Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
➔ La mise en service d’un projet de stockage par batterie et l’approbation d’un projet de petit réacteur modulaire (PRM) témoignent de la capacité du Canada à concrétiser ses projets
➔ Au sein du cabinet de Mark Carney : le médiateur, l’initiée et le sceptique
➔ General Fusion a besoin de fonds
Sujets chauds
➔ Le Canada est un leader de la réduction des émissions de méthane. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le Canada, qui fait partie des plus grands producteurs de pétrole et de gaz au côté des États-Unis, de la Russie et de l’Iran, présente l’une des intensités d’émissions de méthane les plus faibles. Par ailleurs, l’Agence estime que les émissions de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone, demeurent à un niveau élevé à l’échelle mondiale, en dépit des engagements et de l’existence de solutions qui permettraient de réduire les émissions provenant des combustibles fossiles à un coût « quasi nul ». Pire encore, les émissions de méthane restent largement sous-évaluées au niveau mondial, selon le dernier rapport sur le méthane (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de l’Agence internationale de l’énergie.
➔ Les États-Unis s’attaquent à l’énergie solaire… et à la douche ! Aux États-Unis, une nouvelle proposition du Parti républicain cherche à éliminer les crédits d’impôt populaires accordés aux ménages qui installent des panneaux solaires et achètent des véhicules électriques. Selon des analystes, cette proposition d’envergure visant à supprimer plusieurs incitatifs prévus par la loi sur la réduction de l’inflation, ainsi que par d’autres programmes, permettrait au gouvernement d’économiser 560 milliards de dollars américains sur dix ans, mais entraînerait une hausse de 7 % des dépenses des ménages américains d’ici 2035. Ces mesures pourraient aussi entraver les efforts des États-Unis pour réduire leurs émissions de 43 à 48 % par rapport à 2005 au cours de la prochaine décennie. Une autre proposition prévoit de supprimer les règles qui limitent la consommation d’eau dans les douches et les toilettes. Également sur la sellette : le programme Energy Star, pourtant reconnu pour encourager l’efficacité énergétique et réduire le montant des factures d’électricité.
➔ Douze projets de terres rares actuellement en cours au Canada. Ces projets sont en phase d’exploration, d’estimation des ressources ou d’évaluation économique préliminaire. Selon un rapport de Vivan Sorab, première directrice, Technologie propre, trois installations de séparation et de traitement et deux usines de recyclage d’éléments des terres rares (ETR) existent déjà. La suppression de quelques goulots d’étranglement pourrait accélérer la réalisation des 12 projets. Dans cette optique, les investissements gouvernementaux, comme le financement provincial en Saskatchewan, favorisent l’accès à la commercialisation des installations de traitement de terres rares. Par ailleurs, des conventions de vente et d’achat à des prix concurrentiels pourraient aider l’industrie canadienne des ETR à prendre pied.
➔ Planter des arbres ne suffit pas pour lutter contre le changement climatique. La planète a besoin d’une industrie mondiale axée sur l’élimination à grande échelle du carbone dans l’atmosphère au moyen de solutions naturelles et artificielles. Écoutez le nouvel épisode de la série Les innovateurs x CDL : L’ère de l’innovation. John Stackhouse et Sonia Sennik reçoivent David Keith, pionnier de l’élimination du carbone et fondateur de Carbon Engineering, pour parler des mesures nécessaires pour réduire les émissions.
Politiques
Le médiateur, l’initiée et le sceptique
Tim Hodgson, le nouveau ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, a été chargé par son patron, Mark Carney, de transformer le Canada en « superpuissance énergétique mondiale ». Pour atteindre cet objectif, M. Hodgson devra jouer le rôle de médiateur dans le secteur des ressources naturelles, notamment en renouant avec les provinces de l’Ouest et les groupes autochtones. Jusqu’à présent, il a été chaleureusement accueilli dans l’Ouest, où règne un certain mécontentement à l’égard de l’attitude d’Ottawa envers le secteur des énergies fossiles.
Julie Dabrusin, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, a suscité une réaction différente de la part des provinces productrices de pétrole et de gaz. En effet, sa biographie, où elle fait état de sa forte objection à l’expansion des sables bitumineux, soulève des inquiétudes. Mais sa qualité d’initiée, acquise en tant que secrétaire parlementaire auprès des ministres des Ressources naturelles et de l’Environnement et du Changement climatique, ainsi qu’à titre de membre du Comité des ressources naturelles, sera essentielle pour permettre à Ottawa de simplifier et d’accélérer le développement de projets, notamment d’oléoducs et de gazoducs. Tout comme le gouvernement du Québec, le premier ministre semble ouvert à l’idée de construire de nouveaux pipelines de combustibles fossiles. « Les Québécois ne comptent pas laisser Donald Trump contrôler le pétrole produit en Alberta. Est-il possible de passer par le Québec, pour l’exporter vers l’Europe au lieu de dépendre de Trump ? Nous sommes ouverts à cette idée. Je sens que les choses bougent », a récemment déclaré le premier ministre François Legault, ajoutant qu’aucun projet concret n’avait été proposé.
Désormais responsable du patrimoine, l’ancien ministre de l’Environnement Steve Guilbeault a fait sourciller dès son retour au parlement en se montrant sceptique à l’égard d’un projet d’oléoduc reliant l’Est à l’Ouest. Son portefeuille inclut Parcs Canada, ce qui renforce sa légitimité pour aborder les questions de biodiversité et d’érosion de la nature provoquée par le changement climatique.
Comités à suivre : La plupart des affaires gouvernementales sont traitées au sein de comités du Cabinet. Un des comités à suivre est Construire le Canada, qui examine une grande variété d’enjeux, notamment en ce qui a trait au logement, aux infrastructures, à la prospérité économique des Autochtones ou à l’action climatique. L’équipe composée de Tim Hodgson et Chrystia Freeland, respectivement président et vice-présidente du comité, combine expertise du secteur privé et expérience ministérielle.
TECHNOLOGIES PROPRES
Injection de fonds pour General Fusion
General Fusion a besoin de nouveaux capitaux. L’entreprise de fusion nucléaire établie en Colombie-Britannique a annoncé une percée technologique qui constitue un pas de plus vers l’intégration de la technologie de fusion sans carbone au réseau électrique. General Fusion a dû cependant réduire ses effectifs en raison de « contraintes financières inattendues », et est maintenant à la recherche de nouveaux capitaux pour mener à bien son projet, a déclaré son chef de la direction Greg Twinney.
La fusion nucléaire reproduit le processus par lequel les étoiles génèrent de l’énergie. Il s’agit d’une technologie extrêmement complexe, dont la mise en œuvre est constamment repoussée « dans cinq ans ». Néanmoins, les avancées technologiques récentes ont ravivé l’intérêt des investisseurs.
General Fusion a également besoin d’un alignement des étoiles. Bien que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux aient déjà investi dans l’entreprise, Greg Twinney cherche à obtenir des financements supplémentaires, notamment de la part du secteur privé, car l’entreprise rivalise avec d’autres programmes de fusion financés par des fonds publics à l’échelle internationale. Selon PitchBook, depuis 2002, l’entreprise a amassé 440,53 millions de dollars américains, et compte parmi ses investisseurs Temasek, BDC Capital, Chrysalix Venture Capital et Jeff Bezos. General Fusion a récemment engagé l’ancien chef de la direction de Blue Origin LLC, la société aérospatiale du fondateur d’Amazon.com Inc., en tant que conseiller stratégique.
Ces dernières années, les États-Unis ont dépensé 800 millions de dollars par an dans la technologie de fusion, tandis que la Chine a injecté entre 1 et 1,5 milliard de dollars par an. Il existe aujourd’hui dans le monde 98 usines-pilotes ou prototypes en activité, 13 autres sont en construction et 33 à l’étape de projet.
General Fusion est talonnée par des entreprises canadiennes concurrentes. La société montréalaise Fuse Energy a levé 32 millions de dollars américains de nouveaux fonds à la fin de l’année dernière, et compte la National Nuclear Security Administration (agence américaine pour la sécurité nucléaire) comme principal collaborateur et client potentiel. L’idée est que Fuse Energy devienne pour la NNSA, ce que SpaceX est pour la NASA, a déclaré son chef de la direction de 24 ans, JC Btaiche. L’année dernière, les Laboratoires Nucléaires Canadiens ont demandé la mise en place d’une stratégie canadienne en matière de fusion pour aider le pays à atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Parmi les pays du G7, le Canada est celui qui offre le moins de soutien public par habitant au développement de la technologie de fusion, constatent les Laboratoires Nucléaires Canadiens.
Tendances, technologie et science
➔ L’Ontario s’apprête à construire le premier petit réacteur modulaire (PRM) du G7. La province a donné le feu vert à Ontario Power Generation pour lancer la construction du premier des quatre petits réacteurs modulaires dans le cadre de son projet Darlington New Nuclear, le premier du genre en Ontario depuis trois décennies.
➔ L’installation de stockage d’énergie d’Oneida est désormais en service. Cette installation de stockage par batterie, qui se trouve dans le sud de la province, près de Hamilton, dans le comté Haldimand, est la quatrième plus grande au monde. Ses 278 batteries aux ions de lithium stockeront suffisamment d’énergie pour alimenter le sud de l’Ontario durant les pointes de consommation ou lorsque d’autres sources d’énergie deviendront trop onéreuses. Dirigé par des Autochtones et utilisant des sources renouvelables, ce projet permettra de réduire les émissions de l’Ontario de près de 4 millions de tonnes, ce qui équivaut à retirer près de 850 000 voitures à essence de la circulation pendant un an. L’installation pourrait inspirer les grands consommateurs d’énergie, comme les centres de données, qui étudient actuellement différentes options. Dans son blogue, John Stackhouse explique comment le stockage par batterie accroît la possibilité de maintenir des coûts bas et une fiabilité élevée, tout en respectant les engagements climatiques du Canada.
➔ Le recyclage semble passer de mode. Un rapport du groupe de réflexion Circle Economy a révélé que seulement 6,9 % des 106 milliards de tonnes de matériaux utilisés chaque année par l’économie mondiale provenaient de sources recyclées, ce qui représente une baisse de 2,2 points de pourcentage depuis 2015. Le groupe de réflexion a constaté que si l’utilisation de matériaux recyclés a augmenté de 200 millions de tonnes entre 2018 et 2021, la consommation globale de matériaux a crû beaucoup plus vite, annulant ainsi ces progrès.
