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Dans tout le Canada, la production agricole et la transformation alimentaire dirigées par des Autochtones sont en plein essor. C’est d’ailleurs ce que l’on a pu constater à Regina lors de la plus grande foire d’animaux d’élevage au pays, la Canadian Western Agribition, où le Cercle national pour l’agriculture et l’agroalimentaire autochtones a organisé le sommet sur l’agriculture autochtone, attirant ainsi plus de 400 participants.

1. Les changements démographiques favorisent le perfectionnement des compétences

Le nombre total d’exploitations agricoles au Canada a diminué de 3,5 % entre 2016 et 20211. De plus, la main-d’œuvre vieillit, l’exploitant agricole moyen ayant désormais 56 ans. En revanche, le nombre d’exploitations agricoles autochtones est à la hausse (+6 %), et la moyenne d’âge des hommes entrepreneurs autochtones est de 34 ans et celle des femmes entrepreneures autochtones est de 39 ans2.

La population autochtone du secteur agricole, relativement jeune et en pleine croissance, pourrait aider ce secteur à répondre à la demande grandissante de main-d’œuvre hautement qualifiée. Elle pourrait également contribuer à combler les lacunes en matière de services, notamment dans les domaines des conseils d’affaires et financiers, du soutien agronomique et technologique, ainsi que des services de planification environnementale et de gestion.

De plus en plus de programmes de formation autochtones sont offerts dans les collèges et les universités du pays. Dans certains cas, les offres sont très précises. Par exemple, plus tôt cette année, le Collège Suncrest, qui compte neuf établissements en Saskatchewan, a lancé un programme de broyage de canola dirigé par des Autochtones. Durant 12 semaines, le programme prépare les étudiants à des carrières dans l’industrie du broyage des graines oléagineuses3. L’Assinobione Community College du Manitoba s’emploie actuellement à agrandir l’accès des étudiants autochtones à la formation et à l’acquisition de compétences dans le domaine de l’agroalimentaire, en offrant, sans frais de scolarité, des programmes axés sur la production horticole à l’intention des apprenants hors réserve. Ces programmes sont financés par des partenaires comme le Congrès des peuples autochtones4.

2. Accroître la participation des Autochtones à la production et à la gestion des terres

Les réserves des Premières Nations dans l’ensemble des Prairies comptent 1,5 million d’acres de terres cultivées, et ce nombre continue de croître. En Saskatchewan, la superficie des terres de réserves autochtones a presque doublé depuis 1992 (actuellement 8 234 kilomètres carrés) en partie grâce au processus relatif aux droits fonciers issus des traités (DFIT) et aux revendications particulières. Les DFIT et les revendications particulières sont des moyens dont dispose le Canada pour tenir ses promesses faites aux Premières Nations, en réglant les questions des terres découlant de traités historiques ou de manquements aux obligations relatives aux actifs (revendications particulières). Les terres cultivées dans les réserves en Saskatchewan ont augmenté d’environ 10 % au cours de la même période, et couvrent maintenant 43 % des terres de réserve des provinces des Prairies, ce qui est inférieur à la moyenne provinciale des terres cultivées, qui représentent 63 % de la Saskatchewan5.

Avec l’élargissement de leurs réserves et un mouvement croissant pour la souveraineté alimentaire, les communautés autochtones réintroduisent ou perfectionnent leurs systèmes de production alimentaire, en se concentrant principalement sur les jardins et l’élevage d’animaux à petite échelle et destinés à la consommation locale. La Nation crie de Fox Lake, par exemple, a réintroduit la production de fruits, de légumes et de volaille dans cette collectivité située à 750 kilomètres au nord-est de Winnipeg. À plus grande échelle, 4C Farms Ltd., dans la Première Nation de Cowessess, est un exemple d’exploitation agricole commerciale détenue par des Autochtones, qui cultive des céréales et des graines oléagineuses, et qui gère un troupeau de 125 vaches de race Angus. La ferme compte plus de 2 500 acres de prairies et de foin, et 2 000 acres de terres de récolte en Saskatchewan6.

L’accès à une infrastructure de transformation, la compréhension de la logistique de la chaîne d’approvisionnement et les normes en matière d’alimentation peuvent constituer des obstacles à la mise en marché de produits alimentaires cultivés dans les réserves. Pour surmonter ces obstacles, les communautés autochtones s’efforcent de raccourcir leurs chaînes d’approvisionnement afin de pouvoir vendre plus directement aux détaillants ou aux clients. Par exemple, Mistickokat Nehiyawak, qui se trouve à environ 120 kilomètres au nord de Saskatoon, est une communauté qui dirige des initiatives de production et de transformation du riz sauvage afin d’élargir l’accès au riz sauvage.

3. Régénération des populations de bisons

Dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, entre 30 et 60 millions de bisons se promenaient en toute liberté avant que la colonisation européenne n’entraîne l’expansion des communautés de colons et la production agricole7. Lors du sommet, M. Leroy Little Bear, aîné de la Première Nation Kainai et professeur émérite à l’Université de Lethbridge, a expliqué comment la restauration des populations de bisons peut mener à la réconciliation avec les Autochtones et à la régénération de ces animaux.

Les communautés autochtones élaborent des approches pour réintroduire le bison sur leurs terres de réserves. Et ces approches portent leurs fruits. La tribu des Blood (Traité no 7) dirige un projet visant à réintroduire le bison des prairies grâce à une gestion améliorée des terres, qui comprend notamment la restauration des prairies indigènes et la revitalisation d’approches culturelles pour favoriser la santé de l’écosystème, notamment le brûlage dirigé des prairies pour la repousse. La tribu des Blood compte maintenant 96 animaux, ce qui lui procure des avantages culturels et environnementaux, en plus d’offrir des possibilités d’emploi aux membres de la tribu. Dans l’ensemble, le nombre de bisons au Canada, principalement concentré en Alberta et en Saskatchewan, a augmenté de 25 % pour atteindre 150 000 individus au cours des cinq dernières années8. De plus, Agriculture et Agroalimentaire Canada a annoncé récemment un investissement de 5 millions de dollars sur trois ans pour soutenir la restauration des bisons, en collaboration avec les communautés autochtones de la région9. Ce financement, annoncé lors du sommet, appuiera le renforcement des capacités dans le secteur du bison, de même que la formation d’un réseau régional favorisant l’échange de connaissances, le perfectionnement des compétences et la collaboration entre les communautés.


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L’économie spatiale mondiale est quasiment sur le point de tripler et d’atteindre 1 800 milliards de dollars américains d’ici 2035 ; la valeur tirée des biens en orbite équivaudra à celle de certains pays du G20.

Voilà l’occasion pour le Canada de faire croître son économie spatiale pour atteindre 21 milliards de dollars d’ici 2035, soit la faire quadrupler.

Selon les estimations, des capitaux publics et privés d’un montant de 12 milliards de dollars sont nécessaires pour stimuler cette croissance. Une grande partie de cette levée de fonds peut être obtenue grâce à de nouvelles stratégies d’approvisionnement.

Parmi les dix membres du Forum de l’OCDE sur le secteur spatial, le Canada est le pays dont les dépenses publiques représentent le plus faible pourcentage du PIB.  Parallèlement, le secteur spatial canadien produit un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars, soit 25 % de moins qu’en 2014.

Le budget spatial total du Canada devrait augmenter de 56 % au cours des dix prochaines années. Ce montant comprend un engagement inscrit au budget fédéral de 180 millions de dollars pour les capacités de lancement, dont deux sites sont déjà en cours de développement dans les provinces de l’Atlantique.

Le Canada peut profiter de cette occasion pour élaborer une nouvelle stratégie spatiale axée sur cinq piliers : la souveraineté, la défense, la technologie, la commercialisation et le climat.

Les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne fournissent des enseignements clés au Canada, notamment au moyen de l’approvisionnement stratégique, d’une montée en puissance financée par l’État, ainsi que sur le plan de l’excellence technique.

These are interdependent levers but success requires simultaneous progress across all of them. La réussite dépend de l’adoption d’une approche plus unifiée au sein du gouvernement, d’une modernisation de l’approvisionnement, de la mobilisation des marchés des capitaux, du développement des marchés d’exportation et de la mobilisation des talents. Il s’agit de leviers interdépendants dont la réussite exige toutefois des progrès simultanés sur l’ensemble d’entre eux.

Voici venue une nouvelle ère spatiale ambitieuse pour laquelle le Canada doit se doter d’une nouvelle stratégie spatiale tout aussi ambitieuse. 

Qu’est-ce qui est en jeu ? Notre souveraineté dans un monde plus divisé. Notre prospérité dans un nouvel univers axé sur la technologie. Et l’importance que nous avons pour nos alliés lorsque la « dernière frontière » devient soudainement la prochaine frontière économique et stratégique.  

L’économie spatiale mondiale est quasiment sur le point de tripler, passant de 630 milliards de dollars américains en 2023 à 1 800 milliards de dollars américains d’ici 20351 ; la valeur tirée des biens en orbite équivaudra à celle de certains pays du G20. Cette transformation ne se résume pas à une simple occasion économique. Elle représente un virage fondamental dans la façon dont les nations planifient leur souveraineté et leur compétitivité, une planification où l’espace occupe de plus en plus de place.

En cette nouvelle ère, le Canada possède les qualités nécessaires pour devenir un chef de file. Lorsque Jeremy Hansen se dirigera vers la Lune l’an prochain, il sera le premier astronaute non américain à quitter l’orbite terrestre. Les chercheurs spatiaux canadiens sont généralement considérés comme parmi les meilleurs au monde (et pour beaucoup, bien meilleurs que le Canadarm). Nos robustes ressources dans le domaine de l’économie axée sur l’IA, et peut-être bientôt dans celui de l’économie quantique, nous permettent de rejoindre la course dans l’économie planétaire. 

Malheureusement, l’ambition spatiale du Canada est trop ancrée sur ses réalisations passées et pas assez sur ses engagements futurs. Nous risquons de perdre de l’altitude au moment précis du décollage de l’industrie spatiale. En 2025, le Canada est l’une des seules puissances spatiales qui ne parvient pas à réaliser de lancements dans l’espace à partir de son propre sol, même en orbite basse. En même temps, nos vies numériques dépendent de plus en plus de l’envoi de minuscules satellites provenant de fusées américaines ou européennes à partir de la Terre.

Par ailleurs, le secteur spatial privé ne bénéficie nullement du soutien que le Canada pourrait offrir. L’industrie spatiale canadienne produit un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars2, soit 25 % de moins qu’en 20143. La part de notre PIB consacrée à l’espace a diminué de 13 %. La productivité de l’industrie spatiale canadienne est inférieure d’environ un tiers à celle de l’industrie spatiale américaine. Si ces tendances se poursuivent, nous prévoyons une croissance annuelle négative du chiffre d’affaires d’à peine 1 % au cours des dix prochaines années. Les revenus sectoriels devraient chuter pour atteindre 4,5 milliards de dollars d’ici 2035. 

Les dépenses publiques sont aussi problématiques. Parmi les 10 membres du Forum de l’OCDE sur le secteur spatial, le Canada est le pays dont les dépenses publiques représentent le plus faible pourcentage du PIB4.  Au cours des dix dernières années marquées par la transformation de l’économie spatiale par SpaceX, et l’atterrissage sur la Lune par les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon, le budget de l’Agence spatiale canadienne a chuté de 18 % depuis 20155 – et s’établit à 414 millions $6, soit une fraction de la moyenne de l’OCDE.

Canada par rap. aux États-Unis : Un écart d'investissement de 17x

Le Canada est à la traîne par rapport à ses pairs de l'OCDE sur le plan spatial

Cette tendance commence à changer : les investissements publics canadiens dans le secteur spatial reprennent de la vigueur. Les dépenses canadiennes consacrées à l’espace ont atteint au total 549 millions de dollars en 20247. Le budget fédéral prévoit un engagement d’environ 180 millions de dollars8 pour les capacités de lancement. Deux ports spatiaux sont en cours de développement (Atlantic Spaceport Complex et Maritime Launch) ainsi que plusieurs projets ambitieux de fusée (Canada Rocket Company, Nordspace et Reaction Dynamics). Il a également été annoncé que le Canada augmentera de 528,5 millions de dollars son investissement dans les programmes de l’Agence spatiale européenne. La recherche et le développement liés aux technologies canadiennes s’en trouveront ainsi stimulés. Le Canada est le seul pays non européen partenaire de l’Agence spatiale européenne. 

Le Canada, troisième puissance spatiale après l’Union soviétique et les États-Unis, possède aussi certaines des plus grandes sociétés de robotique et de satellites au monde. Parmi les chefs de file, citons Telesat Lightspeed (qui devrait mettre en orbite près de 200 satellites au cours des deux prochaines années), Kepler Communications (la première société au monde à recourir aux lasers pour relier la Terre à l’espace) et MDA Space (classée comme la cinquième société la plus innovante au monde par Fast Company). Citons par ailleurs une nouvelle génération d’innovateurs, notamment Mission Control et Canadaensys. Notre nouvel engagement envers l’OTAN consistant à accroître nos dépenses de manière spectaculaire pourrait offrir une occasion pour les générations d’aujourd’hui et de demain d’investir dans ces sociétés, et dans bien d’autres, notamment en recourant aux capacités spatiales à double usage.

Le Canada peut saisir ce moment pour établir une stratégie spatiale reposant sur cinq piliers essentiels :

  • La souveraineté : développer une base industrielle spatiale

    Un secteur avancé nécessite des sociétés canadiennes beaucoup plus grandes, ainsi qu’une infrastructure nationale qui repose sur des capacités de lancement nationales. C’est une étape aussi fondamentale que la construction et l’exploitation des ports maritimes canadiens.

  • La défense : devenir un allié essentiel dans l’Arctique

    Alors que les alliés de l’OTAN s’intéressent au Canada pour renforcer les capacités de défense dans l’Arctique, nous pouvons être l’allié non américain le plus fiable dans l’espace tout en étant un partenaire essentiel des États-Unis dans la défense de l’Amérique du Nord grâce à notre participation à des initiatives telles que le « Dôme d’or ».

  • La technologie : recours aux satellites pour franchir un pas de géant sur le plan numérique

    La course à l’IA et à l’informatique quantique passera par de nouvelles constellations de satellites que le Canada peut continuer à construire et à exploiter. Il s’agit d’une nécessité pour toute puissance technologique, tout comme la capacité non seulement à contrôler et à sécuriser nos données, mais aussi à en tirer parti pour nos propres objectifs.

  • La commercialisation : la recherche et le développement de pointe

    Chaque entreprise, qu’elle en soit consciente ou non, est une entreprise spatiale. L’espace fait partie intégrante de notre quotidien et est un élément fondamental de notre économie, en particulier dans les services de géolocalisation ainsi que dans la transmission et le stockage de données. Le Canada devrait rester à l’avant-garde de la recherche, du développement et de la commercialisation de ces technologies essentielles.

  • Le climat : protéger la Terre à partir du ciel

    Notre capacité à gérer les changements climatiques et à réduire l’incidence des phénomènes climatiques extrêmes implique l’espace. Cet objectif sera particulièrement important lorsque nous nous attellerons à mieux gérer les feux de forêt et à trouver de nouvelles façons de protéger notre littoral aux contours changeants et notre toundra touchée par le dégel.

Pour faire avancer cette stratégie, le Canada peut s’appuyer sur de nombreuses leçons tirées de récentes transformations dans le secteur spatial, en particulier les modèles qui intègrent les priorités axées sur la défense tout en permettant au secteur privé de prendre les rênes. Dernièrement, les États-Unis ont donné l’exemple sur le plan de l’innovation et du leadership dans le domaine de l’espace. Après la catastrophe de Columbia en 2003, qui avait coûté la vie aux sept astronautes américains à bord de la navette spatiale, les États-Unis ont viré de bord dans le cadre de leur stratégie spatiale en la faisant passer de « la construction et la possession » à l’« achat et l’utilisation ».

Washington s’est ainsi positionnée comme un client stratégique en achetant ses services auprès de sociétés fermées. Dans certains cas, les coûts de lancement ont été réduits par dix, tandis que des innovations comme les fusées réutilisables, l’Internet par satellite (Starlink) et la mobilité dans l’espace à faible coût ont vu le jour. Les résultats sont très parlants : la valorisation de SpaceX a atteint 350 milliards de dollars américains en 20249, tandis que les sociétés technologiques de la défense comme Palantir et Anduril sont évaluées respectivement à 330 milliards américains10 et 30,5 milliards américains11.

Le Canada pourrait exploiter cette dynamique entre les marchés publics et les marchés privés pour atteindre des sommets similaires. Le secteur spatial ajoute 3,2 milliards de dollars au PIB12. Sur la base des prévisions de McKinsey qui estime que le marché mondial des applications constituant l’épine dorsale devrait atteindre 755 milliards de dollars américains d’ici 2035 13, nous prévoyons que, sous l’hypothèse d’investissements importants, les recettes annuelles du secteur spatial canadien pourraient atteindre 21 milliards de dollars d’ici 2035, c.-à-d. quadrupler.

La croissance de ce secteur sera fortement tributaire de la volonté d’Ottawa de consacrer 5 % du PIB canadien aux dépenses de défense de l’OTAN et aux systèmes à double usage14. En consacrant 5 % (des 5 %) aux systèmes de défense et à double usage de l’espace, nous pourrions injecter jusqu’à 7,5 milliards de dollars par an dans le secteur spatial canadien d’ici 203515. Toutefois, le Canada doit également générer davantage de capitaux privés, ce qui exigera des dépenses publiques stratégiques et l’adoption d’une approche plus axée sur le marché. Selon nos estimations, l’industrie spatiale canadienne aura besoin de près de 5 milliards de dollars de capitaux au cours de la prochaine décennie pour maintenir son stock de capital actuel. Dans un scénario plus ambitieux où le Canada doublerait sa part dans le marché spatial mondial, le pays aurait besoin de 12 milliards de dollars en capitaux dans l’espace.

Cette stratégie doit tenir compte d’une stratosphère stratégique évoluant rapidement dans laquelle deux puissances technologiques, les États-Unis et la Chine, se livrent concurrence pour obtenir la suprématie. De plus, l’espace peut servir de laboratoire en orbite basse où s’intensifieront les efforts scientifiques et technologiques de pointe, tant en matière d’informatique que de sciences de la vie. À titre de frontière extérieure et de premier point de conflit potentiel, l’espace ne pourra que devenir plus important pour la défense nationale.

Dans cette nouvelle sphère d’influence, le Canada peut tirer parti de sa position unique tant comme principal allié des États-Unis dans l’espace que comme premier acteur non américain dans ce domaine. Notre choix à venir semble clair : soit sauter à pieds joints dans un leadership ambitieux dans l’espace, soit accepter de prendre une voie de garage dans un domaine qui dictera le devenir de l’économie et de la sécurité pendant plusieurs décennies.

Les approches stratégiques adoptées par les quatre chefs de file de l’industrie spatiale – les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne dans le contexte de l’Union européenne – offrent au Canada d’importantes leçons à tirer à l’heure où il cherche à accélérer son développement dans le secteur spatial.

Les États-Unis ont restructuré leur base industrielle spatiale en profondeur et remplacé les contrats traditionnels plus onéreux par un approvisionnement en services commerciaux. La NASA et le ministère de la Défense sont des clients stratégiques, qui offrent des contrats à prix fixe d’une durée pluriannuelle et permettent d’atténuer les risques liés aux investissements privés. Ce modèle a permis à SpaceX de s’emparer de 52 % du marché mondial des lancements16 … grâce à des engagements d’achat combinés à un financement public direct.

Le programme visant l’équipage commercial et le transport commercial illustre cette approche : la société procure des services de plusieurs milliards de dollars, ce qui crée une demande prévisible qui attire des capitaux privés17. Le succès de ces programmes, ainsi que les revenus se chiffrant en milliards de dollars de Starlink, confirment la viabilité commerciale de ce modèle, tandis que le programme Starshield montre la manière dont ces capacités peuvent également être adaptées à des applications liées à la défense18. Grâce au financement de capital-risque d’environ 7 milliards $ US chaque année19 dans le secteur et à la réglementation ITAR (International Traffic in Arms Regulations), qui crée des conditions de marché protégées, les sociétés américaines profitent de cycles d’itération rapides et de la tolérance au risque.

En l’absence de contrats de commande publique comparables, de l’ordre de 500 millions à 1 milliard de dollars, les entreprises canadiennes restent contraintes de devenir des fournisseurs de niveau deux au sein des réseaux d’entrepreneurs principaux américains, soit la fabrication de composants au lieu de systèmes intégrés20.

La Chine a poursuivi un modèle contrasté caractérisé par une planification centralisée et le déploiement de capitaux publics, bien qu’elle ait aussi commencé à financer ses propres acteurs commerciaux après avoir constaté la réussite de la stratégie américaine. La Chine prévoit lancer plus de 25 000 satellites entre les constellations de Guowang et de Qiafan21. Ces réalisations ne se limitent pas à des réalisations techniques, mais constituent des investissements en infrastructures souveraines. Grâce à la doctrine de fusion civile-militaire, chaque capacité procure un double usage. De plus, les stations au sol de l’initiative de la ceinture et de la route du Pakistan au Kenya et en Argentine accroissent l’influence spatiale de la Chine dans le monde entier22.

Cette approche réussit grâce à la coordination entre les ministères où le développement spatial est calqué sur la politique étrangère et la stratégie industrielle. Les gouvernements provinciaux se font la course pour décrocher les pôles du secteur spatial, ce qui crée une concurrence interne dans un cadre national unifié.

En revanche, l’activité spatiale continue de relever de différentes institutions au Canada : l’Agence spatiale canadienne, Innovation, Sciences et Développement économique Canada, le ministère de la Défense nationale et Affaires mondiales Canada. Ces entités ont chacune des priorités distinctes et ne disposent pas de moyen d’agréger la demande en regroupant les commandes en un tout. Cet éparpillement institutionnel rend impossible toute coordination nécessaire pour se concentrer sur les priorités stratégiques et les fleurons nationaux.

Le Japon, qui a décuplé ses financements spatiaux en trois ans, a fait d’un programme spatial essentiellement civil et scientifique, une initiative nationale complète axée sur la défense et les marchés. Cette transformation s’est matérialisée par l’augmentation des dépenses du secteur spatial aux fins de la défense dans le cadre du Space Strategy Fund. D’un montant initial de 300 milliards de yens (1,93 milliard de dollars américains), celles-ci ont atteint 1 000 milliards de yens (6,5 milliards de dollars américains) sur dix ans23.

Cette transformation découle de la redéfinition de l’espace, considéré comme essentiel pour la sécurité nationale. Au Japon, les structures d’entreprise keiretsu facilitent cette approche grâce à des participations croisées qui fournissent un capital patient protégé des pressions à court terme sur le marché. Des institutions garanties par l’État, notamment Innovation Network Corporation of Japan (INCJ) et Development Bank of Japan (DBJ), apportent un financement stratégique en cas d’insuffisance sur les marchés privés.

L’Allemagne a profondément remanié ses priorités sur le plan de la défense. D’ici 2030, elle renforcera ses capacités spatiales militaires, en ce compris une évaluation sans précédent des systèmes offensifs anti-spatiaux, d’une valeur historique de 40 milliards de dollars américains24. L’Allemagne disposait déjà d’une plateforme robuste, qui faisait d’elle l’un des pays contribuant le plus à l’Agence spatiale européenne (apport de 3,5 milliards d’euros (4 milliards de dollars américains) sur trois ans)25. Elle se classe également au troisième rang mondial en ce qui concerne les brevets spatiaux26 et accueille plus de 120 entreprises spatiales en démarrage27. En 2022, les entreprises en démarrage allemandes du secteur des technologies spatiales ont produit des recettes de plus de 120 millions d’euros dans le cadre de 16 opérations28.

En Allemagne, l’évolution de la réglementation dans l’industrie spatiale témoigne aussi de progrès pragmatiques malgré les retards. À titre d’exemple, l’Allemagne a publié les grands points d’une future loi allemande sur l’espace en septembre 2024. Une partie envisage de plafonner la responsabilité à 50 millions d’euros, assortie de limites de recours fondées sur les revenus de 10 %29 qui pourraient offrir des conditions plus favorables de placement. Cette approche mesurée, qui met en balance l’habilitation commerciale et la protection publique, offre un modèle aux pays qui cherchent à stimuler l’investissement privé sans pour autant assumer une responsabilité illimitée. Nota : Il se peut que le projet de réglementation spatiale de l’UE (2025)30 devienne prioritaire. Celle-ci ne prévoit pas de plafonnement spécifique de la responsabilité. Dans un cas comme dans l’autre, la capacité de l’Allemagne à maintenir des capacités d’envergure mondiale dans les radars à ouverture synthétique, les systèmes optiques et la technologie des petits satellites, tout en surmontant la complexité réglementaire tant à l’échelle nationale qu’européenne, prouve que des conditions institutionnelles parfaites ne doivent pas nécessairement être remplies au préalable pour obtenir le leadership technique.

Pour le Canada, l’Allemagne offre l’un des modèles les plus pertinents : c’est un pays du G7 ayant une structure fédérale complexe, de solides capacités techniques et des engagements de pays alliés qui doivent mettre en balance la souveraineté et la collaboration.

L’intensification des travaux des autres pays dans l’espace

Ces brefs profils ébauchent les aspects généraux des stratégies spatiales au Royaume-Uni, en Corée du Sud, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, aux Émirats arabes unis et en Australie.

Objectif : L’autonomie stratégique découlant du Brexit dans le domaine des technologies critiques.

Points forts : Les capitaux publics ouvrent l’accès aux marchés privés. La stratégie spatiale de défense fournit un cadre. L’intégration de UKSA au sein de DSIT tient compte de la convergence entre le numérique et l’espace.

Actifs : Participation dans OneWeb (devenue Eutelsat entretemps). Harwell Space Space. Solide base de production pour la fabrication de satellites.

Budget : Des investissements publics de 765 M$ US ont stimulé l’économie spatiale d’un montant de 2,89 G$ US (multiplicateur de 3,8 fois)31.

Principale méthode : Investissements publics stratégiques et stratégie à long terme donnant accès aux capitaux privés. La prudence du secteur bancaire et les exigences ESG peuvent occasionner des contraintes, même si ce multiplicateur important est un bon gage de succès.

Enseignement à tirer pour le Canada : Ce pays comparable du Commonwealth montre que l’investissement public peut produire un effet de levier important dès lors qu’il est lié à des impératifs stratégiques comme la souveraineté dans l’Arctique.

Objectif : Atteindre l’autonomie de lancement grâce à un développement durable.

Points forts : La structure des chaebols absorbe les pertes initiales. L’engagement politique est plus fort que les échecs. Renforcement méthodique des capacités sur une période de vingt ans.

Actifs : Lanceur opérationnel KSLV-II (Nuri)32. Centre spatial de Naro. Projet 42533. Intégration industrielle de Samsung et de Hanwha. Korea Aerospace Research Institute (KARI).

Budget : 670 M$ US, dont 560 M$ US sont consacrés aux projets de recherche et développement34. Financement soutenu par plusieurs administrations malgré des revers techniques.

Principale méthode : Progression sur vingt ans : fusées-sondes → satellites militaires35 et commerciaux36 → lanceur. Chaque échec est considéré comme un investissement d’apprentissage au lieu d’une responsabilité politique.

Enseignement à tirer pour le Canada : Nous possédons tout ce qu’a construit la Corée du Sud en vingt ans. La différence réside dans l’engagement soutenu et celui d’obtenir un lancement souverain, ce qui vient d’être rectifié.

Objectif : Dominer le marché réactif du lancement de petits satellites.

Points forts : L’innovation réglementaire permet une itération rapide. L’isolement géographique devient un avantage pour le lancement. Leadership du secteur privé, soutenu par l’État.

Actifs : Rocket Lab : plus de 70 lancements et 2e lanceur le plus fréquent aux États-Unis. Site privé sur la péninsule de Mahia. 120 occasions de lancement chaque année. Structure d’entreprise américaine.

Budget : Dépenses publiques de 59 M$ US et recettes de 1,52 G$ US dans le secteur spatial (2024)37. Investissements publics minimaux, rendement privé élevé.

Principale méthode : Espace aérien réservé à vocation spéciale, simplification des permis. Capacité d’exécution du contrat au lancement d’une durée inférieure à deux mois38. Premier pays à recourir à l’impression 3D et aux turbopompes électriques pour réduire les coûts39.

Enseignement à tirer pour le Canada : Un petit pays peut devenir un acteur de niche dominant grâce à sa souplesse réglementaire et à l’avantage qu’il présente sur le plan géographique, et a fortiori, en misant sur le succès d’un seul entrepreneur spatial de carrure mondiale. L’attention l’emporte sur l’envergure.

Objectif : Devenir la porte d’entrée de l’Europe vers les orbites polaires et héliosynchrones.

Points forts: L’emplacement optimal dans l’Arctique pour les orbites de grande valeur. Premier port spatial continental européen opérationnel. Solide intégration au sein des alliés.

Actifs : Base de lancement d’Andøya opérationnelle. Isar Aerospace en est le locataire clé depuis vingt ans. Accord de garanties technologiques avec les États-Unis. Une mission pour le haut débit par satellite dans l’Arctique avec des charges utiles américaines.

Budget : 208 M$ US40. Investissement de 36 000 $ US dans le port spatial41. Attribution supplémentaire de 20 000 $ US à la défense42.

Principale méthode : Construction en 18 mois pour le port spatial43. Ancrage commercial allemand + intégration militaire américaine44. 30 lancements annuels lorsque le port tourne à plein régime45.

Enseignement à tirer pour le Canada : Un emplacement dans l’Arctique devient un actif stratégique grâce à des investissements dans les infrastructures et à des partenariats avec les alliés. Les actes valent mieux que les paroles.

Objectif : Transfert de technologies de grande valeur et source d’inspiration grâce à des projets prestigieux.

Points forts : Des capitaux importants permettent de réduire les délais de développement. Tout transfert de technologie comporte une formation obligatoire. Acquisition de talents mondiaux à des prix élevés.

Actifs : Sonde martienne Hope (2020). Centre spatial Mohammed bin Rashid. Satellite d’observation de la Terre KhalifaSat. Partenariats avec les agences NASA, JAXA et Roscosmos.

Budget : Investissements spatiaux civils de 443 M$ US. Salaires du niveau de la Silicon Valley pour les talents mondiaux. Approvisionnement du fonds souverain de 820 M$ US46.

Principale méthode : Achat de technologies éprouvées, renforcement des capacités locales. Le prestige entraîne des investissements étrangers et un leadership régional47. Prises de participation actuelles dans les entreprises nationales en démarrage et les sociétés de placements spatiales.

