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Les États-Unis adorent le pétrole lourd. Le mélange est essentiel pour le diésel, le carburéacteur et les produits pétrochimiques, et le Canada est, de loin son plus important fournisseur étranger. Toutefois, un plan américain pour influer sur le pétrole vénézuélien et le relancer a fait craindre que le Canada – dont plusieurs industries nationales sont déjà sous pression américaine – ne commence à perdre des parts de marché au profit du brut lourd vénézuélien d’ici quelques années. Il pourrait s’agir d’une pression exercée par Washington sur la ressource la plus prisée au Canada.

Le pétrole canadien a supplanté ses rivaux, notamment le Vénézuéla et l’OPEP, sur le marché américain au cours des trois dernières décennies

Les tendances des importations de brut aux États-Unis illustrent un net écart structurel entre le Canada et le Vénézuéla. Il en résulte une réorientation fondamentale de la dépendance des États-Unis à l’égard des approvisionnements du Canada, ce qui est le fruit de la fiabilité, des infrastructures et des dépenses en capital à long terme.

Toutefois, le pétrole canadien ne se limite pas à la région du Golfe (PADD 3). Il s’agit aussi d’un acteur stratégique et essentiel du complexe de raffineries du Midwest américain (PADD 2)

Le brut vénézuélien dominait autrefois les volumes d’importation de la côte du Golfe, mais son effondrement a créé un marché qui n’a été comblé que partiellement par les barils canadiens. La côte du Golfe est considérée comme un front majeur, mais seulement 10 % du total des importations du Canada sont dirigées vers la région connue sous le nom de PADD 3. La plus grande croissance du brut canadien a eu lieu dans la région des raffineries du Midwest (connue sous le nom de PADD 2) qui représente 69 % de la croissance totale des exportations canadiennes vers les États-Unis au cours des trente dernières années.

es raffineries américaines sont conçues pour les sables bitumineux et autres pétroles lourds : la codépendance avec le Canada sera difficile à rompre

La croissance de la capacité de raffinage aux États-Unis a été concentrée dans les PADD 3 et 2, renforçant ainsi l’orientation du système vers des unités de raffinage complexes et de grande envergure. La domination de la côte du Golfe est le fruit de décennies d’investissements destinés à traiter des bruts disponibles plus lourds et plus diversifiés, ce qui en fait à la fois un centre de raffinage national et une plaque tournante de l’approvisionnement à l’échelle mondiale.

Les États-Unis et le Canada sont prêts à profiter du boom des matières plastiques – Les raffineries américaines ont dépensé des milliards pour soutenir leur secteur pétrochimique dépendant du pétrole lourd

La capacité de cokéfaction reste un élément déterminant de la capacité du système américain à traiter le brut lourd, la majorité des investissements étant concentrée le long de la côte du Golfe. L’expansion constante des unités de cokéfaction au fil du temps montre comment les raffineurs ont structurellement adapté leurs actifs à des barils de pétrole plus lourd, renforçant ainsi leurs relations d’approvisionnement qui favorisent le brut canadien.

Le Canada assure la sécurité pétrolière des États-Unis, tandis que les raffineries américaines servent de porte d’entrée du pétrole canadien pour atteindre les marchés mondiaux

Le système énergétique américain est de plus en plus axé sur les exportations, les produits pétroliers représentant la majorité des volumes sortants au fil du temps. Cela souligne le rôle de la côte du Golfe non seulement en tant que centre de raffinage, mais aussi en tant que plateforme pétrochimique et d’exportation essentielle.Pour le Canada, cela renforce l’importance de l’accès au marché, du mélange, du raffinage et des voies de réexportation dans un paysage commercial mondial en pleine évolution.

Toutefois, les investissements pétroliers américains au Canada ont connu une décennie de fuite des capitaux

Malgré toute l’intégration transfrontalière, les investissements américains dans le secteur canadien des ressources (mines, pétrole et gaz) ont chuté de plus de la moitié par rapport au sommet de 39,1 G USD de 2011. Entre-temps, les investissements des États-Unis dans les autres pays de l’hémisphère américain ont connu une croissance constante, passant de 16 G USD en 2000 à 64 G USD en 2024, même sans le Vénézuéla.

La concurrence entre les États-Unis et l’hémisphère occidental pour attirer les investissements s’intensifie. Le Canada devra s’assurer de la présence de capitaux américains pour conserver sa position dominante sur le marché américain.

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➔ Où en est le Canada dans la lutte contre les changements climatiques ?  C’est… compliqué

➔ Le monde se détourne‑t‑il des Tesla ?

➔ Les règles canadiennes sur le méthane prennent un virage pragmatique

L’avenir du GIEC sans Washington LeGroupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), soutenu par l’ONU, est déterminé à garder le cap après le retrait des États‑Unis. L’organisme poursuit la préparation de son prochain cycle de rapports, prévu pour 2027. Ses analyses influencent profondément les politiques climatiques mondiales, mais certains lui reprochent de trop privilégier la science et la technologie au détriment des dimensions économiques et politiques de la transition énergétique. Alors que la Maison-Blanche qualifie le GIEC et d’autres organismes onusiens de « gaspillage » de l’argent des contribuables américains, d’autres rappellent le rôle essentiel joué par le GIEC pour mobiliser les décideurs face à l’un des plus grands défis de notre époque. Ils espèrent que la science continuera de guider l’action.

De nouvelles règles sur le méthane marquent une évolution pragmatique de la politique climatique canadienne. Les nouvelles règles, qui s’appliqueront dès 2028 aux activités pétrolières et gazières terrestres ainsi qu’aux grands sites d’enfouissement, allient ambition élevée et souplesse réglementaire. Le changement le plus déterminant est l’introduction de l’optionnalité, explique Vivan Sorab, responsable principale, Technologie propre RBC.  Selon les estimations gouvernementales, les nouvelles règles pourraient permettre des réductions cumulatives de 304 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO₂) entre 2028 et 2040. Les exploitants pourront soit suivre un parcours d’inspection prescrit par l’organisme de réglementation, soumis à la vérification et à l’application de la réglementation, soit démontrer leur conformité au moyen de leurs propres processus, appuyés par des mécanismes de surveillance et de vérification. La suppression de l’échéance de cinq ans pour les ententes d’équivalence fédérales‑provinciales renforce le cadre en offrant une plus grande prévisibilité à long terme pour les provinces et pour l’industrie. Les règles sont également appuyées par un investissement fédéral de 16 millions de dollars dans les technologies de surveillance et de vérification du méthane. Compte tenu de l’incertitude persistante entourant les volumes d’émissions de méthane, l’accent mis sur la mesure pourrait s’avérer crucial.

Le monde tourne‑t‑il la page sur la Tesla d’Elon Musk ? Difficile à dire si les positions politiques du milliardaire ont rebuté une part importante du public, mais cela pourrait certainement être un facteur. À l’échelle mondiale, les ventes de voitures électriques ont atteint un sommet historique de 21,7 millions d’unités l’an dernier, selon les estimations de Bloomberg New Energy Finance (BNFE), alors même que les ventes de Tesla ont reculé de 9 %, à 1,64 million de véhicules. BNEF prévoit 24,3 millions de ventes de voitures électriques en 2026, un rythme de croissance plus lent que les années précédentes, la baisse des incitatifs gouvernementaux étant partiellement compensée par la diminution des coûts des batteries, une hausse des ventes de véhicules commerciaux et le déploiement progressif des robotaxis.

Dans les coulisses, l’équipe de l’Institut d’action climatique a consacré les six derniers mois à préparer ce qui s’impose peu à peu comme un baromètre de l’action climatique au Canada : le rapport Action climatique, qui en est à sa troisième année.

Même si certaines politiques climatiques ont reculé, l’action, elle, ne manque pas. Le titre de notre rapport, Recul, réinitialisation ou renouveau ?, laisse entendre que la réponse est un peu tout cela à la fois.

Le rapport repose sur des calculs, des agrégations et des estimations fondés sur une variété d’indicateurs provenant de l’ensemble de l’économie et de la société. Ces indicateurs ont été retenus afin de dresser un portrait de la situation actuelle, du chemin parcouru et de ce qu’il reste à accomplir. Le rapport, tout comme les outils de mesure qui le soutiennent, n’a pas pour objectif de fournir un diagnostic précis d’un secteur, d’une politique ou d’une technologie en particulier ; il se veut plutôt un miroir permettant de mettre en lumière à la fois les réussites et les lacunes du Canada.

Le rapport s’appuie également sur la participation de notre équipe à plus de 100 événements ainsi que sur des visites de fermes, d’installations et de bureaux partout au pays, au cours desquelles nous avons écouté, échangé et confronté nos points de vue avec des pairs, des experts et des voix plus sceptiques. Plus de 2 000 consommateurs canadiens et 150 dirigeants d’entreprise ont participé à nos deux sondages annuels. Des groupes de pairs ont examiné nos méthodologies en profondeur, et plusieurs experts externes ont soumis notre analyse à des tests rigoureux. Pour nos études de cas, plusieurs entreprises ont accepté de discuter franchement des défis liés à la mise en œuvre concrète de leurs engagements climatiques, du conseil d’administration jusqu’à l’usine ou au bureau. Le résultat est un instantané du parcours climatique du Canada : quelques jalons franchis, quelques impasses rencontrées, et la préparation pour affronter le prochain virage.

Le rapport intégral est accessible ici, mais voici un bref aperçu de certaines de ses conclusions :

  • Les progrès sur le plan des émissions sont mitigés : Les émissions nationales ont baissé de 7 % depuis 2019, des réductions ayant été enregistrées dans les secteurs de l’électricité (-27 %), du bâtiment (-19 %) et du pétrole et du gaz (-19 %). Toutefois, de nouveaux projets comme l’expansion du pipeline TMX et la phase 1 de LNG Canada devraient augmenter les émissions du secteur pétrolier et gazier.

  • Le pipeline de financement pour la lutte contre les changements climatiques est solide. Des flux de capitaux liés à l’action climatique s’élevant à environ 20 milliards de dollars par année continuent de soutenir le secteur à faibles émissions de carbone.

  • D’autres mesures de financement sont prévues. Près de 100 milliards de dollars d’incitatifs pour les programmes et les initiatives axés sur les technologies propres et le climat sont prévus au budget d’ici 2035, bien que l’incertitude persiste quant à la disponibilité des fonds en raison des réorientations politiques.

  • Le Baromètre de l’action climatique a descendu : L’indice phare de l’Institut a chuté pour la première fois en six ans dans un contexte d’incertitude politique.

  • Les Canadiens se soucient toujours du climat : Malgré la prédominance des enjeux liés au coût de la vie, à l’accès aux soins de santé et au renforcement de l’économie, 33 % considèrent encore les changements climatiques comme l’une des trois principales priorités des décideurs.

Il ne faut pas s’arrêter uniquement aux cibles de réduction des émissions du Canada pour 2030. C’était le message d’Environnement et Changement climatique Canada dans son dernier rapport d’étape sur le plan national de réduction des émissions pour 2030, publié quelques jours avant les Fêtes. Donner la priorité « à tout prix » aux cibles de 2030 risque de fragiliser l’effort climatique à long terme, souligne le rapport. « Se concentrer uniquement sur les réductions à court terme pourrait aussi détourner l’attention des transformations systémiques plus profondes nécessaires pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. »

Exercer une pression excessive sur les secteurs des industries lourdes et du pétrole et gaz, deux secteurs étroitement liés à la compétitivité, aux flux d’investissement et au commerce, pourrait « provoquer une fuite des capitaux, une fuite de carbone et une perte de compétitivité internationale, surtout si les coûts de mise en conformité dépassent ceux supportés par les économies comparables ».

L’économiste Farhad Panahov a passé au crible l’ensemble des données pour en dégager cinq constats clés :

  • La baisse des émissions est impressionnante, compte tenu de la croissance démographique. En 2023, les émissions du Canada avaient diminué de 8,5 % par rapport aux niveaux de 2005. Plus remarquable encore, l’intensité des émissions avait reculé de 35 % par rapport à la taille de l’économie et de 29 % par habitant, alors même que la population a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies.

  • Il faudrait quadrupler les baisses d’émissions observées durant la pandémie. Pour atteindre ses cibles de 2030, le Canada devrait réduire ses émissions d’un volume environ quatre fois supérieur à la baisse enregistrée en 2020, durant la pandémie de COVID‑19.

  • La plupart des secteurs font leur part. Les secteurs de l’électricité, des transports, de l’industrie lourde et des bâtiments devraient générer ensemble une réduction de 68 Mt d’éq. CO₂ d’ici 2030, grâce à diverses mesures, notamment l’adoption des véhicules électriques et des thermopompes, la substitution des combustibles et l’électrification dans l’industrie lourde, ainsi que le déploiement de technologies renouvelables.

  • Les combustibles fossiles font figure d’exception. Le secteur pétrolier et gazier présente une trajectoire divergente, avec des projections allant d’un niveau stable jusqu’à une réduction de 33 Mt d’éq. CO₂, selon l’application renforcée des règles sur le méthane, la substitution par l’hydrogène et l’adoption de technologies d’extraction à base de solvants.

  • Qu’est-ce qui permettra réellement de faire bouger les choses ? Le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, mesure controversée et désormais mise de côté, et exclue des projections, n’aurait permis qu’une réduction additionnelle de 3 Mt d’éq. CO₂. À l’inverse, les pratiques agricoles, notamment la gestion de l’azote, pourraient contribuer à une réduction des émissions pouvant atteindre 12 Mt d’éq. CO₂.

  • John Stackhouse sera à Davos la semaine prochaine. Ne manquez pas son analyse de ce qu’il a vu, communiqué et entendu lors du forum le plus influent au monde pour la discussion et le débat sur l’économie mondiale.

  • Lisa Ashton, cheffe intérimaire de l’Institut, a été conférencière principale cette semaine au Saskatchewan Crops Forum, où elle a présenté comment le secteur agroalimentaire peut ouvrir la voie à une nouvelle ère de développement économique.

  • Mme Ashton a également animé une table ronde à Saskatoon réunissant des chefs de file de l’industrie et des investisseurs en capital de croissance dans le secteur agroalimentaire canadien afin d’explorer les défis en matière d’investissement qui ont été mis en lumière dans La prochaine génération de croissance.

  • Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique, anime une table ronde sur l’avantage concurrentiel du Canada et de la Colombie-Britannique en tant que producteurs mondiaux de gaz naturel et de gaz naturel liquéfié le 21 janvier lors du forum sur les ressources naturelles de la Colombie-Britannique.

  • The Elements of Power: A Story of War, Technology and the Dirtiest Supply Chain on Earth, par Nicolas Niarchos, qui examine les réalités et les enjeux liés à la transition vers les technologies de batteries.

  • Série télévisée Landman, mettant en vedette Billy Bob Thornton, qui montre que le forage sauvage demeure bien vivant au Texas, souvent alimenté par des éoliennes.

  • Balado Les innovateurs sur le futur bouquet énergétique de l’Alberta. John Stackhouse s’entretient avec la première ministre Danielle Smith au sujet de l’avenir de l’énergie en Alberta.

  • Things Are Never So Bad That They Can’t Get Worse (2022), par William Neuman,  à propos de l’effondrement du Vénézuéla au fil des ans.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Par John Stackhouse

Les droits de douane ne prennent pas de pause, et nous pouvons présumer que le président Donald Trump ne prendra pas non plus de vacances.

Cette semaine, Trump a diffusé son message des Fêtes pour se présenter comme un Père Noël du commerce, car, selon lui :

  • Les droits de douane sont l’une de ses grandes réalisations et ils suscitent plus d’investissements aux États-Unis.

  • Les droits de douane aideront à payer les « dividendes de guerre » à 1,45 million de membres du personnel militaire aux États-Unis.

  • Les droits de douane entraînent une baisse des prix.

Nous verrons plus tard en 2026 (en mi-mandat) si les Américains sont d’accord avec ces affirmations. Mais attendez-vous à ce qu’en 2026, le président fasse payer des droits de douane élevés, même si, comme on s’y attendait, la Cour suprême juge qu’il a outrepassé ses pouvoirs. Comment ? La Maison-Blanche pourrait rapidement rétablir le mur tarifaire, en s’appuyant sur les pouvoirs prévus aux articles 122 et 301 pour maintenir les droits de douane en place, quoique le taux prévu pourrait passer de la moyenne actuelle de 16 % à quelque 10 %.

Voici trois questions à se poser pour l’année à venir :

  • Les pays adopteront-ils des mesures de représailles, même en mettant en place des barrières autres que tarifaires ?

  • Le Congrès peut-il se permettre de réduire les impôts et les droits de douane ?

  • Le Canada pourra-t-il se permettre de gagner du temps ?

Mark Carney semble s’être résigné à subir un scénario d’« absence d’accord » et à affronter un long parcours en vue de la renégociation de l’AECUM. À court terme, les plus grands défis porteront sur les services numériques, le bois d’œuvre et les règles d’origine pour les fabricants automobiles, qui ont chacun leur propre calcul économique et politique :

  • on peut s’attendre à ce que les États-Unis continuent de faire pression pour obtenir plus de concessions pour les médias en ligne, en particulier pour Meta, qui pourrait faire face à des contrecoups au Québec, où les protections culturelles (y compris les subventions aux médias locaux) seraient une ligne de parti si le Parti québécois prenait le pouvoir en 2026 ;

  • on peut s’attendre à ce que les États-Unis, compte tenu de la morosité du marché immobilier, continuent de malmener la Colombie-Britannique (et le Nouveau-Brunswick) sur la question du bois d’œuvre ;

  • on peut s’attendre à ce que Doug Ford fasse encore plus d’efforts pour obtenir un accès favorable au marché automobile américain pour les usines d’assemblage de l’Ontario. 

Toutefois, il est peu probable que le Canada obtienne des résultats favorables sur ces trois volets. M. Carney pourrait passer les Fêtes à penser à ce que le Père Noël lui réserve pour 2026. 

14257 : Le Décret, signé le 2 avril par le président américain Donald Trump, qui a imposé des droits de douane de base de 10 % sur les importations de tous les partenaires commerciaux des États-Unis.