L’institut à l’œuvre
➔ John Stackhouse a participé au sommet du B7 à Ottawa la semaine dernière. Il y a présenté les résultats préliminaires du projet conjoint entre RBC et le Center on Global Energy Policy de l’Université de Columbia qui porte sur les options politiques liées au gaz et au gaz naturel liquéfié.
➔ Le 30 avril, John Stackhouse et Lisa Ashton ont présenté les résultats de nos dernières recherches sur l’agriculture, l’alimentation et l’enseignement postsecondaire au Conseil des doyens – Agriculture, Alimentation et Médecine vétérinaire à Ottawa. Ils ont souligné les principales perspectives en matière de perfectionnement des talents, d’innovation et de résilience du secteur.
➔ Découvrez les quatre principaux points à retenir de Myha Truong-Regan’s, cheffe, Recherche climatique, tirés d’un récent événement sur le gaz et l’électricité organisé par la Chambre de commerce de la région de Toronto.
➔ L’Institut d’action climatique RBC a coorganisé une table ronde avec Nature United dans le cadre du colloque du Salazar Center for North American Conservation, qui s’est tenu à Vancouver ce mois-ci. Lisa Ashton a animé la discussion qui portait sur la manière de positionner la conservation et la gérance de l’environnement en tant qu’atouts stratégiques dans les plans de croissance des secteurs dépendants de la nature, comme la foresterie, l’agriculture et l’exploitation minière.
➔ Liste de lecture de l’équipe : The Measure of Progress: Counting What Really Matters de Diane Coyle ; Bad Company: Private Equity and the Death of the American Dream de Megan Greenwell et Transcend: Unlocking humanity in the age of AI de Faisal Hoque.
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
La prospérité des écosystèmes naturels est essentielle à la croissance d’une économie nord-américaine fondée sur les ressources. Les politiques de construction et de forage à outrance sont motivées par des objectifs à court terme comme le développement du commerce international, la souveraineté économique, la sécurité et l’accessibilité financière, alors même que les plans de croissance devraient tenir compte de notre principal atout : la nature.
L’Institut d’action climatique RBC a co-organisé une table ronde avec Nature United dans le cadre du colloque du Salazar Center for North American Conservation, qui s’est tenu à Vancouver la semaine dernière. Le sujet :Comment faire de la conservation et de la gérance de l’environnement des atouts stratégiques dans les plans de croissance des secteurs dépendants de la nature, comme la foresterie, l’agriculture et l’exploitation minière ?
Voici ce que nous avons entendu :
Accent sur les avantages économiques.Nous continuons de nous éloigner des modèles de protection de paysages fondés sur l’absence d’activité ou d’accès public au profit d’approches qui soutiennent les économies locales : création d’emplois, d’espaces de loisirs et de nouvelles sources de revenus (crédits compensatoires) et d’entreprises (écotourisme, exploitation forestière responsable, gestion forestière). Cette évolution tient compte du fait que la conservation durable repose sur les humains. Un bon exemple est l’achat en 2021 par le conseil tribal Heiltsuk de Shearwater Marine Ltd, un centre de villégiature et une marina de 63 acres à Bella Bella, en Colombie-Britannique. Les Heiltsuks ont ainsi récupéré une partie importante de leur territoire et ouvert de nouvelles perspectives économiques, notamment dans le secteur de l’écotourisme culturel.
Communication adaptée aux valeurs locales. La transition énergétique risque d’appauvrir les communautés rurales dont l’emploi et l’activité économique dépendent de l’extraction des combustibles fossiles. La revitalisation de ces communautés par une transition économique axée sur la nature peut faire partie de la solution, mais pour obtenir l’adhésion des communautés à de telles stratégies, il faut les leur communiquer dans un langage qui tienne compte des valeurs et des priorités locales. En Virginie-Occidentale, un haut lieu de l’exploitation du charbon où l’administration Trump concentre ses efforts de relance de cette industrie, une telle stratégie économique axée sur la nature a permis de créer des emplois et de réhabiliter des villes abandonnées. Les occasions ne manquent pas : foresterie responsable, restauration des forêts, réhabilitation écologique de sites miniers abandonnés, et développement du tourisme le long de la chaîne de montagnes des Appalaches.
Débat sur l’attribution d’une valeur monétaire à la nature. Alors que les détracteurs dénoncent la marchandisation de la nature, les partisans soutiennent que sa valorisation favorise l’investissement d’un plus grand nombre de parties prenantes. Ce débat a façonné l’influence de la nature sur le marché de la compensation écologique ainsi que sur d’autres mécanismes – allant de la comptabilité budgétaire aux obligations vertes – qui encouragent l’investissement dans la nature. Par exemple, la ville de Gibsons, en Colombie-Britannique, a développé une stratégie axée sur les actifs naturels, intégrant ainsi la valeur de la nature dans ses processus de planification. En effet, la ville a conclu que l’infrastructure verte était rentable pour la gestion des eaux de ruissellement, ce qui a permis de réduire les coûts associés au développement de projets résidentiels et commerciaux.
Trois choses à surveiller :
Le projet d’allègement fiscal aux États-Unis pourrait autoriser la vente de près de 300 millions d’hectares de terres publiques. On craint de plus en plus que ces terres ne soient vendues à des fins d’exploitation minière, forestière et pétrolière sans véritable encadrement. Ce problème concerne également le Canada, puisque les terres publiques voisines offrent des milieux naturels intacts aux espèces sauvages dont les routes migratoires franchissent les frontières. Ces terres jouent également un rôle essentiel dans la capacité des États-Unis à contribuer à l’atteinte des objectifs internationaux en matière de biodiversité et de climat. Le texte de loi sur le maintien des terres publiques sous contrôle public (Public Lands in Public Hands Act) vise à interdire au Secrétaire à l’Intérieur et au Secrétaire à l’Agriculture de vendre des terres de plus de 300 acres à une entité non fédérale. Le projet de loi a été initialement parrainé par Ryan K. Zinke, représentant républicain du Montana au sein du Congrès américain. Le projet de loi est actuellement examiné par la sous-commission des forêts et de l’horticulture du Congrès.
Le rôle de l’accord des Nations unies sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales dans l’exploitation de l’Arctique. Si l’accord compte 114 pays signataires, seuls 21 l’ont ratifié à ce jour, ce qui est bien en deçà des 60 nécessaires pour qu’il entre en vigueur et garantisse la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité marine dans les eaux internationales. L’Arctique abrite certains des plus vastes écosystèmes marins intacts du monde, dont la protection est plus que jamais d’actualité puisque la Russie, la Chine, les États-Unis et le Canada s’intéressent au tourisme, à la pêche commerciale, au transport maritime transarctique et à l’exploitation minière en eaux profondes.
Le gouvernement Carney peut-il renforcer les ressources naturelles du Canada dans un contexte de croissance ? Le gouvernement libéral présente un plan visant à accélérer et à étendre les projets dans les secteurs de l’énergie et des minerais critiques, tout en s’engageant à intensifier les efforts de conservation de la nature au Canada. Le défi de ce gouvernement libéral minoritaire sera de concilier la réconciliation avec les Autochtones, les efforts en faveur de la nature et l’exploitation des ressources, tout en apaisant les tensions liées au rythme des projets et à la valeur accordée à la nature dans les secteurs extractifs.
Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC
Martha Rogers,économiste principale, The Nature Conservancy/Nature United
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Les relations commerciales houleuses entre les États-Unis et la Chine a propulsé les minéraux critiques à l’avant-scène. En fait, les terres rares, ces 17 éléments aux propriétés physiques et chimiques qui en font des composantes essentielles à certaines des technologies les plus cruciales au monde, ont été la plus récente arme de l’arsenal commercial de la Chine contre les États-Unis.
Au terme de récentes négociations commerciales avec les États-Unis, la Chine a exprimé sa volonté de revenir sur les restrictions à l’exportation des terres rares qu’elle avait annoncées en avril. Toutefois, cette menace a de nouveau souligné la dépendance collective de l’Occident à l’égard de la Chine. En septembre 2020, la première administration Trump a signé un décret qui insistait sur la dépendance préoccupante du pays à l’égard de la Chine en ce qui concerne les terres rares et a appelé à une augmentation de la production nationale. Même si les tentatives des États-Unis de rapatrier l’offre sont couronnées de succès, leur production ne représentera qu’une fraction de celle de la Chine, ce qui fait de la collaboration internationale, y compris avec le Canada, une exigence absolue.
Sept chiffres illustrent la situation actuelle – et le rôle potentiel du Canada.
67 %
Part de la production minière mondiale de terres rares provenant de la Chine. Si les États-Unis produisent 11 % du total mondial, soit la deuxième plus grande quantité, ils exportent la quasi-totalité de leur production aux fins de transformation. Les États-Unis étaient autrefois le premier producteur mondial de terres rares, mais ils perdent des parts de marché depuis les années 1980, la Chine dominant la production mondiale depuis lors. Le Canada a produit des terres rares par le passé, mais aucune exploitation minière n’y a lieu à l’heure actuelle.
99 %
Part du contrôle chinois sur la séparation et le traitement des terres rares lourdes. Les terres rares lourdes, telles que le terbium, permettent aux aimants de terres rares de fonctionner dans des applications à plus haute température, y compris certaines technologies de défense, sans perte de rendement. La Chine contrôle également 90 % des terres rares légères, y compris le néodyme, qui sont également des composantes clés des aimants. Des pays comme l’Estonie et le Canada disposent ou développent des capacités de séparation et de traitement des terres rares légères et lourdes.
92 %
Part du contrôle chinois dans la fabrication mondiale d’aimants de terres rares. Si les terres rares sont utilisées sous diverses formes (poudres pour le polissage de l’équipement optique, catalyseurs dans le raffinage du pétrole), elles servent également à fabriquer les aimants permanents les plus puissants du monde. Ces aimants sont utilisés dans les technologies à très haut rendement, notamment dans les avions militaires, les sous-marins et les produits électroniques, et sont difficiles à remplacer.
16
Nombre d’entités américaines vers lesquelles les exportations de terres rares ont été interdites par la Chine en avril, tandis que les tensions commerciales s’intensifiaient entre les deux pays. Quinze de ces entités étaient liées à la fabrication de technologies de défense.
439 millions de dollars US
Montant dépensé par le ministère américain de la Défense depuis 2020 pour renforcer sa chaîne logistique nationale en terres rares.