Enseignement à tirer pour le Canada : L’afflux rapide de capitaux ciblés vers des projets majeurs qui bénéficient d’une grande visibilité peut entraîner d’importants transferts technologiques et être une source d’inspiration pour le pays.

.Objectif : Tirer parti de l’emplacement dans l’hémisphère sud pour assurer le leadership dans la région indopacifique.

Points forts : L’entrée tardive permet d’éviter les contraintes liées aux anciens systèmes. AUKUS fournit l’accès à la technologie. Avantage géographique en ce qui concerne les orbites polaires et la couverture régionale.

Actifs : Australian Space Agency (agence spatiale australienne) (2018). Développement de plusieurs sites de lancement. Deep Space Communication Complex. SmartSat CRC.

Budget : 25 M$ US (2024), 135 M$ US sur cinq ans (de 2023 à 2028)48. L’initiative de fabrication moderne de 840 M$ US comprend un réseau australien de fabrication spatiale de 101 M$ US50. Investissements supplémentaires dans le domaine spatial de la défense.

Principale méthode : Accent accordé à l’exploitation minière, à l’agriculture et aux applications maritimes. Intégration des alliés au moyen du partenariat AUKUS.

Enseignement à tirer pour le Canada : Les partenariats avec les États-Unis et l’intégration dans des domaines stratégiques offrent des occasions de transferts technologiques et de co-investissement. Puisqu’il s’agit de la région indopacifique, il peut en aller de même dans l’Arctique.

C’est notre pays qui a envoyé une alouette chanter dans l’espace, qui a construit le bras qui a assemblé la station orbitale de l’humanité et qui a créé le radar permettant de percer les ténèbres de l’Arctique.

1962
L’Alouette prend son envol
1981
Le bras qui bâtit l’avenir
1995
L’œil tout-puissant
2025
Le test de l’héritage
29 septembre, base aérienne de Vandenberg : La fusée Thor-Agena met sur orbite un satellite canadien d’une masse au lancement de 145 kg.13 novembre, navette spatiale Columbia : Le Canadarm se déploie au-dessus de la Terre, avec le mot-symbole flamboyant « Canada ».RADARSAT-1 : Le radar à ouverture synthétique du Canada perce les nuages, les ténèbres et les tempêtes dans l’Arctique.Le capital-risque répond à la réalité tout au long d’un parcours d’excellence depuis 60 ans

Grâce à Alouette 1, le Canada devient le troisième pays dans l’espace.
Ce qui était alors impossible fait maintenant partie de la routine : nombreux étaient ceux qui doutaient qu’un bras robotisé à six degrés de liberté puisse fonctionner dans l’espace.Un emplacement géographique qui établit la destinée : construction pour un pays où l’hiver dure la moitié du temps, comportant de vastes étendues et en grande partie invisible de l’espace.La fuite des cerveaux s’accélère : nos roboticiens font de la conception pour la Silicon Valley et nos experts dans les radars font de l’optimisation pour Arlington.
Tient son nom d’une chanson populaire franco-canadienne qui parle d’une alouette. Même nos satellites ont une consonance culturelle.410 kg sur Terre, mais une fois en orbite, il manipulait des charges utiles de 100 tonnes avec une précision centimétrique.Promesse de 72 heures : Carte de tous les recoins du Canada en trois jours avec couverture quotidienne de l’Arctique.L’insuffisance en capitaux devient critique : l’excellence technique sans apport financier.
Le miracle : construction par une équipe du ministère de la Défense nationale (MDN) qui en était à ses balbutiements, « sans manuels et sans pratiquement rien » pour la guider.Le rapport avec le nucléaire : né des robots à réacteur CANDU – l’ingéniosité canadienne redéployée au service du cosmos.Un marathon de 17 ans : une durée prévue de 5 ans, et une durée d’exploitation de 17 ans. Un autre élève canadien brillant.Un engagement budgétaire envers un lancement national – le besoin de décoller pour saisir le moment.

Conception prévue pour un an. Ses chants en ont duré dix. Le petit satellite qui pouvait – et a réussi.
Une feuille de route parfaite : 90 missions, cinq navettes, construction de la Station spatiale internationale (SSI), réparation de Hubble. Aucun échec.Question à la croisée des chemins : puissance spatiale souveraine ou fournisseur perfectionné ?
Activité du secteur spatial canadien (2022)

Les sociétés suivantes occupent collectivement plus de 10 000 Canadiens et produisent des recettes annuelles de plus de 5 milliards de dollars. Leurs exportations dépassent 80 %. Elles prouvent par ailleurs que le Canada possède les capacités techniques, l’excellence dans le secteur manufacturier et un sens aigu des affaires pour faire face à la concurrence mondiale. Ce qui leur manque est une capitalisation d’envergure et des contrats de commande publique dont bénéficient leurs concurrents internationaux. Grâce à un apport de capitaux de 12 milliards de dollars proposé d’ici 2025 et à l’augmentation des dépenses militaires liée au nouvel engagement du Canada envers l’OTAN, ces sociétés spatiales qui sont des acteurs de niche prospères pourraient devenir des fleurons mondiaux. Il en résulterait un écosystème qui attirerait et retiendrait les sociétés spatiales de la prochaine génération51.

  • Figure au palmarès des entreprises canadiennes les plus prospères, en activité depuis trois ans.

  • A construit le Canadarm, le Canadarm2, le Dextre et à présent, le Canadarm3, qui établit l’héritage canadien dans la robotique.

  • Principal entrepreneur de RADARSAT, technologie des radars à ouverture synthétique de pointe.

  • A élaboré MDA Aurora, le premier satellite commercial au monde en orbite basse terrestre pour les communications numériques.

  • Occupe plus de 3 800 employés.

  • Importance stratégique : La plus grande société spatiale au Canada ayant une capacité éprouvée à mettre en œuvre des programmes complexes et à pouvoir faire face à la concurrence mondiale.

  • Fondée en 2015, levée de fonds de capital-risque de plus de 300 millions de dollars américains.

  • Lancement de dix satellites de relais de données optiques en janvier 2026, tirant parti de l’héritage des vols de 23 satellites déployés précédemment, conçus pour être compatibles avec les normes de communication optique de la Space Development Agency aux États-Unis.

  • Première société commerciale à mettre en place des liaisons éprouvées entre satellites en orbite basse terrestre.

  • Occupe plus de 175 employés.

  • Importance stratégique : Kepler est un chef de file mondial dans le domaine de la technologie de relais optique de données. L’entreprise fournit des services de connectivité en temps réel, de calcul sur orbite de pointe et des services hébergés de charge utile pour les données essentielles aux missions.

  • A mis au point la plateforme SpacefarerMC utilisée par la NASA et des exploitants commerciaux.

  • A livré du matériel et des logiciels de mission essentiels pour les astromobiles lunaires à des clients sur trois continents.

  • En juin, le lancement avec SpaceX de la mission Persistence, avancée géante du Canada en matière d’intelligence artificielle dans l’espace.

  • Chef de file du déploiement de l’IA de pointe, sur le vaisseau spatial lui-même, y compris pour la détection de feux de forêt.

  • Levée de capitaux propres de plus de 22 millions de dollars et financement sans effet dilutif.

  • Plus de 35 employés possédant une expertise opérationnelle dans l’espace lointain.

  • Importance stratégique : Une expertise dans les logiciels et l’exploitation essentielle à la gestion de constellations et de missions lunaires complexes.

  • Mise au point de Spaceport Nova Scotia, situé à proximité de Canso, qui est un complexe de lancement multi-utilisateurs et multi-missions.

  • Partenariats actifs avec des fournisseurs de lanceurs légers et moyens pour les missions suborbitales et discussions en cours avec les sociétés canadiennes et internationales de services de lancement en orbite.

  • Signature d’un accord de garanties technologiques avec les États-Unis, permettant aux sociétés de lanceurs et partenaires de vaisseaux spatiaux américains d’exercer leurs activités sur le site en utilisant des technologies américaines contrôlées.

  • Grâce à l’investissement stratégique de dix millions de dollars qu’elle a réalisé, MDA Space est devenue un partenaire opérationnel.

  • La société a obtenu un prêt de dix millions de dollars d’Exportation et développement Canada aux fins de l’aménagement du site, de l’achèvement de la plateforme de lancement et de la disponibilité opérationnelle.

  • Accès concurrentiel aux orbites polaires et héliosynchrones, offrant des inclinaisons de 45,1 à 90 degrés et des couloirs de descente sans danger au-dessus de l’Atlantique.

  • Importance stratégique : Permet au Canada de devenir un pays capable d’effectuer des lancements de satellites et de déployer et de réapprovisionner ceux-ci à partir de son propre sol.

  • Troisième fabricant de trains d’atterrissage au monde ; recettes de 800 millions de dollars.

  • 2 000 employés au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne.

  • Fournisseur de Boeing, de Lockheed Martin, d’Airbus et de nombreux autres équipementiers.

  • Les ventes à l’exportation lui procurent 90 % de son chiffre d’affaires.

  • Importance stratégique : Capacités de fabrication de précision et d’intégration de systèmes directement applicables aux programmes spatiaux.

  • Se spécialise dans les missions et systèmes d’explorations planétaires, les astromobiles lunaires, les instruments et caméras scientifiques et les serres lunaires.

  • Mise au point d’une astromobile lunaire aux fins d’une mission lunaire pour l’ASC et de plusieurs véhicules utilitaires lunaires pour le programme Artemis de la NASA et des clients commerciaux.

  • Pilote le projet de développement de serres lunaires destinées à subvenir aux besoins alimentaires des astronautes sur la Lune. Collaboration avec l’ASC, le Centre aérospatial allemand (DLR) et la NASA.

  • Produit et vend des ordinateurs, des systèmes électriques et des caméras pour les missions lunaires. Plus de 20 caméras ont été posées sur le sol lunaire et 200 autres sont en production, dont 100 sont déjà commandées pour diverses missions lunaires internationales.

  • Importance stratégique : La robotique spatiale de prochaine génération élargit la contribution du Canada à l’économie lunaire.

  • Mise au point du premier système de lancement spatial réactif de bout en bout au Canada doté de capacités à intégration verticale.

  • Fusée Tundra (mise en orbite basse terrestre de 500 kg d’ici 2028) et mise à l’échelle pour la fusée Titan (mise en orbite basse terrestre de 5 000 kg d’ici 2032), conçue pour être le premier lanceur orbital souverain du Canada.

  • Construction de l’Atlantic Spaceport Complex (ASX) à Terre-Neuve-et-Labrador avec début d’exploitation en 2025.

  • Fabrication de moteurs de fusées à propulsion liquide Hadfield et Garneau imprimés en trois dimensions et utilisant les propergols Jet-A, SAF et LOx.

  • Lancement en 2026 du satellite Terra-Nova, doté d’une technologie d’IA de pointe alimentée par les processeurs graphiques NVIDIA pour la détection des feux de forêt et la veille spatiale.

  • Importance stratégique : Programme de défense SHARP à double usage aux fins de développer des capacités hypersoniques et des missions en haute altitude pour la souveraineté dans l’Arctique, en utilisant le même matériel que celui de la fusée Tundra et de ses moteurs.

  • Chef de file dans les services spécialisés de lancement orbital, le ravitaillement rapide et la reconstitution de constellations de satellites, avec une technologie brevetée de propulsion qui simplifie l’architecture de propulsion (environ douze pièces au lieu d’environ 15 000 pièces).

  • Financement total de plus de 38 M$, dont une série A de 14 M$ (juin 2025) et une subvention de 10 M$ accordée par le Gouvernement du Québec (juin 2025).

  • Objectif : Lancement suborbital inaugural à l’hiver 2026 ; le lanceur Aurora-8 cible le marché des petits satellites en pleine croissance.

  • Objectif de première tentative de lancement orbital au moyen d’un accord de lancement orbital avec Maritime Launch Services à partir de Spaceport Nova Scotia au troisième trimestre de 2028.

  • Obtention d’un montant de 300 000 € (482 000 $ CA) lors de la phase II du programme DIANA de l’OTAN et d’un montant de 776 000 $ accordé dans le cadre du Programme de développement des technologies spatiales (PDTS) de l’ASC pour la démonstration des micropropulseurs.

  • Importance stratégique : Fait progresser la capacité de lancement nationale du Canada tout en positionnant le pays sur les marchés émergents des lancements suborbitaux et de petits satellites.

  • Fondée en 1969, elle figure aujourd’hui parmi les plus grands exploitants de satellites au monde.

  • Constellation de satellites en orbite basse terrestre Telesat Lightspeed : investissement de 6,5 G$ pour 198 satellites.

  • Large implantation mondiale, axée sur les marchés des entreprises, des administrations publiques et de la mobilité.

  • Livre une concurrence directe à SpaceX Starlink et Amazon Kuiper.

  • Environ 750 employés.

  • Strategic relevance: Demonstrates Canada’s ability to deploy capital for mega-constellations, critical for digital sovereignt

Le Canada doit transformer ses pôles d’excellence dans le domaine spatial en piliers majeurs d’une nouvelle stratégie mondiale. Et le regain d’attention accordé aux dépenses militaires peut en être le tremplin. Les dépenses consacrées à la défense qui représentent actuellement 29 % des dépenses spatiales du Canada devraient augmenter fortement au fur et à mesure que les engagements de l’OTAN s’intensifieront52. Il ne s’agit pas d’une simple réaffectation budgétaire, mais d’une transformation fondamentale du marché. L’approvisionnement stimulé par la défense peut faciliter les contrats de commande publique et la certitude de recettes pour plusieurs années, tout en aidant à débloquer des capitaux privés et en permettant aux entreprises spatiales canadiennes de réussir leur changement d’échelle commerciale.

Capacités ciblées d’ici 2035 : Renforcer la base industrielle spatiale canadienne, en accordant la priorité aux capacités nationales de lancement et aux composants essentiels pour lesquels le Canada possède déjà des points forts.

Les capitaux privés, en particulier aux États-Unis et en Europe, ont contribué à la création de sociétés spatiales d’une nouvelle génération. À titre d’exemple, les opérations dans le secteur spatial américain ont vu leur volume plus que doubler, et leur valeur presque quadrupler au cours des dix dernières années53. Dans le secteur spatial au sens large, les sociétés spatiales bénéficient de flux de près de 50 milliards de dollars américains depuis 201554., ce qui correspond à un taux moyen annuel de croissance de 21 %55, sous l’effet majeur du capital-risque. Le Royaume-Uni est devenu la deuxième destination d’intérêt pour le capital spatial : il a reçu 17 % de ces flux entrants56. L’industrie connaît une croissance qui n’avait plus été observée depuis la course à l’espace de la Guerre froide. Ce sont les capacités commerciales et à double usage qui en sont les moteurs.

Dans cette course mondiale à l’espace, le Canada possède de nombreux atouts, mais aussi d’importantes lacunes. Nous avons de robustes capacités de fabrication de satellites et de production de composants, mais également des chaînes logistiques fragmentées, et des capacités inexistantes pour placer nos propres satellites en orbite au pays. Par ailleurs, les installations d’essais et les centres de recherche nationaux canadiens sont sous-équipés. Les investissements insuffisants dans les capacités spatiales nationales par rapport à nos pairs commencent à se faire sentir. Ce fossé industriel constitue un frein important à notre autonomie stratégique et à notre potentiel économique dans un secteur connaissant une croissance annuelle de 9 %57.

Les engagements inscrits au nouveau budget fédéral y contribueront, en particulier l’affectation triennale de 182,6 millions à des capacités de lancement spatial58. Voilà un bon début. La construction d’une chaîne de valeur requiert toutefois des efforts supplémentaires pour garantir la compétitivité industrielle : nouvelles missions et capacités ambitieuses, installations de fabrication de satellites et composants de pointe, centres d’essais et de validation, infrastructures des systèmes au sol et peut-être deux spatioports opérationnels au cours des prochaines années : l’Atlantic Spaceport Complex de Nordspace et le Spaceport Nova Scotia de Maritime Launch.

Le potentiel de transformation de l’économie a été démontré. La transition par la NASA de sa stratégie « construction et possession » par celle d’« achat et utilisation » n’a pas seulement entraîné des économies de lancement. Elle a fait office de catalyseur pour toute une industrie spatiale commerciale. Les États-Unis ont lancé plus de nouveaux objets dans l’espace (29 en 2011 à plus de 2 200 en 2024)59. en favorisant l’acquisition de services nationaux auprès d’entrepreneurs spatiaux et en renforçant les activités manufacturières, les chaînes logistiques et les fournisseurs de services américains.

Voilà une approche exhaustive privilégiée par l’économie spatiale moderne. L’évolution de la technologie des satellites s’accompagne de fortes variations des coûts. Dans les années 1990, les satellites commerciaux de communications coûtaient de l’ordre de 350 à 950 millions de dollars (en dollars d’aujourd’hui) ; à l’heure actuelle, ce déploiement se situe entre 150 et 500 millions de dollars60. Celui des nouveaux petits satellites géolocalisés coûte seulement 15 millions de dollars61. La transformation observée au niveau des petits satellites est encore plus remarquable. En effet, les universités et les pays émergents parviennent maintenant à construire et lancer des nanosatellites cubiques pour une somme totale de seulement 150 000 $, alors que les satellites traditionnels coûtent des centaines de fois plus62,63. Une base industrielle robuste qui serait de plus en plus financée par les dépenses du secteur spatial aux fins de la défense pourrait produire une défense comparable à celle obtenue grâce à un plus grand nombre de destroyers navals ou de F-35, mais avec des multiplicateurs économiques nationaux beaucoup plus importants grâce à des applications à double usage dans les domaines des communications, de l’observation de la Terre et de la surveillance du climat.

Répartition des dépenses spatiales 2024, Canada

La capacité annuelle d’ici 2035 : systèmes de premier plan de l’OTAN pour les communications, la localisation et la surveillance dans l’Arctique ; capacités anti-spatiales pour la dissuasion

L’espace a fondamentalement changé la façon dont les pays envisagent leur puissance économique et militaire. Les puissances militaires avancées s’appuient désormais sur des satellites pour les communications ; les satellites de reconnaissance permettent de recueillir des renseignements et de repérer les cibles, et les constellations de satellites de positionnement, de navigation et de synchronisation (y compris les systèmes GPS) servent de guides pour tout (des munitions de précision aux drones).

En plus de ces capacités tactiques, l’espace demeure un élément central de la sécurité stratégique. Les systèmes d’alerte précoce qui repèrent les lancements de missiles nucléaires reposent en grande partie sur les ressources spatiales. Le rôle de Starlink en Ukraine a défrayé la chronique. Il ne s’agit toutefois que du début de la refonte de la défense nationale par les systèmes spatiaux.

Parallèlement, les capacités contre-spatiales connaissent une expansion rapide. Les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde ont tous détruit leurs propres satellites pour faire la démonstration de leurs missiles antisatellites64. La Chine et les États-Unis sont en train de mettre en place des arsenaux contre-spaciaux, notamment pour des opérations à proximité d’un satellite et des infrastructures de ravitaillement. La Russie a démontré qu’elle peut placer en orbite des armes nucléaires qui pourraient, grâce à une impulsion magnétique, anéantir la plupart des satellites en orbite basse terrestre65. Les prévisions générales sont claires : tout conflit entre de grandes puissances commencera probablement par des manœuvres dans l’espace.

Pour maintenir sa souveraineté et dissuader ses adversaires, le Canada a besoin de capacités spatiales avancées pour les communications sur les champs de bataille, la collecte de renseignements, la détection de cibles et le contrôle de l’espace, y compris des systèmes contre-spatiaux. Nos partenaires de l’OTAN et de l’alliance « Five Eyes » s’attendent naturellement à ce que nous prenions les rênes de la défense en Arctique, où les systèmes spatiaux sont particulièrement vitaux, compte tenu de l’immensité du territoire et de la faible densité de population. De nouvelles entreprises canadiennes, p. ex., Dominion Dynamics, commencent à développer ces capacités essentielles au Canada pour la détection dans l’Arctique. Grâce à sa situation géographique, le Canada bénéficie d’un avantage unique : étant éloigné des zones de conflit potentielles en Europe et dans la région indopacifique, notre pays peut fournir des ressources spatiales pour les opérations des alliés plus efficacement qu’avec les forces terrestres, navales ou aériennes.

Compte tenu de notre population de petite taille et de notre vaste territoire, notre meilleure stratégie de sécurité reste d’avoir des liens rapprochés avec l’alliance « Five Eyes », une alliance entre l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis, pour échanger des renseignements. L’adhésion à des initiatives comme celle du Dôme d’or proposée par les États-Unis pourrait renforcer ces liens. L’architecture de défense antimissile spatiale dirigée par les États-Unis intégrerait les capacités des alliés au sein d’un bouclier unifié contre les menaces hypersoniques et balistiques. Pour le Canada, une participation pourrait impliquer plus qu’une simple protection accrue. Elle pourrait faire de nous un partenaire essentiel sur le plan de la défense continentale, tout en assurant la participation du secteur industriel et le transfert de technologie pour les entreprises canadiennes, ainsi que la prise en compte de notre voix dans le façonnement de la future architecture de sécurité nord-américaine. Une telle participation soutient par ailleurs les capacités au sens large de l’alliance « Five Eyes ». Les investissements dans la défense qui financent le développement de nouvelles technologies stimulent constamment les dépenses en recherche et développement et la croissance économique, car les innovations du secteur de la défense peuvent souvent trouver des débouchés commerciaux. Toutefois, ces retombées économiques n’auront lieu que si nous développons des capacités au Canada au lieu d’acheter des systèmes étrangers. Le Canada doit s’approvisionner auprès de sociétés canadiennes tout en se développant conjointement avec celles-ci, en structurant des contrats qui permettent à ces sociétés de monter en puissance tout en conservant leur rentabilité sur la scène nationale puis mondiale. C’est ainsi que les États-Unis ont développé des sociétés gigantesques – SpaceX (plus de 350 milliards de dollars), Palantir (330 milliards de dollars) et Anduril (30 milliards de dollars) – par l’entremise de contrats stratégiques de sécurité nationale.

La capacité annuelle d’ici 2035 : réseaux de communication protégés par la sécurité quantique par satellites ; systèmes nationaux de positionnement, de navigation et de synchronisation

Au cours des dix prochaines années, les pays obtiendront des avantages économiques et stratégiques grâce à la technologie. Et trois grandes tendances convergentes redéfiniront la dynamique des puissances mondiales : la croissance exponentielle des données faisant office d’actif stratégique, la vulnérabilité du chiffrement actuel pour l’informatique quantique et la dépendance essentielle du commerce à l’égard de l’infrastructure satellitaire. Les pays qui contrôlent les communications sécurisées par satellite détiendront les clés de la souveraineté numérique ; ceux dépourvus de capacités indépendantes seront confrontés à des contraintes stratégiques.

Songez à l’ampleur de la dépendance à l’égard des satellites aujourd’hui. Le transport maritime, qui assure le déplacement de marchandises pour un montant de plus de 14 000 milliards de dollars chaque année66, dépend entièrement des services de positionnement et de synchronisation par satellite67. Les marchés financiers s’appuient sur la synchronisation GPS pour synchroniser les opérations. Une panne fait perdre environ un milliard de dollars par jour à l’économie américaine68. En 2023, le secteur des services de positionnement, de navigation et de synchronisation liés aux appareils et aux services a généré des recettes d’environ 280 milliards de dollars américains en aval à l’échelle mondiale69.

En 2030, le paysage technologique de 2020 sera méconnaissable. À mesure que les modèles d’IA se banaliseront et deviendront disponibles de manière universelle, l’avantage concurrentiel ne tiendra plus aux algorithmes, mais aux ensembles de données exclusives. Les entreprises et les pays qui parviendront à recueillir, à transmettre et à traiter des flux de données uniques en toute sécurité s’imposeront. Les constellations de satellites offrent ces points d’observation uniques – elles permettent de surveiller les chaînes logistiques mondiales, de suivre l’activité économique et d’autonomiser des systèmes – à condition toutefois de pouvoir sécuriser ces données.

L’informatique quantique présente tant une menace existentielle qu’une occasion de transformation. Les méthodes de chiffrement utilisées actuellement pour protéger les communications par satellite, les opérations financières et les données militaires seront vulnérables à un déchiffrement quantique d’ici dix ans. La Chine a déjà fait la démonstration des communications quantiques par satellite avec son satellite Micius70. Le pays qui parviendra à déployer en premier lieu des réseaux par satellites protégés par la sécurité quantique ne fera pas que protéger ses propres communications : il deviendra le fournisseur de confiance de ses alliés qui souhaitent se protéger.

D’autre part, la révolution de l’IA exige une capacité de transmission de données et une sécurité sans précédent. L’entraînement des modèles d’IA de prochaine génération nécessite d’énormes ensembles de données souvent recueillies à partir d’images par satellite, de réseaux de satellites de l’Internet des objets (IdO) et de capteurs mondiaux. La valeur du marché des villes intelligentes intégrant ces technologies devrait atteindre de l’ordre de 1 400 à 4 000 milliards de dollars américains d’ici 203071,72, une grande partie de ceux-ci dépendant de la connectivité sécurisée par satellite pour l’infrastructure IdO. Le contrôle de l’infrastructure satellitaire sécurisée est également probablement fondamental pour une capacité désignée d’« IA souveraine » par de nombreuses personnes.

Chaque entreprise canadienne d’IA chargée de l’entraînement des modèles à partir de données exclusives doit faire des choix quant à l’acheminement et au stockage des données. La compétitivité de notre écosystème d’innovation dépend en partie d’une infrastructure sécurisée à même de protéger la propriété intellectuelle tout en maintenant la connectivité mondiale.

Le Canada offre tant des occasions que des failles. Notre dépendance à l’égard de l’infrastructure satellitaire alliée peut occasionner des points de défaillance uniques malgré les avantages qu’elle présente pour l’interopérabilité et le partage des coûts. La sagesse veut d’assurer la résilience au moyen de la diversification.

En cas de dégradations du système, qu’elles soient attribuables à des événements solaires, des cyberattaques ou des pannes d’infrastructures, le Canada a besoin d’un accès garanti aux services de positionnement, de navigation et de synchronisation. Nos banques, nos réseaux électriques et nos réseaux de transport dépendent tous de signaux de synchronisation précis. Le risque économique s’ajoute à mesure que les entreprises canadiennes des secteurs de l’extraction des ressources, des services financiers et de la fabrication de pointe transmettent des données sensibles par l’intermédiaire d’une infrastructure satellitaire sans disposer d’autres solutions de rechange nationales. De plus, selon une étude triennale menée par des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego et de l’Université du Maryland, environ la moitié des signaux des satellites géostationnaires transmettent des données sensibles entièrement en clair, ce qui les rend vulnérables à l’interception avec de l’équipement de base73.

Le Canada possède des avantages uniques qui lui ont permis de devenir un chef de file mondial dans les communications sécurisées par satellite. Notre leadership en recherche quantique grâce à des institutions comme l’écosystème Quantum Valley, à Waterloo, à la Stratégie quantique nationale de 360 millions de dollars et à la somme supplémentaire de 334,3 millions de dollars annoncée dans le budget 202574,75, combiné à des entreprises quantiques de premier plan telles que Xanadu, Photonic et Nord Quantique, nous positionne pour concevoir des réseaux par satellites protégés par la sécurité quantique avant la plupart des pays. Si l’on tient compte également de nos intentions concernant la souveraineté dans l’Arctique, des obligations qui nous incombent à l’égard de l’OTAN et de notre statut de moyenne puissance de confiance, nous possédons tant des capacités que des occasions sur le marché au Canada.

L’argument économique est convaincant. La constellation Lightspeed de Telesat de 6 milliards de dollars76 démontre la confiance du secteur privé dans la capacité du Canada à offrir des communications par satellite à l’échelle mondiale. L’ajout de la sécurité quantique est un facteur de différenciation pour les pays en quête de solutions de rechange fiables, non pas pour remplacer les partenariats existants, mais pour garantir leur résilience grâce à la diversité. Grâce à des investissements ciblés, le Canada pourrait bâtir une infrastructure satellitaire protégée par la sécurité quantique pour répondre à la fois aux besoins nationaux et à ceux des pays alliés qui recherchent de nouvelles solutions de communications sécurisées.

La capacité annuelle d’ici 2035 : programmes de recherche de classe mondiale dans des domaines stratégiques ; plus d’une centaine de projets annuels d’étudiants ; deux ou trois démonstrations de technologies de pointe chaque année

Dans le domaine de la recherche spatiale, les pays ne doivent plus tenter de s’arracher le prestige scientifique, mais plutôt le contrôle des technologies qui définiront la puissance économique et stratégique. La Chine entend faire la démonstration d’une énergie solaire spatiale d’ici 203577. Les États-Unis poursuivent la voie de la propulsion nucléaire pour les missions sur Mars78. Le Japon met au point une autocaravane lunaire tout en offrant des possibilités de déploiement trimestriel pour la SSI qui ont permis de déployer plus de 200 satellites depuis 201279. Il ne s’agit pas de projets scientifiques, mais d’investissements stratégiques visant à obtenir une future mainmise sur le marché.

Grâce à ses atouts dans la recherche, le Canada se place dans une position idéale pour être un chef de file dans le domaine des technologies spatiales, à condition toutefois de bénéficier d’un déploiement stratégique. Trois sociétés canadiennes de technologies quantitatives – Nord Quantique, Xanadu et Photonic – ont été admises à l’épreuve finale de la Quantum Benchmarking Initiative de DARPA, où les participants se disputeront un prix de 316 millions de dollars américains80. L’investissement dans les technologies quantiques de 334 millions de dollars inscrit au budget fédéral procurera les capitaux nécessaires à l’établissement du siège social au Canada81. Notre expertise dans les sciences des matériaux et la robotique, renforcée dans le cadre d’activités dans l’Arctique, se transpose directement dans les environnements lunaires. Notre secteur minier est prêt pour extraire des minéraux critiques. Il est l’un des plus solides au monde. Notre industrie nucléaire bénéficie de l’expérience avec le réacteur CANDU, qui pourrait s’appliquer aux systèmes énergétiques spatiaux.

La réussite du projet repose sur des changements fondamentaux dans l’approche canadienne de la recherche et du développement dans le domaine de l’espace. Au Japon, le modèle des occasions de déploiement régulier réduit l’écart séparant le prototype du produit. Lorsque les investisseurs savent que la validation des technologies peut prendre quelques mois au lieu de quelques années, les flux de capitaux sont dirigés vers des sociétés innovantes. Le Canada pourrait établir des occasions de lancement trimestrielles semblables, en transformant des projets de recherche universitaires en pipelines commerciaux.

