Une façon plus sensée pour les apprenants adultes d’acquérir de nouvelles aptitudes
Qu’est-ce que la formation axée sur les compétences ?
La formation axée sur les compétences (FAC) est un style d’apprentissage personnalisé de niveau postsecondaire qui permet aux participants d’obtenir des certifications en acquérant des aptitudes et des connaissances à leur propre rythme.
Il existe plus de 1 000 programmes de FAC offerts par des établissements américains, plusieurs au niveau d’un diplôme ou d’un diplôme associé.
Au Canada, bien que plusieurs établissements d’enseignement postsecondaire expérimentent la FAC au niveau des microcertifications et des certificats, aucun établissement public canadien n’offre la possibilité d’obtenir un diplôme axé sur les compétences (le Bow Valley College de Calgary prévoit offrir des diplômes hybrides en technologie de l’information et en cybersécurité à compter de septembre).
Pourquoi la FAC a-t-elle gagné en popularité aux États-Unis ?
En 2013, l’administration Obama a demandé la mise en place de programmes que chacun peut suivre à son rythme et qui permettent d’obtenir des crédits en fonction des apprentissages plutôt que de la durée de la formation, comme moyen de promouvoir l’innovation et de créer des parcours d’obtention de diplôme accélérés et abordables pour les adultes. En dix ans, le nombre de fournisseurs est passé d’une douzaine à plus de 600.
Qu’est-ce qui distingue la FAC ?
Les programmes traditionnels menant à l’obtention d’un diplôme sont généralement conçus pour les étudiants à temps plein qui passent directement de l’école secondaire au cégep ou à l’université. Souvent, ces étudiants recherchent et profitent d’une expérience de groupe : ils commencent et progressent ensemble, à un rythme fixé par un formateur. Les notes finales varient.
Les programmes de FAC menant à l’obtention d’un diplôme sont conçus pour les adultes ayant déjà un niveau de compétence et d’expérience suffisant. Les programmes commencent habituellement chaque mois, voire chaque semaine. Les apprenants progressent à leur rythme avec le soutien personnalisé d’accompagnateurs ou de conseillers. Les évaluations de la FAC reposent généralement sur des tâches ou des projets axés sur le rendement qui illustrent des scénarios concrets. Par exemple, un étudiant en administration peut analyser les états financiers d’une entreprise et repérer les inefficacités, tandis qu’un étudiant en soins infirmiers procède à l’évaluation approfondie d’un patient.
Tout le monde doit satisfaire les mêmes critères. Les étudiants réussissent en démontrant la maîtrise des compétences attendues et obtiennent du soutien en cas de lacune (p. ex., ils peuvent obtenir de la rétroaction de la part d’un accompagnateur de la faculté, et persister jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de perfectionner une tâche donnée avant de passer à la suivante). Cette approche permet aux participants de progresser plus rapidement quand ils connaissent bien le contenu et de consacrer le temps nécessaire aux nouvelles aptitudes et aux nouveaux concepts.
À qui profitent les programmes de FAC ?
Dans le contexte économique actuel en pleine mutation, la FAC peut aider les adultes dont les emplois sont perturbés à rehausser leurs aptitudes dans des secteurs en pleine évolution ou à les mettre à niveau pour changer de domaine de travail. Les programmes de FAC fournissent aussi aux travailleurs formés à l’étranger l’occasion d’obtenir des certifications canadiennes correspondant à leurs aptitudes et à leur expertise.
Les employeurs en profitent aussi. Les programmes de FAC peuvent aider à fournir rapidement les aptitudes pour un poste donné. De plus, l’accent mis sur la maîtrise permet aux diplômés d’atteindre un niveau élevé d’aptitudes.
Comment la FAC fonctionne-t-elle ?
Université Western Governors –Le pionnier de la FAC Salt Lake City, Utah + centres régionaux dans neuf États
Offre : Diplôme universitaire de premier et de deuxième cycle en ligne en administration, en éducation, en technologie de l’information, en santé et en soins infirmiers.
Fonctionnement : La plupart des programmes commencent tous les mois. Les apprenants paient des droits de scolarité de 4 000 $ US par session de six mois et travaillent à leur propre rythme pour obtenir des unités de compétence en démontrant les aptitudes attendues dans le cadre de divers examens ou projets. En moyenne, il faut compter 2,5 ans pour obtenir un baccalauréat.
Université du Maine à Presque Isle – L’inscription au programme de FAC a presque doublé l’an dernier Presque Isle, Maine
Offre : Diplôme universitaire de premier et de deuxième cycle en ligne dans des domaines tels que la comptabilité, l’éducation, les politiques publiques et la gestion.
Fonctionnement : Les apprenants progressent dans le cadre de sessions de huit semaines : 1 800 $ US par session pour les étudiants de premier cycle, et 2 450 $ US pour les étudiants de deuxième cycle. Un conseiller aide les étudiants à optimiser leur temps chaque session ; les programmes peuvent être achevés en un an.
Offre : Diplôme universitaire de premier et de deuxième cycle en administration, en éducation, en administration des soins de santé, en technologie de l’information, en soins infirmiers et en psychologie.
Fonctionnement : Les programmes sont offerts sur des périodes de 12 semaines, selon la formule « tout ce que vous pouvez apprendre ». Les étudiants peuvent commencer n’importe quel mois. Une évaluation des cinq premières années de prestation du programme ont révélé que le temps d’achèvement moyen était de 60 % plus rapide pour les programmes de FAC de premier cycle comparativement aux versions heures/crédit offertes par l’Université Capella ; et les frais de scolarité médians étaient inférieurs de 60 %.
Le Canada s’apprête à réaliser des investissements historiques en vue de donner une nouvelle orientation à son économie. L’ampleur et la finalité de ces investissements devraient servir de sonnette d’alarme pour les personnes travaillant dans le domaine de l’éducation postsecondaire au Canada et dans les ministères provinciaux concernés, car le programme met en évidence aussi bien des occasions que des besoins de changement.
Le prochain budget fédéral prévoit allouer des milliards de dollars à des projets d’intérêt national tels que la modernisation des infrastructures de la défense et de l’espace, l’accroissement de la capacité informatique et le développement des énergies renouvelables. Les bénéfices attendus sur le plan de la souveraineté, de la croissance et de la compétitivité sont énormes. Mais les risques le sont également, étant donné que cette politique revient à miser sur le talent et l’innovation.
Or, comme nous l’avons expliqué dans un précédent rapport, L’enseignement postsecondaire est en crise. À l’heure même où le Canada redémarre, ses collèges et ses universités sont forcés de suspendre des programmes, d’éliminer des services et de fermer des campus. Partout au pays, les établissements postsecondaires doivent se moderniser et recentrer leurs mandats sur la contribution à la croissance, comme nous l’avons mentionné dans le rapport Une voie plus intelligente. Néanmoins, ils n’ont pas la solidité financière, la souplesse et la connectivité dont ils ont besoin pour le faire.
C’est dans ce contexte que l’équipe Leadership avisé RBC, accompagnée de nos partenaires, a proposé un sommet sur le talent, la technologie et le nouvel ordre économique à l’occasion de la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES). En septembre, une soixantaine de dirigeants du secteur et de l’enseignement postsecondaire se sont rassemblés au siège social de RBC dans un objectif commun : s’assurer que les investissements historiques du Canada aient des retombées historiques. Nous avons mis l’accent sur trois domaines de l’ambition nationale qui dépendent étroitement de l’enseignement postsecondaire en ce qui a trait au talent et à l’innovation :
Capacités de la défense et de l’espace
IA et technologie numérique
Grands projets énergétiques
Nous résumons ci-après les impératifs, les occasions et les idées audacieuses dont il a été question.
Défense et exploration spatiale
Les menaces qui planent aujourd’hui sur la souveraineté et la sécurité ne sont pas les mêmes que dans les films de guerre de Hollywood. Pour faire face à ces menaces de plus en plus complexes, nous avons besoin de forces économiques et numériques, et pas seulement sur terre. La sécurité et la prospérité de notre pays dépendent de plus en plus d’infrastructures spatiales telles que les satellites, que les Canadiens utilisent à des fins multiples comme la surveillance et le contrôle de l’environnement (certaines variables clés des changements climatiques ne peuvent être mesurées que depuis l’espace1), ainsi que la communication et la navigation au quotidien.
Toutefois, les capacités du Canada dans le domaine spatial, et plus généralement dans le secteur de la défense, sont à la traîne par rapport à ses concurrents mondiaux. Les passations de marchés publics – critiques pour l’innovation et pour l’entretien et le développement des capacités – prennent beaucoup plus de temps au Canada que dans d’autres territoires. Notre processus de mise sur le marché de produits et services spatiaux est plus lent que dans d’autres pays. En outre, plusieurs années de compression des dépenses ont mis à mal la défense du Canada, dont les forces armées souffrent de graves pénuries de personnel – en particulier dans les métiers spécialisés et les rôles de techniciens, d’ingénieurs, voire de spécialistes du combat naval et de l’aérospatiale.2
Les engagements de dépenses en faveur de la défense et de l’espace ouvrent des occasions historiques.
Au cours des années 2025 et 2026, le Canada envisage de consacrer 9 milliards de dollars à la défense, dont 2,6 milliards au recrutement et au maintien en poste, et le gouvernement s’est engagé à augmenter progressivement les dépenses de défense jusqu’à 5 % du PIB en 2035.
C’est l’occasion pour le Canada d’innover et de faire avancer l’adoption de nouvelles technologies à des fins de surveillance et de prévision, en plus de renforcer ses capacités de défense conventionnelles.
Nous pouvons aussi nous appuyer sur nos forces existantes. Par exemple, le Canada est déjà en avance dans la mise au point de systèmes de surveillance des feux de forêt (microsatellites), qui peuvent être utilisés pour surveiller les activités liées aux incendies et faire valoir les efforts de gestion au pays et à l’international3. Non seulement les feux de forêt mettent en péril des vies et des moyens de subsistance, mais ils ont aussi le potentiel de détruire des infrastructures essentielles comme les systèmes de communication et les réseaux électriques et peuvent même être source d’instabilité politique. Notre capacité à réagir rapidement est donc un élément clé de la stratégie de défense nationale.
L’engagement du gouvernement fédéral à créer un Bureau de recherche, ingénierie et leadership avancés en matière d’innovation et de science (BOREALIS) est l’occasion d’encourager les entreprises et les partenaires de l’enseignement postsecondaire à accélérer le développement des technologies à double usage (pour des applications de défense et des applications civiles).
Trois idées tirées du sommet pour donner au Canada un avantage dans les domaines de la défense et de l’espace :
Positionner le Canada comme le chef de file de l’OTAN dans la protection contre les incendies
Utiliser une partie des nouveaux fonds alloués à la défense pour faire progresser les systèmes d’observation de la Terre, améliorer la réponse aux catastrophes à l’aide de l’IA, et perfectionner les technologies de drones utilisées pour gérer les feux de forêt.
Établir BOREALIS à l’image de modèles tels que DARPA et ARIA
L’Advance Research and Invention Agency (ARIA) au Royaume-Uni et la Defence Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis permettent de financer des projets à haut risque et à fort potentiel de rendement en évitant les contraintes politiques et les processus universitaires.
Reclasser des travailleurs de l’automobile dans les secteurs de la construction navale et spatiale
Design new competency-based postsecondary programs that let experienced workers with relevant skills move through programs quickly–saving time and money–on their way to an industry-recognized credential.
IA et technologie numérique
Les entreprises et organisations du monde entier adoptent l’IA pour réaliser des gains de productivité et devenir plus efficientes. En comparaison, la progression est plus lente au Canada. Bien que le Canada soit le berceau d’une concentration de chercheurs de renommée mondiale et de modèles fondateurs dans le domaine de l’IA, pour ce qui est de la maturité, environ 70 % des sociétés canadiennes n’en sont qu’aux balbutiements ou aux premières phases de cette technologie, et très peu (7 %) l’exploitent pleinement – soit moins de la moitié de la proportion de sociétés qui exploitent l’IA dans le monde (17 %).4
Nos meilleurs talents ont tendance à migrer vers l’étranger, tout comme leurs idées (la plupart des brevets d’IA conçus au Canada sont détenus par des entités étrangères 5 ). Par ailleurs, les Canadiens sont moins enclins que leurs pairs internationaux à tirer parti des outils d’IA pour accroître la productivité au travail.6
Les engagements et les programmes gouvernementaux sont des occasions de faire avancer la technologie.
Les investissements dans la défense pourraient encourager une collaboration entre le secteur de l’enseignement postsecondaire et celui de la recherche et de l’innovation en IA (par exemple en vue de commercialiser de l’IA à double usage).
Dans les jours qui ont suivi le sommet, le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, a annoncé la création d’un nouveau Groupe de travail sur la stratégie en matière d’intelligence artificielle, qui rassemble des chercheurs, entrepreneurs et partenaires industriels canadiens chargés d’élaborer une stratégie fédérale en matière d’IA. La stratégie devra inclure des « idées et recommandations pratiques » en soutien au leadership dans des domaines comme l’éducation, les compétences et la commercialisation.7
Le moment est venu d’investir dans l’innovation nationale, d’accroître rapidement les compétences en IA et de maintenir les talents au pays afin de tirer parti de notre avantage. Trois idées tirées du sommet :
Acheter d’abord de la technologie canadienne
Les Canadiens (entreprises, établissements d’enseignement postsecondaire et gouvernements) devraient être les premiers clients de nos innovateurs nationaux au lieu d’attendre la validation du marché américain.
Affecter plus de ressources des entreprises à la formation du personnel
La formation financée par les employeurs canadiens est inférieure à celle qui est offerte dans les pays comparables8 – nos 100 plus grandes sociétés, classées en fonction de la capitalisation boursière, auraient intérêt à augmenter leurs budgets de formation et à former des partenariats avec des établissements d’enseignement postsecondaires pour perfectionner les compétences en IA et rehausser les capacités internes aux fins de productivité et de croissance.
Enseigner les compétences en IA dans toutes les disciplines postsecondaires
Les collèges et universités du Canada devraient s’assurer que les étudiants de tous les programmes acquièrent des compétences en IA qui pourraient leur servir après leurs études.
Grands projets du secteur de l’énergie
Le Canada doit faire face à une demande d’énergie sans précédent à l’heure de développer ses infrastructures informatiques et spatiales tout en poursuivant sa croissance industrielle. Les politiques de zéro émission nette en faveur de la transition vers les énergies propres exercent une pression supplémentaire sur l’électrification tout en alimentant la demande de minéraux critiques, lesquels sont essentiels à la fabrication de batteries, panneaux solaires, aimants et éoliennes. De plus, le pétrole et le gaz continueront de jouer un rôle important dans l’approvisionnement en énergie, contribuant à réduire les coûts pour les consommateurs et à assurer la fiabilité du réseau.
Le nouveau Bureau des grands projets ambitionne d’accélérer les projets énergétiques pour répondre à l’augmentation de la demande, mais il se heurte à une pénurie générale de compétences. Par exemple, les personnes âgées exerçant un métier qualifié partent à la retraite à un rythme plus rapide que celui des remplacements,9tandis que les étudiants en ingénierie ne s’intéressent pas aux carrières minières (le secteur minier représente seulement 1 % des programmes d’ingénierie10).
Un autre problème est celui des lacunes dans les compétences. Le succès des grands projets d’infrastructure dépend de la disponibilité de personnes capables de collaborer et de résoudre les problèmes en temps réel.
Le plan national canadien donne une impulsion dont les établissements d’enseignement postsecondaire, les secteurs d’activité et les gouvernements pourraient tirer parti pour combler les lacunes dans les compétences et répondre à la demande du secteur de l’énergie :
Les grands projets stratégiques offrent aux établissements d’enseignement postsecondaire et aux secteurs d’activité une occasion de mettre en avant les possibilités de carrière dans les secteurs de l’énergie.
La croissance des peuples autochtones est plus rapide11 que celle de la population générale, et la plupart de ces peuples se trouvent à proximité des projets énergétiques. De solides partenariats, combinés à des stratégies éducatives offrant des programmes communautaires, pourraient permettre aux membres de ces collectivités d’accéder à des rôles essentiels tout en comblant les lacunes de compétences.
Dans le passé, le Canada a réalisé d’importants projets énergétiques, dont la remise à neuf de la centrale nucléaire de Bruce A, au début des années 2010, qui constitue un bon exemple.
Trois idées tirées du sommet pour tirer parti de l’impulsion du secteur canadien de l’énergie :
Formation en prévision des grands projets
Il serait opportun pour le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux de soutenir les stratégies de gestion des ressources humaines et les initiatives de formation, en particulier dans le cadre des projets menacés de s’enliser à cause d’une pénurie de talents.
Élaboration d’une stratégie axée sur les compétences dans l’énergie
Les principaux acteurs du secteur de l’énergie auraient intérêt à consacrer du temps et des ressources à l’inventaire des compétences et aux projections de besoins en tenant compte de l’évolution de la technologie. Ils pourraient collaborer avec les établissements postsecondaires pour concevoir des programmes de formation visant à préparer les diplômés à un démarrage efficace dans le secteur.
Perfectionnement des compétences en partenariat avec les communautés autochtones
Le secteur énergétique et les établissements postsecondaires pourraient collaborer avec les communautés autochtones pour concevoir et offrir des programmes de formation visant à préparer les talents autochtones aux carrières de l’énergie.
La voie de la transformation : des idées audacieuses en faveur d’un changement
Les gouvernements, les établissements postsecondaires et le secteur doivent prendre des mesures urgentes et coordonnées pour faire face à l’avenir. Le monde n’attend pas. Les pays concurrents ont une longueur d’avance dans les domaines de l’exploration spatiale et de l’adoption de l’IA, et ils investissent aussi dans leurs compétences et infrastructures. Le Canada dispose d’outils pour être compétitif et devenir un chef de file, mais seulement à la condition de mettre ses systèmes à la hauteur de ses ambitions et de l’urgence de la situation. Les participants au sommet ont formulé les recommandations ci-dessous à l’intention des gouvernements, des établissements postsecondaires et du secteur à des fins d’action immédiate.
Gouvernement fédéral
S’appuyer sur la stratégie d’IA pour développer des compétences : la nouvelle stratégie canadienne en matière l’IA devrait comporter des lignes directrices à l’intention des enseignements postsecondaires favorables à la modernisation, avec par exemple des conseils explicites pour développer de façon efficience et efficace les compétences en IA nécessaires (en incluant une compréhension des risques et des situations dans lesquelles l’IA n’est pas recommandée) parmi le personnel et les étudiants de toutes les disciplines.
Constituer des alliances en faveur de la main-d’œuvre de la défense et de l’énergie : le Canada prévoit lancer jusqu’à cinq alliances pour la main-d’œuvre afin de « s’attaquer aux défis urgents du marché de l’emploi, stimuler la croissance et promouvoir les stratégies industrielles ».12 Ces initiatives devraient comprendre des alliances dans les secteurs de la défense et de l’énergie.
Chaque alliance vise à rassembler de grands employeurs, syndicats et dirigeants d’établissements postsecondaires pour discuter de l’offre et de la demande.
Les alliances doivent dresser l’inventaire des projets et des programmes déjà en place ; passer en revue les lacunes de compétences actuelles et prévues à l’échelle régionale ; réfléchir à la façon dont évolueront les besoins de compétences compte tenu des nouvelles technologies ; déterminer et embaucher les fournisseurs de programmes appropriés pour répondre aux besoins de compétences.
Tirer parti de la reconnaissance mondiale du Canada dans la gestion des incendies de forêt : utiliser une partie des nouveaux fonds alloués à la défense pour faire progresser les systèmes d’observation de la Terre, améliorer la réponse aux catastrophes à l’aide de l’IA, et perfectionner les technologies de drones utilisées pour gérer les feux de forêt.
Renforcer le mandat de l’Agence de l’investissement pour la défense : cette nouvelle agence devrait être chargée de rationaliser les objectifs et les exigences opérationnelles entre le ministère de la Défense nationale, le ministère des Travaux publics, Services publics et Approvisionnement Canada et autres ministères, selon le cas.
Moderniser le financement de la recherche et de l’innovation : les critères de financement devraient accorder plus d’importance aux résultats qu’au processus.
Envisager la création d’un nouvel organisme de recherche et d’innovation, à l’image de l’Agence de l’investissement pour la défense, qui serait chargé d’examiner et de coordonner le financement entre les trois ministères concernés et les autres programmes pertinents – en assurant un équilibre entre le financement des priorités stratégiques et le financement de la recherche axée sur la demande et la mission. Cet organisme pourrait diriger ou appuyer des changements supplémentaires, parmi lesquels :
Embracing a model like DARPA with BOREALIS: fund high-risk, high-reward projects, free from political constraints and academic processes.
Réformer les encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) (mis en place dans la foulée des réformes de 2024) afin d’encourager la commercialisation.
Réorganiser et élargir les environnements protégés nationaux13 et créer plus d’occasions de collaboration entre le secteur, les forces armées, les universités et les collèges, en mettant l’accent sur la mise au point de prototypes et la mise à l’essai de nouvelles capacités militaires et spatiales de façon accélérée.
Veiller à ce que les nouveaux engagements de financement soient exploités de façon stratégique. Par exemple, lors du sommet, le gouvernement fédéral a annoncé des plans consistant à augmenter le financement des chaires de recherche afin d’attirer les meilleurs universitaires américains au Canada. Le financement devrait être lié aux priorités stratégiques et viser à attirer des talents ayant de l’expérience dans la conduite de projets de recherche axée sur la mission. Il serait souhaitable que les nouveaux présidents de chaire contribuent au renforcement des capacités et prennent les rênes du changement dans les universités canadiennes.
Formation en prévision des grands projets : coordination avec le secteur et les gouvernements provinciaux concernés afin d’offrir un soutien financier immédiat à la formation nécessaire pour mener à bien les grands projets énergétiques.
Encourager le recrutement et la fidélisation des talents : offrir des encouragements fiscaux aux talents mondiaux dont le pays a besoin pour combler les pénuries de compétences (c.-à-d. les directeurs de projets liés à l’énergie) et retenir les diplômés canadiens exceptionnels (c.-à-d. dans les filières technologiques).
Stabilisation des plafonds annuels d’étudiants étrangers : établir des objectifs réalistes et stables pour les étudiants étrangers, afin d’assurer un afflux démographique approprié et de faciliter la planification institutionnelle à long terme.
Priorité à la technologie canadienne : engagement à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA et les technologies spatiales, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié. Privilégier la technologie canadienne dans tous les marchés futurs et chercher à être un client stratégique pour les entreprises canadiennes en démarrage les plus prometteuses.
Gouvernements provinciaux
Protéger les systèmes postsecondaires : augmenter le financement national par étudiant (potentiellement selon des critères de rendement ou de résultats) en fonction de l’inflation. Ou encore, offrir plus de souplesse aux établissements pour établir leurs frais de scolarité, en protégeant les inscriptions grâce à de solides systèmes gouvernementaux d’aide aux étudiants et programmes institutionnels (qui consacrent une partie des revenus tirés des frais de scolarité à l’aide financière).
Offrir une orientation stratégique : mettre en avant des attentes modernisées en matière de perfectionnement des compétences transférables.14 Par exemple, les établissements pourraient développer des compétences en IA et des aptitudes de collaboration entre les disciplines.
Formation en prévision des grands projets : coordination avec le secteur et le gouvernement fédéral afin d’offrir un soutien financier immédiat à la formation nécessaire pour mener à bien les grands projets énergétiques.
Partenariats d’apprentissage intégré au travail : s’inspirer du modèle bitannique Knowledge Transfer Partnerships, un programme de subventions cofinancé par des partenaires sectoriels dans l’objectif de mettre en relation des étudiants fraîchement diplômés et des entreprises ou organisations communautaires afin de résoudre des questions d’innovation.
Financer des projets pilotes novateurs : aider les établissements à sortir du moule en élaborant des programmes d’études fondés sur la compétence, par exemple en dehors des heures de cours, et s’assurer que des politiques et cadres de compétence soient en place pour augmenter les chances de succès.
Priorité à la technologie canadienne : engagement à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié. Et accorder la priorité à la technologie canadienne dans tous les marchés futurs.
Établissements postsecondaires
Mobilisation significative des employeurs : explorer de nouveaux modèles en faveur de la mobilisation du secteur. S’appuyer sur les réussites pour mobiliser le secteur, par exemple par l’entremise des services universitaires de formation continue et des comités consultatifs des programmes de collèges (qui font intervenir les secteurs d’activité et les partenaires communautaires dans l’élaboration des programmes d’études).
Veiller à ce que tous les étudiants acquièrent des compétences transférables : développer des compétences prêtes à être exploitées au travail, comme la littéracie en IA, l’adaptabilité, le sens de l’entrepreneuriat, la communication et la collaboration, dans le cadre des cours, des projets d’étude et des expériences d’apprentissage intégré au travail.
Élargir l’accès à l’apprentissage intégré au travail : par exemple, les stages et programmes de coopération, programmes pratiques assortis d’occasions d’apprentissage appliqué et voyages éducatifs immersifs, comme la visite de sites miniers avec des partenaires de l’industrie, sont d’excellents exemples d’apprentissage intégré au travail.
Offrir aux étudiants des occasions de travailler en collaboration avec différentes disciplines, comme c’est le cas sur le marché du travail, pour résoudre des problèmes.
Explorer les possibilités d’expérience fondée sur la technologie (p. ex., simulateurs)
Promouvoir une plus grande mobilité professionnelle : permettre aux travailleurs de naviguer dans une économie dynamique. Envisager :
Des programmes multidisciplinaires comme le nouveau programme en sciences de l’énergie de l’Université de Calgary, qui couvre un éventail de secteurs de l’énergie en demande de main-d’œuvre.
Obtention progressive de titres professionnels pour les étudiants des programmes à faible taux d’achèvement, comme les programmes d’apprentissage, afin que leurs compétences acquises soient reconnues.
Programmes de formation fondés sur la compétence qui permettent aux adultes dotés des aptitudes et de l’expérience pertinentes d’obtenir rapidement des titres professionnels en étudiant à leur propre rythme.
Programmes fondés sur les compétences qui permettent aux diplômés de faire valoir leurs compétences et de réussir alors que les employeurs opèrent une transition vers l’embauche axée sur les compétences.
Élaborer des programmes communautaires : collaborer étroitement avec les communautés autochtones et le secteur afin d’élaborer des programmes de formation sur mesure. Envisager des unités mobiles de formation et des modes d’apprentissage à distance ou hybrides (lorsque la connectivité Internet le permet).
Offrir des programmes de perfectionnement et de mise à niveau des aptitudes : les programmes devraient inclure des programmes adaptés aux besoins des secteurs de la défense et de l’énergie et un soutien à la littéracie en IA pour la main-d’œuvre. Les programmes doivent répondre aux besoins des apprenants ayant des responsabilités concurrentes et adopter des modes de formation tels que l’apprentissage à distance ou en mode hybride, l’apprentissage intensif et l’apprentissage fondé sur la compétence.
Priorité à la technologie canadienne : tous les collèges et universités devraient s’engager à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié.
Secteur
Assurer la participation de dirigeants aux alliances fédérales pour la main-d’œuvre : les dirigeants devraient se préparer à ces initiatives et arriver aux réunions avec des plans à long terme et des projections de besoins en compétences.
Affecter des ressources à l’élaboration des programmes : les secteurs devraient envoyer des représentants informés des besoins quotidiens et des projections de besoins de compétences à long terme participer à la conception des programmes d’études postsecondaires et des expériences d’apprentissage intégrées au travail. Ils devraient aussi s’engager à embaucher les étudiants qui achèvent ces programmes.
Affecter plus de ressources d’entreprises à la formation des employés : les 100 plus grandes entreprises canadiennes classées selon la capitalisation boursière devraient s’engager à investir annuellement au moins 500 $ par employé dans la formation, soit à peu près le double de la moyenne actuellement estimée pour le secteur.
Innover aux côtés de partenaires du postsecondaire : embaucher des chercheurs d’universités et de collèges canadiens afin de relever les défis du secteur ou améliorer la productivité à l’aide de nouveaux processus et outils. Envisager une approche de partenariat sur le modèle de la « course en relais », avec par exemple l’idéation dans les universités, l’application dans les collèges ou écoles polytechniques et le déploiement dans l’industrie.
Communiquer avec les élèves des écoles secondaires, collèges et universités : présenterles carrières gratifiantes offertes dans les secteurs en demande de talents comme l’énergie. Organiser des visites de terrain éducatives pour les étudiants du secondaire et du postsecondaire, afin de leur faire découvrir des secteurs d’activité particuliers.
Exploiter l’IA pour améliorer la productivité : intégrer l’IA dans les activités de base, et non seulement dans les projets pilotes, et donner accès au perfectionnement des compétences en IA afin d’accroître la capacité interne à des fins de productivité et de croissance.
Bâtir des partenariats autochtones mutuellement avantageux : mobiliser les communautés situées à proximité des grands projets afin de poser les jalons d’un emploi gratifiant et de retombées positives pour les communautés, notamment en collaborant avec des établissements postsecondaires à la conception et à la mise en place de programmes de formation sur mesure.
Embauche fondée sur les compétences : au lieu de recruter des candidats ayant occupé le même rôle ou un rôle similaire dans le passé, embaucher des candidats possédant les compétences (ou familles de compétences) et l’expérience correspondant aux attentes, afin d’encourager la mobilité de la main-d’œuvre et d’envoyer des signaux clairs aux établissements de formation quant aux compétences demandées.
Priorité à la technologie canadienne : les 100 principales sociétés canadiennes classées selon la capitalisation boursière devraient s’engager à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA et les technologies spatiales, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié.
Auteur
Jackie Pichette, directrice, Politique des compétences, RBC Leadership éclairé
Contributors:
Jaxson Khan, PDG, Aperture AI
Val Walker, chef de la direction, Table ronde entreprises + enseignement supérieur
Matthew McKean, chef de la R-D, Business + Higher Education Roundtable
Heather Chalmers, présidente et chef de la direction, GE Vernova Canada
Brian Gallant, chef de la direction, Espace Canada
À l’heure où le Canada aborde un virage économique de première grandeur, ses collèges et ses universités ont un rôle clé à jouer.
Depuis longtemps, les établissements postsecondaires participent de l’identité canadienne. Ils soutiennent la recherche, offrent un enseignement de qualité à un coût abordable et constituent pour les collectivités du pays des pôles économiques qui sont des gages de progrès et de prospérité.
Or ce secteur n’est plus aussi solide que naguère et sa place au sein des institutions dont dépend l’avenir du Canada est compromise. De nombreux établissements affichent un inquiétant déséquilibre financier et le secteur est souvent considéré comme répondant mal aux besoins économiques du moment ; ces deux maux se renforcent mutuellement. Partout au pays, des établissements postsecondaires suspendent des programmes, ferment des campus et licencient des employés dans l’espoir de détendre temporairement les tensions budgétaires. La pérennité du secteur exige toutefois de véritables réformes politiques et financières.
Tout comme l’économie nationale, le secteur postsecondaire est appelé à se transformer.
Il y a quelques mois, nous avons publié un rapport dans le cadre du projet Croissance (Une voie plus intelligente : les arguments en faveur d’une réforme de l’éducation postsecondaire) . Il y figurait des recommandations visant à rendre le secteur plus adapté aux réalités de l’heure, notamment en intégrant les enjeux professionnels aux programmes d’enseignement ou en permettant au secteur privé de financer les travaux de recherche et développement. Pendant l’été, l’équipe Leadership avisé RBC et ses partenaires ont approfondi la question et invité nos dirigeants à se pencher sur la manière dont l’enseignement supérieur peut contribuer à la croissance économique du pays1. Le message était clair : le secteur est en crise.
Il est urgent d’agir. Selon nous, cinq priorités s’imposent à qui veut réformer le secteur postsecondaire afin qu’il réponde à la nouvelle stratégie économique canadienne.
1. Une nouvelle entente financière
La solidité du secteur postsecondaire exige un financement stable et à la hauteur des besoins.
Les dépenses publiques engagées pour les collèges et les universités diminuent constamment.
Alors que le Canada était autrefois l’un des pays qui financent le plus généreusement leurs établissements et où la proportion de la population qui suit des études supérieures est la plus élevée2, ses dépenses sont passées d’un pic de 1,47 % du PIB en 2011 à la moyenne actuelle de l’OCDE, soit 1,1 %3. Le Canada n’est pas le seul État à avoir diminué son soutien en faveur du secteur postsecondaire, mais « peu de pays ont opéré des coupes aussi marquées et d’aussi grande portée».4
Compte tenu de la croissance du PIB, les dépenses publiques accusent un déficit de 13 milliards de dollars par rapport à leur niveau d’il y a 15 ans.5
Les frais de scolarité payés par les étudiants canadiens ne permettent pas de combler l’écart.
Pour la plupart des programmes, les gouvernements provinciaux fixent les frais de scolarité en plafonnant ce que les établissements peuvent facturer ; actuellement, la majorité des étudiants de premier cycle déboursent à peu près autant que leurs prédécesseurs il y a 10 ans.6
C’est en partie pour cette raison que les effectifs d’étudiants canadiens inscrits à un même cours sont souvent très importants, particulièrement dans les disciplines coûteuses – en médecine, par exemple.
N’étant pas réglementés, les frais de scolarité imposés aux étudiants étrangers ont été pour certains établissements une bouée de sauvetage – et, à tout le moins, une forme de subvention en faveur des étudiants canadiens.
