Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Le budget fédéral de 2023 propose des mesures vigoureuses en réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (l’IRA ou l’Inflation Reduction Act), mais l’adhésion massive à des pratiques d’investissement carboneutres se heurte encore aux obstacles que sont la concurrence internationale croissante, la réglementation et la participation des provinces.
Les nouvelles mesures vertes du budget de 2023 visent principalement à renforcer la chaîne logistique en amont pour favoriser une économie à faibles émissions de carbone, au moyen de nouveaux crédits d’impôt à l’investissement remboursables accordés pour l’électricité propre, la fabrication de technologies propres et l’hydrogène.
Dans la foulée de l’annonce de crédits d’impôt à l’investissement de l’an dernier pour la capture de carbone et l’adoption de technologies propres, le gouvernement fédéral prévoit dépenser environ 80 milliards de dollars sur 10 ans en crédits d’impôt pour les placements verts.
Il s’agit d’une mesure importante faisant écho au programme climatique américain de plus de 369 milliards de dollars US. Nous estimons que le Canada devrait dépenser jusqu’à 120 milliards de dollars pour atteindre les réductions d’émissions estimées à 10 % dans l’IRA, mais que les nouvelles dépenses requises pourraient être moindres compte tenu des dépenses existantes des programmes et des mesures réglementaires incitatives.
Coût de la carboneutralité : crédits d’impôt à l’investissement proposés pour le Canada
Measure
Date de début
Taux du crédit
Coût total sur 10 ans
Électricité propre
Budget 2024
15 %
25.7 G$
Fabrication au moyen de technologies propres
1er janvier 2024
30 %
11,1 G$
Hydrogène propre
Budget de 2023
0-40 %, selon l’intensité en carbone
17,7 G$
Adoption de technologies propres*
Budget de 2023
30 %
~ 16 G$
Capture de carbone**
2022
37.5 %-60 %, selon l’équipement et le type de projet
~ 16 G$
*Énoncé économique de l’automne 2022 ; ajout de systèmes d’énergie géothermique et prolongation jusqu’en 2034 ** Budget de 2022 ; peu de nouvelles améliorations dans le budget de 2023
Les grandes sociétés sont les principaux bénéficiaires directs
Les grandes entreprises profiteront directement des nouvelles mesures étant donné la nature capitalistique des investissements connexes. Les consommateurs et les autres types d’entreprises devraient en bénéficier indirectement, par le coût moindre des énergies propres et des systèmes que les crédits d’impôt fédéraux soutiennent.
D’autres entreprises tireront probablement un avantage direct plus important du crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres annoncé dans la mise à jour de l’automne 2022 (CII dans les technologies propres), qui est entré en vigueur le jour du budget et qui a fait l’objet d’améliorations. Comme le prévoit le budget, la Banque de l’infrastructure du Canada doit se concentrer davantage sur l’électricité propre, accroître le financement des programmes existants pour l’amélioration du réseau et bonifier le financement du Fonds stratégique pour l’innovation, ce qui pourrait également être avantageux pour les moyennes entreprises.
Outre le secteur de l’énergie, ceux du pétrole et du gaz, de l’agriculture et du bâtiment (qui constituent une part importante des émissions de carbone du Canada) n’ont reçu aucun nouveau soutien direct pour la décarbonisation ; seules quelques améliorations mineures ont été apportées au crédit d’impôt existant pour le captage du carbone.
Les nouvelles mesures visent principalement la réduction des émissions futures
Le crédit pour l’électricité propre pourrait encourager certaines réductions d’émissions à court terme. Il est offert aux entités non imposées, comme les services publics, pour aider les planificateurs provinciaux à se tourner progressivement vers les énergies renouvelables et à réduire l’approvisionnement systématique en gaz naturel pour la production d’électricité.
Toutefois, les mesures visent en grande partie à faciliter la réduction des émissions futures. Les subventions fédérales ont pour objectif de réduire les coûts que les consommateurs finaux des ménages et du secteur industriel doivent assumer pour ces dépenses importantes en énergie, ce qui ouvre la voie aux investissements dans des technologies à faibles émissions. De solides arguments soutiennent cette approche, mais il existe aussi des risques. Le budget de 2023 n’offre aucune estimation des réductions d’émissions prévues.
Outre l’électricité et l’hydrogène, les nouvelles mesures couvrent d’autres technologies telles que les véhicules électriques, les batteries, les pompes à chaleur, les électrolyseurs et les équipements électriques qui ne produisent pas d’émissions. Ces mesures de réduction correspondent en grande partie à celles prévues dans les secteurs visés par le plan ambitieux du Canada en matière de réduction des émissions pour 2030, ce qui permet de croire que le budget joue un rôle important dans l’atteinte d’objectifs climatiques ambitieux.
Les provinces doivent coopérer pour l’électricité
Les 25,7 milliards de dollars que le budget prévoit allouer à l’électricité sur 10 ans aideront les provinces à mettre en œuvre la norme sur l’électricité propre (NEP) proposée, mais cette norme exige que celles-ci y adhèrent. La NEP est le principal outil réglementaire d’Ottawa pour implanter un système d’électricité carboneutre d’ici 2035. L’accès au nouveau CII pour l’électricité propre dans chaque province ou territoire dépendra de l’engagement des provinces à rendre le secteur de l’électricité carboneutre d’ici 2035. En retour, ce financement fédéral contribuera à réduire les factures d’électricité.
L’intervention du gouvernement fédéral en matière d’électricité propre ne vise pas seulement l’établissement d’un réseau carboneutre à prix abordable. Il cherche à mettre son pouvoir au profit des corridors de transport interprovinciaux pour réduire les coûts de l’établissement d’un réseau propre et de l’adoption de l’électricité propre, de façon à renforcer la position concurrentielle du Canada dans les segments économiques faibles en carbone et fortement centrés sur l’électricité, comme ceux de la fabrication de batteries ou de l’hydrogène vert.
Les provinces jouent également un rôle clé dans l’atteinte de ces objectifs, mais nous ignorons si les planificateurs de systèmes joueront le jeu de la coopération intergouvernementale ou accepteront d’accroître les capacités de façon préventive. Si les provinces n’augmentent pas les sommes et le rythme de leurs investissements, le nouveau crédit ne servira qu’à transférer les coûts de leur transition au gouvernement fédéral.
À première vue, les crédits d’impôt du Canada se comparent favorablement à ceux de l’IRA
Le Canada n’offre pas de crédits d’impôt pour la production comme ceux que prévoit l’IRA, soit des incitatifs fiscaux pour chaque unité produite, mais préfère miser sur le capital investi en offrant par exemple des crédits d’impôt à l’investissement (CII). Cela dit, les taux de crédit des CII pour l’électricité propre et les technologies propres sont généralement comparables à ceux que prévoit l’IRA. Au Canada, le taux maximal du CII pour l’hydrogène propre est plus élevé puisqu’il se chiffre à 40 % (comparativement à 30 % dans l’IRA).
Comme le prévoit l’IRA, les CII du Canada sont en vigueur jusqu’au début des années 2030, ils sont généralement neutres sur le plan technologique, et ils doivent respecter des exigences en matière de salaire et de formation. Toutefois, contrairement à celles de l’IRA, les mesures du Canada ne sont pas éliminées plus tôt si les objectifs climatiques sont atteints, et la valeur des crédits d’impôt remboursables pourrait, dans certains cas, être supérieure à ce que prévoient les dispositions de l’IRA relatives au paiement direct pour les entreprises non rentables.
Le gouvernement fédéral maintient les CII et la tarification du carbone
Le budget souligne que le soutien fiscal n’est qu’un des quatre outils de la stratégie du Canada pour une économie propre. La tarification et la réglementation en matière de pollution sont au cœur des efforts déployés. De plus, le financement stratégique par l’entremise du nouveau Fonds de croissance du Canada, de la Banque de l’infrastructure du Canada et des dépenses au sein des programmes a permis de mener des interventions plus ciblées.
Par ailleurs, les responsables des finances ont insisté sur leur choix délibéré des CII comme instrument de soutien fiscal, qu’ils ont préféré à l’offre de crédits d’impôt à la production. Les paiements forfaitaires dans les secteurs capitalistiques sont réputés offrir une valeur importante et constituer la meilleure façon de maximiser la contribution des dollars fédéraux à l’amélioration des technologies propres. La taxe sur le carbone évitée ou la vente de crédits de carbone doit en principe fournir des flux de revenus complémentaires nécessaires à la réalisation de projets de décarbonisation.
Pour établir une tarification solide du carbone, les contrats sur différence pour le carbone font partie des outils à disposition du Fonds de croissance du Canada, qui devrait commencer à conclure des ententes ce printemps. Le gouvernement mènera également des consultations sur les contrats sur différence pour le carbone en privilégiant une approche globale. Ce qui est prévu concrètement n’est pas clair, et de nombreux problèmes complexes doivent être résolus. Pour l’instant, ces contrats ne sont disponibles que de façon limitée, de sorte que l’incertitude des prix du carbone (des crédits) peut continuer à miner les décisions d’investissement.
Que manque-t-il dans le budget ?
Le Canada n’a pas précisé de quelle façon il facilitera la réalisation de grands projets liés aux énergies propres, ce qui nuit à l’obtention de nouveaux investissements. Malgré les 1,3 milliard de dollars alloués l’an dernier aux organismes fédéraux pour améliorer leur processus d’approbation de projet, le budget de 2023 ne fait que réaffirmer sa volonté de créer un plan prévoyant des mesures concrètes qui ne seront prises qu’à la fin de l’année. Les questions réglementaires comme l’obtention de permis peuvent être tout aussi importantes que les crédits d’impôt pour la faisabilité d’un projet.
Le budget de 2023 permet à la Banque de l’infrastructure du Canada d’aider les communautés autochtones à acheter des titres de participation dans les grands projets auxquels elle prend part. C’est un pas dans la bonne direction, mais pour accélérer le processus, nous souhaitons l’adoption d’un programme de plus grande portée et plus transparent, qui inclurait par exemple des garanties gouvernementales. De nombreux projets d’énergies propres seront réalisés sur des terres autochtones, et comme les collectivités et les promoteurs de projets s’intéressent de plus en plus à la participation des Autochtones, les défis d’accès au capital de ces collectivités doivent être résolus.
Cynthia Leach est Économiste en chef adjointe et contribue à façonner la description et le programme de recherche liés à l’analyse économique et stratégique prospective de l’équipe Services économiques et leadership avisé RBC. Elle s’est jointe à l’équipe en 2020.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
La découverte
Les agriculteurs canadiens gèrent l’un des plus grands inventaires de terres agricoles au monde.
Les vastes terres agricoles cultivées au Canada sont les 12e plus grandes au monde.
Ces terres pourraient constituer un puits de carbone puissant.
Le sol a la capacité de stocker ou de « séquestrer » le carbone, en le retirant de l’atmosphère où il contribue aux changements climatiques. Les terres agricoles du Canada pourraient séquestrer entre 35 et 38 mégatonnes d’émissions annuelles de GES, ce qui représente une réduction d’environ 25 % des émissions potentielles de 2050, selon nos estimations.
En recourant à des pratiques durables, les agriculteurs peuvent libérer ce potentiel, gagner de l’argent et protéger l’eau, la terre et l’air.
Grâce à des pratiques durables comme la culture de couverture, le travail réduit du sol et la gestion des éléments nutritifs, les agriculteurs contribuent à l’accroissement du carbone dans le sol, mais aussi à l’amélioration de la qualité de l’eau et de l’air, ainsi qu’à la préservation de la biodiversité.
Défi à relever : la séquestration dans le sol des terres cultivées du Canada a chuté de 58 %.
La dégradation due au labourage intensif et aux pratiques comme la monoculture (où un seul type de culture est cultivé année après année sur le même terrain) a réduit de moitié la quantité de carbone stockée annuellement dans les sols agricoles au cours des deux dernières décennies.
Les principaux obstacles financiers dissuadent les agriculteurs d’adopter des pratiques durables.
L’agriculture durable finit par accroître les rendements. Mais les coûts initiaux (y compris ceux de nouveaux équipements) et la possibilité d’essuyer une perte de rendement au début peuvent être des obstacles importants. C’est particulièrement vrai pour les agriculteurs dont l’exploitation ne dispose que de faibles marges.
Plus de fonds seront requis pour accélérer l’adoption de l’agriculture durable.
Les incitatifs financiers peuvent stimuler le revenu agricole et aider les producteurs à assumer les coûts associés à la transition. Le stockage de 38 MT de carbone dans le sol par an nécessitera des incitations allant jusqu’à 4 milliards de dollars par an. Pour sécuriser ces fonds, nous aurons besoin des bons instruments et sources de financement.
À l’heure actuelle, le financement intégré à la chaîne de valeur le financement public sont les meilleurs mécanismes pour injecter ces fonds.
Les compensations carbone seront également importantes. Mais les incertitudes concernant les systèmes de mesure, de declaration et de vérification du carbone du sol persistent dans tous les instruments financiers. Et le financement public du Canada pour l’agriculture durable est à la traîne des économies comparables.
Des mécanismes plus fiables de mesure, de declaration et de vérification fourniront les bases d’un meilleur financement intégré à la chaîne de valeur et d’une meilleure compensation.
Mais des obstacles importants persistent, notamment le manque de standardization
Misons sur l’agriculture :
Valorisation des terres pour lutter contre les changements climatiques
Depuis des générations, les agriculteurs canadiens retirent des gains financiers pour la nourriture qu’ils produisent. Plus le nombre de boisseaux de blé qu’un agriculteur cultive est élevé (et plus le prix de cette marchandise est élevé sur les marchés), plus le rendement sera élevé.
Pourtant, en adoptant des pratiques durables, les agriculteurs ont aussi le pouvoir inégalé de réduire les émissions et d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé des sols et la biodiversité.
Des capitaux seront requis pour tirer parti de ce pouvoir. Cependant, si le potentiel actuel de l’agriculture durable est solide, les données économiques qui le sous-tendent ne le sont pas. Nous devrons prendre en compte les pratiques durables tout en fournissant le financement et les instruments financiers permettant d’en réduire les risques et d’encourager leur utilisation. De plus, nous devrons repenser un système économique qui récompense pleinement la production agricole, mais qui accorde peu de valeur à la préservation.
Ces efforts, soutenus par des protocoles nationaux encadrant les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification et par des partenariats intersectoriels, peuvent servir d’assise à une stratégie d’agriculture durable de premier plan à l’échelle mondiale.
Que sont les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification ?
Mesure – Un outil mesure les réductions des émissions résultant de l’activité agricole. Déclaration – La mesure est soumise à un vérificateur tiers. Vérification – Le vérificateur tiers certifie les émissions.
L’agriculture pourrait être une source beaucoup plus importante de réduction et d’élimination des émissions
Source : Elis (2021). Analyse BCG
Que sont les compensations carbone et les compensations carbone intégrées ?
Compensations carbone intégrées : Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Compensations classiques : Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables associés à de l’énergie renouvelable ou à d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par l’acheteur.
Une vraie mine d’or :
Trois parcours financiers menant à un secteur agricole plus durable
Dans le présent document, nous examinons trois instruments financiers qui pourraient stimuler le stockage du carbone dans le sol et créer d’autres avantages : les compensations carbone, les compensations carbone intégrées et le financement public. Tous ces outils sont actuellement utilisés à divers degrés. Cependant, leur potentiel à produire des effets immédiats sur l’agriculture durable varie.
La compensation carbone intégrée est actuellement le mécanisme le plus efficace pour inciter les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Bien que la demande globale des consommateurs pour des produits alimentaires durables reste à développer, les entreprises agroalimentaires ont montré une volonté de payer davantage pour des intrants durables afin de réduire les émissions dans leurs propres chaînes logistiques.
Le soutien du gouvernement sera également essentiel au début de cette transition. Pourtant, à l’heure actuelle, le financement du gouvernement canadien est à la traîne de celui de ses pairs à l’échelle mondiale. Cet écart pourrait désavantager les agriculteurs canadiens, car les systèmes alimentaires sûrs et durables gagnent en importance sur le marché mondial. Dans tous les cas, il est essentiel de disposer de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification fiables. Les compensations sont particulièrement tributaires des essais de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification pour établir les bases de l’intégrité du marché et de la confiance. Et le développement de ces systèmes prendra du temps.
Projets Les projets réduisent ou éliminent les émissions de GES (par exemple, grâce à la capture directe dans l’air, au reboisement et aux pratiques agricoles durables). Une fois les projets validés, les crédits sont émis et vérifiés par un vérificateur tiers.
Compensation Les organisations ou les particuliers peuvent acheter des crédits externes pour compenser leurs émissions.
Pour les agriculteurs, le rendement associé aux compensations n’est pas rentable
Un agriculteur qui recourt à des pratiques durables reçoit environ 8 $ à 13 $ de crédits carbone par acre. Mais comme il s’agit d’une science imparfaite et que les mesures sont bancales, une grande partie de ces crédits peut être retenue. Et à cela, il faut ajouter les divers coûts du projet qui peuvent retrancher jusqu’à 60 % de ces montants (35 % pour les coûts, 25 % pour les frais), et un autre 20 % pour l’assurance. En fin de compte, la part de l’agriculteur est de seulement 2 $ à 4 $ l’acre, ce qui représente une mince portion du total des rentrées agricoles.
Revenu faible
~8 $ à 13 $
Crédits carbone par acre
Déductions importantes
Coûts – 35%
Frais – 25%
Assurance – 20%
Incitatif faible
~ 2 $ à 4 $
Crédit carbone par acre après déductions
Sources : Recherche sur les essais des systèmes de mesure, de déclaration et de vérification en Amérique du Nord ; analyse BCG
La qualité des crédits de carbone dépend des méthodes de mesure
Trois principaux types de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification
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Cadre pour repérer les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification de grande qualité
Bien que chaque système soit différent, les plus efficaces mettent en œuvre ce qui suit :
Fonction de mesure, de déclaration et de vérification
Bronze
Argent
Or
Échantillonnage des sols
Modèles fondés sur les processus
Au moins deux certificateurs tiers vérifient les résultats
Télédétection
Évaluation du cycle de vie des intrants à la ferme ou utilisation de plus de trois des meilleures pratiques de gestion
Comment les aliments cultivés de façon durable peuvent réduire les émissions de chaînes logistiques agroalimentaires
Agriculteurs Un réseau d’agriculteurs au sein d’une chaîne logistique est sélectionné pour cultiver de façon durable en incorporant de nouvelles pratiques ou en les élargissant.
Sociétés Les entreprises payent un prix plus élevé aux agriculteurs pour cette nourriture, ce qui les aide à compenser les coûts et les risques associés à la transition vers une agriculture durable. Les entreprises peuvent absorber ce coût additionnel ou le transmettre aux consommateurs sous forme d’un prix plus élevé ou d’une « prime verte ».
Le processus aide les entreprises prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes. Ces initiatives de chaîne logistique peuvent également être utilisées à des fins de marketing.
Consommateurs Les consommateurs ont la possibilité d’acheter des produits cultivés de façon durable.
La plupart des consommateurs n’achèteront pas seulement en raison de la durabilité1
10 %
des consommateurs décident d’acheter ces produits uniquement pour « sauver la planète ».
10-30 %
des consommateurs sont prêts à acheter lorsque la durabilité2 est associée à d’autres avantages comme la santé, la sécurité et la qualité.
40-60 %
des consommateurs se disent préoccupés par la durabilité, mais sont freinés par des obstacles3 comme le revenu, le coût et la commodité.
1. Comprend les acheteurs qui achètent souvent ou très souvent des produits durables et qui considèrent agir eux-mêmes en faveur de la durabilité ; 2. Comprend les acheteurs qui achètent parfois des produits cultivés dans une optique durable ; 3. Comprend les non-acheteurs qui seraient prêts à payer une prime supérieure à 5 % s’il y a parité avec les autres avantages.
Mais la moitié des entreprises, y compris celles du secteur agroalimentaire, sont prêtes à payer plus
Sources : Enquête du Boston Consulting Group sur la consommation durable (juin 2022), expérience de projet et analyse du Boston Consulting Group, rapport conjoint du Boston Consulting Group et du Forum économique mondial (2023)
Raisons justifiant le paiement d’une prime verte
Respecter des engagements en matière de durabilité (p. ex., les compensations carbone intégrées)
Gagner du terrain dans les marchés en plein essor
Sécuriser l’approvisionnement en prévision d’une rareté future
Se préparer à la réglementation gouvernementale (notamment en ce qui concerne le prix du carbone)
Gagner la faveur des clients prêts à payer pour la durabilité ou prêts à cesser d’acheter un produit pour cette raison
3 | Financement public
À court terme : Prêt
À long terme : Importante
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Le financement du Canada en matière d’agriculture durable accuse un retard par rapport à ses pairs
États-Unis
Total des recettes agricoles1
545 G$
Soutien agricole en % des recettes
64 G$|12 %
Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles
~1,7 %
La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) prévoit l’allocation de 27 milliards de dollars pour la conservation et l’intendance agricoles, jusqu’en 2031
Union européenne
Total des recettes agricoles1
699 G$
Soutien agricole en % des recettes
122 G$|18 %
Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles
~1,8 %
La politique agricole commune (Common Agricultural Policy) prévoit l’allocation d’environ 224 milliards de dollars, jusqu’en 2027, pour des initiatives liées au climat.
Canada
Total des recettes agricoles1
83 G$
Soutien agricole en % des recettes
8 G$|10 %
Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles
~0,5 %
Le Partenariat canadien pour une agriculture durable pourrait engager 500 M$ en financement supplémentaire, et 800 M$ pour le financement du Fonds d’action à la ferme pour le climat et des technologies agricoles propres
Consultez l’annexe pour en savoir plus
Recommandations :
Cultiver le changement
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Cultures de couverture | Cultures, comme le trèfle, qui peuvent être cultivées pendant la saison morte pour augmenter le stockage du carbone et réduire l’érosion du sol.
Travail réduit du sol | Réduction de la perturbation des sols en limitant le travail du sol dans les terres cultivées, ce qui permet d’améliorer le stockage du carbone.
Gestion des éléments nutritifs | Utilisation d’engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment, au bon endroit et avec un minimum d’apport.
Sylvopastoralisme | Intégration des arbres, de fourrage et de pâturage pour le bétail dans une même zone, pour améliorer les nutriments dans le sol et le bien-être du bétail.
Rotations des cultures | Plantation successive de différentes cultures pour renforcer la santé du sol et en améliorer les nutriments, tout en contrôlant les parasites et les mauvaises herbes.
Gestion du fumier | Possibilité de transformer le fumier en énergie grâce à la digestion anaérobie ou de l’utiliser comme engrais naturel.
Biocharbon | Conversion des résidus de cultures (déchets) en charbon de bois ; lorsqu’il sert d’engrais, le biocharbon peut accroître le stockage du carbone.
Auteur principal: Youssef Aroub, chef de projet, Boston Consulting Group
Boston Consulting Group Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil
RBC Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique Colin Guldimann, économiste Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise
Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat
En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes suivantes pour leurs contributions :
Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
Dan Lussier, directeur, Canadian Agri-Food Data Initiative
Tim Faveri, vice-président mondial, Développement durable et relations avec les parties prenantes
Michelle Nutting, directrice, Agriculture et durabilité environnementale, Nutrien Ltd.
Karen Haugen-Kozyra, résidente, Solutions Viresco
Dr. Brian McConkey, scientifique en chef, Solutions Viresco
Anthony D’Agostino, directeur général, Marchés des marchandises, RBC
Marty Seymour, agriculteur de quatrième génération, Acme, Alberta
Gillian Flies, cofondatrice, Fermiers pour la transition climatique
Matt Sawyer, fourth generation farmer, Acme, Alberta
Doug Whitehead, cultivateur, Manitoba
Julia Maria-Becker, première directrice, Solutions d’exploitation durable, RBC
Janay Meisser, directrice de l’innovation, Cultivateurs unis de l’Alberta
Derek Eaton, directeur de la politique industrielle, L’accélérateur de transition
Ryan Cooke, chargé de recherche associé, Smart Prosperity Institute
David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures
Canada Le Partenariat canadien pour une agriculture durable comprend 3 milliards de dollars sur cinq ans. Environ un milliard de dollars est consacré aux programmes fédéraux et à leurs activités, dont 690 millions de dollars sont destinés à la croissance novatrice et durable, y compris dans le cadre du Programme Agri-science soutenant la recherche précommerciale et d’autres recherches. Environ 2 milliards de dollars sont consacrés à l’agriculture durable, à l’achat d’équipement, à la formation et à la recherche scientifique.
Les 200 millions de dollars du Fonds d’action à la ferme pour le climat ont été distribués par 12 organismes partout au Canada. Ceux-ci distribueront les fonds aux agriculteurs pour les aider à adopter des pratiques durables. Les provinces mettent également en place ou gèrent leurs propres systèmes d’échange de droits d’émissions de carbone, qui permettent aux producteurs de vendre des crédits de carbone agricoles. Les systèmes de compensation de l’Alberta et du Québec sont bien établis, tandis que la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan sont sur le point de lancer leurs propres approches.
États-Unis La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) est la plus importante loi fédérale jamais adoptée pour lutter contre les changements climatiques, augmentant de 20 milliards de dollars américains le financement des efforts de conservation. Elle élargit la portée du programme Partnerships for Climate-Smart Commodities, qui vise à éliminer 50 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone. Ce programme a alloué 3 milliards de dollars américains à 141 projets dans des entreprises agricoles de culture et d’élevage situées dans les 50 États et à Puerto Rico. Il mise également sur la collaboration entre plus de 100 universités, 20 tribus et groupes tribaux et 60 000 fermes, répartis sur plus de 25 millions d’acres de terres exploitables. Le projet permettra d’éliminer les émissions équivalant à 12 millions de véhicules à essence.
Union européenne La politique agricole commune (PAC) a été remaniée en 2022. Elle inclut 387 milliards d’euros, soit le tiers du budget total de l’UE pour 2021 à 2027, qui ont pour but d’aider les exploitations agricoles et les communautés rurales à atteindre l’objectif de zéro émission nette. Elle vise une réduction des gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Au total, 40 % du plan financier de la PAC est explicitement consacré aux activités liées au climat, et 10 % du budget de l’UE hors de la PAC est consacré aux efforts en faveur de la biodiversité.
Australie Le fonds de réduction des émissions (Emissions Reduction Fund) est le programme phare de l’Australie pour lutter contre les changements climatiques. Il aide les agriculteurs, les entreprises et les communautés rurales à réduire les gaz à effet de serre en fournissant des unités de crédits carbone qui peuvent être vendues à des acheteurs publics ou privés. Le programme encourage activement les projets consacrés au carbone du sol en partageant les coûts initiaux de l’échantillonnage des sols. Le programme prévoit que les agriculteurs australiens gagneront plus de 400 millions de dollars australiens grâce à la vente des crédits provenant de la séquestration du carbone dans les sols d’ici 2050. Le gouvernement fédéral consacre également 64 millions de dollars australiens à la promotion du développement de technologies de mesure du carbone dans les sols, 54,4 millions de dollars australiens pour encourager les analyses du sol et le partage des données à l’échelle nationale.
Brésil Le Brésil offre aux agriculteurs des prêts à faible taux d’intérêt par l’intermédiaire du plan ABC. Les agriculteurs obtiennent les crédits et les options de financement nécessaires pour adopter des pratiques agricoles durables, comme la culture sans labours, la culture intercalaire, la rotation des cultures et la réhabilitation des pâturages dégradés. Lancé en 2010, le programme a récemment été remanié dans le but de stocker chaque année 41 mégatonnes de dioxyde de carbone sur plus de 177 millions d’acres de terres agricoles au pays. Lors de sa dernière ronde de financement, plus de 62 000 contrats ont été signés. Le Brésil est ainsi devenu le deuxième pays le mieux classé au monde pour les exploitations agricoles sans labours (environ 18 % des terres agricoles du Brésil).
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Introduction
Les ciels au-dessus de Davos étaient inhabituellement nuageux pendant le Forum économique mondial. Le rassemblement annuel d’hiver, en revanche, a été témoin de rayons de soleil inhabituels.
La réunion mondiale des dirigeants du gouvernement, des entreprises et des collectivités, la première en trois ans, ne peut pas être qualifiée d’optimiste. Toutefois, après une année marquée par la guerre, l’inflation, les pénuries d’énergie et les craintes de pandémie, l’opinion générale à Davos en 2023 était « disons que les choses pourraient être bien pires ». L’Europe est plus unie qu’elle ne l’a été depuis des décennies. La guerre en Ukraine semble contenue. La Chine est réapparue après avoir exécuté un marathon de confinement lié à la COVID-19. L’inflation est en train de baisser. Et de nombreuses prévisions économiques révisées suggèrent que la majeure partie du monde est en voie de se diriger vers une soi-disant « récession ».
Bref, une année où il faut tenir bon.
C’était mon 7>sup>e voyage à Davos, une ville tranquille où se trouve une station de ski dans les Alpes suisses. Et bien que la pandémie n’ait rien fait pour éliminer l’arrogance du rassemblement (« nous sommes bons ; le monde ne l’est pas » pourrait être sa devise), le Forum demeure une rare occasion pour une grande partie de la planète d’échanger des points de vue sur le monde. Dans quel autre contexte peut-on s’asseoir avec un scientifique de la Fondation Bill & Melinda Gates, un économiste de l’Université d’Oxford, un entrepreneur en technologie du Brésil et un activiste social de Johannesburg ? Voici 12 idées – une douzaine Davos – que j’ai retenues du Forum de cette année :
1. Le monde est fragmenté, après tout
Une extraordinaire période de 30 ans d’ouverture et de coopération mondiales qui a émergé des cendres de la guerre froide touche à sa fin. Il y a dix ans, à mon premier forum à Davos, j’ai rencontré des dirigeants iraniens, des oligarques russes et des technophiles chinois. Dans les années 2020, ce qui semble être un lointain souvenir, alors que de grandes parties du monde ne se sentent pas les bienvenues aux événements internationaux. C’est ce que les Allemands appellent un Zeitenwende, de profonds changements qui brandissent maintenant de sérieuses répliques. Il s’agit notamment d’une montée du nationalisme économique qui est devenue une norme dans toutes les régions et d’un désir renouvelé en Occident d’imposer des valeurs libérales à un nouvel ordre mondial. Pour ceux qui pensaient que l’économie remplaçait la géopolitique après la guerre froide, l’histoire des grandes luttes de pouvoir et de valeurs est de retour.
Paradoxalement, le Forum a été créé il y a plus de 50 ans pour lutter contre le nationalisme économique en Europe. Aujourd’hui, nombre de ses membres fondateurs souhaitent qu’un « Club climat » encourage un cartel des énergies renouvelables à rivaliser avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et que de nouveaux blocs commerciaux basés sur la démocratie défient la Chine. La sécurité économique est devenue la sécurité nationale et une justification pour que les gouvernements imposent des règles arbitraires en matière d’investissement et de commerce.
Dans une discussion interactive entre 200 participants, la géopolitique a été établie comme étant comme le risque le plus important pour la stabilité financière, bien avant les cyberrisques et les risques économiques. L’Organisation mondiale du commerce est venue à Davos pour avertir que de telles formes de démondialisation pourraient coûter au monde 7 billions de dollars US de pertes de production si elle va trop loin. En revanche, il n’y avait aucun signe de recul. Interrogée sur la démondialisation, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’est indignée du mot, préférant appeler cela une nouvelle ère de « réduction des risques ».
2. Meh-conomie, 101
S’il y avait un consensus à Davos, c’est que 2023 sera, eh bien, meh. Un sondage de CNBC mené auprès de 90 chefs de la direction du Forum a révélé qu’ils étaient généralement optimistes, mais pas têtus. Kristalina Georgieva, présidente du Fonds monétaire international, a déclaré qu’elle s’attendait à s’en tenir aux prévisions du FMI concernant une croissance économique mondiale de 2,7 %. La Chine a souffert du pire de son ralentissement économique et pourrait contribuer à soulager le monde avec une « revanche des dépenses », étant donné que les ménages chinois ont estimé à 2 billions de dollars américains l’épargne accumulée.
Les chaînes d’approvisionnement reviennent lentement à la normale. Les Européens traversent un hiver plus chaud avec des coûts énergétiques moins élevés, tandis que les États-Unis semblent se maintenir à flot.
Il y a un risque de la taille du Cervin des Rocheuses canadiennes : les taux d’intérêt. Les banquiers centraux ont profité de l’étape de Davos pour souligner qu’ils ne sont pas tentés de réduire les taux en raison du ralentissement de l’économie. « Gardez le cap » a été dit plus souvent, en plus de langues, que n’importe quelle autre phrase. Alors que l’inflation semble avoir atteint un sommet, les banques centrales reconnaissent qu’il sera beaucoup plus difficile de passer de 4 % à 2 % que de 6 % à 4 %. Les augmentations de salaire à elles seules continueront de contrarier les partisans d’une approche plus musclée à l’égard de l’inflation.
Les banques centrales se battent elles aussi contre une question de crédibilité, après avoir manqué les premiers signaux de l’inflation mondiale pendant la pandémie. La main-d’œuvre énigmatique constitue un autre défi. Les taux de chômage remarquablement bas qui montrent peu de signes de flexion, grâce à une nouvelle culture du travail qui fait en sorte que les millénariaux reconçoivent les emplois, les baby-boomers redessinent la retraite et un grand nombre d’hommes en âge de travailler, un sur huit, choisissent de quitter l’économie formelle aux États-Unis. Si les banques centrales continuent de se concentrer sur les niveaux d’emploi, elles maintiendront probablement les taux plus élevés pendant plus longtemps et la croissance économique faible en 2024.
3. La sécurité nationale l’emporte sur la stratégie climatique
Le sujet le plus brûlant a été l’Inflation Reduction Act des États-Unis (loi sur la réduction de l’inflation), qui prévoit 370 milliards de dollars américains de subventions pour l’énergie propre et une promesse de réglementation simple pour les entreprises américaines afin d’aider les plus grands utilisateurs d’énergie au monde à créer les technologies nécessaires pour atteindre le niveau zéro émission et à les exporter dans le reste du monde. À Davos, c’était comme si les États-Unis avaient largué une bombe économique sur l’Union européenne. Le bloc a eu quelques mois pour digérer la loi sur la réduction de l’inflation, et semble déterminé à lancer sa propre série de subventions. Les Européens savent qu’ils devront faire quelque chose de bien plus difficile : réduire la réglementation.
Le Canada doit relever le même défi, non seulement en ce qui a trait à l’égalisation des dépenses des États-Unis, mais aussi à la lenteur notoire de l’approche fédérale-provinciale en matière d’approbation de projets. L’Europe a pour principal objectif de négocier un accès préférentiel à certaines technologies respectueuses du climat, comme les véhicules électriques ; en fait, entrer dans le Club climat américain.
L’Europe veut accroître autant que possible ses capacités de production d’énergie renouvelable d’ici 2030 qu’elle ne l’a fait aujourd’hui, lançant le plus grand boom immobilier depuis que le plan Marshall a restauré les ruines de la Seconde Guerre mondiale. Le chancelier Olaf Scholz a affirmé que l’Allemagne utilisera toutes ses dépenses et sa puissance réglementaire pour se départir du charbon d’ici 2030, et sera totalement dépendante des énergies renouvelables peu après. Ce n’est pas ce que pensent les Américains de leur plan climat, qui est conçu pour assurer la sécurité énergétique, avec de faibles émissions, et non pour éliminer les combustibles fossiles. Joe Manchin, le sénateur américain qui a orchestré la loi, est venu à Davos pour expliquer qu’elle n’est pas censée constituer une menace pour les alliés de l’Amérique et qu’elle n’est pas non plus destinée à accélérer la fin du pétrole. Il a surpris de nombreux
Européens en disant que les États-Unis pourraient voir la production de pétrole augmenter de 20 % et celle de gaz, de 50 %, en utilisant le captage du carbone pour maintenir les émissions dans le sol. Il vise à ce que les États-Unis produisent toutes les formes d’énergie. Le climat est une préoccupation secondaire.
4. Les réalités de la relocalisation
Le choc des semi-conducteurs de 2022 se répercute encore. En plus des technologies propres, les États-Unis dépensent des milliards pour aider des entreprises comme Intel à réinstaller la production de puces, actuellement en Asie, en Amérique du Nord. Les États-Unis représentaient 37 % de la fabrication mondiale de puces dans les années 1990. Aujourd’hui, leur part est de 12 %. Cette baisse a pris 30 ans à se réaliser, et pourrait prendre autant de temps à s’inverser, si cela est possible. Les réseaux de production de Taïwan et de la Corée sont si sophistiqués, qu’ils constituent une forme quelconque de puzzle de superordinateur. Intel construit des usines aux États-Unis et en Allemagne, mais il faudra des années pour qu’elle se dote d’une main-d’œuvre et de chaînes d’approvisionnement. Le problème c’est que les États-Unis pourraient ne pas disposer de décennies pour obtenir cette relocalisation, car le 5G produit une vague de demande industrielle, et la révolution des véhicules électriques se transforme en une nouvelle génération de puces, qui pourrait représenter 20 % du contenu des véhicules électriques, soit quatre fois ce dont les voitures ont besoin maintenant.
Bien que la rhétorique de relocalisation soit populaire à Davos et pendant les campagnes électorales, elle s’avère moins attrayante pour les exploitants d’entreprises. Une étude récente de McKinsey montre qu’au cours des cinq dernières années, depuis que l’ancien président Donald Trump a présenté son discours de « l’Amérique d’abord » à Davos, aucune grande économie, y compris celle des États-Unis, n’a systématiquement diversifié ses échanges commerciaux. Le cabinet d’experts-conseils a également constaté que toutes les régions étaient loin d’être autonomes. Au contraire, il y a une forte concentration de la production d’une gamme de biens et de marchandises, allant des ordinateurs portables et des avions en passant par le soja, le minerai de fer et, oui, les micropuces.
5. L’Ukraine tient bon tandis que l’Europe espère
Volodymyr Zelenskyy était relativement inconnu à Davos en 2020 lorsqu’il a parlé de la nécessité d’accélérer la prise de décision. Il a pris d’assaut Davos 2023 par vidéo, en utilisant ses compétences en matière de motivation pour maintenir le soutien de l’Occident. Sa femme Olena s’est exprimée en personne et s’est assise au premier rang pour entendre le discours de plusieurs dirigeants. Les uns après les autres, les politiciens européens, américains et canadiens ont assuré aux Ukrainiens que leur soutien était inconditionnel et qu’ils étaient prêts à soutenir le pays pendant des années – « dix ans, au besoin », a déclaré la première ministre finlandaise Sanna Marin. L’Europe fait preuve de plus de confiance qu’elle ne l’a fait depuis des décennies, mais elle connaît ses vulnérabilités, y compris les fantômes de l’histoire. L’Allemagne continue de ralentir le ravitaillement en chars, ne voulant pas provoquer la Russie. L’Europe sait aussi qu’elle a évité une crise énergétique cet hiver, en raison des conditions météorologiques chaudes, de l’approvisionnement en gaz d’urgence du Qatar et des États-Unis, et de la demande moins concurrente d’une Chine en confinement. L’hiver prochain pourrait ne pas être si généreux.
Pour Zelenskyy, le jeu final sera la défaite, les excuses et les réparations de la Russie. Cette tâche sera difficile pour la Russie sans bouleversements politiques, crise économique ou débâcle militaire, ou les trois. Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État américain, a parlé à un petit groupe, également par vidéo, pour exprimer un point de vue auquel les Européens ne sont pas partiaux. Il estime qu’il pourrait y avoir un cessez-le-feu, mais que l’Ukraine devra concéder la Crimée, que la Russie a prise en 2014, et peut-être d’autres villes que Moscou a revendiquées.
En retour, la Russie accepterait l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à l’Union européenne – des lignes rouges pour le Kremlin, car elle amènerait l’Occident à ses frontières. L’Occident devra donner à la Russie un chemin de retour vers la communauté internationale, y compris la levée des sanctions. Tout cela serait difficile à accepter pour l’Ukraine et pour une grande partie de l’Europe. Cependant, si les combats se poursuivent encore une année, les partisans de la guerre, à savoir les États-Unis, pourraient avoir d’autres points de vue.
6. La Chine s’agite tandis que l’Inde passe en deuxième vitesse
La Chine brillait par sa quasi-absence à Davos. En fait, elle n’était représentée que par le vice-premier ministre Liu He, qui prendra bientôt sa retraite. M. He a l’habitude de glorifier la Chine et de réprimander les autres pays. Cette fois, il a pourtant prononcé un discours peu coloré dont le but semblait être de jeter les ponts avec l’Occident. Il s’est entretenu en privé avec des dirigeants d’entreprises pour leur faire comprendre que la Chine est plus forte que jamais. Il a exhorté les politiciens américains et européens à abandonner la « mentalité de Guerre froide » et certaines sanctions commerciales, notamment la prohibition de semi-conducteurs provenant de fournisseurs affiliés aux États-Unis.
Les dirigeants politiques américains se sont montrés peu coopératifs, les républicains et les démocrates cherchant tous deux à se distancer de la Chine. L’économie chinoise souffre vraisemblablement des confinements successifs. La flambée du secteur immobilier du pays était au centre des préoccupations du vice-premier ministre : ces biens représentent désormais 60 % de la richesse des ménages urbains et 40 % des prêts bancaires. Ces chiffres sont alarmants pour un pays dont la population est en déclin et qui devrait voir diminuer de 150 millions le nombre de personnes en âge de travailler d’ici 2050.
La situation est tout autre pour le pays voisin et parfois rival de la Chine, l’Inde, qui a fait fureur à Davos. L’Inde a occupé tout un pâté de maisons de la promenade de Davos. Elle y a notamment organisé des foires commerciales, utilisé des espaces de réception et installé un grand panneau d’affichage du premier ministre Narendra Modi. Ses efforts vont bien au-delà des relations publiques.
L’Inde surclasse maintenant la Chine en matière de croissance économique. De plus, elle deviendra plus populeuse que son voisin au printemps prochain. Ayant reçu un mandat de fabrication d’iPhone de la Chine, elle est d’ailleurs appelée à devenir un fournisseur technologique de premier plan. Le gouvernement Modi s’est engagé à verser 10 milliards de dollars américains pour subventionner l’industrie des semi-conducteurs, qui compte 50 000 ingénieurs en Inde, et à réformer l’enseignement postsecondaire afin de doubler la production de puces et de recruter 500 000 nouveaux ingénieurs par année. De plus, une délégation indienne de dirigeants d’entreprises et de ministres de l’économie a indiqué au forum qu’elle avait l’intention de hisser le pays au rang de premier exportateur mondial d’équipement de télécommunication, de locomotives et de trains d’ici la fin de la décennie.
7. Les endroits les plus risqués sur terre
Bien que les pays les plus pauvres puissent assister au Forum de Davis, ils sont nombreux à ne pas être en mesure de se faire entendre. Cette année marque toutefois un changement pour eux, puisque la faiblesse de la croissance économique, les taux d’intérêt élevés et la concurrence féroce du secteur de l’énergie, des aliments et des technologies de pointe, comme les micropuces, ont mis en exergue les défis à venir pour les marchés en voie de développement. De ce fait, ces pays pourraient devenir les plus risqués au monde sur le plan de la stabilité mondiale.
Parmi les 80 pays à faible revenu, 60 ont été classés comme étant « en difficulté » en ce qui concerne leur capacité à rembourser leurs dettes à l’aube de 2023. Celle-ci diminuera davantage si les taux d’intérêt restent élevés et que le dollar américain demeure la monnaie refuge dans le monde (les importations d’aliments, de pétrole et d’autres produits essentiels pour ces pays risquent de devenir plus onéreuses). D’ailleurs, il ne faut pas oublier les craintes liées à la COVID-19 et aux catastrophes climatiques, comme les inondations qui ont eu lieu l’an dernier au Pakistan. L’avenir s’annonce difficile pour bien des pays.
Quoi qu’il en soit, une crise de la dette du tiers-monde comme celle qui a bouleversé les marchés mondiaux dans les années 1980 ne devrait pas se répéter. Cela dit, tout accroissement de la dette sera plus difficile à absorber vu la fragilité actuelle du monde. Dans les années 1980, les États-Unis ont été en mesure de mettre en place des mesures d’allégement de la dette par l’entremise du groupe de créanciers Club de Paris. Aujourd’hui, la dette de la plupart des marchés émergents est répartie entre de nombreux créanciers, allant de fonds souverains aux banques commerciales, en passant par le nouveau créancier le plus important, la Chine.
Certains habitués de Davos, avec à leur tête l’ancien gouverneur de la banque centrale Mark Carney et l’ancien secrétaire du Trésor américain Lawrence Summers, réclameront une réforme de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international lors des réunions annuelles du printemps, notamment pour prévenir de futures crises de la dette tout en accélérant les investissements verts. Selon le Forum économique mondial, ces institutions, de même que les banques de développement régionales, devront mobiliser des capitaux à hauteur de trois billions de dollars américains par année pour financer la transition carboneutre socialement juste des pays en voie de développement.
8. Les terres agricoles, le nouvel or
Laissons le forum de Davos suivre la piste de l’argent. L’une des séances à s’être remplies le plus rapidement a été celle sur la santé du sol, durant laquelle les dirigeants de Nestlé, d’Unilever et d’Illycaffè ont expliqué aux agriculteurs et aux décideurs politiques leur approche d’agriculture régénératrice. Les terres agricoles sont considérées comme un actif de premier plan dans la lutte aux changements climatiques : à condition d’être gérées adéquatement, elles possèdent la capacité d’absorber les émissions de secteurs entiers. Elles peuvent également compenser les émissions de carbone, de méthane et de nitrates provenant des engrais, ainsi que de la production et de la consommation d’aliments. Bien que moins connue que les ouragans et les inondations, la dégradation des sols constitue une conséquence préoccupante des changements climatiques.
Andrea Illy, entrepreneure italienne dans le domaine du café, a alerté le forum que la moitié des terres servant à la culture du café dans le monde pourraient disparaître d’ici 2050 si leurs sols et leurs arbres ne font pas l’objet d’une plus grande protection. Tout le monde gagnerait à aider les agriculteurs à préserver leurs terres et leurs arbres, y compris les consommateurs de café.
Le défi pour le forum : trouver une façon de financer la prochaine révolution verte tout en valorisant les agriculteurs et les propriétaires fonciers non seulement pour la production d’aliments, mais également pour la protection et la préservation des sols.
Nestlé et Unilever font partie des grandes sociétés alimentaires mettant à l’essai un modèle de certification qui garantit que les agriculteurs ont recours à des pratiques durables, comme la culture sans travail du sol ou l’utilisation d’engrais à faibles émissions, et qu’ils sont rémunérés directement pour le faire. Les sociétés alimentaires deviendront en mesure de publier des données sur leurs émissions, au grand bonheur des investisseurs et des consommateurs, qui souhaitent mieux mesurer leurs progrès. Désireux de séduire les consommateurs écologiques, les détaillants mènent actuellement la danse. Cela dit, pour que les choses changent véritablement, les consommateurs devront également participer à ces efforts en achetant des produits verts pour montrer leur intérêt pour la préservation des terres agricoles.
9. Une approche concrète à l’égard du climat
Depuis des millénaires, les Européens se targuent d’être des bâtisseurs. Mais ils ont récemment découvert que leurs grands monuments en béton, et toute la chaleur nécessaire à la fabrication des matériaux, nuisent à la planète. Les innovateurs européens essaient de changer cela, en réinventant les méthodes de fabrication du béton et d’autres matériaux beaucoup moins émissives.
La construction d’immeubles représente 11 % des émissions mondiales, selon les estimations. Voilà pourquoi de nombreux gouvernements locaux se servent des codes de construction et des approvisionnements pour aider l’industrie de la construction à atteindre la carboneutralité. Les Jeux olympiques de 2024 constitueront le prochain défi dans cette course. Il y aura toutefois un prix à payer. Le secteur mondial de la construction, qui continue de construire l’équivalent de 40 villes de New York par an, aurait besoin de 10 000 milliards de dollars américains, par an, pour réduire ou compenser ses émissions, qui devraient bientôt tripler les 25 prochaines années.
Le géant de la construction Holcim adopte une approche différente et a investi dans plus de 100 entreprises en démarrage pour la conception d’une nouvelle avenue. Il développe de nouvelles façons de recycler le béton principalement à partir d’immeubles démolis. D’autres sociétés entreprennent d’électrifier les fours, pour assurer une fabrication des briques à faible émission.
Pour réussir cependant, les innovateurs auront besoin que les gouvernements créent de nouvelles méthodes de codes de construction, que les prêteurs repensent le financement des matériaux de construction recyclables, et que les propriétaires d’immeubles intègrent la valeur climatique dans leurs modèles d’affaires.
10. En personne, plus que jamais
La pandémie était censée mettre fin à des rassemblements de grande envergure comme Davos, évitant aux 2 500 visiteurs le long périple et les innombrables heures de conversation. Les rubriques nécrologiques étaient prématurées, à en juger par la foule – et le plus récent pavillon construit au cœur de Davos, un café financé par Zoom.
Enrique Lores, chef de la direction du fabricant d’ordinateurs de HP Group, a dit faire partie des nombreuses personnes qui avaient hâte de se retrouver en personne sur le site tant pour les conférences que pour le travail. Vrai mordu de technologie, M. Lores a néanmoins reconnu avoir été personnellement stimulé et inspiré comme jamais par son expérience Zoom. La pandémie a révélé énormément l’importance des interactions personnelles pour maintenir une bonne santé mentale, la faisant rapidement passer d’un risque d’entreprise à une priorité d’entreprise. Plusieurs chefs de direction ont dit vouloir s’assurer d’avoir des effectifs mentalement solides pour une main-d’œuvre plus productive et plus concurrentielle. Il a fallu passer par une pandémie pour se rendre compte des coûteuses répercussions qu’une dépression peut avoir sur tout le monde.
L’adoption de méthodes de travail différentes exige une approche différente de gestion. Bien des organisations ont opté pour une stratégie de travail hybride à cet effet. (Toutes les équipes qui travaillent à distance ont tendance à afficher des taux de roulement élevés.) Mais comme le découvrent de nombreuses entreprises, l’aménagement du travail hybride exige de différentes compétences en gestion, surtout des directeurs d’équipe.
Alexi Robichaux, co-fondateur de BetterUp, une plateforme d’accompagnement en ligne, pense que le rendement et l’engagement des cadres intermédiaires peuvent être déterminants dans le nouveau contexte du travail hybride. Et il met à l’épreuve sa théorie en temps réel, dans ce qu’il appelle « l’année du directeur. »
11. Les guerres infonuagiques
Un an plus tôt, lorsque les forces russes s’apprêtaient à envahir l’est de l’Ukraine, certains des meilleurs techniciens et analystes de la sécurité du monde échangeaient sur la possibilité de construire une défense infonuagique. Ils savaient que le président russe Vladimir Poutine y positionnerait aussi ses espions. Matthew Prince, fondateur de CloudFlare, a expliqué comment sa société de la Silicon Valley a collaboré avec le Pentagone et Kiev pour protéger l’Ukraine dans le cyberespace, et garder un œil sur la Russie.
Plutôt que de se retirer complètement de Russie, CloudFlare a maintenu certains services qui, selon M. Prince, ne sont accessibles que par 10 % des Russes qui espèrent contourner la censure et la surveillance. Les entreprises technologiques de la Silicon Valley et de Kiev ont également réussi à maintenir l’internet en Ukrainien, de même que des services numériques comme les services bancaires, et ils fonctionnent avec peu de perturbations.
L’Ukraine ne représente qu’une facette de la guerre cybernétique mondiale, que certains considèrent comme la troisième guerre mondiale. Les entreprises américaines travaillent activement avec les forces de renseignement américaines pour contrer les forces iraniennes et leur adversaire le plus agressif, la Chine.
Selon le directeur du FBI, Christopher Wray, la Chine a le « programme de piratage le plus sophistiqué au monde. » Elle possède une artillerie dotée d’une technologie à double usage d’attaque et de défense. Les données sont ses munitions. Elle essaie de les voler à chaque piratage et violation et s’en sert pour former des algorithmes pour déterminer l’endroit, le moment et sa force de frappe.
12. Davos : une technologie de pointe
Davos a toujours été une solide plateforme pour les grandes entreprises technologiques. L’on s’en est servi efficacement au fil des ans pour approcher des autorités gouvernementales, des décideurs politiques et des influenceurs, pour informer et façonner la pensée technologique mondiale. Certaines personnes, comme le fondateur de Salesforce, Marc Benioff, utilisent le Forum pour promouvoir leurs causes, dans le cas de M. Benioff, les réfugiés.
Les géants de la technologie se sont de nouveau retrouvés à Davos, dans le meilleur immeuble de la place et organisant des fêtes de fortune, mais de moindre envergure, certains d’entre eux ayant commencé à annoncer qu’ils effectueraient des dizaines de milliers de mises à pied dans leur pays. Avant la pandémie, les dirigeants des grandes sociétés technologiques comme Benioff et Satya Nadella de Microsoft aimaient prendre part au sujet favori du Forum, la quatrième révolution industrielle. Meta (Facebook) continue de trouver que Davos est le bon endroit pour s’afficher comme la place de la démocratie. Cependant, la Grande réouverture s’accompagne de la Grande reconnaissance, et il faudra peut-être suspendre la révolution jusqu’à ce que les taux d’intérêt baissent et que les flux de capital de risque reprennent.
Cette sobriété n’a pas semblé affecter les partisans des technologies de pointe qui poursuivent leurs découvertes et ne s’inquiètent pas trop des consommateurs et des autres réalités de la planète Terre. Malgré les problèmes que rencontre le secteur de la haute technologie, l’intelligence artificielle générative et le célèbre ChatGPT (un prototype d’agent conversationnel utilisant l’intelligence artificielle) ont constitué des attractions de premier plan, apparaissant dans des blogues, des balados et des œuvres d’art multimédia.
L’attention accordée aux « technologiques de pointe » – technologies sans applications commerciales – ouvre toutes sortes de possibilités à un monde confronté à une croissance lente, au vieillissement, aux conflits et à la discorde sociale. Il y aura toujours des dilemmes en matière d’éthique, et c’est pourquoi il faut des forums comme Davos pour attirer des gens de tous les fragments du monde pour trouver ou créer un terrain d’entente.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
La nourriture est de nouveau à l’avant-plan
La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. Elle redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.
Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait y jouer un rôle majeur. De fait, nous en avons l’obligation.
D’ici 2050, nous devrons accroître d’un quart notre production de nourriture si nous voulons maintenir notre contribution dans le contexte de la croissance démographique. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et après, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.
L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, BCG Le Centre pour l’avenir du Canada et l’Arrell Food Institute(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est d’informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.
Dans notre série de rapports, nous expliquons la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :
utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
investir dans les agriculteurs en vue de mettre en place de nouveaux incitatifs économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
créer un cadre politique national pour unir tous les éléments clés, harmoniser nos objectifs de mesure et de réduction des émissions, et intégrer les secteurs qui se recoupent avec l’agriculture ;
et affirmer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à accélérer la résolution de la crise climatique.
La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Elle pourrait constituer une solution essentielle. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».
Nos partenaires de projet
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Le défi de la croissance : une série de baladodiffusions Innovateurs
Le défi de la croissance est une série spéciale en trois parties de baladodiffusions Innovateurs de RBC qui aborde une question essentielle pour les années 2020 : comment le Canada peut-il aider à nourrir une population en croissance dans le monde, tout en réduisant ses émissions de carbone pour atteindre les objectifs nationaux de zéro émission nette?
Les animateurs d’Innovateurs, John Stackhouse et Trinh Theresa Do, sont allés voir des fermes et des installations de production aux quatre coins du pays, et se sont entretenus avec un éventail d’experts travaillant en amont et en aval de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, notamment des agriculteurs, des chercheurs, des scientifiques et des restaurateurs.
Nous vous emmènerons du champ à l’usine de traitement et jusqu’à la table pour découvrir la façon dont nous pouvons tirer parti des nouvelles technologies et des nouveaux processus pour améliorer l’efficacité, réduire les émissions et diminuer le gaspillage alimentaire. La résolution de ce problème pourrait être le projet pilote du Canada et un moment déterminant pour notre pays.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Le décor de la 27e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques avait de quoi surprendre.
Construite par les Israéliens dans les années 1970, à l’époque de l’occupation de la péninsule du Sinaï, la station balnéaire de Sharm El-Sheik est particulièrement prisée des touristes européens et arabes en quête de divertissements. Imaginez un semblant d’amphithéâtre romain, un parc d’attractions hollywoodien et des autoroutes à 10 voies qui sillonnent le désert. C’est là que 30 000 acteurs, défenseurs et militants du climat se sont entassés dans le Palais international des congrès Tonino Lamborghini, prêts à s’attaquer, et cela sans un soupçon d’ironie, à l’avenir de notre société de consommation.
Dès le départ, la COP27 s’annonçait comme une sorte de Truman Show des conférences sur le climat – une bulle ostentatoire, un récit en contradiction avec la réalité extérieure. Au centre de cette bulle, dans une « zone bleue » abritant des hangars d’inspiration militaire, les touristes du climat n’ont ménagé aucun effort pour attirer l’attention et présenter au monde leurs bonnes intentions. En fait, les enjeux de fond étaient trop importants. Et les perspectives de réussite, très incertaines.
En cette année de perturbations économiques, il s’agissait essentiellement de concilier les tensions croissantes entre la sécurité énergétique, la sécurité climatique et la sécurité économique. Voici quelques-unes de mes conclusions sur les réussites et les échecs.
1. La « COP de la mise en oeuvre » a besoin de renforts
La COP26 de Glasgow s’était distinguée par un projet ambitieux : les pays s’engageaient à réduire davantage leurs émissions d’ici 2030 pour assurer le respect des accords de Paris. Sharm El-Sheikh devait donc se consacrer aux plans de mise en oeuvre et à la concrétisation des engagements. Cinq dirigeants du G7 étaient présents : Emmanuel Macron (France), Olaf Scholz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), Rishi Sunak (Grande-Bretagne) et Joe Biden (États-Unis).
Tous ont dû remarquer le panneau « Agissons » à l’entrée de la salle principale. L’Union européenne a rehaussé ses objectifs, ce qui est remarquable compte tenu de l’actuelle crise de l’énergie. L’Indonésie a emboîté le pas. Le Canada a souligné l’importance de ses mesures climatiques, depuis les projets de capture du carbone en Alberta jusqu’aux aciéries vertes en Ontario et aux usines de méthane de fumier au Québec.
Dans son discours d’ouverture, le président Biden a reconduit sa promesse de réduire, d’ici 2030, les émissions des États-Unis de 50 % par rapport aux niveaux de 2005, un élément clé de sa politique. Les entreprises ont elles aussi rehaussé leur engagement ; depuis 2019, le nombre de sociétés visant des objectifs fondés sur la science du climat a été multiplié par dix. Malgré tout, ces acteurs restent encore minoritaires. Sur 196 pays, seuls 29 sont venus en Égypte avec des plans d’intervention mis à jour.
2. La cible de 1,5 ne survivra peut-être pas longtemps
L’une des réalisations marquantes de Glasgow, l’objectif de 1,5 degré Celsius, a fixé le seuil qui doit être respecté par tous les acteurs pour limiter le réchauffement climatique, sans quoi les conséquences catastrophiques iront en s’accélérant. « Maintenir 1,5 en vie », tel était le mantra de Glasgow, car selon les spécialistes du climat de l’ONU, au-delà de cette limite, nous pouvons dire adieu aux récifs coralliens comme ceux qui jouxtent la plage de Sharm El-Sheik. Pour contenir les hausses de température, le monde doit réduire les émissions de GES d’environ 50 % au cours de la décennie.
Or, les émissions ont augmenté de 1 % l’an dernier (encore plus aux États-Unis) et sont en voie d’augmenter de 10 % pendant les dix prochaines années.
Dans la déclaration, on a maintenu l’objectif symbolique de 1,5 degré, mais en coulisses, le doute règne et on se demande si le monde ne devrait pas viser une cible plus réaliste, par exemple un niveau « largement inférieur à 2,0 degrés ».
3. Le charbon n’est pas mort
Glasgow a sonné le glas du charbon. Qu’il s’en passe des choses dans une année ! L’Allemagne consomme plus de charbon. La Chine et l’Inde aussi. Mais ce n’est pas inévitable.
Si la COP27 peut prétendre à un succès significatif, c’est grâce à la naissance du partenariat JET, curieusement nommé, qui désigne une « transition énergétique juste ». Ce partenariat entre les pays riches et les institutions financières est conçu pour aider les pays en développement à abandonner le charbon. Le partenariat JET a trouvé son premier partenaire en Afrique du Sud et, à la COP27, il a vite recruté l’Indonésie. Il s’agit d’aider le pays à atteindre son pic d’émissions liées au secteur de l’énergie d’ici 2030, pour atteindre la carboneutralité en 2050. Le Vietnam suivra peut-être bientôt.
Les coûts de l’opération sont énormes et risquent d’accabler les pays les plus pauvres sous une dette accrue ; sans compter leur passage probable du charbon au gaz naturel, un autre facteur de réchauffement.
Cet effort masque aussi les éléphants dans la pièce. La Chine consomme 50 % du charbon thermique mondial et l’Inde avoisine les 20 %. Ni l’une ni l’autre ne s’éloigne du charbon pour le moment.
En fait, l’Inde a influé sur les débats de la COP avec une solution dérangeante : elle se dit prête à quitter le charbon quand le reste du monde renoncera au pétrole et au gaz. Elle n’a pas trouvé beaucoup de preneurs. Les pays africains ont préconisé avec beaucoup d’ardeur un rôle accru du gaz, qu’ils considèrent comme une source d’énergie essentielle pour s’éloigner du charbon et du bois.
4. Une COP pour le pétrole ?
Sharm El-Sheikh s’est avéré être un sommet bénéfique pour l’industrie pétrolière. Il suffit de regarder dehors pendant le trajet en voiture depuis l’aéroport. Le long d’une route à 10 voies, financée par les Saoudiens et nommée d’après le roi Salman, les participants de la COP ont droit à une nouvelle manifestation de l’audace saoudienne.
Avec ses deux coupoles illuminées en vert, le Saudi Innovation Park, bâti sur une parcelle de désert à côté du centre de conférence, annonce clairement le désir d’affirmation du monde pétrolier, dirigé par l’OPEP.
Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a ouvert la COP avec une métaphore inquiétante – « en route vers l’enfer climatique, le pied sur l’accélérateur » –. Il visait juste, mais son plan de communication devait vite s’essoufler. Les Saoudiens, qui partagent la mer Rouge avec l’Égypte, ont promis d’augmenter les niveaux actuels d’extraction et de produire du pétrole au-delà de 2100 . Les Émirats arabes unis, qui accueilleront la COP28 à Dubaï, ont décrit la région comme une contrée de « superhéros ».
Les Arabes soutiennent qu’ils développeront des technologies de captage et stockage de carbone (CSC) qui annuleront leurs émissions nettes. En effet, les Saoudiens prévoient ouvrir la plus grande installation de CSC au monde d’ici 2027 . Les écologistes se sont battus pour dévaloriser les technologies dites « de réduction de la pollution », pour éviter qu’elles n’accentuent la production de combustibles fossiles. Je prévois qu’un débat sur le thème « réduction contre rabaissement »définira les couleurs de la COP de Dubaï.
5. Perte pour les pays en développement et dommages pour l’ONU
En accueillant la COP27, l’Égypte voulait surtout gagner un appui mondial au concept des « pertes et dommages » – une formule simple qui consiste à subventionner les pays les plus touchés par les changements climatiques, ceux qui, justement, sont le moins en mesure de payer la facture.
Le Pakistan a été le porte-parole de la campagne égyptienne : Ce pays d’Asie du Sud, doté d’une diplomatie experte, a mobilisé toute sa présence à la COP en faveur d’un mécanisme de compensation, au moins partielle. Cette année, le pays a subi des dommages estimés à 30 milliards USD à la suite d’inondations causées par le réchauffement de la planète et la fonte des neiges.
Après des négociations acharnées, environ 200 pays ont convenu de créer un fonds de couverture « pertes et dommages » pour les nations souffrant du changement climatique.
6. L’Amérique est de retour sans la Chine
Une caractéristique importante s’est dégagée de la COP27 : Les ambitions climatiques des États-Unis. Revigoré par les élections de mi-mandat qui ont reconduit le Parti Démocrate à la tête du Sénat, Joe Biden a fait escale à Sharm El-Sheikh alors qu’il se rendait au Sommet du G20 à Bali, en Indonésie. Il avait décidé d’annoncer sa loi sur la réduction de l’inflation et les 370 milliards USD qui seront consacrés au climat.
Son administration se concentre sur cinq technologies clés : batteries, systèmes de chauffage et de refroidissement, réseaux électriques, carburant d’aviation et décarbonisation des industries chimiques, sidérurgiques et cimentaires. Il est clair que les États-Unis utiliseront plus souvent la carotte que le bâton pour réduire leurs émissions de 50 %, notamment s’ils comptent s’affirmer comme une superpuissance des technologies propres.
Il y a quelques années, la Chine convoitait le titre. Aujourd’hui, le régime Xi se trouve dans une relation hostile avec Washington, avec une démographie vieillissante et des fermetures de bureaux liées à la COVID-19. La Chine n’a pas abandonné ses éco-ambitions, car elle reste dominante sur les secteurs de l’éolien et du solaire, tout comme dans l’industrie des véhicules électriques. Mais Pékin n’est plus la championne qu’elle a été pendant le mandat du président Donald Trump, et elle n’est pas non plus à la tête d’un bloc de nations. Le reste du monde devra peut-être compter sur les États-Unis, plus que jamais. Pour le meilleur et pour le pire.
7. Où sont les fonds ?
On ne voit pas beaucoup d’économistes dans les COP, ce qui est particulièrement dommage quand on sait que l’économie conduit à des décisions au niveau politique. Et c’est encore plus vrai quand les budgets rétrécissent. La forte augmentation des taux d’intérêt cette année pose un fardeau discret sur les politiques climatiques, en particulier dans les pays en développement.
Mark Carney, l’ancien dirigeant de notre banque centrale, a de quoi se réjouir, puisqu’il a contribué au lancement de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero à la COP26. L’alliance de M. Carney regroupe maintenant 550 établissements financiers qui gèrent des billions de dollars en actifs dans 50 pays. Il s’agit d’un vaste projet de mobilisation de capitaux pour l’objectif « zéro émission nette », mais qui s’est attiré des critiques de partout.
À la COP27, on a reproché à M. Carney d’avoir trop trop promis et trop peu donné ; dans la plupart des pays en développement, les fonds ne sont jamais arrivés. Cette question a même inspiré un mème COP : « #WTF », qui signifie « Où sont les fonds ?» (Where is The Financing?) Le manque de projets d’envergure serait à blâmer.
À la COP, l’Égypte a essayé d’aplanir cette difficulté en annonçant un énorme projet d’énergies renouvelables. M. Carney croit que le monde a besoin de 1 billion USD par an en projets de ce genre pour quadrupler le ratio des énergies renouvelables par rapport aux ressources non renouvelables. Les capitaux sont là. Toutefois, la campagne agressive de la Réserve fédérale des États-Unis face à l’inflation pose un défi, car elle a fait grimper les taux d’intérêt américains et attiré beaucoup de capitaux vers les États-Unis.
8. L’Agriculture, nouvelle championne du climat
Croyez-le ou non, c’était la première COP qui plaçait l’agriculture à l’avant-scène. Plutôt étonnant, quand on se rend compte que le système d’approvisionnement alimentaire représente environ un quart des émissions mondiales.
L’ONU et plusieurs de ses membres ont cessé les hostilités envers l’agriculture, car ils ne veulent pas s’aliéner ce secteur, placé au coeur de l’évolution mondiale. De plus en plus, on considère l’agriculture comme une solution climatique – peut-être même comme un bénéfice net pour le monde, si les agriculteurs peuvent transformer leur sol en puits de carbone rentables. Animée par ce nouveau sentiment d’innovation, la conférence a consacré une journée à la question agricole, et les pavillons de la « zone bleue » ont présenté des produits de tous les continents.
Les pratiques durables en matière d’engraissement des sols et l’utilisation de fertilisants à faible émission joueront un rôle essentiel. De même, il y aura de nouvelles technologies comme les digesteurs anaérobies qui convertiront les émissions d’origine animale en énergie. La Chine, responsable de 20 % du méthane mondial, doit être un chef de file dans ce domaine.
Mais la solution la plus radicale pourrait venir de l’agriculture régénérative – un ensemble de pratiques comme la culture de couverture et les semis directs qui assurent la capture et la séquestration des gaz à effet de serre. Les États-Unis ont pris les devants en créant des marchés volontaires qui permettront à des entreprises et à des investisseurs d’octroyer aux agriculteurs des crédits carbone pour l’exploitation de leurs sols. D’autres pays sont plus prudents, sachant que la science des sols n’est pas assez avancée pour déterminer les quantités capturées ou stockées.
9. Atmosphère, atmosphère. L’océan est en détresse. Les forêts tropicales aussi.
Pour la première fois, une COP se penchait sur l’état des océans. Une démarche appropriée, car Sharm El-Sheikh n’est pas seulement une ville du désert ;elle abrite quelques-uns des plus beaux récifs coralliens de la mer Rouge, qui risquent l’extinction en l’absence de mesures plus concrètes.
J’ai assisté à une séance qui réunissait le Prince Albert de Monaco, Sylvia Earle, grande défenseure des océans, et Johan Rockström, une éminente climatologue de l’Institut Potsdam pour la recherche sur le climat. M. Rockström a expliqué les conséquences de la hausse des températures sur le monde et les océans.
L’Arctique affiche déjà une hausse de 2 degrés qui entraîne la disparition des plateformes de glace dans la mer. Cela perturbe la circulation de l’air, provoquant des vagues de chaleur comme celle qui a accablé l’Ouest du Canada en 2021.
Les océans absorbent environ 93 % de cette chaleur excédentaire par un transfert massif d’énergie qui altère les organismes vivant sous la surface. La température mondiale des océans a atteint un sommet record en 2021. Une tempête se prépare. Depuis des siècles, les scientifiques étudient ce genre d’interaction entre les océans, les terres émergées et l’atmosphère, mais le sujet a été un peu délaissé ces dernières années. Or, aujourd’hui, la biodiversité et le climat sont de nouveau perçus comme les deux faces d’une même médaille.
Les participants de la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, qui se tiendra à Montréal en décembre, se pencheront très attentivement sur la question. Dans les derniers jours de la COP27, le nouveau président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, en a fait une priorité. Lula, comme on l’appelle partout, a été applaudi plus chaleureusement que le président Biden lorsqu’il s’est engagé à reprendre la lutte pour protéger l’Amazonie. La tâche ne sera pas facile, alors que la planète se soucie plus de la croissance économique que de la croissance du vivant. Mais le message de Lula sur la biodiversité était clair : « Sans la protection de l’Amazonie, il ne peut y avoir de sécurité climatique dans le monde. »
10. À qui appartient la COP ?
Pour la première fois à une COP, le Canada s’est présenté avec un pavillon, comme d’autres pays. La technologie n’y était pas à l’honneur comme dans le pavillon voisin de l’Inde ; on n’y imitait pas l’audace des États-Unis. Mais, fidèle à sa tradition, le Canada s’est distingué par son caractère inclusif. Avec son design qui rappelait un peu une beignerie haut de gamme (on y servait même du café gratuit), ce pavillon a accueilli une variété d’opinions et d’expériences que je n’ai vue nulle part ailleurs.
Militants, leaders autochtones, chefs d’entreprise, maires, entrepreneurs, investisseurs : le Canada était représenté en entier. Et c’est là un défi constant pour les futures COP. L’Égypte s’est conformée aux lois strictes et aux normes de sécurité qui empêchaient toute manifestation sérieuse de protestation. Même Greta Thunberg, la jeune militante écologiste, a jugé qu’il n’était pas nécessaire de faire acte de présence. De l’autre côté d’un important passage routier, une zone verte était aménagée à l’intention des groupes communautaires et des militants. Les débats y étaient plus pertinents et réjouissants que dans les salles de conférence. Mais le sentiment d’urgence manquait là aussi.
La COP a permis d’entendre une diversité de voix qui s’est accrue au fil des ans. Seuls les délégués les plus arrogants ou les plus naïfs croient posséder une réponse définitive au défi climatique ; ils sont aussi les seuls à faire fi des divergences d’opinions.
Maintenant que Sharm El-Sheikh s’ajoute à la longue liste des pays ayant accueilli une COP, et que tous les regards se tournent vers Dubaï, il faudra développer plus que jamais cet esprit de saine curiosité. Il pourrait s’agir de la meilleure contribution du Canada à la COP28 et aux futures conférences.
John Stackhouse est un auteur à succès et un porte-parole de premier plan en matière d’innovation et de perturbations économiques au Canada. À titre de premier vice-président, Bureau du chef de la direction, il dirige la recherche et exerce un leadership avisé concernant les changements économiques, technologiques et sociaux. Auparavant, il a été rédacteur en chef du Globe and Mail et éditeur du cahier « Report on Business. » Il est agrégé supérieur de l’institut C.D. Howe et de la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l’Université de Toronto, en plus de siéger aux conseils d’administration de l’Université Queen’s, de la Fondation Aga Khan Canada et de la Literary Review of Canada.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
La nourriture est de nouveau à l’avant-plan
La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. La nourriture redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.
Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait jouer un rôle majeur dans cette révolution. De fait, nous en avons l’obligation.
D’ici 2050, le Canada doit augmenter sa production alimentaire d’un quart juste pour maintenir sa contribution alors que la population mondiale augmente. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et au-delà, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.
L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et Arrell Food Institute de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est de faire prendre conscience de l’urgence des besoins auprès des Canadiens, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.
Ce rapport expose la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :
utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
investir dans les agriculteurs en vue de développer de nouveaux incitatives économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
et déclamer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à évoluer plus rapidement vers un monde qui a résolu la crise climatique.
La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Mais nos pratiques pourraient être une solution. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».
John Stackhouse,
premier vice-président, Services économiques et Leadership avisé
Keith Halliday,
directeur, BCG Le Centre pour L’avenir du Canada
Evan Fraser,
directeur, Arrell Food Institute à l’Université de Guelph
Principales constatations
Les systèmes agricoles et alimentaires du Canada produisent 93 mégatonnes, soit un peu plus de 10 % de nos émissions nationales de gaz à effet de serre chaque année.1
Si les agriculteurs canadiens continuaient de travailler comme ils le font actuellement, à part de marché égale, ces émissions atteindraient 137 mégatonnes compte tenu de la croissance démographique de 26 % attendue dans le monde d’ici 2050.2
Les principales technologies et approches permettant de réduire les émissions comprennent le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, les additifs pour l’alimentation animale, les systèmes de digestion anaérobie et la technologie de précision.
Il sera également crucial d’adopter des solutions fondées sur la nature en vue de séquestrer le carbone. Le carbone du sol pourrait constituer l’un de nos outils les plus puissants, augmentant la quantité de carbone stockée dans le sol jusqu’à 35 mégatonnes.
Le Canada pourrait réduire de 40 % ces émissions potentielles avant 2050, à condition d’adopter de nouvelles solutions technologiques et de gestion conjuguées à des financements et des politiques en faveur des agriculteurs.
De nouveaux modèles sont nécessaires pour récompenser l’adoption de ces solutions, les mettre en œuvre à grande échelle et réduire les incertitudes et les risques pour les agriculteurs.
L’une des solutions serait de mettre en place une norme canadienne visant à mesurer l’impact des activités destinées à réduire les émissions. Une telle mesure constituerait un outil essentiel pour rémunérer les agriculteurs, en plus d’aider les décideurs politiques et les institutions financières à soutenir les pratiques favorables à l’environnement.
Pour accroître notre production tout en réduisant les émissions, nous devrons déployer un effort d’envergure nationale, en fonction du contexte de chaque région, en nous appuyant sur la technologie, la finance, les compétences et les politiques publiques.
Mener une révolution agricole à faible émission de carbone
Le secteur agricole canadien se trouve à un tournant décisif de son histoire.
La demande alimentaire mondiale devrait s’intensifier à mesure que la population augmentera à 9,7 milliards de personnes d’ici 2050, ce qui représente un bond de 26 %.3 Dans le même temps, les changements climatiques perturbent les chaînes logistiques et la productivité de nombreux grands producteurs agricoles. Et le bouleversement géopolitique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé les systèmes alimentaires mondiaux.
La tâche de nourrir la planète a rarement été aussi décourageante. Le Canada pourrait prendre la tête de l’effort déployé dans le monde pour relever ce défi.
Nos agriculteurs figurent déjà parmi les plus productifs de la planète, avec 75 milliards de dollars de denrées alimentaires fournies aux marchés internationaux chaque année. Le Canada est l’un des principaux fournisseurs de cultures essentielles comme le blé et le canola, et un chef de file mondial dans l’exportation de bœuf. Nous disposons de vastes stocks de terres arables et d’eau douce, d’un environnement réglementaire relativement stable et d’un statut international en tant que fournisseur d’aliments sûrs et de qualité élevée.
Mais notre réussite a un coût. Chaque acre de nourriture cultivé et chaque animal élevé accroît une empreinte carbone qui est déjà trop élevée, et que nous nous sommes engagés à réduire. Cultiver selon les mêmes méthodes un nombre d’acres beaucoup plus élevé ne fera qu’aggraver le problème, étant donné que la perturbation du sol libère du carbone dans l’atmosphère.
Dans le même temps, les changements climatiques nuisent à la production dans de nombreuses régions du monde, y compris au Canada. Néanmoins, à moyen terme, ces facteurs pourraient permettre au Canada de produire plus de nourriture. Cela nous donne à la fois la responsabilité de soulager la crise alimentaire mondiale et l’occasion d’accroître notre présence sur les marchés internationaux.
Pour ce faire, nous devrons déployer nos efforts en direction d’un nouvel objectif : produire beaucoup plus de nourriture – tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.
Dans le présent rapport, nous avons défini quatre domaines d’actions qui pourraient nous placer sur la bonne voie. Les domaines en question comprennent les technologies destinées à réduire les émissions issues des engrais, de la digestion des animaux d’élevage et des fumiers, ainsi que les techniques agricoles permettant de stocker le carbone dans le sol. En s’appuyant sur ses propres forces, le Canada pourrait s’imposer comme un chef de file dans le développement des technologies et des sciences végétales qui fomenteront la prochaine révolution verte du secteur agricole.
Les agriculteurs seront en première ligne dans cette transition. Mais ils ne peuvent pas y arriver seuls. En raison du large éventail d’activités dans l’agriculture canadienne, de la diversité des régions dans lesquelles elles sont menées et de la répartition inégale des émissions entre ces régions, une stratégie nationale est nécessaire. Pour y parvenir, nous devrons nous appuyer sur les partenariats intersectoriels, la recherche et l’innovation, la mise en place de politiques et l’investissement privé. Nous devrons amplifier les ports et les voies ferroviaires qui transportent nos marchandises sur le marché. Et nous devrons penser au-delà de nos propres frontières, en déployant tout d’abord nos efforts auprès de nos partenaires commerciaux afin de dynamiser la manière d’aborder les évaluations, les labels et autres mécanismes.
Par le passé, le Canada a déjà mis en place ce type de stratégie nationale en faveur des agriculteurs, non seulement en stimulant les avancées technologiques, mais aussi en adoptant des politiques en matière d’immigration, d’infrastructure et de commerce international, avec un résultat très bénéfique.
En adoptant dès maintenant le même esprit de collaboration, l’agriculture canadienne peut être un chef de file mondial dans la lutte contre les changements climatiques.
Les émissions agricoles sont analysées de diverses façons et nous avons eu recours à différents rapports pour évaluer la question sous plusieurs angles. Selon le Rapport d’inventaire national (RIN) du Canada pour 2019, les émissions agricoles se chiffreraient à 73 mégatonnes. D’après notre analyse complète incluant les engrais, le transport, la transformation, la vente au détail, la consommation et l’élimination, les émissions atteindraient 136 mégatonnes. Cette analyse se base sur le rapport RIN du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’Environnement Canada. Des émissions de périmètre 1 à 3 ont été attribuées à l’étape opérationnelle de la chaîne de valeur afin d’éviter que les données soient comptées en double. Les émissions de périmètre 3 de faible ampleur et difficiles à faire diminuer, comme les émissions résultant de la fabrication d’immobilisations utilisées dans le secteur agricole, n’ont pas été prises en compte. Il est également possible d’ajuster ce chiffre pour tenir compte de l’exportation et de l’importation des aliments. En ce qui concerne les émissions agricoles liées aux importations, nous avons attribué des facteurs d’émission par unité importée aux principales marchandises importées en nous fondant sur les bases de données de CONCITO et celles des émissions des partenaires commerciaux. Aux fins du présent document, à moins d’indications contraires, les émissions agricoles s’entendent de la production et de l’utilisation d’engrais, de la fermentation entérique et de la gestion du fumier, de l’utilisation de carburant en milieu agricole, des résidus de cultures, du changement d’affectation des terres et d’autres émissions, le niveau de référence étant de 93 mégatonnes. Nous estimons que la séquestration du carbone dans les sols est une technologie à émissions négatives du secteur agricole. Les estimations ayant trait aux leviers de réduction potentielle des émissions tiennent compte de la préparation technologique, économique et opérationnelle aux coûts actuels. Ces estimations ont été établies en fonction de données tirées de recherches, d’entrevues avec des experts et de tests réels fondés sur des avis d’experts. Les répercussions futures des leviers sont très incertaines en raison de la nature précoce de la technologie et des éléments inconnus entourant la portée de la mise en œuvre. Nous tenons donc compte dans notre analyse des limites de faisabilité et de mise en œuvre, et non de la portée théorique des éventuelles réductions d’émissions.
Nous avons effectué une analyse préliminaire de la compétitivité de l’empreinte carbone des principales cultures du Canada. Cette analyse découle d’une synthèse de résultats de plusieurs études utilisant diverses méthodologies. Les premiers résultats ont démontré que l’agriculture canadienne présente une empreinte carbone concurrentielle par rapport à ses principaux concurrents à l’exportation ; d’autres études de recherche et rapports plus approfondis sur l’intensité des émissions de carbone seront déterminants pour notre analyse.
Défi mondial :
La culture des aliments transformée par les changements
Les changements climatiques redessinent la carte de la production alimentaire mondiale. L’augmentation mondiale des températures amorcée vers la fin du 20e siècle a ralenti les gains de productivité liés à l’adoption généralisée des engrais chimiques, aux variétés de semences plus productives et aux technologies de plus en plus sophistiquées.
Depuis 1961, les changements climatiques causés par les actions humaines ont freiné de 21 % la croissance de la productivité agricole mondiale.4L’histoire est encore plus funeste dans les régions chaudes comme l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes, où la croissance de la productivité s’est avérée inférieure de 26 % à 34 % au niveau qu’elle aurait atteint en l’absence de changements climatiques. Pour de nombreux pays tropicaux, l’agriculture est vouée à se compliquer encore plus : pour chaque degré d’augmentation des températures mondiales, le rendement du maïs chutera de 7,4 % et celui du riz de 3,2 %.
Le Canada n’échappera pas aux ravages des changements climatiques – la canicule, la sécheresse et les tempêtes extrêmes ont déjà frappé la production en 2021–mais les répercussions seront différentes. D’ici 2050, les rendements de certaines régions du Canada pourraient s’améliorer de 50 % (du fait que le réchauffement allongera les saisons des cultures), alors qu’ils déclineront de 20 % à 50 % dans plusieurs parties de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.5
Et tandis que les pôles se réchauffent, environ 1,85 million de kilomètres carrés de terres du Nord canadien pourraient devenir propices aux cultures de produits de base d’ici 2080.6 Étant donné que le Canada perd près de 60 000 acres de terres agricoles de grande qualité au profit de l’expansion urbaine chaque année, il pourrait être tentant de les cultiver ou de les développer.7 Cependant, les conséquences d’un déplacement de l’agriculture vers le nord seraient catastrophiques : près de 15 gigatonnes de carbone seraient libérées si les forêts et les zones humides étaient défrichées et labourées.
Pour nourrir le monde, le Canada devra cultiver davantage de denrées alimentaires sans trop augmenter sa superficie de terres agricoles.
La réduction des émissions est essentielle au maintien de notre puissance agricole mondiale
Le Canada est déjà une superpuissance agricole. Les Prairies produisent suffisamment de blé pour nous classer parmi les trois principaux pays exportateurs. Et elles produisent assez de canola pour dominer les marchés mondiaux. Les mines de la Saskatchewan produisent et expédient plus d’engrais potassique que tout autre pays, à savoir un milliard de tonnes par an. Nous sommes parmi les plus grands exportateurs de bœuf au monde et l’un des principaux exportateurs de lentilles.
En tant que cinquième source d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur agricole canadien ajoute aussi à l’empreinte carbone du pays.
Le Canada est un important exportateur de produits agricoles clés
Pour déchainer la croissance il faut surmonter des défis uniques
Malgré sa toute-puissance actuelle, le secteur agricole canadien a encore un fort potentiel à exploiter. En 2017, le Conseil consultatif en matière de croissance économique estimait que le Canada pourrait cibler une part de marché mondiale de 8 % des produits agricoles d’ici 2027 (en hausse par rapport à 5,7 % en 2015), ce qui ferait de nous le deuxième exportateur mondial après les États-Unis.8 En tant que l’un des rares pays ayant la capacité d’accroître ses exportations agricoles (en tenant compte des bouleversements climatiques), cet objectif semble de plus en plus à notre portée. En effet, à mesure que de nouveaux marchés et de nouvelles relations commerciales se développeront en réponse aux turbulences géopolitiques et aux changements climatiques, de nouvelles portes s’ouvriront aux grands producteurs. L’Espagne a récemment fait pression sur la Commission européenne pour qu’elle supprime les contrôles à l’importation au regard des aliments pour animaux en provenance de pays tiers, alors que le pays s’efforce de combler la perte de l’Ukraine en tant que principal fournisseur.9 En raison des mêmes pénuries et du désir de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis, la Chine cherche à accélérer ses importations de maïs brésilien.10
« Seules quelques régions fournissent des céréales au monde, et lorsque vous avez un problème dans l’une d’entre elles, cette perte doit être compensée. Le Canada fait partie du petit groupe de pays disposant d’une importante capacité de production et d’un excédent exportable. Nous aurons toutes sortes d’occasions. »
Al Mussell, directeur de recherche, Institut canadien des politiques agroalimentaires
Toutefois, si les occasions liées à la transformation verte de l’agriculture sont nombreuses, les défis à relever le sont également. Pour commencer, la nourriture occupe une place unique dans notre vie quotidienne. En plus de nous maintenir en vie, la nourriture joue un rôle central dans nos célébrations, nos rituels quotidiens et nos communautés. Par conséquent, les changements dans sa disponibilité et ses prix sont beaucoup plus visibles, et ils sont directement ressentis par les consommateurs. Cela rend le changement délicat à mettre en place sur le plan politique.
Et bien que l’agriculture partage bon nombre de défis avec les secteurs à fortes émissions engagés dans le commerce international, l’économie agricole rend plus difficile le cheminement de ce secteur vers la réduction des émissions. Les coûts des intrants sont imprévisibles. Les dépenses en engrais, par exemple, se sont hissées de 31,8 % en 2021, tandis que le coût des aliments pour les animaux d’élevage a gagné 23 %.11 Les prix des marchandises agricoles, qui constituent la majeure partie des revenus de l’agriculture, font partie des plus volatils parmi les secteurs engagés dans le commerce international. Et la capacité d’absorber ces fluctuations varie grandement d’un type d’exploitation à l’autre. Les marges bénéficiaires sont ainsi plus élevées pour les producteurs laitiers et avicoles pratiquant la gestion de l’offre, et plus faibles pour les éleveurs de bovins et de porcs sensibles aux brusques mouvements du marché.
Les phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et fréquents posent de nouveaux défis au secteur agricole, particulièrement tributaire des conditions climatiques. Face à ces pressions, de nombreux agriculteurs sont réticents à adopter de nouvelles pratiques qui ajouteraient de l’incertitude à leurs activités.12
Les secteurs des produits laitiers, des céréales et des oléagineux sont les plus rentables
Revenu net agricole moyen 2009-2019, % des revenus
Au-delà de l’exploitation agricole en elle-même, l’ampleur de la chaîne logistique crée des obstacles supplémentaires. En effet, le secteur agricole canadien est très fragmenté, soumis à la fois aux aléas mondiaux et régionaux et régi par un entrelacs de stratégies provinciales et nationales. Une grande partie du secteur est aussi tributaire d’un réseau d’infrastructures ferroviaires et portuaires qui connaît de plus en plus de difficultés, notamment des pénuries de main-d’œuvre et des perturbations dues aux phénomènes météorologiques extrêmes. « Nous sommes dans la position privilégiée d’avoir toute cette offre que le monde demande, il la veut pour tout de suite », a déclaré Jean-Marc Ruest, premier vice-président, Affaires commerciales et avocat général de Richardson International, le premier exportateur de céréales au Canada. « Mais nous avons beaucoup de mal à faire sortir les céréales du Canada. Il est grand temps d’investir dans notre infrastructure commerciale. »
Le groupe de travail national sur la chaîne d’approvisionnement a recommandé un effort d’envergure nationale réunissant les chefs de file du gouvernement et de l’industrie afin de renforcer notre réseau de transport face à l’évolution des modèles d’affaires, aux bouleversements climatiques et aux risques géopolitiques.13 Une stratégie similaire devrait être mise en œuvre pour relever le défi de la réduction des émissions de carbone dans la chaîne logistique agricole.
Nous pouvons commencer par nous pencher sur trois principales sources de gaz à effet de serre dans le secteur : les engrais, la digestion du bétail et le fumier. Dans la prochaine section, nous examinerons les outils qui peuvent aider à réduire ces émissions, notamment les systèmes de digestion anaérobie, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) et les additifs pour l’alimentation animale – ainsi que les défis à relever pour utiliser ces outils. Nous examinerons également le potentiel de « l’agriculture régénératrice », qui vise à stocker le carbone dans le sol. Cette approche englobe un ensemble de pratiques agricoles durables, parmi lesquelles la réduction du travail des sols et les cultures de couverture qui peuvent également rendre notre terre plus résiliente face aux effets du changement climatique.
Enfin, nous examinerons comment nos atouts actuels peuvent nous aider à diriger la recherche et le développement de nouvelles technologies qui pourraient être essentielles à l’avenir de l’agriculture. Dans leur ensemble, ces politiques peuvent contribuer à jeter les jalons de la révolution verte au Canada.
Quatre éléments clés pour un système agricole et alimentaire à faibles émissions
Défi majeur : La production et l’utilisation des engrais sont responsables de 28 mégatonnes de GES, soit 30 % de nos émissions agricoles totales (11,9 mégatonnes sont issues de leur production, et 16 mégatonnes de leur utilisation). Si nous ne changeons rien : les émissions atteindront 35 mégatonnes en 2050. Ce qui pourrait changer la donne : Utilisation : engrais intelligents, technologie de précision, gérance des nutriments. Production : captage, utilisation et stockage du carbone, intrants énergétiques à faibles émissions de carbone. Le potentiel : Réduire les émissions de 14 mégatonnes avant 2050.
Peu d’endroits bénéficient de l’ampleur et du potentiel de l’agriculture canadienne, comme en témoigne l’exploitation de 3 000 acres de Rob Stone à Davidson, en Saskatchewan. Dans les années 1960, les terres de M. Stone produisaient 20 boisseaux de blé par acre. Aujourd’hui, ces terres génèrent 50 boisseaux de blé par acre, un effet que M. Stone attribue à l’amélioration génétique des semences, à ses propres pratiques agricoles et aux engrais azotés.
Parmi les intrants, les engrais représentent le coût le plus élevé pour les exploitations canadiennes. Comme beaucoup d’autres agriculteurs, M. Stone a pris des initiatives pour les utiliser avec parcimonie. Les engrais sont aussi l’élément qui augmente le plus l’empreinte carbone agricole du Canada, et ils constituent un bon point de départ dans notre parcours vers une agriculture verte.
L’azote nourrit les plantes, qui les absorbent au moyen de leurs racines. Certaines cultures, comme les légumineuses, n’en ont pas besoin, parce qu’elles puisent l’azote dans l’air. Cependant, pour les principales exportations canadiennes comme le blé et le canola, l’engrais azoté est essentiel, et il appliqué dans presque tous les champs où sont cultivées ces céréales. L’engrais azoté libère du dioxyde de carbone durant son processus de fabrication, et il peut dégager de l’oxyde nitreux (puissant gaz à effet de serre qui a un potentiel de réchauffement planétaire de 265 à 298 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone, sur une période de 100 ans) au moment de son épandage dans les champs.14,15
La bonne nouvelle est que nous avons des outils pour réduire son utilisation. Et le Canada a fait des progrès pour adopter certains de ces outils. Le processus commence par une planification minutieuse de la façon dont l’engrais est appliqué dans l’exploitation agricole. Certaines initiatives sectorielles peuvent aider les agriculteurs à élaborer ces plans. Par exemple, le programme canadien « 4R Nutrient Stewardship » recommande d’appliquer le bon type d’engrais, d’utiliser le bon dosage, et de l’appliquer au bon moment et au bon endroit. Selon les études scientifiques d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’adoption généralisée de certaines pratiques du programme 4R, comme l’utilisation d’engrais plus efficaces et l’épandage séparé, pourrait se traduire par d’importantes réductions des émissions.
Des pratiques plus avancées, soutenues par des données et des technologies de précision, pourraient nous mener encore plus loin. Sur sa ferme de Davidson, à mi-chemin entre Saskatoon et Regina, M. Stone analyse ses sols chaque année, surveille ses rendements, et utilise les informations recueillies pour élaborer ses propres plans d’ensemencement et d’application à taux variable d’éléments nutritifs. Ce changement a porté ses fruits : il utilise de 8 à 10 % moins d’engrais à présent. Le semoir pneumatique qu’il utilise lui a aussi permis de semer ses graines sans labourer le sol. Cette technologie permet de rehausser la qualité des sols et la productivité, tout en limitant le besoin de mettre les terres en jachère en alternance.
En revanche, réduire les émissions liées à la production d’engrais exige des solutions d’une envergure industrielle beaucoup plus large. Les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), qui ont fait leur entrée dans le secteur pétrolier et gazier, visent à capter les émissions avant qu’elles ne pénètrent dans l’atmosphère et à les compresser sous une forme liquide qui est ensuite transportée par pipeline jusqu’à une infrastructure de stockage. La société Nutrien, établie à Saskatoon, utilise maintenant un système de ce type pour capter le dioxyde de carbone de son usine de Redwater et l’expédier par le pipeline Alberta Carbon Trunk Line vers le centre de l’Alberta, où sont situées des installations de récupération assistée du pétrole. Une autre technologie à l’étude est le processus d’électrolyse, qui consiste à produire des engrais en utilisant de l’électricité renouvelable pour extraire l’hydrogène de l’eau.
Les défis : De nombreuses exploitations canadiennes sont de petite taille et dégagent de faibles marges, ce qui rend difficile d’absorber le coût de l’analyse des sols et de la technologie agricole de précision. Un récent sondage de RBC mené auprès de 200 agriculteurs canadiens a révélé que les exploitations générant des revenus annuels peu élevés (de 250 000 $ à 999 000 $) étaient moins susceptibles d’utiliser des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. (Toutefois, la quasi-totalité des exploitations agricoles à faible revenu qui n’ont pas encore adopté de pratiques agricoles vertes prévoit de le faire dans un proche avenir.) Seulement 13 % des agriculteurs canadiens utilisent des techniques d’application à taux variable dans leur exploitation.16 Et bien que ce nombre soit en augmentation, moins d’un tiers des agriculteurs analysent leur sol chaque année pour rechercher les nutriments présents – point de départ pour une utilisation plus efficace des engrais.
Le coût et l’incertitude représentent aussi des obstacles du côté de la production. Hormis l’usine de Nutrien à Redwater, très peu de producteurs d’engrais utilisent des systèmes de CUSC. Bien que les coûts varient d’un site de production à l’autre, le coût en capital estimé pour cette technologie peut atteindre 50 millions de dollars par usine, selon sa taille et son emplacement. En outre, de nombreux obstacles se dressent face à l’investissement, parmi lesquels l’incertitude quant aux approbations réglementaires et à la tarification du carbone.17 Les systèmes de CUSC sont également dépendants d’infrastructures qui nécessitent un développement plus poussé, notamment dans le domaine des pipelines de carbone et des centres de stockage.
« Pour l’heure, la technologie la plus rentable et la plus disponible est celle du captage et du stockage du carbone. Mais elle demande des investissements importants. »
Carbone actuellement séquestré dans le sol : 13 mégatonnes. Ce qui pourrait changer la donne : Agroforesterie, biochar, culture intercalaire, sylvopastoralisme, pratiques de conservation sans labour, cultures de couverture, prévention du changement d’affectation des terres. Le potentiel : émissions négatives jusqu’à 35 mégatonnes.
Quand il s’agit de cultiver de la nourriture, le sol est notre ressource la plus précieuse. Environ 95 % des denrées alimentaires mondiales sont cultivées dans la partie supérieure de la couche arable, dont plus de la moitié a disparu au cours des 150 dernières années à cause des pratiques agricoles modernes particulièrement intensives. Si aucun changement n’est apporté, nous continuerons de perdre des sols et les conséquences de cette perte seront de plus en plus graves. Sans une couche arable saine, la terre n’a plus la capacité de faire pousser de la nourriture et d’absorber l’eau, et cela nous rend plus vulnérables aux risques de famine et d’inondation.
Le sol joue un autre rôle vital : il stocke du carbone. De fait, bien que l’agriculture soit à l’origine d’une grande partie de nos émissions, elle détient un énorme pouvoir en tant que « puits de carbone ». Autrement dit, ce secteur retire de l’atmosphère une partie des GES qui contribuent aux changements climatiques. Les pratiques agricoles modernes, comme le labourage, peuvent nuire à cette fonction importante, dans la mesure où elles perturbent le stockage du carbone dans le sol.
Investir dans nos sols est donc un premier pas crucial en direction d’une agriculture plus verte. L’agriculture « régénératrice » aspire à atteindre cet objectif grâce à une approche holistique visant à améliorer la santé des sols, à protéger la biodiversité et à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour les incorporer aux sols. Bien que le terme ait été utilisé pour la première fois dans les années 1980, il est monté en puissance en 2014 à la suite d’un article de l’organisme sans but lucratif Rodale Institute décrivant comment certaines techniques agricoles respectueuses peuvent séquestrer le carbone dans le sol. Depuis, cette tendance alimentaire a pris le devant de la scène aux États-Unis où de plus en plus de produits font référence à l’agriculture régénératrice, et où des sociétés comme General Mills, PepsiCo et Nestlé ont fait part de leur engagement à faire progresser cette technologie sur des millions d’acres de terres agricoles. Au Canada, des sociétés telles que McCain Foods, Maple Leaf Foods, Nutrien et McDonald’s Canada ont lancé des initiatives similaires.
De façon générale, l’agriculture régénératrice englobe un ensemble de pratiques, notamment la réduction ou l’élimination du labour, les cultures de couverture (qui préviennent l’érosion et améliorent la fertilité) et le développement des techniques de pâturage (qui donnent à la terre le temps de se régénérer tout en renforçant la capacité des sols à stocker du carbone).
De nombreux agriculteurs canadiens ont déjà adopté ces pratiques d’agriculture régénératrice. Par exemple, environ 60 % des agriculteurs utilisent des techniques sans labour ou des méthodes de conservation des sols. En Saskatchewan, ce chiffre est encore plus élevé, atteignant 80 %. L’adoption d’autres pratiques pourrait nous mener encore plus loin. Les cultures de couverture ont le potentiel d’atténuer les émissions de 9,6 mégatonnes. Et le biochar, qui consiste à transformer les déchets agricoles en un amendement des sols capable de séquestrer le carbone, pourrait les réduire de 6,8 mégatonnes. Toutefois, les pratiques visant à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne sont qu’une partie de l’équation.
Nous devons surtout éviter la génération d’émissions dans le futur. L’une des solutions est la conservation des prairies, lesquelles séquestrent actuellement une énorme quantité de carbone. Prévenir l’élimination des prairies à des fins d’industrialisation ou d’urbanisation pourrait réduire les émissions de carbone de 12,4 mégatonnes au Canada.
Bon nombre de ces pratiques, à présent regroupées sous la bannière de l’agriculture régénératrice, sont appliquées depuis longtemps par les communautés autochtones. Et les communautés autochtones ont d’importantes connaissances à partager à présent que nous étudions le potentiel de ces techniques.
« C’est ce que nous faisons depuis toujours, et c’est tout le contraire d’une technique primitive. Il s’agit de résilience et d’adaptation. Nous pouvons obtenir beaucoup de la terre, mais à condition d’investir, sans la presser comme un citron jusqu’à la dernière goutte. »
Jennifer Grenz, professeure ajointe, l’Université de la Colombie-Britannique
Les défis : L’adoption de l’agriculture régénératrice se heurte aux préoccupations financières des agriculteurs. Le coût par acre de cette technologie varie d’une pratique à une autre. Et l’investissement initial dans les équipements nécessaires comme les semoirs pneumatiques peut être prohibitif. La plupart des producteurs, en particulier ceux dont les marges financières sont faibles, ont besoin de s’assurer que les rendements couvriront les coûts et les risques associés. Mais selon nos recherches, les avantages de certaines de ces pratiques commencent à compenser les coûts quatre ans seulement après leur adoption. Et la rentabilité n’apparaît qu’à la sixième année. Les marchés destinés à rémunérer les agriculteurs pour leur travail de stockage du carbone dans le sol, de même que les méthodes de mesure correspondantes, se trouvent toujours en phase expérimentale, et ils ne permettent pas de compenser financièrement l’investissement de départ.
L’incertitude représente un autre obstacle de taille. L’agriculture régénératrice ne répond pas à une définition juridique ou réglementaire universelle, et aucune supervision n’a été mise en place dans ce domaine. Ce vide juridique l’expose à une utilisation à mauvais escient ou à des affirmations exagérées quant à sa puissance pour stocker le carbone, alors que bon nombre de ses avantages font encore l’objet d’un débat scientifique. En l’absence de tests ou de certifications venant conforter les affirmations en question, les agriculteurs (et les consommateurs) sont livrés à eux-mêmes pour évaluer la crédibilité des méthodes concernées.
Le piégeage du carbone dans les sols est essentiel à la réduction des émissions
Millions de tonnes d’équivalent CO2
Le choix des consommateurs serait plus facile si le terme avait une définition officielle, conjuguée à un système de mesure, de notification et de vérification (MNV) du carbone stocké dans le sol grâce à l’agriculture régénératrice (et aux services écosystémiques fournis par les sols). Un système de MNV aiderait également à établir des prix au regard des pratiques, et à créer un marché pour l’achat et la vente des crédits de carbone. Plusieurs projets pilotes ont été lancés dans l’idée de créer des « fermes de carbone » et des systèmes précis de mesure, de notification et de vérification du stockage de carbone. D’autres projets mettent en application des modèles mathématiques avancés afin d’évaluer la façon dont différentes stratégies de gestion agricole peuvent séquestrer le carbone.
Quel que soit le système mis en place, il faudra tenir compte du fait que les sols présentent une myriade de variations selon les régions du pays, et qu’il existe des limitations liées au type et à la taille des exploitations. La création d’un outil de MNV à l’échelle nationale nécessitera également un système d’analyse des sols beaucoup plus large que celui dont dispose le Canada en ce moment. La technologie sera essentielle pour déployer ces systèmes. Nous devrons notamment perfectionner les capteurs de sols commandés à distance.
Les réponses aux questions se feront attendre, par exemple en ce qui concerne la réglementation des marchés du carbone dans le futur. D’ici là, nous devrons trouver les moyens d’inciter les agriculteurs à utiliser les meilleurs outils dont nous disposons, et à remplacer ces outils par de nouveaux encore plus efficaces au fil de leur apparition.
« Il était devenu impossible de produire sans cultures de couverture. Des tempêtes de folie venaient anéantir nos récoltes. Plus maintenant.»
Gillian Flies, propriétaire, The New Farm
Défi majeur : La digestion des bovins produit 24 mégatonnes d’émissions. Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 30 mégatonnes d’ici 2050. Ce qui pourrait changer la donne : Additifs pour l’alimentation animale, reproduction sélective des bovins aux fins de réduction des GES. Le potentiel : Réduire de 16 mégatonnes les émissions d’ici 2050.
Les rots et les bouses de vache ne sont pas la première chose qui vient à l’esprit lorsque nous pensons aux changements climatiques. Cependant, les vaches laitières et les races à viande constituent les plus grandes sources d’émissions agricoles après l’engrais au Canada. En raison de leur processus digestif appelé « fermentation entérique », les bovins produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement climatique sur 20 ans est 85 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone.18 Le secteur agricole représente 30 % des émissions nationales de méthane au Canada, et 85 % de ces émissions sont directement attribuées au bétail.19
Le paradoxe est que ce même bétail peut jouer un rôle précieux dans la conservation des terres. Le Canada compte environ 35 millions d’acres de prairies indigènes et 9 millions d’acres de prairies ensemencées qui agissent en tant que puits de carbone. En pâturant sur ces terres, le bétail pousse les plantes à s’enraciner plus profondément, ce qui favorise le stockage du carbone dans le sol. Par ailleurs, l’utilisation des terres aux fins de pâturage constitue une barrière contre tout changement d’affectation qui serait nuisible à la biodiversité et au stockage du carbone dans le sol.
Pour ajouter à cette complexité, le bœuf canadien présente l’une des empreintes carbone les plus limitées du monde, avec des émissions de gaz à effet de serre bien inférieures à la moyenne mondiale. Cela fait de nous un fournisseur de bœuf vital pour la planète, à un moment où le monde entier cherche à réduire ses émissions. De même, nos vaches laitières émettent moins de GES par kilogramme de produit fini que la moyenne mondiale. La contribution démesurée du bétail au changement climatique signifie cependant que nous devons aller plus loin. Les chercheurs tentent de mettre au point des techniques d’élevage produisant des bovins moins générateurs de méthane et dont le processus digestif est plus efficace. À plus court terme, la création d’additifs alimentaires destinés à réduire la quantité de méthane produite lors de la digestion des bovins constituerait une percée pour le secteur. L’un de ces additifs, le 3-NOP, est déjà utilisé dans d’autres pays – il n’a pas encore été approuvé au Canada. Des recherches montrent que cet additif pourrait entraîner jusqu’à 45 % de réduction des émissions.20 L’ajout d’algues à l’alimentation des vaches laitières pourrait également réduire les émissions de 82 % et améliorer le rendement du bétail, c’est-à-dire stimuler la croissance des animaux à partir d’une moindre quantité de nourriture.21
Le défi : Les aliments sont les intrants les plus coûteux et les plus critiques dans un élevage de vaches laitières ou de races à viande, et des questions subsistent quant au coût des additifs dans le contexte de la forte demande internationale. Une question plus pratique est de savoir comment administrer les additifs destinés aux races à viande, car ces bovins passent la majeure partie de leur vie à paître dans des champs à l’air libre (où la plupart des émissions sont libérées).
« Les additifs pour l’alimentation animale sont difficiles à vendre. Comme nous avons appris à travailler avec des vétérinaires et des parcs d’engraissement, il n’y a presque pas d’incitation… En fin de compte, nous dépendons d’un facteur inconnu : si oui ou non les produits seront adoptés par l’agriculteur. »
Elena Vinco, chercheuse, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Défi majeur : Les fumiers sont responsables de 8 mégatonnes d’émissions. Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 10 mégatonnes avant 2050. Ce qui pourrait changer la donne : Systèmes de digestion anaérobie. Le potentiel : Réduction des émissions de 4 mégatonnes d’ici 2050.
Bien qu’ils soient moins nocifs que les rots des vaches, les fumiers contribuent largement à faire grimper les émissions. Aujourd’hui, 8 mégatonnes des émissions agricoles totales proviennent des fumiers. Parmi ces émissions, 55 % sont générées par le bétail.
L’entreprise agricole Walker Farms, implantée à Aylmer, au sud-est de London en Ontario, a trouvé une façon de réduire ces émissions tout en rehaussant ses marges. L’exploitation laitière s’est associée à DLS Biogas, une société ontarienne, afin de fabriquer un digesteur anaérobie d’une valeur de 16 millions de dollars. Il s’agit d’une technologie qui transforme le fumier et les déchets organiques en électricité ou en gaz naturel renouvelable (GNR). Les agriculteurs peuvent utiliser cette énergie dans leur propre exploitation, ce qui diminue leurs coûts, ou encore la vendre aux sociétés de services de gaz naturel comme Fortis, en Colombie-Britannique, dans le cadre de contrats à long terme. Fortis achète le gaz et les crédits de carbone associés.
Le digestat, un sous-produit inodore, peut à son tour être utilisé comme engrais. Le Canada compte actuellement 279 projets de biogaz en exploitation. Et comme à peine 13 % de l’énergie produite par le biogaz est exploitée au Canada, il existe un fort potentiel de croissance, en particulier dans le secteur agricole.22
Les défis : Les systèmes de digestion anaérobie gagnent du terrain, notamment en raison des revenus supplémentaires qu’ils apportent aux fermes. Les Walkers prévoient que leur investissement de départ produira un rendement positif dans huit ans.
Toutefois, le coût initial des digesteurs, qui oscille entre 7 millions et 70 millions de dollars, est prohibitif pour les petits exploitants. Les Walkers et la société DLS Biogas ont soumis diverses demandes de subventions (à l’issue de centaines d’heures de travail), mais il n’y a aucune garantie de succès et aucun programme spécialement conçu pour le biogaz.
Et les digesteurs ne sont pas la panacée pour toutes les exploitations. Au moins 150 vaches sont nécessaires pour produire du fumier en quantité suffisante pour un digesteur, donc la taille des exploitations est un facteur clé. Or, l’Ontario compte en moyenne de 70 à 80 vaches par ferme. Il est également crucial d’avoir accès aux déchets alimentaires enfouis, afin de les ajouter aux digesteurs, et de disposer de pipelines pour expédier le GNR vers le marché. Les grands parcs d’engraissement de bovins en Alberta bénéficient en général d’un meilleur accès à cette infrastructure et de suffisamment de bétail pour rendre la production viable. Cependant, l’argile utilisée à la surface de nombreux enclos peut terminer dans le fumier et endommager le mécanisme des biodigesteurs. De nombreux parcs d’engraissement sont en train de bétonner leurs surfaces au rouleau compresseur, ce qui renforce le rendement du bétail tout en éliminant le problème de l’argile dans le processus du biogaz. Cette transformation coûte aussi très cher.
La mise en place de digesteurs collectifs pourrait permettre aux petites exploitations agricoles de prendre part à la production de biogaz. Pour ce faire, il est essentiel de couvrir les coûts initiaux et de simplifier le processus d’obtention des financements.
Défi majeur : 93 mégatonnes globalement. Si nous ne changeons rien : 137 mégatonnes. Ce qui pourrait changer la donne : Une technologie agricole de pointe qui réduit les émissions, permet de stocker plus de carbone dans le sol et plus de production sur une moindre superficie. Le potentiel : permettant 54 mégatonnes de réductions d’émissions potentielles (ou jusqu’à 76 mégatonnes lorsque la séquestration du sol est ajoutée).
Le Canada a une longue tradition d’innovation agricole. La mise au point du blé Marquis en 1904 a joué un rôle crucial dans l’essor du rendement des cultures des Prairies. Le canola, créé en Saskatchewan dans les années 1960, est devenu l’une des cultures d’oléagineux les plus importantes au monde. La vis à grain a été inventée au Canada. De plus, des semoirs pneumatiques portant le logo de la Seed Hawk, une société de la Saskatchewan, sont à l’œuvre un peu partout entre l’Australie et l’Europe.
Au fil du temps, ces inventions ont rehaussé la productivité de l’agriculture canadienne. En effet, toutes les réductions d’émissions envisagées dans ce document reposeront d’une certaine manière sur la technologie—des innovations telles que le CUSC, les biodigesteurs et les outils de précision. La technologie sera également essentielle pour produire plus de nourriture sur moins de terres et, par extension, éviter la conversion de terres en terres cultivées. Selon nos estimations, nous pourrions réduire les émissions de près de 20 mégatonnes en évitant les changements d’utilisation des sols jusqu’en 2050. Le stockage de plus de carbone dans le sol—produisant des émissions négatives—dépendra également d’appareils de plus en plus sophistiqués comme les capteurs de sol et les drones afin d’accéder à l’innovation nécessaire pour donner un coup de pouce aux nouvelles méthodes comme l’agriculture régénératrice.
Le poids du Canada sur les marchés agricoles mondiaux, sa longue expertise dans les sciences de l’agriculture et sa récente percée dans l’intelligence artificielle et les sciences des données sont autant d’atouts pour prendre la tête de cette course, dans bien des domaines. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’attirer des investissements privés dans l’innovation canadienne, nous nous heurtons à des résistances. Sur les quelque 36 milliards de dollars d’investissement en capital-risque et en capital-investissement déployés dans les technologies agricoles depuis 2017 à l’échelle mondiale, le Canada a seulement reçu 3 % de ces fonds, soit 1 milliard de dollars américains. Les États-Unis ont bénéficié de 20 milliards de dollars, ce qui couvre 55 % de leurs investissements.
Paradoxalement, les investissements en capital–risque et en capital-investissement ont été à la traîne dans plusieurs domaines de l’agriculture canadienne ayant remporté le plus de prix dans le passé. Alors que nous cherchons à diminuer les émissions, la génétique des semences et la science des sols (y compris la recherche sur le microbiome) offrent un grand potentiel pour stimuler la production sur les terres existantes, réduire les émissions de carbone et améliorer la résilience face aux sécheresses et aux inondations. Alors que par le passé, une grande partie de notre recherche s’est concentrée « au-dessus du sol », les scientifiques s’intéressent de plus en plus au potentiel des systèmes racinaires et du microbiome des sols pour réduire les émissions. Jusqu’à présent, les investissements privés n’ont pas afflué dans ces domaines au Canada. Nos projets de génétique des cultures n’ont attiré que 82 millions de dollars américains, sur un total de 10 milliards de dollars d’investissement mondial en capital-investissement et en capital-risque depuis 2017.
De plus, une grande partie de l’investissement capté par le Canada n’est pas destiné aux technologies nécessaires pour améliorer la durabilité de notre secteur agricole et alimentaire. En 2021, dans le monde, plus de la moitié de l’investissement privé dans les technologies agricoles a porté sur les pratiques durables. Au Canada, en revanche, la plupart des investissements sont axés sur la numérisation et l’automatisation, technologies conçues pour renforcer la productivité, et non la durabilité.
À l’heure de déployer ces solutions, nous devrons garder un œil sur l’avenir en investissant au plus tôt dans les technologies capables de nous aider à adapter nos systèmes alimentaires aux changements climatiques. L’« agriculture en environnement contrôlé » a le vent en poupe partout dans le monde. Cette méthode permet de cultiver en intérieur et en couches empilées, par exemple dans des serres ou dans des fermes verticales. Le Canada importe actuellement des produits frais à un coût modique, en provenance de régions beaucoup plus vulnérables aux changements climatiques. Des solutions technologiques comme celles que nous avons citées plus haut nous aideraient à préserver la sécurité alimentaire nationale, dans un monde de plus en plus sensible aux changements climatiques et aux tumultes politiques. Entre-temps, les technologies de l’agriculture cellulaire et de la fermentation de précision, qui progressent rapidement, pourraient offrir aux consommateurs de nouveaux aliments en remplacement de la viande et des produits laitiers.
« Je pense que la culture sélective des plantes serait une excellente solution pour nous. Si nous regardons les avancées réalisées sur le plan des rendements, des maladies, de la résistance, toutes ces qualités, nous voyons que la recherche a été concentrée au-dessus du sol. Sous terre, il existe autant d’occasions de faire toutes sortes de percées significatives. »
Stuart Smyth, professeur agrégé, Université de la Saskatchewan
Les défis : L’intelligence artificielle et la science des données, l’ingénierie, l’Internet des objets, y compris les capteurs et les drones, sans oublier la biotechnologie, sont des outils essentiels au développement des outils essentiels au développement de technologies agricoles modernes. Tout comme les compétences qui les accompagnent. Pourtant, les efforts déployés pour attirer ces talents spécialisés et perfectionner les compétences des jeunes n’ont pas été à la hauteur de nos besoins.
Le soutien à la recherche canadienne provient principalement du financement public, qui a été à l’origine de bon nombre de nos succès. Le blé Marquis, qui a considérablement amélioré les rendements dans les Prairies au début des années 1900, a été élaboré dans les granges de la Ferme expérimentale du Dominion. Ces stations de recherche, exploitées par le gouvernement fédéral, avaient pour but d’analyser les problématiques agricoles et de mettre au point de nouvelles techniques pour venir en aide aux agriculteurs. Les programmes actuels peuvent être onéreux pour les chercheurs, en particulier dans les technologies émergentes qui ne relèvent pas de catégories de financement précises. Et certaines exigences réglementaires, y compris celles qui entourent les végétaux à caractères nouveaux, peuvent faire obstacle à l’approbation et à l’investissement dans les domaines émergents de la science végétale comme l’édition génomique.
Bien que les chercheurs canadiens demeurent tributaires de l’investissement public, d’autres pays, dont les États-Unis, voient la plupart de leurs fonds de recherche provenir du secteur privé. Notre position dans la prochaine ère de l’agriculture dépendra de notre capacité à mobiliser davantage de capitaux.
Lutter contre le gaspillage alimentaire
Les émissions proviennent non seulement de la nourriture que nous cultivons, mais aussi de celle que nous gaspillons. Au Canada, 58 % des aliments produits aux fins de consommation humaine sont gaspillés ou se perdent au long de la chaîne logistique, , dont 18 % pourraient être évités. 23 Le coût économique de ce gaspillage s’élève à 49 milliards de dollars par an, et le chiffre est encore plus haut si l’on tient compte de la perte en main-d’œuvre et en transport, entre autres facteurs.
Bien qu’une grande partie du gaspillage survienne au cours de la production et de la transformation, seulement 14 % de cette perte est évitable. En effet, les progrès technologiques ont déjà beaucoup aidé à éliminer le gaspillage alimentaire à l’étape de la production, un effort en partie motivé par les économies qu’il génère.
Du côté des consommateurs, le problème du gaspillage alimentaire est bien plus profond. Près de la moitié du gaspillage évitable se produit dans les hôtels, les restaurants et les ménages, et les consommateurs des pays riches sont beaucoup plus susceptibles de gaspiller la nourriture que ceux des pays pauvres. Lorsque ces aliments se décomposent dans les décharges, ils libèrent des gaz à effet de serre évalués à 12 mégatonnes – sur une base de mesure de bout en bout.
Résoudre le problème du gaspillage alimentaire des consommateurs implique de s’attaquer à un ensemble de causes. Ces causes comprennent le manque de temps (les consommateurs n’ont pas le temps de planifier leurs repas et d’utiliser la nourriture avant qu’elle ne se détériore), des connaissances insuffisantes sur la façon de prévenir le gaspillage alimentaire à l’aide d’un entreposage plus réfléchi, ou en utilisant les déchets de cuisine comme les épluchures de légumes, et les promotions dans les magasins de détail qui incitent les consommateurs à acheter plus que nécessaire.
En plus de réduire le gaspillage alimentaire, l’industrie a fait de grands efforts pour prolonger la durée de conservation des aliments par l’entremise des emballages et de divers contrôles. Des solutions novatrices sont en cours d’étude pour fabriquer des emballages végétaux et antimicrobiens, dans le même esprit. Des capteurs peuvent indiquer à quel moment la nourriture est effectivement perdue, au lieu de laisser les consommateurs tributaires des dates d’expiration. Et de nouveaux modèles d’affaires peuvent être mis en place, par exemple pour transformer les aliments non conformes aux normes du commerce de détail en aliments pour la volaille et autres usages.
Mais en fin de compte, résoudre le problème du gaspillage alimentaire dépendra de nous-mêmes.
Recommandations : Semer le changement
Réduire nos émissions de gaz à effet de serre tout en assumant notre responsabilité de nourrir le monde est un chemin parsemé d’incertitudes. Étant donné que de nombreuses technologies et pratiques agricoles en sont encore à leurs balbutiements et que leur adoption est loin d’être généralisée, de nombreuses questions restent en suspens.
Cela risque de paralyser nos efforts, alors que nous n’avons pas le luxe de perdre du temps. Les enjeux de la crise alimentaire actuelle sont stupéfiants : les pénuries et les prix élevés dans le secteur des marchandises ont mis en péril les vies et les moyens de subsistance de 345 millions de personnes, à présent menacées d’une insécurité alimentaire aiguë.24 Les pays à faibles revenus, dont la plupart dépendent des importations depuis l’Ukraine et la Russie, figurent parmi les plus vulnérables. C’est par exemple le cas de la Somalie, du Soudan du Sud et du Yémen. En Amérique du Nord et dans les autres pays à revenus élevés, la flambée des prix des denrées alimentaires, due aux pénuries et à l’inflation qui a suivi la pandémie, est également à l’ordre du jour dans les discussions politiques.
L’urgence de la situation nous obligera à agir vigoureusement, en exploitant les meilleurs outils dont nous disposons aujourd’hui. Et nous devrons unir nos forces. Les décideurs politiques, les entreprises privées et les producteurs devront trouver de nouveaux moyens de collaborer afin de mettre en œuvre notre stratégie nationale en faveur des agriculteurs. Tout d’abord, nous devons nous concentrer sur les éléments de base mentionnés ci-dessus, ainsi que sur les piliers que représentent la technologie, les personnes, les politiques, les capitaux et les marchés. En collaboration avec le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, nous analyserons en profondeur chacun de ces piliers au cours des prochains mois.
Bâtir un secteur agricole capable de faire face aux bouleversements climatiques représente un défi inédit à ce jour. Mais peu de pays sont mieux placés que le Canada pour y parvenir.
La menace de l’insécurité alimentaire s’intensifie dans le monde. En parallèle, notre capacité à répondre à une nouvelle ère d’innovation, à la fois pour cultiver nos terres et les conserver, se renforce aussi.
Changement de paradigme : Édifier les quatre piliers d’une stratégie alimentaire visant à réduire les émissions
Politique
Établir un plan national pour bâtir un secteur agricole à faibles émissions. Notre plan de réduction des émissions doit mobiliser toutes les parties prenantes, non seulement les agriculteurs, mais aussi les investisseurs, les entreprises privées et l’ensemble des Canadiens. Produire des aliments de manière plus durable implique de faire des choix difficiles et de soutenir l’investissement dans des technologies importantes telles que le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Cela signifie également que nous devons améliorer la commercialisation des aliments durables canadiens dans le monde.
Diriger l’effort mondial visant à créer une norme d’émissions pour le secteur alimentaire. Environ 61 % des émissions de notre agriculture sont liées à des marchandises qui finissent par être exportées. Si notre stratégie de réduction des émissions n’était pas harmonisée par rapport à nos principaux marchés d’exportation, cela pourrait provoquer des frictions dans nos relations commerciales. Nous devons rassembler nos partenaires commerciaux autour d’objectifs, d’indicateurs, et de protocoles de mesure, de notification et de vérification communs en matière de GES. Le Canada, partisan de longue date du libre-échange et leader mondial dans les processus multilatéraux, a la capacité de diriger cet effort.
Intégrer les stratégies agricoles aux stratégies énergétiques. Les agriculteurs sont de plus en plus enclins à saisir l’occasion de générer du gaz naturel renouvelable à partir de leurs activités. L’intégration de ces initiatives à une stratégie énergétique nationale pourrait contribuer à accélérer le déploiement de l’énergie propre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des exploitations agricoles.
Technologie
Créer un organisme de financement central pour la recherche et le développement. Bon nombre des domaines les plus prometteurs et les plus avancés de la recherche agricole canadienne n’entrent pas dans les catégories de financement actuelles. Un système centralisé semblable à celui du département de l’Agriculture des États-Unis pourrait donner une vision plus complète, à l’échelle canadienne, des domaines où le soutien et l’innovation sont nécessaires. L’esprit d’initiative dont fait preuve le gouvernement fédéral pour créer de grands pôles d’innovation illustre à quel point le Canada pourrait soutenir la recherche et l’innovation agroalimentaires.
Mettre l’accent sur les technologies les plus prometteuses pour réduire les émissions. À présent que nous souhaitons orienter les financements vers des solutions innovatrices, nous devons nous intéresser davantage aux technologies permettant de réduire les émissions aux points critiques de la chaîne logistique. C’est le cas par exemple des systèmes de digestion anaérobie, des additifs pour l’alimentation animale et des mécanismes de CUSC. Les financements devraient également cibler les technologies qui contribuent à l’adoption et la rémunération des pratiques durables, parmi lesquelles les capteurs de sols et les technologies de précision.
Mettre en place des incitations fiscales et financières innovantes pour encourager l’investissement privé. Stimuler l’investissement privé dans les technologies agricoles canadiennes amène à réfléchir de façon plus créative aux incitations fiscales et financières dont nous disposons. Nous devons privilégier l’automatisation, qui est la clé de notre productivité agricole et de notre compétitivité internationale. Cela attirera plus de capitaux dans les technologies destinées à façonner l’agriculture à faibles émissions de demain. L’une des possibilités serait d’incorporer l’intelligence artificielle et les technologies agricoles dans les règles d’accélération de l’amortissement, afin d’aller au-delà des actifs corporels.
Économie
Faire payer. Forcer les agriculteurs à payer pour les émissions qu’ils produisent actuellement pourrait augmenter les prix déjà élevés des denrées alimentaires. Il serait plus opportun de rémunérer les agriculteurs pour leur effort de réduction des émissions. Les modèles existants tels que les crédits de carbone sont toutefois insuffisants, et ils font peser un poids mal réparti entre les agriculteurs. Une norme nationale pour mesurer l’impact des activités de réduction des émissions, y compris un mécanisme pour mesurer, notifier et vérifier (MNV) le carbone stocké dans les sols, pourrait être essentielle pour indemniser les agriculteurs et donner aux décideurs politiques et aux institutions financières les moyens de mobiliser un soutien. Ce mécanisme, également essentielle pour attirer les investissements, devra être conçue et réglementée à l’échelle nationale et harmonisée à l’échelle internationale avec nos principaux partenaires commerciaux.
Partager les risques. Pour les agriculteurs, les technologies de réduction des émissions ajoutent de l’incertitude à des activités déjà soumises à de nombreux risques. Les gouvernements et les autres entreprises de la chaîne de valeur agricole ont un rôle important à jouer dans le partage des risques. Cela implique des assurances contre les pertes de rendement pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’incitation aux pratiques agricoles durables dans les régimes d’assurance récolte, bien que ces pratiques aient fait leurs preuves pour atténuer l’incidence des inondations et des sécheresses. Les compagnies d’assurance récolte devraient envisager un ajustement des primes afin de tenir compte de ces évolutions dans les risques.
Personnes
Développer les compétences. Tirer parti du Conseil de l’information sur le marché du travail pour déterminer les compétences dont les agriculteurs ont besoin pour adopter un système alimentaire plus résilient. Comme nous l’avons mentionné dans nos recherches antérieures, les compétences numériques sont cruciales pour l’avenir de la production alimentaire.25 Il en va de même pour la façon d’appliquer les outils en vue de réduire les émissions. Au-delà des données et de la technologie, certains agriculteurs auront besoin d’aide pour mettre en pratique les techniques de l’agriculture régénératrice et les autres outils. Les plateformes d’apprentissage expérientiel, notamment le mentorat pratique et les programmes coopératifs, peuvent accélérer cette transition.
Élargir le bassin de talents. Le manque de sensibilisation au potentiel des carrières de l’agriculture a entravé le recrutement de personnes dotées de compétences en codage, en intelligence artificielle et en science des données, alors que ces compétences sont essentielles à l’avenir du secteur alimentaire. Le problème se pose dans tous les secteurs, mais peu d’entre eux offrent un potentiel d’innovation plus important que celui de l’agriculture. Il sera indispensable de faire connaître aux étudiants les occasions offertes par les champs, au moyen de programmes coopératifs, de sensibilisation et de liaison. Cette démarche est en effet critique pour les convaincre de mettre leurs talents au service de ce défi.
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé John Stackhouse, premier vice-président Colin Guldimann, économiste Farah Huq, directrice générale principale, Stratégie de contenu Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Trinh Theresa Do, Première directrice, Stratégie leadership avisé Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche Kitty Wu, stagiaire Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise Ryan Riese, directeur général national, Agriculture
Boston Consulting Group
Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada Kilian Berz, Directeur général et associé principal Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Wendi Backler, associée et directrice, BCG Center for Growth and Innovation Analytics Kate Banting, Responsable de marketing et impact social Simon Beck, directeur Youssef Aroub, chef de projet Ilana Hosios, conseillère Anguel Dimov, conseiller Pilar Pedrinelli, conseillère Zahid Gani, conseiller Rachel Ross, conseillère Rachit Sharma, Premier analyste de recherche, BCG Center for Growth and Innovation Analytics
Arrell Food Institute, Université de Guelph
Evan Fraser, directeur Margarita Fontecha, Arrell Food Institute, candidate au doctorat, Conception environnementale et développement rural Laura Hanley, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Brenda Zai, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires Dr. Krishna KC, chercheur scientifique Dr. Jesus Pulido-Castanon, associé en recherche postdoctorale Emily Duncan, candidate au doctorat
1. Ce chiffre exclut les données des secteurs de la transformation en aval, du transport au détail et de l’exploitation de services alimentaires. Voir la méthodologie.
En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes et les organismes suivants pour leurs contributions :
Katie M. Wood, professeure agrégée, Ruminant Nutrition and Physiology, Université de Guelph
Lisa Ashton, candidate au doctorat, Université de Guelph
Lenore Newman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire et environnement, professeure de géographie, Université Simon Fraser
Dennis Laycraft, vice-président exécutif, Association canadienne des bovins
Brenna Grant, vice-présidente exécutive, Canfax Research Services
Mark Thompson, vice-président exécutif, chef, Développement et stratégie d’entreprise, Nutrien Ltd.
Michelle Nutting, directrice, Agriculture et environnement durable, Nutrien Ltd.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Nous connaissons les conséquences des changements climatiques. Nous en connaissons aussi les causes. Nous savons même ce qu’il faut faire pour s’attaquer au problème. Ce que nous ne savons pas, c’est comment passer à la vitesse supérieure pour y parvenir à temps. C’est pourquoi Services économiques RBC et Leadership avisé se sont engagés dans un projet de recherche d’un an en vue de définir les stratégies qui mèneraient le Canada à zéro émission nette. C’est l’état d’équilibre en vertu duquel la quantité de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre que nous éliminons de l’air est égale ou supérieure aux gaz à effet de serre que nous y ajoutons. Nous devons atteindre cet équilibre d’ici 2050 pour éviter les conséquences irréversibles des changements climatiques.
À RBC, nous nous sommes engagés en faveur de l’objectif zéro émission nette dans nos propres opérations et activités de prêt. Nous collaborons avec les gouvernements, les organismes de réglementation, les clients, les groupes environnementaux et le secteur financier mondial afin de comprendre ce qui est attendu de chacun de nous – et transmettre les renseignements obtenus aussi largement que possible. Cette recherche a pour objectif de documenter et de compléter les conversations en question. Nous vous invitons à y participer par l’entremise de notre nouvel Espace climat RBC. Plus nombreuses sont les occasions d’écouter, d’apprendre et de communiquer les mêmes faits, plus grandes sont nos chances de résoudre ce qui constitue le plus grand défi de notre temps pour arriver ensemble à zéro émission nette.
Le Canada est confronté à un problème mathématique.
En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, les Canadiens représentent une part relativement importante de ce qui est produit dans le monde. Bien que nous nous soyons engagés, au cours des décennies, à réduire ces émissions, nous n’avons pas vraiment atteint cet objectif. Nous continuons de consommer du pétrole pour traverser notre vaste territoire, de brûler du gaz pour chauffer nos maisons et de déverser du méthane dans l’atmosphère pour nous alimenter et alimenter une grande partie de la planète.
Tout compte fait, nous polluons autant l’atmosphère qu’il y a une génération. Nous n’avons pas le luxe d’attendre une génération de plus pour changer de vitesse si nous voulons éviter les pires conséquences du réchauffement climatique, notamment les sécheresses prolongées dans les Prairies, les violentes tempêtes sur nos côtes et la fonte des glaces dans le nord du pays. Et bien que le temps presse, le Canada a d’autres priorités après la pandémie, parmi lesquelles prendre soin d’une population vieillissante, faire face aux perturbations technologiques et promouvoir une croissance économique plus inclusive.
Donc, quel est le problème mathématique ? Le Canada émet près de 730 millions de tonnes de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre équivalents chaque année, ce qui fait de nous le 10e émetteur mondial. Ce chiffre peut sembler minime par rapport aux quelque 50 milliards de tonnes produites dans le monde, notamment aux États-Unis et en Chine. Il dépasse toutefois largement les 602 millions de tonnes que nous avons générées en 1990, juste avant le premier Sommet de la Terre.
Malgré nos meilleures intentions, les émissions ont augmenté
Émissions de gaz à effet de serre, millions de tonnes de CO2, équivalent
Source: Environnement et Changement climatique Canada, Services économiques RBC
Afin de s’engager plus résolument sur la voie zéro émission nette, le gouvernement fédéral a promis de ramener le Canada à 500 millions de tonnes d’ici la fin de la décennie. Le pays ambitionne aussi d’éliminer ou de compenser le reste d’ici 2050 grâce à de nouvelles technologies telles que les véhicules électriques, de nouvelles sources de chauffage pour les maisons et de nouveaux processus pour capter et stocker une partie des émissions que nous continuerons de produire pour alimenter notre planète en énergie.
Le présent rapport vise à exposer certaines de ces voies et leurs coûts, d’après une série de modèles sur les émissions des principaux secteurs, ainsi que l’effet futur des technologies novatrices, des changements comportementaux et des améliorations dans les processus industriels et agricoles.
Le coût pourrait être énorme : environ deux billions de dollars au cours des trois prochaines décennies. D’après nos estimations, les gouvernements, les entreprises et les collectivités devraient dépenser au moins 60 milliards de dollars par an pour réduire les émissions du Canada de 75 % par rapport aux niveaux actuels – dans la mesure où les technologies actuelles le permettent. Par exemple, les Ontariens consacrent à eux seuls près de 70 milliards de dollars par an aux soins de santé, priorité nationale tout aussi importante.
La nature peut aider, mais seulement un peu. Les prévisions les plus optimistes en matière de plantation d’arbres à grande échelle et de gestion des forêts ne parviennent qu’à 50 millions de tonnes, soit un dixième de ce qui sera nécessaire pour atteindre zéro émission nette. Les technologies artificielles destinées à éliminer le carbone de l’air ne sont pas encore déployées à grande échelle. Si nous ne parvenons pas à résoudre ce problème, l’objectif de zéro émission nette exigera que les émissions brutes soient aussi proches de zéro que possible.
Vient ensuite la technologie. Il serait énormément utile que le pays adopte les véhicules électriques, les maisons à énergie solaire et les avions à hydrogène, mais cette conversion ne mènerait le Canada qu’aux deux tiers de son parcours vers zéro émission nette. Nous aurons besoin de beaucoup plus de technologies pour renouveler des industries et modes de vie conçus pour un autre âge.
Tout d’abord, nous devrons à peu près doubler notre production d’électricité si nous souhaitons alimenter une nouvelle flotte de véhicules électriques et chauffer et rafraîchir nos maisons, nos bureaux et nos écoles. Le Canada a une longueur d’avance grâce à un « réseau vert » alimenté par l’énergie hydroélectrique, nucléaire, éolienne et solaire. Une plus grande capacité sera nécessaire à tous égards et elle devra être combinée à des investissements sans précédent dans les lignes de transport d’électricité et une nouvelle façon d’envisager la mainmise des provinces dans ce secteur.
Un réseau vert national peut aider à alimenter en énergie certains des plus grands pollueurs du pays de façon plus propre et moins coûteuse. Le Canada devra aussi réinventer ses industries du pétrole, du gaz et du charbon et ses autres secteurs intensifs en carbone. Il pourra ainsi assurer une transition progressive des émissions nettes et atteindre zéro émission nette sans causer de difficultés économiques ou de perturbations sociales de grande ampleur. Un engagement à long terme en matière de tarification du carbone, assorti d’augmentations régulières et prévisibles, permettra aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux exploitants de répartir le capital de façon efficace et efficiente. Une telle approche de tarification du carbone pourrait façonner une nouvelle pensée économique en Amérique du Nord. À cet égard, le Canada et les États-Unis pourraient travailler en collaboration sur les chaînes d’approvisionnement continentales en ce qui concerne les produits verts comme les véhicules électriques. Ces deux pays pourraient aussi adopter une politique commerciale visant à mieux évaluer le coût des produits à forte intensité d’émissions tels que l’acier.
Nous aurons besoin de nouvelles approches de finance durable pour générer une grande partie des deux billions de dollars nécessaires à la transition. Dans l’ensemble, le capital ne manque pas. Ce qui est avant tout nécessaire, c’est un remaniement de la réglementation industrielle et de la politique fiscale, ainsi qu’un plus grand soutien gouvernemental pour compenser le risque inhérent aux technologies propres, aux infrastructures durables et aux nouveaux produits de consommation.
Nous aurons également besoin d’une foule de personnes pour mettre en œuvre les compétences nécessaires à la transition, installer des réseaux solaires dans les voisinages, entretenir de nouvelles flottes de véhicules électriques et réformer les pratiques agricoles afin de veiller à ce que le vaste sol du Canada devienne un puits de carbone actif. Nous estimons que le Canada devra recycler 100 000 travailleurs pour qu’ils acquièrent de nouvelles compétences vertes, et augmenter la population active de 200 000 travailleurs présentant ce même profil avant 2030.
Le coût de l’inaction
Bien que la réduction des émissions soit coûteuse, l’inaction a aussi un coût qui continuera de grimper tant que nous tarderons à agir.
Si les émissions se poursuivent au rythme actuel, nous devrons économiser 40 milliards de dollars par an pour assumer le coût des catastrophes futures, aggravées par les changements climatiques. De plus, il faut tenir compte de l’incertitude quant à la façon dont le climat évoluera. La fonte du pergélisol, la destruction de la forêt tropicale et les autres catastrophes pourraient encore alourdir la facture. En réduisant les émissions dès aujourd’hui, nous pourrions éviter une facture encore plus colossale à l’avenir. Pour compliquer les choses, réagir impulsivement n’est pas une solution. Dans le même temps, des mesures extrêmes amenant une forte baisse de la production pétrolière et gazière causeraient de véritables dommages économiques. Dans l’un des scénarios, le secteur pétrolier et gazier recule de près de 8 % du PIB à seulement 1 %, nous perdons près des trois quarts des emplois dans le secteur, et les recettes publiques chutent de 8 milliards de dollars chaque année. De telles conséquences pourraient ens de tonnes [itraver, et non favoriser, la transition.
Pour atteindre zéro émission nette, nous devons adopter aussi rapidement que possible des technologies qui remplacent les combustibles fossiles par l’électricité. Cependant, certaines activités économiques ne sont pas en mesure d’être électrifiées à grande échelle, du moins à court terme : par exemple le transport aérien et la fabrication du ciment, pour n’en nommer que deux. Nous continuerons de brûler des combustibles fossiles pour fabriquer du plastique et produire de l’électricité afin d’alimenter toutes ces technologies plus vertes.
Nous avons déterminé six voies vers l’objectif zéro émission nette. Elles n’englobent pas tout, mais elles figurent parmi les options les plus réalistes pour le pays aujourd’hui. Quatre d’entre elles, explorées plus loin dans cette partie, décrivent les moyens de réduire les émissions provenant des bâtiments, des transports, de l’industrie et de l’agriculture. Mais même si nous conduisons tous des voitures électriques et vivons dans des maisons à énergie solaire, repensons la gestion du bétail et captons plus de carbone issu des cheminées, les émissions se poursuivront. C’est pourquoi la décarbonisation du secteur de l’électricité et celle du secteur du pétrole et du gaz constituent deux voies essentielles pour réaliser nos ambitions zéro émission nette. Nous commencerons par là.
