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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Le Canada vise à doubler ses exportations hors des États-Unis vers deux de ses plus grands partenaires commerciaux antagonistes, la Chine et l’Inde, alors même que les investissements canadiens continuent de se diriger massivement vers les États-Unis.

Depuis que Mark Carney a lancé sa campagne « on lève les coudes » pour inciter le pays à commercer davantage avec le reste du monde, et entre Canadiens, les Canadiens ont dépensé et investi davantage aux États-Unis alors même que les Américains investissent moins au Canada. La solidité de l’économie américaine, ainsi que les allègements fiscaux prévus par le Big Beautiful Bill, ont renforcé l’attrait du plus grand marché mondial pour les investisseurs canadiens. Des caisses de retraite aux fonds communs de placement, plus de dollars canadiens que jamais ont afflué vers le sud. L’investissement des entreprises a suivi le même mouvement. M. Carney pourrait devoir aller encore plus loin sur le plan fiscal et réglementaire pour maintenir les investissements canadiens sur le territoire national.


Malgré les droits de douane, les consommateurs canadiens ont été lents à modifier leurs habitudes. Des marques très visibles, comme le whisky du Tennessee, ont sans doute constitué une cible facile dès le départ. Les vacances en Floride ou en Arizona ont également été affectées. Mais dans une large mesure, les Canadiens continuent de regarder Netflix, d’acheter des voitures Ford et de consommer du Coca-Cola au même rythme qu’avant la guerre commerciale.


Il y a quelques générations, à l’époque de Trudeau père, alors que le Canada cherchait à s’éloigner d’une Amérique à l’ère du Vietnam, des tensions similaires se faisaient sentir dans les salons et les salles de conseil canadiens. L’éléphant américain et la souris canadienne, proverbialement parlant, ne se limitaient pas aux petits enjeux ; il s’agissait de dépendances multiples : économiques, culturelles et, en fin de compte, liées à la souveraineté. Une nouvelle approche a alors émergé face au dilemme classique entre dépendance et indépendance : la Troisième option, selon laquelle le Canada chercherait à se rapprocher d’une Europe reconstruite, d’une Asie renaissante et d’un Tiers-Monde en résurgence.


À l’époque, la préoccupation majeure portait sur le Canada en tant qu’économie de « filiales » — c’est-à-dire dominée par des filiales américaines. Cinquante ans plus tard, plutôt que de jouer depuis une position de force, la recherche canadienne de nouvelles alliances mondiales intervient à un moment de dépendance maximale à l’égard des États-Unis, et de fluctuations d’incertitude elles aussi maximales. Cette dépendance s’est construite au cours du siècle passé à travers des partenariats de défense et de dissuasion comme le North American Aerospace Defense Command (NORAD), la coopération commerciale et en matière d’investissement et, pour le Canada, un profil fondé sur le fait d’être l’allié le plus semblable aux États-Unis. Aujourd’hui, le risque central n’est pas que le Canada rompe soudainement avec son voisin et allié, mais que les tentatives de diversification loin du pouvoir américain révèlent à quel point Ottawa dispose de peu de leviers solides auprès d’autres partenaires — et à quelle vitesse une Maison-Blanche plus transactionnelle peut exploiter l’asymétrie dans les domaines de la défense, du renseignement et du commerce international. La géographie reste une destinée.


La quête d’indépendance du Canada commence par l’économie. Les droits de douane américains ont entraîné la perte de dizaines de milliers d’emplois manufacturiers, ainsi que des coups durs pour les secteurs de l’automobile, de l’acier et du bois, et pour les régions qui en dépendent. Si ces droits de douane sont maintenus, la plupart des projections suggèrent une période prolongée de croissance lente qui érosionnera davantage la pertinence du Canada sur la scène mondiale. Les effets des droits de douane de M. Trump se sont fait ressentir rapidement et intensément, entraînant une baisse des exportations totales du Canada d’environ 10 % à la mi-2025.
À cela s’ajoute le problème aggravant de la dépendance : alors que le déficit commercial du Canada avec les États-Unis se creuse, son excédent d’investissement s’accroît. La première année de la guerre commerciale a rendu les Canadiens encore plus désireux d’investir aux États-Unis malgré les boycotts de bourbon. Les Canadiens ont injecté 61 milliards de dollars dans des titres américains au cours du premier semestre de 2025. La plus grande caisse de retraite du pays, le Canada Pension Plan, a porté la proportion de ses placements aux États-Unis, de 35 % au début de la décennie, à 47 % en 2025.


Après des décennies d’exportations canadiennes orientées vers les États-Unis, les entreprises commencent à repérer des occasions d’affaires ailleurs. Le Royaume-Uni achète davantage d’or brut, les investisseurs et banques centrales cherchant des solutions de rechange au dollar américain. Le reste de l’Europe achète plus de canola, d’aluminium et de pétrole canadien. La Chine augmente ses importations de pétrole canadien grâce à l’expansion du pipeline TransMountain, qui a porté les expéditions de pétrole hors d’Amérique du Nord à un niveau record en octobre 2025. Même des marchés lointains comme Singapour et l’Indonésie ont augmenté leurs importations canadiennes de pétrole, de charbon et de chlorure de potassium.


Ces succès illustrent l’engagement de Mark Carney à doubler les exportations vers les marchés hors des États-Unis d’ici 2035. Pour accélérer cette tendance naissante, le gouvernement Carney se concentre en 2026 sur le renforcement des liens commerciaux avec la Chine et l’Inde. Le gouvernement fédéral a également lancé des consultations sur des négociations commerciales avec plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite. Le premier budget de M. Carney a par ailleurs prévu 159 millions de dollars sur trois ans pour des programmes de financement du commerce afin d’aider les entreprises à pénétrer de nouveaux marchés. Il faudra faire infrastructures qui font que les ports canadiens figurent parmi les moins efficients du monde industrialisé.


Pour pouvoir exercer une influence sur un plus grand nombre de marchés étrangers, le Canada devra renforcer sa pertinence auprès de ces pays — en particulier dans des pays et marchés comme la Chine, l’Inde et même l’Europe continentale, qui ont historique de mesures commerciales non tarifaires contre le Canada lorsqu’ils veulent faire passer un message. Cela ne sera pas facile. Alors que le pouvoir mondial s’est déplacé vers l’Asie et que l’Europe et le Moyen-Orient se réarment et se réalignent, la pertinence relative du Canada s’est érodée. Le risque n’est pas l’exclusion pure et simple des clubs internationaux, mais plutôt une marginalisation discrète au sein des coalitions opérationnelles qui comptent le plus pour la sécurité, la technologie, la politique industrielle — et, en fin de compte, le commerce. À titre d’exemple, la Stratégie indo-pacifique d’Ottawa et le partenariat de sécurité approfondi avec les Philippines sont politiquement efficaces, mais insuffisants pour générer de grandes percées commerciales dans une région où le Japon, l’Australie, l’Inde et les États de l’ASEAN se tournent en priorité vers Washington, Pékin et entre eux. En Europe, les contributions majeures du Canada à la défense de la Lettonie et une posture plus affirmée dans l’Arctique renforcent sa crédibilité. Plus près de chez nous, dans les Antilles, les engagements pour restaurer l’ordre en Haïti, bien qu’importants et appréciés, ne transforment pas la place du Canada dans la région.


Trop souvent, ces alliés calibrent leur engagement avec le Canada à travers le prisme des conditions imposées à l’ère Trump sur l’OTAN et le commerce. Ottawa est perçu comme étroitement lié aux marchés et à la sécurité américains, mais lent à investir dans les capacités, l’application et l’échelle industrielle. Pour se forger un rôle plus indépendant et ambitieux sur la scène mondiale, le Canada peut s’appuyer sur certaines alliances et réseaux dont il fait déjà partie. C’est le cas du Conseil de l’Arctique, un groupe d’acteurs régionaux et de puissances qui se concentre sur des questions douces, comme la science et la protection de l’environnement. Le Canada peut approfondir ses liens avec les Scandinaves et, peut-être un jour, réengager la Russie à travers ces efforts non militaires, tout en renforçant sa capacité militaire dans la région aux côtés d’alliés partageant les mêmes vues, comme la Suède. Cela illustre bien le nouvel (et ancien) ethos de la politique étrangère canadienne, fondé sur les intérêts plutôt que sur les valeurs.


Une approche très différente pourrait être adoptée avec la francophonie et le Commonwealth, à condition que les autres membres soient prêts à se mobiliser, notamment financièrement. En Afrique, par exemple, où l’image de la France s’est détériorée, le Canada peut travailler avec ses partenaires francophones pour renforcer les défenses non militaires contre un ISIS renaissant au Sahel. Le Commonwealth peut jouer un rôle pragmatique à sa manière en facilitant la construction de passerelles commerciales de l’Australie à l’Inde et à l’Afrique du Sud, tandis que les États-Unis continuent de s’isoler. Des engagements militaires supplémentaires seront également nécessaires à mesure que les États-Unis se retirent des régions et pays instables. Haïti cristallise ce risque concret. Une mission dirigée par le Kenya, sous autorité de l’ONU et sous pression croissante de l’Organisation des États américains, offre au Canada l’occasion de devenir le centre de formation et de normes pour les contributeurs antillais en se concentrant sur les ports, la logistique énergétique et les fonctions étatiques de base — tout en rendant difficile pour les Canadiens de fermer les yeux si les États-Unis interviennent en pleine nuit pour démanteler des gangs ou des réseaux de migrants.

L’un des leviers les plus prometteurs pour le Canada pourrait être AUKUS — l’alliance de sécurité entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le pacte trilatéral s’est d’abord concentré sur les sous-marins nucléaires, un domaine loin des forces canadiennes, et il élargit désormais son champ à des capacités avancées, incluant la détection sous-marine, les satellites en orbite basse et la cybersécurité, autant de points forts du Canada. Le Canada peut se positionner comme un membre sérieux pour la prochaine phase de l’alliance, ce qui permettrait de gagner du levier sur la scène internationale tout en préservant un partenariat respectueux et pertinent avec les États-Unis.


L’année à venir offrira de nombreuses occasions d’explorer ce type de diplomatie de realpolitik alors que le Canada contribuera à concevoir ou à rejoindre des approches plus stratégiques, fondées davantage sur les intérêts que sur les valeurs, et sur le pragmatisme plutôt que sur les principes. Ce sera un recul par rapport aux approches plus idéalistes apparues à l’époque des Troisièmes options. Mais, comme chaque nation le sait, l’indépendance a un prix.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

L’évolution des perspectives mondiales du pétrole et du gaz — du Venezuela au Qatar — modifie les perspectives d’investissement pour les exportations albertaines, ainsi que pour les grands projets d’infrastructure destinés à les acheminer vers les marchés d’outre-mer.

Les ambitions du Canada de devenir une superpuissance énergétique — y compris dans le pétrole et le gaz — sont mises à l’épreuve à la suite de l’intervention américaine au Venezuela. Mais les défis dépassent largement le voisinage immédiat du Canada. La demande à long terme de pétrole et de gaz demeure incertaine, d’autant plus que l’Asie se tourne de plus en plus vers l’électrification pour soutenir sa croissance. Un excédent mondial de l’offre, incluant le gaz naturel liquéfié américain, assombrit davantage les perspectives. Reste enfin la question de la croissance mondiale. Sans croissance, il n’y a pas de besoin accru en énergie — qu’elle provienne du Canada ou d’ailleurs.


En une manoeuvre stratégique à Caracas, le président américain Donald Trump a tenté d’encercler les Amériques, avec Washington comme capitale la plus influente de la région. Ce faisant, M. Trump pourrait avoir affaibli la carte de négociation la plus précieuse du Canada — ses exportations d’énergie. La reprise de la production de pétrole brut vénézuélien pourrait remplacer le pétrole canadien sur le marché américain, réduisant ainsi la part de marché de ce dernier à celle que lui laissent les Saoudiens et d’autres producteurs. Il s’agit donc d’un choc concurrentiel potentiel. Au cours des 25 dernières années, le Canada a consolidé sa position de principal fournisseur de pétrole et de gaz pour le plus grand marché pétrolier mondial, représentant près de trois barils importés sur cinq entrant aux États-Unis. Une industrie structurée pour servir l’Amérique produit aujourd’hui un record de cinq millions de barils par jour, contre un peu plus de deux millions en 2000, plus de 90 % de ses exportations étant destinées aux raffineries du Midwest, de la côte Ouest et du golfe des États-Unis.


Alors que les États-Unis avancent à vitesse éclair pour sécuriser leurs besoins en énergie et en ressources, le Canada doit pivoter rapidement, non seulement pour capter une part des investissements massifs en cours, mais aussi pour défendre son territoire et diversifier ses exportations (bonjour, Xi) — le tout simultanément afin de suivre le rythme du blitz américain.


Toute perturbation du flux énergétique nord-sud pourrait porter un coup économique et politique au Canada. Le secteur génère près de 100 milliards de dollars de revenus annuels. Une baisse des exportations d’énergie pourrait également mettre à l’épreuve l’unité nationale. L’échec du développement des sables bitumineux albertains serait perçu par la province comme une déclaration de guerre politique à l’échelle nationale, à un moment où le mouvement indépendantiste albertain se fait entendre plus fort que jamais depuis une génération. L’Alberta, enclavée, est par ailleurs en désaccord avec la Colombie-Britannique voisine, qui s’oppose à la construction d’un oléoduc traversant son territoire pour atteindre la côte.


Le Canada a quelques atouts solides à jouer. Le Venezuela peut abriter les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde, mais le Canada possède la troisième plus grande au monde, avec les avantages supplémentaires d’une infrastructure de classe mondiale, d’une expertise prête à l’emploi, et des technologies et des capitaux pour répondre aux besoins pétroliers des États-Unis. Après des décennies d’hésitation, Ottawa, sous la direction de Mark Carney, semble avoir la volonté de mener à bien cette stratégie. Il existe une corrélation nette entre la domination du pétrole canadien sur le marché américain et le déclin continu de la production de pétrole vénézuélien (voir graphique ci‑dessous). Les deux s’échangent principalement sous la forme de ce que le secteur désigne comme du « pétrole lourd », dont la consistance rappelle celle du beurre de cacahuète : plus difficile à extraire, énergivore et intensif en carbone à produire, et nécessitant des diluants pour circuler dans les pipelines, ce qui accroît les coûts logistiques. La nature visqueuse du pétrole canadien en fait une matière première particulièrement adaptée à la production d’essence, de diesel, de carburéacteur et de plastiques, par rapport aux huiles légères issues des bassins de schiste américains.


Alors que les entreprises canadiennes des sables bitumineux ont innové au cours de la dernière décennie pour surmonter les coûts et l’intensité des émissions, la société pétrolière publique vénézuélienne Petróleos de Venezuela (PDVSA) est tombée dans un état de négligence, de mauvaise gestion et de corruption. Autre coup dur : en 2018, l’entreprise a été pillée par des voleurs qui ont dérobé des équipements vitaux, notamment des câbles en cuivre, tandis que ses travailleurs qualifiés fuyaient vers les États voisins. Si les entreprises américaines devaient revenir au Venezuela, elles devraient repartir de zéro à bien des égards, certains estimant qu’il faudrait plus de 100 milliards de dollars US sur 10 ans pour remettre le secteur pétrolier vénézuélien en état de fonctionnement. Dans le meilleur des cas, il faudrait au moins une décennie pour que le Venezuela puisse remplacer une partie des 4,5 millions de barils par jour de pétrole canadien exportés vers les États‑Unis, alors que sa production actuelle est d’environ 750 000 barils par jour. Cela donnerait au Canada une longueur avance pour s’adapter au nouveau paradigme énergétique.


Le pétrole lourd est profondément intégré aux systèmes de raffinage américains, ce qui devrait rassurer les dirigeants pétroliers de Calgary. Dès les années 1990, les raffineurs américains ont commencé à investir des milliards dans des configurations adaptées au pétrole lourd et acide afin de traiter les barils canadiens et latino-américains, compte tenu de la proximité de ces deux sources d’énergie. La capacité totale des raffineries de la côte du Golfe (connues sous le nom de PADD 3) a augmenté de 2,9 millions de barils par jour, tandis que celle des raffineries du Midwest (PADD 2) a crû de 700 000 de barils par jour. Les deux régions ont par ailleurs renforcé leur capacité de cokéfaction de 1 million de barils par jour au cours de cette période.

Des coentreprises américano-canadiennes ont également commencé à se développer, comme la collaboration entre Cenovus et Conoco Phillips sur deux raffineries aux États-Unis, à mesure que les flux en amont et en aval transfrontaliers se consolidaient. Parallèlement, les exploitants de pipelines canadiens Enbridge et South Bow (scindée de TC Energy) ont élargi leur réseau de branches et augmenté la capacité pour atteindre la côte du Golfe et le Midwest.

Les sables bitumineux du Canada ont remplacé le pétrole lourd du Mexique et du Vénézuéla aux États-Unis.

Le pétrole lourd canadien est prisé sur d’autres marchés. Si l’on parle beaucoup de la Chine devenant une « électro‑nation » et d’autres marchés asiatiques se tournant vers les énergies renouvelables, il existe peu de substituts viables au pétrole lourd en tant qu’ingrédient essentiel pour la production de plastiques. La hausse des niveaux de revenus à travers l’Asie devrait stimuler une demande toujours plus forte pour les téléviseurs, réfrigérateurs, appareils électroniques et poupées Labubu, même si la croissance démographique dans de nombreux marchés émergents tend à ralentir. L’expansion du pipeline TMX, propriété du gouvernement fédéral, a déjà démontré l’existence d’un marché pour le pétrole canadien en dehors des États‑Unis. Si plus de 90 % des exportations canadiennes de pétrole sont globalement destinées aux États‑Unis, seulement un tiers des livraisons du TMX a franchi la frontière, le reste étant acheminé vers des raffineries en Chine, à Singapour, en Corée du Sud et en Inde.


Après tout, c’est en Asie que se concentre la croissance, d’autant plus que l’Europe devrait connaître une baisse de la demande. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le continent devrait représenter 80 % de la croissance nette totale de la demande de pétrole jusqu’en 2030. La seule demande indienne devrait croître d’environ un million de barils par jour, l’Asie émergente constituant également un marché important pour de nouveaux volumes de pétrole.


Se pose également la question récurrente de la pertinence pour le Canada d’investir des milliards dans une industrie supposée ralentir — sur un marché déjà encombré.
Si l’AIE s’est récemment éloignée de ses prévisions de « pic pétrolier », la demande mondiale n’augmente que lentement, tandis que les producteurs intensifient leur production. Un nouvel acteur, la Guyane, porté par une coentreprise tripartite ExxonMobil-Chevron-CNOOC, a rapidement augmenté sa production à environ 900 000 barils par jour en peu de temps. Plusieurs producteurs de l’OPEP et des indépendants, comme le Brésil, le Mexique et la Norvège, ont également l’ambition d’augmenter leurs volumes de production. Si les Saoudiens, le producteur le plus influent de l’OPEP, sont restés discrets alors que les actions américaines menacent de faire baisser les prix du pétrole, le cours du Brent, autour de 60 $ US le baril, reste bien en deçà du seuil de rentabilité budgétaire du gouvernement saoudien, estimé à environ 90 $ US le baril.


Pour les entreprises pétrolières canadiennes, qui ont versé environ 25 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en 2025, le risque réside dans l’engagement sur un nouveau projet fortement capitalistique sans nouvelle proposition de pipeline ni réelle visibilité sur l’évolution du marché. Une autre mise en garde : Ottawa exigerait que les entreprises contribuent à un projet de capture, stockage et valorisation du carbone (CCUS) très attendu et coûteux afin de compenser les nouvelles émissions. Cet engagement est en effet formalisé dans le cadre du protocole d’entente Ottawa-Alberta. Le protocole d’entente, qui offre une voie pour l’expansion de l’industrie pétrolière et pourrait déclencher une nouvelle vague d’investissements dans le pays, est un symbole emblématique de ce que le secteur énergétique canadien peut accomplir. S’il réussit, ce protocole pourrait servir de modèle pour montrer comment le Canada peut mettre à disposition ses ressources, ses infrastructures et son expertise au service d’une clientèle au‑delà des États‑Unis

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Une surcorrection face à la récente hausse de l’immigration irrégulière met sous pression les employeurs, fragilise les collèges et universités, et menace de retarder une nouvelle vague de projets dans les ressources et les infrastructures — alors même que le Canada approche d’un point critique sur le plan démographique.

Le sentiment public et politique au Canada à l’égard de l’immigration devient de plus en plus négatif. Pourtant, cette opinion va à l’encontre des besoins du pays : le vieillissement de la population et la baisse des taux de fécondité font de l’immigration un levier central pour le maintien et l’expansion de la main-d’oeuvre qualifiée. Une réduction drastique de l’immigration pourrait entraîner un recul rapide de la population, compromettant les efforts visant à préserver le niveau de vie, soutenir l’activité économique et commerciale, et atteindre les objectifs économiques à court terme.


Le plan du gouvernement Mark Carney pour restreindre l’immigration intervient après des années de politique expansionniste. Le nombre de résidents temporaires a dépassé les capacités d’accueil au cours du mandat de dix ans de Justin Trudeau, commencé en 2015. Les infrastructures de logement et les services communautaires ont été surchargés, et la productivité a diminué, les travailleurs temporaires à bas salaire réduisant l’incitation pour certaines entreprises à investir dans la technologie, la formation ou l’équipement. Les cibles pour les nouveaux résidents temporaires, y compris les étudiants, ont été réduites de plus de 550 000 en 2026 par rapport à 2024. Les cibles pour les résidents permanents ont été diminuées de plus de 100 000 par rapport aux admissions de 2024. Malgré ces réductions, les Canadiens estiment que le niveau d’immigration reste trop élevé.


Les objectifs plus large d’une intervention gouvernementale pourraient s’avérer difficiles à atteindre. Le budget fédéral de 2025 alloue des milliards de dollars à des projets de construction nationale visant à relancer l’économie et à protéger le Canada contre les menaces géopolitiques. Il prévoit un financement pour soutenir la mise à l’échelle des entreprises canadiennes, reconnaissant que les grandes entreprises créent davantage d’emplois et contribuent de manière disproportionnée à la croissance économique et à la productivité. Par ailleurs, le budget cherche à tirer parti d’occasions importantes comme le développement de l’économie spatiale canadienne, en particulier les capacités de lancement.


La réussite de ces investissements et la capacité à saisir les occasions avant les autres pays dépendront d’une main-d’oeuvre qualifiée : sans une stratégie d’immigration plus intelligente, le Canada a peu de chances d’attirer ces talents essentiels. Les immigrants économiques apportent compétences, expérience, innovation et investissements financiers. Ils seront indispensables pour combler les pénuries de main-d’oeuvre dans des secteurs critiques comme la santé, les technologies, les métiers spécialisés et l’agriculture, comme cela a été le cas par le passé. Les talents internationaux joueront également un rôle clé dans la mise à l’échelle des entreprises canadiennes dans les secteurs stratégiques et pour éviter le déclin démographique dans les régions rurales.


Attirer les talents dont le Canada a besoin sera d’autant plus difficile face à la concurrence mondiale croissante pour la main-d’oeuvre qualifiée. Selon certaines estimations, la population mondiale devrait atteindre un pic vers le milieu des années 2080 et diminue déjà en Europe et en Chine. D’autres pays mettront en oeuvre des politiques d’accueil très attrayantes pour de futurs citoyens, alors que leur population intérieure se réduit. L’approche canadienne en matière d’immigration doit donc être autant axée sur le recrutement que sur la sélection.


La concurrence mondiale pour attirer les meilleurs talents exigera une marque internationale forte que la volatilité récente de la politique risque de compromettre. Les modifications apportées ces dernières années au système de points d’immigration canadien ont créé des possibilités de contournement rendant le système moins prévisible et moins transparent, ce qui décourage la présentation de demandes par les personnes les plus nécessaires au renforcement de l’économie. Le système a été qualifié de « loterie » reposant moins sur le mérite que sur le choix du moment, et critiqué pour ses délais de traitement longs — dépassant deux ans pour ceux entrant par le programme entrepreneurial.


Même si le Canada parvient à relever ces défis de recrutement, rien ne garantit que les nouveaux arrivants resteront au pays. Des recherches récentes montrent qu’un immigrant sur cinq quitte le Canada dans les 25 ans suivant son arrivée, les plus hautement qualifiés présentant les risques de départ les plus élevés. Qu’ils soient nouveaux arrivants ou nés au Canada, de nombreux diplômés canadiens issus de programmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) émigrent après l’obtention de leur diplôme, principalement vers les États-Unis. De plus, les trois principales villes canadiennes où sont concentrées les entreprises en démarrage — Toronto, Vancouver et Montréal — sont loin derrière les leaders mondiaux, captant moins de 5 % des investissements en capital-risque dirigés vers des pôles comme San Francisco, New York ou Boston. Attirer et retenir les meilleurs talents exigera des parcours plus transparents et prévisibles, des délais de traitement accélérés, ainsi que des investissements dans les infrastructures et les services — notamment le logement et les soins de santé — afin d’assurer un niveau de vie élevé. Avec un flux régulier de talents, le Canada sera mieux positionné pour développer ses entreprises et pour investir dans l’innovation nécessaire pour conserver ses meilleurs éléments.

En plus d’attirer des talents de calibre mondial, le Canada peut les former. Les étudiants internationaux représentent une occasion importante que le pays ne doit pas négliger. Les étudiants étrangers diplômés de programmes réputés dans des domaines en forte demande apportent des compétences recherchées et des diplômes reconnus, faisant d’eux d’excellents candidats à la résidence permanente. Ils sont également plus susceptibles de rester au Canada et d’obtenir des revenus plus élevés que les immigrants qui cherchent directement la résidence permanente. Cela suppose, bien sûr, qu’ils choisissent d’abord de venir au Canada.

Le dernier budget fédéral réduit le nombre d’étudiants internationaux pour les deux prochaines années de près de moitié par rapport à l’objectif de 2025. Même à ce nouveau seuil réduit, il est peu probable que l’objectif soit atteint. Les candidatures internationales ont chuté de manière significative, les modifications fréquentes de l’admissibilité au permis de travail post-diplôme suscitant des doutes chez les étudiants potentiels quant à la possibilité que leurs études ouvrent un chemin vers la résidence permanente au Canada. Le nouveau système est également lourd et complexe pour les candidats. Il impose de nouvelles formalités que les étudiants et les établissements doivent respecter, notamment des lettres d’attestation provinciales visant à faire respecter les plafonds annuels de permis.


Le Canada peut rouvrir les filières pour étudiants internationaux et les rendre à nouveau attrayantes en reconstruisant sa réputation de pays accueillant offrant des parcours d’immigration transparents après l’obtention du diplôme. Avec des garde-fous garantissant l’intégrité des collèges et universités, le pays pourrait se concentrer sur l’accueil d’étudiants poursuivant des diplômes ou certificats dans des domaines d’études (par exemple, STIM) qui offrent de bons débouchés après l’obtention du diplôme, y compris des taux de transition plus élevés vers la résidence permanente. Cela éviterait de modifier constamment la liste des programmes admissibles aux permis de travail post-diplôme qui alimente la perception d’instabilité.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Les perspectives économiques du Canada sont menacées non seulement par des chocs externes et des voisins exigeants, mais aussi par une asymétrie croissante du fédéralisme qui complique l’élaboration, l’acceptation et la mise en oeuvre d’une stratégie économique cohérente à l’échelle nationale.

Les divergences de vues entre Ottawa, les provinces et les gouvernements autochtones sur l’exploitation des ressources naturelles, le financement et la prestation de l’éducation, ainsi que la stabilisation d’un système de santé sous tension, accentuent la fragmentation du Canada en un ensemble de régimes de politiques publiques disparates, au moment même où le pays doit faire face à des négociations commerciales difficiles avec des États-Unis plus transactionnels et à une concurrence mondiale accrue. Des instruments constitutionnels autrefois considérés comme des recours ultimes — la clause dérogatoire, des contestations juridictionnelles offensives, des demandes d’exemptions aux réglementations et normes nationales, voire des votes provinciaux sur l’autonomie — deviennent de plus en plus courants. Cette évolution accroît la probabilité que les provinces et les groupes autochtones recourent à des droits de veto, formels ou informels, pour bloquer des priorités nationales. Un seul Canada, peut-être, mais de multiples nations en son sein.


Les conséquences pour l’unité nationale sont plus graves qu’à tout autre moment depuis les années 1990, car la fragmentation s’accompagne désormais de soutiens à l’étranger. Un ordre mondial plus fragmenté offre aux gouvernements étrangers, aux réseaux militants et aux acteurs corporatifs davantage d’occasions d’exploiter les tensions entre compétences, que ce soit en favorisant certaines provinces dans les décisions liées aux chaînes d’approvisionnement, en finançant des recours judiciaires et des campagnes médiatiques autour de projets de ressources, ou en amplifiant des récits séparatistes. Pour des rivaux géopolitiques, tout ce qui affaiblit la cohérence du Canada en tant qu’allié des États-Unis et partenaire du G7 peut même devenir un atout plutôt qu’un effet indésirable, à mesure que des acteurs infranationaux et des détenteurs de droits autochtones cherchent à affirmer plus vigoureusement leur voix sur l’énergie, le climat, la politique industrielle, le commerce intérieur et, de manière plus critique encore, les relations commerciales bilatérales avec les États-Unis.


La confédération canadienne a été conçue pour concilier l’autonomie provinciale et l’autorité fédérale dans certains domaines d’intérêt commun, notamment le commerce. Avec le temps toutefois, la Charte canadienne des droits et libertés a placé les tribunaux au coeur de cet équilibre. La Charte confère aux individus et aux groupes — y compris aux collectivités autochtones et aux provinces elles-mêmes — des instruments puissants pour contester, au nom des droits, des lois fédérales ou provinciales, obligeant ainsi les choix de politiques publiques dans des domaines comme la langue, l’éducation et les programmes sociaux à résister à l’examen constitutionnel. Dans les faits, cette évolution a étendu le rôle de la Cour suprême comme arbitre des relations fédérales-provinciales et Couronne–Autochtones, les gouvernements de tous horizons mobilisant la Charte non seulement pour protéger des droits, mais aussi pour restreindre des initiatives fiscales et réglementaires auxquelles ils s’opposent. Parmi ces instruments, le plus controversé est la clause dérogatoire.


Rarement utilisée par le passé, elle a été invoquée ou sérieusement menacée ces dernières années par le Québec, l’Ontario, la Saskatchewan et l’Alberta dans des conflits portant sur la langue, les symboles religieux, le financement des élections, les droits du travail et l’éducation, envoyant ainsi aux électeurs le signal que les gouvernements peuvent contourner les tribunaux lorsque la protection des droits entre en conflit avec des objectifs politiques.


Le caractère régional — et les divergences — de l’économie canadienne accentue les intérêts concurrents des provinces, chacune étant exposée à des menaces différentes liées à la guerre commerciale de Donald Trump et aux divisions mondiales. L’économie de l’Ontario reste centrée sur l’automobile et l’acier ; la Colombie-Britannique dépend largement du bois et du commerce avec l’Asie ; la Saskatchewan repose sur le canola et d’autres exportations agricoles ; et la prospérité de l’Alberta est étroitement liée au pétrole et au gaz. La position de négociation du Canada a été fragilisée pendant une grande partie de 2025, les premiers ministres tentant de défendre leurs intérêts propres à Washington. Ces tensions pourraient resurgir dès que les négociations de l’AEUMC reprendront sérieusement.
Le projet de loi C-5, la Loi sur l’unité de l’économie canadienne, est devenu, en raison des réactions politiques qu’il suscite, un point central des tensions fédérales-provinciales concernant la gouvernance des ressources et les droits des Autochtones. Cette législation permet au Cabinet fédéral de déclarer qu’un projet — qu’il s’agisse de ports, de pipelines, de mines ou de barrages — relève de l’intérêt national et d’en accélérer l’approbation. Les provinces qui dénoncent l’ingérence fédérale dans leurs compétences en matière de ressources naturelles considèrent le C-5 comme un dépassement de leurs prérogatives par Ottawa, tandis que de nombreux groupes autochtones y voient une attaque directe contre leur droit constitutionnel à être consultés et pris en compte dans les décisions touchant leurs terres. Le résultat est une série de contestations judiciaires et de manifestations qui politisent davantage les grands projets sur lesquels le gouvernement Carney compte pour rendre l’économie canadienne moins dépendante de celle des États-Unis.

À la suite du projet de loi C-5, le protocole d’entente Canada–Alberta sur l’énergie et le climat constitue à la fois un modèle de coopération et un révélateur de la nature transactionnelle du fédéralisme canadien. Aux termes de l’entente, Ottawa et Edmonton collaboreront pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050, construire des interconnexions majeures de transport d’électricité, réduire les délais réglementaires à environ deux ans et négocier des ententes d’équivalence sur la tarification du carbone et la réduction du méthane d’ici avril 2026. Il esquisse également des voies pour un nouveau pipeline d’exportation et des infrastructures de captage du carbone prévoyant explicitement la participation des communautés autochtones et le partage des retombées économiques. Cependant, le fait que ces priorités nationales soient traitées au cas par cas, province par province, illustre combien une grande partie de l’agenda Carney s’appuie désormais sur des accords bilatéraux plutôt que sur des cadres pancanadiens. Cela invite d’autres provinces riches en ressources à exiger des arrangements similaires ou des exceptions, et amène les régions urbaines en expansion, où les Libéraux au pouvoir disposent de leur assise politique, à se demander si leurs propres aspirations sont également prises en compte.


Les tensions asymétriques au Canada résident dans les relations Couronne–Autochtones situées à l’intersection des droits, des ressources et de la légitimité. Les nations et collectivités autochtones ont développé une grande expertise dans l’usage simultané des tribunaux et de l’action directe pour arrêter ou remodeler des projets majeurs, obtenant des injonctions, contraignant les gouvernements à revenir à la table de négociation et mobilisant l’opinion publique lorsqu’elles jugent que les consultations ont été insuffisantes. Les Premières Nations de la Colombie-Britannique représentent un défi particulier, car elles sont au coeur du développement des ressources et de l’expansion des exportations vers le Pacifique, tout en jouissant d’un statut juridique distinct, la province étant entrée dans la Confédération sans traités.


Sous ces pressions, plusieurs provinces et Ottawa ont commencé à expérimenter des exemptions aux règles environnementales, aux régulations électriques et aux normes du commerce interprovincial. Certaines provinces militent également pour une décentralisation accrue de l’immigration et exigent un plus grand respect de leur compétence en matière de politiques de logement, qui demeure un enjeu politique particulièrement sensible. En conséquence, les investisseurs internationaux commencent à considérer le fédéralisme canadien — autrefois perçu comme une singularité du Grand Nord — comme un risque opérationnel. « Peut-on y arriver ? » reste la question posée à de nombreuses propositions canadiennes, qu’il s’agisse de pipelines, de mines ou d’infrastructures d’exportation de grande envergure. Parallèlement, certains perçoivent ce réseau de protections des droits et d’exigences de consentement multi-niveaux comme un indicateur de robustesse de l’État de droit et de licence sociale, surtout comparé à des régimes plus arbitraires. L’équilibre entre rapidité et certitude sera mesuré, en partie, par la manière dont le gouvernement Carney gère les différends à forte visibilité concernant les projets du C-5 et les engagements prévus dans le protocole d’entente Canada–Alberta.

Le style hautement centralisé du bureau du Premier ministre constitue à la fois un atout et une vulnérabilité. Un centre premier-ministériel fort peut coordonner rapidement les politiques économiques, climatiques et étrangères pour réagir aux chocs américains et mobiliser les dépenses fédérales autour d’une stratégie industrielle cohérente. Mais gouverner par bureau du Premier ministre resserré et des accords bilatéraux avec les premiers ministres comporte le risque de marginaliser les forums intergouvernementaux et le contrôle parlementaire, alimentant le récit selon lequel Ottawa impose sa volonté et incitant les provinces à riposter par les tribunaux, la clause dérogatoire ou leurs propres référendums sur l’autonomie, sans compter le risque au sein du cabinet et du caucus, particulièrement dans un parlement fragile. Une dépendance excessive aux ententes exécutives pourrait rendre la politique nationale tributaire d’un petit nombre de relations politiques plutôt que solidement ancrée dans des institutions durables.


Le calendrier politique de 2026 fait augmenter le risque que les différends constitutionnels et entre compétences passent du bruit de fond à des points de tension majeurs. Une élection fédérale éventuelle, une élection prévue au Québec et les batailles persistantes en Alberta et en Colombie-Britannique sur la politique énergétique, les objectifs climatiques et le partage des revenus créent tous des incitations pour les dirigeants à faire campagne contre Ottawa ou contre d’autres provinces. Cette « politique du grief permanent » érode le capital de confiance nécessaire à la réalisation de projets économiques conjoints. Sans signaux supplémentaires de progrès, la « levée des coudes » estivale risque de se transformer, à l’hiver, en une atmosphère de confiance en recul.


Combler ces écarts nécessitera une stratégie délibérée de chorégraphie politique autant qu’une conception soignée des politiques publiques. Les sommets fédéraux-provinciaux-territoriaux sur la santé, le logement et le climat peuvent encore établir des bases communes, mais ils restent toujours exposés au risque de se transformer en moyens de pression provinciaux sur la fédération. Des campagnes publicitaires, des initiatives de communication et des forums publics, menés non seulement par le Premier ministre mais aussi par les premiers ministres provinciaux, les leaders autochtones et les PDG, peuvent contribuer à renforcer un récit partagé autour d’un Canada uni et confiant.

La réforme réglementaire constituera un test central de la capacité du gouvernement Carney à mobiliser les compétences fédérales au service de la cohésion nationale. Les initiatives visant à réduire les barrières commerciales interprovinciales, à harmoniser ou à reconnaître mutuellement les accréditations professionnelles, et à rationaliser les parcours d’immigration pour les professions en forte demande offrent des perspectives tangibles de gains de productivité et de mobilité de la main-d’oeuvre. Toutefois, chacune de ces mesures touche à des prérogatives provinciales particulièrement sensibles. Les mécanismes de coopération intégrés au protocole d’entente Canada–Alberta — évaluations à guichet unique, échéanciers définis et accords d’équivalence — proposent un cadre opérationnel qui pourrait, en théorie, être transposé à d’autres provinces et secteurs, sous réserve de la construction d’un niveau suffisant de confiance. En l’absence de telles réformes, le Canada risque de laisser inexploitées d’importantes efficacités de son marché intérieur précisément au moment où il cherche à compenser la moindre fiabilité de son partenaire américain. Les entreprises et les investisseurs devraient ainsi considérer les tensions juridictionnelles comme une caractéristique structurelle — et potentiellement un atout — du Canada.

La nécessité d’obtenir un consentement à plusieurs niveaux et de naviguer entre des régimes juridiques qui se chevauchent accroît les coûts de transaction et allonge les délais de mise en oeuvre des projets. Elle peut toutefois conduire à des résultats plus robustes, fondés sur une légitimité sociale renforcée, et réduire le risque de revirements brusques. Pour les entreprises disposées à investir dans des relations durables avec les provinces, les gouvernements autochtones et les municipalités, le fédéralisme complexe du Canada peut devenir une source d’avantage différencié en protégeant les engagements de long terme contre les aléas d’un seul acteur politique, y compris les États-Unis. Le risque en 2026 est que l’escalade des rapports de force constitutionnels transforme cette complexité, jusqu’ici gérable, en vulnérabilité systémique — au moment même où le Canada a besoin d’une stratégie cohérente et collective pour renforcer son économie et le pays.

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Cette année, le Forum économique mondial (FEM) a donné l’impression d’abriter deux Davos distincts.

À l’intérieur du principal centre des congrès, un nombre inédit de participants, parmi lesquels 850 chefs de direction, 80 milliardaires et fondateurs du secteur technologique, des centaines de ministres et 65 chefs de gouvernement, ont passé la semaine à écouter des analyses sur le recul de la mondialisation et le repli des sociétés sur elles-mêmes.

À l’extérieur, l’ambiance était tout à fait différente. Sur la grande promenade, il suffisait de faire quelques pas pour se croire dans un croisement improbable entre Wall Street, la Silicon Valley et l’Organisation des Nations Unies, alors que des pays allant du Brésil à l’Indonésie et des entreprises allant de Tech Mahindra à Pinterest se présentaient à la foule bigarrée qui défilait.

Mark Carney a parlé d’une ère à géométrie variable. D’autres ont évoqué une nouvelle ère de multialignement, comme si l’économie mondiale se transformait peu à peu en un souk bruissant d’échanges et de marchandages plutôt qu’en un marché parfaitement ordonné. Quel que soit le mot choisi, l’ordre (ou le désordre) mondial qui se dessine paraît aussi incertain et dangereux que les rues glacées de Davos. Voici quelques points à retenir :

L’an dernier, au lendemain de sa seconde investiture, Donald Trump s’était adressé au Forum par vidéo et avait promis un âge d’or pour les États‑Unis. Cette fois, il est venu en personne pour proclamer sa victoire. Accompagné de cinq secrétaires de cabinet et de centaines de chefs de direction américains, le président a passé deux jours exceptionnels dans les Alpes suisses à projeter une version contemporaine de la puissance américaine. Cette année, la superpuissance a opté pour une présence hors de son territoire. Dans la vision de Trump, le monde continuera de commercer et de prospérer, mais selon les règles américaines. Près des trois quarts des échanges commerciaux mondiaux respectent encore les règles de l’Organisation mondiale du commerce. L’accumulation de stocks a permis à de nombreuses sociétés d’échapper aux droits de douane initiaux. Un impact plus important pourrait se faire sentir cette année. Mais dans l’ensemble, le système tient encore, a indiqué Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en soulignant que l’économie mondiale est si complexe et si imbriquée que même les États‑Unis ne peuvent la défaire. La Pax America plus mercantile de Trump n’est pas seulement économique. À son arrivée à Davos, Donald Trump faisait déjà réagir avec sa tentative d’acheter le Groenland, initiative non sollicitée rejetée par ses alliés de l’OTAN. Son départ a été marqué par l’annonce d’un Conseil de paix soutenu par une coalition pour le moins hétéroclite de dix-neuf pays représentant cinq mille milliards de dollars de PIB, soit l’équivalent de l’économie allemande. Seuls quatre d’entre eux, l’Albanie, la Bulgarie, la Hongrie et la Turquie, sont membres de l’OTAN, et seuls quatre, l’Argentine, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et la Turquie, font partie du G20. Trump pourra‑t‑il étendre l’influence américaine sans partenaires plus solides ? Ou bien s’agit‑il de la nouvelle géométrie du pouvoir ?

Mark Carney, longtemps considéré comme l’archétype de l’« élite de Davos », a prononcé un discours d’ouverture largement salué pour avoir su capter le malaise ambiant et cristalliser l’aspiration à une nouvelle approche des affaires internationales. Sa formule, la nostalgie n’est pas une stratégie, a trouvé un écho. Il lui revient maintenant de concrétiser la diversification. La voie est loin d’être simple. Les alliés européens les plus proches du Canada traversent tous des difficultés, économiques comme politiques, affaiblis par la guerre en Ukraine, les crises migratoires et l’attrait croissant du nationalisme, désormais la force politique dominante sur le continent. La plus grande économie d’Europe, l’Allemagne, a évité de justesse une récession l’an dernier, après deux années de déclin. Le chancelier Friedrich Merz a qualifié l’Europe de championne mondiale de la surréglementation et a averti qu’elle risquait de perdre son unité si elle ne se réformait pas. Le Canada devra aussi compter sur des partenaires plus éloignés, notamment la Chine et l’Inde, que le Forum économique mondial estime responsables de près de 40 % de la croissance économique mondiale au cours des cinq prochaines années. Ces deux géants émergents peuvent se montrer aussi exigeants que Donald Trump en matière de commerce international. Le golfe Persique attire lui aussi, avec des milliers de milliards de dollars d’investissements en capital. Mais là encore, une nouvelle génération de partenaires économiques évolue dans des systèmes politiques et juridiques, ainsi que dans des pratiques sociales, bien différents de ceux du cadre dans lequel le Canada s’est développé.

« No King », littéralement « pas de roi », était gravé tout en haut d’un glacier dominant Davos. Le message visait sans doute le président américain, mais il pouvait tout aussi bien être lu comme une pique adressée au « roi dollar », ce surnom couramment utilisé pour désigner la position dominante du billet vert. Le roi dollar a connu une semaine difficile, bousculé par les changements dans les courants du commerce mondial et par la volonté croissante des pays et des entreprises de réorienter leurs flux de capitaux. Il domine encore 88 % des transactions de change et 54 % du commerce international, ce qui alimente depuis longtemps l’idée qu’aucune autre option crédible n’existe, résumée par l’acronyme anglais TINA, pour There Is No Alternative. Mais cette conviction tient‑elle encore ? Le Forum économique mondial s’est ouvert sur une nouvelle saisissante : les plus grands fonds de pension danois avaient liquidé leurs bons du Trésor américain en réaction à la menace brandie contre le Groenland. Une poussée de prudence envers les États‑Unis a fait grimper les rendements obligataires, ce qui a atténué les attentes de baisses de taux plus larges. En pareilles circonstances, les investisseurs avaient généralement tendance à rester exposés aux actifs américains. Cette fois, du moins chez les Européens, les couloirs bruissaient de spéculations sur un possible basculement de long terme. Un gestionnaire de fonds affirmait même que ses clients lui avaient demandé de vendre une partie de ses positions américaines. Quelques dirigeants américains du secteur technologique confiaient que des clients européens de longue date annulaient leurs commandes. L’euro, le yen et le dollar canadien pourraient gagner en importance. Le renminbi devrait également s’affirmer, bien qu’il soit encore loin de pouvoir rivaliser à l’échelle mondiale. La tête du roi peut se faire lourde, mais un seul monarque porte encore la couronne des devises.

Le Forum économique mondial, créé dans les années 1970 pour aider l’Europe à éviter la voie socialiste et à s’orienter vers les marchés libres, voit aujourd’hui une partie de l’Occident se tourner de nouveau vers l’État pour porter ses ambitions économiques, ce qui n’est pas sans risques. À mesure que les pays, y compris le Canada, cherchent à renforcer leurs forces armées, à bâtir leurs propres bases technologiques et à réduire leur dépendance envers les États‑Unis, qui concentrent près de la moitié du capital financier mondial, ils mobilisent leurs bilans publics et utilisent divers outils pour orienter les capitaux vers leurs priorités nationales. Les ambitions sont si marquées que plusieurs chefs de gouvernement semblaient se comporter comme des banquiers d’investissement en pleine prospection. Des économies avancées comme l’Australie, la Norvège, l’Allemagne ou la Corée du Sud ont effectivement la capacité d’emprunter davantage pour investir, tout comme plusieurs puissances émergentes, notamment l’Arabie saoudite. Or, le capitalisme ne se résume pas au capital lui‑même. Il consiste à mettre ce capital au travail et à obtenir des résultats. Le président singapourien, Tharman Shanmugaratnam, a rappelé avec sagesse que ces nouveaux capitalistes étatiques doivent se montrer impitoyables dans leurs décisions d’investissement, mais aussi dans leurs dépenses et leurs règles. La croissance exige que les gouvernements privilégient les investissements productifs, notamment dans l’éducation, plutôt que la redistribution, et qu’ils reconnaissent avec humilité que l’État reste, par nature, peu efficace pour bâtir des entreprises performantes. Pour que cette nouvelle version du capitalisme d’État fonctionne, il faudra également un changement de mentalité.

Peu après l’élection de Donald Trump, Xi Jinping s’était rendu à Davos pour présenter la Chine comme un leader mondial d’une nouvelle ère. Depuis, Pékin a livré des résultats tangibles dans les énergies renouvelables, le nucléaire, les minéraux critiques, les produits pharmaceutiques et l’intelligence artificielle. À tel point que Xi n’a plus besoin d’y être présent. Cette fois, tandis que les États‑Unis et l’Europe se querellaient, il a dépêché un vice‑premier ministre de second rang, He Lifeng, pour présenter la Chine comme un champion du commerce multilatéral et d’une « mondialisation inclusive ». Selon plusieurs experts, Pékin profite de chaque instant pour avancer discrètement ses deux priorités essentielles, la réunification avec Taïwan et la domination en intelligence artificielle. Xi voit dans l’intelligence artificielle un pilier de l’avenir chinois, et DeepSeek 4, le modèle de nouvelle génération attendu en février, devrait illustrer les progrès accomplis. Parallèlement, plusieurs spécialistes de la Chine estiment que l’armée chinoise, qui a mené des manœuvres navales autour de Taïwan au Nouvel An, serait prête à s’emparer de l’île par la force dans l’année, ce qui lui donnerait un levier majeur sur l’industrie mondiale des semi‑conducteurs, indispensable à l’IA. Le sénateur démocrate Chris Coons, présent à Davos, craint que l’Administration américaine ne mesure pas pleinement la nécessité de s’appuyer sur un réseau d’alliés partageant des valeurs fondamentales pour contenir la Chine. On y verra plus clair lorsque Trump et Xi se rencontreront en avril, mais il ne faut pas s’attendre à un grand compromis entre les deux puissances. Dans le meilleur des cas, selon Coons, on pourrait aboutir à une série de petits accords permettant de maintenir l’équilibre mondial.

Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

The next energy crisis won’t be fueled by oil or gas; it will be strained by the world’s faltering electricity grids. Electricity demand globally is rising three times faster than total energy demand, driven by air conditioning and electric vehicles, as well as data centres. While 90% of Americans have access to air conditioning, the number is 20% in India, 18% in Indonesia and 5% in Nigeria—each with some of the world’s fastest-growing cities. Add to that the growing demand for EVs, which now account for a quarter of global car sales, up from 5% in just five years. Fatih Birol, head of the International Energy Agency, said the world will need 10,000 terra-watts of new electricity in the next decade, which is the equivalent of adding another U.S., Canada, Europe and Japan. Without any innovation breakthroughs, that would require 70% more copper, and a vast expansion of steel and critical minerals processing. Developments in large-scale battery storage and grid digitalization offer some hope, as most electricity systems still suffer a gross mismatch of supply and demand. But an unfortunate truth remains: it’s easier and faster to build power plants than it is to add transmission and distribution. Take this recent experience in Europe: the continent added 80 gigawatts of renewable energy supply only to find it didn’t have the capacity to transmit all that new electricity. Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

Deux moments très révélateurs ont marqué les débats dans la grande salle des congrès à Davos, l’un illustrant la pénurie, l’autre l’abondance. Donald Trump s’est écarté de son texte pour fustiger les énergies renouvelables, en particulier l’éolien, qu’il a qualifié de solution pour les « perdants ». Le lendemain, sur la même scène, Elon Musk a au contraire vanté un avenir radieux pour les énergies renouvelables, en particulier le solaire, qu’il juge capable d’alimenter à lui seul l’ensemble des États-Unis. Il lui faudrait simplement, affirme‑t‑il, un terrain de cent soixante kilomètres sur cent soixante et des panneaux solaires exempts de droits de douane. En dehors de l’Amérique du Nord, les énergies renouvelables restent le principal moteur de la croissance énergétique et sont passées du statut de source de « transition » à celui de choix par défaut pour les nouvelles capacités dans de nombreux marchés. L’Europe a atteint environ cinquante pour cent de production renouvelable en 2024. Dans d’autres marchés en forte expansion, les énergies renouvelables sont de plus en plus perçues comme des ajouts énergétiques, et non plus seulement comme des substituts aux combustibles fossiles. La baisse du coût des batteries, le solaire ayant chuté d’environ quatre‑vingts pour cent en Inde, et l’allongement de la durée de vie des installations, désormais de trente à trente‑cinq ans, ont déplacé l’analyse économique du simple coût unitaire vers le coût sur l’ensemble du cycle de vie. Cependant, pour garantir la fiabilité, il faudra davantage de stockage par batteries, de centrales hydroélectriques à accumulation par pompage et de systèmes hybrides capables de fournir de l’électricité en continu. Cette évolution est déjà visible en Inde, qui a installé deux millions sept cent mille systèmes solaires résidentiels et trois millions cent mille pompes alimentées par le solaire, et qui a déjà atteint son objectif pour 2030 consistant à porter les énergies renouvelables à environ cinquante pour cent de l’énergie non fossile.

L’intelligence artificielle est passée du statut de technologie expérimentale à celui d’infrastructure fondamentale, et désormais de système d’exploitation pour les entreprises et les gouvernements. L’avantage concurrentiel ne repose plus seulement sur l’innovation des modèles, mais sur leur diffusion et sur la rapidité avec laquelle les organisations parviennent à se transformer avant leurs rivales. À mesure que la diffusion progresse, Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, voit 2026 comme l’année où des systèmes d’IA en créeront d’autres, y compris à l’intérieur des entreprises, avec un impact potentiellement déstabilisant sur leur manière de fonctionner. Demis Hassabis, cofondateur et directeur général de DeepMind, estime que l’avantage reviendra aux « apprenants continus », ceux qui suivent de près le comportement des modèles et ajustent leurs stratégies et leurs modes de fonctionnement. Dans cette logique, la plupart des PDG ont retiré l’IA du giron technologique pour en faire un dossier qu’ils pilotent personnellement. Un sondage de BCG publié à Davos révèle que soixante-douze pour cent des PDG dans le monde considèrent l’IA comme un élément central de leur mandat, et que la moitié d’entre eux pensent qu’elle définira leur passage à la tête de l’entreprise. Les entreprises prévoient de doubler leurs investissements en IA cette année, même si une étude du MIT publiée en 2025 montre que très peu d’adoptants ont obtenu des résultats probants. David Sacks, figure influente de la Silicon Valley et responsable de l’IA auprès de Donald Trump, estime que les dirigeants, qu’ils soient au gouvernement, en entreprise ou dans les médias, doivent dissiper les craintes et saisir l’occasion de bouleverser les pratiques et d’innover. Il a cité une autre étude montrant que 83 % des Chinois se disent optimistes à propos de l’IA, contre 39 % des Américains. Sacks s’inquiète qu’un mouvement de pessimisme fasse perdre aux États‑Unis la course à l’IA, une dérive qu’il voit comme une blessure qu’ils se seraient infligée.

Il existe désormais une nouvelle arithmétique financière pour l’IA. C’est ce que Satya Nadella, PDG de Microsoft, appelle le coût énergétique du recours à l’IA, autrement dit l’énergie nécessaire pour effectuer les opérations de calcul qui la font fonctionner. On peut y voir une sorte d’équivalent du salaire de base et de la productivité pour l’IA. Les entreprises et les pays capables de réduire ce coût unitaire seront bien placés pour gagner dans l’économie des données. Cette nouvelle logique pourrait aussi transformer en profondeur la nature du travail humain. On pourrait la résumer ainsi : données multipliées par énergie multipliée par main-d’œuvre égale succès. Le consensus des hauts dirigeants à Davos semblait être que la main‑d’œuvre, comme les données et l’énergie, sera encore plus nécessaire. Les PDG estiment que la « falaise » des emplois d’entrée n’est pas aussi abrupte qu’on le dit ; le véritable enjeu est l’élargissement du décalage des compétences, alors que la plupart des rôles exigeront une recomposition des tâches et des habiletés. Les gagnants seront les travailleurs et les entreprises capables d’intégrer l’IA dans leur travail et de collaborer avec elle. Cette transformation est en train de reconfigurer les structures de progression professionnelle, surtout dans les services professionnels et au sein des gouvernements, où des tâches de base comme la révision de documents, le tri ou la modélisation peuvent être effectuées par des machines. De nouveaux modèles d’apprentissage en milieu de travail deviendront essentiels pour développer le jugement, le contexte et les compétences de supervision. De plus en plus, la conception et la modification des modèles seront réalisées par les équipes de première ligne, qui pourront mettre en place des fonctions d’automatisation simples pour faire évoluer leur travail. Tout cela peut aplatir les organisations et donner un avantage à celles qui disposent de données abondantes, d’énergie abordable et d’équipes à l’aise avec l’IA.

Les divisions croissantes dans le monde et à l’intérieur des pays relèvent d’un problème de confiance. Et cette confiance s’effrite. Stefanie Stantcheva, économiste à Harvard, constate que le phénomène est particulièrement aigu pour sa génération, les moins de quarante ans, qui voient un monde où les gains des uns se font au détriment des autres et où leur part se rétrécit. Elle a présenté à Davos des recherches montrant que la méfiance traverse désormais tout le spectre politique, une large part des millénIaux estimant que d’autres groupes ont capté les priorités gouvernementales grâce aux médias traditionnels, à l’influence des entreprises et aux vieilles mécaniques politiques. Cette tension risque de s’accentuer alors que les électeurs vieillissants en Occident réclament davantage de sécurité financière et de stabilité en matière de santé, peut‑être au détriment de la sécurité économique et nationale. Le Baromètre de confiance Edelman, qui sonde trente‑quatre mille personnes dans vingt‑huit pays et est publié chaque année à Davos, montre des sociétés qui passent du ressentiment au repli. Sept personnes sur dix hésitent à accorder leur confiance, ou la refusent, à ceux qui ne partagent pas leurs valeurs, leurs expériences ou leurs sources d’information. La confiance se détourne des institutions pour se recentrer sur l’entourage : voisins, collègues, et même le PDG. Les entreprises sont désormais perçues comme les plus compétentes et les plus éthiques, dépassant pour la première fois les organisations non gouvernementales sur le plan de l’éthique, tandis que les gouvernements et les médias demeurent les moins dignes de confiance. Plus frappant encore, l’optimisme s’effondre. Dans de nombreux pays, des majorités ne croient plus qu’eux-mêmes ou leurs familles seront mieux lotis dans cinq ans, invoquant l’anxiété économique, l’IA, la désinformation et les conflits mondiaux.

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À en juger par l’artère principale de Davos, la mondialisation est bien vivante. Oui, les États-Unis se sont servis d’une église et d’un magasin pour mettre les États-Unis de l’avant (« America First »). Mais beaucoup plus de vitrines faisant la promotion du Brésil, de l’Indonésie, des Philippines et du Nigeria. L’Inde a réservé tout un hôtel sur la promenade, d’où des milliers de personnes partaient chaque jour pour se rendre au Centre des congrès, puis revenaient le soir après un repas ou un dernier verre.

S’agit-il d’un faux printemps, à l’image de la semaine clémente à Davos ? Ou du début de ce que Christine Lagarde a appelé le « plan B » et d’une économie mondiale plus diversifiée ?

Lors de la clôture du Forum économique mondial, la présidente de la Banque centrale européenne a déclaré qu’elle « n’était pas d’accord » avec le point de vue de Mark Carney sur une rupture mondiale, mais qu’elle voyait une diversification importante du commerce.

Selon les recherches du Forum économique mondial, près de la moitié de la croissance mondiale au cours des cinq prochaines années (de 2025 à 2030) provenait d’Asie, la Chine représentant 23 % et l’Inde 15 %, alors que les États-Unis 11 %. Au total, le G7 ne représentera que 18,5 % de la croissance. 

Même si on a l’impression d’entrer dans une nouvelle ère de diversification, il ne faut pas oublier l’attraction gravitationnelle des deux superpuissances économiques, qui, au cours de la dernière décennie (et même avant), ont absorbé une grande partie des capitaux et des échanges commerciaux mondiaux. Par exemple, environ 40 % des études publiées sur la recherche pharmaceutique proviennent aujourd’hui de la Chine, tandis que la part de l’Europe est passée de 20 % à 12 %. Devinez d’où proviendront la plupart des médicaments du monde dans les années 2030 ?

Avec autant de changements, qui dominera les futures zones commerciales mondiales ? Je suis revenu de Davos en me disant que trois forces contribueront à façonner la réponse :

1. Solidité du bilan. Nous sommes peut-être à la veille d’importants emprunts publics (et peut-être privés) destinés à financer tout ce qui est nécessaire à la diversification, des nouvelles chaînes d’approvisionnement aux infrastructures. Les États-Unis ont l’avantage de détenir la monnaie de réserve mondiale, mais plusieurs puissances moyennes, dont l’Allemagne et le Canada, peuvent emprunter beaucoup par elles-mêmes.

2. Intelligence artificielle. Elle est en train d’absorber une grande partie des capitaux privés du monde, et elle déterminera une bonne partie des résultats commerciaux puisqu’elle transforme la production (avec la robotique). Oui, les États-Unis et la Chine dominent, mais si l’IA devient accessible à tous, comme Internet, l’avantage ira à ceux qui auront le dynamisme d’alimenter les algorithmes d’apprentissage et l’esprit d’entreprise pour mettre les résultats en pratique. Les huit plus grandes sociétés technologiques des États-Unis disposent d’une valeur nette de 18 billions de dollars à exploiter, et d’une énergie nationale bien supérieure à celle de la Chine ou de l’Europe.

3. Situation démographique. C’est la tendance cachée, alors que l’Ouest (et l’Extrême-Orient) sont confrontés à des bouleversements démographiques. Même à l’ère de l’IA, le commerce repose encore sur les humains, qui fabriquent des choses, les expédient et les achètent. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’ici 2050, date à laquelle elle représentera 25 % de la population mondiale en âge de travailler. 

Un conseil judicieux que j’ai entendu était que les entreprises devaient penser au pays, au fournisseur et à la devise, et avoir une option pour chacun. Une matrice ou des solutions de rechange si l’on veut. Ou ce que M. Carney a appelé « géométrie variable ». 

Ce sont les nouvelles règles.

– John Stackhouse

Le Sondage du T4 de la Banque du Canada montre que les entreprises canadiennes continuent d’être touchées négativement par les tensions commerciales, mais que certaines augmentent les exportations hors États-Unis.

  • Les résultats indiquent que 33 % des entreprises canadiennes sont fortement touchées par les politiques commerciales américaines. Une proportion faible mais croissante d’entreprises ont déclaré avoir enregistré une hausse de leurs ventes sur les marchés non américains. Malgré un ralentissement des ventes aux États-Unis, la plupart des exportateurs vers ce pays ne se sont pas tournés vers d’autres marchés, invoquant des obstacles tels que l’investissement dans de l’équipement spécialisé, le respect des exigences réglementaires et les coûts de transport.

  • Cela montre, bien que modestement, que les entreprises canadiennes sont prêtes à pénétrer d’autres marchés. Cependant, les pressions économiques immédiates freinent considérablement les efforts en matière d’embauche, d’investissement et de diversification.

Le Canada établit un nouveau partenariat avec le Qatar pour coopérer dans les secteurs du commerce, des investissements et de la défense

  • Le Canada et le Qatar ont convenu de conclure les négociations de l’Accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) et ont signé un protocole d’entente en vue de mettre en place un comité économique mixte, d’élargir les services aériens et d’accroître leur collaboration dans le domaine de la défense (incluant davantage d’exportations du secteur de la défense du Canada).  

  • Il s’agit de la dernière victoire en date dans les efforts de diversification déployés par le gouvernement canadien, après l’accord conclu la semaine dernière avec la Chine. La valeur du commerce des marchandises entre le Canada et le Qatar était de 325 millions de dollars en 2024; une forte croissance est donc possible.

Les législateurs européens reportent l’accord commercial avec le Mercosur à cause de préoccupations juridiques

  • La ratification par l’UE de cet accord, fruit de plusieurs décennies de négociations avec les économies sud-américaines, a été reportée par les législateurs, qui ont demandé l’avis de la Cour de justice européenne.

  • Il s’agit du dernier obstacle dans un processus qui s’éternise, à la suite de pressions exercées par les agriculteurs européens, et qui pourrait retarder l’accord commercial de deux années supplémentaires. Compte tenu de la « situation géopolitique » actuelle, le chancelier allemand Frédéric Merz a cependant invité la Commission européenne à appliquer provisoirement l’accord, qui créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange du monde, touchant plus de 700 millions de personnes et représentant environ 20 % du PIB mondial.

 La première commande de canola canadien par la Chine depuis des mois fait suite à une mission commerciale

  • La visite du premier ministre Mark Carney à Pékin a conduit un importateur chinois à acheter 60 000 tonnes métriques de canola canadien, la première commande de ce type depuis que la Chine a suspendu ses importations en octobre. Cette décision intervient alors que la Chine devrait réduire les droits de douane sur le canola canadien à 15 %. Le ministre canadien de l’Agriculture, Heath MacDonald, a encouragé cette semaine les investissements chinois dans le secteur agroalimentaire canadien, soulignant le potentiel de collaboration dans le domaine de la transformation et de la recherche à valeur ajoutée au niveau national.

  • La Saskatchewan, province canadienne qui produit le plus de canola et qui affiche la plus forte croissance annuelle du commerce de gros, est particulièrement bien placée pour tirer profit de cette situation. Le premier ministre Scott Moe (qui participait au voyage) a souligné les bienfaits de cette avancée pour sa province et pour le secteur agricole canadien en général.   

Thomas Ashcroft

Le Canada prévoit d’autoriser l’entrée de 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine à des droits de douane bien inférieurs en échange d’un assouplissement des redevances sur les produits agricoles canadiens. Voici ce que vous devez savoir à propos de l’entente et de ses conséquences :

  • Environ la moitié des véhicules importés de Chine coûteront moins de 35 000 $ d’ici 2030. Le prix d’achat moyen d’un véhicule électrique au Canada en 2024-2025 était d’environ 67 000 $.

  • Les ventes de véhicules électriques au Canada devraient rester globalement stables en 2026, après avoir chuté de 30 % l’année dernière. Pour évaluer les importations chinoises, 49 000 unités représenteraient un quart du marché annuel des véhicules électriques au Canada. Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, craint que cela n’ait un impact sur les ventes et les emplois des fabricants existants.

  • La stratégie européenne pourrait servir de feuille de route alternative pour le Canada dans le secteur automobile : le continent a collaboré avec les constructeurs automobiles chinois afin d’uniformiser les règles du jeu et a fixé des droits de douane ciblés visant à compenser l’impact des subventions. Malgré cela, les marques chinoises ont conquis 10 à 15 % du segment des véhicules électriques en Europe.

  • Le dégel entre le Canada et la Chine devance l’importante renégociation de l’ACEUM, qui pourrait perturber les 80 % d’exportations canadiennes qui entrent sur le marché américain sans droits de douane. Cette situation pourrait-elle compliquer davantage les négociations entre le Canada et les États-Unis ?

Farhad Panahov

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Les États-Unis adorent le pétrole lourd. Le mélange est essentiel pour le diésel, le carburéacteur et les produits pétrochimiques, et le Canada est, de loin son plus important fournisseur étranger. Toutefois, un plan américain pour influer sur le pétrole vénézuélien et le relancer a fait craindre que le Canada – dont plusieurs industries nationales sont déjà sous pression américaine – ne commence à perdre des parts de marché au profit du brut lourd vénézuélien d’ici quelques années. Il pourrait s’agir d’une pression exercée par Washington sur la ressource la plus prisée au Canada.

Le pétrole canadien a supplanté ses rivaux, notamment le Vénézuéla et l’OPEP, sur le marché américain au cours des trois dernières décennies

Les tendances des importations de brut aux États-Unis illustrent un net écart structurel entre le Canada et le Vénézuéla. Il en résulte une réorientation fondamentale de la dépendance des États-Unis à l’égard des approvisionnements du Canada, ce qui est le fruit de la fiabilité, des infrastructures et des dépenses en capital à long terme.

Toutefois, le pétrole canadien ne se limite pas à la région du Golfe (PADD 3). Il s’agit aussi d’un acteur stratégique et essentiel du complexe de raffineries du Midwest américain (PADD 2)

Le brut vénézuélien dominait autrefois les volumes d’importation de la côte du Golfe, mais son effondrement a créé un marché qui n’a été comblé que partiellement par les barils canadiens. La côte du Golfe est considérée comme un front majeur, mais seulement 10 % du total des importations du Canada sont dirigées vers la région connue sous le nom de PADD 3. La plus grande croissance du brut canadien a eu lieu dans la région des raffineries du Midwest (connue sous le nom de PADD 2) qui représente 69 % de la croissance totale des exportations canadiennes vers les États-Unis au cours des trente dernières années.

es raffineries américaines sont conçues pour les sables bitumineux et autres pétroles lourds : la codépendance avec le Canada sera difficile à rompre

La croissance de la capacité de raffinage aux États-Unis a été concentrée dans les PADD 3 et 2, renforçant ainsi l’orientation du système vers des unités de raffinage complexes et de grande envergure. La domination de la côte du Golfe est le fruit de décennies d’investissements destinés à traiter des bruts disponibles plus lourds et plus diversifiés, ce qui en fait à la fois un centre de raffinage national et une plaque tournante de l’approvisionnement à l’échelle mondiale.

Les États-Unis et le Canada sont prêts à profiter du boom des matières plastiques – Les raffineries américaines ont dépensé des milliards pour soutenir leur secteur pétrochimique dépendant du pétrole lourd

La capacité de cokéfaction reste un élément déterminant de la capacité du système américain à traiter le brut lourd, la majorité des investissements étant concentrée le long de la côte du Golfe. L’expansion constante des unités de cokéfaction au fil du temps montre comment les raffineurs ont structurellement adapté leurs actifs à des barils de pétrole plus lourd, renforçant ainsi leurs relations d’approvisionnement qui favorisent le brut canadien.

Le Canada assure la sécurité pétrolière des États-Unis, tandis que les raffineries américaines servent de porte d’entrée du pétrole canadien pour atteindre les marchés mondiaux

Le système énergétique américain est de plus en plus axé sur les exportations, les produits pétroliers représentant la majorité des volumes sortants au fil du temps. Cela souligne le rôle de la côte du Golfe non seulement en tant que centre de raffinage, mais aussi en tant que plateforme pétrochimique et d’exportation essentielle.Pour le Canada, cela renforce l’importance de l’accès au marché, du mélange, du raffinage et des voies de réexportation dans un paysage commercial mondial en pleine évolution.

Toutefois, les investissements pétroliers américains au Canada ont connu une décennie de fuite des capitaux

Malgré toute l’intégration transfrontalière, les investissements américains dans le secteur canadien des ressources (mines, pétrole et gaz) ont chuté de plus de la moitié par rapport au sommet de 39,1 G USD de 2011. Entre-temps, les investissements des États-Unis dans les autres pays de l’hémisphère américain ont connu une croissance constante, passant de 16 G USD en 2000 à 64 G USD en 2024, même sans le Vénézuéla.

La concurrence entre les États-Unis et l’hémisphère occidental pour attirer les investissements s’intensifie. Le Canada devra s’assurer de la présence de capitaux américains pour conserver sa position dominante sur le marché américain.

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➔ Où en est le Canada dans la lutte contre les changements climatiques ?  C’est… compliqué

➔ Le monde se détourne‑t‑il des Tesla ?

➔ Les règles canadiennes sur le méthane prennent un virage pragmatique

L’avenir du GIEC sans Washington LeGroupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), soutenu par l’ONU, est déterminé à garder le cap après le retrait des États‑Unis. L’organisme poursuit la préparation de son prochain cycle de rapports, prévu pour 2027. Ses analyses influencent profondément les politiques climatiques mondiales, mais certains lui reprochent de trop privilégier la science et la technologie au détriment des dimensions économiques et politiques de la transition énergétique. Alors que la Maison-Blanche qualifie le GIEC et d’autres organismes onusiens de « gaspillage » de l’argent des contribuables américains, d’autres rappellent le rôle essentiel joué par le GIEC pour mobiliser les décideurs face à l’un des plus grands défis de notre époque. Ils espèrent que la science continuera de guider l’action.

De nouvelles règles sur le méthane marquent une évolution pragmatique de la politique climatique canadienne. Les nouvelles règles, qui s’appliqueront dès 2028 aux activités pétrolières et gazières terrestres ainsi qu’aux grands sites d’enfouissement, allient ambition élevée et souplesse réglementaire. Le changement le plus déterminant est l’introduction de l’optionnalité, explique Vivan Sorab, responsable principale, Technologie propre RBC.  Selon les estimations gouvernementales, les nouvelles règles pourraient permettre des réductions cumulatives de 304 mégatonnes d’équivalent en dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO₂) entre 2028 et 2040. Les exploitants pourront soit suivre un parcours d’inspection prescrit par l’organisme de réglementation, soumis à la vérification et à l’application de la réglementation, soit démontrer leur conformité au moyen de leurs propres processus, appuyés par des mécanismes de surveillance et de vérification. La suppression de l’échéance de cinq ans pour les ententes d’équivalence fédérales‑provinciales renforce le cadre en offrant une plus grande prévisibilité à long terme pour les provinces et pour l’industrie. Les règles sont également appuyées par un investissement fédéral de 16 millions de dollars dans les technologies de surveillance et de vérification du méthane. Compte tenu de l’incertitude persistante entourant les volumes d’émissions de méthane, l’accent mis sur la mesure pourrait s’avérer crucial.

Le monde tourne‑t‑il la page sur la Tesla d’Elon Musk ? Difficile à dire si les positions politiques du milliardaire ont rebuté une part importante du public, mais cela pourrait certainement être un facteur. À l’échelle mondiale, les ventes de voitures électriques ont atteint un sommet historique de 21,7 millions d’unités l’an dernier, selon les estimations de Bloomberg New Energy Finance (BNFE), alors même que les ventes de Tesla ont reculé de 9 %, à 1,64 million de véhicules. BNEF prévoit 24,3 millions de ventes de voitures électriques en 2026, un rythme de croissance plus lent que les années précédentes, la baisse des incitatifs gouvernementaux étant partiellement compensée par la diminution des coûts des batteries, une hausse des ventes de véhicules commerciaux et le déploiement progressif des robotaxis.

Dans les coulisses, l’équipe de l’Institut d’action climatique a consacré les six derniers mois à préparer ce qui s’impose peu à peu comme un baromètre de l’action climatique au Canada : le rapport Action climatique, qui en est à sa troisième année.

Même si certaines politiques climatiques ont reculé, l’action, elle, ne manque pas. Le titre de notre rapport, Recul, réinitialisation ou renouveau ?, laisse entendre que la réponse est un peu tout cela à la fois.

Le rapport repose sur des calculs, des agrégations et des estimations fondés sur une variété d’indicateurs provenant de l’ensemble de l’économie et de la société. Ces indicateurs ont été retenus afin de dresser un portrait de la situation actuelle, du chemin parcouru et de ce qu’il reste à accomplir. Le rapport, tout comme les outils de mesure qui le soutiennent, n’a pas pour objectif de fournir un diagnostic précis d’un secteur, d’une politique ou d’une technologie en particulier ; il se veut plutôt un miroir permettant de mettre en lumière à la fois les réussites et les lacunes du Canada.

Le rapport s’appuie également sur la participation de notre équipe à plus de 100 événements ainsi que sur des visites de fermes, d’installations et de bureaux partout au pays, au cours desquelles nous avons écouté, échangé et confronté nos points de vue avec des pairs, des experts et des voix plus sceptiques. Plus de 2 000 consommateurs canadiens et 150 dirigeants d’entreprise ont participé à nos deux sondages annuels. Des groupes de pairs ont examiné nos méthodologies en profondeur, et plusieurs experts externes ont soumis notre analyse à des tests rigoureux. Pour nos études de cas, plusieurs entreprises ont accepté de discuter franchement des défis liés à la mise en œuvre concrète de leurs engagements climatiques, du conseil d’administration jusqu’à l’usine ou au bureau. Le résultat est un instantané du parcours climatique du Canada : quelques jalons franchis, quelques impasses rencontrées, et la préparation pour affronter le prochain virage.

Le rapport intégral est accessible ici, mais voici un bref aperçu de certaines de ses conclusions :

  • Les progrès sur le plan des émissions sont mitigés : Les émissions nationales ont baissé de 7 % depuis 2019, des réductions ayant été enregistrées dans les secteurs de l’électricité (-27 %), du bâtiment (-19 %) et du pétrole et du gaz (-19 %). Toutefois, de nouveaux projets comme l’expansion du pipeline TMX et la phase 1 de LNG Canada devraient augmenter les émissions du secteur pétrolier et gazier.

  • Le pipeline de financement pour la lutte contre les changements climatiques est solide. Des flux de capitaux liés à l’action climatique s’élevant à environ 20 milliards de dollars par année continuent de soutenir le secteur à faibles émissions de carbone.

  • D’autres mesures de financement sont prévues. Près de 100 milliards de dollars d’incitatifs pour les programmes et les initiatives axés sur les technologies propres et le climat sont prévus au budget d’ici 2035, bien que l’incertitude persiste quant à la disponibilité des fonds en raison des réorientations politiques.

  • Le Baromètre de l’action climatique a descendu : L’indice phare de l’Institut a chuté pour la première fois en six ans dans un contexte d’incertitude politique.

  • Les Canadiens se soucient toujours du climat : Malgré la prédominance des enjeux liés au coût de la vie, à l’accès aux soins de santé et au renforcement de l’économie, 33 % considèrent encore les changements climatiques comme l’une des trois principales priorités des décideurs.

Il ne faut pas s’arrêter uniquement aux cibles de réduction des émissions du Canada pour 2030. C’était le message d’Environnement et Changement climatique Canada dans son dernier rapport d’étape sur le plan national de réduction des émissions pour 2030, publié quelques jours avant les Fêtes. Donner la priorité « à tout prix » aux cibles de 2030 risque de fragiliser l’effort climatique à long terme, souligne le rapport. « Se concentrer uniquement sur les réductions à court terme pourrait aussi détourner l’attention des transformations systémiques plus profondes nécessaires pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050. »

Exercer une pression excessive sur les secteurs des industries lourdes et du pétrole et gaz, deux secteurs étroitement liés à la compétitivité, aux flux d’investissement et au commerce, pourrait « provoquer une fuite des capitaux, une fuite de carbone et une perte de compétitivité internationale, surtout si les coûts de mise en conformité dépassent ceux supportés par les économies comparables ».

L’économiste Farhad Panahov a passé au crible l’ensemble des données pour en dégager cinq constats clés :

  • La baisse des émissions est impressionnante, compte tenu de la croissance démographique. En 2023, les émissions du Canada avaient diminué de 8,5 % par rapport aux niveaux de 2005. Plus remarquable encore, l’intensité des émissions avait reculé de 35 % par rapport à la taille de l’économie et de 29 % par habitant, alors même que la population a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies.

  • Il faudrait quadrupler les baisses d’émissions observées durant la pandémie. Pour atteindre ses cibles de 2030, le Canada devrait réduire ses émissions d’un volume environ quatre fois supérieur à la baisse enregistrée en 2020, durant la pandémie de COVID‑19.

  • La plupart des secteurs font leur part. Les secteurs de l’électricité, des transports, de l’industrie lourde et des bâtiments devraient générer ensemble une réduction de 68 Mt d’éq. CO₂ d’ici 2030, grâce à diverses mesures, notamment l’adoption des véhicules électriques et des thermopompes, la substitution des combustibles et l’électrification dans l’industrie lourde, ainsi que le déploiement de technologies renouvelables.

  • Les combustibles fossiles font figure d’exception. Le secteur pétrolier et gazier présente une trajectoire divergente, avec des projections allant d’un niveau stable jusqu’à une réduction de 33 Mt d’éq. CO₂, selon l’application renforcée des règles sur le méthane, la substitution par l’hydrogène et l’adoption de technologies d’extraction à base de solvants.

  • Qu’est-ce qui permettra réellement de faire bouger les choses ? Le plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, mesure controversée et désormais mise de côté, et exclue des projections, n’aurait permis qu’une réduction additionnelle de 3 Mt d’éq. CO₂. À l’inverse, les pratiques agricoles, notamment la gestion de l’azote, pourraient contribuer à une réduction des émissions pouvant atteindre 12 Mt d’éq. CO₂.

  • John Stackhouse sera à Davos la semaine prochaine. Ne manquez pas son analyse de ce qu’il a vu, communiqué et entendu lors du forum le plus influent au monde pour la discussion et le débat sur l’économie mondiale.

  • Lisa Ashton, cheffe intérimaire de l’Institut, a été conférencière principale cette semaine au Saskatchewan Crops Forum, où elle a présenté comment le secteur agroalimentaire peut ouvrir la voie à une nouvelle ère de développement économique.

  • Mme Ashton a également animé une table ronde à Saskatoon réunissant des chefs de file de l’industrie et des investisseurs en capital de croissance dans le secteur agroalimentaire canadien afin d’explorer les défis en matière d’investissement qui ont été mis en lumière dans La prochaine génération de croissance.

  • Shaz Merwat, directeur général, Politique énergétique, anime une table ronde sur l’avantage concurrentiel du Canada et de la Colombie-Britannique en tant que producteurs mondiaux de gaz naturel et de gaz naturel liquéfié le 21 janvier lors du forum sur les ressources naturelles de la Colombie-Britannique.

  • The Elements of Power: A Story of War, Technology and the Dirtiest Supply Chain on Earth, par Nicolas Niarchos, qui examine les réalités et les enjeux liés à la transition vers les technologies de batteries.

  • Série télévisée Landman, mettant en vedette Billy Bob Thornton, qui montre que le forage sauvage demeure bien vivant au Texas, souvent alimenté par des éoliennes.

  • Balado Les innovateurs sur le futur bouquet énergétique de l’Alberta. John Stackhouse s’entretient avec la première ministre Danielle Smith au sujet de l’avenir de l’énergie en Alberta.

  • Things Are Never So Bad That They Can’t Get Worse (2022), par William Neuman,  à propos de l’effondrement du Vénézuéla au fil des ans.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Par John Stackhouse

Les droits de douane ne prennent pas de pause, et nous pouvons présumer que le président Donald Trump ne prendra pas non plus de vacances.

Cette semaine, Trump a diffusé son message des Fêtes pour se présenter comme un Père Noël du commerce, car, selon lui :

  • Les droits de douane sont l’une de ses grandes réalisations et ils suscitent plus d’investissements aux États-Unis.

  • Les droits de douane aideront à payer les « dividendes de guerre » à 1,45 million de membres du personnel militaire aux États-Unis.

  • Les droits de douane entraînent une baisse des prix.

Nous verrons plus tard en 2026 (en mi-mandat) si les Américains sont d’accord avec ces affirmations. Mais attendez-vous à ce qu’en 2026, le président fasse payer des droits de douane élevés, même si, comme on s’y attendait, la Cour suprême juge qu’il a outrepassé ses pouvoirs. Comment ? La Maison-Blanche pourrait rapidement rétablir le mur tarifaire, en s’appuyant sur les pouvoirs prévus aux articles 122 et 301 pour maintenir les droits de douane en place, quoique le taux prévu pourrait passer de la moyenne actuelle de 16 % à quelque 10 %.

Voici trois questions à se poser pour l’année à venir :

  • Les pays adopteront-ils des mesures de représailles, même en mettant en place des barrières autres que tarifaires ?

  • Le Congrès peut-il se permettre de réduire les impôts et les droits de douane ?

  • Le Canada pourra-t-il se permettre de gagner du temps ?

Mark Carney semble s’être résigné à subir un scénario d’« absence d’accord » et à affronter un long parcours en vue de la renégociation de l’AECUM. À court terme, les plus grands défis porteront sur les services numériques, le bois d’œuvre et les règles d’origine pour les fabricants automobiles, qui ont chacun leur propre calcul économique et politique :

  • on peut s’attendre à ce que les États-Unis continuent de faire pression pour obtenir plus de concessions pour les médias en ligne, en particulier pour Meta, qui pourrait faire face à des contrecoups au Québec, où les protections culturelles (y compris les subventions aux médias locaux) seraient une ligne de parti si le Parti québécois prenait le pouvoir en 2026 ;

  • on peut s’attendre à ce que les États-Unis, compte tenu de la morosité du marché immobilier, continuent de malmener la Colombie-Britannique (et le Nouveau-Brunswick) sur la question du bois d’œuvre ;

  • on peut s’attendre à ce que Doug Ford fasse encore plus d’efforts pour obtenir un accès favorable au marché automobile américain pour les usines d’assemblage de l’Ontario. 

Toutefois, il est peu probable que le Canada obtienne des résultats favorables sur ces trois volets. M. Carney pourrait passer les Fêtes à penser à ce que le Père Noël lui réserve pour 2026. 

14257 : Le Décret, signé le 2 avril par le président américain Donald Trump, qui a imposé des droits de douane de base de 10 % sur les importations de tous les partenaires commerciaux des États-Unis.

90 : Le nombre de pays qui se sont vus imposer des droits de douane supérieurs au taux de référence de 10 % le « Jour de la Libération ».

2 : Le nombre de visites effectuées par le premier ministre Mark Carney à la Maison-Blanche. Lors de la plus récente, au début du mois d’octobre, M. Trump a qualifié Carney de « bonhomme » qui faisait « un excellent travail ».

75 millions : Le montant consacré par le gouvernement de l’Ontario de Doug Ford à la campagne publicitaire anti-tarifaire avec Ronald Reagan, qui a incité Trump à interrompre les négociations avec le Canada. Selon M. Ford, la publicité a été visionnée 12,4 milliards de fois.

35 T$ US : La valeur estimative du commerce des biens à l’échelle mondiale en 2025. Le volume commercial atteint des niveaux records malgré le fait que les risques géopolitiques ont fracturé les chaînes d’approvisionnement – preuve que la mondialisation est en restructuration plutôt qu’en régression.

50 000 : Nombre d’emplois perdus dans le secteur manufacturier aux États-Unis depuis le début de l’année.

1 T$ US : L’excédent commercial record de la Chine, malgré les tensions avec les États-Unis. Beijing a exporté 3,4 T$ US de biens au cours des onze premiers mois de l’année, notamment en dénichant de nouveaux marchés, y compris en Afrique (+26 %), en Asie du Sud-Est (+14 %) et en Amérique latine (+7,1 %).

5 : Le nombre de secteurs comptant pour 80 %des droits de douane perçus par les États-Unis auprès du Canada, notamment le secteur automobile (28,8 %), l’aluminium (23,3 %), le fer et l’acier (12,7 %), la machinerie (8,8 %) et les marchandises en fer et en acier (8,3 %).

70 G$ : Les engagements d’investissements des Émirats arabes unis au Canada, axés sur le développement de minéraux essentiels, de l’énergie, de ports et de l’intelligence artificielle.

226,4 G$ US : Les exportations des États-Unis vers le Mexique entre janvier et août – qui excèdent les 225,6 G$ US de biens expédiés vers le Canada. C’est la première fois en 30 ans que le Mexique surpasse le Canada comme destination principale des exportations.

200 G$ : La valeur estimative de l’Accord canadien de reconnaissance mutuelle, qui élimine tous les obstacles au commerce des produits (sauf les aliments) entre les provinces et territoires du Canada.

3 fois : La hausse des mesures restrictives au commerce mondial depuis 2019. Les droits de douane, les contrôles à l’exportation et les subventions sont maintenant des caractéristiques structurelles des politiques commerciales – et non des perturbations temporaires.

10 % : Le pourcentage des exportations de bois d’œuvre (suffisant pour construire 75 000 maisons) que l’industrie forestière canadienne prévoit réacheminer vers le Royaume-Uni et l’Europe plutôt que d’exporter aux États-Unis.

100 % : Dépendance des États-Unis à l’égard des importations de 16 minéraux essentiels (y compris le graphite) et dépendance de 50 % à l’égard des importations de 29 minéraux essentiels, y compris le zinc, le titane et le nickel.

600 G$ : L’objectif des exportations canadiennes ailleurs qu’aux États-Unis d’ici 2035, qui est prévu au budget fédéral 2025, c’est-à-dire le double du montant actuel.

50 G$ : La valeur potentielle d’un partenariat commercial entre le Canada et l’Inde, qui ont renoué leurs relations cette année.

100 G$ : La valeur annuelle des exportations de produits agroalimentaires du Canada. Environ 60 % de ces marchandises étaient destinées au marché américain.

994,63 $ : Le montant qu’une famille moyenne du Canada peut s’attendre à payer de plus pour leur panier d’épicerie en 2026 par rapport à 2025. Les droits de douane ont une incidence sur la sécurité alimentaire au pays, où un Canadien sur quatre est touché par l’insécurité alimentaire.

86 : Le pourcentage de biens que les États-Unis ont importés du Canada en septembre qui étaient exempts de droits de douane.

51 : Nombre de jours où le cours de l’or a été supérieur aux sommets précédents en raison de l’incertitude géoéconomique accrue.

28 % : Le pourcentage d’augmentation du prix du café d’une année sur l’autre.

19 % : Le pourcentage de diminution des exportations chinoises vers les États-Unis cette année.

244 G$ US : Les revenus totaux tirés des droits de douane générés par les États-Unis (de janvier à novembre 2025).

1 million de barils par jour : La capacité potentielle d’un oléoduc d’exportation de pétrole sur la côte Ouest qui est à l’origine d’un protocole d’entente entre le gouvernement fédéral et l’Alberta et augmenterait les exportations de pétrole de l’Alberta vers l’Asie.

7 G$ US : Le grand coup que les trois grands constructeurs automobiles du Michigan, soit General Motors, Ford et Stellantis, s’attendent à ce que leurs bénéfices subissent en raison des droits de douane américains en 2025.

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Par Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole

Le programme d’aide de 12 milliards de dollars américains du président américain Donald Trump en faveur des agriculteurs américains aux prises avec une hausse du coût des intrants, comme les engrais et les graines, n’est pas sans conséquences pour le Canada. M. Trump envisage d’imposer des droits de douane « très sévères » sur les engrais canadiens pour « soutenir » la production américaine d’engrais. 

Cela pourrait toutefois se retourner contre Washington. Une augmentation des droits de douane sur les engrais canadiens risque fort de se traduire par une hausse des prix à court terme pour les agriculteurs américains et de créer de la volatilité au chapitre de l’approvisionnement à long terme. Cette proposition arrive alors que les États-Unis disposent de peu de solutions de rechange aux engrais canadiens, les agriculteurs américains ayant une influence limitée sur le marché et ne pouvant que subir les prix. Les secteurs agricoles canadien et américain font face aux risques suivants :

  • Le Canada compte pour 81 % des importations d’engrais chimiques à base de potassium aux États-Unis, et les droits de douane feraient augmenter les coûts pour l’ensemble de la chaîne logistique agroalimentaire interconnectée nord-américaine.1

  • Les États-Unis ont déjà fait une première tentative plus tôt cette année, en imposant des droits de douane étendus (25 %) sur de nombreux produits importés du Canada, notamment la potasse et d’autres engrais. L’opposition des agriculteurs et des groupes sectoriels américains a poussé le gouvernement à réduire à 10 % les droits de douane sur les engrais.

  • Ces décisions se sont avérées désastreuses, car l’indice des prix à l’importation aux États-Unis pour les engrais chimiques est passé de 164,5 à 186,5 entre décembre 2024 et septembre 2025.2

    • L’indice des prix payés aux États-Unis qui suit les coûts payés par les agriculteurs américains a atteint 149,9 en juin 2025, comparativement à 139,9 un an auparavant. Sur la même période, les coûts des engrais ont été le principal facteur de hausse des coûts pour les cultivateurs, avec une croissance de 11 % dans l’indice3

  • Les réserves de potasse canadiennes, les plus importantes du monde, sont évaluées à 1,1 milliard de tonnes, soit cinq fois plus que celles des États-Unis4. La taille de l’industrie minière de la potasse du Canada, selon les volumes de production, était 36 fois plus élevée que celle des États-Unis en 20245

  • Les engrais représentent environ 30 % à 45 % des coûts d’exploitation annuels des agriculteurs américains, selon le type de culture6. Les agriculteurs étant vulnérables à la volatilité des prix des intrants, ils ne peuvent souvent pas en répercuter les hausses aux consommateurs, car beaucoup vendent leurs produits sur les marchés des marchandises (maïs, blé, soja, etc.). Cela pourrait compromettre les efforts de l’administration américaine pour réduire les coûts des agriculteurs d’ici aux élections de mi-mandat de 2026 par l’imposition active de droits de douane sur leurs intrants et la menace de les accroître encore.

  • Les États-Unis pourraient conclure des accords distincts avec le Canada et le Mexique, a indiqué le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. Il a déclaré que l’administration Trump laissait toutes les options ouvertes quant à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Mark Carney a rapidement écarté la possibilité de conclure des ententes distinctes, en affirmant que « ce n’est pas ce qu’ils disent ».

  • Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada aux États-Unis ayant joué un rôle clé dans les négociations sur l’ACEUM, a annoncé qu’elle démissionnerait au début de l’an prochain. Le nom de la personne appelée à la remplacer n’a pas encore été annoncé, mais, selon certaines sources, Mark Wiseman, ancien chef de la direction de l’Office d’investissement du Régime de pensions du Canada, serait le mieux placé pour lui succéder.

  • L’excédent commercial de 153 millions de dollars enregistré par le Canada en septembre a dépassé les prévisions des analystes, qui tablaient sur un déficit de 4,5 milliards de dollars. Les exportations vers les É.-U. ont augmenté de 4,6 %, tandis que les importations ont diminué de 1,7 %. Les exportations vers les autres régions du monde ont quant à elles bondi de 18,6 %.

  • In the U.S. exports surged in September, resulting in the smallest trade deficit in 5 years.

  • Les États-Unis ont enregistré en septembre leur déficit commercial le plus faible en 5 ans, après une brusque hausse de leurs exportations.

Par Jordan Brennan, premier directeur général, Leadership avisé RBC

Le président Trump a fait valoir que les droits de douane sont un mal à court terme pour un bien à long terme. Les données confirment que la première partie de son affirmation est juste.

Inflation : depuis ce que M. Trump a nommé le « jour de la libération » en avril, les prix à la production aux États-Unis ont nettement augmenté. Par effet d’entraînement, l’inflation des prix à la consommation a augmenté durant cinq mois consécutifs et s’établit à présent à 3 %, chiffre que l’on n’avait plus enregistré depuis le début de 2024.

Confiance des consommateurs : le sondage de longue date de l’Université du Michigan auprès des consommateurs montre que leur confiance est au plus bas depuis un demi-siècle. Quatre des dix plus mauvais chiffres mensuels ont été enregistrés depuis le « jour de la Libération ».

Fabrication : loin de rebondir, l’emploi s’est détérioré dans le secteur manufacturier – notamment le secteur politiquement sensible de l’automobile – depuis janvier. Les États-Unis ont détruit près de 50 000 emplois dans ce secteur cette année.

La Maison-Blanche répond invariablement que la politique des droits de douane demande du temps et que les difficultés sont transitoires. Cependant, les électeurs récompensent rarement les promesses lointaines quand ils en arrachent dans l’immédiat. De fait, M. Trump a récemment commencé à lâcher du lest, en réduisant les droits de douane sur le bœuf, le café et divers autres articles d’épicerie. On peut s’attendre à voir certains droits de douane, ciblés par régions et par produits, baisser, à mesure qu’approcheront les élections de mi-mandat.