22 millions de dollars
Ce que les États-Unis ont investi dans les entreprises canadiennes de traitement des terres rares depuis 2023. Le Canada est considéré comme une « source nationale » de minéraux critiques en vertu de la Defense Production Act (DPA) des États-Unis sur la production de défense, de sorte que les entreprises canadiennes peuvent bénéficier d’investissements en vertu du Titre III de la DPA.
12
Projets de terres rares au Canada actuellement en phase d’exploration, d’estimation des ressources ou d’évaluation économique préliminaire. Il existe également trois installations de séparation et de traitement et deux usines de recyclage des terres rares. Pour tirer parti de cette occasion, quelques éléments pourraient accélérer les choses. 1/ Investissements publics : Le financement provincial en Saskatchewan, par exemple, a permis de rapprocher les installations de traitement des terres rares de la commercialité. Le soutien des pouvoirs publics pourrait également contribuer à accélérer les projets. 2/ Assurer l’écoulement des produits de terres rares : Comme le mentionne Le nouveau grand jeu, des décennies de politique industrielle et de percées technologiques ciblées ont laissé les fabricants occidentaux en concurrence avec des produits moins coûteux tout en étant assujettis à des normes environnementales plus strictes. La garantie d’un écoulement à des prix concurrentiels pourrait aider le secteur canadien des terres rares à s’implanter.
Vivan Sorab est premier directeur, Technologie propre, Institut d’action climatique RBC
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Cette l’année marque le 50e anniversaire du G7, et lorsque ses dirigeants se réuniront en Alberta le mois prochain, beaucoup se demanderont si le groupe continuera d’exister encore cinquante autres années.
Leurs ministres des Finances pourraient se poser les mêmes questions la semaine prochaine lorsqu’ils se réuniront à Banff, se demandant si les champions du capitalisme démocratique peuvent surmonter une guerre tarifaire, des menaces de stagflation et des inquiétudes croissantes concernant la dette américaine.
Le sort du capitalisme démocratique est peut-être en jeu.
J’ai passé une partie de la semaine dernière à Ottawa avec un groupe appelé le B7, composé de chefs d’entreprise des sept principales économies démocratiques, et je n’en suis pas ressorti enthousiasmé par le grand projet de l’Occident. Depuis 1975, alors que le monde était aux prises avec des chocs pétroliers et des crises monétaires, le G7 a contribué à maintenir la stabilité économique et financière. Ce sont les États-Unis qui ont fait le plus gros du travail, avec l’aide de l’Allemagne et du Japon, mais la coordination des politiques économiques et monétaires au sein du groupe dans son ensemble a également été déterminante.
Aujourd’hui, cette collaboration ne tient qu’à un fil. La visite de Donald Trump dans le golfe Persique cette semaine montre à quel point le centre de gravité des capitaux s’est déplacé. La Chine et l’Amérique latine revendiquent également des droits sur ce territoire.
Or, si le commerce suit la géopolitique, il faut s’attendre à d’autres perturbations.
Que peut donc faire le G7 ? Peut-être mettre au point de nouveaux moyens de générer, d’attirer et de réinvestir des capitaux.
Pendant de trop nombreuses années, les bilans publics et privés des grandes démocraties ont été axés sur des objectifs à court terme. Parallèlement, les pays non démocratiques ont accumulé des capitaux pour des projets s’étalant sur plusieurs décennies.
Alors que les économies des pays du G7 chancellent et que leurs dettes augmentent, ces derniers sont désormais confrontés à un déficit infrastructurel de 15 billions de dollars pour reconstruire les chaînes logistiques, accroître la production de minéraux critiques, se doter de capacités pour les économies fondées sur l’intelligence artificielle et décarboniser les systèmes énergétiques.
Le Canada peut contribuer à orienter la réflexion de l’alliance vers ces besoins à long terme. La tâche ne sera pas aisée compte tenu des tensions politiques entre l’administration Trump et la plupart des alliés du G7. Cependant, si les États-Unis participent, le G7 peut créer de nouvelles approches pour le capitalisme démocratique, notamment :
des investissements coordonnés entre les pays ;
davantage de capitaux institutionnels pour les projets prioritaires ;
des approches préférentielles en matière d’approvisionnement ;
des approches communes en matière d’approvisionnement, en particulier dans les secteurs de l’énergie, des technologies de pointe et des minéraux critiques ;
des normes, des mesures et des principes communs.
Vous pouvez lire le communiqué final du groupe B7 ici.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Issue #12
➔ Le projet de capture du carbone et les obligations de transition, deux priorités pour Mark Carney ➔ Le successeur de Warren Buffett à la tête d’un véritable empire énergétique ➔ Des vedettes des technologies propres en difficulté et un prix de la fiction climatique
Sujet chauds
➔ Les politiques canadiennes en matière de véhicules électriques nuisent aux agriculteurs. Dans une lettre adressée à trois ministres fédéraux, les représentants du secteur agricole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) soulignent que les droits de douane appliqués par Ottawa aux véhicules électriques chinois ont eu comme « conséquence inattendue » l’imposition de droits de douane par Beijing, notamment sur le canola, les homards et les pois. Les 62 milliards de dollars de subventions accordés par le Canada aux constructeurs de véhicules électriques ne se sont pas non plus traduits par une envolée des investissements, car les entreprises concernées ont suspendu leurs projets au Canada, a précisé la FCEI. Les signataires plaident pour qu’une partie des fonds soit réorientée vers les petites entreprises.
➔ L’énergie verte a-t-elle déclenché des pannes d’électricité dans la péninsule ibérique ? Selon certains, les ressources « non contrôlables » (les installations solaires ou éoliennes, qui ne peuvent pas être commandées ou programmées à la demande) sont responsables des pannes survenues. Or les réseaux alimentés par des combustibles fossiles peuvent s’effondrer aussi, comme en Italie en 2003. L’intermittence de la production entraîne cependant son lot de problèmes. Alors que les causes exactes de la panne restent obscures, l’opérateur de réseau espagnol REE avait prévenu en février que la dépendance aux énergies renouvelables pourrait conduire à une instabilité du réseau, notamment si le gouvernement fermait ses centrales nucléaires d’ici 2027. La réponse pourrait-elle simplement consister à maintenir la diversification du bouquet énergétique ?
➔ Le successeur de Warren Buffett à la tête d’un véritable empire énergétique. L’« Oracle d’Omaha » a choisi Greg Abel, originaire d’Edmonton, pour lui succéder à la tête de Berkshire Hathaway. En sa qualité de président des activités de la compagnie dans le domaine de l’énergie et dans d’autres secteurs non liés à l’assurance, M. Abel dirige un conglomérat qui figure parmi les plus grands exploitants d’énergie éolienne et solaire aux États-Unis, sans parler des services publics d’électricité et des gazoducs. Berkshire Hathaway exploite certaines des centrales au charbon les plus polluantes aux États-Unis, mais ce type de centrale ne compte plus que pour 22 % de sa production d’électricité, contre 71 % en 2005.
➔ L’Ontario accélère l’exploitation des minéraux critiques. Les nouvelles règles proposées encourageront l’investissement dans les chaînes logistiques locales. En réduisant la dépendance à l’égard des importations, elles doperont la création d’emplois, stimuleront la croissance économique et feront de l’Ontario l’un des chefs de file de l’économie verte. Les nouvelles règles donneront également à la province des pouvoirs étendus pour protéger ses actifs stratégiques contre les « acteurs et régimes étrangers hostiles ». Cette décision intervient alors que les États-Unis tentent frénétiquement de sécuriser l’accès aux minerais critiques, notamment en concluant un accord avec l’Ukraine, en rationalisant les chaînes logistiques et en accélérant l’exploitation minière en eaux profondes.
POLITIQUE CLIMATIQUE
Les corridors énergétiques de Mark Carney
L’économie et le commerce sont en tête des priorités du nouveau gouvernement fédéral, mais les enjeux climatiques se fraient leur chemin. Les « corridors énergétiques », notamment, sont considérés comme moteurs possibles d’une croissance dopée par les investissements.
Voici quelques dossiers de premier plan auxquels entend s’atteler le gouvernement.
➔ Lancement d’un grand projet de capture du carbone en Alberta Comment faire décoller un projet de capture et de stockage du carbone soutenu par l’Alliance nouvelles voies, un consortium réunissant des producteurs des sables bitumineux ? Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a déclaré la semaine dernière à Edmonton qu’il attendait avec impatience le lancement du projet..
➔ Renforcement de la politique industrielle en matière de carbone. Les conservateurs voulaient abroger la tarification fédérale du carbone pour les émissions industrielles, mais cette dernière est maintenue pour l’instant. L’an dernier, Myha Truong-Regan, responsable de la recherche sur le climat à l’Institut d’action climatique RBC, a co-écrit un article sur le rôle central que jouent les marchés du carbone industriel pour accélérer la transition énergétique du Canada.
➔ Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Le mécanisme figurait dans le programme électoral des libéraux. Il pourrait être la version canadienne d’une « taxe climatique ». S’il est mis en œuvre, il accroîtrait la compétitivité des entreprises canadiennes vertueuses face à leurs rivales étrangères grandes émettrices de GES. L’imposition d’un tel mécanisme au Canada serait probablement saluée par les Européens mais se heurterait à une forte résistance et à des représailles de la part des États-Unis – entre autres partenaires commerciaux.
➔ Contrats sur différence pour le carbone. Mark Carney est favorable à l’extension de l’initiative mais son gouvernement doit d’abord gérer de nombreuses priorités financières.
➔ Diffusion de l’information sur les risques climatiques. L’idée a été lancée sur la plateforme électorale juste au moment où les commissions provinciales en valeurs mobilières du Canada suspendaient leurs travaux visant à rendre obligatoire la communication, par les sociétés ouvertes, d’informations touchant au climat.
➔ Obligations de transition. Dans leur programme électoral, les libéraux proposent de financer des projets industriels et agricoles « propres » grâce à des obligations, pour un montant annuel de 10 milliards de dollars.
➔ Plafonnement des émissions du secteur pétrogazier. Des ajustements sont possibles, Mark Carney ayant suggéré qu’il travaillerait avec le secteur et les provinces sur « des moyens spécifiques pour obtenir ces réductions, qui ne seraient pas […] des plafonds prédéfinis ni des restrictions prédéfinies, avec un calendrier prédéfini ».
➔ Pour plus de détails, voir l’article de John Stackhouse sur les options dont dispose Mark Carney sous la présidence de Donald Trump.
Tendances climatiques, technologie et science
➔ Nouvelle sortie de route pour Li-Cycle. Les problèmes s’accumulent pour la société torontoise : après l’échec du rachat par la société minière suisse Glencore, le chef de la direction tire sa révérence.
