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Auteur : Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

À l’occasion de leur rencontre en début de semaine, nous avons assisté à un échange d’éloges, de sourires et d’accolades entre Donald Trump et Mark Carney, et le président des États-Unis a même assuré aux journalistes que le Canada ressortirait « très content » de cette réunion. Malheureusement, l’optimisme s’est effondré dès le lendemain, lorsque le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a déclaré publiquement à Toronto que l’assemblage d’automobiles se ferait aux États-Unis et que le Canada ne pouvait rien y faire.

L’opinion de la Maison-Blanche est que les Américains n’ont pas besoin du Canada pour assembler leurs voitures. Il est difficile de savoir que penser des propos du secrétaire Lutnick. S’agit-il d’une véritable menace, ou de la technique de négociation habituelle de Donald Trump consistant à réclamer le soleil, la lune et les étoiles pour finalement obtenir la lune ? Selon les rumeurs, le président Trump n’apprécie pas s’entendre dire que les États-Unis ont besoin du pétrole, de l’acier et du bois d’œuvre du Canada.

Une équipe de spécialistes du commerce est restée à Washington pour chercher à conclure des accords sectoriels sur l’acier, l’aluminium, l’énergie et l’automobile – bastions de ce que Washington appelle désormais les « échanges dirigés ». Étant donné que les pourparlers ont peu avancé à ce jour et que l’équipe de négociation américaine est enlisée dans des discussions bilatérales avec de nombreux pays, il reste à savoir si le Canada parviendra à conclure des ententes sectorielles significatives avant la révision officielle de l’AEUMC en juillet prochain.

Cette nouvelle ère des « échanges dirigés » semble bien partie pour durer. Que faut-il en déduire ?

En juin, M. Trump a doublé les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens, les portant à 50 % contre 25 % en février. L’impact a été immédiat. Le Canada produit environ 13 millions de tonnes d’acier primaire chaque année, dont la moitié est destinée à l’exportation et neuf tonnes sur dix sont envoyées aux États-Unis. Aujourd’hui, ces échanges se tarissent.

Les prix de l’acier sont parlants. Le graphique ci-dessous illustre la valeur des exportations canadiennes d’acier vers les États-Unis et les prix de l’acier américain, les deux mesures étant indexées à 100 en janvier 2025 pour faciliter la comparaison. Au cours des 12 mois qui ont précédé l’imposition des droits de douane par M. Trump, les exportations d’acier du Canada vers les États-Unis comme les prix de l’acier américain s’inscrivaient dans une tendance à la baisse. Puis la guerre commerciale a éclaté et les deux séries de données ont divergé : les exportations canadiennes d’acier se sont effondrées, tandis que les prix de l’acier américain se sont envolés.

Les nouveaux droits de douane ont ravivé l’inflation des prix de l’acier. Avec la limitation des importations canadiennes, les producteurs américains ont moins de concurrence et en profitent pour hausser tranquillement les prix. Les importations américaines d’acier canadien ont chuté de 49 % et les prix de l’acier américain ont augmenté de 17 % depuis janvier.

C’est la face visible des échanges dirigés. La question n’est pas d’ouvrir les marchés, mais de les organiser. Dans le cadre des politiques de libre-échange des quarante dernières années, les gouvernements ont décidé d’abaisser les barrières et de laisser les préférences de consommation, la technologie et la concurrence départager les gagnants et les perdants. Le concept des échanges dirigés renverse cette logique. Les gouvernements sélectionnent des secteurs stratégiques pour les mettre à l’abri de la concurrence mondiale et influencent les investissements à l’aide de droits de douane, de quotas et de subventions.

Pour le Canada, la question n’est pas de savoir si nous aimons cette politique, mais de trouver une façon de nous y adapter. Ottawa semble prête à changer de cap, après avoir annoncé des mesures de soutien aux secteurs en septembre. Nous devons apprendre à composer avec les nouvelles règles : déterminer les priorités nationales, déployer les capitaux de manière stratégique et faire en sorte que la réciprocité fonctionne en notre faveur.

Les échanges dirigés peuvent être cahoteux. Toutefois, dans cette nouvelle ère, nous n’avons pas d’autre choix.

  • Donald Trump souhaite que son équipe conclue rapidement des ententes avec le Canada. C’est ce qu’a déclaré le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, après la rencontre du président américain avec le Premier ministre Mark Carney à Washington. M. LeBlanc reste à Washington afin de poursuivre les pourparlers sur les échanges commerciaux.

  • La Chine a dévoilé de strictes mesures de contrôle sur les exportations de terres rares. Trump a menacé Beijing de droits de douane « massifs » en représailles.

  • La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a dévoilé un plan en trois points dont l’objectif est de contrer les droits de douane américains. Le plan met l’accent sur la protection de l’emploi, la création de nouveaux emplois et un effort pour attirer les investissements et les talents.

  • Les États-Unis ont perçu 195 milliards de dollars US de recettes au titre des droits de douane au cours de l’exercice 2025. Ce chiffre était de 77 milliards de dollars américains en 2024.

  • Les puces et autres produits liés à l’IA ont représenté près de la moitié de la croissance du commerce mondial au premier semestre de 2025, selon l’Organisation mondiale du commerce. Compte tenu de l’impact des droits de douane qui devrait se faire sentir l’année prochaine seulement, l’OMC s’attend à ce que les échanges commerciaux progressent d’un maigre 0,5 % en 2026.

Notez le 5 novembre dans vos agendas. C’est à cette date que la Cour suprême des États-Unis examinera le dossier des droits de douane d’urgence imposés par le président Donald Trump en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (loi IEEPA). Le département de la Justice espère invalider une décision prise en mai par le Tribunal du commerce international, selon laquelle M. Trump a outrepassé la loi IEEPA en l’utilisant à l’encontre du Canada et d’autres partenaires commerciaux des États-Unis.

Le dossier contient trois affaires distinctes alléguant que les droits de douane imposés par M. Trump sur le Canada, la Chine, le Mexique et d’autres partenaires commerciaux sont illégaux. L’un des dossiers a été ouvert par les procureurs généraux démocrates de plusieurs États, et les deux autres proviennent de coalitions de petites entreprises.

Voici ce que vous devez savoir :

  • Illégalité : le principal argument des plaignants est que les droits de douane n’ont jamais été conçus pour répondre aux griefs des États-Unis envers le Canada, le Mexique et la Chine dans le contexte du trafic de stupéfiants.

  • Jusque là, M. Trump est en désavantage, car un panel du Tribunal du commerce international composé de trois juges, plus un juge de district fédéral de Washington, D.C. et les 11 juges en fonction à la Cour d’appel du circuit fédéral des États-Unis soutiennent les plaignants à une majorité de 7 contre 4. Le département de la Justice espère que la Cour suprême invalidera cette décision qu’il considère comme « incohérente ».

  • La Cour suprême pourrait aller dans un sens comme dans l’autre, dans la mesure où les victoires dans les tribunaux de niveau inférieur peuvent encore se renverser. Selon Scott Lincicom, expert en commerce au Cato Institute, c’est à pile ou face.

  • La Maison-Blanche a de nombreux outils à sa disposition. Certains analystes sont d’avis que la Cour suprême pourrait donner raison aux tribunaux inférieurs, car l’administration américaine peut emprunter différentes voies pour remplacer les droits de douane au titre de la loi IEEPA, notamment l’article 232 du Trade Expansion Act de 1962.

  • Remboursement : si les adversaires du gouvernement obtiennent gain de cause, une vague de batailles juridiques pourrait s’ensuivre concernant des remboursements pour plus de 80 milliards de dollars américains.

La Cour suprême pourrait rendre sa décision d’ici la fin de l’année.

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L’intelligence artificielle (IA) s’apprête à redéfinir la création de valeur dans l’ensemble de l’économie canadienne. Pour comprendre cette transformation, Leadership avisé RBC a interviewé plus de deux douzaines d’entreprises qui jouent un rôle de premier plan dans la création ou le déploiement de l’IA dans le cadre de leur programme pour Ouvrir les esprits : comment les entreprises canadiennes peuvent devenir des chefs de file mondiaux dans l’adoption de l’IA. Le rapport expose les tendances issues de ces conversations.

S’appuyant sur ce rapport, la série d’études de cas approfondit davantage l’analyse. En suivant le parcours d’une entreprise à travers des enjeux précis, des revirements et des occasions, elle contribue à illustrer les choix stratégiques et les conditions des politiques qui transforment la promesse technique en valeur économique et sociale.

Dans le domaine de l’exploitation minière, les décisions clés du conseil d’administration dépendent encore des résultats d’essais en laboratoire à distance, où des carottes sont découpées et analysées afin de mesurer la teneur en minéraux. Ces tests sont souvent lents, coûteux et risqués sur le plan logistique ; ils s’échelonnent sur environ six à dix semaines, précisément au moment où le capital s’avère le plus en jeu.

GeologicAI transfère le laboratoire au site de forage. Alimentés par l’IA, ses capteurs compriment la boucle « identifier – réfléchir – agir » en moins de 48 heures, les analyses se transformant en teneur et en valeur actualisée nette (VAN) qui orientent les décisions du prochain forage et réduisent le capital improductif.

L’adoption dépend d’interprètes de données de confiance, soit les spécialistes du domaine qui maîtrisent autant la géologie que l’IA, aptes à défendre le changement et à expliquer les résultats dans des termes pertinents pour leurs collègues. Il s’avère essentiel de développer cette expertise et d’intégrer de nouveaux outils pour que la technologie évolue au sein du secteur.

Pour le Canada, la leçon est claire : la recherche de calibre mondial en IA ne devient un leadership sectoriel que si les incitatifs politiques ciblent également le déploiement et l’expansion, et non seulement la recherche et le développement, c’est-à-dire le financement d’équipes prêtes pour le terrain, le soutien à l’adoption et la rapidité d’adaptation du secteur des minéraux essentiels.

Imaginez ceci. Il fait près de 40 °C. Deux géologues extraient avec soin deux carottes profondes au moyen de l’appareil de forage de 40 000 livres qui les surplombe. En Australie, au cœur du brûlant désert du Pilbara, c’est le point le plus élevé à des kilomètres à la ronde. La tâche de l’équipe en provenance de Sydney est simple : récupérer les carottes et les transporter en toute sécurité jusqu’au laboratoire d’essais géologiques à Perth, à 1 400 kilomètres. Les tests révéleront si le gisement a le potentiel de devenir une mine.

Face à la chaleur oppressante et à l’horloge, il y a peu de temps pour agir. La prochaine étape consiste à charger les carottes dans un Land Cruiser et parcourir 200 kilomètres de routes désertiques périlleuses, jusqu’à un aérodrome isolé où un avion attend. Ces carottes représentent la phase finale des essais pour la mine de lithium proposée, une étape charnière entre l’exploitation de leur jeune entreprise minière et le financement de près de 500 millions de dollars australiens, si l’échantillon de carottage donne des résultats positifs.