90 : Le nombre de pays qui se sont vus imposer des droits de douane supérieurs au taux de référence de 10 % le « Jour de la Libération ».

2 : Le nombre de visites effectuées par le premier ministre Mark Carney à la Maison-Blanche. Lors de la plus récente, au début du mois d’octobre, M. Trump a qualifié Carney de « bonhomme » qui faisait « un excellent travail ».

75 millions : Le montant consacré par le gouvernement de l’Ontario de Doug Ford à la campagne publicitaire anti-tarifaire avec Ronald Reagan, qui a incité Trump à interrompre les négociations avec le Canada. Selon M. Ford, la publicité a été visionnée 12,4 milliards de fois.

35 T$ US : La valeur estimative du commerce des biens à l’échelle mondiale en 2025. Le volume commercial atteint des niveaux records malgré le fait que les risques géopolitiques ont fracturé les chaînes d’approvisionnement – preuve que la mondialisation est en restructuration plutôt qu’en régression.

50 000 : Nombre d’emplois perdus dans le secteur manufacturier aux États-Unis depuis le début de l’année.

1 T$ US : L’excédent commercial record de la Chine, malgré les tensions avec les États-Unis. Beijing a exporté 3,4 T$ US de biens au cours des onze premiers mois de l’année, notamment en dénichant de nouveaux marchés, y compris en Afrique (+26 %), en Asie du Sud-Est (+14 %) et en Amérique latine (+7,1 %).

5 : Le nombre de secteurs comptant pour 80 %des droits de douane perçus par les États-Unis auprès du Canada, notamment le secteur automobile (28,8 %), l’aluminium (23,3 %), le fer et l’acier (12,7 %), la machinerie (8,8 %) et les marchandises en fer et en acier (8,3 %).

70 G$ : Les engagements d’investissements des Émirats arabes unis au Canada, axés sur le développement de minéraux essentiels, de l’énergie, de ports et de l’intelligence artificielle.

226,4 G$ US : Les exportations des États-Unis vers le Mexique entre janvier et août – qui excèdent les 225,6 G$ US de biens expédiés vers le Canada. C’est la première fois en 30 ans que le Mexique surpasse le Canada comme destination principale des exportations.

200 G$ : La valeur estimative de l’Accord canadien de reconnaissance mutuelle, qui élimine tous les obstacles au commerce des produits (sauf les aliments) entre les provinces et territoires du Canada.

3 fois : La hausse des mesures restrictives au commerce mondial depuis 2019. Les droits de douane, les contrôles à l’exportation et les subventions sont maintenant des caractéristiques structurelles des politiques commerciales – et non des perturbations temporaires.

10 % : Le pourcentage des exportations de bois d’œuvre (suffisant pour construire 75 000 maisons) que l’industrie forestière canadienne prévoit réacheminer vers le Royaume-Uni et l’Europe plutôt que d’exporter aux États-Unis.

100 % : Dépendance des États-Unis à l’égard des importations de 16 minéraux essentiels (y compris le graphite) et dépendance de 50 % à l’égard des importations de 29 minéraux essentiels, y compris le zinc, le titane et le nickel.

600 G$ : L’objectif des exportations canadiennes ailleurs qu’aux États-Unis d’ici 2035, qui est prévu au budget fédéral 2025, c’est-à-dire le double du montant actuel.

50 G$ : La valeur potentielle d’un partenariat commercial entre le Canada et l’Inde, qui ont renoué leurs relations cette année.

100 G$ : La valeur annuelle des exportations de produits agroalimentaires du Canada. Environ 60 % de ces marchandises étaient destinées au marché américain.

994,63 $ : Le montant qu’une famille moyenne du Canada peut s’attendre à payer de plus pour leur panier d’épicerie en 2026 par rapport à 2025. Les droits de douane ont une incidence sur la sécurité alimentaire au pays, où un Canadien sur quatre est touché par l’insécurité alimentaire.

86 : Le pourcentage de biens que les États-Unis ont importés du Canada en septembre qui étaient exempts de droits de douane.

51 : Nombre de jours où le cours de l’or a été supérieur aux sommets précédents en raison de l’incertitude géoéconomique accrue.

28 % : Le pourcentage d’augmentation du prix du café d’une année sur l’autre.

19 % : Le pourcentage de diminution des exportations chinoises vers les États-Unis cette année.

244 G$ US : Les revenus totaux tirés des droits de douane générés par les États-Unis (de janvier à novembre 2025).

1 million de barils par jour : La capacité potentielle d’un oléoduc d’exportation de pétrole sur la côte Ouest qui est à l’origine d’un protocole d’entente entre le gouvernement fédéral et l’Alberta et augmenterait les exportations de pétrole de l’Alberta vers l’Asie.

7 G$ US : Le grand coup que les trois grands constructeurs automobiles du Michigan, soit General Motors, Ford et Stellantis, s’attendent à ce que leurs bénéfices subissent en raison des droits de douane américains en 2025.

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Par Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole

Le programme d’aide de 12 milliards de dollars américains du président américain Donald Trump en faveur des agriculteurs américains aux prises avec une hausse du coût des intrants, comme les engrais et les graines, n’est pas sans conséquences pour le Canada. M. Trump envisage d’imposer des droits de douane « très sévères » sur les engrais canadiens pour « soutenir » la production américaine d’engrais. 

Cela pourrait toutefois se retourner contre Washington. Une augmentation des droits de douane sur les engrais canadiens risque fort de se traduire par une hausse des prix à court terme pour les agriculteurs américains et de créer de la volatilité au chapitre de l’approvisionnement à long terme. Cette proposition arrive alors que les États-Unis disposent de peu de solutions de rechange aux engrais canadiens, les agriculteurs américains ayant une influence limitée sur le marché et ne pouvant que subir les prix. Les secteurs agricoles canadien et américain font face aux risques suivants :

  • Le Canada compte pour 81 % des importations d’engrais chimiques à base de potassium aux États-Unis, et les droits de douane feraient augmenter les coûts pour l’ensemble de la chaîne logistique agroalimentaire interconnectée nord-américaine.1

  • Les États-Unis ont déjà fait une première tentative plus tôt cette année, en imposant des droits de douane étendus (25 %) sur de nombreux produits importés du Canada, notamment la potasse et d’autres engrais. L’opposition des agriculteurs et des groupes sectoriels américains a poussé le gouvernement à réduire à 10 % les droits de douane sur les engrais.

  • Ces décisions se sont avérées désastreuses, car l’indice des prix à l’importation aux États-Unis pour les engrais chimiques est passé de 164,5 à 186,5 entre décembre 2024 et septembre 2025.2

    • L’indice des prix payés aux États-Unis qui suit les coûts payés par les agriculteurs américains a atteint 149,9 en juin 2025, comparativement à 139,9 un an auparavant. Sur la même période, les coûts des engrais ont été le principal facteur de hausse des coûts pour les cultivateurs, avec une croissance de 11 % dans l’indice3

  • Les réserves de potasse canadiennes, les plus importantes du monde, sont évaluées à 1,1 milliard de tonnes, soit cinq fois plus que celles des États-Unis4. La taille de l’industrie minière de la potasse du Canada, selon les volumes de production, était 36 fois plus élevée que celle des États-Unis en 20245

  • Les engrais représentent environ 30 % à 45 % des coûts d’exploitation annuels des agriculteurs américains, selon le type de culture6. Les agriculteurs étant vulnérables à la volatilité des prix des intrants, ils ne peuvent souvent pas en répercuter les hausses aux consommateurs, car beaucoup vendent leurs produits sur les marchés des marchandises (maïs, blé, soja, etc.). Cela pourrait compromettre les efforts de l’administration américaine pour réduire les coûts des agriculteurs d’ici aux élections de mi-mandat de 2026 par l’imposition active de droits de douane sur leurs intrants et la menace de les accroître encore.

  • Les États-Unis pourraient conclure des accords distincts avec le Canada et le Mexique, a indiqué le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. Il a déclaré que l’administration Trump laissait toutes les options ouvertes quant à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Mark Carney a rapidement écarté la possibilité de conclure des ententes distinctes, en affirmant que « ce n’est pas ce qu’ils disent ».

  • Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada aux États-Unis ayant joué un rôle clé dans les négociations sur l’ACEUM, a annoncé qu’elle démissionnerait au début de l’an prochain. Le nom de la personne appelée à la remplacer n’a pas encore été annoncé, mais, selon certaines sources, Mark Wiseman, ancien chef de la direction de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada, serait le mieux placé pour lui succéder.

  • L’excédent commercial de 153 millions de dollars enregistré par le Canada en septembre a dépassé les prévisions des analystes, qui tablaient sur un déficit de 4,5 milliards de dollars. Les exportations vers les É.-U. ont augmenté de 4,6 %, tandis que les importations ont diminué de 1,7 %. Les exportations vers les autres régions du monde ont quant à elles bondi de 18,6 %.

  • In the U.S. exports surged in September, resulting in the smallest trade deficit in 5 years.

  • Les États-Unis ont enregistré en septembre leur déficit commercial le plus faible en 5 ans, après une brusque hausse de leurs exportations.

Par Jordan Brennan, premier directeur général, Leadership avisé RBC

Le président Trump a fait valoir que les droits de douane sont un mal à court terme pour un bien à long terme. Les données confirment que la première partie de son affirmation est juste.

Inflation : depuis ce que M. Trump a nommé le « jour de la libération » en avril, les prix à la production aux États-Unis ont nettement augmenté. Par effet d’entraînement, l’inflation des prix à la consommation a augmenté durant cinq mois consécutifs et s’établit à présent à 3 %, chiffre que l’on n’avait plus enregistré depuis le début de 2024.

Confiance des consommateurs : le sondage de longue date de l’Université du Michigan auprès des consommateurs montre que leur confiance est au plus bas depuis un demi-siècle. Quatre des dix plus mauvais chiffres mensuels ont été enregistrés depuis le « jour de la Libération ».

Fabrication : loin de rebondir, l’emploi s’est détérioré dans le secteur manufacturier – notamment le secteur politiquement sensible de l’automobile – depuis janvier. Les États-Unis ont détruit près de 50 000 emplois dans ce secteur cette année.

La Maison-Blanche répond invariablement que la politique des droits de douane demande du temps et que les difficultés sont transitoires. Cependant, les électeurs récompensent rarement les promesses lointaines quand ils en arrachent dans l’immédiat. De fait, M. Trump a récemment commencé à lâcher du lest, en réduisant les droits de douane sur le bœuf, le café et divers autres articles d’épicerie. On peut s’attendre à voir certains droits de douane, ciblés par régions et par produits, baisser, à mesure qu’approcheront les élections de mi-mandat.

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Dans tout le Canada, la production agricole et la transformation alimentaire dirigées par des Autochtones sont en plein essor. C’est d’ailleurs ce que l’on a pu constater à Regina lors de la plus grande foire d’animaux d’élevage au pays, la Canadian Western Agribition, où le Cercle national pour l’agriculture et l’agroalimentaire autochtones a organisé le sommet sur l’agriculture autochtone, attirant ainsi plus de 400 participants.

1. Les changements démographiques favorisent le perfectionnement des compétences

Le nombre total d’exploitations agricoles au Canada a diminué de 3,5 % entre 2016 et 20211. De plus, la main-d’œuvre vieillit, l’exploitant agricole moyen ayant désormais 56 ans. En revanche, le nombre d’exploitations agricoles autochtones est à la hausse (+6 %), et la moyenne d’âge des hommes entrepreneurs autochtones est de 34 ans et celle des femmes entrepreneures autochtones est de 39 ans2.

La population autochtone du secteur agricole, relativement jeune et en pleine croissance, pourrait aider ce secteur à répondre à la demande grandissante de main-d’œuvre hautement qualifiée. Elle pourrait également contribuer à combler les lacunes en matière de services, notamment dans les domaines des conseils d’affaires et financiers, du soutien agronomique et technologique, ainsi que des services de planification environnementale et de gestion.

De plus en plus de programmes de formation autochtones sont offerts dans les collèges et les universités du pays. Dans certains cas, les offres sont très précises. Par exemple, plus tôt cette année, le Collège Suncrest, qui compte neuf établissements en Saskatchewan, a lancé un programme de broyage de canola dirigé par des Autochtones. Durant 12 semaines, le programme prépare les étudiants à des carrières dans l’industrie du broyage des graines oléagineuses3. L’Assinobione Community College du Manitoba s’emploie actuellement à agrandir l’accès des étudiants autochtones à la formation et à l’acquisition de compétences dans le domaine de l’agroalimentaire, en offrant, sans frais de scolarité, des programmes axés sur la production horticole à l’intention des apprenants hors réserve. Ces programmes sont financés par des partenaires comme le Congrès des peuples autochtones4.

2. Accroître la participation des Autochtones à la production et à la gestion des terres

Les réserves des Premières Nations dans l’ensemble des Prairies comptent 1,5 million d’acres de terres cultivées, et ce nombre continue de croître. En Saskatchewan, la superficie des terres de réserves autochtones a presque doublé depuis 1992 (actuellement 8 234 kilomètres carrés) en partie grâce au processus relatif aux droits fonciers issus des traités (DFIT) et aux revendications particulières. Les DFIT et les revendications particulières sont des moyens dont dispose le Canada pour tenir ses promesses faites aux Premières Nations, en réglant les questions des terres découlant de traités historiques ou de manquements aux obligations relatives aux actifs (revendications particulières). Les terres cultivées dans les réserves en Saskatchewan ont augmenté d’environ 10 % au cours de la même période, et couvrent maintenant 43 % des terres de réserve des provinces des Prairies, ce qui est inférieur à la moyenne provinciale des terres cultivées, qui représentent 63 % de la Saskatchewan5.

Avec l’élargissement de leurs réserves et un mouvement croissant pour la souveraineté alimentaire, les communautés autochtones réintroduisent ou perfectionnent leurs systèmes de production alimentaire, en se concentrant principalement sur les jardins et l’élevage d’animaux à petite échelle et destinés à la consommation locale. La Nation crie de Fox Lake, par exemple, a réintroduit la production de fruits, de légumes et de volaille dans cette collectivité située à 750 kilomètres au nord-est de Winnipeg. À plus grande échelle, 4C Farms Ltd., dans la Première Nation de Cowessess, est un exemple d’exploitation agricole commerciale détenue par des Autochtones, qui cultive des céréales et des graines oléagineuses, et qui gère un troupeau de 125 vaches de race Angus. La ferme compte plus de 2 500 acres de prairies et de foin, et 2 000 acres de terres de récolte en Saskatchewan6.

L’accès à une infrastructure de transformation, la compréhension de la logistique de la chaîne d’approvisionnement et les normes en matière d’alimentation peuvent constituer des obstacles à la mise en marché de produits alimentaires cultivés dans les réserves. Pour surmonter ces obstacles, les communautés autochtones s’efforcent de raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement afin de pouvoir vendre plus directement aux détaillants ou aux clients. Par exemple, Mistickokat Nehiyawak, qui se trouve à environ 120 kilomètres au nord de Saskatoon, est une communauté qui dirige des initiatives de production et de transformation du riz sauvage afin d’élargir l’accès au riz sauvage.

3. Régénération des populations de bisons

Dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, entre 30 et 60 millions de bisons se promenaient en toute liberté avant que la colonisation européenne n’entraîne l’expansion des communautés de colons et la production agricole7. Lors du sommet, M. Leroy Little Bear, aîné de la Première Nation Kainai et professeur émérite à l’Université de Lethbridge, a expliqué comment la restauration des populations de bisons peut mener à la réconciliation avec les Autochtones et à la régénération de ces animaux.

Les communautés autochtones élaborent des approches pour réintroduire le bison sur leurs terres de réserves. Et ces approches portent leurs fruits. La tribu des Blood (Traité no 7) dirige un projet visant à réintroduire le bison des prairies grâce à une gestion améliorée des terres, qui comprend notamment la restauration des prairies indigènes et la revitalisation d’approches culturelles pour favoriser la santé de l’écosystème, notamment le brûlage dirigé des prairies pour la repousse. La tribu des Blood compte maintenant 96 animaux, ce qui lui procure des avantages culturels et environnementaux, en plus d’offrir des possibilités d’emploi aux membres de la tribu. Dans l’ensemble, le nombre de bisons au Canada, principalement concentré en Alberta et en Saskatchewan, a augmenté de 25 % pour atteindre 150 000 individus au cours des cinq dernières années8. De plus, Agriculture et Agroalimentaire Canada a annoncé récemment un investissement de 5 millions de dollars sur trois ans pour soutenir la restauration des bisons, en collaboration avec les communautés autochtones de la région9. Ce financement, annoncé lors du sommet, appuiera le renforcement des capacités dans le secteur du bison, de même que la formation d’un réseau régional favorisant l’échange de connaissances, le perfectionnement des compétences et la collaboration entre les communautés.


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L’économie spatiale mondiale est quasiment sur le point de tripler et d’atteindre 1 800 milliards de dollars américains d’ici 2035 ; la valeur tirée des biens en orbite équivaudra à celle de certains pays du G20.

Voilà l’occasion pour le Canada de faire croître son économie spatiale pour atteindre 21 milliards de dollars d’ici 2035, soit la faire quadrupler.

Selon les estimations, des capitaux publics et privés d’un montant de 12 milliards de dollars sont nécessaires pour stimuler cette croissance. Une grande partie de cette levée de fonds peut être obtenue grâce à de nouvelles stratégies d’approvisionnement.

Parmi les dix membres du Forum de l’OCDE sur le secteur spatial, le Canada est le pays dont les dépenses publiques représentent le plus faible pourcentage du PIB.  Parallèlement, le secteur spatial canadien produit un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars, soit 25 % de moins qu’en 2014.

Le budget spatial total du Canada devrait augmenter de 56 % au cours des dix prochaines années. Ce montant comprend un engagement inscrit au budget fédéral de 180 millions de dollars pour les capacités de lancement, dont deux sites sont déjà en cours de développement dans les provinces de l’Atlantique.

Le Canada peut profiter de cette occasion pour élaborer une nouvelle stratégie spatiale axée sur cinq piliers : la souveraineté, la défense, la technologie, la commercialisation et le climat.

Les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne fournissent des enseignements clés au Canada, notamment au moyen de l’approvisionnement stratégique, d’une montée en puissance financée par l’État, ainsi que sur le plan de l’excellence technique.

These are interdependent levers but success requires simultaneous progress across all of them. La réussite dépend de l’adoption d’une approche plus unifiée au sein du gouvernement, d’une modernisation de l’approvisionnement, de la mobilisation des marchés des capitaux, du développement des marchés d’exportation et de la mobilisation des talents. Il s’agit de leviers interdépendants dont la réussite exige toutefois des progrès simultanés sur l’ensemble d’entre eux.

Voici venue une nouvelle ère spatiale ambitieuse pour laquelle le Canada doit se doter d’une nouvelle stratégie spatiale tout aussi ambitieuse. 

Qu’est-ce qui est en jeu ? Notre souveraineté dans un monde plus divisé. Notre prospérité dans un nouvel univers axé sur la technologie. Et l’importance que nous avons pour nos alliés lorsque la « dernière frontière » devient soudainement la prochaine frontière économique et stratégique.  

L’économie spatiale mondiale est quasiment sur le point de tripler, passant de 630 milliards de dollars américains en 2023 à 1 800 milliards de dollars américains d’ici 20351 ; la valeur tirée des biens en orbite équivaudra à celle de certains pays du G20. Cette transformation ne se résume pas à une simple occasion économique. Elle représente un virage fondamental dans la façon dont les nations planifient leur souveraineté et leur compétitivité, une planification où l’espace occupe de plus en plus de place.

En cette nouvelle ère, le Canada possède les qualités nécessaires pour devenir un chef de file. Lorsque Jeremy Hansen se dirigera vers la Lune l’an prochain, il sera le premier astronaute non américain à quitter l’orbite terrestre. Les chercheurs spatiaux canadiens sont généralement considérés comme parmi les meilleurs au monde (et pour beaucoup, bien meilleurs que le Canadarm). Nos robustes ressources dans le domaine de l’économie axée sur l’IA, et peut-être bientôt dans celui de l’économie quantique, nous permettent de rejoindre la course dans l’économie planétaire. 

Malheureusement, l’ambition spatiale du Canada est trop ancrée sur ses réalisations passées et pas assez sur ses engagements futurs. Nous risquons de perdre de l’altitude au moment précis du décollage de l’industrie spatiale. En 2025, le Canada est l’une des seules puissances spatiales qui ne parvient pas à réaliser de lancements dans l’espace à partir de son propre sol, même en orbite basse. En même temps, nos vies numériques dépendent de plus en plus de l’envoi de minuscules satellites provenant de fusées américaines ou européennes à partir de la Terre.

Par ailleurs, le secteur spatial privé ne bénéficie nullement du soutien que le Canada pourrait offrir. L’industrie spatiale canadienne produit un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars2, soit 25 % de moins qu’en 20143. La part de notre PIB consacrée à l’espace a diminué de 13 %. La productivité de l’industrie spatiale canadienne est inférieure d’environ un tiers à celle de l’industrie spatiale américaine. Si ces tendances se poursuivent, nous prévoyons une croissance annuelle négative du chiffre d’affaires d’à peine 1 % au cours des dix prochaines années. Les revenus sectoriels devraient chuter pour atteindre 4,5 milliards de dollars d’ici 2035. 

Les dépenses publiques sont aussi problématiques. Parmi les 10 membres du Forum de l’OCDE sur le secteur spatial, le Canada est le pays dont les dépenses publiques représentent le plus faible pourcentage du PIB4.  Au cours des dix dernières années marquées par la transformation de l’économie spatiale par SpaceX, et l’atterrissage sur la Lune par les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon, le budget de l’Agence spatiale canadienne a chuté de 18 % depuis 20155 – et s’établit à 414 millions $6, soit une fraction de la moyenne de l’OCDE.

Canada par rap. aux États-Unis : Un écart d'investissement de 17x

Le Canada est à la traîne par rapport à ses pairs de l'OCDE sur le plan spatial

Cette tendance commence à changer : les investissements publics canadiens dans le secteur spatial reprennent de la vigueur. Les dépenses canadiennes consacrées à l’espace ont atteint au total 549 millions de dollars en 20247. Le budget fédéral prévoit un engagement d’environ 180 millions de dollars8 pour les capacités de lancement. Deux ports spatiaux sont en cours de développement (Atlantic Spaceport Complex et Maritime Launch) ainsi que plusieurs projets ambitieux de fusée (Canada Rocket Company, Nordspace et Reaction Dynamics). Il a également été annoncé que le Canada augmentera de 528,5 millions de dollars son investissement dans les programmes de l’Agence spatiale européenne. La recherche et le développement liés aux technologies canadiennes s’en trouveront ainsi stimulés. Le Canada est le seul pays non européen partenaire de l’Agence spatiale européenne. 

Le Canada, troisième puissance spatiale après l’Union soviétique et les États-Unis, possède aussi certaines des plus grandes sociétés de robotique et de satellites au monde. Parmi les chefs de file, citons Telesat Lightspeed (qui devrait mettre en orbite près de 200 satellites au cours des deux prochaines années), Kepler Communications (la première société au monde à recourir aux lasers pour relier la Terre à l’espace) et MDA Space (classée comme la cinquième société la plus innovante au monde par Fast Company). Citons par ailleurs une nouvelle génération d’innovateurs, notamment Mission Control et Canadaensys. Notre nouvel engagement envers l’OTAN consistant à accroître nos dépenses de manière spectaculaire pourrait offrir une occasion pour les générations d’aujourd’hui et de demain d’investir dans ces sociétés, et dans bien d’autres, notamment en recourant aux capacités spatiales à double usage.

Le Canada peut saisir ce moment pour établir une stratégie spatiale reposant sur cinq piliers essentiels :

  • La souveraineté : développer une base industrielle spatiale

    Un secteur avancé nécessite des sociétés canadiennes beaucoup plus grandes, ainsi qu’une infrastructure nationale qui repose sur des capacités de lancement nationales. C’est une étape aussi fondamentale que la construction et l’exploitation des ports maritimes canadiens.

  • La défense : devenir un allié essentiel dans l’Arctique

    Alors que les alliés de l’OTAN s’intéressent au Canada pour renforcer les capacités de défense dans l’Arctique, nous pouvons être l’allié non américain le plus fiable dans l’espace tout en étant un partenaire essentiel des États-Unis dans la défense de l’Amérique du Nord grâce à notre participation à des initiatives telles que le « Dôme d’or ».

  • La technologie : recours aux satellites pour franchir un pas de géant sur le plan numérique

    La course à l’IA et à l’informatique quantique passera par de nouvelles constellations de satellites que le Canada peut continuer à construire et à exploiter. Il s’agit d’une nécessité pour toute puissance technologique, tout comme la capacité non seulement à contrôler et à sécuriser nos données, mais aussi à en tirer parti pour nos propres objectifs.

  • La commercialisation : la recherche et le développement de pointe

    Chaque entreprise, qu’elle en soit consciente ou non, est une entreprise spatiale. L’espace fait partie intégrante de notre quotidien et est un élément fondamental de notre économie, en particulier dans les services de géolocalisation ainsi que dans la transmission et le stockage de données. Le Canada devrait rester à l’avant-garde de la recherche, du développement et de la commercialisation de ces technologies essentielles.

  • Le climat : protéger la Terre à partir du ciel

    Notre capacité à gérer les changements climatiques et à réduire l’incidence des phénomènes climatiques extrêmes implique l’espace. Cet objectif sera particulièrement important lorsque nous nous attellerons à mieux gérer les feux de forêt et à trouver de nouvelles façons de protéger notre littoral aux contours changeants et notre toundra touchée par le dégel.

Pour faire avancer cette stratégie, le Canada peut s’appuyer sur de nombreuses leçons tirées de récentes transformations dans le secteur spatial, en particulier les modèles qui intègrent les priorités axées sur la défense tout en permettant au secteur privé de prendre les rênes. Dernièrement, les États-Unis ont donné l’exemple sur le plan de l’innovation et du leadership dans le domaine de l’espace. Après la catastrophe de Columbia en 2003, qui avait coûté la vie aux sept astronautes américains à bord de la navette spatiale, les États-Unis ont viré de bord dans le cadre de leur stratégie spatiale en la faisant passer de « la construction et la possession » à l’« achat et l’utilisation ».

Washington s’est ainsi positionnée comme un client stratégique en achetant ses services auprès de sociétés fermées. Dans certains cas, les coûts de lancement ont été réduits par dix, tandis que des innovations comme les fusées réutilisables, l’Internet par satellite (Starlink) et la mobilité dans l’espace à faible coût ont vu le jour. Les résultats sont très parlants : la valorisation de SpaceX a atteint 350 milliards de dollars américains en 20249, tandis que les sociétés technologiques de la défense comme Palantir et Anduril sont évaluées respectivement à 330 milliards américains10 et 30,5 milliards américains11.

Le Canada pourrait exploiter cette dynamique entre les marchés publics et les marchés privés pour atteindre des sommets similaires. Le secteur spatial ajoute 3,2 milliards de dollars au PIB12. Sur la base des prévisions de McKinsey qui estime que le marché mondial des applications constituant l’épine dorsale devrait atteindre 755 milliards de dollars américains d’ici 2035 13, nous prévoyons que, sous l’hypothèse d’investissements importants, les recettes annuelles du secteur spatial canadien pourraient atteindre 21 milliards de dollars d’ici 2035, c.-à-d. quadrupler.

La croissance de ce secteur sera fortement tributaire de la volonté d’Ottawa de consacrer 5 % du PIB canadien aux dépenses de défense de l’OTAN et aux systèmes à double usage14. En consacrant 5 % (des 5 %) aux systèmes de défense et à double usage de l’espace, nous pourrions injecter jusqu’à 7,5 milliards de dollars par an dans le secteur spatial canadien d’ici 203515. Toutefois, le Canada doit également générer davantage de capitaux privés, ce qui exigera des dépenses publiques stratégiques et l’adoption d’une approche plus axée sur le marché. Selon nos estimations, l’industrie spatiale canadienne aura besoin de près de 5 milliards de dollars de capitaux au cours de la prochaine décennie pour maintenir son stock de capital actuel. Dans un scénario plus ambitieux où le Canada doublerait sa part dans le marché spatial mondial, le pays aurait besoin de 12 milliards de dollars en capitaux dans l’espace.

Cette stratégie doit tenir compte d’une stratosphère stratégique évoluant rapidement dans laquelle deux puissances technologiques, les États-Unis et la Chine, se livrent concurrence pour obtenir la suprématie. De plus, l’espace peut servir de laboratoire en orbite basse où s’intensifieront les efforts scientifiques et technologiques de pointe, tant en matière d’informatique que de sciences de la vie. À titre de frontière extérieure et de premier point de conflit potentiel, l’espace ne pourra que devenir plus important pour la défense nationale.

Dans cette nouvelle sphère d’influence, le Canada peut tirer parti de sa position unique tant comme principal allié des États-Unis dans l’espace que comme premier acteur non américain dans ce domaine. Notre choix à venir semble clair : soit sauter à pieds joints dans un leadership ambitieux dans l’espace, soit accepter de prendre une voie de garage dans un domaine qui dictera le devenir de l’économie et de la sécurité pendant plusieurs décennies.

Les approches stratégiques adoptées par les quatre chefs de file de l’industrie spatiale – les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne dans le contexte de l’Union européenne – offrent au Canada d’importantes leçons à tirer à l’heure où il cherche à accélérer son développement dans le secteur spatial.

Les États-Unis ont restructuré leur base industrielle spatiale en profondeur et remplacé les contrats traditionnels plus onéreux par un approvisionnement en services commerciaux. La NASA et le ministère de la Défense sont des clients stratégiques, qui offrent des contrats à prix fixe d’une durée pluriannuelle et permettent d’atténuer les risques liés aux investissements privés. Ce modèle a permis à SpaceX de s’emparer de 52 % du marché mondial des lancements16 … grâce à des engagements d’achat combinés à un financement public direct.

Le programme visant l’équipage commercial et le transport commercial illustre cette approche : la société procure des services de plusieurs milliards de dollars, ce qui crée une demande prévisible qui attire des capitaux privés17. Le succès de ces programmes, ainsi que les revenus se chiffrant en milliards de dollars de Starlink, confirment la viabilité commerciale de ce modèle, tandis que le programme Starshield montre la manière dont ces capacités peuvent également être adaptées à des applications liées à la défense18. Grâce au financement de capital-risque d’environ 7 milliards $ US chaque année19 dans le secteur et à la réglementation ITAR (International Traffic in Arms Regulations), qui crée des conditions de marché protégées, les sociétés américaines profitent de cycles d’itération rapides et de la tolérance au risque.

En l’absence de contrats de commande publique comparables, de l’ordre de 500 millions à 1 milliard de dollars, les entreprises canadiennes restent contraintes de devenir des fournisseurs de niveau deux au sein des réseaux d’entrepreneurs principaux américains, soit la fabrication de composants au lieu de systèmes intégrés20.

La Chine a poursuivi un modèle contrasté caractérisé par une planification centralisée et le déploiement de capitaux publics, bien qu’elle ait aussi commencé à financer ses propres acteurs commerciaux après avoir constaté la réussite de la stratégie américaine. La Chine prévoit lancer plus de 25 000 satellites entre les constellations de Guowang et de Qiafan21. Ces réalisations ne se limitent pas à des réalisations techniques, mais constituent des investissements en infrastructures souveraines. Grâce à la doctrine de fusion civile-militaire, chaque capacité procure un double usage. De plus, les stations au sol de l’initiative de la ceinture et de la route du Pakistan au Kenya et en Argentine accroissent l’influence spatiale de la Chine dans le monde entier22.

Cette approche réussit grâce à la coordination entre les ministères où le développement spatial est calqué sur la politique étrangère et la stratégie industrielle. Les gouvernements provinciaux se font la course pour décrocher les pôles du secteur spatial, ce qui crée une concurrence interne dans un cadre national unifié.

En revanche, l’activité spatiale continue de relever de différentes institutions au Canada : l’Agence spatiale canadienne, Innovation, Sciences et Développement économique Canada, le ministère de la Défense nationale et Affaires mondiales Canada. Ces entités ont chacune des priorités distinctes et ne disposent pas de moyen d’agréger la demande en regroupant les commandes en un tout. Cet éparpillement institutionnel rend impossible toute coordination nécessaire pour se concentrer sur les priorités stratégiques et les fleurons nationaux.

Le Japon, qui a décuplé ses financements spatiaux en trois ans, a fait d’un programme spatial essentiellement civil et scientifique, une initiative nationale complète axée sur la défense et les marchés. Cette transformation s’est matérialisée par l’augmentation des dépenses du secteur spatial aux fins de la défense dans le cadre du Space Strategy Fund. D’un montant initial de 300 milliards de yens (1,93 milliard de dollars américains), celles-ci ont atteint 1 000 milliards de yens (6,5 milliards de dollars américains) sur dix ans23.

Cette transformation découle de la redéfinition de l’espace, considéré comme essentiel pour la sécurité nationale. Au Japon, les structures d’entreprise keiretsu facilitent cette approche grâce à des participations croisées qui fournissent un capital patient protégé des pressions à court terme sur le marché. Des institutions garanties par l’État, notamment Innovation Network Corporation of Japan (INCJ) et Development Bank of Japan (DBJ), apportent un financement stratégique en cas d’insuffisance sur les marchés privés.

L’Allemagne a profondément remanié ses priorités sur le plan de la défense. D’ici 2030, elle renforcera ses capacités spatiales militaires, en ce compris une évaluation sans précédent des systèmes offensifs anti-spatiaux, d’une valeur historique de 40 milliards de dollars américains24. L’Allemagne disposait déjà d’une plateforme robuste, qui faisait d’elle l’un des pays contribuant le plus à l’Agence spatiale européenne (apport de 3,5 milliards d’euros (4 milliards de dollars américains) sur trois ans)25. Elle se classe également au troisième rang mondial en ce qui concerne les brevets spatiaux26 et accueille plus de 120 entreprises spatiales en démarrage27. En 2022, les entreprises en démarrage allemandes du secteur des technologies spatiales ont produit des recettes de plus de 120 millions d’euros dans le cadre de 16 opérations28.

En Allemagne, l’évolution de la réglementation dans l’industrie spatiale témoigne aussi de progrès pragmatiques malgré les retards. À titre d’exemple, l’Allemagne a publié les grands points d’une future loi allemande sur l’espace en septembre 2024. Une partie envisage de plafonner la responsabilité à 50 millions d’euros, assortie de limites de recours fondées sur les revenus de 10 %29 qui pourraient offrir des conditions plus favorables de placement. Cette approche mesurée, qui met en balance l’habilitation commerciale et la protection publique, offre un modèle aux pays qui cherchent à stimuler l’investissement privé sans pour autant assumer une responsabilité illimitée. Nota : Il se peut que le projet de réglementation spatiale de l’UE (2025)30 devienne prioritaire. Celle-ci ne prévoit pas de plafonnement spécifique de la responsabilité. Dans un cas comme dans l’autre, la capacité de l’Allemagne à maintenir des capacités d’envergure mondiale dans les radars à ouverture synthétique, les systèmes optiques et la technologie des petits satellites, tout en surmontant la complexité réglementaire tant à l’échelle nationale qu’européenne, prouve que des conditions institutionnelles parfaites ne doivent pas nécessairement être remplies au préalable pour obtenir le leadership technique.

Pour le Canada, l’Allemagne offre l’un des modèles les plus pertinents : c’est un pays du G7 ayant une structure fédérale complexe, de solides capacités techniques et des engagements de pays alliés qui doivent mettre en balance la souveraineté et la collaboration.

