Skip to main content
IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

➔ L’empreinte carbone croissante du soccer

➔ Comment reconnaître, encourager et déployer à grande échelle des initiatives de conservation

➔ Notes du Sommet Canada-États-Unis : le Canada doit utiliser ses réserves de minéraux critiques et ses capacités nucléaires comme un levier stratégique

  • La Canadian Deep Geothermal Coalition élaborera la première feuille de route nationale pour l’énergie géothermique du pays. Le gouvernement du Canada a mandaté ce groupe, composé de chefs de file de l’industrie, de représentants des communautés autochtones, de chercheurs et de décideurs politiques, pour exploiter cette énergie propre émergente qui a attiré l’attention de 50 territoires à l’échelle mondiale.

  • Le gouvernement du Québec a revu à la baisse son objectif initial de 100 % de ventes de véhicules zéro émission d’ici 2035. Sa nouvelle cible a été fixée à 80 %. Le gouvernement a qualifié cette décision d’« approche équilibrée » compte tenu des problèmes de chaîne logistique rencontrés par l’industrie automobile mondiale. En mars, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a exhorté les gouvernements du Québec et de la Colombie-Britannique à abaisser leurs objectifs de ventes de véhicules électriques afin de stimuler la compétitivité du pays.

  • Un été de soccer enflammant est à nos portes. Les 48 équipes qui s’affrontent lors de la Coupe du Monde de la FIFA doivent aussi faire face à un autre adversaire redoutable : un temps exceptionnellement chaud amplifié par le phénomène El Niño. Selon le secrétaire général de l’ONU António Guterres, ce cycle de réchauffement naturel « jettera de l’huile sur le feu d’une planète qui se réchauffe ». À noter que cet événement organisé par le Canada, les États-Unis et le Mexique présente également un bilan carbone élevé.

    Coupes du monde de la FIFA : matchs enflammés, bilan carbone élevé

Dans une récente tribune, Catherine Grenier, présidente et cheffe de la direction de Conservation de la nature Canada, explique qu’il est essentiel d’attribuer une valeur formelle à la nature.  

De l’agriculture à la foresterie, en passant par le développement municipal et l’exploitation minière, de nombreux secteurs gèrent activement leurs terres de manière à produire des résultats concrets et mesurables en matière de conservation. Toutefois, ces résultats ne sont pas correctement comptabilisés ou reflétés dans leurs bilans. En effet, ils ne contribuent pas officiellement à la réalisation des objectifs de conservation, n’éclairent pas la prise de décisions relatives à la conservation et ne sont pas pris en compte dans les cadres de référence qui attribuent une valeur à la nature. 

Il est temps de reconnaître davantage ces secteurs comme des acteurs à part entière dans le milieu de la conservation et de les inclure dans le débat sur la préservation de l’environnement. Ensemble, nous pouvons trouver et promouvoir des méthodes concrètes d’utilisation de nos terres qui continueront de soutenir la biodiversité.

AMCEZ : reconnaître, encourager et déployer à grande échelle

 Pour approfondir cette collaboration, il est essentiel de reconnaître officiellement le travail qui a déjà été accompli. L’une des approches consiste à reconnaître les autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ).

Les AMCEZ ne font pas partie des aires protégées, mais elles génèrent des retombées positives pour la nature à long terme même si la conservation n’est pas leur objectif principal. Ces aires offrent un moyen de valoriser et de maintenir des pratiques de gestion des terres efficaces, ce qui favorise la préservation de la biodiversité à long terme.

Prenons par exemple les décisions que prennent les villes pour protéger l’eau potable en imposant des restrictions d’utilisation des terres et une gestion adéquate des bassins versants. Ou comment les propriétaires fonciers et les entreprises soustraient certaines de leurs terres aux travaux forestiers et à l’exploitation industrielle. Les éleveurs soutiennent les activités compatibles avec la préservation de l’environnement, comme le pâturage dans les prairies naturelles. Les infrastructures vertes favorisent la connectivité de la faune en limitant la fragmentation des terres causée par le développement humain. La reconnaissance des AMCEZ est un moyen de mettre en lumière et d’asseoir la crédibilité de ces engagements à long terme, en offrant une distinction tangible à présenter sur des marchés de plus en plus soucieux des contributions environnementales. 

Les AMCEZ en action

Plus tôt cette année, la ville de Saint John, au Nouveau-Brunswick, a officiellement reconnu 4 800 hectares de terrains municipaux comme ayant un statut de conservation particulier. Ces aires comprennent des forêts matures intactes, des rives de lacs et de riches zones humides qui servent à améliorer et à protéger l’approvisionnement en eau potable de la ville, et dont les avantages s’étendent au-delà de la santé et du bien-être de ses citoyens.

En 2022, J.D. Irving, Limited est devenue la première entreprise forestière au Canada à voir une partie de ses terres, soit près de 10 000 hectares de forêt et littoral acadiens, reconnue comme une AMCEZ. Ce territoire favorise le respect des engagements publics et aide à répondre aux attentes en matière de loisirs, tout en préservant certaines des zones les plus singulières et les plus riches en espèces de la province.

La voie à suivre

Les AMCEZ ne sont pas une nouveauté, mais la stratégie du Canada pour protéger la nature récemment publiée par le gouvernement fédéral a rétabli un cadre politique susceptible d’accélérer leur application. Collectivement, nous avons l’occasion de tracer la voie à suivre, de favoriser l’innovation et de collaborer pour trouver de nouvelles façons de concevoir des solutions pour et avec des partenaires dont les efforts ne sont actuellement pas pris en compte.

Pour les leaders dans le domaine de la conservation, cela implique d’explorer des pistes comme les suivantes : Comment et dans quels contextes les décisions de gestion prises par l’industrie produisent-elles des résultats durables en matière de conservation ? Comment peut-on renforcer et soutenir ces pratiques de gestion à long terme ? Quels outils pourrions-nous élaborer pour répondre aux besoins de l’industrie tout en tenant compte de la biodiversité ?

La reconnaissance des AMCEZ a pris de l’ampleur dans les ranchs fonctionnels, les forêts gérées de façon durable, les municipalités et les milieux consacrés à la recherche et aux activités récréatives. L’avenir réside dans le fait de travailler en partenariat avec l’industrie pour approfondir les recherches, faire preuve de créativité et découvrir d’autres possibilités d’application.

Cette approche ouvre également la porte à une meilleure reconnaissance, à un soutien plus significatif et à un engagement accru dans la collectivité. Il est évident que, lorsqu’on les examine conjointement, la nature et l’économie peuvent fonctionner en harmonie.

  • Dans le nouvel ordre mondial, le Canada devra jouer ses nombreuses cartes de manière plus audacieuse : le gaz naturel à faible empreinte carbone, les minéraux critiques, l’alimentation et les engrais, le combustible nucléaire et un environnement stable régi par l’état de droit, que les capitaux prisent de plus en plus, note John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC, dans son analyse lors du sommet Canada-États-Unis organisé par RBC et Eurasia Group qui s’est conclu récemment.

  • Lors du Sommet sur le leadership 2026 de l’Alliance climatique pour des bâtiments intelligents, les leaders de l’industrie se sont penchés sur les moyens par lesquels les secteurs de la construction et du bâtiment peuvent stimuler la croissance économique du Canada tout en respectant nos engagements climatiques. Stephanie Shewchuk de l’équipe Leadership avisé RBC a présenté les idées et les innovations qui font avancer ce débat. Lisez quelques faits saillants de l’événement ici.

  • À l’occasion de la Semaine d’action pour le climat de Londres qui se déroulera la semaine prochaine, plus de 75 000 participants discuteront de l’état d’avancement de la transition énergétique, des chaînes d’approvisionnement, de la sécurité énergétique, des villes durables, de l’élimination du carbone et d’autres sujets connexes. Allez-vous y participer ? Faites-nous part de vos commentaires. #LCAW2026

  • L’essor des batteries met fin à l’argument selon lequel « le vent ne souffle pas toujours et le soleil ne brille pas toujours », constate Alison Reeves, directrice de programme à l’Institut Grattan. « Qui se soucie encore de savoir si on peut stocker l’électricité à grande échelle ? »

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Plus de 500 dirigeants du monde des affaires, du gouvernement, de la politique et des communautés, ainsi que des experts politiques et des universitaires, se sont réunis lors du Sommet annuel entre les États-Unis et le Canada, organisé par RBC et Eurasia Group à Toronto le 11 juin, pour discuter des tenants et des aboutissants de la relation la plus prospère au monde.

Voici quelques-uns des éléments qui sont ressortis :

Le ton a toute son importance, et le sommet de cette année ne portait aucune trace de l’hostilité observée l’an dernier. Les ambassadeurs des deux pays ont parlé d’espoir, bien qu’avec des attentes différentes, et les deux parties ont qualifié les droits de douane de nouvelle normalité, là encore avec des attentes divergentes. Les données fondamentales sont trop importantes pour être ignorées : des échanges commerciaux bilatéraux annuels de 1 300 milliards de dollars, 120 millions de passages transfrontaliers par an et une relation tissée à travers le partage de la propriété intellectuelle, de talents, de capitaux et d’innovations. Robert Lighthizer, l’ancien responsable du commerce de M. Trump, a reconnu que le Canada n’était pas le problème principal, car la véritable frustration de l’Amérique concerne la Chine, l’Allemagne et le Japon. Cela dit, le Canada n’est pas exempté pour autant, et M. Lighthizer s’est montré direct : les droits de douane ne disparaîtront pas avant une génération.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait un rapprochement. Les dirigeants d’entreprise sont d’accord pour dire que les dommages causés aux relations entre le Canada et les États-Unis ne sont pas irréparables, mais qu’ils existent bel et bien, et qu’il faudra du temps pour les réparer. La confiance revient lentement. L’incertitude s’estompe lentement, elle aussi. Cependant, la logique économique d’un resserrement des liens entre le Canada et les États-Unis demeure solide. Un gestionnaire de portefeuille canadien a affirmé que, peu importe la manière dont ils exécutent leurs modèles de risque, ils se retrouvent toujours avec une allocation de 50 à 60 % aux États-Unis. Les deux gouvernements ont maintenant l’été, et probablement une partie de l’automne, pour trouver une voie à suivre sur le plan commercial. Ils devront également reconnaître à quel point leurs économies changent simultanément. Cette zone commerciale n’a plus rien à voir avec celle de vos parents.

Alors que s’estompent les espoirs du libre-échange, une nouvelle ère du capitalisme d’État est en train de voir le jour. Washington et Ottawa utilisent désormais explicitement les dépenses publiques, les droits de douane, les marchés publics et la réglementation comme des outils de stratégie économique – et l’époque où l’on supposait que la politique laisserait la mondialisation tranquille est révolue. Daleep Singh, gestionnaire d’actifs chez PGIM, l’a exprimé clairement : nous vivons dans un monde dominé par la fiscalité où la politique industrielle connaît une véritable renaissance. Chaque lien transfrontalier, qu’il s’agisse de commerce, de capitaux, d’énergie ou de technologie, court désormais le risque d’être militarisé à des fins d’influence géopolitique. Le résultat se traduit par une dette publique accrue, une tendance à une inflation plus élevée, un risque politique accru et des arguments renforcés en faveur des actifs tangibles liés à la sécurité économique.

Cela signifiera-t-il qu’on en revient au mercantilisme ? Si les gouvernements essaient d’obtenir des faveurs économiques en affaiblissant ou en contraignant les autres (en privilégiant la force compétitive au détriment de l’avantage comparatif), le Canada devra jouer ses nombreuses cartes de manière plus audacieuse : le gaz naturel à faible empreinte carbone, les minéraux critiques, l’alimentation et les engrais, le combustible nucléaire et un environnement stable régi par l’état de droit, que les capitaux prisent de plus en plus. Cela présente également d’importantes occasions commerciales pour les entreprises, car les gouvernements mettent en place des incitatifs pour relocaliser des secteurs économiques et financent le développement à grande échelle d’entreprises, allant de l’IA aux sciences de la vie. Annesley Wallace, gestionnaire de régimes de retraite chez HOOPP, a parfaitement résumé l’état d’esprit des investisseurs : le Canada attire désormais l’attention des investisseurs mondiaux d’une manière qui n’existait pas il y a quelques années. Les capitaux exigent toutefois de la certitude politique et des résultats concrets, pas seulement de l’ambition.

Les centres de données sont les nouvelles usines, c’est-à-dire l’infrastructure physique de l’économie fondée sur l’IA. Et le Canada y pèche par son absence. Hamid Moghadam, de Prologis, l’une des plus grandes entreprises de logistique au monde, qui a investi 5 milliards de dollars au Canada, s’est montré direct : les entreprises qui construisent des centres de données vont là où c’est le plus simple. Le Canada ne figure pas sur cette liste. Prologis ne dispose actuellement d’aucune capacité de centres de données dédiés à l’IA au Canada, les Pays-Bas et les États-Unis dominant largement son portefeuille. Cette situation s’explique par une « disposition bizarre » de la loi fiscale canadienne, qui impose une charge de 15 % sur les capitaux américains exonérés d’impôt investis dans des propriétés canadiennes – une friction qui ne s’applique pas en sens inverse. Il pourrait s’agir du plus grand risque transfrontalier, car les entreprises utilisatrices (contrairement aux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle) se tournent davantage vers des modèles d’inférence capables d’utiliser des infrastructures à faible latence. Bell Canada saisit cette occasion avec un nouveau centre de données à Regina qui devrait, du moins au début, s’appuyer sur des utilisateurs américains.

Le rythme plus lent de l’adoption de l’IA au Canada (moins d’une entreprise sur cinq et encore moins d’utilisateurs du secteur public ayant déployé la technologie) commence à se faire sentir sur les résultats de l’économie et des entreprises. Le Canada tente de rattraper son retard avec une nouvelle stratégie nationale sur l’IA, qui vise à investir dans la sensibilisation et les compétences liées à l’IA, ainsi que dans son adoption par les entreprises. Jenny Johnson, de la société de gestion de placements Franklin Templeton, l’a exprimé de manière frappante : le rythme de l’IA est si rapide que les entreprises qui réussiront leur transition laisseront définitivement les autres acteurs de leur secteur derrière elles. Elle a dit à ses propres dirigeants : « si vous ne développez pas vous-mêmes des agents, vous êtes déjà à la traîne. Le problème est que les citoyens des deux pays sont de plus en plus anxieux et sceptiques face à l’IA. Cela entraîne une pression accrue de la base militante, y compris dans les campagnes électorales de mi-mandat de cette année aux États-Unis, pour réglementer l’IA. 

Le Canada et les États-Unis traversent tous deux une crise de confiance du public envers la technologie, mais ils y répondent de manières qui pourraient les placer sur une trajectoire de collision en matière de réglementation, de données et de commerce numérique. Aux États-Unis, l’essor de l’IA est propulsé par le capital privé, les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle et une culture réglementaire permissive. La préoccupation porte moins sur la gouvernance que sur le risque de se faire distancer par la Chine dans la course aux armements de l’IA, bien que la résistance locale aux centres de données, en particulier en raison de leur consommation d’électricité et d’eau, pourrait changer les propos. Le Canada, en revanche, privilégie une approche davantage axée sur les droits et sur la souveraineté. 

Dans les deux pays, de même qu’à l’étranger, la révolution de l’IA progresse si rapidement que les gouvernements semblent condamnés à réagir. Ian Bremmer, fondateur et président d’Eurasia Group, a mis en garde contre une aggravation de la crise dans laquelle aucun dirigeant politique ne pourrait surmonter le fossé structurel entre la transformation technologique et des systèmes de gouvernance obsolètes. Les sociétés de technologie, a-t-il dit, agissent de plus en plus comme des souverains fonctionnels dans leurs propres domaines, et l’absence de gouvernance encadrant l’IA est l’un des risques les plus pressants qui se profilent à l’horizon. Le ministre canadien de l’IA, Evan Solomon, a reconnu le paradoxe : le meilleur et le plus important partenaire du Canada dans le domaine de l’IA demeure les États-Unis, et l’accès aux modèles de pointe, à la puissance de calcul et aux capitaux s’effectue encore principalement du nord vers le sud. Mais à mesure que le Canada bâtit son propre cadre de souveraineté en matière d’IA et que la Loi pour des médias sociaux sûrs (Safe Social Media Act), les nouvelles règles de protection de la vie privée et la stratégie L’IA pour tous prennent forme, les conflits concernant les flux de données, la réglementation des plateformes et le commerce numérique deviennent de plus en plus probables. 

Une fois de plus, la défense est au cœur à la fois de la relation et des divisions émergentes. Une question majeure se pose : quelles technologies domineront les champs de bataille et les lignes de défense de demain ? La preuve ? Trois jours avant le sommet, un drone iranien a abattu un hélicoptère Apache américain, puis un drone maritime américain a sauvé les deux aviateurs abattus. Les États-Unis investissent massivement dans les systèmes d’IA, la robotique et les machines de guerre autonomes, ainsi que dans les armes biologiques et les cyberarmes. Le Canada tente de rattraper son retard en matière de technologies militaires avancées, tout en s’efforçant de restaurer et de reconstituer son stock d’équipements lourds, tels que les avions de chasse et les sous-marins. La stratégie canadienne est tout autant dictée par la politique économique que par la stratégie de défense, afin de tisser des liens commerciaux avec ses alliés européens et asiatiques.

Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont réécrit la doctrine de défense. La production évolutive et les chaînes logistiques résilientes se sont révélées aussi décisives que la puissance de feu. Mike Greenley, chef de la direction de MDA Space, l’a exprimé en ces termes : la défense et l’espace demeurent des domaines de collaboration et d’intégration totales, même en période de tensions commerciales. « Plus nous sommes forts, meilleur sera le partenaire que nous incarnons. »

Cela pourrait nécessiter une matrice complexe de chaînes d’approvisionnement et de partenariats, au sein de laquelle le Canada pourrait continuer à jouer un rôle dans le programme d’avions de chasse F-35 tout en développant le partenariat GlobalEye entre le suédois Saab et Bombardier pour fabriquer des avions de surveillance destinés à la défense de l’Arctique. L’énergie et les minéraux critiques constitueront un élément crucial de ce nouveau chapitre. Vivek Lall, de l’entreprise de défense General Atomics, a désigné une triade technologique reliant l’IA, l’énergie nucléaire et l’autonomie comme le cadre de référence de la prochaine génération de capacités de défense, et a soutenu que la collaboration entre le Canada et les États-Unis recèle un potentiel majeur dans ces trois domaines.

L’Arctique n’est plus une considération politique lointaine. Il est devenu un champ de bataille économique, géopolitique et stratégique mondial où le Canada et les États-Unis n’ont d’autre choix que de travailler ensemble, et rapidement. Olafur Grimsson, ancien président de l’Islande, a ainsi défini le défi : la dernière décennie a vu un afflux de nouveaux arrivants dans l’Arctique, alors que la Chine, la Russie et une constellation d’économies asiatiques cherchaient à y obtenir un accès. L’ancienne notion de souveraineté, où des lignes tracées sur une carte réglaient la question, ne s’applique plus dans un environnement qui devient rapidement à la fois économiquement accessible et stratégiquement contesté.

Thomas Dans, le président de la Commission américaine de recherche sur l’Arctique, s’est montré direct quant à la vision de Washington : les deux pays ont « énormément de marge, non seulement pour rattraper leur retard, mais aussi pour le dépasser et s’imposer comme de véritables leaders ».

Selon lui, l’Amérique du Nord doit regarder au-delà du pôle Nord, vers l’étoile Polaire. Le premier défi est la Russie. Même s’il peut y avoir de la place pour une coopération sur les pêcheries et les ressources partagées avec le Kremlin, M. Grimson a averti que l’Occident risquait de perdre de vue ce que Moscou est en train d’accomplir dans son propre Arctique, surtout alors que la Russie renforce ses liens avec la Chine, l’Inde et d’autres puissances asiatiques dans les secteurs de l’énergie, des pipelines et des mines. Le même type de développement des ressources est possible du côté nord-américain. Puis, il y a la trajectoire vers le ciel. La défense continentale a beau se trouver dans l’ionosphère, elle ne s’y arrête pas. Les deux pays doivent développer des systèmes terrestres et maritimes dans l’Arctique afin de relier leurs opérations de défense spatiale en pleine expansion.

Le Canada a toujours boxé au-dessus de sa catégorie dans l’espace, mais en grande partie, comme partenaire subalterne de la NASA. Cette posture est en train de changer. Le Canada cherche présentement à se forger une identité spatiale distincte en s’appuyant sur ses propres atouts et en communiquant avec un plus large éventail de partenaires internationaux, tout en conservant une profonde intégration avec les États-Unis. Il pourrait constituer le plus grand défi à la coopération continentale. L’astronaute canadien Jeremy Hansen a déclaré que les deux pays trouveront les meilleures occasions en misant sur leurs forces respectives, plutôt que pour des raisons diplomatiques. Pour le Canada, ces atouts résident dans l’observation de la Terre, les communications spatiales, la robotique et l’informatique embarquée.

Les pays accroissent rapidement leurs dépenses, créant un multiplicateur économique de 2,5 fois pour la fabrication et les technologies spatiales. Le fait toutefois de laisser ce que l’on nomme la « dernière frontière » aux seules entreprises commerciales pourrait amener à sous-estimer l’ampleur des tensions géopolitiques qui s’y jouent. Dans la course pour retourner sur la Lune, la Chine s’associe avec 11 pays, tandis que les États-Unis en comptent 60. Le Canada fait partie de cette deuxième coalition et y apporte une contribution significative. M. Hansen a comparé cet enjeu à l’éthos d’un équipage spatial : « Dans notre culture spatiale, il est inacceptable que des gens se contentent de pointer du doigt ce qui ne va pas et s’arrêtent là. » L’ambition spatiale du Canada exige la même discipline : des propositions précises, sans se cantonner à des aspirations.

Le Canada cherche à diversifier ses relations économiques et de sécurité sans pour autant affaiblir sa relation indissociable avec les États-Unis. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada disposait d’accords commerciaux avec 52 pays. Les pourparlers avec l’UE s’approfondissent, non seulement en réponse aux droits de douane, mais aussi pour créer de véritables entreprises intégrées canado-européennes et harmoniser les politiques industrielles. Michael Sabia, greffier du Conseil privé, a été tout aussi clair : la stratégie américaine du Canada et sa stratégie mondiale globale se renforcent mutuellement. « Nous ne nous découplons pas. Nous nous diversifions. » En ce qui concerne la Chine, sa formulation a fait écho aux propos des États-Unis, c’est-à-dire réduire le risque, et non dissocier les deux pays, avec des garde-fous clairs qui définissent les domaines où le Canada peut ou ne peut pas s’engager.

La diversification a toutefois un coût et les infrastructures nécessaires pour réorienter le commerce canadien ne sont pas encore construites pour la plupart. La capacité des pipelines de la côte Ouest demeure gravement limitée, ce qui restreint l’aptitude du Canada à vendre son pétrole et son gaz au prix fort sur les marchés asiatiques. Les infrastructures portuaires de Vancouver et des autres points de transit du Pacifique – liaisons ferroviaires, capacité des ponts, débit des terminaux – accusent un retard considérable par rapport aux ambitions d’une stratégie commerciale sérieuse pour le Pacifique. Par ailleurs, les délais d’obtention des permis pour les nouveaux projets d’infrastructure demeurent un goulet d’étranglement systémique. Ce sont des problèmes solubles. Le dernier argument de M. Sabia était que le Canada détient des atouts véritablement puissants : du gaz à faible empreinte carbone, de la nourriture, des engrais, des minéraux critiques, des capacités en IA et une prime de confiance qui découle de ses valeurs et de son histoire. « Ce n’est pas le moment de céder à l’anxiété nationale. C’est le moment d’avoir confiance. » 

Télécharger le rapport

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Plus d’un an après le choc commercial historique survenu entre les États-Unis et le Canada, les deux économies se trouvent à un nouveau carrefour : l’avenir de l’ACEUM. Dans ce nouveau chapitre, ce qui était vrai auparavant ne l’est peut-être plus. 

En quelque sorte, ce moment procure un soulagement. Ce qui s’annonçait comme un choc commercial d’un impact monumental s’est transformé en une situation beaucoup moins menaçante, avec une liste de plus en plus longue de biens exemptés de droits de douane pour bon nombre de partenaires commerciaux. La plus longue liste est celle du Canada, principalement grâce à l’ACEUM qui exonère de droits de douane près de 90 % des exportations vers les États-Unis. Par conséquent, le schisme commercial entre les deux pays est relativement étroit, bien que profond.  

Il y a aussi des hésitations. Les liens entre les États-Unis et le Canada semblent mis à mal, même s’ils ne sont pas brisés, et l’issue des négociations commerciales est loin d’être certaine. Autrement dit, cette nouvelle relation pourrait encore connaître des évolutions. Les emplois tributaires du commerce international continuent de s’effriter des deux côtés de la frontière, et les Américains commencent à constater une accélération de l’inflation liée aux droits de douane.  

La guerre commerciale donne lieu à une détérioration à petit feu – une perturbation et une transformation qui avancent au ralenti. Une évolution lente permet de gagner du temps pour manœuvrer, mais peut aussi encourager à ne rien faire. En outre, cette détérioration met en lumière les fissures qui avaient été plus ou moins colmatées dans le passé. Le choc commercial a révélé des tendances qui étaient passées inaperçues dans le domaine du commerce mondial, notamment en ce qui a trait aux relations commerciales entre les États-Unis et le Canada. Six de ces tendances méritent d’être mentionnées : 

  1. Le commerce mondial a doublé en dehors de la sphère des États-Unis. 

    L’une des grandes craintes du Jour de la libération était que les nouveaux droits de douane massifs déclenchent une récession mondiale, étant donné le poids des États-Unis dans l’économie mondiale. Or, à l’extérieur des États-Unis, le commerce mondial a doublé pour s’établir à 4,4 % d’une année sur l’autre.   

    La vision d’un monde centré sur l’Amérique du Nord pourrait faire oublier qu’en dehors du Mexique et du Canada, les partenaires commerciaux des États-Unis sont beaucoup moins sensibles au marché américain de la consommation. Avant les droits de douane de 2025, les exportations vers les États-Unis s’élevaient à 30 % pour le Vietnam, à 15 % pour la Chine et à 9 % pour la zone euro.  

    Et au lieu de disloquer l’économie mondiale, le reste du monde déploie un effort pour s’adapter en réorganisant les échanges en périphérie du marché américain. Dans un monde caractérisé par la puissance commerciale, l’essor des échanges entre les partenaires mondiaux porte à croire que les États-Unis ont peut-être moins de pouvoir que ce qui était présumé au départ.

    Les États-Unis représentent le plus grand marché d'exportation pour les pays partenaires de l'AEUMC
  2. L’année de la divergence commerciale pour le Canada 

    De même, le Canada a réorienté ses échanges commerciaux en dehors des États-Unis en 2025 – la part des États-Unis dans le total des exportations canadiennes passant de 76 % au quatrième trimestre de 2024 à 68 % pour la même période en 2025. Ainsi, bien que les exportations vers les États-Unis aient reculé de 6 % d’une année sur l’autre, ce qui représente près de 35 milliards de dollars, le repli a été compensé par une hausse de 29 milliards de dollars des exportations vers le reste du monde.  

    Cette diversification ne découle pas de la recherche de nouveaux acheteurs pour les produits soumis aux droits de douane. L’augmentation est plutôt attribuable à une flambée des prix de l’or, qui ont gagné plus de 60 % en 2025. Par conséquent, les exportations d’or vers le Royaume-Uni ont bondi à elles seules de 17 milliards de dollars, soit 76 %, l’an dernier, ce qui fait de l’or le deuxième produit d’exportation du Canada en importance après le pétrole brut. Cette tendance a donc considérablement amorti le déclin enregistré pour les autres biens. 

    D’autre part, l’or a grandement stimulé le marché boursier canadien et accru la richesse financière des Canadiens. Selon les estimations, la montée de l’or a représenté un tiers de la hausse de 28 % du TSX et constitué le principal moteur du rendement supérieur de cet indice par rapport au S&P 500 l’an dernier.  

    Les secteurs de l'or et de l'énergie ont été les principaux moteurs de la hausse des exportations vers les marchés autres que les États-Unis en 2025
  3. La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a eu un impact plus limité 

    Conjugué au choc énergétique, le choc commercial crée des différences encore plus marquées entre les régions du Canada, certaines provinces et économies locales portant le poids de cette cassure de façon disproportionnée. Toutefois, personne n’a été totalement épargné.   

    Grâce à l’ACEUM, moins de secteurs, donc de régions ont été frappés par le pire du choc commercial. Bien que la guerre commerciale soit devenue une source de préoccupation partout au pays, elle a surtout touché les provinces fortement dépendantes de l’industrie comme le Québec et l’Ontario. Les secteurs de l’acier et des véhicules et pièces automobiles ont subi le plus grand repli des exportations, ce qui a posé des difficultés particulièrement graves dans des régions telles que le sud-ouest de l’Ontario. Des villes comme Windsor, en Ontario, ont vu leur taux de chômage s’envoler à 11,1 %, tandis que le taux moyen national a culminé à 7,1 %.  

    En dehors de l’Ontario et de certaines parties du Québec, le reste du Canada, en particulier les provinces productrices d’énergie et de marchandises agricoles, a relativement peu souffert de la guerre commerciale. Ces provinces ont profité du fait que seulement une petite partie de leur commerce était soumis aux droits de douane américains, et elles ont bénéficié d’une plus grande diversification globale. La Colombie-Britannique, par exemple, n’a pas été au cœur des discussions en 2025. Cependant, en 2026 elle pourrait être touchée par l’effet domino des droits sur le bois d’œuvre qui ont bondi en octobre 2025.  

    Conjugué au choc énergétique, le choc commercial crée des divergences économiques généralisées dans le pays, et plusieurs implications méritent d’être examinées par les décideurs à tous les échelons gouvernementaux.   

    Taux effectif moyen des droits de douane sur les exportations vers les États-Unis, par province
  4. Le déficit commercial des États-Unis s’est redistribué 

    Au départ, l’administration américaine avait justifié l’imposition des droits de douane comme une méthode pour réduire le déficit commercial des États-Unis, du moins en partie. Un an plus tard, cependant, le déficit a évolué dans la mauvaise direction. Globalement, le déficit attribuable aux biens et aux services s’est creusé de 47 milliards de dollars américains en 2025 par rapport à 2024. Le déficit commercial lié aux biens a atteint à lui seul un montant record de 1,26 billion de dollars américains en 2025.  

    Derrière cette réalité se cache un net changement de politique commerciale : si le déficit global a augmenté, sa composition est considérablement différente. Les droits de douane ont réussi à réduire les importations en provenance des principaux pays cibles (en particulier la Chine) tout en augmentant celles d’autres pays asiatiques, parmi lesquels le Vietnam, Taïwan, l’Inde, la Thaïlande et la Malaisie.  

    Pour d’autres pays cibles, dont le Mexique, les exportations vers les États-Unis ont augmenté. Le déficit des États-Unis avec le Mexique a augmenté de 25 milliards de dollars américains malgré des droits de douane de 25 à 35 % imposés à différents moments en 2025, mais avec d’importantes exemptions. Plusieurs objectifs commerciaux ont constitué un choix peu judicieux, compte tenu des chaînes logistiques manufacturières profondément intégrées. 

    En fin de compte, la géographie a considérablement changé, mais pas l’échelle globale des échanges. 

    Variation de la valance commerciale annuelle des États-Unis par pays en 2025
  5. Les Canadiens ont pris en main leur protection économique, ainsi que les dommages 

    Si des mesures de représailles ont été mises en place par les gouvernements, les Canadiens ont pris à cœur la guerre commerciale sur le plan personnel, ce qui s’est surtout reflété dans les voyages. Cela a eu des répercussions au Canada, et dans un secteur clé des États-Unis. 

    Grâce à la faible étendue des mesures de riposte prises par le gouvernement canadien, la guerre commerciale a eu un effet limité sur les prix à la consommation au pays. Néanmoins, le comportement des consommateurs a changé, en particulier vis-à-vis des voyages

    Le gouvernement fédéral a imposé des droits de douane concernant à peine un tiers des importations américaines, avant de les éliminer en septembre – sauf pour l’acier, l’aluminium et l’automobile. Cela a maintenu les prix à la consommation à leur niveau normal et permis à la Banque du Canada de continuer à abaisser les taux directeurs. En même temps, les gouvernements provinciaux ont entrepris de boycotter certains produits, notamment les boissons alcoolisées fabriquées aux États-Unis, tandis que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ont adopté des politiques « Achetez canadien » en matière d’approvisionnement. 

    Malgré tout, le pays a réagi de façon moins officielle et plus ciblée. Les voyages en sont l’exemple le plus frappant. Les rendements canadiens depuis les États-Unis ont fondu de 25 % d’une année sur l’autre en 2025.  

    En revanche, les voyages vers le reste du monde ont augmenté de 9,2 % par rapport à 2024. Les Canadiens ont aussi dépensé davantage au pays. C’est ainsi que le tourisme intérieur a bondi de 2,7 %, faisant grimper les dépenses de 11 % par rapport à la moyenne d’avant la pandémie. Cette tendance a contribué à l’augmentation de la consommation intérieure. 

    Les voyages transfortaliers canadiens ont chuté, tandis que les voyages dans les pays étrangers ont augmenté
  6. Le Canada a créé plus d’emplois que les États-Unis en 2025 alors que les deux pays ont souffert du choc 

    Les données sur l’emploi dressent un portrait surprenant. L’Enquête sur la population active du Canada fait état de la création de 211 000 emplois en 2025, ce qui représente une hausse de 1 %. En parallèle, l’enquête sur les emplois non agricoles aux États-Unis montre une augmentation de 116 000 emplois, soit une hausse de 0,07 % du nombre d’employés. 

    Plus intéressant encore est ce qui s’est passé sous la surface. Aux États-Unis, quelque 275 000 emplois ont été perdus l’an dernier dans les secteurs sensibles au commerce international, dont la manufacture, le commerce de gros, la vente au détail, le transport et l’entreposage, ainsi que les services de travail temporaire. Parmi tous les secteurs sensibles au commerce international, le transport et l’entreposage sont ceux qui ont été les plus durement touchés, avec des pertes d’emploi à la hauteur des compressions subies à l’ère de la COVID-19. Un total de près de 430 000 emplois ont été créés sur une base nette dans tous les autres secteurs combinés.  

    Au Canada, les emplois tributaires de la demande des États-Unis ont chuté de 2 %. Le côté positif, du moins pour le Canada, est que même si une grande partie des exportations du pays (environ 68 %) dépend des États-Unis, seulement 12 % des emplois sont tributaires de la demande américaine, ce qui contribue à limiter les répercussions du choc commercial.  

    Conclusion : les travailleurs des deux économies ont souffert, et ils bénéficieraient davantage d’une amélioration que d’une détérioration des relations commerciales.  

    L'emploi au Canada a progressé en 2025 en dépit du choc commercial
IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

L’excellence des États-Unis en intelligence artificielle a eu un effet secondaire inattendu : une immense concentration dans le segment des logiciels et du matériel informatiques. Environ 85 % des dépenses du Canada en infrastructure infonuagique sont faites auprès de trois sociétés technologiques américaines, tandis que trois autres représentent environ 88 % de l’utilisation des modèles de fondation d’entreprise. Par ailleurs, NVIDIA détient une part de 80 à 90 % du marché des puces d’IA haut de gamme.

Les entreprises et les gouvernements du Canada ne jouent pas un rôle important dans la chaîne logistique mondiale de l’IA. Or, l’exercice d’un plus grand contrôle sur notre infrastructure numérique afin de renforcer les capacités du pays en IA est mis de l’avant tant sur le plan commercial qu’à l’échelle nationale. La question de la « souveraineté en IA » est devenue un enjeu crucial au moment où cette nouvelle technologie se propage rapidement dans le monde. Parallèlement, le choix de construire une infrastructure et des systèmes d’IA souverains, ou l’établissement d’exigences de souveraineté pour l’infrastructure infonuagique en place, pourrait entraîner un surcoût et affaiblir la compétitivité du secteur technologique. Les entreprises canadiennes qui mettent en œuvre des projets de souveraineté en IA devraient déterminer les charges de travail à conserver pour leur infrastructure infonuagique existante, et lesquelles pourraient nécessiter une nouvelle architecture.

Le Canada n’est pas le seul à viser la souveraineté en IA. Selon McKinsey & Co., plus de 70 % des dirigeants, des investisseurs et des gouvernements du monde entier considèrent l’IA comme une « préoccupation existentielle » ou un « impératif stratégique » par rapport à leurs objectifs. Cette société prévoit que le marché mondial de l’IA souveraine vaudra 600 milliards de dollars américains en 2030.

Depuis plusieurs années, le gouvernement du Canada cherche à adopter de nouvelles lois visant la protection de la vie privée et la modernisation de la réglementation du numérique. Pendant ce temps, Washington a durci le ton à l’approche de la prochaine révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en qualifiant d’irritants commerciaux potentiels une partie des efforts du Canada ayant pour but de réglementer les services numériques. Il s’en est suivi un débat animé – des deux côtés de la frontière – sur la façon dont les entreprises canadiennes peuvent continuer d’avoir accès aux dernières innovations en IA, tout en maintenant de rigoureuses mesures de protection.

Les entreprises canadiennes se retrouvent devant la nécessité de prendre des décisions concernant les infrastructures, les données et les fournisseurs dans un contexte qui a considérablement changé au cours des 18 derniers mois. La pile d’IA, c’est-à-dire l’infonuagique, l’informatique, les modèles fondateurs et les données requises pour l’exploitation des systèmes, est simultanément devenue un sujet de premier plan dans les négociations commerciales, l’élaboration de la réglementation, la stratégie d’approvisionnement et la gestion du risque opérationnel. Les choix qui sont faits aujourd’hui à la table des négociations et dans les salles de conseil du Canada créeront les conditions dans lesquelles se déroulera la prochaine décennie de l’économie numérique.

Tout d’abord, les États-Unis défendent plus vigoureusement leurs intérêts et leur domination dans le secteur de la technologie. Le chapitre de l’ACEUM sur le commerce numérique pose un défi immédiat à l’approche du 1er juillet 2026, étape importante de la révision conjointe après six ans.

Particulièrement en ce qui concerne la localisation des données, l’ACEUM va plus loin que plusieurs autres accords comparables : contrairement à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste, l’ACEUM ne prévoit dans l’article 19.12 aucune exception à l’« objectif légitime de politique publique », ce qui réduit la marge de manœuvre dont le Canada disposerait autrement pour imposer le stockage local des données relatives aux services publics ou aux citoyens.

Les quatre dispositions ci-après sont les plus importantes pour la souveraineté en matière d’IA et de données : 1) limites concernant le traitement moins favorable des produits numériques étrangers ; 2) restrictions relatives au blocage des flux de données transfrontaliers transférées pour des raisons d’affaires ; 3) interdiction de poser comme condition d’exploitation une exigence d’installations informatiques nationales ; et 4) limites quant aux exigences de divulgation des codes sources. Une certaine marge de manœuvre existe, mais elle est restreinte : l’exception du gouvernement fédéral, au titre de la sécurité nationale, l’exclusion relative à l’approvisionnement fédéral et les exceptions prudentielles dans le secteur des services financiers pour préserver la stabilité des systèmes. Le gouvernement fédéral travaille également à la mise en place de plus d’une douzaine d’exceptions ciblées pour la défense.

À la suite d’une série de décrets et de réorientations politiques, les États-Unis ont durci leur position à l’égard du commerce numérique. Washington considère de plus en plus la réglementation visant le numérique et l’IA, y compris les règles adoptées hors des États-Unis, comme un irritant commercial et une entrave à l’accès au marché. En mars 2026, le représentant américain au Commerce a qualifié le cadre de souveraineté informatique, les règles numériques et les projets de réglementation du Canada de barrières commerciales dans son rapport d’estimation du commerce national.  Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, a noté que toutes les options étaient envisageables à propos de l’avenir de l’ACEUM. Un décret présidentiel des États-Unis promulgué en 2025 pour la création d’un groupe de travail fédéral sur les litiges en matière d’IA, et une recommandation de la Maison-Blanche en faveur d’une norme nationale peu contraignante vont dans la même direction : la réglementation de l’IA est vue comme une nuisance au commerce. Lors des consultations sur l’examen de l’ACEUM, l’association américaine à vocation industrielle appelée Computer & Communications Industry Association (CCIA) a qualifié la Loi sur les nouvelles en ligne et la Loi sur la diffusion continue en ligne du Canada de discriminatoires, ce qui laisse croire que le gouvernement et les entreprises du Canada auront beaucoup de mal à protéger leurs intérêts.

Le 4 juin 2026, Ottawa a lancé L’IA pour tous. Cette stratégie nationale en IA repose sur la confiance, l’opportunité et la souveraineté. Deux de ses six piliers visent précisément à éliminer ces dépendances, soit les « fondements de l’IA souveraine » en ce qui concerne l’informatique, les données et le talent, et l’expansion des champions canadiens selon une approche « bâtir-partenariats-acheter ». Les engagements principaux sont concrets : une infrastructure contrôlée par le Canada et régie par les lois canadiennes, des partenariats pour une puissance de calcul souveraine de 850 mégawatts d’ici 2030 et une capacité d’expansion pouvant atteindre 2,3 gigawatts, un superordinateur public d’ici 2031 et 700 millions de dollars pour que les petites entreprises aient un accès abordable à la puissance de calcul. Si la mise en œuvre est réussie, certaines lacunes pourraient être comblées.

Pour les dirigeants canadiens, la souveraineté à l’ère de l’IA n’est pas synonyme d’isolement. Elle signifie l’absence de coercition, c’est-à-dire la capacité de choisir les modèles d’IA à utiliser, le matériel utilisé pour l’inférence en IA, les autorités régissant les données et le recours à des fournisseurs suppléants si un risque se présente. Fait à noter, la pile nationale de l’infrastructure croît plus rapidement que ne l’indique l’opinion prépondérante. Elle comprend notamment la construction d’une infrastructure par CoreWeave et Cohere, le Réseau d’IA tissé de Bell, les centres de données d’IA de TELUS, le consortium ThinkOn–Hypertec–Aptum–eStruxture et un nouveau superordinateur canadien. Tous ces projets visent la création d’une infrastructure nationale de données et d’IA. En outre, de nombreuses sociétés technologiques prospères d’envergure mondiale œuvrent au Canada dans les domaines des modèles d’IA, des services financiers, des technologies de soins de santé, de la gestion des connaissances, du stockage de données, etc.

Graphique thermique du risque lié à la souveraineté du Canada en matière d'IA

Dans Sovereign by Design (Mullin et Khan, 2026), la carte de densité ci-dessus illustre la gravité des risques pour la souveraineté du Canada en matière d’IA à chaque niveau/dimension, la souveraineté signifiant l’absence de coercition, et la capacité de structurer les dépendances de sorte qu’elles ne puissent servir de levier. Les quatre paliers correspondent au degré de dépendance et permettent de déterminer si le Canada a une solution de remplacement viable.

Comment lire la carte de densité ? Chaque cellule évalue la gravité du risque lié à la souveraineté lorsqu’une couche de la pile d’IA (rangées) correspond à une dimension de la souveraineté numérique (colonnes). La gravité reflète le degré de dépendance envers l’étranger, la concentration des fournisseurs, la substituabilité, ainsi que l’influence qu’un acteur externe acquerrait en raison d’une perturbation.

  • Faible – Sensibilité minimale. Le Canada dispose d’une capacité nationale, d’un approvisionnement diversifié ou de solutions de remplacement à portée de main. La dépendance ne crée guère de conditions propices à une influence étrangère.

  • Modéré – Dépendance réelle, mais raisonnable. Il existe une certaine concentration ou une dépendance envers l’étranger, mais les substituts de pays alliés, la capacité nationale partielle ou les solutions de rechange limitent l’influence pouvant être acquise.

  • Élevé – Grande vulnérabilité. Forte dépendance envers un petit nombre de fournisseurs ou de territoires étrangers et peu de substituts à court terme ; une perturbation ou une mesure coercitive engendrerait d’énormes coûts et serait difficilement évitable.

  • Critique – Important goulot d’étranglement dans la chaîne logistique du Canada. Dépendance à l’égard d’une seule source d’approvisionnement étranger (ou d’un petit nombre), peu de substituts viables nationaux ou de pays alliés. La perte d’accès pourrait endiguer ou détériorer considérablement la capacité de l’IA et se répercuter sur la pile.

Toute entreprise canadienne de grande envergure qui envisage des mesures pour accroître sa souveraineté en IA doit répondre à quatre questions. Les enjeux varient d’un secteur à l’autre (les services financiers, les soins de santé, la défense et les infrastructures essentielles sont confrontés aux enjeux les plus cruciaux), mais les choix structurels sous-jacents sont de plus en plus communs à tous.

  1. Prévoir trois scénarios réglementaires, et non un seul

    La révision de l’ACEUM pourrait donner lieu à une continuité du commerce numérique (statu quo), à un léger renforcement des restrictions ou à une renégociation importante ayant trait au commerce numérique. Les sociétés pourraient concevoir leurs stratégies d’IA et numériques en tenant compte de chacun de ces scénarios. L’incertitude entourant la réglementation nationale complique la variable commerciale. La mosaïque de lois du Canada en matière d’IA et de données pourrait devenir plus simple – ou plus complexe – alors que le gouvernement fédéral réforme la Loi sur la protection des renseignements personnels, la LPRPDE et d’autres règles numériques, probablement toutes en même temps. La Loi visant un système de soins de santé connecté au Canada (dont l’appellation est maintenant le projet de loi S-5, présenté de nouveau au Sénat en février 2026) permet la connexion entre l’interopérabilité des données de santé et l’entraînement de l’IA d’une façon qui reste en grande partie non définie. Le projet de loi C-8 a pour but d’étendre les normes de supervision aux exploitants de réseaux de télécommunications et d’infrastructures essentielles adjacentes. Le Groupe sur la résilience du secteur financier canadien, qui s’est réuni en avril 2026 à propos de Mythos, a signalé que l’IA de pointe est désormais considérée comme une préoccupation relative à la stabilité financière et à la cybersécurité, et non seulement comme une préoccupation d’ordre technologique. Il s’agit d’un défi que les sociétés des secteurs de l’énergie, des télécommunications, des transports et de l’eau devraient s’attendre à affronter bientôt, probablement avant la mise en place d’un cadre de supervision définitif pour faire face à une IA toute-puissante.

  2. Considérer la souveraineté en IA comme une occasion, et non seulement comme une question de conformité

    Les forces du Canada dans le secteur de l’énergie, l’expansion de la capacité des centres de données et les nouveaux champions de l’IA pourraient former la base d’une pile souveraine qui n’existait pas il y a quelques années. Les sociétés de secteurs adjacents, comme les services juridiques, les services professionnels et l’assurance, qui adoptent des infrastructures souveraines pourraient être en meilleure posture pour profiter des changements qui seront apportés à la réglementation du Canada ou de l’évolution de la situation commerciale. La possibilité que cette pile atteigne une portée commerciale dépendra des décisions d’approvisionnement prises par les principaux acheteurs. Étant donné que le taux d’adoption de l’IA dans les banques est passé de 30 % en 2019 à 50 % en 2023, et devrait atteindre 70 % en 2026, les choix que feront les six grandes banques et d’autres grandes sociétés financières dans un proche avenir pourraient déterminer si la souveraineté d’un écosystème infonuagique est véritablement possible au Canada. La Stratégie industrielle de défense du Canada et les nouveaux engagements de l’OTAN créent également une voie de croissance parallèle pour les entreprises à double usage répondant à la demande du Canada, du Groupe des cinq et des pays alliés.

  3. Bien répondre à la question du talent et de la propriété intellectuelle

    De nombreux diplômés en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) quittent le Canada, en particulier les meilleurs diplômés universitaires en génie logiciel. Or, en l’absence de compétences approfondies en IA au sein des gouvernements, les entreprises et les institutions canadiennes peineront à réaliser leur potentiel. Outre le code source, la propriété intellectuelle, les poids du modèle, l’optimisation des ensembles de données et les instructions génératives accumulées lors des déploiements en production sont de plus en plus exclusifs et précieux. De plus, les sociétés pourraient même considérer les meilleurs diplômés en IA et les personnes possédant des compétences importantes dans ce domaine comme des actifs stratégiques. Ce point est particulièrement crucial dans le secteur des soins de santé, où les cycles d’approvisionnement pour la transcription par IA, le soutien au triage et l’automatisation administrative sont les principaux cas d’usage.

  4. Agir collectivement

    Les associations industrielles, comme l’Association des banquiers canadiens, l’Association canadienne du marketing, le Conseil canadien des innovateurs et les organismes sectoriels, offrent des occasions naturelles d’entreprendre les discussions maintenant nécessaires avec le gouvernement. Le Conseil canadien des affaires considère que la révision de l’ACEUM est une priorité essentielle en matière de défense des intérêts. Les sociétés et les secteurs qui n’ont pas encore déterminé ce qu’ils attendent de ces discussions devraient le faire dès maintenant. 

Les secteurs canadiens des services financiers, des soins de santé, de la défense et des infrastructures essentielles sont ceux qui risquent le plus d’être confrontés à la convergence de l’IA et de la souveraineté numérique. Les dirigeants de ces secteurs envisagent probablement de prendre les mêmes décisions d’architecture au cours des prochaines années. Nous présentons ci-dessous les grandes lignes des choix politiques et technologiques qui s’offrent à eux.

Les banques canadiennes ne se posent plus la question de savoir s’il convient ou non d’utiliser l’IA à grande échelle. Selon les données conjointes du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), le taux d’adoption de l’IA est passé d’environ 30 % en 2019 à 50 % en 2023 et devrait atteindre 70 % d’ici la fin de 2026. En avril 2026, le Groupe sur la résilience du secteur financier canadien, partenariat public-privé dirigé par la Banque du Canada, s’est réuni pour discuter de Mythos. Il a déclaré que l’IA de pointe est désormais considérée comme une préoccupation relative à la stabilité financière et à la cybersécurité, et non seulement comme une préoccupation d’ordre technologique. Les conséquences pratiques sont concrètes. Premièrement, la gestion du risque pour les modèles de crédit et de marché constitue le seuil minimal, et non maximal, de la gouvernance de l’IA. Deuxièmement, les cadres de gestion du risque doivent tenir compte de l’ensemble du cheminement des données d’inférence (où les requêtes de données sont traitées par les modèles d’IA et lesquelles le sont), et non seulement de l’entraînement. Troisièmement, les scénarios de cyberattaques intégrant l’IA font partie des principales menaces pour la stabilité financière sur le plan systémique.

Les décisions d’approvisionnement des six grandes banques et d’autres grandes sociétés de services financiers au cours des 24 prochains mois pourraient déterminer si l’écosystème infonuagique souverain du Canada atteindra une portée commerciale significative. Les services financiers ne sont pas seulement l’un des éléments de la politique canadienne d’IA, ils en sont aussi l’un des principaux facteurs déterminants.

The Pan-Canadian Health Data Strategy continues to advance through Health Canada and the Canadian Institute for Health Information, but the infrastructure for moving health data across provincial boundaries remains underdeveloped. Quebec constrains cross-border health data transfers as a matter of binding provincial law, while Alberta, Ontario and British Columbia have parallel systems that overlap unevenly. The Connected Care for Canadians Act (Bill S-5), advancing through Parliament in 2026, includes provisions on health data interoperability that intersect with AI training data in ways the legislation leaves largely undefined.

Canada has a patchwork of laws on AI and data, which could get clearer, or even more tangled as the federal government reforms the Privacy Act, PIPEDA, and other digital rules. Further, the current provincial patchwork of laws is unlikely to be resolved anytime soon. Meanwhile, procurement cycles for AI scribing, triage support, and administrative automation are already moving without clear sovereign requirements to procure against.

Healthcare leaders and hospital executives likely have options when it comes to digital sovereignty and protecting Canadians’ data—that might include federated learning, workload partitioning, deliberate data-flow design—but future leaders may want to invest in solutions that can ensure the data sovereignty of Canadians’ health data. Either choice is defensible. But it is crucial to determine the choices through governance and technology architecture decisions, rather than leaving them up to international vendors.

La Stratégie industrielle de défense du Canada et les nouveaux engagements de l’OTAN créent des occasions de croissance pour les entreprises à double usage. L’infrastructure infonuagique de défense présente trois options : la construire en conformité avec l’ITAR des États-Unis, la construire hors de ce cadre pour répondre à la demande du Canada ou des pays alliés, ou construire des deux façons. Les données classifiées au Canada pourraient nécessiter une infrastructure souveraine exploitée séparément, tandis que les données du Groupe des cinq demanderont probablement une infrastructure plus interexploitable. Pour les exploitants d’infrastructures essentielles dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications, des transports et de l’eau, les questions de politique d’IA que les sociétés de services financiers tentent de régler sont pertinentes. Il sera également important de surveiller le cadre de supervision envisagé dans le projet de loi C-8 concernant la cybersécurité, qui modifie la Loi sur les télécommunications et apporte des modifications corrélatives à d’autres lois. Les exploitants doivent décider s’ils adoptent une méthode proactive de gestion du risque lié à l’IA ou s’ils en reportent la mise en œuvre jusqu’à ce que les exigences réglementaires soient définitives.

Les entités canadiennes ci-dessous sont en exploitation, sous contrat ou en plein essor, et font partie des principales sociétés nationales actuellement en lice pour l’approvisionnement et les partenariats concernant la souveraineté en IA. 

Établie à Toronto, la société a été fondée en 2019. Cohere est la seule société dont le siège social est au Canada à créer des modèles de langage de pointe vendus à des entreprises dans des secteurs réglementés. Sa fusion avec la société allemande Aleph Alpha lui a récemment permis d’atteindre une valorisation combinée d’environ 20 milliards de dollars américains. En vertu d’un protocole d’entente fédéral, Cohere est reconnue comme un fournisseur de grands modèles de langage (GML) d’importance stratégique, bénéficiant d’un financement fédéral engagé de 240 millions de dollars. La société est le locataire principal d’une nouvelle installation informatique en IA de Cambridge, en Ontario, exploitée par la société américaine CoreWeave dans le cadre de la Stratégie canadienne sur la capacité de calcul souveraine pour l’IA. Le positionnement d’entreprise de Cohere se caractérise par des options de déploiement souverain pour les nuages privés virtuels et les environnements sur place des clients. La récente fusion avec Aleph Alpha accroît sa présence sur les marchés européens réglementés. La relation d’exploitation avec CoreWeave a soulevé des questions raisonnables dans l’écosystème quant au degré de propriété canadienne de la pile qui est requis, réalisable ou souhaitable. Dans l’ensemble, le renforcement de la position concurrentielle de Cohere par les moyens disponibles devrait améliorer le classement du Canada en matière d’IA. RBC est un partenaire national de Cohere et un utilisateur de sa plateforme North.

Annoncé en 2024 et accru en 2025, l’investissement de plus de 2 milliards de dollars de Bell dans la capacité de calcul du Canada pour l’IA repose sur l’infrastructure de NVIDIA, Cerebras et CoreWeave. Il vise la création d’une capacité souveraine au Canada pour les entreprises clientes, la capacité initiale étant destinée au gouvernement fédéral, aux provinces et aux secteurs des services financiers et des soins de santé. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont adopté le modèle infonuagique souverain rattaché à des sociétés de télécommunications. Du fait de son envergure, le projet de Bell est le plus important projet d’investissement en puissance de calcul géré à l’échelle nationale en dehors du programme fédéral.

L’infrastructure nationale d’IA offerte par la deuxième grande société canadienne de télécommunications, annoncée en 2024, a commencé ses activités en 2025 à Rimouski, au Québec. L’installation cible les clients qui ont besoin d’une puissance de calcul en IA originaire du Canada et exploitée au Canada, offrant une fiabilité de classe transporteur. Les deux options rattachées à une société de télécommunications créent une forte concurrence en matière d’approvisionnement pour les services d’infonuagique souverains du Canada.

Cette coalition de moyennes entreprises canadiennes formée d’exploitants de centres de données et de fournisseurs de services infonuagiques – ThinkOn, Hypertec, Aptum, eStruxture – offre des services d’infonuagique souveraine pour les charges de travail du gouvernement fédéral et de sociétés réglementées. ThinkOn se dit le seul fournisseur canadien de services infonuagiques approuvé en vertu de l’accord-cadre de Services partagés Canada sur les charges de travail sécurisées au niveau Protégé B. Le consortium pourrait être une solution au problème des acheteurs du secteur public ayant besoin d’une plus grande envergure sans être liés à un fournisseur unique.

Les trois instituts de la Stratégie pancanadienne en matière d’IA financés par l’Institut canadien de recherches avancées – Vector (Toronto), Mila (Montréal) et AMII (Edmonton) – ont généré une grande partie de la base de recherche à l’origine de Cohere, d’Element AI (maintenant intégrée à ServiceNow), ainsi que d’une vaste équipe de spécialistes chevronnés en IA.

D’autres fournisseurs, des universités et des consortiums du Canada exercent actuellement leurs activités à plus petite échelle, notamment dans les domaines de la puissance de calcul et de l’hébergement spécialisé dans les secteurs réglementés. Soulignons que l’Université Queen’s et l’Université Simon Fraser ont conclu un partenariat en puissance de calcul pour l’IA.


Télécharger le rapport


Les sources liées sont accessibles au public. Les documents gouvernementaux, les directives réglementaires et les principaux rapports mentionnés dans le présent dossier sont classés par sujet. Déni de responsabilité : Les sources ne sont pas toutes rigoureusement exactes, et il en est de même pour les avis juridiques antérieurs et les indications prospectives.

Commerce et politique américaine

Souveraineté et capacité du Canada en IA

Réglementation financière et risque lié à l’IA

Défense et double usage

Protection des renseignements personnels, gouvernance des données et cadres provinciaux

  • Quebec Law 25 (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels). Commission d’accès à l’information du Québec — cai.gouv.qc.ca.

  • LPRPDE – Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques. Commissariat à la protection de la vie privée du Canada

  • Décision d’adéquation de l’UE pour le Canada (renouvellement en 2024) Commission européenne, justice et consommateurs

Cybermenaces et infrastructures essentielles

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

➔ L’affrontement autour du méthane

➔ Le Canada déploie ses ambitions nucléaires à l’échelle mondiale

➔ Pourquoi une municipalité canadienne a mis en pause un projet de centre de données

Les entreprises reviennent au premier plan : Le développement durable des entreprises semble amorcer un tournant, les sociétés affichant un engagement renouvelé porté par les vents favorables décrits précédemment, souligneBrian Hong, directeur général, Solutions des marchés environnementaux, qui a participé à la Semaine du climat de Londres. La diversité des participants aux différents événements — grandes entreprises, institutions financières, investisseurs, représentants gouvernementaux et organisations non gouvernementales — constitue également un indicateur encourageant. Lisez ses impressions complètes de la #LCAW2026 ici.

Le Canada fait figure de retardataire dans l’Indice de transition énergétique. Classé au 32e rang, le pays a perdu une place dans l’indice du Forum économique mondial, qui évalue 120 pays, et accuse un retard par rapport à la plupart des économies avancées comparables (les États-Unis occupent le 19e rang et l’Australie, le 26e).Le recul du Canada s’inscrit dans une tendance plus générale de détérioration de la performance des économies avancées attribuable à la hausse des prix de l’énergie et à l’affaiblissement des politiques climatiques.

Le phénomène El Niño alimente une crise du refroidissement. Le refroidissement des espaces est déjà la source de demande énergétique connaissant la croissance la plus rapide dans les bâtiments à l’échelle mondiale (4 % par année), exerçant une pression croissante sur les réseaux électriques. Alors que les températures demeurent accablantes, on peut s’attendre à une accélération de l’adoption des systèmes de climatisation — et, par conséquent, de la demande d’électricité. Au Canada, seulement 52 % des locataires ont accès à la climatisation, tandis qu’à l’échelle mondiale, à peine 15 % des 3,5 milliards de personnes vivant dans des climats chauds possèdent un climatiseur.

Par Vivan Sorab, responsable principal, Technologie propre RBC

La stratégie canadienne en matière d’électricité se trouve à un moment charnière, alors que les décideurs et les acteurs de l’industrie tentent de concilier les impératifs de croissance avec le maintien d’un réseau électrique qui demeure, dans une large mesure, propre.

À l’issue du Sommet sur la stratégie en matière d’électricité, organisé à Ottawa par Ressources naturelles Canada et le Smart Grid Innovation Network, je retiens les constats suivants :

L’activité se concentre au niveau de la distribution. La construction de nouveaux logements entraîne une forte hausse de la demande de transformateurs et de compteurs, tandis que l’adoption de panneaux solaires sur les toits, de véhicules électriques et d’autres ressources fondées sur des onduleurs s’accélère considérablement. Les centres de données se tournent de plus en plus vers les réseaux de distribution. Confrontés à des contraintes comme le plafond de 1,2 gigawatt imposé en Alberta et aux pénuries mondiales de semi-conducteurs, ils cherchent de plus en plus à se raccorder directement aux réseaux de distribution.

L’abordabilité constitue une contrainte déterminante. Une focalisation excessive sur le coût le plus bas freine les investissements dont le réseau électrique a besoin pour se développer. Or, l’abordabilité représente également la plus grande menace à la continuité politique et, par conséquent, à la pérennité de toute stratégie nationale.

La planification doit aller au-delà du kilowattheure. La planification intégrée des ressources vise à optimiser la capacité et l’approvisionnement énergétique, mais les ressources énergétiques distribuées et la gestion de la demande procurent des avantages qui dépassent largement la seule fourniture d’électricité. Elles favorisent notamment le développement économique local, améliorent le confort des consommateurs et génèrent des économies pour les ménages. Selon certains intervenants, ces bénéfices ne sont actuellement pas correctement valorisés. En conséquence, les solutions distribuées qui pourraient alléger la pression sur le réseau sont systématiquement sous-évaluées.

La main-d’œuvre et les chaînes logistiques limitent ce qu’il est possible de déployer et à quel rythme. Les prévisions de déploiement, notamment pour les thermopompes, reposent sur des trajectoires que les capacités actuelles de la main-d’œuvre et des chaînes logistiques ne permettent pas de soutenir. Le rythme de déploiement réalisable sera donc plus modeste que ne le laissent entendre les objectifs annoncés. Le déficit de compétences vient accentuer ces contraintes. Chaque départ à la retraite entraîne la perte de 30 à 40 années d’expertise, sans qu’il existe de mécanisme systématique de perfectionnement ou de transfert des connaissances pour assurer la relève.

Les interconnexions et un réseau électrique est-ouest sont de nouveau à l’ordre du jour. L’évolution du contexte géopolitique a ravivé l’intérêt pour une plus grande intégration régionale, mais le réseau électrique canadien demeure principalement orienté selon un axe nord-sud. Des interconnexions entre fuseaux horaires pourraient accroître de façon significative la valeur des énergies renouvelables en atténuant les pointes de demande à l’échelle du pays. Des travaux de modélisation plus approfondis et des analyses de faisabilité demeurent toutefois nécessaires.

La plus grande occasion d’exportation n’est peut-être pas matérielle. Les discussions sur les exportations se concentrent souvent sur des actifs physiques, comme les petits réacteurs modulaires et les grandes composantes nucléaires. Or, le Canada dispose d’un avantage encore sous-exploité : son expertise en électrification et ses logiciels de gestion des réseaux électriques.

Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Les États-Unis et le Qatar sont en désaccord avec l’Union européenne au sujet de ses règles relatives aux importations de méthane. Bruxelles maintient sa position, tout en suspendant discrètement l’application de ces règles. Le débat s’articule désormais autour d’une opposition devenue familière : sécurité énergétique contre ambition climatique.

Cette situation pourrait toutefois jouer en faveur du Canada, compte tenu de ses normes élevées de conformité en matière de méthane. La plupart des grandes sources d’inquiétude qui alimentent actuellement l’anxiété mondiale quant à l’approvisionnement en gaz trouvent une réponse canadienne, affirme Shaz Merwat, notre responsable principal, Politique énergétique.

Des années d’efforts en matière de méthane portent leurs fruits. Le bassin de Montney affiche l’une des plus faibles intensités d’émissions de méthane parmi les bassins gaziers du monde. Les règlements fédéraux renforcés, finalisés en décembre, visent une réduction de 72 % des émissions de méthane par rapport aux niveaux de 2012 d’ici 2030. Le fardeau de conformité auquel s’opposent les États-Unis et le Qatar est déjà intégré aux activités des exploitants canadiens.

Des points de congestion ? Le terminal de Kitimat expédie son gaz vers l’ouest. Aucune préoccupation ne découle du conflit actuel dans le détroit d’Ormuz, des perturbations de la circulation dans le canal de Suez, de l’assèchement du canal de Panama, ou encore des incertitudes entourant l’avenir du détroit de Taïwan.

Pour les exploitants canadiens, la performance en matière de méthane s’impose comme un avantage concurrentiel discret et peu coûteux, alors qu’un nombre croissant d’acheteurs commencent à en faire une condition d’approvisionnement plutôt qu’un simple critère de préférence.

Par Vivan Sorab, responsable principale, Technologie propre RBC

La nouvelle Stratégie canadienne sur l’énergie nucléaire s’appuie sur l’héritage du pays en matière d’énergie nucléaire civile afin de renforcer la sécurité énergétique, de soutenir la politique industrielle et d’accroître les perspectives d’exportation.

Voici six constats qui illustrent l’ampleur et la profondeur des nouvelles ambitions nucléaires du Canada :

  • Nouveaux réacteurs : La stratégie prévoit la construction d’un maximum de dix nouveaux grands réacteurs — dont deux en chantier d’ici 2035 et cinq autres planifiés d’ici 2040 —, ainsi que le déploiement d’au moins un réacteur à l’extérieur de l’Ontario, actuel bastion de l’énergie nucléaire au Canada, d’ici 2035. Elle vise également la mise au point d’une version modernisée du réacteur CANDU d’ici 2030 et le doublement de la main-d’œuvre du secteur nucléaire.

  • Une approche fondée sur des parcs de réacteurs : La stratégie concentre les efforts réglementaires, industriels et de construction autour de modèles de réacteurs précis pour chaque usage. Cette approche vise à uniformiser les déploiements, à réduire les coûts et à bâtir une expérience de réalisation à grande échelle.

  • Une approche « Équipe Canada » : La stratégie met l’accent sur les exportations nucléaires et préconise une approche concertée à l’échelle du pays. Elle poursuit plusieurs objectifs : implanter la technologie CANDU dans au moins quatre nouveaux marchés d’ici 2040, accompagner de six à dix pays nouveaux venus dans le nucléaire, et obtenir une part des chaînes logistiques d’au moins cinq projets internationaux ne reposant pas sur la technologie CANDU. La création d’un cadre dédié au financement des exportations et à la commercialisation vise à permettre au Canada de rivaliser sur le terrain du financement souverain, un facteur déterminant dans les exportations de technologies nucléaires.

  • Miser sur l’uranium : Le Canada est le deuxième producteur mondial d’uranium, et les réacteurs CANDU fonctionnent à l’uranium naturel, ce qui les soustrait à la dépendance envers les chaînes logistiques en uranium enrichi, largement dominées par la Russie. La stratégie vise à doubler les exportations d’uranium d’ici 2035. Bien que les réacteurs actuellement en exploitation au Canada ne nécessitent pas d’uranium enrichi, le futur parc canadien de petits réacteurs modulaires (PRM) aura besoin de combustible enrichi. La stratégie indique que cette question est toujours à l’étude, tout en précisant que l’approvisionnement en combustible sera assuré pour les réacteurs qui en auront besoin.

  • Miser sur l’innovation : La fusion nucléaire, un microréacteur de pointe destiné aux applications de défense ainsi qu’un renforcement des capacités en matière d’isotopes médicaux figurent également parmi les composantes clés de la stratégie.

  • Les prochaines étapes : La mise en œuvre de la stratégie dépendra principalement du financement, des chaînes logistiques et des compétences des différentes administrations. La politique fédérale de financement, qui doit préciser les modalités d’intervention, n’est pas attendue avant avril 2027. La stratégie vise par ailleurs à attirer des capitaux privés et des investissements provenant des caisses de retraite, des sources de financement qui se sont jusqu’à présent révélées difficiles à mobiliser pour les projets nucléaires occidentaux. Sur le plan des chaînes logistiques, les capacités de production d’eau lourde, qui ont été abandonnées dans les années 1990, devront être rétablies, tout comme les capacités de fabrication de pièces forgées de grande dimension et de matériaux de qualité nucléaire. Enfin, ce sont les provinces, et non Ottawa, qui choisissent les technologies à déployer et qui assument la gestion de leurs retombées en aval. Le rôle du gouvernement fédéral consiste essentiellement à donner des orientations et à contribuer à l’atténuation des risques.

➔ Le Canada peut-il construire davantage de logements et renforcer ses infrastructures de défense tout en respectant ses objectifs climatiques ? John Stackhouse, de RBC, livre quelques réflexions sur ce triple défi qui sera bientôt mis à l’épreuve alors que le Canada s’engage dans une nouvelle phase d’expansion résidentielle.

➔ Quand les municipalités ripostent.Illustrant la montée des préoccupations municipales à l’égard des centres de données, les conseillers municipaux de Hamilton, en Ontario, ont unanimement suspendu un projet de centre de données, invoquant ses répercussions potentielles sur l’environnement, l’utilisation de l’eau et l’abordabilité. La conseillère municipale Nrindr Nann, à l’origine de l’initiative, a indiqué que 21 autres conseils municipaux ont demandé à recevoir sa motion.

➔ 25 % d’ici 2035. Il s’agit du nouvel objectif climatique proposé par la présidence turque de la COP31 visant à réduire l’intensité de la consommation énergétique dans le secteur du bâtiment d’ici 2035. Cet objectif pourrait trouver un écho favorable et contribuer à créer un nouvel élan, alors que la hausse des coûts de l’électricité est devenue un enjeu majeur tant pour les entreprises que pour les consommateurs.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

➔ La F1 prend les devants avec son initiative sur les carburants durables

➔ Ce qui empêche Evan Fraser, de l’Arrell Institute,de dormir

➔ Quel sera le prochain grand moment de la politique climatique au Canada ?

Pour la première fois, les investissements dans l’énergie propre devraient être près de deux fois plus élevés que ceux consacrés aux combustibles fossiles. Pour chaque dollar investi dans le pétrole, le gaz et le charbon, soit 1,2 billion de dollars américains, près de deux dollars devraient être dirigés vers les énergies renouvelables, le nucléaire, les réseaux, le stockage, l’efficacité énergétique et l’électrification en 2026, estime l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport World Energy Investment 2026. Le conflit au Moyen-Orient rebat les cartes de l’investissement énergétique en temps réel et ramène la sécurité énergétique au premier plan, souligne Vivan Sorab, responsable principal, Technologie propre RBC. Les investissements mondiaux dans l’énergie sont en voie d’atteindre 3,4 billions de dollars américains cette année, en hausse de 5 % par rapport à 2025, tandis que le solaire attire en moyenne 1 milliard de dollars américains par jour. Le nucléaire fait lui aussi son retour, avec 78 GW en construction dans 15 pays et des investissements annuels de plus de 80 milliards de dollars américains. Cela dit, les signaux ne sont pas tous positifs : Les investissements dans l’approvisionnement en charbon atteignent 180 milliards de dollars américains, leur plus haut niveau depuis 2 012.

Montréal a récemment accueilli la Formule 1 et une nouvelle génération de carburants durables, poursuivant ainsi son héritage de leadership climatique – du Protocole de Montréal de 1987 au Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal de 2022 –, écrit John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction RBC, qui était sur place pour cet événement à haut indice d’octane, mais durable. L’initiative s’inscrivait dans la nouvelle norme sur les carburants adoptée par la F1 cette saison, qui vise la carboneutralité d’ici 2030. Les monoplaces roulaient avec un carburant durable avancé à 100 %, et l’écurie Mercedes a remporté le Grand Prix du Canada grâce à un carburant mis au point par son partenaire Petronas. L’initiative de durabilité va au-delà du carburant : Les équipes de soutien ont voyagé à bord d’avions-cargos alimentés par des carburants d’aviation durables, tandis que les voitures intègrent des conceptions axées sur une efficacité accrue. Montréal a aussi récemment accueilli la Série Innovation durable de la FIA, qui explore comment l’IA et la technologie peuvent générer des gains d’efficacité.

Pour Sarah Goodman, la crise des feux de forêt se vit de très près. Presque tout le monde en Colombie-Britannique connaît aujourd’hui quelqu’un qui a dû évacuer son domicile à cause des feux de forêt, explique Sarah Goodman, établie à Vancouver et à la tête de NorthX, une entreprise britanno-colombienne qui a fait des feux de forêt un secteur stratégique pour déployer des solutions climatiques « robustes ».

L’entreprise, soutenue par les gouvernements fédéral et provincial ainsi que par Shell, a investi 5,5 millions de dollars dans les technologies de lutte contre les feux de forêt, dont une nouvelle ronde de financement de 2,2 millions de dollars destinée à trois jeunes pousses prometteuses. La saison des feux de forêt de cette année ravage déjà certaines régions de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, alors que Vancouver a récemment enregistré une température de 23,9 degrés, fracassant un record de chaleur vieux de 128 ans pour un mois de mai.

Les feux de forêt sont à la fois une conséquence et un accélérateur des changements climatiques. La hausse des températures transforme les forêts en véritables poudrières, avec des conséquences économiques et environnementales désastreuses :

  • Selon CatIQ, les pertes assurées liées aux feux de forêt au Canada ont bondi de 1 003 % pour atteindre 8,1 milliards de dollars entre 2016 et 2025, contre 734 millions de dollars au cours de la décennie précédente.

    Un nombre record de Canadiens ont fui les feux de forêt au cours de la dernière décennie. Nombre total de personnes évacuées au Canada en raison de feux de végétation, par année.
  • Jusqu’à 7 % de la production pétrolière canadienne a été brièvement interrompue lors d’un feu de forêt en Alberta l’an dernier, alors que d’importantes infrastructures pipelinières se trouvaient dangereusement près des flammes.

  • Les saisons 2023 et 2025 ont été les deux pires saisons de feux de forêt jamais enregistrées au Canada. Selon la base de données Copernicus de la Commission européenne, les émissions de carbone attribuables aux feux de forêt au Canada ont atteint 250 mégatonnes au cours des dix premiers mois de 2025 – à titre de comparaison, les émissions de GES du pays s’élevaient à 661,5 Mt en 2024.

  • Si les feux de forêt du Canada étaient un pays, ils auraient été le huitième émetteur mondial en importance en 2023, selon 440megatonnes.ca. Pourtant, les feux qui ravagent les forêts non aménagées ne sont pas comptabilisés dans les émissions officielles du Canada.

  • « La gravité et le comportement des feux de végétation évoluent à un rythme qui dépasse de plus en plus notre capacité à suivre », affirme Stacey Sankey, conseillère en politiques à Ressources naturelles Canada et autrice du document Plan directeur pour une science des feux de forêt au Canada (2019-2029).

Les investissements s’accélèrent pour mieux supprimer, maîtriser et gérer les feux de forêt, mais, comme le souligne Sarah Goodman, « nous n’en sommes encore qu’aux débuts des technologies de lutte contre les feux de forêt » :

  • En avril, NorthX Climate Tech a investi au total 2,2 millions de dollars dans trois jeunes pousses de la Colombie-Britannique dans le cadre d’une nouvelle ronde de financement : Crown.ai, Nova et Skyward Wildfire Technologies.

    • Crwn.Ai utilise l’intelligence artificielle pour prédire les départs de feu causés par les lignes électriques ;

    • Nova, une autre technologie optimisée par l’IA, exploite des données aériennes pour repérer les zones à risque ; et

    • Skyward cherche à mieux gérer la foudre, souvent à l’origine de feux destructeurs.

  • « Les feux de forêt se comportent différemment selon les régions », souligne Sarah Goodman, mais les technologies canadiennes présentent un réel potentiel d’exportation. Nova, par exemple, est présente dans 200 territoires dans le monde.

  • Le gouvernement fédéral augmente de 70 millions de dollars le financement consacré aux feux de forêt, qui atteindra 629,8 millions de dollars d’ici 2030. Une partie du budget de défense de 290 milliards de dollars pourrait aussi avoir une double vocation, en servant à la fois à la surveillance aérienne et à la suppression des feux de forêt.

En matière de feux de forêt, Stacey Sankey a littéralement rédigé le plan directeur. Conseillère principale en politiques au Service canadien des forêts, elle est l’autrice du Plan directeur pour une science des feux de forêt au Canada (2019-2029). La situation s’est nettement améliorée, mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir, affirme Stacey Sankey. L’entrevue a été abrégée par souci de concision :

Q. Les défis que vous aviez recensés dans le rapport se sont-ils atténués ou aggravés depuis sa publication ?

R. Le Plan directeur formulait quinze recommandations visant à orienter les investissements scientifiques, à attirer de nouveaux partenariats et à coordonner les efforts de recherche à l’échelle nationale. Des progrès réels ont été réalisés pour combler l’écart en matière de ressources humaines. Un investissement de 5 millions de dollars, réalisé par l’entremise de Ressources naturelles Canada (RNCan) et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), a permis de créer un réseau de recherche sur les feux de végétation, établi à l’Université de l’Alberta, qui forme 68 professionnels des feux de végétation aux cycles de la maîtrise, du doctorat et du postdoctorat. Dans le cadre de ce réseau, de nombreuses universités ont élargi leurs programmes afin d’y intégrer des recherches et des cours consacrés aux feux de végétation. Le gouvernement fédéral a également investi massivement dans la formation d’un plus grand nombre de pompiers communautaires. Cela dit, les progrès demeurent mis à l’épreuve par l’ampleur de l’aggravation des feux de végétation.

Q. Lesquelles de vos recommandations ont été mises en œuvre ?

R. Des avancées importantes et concrètes ont été réalisées dans les grands axes de recommandations du Plan directeur : renforcer la capacité de recherche et d’innovation, respecter les savoirs autochtones, élargir les partenariats et partager la gouvernance et la coordination.

RNCan a renforcé les systèmes de données, de modélisation et d’aide à la décision, notamment en modernisant le Système canadien d’information sur les feux de végétation (SCIFV) et la Méthode canadienne d’évaluation des dangers d’incendie de forêt (MCEDIF). De nouveaux investissements ciblés ont fait progresser les outils d’évaluation des risques liés aux feux de végétation, tandis que le réseau du CRSNG a formé une nouvelle génération de spécialistes des feux de végétation.

En ce qui concerne l’intendance autochtone du feu, la mise en œuvre comprend notamment la création du Laboratoire REDfeu (réciprocité, écologie et diversité en matière de feu) et du collectif Thunderbird, qui œuvrent à faire progresser le leadership et les savoirs autochtones dans la gestion des feux de végétation.

Le gouvernement fédéral aide les provinces et les territoires à se procurer de l’équipement spécialisé, à former les pompiers et à garantir une capacité de lutte aérienne contre les feux. Le Canada s’est également engagé à coopérer à l’échelle internationale par l’entremise de la Charte de Kananaskis sur les feux de forêt du G7 et de La mission GardeFeu, une collaboration entre RNCan, Environnement et Changement climatique Canada et l’Agence spatiale canadienne, qui deviendra le premier système satellitaire gouvernemental au monde consacré à la surveillance des feux de forêt.

Q. Quels autres défis sont apparus depuis la publication du rapport ?

R. Le rythme auquel évoluent la gravité et le comportement des feux de végétation s’accélère plus vite que notre capacité à suivre aisément la cadence, et les ressources de lutte contre les feux demeurent sous pression, ce qui maintient le Canada dans une situation de dépendance envers les ressources internationales lors d’épisodes extrêmes. Il reste également du travail à faire pour faire progresser l’intendance autochtone des feux de végétation.

À la croisée de l’alimentation, de la durabilité et des changements climatiques, Evan Fraser, directeur général de l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, craint qu’un climat en mutation déclenche une polycrise mondiale. Il demeure toutefois convaincu que le Canada peut jouer un rôle accru et devenir une source de stabilité alimentaire pour le monde.

Q. Quelle est la chose que vous aimeriez que davantage de gens comprennent au sujet du lien entre les changements climatiques et notre système alimentaire ?

R. On parle souvent des systèmes énergétiques – chauffage, éclairage, électricité, gaz – comme d’un levier essentiel pour lutter contre les changements climatiques, mais l’alimentation est elle aussi un levier majeur. Les systèmes alimentaires produisent environ 30 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais avec quelques grands changements, ces systèmes peuvent devenir carboneutres, voire « carbone-négatifs » (c’est-à-dire absorber plus de gaz à effet de serre qu’ils n’en émettent). La clé consiste à réduire l’utilisation des combustibles fossiles dans la production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement, à appliquer avec précision des intrants comme les engrais, et à enrichir la matière organique des sols. C’est dans ce dernier élément que réside le potentiel « carbone-négatif ». La matière organique du sol, au fond, c’est du dioxyde de carbone transformé en matière végétale. Lorsque les agriculteurs adoptent des pratiques qui réduisent la perturbation des sols, par exemple, la matière organique peut s’y accumuler et capter le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. La matière organique du sol agit aussi comme une éponge : Elle capte l’eau lorsqu’elle est disponible et la retient lorsqu’elle est nécessaire, ce qui rend les sols plus résilients face aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Q. Quels enjeux liés au climat et à l’alimentation vous empêchent de dormir ?

R. Ce qui m’empêche de dormir, ce ne sont pas les changements climatiques pris isolément, mais l’interaction entre les bouleversements climatiques, géopolitiques et économiques. Je crains que ces facteurs de stress ne s’accumulent jusqu’à provoquer une cascade de crises susceptible de dépasser la capacité d’adaptation des pays et des ménages. 

Depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, et le blocus du détroit d’Ormuz, les prix des engrais ont explosé, forçant les agriculteurs du monde entier – en particulier les petits exploitants en Afrique et ailleurs – à réduire leur utilisation d’engrais. Cela se traduira par une baisse des rendements. Parallèlement, le Midwest américain connaît une grave sécheresse, la mousson indienne s’annonce faible, et un épisode El Niño majeur menace la prochaine saison de croissance dans l’hémisphère Sud.

Je crains que nous soyons confrontés à une polycrise. Au cours des six à douze prochains mois, plusieurs éléments du système alimentaire pourraient dérailler et déclencher une nouvelle poussée d’inflation alimentaire. L’un des scénarios préoccupants serait la répétition des vastes émeutes de la faim qui ont éclaté entre 2008 et 2011 en Haïti, au Cameroun et dans des dizaines d’autres pays. Je vois déjà des signes inquiétants laissant penser que nous pourrions revenir vers ce type de situation dans des pays comme le Kenya.Une mauvaise récolte cette année, attribuable aux changements climatiques, pourrait accélérer les perturbations et entraîner une instabilité politique. 

Q. Quelles innovations dans le système alimentaire vous rendent le plus optimiste ? Et quel rôle le Canada joue-t-il – ou devrait-il jouer – pour faire progresser l’innovation ?

R. Le Canada devrait se positionner comme l’exportateur d’aliments et de produits agroalimentaires le plus fiable et le plus digne de confiance au monde, non seulement parce qu’il s’agit d’une marchandise économiquement précieuse à échanger, mais aussi parce que c’est un levier stratégique. Par ses exportations alimentaires, le Canada peut aussi exporter de la stabilité géopolitique et de la résilience, un rôle qu’il devrait assumer pleinement, surtout dans cette période d’extraordinaire turbulence. 

Pour jouer un rôle de chef de file, nous devons investir massivement dans la recherche et la formation agroalimentaires, en misant sur des innovations comme les semences résistantes à la sécheresse et aux ravageurs, les outils d’aide à la décision fondés sur l’IA pour les agriculteurs et les tracteurs intelligents. Ces avancées aideront les agriculteurs canadiens à composer avec les changements climatiques et les perturbations géopolitiques. Grâce à ces innovations, conjuguées à nos agriculteurs, à notre géographie ainsi qu’à nos ressources en terres et en eau, le Canada est bien placé pour devenir l’un des plus grands greniers du monde au cours de ce siècle. 

  • Rick Smith, de l’Institut climatique du Canada, croit que le prochain grand moment de la politique climatique au Canada sera la publication de la réglementation fédérale sur les véhicules visant à atteindre l’équivalent d’un taux d’adoption des V. É. de 75 % d’ici 2035.

  • Michael Liebreich se penche sur la Great Clean Energy Acceleration 2.0, une rupture dans les marchés de l’énergie aussi profonde que les chocs pétroliers des années 1970.

  • Jonathan Stern, chercheur émérite à l’Oxford Institute for Energy Studies, pose la question dans un rapport : Les efforts visant à réduire le torchage dans les activités pétrolières et gazières en amont sont-ils voués à l’échec ?

  • Celeste Saulo, secrétaire générale de l’Organisation météorologique mondiale, explique pourquoi le phénomène météorologique El Niño attendu cet été constitue un « avertissement climatique urgent ».

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Le blocage du détroit d’Ormuz a mis en lumière deux points de vulnérabilité dans le contexte du conflit au Moyen-Orient : l’un lié aux combustibles fossiles, l’autre aux politiques occidentales de décarbonation. À bien des égards, c’est la Chine qui mène aujourd’hui la transition énergétique mondiale. Les plus récentes données commerciales mettent en évidence la position souvent sous-estimée de la Chine au sein des chaînes logistiques mondiales en énergie propre — une position qui s’est encore renforcée avec la crise du détroit d’Ormuz.

Une marée rouge au tableau des technologies propres. Principaux exportateurs de technologies d'énergie propre, par produit et part du marché mondial (2025).

La Chine est le principal exportateur de presque toutes les grandes technologies propres, souvent avec une avance considérable. Les chefs de file non chinois — l’Union européenne pour les tours et les éoliennes, et la Corée du Sud pour les composants de batteries — s’approvisionnent auprès de la Chine ou investissent à ses côtés. En Amérique du Nord, les considérations géopolitiques ont jusqu’à présent pris le pas sur les avantages que procurerait l’exploitation de l’avantage structurel de la Chine.

Le capital d’État alimente la puissance manufacturière chinoise dans les technologies propres. Coût moyen pondéré du capital.
Surcapacité mondiale dans les principales technologies propres. De nombreux segments des technologies propres font face à une offre excédentaire.

Les producteurs chinois bénéficient d’un coût du capital structurellement inférieur à celui de leurs concurrents grâce au soutien de l’État et à un accès privilégié au financement. Cette situation engendre et entretient souvent une surcapacité à une échelle que les marchés privés ne pourraient ni financer ni tolérer. Il en résulte une concurrence féroce sur le marché intérieur où seuls les acteurs les plus performants survivent, ce qui continue d’abaisser le seuil minimal des coûts de production. Lorsque la demande se redresse — si elle se redresse —, la Chine est la mieux placée pour accroître sa part de marché grâce à cette surcapacité. La Chine a, depuis, tenté de freiner cette concurrence au moyen d’ententes d’autodiscipline entre fabricants, mais ces efforts n’ont jusqu’à présent pas porté leurs fruits.

L’avantage concurrentiel inégalé de la Chine en matière de coûts. $ par kilowattheure

Les matériaux des cellules et les coûts de fabrication en Chine représentent moins de 50 $ US du coût livré de 84 $ US par kilowattheure (kWh) des cellules de batterie vendues aux États-Unis. Les droits de douane à l’importation ajoutent 27 $ US/kWh — soit davantage que l’ensemble des coûts de fabrication en Chine. Malgré cela, les exportateurs chinois dégagent une marge de 2,7 %.

À titre de comparaison, l’indice S&P des sociétés mondiales estime que le coût des cellules de batterie nord-américaines NCM811 (nickel-cobalt-manganèse) s’élève à environ 95 $ US/kWh, soit près de 90 % de plus que celui des cellules de batterie chinoises. Pour mettre ces chiffres en perspective, une Tesla Model Y Standard Range est équipée d’un bloc-batterie LFP (lithium-fer-phosphate) de 60 kWh. Au prix médian de 81 $ US/kWh pour les blocs-batteries LFP chinois, selon les données de BloombergNEF, une batterie de capacité comparable coûterait environ 4 900 $ US (6 500 $ CA), soit près de 13 % du prix affiché d’une Model Y au Canada.

Les technologies propres chinoises sont en voie de dominer les marchés à la croissance la plus rapide. Répartition des exportations chinoises de technologies propres selon le groupe de revenu du pays de destination.

Alors que l’Occident demeure souvent préoccupé par le coût élevé des technologies propres, environ 40 % des exportations chinoises de véhicules électriques et plus de 90 % de ses exportations de cellules solaires ont été destinées à des pays à revenu faible ou intermédiaire en 2025. La structure de coûts de la Chine a permis l’émergence d’une catégorie d’acheteurs de technologies propres que les producteurs occidentaux ne parviendront probablement jamais à rejoindre : les marchés à forte croissance, principalement situés en Asie, où l’adoption des énergies propres s’accélère rapidement.

À lui seul, le Pakistan a ajouté 18,3 GW de capacité solaire en 2025, soit l’équivalent de 75 % de l’ensemble de la capacité solaire et éolienne installée au Canada à ce jour, grâce principalement à des importations en provenance de la Chine. Le taux d’adoption des véhicules électriques au Vietnam et en Thaïlande — deux pays dont le PIB nominal par habitant est inférieur à 10 000 $ — dépasse respectivement 40 % et 20 % (comparativement à 11 % au Canada en 2025). Ni le Vietnam ni la Thaïlande n’offrent d’incitatifs fiscaux à l’achat de véhicules électriques.

La tendance à l’électrification s’accélère à un rythme soutenu alors que les flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz se tarissent. Exportations chinoises de modules et de cellules solaires par région importatrice, en valeur. Exportations chinoises de batteries lithium-ion par région importatrice, en valeur.

Le conflit au Moyen-Orient, qui a perturbé le trafic dans le détroit d’Ormuz, a mis en lumière la tendance à l’électrification, alors que les pays importateurs de combustibles fossiles accélèrent leurs achats de technologies d’énergie propre.

Par conséquent, les exportations chinoises de batteries ont atteint près de 10 milliards de dollars américains pour le seul mois de mars 2026, l’Europe, l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient absorbant l’essentiel des volumes. La demande américaine n’a représenté que 8 % des exportations de mars.

La transition énergétique s’opère selon les conditions dictées par la Chine. La Corée du Sud et l’Europe ont abordé cette réalité comme un enjeu d’approvisionnement et de partenariat plutôt que comme un choix binaire, et elles en ont tiré des avantages. L’Amérique du Nord doit, elle aussi, adopter des stratégies qui établissent un équilibre entre l’utilisation de contenu et d’intrants chinois et le développement d’une base industrielle nationale capable de rivaliser et de prendre de l’expansion afin de saisir les occasions offertes par la transition énergétique mondiale.

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Lors de sa visite à Toronto cette semaine, je me suis entretenu avec l’ancien premier ministre de l’Australie, Scott Morrison, au sujet des paris audacieux de son pays dans le secteur spatial et des leçons que le Canada peut en tirer.

M. Morrison a contribué à l’accélération du secteur spatial australien et est maintenant actif dans le secteur mondial, plus particulièrement aux États-Unis. Voici quelques-unes des informations qu’il m’a transmises, ainsi qu’à un groupe de leaders et d’investisseurs canadiens :

  • L’espace redevient une compétition géopolitique, comme ce fut le cas pour la course à l’espace des années 1950 et 1970. Presque tous les aspects du renseignement et de la sécurité nationale ont maintenant un lien avec l’espace. 

  • Le Canada devrait considérer l’espace comme un moyen de se joindre aux alliances militaires et de sécurité les plus importantes du monde. AUKUS (Australie, R.-U., É.-U.) fait partie de ces groupes, tout comme Quad (États-Unis, Australie, Inde et Japon) et le réseau de renseignements Five Eyes des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada. 

  • Il est intéressant de surveiller AUKUS, qui détourne son attention des sous-marins et de la domination sous-marine vers la domination orbitale. L’espace pourrait être l’occasion pour le Canada de se joindre à l’alliance AUKUS2.

  • L’OTAN a été lente sur le plan spatial, mais cela changera. La guerre en Ukraine – et le rôle des satellites et des drones – indique l’emplacement des prochains champs de bataille.

  • Le secteur devrait connaître une croissance d’environ 9 % par an, fortement stimulé par les semi-conducteurs, les satellites et la demande mondiale d’IA.

  • Ensemble, l’IA et l’espace seront les mégatendances qui façonneront les 50 prochaines années ainsi que la sécurité mondiale, l’économie et les capacités nationales.

  • Une agence spatiale nationale attitrée, sous la supervision des hauts responsables du gouvernement, est essentielle à la croissance du secteur : elle assurera la masse critique, la coordination et la légitimité.

  • D’importants acteurs du secteur privé sont également essentiels, mais des capitaux publics et des partenariats internationaux sont nécessaires.

  • Les lancements assoient la légitimité. Si un pays ne peut lancer ses propres actifs en orbite – comme c’est actuellement le cas du Canada –, il ne deviendra pas un chef de file. L’Australie souhaite construire l’unique site de lancement quasi équatorial parmi les Five Eyes, ce qui la rendrait encore plus indispensable pour ses partenaires du renseignement. 

  • Ne vous arrêtez pas aux lancements. « Ce qui est attrayant, ce sont les fusées », mais la croissance réelle de ce secteur dépend des infrastructures, de la logistique, des essais, du soutien scientifique et de la capacité de services.

  • D’autres pays ne restent pas les bras croisés. Le Japon renforce ses ambitions spatiales en ciblant 30 lancements par an et en misant sur une étroite coordination État-secteur. La Nouvelle-Zélande a lancé le Rocket Lab et un programme spatial particulièrement dynamique sur le plan politique.

Voici ce dont le Canada a besoin, selon M. Morrison :

  • Une stratégie spatiale nationale crédible et financièrement soutenue ;

  • Une capacité dont les autres ont besoin ;

  • La volonté d’investir sur le plan politique et financier à la hauteur des engagements pris par les États-Unis et l’Australie ;

  • Une capacité concrète qui renforce nos alliances, notamment la sensibilisation au domaine spatial, la surveillance de l’Arctique, la fabrication de satellites, la capacité de lancement, la détection par l’IA et la cyberintégration ;

  • Des considérations axées sur la sécurité et alignées sur les évaluations des menaces par les alliés, en particulier celles concernant la Chine.

« En fin de compte, il s’agit d’une initiative de sécurité, et non d’une initiative d’expansion sectorielle. Au pays, les gouvernements discuteront d’emplois et d’avantages économiques. Par contre, à Washington, à Canberra, à Londres, à Tokyo ou à Wellington, l’argument doit strictement être : « Voici la capacité du Canada en matière de sécurité collective ».

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

  • Projet de pipeline de Pathways : comprendre l’entente conclue entre l’Alberta et le Canada

  • Comment le projet Hope Bay renforce la participation autochtone

  • Les prix du pétrole bondissent, mais les actions d’énergie propre sont les véritables gagnantes

Même si Honda a suspendu son projet d’usine de véhicules électriques de 15 milliards de dollars en Ontario, il demeure possible de voir un jour les chaînes de montage canadiennes bourdonner d’activité. Dans son rapport Composer avec l’incertitude, Jordan Brennan, directeur général de leadership avisé RBC, décrit quatre avenues possibles pour l’industrie automobile canadienne en pleine tourmente. Selon l’une des prévisions les plus optimistes, l’industrie pourrait regagner l’accès au marché américain, débloquer des milliards de dollars d’investissements annoncés dans les véhicules électriques et traditionnels et faire passer la production automobile à deux millions d’unités d’ici 2040, comparativement à 1,3 million actuellement. L’exploitation des réserves de minéraux critiques renforcerait l’argument en faveur des véhicules fabriqués au Canada. C’est le scénario de la voie rapide. D’autres projections évoquent plutôt une diversification du secteur, un ralentissement ou même une impasse. Cliquez ici pour explorer ces quatre scénarios.

Le projet Hope Bay promet un développement mené par les Inuits. Ottawa a donné le coup d’envoi au réaménagement de la mine d’or Hope Bay au Nunavut. Ce projet de 2 milliards de dollars devrait entraîner une hausse annuelle des exportations de 2,6 milliards de dollars et créer près de 2 000 emplois. Ottawa a également annoncé un investissement de 25 millions de dollars dans le projet éolien Kitikmeot Tugliq Energy Hope Bay, un système de production éolienne et de stockage d’énergie par batteries appartenant à des Inuits et destiné à alimenter la mine. Le projet est un exemple concret du cadre étudié dans notre rapport Bâtir une nation, qui évalue les programmes de garantie de prêts pour les Autochtones dans le cadre de la nouvelle vague de projets au Canada. Le projet Hope Bay présente trois aspects prometteurs : 1) L’énergie éolienne et des batteries remplaceront le diesel pour alimenter la mine ; 2) La participation des Autochtones au capital dans le secteur minier demeure structurellement sous-représentée. Bien que Hope Bay porte sur l’or et non sur un minerai critique, il sert de modèle pour les projets plus difficiles qui suivront. 3) Un projet énergétique détenu par des Inuits pour alimenter une mine située sur des terres inuites offre aux collectivités éloignées des occasions de participer aux nouveaux projets canadiens.

Le rendement de l'indice des énergies propres dépasse celui du pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient. Données du 28 février ar 12 mai

Alors que le prix du pétrole s’envole, la dynamique favorise les titres du secteur à faible intensité de carbone. Les entreprises d’énergie propre profitent à la fois de la hausse du prix des combustibles fossiles et de l’accélération des politiques de soutien aux énergies renouvelables, dans un contexte de préoccupations croissantes liées à l’indépendance énergétique, nous dit Christopher Dendrinos, analyste des énergies propres, de RBC Marché des Capitaux. Cette tendance est particulièrement marquée en Europe, où la dépendance aux importations de pétrole et de gaz demeure élevée. Même si le gaz naturel occupe une place dominante dans le secteur des centres de données, les énergies renouvelables bénéficient elles aussi de la demande croissante en énergie alimentée par l’IA. « Le secteur continue de faire preuve de résilience grâce à un contexte macroéconomique favorable marqué par une forte demande énergétique », affirme M. Dendrinos.

Canada and Alberta’s landmark Implementation Agreement last week builds on the November 2025 Memorandum of Understanding that aimed to balance Canada’s economic and environmental goals.  However, the Implementation Agreement doesn’t stand alone. A day before, Carney had launched a National Electricity Strategy committing to double Canada’s grid capacity by 2050, with consultations now underway with provinces, territories, Indigenous Peoples, utilities, and unions. The strategy projects up to $15 billion in total energy savings and lower energy costs for 7 in 10 Canadian households. Natural gas retains a role for grid stability, nuclear and geothermal get explicit support, and the Clean Electricity Investment Tax Credit is being extended to intra-provincial transmission. A joint Alberta-Canada Electricity Working Group has been struck to advance the work.

Alors que d’autres parties prenantes commenceront maintenant à se prononcer sur la Stratégie nationale de l’électricité, le protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta se trouve déjà à un stade avancé et semble en voie de concrétisation. Shaz Merwat, responsable principal de la politique, nous donne les faits saillants :

  • La tarification du carbone en Alberta est désormais fixée jusqu’en 2040 : les prix de référence à la tonne du système Technology Innovation and Emissions Reduction (TIER) sont établis à 95 $ aujourd’hui, à 115 $ en 2030, à 130 $ en 2035 et à 140 $ en 2040. Le filet de sécurité fédéral sera mis à jour en conséquence et devient essentiellement le cadre national de tarification du carbone pour l’industrie.

  • Établissement, pour la première fois, d’un prix plancher obligatoire dans le cadre du système TIER : 60 $ la tonne à compter de 2030, avec une hausse graduelle jusqu’à 110 $ en 2040. Avant la signature du protocole d’entente, les crédits du système TIER s’échangeaient autour de 20 $, malgré un prix de référence de 95 $. Ce mécanisme de prix plancher représente l’élément le plus important de l’accord.

  • Contrats sur différence pour le carbone (CDPC) pour 75 millions de tonnes de carbone : émis conjointement pour la période allant de 2030 à 2040, avec un partage égal des coûts et une responsabilité maximale de 600 millions de dollars par partie (1,2 milliard de dollars au total). Si l’un des gouvernements revient sur ses engagements, il assumera seul l’entière responsabilité financière.

  • Le pipeline de la côte Ouest suit désormais un échéancier précis : l’Alberta doit soumettre le projet au Bureau des grands projets d’ici le 1er juillet, et Ottawa le désignera comme « projet d’intérêt national » en vertu de la Loi visant à bâtir le Canada d’ici le 1er octobre. La construction du pipeline d’une capacité d’un million de barils par jour à destination des marchés asiatiques pourrait commencer d’ici septembre 2027.

  • Sans Pathways, il n’y aura pas de pipeline. Les deux projets sont directement liés l’un à l’autre. La stratégie vise à réduire les émissions totales de 16 millions de tonnes par an : 6 millions de tonnes d’ici 2035, 5 millions de tonnes d’ici 2040 et 5 millions de tonnes d’ici 2045. Le protocole d’entente trilatéral avec l’Alliance des sables bitumineux n’a pas encore été signé.

  • Des niveaux d’exigence adaptés selon les secteurs. En vertu du système TIER révisé, les grands producteurs des sables bitumineux devront réduire l’intensité de leurs émissions de 2 % par année jusqu’en 2040, alors que les exploitants de Pathways seront soumis à un resserrement de seulement 1 % à partir de 2031.

  • Entente de collaboration sur l’évaluation d’impact. Délai maximal de deux ans pour la réalisation des évaluations d’impact et reconnaissance par le fédéral des processus provinciaux lorsque les projets relèvent principalement de la compétence de l’Alberta.

  • La participation économique autochtone est au cœur du cadre. Les voies de copropriété et de partenariats en capital sont mentionnées à plusieurs reprises dans l’accord de mise en œuvre et l’entente de collaboration sur l’évaluation d’impact.

  • The Co-operation agreement reflects intriguingly different working on UNDRIP. Canada maintains its commitment, while Alberta views UNDRIP as non-binding.

  • Climate targets remain intact. Both Alberta and Ottawa re-commit their target of net zero by 2050.

Ensemble, ces deux annonces pourraient ouvrir la voie au cadre énergétique fédéral-provincial le plus vaste que le Canada ait mis en place depuis dix ans, couvrant à la fois les marchés du carbone, le captage, le stockage et l’utilisation du carbone, les infrastructures d’exportation pétrolière et l’expansion du réseau électrique. L’architecture est désormais définie, mais l’exécution sera déterminante. Voici les indicateurs à surveiller cet été, en prévision du Sommet canadien de l’investissement d’Ottawa en septembre : la désignation d’un promoteur pour le pipeline, le protocole d’entente trilatéral avec l’Alliance des sables bitumineux, ainsi que le premier accord significatif de consentement autochtone sur le tracé du pipeline.

  • L’incertitude persistante entourant les marchés pétroliers mondiaux pourrait favoriser une accélération du virage vers les véhicules électriques, alors que le Canada accroît sa production nationale d’électricité, a déclaré Victor Fedeli, ministre du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce de l’Ontario, à John Stackhouse lors de l’événement automobile du Toronto Region Board of Trade.

  • Lisa Ashton, responsable des politiques, Agriculture, revient sur les raisons pour lesquelles le Canada et d’autres pays amorcent une réforme de la comptabilisation des émissions attribuables aux engrais. Lisez le résumé ici.

  • La provenance des minéraux critiques demeure difficile à vérifier, ce qui nuit à leurs garanties environnementales. Seulement de 30 % à 40 % des entreprises disposent d’un système permettant d’assurer cette traçabilité. L’Agence internationale de l’énergie estime que le renforcement des incitatifs à la collecte et au partage des données pourrait être l’une des cinq solutions pour faire face à ce défi.

  • D’après les estimations de Will Noel, du Pembina Institute, l’incapacité de l’Alberta à développer de nouvelles lignes de transport d’électricité pourrait entraîner des coûts supplémentaires de plus d’un quart de millions de dollars par année pour les consommateurs de la province.

  • Leah Stokes, professeure en politique environnementale de l’University of California, Santa Barbara, soutient que le recul de l’administration américaine actuelle face aux énergies propres a déjà coûté 1 508 $ US par foyer américain en 2026.

    Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

    Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

    Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

    Bulletin d’information sur le climat

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Comme les agriculteurs canadiens produisent plus à l’acre pour nourrir la population mondiale grandissante, l’utilisation d’engrais a bondi de 108 % au cours des deux dernières décennies. Cela a eu des répercussions sur l’environnement, car les engrais synthétiques représentent maintenant le quart des émissions du secteur agricole au Canada1. Mais le système actuel de comptabilisation des émissions a des lacunes, car il se concentre principalement sur la quantité utilisée. Ce qui manque dans l’équation, c’est la gérance des agriculteurs relative à l’utilisation des engrais, afin d’en optimiser le placement, la source et le moment d’épandage pour réduire les émissions.

Les emissions produites par les engrais synthetiques ont augmente de 111 % depuis 2005. Emissions de GES annuelles (en Mt d'equivalent CO2).

Afin d’optimiser l’utilisation des engrais, le nombre d’agriculteurs canadiens suivant un programme de gérance des nutriments a plus que triplé au cours des cinq dernières années.2

La hausse du taux d’adoption témoigne de l’action climatique. Il s’agit toutefois aussi d’une décision économique, d’autant plus que les tensions géopolitiques continuent de perturber l’approvisionnement en engrais et de faire monter les prix. Au cours des cinq dernières années, les engrais azotés ont été durement touchés par les perturbations de la chaîne logistique causées par les conflits géopolitiques, car d’importants producteurs sont des pays du Moyen-Orient et la Russie. L’azote est aussi le principal moteur des émissions de GES liées à l’utilisation des engrais. Lorsque l’azote n’est pas entièrement consommé par les cultures, l’azote peut être émis dans l’atmosphère sous forme d’oxyde nitreux (N2O), un GES 273 fois plus puissant que le dioxyde de carbone sur une période de 100 ans. Lorsque les agriculteurs adoptent des pratiques de gérance des nutriments, la réduction de GES peut être considérable. Par exemple, une étude en Ontario a établi que lorsque les taux d’engrais azotés sont optimisés et que des technologies et des pratiques qui améliorent la source, le moment et le placement des engrais sont adoptées, les émissions de N2O peuvent diminuer de 57 %.

Pour tenir compte de l’éventail complet des pratiques, le Canada et d’autres pays producteurs agricoles, dont l’Australie, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, le Brésil et les États-Unis, mettent en place des réseaux de recherche et sectoriels en vue de faire progresser les systèmes de mesure et de surveillance du N2O.

Ces réseaux axés sur la recherche offrent de nombreuses applications dans le marché, notamment pour :

  • Mieux comprendre l’incidence des pratiques agricoles sur les émissions de N2O, afin d’orienter les décisions d’investissement des agriculteurs, des entreprises et des gouvernements en matière de gérance des nutriments

  • Créer une série d’indicateurs qui permettent d’assurer un suivi plus précis des cibles d’émissions de GES à l’échelle d’une exploitation agricole, à l’échelle régionale et à l’échelle nationale

  • Affiner les protocoles de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification pour les programmes de compensation carbone et de durabilité, et améliorer la comptabilisation des actions climatiques des agriculteurs afin d’établir un lieu plus étroit avec les incitatifs du marché et d’assurer une plus grande assurance aux acheteurs de crédits carbone

Le Canada : une figure de proue dans l’innovation des pratiques de mesure et de surveillance

L’action du Canada relative aux émissions de N2O liées aux engrais se concentre de plus en plus sur l’amélioration de la mesure, de la coordination et de la gestion de l’azote à la ferme. L’une des principales initiatives est le Canadian Nitrous Oxide Network (CanN2ONet), un réseau collaboratif de recherche regroupant des universités, des organismes gouvernementaux, des groupes d’agriculteurs et des partenaires sectoriels. Le réseau a été établi peu après l’établissement en 2020 de l’objectif national du Canada visant à réduire les émissions de N2O liées aux engrais de 30 % d’ici 2030, une mesure qui a suscité une forte opposition de la part du secteur, mais qui s’est dissipée depuis.

CanN2ONet exploite une série de sites de surveillance à long terme en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba et en Ontario. Ces sites ont recours à des techniques micrométéorologiques pour mesurer en continu les émissions de N2O provenant de champs agricoles dans divers climats, diverses conditions de sol et divers systèmes de gestion. Le réseau vise aussi à relever un défi de longue date lié à la politique climatique agricole : mesurer avec précision les émissions dans les champs. Les inventaires nationaux traditionnels de GES reposent souvent sur des hypothèses généralisées qui ne tiennent pas pleinement compte des conditions météorologiques et des sols à l’échelle locale.

Danemark : une vision ambitieuse pour l’atteinte des cibles de GES

L’initiative SmartField au Danemark figure parmi les efforts les plus avancés en Europe en matière de réduction des émissions de N2O attribuables à l’agriculture grâce à l’innovation fondée sur les données et visant les champs agricoles. Dirigé par l’institut technologique danois et financé par la Novo Nordisk Foundation, SmartField vise à réduire les émissions de N2O attribuables à l’agriculture danoise de 30 % d’ici 2030 sans réduire les rendements ou augmenter la pollution par l’azote sous d’autres formes.

Des chercheurs du Canada et du Danemark collaborent dans le cadre des initiatives CanN2ONet et SmartField qui s’attachent toutes deux à mettre sur pied une plateforme nationale d’essai et de validation pour les technologies de réduction des émissions et les pratiques agricoles. L’initiative SmartField combine des « supersites » fixes, des systèmes de mesure mobiles, des capteurs avancés et des outils de modélisation pour surveiller le comportement des engrais dans des conditions agricoles réelles. Ces installations génèrent des ensembles de données détaillés sur le cycle de l’azote, la biologie des sols, la performance des cultures et les émissions de gaz à effet de serre.

L’une des caractéristiques de l’initiative est qu’elle intègre la science, les politiques et la mise en œuvre. SmartField réunit des universités, des organismes gouvernementaux, des organisations agricoles et des intervenants du secteur privé dans le but d’accélérer l’adoption de pratiques agricoles à faibles émissions.

Nouvelle-Zélande : un équilibre entre la croissance de l’économie rurale et les trajectoires des GES

L’agriculture produit environ la moitié des émissions de GES du pays. Le fumier de bovins et la fertilisation des pâturages pour l’alimentation des animaux sont les principaux responsables des émissions de N2O. Le secteur agricole est aussi celui qui contribue le plus aux revenus d’exportation ; il représente en effet 70 % des exportations de marchandises et la production agricole représente à elle seule 5 % du PIB du pays.

L’approche de la Nouvelle-Zélande pour gérer l’empreinte environnementale et économique importante de son secteur agricole a évolué au cours des cinq dernières années. Au départ, elle visait en priorité une réduction massive des GES, conformément aux objectifs zéro émission nette fixés par la loi. Grâce à la mobilisation sectorielle, la priorité est maintenant davantage accordée à l’innovation et au recours à des pratiques et des technologies qui permettent d’accroître la productivité et de réduire les émissions. L’approche centralisée menée par le gouvernement pour faire progresser la comptabilisation des émissions de N2O a été promue par le centre des émissions agricoles du pays et s’inscrit dans les ambitions plus larges de la Nouvelle-Zélande visant à réduire les émissions de GES provenant de l’agriculture.