Le duo de géologues, ainsi qu’une poignée d’autres qui mettent leur carrière en jeu dans cette entreprise minière âgée de deux ans, comprennent que la patience de leurs investisseurs a des limites. Chaque jour passé à attendre les résultats du carottage équivaut à plus de 110 000 $ australiens en rendements perdus, soit des capitaux qu’une mine bien établie pourrait facilement générer. Les investisseurs connaissent les enjeux, mais la patience s’estompe si l’incertitude se prolonge. C’était leur huitième aller-retour en cinq mois, chaque trajet étant une course contre une confiance déclinante et des budgets resserrés. Une carotte endommagée, un vol manqué ou un autre long retard de laboratoire pouvaient ébranler la confiance précaire qui maintenait l’existence de cette entreprise.

GeologicAI inverse le scénario en transférant au gisement sa technologie de numérisation des carottes, alimentée par l’IA, éliminant de nombreux déplacements entre le laboratoire d’essais et le site de forage et en accélérant les processus d’évaluation.

L’exploration constitue un triangle implacable de géologie, de capital et de temps, souvent effectuée dans les coins les plus reculés de la planète. Pour Grant Sanden, fondateur et chef de la direction de GeologicAI, basé à Calgary, c’est plus qu’un casse-tête logistique, c’est le principal enjeu de l’exploitation minière : comment transformer le minerai en savoir fiable, assez rapidement pour orienter les investissements ? Voilà le problème que GeologicAI visait à résoudre.

Vétéran du secteur des ressources au Canada, M. Sanden avait observé une multitude de projets comme celui décrit ci-dessus stagner au même goulot d’étranglement : le temps nécessaire pour transformer le minerai en savoir. Il savait que l’enjeu ne consistait pas à prélever d’autres échantillons : à 300 mètres plus bas, on peut forer indéfiniment et pourtant passer à côté de l’évidence. Le coût réel résidait dans la boucle lente et fragmentée des données qui laisse les géologues se perdre en conjectures, les investisseurs se tracasser, et les installations de forage dépenser de l’argent en vain. Et si, a-t-il demandé, le secteur cessait de considérer les analyses comme un bilan après le fait mais plutôt en faire la clé d’un moteur de décision en temps réel ?

Chiffres

De 6 à 10 joursNombre de jours habituels avant l’arrivée des résultats de laboratoire à partir des carottes et qui déterminent la teneur en métal présent dans le minerai. Jusque-là, les décisions en matière de forage et d’investissement de plusieurs millions de dollars sont en attente.
De 24 à 48 heures Le temps nécessaire à GeologicAI pour obtenir les mêmes résultats grâce à ses capteurs sur place, alimentés par l’IA.
13 milliards $ USBudgets annuels mondiaux d’exploration des métaux non ferreux (2023).
60 millions $ USÉvolution à l’échelle mondiale de GeologicAI en juillet 2025, dans un contexte de crise des minéraux liée aux centres de données et à la transition énergétique ; effectif ~220, ~80 % au Canada.
5Nombre de continents où GeologicAI opère.
16Années médianes entre la découverte et la première production mondiale.        
6Pourcentage des entreprises du secteur minier qui utilisent actuellement l’intelligence artificielle.

L’hypothèse de M. Sanden était simple : si des carottes pouvaient être numérisées là où elles sont forées, les décisions en matière d’exploration et de développement miniers ne dépendraient plus des résultats des essais en laboratoire, qui pouvaient prendre plusieurs semaines. Dans les faits, il s’agissait d’une remorque tirée par un camion, équipée d’analyseurs à fluorescence rayons X (XRF) hyperspectraux et de capteurs visuels, reliée à des modèles d’apprentissage automatique permettant de classer les types de roche, d’en estimer la teneur et d’attribuer une valeur préliminaire en dollars. La remorque peut également être transportée par hélicoptère à un projet d’exploitation minière.

Après avoir construit le prototype et effectué quelques essais initiaux sur le terrain, M. Sanden et son équipe ont prouvé que le système alimenté par l’IA pouvait fournir un ensemble de données exploitable en environ 48 heures, comprimant un cycle de huit à douze semaines et donnant aux géologues suffisamment de confiance pour peaufiner les plans de forage avant le prochain quart de travail.

Dans le domaine de l’exploration minière, GeologicAI démontre que le véritable pouvoir de l’IA industrielle ne repose pas uniquement sur l’exactitude des prédictions, mais aussi sur la compression du cycle identifier-réfléchir-agir afin de respecter le rythme des activités quotidiennes. Au moyen d’un laboratoire de capteurs multiples sur le site de forage, GeologicAI réduit le délai d’obtention de données essentielles de quelques semaines à quelques heures. En utilisant des modèles d’IA qui génèrent des paramètres économiques (p. ex., teneur, tonnage, variations de la valeur nette actualisée), GeologicAI peut transformer des données améliorées en décisions plus judicieuses, avant même le début du prochain quart de travail de deux semaines.

Les modèles d’IA qui offrent des indicateurs économiques, soit la teneur, le tonnage et les variations de la valeur actualisée nette (VAN), permettent à ses laboratoires mobiles de fournir l’analyse nécessaire à la prise de décisions plus éclairées avant la réorganisation du prochain site.

  • Identifier : L’hyperspectralisation, le XRF et des capteurs visuels saisissent des gigaoctets de données du minerai sur place.

  • Réfléchir : Les modèles en infonuagique permettent de déterminer la lithologie, d’estimer la teneur et de recalculer la valeur actualisée nette (VAN) en quasi temps réel.

  • Agir : Avant le prochain forage, les géologues découvrent une analyse actualisée répondant aux questions financières cruciales : Où s’effectue le prochain forage ? À quelle profondeur ? Quand arrêtons-nous ?

L’ingénierie décisionnelle à haute résolution de GeologicAI a permis une prise de décision plus rapide et plus dynamique. Ce qui était auparavant une succession linéaire de paris coûteux se transforme en cycle de développement agile : chaque forage se fonde sur le précédent, et chaque dollar est lié à un nouveau paramètre de décision. Bref, les données ont cessé d’être une piste d’audit rétrospective pour devenir le gouvernail du programme.

Présenter la solution de GeologicAI comportait aussi le défi auquel tous les pionniers font face : aucune pression concurrentielle. Les premiers utilisateurs ne pouvaient pas faire valoir que les entreprises concurrentes en récoltaient déjà les fruits. Dans un secteur où les marges dépendent de processus éprouvés, être le premier peut donner l’impression de se porter volontaire pour une expérience scientifique métallurgique. Sans la contrainte de « suivre ou se laisser distancer » pour alimenter la diffusion à un stade avancé, GeologicAI devait vendre autant la vision que l’urgence du changement, un champion à la fois.

Heureusement, dans les mois suivant la mise en place de la première boucle de données de 24 heures, GeologicAI a sécurisé sa première série de programmes pilotes, incluant un prestigieux contrat avec Agnico Eagle Mines, l’une des plus importantes sociétés minières au Canada. Selon Guy Gosselin, vice-président exécutif, Exploration, « cette révolution que constitue la numérisation des carottes place Agnico Eagle au premier plan de l’innovation et améliore notre capacité décisionnelle fondamentale ».

Pour Agnico, l’attrait se veut triple :

  • Le système de GeologicAI s’est avéré plus rapide et plus précis que les outils d’analyse traditionnels, comprimant des semaines de données à quelques heures.

  • Les ensembles de données plus étoffés sont venus compléter, plutôt que remplacer, les données géologiques existantes, offrant aux décideurs un portrait global plus fiable des gisements.

  • L’adoption d’une technologie d’IA de pointe a renforcé la réputation d’Agnico comme employeur de choix, dans un secteur en redoutable concurrence pour les talents.

Cette volonté d’innover a ouvert la porte à un champion interne. Chez Agnico Eagle, M. Gosselin, responsable de l’exploration, a saisi l’occasion, en a démontré la valeur pour ses collègues et a surmonté le scepticisme en présentant des preuves.

Très tôt, M. Sanden a su reconnaître le pouvoir d’un champion interne. Chez Agnico Eagle, un responsable géoscientifique visionnaire a pu repérer l’occasion et la décoder pour ses collègues.

La leçon en développement des affaires s’est rapidement concrétisée : les décideurs qui maîtrisent à la fois la géologie et la science des données sont peu nombreux, mais indispensables. Plutôt que de solliciter au hasard des chefs des finances, Sanden a recherché des dirigeants compétents, suscitant leur intérêt grâce à des données pilotes et à un partage du mérite. Lorsqu’un champion interne a validé la technologie au sein d’une société cliente cible, la résistance s’est dissipée et l’adoption s’est propagée à d’autres sites.

Grâce à la persévérance, et quelques premiers succès, GeologicAI a progressé à l’étranger. La proposition de valeur centrale de GeologicAI est typiquement canadienne : la fusion d’une expertise de calibre mondial en ressources naturelles de Calgary et du leadership national en intelligence artificielle. Exportation et développent Canada ainsi que Breakthrough Energy Ventures, soutenue par Bill Gates, ont reconnu ce potentiel, finançant un projet initial de série A de 30 millions de dollars US, pour transformer le concept en matériel prêt pour le terrain. Mais, comme M. Sanden le constatera plus tard, la mise au point de cette technologie ne représentait que la moitié de la bataille ; il s’est avéré plus difficile de la déployer au pays.

Aujourd’hui, on compte plus de deux douzaines de laboratoires sur remorques à travers le monde, du Yukon à Pilbara, en passant par le désert d’Atacama au Chili. L’appartenance canadienne de l’entreprise est rapidement devenue un gage de légitimité pour les pays à l’étranger.

L’effectif de GeologicAI compte maintenant plus de 200 employés répartis sur cinq continents, offrant à l’entreprise une place de premier choix pour constater à quel point les talents en IA répondent aux véritables enjeux industriels. Un contraste est saisissant : le Canada est reconnu pour la recherche en IA. On y trouve des pionniers comme Richard Sutton, Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio. Pourtant, le bassin d’ingénieurs de niveau « production », compétents dans leur domaine, se trouve limité. L’élément manquant n’est pas la capacité intellectuelle, mais plutôt une expertise concrète pour transformer la recherche de calibre mondial en solutions prêtes pour le terrain. Cet écart, entre invention et application, a préparé le terrain pour la troisième leçon de GeologicAI : la nécessité de former des « interprètes de données » qui maîtrisent à la fois la technologie et la géologie.

La réponse de GeologicAI a été double : engager des interprètes de données, soit des spécialistes en milieu de carrière qui connaissent déjà ML Ops, la fusion de capteurs et les aspects financiers du forage, où qu’ils habitent. Diriger ensuite un programme interne de perfectionnement qui jumelle des chercheurs canadiens à des géologues expérimentés sur le terrain jusqu’à ce que les deux langues, roche et code, s’expriment facilement l’une avec l’autre.