➔ Le Québec ne sauvera pas Lion Electric Co. Aucun sauveur n’a encore volé au secours du fabricant d’autobus et de camions électriques, qui souffre des retards dans les programmes de subventions et d’incitations canadiens ou américains ainsi que des perturbations des chaînes logistiques.
➔ La Néo-écossaise Planetary Technologies remporte le prix XPrize (valeur : 1 M$ US). L’entreprise technologique spécialisée dans la capture du CO2 des océans était en lice avec 1 300 concurrents dans le cadre d’un concours doté de 100 millions de dollars américains et soutenu par Elon Musk. Mati Carbon, une entreprise américano-indo-africaine, a remporté le prix principal (50 M$) pour sa technologie d’élimination du carbone.
➔ Série Les innovateurs RBC. Avec Mike Kelland (Planetary Technologies), Jim Mann (UNDO), qui a remporté un prix XPrize de 5 M$ US, et David Keith (scientifique pionnier du climat et cofondateur de Carbon Engineering), John Stackhouse et Sonia Sennik discutent de la course à l’innovation visant à mettre en œuvre à grande échelle les technologies d’élimination du carbone.
➔ Le Nunavut se réjouit du recours à l’énergie solaire. Grâce à la mise en service de 2 500 panneaux solaires, une minuscule collectivité du cercle arctique pourra bientôt se passer de génératrices diesel, du moins en été.
➔ Prix de la fiction climatique. La rencontre entre un garçon et une fille sur fond de changements climatiques et l’amour à l’ère des feux de forêt sont deux des thèmes abordés dans les cinq romans sélectionnés pour le tout premier prix de la fiction climatique, d’un montant de 10 000 livres sterling. Le lauréat sera désigné lors du Hay Festival, qui se tiendra au Pays de Galles d’ici la fin du mois.
L’institut à l’œuvre
➔ Un grand nombre des principaux dirigeants autochtones du Canada se sont réunis à l’occasion de la 8e conférence annuelle de la First Nations Major Projects Coalition, parrainée par RBC, afin de déterminer comment mieux mobiliser des capitaux pour des projets menés en partenariat avec des autochtones. RBC a également publié un rapport baptisé Bâtir ensemble et a organisé une table ronde privée avec 30 dirigeants autochtones et chefs de la direction sur le renforcement de la résilience économique du Canada et sur le rôle central des partenariats noués avec les Autochtones et de l’inclusion de ces derniers.
➔ Le Sommet ontarien sur l’alimentation a rassemblé des chefs de file de la chaîne d’approvisionnement alimentaire de toute la province. John Stackhouse et Lisa Ashton, de Leadership avisé RBC, ont prononcé l’allocution d’ouverture, consacrée aux relations commerciales canado-américaines et à leur impact sur l’agriculture et l’alimentation ; les orateurs ont souligné les principales conclusions de notre dernier rapport de recherche, L’alimentation d’abord.
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Les 100 premiers jours d’un nouveau gouvernement sont toujours marqués par une activité intense. Le gouvernement libéral minoritaire de Mark Carney devra notamment présenter un budget, mener des négociations commerciales avec l’administration Trump et accueillir le G7 en juin. Prendre un peu de hauteur permet de mettre en évidence les principales priorités. Cinq d’entre elles devraient focaliser l’attention du Parlement dans les mois à venir et au-delà. Leadership avisé RBC les suit de près.
Conclure un pacte économique et de sécurité avec les États-Unis.
Lors des prochaines négociations avec les États-Unis, le gouvernement canadien devrait faire des concessions minimales jusqu’à ce qu’il obtienne la garantie que les échanges commerciaux ne seront pas soumis à des droits de douane et que l’accord commercial actuel sera respecté. Les États-Unis, quant à eux, voudront élargir la discussion, notamment à la question des frontières et de la sécurité.
Un accord a minima pourrait inclure :
Énergie et sécurité économique : Les négociateurs s’attaqueront probablement à des griefs de longue date, comme la taxe sur les services numériques. Ils tenteront aussi de résoudre le différend sur le bois d’œuvre et de renforcer les règles d’origine. Diverses évolutions stratégiques devraient avoir lieu en matière de gaz, d’énergie nucléaire et de minéraux critiques, également dans la perspective de la prochaine réunion du G7.
Défense et sécurité dans l’Arctique : Ce thème couvre aussi bien le plan visant à consacrer 2 % du PIB à la défense et la modernisation du NORAD, que la comptabilité des biens à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le nord, dont un port arctique, ou encore des engagements accrus en matière de construction de navires et de brise-glaces.
Sécurité des frontières : Bien que le Canada ait investi dans la sécurité des frontières, la poursuite de la collaboration, notamment en matière de blanchiment d’argent, d’immigration et de trafic de drogues et d’armes, figurera probablement à l’ordre du jour des négociations.
Les deux pays n’en sont pas à leur première tentative d’accord continental global en matière d’économie et de sécurité. Au milieu des années 2000, le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité visait à renforcer la compétitivité du continent en incluant le secteur privé. Bien qu’il n’ait pas abouti, de nombreuses idées ont subsisté ; citons notamment la coopération sur les maladies infectieuses, la gestion des urgences ou encore la sécurité des frontières. La nouvelle tentative a plus de chances de réussir si elle est ciblée et limitée dans le temps.
Privilégier les préfabriqués : Les maisons construites en usine peuvent être déployées plus rapidement et de manière plus rentable. Le gouvernement a promis 25 milliards de dollars de financement aux constructeurs de maisons préfabriquées. Il s’est aussi engagé à mettre l’accent sur les matériaux de construction durables.
Réduire les formalités administratives : Nous indiquions déjà précédemment que les délais d’approbation des projets au Canada « peuvent être parmi les plus longs au monde ». Le programme des libéraux prône la simplification des codes de construction nationaux, la rationalisation des réglementations et le recours accru à une conception standardisée.
Créer des options abordables : Le gouvernement a promis une enveloppe de 10 milliards de dollars pour apporter un financement à faible coût aux Canadiens à revenu faible ou moyen.
Aucune de ces mesures ne sera toutefois possible sans un travail de fond. Nous estimons que plus de 500 000 travailleurs supplémentaires seront nécessaires dans le secteur de la construction pour bâtir les logements requis d’ici à 2030. Le programme du Parti libéral, qui entend inciter les entreprises à embaucher des jeunes diplômés et proposer des programmes d’apprentissage, constitue un bon début. Mais il en faudra plus pour trouver un demi-million de travailleurs spécialisés. Plusieurs possibilités existent, et notamment privilégier les compétences en construction parmi les nouveaux immigrants, accroître les inscriptions dans les écoles de métiers qualifiés et encourager les travailleurs âgés à conserver leur emploi plus longtemps.
Face à cette crise du logement abordable, le pays doit agir rapidement et mieux organiser la coordination à tous les niveaux de gouvernement.
Créer des corridors énergétiques
Le développement de réseaux majeurs d’infrastructures énergétiques renforce la résilience économique, en permettant une diversification des exportations de matières premières essentielles. Les principales ressources naturelles canadiennes (soit les minéraux, les métaux et les combustibles) figuraient parmi les plus importantes exportations du pays en 2024. Les 175 milliards de dollars nets générés au total par l’exportation de ces ressources ont presque compensé les déficits commerciaux du Canada vis-à-vis des autres pays, dans toutes les autres catégories de marchandises.
De l’ébauche à l’élaboration en elle-même, la réussite des projets dépend des politiques visant à mobiliser les capitaux privés et à réduire les formalités administratives. À ce jour, les principales politiques mises en place par les libéraux, qui s’articulent autour des projets de loi C-69 et C-48 ainsi que du plafond d’émissions du secteur pétrolier et gazier, n’ont pas favorisé les investissements à grande échelle. Une approche « modifiée », plus pragmatique, pourrait créer un climat plus propice à l’attrait de capitaux. Ottawa se concentrera sur les points suivants :
Tarification du carbone produit par le secteur industriel : L’abolition de la taxe carbone risque de faire porter aux grands producteurs industriels le poids de la tarification du carbone. Il est probable que le prix du carbone industriel continue d’augmenter, ce qui pose des problèmes de compétitivité, alors que les dirigeants américains mettent l’accent sur la déréglementation. Même si un crédit d’impôt de 50 % sur les investissements liés à la capture du carbone permet de réduire les coûts d’investissement, une assurance quant aux revenus est cruciale pour la réussite des projets. À ce jour, l’Alliance nouvelles voies, un consortium réunissant les plus grands producteurs de sables bitumineux au Canada, n’a pas réussi à négocier des garanties concernant les crédits carbone avec le gouvernement. Il est évident que ce dernier doit actuellement arbitrer entre plusieurs priorités budgétaires. Ottawa assume déjà 50 % des coûts d’investissement de la CUSC (estimés de manière prudente à 60-75 milliards de dollars). Selon l’Alliance, il faudrait probablement des dizaines de milliards de dollars de financement supplémentaire pour les contrats sur différence (le calcul prend en compte 10-12 millions de tonnes à 125-150 dollars par tonne pendant 10 ans).
Réglementation/autorisation : Les retards réglementaires ont allongé les délais des projets, ce qui a entraîné des dépassements de coûts ou l’annulation de projets clés. En fin de compte, le capital est redistribué aux actionnaires et non mobilisé pour des infrastructures favorisant la croissance. Des politiques telles que « un projet, une évaluation » et le fait qu’un nombre plus important de projets énergétiques soient classés comme relevant de l’« intérêt national » ont un effet positif. Les gazoducs et les infrastructures de GNL en bénéficieront probablement le plus, étant donné la concordance politique sur le dossier du GNL (C.-B. et Ottawa).
Barrières commerciales provinciales : Le recours accru aux interconnexions pour favoriser les échanges est-ouest permet d’obtenir un réseau plus résistant, plus souple et plus efficace. Or, c’est de plus en plus essentiel compte tenu de l’augmentation attendue de la charge au cours des 25 prochaines années (cette dernière pourrait tripler) et de la nécessité de disposer d’une énergie bon marché pour l’industrie et le secteur manufacturier.