L’intensification des travaux des autres pays dans l’espace

Ces brefs profils ébauchent les aspects généraux des stratégies spatiales au Royaume-Uni, en Corée du Sud, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, aux Émirats arabes unis et en Australie.

Objectif : L’autonomie stratégique découlant du Brexit dans le domaine des technologies critiques.

Points forts : Les capitaux publics ouvrent l’accès aux marchés privés. La stratégie spatiale de défense fournit un cadre. L’intégration de UKSA au sein de DSIT tient compte de la convergence entre le numérique et l’espace.

Actifs : Participation dans OneWeb (devenue Eutelsat entretemps). Harwell Space Space. Solide base de production pour la fabrication de satellites.

Budget : Des investissements publics de 765 M$ US ont stimulé l’économie spatiale d’un montant de 2,89 G$ US (multiplicateur de 3,8 fois)31.

Principale méthode : Investissements publics stratégiques et stratégie à long terme donnant accès aux capitaux privés. La prudence du secteur bancaire et les exigences ESG peuvent occasionner des contraintes, même si ce multiplicateur important est un bon gage de succès.

Enseignement à tirer pour le Canada : Ce pays comparable du Commonwealth montre que l’investissement public peut produire un effet de levier important dès lors qu’il est lié à des impératifs stratégiques comme la souveraineté dans l’Arctique.

Objectif : Atteindre l’autonomie de lancement grâce à un développement durable.

Points forts : La structure des chaebols absorbe les pertes initiales. L’engagement politique est plus fort que les échecs. Renforcement méthodique des capacités sur une période de vingt ans.

Actifs : Lanceur opérationnel KSLV-II (Nuri)32. Centre spatial de Naro. Projet 42533. Intégration industrielle de Samsung et de Hanwha. Korea Aerospace Research Institute (KARI).

Budget : 670 M$ US, dont 560 M$ US sont consacrés aux projets de recherche et développement34. Financement soutenu par plusieurs administrations malgré des revers techniques.

Principale méthode : Progression sur vingt ans : fusées-sondes → satellites militaires35 et commerciaux36 → lanceur. Chaque échec est considéré comme un investissement d’apprentissage au lieu d’une responsabilité politique.

Enseignement à tirer pour le Canada : Nous possédons tout ce qu’a construit la Corée du Sud en vingt ans. La différence réside dans l’engagement soutenu et celui d’obtenir un lancement souverain, ce qui vient d’être rectifié.

Objectif : Dominer le marché réactif du lancement de petits satellites.

Points forts : L’innovation réglementaire permet une itération rapide. L’isolement géographique devient un avantage pour le lancement. Leadership du secteur privé, soutenu par l’État.

Actifs : Rocket Lab : plus de 70 lancements et 2e lanceur le plus fréquent aux États-Unis. Site privé sur la péninsule de Mahia. 120 occasions de lancement chaque année. Structure d’entreprise américaine.

Budget : Dépenses publiques de 59 M$ US et recettes de 1,52 G$ US dans le secteur spatial (2024)37. Investissements publics minimaux, rendement privé élevé.

Principale méthode : Espace aérien réservé à vocation spéciale, simplification des permis. Capacité d’exécution du contrat au lancement d’une durée inférieure à deux mois38. Premier pays à recourir à l’impression 3D et aux turbopompes électriques pour réduire les coûts39.

Enseignement à tirer pour le Canada : Un petit pays peut devenir un acteur de niche dominant grâce à sa souplesse réglementaire et à l’avantage qu’il présente sur le plan géographique, et a fortiori, en misant sur le succès d’un seul entrepreneur spatial de carrure mondiale. L’attention l’emporte sur l’envergure.

Objectif : Devenir la porte d’entrée de l’Europe vers les orbites polaires et héliosynchrones.

Points forts: L’emplacement optimal dans l’Arctique pour les orbites de grande valeur. Premier port spatial continental européen opérationnel. Solide intégration au sein des alliés.

Actifs : Base de lancement d’Andøya opérationnelle. Isar Aerospace en est le locataire clé depuis vingt ans. Accord de garanties technologiques avec les États-Unis. Une mission pour le haut débit par satellite dans l’Arctique avec des charges utiles américaines.

Budget : 208 M$ US40. Investissement de 36 000 $ US dans le port spatial41. Attribution supplémentaire de 20 000 $ US à la défense42.

Principale méthode : Construction en 18 mois pour le port spatial43. Ancrage commercial allemand + intégration militaire américaine44. 30 lancements annuels lorsque le port tourne à plein régime45.

Enseignement à tirer pour le Canada : Un emplacement dans l’Arctique devient un actif stratégique grâce à des investissements dans les infrastructures et à des partenariats avec les alliés. Les actes valent mieux que les paroles.

Objectif : Transfert de technologies de grande valeur et source d’inspiration grâce à des projets prestigieux.

Points forts : Des capitaux importants permettent de réduire les délais de développement. Tout transfert de technologie comporte une formation obligatoire. Acquisition de talents mondiaux à des prix élevés.

Actifs : Sonde martienne Hope (2020). Centre spatial Mohammed bin Rashid. Satellite d’observation de la Terre KhalifaSat. Partenariats avec les agences NASA, JAXA et Roscosmos.

Budget : Investissements spatiaux civils de 443 M$ US. Salaires du niveau de la Silicon Valley pour les talents mondiaux. Approvisionnement du fonds souverain de 820 M$ US46.

Principale méthode : Achat de technologies éprouvées, renforcement des capacités locales. Le prestige entraîne des investissements étrangers et un leadership régional47. Prises de participation actuelles dans les entreprises nationales en démarrage et les sociétés de placements spatiales.

Enseignement à tirer pour le Canada : L’afflux rapide de capitaux ciblés vers des projets majeurs qui bénéficient d’une grande visibilité peut entraîner d’importants transferts technologiques et être une source d’inspiration pour le pays.

.Objectif : Tirer parti de l’emplacement dans l’hémisphère sud pour assurer le leadership dans la région indopacifique.

Points forts : L’entrée tardive permet d’éviter les contraintes liées aux anciens systèmes. AUKUS fournit l’accès à la technologie. Avantage géographique en ce qui concerne les orbites polaires et la couverture régionale.

Actifs : Australian Space Agency (agence spatiale australienne) (2018). Développement de plusieurs sites de lancement. Deep Space Communication Complex. SmartSat CRC.

Budget : 25 M$ US (2024), 135 M$ US sur cinq ans (de 2023 à 2028)48. L’initiative de fabrication moderne de 840 M$ US comprend un réseau australien de fabrication spatiale de 101 M$ US50. Investissements supplémentaires dans le domaine spatial de la défense.

Principale méthode : Accent accordé à l’exploitation minière, à l’agriculture et aux applications maritimes. Intégration des alliés au moyen du partenariat AUKUS.

Enseignement à tirer pour le Canada : Les partenariats avec les États-Unis et l’intégration dans des domaines stratégiques offrent des occasions de transferts technologiques et de co-investissement. Puisqu’il s’agit de la région indopacifique, il peut en aller de même dans l’Arctique.

C’est notre pays qui a envoyé une alouette chanter dans l’espace, qui a construit le bras qui a assemblé la station orbitale de l’humanité et qui a créé le radar permettant de percer les ténèbres de l’Arctique.

1962
L’Alouette prend son envol
1981
Le bras qui bâtit l’avenir
1995
L’œil tout-puissant
2025
Le test de l’héritage
29 septembre, base aérienne de Vandenberg : La fusée Thor-Agena met sur orbite un satellite canadien d’une masse au lancement de 145 kg.13 novembre, navette spatiale Columbia : Le Canadarm se déploie au-dessus de la Terre, avec le mot-symbole flamboyant « Canada ».RADARSAT-1 : Le radar à ouverture synthétique du Canada perce les nuages, les ténèbres et les tempêtes dans l’Arctique.Le capital-risque répond à la réalité tout au long d’un parcours d’excellence depuis 60 ans

Grâce à Alouette 1, le Canada devient le troisième pays dans l’espace.
Ce qui était alors impossible fait maintenant partie de la routine : nombreux étaient ceux qui doutaient qu’un bras robotisé à six degrés de liberté puisse fonctionner dans l’espace.Un emplacement géographique qui établit la destinée : construction pour un pays où l’hiver dure la moitié du temps, comportant de vastes étendues et en grande partie invisible de l’espace.La fuite des cerveaux s’accélère : nos roboticiens font de la conception pour la Silicon Valley et nos experts dans les radars font de l’optimisation pour Arlington.
Tient son nom d’une chanson populaire franco-canadienne qui parle d’une alouette. Même nos satellites ont une consonance culturelle.410 kg sur Terre, mais une fois en orbite, il manipulait des charges utiles de 100 tonnes avec une précision centimétrique.Promesse de 72 heures : Carte de tous les recoins du Canada en trois jours avec couverture quotidienne de l’Arctique.L’insuffisance en capitaux devient critique : l’excellence technique sans apport financier.
Le miracle : construction par une équipe du ministère de la Défense nationale (MDN) qui en était à ses balbutiements, « sans manuels et sans pratiquement rien » pour la guider.Le rapport avec le nucléaire : né des robots à réacteur CANDU – l’ingéniosité canadienne redéployée au service du cosmos.Un marathon de 17 ans : une durée prévue de 5 ans, et une durée d’exploitation de 17 ans. Un autre élève canadien brillant.Un engagement budgétaire envers un lancement national – le besoin de décoller pour saisir le moment.

Conception prévue pour un an. Ses chants en ont duré dix. Le petit satellite qui pouvait – et a réussi.
Une feuille de route parfaite : 90 missions, cinq navettes, construction de la Station spatiale internationale (SSI), réparation de Hubble. Aucun échec.Question à la croisée des chemins : puissance spatiale souveraine ou fournisseur perfectionné ?
Activité du secteur spatial canadien (2022)

Les sociétés suivantes occupent collectivement plus de 10 000 Canadiens et produisent des recettes annuelles de plus de 5 milliards de dollars. Leurs exportations dépassent 80 %. Elles prouvent par ailleurs que le Canada possède les capacités techniques, l’excellence dans le secteur manufacturier et un sens aigu des affaires pour faire face à la concurrence mondiale. Ce qui leur manque est une capitalisation d’envergure et des contrats de commande publique dont bénéficient leurs concurrents internationaux. Grâce à un apport de capitaux de 12 milliards de dollars proposé d’ici 2025 et à l’augmentation des dépenses militaires liée au nouvel engagement du Canada envers l’OTAN, ces sociétés spatiales qui sont des acteurs de niche prospères pourraient devenir des fleurons mondiaux. Il en résulterait un écosystème qui attirerait et retiendrait les sociétés spatiales de la prochaine génération51.

  • Figure au palmarès des entreprises canadiennes les plus prospères, en activité depuis trois ans.

  • A construit le Canadarm, le Canadarm2, le Dextre et à présent, le Canadarm3, qui établit l’héritage canadien dans la robotique.

  • Principal entrepreneur de RADARSAT, technologie des radars à ouverture synthétique de pointe.

  • A élaboré MDA Aurora, le premier satellite commercial au monde en orbite basse terrestre pour les communications numériques.

  • Occupe plus de 3 800 employés.

  • Importance stratégique : La plus grande société spatiale au Canada ayant une capacité éprouvée à mettre en œuvre des programmes complexes et à pouvoir faire face à la concurrence mondiale.

  • Fondée en 2015, levée de fonds de capital-risque de plus de 300 millions de dollars américains.

  • Lancement de dix satellites de relais de données optiques en janvier 2026, tirant parti de l’héritage des vols de 23 satellites déployés précédemment, conçus pour être compatibles avec les normes de communication optique de la Space Development Agency aux États-Unis.

  • Première société commerciale à mettre en place des liaisons éprouvées entre satellites en orbite basse terrestre.

  • Occupe plus de 175 employés.

  • Importance stratégique : Kepler est un chef de file mondial dans le domaine de la technologie de relais optique de données. L’entreprise fournit des services de connectivité en temps réel, de calcul sur orbite de pointe et des services hébergés de charge utile pour les données essentielles aux missions.

  • A mis au point la plateforme SpacefarerMC utilisée par la NASA et des exploitants commerciaux.

  • A livré du matériel et des logiciels de mission essentiels pour les astromobiles lunaires à des clients sur trois continents.

  • En juin, le lancement avec SpaceX de la mission Persistence, avancée géante du Canada en matière d’intelligence artificielle dans l’espace.

  • Chef de file du déploiement de l’IA de pointe, sur le vaisseau spatial lui-même, y compris pour la détection de feux de forêt.

  • Levée de capitaux propres de plus de 22 millions de dollars et financement sans effet dilutif.

  • Plus de 35 employés possédant une expertise opérationnelle dans l’espace lointain.

  • Importance stratégique : Une expertise dans les logiciels et l’exploitation essentielle à la gestion de constellations et de missions lunaires complexes.

  • Mise au point de Spaceport Nova Scotia, situé à proximité de Canso, qui est un complexe de lancement multi-utilisateurs et multi-missions.

  • Partenariats actifs avec des fournisseurs de lanceurs légers et moyens pour les missions suborbitales et discussions en cours avec les sociétés canadiennes et internationales de services de lancement en orbite.

  • Signature d’un accord de garanties technologiques avec les États-Unis, permettant aux sociétés de lanceurs et partenaires de vaisseaux spatiaux américains d’exercer leurs activités sur le site en utilisant des technologies américaines contrôlées.

  • Grâce à l’investissement stratégique de dix millions de dollars qu’elle a réalisé, MDA Space est devenue un partenaire opérationnel.

  • La société a obtenu un prêt de dix millions de dollars d’Exportation et développement Canada aux fins de l’aménagement du site, de l’achèvement de la plateforme de lancement et de la disponibilité opérationnelle.

  • Accès concurrentiel aux orbites polaires et héliosynchrones, offrant des inclinaisons de 45,1 à 90 degrés et des couloirs de descente sans danger au-dessus de l’Atlantique.

  • Importance stratégique : Permet au Canada de devenir un pays capable d’effectuer des lancements de satellites et de déployer et de réapprovisionner ceux-ci à partir de son propre sol.

  • Troisième fabricant de trains d’atterrissage au monde ; recettes de 800 millions de dollars.

  • 2 000 employés au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne.

  • Fournisseur de Boeing, de Lockheed Martin, d’Airbus et de nombreux autres équipementiers.

  • Les ventes à l’exportation lui procurent 90 % de son chiffre d’affaires.

  • Importance stratégique : Capacités de fabrication de précision et d’intégration de systèmes directement applicables aux programmes spatiaux.

  • Se spécialise dans les missions et systèmes d’explorations planétaires, les astromobiles lunaires, les instruments et caméras scientifiques et les serres lunaires.

  • Mise au point d’une astromobile lunaire aux fins d’une mission lunaire pour l’ASC et de plusieurs véhicules utilitaires lunaires pour le programme Artemis de la NASA et des clients commerciaux.

  • Pilote le projet de développement de serres lunaires destinées à subvenir aux besoins alimentaires des astronautes sur la Lune. Collaboration avec l’ASC, le Centre aérospatial allemand (DLR) et la NASA.

  • Produit et vend des ordinateurs, des systèmes électriques et des caméras pour les missions lunaires. Plus de 20 caméras ont été posées sur le sol lunaire et 200 autres sont en production, dont 100 sont déjà commandées pour diverses missions lunaires internationales.

  • Importance stratégique : La robotique spatiale de prochaine génération élargit la contribution du Canada à l’économie lunaire.

  • Mise au point du premier système de lancement spatial réactif de bout en bout au Canada doté de capacités à intégration verticale.

  • Fusée Tundra (mise en orbite basse terrestre de 500 kg d’ici 2028) et mise à l’échelle pour la fusée Titan (mise en orbite basse terrestre de 5 000 kg d’ici 2032), conçue pour être le premier lanceur orbital souverain du Canada.

  • Construction de l’Atlantic Spaceport Complex (ASX) à Terre-Neuve-et-Labrador avec début d’exploitation en 2025.

  • Fabrication de moteurs de fusées à propulsion liquide Hadfield et Garneau imprimés en trois dimensions et utilisant les propergols Jet-A, SAF et LOx.

  • Lancement en 2026 du satellite Terra-Nova, doté d’une technologie d’IA de pointe alimentée par les processeurs graphiques NVIDIA pour la détection des feux de forêt et la veille spatiale.

  • Importance stratégique : Programme de défense SHARP à double usage aux fins de développer des capacités hypersoniques et des missions en haute altitude pour la souveraineté dans l’Arctique, en utilisant le même matériel que celui de la fusée Tundra et de ses moteurs.

  • Chef de file dans les services spécialisés de lancement orbital, le ravitaillement rapide et la reconstitution de constellations de satellites, avec une technologie brevetée de propulsion qui simplifie l’architecture de propulsion (environ douze pièces au lieu d’environ 15 000 pièces).

  • Financement total de plus de 38 M$, dont une série A de 14 M$ (juin 2025) et une subvention de 10 M$ accordée par le Gouvernement du Québec (juin 2025).

  • Objectif : Lancement suborbital inaugural à l’hiver 2026 ; le lanceur Aurora-8 cible le marché des petits satellites en pleine croissance.

  • Objectif de première tentative de lancement orbital au moyen d’un accord de lancement orbital avec Maritime Launch Services à partir de Spaceport Nova Scotia au troisième trimestre de 2028.

  • Obtention d’un montant de 300 000 € (482 000 $ CA) lors de la phase II du programme DIANA de l’OTAN et d’un montant de 776 000 $ accordé dans le cadre du Programme de développement des technologies spatiales (PDTS) de l’ASC pour la démonstration des micropropulseurs.

  • Importance stratégique : Fait progresser la capacité de lancement nationale du Canada tout en positionnant le pays sur les marchés émergents des lancements suborbitaux et de petits satellites.

  • Fondée en 1969, elle figure aujourd’hui parmi les plus grands exploitants de satellites au monde.

  • Constellation de satellites en orbite basse terrestre Telesat Lightspeed : investissement de 6,5 G$ pour 198 satellites.

  • Large implantation mondiale, axée sur les marchés des entreprises, des administrations publiques et de la mobilité.

  • Livre une concurrence directe à SpaceX Starlink et Amazon Kuiper.

  • Environ 750 employés.

  • Strategic relevance: Demonstrates Canada’s ability to deploy capital for mega-constellations, critical for digital sovereignt

Le Canada doit transformer ses pôles d’excellence dans le domaine spatial en piliers majeurs d’une nouvelle stratégie mondiale. Et le regain d’attention accordé aux dépenses militaires peut en être le tremplin. Les dépenses consacrées à la défense qui représentent actuellement 29 % des dépenses spatiales du Canada devraient augmenter fortement au fur et à mesure que les engagements de l’OTAN s’intensifieront52. Il ne s’agit pas d’une simple réaffectation budgétaire, mais d’une transformation fondamentale du marché. L’approvisionnement stimulé par la défense peut faciliter les contrats de commande publique et la certitude de recettes pour plusieurs années, tout en aidant à débloquer des capitaux privés et en permettant aux entreprises spatiales canadiennes de réussir leur changement d’échelle commerciale.

Capacités ciblées d’ici 2035 : Renforcer la base industrielle spatiale canadienne, en accordant la priorité aux capacités nationales de lancement et aux composants essentiels pour lesquels le Canada possède déjà des points forts.

Les capitaux privés, en particulier aux États-Unis et en Europe, ont contribué à la création de sociétés spatiales d’une nouvelle génération. À titre d’exemple, les opérations dans le secteur spatial américain ont vu leur volume plus que doubler, et leur valeur presque quadrupler au cours des dix dernières années53. Dans le secteur spatial au sens large, les sociétés spatiales bénéficient de flux de près de 50 milliards de dollars américains depuis 201554., ce qui correspond à un taux moyen annuel de croissance de 21 %55, sous l’effet majeur du capital-risque. Le Royaume-Uni est devenu la deuxième destination d’intérêt pour le capital spatial : il a reçu 17 % de ces flux entrants56. L’industrie connaît une croissance qui n’avait plus été observée depuis la course à l’espace de la Guerre froide. Ce sont les capacités commerciales et à double usage qui en sont les moteurs.

Dans cette course mondiale à l’espace, le Canada possède de nombreux atouts, mais aussi d’importantes lacunes. Nous avons de robustes capacités de fabrication de satellites et de production de composants, mais également des chaînes logistiques fragmentées, et des capacités inexistantes pour placer nos propres satellites en orbite au pays. Par ailleurs, les installations d’essais et les centres de recherche nationaux canadiens sont sous-équipés. Les investissements insuffisants dans les capacités spatiales nationales par rapport à nos pairs commencent à se faire sentir. Ce fossé industriel constitue un frein important à notre autonomie stratégique et à notre potentiel économique dans un secteur connaissant une croissance annuelle de 9 %57.

Les engagements inscrits au nouveau budget fédéral y contribueront, en particulier l’affectation triennale de 182,6 millions à des capacités de lancement spatial58. Voilà un bon début. La construction d’une chaîne de valeur requiert toutefois des efforts supplémentaires pour garantir la compétitivité industrielle : nouvelles missions et capacités ambitieuses, installations de fabrication de satellites et composants de pointe, centres d’essais et de validation, infrastructures des systèmes au sol et peut-être deux spatioports opérationnels au cours des prochaines années : l’Atlantic Spaceport Complex de Nordspace et le Spaceport Nova Scotia de Maritime Launch.

Le potentiel de transformation de l’économie a été démontré. La transition par la NASA de sa stratégie « construction et possession » par celle d’« achat et utilisation » n’a pas seulement entraîné des économies de lancement. Elle a fait office de catalyseur pour toute une industrie spatiale commerciale. Les États-Unis ont lancé plus de nouveaux objets dans l’espace (29 en 2011 à plus de 2 200 en 2024)59. en favorisant l’acquisition de services nationaux auprès d’entrepreneurs spatiaux et en renforçant les activités manufacturières, les chaînes logistiques et les fournisseurs de services américains.

Voilà une approche exhaustive privilégiée par l’économie spatiale moderne. L’évolution de la technologie des satellites s’accompagne de fortes variations des coûts. Dans les années 1990, les satellites commerciaux de communications coûtaient de l’ordre de 350 à 950 millions de dollars (en dollars d’aujourd’hui) ; à l’heure actuelle, ce déploiement se situe entre 150 et 500 millions de dollars60. Celui des nouveaux petits satellites géolocalisés coûte seulement 15 millions de dollars61. La transformation observée au niveau des petits satellites est encore plus remarquable. En effet, les universités et les pays émergents parviennent maintenant à construire et lancer des nanosatellites cubiques pour une somme totale de seulement 150 000 $, alors que les satellites traditionnels coûtent des centaines de fois plus62,63. Une base industrielle robuste qui serait de plus en plus financée par les dépenses du secteur spatial aux fins de la défense pourrait produire une défense comparable à celle obtenue grâce à un plus grand nombre de destroyers navals ou de F-35, mais avec des multiplicateurs économiques nationaux beaucoup plus importants grâce à des applications à double usage dans les domaines des communications, de l’observation de la Terre et de la surveillance du climat.

Répartition des dépenses spatiales 2024, Canada

La capacité annuelle d’ici 2035 : systèmes de premier plan de l’OTAN pour les communications, la localisation et la surveillance dans l’Arctique ; capacités anti-spatiales pour la dissuasion

L’espace a fondamentalement changé la façon dont les pays envisagent leur puissance économique et militaire. Les puissances militaires avancées s’appuient désormais sur des satellites pour les communications ; les satellites de reconnaissance permettent de recueillir des renseignements et de repérer les cibles, et les constellations de satellites de positionnement, de navigation et de synchronisation (y compris les systèmes GPS) servent de guides pour tout (des munitions de précision aux drones).

En plus de ces capacités tactiques, l’espace demeure un élément central de la sécurité stratégique. Les systèmes d’alerte précoce qui repèrent les lancements de missiles nucléaires reposent en grande partie sur les ressources spatiales. Le rôle de Starlink en Ukraine a défrayé la chronique. Il ne s’agit toutefois que du début de la refonte de la défense nationale par les systèmes spatiaux.

Parallèlement, les capacités contre-spatiales connaissent une expansion rapide. Les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde ont tous détruit leurs propres satellites pour faire la démonstration de leurs missiles antisatellites64. La Chine et les États-Unis sont en train de mettre en place des arsenaux contre-spaciaux, notamment pour des opérations à proximité d’un satellite et des infrastructures de ravitaillement. La Russie a démontré qu’elle peut placer en orbite des armes nucléaires qui pourraient, grâce à une impulsion magnétique, anéantir la plupart des satellites en orbite basse terrestre65. Les prévisions générales sont claires : tout conflit entre de grandes puissances commencera probablement par des manœuvres dans l’espace.

Pour maintenir sa souveraineté et dissuader ses adversaires, le Canada a besoin de capacités spatiales avancées pour les communications sur les champs de bataille, la collecte de renseignements, la détection de cibles et le contrôle de l’espace, y compris des systèmes contre-spatiaux. Nos partenaires de l’OTAN et de l’alliance « Five Eyes » s’attendent naturellement à ce que nous prenions les rênes de la défense en Arctique, où les systèmes spatiaux sont particulièrement vitaux, compte tenu de l’immensité du territoire et de la faible densité de population. De nouvelles entreprises canadiennes, p. ex., Dominion Dynamics, commencent à développer ces capacités essentielles au Canada pour la détection dans l’Arctique. Grâce à sa situation géographique, le Canada bénéficie d’un avantage unique : étant éloigné des zones de conflit potentielles en Europe et dans la région indopacifique, notre pays peut fournir des ressources spatiales pour les opérations des alliés plus efficacement qu’avec les forces terrestres, navales ou aériennes.

Compte tenu de notre population de petite taille et de notre vaste territoire, notre meilleure stratégie de sécurité reste d’avoir des liens rapprochés avec l’alliance « Five Eyes », une alliance entre l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis, pour échanger des renseignements. L’adhésion à des initiatives comme celle du Dôme d’or proposée par les États-Unis pourrait renforcer ces liens. L’architecture de défense antimissile spatiale dirigée par les États-Unis intégrerait les capacités des alliés au sein d’un bouclier unifié contre les menaces hypersoniques et balistiques. Pour le Canada, une participation pourrait impliquer plus qu’une simple protection accrue. Elle pourrait faire de nous un partenaire essentiel sur le plan de la défense continentale, tout en assurant la participation du secteur industriel et le transfert de technologie pour les entreprises canadiennes, ainsi que la prise en compte de notre voix dans le façonnement de la future architecture de sécurité nord-américaine. Une telle participation soutient par ailleurs les capacités au sens large de l’alliance « Five Eyes ». Les investissements dans la défense qui financent le développement de nouvelles technologies stimulent constamment les dépenses en recherche et développement et la croissance économique, car les innovations du secteur de la défense peuvent souvent trouver des débouchés commerciaux. Toutefois, ces retombées économiques n’auront lieu que si nous développons des capacités au Canada au lieu d’acheter des systèmes étrangers. Le Canada doit s’approvisionner auprès de sociétés canadiennes tout en se développant conjointement avec celles-ci, en structurant des contrats qui permettent à ces sociétés de monter en puissance tout en conservant leur rentabilité sur la scène nationale puis mondiale. C’est ainsi que les États-Unis ont développé des sociétés gigantesques – SpaceX (plus de 350 milliards de dollars), Palantir (330 milliards de dollars) et Anduril (30 milliards de dollars) – par l’entremise de contrats stratégiques de sécurité nationale.

La capacité annuelle d’ici 2035 : réseaux de communication protégés par la sécurité quantique par satellites ; systèmes nationaux de positionnement, de navigation et de synchronisation

Au cours des dix prochaines années, les pays obtiendront des avantages économiques et stratégiques grâce à la technologie. Et trois grandes tendances convergentes redéfiniront la dynamique des puissances mondiales : la croissance exponentielle des données faisant office d’actif stratégique, la vulnérabilité du chiffrement actuel pour l’informatique quantique et la dépendance essentielle du commerce à l’égard de l’infrastructure satellitaire. Les pays qui contrôlent les communications sécurisées par satellite détiendront les clés de la souveraineté numérique ; ceux dépourvus de capacités indépendantes seront confrontés à des contraintes stratégiques.

Songez à l’ampleur de la dépendance à l’égard des satellites aujourd’hui. Le transport maritime, qui assure le déplacement de marchandises pour un montant de plus de 14 000 milliards de dollars chaque année66, dépend entièrement des services de positionnement et de synchronisation par satellite67. Les marchés financiers s’appuient sur la synchronisation GPS pour synchroniser les opérations. Une panne fait perdre environ un milliard de dollars par jour à l’économie américaine68. En 2023, le secteur des services de positionnement, de navigation et de synchronisation liés aux appareils et aux services a généré des recettes d’environ 280 milliards de dollars américains en aval à l’échelle mondiale69.

En 2030, le paysage technologique de 2020 sera méconnaissable. À mesure que les modèles d’IA se banaliseront et deviendront disponibles de manière universelle, l’avantage concurrentiel ne tiendra plus aux algorithmes, mais aux ensembles de données exclusives. Les entreprises et les pays qui parviendront à recueillir, à transmettre et à traiter des flux de données uniques en toute sécurité s’imposeront. Les constellations de satellites offrent ces points d’observation uniques – elles permettent de surveiller les chaînes logistiques mondiales, de suivre l’activité économique et d’autonomiser des systèmes – à condition toutefois de pouvoir sécuriser ces données.

L’informatique quantique présente tant une menace existentielle qu’une occasion de transformation. Les méthodes de chiffrement utilisées actuellement pour protéger les communications par satellite, les opérations financières et les données militaires seront vulnérables à un déchiffrement quantique d’ici dix ans. La Chine a déjà fait la démonstration des communications quantiques par satellite avec son satellite Micius70. Le pays qui parviendra à déployer en premier lieu des réseaux par satellites protégés par la sécurité quantique ne fera pas que protéger ses propres communications : il deviendra le fournisseur de confiance de ses alliés qui souhaitent se protéger.

D’autre part, la révolution de l’IA exige une capacité de transmission de données et une sécurité sans précédent. L’entraînement des modèles d’IA de prochaine génération nécessite d’énormes ensembles de données souvent recueillies à partir d’images par satellite, de réseaux de satellites de l’Internet des objets (IdO) et de capteurs mondiaux. La valeur du marché des villes intelligentes intégrant ces technologies devrait atteindre de l’ordre de 1 400 à 4 000 milliards de dollars américains d’ici 203071,72, une grande partie de ceux-ci dépendant de la connectivité sécurisée par satellite pour l’infrastructure IdO. Le contrôle de l’infrastructure satellitaire sécurisée est également probablement fondamental pour une capacité désignée d’« IA souveraine » par de nombreuses personnes.

Chaque entreprise canadienne d’IA chargée de l’entraînement des modèles à partir de données exclusives doit faire des choix quant à l’acheminement et au stockage des données. La compétitivité de notre écosystème d’innovation dépend en partie d’une infrastructure sécurisée à même de protéger la propriété intellectuelle tout en maintenant la connectivité mondiale.

Le Canada offre tant des occasions que des failles. Notre dépendance à l’égard de l’infrastructure satellitaire alliée peut occasionner des points de défaillance uniques malgré les avantages qu’elle présente pour l’interopérabilité et le partage des coûts. La sagesse veut d’assurer la résilience au moyen de la diversification.

En cas de dégradations du système, qu’elles soient attribuables à des événements solaires, des cyberattaques ou des pannes d’infrastructures, le Canada a besoin d’un accès garanti aux services de positionnement, de navigation et de synchronisation. Nos banques, nos réseaux électriques et nos réseaux de transport dépendent tous de signaux de synchronisation précis. Le risque économique s’ajoute à mesure que les entreprises canadiennes des secteurs de l’extraction des ressources, des services financiers et de la fabrication de pointe transmettent des données sensibles par l’intermédiaire d’une infrastructure satellitaire sans disposer d’autres solutions de rechange nationales. De plus, selon une étude triennale menée par des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego et de l’Université du Maryland, environ la moitié des signaux des satellites géostationnaires transmettent des données sensibles entièrement en clair, ce qui les rend vulnérables à l’interception avec de l’équipement de base73.

Le Canada possède des avantages uniques qui lui ont permis de devenir un chef de file mondial dans les communications sécurisées par satellite. Notre leadership en recherche quantique grâce à des institutions comme l’écosystème Quantum Valley, à Waterloo, à la Stratégie quantique nationale de 360 millions de dollars et à la somme supplémentaire de 334,3 millions de dollars annoncée dans le budget 202574,75, combiné à des entreprises quantiques de premier plan telles que Xanadu, Photonic et Nord Quantique, nous positionne pour concevoir des réseaux par satellites protégés par la sécurité quantique avant la plupart des pays. Si l’on tient compte également de nos intentions concernant la souveraineté dans l’Arctique, des obligations qui nous incombent à l’égard de l’OTAN et de notre statut de moyenne puissance de confiance, nous possédons tant des capacités que des occasions sur le marché au Canada.

L’argument économique est convaincant. La constellation Lightspeed de Telesat de 6 milliards de dollars76 démontre la confiance du secteur privé dans la capacité du Canada à offrir des communications par satellite à l’échelle mondiale. L’ajout de la sécurité quantique est un facteur de différenciation pour les pays en quête de solutions de rechange fiables, non pas pour remplacer les partenariats existants, mais pour garantir leur résilience grâce à la diversité. Grâce à des investissements ciblés, le Canada pourrait bâtir une infrastructure satellitaire protégée par la sécurité quantique pour répondre à la fois aux besoins nationaux et à ceux des pays alliés qui recherchent de nouvelles solutions de communications sécurisées.

La capacité annuelle d’ici 2035 : programmes de recherche de classe mondiale dans des domaines stratégiques ; plus d’une centaine de projets annuels d’étudiants ; deux ou trois démonstrations de technologies de pointe chaque année

Dans le domaine de la recherche spatiale, les pays ne doivent plus tenter de s’arracher le prestige scientifique, mais plutôt le contrôle des technologies qui définiront la puissance économique et stratégique. La Chine entend faire la démonstration d’une énergie solaire spatiale d’ici 203577. Les États-Unis poursuivent la voie de la propulsion nucléaire pour les missions sur Mars78. Le Japon met au point une autocaravane lunaire tout en offrant des possibilités de déploiement trimestriel pour la SSI qui ont permis de déployer plus de 200 satellites depuis 201279. Il ne s’agit pas de projets scientifiques, mais d’investissements stratégiques visant à obtenir une future mainmise sur le marché.

Grâce à ses atouts dans la recherche, le Canada se place dans une position idéale pour être un chef de file dans le domaine des technologies spatiales, à condition toutefois de bénéficier d’un déploiement stratégique. Trois sociétés canadiennes de technologies quantitatives – Nord Quantique, Xanadu et Photonic – ont été admises à l’épreuve finale de la Quantum Benchmarking Initiative de DARPA, où les participants se disputeront un prix de 316 millions de dollars américains80. L’investissement dans les technologies quantiques de 334 millions de dollars inscrit au budget fédéral procurera les capitaux nécessaires à l’établissement du siège social au Canada81. Notre expertise dans les sciences des matériaux et la robotique, renforcée dans le cadre d’activités dans l’Arctique, se transpose directement dans les environnements lunaires. Notre secteur minier est prêt pour extraire des minéraux critiques. Il est l’un des plus solides au monde. Notre industrie nucléaire bénéficie de l’expérience avec le réacteur CANDU, qui pourrait s’appliquer aux systèmes énergétiques spatiaux.

La réussite du projet repose sur des changements fondamentaux dans l’approche canadienne de la recherche et du développement dans le domaine de l’espace. Au Japon, le modèle des occasions de déploiement régulier réduit l’écart séparant le prototype du produit. Lorsque les investisseurs savent que la validation des technologies peut prendre quelques mois au lieu de quelques années, les flux de capitaux sont dirigés vers des sociétés innovantes. Le Canada pourrait établir des occasions de lancement trimestrielles semblables, en transformant des projets de recherche universitaires en pipelines commerciaux.

Le processus de mise en œuvre est clair : des partenariats commerciaux dès le tout premier jour et des co-investissements industriels dans des programmes de recherche. Des mécanismes assurant le maintien de la propriété intellectuelle de pointe au Canada. Des programmes structurés qui font le lien entre les projets d’étudiants et les missions spatiales pourraient offrir un excellent départ. Qui plus est, il faut accepter le fait que de multiples tentatives sont nécessaires pour réaliser ces objectifs lunaires, et faire en sorte que le public et les politiciens acceptent certains échecs dans le cadre du processus d’innovation et de croissance.

L’argument économique est convaincant. Lorsque la NASA s’engage à acheter des services de transport orbital et lunaire, les sociétés lèvent des capitaux privés de plusieurs milliards de dollars. Lorsque le ministère de la Défense finance des communications quantiques, les entreprises en démarrage obtiennent des valorisations de licornes. Le Canada peut reproduire ce modèle en faisant de l’administration publique son premier client, mais pas le dernier, et en créant ainsi des marchés qui attirent les investissements privés.

La période propice pourrait s’écourter. À mesure que la commercialisation des activités spatiales s’accélérera et que des propriétaires de plateformes technologiques émergeront, les pionniers établiront des positions dominantes. Le Canada a prouvé qu’il peut produire des travaux de recherche de classe mondiale. Au cours des dix prochaines années, nous déterminerons si nous tirerons parti de la valeur de nos innovations ou si nous continuerons à subventionner les réussites de nos concurrents.

La capacité annuelle d’ici 2035 : systèmes d’observation de la Terre fondés sur l’IA ; surveillance opérationnelle du climat en ce qui concerne le territoire canadien

L’épisode inédit des feux de forêt au Canada en 2023 – où 16,5 millions d’hectares, soit sept fois la moyenne historique, ont été détruits – démontre la raison pour laquelle la surveillance du climat est devenue une infrastructure économique. Cet épisode a exigé des efforts de lutte contre les incendies dans quatre provinces de plus d’un milliard de dollars, tout en résultant en dommages assurés causés par les intempéries d’un total de 945 millions de dollars83. Cette crise crée des occasions pour le marché : le secteur mondial de l’observation de la Terre passera de 5 milliards de dollars aujourd’hui à 8 milliards de dollars d’ici 203384., car les pays ont besoin des mêmes services de prévision des feux de forêt, de surveillance des inondations et de services de renseignements agricoles que le Canada doit mettre en place pour assurer sa propre survie.

La surveillance depuis l’espace constitue une nécessité opérationnelle. Parmi les 54 variables climatiques essentielles, 26 peuvent seulement être mesurées depuis l’espace85,86. La géographie unique du Canada – vastes forêts boréales, territoires de l’Arctique et systèmes agricoles des Prairies – pose des problèmes de surveillance qui, une fois résolus, peuvent devenir des produits exportables pour des pays confrontés à des pressions environnementales semblables.

L’héritage du Canada en ce qui concerne l’observation de la Terre repose sur de solides piliers. L’observation de la Terre représente 20 % des dépenses spatiales du Canada (le deuxième facteur le plus important après les communications par satellite). L’héritage laissé par les radars à ouverture synthétique de RADARSAT a fait du Canada un chef de file mondial dans le domaine de l’observation de la Terre. Cet avantage, initialement bâti à partir d’exigences dans le domaine de la défense, a trouvé des débouchés commerciaux dans les domaines de la gestion des ressources, des interventions en cas de catastrophe et de la surveillance environnementale. Des entreprises en démarrage (p. ex., SkyWatch et GHGSat) trouvent également des moyens de tirer profit et de créer de la valeur ajoutée à partir de produits d’observation de la Terre et auprès de la clientèle internationale.

La stratégie actuelle du Canada liée à l’observation de la Terre recommande explicitement l’élaboration d’un programme dédié à l’« obtention de données commerciales et internationales »87 afin de compléter les capacités souveraines. Cette recommandation ne figurait toutefois pas dans le plan de financement RADARSAT+ annoncé en 202388. Le Canada pourrait élaborer et financer une nouvelle initiative comparable au programme Commercial SmallSat Data Acquisition de la NASA, qui se concentre spécifiquement sur l’acquisition, l’évaluation et l’intégration des données commerciales et internationales d’observation de la Terre. Le Canada pourrait aussi partir de l’initiative de la NASA intitulée « Earth Information Center » et s’attacher à mettre en place un centre national de conception pour la résistance aux changements climatiques fondé sur les données spatiales et l’intelligence artificielle.

L’IA pourrait transformer l’observation de la Terre en reléguant l’imagerie statique au profit de l’intelligence prédictive. Le Canada pourrait construire un jumeau numérique de qualité pour la Terre. Les algorithmes ainsi obtenus détermineraient les tendances plus difficiles à déceler par les analystes humains. Citons par exemple les premiers indicateurs de mauvaises récoltes, l’extraction illégale de ressources, le trafic maritime ou les manœuvres militaires. Cette observation de la Terre fondée sur l’IA crée des occasions d’exportations commerciales, des produits de données et des services d’analyse que les gouvernements alliés, les entreprises de l’industrie des ressources et les exploitations agricoles achèteront. L’optimisation grâce à un double usage est puissante. Les mêmes satellites qui surveillent les feux de forêt et les réalités agricoles peuvent également fournir des renseignements militaires, une surveillance des frontières et une connaissance du domaine maritime.

Canada could capture an estimated $21 billion of the global space market annually by 2035, creating new jobs and transforming our economy. Or we could watch from the ground as others claim the high frontier. The difference comes down to approximately $12 billion in capital investment and the political will to deploy it–and soon.

The are several strategic unlocks that Canada’s leaders could consider:

  • Canada’s space governance remains fragmented across multiple departments with no single point of accountability, deterring the private investment needed to scale the sector. One option is to have the National Space Council report directly to a senior minister or Clerk of the Privy Council, granting them authority to coordinate all federal space spending. This creates the focused leadership that capital markets require—mirroring how Japan’s Prime Minister provides oversight over the country’s national space agency.

  • NovaSpace, a global consultancy firm, diagnosed our core failure: we create « technology orphans »—innovations that win small government grants, then die without major customers.89 The Department of National Defence could break this cycle by committing to become a significant customer of Canadian space innovations and services and providing world-leading space defence capabilities for ourselves and for our allies in the process.

  • It is hard for companies to raise capital against one-time contracts, which is what Canada often offers. The Canadian Space Agency could address this by shifting from buying hardware to purchasing services, replicating NASA’s success, as outlined above. At the early stages, this could be similar to the US SBIR program (which Budget 2025 may create a version of, through ISED).90 Phased contracts would take companies from $200,000 feasibility studies through $1.5-million development contracts, on a pathway to commercialization towards $50-million deals, creating a proven pathway from innovation to market.

  • Canadian space companies also face challenges in « de-banking » for defence-related work and the country has venture funds that are often too small to scale champions. To navigate this, Export Development Canada (EDC) could consider establishing a dedicated Space Finance Division with expanded lending capacity, while Finance Canada could classify space as « strategic infrastructure » to unlock pension fund investment. EDC could also consider guaranteeing 80% of commercial loans, like how it did through BCAP during the pandemic. This could mobilize the billions needed to build Canadian champions.

  • Canada’s space exports grew 13% from 2020 to 2023, proving international appetite exists. Fast-tracking agreements with Five Eyes and NATO partners, combined with a dedicated Space Export Division within Global Affairs, could help position Canada as a trusted non-American option for nations seeking alternatives to U.S.-China dependency. An « Allied Space Preferred Partner » designation could also expedite approvals.

  • More than 40 universities and research centres participate in the Canadian space sector, and this is a strength that can be built on.91 At the same time, in the context of talent, Canada is facing significant challenges. The major reduction of international students may reduce our talent pipeline, and many of our traditional sectors including automotive are struggling amidst the trade war. Opportunities to unlock talent could include industrial retraining programs into the space and defence sectors, especially from hard hit areas of our economy. One opportunity is a U15-led, business-academia approach to space-driven technologies for earth science and climate resilience, including wildfire detection and management—something that can exported to NATO allies for dual use purposes. Further, national regulatory sandboxes and multi-year federally funded university space research institutes partnered with the CSA and DND that link space and defence procurement with post-secondary institutions and industry partners could create pre-qualified talent pipelines and accelerate security clearances.  

These unlocks—unified leadership, procurement modernization, capital market activation, export market development, and talent mobilization—are interdependent. Success requires simultaneous progress across all dimensions. International precedents, particularly NASA’s commercial programs and the UK’s space investment strategy, demonstrate that government market-making can catalyze private sector growth.

But the window is narrowing. First-mover advantages in quantum communications, Arctic surveillance, and other emerging space technologies have expiration dates measured in months and years, not decades. Furthur delay risks permanent relegation to consumer and tier-two status rather than being a producer and leader in the global space economy.

The path forward requires coordinated action across government, industry, and capital markets. Without executive-level leadership and the structural reforms outlined, Canada risks missing a generational opportunity.

At a time when we’re aiming east, west and north, instead of south, Canada also needs to look up—and aim higher, quite literally, with an ambitious space strategy.

Télécharger le rapport

Méthodologie

Les données sur l’économie spatiale canadienne sont limitées. L’Agence spatiale canadienne (ASC) publie chaque année l’État du secteur spatial canadien, englobant notamment le revenu, le produit intérieur brut, l’emploi et les exportations. Les données concernant les sociétés cotées en bourse sont disponibles. Dans notre méthode, nous avons combiné les données de ces deux sources pour modéliser le chiffre d’affaires, le PIB et les dépenses en immobilisations dans les deux scénarios de croissance de base et de croissance ambitieuse. Les calculs ont nécessité plusieurs étapes.

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires et le PIB jusqu’en 2035 dans le scénario dit « de base », nous avons dérivé le taux de croissance annuel historique sur la plus longue durée possible à l’aide des données de l’ASC (de 2014 à 2022) qui, selon nous, orienteront la future croissance du chiffre d’affaires (-0,8 %) et du PIB (1 %).

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires dans le cadre du scénario dit de « croissance ambitieuse », nous supposons que le Canada doublera sa part du marché mondial d’ici 2035, en passant d’environ 1,1 % du marché mondial en 2022 à 2 % d’ici 2035. En partenariat avec McKinsey & Company, le Forum économique mondial prévoit que les applications qui constituent l’épine dorsale du marché spatial mondial (p. ex., les satellites, les lanceurs, la télédiffusion et le système GPS) se développeront pour atteindre 755 milliards de dollars américains d’ici 203592. La part du Canada atteindrait ainsi 21 milliards de dollars. Ce scénario ambitieux prévoit donc un quadruplement de la croissance du marché spatial en dix ans.

  • Pour déterminer le capital nécessaire dans un scénario de croissance de base et celui de croissance ambitieuse, nous avons utilisé les données concernant les sociétés spatiales cotées en bourse. Entre 2020 et 2024, les sociétés spatiales canadiennes cotées en bourse ont affiché un ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires de 36 % (selon une moyenne pondérée). Ce chiffre a été faussé par les investissements massifs de quelques entreprises clés, qui devraient cesser à l’avenir, même dans le cadre du scénario de croissance ambitieuse. Pour mieux enraciner le ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires, nous avons inclus quelques sociétés aérospatiales matures, dont les exigences en capital sont bien inférieures. Selon une moyenne pondérée, le ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires s’établit ainsi à environ 10 %.

  • Dans les scénarios de croissance de base et de croissance ambitieuse, nous avons multiplié le chiffre d’affaires annuel par 10 % pour déterminer le montant annuel des dépenses en immobilisations, et nous avons additionné les chiffres sur la période de 2025 à 2035 pour déterminer l’exigence totale en capital.

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Dans le numéro de cette semaine : Période décisive pour les minéraux critiques et rôle stratégique du Canada

Par John Stackhouse

Il y a quelques années, le dialogue entre l’Arabie saoudite et le Canada était quasi inexistant. Aujourd’hui, ils discutent d’accords commerciaux, d’occasions d’investissement et, si tout se déroule comme prévu, d’une visite du premier ministre Mark Carney au Royaume l’an prochain.

À l’ère de Trump, l’Arabie saoudite et le Canada s’inscrivent parmi ces puissances moyennes qui cherchent à tracer une nouvelle voie sur les plans économique et géopolitique.

Plusieurs secteurs pourraient transformer les relations saoudo-canadiennes : l’énergie sous toutes ses formes (renouvelable, nucléaire, véhicules électriques), la fabrication avancée, notamment dans les drones et les satellites, l’intelligence artificielle et l’analyse quantitative, l’exploitation minière et les minéraux critiques, ainsi que l’enseignement supérieur et les soins de santé. Les deux pays disposent d’importants capitaux à investir, mais aussi d’importants besoins de financement.

Le rapprochement s’est accéléré plus tôt ce mois-ci, lorsque le ministre saoudien de l’Investissement, Khalid Al-Falih, a passé une journée à Ottawa, avec M. Carney et plusieurs ministres de haut rang, suivie d’une journée à Bay Street. Moins remarquée mais tout aussi importante, la visite de la première ministre de l’Alberta a joué un rôle important. Danielle Smith s’est rendue dans la région, notamment en Arabie Saoudite, afin de promouvoir les technologies et les investissements dans le secteur de l’énergie.

Voici quelques éléments à surveiller au cours des prochains mois :

  • L’appel de M. Carney à mobiliser plus de 1 000 milliards de dollars de nouveaux investissements, majoritairement privés, nécessitera la participation de fonds d’investissement et d’entreprises saoudiennes.

  • À la lumière de ses ambitions en matière de diversification énergétique, notamment l’hydrogène vert et bleu, l’ammoniac vert et les véhicules électriques, cités par M. Al-Falih, l’Arabie saoudite pourrait recourir davantage aux technologies, aux talents et aux investissements canadiens. Les représentants saoudiens en visite ont rencontré des fabricants ontariens de pièces automobiles, dans l’espoir qu’ils s’intéressent à leur objectif de produire 600 000 VE par an.

  • Les fabricants et producteurs canadiens, en particulier dans le domaine de l’agroalimentaire, peuvent jouer un rôle de premier plan dans le projet de l’Arabie saoudite de devenir une plaque tournante de l’alimentation pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

  • Ottawa espère relancer les pourparlers commerciaux avec l’Inde dans le cadre d’un « nouveau processus », a déclaré le ministre canadien du Commerce, Maninder Sidhu. Lors d’une visite de trois jours en Inde, le ministre a discuté des minéraux critiques, de l’énergie propre, de l’agriculture et de l’intelligence artificielle.

  • Pour tenter d’alléger les coûts à l’épicerie, le président américain Donald Trump cherche à abaisser les droits de douane sur des produits tels que le café et les bananes dans le cadre d’accords conclus avec quelques pays d’Amérique latine. 

  • En revanche, le prix des pâtes italiennes pourrait grimper en flèche dès janvier pour les Américains, en raison de droits de douane proposés de 107 % sur les produits de 13 sociétés italiennes.

  • L’industrie forestière canadienne prévoit de rediriger vers le Royaume-Uni et l’Europe environ 10 % du bois normalement exporté aux États-Unis, soit l’équivalent de matériaux suffisants pour construire 75 000 maisons.

  • Amazon et Microsoft ont exprimé leur soutien au Gain AI Act, une loi qui obligerait les fabricants de puces à répondre d’abord à la demande américaine avant d’exporter vers d’autres pays, y compris la Chine. Nvidia, soucieuse de préserver sa présence sur la deuxième économie mondiale, considère cette initiative comme une mesure interventionniste inutile.

Par Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique

La Coalition for North American Trade (CNAT), coprésidée par l’ancien président du U.S. House Ways and Means Committee, Kevin Brady, l’ex-négociateur en chef de l’ALENA au Canada, Steve Verheul et le mexicain Ken Ramos, a récemment remis au représentant américain du commerce, Jamieson Greer, un document qui présente la CNAT comme l’un des outils les plus puissants du continent pour rétablir la sécurité des minerais critiques.

Principaux éléments du dossier :

  • Les États-Unis dépendent encore entièrement des importations pour 16 minéraux critiques (dont le graphite) et à plus de 50 % pour 29 autres, notamment les terres rares, le zinc, le cobalt et le nickel.

  • Le Canada est la principale source d’approvisionnement des États-Unis pour l’indium, le nickel, la potasse, le tellure, l’uranium, le vanadium et le zinc, et leur deuxième source pour le cuivre, le graphite, le niobium et le tungstène.

Selon le dossier soumis par la CNAT, la structure sans droits de douane et le modèle de coproduction de la CNAT en font la plateforme idéale pour accélérer la relocalisation ou la quasi-relocalisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, de l’exploration aux processus d’autorisation jusqu’au traitement, au raffinage et aux matériaux de qualité pour batteries. L’intégration des ressources canadiennes à la force du secteur manufacturier américain et aux capacités de traitement du Mexique permet de combler une lacune dans la collaboration actuelle en matière de minéraux critiques, qui repose surtout sur les alliés du G7+.

Pour le Canada, l’ouverture stratégique passe par l’approfondissement de l’intégration trilatérale : tirer parti de la CNAT pour attirer des investissements, accroître le traitement à valeur ajoutée et mieux arrimer les ressources en amont au système de production nord-américain élargi, afin de créer une plateforme entièrement régionale pour les minéraux critiques.

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Par Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique

L’accélération de la diversification commerciale par Ottawa, présentée en partie dans le budget fédéral cette semaine, pourrait redéfinir la carte énergétique de l’Amérique du Nord et mettre à l’épreuve sa plus importante relation économique.

Pourquoi c’est important

  • Le budget fédéral de 2025 prévoit un objectif explicite : doubler les exportations de biens du Canada hors États-Unis à environ 600 milliards de dollars d’ici 2035.

  • La visite de Mark Carney la semaine dernière au sommet de l’ANASE a renforcé cette ambition, car il y a courtisé des partenaires asiatiques et a positionné la croissance du Canada en plein cœur de l’Orient.

  • Ensemble, ces initiatives transforment les exportations de pétrole et de GNL en croissance en instruments de diversification économique et renforcent le multilatéralisme au sein du commerce international.

  • La suppression du plafonnement des émissions de pétrole et de gaz ouvre la porte à l’augmentation des exportations de pétrole vers l’Asie.

En chiffres

  • Environ 75 % des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis.

  • En 2024, les exportations canadiennes d’énergie ont totalisé 197 milliards de dollars, le pétrole brut représentant à lui seul 147 milliards de dollars.

  • Environ 91 % des exportations de pétrole brut par le Canada sont restés à destination des États-Unis au cours des sept premiers mois de 2025. Le reste des exportations de pétrole brut du Canada, soit environ 490 000 barils par jour ou 1 % de la demande asiatique, est destiné à l’Asie.

  • La demande d’importation de pétrole de l’Asie, c’est-à-dire de l’Inde, de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud, a augmenté de plus de 25 % depuis 2015, à environ 22 millions de barils par jour, surtout en raison de la croissance rapide du secteur industriel de la Chine et de l’Inde.

Plus globalement

  • La capacité énergétique persistante du brut lourd : L’électrification remplace largement l’essence – un baril de brut léger –, mais pas le diesel, le carburéacteur ou les matières premières pétrochimiques. Cette longévité octroie aux barils de lourd une valeur stratégique.

  • La plaque tournante du pétrole lourd en Asie : La Chine se tourne vers les produits pétrochimiques, et vise à gagner des parts de marché du Japon et de la Corée. On s’attend aussi à ce que les importations de pétrole augmentent de 1,5 million de barils par jour d’ici 2025 en Inde, alors que les deux pays tenteront de se constituer des stocks stables de brut lourd et sulfureux. Aujourd’hui, cet approvisionnement provient du Moyen-Orient, de la Russie et du Vénézuéla, ce qui crée une ouverture pour un acteur occidental stable.

  • Enjeux d’investissement et de soutirage : L’expansion du secteur pétrolier canadien proviendra de la croissance des sables bitumineux. Des engagements à long terme (investissements et soutirage) seront essentiels pour implanter toute capacité future sur la côte ouest. CNOOC, Sinopec et Petro China étant déjà présentes au Canada, sans compter de meilleures relations possibles avec l’Inde, comment le renouvellement du capital asiatique sera-t-il accueilli à Ottawa… et à Washington ?

  • Contraintes d’émissions de carbone et d’expédition : La tarification du carbone industriel, les attentes de progression du projet de capture et de stockage du carbone de Nouvelles voies, une interdiction fédérale des pétroliers et le resserrement des règles d’expédition par l’Organisation maritime internationale (OMI) sont tous dans la balance, en attente de réponse.

Conclusion

L’ambition du Canada d’accroître ses exportations par l’intermédiaire d’un régime commercial multilatéral pourrait difficilement cadrer avec la propension plus bilatérale de Washington. Pendant des décennies, la politique américaine a traité l’énergie canadienne comme le prolongement sûr de sa propre chaîne logistique. Alors qu’Ottawa établit des liens avec l’Est et cherche à occuper une place plus importante sur les marchés mondiaux du pétrole, elle ne se contente pas de mettre à l’épreuve la souplesse du partenariat nord-américain – elle souhaite aussi savoir si les États-Unis permettront à cette indépendance de prendre forme.

  • Le budget fédéral du gouvernement libéral prévoit des milliards de dollars en réponse aux droits de douane imposés par l’administration Trump.

    • Dans le cadre du passage de la « dépendance à la résilience », le budget prévoit 5 milliards de dollars sur sept ans pour créer le Fonds pour la diversification des corridors commerciaux.

    • Un milliard de plus pour le Fonds d’infrastructure pour l’Arctique dans le but, en partie, de relier le Nord canadien aux marchés mondiaux.

    • Un fonds souverain de minéraux critiques de 2 milliards de dollars, qui effectuerait des placements en actions, octroierait des garanties sur prêts et conclurait des conventions de vente et d’achat avec les minières sera créé.

  • La Cour suprême a commencé son examen du recours par le président Trump à l’International Emergency Economic Powers Act pour imposer des droits de douane, dont ceux imposés au Canada sur le fentanyl. Même les juges appartenant à la majorité conservatrice ont exprimé des doutes quant au pouvoir du président américain d’imposer unilatéralement des droits de douane sur les importations. Il leur faudra probablement quelques mois avant de statuer.

  • En approuvant les mesures visant à protéger les agriculteurs, l’Union européenne s’est rapprochée d’un accord commercial avec le Mercosur, une entente d’envergure avec des pays sud-américains qui se trouve sur la table de négociation depuis un quart de siècle.

  • Malgré les pressions exercées par les droits de douane américains, l’Ontario prévoit un déficit moins élevé que prévu dans sa mise à jour budgétaire.L’Énoncé économique promet également un équilibre comptable en 2027-2028.

  • Le Department of the Interior des États-Unis a ajouté l’argent et le cuivre à sa liste de minéraux critiques, pavant ainsi la voie à leur inclusion dans les politiques de droits de douane futures.

« Le poids des États-Unis sera moins important dans le commerce international. Le monde doit s’adapter à cette situation. L’adaptation sera plus importante pour nous. »

Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, qui s’est exprimé cette semaine lors du sommet de The Logic.

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➔ La stratégie de compétitivité climatique de Mark Carney met l’accent sur les minerais critiques et les crédits d’impôt

➔ À quoi s’attendre à la COP30

➔  Bill Gates revisite sa vision du climat

Further reading: Unearthing Value: How nature can play a critical role in pro-growth agendas – RBC

La lutte pour les minerais critiques ne fait que s’intensifier. Beijing et Washington sont peut-être en bons termes ces jours-ci (contrairement à Ottawa et Washington), mais la bataille pour la suprématie au chapitre des terres rares constituera le grand affrontement de cette décennie. Le Canada est entré dans la mêlée avec 26 nouveaux partenariats avec neuf pays alliés et a prévu des fonds dans le nouveau budget (voir ci-dessous). Vivan Sorab, premier directeur, Énergie propre, affirme que le Canada dispose des ressources, du capital et de la propriété intellectuelle pour commencer à établir une chaîne d’approvisionnement, mais qu’il doit agir rapidement. Il s’agira (a) d’accélérer le financement visant les terres rares, (b) de garantir la demande de ces minerais et (c) d’accroître la capacité de transformation nationale. Lisez la note d’information de M. Sorab ici.

De l’autre côté de l’Atlantique, plusieurs États membres de l’UE ont refusé de s’accorder sur des objectifs contraignants pour 2040. Les États membres ont convenu de réduire leurs émissions de 66,3 % à 72,5 % d’ici 2035 dans le cadre d’une soumission à l’ONU avant le Sommet COP30 au Brésil. Cependant, plusieurs États membres ont refusé d’accepter l’objectif contraignant pour 2040 à moins que des concessions importantes ne soient faites permettant aux pays de comptabiliser 5 % de leurs réductions d’émissions en vendant des crédits carbone internationaux. L’UE a également accepté d’assouplir d’autres politiques climatiques politiquement sensibles, y compris de reporter d’un an, à 2028, le lancement du marché carbone européen prévu.

Le budget fédéral promettait de démontrer comment le gouvernement Mark Carney lie la politique climatiqueclimatique à son programme de croissance. Il est encore tôt, mais à mesure que la politique climatique fédérale prend forme, elle présente un échange fascinant : un renforcement de la tarification du carbone industrielle et des réglementations sur l’électricité propre en contrepartie d’une probable fin du plafond des émissions et d’une extension des incitations fiscales pour la capture du carbone. Voyons ce qu’Alberta et Saskatchewan ont à en dire (lisez ici l’opinion de John Stackhouse sur le budget fédéral.)

Voici ce qui a retenu notre attention :

Tarification du carbone industriel : le Canada a besoin de marchés du carbone solides pour soutenir les investissements dans la croissance verte. Le gouvernement prévoit collaborer avec les provinces afin de définir une trajectoire de prix du carbone industriel sur plusieurs décennies, visant la carboneutralité d’ici 2050. Cela donnera confiance aux entreprises. Le plan consiste à établir un repère et à harmoniser la tarification à l’échelle du pays afin de fournir un signal de prix commun et fort. L’an dernier, nous avons écrit sur l’importance d’harmoniser la tarification du carbone industriel. On s’attend à ce que le Fonds de croissance du Canada continue d’émettre des contrats de différence carbone (CCfD) pour les projets.

Méthane : Le gouvernement vise à finaliser des règlements renforcés sur le méthane pour le secteur pétrolier et gazier ainsi que pour les sites d’enfouissement, et à collaborer avec les provinces pour négocier des accords d’équivalence.

Plafond d’émissions pour le secteur pétrolier et gazier : Le gouvernement prévoit tirer parti de technologies comme la capture et le stockage du carbone pour réduire les émissions du secteur pétrolier et gazier, ce qui signifie que le plafond d’émissions pour le secteur pétrolier et gazier « ne sera plus nécessaire ».

Carburants propres : Le gouvernement prévoit maintenir les règlements sur les carburants propres visant à aider le Canada à passer à de l’essence et du diesel moins émetteurs de carbone, une mesure que les conservateurs ont critiquée.

Crédits d’impôt : Le gouvernement a élargi les crédits d’impôt pour les investissements préalables dans la fabrication verte, ainsi que pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Dans le cadre du budget, le crédit d’impôt pour le CUSC, qui couvre jusqu’à 60 % des investissements admissibles, prolongerait le taux actuel jusqu’en 2035.Minerais critiques : Un Fonds souverain de 2 milliards de dollars pour les minerais critiques comprendra des investissements en actions, des garanties de prêt et des accords d’achat. Le Fonds du premier et du dernier kilomètre, de 371,8 millions de dollars, vise à amener les projets en phase avancée jusqu’à la phase de production. D’autres minerais critiques, comme l’antimoine, l’indium et le gallium, sont désormais admissibles dans le cadre du Crédit d’impôt à l’investissement pour la fabrication de technologies propres.

Ils pourraient être plus discrets que les années précédentes, mais les événements COP servent toujours à prendre le pouls de l’action — ou de l’inaction — climatique mondiale.

Voici à quoi s’attendre :

Belém, l’hôte qui a le plus à perdre : La ville du nord du Brésil est la porte d’entrée de la région amazonienne — surnommée les « poumons de la planète » — puisqu’elle produit 20 % de l’oxygène mondial. Mais la région est confrontée à des perturbations dues à l’utilisation des terres, aux incendies de forêt et aux phénomènes météorologiques extrêmes accentués par le changement climatique, ainsi qu’à l’expansion industrielle et commerciale incessante. Belém apparaît donc comme un lieu approprié, bien que lointain, pour illustrer les réalités concrètes du changement climatique, contrairement aux centres financiers plus en vue de New York et Dubaï.

Une décennie après Paris. Le monde a changé depuis 2015 — lorsque pratiquement tous les pays étaient unis dans leur engagement à réduire les émissions. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas. L’ambiance actuelle : sans compromis. Les pays exportateurs de matières premières se sentent encouragés, tandis que les litiges liés au climat atteignent un niveau record.

Un défi logistique pour une région n’offrant que 18 000 chambres d’hôtel. Le pays hôte, le Brésil, prévoit la participation de 50 000 responsables politiques aux négociations et a même suggéré que certains délégués partagent des chambres. Les organisateurs prévoient également mettre à contribution des bateaux de croisière, des propriétés privées et des écoles pour accueillir les visiteurs. Le mois dernier, 81 pays étaient en négociation avec les organisateurs concernant des chambres d’hôtel, tandis que 87 pays avaient déjà réservé un hébergement, selon la présidence brésilienne de la COP30.

Il pourrait y avoir un vide de la taille des États-Unis à la COP. Les États-Unis, qui sont en train de se retirer de l’Accord de Paris, ne prévoient pas envoyer de représentants « de haut niveau » à Belém. L’influence de Washington devrait néanmoins rester très présente lors des négociations.

Il pourrait y avoir un vide de la taille des États-Unis à la COP. Les États-Unis, qui sont en train de se retirer de l’Accord de Paris, ne prévoient pas envoyer de représentants « de haut niveau » à Belém. L’influence de Washington devrait néanmoins rester très présente lors des négociations.Les organisateurs nourrissent de grands espoirs. Les délégués à la COP30 font avancer cinq points clés à l’ordre du jour : (1) des plans climatiques nationaux renforcés avec des voies d’investissement plus claires, (2) la mobilisation de 1,3 billion de dollars US pour l’action climatique, dont 300 milliards de dollars US pour les pays en développement, (3) l’incitation à des investissements durables et alignés sur le climat, (4) la finalisation des règles d’un marché mondial du carbone soutenu par l’ONU, et (5) une « transition juste et inclusive » loin des combustibles fossiles, garantissant un soutien aux travailleurs et aux collectivités vulnérables affectés par le changement climatique. Que les négociations commencent.

Bill Gates, le cofondateur de Microsoft qui mène une seconde carrière en tant que financier dans la technologie climatique, a récemment exprimé « quelques dures vérités » sur le climat. Sa dernière note a contrarié certains, mais a été accueillie favorablement par d’autres, y compris le président des États-Unis.

Au-delà des gros titres, ses propos pourraient être plus nuancés.

Recadrer le risque : M. Gates soutient que, bien que le changement climatique transforme profondément les systèmes mondiaux, il est peu probable qu’il rende la planète inhabitable. Il met l’accent sur la proportionnalité — en considérant le changement climatique comme un défi chronique et croissant plutôt qu’un scénario existentiel ultime. Un nouveau rapport de l’ONU sur l’action climatique prévoit désormais une hausse des températures de 2,3 à 2,5 °C, contre 2,6 à 2,8 °C dans le rapport de l’an dernier, ce qui laisse le « monde en voie de subir une escalade sérieuse des risques et des dommages liés au climat ».

De la température au bien-être : M. Gates a souligné que l’action climatique ne devrait pas être évaluée uniquement en fonction des émissions évitées ou des degrés de réchauffement évités, mais aussi selon son efficacité à améliorer le bien-être humain, en particulier dans les régions vulnérables. Cela s’aligne sur un appel croissant dans les milieux du développement à intégrer l’adaptation et la réduction de la pauvreté dans l’ordre du jour climatique.

Innover, innover, innover : M. Gates continue de présenter l’innovation technologique — dans les énergies propres, les procédés industriels et l’agriculture — comme l’outil décisif pour la décarbonation, suggérant que cela permettra de réaliser des réductions durables des émissions.Éviter les récits apocalyptiques : M. Gates souligne que l’alarmisme peut éroder la confiance du public et mal orienter les ressources. Certains pourraient toutefois soutenir que l’attention continue portée aux enjeux climatiques a stimulé l’action et orienté des billions de dollars vers la transition énergétique.

➔ John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, s’est adressé à une délégation du G7 et à des conseillers avant la réunion des ministres de l’Énergie et de l’Environnement du G7 à Toronto la semaine dernière, présentant la vision de RBC de l’évolution du monde. Lire son discours ici.

➔ Lors du Forum économique international de Toronto, le 17 octobre, M. Stackhouse a s’est entretenu avec Heather Chalmers, présidente et cheffe de la direction de GE Vernova Canada, et a participé à une séance de travail sur les enjeux liés aux compétences et aux chaînes d’approvisionnement avec Stephen Lecce, ministre de l’Énergie de l’Ontario.

➔ Lors du Sommet GLOBE sur le leadership alimentaire à Calgary, l’Alliance canadienne pour l’agroalimentaire carboneutre (CANZA) a lancé le Défi du million d’acres, une initiative visant à étendre les pratiques agricoles climatiquement intelligentes à l’échelle du Canada.

➔ Lors du Sommet alimentaire Arrell, le 21 octobre, Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, Leadership avisé RBC, s’est entretenue avec Rene Van Acker, président et vice-chancelier de l’Université de Guelph pour discuter de la croissance durable de l’agriculture canadienne tout en abordant l’un de ses défis les plus pressants : le creusement des écarts d’innovation dans le secteur agroalimentaire.

➔ Mme Ashton a également participé à une table ronde sur les systèmes alimentaires et l’agriculture climatiquement intelligente à l’Université Simon Fraser, à Vancouver

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

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Bulletin d’information sur le climat

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  • L’agriculture canadienne recèle un potentiel immense, mais elle est freinée par un manque d’innovation. Le Canada abrite certains des sols les plus productifs et des agriculteurs les plus innovants au monde. Néanmoins, la croissance annuelle de la productivité du secteur a diminué pour atteindre environ 1 % au cours de la dernière décennie (contre 2 % durant la décennie précédente), ce qui laisse croire que peu d’innovations révolutionnaires parviennent jusqu’aux exploitations agricoles.

  • Le secteur n’attire pas suffisamment de talents. Le taux de postes vacants y est supérieur de 1,5 % à la moyenne nationale. Moins de 1 % des diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) ou en commerce, qui jouent un rôle de plus en plus important dans les exploitations agricoles modernes, choisissent une carrière en agriculture.

  • L’écosystème de recherche et développement est de moins en moins diversifié. Les investissements publics dans la production de connaissances agricoles, qui comprennent la recherche et le développement, ont reculé de 15 % depuis 2010. Le volume d’activités de recherche et développement confié aux universités par le secteur privé a chuté de 77 % dans les cinq dernières années. En outre, au cours de la dernière décennie, le nombre d’entreprises qui mettent en œuvre un programme de recherche et développement a baissé de 29 %.

  • D’autres pays nous devancent. Le Canada se trouve maintenant derrière l’Australie, les États-Unis, le Japon et le Brésil en ce qui concerne les investissements publics en matière de production de connaissances agricoles. La commercialisation des produits agricoles locaux est en déclin, tandis que la balance commerciale du pays s’améliore dans des domaines d’innovation comme ceux des produits chimiques, des engrais et des services agricoles..

  • La commercialisation des solutions agricoles prend de l’ampleur chez nos voisins du sud. Au cours des cinq dernières années, les investissements dans les entreprises de technologies agroalimentaires en démarrage ont été 22 fois supérieurs aux États-Unis par rapport au Canada. Cet énorme écart attire les entreprises canadiennes à la recherche de capitaux, de mentorat et d’applications commerciales au sud de la frontière.

CLe secteur agricole canadien a tout ce qu’il faut pour être le meilleur au monde : des sols productifs, un climat tempéré, une mécanisation avancée des activités et une industrie agroalimentaire en pleine croissance. L’ampleur des possibilités qui s’offrent au Canada apparaît clairement lorsque l’on considère l’importance de sa production agricole – qui fait de lui le grenier du monde –, le développement rapide des outils numériques – qui transforment tous les aspects de l’agriculture –, et l’accès croissant à des marchés d’exportation à fort potentiel, notamment en Europe, au Moyen-Orient et en Asie.

Il ne sera toutefois pas facile de tirer parti de cette situation. En effet, la productivité n’a cessé de diminuer ces dernières années1 Le secteur peine à attirer la bonne combinaison de talents et à maintenir le niveau d’investissement en recherche et développement requis pour rester un chef de file mondial. Relever ces défis alors que le secteur connaît un changement générationnel est essentiel non seulement pour renforcer la résilience et la compétitivité de l’agriculture canadienne, mais aussi pour faire progresser les ambitions plus larges du pays en matière de croissance. Cela permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques, de maintenir l’innovation à l’intérieur des frontières canadiennes et de positionner le pays comme un chef de file mondial en production agroalimentaire durable et de haute qualité. Toutefois, le Canada a besoin d’un plan d’action. Et ce plan doit reposer sur une stratégie visant à préparer la prochaine génération de leaders agricoles à la réussite.

Le secteur agricole canadien a besoin de talents plus diversifiés et hautement qualifiés pour innover. Au cours des dix dernières années, le taux de postes vacants dans ce secteur a été en moyenne supérieur de 1,5 % au taux national2. Et la situation ne fait qu’empirer. Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture estime que la pénurie de main-d’œuvre dans ce secteur à l’échelle nationale pourrait atteindre plus de 100 000 emplois d’ici 20303. Et ce chiffre ne tient pas compte du fait que 40 % des agriculteurs canadiens atteindront l’âge de la retraite d’ici 20334. Bien sûr, ils ne prendront pas tous leur retraite, mais il ne fait aucun doute que le secteur est à l’aube d’un changement radical. 

D’un point de vue technologique, ce changement est déjà en train de se produire. Les technologies de pointe – pilotage automatisé des tracteurs, alimentation automatisée des animaux, trayeuses robotisées et système d’information géographique pour la cartographie des sols – sont monnaie courante dans les exploitations agricoles canadiennes d’aujourd’hui. Et elles génèrent des revenus considérables. Le nombre d’agriculteurs déclarant des revenus annuels supérieurs à 1 million de dollars a augmenté d’une année sur l’autre depuis 2015, avec une hausse de 67 % en 20235.

L’automatisation exige des aptitudes diversifiées : les agriculteurs demeurent la pierre angulaire du secteur, mais l’industrie a besoin de nouvelles aptitudes pour s’adapter à la révolution technologique en cours. Toutes sortes de professions, des ingénieurs aux experts en science de données, en passant par les responsables-marketing et les administrateurs d’entreprise, jouent un rôle crucial. Le Conference Board du Canada a révélé qu’un emploi sur trois en agriculture pourrait être automatisé au cours de la prochaine décennie6. Cette situation laisse entrevoir une possibilité d’atténuer la croissance exponentielle prévue des pénuries de main-d’œuvre agricole ; toutefois, davantage de talents formés en STIM doivent mettre leur expertise au service de l’agriculture.

Néamoins, attirer des talents diversifiés et hautement qualifiés s’est avéré un défi.

Le bassin de talents diminue : en 1931, un Canadien sur trois faisait partie de la population agricole ; en 2021, ce chiffre était passé à un sur 61, soit 1,6 % de la population du pays7. Bien que cette baisse témoigne des progrès des systèmes de production et de la technologie, il s’agit également d’un obstacle à l’attraction de talents. Si les jeunes générations issues du milieu agricole sont davantage attirées par les carrières dans ce secteur, il est nécessaire d’attirer de nouveaux talents. Or, de nombreux Canadiens titulaires d’un diplôme en ingénierie, en commerce ou en informatique ignorent que le secteur a besoin de leurs aptitudes. Si les Canadiens ne sont pas sensibilisés aux applications de l’ingénierie, du commerce et de l’informatique en agriculture – p. ex. robotique, exploitation d’entreprises agricoles de plusieurs millions de dollars, création de logiciels de surveillance de la santé des sols –, il est peu probable que ceux qui possèdent ces aptitudes envisagent de faire carrière dans ce secteur.

Il suffit de regarder les inscriptions aux études postsecondaires pour le constater. L’agriculture et les ressources naturelles constituent le deuxième domaine d’études le moins populaire au Canada, devant seulement le perfectionnement et l’initiation aux loisirs8. Les diplômés et titulaires de diplômes en agriculture occupent principalement des postes dans les domaines suivants : agriculture générale et production (32 %), horticulture et services (19 %), technique, administration et médecine vétérinaires (18 %) et sciences alimentaires, végétales et animales (18 %)9

Les diplômés en agriculture ne trouvent pas d’emploi dans des professions de plus en plus influentes comme la politique, les données, le commerce et les finances. Ces domaines professionnels jouent un rôle important dans la gestion des risques en agriculture, mais moins de 1,5 % des personnes travaillant dans ces domaines ont suivi une formation postsecondaire axée sur l’agriculture10. Il s’agit là d’une occasion manquée pour l’entrepreneuriat, qui pourrait mettre à profit les aptitudes des informaticiens, des experts en science des données et des techniciens en finance et en commerce afin de trouver de nouvelles façons d’aborder la gestion agricole, l’automatisation et le capital financier en agriculture.

Créer davantage d’occasions d’apprentissage par l’expérience et en milieu de travail pour les étudiants est un moyen de favoriser le décloisonnement des domaines d’études, d’attirer des personnes issues de disciplines autres que l’agriculture et de constituer un bassin de talents dans le secteur agricole canadien. 

La collaboration entre les facultés des collèges et des universités pourrait constituer un bon point de départ pour offrir aux étudiants des cours et des expériences plus diversifiés qui ne sont pas conventionnellement proposés par les départements d’agriculture. Par exemple, le Olds College, un établissement unique en Alberta axé sur l’agriculture, propose des programmes en agriculture numérique qui comprennent un large éventail de cours, notamment en sciences végétales, en gestion des données et en analyse de données. La création de centres multidisciplinaires offre également un lieu centralisé où les étudiants peuvent découvrir de nouvelles aptitudes et de nouveaux outils. Citons par exemple l’AI for Food de l’Université de Guelph, un centre dédié à l’intelligence artificielle (IA) et aux données en agroalimentaire.

Toutefois, pour véritablement élargir les horizons des étudiants, les établissements non spécialisés en agriculture devraient envisager de faire davantage pour présenter les possibilités de carrière en agriculture aux étudiants. Pour ce faire, il faut favoriser les relations entre les universitaires et l’industrie, notamment en faisant participer des chercheurs non spécialisés en agriculture à des conférences agricoles existantes qui n’attirent généralement que des délégués issus du secteur, afin de les informer des occasions qui s’offrent à leurs étudiants.

L’organisation de stages en milieu agricole permettrait aux étudiants qui ne suivent pas de cursus agricole de découvrir par eux-mêmes les possibilités de carrière offertes dans ce secteur. Pour multiplier les possibilités de placements, il faut un engagement accru de la part du secteur, ce qui est particulièrement important à une époque où les technologies perturbatrices telles que l’IA réduisent le nombre d’emplois de premier échelon. Un tel engagement pourrait s’appuyer sur des programmes efficaces comme le Programme d’emploi et d’acquisition de compétences des jeunes. Les programmes de formation et d’expérience pour les jeunes, comme le Programme d’emploi et d’acquisition de compétences des jeunes, pourraient également envisager de mettre en place des volets de recrutement dans les domaines des STIM, du commerce ou du développement durable pour les jeunes qui possèdent les aptitudes recherchées par le secteur.  

ÉTUDE DE CAS :

L’approche de Sustainable Food Systems for Canada (SF4C) consiste à tirer parti d’un réseau d’établissements d’enseignement pour offrir un apprentissage par l’expérience à la prochaine génération.

Lancée grâce à une subvention à la recherche accordée par le gouvernement fédéral, SF4C est une plateforme de formation et d’innovation agroalimentaire conçue pour familiariser les apprenants, qu’ils soient issus ou non du domaine agricole, avec les aptitudes en innovation agricole dont le secteur a besoin pour croître. Fondé en 2025, le réseau pancanadien comprend 13 universités et collèges, des organisations autochtones, des incubateurs d’entreprise et des groupes d’innovation sectorielle et offre ce qui suit :

  • Aptitudes : permet de former des milliers de professionnels hautement qualifiés et prêts à travailler grâce à des plateformes de rehaussement des aptitudes comme les microcertifications.

  • Collaboration : favorise les partenariats intersectoriels en créant un guichet unique où les participants peuvent utiliser les espaces d’apprentissage par l’expérience et de collaboration qui attirent les parties prenantes pour les marathons de programmation, les concours d’argumentaires et les séances de conception.

  • Mentorat : réduit l’ampleur du déficit d’innovation en agroalimentaire en préparant les entreprises en démarrage aux programmes d’incubateur et d’accélérateur existants. SF4C offre du mentorat, des contacts pour l’obtention de financement et du soutien à la commercialisation aux futurs entrepreneurs qui se préparent à amasser des fonds et à présenter leur projet à des incubateurs et à des accélérateurs.

L’approche du réseau consiste à mettre en commun les ressources afin de réduire les chevauchements dans la formation agroalimentaire au Canada et vise à offrir aux Canadiens des expériences concrètes en agriculture.

La recherche et le développement dans le secteur agroalimentaire canadien ont donné lieu à des innovations qui ont rapporté des milliards : la pomme Spartan, le canola et les pommes de terre Yukon Gold, pour n’en citer que quelques-unes. Ils ont également fait du pays un chef de file mondial dans le domaine du développement transformateur, notamment dans la production de tomates de serre, la génétique animale et le bien-être animal, ainsi que la production céréalière à grande échelle. Cependant, la baisse des investissements en recherche et développement et les obstacles dans le pipeline d’innovation ont diminué l’avantage concurrentiel du secteur. Par conséquent, les entreprises en démarrage quittent le Canada, souvent vers les États-Unis, pour obtenir du financement et tester leurs innovations. Quant aux agroentreprises multinationales, elles transfèrent leurs investissements en recherche et développement à l’étranger.

Les connaissances agricoles sont en chute libre : il est essentiel d’investir dans la recherche et le développement pour stimuler l’innovation et attirer les talents. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada ont augmenté de 500 millions de dollars leur investissement dans le cadre stratégique pour l’agriculture actuel, le Partenariat canadien pour une agriculture durable (PCA durable) (2023-2028), un programme de financement quinquennal de 3,5 milliards de dollars. Néanmoins, les investissements publics du Canada dans la recherche et le développement sont en baisse. Selon l’OCDE, la production de connaissances agricoles a reculé de 15 % en 10 ansa 11.Parallèlement, l’Australie, le Brésil et les États-Unis ont enregistré une augmentation des dépenses publiques. On prévoit que les investissements fédéraux du Canada dans les sciences et l’innovation agricoles diminueront encore davantage, soit de 12 % d’ici 202712. Ces compressions compromettent la capacité du gouvernement à participer à des réseaux d’instituts de recherche et développement et à établir des partenariats public-privé efficaces.

Le soutien gouvernemental à la commercialisation de la recherche et du développement en agriculture diminue dans le cadre de son portefeuille de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique. Agri-innover, le programme fédéral visant à favoriser la commercialisation dans le secteur agricole, a vu son budget diminuer de 42 %, passant de 165 millions de dollars (2013-2018) à 95 millions de dollars (2023-2028)13.

Le financement privé évolue : on observe également un fossé grandissant entre l’industrie et le monde universitaire, les entreprises ayant réduit leurs financements externes destinés à la recherche et au développement dans les universités. Les investissements privés dans la recherche interne évoluent également. Alors que les entreprises agricoles canadiennes continuent d’augmenter leurs investissements dans la recherche et le développement internes – passant de 101 millions de dollars en 2018 à 120 millions de dollars en 2023 –, les investissements des entreprises internationales dans la recherche et le développement agricoles internes au Canada ont chuté de 60 millions de dollars en 2018 à 40 millions de dollars en 202314.

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Le volume d'activités de recherche et développement confiées aux universités par le secteur privé a baissé de 77 %.

Les centres d’innovation performants reposent souvent sur des regroupements d’universités, de collèges, d’entreprises et de gouvernements qui collaborent tout au long du cycle d’innovation, de la recherche d’idées à la croissance15. Au Canada, les perspectives de création de tels centres pour l’agriculture se détériorent, le nombre d’entreprises menant des activités de recherche et développement axées sur l’agriculture ayant diminué de 29 % au cours des dix dernières années16.

Le Canada n’est pas le premier pays où les innovateurs testent leurs solutions : au cours de la dernière décennie, il est passé de la troisième à la dixième place parmi tous les pays en termes de valeur des investissements dans les technologies agroalimentaires17 18. Le Canada dispose des outils nécessaires pour accélérer la commercialisation de la recherche et du développement, mais ceux-ci sont sous-utilisés. Il s’agit notamment de mécanismes comme le Programme d’examen accéléré pour les technologies vertes de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada (OPIC), qui peuvent être utilisés pour positionner le Canada comme un concurrent de taille dans le domaine des technologies agricoles. Bien que l’utilisation de ce programme reste faible, son taux d’octroi de brevets est plus élevé, soit 95 % contre 69 % pour les demandes de brevet standard19. Cela représente un avantage concurrentiel potentiel pour le Canada dans le domaine des technologies agricoles susceptibles d’avoir des résultats environnementaux positifs, alors que le United States Patent and Trademark Office met fin à son programme pilote d’atténuation des changements climatiques. Cependant, le Canada a encore beaucoup de chemin à parcourir, car il ne figure pas parmi les cinq premiers pays en matière de dépôt de demande de brevet dans les principaux sous-domaines des technologies agricoles : lutte contre les parasites et les maladies, adaptation et génétique des cultures, agriculture intelligente (p. ex. capteurs), gestion du bétail, cartographie et imagerie20. Il faudrait s’attaquer au délai de mise en œuvre des innovations agricoles au Canada afin d’attirer davantage d’investissements et de recherche et développement au pays, car le déficit commercial du Canada dans le domaine des pesticides et des produits chimiques agricoles a augmenté de 159 % au cours des dix dernières années21.

Les investissements dans les technologies agroalimentaires aux États-Unissont 22 fois plus impotants qu'au Canada

Les incitations à la recherche et au développement ne sont pas aussi lucratives que dans d’autres pays de l’OCDE : le Canada offre des incitations fiscales importantes pour les investissements dans la recherche et le développement en pourcentage du PIB, se classant au 9e rang de l’OCDE. Toutefois, si l’on considère l’ensemble des incitations à la recherche et au développement, il manque des plateformes de financement de contrepartie transformateur, et le pays se classe au 23e rang des pays de l’OCDE en termes de dépenses directes de recherche et développement en pourcentage du PIB22. Il existe des programmes qui offrent des possibilités de financement à coûts partagés pour la recherche et le développement ainsi que pour la commercialisation, notamment Agri-science et Agri-innover. Toutefois, les compressions budgétaires, les inefficacités dans la prestation des programmes et certains décalages entre les priorités de recherche et les besoins de l’industrie risquent généralement de nuire à l’innovation23.

Il faut favoriser une approche axée sur les résultats afin de stimuler la demande privée pour la recherche et le développement et la commercialisation en agriculture au Canada. Une option consiste à prioriser l’agriculture en tant que secteur pilote de la future Corporation d’innovation du Canada (CIC). Prioriser l’agriculture, qui souffre d’un problème évident en matière d’innovation caractérisé par un manque de dépenses en recherche et développement et en commercialisation, pourrait constituer un exemple pour le reste du Canada sur la manière de rationaliser et de réorienter l’approche d’un secteur en matière de recherche et développement afin de se concentrer sur l’obtention de résultats applicables pour l’industrie et l’économie en général. 

ÉTUDE DE CAS :

GrowAG, la plateforme numérique d’AgriFutures, est une plateforme centralisée qui permet de mettre en relation les acteurs et d’investir dans des projets d’innovation agricole en Australie.

AgriFutures Australia est un institut centralisé de recherche et développement dont la mission est de tirer parti des financements publics et privés, en combinant les fonds provenant des taxes de l’industrie, des contributions gouvernementales et des investissements privés. Il a pour mandat spécifique de répondre aux besoins en matière de recherche et développement tant des industries spécifiques soumises à taxation que des secteurs agricoles entièrement nouveaux. Cette position unique lui permet d’agir comme catalyseur de la croissance future de l’industrie, une fonction qui, dans d’autres pays, est souvent répartie entre plusieurs organisations.

La plateforme GrowAG d’AgriFutures contribue à remédier à la fragmentation de l’innovation agricole en créant un guichet unique regroupant des projets de recherche, des possibilités de financement, des entreprises en démarrage et de nouvelles occasions de collaboration, ce qui facilite l’accès aux occasions pour ceux qui cherchent à établir des partenariats dans les domaines de la recherche et du développement, de la commercialisation et de la croissance d’entreprise.

Il s’agit d’une « passerelle » d’innovation qui offre non seulement un centre d’échanges aux investisseurs, chercheurs et entreprises en démarrage du pays, mais qui fournit également aux utilisateurs internationaux un moyen clair de découvrir les occasions d’investissement dans l’innovation agricole australienne.

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