En fait, l’entreprise a bouclé la boucle. L’entreprise en démarrage de Calgary qui réglait un casse-tête sur le plan logistique se retrouve maintenant au premier maillon de la chaîne d’approvisionnement en électrification en Amérique du Nord : cartographier les gisements qui alimenteront les usines de batteries en Ontario et les chaînes d’assemblage de véhicules électriques à travers le continent. Parallèlement, l’entreprise renforce ses capacités d’analyse de réduction du CO₂, ce qui aide les sociétés minières à mélanger le minerai et à exploiter les fonderies plus efficacement, transformant ainsi la durabilité à partir d’un coût lié à la conformité en un levier concurrentiel. GeologicAI est à la fois innovatrice et facilitatrice : une vitrine de l’IA canadienne déployée à grande échelle et un outil pour extraire les minéraux essentiels dont le Canada a besoin pour consolider sa place au sein de la prochaine vague de fabrication de pointe.

Le crédit d’impôt lié à la recherche scientifique et au développement expérimental (RSDE) rembourse les entreprises après leurs investissements dans le développement, mais le processus d’examen et d’approbation peut prendre des mois. Bien que le SRDE soit utile pour les prototypes, il n’est pas approprié pour financer le passage plus risqué au premier déploiement. GeologicAI l’a appris de première main : son projet pilote canadien est resté en suspens, tandis que le même numériseur, expédié à un client américain avec un bon lié au rendement, a été déployé en six mois seulement.

Si le RSDE est tourné vers le passé, les programmes internationaux, eux, sont tournés vers l’avenir. L’initiative australienne METS Ignited et le Industrial Demonstrations Program du département de l’Énergie des États-Unis, d’une valeur de 6,3 milliards de dollars US, associent le financement à des étapes importantes ou à des résultats concrets. Ils paient en fonction des résultats et non des recettes. Pour les acheteurs, une telle structure réduit les risques liés à l’adoption et accélère la diffusion. Les propres progrès de GeologicAI mettent en lumière les deux côtés de l’équation : malgré un soutien plus lent au pays, l’entreprise continue de croître, prouvant ce que l’innovation canadienne peut accomplir lorsqu’elle est jumelée aux bonnes conditions.

Pour le Canada, la leçon est limpide. En réaffectant ne serait-ce qu’une partie des dépenses de la RSDE vers des incitatifs de déploiement fondés sur les résultats – bons de terrain, garanties de premier déploiement et cibles de rendement mesurables – on réduirait ainsi le parcours entre le laboratoire et le chargeur. En faisant les choses correctement, le Canada pourrait se positionner non seulement en tant que berceau des percées en matière d’IA, mais aussi comme l’endroit où l’intelligence artificielle de l’industrie lourde fonctionne réellement. C’est ainsi que le Canada pourra transformer ses percées en matière d’intelligence artificielle sous forme d’avance industrielle durable.

Télécharger le rapport

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Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

  • Mark Carney retournera à Washington la semaine prochaine. Au programme : rétablir les liens « sécuritaires et économiques » avec les États-Unis ou, à tout le moins, apporter un certain soulagement aux secteurs canadiens de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile, qui sont malmenés.

  • La sécurité et l’économie occupant le devant de la scène, d’autres sujets devraient figurer au programme du Bureau ovale, notamment le projet de bouclier antimissile du Dôme doré, dont Donald Trump a encore parlé cette semaine pour piquer Ottawa, en faisant de nouveau allusion au « 51e État ». M. Carney pourrait-il mettre de l’avant l’importance de l’acier et de l’aluminium dans le cadre de la collaboration avec Washington en matière de défense ?

  • Dominic LeBlanc, ministre du Commerce Canada-États-Unis, paraissait optimiste cette semaine, quant à la possibilité de réaliser des progrès à l’égard des principaux points d’achoppement avec l’administration Trump.

  • Le mois dernier, les deux partenaires ont aussi amorcé des consultations sur l’Accord Canada–États-Unis–Mexique en prévision de la révision de l’accord commercial tripartite. Mais qu’adviendra-t-il si les jours d’un d’accès libre de droits de douane au marché américain sont définitivement révolus ?

  • Il n’est pas exagéré de supposer que le Canada pourrait se retrouver avec un accord comparable à celui du Royaume-Uni, à savoir des droits de douane généraux de 10 % pour l’accès au marché américain.

  • En mars, M. Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur le contenu non américain des exportations d’automobiles (en vertu de l’article 232, pour des motifs de « sécurité nationale »). Étant donné qu’environ la moitié du contenu d’un véhicule assemblé au Canada provient des États-Unis, les automobiles canadiennes ont été assujetties à un taux tarifaire effectif d’environ 12,5 %. Ce taux est suffisamment proche des droits de douane de 10 %, pour l’accès au marché américain, pour justifier une comparaison.

  • Les deux parties souffrent : au Canada, le taux de chômage est en hausse depuis le début de la guerre commerciale, et la municipalité de Windsor, fortement tributaire de la construction d’automobiles, affiche le taux de chômage le plus élevé parmi les centres urbains du Canada. Au sud de la frontière, le secteur manufacturier a perdu 40 000 emplois au cours des six derniers mois, avec des répercussions supplémentaires sur les segments de la première transformation des métaux et de la fabrication de produits métalliques.

  • Les producteurs canadiens de bois d’œuvre ont été frappés de droits de douane supplémentaires de 10 %. Cette nouvelle taxe s’ajoutera aux droits de douane antidumping actuels de 35,16 % que les États-Unis ont imposé cette année sur les importations de bois d’œuvre en provenance du Canada.

  • La semaine prochaine, l’Union européenne devrait annoncer l’instauration d’un droit de douane de 50 % sur les importations d’acier, s’alignant sur les mesures similaires prises par les États-Unis et le Canada.

  • À la demande de Keir Starmer, premier ministre du Royaume-Uni, le président américain Donald Trump envisagerait de réduire les droits de douane de 10 % imposés sur les importations de whisky écossais.

  • Le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud a fait savoir que Séoul devrait annoncer un nouvel accord sur la sécurité avec les États-Unis avant de finaliser les pourparlers commerciaux.

An India-Canada reset is underway, writes John Stackhouse, and this time it will require a lot more than handshakes. 

Selon John Stackhouse, le rétablissement des relations entre l’Inde et le Canada est en cours, mais, cette fois, il faudra bien plus que des poignées de main. 

Sur le plan commercial, l’Inde est passée du 16e rang des partenaires du Canada en importance en 2008, au 10e rang en 2015, puis au 7e rang l’an dernier.

Il en va autrement du Canada, qui se classe seulement au 30e rang des partenaires de l’Inde. Le commerce bilatéral a atteint 31 milliards de dollars en 2024, en prenant en compte les services, contre 117 milliards de dollars avec la Chine. La baisse du nombre d’étudiants étrangers, qui constituent l’une des plus importantes sources de revenus indiens pour le Canada, ralentira encore plus ces progrès, car la politique du Canada, perçue comme une politique de repli, a entaché notre réputation auprès de toute une génération de jeunes Indiens instruits.  

Et ce n’est pas l’unique raison pour laquelle la volonté du Canada de relancer les négociations commerciales pourrait exiger de la patience. En effet, l’Inde et M. Modi, qui font preuve d’une confiance croissante, ne feront pas facilement des compromis, surtout sur des questions telles que les droits de propriété intellectuelle, que l’Inde considère depuis longtemps comme une forme de colonialisme occidental. 

Ces différences mises à part, les deux pays partagent des liens uniques et profonds, en grande partie liés à la population indo-canadienne. À l’avenir, l’Inde souhaitera établir des relations plus mûres, fondées sur des intérêts, en particulier sur le plan économique. Le Canada pourra aussi saisir de nouvelles occasions, allant du pétrole lourd au GNL, en passant par les technologies spatiales et de fabrication de pointe. 

Une relation renouvelée exigera que les deux pays reconnaissent ce que chacun d’eux apporte à l’autre. Elle peut aussi mettre l’accent sur ce que les deux pays peuvent accomplir grâce à des alliances et à des groupes multilatéraux.

Lisez l’article complet.

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➔ Semaine du climat de New York : oubliez un instant la marche arrière des États-Unis

➔ Énergie éolienne : la Nouvelle-Écosse voit grand

➔ Notre rapport Unearthing Value souligne le rôle du capital naturel dans les plans de croissance

La semaine du climat de New York a lieu contre vents et marées. Dans le cadre de l’événement annuel en cours cette semaine à New York, plus de 1 000 séances vont s’y tenir, portant sur l’Arctique, la mode durable, les minéraux critiques et autres grands enjeux. L’événement a pour toile de fond les multiples volte-face opérées par Washington en ce qui a trait aux énergies propres. Le nombre record de sujets abordés et de participants (on en attend plus de 100 000) semblent indiquer que l’engouement pour la transition énergétique n’a pas nécessairement faibli pour autant.

Le projet Wind West de la Nouvelle-Écosse a le vent en poupe. D’une puissance de 5 000 MW, les installations qui seraient construites au coût de 60 milliards de dollars pourraient faire des provinces de l’Atlantique un pôle majeur en matière d’énergie non polluante. Ottawa, qui estime que la proposition a sa place parmi les grands projets d’intérêt national, est en train d’examiner dans quelle mesure l’appétit des investisseurs pourrait stimuler la production d’énergie renouvelable sur la côte Est. Toutefois, comme l’admettent les auteurs du plan stratégique, « ce ne sera pas facile », compte tenu des enjeux réglementaires et de la compétitivité des coûts. La Nouvelle-Écosse recherche le soutien du gouvernement fédéral, qui prendrait la forme de crédits d’impôt pour investissement et de prêts à faible taux d’intérêt accordés par la Banque de l’infrastructure du Canada. La province souhaite aussi que la nation micmaque achète des titres de participation. Les différentes mesures de soutien pourraient avoir pour effet de réduire les coûts du projet à 170 $/MWh – les Néo-Écossais, l’année dernière, payaient leur électricité 51,86 $/MWh.

L’Australie se présente comme un chef de file du stockage du CO2. Aux antipodes du Canada, la grande île mise sur son sous-sol pour devenir un acteur majeur du stockage du CO2 dans la région Asie-Pacifique. Dans son tout nouveau plan pour la carboneutralité dévoilé la semaine dernière, l’Australie s’engage en effet à réduire, d’ici dix ans, ses émissions d’au moins 62 % par rapport à 2005. En mettant l’accent sur le captage du CO2, investissements à l’appui, le pays cherche à compenser les émissions liées à sa production de gaz naturel et à son secteur minier.

Quand, à propos de la stratégie qu’il compte mettre en œuvre, Mark Carney parle de « compétitivité carbone », il se livre à une intéressante association de mots. Sous Justin Trudeau, il était plutôt question de réduction des émissions en général et de plafonnement de celles du secteur pétrogazier en particulier. Les mots que choisit son successeur traduisent une perspective bien différente : comment concilier la croissance de l’économie et les politiques de réduction des émissions, de stockage du CO2 ou de production faiblement carbonée ?

Dans ce contexte de réalignement politique, nous nous posons cinq grandes questions :

  • Que va devenir le système de tarification du CO2 émis par les industriels ? Le gel prévu par l’Alberta pour le prix de sa taxe carbone en 2026 et le retrait de la Saskatchewan constituent un défi aux règles fédérales. Mark Carney va devoir expliquer comment son gouvernement pourra soutenir les investissements en faveur des technologies propres sans s’aliéner les provinces.

  • Comment gérer l’ajustement du prix du carbone à la frontière ? Le Canada envisage d’appliquer des droits de douane visant à protéger son industrie contre les importations de biens produits à moindre coût par des installations plus polluantes mais, compte tenu des tensions commerciales avec Washington, cela risque de froisser notre voisin. Comme notre économiste Farhad Panahov l’écrivait récemment dans un rapport, « Des écarts importants entre la tarification carbone du Canada et celle de ses partenaires commerciaux peuvent nuire à la compétitivité du pays en période de bouleversements structurels d’envergure mondiale. » L’approche du gouvernement fédéral est-elle d’ailleurs réaliste ? Les « ajustements carbone à la frontière » pourraient-ils ne s’appliquer qu’à la Chine et à d’autres partenaires commerciaux non membres de l’OTAN ?

  • Que va-t-il advenir du plafonnement des émissions du secteur pétrogazier ? Va-t-il être maintenu, supprimé ou revu ? La décision prise sera d’une importance vitale pour le secteur énergétique canadien.

  • Comment relancer le financement des technologies propres ? Il existe déjà un certain nombre de crédits d’impôt pour investissement. Que peut faire encore Ottawa pour stimuler un financement en perte de vitesse ?

  • Pouvons-nous encore atteindre les objectifs de l’Accord de Paris ? Le gouvernement Carney dit maintenir son engagement à l’égard des objectifs qu’il s’est fixés pour 2030. Or l’Institut climatique du Canada estime que le pays ne se dirige pas dans la bonne direction. Que peut faire Mark Carney – ancien envoyé spécial de l’ONU pour le financement de l’action climatique – pour corriger le tir ?

Mise en service d’une nouvelle thermopompe intelligente au Canada. Le modèle Air de la jeune entreprise Jetson de Vancouver peut être raccordé aux conduits existants et fonctionne jusqu’à -30 °C. Un module recourant à l’IA analyse les conditions météorologiques, la consommation de l’immeuble et la qualité de l’air intérieur pour ajuster les paramètres ; l’occupant utilise ainsi moins d’électricité et fait des économies. Le PDG de Jetson, Stephen Lake, dirigeait auparavant une autre jeune pousse, North, ce fabricant de lunettes intelligentes que Google a acheté en 2022. Il explique que le logiciel qu’utilise la nouvelle thermopompe permettra d’importants gains d’efficacité. Cela pourrait fortement contribuer à la réduction des émissions – au Canada, le chauffage compte pour 13 % des émissions de GES liées à la consommation d’énergie.

➔ Une entreprise enfantée par le laboratoire de l’Université McGill a recueilli 3,5 M$ auprès d’investisseurs intéressés par son projet pilote de fabrication de dispositifs de stockage d’énergie fonctionnant au fer. Une fois au point, un tel équipement pourrait réduire de beaucoup la consommation de carburants fossiles (diesel et autres) dans l’industrie lourde.

➔ Les membres de l’Union européenne n’ont pas réussi à s’entendre sur un plan climatique contraignant avant l’Assemblée générale de l’ONU prévue cette semaine. Ils se sont contentés d’une déclaration d’intention selon laquelle leurs émissions diminueraient de 72,5 % d’ici 2035.

➔ Robert Redford, décédé la semaine dernière, n’était pas seulement une icône d’Hollywood, mais aussi un militant qui avait le don de parler de changements climatiques. On lui doit le Sundance Film Festival, qui a fait connaître plusieurs films consacrés à l’environnement. L’acteur avait aussi mis sur pied le Redford Centre ; sur les 60 films traitant d’action ou d’inaction en matière de climat dont cette entité à but non lucratif a soutenu la production, 11 ont été inscrits aux programmes des plateformes de diffusion en continu.

Nature

Environ la moitié du PIB mondial (soit plus de 78 000 milliards de dollars) dépend dans une grande mesure ou modérément de la nature. Or les pays ne comptabilisent son apport qu’une fois la ressource (poisson, céréales, bois d’œuvre…) extraite ; les services écosystémiques sont très peu pris en compte. Dans notre rapport, Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, explique comment le recours au « capital naturel » peut tout à fait s’inscrire dans les stratégies de croissance.

Voici quelques-uns des constats du rapport :

  • En tant que moteur économique, le capital naturel est encore sous-utilisé. Au cours des vingt-cinq dernières années, le PIB des secteurs qui dépendent de la nature au Canada (foresterie, agriculture, mines, pêche…) a enregistré une croissance d’une année sur l’autre inférieure de 0,3 % au reste de l’économie. Une tendance similaire a été observée aux États-Unis et au Royaume-Uni.

  • Ignorer la nature, c’est compromettre la prospérité. Alimentation, tourisme, bâtiment… : plus de la moitié de l’économie mondiale (soit environ 78 000 milliards de dollars) dépend de la nature. Au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, où l’on cherche à relancer l’économie, les ressources naturelles s’épuisent. Or la croissance à long terme repose en grande partie sur elles.

  • Une possibilité qui se présente rarement nous est actuellement offerte de mettre à profit le capital naturel pour continuer à bâtir nos nations. Les pays qui inventorient et font fructifier leur capital naturel se donnent la possibilité de générer davantage de croissance et d’attirer des investisseurs étrangers que ce secteur intéresse. La mobilisation des acteurs financiers qui s’ensuit entraîne une hausse de la demande. Les besoins sont chiffrés à 580 000 milliards de dollars d’ici 2030 et à près de 940 000 milliards d’ici 2050.

  • La montée en puissance dépend des capitaux privés. En matière de capital naturel, le financement est assuré à 82 % par les gouvernements (222 000 milliards de dollars). Le secteur privé attend en effet de leur part des signaux plus clairs et veut avoir l’assurance que ses investissements produiront les effets attendus.

  • Sur les marchés financiers et environnementaux, la nature occupe une place croissante mais demeure sous-représentée. La nature ne constitue qu’un petit segment de la finance durable. En 2025, les crédits carbone auxquels elle donnait lieu représentaient 13 % de ceux offerts sur les marchés volontaires du carbone, alors que leur part dans la création annuelle de nouveaux crédits pourrait être de 50 %.

  • L’intégration des politiques, l’IA et (tiens donc !) des mesures comptables permettraient de mieux faire figurer la nature dans les bilans et les plans de croissance. Au Canada, ces trois approches vont justement subir un test : la mise en œuvre de la stratégie nationale en matière de minéraux critiques et le lancement de grands projets miniersvont être l’occasion d’intégrer les valeurs autochtones et les bases de connaissances aux cadres de comptabilisation du capital naturel.

  • Lisa Ashton présente aujourd’hui son rapport, Unearthing Value, consacré à l’économie du milieu naturel. Aux côtés de Nature United, elle animera aussi un groupe de discussion dans le cadre de la Semaine du climat de New York.

  • Cette semaine, notre équipe a accueilli une délégation de représentants du Congrès et d’agents d’ambassade avec lesquels elle discutera des possibilités de coopération accrue entre les États-Unis et le Canada sur la question des minéraux critiques.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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La Semaine du climat NYC de la semaine dernière illustre clairement que le mouvement en faveur de l’agriculture régénératrice prend de l’ampleur.

L’agriculture régénératrice est un moyen pour les agriculteurs de constituer un capital naturel, car cette approche leur permet d’accumuler des actifs tels que la santé des sols, l’eau potable et la biodiversité tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les mécanismes financiers visant à mobiliser l’investissement en faveur de l’adoption de l’agriculture régénératrice comportent un large éventail de solutions : marchés du carbone, programmes de réduction des émissions, subventions gouvernementales, etc. Cependant, ces solutions ne sont pas accessibles à tous les agriculteurs et certaines, comme les produits de finance durable, n’en sont qu’à leurs balbutiements. Le marché et l’environnement politique qui soutiennent l’agriculture régénératrice sont donc en pleine évolution.

Lors de la Semaine du climat NYC, le groupe Leadership avisé RBC, en collaboration avec Nature United, a présenté Unearthing Value, un nouveau rapport sur le rôle critique que peut jouer la nature dans les programmes de stimulation de la croissance. Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, RBC, et coauteure du rapport, a passé quelques jours à la conférence de New York.

Voici quelques réflexions qu’elle a entendues.

  • La vision étroite concentrée sur le carbone n’est pas une si mauvaise chose. Selon les détracteurs de cette approche, le fait de se concentrer uniquement sur les avantages climatiques (élimination du carbone, atténuation des GES) liés aux techniques comme les cultures de couverture, la réduction du labour et la gestion des nutriments peut faire oublier les nombreux services écosystémiques offerts par l’agriculture régénératrice, en particulier l’amélioration de la productivité, la filtration de l’eau et le renforcement de la biodiversité. Toutefois, cette vision étroite a conduit à de véritables percées en matière d’accès au marché et de comptabilisation et mesure des GES, qui n’auraient peut-être pas été possibles sans un effort concerté des gouvernements, des chaînes logistiques agroalimentaires et du secteur du développement durable, et qui ont fait ressortir les avantages de l’agriculture régénératrice dans le domaine de l’action sur le climat. Les percées dans les protocoles de mesure, de déclaration et de vérification des GES ont fourni une plateforme à partir de laquelle ont émergé d’autres avantages de l’agriculture régénératrice. Par exemple, les protocoles des GES aident à mesurer le carbone du sol, qui est un indicateur de biodiversité, de santé et de résilience des sols. Par conséquent, d’autres avantages pourraient se cumuler aux initiatives axées sur le climat, comme les programmes de réduction du carbone.