Des éoliennes du Cap-Breton aux barrages de la baie James, en passant par les panneaux solaires étincelants sur les toits de Vancouver, tout le Canada porte l’empreinte d’un grand producteur d’électricité. Nous jouissons sans doute de la meilleure combinaison énergétique du monde, et avons la chance de compter sur des sources sûres d’électricité. Les entreprises à l’origine de ces réserves d’énergie ont participé à l’histoire du Canada, et elles contribueront à tracer notre avenir.
Pour alimenter une armée nationale de véhicules électriques et de barbecues électriques, chauffer nos écoles quand il fait -30 °C et rafraîchir nos bureaux pendant des vagues de chaleur prolongées, nous devrons doubler l’approvisionnement en électricité verte, soit essentiellement l’énergie hydroélectrique, nucléaire, éolienne et solaire. Cette tâche ne sera pas facile dans les régions à forte densité de population, lesquelles peuvent encore compter sur du pétrole et du gaz relativement bon marché, surtout pour répondre à une demande en hausse. L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont les options les moins chères, mais elles sont souvent difficiles à mettre en place. En effet, les grands projets d’énergie renouvelable ne peuvent être menés que là où les conditions naturelles le permettent, par exemple, où le vent souffle le plus fort (comme dans le nord de l’Ontario, au Québec et à Terre-Neuve) et dans les régions où le soleil brille le plus longtemps (comme dans le sud des Prairies).
Un avenir à l’hydrogène est une sorte de rêve. Gaz le plus léger, l’hydrogène produit une forte chaleur au moment de sa combustion. Il peut être utilisé à la place des combustibles fossiles dans les camions et les trains, ainsi que dans les chaudières industrielles. Cependant, la façon dont nous fabriquons actuellement l’hydrogène est un cauchemar pour le climat : l’utilisation de vapeur pour décomposer le méthane en hydrogène et en carbone génère neuf kilogrammes de CO2 par kilogramme d’hydrogène produit. Le captage du carbone issu de cette transformation donne un produit plus propre appelé hydrogène « bleu », mais ne résout pas le problème des fuites de méthane au cours du processus. Le Saint Graal, soit l’hydrogène « vert », est produit en cassant les molécules d’eau au moyen d’un courant électrique sans carbone, mais ce processus revient très cher. Une réduction de son coût serait un bon début. Il faudrait cependant construire l’infrastructure nécessaire à un déploiement de l’hydrogène vert à grande échelle, et commercialiser des camions et autres véhicules alimentés par des piles à combustible.
Le Canada part d’une position enviable. En 2019, 80 % du réseau national était sans carbone. En comparaison avec le Royaume-Uni, notre réseau produit moins de la moitié de GES par unité d’électricité, et un quart de moins si nous comparons avec les États-Unis.
Les efforts de la dernière décennie pour éliminer progressivement le charbon, qui devraient s’achever d’ici 2030, ont permis au Canada de réduire ses émissions de dioxyde de carbone issues de la production d’électricité. Notre utilisation continue de l’énergie nucléaire nous aide dans cette démarche, tout comme les nouvelles installations d’énergie éolienne et solaire. Depuis 2010, la quasi-totalité de la nouvelle capacité installée est liée à l’énergie renouvelable. Cette tendance a pris de la vitesse parce que le coût de nombreuses sources d’électricité zéro carbone a baissé : pour les nouvelles centrales électriques, la production d’énergie éolienne et solaire est souvent 30 % moins coûteuse que la production au gaz naturel.
À court terme, la meilleure option du Canada est d’investir dans l’énergie renouvelable à plus grande échelle. Mais comme dans tous les secteurs, n’importe quel plan oblige à faire des choix sociaux et politiques. Nous devrons déterminer quelle somme nous sommes prêts à payer, à titre collectif et individuel, pour nous défaire plus rapidement du gaz naturel et du charbon, et à quelle vitesse nous sommes prêts à fermer les centrales au gaz qui sont encore bonnes pour plusieurs années.
La baisse des coûts rend l’énergie éolienne et l’énergie solaire concurrentielles, mais pas les batteries
Coût de l’électricité ou du stockage uniformisé, $ US/MWh
Source: Lazard, Services économiques RBC
Gestion des pointes de consommation
Les sources d’énergie renouvelable présentent un autre grand inconvénient : contrairement à l’énergie au gaz ou au charbon, elles ne peuvent pas être allumées à un instant donné pour répondre à une demande, et ne produisent pas d’électricité de façon constante lorsqu’elles sont en marche. Des études ont révélé que la production d’énergie solaire peut chuter d’un tiers en hiver et en automne, et que les parcs éoliens sont plus productifs au printemps et en hiver. De plus, ces statistiques ne tiennent pas compte des variations climatiques entre les régions.
En raison de cette « intermittence », les experts sont d’avis que nous aurons probablement besoin d’une part d’énergie au gaz pour faire face aux moments de forte demande en électricité, par exemple à l’heure du souper. La question clé est de savoir s’il est moins coûteux de stocker de l’électricité à partir de sources renouvelables, de réduire les pointes de demande grâce à une meilleure efficacité énergétique, ou de construire de nouvelles centrales au gaz plus simples, assorties d’une technologie de captage du carbone, étant donné que bon nombre des centrales au gaz existantes ne peuvent pas répondre à la demande aussi rapidement.
Une autre façon de renforcer le système est de mieux connecter les réseaux provinciaux. En ce moment, notre réseau est un enchevêtrement de systèmes indépendants, éparpillés dans tout le pays. Des connexions plus efficaces pourraient réduire le besoin de stockage coûteux en déplaçant l’énergie de l’endroit où elle est produite vers l’endroit où elle est demandée.
Pour se débarrasser des centrales au gaz naturel, il faudra trouver de meilleures façons de stocker l’énergie en prévision de temps difficiles. Les batteries de grande capacité sont coûteuses à utiliser, mais une analyse récente de Lazard laisse entendre que plus la technologie s’améliore, plus les coûts de certains projets se rapprochent de ceux des centrales au gaz naturel. Il serait également logique de pomper l’eau abondante du Canada pendant les heures creuses pour la stocker dans un réservoir, mais cette opération fonctionne surtout dans les régions montagneuses. Les technologies énergétiques du futur, comme les petits réacteurs nucléaires et l’hydrogène vert, pourraient offrir de nouvelles solutions de stockage, mais elles sont loin d’être commercialisables. Le stockage de l’électricité en prévision des besoins futurs deviendra le plus grand enjeu énergétique mondial à mesure que nous nous éloignerons des combustibles fossiles.
Quel sera le prix à payer ?
Le coût de la décarbonisation du réseau canadien existant pourrait s’élever à 5,4 milliards de dollars par an. Notre capacité à y parvenir sera d’abord limitée par le coût lié à la construction et au déploiement de batteries de grande capacité en quantités suffisantes pour stocker toute l’énergie renouvelable dont nous aurons besoin. Néanmoins, les prix du stockage devraient baisser à mesure que la technologie s’améliorera.
Il importe aussi de savoir à quel point une nouvelle capacité électrique sera nécessaire. La population du Canada devrait augmenter d’environ 30 % pour atteindre 50 millions de personnes en 2050. Bon nombre de technologies que nous utiliserons pour réduire les émissions demandent de l’électricité. La plupart des estimations indiquent que la charge du système augmentera au moins 100 % d’ici 2050.
General Fusion développe la première centrale à fusion nucléaire commercialement viable au monde. Cette centrale produira de l’électricité propre à la demande, en complément des sources renouvelables intermittentes. (La fusion nucléaire consiste à combiner deux noyaux atomiques légers pour libérer de grandes quantités d’énergie, quatre fois plus en fait que la fission nucléaire.) Cette société de Burnaby, en Colombie-Britannique, a entrepris la construction d’une centrale de démonstration au Royaume-Uni, qui fonctionnera à 70 % de sa pleine échelle et devrait être terminée en 2025. General Fusion a séduit des investisseurs de premier plan, parmi lesquels le gouvernement du Royaume-Uni et Jeff Bezos. Ce soutien pourrait aider la société dans sa course contre les jeunes entreprises des États-Unis également créées dans le but de déployer la technologie de fusion nucléaire, et qui sont dotées de solides moyens financiers.
La plateforme Opus One Solutions permet aux sociétés de services publics de mieux gérer et planifier la distribution d’électricité, étant donné que les réseaux d’exploitation deviennent plus complexes du fait de l’expansion des énergies renouvelables. La société publique de distribution d’électricité de Singapour, SP Group, a engagé Richmond Hill, une société de l’Ontario, pour l’aider à optimiser sa distribution et à intégrer davantage d’énergies renouvelables à son réseau. Opus One assiste également des sociétés de services publics du Royaume-Uni et de l’Australie dans la création de marchés énergétiques plus efficients et plus flexibles. Cette solution toute canadienne fera face à des géants comme ABB, IBM et Siemens dans l’environnement concurrentiel des réseaux intelligents.
Les sables bitumineux de l’Alberta symbolisent à la fois les forces et les défis du Canada en tant que puissance énergétique. Les réserves prouvées de l’Alberta, qui s’établissent à 165 milliards de barils, se classent au quatrième rang mondial après le Venezuela, l’Arabie saoudite et l’Iran. La croissance de cette industrie s’est appuyée sur une innovation régionale, qui a permis aux entreprises d’accroître considérablement l’extraction souterraine de brut lourd. Le secteur de l’énergie est un moteur important de croissance économique pour la province, car il génère des emplois, des investissements et près d’un cinquième des exportations totales.
Cependant, les sables bitumineux n’ont pas seulement suscité la fierté du pays, mais aussi des inquiétudes. Ils représentent la plus grande source de GES du Canada, soit près de 10 % du total national, et un tiers des 191 millions de tonnes de GES produites par le secteur pétrolier et gazier en 2019. Est-ce que ce niveau d’émissions peut être maintenu alors que le Canada migre vers zéro émission nette ?
Il s’agit de la variable la plus importante dans l’équation du carbone au Canada, et l’opération ne sera pas facile à équilibrer. Les émissions du secteur de l’énergie ont augmenté rapidement depuis que l’exploitation souterraine, appelée production in situ, a commencé. Environ 80 % des émissions liées aux sables bitumineux proviennent des combustibles fossiles brûlés pour produire de la vapeur, laquelle est utilisée pour faire remonter le bitume à la surface. L’utilisation d’hydrogène pour transformer le bitume en brut synthétique représente une autre grande source d’émissions. À l’heure actuelle, il n’existe pas de solution de rechange écologique et économique à ces processus.
Les sables bitumineux ne sont pas la seule source d’émissions dans le secteur. En raison de la géographie du Canada, une grande quantité d’énergie est nécessaire pour extraire l’énergie du sous-sol et l’acheminer par pipelines vers le marché. Dans la production conventionnelle de pétrole et de gaz, les deux tiers des émissions proviennent des fuites de méthane (intentionnelles ou non), ainsi que du CO2 qui s’échappe naturellement des puits de pétrole. Le méthane est la partie la plus troublante de l’équation. Ce gaz, qui est la principale composante du gaz naturel, a un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du CO2 à court terme.
Il serait prudent d’aborder la décarbonisation étape par étape, étant donné que nous aurons besoin de combustibles fossiles pendant la transition zéro émission nette. Il est probable que la demande de pétrole, de gaz et de plastique en provenance du Canada ne diminuera pas avant un certain temps. Elle pourrait même augmenter provisoirement, tant que la demande des États-Unis restera soutenue. Il faudra des années pour nous défaire des moteurs à combustion et des fours au gaz naturel, et trouver des solutions de remplacement pour le kérosène. Nous avons également besoin de pétrole afin de fabriquer des produits pétrochimiques et des plastiques pour l’avenir proche. L’arrêt de la production pétrolière du Canada risque de nous faire perdre nos avantages en matière d’ingénierie si la demande demeure forte pendant un certain temps. Les progrès réalisés dans d’autres innovations énergétiques (hydrogène vert, réacteurs nucléaires, stockage d’électricité, voire dans le monde des combustibles fossiles) nous éclaireront peut-être quant à la meilleure voie à suivre.
Une autre technologie prometteuse, à savoir le captage direct dans l’air, consiste à éliminer directement le carbone de l’air ambiant. Si ce processus se généralisait, il pourrait contribuer à neutraliser les émissions dues à la combustion du pétrole et du gaz. Cependant, nous ne pouvons pas crier victoire tant que cette technologie n’a pas été testée à grande échelle. En attendant de pouvoir éliminer les combustibles fossiles, nous avons besoin d’une production de pétrole plus propre.
Le maintien de la production de pétrole brut et de gaz présente des avantages économiques pour le Canada, mais seulement si nous agissons rapidement pour réduire l’intensité carbonique de la production du pays et éliminer progressivement les processus à forte intensité de carbone. Les progrès technologiques ont déjà rendu la production d’énergie un peu plus propre. Dans le domaine des sables bitumineux, les émissions par baril ont chuté de 36 % depuis 2000. Il est essentiel de renforcer l’efficacité du secteur énergétique canadien pour rendre nos produits plus attrayants à un moment où le reste du monde est engagé dans cette même transition.
En pratique, nous devrons redoubler d’efforts pour utiliser les systèmes de captage du carbone. Ces projets ne peuvent pas être déployés de façon généralisée. L’effort porte en priorité sur l’équipement stationnaire dans les installations de production de sables bitumineux, et sur les unités de reformage du méthane qui produisent de l’hydrogène pour améliorer les bitumes. Bien que le captage du carbone ne soit pas la panacée, cette technologie bien connue peut empêcher une grande partie des GES de s’échapper dans l’atmosphère.
Les systèmes de captage du carbone piègent le CO2 avant qu’il ne pénètre dans l’atmosphère. Ce processus permet à certaines usines de continuer à brûler des combustibles fossiles à titre provisoire pendant la transition zéro émission nette. Il existe plusieurs méthodes, mais toutes finissent par compresser le gaz piégé dans un liquide et l’expédier, habituellement par pipeline, à une installation de stockage. Ce processus est généralement efficace à 90 %, mais il a ses limites. Les systèmes de captage du carbone peuvent être si coûteux que certaines applications ne sont pas réalisables d’un point de vue économique. Il est aussi difficile de trouver des endroits appropriés pour enterrer ou piéger le carbone, et d’éviter qu’il ne se répande de nouveau dans l’air. Un troisième problème est le transport des gaz liquéfiés depuis l’unité de captage du carbone vers l’endroit où ils seront stockés. Pour ce faire, il faut des pipelines spécialisés, parfois très longs, qui augmentent encore le coût et la complexité de l’effort.
Le captage du carbone peut également contribuer à réduire les émissions dans les parties hors réseau de la production de gaz naturel. Dans la mesure du possible, nous pouvons électrifier les parties du processus qui fonctionnent actuellement à partir de combustibles fossiles. Il en va de même pour la production de pétrole conventionnelle et le raffinage du pétrole.
Dans toutes les parties du système énergétique, la réduction des émissions de méthane devrait être une priorité absolue, à la fois parce que les fuites provoquent un réchauffement important, et parce que ces réductions sont parmi les moins coûteuses à réaliser par tonne.
Le gouvernement fédéral prévoit que les émissions de gaz et de pétrole auront chuté de 53 mégatonnes d’ici 2030. La perspective est beaucoup plus floue après 2030, car il est difficile de prédire à quelle vitesse les technologies actuelles seront adoptées ou commercialisées. D’après nos connaissances actuelles, si l’industrie et le gouvernement investissaient chaque année 14 milliards de dollars dans des initiatives écologiques, 92 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées dans le secteur pétrolier et gazier.
Carbon Engineering, société établie à Squamish, en Colombie-Britannique, est un chef de file de la capture directe dans l’air. Cette technologie vise à extraire le dioxyde de carbone directement de l’atmosphère, avant de le séquestrer ou le réutiliser. Ses usines, l’une au Texas et l’autre en Écosse, devraient entrer en service en 2024 et 2025, respectivement. Il est estimé que chacune éliminera 1 million de tonnes métriques de CO2 par année, ce qui équivaut à l’action de 40 millions d’arbres, et les deux unités fonctionneront à l’énergie renouvelable. (À ce jour, la plus grande usine mondiale de capture directe dans l’air se trouve en Islande. Elle est exploitée par Climeworks, et extrait 4 000 tonnes métriques de CO2 par an.) La capture directe dans l’air est un élément modeste, mais important, de l’action climatique. Son développement à plus grande échelle nécessite d’autres avancées technologiques, ainsi qu’une plus grande capacité de stockage du carbone.
Le procédé chimique exclusif de Carbonova consiste à utiliser du dioxyde de carbone et du méthane pour fabriquer des nanofibres de carbone – un matériau innovant qui a de nombreuses applications industrielles, car il est à la fois plus résistant et plus léger que l’acier. Les partisans des nanofibres de carbone affirment qu’elles pourraient être utilisées pour augmenter la capacité de stockage des batteries lithium-ion, accroître la résistance des peintures et des revêtements et améliorer les pneus des véhicules, entre autres utilisations. Cette société de Calgary a reçu le soutien d’investisseurs influents liés au secteur pétrolier de l’Alberta. Elle est en train de construire un réacteur semi-commercial, ce qui représente une première étape dans l’augmentation de sa production.
Les bâtiments sont la troisième source de gaz à effet de serre au Canada. Le chauffage des espaces est de loin le plus grand problème du secteur sur le plan du carbone, puisqu’il représente environ 75 % des émissions dans les propriétés résidentielles et 85 % dans les propriétés commerciales. Le reste des émissions provient en général du chauffage de l’eau. Les appareils électroménagers et l’éclairage ne causent qu’une petite partie. Par ailleurs, la climatisation est un facteur marginal, car la plupart des unités d’air climatisé sont exploitées dans les provinces où les réseaux électriques sont relativement propres.
Le chauffage des bâtiments est le défi du Canada face à un climat froid
Émissions de gaz à effet de serre (2020), Mt de CO2e
L’un des grands problèmes est la perte d’une grande partie de l’énergie que nous utilisons pour régler les températures à la maison et au bureau à cause d’une mauvaise isolation, de fissures et crevasses dans les murs et de fenêtres et portes obsolètes.
Les efforts visant à encourager les rénovations ont été vains à cause des coûts élevés à engager, de la pénurie de travailleurs qualifiés et des longues périodes de remboursement pour les gros travaux. Même lorsque les programmes de rénovation sont justifiés sur le plan financier, ils peuvent rencontrer une résistance parce qu’en général, le travail est salissant, entraîne des désagréments et fait perdre du temps. Par ailleurs, les propriétaires ne bénéficient pas toujours des économies d’énergie liées aux rénovations. Celles-ci profitent surtout aux locataires.
Heureusement, les technologies actuelles permettent de réaliser une décarbonisation totale. En effet, les efforts visant à réduire l’empreinte carbone des bâtiments canadiens s’accélèrent. Les émissions par mètre carré ont diminué grâce à des appareils ménagers plus efficaces, des rénovations et de meilleures normes de construction. Depuis 2000, les immeubles résidentiels ont fait plus de progrès que les immeubles commerciaux, soit environ 25 % contre 7 %.
L’élimination progressive des systèmes basés sur les combustibles fossiles en faveur de l’énergie électrique sera un facteur essentiel. De nombreuses régions du Canada utilisent déjà des systèmes de chauffage et d’eau chaude électriques. Ceux-ci peuvent toutefois revenir chers, notamment pour les propriétaires qui les adoptent sans avoir au préalable rénové leurs bâtiments.
Une solution prometteuse est la pompe à chaleur, technologie relativement nouvelle qui déplace la chaleur de l’air extérieur, de l’eau ou du sol pour la transférer à l’intérieur. Ce processus peut également s’exécuter dans l’autre sens. Les pompes à chaleur transforment l’électricité en chaleur beaucoup plus efficacement que les fourneaux ou les chaudières. Grâce aux améliorations technologiques, les services publics devraient devenir moins chers dans les bâtiments dotés d’un solide plan de rénovation.
L’adoption des pompes à chaleur a pâti des coûts élevés et de la méconnaissance de nombreux propriétaires en ce qui concerne cette option. Un autre problème, du moins pour l’instant, est la perte d’efficacité des pompes à chaleur existantes lorsque les températures descendent en dessous de -15 °C. Les habitations des régions les plus froides du pays auront donc besoin de sources de chaleur de secours pour les périodes les plus froides.
Les changements climatiques ont fait ressortir l’avantage des solutions de rechange communautaires, qui pourraient se substituer aux systèmes traditionnels de chauffage et de climatisation sur place. Souvent appelés systèmes d’énergie de quartier, ils distribuent de la chaleur ou de l’air froid à plusieurs endroits à partir d’une source unique. Au centre-ville de Toronto, plus de 180 bâtiments sont reliés à un réseau de climatisation partagé qui exploite les températures glaciales des eaux profondes du lac Ontario. Les systèmes d’énergie de quartier permettent des économies d’échelle, libèrent de l’espace dans les bâtiments reliés et réduisent les émissions. Autrement dit, ils répartissent le coût élevé des systèmes à faible teneur en carbone entre de nombreux utilisateurs, ce qui les rend réalisables pour plus de bâtiments. Ces systèmes sont plus difficiles à intégrer dans les communautés existantes, mais ils pourraient convenir à des endroits qui connaissent une forte croissance démographique.
Coûts pour atteindre l’objectif de 2050
Il revient moins cher d’installer des matériaux d’isolation et des systèmes électriques plus efficaces pendant la phase de construction que pendant la rénovation de maisons existantes. Par exemple, le coût des pompes à chaleur, en l’absence d’autres rénovations, est presque deux fois plus élevé pour les maisons anciennes que pour les nouvelles constructions.
Selon une étude menée conjointement par le Conseil du bâtiment durable du Canada et WSP, les coûts initiaux liés à un plan national d’aménagement zéro émission nette ajouteraient 8 % à la facture de construction moyenne. Cependant, les rénovations se rembourseraient d’elles-mêmes grâce aux économies d’énergie réalisées pendant la durée de vie des bâtiments. L’adoption du programme pourrait s’accélérer si les investissements se rentabilisaient plus rapidement ou si les coûts étaient répartis sur toute la durée de vie de l’équipement (par exemple, en diminuant les tarifs d’électricité pour ceux qui réduisent les émissions).
Le coût annuel supplémentaire pour mener les immeubles résidentiels et commerciaux à zéro émission nette pourrait s’élever à 5,4 milliards de dollars par an.
BrainBox AI s’appuie sur des techniques d’apprentissage profond et des algorithmes pour optimiser les systèmes de climatisation et réduire les déchets énergétiques dans les bâtiments commerciaux. Contrairement aux systèmes de climatisation actuels, qui sont réactifs, sa technologie utilise des données pour prédire les états de température et agir en conséquence. L’entreprise montréalaise s’est taillé une place au palmarès des « meilleures inventions de 2020 » du magazine Time. Sa technologie, dont le cœur est une boîte d’un pied carré, est déjà installée dans des immeubles représentant une superficie de 100 millions de pieds carrés. Le logiciel de BrainBox est unique, mais il a de puissants rivaux dans le domaine des capteurs et de l’automatisation pour le bâtiment, y compris des géants comme Amazon et Google.
Le système de refroidissement par eaux lacustres profondes d’Enwave est le plus grand système de refroidissement géothermique au monde. Il exploite les eaux froides du lac Ontario pour refroidir des bureaux, hôpitaux et autres bâtiments du centre-ville de Toronto. Ce système est également actif en hiver, où il récupère la chaleur non utilisée par les bâtiments pour en faire une chaleur bas carbone. Le système d’Enwave réduit la consommation d’électricité de 90 % par rapport aux sources conventionnelles. Une fois que l’eau a servi au refroidissement, elle est acheminée vers des unités de traitement pour ensuite desservir les robinets et les douches. Enwave devrait bénéficier de la popularité croissante des systèmes d’énergie de quartier. Mais les systèmes de refroidissement comme celui d’Enwave ne sont pas toujours possibles à mettre en place. Ils nécessitent de grandes quantités d’eau puisée en profondeur, et leur construction est coûteuse en capital et en main-d’œuvre.
Pour les Canadiens, le défi zéro émission nette est essentiellement lié aux voitures, aux camions et aux avions dont nous dépendons pour traverser notre vaste pays. Or, nos propres préférences peuvent être aussi puissantes que n’importe quelle technologie. Au cours des dix dernières années, les VUS ont représenté 40 % des immatriculations de véhicules neufs, et les camionnettes, 20 %.
Le transport est le plus grand émetteur de GES au Canada après le secteur pétrolier et gazier. À lui seul, ce secteur a relâché 186 millions de tonnes de GES dans l’atmosphère en 2019. Le transport de passagers génère un peu plus de la moitié de ces émissions, mais selon nos estimations, le pourcentage attribuable au transport de marchandises a augmenté trois fois plus vite depuis 2005.
Même si les Canadiens conduisent davantage et achètent de plus grands véhicules, les émissions liées au transport sont sur une pente descendante. Cette tendance découle en partie de l’augmentation des normes d’efficacité énergétique, et de l’apparition de véhicules électriques et de voitures partiellement électriques appelées hybrides. Les ventes de véhicules électriques représentent une part modeste, mais croissante, du marché. Elles sont principalement stimulées par les subventions gouvernementales et l’enthousiasme des premiers acheteurs.
Nous devons nous efforcer de généraliser les véhicules électriques de tourisme. Les véhicules hybrides et électriques n’ont représenté que 3,5 % des nouvelles immatriculations de véhicules légers l’an dernier. À titre de comparaison, ces mêmes véhicules ont suscité 75 % des nouvelles ventes en Norvège, où ils sont exonérés de droits d’immatriculation, mais aussi des taxes sur la valeur ajoutée et des droits d’importation qui représentent des sommes beaucoup plus élevées. Les décisions politiques, y compris les propositions du gouvernement fédéral visant à interdire les véhicules de tourisme à essence d’ici 2035, encourageront l’adoption de ces véhicules à l’échelle nationale. Pendant ce temps, le Canada devrait bénéficier des importants investissements réalisés par les constructeurs automobiles pour offrir des véhicules électriques plus variés au cours de la prochaine décennie.
Les moteurs électriques alimentés par batterie sont la solution à faible teneur en carbone la plus pratique pour remplacer les moteurs à combustion interne. Cependant, ils fonctionnent mieux dans les véhicules légers qui parcourent de courtes distances et n’ont pas besoin de se recharger fréquemment. Ils sont lourds et inefficaces pour les gros véhicules, et actuellement inenvisageables pour les avions. Les batteries sont un peu plus pratiques pour les gros navires comme les traversiers, mais elles limitent le poids qu’un navire est autorisé à transporter.
Le climat du Canada pose aussi des défis particuliers. Les batteries ont un rendement plus faible dans le froid. Donc pendant les hivers prolongés, les véhicules électriques doivent se recharger plus fréquemment. Le problème ne se pose pas trop pour les déplacements quotidiens, mais plutôt pour les longs voyages et le transport de marchandises sur de longues distances. En fin de compte, nous aurons besoin d’une nouvelle infrastructure et d’un changement de comportement, ainsi que d’une nouvelle chimie dans les batteries.
Les carburants de remplacement, solution provisoire
Selon BloombergNEF, la technologie des batteries continue de progresser et les prix se sont effondrés de 80 % depuis 2013. Pour l’instant, les camions lourds, les navires et les avions devront compter sur les biocarburants pour réduire leurs émissions. Ces carburants, généralement fabriqués à partir de matières végétales et animales appelées biomasse, ont un profil d’émissions qui peut être inférieur de 80 % à celui des combustibles fossiles traditionnels. La plupart des biocarburants ne peuvent remplacer entièrement les combustibles fossiles dans les moteurs existants : ils doivent être mélangés avec certaines quantités de carburant traditionnel pour éviter d’endommager les moteurs. Il existe un type de carburant appelé « carburant d’aviation durable », qui résulte généralement d’un mélange à 50-50 avec du kérosène ordinaire.
Des biocarburants plus avancés sont produits de la même façon que le diesel ordinaire, et peuvent servir de substituts complets. Leur utilisation est encore très limitée, et leur production peut être restreinte puisque ces carburants sont parfois fabriqués à partir d’huiles alimentaires usagées et de résidus de cultures qui ne sont pas toujours disponibles. Si nous faisons pousser un plus grand nombre de plantes pour produire des biocarburants, nous pourrions nous retrouver avec moins de terres pour cultiver de la nourriture. Et selon l’endroit où se trouvent les nouvelles cultures, nous risquons de détruire des puits de carbone stables comme les forêts.
Les piles à combustible à hydrogène, qui alimentent les moteurs électriques grâce à l’énergie transportée dans l’hydrogène liquide, pourraient être utiles au transport lourd dans le futur. Beaucoup espèrent que cette technologie pourra un jour transformer le secteur des transports. Pour le moment, il existe peu d’infrastructure soutenant la technologie en question, les camions ne sont pas encore construits à l’échelle avec ces moteurs, et il reste des problèmes techniques à résoudre.
Quels sont les coûts ?
Le Canada a la capacité de réduire fortement les émissions dans les secteurs où l’électrification est viable, par exemple en accordant des subventions et en investissant dans l’infrastructure pour encourager l’utilisation des véhicules électriques. Ce plan pourrait coûter cher. D’après les modèles de véhicules électriques actuels et la durée moyenne pendant laquelle les Canadiens détiennent des voitures neuves, le gouvernement devrait accorder des subventions d’au moins 300 $ par tonne de GES économisée pour rendre les véhicules électriques aussi abordables que les voitures à essence. Il lui en coûterait environ 20 milliards de dollars annuellement. Les progrès technologiques attendus dans le domaine des batteries, qui représentent près d’un tiers du coût d’un véhicule électrique, contribueront grandement à réduire ce coût. De meilleures infrastructures pourraient aider les gens à transporter des batteries plus petites et moins chères.
Là où l’électrification des transports n’est pas encore viable, les biocarburants pourraient combler l’écart. Toutefois, de nombreuses applications restent coûteuses : le carburant d’aviation durable coûte environ cinq fois plus cher que le kérosène, et son prix pourrait s’élever à 500 $ la tonne. Même si nous pouvions produire suffisamment de carburant d’aviation durable pour chaque vol, les coûts augmenteraient de 50 % pour les compagnies aériennes.
Le gouvernement estime que les efforts actuels feront baisser les émissions liées au transport d’environ 35 mégatonnes. Si les Canadiens investissaient 25 milliards de dollars de plus par an dans les technologies actuelles, 93 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées des émissions prévues dans les transports en 2030, ce qui nous rapprocherait de l’objectif zéro émission nette Toutefois, nous devrons intensifier nos efforts de recherche et de développement pour trouver de meilleures solutions aux autres problèmes causés par les émissions.
Les camions lourds dépendent des biocarburants pour réduire leurs émissions, car les batteries sont trop lourdes. Grâce à la technologie de charge ultra rapide mise au point par Gbatteries, à Ottawa, les camions pourraient transporter moins de batteries, puisqu’ils rechargeraient leurs batteries aussi vite qu’ils remplissent un réservoir d’essence. De plus, la société affirme que sa technologie évite un problème fréquent lié à la charge rapide : la dégradation de la batterie. Plusieurs entreprises en démarrage, d’Israël à l’Australie, cherchent aussi à introduire des solutions de charge rapide sur le marché. Alors que les concurrents se concentrent sur les nouveaux matériaux et la fabrication de batteries lithium-ion, GBatteries s’appuie sur un algorithme breveté pour la charge rapide.
Li-Cycle de Mississauga, en Ontario, est devenue la plus grande entreprise de recyclage de batteries lithium-ion en Amérique du Nord en seulement cinq ans. La société affirme que son processus de recyclage exclusif permet de récupérer 95 % des métaux essentiels à la fabrication de batteries – ce qui est bien plus que les technologies rivales –, afin d’éviter que ces métaux finissent dans une décharge. Les matériaux peuvent ensuite être réutilisés dans de nouvelles batteries. De plus, le procédé de Li-Cycle ne produit pas d’eaux usées et émet moins de carbone que les méthodes de recyclage conventionnelles. L’un de ses plus grands défis est de se préparer à une adoption généralisée des véhicules électriques.
Les producteurs de pétrole et de gaz ne sont pas les seuls grands émetteurs du Canada. Les moteurs de l’économie (l’exploitation minière et la production de ciment, pour n’en nommer que deux) nécessitent d’énormes quantités de chaleur et d’énergie. Par conséquent, ils émettent beaucoup de dioxyde de carbone. Leur production est essentielle à la vie quotidienne et au bien-être économique du Canada, puisque ces secteurs ont généré 16 % des exportations des cinq dernières années. Certaines parties de ce secteur ont fait d’énormes progrès depuis les années 1990, en partie grâce à des processus de fabrication plus propres. Mais compte tenu de l’accroissement de la demande mondiale de matières à faible teneur en carbone, il sera crucial que ces producteurs réduisent encore plus leurs émissions.
Au cours des dernières années, la stratégie du Canada visant à réduire les émissions de l’industrie lourde s’est concentrée sur divers prélèvements fiscaux comme la taxe carbone, et les augmentations graduelles plutôt que les mesures brutales ont été privilégiées. Les progrès sont lents. L’une des raisons est l’utilisation, par la plupart des entreprises, de combustibles fossiles relativement peu coûteux. Par exemple, il faut environ 900 tonnes d’acier pour fabriquer une éolienne de 5 MW, et la production d’une telle quantité d’acier génère près de 2 400 tonnes d’émissions de CO2. La technologie permettant d’utiliser de l’électricité ou un combustible de substitution dans ce processus serait beaucoup plus coûteuse, voire non viable sur le plan commercial.
De plus, de nombreuses industries génèrent des émissions qui font partie intégrante de la production. Par exemple, la fabrication de l’ammoniac utilisé dans les engrais azotés exige beaucoup d’énergie et génère des gaz à effet de serre lorsque l’hydrogène est extrait du gaz naturel pour être intégré au processus. Dans le cas du ciment, la décomposition du calcaire repose sur une réaction chimique entraînant l’émission de CO2. Ces émissions « inhérentes » au processus sont la raison pour laquelle le captage du carbone sera probablement nécessaire dans certaines circonstances.
Fabrication d’acier vert
L’aciérie traditionnelle consiste à fondre du charbon de haut rang avec du minerai de fer à très haute température dans des fourneaux alimentés aux combustibles fossiles, ce qui génère une grande quantité d’émissions.
Grand défi : comment fabriquer tout l’acier dont nous avons besoin pour les panneaux solaires et les autres technologies vertes en générant le moins d’émissions possible. La course est engagée pour résoudre ce problème dans des pays comme la Suède, où le premier chargement d’acier « vert » a été reçu cet été. Ce projet pilote, de même que d’autres qui se trouvent à différents stades de développement, intègre un processus qui remplace le charbon par de l’hydrogène pendant la première étape de la fabrication de l’acier. Le pouvoir de transformation de l’aciérie verte dépendra en grande partie des prix de l’hydrogène et de l’électricité à faible teneur en carbone dans les décennies à venir.
Selon le gouvernement fédéral, une lente hausse de la tarification des émissions industrielles, accompagnée de subventions en faveur de processus plus propres pendant la prochaine décennie, incitera les entreprises à éliminer seulement 16 mégatonnes de gaz à effet de serre. Or, 77 mégatonnes ont été produites en 2019. Des changements politiques plus marqués et de plus grands investissements seraient nécessaires pour accélérer l’adoption des technologies existantes. Les pompes à chaleur industrielles, par exemple, voire le chauffage électrique régulier, peuvent remplacer les combustibles fossiles dans certaines applications à basse et moyenne température, par exemple dans une partie de la production de papier. Le captage du carbone fonctionne bien pour les gaz d’échappement concentrés, notamment ceux qui émanent des usines d’engrais. Malgré son prix élevé, cette technique peut être appliquée à des processus plus coûteux comme ceux des cimenteries.
Si l’industrie et le gouvernement investissaient 4,4 milliards de dollars de plus par an dans les technologies actuelles, 35 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées des émissions prévues dans l’industrie lourde en 2030, ce qui nous rapprocherait de l’objectif zéro émission nette.
CarbonCure de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, injecte au béton du CO2 capturé afin d’obtenir un produit plus vert. Sa technologie pourrait aider le secteur du bâtiment, un émetteur important, à atteindre plus rapidement zéro émission nette. La quantité de béton produite selon cette méthode double chaque année. C’est pourquoi CarbonCure a reçu des financements de la part du fonds d’investissement Breakthrough Energy Ventures de Bill Gates, d’Amazon et d’autres investisseurs importants. Les gouvernements et les municipalités sont les principaux acheteurs de béton. La croissance de l’entreprise bénéficierait donc de politiques d’approvisionnement favorables au béton bas carbone.
MineSense Technologies de Vancouver aide les sociétés minières à trouver l’équilibre entre durabilité et la recherche de minerais à haute teneur. Sa technologie ShovelSense, adaptable aux équipements miniers existants, est basée sur des capteurs et un algorithme exclusif qui servent à évaluer le minerai au moment de son extraction, améliorer sa récupération et réduire les déchets. La technologie de MineSense est utilisée dans des mines au Canada, au Chili et au Pérou. La COVID-19 a restreint son accès aux sites miniers des clients, ce qui l’a obligée à se tourner vers les installations technologiques à distance.
Le Canada est un géant agricole qui exporte du blé, de l’orge, des légumineuses et d’autres produits alimentaires dans le monde. Le secteur a généré 2 % du PIB total du Canada et environ 5 % de ses exportations au cours de la dernière décennie, et il emploie plus de 300 000 Canadiens. Il est également responsable de près de 10 % des GES du Canada, soit l’équivalent de 73 mégatonnes. Il ne sera pas facile de les réduire. Les vaches, les porcs et les autres ruminants produisent du méthane lors de leur digestion, de sorte que les gaz qu’ils émettent sont difficiles à capter. Les engrais azotés, largement utilisés, sont nécessaires pour améliorer les rendements, mais représentent une source majeure d’émissions d’oxyde nitreux. Tout comme le méthane, l’oxyde nitreux a un plus grand pouvoir de réchauffement que le CO2.
Alors que la quantité d’énergie utilisée pour produire de la nourriture a chuté par dollar de production, l’augmentation de la production a éclipsé les gains d’efficacité. La quantité d’énergie utilisée dans l’agriculture a augmenté de 30 % entre 2008 et 2018, principalement sous forme de diesel pour la machinerie lourde.
Il est réjouissant de savoir que le Canada soutient la comparaison en ce qui concerne les émissions agricoles. Par exemple, dans le secteur de l’élevage, le pays se classe parmi ceux qui ont la plus faible intensité carbonique, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques.
L’inégalité des progrès dans l’agriculture est en partie due au fait que les émissions provenant des animaux et des terres (y compris celles qui sont générées après l’application d’engrais) ne sont pas assujetties à la tarification du carbone. De plus, les agriculteurs sont exemptés de la taxe fédérale sur le diesel utilisé pour alimenter l’équipement. Les exemptions existent avant tout parce que les efforts d’atténuation du carbone feront probablement grimper les prix des aliments. Ainsi, les exportateurs canadiens seront désavantagés par rapport aux partenaires commerciaux mondiaux qui n’appliquent pas une réglementation aussi stricte à l’égard de leurs agriculteurs.
Il pourrait être bon de changer la façon dont nous cultivons, par exemple en utilisant moins d’engrais. Les agriculteurs pourraient être encouragés à planter davantage de cultures de couverture, lesquelles sont semées après la récolte des cultures commerciales pour atténuer le tassement du sol et prévenir l’érosion. Les cultures de couverture peuvent aussi capturer plus de carbone dans le sol et empêcher les résidus d’azote de s’épandre dans l’atmosphère.
La refonte de la production animale et de la gestion du fumier pourrait entraîner les plus grandes réductions. Les installations intérieures pourraient être modifiées en vue de capter du méthane pour le transformer en biogaz. Cette solution pourrait s’appliquer à l’entreposage du fumier, autre source de méthane provenant du bétail. Elle est d’ailleurs déjà employée à petite échelle. De plus, une reproduction plus sélective et des changements dans l’alimentation du bétail pourraient amoindrir quelque peu la quantité de méthane générée par les ruminants.
L’abandon des combustibles fossiles sera également utile. De même que dans les autres bâtiments, les sources de carburant pour chauffer ou rafraîchir les installations agricoles peuvent être remplacées par des pompes à chaleur électriques. L’équipement agricole n’a pas encore été électrifié de manière généralisée, mais les progrès de la technologie des batteries pourraient faire avancer les choses. Les tracteurs électriques font leur entrée sur le marché, mais ce n’est pas encore le cas pour les moissonneuses-batteuses. Dans certains cas, comme pour les séchoirs à grains, l’électricité est plus difficile et plus chère à obtenir avec la technologie actuelle, mais cela reste faisable.
Il est important de se rappeler que tout comme les arbres, les plantes et les sols ont la capacité de stocker le CO2. Si elle est bien gérée, la prolifération des cultures alimentaires en milieu rural (ou urbain) offre donc la possibilité de séquestrer le carbone.
Une meilleure gestion de notre monde naturel pourrait influer sur les changements climatiques de manière tout aussi spectaculaire que le nettoyage des industries utilisant beaucoup de carbone. Une étude récente de Nature United, financée en partie par Techno nature RBC, a révélé qu’une meilleure protection des terres agricoles, forêts, zones humides et prairies du Canada pourrait aider à capturer 78 millions de tonnes de GES par année d’ici 2030, soit environ 10 % des émissions globales actuelles. Une grande partie de l’approche consiste à changer les façons de travailler dans les exploitations agricoles. L’agriculture régénératrice est un ensemble de pratiques agricoles, telles que la plantation de cultures de couverture pour améliorer la qualité des sols, qui tirent parti de la nature pour lutter contre les changements climatiques. Ces techniques visent à accroître la séquestration du carbone dans les sols, et elles présentent des avantages comme une plus grande résistance des exploitations agricoles à la sécheresse. D’autres pratiques, comme la plantation d’arbres entre les cultures et dans les pâturages, sont également prometteuses. Nature United estime que ces efforts pourraient aider à capturer jusqu’à sept mégatonnes d’ici 2030, même s’ils se limitent aux zones où les grandes machines ne sont pas utilisées.
Bien que certaines de ces réductions de GES puissent être réalisées moyennant des coûts relativement faibles, la plupart seront coûteuses et nécessiteront de nouveaux processus et dépenses en immobilisations. Par exemple, le modèle exhaustif des cultures de couverture montre que la moitié de cette réduction coûtera plus de 50 $ la tonne, ce qui dépasse le prix actuel du carbone. Nous estimons que la réduction des émissions du secteur à 43 mégatonnes, comparativement à 73 mégatonnes en 2019, coûtera jusqu’à 2,5 milliards de dollars par année.
SemiosBio Technologies, établie à Vancouver, offre un service d’agriculture de précision. Son réseau sans fil exclusif utilise l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle pour proposer aux agriculteurs une solution de gestion des cultures fondée sur les données. Son réseau d’Internet des objets est le plus important du secteur agricole, avec plus de 120 millions d’acres sous gestion, des États-Unis à l’Australie, en passant par l’Afrique du Sud. La société compte des centaines de concurrents, mais la plupart sont plus petits et se consacrent à un seul aspect de l’agriculture.
Une autre société de Vancouver, Terramera, est en train de mettre au point des outils agronomiques numériques pour appuyer et élargir la transition vers des pratiques agricoles régénératrices. Elle explore également une technologie de télédétection capable de mesurer la teneur en carbone du sol de façon fiable et peu coûteuse. Cette initiative pourrait jeter les bases d’un marché de crédits carbone dans le secteur de l’agriculture. La société a développé une technologie chimique exclusive, Actigate, qui vise à améliorer le rendement des intrants biologiques dans l’agriculture et à réduire l’utilisation des substances synthétiques.
On a exhorté les ménages à passer des voitures à essence et des chaudières au gaz aux véhicules électriques et aux pompes à chaleur. Mais beaucoup n’ont pas les moyens de faire de tels changements. Cependant, ils doivent savoir que les changements comportementaux peuvent aussi avoir un effet substantiel. Par exemple, si les déchets provenant des fruits, des légumes et des restes de nourriture étaient ramenés à des niveaux comparables à ceux de la viande et des produits laitiers, alors les émissions du Canada pourraient baisser de 4 millions de tonnes. En changeant notre façon de nous déplacer et de chauffer ou rafraîchir les espaces, et en utilisant avec parcimonie le ciment et les autres matériaux à forte intensité de carbone, nous réduirions les émissions de 1,7 milliard de tonnes dans le monde d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le total représente plus de 10 % des réductions que nous avons besoin de réaliser pendant cette période.
Le défi est d’amener les gens à changer. Un mode de vie bas carbone est plus coûteux, plus compliqué et moins confortable que le statu quo. Il peut paraître ardu d’amener 40 millions de Canadiens à accepter une vie quotidienne moins confortable. Pourtant, c’est avant tout une question de conception et d’innovation. Les jeunes d’aujourd’hui éclateraient de rire à l’idée de cesser de regarder YouTube parce que leurs parents doivent passer un coup de téléphone. Et télétravailler plusieurs fois par semaine était inconcevable pour les professionnels il y a à peine deux ans. Dans 10 ans, les amateurs de cuisine pourraient convoiter les plaques de cuisson à induction comme ils apprécient actuellement les cuisinières à gaz.
Chaque secteur a un rôle à jouer pour aider les consommateurs à prendre des décisions plus éclairées et plus propres. Voici comment, d’après nous, vous pouvez commencer.
Les entreprises devraient informer les consommateurs de l’incidence de leurs choix sur les émissions. Indiquer les émissions attribuables aux différentes options d’expédition, ou le coût environnemental de l’emballage pourrait influencer les choix des consommateurs.
Étiquetage obligatoire pour les décisions générant de fortes émissions. Pour les transactions immobilières, on pourrait exiger que les vendeurs divulguent les cotes d’efficacité énergétique et les émissions annuelles des habitations, afin que les acheteurs puissent comparer ces dernières en fonction des émissions et des coûts.
Financement moins cher pour les options plus vertes. Le secteur financier innove depuis longtemps de façon à favoriser le changement. La titrisation des prêts ou des prêts hypothécaires destinés à la rénovation de maisons et bureaux afin de les rendre plus écologiques pourrait tirer parti des marchés ESG afin de réduire les coûts, comme cela a été fait pour les prêts hypothécaires à plus grande échelle.
Rendre le transport vert plus agréable. Les métros sombres, les trains bondés et l’absence de pistes cyclables n’encouragent guère les citadins à se départir de leurs voitures. L’ajout de services dans les gares et les véhicules (Wi-Fi et magasinage, par exemple) pourrait accroître le nombre d’usagers. Il en va de même pour la construction d’infrastructures plus sûres : les pistes cyclables de Toronto, en particulier celles qui sécurisent l’accès aux lieux de travail, ont fait attirer beaucoup plus de cyclistes. L’obligation d’offrir un stationnement sécurisé pour les vélos et des bornes de recharge de vélos électriques dans les entreprises et les nouveaux immeubles d’habitation pourrait également être efficace.
Revoir la tarification de l’électricité. Inciter les consommateurs à utiliser moins d’électricité au moment où le coût de production est le plus élevé est la logique qui sous-tend la tarification selon l’heure de consommation dans certaines provinces. Élargir cette pratique à l’échelle nationale serait un bon début. Payer l’industrie pour qu’elle réduise la demande aux heures de pointe pourrait même être plus efficace.
Pendant des décennies, nous avons suivi une approche fragmentaire en matière de réglementation environnementale et de protection du climat. Résultat : les émissions ont augmenté de toute façon. Pour atteindre l’objectif zéro émission nette, nous aurons besoin d’un plan plus audacieux exigeant des changements pour les décennies à venir.
Dans les pages précédentes, nous avons décrit les voies que ce plan pourrait emprunter. Il faudra que tout le monde – propriétaires de maison, exploitants d’entreprises, scientifiques, personnes de métier qualifiées, enseignants, urbanistes – se penche sur la question. Mais en conclusion, nous aimerions nous concentrer sur le rôle que peuvent jouer les politiques publiques, avec huit idées pour amorcer le changement :
Une politique nationale d’électrification
Des incitatifs du gouvernement fédéral seront nécessaires pour améliorer les liaisons entre les réseaux provinciaux, harmoniser les réglementations et parvenir à une tarification cohérente. L’objectif est de doubler la production au cours des 30 prochaines années. Produire plus d’électricité propre demandera des choix difficiles, même avec une hausse du prix du carbone. Il nous faudra peut-être beaucoup plus d’énergie hydroélectrique et de lignes de transport pour l’acheminer vers les grands centres. Les solutions basées sur le nucléaire doivent rester sur la table. Et nous aurons besoin de capturer le carbone émis par les centrales au gaz, même si les solutions renouvelables et les batteries sont produites à une échelle commerciale. Ce qui sera essentiel : une plus grande coopération interprovinciale.
Une stratégie nationale pour les compétences vertes
L’innovation propre est vouée à l’échec si nous manquons d’ingénieurs pour déployer des systèmes de capture du carbone, ou d’entrepreneurs pour installer des pompes à chaleur. L’objectif est d’inculquer des compétences en écologie à 200 000 nouveaux travailleurs et de recycler 100 000 travailleurs actuels d’ici 2030. Une subvention fédérale pour emplois verts faciliterait le recyclage des employés actuels et les programmes provinciaux pourraient favoriser les changements de carrière. Les enseignants auront besoin de contenus de cours sur les technologies climatiques et sur les nouvelles compétences « vertes » destinées à la main-d’œuvre de demain. Et les agriculteurs devront améliorer leur capacité à mesurer la capacité des sols à stocker le carbone provenant de l’atmosphère.
Engagement à long terme en faveur de la tarification du carbone
Le gouvernement fédéral, les provinces et les grandes entreprises devraient réaffirmer l’intention du Canada d’augmenter le prix national du carbone d’ici 2030, afin de montrer au monde que cette question est aussi une priorité pour les Canadiens. Ottawa devrait également allouer une part importante (et clairement définie) des recettes publiques au développement et à l’adoption de technologies, et étudier l’incidence économique et la suffisance du prix à mesure qu’il augmente à 170 $ la tonne. Les groupes commerciaux et environnementaux doivent aider les gouvernements à aller de l’avant d’une manière qui profite à toutes les régions.
S’appuyer sur l’action climatique pour renforcer le commerce avec les États-Unis
Le Canada devrait engager des discussions bilatérales avec les États-Unis sur la politique climatique, en mettant l’accent sur les chaînes d’approvisionnement stratégiques, les produits énergétiques et les technologies de réduction des émissions. Les deux gouvernements devraient étudier la possibilité d’ajustements à la frontière pour le carbone qui seraient appliqués aux marchandises faisant l’objet de nombreux échanges commerciaux. Ils s’assureraient ainsi que les produits nord-américains ne sont pas désavantagés par les prix explicites ou implicites du carbone. D’une importance particulière : sécuriser la place du Canada dans la chaîne d’approvisionnement en VE, qui connaît une rapide croissance, en mettant l’accent sur la technologie des batteries et les minéraux essentiels. Une collaboration avec les États-Unis dans le domaine de la recherche peut aussi aider.
Une stratégie industrielle pour la capture, l’utilisation et le stockage du carbone
Le gouvernement fédéral et les principales provinces responsables des émissions industrielles devraient convenir d’un nouveau cadre pour le CUSC – essentiellement des technologies destinées à capturer les émissions pour les stocker dans le sol ou dans de nouveaux produits – comprenant des subventions à la recherche, des crédits d’impôt à long terme pour le stockage de carbone, et de nouvelles approches d’investissement public-privé. Problèmes critiques : droits clairs en matière de stockage géologique, permis pour les pipelines de CO2 et règlements souples, assortis d’échéances. Fait important, les communautés autochtones doivent jouer un rôle de premier plan dans ce prochain chapitre de l’énergie canadienne.
Plan d’action national en matière d’agriculture durable
Les émissions agricoles sont inhérentes à notre système alimentaire. Nous aurons besoin d’engrais azotés tant que nous cultiverons, et nous produirons du méthane tant que nous élèverons des bovins et des porcins. Il existe des moyens de réduire les émissions par rapport aux niveaux actuels sans pour autant faire baisser la production alimentaire. Cependant, fixer un prix pour les émissions agricoles peut entraîner une hausse inacceptable des coûts alimentaires. Une meilleure option : permettre la séquestration naturelle dans les exploitations agricoles – à partir de cultures de couverture et d’arbres, par exemple – afin de produire des crédits de carbone commercialisables. Pour y parvenir, les agriculteurs ont besoin d’un plus grand nombre d’équipements de surveillance des sols, de systèmes de données et de formations.
Priorité aux véhicules électriques (VE)
Les VE seront des gagnants évidents dans la transition, mais à moins que les coûts ne diminuent rapidement, leur adoption pourrait ne pas être assez rapide pour marquer une grande différence. Les avantages des véhicules électriques sont actuellement contrebalancés par l’anxiété liée à l’autonomie, le manque de bornes de recharge et les risques associés à un climat froid. Il sera utile de développer l’infrastructure et de prendre des engagements en faveur des véhicules électriques, ce qui comprend la proposition d’Ottawa de permettre uniquement la vente de véhicules à zéro émission d’ici 2035. Du côté de la production, le Canada peut faire davantage pour soutenir les chaînes d’approvisionnement nord-américaines en batteries, par exemple en investissant dans la capacité de raffinage et dans la fabrication de batteries au pays.
Une adaptation rapide
Le plan du Canada visant à rénover davantage de maisons doit être accéléré de toute urgence. Un bon début : programmes pour aider les propriétaires à gérer le processus perturbateur de recâblage ou de modernisation de leur maison. Des codes de construction zéro émission nette peuvent éviter d’avoir à rénover des constructions récentes. D’autres politiques, qui incluent le financement, peuvent aider les propriétaires à s’attaquer collectivement à de grands projets. Une stratégie nationale de rénovation pourrait également promouvoir les services d’aménagement collectif et soutenir les communautés qui veulent repenser complètement leur mode de chauffage, en prévoyant par exemple des modèles géothermiques centralisés. Besoin : rénover 4,5 millions de logements d’ici 2030.
Conclusion
Ce rapport fait valoir nos arguments en faveur d’une action climatique accélérée, avec des objectifs clairs et des occasions intéressantes. Malgré les défis, et peut-être un départ tardif, l’objectif zéro émission nette est à portée de main.
Pour y parvenir, nous devrons élargir notre approche en matière de mobilisation de capitaux et de souplesse réglementaire. Nous devrons imaginer de nouvelles façons d’évaluer les occasions, et investir dans ces occasions en exploitant le capital public et privé, en coordonnant les autorités fédérales et provinciales et en veillant à ce que les communautés autochtones jouent un rôle prédominant.
Les Canadiens veulent une réponse plus rapide et plus efficace au défi climatique, et les innovateurs canadiens ont prouvé qu’ils peuvent offrir des
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Durant des mois, nous avons discuté avec des experts des raisons pour lesquelles la créativité est un avantage concurrentiel. Vous trouverez des extraits de nos discussions tout au long de ce rapport.
La nouvelle aptitude « prisée »
Dans la décennie 2020, la créativité est « LA » nouvelle compétence recherchée.
Alors que la crise de la COVID-19 s’estompe et que la campagne de vaccination à deux doses bat son plein, les Canadiens retournent dans les lieux de travail, les cafés et les terrasses des restaurants. Palpable, l’enthousiasme présente une occasion précieuse : exploiter cette énergie pour repenser et reconstruire dans une nouvelle ère de créativité.
La pandémie a transformé l’économie et perturbé tous les aspects de notre vie. Elle a aussi engendré une remarquable vague de créativité.
À Winnipeg, par exemple, le propriétaire de la crèmerie Chaeban Ice Cream, Joseph Chaeban, réalisait son rêve d’enfance : fabriquer du fromage. Joseph vend maintenant ses produits artisanaux à des restaurants, des pâtisseries et des épiceries.
Lorsque le silence s’est abattu sur les stades sportifs, un adolescent, Elias Andersen, a lancé une technologie audio de nouvelle génération à Thornbury, en Ontario. « Hear Me Cheer » crée une atmosphère de foule en temps réel à partir des microphones des appareils mobiles des adeptes de sports. À ce jour, elle a servi lors de matchs de football universitaire et de soccer des ligues majeures.
La créativité devient de plus en plus importante dans de nombreux domaines outre ceux des arts, de la science et de la technologie. Entre le premier trimestre de 2020 et celui de 2021, les employeurs ont commencé à cibler des compétences plus créatives dans leurs offres d’emploi, notamment un esprit critique (+ 37 %) et de la souplesse (+ 20 %). Cette hausse est particulièrement marquée dans les secteurs des soins de santé, de l’éducation, de la vente et des services – des domaines qui ont été très affectés par la pandémie et (probablement) transformés à jamais.
« Il n’y a pas de commerce sans créativité. »
—Daniel Lamarre, chef de la direction du Cirque du Soleil
À vrai dire, tous les secteurs de notre économie, de la construction jusqu’au commerce de détail, sont susceptibles d’être propices à la créativité. Vous en doutez ? Voyez le secteur agricole, par exemple. Il s’est adapté aux incertitudes découlant des changements climatiques, des conflits commerciaux mondiaux et des pénuries de main-d’œuvre avec l’agriculture verticale, où les denrées alimentaires sont cultivées dans des entrepôts à proximité des centres-villes.
Maintenant que les gens recommencent à se rassembler – le catalyseur de créativité –, la prochaine décennie sera sûrement fertile en créativité. Depuis la pandémie, les individus peuvent profiter d’une économie de plus en plus décentralisée pour travailler, acheter, écouter et apprendre depuis n’importe où. Les grandes villes, les plus petites municipalités et les plateformes en ligne sont désormais sur un pied d’égalité. Le moment n’aura jamais été meilleur pour saisir une nouvelle idée et la réaliser.
Sous-titres disponibles en français.
D’ailleurs, une nouvelle ère de créativité s’amorçait déjà au moment de l’arrivée de la pandémie. Les éléments clés d’une quatrième révolution industrielle étaient réunis : l’automatisation et la numérisation. Les gens étaient libres de prendre plus de risques et les entreprises étaient davantage ouvertes à penser et à faire autrement. La réalité virtuelle, les voitures autonomes et les chirurgies à distance relevaient toutes de la science-fiction à une époque, mais elles sont maintenant réalité.
Selon des données de LinkedIn portant sur plus de 600 millions de professionnels et 20 millions d’emplois, la créativité était l’aptitude la plus recherchée en 2019 et 2020.
Nos recherches démontrent que la créativité sera une aptitude essentielle pendant la décennie 2020 : les idées qu’elle engendrera nous aideront à revenir en force, à reconstruire et à réinventer partout au Canada, à un rythme inégalé auparavant.
La pandémie nous a enseigné que les affaires ne se déroulent pas toujours de façon prévisible. Sur le plan organisationnel, les entreprises connaissent un roulement de personnel important. Les lieux de travail sont soit entièrement nouveaux, soit radicalement transformés depuis mars 2020. L’occasion est véritablement unique et historique, mais elle pourrait nous échapper.
Dans le présent rapport, nous nous entretenons avec certains des penseurs les plus créatifs du Canada — des dirigeants d’entreprises, des entrepreneurs, des éducateurs et des artistes — au sujet du potentiel créatif au Canada. Nous nous penchons sur l’intérêt croissant pour les aptitudes créatives dans les secteurs clés de l’économie canadienne, sur la valeur ajoutée (et souvent inattendue) des divers types de créativité, et sur les mesures souhaitables pour traduire la créativité en croissance économique au cours de la prochaine décennie.
Il n’y a pas une minute à perdre, alors que nous cherchons à résoudre certains des plus grands défis de notre époque : adapter les centres-villes, repenser la prestation des soins de santé et l’éducation, et s’attaquer à la crise climatique.
Dans Humains recherchés, un important rapport des équipes Leadership avisé et Services économiques RBC publié en 2018, nous avons décrit comment la technologie transforme la main-d’œuvre canadienne et dressé la liste des aptitudes requises pour les emplois de demain.
En raison de l’importance croissante de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, les emplois dans lesquels on accomplit des tâches routinières et répétitives sont les plus susceptibles de disparaître. Même les emplois dans des domaines imprévus seront transformés. Nos études ont démontré que les aptitudes les plus recherchées sont celles qui ne sont pas facilement reproduites par une machine – des aptitudes liées à des fonctions cognitives supérieures, comme l’écoute active, l’esprit critique et la résolution de problèmes complexes. La demande ne fera que croître pour ces aptitudes humaines liées à la créativité.
Les crises sont source de créativité
Ce ne sera pas la première fois qu’une crise stimule la créativité. On le constate au fil des différentes époques de l’histoire humaine.
Certains des plus grands progrès de l’humanité ont immédiatement suivi des périodes de crise dévastatrices, après que des perturbations majeures ont ouvert la voie à de nouveaux dirigeants et à de nouvelles idées. Un exemple : la Renaissance après la peste noire. Un autre exemple : les Années folles (décennie 1920) après la Première Guerre mondiale et la pandémie de grippe espagnole. Pendant ces crises, les gens ont acquis une meilleure compréhension des problèmes les plus pressants qui devaient être résolus. Par la suite, ceux qui s’étaient adaptés ont pu proposer de nouvelles façons de faire à un auditoire prêt à écouter.
Les crises sont source de créativité
Les pandémies ont, depuis toujours, généré des crises de société et perturbé les habitudes. L’ère post-pandémie se caractérise par une transformation radicale et une réorientation du pouvoir et des ressources.
Créativité = nouveauté et valeur
Nous démontrons que la créativité est stimulée en temps de crise et que les conditions sont réunies pour que la créativité propulse la reprise post-COVID au Canada. Le prochain défi consistera à mieux comprendre la nature de la créativité et à trouver comment l’alimenter chez les jeunes et dans l’ensemble de la main-d’œuvre au pays.
La créativité est source de nouveauté et de valeur.
Elle est un amalgame d’aptitudes et de capacités qui permettent de concevoir des idées innovantes et utiles. Nous en avons eu la preuve tout au long de la pandémie. Pensez aux travailleurs de la santé, aux enseignants ou aux artistes créatifs. Ils se sont tous adaptés dans un contexte difficile en adoptant des approches différentes et créatives.
Lorsque la formation est devenue virtuelle, Steve Massa, un enseignant de français de troisième année en Ontario, a décidé d’être créatif pour maintenir l’intérêt de ses élèves à leur table de cuisine. Il a lancé une chaîne YouTube intitulée « Monsieur Steve ». Il a emmené ses élèves en excursion virtuelle autour de Toronto et même jusqu’à Thunder Bay. Il a fait appel à des costumes, à des marionnettes et à son chat, toujours dans le but de rendre la grammaire française amusante.
« Nous avons un grand besoin d’imagination et de créativité pour résoudre les grands enjeux, qu’ils soient sur le plan social, des soins de santé ou des nouvelles technologies. Nous avons besoin d’esprits créatifs et de gestes créatifs pour rendre le monde meilleur. »
—Dr. Sara Diamond, présidente émérite, Université de l’ÉADO
Nous associons souvent la créativité aux gens, mais les organisations, les villes et même les pays peuvent être créatifs. En pratique, cela peut se traduire par un processus dans une industrie qui s’adapte ensuite à une autre. Prenez l’exemple de l’armée américaine, qui a étudié les méthodes de logistique et de planification du cirque Barnum & Bailey. Par ailleurs, la créativité peut prendre la forme d’une utilisation nouvelle et pratique de produits existants. Saviez-vous que Bill Bowerman, le cofondateur de Nike, a utilisé un gaufrier pour mouler une nouvelle semelle en uréthane et fabriquer la fameuse chaussure de course ?
De plus en plus, la créativité s’impose comme variable économique essentielle. Elle est reconnue comme une compétence capable de distinguer une personne dans son domaine, d’amener une entreprise à primer, voire même de créer un secteur. Exercée à plus grande échelle, la créativité offre à une société ou à une économie un potentiel d’impact décuplé sur le monde.
Pour stimuler la créativité, une mentalité d’ouverture aux nouvelles perspectives s’impose. Le Canada, un pays riche en immigrants, a l’occasion de prendre les devants et de faire preuve de créativité.
Soyons innovants, exploitons collectivement cette occasion à l’échelle du pays ! Le Canada, une puissance énergétique, pourrait ainsi alimenter le monde en énergie créative.
La plupart des jeunes Canadiens sont confiants à l’égard de leurs aptitudes créatives, mais pas autant qu’ils le sont pour d’autres aptitudes du 21e siècle.
Selon un sondage mené auprès de 15 000 participants au programme Objectif avenir RBC, les deux tiers (65 %) des jeunes de 15 à 29 ans ont un niveau élevé de confiance à l’égard de leurs aptitudes créatives au travail. Il y a toutefois place pour une créativité encore plus grande, comme en témoignent les chiffres : les répondants se sentent plus aptes à penser de façon critique (74 %), à collaborer (73 %) et à résoudre des problèmes (70 %) qu’à être créatifs.
Fait à noter, les jeunes femmes affichent un niveau de confiance élevé (74 %) à l’égard de leur aptitude à participer à des « séances de remue-méninges en groupe », comparativement aux jeunes hommes (64 %). Les jeunes qui ne sont ni aux études ni sur le marché du travail (40 %) sont ceux qui se sentent le moins à l’aise de « sortir des sentiers battus ».
Il semble donc qu’un apport de créativité dans l’éducation, en particulier, aurait une incidence majeure sur les autres secteurs clés au Canada.
Sous-titres disponibles en français.
Élan créatif sur le marché du travail canadien
Rien n’est tout à fait pareil après la COVID-19, y compris sur le marché du travail. D’après notre analyse, 21 % des Canadiens occupent un poste qui exige beaucoup de créativité. Cependant, cette tendance s’accélère à mesure que notre appétit pour la créativité augmente.
Sur le marché du travail, on constate une demande accrue pour les aptitudes et les outils qui alimentent la créativité. Entre le premier trimestre de 2020 et le premier trimestre de 2021, les employeurs ont insisté davantage, dans leurs offres d’emploi, sur les aptitudes associées à la créativité, notamment :
Esprit critique (+37 %)
Souplesse (+20 %)
Aptitude pour le travail d’équipe (+18 %)
Capacité d’apprendre (+15 %)
Aptitude pour l’amélioration continue (+12 %)
Aptitude pour la résolution de problèmes (+9 %)
Pensée stratégique (+8 %)
Trois secteurs canadiens, en particulier, exigent plus de créativité de la part des nouveaux employés : soins de santé, éducation, et vente et services. Ces secteurs, parmi les plus touchés par la COVID-19, subissent actuellement des transformations à grande échelle qui commandent beaucoup de créativité chez les travailleurs.
Soins de santé : Le nombre de postes affichés dans le secteur des soins de santé a augmenté de 36 % depuis février 2020, alors que les travailleurs de première ligne sont en forte demande, tout comme ceux qui peuvent aider à coordonner l’intervention en santé publique du Canada. Les offres d’emploi qui mentionnent la créativité sont en hausse de 125 %, alors que les postes de gestion des soins de santé (+79 % au premier trimestre de 2021) et de diagnostic (+67 % au troisième trimestre de 2020) nécessitent un plus haut niveau de compétence en matière de résolution de problèmes, d’esprit critique et de planification stratégique, en raison de la lutte à la COVID-19.
Éducation : Le nombre de postes affichés dans le secteur de l’éducation a augmenté de 39 % depuis février 2020. Le nombre d’offres d’emploi qui mentionnent la créativité a augmenté de 50 % en septembre 2020, puis de 30 % en janvier 2021, ce qui reflète le besoin d’idées nouvelles chez les enseignants, à mesure qu’on impose de nouvelles restrictions et que l’apprentissage en ligne prend de l’ampleur. La demande pour les administrateurs d’école a bondi (+167 % au premier trimestre de 2021), tandis que l’offre de postes liés à l’élaboration de politiques et de programmes en éducation a augmenté (+11 % au troisième trimestre de 2020), alors que les besoins en adaptabilité et en amélioration continue stimulent la demande pour les candidats créatifs.
Vente et services : Le nombre de postes affichés dans le secteur du commerce de détail a globalement chuté pendant les périodes de confinement. Cependant, le nombre d’offres d’emploi mentionnant explicitement la créativité a augmenté au cours de ces périodes, soit de 14 % en avril 2020 et de 20 % en janvier 2021. Les entreprises semblent avoir recherché ces compétences dans le but d’élaborer de nouveaux modèles de magasinage et de services, en raison des perturbations. Le besoin de faire les choses différemment s’est reflété dans les emplois à forte croissance, comme ceux de superviseur des services (+24 % au troisième trimestre de 2020) et d’acheteur de détail et de gros (+18 % au 1er trimestre de 2021), où les employeurs recherchent plus d’originalité, de compétences d’analyse et de capacité d’apprentissage.
À court terme, cela signifie que les personnes très créatives bénéficieront d’une plus grande mobilité et d’un plus grand choix d’emplois. À plus long terme, un nombre croissant de Canadiens devront développer leur créativité, car les milieux de travail accordent une plus grande priorité aux idées originales et à la pensée critique.
Sous-titres disponibles en français.
La créativité sera de plus en plus un avantage concurrentiel pour les individus, pour les entreprises, et même pour le pays dans son ensemble.
Les dirigeants créatifs de demain
Il n’y a qu’un seul Elon Musk – et c’est bien comme ça.
Quand on pense à des individus créatifs, on évoque souvent des visionnaires et des inventeurs qui ont marqué l’histoire, mais la créativité vit en nous tous. Elle se présente sous diverses formes, que ce soit dans le studio, le laboratoire, la salle de classe ou la salle de conseil.
Nos recherches nous ont permis de discerner quatre grands archétypes de créateurs, chacun jouant un rôle différent mais crucial dans notre société.
Le visionnaire
C’est la catégorie des Elon Musk. Le visionnaire imagine de nouveaux marchés, et il est prêt à courir d’énormes risques pour changer le monde. Il attire des disciples fidèles, même au-delà de son secteur, et il influence les goûts et les préférences des consommateurs. Pensons aux voitures électriques, qui sont passées en peu de temps de l’ombre à la lumière, pour devenir la tendance dominante dans l’industrie automobile ; voilà l’exemple par excellence de la touche du visionnaire.
L’instigateur
C’est le superhéros de son secteur. L’instigateur sait combiner des idées et déceler des lacunes et des occasions que les autres ne voient pas. Il sait créer des produits ou des offres de services entièrement nouveaux, qui transforment son secteur d’activité. Un exemple : Michele Romanow, titan canadien de la technologie, dont la jeune entreprise Clearco a perturbé le marché du crédit, et qui est maintenant le plus grand investisseur mondial en commerce électronique.
Le penseur
Cherchez un peu, et dans chaque milieu de travail, vous trouverez un penseur. C’est quelqu’un qui se démarque par son esprit critique et par son aptitude à cerner les défis et à les relever de façon novatrice. Dans les années 1990, Katalin Karikó, biochimiste de l’Université de Pennsylvanie, s’est consacrée à un domaine obscur : la recherche sur l’ARN messager. Quelques décennies plus tard, ses découvertes ont permis l’élaboration des vaccins Moderna et Pfizer contre la COVID-19.
Le battant
Vous avez besoin de quelqu’un pour concrétiser une idée ? Faites appel au battant. Personne ne sait mieux que lui évaluer les possibilités et mettre en œuvre les idées des visionnaires. Le battant est orienté vers l’action ; sans lui, de nombreuses idées ne verraient jamais le jour. Steve Jobs, cofondateur d’Apple, est le visionnaire qui a imaginé l’iPhone, mais ce sont les quelque 600 experts d’Apple spécialisés dans l’imagerie qui en ont mis au point les formidables fonctions photographiques.
« Pour être créatif, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, puis travailler avec soin pour élaborer son idée, la formuler de différentes façons et, finalement, en faire un prototype, selon le processus. »
—Janet Morrison, présidente, Sheridan College
Comment cultiver la créativité
La créativité a toujours été importante, mais elle compte probablement plus que jamais, alors que le Canada envisage l’après-pandémie et les défis à la fois excitants et effrayants des prochaines décennies, qui mettront notre nation à l’épreuve.
Au cours des derniers mois, nous avons parlé à certaines des personnes les plus créatives du Canada, pour savoir comment elles cultivent leur créativité, et comment les individus et les organisations peuvent maximiser leur potentiel créatif.
Voici quatre points à retenir :
1. La créativité peut être nourrie
La créativité est innée chez certaines personnes. Elle peut aussi être nourrie et développée.
Gil Moore, batteur du groupe rock Triumph et fondateur du Metalworks Institute, discerne les virtuoses – ceux dont le talent se développe à un rythme explosif, et dont la créativité semble couler de source –, et le reste de l’humanité, qui doit travailler de façon assidue pour atteindre un niveau comparable.
Célèbre dans le monde entier, le programme d’animation du collège Sheridan (Oakville, Ontario) est reconnu comme un haut lieu de créativité, mais sa présidente, Janet Morrison, rappelle qu’il est utile d’enseigner la créativité dans toutes les disciplines. Dans le programme de commerce du Collège, les étudiants apprennent la résolution créative de problèmes, qui consiste à clarifier la situation, à générer des idées, à élaborer des solutions, et à mettre en œuvre un plan.
Josie Fung, directrice générale du programme i-THINK de la Rotman School of Management de Toronto, est chargée de former des « résolveurs de problèmes prêts pour l’avenir ». Elle croit qu’il faut soumettre des problèmes concrets aux étudiants, puis leur donner l’espace nécessaire pour résoudre ces problèmes.
Quand Parcs Canada a sollicité l’aide des élèves du John Polanyi Collegiate Institute de Toronto, afin de résoudre un problème – comment attirer plus de visiteurs au Parc urbain national de la Rouge –, ces jeunes du secondaire ont d’emblée rejeté les affiches et les campagnes publicitaires classiques. Ils ont plutôt reformulé la question, en réfléchissant au rôle du parc dans la société. Cette approche a généré beaucoup plus de possibilités. Les élèves se sont dit : le parc pourrait-il devenir un centre de désintoxication ? Pourrait-il devenir un lieu pour soigner la maladie mentale ? Quatre ans plus tard, le Parc de la Rouge a conclu un partenariat avec Blue Door – un organisme sans but lucratif qui fournit du logement d’urgence aux sans-abri et aux personnes en crise – en vue d’offrir du logement abordable à même les terres de Parcs Canada.
2. Créer une culture où l’échec est permis
Shopify – l’entreprise canadienne dont la valeur est la plus élevée – accueille favorablement l’échec. Oui, vous avez bien lu !
« Nous avons créé un environnement où il est permis de prendre des risques, où la curiosité et l’initiative sont encouragées, et où il est possible de réagir », dit Brittany Forsyth, ex-chef des ressources humaines.
Comme l’explique la gestionnaire, ce genre d’environnement est fondamental, car la créativité ne se résume pas à un éclair de génie. Il s’agit plutôt de générer beaucoup d’idées, de vérifier les hypothèses et de faire des liens entre divers éléments, jusqu’à ce qu’apparaisse quelque chose de nouveau, soit l’idée originale qui vous distinguera de vos concurrents.
« Nous permettons aux gens de faire les choses essentielles que sont expérimenter, échouer et évoluer. Il est normal de dire que l’on avait tort hier et que l’on a raison aujourd’hui, de changer d’avis. »
—Brittany Forsyth, ancienne chef des talents de Shopify
Au Cirque du Soleil, les idées peuvent provenir de n’importe quelle division de l’entreprise. Il faut fournir l’espace nécessaire aux employés, et les encourager à exprimer leurs idées.
« Nous avons 5 000 paires d’yeux et d’oreilles au sein de l’entreprise, et nous encourageons notre personnel à nous faire part de ses découvertes, explique le Québécois Daniel Lamarre, directeur général du Cirque. Parfois, nous découvrons une idée attrayante en lisant un livre, en regardant un film, en écoutant une pièce de musique, ou encore en visionnant du contenu dans YouTube ou dans un média social. »
Conseil d’expert : Pour encourager leurs employés à essayer de nouvelles choses, les entreprises peuvent réorganiser l’horaire de travail, ou encore préciser leurs attentes dans les objectifs de rendement. De son côté, Shopify s’appuie sur des journées d’exploration (« hack days »), où tous les employés doivent interrompre leurs activités courantes et consacrer trois jours à un projet de leur choix, en général pour concevoir des programmes ou des solutions liés à un thème particulier. Le service Gmail de Google a été imaginé dans le cadre de la règle des 20 % de l’entreprise, qui permet aux employés de consacrer 20 % de leur temps à l’exploration de projets personnels, qui ne produisent pas nécessairement de dividendes immédiats, mais qui peuvent ultérieurement donner lieu à des percées spectaculaires.
3. La créativité est stimulée par les contraintes stratégiques
Même si cela peut paraître contre-intuitif, les limites imposées peuvent en fait dynamiser la créativité.
« Nous pensions au départ qu’il fallait laisser entièrement libre cours aux étudiants pour favoriser leur créativité, dit Josie Fung en parlant du programme i-THINK. En fait, ce qu’on nous a dit, c’est qu’en structurant davantage le programme, en imposant quelques contraintes, nous favoriserions la créativité. »
Les personnes créatives sont à l’aise avec l’ambiguïté, mais elles cherchent aussi à lui donner un sens en y accolant leur propre structure, selon Tom Waller, scientifique en chef de Lululemon, dont le siège social est à Vancouver.
« Nous recherchons avant tout des gens capables de composer avec l’ambiguïté et de formuler des idées à partir d’une page blanche. Et parfois, un simple griffonnage se transforme progressivement en quelque chose de valable », conclut Tom Waller.
Conseil d’expert : Selon Ajay Agrawal, chef du Creative Destruction Lab de l’Université de Toronto, il est assez simple de définir certaines contraintes pour stimuler la créativité. Premièrement, il s’agit d’établir des objectifs précis : quel est le problème à résoudre ? Deuxièmement, il faut s’assurer de fournir les ressources nécessaires – temps, argent, etc. – à l’exploration des solutions potentielles. Troisièmement, il faut reconnaître et mesurer les progrès accomplis.
4. La créativité est un sport d’équipe
Autrefois, la créativité était l’affaire d’inventeurs travaillant en solo. Par exemple, Léonard de Vinci et les autres génies de la Renaissance étaient des esprits universels qui excellaient dans plusieurs domaines.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui, comme l’explique Ajay Agrawal.
Puisque la science et la technique sont de plus en plus complexes, il faut, pour vraiment comprendre les limites d’un domaine, s’appuyer sur la collaboration entre divers spécialistes. »
« À mon avis, tous peuvent jouer un rôle dans le processus créatif. Ce peut être un rôle différent, mais il y a de la place pour tous dans ce processus. »
—Ajay Agrawal, chef du Creative Destruction Lab de l’Université de Toronto
Cela nous ramène aux archétypes de créateurs : même si vous disposez d’un visionnaire et d’un instigateur pour défendre une idée, il vous faudra aussi un battant pour la mettre en œuvre. Il s’agit de déterminer les compétences nécessaires pour produire le meilleur résultat possible, puis de réunir et de former les personnes capables de réaliser les objectifs établis. Il peut être nécessaire de ratisser large pour trouver des personnes de formation et de culture diverses, capables de mettre à profit leurs expériences et leurs connaissances complémentaires. On peut aussi envisager de conclure des partenariats avec des entreprises d’autres secteurs ou avec des organismes communautaires.
Une nouvelle période axée sur les idées
À l’amorce des années 2020, le Canada fait face à des défis considérables. La pandémie a révélé diverses lacunes importantes dans notre société : la structure précaire de nos centres de soins de longue durée ; le fardeau disproportionné qui revient aux femmes dans la garde des enfants ; les disparités raciales en matière de santé et de conditions économiques ; et la difficulté de coordination nationale des interventions d’urgence. Désormais, nous ne pouvons plus détourner le regard. Nous devons plutôt, d’un nouvel œil, nous ouvrir aux nouvelles possibilités qui s’offrent à nous, comme la télésanté, la formation à distance et les horaires de travail flexibles – et aux nouveaux talents que nous pouvons attirer. Nous ne faisons qu’amorcer une transformation créative profonde de notre économie et de notre société. La pandémie de COVID-19, comme d’autres crises qui l’ont précédée, a bouleversé notre conception du monde en forçant la société à se réorganiser et à envisager de nouvelles expériences. En prônant le caractère essentiel de la créativité dans nos écoles et dans nos milieux de travail, nous pouvons amorcer une nouvelle période axée sur les idées, afin de résoudre les problèmes les plus pressants du Canada.
À propos des auteurs
Trinh Theresa Do est responsable du développement stratégique au sein de l’équipe Leadership avisé et services économiques, et mène à l’occasion des activités de production de balados, de recherche et de rédaction. Auparavant, elle a exercé les fonctions de conseillère stratégique auprès des membres de la Haute direction de la division Services bancaires aux particuliers et aux entreprises. Avant de se joindre à RBC, Mme Do a été journaliste politique sur la scène nationale à CBC News et a cofondé un organisme sans but lucratif favorisant l’engagement communautaire grâce à l’innovation technologique.
Sonya Bell s’est jointe à l’équipe Leadership avisé et Services économiques RBC en 2018, à titre de première directrice, Diffusion de contenu. Elle a exercé précédemment la fonction de rédactrice principale pour l’ancien premier ministre de l’Ontario. Auparavant, Mme Bell a travaillé dans le domaine du journalisme en tant que productrice à CBC et de journaliste affectée à la politique fédérale pour iPolitics. Entre la colline du Parlement et Queen’s Park, elle a été scénariste de l’émission This Hour Has 22 Minutes durant deux saisons.
Andrew Schrumm a assumé le rôle de chercheur principal au sein de l’équipe Leadership avisé RBC. À ce titre, il a examiné les conditions à créer pour faire du Canada un pays diversifié, innovateur et durable à l’aube des années 2020. Il a dirigé le projet de recherche de RBC sur les aptitudes de l’avenir, qui traitait de la mobilité professionnelle axée sur les aptitudes, de l’apprentissage continu et des possibilités d’automatisation dans l’économie canadienne.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
La découverte de tombes anonymes d’enfants autochtones sur les terrains d’anciens pensionnats canadiens est un rappel douloureux de notre histoire et souligne bien la nécessité de continuer à mettre l’accent sur la vérité et la réconciliation. L’oppression systémique exercée durant des siècles a toujours des répercussions sur la vie des peuples autochtones. Ce rapport se tourne vers la prochaine décennie et présente certaines mesures favorables à la réussite de la nouvelle génération d’Autochtones dans le contexte économique en constante évolution.
Principaux résultats
Depuis que la Commission royale sur les peuples autochtones a demandé un nouveau partenariat entre les peuples autochtones et les autres Canadiens, il y a 25 ans, la population autochtone a augmenté de 750 000 personnes.
La cohorte des jeunes Autochtones est celle qui croît le plus rapidement au Canada. Plus précisément, elle grandit quatre fois plus vite que la population non autochtone. À ce rythme, elle représentera 45 % de la population autochtone d’ici 2030.
La cohorte des jeunes Autochtones compte pour 7 % des jeunes dans tout le Canada, mais elle avoisine le tiers au Yukon, au Manitoba et en Saskatchewan, les 60 % dans les Territoires du Nord-Ouest et 95 % au Nunavut.
Si le taux d’obtention de diplôme d’études secondaires s’améliore chez les Autochtones, seulement 45 % des Canadiens autochtones de 24 à 35 ans ont une attestation d’études postsecondaires, par rapport à 71 % des Canadiens non autochtones.
Presque deux emplois sur trois occupés par des travailleurs autochtones sont menacés par un remaniement des compétences : les données, la robotique et les technologies de pointe sont en train de transformer des secteurs dont dépendent de nombreuses collectivités, par exemple les métiers spécialisés.
D’après un sondage d’Objectif avenir RBC, les jeunes Autochtones ont moins confiance en leur savoir-faire numérique que les jeunes non autochtones, même s’ils utilisent fréquemment des appareils numériques. L’écart entre les deux est de 13 points de pourcentage.
L’expansion rapide d’Internet haute vitesse à large bande et un accès élargi aux outils numériques seront essentiels pour que les jeunes Autochtones puissent profiter de l’économie décentralisée post-pandémie et saisir les occasions qui naîtront dans les services de santé et d’éducation en ligne, le commerce électronique, et l’exploitation minière, la foresterie et l’agriculture adaptées au numérique.
Les grands enjeux d’un avenir où tout va plus vite
Au cours des dix prochaines années, ce sont 750 000 jeunes Autochtones qui termineront leurs études et commenceront leur carrière. De quoi auront-ils besoin pour réussir dans l’économie canadienne des années 2020 ? Les technologies de pointe transforment le pays, secteur par secteur. De l’exploitation minière à la foresterie, en passant par le commerce de détail et le divertissement, la demande d’aptitudes numériques s’accélère, venant perturber les méthodes et les emplois traditionnels. Le capital financier avait l’habitude d’être considéré comme le principal moteur de développement économique. Mais on sait aujourd’hui qu’il faut allier les capitaux avec la technologie et les compétences. Nous tentons continuellement de comprendre les défis auxquels sont confrontés tous les jeunes Canadiens en matière de compétences. Dans le présent rapport, nous examinons le capital humain et les aptitudes nécessaires pour que les jeunes Autochtones puissent réussir dans une économie hautement technologique.
Dans les 18 derniers mois, les groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC se sont entretenus avec des jeunes, des enseignants, des employeurs et des dirigeants de collectivités autochtones pour évaluer les occasions et les obstacles à venir. Est-ce que cette nouvelle génération sera prête à tirer parti de la quatrième révolution industrielle ? Notons que ces entretiens ont commencé en personne, puis se sont poursuivis en ligne à cause de la pandémie de COVID-19. D’ailleurs, la crise nous a amenés à réorienter nos conversations. Des jeunes Autochtones de partout au Canada nous ont raconté comment ils se sont adaptés à l’apprentissage en ligne, ont amélioré leurs compétences techniques, et ont tenté de trouver leur place dans l’avenir numérique qui se dessine tout autour d’eux : un monde où les télécapteurs, les véhicules automatisés et l’intelligence artificielle sont légion. Leur vision d’eux-mêmes est celle d’un pont permettant d’amener aptitudes numériques, occasions économiques et prospérité à leurs familles, à leurs pairs et à leurs collectivités.
« Je pense qu’il faut absolument en savoir plus sur les ordinateurs, les logiciels et l’intelligence artificielle pour décrocher un bon emploi parce que tout est en train de devenir numérique. »
-Shanialyn Suggashie, 23 ans, Première nation de Pikangikum, Ontario
Pour savoir ce que l’avenir peut offrir, il faut tenir compte du chemin déjà parcouru. Les générations de jeunes Autochtones ont été confrontées à des obstacles uniques les empêchant d’avoir accès à des occasions et, souvent, elles ont été repoussées vers la périphérie de la vie économique. Dans nombre d’endroits, des besoins urgents (eau potable, logement convenable et éducation comparable) attendent toujours d’être comblés. RBC tient à ce que la réconciliation se poursuive ; depuis plus de 25 ans, elle fait équipe avec des peuples et des collectivités autochtones dans le cadre d’initiatives visant à entraîner de réels changements. Et ce n’est pas terminé. Dans le présent rapport, nous nous sommes concentrés sur l’orientation de l’économie en général et sur les changements qui, selon nous, devront s’opérer pour que les jeunes Autochtones puissent profiter des occasions que les années 2020 auront à offrir.
La réussite de ces jeunes sera déterminante pour le succès du Canada, de même que pour la poursuite de la réconciliation jusque dans les années 2030.
Un dialogue continu dans tout le pays Voilà plus de 25 ans que le public réclame un meilleur accès à l’éducation et à la formation pour les peuples autochtones. La Commission royale sur les peuples autochtones (1996) a recommandé une meilleure intégration études-travail par des programmes adaptés à la réalité de ces collectivités ; l’Accord de Kelowna (2005) a visé à investir 1,8 milliard de dollars pour accroître le taux d’obtention de diplôme d’études secondaires ; et la Commission de vérité et de réconciliation (2015) a réclamé que l’écart de scolarisation soit complètement résorbé en une génération.
Le score
Avantage : les jeunes
De 2006 à 2016, la population autochtone du Canada a augmenté de 42,5 %.
L’âge médian des Canadiens autochtones est de 29 ans, contre 41 ans pour l’ensemble des Canadiens.
Quelque 45 % des Canadiens autochtones de 24 à 35 ans ont une attestation d’études postsecondaires, comparativement à 71 % des Canadiens non autochtones.
La participation à l’économie s’améliore
Au Canada, on compte 25 ententes sur l’autonomie gouvernementale auxquelles participent 43 collectivités autochtones, et d’autres ententes sont en cours de négociation.
L’écart entre le revenu médian des Canadiens autochtones et celui des Canadiens non autochtones a diminué, passant de 33 % à 25 % de 2005 à 2016.
En 2016, plus de la moitié des Autochtones du Canada vivaient en milieu urbain.
L’économie autochtone contribue au PIB du Canada à hauteur de 33 milliards de dollars. Cette contribution pourrait atteindre 100 milliards de dollars si elle correspondait au niveau global par habitant.
Besoin de plus de connectivité
Dans les collectivités autochtones, seulement 24 % des ménages ont accès à une connexion Internet haute vitesse de qualité.
L’objectif d’Ottawa est de brancher 98 % des Canadiens à Internet haute vitesse d’ici 2026, et 100 % des Canadiens d’ici 2030.
On s’attend à ce que les deux tiers des emplois détenus par des travailleurs autochtones exigent une tout autre combinaison de compétences dans l’avenir.
La demande d’aptitudes dans les technologies émergentes (apprentissage automatique, robotique, réalité augmentée et virtuelle, chaînes de blocs, Internet des objets) a augmenté de 36 % en 2019.
La grande réorientation des compétences
Si vous allez à Meadow Lake, en Saskatchewan, vous verrez des travailleurs en train de préparer le terrain et d’installer des canalisations et des câbles, dans le cadre d’un projet de bioénergie mené par des Autochtones qui, un jour, fournira de l’énergie propre au réseau de SaskPower. À Yellowknife, la joaillière Tania Larsson crée de nouveaux bijoux pour ses 17 300 abonnés Instagram. Plus à l’est, à l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, la Première Nation de Membertou exploite sans relâche un centre de données de renommée mondiale qui offre des services de stockage et de récupération.
La quatrième révolution industrielle avait déjà commencé à changer nos façons de travailler et de vivre. L’essor des activités en ligne est venu perturber les entreprises et les secteurs établis et nous a forcés à repenser l’éducation et la formation. La pandémie n’a fait qu’accélérer ce virage. Bien sûr, ce ne sont pas tous les jeunes Canadiens qui deviendront programmeurs ou spécialistes de l’apprentissage automatique. C’est plutôt le signe que les connaissances de base nécessaires pour avoir un emploi comprennent désormais les aptitudes requises pour travailler avec des outils numériques et d’autres technologies de pointe comme les drones, la robotique et l’Internet des objets. Et les attentes vont croissant. Ces changements nous concernent tous. Or, ils représentent des défis uniques pour les peuples autochtones, des défis susceptibles d’influer sur leurs progrès socioéconomiques, leurs occasions et leur chance de participer davantage à l’économie canadienne au cours des prochaines années.
Dans notre rapport de 2018 intitulé Humains recherchés, nous avions dressé la liste des aptitudes qui prépareraient les jeunes Canadiens à réussir dans les milieux de travail de demain. Nous avions conclu que cette réussite dépendait de deux choses : les aptitudes requises pour travailler avec les autres (ce que nous avons appelé les aptitudes fondamentales) et les aptitudes nécessaires pour travailler avec la technologie (ou aptitudes numériques). Si les aptitudes fondamentales comme la réflexion critique et la communication ont toujours été importantes, ce sont les aptitudes numériques qui permettront aux jeunes de travailler avec la technologie, au lieu de rivaliser contre elle tandis qu’elle envahit le marché du travail.
Dans ce plus récent volet de l’aventure Humains recherchés étalée sur trois ans, nous avons concentré notre recherche sur les jeunes Autochtones. Ces jeunes sont moins nombreux que les personnes non autochtones à occuper un emploi qui exige des aptitudes axées sur l’avenir telles que la réflexion critique et la compréhension de lecture. De plus, près de deux emplois sur trois détenus par des travailleurs autochtones exigeront une tout autre combinaison de compétences dans l’avenir. Les sociétés minières auront besoin de moins de camionneurs, mais de plus de personnes pour contrôler à distance des camions sans conducteur ou pour les programmer, les entretenir et les réparer. Les infirmières des collectivités éloignées devront utiliser des outils numériques pour communiquer avec des médecins qui se trouveront à des centaines de kilomètres de distance.
Le virage numérique bouleverse des secteurs où les peuples autochtones se sont bâti des carrières, dont les métiers spécialisés, les ressources naturelles et l’agriculture, et la vente et le service (consultants, réparateurs, etc.). D’un autre côté, il fait naître des occasions d’emploi importantes, mais où l’avancement professionnel est lent, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation.
On s’attend à ce que l’automatisation et l’humanité revêtent une plus grande importance dans les années à venir, et à une nouvelle ère créative jetant un pont entre elles. Les jeunes Autochtones sont-ils prêts ?
Commençons par la bonne nouvelle. Les jeunes Autochtones ont confiance en leurs aptitudes fondamentales. C’est ce qu’ont révélé des sondages d’Objectif avenir RBC menés en ligne de 2019 à 2021 auprès de milliers de participants au programme, dont 2 000 jeunes Autochtones de 15 à 29 ans, que l’on a interrogés sur le perfectionnement de leurs compétences. Les répondants qui ont donné une note d’au moins 7 sur 10 à leurs aptitudes sont considérés comme étant « confiants ».
De la pensée critique à la communication et à la collaboration, les jeunes Autochtones et non autochtones ont attribué des notes comparables à leurs aptitudes.
C’est toutefois sur le plan des aptitudes numériques qu’il y a un fossé. En effet, le sondage a révélé un écart de 13 points de pourcentage entre jeunes Autochtones et non autochtones en matière de littératie numérique. L’écart est surtout prononcé chez les répondants qui sont toujours à l’école et il diminue à mesure que les jeunes gagnent de l’expérience de travail.
Le manque de confiance concerne surtout la littératie numérique : les jeunes Autochtones ont l’impression qu’ils ne possèdent pas vraiment les compétences de base en technologie lorsqu’ils arrivent en milieu de travail
Pourcentage de répondants ayant évalué leurs compétences à plus de 7 sur 10
Source: Sondage Objectif avenir RBC
« J’ai confiance en mes habiletés numériques. Mais je pense que le fait de vivre dans une région plutôt rurale pourrait me limiter dans mes perspectives de carrière, car les gens sous-estiment mes compétences. »
-— Shelby Anderson, 22 ans, Gift Lake Metis Settlement, Alberta
Pour combler les écarts, il faut commencer par le commencement. Le fait est qu’une grande partie du Canada rural et du Nord canadien n’a pas encore accès à Internet haute vitesse, ce qui limite les activités en ligne de nombreux Autochtones. En 2017, le CRTC a découvert que, dans les collectivités des Premières Nations, environ 24 % des ménages avaient accès à Internet haute vitesse, contre 97 % des ménages en milieu urbain et 37 % des ménages en milieu rural. Chez les Autochtones âgés de 15 ans et plus, 76,4 % utilisent quotidiennement Internet ; dans l’ensemble de la population canadienne de la même tranche d’âge, ce taux s’élève à 91 %.
« Dans ma communauté, environ deux personnes sur dix ont accès à Internet haute vitesse… Beaucoup de gens utilisent leurs données téléphoniques pour se connecter à Internet. Mais sans Internet haute vitesse, c’est long et difficile d’accéder aux sites Web et de participer à des appels Zoom. »
-Jaden Harper, 17 ans, Premières Nations de Garden Hill, Manitoba
Combler l’écart permettrait aux jeunes Autochtones d’accroître leur maîtrise de la technologie et leur potentiel de revenu à long terme : il a été démontré que l’amélioration des habiletés numériques est liée à une augmentation de la rémunération pouvant atteindre 36 % pour les travailleurs autochtones. Par ailleurs, l’inaction coûte cher : les travailleurs autochtones sont sous-représentés dans les secteurs de technologie de pointe. Seul 1,2 % des employés de ces secteurs s’identifient comme Autochtones. En juin 2020, d’éminents représentants des secteurs de la technologie, de l’innovation et de l’industrie de pointe ont créé la Coalition of Innovation Leaders Against Racism (CILAR). Cette coalition se donne pour mission d’aider les personnes noires, autochtones et de couleur à intégrer le secteur de l’innovation en privilégiant cinq grands axes : le perfectionnement des compétences des jeunes, les occasions d’emploi, le capital de risque et le soutien à la création d’entreprises, l’investissement et le financement, et le leadership communautaire.
Le risque est de voir les jeunes Autochtones globalement sous-représentés, car le numérique fait aujourd’hui partie intégrante de tous les secteurs d’activité. Comme l’ont révélé nos tables rondes et nos entrevues, de nombreux jeunes sont conscients que des connaissances de base comme l’utilisation du courriel et du traitement de texte ne suffisent pas à trouver un bon emploi, et ils sont frustrés par l’absence de possibilités d’apprentissage.
« J’ai appris l’informatique par moi-même. »
-Selynn Gibeault-Plain, 17 ans, London, Ontario
Laissés à eux-mêmes, beaucoup de jeunes se forment seuls à l’utilisation des outils numériques et perfectionnent leurs compétences par des moyens créatifs et non traditionnels. Sur TikTok, Shina Novalinga (@shinanova), une étudiante collégiale inuite, partage de courtes vidéos de ses chants de gorge avec ses 2,3 millions d’abonnés. Theland Kicknosway, défenseur de la jeunesse et danseur de cerceaux autochtone, a fait appel à ses abonnés Instagram (@the_landk) pour recueillir de l’argent pour les femmes, jeunes filles et personnes bispirituelles disparues ou assassinées.
Ces exemples montrent que les jeunes Autochtones joueront un rôle de trait d’union essentiel entre leurs collectivités et l’ère numérique. Imaginez tout ce qu’ils pourraient faire de plus avec les bons outils… En août 2020, alors que l’apprentissage en ligne était devenu la norme en raison de la pandémie de COVID-19, le groupe De Beers a fait don de 117 ordinateurs portables neufs à des écoles de sept collectivités autochtones des Territoires-du-Nord-Ouest et de 10 ordinateurs remis à neuf à la Yellowknife Public Library (bibliothèque municipale de Yellowknife). D’autre part, dans le cadre de l’acquisition de Shaw, Rogers s’est engagée à investir un milliard $ dans le Fonds Rogers pour la connectivité rurale et autochtone et a déclaré que l’entreprise consulterait les collectivités dans le but de créer des fournisseurs de services Internet autochtones.
L’optimisme à l’égard de l’avenir est l’une des principales caractéristiques des tables rondes et du sondage, et près de 40 % des personnes interrogées ont dit être optimistes quant à l’atteinte de leurs objectifs. De nombreux jeunes envisagent de déménager dans une nouvelle ville et de fréquenter un établissement d’enseignement postsecondaire pour développer leurs habiletés et créer des conditions propices à une carrière professionnelle réussie.
« Une des décisions les plus difficiles que j’ai prises a été d’aller vivre en ville et de poursuivre mes études. »
-Logan Mason, 18 ans, Winnipeg
Dans le cadre de cette transition, les jeunes sont à la recherche de mentors. Leur tâche est compliquée par le fait que beaucoup de jeunes ne voient pas les Autochtones dans les rôles auxquels ils aspirent compte tenu de l’évolution rapide de l’économie – mais lorsque ces mentors existent, ils peuvent jouer un rôle crucial dans le développement personnel et spirituel des jeunes Autochtones et aider la nouvelle génération à atteindre ses objectifs.
« Ce qui m’aiderait à bien terminer mes études et à amorcer ma carrière, c’est un meilleur accès à Internet, un mentor, ou une personne qui serait là pour moi. »
-Gwendolyn Grimoldby, 17 ans, Ingersoll, Ontario
Les expériences professionnelles positives en début de carrière renforcent la confiance des jeunes Autochtones : le sondage Future Launch révèle que les jeunes employés autochtones sont encore plus confiants en leurs capacités de communication, de collaboration et de réflexion critique que leurs homologues non autochtones. On notera plus particulièrement que les jeunes employés autochtones se considèrent plus persévérants (ou capables de bien gérer le stress) que les jeunes non autochtones, avec un taux de 76 %, contre 69 % pour ces derniers.
Les habiletés de base ne peuvent être négligées
La littératie et la numératie – les grands facteurs d’égalisation en termes de revenu – sont moins présentes dans les collectivités autochtones.
Nos rencontres avec des employeurs autochtones ont mis en exergue l’importance de travailler pour les jeunes Autochtones, non seulement pour qu’ils puissent acquérir et perfectionner leurs compétences professionnelles, mais aussi – et surtout – ces compétences de base. Leona Baptiste, directrice du service des Ressources humaines de l’Osoyoos Indian Band Development Corporation, indique que leurs difficultés de lecture empêchent de nombreux jeunes de décrocher un premier emploi et de gravir les échelons.
Les employeurs peuvent jouer un rôle clé en ce qui concerne l’apprentissage des compétences de base et des habiletés fondamentales durant la transition des jeunes vers le monde du travail. Ils peuvent aussi reconnaître tous les types d’apprentissage de cette génération émergente de jeunes Autochtones – formations en milieu de travail, certificats en ligne et connaissances acquises sur le terrain – pour les aider à combler l’écart en matière de rendement.
Tirer parti du potentiel des métiers spécialisés
Les revenus et la représentation des travailleurs autochtones de tous âges se sont accrus dans les métiers spécialisés et du transport. Ce phénomène s’explique par leur relation étroite avec le secteur canadien des ressources naturelles. Les jeunes Autochtones et non Autochtones suivent des formations menant à des métiers « Sceau rouge » dans des proportions quasi identiques. Toutefois, les apprenants situés dans des réserves n’ont pas accès aux formations au même rythme que les jeunes situés hors des réserves et n’ont souvent pas accès aux cours en salle de classe, où les compétences émergentes sont abordées. Les métiers spécialisés sont de plus en plus influencés par le numérique et il est essentiel de rester à jour dans ce domaine. Les plans imprimés sont chose du passé et les schémas de projet sont le plus souvent partagés sur des tablettes. Les engins de construction routière sont guidés par GPS. Et les lunettes intelligentes permettent de former les futurs électriciens et soudeurs à l’aide d’instructions visuelles et de mesures instantanées.
L’innovation technologique autochtone au fil des décennies
Les chefs de file du numérique de demain
Nous avons évoqué les défis et les perspectives qui s’offrent aux jeunes Autochtones qui cherchent à faire carrière dans un monde de plus en plus numérique, et nous avons souligné la nécessité de modèles inspirants pour cette jeunesse. Voici quatre catégories émergentes de leaders numériques qui indiquent la voie à suivre.
Les premiers utilisateurs
Ce sont d’abord les visages connus de la communauté que sont les enseignants, les bibliothécaires et les membres du conseil, qui prônent l’acquisition de compétences numériques à l’échelle locale. Lorsqu’ils ont accès à des formations accélérées et à des ressources, ils deviennent ensuite des transmetteurs de connaissance au sein de la communauté. Ils créent de nouvelles occasions d’apprentissage pour les jeunes, par exemple en formant des équipes spécialisées en robotique et des marathons de programmation, et leurs compétences seront recherchées dans l’ensemble du système d’éducation et de la fonction publique locale.
Blaire Gould, 36 ans
Première Nation Eskasoni, Nouvelle-Écosse Directrice générale : Mi’kmaw Kina’matnewey
« Je suis une passionnée de technologie, je m’y intéresse vraiment. Lorsque les enseignants se sentent plus à l’aise avec la technologie, celle-ci devient un complément qui peut alléger leur travail et donner de meilleures chances aux enfants. »
Blaire a grandi pendant le boom technologique des années 1990, et la technologie a toujours fait partie de sa vie. Qu’il s’agisse de cours de dactylographie suivis à l’école intermédiaire, de l’acquisition de son premier téléphone cellulaire ou de ses études dans une école secondaire locale spécialisée en haute technologie, la jeunesse de Blaire a été façonnée par le virage vers les activités en ligne. Dans le cadre d’un concours national de démarrage d’entreprise à son école secondaire, le dossier de son groupe comprenait la création d’un site Web ; encore une fois, l’éducation et la technologie étaient indissociables. Blaire a poursuivi ses études à l’Université du Cap-Breton et à l’Université St. Francis Xavier, avant d’entreprendre une carrière axée sur le partage avec la prochaine génération de son amour de la langue, à l’aide de la technologie, bien sûr. Même un de ses premiers projets, la traduction des livres de Robert Munsch en mi’kmaq, tirait parti de la technologie : les livres traduits comprenaient un CD pour écouter les lectures en mi’kmaq.
Aujourd’hui, en tant que directrice générale de Mi’kmaw Kina’matnewey (MK), Blaire conçoit et développe des ressources qui ajoutent un volet technologique aux programmes d’études habituellement offerts dans les communautés mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse. (En 1998, une entente conclue avec le gouvernement fédéral et les autorités locales de la Nouvelle-Écosse a autorisé le transfert du contrôle local de l’éducation à 12 des 13 bandes mi’kmaq — une y a renoncé.) Blaire a aussi cocréé 40 applications linguistiques, a fourni des écrans verts pour que les élèves puissent faire leurs propres vidéos, et a récemment déployé des imprimantes 3D (et prévu de la formation) dans chaque école sous la supervision de MK. Ces outils numériques rendent l’apprentissage amusant et (les résultats le montrent) l’enseignement plus efficace. Lorsque Blaire a commencé ses études au début des années 1990, 20 % seulement des étudiants mi’kmaq terminaient leurs études secondaires en Nouvelle-Écosse. Aujourd’hui, le taux de diplomation est d’environ 90 %.
Emplois émergents :
Administrateur/administratrice en éducation Enseignant/enseignante en technologie Formateur/formatrice en milieu de travail Technicien/technicienne de bibliothèque
Compétences requises :
Gestion des ressources Persuasion Résolution de problèmes Communication verbale
Préparer les élèves autochtones à devenir des éducateurs efficaces pour les écoles publiques, les écoles de bande et les écoles indépendantes de la Colombie-Britannique, en mettant l’accent sur l’identité et le patrimoine culturel.
Offre de la formation en technologie, accroît la présence des Autochtones dans l’industrie de la technologie au Canada, et promeut la résolution de problèmes à l’aide d’outils technologiques en tenant compte des réalités autochtones.
Les transmetteurs de connaissance
Ce sont les spécialistes et les créateurs qui font rayonner la culture autochtone et les sources de connaissance dans l’économie du savoir. Ils savent comment naviguer entre les savoirs traditionnels et numériques, élever les idées et développer de nouveaux marchés. Les transmetteurs de connaissance sont liés à la terre, à la langue et aux aînés, tout en étant branchés sur les technologies de pointe. Ils trouvent des occasions non seulement dans le secteur de la technologie en concevant des produits ou en créant des animations, mais aussi dans celui des sciences, en utilisant le savoir traditionnel pour relever des défis contemporains.
Mick Appaqaq, 29 ans
Sanikiluaq, Nunavut Technicien : Application mobile SIKU
« L’avenir de l’Arctique est incertain, mais nous avons maintenant une foule d’outils que nous pouvons utiliser. Nous pouvons transférer des connaissances de notre collectivité aux collectivités avoisinantes en les affichant dans l’appli. »
Mick avait cinq ans lorsqu’il a commencé à aller chasser et pêcher sur les nombreuses îles de la baie d’Hudson. Il n’y avait pas de téléphones cellulaires ni d’applications ; seulement son père, qui lui transmettait des connaissances traditionnelles. Lorsqu’il était enfant, Mick était peu exposé à la technologie. Ce n’est qu’à l’école secondaire qu’il a suivi un cours d’informatique et qu’il a découvert des logiciels comme Excel. Il a poursuivi des études supérieures à Ottawa, à l’établissement d’enseignement Nunavut Sivuniksavut, dans le cadre desquelles il a terminé un programme de deux ans en études avancées inuites, et continué d’acquérir des compétences en informatique à la bibliothèque.
Lorsqu’il est revenu chez lui, Mick a découvert des occasions permettant de combiner ses connaissances traditionnelles avec la technologie. La connectivité au réseau Internet s’est améliorée dans le territoire. Mick a occupé un poste d’adjoint de circonscription auprès d’un législateur territorial du Nunavut, qui lui demandait de joindre par courriel les collectivités du vaste territoire du Nord. Mick travaille maintenant comme technicien à SIKU, un réseau social dirigé par les Inuits qui a développé une application pour aider les chasseurs à partager en temps réel les conditions de la glace et les comportements des animaux. Pour Mick, qui souhaite promouvoir le bien-être des Inuits, le but de cette application est essentiel : l’échange d’information sur les conditions de la glace de la mer contribue à assurer la sécurité des chasseurs à court terme, et sert un objectif à plus long terme, soit celui de recueillir et de stocker des données sur les changements climatiques. Mick a grandi en surveillant l’état de la glace de mer avec un harpon. La surveiller aujourd’hui sur une application s’inscrit simplement dans la longue marche du progrès technologique : la génération précédente, comme le souligne le défenseur des intérêts inuits Piita Irniq, est passée des igloos aux micro-ondes.
Emplois émergents :
Artiste/animateur/animatrice numérique Spécialiste du climat Documentariste Concepteur/conceptrice d’expérience d’utilisateur (EU)
Compétences requises :
Mathématiques Compétences en recherche Connaissance du terrain Langue autochtone
Offre aux étudiants autochtones un accès à des studios interactifs avec son, projection, réalité virtuelle, vidéo, animation et plus encore pour l’apprentissage, la formation professionnelle et le perfectionnement.
Offre un programme de connaissances et sciences autochtones dans le cadre duquel l’apprentissage des sciences et des mathématiques est complété par des cours en sciences environnementales autochtones.
Assure la présence des Autochtones en ligne, dans les pages Web, dans les jeux vidéo et dans les mondes virtuels qui composent le cyberespace.
Les facilitateurs du numérique
Il s’agit des professionnels qualifiés, des gestionnaires de projet et des consultants qui construisent l’infrastructure physique soutenant les occasions numériques. Leurs efforts ouvrent la voie à une meilleure connectivité, en plus de favoriser l’évolution des énergies renouvelables et de l’économie verte. Comme ils se spécialisent dans certains métiers et dans les technologies, leurs compétences seront valorisées par divers employeurs, y compris dans le domaine des télécommunications, de la construction et des services énergétiques.
Joe Wabegijig, 39 ans
London (Ontario) Chef de la direction : Phoenix Smart Infrastructure Inc.
« J’espère bénéficier d’une plus grande présence dans ce secteur en tant que chef d’entreprise autochtone. J’aimerais aussi qu’un plus grand nombre de collectivités adoptent des pratiques exemplaires en matière d’infrastructure intelligentes, ce qui améliorerait le bien-être des collectivités partout au Canada. »
Joe avait la vingtaine lorsqu’il a entendu parler pour la première fois de la profession d’ingénieur. Ayant grandi dans la Première Nation Wikwemikong de l’île Manitoulin, il affirme que les options de carrière y étaient limitées. Il avait cependant hérité d’un certain don de son grand-père permettant de repérer les occasions d’avenir et de les saisir en premier. C’est ainsi que Joe explique sa décision, après le secondaire, de s’inscrire au Fleming College de l’Ontario pour y étudier l’automatisation résidentielle et immobilière, un secteur relativement nouveau à l’époque. Pour Joe, ce programme représentait une courbe d’apprentissage intense, car il n’avait pas d’expérience en électronique, mais il avait néanmoins de solides aptitudes en mathématiques. Il a ainsi obtenu son diplôme qui lui a fourni les compétences nécessaires pour installer des systèmes audiovisuels et de sécurité. En travaillant à des projets de grande envergure à Ottawa, y compris à la Chambre des communes, il a rencontré des ingénieurs civils et le déclic s’est produit : l’ingénierie lui permettrait d’aider les communautés autochtones à relever les défis liés au logement et à l’eau.
Joe est retourné à l’école pour étudier en génie civil et a ensuite travaillé au sein de plusieurs communautés autochtones, avant d’obtenir un poste de conseiller du ministre des Services aux Autochtones en matière d’infrastructure, y compris en ce qui concerne l’eau potable. Une fois de plus, Joe a constaté comment la technologie changeait la donne, et il a décidé de lancer sa propre société de conseil centrée sur la prochaine génération d’infrastructures. À titre de chef de la direction de Phoenix Smart Infrastructure, Joe explore les possibilités qu’offrent les technologies de pointe aux communautés autochtones. Il considère par exemple que les chaînes de blocs et l’Internet des objets constituent un moyen de combler les retards des collectivités et de développer des infrastructures plus intelligentes et plus durables afin d’améliorer le bien-être des collectivités pour les décennies à venir.
Emplois émergents :
Électricien/électricienne Administrateur/administratrice réseau Installateur/installatrice – télécommunications Spécialiste des appareils de l’Internet des objets
Compétences requises :
Lecture Gestion de projet Conception de logiciels Installation
Offre aux membres des communautés autochtones des programmes de formation sur les emplois en environnement afin de favoriser l’acquisition de compétences environnementales à l’échelle locale et de créer des occasions de carrière dans le domaine de l’environnement.
Diggin’ Digital Professional Development (Saskatchewan)
o Offre aux enseignants dans les réserves et hors des réserves les ressources, le matériel et les occasions de perfectionnement professionnel nécessaires pour intégrer les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques (STIM) ainsi que les technologies de l’information et des communications (TIC) dans les plans de cours destinés aux jeunes Autochtones, de façon appropriée et adaptée à leur culture.
Préparer les jeunes Autochtones à faire carrière dans les métiers spécialisés en leur offrant du soutien en lecture et en écriture, et en les préparant aux examens d’entrée des formations d’apprenti.
Le fournisseur de service
Ce sont les adeptes du commerce électronique, les fournisseurs de services de télésanté et les enseignants en ligne qui parviennent à résoudre les problèmes de la distance et de l’intégration au sein de l’économie. En faisant tomber des obstacles tenaces, ils améliorent l’accès à des services indispensables pour les entreprises et les collectivités autochtones, et font découvrir à ces deux parties de nouvelles possibilités dans les secteurs du commerce de détail, de l’éducation et des soins de santé. Ils auront besoin d’un accès stable aux plus récentes technologies, formations et ressources afin de renforcer ces nouveaux liens, tant au sein qu’à l’extérieur de leurs collectivités.
Mallory Yawnghwe, 35 ans
Saddle Lake Cree Nation, Alberta Fondatrice d’Indigenous Box
« J’aimerais que ma communauté prospère. Quand je trouve de nouveaux clients pour les entrepreneurs et les entreprises autochtones, je sais que je fais mon travail. Nous sommes là pour les aider à percer sur ces nouveaux marchés. »
Mallory n’aurait jamais pensé lancer une entreprise en ligne. Plus jeune, elle était bonne en mathématiques et en résolution de problèmes, mais son école secondaire n’offrait pas de cours sur les technologies numériques. Elle n’a pas eu d’ordinateur à la maison avant ses 16 ans – et il était relié à Internet par une ligne commutée. Après quelque temps hors du système éducatif, Mallory a déménagé à Edmonton, où elle a repris ses études et perfectionné ses compétences numériques à la bibliothèque, puis obtenu un diplôme en gestion des affaires de la MacEwan University. C’est là qu’elle a entendu parler d’entrepreneuriat social, un secteur qui a immédiatement intéressé Mallory, elle qui a toujours souhaité faire progresser la cause des peuples autochtones.
Lorsque la pandémie a frappé et qu’un grand nombre de commerces ont intensifié leurs activités en ligne, Mallory a commencé à concevoir des sites Web simples pour des petites entreprises à l’aide d’interfaces comme Squarespace. Cette expérience lui a donné l’idée de créer Indigenous Box, un service de création de boîtes par abonnement conçu pour présenter les produits d’entrepreneurs autochtones partout au Canada. Mallory a conçu et réalisé le site Web d’Indigenous Box et, maintenant qu’elle a suivi un cours de codage, elle gère elle-même son entreprise en pleine croissance depuis son sous-sol – du moins pour l’instant… Mallory se donne pour objectif de créer une entreprise durable et rentable qui tire parti des outils modernes pour combler le fossé entre le monde occidental et le monde traditionnel dans lequel elle vit.
Emplois émergents :
Infirmier(ère) en télésanté Spécialiste en chaîne logistique Service à la clientèle pour le commerce électronique Accompagnateur éducationnel
Compétences requises :
Collaboration Rédaction commerciale Service à la clientèle Gestion de données
Donne accès à des séances de formation, d’information et de soutien destinées au personnel de santé et aux travailleurs communautaires de première ligne dans les collectivités éloignées du nord-ouest de l’Ontario.
Élimine les obstacles à l’apprentissage des élèves en permettant aux écoles partenaires autochtones de l’ensemble du Canada de faire des excursions virtuelles et d’obtenir des services de mentorat à distance.
Trajectoires d’avenir
Nous avons réfléchi aux mesures à prendre pour que les jeunes Autochtones puissent prospérer dans un environnement numérique plus inclusif, et force est de constater que le leadership et les partenariats seront essentiels pour atteindre cet objectif. Nous examinons ici les diverses contraintes auxquelles sont confrontés les enseignants, les employeurs, les collectivités et le gouvernement, ainsi que les solutions qu’ils trouvent.
Enseignants
Il n’est pas possible d’enseigner les compétences numériques si Internet n’est pas accessible dans une collectivité. Ce message a été au cœur de nos discussions lors de notre table ronde avec des enseignants autochtones, qui doivent relever un certain nombre de défis afin de préparer leurs élèves à évoluer dans un monde où les technologies de pointe prédominent. Ils ont aimé l’idée d’un cours obligatoire sur les compétences numériques, mais ont recommandé que certains éléments de base soient d’abord en place, comme une connexion haut débit, un accès à des appareils et une formation destinée aux enseignants. Cela signifie que l’écart de littératie numérique persistera tant que perdurera un manque de financement. Les enseignants ont également exprimé leur inquiétude quant à la manière d’orienter les élèves vers une carrière adaptée à une économie qui évolue rapidement. Il y a beaucoup d’incertitude entourant les compétences qui seront recherchées pour les emplois de demain. De fait, les enseignants, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des réserves, ont souligné que la crise actuelle de l’emploi chez les jeunes témoigne d’un décalage entre l’information que les élèves reçoivent des conseillers d’orientation et les réalités qui les attendent.
Le premier défi pour les enseignants est de faire en sorte que les élèves terminent leurs études secondaires. Le deuxième est de les aider à entamer des études postsecondaires. Connaître des personnes qui excellent dans leur carrière, avoir une meilleure idée des débouchés qu’offre l’université et avoir les fonds pour pouvoir y étudier sont autant d’éléments essentiels. Les élèves inscrits à la STEAM Academy de l’école Six Nations Polytechnic de Brantford, en Ontario, fréquentent la première école secondaire canadienne dont les études sont centrées sur les sciences, la technologie, le génie, les arts et les mathématiques. Ce programme n’a pas été élaboré en vase clos. En partenariat avec IBM, le programme permet d’obtenir un diplôme d’études secondaires de l’Ontario ainsi qu’un diplôme universitaire d’une durée de deux ans sans frais de scolarité, en plus d’offrir des possibilités d’emploi d’été en cours de route et de garantir une entrevue d’emploi avec IBM au moment de l’obtention du diplôme.
Les programmes nationaux permettent aussi de rejoindre des étudiants qui seraient autrement limités dans leurs options. Indspire aide les étudiants autochtones du Canada à terminer leurs études postsecondaires en leur offrant des bourses d’études et d’excellence. Environ 90 % des récipiendaires de bourses du programme Bâtir un avenir meilleur obtiennent leur diplôme et trouvent un emploi. De plus, les liens étroits de l’organisme avec des employeurs autochtones font en sorte que 70 % d’entre eux travaillent dans des domaines qui soutiennent la communauté autochtone.
Employeurs
Les candidats qui maîtrisent les technologies sont recherchés par les employeurs, mais il est aussi primordial qu’ils possèdent des compétences de base. Au cours de nos tables rondes, nous avons appris que trop de jeunes Autochtones ne sont pas préparés adéquatement pour intégrer le marché du travail. Il est essentiel d’offrir plus de programmes de placement pour combler l’écart entre les programmes scolaires et la vie professionnelle. Les jeunes Autochtones auront ainsi une meilleure connaissance des différents types d’emplois, et découvriront par eux-mêmes les possibilités qui existent. Autre chose qu’ils doivent voir de leurs propres yeux : la diversité. Les jeunes Autochtones doivent se voir à l’œuvre dans le marché du travail. Pour les entreprises qui les embauchent, la mission ne se limite pas au recrutement : l’accompagnement, le mentorat et la supervision des mesures de soutien sont également essentiels.
Les employeurs qui offrent des mesures de soutien complètes ou secondaires réussissent mieux à retenir et à motiver les jeunes travailleurs, reconnaissant qu’un nouvel employé est une personne dans laquelle ils investissent. Bruno Manufacturing Ltd., en Alberta, a conservé 90 % du personnel qu’elle a recruté pour un projet de construction hors réserve de deux ans, en offrant des logements familiaux, du soutien à la santé psychologique et des services de responsabilisation par les pairs. L’Osoyoos Indian Band Development Corporation, en Colombie-Britannique, a une feuille de route impressionnante en matière d’occasions de développement économique. Elle œuvre dans 13 secteurs d’activité différents, dont le tourisme, la construction et le vin, et permet aux membres de la bande de se doter des compétences nécessaires pour occuper de nouveaux emplois. La société adapte ses programmes de formation des gestionnaires à chaque rôle, en mettant l’accent sur le perfectionnement des compétences pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans. Le taux de chômage dans la réserve est inférieur à 3 %, et 20 % des membres de la bande occupent des postes de direction. Pour élargir leur impact, les entreprises nationales doivent reproduire ces modèles et miser sur le développement du potentiel dès le départ. Un bon début : Suncor a lancé un programme de mentorat autochtone dont le nombre de participants a augmenté de 50 % depuis 2018.
Collectivité
Des lacunes de longue date en matière de financement et de ressources ont incité les collectivités et les jeunes Autochtones à compter sur les programmes et les services d’autres instances, comme les organismes à but non lucratif, les artistes et les athlètes. Ces acteurs donnent accès à des activités parascolaires et de perfectionnement des compétences qui ne sont pas accessibles autrement. Qu’il s’agisse de cours de danse ou de clubs de robotique, les jeunes acquièrent des compétences fondamentales, deviennent plus résilients et ont une plus grande confiance en eux. Ce qui fait encore défaut, c’est un moyen de reconnaître les compétences que les élèves ont acquises durant des activités parascolaires, par exemple dans le cadre de microprogrammes, afin qu’ils puissent démontrer plus facilement leurs aptitudes aux futurs employeurs.
Comme de plus en plus de groupes communautaires se spécialisent dans les compétences numériques, nous approchons d’un point de bascule dans l’acquisition de ces savoirs. En Nouvelle-Écosse, Digital Mi’kmaq a pour mission de faire découvrir aux élèves et aux enseignants autochtones les principes fondamentaux de l’économie, comme la programmation, la robotique, les mégadonnées et le développement Web. Ses activités, programmes et ateliers éducatifs enrichis ont permis de rejoindre 14 000 élèves et enseignants canadiens dans la région de l’Atlantique. Dans l’ouest, IndigeSTEAM a créé un club de robotique dans quatre réserves en Alberta. En 2019, elle a envoyé une équipe composée majoritairement d’Autochtones à un concours international de robotique à Dubaï. En Colombie-Britannique, le First Nations Technology Council s’est associé à plus de 150 communautés autochtones de la province pour donner des conseils, proposer des idées et offrir de la formation liée aux technologies. Le rôle des entreprises est également important dans ce domaine, car elles financent des organisations de jeunes comme Actua Canada et Right To Play.
Gouvernement
La dynamique du pouvoir évolue, ce qui crée de nouvelles possibilités. L’autonomie gouvernementale des Autochtones a pris de l’ampleur au Canada dans les années 1990, et les appels à des consultations constructives et à un développement économique durable se sont multipliés à la suite de la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation en 2015. Les effets de la distorsion économique se font encore sentir aujourd’hui, mais le peuplement et les investissements ont grandement contribué à élargir la propriété autochtone et à accroître la capacité d’établir des partenariats privés. Même si davantage de partenariats sont conclus avec le secteur privé, certaines bandes continuent d’apprendre ce qu’elles devraient demander. Les deux parties doivent s’efforcer de parvenir à des accords mutuellement bénéfiques, et donner aux jeunes la possibilité d’apprendre et de développer de nouvelles compétences.
Le leadership peut être un élément décisif en matière de progrès et d’établissement de partenariats. Dans le nord du Manitoba, les réformes économiques menées par l’Onekanew (chef) Christian Sinclair, ont permis à l’aile commerciale de la Nation crie d’Opaskwayak d’être rentable, grâce à des investissements dans les secteurs du cannabis, de l’aérospatiale et du renouvellement des infrastructures. L’accès à Internet favorise cette croissance. De fait, l’achèvement d’un réseau de fibre optique dans le cadre d’un partenariat avec Bell MTS a été le premier du genre au Manitoba.
En Colombie-Britannique, plus de 80 % des revenus de la bande de la Nation Haisla proviennent de sources non gouvernementales. Un projet de gaz naturel liquéfié à proximité fournit un levier économique clé, en plus des ententes concernant les terres et la construction qui génèrent des revenus à long terme, lesquels sont ensuite réinvestis au profit de la nouvelle génération. Chaque salle de classe de la nouvelle école communautaire Haisla est équipée de tableaux intelligents combinant culture, science et technologie.
Il est essentiel de bien gérer les ressources, et le Conseil en éducation des Premières Nations du Québec offre une formation sur la manière d’y parvenir. Il collabore avec 24 écoles réparties dans 24 Premières Nations, et ce partenariat a culminé avec la création, en 2011, de l’Institution Kiuna, le seul établissement d’enseignement postsecondaire conçu pour les Premières Nations au Québec, dont l’objectif est de favoriser l’acquisition de compétences de travail utiles pour les employeurs locaux et d’offrir une éducation centrée sur les réalités autochtones. À l’échelle nationale, la Commission de vérité et réconciliation a poussé le gouvernement fédéral à fournir suffisamment de fonds pour combler l’écart en matière d’éducation entre les élèves autochtones et non autochtones d’ici une génération.
Accès au capital
Pour que la jeunesse autochtone profite des occasions que présente la quatrième révolution industrielle, de nouvelles entreprises et de nouveaux partenariats et services doivent être créés au sein des collectivités autochtones. Des investissements importants seront également nécessaires pour mettre à profit les nombreuses possibilités. Selon l’Indigenomics Institute, le renforcement de la capacité économique de ces collectivités contribuerait à réaliser le potentiel d’une économie autochtone de 100 milliards de dollars.
Hélas, pour de nombreuses entreprises et collectivités autochtones, l’accès au capital demeure un obstacle majeur qui les empêche de prendre pleinement part à l’économie dans son ensemble. En 2017, Waterstone Strategies a estimé que les entreprises appartenant aux Premières Nations et à des Inuits n’utilisaient que 0,2 % du crédit total disponible au Canada et qu’elles avaient accès à environ 9 ou 11 fois moins de capitaux des marchés que la plupart des entreprises canadiennes. Les peuples autochtones continuent de se heurter à de multiples obstacles structurels et systémiques pour assurer leur sécurité financière, allant des restrictions énoncées dans la Loi sur les Indiens relativement à la propriété d’actifs aux préjugés raciaux que peuvent avoir les prêteurs.
Il faut maintenant mettre en place de nouveaux canaux financiers et offrir des services-conseils aux entreprises de façon à créer un pont entre les entrepreneurs et les capitaux. Des organismes comme l’Association nationale des sociétés autochtones de financement ont besoin de soutien pour réaliser leur mission. Cette association regroupe 59 institutions financières autochtones qui veillent à stimuler la croissance économique en accordant 50 000 prêts d’une valeur totale de 3 milliards de dollars à des entreprises autochtones.
Recommandations
La responsabilité d’offrir à la nouvelle génération de Canadiens autochtones une éducation, des compétences et des possibilités en vue de l’avenir est partagée. Les gouvernements, les employeurs, les éducateurs et les collectivités jouent tous un rôle clé. Voici quelques mesures qui pourraient aider :
Respecter l’engagement du gouvernement fédéral à assurer à tous les Canadiens d’ici 2030 un accès Internet haute vitesse, y compris le réseau à large bande et l’infrastructure connexe, en donnant la priorité aux communautés autochtones mal desservies.
Accroître l’accès au capital de risque en procurant un appui particulier au nouveau Fonds de croissance autochtone, fruit d’un engagement de 150 millions de dollars du gouvernement du Canada, de la Banque de développement du Canada et d’autres organismes gouvernementaux, ce qui pourrait être de bon augure pour des investissements futurs.
Allouer des fonds supplémentaires pour les cours de technologie et les appareils numériques dans les écoles primaires et secondaires, tant dans les réserves qu’à l’extérieur, en tirant parti des programmes de paiements de transfert utilisés par Services aux Autochtones Canada et les ministères provinciaux et territoriaux de l’Éducation.
Résoudre les problèmes d’accès à l’apprentissage intégré au travail pour les jeunes Autochtones en consolidant la subvention accordée aux étudiants autochtones dans le cadre du Programme de stages pratiques pour étudiants, en élargissant les options d’apprentissage intégré au travail à distance et en établissant des mécanismes de jumelage entre les employeurs et les candidats.
Élargir les programmes de transition dans les universités et les collèges, et les programmes d’apprentissage qui perfectionnent les compétences fondamentales et numériques des apprenants autochtones et améliorent leurs résultats dans les programmes d’études supérieures.
Combler la grande insuffisance de données sur la participation des Autochtones du Canada au marché du travail en augmentant le financement accordé à la collecte et à la coordination des données dans le cadre du programme fédéral de formation pour les compétences destiné aux Autochtones.
Tirefr parti des récents investissements dans l’éducation en ligne par les commissions scolaires et les établissements d’enseignement postsecondaire pour élargir l’offre de cours STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) aux étudiants autochtones grâce à un programme d’apprentissage à distance et hybride de grande qualité offert dans leurs écoles.
Accroître la représentation de la culture, des langues et du contenu autochtones dans les espaces en ligne en rendant l’adoption d’une approche numérique prioritaire pour les conseils des arts et en augmentant la portée des influenceurs autochtones qui mettent en valeur leur culture dans les médias sociaux.
Le présent rapport de RBC s’inscrit dans son programme de recherche Humains recherchés. Il fait suite à une série de tables rondes et d’entretiens auxquels ont participé des jeunes, des dirigeants, des employeurs et d’autres intervenants autochtones au cours des 18 derniers mois. De plus, il s’appuie sur les résultats des sondages d’Objectif avenir RBC menés auprès des participants au programme, dont 2 000 jeunes Autochtones, et sur des analyses de données sur l’emploi provenant du recensement et d’autres produits de Statistique Canada. Objectif avenir RBC est un engagement sur dix ans visant à aider les jeunes Canadiens à se préparer à l’économie du savoir des années 2020 et au-delà.
Andrew Schrumm a assumé le rôle de chercheur principal au sein de l’équipe Leadership avisé RBC. À ce titre, il a examiné les conditions à créer pour faire du Canada un pays diversifié, innovateur et durable à l’aube des années 2020. Il a dirigé le projet de recherche de RBC sur les aptitudes de l’avenir, qui traitait de la mobilité professionnelle axée sur les aptitudes, de l’apprentissage continu et des possibilités d’automatisation dans l’économie canadienne.
Sonya Bell s’est jointe à l’équipe Leadership avisé et Services économiques RBC en 2018, à titre de première directrice, Diffusion de contenu. Elle a exercé précédemment la fonction de rédactrice principale pour l’ancien premier ministre de l’Ontario. Auparavant, Mme Bell a travaillé dans le domaine du journalisme en tant que productrice à CBC et de journaliste affectée à la politique fédérale pour iPolitics. Entre la colline du Parlement et Queen’s Park, elle a été scénariste de l’émission This Hour Has 22 Minutes durant deux saisons.
Tracee Smith est la fondatrice et la chef de la direction de Outside Looking In, la plus grande œuvre de bienfaisance nationale qui aide les jeunes Autochtones à découvrir la pleine mesure de leur potentiel. Elle est une membre de la Première Nation crie de Missanabie dans le nord de l’Ontario et une spécialise de la stratégie d’entreprise, des finances et des affaires autochtones. Elle a travaillé à la Banque TD, à Valeurs Mobilières TD, à Conseillers T.E., et a conseillé des clients comme Nestlé Waters, Enbridge et Compagnie Pétrolière Impériale. Elle détient une maîtrise en administration des affaires (MBA) avec spécialisation en développement économique communautaire et une maîtrise en finances de l’Université Queens. Elle est également titulaire d’un baccalauréat en danse de l’Université York et a été la première danseuse professionnelle à danser à Rideau Hall. Elle siège actuellement au conseil d’administration du Centre national des Arts, au conseil de la Smilezone Foundation et au conseil de L’Opération boîte à chaussures.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Quand Derrick Rossi a cofondé la société de biotechnologie Moderna Inc., les pandémies étaient loin de représenter une préoccupation majeure. Une décennie plus tard, ses travaux sur les molécules d’acide ribonucléique messager (ARNm), qui transmettent des instructions aux cellules humaines, ont été reconnus comme essentiels au développement des vaccins actuellement utilisés dans la lutte contre la COVID-19. La société de Boston (dont le nom signifie modified RNA, c’est-à-dire ARN modifié) est connue de tous. M. Rossi, un biologiste des cellules souches originaire de Toronto, a quitté l’Université Harvard et Moderna au début de la cinquantaine pour fonder plusieurs entreprises de biotechnologie et se retrouve aujourd’hui sous les feux des projecteurs.
Il s’est entretenu avec John Stackhouse et Naomi Powell de son chalet de Squam Lake, dans le New Hampshire. Il a parlé de la réticence des gens à se faire vacciner, de l’entrepreneuriat et de la possibilité pour le Canada de devenir un chef de file en biotechnologie.
Avez-vous reçu deux doses de vaccin ?
Oh, oui. J’ai été vacciné en février.
Avez-vous reçu deux doses du même vaccin ?
Oui, j’ai reçu deux doses du vaccin Pfizer et non du Moderna, aussi étrange que cela puisse paraître. Je suis affilié à l’hôpital pour enfants de Boston. L’hôpital m’envoyait des courriels depuis un mois et demi, mais je ne les lisais pas. Puis un jour, sans trop savoir pourquoi, j’en ai ouvert un et je suis tombé sur une invitation à prendre rendez-vous pour me faire vacciner. Je me suis décidé. Le fait est que c’était le vaccin Pfizer qui était administré ce jour-là.
Cela doit surprendre les gens.
Je suis vraiment content d’avoir reçu le vaccin Pfizer, car je suis un ardent défenseur de la vaccination. Je pense que c’est une bonne chose, en tant que fondateur de Moderna, de dire que j’ai accepté le vaccin qui était disponible. Je ne cherchais pas à recevoir un vaccin en particulier. Les gens devraient accepter de recevoir n’importe quel vaccin qui a été approuvé.
Les gens devraient accepter de recevoir n'importe quel vaccin qui a été approuvé.
Qu’avons-nous appris sur notre relation avec les vaccins durant la dernière année ?
Nos premiers vaccins nous sont administrés en bas âge alors que nous en sommes à peine conscients. Et quand nous devenons des adultes, nous pensons simplement qu’ils ne semblent pas causer de tort. Personne ne comprend réellement ce qu’est un vaccin. Or, c’est de cette méconnaissance que découle la réticence au vaccin. Nous savons que tout manque d’information est de nos jours rapidement comblé par une désinformation.
Comment expliquez-vous le fonctionnement des vaccins aux gens ?
Notre système immunitaire surveille tout ce qui entre dans notre corps et se demande s’il s’agit d’un élément étranger ou non. Si c’est le cas, il réagit. Voilà ce que fait notre système immunitaire : c’est la deuxième partie de la vaccination et elle fonctionne toujours de la même manière.
Quelle est la première partie ?
La première partie de la vaccination porte sur la manière d’introduire l’élément étranger dans le corps. Il en existe plusieurs : ARN messager, protéine, adénovirus, virus inactivé, virus atténué.
Hésiteriez-vous à vacciner un groupe d’âge en particulier ?
Il ne devrait avoir aucune hésitation, quel que soit le groupe d’âge. Il s’agit simplement d’un autre vaccin qui vise à venir à bout d’une maladie réellement mortelle. De toute l’histoire de l’humanité, aucune entreprise médicale n’a fait l’objet d’autant d’études. Des centaines de millions de personnes sont désormais vaccinées. L’étude de l’innocuité bat des records.
Êtes-vous surpris de la rapidité à laquelle les vaccins ont été commercialisés ?
Non. Pendant toute l’année 2020, les experts ont affirmé qu’il n’y avait aucune chance qu’un vaccin soit mis au point avant deux ou trois ans. Eh bien, ils auraient eu raison si on avait eu recours à l’ancienne technologie. Les nouvelles technologies peuvent rapidement changer la donne. Au vu de ce que nous pouvons réaliser avec la nouvelle technologie, je savais que c’était réalisable. De plus, les gens qui travaillent sur ce projet saisissent l’occasion pour perfectionner la plateforme.
Quel rôle le gouvernement et l’opération Warp Speed ont-ils joué dans le processus de mise au point des vaccins ?
L’initiative s’est révélée très positive, puisque la science, comme toute autre industrie, évolue au rythme auquel elle peut accéder aux ressources. Les entreprises n’ont cependant pas toutes bénéficié des fonds de l’opération Warp Speed, notamment Pfizer, parce que c’est une très grande société et qu’elle ne voulait pas être redevable au gouvernement. Moderna, par contre, a reçu un financement de l’opération Warp Speed et n’a donc pas eu à investir ses propres fonds. L’atténuation des risques constitue un enjeu majeur dans le secteur de la biotechnologie.
Comment ce financement a-t-il accéléré le processus ?
En général, après la première phase des essais cliniques, on analyse toutes les données avant de planifier le déroulement de la deuxième phase. Les essais avancent donc de façon linéaire. Cette fois-ci, les essais cliniques se sont chevauchés, ce qui est très inhabituel. Cette façon de procéder comporte des risques puisque s’il s’avère, par exemple, à la fin de la phase 1 que le dosage n’était pas bon, on ne lancera pas la phase 2 pour limiter les pertes financières. Toutefois, les entreprises qui bénéficient d’un financement gouvernemental sont un peu moins hésitantes à procéder ainsi.
Auriez-vous pu accomplir au Canada le travail que vous avez effectué à Boston ?
L’écosystème qui existe à Boston/Cambridge nous a certainement favorisés. Il se caractérise avant tout par des établissements universitaires de haut niveau. Nos découvertes ont été faites dans mon laboratoire de Harvard, mais elles auraient aussi pu se faire à l’Université de Toronto. La région de Boston/Cambridge attire aussi des montants importants de capital-risque, car beaucoup de sociétés de biotechnologie ont vu le jour à Harvard et au MIT. On y trouve aussi tous les experts en propriété intellectuelle et de nombreuses grandes entreprises prospères y ont été créées. Il est possible d’embaucher des personnes d’expérience, car elles ne manquent pas dans la région. Enfin, les grandes sociétés pharmaceutiques y ont installé leur campus et acquièrent des entreprises de biotechnologie. Tous ces éléments étaient en place au démarrage de Moderna.
Cet écosystème est-il essentiel à une découverte majeure comme la vôtre ?
La technologie apportera sans aucun doute son lot de transformations. Ce genre de découverte, qui a de multiples applications, n’arrive qu’une fois tous les dix ans environ. Les petits ARN interférents (ARNi) ont été découverts avant et les CRISPR, après. Il s’est écoulé une dizaine d’années entre chaque découverte. Et toutes les trois ont eu lieu à Boston/Cambridge.
Vous participez à de nombreuses discussions sur la création d’un pôle canadien de biotechnologie. Quelles sont vos recommandations ?
Selon moi, ce pôle devrait être créé près d’un établissement universitaire de premier ordre. J’aimerais que Toronto soit choisie parce que c’est ma ville natale. Il faudra trouver un grand terrain et faire appel à un promoteur immobilier pour la construction de plusieurs incubateurs de biotechnologie. On parle donc d’un grand espace pour que les grandes sociétés pharmaceutiques puissent s’installer et prendre de l’expansion dans ce pôle.