Le processus de mise en œuvre est clair : des partenariats commerciaux dès le tout premier jour et des co-investissements industriels dans des programmes de recherche. Des mécanismes assurant le maintien de la propriété intellectuelle de pointe au Canada. Des programmes structurés qui font le lien entre les projets d’étudiants et les missions spatiales pourraient offrir un excellent départ. Qui plus est, il faut accepter le fait que de multiples tentatives sont nécessaires pour réaliser ces objectifs lunaires, et faire en sorte que le public et les politiciens acceptent certains échecs dans le cadre du processus d’innovation et de croissance.

L’argument économique est convaincant. Lorsque la NASA s’engage à acheter des services de transport orbital et lunaire, les sociétés lèvent des capitaux privés de plusieurs milliards de dollars. Lorsque le ministère de la Défense finance des communications quantiques, les entreprises en démarrage obtiennent des valorisations de licornes. Le Canada peut reproduire ce modèle en faisant de l’administration publique son premier client, mais pas le dernier, et en créant ainsi des marchés qui attirent les investissements privés.

La période propice pourrait s’écourter. À mesure que la commercialisation des activités spatiales s’accélérera et que des propriétaires de plateformes technologiques émergeront, les pionniers établiront des positions dominantes. Le Canada a prouvé qu’il peut produire des travaux de recherche de classe mondiale. Au cours des dix prochaines années, nous déterminerons si nous tirerons parti de la valeur de nos innovations ou si nous continuerons à subventionner les réussites de nos concurrents.

La capacité annuelle d’ici 2035 : systèmes d’observation de la Terre fondés sur l’IA ; surveillance opérationnelle du climat en ce qui concerne le territoire canadien

L’épisode inédit des feux de forêt au Canada en 2023 – où 16,5 millions d’hectares, soit sept fois la moyenne historique, ont été détruits – démontre la raison pour laquelle la surveillance du climat est devenue une infrastructure économique. Cet épisode a exigé des efforts de lutte contre les incendies dans quatre provinces de plus d’un milliard de dollars, tout en résultant en dommages assurés causés par les intempéries d’un total de 945 millions de dollars83. Cette crise crée des occasions pour le marché : le secteur mondial de l’observation de la Terre passera de 5 milliards de dollars aujourd’hui à 8 milliards de dollars d’ici 203384., car les pays ont besoin des mêmes services de prévision des feux de forêt, de surveillance des inondations et de services de renseignements agricoles que le Canada doit mettre en place pour assurer sa propre survie.

La surveillance depuis l’espace constitue une nécessité opérationnelle. Parmi les 54 variables climatiques essentielles, 26 peuvent seulement être mesurées depuis l’espace85,86. La géographie unique du Canada – vastes forêts boréales, territoires de l’Arctique et systèmes agricoles des Prairies – pose des problèmes de surveillance qui, une fois résolus, peuvent devenir des produits exportables pour des pays confrontés à des pressions environnementales semblables.

L’héritage du Canada en ce qui concerne l’observation de la Terre repose sur de solides piliers. L’observation de la Terre représente 20 % des dépenses spatiales du Canada (le deuxième facteur le plus important après les communications par satellite). L’héritage laissé par les radars à ouverture synthétique de RADARSAT a fait du Canada un chef de file mondial dans le domaine de l’observation de la Terre. Cet avantage, initialement bâti à partir d’exigences dans le domaine de la défense, a trouvé des débouchés commerciaux dans les domaines de la gestion des ressources, des interventions en cas de catastrophe et de la surveillance environnementale. Des entreprises en démarrage (p. ex., SkyWatch et GHGSat) trouvent également des moyens de tirer profit et de créer de la valeur ajoutée à partir de produits d’observation de la Terre et auprès de la clientèle internationale.

La stratégie actuelle du Canada liée à l’observation de la Terre recommande explicitement l’élaboration d’un programme dédié à l’« obtention de données commerciales et internationales »87 afin de compléter les capacités souveraines. Cette recommandation ne figurait toutefois pas dans le plan de financement RADARSAT+ annoncé en 202388. Le Canada pourrait élaborer et financer une nouvelle initiative comparable au programme Commercial SmallSat Data Acquisition de la NASA, qui se concentre spécifiquement sur l’acquisition, l’évaluation et l’intégration des données commerciales et internationales d’observation de la Terre. Le Canada pourrait aussi partir de l’initiative de la NASA intitulée « Earth Information Center » et s’attacher à mettre en place un centre national de conception pour la résistance aux changements climatiques fondé sur les données spatiales et l’intelligence artificielle.

L’IA pourrait transformer l’observation de la Terre en reléguant l’imagerie statique au profit de l’intelligence prédictive. Le Canada pourrait construire un jumeau numérique de qualité pour la Terre. Les algorithmes ainsi obtenus détermineraient les tendances plus difficiles à déceler par les analystes humains. Citons par exemple les premiers indicateurs de mauvaises récoltes, l’extraction illégale de ressources, le trafic maritime ou les manœuvres militaires. Cette observation de la Terre fondée sur l’IA crée des occasions d’exportations commerciales, des produits de données et des services d’analyse que les gouvernements alliés, les entreprises de l’industrie des ressources et les exploitations agricoles achèteront. L’optimisation grâce à un double usage est puissante. Les mêmes satellites qui surveillent les feux de forêt et les réalités agricoles peuvent également fournir des renseignements militaires, une surveillance des frontières et une connaissance du domaine maritime.

Canada could capture an estimated $21 billion of the global space market annually by 2035, creating new jobs and transforming our economy. Or we could watch from the ground as others claim the high frontier. The difference comes down to approximately $12 billion in capital investment and the political will to deploy it–and soon.

The are several strategic unlocks that Canada’s leaders could consider:

  • Canada’s space governance remains fragmented across multiple departments with no single point of accountability, deterring the private investment needed to scale the sector. One option is to have the National Space Council report directly to a senior minister or Clerk of the Privy Council, granting them authority to coordinate all federal space spending. This creates the focused leadership that capital markets require—mirroring how Japan’s Prime Minister provides oversight over the country’s national space agency.

  • NovaSpace, a global consultancy firm, diagnosed our core failure: we create « technology orphans »—innovations that win small government grants, then die without major customers.89 The Department of National Defence could break this cycle by committing to become a significant customer of Canadian space innovations and services and providing world-leading space defence capabilities for ourselves and for our allies in the process.

  • It is hard for companies to raise capital against one-time contracts, which is what Canada often offers. The Canadian Space Agency could address this by shifting from buying hardware to purchasing services, replicating NASA’s success, as outlined above. At the early stages, this could be similar to the US SBIR program (which Budget 2025 may create a version of, through ISED).90 Phased contracts would take companies from $200,000 feasibility studies through $1.5-million development contracts, on a pathway to commercialization towards $50-million deals, creating a proven pathway from innovation to market.

  • Canadian space companies also face challenges in « de-banking » for defence-related work and the country has venture funds that are often too small to scale champions. To navigate this, Export Development Canada (EDC) could consider establishing a dedicated Space Finance Division with expanded lending capacity, while Finance Canada could classify space as « strategic infrastructure » to unlock pension fund investment. EDC could also consider guaranteeing 80% of commercial loans, like how it did through BCAP during the pandemic. This could mobilize the billions needed to build Canadian champions.

  • Canada’s space exports grew 13% from 2020 to 2023, proving international appetite exists. Fast-tracking agreements with Five Eyes and NATO partners, combined with a dedicated Space Export Division within Global Affairs, could help position Canada as a trusted non-American option for nations seeking alternatives to U.S.-China dependency. An « Allied Space Preferred Partner » designation could also expedite approvals.

  • More than 40 universities and research centres participate in the Canadian space sector, and this is a strength that can be built on.91 At the same time, in the context of talent, Canada is facing significant challenges. The major reduction of international students may reduce our talent pipeline, and many of our traditional sectors including automotive are struggling amidst the trade war. Opportunities to unlock talent could include industrial retraining programs into the space and defence sectors, especially from hard hit areas of our economy. One opportunity is a U15-led, business-academia approach to space-driven technologies for earth science and climate resilience, including wildfire detection and management—something that can exported to NATO allies for dual use purposes. Further, national regulatory sandboxes and multi-year federally funded university space research institutes partnered with the CSA and DND that link space and defence procurement with post-secondary institutions and industry partners could create pre-qualified talent pipelines and accelerate security clearances.  

These unlocks—unified leadership, procurement modernization, capital market activation, export market development, and talent mobilization—are interdependent. Success requires simultaneous progress across all dimensions. International precedents, particularly NASA’s commercial programs and the UK’s space investment strategy, demonstrate that government market-making can catalyze private sector growth.

But the window is narrowing. First-mover advantages in quantum communications, Arctic surveillance, and other emerging space technologies have expiration dates measured in months and years, not decades. Furthur delay risks permanent relegation to consumer and tier-two status rather than being a producer and leader in the global space economy.

The path forward requires coordinated action across government, industry, and capital markets. Without executive-level leadership and the structural reforms outlined, Canada risks missing a generational opportunity.

At a time when we’re aiming east, west and north, instead of south, Canada also needs to look up—and aim higher, quite literally, with an ambitious space strategy.

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Méthodologie

Les données sur l’économie spatiale canadienne sont limitées. L’Agence spatiale canadienne (ASC) publie chaque année l’État du secteur spatial canadien, englobant notamment le revenu, le produit intérieur brut, l’emploi et les exportations. Les données concernant les sociétés cotées en bourse sont disponibles. Dans notre méthode, nous avons combiné les données de ces deux sources pour modéliser le chiffre d’affaires, le PIB et les dépenses en immobilisations dans les deux scénarios de croissance de base et de croissance ambitieuse. Les calculs ont nécessité plusieurs étapes.

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires et le PIB jusqu’en 2035 dans le scénario dit « de base », nous avons dérivé le taux de croissance annuel historique sur la plus longue durée possible à l’aide des données de l’ASC (de 2014 à 2022) qui, selon nous, orienteront la future croissance du chiffre d’affaires (-0,8 %) et du PIB (1 %).

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires dans le cadre du scénario dit de « croissance ambitieuse », nous supposons que le Canada doublera sa part du marché mondial d’ici 2035, en passant d’environ 1,1 % du marché mondial en 2022 à 2 % d’ici 2035. En partenariat avec McKinsey & Company, le Forum économique mondial prévoit que les applications qui constituent l’épine dorsale du marché spatial mondial (p. ex., les satellites, les lanceurs, la télédiffusion et le système GPS) se développeront pour atteindre 755 milliards de dollars américains d’ici 203592. La part du Canada atteindrait ainsi 21 milliards de dollars. Ce scénario ambitieux prévoit donc un quadruplement de la croissance du marché spatial en dix ans.

  • Pour déterminer le capital nécessaire dans un scénario de croissance de base et celui de croissance ambitieuse, nous avons utilisé les données concernant les sociétés spatiales cotées en bourse. Entre 2020 et 2024, les sociétés spatiales canadiennes cotées en bourse ont affiché un ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires de 36 % (selon une moyenne pondérée). Ce chiffre a été faussé par les investissements massifs de quelques entreprises clés, qui devraient cesser à l’avenir, même dans le cadre du scénario de croissance ambitieuse. Pour mieux enraciner le ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires, nous avons inclus quelques sociétés aérospatiales matures, dont les exigences en capital sont bien inférieures. Selon une moyenne pondérée, le ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires s’établit ainsi à environ 10 %.

  • Dans les scénarios de croissance de base et de croissance ambitieuse, nous avons multiplié le chiffre d’affaires annuel par 10 % pour déterminer le montant annuel des dépenses en immobilisations, et nous avons additionné les chiffres sur la période de 2025 à 2035 pour déterminer l’exigence totale en capital.

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Dans le numéro de cette semaine : Période décisive pour les minéraux critiques et rôle stratégique du Canada

Par John Stackhouse

Il y a quelques années, le dialogue entre l’Arabie saoudite et le Canada était quasi inexistant. Aujourd’hui, ils discutent d’accords commerciaux, d’occasions d’investissement et, si tout se déroule comme prévu, d’une visite du premier ministre Mark Carney au Royaume l’an prochain.

À l’ère de Trump, l’Arabie saoudite et le Canada s’inscrivent parmi ces puissances moyennes qui cherchent à tracer une nouvelle voie sur les plans économique et géopolitique.

Plusieurs secteurs pourraient transformer les relations saoudo-canadiennes : l’énergie sous toutes ses formes (renouvelable, nucléaire, véhicules électriques), la fabrication avancée, notamment dans les drones et les satellites, l’intelligence artificielle et l’analyse quantitative, l’exploitation minière et les minéraux critiques, ainsi que l’enseignement supérieur et les soins de santé. Les deux pays disposent d’importants capitaux à investir, mais aussi d’importants besoins de financement.

Le rapprochement s’est accéléré plus tôt ce mois-ci, lorsque le ministre saoudien de l’Investissement, Khalid Al-Falih, a passé une journée à Ottawa, avec M. Carney et plusieurs ministres de haut rang, suivie d’une journée à Bay Street. Moins remarquée mais tout aussi importante, la visite de la première ministre de l’Alberta a joué un rôle important. Danielle Smith s’est rendue dans la région, notamment en Arabie Saoudite, afin de promouvoir les technologies et les investissements dans le secteur de l’énergie.

Voici quelques éléments à surveiller au cours des prochains mois :

  • L’appel de M. Carney à mobiliser plus de 1 000 milliards de dollars de nouveaux investissements, majoritairement privés, nécessitera la participation de fonds d’investissement et d’entreprises saoudiennes.

  • À la lumière de ses ambitions en matière de diversification énergétique, notamment l’hydrogène vert et bleu, l’ammoniac vert et les véhicules électriques, cités par M. Al-Falih, l’Arabie saoudite pourrait recourir davantage aux technologies, aux talents et aux investissements canadiens. Les représentants saoudiens en visite ont rencontré des fabricants ontariens de pièces automobiles, dans l’espoir qu’ils s’intéressent à leur objectif de produire 600 000 VE par an.

  • Les fabricants et producteurs canadiens, en particulier dans le domaine de l’agroalimentaire, peuvent jouer un rôle de premier plan dans le projet de l’Arabie saoudite de devenir une plaque tournante de l’alimentation pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

  • Ottawa espère relancer les pourparlers commerciaux avec l’Inde dans le cadre d’un « nouveau processus », a déclaré le ministre canadien du Commerce, Maninder Sidhu. Lors d’une visite de trois jours en Inde, le ministre a discuté des minéraux critiques, de l’énergie propre, de l’agriculture et de l’intelligence artificielle.

  • Pour tenter d’alléger les coûts à l’épicerie, le président américain Donald Trump cherche à abaisser les droits de douane sur des produits tels que le café et les bananes dans le cadre d’accords conclus avec quelques pays d’Amérique latine. 

  • En revanche, le prix des pâtes italiennes pourrait grimper en flèche dès janvier pour les Américains, en raison de droits de douane proposés de 107 % sur les produits de 13 sociétés italiennes.

  • L’industrie forestière canadienne prévoit de rediriger vers le Royaume-Uni et l’Europe environ 10 % du bois normalement exporté aux États-Unis, soit l’équivalent de matériaux suffisants pour construire 75 000 maisons.

  • Amazon et Microsoft ont exprimé leur soutien au Gain AI Act, une loi qui obligerait les fabricants de puces à répondre d’abord à la demande américaine avant d’exporter vers d’autres pays, y compris la Chine. Nvidia, soucieuse de préserver sa présence sur la deuxième économie mondiale, considère cette initiative comme une mesure interventionniste inutile.

Par Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique

La Coalition for North American Trade (CNAT), coprésidée par l’ancien président du U.S. House Ways and Means Committee, Kevin Brady, l’ex-négociateur en chef de l’ALENA au Canada, Steve Verheul et le mexicain Ken Ramos, a récemment remis au représentant américain du commerce, Jamieson Greer, un document qui présente la CNAT comme l’un des outils les plus puissants du continent pour rétablir la sécurité des minerais critiques.

Principaux éléments du dossier :

  • Les États-Unis dépendent encore entièrement des importations pour 16 minéraux critiques (dont le graphite) et à plus de 50 % pour 29 autres, notamment les terres rares, le zinc, le cobalt et le nickel.

  • Le Canada est la principale source d’approvisionnement des États-Unis pour l’indium, le nickel, la potasse, le tellure, l’uranium, le vanadium et le zinc, et leur deuxième source pour le cuivre, le graphite, le niobium et le tungstène.

Selon le dossier soumis par la CNAT, la structure sans droits de douane et le modèle de coproduction de la CNAT en font la plateforme idéale pour accélérer la relocalisation ou la quasi-relocalisation des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, de l’exploration aux processus d’autorisation jusqu’au traitement, au raffinage et aux matériaux de qualité pour batteries. L’intégration des ressources canadiennes à la force du secteur manufacturier américain et aux capacités de traitement du Mexique permet de combler une lacune dans la collaboration actuelle en matière de minéraux critiques, qui repose surtout sur les alliés du G7+.

Pour le Canada, l’ouverture stratégique passe par l’approfondissement de l’intégration trilatérale : tirer parti de la CNAT pour attirer des investissements, accroître le traitement à valeur ajoutée et mieux arrimer les ressources en amont au système de production nord-américain élargi, afin de créer une plateforme entièrement régionale pour les minéraux critiques.

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Par Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique

L’accélération de la diversification commerciale par Ottawa, présentée en partie dans le budget fédéral cette semaine, pourrait redéfinir la carte énergétique de l’Amérique du Nord et mettre à l’épreuve sa plus importante relation économique.

Pourquoi c’est important

  • Le budget fédéral de 2025 prévoit un objectif explicite : doubler les exportations de biens du Canada hors États-Unis à environ 600 milliards de dollars d’ici 2035.

  • La visite de Mark Carney la semaine dernière au sommet de l’ANASE a renforcé cette ambition, car il y a courtisé des partenaires asiatiques et a positionné la croissance du Canada en plein cœur de l’Orient.

  • Ensemble, ces initiatives transforment les exportations de pétrole et de GNL en croissance en instruments de diversification économique et renforcent le multilatéralisme au sein du commerce international.

  • La suppression du plafonnement des émissions de pétrole et de gaz ouvre la porte à l’augmentation des exportations de pétrole vers l’Asie.

En chiffres

  • Environ 75 % des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis.

  • En 2024, les exportations canadiennes d’énergie ont totalisé 197 milliards de dollars, le pétrole brut représentant à lui seul 147 milliards de dollars.

  • Environ 91 % des exportations de pétrole brut par le Canada sont restés à destination des États-Unis au cours des sept premiers mois de 2025. Le reste des exportations de pétrole brut du Canada, soit environ 490 000 barils par jour ou 1 % de la demande asiatique, est destiné à l’Asie.

  • La demande d’importation de pétrole de l’Asie, c’est-à-dire de l’Inde, de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud, a augmenté de plus de 25 % depuis 2015, à environ 22 millions de barils par jour, surtout en raison de la croissance rapide du secteur industriel de la Chine et de l’Inde.

Plus globalement

  • La capacité énergétique persistante du brut lourd : L’électrification remplace largement l’essence – un baril de brut léger –, mais pas le diesel, le carburéacteur ou les matières premières pétrochimiques. Cette longévité octroie aux barils de lourd une valeur stratégique.

  • La plaque tournante du pétrole lourd en Asie : La Chine se tourne vers les produits pétrochimiques, et vise à gagner des parts de marché du Japon et de la Corée. On s’attend aussi à ce que les importations de pétrole augmentent de 1,5 million de barils par jour d’ici 2025 en Inde, alors que les deux pays tenteront de se constituer des stocks stables de brut lourd et sulfureux. Aujourd’hui, cet approvisionnement provient du Moyen-Orient, de la Russie et du Vénézuéla, ce qui crée une ouverture pour un acteur occidental stable.

  • Enjeux d’investissement et de soutirage : L’expansion du secteur pétrolier canadien proviendra de la croissance des sables bitumineux. Des engagements à long terme (investissements et soutirage) seront essentiels pour implanter toute capacité future sur la côte ouest. CNOOC, Sinopec et Petro China étant déjà présentes au Canada, sans compter de meilleures relations possibles avec l’Inde, comment le renouvellement du capital asiatique sera-t-il accueilli à Ottawa… et à Washington ?

  • Contraintes d’émissions de carbone et d’expédition : La tarification du carbone industriel, les attentes de progression du projet de capture et de stockage du carbone de Nouvelles voies, une interdiction fédérale des pétroliers et le resserrement des règles d’expédition par l’Organisation maritime internationale (OMI) sont tous dans la balance, en attente de réponse.

Conclusion

L’ambition du Canada d’accroître ses exportations par l’intermédiaire d’un régime commercial multilatéral pourrait difficilement cadrer avec la propension plus bilatérale de Washington. Pendant des décennies, la politique américaine a traité l’énergie canadienne comme le prolongement sûr de sa propre chaîne logistique. Alors qu’Ottawa établit des liens avec l’Est et cherche à occuper une place plus importante sur les marchés mondiaux du pétrole, elle ne se contente pas de mettre à l’épreuve la souplesse du partenariat nord-américain – elle souhaite aussi savoir si les États-Unis permettront à cette indépendance de prendre forme.

  • Le budget fédéral du gouvernement libéral prévoit des milliards de dollars en réponse aux droits de douane imposés par l’administration Trump.

    • Dans le cadre du passage de la « dépendance à la résilience », le budget prévoit 5 milliards de dollars sur sept ans pour créer le Fonds pour la diversification des corridors commerciaux.

    • Un milliard de plus pour le Fonds d’infrastructure pour l’Arctique dans le but, en partie, de relier le Nord canadien aux marchés mondiaux.

    • Un fonds souverain de minéraux critiques de 2 milliards de dollars, qui effectuerait des placements en actions, octroierait des garanties sur prêts et conclurait des conventions de vente et d’achat avec les minières sera créé.

  • La Cour suprême a commencé son examen du recours par le président Trump à l’International Emergency Economic Powers Act pour imposer des droits de douane, dont ceux imposés au Canada sur le fentanyl. Même les juges appartenant à la majorité conservatrice ont exprimé des doutes quant au pouvoir du président américain d’imposer unilatéralement des droits de douane sur les importations. Il leur faudra probablement quelques mois avant de statuer.

  • En approuvant les mesures visant à protéger les agriculteurs, l’Union européenne s’est rapprochée d’un accord commercial avec le Mercosur, une entente d’envergure avec des pays sud-américains qui se trouve sur la table de négociation depuis un quart de siècle.

  • Malgré les pressions exercées par les droits de douane américains, l’Ontario prévoit un déficit moins élevé que prévu dans sa mise à jour budgétaire.L’Énoncé économique promet également un équilibre comptable en 2027-2028.

  • Le Department of the Interior des États-Unis a ajouté l’argent et le cuivre à sa liste de minéraux critiques, pavant ainsi la voie à leur inclusion dans les politiques de droits de douane futures.

« Le poids des États-Unis sera moins important dans le commerce international. Le monde doit s’adapter à cette situation. L’adaptation sera plus importante pour nous. »

Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada, qui s’est exprimé cette semaine lors du sommet de The Logic.

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➔ La stratégie de compétitivité climatique de Mark Carney met l’accent sur les minerais critiques et les crédits d’impôt

➔ À quoi s’attendre à la COP30

➔  Bill Gates revisite sa vision du climat

Further reading: Unearthing Value: How nature can play a critical role in pro-growth agendas – RBC

La lutte pour les minerais critiques ne fait que s’intensifier. Beijing et Washington sont peut-être en bons termes ces jours-ci (contrairement à Ottawa et Washington), mais la bataille pour la suprématie au chapitre des terres rares constituera le grand affrontement de cette décennie. Le Canada est entré dans la mêlée avec 26 nouveaux partenariats avec neuf pays alliés et a prévu des fonds dans le nouveau budget (voir ci-dessous). Vivan Sorab, premier directeur, Énergie propre, affirme que le Canada dispose des ressources, du capital et de la propriété intellectuelle pour commencer à établir une chaîne d’approvisionnement, mais qu’il doit agir rapidement. Il s’agira (a) d’accélérer le financement visant les terres rares, (b) de garantir la demande de ces minerais et (c) d’accroître la capacité de transformation nationale. Lisez la note d’information de M. Sorab ici.

De l’autre côté de l’Atlantique, plusieurs États membres de l’UE ont refusé de s’accorder sur des objectifs contraignants pour 2040. Les États membres ont convenu de réduire leurs émissions de 66,3 % à 72,5 % d’ici 2035 dans le cadre d’une soumission à l’ONU avant le Sommet COP30 au Brésil. Cependant, plusieurs États membres ont refusé d’accepter l’objectif contraignant pour 2040 à moins que des concessions importantes ne soient faites permettant aux pays de comptabiliser 5 % de leurs réductions d’émissions en vendant des crédits carbone internationaux. L’UE a également accepté d’assouplir d’autres politiques climatiques politiquement sensibles, y compris de reporter d’un an, à 2028, le lancement du marché carbone européen prévu.

Le budget fédéral promettait de démontrer comment le gouvernement Mark Carney lie la politique climatiqueclimatique à son programme de croissance. Il est encore tôt, mais à mesure que la politique climatique fédérale prend forme, elle présente un échange fascinant : un renforcement de la tarification du carbone industrielle et des réglementations sur l’électricité propre en contrepartie d’une probable fin du plafond des émissions et d’une extension des incitations fiscales pour la capture du carbone. Voyons ce qu’Alberta et Saskatchewan ont à en dire (lisez ici l’opinion de John Stackhouse sur le budget fédéral.)

Voici ce qui a retenu notre attention :

Tarification du carbone industriel : le Canada a besoin de marchés du carbone solides pour soutenir les investissements dans la croissance verte. Le gouvernement prévoit collaborer avec les provinces afin de définir une trajectoire de prix du carbone industriel sur plusieurs décennies, visant la carboneutralité d’ici 2050. Cela donnera confiance aux entreprises. Le plan consiste à établir un repère et à harmoniser la tarification à l’échelle du pays afin de fournir un signal de prix commun et fort. L’an dernier, nous avons écrit sur l’importance d’harmoniser la tarification du carbone industriel. On s’attend à ce que le Fonds de croissance du Canada continue d’émettre des contrats de différence carbone (CCfD) pour les projets.

Méthane : Le gouvernement vise à finaliser des règlements renforcés sur le méthane pour le secteur pétrolier et gazier ainsi que pour les sites d’enfouissement, et à collaborer avec les provinces pour négocier des accords d’équivalence.

Plafond d’émissions pour le secteur pétrolier et gazier : Le gouvernement prévoit tirer parti de technologies comme la capture et le stockage du carbone pour réduire les émissions du secteur pétrolier et gazier, ce qui signifie que le plafond d’émissions pour le secteur pétrolier et gazier « ne sera plus nécessaire ».

Carburants propres : Le gouvernement prévoit maintenir les règlements sur les carburants propres visant à aider le Canada à passer à de l’essence et du diesel moins émetteurs de carbone, une mesure que les conservateurs ont critiquée.

Crédits d’impôt : Le gouvernement a élargi les crédits d’impôt pour les investissements préalables dans la fabrication verte, ainsi que pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Dans le cadre du budget, le crédit d’impôt pour le CUSC, qui couvre jusqu’à 60 % des investissements admissibles, prolongerait le taux actuel jusqu’en 2035.Minerais critiques : Un Fonds souverain de 2 milliards de dollars pour les minerais critiques comprendra des investissements en actions, des garanties de prêt et des accords d’achat. Le Fonds du premier et du dernier kilomètre, de 371,8 millions de dollars, vise à amener les projets en phase avancée jusqu’à la phase de production. D’autres minerais critiques, comme l’antimoine, l’indium et le gallium, sont désormais admissibles dans le cadre du Crédit d’impôt à l’investissement pour la fabrication de technologies propres.

Ils pourraient être plus discrets que les années précédentes, mais les événements COP servent toujours à prendre le pouls de l’action — ou de l’inaction — climatique mondiale.

Voici à quoi s’attendre :

Belém, l’hôte qui a le plus à perdre : La ville du nord du Brésil est la porte d’entrée de la région amazonienne — surnommée les « poumons de la planète » — puisqu’elle produit 20 % de l’oxygène mondial. Mais la région est confrontée à des perturbations dues à l’utilisation des terres, aux incendies de forêt et aux phénomènes météorologiques extrêmes accentués par le changement climatique, ainsi qu’à l’expansion industrielle et commerciale incessante. Belém apparaît donc comme un lieu approprié, bien que lointain, pour illustrer les réalités concrètes du changement climatique, contrairement aux centres financiers plus en vue de New York et Dubaï.

Une décennie après Paris. Le monde a changé depuis 2015 — lorsque pratiquement tous les pays étaient unis dans leur engagement à réduire les émissions. Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment le cas. L’ambiance actuelle : sans compromis. Les pays exportateurs de matières premières se sentent encouragés, tandis que les litiges liés au climat atteignent un niveau record.

Un défi logistique pour une région n’offrant que 18 000 chambres d’hôtel. Le pays hôte, le Brésil, prévoit la participation de 50 000 responsables politiques aux négociations et a même suggéré que certains délégués partagent des chambres. Les organisateurs prévoient également mettre à contribution des bateaux de croisière, des propriétés privées et des écoles pour accueillir les visiteurs. Le mois dernier, 81 pays étaient en négociation avec les organisateurs concernant des chambres d’hôtel, tandis que 87 pays avaient déjà réservé un hébergement, selon la présidence brésilienne de la COP30.

Il pourrait y avoir un vide de la taille des États-Unis à la COP. Les États-Unis, qui sont en train de se retirer de l’Accord de Paris, ne prévoient pas envoyer de représentants « de haut niveau » à Belém. L’influence de Washington devrait néanmoins rester très présente lors des négociations.

Il pourrait y avoir un vide de la taille des États-Unis à la COP. Les États-Unis, qui sont en train de se retirer de l’Accord de Paris, ne prévoient pas envoyer de représentants « de haut niveau » à Belém. L’influence de Washington devrait néanmoins rester très présente lors des négociations.Les organisateurs nourrissent de grands espoirs. Les délégués à la COP30 font avancer cinq points clés à l’ordre du jour : (1) des plans climatiques nationaux renforcés avec des voies d’investissement plus claires, (2) la mobilisation de 1,3 billion de dollars US pour l’action climatique, dont 300 milliards de dollars US pour les pays en développement, (3) l’incitation à des investissements durables et alignés sur le climat, (4) la finalisation des règles d’un marché mondial du carbone soutenu par l’ONU, et (5) une « transition juste et inclusive » loin des combustibles fossiles, garantissant un soutien aux travailleurs et aux collectivités vulnérables affectés par le changement climatique. Que les négociations commencent.