  • Il est temps de faire fructifier l’argent investi dans l’agriculture régénératrice. Les investissements phares comprennent le Fonds d’action à la ferme pour le climat de 704 millions de dollars, au Canada, le fonds United States Department of Agriculture’s Partnerships for Climate-Smart Commodities de 4,2 milliards de dollars, aux États-Unis, et l’investissement de PepsiCo dans l’agriculture régénératrice d’une valeur de plus de 300 millions de dollars. Ces investissements, combinés à d’autres, ont permis de poser les bases d’une sensibilisation à l’importance de la résilience environnementale des systèmes agricoles mondiaux, en établissant des cadres de pratiques exemplaires pour les agriculteurs et les agronomes et des programmes destinés aux chaînes logistiques agroalimentaires. L’argent frais peut se baser sur ces produits pour parvenir directement aux agriculteurs et avoir un impact positif. Les partenariats peuvent aussi aider à mieux faire fructifier les investissements. Les sociétés, les gouvernements et les agriculteurs qui investissent dans les mêmes pratiques et les mêmes régions peuvent apporter une contribution équivalente aux investissements et former des partenariats pour combler leurs lacunes, par exemple avec des sociétés alimentaires associées à des entreprises agroalimentaires ayant déjà des agronomes en poste pour travailler sur le terrain avec les agriculteurs.

  • L’élaboration d’une définition rigide de l’agriculture régénératrice pourrait être une perte de temps. Les secteurs de l’agriculture et du développement durable n’ont pas fini de définir ce concept. Établir une limite entre ce qui est une agriculture régénératrice et ce qui n’est pas une agriculture régénératrice pourrait exclure certains agriculteurs et systèmes de production qui adoptent des pratiques conformes aux principes de l’agriculture régénératrice, avec des résultats positifs pour l’environnement et la productivité des agriculteurs. Le ton a été clair parmi les intervenants à la conférence : mettre l’accent sur des programmes qui fonctionnent pour les agriculteurs et qui produisent des résultats mesurables, et arrêter de s’inquiéter d’une définition de l’agriculture régénératrice.

1. Empreinte carbone des produits. Approche que les sociétés agroalimentaires peuvent adopter pour suivre la quantité totale d’émissions de GES liées aux produits qu’elles achètent tout au long de leur parcours dans la chaîne logistique. Cette approche diffère de la compensation carbone et de la réduction des émissions de carbone, car l’empreinte carbone est directement liée au produit alimentaire. En outre, l’empreinte carbone des produits aide les sociétés à atteindre certains objectifs de chaîne logistique, comme la participation à l’action sur le climat, à renforcer la transparence et la traçabilité, et à mettre l’accent sur les produits dont les caractéristiques intéressent les consommateurs soucieux de durabilité. Bien que cette approche réponde à la problématique d’intégrer les sociétés n’ayant pas investi dans l’agriculture régénératrice, elle a ses propres limites découlant de la granularité des données et de la connectivité des chaînes logistiques – qui sont des prérequis.

2. L’agriculture régénératrice est en voie de s’étendre d’un modèle « entreprise à entreprise » à un modèle « entreprise à consommateur », grâce à l’étiquetage des emballages alimentaires. Les investissements dans l’agriculture régénératrice ont grandement bénéficié des objectifs de durabilité des sociétés agroalimentaires et du secteur agroalimentaire, et de leur volonté de renforcer la résilience dans leurs régions d’approvisionnement. De nos jours, les consommateurs s’intéressent de plus en plus à l’étiquetage des produits de l’agriculture régénératrice. Grâce aux étiquetages mettant en avant les pratiques régénératrices, les consommateurs peuvent choisir les produits en fonction de leurs caractéristiques de conservation. Ces étiquetages sont souvent fondés sur des normes telles que la certification d’agriculture régénératrice de la Rainforest Alliance.

3. Augmentation des investissements dans le secteur de l’eau pour renforcer la résilience aux changements climatiques. Le public ressent les effets des changements climatiques principalement par l’entremise de l’eau. Les agriculteurs ne font pas exception. Les sécheresses, les pluies de plus en plus abondantes et les précipitations hors saison augmentent la volatilité dans la gestion des exploitations agricoles. Nous assistons à un essor des investissements et des stratégies visant à renforcer la résilience de l’agriculture par rapport à l’eau. Les exemples comprennent la Stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau promulguée par l’Union européenne et publiée à l’été 2025, qui prévoit des économies d’eau couvrant 40 % des terres agricoles en 2030, et le programme d’investissement d’infrastructure dans les systèmes d’irrigation en Alberta et dans la région de Niagara de l’Ontario.

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À la COP28 de 2023, 25 pays ont déclaré leur intention de tripler leur capacité nucléaire d’ici 2050, ouvrant la voie à une nouvelle course au déploiement de l’énergie nucléaire. Plusieurs changements structurels ont accéléré cet élan, encouragés par l’avantage concurrentiel du nucléaire pour alimenter les centres de données de l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe, et par l’importance cruciale de la sécurité énergétique dans un ordre géopolitique en mutation.

Où en est le Canada dans un monde qui revient à l’énergie nucléaire ?

Le Canada a une occasion à saisir, mais il devra agir vite s’il veut en profiter. Ses principaux atouts comptent son statut de pionnier dans la construction d’un petit réacteur modulaire (PRM) raccordé au réseau, à l’est de Toronto, et ses 80 années d’expérience en tant que puissance nucléaire civile de premier ordre.

Le PRM de Darlington, dont la mise en service est attendue d’ici 2030, constitue la première construction de réacteur canadien depuis une trentaine d’années, avec une capacité potentielle de 300 000 foyers desservis. Ce projet témoigne surtout de l’excellence de l’Ontario en matière d’exploitation nucléaire et de chaîne d’approvisionnement, et ouvre la voie à la province pour mettre son expertise au service des réseaux qui relient la Saskatchewan et la Pologne en passant par le Tennessee.

Cependant, les rivaux du Canada sont aussi dans la course. Le programme pilote de réacteurs nucléaires de l’administration Trump a pour objectif qu’au moins trois réacteurs d’essais nucléaires de pointe passent à un stade avancé d’ici l’été 2026. Le programme de PRM de la Chine progresse également, comme en témoigne le réacteur chinois ACP100 de démonstration qui a franchi de nouveaux jalons de construction en 2025.

Légende de la photo – Vivan Sorab, de Leadership avisé RBC, anime une table ronde sur le rôle des PRM dans le triplement de la capacité nucléaire mondiale lors du forum 2025 de l’Association nucléaire canadienne consacré aux petits réacteurs modulaires, à Edmonton.

Le succès du Canada dépendra de la capacité du pays à dynamiser son secteur nucléaire afin de fournir de nouvelles capacités à des fins électriques et non électriques, et à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire pour faire fonctionner les centrales nucléaires de demain.

Ce dont le Canada a besoin pour réussir :

Fonder l’approvisionnement en combustible nucléaire sur l’uranium canadien. La baisse potentielle de l’approvisionnement secondaire en uranium et l’émergence des PRM dans les années 2030 et 2040 entraîneront un remaniement des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire, et nous assisterons à une augmentation des besoins de concentration, de conversion et d’enrichissement de l’uranium et de la demande de services liés à la production de combustible. Les gisements d’uranium du Canada, reconnus à l’échelle mondiale, ainsi que le savoir-faire canadien en matière de conversion et d’enrichissement de l’uranium sont des atouts qui pourraient favoriser l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement de combustible nucléaire nord-américaine – et mondiale.

Collaborer avec les États-Unis pour assurer la sécurité énergétique nucléaire du continent. Les décennies d’expérience opérationnelle des États-Unis dans le secteur des réacteurs à eau bouillante (REB) seront précieuses pour le Canada au moment de construire son premier PRM sur le site du nouveau projet nucléaire de Darlington, sur la base d’un modèle REB. Le savoir-faire du Canada, en tant que pionnier dans la construction et le déploiement de PRM, jouera un rôle essentiel dans la réussite des projets de PRM similaires aux États-Unis, du début de leur construction à leur mise en service.

Rehausser la confiance des investisseurs Les risques liés à la construction ont entravé la participation du secteur privé au financement de nouveaux réacteurs nucléaires. Pour renforcer la confiance des investisseurs à l’égard des PRM, le succès de l’Ontario devra se traduire par la construction de nouveaux réacteurs. Cela dit, le soutien du gouvernement demeurera un facteur important, en particulier dans les territoires plus petits.

Promouvoir la mobilisation des Autochtones et l’équité. Le dialogue avec les communautés autochtones est essentiel pour assurer le succès des nouveaux projets nucléaires. L’effort comprend notamment la sensibilisation à la technologie, en particulier dans les collectivités où l’énergie nucléaire n’a jamais été développée auparavant, afin d’obtenir l’adhésion des collectivités et leur participation aux projets par l’entremise de la création d’emplois et de programmes de formation et de prise de participation.   

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Les relations entre l’Inde et le Canada reprennent vie, et cette fois-ci le processus ne se limitera pas à quelques poignées de main. 

Il y a deux ans, Justin Trudeau avait plombé les relations entre les deux pays en déclarant publiquement que le gouvernement indien pouvait être impliqué dans le meurtre d’un activiste sikh canadien, Hardeep Singh Nijjar, à Vancouver. Cette accusation avait provoqué la plus forte crise bilatérale depuis des décennies. Par la suite, les deux gouvernements avaient expulsé des diplomates, gelé les services de visa et suspendu toute négociation commerciale. Puis Donald Trump est revenu au pouvoir, et la nouvelle ère de « L’Amérique d’abord » a relégué au second plan les autres politiques étrangères.

Cette semaine, les gouvernements Carney et Modi ont amorcé un rapprochement délicat qui fera appel à des compromis de part et d’autre. Plus important encore, ils devront faire le point sur leurs intérêts mutuels (plutôt que sur leurs valeurs communes) dans un monde de plus en plus divisé.

Le Premier ministre Mark Carney a ouvert la voie à une politique fondée sur les intérêts communs en invitant Narendra Modi au sommet du G7, en Alberta, au mois de juin. M. Modi, qui n’a jamais été un grand partisan de M. Trudeau, s’est emparé de cette occasion de faire la paix.

Les deux gouvernements ont promptement nommé de nouveaux hauts-commissaires et repris leurs discussions sur les questions de sécurité, en particulier sur l’affaire Nijjar, avec l’intention de ne pas laisser ce sujet dominer leurs relations bilatérales. 

Cette semaine, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, se sont rencontrés aux Nations Unies en prévision d’un voyage officiel de Mme Anand en Inde à l’automne. Ottawa a rapidement réagi en désignant le gang indien Bishnoi comme entité terroriste, ce qui aidera les deux pays à lutter contre la montée des activités criminelles indiennes au Canada.

Ce sont de bonnes nouvelles pour ceux qui souhaitent ranimer ce partenariat, en particulier dans les domaines du commerce et de l’investissement. Mais il n’est pas question d’un simple retour à une relation normale, car les deux pays sont sur des longueurs d’onde économiques, sociales et géopolitiques très différentes. Ils devront trouver des points d’intérêt stratégiques.

Dans ce nouveau virage vers l’Inde, le Canada devra composer avec un pouvoir plus ferme et plus indépendant. De plus, le Canada doit se faire à l’idée qu’une décennie d’occasions bilatérales a été complètement ou partiellement perdue. Durant cette décennie, la situation de l’Inde a considérablement changé. 

Le pays affiche la plus forte croissance du PIB nominal parmi les grandes économies mondiales, et le revenu des ménages a presque doublé grâce à l’essor des collectivités rurales. L’Inde, pays le plus peuplé au monde, se considère désormais comme une puissance économique et politique qui pèsera dans la balance d’ici le milieu du siècle. L’Inde est aussi en voie de devenir l’un des pays les plus avancés au monde sur le plan du numérique, grâce à son système d’identification biométrique Aadhaar qui couvre désormais plus de 90 % de la population.  

Au cours de la décennie passée, le Canada a accueilli (officiellement) 500 000 personnes d’origine indienne, ce qui fait de l’Asie du Sud sa principale source d’immigration. 

Ces deux dynamiques, à savoir la montée de l’Inde et la diversité du Canada, exigeront d’assurer un équilibre délicat.

Jusqu’à présent, M. Carney a réussi à s’élever au-dessus de la politique nationale et à placer les intérêts du Canada au centre de cet exercice d’équilibre. Son gouvernement a indiqué que le nouveau chapitre de sa politique indienne serait axé sur les questions économiques, avec notamment une amélioration des garde-fous visant à protéger les intérêts des deux pays de la politique de la diaspora.

Une politique axée sur les intérêts passe par un renforcement des liens commerciaux, tant sur le plan des échanges que de l’investissement. Au cours des cinq dernières années, l’Inde est devenue une option stratégique pour de nombreux Canadiens (et habitants d’autres pays) souhaitant s’éloigner de la Chine, et malgré le refroidissement, puis le gel des relations entre les deux pays, l’intérêt des grands investisseurs s’est accru. Entre 2019 et 2023, les caisses de retraite canadiennes ont dirigé 25 % de leurs capitaux d’investissement vers l’Inde, ce qui marque une hausse de 10 % par rapport aux 15 années précédentes. L’Inde a ainsi supplanté la Chine au deuxième rang des destinataires pour les caisses de retraite canadiennes, uniquement devancée par les États-Unis.

Le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario s’est tenu à l’avant-plan, investissant l’année passée dans l’infrastructure (National Highways Trust), le financement automobile (Kogta) et l’intelligence artificielle (Darwinbox). Le groupe Brookfield s’est montré tout aussi présent sur le marché indien avec l’acquisition d’actifs liés aux énergies propres et de sites de télécommunications. À la fin de septembre, il a également conclu un partenariat d’une valeur de 1 milliard de dollars américains avec GIC, un fonds souverain de Singapour, pour gérer plus de cinq millions de pieds carrés de bureaux dans trois grandes villes : Mumbai, Bangladeshrou et Hyderbad.

Sur le plan commercial, l’Inde est passée du 16e rang des partenaires du Canada en importance en 2008 au 10e rang en 2015 puis au 7e rang l’an dernier.

Il en va autrement du Canada, qui se classe seulement au 30e rang des partenaires de l’Inde. Le commerce bilatéral a atteint 31 milliards de dollars en 2024, en prenant en compte les services, contre 117 milliards de dollars avec la Chine. La baisse du nombre d’étudiants étrangers, qui constituent l’une des plus importantes sources de revenus indiens pour le Canada, ralentira encore plus ces progrès, car la politique du Canada, perçue comme une politique de repli, a entaché notre réputation auprès de toute une génération de jeunes Indiens instruits.  

Et ce n’est pas l’unique raison pour laquelle la volonté du Canada de relancer les négociations commerciales pourrait exiger de la patience. En effet, l’Inde et M. Modi, qui font preuve d’une confiance croissante, ne feront pas facilement des compromis, surtout sur des questions telles que les droits de propriété intellectuelle, que l’Inde considère depuis longtemps comme une forme de colonialisme occidental. 

Ces différences mises à part, les deux pays partagent des liens uniques et profonds, en grande partie tissés par la population indo-canadienne. À l’avenir, l’Inde souhaitera établir des relations plus mûres, fondées sur des intérêts, en particulier sur le plan économique. Le Canada pourra aussi saisir de nouvelles occasions, allant du pétrole lourd au GNL, en passant par les technologies spatiales et de fabrication de pointe. 

Une relation renouvelée exigera que les deux pays reconnaissent ce que chacun d’eux apporte à l’autre. Elle peut aussi mettre l’accent sur ce que les deux pays peuvent accomplir grâce à des alliances et à des groupes multilatéraux. Cette semaine, Mme Anand et M. Jaishankar se sont exprimés devant l’ONU sur l’importance du multilatéralisme dans cette ère de « L’Amérique d’abord ». L’Inde, en tant que puissance de second ordre en plein essor, et le Canada, en tant que puissance moyenne en difficulté, pourraient tous deux tirer parti d’efforts collectifs.

Il y a cinquante ans, en 1975, les relations entre l’Inde et le Canada sont tombées au plus bas après que le gouvernement d’Indira Gandhi eut testé une bombe nucléaire l’année précédente puis déclaré l’état d’urgence. La relation ne s’est rétablie que lorsque Jean Chrétien s’est rendu en Inde en 1996.

Pour les deux pays, l’enjeu est trop important pour risquer un nouvel hiver de mécontentement. 

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Dans le numéro de cette semaine : la visite de Mark Carney au Royaume-Uni, les nouveaux droits de douane de Donald Trump et les retombées potentielles du nouvel accord entre le Canada et l’Indonésie

Auteur : Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

  • Le Premier ministre Mark Carney est de retour dans les manchettes aujourd’hui, cette fois depuis Londres en compagnie du Premier ministre britannique Keir Starmer. Enjeux : la diversification des échanges commerciaux et les alliances économiques et de sécurité qui façonneront la prochaine décennie. La situation de la sécurité en Europe, en particulier le risque d’incursion russe dans l’espace aérien de l’OTAN, fait évidemment partie des discussions.

  • La réunion de cette semaine fait suite aux pourparlers de juin. Le mois de juin a connu la création du Groupe de travail sur l’économie et les relations commerciales Canada–Royaume-Uni, dont le mandat consiste, entre autres, à formuler des recommandations sur les barrières au commerce et le secteur des minéraux critiques.

  • M. Carney est bien placé pour prendre la tête de cette initiative. Face à la fragmentation de l’ordre mondial, de nouveaux partenariats sont nécessaires pour renforcer la sécurité et donner de l’élan à la prospérité. Les minéraux critiques se situent au carrefour de ces deux enjeux. La sûreté et la stabilité de l’accès aux minéraux critiques constituent des facteurs essentiels au dynamisme économique et à la sécurité géopolitique du 21e siècle. Les minéraux critiques sont utilisés dans le secteur de la défense, mais aussi dans l’exploration spatiale, les technologies propres, l’économie numérique et les soins de santé, entre autres.

  • Cependant, le problème est que l’OTAN et ses alliés n’ont pas de stratégie cohérente. Pour M. Carney, le moment est venu de briller. C’est l’occasion pour le gouvernement du Canada d’élaborer une stratégie dans le domaine des minéraux critiques, en partenariat avec ses alliés, afin de sécuriser les chaînes logistiques tout en atténuant le dangereux risque de concentration lié à la Chine.

  • Comme nous l’avons mentionné dans un récent rapport Leadership avisé RBC intitulé Le nouveau grand jeu, la Chine a une grande longueur d’avance, car elle contrôle entre 60 % et 90 % de la capacité de raffinage du lithium, du cobalt, des terres rares et du graphite.

  • La stratégie pourrait tirer parti des abondantes ressources minières canadiennes pour positionner le Canada en tant que centre mondial de l’excellence minière. Du cuivre ou du cobalt en passant par l’uranium, le nickel, le lithium et le graphite, le Canada possède les matières premières utilisées dans les industries émergentes, ainsi que les capacités d’ingénierie et de financement nécessaires pour développer les produits jusqu’à leur introduction sur le marché. 

  • Les États-Unis prennent aussi des initiatives importantes dans ce domaine. En début de semaine, la Maison-Blanche a annoncé qu’elle ciblait une participation de 10 % dans Lithium Americas, une société minière établie à Vancouver. Appuyée par un prêt du département de l’Énergie, Lithium Americas est en train de développer au Nevada ce qui pourrait devenir la plus grande mine de lithium de l’hémisphère ouest.

  • À ce propos, RBC a accueilli une délégation de Washington cette semaine. Une vingtaine de représentants du Congrès (des deux côtés de la sphère politique) et de l’ambassade du Canada se sont penchés sur la possibilité d’un partenariat entre le Canada et les États-Unis dans le domaine des minéraux critiques. Si nous ajoutons à cette visite la position de Washington à l’égard de Lithium Americas, une coopération étroite dans le secteur des minéraux critiques pourrait être une solution pour renforcer les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis.

  • Le Premier ministre Mark Carney participera au sommet de l’ANASE en octobre, dans le contexte de pourparlers sur un éventuel accord commercial entre le Canada et le bloc de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est l’an prochain.

  • Le Canada pourrait songer à faire une proposition de fourniture de gaz naturel liquéfié (GNL) à l’Allemagne, selon une récente suggestion de l’ambassadeur allemand. À l’heure actuelle, l’Allemagne importe environ 90 % de son GNL des États-Unis.

  • Dans le cas où une société pharmaceutique internationale ne construirait pas d’usines de production aux États-Unis, ses médicaments seront assujettis à des droits de douane de 100 % à compter du 1er octobre. Les poids lourds (25 %) et les meubles (30 %) fabriqués à l’étranger seront également assujettis à de nouveaux droits de douane à compter de la semaine prochaine.

  • Trump a promis aux agriculteurs américains, lesquels ont majoritairement voté en sa faveur en novembre dernier, mais qui ont durement souffert de sa politique commerciale, un certain soulagement sous la forme d’une redistribution « de l’argent des droits de douane ».

  • Boeing, le géant américain du secteur aérospatial, pourrait bientôt remporter un énorme contrat avec la Chine – ce qui constitue probablement une pièce maîtresse dans les pourparlers commerciaux entre les États-Unis et la Chine.

  • La plupart des pays se portent mieux que prévu, malgré la pression des droits de douane, selon un nouveau rapport de l’OCDE.

Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

À l’issue de quatre années de négociations, le Canada a signé un accord de partenariat économique global (APEG) avec l’Indonésie la semaine dernière.

L’entente devrait accroître les exportations canadiennes de 447 millions de dollars, soit une maigre augmentation de 0,04 % par rapport aux chiffres actuels. Toutefois, cet accord procure au Canada une option de participation à la croissance économique de l’Indonésie. L’Indonésie pourrait devenir l’une des cinq plus grandes économies mondiales d’ici le milieu du siècle, et représenter un vaste marché pour l’agriculture, les produits alimentaires, la machinerie, les services et même la technologie nucléaire du Canada.

L’annonce a été faite dans la foulée de l’accord commercial réciproque conclu entre l’administration Trump et l’Indonésie, négocié à toute vitesse pour garantir l’accès aux minéraux critiques et à d’autres ressources dont le nickel. L’Indonésie a accepté d’éliminer ses restrictions à l’exportation du minerai, ce qui lui permettra d’expédier du nickel brut et semi-transformé aux États-Unis aux fins de raffinage tout en excluant de la chaîne logistique les fonderies indonésiennes exploitées par la Chine.

Pour les sociétés minières canadiennes, l’arithmétique du nickel est probablement négative. Selon BNEF, la production indonésienne de nickel de catégorie 1 (qualité supérieure requise pour les batteries) devrait atteindre 1,6 million de tonnes métriques d’ici 2030, ce qui représenterait 52 % de l’offre mondiale. Cette augmentation place l’offre indonésienne en concurrence directe avec celle du Canada (240 000 tonnes métriques d’ici 2030). Par conséquent, de plus grandes quantités de nickel arriveront en Amérique du Nord en franchise de droits, ce qui sera positif pour la sécurité de l’approvisionnement en Amérique du Nord, mais probablement défavorable au Canada.

L’accord commercial entre les États-Unis et l’Indonésie est celui qui aura le plus de retombées. En effet, compte tenu du manque de ressources minières aux États-Unis, la diversification des ressources est cruciale. Pour le Canada, la priorité est de tirer parti des intérêts communs en matière de sécurité nationale et d’intégration économique pour devenir une source d’approvisionnement à faible risque, ce qui constitue un avantage concurrentiel que les autres partenaires commerciaux auront plus de difficulté à offrir.  

L'investissement direct étranger canadien n'est pas touché par l'incertitude liée aux droits de douane

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Dans le numéro de cette semaine : les défis à relever maintenant que les consultations sur l’ACEUM ont été amorcées, et ce que signifie une nouvelle géopolitique des minéraux critiques pour le Canada

Auteur : John Stackhouse

L’offensive de charme de Mark Carney au Mexique et le succès de sa visite à Claudia Sheinbaum pourraient bientôt évoquer un joyeux souvenir de vacances. Cette fin de semaine, les deux pays renoueront avec la dure réalité, notamment dans leurs relations respectives avec les États-Unis – sur un front commun, mais aussi séparément. Voici comment les choses pourraient se dérouler :

  • L’administration Trump a déclenché une révision de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique en lançant des consultations publiques. Le Canada devrait en faire autant cette fin de semaine, ouvrant la porte à 45 jours de lobbyisme, de grincements de dents et peut-être de profonde réflexion.

  • Nous pouvons nous attendre à ce que les trois « amigos » (deux « amigos » et une « amiga ») rassemblent de petites armées d’experts du commerce et de l’industrie pour amorcer un dialogue plus formel. Le gouvernement canadien a déjà commencé à recruter des équipes qui seront responsables de discuter avec leurs homologues des États-Unis et du Mexique, en particulier dans les secteurs de l’énergie, de l’automobile, de l’acier, de l’aluminium et du bois d’œuvre. Toutefois, il se peut que les Américains ne soient pas aussi bien préparés, voire qu’ils incitent à conclure un accord dans la précipitation (au risque de parvenir à un accord biaisé). 

  • Le Mexique a adopté une démarche différente, travaillant avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio sur plusieurs problématiques non commerciales comme la lutte contre les cartels de la drogue. Le gouvernement espère ainsi être en bons termes avec les États-Unis, en prévision de la prochaine ronde de négociation qui s’annonce délicate pour le Mexique. Les États-Unis ont en effet proscrit les tomates de serre et mis un frein aux envois de fonds, ce qui laisse présager des temps difficiles pour le Mexique. 

  • Le principal enjeu pour le Mexique aura trait aux « règles d’origine » qui pourraient contrecarrer la hausse massive des investissements et du commerce chinois qui a fait du Mexique une porte accessoire au marché américain.

  • En ce qui concerne le Canada, les premiers signes portent à croire que le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le représentant au Commerce, Jamieson Greer cherchent à protéger les fondements d’un accord commercial trilatéral avec un intérêt particulier pour le Canada et le renforcement du commerce bilatéral. Des ententes secondaires ou subordonnées pourraient émerger dans le cadre d’une structure nord-américaine. 

  • Pour le Canada, la principale préoccupation demeure l’automobile et la volonté affichée par Donald Trump de transférer une grande partie de la production canadienne sur le sol américain. Il reste à voir si le secteur automobile américain parviendra à le convaincre de la logique économique d’une production transfrontalière.  

  • Le Canada pourrait-il accepter des droits de douane de 10 %, par exemple, pour assurer une sorte de seconde vie aux usines canadiennes ? 

  • Au-delà de l’automobile, les préoccupations des Américains portent toujours sur l’industrie laitière et le numérique. Nous connaissons tous la crise du secteur laitier. Du côté du numérique, les plateformes technologiques américaines continuent de se plaindre de la façon dont les Canadiens abordent l’actualité en ligne. Cela dit, après avoir abandonné sa taxe sur les services numériques, le gouvernement Carney aura du mal à faire mieux, d’autant plus que toute nouvelle concession nuirait aux médias et aux éditeurs qui sont déjà en mauvaise posture. 

  • Pour les États-Unis, le plus grand défi pourrait être de nature plus politique. Donald Trump fait-il pression pour obtenir rapidement un ACEUM qui jouerait en sa faveur ? Afin de se concentrer au plus vite sur les plus grands défis posés par la Chine, l’Inde et le Brésil ? Ou son équipe travaille-t-elle à des changements profonds et durables à l’ACEUM dans le but d’afficher une victoire politique avant les élections de mi-mandat l’an prochain ? 

  • QSoulignons que les proches de Donald Trump continuent de laisser entendre qu’il est disposé à éradiquer l’ACEUM. Poudre aux yeux ? Technique de négociation ? Quoi qu’il en soit, maintenant que les choses sérieuses commencent, nous pouvons nous attendre à des surprises déroutantes au fil des pourparlers.

  • À l’occasion d’un évènement de la Chambre de commerce de Halifax, l’ambassadeur des États-Unis Pete Hoekstra s’est déclaré déçu par la rhétorique « antiaméricaine » et le cri de ralliement « Sortons les coudes » du Canada.

  • Des représentants des États-Unis et de la Chine se sont réunis à Madrid pour leur quatrième ronde de pourparlers – au sujet de TikTok.

  • En 2024, la Chine a importé du soja des États-Unis pour une valeur de 12,6 milliards de dollars américains. La semaine dernière : 0. C’est un signe clair que Beijing ne craint pas d’utiliser l’agriculture comme une arme de négociation contre Washington.

  • Sur la base de 25 années de données commerciales, Amazon lance un agent d’intelligence artificielle remanié afin d’aider les vendeurs à prendre des décisions de stockage en tenant compte de la forte volatilité causée par la guerre commerciale.

Auteur : Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Deux sénateurs américains ont présenté la Restoring American Mineral Security (RAMS) Act, un projet de loi bipartite dont l’objectif est d’établir une alliance pour la sécurité des minéraux critiques qui accorderait un accès en franchise de droits de douane aux partenaires de confiance et obligerait les alliés à imposer des droits de douane équivalents aux droits américains à l’encontre des importations chinoises.

Ce projet implique trois conséquences pour le Canada :

  • L’adhésion à l’alliance s’accompagne d’obligations. Le Canada devrait répliquer les droits de douane imposés par les États-Unis aux minéraux chinois et renforcer leurs mesures contre l’approvisionnement et le transbordement en provenance de Chine. À l’approche de la renégociation officielle de l’ACEUM, les États-Unis cherchent à nouveau des alliés pour fermer l’accès indirect de la Chine (nota : le Mexique a augmenté ses droits de douane sur un certain nombre de marchandises chinoises). Dans le secteur des minéraux, en particulier, le blocage de l’approvisionnement chinois est indispensable à l’expansion du secteur. Le projet RAMS fait de ce principe de précaution une exigence.

  • Les capitaux suivront le mouvement. La proposition la plus novatrice des États-Unis serait de recycler les recettes tirées des droits de douane sur les importations hors alliance en faveur de projets alliés, avec notamment un réinvestissement de 20 % dans les projets internationaux de minéraux critiques des pays membres. Cela dit, compte tenu de nos relations commerciales étroites dans le secteur des minéraux (où nous sommes le premier partenaire commercial des États-Unis, et vice versa), le Canada aurait tout à gagner d’un réinvestissement dans les projets miniers américains. Cette mesure fournirait aux sociétés minières canadiennes des capitaux bon marché – le manque de capitaux étant historiquement un obstacle pour les petites sociétés minières.

  • L’accès préférentiel n’est utile que si nous prenons de l’expansion. L’exemption de droits de douane donnerait aux producteurs canadiens un avantage sur le plan des coûts pour entrer sur le marché américain. Toutefois, sans une accélération de l’approbation des projets et en l’absence d’investissements similaires dans les infrastructures de transport connexes, nous perdrions notre avantage. Il est intéressant de noter que deux projets miniers figurent dans la première tranche de la liste des grands projets prioritaires du Premier ministre Mark Carney : le projet McIlvenna Bay (cuivre et zinc) et l’expansion de la mine Red Chris (cuivre).

Selon les Services économiques RBC, alors que le Canada subit un choc national en raison de sa relation commerciale avec les États-Unis, les provinces connaissent des chocs distincts qui créent des divergences tant dans la croissance que dans les moteurs de croissance. Lire le rapport complet Mise à jour trimestrielle canadienne : une croissance faible, mais positive est attendue

La croissance provinciale diverge dans un contexte de tensions commerciales

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➔ Préservation de la nature à l’occasion de la Semaine du climat de New York

➔ Les programmes liés aux véhicules électriques (VE) sont repoussés à plus tard

➔ La nouvelle vie de General Fusion débute alors que la course mondiale s’accélère

Les programmes liés aux véhicules électriques sont mis sur pause. Une autre politique climatique de l’époque de Justin Trudeau a subi un revers lorsque le gouvernement de Mark Carney a suspendu une norme selon laquelle les VE devaient représenter 20 % des ventes des constructeurs automobiles à compter de 2026. Les difficultés commerciales provenant des États-Unis font partie des raisons motivant cette décision, tout comme la fin des crédits d’impôt américains pour VE, qui entrera en vigueur au cours du mois. Les constructeurs automobiles sont déjà ébranlés par les droits de douane estimés à 12 milliards de dollars US (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) qui leur ont été imposés à ce jour. Plusieurs d’entre eux se retrouvent face à l’incertitude alors qu’ils ont englouti des milliards de dollars dans les chaînes d’approvisionnement de VE dans un marché qui a soudainement perdu de son élan. Cette situation représente un microcosme du plus grand débat opposant le climat et l’économie qui fait rage dans le monde entier.