Préserver les finances fédérales
Les Services économiques RBC constataient récemment que la politique budgétaire devrait relever de nombreux défis. Le ralentissement de l’économie et le risque d’une récession profonde liée à la politique commerciale appellent des mesures de soutien budgétaire plus ou moins fortes. Par ailleurs, des défis structurels se profilent à l’horizon : la diminution de la productivité, la remise en question de l’accessibilité financière, le vieillissement de la population, la concentration des exportations et les mutations géopolitiques pourraient faire bondir les dépenses fédérales. La politique monétaire a ses limites et ne pourra pas répondre aux besoins les plus pressants. Par conséquent, le gouvernement devra garder à l’esprit les éléments suivants pour que le fardeau de la dette fédérale reste supportable :
Le Canada dispose d’une certaine marge de manœuvre budgétaire, même si elle n’est pas illimitée. Le fardeau de la dette brute du Canada (soit le ratio de la dette au PIB) est élevé, mais son fardeau de la dette nette est le plus faible du G7.
Les marchés tablent sur un soutien de l’économie en cas de récession. Si des mesures idoines sont prises, tant au niveau de l’envergure que de la cible, il est peu probable qu’elles suscitent un vent de panique. Les mesures de soutien visant à pallier le creux économique, à l’instar de celles prises pendant la crise de la COVID, ne conviennent pas en cas de choc commercial, car la structure de l’économie pourrait grandement changer du fait de ce choc.
Les investissements qui favorisent la croissance sont essentiels pour maintenir le niveau de la dette fédérale à un niveau soutenable. Plus chaque dollar de dépenses publiques génère des dividendes de croissance élevés, plus le fardeau de la dette fédérale restera sous contrôle, même si les dépenses augmentent.
Rééquilibrer les priorités entre les mesures d’investissement social et économique. Ces dernières années, les Canadiens ont profité de la hausse des dépenses publiques sans en absorber les coûts, puisque le gouvernement fédéral a souvent favorisé des programmes sociaux de grande envergure. La priorité est aujourd’hui différente : les autorités fédérales doivent notamment relancer les investissements des entreprises. Les mesures non financières, comme la suppression de la bureaucratie, sont certes utiles, mais une marge de manœuvre budgétaire sera également nécessaire, puisque des dépenses s’imposeront.
Rendre les dépenses sociales et autres dépenses « indispensables » plus favorables à la croissance. Les importants besoins d’investissement dans tous les pans de l’économie soulèvent la question des ressources en capital et en main-d’œuvre : sont-elles suffisantes pour obtenir des résultats en temps voulu, sans effet d’éviction ? Les dépenses publiques dans des domaines essentiels tels que le logement, la défense et la santé peuvent stimuler l’efficacité, l’innovation et d’autres moteurs de croissance, ce qui permettra à l’économie de croître dans de nombreux domaines.
Faire de l’IA un moteur de productivité
Le Canada possède de nombreux talents dans le domaine de l’IA, mais il lui manque trois catalyseurs qui peuvent générer de la prospérité : une infrastructure informatique moderne, un déploiement à grande échelle et une demande intérieure robuste. Seulement 26 % des entreprises canadiennes affirment avoir adopté l’IA. C’est huit points de moins que la moyenne mondiale – et le pays continue de reculer dans les indices de préparation à l’IA. Du fait du ralentissement de la croissance de la main-d’œuvre et de l’augmentation des coûts de cette dernière, combler l’écart d’adoption de l’IA est le moyen le plus direct d’augmenter la productivité, l’efficacité économique et la compétitivité de manière durable pour le Canada.
Le gouvernement pourrait adopter une approche triple, se positionnant à la fois en tant que facilitateur, champion et premier utilisateur de l’IA. Ensemble, tous les paris fragmentés de R&D deviendraient ainsi un véritable moteur de productivité à l’échelle nationale.
Facilitateur : Il s’agit ici de traiter les capacités informatiques comme une infrastructure essentielle, en mobilisant des capitaux patients, en obtenant des garanties d’approvisionnement et en concluant des partenariats avec des acteurs mondiaux pour faciliter l’accès aux grappes de processeurs graphiques. En outre, le gouvernement pourrait envisager des subventions et des crédits d’impôt ciblés favorisant les projets qui privilégient la propriété intellectuelle canadienne et les emplois de grande valeur dans le pays.
Champion : Les ministres pourraient devenir des ambassadeurs proéminents des réussites nationales en matière d’IA, en mentionnant ces dernières dans toutes leurs communications relatives à la productivité, à la santé et à la défense. Les outils axés sur la demande (pensons aux quotas d’approvisionnement qui réservent quelque 25-30 % des contrats pertinents aux spécialistes de l’IA enregistrés, aux lettres de première référence pour la clientèle, aux remboursements d’impôts accélérés pour les projets pilotes d’IA) ont le potentiel de générer la demande intérieure nécessaire pour empêcher les entreprises en démarrage prometteuses de fuir vers le sud.
Premier utilisateur : Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait équiper les analystes de première ligne, les auditeurs et les agents de service de copilotes sécurisés afin de réaliser des gains de productivité et de développer la maîtrise de l’IA. À plus long terme, il pourrait réorganiser les programmes autour de modèles qui apprennent à partir de différents silos ministériels, grâce à un accord de financement technologique accéléré tel que celui mis en œuvre par le ministère américain de la Défense et à de grands modèles de langage généralistes souverains partagés. Il pourrait aussi octroyer des primes d’encouragement pour les hauts fonctionnaires qui sont en mesure de mettre en œuvre des solutions d’intelligence artificielle.
Contributors:
Cynthia Leach, Économiste en chef adjoint, RBC
Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique
Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique
Reid McKay, Directeur, Responsable des politiques technologiques
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Le Canada pourrait être à l’aube d’un essor historique des investissements. La guerre commerciale avec les États-Unis, une économie mondiale de plus en plus divisée, les inquiétudes liées à la sécurité de l’Arctique et une révolution de l’IA qui s’accompagne d’énormes besoins en énergie sont autant d’éléments qui soulignent la nécessité de renforcer les infrastructures économiques et de sécurité. Mais ces diverses ambitions, qu’il s’agisse des ports du Nord, du GNL de la côte Ouest ou des usines de traitement des minerais, reposent sur un impératif commun : les partenariats avec les Autochtones.
La croissance et la prospérité futures du Canada dépendent fortement de la réussite de la réconciliation économique autochtone. Dans le cas contraire, la capacité du pays à diversifier ses exportations de ressources, à jouir d’une indépendance et d’une résilience dans des secteurs stratégiques et à améliorer sa productivité, qui est inférieure à celle des autres pays depuis des années, est menacée. Cependant, l’enjeu ne se limite pas à cela. Selon les recherches de Leadership avisé RBC, 73 % des 504 grands projets de ressources et d’énergie prévus ou en cours au Canada traversent des territoires autochtones, ou se trouvent dans un rayon de 20 kilomètres de ces territoires, à savoir des terres issues de traités, avec des titres non cédés et soumises à des consultations. À eux seuls, ces projets représenteront 98 milliards de dollars de participations autochtones au cours des dix prochaines années.
Le Canada ne peut pas se permettre de manquer cette occasion. Heureusement, des exemples de réconciliation économique autochtone fleurissent dans tout le pays, notamment :
À Kitimat, en Colombie-Britannique, la Nation Haisla et Pembina Pipeline travaillent sur le projet de GNL Cedar, un partenariat de quatre ans qui débouchera sur l’installation d’une usine d’une valeur de 4 milliards de dollars. Une fois opérationnelle, cette usine appartenant majoritairement à des Autochtones devrait générer 85 millions de dollars de PIB par an.
Dans plusieurs communautés du Manitoba et du Nunavut, la Liaison hydroélectrique et de fibre optique à Kivalliq cherche à fournir de l’énergie propre grâce à un projet de corridor énergétique et de télécommunications de 1 200 kilomètres reliant le Nunavut au réseau du Manitoba.
Dans la petite ville de Jarvis, au sud-ouest de l’Ontario, le projet d’Oneida Energy Storage sera l’une des plus grandes usines de stockage d’électricité en batteries d’Amérique du Nord lorsqu’elle sera mise en service. Détenue en partie par la Six Nations of the Grand River Development Corporation, Oneida fournira la capacité nécessaire au réseau électrique de l’Ontario, qui est mis à rude épreuve.
Si ces projets illustrent les progrès accomplis, il est possible d’en faire davantage. Des siècles de traités, d’accords entre Nations, d’accords commerciaux et de jurisprudence ont souligné la place centrale des peuples autochtones dans le processus décisionnel canadien, en particulier dans la mise en place de projets d’infrastructure et d’exploitation des ressources. La Loi constitutionnelle de 1982, en particulier l’article 35, a reconnu et affirmé les droits ancestraux et issus de traités dans le tissu juridique et politique canadien. Les causes portées devant la Cour suprême, notamment Calder, Delgamuukw et Tsilhqot’in, ont réaffirmé les droits et titres ancestraux, le droit inhérent à l’utilisation et à la compétence sur le territoire traditionnel d’une nation autochtone.
L’un des principes clés inscrits dans la Constitution et la jurisprudence est le maintien de l’honneur de la Couronne, un concept juridique qui caractérise l’obligation fiduciaire du gouvernement du Canada à l’égard des peuples autochtones. Selon ce principe, la Couronne a notamment l’obligation de consulter et d’accommoder. Lorsque la Couronne entreprend une activité qui pourrait avoir un effet négatif sur un droit ou un titre autochtone, elle doit consulter les groupes autochtones concernés et tenir compte de ces atteintes. Cette obligation a été affirmée par la jurisprudence et se caractérise par la relation de nation à nation entre les peuples autochtones et le gouvernement du Canada.
La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) a fait progresser le concept de consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC). Il s’agit d’un moyen proactif pour les gouvernements (et les entreprises) de rechercher et d’obtenir le consentement pour les projets qui ont lieu sur les territoires autochtones. La DNUDPA a désormais force de loi au niveau fédéral, ainsi qu’en Colombie-Britannique et dans les Territoires du Nord-Ouest.
Ensemble, l’obligation de consulter et le CPLCC définissent le cadre et les conditions dans lesquels les gouvernements et les entreprises collaborent avec les nations autochtones sur des projets se déroulant sur leurs terres ou mettant en jeu leurs intérêts.
Il faut désormais faire preuve d’audace et d’esprit d’innovation, et cela commence par la recherche de moyens permettant de débloquer trois éléments essentiels :
CAPITAL: La participation autochtone dans les grands projets nécessite une combinaison d’outils de financement privé et à conditions préférentielles, y compris des prêts, des garanties de prêt et des subventions. Sans accès au capital, qui est un défi historique pour les nations autochtones, de nombreuses occasions de participation, voire des projets entiers, pourraient ne pas voir le jour.
CAPACITÉ: Les négociations fondées sur les droits, ainsi que les discussions commerciales et juridiques entourant le développement de grands projets, sont complexes et nécessitent d’investir dans les capacités de toutes les parties concernées – nations autochtones, gouvernements et entreprises – afin de garantir la réussite du projet.
CONSENTEMENT: L’obligation constitutionnelle de consulter et d’accommoder, la DNUDPA, la jurisprudence et des décennies d’évolution juridique et politique ont confirmé l’importance du consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause pour le développement de projets. Pour obtenir le CPLCC, il est nécessaire d’établir des relations de confiance à long terme entre toutes les parties, ce qui implique d’aller au-delà des discussions transactionnelles sur le projet.
Il est nécessaire de faire progresser ces trois éléments (capital, capacité et consentement) en parallèle pour que les nations autochtones deviennent de véritables partenaires du développement économique. Grâce à un appel à l’action collectif, mené par les nations autochtones et étroitement soutenu par les entreprises et les gouvernements, il est possible de générer une prospérité partagée et de faire en sorte que le Canada se développe rapidement et à grande échelle.
Capital
L’accès à des capitaux abordables est un défi constant pour les membres des communautés autochtones, en partie à cause des barrières institutionnelles mises en place par les gouvernements canadiens. La prime de risque pour les emprunteurs autochtones est influencée par les agences de notation et, par extension, par les considérations des institutions financières en matière de risque et de responsabilité. Cela s’explique en partie par plusieurs éléments : l’impossibilité pour les communautés des Premières Nations de donner des terres de réserves en garantie en vertu de l’article 89 de la Loi sur les Indiens ; l’impossibilité pour les communautés Métis de tirer parti d’un territoire et d’accéder au financement fédéral ; et la difficulté pour les communautés Inuit d’obtenir le financement de projets dans les régions rurales éloignées. Comme nous l’avons souligné dans de précédents rapports, les garanties de prêt et d’autres outils de financement peuvent aider à résoudre les problèmes liés à l’accès au capital et au risque.
Historiquement, la mise en œuvre et le développement de ces outils progressent lentement, alors que les besoins en capitaux ne cessent de croître. Nous parlons ici d’un manque de capitaux allant jusqu’à 270 milliards de dollars1 pour l’infrastructure, de 30 milliards de dollars2 pour les minéraux critiques et de 60 milliards de dollars pour les investissements liés au climat dans la capture du carbone, l’électricité et les énergies renouvelables3. Le soutien des prêteurs privés et publics est donc nécessaire pour répondre à la demande.
La Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) s’est récemment engagée à investir un milliard de dollars dans le cadre de son Initiative pour la participation autochtone. Les subventions en capitaux propres de la BIC, qui vont de 5 à 100 millions de dollars, sont assorties d’un objectif de remboursement sur 15 ans. Au début de l’année 2024, les fonds ont commencé à affluer. C’est à ce moment-là que la Banque a accordé son premier prêt participatif aux autochtones, s’engageant à verser jusqu’à 18 millions de dollars à Wskijinu’k Mtmo’taqnuow Agency Ltd. (WMA), une société en commandite détenue par 13 communautés Mi’kmaw. Ce financement a permis à WMA d’acquérir une participation dans le projet énergétique de la Nouvelle-Écosse, la plus grande initiative de stockage d’électricité en batteries prévue au Canada.
L’Autorité financière des Premières Nations (FNFA), une autre source financière importante, a permis le développement économique des Premières Nations par le biais d’un mécanisme d’emprunt commun. En émettant des obligations au nom des Premières Nations (certifiées par le Conseil de gestion financière des Premières Nations pour leur bilan sain et leurs bonnes pratiques de gestion financière), la FNFA a emprunté 3 milliards de dollars pour ses membres afin de financer des projets essentiels et générateurs de revenus, créant ainsi une production économique de 6,3 milliards de dollars.
Ce ne sont pas les seuls exemples de progrès en matière de déblocage de capitaux. L’année dernière, trois programmes de garantie de prêts ont été annoncés : un au niveau fédéral (qui est récemment passé de 5 à 10 milliards de dollars) et deux au niveau provincial en Colombie-Britannique (1 milliard de dollars) et au Manitoba (500 millions de dollars).
Les différents outils d’accès au capital actuellement disponibles représentent environ 20 milliards de dollars. Et si l’on se base sur le montant des investissements privés que ces outils de financement à conditions préférentielles ont permis d’attirer, il serait possible de mobiliser près de 48 milliards de dollars d’investissements en capitaux propres pour les populations autochtones. Cela laisse un déficit de 20,7 milliards de dollars pour le financement à conditions préférentielles et de 28,7 milliards de dollars pour le financement privé4.
Bien que des lacunes subsistent, les capitaux circulent plus que jamais. Et ils incitent à agir. Selon un rapport publié en avril dernier par le cabinet d’avocats Fasken Martineau DuMoulin LLP basé à Toronto, 111 communautés autochtones ont déclaré avoir acquis une participation dans un projet d’infrastructure entre 2022 et 2024. Plus d’un quart (26 %) d’entre elles se trouvaient en Alberta, où est mis en œuvre le programme de garantie de prêts de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation, d’une valeur de 3 milliards de dollars. Les projets de production d’énergie éolienne ont entraîné un pic de participation en Nouvelle-Écosse (23 %). La Colombie-Britannique complète le trio de tête avec 18 %. Ces chiffres ont par ailleurs été atteints avant même le lancement du programme provincial de garantie des prêts mentionné ci-dessus5.
Du point de vue du financement privé, les approches de la gestion du risque doivent tenir compte des préoccupations spécifiques des autochtones, les banques reconnaissant que si les projets sont viables sur le plan économique, les emprunteurs autochtones devraient pouvoir être traités comme les autres emprunteurs du marché.
Pour les outils d’accès au capital existants et annoncés, la priorité doit être donnée à la rapidité de mise en œuvre, à une approche qui tienne compte des risques et à un champ d’application sectoriel plus large, couvrant non seulement les projets relatifs aux ressources et à l’énergie, mais aussi l’infrastructure, le transport, l’agriculture et la pêche, soit tout secteur où les intérêts des Autochtones sont étroitement liés à un impératif économique national.
Capacité
La complexité accrue du développement de grands projets nécessite de renforcer les capacités de toutes les parties. Cela passe notamment par l’éducation et la formation nécessaires aux entreprises et aux gouvernements pour mieux comprendre l’histoire, l’économie, la culture et les priorités des populations autochtones. Pour les nations autochtones, cela peut aller de la capacité financière, juridique et technique requise pour les négociations commerciales au soutien environnemental, historique et juridique nécessaire pour participer aux discussions sur la réglementation et les droits. Il est important de reconnaître que les capacités autochtones ont toujours existé, que ce soit à travers les réseaux commerciaux, les systèmes économiques, les modèles de gouvernance et les connaissances traditionnelles que les nations autochtones ont développées au fil des siècles.
La capacité fiscale et économique des Nations est mesurée (imparfaitement) par leur capacité à générer des revenus autonomes (non générés par des virements gouvernementaux) et à maintenir des contrôles financiers et de gouvernance. Nous nous basons sur deux indicateurs pour ces mesures : des revenus autonomes supérieurs à 25 % des revenus totaux d’une Première Nation, et une Première Nation recevant la Certification du rendement financier. Cette certification, délivrée par le Conseil de gestion financière des Premières Nations, est une attestation volontaire et indépendante de la bonne santé financière et de la capacité à emprunter auprès de l’Autorité financière des Premières Nations.
Nos recherches indiquent que les lacunes en matière de capacité mettent en péril 85 % des projets qui passent par le territoire des Premières Nations, ce qui représente environ 83,6 milliards de dollars.
Project Rocket, un partenariat entre 23 communautés des Premières Nations et Métis et Enbridge, a permis de renforcer les capacités au bénéfice de toutes les parties. Ce partenariat a donné lieu à la création d’Athabasca Indigenous Investments, l’entité ad hoc qui a permis aux nations autochtones de prendre une participation de 12 % (évaluée à 1,1 milliard de dollars) dans sept oléoducs. Outre les avantages économiques potentiels, le processus de négociation a permis aux nations autochtones, aux promoteurs et aux intermédiaires financiers d’acquérir des capacités techniques, juridiques et commerciales. Les accords qui incluent plusieurs Nations, comme celui-ci, permettent aux Nations mieux dotées en ressources et plus expérimentées de partager leur expertise, les rendant ainsi plus reproductibles et évolutifs.
Les partenariats entre les Autochtones et les entreprises, y compris les détachements, le partage des connaissances et les forums entre leaders, peuvent contribuer à renforcer les capacités.
En créant un pont entre les Autochtones et les entreprises du Canada, des organisations telles que la Coalition de grands projets des Premières Nations (First Nations Major Projects Coalition, FNMPC) et le Conseil canadien pour l’entreprise autochtone (CCEA) permettent d’établir des relations, de renforcer les capacités, et de soutenir les entreprises et gouvernements autochtones. Des organisations comme la FNMPC et le CCEA sont des modèles positifs à reproduire et à étendre à l’ensemble du pays, afin d’offrir un mentorat, un perfectionnement des aptitudes, des outils environnementaux et économiques, des stratégies d’approvisionnement et un soutien à la négociation en matière de projets pour et avec les nations autochtones.
Il faut prioriser le renforcement des capacités avec des équipes de financement ou de fusion et acquisition pour les promoteurs et les institutions financières. Cela permet de s’assurer que les membres de l’équipe de financement connaissent l’histoire des Autochtones, les priorités en matière de développement économique et la façon dont les équipes doivent collaborer avec les nations autochtones.
Pour les entreprises, il est important de savoir s’il faut renforcer les capacités en interne, par le biais d’embauches et de formations ciblées, ou développer les capacités en acquérant des organisations existantes disposant de la bonne combinaison de connaissances commerciales et d’expertise au niveau des communautés autochtones.
Les gouvernements devraient envisager de consacrer 2 à 5 % des subventions, prêts et fonds de garantie aux capacités, afin de donner aux nations autochtones les bonnes informations et la capacité de négocier des accords avec des homologues du secteur privé mieux dotés en ressources. Cette fourchette est une directive basée sur les opérations passées.
Consentement
La nature du consentement varie d’une communauté à l’autre et d’un projet à l’autre. Il est difficile de s’accorder sur la notion de consentement, qui relève à la fois d’obligations constitutionnelles (article 35 et obligation de consulter) et d’obligations internationales (DNUDPA). Toutefois, bien qu’insuffisantes, certaines conditions sont nécessaires pour obtenir et maintenir le consentement, notamment un engagement précoce et fréquent, des partenariats économiques et l’inclusion des nations autochtones dans le processus réglementaire.
Le processus de délivrance de permis et réglementaire joue un rôle important dans la réalisation des projets. Ce processus consiste notamment à rechercher l’engagement éclairé des Autochtones et, le cas échéant, à obtenir leur consentement. Le gouvernement du Canada est soumis à une obligation de consulter et d’accommoder les groupes autochtones lorsque ses actions peuvent avoir un impact sur les droits ancestraux potentiels ou établis ou sur les droits issus de traités –, une obligation qui a été confirmée par les tribunaux et la Constitution. Ainsi, bien qu’il s’agisse d’un objectif important pour accélérer le développement des projets, la réduction des délais de délivrance des permis ne peut se faire en vase clos sans que la Couronne s’acquitte de son obligation de consulter. Les promoteurs ont une responsabilité et un rôle importants à jouer dans l’établissement des relations étroites fondées sur la confiance avec les nations autochtones et, par ce biais, dans la recherche et l’obtention de leur consentement.
Le projet de GNL Cedar illustre la manière dont les autorités fédérales et provinciales et les nations autochtones peuvent accélérer le processus de délivrance de permis. Le gouvernement fédéral, par le biais d’un processus appelé substitution, a permis d’éviter de réaliser deux évaluations pour un seul projet. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a travaillé en étroite collaboration avec la Nation Haisla pour identifier et atténuer les impacts environnementaux, sociaux, sanitaires et économiques. Ce processus a été accéléré en grande partie parce que la Nation Haisla est copropriétaire du projet, ce qui a permis de raccourcir le processus de délivrance de permis et de limiter les litiges (malgré les préoccupations persistantes d’autres Nations à l’égard du projet).
Si la participation de la Nation Haisla dans le projet de GNL Cedar a probablement accéléré les choses, les délais moyens d’évaluation en Colombie-Britannique sont généralement parmi les plus courts du pays. Cela s’explique en partie par le fait que les promoteurs collaborent de manière précoce et fréquente avec les nations autochtones et que les régulateurs provinciaux confient de plus en plus aux nations autochtones la responsabilité de diriger les évaluations. Le processus d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique peut intégrer des évaluations menées par les autochtones par le biais de la substitution, de la délégation et par d’autres mécanismes. Il permet de raccourcir le processus de 5 à 15 mois par rapport aux délais moyens de deux régimes fédéraux de longue date et du processus de délivrance de permis aux États-Unis. Les projets autorisés au niveau fédéral, en particulier ceux qui traversent les frontières provinciales, sont complexes et nécessitent des délais d’autorisation plus longs. Toutefois, l’expérience de la Colombie-Britannique suggère qu’un processus de délivrance de permis qui intègre les points de vue, les processus et les connaissances des Autochtones peut favoriser la confiance et l’acceptabilité sociale.
L’accord de prise de décision par consentement pour le projet Eskray Creek (Eskay Creek Consent-Based Decision-Making Agreement) et l’accord d’évaluation environnementale de la Nation Squamish fournissent tous deux des plans directeurs pour mettre en œuvre le consentement par le biais de l’évaluation environnementale et du processus de délivrance de permis.
Cet accord relatif à la réouverture de la mine d’or et d’argent d’Eskay Creek, dans le nord de la Colombie-Britannique, a été conclu en vertu de l’article 7 de la Declaration Act (Loi de la Colombie-Britannique sur la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones). Dans le cadre de cet accord, le processus d’évaluation environnementale modifié vise à obtenir un consensus par le biais d’une équipe de collaboration entre la Nation Tahltan et la Colombie-Britannique, d’une évaluation des risques du gouvernement central de Tahltan, d’un consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause sur la décision finale, et d’une résolution indépendante des litiges. Cet accord fournit un modèle unique de prise de décision conjointe, d’évaluation environnementale partagée et de maintien de l’acceptabilité sociale.
Le processus d’évaluation environnementale de la Nation Squamish pour l’usine et le terminal d’exportation de GNL Woodfibre en Colombie-Britannique a été le premier processus d’évaluation environnementale juridiquement contraignant mené par des Autochtones au Canada. Un accord-cadre a permis à la Nation Squamish de mettre en place un processus en dehors des régimes d’évaluation environnementale provinciaux et fédéraux. Cela a été possible grâce à un processus parallèle de collecte et d’analyse d’informations environnementales et socio-économiques, la décision finale revenant au chef et au conseil de la Nation Squamish. Cela a permis de responsabiliser les acteurs tant au niveau technique que politique. Il était essentiel que les gouvernements fédéraux et provinciaux, ainsi que le promoteur, adhèrent à l’évaluation environnementale menée par les Autochtones. Les trois parties pouvaient être ainsi certaines que l’examen tenait compte des préoccupations et des intérêts de la Nation Squamish, ce qui est important pour maintenir l’acceptabilité sociale et le soutien.
Ces approches amènent aussi leur lot de défis. En effet, d’autres Nations peuvent chercher à affirmer leur compétence à l’égard de celles qui dirigent le processus d’évaluation environnementale ou qui soutiennent de manière substantielle le développement d’un projet. En outre, cela ne dissipe pas l’opposition d’autres groupes d’intérêt, tels que les groupes environnementaux ou sociaux. Ces approches fournissent néanmoins des modèles utiles pour mettre en œuvre le consentement par le biais d’un processus d’évaluation collaboratif.
Quelques principes clés pour les entreprises et les gouvernements lorsqu’ils recherchent et maintiennent le consentement :
L’un des moyens d’y parvenir est de faire mener les évaluations par les Autochtones. Cela passe également par l’intégration des ordres juridiques, des connaissances traditionnelles, des valeurs et des priorités des Autochtones dans le processus de réglementation et d’évaluation en réalisant une coévaluation des projets ou en déléguant certains aspects d’un projet aux gouvernements autochtones.
Ces relations nécessitent un investissement en temps et en argent. Les gouvernements et les entreprises ne peuvent pas se mobiliser sur des questions liées à un projet sans établir des relations significatives afin de maintenir le consentement, la confiance et l’acceptabilité sociale nécessaires au développement du projet.
Il est impératif que les promoteurs, le gouvernement et les nations autochtones partagent les informations et aient des discussions transparentes.
Il s’agit d’une tâche difficile, car elle dépend à la fois des définitions juridiques indiquant pour quelles Premières Nations le gouvernement doit s’acquitter de l’obligation de consulter et d’accommoder, et des mesures basées sur les relations qui peuvent indiquer quelles Nations doivent être consultées. Il est recommandé d’établir des relations solides et durables avec les Nations, indépendamment de l’obligation de consulter.
Préparer l’avenir : considérations pour le Canada
Les tensions géopolitiques avec notre plus proche allié ont mis en évidence les failles de la stratégie économique du Canada. La diversification commerciale, le développement massif de nos ressources et de nos infrastructures, la résolution définitive du problème du commerce intérieur et la progression de la chaîne de valeur des produits sont devenus des impératifs économiques. Pour atteindre ces objectifs, il est essentiel de faire progresser la réconciliation économique autochtone. D’autres considérations animeront le débat au Canada dans les mois à venir :
Ce qui figure sur la liste des procédures accélérées : Les deux principaux partis politiques du Canada ont promis d’accélérer le développement, la délivrance de permis et le financement de certains projets commerciaux, d’infrastructure et de ressources dans l’intérêt national. Pratiquement tous les projets qui feront l’objet d’une procédure accélérée auront une incidence sur les intérêts autochtones et traverseront des territoires autochtones. La capacité du gouvernement fédéral à agir rapidement et à grande échelle reposera sur un engagement et des partenariats approfondis avec les Autochtones.
Le renouvellement de l’accord de sécurité continentale : Le nouveau gouvernement fédéral entamera probablement des discussions avec l’administration américaine sur le renouvellement du cadre économique et de sécurité entre les deux pays. Les investissements nécessaires porteront sur la surveillance, la connaissance de la situation dans tous les domaines et l’infrastructure commerciale afin de renforcer le Nord. Au-delà du commerce et de la sécurité, l’infrastructure sociale, y compris le logement, l’éducation et les établissements de soins de santé, doit être renforcée. Ces discussions doivent être menées en étroite collaboration avec les gouvernements territoriaux, les sociétés inuites et les communautés de l’Inuit Nunangat.
L’impact du contexte géopolitique entre les États-Unis et la Chine : Comme nous l’avons analysé précédemment, les minéraux critiques sont devenus un élément clé dans le nouveau grand jeu entre les deux superpuissances. La capacité du Canada à prendre le relais dans le domaine de l’extraction et de la transformation des minéraux critiques dépendra de sa capacité à exploiter des régions riches en minéraux comme le Cercle de feu en Ontario et le Triangle d’or en Colombie-Britannique. La Nation Tahltan, dont les territoires traditionnels couvrent 70 % du Triangle d’or, a soutenu l’exploration minière. Toutefois, les revendications et les partenariats autochtones n’ont pas encore été résolus dans le Cercle de feu – une question qui se posera dans d’autres régions minières du Canada.
Les changements générationnels dans le système commercial mondial : L’évolution des flux internationaux de commerce et d’investissement incite les pays à rechercher des sources de résilience économique. Cela passe par la diversification des marchés, mais aussi par la relocalisation de certaines parties de leur chaîne de valeur. Le Canada ne fait pas exception. Dans ce contexte, il est utile de nous rappeler que les nations autochtones, qui constituent notre population la plus jeune et dont la croissance est la plus rapide, sont une véritable force et un avantage concurrentiel.
Notre capacité à agir rapidement dépend de notre capacité à agir collectivement. Comme l’a déclaré le regretté Murray Sinclair, président de la Commission de vérité et réconciliation, lors de la publication du rapport final de la Commission : « Nous vous avons décrit une montagne, nous vous avons montré le chemin qui mène au sommet. Nous comptons sur vous pour en faire l’ascension ».
Contributors
Leadership avisé RBC
John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction
Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique
4. Les calculs de l’écart de financement sont fondés sur le coût en capital des projets visés par des traités, des titres et des titres de propriété, et des terres non cédées, multiplié par les ratios d’endettement moyens par secteur, et les hypothèses propres à l’industrie sur le ratio du capital qui appéderait sur les Autochtones. Les chiffres globaux pour l’ensemble des secteurs sont multipliés par le rapport entre les capitaux concessionnels et les capitaux privés par le biais des programmes de garantie de prêts existants, pour arriver à l’écart de capitaux concessionnels et privés. Il est important de noter que sur les 17 milliards de dollars d’outils de financement concessionnel, environ 11,5 milliards de dollars n’ont pas encore été mis en œuvre.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Une révolution de la recharge ultrarapide est à nos portes.
Les géants chinois des véhicules électriques (VE) BYD et CATL se sont récemment fait remarquer avec le dévoilement de batteries pouvant être chargées en cinq minutes – jusqu’à cinq fois plus vite que celles de concurrents – pour récupérer 520 kilomètres d’autonomie.
Ces batteries révolutionnaires pourraient-elles changer la donne et ouvrir la voie à une adoption plus généralisée des VE au Canada et ailleurs ? Autre question tout aussi importante : les réseaux électriques pourront-ils répondre à une demande accrue en énergie si cette technologie arrive au Canada au cours des prochaines années ?
Un point tournant ?
Une recharge de cinq minutes pourrait répondre à deux des trois principales préoccupations exprimées par les consommateurs qui envisagent l’achat d’un VE : l’angoisse de la panne et l’accès à des bornes de recharge publiques (la troisième étant l’abordabilité). Selon un sondage de J.D. Power mené en 2024, 68 % des Canadiens craignaient que leur VE tombe en panne de batterie sur la route. Dans un autre sondage mené auprès de conducteurs de VE, jusqu’à 50 % des répondants se sont dits préoccupés par les files d’attente aux bornes de recharge publiques et le long temps de recharge (30 minutes en moyenne). Une batterie pouvant être rechargée en cinq minutes et offrant une plus grande autonomie pourrait bien être la solution qui convaincra les propriétaires potentiels d’un VE de faire le saut.
Les trois principaux obstacles à la recharge en cinq minutes
Voici l’incidence que la recharge ultrarapide pourrait avoir sur les réseaux électriques canadiens :
Elle sollicite intensément le réseau électrique : Contrairement à la recharge traditionnelle, qui s’étale sur plusieurs heures, la recharge rapide provoque d’importants pics de consommation qui pourraient surcharger les réseaux électriques. 1 000 kW de puissance sont nécessaires pour recharger en quelques minutes un VE moyen doté d’une batterie de 80 kWh. Cette quantité d’électricité, suffisante pour alimenter 800 foyers pour une période équivalente, accroît considérablement la demande énergétique imposée au réseau, surtout si la recharge a lieu pendant les heures de pointe.
L’expansion du réseau électrique constitue en elle-même un défi inédit : L’expansion des réseaux de distribution régionaux, la modernisation des postes électriques locaux et l’amélioration des interconnexions afin d’augmenter leur résilience face aux hausses localisées de la demande sont les principaux défis posés par la recharge ultrarapide. De plus, les lignes de distribution devront être prolongées de 55 000 à 85 000 kilomètres d’ici 2030. Pour ce faire, le rythme de construction d’infrastructure actuel devra être accéléré de 30 % à 100 %.
Un réseau à l’épreuve de l’avenir devra nécessairement être décentralisé : Il ne suffit pas de développer les actifs de réseaux centralisés pour répondre aux augmentations soudaines et localisées de la demande. Ces dernières exigent aussi l’ajout de ressources énergétiques décentralisées (RED), comme des miniréseaux et des panneaux solaires résidentiels, ainsi qu’une plus grande numérisation du réseau. Par ailleurs, avec une infrastructure plus moderne, les RED pourraient fonctionner comme des centrales électriques pendant les périodes de pointe.
Farhad Panahov est économiste à l’Institut d’action climatique RBC.
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Ce mois-ci marque le 100e anniversaire de la publication de Gatsby le magnifique, le roman de F. Scott Fitzgerald qui se déroule à l’ère du jazz, moment où les États-Unis voient leurs fortunes et leur pouvoir prendre de l’ampleur, et pourtant les personnages du livre s’accrochent aux vestiges d’un âge d’or antérieur.
Ça vous dit quelque chose ?
Quelques fins de semaine plus tôt, j’ai passé du temps non loin de la maison mythique de Gatsby, dans un autre domaine légué par la dynastie Whitney à une fondation créée par la famille pour soutenir la paix et le développement durable. Près d’une trentaine de responsables politiques des États-Unis, d’Europe et du Canada se sont réunis au Groenland, à Long Island, pour discuter de la manière dont les entreprises pourraient s’adapter au monde régi par Donald Trump, à sa promesse d’un nouvel âge d’or, et aussi le façonner.
Voici certaines des conclusions émises dans un contexte de forte baisse des marchés mondiaux :
1. La Chine deviendra la force déterminante de cette administration, qui devra peut-être envisager une « interdépendance gérée »
2. Le dollar américain continue de poser un énorme défi pour la compétitivité commerciale de l’Amérique et continuera à être surévalué aussi longtemps que Washington fonctionnera avec de vastes déficits.
3. Les républicains de Trump éprouvent une aversion et une méfiance particulières à l’égard de l’Europe auxquelles il sera difficile de mettre fin, et une attirance particulière pour la Grande-Bretagne.
4. Les droits de douane ne résoudront pas les frustrations sous-jacentes des États-Unis, qui découlent de la stagnation à long terme de la productivité de la main-d’œuvre et des salaires réels.
5. L’on attribue le malaise économique de l’Américain moyen au commerce, mais c’est la technologie qui a provoqué le plus de suppressions d’emplois au cours des 25 dernières années.
6. L’Amérique, entre autres, doit se concentrer sur la mise en place de programmes de formation et de recyclage professionnels pour rehausser les salaires et les revenus en cette nouvelle ère de l’IA.
7. Il ne sera pas évident de mettre en œuvre les droits de douane si Trump établit (ou a établi) un sommet politique, puisqu’il devra centrer davantage son attention sur les forces d’opposition, notamment sur plus de 100 actions en justice.
8. Les grandes entreprises européennes et nord-américaines doivent d’un commun accord défendre des politiques plus rationnelles sur le plan économique.
Lisez ici le discours que John a prononcé lors de la conférence :
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Le Forum des politiques publiques, l’un des principaux groupes de réflexion au Canada, tient chaque année un Sommet sur la croissance, qui aborde généralement des enjeux de taille.
L’édition 2025, qui a eu lieu à Toronto, a porté sur ce que j’appellerais « le grand virage », et sur les moyens de favoriser l’indépendance et la résilience de notre économie. Celle-ci a été marquée par des conversations passionnantes au sujet de l’investissement, de la participation des Autochtones et de l’adoption de l’intelligence artificielle, pour ne citer que quelques exemples.
Voici certaines questions que j’ai retenues :
1. Faut-il regagner la confiance des investisseurs ?
Il semble que oui. Dans bon nombre de conversations à ce sujet, le Canada paraît extraordinaire aux yeux du monde. Si la rhétorique est facile, le crédit est plus coûteux. Gardez un œil sur la façon dont le prix de l’argent sera fixé au Canada dans les prochains mois.
2. Est-il possible d’accroître notre concurrence tout en réduisant notre dépendance à l’égard des États-Unis ?
Les États-Unis semblent être le principal moteur de la concurrence, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et les options de rechange se font rares. Il est peu probable que les entreprises européennes apportent beaucoup de dynamisme aux marchés canadiens, et les nouveaux venus chinois ne sont probablement pas une option. Notre nouvelle concurrence doit peut-être venir davantage de l’intérieur.
3. Les gouvernements peuvent-ils jouer un rôle plus actif dans l’économie sans la mettre à mal ?
Nous avons connu des résultats mitigés au cours des dernières décennies. Néanmoins, nous allons probablement donner une nouvelle chance aux entreprises publiques, que ce soit pour construire des logements ou pour étendre le réseau d’oléoducs.
4. Qu’est-ce que l’« intérêt national » ?
Bon nombre de ces investissements publics seront réalisés au nom d’un intérêt national mal défini. Nous sommes une nation composée de diverses régions. Les intérêts peuvent donc différer de l’une à l’autre.
5. Pourquoi les Canadiens fuient-ils le risque ?
J’ai été sidérée par le nombre de conversations qui ont évité le risque. Nous sommes le seul pays à réclamer à cor et à cri une réduction des risques, comme si le rôle principal du gouvernement consistait à assumer les risques du secteur privé et des particuliers.
6. Comment développer l’Arctique sans le compromettre ?
Lors du Sommet, plusieurs voix importantes du Nord ont évoqué la nécessité de ne pas militariser le Nord comme cela a été fait dans les années 1950 et 1960. Elles souhaitent défendre le Canada par des moyens terrestres et aériens, mais pas à n’importe quel prix, particulièrement pour leur culture.
7. Dans quelle mesure voulons-nous exclure la Chine ?
Si nous réduisons notre dépendance à l’égard des États-Unis, nous devrons nous tourner vers de nouveaux marchés et de nouvelles sources de capitaux. L’Europe, à elle seule, ne suffira pas. Oui, il existe un tas de possibilités. Le monde est vaste ! Cela dit, c’est avec la Chine que nous devons développer une relation plus claire, car elle représente notre plus grande opportunité.
8. Comment trouver un équilibre entre les ambitions économiques et les engagements climatiques, et les attentes mondiales à l’égard de cet enjeu ?
Tout ce qui concerne Trump nous accapare tellement que nous semblons oublier que le reste du monde a une tout autre réalité. En effet, le climat demeure un enjeu primordial du Japon à l’Allemagne, les marchés que nous voulons maintenant conquérir, et nous devrons nous assurer d’être en adéquation avec eux.
9. Comment harmoniser notre devoir de consulter les communautés autochtones avec notre ambition d’aller plus vite ?
Il n’y aura peut-être jamais de formule toute faite pour la consultation et le consentement qui en découle. Toutefois, nous pourrons peut-être établir des normes qui seront largement acceptées. Les mots d’ordre ? Rapidité et certitude.
10. Comment mettre en commun les capitaux institutionnels pour des projets d’envergure ?
Nous pouvons continuer à laisser les forces du marché déterminer les financements, avec divers soutiens et incitatifs du gouvernement. Je ne crois pas que le Canada disposera un jour d’un fonds souverain. Ou le ferons-nous ? En revanche, pouvons-nous opter pour des véhicules de placement publics et privés qui pourraient s’inspirer du modèle québécois ?