Bill Gates, le cofondateur de Microsoft qui mène une seconde carrière en tant que financier dans la technologie climatique, a récemment exprimé « quelques dures vérités » sur le climat. Sa dernière note a contrarié certains, mais a été accueillie favorablement par d’autres, y compris le président des États-Unis.

Au-delà des gros titres, ses propos pourraient être plus nuancés.

Recadrer le risque : M. Gates soutient que, bien que le changement climatique transforme profondément les systèmes mondiaux, il est peu probable qu’il rende la planète inhabitable. Il met l’accent sur la proportionnalité — en considérant le changement climatique comme un défi chronique et croissant plutôt qu’un scénario existentiel ultime. Un nouveau rapport de l’ONU sur l’action climatique prévoit désormais une hausse des températures de 2,3 à 2,5 °C, contre 2,6 à 2,8 °C dans le rapport de l’an dernier, ce qui laisse le « monde en voie de subir une escalade sérieuse des risques et des dommages liés au climat ».

De la température au bien-être : M. Gates a souligné que l’action climatique ne devrait pas être évaluée uniquement en fonction des émissions évitées ou des degrés de réchauffement évités, mais aussi selon son efficacité à améliorer le bien-être humain, en particulier dans les régions vulnérables. Cela s’aligne sur un appel croissant dans les milieux du développement à intégrer l’adaptation et la réduction de la pauvreté dans l’ordre du jour climatique.

Innover, innover, innover : M. Gates continue de présenter l’innovation technologique — dans les énergies propres, les procédés industriels et l’agriculture — comme l’outil décisif pour la décarbonation, suggérant que cela permettra de réaliser des réductions durables des émissions.Éviter les récits apocalyptiques : M. Gates souligne que l’alarmisme peut éroder la confiance du public et mal orienter les ressources. Certains pourraient toutefois soutenir que l’attention continue portée aux enjeux climatiques a stimulé l’action et orienté des billions de dollars vers la transition énergétique.

➔ John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, s’est adressé à une délégation du G7 et à des conseillers avant la réunion des ministres de l’Énergie et de l’Environnement du G7 à Toronto la semaine dernière, présentant la vision de RBC de l’évolution du monde. Lire son discours ici.

➔ Lors du Forum économique international de Toronto, le 17 octobre, M. Stackhouse a s’est entretenu avec Heather Chalmers, présidente et cheffe de la direction de GE Vernova Canada, et a participé à une séance de travail sur les enjeux liés aux compétences et aux chaînes d’approvisionnement avec Stephen Lecce, ministre de l’Énergie de l’Ontario.

➔ Lors du Sommet GLOBE sur le leadership alimentaire à Calgary, l’Alliance canadienne pour l’agroalimentaire carboneutre (CANZA) a lancé le Défi du million d’acres, une initiative visant à étendre les pratiques agricoles climatiquement intelligentes à l’échelle du Canada.

➔ Lors du Sommet alimentaire Arrell, le 21 octobre, Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, Leadership avisé RBC, s’est entretenue avec Rene Van Acker, président et vice-chancelier de l’Université de Guelph pour discuter de la croissance durable de l’agriculture canadienne tout en abordant l’un de ses défis les plus pressants : le creusement des écarts d’innovation dans le secteur agroalimentaire.

➔ Mme Ashton a également participé à une table ronde sur les systèmes alimentaires et l’agriculture climatiquement intelligente à l’Université Simon Fraser, à Vancouver

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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  • L’agriculture canadienne recèle un potentiel immense, mais elle est freinée par un manque d’innovation. Le Canada abrite certains des sols les plus productifs et des agriculteurs les plus innovants au monde. Néanmoins, la croissance annuelle de la productivité du secteur a diminué pour atteindre environ 1 % au cours de la dernière décennie (contre 2 % durant la décennie précédente), ce qui laisse croire que peu d’innovations révolutionnaires parviennent jusqu’aux exploitations agricoles.

  • Le secteur n’attire pas suffisamment de talents. Le taux de postes vacants y est supérieur de 1,5 % à la moyenne nationale. Moins de 1 % des diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) ou en commerce, qui jouent un rôle de plus en plus important dans les exploitations agricoles modernes, choisissent une carrière en agriculture.

  • L’écosystème de recherche et développement est de moins en moins diversifié. Les investissements publics dans la production de connaissances agricoles, qui comprennent la recherche et le développement, ont reculé de 15 % depuis 2010. Le volume d’activités de recherche et développement confié aux universités par le secteur privé a chuté de 77 % dans les cinq dernières années. En outre, au cours de la dernière décennie, le nombre d’entreprises qui mettent en œuvre un programme de recherche et développement a baissé de 29 %.

  • D’autres pays nous devancent. Le Canada se trouve maintenant derrière l’Australie, les États-Unis, le Japon et le Brésil en ce qui concerne les investissements publics en matière de production de connaissances agricoles. La commercialisation des produits agricoles locaux est en déclin, tandis que la balance commerciale du pays s’améliore dans des domaines d’innovation comme ceux des produits chimiques, des engrais et des services agricoles..

  • La commercialisation des solutions agricoles prend de l’ampleur chez nos voisins du sud. Au cours des cinq dernières années, les investissements dans les entreprises de technologies agroalimentaires en démarrage ont été 22 fois supérieurs aux États-Unis par rapport au Canada. Cet énorme écart attire les entreprises canadiennes à la recherche de capitaux, de mentorat et d’applications commerciales au sud de la frontière.

CLe secteur agricole canadien a tout ce qu’il faut pour être le meilleur au monde : des sols productifs, un climat tempéré, une mécanisation avancée des activités et une industrie agroalimentaire en pleine croissance. L’ampleur des possibilités qui s’offrent au Canada apparaît clairement lorsque l’on considère l’importance de sa production agricole – qui fait de lui le grenier du monde –, le développement rapide des outils numériques – qui transforment tous les aspects de l’agriculture –, et l’accès croissant à des marchés d’exportation à fort potentiel, notamment en Europe, au Moyen-Orient et en Asie.

Il ne sera toutefois pas facile de tirer parti de cette situation. En effet, la productivité n’a cessé de diminuer ces dernières années1 Le secteur peine à attirer la bonne combinaison de talents et à maintenir le niveau d’investissement en recherche et développement requis pour rester un chef de file mondial. Relever ces défis alors que le secteur connaît un changement générationnel est essentiel non seulement pour renforcer la résilience et la compétitivité de l’agriculture canadienne, mais aussi pour faire progresser les ambitions plus larges du pays en matière de croissance. Cela permettra d’ouvrir de nouvelles perspectives économiques, de maintenir l’innovation à l’intérieur des frontières canadiennes et de positionner le pays comme un chef de file mondial en production agroalimentaire durable et de haute qualité. Toutefois, le Canada a besoin d’un plan d’action. Et ce plan doit reposer sur une stratégie visant à préparer la prochaine génération de leaders agricoles à la réussite.

Le secteur agricole canadien a besoin de talents plus diversifiés et hautement qualifiés pour innover. Au cours des dix dernières années, le taux de postes vacants dans ce secteur a été en moyenne supérieur de 1,5 % au taux national2. Et la situation ne fait qu’empirer. Le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture estime que la pénurie de main-d’œuvre dans ce secteur à l’échelle nationale pourrait atteindre plus de 100 000 emplois d’ici 20303. Et ce chiffre ne tient pas compte du fait que 40 % des agriculteurs canadiens atteindront l’âge de la retraite d’ici 20334. Bien sûr, ils ne prendront pas tous leur retraite, mais il ne fait aucun doute que le secteur est à l’aube d’un changement radical. 

D’un point de vue technologique, ce changement est déjà en train de se produire. Les technologies de pointe – pilotage automatisé des tracteurs, alimentation automatisée des animaux, trayeuses robotisées et système d’information géographique pour la cartographie des sols – sont monnaie courante dans les exploitations agricoles canadiennes d’aujourd’hui. Et elles génèrent des revenus considérables. Le nombre d’agriculteurs déclarant des revenus annuels supérieurs à 1 million de dollars a augmenté d’une année sur l’autre depuis 2015, avec une hausse de 67 % en 20235.

L’automatisation exige des aptitudes diversifiées : les agriculteurs demeurent la pierre angulaire du secteur, mais l’industrie a besoin de nouvelles aptitudes pour s’adapter à la révolution technologique en cours. Toutes sortes de professions, des ingénieurs aux experts en science de données, en passant par les responsables-marketing et les administrateurs d’entreprise, jouent un rôle crucial. Le Conference Board du Canada a révélé qu’un emploi sur trois en agriculture pourrait être automatisé au cours de la prochaine décennie6. Cette situation laisse entrevoir une possibilité d’atténuer la croissance exponentielle prévue des pénuries de main-d’œuvre agricole ; toutefois, davantage de talents formés en STIM doivent mettre leur expertise au service de l’agriculture.

Néamoins, attirer des talents diversifiés et hautement qualifiés s’est avéré un défi.

Le bassin de talents diminue : en 1931, un Canadien sur trois faisait partie de la population agricole ; en 2021, ce chiffre était passé à un sur 61, soit 1,6 % de la population du pays7. Bien que cette baisse témoigne des progrès des systèmes de production et de la technologie, il s’agit également d’un obstacle à l’attraction de talents. Si les jeunes générations issues du milieu agricole sont davantage attirées par les carrières dans ce secteur, il est nécessaire d’attirer de nouveaux talents. Or, de nombreux Canadiens titulaires d’un diplôme en ingénierie, en commerce ou en informatique ignorent que le secteur a besoin de leurs aptitudes. Si les Canadiens ne sont pas sensibilisés aux applications de l’ingénierie, du commerce et de l’informatique en agriculture – p. ex. robotique, exploitation d’entreprises agricoles de plusieurs millions de dollars, création de logiciels de surveillance de la santé des sols –, il est peu probable que ceux qui possèdent ces aptitudes envisagent de faire carrière dans ce secteur.

Il suffit de regarder les inscriptions aux études postsecondaires pour le constater. L’agriculture et les ressources naturelles constituent le deuxième domaine d’études le moins populaire au Canada, devant seulement le perfectionnement et l’initiation aux loisirs8. Les diplômés et titulaires de diplômes en agriculture occupent principalement des postes dans les domaines suivants : agriculture générale et production (32 %), horticulture et services (19 %), technique, administration et médecine vétérinaires (18 %) et sciences alimentaires, végétales et animales (18 %)9

Les diplômés en agriculture ne trouvent pas d’emploi dans des professions de plus en plus influentes comme la politique, les données, le commerce et les finances. Ces domaines professionnels jouent un rôle important dans la gestion des risques en agriculture, mais moins de 1,5 % des personnes travaillant dans ces domaines ont suivi une formation postsecondaire axée sur l’agriculture10. Il s’agit là d’une occasion manquée pour l’entrepreneuriat, qui pourrait mettre à profit les aptitudes des informaticiens, des experts en science des données et des techniciens en finance et en commerce afin de trouver de nouvelles façons d’aborder la gestion agricole, l’automatisation et le capital financier en agriculture.

Créer davantage d’occasions d’apprentissage par l’expérience et en milieu de travail pour les étudiants est un moyen de favoriser le décloisonnement des domaines d’études, d’attirer des personnes issues de disciplines autres que l’agriculture et de constituer un bassin de talents dans le secteur agricole canadien. 

La collaboration entre les facultés des collèges et des universités pourrait constituer un bon point de départ pour offrir aux étudiants des cours et des expériences plus diversifiés qui ne sont pas conventionnellement proposés par les départements d’agriculture. Par exemple, le Olds College, un établissement unique en Alberta axé sur l’agriculture, propose des programmes en agriculture numérique qui comprennent un large éventail de cours, notamment en sciences végétales, en gestion des données et en analyse de données. La création de centres multidisciplinaires offre également un lieu centralisé où les étudiants peuvent découvrir de nouvelles aptitudes et de nouveaux outils. Citons par exemple l’AI for Food de l’Université de Guelph, un centre dédié à l’intelligence artificielle (IA) et aux données en agroalimentaire.

Toutefois, pour véritablement élargir les horizons des étudiants, les établissements non spécialisés en agriculture devraient envisager de faire davantage pour présenter les possibilités de carrière en agriculture aux étudiants. Pour ce faire, il faut favoriser les relations entre les universitaires et l’industrie, notamment en faisant participer des chercheurs non spécialisés en agriculture à des conférences agricoles existantes qui n’attirent généralement que des délégués issus du secteur, afin de les informer des occasions qui s’offrent à leurs étudiants.

L’organisation de stages en milieu agricole permettrait aux étudiants qui ne suivent pas de cursus agricole de découvrir par eux-mêmes les possibilités de carrière offertes dans ce secteur. Pour multiplier les possibilités de placements, il faut un engagement accru de la part du secteur, ce qui est particulièrement important à une époque où les technologies perturbatrices telles que l’IA réduisent le nombre d’emplois de premier échelon. Un tel engagement pourrait s’appuyer sur des programmes efficaces comme le Programme d’emploi et d’acquisition de compétences des jeunes. Les programmes de formation et d’expérience pour les jeunes, comme le Programme d’emploi et d’acquisition de compétences des jeunes, pourraient également envisager de mettre en place des volets de recrutement dans les domaines des STIM, du commerce ou du développement durable pour les jeunes qui possèdent les aptitudes recherchées par le secteur.  

ÉTUDE DE CAS :

L’approche de Sustainable Food Systems for Canada (SF4C) consiste à tirer parti d’un réseau d’établissements d’enseignement pour offrir un apprentissage par l’expérience à la prochaine génération.

Lancée grâce à une subvention à la recherche accordée par le gouvernement fédéral, SF4C est une plateforme de formation et d’innovation agroalimentaire conçue pour familiariser les apprenants, qu’ils soient issus ou non du domaine agricole, avec les aptitudes en innovation agricole dont le secteur a besoin pour croître. Fondé en 2025, le réseau pancanadien comprend 13 universités et collèges, des organisations autochtones, des incubateurs d’entreprise et des groupes d’innovation sectorielle et offre ce qui suit :

  • Aptitudes : permet de former des milliers de professionnels hautement qualifiés et prêts à travailler grâce à des plateformes de rehaussement des aptitudes comme les microcertifications.

  • Collaboration : favorise les partenariats intersectoriels en créant un guichet unique où les participants peuvent utiliser les espaces d’apprentissage par l’expérience et de collaboration qui attirent les parties prenantes pour les marathons de programmation, les concours d’argumentaires et les séances de conception.

  • Mentorat : réduit l’ampleur du déficit d’innovation en agroalimentaire en préparant les entreprises en démarrage aux programmes d’incubateur et d’accélérateur existants. SF4C offre du mentorat, des contacts pour l’obtention de financement et du soutien à la commercialisation aux futurs entrepreneurs qui se préparent à amasser des fonds et à présenter leur projet à des incubateurs et à des accélérateurs.

L’approche du réseau consiste à mettre en commun les ressources afin de réduire les chevauchements dans la formation agroalimentaire au Canada et vise à offrir aux Canadiens des expériences concrètes en agriculture.

La recherche et le développement dans le secteur agroalimentaire canadien ont donné lieu à des innovations qui ont rapporté des milliards : la pomme Spartan, le canola et les pommes de terre Yukon Gold, pour n’en citer que quelques-unes. Ils ont également fait du pays un chef de file mondial dans le domaine du développement transformateur, notamment dans la production de tomates de serre, la génétique animale et le bien-être animal, ainsi que la production céréalière à grande échelle. Cependant, la baisse des investissements en recherche et développement et les obstacles dans le pipeline d’innovation ont diminué l’avantage concurrentiel du secteur. Par conséquent, les entreprises en démarrage quittent le Canada, souvent vers les États-Unis, pour obtenir du financement et tester leurs innovations. Quant aux agroentreprises multinationales, elles transfèrent leurs investissements en recherche et développement à l’étranger.

Les connaissances agricoles sont en chute libre : il est essentiel d’investir dans la recherche et le développement pour stimuler l’innovation et attirer les talents. Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada ont augmenté de 500 millions de dollars leur investissement dans le cadre stratégique pour l’agriculture actuel, le Partenariat canadien pour une agriculture durable (PCA durable) (2023-2028), un programme de financement quinquennal de 3,5 milliards de dollars. Néanmoins, les investissements publics du Canada dans la recherche et le développement sont en baisse. Selon l’OCDE, la production de connaissances agricoles a reculé de 15 % en 10 ansa 11.Parallèlement, l’Australie, le Brésil et les États-Unis ont enregistré une augmentation des dépenses publiques. On prévoit que les investissements fédéraux du Canada dans les sciences et l’innovation agricoles diminueront encore davantage, soit de 12 % d’ici 202712. Ces compressions compromettent la capacité du gouvernement à participer à des réseaux d’instituts de recherche et développement et à établir des partenariats public-privé efficaces.

Le soutien gouvernemental à la commercialisation de la recherche et du développement en agriculture diminue dans le cadre de son portefeuille de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique. Agri-innover, le programme fédéral visant à favoriser la commercialisation dans le secteur agricole, a vu son budget diminuer de 42 %, passant de 165 millions de dollars (2013-2018) à 95 millions de dollars (2023-2028)13.

Le financement privé évolue : on observe également un fossé grandissant entre l’industrie et le monde universitaire, les entreprises ayant réduit leurs financements externes destinés à la recherche et au développement dans les universités. Les investissements privés dans la recherche interne évoluent également. Alors que les entreprises agricoles canadiennes continuent d’augmenter leurs investissements dans la recherche et le développement internes – passant de 101 millions de dollars en 2018 à 120 millions de dollars en 2023 –, les investissements des entreprises internationales dans la recherche et le développement agricoles internes au Canada ont chuté de 60 millions de dollars en 2018 à 40 millions de dollars en 202314.

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Le volume d'activités de recherche et développement confiées aux universités par le secteur privé a baissé de 77 %.

Les centres d’innovation performants reposent souvent sur des regroupements d’universités, de collèges, d’entreprises et de gouvernements qui collaborent tout au long du cycle d’innovation, de la recherche d’idées à la croissance15. Au Canada, les perspectives de création de tels centres pour l’agriculture se détériorent, le nombre d’entreprises menant des activités de recherche et développement axées sur l’agriculture ayant diminué de 29 % au cours des dix dernières années16.

Le Canada n’est pas le premier pays où les innovateurs testent leurs solutions : au cours de la dernière décennie, il est passé de la troisième à la dixième place parmi tous les pays en termes de valeur des investissements dans les technologies agroalimentaires17 18. Le Canada dispose des outils nécessaires pour accélérer la commercialisation de la recherche et du développement, mais ceux-ci sont sous-utilisés. Il s’agit notamment de mécanismes comme le Programme d’examen accéléré pour les technologies vertes de l’Office de la propriété intellectuelle du Canada (OPIC), qui peuvent être utilisés pour positionner le Canada comme un concurrent de taille dans le domaine des technologies agricoles. Bien que l’utilisation de ce programme reste faible, son taux d’octroi de brevets est plus élevé, soit 95 % contre 69 % pour les demandes de brevet standard19. Cela représente un avantage concurrentiel potentiel pour le Canada dans le domaine des technologies agricoles susceptibles d’avoir des résultats environnementaux positifs, alors que le United States Patent and Trademark Office met fin à son programme pilote d’atténuation des changements climatiques. Cependant, le Canada a encore beaucoup de chemin à parcourir, car il ne figure pas parmi les cinq premiers pays en matière de dépôt de demande de brevet dans les principaux sous-domaines des technologies agricoles : lutte contre les parasites et les maladies, adaptation et génétique des cultures, agriculture intelligente (p. ex. capteurs), gestion du bétail, cartographie et imagerie20. Il faudrait s’attaquer au délai de mise en œuvre des innovations agricoles au Canada afin d’attirer davantage d’investissements et de recherche et développement au pays, car le déficit commercial du Canada dans le domaine des pesticides et des produits chimiques agricoles a augmenté de 159 % au cours des dix dernières années21.

Les investissements dans les technologies agroalimentaires aux États-Unissont 22 fois plus impotants qu'au Canada

Les incitations à la recherche et au développement ne sont pas aussi lucratives que dans d’autres pays de l’OCDE : le Canada offre des incitations fiscales importantes pour les investissements dans la recherche et le développement en pourcentage du PIB, se classant au 9e rang de l’OCDE. Toutefois, si l’on considère l’ensemble des incitations à la recherche et au développement, il manque des plateformes de financement de contrepartie transformateur, et le pays se classe au 23e rang des pays de l’OCDE en termes de dépenses directes de recherche et développement en pourcentage du PIB22. Il existe des programmes qui offrent des possibilités de financement à coûts partagés pour la recherche et le développement ainsi que pour la commercialisation, notamment Agri-science et Agri-innover. Toutefois, les compressions budgétaires, les inefficacités dans la prestation des programmes et certains décalages entre les priorités de recherche et les besoins de l’industrie risquent généralement de nuire à l’innovation23.

Il faut favoriser une approche axée sur les résultats afin de stimuler la demande privée pour la recherche et le développement et la commercialisation en agriculture au Canada. Une option consiste à prioriser l’agriculture en tant que secteur pilote de la future Corporation d’innovation du Canada (CIC). Prioriser l’agriculture, qui souffre d’un problème évident en matière d’innovation caractérisé par un manque de dépenses en recherche et développement et en commercialisation, pourrait constituer un exemple pour le reste du Canada sur la manière de rationaliser et de réorienter l’approche d’un secteur en matière de recherche et développement afin de se concentrer sur l’obtention de résultats applicables pour l’industrie et l’économie en général. 

ÉTUDE DE CAS :

GrowAG, la plateforme numérique d’AgriFutures, est une plateforme centralisée qui permet de mettre en relation les acteurs et d’investir dans des projets d’innovation agricole en Australie.

AgriFutures Australia est un institut centralisé de recherche et développement dont la mission est de tirer parti des financements publics et privés, en combinant les fonds provenant des taxes de l’industrie, des contributions gouvernementales et des investissements privés. Il a pour mandat spécifique de répondre aux besoins en matière de recherche et développement tant des industries spécifiques soumises à taxation que des secteurs agricoles entièrement nouveaux. Cette position unique lui permet d’agir comme catalyseur de la croissance future de l’industrie, une fonction qui, dans d’autres pays, est souvent répartie entre plusieurs organisations.

La plateforme GrowAG d’AgriFutures contribue à remédier à la fragmentation de l’innovation agricole en créant un guichet unique regroupant des projets de recherche, des possibilités de financement, des entreprises en démarrage et de nouvelles occasions de collaboration, ce qui facilite l’accès aux occasions pour ceux qui cherchent à établir des partenariats dans les domaines de la recherche et du développement, de la commercialisation et de la croissance d’entreprise.

Il s’agit d’une « passerelle » d’innovation qui offre non seulement un centre d’échanges aux investisseurs, chercheurs et entreprises en démarrage du pays, mais qui fournit également aux utilisateurs internationaux un moyen clair de découvrir les occasions d’investissement dans l’innovation agricole australienne.

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Le Canada s’apprête à réaliser des investissements historiques en vue de donner une nouvelle orientation à son économie. L’ampleur et la finalité de ces investissements devraient servir de sonnette d’alarme pour les personnes travaillant dans le domaine de l’éducation postsecondaire au Canada et dans les ministères provinciaux concernés, car le programme met en évidence aussi bien des occasions que des besoins de changement.

Le prochain budget fédéral prévoit allouer des milliards de dollars à des projets d’intérêt national tels que la modernisation des infrastructures de la défense et de l’espace, l’accroissement de la capacité informatique et le développement des énergies renouvelables. Les bénéfices attendus sur le plan de la souveraineté, de la croissance et de la compétitivité sont énormes. Mais les risques le sont également, étant donné que cette politique revient à miser sur le talent et l’innovation.

Or, comme nous l’avons expliqué dans un précédent rapport, L’enseignement postsecondaire est en crise. À l’heure même où le Canada redémarre, ses collèges et ses universités sont forcés de suspendre des programmes, d’éliminer des services et de fermer des campus. Partout au pays, les établissements postsecondaires doivent se moderniser et recentrer leurs mandats sur la contribution à la croissance, comme nous l’avons mentionné dans le rapport Une voie plus intelligente. Néanmoins, ils n’ont pas la solidité financière, la souplesse et la connectivité dont ils ont besoin pour le faire. 

C’est dans ce contexte que l’équipe Leadership avisé RBC, accompagnée de nos partenaires, a proposé un sommet sur le talent, la technologie et le nouvel ordre économique à l’occasion de la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES). En septembre, une soixantaine de dirigeants du secteur et de l’enseignement postsecondaire se sont rassemblés au siège social de RBC dans un objectif commun : s’assurer que les investissements historiques du Canada aient des retombées historiques. Nous avons mis l’accent sur trois domaines de l’ambition nationale qui dépendent étroitement de l’enseignement postsecondaire en ce qui a trait au talent et à l’innovation :

  • Capacités de la défense et de l’espace

  • IA et technologie numérique

  • Grands projets énergétiques

Nous résumons ci-après les impératifs, les occasions et les idées audacieuses dont il a été question.

Les menaces qui planent aujourd’hui sur la souveraineté et la sécurité ne sont pas les mêmes que dans les films de guerre de Hollywood. Pour faire face à ces menaces de plus en plus complexes, nous avons besoin de forces économiques et numériques, et pas seulement sur terre. La sécurité et la prospérité de notre pays dépendent de plus en plus d’infrastructures spatiales telles que les satellites, que les Canadiens utilisent à des fins multiples comme la surveillance et le contrôle de l’environnement (certaines variables clés des changements climatiques ne peuvent être mesurées que depuis l’espace1), ainsi que la communication et la navigation au quotidien.

Toutefois, les capacités du Canada dans le domaine spatial, et plus généralement dans le secteur de la défense, sont à la traîne par rapport à ses concurrents mondiaux. Les passations de marchés publics – critiques pour l’innovation et pour l’entretien et le développement des capacités – prennent beaucoup plus de temps au Canada que dans d’autres territoires. Notre processus de mise sur le marché de produits et services spatiaux est plus lent que dans d’autres pays. En outre, plusieurs années de compression des dépenses ont mis à mal la défense du Canada, dont les forces armées souffrent de graves pénuries de personnel – en particulier dans les métiers spécialisés et les rôles de techniciens, d’ingénieurs, voire de spécialistes du combat naval et de l’aérospatiale.2

Les engagements de dépenses en faveur de la défense et de l’espace ouvrent des occasions historiques.

  • Au cours des années 2025 et 2026, le Canada envisage de consacrer 9 milliards de dollars à la défense, dont 2,6 milliards au recrutement et au maintien en poste, et le gouvernement s’est engagé à augmenter progressivement les dépenses de défense jusqu’à 5 % du PIB en 2035.

    • C’est l’occasion pour le Canada d’innover et de faire avancer l’adoption de nouvelles technologies à des fins de surveillance et de prévision, en plus de renforcer ses capacités de défense conventionnelles.

    • Nous pouvons aussi nous appuyer sur nos forces existantes. Par exemple, le Canada est déjà en avance dans la mise au point de systèmes de surveillance des feux de forêt (microsatellites), qui peuvent être utilisés pour surveiller les activités liées aux incendies et faire valoir les efforts de gestion au pays et à l’international3. Non seulement les feux de forêt mettent en péril des vies et des moyens de subsistance, mais ils ont aussi le potentiel de détruire des infrastructures essentielles comme les systèmes de communication et les réseaux électriques et peuvent même être source d’instabilité politique. Notre capacité à réagir rapidement est donc un élément clé de la stratégie de défense nationale. 

  • L’engagement du gouvernement fédéral à créer un Bureau de recherche, ingénierie et leadership avancés en matière d’innovation et de science (BOREALIS) est l’occasion d’encourager les entreprises et les partenaires de l’enseignement postsecondaire à accélérer le développement des technologies à double usage (pour des applications de défense et des applications civiles).

Trois idées tirées du sommet pour donner au Canada un avantage dans les domaines de la défense et de l’espace :

  • Positionner le Canada comme le chef de file de l’OTAN dans la protection contre les incendies

    • Utiliser une partie des nouveaux fonds alloués à la défense pour faire progresser les systèmes d’observation de la Terre, améliorer la réponse aux catastrophes à l’aide de l’IA, et perfectionner les technologies de drones utilisées pour gérer les feux de forêt.

  • Établir BOREALIS à l’image de modèles tels que DARPA et ARIA

    • L’Advance Research and Invention Agency (ARIA) au Royaume-Uni et la Defence Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis permettent de financer des projets à haut risque et à fort potentiel de rendement en évitant les contraintes politiques et les processus universitaires. 

  • Reclasser des travailleurs de l’automobile dans les secteurs de la construction navale et spatiale

    • Design new competency-based postsecondary programs that let experienced workers with relevant skills move through programs quickly–saving time and money–on their way to an industry-recognized credential.

Les entreprises et organisations du monde entier adoptent l’IA pour réaliser des gains de productivité et devenir plus efficientes. En comparaison, la progression est plus lente au Canada. Bien que le Canada soit le berceau d’une concentration de chercheurs de renommée mondiale et de modèles fondateurs dans le domaine de l’IA, pour ce qui est de la maturité, environ 70 % des sociétés canadiennes n’en sont qu’aux balbutiements ou aux premières phases de cette technologie, et très peu (7 %) l’exploitent pleinement – soit moins de la moitié de la proportion de sociétés qui exploitent l’IA dans le monde (17 %).4

Nos meilleurs talents ont tendance à migrer vers l’étranger, tout comme leurs idées (la plupart des brevets d’IA conçus au Canada sont détenus par des entités étrangères 5 ). Par ailleurs, les Canadiens sont moins enclins que leurs pairs internationaux à tirer parti des outils d’IA pour accroître la productivité au travail.6

Les engagements et les programmes gouvernementaux sont des occasions de faire avancer la technologie.

  • Les investissements dans la défense pourraient encourager une collaboration entre le secteur de l’enseignement postsecondaire et celui de la recherche et de l’innovation en IA (par exemple en vue de commercialiser de l’IA à double usage).

  • Dans les jours qui ont suivi le sommet, le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, a annoncé la création d’un nouveau Groupe de travail sur la stratégie en matière d’intelligence artificielle, qui rassemble des chercheurs, entrepreneurs et partenaires industriels canadiens chargés d’élaborer une stratégie fédérale en matière d’IA. La stratégie devra inclure des « idées et recommandations pratiques » en soutien au leadership dans des domaines comme l’éducation, les compétences et la commercialisation.7

Le moment est venu d’investir dans l’innovation nationale, d’accroître rapidement les compétences en IA et de maintenir les talents au pays afin de tirer parti de notre avantage. Trois idées tirées du sommet :

  • Acheter d’abord de la technologie canadienne

    • Les Canadiens (entreprises, établissements d’enseignement postsecondaire et gouvernements) devraient être les premiers clients de nos innovateurs nationaux au lieu d’attendre la validation du marché américain.

  • Affecter plus de ressources des entreprises à la formation du personnel

    • La formation financée par les employeurs canadiens est inférieure à celle qui est offerte dans les pays comparables8 – nos 100 plus grandes sociétés, classées en fonction de la capitalisation boursière, auraient intérêt à augmenter leurs budgets de formation et à former des partenariats avec des établissements d’enseignement postsecondaires pour perfectionner les compétences en IA et rehausser les capacités internes aux fins de productivité et de croissance.

  • Enseigner les compétences en IA dans toutes les disciplines postsecondaires

    • Les collèges et universités du Canada devraient s’assurer que les étudiants de tous les programmes acquièrent des compétences en IA qui pourraient leur servir après leurs études.

Le Canada doit faire face à une demande d’énergie sans précédent à l’heure de développer ses infrastructures informatiques et spatiales tout en poursuivant sa croissance industrielle. Les politiques de zéro émission nette en faveur de la transition vers les énergies propres exercent une pression supplémentaire sur l’électrification tout en alimentant la demande de minéraux critiques, lesquels sont essentiels à la fabrication de batteries, panneaux solaires, aimants et éoliennes. De plus, le pétrole et le gaz continueront de jouer un rôle important dans l’approvisionnement en énergie, contribuant à réduire les coûts pour les consommateurs et à assurer la fiabilité du réseau.

Le nouveau Bureau des grands projets ambitionne d’accélérer les projets énergétiques pour répondre à l’augmentation de la demande, mais il se heurte à une pénurie générale de compétences. Par exemple, les personnes âgées exerçant un métier qualifié partent à la retraite à un rythme plus rapide que celui des remplacements,9 tandis que les étudiants en ingénierie ne s’intéressent pas aux carrières minières (le secteur minier représente seulement 1 % des programmes d’ingénierie10).

Un autre problème est celui des lacunes dans les compétences. Le succès des grands projets d’infrastructure dépend de la disponibilité de personnes capables de collaborer et de résoudre les problèmes en temps réel.

Le plan national canadien donne une impulsion dont les établissements d’enseignement postsecondaire, les secteurs d’activité et les gouvernements pourraient tirer parti pour combler les lacunes dans les compétences et répondre à la demande du secteur de l’énergie :

  • Les grands projets stratégiques offrent aux établissements d’enseignement postsecondaire et aux secteurs d’activité une occasion de mettre en avant les possibilités de carrière dans les secteurs de l’énergie.

  • La croissance des peuples autochtones est plus rapide11 que celle de la population générale, et la plupart de ces peuples se trouvent à proximité des projets énergétiques. De solides partenariats, combinés à des stratégies éducatives offrant des programmes communautaires, pourraient permettre aux membres de ces collectivités d’accéder à des rôles essentiels tout en comblant les lacunes de compétences.

  • Dans le passé, le Canada a réalisé d’importants projets énergétiques, dont la remise à neuf de la centrale nucléaire de Bruce A, au début des années 2010, qui constitue un bon exemple.

Trois idées tirées du sommet pour tirer parti de l’impulsion du secteur canadien de l’énergie :

  • Formation en prévision des grands projets

    • Il serait opportun pour le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux de soutenir les stratégies de gestion des ressources humaines et les initiatives de formation, en particulier dans le cadre des projets menacés de s’enliser à cause d’une pénurie de talents.

  • Élaboration d’une stratégie axée sur les compétences dans l’énergie

    • Les principaux acteurs du secteur de l’énergie auraient intérêt à consacrer du temps et des ressources à l’inventaire des compétences et aux projections de besoins en tenant compte de l’évolution de la technologie. Ils pourraient collaborer avec les établissements postsecondaires pour concevoir des programmes de formation visant à préparer les diplômés à un démarrage efficace dans le secteur.

  • Perfectionnement des compétences en partenariat avec les communautés autochtones

    • Le secteur énergétique et les établissements postsecondaires pourraient collaborer avec les communautés autochtones pour concevoir et offrir des programmes de formation visant à préparer les talents autochtones aux carrières de l’énergie.

Les gouvernements, les établissements postsecondaires et le secteur doivent prendre des mesures urgentes et coordonnées pour faire face à l’avenir. Le monde n’attend pas. Les pays concurrents ont une longueur d’avance dans les domaines de l’exploration spatiale et de l’adoption de l’IA, et ils investissent aussi dans leurs compétences et infrastructures. Le Canada dispose d’outils pour être compétitif et devenir un chef de file, mais seulement à la condition de mettre ses systèmes à la hauteur de ses ambitions et de l’urgence de la situation. Les participants au sommet ont formulé les recommandations ci-dessous à l’intention des gouvernements, des établissements postsecondaires et du secteur à des fins d’action immédiate.

Gouvernement fédéral

S’appuyer sur la stratégie d’IA pour développer des compétences : la nouvelle stratégie canadienne en matière l’IA devrait comporter des lignes directrices à l’intention des enseignements postsecondaires favorables à la modernisation, avec par exemple des conseils explicites pour développer de façon efficience et efficace les compétences en IA nécessaires (en incluant une compréhension des risques et des situations dans lesquelles l’IA n’est pas recommandée) parmi le personnel et les étudiants de toutes les disciplines.

Constituer des alliances en faveur de la main-d’œuvre de la défense et de l’énergie : le Canada prévoit lancer jusqu’à cinq alliances pour la main-d’œuvre afin de « s’attaquer aux défis urgents du marché de l’emploi, stimuler la croissance et promouvoir les stratégies industrielles ».12 Ces initiatives devraient comprendre des alliances dans les secteurs de la défense et de l’énergie.

  • Chaque alliance vise à rassembler de grands employeurs, syndicats et dirigeants d’établissements postsecondaires pour discuter de l’offre et de la demande.

  • Les alliances doivent dresser l’inventaire des projets et des programmes déjà en place ; passer en revue les lacunes de compétences actuelles et prévues à l’échelle régionale ; réfléchir à la façon dont évolueront les besoins de compétences compte tenu des nouvelles technologies ; déterminer et embaucher les fournisseurs de programmes appropriés pour répondre aux besoins de compétences.

Tirer parti de la reconnaissance mondiale du Canada dans la gestion des incendies de forêt : utiliser une partie des nouveaux fonds alloués à la défense pour faire progresser les systèmes d’observation de la Terre, améliorer la réponse aux catastrophes à l’aide de l’IA, et perfectionner les technologies de drones utilisées pour gérer les feux de forêt.

Renforcer le mandat de l’Agence de l’investissement pour la défense : cette nouvelle agence devrait être chargée de rationaliser les objectifs et les exigences opérationnelles entre le ministère de la Défense nationale, le ministère des Travaux publics, Services publics et Approvisionnement Canada et autres ministères, selon le cas.

Moderniser le financement de la recherche et de l’innovation : les critères de financement devraient accorder plus d’importance aux résultats qu’au processus.

  • Envisager la création d’un nouvel organisme de recherche et d’innovation, à l’image de l’Agence de l’investissement pour la défense, qui serait chargé d’examiner et de coordonner le financement entre les trois ministères concernés et les autres programmes pertinents – en assurant un équilibre entre le financement des priorités stratégiques et le financement de la recherche axée sur la demande et la mission. Cet organisme pourrait diriger ou appuyer des changements supplémentaires, parmi lesquels :

    • Embracing a model like DARPA with BOREALIS: fund high-risk, high-reward projects, free from political constraints and academic processes. 

    • Réformer les encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) (mis en place dans la foulée des réformes de 2024) afin d’encourager la commercialisation.

    • Réorganiser et élargir les environnements protégés nationaux13 et créer plus d’occasions de collaboration entre le secteur, les forces armées, les universités et les collèges, en mettant l’accent sur la mise au point de prototypes et la mise à l’essai de nouvelles capacités militaires et spatiales de façon accélérée.

    • Veiller à ce que les nouveaux engagements de financement soient exploités de façon stratégique. Par exemple, lors du sommet, le gouvernement fédéral a annoncé des plans consistant à augmenter le financement des chaires de recherche afin d’attirer les meilleurs universitaires américains au Canada. Le financement devrait être lié aux priorités stratégiques et viser à attirer des talents ayant de l’expérience dans la conduite de projets de recherche axée sur la mission. Il serait souhaitable que les nouveaux présidents de chaire contribuent au renforcement des capacités et prennent les rênes du changement dans les universités canadiennes.

Formation en prévision des grands projets : coordination avec le secteur et les gouvernements provinciaux concernés afin d’offrir un soutien financier immédiat à la formation nécessaire pour mener à bien les grands projets énergétiques.

Encourager le recrutement et la fidélisation des talents : offrir des encouragements fiscaux aux talents mondiaux dont le pays a besoin pour combler les pénuries de compétences (c.-à-d. les directeurs de projets liés à l’énergie) et retenir les diplômés canadiens exceptionnels (c.-à-d. dans les filières technologiques). 

Stabilisation des plafonds annuels d’étudiants étrangers : établir des objectifs réalistes et stables pour les étudiants étrangers, afin d’assurer un afflux démographique approprié et de faciliter la planification institutionnelle à long terme.

Priorité à la technologie canadienne : engagement à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA et les technologies spatiales, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié. Privilégier la technologie canadienne dans tous les marchés futurs et chercher à être un client stratégique pour les entreprises canadiennes en démarrage les plus prometteuses.

Gouvernements provinciaux

Protéger les systèmes postsecondaires : augmenter le financement national par étudiant (potentiellement selon des critères de rendement ou de résultats) en fonction de l’inflation. Ou encore, offrir plus de souplesse aux établissements pour établir leurs frais de scolarité, en protégeant les inscriptions grâce à de solides systèmes gouvernementaux d’aide aux étudiants et programmes institutionnels (qui consacrent une partie des revenus tirés des frais de scolarité à l’aide financière).

Offrir une orientation stratégique : mettre en avant des attentes modernisées en matière de perfectionnement des compétences transférables.14 Par exemple, les établissements pourraient développer des compétences en IA et des aptitudes de collaboration entre les disciplines.

Formation en prévision des grands projets : coordination avec le secteur et le gouvernement fédéral afin d’offrir un soutien financier immédiat à la formation nécessaire pour mener à bien les grands projets énergétiques.

Partenariats d’apprentissage intégré au travail : s’inspirer du modèle bitannique Knowledge Transfer Partnerships, un programme de subventions cofinancé par des partenaires sectoriels dans l’objectif de mettre en relation des étudiants fraîchement diplômés et des entreprises ou organisations communautaires afin de résoudre des questions d’innovation.

Financer des projets pilotes novateurs : aider les établissements à sortir du moule en élaborant des programmes d’études fondés sur la compétence, par exemple en dehors des heures de cours, et s’assurer que des politiques et cadres de compétence soient en place pour augmenter les chances de succès.

Priorité à la technologie canadienne : engagement à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié. Et accorder la priorité à la technologie canadienne dans tous les marchés futurs.

Établissements postsecondaires

Mobilisation significative des employeurs : explorer de nouveaux modèles en faveur de la mobilisation du secteur. S’appuyer sur les réussites pour mobiliser le secteur, par exemple par l’entremise des services universitaires de formation continue et des comités consultatifs des programmes de collèges (qui font intervenir les secteurs d’activité et les partenaires communautaires dans l’élaboration des programmes d’études).

Veiller à ce que tous les étudiants acquièrent des compétences transférables : développer des compétences prêtes à être exploitées au travail, comme la littéracie en IA, l’adaptabilité, le sens de l’entrepreneuriat, la communication et la collaboration, dans le cadre des cours, des projets d’étude et des expériences d’apprentissage intégré au travail.

Élargir l’accès à l’apprentissage intégré au travail : par exemple, les stages et programmes de coopération, programmes pratiques assortis d’occasions d’apprentissage appliqué et voyages éducatifs immersifs, comme la visite de sites miniers avec des partenaires de l’industrie, sont d’excellents exemples d’apprentissage intégré au travail.

  • Offrir aux étudiants des occasions de travailler en collaboration avec différentes disciplines, comme c’est le cas sur le marché du travail, pour résoudre des problèmes.

  • Explorer les possibilités d’expérience fondée sur la technologie (p. ex., simulateurs)

Promouvoir une plus grande mobilité professionnelle : permettre aux travailleurs de naviguer dans une économie dynamique. Envisager :

  • Des programmes multidisciplinaires comme le nouveau programme en sciences de l’énergie de l’Université de Calgary, qui couvre un éventail de secteurs de l’énergie en demande de main-d’œuvre.

  • Obtention progressive de titres professionnels pour les étudiants des programmes à faible taux d’achèvement, comme les programmes d’apprentissage, afin que leurs compétences acquises soient reconnues.

  • Programmes de formation fondés sur la compétence qui permettent aux adultes dotés des aptitudes et de l’expérience pertinentes d’obtenir rapidement des titres professionnels en étudiant à leur propre rythme.

  • Programmes fondés sur les compétences qui permettent aux diplômés de faire valoir leurs compétences et de réussir alors que les employeurs opèrent une transition vers l’embauche axée sur les compétences.

Élaborer des programmes communautaires : collaborer étroitement avec les communautés autochtones et le secteur afin d’élaborer des programmes de formation sur mesure. Envisager des unités mobiles de formation et des modes d’apprentissage à distance ou hybrides (lorsque la connectivité Internet le permet).

Offrir des programmes de perfectionnement et de mise à niveau des aptitudes : les programmes devraient inclure des programmes adaptés aux besoins des secteurs de la défense et de l’énergie et un soutien à la littéracie en IA pour la main-d’œuvre. Les programmes doivent répondre aux besoins des apprenants ayant des responsabilités concurrentes et adopter des modes de formation tels que l’apprentissage à distance ou en mode hybride, l’apprentissage intensif et l’apprentissage fondé sur la compétence.

Priorité à la technologie canadienne : tous les collèges et universités devraient s’engager à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié.

Secteur

Assurer la participation de dirigeants aux alliances fédérales pour la main-d’œuvre : les dirigeants devraient se préparer à ces initiatives et arriver aux réunions avec des plans à long terme et des projections de besoins en compétences.

Affecter des ressources à l’élaboration des programmes : les secteurs devraient envoyer des représentants informés des besoins quotidiens et des projections de besoins de compétences à long terme participer à la conception des programmes d’études postsecondaires et des expériences d’apprentissage intégrées au travail. Ils devraient aussi s’engager à embaucher les étudiants qui achèvent ces programmes.

Affecter plus de ressources d’entreprises à la formation des employés : les 100 plus grandes entreprises canadiennes classées selon la capitalisation boursière devraient s’engager à investir annuellement au moins 500 $ par employé dans la formation, soit à peu près le double de la moyenne actuellement estimée pour le secteur.

Innover aux côtés de partenaires du postsecondaire : embaucher des chercheurs d’universités et de collèges canadiens afin de relever les défis du secteur ou améliorer la productivité à l’aide de nouveaux processus et outils. Envisager une approche de partenariat sur le modèle de la « course en relais », avec par exemple l’idéation dans les universités, l’application dans les collèges ou écoles polytechniques et le déploiement dans l’industrie.

Communiquer avec les élèves des écoles secondaires, collèges et universités : présenterles carrières gratifiantes offertes dans les secteurs en demande de talents comme l’énergie. Organiser des visites de terrain éducatives pour les étudiants du secondaire et du postsecondaire, afin de leur faire découvrir des secteurs d’activité particuliers.

Exploiter l’IA pour améliorer la productivité : intégrer l’IA dans les activités de base, et non seulement dans les projets pilotes, et donner accès au perfectionnement des compétences en IA afin d’accroître la capacité interne à des fins de productivité et de croissance.

Bâtir des partenariats autochtones mutuellement avantageux : mobiliser les communautés situées à proximité des grands projets afin de poser les jalons d’un emploi gratifiant et de retombées positives pour les communautés, notamment en collaborant avec des établissements postsecondaires à la conception et à la mise en place de programmes de formation sur mesure.

Embauche fondée sur les compétences : au lieu de recruter des candidats ayant occupé le même rôle ou un rôle similaire dans le passé, embaucher des candidats possédant les compétences (ou familles de compétences) et l’expérience correspondant aux attentes, afin d’encourager la mobilité de la main-d’œuvre et d’envoyer des signaux clairs aux établissements de formation quant aux compétences demandées.

Priorité à la technologie canadienne : les 100 principales sociétés canadiennes classées selon la capitalisation boursière devraient s’engager à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA et les technologies spatiales, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié.

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  • Le capital naturel demeure un moteur économique sous-utilisé. Le PIB des secteurs liés à la nature au Canada, notamment ceux de la foresterie, de l’agriculture, des mines et de la pêche, a enregistré une croissance annuelle inférieure de 0,3 % à celle du reste de l’économie au cours des vingt-cinq dernières années. Une tendance comparable est observée aux États-Unis et au Royaume-Uni.

  • Ignorer la nature menace la prospérité. Plus de la moitié de l’économie mondiale, soit environ 78 000 milliards de dollars, dépend de la nature, qu’il s’agisse de l’alimentation, du tourisme ou de la construction. Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni cherchent à rebâtir leurs économies, mais les ressources naturelles dont la croissance à long terme de celles-ci est tributaire s’épuisent, et leur valeur réelle n’est pas prise en compte.

  • Il existe une occasion générationnelle de tirer profit du patrimoine naturel grâce à des programmes d’intérêt national. Les pays qui suivent et mettent en valeur leur capital naturel parallèlement à leur PIB peuvent libérer de la croissance et attirer des investisseurs mondiaux en quête de projets de valorisation du capital naturel dans lesquels investir. Alors que les institutions financières se mobilisent pour combler le déficit de financement de la nature, la demande augmente : on estime les besoins annuels à 580 milliards de dollars d’ici 2030. Cette somme atteindra près de 940 milliards de dollars d’ici 2050.

  • Les capitaux privés sont essentiels pour combler ce déficit – et monter en puissance. Les États assurent actuellement 82 % (222 milliards de dollars) du financement de la nature. Cela tient au fait que le secteur privé a besoin de signaux politiques plus forts et d’avoir l’assurance que ses investissements seront générateurs de rendements.

  • Si sa place s’accroît dans les marchés de la finance et de l’environnement, la nature y demeure sous-représentée.. La nature représente un petit segment de la finance durable. En 2025, les mesures de compensation carbone fondées sur la nature ont compté pour 13 % des crédits carbone volontaires, alors qu’elles représentent plus de la moitié du potentiel annuel de création de crédits carbone.

  • L’intégration des politiques, l’intelligence artificielle et… la comptabilité peuvent faire entrer la nature dans le bilan et les programmes de croissance. Au Canada, la mise en œuvre de la Stratégie sur les minéraux critiques et de nouveaux projets d’exploitation minière importants sont un bon moyen de tester ces trois axes.Tout commence parintégrer les systèmes de valeurs et connaissances autochtones dans les cadres comptables du capital naturel.

En 2023, RBC a créé l’Institut d’action climatique dans le but d’accompagner collectivement les Canadiens vers l’objectif « zéro émission nette », avec un engagement d’information, de mobilisation et d’intervention sur tous les aspects du défi climatique. La protection, la conservation et la croissance des ressources naturelles sont des éléments essentiels du parcours vers l’objectif « zéro émission nette ».

La nature est un atout essentiel pour faire croître notre économie. Ce thème tombe à point, alors que des économies avancées comme le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis promeuvent des programmes et projets d’intérêt national. Il existe cependant un problème : la nature et les personnes qui la gèrent et la protègent – notamment les communautés autochtones, les agriculteurs, les pêcheurs et les foyers d’accueil – sont souvent exclues du bilan. C’est ce problème que l’Institut d’action climatique RBC et Nature United, la filiale canadienne de The Conservation of Nature, aborde dans ce rapport.

Bâtir, consommer et exporter toujours plus pour stimuler le PIB finissent inévitablement par éprouver les forêts, les sols et les cours d’eau sans lesquels aucune croissance ne serait possible. Mais les programmes en faveur de la croissance offrent aussi une occasion générationnelle – à condition de considérer la nature non comme un coût à gérer, mais comme un atout à construire, à valoriser et à exploiter.

Plus de 78 000 milliards de dollars1 de l’économie mondiale – environ la moitié du PIB total – sont fortement ou modérément tributaires de la nature[i]. Pourtant, le PIB national ne tient compte de la nature qu’une fois celle-ci exploitée (pêche, céréales, bois d’œuvre), en faisant fi, pour l’essentiel, des services écosystémiques offerts par la nature. C’est notamment le cas du stockage du carbone dans les sols agricoles, de la filtration de l’eau dans les tourbières saines et des avantages des forêts intactes sur les plans culturel et de la biodiversité. Ces services écosystémiques, évalués à plus de 200 000 milliards de dollars, demeurent largement invisibles dans les comptes économiques, ce qui occulte à la fois une source importante de croissance et une source croissante de risques2.

La valeur véritable de la prise en compte de la nature est à l’ordre du jour des dirigeants mondiaux lors des conférences sur la nature et les changements climatiques depuis plus de 30 ans. Ces derniers ont signé les premiers accords mondiaux sur le climat et la biodiversité la dernière fois que le Brésil a accueilli le monde, au sommet de la Terre de Rio, en 1992. Les dirigeants de la planète doivent de nouveau se réunir au Brésil cet automne, à l’occasion de la COP30, et auront une occasion de placer la nature au centre de leurs stratégies économiques.

La mobilisation de capitaux pour la nature demeure un défi. La majeure partie provient des gouvernements, l’industrie s’étant largement tenue à l’écart, du fait, en partie, du caractère incertain du rendement des investissements dans ce domaine. Les financements publics et privés de la nature s’élèvent annuellement à quelque 270 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Plus de 580 milliards de dollars seront nécessaires annuellement si l’on veut combler le déficit de financement de la nature d’ici 2030. Ce chiffre augmentera à quelque 940 milliards de dollars par an d’ici 20503.

Une convergence entre la nature et les programmes politiques en faveur de la croissance offrirait une occasion sans précédent de tirer profit de la nature en tant qu’actif investissable. La constitution d’un patrimoine naturel constitue un moyen de relancer les secteurs axés sur la nature, comme l’agriculture et l’industrie forestière, et de renforcer le rôle de la nature dans l’économie du bâtiment et des travaux publics, notamment les infrastructures vertes dans les projets de construction résidentielle. Le fait d’investir dans la nature permet aussi d’atténuer les pertes économiques, notamment les 3 300 milliards de dollars à risque à l’échelle mondiale si des services écosystémiques, comme la pollinisation sauvage ou la pêche en mer devaient s’effondrer du fait d’une exploitation excessive4.

Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni ont tous mis en place des programmes de croissance et proposent trois modèles politiques et économiques d’intégration de la nature. Environ 7 % du PIB du Canada provient des secteurs axés sur la nature – agriculture, mines, foresterie et pêche. La croissance du PIB combiné de ces secteurs a été de 0,3 % plus lente que celle du reste de l’économie au cours du dernier quart de siècle5. Aux États-Unis, la Réserve fédérale estime que les événements météorologiques extrêmes peuvent avoir une incidence négative de 0,5 % sur le PIB du pays annuellement6. Et les protections naturelles, comme les zones humides côtières, disparaissent au profit des aménagements, ce qui accentue les conséquences. Si les tendances actuelles se maintiennent, la gestion de son capital naturel par le Royaume-Uni pourrait entraîner une diminution de son PIB d’environ 5 % d’ici 20307.

La nature est désormais un risque déclarable et une catégorie d’actifs investissables. La mise en œuvre de cette idée est cependant inégale. Plus de 90 pays, dont le Canada et l’Australie, ont adopté des cadres de comptabilité du capital naturel harmonisés avec le Système de comptabilité environnementale et économique (SEEA) des Nations Unies. Des lacunes demeurent toutefois au chapitre de l’intégration complète du capital naturel dans les comptes du PIB national et à celui de l’utilisation de la comptabilité du capital naturel pour orienter les investissements à grande échelle. Dans le secteur privé, certaines régions, comme l’Union européenne, imposent la production de rapports sur la durabilité et encouragent l’harmonisation avec les cadres financiers liés à la nature, comme le Groupe de travail sur l’information financière relative à la nature (Task Force on Nature-related Financial Disclosures – TNFD).

Si les normes de comptabilité et de finance relatives à la nature demeurent désorganisées, ces exemples montrent qu’il existe un faisceau de politiques et de rapports permettant de traiter la nature comme un actif pertinent pour les flux de trésorerie. Le temps est maintenant venu de simplifier la gouvernance de la nature, d’améliorer l’accessibilité pour les entreprises et les gouvernements en appliquant des technologies de rupture comme l’IA et d’intégrer tout cela aux politiques de croissance.

Le modèle canadien : une économie riche en ressources, en quête de nouveaux moteurs de croissance

Le Canada regorge de richesses naturelles : le pays possède 25 % des zones humides, 24 % des forêts boréales et 30 % des réserves d’eau douce de la planète. Comme indiqué précédemment, quelque 7 % de son PIB dépend directement de la stabilité et de la productivité de ces actifs, et cette dépendance se répercute sur toute la chaîne d’approvisionnement8.

L’approche du Canada en matière d’intégration de la nature à la croissance économique est appuyée par des financements et des mesures financières, l’établissement d’objectifs, dont la Stratégie pour la nature 2030, et l’expansion des parcs nationaux et des corridors écologiques. Ces investissements et engagements font progresser la conservation et la protection de la nature. Pourtant, les mesures politiques actuelles ne parviennent pas à tirer parti des cadres comptables du capital naturel pour retourner à grande échelle cette valeur aux personnes sur le terrain.

Pour le Canada, le défi d’intégrer la nature à sa politique de croissance consiste à trouver un équilibre entre sa croissance fondée sur les ressources naturelles et son engagement envers la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, tout en respectant ses engagements climatiques inscrits dans la loi. Composer avec un environnement aussi complexe n’a rien de simple. Celui-ci est toutefois nécessaire pour faire en sorte que les projets d’intérêt national du Canada ne compromettent pas les droits et systèmes de connaissances des peuples autochtones et ne grugent pas un de ses plus grands atouts par nature.

Le modèle du Royaume-Uni : un pays aux ressources limitées, mais affichant de grandes ambitions pour leur exploitation

Le Royaume-Uni, où seule la moitié de la faune et de la flore indigènes restent intactes, est un des pays les plus appauvris en ressources naturelles du monde9. L’économie du pays repose principalement sur les secteurs des services, comme la finance et l’immobilier, tandis que les secteurs liés à la nature comptent pour environ 2 % de l’économie10. Cependant, l’intensité de la course aux ressources naturelles dans le pays et le rythme auquel elles s’épuisent ont donné de l’élan au financement de la nature sur le plan national. Cet élan s’accompagne d’un appel à des recommandations sur la façon dont l’État peut aider à accroître le rôle du secteur privé dans la réhabilitation de la nature dans le cadre de la stratégie de croissance du gouvernement britannique, Plan for Change.

L’une des principales composantes de ce plan de changement est l’ambition du pays de construire 1,5 million de logements et d’accélérer la prise de décisions en matière de planification pour au moins 150 grands projets d’infrastructure économique, dont la création de zones de croissance de l’IA pour les centres de données. Les politiques de gain net de biodiversité et de neutralité des rejets de nutriments du Royaume-Uni permettent d’intégrer dans ces projets d’aménagement une possibilité fondée sur le marché pour les propriétaires terriens et gestionnaires fonciers d’accumuler des actifs naturels11. Cela montre que les politiques publiques du Royaume-Uni axées sur la nature se multiplient et s’harmonisent avec les politiques de croissance.

On ne s’attend toutefois pas à ce que le pays parvienne à la fois à s’attaquer aux pertes de PIB liées à l’épuisement du capital naturel et à atteindre ses objectifs, comme préserver 30 % de sa biodiversité d’ici 203012. Le Royaume-Uni fait face à un défi de restauration de la nature à grande échelle, dans un contexte d’intensification et de concurrence des intérêts en matière d’actifs naturels. Les besoins en eau et en terres liés à la construction résidentielle, à l’agriculture et à l’expansion des centres de données pour l’IA soulignent la nécessité d’une meilleure planification du capital naturel pour orienter les options de croissance économique, au-delà de la seule compensation des répercussions 13.

Le modèle américain : un géant économique qui tourne le dos à la valorisation de la nature

Environ 3 % du PIB des États-Unis provient des secteurs axés sur la nature. Et plus de 10 % du PIB du pays dépend fortement de la nature, notamment les secteurs se trouvant en aval des secteurs axés sur la nature dans la chaîne d’approvisionnement, comme la transformation d’aliments14. Pourtant, plus de 40 % de ses écosystèmes naturels sont considérés comme présentant un risque d’effondrement15. En 2023, le programme Statistics for Environmental-Economic Decisions (SEED), qui s’appuie sur le cadre du SEEA, a quantifié la valeur des actifs naturels des États-Unis. Cet exercice a estimé la valeur des terres privées à 43 000 milliards de dollars, soit environ 30 % de la richesse nette des États-Unis. Ces conclusions ont poussé le gouvernement fédéral à investir de façon éclairée dans des programmes de conservation et le développement d’infrastructures vertes, en accordant notamment un financement de 1,3 milliard de dollars pour le verdissement des villes, en vertu de l’Inflation Reduction Act16.

L’administration Trump a opéré un virage de la comptabilisation des ressources naturelles renouvelables à l’extraction des ressources non renouvelables. L’exemple le plus révélateur est probablement le décret présidentiel intitulé Unleashing American Energy, qui abroge les directives données aux agences fédérales de prendre en compte les services écosystémiques comme la contribution des zones humides à la gestion des inondations dans les évaluations de projets. Les modifications de la One Big Beautiful Bill Act (la grande et belle loi) récemment proposées pourraient également compromettre une convention de partage des revenus de plus de 100 ans entre le gouvernement fédéral et les collectivités rurales en matière de gestion des forêts. Aux termes de cet accord de longue date, 25 % des profits du gouvernement fédéral provenant de l’exploitation commerciale des forêts sont reversés aux collectivités rurales (où cette activité a lieu, mais ne génère pas d’impôts fonciers locaux), afin qu’elles les investissent dans les infrastructures locales. Ces modifications de la loi pourraient réorienter ces fonds vers le gouvernement fédéral et augmenter les exigences minimales en matière d’exploitation forestière.