La Banque de développement du Canada mise sur les minéraux essentiels. Le Fonds Innovation industrielle II (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de 200 M$ de l’organisme de financement appuie les entreprises en démarrage à un stade précoce exerçant des activités dans plusieurs secteurs, y compris les principales matières premières requises pour l’infrastructure d’énergie propre et les véhicules électriques. Les plus récentes données de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (ACCR) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) indiquent que les entreprises canadiennes de technologies propres ont amassé 191 millions de dollars au cours du premier semestre de 2025, comparativement à 657 millions de dollars pour la même période l’an dernier. Il va donc sans dire que le Canada a besoin de ce fonds.

Une nouvelle ruée mondiale vers le pétrole. La Norvège (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) se targue d’avoir un fonds souverain parmi les mieux garnis – et les plus respectueux des critères ESG – au monde, et d’être un chef de file en matière de véhicules électriques, mais tout cela est rendu possible par les combustibles fossiles. Sylvi Listhaug, dont le Parti progressiste a bondi en deuxième place lors des récentes élections, souhaite que la Norvège soit « le dernier pays du monde à mettre fin à la production de pétrole ». Il s’agit d’une prise de position récurrente, le Canada comptant parmi les nombreux autres pays qui ont été saisis de ce nouvel engouement pour le pétrole. Qu’est-ce que cela signifierait pour les émissions mondiales ? Les investissements dans le secteur du pétrole en amont devaient chuter cette année pour la première fois depuis 2020, selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) Il pourrait s’agir d’une simple anomalie passagère.

Dawn Farrell, première dirigeante du tout nouveau Bureau des grands projets (BGP), doit accélérer la mise en œuvre de plusieurs projets susceptibles d’accroître les émissions au pays, ou non, selon sa manière de composer avec les impératifs environnementaux et économiques du pays, deux enjeux d’importance égale. Mme Farrell pourrait-elle réaliser les trois objectifs inconciliables du Canada : bâtir plus rapidement, accélérer la croissance durable et renforcer l’unité nationale ?

Son mandat de près de dix ans à titre de cheffe de la direction de TransAlta Corp., un géant du secteur des services publics établi à Calgary, nous en dit long sur le mode opératoire de la dirigeante :

  • Sous sa supervision, qui s’est terminée en mars 2021, l’entreprise de services publics est passée du charbon au gaz naturel, dans le cadre d’une transition à l’échelle sectorielle visant à réduire les émissions.

  • En 2021, TransAlta avait entièrement converti l’unité de 2 de Keephills, l’unité 3 de Keephills et l’unité 6 de Sundance, les faisant passer du charbon thermique au gaz naturel.

  • La transition énergétique a eu une incidence sur les travailleurs du charbon, et plusieurs collectivités provinciales ont bénéficié du fonds pour la transition de la communauté du charbon.

  • À la fin de 2021, TransAlta avait réduit ses émissions de GES de 70 % par rapport à 2005, excédant ainsi les cibles nationales en matière d’émissions d’ici 2030 au Canada, aux États-Unis et en Australie, où l’entreprise exerce ses activités.

  • TransAlta est devenue l’un des plus importants producteurs d’énergie éolienne au Canada et l’un des plus grands producteurs d’énergie hydroélectrique en Alberta, faisant passer sa capacité d’énergie renouvelable d’environ 900 MW en 2000 à plus de 2 800 MW en 2021.

Le chemin parcouru par TransAlta donne à Mme Farrell la crédibilité nécessaire pour contribuer à rationaliser plusieurs projets, . Toutefois, elle doit maintenant reproduire son approche au niveau national, où plusieurs intérêts concurrents – des gouvernement fédéral et provinciaux, des Autochtones et des grandes sociétés – se disputent l’attention.

Plusieurs projets de pipelines de pétrole, de GNL et d’énergies renouvelables sont avancés, mais voici les défis généraux qui attendent Mme Farrell :

  • Regagner la confiance des investisseurs : Le BGP devra prouver que le Canada est en mesure de bâtir de nouveau, et cette fois-ci de manière durable. Le Bureau devra produire des résultats rapidement pour que des intérêts étrangers osent recommencer à investir au Canada.

  • Au-delà de Trump : Nous ne nierons pas qu’un nuage aux allures du président américain plane sur le Canada. D’un autre côté, l’Europe (saluons l’, Allemagne [ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement]), le Japon et les économies émergentes veulent eux aussi nos ressources. La prochaine vague de projets devra pointer vers l’est comme vers l’ouest et compter sur l’engagement des pays consommateurs.

  • Harmonisation des priorités provinciales : Un autre défi monstre. Si Mme Farrell pouvait amener la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Québec à se mettre d’accord, le Canada pourrait devenir une superpuissance au chapitre des ressources.

  • Faire appel aux groupes autochtones : Passer des promesses en l’air à de véritables partenariats avec les communautés autochtones pourrait bien être l’une des réalisations les plus durables du BGP.

Une technologie océanique d’élimination du carbone fait des vagues. La société Planetary Techologies, située en Nouvelle-Écosse, a récemment conclu un contrat de 43,3 millions de dollars avec Frontier Climat, lequel est soutenu par Shopify, Google et Meta. L’objectif visé ? Éliminer 115 211 tonnes métriques de CO₂ de 2026 à 2030 en ajoutant des minéraux alcalins, comme de l’oxyde de calcium et de l’oxyde de magnésium, aux eaux côtières. Le processus accélère l’absorption naturelle du CO2 et promet une période de stockage de plus de 10 000 ans. Frontier croit qu’elle pourrait faire passer le cours actuel d’environ 270 $ US la tonne à un prix allant de 50 $ US à 160 $ US en tirant parti de l’infrastructure existante des centrales électriques situées sur les côtes. Cette technologie permettra également de préserver les écosystèmes marins et donnera l’occasion aux communautés locales, dont la Nation Mi’kmaq, de participer.

Un rêve qui prend vie chez General Fusion. Le projet de fusion nucléaire de Richmond, en Colombie-Britannique, a récemment permis de soulever 30 millions de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), après avoir subi de nombreuses mises à pied et roulé à capacité réduite. Les capitaux alimenteront son programme de démonstration de fusion LM26, qui vise une température opérationnelle de 10 millions de degrés Celsius, une étape essentielle sur la voie de la fusion commerciale. Le bureau de gestion familiale Thistledown Capital appartenant à Tobi Lütke, chef de la direction de Shopify, ainsi que JIMCO, établie en Arabie saoudite, font partie des investisseurs ayant appuyé le cycle d’investissement. Les fonds totalisant 2,6 milliards de dollars US (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) injectés par les investisseurs dans 52 autres entreprises du monde au cours de l’année qui vient de s’écouler, dont 29 uniquement aux États-Unis, sont une véritable bouée de sauvetage pour la seule société de fusion du Canada. De plus, la course pour trouver la clé des technologies de fusion s’accélère, avec la China National Nuclear Corp. qui a établi la China Fusion Energy Co., d’une valeur de 2 milliards de dollars, en juillet, suivie de près par un nouveau cycle d’investissement de 863 millions de dollars US pour l’entreprise du Massachussets Commonwealth Fusion Systems (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), la plus grande société fermée de fusion au monde.

La capture de carbone s’apparente à faire rentrer le génie dans sa lampe, à la différence près que le carbone peut s’échapper. Une nouvelle étude évaluée par des pairs publiée dans Nature estime que la planète peut contenir à peine 1 460 gigatonnes de carbone, alors que les estimations antérieures s’élevaient plutôt à 40 000 gigatonnes (l’équivalent d’environ une année d’émissions de CO2). Selon l’étude, les failles structurelles et la mauvaise construction des puits pourraient miner l’efficacité des technologies de capture du carbone. Malgré cela, il reste encore de nombreux territoires dotés d’une géologie viable et de l’expertise nécessaire pour capturer le carbone. Environ quatre milliards de dollars américains ont déjà été investis dans les installations de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) en 2024, et une capacité de capture de plus de 50 tonnes métriques de CO2 est actuellement opérationnelle, ne présentant que peu de fuites à ce jour. Le rapport estime par ailleurs que le Canada et les États-Unis sont «mieux placés » que l’Europe pour mettre en œuvre des solutions de stockage géologiques.

Power On: Hard choices, real consequences (Sous tension : Des choix difficiles aux conséquences concrètes). Le thème de la semaine du climat de New York de cette année, qui débute le 22 septembre, est bien choisi. L’événement, qui rivalise de plus en plus avec les événements annuels de la COP, réunit des experts en finances, des écologistes et des mordus de politique tout en créant l’un des pires embouteillages qu’a connus la Grosse Pomme.

Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, sera présente. Elle livrera une allocution le 24 septembre au Nature Hub dans le cadre d’un événement organisé par l’Institut d’action climatique RBC et Nature United.

La nature représente une contribution de 33 billions de dollars US à l’économie mondiale, ce qui correspond à la valeur du commerce mondial des biens et services. Pourtant, son rôle dans l’économie, en dehors des ressources que l’on en extrait (poissons, céréales et bois d’œuvre), n’est pas pris en compte dans le PIB national, laissant en marge une source de croissance économique et de risques. Voici un aperçu de quelques-uns des premiers thèmes couverts par le rapport que fera Lisa sur l’économie de la nature :

  • Le capital naturel est sous-utilisé en tant qu’atout dans la croissance économique. Au cours des vingt-cinq dernières années, le PIB des secteurs dépendants de la nature au Canada a enregistré une croissance d’une année sur l’autre inférieure de 0,6 % au reste de l’économie pendant la même période.

  • Il existe de vrais risques de ne pas tenir compte du rôle que pourrait jouer la nature dans la prospérité. Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni cherchent à reconstruire leurs économies. Et pourtant, leurs ressources naturelles s’épuisent. Le Royaume-Uni, par exemple, exerce une grande pression sur ses ressources en eau, le gouvernement prévoyant un écart de 5 milliards de litres par jour au chapitre de la disponibilité de l’eau d’ici 2055.

  • Les programmes en faveur de la croissance présentent des occasions de valoriser et de renforcer le capital naturel. La nature est maintenant un risque à signaler de même qu’une catégorie d’actifs à investir, et est prête à être intégrée dans les grands projets d’investissement et d’infrastructure.

« En cette ère de réindustrialisation, toutes les occasions de croissance durable doivent être présentées. C’est un facteur qui tombe à point, alors que les pays du monde entier ont de la difficulté à mobiliser des capitaux pour gérer, protéger et préserver leur capital naturel », déclare Lisa.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat