ont déjà des ententes de partage des revenus des ressources.

Le patrimoine croissant des nations autochtones comprend environ 20 milliards de dollars d’actifs en fiducie et 100 milliards de dollars en revendications territoriales et autres. La mise en commun de fiducies et d’investissements par l’entremise d’institutions dirigées par des Autochtones peut contribuer à générer un revenu de placement important et à encourager davantage la prise de participation.

L’émission d’obligations pour le développement autochtone, semblables aux obligations de développement émises par les économies émergentes et les institutions multilatérales, pourrait soutenir le financement de projets dirigés par des Autochtones. Cette stratégie s’appuierait sur le succès existant du programme de prêts en commun et du programme d’émission obligataire de l’Autorité financière des Premières Nations. Cet instrument exigerait un consensus sur les normes d’émission obligataire.

Le fait de s’appuyer sur le travail du Conseil canadien des normes d’information sur la durabilité et les lignes directrices fédérales sur l’investissement durable, tout en intégrant les perspectives et les considérations des Autochtones aux normes d’investissement, peut constituer un outil supplémentaire pour encourager l’investissement dans les projets et les organisations dirigés par des Autochtones.

Une institution de financement du développement dirigée par des Autochtones, consolidant les instruments de dette, de capitaux propres et de subventions, pourrait constituer un outil complet pour financer des projets et des entreprises de façon durable. Le modèle d’une telle institution serait semblable à celui des banques de développement communautaire, qui sont financées à la fois par les secteurs public et privé, plutôt qu’au modèle des banques multilatérales de développement où les votes sont alloués en fonction des actions détenues.

Le secteur privé met en place des structures novatrices pour favoriser la participation et l’inclusion des Autochtones dans les grands projets9, notamment :

  • Voir au-delà des éléments à faible risque et générateurs de revenus dans un projet plus vaste, et faciliter la participation autochtone – il s’agit souvent d’éléments qui ont une durée de vie plus longue que le projet lui-même (p. ex., lignes de transport ou routes à péage).

    Options de participation autochtone après la construction où les nations autochtones peuvent exercer l’option d’acheter une participation à l’achèvement du projet.

    Versements annuels minimaux pour atténuer les risques de baisse et protéger les Nations contre les risques indus lorsqu’un projet traverse des périodes sans revenus.

    Rachats d’actions en cas d’échec du projet, c’est-à-dire l’engagement du promoteur à racheter les participations à un prix déterminé au cas où le projet ne serait pas achevé.

    Négociation des droits de gouvernance des Autochtones, même dans les cas de participations minoritaires, au moyen d’une structure de catégorie d’actions distincte pour reconnaître que les propriétaires autochtones ont une position différente de celle des autres participants à l’entreprise.

    Coinvestissement avec des investisseurs institutionnels, en particulier avec des coinvestisseurs capables de déployer des capitaux importants pendant de longues périodes, tant dans des projets majeurs individuels que dans le regroupement d’occasions plus modestes par le biais de coentreprises.

    Garanties du promoteur ou soutien contractuel : les promoteurs peuvent chercher à fournir des garanties de prêt ou d’autres formes de soutien contractuel pour faciliter la participation des Autochtones, en particulier dans les projets à risque plus élevé. Ce risque peut être compensé par un prix de vente des actions plus élevé.

Une approche proactive, axée sur les relations et fondée sur la confiance pour les partenariats avec les Autochtones est maintenant nécessaire dans les secteurs public et privé. Faire progresser la réconciliation économique grâce à des partenariats significatifs est à la fois un impératif moral et économique – ce qui représente une occasion de développer la prospérité collective en tant que pays.

Pour en savoir plus, allez à leadershipavise.rbc.com/economie

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  1. Pour donner une image du contexte, sur les dix projets LT1 menés avec succès, neuf ont une participation autochtone de 50 % ou plus.

  2. Delgamuukw c. Colombie-Britannique (1997).

  3. Des mécanismes tels que le système de laissez-passer ont empêché les Premières Nations de participer à l’économie canadienne. En même temps, les économies autochtones ont souffert d’une privation progressive de leurs ressources traditionnelles. Par exemple, la décimation du bison a eu des retombées sur les Premières Nations et les Métis de l’ère moderne dans l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba, tandis que la chasse à la baleine a eu des répercussions sur les Inuits de l’ère moderne dans le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut.

  4. Introduction à la garantie de prêt de la Coalition des projets majeurs des Premières Nations (FNMPC) : https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/FNMPC_Loan_Guarantee_Primer_01172023_v3.pdf

  5. 75 millions de dollars représentent la limite sans l’approbation du Cabinet – les garanties de prêt supérieures à ce montant peuvent être accordées sous réserve de l’approbation du Cabinet.

  6. Entre autres, la foresterie, l’extraction et la transformation des minéraux, la production et le raffinage du pétrole et du gaz, les PRM, l’énergie renouvelable et la technologie de CUSC

  7. L’Autorité financière des Premières Nations (AFPN) fonctionne selon un modèle d’emprunt en gestion commune ; à ce titre, elle n’a pas de limite réglementaire ni de cible interne. Le mandat de prêt de l’organisme est fondé sur les revenus autonomes des Premières Nations selon la certification individuelle du Conseil de gestion financière des Premières Nations.

  8. La BIC a fixé un objectif d’investissement minimal (plancher) de 1 milliard de dollars pour les nations autochtones. Cet objectif s’applique à la fois à l’Initiative pour la participation autochtone et à l’Initiative d’infrastructures pour les communautés autochtones, qui a déployé et engagé des capitaux d’environ 1 milliard de dollars dans divers projets et partenariats.

  9. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/indigenous-ownership_march2023.pdf