Entre 2010 et 2023, ces frais ont représenté la totalité des nouveaux revenus d’exploitation enregistrés dans le secteur postsecondaire.7
En 2024, le gouvernement fédéral a plafonné le nombre de permis d’études accordés et décidé de n’attribuer de permis de travail postdiplôme (un puissant incitatif pour de nombreux étudiants étrangers) que si le demandeur est inscrit à l’un des programmes de niveau collégial qui viennent combler les pénuries de main-d’œuvre.8
L’Ontario a été particulièrement frappé : depuis 2024, six de ses établissements ont subi des dommages financiers (pertes, coupures ou déficits) de plus de 140 millions de dollars.9
Un observateur relève que, depuis l’imposition des plafonds, plus de 850 programmes ont été suspendus ou abandonnés ; 35 établissements ont signalé au moins 100 emplois affectés.10
La liste fédérale des programmes permettant d’obtenir un permis de travail postdiplôme a changé plusieurs fois au cours d’une même année11, ce qui rend la planification difficile dans les établissements.
Sans nouvelle entente financière, les décideurs vont continuer de faire passer la viabilité de leurs établissements avant la prospérité nationale. Leurs choix auront des conséquences non négligeables, non seulement sur l’accessibilité et la qualité des programmes (notamment dans les régions rurales où les pénuries de main-d’œuvre se font déjà sentir), mais aussi sur la capacité du pays à conserver ses meilleurs éléments.
Selon nous, plusieurs mesures peuvent contribuer à la stabilité financière du secteur :
ILes provinces, le gouvernement fédéral ou tous les ordres de gouvernement à la fois pourraient accroître les dépenses publiques en faveur des établissements postsecondaires.
Le financement pourrait être assujetti à tel ou tel critère ou à des retombées déterminées.
Au cours des discussions que nous avons menées à l’échelle du pays, l’idée a été émise qu’un nouveau mode de financement pourrait être envisagé par le gouvernement fédéral et le regroupement U15 des grandes universités de recherche canadiennes. Les interlocuteurs se sont demandé si le Canada pourrait octroyer une aide spéciale aux chercheurs qui travaillent dans des disciplines d’intérêt national, ce qui permettrait de redistribuer davantage de fonds provinciaux.
Cela dit, compte tenu du vieillissement de la population canadienne et des appels à financer en priorité les soins de santé et autres secteurs, il est peu probable que l’État suffise à engager les investissements nécessaires.
AUne autre option consisterait à miser différemment sur les frais de scolarité. Si les établissements disposaient de davantage de souplesse en la matière, ils pourraient bénéficier d’une nouvelle source de revenus qui contribuerait à leur stabilité financière et les inciterait à mieux répondre aux préférences des étudiants et aux besoins du marché du travail.
Qui dit « plus de souplesse » dit « frais plus élevés » pour les étudiants mieux nantis. Afin que les autres puissent continuer de suivre les programmes, les provinces et le gouvernement fédéral devraient veiller au maintien des systèmes de soutien financier en place. Les établissements devraient peut-être aussi devoir affecter une partie de la manne que constituent les frais de scolarité à l’assistance accordée aux étudiants sous condition de ressources.
ISi les frais imposés aux étudiants étrangers doivent continuer de jouer un rôle clé dans le financement des établissements (comme cela a été le cas pour les collèges), le Canada devra fixer des objectifs plus durables, compte tenu de l’équilibre à trouver entre des flux migratoires répondant aux besoins en main-d’œuvre et la nécessité pour les établissements de planifier à long terme.
2. Des mandats plus adaptés
Une meilleure assise financière permettra aux établissements de jouer un rôle stratégique dans le cadre du virage économique national, en s’attaquant aux enjeux prioritaires. Ils seront davantage en mesure de le faire si leur mandat s’accorde mieux aux besoins des étudiants et des différents secteurs d’activité. Comme nous l’écrivions dans Une voie plus intelligente, « nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens ».
De loin, le système postsecondaire canadien semble très différencié. On y trouve des universités, des collèges, des instituts, des écoles polytechniques, des syndicats et des employeurs offrant des services d’apprentissage – sans compter, dans certaines provinces, d’autres types ou sous-types de prestataires.
Toutefois, certaines lignes de démarcation ne sont pas nettes. On reproche depuis longtemps au système d’avoir un penchant pour l’uniformisation et de privilégier le modèle universitaire.12 Cette inclination s’explique – au moins en partie – par la nécessité de générer des revenus à l’intérieur du cadre décrit plus haut.
L’augmentation récente du nombre de diplômes de baccalauréat offerts par les collèges et du nombre de maîtrises proposées illustre cette tendance.13
Les collèges canadiens ont coutume d’offrir des formations pratiques répondant aux besoins des entreprises, mais elles sont coûteuses – elles nécessitent souvent un équipement particulier et de petits effectifs. Un nouveau mode de financement pourrait permettre aux collèges d’en proposer davantage et de former des gens de tous âges, notamment les adultes qui doivent se recycler et les jeunes aspirant à exercer l’un de ces métiers spécialisés caractérisés par une pénurie persistante de main-d’œuvre.14
Au sein de l’univers général des collèges et des universités, les établissements devraient développer des thématiques qui feraient leur spécificité.
C’est la voie que suivent en partie le Lambton College, qui collabore avec l’industrie pétrochimique locale, et l’Université Royal Roads, lancée dans l’expérimentation des modèles d’apprentissage flexibles.
La transition économique du Canada va nécessiter de répondre rapidement aux besoins de formation de l’industrie et des collectivités ; ce sont autant de possibilités qui s’offrent aux établissements qui se seront fixé des mandats satisfaisant à cette exigence.
L’accélération des grands projets énergétiques, par exemple, exigera de combler les manques importants en compétences techniques qu’on observe dans les zones rurales et dans le nord du pays.
De même, les Forces armées canadiennes manquent de techniciens et de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine de l’aviation, pour les opérations de recherche et sauvetage, etc.
Plus de 1 000 adultes canadiens ont été sondés récemment ; plus de la moitié pensent qu’ils pourraient utiliser efficacement les outils d’intelligence artificielle, mais moins du quart a suivi une formation dans ce domaine15. Les programmes de rehaussement des aptitudes des adultes ont donc tout à fait leur place.
En matière de frais de scolarité, une plus grande marge de manœuvre et un niveau de concurrence accru conduiraient naturellement les établissements à se différencier et se spécialiser davantage.
Le fait pour les planificateurs de disposer de meilleures données les aiderait à déterminer les possibilités de spécialisation et à les exploiter aussi stratégiquement que possible.
Comparé à d’autres pays, le Canada recueille peu d’information sur la manière dont son système d’éducation a fonctionné jusqu’ici – et encore moins sur les orientations qu’il faudrait lui donner.
De meilleures données permettraient par exemple aux établissements d’examiner si les caractéristiques socio-économiques des étudiants les rendent plus aptes à suivre tel programme plutôt que tel autre. En matière d’apprentissage continu, les établissements pourraient déterminer quel impact la complémentarité ou l’accumulation des formations suivies peut avoir sur le parcours de carrière, suivant le secteur d’activité considéré.
Les établissements peuvent s’adapter de différentes manières
Ils peuvent redéfinir leur mandat de manière à développer des atouts uniques et à répondre à des besoins professionnels particuliers (par exemple en se concentrant sur les secteurs d’activité en jeu ou sur les caractéristiques socio-économiques des apprenants).
Le gouvernement fédéral prévoit de former de nouvelles alliances d’employeurs, de syndicats et de groupes d’industries qui s’appliqueraient à étoffer les compétences dans les « secteurs sous pression » (énergie, fabrication de pointe, etc.).
Les représentants des établissements postsecondaires devraient participer aux discussions et être prompts à proposer des programmes pertinents.16
Les gouvernements provinciaux devraient jouer le rôle de coordonnateurs en veillant à ce que les mandats des différents établissements se complètent et répondent aux besoins socio-économiques. Leurs mesures incitatives pousseraient les établissements à se spécialiser.
Le gouvernement fédéral inciterait les provinces à élaborer une réglementation qui conduirait à standardiser la collecte des données et à produire de l’information cohérente, à jour et détaillée qui permettrait d’analyser l’efficacité de chaque programme et de suivre les progrès de chaque étudiant.
3. Modernisation des programmes et des services
Les programmes et les services des collèges et des universités doivent être davantage en phase avec les réalités professionnelles et avec les possibilités qu’offre le monde du travail aux diplômés.
À l’heure où l’IA se généralise et où chacun peut accéder à l’information, où qu’il se trouve, les modèles d’éducation traditionnels sont moins pertinents. Il nous faut repenser ce qu’apprennent les étudiants, comment ils se forment et comment ils témoignent de leurs acquis. Jusqu’ici, les enseignants ont toujours cherché à faire en sorte que les étudiants sachent répondre à des questions ardues. Nous devrions nous soucier tout autant de leur capacité à poser eux-mêmes des questions originales.
Cela fait déjà un certain temps que les aptitudes les plus recherchées par les employeurs sont la pensée analytique, la flexibilité et l’agilité.17
Les géants de l’industrie privilégient l’esprit d’entreprise, la communication et une connaissance élémentaire de la manière dont fonctionne une entreprise.
All programs should be helping students develop and hone these skills, which are best gained in dynamic learning contexts that weave in real-world scenarios, for Tous les programmes devraient aider les étudiants à acquérir et à affiner ces aptitudes, ce qui suppose idéalement un cadre d’apprentissage dynamique en prise sur le monde réel (projets concrets, stages, etc.)18
La demande en compétences technologiques (dans le domaine de l’IA et des mégadonnées, notamment) augmente très vite.19
Il faut que les programmes d’études postsecondaires canadiens produisent des diplômés qui maîtrisent la technologie et qui sachent quand et comment recourir à l’intelligence artificielle afin d’être plus productifs, tout en restant conscients de ses limites et des risques qui l’accompagnent.
Les établissements eux-mêmes doivent compter avec la technologie et l’IA.
Conscients du coût de l’inaction, tous les types d’organismes canadiens, gouvernementaux y compris20, se servent de l’intelligence artificielle pour faire des gains d’efficacité et mieux satisfaire les usagers.21
Les établissements postsecondaires emploient certains des meilleurs experts en technologie du pays. Ils devraient chercher beaucoup plus activement des façons d’intégrer les dernières technologies à leurs programmes et aux services connexes, afin d’optimiser l’efficience opérationnelle, la qualité des programmes et les conditions d’utilisation pour les étudiants.
D’autres pays donnent l’exemple : l’Arizona State University a mis au point, à l’intention des étudiants, des systèmes de soutien proactif qui reposent sur l’analytique prédictive22, et elle emploie l’IA pour aider les étudiants à faire des choix de carrière pertinents.23
La volatilité économique devient la norme ; les impératifs d’apprentissage continu aussi.
C’est un enjeu prioritaire pour le gouvernement fédéral et pour les provinces. Deux exemples parmi d’autres : le Canada va investir 450 millions de dollars au profit de la mise à niveau des aptitudes24 ; la nouvelle stratégie de l’Alberta en matière d’emploi cible les adultes qui se réorientent.25
Il faudrait offrir davantage de programmes aux adultes en milieu de carrière qui doivent se mettre à niveau ou suivre une formation d’appoint.
Les Canadiens dont l’emploi est menacé ont tendance à suivre des programmes de formation courts et axés sur la carrière – quand ils existent.26
Pour les adultes, l’intérêt d’un tel programme, c’est qu’il leur permettra de retrouver un emploi le plus rapidement possible, puisqu’ils peuvent faire valoir leur niveau de formation et leur expérience – or, ils ont souvent des enfants à élever et des factures à régler. Certains préfèrent apprendre à leur rythme et selon leur propre calendrier.
Les programmes axés sur les compétences ont le vent en poupe aux États-Unis mais sont encore rares au Canada. Les titres de compétences sont accordés en fonction de la maîtrise avérée des connaissances acquises et non d’après la durée d’inscription au programme.27
WSelon nous, il est impératif de se moderniser et le moment est d’ailleurs idéal. Les objectifs sont multiples :
Repenser les contenus, les modes de prestation et d’évaluation ainsi que le rôle des formateurs, afin d’optimiser l’apprentissage tout en le mettant au goût du jour.
Veiller à ce que chaque programme offre des possibilités d’apprentissage pratique qui permettent d’étoffer les aptitudes transférables que sont la résolution de problème, la communication, la connaissance des technologies et l’esprit d’entreprise.
Mettre à profit la technologie et l’IA, par exemple :
En apprenant aux enseignants et au personnel à :
Eintégrer réellement l’IA au cadre d’apprentissage (on fait fausse route en imposant des examens sur papier pour éviter aux « tricheurs » de recourir à l’IA) ;
déterminer comment l’IA peut alléger leurs tâches.
En offrant des possibilités d’apprentissage optimisé par la technologie (formation à distance ou hybride, simulations…) et des services de soutien à l’avenant.
En matière d’apprentissage continu, répondre aux besoins des apprenants en présentant les titres de compétences comme des étapes à atteindre et non comme des fins en soi.
Sachant que les intéressés retourneront se former plusieurs fois dans leur vie, il faut rendre cet exercice aussi facile et gratifiant que possible ; pour cela, on pourrait essayer de nouveaux modèles et, par exemple, tâter de la formation axée sur les compétences.
4. Rénovation des structures de gouvernance
Pour se moderniser et mieux répondre aux besoins, les établissements ont besoin de plus de flexibilité.
Sur le plan extérieur, les autorités réglementaires et les politiques générales, souvent restrictives à l’excès, ne facilitent pas les changements réclamés ci-dessus. Le modèle de financement de l’Ontario, par exemple, dissuade les collèges de concevoir des programmes pouvant être suivis à temps partiel et qui, pour cette raison, intéresseraient les adultes qui doivent se mettre à niveau28. Dans l’ensemble du Canada, les cadres de qualification et de certification fondés sur le nombre d’heures de formation n’incitent pas les établissements à expérimenter des programmes que chacun peut suivre à son rythme (nous pensons, là encore, aux formations axées sur les compétences).
Sur le plan interne, l’aversion pour le risque, la fragmentation des cadres de gouvernance et les conventions collectives contraignantes (et privilégiant souvent l’ancienneté) peuvent empêcher les dirigeants de prendre les mesures qui s’imposent.
The processes involved with developing programs, revamping them or shutting them down to evolve in step with the world outside institutional walls are all very much informed (and paced) according to the structures inside those walls.
A roundtable participant captured the situation well:
« [Les dirigeants des établissements] sont appelés à les gérer comme s’il s’agissait d’une entreprise, mais ils sont encore soumis à un cadre juridique et réglementaire conçu pour des organismes de service public. L’inadéquation est flagrante.
Quelqu’un d’autre contrôle 80 % des revenus et 85 % des dépenses, deux conseils d’administration et quatre groupes de parties prenantes pensent chacun être l’actionnaire majoritaire, mais aucun ne l’est. De plus, l’établissement est assujetti à plus de 200 dispositions législatives. Les entreprises, elles, suivent des cycles hebdomadaires. Il n’est pas étonnant qu’elles n’aient plus confiance en nous. Nous frisons l’obsolescence, non pas en raison de notre incapacité, mais à cause de contraintes structurelles. »
Il faut étudier les possibilités d’amélioration de l’efficacité et de la flexibilité.
Les gouvernements provinciaux pourraient inviter les directions d’établissement postsecondaire à les aider à cerner et à lever les obstacles réglementaires, par exemple en examinant de quelle façon les organismes de réglementation des professions favorisent ou limitent la capacité d’adaptation.
De concert avec les syndicats, les directions pourraient revoir les conventions collectives et les politiques de gouvernance ou de gestion des ressources humaines, en visant un meilleur équilibre entre protection des emplois et viabilité de l’établissement. L’expérience et l’expertise des syndicats permettraient de cerner de nouveaux besoins, liés par exemple à la modernisation des tâches et des méthodes d’enseignement.
5. Pour des recherches appliquées et axées sur des missions concrètes
Les différents ordres de gouvernement, les établissements postsecondaires et le secteur privé doivent s’attacher davantage à faire en sorte que le secteur de la recherche contribue à la prospérité nationale en faisant profiter les collectivités et les entreprises d’innovations tombant à point.
Par rapport à d’autres pays développés (les États-Unis et le Japon, notamment) ou à la moyenne de l’OCDE, les dépenses engagées par le Canada en matière de recherche et d’innovation demeurent constamment faibles.29
Le profil de notre secteur privé l’explique en grande partie ; il compte surtout des PME dont les budgets de recherche sont inexistants30 et des succursales de sociétés multinationales dont les sièges sociaux, établis dans d’autres pays, ont les moyens de miser sur l’innovation.
Par contre, les établissements postsecondaires canadiens financent généreusement la recherche, comparativement à leurs homologues étrangers31 En fait, ce sont principalement eux qui supportent le fardeau ; compte tenu des enjeux, l’effort pourrait être orienté de manière plus stratégique.
Traditionnellement, la réussite des recherches menées dans le secteur postsecondaire est mesurée en fonction du nombre de publications et de citations;32 or, les subventions gouvernementales encouragent souvent (bien qu’involontairement) l’approfondissement d’idées similaires et les changements incrémentiels.
Les études s’achèvent souvent par la phase de formulation des concepts ; nos chercheurs étant peu incités à déposer des brevets ou à viser la mise en marché, les innovations prometteuses et leurs promoteurs s’en vont ailleurs, par exemple dans la Silicon Valley.
Pour beaucoup d’établissements (et pour leurs unités internes), il faudra, pour promouvoir l’innovation et faire en sorte que les chercheurs dépassent l’étape de l’idéation, se réorienter (ne pas se contenter d’explorer, mais contribuer à l’atteinte des grands objectifs) et faire preuve d’ouverture, afin de conclure des contrats de recherche avec des partenaires de l’industrie pour qui les dates repères et les livrables doivent être fixés clairement.
Cela ne veut pas dire que la recherche fondamentale doit être négligée. Si tel était le cas, les travaux qui ont valu le prix Nobel à Geoffrey Hinton33 ou Arthur McDonald34 n’auraient pas été possibles. Les recherches à mission bien définie doivent toutefois être davantage prises en considération.
Plusieurs avenues existent qui permettraient de soutenir davantage la recherche axée sur les grandes missions au sein du secteur postsecondaire canadien :
Repenser les subventions fédérales en faveur des travaux qui débouchent sur des brevets ou promeuvent les priorités nationales.
Axer les stratégies de recherche des établissements (dans le cadre de la refonte des mandats) sur des branches d’activité précises ou des priorités collectives (santé, défense nationale, sécurité alimentaire…).
Faire en sorte que les processus d’affectation et de promotion récompensent l’innovation et les retombées pour la collectivité.
Essayer de nouvelles approches et d’autres modes de collaboration (les engagements de dépenses en faveur de la défense nationale ouvrent par exemple bien des perspectives). Un nouveau bureau de recherche, d’études et de leadership évolué en innovation et en sciences (BOREALIS, pour « Bureau of Research, Engineering and Advanced Leadership in Innovation and Science ») pourrait miser sur les atouts des établissements et des entreprises pour stimuler l’innovation, tout comme le font l’Advance Research and Invention Agency (ARIA) au Royaume-Uni et la Defence Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis, qui financent toutes deux des projets à haut risque et à rendement élevé, indépendamment des contraintes politiques habituelles et des processus universitaires.
Faire participer davantage les entreprises au financement des contrats de recherche.
Le Canada a besoin de son secteur postsecondaire pour produire les aptitudes et l’innovation que réclame la transformation de son économie. Pour cela, de nouveaux modes de financement s’imposent, ainsi que, probablement, le soutien du public. La modernisation que nous venons d’évoquer aidera le secteur à obtenir l’acceptabilité sociale.
Seulement, le fardeau ne doit pas reposer uniquement sur les établissements et sur les décideurs politiques.
S’ils veulent profiter de ladite modernisation, les employeurs doivent être prêts à se mobiliser eux aussi, en fournissant de l’information sur les possibilités d’emploi et les aptitudes recherchées, en participant à la conception des programmes de formation et à l’évaluation des compétences, en imaginant des cadres d’apprentissage intégré au travail et en finançant la recherche et l’innovation.
Les enseignants du primaire et du secondaire ont également un rôle à jouer. Il est temps que les conseillers d’orientation abandonnent la notion dépassée que les métiers qualifiés ont moins de valeur que les diplômes universitaires, et même que les diplômes sont une fin en soi.
Le rehaussement des aptitudes n’est plus facultatif. Il doit être considéré et présenté (à tous les niveaux du système d’éducation et sur le marché du travail) comme la nouvelle clé du succès.
Jackie Pichette is Director of Skills Policy, RBC Thought Leadership
Usher, A., Balfour, J. et Jeon, J. The State of Postsecondary Education in Canada, Higher Education Strategy Associates, septembre 2025.
Legal Disclaimer2
« Les jeunes et l’éducation au Canada ». Statistique Canada, 4 octobre 2021.
Legal Disclaimer3
Usher et coll. The State of Postsecondary Education in Canada, op. cit.
Legal Disclaimer4
Usher et coll. The State of Postsecondary Education in Canada, op. cit.
Legal Disclaimer5
Usher et coll. The State of Postsecondary Education in Canada, op. cit.
Legal Disclaimer6
Usher et coll. The State of Postsecondary Education in Canada, op. cit.
Legal Disclaimer7
Usher et coll. The State of Postsecondary Education in Canada, op. cit.
Legal Disclaimer8
Immigration et citoyenneté Canada. « Travailler au Canada après l’obtention du diplôme – Qui peut présenter une demande », gouvernement du Canada, 9 juillet 2025.
Legal Disclaimer9
Steele, K. « Budget impacts », Eduvation, 2025.
Legal Disclaimer10
Steele, K., « Budget impacts ».
Legal Disclaimer11
Immigration et citoyenneté Canada. « Le point sur le critère relatif au domaine d’études pour le permis de travail postdiplôme », gouvernement du Canada, 4 juillet 2025.
Legal Disclaimer12
Doern B. Polytechnics in Higher Education Systems: A comparative review and policy implications for Ontario, Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, 2008.
Legal Disclaimer13
Collèges et Universités, Excellence en recherche et Sécurité. « L’Ontario augmente le nombre d’options d’obtention de diplômes dans les collèges financés par des fonds publics », salle de presse, 11 avril 2022.Immigration et citoyenneté Canada. « L’éducation au Canada : éducation postsecondaire », 18 juillet 2025. Davidson, M., Ruparell, S., Noble, L. et Smith, I. The Future of Ontario’s Workers. StrategyCorp Institute of Public Policy and Economy, juin 2020.
Legal Disclaimer14
Su, S. Jin, H. et Brown, J. « Variations au sein de la population de gens de métier au cours de la période de 2016 à 2021 », Statistique Canada, 26 septembre 2024.
Legal Disclaimer15
KPMG. Confiance et formation en matière d’IA : le Canada à la traîne – Une étude de 2025 à l’échelle mondiale, juillet 2025.
Legal Disclaimer16
Premier ministre du Canada. « Le premier ministre Carney annonce de nouvelles mesures visant à protéger, à bâtir et à transformer les industries stratégiques du Canada », 5 septembre 2025.
Legal Disclaimer17
Forum économique mondial. The Future of Jobs Report 2025, 7 janvier 2025.
Legal Disclaimer18
Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur. L’apprentissage intégré au travail innovant – Des solutions inventives pour combler les besoins en compétences des PME canadiennes, janvier 2025.
Legal Disclaimer19
Forum économique mondial, op. cit.
Legal Disclaimer20
Premier ministre du Canada, op. cit.
Legal Disclaimer21
McKay, R. « Ouvrir les esprits : comment les entreprises canadiennes peuvent devenir des chefs de file mondiaux dans l’adoption de l’IA », Leadership avisé RBC, 24 juin 2024.
Legal Disclaimer22
Pirehpour, K. Elevating student learning through data-driven insights, Arizona State University, 24 août 2023
Legal Disclaimer23
ASU CareerCatalyst. « ASU’s new AI-powered Navigator helps learners take the next career step », 1er juillet 2025.
Legal Disclaimer24
Premier ministre du Canada, op. cit.
Legal Disclaimer25
Gouvernement de l’Alberta. Alberta Jobs Strategy 2025-2030, septembre 2025.
Legal Disclaimer26
Handler, T. et Frenette, M. « Décisions d’entreprendre des études postsecondaires à la suite d’une mise à pied permanente », Statistique Canada, 28 septembre 2022.
Legal Disclaimer27
Pichette, J. et Watkins, E. Competency-based Education: Driving the Skills-measurement Agenda. Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, 2018.
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Gallant, L., Brumwell, S., Chatoor, K. et Colyar, J. The Impacts of Ontario’s Part-time Funding Model on Colleges and Students, Conseil ontarien de la qualité de l’enseignement supérieur, 2025.
Legal Disclaimer29
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Legal Disclaimer30
Innovation, Sciences et Développement économique Canada. Principales statistiques relatives aux petites entreprises, gouvernement du Canada, 2022.
Legal Disclaimer31
Statistique Canada. « Dépenses en recherche et développement dans le secteur de l’enseignement supérieur, 2022-2023 », gouvernement du Canada, 1er novembre 2024.
Legal Disclaimer32
Conseil consultatif pour l’examen du soutien fédéral à la science fondamentale. Investir dans l’avenir du Canada : consolider les bases de la recherche au pays, 2017.
Legal Disclaimer33
En 2024, Geoffrey Hinton a obtenu le prix Nobel de physique pour avoir contribué, en tant que professeur émérite de l’Université de Toronto, à des découvertes et à des inventions fondamentales qui permettent l’apprentissage machine fondé sur les réseaux neuronaux artificiels (University of Toronto, 2024).
Legal Disclaimer34
En 2015, Arthur B. McDonald a obtenu le prix Nobel de physique pour avoir contribué, en tant que membre du corps enseignant de l’Université Queen’s, à des recherches qui ont redéfini les lois élémentaires de la physique des particules et validé notre compréhension des phénomènes à l’œuvre à l’intérieur du soleil (Queen’s University, sans date).
Sur le plan économique, tout indique en théorie qu’une société plus qualifiée sera plus productive. Les pays et les régions dont la population est plus qualifiée sont ceux qui attireront les secteurs de pointe, en plus d’être ceux où l’épargne et les investissements seront plus importants et où de tout nouveaux secteurs économiques émergeront.
Ce n’est pas encore le cas au Canada. Même si la population canadienne affiche l’un des taux de diplomation postsecondaire les plus élevés au monde et que la fréquentation des établissements d’études postsecondaires est en hausse constante depuis 25 ans, le pays tire de l’arrière au chapitre de la performance économique, incluant la productivité. Un trop grand nombre de diplômés des études supérieures n’arrivent pas à faire progresser la performance économique. Trop peu d’employeurs réussissent à créer des équipes qui présentent les bonnes aptitudes. Trop souvent, les étudiants ignorent comment leurs études leur permettront d’accéder à un emploi. De plus, les étudiants étrangers peinent toujours à être plus productifs dans une économie qui évolue rapidement.
Il est d’autant plus urgent de relever ces défis compte tenu de la détérioration des relations commerciales qui obligent les entreprises canadiennes à chercher rapidement des occasions d’accroître leur présence mondiale et de devenir plus concurrentielles. La recherche des meilleurs talents constitue le nerf de la guerre commerciale.
Bien entendu, cet enjeu n’est pas vraiment nouveau. Au Canada, le secteur postsecondaire, les employeurs et les gouvernements s’efforcent depuis des années, des dizaines d’années en fait, de bâtir une économie plus productive basée sur le savoir et les aptitudes.
Or, malgré toutes les innovations misant sur la préparation à l’emploi, l’éducation est encore loin de contribuer à l’économie. Une situation que le Canada ne peut pas se permettre étant donné ses difficultés sur le plan économique et de la productivité.
Dans le présent rapport, nous expliquons les raisons pour lesquelles le Canada n’arrive pas à profiter des retombées de son système d’éducation postsecondaire qui est pourtant reconnu à l’échelle mondiale. Nous formulons également des recommandations pour que l’éducation postsecondaire devienne un instrument de productivité. Il s’agit d’un instrument essentiel pour accroître l’avantage concurrentiel du Canada. Enfin, nous présentons des moyens que certaines économies plus productives ont pris pour tirer parti du capital intellectuel et de la force de recherche de leur système d’éducation postsecondaire. Nous présentons également à des fins de réflexion de nouvelles façons de concevoir les programmes d’études postsecondaires offerts.
Cette année, RBC a lancé Le projet Croissance qui se veut une initiative pour découvrir une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne. Tout au long de ce projet, nous explorerons les principaux moteurs de la croissance économique, comme la productivité. Pour préparer notre rapport dans lequel nous tentons de comprendre pourquoi l’économie est au point mort, nous avons participé à la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES) pour réfléchir au rôle que joue l’éducation postsecondaire dans la crise de la productivité au Canada.
La productivité est un indicateur important de la capacité d’une économie à générer un revenu supplémentaire pour chaque heure travaillée. Certaines économies génèrent un revenu supplémentaire par heure travaillée supérieur aux autres, ce qui leur permet d’afficher une performance et une croissance économiques plus élevées.
Où en sommes-nous ?
La croissance de la productivité de la main-d’œuvre au Canada diminue même si un plus grand nombre de Canadiens obtiennent un diplôme d’études
Malgré sa population hautement qualifiée, le Canada affiche un niveau de productivité inférieur — La population du pays est l’une des plus qualifiée parmi les membres du G7 et supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2024, environ 63 % des Canadiens de 25 à 64 ans détenaient un diplôme d’études postsecondaires, contre 41 % en moyenne pour les pays de l’OCDE.1 Or, ces deux graphiques montrent que notre niveau de productivité n’a pas suivi la même trajectoire. Non seulement tirons-nous de l’arrière par rapport aux autres pays, mais l’écart s’est en plus creusé au cours des dix dernières années, même si la part de diplômés des études supérieures, dont celle des nouveaux arrivants, a augmenté.
La croissance de la productivité est inférieure à celle de nombreux pays de l’OCDE
Croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d’œuvre, de 2014 à 2023, en %
Sources : OCDE, Services économiques RBC
Nos diplômés se trouvent un emploi, mais leur rémunération est inférieureà celle des autres pays — Les diplômés du collégial et de l’université présentent au fil du temps un taux de chômage inférieur et un revenu supérieur aux Canadiens qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires2. Cependant, si l’on fait abstraction du niveau d’études, les Canadiens gagnent en moyenne 8 % de moins que les Américains3, un écart qui se creuse dans de nombreux emplois4. Il s’agit de l’une des raisons qui expliquent l’exode des cerveaux, c’est-à-dire les diplômés des études supérieures qui choisissent de travailler aux États-Unis, ce qui nuit au Canada, notamment sur le plan économique. En excluant le coût et la qualité de vie aux États-Unis, le Canada demeure en milieu de peloton en ce qui a trait au rendement du capital investi de chaque personne ayant poursuivi des études supérieures comparativement aux autres pays5.
Enseignement postsecondaire au Canada
Le Canada compte plusieurs systèmes d’éducation postsecondaire. De fait, chaque province et territoire est responsable (une compétence protégée par la constitution dans le cas des provinces et déléguée par le fédéral aux territoires) d’établir et de réglementer ses universités, collèges et instituts, notamment en leur déléguant les pouvoirs en matière de sanction des études et sur les questions relatives au financement et aux droits de scolarité. C’est pourquoi les politiques et les systèmes varient à l’échelle du pays. Environ 64 % des étudiants de niveau postsecondaire sont inscrits à l’université et 36 % au collège6, dont la grande majorité fréquente un établissement public parmi 100 universités et plus de 200 collèges, dont 13 écoles polytechniques.7 À cela s’ajoutent plus de 1 500 collèges privés d’enseignement professionnel, dont près de la moitié se situent en Ontario.8
Traditionnellement, les universités offrent des cours menant à un diplôme à long terme dans des disciplines académiques, alors que les collèges publics offrent des cours menant à court terme à un diplôme centré sur la carrière. Cependant, les gouvernements provinciaux autres que ceux du Québec et des quatre provinces de l’Atlantique permettent également à certains collèges publics de décerner des diplômes9 et des certificats souvent octroyés par les universités. Par ailleurs, le gouvernement fédéral contribue aux systèmes d’éducation postsecondaire en offrant des bourses de recherche, de l’aide financière aux études et des paiements de transfert aux provinces10.
Les défis
Dans le meilleur des mondes, c’est en développant une main-d’œuvre qualifiée, en stimulant l’innovation grâce aux efforts de recherche et en favorisant la collaboration entre les secteurs que l’enseignement supérieur alimente la productivité. Les établissements postsecondaires permettent aux diplômés d’acquérir des aptitudes essentielles, fournissent aux entreprises des recherches de pointe et alimentent la croissance économique en créant de nouvelles technologies et en faisant émerger des jeunes pousses et des talents. La recherche montre une corrélation positive entre la santé économique d’une région et la présence d’établissements d’enseignement supérieur, et que le PIB sera rehaussé de 0,4 % pour chaque augmentation de 10 % du nombre d’universités par habitant11. Cet effet est attribuable au dynamisme dont profitent le capital humain et l’innovation et non pas seulement aux dépenses directes des établissements et des étudiants.
Les établissements d’enseignement supérieur favorisent également la vitalité sociale et intellectuelle d’une communauté, d’une région et d’une société, même si l’effet est difficile à évaluer. Néanmoins, le cas du Canada nous permet de comprendre que l’existence d’un système d’enseignement supérieur alimenté par ses nombreux participants et ses activités de recherche ne se traduit pas nécessairement par un rendement élevé lorsqu’on l’évalue en fonction de paramètres économiques.
Qu’est-ce qui cloche ? Le manque de données et de recherches limite la capacité de déterminer les facteurs qui contribuent à la valeur économique globale de l’éducation postsecondaire.12 13 Nous pouvons toutefois observer ce qui se passe dans les autres pays qui affichent une meilleure productivité et qui disposent de solides systèmes postsecondaires pour établir ce qui fonctionne et les stratégies qui semblent prometteuses, dont quelques-unes vous sont présentées plus loin. Nous pouvons aussi recenser les lacunes évidentes au pays, que ce soit dans le développement du capital humain ou dans la recherche.
Des écarts persistent entre les connaissances et les aptitudes acquises dans les systèmes d’enseignements supérieurs et les besoins du marché du travail au Canada.
L’OCDE mentionne « qu’un niveau de scolarité plus élevé ne se traduit pas nécessairement par de meilleures aptitudes ».14 Selon les enquêtes menées auprès des employeurs, les entreprises éprouvent encore des difficultés pour embaucher des employés qui possèdent les aptitudes nécessaires, surtout des aptitudes interpersonnelles et en communication.15 Nous savons aussi que l’écart se creuse dans le cas des aptitudes techniques des diplômés liées à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et aux mégadonnées, qui gagnent toutes rapidement en importance.
En raison du caractère inadéquat des modèles d’affaires des établissements postsecondaires, les systèmes d’enseignement supérieur du Canada ne pourront pas atteindre leurs objectifs dans l’état actuel de l’économie mondiale.
Le bilan des établissements postsecondaires est peu reluisant. Les finances de ces établissements se détériorent rapidement à cause de la stagnation du financement gouvernemental provincial, du plafonnement, voire du gel, de l’augmentation des droits de scolarité des étudiants, et du changement de la politique fédérale sur l’immigration qui a fait chuter brusquement le nombre d’étudiants étrangers et les revenus imposants provenant de leurs droits de scolarité plus élevés qui contribuaient à leurs bénéfices. La diminution de leurs revenus est susceptible de s’aggraver en l’absence d’une réforme de leurs modèles d’affaires pour les adapter à l’évolution de l’économie.
Le problème est que les dirigeants des établissements postsecondaires n’ont pas assez de contrôle sur leurs sources de revenus, sont assujettis à des règles de gestion budgétaire et n’ont peu ou pas la capacité de réduire ou de réaffecter une partie de leurs charges fixes les plus importantes. Les salaires et les avantages sociaux des employés représentent plus de 50 % des dépenses totales des collèges et des universités.16 Par ailleurs, les nombreuses facultés permanentes ainsi que la protection que confèrent les conventions collectives et l’ancienneté au corps professoral empêchent les établissements d’ajuster ou d’éliminer des programmes en fonction des inscriptions et de la demande. L’embauche de chargés de cours pour enseigner aux étudiants est l’une des stratégies qui visaient en théorie à obtenir une plus grande souplesse. En pratique, cette stratégie n’a pas fait de miracle et a entraîné la création d’un sous-groupe de professeurs qui ne disposent pas de ressources suffisantes ou d’une stabilité d’emploi élémentaire.
Dans un tel contexte financier fragile et limité, les programmes d’études universitaires qui s’harmonisent le mieux aux secteurs très productifs sont ceux qui coûtent le plus cher à exploiter. Les programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) sont en plein essor depuis plus de 30 ans, profitant de l’engouement du marché du travail et des étudiants. De fait, les inscriptions sont passées de 18,3 % en 1992-1993 à près de 26 % en 2022-2023.17 L’utilisation de laboratoires, d’ordinateurs et d’autre équipement fait grimper leur coût qui représente au moins le double de celui d’une formation en sciences humaines ou en administration des affaires.18 19 Si les collèges et les universités ne peuvent plus compter sur les sources traditionnelles de revenus, ces établissements devraient être libres, voire incités, de trouver de nouveaux flux de revenus, d’élaborer de nouveaux modèles de financement et de revoir leur mission éducative en fonction de leurs besoins, mais aussi, de façon plus large, de leur rôle à l’échelle de la société et de l’économie. Prenons l’exemple de l’Université d’État de l’Arizona (que nous verrons plus loin), qui a adopté une approche entrepreneuriale pour réinventer ses programmes, ses activités de recherche ainsi que son modèle d’affaires afin de reprendre le contrôle sur sa destinée fragilisée par une réduction du financement de l’État tout en faisant de l’accès aux étudiants, notamment des groupes marginalisés, sa priorité.
Le Canada manque de données comparables pour évaluer le rendement de nos systèmes postsecondaires et faire des liens avec les données du marché du travail.
Il est difficile de régler un problème quand on n’a pas toute l’information. Or, c’est ce qui arrive au Canada qui manque de données pour évaluer la performance de ses systèmes d’éducation postsecondaire.20 Les statistiques sur la proportion d’études complètes et l’emploi sont parfois connues, mais les données sur la performance ne sont pas uniformes d’une province ou même d’un établissement à l’autre. Elles ne sont par ailleurs pas publiées en temps opportun ni assez fiables pour pouvoir évaluer si les aptitudes des diplômés correspondent aux besoins du marché du travail. Puisque la responsabilité de l’enseignement supérieur relève des provinces et des territoires, la normalisation de ces données à l’échelle nationale peut sembler impossible. Or, l’intérêt renouvelé pour trouver des façons de mieux harmoniser les économies et le commerce entre les provinces et les territoires représente une occasion idéale d’inviter les établissements postsecondaires à la table de discussion.
Des pays comme les États-Unis et l’Australie font un meilleur suivi des données d’enseignement postsecondaire, ce qui leur permet de discuter des politiques publiques et d’y apporter des changements de façon éclairée. Aux États-Unis, les établissements qui participent aux programmes fédéraux d’aide aux étudiants sont tenus d’effectuer le suivi des données qui peuvent ensuite être consultées dans les systèmes intégrés de données d’éducation postsecondaire. L’Australie a élaboré des indicateurs de qualité pour l’apprentissage et l’enseignement tirés d’enquêtes parrainées par le gouvernement qui sont menées chaque année auprès des étudiants aux niveaux supérieurs de l’inscription à l’emploi.
Les diplômes des études supérieures ne correspondent pas tout à fait aux besoins.
Près de 15 % de la population active au Canada est titulaire d’un diplôme d’études supérieures, ce qui est un peu moins que la proportion de 16 % de bacheliers en 1997.21 Or, ces diplômes ne mènent pas tous vers un emploi où une telle formation est exigée. (En fait, le nombre d’emplois vacants pour lesquels seul un diplôme d’études secondaires est exigé est plus élevé que ceux où l’on demande un baccalauréat ou un diplôme plus élevé22.)
Par conséquent, on observe un nombre croissant de Canadiens hautement qualifiés dans des emplois qui ne mettent pas à profit leur diplôme. Le Canada s’est classé au deuxième rang des 37 pays de l’OCDE pour son taux le plus élevé de travailleurs surqualifiés23, qui s’élève à 10,6 % pour les travailleurs nés au Canada et à 11,8 % pour les immigrés ayant étudié au Canada en 202324.
Il ne fait aucun doute que les titulaires de diplômes d’études supérieures gagnent un salaire plus élevé que ceux qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires. Or, l’écart se resserre lorsqu’on les compare les détenteurs d’un baccalauréat et d’une maîtrise. Entre 1997 et 2019, l’écart de salaire était de 23 % en moyenne. Depuis la pandémie, l’écart a diminué pour s’établir à 18 %, car un plus grand nombre de titulaires de diplôme d’études supérieures sont en concurrence pour décrocher un nombre inférieur d’emplois nécessitant leurs compétences25. Le choix du programme est également un facteur important : les docteurs en administration des affaires sont ceux qui gagnaient le salaire le plus élevé en 2021, selon une analyse menée auprès de cette cohorte, alors qu’ils ne représentaient que 4 % de tous les docteurs. À l’inverse, les docteurs en sciences humaines (9 %) et en sciences (22 %) figuraient parmi ceux dont le salaire était le moins élevé. Le salaire des titulaires d’un doctorat en mathématiques et en informatique est celui qui a enregistré la plus forte croissance au cours des cinq années suivant l’obtention du diplôme26.
Soulignons également que les titulaires de doctorats sont moins nombreux à travailler dans le secteur privé au Canada comparativement aux États-Unis. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que notre économie demeure en majeure partie basée sur les ressources et en raison des investissements moins importants dans les secteurs de la recherche et développement qui exigeraient de telles aptitudes27. Néanmoins, les étudiants diplômés participent généralement moins aux programmes d’apprentissage intégré au travail (que nous verrons plus loin) et ont peu d’occasions de montrer et de mettre en pratique leurs aptitudes et leur savoir-faire aux entreprises canadiennes qui pourraient en tirer parti. Certes, le Canada a besoin de diplômés des études supérieures, mais il faudrait davantage penser à privilégier les programmes qui répondent le mieux aux besoins et à la façon de profiter le plus des aptitudes et des connaissances qu’ils permettent d’acquérir.
Une expansion des campus et des programmes a été observée au Canada au cours des 25 dernières années, mais on ignore si leur nombre ou leur répartition est favorable.
Le nombre d’étudiants aux niveaux supérieurs a augmenté au cours des 35 dernières années, ce qui a entraîné une expansion des programmes et des campus. L’enseignement postsecondaire doit être de qualité pour former et inspirer la nouvelle génération de talents et de travailleurs qualifiés tout en favorisant les découvertes transformatrices. Il est toutefois intéressant de se demander si la taille et la répartition de la centaine d’universités publiques, auxquelles s’ajoutent plus de 200 collèges avec leurs campus associés et les plus de 25 000 programmes qui y s’offrent répondent aussi bien qu’ils le pourraient aux besoins les plus urgents et contribuer à créer une économie plus productive au pays.
Cette question est d’autant plus importante depuis que le nombre d’étudiants étrangers a été limité, car ce bassin d’étudiants permettait jusqu’en 2024 de contrebalancer la diminution plus récente des inscriptions et des revenus des étudiants canadiens, particulièrement ressentie dans certaines régions. Selon les projections démographiques, la tranche de Canadiens de 15 à 24 ans devrait enregistrer une croissance modeste au cours de la prochaine décennie avant de diminuer pour s’établir légèrement au-dessus du niveau actuel28.
Nous avons aussi encore en tête la crise financière de 2021 qui a secoué l’Université Laurentienne de Sudbury en Ontario, lorsque l’établissement a déclaré faillite principalement en raison de la piètre planification de ses projets d’investissement et de sa lourdeur administrative, comme nous l’avons appris plus tard29.
Réfléchissons sérieusement aux façons de mieux arrimer les ressources d’enseignement supérieur à un bassin démographique plus large d’étudiants (p. ex., les baby-boomers vieillissants) et de les adapter en fonction de l’évolution des besoins de l’économie.
Nous ne donnons pas aux diplômés internationaux des établissements postsecondaires au Canada les outils pour s’intégrer aux secteurs à forte productivité du marché du travail.
Les étudiants étrangers font partie de la solution pour répondre aux besoins économiques et résoudre la crise de productivité auxquels le Canada devra faire face. Or, au cours des dernières années, nous avons constaté que les efforts déployés au pays pour recruter ces étudiants ont conduit à des dérapages, de sorte que les étudiants n’ont pas obtenu ce qu’ils cherchaient ou se sont retrouvés dans des programmes qui n’offrent pas de débouchés dans des secteurs à valeur élevée. Par exemple, les étudiants étrangers privilégieront souvent les programmes d’administration des affaires au détriment des STGM30, ce qui fait qu’ils sont nombreux à avoir de la difficulté à trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme, même si leur visa leur permet de rester.
À mesure que le Canada s’efforce de réduire et de recalibrer son bassin d’étudiants, nous devrions mettre l’accent sur le recrutement et la formation d’étudiants étrangers de grande qualité tout en cherchant à développer une main-d’œuvre ciblée. Le gouvernement fédéral a récemment imposé cette exigence en adoptant de nouvelles règles concernant les domaines d’études dans lesquels les étudiants étrangers doivent s’inscrire pour être admissibles à un permis de travail postdiplôme.
Il s’agit d’un bon point de départ, mais cette stratégie n’a pas tout à fait donné les résultats escomptés et a plongé plusieurs établissements postsecondaires en crise, les contraignant à combler de toute urgence les trous laissés dans leurs finances et leurs programmes. Lorsque la situation reviendra à la normale, le choix de domaines d’études devrait également tenir compte de la demande de main-d’œuvre des régions. Les étudiants étrangers auront aussi besoin d’un meilleur soutien pour mettre en pratique leurs aptitudes dans leur milieu de travail sous la forme de services personnalisés d’orientation professionnelle et d’occasions d’apprentissage intégré au travail en raison des difficultés de certains liées aux restrictions imposées aux travailleurs étrangers.
Les étudiants ont besoin d’un éventail d’outils plus complet.
Nous avons besoin d’experts en science des données capables de raconter des histoires, des électriciens qui peuvent expliquer les termes techniques complexes à leurs clients, et des créateurs culturels dont les connaissances de pointe en technologie numérique leur permettent de réaliser des prouesses. Les aptitudes et les connaissances techniques acquises dans les programmes de STGM sont précieuses, tout comme le sont les aptitudes où les sciences sociales excellent : la capacité de s’exprimer à l’écrit et à l’oral de façon efficace et convaincante, la pensée critique et les approches créatives en résolution de problèmes.
Par ailleurs, les étudiants finissent parfois par travailler dans un autre domaine que celui dans lequel ils ont été formés, que ce soit dans les STGM, les affaires ou les sciences sociales31. Il n’existe pas assez de programmes d’études postsecondaires qui favorisent l’acquisition de connaissances dans plusieurs disciplines. Or, certains programmes comme le baccalauréat ès arts et sciences offert par l’Université McGill et qui permet aux étudiants de suivre des cours des deux facultés ou le programme de baccalauréat en industries culturelles de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique qui offre une formation combinée en arts, technologies et affaires sont des exemples prometteurs. De nombreux programmes permettent aux étudiants de faire des choix et ainsi d’élargir par eux-mêmes leurs connaissances et aptitudes.
Cela n’est toutefois qu’une infime partie de ce que nous pouvons ou devons accomplir. Puisque les inscriptions dans les programmes de sciences humaines continuent de diminuer, il est nécessaire que les établissements postsecondaires réinventent les compétences de base que les sciences humaines offrent à tous les étudiants et à la façon de les offrir dans l’ensemble des cursus, programmes et facultés compte tenu de la demande croissante pour les STGM. La pensée critique et la capacité à analyser des problèmes complexes sont des aptitudes clés pour les emplois les plus demandés compte tenu des progrès en intelligence artificielle et en automatisation32, tout comme la capacité à déterminer comment utiliser efficacement ces technologies. Le temps serait-il venu de faire tomber les barrières qui freinent l’intégration des STIAM plus concrètement dans les programmes et les cursus de la plupart des étudiants ?
Les entreprises canadiennes ne tirent pas pleinement parti de la recherche postsecondaire et peinent à adopter les innovations qui en découlent.
En 2022, le Canada s’est hissé au 10e rang mondial pour ce qui est des publications scientifiques33 en plus d’être un chef de file dans certains domaines comme l’intelligence artificielle. Or, les entreprises canadiennes ne sont pas au rendez-vous lorsque vient le temps de tirer parti des découvertes réalisées au pays. Les États-Unis font beaucoup mieux à ce chapitre, car ils jouissent d’un écosystème plus solide qui favorise la transposition de la recherche en application concrète dans le marché, que l’on pense au financement en capital de risque, aux politiques publiques de soutien et au cadre d’applications de la propriété intellectuelle qui incite les chercheurs et les établissements postsecondaires à commercialiser leurs découvertes.
Cela dit, en 2022, les entreprises canadiennes ont investi à peine 1,7 % du PIB en recherche et développement, ce qui est moins que la moyenne de l’OCDE et largement en deçà des pays très productifs comme Israël (6,0 %), la Corée du Sud (5,2 %) et les États-Unis (3,6 %)34. Même dans la recherche en IA où le Canada est un chef de file, nous accusons du retard sur les autres pays quand vient le temps d’en faire un usage commercial.
Comment pouvons-nous faire mieux ?
La question de l’adéquation entre l’enseignement postsecondaire et la formation et les besoins du marché du travail se pose depuis un moment. Les collèges et les universités y travaillent et réussissent à trouver de plus en plus de pistes novatrices. Or, le son de cloche est différent du côté des employeurs et des données économiques et laisse penser que le Canada n’arrive toujours pas à se doter d’une main-d’œuvre qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires pour accroître sa productivité dans un monde de plus en plus concurrentiel. Voici quelques pistes de solution :
Lever les obstacles qui empêchent les établissements d’innover.
Les établissements postsecondaires canadiens ont besoin de nouveaux modèles d’affaires qui leur permettent d’adopter une approche plus entrepreneuriale et d’avoir un meilleur contrôle de leur destinée financière tout en demeurant responsables et imputables à l’égard des personnes et des communautés qu’ils desservent.
Trop souvent les établissements qui cherchent à innover se butent à une multitude de règles fédérales, mais surtout provinciales, qui encadrent toutes leurs activités, des droits de scolarité, aux approvisionnements en passant par les partenaires et les programmes obligatoires, sans obtenir de soutien financier des gouvernements. Un assouplissement raisonnable de la réglementation aurait le mérite de favoriser leur créativité, un esprit de collaboration et leur capacité à s’adapter aux changements. À l’interne, les collèges et les universités doivent se doter de mécanismes pour encourager le changement là où se trouvent des obstacles et de la résistance face à la création ou aux changements de programmes ou à la collaboration avec les secteurs pour concevoir les programmes.
Améliorer la notoriété et la définition des aptitudes acquises dans les établissements d’enseignement postsecondaire.
Les futurs étudiants et les nouveaux diplômés doivent connaître les aptitudes acquises dans le cadre d’un programme afin de s’assurer qu’il correspond à leurs attentes et de pouvoir communiquer ces aptitudes aux employeurs. Certains programmes communiquent déjà ces renseignements, notamment dans les collèges, mais une telle pratique devrait être généralisée et faire partie des données comparables utilisées pour évaluer le rendement des systèmes postsecondaires à l’échelle nationale qui peuvent être liées aux données du marché du travail.
Le défi peut être plus grand pour les titulaires de diplômes d’études supérieures, dont la plupart ne sont pas issus du milieu académique. Ces diplômés, mais également leurs employeurs, doivent connaître quelles aptitudes sont acquises durant leurs recherches et de quelle façon ils pourront les appliquer dans un milieu autre qu’académique.
Adopter l’apprentissage intégré au travail là où les besoins sont les plus criants.
L’apprentissage intégré au travail se veut une façon de faire vivre à un étudiant une véritable expérience de travail dans le cadre de son programme d’études supérieures. Les stages, les formations pratiques, les programmes coopératifs, le mentorat auprès d’un entrepreneur et le travail sur le terrain en sont autant d’exemples. Ces expériences aident les étudiants à appliquer leurs apprentissages en milieu de travail et à acquérir de nouvelles aptitudes pertinentes en plus d’aider les entreprises à recruter des étudiants et à les former en fonction de leurs besoins particuliers.
C’est pourquoi l’apprentissage intégré au travail est l’une des pistes de solution pour relever les enjeux de productivité et d’aptitudes au Canada. De fait, les deux tiers des employeurs qui participent à de tels programmes par l’entremise de la TRAES ont déclaré avoir observé une hausse de leur productivité35. Or, même si des progrès importants ont été accomplis au chapitre des occasions d’apprentissage intégré au travail, ce n’est pas encore la norme, car à peine la moitié de tous les diplômés des études postsecondaires avaient profité d’une telle occasion en 202036. Les occasions sont également variables, puisque les étudiants au doctorat (18 %) et ceux des programmes de sciences humaines (16 %) ont moins accès à de telles expériences37.
La plupart des sociétés canadiennes sont des petites et moyennes entreprises (PME) et font face à un plus grand nombre d’obstacles que les plus grandes sociétés pour intégrer des expériences traditionnelles d’apprentissage intégré au travail, en termes de ressources, de temps et de risque. Des formules plus courtes, plus souples et qui nécessitent moins de ressources sont mieux adaptées à la réalité et aux besoins des PME et en font un meilleur choix. Elles devraient faire partie des expériences d’apprentissage intégré au travail proposées sous forme de mandats de services-conseils, de multiples stages de courte durée d’au plus 10 jours, de stages et de projets en ligne, et de participation à des concours sectoriels comme des marathons de programmation, des compétitions et des projets soumis par les employeurs qui font l’objet d’une évaluation.38
Multiplier les occasions de rehausser et de mettre à niveau les aptitudes.
Les entreprises sont tenues d’aider leurs travailleurs à maintenir les aptitudes nécessaires pour continuer d’exécuter les tâches qui évoluent, notamment sur le plan de la technologie. Les établissements postsecondaires sont bien placés pour offrir ce type de formation et peuvent saisir cette occasion d’en faire une source de revenus lors d’une refonte de leur modèle d’affaires. Trop souvent, les entreprises canadiennes peinent à collaborer avec les établissements postsecondaires et finissent par développer leurs propres outils de formation à l’interne.39
Pour y arriver, les établissements d’enseignement supérieur doivent demeurer à l’affût des occasions visant à rehausser les aptitudes dans leur communauté, collaborer avec les employeurs (et vice versa) pour comprendre quelles sont les aptitudes à améliorer et proposer des solutions et des programmes adaptés à la vie personnelle et professionnelle des apprenants. Un choix judicieux serait de se tourner vers les facultés d’éducation permanente. Les gouvernements pourraient également soutenir financièrement ces programmes et en faire la promotion en offrant des incitatifs fiscaux ou autres, au moment où ils cherchent des politiques pour atténuer les perturbations au sein de la main-d’œuvre. Les microcertifications, des programmes courts souvent offerts en ligne, sont l’une des solutions de rehaussement des aptitudes qui se sont avérées efficaces auprès des travailleurs qui ont besoin d’acquérir des aptitudes complémentaires,40 notamment les programmes et les cours créés par les établissements postsecondaires. L’Ontario, par exemple, permet d’y accéder par l’intermédiaire du portail eCampus qu’elle finance.
Les établissements postsecondaires peuvent aussi élaborer des programmes de mise à niveau des aptitudes pour les travailleurs qui ont besoin d’acquérir de toutes nouvelles aptitudes recherchées en raison d’une réorientation professionnelle. Les programmes de replacement externe offerts en collaboration avec des entreprises locales en sont un exemple. Puisque l’apprentissage y est plus important que dans un programme de rehaussement des aptitudes, la progression peut être plus difficile, surtout si l’on veut des résultats rapides. Les programmes d’éducation axée sur les compétences peuvent être une bonne solution. Ces programmes visent à offrir un éventail précis de compétences souvent nécessaires pour occuper un emploi donné, en soins infirmiers, par exemple. Les cours sont souvent offerts en formule flexible, virtuelle, personnalisée, autodirigée, et les apprentissages antérieurs sont généralement reconnus. Peu utilisée au Canada, cette approche est plus répandue aux États-Unis et pourrait inspirer les réformes visant la structure et la conception des programmes traditionnels.41
Stimuler la différenciation entre les établissements.
Le Canada fait belle figure en matière d’accès aux études postsecondaires dans toutes les régions du pays et dans les communautés éloignées. Or, nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens. Les établissements n’ont pas tous besoin d’un centre de recherche en intelligence artificielle pas plus qu’un département d’histoire.
La différenciation est essentielle et, à ce titre, les collèges publics et les universités sont encouragés à miser sur l’enseignement, les apprentissages et la recherche dans les disciplines où elles excellent, et dissuadés d’offrir les mêmes programmes lorsque cela n’est pas nécessaire. Le gouvernement de l’Ontario suit cette politique, mais sans avoir une vision stratégique du secteur ou définir le rôle des collèges et celui des universités.42
La différentiation peut signifier que certains établissements seront spécialisés et excelleront dans l’enseignement aux étudiants de premier cycle, comme les universités de la Maple League de l’est du Canada, ou seront très impliqués en recherche, comme l’Université de Toronto, ou que leurs programmes d’enseignement et de recherche seront principalement axés sur leurs secteurs locaux importants comme les écoles polytechniques du pays.
Les établissements peuvent aussi se différencier par leurs modèles d’affaires afin de poursuivre leurs activités et de conserver leur pertinence. Leur différenciation peut être établie au moyen d’une convention négociée entre l’établissement et le bailleur de fonds publics, comme en Ontario, qui définit le mandat stratégique de l’établissement. Les modèles de financement public de la recherche peuvent aussi favoriser la différenciation et accroître la capacité en encourageant la spécialisation des établissements, comme le fait le gouvernement fédéral avec son Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada.
La crise financière qui compromet de plus en plus la pérennité des collèges et des universités fait de la différenciation un impératif stratégique pour chaque établissement.
Aider les entreprises canadiennes à se tourner vers la recherche et à y investir.
Les chercheurs de classe mondiale de notre système d’éducation postsecondaire font partie d’un pipeline d’innovation, dont les entreprises canadiennes qui en font partie peuvent mettre en application les découvertes des chercheurs, les commercialiser, les approfondir, les intégrer à leurs activités et accroître leur avantage concurrentiel. Or, ce pipeline est ralenti par les processus réglementaires et d’approbation fragmentés de tous les paliers de gouvernements, ce qui retarde et complique les décisions d’investissement des entreprises. La simplification de ces processus en mettant en place, par exemple, une méthode d’évaluation de l’environnement harmonisée entre le fédéral et les provinces pour les projets qui revêtent une importance stratégique sur le plan national accélérerait les approbations et stimulerait les investissements privés dans les nouveaux grands projets.
Notre système fiscal désuet doit aussi être revu en profondeur dans une optique qui viserait à encourager le privé à investir davantage en recherche et développement au Canada. Cette révision pourrait inclure une analyse des effets des changements au programme d’encouragement fiscal à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS&DE) annoncés récemment dans l’énoncé économique de l’automne 2024, par exemple pour offrir des taux préférentiels aux secteurs à forte concentration en R et D et des incitatifs permanents aux entreprises novatrices pour qu’elles investissent à long terme en R et D, ce qui pourrait stimuler encore plus les investisseurs privés en R et D.
Conclusion
L’enseignement postsecondaire est l’un des fers de lance de notre pays. Nous ne l’exploitons toutefois pas à son plein potentiel de sorte que nous n’arrivons pas à suivre le reste du monde. Nous sommes plongés de toute évidence dans une crise de productivité qui doit être réglée de toute urgence, car elle se répercute directement sur le niveau de vie auquel tous les Canadiens sont en droit de s’attendre, incluant les futurs diplômés, surtout en raison des divisions et des perturbations qui touchent l’économie mondiale. Autant les gouvernements que les établissements et les employeurs sont appelés à prendre des mesures pour améliorer la situation :
Lancer une réforme de la réglementation et du régime fiscal pour encourager les investissements privés en R et D et adopter les découvertes réalisées par les chercheurs canadiens.
À mesure que les ministères apportent des changements à la stratégie relative aux étudiants étrangers, s’efforcer d’arrimer leurs capacités et leurs intérêts aux programmes qui peuvent répondre aux besoins économiques les plus pressants, à l’échelle tant régionale que nationale. Éliminer les restrictions sur l’immigration qui empêchent les étudiants étrangers de participer aux expériences d’apprentissage intégré au travail.
Lever les obstacles qui entravent les affaires et mieux faire connaître la valeur associée à la participation à des expériences d’apprentissage intégré au travail, surtout auprès des PME, en investissant dans des partenariats et le renforcement des capacités.
Utiliser les incitations fiscales et le financement public pour encourager les partenariats entre les secteurs et les établissements postsecondaires pour soutenir la création de programmes, de rehaussement et de mise à niveau des aptitudes de qualité et économiques pour les employés.
Participer aux efforts pancanadiens et tirer profit des programmes et des ministères pertinents du fédéral pour générer des données comparables, accessibles, complètes et faciles à interpréter dans le but d’analyser et d’établir les résultats en enseignement postsecondaire, y compris ceux des établissements et des programmes.
Mettre en place une vision et une stratégie bien définies des systèmes postsecondaires des provinces qui permettent de différencier les objectifs des programmes des collèges et des universités et d’en favoriser la différenciation.
Lancer un processus de déréglementation limité des systèmes postsecondaires qui donne aux établissements un plus grand contrôle de leurs finances, de leurs sources de revenus et qui favorise l’innovation dans les programmes et les partenariats sectoriels.
En parallèle, promouvoir l’imputabilité en obligeant les établissements à communiquer des données comparables et détaillées sur leur performance et leurs programmes postsecondaires, notamment les aptitudes des diplômés, qui peuvent être liées aux informations sur le marché du travail.
Examiner de façon rigoureuse et continue l’évolution des besoins de main-d’œuvre et mettre à jour les informations sur le marché du travail afin de favoriser une meilleure adéquation avec les programmes postsecondaires.
Bien expliquer les aptitudes que les étudiants pourront acquérir en suivant les cours et les programmes offerts et proposer des façons de les communiquer aux employeurs. Tirer parti de l’expertise des départements d’éducation permanente qui sont déjà bien placés pour aider.
Encourager, soutenir et inciter les départements et les facultés à chercher de nouveaux modèles d’enseignement et d’apprentissage, surtout ceux qui intègrent les aptitudes dont les étudiants auront besoin dans leur milieu de travail.
Abattre les barrières qui existent entre les facultés, les programmes et les cursus et qui entravent les apprentissages multi et interdisciplinaires exigés pour faire la promotion des aptitudes dans les STIAM et exposer les étudiants aux problèmes dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est forte.
Chercher de nouvelles façons de mieux faire connaître les occasions d’apprentissage intégré au travail auprès des étudiants, de leur expliquer en quoi ils sont un atout et de les aider à surmonter les obstacles qui en freinent l’accès.
Interpeller les établissements postsecondaires – ou des intermédiaires comme la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui peuvent faciliter les échanges – pour discuter des aptitudes dont vous avez besoin et déterminer des pistes de collaboration.
Envisager de participer à des expériences d’apprentissage intégré au travail afin de combler les lacunes en matière d’aptitudes et d’avoir la possibilité de contribuer à former la nouvelle cohorte d’employés.
Chercher des établissements postsecondaires qui offrent des programmes courts pour rehausser ou mettre à niveau les aptitudes de vos employés avant de vous tourner vers de nouveaux fournisseurs externes.
S’impliquer dans les activités de prospection dans les écoles secondaires pour mieux faire connaître le secteur, ce qui fait de l’entreprise un milieu de travail stimulant et les parcours scolaires qui mènent à une carrière enrichissante dans le secteur.
Continuer de contribuer aux systèmes d’information du marché du travail en partageant les données avec les gouvernements et collaborer pour trouver de nouvelles façons d’améliorer l’exactitude et la pertinence des analyses du marché du travail et l’élaboration de politiques.
Exemples de recherche et développement en enseignement supérieur à l’échelle mondiale
Faciliter le transfert de connaissances aux PME – Université de Heilbronn, Allemagne
Le défi : Combler le manque de connaissances des petites et moyennes entreprises locales.
L’innovation : Cette université en recherche appliquée a créé un laboratoire virtuel en IA qui est accessible à tous, qui est mis à jour régulièrement, et qui aide les entreprises à comprendre l’évolution de la recherche en IA et à adopter des solutions d’IA pragmatiques dans une ville qui a été rapidement reconnue comme étant un centre de l’IA.
Alimenter la croissance des jeunes pousses en créant des liens à l’échelle mondiale — Block 71, Université nationale de Singapour
Le défi : Combler le manque de connaissances et de liens des jeunes pousses.
L’innovation : Block 71 est un centre d’innovation créé en 2011 pour encourager les jeunes pousses à créer des liens avec la recherche académique, les activités de mentorat et les marchés mondiaux. On compte maintenant dix centres dans le monde, dont ceux de la Silicon Valley, de Saigon et de Nagoya, ce qui a permis à plus de 100 jeunes pousses de créer des liens avec plus de 50 sociétés de capital-risque.
Créer une plaque tournante de la recherche grâce aux fusions — Université Paris-Saclay, France
Le défi : Accroître le rayonnement des instituts de recherche et de la recherche à l’échelle mondiale.
L’innovation : Crée en 2019, cette université spécialisée dans la recherche en technologie regroupe 20 collèges, universités publiques et instituts de recherche prestigieux dans un seul campus, sans compromettre leur autonomie. Les ressources combinées et la collaboration ont fait de l’université un chef de file de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation dans les sciences et la technologie à l’échelle mondiale.
Promouvoir l’engagement économique à l’échelle locale – Programme de prospérité économique et d’innovation, Association des universités publiques et créées par donation foncière, États-Unis
Le défi : Arrimer l’enseignement, l’apprentissage et la recherche universitaire au développement économique local.
L’innovation : Le programme encourage les universités à comprendre, communiquer et développer leur engagement économique local en suivant un processus pour obtenir une désignation. Des prix sont aussi décernés chaque année pour souligner des exemples d’excellence en matière de perfectionnement des talents et de la main-d’œuvre ; d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement économique basé sur la technologie ; et d’autres formes d’engagement communautaire.
Exemples d’innovation en enseignement et en apprentissage aux études supérieures à l’échelle mondiale
Diplômes d’apprentis — Université métropolitaine de Manchester
Le défi : Aider les diplômés à acquérir les aptitudes manquantes et améliorer la productivité
L’innovation : Les diplômes d’apprentis allient le travail à temps plein aux études à temps partiel, en offrant la possibilité aux entreprises du secteur de participer en grande partie à la conception et à la mise en œuvre du programme. L’Université métropolitaine de Manchester a obtenu des résultats exceptionnels en utilisant ce modèle. De fait, le salaire médian des apprentis a augmenté de 44 %, ce qui correspond à une hausse de la productivité d’environ 60 %. De plus, 70 % des employeurs ont déclaré des gains au chapitre de la productivité.
Transformer le modèle – Université d’État de l’Arizona, États-Unis
Le défi : Repenser l’université pour favoriser l’accès à l’éducation, faire avancer la recherche des valeurs publiques et s’engager auprès de la communauté pour résoudre les problèmes économiques.
L’innovation : Sous la direction transformatrice de Michael M. Crow, l’université repense son rôle dans le système d’éducation supérieure en vertu de son nouveau modèle d’université américaine. L’établissement a été un précurseur en offrant des programmes menant à un diplôme entièrement en ligne et en favorisant l’accès des groupes d’étudiants non traditionnels, notamment en collaborant avec Starbucks qu’elle puisse offrir gratuitement à ses employés des programmes menant à un diplôme en ligne. Reconnu comme un chef de file du transfert de technologie dans le volet de la recherche et de la propriété intellectuelle, il a obtenu plus de 1 600 brevets depuis 2003 et recueilli plus de 1,4 milliard de dollars en capital investissement.
Corée du Sud – Ce géant de l’Asie de l’Est présente le taux le plus élevé d’études postsecondaires parmi les pays de l’OCDE, puisque près de 70 % de sa population a atteint ce niveau d’études43. Il est également l’un des pays de l’OECD où la croissance de la productivité est la plus forte. Le pays a mis à profit les avantages de son système d’enseignement pour développer son économie, notamment son approche descendante robuste qui favorise une collaboration étroite du gouvernement, des entreprises et de la communauté universitaire en recherche44. Même si le pays affiche des résultats moins probants à l’heure actuelle, ses fondamentaux demeurent solides et il continue de faire figure d’exemple en montrant ce qu’il est possible d’accomplir grâce à la politique, aux investissements et à la collaboration.
Israël – Avec un taux de croissance de 6,5 % en 202245, le secteur de la haute technologie représente plus de 15 % du GDP du pays46. Les universités sont aussi profondément intégrées à ses activités. Israël s’est hissé au premier rang mondial pour la concentration des talents en IA et cinquième pour la pénétration des talents en IA dans le rapport de l’indice sur l’IA de l’Université Stanford en 2024. Ce classement a été attribué à son écosystème exceptionnel composé de jeunes pousses et d’universitaires et au soutien stratégique de joueurs locaux et multinationaux47.
Slovénie – Ce petit pays d’Europe a enregistré de forts gains de productivité au cours de la dernière décennie et une hausse importante de la proportion de sa population titulaire d’un diplôme d’études postsecondaires, laquelle est passée de 35,3 % en 2012 à 47,3 % en 202248. Le pays investit environ 1 % de son PIB dans l’enseignement supérieur, ce qui a permis de faire augmenter rapidement le nombre de diplômés de ses programmes de STIM49. Par ailleurs, l’enseignement supérieur et la science et l’innovation sont regroupés au sein du même ministère.
Programme de technologie numérique, Université York
Le défi : Pallier le manque d’aptitudes dans l’économie numérique et développer une main-d’œuvre diversifiée et novatrice.
L’innovation : Il s’agit du premier programme d’apprentissage entièrement intégré au travail qui mène à un diplôme au Canada, où les étudiants consacrent 80 % de leur temps au travail, incluant des possibilités de travail rémunérées, et 20 % à leurs cours. Ce programme axé sur les compétences permet aux étudiants de mettre en pratique leurs aptitudes tout en faisant progresser leurs connaissances liées aux technologies avancées. Les employés enregistrent des gains de productivité grâce aux mandats qui durent plus longtemps et à l’engagement plus élevé des étudiants dans les projets.
Programme de technicien en électricité, Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse
Le défi : Répondre à la demande de nouvelles aptitudes liées aux efforts déployés par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour accroître sa production d’énergie éolienne terrestre.
L’innovation : Grâce à la participation de RBC Fondation à un engagement totalisant 2 millions de dollars, le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse actualise son programme de technicien en électricité afin d’y inclure une formation en énergie éolienne à plus grande échelle pour répondre à la demande du marché du travail en plus de s’inscrire dans les initiatives provinciales pour soutenir la croissance propre. Les fonds serviront à développer un nouveau cours et du matériel de formation pratique.
Grappes d’innovation mondiales, Innovation, Sciences et Développement économique Canada
Le défi : Trouver des solutions aux problèmes complexes et augmenter la productivité du Canada dans des industries naissantes clés.
L’innovation : Mieux connu sous le nom de « supergrappes », ce programme rassemble des entreprises, des établissements universitaires et des organismes à but non lucratif dans cinq secteurs pour stimuler la croissance et l’innovation, et est financé par le gouvernement et l’industrie. Le programme a généré plus de 1,6 milliard de dollars en projets financés par le gouvernement fédéral et les partenaires de l’industrie entre 2018 et 2023, en plus de créer 24 000 emplois à temps plein50.
Recherche et partenariat pour des stages, Mitacs
Le défi : Mettre à profit l’expertise et l’innovation en recherche postsecondaire pour résoudre les problèmes éprouvés par les entreprises et combler les lacunes dans les aptitudes acquises par les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs.
L’innovation : Par l’entremise de ses nombreux programmes, cet organisme sans but lucratif rassemble les étudiants et les chercheurs au postdoctorat avec des partenaires du secteur privé dans le but de résoudre des enjeux réels éprouvés par des entreprises dans le cadre de stages et de projets de recherche collaboratifs. Mitacs offre également aux étudiants et aux chercheurs au postdoctorat un programme pour les aider à perfectionner leurs compétences professionnelles. Le programme a généré une hausse de 11 % de la productivité auprès de plus de 12 000 partenaires et des investissements en R et D de 1,2 milliard de dollars entre 2018 et 2023, selon une analyse de Statistique Canada et de Mitacs51.
La croissance du Canada s’est arrêtée. Notre économie, sur une base ajustée en fonction de l’inflation et de l’immigration, est de la même taille qu’avant la pandémie et à peu près au même point qu’il y a dix ans. Ce n’est pas le cas aux États-Unis ou dans d’autres économies avancées, et les causes de cette situation ne sont pas vraiment claires ni liées à un facteur unique. Néanmoins, alors que le pays est aux prises avec des années de stagnation économique, il est évident que notre productivité collective est au centre du problème.
Les chiffres sont maussades, surtout si nous tenons compte de la richesse et du potentiel du pays. À l’échelle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), nous sommes tombés du 5e rang des pays les plus productifs en 1970 au 18e rang en 2022. Au vu de cet historique, l’OCDE a estimé en 2021 que la croissance économique du Canada par habitant serait la pire des pays développés pendant les 40 prochaines années.
L’impact se fait sentir à grande échelle dans les salaires, les recettes publiques, les bénéfices des entreprises et les rendements des placements. Sur le long terme, nous perdons de notre capacité à attirer et maintenir le capital d’investissement et la main-d’œuvre qualifiée, ce qui pourrait compromettre les occasions de croissance futures par rapport aux autres économies avancées. Dans le même ordre d’idées, un changement positif dans notre productivité pourrait constituer le principal catalyseur dont le pays a besoin pour stimuler la croissance économique et la prospérité qui en découle. D’après nos calculs, la réduction de l’écart de revenus entre le Canada et les États-Unis dans l’ensemble de l’économie ajouterait 20 000 $ de PIB par personne et par année, avec une réelle incidence sur les travailleurs dont le salaire moyen est maintenant inférieur de 8 % aux salaires des États-Unis.
Le ralentissement de la croissance du PIB canadien est principalement attribuable à l’affaiblissement des gains de productivité
Variation annuelle moyenne en pourcentage, secteur des entreprises (la somme des barres est égale à la croissance annuelle du PDG)
Source: Statistique Canada, RBC Économie
Évidemment, il n’est pas facile de stimuler la productivité. Le Canada est un grand pays, géographiquement diversifié, riche en ressources et caractérisé par une dispersion de la population, ce qui crée des difficultés particulières en matière d’infrastructure, d’investissement et de réglementation. Les lourdeurs administratives aux divers échelons gouvernementaux ont créé des inefficacités et des barrières au commerce intérieur. Les goulots d’étranglement liés à l’infrastructure et les lourdeurs administratives rendent le commerce international plus compliqué. La mobilité des travailleurs qualifiés – déjà compliquée à cause de l’étendue de notre territoire – peut aussi être limitée par la façon dont les provinces, les secteurs et les groupes professionnels essaient de contrôler l’offre de main-d’œuvre. Tous ces problèmes peuvent peser sur les investissements des entreprises canadiennes et, par conséquent, ralentir la croissance. En outre, au cours des derniers cycles économiques, une part croissante de l’épargne et de l’investissement a afflué vers l’immobilier et la construction, qui, bien que nécessaires et bénéfiques pour de nombreuses raisons, sont des secteurs relativement inefficaces qui peuvent nuire à la croissance de la productivité dans l’ensemble de l’économie. Il en va de même pour les petites entreprises, dont la part dans l’économie a augmenté au cours des dernières décennies. Ces entreprises sont fondamentales pour le pays et pour les collectivités de nombreux Canadiens, mais si elles ne se développent pas pour devenir plus concurrentielles, elles pourraient limiter le potentiel de l’ensemble de l’économie.
Cela n’a pas toujours été le cas. La croissance de la productivité canadienne s’élevait à 5 % par année en moyenne dans les années 1950, à un moment où les technologies utilisées pendant la guerre étaient adaptées à un usage civil, ce qui a stimulé presque toute la croissance du PIB lors de cette décennie. La croissance de la productivité est restée élevée (3,5 % par année) dans les années 1960, alors que l’automatisation du secteur manufacturier se poursuivait et que le Pacte de l’automobile de 1965 conclu entre le Canada et les États-Unis ouvrait la voie à une libéralisation des échanges. Cette trajectoire a fléchi pendant les turbulences économiques des années 1970 et 1980, bien que quelques innovations comme le transport par conteneurs et l’expansion du commerce mondial aient entraîné de nouveaux gains de croissance et de productivité dans les années 1990.
Bon nombre des tendances positives pour l’économie canadienne ont été des tendances mondiales, notamment en matière de commerce, de technologie et d’éducation. Toutefois, le Canada a aussi tiré parti de ses forces spécifiques, parmi lesquelles la rapide augmentation de la participation des femmes à la population active, l’amélioration des conditions sanitaires pour la grande majorité de la population, et l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité de l’éducation à tous les niveaux.
Malgré ces investissements, la croissance de la productivité stagne à moins de 1 % par an en moyenne depuis le début du siècle. Ces défis ne sont pas propres au Canada, mais ils se posent également dans la plupart des économies avancées. Cela dit, le ralentissement a été plus marqué dans notre pays que partout ailleurs. La transformation des secteurs grâce aux technologies numériques, la rapide expansion de la robotique et de la fabrication de pointe, et les gains économiques importants liés aux sciences de la vie sont autant de moteurs qui ont accéléré la croissance économique dans d’autres pays, mais qui n’ont pas eu le même effet au Canada.
Par ailleurs, un autre défi attend le Canada dans le futur, étant donné que le secteur des services est celui qui détient la plus grande part dans l’économie. La productivité du secteur des services est en hausse, mais sa progression n’est pas aussi rapide que ce qui était attendu après les investissements importants réalisés dans l’éducation canadienne. Actuellement, près de 80 % de la main-d’œuvre travaille dans le secteur des services. Cela inclut tous les employés de comptoir et le personnel hôtelier qui offrent une valeur réelle à leurs clients et à leurs employeurs, mais aussi ceux des services professionnels où la productivité et les salaires dépendent davantage des investissements dans le capital humain que de la machinerie et de l’équipement. Autrement dit, les investissements du Canada dans l’éducation et la formation, ainsi que ses efforts pour attirer des immigrants qualifiés ne génèrent pas les rendements économiques escomptés.
Ces défis peuvent sembler intimidants. Mais les solutions sont claires, réalisables, et leur mise en œuvre ne nécessite pas beaucoup de compromis. Les politiques axées sur la croissance peuvent même bénéficier à tous les secteurs de la société, et profiter aux investisseurs aussi bien qu’aux travailleurs.
Parmi les solutions les plus attrayantes pour les gouvernements, les entreprises, les syndicats et les groupes sectoriels, nous pouvons citer :
La réduction des lourdeurs administratives et des barrières au commerce intérieur. Cela n’implique pas forcément de revoir les normes à la baisse, mais d’améliorer la cohérence et les règlements dans l’ensemble des territoires afin de rendre les coûts et les délais d’approbation des projets plus prévisibles.
Une meilleure exploitation des compétences des immigrants. Étant donné que la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration, nous avons besoin d’améliorer le système pour que les niveaux d’étude et les compétences des nouveaux arrivants correspondent à des emplois.
Une amélioration de la compétitivité fiscale. La compétitivité fiscale du Canada s’est effritée. Notre niveau d’imposition global est inférieur à celui d’autres économies plus productives, mais des réformes plus larges visant à réduire la complexité et le coût de la conformité fiscale pourraient aider à attirer plus d’investissements.
L’adoption de nouvelles technologies. Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité, mais le taux d’adoption de ces technologies est faible au Canada. Faciliter l’investissement dans les nouvelles technologies est crucial pour maintenir une compétitivité à l’échelle mondiale.
Tirer profit d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada est particulièrement bien placée pour jouer un rôle dans la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. Le Canada doit s’assurer que les investissements dans l’éducation génèrent un résultat.
Au cours du dernier quart de siècle, tous les gouvernements fédéraux et bon nombre de provinces se sont penchés sur les défis de la compétitivité, de la croissance et de la productivité. Et ils ont découvert, parfois avec du recul, qu’il n’existait pas de plan facile à mettre en œuvre. Ce rapport passe en revue certaines des mesures qui pourraient être prises pour stimuler la croissance, mais l’un des outils les plus puissants dont nous disposons n’est pas un outil : c’est notre état d’esprit. Si les Canadiens se concentraient collectivement sur l’économie de l’avenir, c’est-à-dire une économie qui récompense l’innovation, célèbre la compétitivité, investit à la fois dans les personnes et la technologie, et génère des rendements efficaces, alors le casse-tête de la productivité serait plus facile à résoudre. Et en même temps, la croissance ferait son retour.
La productivité du Canada par rapport aux États-Unis diminue depuis les années 1980
Les gains de productivité du Canada par rapport aux États-Unis sont principalement attribuables aux ressources naturelles
Qu’est-ce que la productivité ?
Une économie peut-elle croître sans productivité ?
Oui, c’est possible. Il suffit d’ajouter des heures travaillées, car la productivité n’est pas synonyme d’efficacité. Dans une certaine mesure, les taux d’immigration élevés ont contribué à ce résultat ces dernières années au Canada. Toutefois, une économie ne peut pas devenir plus dynamique et concurrentielle sans une amélioration de la productivité.
Est-ce que plus de productivité signifie moins d’emplois ?
Il ne s’agit pas de remplacer les travailleurs par des machines. Il s’agit de travailler plus efficacement, ce qui est la façon la plus fiable d’augmenter les salaires et les niveaux de vie. Les nouvelles technologies comme l’IA peuvent être perturbatrices, mais elles permettent aussi à plus de personnes de créer plus de valeur à partir de leur travail.
Avons-nous besoin de réduire les impôts pour augmenter la productivité ?
Certains impôts ont une incidence sur la productivité, d’autres non. À l’échelle mondiale, il n’est pas nécessaire de baisser fortement les taux d’imposition des sociétés pour attirer l’investissement du secteur privé. De façon générale, les économies dont la productivité est plus élevée ont des taux d’imposition plus élevés que le Canada, mais la composition de leurs impôts est différente et elles tirent des avantages de leurs régimes fiscaux moins complexes.
Une productivité plus élevée entraîne-t-elle de plus grands écarts de revenus ?
La plupart des pays qui affichent des niveaux de productivité plus élevés que le Canada ont des écarts de revenus plus faibles. Les comparaisons de productivité à l’échelle mondiale sont souvent compliquées, étant donné que les États-Unis surpassent la plupart des autres économies avancées en ce qui a trait à la production totale par heure travaillée, mais que ces gains ne sont pas répartis équitablement dans la population ni entre les travailleurs et les propriétaires d’entreprises.
La productivité fonctionne-t-elle de la même manière dans toutes les économies ?
En raison de grandes différences géographiques et économiques structurelles, les résultats sont différents sur le plan de la productivité. La Norvège dispose de vastes ressources pétrolières et gazières, pour la plupart détenues ou contrôlées par l’État. Au Canada, la grande dispersion de la population et la richesse en ressources posent des défis particuliers. Cependant, certains de ces défis sont d’origine humaine, causés par un manque de coopération et de cohérence dans les règles et les règlements aux différents échelons gouvernementaux.
La productivité fonctionne-t-elle de la même manière dans toutes les économies ?
En raison de grandes différences géographiques et économiques structurelles, les résultats sont différents sur le plan de la productivité. La Norvège dispose de vastes ressources pétrolières et gazières, pour la plupart détenues ou contrôlées par l’État. Au Canada, la grande dispersion de la population et la richesse en ressources posent des défis particuliers. Cependant, certains de ces défis sont d’origine humaine, causés par un manque de coopération et de cohérence dans les règles et les règlements aux différents échelons gouvernementaux.
Comment la productivité du Canada est tombée à un niveau aussi faible
Le ralentissement de la croissance économique canadienne à long terme est lié à plusieurs facteurs, dont certains sont clairs et évidents. Commençons par la lourdeur du système d’approbation réglementaire et administrative à tous les échelons gouvernementaux, qui a eu pour effet indésirable d’entraver le commerce et la croissance à l’intérieur du pays. En outre, les goulots d’étranglement liés à l’infrastructure, combinés aux lourdeurs administratives, rendent le commerce international plus compliqué. Ces facteurs ont contribué à la baisse des investissements des entreprises canadiennes et, parallèlement, à une augmentation du capital consacré aux immeubles et à la construction. Or, bien que ce secteur apporte beaucoup à l’économie, il ne stimule pas autant la croissance que l’automatisation ou la propriété intellectuelle. De plus, de nombreuses politiques ont favorisé les petites entreprises plutôt que les sociétés de croissance et les grandes entreprises, ce qui limite la croissance globale de notre productivité.
Les entreprises canadiennes investissent moins
Les entreprises canadiennes investissent beaucoup moins que celles des États-Unis – au total, environ la moitié par travailleur. Ce retard dans les investissements s’est aggravé à la suite de la crise financière mondiale de 2008-2009 et au moment de la chute des prix du pétrole en 2015, et encore plus dans le sillage de la pandémie où la hausse des taux d’intérêt a frappé l’économie canadienne plus durement que celle des États-Unis. En somme, la contribution des investissements à la croissance de la productivité canadienne depuis la crise financière de 2008-2009 représente à peine la moitié de la contribution de la décennie précédente. En outre, les tendances moroses observées récemment en matière d’investissement laissent entrevoir que l’écart continuera de se creuser au cours de la prochaine décennie.
Bien entendu, le ralentissement des investissements s’explique en partie par le repli des investissements dans le secteur canadien du pétrole et du gaz, qui est davantage lié à la transition énergétique mondiale visant à s’éloigner des combustibles fossiles. Toutefois, la part du PIB investie par les entreprises canadiennes dans le secteur manufacturier a aussi été beaucoup plus faible qu’aux États-Unis pendant la dernière décennie.
Le problème ne semble pas être lié à un manque de capitaux disponibles. Bien que les banques centrales aient fait grimper les taux d’intérêt, les entreprises disposent toujours d’une importante réserve de liquidités qui représente près d’un tiers du PIB. Les entreprises expliquent depuis longtemps que la lourdeur du cadre d’approbation des projets rend relativement coûteux l’investissement au Canada. Le manque d’investissement a également pour effet de maintenir les entreprises canadiennes à une taille relativement réduite (98 % des entreprises canadiennes comptent moins de 100 employés), et il se trouve que les petites entreprises sont généralement moins productives.
Le Canada accuse un énorme retard sur les États-Unis en matière d’investissements
Ratios investissements/PIB du Canada et des États-Unis
La réglementation représente un fardeau financier pour l’investissement et la croissance
L’enchevêtrement des réglementations et des exigences administratives entre les différentes municipalités et provinces a pour effet indésirable de compliquer et de limiter le commerce à l’intérieur du territoire canadien.
Le Fonds monétaire international estime ainsi que les barrières au commerce intérieur (différences de réglementation entre les régions, divergences dans les exigences administratives s’appliquant aux entreprises d’un territoire à un autre, et disparité des exigences de certification qui limite la mobilité de la main-d’œuvre, entre autres) coûtent l’équivalent d’un droit de douane de 20 % qui s’appliquerait entre les provinces. En comparaison, le droit de douane perçu sur les importations internationales qui entrent au Canada est inférieur à 1 %1.
En 2020, le Canada s’est classé au 188e rang des 208 économies suivies par la Banque mondiale en ce qui concerne le nombre de jours passés par les entreprises à rechercher des permis de construction pour les nouveaux projets. Ce délai est trois fois plus long qu’aux États-Unis. La lourdeur administrative augmente également le coût supporté par les entreprises pour réaliser des opérations transfrontalières. En réalité, les droits de douane appliqués au commerce international sont relativement faibles au Canada, mais le pays se classe mal (au 51e rang mondial) sur le plan de la facilité des échanges transfrontaliers, notamment à cause des coûts administratifs associés à l’importation et à l’exportation.
Notre régime fiscal perd son avantage concurrentiel
Il y a dix ans, à l’échelle du G7, le Canada était au deuxième rang des taux d’imposition les plus bas pour les sociétés. Cet avantage a décliné, surtout après la forte baisse des taux d’imposition des sociétés aux États-Unis en 2018.
Les taux d’imposition des sociétés au Canada sont toujours comparables à ceux des autres économies avancées. Toutefois, en tenant compte de l’impôt sur les dividendes de sociétés appliqué au revenu des particuliers, l’OCDE estime que l’impôt total sur les bénéfices distribués par les sociétés canadiennes est le plus élevé parmi les pays du G7.
En outre, les gouvernements canadiens ont créé des déficits budgétaires plus importants, après des décennies de rigueur budgétaire. Cela augmente le risque de nouvelles augmentations d’impôt à l’avenir, et crée des incertitudes pour les entreprises envisageant de s’installer au Canada et de s’y développer.
En même temps, malgré le maintien de l’investissement direct étranger au Canada, les investissements des Canadiens à l’étranger ont connu une croissance considérable, ce qui s’est traduit par une importante sortie nette de capitaux vers l’étranger. Les investissements à l’étranger sont bénéfiques. L’actif net du Canada détenu à l’étranger a atteint près de 1 700 milliards de dollars (57 % du PIB), mais ces investissements favorisent la croissance de la productivité à l’extérieur du Canada plutôt qu’à l’intérieur.
Les sorties nettes de capitaux du Canada au profit des États-Unis se sont intensifiées après 2014
Les impôts prélevés au Canada sur les bénéfices des sociétés sont les plus élevés parmi les pays développés
Défis liés à l’infrastructure – certains sont naturels, d’autres d’origine humaine
Le Canada compte une petite population qui s’étend sur une vaste superficie, et d’abondantes ressources naturelles qui doivent être exportées. Cette situation génère des difficultés uniques par rapport à d’autres pays.
Le point positif, c’est que le Canada bénéficie d’une solide infrastructure qui se classe au premier rang des pays du G7 dans le classement de la Banque mondiale. Le transport et l’entreposage sont les rares secteurs où les investissements des entreprises canadiennes représentent une part du PIB plus importante qu’aux États-Unis, et aussi où la productivité du Canada a le moins de retard par rapport aux États-Unis.
Toutefois, il reste d’importants goulots d’étranglement où l’infrastructure canadienne est nettement à la traîne. Les délais d’exécution dans les ports du pays sont parmi les plus longs au monde, se classant au 103e rang parmi les 113 pays suivis par la Banque mondiale en 2023, avec une médiane de deux jours et demi. Le Canada est également en mauvaise place dans les classements mondiaux de la Banque mondiale en ce qui concerne « la facilité pour exporter », notamment à cause du coût des formalités administratives.
Surpondération de la construction, sous-pondération de la propriété intellectuelle
La productivité canadienne est à la traîne dans la plupart des secteurs par rapport aux États-Unis, mais elle souffre particulièrement d’une surpondération de l’économie dans le secteur de la construction où la croissance de la productivité est plus lente.
Les investissements dans les structures résidentielles représentent une part du PIB deux fois plus élevée au Canada (6 %) qu’aux États-Unis (3 %). Les entreprises canadiennes investissent davantage dans les structures non résidentielles, et moins dans les produits liés à la propriété intellectuelle. Dans l’ensemble, le Canada investit environ 40 % de moins (en part du PIB) dans les produits liés à la propriété intellectuelle – et une part plus importante dans l’exploration minière. Le secteur manufacturier n’investit que le quart de ce que les États-Unis investissent dans les produits liés à la propriété intellectuelle en part du PIB.
Par conséquent, la construction représente environ le double des heures travaillées totales au Canada (8 %), comparativement aux États-Unis (4 %). La construction est l’un des secteurs ayant eu le plus de mal à stimuler la productivité au fil du temps. En effet, si nous regardons les décennies passées, en 2022 la productivité du secteur canadien de la construction était de 54 % supérieure au niveau de 1961, ce qui ne représente qu’un quart de l’augmentation de la production de l’ensemble des entreprises par heure travaillée sur la même période.
Croissance de la productivité au Canada par secteur au cours des six dernières décennies
Les États-Unis devancent le Canada au chapitre de l’investissement dans la propriété intellectuelle au sein des secteurs clés
La croissance du secteur des services n’a pas d’effet positif sur la productivité
Les raisons qui expliquent le retard de la productivité canadienne observé depuis plusieurs décennies dans la production des biens sont identifiées, et certaines sont faciles à résoudre. Le secteur des services (qui représente 80 % des travailleurs canadiens) doit également être pris en compte dans toute solution aux problèmes de productivité.
Il est inquiétant de constater que les importants investissements réalisés dans le capital humain ne sont pas vraiment fructueux sur le plan de la croissance de la productivité. Le Canada dispose d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et d’un niveau d’éducation élevé, qui devrait être bien placée pour tirer parti de la transition de l’économie mondiale de la production de biens vers les services. Toutefois, la qualité de la main-d’œuvre n’a pas entraîné une accélération de la croissance de la productivité à la hauteur des progrès réalisés dans l’éducation.
La part de la main-d’œuvre canadienne ayant terminé ses études postsecondaires a augmenté de 41 % en 1990 à 70 % en 2023, mais la croissance de la productivité mesurée selon la composition de la main-d’œuvre (amélioration des compétences évaluée d’après l’allongement de l’expérience et la composition de la main-d’œuvre en fonction du niveau d’éducation) ne représente que la moitié de son rythme des années 1990.
Une partie du problème réside probablement dans l’accès au financement. Le Canada est le deuxième plus grand marché de capital-risque du G7 par rapport à la taille de l’économie, mais le pays demeure très en retard par rapport à la somme des liquidités disponibles aux États-Unis.
Une main-d’œuvre plus instruite n’entraîne pas une meilleure productivité
Un secteur public important et en croissance est moins productif
Les secteurs publics canadiens de l’éducation et des soins de santé sont beaucoup moins « productifs » qu’aux États-Unis, avec des différences respectives de 70 % et 50 %, et ces secteurs représentent un cinquième de l’écart de productivité dans l’économie totale alors qu’ils ne pèsent que 14 % dans l’économie. De plus, la croissance et le vieillissement de la population entraînent une rapide hausse de la demande pour ces services publics. Au Canada, les emplois dans le secteur public ont représenté plus du tiers de la croissance totale de l’emploi au cours de la dernière décennie.
Par ailleurs, il est notoirement difficile de mesurer la productivité dans le secteur public, car la plupart de temps il n’y a pas de transactions négociées sur le marché. L’écart de productivité du Canada dans le secteur des soins de santé et de l’éducation par rapport aux États-Unis disparaît en partie si l’on tient compte des résultats obtenus dans ces systèmes. L’espérance de vie est plus longue et les décès évitables sont plus faibles au Canada. Une plus grande partie de la population âgée de plus de 65 ans est en bonne santé. Et pour atteindre ces résultats, le système canadien coûte un peu moins de la moitié de ce qu’il coûte aux États-Unis par habitant. Dans le domaine de l’éducation, les étudiants canadiens (de 15 ans) sont parmi les meilleurs de l’OCDE (et se classent au-dessus des États-Unis) en mathématiques, en sciences et en lecture.
Mais il y a toujours un potentiel d’amélioration – et le secteur public devra être plus productif pour répondre aux besoins d’une population en croissance rapide. Bien que les résultats du secteur canadien de la santé surpassent la productivité mesurée, la rapidité et la disponibilité des services posent problème depuis longtemps. La satisfaction à l’égard de la couverture a diminué. Le Canada manque de médecins et d’infirmiers, et le pays affiche un piètre bilan en matière d’utilisation des compétences des nouveaux arrivants, particulièrement dans le secteur des soins de santé, à un moment où la demande augmente rapidement en raison de la croissance démographique.
Production agricole canadienne :
leçons pour l’avenir
L’agriculture n’est pas la première chose qui vient à l’esprit quand on parle d’innovation technologique. Or, aucun secteur canadien n’a connu de progrès technologiques plus perturbateurs que ceux de la production alimentaire au cours du dernier siècle (voire des deux derniers). Ces progrès ont conduit à des gains de productivité massifs, même au cours des dernières décennies. De nouvelles techniques et de nouveaux produits ont rehaussé le rendement des cultures. Les machines avancées ont considérablement réduit le nombre de personnes nécessaires pour travailler la terre. L’époque des tracteurs et des moissonneuses-batteuses de la génération passée est révolue ; les machines agricoles modernes comportent maintenant des technologies dignes de vaisseaux spatiaux. Selon nos calculs, la production agricole par acre en 2016 était trois fois et demie plus élevée qu’en 1941. La production par travailleur a progressé encore plus rapidement. La production par travailleur agricole est environ 12 fois plus élevée qu’en 1941.
Moins d’agriculteurs, mais ils sont plusieurs fois plus productifs Tous ces gains de productivité ont conduit à des changements structurels spectaculaires. Les fermes sont devenues beaucoup plus grandes. La taille de l’exploitation agricole canadienne moyenne en 2021 était d’environ 800 acres, soit deux fois plus qu’une ferme moyenne il y a 50 ans et quatre fois plus qu’en 1921. Une mécanisation plus grande signifie que moins de travailleurs sont nécessaires. En 1921, environ un tiers des emplois canadiens, ce qui représentait un million de travailleurs, étaient répartis dans le secteur agricole. Aujourd’hui, l’agriculture représente environ 1,5 % des emplois, soit moins de 300 000 travailleurs. Il y a près de 700 000 personnes en moins qui cultivent des terres, ce qui représente environ 12 % de plus qu’il y a un siècle.Automatisation – ce n’est pas quelque chose de nouveau Il y a une leçon à tirer de l’agriculture, pour ceux qui craignent que l’automatisation ne rende obsolète une grande partie de la main-d’œuvre actuelle. Les tendances historiques de l’agriculture montrent que la technologie peut être très perturbatrice, mais que d’un autre côté elle améliore le bien-être dans les mêmes proportions. La perspective de perdre près d’un tiers des emplois à cause de l’innovation technologique dans l’agriculture aurait semblé terrifiante en 1921. Il y a eu des conséquences négatives pour les collectivités rurales tributaires de ces emplois agricoles. En même temps, toutes ces améliorations de la productivité agricole ont permis à près d’un tiers de la main-d’œuvre de se concentrer sur autre chose que la production alimentaire. De nouvelles activités se sont développées, et les travailleurs ont trouvé d’autres emplois. Les grandes avancées telles que les progrès dans la recherche médicale, l’élargissement du filet de sécurité sociale ou les innovations favorables à la production dans d’autres secteurs sont en partie attribuables au fait que les agriculteurs sont devenus plus efficaces pour produire de la nourriture.
Mesures à prendre pour améliorer la productivité
La plupart des mesures à prendre pour relever les défis de la productivité au Canada ne suscitent pas de controverse. Ces changements nécessitent des politiques favorables à la croissance, lesquelles profiteraient aux propriétaires d’entreprises aussi bien qu’aux travailleurs même si le Canada avait la meilleure productivité du monde. Cela ne signifie pas qu’ils sont difficiles à mettre en œuvre. Mais si le Canada ne s’attaque pas au problème, le pays abordera les années 2030 avec un défi économique encore plus grand que celui que nous connaissons aujourd’hui.
Élimination des barrières au commerce interprovincial et réduction des lourdeurs administratives
La suppression des barrières commerciales à l’intérieur du Canada ne passe pas forcément par un allègement des normes. Cela implique d’améliorer la cohérence entre les règles des territoires, afin d’accroître la rapidité et la prévisibilité des approbations de projets et de réduire les coûts potentiels pour les entreprises envisageant de nouveaux investissements au Canada. Dans bon nombre de nos conversations avec les entreprises, le caractère imprévisible des approbations de projets ressort comme un problème qui augmente les coûts au Canada par rapport à d’autres régions comme les États-Unis.
Des tentatives ont été faites au fil des décennies pour harmoniser le cadre réglementaire dans l’ensemble des provinces. La dernière initiative en date a été l’Accord de libre-échange canadien de 2017. Mais les progrès sont lents, pénalisés par de longues listes d’exceptions au libre-échange entre les provinces. Tous les défis ne sont pas interprovinciaux. Les exigences, les règlements et les délais d’approbation des projets varient également d’un gouvernement municipal à l’autre.
D’autres pays ayant supprimé leurs barrières au commerce intérieur ont réussi à accroître leur productivité.
L’Australie, qui était aussi aux prises avec des barrières au commerce intérieur, a réussi à les éliminer dans les années 1990. Parmi les autres facteurs en jeu en Australie, il y a eu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique mondiale. En résultat, les niveaux de productivité de l’Australie sont passés de 8 % sous ceux du Canada au début des années 1990 à 8 % au-dessus avant la pandémie.
Meilleure utilisation des compétences des immigrants
Dans la décennie à venir, la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration. Or, le Canada a une piètre feuille de route en ce qui concerne l’utilisation des compétences des nouveaux arrivants. Le Canada se classe en tête du G7 pour ce qui est d’attirer les immigrants, et les nouveaux arrivants sont maintenant le moteur de la croissance démographique.
Ces immigrants sont généralement mieux formés et plus jeunes que la main-d’œuvre nationale, et il est plus probable qu’ils se spécialiseront dans des domaines liés aux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comparativement à leurs homologues natifs du Canada. Par ailleurs, ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans des emplois où leurs compétences ne sont pas pleinement exploitées.
Le Canada a mieux réussi à utiliser les compétences des nouveaux arrivants dans le groupe des étudiants étrangers choisissant de rester au Canada. La sous-utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail par rapport à la population née au Canada disparaît en grande partie chez les immigrants ayant étudié au Canada. Toutefois, la reconnaissance des qualifications de professionnels formés à l’étranger dans des domaines comme les soins de santé augmenterait la productivité et les revenus de ces travailleurs, tout en aidant à résoudre le problème chronique de la pénurie de ces travailleurs sur le marché du travail.
Se concentrer à nouveau sur la compétitivité fiscale
Le taux d’imposition effectif appliqué à l’économie canadienne ne semble pas poser de problème. Parmi les 17 économies de l’OCDE dont la productivité surpasse celle du Canada, 13 ont des taux d’imposition globaux plus élevés (en comptant tous les impôts, c’est-à-dire les impôts des sociétés et des particuliers).
Mais la manière dont les recettes fiscales sont perçues entre aussi en ligne de compte. Par rapport aux économies plus productives, le Canada perçoit davantage d’impôt sur le revenu et moins de taxes sur la consommation comme la TPS/TVH. Les taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises (y compris les impôts sur les dividendes) sont également élevés.
Par ailleurs, le régime fiscal est exagérément complexe, avec de longues listes d’exceptions, de déductions, de crédits, etc. Ces dispositions augmentent le coût de la conformité, souvent sans résultat apparent pour ce qui est de l’équité fiscale dans la distribution des revenus. Les responsables politiques devraient faire en sorte que les règles fiscales soient plus compréhensibles, afin d’encourager la conformité, en particulier pour les personnes qui ont le plus besoin des avantages visés, c’est-à-dire les nouvelles entreprises et les ménages à faible revenu. Le gouvernement devrait aussi offrir une assistance disponible et accessible à tous, par le biais de la numérisation, pour remplir les déclarations et rassembler les documents requis.
Une meilleure harmonisation des règles fiscales, des assiettes fiscales et des définitions entre le gouvernement fédéral et les provinces pourrait également accroître l’efficacité. Le Canada pourrait aussi envisager la création d’un organisme ou d’un mécanisme indépendant et impartial, responsable de réviser les politiques fiscales et de réduire leur complexité. Le dernier examen approfondi du régime fiscal canadien remonte à 1967.
Investissement dans les nouvelles technologies
Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité. Cependant, le taux d’adoption des nouvelles technologies est assez faible au Canada. De plus, les technologies innovatrices ne se traduisent pas toujours par des gains de productivité. Par exemple, les gains de productivité ont été plus lents pendant les décennies suivant l’adoption généralisée de l’Internet que dans les années 1990. Toutefois, le fait de prendre du retard par rapport aux tendances émergentes peut avoir des conséquences importantes, et les investissements des entreprises canadiennes dans les nouvelles technologies sont insuffisants.
Le Canada est un chef de file dans la production de nouvelles idées, mais il est plus lent pour adopter les nouvelles technologies à l’échelle des entreprises. Le Canada se classe au cinquième rang de l’OCDE en matière de recherche et de développement dans les universités, et seulement au 22e rang en ce qui concerne ces mêmes investissements dans les entreprises.
Apparemment, le problème n’est pas lié à une pénurie de capitaux. Le marché canadien du capital-risque est beaucoup plus petit que celui des États-Unis, mais il est le deuxième en importance dans le G7.
Il serait important d’améliorer le cadre concurrentiel général et la prévisibilité de l’environnement politique. Selon l’OCDE, le Canada se classe relativement bien en ce qui concerne les subventions à la R-D pour les petites et moyennes entreprises, mais beaucoup moins bien pour les grandes entreprises. Cela dit, les incitatifs fiscaux en faveur de la R-D ne peuvent fonctionner que dans un environnement politique prévisible, et les projets se déroulent souvent sur de longs horizons temporels. Par conséquent, l’amélioration de l’efficience et de la prévisibilité du système canadien d’approbation des projets et la simplification du régime fiscal profiteraient à ces investissements.
L’OCDE a également constaté que les régimes de faillite moins sévères à l’égard des débiteurs peuvent stimuler les investissements et la croissance de la productivité. Le Canada se classe bien selon les mesures de la production d’idées et des occasions perçues, mais les entrepreneurs ont une grande peur de l’échec.
Miser sur les forces du Canada
Le Canada est particulièrement bien placé pour tirer parti de la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. L’automatisation réduit la part de la main-d’œuvre nécessaire pour produire des biens à l’échelle mondiale, ce qui implique que le secteur des services est en croissance.
La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada devrait bénéficier de cette transition – le pays a la proportion de diplômés universitaires et collégiaux la plus élevée du G7. Certains des freins naturels à la croissance de la productivité dans la production de biens, comme la dispersion géographique de la population, sont moins problématiques dans le secteur des services où des produits d’une valeur plus élevée peuvent être échangés par voie électronique tout autour du monde et presque instantanément.
En effet, la taille et les effets d’échelle représentent depuis longtemps des défis pour une population canadienne dispersée, avec une plus grande proportion d’entreprises plus petites et moins productives qu’aux États-Unis. Ces défis sont toutefois moins prononcés dans le secteur des services où les niveaux de productivité sont moins liés à la taille des entreprises. Le secteur des services professionnels a connu l’une des croissances les plus rapides des dernières années. Il s’agit d’un secteur productif à salaires élevés, qui repose davantage sur le capital humain que sur les investissements en machines et équipements, et qui est moins dépendant des économies d’échelle. En 2019, l’entreprise moyenne de services professionnels comptait 6 travailleurs au Canada comparativement à 29 dans le secteur manufacturier.
Au Canada, le défi consiste depuis longtemps à convertir le niveau d’éducation en revenus accrus. Nous soutenons depuis longtemps que le fait d’accorder une plus grande importance aux compétences qu’aux diplômes, de mettre l’accent sur l’élaboration du plan de carrière dans les programmes de la maternelle à la 12e année, et de mieux utiliser l’apprentissage intégré au travail (programmes coopératifs et stages) aiderait à mettre en phase le perfectionnement des compétences avec les besoins actuels et futurs du marché du travail.
barrières au commerce
Élimination des barrières au commerce interprovincial et réduction des lourdeurs administratives
La suppression des barrières commerciales à l’intérieur du Canada ne passe pas forcément par un allègement des normes. Cela implique d’améliorer la cohérence entre les règles des territoires, afin d’accroître la rapidité et la prévisibilité des approbations de projets et de réduire les coûts potentiels pour les entreprises envisageant de nouveaux investissements au Canada. Dans bon nombre de nos conversations avec les entreprises, le caractère imprévisible des approbations de projets ressort comme un problème qui augmente les coûts au Canada par rapport à d’autres régions comme les États-Unis.
Des tentatives ont été faites au fil des décennies pour harmoniser le cadre réglementaire dans l’ensemble des provinces. La dernière initiative en date a été l’Accord de libre-échange canadien de 2017. Mais les progrès sont lents, pénalisés par de longues listes d’exceptions au libre-échange entre les provinces. Tous les défis ne sont pas interprovinciaux. Les exigences, les règlements et les délais d’approbation des projets varient également d’un gouvernement municipal à l’autre.
D’autres pays ayant supprimé leurs barrières au commerce intérieur ont réussi à accroître leur productivité.
L’Australie, qui était aussi aux prises avec des barrières au commerce intérieur, a réussi à les éliminer dans les années 1990. Parmi les autres facteurs en jeu en Australie, il y a eu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique mondiale. En résultat, les niveaux de productivité de l’Australie sont passés de 8 % sous ceux du Canada au début des années 1990 à 8 % au-dessus avant la pandémie.
Compétences des immigrants
Meilleure utilisation des compétences des immigrants
Dans la décennie à venir, la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration. Or, le Canada a une piètre feuille de route en ce qui concerne l’utilisation des compétences des nouveaux arrivants. Le Canada se classe en tête du G7 pour ce qui est d’attirer les immigrants, et les nouveaux arrivants sont maintenant le moteur de la croissance démographique.
Ces immigrants sont généralement mieux formés et plus jeunes que la main-d’œuvre nationale, et il est plus probable qu’ils se spécialiseront dans des domaines liés aux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comparativement à leurs homologues natifs du Canada. Par ailleurs, ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans des emplois où leurs compétences ne sont pas pleinement exploitées.
Le Canada a mieux réussi à utiliser les compétences des nouveaux arrivants dans le groupe des étudiants étrangers choisissant de rester au Canada. La sous-utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail par rapport à la population née au Canada disparaît en grande partie chez les immigrants ayant étudié au Canada. Toutefois, la reconnaissance des qualifications de professionnels formés à l’étranger dans des domaines comme les soins de santé augmenterait la productivité et les revenus de ces travailleurs, tout en aidant à résoudre le problème chronique de la pénurie de ces travailleurs sur le marché du travail.
Compétitivité fiscale
Se concentrer à nouveau sur la compétitivité fiscale
Le taux d’imposition effectif appliqué à l’économie canadienne ne semble pas poser de problème. Parmi les 17 économies de l’OCDE dont la productivité surpasse celle du Canada, 13 ont des taux d’imposition globaux plus élevés (en comptant tous les impôts, c’est-à-dire les impôts des sociétés et des particuliers).
Mais la manière dont les recettes fiscales sont perçues entre aussi en ligne de compte. Par rapport aux économies plus productives, le Canada perçoit davantage d’impôt sur le revenu et moins de taxes sur la consommation comme la TPS/TVH. Les taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises (y compris les impôts sur les dividendes) sont également élevés.
Par ailleurs, le régime fiscal est exagérément complexe, avec de longues listes d’exceptions, de déductions, de crédits, etc. Ces dispositions augmentent le coût de la conformité, souvent sans résultat apparent pour ce qui est de l’équité fiscale dans la distribution des revenus. Les responsables politiques devraient faire en sorte que les règles fiscales soient plus compréhensibles, afin d’encourager la conformité, en particulier pour les personnes qui ont le plus besoin des avantages visés, c’est-à-dire les nouvelles entreprises et les ménages à faible revenu. Le gouvernement devrait aussi offrir une assistance disponible et accessible à tous, par le biais de la numérisation, pour remplir les déclarations et rassembler les documents requis. Une meilleure harmonisation des règles fiscales, des assiettes fiscales et des définitions entre le gouvernement fédéral et les provinces pourrait également accroître l’efficacité. Le Canada pourrait aussi envisager la création d’un organisme ou d’un mécanisme indépendant et impartial, responsable de réviser les politiques fiscales et de réduire leur complexité. Le dernier examen approfondi du régime fiscal canadien remonte à 1967.
nouvelles technologies
Investissement dans les nouvelles technologies
Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité. Cependant, le taux d’adoption des nouvelles technologies est assez faible au Canada. De plus, les technologies innovatrices ne se traduisent pas toujours par des gains de productivité. Par exemple, les gains de productivité ont été plus lents pendant les décennies suivant l’adoption généralisée de l’Internet que dans les années 1990. Toutefois, le fait de prendre du retard par rapport aux tendances émergentes peut avoir des conséquences importantes, et les investissements des entreprises canadiennes dans les nouvelles technologies sont insuffisants.
Le Canada est un chef de file dans la production de nouvelles idées, mais il est plus lent pour adopter les nouvelles technologies à l’échelle des entreprises. Le Canada se classe au cinquième rang de l’OCDE en matière de recherche et de développement dans les universités, et seulement au 22e rang en ce qui concerne ces mêmes investissements dans les entreprises.
Apparemment, le problème n’est pas lié à une pénurie de capitaux. Le marché canadien du capital-risque est beaucoup plus petit que celui des États-Unis, mais il est le deuxième en importance dans le G7.
Il serait important d’améliorer le cadre concurrentiel général et la prévisibilité de l’environnement politique. Selon l’OCDE, le Canada se classe relativement bien en ce qui concerne les subventions à la R-D pour les petites et moyennes entreprises, mais beaucoup moins bien pour les grandes entreprises. Cela dit, les incitatifs fiscaux en faveur de la R-D ne peuvent fonctionner que dans un environnement politique prévisible, et les projets se déroulent souvent sur de longs horizons temporels. Par conséquent, l’amélioration de l’efficience et de la prévisibilité du système canadien d’approbation des projets et la simplification du régime fiscal profiteraient à ces investissements.
L’OCDE a également constaté que les régimes de faillite moins sévères à l’égard des débiteurs peuvent stimuler les investissements et la croissance de la productivité. Le Canada se classe bien selon les mesures de la production d’idées et des occasions perçues, mais les entrepreneurs ont une grande peur de l’échec.
forces du Canada
Miser sur les forces du Canada
Le Canada est particulièrement bien placé pour tirer parti de la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. L’automatisation réduit la part de la main-d’œuvre nécessaire pour produire des biens à l’échelle mondiale, ce qui implique que le secteur des services est en croissance.
La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada devrait bénéficier de cette transition – le pays a la proportion de diplômés universitaires et collégiaux la plus élevée du G7. Certains des freins naturels à la croissance de la productivité dans la production de biens, comme la dispersion géographique de la population, sont moins problématiques dans le secteur des services où des produits d’une valeur plus élevée peuvent être échangés par voie électronique tout autour du monde et presque instantanément.
En effet, la taille et les effets d’échelle représentent depuis longtemps des défis pour une population canadienne dispersée, avec une plus grande proportion d’entreprises plus petites et moins productives qu’aux États-Unis. Ces défis sont toutefois moins prononcés dans le secteur des services où les niveaux de productivité sont moins liés à la taille des entreprises. Le secteur des services professionnels a connu l’une des croissances les plus rapides des dernières années. Il s’agit d’un secteur productif à salaires élevés, qui repose davantage sur le capital humain que sur les investissements en machines et équipements, et qui est moins dépendant des économies d’échelle. En 2019, l’entreprise moyenne de services professionnels comptait 6 travailleurs au Canada comparativement à 29 dans le secteur manufacturier.
Au Canada, le défi consiste depuis longtemps à convertir le niveau d’éducation en revenus accrus. Nous soutenons depuis longtemps que le fait d’accorder une plus grande importance aux compétences qu’aux diplômes, de mettre l’accent sur l’élaboration du plan de carrière dans les programmes de la maternelle à la 12e année, et de mieux utiliser l’apprentissage intégré au travail (programmes coopératifs et stages) aiderait à mettre en phase le perfectionnement des compétences avec les besoins actuels et futurs du marché du travail.
La productivité ne s’améliorera pas toute seule
Les problèmes de productivité du Canada pourraient prendre des années, voire des décennies, pour se résorber. Mais si aucune mesure n’est prise pour expliquer pourquoi les personnes travaillent plus et produisent moins, ce qui se traduit par des salaires moins élevés, alors le mécontentement croissant des travailleurs et des entreprises pourrait faire reculer l’économie à un niveau encore plus bas qu’aujourd’hui.
La flambée du coût de la vie a fait ressortir les écarts de productivité, car les salaires plus bas prennent une importance particulière dans la crise de l’accessibilité. Le défi pour le Canada est de savoir comment l’économie peut renverser des décennies d’investissement insuffisant de la part des entreprises et de retard dans l’adoption des nouvelles technologies, tout en éliminant les complexités de la réglementation et de la fiscalité. Il faudrait aussi déterminer les outils et les mesures nécessaires pour que la main-d’œuvre hautement qualifiée utilise pleinement ses compétences.
Les importants gains de productivité observés dans le secteur agricole au cours du dernier siècle montrent que le Canada a la capacité de renverser la situation, aussi perturbantes que soient les solutions. Les gouvernements, les entreprises et les groupes sectoriels ont un rôle à jouer pour mettre en œuvre et soutenir la transition vers une plus grande efficacité. Après tout, si nous n’améliorons pas la productivité au Canada, le niveau de vie ne s’améliorera pas.
Au Canada, c’est à l’immigration que l’on doit l’ensemble de la croissance de la population active depuis plus d’une décennie. Malgré tout, l’immigration ne suffit toujours pas à compenser de manière significative les répercussions du vieillissement démographique ou à réduire considérablement les pénuries structurelles qui affligent le marché du travail.
Cette réalité s’explique en grande partie du fait que les compétences que possèdent de nombreux immigrants arrivant au Canada ainsi que les domaines d’étude des étudiants étrangers ne sont pas adéquatement jumelés avec les besoins structurels à plus long terme anticipés de l’économie. Ce fait nuit aux perspectives des nouveaux arrivants et, plus généralement, à l’économie.
Dans l’état actuel des choses, il se pourrait fort bien que le système d’immigration mette trop l’accent sur les besoins à court terme du marché du travail, s’employant à combler les lacunes des secteurs qui connaissent depuis la pandémie de graves pénuries au chapitre des professions peu spécialisées.
Cette situation a mené à une augmentation du nombre de résidents non permanents, à une pression sur le logement et les services sociaux, de même qu’à une érosion du soutien de la population à l’égard de l’immigration.
Le gouvernement fédéral doit réactualiser ses politiques d’immigration afin de mettre plus stratégiquement l’accent sur les retombées pour les immigrants ainsi que sur les besoins structurels à long terme du marché du travail, tout en gardant à l’esprit la capacité des infrastructures, s’agissant de répondre aux besoins des nouveaux arrivants. Il est essentiel d’agir en ce sens pour maintenir la prospérité économique à long terme et préserver la qualité de vie élevée qui prévaut au Canada.
Le présent rapport se propose d’examiner la façon dont l’effet combiné d’une inadéquation entre les compétences des immigrants et les besoins à long terme du marché du travail, ainsi que les pressions sur la capacité des infrastructures du pays, se traduisent par des retombées économiques négatives.
L’élargissement des objectifs en matière d’immigration afin de répondre au vieillissement de la population ainsi que pour combler les besoins à court terme du marché du travail a mené à un écart croissant entre les compétences des travailleurs et les aptitudes nécessaires pour faire face aux pénuries structurelles de main-d’œuvre à long terme.
L’emploi des titulaires de permis de travail temporaire, dont les étudiants étrangers, vise principalement les secteurs où les professions sont peu spécialisées, ce qui réduit la mesure dans laquelle les entreprises sont incitées à innover et à investir dans les technologies à faible main-d’œuvre ou ayant pour conséquence de rendre la main-d’œuvre plus productive.
Le parcours en deux étapes qui sous-tend la présentation d’une demande de résidence permanente en place au Canada doit faire l’objet d’une meilleure supervision pour s’assurer que les établissements d’enseignement et les requérants n’abusent pas du système.
Il importe d’intervenir à l’égard de la pression exercée sur les infrastructures et les services sociaux afin d’améliorer les retombées sur le plan économique des immigrants et de leurs collectivités environnantes.
Le Système de classement global du Canada doit être actualisé afin d’accorder la priorité aux immigrants de la composante économique dont les revenus prévus sont plus élevés.
Il sera essentiel d’accroître le nombre de personnes en âge de travailler dont le potentiel de revenu est plus élevé pour contribuer à répartir les coûts des programmes de soutien social, comme dans le cas des soins de santé. Cependant, les décideurs politiques doivent également relever le défi que représente le fait d’intégrer à moyen terme un nombre important et sans cesse croissant de nouveaux immigrants.
Élargir les objectifs en matière d’immigration
Les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour augmenter l’immigration afin de compenser l’impact du vieillissement démographique sont parvenus à renforcer à court terme la population active.
Au cours des 12 mois précédant juillet 2023, la population du Canada a augmenté de 3,3 %, ce qui représente un pourcentage important et le taux le plus élevé depuis plus de six décennies. Cette hausse est presque entièrement due à l’immigration alors que le gouvernement fédéral a relevé les objectifs en matière d’immigration en ce qui concerne les résidents permanents.
Un flux constant d’immigrants s’avère nécessaire alors que plus de 500 000 membres canadiens de la génération du baby-boom atteignent tous les ans l’âge de la retraite, soit 65 ans. La croissance naturelle de la population est en chute à un point tel que, d’ici 2030, on s’attend à ce que la croissance démographique globale provienne entièrement de l’immigration.
Répondre aux besoins à court terme du marché du travail
Si l’approche actuelle est parvenue à fournir une main-d’œuvre abondante au marché canadien, la majorité des postes dotés ont visé des professions peu qualifiées.
Au cours des trois dernières années, les rangs de la population active ont bondi de 6,8 %, ce qui représente un taux de croissance sans précédent depuis le début des années 2000. Un plus grand nombre d’étudiants étrangers que jamais auparavant gagnent de l’argent tout en étudiant. En 2000, environ un étudiant étranger sur cinq détenait un emploi. Aujourd’hui, environ la moitié d’entre eux travaillent tout en étudiant. Au cours de l’exercice 2022-2023, les employeurs ont été en mesure de puiser dans un bassin d’environ 1,2 million de résidents temporaires détenant un permis de travail. En 2023, le gouvernement fédéral a également mis de l’avant des prolongations ponctuelles de 18 mois aux personnes travaillant en vertu d’un permis de travail postdiplôme afin d’intervenir de manière plus significative à l’égard des pénuries généralisées de main-d’œuvre.
Cependant, et on ne saurait s’en étonner, l’emploi des titulaires de permis de travail temporaire vise principalement les secteurs comportant des professions peu qualifiées qui ont connu de graves pénuries de main-d’œuvre, comme c’est le cas de l’hébergement et des services d’alimentation. Si cette réalité peut, en l’état actuel des choses, s’avérer utile pour l’économie canadienne, elle présente néanmoins un inconvénient.
Cette situation réduit en effet la mesure dans laquelle les entreprises canadiennes sont incitées à innover et à investir dans les technologies à faible main-d’œuvre ou ayant pour conséquence de rendre la main-d’œuvre plus productive qui s’avèrent nécessaires pour faire face à une population vieillissante et maintenir la compétitivité de l’économie à l’échelle mondiale . La faiblesse économique actuelle pourrait également avoir des répercussions marquées sur les professions peu qualifiées, alors qu’il est vraisemblable que les résidents non permanents et les immigrants récents feront de manière disproportionnée les frais des pertes d’emplois.
Inadéquation entre les compétences et les besoins du marché du travail
Les avantages à plus long terme d’une main-d’œuvre disponible abondante ne sont pas non plus clairs puisque, malgré l’augmentation du nombre de travailleurs, persistent des pénuries dans de nombreux domaines, principalement dans les soins de santé et les métiers spécialisés.
Près de la moitié (46 %) des pénuries structurelles de main-d’œuvre prévues touchent des professions pour lesquelles il n’est pas nécessaire d’avoir réalisé des études universitaires ou collégiales. Cela permet de croire que les compétences que les étudiants étrangers acquièrent dans le cadre de leurs études ne correspondent pas bien avec les besoins structurels à plus long terme prévus du marché du travail.
Dans les collèges et les universités, les étudiants étrangers sont surreprésentés dans le domaine de la gestion des affaires ainsi qu’en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM), cependant qu’ils sont sous-représentés dans les métiers spécialisés et les soins de santé. Si certains travailleurs de la santé et détenant un métier spécialisé provenant d’autres pays obtiennent un permis de travail temporaire et un droit de pratique professionnel, ils représentent néanmoins un nombre disproportionnellement faible de résidents temporaires détenant un emploi.
Le rôle du système d’immigration « en deux étapes » du Canada
Le système d’immigration du Canada est fortement tributaire de son programme d’immigration « en deux étapes », qui permet aux étudiants étrangers de soumettre éventuellement une demande de résidence permanente.
En 2018, près de 60 % des candidats à l’immigration économique détenaient une expérience de travail au Canada, ce qui montre que la majorité des immigrants permanents provenaient du bassin des résidents temporaires . Les pressions exercées sur les infrastructures ainsi que l’évolution du marché du travail permettent de croire que le Canada doit élargir les moyens par le truchement desquels les nouveaux arrivants peuvent immigrer.
L’obtention d’un diplôme auprès d’un établissement d’enseignement désigné rend automatiquement admissibles les étudiants étrangers à un permis de travail postdiplôme, ce qui leur permet d’acquérir une expérience de travail enrichissante et de mieux se qualifier en vue de la résidence permanente.
Le cheminement en deux étapes sied également bien aux établissements postsecondaires, dont beaucoup sont confrontés à des compressions sur le plan du financement dans un contexte de stagnation du financement provincial ainsi qu’à une baisse ou à un gel des frais de scolarité des étudiants canadiens. De nombreuses universités et de nombreux collèges comptent sur les frais de scolarité plus élevés des étudiants étrangers pour combler leur déficit en matière de financement, et ce, même si les étudiants provenant d’autres pays ne représentent que moins d’un cinquième des inscriptions universitaires au Canada. Malgré tout, ils représentent un tiers des frais de scolarité.
L’accent a été particulièrement mis sur l’adoption de mesures sévères envers les « usines à chiots », soit les collèges d’enseignement professionnel privés à but lucratif et les institutions similaires dont le gouvernement estime qu’ils n’offrent pas une expérience légitime aux étudiants, tout en délivrant force diplômes. Les collèges privés, parfois en partenariat avec des collèges publics, ciblent de plus en plus les étudiants étrangers comme source de revenu lucrative. Cette réalité a eu des retombées négatives pour les étudiants et leurs collectivités environnantes.
Pressions sur le logement et les services sociaux
La pression exercée sur les infrastructures et sur les services sociaux, du fait du nombre élevé d’immigrants requis pour contribuer à soutenir la population canadienne et à pourvoir des emplois, érode le soutien de la population qui s’avère absolument essentiel à l’immigration.
Le logement représente un défi majeur alors que la demande affecte de manière disproportionnée les villes de Toronto, Vancouver et Montréal – des marchés où les prix sont élevés et où l’offre de logements est faible . Des mesures politiques ont été mises en place pour accélérer la construction de logements, dont une réduction de la TPS fédérale sur les nouvelles constructions
locatives construites spécifiquement à cette fin, mais l’ampleur de l’immigration fait en sorte qu’il est extrêmement difficile pour l’offre en matière de logements de subvenir à la demande.
C’est également le cas, s’agissant des pressions exercées sur les infrastructures sociales. En effet, l’immigration est un aspect important de la solution pour attirer du personnel dûment formé pour occuper des emplois dans les services sociaux. Cependant, même les meilleurs candidats éprouvent fréquemment de la difficulté à s’intégrer sans heurts. Il faut également du temps pour former et embaucher des éducateurs, du personnel hospitalier ou des travailleurs de soutien communautaire additionnels.
La réponse du gouvernement aux défis
Une série de changements et de mises à jour ont été annoncés par le gouvernement fédéral dans le but de contribuer à freiner les rangs qui ne cessent de s’agrandir des résidents non permanents et de parvenir à mieux surveiller les nouveaux arrivants qui entrent sur le marché du travail.
En janvier, le gouvernement fédéral a imposé un plafond au nombre total de permis d’études devant être délivrés sur une période de deux ans, en limitant le nombre à 364 000, ce qui représente environ la moitié du nombre de permis délivrés en 2023.
Le gouvernement a également mis en place des exigences financières plus strictes pour les candidats étudiants étrangers, en faisant passer le capital minimum requis de 10 000 $ à plus de 20 000 $ pour veiller à ce que les étudiants disposent d’un coussin suffisant pour subvenir à leurs besoins pendant leurs études. Par ailleurs, des visas de travail ne seront plus délivrés aux conjoints des étudiants étrangers de premier cycle, tandis que les étudiants fréquentant un collège privé n’auront plus droit au permis de travail postdiplôme, cette initiative visant à tenter d’intervenir à l’égard des lacunes potentielles que présente le système.
Cependant, le gouvernement ne devra pas se limiter à ces mesures initiales pour réformer le système d’immigration pour faire en sorte que tant l’économie que les nouveaux arrivants puissent à nouveau profiter des avantages de l’immigration.
Les décideurs politiques devraient se pencher sur d’autres flux de résidents non permanents – comme le Programme des travailleurs étrangers temporaires et le Programme de mobilité internationale –, dont les rangs ont également explosé. Ils doivent remédier à la situation sur le plan de la pénurie de logements sur les campus et à proximité de ces derniers, en plus d’actualiser le processus de sélection des résidents permanents en rationalisant le nombre de voies disponibles pour accorder la priorité aux candidats dont les revenus prévus sont les plus élevés.
Voici des recommandations qui pourraient contribuer à maintenir le système d’immigration sur la bonne voie afin de répondre aux besoins du pays
1. Mettre à jour le Système de classement global (SCG) afin d’accorder la priorité aux immigrants économiques dont les revenus prévus sont plus élevés
Élaboré en 2015, le SCG actuel prévoit des critères de sélection axés sur des facteurs parmi lesquels figurent les compétences linguistiques, l’âge et les études. Les requérants sont périodiquement invités à soumettre une demande de résidence permanente sur la base d’un seuil de classement prédéfini. Du fait de la hausse des objectifs en matière d’immigration, il s’est avéré nécessaire de puiser plus profondément dans le bassin de requérants pour atteindre ces objectifs. Les seuils ont été abaissés de telle sorte que puissent être sélectionnés un plus grand nombre de résidents permanents en marge de ce processus.
Le SCG devrait être mis à jour et rationalisé afin d’accorder la priorité aux immigrants économiques dont le niveau de revenu prévu est le plus élevé. Le fait de mettre l’accent sur les immigrants dont le niveau de revenu est le plus élevé pourrait contribuer à améliorer les retombées économiques pour les nouveaux arrivants, en plus d’inciter les entreprises à innover ou à réaliser des investissements permettant d’accroître les rangs de la main-d’œuvre afin de surmonter la pénurie de travailleurs peu qualifiés.
2. Offrir aux étudiants étrangers davantage de possibilités d’emploi, notamment dans leur domaine d’étude
Les universités et les collèges devraient en faire davantage pour offrir des possibilités d’emploi et accroître le niveau de préparation à l’emploi des étudiants étrangers. Les politiques fédérales doivent supprimer ou modifier l’exigence selon laquelle les étudiants étrangers affirment ne pas avoir pour intention de rester au Canada une fois leur diplôme obtenu. Les étudiants potentiels doivent indiquer qu’ils n’ont pas pour objectif de demeurer au pays au-delà de la période visée par leur permis d’études, même si des programmes comme le Programme de permis de travail postdiplôme ont été conçus de telle sorte qu’ils puissent le faire. Cette mesure aiderait les établissements postsecondaires à mieux élaborer des parcours études-travail à l’intention des étudiants étrangers. En outre, il convient d’améliorer la situation sur le plan de l’information communiquée aux employeurs à l’égard des règles qui encadrent l’embauche d’étudiants étrangers et des avantages que présentent de telles embauches.
Une expérience accrue du marché du travail et de la langue pendant leurs études aiderait les résidents temporaires à obtenir leur résidence permanente plus rapidement ainsi qu’à améliorer leur revenu potentiel une fois qu’ils ont immigré. Les étudiants étrangers sont actuellement exclus de nombreuses possibilités d’apprentissage intégrées au travail.
3. Mener des campagnes de recrutement à l’étranger
Les provinces devraient identifier des pays où l’on retrouve des travailleurs qualifiés dans les domaines de la santé, des métiers spécialisés ou d’autres domaines prioritaires où l’immigration directe constituerait la voie la plus pratique. L’amélioration de l’information communiquée avant l’arrivée, le traitement amélioré des cas d’immigration, des services d’établissement fédéraux ainsi que le soutien provincial à l’obtention d’un permis professionnel pourraient contribuer à convaincre les travailleurs étrangers à envisager une vie enrichissante au Canada.
4. Inciter les établissements postsecondaires à construire davantage de logements étudiants
Les plans fédéraux et provinciaux d’offre en matière de logements devraient cadrer avec les objectifs d’immigration. Les établissements postsecondaires devraient être incités à construire davantage de logements et les provinces pourraient leur consentir la souplesse financière correspondante. La Société canadienne d’hypothèques et de logement pourrait contribuer à recueillir et à diffuser de plus amples renseignements sur le marché du logement étudiant, ce qui contribuerait à élaborer des normes de marché qui pourraient permettre d’attirer des bassins de capitaux privés du monde entier.
5. Intervenir à l’égard des cadres de financement des établissements postsecondaires
Les provinces doivent élaborer des plans de financement à long terme pour les établissements postsecondaires qui comportent des paramètres touchant les frais de scolarité des étudiants canadiens, le financement public ainsi que les attentes des étudiants étrangers. Le gel continu des frais de scolarité des étudiants canadiens ne constitue pas une mesure durable et ne répond pas non plus aux besoins des fournisseurs en matière d’enseignement postsecondaire. Du reste, les étudiants étrangers ne peuvent pas non plus être la principale source de financement subvenant aux besoins des établissements ruraux ou à faibles taux d’inscription. Les provinces devraient évaluer la demande future locale en matière d’étudiants de ces établissements et leur consentir un financement public approprié ou examiner d’autres modèles de prestation au chapitre de l’enseignement postsecondaire dans ces régions.
6. Envisager de conclure des accords de reconnaissance mutuelle des titres de compétence avec des pays sources importants
La certification des qualifications ou les titres de compétence d’établissements reconnus dans des pays sources donnés pourrait contribuer à rationaliser l’intégration au marché du travail, économiser des ressources et assurer une transition plus facile pour les personnes venant au Canada.
La reconnaissance des titres de compétence est un problème de longue date pour les nouveaux arrivants. Dans le cas des désignations professionnelles bien rémunérées, le processus de certification des titres de compétence des immigrants peut être long et coûteux. Il n’existe aucun cadre clair en ce qui concerne les autres professions, et il revient souvent aux employeurs eux-mêmes de déterminer l’aptitude d’un candidat nouveau venu. Ce processus peut être long pour les employeurs, en plus de constituer un frein à l’obtention d’un emploi pertinent pour les immigrants.
Au Canada, 25 % des 4 millions de personnes de métier devront rehausser leurs aptitudes d’ici cinq ans pour faire face au bouleversement numérique1.
Au cours de cette période, le Canada fera face à une pénurie d’au moins 10 000 travailleurs dans les métiers désignés au titre du programme national du Sceau rouge. Ce déficit est multiplié par dix si nous incluons les 250 métiers assujettis à une réglementation provinciale2.
Les pénuries les plus graves concerneront les métiers essentiels au prochain boom des infrastructures, à savoir les mécaniciens industriels, les soudeurs et les chaudronniers.
La demande d’aptitudes numériques et d’aptitudes non techniques, telles que la créativité et la résolution de problèmes, devrait augmenter de façon significative dans ces métiers essentiels.
Plus de 700 000 personnes de métier prendront leur retraite d’ici 2028. En même temps, l’effort de recrutement pâtit de préjugés obsolètes à l’égard des métiers.
En 2019, seulement 11 % des nouveaux inscrits aux programmes d’apprentissage étaient des femmes, et ces dernières représentent toujours moins de 4 % des travailleurs dans les métiers les plus recherchés3.
Les immigrants représentaient 8,7 % des apprentis, bien qu’ils constituent plus de 20 % de la population4.
Le Canada n’atteint pas son objectif d’accueillir chaque année 3 000 personnes de métier immigrantes ; en 2019, il n’y a eu que 2 365 nouveaux arrivants de cette catégorie dans le cadre du Programme fédéral des travailleurs de métiers spécialisés5.
Les enseignants, les employeurs et les décideurs devront s’attaquer aux problèmes chroniques qui plombent les métiers, exploiter les bassins de talents sous-utilisés et combler les lacunes grandissantes en matière d’aptitudes numériques face aux rapides progrès technologiques qui bouleversent le travail..
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Les casques de réalité virtuelle montrent les plans de construction aux travailleurs qui traversent un chantier. Un menuisier dessine des coupes précises au millimètre près grâce à un système de conception assistée par ordinateur. Une soudeuse accomplit son travail à distance à l’aide d’un robot.
Le progrès technique, accéléré par la pandémie, a transformé les outils dont disposent les personnes de métier et exige de nouvelles aptitudes pour les faire fonctionner. Aujourd’hui, les mécaniciens industriels, les électriciens et les techniciens d’entretien automobile doivent avoir les aptitudes numériques nécessaires pour utiliser les bancs d’essai électroniques, la technologie 3D et les outils de diagnostic numériques qui deviennent monnaie courante dans les secteurs de la fabrication et de la construction. Ils devront aussi se préparer à de fréquents cours de recyclage sur les nouvelles technologies.
Par ailleurs, les aptitudes non techniques – esprit critique, curiosité, créativité, résolution de problèmes et communication – sont plus importantes que jamais dans une économie qui exige une collaboration entre différents secteurs. Ces aptitudes prendront de l’importance au fil de la quatrième révolution industrielle. Mais elles ne remplaceront pas les compétences techniques traditionnelles. Un soudeur, par exemple, devra toujours comprendre les notions de base de la métallurgie pour programmer un bras robotique.
Plus que jamais, les personnes de métier – soudeurs, machinistes, électriciens et plombiers, qui constituent depuis longtemps la colonne vertébrale de notre économie – joueront un rôle déterminant au Canada. Dans le présent rapport, nous exposons les grands problèmes qui se posent dans le secteur, à savoir la sous-représentation des femmes et des immigrants, la nécessité de doubler la mise sur la formation numérique et les préjugés qui entourent les carrières dans les métiers, et nous présentons la meilleure façon de les surmonter. Les défis sont immenses. De même que les possibilités.
Le présent rapport de RBC s’inscrit dans son programme de recherche Humains recherchés. Ce rapport fait suite à une série de tables rondes et d’entrevues avec des travailleurs de métiers spécialisés, des employeurs, des enseignants et des chefs de file de l’industrie, menées depuis le début de 2020. Il s’appuie sur les résultats d’une analyse de métiers spécifiques, à partir de la base de données sur les professions O*NET et de conversations avec diverses parties prenantes, ainsi que sur des produits de Statistique Canada.
Le Canada risque d’être pris de court
Avant même que la pandémie perturbe les programmes de formation et bouleverse les marchés du travail, le Canada avait du mal à maintenir un nombre suffisant de personnes de métier. Les tentatives pour attirer les jeunes, les femmes et les immigrants ont échoué à plusieurs reprises. Dans de nombreux métiers, nombre de postes demeurent vacants à la suite de départs à la retraite. Selon les estimations du Forum canadien sur l’apprentissage, le Canada accusera un manque de plus de 60 000 apprentis inscrits d’ici 2025, après une chute de 37 % des nouvelles inscriptions l’an dernier6.
Voir la chronologie de l’histoire des métiers spécialisés dans l’annexe.
Alors qu’Ottawa et les provinces envisagent la reconstruction économique la plus ambitieuse depuis des générations, durant laquelle les projets de rénovations des infrastructures et les initiatives vertes seront largement financés par l’État, le Canada souffrira encore plus durement de ces pénuries. Au cours des cinq prochaines années, le pays devra faire face à un déficit d’au moins 10 000 personnes de métier, rien que dans les 56 métiers Sceau rouge7 les plus demandés, et ce déficit est 10 fois plus important si nous incluons les 250 métiers assujettis à une réglementation provinciale. Les pénuries seront particulièrement graves chez les mécaniciens industriels, les chaudronniers et les soudeurs. En outre, une incertitude subsiste quant au nombre de travailleurs et d’apprentis qui reprendront les programmes suivis et les emplois occupés avant la pandémie.
« Il nous manque actuellement 15 plombiers et nous avons dû refuser plusieurs contrats. Cela n’était jamais arrivé auparavant. Déplacer les employés d’un site à un autre, c’est comme jouer aux échecs. »
—Denis Beauchamp, président de la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec
Les défis varient d’une province à l’autre. À la suite d’importantes suppressions d’emplois dans le secteur énergétique, durement touché par la crise, l’Alberta a connu une baisse importante des inscriptions aux programmes d’apprentissage qui mènent à des métiers spécialisés. En 2019, le nombre de nouvelles inscriptions à ces programmes a plongé à son plus bas niveau en dix ans, avec des chutes prononcées dans 20 des 21 principaux métiers. La relance économique en Alberta, combinée à l’accroissement des dépenses d’infrastructure et des investissements verts à l’issue de la pandémie, fera probablement monter la demande en personnes de métier. Même sans ces nouvelles pressions, la demande provenant du secteur pétrolier et gazier et de la construction résidentielle menace de prendre l’Alberta de court. En revanche, le Québec et l’Ontario ont enregistré une hausse des inscriptions en 2019, bien que certains manques à gagner notables persistent dans quelques métiers et certaines régions.
Le vieillissement de la main-d’œuvre pourrait aggraver la crise. Plus de 700 000 travailleurs de métiers spécialisés prendront leur retraite d’ici 20288. Dans le seul secteur manufacturier, un quart de la main-d’œuvre est âgée de 55 ans et plus et moins de 10 % des travailleurs ont moins de 25 ans9. Qui plus est, les métiers eux-mêmes connaissent une mutation vers les technologies numériques. Ces innovations permettent souvent d’accomplir son travail avec plus d’efficacité et de précision. En même temps, elles ont créé une urgence en matière de rehaussement des aptitudes. Sur les 4 millions de personnes de métier, environ un quart auront certainement besoin d’un cours de recyclage pendant les cinq prochaines années, selon notre analyse de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada et les données sur les professions appelées à se transformer.
« Il nous manque des gens qualifiés, et je ne parle pas seulement de ceux qu’il nous faut pour remplacer les personnes en poste. Le niveau des aptitudes requises continuera d’augmenter, notamment en raison des grandes innovations technologiques et des bouleversements dans les entreprises. »
—Jayson Myers, chef de la direction, Next Generation Manufacturing Canada
La demande d’aptitudes numériques augmente dans les métiers essentiels à la reconstruction économique
Plus la technologie fera partie intégrante de l’économie et du travail, plus les personnes de métier devront utiliser des aptitudes non techniques et s’ouvrir à l’apprentissage permanent.
Nous avons analysé les quatre métiers les plus demandés dans le contexte économique actuel et avons constaté que le savoir-faire numérique nécessaire pour prospérer dans ces domaines continuera d’augmenter de façon significative dans les années à venir. Cette transition accentuera les pressions sur les enseignants, afin qu’ils mettent leurs programmes à jour, et sur les personnes de métier, qui devront s’ouvrir à l’apprentissage permanent.
Part des activités par profession et par période (%)
Source : O*NET, base de données sur les professions, Services économiques RBC
Recruter la main-d’œuvre de demain
Combler l’écart entre l’offre de personnes de métiers spécialisés et la demande croissante exige de s’attaquer aux grands défis, notamment le recrutement dans des groupes sous-représentés et la lutte contre des préjugés désuets. En outre, il faut préparer la nouvelle génération de personnes de métier à un avenir plus numérique.
Intensifier les efforts de recrutement
En matière de compétences, le premier goulot d’étranglement apparaît bien avant qu’un candidat ne s’inscrive à un programme d’apprentissage. De nombreuses personnes de métier ont découvert leur vocation en classe d’atelier, où elles ont tenu des fils à souder ou manœuvré des tours pour la première fois. Selon les groupes de l’industrie, cette expérience précoce est particulièrement importante dans le recrutement de groupes sous-représentés qui, sans cette formation, n’auraient pas l’occasion de se découvrir un intérêt ou une disposition pour un métier.
Comme plus de 700 000 personnes de métier prendront leur retraite d’ici 2028, il est urgent de puiser dans de nouveaux bassins de talents. Bien que la proportion de femmes qui entrent dans des métiers à prédominance masculine ait augmenté au cours de la dernière décennie, elles ne représentaient que 5 % des inscriptions aux programmes d’apprentissage en 2019. Parallèlement, les immigrants représentent plus de 21 % de la population canadienne, mais seulement 8,7 % des apprentis en 201810. Malgré l’objectif d’accueillir chaque année 3 000 personnes de métier immigrantes, en 2019, il n’y a eu que 2 365 nouveaux arrivants de cette catégorie dans le cadre du Programme fédéral des travailleurs de métiers spécialisés11. Dans certains métiers qui demeurent confrontés à de graves pénuries sur le marché (comme les menuisiers), le Canada a limité le nombre de personnes de métier admissibles à 100.
Les Canadiens autochtones sont plus représentés parmi les apprentis que dans la population. Or, le groupe des jeunes Canadiens autochtones est celui qui croît le plus rapidement, soit quatre fois plus vite que la population non autochtone. Ils devraient donc devenir encore plus présents dans la main-d’œuvre spécialisée de demain. L’âge médian des menuisiers, cuisiniers, techniciens d’automobile, mécaniciens de camions et d’autobus, conducteurs de camions de transport, soudeurs et opérateurs d’équipement lourd a augmenté entre 1996 et 2016 et dépasse actuellement 35 ans dans toutes les catégories12.
La Fondation du soudage CWB, organisme sans but lucratif canadien, fait partie des organismes qui tentent de rejoindre ces groupes. L’organisme a investi plus de 3,5 millions de dollars dans des ateliers de soudage au sein d’écoles secondaires et dans des camps de métiers spécialement conçus pour les femmes, les nouveaux arrivants et les Autochtones13.
Lutter contre des préjugés désuets
Au-delà du manque d’occasion de les découvrir, les métiers souffrent depuis longtemps d’une perception négative. Le stéréotype souvent associé aux métiers spécialisés est celui de « col bleu » qui sous-entend un travail physique difficile et salissant, plutôt destiné aux étudiants qui n’ont pas les aptitudes requises pour faire une carrière de « col blanc ». Ce préjugé persiste en dépit des normes de santé et de sécurité qui limitent le poids des charges soulevées dans de nombreux métiers, et des salaires moyens qui dépassent souvent ceux des autres professions. Le revenu médian des tuyauteurs et des techniciens en équipement lourd ayant suivi quatre ans de formation a dépassé 100 000 $ en 2018, tandis que les électriciens ont gagné entre 80 000 $ et 90 000 $14. De plus, les aptitudes intellectuelles sont souvent considérées comme d’une importance capitale dans les métiers, d’autant plus que la transformation technologique oblige les travailleurs à se perfectionner tout au long de leur carrière.
« Si je mets une machine de 2 millions de dollars entre les mains d’une personne, j’espère de tout cœur que ce ne soit pas l’élève qui était assis au fond de la classe. Je m’efforce toujours de corriger cette perception, parce qu’elle nous pose problème en tant qu’industrie et en tant que pays. »
—Shaun Scott, directeur du développement organisationnel à Linamar Corp.
Protéger les programmes de formation des effets des récessions
Les programmes d’apprentissage, qui constituent le principal parcours de formation des personnes de métier, prévoient généralement que les apprentis passent de 80 % à 90 % de leur temps sur le terrain pour se former aux côtés de compagnons qualifiés. En pratique, l’éducation devient ainsi liée à la conjoncture économique. Un sondage du Forum canadien sur l’apprentissage a révélé que le taux de chômage des apprentis avait augmenté à 29 % pendant la pandémie, comparativement à 9 % auparavant15. De plus, le fait que des cours ont été suspendus a incité certaines personnes à abandonner définitivement leur apprentissage (23 % des répondants au sondage ont envisagé cette possibilité).
En revanche, la crise a eu un avantage : de nombreux établissements ont déplacé leurs cours vers des plateformes virtuelles, plus tôt ou de façon plus généralisée qu’elles ne l’avaient prévu. Bien que la plupart des enseignants estiment que la formation en personne est irremplaçable, l’expérience vécue pendant la pandémie a poussé certains d’entre eux à exploiter le potentiel des solutions virtuelles. Le projet Souplesse et innovation dans la formation technique des apprentis (SIFTA), un programme pilote que le gouvernement fédéral a mis en œuvre de 2015 à 2018, offrait des laboratoires d’apprentissage mobiles et des outils en ligne afin d’aider les apprentis à répondre aux exigences en matière de formation. Les apprentis qui en ont fait l’expérience ont indiqué que ce programme les avait aidés à limiter la perte de revenu, à apprendre à leur rythme et à moins s’absenter de leur travail pendant qu’ils satisfaisaient à leurs exigences16.
Une plus large adoption de l’enseignement virtuel et des outils numériques pourrait changer la donne en ce qui concerne la formation aux métiers. Ces solutions aideraient les employeurs à évaluer les aptitudes, tandis que les apprentis pourraient obtenir leurs certificats plus efficacement, en gardant le cap même en période de ralentissement économique.
« La pandémie a vraiment accéléré les choses. Beaucoup de nos cours étaient déjà en ligne, avec des vidéos et même quelques programmes que les utilisateurs pouvaient essayer. D’une certaine façon, quand la pandémie a frappé, nous étions déjà en bonne position pour passer directement à la vitesse supérieure. »
—Sarah-Jayne Roe, présidente intérimaire, Promotion des métiers et projets spéciaux, Camosun College
Suivre le rythme effréné de l’évolution technologique
Les programmes d’apprentissage pourraient être pris de vitesse par l’évolution de la technologie. Au vu de la rapidité des changements, il est également essentiel que les compagnons actuels rehaussent régulièrement leurs aptitudes. Par exemple, le virage vert de l’Alberta exigera un effort d’adaptation de la part des personnes de métier qui travaillaient auparavant dans le secteur pétrolier. Le secteur de l’automobile connaîtra une transition similaire avec le développement des véhicules à zéro émission.
« Que vous mettiez en valeur un site pétrolier ou que vous construisiez un parc solaire ou éolien, vous avez besoin des mêmes personnes de métier. Dans les deux cas, une grande partie du travail de base est similaire, mais il y a des différences… Ces travailleurs devront s’adapter pour rester résilients dans une économie axée sur les énergies renouvelables. »
—Jim Szautner, doyen des écoles School of Manufacturing and Automation et School of Transportation du Southern Alberta Institute of Technology
Certaines entreprises complètent l’enseignement dispensé dans les écoles. En collaboration avec des collèges locaux, de grandes sociétés comme Linamar, en Ontario, ont conçu des programmes pour s’assurer que les étudiants possèdent les toutes dernières aptitudes nécessaires dans les ateliers. En prévision de la transition vers les voitures électriques et à batterie, des organismes comme l’Association des fabricants de pièces automobiles mettent au point des plateformes d’apprentissage numériques, partagées à l’échelle du secteur, afin de réduire le coût du rehaussement des aptitudes pour les petites entreprises.
Présentation des acteurs
Peter Voss
Cambridge (Ontario)
Président et chef de la direction, Shimco
Peu de personnes considéreraient une cale comme une technologie de pointe. Pourtant, Peter Voss a transformé ce qui était autrefois un simple coin de bois destiné à caler les surfaces en un dispositif sur mesure, utilisé dans les secteurs de l’aérospatiale et de la défense. Les cales de son entreprise sont utilisées dans les avions Boeing et Airbus. Elles seront bientôt équipées de capteurs pour recueillir des données sur la pression, les vibrations et la température des pièces mobiles. Il y a un seul problème : trouver les machinistes pour faire tourner l’usine.
M. Voss, qui emploie 38 personnes, dit que le métier est tellement demandé que six de ses dix machinistes ont quitté son entreprise rien qu’au cours de la dernière année. La pénurie n’est pas nouvelle. Il y a cinq ans, face à la pénurie locale de personnes de métier, M. Voss avait commencé à faire venir des machinistes de l’Inde à titre temporaire. Ce pipeline de travailleurs s’est avéré essentiel pour son entreprise, qui produit 4 000 pièces différentes chaque année. Le recrutement est toutefois limité par les restrictions gouvernementales, en vertu desquelles le nombre d’employés étrangers temporaires qu’une entreprise peut embaucher ne doit pas dépasser 10 % de son effectif. Alors que la pandémie aggrave cette pénurie dans de nombreux métiers spécialisés, M. Voss se prépare à des conditions encore plus tendues. « Tout le monde se bat pour faire venir des travailleurs », affirme-t-il.
Nicole LeClair
Région du Grand Toronto (Ontario)
Technologue en génie du soudage et professeur, collèges Sheridan et Mohawk
Lorsque Nicole LeClair est entrée dans sa première classe de soudage en 1998, elle était l’une des deux seules femmes au sein d’un groupe de 65 étudiants. Depuis, elle a vu le métier se transformer avec l’adoption de bras robotiques et d’autres technologies. Elle enseigne maintenant le soudage dans les collèges Sheridan et Mohawk, où attirer plus de femmes, de nouveaux immigrants et de jeunes vers sa profession fait partie de sa mission. Selon elle, la résistance des parents constitue souvent la plus grande barrière qui empêche les jeunes de faire l’expérience du soudage.
« Ils voient les métiers comme un mal nécessaire, croit-elle. Leur but est que leur enfant accède à une profession de col blanc. » Lors de ses missions de recrutement dans les écoles secondaires, Mme LeClair prend le temps de déboulonner les mythes qui décrivent le soudage comme un travail salissant et rudimentaire. Les soudeurs d’aujourd’hui travaillent dans des pièces propres, parfois dans des centrales nucléaires. Et ils fabriquent des dispositifs qui sauvent des vies, comme les stimulateurs cardiaques soudés au laser. Le soudage sous gaz inerte, technique la plus courante actuellement, amène les soudeurs à programmer des bras robotiques pour réaliser des mouvements précis. La technologie a aussi changé les choses pour les enseignants, avec l’introduction de machines à souder virtuelles. Ces machines se sont révélées utiles pendant la pandémie, selon Mme LeClair. Elle est toutefois sceptique quant à leur capacité à remplacer l’apprentissage sur le terrain. « Pour moi, c’est un peu comme dire : “j’ai appris à conduire une voiture virtuellement, je suis prêt pour mon examen routier” », déclare-t-elle.
Courtney Chard
Toronto (Ontario)
Soudeuse et monteuse de conduites de vapeur certifiée
Courtney Chard est devenue soudeuse et monteuse de conduites de vapeur en suivant les traces de son père. Bien que ses parents aient appuyé ses objectifs de carrière, les métiers n’étaient pas « une option pour les filles » quand elle était au secondaire. Mme Chard s’est habituée à être la seule femme sur les chantiers et a parfois été victime de discrimination. À présent, elle défend fermement les femmes en milieu de travail et fait la promotion des métiers auprès des jeunes filles. Sa fille de huit ans est ambassadrice de « KickAss Careers », un organisme sans but lucratif qui promeut les carrières dans les métiers spécialisés et la technologie.
Après 20 ans de soudage, Mme Chard estime que les conditions pour les femmes se sont améliorées. Les employeurs et les syndicats font plus pour aider les mères et les femmes durant leur grossesse. Les groupes de soutien aux femmes de métier se sont multipliés et de plus en plus de personnes de métier ont endossé le rôle de mentors auprès des jeunes femmes qui entrent dans le secteur. Mme Chard a récemment travaillé sur un chantier avec une menuisière, une tôlière et une électricienne. « Les choses se sont améliorées, mais nous avons encore des progrès à faire », pense-t-elle.
Mike Bocsik
Victoria (Colombie-Britannique)
Instructeur, programme de formation de base et d’apprentissage de technique d’entretien automobile, Camosun College
Soyez un acteur du changement. C’est le message central que Mike Bocsik, instructeur au Camosun College, tente de transmettre à ses étudiants. Il a observé l’évolution des voitures : équipées d’un seul ordinateur voilà dix ans, elles peuvent maintenant en compter une trentaine qui communiquent les uns avec les autres. Les techniciens qui se consacraient autrefois à la mécanique traditionnelle entretiennent à présent réseaux Wi-Fi, moniteurs GPS et systèmes Bluetooth embarqués. Et le changement ne s’arrête jamais : les constructeurs automobiles lancent une nouveauté tous les trimestres, selon M. Bocsik.
Il est d’ailleurs impressionné par les répercussions que la transition vers les véhicules à batterie entraînera pour sa profession. Étant donné que les constructeurs automobiles font la course pour transformer leurs gammes de produits, les techniciens d’entretien seront appelés à réparer des groupes motopropulseurs, des systèmes de freinage et des systèmes d’électrification haute tension très différents de ceux qu’ils ont étudiés pendant leur formation. Dans le contexte du virage mondial vers les transports propres, ils devront également entretenir des autobus alimentés par batterie et des moteurs hybrides de traversiers. À l’aide d’un financement provincial, l’employeur de M. Bocsik lancera un programme d’entretien de VE à l’automne. D’autres établissements mettent en place des formations similaires. Cependant, M. Bocsik craint que le système ne soit pas en mesure de former suffisamment de techniciens pour répondre à la demande. « Ils ont besoin de connaissances maintenant, dit-il. Soit vous maîtrisez ces nouveaux systèmes, soit vous n’avez pas de travail. »
Présentation des acteurs
Peter Voss
Cambridge (Ontario)
Président et chef de la direction, Shimco
Peu de personnes considéreraient une cale comme une technologie de pointe. Pourtant, Peter Voss a transformé ce qui était autrefois un simple coin de bois destiné à caler les surfaces en un dispositif sur mesure, utilisé dans les secteurs de l’aérospatiale et de la défense. Les cales de son entreprise sont utilisées dans les avions Boeing et Airbus. Elles seront bientôt équipées de capteurs pour recueillir des données sur la pression, les vibrations et la température des pièces mobiles. Il y a un seul problème : trouver les machinistes pour faire tourner l’usine.
M. Voss, qui emploie 38 personnes, dit que le métier est tellement demandé que six de ses dix machinistes ont quitté son entreprise rien qu’au cours de la dernière année. La pénurie n’est pas nouvelle. Il y a cinq ans, face à la pénurie locale de personnes de métier, M. Voss avait commencé à faire venir des machinistes de l’Inde à titre temporaire. Ce pipeline de travailleurs s’est avéré essentiel pour son entreprise, qui produit 4 000 pièces différentes chaque année. Le recrutement est toutefois limité par les restrictions gouvernementales, en vertu desquelles le nombre d’employés étrangers temporaires qu’une entreprise peut embaucher ne doit pas dépasser 10 % de son effectif. Alors que la pandémie aggrave cette pénurie dans de nombreux métiers spécialisés, M. Voss se prépare à des conditions encore plus tendues. « Tout le monde se bat pour faire venir des travailleurs », affirme-t-il.
Nicole LeClair
Région du Grand Toronto (Ontario)
Technologue en génie du soudage et professeur, collèges Sheridan et Mohawk
Lorsque Nicole LeClair est entrée dans sa première classe de soudage en 1998, elle était l’une des deux seules femmes au sein d’un groupe de 65 étudiants. Depuis, elle a vu le métier se transformer avec l’adoption de bras robotiques et d’autres technologies. Elle enseigne maintenant le soudage dans les collèges Sheridan et Mohawk, où attirer plus de femmes, de nouveaux immigrants et de jeunes vers sa profession fait partie de sa mission. Selon elle, la résistance des parents constitue souvent la plus grande barrière qui empêche les jeunes de faire l’expérience du soudage.
« Ils voient les métiers comme un mal nécessaire, croit-elle. Leur but est que leur enfant accède à une profession de col blanc. » Lors de ses missions de recrutement dans les écoles secondaires, Mme LeClair prend le temps de déboulonner les mythes qui décrivent le soudage comme un travail salissant et rudimentaire. Les soudeurs d’aujourd’hui travaillent dans des pièces propres, parfois dans des centrales nucléaires. Et ils fabriquent des dispositifs qui sauvent des vies, comme les stimulateurs cardiaques soudés au laser. Le soudage sous gaz inerte, technique la plus courante actuellement, amène les soudeurs à programmer des bras robotiques pour réaliser des mouvements précis. La technologie a aussi changé les choses pour les enseignants, avec l’introduction de machines à souder virtuelles. Ces machines se sont révélées utiles pendant la pandémie, selon Mme LeClair. Elle est toutefois sceptique quant à leur capacité à remplacer l’apprentissage sur le terrain. « Pour moi, c’est un peu comme dire : “j’ai appris à conduire une voiture virtuellement, je suis prêt pour mon examen routier” », déclare-t-elle.
Courtney Chard
Toronto (Ontario)
Soudeuse et monteuse de conduites de vapeur certifiée
Courtney Chard est devenue soudeuse et monteuse de conduites de vapeur en suivant les traces de son père. Bien que ses parents aient appuyé ses objectifs de carrière, les métiers n’étaient pas « une option pour les filles » quand elle était au secondaire. Mme Chard s’est habituée à être la seule femme sur les chantiers et a parfois été victime de discrimination. À présent, elle défend fermement les femmes en milieu de travail et fait la promotion des métiers auprès des jeunes filles. Sa fille de huit ans est ambassadrice de « KickAss Careers », un organisme sans but lucratif qui promeut les carrières dans les métiers spécialisés et la technologie.
Après 20 ans de soudage, Mme Chard estime que les conditions pour les femmes se sont améliorées. Les employeurs et les syndicats font plus pour aider les mères et les femmes durant leur grossesse. Les groupes de soutien aux femmes de métier se sont multipliés et de plus en plus de personnes de métier ont endossé le rôle de mentors auprès des jeunes femmes qui entrent dans le secteur. Mme Chard a récemment travaillé sur un chantier avec une menuisière, une tôlière et une électricienne. « Les choses se sont améliorées, mais nous avons encore des progrès à faire », pense-t-elle.
Mike Bocsik
Victoria (Colombie-Britannique)
Instructeur, programme de formation de base et d’apprentissage de technique d’entretien automobile, Camosun College
Soyez un acteur du changement. C’est le message central que Mike Bocsik, instructeur au Camosun College, tente de transmettre à ses étudiants. Il a observé l’évolution des voitures : équipées d’un seul ordinateur voilà dix ans, elles peuvent maintenant en compter une trentaine qui communiquent les uns avec les autres. Les techniciens qui se consacraient autrefois à la mécanique traditionnelle entretiennent à présent réseaux Wi-Fi, moniteurs GPS et systèmes Bluetooth embarqués. Et le changement ne s’arrête jamais : les constructeurs automobiles lancent une nouveauté tous les trimestres, selon M. Bocsik.
Il est d’ailleurs impressionné par les répercussions que la transition vers les véhicules à batterie entraînera pour sa profession. Étant donné que les constructeurs automobiles font la course pour transformer leurs gammes de produits, les techniciens d’entretien seront appelés à réparer des groupes motopropulseurs, des systèmes de freinage et des systèmes d’électrification haute tension très différents de ceux qu’ils ont étudiés pendant leur formation. Dans le contexte du virage mondial vers les transports propres, ils devront également entretenir des autobus alimentés par batterie et des moteurs hybrides de traversiers. À l’aide d’un financement provincial, l’employeur de M. Bocsik lancera un programme d’entretien de VE à l’automne. D’autres établissements mettent en place des formations similaires. Cependant, M. Bocsik craint que le système ne soit pas en mesure de former suffisamment de techniciens pour répondre à la demande. « Ils ont besoin de connaissances maintenant, dit-il. Soit vous maîtrisez ces nouveaux systèmes, soit vous n’avez pas de travail. »
Perfectionner les outils pour l’après-pandémie
La capacité du Canada à prospérer dans une économie plus verte, plus innovatrice et plus technologique, à l’issue de la pandémie, repose sur les personnes de métier. Le recrutement et l’équipement nécessaires pour réussir dans ces nouvelles conditions dépendront de la coopération entre les représentants de l’industrie, les enseignants et les décideurs.
Voici quelques idées :
Le gouvernement fédéral et les provinces devraient augmenter le financement destiné à promouvoir les métiers dans les écoles primaires et secondaires, afin de les présenter comme des carrières bien rémunérées, valorisées et stimulantes sur le plan intellectuel. Une expérience des métiers devrait être intégrée aux programmes scolaires. Par exemple, la résolution de problèmes propres aux métiers pourrait être intégrée aux cours de sciences, de technologie, d’ingénierie, d’art et de mathématiques de niveau primaire et secondaire.
Les collèges et les autres établissements de formation professionnelle devraient élargir le programme Souplesse et innovation dans la formation technique des apprentis (SIFTA), afin d’élaborer des plateformes virtuelles, des outils d’apprentissage en ligne et des laboratoires d’apprentissage mobiles. Ces établissements devraient identifier les outils virtuels qui ont le mieux fonctionné pendant la pandémie et les intégrer aux programmes d’études.
L’industrie, le milieu universitaire et le gouvernement doivent collaborer plus étroitement pour s’assurer que les programmes d’études suivent le rythme du progrès technologique dans le milieu de travail. L’industrie, en particulier, doit jouer un plus grand rôle pour communiquer avec les organismes de normalisation et s’assurer que les responsables sont réceptifs au changement.
Appuyer les femmes et les mères qui travaillent dans les métiers, en leur offrant davantage de solutions de garde d’enfants. Les gouvernements devraient envisager des quotas de genre pour assurer une plus grande représentation des femmes dans les projets d’infrastructure financés par l’État.
Le gouvernement fédéral, en collaboration avec Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, devrait combler l’écart entre les objectifs et le nombre réel d’immigrants dans les catégories de métiers spécialisés, en faisant une promotion plus énergique des métiers canadiens dans les pays d’origine. Ils doivent lutter contre la stigmatisation des métiers, considérés comme « inférieurs » dans ces pays et chez les nouveaux arrivants, et s’assurer que les plafonds d’immigration appliqués à chaque métier restent en phase avec le marché.
Les employeurs devraient réfléchir à la mise en place de « clauses de remboursement », afin de pouvoir investir dans l’apprentissage et le rehaussement des aptitudes sans craindre que les employés ne quittent l’entreprise dès la formation terminée.
Les organismes de réglementation provinciaux devraient élaborer des programmes pilotes pour faciliter le transfert d’aptitudes entre métiers, explorer des façons d’appliquer les compétences existantes aux nouvelles technologies et aux industries, et faciliter la transmission du savoir-faire entre les personnes qui prennent leur retraite et les nouveaux travailleurs de métiers.
Étendre la reconnaissance interprovinciale des métiers spécialisés au-delà du programme du Sceau rouge afin de faciliter la mobilité de la main-d’œuvre.
L’histoire des métiers est étroitement liée à la prospérité économique du Canada
1. Services économiques RBC ; Frey & Osborne, The future of employment: How susceptible are jobs to computerization? (l’avenir de l’emploi : dans quelle mesure les emplois sont-ils menacés par l’informatisation ?), 2016
2. PRISM Economics ; Forum canadien sur l’apprentissage, Rapport national d’information sur le marché du travail de 2021, https://caf-fca.org/wp-content/uploads/2021/05/CAF_Report_LMI-2021_FR_National_-FINAL-1.pdf
3.Statistique Canada (SIAI), https://www150.statcan.gc.ca/t1/tbl1/fr/tv.action?pid=3710002301&request_locale=fr
4. Forum canadien sur l’apprentissage, https://caf-fca.org/wp-content/uploads/2018/06/Apprenticeship-in-Canada_2018.pdf
5. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, 2019, https://open.canada.ca/data/fr/dataset?_organization_limit=0&organization=cic
6. PRISM Economics ; Forum canadien sur l’apprentissage, Rapport national d’information sur le marché du travail de 2021, https://caf-fca.org/wp-content/uploads/2021/05/CAF_Report_LMI-2021_FR_National_-FINAL-1.pdf
7. Ibid
8. Gouvernement du Canada, communiqué de presse Emploi et Développement social Canada, août 2021, https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/nouvelles/2021/08/apprenticeship-serviceutip-cfp-launch-ibew-local-804-utip.html
9. Statistique Canada, Recensement de 2016 au Canada
10. Forum canadien sur l’apprentissage, https://caf-fca.org/wp-content/uploads/2018/06/Apprenticeship-in-Canada_2018.pdf
11. Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, 2019, https://open.canada.ca/data/fr/dataset?_organization_limit=0&organization=cic
12. Statistique Canada, Recensement de 2016 au Canada
13. Fondation du soudage CWB, https://www.cwbweldingfoundation.org/fr/programmes/fonds-pour-les-immobilisations-lequipement-et-les-consommables
14. Statistique Canada, Le Quotidien, décembre 2018, https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/181205/dq181205b-fra.htm
15. Forum canadien sur l’apprentissage, Rapport national d’information sur le marché du travail 2021, https://caf-fca.org/wp-content/uploads/2021/05/CAF_Report_LMI-2021_EN_National_-FINAL-1.pdf
16. Forum canadien sur l’apprentissage, Rapport d’évaluation du projet SIFTA, 2018, https://caf-fca.org/wp-content/uploads/2019/01/CAF-FIATT-Report_FR_F.pdf
À propos des auteurs
Naomi Powell édite et rédige des articles pour les groupes Services économiques RBC et Leadership avisé RBC. Avant de se joindre à RBC, elle a travaillé comme journaliste économique au Canada et en Europe, et, plus récemment, elle a réalisé des reportages sur le commerce international et l’économie pour le Financial Post.
Ben Richardson analyse des études pour les groupes Services économiques RBC et Leadership avisé RBC. Avant de se joindre à RBC, il a obtenu une maîtrise de l’Université de Toronto et a travaillé pour le Woodrow Wilson Centre, à Washington, D.C., où il a fait des recherches sur les relations entre le Canada et les États-Unis.
Durant des mois, nous avons discuté avec des experts des raisons pour lesquelles la créativité est un avantage concurrentiel. Vous trouverez des extraits de nos discussions tout au long de ce rapport.
La nouvelle aptitude « prisée »
Dans la décennie 2020, la créativité est « LA » nouvelle compétence recherchée.
Alors que la crise de la COVID-19 s’estompe et que la campagne de vaccination à deux doses bat son plein, les Canadiens retournent dans les lieux de travail, les cafés et les terrasses des restaurants. Palpable, l’enthousiasme présente une occasion précieuse : exploiter cette énergie pour repenser et reconstruire dans une nouvelle ère de créativité.
La pandémie a transformé l’économie et perturbé tous les aspects de notre vie. Elle a aussi engendré une remarquable vague de créativité.
À Winnipeg, par exemple, le propriétaire de la crèmerie Chaeban Ice Cream, Joseph Chaeban, réalisait son rêve d’enfance : fabriquer du fromage. Joseph vend maintenant ses produits artisanaux à des restaurants, des pâtisseries et des épiceries.
Lorsque le silence s’est abattu sur les stades sportifs, un adolescent, Elias Andersen, a lancé une technologie audio de nouvelle génération à Thornbury, en Ontario. « Hear Me Cheer » crée une atmosphère de foule en temps réel à partir des microphones des appareils mobiles des adeptes de sports. À ce jour, elle a servi lors de matchs de football universitaire et de soccer des ligues majeures.
La créativité devient de plus en plus importante dans de nombreux domaines outre ceux des arts, de la science et de la technologie. Entre le premier trimestre de 2020 et celui de 2021, les employeurs ont commencé à cibler des compétences plus créatives dans leurs offres d’emploi, notamment un esprit critique (+ 37 %) et de la souplesse (+ 20 %). Cette hausse est particulièrement marquée dans les secteurs des soins de santé, de l’éducation, de la vente et des services – des domaines qui ont été très affectés par la pandémie et (probablement) transformés à jamais.
« Il n’y a pas de commerce sans créativité. »
—Daniel Lamarre, chef de la direction du Cirque du Soleil
À vrai dire, tous les secteurs de notre économie, de la construction jusqu’au commerce de détail, sont susceptibles d’être propices à la créativité. Vous en doutez ? Voyez le secteur agricole, par exemple. Il s’est adapté aux incertitudes découlant des changements climatiques, des conflits commerciaux mondiaux et des pénuries de main-d’œuvre avec l’agriculture verticale, où les denrées alimentaires sont cultivées dans des entrepôts à proximité des centres-villes.
Maintenant que les gens recommencent à se rassembler – le catalyseur de créativité –, la prochaine décennie sera sûrement fertile en créativité. Depuis la pandémie, les individus peuvent profiter d’une économie de plus en plus décentralisée pour travailler, acheter, écouter et apprendre depuis n’importe où. Les grandes villes, les plus petites municipalités et les plateformes en ligne sont désormais sur un pied d’égalité. Le moment n’aura jamais été meilleur pour saisir une nouvelle idée et la réaliser.
Sous-titres disponibles en français.
D’ailleurs, une nouvelle ère de créativité s’amorçait déjà au moment de l’arrivée de la pandémie. Les éléments clés d’une quatrième révolution industrielle étaient réunis : l’automatisation et la numérisation. Les gens étaient libres de prendre plus de risques et les entreprises étaient davantage ouvertes à penser et à faire autrement. La réalité virtuelle, les voitures autonomes et les chirurgies à distance relevaient toutes de la science-fiction à une époque, mais elles sont maintenant réalité.
Selon des données de LinkedIn portant sur plus de 600 millions
de professionnels et 20 millions d’emplois, la créativité
était l’aptitude la plus recherchée en 2019 et 2020.
Nos recherches démontrent que la créativité sera une aptitude essentielle pendant la décennie 2020 : les idées qu’elle engendrera nous aideront à revenir en force, à reconstruire et à réinventer partout au Canada, à un rythme inégalé auparavant.
La pandémie nous a enseigné que les affaires ne se déroulent pas toujours de façon prévisible. Sur le plan organisationnel, les entreprises connaissent un roulement de personnel important. Les lieux de travail sont soit entièrement nouveaux, soit radicalement transformés depuis mars 2020. L’occasion est véritablement unique et historique, mais elle pourrait nous échapper.
Dans le présent rapport, nous nous entretenons avec certains des penseurs les plus créatifs du Canada — des dirigeants d’entreprises, des entrepreneurs, des éducateurs et des artistes — au sujet du potentiel créatif au Canada. Nous nous penchons sur l’intérêt croissant pour les aptitudes créatives dans les secteurs clés de l’économie canadienne, sur la valeur ajoutée (et souvent inattendue) des divers types de créativité, et sur les mesures souhaitables pour traduire la créativité en croissance économique au cours de la prochaine décennie.
Il n’y a pas une minute à perdre, alors que nous cherchons à résoudre certains des plus grands défis de notre époque : adapter les centres-villes, repenser la prestation des soins de santé et l’éducation, et s’attaquer à la crise climatique.
Dans Humains recherchés, un important rapport des équipes Leadership avisé et Services économiques RBC publié en 2018, nous avons décrit comment la technologie transforme la main-d’œuvre canadienne et dressé la liste des aptitudes requises pour les emplois de demain.
En raison de l’importance croissante de l’intelligence artificielle et de l’automatisation, les emplois dans lesquels on accomplit des tâches routinières et répétitives sont les plus susceptibles de disparaître. Même les emplois dans des domaines imprévus seront transformés. Nos études ont démontré que les aptitudes les plus recherchées sont celles qui ne sont pas facilement reproduites par une machine – des aptitudes liées à des fonctions cognitives supérieures, comme l’écoute active, l’esprit critique et la résolution de problèmes complexes. La demande ne fera que croître pour ces aptitudes humaines liées à la créativité.
Les crises sont source de créativité
Ce ne sera pas la première fois qu’une crise stimule la créativité. On le constate au fil des différentes époques de l’histoire humaine.
Certains des plus grands progrès de l’humanité ont immédiatement suivi des périodes de crise dévastatrices, après que des perturbations majeures ont ouvert la voie à de nouveaux dirigeants et à de nouvelles idées. Un exemple : la Renaissance après la peste noire. Un autre exemple : les Années folles (décennie 1920) après la Première Guerre mondiale et la pandémie de grippe espagnole. Pendant ces crises, les gens ont acquis une meilleure compréhension des problèmes les plus pressants qui devaient être résolus. Par la suite, ceux qui s’étaient adaptés ont pu proposer de nouvelles façons de faire à un auditoire prêt à écouter.
Les crises sont source de créativité
Les pandémies ont, depuis toujours, généré des crises de société et perturbé les habitudes. L’ère post-pandémie se caractérise par une transformation radicale et une réorientation du pouvoir et des ressources.
Créativité = nouveauté et valeur
Nous démontrons que la créativité est stimulée en temps de crise et que les conditions sont réunies pour que la créativité propulse la reprise post-COVID au Canada. Le prochain défi consistera à mieux comprendre la nature de la créativité et à trouver comment l’alimenter chez les jeunes et dans l’ensemble de la main-d’œuvre au pays.
La créativité est source de nouveauté et de valeur.
Elle est un amalgame d’aptitudes et de capacités qui permettent de concevoir des idées innovantes et utiles. Nous en avons eu la preuve tout au long de la pandémie. Pensez aux travailleurs de la santé, aux enseignants ou aux artistes créatifs. Ils se sont tous adaptés dans un contexte difficile en adoptant des approches différentes et créatives.
Lorsque la formation est devenue virtuelle, Steve Massa, un enseignant de français de troisième année en Ontario, a décidé d’être créatif pour maintenir l’intérêt de ses élèves à leur table de cuisine. Il a lancé une chaîne YouTube intitulée « Monsieur Steve ». Il a emmené ses élèves en excursion virtuelle autour de Toronto et même jusqu’à Thunder Bay. Il a fait appel à des costumes, à des marionnettes et à son chat, toujours dans le but de rendre la grammaire française amusante.
« Nous avons un grand besoin d’imagination et de créativité pour résoudre les grands enjeux, qu’ils soient sur le plan social, des soins de santé ou des nouvelles technologies. Nous avons besoin d’esprits créatifs et de gestes créatifs pour rendre le monde meilleur. »
—Dr. Sara Diamond, présidente émérite, Université de l’ÉADO
Nous associons souvent la créativité aux gens, mais les organisations, les villes et même les pays peuvent être créatifs. En pratique, cela peut se traduire par un processus dans une industrie qui s’adapte ensuite à une autre. Prenez l’exemple de l’armée américaine, qui a étudié les méthodes de logistique et de planification du cirque Barnum & Bailey. Par ailleurs, la créativité peut prendre la forme d’une utilisation nouvelle et pratique de produits existants. Saviez-vous que Bill Bowerman, le cofondateur de Nike, a utilisé un gaufrier pour mouler une nouvelle semelle en uréthane et fabriquer la fameuse chaussure de course ?
De plus en plus, la créativité s’impose comme variable économique essentielle. Elle est reconnue comme une compétence capable de distinguer une personne dans son domaine, d’amener une entreprise à primer, voire même de créer un secteur. Exercée à plus grande échelle, la créativité offre à une société ou à une économie un potentiel d’impact décuplé sur le monde.
Pour stimuler la créativité, une mentalité d’ouverture aux nouvelles perspectives s’impose. Le Canada, un pays riche en immigrants, a l’occasion de prendre les devants et de faire preuve de créativité.
Soyons innovants, exploitons collectivement cette occasion à l’échelle du pays ! Le Canada, une puissance énergétique, pourrait ainsi alimenter le monde en énergie créative.
La plupart des jeunes Canadiens sont confiants à l’égard de leurs aptitudes créatives, mais pas autant qu’ils le sont pour d’autres aptitudes du 21e siècle.
Selon un sondage mené auprès de 15 000 participants au programme Objectif avenir RBC, les deux tiers (65 %) des jeunes de 15 à 29 ans ont un niveau élevé de confiance à l’égard de leurs aptitudes créatives au travail. Il y a toutefois place pour une créativité encore plus grande, comme en témoignent les chiffres : les répondants se sentent plus aptes à penser de façon critique (74 %), à collaborer (73 %) et à résoudre des problèmes (70 %) qu’à être créatifs.
Fait à noter, les jeunes femmes affichent un niveau de confiance élevé (74 %) à l’égard de leur aptitude à participer à des « séances de remue-méninges en groupe », comparativement aux jeunes hommes (64 %). Les jeunes qui ne sont ni aux études ni sur le marché du travail (40 %) sont ceux qui se sentent le moins à l’aise de « sortir des sentiers battus ».
Il semble donc qu’un apport de créativité dans l’éducation, en particulier, aurait une incidence majeure sur les autres secteurs clés au Canada.
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Élan créatif sur le marché du travail canadien
Rien n’est tout à fait pareil après la COVID-19, y compris sur le marché du travail. D’après notre analyse, 21 % des Canadiens occupent un poste qui exige beaucoup de créativité. Cependant, cette tendance s’accélère à mesure que notre appétit pour la créativité augmente.
Sur le marché du travail, on constate une demande accrue pour les aptitudes et les outils qui alimentent la créativité. Entre le premier trimestre de 2020 et le premier trimestre de 2021, les employeurs ont insisté davantage, dans leurs offres d’emploi, sur les aptitudes associées à la créativité, notamment :
Esprit critique (+37 %)
Souplesse (+20 %)
Aptitude pour le travail d’équipe (+18 %)
Capacité d’apprendre (+15 %)
Aptitude pour l’amélioration continue (+12 %)
Aptitude pour la résolution de problèmes (+9 %)
Pensée stratégique (+8 %)
Trois secteurs canadiens, en particulier, exigent plus de créativité de la part des nouveaux employés : soins de santé, éducation, et vente et services. Ces secteurs, parmi les plus touchés par la COVID-19, subissent actuellement des transformations à grande échelle qui commandent beaucoup de créativité chez les travailleurs.
Soins de santé : Le nombre de postes affichés dans le secteur des soins de santé a augmenté de 36 % depuis février 2020, alors que les travailleurs de première ligne sont en forte demande, tout comme ceux qui peuvent aider à coordonner l’intervention en santé publique du Canada. Les offres d’emploi qui mentionnent la créativité sont en hausse de 125 %, alors que les postes de gestion des soins de santé (+79 % au premier trimestre de 2021) et de diagnostic (+67 % au troisième trimestre de 2020) nécessitent un plus haut niveau de compétence en matière de résolution de problèmes, d’esprit critique et de planification stratégique, en raison de la lutte à la COVID-19.
Éducation : Le nombre de postes affichés dans le secteur de l’éducation a augmenté de 39 % depuis février 2020. Le nombre d’offres d’emploi qui mentionnent la créativité a augmenté de 50 % en septembre 2020, puis de 30 % en janvier 2021, ce qui reflète le besoin d’idées nouvelles chez les enseignants, à mesure qu’on impose de nouvelles restrictions et que l’apprentissage en ligne prend de l’ampleur. La demande pour les administrateurs d’école a bondi (+167 % au premier trimestre de 2021), tandis que l’offre de postes liés à l’élaboration de politiques et de programmes en éducation a augmenté (+11 % au troisième trimestre de 2020), alors que les besoins en adaptabilité et en amélioration continue stimulent la demande pour les candidats créatifs.
Vente et services : Le nombre de postes affichés dans le secteur du commerce de détail a globalement chuté pendant les périodes de confinement. Cependant, le nombre d’offres d’emploi mentionnant explicitement la créativité a augmenté au cours de ces périodes, soit de 14 % en avril 2020 et de 20 % en janvier 2021. Les entreprises semblent avoir recherché ces compétences dans le but d’élaborer de nouveaux modèles de magasinage et de services, en raison des perturbations. Le besoin de faire les choses différemment s’est reflété dans les emplois à forte croissance, comme ceux de superviseur des services (+24 % au troisième trimestre de 2020) et d’acheteur de détail et de gros (+18 % au 1er trimestre de 2021), où les employeurs recherchent plus d’originalité, de compétences d’analyse et de capacité d’apprentissage.
À court terme, cela signifie que les personnes très créatives bénéficieront d’une plus grande mobilité et d’un plus grand choix d’emplois. À plus long terme, un nombre croissant de Canadiens devront développer leur créativité, car les milieux de travail accordent une plus grande priorité aux idées originales et à la pensée critique.
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La créativité sera de plus en plus un avantage concurrentiel pour les individus, pour les entreprises, et même pour le pays dans son ensemble.
Les dirigeants créatifs de demain
Il n’y a qu’un seul Elon Musk – et c’est bien comme ça.
Quand on pense à des individus créatifs, on évoque souvent des visionnaires et des inventeurs qui ont marqué l’histoire, mais la créativité vit en nous tous. Elle se présente sous diverses formes, que ce soit dans le studio, le laboratoire, la salle de classe ou la salle de conseil.
Nos recherches nous ont permis de discerner quatre grands archétypes de créateurs, chacun jouant un rôle différent mais crucial dans notre société.
Le visionnaire
C’est la catégorie des Elon Musk. Le visionnaire imagine de nouveaux marchés, et il est prêt à courir d’énormes risques pour changer le monde. Il attire des disciples fidèles, même au-delà de son secteur, et il influence les goûts et les préférences des consommateurs. Pensons aux voitures électriques, qui sont passées en peu de temps de l’ombre à la lumière, pour devenir la tendance dominante dans l’industrie automobile ; voilà l’exemple par excellence de la touche du visionnaire.
L’instigateur
C’est le superhéros de son secteur. L’instigateur sait combiner des idées et déceler des lacunes et des occasions que les autres ne voient pas. Il sait créer des produits ou des offres de services entièrement nouveaux, qui transforment son secteur d’activité. Un exemple : Michele Romanow, titan canadien de la technologie, dont la jeune entreprise Clearco a perturbé le marché du crédit, et qui est maintenant le plus grand investisseur mondial en commerce électronique.
Le penseur
Cherchez un peu, et dans chaque milieu de travail, vous trouverez un penseur. C’est quelqu’un qui se démarque par son esprit critique et par son aptitude à cerner les défis et à les relever de façon novatrice. Dans les années 1990, Katalin Karikó, biochimiste de l’Université de Pennsylvanie, s’est consacrée à un domaine obscur : la recherche sur l’ARN messager. Quelques décennies plus tard, ses découvertes ont permis l’élaboration des vaccins Moderna et Pfizer contre la COVID-19.
Le battant
Vous avez besoin de quelqu’un pour concrétiser une idée ? Faites appel au battant. Personne ne sait mieux que lui évaluer les possibilités et mettre en œuvre les idées des visionnaires. Le battant est orienté vers l’action ; sans lui, de nombreuses idées ne verraient jamais le jour. Steve Jobs, cofondateur d’Apple, est le visionnaire qui a imaginé l’iPhone, mais ce sont les quelque 600 experts d’Apple spécialisés dans l’imagerie qui en ont mis au point les formidables fonctions photographiques.
« Pour être créatif, il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus, puis travailler avec soin pour élaborer son idée, la formuler de différentes façons et, finalement, en faire un prototype, selon le processus. »
—Janet Morrison, présidente, Sheridan College
Comment cultiver la créativité
La créativité a toujours été importante, mais elle compte probablement plus que jamais, alors que le Canada envisage l’après-pandémie et les défis à la fois excitants et effrayants des prochaines décennies, qui mettront notre nation à l’épreuve.
Au cours des derniers mois, nous avons parlé à certaines des personnes les plus créatives du Canada, pour savoir comment elles cultivent leur créativité, et comment les individus et les organisations peuvent maximiser leur potentiel créatif.
Voici quatre points à retenir :
1. La créativité peut être nourrie
La créativité est innée chez certaines personnes. Elle peut aussi être nourrie et développée.
Gil Moore, batteur du groupe rock Triumph et fondateur du Metalworks Institute, discerne les virtuoses – ceux dont le talent se développe à un rythme explosif, et dont la créativité semble couler de source –, et le reste de l’humanité, qui doit travailler de façon assidue pour atteindre un niveau comparable.
Célèbre dans le monde entier, le programme d’animation du collège Sheridan (Oakville, Ontario) est reconnu comme un haut lieu de créativité, mais sa présidente, Janet Morrison, rappelle qu’il est utile d’enseigner la créativité dans toutes les disciplines. Dans le programme de commerce du Collège, les étudiants apprennent la résolution créative de problèmes, qui consiste à clarifier la situation, à générer des idées, à élaborer des solutions, et à mettre en œuvre un plan.
Josie Fung, directrice générale du programme i-THINK de la Rotman School of Management de Toronto, est chargée de former des « résolveurs de problèmes prêts pour l’avenir ». Elle croit qu’il faut soumettre des problèmes concrets aux étudiants, puis leur donner l’espace nécessaire pour résoudre ces problèmes.
Quand Parcs Canada a sollicité l’aide des élèves du John Polanyi Collegiate Institute de Toronto, afin de résoudre un problème – comment attirer plus de visiteurs au Parc urbain national de la Rouge –, ces jeunes du secondaire ont d’emblée rejeté les affiches et les campagnes publicitaires classiques. Ils ont plutôt reformulé la question, en réfléchissant au rôle du parc dans la société. Cette approche a généré beaucoup plus de possibilités. Les élèves se sont dit : le parc pourrait-il devenir un centre de désintoxication ? Pourrait-il devenir un lieu pour soigner la maladie mentale ? Quatre ans plus tard, le Parc de la Rouge a conclu un partenariat avec Blue Door – un organisme sans but lucratif qui fournit du logement d’urgence aux sans-abri et aux personnes en crise – en vue d’offrir du logement abordable à même les terres de Parcs Canada.
2. Créer une culture où l’échec est permis
Shopify – l’entreprise canadienne dont la valeur est la plus élevée – accueille favorablement l’échec. Oui, vous avez bien lu !
« Nous avons créé un environnement où il est permis de prendre des risques, où la curiosité et l’initiative sont encouragées, et où il est possible de réagir », dit Brittany Forsyth, ex-chef des ressources humaines.
Comme l’explique la gestionnaire, ce genre d’environnement est fondamental, car la créativité ne se résume pas à un éclair de génie. Il s’agit plutôt de générer beaucoup d’idées, de vérifier les hypothèses et de faire des liens entre divers éléments, jusqu’à ce qu’apparaisse quelque chose de nouveau, soit l’idée originale qui vous distinguera de vos concurrents.
« Nous permettons aux gens de faire les choses essentielles que sont expérimenter, échouer et évoluer. Il est normal de dire que l’on avait tort hier et que l’on a raison aujourd’hui, de changer d’avis. »
—Brittany Forsyth, ancienne chef des talents de Shopify
Au Cirque du Soleil, les idées peuvent provenir de n’importe quelle division de l’entreprise. Il faut fournir l’espace nécessaire aux employés, et les encourager à exprimer leurs idées.
« Nous avons 5 000 paires d’yeux et d’oreilles au sein de l’entreprise, et nous encourageons notre personnel à nous faire part de ses découvertes, explique le Québécois Daniel Lamarre, directeur général du Cirque. Parfois, nous découvrons une idée attrayante en lisant un livre, en regardant un film, en écoutant une pièce de musique, ou encore en visionnant du contenu dans YouTube ou dans un média social. »
Conseil d’expert : Pour encourager leurs employés à essayer de nouvelles choses, les entreprises peuvent réorganiser l’horaire de travail, ou encore préciser leurs attentes dans les objectifs de rendement. De son côté, Shopify s’appuie sur des journées d’exploration (« hack days »), où tous les employés doivent interrompre leurs activités courantes et consacrer trois jours à un projet de leur choix, en général pour concevoir des programmes ou des solutions liés à un thème particulier. Le service Gmail de Google a été imaginé dans le cadre de la règle des 20 % de l’entreprise, qui permet aux employés de consacrer 20 % de leur temps à l’exploration de projets personnels, qui ne produisent pas nécessairement de dividendes immédiats, mais qui peuvent ultérieurement donner lieu à des percées spectaculaires.
3. La créativité est stimulée par les contraintes stratégiques
Même si cela peut paraître contre-intuitif, les limites imposées peuvent en fait dynamiser la créativité.
« Nous pensions au départ qu’il fallait laisser entièrement libre cours aux étudiants pour favoriser leur créativité, dit Josie Fung en parlant du programme i-THINK. En fait, ce qu’on nous a dit, c’est qu’en structurant davantage le programme, en imposant quelques contraintes, nous favoriserions la créativité. »
Les personnes créatives sont à l’aise avec l’ambiguïté, mais elles cherchent aussi à lui donner un sens en y accolant leur propre structure, selon Tom Waller, scientifique en chef de Lululemon, dont le siège social est à Vancouver.
« Nous recherchons avant tout des gens capables de composer avec l’ambiguïté et de formuler des idées à partir d’une page blanche. Et parfois, un simple griffonnage se transforme progressivement en quelque chose de valable », conclut Tom Waller.
Conseil d’expert : Selon Ajay Agrawal, chef du Creative Destruction Lab de l’Université de Toronto, il est assez simple de définir certaines contraintes pour stimuler la créativité. Premièrement, il s’agit d’établir des objectifs précis : quel est le problème à résoudre ? Deuxièmement, il faut s’assurer de fournir les ressources nécessaires – temps, argent, etc. – à l’exploration des solutions potentielles. Troisièmement, il faut reconnaître et mesurer les progrès accomplis.
4. La créativité est un sport d’équipe
Autrefois, la créativité était l’affaire d’inventeurs travaillant en solo. Par exemple, Léonard de Vinci et les autres génies de la Renaissance étaient des esprits universels qui excellaient dans plusieurs domaines.
Ce n’est plus le cas aujourd’hui, comme l’explique Ajay Agrawal.
Puisque la science et la technique sont de plus en plus complexes, il faut, pour vraiment comprendre les limites d’un domaine, s’appuyer sur la collaboration entre divers spécialistes. »
« À mon avis, tous peuvent jouer un rôle dans le processus créatif. Ce peut être un rôle différent, mais il y a de la place pour tous dans ce processus. »
—Ajay Agrawal, chef du Creative Destruction Lab de l’Université de Toronto
Cela nous ramène aux archétypes de créateurs : même si vous disposez d’un visionnaire et d’un instigateur pour défendre une idée, il vous faudra aussi un battant pour la mettre en œuvre. Il s’agit de déterminer les compétences nécessaires pour produire le meilleur résultat possible, puis de réunir et de former les personnes capables de réaliser les objectifs établis. Il peut être nécessaire de ratisser large pour trouver des personnes de formation et de culture diverses, capables de mettre à profit leurs expériences et leurs connaissances complémentaires. On peut aussi envisager de conclure des partenariats avec des entreprises d’autres secteurs ou avec des organismes communautaires.
Une nouvelle période axée sur les idées
À l’amorce des années 2020, le Canada fait face à des défis considérables. La pandémie a révélé diverses lacunes importantes dans notre société : la structure précaire de nos centres de soins de longue durée ; le fardeau disproportionné qui revient aux femmes dans la garde des enfants ; les disparités raciales en matière de santé et de conditions économiques ; et la difficulté de coordination nationale des interventions d’urgence. Désormais, nous ne pouvons plus détourner le regard. Nous devons plutôt, d’un nouvel œil, nous ouvrir aux nouvelles possibilités qui s’offrent à nous, comme la télésanté, la formation à distance et les horaires de travail flexibles – et aux nouveaux talents que nous pouvons attirer. Nous ne faisons qu’amorcer une transformation créative profonde de notre économie et de notre société. La pandémie de COVID-19, comme d’autres crises qui l’ont précédée, a bouleversé notre conception du monde en forçant la société à se réorganiser et à envisager de nouvelles expériences. En prônant le caractère essentiel de la créativité dans nos écoles et dans nos milieux de travail, nous pouvons amorcer une nouvelle période axée sur les idées, afin de résoudre les problèmes les plus pressants du Canada.
À propos des auteurs
Trinh Theresa Do est responsable du développement stratégique au sein de l’équipe Leadership avisé et services économiques, et mène à l’occasion des activités de production de balados, de recherche et de rédaction. Auparavant, elle a exercé les fonctions de conseillère stratégique auprès des membres de la Haute direction de la division Services bancaires aux particuliers et aux entreprises. Avant de se joindre à RBC, Mme Do a été journaliste politique sur la scène nationale à CBC News et a cofondé un organisme sans but lucratif favorisant l’engagement communautaire grâce à l’innovation technologique.
Sonya Bell s’est jointe à l’équipe Leadership avisé et Services économiques RBC en 2018, à titre de première directrice, Diffusion de contenu. Elle a exercé précédemment la fonction de rédactrice principale pour l’ancien premier ministre de l’Ontario. Auparavant, Mme Bell a travaillé dans le domaine du journalisme en tant que productrice à CBC et de journaliste affectée à la politique fédérale pour iPolitics. Entre la colline du Parlement et Queen’s Park, elle a été scénariste de l’émission This Hour Has 22 Minutes durant deux saisons.
Andrew Schrumm a assumé le rôle de chercheur principal au sein de l’équipe Leadership avisé RBC. À ce titre, il a examiné les conditions à créer pour faire du Canada un pays diversifié, innovateur et durable à l’aube des années 2020. Il a dirigé le projet de recherche de RBC sur les aptitudes de l’avenir, qui traitait de la mobilité professionnelle axée sur les aptitudes, de l’apprentissage continu et des possibilités d’automatisation dans l’économie canadienne.
Au moment où la première année de la pandémie prend fin, les premières leçons que nous en tirons se révèlent remarquablement durables. Il y a six mois, nous avons mis en lumière certaines des tendances mondiales que la COVID-19 a suscitées, notamment en ce qui a trait à notre façon de travailler, de magasiner, d’apprendre et plus encore. Ces tendances ne se sont pas renversées. En fait, la transformation numérique qui s’opérait dans pratiquement tous les secteurs s’est même accélérée.
Maintenant que la reprise mondiale est bien amorcée, les entreprises et les secteurs les plus innovants sont en mesure de tirer parti de ces changements. Leur défi sera aussi de s’adapter aux attentes quotidiennes des consommateurs et des employés, lesquelles ont également évolué.
À mesure que la crise sanitaire s’amenuisera, nous pouvons imaginer qu’une plus grande importance sera accordée à notre foyer et à la façon dont nous prenons soin de nous-mêmes. Les organisations qui offrent de la valeur (pour leurs clients et leurs actionnaires) et préservent certaines valeurs (pour leurs employés, les consommateurs et les parties prenantes) pourraient avoir la cote. Nous voulons tous plus d’options pour apprendre et créer, à nos conditions et sur les plateformes de notre choix, ainsi que pour mettre les institutions et les entreprises au défi de mieux répondre à nos besoins. Et lorsque nous nous mobiliserons de nouveau, nous chercherons de nouvelles manières de vivre plus d’expériences et de partager davantage.
En somme, il faut s’attendre à ce que l’automatisation et l’humanité revêtent une plus grande importance, et à une nouvelle ère créative capable de faire le pont entre elles. Les années 2020 seront très tumultueuses et marquées de nombreuses transitions. La période postérieure à la pandémie pourrait par ailleurs marquer le début de l’âge de la raison d’être.
Nous passerons plus de temps à la maison à l’avenir, que ce soit pour travailler, nous entraîner ou nous adonner à nos loisirs, et chercherons à rendre notre chez-nous plus branché au monde numérique que jamais.
Ce que nous observons
Nous veillons à adapter notre logement à l’ère du numérique.
Le nombre d’Américains qui ont fait des rénovations a augmenté de 20 % en 2020.
Les revenus réalisés par l’industrie électronique grand public ont bondi de 7 % à l’échelle mondiale pour s’établir à 360 milliards de dollars*
Les ventes d’ordinateurs domestiques et de tablettes ont grimpé de plus de 10 %.
Nous misons davantage sur les activités à la maison.
Les vidéos de cuisine ont été le troisième type de contenu le plus visionné aux États-Unis en 2020, après les vidéos de musique et d’humour ; quatre Américains sur cinq affirment qu’ils vont continuer de cuisiner davantage à la maison.
Les vendeurs de piscines ont enregistré jusqu’à trois fois plus de ventes en Amérique du Nord. Les ventes de chauffe-terrasses ont explosé.
L’adoption d’animaux de compagnie et les dépenses s’y rattachant ont augmenté de 5 % pour atteindre près de 6 milliards de dollars canadiens.
Nous faisons davantage d’activités en plein air.
Les ventes de motoneiges aux États-Unis ont atteint leur plus haut niveau depuis 1995.
Toujours aux États-Unis, les ventes d’équipement de ski ont bondi de plus de 50 %. La hausse est encore plus élevée dans la catégorie du ski de randonnée nordique.
Les ventes d’équipement de golf chez nos voisins du Sud se sont accrues de plus de 10 %, culminant à 2,8 milliards de dollars en 2020.
Ce que cela signifie
Le prix élevé des logements incitera les gens à investir davantage dans l’aménagement et l’ameublement de leur habitation.
Le mobilier de bureau à domicile aura la cote.
La stratégie concurrentielle « du dernier kilomètre » s’étendra au secteur des services.
Les fournisseurs de services à forte valeur ajoutée (vétérinaires, instructeurs de conditionnement physique, soutien technique) combineront les visites virtuelles et les visites à domicile.
La navigation en ligne deviendra primordiale.
Avant de faire un achat important, trois Américains sur quatre effectuent des recherches en ligne sur les articles et le mobilier pour la maison.
Ce qu’il faut
Les ménages nord-américains ont épargné 2 billions de dollars et pourraient se servir de ces économies pour rénover leur logement.
Les professionnels (médecins, avocats et comptables) devront revoir leur façon de fournir des services à une clientèle dispersée.
Les collectivités pourraient se redéfinir comme des carrefours « travail/vie personnelle ».
Les zones rurales auront besoin d’optimiser l’accès et les réseaux Internet.
Les banlieues et les villes environnantes devront attirer des fournisseurs de services haut de gamme.
Plus les modèles de travail hybrides s’enracineront, plus la technologie sera essentielle à chaque stratégie liée aux ressources humaines (RH).
Ce que nous observons
Les modèles de travail hybrides sont en train de devenir la norme.
Selon une étude, les employés de bureau aux États-Unis s’attendent à travailler à partir de la maison 22 % du temps, comparativement à 5 % auparavant.
Parmi les répondants, 81 % disent qu’ils retourneront au bureau d’ici les quatre prochains mois à la condition de pouvoir encore travailler à distance à temps partiel.
L’étude révèle par ailleurs que 90 % des directeurs de RH aux États-Unis permettront à leurs employés de télétravailler au moins à temps partiel.
Les outils de collaboration sont en plein essor.
Près de 40 % des employés de bureau en Chine disent qu’ils sont moins efficaces à la maison ; seulement 10 % disent qu’ils sont plus efficaces.
Trois employeurs sur cinq aux États-Unis cherchent à investir davantage dans des outils de collaboration virtuelle.
L’acquisition de Slack par Salesforce, au prix de 27,7 milliards de dollars, témoigne de la demande croissante d’outils de collaboration à distance.
Le stress augmente.
Parmi les travailleurs interrogés dans quatre pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, 74 % des répondants affirment que des problèmes de santé mentale nuisent à leur productivité.
Près de la moitié des répondants ont signalé des difficultés à dormir et ont l’impression que le télétravail altère leur santé mentale.
Ce que cela signifie
Les stratégies de gestion des talents devront mettre à profit la technologie.
Il sera essentiel de fournir des logiciels et de l’équipement aux travailleurs, où qu’ils soient.
Les investissements dans les services de cybersécurité devraient augmenter.
Les outils vidéo et de collaboration deviendront essentiels.
La gestion du rendement devra être revue.
Les employeurs devront se concentrer davantage sur les extrants que sur les intrants.
Les travailleurs pourraient exiger une grande latitude quant à la façon dont ils gèrent leur temps.
Les modèles de travail hybrides rendront essentielle la reconnaissance des employés en temps réel.
Dans les entreprises, l’aménagement des locaux sera adapté à l’ère de la COVID-19.
Les tests de dépistage et la recherche de contacts pourraient s’intensifier en milieu de travail.
Des cantines pour le personnel et des garderies ouvriront dans un plus grand nombre de lieux de travail.
Les services de livraison à la porte s’élargiront aux lieux de travail.
Ce qu’il faut
Les organisations devront repenser leur vision de l’innovation de manière à faciliter le travail d’équipe à distance et adopter un modèle réparti de prise de décisions.
Nous devrons réinventer la façon dont l’espace peut à la fois respecter la distanciation physique et favoriser les séances de remue-méninges créatives.
Les employeurs devraient considérer la collaboration à distance comme un avantage concurrentiel.
La reprise pourrait alimenter le retour d’un mode de vie sain et encourager les gens à se soucier davantage de leur condition physique et de leur santé mentale.
Ce que nous observons
Une personne sur trois dans le monde a pris du poids pendant la pandémie.
45 % des gens disent essayer de perdre du poids.
Les abonnements à Peloton ont plus que doublé pour s’établir à 2 millions d’utilisateurs payants.
Le bien-être mental est un nouvel aspect du conditionnement physique.
Fitbit a enregistré une hausse de 2 900 % des gens qui adopte la méditation comme exercice.
29 % des psychologues américains ont rencontré plus de patients souffrant principalement de troubles anxieux.
Les soins de santé virtuels se répandent.
En juin 2020, 70 % des soins ambulatoires ont été prodigués virtuellement au Canada.
76 % des chefs de clinique affirment que la pandémie a modifié de manière importante ou modérée leur stratégie virtuelle.
Ce que cela signifie
De plus en plus d’applications permettront aux gens de s’entraîner à domicile et ailleurs, notamment dans les centres de conditionnement physique.
Les régimes de soins de santé devront investir davantage dans les données pour surveiller et mesurer tous les aspects de la santé individuelle, et reconnaître les progrès réalisés.
Les professionnels de la santé et du bien-être adopteront des modèles de collaboration.
Ce qu’il faut
Les organismes de santé publique pourraient investir davantage pour encourager l’autogestion de la santé.
On pourrait miser davantage sur des soins virtuels pour améliorer les coûts et rehausser l’expérience des patients.
Il faut un suivi attentif de la santé mentale pour soutenir les personnes perturbées qui se sentent perdues.
L’essor des plateformes technologiques et du commerce électronique amènera les petites et moyennes entreprises à recourir à la collecte et à l’analyse de données pour mieux servir leurs clients, où qu’ils soient.
Ce que nous observons
Aux États-Unis, 40 % des consommateurs se procurent en ligne des articles qu’ils achèteraient normalement en magasin.
Amazon a représenté 40 % des dépenses de commerce électronique au quatrième trimestre de 2020.
Les ventes en ligne de Walmart ont grimpé de 69 %.
Plus de 60 % des consommateurs devraient continuer d’utiliser les plateformes de livraison de repas et même y recourir encore plus.
Les dépenses mondiales des utilisateurs finaux des services infonuagiques publics devraient croître de 18,4 % en 2021 pour atteindre 305 milliards de dollars.
70 % des organisations envisagent d’augmenter leurs dépenses liées aux services infonuagiques.
Ce que cela signifie
La pandémie a transformé l’économie numérique, créant pour la première fois un pont entre l’infonuagique et l’intelligence artificielle à très grande échelle.
Les plateformes technologiques ont élargi leur portée et leur connaissance des consommateurs, permettant aux petits fournisseurs (commerçants, restaurants, créateurs) d’accéder à de nouveaux marchés de plus grande envergure.
Les entreprises qui n’ont pas affermi leurs capacités numériques ou qui ne peuvent pas se démarquer continueront de céder du terrain aux grandes plateformes technologiques.
Ce qu’il faut
L’établissement d’un plus grand nombre de microplateformes, par région et par secteur, pourrait permettre aux petites entreprises et aux entreprises locales de communiquer entre elles les tendances en matière de données, les perspectives, les outils et les talents.
Les programmes de recyclage doivent être remaniés pour permettre l’augmentation massive de l’offre de données et du talent numérique.
La rapidité et la commodité ont dorénavant préséance dans tous les marchés ; les mesures de relance devraient aider les petites entreprises à investir dans des ressources numériques.
Grâce à la pandémie, les gens ont eu plus de temps et un plus grand accès numérique pour se mobiliser et remettre en question les décisions de gouvernements, des grandes entreprises et de puissants intérêts. Pendant la remise en marche de l’économie, les entreprises devront mieux gérer l’économie de la confiance et une nouvelle ère de dissidence numérique.
Ce que nous observons
Le degré de confiance à l’égard des institutions a chuté l’été et l’automne derniers.
Le Baromètre de confiance Edelman 2021 indique que la France, l’un des 11 pays faisant partie de l’étude, a été le seul pays où l’on a enregistré une hausse de la confiance depuis mai 2020.
Dans 18 des 27 pays sondés, les répondants font plus confiance aux entreprises (surtout leurs employeurs) qu’aux gouvernements.
La dissidence numérique progresse plus rapidement que les prises de décisions d’entreprises et de gouvernements.
Le mouvement #BlackLivesMatter est apparu sur Twitter près de 50 millions de fois dans les deux semaines qui ont suivi la mort de George Floyd. Plus de 15 millions d’Américains ont participé à des manifestations dans 2 500 villes en moins d’un mois.
Les mêmes forces perturbent les marchés.
Depuis le début de 2021, le bassin d’utilisateurs du forum wallstreetbets de Reddit a doublé et est passé à 9,5 millions.
En janvier 2021, les opérations sur actions des investisseurs individuelles représentaient 25 % du volume total du marché, par rapport à 10 % en 2019.
Ce que cela signifie
Les difficultés auxquelles sont confrontés les gouvernements (programmes d’aide à grande échelle et campagnes de vaccination massive) ont rendu le public suspicieux à l’égard des institutions.
La dissidence numérique demeurera importante et incitera chaque entreprise à être attentive et à apprendre.
Les entreprises qui s’aligneront sur de puissants mouvements et réseaux sociaux affermiront leurs relations avec leurs clients et employés.
Ce qu’il faut
Les entreprises devront se pencher sur tous les éléments de la reprise pour pouvoir résoudre de grands problèmes.
Les communications avec les consommateurs, les investisseurs et les fournisseurs devront être plus ouvertes et interactives.
Les chercheurs et les éducateurs peuvent se servir de la pandémie pour découvrir le rôle et les responsabilités des institutions dans la résolution de la crise, et tirer des leçons.
La pandémie a révélé les pouvoirs et les limites des gouvernements, de sorte que la résolution de nombreux problèmes complexes incombe maintenant aux entreprises. Le climat se situe en tête de liste.
Ce que nous observons
La stratégie zéro émission nette remodèlera les années 2020.
Près de la moitié des entreprises représentant plus de 80 % des émissions industrielles de GES à l’échelle mondiale se sont fixé un objectif de carboneutralité en 2020 ou ambitionnent de le faire.
127 gouvernements représentant 63 % de l’économie mondiale ont des objectifs de carboneutralité.
La pandémie a révélé les difficultés liées à une réduction rapide des émissions.
Une diminution de 6 % des émissions de CO2 liées à l’énergie a été enregistrée en 2020. Ce recul est sans précédent.
Les émissions avaient augmenté de 2 % en décembre de la même année par rapport à l’année précédente.
Les consommateurs peuvent avoir du mal à changer
Les VUS et les camions ont représenté 85 % des ventes de véhicules au Canada en février. De 2010 à 2018, les VUS ont été le deuxième facteur ayant le plus contribué à l’augmentation des émissions mondiales de CO2.
Parmi les consommateurs, 58 % déclarent ne pas avoir opté pour des modes de transport à faible émission de carbone ou le transport en commun.
On s’attend à ce que 120 modèles de véhicules électriques entrent sur le marché canadien au cours des prochaines années, ce qui pourrait stimuler la demande et faire baisser les prix.
Ce que cela signifie
Les progrès en matière d’environnement, de société et de gouvernance (ESG) sont devenus la norme, la pandémie ayant centré l’attention du public sur les défis mondiaux et existentiels.
En raison de leur incapacité à combattre le virus, les gens se sentent de plus en plus privés de leurs droits.
Les gouvernements étant occupés à gérer les contrecoups de la crise sanitaire et économique, les entreprises devront jouer un rôle de premier plan si les changements climatiques continuent de constituer la principale préoccupation de la population à l’égard de la reprise.
Ce qu’il faut
Un nouveau modèle de coopération public-privé comportant des responsabilités claires transcendant les changements au niveau des gouvernements pourrait permettre de s’attaquer aux défis à long terme.
Les entreprises devraient mieux définir leurs rôles et responsabilités dans la résolution des problèmes climatiques.
Il nous faudra plus de précisions sur les mesures à court et à long terme (et les coûts) mises en place pour réduire les émissions.
La pandémie a accéléré l’explosion du contenu publié par les utilisateurs qui se poursuit depuis dix ans, puisque les gens ont maintenant les outils et le temps nécessaires pour élaborer des messages convaincants.
Ce que nous observons
La vidéo continue de dominer l’industrie du contenu.
84 % de l’auditoire américain déclare avoir regardé au moins le même nombre de vidéos courtes qu’avant la pandémie.
Le consommateur moyen aux États-Unis est maintenant abonné à quatre services vidéo en continu.
L’augmentation du nombre d’auditeurs est prédominante dans le secteur du jeu.
Les heures de contenu de jeux regardées sur YouTube ont doublé par rapport à 2018 et dépasse maintenant 100 milliards.
Plus de 350 créateurs de jeux sur YouTube ont dépassé les 10 millions d’abonnés.
L’intérêt pour le contenu traditionnel, comme les médias sportifs, continue de diminuer.
En 2020, les séries mondiales n’ont jamais été si peu regardées, l’écoute du Super Bowl a atteint son plus bas niveau en 15 ans et l’écoute des finales de la Coupe Stanley et de la NBA a reculé respectivement de 61 % et de 51 % par rapport à 2019.
Certains sports individuels ont tenu le coup. En 2020, le championnat de la PGA a attiré son meilleur auditoire en cinq ans.
Ce que cela signifie
Les annonceurs et les créateurs de contenu doivent trouver comment rejoindre les auditoires en leur offrant plus de choix et en captant leur attention sur de plus courtes durées.
Les consommateurs de la génération Z s’attendent à être coauteurs et coproducteurs de contenu, qu’il s’agisse de messages sociaux ou de publicité.
La conception des jeux façonnera le contenu, tant des messages politiques que des programmes scolaires, et les utilisateurs s’attendent à des options multimédias immersives.
Ce qu’il faut
La formation doit intégrer les principes de conception et les capacités multimédias.
Les secteurs traditionnels (agriculture, ingénierie et politique publique) devraient chercher à collaborer davantage avec les secteurs créatifs (cinéma, jeux et conception graphique).
Le Canada devrait chercher à attirer des talents mondiaux en multimédia et en conception.
Trop d’écoles mettent les salles de classe à l’écran, alors qu’elles devraient investir dans les outils et les aptitudes numériques afin de personnaliser et d’améliorer l’éducation.
Ce que nous observons
Un sondage mondial a révélé que l’apprentissage en ligne a retardé de 1,5 à 3 mois les étudiants, la durée variant selon la matière. Selon une étude du Royaume-Uni, le fait de manquer la moitié d’une année d’études pourrait se traduire par une perte de revenu de 70 000 $ CA au cours de toute une vie.
Les mathématiques sont l’une des principales sources de problèmes. Une étude menée auprès de 8 000 écoles américaines a révélé une baisse des résultats en mathématiques de cinq à dix points de pourcentage en 2020.
L’intégrité scolaire est compromise. L’Université de Waterloo a surpris trois fois plus d’étudiants qui trichaient au cours de la dernière année scolaire.
Ce que cela signifie
Notre empressement à apprendre à distance n’a pas amélioré les résultats scolaires, car les liens ont été rompus entre l’enseignant et l’étudiant, ainsi qu’entre les étudiants.
Une génération risque aujourd’hui de présenter des lacunes éducatives permanentes, ce qui aura des conséquences à long terme. Nous devrons adopter des approches radicales en 2021 pour les aider à rattraper le retard.
De nombreux collèges et universités n’ont pas profité de la crise pour transformer leurs modèles.
Ce qu’il faut
Une nouvelle approche pourrait établir un équilibre entre l’apprentissage en personne et l’apprentissage à distance grâce aux outils numériques dans le cas de l’apprentissage dit « asynchrone », puisque la plupart des apprentissages se déroulent en dehors de la salle de classe.
Les collectivités à faible revenu auront besoin d’investissements importants en matière de réseau Wi-Fi et d’accès numérique. Les écoles publiques de la ville de New York ont découvert que plus de 60 000 élèves n’ont toujours pas les appareils nécessaires à l’apprentissage en ligne.
Un examen stratégique de tous les aspects de l’éducation, soit la formation des enseignants, la conception des salles de classe et plus encore, placerait les générations futures dans une ère d’apprentissage hybride.
Les mêmes forces numériques qui changent notre façon de travailler, de magasiner et de nous restaurer peuvent relancer la philanthropie, qui a diminué pendant la pandémie.
Ce que nous observons
Nous sommes moins généreux. Environ 42 % des organisations qui ont reçu des dons en 2019 en ont reçu moins en 2020.
Nous faisons des dons pour des causes très locales et très éloignées. Les dons aux banques alimentaires ont monté en flèche. De plus, des dons totalisant plus de 500 millions de dollars ont été amassés pour les incendies de forêt en Australie.
Nous cherchons le bien collectif. Benevity, une plateforme canadienne de gestion des dons, a enregistré une augmentation de plus de 70 % des dons, principalement grâce aux portails d’entreprise.
Ce que cela signifie
Les activités traditionnelles de collecte de fonds deviendront des expériences virtuelles.
Les organisations sociales chercheront à s’intégrer aux expériences des consommateurs, qu’il s’agisse d’options permettant d’arrondir les montants à la hausse ou de collectes de fonds virtuelles sur des applications de conditionnement physique.
Les organismes de bienfaisance se transformeront en organismes de contenu, se faisant connaître au moyen de la réalité augmentée dans le cadre des expériences vidéo, musicales et de jeux.
Ce qu’il faut
Des bassins de talents technologiques pourraient soutenir les organismes de bienfaisance et les organismes communautaires de petite taille.
Les organisations sociales pourraient bénéficier de stratégies axées sur les plateformes.
Les entreprises technologiques et les organisations sociales pourraient s’associer pour innover dans les domaines de la collecte de fonds et du bénévolat.
La pandémie a plongé les collèges et les universités canadiens dans une crise inédite. Toutefois, celle-ci représente peut-être aussi une occasion unique. Grâce à l’utilisation généralisée des plateformes et des outils d’apprentissage en ligne, les professeurs peuvent s’adresser à des étudiants situés aux quatre coins de la planète, un marché susceptible d’excéder largement celui du Canada.
La transition ne sera pas facile, car d’autres pays veulent saisir la même occasion et nos établissements devront investir pour prendre de l’expansion à un moment où on leur demande de réduire leurs dépenses. Toutefois, alors que le Canada cherche à relancer l’économie du savoir, l’exportation numérique de l’enseignement postsecondaire pourrait attirer des talents, créer des emplois de grande valeur et aider les collèges et les universités à se réinventer dans le contexte des perturbations causées par la pandémie.
Point De Vue
La propagation de la COVID-19 à l’échelle mondiale a été un choc pour les établissements d’enseignement internationaux et on ne sait pas encore à quelle vitesse ils se rétabliront. Depuis le début de l’année, le nombre d’étudiants étrangers entrés au pays représente seulement les trois quarts de celui enregistré en 2019. Le nombre de demandes de permis d’études a également chuté. Ces déclins risquent d’amoindrir l’apport économique que ces étudiants génèrent, estimé à 22 milliards de dollars par an, et mettent à rude épreuve un secteur d’environ 170 000 emplois.
Pour que le Canada reprenne sa place de chef de file dans l’accueil d’étudiants étrangers, au nombre de 642 000 au début de 2020, les établissements, les provinces et les ministères fédéraux doivent mener un effort concerté. Il est essentiel d’accélérer le traitement des demandes de visas, d’offrir des logements sécuritaires et d’élargir le recrutement.
Cependant, l’éducation d’envergure internationale est également prête à adopter de nouveaux modèles. Le confinement a forcé quelque 1,6 milliard d’élèves à cesser de fréquenter leur établissement, entraînant une transition vers l’apprentissage à distance et en ligne. D’ici 2030, près de 300 millions de personnes dans le monde décrocheront un diplôme, le double du nombre actuel, et une bonne partie d’entre elles obtiendront un titre de compétence en ligne.
Si les universités canadiennes étaient capables d’attirer ces étudiants étrangers potentiels grâce à un modèle d’études postsecondaires hybride, en ligne en début de programme et sur place à la fin, elles pourraient devenir des acteurs clés dans ce secteur en pleine croissance. Imaginez que les universités canadiennes conjuguent leurs efforts pour créer une « Université du Canada » ouverte sur le monde. Les étudiants pourraient obtenir des crédits sans quitter leur pays d’origine, acquérir des compétences linguistiques, recevoir des conseils pour leur avenir professionnel et profiter d’occasions d’apprentissage virtuel intégré au travail. Ils deviendraient ainsi d’excellents candidats pour l’admission à des études supérieures au Canada.
Les Chiffres
Moins d’étudiants étrangers durant la pandémie
En juin 2020, le nombre d’étudiants provenant des dix principaux pays d’origine avait chuté de 26 % par rapport à 2019. Plus inquiétant, les demandes de nouveaux permis d’études reçus par IRCC en avril, mai et juin a chuté de 60 %, tandis que le traitement des demandes a ralenti, seulement 10 % environ du volume de l’année dernière ayant été traités au printemps.
Pourtant, l’envie d’étudier à l’étranger demeure forte
Les mesures de confinement n’ont découragé que 5 % des étudiants étrangers, les incitant à abandonner complètement leurs études. La majorité (54 %) est prête à attendre jusqu’à 12 mois, dans l’espoir d’entamer ses études sur un campus. Seulement trois personnes sur dix prévoient commencer leur cursus en ligne.
Le nombre de jeunes diplômés devrait doubler d’ici 2030
Au cours de la prochaine décennie, le nombre de jeunes diplômés atteindra des records en Asie, comptant pour plus de la moitié de ce qu’il sera à l’échelle mondiale. La hausse sera largement attribuable à la Chine et à l’Inde, dont le nombre de diplômés grimpera à 81 millions et à 70 millions, respectivement.
D’ici 2030, 1,7 milliard de personnes se joindront à la classe moyenne dans le monde
Si la reprise post-COVID-19 se généralise, la classe moyenne pourrait compter 5,7 milliards de personnes dans le monde d’ici 10 ans. Cette expansion favoriserait une hausse des inscriptions dans les établissements d’enseignement postsecondaire, bien que les contraintes liées au financement et au corps professoral dans l’hémisphère sud puissent freiner la croissance institutionnelle. En Inde, premier pays d’origine des étudiants étrangers au Canada, quelque 600 millions de personnes pourraient accéder à des niveaux de revenu moyen. Par ailleurs, 20 millions de personnes pourraient s’ajouter à l’ensemble de la classe moyenne de l’Éthiopie, de l’Angola et de la Côte d’Ivoire.
Le marché de l’éducation transfrontière en ligne touche deux fois plus d’étudiants dans le monde
On estime que 13 millions d’étudiants obtiennent des crédits en ligne auprès d’une institution étrangère. C’est deux fois plus que les étudiants étrangers qui fréquentaient les campus en 2019 (6 millions). Les destinations les plus prisées des étudiants étrangers pour les études sur campus sont le Canada (12 %) qui se classe en troisième position derrière les États-Unis (21 %) et l’Australie (13 %). Toutefois, le Canada fait pâle figure dans le domaine l’apprentissage en ligne transfrontière.
Questions Clés
1. Comment le fait d’accroître les capacités en ligne pourrait-il renforcer la stratégie du Canada en matière d’éducation internationale ?
L’éducation en ligne brille par son absence dans la Stratégie en matière d’éducation internationale, publiée en août 2019. À peine six mois plus tard, le gouvernement fédéral a agi rapidement afin que les étudiants étrangers puissent achever jusqu’à la moitié de leur programme en ligne à partir de leur pays d’origine. Cette initiative visait à aider les étudiants actuels dans le contexte de la pandémie, mais elle ouvre la possibilité d’une nouvelle approche mondiale en matière d’éducation.
Les universités du Canada ont déjà investi massivement dans les méthodes et la technologie d’apprentissage à distance, étant donné qu’elles ont dû transférer 1,4 million d’étudiants vers les ressources virtuelles au printemps. Sans coordination, ces ressources peuvent répondre aux besoins immédiats des établissements, mais si elles étaient combinées au sein d’un programme international unique, leur portée serait accrue.
L’Université du Canada toucherait plus d’étudiants situés dans un plus grand nombre de pays ; elle offrirait la souplesse d’un cours en ligne ouvert à tous, la réputation d’un titre de compétence canadien et l’attrait d’une expérience professionnelle au Canada. Voici, en général, ce qu’elle pourrait offrir :
Inscription permanente aux cours en ligne pour la première année d’études dans le pays d’origine
Réduction des frais de scolarité par crédit, grâce à l’importance des inscriptions à l’échelle mondiale
Possibilité d’accumuler des crédits pour obtenir un titre de compétence canadien ou de les transférer à une université nationale
Professeurs établis au Canada et conseillers à distance pour les études, le cheminement professionnel et les langues
Occasions de réseautage par l’intermédiaire des bureaux commerciaux du Canada à l’étranger et des campus satellites
Possibilité d’effectuer à distance un apprentissage intégré au travail avec un employeur canadien
Possibilité d’admission à des études sur le campus d’une université canadienne, une fois que l’étudiant a obtenu la moitié des crédits équivalents du programme souhaité
Cette approche permettrait à des millions de jeunes étudiants mobiles d’accéder à une éducation canadienne.Ce ne serait pas une mince affaire. Il faudrait que les universités collaborent comme jamais auparavant afin de fournir de la formation et du matériel et, avec l’appui des gouvernements fédéral et provinciaux, de bâtir l’infrastructure numérique et d’organiser le marketing mondial. La collaboration entre les organismes chargés de transférer les crédits provinciaux serait aussi indispensable pour faciliter la transition scolaire.
2. Quelle est la taille du marché de l’éducation en ligne ?
Selon les estimations de l’OCDE, plus de 13 millions d’étudiants suivent des cours transfrontières en ligne, à la fois par l’entremise d’établissements officiels et de plateformes en ligne. La majorité de ces étudiants, qui profitent de la commodité des études en ligne, n’accumulent pas les crédits en vue de l’obtention d’un diplôme.
Le Royaume-Uni compte le plus grand nombre d’étudiants étrangers en téléapprentissage qui veulent obtenir un diplôme ; ils sont 120 000, soit environ 12 % des étudiants étrangers inscrits. Élément clé de la stratégie du Royaume-Uni, l’apprentissage ouvert et à distance (AOD) fait partie de la culture du Commonwealth, comme en témoignent plus de 2 millions de diplômés de l’Open University du Royaume-Uni dans le monde. À l’inverse aux États-Unis, seulement 5 % des étudiants étrangers sont établis à l’extérieur du pays, tandis que l’Université d’Athabasca, principale école en ligne au Canada, compte juste 3 % d’étudiants étrangers.
Durant la dernière décennie, la croissance la plus rapide a été observée du côté des cours en ligne ouverts à tous qui sont assez brefs. Bien que peu de gens les terminent et y soient fidèles, ces cours ont connu un regain de popularité dans le contexte actuel d’incertitude économique, alors que les étudiants cherchent à améliorer leurs compétences.
L’une des plus grandes plateformes, EdX, affirme avoir 33 millions d’utilisateurs, dont 70 % sont des Américains et des Européens. Le nouveau venu Lectera lance un programme de formation rapide multilingue axé sur les aptitudes professionnelles et destiné aux étudiants du monde entier. Google entre également dans ce secteur, avec un apprentissage en ligne rapide offrant d’acquérir des compétences professionnelles, qui concurrence les diplômes universitaires traditionnels.
Créé par le MIT et l’Université Harvard, Edx fait le pont entre les cours en ligne ouverts à tous et l’éducation traditionnelle. Grâce aux programmes MicroBachelors et MicroMasters, les étudiants, où qu’ils se trouvent, peuvent obtenir des crédits en ligne, ce qui accélère leur apprentissage lorsqu’ils sont admis sur le campus. Le succès de ces initiatives montre le potentiel d’une « Université du Canada ».
3. Les étudiants étrangers veulent-ils étudier en ligne ?
Dans la mesure du possible, les étudiants étrangers préfèrent, de loin, étudier sur les campus. Les sondages ont montré à maintes reprises qu’ils souhaitaient fortement intégrer le marché du travail canadien ; 70 % d’entre eux ont l’intention de travailler ici après l’obtention de leur diplôme. Seules la réputation de notre système d’éducation (82 %) et la perception d’une société sûre et tolérante (79 %) représentent des motivations plus fortes.
Pourtant, lorsqu’on s’intéresse aux personnes qui étudient principalement en ligne, les étudiants des pays émergents semblent plus attirés par le fait d’obtenir des crédits d’une institution étrangère. En Colombie, aux Philippines et en Afrique du Sud, 49 % des personnes inscrites à des cours en ligne ouverts à tous ont suivi au moins un cours. Cette proportion grimpe à 70 % parmi celles qui ont un emploi, selon un sondage réalisé en 2016. À titre de comparaison, seuls 5 % à 10 % des Américains et des Européens qui suivent des cours en ligne ouverts à tous termineront leurs études en ligne.
Une Université du Canada offrirait une approche équilibrée entre les cours en ligne et les cours sur les campus, un apprentissage à distance accessible à beaucoup de gens et la possibilité d’achever son cursus dans un établissement canadien.
4. Quels sont les pays où est la demande d’enseignement postsecondaire est la plus forte ?
Cinq des principaux pays d’origine des étudiants étrangers au Canada ont connu une augmentation considérable du nombre d’élèves ayant terminé leurs études secondaires, sans que le nombre de diplômés d’études postsecondaires ait grimpé aussi fortement : le Vietnam, le Brésil, l’Iran, la Chine et l’Inde. Parmi eux, la proportion d’adultes (âgés de plus de 25 ans) détenant seulement un diplôme d’études secondaires a augmenté entre 1990 et 2010.
Cette croissance montre deux choses. Premièrement, le fait d’achever ses études secondaires prend de plus en plus de valeur dans les pays en développement. Deuxièmement, la possibilité pour ces étudiants d’obtenir des diplômes postsecondaires fait défaut. Sans surprise, les pays d’où proviennent la plupart des étudiants étrangers sont aussi les pays d’origine de nombreux nouveaux Canadiens ; l’an dernier, plus de 11 000 nouveaux résidents permanents avaient étudié ici. Pour le Canada, l’exportation de l’éducation s’est directement traduite par l’importation de talents.
L’éducation en ligne peut attirer plus d’étudiants étrangers que l’éducation traditionnelle sur les campus, car elle réduit les coûts élevés que représentent les frais de scolarité, les voyages et le logement. Pour les nouvelles familles de la classe moyenne, les coûts seront un facteur décisif. Rien que cette année, les pressions sur les monnaies ont entraîné une forte appréciation du dollar canadien face au real brésilien, au naira nigérian, au birr éthiopien, au rouble russe et, dans une moindre mesure, à la roupie indienne et au yuan chinois, faisant augmenter les frais de scolarité.
À Surveiller
À mesure que les collèges et les universités rouvrent leurs portes et que les restrictions sur les déplacements sont levées, les demandes de permis d’études au Canada renoueront-elles avec les niveaux observés avant la pandémie de COVID-19 ? Disposons-nous de ressources suffisantes pour traiter rapidement ces demandes ?
Comment les universités perçoivent-elles leurs nouvelles ressources en ligne, comme des dépenses d’urgence ou comme une occasion de croissance potentielle ? Les écoles peuvent-elles collaborer en vue de partager leurs ressources en ligne ?
Pour attirer les étudiants du monde entier, les universités essaieront-elles d’accroître leur présence physique à l’étranger, à l’aide de campus satellites ou de partenariats locaux ?
Comment la propriété intellectuelle liée aux cours en ligne peut-elle être protégée sur des marchés où les règles sur la censure ou les régimes juridiques laissent à désirer ?
À Retenir
L’éducation est un bien social mondial. C’est aussi un marché mondial porteur. Les deux concepts n’ont pas à être séparés. Le Canada jouit d’une excellente réputation à l’étranger pour la qualité de son système éducatif ; c’est l’une des choses que nous faisons le mieux. Notre enseignement supérieur est le mieux noté au sein de l’OCDE et la population d’étudiants étrangers est déjà impressionnante.
Alors que l’économie du savoir se mondialise, l’éducation constitue l’un des principaux avantages concurrentiels du Canada. Notre vaste réseau d’anciens étudiants étrangers diplômés favorise les liens d’affaires à l’étranger et renforce les relations commerciales. Notre système avantageux de permis de travail destinés aux étudiants contribue à l’acquisition de talents solides, en menant vers la résidence permanente. L’éducation internationale doit être un pilier de la stratégie de reconstruction du Canada pour les années 2020.
L’Université du Canada est un moyen d’y arriver. Pour mener cette initiative audacieuse, il faudra supprimer les obstacles artificiels entre les établissements d’enseignement supérieur et les provinces, afin de promouvoir une approche collaborative de l’éducation internationale, fondée sur une plateforme. Un financement sera nécessaire pour obtenir les technologies, former le corps professoral et faire le marketing mondial qui assureront la réussite de cette initiative, sans diminuer les transferts dont nos universités bénéficient actuellement.
La concurrence ne manque pas dans le domaine de l’éducation internationale, des universités traditionnelles aux nouvelles entreprises technologiques en passant par l’enseignement supérieur qui gagne en importance dans tous les pays. Cependant, le Canada est particulièrement bien placé pour prendre la tête (s’il le souhaite).
Ce rapport a été rédigé par John Stackhouse, premier vice-président, et Andrew Schrum, premier directeur, Recherche, au Bureau du chef de la direction.