Mettre de côté les efforts nationaux qui comptabilisent les actifs naturels parallèlement au PIB risque de conduire à négliger une source de croissance économique et de risque. La nature clivante de la politique fédérale américaine exige une redéfinition des actifs naturels et de leur gestion apte à résister aux changements de gouvernements. Le plus urgent est d’établir une stratégie de communication insistant sur la valeur de la nature pour l’économie axée sur la production que privilégie l’administration fédérale.

Finance et financement : un élan pour stimuler la croissance

FondsFonds d’investissement spéciaux servant à financer des projets axés sur la conservation, la restauration ou la gestion durable du capital naturel
SubventionsFonds non remboursables versés pour soutenir des activités liées à la nature
CréditsIncitatifs financiers ou aides visant à encourager des activités bénéfiques pour l’environnement (p. ex., allègements fiscaux ou réductions de frais)
ObligationsTitres de dette à revenu fixe dont le produit de la vente aux investisseurs est principalement utilisés pour des projets axés sur la nature
PrêtsFonds empruntés pour des projets liés à la nature et devant être remboursés avec des intérêts ou assortis de conditions d’emprunt avantageuses
Échanges dette-natureAccord aux termes duquel une partie de la dette étrangère d’un pays est annulée en échange d’engagements de financer des projets de conservation              

Les fonds et les financements peuvent faciliter les choses en créant un rôle dans l’économie pour des solutions fondées sur la nature. Ce sont toutefois les gouvernements qui assument une grande partie de la facture – 82 % des flux financiers pour la nature à l’échelle mondiale17 –, ce qui rend difficile la mobilisation de fonds nécessaires à des projets transformationnels.

Au Canada, Financement de projets pour la permanence (FPP) est un modèle novateur de financement de la conservation qui permet de jumeler des financements gouvernementaux, privés et communautaires à long terme. La première initiative de FPP au Canada, qui concernait la forêt pluviale de Great Bear, née d’une crise touchant le bien-être des Premières Nations et d’un conflit relatif à l’exploitation forestière, rétablit aujourd’hui la nature en tant que source de prospérité et offre des occasions de conservation et de développement économique menées par les Autochtones. Plus de 444 millions de dollars ont été investis depuis la création du FPP de la forêt pluviale de Great Bear, en 200718.

Étude de cas

Lieu : Forêt pluviale de Great Bear et Haida Gwaii (Colombie-Britannique), Canada

Le financement à long terme de la conservation de la nature dirigé par la vision des Premières Nations en matière de développement économique et de conservation accroît l’ampleur et la durabilité des occasions concernant les collectivités, les entreprises et la conservation de la nature.

Élément déclencheur :

Une crise du bien-être chez les Premières Nations et une économie fortement tributaire des industries d’extraction en Colombie-Britannique au cours des années 1980 et 1990 ont engendré un conflit croissant quant à la gestion des ressources naturelles et ont limité les occasions de développement économique et communautaire, ce qui fait monter le taux de chômage à 80 % chez les Premières Nations37. Ce modèle intenable a atteint un sommet dans les années 1990. Le mouvement mené par les Premières Nations, notamment la Guerre des bois, comme on a appelé les manifestations historiques de Clayoquot Sound, en 1993, soutenues par des groupes écologistes, a exigé la protection des territoires des Premières Nations et un accès pour elles aux occasions économiques. Ce mouvement a conduit le gouvernement à amorcer un processus de planification stratégique de l’utilisation du territoire. Il s’agissait d’une étape clé pour ouvrir la voie à un changement transformationnel là où les tentatives ponctuelles précédentes n’avaient pas permis d’améliorer le bien-être et la situation économique et environnementale des communautés.

Cette exigence de changement a mené à la création, en 2007, de Coast Funds, institut de financement de la conservation ayant pour mandat de mettre en œuvre certaines parties de l’accord de la forêt pluviale de Great Bear. Coast Funds est né de la reconnaissance mutuelle par les Premières Nations, les groupes environnementaux, l’industrie et le gouvernement que le bien-être des collectivités est essentiel à une économie durable et à une gestion responsable des ressources naturelles.

Mécanisme de changement :

Les Premières Nations et des organismes environnementaux ont recueilli 60 millions de dollars de fonds privés en 2006 pour créer un fonds de dotation pour la conservation de la côte, le Coast Conservation Endowment Fund, sur lesquels 4 millions de dollars ont été affectés à la planification de la conservation et aux coûts du démarrage opérationnel. Un an plus tard, les gouvernements provincial et fédéral ont versé un financement équivalent ; le Coast Economic Development Fund était né. Les deux fonds, d’une valeur initiale de 120 millions de dollars, sont administrés par le conseil d’administration du Coast Fund, qui est nommé par les Premières Nations, le gouvernement de la Colombie-Britannique et des fondations philanthropiques. Le conseil d’administration supervise les finances et les investissements des fonds dans les Premières Nations, et celles-ci soumettent des projets au conseil pour examen.

La structure de gouvernance du conseil a évolué à mesure que les fondations consolidaient leurs rôles de gouvernance et renonçaient à leurs droits de vote afin d’augmenter l’influence des Premières Nations dans l’orientation de Coast Funds, ce qui leur donnait un contrôle égal à celui des gouvernements de la Couronne. Ce changement dans la gouvernance fait progresser la vision d’un développement économique mené par des Autochtones et d’une gérance assurée par les nations autochtones.

Mise en oeuvre :

Les Premières Nations ont investi plus de 120 millions de dollars provenant de Coast Funds et ont mis à profit 324 millions de dollars de leurs propres fonds et d’autres sources de financement. Les 444 millions de dollars ont été investis dans différents secteurs économiques, notamment le tourisme, la fabrication, l’exploitation forestière et l’aquaculture.

En complément des fonds de Coast Funds, les Premières Nations génèrent des ventes de crédits de carbone aux termes de l’Atmospheric Benefit Sharing Agreement, accord conclu entre deux organisations autochtones régionales, leurs Premières Nations respectives et le gouvernement provincial. Ces accords définissent le cadre de partage des avantages liés au carbone, comme les crédits de compensation associés à l’accord de la forêt pluviale de Great Bear, qui vise à éviter la déforestation.

Taan Forest, entreprise d’exploitation forestière appartenant à la Nation haïda, est un exemple d’accumulation de fonds et de soutien à la création de crédits carbone pour promouvoir des entreprises forestières durables. La société a mis à profit des fonds provenant de Coast Funds pour aménager un parc industriel qui a permis aux entrepreneurs haïdas de s’engager dans le secteur de l’exploitation forestière à valeur ajoutée38. Taan Forest offre des chances économiques tout en protégeant les actifs environnementaux et culturels de la nation, en détenant la tenure forestière pour 60 % des activités de foresterie à Haida Gwaii39

Retombées :

Coast Funds a été un catalyseur d’initiatives de développement économique menées et détenues par des Autochtones, parmi lesquelles le développement ou l’établissement de 144 entreprises et la création de plus de 1 400 emplois, dont 850 à temps plein, pour des salaires totaux de plus de 70 millions de dollars40. Reconnaissant le rôle de gérance des enjeux forestiers des peuples autochtones dans le cadre de l’Atmospheric Benefit Sharing Agreement, le gouvernement de la Colombie-Britannique a acheté pour plus de 56,5 millions de dollars de crédits de carbone à la Great Bear Carbon Credit Limited Partnership et de 6,8 millions de dollars à la Na̲nwak̲olas Offset Limited Partnership41.

Sur le terrain, les Premières Nations ont mené plus de 444 initiatives de restauration et de recherche d’habitats pour des espèces ayant une importance culturelle et économique, notamment le saumon, la laminaire et les arbres. Les pratiques de Taan Forest sont conformes à la certification du Forest Steward Council et à la certification de Rainforest Alliance, ainsi qu’aux normes de conservation de l’ordonnance sur l’utilisation des terres de la Nation haïda, ce qui permet à ses pratiques de gestion durable des forêts d’être reconnues par sa chaîne d’approvisionnement. Cette dernière certification permet d’assurer la protection des habitats sensibles, y compris les tanières des ours et les zones de nidification des oiseaux, et de réduire les coupes permises pour l’exploitation forestière, ce qui améliore la protection et la restauration des habitats42.

Enseignements :

Les critères d’affectation du financement axés sur la taille peuvent mener à des iniquités. Le modèle initial d’affectation des fonds alloués à la forêt pluviale de Great Bear encourageait des niveaux élevés de conservation en offrant plus d’avantages aux Premières Nations qui s’étaient engagées à protéger la biodiversité à grande échelle en protégeant les écosystèmes forestiers intacts. En conséquence, les Premières Nations disposant d’aires de conservation importantes et dont la population était nombreuse recevaient les dotations les plus importantes, tandis que celles dont les terres étaient déjà largement exploitées et dont la population était réduite recevaient moins de fonds. Conscientes de cette difficulté, les Premières Nations ont décidé, pour la formule d’affectation du FPP de la mer Great Bear, de veiller à l’équité et de tenir compte des nuances de taille et d’incidence. Le FPP de la mer de Great Bear a permis à toutes les Premières Nations participantes de recevoir une aide de base pour faire progresser leur développement économique et leurs objectifs de gérance.

Great bear rainforest
Photo credit: Andrew S Wright

En profitant de la dynamique du FPP de la forêt pluviale de Great Bear, le Coast Funds supervise aussi à présent le versement des fonds dans le cadre du FPP de la mer de Great Bear. Ce FPP dispose d’un financement initial de 335 millions de dollars et garantit un financement à long terme mené par des Autochtones pour des initiatives de gérance et de développement menées par des Autochtones19.

Élargissement du financement de la conservation

Les produits de dette pour les solutions fondées sur la nature peuvent fournir du capital de départ, mais les projets doivent offrir des rendements concurrentiels aux investisseurs et aux financiers. Les échanges dette-nature, par exemple, obligent les banques de développement à maintenir des coûts d’emprunt bas et à offrir des assurances accrues aux investisseurs privés. Le marché des échanges de dette a plus que doublé durant la dernière année, pour atteindre 3,6 milliards de dollars20. Certains spécialistes du financement de la nature affirment toutefois que la structure des échanges dette-nature a dépassé son objectif initial. Ils avancent que la participation des banques et agences de développement dans la constitution du capital naturel contribue à l’obtention des financements nécessaires aux projets, car elle réduit les risques pour les autres investisseurs. Cependant, le pays destinataire des fonds doit également tenir compte de l’incidence de l’échange de dette sur sa capacité de contrôler la gestion de la richesse de son capital naturel.

Avec une valeur de près de 15 000 milliards de dollars à ce jour21, les obligations et les prêts verts et liés au développement durable sont aussi devenus d’importants produits de financement. Les titres de dette axés sur la nature ne représentent encore toutefois qu’une part relativement modeste de l’ensemble des fonds obligataires affectés. Au cours de l’année écoulée, moins de 10 % du produit des obligations vertes et liées au développement durable a été expressément versé à des projets axés sur la nature. Bien que les projets fondés sur la nature évoluent dans leur capacité de garantir des rendements aux investisseurs, le rôle des gouvernements et des investisseurs d’impact dans l’expansion des produits de dette liés à la nature demeure essentiel.

Au-delà de la finance et du financement, les gouvernements peuvent également utiliser leur pouvoir de reconnaître les projets fondés sur la nature de haute intégrité environnementale pour attirer des capitaux privés. Par exemple, Environnement et changements climatiques Canada mène un projet pilote de bourse de la conservation. Dans ce cadre, le gouvernement fédéral évalue une approche reconnaissant les avantages prouvés de projets de conservation financés par les entreprises au moyen de certificats de biodiversité approuvés par le gouvernement 22. Fortes d’une relation de financement à long terme, la compagnie d’assurance Aviva et Conservation de la nature Canada s’appuient sur le projet pilote de la bourse de la conservation pour apporter de la valeur en misant sur le rôle de la nature dans la gestion du risque et la revitalisation des terres exploitées, comme les grands parcours sur les prairies indigènes restaurées.

Étude de cas

Lieu : Saskatchewan (Canada)

La nature est un atout et un risque. Les assureurs et les personnes gérant des terres exploitées,
telles des prairies pour le bétail, font chaque jour face à cette réalité. Investir dans des projets à
long terme de restauration des terres épuisées et de leurs fonctions écosystémiques naturelles
crée une passerelle permettant à la nature de contribuer à la résilience économique.

Élément déclencheur :

Environ 75 % des prairies indigènes du Canada ont disparu43. Les prairies canadiennes regroupent les provinces des Prairies, stockent deux à trois milliards de tonnes de carbone et abritent un nombre en baisse d’éleveurs, de troupeaux de bétail et d’espèces indigènes, qui constituent aujourd’hui un des écosystèmes les plus menacés au monde44. La perte de prairies est attribuable au changement de destination des terres au profit de la production de récoltes et de l’extraction de ressources minières et énergétiques et à l’étalement urbain. Bien que ces activités contribuent à la croissance de l’économie canadienne, la perte de prairies accentue l’épuisement des ressources et les risques environnementaux, notamment les sécheresses45. Les conditions météorologiques extrêmes, les feux de forêt et leurs répercussions sur les actifs naturels et bâtis constituent un risque important pour l’économie et représentent un coût croissant pour les compagnies d’assurance. Avec des pertes liées à des événements météorologiques totalisant 7,7 milliards de dollars, l’été 2024 a été la saison la plus destructrice et la plus coûteuse jamais enregistrée au Canada du fait de conditions météorologiques extrêmes46.

Mécanisme de changement :

La restauration ne se fait pas du jour au lendemain, ce qui est dissuasif pour les investisseurs en quête de résultats immédiats. Toutefois, grâce à un peu de prévoyance et à un terrain d’entente, Conservation de la nature Canada et Aviva ont conclu un partenariat de sept ans dans le but de restaurer près de 450 acres de prairies en Saskatchewan. Les investissements en restauration sont généralement à court terme (de 1 à 3 ans) et axés sur des résultats immédiats, ce qui ne permet pas l’approche en plusieurs étapes que la restauration nécessite souvent pour être durable. L’investissement d’Aviva brise ce cycle.

La reconnaissance par le gouvernement des projets de restauration de prairies contribue à renforcer l’intérêt pour ce partenariat. Environnement et Changements climatiques Canada mène un projet pilote de bourse de la conservation, qui vise à remettre aux entreprises des certificats reconnaissant leur investissement dans des projets de haute intégrité axés sur la nature ayant démontré de véritables effets sur la biodiversité. Cette bourse est une approche nouvelle pour attirer des capitaux afin de créer des actifs naturels ; elle offre aux entreprises la possibilité d’obtenir des certificats de biodiversité délivrés par l’État et reconnaissant leur investissement, ce qui rend les revendications de durabilité associées plus rigoureuses. Les projets de restauration de prairies de Conservation de la nature Canada, appuyés par Aviva en Saskatchewan, font partie du projet pilote de bourse de la conservation.

Mise en oeuvre :

La production de graines indigènes au Canada est limitée par le manque d’investissement en capital et de contrats à long terme, ce qui rend difficile pour les cultivateurs locaux d’étendre la restauration des prairies. En réponse à cela, le partenariat avec Aviva a permis à Conservation de la nature Canada de conclure une entente de plusieurs années avec un producteur autochtone de semences : Skinner Native Grains. L’investissement initial d’Aviva a atténué le risque financier pour Skinner Native Semences et contribué à l’accroissement de sa production, ce qui a permis d’améliorer les résultats de restauration de prairies et de renforcer la résilience du secteur des semences indigènes de la Saskatchewan.

Retombées :

Les avantages sont multidimensionnels, mais reposent sur la restauration de terres exploitées qui combinent des possibilités de soutien de la conservation et de la production agricole.

Au terme de l’évaluation d’un expert du projet pilote de bourse de la conservation, les projets ont, dans l’ensemble, reçu des notes positives pour la restauration des espèces et des écosystèmes et pour l’amélioration de la probabilité de persistance des espèces focales, qui servent d’indicateur de l’état général de la biodiversité. Sur le site de restauration de prairies du plateau Old Man on His Back, en Saskatchewan, un renforcement de la présence des plantes indigènes permet d’accroître l’habitat des espèces en péril. Pour faciliter ce projet de restauration et accroître la production de semences, Skinner Native Semences estime pouvoir accroître la production de graines de fleurs sauvages à ses installations de 91 kg (200 lb) en 2027, ce qui devrait permettre l’expansion de près de 40 espèces de fleurs sauvages indigènes pour soutenir la biodiversité et la résilience climatique dans les Prairies.

La reconnaissance par les gouvernements de ces avantages liés à la biodiversité renforce la crédibilité et la transparence, ce qui permet aux entreprises et au public de comprendre l’ampleur des retombées et les espèces et les écosystèmes qui devraient en bénéficier.

Enseignements :

Les promoteurs de projets de restauration de la nature qui cherchent à faire augmenter l’investissement doivent apprendre à maîtriser la communication des résultats afin de trouver un écho auprès des investisseurs. Ils ont également un rôle à jouer en sensibilisant ces derniers à l’importance du facteur temps dans l’obtention d’effets concrets et durables sur le terrain. Une bonne communication et une bonne information commencent par connaître son public. Il est primordial de comprendre les objectifs des investisseurs qui s’intéressent aux solutions fondées sur la nature – notamment l’atténuation des risques, les exigences ESG et la réalisation d’objectifs climatiques – pour concevoir des projets de restauration de la nature qui atteignent des objectifs communs aux collectivités, aux écologistes, aux entreprises et aux gouvernements.

Nature Conservancy of Canada
Photo credit: Nature Conservancy of Canada

Simplifier les politiques pour optimiser l’investissement public

Si les gouvernements stimulent l’investissement dans les solutions, ils peuvent aussi freiner les progrès. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), les flux d’argent public vers les solutions fondées sur la nature représentent moins d’un dixième des dépenses publiques en subventions nuisibles à l’environnement. La question est particulièrement préoccupante dans le secteur agricole. Les agriculteurs canadiens, par exemple, peuvent recevoir des fonds pour favoriser des pratiques durables dans le cadre du Fonds d’action à la ferme pour le climat, qui encourage l’adoption de cultures de couverture et l’amélioration des pratiques en matière d’utilisation de l’engrais. Ils peuvent aussi bénéficier d’une assurance récolte subventionnée par l’État, qui, selon certains agriculteurs, peut encourager la culture sur des terres marginales qui ne seraient pas rentables sans cela23. 24 On peut trouver des exemples comparables aux États-Unis, dans le cadre du Federal Crop Insurance Program. Certains États prennent des mesures pour remédier à l’inadéquation entre les filets de sécurité de l’État et les aides à l’agriculture durable, en offrant des programmes tels que des réductions sur les primes d’assurance pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables, tel le Crop Insurance Discount Program du Department of Agriculture & Land Stewardship de l’Iowa en faveur de l’adoption de cultures de couverture.

Les gouvernements et les entreprises du secteur privé ont également eu du mal à élargir les mesures d’encouragement fondées sur le marché pour les projets fondés sur la nature. Certains agriculteurs en prennent acte et utilisent les subventions gouvernementales pour lancer des initiatives locales leur donnant la maîtrise de l’intégration de la valeur des services écosystémiques dans leur entreprise et de la reconnaissance de cette valeur sur le marché. La fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, par exemple, a appris tôt dans son parcours d’atténuation des GES l’importance de collecter des données fiables et de surveiller le carbone du sol pour tirer profit des marchés du carbone. Encouragée par les dirigeants locaux, la fédération aide les agriculteurs à harmoniser leurs pratiques avec les protocoles de compensation du carbone et à élaborer des algorithmes et des normes de données leur permettant de débloquer la valeur carbone et d’améliorer leur efficacité.

Étude de cas

Lieu : Île-du-Prince-Édouard, Canada

En mettant l’accent sur les crédits de carbone, les agriculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard ont compris que les gains d’efficacité réalisés grâce à des pratiques de réduction des émissions de GES étaient en soi la véritable occasion économique.

Élément déclencheur :

Le désir d’encourager les agriculteurs à prendre des mesures pour le climat est l’élément qui a décidé la fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard (PEIFA) à établir l’infrastructure de mesure des émissions de GES et du carbone dans le sol nécessaire pour lier les agriculteurs aux marchés du carbone, tout en conservant la propriété de leurs données.

Les agriculteurs peuvent être des chefs de file pour faire progresser les solutions favorables pour le climat. La gestion responsable des intrants, comme les engrais azotés, essentiels pour obtenir des récoltes et des rendements sains, est un des éléments clés du rôle des agriculteurs dans l’action climatique. La production de pommes de terre représente la majeure partie de l’utilisation des terres agricoles de l’Île-du-Prince-Édouard, soit quelque 86 500 acres (env. 35 000 hectares). La pomme de terre étant une plante riche en nutriments, elle permet d’étudier la possibilité d’encourager des gains d’efficacité dans l’utilisation d’engrais, grâce à des crédits de carbone récompensant la réduction des émissions nettes de GES.

Mécanisme de changement :

Une combinaison de financement gouvernemental et de leadership provincial, sous la direction de la fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, et le lancement du protocole de compensation pour une meilleure gestion des terres agricoles dans le cadre du registre de compensation volontaire du carbone de VERRA ont permis de créer les conditions propices à la mise en pratique de l’Internet des objets agricole (AgIoT) de la fédération. AgIoT est une plateforme évolutive de surveillance en temps réel, indépendante du format de données, qui appartient à l’agriculteur.

L’argent, la direction de projet et un protocole établissant la norme permettant d’accroître le carbone du sol et de réduire les émissions de GES sont autant d’éléments nécessaires à la génération de crédits de carbone. Toutefois, pour des projets fondés sur la nature tels que celui-ci, la partie la plus difficile est sans doute la collecte des données. C’est ce qui a conduit à la création de la plateforme AgIoT, solution technologique faite par des agriculteurs pour des agriculteurs.

Mise en oeuvre :

Pour accéder aux marchés du carbone, les projets ont besoin de mesures de référence, sur lesquelles les agriculteurs peuvent se fonder pour adopter des pratiques de gestion exemplaires, comme la fertilisation de précision ou les cultures couvertes, pour déterminer les progrès réalisés. La fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard a mis sur pied une initiative de culture à faible empreinte carbone, la « P.E.I. Low Carbon Cropping Initiative », qui s’étend à ce jour à 4 800 acres (env. 1 950 hectares) et constitue un projet conforme au marché des crédits compensatoires, avec pour objectif d’inscrire le projet sur un marché du carbone. Au début du projet, la fédération et ses agriculteurs ont fait un constat : les exploitations agricoles n’avaient aucune capacité de recueillir le degré de données requis pour accéder aux marchés du carbone. Elle a donc entrepris d’automatiser autant que possible l’engagement des agriculteurs au moyen de la plateforme AgIoT.

AgIoT automatise la collecte et le traitement des données afin de réduire la charge de travail des agriculteurs pour gérer et conserver leurs données. Des capteurs sur le terrain recueillent en temps réel les données, qui sont automatiquement téléversées dans le nuage ; l’utilisateur peut ensuite y accéder au moyen du tableau de bord d’AgIoT. Les algorithmes de la plateforme relatifs au carbone dans le sol et aux émissions de GES utilisent les données réelles des agriculteurs pour estimer la teneur des sols en carbone d’origine agricole et les émissions de GES, afin de déterminer l’incidence sur les émissions nettes de GES.

Retombées :

En 2024, une version semi-automatisée des algorithmes d’AgIoT a été utilisée pour modéliser des fermes pilotes participant à l’initiative de culture à faible empreinte carbone. Elle a analysé les volumes historiques déclarés des récoltes, des carottes de sol récentes et un modèle fondé sur un processus pour estimer les émissions de GES et le carbone dans le sol. Les résultats des fermes pilotes ont révélé que la réduction des émissions de GES des exploitations était de l’ordre de 50 à 150 kilogrammes d’équivalents de dioxyde de carbone par hectare. Les pratiques suivies par le projet pilote, notamment la gestion de précision des engrais azotés, ont également montré que les agriculteurs pourraient économiser de 50 $ à 120 $ d’intrants par hectare. Il s’agit là d’un effet direct de l’optimisation d’un système de production pour obtenir des résultats économiques et environnementaux positifs.

Si les gains d’efficacité ainsi modélisés étaient appliqués aux 86 500 acres (env. 35 000 hectares) de terres consacrées à la production annuelle de pommes de terre, on pourrait espérer une réduction de 1 750 à 5 250 tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone par année. Et on ne parle là que de l’amélioration de la précision des données des agriculteurs pour obtenir des gains d’efficience.

Enseignements :

Carbon markets for nature-based projects is not for the faint at heart. It’s costly. It’s time consuming. And it’s complicated to measure, monitor, report and verify net GHG reductions from biological systems over time because there are many variables to consider that are out of a human’s control. But when you have the right mix of technical skills on the ground to build and apply data solutions like AgIoT, pursing carbon credits can be a pathway to unlock new innovations and efficiencies for farmers.

A farm operation that can collect the necessary data for accessing carbon markets will have a tremendous opportunity to improve decision making and profitability, which is more valuable than the actual carbon credit.

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Mettre à profit les marchés pour promouvoir la nature et accroître ses revenus

Marchés des titres compensatoiresSystème de négociation où des personnes souhaitant compenser leur incidence sur l’environnement en rémunèrent d’autres afin de créer des avantages environnementaux ailleurs.
Mécanismes de compensation intégréeRéduction ou compensation des effets sur l’environnement au sein de la propre chaîne de valeur d’une entreprise. L’entreprise investit dans des projets positifs pour la nature et le climat directement liés à ses fournisseurs, à ses activités ou à son réseau de distribution.
PrimesPaiement d’un supplément pour les produits ou services durables afin de couvrir le coût supérieur des solutions à faibles émissions de carbone ou respectueuses de l’environnement.
À toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, les consommateurs ou les acheteurs paient un prix plus élevé ou accordent un traitement préférentiel pour favoriser une production durable ou la protection de la nature.
Accès au marchéPénétration du marché grâce au respect de normes ou de certifications précises en matière de durabilité.

Les marchés des services écosystémiques couvrent une gamme croissante de résultats, tels des mécanismes de négociation liés à la qualité de l’eau aux États-Unis, les marchés émergents de la biodiversité, comme en Australie, ou les systèmes d’échange de quotas d’émissions dans l’UE. Pourtant, l’activité sur les marchés est principalement axée sur la production de crédits provenant de la réduction, de l’élimination et de l’évitement des émissions de GES, grâce à des mécanismes de conformité et de réduction volontaire de son empreinte carbone. Au total, 15,3 milliards de dollars de crédits se sont échangés sur le marché des crédits compensatoires volontaires. Après avoir atteint un sommet de 2,6 milliards de dollars en 2021, l’activité de ce marché a connu une baisse constante et atteint en 2024 son niveau le plus bas depuis cinq ans, avec une valeur de 727 millions de dollars de crédits négociés25. Ce recul peut être attribué à des facteurs aggravants, notamment la phase de maturité que traverse le marché, avec l’intégration de garde-fous supplémentaires en matière d’intégrité et d’assurance, et la volatilité macroéconomique depuis la pandémie de coronavirus.

Malgré le repli du marché, la maturation du marché du carbone devrait stimuler le financement du capital naturel. Le marché de la compensation volontaire est toujours en phase de transition et cherche à améliorer la qualité des crédits offerts et à s’harmoniser avec les normes de conformité du marché. Un des premiers signes de redémarrage du marché de la compensation volontaire est la hausse de la demande de projets de qualité fondés sur la nature générant des crédits d’élimination des GES. C’est là l’occasion de réaliser des projets fondés sur la nature visant à extraire activement le dioxyde de carbone de l’atmosphère par une gestion et une restauration actives des puits de carbone, notamment les zones humides, les terres cultivées, les forêts, les prairies et les fonds océaniques. La récente évolution des protocoles de compensation fondés sur la nature offre les cadres nécessaires pour générer les crédits d’élimination des GES en demande.

Le « carbone bleu », par exemple, a le potentiel de purger chaque année l’atmosphère de trois gigatonnes de carbone, ce qui équivaut à plus de 3 % des émissions mondiales26. Avec l’élaboration de protocoles sur le carbone bleu comme l’initiative Tidal Wetland and Seagrass Restoration sur le registre de compensation du carbone de l’organisme VERRA, les communautés et les propriétaires terriens peuvent voir les résultats de leurs efforts de conservation sur le marché. Un projet de restauration de l’herbier marin dans les baies côtières de l’est de la Virginie, auquel participent des chercheurs, des spécialistes de la conservation, la collectivité locale et le Commonwealth de Virginie, permet de valider la faisabilité de l’introduction sur le marché d’un projet axé sur le carbone bleu, ce qui implique de modifier certaines lois, l’État étant propriétaire des fonds marins côtiers.

While nature-based protocols have allowed for increased market access, nature-based carbon offsets account for only 13% of voluntary carbon credits issued in 2025 to-date but hold more than 50% of annual carbon credit potential.27

Bien que les protocoles fondés sur la nature aient amélioré l’accès aux marchés, les mesures de compensation de carbone fondées sur la nature ne comptent que pour 13 % des crédits de carbone volontaires émis jusqu’ici en 2025, mais représentent plus de 50 % du potentiel annuel des crédits de carbone27.

Étude de cas

Lieu : Parc national de Cairngorms, en Écosse

La présentation des risques et du rendement aux investisseurs a permis de positionner ce projet de restauration de façon à attirer des investisseurs patients et, en retour, de bénéficier de contrats à long
terme permettant de réduire les coûts et l’incertitude du projet.

Élément déclencheur :

Les tourbières d’Écosse couvrent un cinquième de la masse terrestre du pays et contiennent environ 1,6 milliard de tonnes de carbone. Elles jouent également un rôle essentiel dans la filtration et la régulation du débit de l’eau, car elles influent sur l’approvisionnement en eau des villes voisines, comme Dundee et Aberdeen47. Cependant, plus de 80 % des tourbières du pays sont épuisées48. Cela tient à une combinaison de facteurs, notamment le drainage pour l’extraction de la tourbe, le pâturage du bétail et la plantation d’espèces non indigènes, comme certaines plantations de conifères. Aujourd’hui, les tourbières dégradées représentent plus de 3,5 % des émissions du Royaume-Uni et augmentent les risques d’inondation et les pertes d’habitat.

Le projet de restauration des tourbières de Cairngorms, un des plus importants du genre en Écosse, est une collaboration, saluée par un prix, entre des propriétaires fonciers, l’autorité du parc national de Cairngorms, Palladium, un cabinet d’études d’impact, et Revere, coordonnateur de la collaboration. Le projet associe financement public et financement privé pour partager les risques liés à la restauration des tourbières et assurer la durabilité des solutions de financement de la nature. Plus de 1 700 acres (env. 690 hectares), répartis sur neuf sites, sont en cours de restauration dans le parc national des Cairngorms.

Mécanisme de changement :

The project combines government funding via Peatland ACTION, a government program, with private finance through the sale of carbon offset credits verified by the Peatland Code–a voluntary certification standard for peatland restoration projects in the U.K. The Peatland Code ensures that projects are credible, providing assurance to investors through independent validation and verification. 

Carbon benefits from nature-based projects can take years to verify. As a result, revenue from carbon credit sales can be slow to materialize. This presented a challenge: find long-term investors that understand nature-based carbon and are willing to wait on their returns. Santander U.K. and Respira, an impact investor, met the challenge and provided partial funding, which facilitated an agreement with a British law firm that purchased some of the project’s Pending Issuance Units (PIUs) verified under the Peatland Code. Such patient investors were key to funding the upfront project costs.

At the start of the project, the collaborators agreed to allocate 10% of the project’s profits to a local community trust. A commitment that reflects rural Scotland’s community values and the collaborators’ responsibility to the local economy.

Mise en oeuvre :

La restauration commence par une évaluation de la santé de la tourbière, notamment en mesurant la profondeur de la tourbe et l’étendue de la dégradation. Un des principaux indicateurs de la réussite de la restauration des tourbières réside dans la hausse du niveau de la surface de l’eau. Lorsque les tourbières s’assèchent, elles sont plus susceptibles de se dégrader et de relâcher des GES, ce qui endommage les riches écosystèmes qu’elles entretiennent.

Des stratégies pour relever la surface de l’eau consistent à obstruer les drains artificiels, à restaurer les fonctions de prévention de l’érosion par la création de « digues » telles qu’un remblai ou un barrage, et à remodeler ou à revégétaliser les zones de tourbe nue. Le Peatland Code propose une méthodologie pour calculer l’incidence de ces approches sur les émissions de GES, en évaluant l’état de la tourbière avant et après la restauration.

Retombées :

Les projets de restauration des neuf sites permettent d’éviter des émissions de carbone sur la durée de 30 ans du projet, ce qui équivaut au retrait de l’atmosphère de plus de 44 000 tonnes de dioxyde de carbone. Le projet a également pour effet d’améliorer les habitats naturels en préservant des espèces animales comme le pluvier doré, le lagopède d’Écosse, le pipit des prés et le courli. Les tourbières en bonne santé permettent aussi de filtrer naturellement l’eau, ce qui réduit la quantité de polluants et de nutriments qu’elle peut contenir.

Les collaborateurs au projet ont également travaillé avec la Scott Land Commission et le gouvernement écossais pour développer des avantages économiques au-delà du seul rendement financier des crédits de carbone, comme les occasions d’emploi pour les entrepreneurs. Cela permet d’offrir des avantages tangibles et immédiats aux collectivités locales, en y investissant à long terme l’engagement financier de 10 % évoqué plus haut.

Enseignements :

Les cours actuels du marché du carbone et les fonds gouvernementaux ne suffisent pas à couvrir les coûts du projet. Attirer du financement par actions nécessite d’établir des accords d’enlèvement offrant aux investisseurs des garanties appropriées, aptes à leur donner confiance dans la gestion des risques et la viabilité à long terme du projet.

En plus de l’augmentation des sommes consacrées à la restauration dans le cadre de projets à long terme, les sous-contrats à long terme offrent une certitude accrue quant au budget du projet et permettent à l’équipe de prévoir et de tarifer avec plus d’exactitude les crédits de carbone qu’elle vend aux entreprises. Si la base des coûts est stable, il est plus facile de calculer les revenus nécessaires à la rentabilité du projet.

Photo credit: Ed Smith

Des investisseurs patients sont essentiels pour obtenir de la nature des rendements solides

La mise en marché de projets fondés sur la nature de qualité prend du temps. La longueur des changements écologiques et la difficulté inhérente à l’attribution de résultats précis et mesurables en matière de biodiversité à une intervention donnée ajoutent à la complexité et au coût de ce type d’intervention.

Par exemple, les résultats de la création de mesures de compensation de carbone à partir de projets fondés sur la nature peuvent prendre des décennies à vérifier. Les personnes participant à un projet de restauration des tourbières dans les hautes terres d’Écosse ont dû relever un défi : trouver des investisseurs suffisamment patients pour attendre avant d’obtenir des rendements. Une méthode consiste à obtenir des acheteurs des garanties de marché par l’intermédiaire de rendements de crédits différés pour l’élimination du carbone ou des avantages en matière de biodiversité qui auront sur le marché une valeur supérieure, mais qui sont plus longs à générer, comparativement à des projets d’énergies renouvelables susceptibles de générer des crédits dès le jour de leur mise en œuvre. Un exemple récent est la Symbisis Coalition, formée de Microsoft, Google, Salesforce, Meta et McKinsey & Company. Ces grandes entreprises offrent des garanties aux investisseurs réfractaires au risque.

Étude de cas

Lieu : Rives est de la Virginie, États-Unis

Le leadership de la collectivité en matière de recherche et de conservation a conduit au plus important projet de restauration de l’herbier marin au monde. Les changements apportés à la législation de l’État ont permis de lier le projet au marché du carbone, avec pour effet de créer une nouvelle source de

Élément déclencheur :

Avec plus de 133 000 acres (env. 53 850 hectares) de terres conservées et protégées s’étalant sur 120 kilomètres, la réserve littorale de la Virginie (Virginia Coast Reserve) est la plus longue étendue sauvage côtière de la côte est. Les parties prenantes du littoral, comme The Nature Conservancy, qui possède et gère activement plus de 40 000 acres (env. 16 200 hectares) de cette superficie, contribuent de bien des façons à l’écosystème naturel et à l’économie locale – en stimulant la biodiversité des poissons et des crustacés ainsi qu’en protégeant et en restaurant les barrières naturelles qui protègent les collectivités des événements météorologiques extrêmes, comme les ouragans. Il manquait toutefois un élément à cet écosystème croissant et vivant.

Depuis plus de 70 ans, on pensait que la zostère, herbe aquatique poussant dans les baies peu profondes, avait disparu des baies côtières de Virginie à la suite d’une épidémie d’agents pathogènes et de la tempête de 1933. Une petite trace en a été découverte en 1999, ce qui indiquait qu’une source de graines migrait probablement de la baie de Chincoteague et a suscité l’optimisme quant à une possible restauration de la zostère49.

La restauration de la zostère présente de nombreux avantages, notamment la création d’un environnement favorable pour la pêche commerciale et récréative, car elle sert de pépinière pour les poissons et les crustacés, la prévention de l’érosion des rivages et la séquestration du carbone. La plantation de zostère et le carbone séquestré au fond de l’eau dans ses racines sont appelés le « carbone bleu » ; celui-ci peut rester au fond de l’eau durant des milliers d’années, ce qui en fait l’une des solutions au changement climatique les plus durables.

Mécanisme de changement :

L’approche adoptée pour la mise en œuvre à grande échelle de la restauration de la zostère en Virginie est un modèle de collaboration dans le cadre d’un projet fondé sur la nature complexe. The Nature Conservancy, le Virginia Institute of Marine Science, l’Université de Virginie et le Commonwealth de Virginie y contribuent tous de différentes façons : réensemencement, engagement de la collectivité, mesures et surveillance, et modification des politiques publiques.

Ce projet sert également de validation de concept pour la façon d’amener les projets liés au carbone bleu sur les marchés du carbone. Bien que la production de crédits de carbone n’ait pas été l’idée-force de cette collaboration, elle a offert à l’équipe un moyen de financer ses efforts de restauration pour l’avenir. Mais pour positionner le projet de restauration de la zostère de façon à générer des crédits de carbone à vendre, il était nécessaire de mettre en place des protocoles et de modifier des politiques.

Pour commencer, un protocole de compensation, Tidal Wetland et Seagrass Restoration, a été créé dans le registre des crédits compensatoires de Verra en 2015. L’équipe du projet a ainsi pu suivre une approche normalisée pour mesurer, déclarer et vérifier les effets du réensemencement de zostère sur l’élimination du carbone. Le deuxième élément manquant était d’habiliter le Commonwealth de Virginie à posséder et à vendre des crédits de carbone liés à des projets de restauration de la nature, une pratique qui n’était pas reconnue dans sa législation. Le Commonwealth de Virginie possède tous les fonds marins de l’État, et, de ce fait, les droits légaux sur le carbone qui y est stocké. Des modifications apportées aux lois ont permis à l’État de participer à des projets de compensation du carbone et d’exiger que tout produit de la vente de crédits de carbone soit réinvesti dans le projet – pour financer une surveillance et des recherches supplémentaires ou pour couvrir des coûts administratifs.

Mise en oeuvre :

L’ensemencement direct de zostère génère des crédits dans le cadre du projet de restauration, ce qui permet d’accroître la superficie de l’herbier marin dans la région. Le Virginia Institute of Marine Science dirige les pratiques de restauration, et The Nature Conservancy mobilise la collectivité, qui a joué un rôle crucial dans la collecte de plus de 72 millions de graines. Ces graines ont été éparpillées sur 700 acres (env. 285 hectares) afin d’accélérer la propagation naturelle de la zostère, qui couvre à présent quelque 10 000 acres (4 050 hectares) dans les baies South, de Spider Crab, de Hog Island et de Cobb Island. La zone visée par le projet lié au marché du carbone, et qui respecte les critères du protocole de compensation, couvre une superficie d’environ 3 000 acres (env. 1 215 hectares) – ce qui comprend la zone où la zostère est restaurée et les fonds marins disponibles pour étendre la restauration.

Retombées :

Le projet devrait permettre de retirer de l’atmosphère l’équivalent de plus de 42 000 tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone (éq. CO2) en 30 ans, ce qui permettra de recueillir 1,4 million de dollars pour la recherche et la gestion de la restauration de la zostère sur les côtes de Virginie.

Les avantages économiques du projet vont bien au-delà des crédits de carbone. Au début des années 1930, le pétoncle de baie était abondant le long du littoral, ce qui soutenait la pêche commerciale. La disparition de la zostère a toutefois entraîné la destruction de l’habitat de prédilection de ce crustacé. Une restauration réussie de la zostère pourrait ouvrir la voie à une restauration potentielle du pétoncle – et la nature ouvrirait ainsi la voie à un renouveau de la pêche récréative et commerciale. Le secteur de l’élevage de crustacés en aquaculture s’est inquiété que l’expansion de la zostère puisse faire concurrence aux crustacés sur les fonds marins, mais de nouvelles recherches et de nouvelles approches de planification inclusive de l’utilisation des terres permettent d’assurer la réussite à la fois de la conservation et du secteur de l’élevage de crustacés.

Enseignements :

La génération de crédits de carbone sur un marché bien établi peut prendre des années, ce qui souligne le fait qu’il s’agit d’une bonne option pour contribuer à un financement mixte, mais ce n’est souvent pas l’élément décisif de la réussite d’un projet. En fin de compte, le projet doit profiter aux collectivités, à la nature et aux entreprises par des moyens allant au-delà des crédits de carbone, afin de favoriser la durabilité des projets de solutions fondées sur la nature.

Photo credit: Nature Conservancy of Canada

Conscient que les agriculteurs, les exploitants forestiers et les pêcheurs ne peuvent pas assumer tous les risques liés à l’investissement dans la constitution du capital naturel, un mouvement grandissant a commencé à promouvoir des pratiques agricoles durables grâce à du financement de la chaîne logistique et à des mesures d’encouragement. Des acheteurs, dont PepsiCo, investissent dans des fournisseurs d’intrants, comme les entreprises d’engrais Nutrien et Yara, par divers mécanismes, dont des programmes de compensation intégrée, des paiements pour certaines pratiques et de primes vertes, pour un total de plus de 1,6 milliard de dollars publiquement promis par des entreprises à ce jour28.

Hausser la barre en matière de chaînes d’approvisionnement durables

Primes vertes : les prix payés pour les produits répondant aux normes de durabilité sont plus élevés – les conditions d’accès aux marchés favorables liées aux critères de durabilité jouent un rôle important dans la promotion des pratiques durables. Mais une question fondamentale demeure : qui doit payer la prime ? On présume souvent que la prime verte est supportée par l’acheteur final, alors qu’en pratique, ce dernier a besoin d’un signal du marché pour la payer. De ce fait, les primes sont sporadiques sur le marché. Depuis peu, les agriculteurs qui cultivent des matières premières destinées aux biocarburants, comme le canola, le soja et le maïs, observent l’émergence sur le marché de primes vertes pour prouver la durabilité de leur production et accéder à des marchés comme l’UE et les États-Unis.

Ces primes vertes sont souvent appuyées par des certifications qui encouragent de façon plus générale une gestion responsable des ressources et le bien-être de la collectivité, ainsi que l’établissement de normes pour les pratiques associées. À l’échelle mondiale, la part de marché des ressources affichant ces certifications est en croissance, 19 % des prises d’origine marine étant liées au Marine Stewardship Council (MSC) et quelque 200 000 millions d’hectares de forêts dans le monde étant certifiés par le Forest Stewardship Council (FSC)2930.

Bien que ces certifications aient été critiquées en raison de leur rigueur, elles s’avèrent efficaces pour faire progresser et suivre la mise en œuvre des pratiques voulues sur le terrain. Par exemple, la surveillance des mammifères au Gabon et en République du Congo montre que la diversité des espèces est plus importante dans les forêts certifiées FSC que dans les forêts non certifiées31. De telles certifications demeurent l’une des rares approches existantes à grande échelle à favoriser la normalisation du marché en ce qui a trait à l’utilisation durable des ressources naturelles et à en permettre la reconnaissance et la promotion dans la chaîne d’approvisionnement.

Ces certifications se ctorielles sont souvent indépendantes des gouvernements, mais ces derniers stimulent aussi les marchés en faveur de la nature. Au Royaume-Uni, dans le cadre du programme Biodiversity Net Gain, les versements au titre du crédit pour la biodiversité ont atteint plus de 360 000 $ pour la première année d’exploitation (de 2024 à 2025)32. Un mécanisme de marché qui crée de la valeur pour ceux qui gèrent des actifs naturels, comme les agriculteurs, en dehors des zones de développement, et qui incite les développeurs à intégrer la nature dans leurs nouvelles constructions. Wendling Beck, une collaboration dirigée par quatre agriculteurs du comté de Norfolk, au Royaume-Uni, montre la façon dont les exploitants agricoles peuvent tirer profit des occasions de revenu offertes par les marchés de l’environnement, tout en produisant des aliments.

Étude de cas

Lieu : Wendling Beck, comté de Norfolk, Royaume-Uni

L’ambition de construire 300 000 logements par an au Royaume-Uni et un programme complémentaire de compensation pour la biodiversité offrent aux agriculteurs une nouvelle façon de générer des revenus et de renforcer la résilience sur leurs terres.

Élément déclencheur :

Les pénuries d’eau se multiplient dans le comté de Norfolk. En 2045, le déficit en eau dans le comté pourrait atteindre 472 millions de litres par jour50. Cette situation est causée par une délivrance de permis et une extraction d’eau des cours d’eau de la région excessives, par l’augmentation de la population et par les effets des changements climatiques, ainsi que par la pollution de l’eau. Ce stress hydrique pose de réels problèmes pour la croissance économique, qu’il s’agisse de pertes de rendement dans les exploitations agricoles ou de la disponibilité de l’eau nécessaire aux infrastructures bâties, à la fabrication et à la consommation humaine.

Outre la nécessité d’atténuer les facteurs de stress environnementaux, comme la disponibilité de l’eau, les agriculteurs britanniques font de plus en plus face à des difficultés économiques. Le financement accordé au titre de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE est appelé à disparaître progressivement au Royaume-Uni d’ici 2028, et une intégration de subventions régionales est en cours. Qui plus est, l’augmentation de la volatilité et de la fréquence des événements perturbateurs, comme les sécheresses ou les droits de douane, peut déstabiliser les entreprises agricoles – et stimuler la demande de sources de revenus plus diversifiées et durables autres que les marchés des marchandises agroalimentaires.

Mécanisme de changement :

Farmers are known for helping their neighbours and community. But managing private land is often an individual endeavor.Four farmers from Wendling Beck are challenging this norm by working with conservation organizations and the local water utility company to lead landscape-scale adoption of nature-based solutions, delivering positive outcomes for water, biodiversity, climate and the farmers’ businesses.

Grants kickstarted the feasibility phase of the Wendling Beck farmers’ adoption of nature-based solutions. This helped mitigate the risks for the farmers if new practices such as rehabilitating marginal land did not net out positively. Now, the farmers’ efforts in rehabilitating landscapes and maintaining practices are enabled through private finance, ecotourism, and environmental marketplaces. Biodiversity net gain (BNG) units are a key source of revenue under the new scheme introduced in 2024, which requires developers to deliver at least a 10% net increase in biodiversity compared to pre-development conditions.

Mise en oeuvre :

Over 2,000 acres are being rehabilitated with diverse activities on the land, including food production, wildlife habitat, flood management and water quality improvements. These activities are the result of farmers adopting nature-based solutions, including species-rich grassland restoration. Wendling Beck farmers continue to generate revenue through farming black currents and raising livestock on grasslands, stacked with revenue from environmental credits.

To ensure there is evidence backing the rigor of the credits sold by the farmers, counterfactual baseline measurements were set, and ongoing monitoring is conducted to ensure impacts are accounted. Species count, water quality and carbon sequestration are all being monitored through remote sensing, surveys, and eDNA barcoding.

Plus de 2 000 acres (env. 800 hectares) font l’objet d’une remise en état par diverses activités sur le territoire, notamment la production de nourriture, l’habitat de la faune, la gestion des inondations et l’amélioration de la qualité de l’eau. Ces activités sont le résultat de l’adoption par les agriculteurs de solutions fondées sur la nature, notamment la restauration de prairies riches en espèces. Les agriculteurs de Wendling Beck continuent de générer des revenus en cultivant du cassis et en élevant du bétail dans les prairies, auxquels s’ajoutent des revenus provenant des crédits environnementaux.

Pour veiller à ce que la rigueur des crédits vendus par les agriculteurs soit justifiée par des preuves, des mesures de base contrefactuelles ont été établies, et un suivi continu est effectué pour s’assurer que les effets sont pris en compte. Le nombre d’espèces, la qualité de l’eau et la séquestration du carbone sont autant d’éléments qui sont surveillés par des moyens de télédétection, des sondages et des codages à barres de l’ADNe.

Retombées :

Ultimement, les agriculteurs de Wendling Beck ont revu leur modèle d’affaires, en se diversifiant au-delà de la production de revenus tirés de la production alimentaire pour tirer également profit de leur contribution à l’édification du capital naturel au Royaume-Uni. Le modèle financier du projet utilise de façon prudente 47 000 $ CA par unité de biodiversité, ce qui assure aux cultivateurs de Wendling Beck des revenus projetés de 131 millions de dollars de revenus sur plus de 30 ans. Ils ont déjà près de 10 millions de dollars sous contrat. Ces crédits correspondent à 1 500 acres (env. 610 hectares) de création d’habitats. De plus, dans le cadre du programme de neutralité des rejets de nutriments, le projet retourne 400 acres de terre à l’habitat naturel afin d’obtenir des crédits au titre des nutriments pour les projets de construction d’habitations. Le programme oblige les promoteurs immobiliers à compenser et à atténuer l’incidence nette du ruissellement des nutriments des nouveaux projets domiciliaires vers les habitats aquatiques protégés par l’achat de crédits. La création de crédits de neutralité des rejets de nutriment par les agriculteurs de Wendling Beck a permis de construire environ 2 000 logements à Norfolk51.

Enseignements :

L’élaboration d’une grille de vision et l’encouragement de l’harmonisation parmi les parties prenantes se sont avérés essentiels à la réussite du projet à mesure que le nombre de celles-ci augmentait. Les projets de financement de la nature rassemblent souvent des parties prenantes issues de différents secteurs et ayant des objectifs différents. L’élaboration d’une vision commune peut faire progresser la réalisation d’un objectif commun, communiquer la façon dont les éléments d’un projet contribuent aux objectifs généraux et favoriser la continuité à mesure que de nouvelles parties prenantes s’ajoutent à l’équipe au fil des étapes du projet.

Le modèle de Wendling Beck est évolutif, et les flux de financement de la nature peuvent être cumulés, mais il nécessite de combler le fossé entre production agricole et savoir-faire en matière de conservation de l’environnement, afin d’élaborer des solutions pratiques pour les exploitations agricoles en activité. Les agriculteurs ayant participé au projet Wendling Beck permettent maintenant à d’autres régions de faire la même chose par l’entremise d’une société de services-conseils dirigée par des agriculteurs.

Photos: The Wendling Beck Project
Photo credit: The Wendling Beck Project

Libérer le potentiel de la nature grâce à des modèles d’affaires

Résultats triplesCadre de gestion mesurant la réussite selon trois volets : les gens (volet social), la planète (volet environnemental) et les profits (volet économique).
 
Les entreprises intègrent les résultats sociaux et environnementaux dans leurs stratégies parallèlement aux résultats financiers et font souvent un suivi des paramètres pour chaque volet.
Produits et services durablesModèles d’affaires concevant, produisant et offrant des biens ou services ayant un minimum d’incidence négative et souvent des effets positifs sur l’environnement et la société.
 
Les produits et services sont conçus pour réduire l’utilisation des ressources et promouvoir la circularité, un approvisionnement éthique et des avantages sociaux et sont commercialisés en tant que solutions durables

Au cours de la dernière année, la nature s’est imposée comme une priorité dans l’information ESG des entreprises. Un sondage réalisé par la Stanford University Business School auprès d’investisseurs révèle que la durabilité des chaînes d’approvisionnement et le capital naturel arrivent en 3e et 4e positions dans la liste des facteurs environnementaux dont ils tiennent compte en priorité dans l’information ESG d’une société33. Les mesures relatives au climat demeurent la principale considération dans le domaine de l’environnement et sont parmi les trois principaux motifs de l’engagement ESG des investisseurs à l’égard des trois piliers des questions ESG. Il s’agit d’un point important, car les enjeux naturels et climatiques sont liés, en particulier dans les secteurs fondés sur la nature, comme l’industrie forestière, où l’atténuation des risques reste un souci majeur pour les investisseurs dans leur engagement ESG auprès des entreprises34.

L’intérêt croissant pour la nature résulte de la demande des investisseurs et de la reconnaissance des risques associés au non-respect par les entreprises d’une gestion responsable du capital naturel. Lors de la conférence de Cali sur la biodiversité, ou COP16, organisée en 2024 par l’ONU en Colombie, plus de 27 fonds de retraite ont dénoncé l’inaction des gouvernements et exigé une réglementation et des normes plus rigoureuses pour résoudre la crise de la nature. Black Rock a déclaré publiquement que la préservation de la nature – l’eau, le carbone des sols et la biodiversité – était une catégorie fondamentale d’actifs. Goldman Sachs a lancé un fonds d’obligations pour la biodiversité avec pour objectif de recueillir plus de 700 millions de dollars. Le Government Pension Fund Global de l’État norvégien, qui gère pour 2 100 milliards de dollars d’actifs, a publié une évaluation des risques liés à la nature pour environ 90 % de son portefeuille35.

Des modèles d’affaires axés sur la collectivité qui fonctionnent

Un nombre croissant d’investisseurs recherchent des entreprises capables de démontrer une approche durable dans leur relation avec les actifs naturels et l’utilisation qu’ils en font. Les entreprises qui réduisent l’intensité de leur incidence sur l’écosystème et leur empreinte carbone et foncière sont également plus performantes. L’indice de la biodiversité S&P 500, annualisé sur 5 ans, dépasse légèrement (de 0,26 %) l’indice S&P 500b.

Repenser les modèles d’affaires conventionnels des entreprises et des secteurs d’activité qui misent sur des actifs naturels est l’occasion de replacer le rôle stratégique de la nature dans une économie en croissance. Mais l’adhésion et les preuves sur le terrain sont essentielles. Un collectif d’agriculteurs, d’organismes de conservation et d’entreprises des Prairies canadiennes coopère pour déterminer si les plans de gérance de l’eau du bassin du lac Winnipeg sont bons pour les affaires. Poussé par la curiosité, ce groupe crée un modèle d’évaluation du rendement des investissements et des marges de profit des agriculteurs intégrant une comptabilité de la nature, qui soit reproductible et adaptable dans toutes les régions agricoles.

Étude de cas

Lieu : Sud du Manitoba, Canada

Les agriculteurs font évoluer leur rôle dans la conservation de la nature en menant des activités de gérance de l’eau dans leurs exploitations. Des agriculteurs du sud du Manitoba montrent comment leurs
pratiques produisent des résultats positifs pour l’environnement dans leur bassin hydrographique et améliorent leurs résultats financiers.

Élément déclencheur :

Le lac Winnipeg, dixième lac d’eau douce le plus vaste au monde, s’est détérioré au cours des 50 dernières années en raison du ruissellement de nutriments provenant de l’agriculture, de l’aménagement urbain et des déchets municipaux et industriels. Cette situation a permis aux algues de s’épanouir, ce qui est un obstacle à l’utilisation de l’eau à des fins industrielles et nuit aux activités récréatives sur le lac52. Cela coûte cher à l’économie canadienne et aux entreprises qui dépendent de la stabilité de la qualité et de la quantité de l’eau, notamment les agriculteurs du bassin du lac Winnipeg.

Mécanisme de changement :

Un collectif rassemblant des organisations, des entreprises agricoles et quatre exploitations agricoles couvrant plus de 45 000 acres (env. 18 200 hectares) des Prairies s’est réuni pour concevoir un projet visant à faire valoir les avantages des pratiques de gérance de l’eau pour les entreprises53. Un projet de recherche appliquée aide ce groupe à comprendre comment les plans de gérance de l’eau et leur mise en œuvre peuvent créer de la valeur pour les agriculteurs, en leur donnant les moyens de relater des histoires fondées sur des données à propos de leur contribution à des résultats positifs sur le plan environnemental.

Bien que le financement ne soit pas la raison ayant incité les agriculteurs à se joindre au collectif – c’était plutôt la curiosité de connaître les effets de la gérance de l’eau sur leurs exploitations et le désir d’en témoigner –, les entreprises du groupe travaillent avec les agriculteurs participants pour mettre à l’essai des modèles de mesures d’encouragement, notamment une combinaison de crédits de carbone et de paiements visant à encourager certaines pratiques. Nutrien, producteur d’engrais canadien, travaille avec deux des fermes participantes dans le cadre de son programme Sustainable Nitrogen Outcomes, axé sur l’azote durable . Le programme offre des paiements en fonction des résultats en matière de réduction des émissions de GES obtenus grâce à une meilleure gestion des engrais azotés par les agriculteurs54.

Mise en oeuvre :

Les agriculteurs mettent en œuvre des pratiques tirées de leurs plans de gestion de l’eau et travaillent avec une équipe de recherche pour évaluer le rendement de leurs investissements dans la rentabilité, la productivité et l’environnement. Les pratiques de gestion de l’eau ont été classées et évaluées en fonction de deux stratégies. La première met en œuvre des pratiques ciblées sur des terres cultivables, ce qui comprend des changements dans le travail du sol, l’adoption de technologies agricoles de précision et une rotation des récoltes. La deuxième est axée sur l’amélioration des milieux naturels non cultivés se trouvant sur une propriété agricole, comme la restauration de terres agricoles marginales ou l’amélioration des zones humides, des haies et des espaces verts. Les résultats évalués des pratiques adoptées en 2023 et en 2024 par les quatre exploitations agricoles sont notamment l’amélioration de la qualité de l’air, l’amélioration de la santé des sols et l’accroissement de la biodiversité, qui étaient organisés en fonction du bien public et du bien privé.

Retombées :

Les agriculteurs ont généré en moyenne une valeur de 6 900 $ par acre (17 000 $/ha) pour le public grâce à des services écosystémiques comme la pollinisation, l’habitat  , la santé des sols et la régulation de l’eau. La valeur retournée aux agriculteurs, selon les cours du marché du carbone dans la région, a été de 33 $ l’acre (81,51 $/ha).

Le projet a aussi eu des conséquences sociales. Grâce à des activités de partage des connaissances et à des visites de fermes, les membres de la communauté agricole ont été sensibilisés à l’importance de gérer l’eau et ont manifesté un engouement et un intérêt considérable à cet égard. Ce projet inspire également des efforts environnementaux similaires, axés sur la gérance de l’eau, dans d’autres régions.

Enseignements :

Les gouvernements jouent un rôle clé dans l’écosystème de soutien aux agriculteurs, par du financement, des prolongations et de la normalisation. Toutefois, les échéanciers et les priorités du gouvernement ne correspondent pas toujours à ceux des agriculteurs et des entreprises. Néanmoins, le fait de ne pas faire jouer un rôle actif au gouvernement au sein du collectif est devenu un obstacle à l’élargissement de ses résultats. Son absence a également fait manquer des occasions de faire concorder les plans de gérance de l’eau des agriculteurs avec les programmes gouvernementaux. Le collectif travaille activement à mobiliser le gouvernement et à tirer parti des occasions découlant de la collaboration.

Photo credit: Mike Nemeth

Dans un modèle d’affaires à triple résultat, les multiples sources de revenus peuvent contribuer à atténuer les frictions entre l’environnement, la résilience des collectivités et les objectifs de croissance économique. Un cadre financier et politique favorable y contribue également. Un plan de gestion fondé sur les écosystèmes ayant cartographié les multiples objectifs environnementaux, communautaires et économiques de la gestion forestière a permis de positionner la forêt communautaire de Cheakamus entourant Whistler, en Colombie-Britannique, de façon à établir un modèle d’affaires résilient équilibrant les revenus tirés des services écosystémiques et de l’exploitation du secteur agricole.

Étude de cas

Lieu: Whistler (Colombie-Britannique), Canada

Les accords relatifs à la forêt communautaire de la Colombie-Britannique, qui marquent le passage des conflits au développement économique axé sur la collectivité, ont ouvert la voie à une exploitation forestière collective qui met en oeuvre un modèle d’affaires à trois types de résultats et tire profit de services écosystémiques comme la séquestration du carbone, le tourisme et l’exploitation forestière.

Élément déclencheur :

Les conflits relatifs à la gestion et la propriété de la forêt étaient un problème de longue date en Colombie-Britannique. En réponse aux demandes accrues de contrôle des forêts par les Premières Nations et les collectivités locales, la province a instauré en 1998 des permis d’exploitation de la forêt par secteurs, appelés Community Forest Agreements (CFA) – ou accords relatifs à la forêt communautaire. Cela a permis d’établir un nouveau type de tenure pour la gestion forestière, qui est conforme aux valeurs et à la vision des collectivités locales en matière de développement.

Mécanisme de changement :

Les accords relatifs à la forêt communautaire visent les terres provinciales de la Couronne en Colombie-Britannique, qui couvrent environ 94 % du territoire. Les permis sont délivrés par la province aux collectivités qui établissent un plan de gestion comportant des engagements visant à obtenir des retombées plus larges sur le plan social, économique et de l’utilisation des ressources. Ces plans de gestion sont essentiels à la réussite des accords et donnent aux collectivités les moyens d’élaborer un modèle d’affaires qui génère des avantages sociaux, économiques, culturels et environnementaux, en veillant à ce que la gestion des forêts soit dictée par les valeurs et les priorités locales. Les accords relatifs à la forêt communautaire sont également à long terme (d’une durée de 25 à 99 ans) et accordent aux communautés le droit exclusif de récolter du bois d’œuvre et de gérer les produits botaniques forestiers dans une zone déterminée. 

On compte aujourd’hui 62 de ces accords, qui couvrent environ 5 % du volume annuel des récoltes sur les terres publiques en Colombie-Britannique55. Environ la moitié de ces accords sont mis en œuvre par des nations autochtones ou des nations travaillant en partenariat avec des communautés non autochtones pour superviser les activités visées par ces accords. Par exemple, la forêt communautaire de Cheakamus est un partenariat trilatéral entre les nations Lil’wat et Squamish et la municipalité de villégiature de Whistler. La forêt communautaire de Cheakamus s’étend sur 81 589 acres (env. 33 032 hectares). Ses tenures sont gérées selon un plan de gestion fondée sur l’écosystème qui met l’accent sur les fonctions écosystémiques, les valeurs culturelles, l’atténuation des risques de feux de forêt et les activités récréotouristiques, tout en planifiant les activités de récolte.

Mise en oeuvre :

Le plan de gestion fondée sur l’écosystème de la forêt communautaire de Cheakamus a mené à l’élaboration d’un programme de compensation des émissions de carbone, car la conservation et la protection de la forêt étaient une priorité pour la collectivité dans le cadre de ce plan. Le plan de gestion fondée sur l’écosystème a permis d’orienter l’approche de la gestion des forêts dans la collectivité. Il prévoit des niveaux de récolte réduits, des périodes de rotation prolongées, des réserves accrues et un renforcement de la protection de la forêt ancienne et des habitats de la faune sauvage par rapport aux pratiques forestières standard. Du fait de ces pratiques et de la conclusion d’un accord de partage des avantages atmosphériques, la forêt communautaire de Cheakamus exploite le seul projet de compensation du carbone de la forêt communautaire en Colombie-Britannique, ce qui génère des revenus permettant de financer ses initiatives de gérance et de lutte contre les changements climatiques.

La forêt communautaire de Cheakamus entoure le centre de villégiature de Whistler, l’une des principales destinations touristiques de la province, ce qui permet à la collectivité d’offrir des expériences touristiques dans toute la forêt gérée. Cela ajoute aussi la responsabilité accrue de prendre des mesures à grande échelle de réduction des risques de feux de forêt pour protéger l’interface entre les zones naturelles et la zone urbaine de Whistler. L’équipe de la forêt communautaire de Cheakamus a récemment effectué une évaluation des risques liés aux changements climatiques et déterminé les zones exposées à des risques de feux de forêt et de sécheresse, ce qui permet de documenter les plans stratégiques d’exploitation forestière afin de créer une forêt diverse et résiliente face aux changements climatiques.

Retombées :

La tenure de la forêt communautaire contribue annuellement à hauteur de 1 à 2 millions de dollars à l’économie du corridor « Sea-to-Sky » grâce à la récolte du bois, soutient l’emploi et le renforcement des capacités des Autochtones et assure une gouvernance transparente et axée sur la collectivité grâce à une participation active de la collectivité et à des accords de partage de l’information.

Depuis sa création en 2009, la forêt communautaire de Cheakamus a démontré des résultats réels sur l’environnement grâce à une gestion améliorée des forêts, conformément au protocole de compensation du carbone des forêts de la Colombie-Britannique, ce qui permet d’éviter des émissions annuelles de 10 000 à 15 000 tonnes de dioxyde de carbone et a permis de générer plus de 150 000 crédits de carbone à ce jour, ce qui représente quelque 100 000 $ tirés annuellement de la vente de crédits carbone et à réinvestir dans la gérance des forêts56.

Enseignements :

Dans un modèle d’affaires à trois résultats, les frictions entre l’environnement, la résilience des collectivités et la croissance économique peuvent mener au développement de multiples sources de revenus contribuant au renforcement du capital naturel. Le Plan de gestion basée sur l’écosystème a été essentiel pour déterminer comment créer des occasions gagnant-gagnant pour la collectivité et préparer le terrain pour le projet relatif au carbone. Pour que d’autres en fassent autant, il est indispensable d’instaurer des politiques qui placent d’autres forêts communautaires dans une position leur permettant de tirer profit de leur travail en produisant des services écosystémiques, comme l’atténuation des émissions de GES. Il s’agit d’une occasion à explorer dans le cadre du mandat qu’a récemment reçu le ministre des Forêts de la Colombie-Britannique d’étendre le système de tenure des forêts communautaires.

Photo credit: Heather Beresford

Faire une place à la comptabilité de la nature dans les livres

Bien utilisée, la comptabilité de la nature peut conduire à des projets plus intelligents, à des chaînes d’approvisionnement résilientes, à une réduction des pertes en cas de catastrophe et à des pipelines d’actifs naturels investissables – avec pour effet de transformer les écosystèmes en facteurs de richesse. Mais les cadres existants, tel le SEEA des Nations Unies, ont besoin d’un plus grand nombre de cas d’utilisation pour démontrer leur valeur et orienter les investissements.

Au Canada, la Stratégie sur les minéraux critiques et les grands projets s’y inscrivant pourraient faire office de révélateurs pour la mise en œuvre du SEEA dans l’évaluation de projets et les plans de mobilisation de capitaux. Cependant, il est essentiel d’inclure les terres, les valeurs et les connaissances autochtones dans le cadre du SEEA pour combler l’écart entre le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC) et les paramètres de comptabilité naturelle. Les droits et les connaissances des Autochtones doivent être au cœur de la comptabilité de la nature, de sorte que la croissance économique bâtisse un patrimoine naturel et soit respectueuse de ceux qui en assurent la gérance.

L’intégration de valeurs de capital naturel dans les études d’impact et les programmes de croissance plus larges, comme le plan de changement du Royaume-Uni, pourrait faire en sorte que les nouveaux développements libèrent de l’investissement pour des infrastructures vertes et aient lieu là où les exigences en matière d’utilisation de l’eau peuvent être satisfaites. La comptabilité de la nature dans la vallée de la Tamise, une des régions souffrant le plus de stress hydriques au Royaume-Uni, pourrait transformer la façon d’évaluer les projets domiciliaires et d’infrastructures. L’utilisation de la nature comme un atout dans les processus décisionnels relatifs à l’aménagement foncier et à la construction peut permettre de recadrer l’approche des autorités locales et des promoteurs en matière d’évaluation des coûts économiques et des compromis dans la gestion de l’eau, ainsi que d’élargir la gamme d’options, notamment les options grises, vertes et hybrides.

Enfin, pensons au bassin versant de la baie de Chesapeake, qui couvre six États le long des côtes est des États-Unis et qui est exposé à une des pollutions par les nutriments les plus importantes du pays ; les causes en sont l’industrie, l’agriculture et les ruissellements urbains, qui entraînent une détérioration de la qualité de l’eau, des pertes d’habitats et des répercussions économiques sur les pêches et les loisirs36. L’intégration de la valeur du capital naturel dans la planification des infrastructures et de l’utilisation du territoire permettrait d’investir de façon ciblée dans les infrastructures vertes et les services écosystémiques. Elle donnerait aussi la possibilité aux agriculteurs de la région de reproduire l’approche adoptée par les exploitants agricoles dans l’étude de cas du projet du bassin du lac Winnipeg pour stimuler l’investissement dans la gérance de l’eau fondée sur l’agriculture.


Intégration des politiques : il n’est pas nécessaire d’innover pour axer les capitaux et les règles vers une croissance positive pour la nature

L’intégration du financement gouvernemental aux plans visant à développer l’offre de projets de compensation du carbone dans les systèmes d’échange de quotas d’émissions est un élément clé de l’intégration croissante des politiques, sans perdre de vue l’impératif pour les projets de respecter les principes d’additionnalité. Au Canada, bien que de nouveaux protocoles de compensation apparaissent dans le Régime fédéral de crédits compensatoires pour les GES pour les secteurs forestiers et agricoles, les agriculteurs, comme l’a montré l’étude de cas de la fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, ne sont généralement pas bien outillés pour satisfaire aux exigences de qualité des données et de tenue des dossiers des projets de compensation du carbone. Les programmes de financement actuels, comme le Programme des technologies propres en agriculture, doté de près de 500 millions de dollars, offrent une occasion de s’attaquer à ce problème. En aidant les agriculteurs à comprendre comment leurs investissements en matériel et en logiciels peuvent les aider à recueillir les données nécessaires pour profiter des incitatifs en matière de carbone, il serait possible de stimuler l’offre de projets de compensation fondés sur la nature dans le Régime fédéral de crédits compensatoires pour les GES et d’améliorer les résultats du programme de financement.

L’inclusion expresse des secteurs fondés sur la nature et des projets d’infrastructures vertes et leur priorisation dans les fonds de croissance gérés par les gouvernements constitue un autre tremplin pour intégrer la nature aux programmes de croissance. Le fonds souverain que doivent lancer prochainement les États-Unis, le National Wealth Fund de près de 50 milliards de dollars au Royaume-Uni et le Fonds de croissance de 15 milliards de dollars du Canada sont de bons points de départ pour donner la priorité aux projets investissables fondés sur la nature et liés au capital naturel.

Enfin, l’amélioration de la résilience des collectivités et la réduction potentielle des coûts liés à l’explosion du marché du logement sont une occasion prochaine d’intégration des politiques. Le Royaume-Uni agit par l’intermédiaire de son régime de gain net de biodiversité, une occasion d’attirer plus de capitaux privés. Au Canada, il est possible d’utiliser la Stratégie nationale d’adaptation pour populariser les projets fondés sur la nature dans les programmes de logement municipaux liés à des fonds fédéraux, parmi lesquels le Fonds canadien pour les infrastructures liées au logement (FCIL). Le FCIL s’est engagé à investir six milliards de dollars canadiens sur dix ans dans la gestion de l’eau et des eaux usées pour les nouveaux logements.

Adoption des technologies de rupture : s’appuyer sur l’IA pour simplifier la gouvernance de la nature et renforcer le capital naturel

La comptabilité et la gouvernance de la nature sont d’une grande complexité. Il existe de nombreux protocoles, cadres de travail et normes pour mesurer, surveiller, comptabiliser et vérifier les actifs naturels et leurs services écosystémiques et pour en rendre compte. Étant donné que ce réseau de normes et de cadres de gouvernance est essentiel à la rigueur de la comptabilité de la nature, il est nécessaire de le simplifier pour en faciliter l’adoption. En apprenant de pays comme l’Estonie, un chef de file dans la mise en œuvre de l’IA pour transformer l’administration publique, le secteur de la nature et de la conservation a l’occasion de faire progresser la mise en œuvre de normes et de cadres en faveur de la nature, comme le SEEA.

Les projets fondés sur la nature qui évaluent les résultats et surveillent les progrès peuvent également tirer parti de l’IA pour traiter automatiquement l’imagerie satellite, la télédétection, les capteurs et les collections de données publiques pour surveiller les écosystèmes pratiquement en temps réel, ce qui réduit les coûts de collecte manuelle des données et en améliore la précision. On ne peut évidemment pas ignorer les coûts associés à l’IA. Les centres de données d’IA sont de plus en plus gourmands sur le plan de la demande de terrains, d’eau et d’énergie. S’appuyer sur le capital naturel pour déterminer où il est possible de bâtir un parc de centres de données d’IA propre devient un impératif stratégique, en particulier dans des pays où les ressources naturelles s’épuisent, comme le Royaume-Uni. Outre le lieu, les caractéristiques de conception sont essentielles pour atténuer la consommation des ressources naturelles, par ex. en recueillant les eaux de pluie ou en adhérant au concept d’eau positive nette, qui peuvent retourner de l’eau propre dans les paysages avoisinants. Pour alléger la pression sur les terres, la récupération de la chaleur des centres de données d’IA pourrait aussi leur donner une double utilité, par exemple en contribuant à la production d’aliments sous serre.

Les programmes de croissance ne doivent pas se limiter à extraire de la richesse : ils doivent constituer des actifs naturels aptes à entretenir la richesse aujourd’hui et demain. Les pays qui agissent ainsi peuvent transférer le contrôle et la valeur du patrimoine naturel à ceux qui le gèrent. Le secteur financier mondial est déjà en action, et les investisseurs sont à la recherche de projets de capital naturel efficaces productifs de rendements. Les pays qui comptabilisent et bâtissent leur patrimoine naturel peuvent aussi accueillir ces investissements. Pour saisir cette occasion, il faut modifier l’approche des gouvernements et des entreprises, en ne traitant plus le capital naturel comme une condition réglementaire à remplir ou un idéal, mais comme un élément fondamental de la croissance – la richesse sous-jacente à la richesse.

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Nos partenaires de projet

Andrew Day, BC Parks Foundation

Audrey Popa, Coast Funds

Chance Cutrano, Resource Renewal Institute

Chuck Rumsey, Ecotrust Canada

Craig Harding, Nature Conservancy of Canada

Craig Losos, Nature Conservancy of Canada

Dave Secord, Salazar Center for North American Conservation

Deb Davidson, Center for Large Landscape Conservation

Donald Killorn  PEI Federation of Agriculture

Eddy Adra, Coast Funds

Glenn Anderson, Wendling Beck Environment Project

Heather Beresford, Cheakamus Community Forest

Holly Story, UK National Parks

Jane Church, Nature United

Jennifer Gunter, British Columbia Community Forests Association

Jill Bieri , The Nature Conservancy

Katie Davis, Wildlands Network

Leah Blechschmidt, Nature United

Leslie Harroun, Salazar Center for North American Conservation

Lisa Mclaughlin, Nature Conservancy of Canada

Maas, Tony, Nature United

María José González, MAR Fund

Matthew Mitchell, University of British Columbia

Maya Kocian, Earth Economics

Meg Lovett, Nature Conservancy of Canada

Mike Nemeth, Nutrien

Raine Playfair, Coast Funds

Risa Smith, IUCN/World Commission on Protected Areas

Ross Dixon, Coast Funds

Sara Aminzadeh, California Natural Resources Agency

Stephanie Walker, Revere

Stephenne Harding, Great Northern Strategies

Steven Nitah, Nature for Justice Canada

Susan Mulkey, British Columbia Community Forests Association

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Dans le numéro de cette semaine : Stellantis est-il le premier domino à tomber ? Et comment le Canada peut-il renforcer son rôle dans un monde divisé pour ce qui est des éléments des terres rares.

Est-ce la fin du Pacte de l’automobile ?

Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

La frustration grandit dans le secteur canadien de l’automobile. De même que l’incertitude.

Moins d’une semaine après que le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, eut déclaré devant un auditoire canadien que l’assemblage automobile se ferait aux États-Unis et que le Canada ne pouvait rien y faire, Stellantis a annoncé que la production de la Jeep Compass, qui était attendue à Brampton, serait transférée à Belvidere dans l’Illinois.

C’est sans doute le fruit de la stratégie commerciale des États-Unis visant à réindustrialiser le pays au moyen du rapatriement de capacités manufacturières.

La crainte est que Stellantis soit le premier domino d’une série destinée à tomber. 

Les échanges dirigés du Canada ont commencé dans le secteur automobile avec la signature du Pacte de l’automobile en 1965, qui a établi au Canada un accès à la production en franchise d’impôt et des engagements de valeur ajoutée afin d’accélérer l’intégration de la chaîne logistique continentale et la transition du Canada de modèles nationaux nombreux, mais d’un faible volume, vers des modèles nord-américains moins nombreux, mais d’un volume plus important.

À l’heure actuelle, le Canada exporte neuf véhicules canadiens sur dix vers les États-Unis. Dans toute entreprise ordinaire, il serait fortement déconseillé de compter sur un seul client, mais ce modèle d’affaires semblait raisonnable dans le contexte du Pacte de l’automobile et de l’ALENA. Aujourd’hui, la volonté de rapatrier les emplois canadiens de l’automobile rompt avec la logique de 1965. Et cela nous rappelle que nous sommes exposés à un dangereux risque de concentration.

Face à la tourmente commerciale, le Premier ministre Carney a opté pour une stratégie de diplomatie patiente. Quelles seraient les options du Canada si le plan ne fonctionne pas ?

Chaque année, les États-Unis assemblent de 10 à 11 millions de véhicules, dont la plupart sont vendus sur le marché intérieur. Environ 15 % des véhicules fabriqués aux États-Unis sont exportés. Et chaque année, le tiers de ces exportations sont destinées au Canada, ce qui fait du Canada le plus grand marché d’exportation des États-Unis. Le fait de fermer la porte aux importations américaines impacterait de 7 % à 10 % de la production annuelle des États-Unis.

Il y a ensuite l’angle de la Chine. En août, Beijing a infligé des droits de douane provisoires de 75 % sur le canola canadien. Depuis, l’ambassadeur de la Chine a proposé la réciprocité, c’est-à-dire que la Chine accepterait de lever ses droits de douane sur le canola et le porc du Canada à condition qu’Ottawa supprime ses droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Les Premiers ministres Scott Moe et Wab Kinew ont exhorté Ottawa à examiner la proposition, qui se traduirait par une intensification de la concurrence avec Tesla, entre autres.

D’autres options sont possibles, parmi lesquelles des ententes sectorielles avec l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud. Nous pourrions aussi imaginer des conventions de vente et d’achat pour l’approvisionnement en GNL du secteur de la défense, en plaçant les mandats d’assemblage automobile sur la table des négociations.

Bien qu’aucune de ces options ne soit idéale, le Canada dispose d’un important pouvoir de négociation en tant que premier marché d’exportation d’automobiles des États-Unis et base d’approvisionnement profondément intégrée. Ces leviers ne fonctionneront que s’ils sont utilisés avec parcimonie. La véritable concurrence économique et principale menace stratégique pour les États-Unis est la Chine, et non le Canada. Une large négociation mettant dans la balance la capacité nord-américaine et l’accès au marché demeure le scénario le plus judicieux. 

  • Le projet de pipeline Keystone XL est de retour dans les conversations. Cette fois-ci, à la table de négociation durant les pourparlers commerciaux en cours à Washington entre les États-Unis et le Canada.

  • Établissement d’une « nouvelle feuille de route » pour les relations entre le Canada et l’Inde. La ministre des Affaires étrangères Anita Anand a rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi après deux années de crise diplomatique.

  • Les ventes du secteur manufacturier canadien ont reculé de 1 % en août, tandis que les recettes des ventes en gros ont cédé 1,2 %, ce qui souligne l’impact des droits de douane américains sur les principaux secteurs sensibles aux échanges internationaux.

  • Le Canada a créé 28 000 nouveaux emplois dans le secteur manufacturier en septembre – l’augmentation, concentrée en Ontario et en Alberta, a partiellement contrebalancé la perte de 58 000 emplois subie par le secteur manufacturier entre janvier et août.

  • Ikea a réagi aux nouveaux droits de douane imposés par Donald Trump sur les meubles en envisageant une augmentation de sa production aux États-Unis. À l’heure actuelle, à peine 15 % des produits que le géant suédois de l’ameublement vend aux États-Unis sont fabriqués dans ce pays.

Par Vivan Sorab, premier directeur, Énergie propre, Leadership avisé RBC

Alors que la Chine exploite son avantage sur les États-Unis dans le domaine des éléments des terres rares en renforçant le contrôle des exportations, ce qui pourrait avoir de vastes répercussions sur les chaînes logistiques critiques pour la défense et les semi-conducteurs, le Canada doit renforcer son rôle dans cette chaîne logistique.

Le défi Le Canada possède les ressources, le capital et la propriété intellectuelle nécessaires pour bâtir une chaîne logistique, mais il doit se mobiliser au plus vite.

Financement : des outils existent pour bâtir une chaîne logistique dans le secteur des éléments des terres rares. Le Canada classifie les éléments des terres rares parmi ses six minéraux critiques prioritaires (avec le lithium, le graphite, le nickel, le cobalt et le cuivre) aux fins d’un financement de 1,5 milliard de dollars puisé dans le Fonds de réponse stratégique. Bien que les fonds aient afflué dans le secteur de l’extraction minière d’éléments des terres rares (avec notamment des engagements en faveur de projets d’éléments des terres rares au Labrador), le Canada doit accélérer sa transition vers la transformation et la fabrication de produits à base d’éléments des terres rares comme les aimants.

Exigence de garantie : les prix planchers garantis par le gouvernement américain et les conventions de vente et d’achat portant sur les éléments des terres rares rendent les projets plus attrayants pour le secteur privé. L’adoption d’approches similaires au Canada pourrait renforcer la chaîne logistique nationale.

Renforcement des capacités nationales de transformation : le territoire canadien dispose d’une capacité de propriété intellectuelle dans le domaine des éléments des terres rares. La société Cyclic Materials de Kingston, qui recycle des aimants à base d’éléments des terres rares, est en train de construire un centre d’excellence de 25 millions de dollars, en partenariat avec la société française Solvay, pour fournir des oxydes d’éléments des terres rares recyclés aux fins de transformation. En accroissant ses capacités de transformation au pays, le Canada a les moyens de renforcer son positionnement.

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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a revu à la baisse ses prévisions de croissance des énergies renouvelables au Canada. Dans son récent rapport, elle s’attend toujours à ce que le Canada ajoute 21 gigawatts de capacité en matière d’énergies renouvelables d’ici 2030, soit près du double de la croissance enregistrée au cours des six dernières années, et ce, principalement dans les domaines de l’énergie éolienne terrestre et de l’énergie solaire photovoltaïque à des fins commerciales. Cependant, cela représente une baisse de 11 % par rapport à ses prévisions de 2024. Cette réévaluation s’explique notamment par les difficultés persistantes liées au réseau électrique, ainsi que les modifications apportées aux politiques et à la réglementation en Alberta. L’AIE constate également un revirement majeur ailleurs dans le monde. En effet, la croissance des énergies renouvelables s’essouffle aux États-Unis et en Chine, les deux plus grands marchés mondiaux, dans un contexte de changements politiques, de vulnérabilité des chaînes logistiques et de pressions financières.

La croissance des énergies renouvelables accuse un coup aux États-Unis et au Canada

Le Canada peut-il attirer les demandeurs de visas H1-B qui ne sont plus les bienvenus aux États-Unis ? Malgré toutes les discussions sur la possibilité que le Canada tire parti des problèmes de visas aux États-Unis pour attirer les meilleurs talents, un constat lucide s’impose : le délai de délivrance d’un visa pour démarrage d’entreprise par le gouvernement canadien est de 53 mois. Une nouvelle étude de Betakit révèle que ce programme, vieux de 10 ans, se heurte à plusieurs obstacles, le gouvernement ayant freiné le processus dans le cadre d’un ralentissement plus général de l’immigration. Pour attirer certains des cerveaux les plus brillants au monde dans les domaines du climat, des technologies propres et de l’innovation, les décideurs politiques devront faire preuve de vivacité d’esprit et accélérer la cadence.

David Greybeard a changé la vie de Jane Goodall. Le chimpanzé à la pilosité faciale argentée a été le premier animal que Mme Goodall a vu utiliser des outils et manger de la viande. Il est à l’origine de sa longue quête de protection de l’environnement et de la biodiversité. Mme Goodall, qui est décédée la semaine dernière à l’âge de 91 ans, anthropomorphisait les animaux (elle rejetait la pratique établie consistant à utiliser des numéros pour identifier les sujets et préférait leur attribuer des noms). En personnalisant son approche, elle leur donnait de la valeur et, par l’intermédiaire du Jane Goodall Institute, elle a contribué à sauver d’innombrables espèces (non anonymes). Elle était en avance sur son temps, mais sa cause gagne enfin du terrain.

Lecture complémentaire : Unearthing Value: How nature can play a critical role in pro-growth agendas – RBC (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Le secteur agricole canadien a tout ce qu’il faut pour être le meilleur au monde : des sols productifs, un climat tempéré, une mécanisation avancée des activités et une industrie agroalimentaire en pleine croissance. Toutefois, selon un nouveau rapport de Leadership avisé RBC, l’exploitation de ces forces n’est pas chose simple. Le secteur peine à attirer la bonne combinaison de talents et à maintenir le niveau d’investissement en recherche et développement requis pour rester un chef de file mondial.

Les travaux de Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, illustrent l’ampleur du défi à relever :

  • L’agriculture canadienne présente un potentiel immense, mais la courbe d’innovation pourrait s’aplanir. Le Canada abrite certains des sols les plus productifs et des agriculteurs les plus innovants au monde. Néanmoins, la croissance annuelle de la productivité du secteur a diminué pour atteindre environ 1 % au cours de la dernière décennie (contre 2 % durant la décennie précédente), ce qui laisse croire que peu d’innovations révolutionnaires parviennent jusqu’aux exploitations agricoles.

  • Le secteur n’attire pas suffisamment de talents. Le taux de postes vacants y est supérieur de 1,5 % à la moyenne nationale. Moins de 1 % des diplômés en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques ou en commerce, qui jouent un rôle de plus en plus important dans les exploitations agricoles modernes, choisissent une carrière en agriculture.

  • L’écosystème de recherche et développement est de moins en moins diversifié. Les investissements publics dans la production de connaissances agricoles, qui comprennent la recherche et le développement, ont reculé de 15 % depuis 2010. Le volume d’activités de recherche et développement confié aux universités par le secteur privé a chuté de 77 % dans les cinq dernières années. En outre, au cours de la dernière décennie, le nombre d’entreprises qui mettent en œuvre un programme de recherche et développement a baissé de 29 %.

  • D’autres pays nous devancent. Le Canada se trouve maintenant derrière l’Australie, les États-Unis, le Japon et le Brésil en ce qui concerne les investissements publics en matière de production de connaissances agricoles. La commercialisation des produits agricoles locaux est en déclin, tandis que la balance commerciale du pays s’améliore dans des domaines d’innovation comme ceux des produits chimiques, des engrais et des services agricoles.

  • La commercialisation des solutions agricoles prend de l’ampleur chez nos voisins du sud. Au cours des cinq dernières années, les investissements dans les jeunes pousses spécialisées dans les technologies agroalimentaires ont été 22 fois supérieurs aux États-Unis par rapport au Canada. Cet énorme écart attire les entreprises canadiennes à la recherche de capitaux, de mentorat et d’applications commerciales au sud de la frontière.

Afin de combler le déficit de compétences dans le secteur agricole, RBC a lancé aujourd’hui à Winnipeg une initiative d’investissement visant à soutenir la prochaine génération d’agriculteurs canadiens. Lancée aux côtés du premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, l’initiative Générateur RBC prévoit un investissement de 5 millions de dollars sur cinq ans dans l’agriculture des Prairies. Elle devrait s’étendre grâce à des programmes offerts dans le cadre d’un mouvement national avec les agriculteurs, la CANZA, Nature United, Sustainable Food Systems for Canada (SF4C) et des initiatives agricoles durables autochtones.

ÉNERGIE NUCLÉAIRE

La semaine dernière, à l’occasion du forum sur les petits réacteurs modulaires (PRM) qui se tenait à Edmonton, Vivan Sorab de Leadership avisé RBC a animé une table ronde sur le rôle de ceux-ci dans l’atteinte des objectifs énergétiques mondiaux.

Le groupe d’experts constitué de Carl Marcotte (Atkins Realis), William Smith (Terrestrial Energy), Lisa McBride (GE Vernova Hitachi) et George Christidis (Association nucléaire canadienne) a également abordé la question des avantages du Canada. Voici quelques-unes des principales conclusions :

  • L’avantage concurrentiel du Canada réside dans la collaboration : L’Ontario a pris les devants en lançant la construction du premier PRM du G7 pouvant être raccordé au réseau. Le projet a mis à contribution le gouvernement, les services publics, la chaîne d’approvisionnement en énergie nucléaire canadienne et des universitaires pour bâtir la première nouvelle centrale nucléaire au Canada depuis trois décennies. Au moment où des provinces qui ne possèdent pas d’installations nucléaires envisagent pour la première fois de se lancer dans cette voie, il est essentiel de s’inspirer de cette collaboration.

  • Le Canada doit saisir la balle au bond : Grâce à des initiatives comme la feuille de route des PRM et à l’avantage pour les investisseurs de la première heure dans la construction de PRM, le Canada s’est taillé une place de choix dans le domaine du nucléaire de nouvelle génération. Cependant, comme la concurrence des États-Unis et d’autres pays s’intensifie, le Canada doit agir rapidement pour conserver sa position de chef de file et veiller à ce que son expertise lui permette de garantir sa sécurité énergétique et contribue à la décarbonation de la planète. Une plus grande synergie entre les gouvernements fédéral et provinciaux sera déterminante.

  • Les investissements doivent augmenter : Il faudra injecter de l’argent pour soutenir les installations futures, la chaîne logistique en pleine croissance et la main-d’œuvre qualifiée nécessaire.

  • Les PRM coûtent cher. Les quatre PRM de la société Ontario Power Generation situés à Darlington, d’une capacité de 300 mégawatts, devraient coûter 20,9 milliards de dollars. En comparaison, une centrale électrique saskatchewanaise au gaz naturel, d’une capacité de 377 mégawatts, affiche une facture de 825 millions de dollars. Bien que les PRM puissent avoir une valeur géostratégique, ils devront rivaliser avec le gaz, l’hydroélectricité et les grosses centrales nucléaires pour attirer des capitaux.

  • Les communautés autochtones sont au premier plan : La prise en compte des communautés autochtones sera de rigueur pour favoriser la réussite de tout projet. Il faudra les consulter dès le départ et veiller à ce qu’elles puissent participer.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat