La découverte
Les agriculteurs canadiens gèrent l’un des plus grands inventaires de terres agricoles au monde.
Les vastes terres agricoles cultivées au Canada sont les 12e plus grandes au monde.
Ces terres pourraient constituer un puits de carbone puissant.
Le sol a la capacité de stocker ou de « séquestrer » le carbone, en le retirant de l’atmosphère où il contribue aux changements climatiques. Les terres agricoles du Canada pourraient séquestrer entre 35 et 38 mégatonnes d’émissions annuelles de GES, ce qui représente une réduction d’environ 25 % des émissions potentielles de 2050, selon nos estimations.
En recourant à des pratiques durables, les agriculteurs peuvent libérer ce potentiel, gagner de l’argent et protéger l’eau, la terre et l’air.
Grâce à des pratiques durables comme la culture de couverture, le travail réduit du sol et la gestion des éléments nutritifs, les agriculteurs contribuent à l’accroissement du carbone dans le sol, mais aussi à l’amélioration de la qualité de l’eau et de l’air, ainsi qu’à la préservation de la biodiversité.
Défi à relever : la séquestration dans le sol des terres cultivées du Canada a chuté de 58 %.
La dégradation due au labourage intensif et aux pratiques comme la monoculture (où un seul type de culture est cultivé année après année sur le même terrain) a réduit de moitié la quantité de carbone stockée annuellement dans les sols agricoles au cours des deux dernières décennies.
Les principaux obstacles financiers dissuadent les agriculteurs d’adopter des pratiques durables.
L’agriculture durable finit par accroître les rendements. Mais les coûts initiaux (y compris ceux de nouveaux équipements) et la possibilité d’essuyer une perte de rendement au début peuvent être des obstacles importants. C’est particulièrement vrai pour les agriculteurs dont l’exploitation ne dispose que de faibles marges.
Plus de fonds seront requis pour accélérer l’adoption de l’agriculture durable.
Les incitatifs financiers peuvent stimuler le revenu agricole et aider les producteurs à assumer les coûts associés à la transition. Le stockage de 38 MT de carbone dans le sol par an nécessitera des incitations allant jusqu’à 4 milliards de dollars par an. Pour sécuriser ces fonds, nous aurons besoin des bons instruments et sources de financement.
À l’heure actuelle, le financement intégré à la chaîne de valeur le financement public sont les meilleurs mécanismes pour injecter ces fonds.
Les compensations carbone seront également importantes. Mais les incertitudes concernant les systèmes de mesure, de declaration et de vérification du carbone du sol persistent dans tous les instruments financiers. Et le financement public du Canada pour l’agriculture durable est à la traîne des économies comparables.
Des mécanismes plus fiables de mesure, de declaration et de vérification fourniront les bases d’un meilleur financement intégré à la chaîne de valeur et d’une meilleure compensation.
Mais des obstacles importants persistent, notamment le manque de standardization
Misons sur l’agriculture :
Valorisation des terres pour lutter contre les changements climatiques
Depuis des générations, les agriculteurs canadiens retirent des gains financiers pour la nourriture qu’ils produisent. Plus le nombre de boisseaux de blé qu’un agriculteur cultive est élevé (et plus le prix de cette marchandise est élevé sur les marchés), plus le rendement sera élevé. Pourtant, en adoptant des pratiques durables, les agriculteurs ont aussi le pouvoir inégalé de réduire les émissions et d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé des sols et la biodiversité. Des capitaux seront requis pour tirer parti de ce pouvoir. Cependant, si le potentiel actuel de l’agriculture durable est solide, les données économiques qui le sous-tendent ne le sont pas. Nous devrons prendre en compte les pratiques durables tout en fournissant le financement et les instruments financiers permettant d’en réduire les risques et d’encourager leur utilisation. De plus, nous devrons repenser un système économique qui récompense pleinement la production agricole, mais qui accorde peu de valeur à la préservation. Ces efforts, soutenus par des protocoles nationaux encadrant les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification et par des partenariats intersectoriels, peuvent servir d’assise à une stratégie d’agriculture durable de premier plan à l’échelle mondiale.Mesure – Un outil mesure les réductions des émissions résultant de l’activité agricole. Déclaration – La mesure est soumise à un vérificateur tiers. Vérification – Le vérificateur tiers certifie les émissions.
L’agriculture pourrait être une source beaucoup plus importante de réduction et d’élimination des émissions
Source : Elis (2021). Analyse BCG
Compensations carbone intégrées : Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Compensations classiques : Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables associés à de l’énergie renouvelable ou à d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par l’acheteur.
Une vraie mine d’or :
Trois parcours financiers menant à un secteur agricole plus durable
Dans le présent document, nous examinons trois instruments financiers qui pourraient stimuler le stockage du carbone dans le sol et créer d’autres avantages : les compensations carbone, les compensations carbone intégrées et le financement public. Tous ces outils sont actuellement utilisés à divers degrés. Cependant, leur potentiel à produire des effets immédiats sur l’agriculture durable varie. La compensation carbone intégrée est actuellement le mécanisme le plus efficace pour inciter les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Bien que la demande globale des consommateurs pour des produits alimentaires durables reste à développer, les entreprises agroalimentaires ont montré une volonté de payer davantage pour des intrants durables afin de réduire les émissions dans leurs propres chaînes logistiques. Le soutien du gouvernement sera également essentiel au début de cette transition. Pourtant, à l’heure actuelle, le financement du gouvernement canadien est à la traîne de celui de ses pairs à l’échelle mondiale. Cet écart pourrait désavantager les agriculteurs canadiens, car les systèmes alimentaires sûrs et durables gagnent en importance sur le marché mondial. Dans tous les cas, il est essentiel de disposer de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification fiables. Les compensations sont particulièrement tributaires des essais de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification pour établir les bases de l’intégrité du marché et de la confiance. Et le développement de ces systèmes prendra du temps.1 | Compensation carbone
- À court terme : Difficile
- À long terme : Importante
Fonctionnement des compensations carbone

- Projets Les projets réduisent ou éliminent les émissions de GES (par exemple, grâce à la capture directe dans l’air, au reboisement et aux pratiques agricoles durables). Une fois les projets validés, les crédits sont émis et vérifiés par un vérificateur tiers.
- Compensation Les organisations ou les particuliers peuvent acheter des crédits externes pour compenser leurs émissions.
Pour les agriculteurs, le rendement associé aux compensations n’est pas rentable
Un agriculteur qui recourt à des pratiques durables reçoit environ 8 $ à 13 $ de crédits carbone par acre. Mais comme il s’agit d’une science imparfaite et que les mesures sont bancales, une grande partie de ces crédits peut être retenue. Et à cela, il faut ajouter les divers coûts du projet qui peuvent retrancher jusqu’à 60 % de ces montants (35 % pour les coûts, 25 % pour les frais), et un autre 20 % pour l’assurance. En fin de compte, la part de l’agriculteur est de seulement 2 $ à 4 $ l’acre, ce qui représente une mince portion du total des rentrées agricoles.Revenu faible
- ~8 $ à 13 $

Déductions importantes
Coûts – 35%
Frais – 25%
Assurance – 20%
Incitatif faible
- ~ 2 $ à 4 $

Sources : Recherche sur les essais des systèmes de mesure, de déclaration et de vérification en Amérique du Nord ; analyse BCG
La qualité des crédits de carbone dépend des méthodes de mesure
Trois principaux types de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification
[inpage-tabs id= »3″]Cadre pour repérer les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification de grande qualité
Bien que chaque système soit différent, les plus efficaces mettent en œuvre ce qui suit :
| Fonction de mesure, de déclaration et de vérification | Bronze | Argent | Or |
|---|---|---|---|
| Échantillonnage des sols | ![]() |
![]() |
![]() |
| Modèles fondés sur les processus | ![]() |
![]() |
![]() |
| Au moins deux certificateurs tiers vérifient les résultats | ![]() |
![]() |
![]() |
| Télédétection | ![]() |
![]() |
![]() |
| Évaluation du cycle de vie des intrants à la ferme ou utilisation de plus de trois des meilleures pratiques de gestion | ![]() |
![]() |
![]() |
| Couvre plus de cinq grandes cultures | ![]() |
![]() |
![]() |
2 | Compensation intégrée
- À court terme : Prête
- À long terme : Importante
Comment les aliments cultivés de façon durable peuvent réduire les émissions de chaînes logistiques agroalimentaires

- Agriculteurs Un réseau d’agriculteurs au sein d’une chaîne logistique est sélectionné pour cultiver de façon durable en incorporant de nouvelles pratiques ou en les élargissant.

- Sociétés Les entreprises payent un prix plus élevé aux agriculteurs pour cette nourriture, ce qui les aide à compenser les coûts et les risques associés à la transition vers une agriculture durable. Les entreprises peuvent absorber ce coût additionnel ou le transmettre aux consommateurs sous forme d’un prix plus élevé ou d’une « prime verte ». Le processus aide les entreprises prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes. Ces initiatives de chaîne logistique peuvent également être utilisées à des fins de marketing.

- Consommateurs Les consommateurs ont la possibilité d’acheter des produits cultivés de façon durable.
La plupart des consommateurs n’achèteront pas seulement en raison de la durabilité1
- 10 %
- des consommateurs décident d’acheter ces produits uniquement pour « sauver la planète ».
- 10-30 %
- des consommateurs sont prêts à acheter lorsque la durabilité2 est associée à d’autres avantages comme la santé, la sécurité et la qualité.
- 40-60 %
- des consommateurs se disent préoccupés par la durabilité, mais sont freinés par des obstacles3 comme le revenu, le coût et la commodité.
1. Comprend les acheteurs qui achètent souvent ou très souvent des produits durables et qui considèrent agir eux-mêmes en faveur de la durabilité ; 2. Comprend les acheteurs qui achètent parfois des produits cultivés dans une optique durable ; 3. Comprend les non-acheteurs qui seraient prêts à payer une prime supérieure à 5 % s’il y a parité avec les autres avantages.
Mais la moitié des entreprises, y compris celles du secteur agroalimentaire, sont prêtes à payer plus
Sources : Enquête du Boston Consulting Group sur la consommation durable (juin 2022), expérience de projet et analyse du Boston Consulting Group, rapport conjoint du Boston Consulting Group et du Forum économique mondial (2023)
Raisons justifiant le paiement d’une prime verte
- Respecter des engagements en matière de durabilité (p. ex., les compensations carbone intégrées)
- Gagner du terrain dans les marchés en plein essor
- Sécuriser l’approvisionnement en prévision d’une rareté future
- Se préparer à la réglementation gouvernementale (notamment en ce qui concerne le prix du carbone)
- Gagner la faveur des clients prêts à payer pour la durabilité ou prêts à cesser d’acheter un produit pour cette raison
3 | Financement public
- À court terme : Prêt
- À long terme : Importante
Le financement du Canada en matière d’agriculture durable accuse un retard par rapport à ses pairs
États-Unis
Total des recettes agricoles1
545 G$
Soutien agricole en % des recettes
64 G$|12 %
Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles
~1,7 %
La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) prévoit l’allocation de 27 milliards de dollars pour la conservation et l’intendance agricoles, jusqu’en 2031
Union européenne
Total des recettes agricoles1
699 G$
Soutien agricole en % des recettes
122 G$|18 %
Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles
~1,8 %
La politique agricole commune (Common Agricultural Policy) prévoit l’allocation d’environ 224 milliards de dollars, jusqu’en 2027, pour des initiatives liées au climat.
Canada
Total des recettes agricoles1
83 G$
Soutien agricole en % des recettes
8 G$|10 %
Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles
~0,5 %
Le Partenariat canadien pour une agriculture durable pourrait engager 500 M$ en financement supplémentaire, et 800 M$ pour le financement du Fonds d’action à la ferme pour le climat et des technologies agricoles propres
Consultez l’annexe pour en savoir plus
Recommandations :
Cultiver le changement
Pour en savoir plus, visitez rbc.com/climat.

Télécharger le rapport integral
TéléchargerCollaborateurs :
Auteur principal: Youssef Aroub, chef de projet, Boston Consulting Group
Boston Consulting Group Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil
RBC Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique Colin Guldimann, économiste Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise
Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat
-
- Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
- Dan Lussier, directeur, Canadian Agri-Food Data Initiative
- Tim Faveri, vice-président mondial, Développement durable et relations avec les parties prenantes
- Michelle Nutting, directrice, Agriculture et durabilité environnementale, Nutrien Ltd.
- Karen Haugen-Kozyra, résidente, Solutions Viresco
- Dr. Brian McConkey, scientifique en chef, Solutions Viresco
- Anthony D’Agostino, directeur général, Marchés des marchandises, RBC
- Marty Seymour, agriculteur de quatrième génération, Acme, Alberta
- Gillian Flies, cofondatrice, Fermiers pour la transition climatique
- Matt Sawyer, fourth generation farmer, Acme, Alberta
- Doug Whitehead, cultivateur, Manitoba
- Julia Maria-Becker, première directrice, Solutions d’exploitation durable, RBC
- Janay Meisser, directrice de l’innovation, Cultivateurs unis de l’Alberta
- Derek Eaton, directeur de la politique industrielle, L’accélérateur de transition
- Ryan Cooke, chargé de recherche associé, Smart Prosperity Institute
- David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
- Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/information-sur-la-durabilite/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.



