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Le Canada s’apprête à réaliser des investissements historiques en vue de donner une nouvelle orientation à son économie. L’ampleur et la finalité de ces investissements devraient servir de sonnette d’alarme pour les personnes travaillant dans le domaine de l’éducation postsecondaire au Canada et dans les ministères provinciaux concernés, car le programme met en évidence aussi bien des occasions que des besoins de changement.

Le prochain budget fédéral prévoit allouer des milliards de dollars à des projets d’intérêt national tels que la modernisation des infrastructures de la défense et de l’espace, l’accroissement de la capacité informatique et le développement des énergies renouvelables. Les bénéfices attendus sur le plan de la souveraineté, de la croissance et de la compétitivité sont énormes. Mais les risques le sont également, étant donné que cette politique revient à miser sur le talent et l’innovation.

Or, comme nous l’avons expliqué dans un précédent rapport, L’enseignement postsecondaire est en crise. À l’heure même où le Canada redémarre, ses collèges et ses universités sont forcés de suspendre des programmes, d’éliminer des services et de fermer des campus. Partout au pays, les établissements postsecondaires doivent se moderniser et recentrer leurs mandats sur la contribution à la croissance, comme nous l’avons mentionné dans le rapport Une voie plus intelligente. Néanmoins, ils n’ont pas la solidité financière, la souplesse et la connectivité dont ils ont besoin pour le faire. 

C’est dans ce contexte que l’équipe Leadership avisé RBC, accompagnée de nos partenaires, a proposé un sommet sur le talent, la technologie et le nouvel ordre économique à l’occasion de la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES). En septembre, une soixantaine de dirigeants du secteur et de l’enseignement postsecondaire se sont rassemblés au siège social de RBC dans un objectif commun : s’assurer que les investissements historiques du Canada aient des retombées historiques. Nous avons mis l’accent sur trois domaines de l’ambition nationale qui dépendent étroitement de l’enseignement postsecondaire en ce qui a trait au talent et à l’innovation :

  • Capacités de la défense et de l’espace

  • IA et technologie numérique

  • Grands projets énergétiques

Nous résumons ci-après les impératifs, les occasions et les idées audacieuses dont il a été question.

Les menaces qui planent aujourd’hui sur la souveraineté et la sécurité ne sont pas les mêmes que dans les films de guerre de Hollywood. Pour faire face à ces menaces de plus en plus complexes, nous avons besoin de forces économiques et numériques, et pas seulement sur terre. La sécurité et la prospérité de notre pays dépendent de plus en plus d’infrastructures spatiales telles que les satellites, que les Canadiens utilisent à des fins multiples comme la surveillance et le contrôle de l’environnement (certaines variables clés des changements climatiques ne peuvent être mesurées que depuis l’espace1), ainsi que la communication et la navigation au quotidien.

Toutefois, les capacités du Canada dans le domaine spatial, et plus généralement dans le secteur de la défense, sont à la traîne par rapport à ses concurrents mondiaux. Les passations de marchés publics – critiques pour l’innovation et pour l’entretien et le développement des capacités – prennent beaucoup plus de temps au Canada que dans d’autres territoires. Notre processus de mise sur le marché de produits et services spatiaux est plus lent que dans d’autres pays. En outre, plusieurs années de compression des dépenses ont mis à mal la défense du Canada, dont les forces armées souffrent de graves pénuries de personnel – en particulier dans les métiers spécialisés et les rôles de techniciens, d’ingénieurs, voire de spécialistes du combat naval et de l’aérospatiale.2

Les engagements de dépenses en faveur de la défense et de l’espace ouvrent des occasions historiques.

  • Au cours des années 2025 et 2026, le Canada envisage de consacrer 9 milliards de dollars à la défense, dont 2,6 milliards au recrutement et au maintien en poste, et le gouvernement s’est engagé à augmenter progressivement les dépenses de défense jusqu’à 5 % du PIB en 2035.

    • C’est l’occasion pour le Canada d’innover et de faire avancer l’adoption de nouvelles technologies à des fins de surveillance et de prévision, en plus de renforcer ses capacités de défense conventionnelles.

    • Nous pouvons aussi nous appuyer sur nos forces existantes. Par exemple, le Canada est déjà en avance dans la mise au point de systèmes de surveillance des feux de forêt (microsatellites), qui peuvent être utilisés pour surveiller les activités liées aux incendies et faire valoir les efforts de gestion au pays et à l’international3. Non seulement les feux de forêt mettent en péril des vies et des moyens de subsistance, mais ils ont aussi le potentiel de détruire des infrastructures essentielles comme les systèmes de communication et les réseaux électriques et peuvent même être source d’instabilité politique. Notre capacité à réagir rapidement est donc un élément clé de la stratégie de défense nationale. 

  • L’engagement du gouvernement fédéral à créer un Bureau de recherche, ingénierie et leadership avancés en matière d’innovation et de science (BOREALIS) est l’occasion d’encourager les entreprises et les partenaires de l’enseignement postsecondaire à accélérer le développement des technologies à double usage (pour des applications de défense et des applications civiles).

Trois idées tirées du sommet pour donner au Canada un avantage dans les domaines de la défense et de l’espace :

  • Positionner le Canada comme le chef de file de l’OTAN dans la protection contre les incendies

    • Utiliser une partie des nouveaux fonds alloués à la défense pour faire progresser les systèmes d’observation de la Terre, améliorer la réponse aux catastrophes à l’aide de l’IA, et perfectionner les technologies de drones utilisées pour gérer les feux de forêt.

  • Établir BOREALIS à l’image de modèles tels que DARPA et ARIA

    • L’Advance Research and Invention Agency (ARIA) au Royaume-Uni et la Defence Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis permettent de financer des projets à haut risque et à fort potentiel de rendement en évitant les contraintes politiques et les processus universitaires. 

  • Reclasser des travailleurs de l’automobile dans les secteurs de la construction navale et spatiale

    • Design new competency-based postsecondary programs that let experienced workers with relevant skills move through programs quickly–saving time and money–on their way to an industry-recognized credential.

Les entreprises et organisations du monde entier adoptent l’IA pour réaliser des gains de productivité et devenir plus efficientes. En comparaison, la progression est plus lente au Canada. Bien que le Canada soit le berceau d’une concentration de chercheurs de renommée mondiale et de modèles fondateurs dans le domaine de l’IA, pour ce qui est de la maturité, environ 70 % des sociétés canadiennes n’en sont qu’aux balbutiements ou aux premières phases de cette technologie, et très peu (7 %) l’exploitent pleinement – soit moins de la moitié de la proportion de sociétés qui exploitent l’IA dans le monde (17 %).4

Nos meilleurs talents ont tendance à migrer vers l’étranger, tout comme leurs idées (la plupart des brevets d’IA conçus au Canada sont détenus par des entités étrangères 5 ). Par ailleurs, les Canadiens sont moins enclins que leurs pairs internationaux à tirer parti des outils d’IA pour accroître la productivité au travail.6

Les engagements et les programmes gouvernementaux sont des occasions de faire avancer la technologie.

  • Les investissements dans la défense pourraient encourager une collaboration entre le secteur de l’enseignement postsecondaire et celui de la recherche et de l’innovation en IA (par exemple en vue de commercialiser de l’IA à double usage).

  • Dans les jours qui ont suivi le sommet, le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, a annoncé la création d’un nouveau Groupe de travail sur la stratégie en matière d’intelligence artificielle, qui rassemble des chercheurs, entrepreneurs et partenaires industriels canadiens chargés d’élaborer une stratégie fédérale en matière d’IA. La stratégie devra inclure des « idées et recommandations pratiques » en soutien au leadership dans des domaines comme l’éducation, les compétences et la commercialisation.7

Le moment est venu d’investir dans l’innovation nationale, d’accroître rapidement les compétences en IA et de maintenir les talents au pays afin de tirer parti de notre avantage. Trois idées tirées du sommet :

  • Acheter d’abord de la technologie canadienne

    • Les Canadiens (entreprises, établissements d’enseignement postsecondaire et gouvernements) devraient être les premiers clients de nos innovateurs nationaux au lieu d’attendre la validation du marché américain.

  • Affecter plus de ressources des entreprises à la formation du personnel

    • La formation financée par les employeurs canadiens est inférieure à celle qui est offerte dans les pays comparables8 – nos 100 plus grandes sociétés, classées en fonction de la capitalisation boursière, auraient intérêt à augmenter leurs budgets de formation et à former des partenariats avec des établissements d’enseignement postsecondaires pour perfectionner les compétences en IA et rehausser les capacités internes aux fins de productivité et de croissance.

  • Enseigner les compétences en IA dans toutes les disciplines postsecondaires

    • Les collèges et universités du Canada devraient s’assurer que les étudiants de tous les programmes acquièrent des compétences en IA qui pourraient leur servir après leurs études.

Le Canada doit faire face à une demande d’énergie sans précédent à l’heure de développer ses infrastructures informatiques et spatiales tout en poursuivant sa croissance industrielle. Les politiques de zéro émission nette en faveur de la transition vers les énergies propres exercent une pression supplémentaire sur l’électrification tout en alimentant la demande de minéraux critiques, lesquels sont essentiels à la fabrication de batteries, panneaux solaires, aimants et éoliennes. De plus, le pétrole et le gaz continueront de jouer un rôle important dans l’approvisionnement en énergie, contribuant à réduire les coûts pour les consommateurs et à assurer la fiabilité du réseau.

Le nouveau Bureau des grands projets ambitionne d’accélérer les projets énergétiques pour répondre à l’augmentation de la demande, mais il se heurte à une pénurie générale de compétences. Par exemple, les personnes âgées exerçant un métier qualifié partent à la retraite à un rythme plus rapide que celui des remplacements,9 tandis que les étudiants en ingénierie ne s’intéressent pas aux carrières minières (le secteur minier représente seulement 1 % des programmes d’ingénierie10).

Un autre problème est celui des lacunes dans les compétences. Le succès des grands projets d’infrastructure dépend de la disponibilité de personnes capables de collaborer et de résoudre les problèmes en temps réel.

Le plan national canadien donne une impulsion dont les établissements d’enseignement postsecondaire, les secteurs d’activité et les gouvernements pourraient tirer parti pour combler les lacunes dans les compétences et répondre à la demande du secteur de l’énergie :

  • Les grands projets stratégiques offrent aux établissements d’enseignement postsecondaire et aux secteurs d’activité une occasion de mettre en avant les possibilités de carrière dans les secteurs de l’énergie.

  • La croissance des peuples autochtones est plus rapide11 que celle de la population générale, et la plupart de ces peuples se trouvent à proximité des projets énergétiques. De solides partenariats, combinés à des stratégies éducatives offrant des programmes communautaires, pourraient permettre aux membres de ces collectivités d’accéder à des rôles essentiels tout en comblant les lacunes de compétences.

  • Dans le passé, le Canada a réalisé d’importants projets énergétiques, dont la remise à neuf de la centrale nucléaire de Bruce A, au début des années 2010, qui constitue un bon exemple.

Trois idées tirées du sommet pour tirer parti de l’impulsion du secteur canadien de l’énergie :

  • Formation en prévision des grands projets

    • Il serait opportun pour le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux de soutenir les stratégies de gestion des ressources humaines et les initiatives de formation, en particulier dans le cadre des projets menacés de s’enliser à cause d’une pénurie de talents.

  • Élaboration d’une stratégie axée sur les compétences dans l’énergie

    • Les principaux acteurs du secteur de l’énergie auraient intérêt à consacrer du temps et des ressources à l’inventaire des compétences et aux projections de besoins en tenant compte de l’évolution de la technologie. Ils pourraient collaborer avec les établissements postsecondaires pour concevoir des programmes de formation visant à préparer les diplômés à un démarrage efficace dans le secteur.

  • Perfectionnement des compétences en partenariat avec les communautés autochtones

    • Le secteur énergétique et les établissements postsecondaires pourraient collaborer avec les communautés autochtones pour concevoir et offrir des programmes de formation visant à préparer les talents autochtones aux carrières de l’énergie.

Les gouvernements, les établissements postsecondaires et le secteur doivent prendre des mesures urgentes et coordonnées pour faire face à l’avenir. Le monde n’attend pas. Les pays concurrents ont une longueur d’avance dans les domaines de l’exploration spatiale et de l’adoption de l’IA, et ils investissent aussi dans leurs compétences et infrastructures. Le Canada dispose d’outils pour être compétitif et devenir un chef de file, mais seulement à la condition de mettre ses systèmes à la hauteur de ses ambitions et de l’urgence de la situation. Les participants au sommet ont formulé les recommandations ci-dessous à l’intention des gouvernements, des établissements postsecondaires et du secteur à des fins d’action immédiate.

Gouvernement fédéral

S’appuyer sur la stratégie d’IA pour développer des compétences : la nouvelle stratégie canadienne en matière l’IA devrait comporter des lignes directrices à l’intention des enseignements postsecondaires favorables à la modernisation, avec par exemple des conseils explicites pour développer de façon efficience et efficace les compétences en IA nécessaires (en incluant une compréhension des risques et des situations dans lesquelles l’IA n’est pas recommandée) parmi le personnel et les étudiants de toutes les disciplines.

Constituer des alliances en faveur de la main-d’œuvre de la défense et de l’énergie : le Canada prévoit lancer jusqu’à cinq alliances pour la main-d’œuvre afin de « s’attaquer aux défis urgents du marché de l’emploi, stimuler la croissance et promouvoir les stratégies industrielles ».12 Ces initiatives devraient comprendre des alliances dans les secteurs de la défense et de l’énergie.

  • Chaque alliance vise à rassembler de grands employeurs, syndicats et dirigeants d’établissements postsecondaires pour discuter de l’offre et de la demande.

  • Les alliances doivent dresser l’inventaire des projets et des programmes déjà en place ; passer en revue les lacunes de compétences actuelles et prévues à l’échelle régionale ; réfléchir à la façon dont évolueront les besoins de compétences compte tenu des nouvelles technologies ; déterminer et embaucher les fournisseurs de programmes appropriés pour répondre aux besoins de compétences.

Tirer parti de la reconnaissance mondiale du Canada dans la gestion des incendies de forêt : utiliser une partie des nouveaux fonds alloués à la défense pour faire progresser les systèmes d’observation de la Terre, améliorer la réponse aux catastrophes à l’aide de l’IA, et perfectionner les technologies de drones utilisées pour gérer les feux de forêt.

Renforcer le mandat de l’Agence de l’investissement pour la défense : cette nouvelle agence devrait être chargée de rationaliser les objectifs et les exigences opérationnelles entre le ministère de la Défense nationale, le ministère des Travaux publics, Services publics et Approvisionnement Canada et autres ministères, selon le cas.

Moderniser le financement de la recherche et de l’innovation : les critères de financement devraient accorder plus d’importance aux résultats qu’au processus.

  • Envisager la création d’un nouvel organisme de recherche et d’innovation, à l’image de l’Agence de l’investissement pour la défense, qui serait chargé d’examiner et de coordonner le financement entre les trois ministères concernés et les autres programmes pertinents – en assurant un équilibre entre le financement des priorités stratégiques et le financement de la recherche axée sur la demande et la mission. Cet organisme pourrait diriger ou appuyer des changements supplémentaires, parmi lesquels :

    • Embracing a model like DARPA with BOREALIS: fund high-risk, high-reward projects, free from political constraints and academic processes. 

    • Réformer les encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE) (mis en place dans la foulée des réformes de 2024) afin d’encourager la commercialisation.

    • Réorganiser et élargir les environnements protégés nationaux13 et créer plus d’occasions de collaboration entre le secteur, les forces armées, les universités et les collèges, en mettant l’accent sur la mise au point de prototypes et la mise à l’essai de nouvelles capacités militaires et spatiales de façon accélérée.

    • Veiller à ce que les nouveaux engagements de financement soient exploités de façon stratégique. Par exemple, lors du sommet, le gouvernement fédéral a annoncé des plans consistant à augmenter le financement des chaires de recherche afin d’attirer les meilleurs universitaires américains au Canada. Le financement devrait être lié aux priorités stratégiques et viser à attirer des talents ayant de l’expérience dans la conduite de projets de recherche axée sur la mission. Il serait souhaitable que les nouveaux présidents de chaire contribuent au renforcement des capacités et prennent les rênes du changement dans les universités canadiennes.

Formation en prévision des grands projets : coordination avec le secteur et les gouvernements provinciaux concernés afin d’offrir un soutien financier immédiat à la formation nécessaire pour mener à bien les grands projets énergétiques.

Encourager le recrutement et la fidélisation des talents : offrir des encouragements fiscaux aux talents mondiaux dont le pays a besoin pour combler les pénuries de compétences (c.-à-d. les directeurs de projets liés à l’énergie) et retenir les diplômés canadiens exceptionnels (c.-à-d. dans les filières technologiques). 

Stabilisation des plafonds annuels d’étudiants étrangers : établir des objectifs réalistes et stables pour les étudiants étrangers, afin d’assurer un afflux démographique approprié et de faciliter la planification institutionnelle à long terme.

Priorité à la technologie canadienne : engagement à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA et les technologies spatiales, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié. Privilégier la technologie canadienne dans tous les marchés futurs et chercher à être un client stratégique pour les entreprises canadiennes en démarrage les plus prometteuses.

Gouvernements provinciaux

Protéger les systèmes postsecondaires : augmenter le financement national par étudiant (potentiellement selon des critères de rendement ou de résultats) en fonction de l’inflation. Ou encore, offrir plus de souplesse aux établissements pour établir leurs frais de scolarité, en protégeant les inscriptions grâce à de solides systèmes gouvernementaux d’aide aux étudiants et programmes institutionnels (qui consacrent une partie des revenus tirés des frais de scolarité à l’aide financière).

Offrir une orientation stratégique : mettre en avant des attentes modernisées en matière de perfectionnement des compétences transférables.14 Par exemple, les établissements pourraient développer des compétences en IA et des aptitudes de collaboration entre les disciplines.

Formation en prévision des grands projets : coordination avec le secteur et le gouvernement fédéral afin d’offrir un soutien financier immédiat à la formation nécessaire pour mener à bien les grands projets énergétiques.

Partenariats d’apprentissage intégré au travail : s’inspirer du modèle bitannique Knowledge Transfer Partnerships, un programme de subventions cofinancé par des partenaires sectoriels dans l’objectif de mettre en relation des étudiants fraîchement diplômés et des entreprises ou organisations communautaires afin de résoudre des questions d’innovation.

Financer des projets pilotes novateurs : aider les établissements à sortir du moule en élaborant des programmes d’études fondés sur la compétence, par exemple en dehors des heures de cours, et s’assurer que des politiques et cadres de compétence soient en place pour augmenter les chances de succès.

Priorité à la technologie canadienne : engagement à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié. Et accorder la priorité à la technologie canadienne dans tous les marchés futurs.

Établissements postsecondaires

Mobilisation significative des employeurs : explorer de nouveaux modèles en faveur de la mobilisation du secteur. S’appuyer sur les réussites pour mobiliser le secteur, par exemple par l’entremise des services universitaires de formation continue et des comités consultatifs des programmes de collèges (qui font intervenir les secteurs d’activité et les partenaires communautaires dans l’élaboration des programmes d’études).

Veiller à ce que tous les étudiants acquièrent des compétences transférables : développer des compétences prêtes à être exploitées au travail, comme la littéracie en IA, l’adaptabilité, le sens de l’entrepreneuriat, la communication et la collaboration, dans le cadre des cours, des projets d’étude et des expériences d’apprentissage intégré au travail.

Élargir l’accès à l’apprentissage intégré au travail : par exemple, les stages et programmes de coopération, programmes pratiques assortis d’occasions d’apprentissage appliqué et voyages éducatifs immersifs, comme la visite de sites miniers avec des partenaires de l’industrie, sont d’excellents exemples d’apprentissage intégré au travail.

  • Offrir aux étudiants des occasions de travailler en collaboration avec différentes disciplines, comme c’est le cas sur le marché du travail, pour résoudre des problèmes.

  • Explorer les possibilités d’expérience fondée sur la technologie (p. ex., simulateurs)

Promouvoir une plus grande mobilité professionnelle : permettre aux travailleurs de naviguer dans une économie dynamique. Envisager :

  • Des programmes multidisciplinaires comme le nouveau programme en sciences de l’énergie de l’Université de Calgary, qui couvre un éventail de secteurs de l’énergie en demande de main-d’œuvre.

  • Obtention progressive de titres professionnels pour les étudiants des programmes à faible taux d’achèvement, comme les programmes d’apprentissage, afin que leurs compétences acquises soient reconnues.

  • Programmes de formation fondés sur la compétence qui permettent aux adultes dotés des aptitudes et de l’expérience pertinentes d’obtenir rapidement des titres professionnels en étudiant à leur propre rythme.

  • Programmes fondés sur les compétences qui permettent aux diplômés de faire valoir leurs compétences et de réussir alors que les employeurs opèrent une transition vers l’embauche axée sur les compétences.

Élaborer des programmes communautaires : collaborer étroitement avec les communautés autochtones et le secteur afin d’élaborer des programmes de formation sur mesure. Envisager des unités mobiles de formation et des modes d’apprentissage à distance ou hybrides (lorsque la connectivité Internet le permet).

Offrir des programmes de perfectionnement et de mise à niveau des aptitudes : les programmes devraient inclure des programmes adaptés aux besoins des secteurs de la défense et de l’énergie et un soutien à la littéracie en IA pour la main-d’œuvre. Les programmes doivent répondre aux besoins des apprenants ayant des responsabilités concurrentes et adopter des modes de formation tels que l’apprentissage à distance ou en mode hybride, l’apprentissage intensif et l’apprentissage fondé sur la compétence.

Priorité à la technologie canadienne : tous les collèges et universités devraient s’engager à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié.

Secteur

Assurer la participation de dirigeants aux alliances fédérales pour la main-d’œuvre : les dirigeants devraient se préparer à ces initiatives et arriver aux réunions avec des plans à long terme et des projections de besoins en compétences.

Affecter des ressources à l’élaboration des programmes : les secteurs devraient envoyer des représentants informés des besoins quotidiens et des projections de besoins de compétences à long terme participer à la conception des programmes d’études postsecondaires et des expériences d’apprentissage intégrées au travail. Ils devraient aussi s’engager à embaucher les étudiants qui achèvent ces programmes.

Affecter plus de ressources d’entreprises à la formation des employés : les 100 plus grandes entreprises canadiennes classées selon la capitalisation boursière devraient s’engager à investir annuellement au moins 500 $ par employé dans la formation, soit à peu près le double de la moyenne actuellement estimée pour le secteur.

Innover aux côtés de partenaires du postsecondaire : embaucher des chercheurs d’universités et de collèges canadiens afin de relever les défis du secteur ou améliorer la productivité à l’aide de nouveaux processus et outils. Envisager une approche de partenariat sur le modèle de la « course en relais », avec par exemple l’idéation dans les universités, l’application dans les collèges ou écoles polytechniques et le déploiement dans l’industrie.

Communiquer avec les élèves des écoles secondaires, collèges et universités : présenterles carrières gratifiantes offertes dans les secteurs en demande de talents comme l’énergie. Organiser des visites de terrain éducatives pour les étudiants du secondaire et du postsecondaire, afin de leur faire découvrir des secteurs d’activité particuliers.

Exploiter l’IA pour améliorer la productivité : intégrer l’IA dans les activités de base, et non seulement dans les projets pilotes, et donner accès au perfectionnement des compétences en IA afin d’accroître la capacité interne à des fins de productivité et de croissance.

Bâtir des partenariats autochtones mutuellement avantageux : mobiliser les communautés situées à proximité des grands projets afin de poser les jalons d’un emploi gratifiant et de retombées positives pour les communautés, notamment en collaborant avec des établissements postsecondaires à la conception et à la mise en place de programmes de formation sur mesure.

Embauche fondée sur les compétences : au lieu de recruter des candidats ayant occupé le même rôle ou un rôle similaire dans le passé, embaucher des candidats possédant les compétences (ou familles de compétences) et l’expérience correspondant aux attentes, afin d’encourager la mobilité de la main-d’œuvre et d’envoyer des signaux clairs aux établissements de formation quant aux compétences demandées.

Priorité à la technologie canadienne : les 100 principales sociétés canadiennes classées selon la capitalisation boursière devraient s’engager à utiliser la technologie canadienne, y compris l’IA et les technologies spatiales, sauf dans les cas où aucun fournisseur national n’offrirait un produit ou service approprié.

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  • Le capital naturel demeure un moteur économique sous-utilisé. Le PIB des secteurs liés à la nature au Canada, notamment ceux de la foresterie, de l’agriculture, des mines et de la pêche, a enregistré une croissance annuelle inférieure de 0,3 % à celle du reste de l’économie au cours des vingt-cinq dernières années. Une tendance comparable est observée aux États-Unis et au Royaume-Uni.

  • Ignorer la nature menace la prospérité. Plus de la moitié de l’économie mondiale, soit environ 78 000 milliards de dollars, dépend de la nature, qu’il s’agisse de l’alimentation, du tourisme ou de la construction. Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni cherchent à rebâtir leurs économies, mais les ressources naturelles dont la croissance à long terme de celles-ci est tributaire s’épuisent, et leur valeur réelle n’est pas prise en compte.

  • Il existe une occasion générationnelle de tirer profit du patrimoine naturel grâce à des programmes d’intérêt national. Les pays qui suivent et mettent en valeur leur capital naturel parallèlement à leur PIB peuvent libérer de la croissance et attirer des investisseurs mondiaux en quête de projets de valorisation du capital naturel dans lesquels investir. Alors que les institutions financières se mobilisent pour combler le déficit de financement de la nature, la demande augmente : on estime les besoins annuels à 580 milliards de dollars d’ici 2030. Cette somme atteindra près de 940 milliards de dollars d’ici 2050.

  • Les capitaux privés sont essentiels pour combler ce déficit – et monter en puissance. Les États assurent actuellement 82 % (222 milliards de dollars) du financement de la nature. Cela tient au fait que le secteur privé a besoin de signaux politiques plus forts et d’avoir l’assurance que ses investissements seront générateurs de rendements.

  • Si sa place s’accroît dans les marchés de la finance et de l’environnement, la nature y demeure sous-représentée.. La nature représente un petit segment de la finance durable. En 2025, les mesures de compensation carbone fondées sur la nature ont compté pour 13 % des crédits carbone volontaires, alors qu’elles représentent plus de la moitié du potentiel annuel de création de crédits carbone.

  • L’intégration des politiques, l’intelligence artificielle et… la comptabilité peuvent faire entrer la nature dans le bilan et les programmes de croissance. Au Canada, la mise en œuvre de la Stratégie sur les minéraux critiques et de nouveaux projets d’exploitation minière importants sont un bon moyen de tester ces trois axes.Tout commence parintégrer les systèmes de valeurs et connaissances autochtones dans les cadres comptables du capital naturel.

En 2023, RBC a créé l’Institut d’action climatique dans le but d’accompagner collectivement les Canadiens vers l’objectif « zéro émission nette », avec un engagement d’information, de mobilisation et d’intervention sur tous les aspects du défi climatique. La protection, la conservation et la croissance des ressources naturelles sont des éléments essentiels du parcours vers l’objectif « zéro émission nette ».

La nature est un atout essentiel pour faire croître notre économie. Ce thème tombe à point, alors que des économies avancées comme le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis promeuvent des programmes et projets d’intérêt national. Il existe cependant un problème : la nature et les personnes qui la gèrent et la protègent – notamment les communautés autochtones, les agriculteurs, les pêcheurs et les foyers d’accueil – sont souvent exclues du bilan. C’est ce problème que l’Institut d’action climatique RBC et Nature United, la filiale canadienne de The Conservation of Nature, aborde dans ce rapport.

Bâtir, consommer et exporter toujours plus pour stimuler le PIB finissent inévitablement par éprouver les forêts, les sols et les cours d’eau sans lesquels aucune croissance ne serait possible. Mais les programmes en faveur de la croissance offrent aussi une occasion générationnelle – à condition de considérer la nature non comme un coût à gérer, mais comme un atout à construire, à valoriser et à exploiter.

Plus de 78 000 milliards de dollars1 de l’économie mondiale – environ la moitié du PIB total – sont fortement ou modérément tributaires de la nature[i]. Pourtant, le PIB national ne tient compte de la nature qu’une fois celle-ci exploitée (pêche, céréales, bois d’œuvre), en faisant fi, pour l’essentiel, des services écosystémiques offerts par la nature. C’est notamment le cas du stockage du carbone dans les sols agricoles, de la filtration de l’eau dans les tourbières saines et des avantages des forêts intactes sur les plans culturel et de la biodiversité. Ces services écosystémiques, évalués à plus de 200 000 milliards de dollars, demeurent largement invisibles dans les comptes économiques, ce qui occulte à la fois une source importante de croissance et une source croissante de risques2.

La valeur véritable de la prise en compte de la nature est à l’ordre du jour des dirigeants mondiaux lors des conférences sur la nature et les changements climatiques depuis plus de 30 ans. Ces derniers ont signé les premiers accords mondiaux sur le climat et la biodiversité la dernière fois que le Brésil a accueilli le monde, au sommet de la Terre de Rio, en 1992. Les dirigeants de la planète doivent de nouveau se réunir au Brésil cet automne, à l’occasion de la COP30, et auront une occasion de placer la nature au centre de leurs stratégies économiques.

La mobilisation de capitaux pour la nature demeure un défi. La majeure partie provient des gouvernements, l’industrie s’étant largement tenue à l’écart, du fait, en partie, du caractère incertain du rendement des investissements dans ce domaine. Les financements publics et privés de la nature s’élèvent annuellement à quelque 270 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Plus de 580 milliards de dollars seront nécessaires annuellement si l’on veut combler le déficit de financement de la nature d’ici 2030. Ce chiffre augmentera à quelque 940 milliards de dollars par an d’ici 20503.

Une convergence entre la nature et les programmes politiques en faveur de la croissance offrirait une occasion sans précédent de tirer profit de la nature en tant qu’actif investissable. La constitution d’un patrimoine naturel constitue un moyen de relancer les secteurs axés sur la nature, comme l’agriculture et l’industrie forestière, et de renforcer le rôle de la nature dans l’économie du bâtiment et des travaux publics, notamment les infrastructures vertes dans les projets de construction résidentielle. Le fait d’investir dans la nature permet aussi d’atténuer les pertes économiques, notamment les 3 300 milliards de dollars à risque à l’échelle mondiale si des services écosystémiques, comme la pollinisation sauvage ou la pêche en mer devaient s’effondrer du fait d’une exploitation excessive4.

Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni ont tous mis en place des programmes de croissance et proposent trois modèles politiques et économiques d’intégration de la nature. Environ 7 % du PIB du Canada provient des secteurs axés sur la nature – agriculture, mines, foresterie et pêche. La croissance du PIB combiné de ces secteurs a été de 0,3 % plus lente que celle du reste de l’économie au cours du dernier quart de siècle5. Aux États-Unis, la Réserve fédérale estime que les événements météorologiques extrêmes peuvent avoir une incidence négative de 0,5 % sur le PIB du pays annuellement6. Et les protections naturelles, comme les zones humides côtières, disparaissent au profit des aménagements, ce qui accentue les conséquences. Si les tendances actuelles se maintiennent, la gestion de son capital naturel par le Royaume-Uni pourrait entraîner une diminution de son PIB d’environ 5 % d’ici 20307.

La nature est désormais un risque déclarable et une catégorie d’actifs investissables. La mise en œuvre de cette idée est cependant inégale. Plus de 90 pays, dont le Canada et l’Australie, ont adopté des cadres de comptabilité du capital naturel harmonisés avec le Système de comptabilité environnementale et économique (SEEA) des Nations Unies. Des lacunes demeurent toutefois au chapitre de l’intégration complète du capital naturel dans les comptes du PIB national et à celui de l’utilisation de la comptabilité du capital naturel pour orienter les investissements à grande échelle. Dans le secteur privé, certaines régions, comme l’Union européenne, imposent la production de rapports sur la durabilité et encouragent l’harmonisation avec les cadres financiers liés à la nature, comme le Groupe de travail sur l’information financière relative à la nature (Task Force on Nature-related Financial Disclosures – TNFD).

Si les normes de comptabilité et de finance relatives à la nature demeurent désorganisées, ces exemples montrent qu’il existe un faisceau de politiques et de rapports permettant de traiter la nature comme un actif pertinent pour les flux de trésorerie. Le temps est maintenant venu de simplifier la gouvernance de la nature, d’améliorer l’accessibilité pour les entreprises et les gouvernements en appliquant des technologies de rupture comme l’IA et d’intégrer tout cela aux politiques de croissance.

Le modèle canadien : une économie riche en ressources, en quête de nouveaux moteurs de croissance

Le Canada regorge de richesses naturelles : le pays possède 25 % des zones humides, 24 % des forêts boréales et 30 % des réserves d’eau douce de la planète. Comme indiqué précédemment, quelque 7 % de son PIB dépend directement de la stabilité et de la productivité de ces actifs, et cette dépendance se répercute sur toute la chaîne d’approvisionnement8.

L’approche du Canada en matière d’intégration de la nature à la croissance économique est appuyée par des financements et des mesures financières, l’établissement d’objectifs, dont la Stratégie pour la nature 2030, et l’expansion des parcs nationaux et des corridors écologiques. Ces investissements et engagements font progresser la conservation et la protection de la nature. Pourtant, les mesures politiques actuelles ne parviennent pas à tirer parti des cadres comptables du capital naturel pour retourner à grande échelle cette valeur aux personnes sur le terrain.

Pour le Canada, le défi d’intégrer la nature à sa politique de croissance consiste à trouver un équilibre entre sa croissance fondée sur les ressources naturelles et son engagement envers la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, tout en respectant ses engagements climatiques inscrits dans la loi. Composer avec un environnement aussi complexe n’a rien de simple. Celui-ci est toutefois nécessaire pour faire en sorte que les projets d’intérêt national du Canada ne compromettent pas les droits et systèmes de connaissances des peuples autochtones et ne grugent pas un de ses plus grands atouts par nature.

Le modèle du Royaume-Uni : un pays aux ressources limitées, mais affichant de grandes ambitions pour leur exploitation

Le Royaume-Uni, où seule la moitié de la faune et de la flore indigènes restent intactes, est un des pays les plus appauvris en ressources naturelles du monde9. L’économie du pays repose principalement sur les secteurs des services, comme la finance et l’immobilier, tandis que les secteurs liés à la nature comptent pour environ 2 % de l’économie10. Cependant, l’intensité de la course aux ressources naturelles dans le pays et le rythme auquel elles s’épuisent ont donné de l’élan au financement de la nature sur le plan national. Cet élan s’accompagne d’un appel à des recommandations sur la façon dont l’État peut aider à accroître le rôle du secteur privé dans la réhabilitation de la nature dans le cadre de la stratégie de croissance du gouvernement britannique, Plan for Change.

L’une des principales composantes de ce plan de changement est l’ambition du pays de construire 1,5 million de logements et d’accélérer la prise de décisions en matière de planification pour au moins 150 grands projets d’infrastructure économique, dont la création de zones de croissance de l’IA pour les centres de données. Les politiques de gain net de biodiversité et de neutralité des rejets de nutriments du Royaume-Uni permettent d’intégrer dans ces projets d’aménagement une possibilité fondée sur le marché pour les propriétaires terriens et gestionnaires fonciers d’accumuler des actifs naturels11. Cela montre que les politiques publiques du Royaume-Uni axées sur la nature se multiplient et s’harmonisent avec les politiques de croissance.

On ne s’attend toutefois pas à ce que le pays parvienne à la fois à s’attaquer aux pertes de PIB liées à l’épuisement du capital naturel et à atteindre ses objectifs, comme préserver 30 % de sa biodiversité d’ici 203012. Le Royaume-Uni fait face à un défi de restauration de la nature à grande échelle, dans un contexte d’intensification et de concurrence des intérêts en matière d’actifs naturels. Les besoins en eau et en terres liés à la construction résidentielle, à l’agriculture et à l’expansion des centres de données pour l’IA soulignent la nécessité d’une meilleure planification du capital naturel pour orienter les options de croissance économique, au-delà de la seule compensation des répercussions 13.

Le modèle américain : un géant économique qui tourne le dos à la valorisation de la nature

Environ 3 % du PIB des États-Unis provient des secteurs axés sur la nature. Et plus de 10 % du PIB du pays dépend fortement de la nature, notamment les secteurs se trouvant en aval des secteurs axés sur la nature dans la chaîne d’approvisionnement, comme la transformation d’aliments14. Pourtant, plus de 40 % de ses écosystèmes naturels sont considérés comme présentant un risque d’effondrement15. En 2023, le programme Statistics for Environmental-Economic Decisions (SEED), qui s’appuie sur le cadre du SEEA, a quantifié la valeur des actifs naturels des États-Unis. Cet exercice a estimé la valeur des terres privées à 43 000 milliards de dollars, soit environ 30 % de la richesse nette des États-Unis. Ces conclusions ont poussé le gouvernement fédéral à investir de façon éclairée dans des programmes de conservation et le développement d’infrastructures vertes, en accordant notamment un financement de 1,3 milliard de dollars pour le verdissement des villes, en vertu de l’Inflation Reduction Act16.

L’administration Trump a opéré un virage de la comptabilisation des ressources naturelles renouvelables à l’extraction des ressources non renouvelables. L’exemple le plus révélateur est probablement le décret présidentiel intitulé Unleashing American Energy, qui abroge les directives données aux agences fédérales de prendre en compte les services écosystémiques comme la contribution des zones humides à la gestion des inondations dans les évaluations de projets. Les modifications de la One Big Beautiful Bill Act (la grande et belle loi) récemment proposées pourraient également compromettre une convention de partage des revenus de plus de 100 ans entre le gouvernement fédéral et les collectivités rurales en matière de gestion des forêts. Aux termes de cet accord de longue date, 25 % des profits du gouvernement fédéral provenant de l’exploitation commerciale des forêts sont reversés aux collectivités rurales (où cette activité a lieu, mais ne génère pas d’impôts fonciers locaux), afin qu’elles les investissent dans les infrastructures locales. Ces modifications de la loi pourraient réorienter ces fonds vers le gouvernement fédéral et augmenter les exigences minimales en matière d’exploitation forestière.

Mettre de côté les efforts nationaux qui comptabilisent les actifs naturels parallèlement au PIB risque de conduire à négliger une source de croissance économique et de risque. La nature clivante de la politique fédérale américaine exige une redéfinition des actifs naturels et de leur gestion apte à résister aux changements de gouvernements. Le plus urgent est d’établir une stratégie de communication insistant sur la valeur de la nature pour l’économie axée sur la production que privilégie l’administration fédérale.

Finance et financement : un élan pour stimuler la croissance

FondsFonds d’investissement spéciaux servant à financer des projets axés sur la conservation, la restauration ou la gestion durable du capital naturel
SubventionsFonds non remboursables versés pour soutenir des activités liées à la nature
CréditsIncitatifs financiers ou aides visant à encourager des activités bénéfiques pour l’environnement (p. ex., allègements fiscaux ou réductions de frais)
ObligationsTitres de dette à revenu fixe dont le produit de la vente aux investisseurs est principalement utilisés pour des projets axés sur la nature
PrêtsFonds empruntés pour des projets liés à la nature et devant être remboursés avec des intérêts ou assortis de conditions d’emprunt avantageuses
Échanges dette-natureAccord aux termes duquel une partie de la dette étrangère d’un pays est annulée en échange d’engagements de financer des projets de conservation              

Les fonds et les financements peuvent faciliter les choses en créant un rôle dans l’économie pour des solutions fondées sur la nature. Ce sont toutefois les gouvernements qui assument une grande partie de la facture – 82 % des flux financiers pour la nature à l’échelle mondiale17 –, ce qui rend difficile la mobilisation de fonds nécessaires à des projets transformationnels.

Au Canada, Financement de projets pour la permanence (FPP) est un modèle novateur de financement de la conservation qui permet de jumeler des financements gouvernementaux, privés et communautaires à long terme. La première initiative de FPP au Canada, qui concernait la forêt pluviale de Great Bear, née d’une crise touchant le bien-être des Premières Nations et d’un conflit relatif à l’exploitation forestière, rétablit aujourd’hui la nature en tant que source de prospérité et offre des occasions de conservation et de développement économique menées par les Autochtones. Plus de 444 millions de dollars ont été investis depuis la création du FPP de la forêt pluviale de Great Bear, en 200718.

Étude de cas

Lieu : Forêt pluviale de Great Bear et Haida Gwaii (Colombie-Britannique), Canada

Le financement à long terme de la conservation de la nature dirigé par la vision des Premières Nations en matière de développement économique et de conservation accroît l’ampleur et la durabilité des occasions concernant les collectivités, les entreprises et la conservation de la nature.

Élément déclencheur :

Une crise du bien-être chez les Premières Nations et une économie fortement tributaire des industries d’extraction en Colombie-Britannique au cours des années 1980 et 1990 ont engendré un conflit croissant quant à la gestion des ressources naturelles et ont limité les occasions de développement économique et communautaire, ce qui fait monter le taux de chômage à 80 % chez les Premières Nations37. Ce modèle intenable a atteint un sommet dans les années 1990. Le mouvement mené par les Premières Nations, notamment la Guerre des bois, comme on a appelé les manifestations historiques de Clayoquot Sound, en 1993, soutenues par des groupes écologistes, a exigé la protection des territoires des Premières Nations et un accès pour elles aux occasions économiques. Ce mouvement a conduit le gouvernement à amorcer un processus de planification stratégique de l’utilisation du territoire. Il s’agissait d’une étape clé pour ouvrir la voie à un changement transformationnel là où les tentatives ponctuelles précédentes n’avaient pas permis d’améliorer le bien-être et la situation économique et environnementale des communautés.

Cette exigence de changement a mené à la création, en 2007, de Coast Funds, institut de financement de la conservation ayant pour mandat de mettre en œuvre certaines parties de l’accord de la forêt pluviale de Great Bear. Coast Funds est né de la reconnaissance mutuelle par les Premières Nations, les groupes environnementaux, l’industrie et le gouvernement que le bien-être des collectivités est essentiel à une économie durable et à une gestion responsable des ressources naturelles.

Mécanisme de changement :

Les Premières Nations et des organismes environnementaux ont recueilli 60 millions de dollars de fonds privés en 2006 pour créer un fonds de dotation pour la conservation de la côte, le Coast Conservation Endowment Fund, sur lesquels 4 millions de dollars ont été affectés à la planification de la conservation et aux coûts du démarrage opérationnel. Un an plus tard, les gouvernements provincial et fédéral ont versé un financement équivalent ; le Coast Economic Development Fund était né. Les deux fonds, d’une valeur initiale de 120 millions de dollars, sont administrés par le conseil d’administration du Coast Fund, qui est nommé par les Premières Nations, le gouvernement de la Colombie-Britannique et des fondations philanthropiques. Le conseil d’administration supervise les finances et les investissements des fonds dans les Premières Nations, et celles-ci soumettent des projets au conseil pour examen.

La structure de gouvernance du conseil a évolué à mesure que les fondations consolidaient leurs rôles de gouvernance et renonçaient à leurs droits de vote afin d’augmenter l’influence des Premières Nations dans l’orientation de Coast Funds, ce qui leur donnait un contrôle égal à celui des gouvernements de la Couronne. Ce changement dans la gouvernance fait progresser la vision d’un développement économique mené par des Autochtones et d’une gérance assurée par les nations autochtones.

Mise en oeuvre :

Les Premières Nations ont investi plus de 120 millions de dollars provenant de Coast Funds et ont mis à profit 324 millions de dollars de leurs propres fonds et d’autres sources de financement. Les 444 millions de dollars ont été investis dans différents secteurs économiques, notamment le tourisme, la fabrication, l’exploitation forestière et l’aquaculture.

En complément des fonds de Coast Funds, les Premières Nations génèrent des ventes de crédits de carbone aux termes de l’Atmospheric Benefit Sharing Agreement, accord conclu entre deux organisations autochtones régionales, leurs Premières Nations respectives et le gouvernement provincial. Ces accords définissent le cadre de partage des avantages liés au carbone, comme les crédits de compensation associés à l’accord de la forêt pluviale de Great Bear, qui vise à éviter la déforestation.

Taan Forest, entreprise d’exploitation forestière appartenant à la Nation haïda, est un exemple d’accumulation de fonds et de soutien à la création de crédits carbone pour promouvoir des entreprises forestières durables. La société a mis à profit des fonds provenant de Coast Funds pour aménager un parc industriel qui a permis aux entrepreneurs haïdas de s’engager dans le secteur de l’exploitation forestière à valeur ajoutée38. Taan Forest offre des chances économiques tout en protégeant les actifs environnementaux et culturels de la nation, en détenant la tenure forestière pour 60 % des activités de foresterie à Haida Gwaii39

Retombées :

Coast Funds a été un catalyseur d’initiatives de développement économique menées et détenues par des Autochtones, parmi lesquelles le développement ou l’établissement de 144 entreprises et la création de plus de 1 400 emplois, dont 850 à temps plein, pour des salaires totaux de plus de 70 millions de dollars40. Reconnaissant le rôle de gérance des enjeux forestiers des peuples autochtones dans le cadre de l’Atmospheric Benefit Sharing Agreement, le gouvernement de la Colombie-Britannique a acheté pour plus de 56,5 millions de dollars de crédits de carbone à la Great Bear Carbon Credit Limited Partnership et de 6,8 millions de dollars à la Na̲nwak̲olas Offset Limited Partnership41.

Sur le terrain, les Premières Nations ont mené plus de 444 initiatives de restauration et de recherche d’habitats pour des espèces ayant une importance culturelle et économique, notamment le saumon, la laminaire et les arbres. Les pratiques de Taan Forest sont conformes à la certification du Forest Steward Council et à la certification de Rainforest Alliance, ainsi qu’aux normes de conservation de l’ordonnance sur l’utilisation des terres de la Nation haïda, ce qui permet à ses pratiques de gestion durable des forêts d’être reconnues par sa chaîne d’approvisionnement. Cette dernière certification permet d’assurer la protection des habitats sensibles, y compris les tanières des ours et les zones de nidification des oiseaux, et de réduire les coupes permises pour l’exploitation forestière, ce qui améliore la protection et la restauration des habitats42.

Enseignements :

Les critères d’affectation du financement axés sur la taille peuvent mener à des iniquités. Le modèle initial d’affectation des fonds alloués à la forêt pluviale de Great Bear encourageait des niveaux élevés de conservation en offrant plus d’avantages aux Premières Nations qui s’étaient engagées à protéger la biodiversité à grande échelle en protégeant les écosystèmes forestiers intacts. En conséquence, les Premières Nations disposant d’aires de conservation importantes et dont la population était nombreuse recevaient les dotations les plus importantes, tandis que celles dont les terres étaient déjà largement exploitées et dont la population était réduite recevaient moins de fonds. Conscientes de cette difficulté, les Premières Nations ont décidé, pour la formule d’affectation du FPP de la mer Great Bear, de veiller à l’équité et de tenir compte des nuances de taille et d’incidence. Le FPP de la mer de Great Bear a permis à toutes les Premières Nations participantes de recevoir une aide de base pour faire progresser leur développement économique et leurs objectifs de gérance.

Great bear rainforest
Photo credit: Andrew S Wright

En profitant de la dynamique du FPP de la forêt pluviale de Great Bear, le Coast Funds supervise aussi à présent le versement des fonds dans le cadre du FPP de la mer de Great Bear. Ce FPP dispose d’un financement initial de 335 millions de dollars et garantit un financement à long terme mené par des Autochtones pour des initiatives de gérance et de développement menées par des Autochtones19.

Élargissement du financement de la conservation

Les produits de dette pour les solutions fondées sur la nature peuvent fournir du capital de départ, mais les projets doivent offrir des rendements concurrentiels aux investisseurs et aux financiers. Les échanges dette-nature, par exemple, obligent les banques de développement à maintenir des coûts d’emprunt bas et à offrir des assurances accrues aux investisseurs privés. Le marché des échanges de dette a plus que doublé durant la dernière année, pour atteindre 3,6 milliards de dollars20. Certains spécialistes du financement de la nature affirment toutefois que la structure des échanges dette-nature a dépassé son objectif initial. Ils avancent que la participation des banques et agences de développement dans la constitution du capital naturel contribue à l’obtention des financements nécessaires aux projets, car elle réduit les risques pour les autres investisseurs. Cependant, le pays destinataire des fonds doit également tenir compte de l’incidence de l’échange de dette sur sa capacité de contrôler la gestion de la richesse de son capital naturel.

Avec une valeur de près de 15 000 milliards de dollars à ce jour21, les obligations et les prêts verts et liés au développement durable sont aussi devenus d’importants produits de financement. Les titres de dette axés sur la nature ne représentent encore toutefois qu’une part relativement modeste de l’ensemble des fonds obligataires affectés. Au cours de l’année écoulée, moins de 10 % du produit des obligations vertes et liées au développement durable a été expressément versé à des projets axés sur la nature. Bien que les projets fondés sur la nature évoluent dans leur capacité de garantir des rendements aux investisseurs, le rôle des gouvernements et des investisseurs d’impact dans l’expansion des produits de dette liés à la nature demeure essentiel.

Au-delà de la finance et du financement, les gouvernements peuvent également utiliser leur pouvoir de reconnaître les projets fondés sur la nature de haute intégrité environnementale pour attirer des capitaux privés. Par exemple, Environnement et changements climatiques Canada mène un projet pilote de bourse de la conservation. Dans ce cadre, le gouvernement fédéral évalue une approche reconnaissant les avantages prouvés de projets de conservation financés par les entreprises au moyen de certificats de biodiversité approuvés par le gouvernement 22. Fortes d’une relation de financement à long terme, la compagnie d’assurance Aviva et Conservation de la nature Canada s’appuient sur le projet pilote de la bourse de la conservation pour apporter de la valeur en misant sur le rôle de la nature dans la gestion du risque et la revitalisation des terres exploitées, comme les grands parcours sur les prairies indigènes restaurées.

Étude de cas

Lieu : Saskatchewan (Canada)

La nature est un atout et un risque. Les assureurs et les personnes gérant des terres exploitées,
telles des prairies pour le bétail, font chaque jour face à cette réalité. Investir dans des projets à
long terme de restauration des terres épuisées et de leurs fonctions écosystémiques naturelles
crée une passerelle permettant à la nature de contribuer à la résilience économique.

Élément déclencheur :

Environ 75 % des prairies indigènes du Canada ont disparu43. Les prairies canadiennes regroupent les provinces des Prairies, stockent deux à trois milliards de tonnes de carbone et abritent un nombre en baisse d’éleveurs, de troupeaux de bétail et d’espèces indigènes, qui constituent aujourd’hui un des écosystèmes les plus menacés au monde44. La perte de prairies est attribuable au changement de destination des terres au profit de la production de récoltes et de l’extraction de ressources minières et énergétiques et à l’étalement urbain. Bien que ces activités contribuent à la croissance de l’économie canadienne, la perte de prairies accentue l’épuisement des ressources et les risques environnementaux, notamment les sécheresses45. Les conditions météorologiques extrêmes, les feux de forêt et leurs répercussions sur les actifs naturels et bâtis constituent un risque important pour l’économie et représentent un coût croissant pour les compagnies d’assurance. Avec des pertes liées à des événements météorologiques totalisant 7,7 milliards de dollars, l’été 2024 a été la saison la plus destructrice et la plus coûteuse jamais enregistrée au Canada du fait de conditions météorologiques extrêmes46.

Mécanisme de changement :

La restauration ne se fait pas du jour au lendemain, ce qui est dissuasif pour les investisseurs en quête de résultats immédiats. Toutefois, grâce à un peu de prévoyance et à un terrain d’entente, Conservation de la nature Canada et Aviva ont conclu un partenariat de sept ans dans le but de restaurer près de 450 acres de prairies en Saskatchewan. Les investissements en restauration sont généralement à court terme (de 1 à 3 ans) et axés sur des résultats immédiats, ce qui ne permet pas l’approche en plusieurs étapes que la restauration nécessite souvent pour être durable. L’investissement d’Aviva brise ce cycle.

La reconnaissance par le gouvernement des projets de restauration de prairies contribue à renforcer l’intérêt pour ce partenariat. Environnement et Changements climatiques Canada mène un projet pilote de bourse de la conservation, qui vise à remettre aux entreprises des certificats reconnaissant leur investissement dans des projets de haute intégrité axés sur la nature ayant démontré de véritables effets sur la biodiversité. Cette bourse est une approche nouvelle pour attirer des capitaux afin de créer des actifs naturels ; elle offre aux entreprises la possibilité d’obtenir des certificats de biodiversité délivrés par l’État et reconnaissant leur investissement, ce qui rend les revendications de durabilité associées plus rigoureuses. Les projets de restauration de prairies de Conservation de la nature Canada, appuyés par Aviva en Saskatchewan, font partie du projet pilote de bourse de la conservation.

Mise en oeuvre :

La production de graines indigènes au Canada est limitée par le manque d’investissement en capital et de contrats à long terme, ce qui rend difficile pour les cultivateurs locaux d’étendre la restauration des prairies. En réponse à cela, le partenariat avec Aviva a permis à Conservation de la nature Canada de conclure une entente de plusieurs années avec un producteur autochtone de semences : Skinner Native Grains. L’investissement initial d’Aviva a atténué le risque financier pour Skinner Native Semences et contribué à l’accroissement de sa production, ce qui a permis d’améliorer les résultats de restauration de prairies et de renforcer la résilience du secteur des semences indigènes de la Saskatchewan.

Retombées :

Les avantages sont multidimensionnels, mais reposent sur la restauration de terres exploitées qui combinent des possibilités de soutien de la conservation et de la production agricole.

Au terme de l’évaluation d’un expert du projet pilote de bourse de la conservation, les projets ont, dans l’ensemble, reçu des notes positives pour la restauration des espèces et des écosystèmes et pour l’amélioration de la probabilité de persistance des espèces focales, qui servent d’indicateur de l’état général de la biodiversité. Sur le site de restauration de prairies du plateau Old Man on His Back, en Saskatchewan, un renforcement de la présence des plantes indigènes permet d’accroître l’habitat des espèces en péril. Pour faciliter ce projet de restauration et accroître la production de semences, Skinner Native Semences estime pouvoir accroître la production de graines de fleurs sauvages à ses installations de 91 kg (200 lb) en 2027, ce qui devrait permettre l’expansion de près de 40 espèces de fleurs sauvages indigènes pour soutenir la biodiversité et la résilience climatique dans les Prairies.

La reconnaissance par les gouvernements de ces avantages liés à la biodiversité renforce la crédibilité et la transparence, ce qui permet aux entreprises et au public de comprendre l’ampleur des retombées et les espèces et les écosystèmes qui devraient en bénéficier.

Enseignements :

Les promoteurs de projets de restauration de la nature qui cherchent à faire augmenter l’investissement doivent apprendre à maîtriser la communication des résultats afin de trouver un écho auprès des investisseurs. Ils ont également un rôle à jouer en sensibilisant ces derniers à l’importance du facteur temps dans l’obtention d’effets concrets et durables sur le terrain. Une bonne communication et une bonne information commencent par connaître son public. Il est primordial de comprendre les objectifs des investisseurs qui s’intéressent aux solutions fondées sur la nature – notamment l’atténuation des risques, les exigences ESG et la réalisation d’objectifs climatiques – pour concevoir des projets de restauration de la nature qui atteignent des objectifs communs aux collectivités, aux écologistes, aux entreprises et aux gouvernements.

Nature Conservancy of Canada
Photo credit: Nature Conservancy of Canada

Simplifier les politiques pour optimiser l’investissement public

Si les gouvernements stimulent l’investissement dans les solutions, ils peuvent aussi freiner les progrès. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), les flux d’argent public vers les solutions fondées sur la nature représentent moins d’un dixième des dépenses publiques en subventions nuisibles à l’environnement. La question est particulièrement préoccupante dans le secteur agricole. Les agriculteurs canadiens, par exemple, peuvent recevoir des fonds pour favoriser des pratiques durables dans le cadre du Fonds d’action à la ferme pour le climat, qui encourage l’adoption de cultures de couverture et l’amélioration des pratiques en matière d’utilisation de l’engrais. Ils peuvent aussi bénéficier d’une assurance récolte subventionnée par l’État, qui, selon certains agriculteurs, peut encourager la culture sur des terres marginales qui ne seraient pas rentables sans cela23. 24 On peut trouver des exemples comparables aux États-Unis, dans le cadre du Federal Crop Insurance Program. Certains États prennent des mesures pour remédier à l’inadéquation entre les filets de sécurité de l’État et les aides à l’agriculture durable, en offrant des programmes tels que des réductions sur les primes d’assurance pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables, tel le Crop Insurance Discount Program du Department of Agriculture & Land Stewardship de l’Iowa en faveur de l’adoption de cultures de couverture.

Les gouvernements et les entreprises du secteur privé ont également eu du mal à élargir les mesures d’encouragement fondées sur le marché pour les projets fondés sur la nature. Certains agriculteurs en prennent acte et utilisent les subventions gouvernementales pour lancer des initiatives locales leur donnant la maîtrise de l’intégration de la valeur des services écosystémiques dans leur entreprise et de la reconnaissance de cette valeur sur le marché. La fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, par exemple, a appris tôt dans son parcours d’atténuation des GES l’importance de collecter des données fiables et de surveiller le carbone du sol pour tirer profit des marchés du carbone. Encouragée par les dirigeants locaux, la fédération aide les agriculteurs à harmoniser leurs pratiques avec les protocoles de compensation du carbone et à élaborer des algorithmes et des normes de données leur permettant de débloquer la valeur carbone et d’améliorer leur efficacité.

Étude de cas

Lieu : Île-du-Prince-Édouard, Canada

En mettant l’accent sur les crédits de carbone, les agriculteurs de l’Île-du-Prince-Édouard ont compris que les gains d’efficacité réalisés grâce à des pratiques de réduction des émissions de GES étaient en soi la véritable occasion économique.

Élément déclencheur :

Le désir d’encourager les agriculteurs à prendre des mesures pour le climat est l’élément qui a décidé la fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard (PEIFA) à établir l’infrastructure de mesure des émissions de GES et du carbone dans le sol nécessaire pour lier les agriculteurs aux marchés du carbone, tout en conservant la propriété de leurs données.

Les agriculteurs peuvent être des chefs de file pour faire progresser les solutions favorables pour le climat. La gestion responsable des intrants, comme les engrais azotés, essentiels pour obtenir des récoltes et des rendements sains, est un des éléments clés du rôle des agriculteurs dans l’action climatique. La production de pommes de terre représente la majeure partie de l’utilisation des terres agricoles de l’Île-du-Prince-Édouard, soit quelque 86 500 acres (env. 35 000 hectares). La pomme de terre étant une plante riche en nutriments, elle permet d’étudier la possibilité d’encourager des gains d’efficacité dans l’utilisation d’engrais, grâce à des crédits de carbone récompensant la réduction des émissions nettes de GES.

Mécanisme de changement :

Une combinaison de financement gouvernemental et de leadership provincial, sous la direction de la fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, et le lancement du protocole de compensation pour une meilleure gestion des terres agricoles dans le cadre du registre de compensation volontaire du carbone de VERRA ont permis de créer les conditions propices à la mise en pratique de l’Internet des objets agricole (AgIoT) de la fédération. AgIoT est une plateforme évolutive de surveillance en temps réel, indépendante du format de données, qui appartient à l’agriculteur.

L’argent, la direction de projet et un protocole établissant la norme permettant d’accroître le carbone du sol et de réduire les émissions de GES sont autant d’éléments nécessaires à la génération de crédits de carbone. Toutefois, pour des projets fondés sur la nature tels que celui-ci, la partie la plus difficile est sans doute la collecte des données. C’est ce qui a conduit à la création de la plateforme AgIoT, solution technologique faite par des agriculteurs pour des agriculteurs.

Mise en oeuvre :

Pour accéder aux marchés du carbone, les projets ont besoin de mesures de référence, sur lesquelles les agriculteurs peuvent se fonder pour adopter des pratiques de gestion exemplaires, comme la fertilisation de précision ou les cultures couvertes, pour déterminer les progrès réalisés. La fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard a mis sur pied une initiative de culture à faible empreinte carbone, la « P.E.I. Low Carbon Cropping Initiative », qui s’étend à ce jour à 4 800 acres (env. 1 950 hectares) et constitue un projet conforme au marché des crédits compensatoires, avec pour objectif d’inscrire le projet sur un marché du carbone. Au début du projet, la fédération et ses agriculteurs ont fait un constat : les exploitations agricoles n’avaient aucune capacité de recueillir le degré de données requis pour accéder aux marchés du carbone. Elle a donc entrepris d’automatiser autant que possible l’engagement des agriculteurs au moyen de la plateforme AgIoT.

AgIoT automatise la collecte et le traitement des données afin de réduire la charge de travail des agriculteurs pour gérer et conserver leurs données. Des capteurs sur le terrain recueillent en temps réel les données, qui sont automatiquement téléversées dans le nuage ; l’utilisateur peut ensuite y accéder au moyen du tableau de bord d’AgIoT. Les algorithmes de la plateforme relatifs au carbone dans le sol et aux émissions de GES utilisent les données réelles des agriculteurs pour estimer la teneur des sols en carbone d’origine agricole et les émissions de GES, afin de déterminer l’incidence sur les émissions nettes de GES.

Retombées :

En 2024, une version semi-automatisée des algorithmes d’AgIoT a été utilisée pour modéliser des fermes pilotes participant à l’initiative de culture à faible empreinte carbone. Elle a analysé les volumes historiques déclarés des récoltes, des carottes de sol récentes et un modèle fondé sur un processus pour estimer les émissions de GES et le carbone dans le sol. Les résultats des fermes pilotes ont révélé que la réduction des émissions de GES des exploitations était de l’ordre de 50 à 150 kilogrammes d’équivalents de dioxyde de carbone par hectare. Les pratiques suivies par le projet pilote, notamment la gestion de précision des engrais azotés, ont également montré que les agriculteurs pourraient économiser de 50 $ à 120 $ d’intrants par hectare. Il s’agit là d’un effet direct de l’optimisation d’un système de production pour obtenir des résultats économiques et environnementaux positifs.

Si les gains d’efficacité ainsi modélisés étaient appliqués aux 86 500 acres (env. 35 000 hectares) de terres consacrées à la production annuelle de pommes de terre, on pourrait espérer une réduction de 1 750 à 5 250 tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone par année. Et on ne parle là que de l’amélioration de la précision des données des agriculteurs pour obtenir des gains d’efficience.

Enseignements :

Carbon markets for nature-based projects is not for the faint at heart. It’s costly. It’s time consuming. And it’s complicated to measure, monitor, report and verify net GHG reductions from biological systems over time because there are many variables to consider that are out of a human’s control. But when you have the right mix of technical skills on the ground to build and apply data solutions like AgIoT, pursing carbon credits can be a pathway to unlock new innovations and efficiencies for farmers.

A farm operation that can collect the necessary data for accessing carbon markets will have a tremendous opportunity to improve decision making and profitability, which is more valuable than the actual carbon credit.

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Mettre à profit les marchés pour promouvoir la nature et accroître ses revenus

Marchés des titres compensatoiresSystème de négociation où des personnes souhaitant compenser leur incidence sur l’environnement en rémunèrent d’autres afin de créer des avantages environnementaux ailleurs.
Mécanismes de compensation intégréeRéduction ou compensation des effets sur l’environnement au sein de la propre chaîne de valeur d’une entreprise. L’entreprise investit dans des projets positifs pour la nature et le climat directement liés à ses fournisseurs, à ses activités ou à son réseau de distribution.
PrimesPaiement d’un supplément pour les produits ou services durables afin de couvrir le coût supérieur des solutions à faibles émissions de carbone ou respectueuses de l’environnement.
À toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, les consommateurs ou les acheteurs paient un prix plus élevé ou accordent un traitement préférentiel pour favoriser une production durable ou la protection de la nature.
Accès au marchéPénétration du marché grâce au respect de normes ou de certifications précises en matière de durabilité.

Les marchés des services écosystémiques couvrent une gamme croissante de résultats, tels des mécanismes de négociation liés à la qualité de l’eau aux États-Unis, les marchés émergents de la biodiversité, comme en Australie, ou les systèmes d’échange de quotas d’émissions dans l’UE. Pourtant, l’activité sur les marchés est principalement axée sur la production de crédits provenant de la réduction, de l’élimination et de l’évitement des émissions de GES, grâce à des mécanismes de conformité et de réduction volontaire de son empreinte carbone. Au total, 15,3 milliards de dollars de crédits se sont échangés sur le marché des crédits compensatoires volontaires. Après avoir atteint un sommet de 2,6 milliards de dollars en 2021, l’activité de ce marché a connu une baisse constante et atteint en 2024 son niveau le plus bas depuis cinq ans, avec une valeur de 727 millions de dollars de crédits négociés25. Ce recul peut être attribué à des facteurs aggravants, notamment la phase de maturité que traverse le marché, avec l’intégration de garde-fous supplémentaires en matière d’intégrité et d’assurance, et la volatilité macroéconomique depuis la pandémie de coronavirus.

Malgré le repli du marché, la maturation du marché du carbone devrait stimuler le financement du capital naturel. Le marché de la compensation volontaire est toujours en phase de transition et cherche à améliorer la qualité des crédits offerts et à s’harmoniser avec les normes de conformité du marché. Un des premiers signes de redémarrage du marché de la compensation volontaire est la hausse de la demande de projets de qualité fondés sur la nature générant des crédits d’élimination des GES. C’est là l’occasion de réaliser des projets fondés sur la nature visant à extraire activement le dioxyde de carbone de l’atmosphère par une gestion et une restauration actives des puits de carbone, notamment les zones humides, les terres cultivées, les forêts, les prairies et les fonds océaniques. La récente évolution des protocoles de compensation fondés sur la nature offre les cadres nécessaires pour générer les crédits d’élimination des GES en demande.

Le « carbone bleu », par exemple, a le potentiel de purger chaque année l’atmosphère de trois gigatonnes de carbone, ce qui équivaut à plus de 3 % des émissions mondiales26. Avec l’élaboration de protocoles sur le carbone bleu comme l’initiative Tidal Wetland and Seagrass Restoration sur le registre de compensation du carbone de l’organisme VERRA, les communautés et les propriétaires terriens peuvent voir les résultats de leurs efforts de conservation sur le marché. Un projet de restauration de l’herbier marin dans les baies côtières de l’est de la Virginie, auquel participent des chercheurs, des spécialistes de la conservation, la collectivité locale et le Commonwealth de Virginie, permet de valider la faisabilité de l’introduction sur le marché d’un projet axé sur le carbone bleu, ce qui implique de modifier certaines lois, l’État étant propriétaire des fonds marins côtiers.

While nature-based protocols have allowed for increased market access, nature-based carbon offsets account for only 13% of voluntary carbon credits issued in 2025 to-date but hold more than 50% of annual carbon credit potential.27

Bien que les protocoles fondés sur la nature aient amélioré l’accès aux marchés, les mesures de compensation de carbone fondées sur la nature ne comptent que pour 13 % des crédits de carbone volontaires émis jusqu’ici en 2025, mais représentent plus de 50 % du potentiel annuel des crédits de carbone27.

Étude de cas

Lieu : Parc national de Cairngorms, en Écosse

La présentation des risques et du rendement aux investisseurs a permis de positionner ce projet de restauration de façon à attirer des investisseurs patients et, en retour, de bénéficier de contrats à long
terme permettant de réduire les coûts et l’incertitude du projet.

Élément déclencheur :

Les tourbières d’Écosse couvrent un cinquième de la masse terrestre du pays et contiennent environ 1,6 milliard de tonnes de carbone. Elles jouent également un rôle essentiel dans la filtration et la régulation du débit de l’eau, car elles influent sur l’approvisionnement en eau des villes voisines, comme Dundee et Aberdeen47. Cependant, plus de 80 % des tourbières du pays sont épuisées48. Cela tient à une combinaison de facteurs, notamment le drainage pour l’extraction de la tourbe, le pâturage du bétail et la plantation d’espèces non indigènes, comme certaines plantations de conifères. Aujourd’hui, les tourbières dégradées représentent plus de 3,5 % des émissions du Royaume-Uni et augmentent les risques d’inondation et les pertes d’habitat.

Le projet de restauration des tourbières de Cairngorms, un des plus importants du genre en Écosse, est une collaboration, saluée par un prix, entre des propriétaires fonciers, l’autorité du parc national de Cairngorms, Palladium, un cabinet d’études d’impact, et Revere, coordonnateur de la collaboration. Le projet associe financement public et financement privé pour partager les risques liés à la restauration des tourbières et assurer la durabilité des solutions de financement de la nature. Plus de 1 700 acres (env. 690 hectares), répartis sur neuf sites, sont en cours de restauration dans le parc national des Cairngorms.

Mécanisme de changement :

The project combines government funding via Peatland ACTION, a government program, with private finance through the sale of carbon offset credits verified by the Peatland Code–a voluntary certification standard for peatland restoration projects in the U.K. The Peatland Code ensures that projects are credible, providing assurance to investors through independent validation and verification. 

Carbon benefits from nature-based projects can take years to verify. As a result, revenue from carbon credit sales can be slow to materialize. This presented a challenge: find long-term investors that understand nature-based carbon and are willing to wait on their returns. Santander U.K. and Respira, an impact investor, met the challenge and provided partial funding, which facilitated an agreement with a British law firm that purchased some of the project’s Pending Issuance Units (PIUs) verified under the Peatland Code. Such patient investors were key to funding the upfront project costs.

At the start of the project, the collaborators agreed to allocate 10% of the project’s profits to a local community trust. A commitment that reflects rural Scotland’s community values and the collaborators’ responsibility to the local economy.

Mise en oeuvre :

La restauration commence par une évaluation de la santé de la tourbière, notamment en mesurant la profondeur de la tourbe et l’étendue de la dégradation. Un des principaux indicateurs de la réussite de la restauration des tourbières réside dans la hausse du niveau de la surface de l’eau. Lorsque les tourbières s’assèchent, elles sont plus susceptibles de se dégrader et de relâcher des GES, ce qui endommage les riches écosystèmes qu’elles entretiennent.

Des stratégies pour relever la surface de l’eau consistent à obstruer les drains artificiels, à restaurer les fonctions de prévention de l’érosion par la création de « digues » telles qu’un remblai ou un barrage, et à remodeler ou à revégétaliser les zones de tourbe nue. Le Peatland Code propose une méthodologie pour calculer l’incidence de ces approches sur les émissions de GES, en évaluant l’état de la tourbière avant et après la restauration.

Retombées :

Les projets de restauration des neuf sites permettent d’éviter des émissions de carbone sur la durée de 30 ans du projet, ce qui équivaut au retrait de l’atmosphère de plus de 44 000 tonnes de dioxyde de carbone. Le projet a également pour effet d’améliorer les habitats naturels en préservant des espèces animales comme le pluvier doré, le lagopède d’Écosse, le pipit des prés et le courli. Les tourbières en bonne santé permettent aussi de filtrer naturellement l’eau, ce qui réduit la quantité de polluants et de nutriments qu’elle peut contenir.

Les collaborateurs au projet ont également travaillé avec la Scott Land Commission et le gouvernement écossais pour développer des avantages économiques au-delà du seul rendement financier des crédits de carbone, comme les occasions d’emploi pour les entrepreneurs. Cela permet d’offrir des avantages tangibles et immédiats aux collectivités locales, en y investissant à long terme l’engagement financier de 10 % évoqué plus haut.

Enseignements :

Les cours actuels du marché du carbone et les fonds gouvernementaux ne suffisent pas à couvrir les coûts du projet. Attirer du financement par actions nécessite d’établir des accords d’enlèvement offrant aux investisseurs des garanties appropriées, aptes à leur donner confiance dans la gestion des risques et la viabilité à long terme du projet.

En plus de l’augmentation des sommes consacrées à la restauration dans le cadre de projets à long terme, les sous-contrats à long terme offrent une certitude accrue quant au budget du projet et permettent à l’équipe de prévoir et de tarifer avec plus d’exactitude les crédits de carbone qu’elle vend aux entreprises. Si la base des coûts est stable, il est plus facile de calculer les revenus nécessaires à la rentabilité du projet.

Photo credit: Ed Smith

Des investisseurs patients sont essentiels pour obtenir de la nature des rendements solides

La mise en marché de projets fondés sur la nature de qualité prend du temps. La longueur des changements écologiques et la difficulté inhérente à l’attribution de résultats précis et mesurables en matière de biodiversité à une intervention donnée ajoutent à la complexité et au coût de ce type d’intervention.

Par exemple, les résultats de la création de mesures de compensation de carbone à partir de projets fondés sur la nature peuvent prendre des décennies à vérifier. Les personnes participant à un projet de restauration des tourbières dans les hautes terres d’Écosse ont dû relever un défi : trouver des investisseurs suffisamment patients pour attendre avant d’obtenir des rendements. Une méthode consiste à obtenir des acheteurs des garanties de marché par l’intermédiaire de rendements de crédits différés pour l’élimination du carbone ou des avantages en matière de biodiversité qui auront sur le marché une valeur supérieure, mais qui sont plus longs à générer, comparativement à des projets d’énergies renouvelables susceptibles de générer des crédits dès le jour de leur mise en œuvre. Un exemple récent est la Symbisis Coalition, formée de Microsoft, Google, Salesforce, Meta et McKinsey & Company. Ces grandes entreprises offrent des garanties aux investisseurs réfractaires au risque.

Étude de cas

Lieu : Rives est de la Virginie, États-Unis

Le leadership de la collectivité en matière de recherche et de conservation a conduit au plus important projet de restauration de l’herbier marin au monde. Les changements apportés à la législation de l’État ont permis de lier le projet au marché du carbone, avec pour effet de créer une nouvelle source de

Élément déclencheur :

Avec plus de 133 000 acres (env. 53 850 hectares) de terres conservées et protégées s’étalant sur 120 kilomètres, la réserve littorale de la Virginie (Virginia Coast Reserve) est la plus longue étendue sauvage côtière de la côte est. Les parties prenantes du littoral, comme The Nature Conservancy, qui possède et gère activement plus de 40 000 acres (env. 16 200 hectares) de cette superficie, contribuent de bien des façons à l’écosystème naturel et à l’économie locale – en stimulant la biodiversité des poissons et des crustacés ainsi qu’en protégeant et en restaurant les barrières naturelles qui protègent les collectivités des événements météorologiques extrêmes, comme les ouragans. Il manquait toutefois un élément à cet écosystème croissant et vivant.

Depuis plus de 70 ans, on pensait que la zostère, herbe aquatique poussant dans les baies peu profondes, avait disparu des baies côtières de Virginie à la suite d’une épidémie d’agents pathogènes et de la tempête de 1933. Une petite trace en a été découverte en 1999, ce qui indiquait qu’une source de graines migrait probablement de la baie de Chincoteague et a suscité l’optimisme quant à une possible restauration de la zostère49.

La restauration de la zostère présente de nombreux avantages, notamment la création d’un environnement favorable pour la pêche commerciale et récréative, car elle sert de pépinière pour les poissons et les crustacés, la prévention de l’érosion des rivages et la séquestration du carbone. La plantation de zostère et le carbone séquestré au fond de l’eau dans ses racines sont appelés le « carbone bleu » ; celui-ci peut rester au fond de l’eau durant des milliers d’années, ce qui en fait l’une des solutions au changement climatique les plus durables.

Mécanisme de changement :

L’approche adoptée pour la mise en œuvre à grande échelle de la restauration de la zostère en Virginie est un modèle de collaboration dans le cadre d’un projet fondé sur la nature complexe. The Nature Conservancy, le Virginia Institute of Marine Science, l’Université de Virginie et le Commonwealth de Virginie y contribuent tous de différentes façons : réensemencement, engagement de la collectivité, mesures et surveillance, et modification des politiques publiques.

Ce projet sert également de validation de concept pour la façon d’amener les projets liés au carbone bleu sur les marchés du carbone. Bien que la production de crédits de carbone n’ait pas été l’idée-force de cette collaboration, elle a offert à l’équipe un moyen de financer ses efforts de restauration pour l’avenir. Mais pour positionner le projet de restauration de la zostère de façon à générer des crédits de carbone à vendre, il était nécessaire de mettre en place des protocoles et de modifier des politiques.

Pour commencer, un protocole de compensation, Tidal Wetland et Seagrass Restoration, a été créé dans le registre des crédits compensatoires de Verra en 2015. L’équipe du projet a ainsi pu suivre une approche normalisée pour mesurer, déclarer et vérifier les effets du réensemencement de zostère sur l’élimination du carbone. Le deuxième élément manquant était d’habiliter le Commonwealth de Virginie à posséder et à vendre des crédits de carbone liés à des projets de restauration de la nature, une pratique qui n’était pas reconnue dans sa législation. Le Commonwealth de Virginie possède tous les fonds marins de l’État, et, de ce fait, les droits légaux sur le carbone qui y est stocké. Des modifications apportées aux lois ont permis à l’État de participer à des projets de compensation du carbone et d’exiger que tout produit de la vente de crédits de carbone soit réinvesti dans le projet – pour financer une surveillance et des recherches supplémentaires ou pour couvrir des coûts administratifs.

Mise en oeuvre :

L’ensemencement direct de zostère génère des crédits dans le cadre du projet de restauration, ce qui permet d’accroître la superficie de l’herbier marin dans la région. Le Virginia Institute of Marine Science dirige les pratiques de restauration, et The Nature Conservancy mobilise la collectivité, qui a joué un rôle crucial dans la collecte de plus de 72 millions de graines. Ces graines ont été éparpillées sur 700 acres (env. 285 hectares) afin d’accélérer la propagation naturelle de la zostère, qui couvre à présent quelque 10 000 acres (4 050 hectares) dans les baies South, de Spider Crab, de Hog Island et de Cobb Island. La zone visée par le projet lié au marché du carbone, et qui respecte les critères du protocole de compensation, couvre une superficie d’environ 3 000 acres (env. 1 215 hectares) – ce qui comprend la zone où la zostère est restaurée et les fonds marins disponibles pour étendre la restauration.

Retombées :

Le projet devrait permettre de retirer de l’atmosphère l’équivalent de plus de 42 000 tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone (éq. CO2) en 30 ans, ce qui permettra de recueillir 1,4 million de dollars pour la recherche et la gestion de la restauration de la zostère sur les côtes de Virginie.

Les avantages économiques du projet vont bien au-delà des crédits de carbone. Au début des années 1930, le pétoncle de baie était abondant le long du littoral, ce qui soutenait la pêche commerciale. La disparition de la zostère a toutefois entraîné la destruction de l’habitat de prédilection de ce crustacé. Une restauration réussie de la zostère pourrait ouvrir la voie à une restauration potentielle du pétoncle – et la nature ouvrirait ainsi la voie à un renouveau de la pêche récréative et commerciale. Le secteur de l’élevage de crustacés en aquaculture s’est inquiété que l’expansion de la zostère puisse faire concurrence aux crustacés sur les fonds marins, mais de nouvelles recherches et de nouvelles approches de planification inclusive de l’utilisation des terres permettent d’assurer la réussite à la fois de la conservation et du secteur de l’élevage de crustacés.

Enseignements :

La génération de crédits de carbone sur un marché bien établi peut prendre des années, ce qui souligne le fait qu’il s’agit d’une bonne option pour contribuer à un financement mixte, mais ce n’est souvent pas l’élément décisif de la réussite d’un projet. En fin de compte, le projet doit profiter aux collectivités, à la nature et aux entreprises par des moyens allant au-delà des crédits de carbone, afin de favoriser la durabilité des projets de solutions fondées sur la nature.

Photo credit: Nature Conservancy of Canada

Conscient que les agriculteurs, les exploitants forestiers et les pêcheurs ne peuvent pas assumer tous les risques liés à l’investissement dans la constitution du capital naturel, un mouvement grandissant a commencé à promouvoir des pratiques agricoles durables grâce à du financement de la chaîne logistique et à des mesures d’encouragement. Des acheteurs, dont PepsiCo, investissent dans des fournisseurs d’intrants, comme les entreprises d’engrais Nutrien et Yara, par divers mécanismes, dont des programmes de compensation intégrée, des paiements pour certaines pratiques et de primes vertes, pour un total de plus de 1,6 milliard de dollars publiquement promis par des entreprises à ce jour28.

Hausser la barre en matière de chaînes d’approvisionnement durables

Primes vertes : les prix payés pour les produits répondant aux normes de durabilité sont plus élevés – les conditions d’accès aux marchés favorables liées aux critères de durabilité jouent un rôle important dans la promotion des pratiques durables. Mais une question fondamentale demeure : qui doit payer la prime ? On présume souvent que la prime verte est supportée par l’acheteur final, alors qu’en pratique, ce dernier a besoin d’un signal du marché pour la payer. De ce fait, les primes sont sporadiques sur le marché. Depuis peu, les agriculteurs qui cultivent des matières premières destinées aux biocarburants, comme le canola, le soja et le maïs, observent l’émergence sur le marché de primes vertes pour prouver la durabilité de leur production et accéder à des marchés comme l’UE et les États-Unis.

Ces primes vertes sont souvent appuyées par des certifications qui encouragent de façon plus générale une gestion responsable des ressources et le bien-être de la collectivité, ainsi que l’établissement de normes pour les pratiques associées. À l’échelle mondiale, la part de marché des ressources affichant ces certifications est en croissance, 19 % des prises d’origine marine étant liées au Marine Stewardship Council (MSC) et quelque 200 000 millions d’hectares de forêts dans le monde étant certifiés par le Forest Stewardship Council (FSC)2930.

Bien que ces certifications aient été critiquées en raison de leur rigueur, elles s’avèrent efficaces pour faire progresser et suivre la mise en œuvre des pratiques voulues sur le terrain. Par exemple, la surveillance des mammifères au Gabon et en République du Congo montre que la diversité des espèces est plus importante dans les forêts certifiées FSC que dans les forêts non certifiées31. De telles certifications demeurent l’une des rares approches existantes à grande échelle à favoriser la normalisation du marché en ce qui a trait à l’utilisation durable des ressources naturelles et à en permettre la reconnaissance et la promotion dans la chaîne d’approvisionnement.

Ces certifications se ctorielles sont souvent indépendantes des gouvernements, mais ces derniers stimulent aussi les marchés en faveur de la nature. Au Royaume-Uni, dans le cadre du programme Biodiversity Net Gain, les versements au titre du crédit pour la biodiversité ont atteint plus de 360 000 $ pour la première année d’exploitation (de 2024 à 2025)32. Un mécanisme de marché qui crée de la valeur pour ceux qui gèrent des actifs naturels, comme les agriculteurs, en dehors des zones de développement, et qui incite les développeurs à intégrer la nature dans leurs nouvelles constructions. Wendling Beck, une collaboration dirigée par quatre agriculteurs du comté de Norfolk, au Royaume-Uni, montre la façon dont les exploitants agricoles peuvent tirer profit des occasions de revenu offertes par les marchés de l’environnement, tout en produisant des aliments.

Étude de cas

Lieu : Wendling Beck, comté de Norfolk, Royaume-Uni

L’ambition de construire 300 000 logements par an au Royaume-Uni et un programme complémentaire de compensation pour la biodiversité offrent aux agriculteurs une nouvelle façon de générer des revenus et de renforcer la résilience sur leurs terres.

Élément déclencheur :

Les pénuries d’eau se multiplient dans le comté de Norfolk. En 2045, le déficit en eau dans le comté pourrait atteindre 472 millions de litres par jour50. Cette situation est causée par une délivrance de permis et une extraction d’eau des cours d’eau de la région excessives, par l’augmentation de la population et par les effets des changements climatiques, ainsi que par la pollution de l’eau. Ce stress hydrique pose de réels problèmes pour la croissance économique, qu’il s’agisse de pertes de rendement dans les exploitations agricoles ou de la disponibilité de l’eau nécessaire aux infrastructures bâties, à la fabrication et à la consommation humaine.

Outre la nécessité d’atténuer les facteurs de stress environnementaux, comme la disponibilité de l’eau, les agriculteurs britanniques font de plus en plus face à des difficultés économiques. Le financement accordé au titre de la Politique agricole commune (PAC) de l’UE est appelé à disparaître progressivement au Royaume-Uni d’ici 2028, et une intégration de subventions régionales est en cours. Qui plus est, l’augmentation de la volatilité et de la fréquence des événements perturbateurs, comme les sécheresses ou les droits de douane, peut déstabiliser les entreprises agricoles – et stimuler la demande de sources de revenus plus diversifiées et durables autres que les marchés des marchandises agroalimentaires.

Mécanisme de changement :

Farmers are known for helping their neighbours and community. But managing private land is often an individual endeavor.Four farmers from Wendling Beck are challenging this norm by working with conservation organizations and the local water utility company to lead landscape-scale adoption of nature-based solutions, delivering positive outcomes for water, biodiversity, climate and the farmers’ businesses.

Grants kickstarted the feasibility phase of the Wendling Beck farmers’ adoption of nature-based solutions. This helped mitigate the risks for the farmers if new practices such as rehabilitating marginal land did not net out positively. Now, the farmers’ efforts in rehabilitating landscapes and maintaining practices are enabled through private finance, ecotourism, and environmental marketplaces. Biodiversity net gain (BNG) units are a key source of revenue under the new scheme introduced in 2024, which requires developers to deliver at least a 10% net increase in biodiversity compared to pre-development conditions.

Mise en oeuvre :

Over 2,000 acres are being rehabilitated with diverse activities on the land, including food production, wildlife habitat, flood management and water quality improvements. These activities are the result of farmers adopting nature-based solutions, including species-rich grassland restoration. Wendling Beck farmers continue to generate revenue through farming black currents and raising livestock on grasslands, stacked with revenue from environmental credits.

To ensure there is evidence backing the rigor of the credits sold by the farmers, counterfactual baseline measurements were set, and ongoing monitoring is conducted to ensure impacts are accounted. Species count, water quality and carbon sequestration are all being monitored through remote sensing, surveys, and eDNA barcoding.

Plus de 2 000 acres (env. 800 hectares) font l’objet d’une remise en état par diverses activités sur le territoire, notamment la production de nourriture, l’habitat de la faune, la gestion des inondations et l’amélioration de la qualité de l’eau. Ces activités sont le résultat de l’adoption par les agriculteurs de solutions fondées sur la nature, notamment la restauration de prairies riches en espèces. Les agriculteurs de Wendling Beck continuent de générer des revenus en cultivant du cassis et en élevant du bétail dans les prairies, auxquels s’ajoutent des revenus provenant des crédits environnementaux.

Pour veiller à ce que la rigueur des crédits vendus par les agriculteurs soit justifiée par des preuves, des mesures de base contrefactuelles ont été établies, et un suivi continu est effectué pour s’assurer que les effets sont pris en compte. Le nombre d’espèces, la qualité de l’eau et la séquestration du carbone sont autant d’éléments qui sont surveillés par des moyens de télédétection, des sondages et des codages à barres de l’ADNe.

Retombées :

Ultimement, les agriculteurs de Wendling Beck ont revu leur modèle d’affaires, en se diversifiant au-delà de la production de revenus tirés de la production alimentaire pour tirer également profit de leur contribution à l’édification du capital naturel au Royaume-Uni. Le modèle financier du projet utilise de façon prudente 47 000 $ CA par unité de biodiversité, ce qui assure aux cultivateurs de Wendling Beck des revenus projetés de 131 millions de dollars de revenus sur plus de 30 ans. Ils ont déjà près de 10 millions de dollars sous contrat. Ces crédits correspondent à 1 500 acres (env. 610 hectares) de création d’habitats. De plus, dans le cadre du programme de neutralité des rejets de nutriments, le projet retourne 400 acres de terre à l’habitat naturel afin d’obtenir des crédits au titre des nutriments pour les projets de construction d’habitations. Le programme oblige les promoteurs immobiliers à compenser et à atténuer l’incidence nette du ruissellement des nutriments des nouveaux projets domiciliaires vers les habitats aquatiques protégés par l’achat de crédits. La création de crédits de neutralité des rejets de nutriment par les agriculteurs de Wendling Beck a permis de construire environ 2 000 logements à Norfolk51.

Enseignements :

L’élaboration d’une grille de vision et l’encouragement de l’harmonisation parmi les parties prenantes se sont avérés essentiels à la réussite du projet à mesure que le nombre de celles-ci augmentait. Les projets de financement de la nature rassemblent souvent des parties prenantes issues de différents secteurs et ayant des objectifs différents. L’élaboration d’une vision commune peut faire progresser la réalisation d’un objectif commun, communiquer la façon dont les éléments d’un projet contribuent aux objectifs généraux et favoriser la continuité à mesure que de nouvelles parties prenantes s’ajoutent à l’équipe au fil des étapes du projet.

Le modèle de Wendling Beck est évolutif, et les flux de financement de la nature peuvent être cumulés, mais il nécessite de combler le fossé entre production agricole et savoir-faire en matière de conservation de l’environnement, afin d’élaborer des solutions pratiques pour les exploitations agricoles en activité. Les agriculteurs ayant participé au projet Wendling Beck permettent maintenant à d’autres régions de faire la même chose par l’entremise d’une société de services-conseils dirigée par des agriculteurs.

Photos: The Wendling Beck Project
Photo credit: The Wendling Beck Project

Libérer le potentiel de la nature grâce à des modèles d’affaires

Résultats triplesCadre de gestion mesurant la réussite selon trois volets : les gens (volet social), la planète (volet environnemental) et les profits (volet économique).
 
Les entreprises intègrent les résultats sociaux et environnementaux dans leurs stratégies parallèlement aux résultats financiers et font souvent un suivi des paramètres pour chaque volet.
Produits et services durablesModèles d’affaires concevant, produisant et offrant des biens ou services ayant un minimum d’incidence négative et souvent des effets positifs sur l’environnement et la société.
 
Les produits et services sont conçus pour réduire l’utilisation des ressources et promouvoir la circularité, un approvisionnement éthique et des avantages sociaux et sont commercialisés en tant que solutions durables

Au cours de la dernière année, la nature s’est imposée comme une priorité dans l’information ESG des entreprises. Un sondage réalisé par la Stanford University Business School auprès d’investisseurs révèle que la durabilité des chaînes d’approvisionnement et le capital naturel arrivent en 3e et 4e positions dans la liste des facteurs environnementaux dont ils tiennent compte en priorité dans l’information ESG d’une société33. Les mesures relatives au climat demeurent la principale considération dans le domaine de l’environnement et sont parmi les trois principaux motifs de l’engagement ESG des investisseurs à l’égard des trois piliers des questions ESG. Il s’agit d’un point important, car les enjeux naturels et climatiques sont liés, en particulier dans les secteurs fondés sur la nature, comme l’industrie forestière, où l’atténuation des risques reste un souci majeur pour les investisseurs dans leur engagement ESG auprès des entreprises34.

L’intérêt croissant pour la nature résulte de la demande des investisseurs et de la reconnaissance des risques associés au non-respect par les entreprises d’une gestion responsable du capital naturel. Lors de la conférence de Cali sur la biodiversité, ou COP16, organisée en 2024 par l’ONU en Colombie, plus de 27 fonds de retraite ont dénoncé l’inaction des gouvernements et exigé une réglementation et des normes plus rigoureuses pour résoudre la crise de la nature. Black Rock a déclaré publiquement que la préservation de la nature – l’eau, le carbone des sols et la biodiversité – était une catégorie fondamentale d’actifs. Goldman Sachs a lancé un fonds d’obligations pour la biodiversité avec pour objectif de recueillir plus de 700 millions de dollars. Le Government Pension Fund Global de l’État norvégien, qui gère pour 2 100 milliards de dollars d’actifs, a publié une évaluation des risques liés à la nature pour environ 90 % de son portefeuille35.

Des modèles d’affaires axés sur la collectivité qui fonctionnent

Un nombre croissant d’investisseurs recherchent des entreprises capables de démontrer une approche durable dans leur relation avec les actifs naturels et l’utilisation qu’ils en font. Les entreprises qui réduisent l’intensité de leur incidence sur l’écosystème et leur empreinte carbone et foncière sont également plus performantes. L’indice de la biodiversité S&P 500, annualisé sur 5 ans, dépasse légèrement (de 0,26 %) l’indice S&P 500b.

Repenser les modèles d’affaires conventionnels des entreprises et des secteurs d’activité qui misent sur des actifs naturels est l’occasion de replacer le rôle stratégique de la nature dans une économie en croissance. Mais l’adhésion et les preuves sur le terrain sont essentielles. Un collectif d’agriculteurs, d’organismes de conservation et d’entreprises des Prairies canadiennes coopère pour déterminer si les plans de gérance de l’eau du bassin du lac Winnipeg sont bons pour les affaires. Poussé par la curiosité, ce groupe crée un modèle d’évaluation du rendement des investissements et des marges de profit des agriculteurs intégrant une comptabilité de la nature, qui soit reproductible et adaptable dans toutes les régions agricoles.

Étude de cas

Lieu : Sud du Manitoba, Canada

Les agriculteurs font évoluer leur rôle dans la conservation de la nature en menant des activités de gérance de l’eau dans leurs exploitations. Des agriculteurs du sud du Manitoba montrent comment leurs
pratiques produisent des résultats positifs pour l’environnement dans leur bassin hydrographique et améliorent leurs résultats financiers.

Élément déclencheur :

Le lac Winnipeg, dixième lac d’eau douce le plus vaste au monde, s’est détérioré au cours des 50 dernières années en raison du ruissellement de nutriments provenant de l’agriculture, de l’aménagement urbain et des déchets municipaux et industriels. Cette situation a permis aux algues de s’épanouir, ce qui est un obstacle à l’utilisation de l’eau à des fins industrielles et nuit aux activités récréatives sur le lac52. Cela coûte cher à l’économie canadienne et aux entreprises qui dépendent de la stabilité de la qualité et de la quantité de l’eau, notamment les agriculteurs du bassin du lac Winnipeg.

Mécanisme de changement :

Un collectif rassemblant des organisations, des entreprises agricoles et quatre exploitations agricoles couvrant plus de 45 000 acres (env. 18 200 hectares) des Prairies s’est réuni pour concevoir un projet visant à faire valoir les avantages des pratiques de gérance de l’eau pour les entreprises53. Un projet de recherche appliquée aide ce groupe à comprendre comment les plans de gérance de l’eau et leur mise en œuvre peuvent créer de la valeur pour les agriculteurs, en leur donnant les moyens de relater des histoires fondées sur des données à propos de leur contribution à des résultats positifs sur le plan environnemental.

Bien que le financement ne soit pas la raison ayant incité les agriculteurs à se joindre au collectif – c’était plutôt la curiosité de connaître les effets de la gérance de l’eau sur leurs exploitations et le désir d’en témoigner –, les entreprises du groupe travaillent avec les agriculteurs participants pour mettre à l’essai des modèles de mesures d’encouragement, notamment une combinaison de crédits de carbone et de paiements visant à encourager certaines pratiques. Nutrien, producteur d’engrais canadien, travaille avec deux des fermes participantes dans le cadre de son programme Sustainable Nitrogen Outcomes, axé sur l’azote durable . Le programme offre des paiements en fonction des résultats en matière de réduction des émissions de GES obtenus grâce à une meilleure gestion des engrais azotés par les agriculteurs54.

Mise en oeuvre :

Les agriculteurs mettent en œuvre des pratiques tirées de leurs plans de gestion de l’eau et travaillent avec une équipe de recherche pour évaluer le rendement de leurs investissements dans la rentabilité, la productivité et l’environnement. Les pratiques de gestion de l’eau ont été classées et évaluées en fonction de deux stratégies. La première met en œuvre des pratiques ciblées sur des terres cultivables, ce qui comprend des changements dans le travail du sol, l’adoption de technologies agricoles de précision et une rotation des récoltes. La deuxième est axée sur l’amélioration des milieux naturels non cultivés se trouvant sur une propriété agricole, comme la restauration de terres agricoles marginales ou l’amélioration des zones humides, des haies et des espaces verts. Les résultats évalués des pratiques adoptées en 2023 et en 2024 par les quatre exploitations agricoles sont notamment l’amélioration de la qualité de l’air, l’amélioration de la santé des sols et l’accroissement de la biodiversité, qui étaient organisés en fonction du bien public et du bien privé.

Retombées :

Les agriculteurs ont généré en moyenne une valeur de 6 900 $ par acre (17 000 $/ha) pour le public grâce à des services écosystémiques comme la pollinisation, l’habitat  , la santé des sols et la régulation de l’eau. La valeur retournée aux agriculteurs, selon les cours du marché du carbone dans la région, a été de 33 $ l’acre (81,51 $/ha).

Le projet a aussi eu des conséquences sociales. Grâce à des activités de partage des connaissances et à des visites de fermes, les membres de la communauté agricole ont été sensibilisés à l’importance de gérer l’eau et ont manifesté un engouement et un intérêt considérable à cet égard. Ce projet inspire également des efforts environnementaux similaires, axés sur la gérance de l’eau, dans d’autres régions.

Enseignements :

Les gouvernements jouent un rôle clé dans l’écosystème de soutien aux agriculteurs, par du financement, des prolongations et de la normalisation. Toutefois, les échéanciers et les priorités du gouvernement ne correspondent pas toujours à ceux des agriculteurs et des entreprises. Néanmoins, le fait de ne pas faire jouer un rôle actif au gouvernement au sein du collectif est devenu un obstacle à l’élargissement de ses résultats. Son absence a également fait manquer des occasions de faire concorder les plans de gérance de l’eau des agriculteurs avec les programmes gouvernementaux. Le collectif travaille activement à mobiliser le gouvernement et à tirer parti des occasions découlant de la collaboration.

Photo credit: Mike Nemeth

Dans un modèle d’affaires à triple résultat, les multiples sources de revenus peuvent contribuer à atténuer les frictions entre l’environnement, la résilience des collectivités et les objectifs de croissance économique. Un cadre financier et politique favorable y contribue également. Un plan de gestion fondé sur les écosystèmes ayant cartographié les multiples objectifs environnementaux, communautaires et économiques de la gestion forestière a permis de positionner la forêt communautaire de Cheakamus entourant Whistler, en Colombie-Britannique, de façon à établir un modèle d’affaires résilient équilibrant les revenus tirés des services écosystémiques et de l’exploitation du secteur agricole.

Étude de cas

Lieu: Whistler (Colombie-Britannique), Canada

Les accords relatifs à la forêt communautaire de la Colombie-Britannique, qui marquent le passage des conflits au développement économique axé sur la collectivité, ont ouvert la voie à une exploitation forestière collective qui met en oeuvre un modèle d’affaires à trois types de résultats et tire profit de services écosystémiques comme la séquestration du carbone, le tourisme et l’exploitation forestière.

Élément déclencheur :

Les conflits relatifs à la gestion et la propriété de la forêt étaient un problème de longue date en Colombie-Britannique. En réponse aux demandes accrues de contrôle des forêts par les Premières Nations et les collectivités locales, la province a instauré en 1998 des permis d’exploitation de la forêt par secteurs, appelés Community Forest Agreements (CFA) – ou accords relatifs à la forêt communautaire. Cela a permis d’établir un nouveau type de tenure pour la gestion forestière, qui est conforme aux valeurs et à la vision des collectivités locales en matière de développement.

Mécanisme de changement :

Les accords relatifs à la forêt communautaire visent les terres provinciales de la Couronne en Colombie-Britannique, qui couvrent environ 94 % du territoire. Les permis sont délivrés par la province aux collectivités qui établissent un plan de gestion comportant des engagements visant à obtenir des retombées plus larges sur le plan social, économique et de l’utilisation des ressources. Ces plans de gestion sont essentiels à la réussite des accords et donnent aux collectivités les moyens d’élaborer un modèle d’affaires qui génère des avantages sociaux, économiques, culturels et environnementaux, en veillant à ce que la gestion des forêts soit dictée par les valeurs et les priorités locales. Les accords relatifs à la forêt communautaire sont également à long terme (d’une durée de 25 à 99 ans) et accordent aux communautés le droit exclusif de récolter du bois d’œuvre et de gérer les produits botaniques forestiers dans une zone déterminée. 

On compte aujourd’hui 62 de ces accords, qui couvrent environ 5 % du volume annuel des récoltes sur les terres publiques en Colombie-Britannique55. Environ la moitié de ces accords sont mis en œuvre par des nations autochtones ou des nations travaillant en partenariat avec des communautés non autochtones pour superviser les activités visées par ces accords. Par exemple, la forêt communautaire de Cheakamus est un partenariat trilatéral entre les nations Lil’wat et Squamish et la municipalité de villégiature de Whistler. La forêt communautaire de Cheakamus s’étend sur 81 589 acres (env. 33 032 hectares). Ses tenures sont gérées selon un plan de gestion fondée sur l’écosystème qui met l’accent sur les fonctions écosystémiques, les valeurs culturelles, l’atténuation des risques de feux de forêt et les activités récréotouristiques, tout en planifiant les activités de récolte.

Mise en oeuvre :

Le plan de gestion fondée sur l’écosystème de la forêt communautaire de Cheakamus a mené à l’élaboration d’un programme de compensation des émissions de carbone, car la conservation et la protection de la forêt étaient une priorité pour la collectivité dans le cadre de ce plan. Le plan de gestion fondée sur l’écosystème a permis d’orienter l’approche de la gestion des forêts dans la collectivité. Il prévoit des niveaux de récolte réduits, des périodes de rotation prolongées, des réserves accrues et un renforcement de la protection de la forêt ancienne et des habitats de la faune sauvage par rapport aux pratiques forestières standard. Du fait de ces pratiques et de la conclusion d’un accord de partage des avantages atmosphériques, la forêt communautaire de Cheakamus exploite le seul projet de compensation du carbone de la forêt communautaire en Colombie-Britannique, ce qui génère des revenus permettant de financer ses initiatives de gérance et de lutte contre les changements climatiques.

La forêt communautaire de Cheakamus entoure le centre de villégiature de Whistler, l’une des principales destinations touristiques de la province, ce qui permet à la collectivité d’offrir des expériences touristiques dans toute la forêt gérée. Cela ajoute aussi la responsabilité accrue de prendre des mesures à grande échelle de réduction des risques de feux de forêt pour protéger l’interface entre les zones naturelles et la zone urbaine de Whistler. L’équipe de la forêt communautaire de Cheakamus a récemment effectué une évaluation des risques liés aux changements climatiques et déterminé les zones exposées à des risques de feux de forêt et de sécheresse, ce qui permet de documenter les plans stratégiques d’exploitation forestière afin de créer une forêt diverse et résiliente face aux changements climatiques.

Retombées :

La tenure de la forêt communautaire contribue annuellement à hauteur de 1 à 2 millions de dollars à l’économie du corridor « Sea-to-Sky » grâce à la récolte du bois, soutient l’emploi et le renforcement des capacités des Autochtones et assure une gouvernance transparente et axée sur la collectivité grâce à une participation active de la collectivité et à des accords de partage de l’information.

Depuis sa création en 2009, la forêt communautaire de Cheakamus a démontré des résultats réels sur l’environnement grâce à une gestion améliorée des forêts, conformément au protocole de compensation du carbone des forêts de la Colombie-Britannique, ce qui permet d’éviter des émissions annuelles de 10 000 à 15 000 tonnes de dioxyde de carbone et a permis de générer plus de 150 000 crédits de carbone à ce jour, ce qui représente quelque 100 000 $ tirés annuellement de la vente de crédits carbone et à réinvestir dans la gérance des forêts56.

Enseignements :

Dans un modèle d’affaires à trois résultats, les frictions entre l’environnement, la résilience des collectivités et la croissance économique peuvent mener au développement de multiples sources de revenus contribuant au renforcement du capital naturel. Le Plan de gestion basée sur l’écosystème a été essentiel pour déterminer comment créer des occasions gagnant-gagnant pour la collectivité et préparer le terrain pour le projet relatif au carbone. Pour que d’autres en fassent autant, il est indispensable d’instaurer des politiques qui placent d’autres forêts communautaires dans une position leur permettant de tirer profit de leur travail en produisant des services écosystémiques, comme l’atténuation des émissions de GES. Il s’agit d’une occasion à explorer dans le cadre du mandat qu’a récemment reçu le ministre des Forêts de la Colombie-Britannique d’étendre le système de tenure des forêts communautaires.

Photo credit: Heather Beresford

Faire une place à la comptabilité de la nature dans les livres

Bien utilisée, la comptabilité de la nature peut conduire à des projets plus intelligents, à des chaînes d’approvisionnement résilientes, à une réduction des pertes en cas de catastrophe et à des pipelines d’actifs naturels investissables – avec pour effet de transformer les écosystèmes en facteurs de richesse. Mais les cadres existants, tel le SEEA des Nations Unies, ont besoin d’un plus grand nombre de cas d’utilisation pour démontrer leur valeur et orienter les investissements.

Au Canada, la Stratégie sur les minéraux critiques et les grands projets s’y inscrivant pourraient faire office de révélateurs pour la mise en œuvre du SEEA dans l’évaluation de projets et les plans de mobilisation de capitaux. Cependant, il est essentiel d’inclure les terres, les valeurs et les connaissances autochtones dans le cadre du SEEA pour combler l’écart entre le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC) et les paramètres de comptabilité naturelle. Les droits et les connaissances des Autochtones doivent être au cœur de la comptabilité de la nature, de sorte que la croissance économique bâtisse un patrimoine naturel et soit respectueuse de ceux qui en assurent la gérance.

L’intégration de valeurs de capital naturel dans les études d’impact et les programmes de croissance plus larges, comme le plan de changement du Royaume-Uni, pourrait faire en sorte que les nouveaux développements libèrent de l’investissement pour des infrastructures vertes et aient lieu là où les exigences en matière d’utilisation de l’eau peuvent être satisfaites. La comptabilité de la nature dans la vallée de la Tamise, une des régions souffrant le plus de stress hydriques au Royaume-Uni, pourrait transformer la façon d’évaluer les projets domiciliaires et d’infrastructures. L’utilisation de la nature comme un atout dans les processus décisionnels relatifs à l’aménagement foncier et à la construction peut permettre de recadrer l’approche des autorités locales et des promoteurs en matière d’évaluation des coûts économiques et des compromis dans la gestion de l’eau, ainsi que d’élargir la gamme d’options, notamment les options grises, vertes et hybrides.

Enfin, pensons au bassin versant de la baie de Chesapeake, qui couvre six États le long des côtes est des États-Unis et qui est exposé à une des pollutions par les nutriments les plus importantes du pays ; les causes en sont l’industrie, l’agriculture et les ruissellements urbains, qui entraînent une détérioration de la qualité de l’eau, des pertes d’habitats et des répercussions économiques sur les pêches et les loisirs36. L’intégration de la valeur du capital naturel dans la planification des infrastructures et de l’utilisation du territoire permettrait d’investir de façon ciblée dans les infrastructures vertes et les services écosystémiques. Elle donnerait aussi la possibilité aux agriculteurs de la région de reproduire l’approche adoptée par les exploitants agricoles dans l’étude de cas du projet du bassin du lac Winnipeg pour stimuler l’investissement dans la gérance de l’eau fondée sur l’agriculture.


Intégration des politiques : il n’est pas nécessaire d’innover pour axer les capitaux et les règles vers une croissance positive pour la nature

L’intégration du financement gouvernemental aux plans visant à développer l’offre de projets de compensation du carbone dans les systèmes d’échange de quotas d’émissions est un élément clé de l’intégration croissante des politiques, sans perdre de vue l’impératif pour les projets de respecter les principes d’additionnalité. Au Canada, bien que de nouveaux protocoles de compensation apparaissent dans le Régime fédéral de crédits compensatoires pour les GES pour les secteurs forestiers et agricoles, les agriculteurs, comme l’a montré l’étude de cas de la fédération de l’agriculture de l’Île-du-Prince-Édouard, ne sont généralement pas bien outillés pour satisfaire aux exigences de qualité des données et de tenue des dossiers des projets de compensation du carbone. Les programmes de financement actuels, comme le Programme des technologies propres en agriculture, doté de près de 500 millions de dollars, offrent une occasion de s’attaquer à ce problème. En aidant les agriculteurs à comprendre comment leurs investissements en matériel et en logiciels peuvent les aider à recueillir les données nécessaires pour profiter des incitatifs en matière de carbone, il serait possible de stimuler l’offre de projets de compensation fondés sur la nature dans le Régime fédéral de crédits compensatoires pour les GES et d’améliorer les résultats du programme de financement.

L’inclusion expresse des secteurs fondés sur la nature et des projets d’infrastructures vertes et leur priorisation dans les fonds de croissance gérés par les gouvernements constitue un autre tremplin pour intégrer la nature aux programmes de croissance. Le fonds souverain que doivent lancer prochainement les États-Unis, le National Wealth Fund de près de 50 milliards de dollars au Royaume-Uni et le Fonds de croissance de 15 milliards de dollars du Canada sont de bons points de départ pour donner la priorité aux projets investissables fondés sur la nature et liés au capital naturel.

Enfin, l’amélioration de la résilience des collectivités et la réduction potentielle des coûts liés à l’explosion du marché du logement sont une occasion prochaine d’intégration des politiques. Le Royaume-Uni agit par l’intermédiaire de son régime de gain net de biodiversité, une occasion d’attirer plus de capitaux privés. Au Canada, il est possible d’utiliser la Stratégie nationale d’adaptation pour populariser les projets fondés sur la nature dans les programmes de logement municipaux liés à des fonds fédéraux, parmi lesquels le Fonds canadien pour les infrastructures liées au logement (FCIL). Le FCIL s’est engagé à investir six milliards de dollars canadiens sur dix ans dans la gestion de l’eau et des eaux usées pour les nouveaux logements.

Adoption des technologies de rupture : s’appuyer sur l’IA pour simplifier la gouvernance de la nature et renforcer le capital naturel

La comptabilité et la gouvernance de la nature sont d’une grande complexité. Il existe de nombreux protocoles, cadres de travail et normes pour mesurer, surveiller, comptabiliser et vérifier les actifs naturels et leurs services écosystémiques et pour en rendre compte. Étant donné que ce réseau de normes et de cadres de gouvernance est essentiel à la rigueur de la comptabilité de la nature, il est nécessaire de le simplifier pour en faciliter l’adoption. En apprenant de pays comme l’Estonie, un chef de file dans la mise en œuvre de l’IA pour transformer l’administration publique, le secteur de la nature et de la conservation a l’occasion de faire progresser la mise en œuvre de normes et de cadres en faveur de la nature, comme le SEEA.

Les projets fondés sur la nature qui évaluent les résultats et surveillent les progrès peuvent également tirer parti de l’IA pour traiter automatiquement l’imagerie satellite, la télédétection, les capteurs et les collections de données publiques pour surveiller les écosystèmes pratiquement en temps réel, ce qui réduit les coûts de collecte manuelle des données et en améliore la précision. On ne peut évidemment pas ignorer les coûts associés à l’IA. Les centres de données d’IA sont de plus en plus gourmands sur le plan de la demande de terrains, d’eau et d’énergie. S’appuyer sur le capital naturel pour déterminer où il est possible de bâtir un parc de centres de données d’IA propre devient un impératif stratégique, en particulier dans des pays où les ressources naturelles s’épuisent, comme le Royaume-Uni. Outre le lieu, les caractéristiques de conception sont essentielles pour atténuer la consommation des ressources naturelles, par ex. en recueillant les eaux de pluie ou en adhérant au concept d’eau positive nette, qui peuvent retourner de l’eau propre dans les paysages avoisinants. Pour alléger la pression sur les terres, la récupération de la chaleur des centres de données d’IA pourrait aussi leur donner une double utilité, par exemple en contribuant à la production d’aliments sous serre.

Les programmes de croissance ne doivent pas se limiter à extraire de la richesse : ils doivent constituer des actifs naturels aptes à entretenir la richesse aujourd’hui et demain. Les pays qui agissent ainsi peuvent transférer le contrôle et la valeur du patrimoine naturel à ceux qui le gèrent. Le secteur financier mondial est déjà en action, et les investisseurs sont à la recherche de projets de capital naturel efficaces productifs de rendements. Les pays qui comptabilisent et bâtissent leur patrimoine naturel peuvent aussi accueillir ces investissements. Pour saisir cette occasion, il faut modifier l’approche des gouvernements et des entreprises, en ne traitant plus le capital naturel comme une condition réglementaire à remplir ou un idéal, mais comme un élément fondamental de la croissance – la richesse sous-jacente à la richesse.

Télécharger le rapport

Nos partenaires de projet

Andrew Day, BC Parks Foundation

Audrey Popa, Coast Funds

Chance Cutrano, Resource Renewal Institute

Chuck Rumsey, Ecotrust Canada

Craig Harding, Nature Conservancy of Canada

Craig Losos, Nature Conservancy of Canada

Dave Secord, Salazar Center for North American Conservation

Deb Davidson, Center for Large Landscape Conservation

Donald Killorn  PEI Federation of Agriculture

Eddy Adra, Coast Funds

Glenn Anderson, Wendling Beck Environment Project

Heather Beresford, Cheakamus Community Forest

Holly Story, UK National Parks

Jane Church, Nature United

Jennifer Gunter, British Columbia Community Forests Association

Jill Bieri , The Nature Conservancy

Katie Davis, Wildlands Network

Leah Blechschmidt, Nature United

Leslie Harroun, Salazar Center for North American Conservation

Lisa Mclaughlin, Nature Conservancy of Canada

Maas, Tony, Nature United

María José González, MAR Fund

Matthew Mitchell, University of British Columbia

Maya Kocian, Earth Economics

Meg Lovett, Nature Conservancy of Canada

Mike Nemeth, Nutrien

Raine Playfair, Coast Funds

Risa Smith, IUCN/World Commission on Protected Areas

Ross Dixon, Coast Funds

Sara Aminzadeh, California Natural Resources Agency

Stephanie Walker, Revere

Stephenne Harding, Great Northern Strategies

Steven Nitah, Nature for Justice Canada

Susan Mulkey, British Columbia Community Forests Association

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Dans le numéro de cette semaine : Stellantis est-il le premier domino à tomber ? Et comment le Canada peut-il renforcer son rôle dans un monde divisé pour ce qui est des éléments des terres rares.

Est-ce la fin du Pacte de l’automobile ?

Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

La frustration grandit dans le secteur canadien de l’automobile. De même que l’incertitude.

Moins d’une semaine après que le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, eut déclaré devant un auditoire canadien que l’assemblage automobile se ferait aux États-Unis et que le Canada ne pouvait rien y faire, Stellantis a annoncé que la production de la Jeep Compass, qui était attendue à Brampton, serait transférée à Belvidere dans l’Illinois.

C’est sans doute le fruit de la stratégie commerciale des États-Unis visant à réindustrialiser le pays au moyen du rapatriement de capacités manufacturières.

La crainte est que Stellantis soit le premier domino d’une série destinée à tomber. 

Les échanges dirigés du Canada ont commencé dans le secteur automobile avec la signature du Pacte de l’automobile en 1965, qui a établi au Canada un accès à la production en franchise d’impôt et des engagements de valeur ajoutée afin d’accélérer l’intégration de la chaîne logistique continentale et la transition du Canada de modèles nationaux nombreux, mais d’un faible volume, vers des modèles nord-américains moins nombreux, mais d’un volume plus important.

À l’heure actuelle, le Canada exporte neuf véhicules canadiens sur dix vers les États-Unis. Dans toute entreprise ordinaire, il serait fortement déconseillé de compter sur un seul client, mais ce modèle d’affaires semblait raisonnable dans le contexte du Pacte de l’automobile et de l’ALENA. Aujourd’hui, la volonté de rapatrier les emplois canadiens de l’automobile rompt avec la logique de 1965. Et cela nous rappelle que nous sommes exposés à un dangereux risque de concentration.

Face à la tourmente commerciale, le Premier ministre Carney a opté pour une stratégie de diplomatie patiente. Quelles seraient les options du Canada si le plan ne fonctionne pas ?

Chaque année, les États-Unis assemblent de 10 à 11 millions de véhicules, dont la plupart sont vendus sur le marché intérieur. Environ 15 % des véhicules fabriqués aux États-Unis sont exportés. Et chaque année, le tiers de ces exportations sont destinées au Canada, ce qui fait du Canada le plus grand marché d’exportation des États-Unis. Le fait de fermer la porte aux importations américaines impacterait de 7 % à 10 % de la production annuelle des États-Unis.

Il y a ensuite l’angle de la Chine. En août, Beijing a infligé des droits de douane provisoires de 75 % sur le canola canadien. Depuis, l’ambassadeur de la Chine a proposé la réciprocité, c’est-à-dire que la Chine accepterait de lever ses droits de douane sur le canola et le porc du Canada à condition qu’Ottawa supprime ses droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Les Premiers ministres Scott Moe et Wab Kinew ont exhorté Ottawa à examiner la proposition, qui se traduirait par une intensification de la concurrence avec Tesla, entre autres.

D’autres options sont possibles, parmi lesquelles des ententes sectorielles avec l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud. Nous pourrions aussi imaginer des conventions de vente et d’achat pour l’approvisionnement en GNL du secteur de la défense, en plaçant les mandats d’assemblage automobile sur la table des négociations.

Bien qu’aucune de ces options ne soit idéale, le Canada dispose d’un important pouvoir de négociation en tant que premier marché d’exportation d’automobiles des États-Unis et base d’approvisionnement profondément intégrée. Ces leviers ne fonctionneront que s’ils sont utilisés avec parcimonie. La véritable concurrence économique et principale menace stratégique pour les États-Unis est la Chine, et non le Canada. Une large négociation mettant dans la balance la capacité nord-américaine et l’accès au marché demeure le scénario le plus judicieux. 

  • Le projet de pipeline Keystone XL est de retour dans les conversations. Cette fois-ci, à la table de négociation durant les pourparlers commerciaux en cours à Washington entre les États-Unis et le Canada.

  • Établissement d’une « nouvelle feuille de route » pour les relations entre le Canada et l’Inde. La ministre des Affaires étrangères Anita Anand a rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi après deux années de crise diplomatique.

  • Les ventes du secteur manufacturier canadien ont reculé de 1 % en août, tandis que les recettes des ventes en gros ont cédé 1,2 %, ce qui souligne l’impact des droits de douane américains sur les principaux secteurs sensibles aux échanges internationaux.

  • Le Canada a créé 28 000 nouveaux emplois dans le secteur manufacturier en septembre – l’augmentation, concentrée en Ontario et en Alberta, a partiellement contrebalancé la perte de 58 000 emplois subie par le secteur manufacturier entre janvier et août.

  • Ikea a réagi aux nouveaux droits de douane imposés par Donald Trump sur les meubles en envisageant une augmentation de sa production aux États-Unis. À l’heure actuelle, à peine 15 % des produits que le géant suédois de l’ameublement vend aux États-Unis sont fabriqués dans ce pays.

Par Vivan Sorab, premier directeur, Énergie propre, Leadership avisé RBC

Alors que la Chine exploite son avantage sur les États-Unis dans le domaine des éléments des terres rares en renforçant le contrôle des exportations, ce qui pourrait avoir de vastes répercussions sur les chaînes logistiques critiques pour la défense et les semi-conducteurs, le Canada doit renforcer son rôle dans cette chaîne logistique.

Le défi Le Canada possède les ressources, le capital et la propriété intellectuelle nécessaires pour bâtir une chaîne logistique, mais il doit se mobiliser au plus vite.

Financement : des outils existent pour bâtir une chaîne logistique dans le secteur des éléments des terres rares. Le Canada classifie les éléments des terres rares parmi ses six minéraux critiques prioritaires (avec le lithium, le graphite, le nickel, le cobalt et le cuivre) aux fins d’un financement de 1,5 milliard de dollars puisé dans le Fonds de réponse stratégique. Bien que les fonds aient afflué dans le secteur de l’extraction minière d’éléments des terres rares (avec notamment des engagements en faveur de projets d’éléments des terres rares au Labrador), le Canada doit accélérer sa transition vers la transformation et la fabrication de produits à base d’éléments des terres rares comme les aimants.

Exigence de garantie : les prix planchers garantis par le gouvernement américain et les conventions de vente et d’achat portant sur les éléments des terres rares rendent les projets plus attrayants pour le secteur privé. L’adoption d’approches similaires au Canada pourrait renforcer la chaîne logistique nationale.

Renforcement des capacités nationales de transformation : le territoire canadien dispose d’une capacité de propriété intellectuelle dans le domaine des éléments des terres rares. La société Cyclic Materials de Kingston, qui recycle des aimants à base d’éléments des terres rares, est en train de construire un centre d’excellence de 25 millions de dollars, en partenariat avec la société française Solvay, pour fournir des oxydes d’éléments des terres rares recyclés aux fins de transformation. En accroissant ses capacités de transformation au pays, le Canada a les moyens de renforcer son positionnement.

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L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a revu à la baisse ses prévisions de croissance des énergies renouvelables au Canada. Dans son récent rapport, elle s’attend toujours à ce que le Canada ajoute 21 gigawatts de capacité en matière d’énergies renouvelables d’ici 2030, soit près du double de la croissance enregistrée au cours des six dernières années, et ce, principalement dans les domaines de l’énergie éolienne terrestre et de l’énergie solaire photovoltaïque à des fins commerciales. Cependant, cela représente une baisse de 11 % par rapport à ses prévisions de 2024. Cette réévaluation s’explique notamment par les difficultés persistantes liées au réseau électrique, ainsi que les modifications apportées aux politiques et à la réglementation en Alberta. L’AIE constate également un revirement majeur ailleurs dans le monde. En effet, la croissance des énergies renouvelables s’essouffle aux États-Unis et en Chine, les deux plus grands marchés mondiaux, dans un contexte de changements politiques, de vulnérabilité des chaînes logistiques et de pressions financières.

La croissance des énergies renouvelables accuse un coup aux États-Unis et au Canada

Le Canada peut-il attirer les demandeurs de visas H1-B qui ne sont plus les bienvenus aux États-Unis ? Malgré toutes les discussions sur la possibilité que le Canada tire parti des problèmes de visas aux États-Unis pour attirer les meilleurs talents, un constat lucide s’impose : le délai de délivrance d’un visa pour démarrage d’entreprise par le gouvernement canadien est de 53 mois. Une nouvelle étude de Betakit révèle que ce programme, vieux de 10 ans, se heurte à plusieurs obstacles, le gouvernement ayant freiné le processus dans le cadre d’un ralentissement plus général de l’immigration. Pour attirer certains des cerveaux les plus brillants au monde dans les domaines du climat, des technologies propres et de l’innovation, les décideurs politiques devront faire preuve de vivacité d’esprit et accélérer la cadence.

David Greybeard a changé la vie de Jane Goodall. Le chimpanzé à la pilosité faciale argentée a été le premier animal que Mme Goodall a vu utiliser des outils et manger de la viande. Il est à l’origine de sa longue quête de protection de l’environnement et de la biodiversité. Mme Goodall, qui est décédée la semaine dernière à l’âge de 91 ans, anthropomorphisait les animaux (elle rejetait la pratique établie consistant à utiliser des numéros pour identifier les sujets et préférait leur attribuer des noms). En personnalisant son approche, elle leur donnait de la valeur et, par l’intermédiaire du Jane Goodall Institute, elle a contribué à sauver d’innombrables espèces (non anonymes). Elle était en avance sur son temps, mais sa cause gagne enfin du terrain.

Lecture complémentaire : Unearthing Value: How nature can play a critical role in pro-growth agendas – RBC (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Le secteur agricole canadien a tout ce qu’il faut pour être le meilleur au monde : des sols productifs, un climat tempéré, une mécanisation avancée des activités et une industrie agroalimentaire en pleine croissance. Toutefois, selon un nouveau rapport de Leadership avisé RBC, l’exploitation de ces forces n’est pas chose simple. Le secteur peine à attirer la bonne combinaison de talents et à maintenir le niveau d’investissement en recherche et développement requis pour rester un chef de file mondial.

Les travaux de Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, illustrent l’ampleur du défi à relever :

  • L’agriculture canadienne présente un potentiel immense, mais la courbe d’innovation pourrait s’aplanir. Le Canada abrite certains des sols les plus productifs et des agriculteurs les plus innovants au monde. Néanmoins, la croissance annuelle de la productivité du secteur a diminué pour atteindre environ 1 % au cours de la dernière décennie (contre 2 % durant la décennie précédente), ce qui laisse croire que peu d’innovations révolutionnaires parviennent jusqu’aux exploitations agricoles.

  • Le secteur n’attire pas suffisamment de talents. Le taux de postes vacants y est supérieur de 1,5 % à la moyenne nationale. Moins de 1 % des diplômés en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques ou en commerce, qui jouent un rôle de plus en plus important dans les exploitations agricoles modernes, choisissent une carrière en agriculture.

  • L’écosystème de recherche et développement est de moins en moins diversifié. Les investissements publics dans la production de connaissances agricoles, qui comprennent la recherche et le développement, ont reculé de 15 % depuis 2010. Le volume d’activités de recherche et développement confié aux universités par le secteur privé a chuté de 77 % dans les cinq dernières années. En outre, au cours de la dernière décennie, le nombre d’entreprises qui mettent en œuvre un programme de recherche et développement a baissé de 29 %.

  • D’autres pays nous devancent. Le Canada se trouve maintenant derrière l’Australie, les États-Unis, le Japon et le Brésil en ce qui concerne les investissements publics en matière de production de connaissances agricoles. La commercialisation des produits agricoles locaux est en déclin, tandis que la balance commerciale du pays s’améliore dans des domaines d’innovation comme ceux des produits chimiques, des engrais et des services agricoles.

  • La commercialisation des solutions agricoles prend de l’ampleur chez nos voisins du sud. Au cours des cinq dernières années, les investissements dans les jeunes pousses spécialisées dans les technologies agroalimentaires ont été 22 fois supérieurs aux États-Unis par rapport au Canada. Cet énorme écart attire les entreprises canadiennes à la recherche de capitaux, de mentorat et d’applications commerciales au sud de la frontière.

Afin de combler le déficit de compétences dans le secteur agricole, RBC a lancé aujourd’hui à Winnipeg une initiative d’investissement visant à soutenir la prochaine génération d’agriculteurs canadiens. Lancée aux côtés du premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, l’initiative Générateur RBC prévoit un investissement de 5 millions de dollars sur cinq ans dans l’agriculture des Prairies. Elle devrait s’étendre grâce à des programmes offerts dans le cadre d’un mouvement national avec les agriculteurs, la CANZA, Nature United, Sustainable Food Systems for Canada (SF4C) et des initiatives agricoles durables autochtones.

ÉNERGIE NUCLÉAIRE

La semaine dernière, à l’occasion du forum sur les petits réacteurs modulaires (PRM) qui se tenait à Edmonton, Vivan Sorab de Leadership avisé RBC a animé une table ronde sur le rôle de ceux-ci dans l’atteinte des objectifs énergétiques mondiaux.

Le groupe d’experts constitué de Carl Marcotte (Atkins Realis), William Smith (Terrestrial Energy), Lisa McBride (GE Vernova Hitachi) et George Christidis (Association nucléaire canadienne) a également abordé la question des avantages du Canada. Voici quelques-unes des principales conclusions :

  • L’avantage concurrentiel du Canada réside dans la collaboration : L’Ontario a pris les devants en lançant la construction du premier PRM du G7 pouvant être raccordé au réseau. Le projet a mis à contribution le gouvernement, les services publics, la chaîne d’approvisionnement en énergie nucléaire canadienne et des universitaires pour bâtir la première nouvelle centrale nucléaire au Canada depuis trois décennies. Au moment où des provinces qui ne possèdent pas d’installations nucléaires envisagent pour la première fois de se lancer dans cette voie, il est essentiel de s’inspirer de cette collaboration.

  • Le Canada doit saisir la balle au bond : Grâce à des initiatives comme la feuille de route des PRM et à l’avantage pour les investisseurs de la première heure dans la construction de PRM, le Canada s’est taillé une place de choix dans le domaine du nucléaire de nouvelle génération. Cependant, comme la concurrence des États-Unis et d’autres pays s’intensifie, le Canada doit agir rapidement pour conserver sa position de chef de file et veiller à ce que son expertise lui permette de garantir sa sécurité énergétique et contribue à la décarbonation de la planète. Une plus grande synergie entre les gouvernements fédéral et provinciaux sera déterminante.

  • Les investissements doivent augmenter : Il faudra injecter de l’argent pour soutenir les installations futures, la chaîne logistique en pleine croissance et la main-d’œuvre qualifiée nécessaire.

  • Les PRM coûtent cher. Les quatre PRM de la société Ontario Power Generation situés à Darlington, d’une capacité de 300 mégawatts, devraient coûter 20,9 milliards de dollars. En comparaison, une centrale électrique saskatchewanaise au gaz naturel, d’une capacité de 377 mégawatts, affiche une facture de 825 millions de dollars. Bien que les PRM puissent avoir une valeur géostratégique, ils devront rivaliser avec le gaz, l’hydroélectricité et les grosses centrales nucléaires pour attirer des capitaux.

  • Les communautés autochtones sont au premier plan : La prise en compte des communautés autochtones sera de rigueur pour favoriser la réussite de tout projet. Il faudra les consulter dès le départ et veiller à ce qu’elles puissent participer.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Auteur : Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

À l’occasion de leur rencontre en début de semaine, nous avons assisté à un échange d’éloges, de sourires et d’accolades entre Donald Trump et Mark Carney, et le président des États-Unis a même assuré aux journalistes que le Canada ressortirait « très content » de cette réunion. Malheureusement, l’optimisme s’est effondré dès le lendemain, lorsque le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a déclaré publiquement à Toronto que l’assemblage d’automobiles se ferait aux États-Unis et que le Canada ne pouvait rien y faire.

L’opinion de la Maison-Blanche est que les Américains n’ont pas besoin du Canada pour assembler leurs voitures. Il est difficile de savoir que penser des propos du secrétaire Lutnick. S’agit-il d’une véritable menace, ou de la technique de négociation habituelle de Donald Trump consistant à réclamer le soleil, la lune et les étoiles pour finalement obtenir la lune ? Selon les rumeurs, le président Trump n’apprécie pas s’entendre dire que les États-Unis ont besoin du pétrole, de l’acier et du bois d’œuvre du Canada.

Une équipe de spécialistes du commerce est restée à Washington pour chercher à conclure des accords sectoriels sur l’acier, l’aluminium, l’énergie et l’automobile – bastions de ce que Washington appelle désormais les « échanges dirigés ». Étant donné que les pourparlers ont peu avancé à ce jour et que l’équipe de négociation américaine est enlisée dans des discussions bilatérales avec de nombreux pays, il reste à savoir si le Canada parviendra à conclure des ententes sectorielles significatives avant la révision officielle de l’AEUMC en juillet prochain.

Cette nouvelle ère des « échanges dirigés » semble bien partie pour durer. Que faut-il en déduire ?

En juin, M. Trump a doublé les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens, les portant à 50 % contre 25 % en février. L’impact a été immédiat. Le Canada produit environ 13 millions de tonnes d’acier primaire chaque année, dont la moitié est destinée à l’exportation et neuf tonnes sur dix sont envoyées aux États-Unis. Aujourd’hui, ces échanges se tarissent.

Les prix de l’acier sont parlants. Le graphique ci-dessous illustre la valeur des exportations canadiennes d’acier vers les États-Unis et les prix de l’acier américain, les deux mesures étant indexées à 100 en janvier 2025 pour faciliter la comparaison. Au cours des 12 mois qui ont précédé l’imposition des droits de douane par M. Trump, les exportations d’acier du Canada vers les États-Unis comme les prix de l’acier américain s’inscrivaient dans une tendance à la baisse. Puis la guerre commerciale a éclaté et les deux séries de données ont divergé : les exportations canadiennes d’acier se sont effondrées, tandis que les prix de l’acier américain se sont envolés.

Les nouveaux droits de douane ont ravivé l’inflation des prix de l’acier. Avec la limitation des importations canadiennes, les producteurs américains ont moins de concurrence et en profitent pour hausser tranquillement les prix. Les importations américaines d’acier canadien ont chuté de 49 % et les prix de l’acier américain ont augmenté de 17 % depuis janvier.

C’est la face visible des échanges dirigés. La question n’est pas d’ouvrir les marchés, mais de les organiser. Dans le cadre des politiques de libre-échange des quarante dernières années, les gouvernements ont décidé d’abaisser les barrières et de laisser les préférences de consommation, la technologie et la concurrence départager les gagnants et les perdants. Le concept des échanges dirigés renverse cette logique. Les gouvernements sélectionnent des secteurs stratégiques pour les mettre à l’abri de la concurrence mondiale et influencent les investissements à l’aide de droits de douane, de quotas et de subventions.

Pour le Canada, la question n’est pas de savoir si nous aimons cette politique, mais de trouver une façon de nous y adapter. Ottawa semble prête à changer de cap, après avoir annoncé des mesures de soutien aux secteurs en septembre. Nous devons apprendre à composer avec les nouvelles règles : déterminer les priorités nationales, déployer les capitaux de manière stratégique et faire en sorte que la réciprocité fonctionne en notre faveur.

Les échanges dirigés peuvent être cahoteux. Toutefois, dans cette nouvelle ère, nous n’avons pas d’autre choix.

  • Donald Trump souhaite que son équipe conclue rapidement des ententes avec le Canada. C’est ce qu’a déclaré le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, après la rencontre du président américain avec le Premier ministre Mark Carney à Washington. M. LeBlanc reste à Washington afin de poursuivre les pourparlers sur les échanges commerciaux.

  • La Chine a dévoilé de strictes mesures de contrôle sur les exportations de terres rares. Trump a menacé Beijing de droits de douane « massifs » en représailles.

  • La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a dévoilé un plan en trois points dont l’objectif est de contrer les droits de douane américains. Le plan met l’accent sur la protection de l’emploi, la création de nouveaux emplois et un effort pour attirer les investissements et les talents.

  • Les États-Unis ont perçu 195 milliards de dollars US de recettes au titre des droits de douane au cours de l’exercice 2025. Ce chiffre était de 77 milliards de dollars américains en 2024.

  • Les puces et autres produits liés à l’IA ont représenté près de la moitié de la croissance du commerce mondial au premier semestre de 2025, selon l’Organisation mondiale du commerce. Compte tenu de l’impact des droits de douane qui devrait se faire sentir l’année prochaine seulement, l’OMC s’attend à ce que les échanges commerciaux progressent d’un maigre 0,5 % en 2026.

Notez le 5 novembre dans vos agendas. C’est à cette date que la Cour suprême des États-Unis examinera le dossier des droits de douane d’urgence imposés par le président Donald Trump en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (loi IEEPA). Le département de la Justice espère invalider une décision prise en mai par le Tribunal du commerce international, selon laquelle M. Trump a outrepassé la loi IEEPA en l’utilisant à l’encontre du Canada et d’autres partenaires commerciaux des États-Unis.

Le dossier contient trois affaires distinctes alléguant que les droits de douane imposés par M. Trump sur le Canada, la Chine, le Mexique et d’autres partenaires commerciaux sont illégaux. L’un des dossiers a été ouvert par les procureurs généraux démocrates de plusieurs États, et les deux autres proviennent de coalitions de petites entreprises.

Voici ce que vous devez savoir :

  • Illégalité : le principal argument des plaignants est que les droits de douane n’ont jamais été conçus pour répondre aux griefs des États-Unis envers le Canada, le Mexique et la Chine dans le contexte du trafic de stupéfiants.

  • Jusque là, M. Trump est en désavantage, car un panel du Tribunal du commerce international composé de trois juges, plus un juge de district fédéral de Washington, D.C. et les 11 juges en fonction à la Cour d’appel du circuit fédéral des États-Unis soutiennent les plaignants à une majorité de 7 contre 4. Le département de la Justice espère que la Cour suprême invalidera cette décision qu’il considère comme « incohérente ».

  • La Cour suprême pourrait aller dans un sens comme dans l’autre, dans la mesure où les victoires dans les tribunaux de niveau inférieur peuvent encore se renverser. Selon Scott Lincicom, expert en commerce au Cato Institute, c’est à pile ou face.

  • La Maison-Blanche a de nombreux outils à sa disposition. Certains analystes sont d’avis que la Cour suprême pourrait donner raison aux tribunaux inférieurs, car l’administration américaine peut emprunter différentes voies pour remplacer les droits de douane au titre de la loi IEEPA, notamment l’article 232 du Trade Expansion Act de 1962.

  • Remboursement : si les adversaires du gouvernement obtiennent gain de cause, une vague de batailles juridiques pourrait s’ensuivre concernant des remboursements pour plus de 80 milliards de dollars américains.

La Cour suprême pourrait rendre sa décision d’ici la fin de l’année.

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L’intelligence artificielle (IA) s’apprête à redéfinir la création de valeur dans l’ensemble de l’économie canadienne. Pour comprendre cette transformation, Leadership avisé RBC a interviewé plus de deux douzaines d’entreprises qui jouent un rôle de premier plan dans la création ou le déploiement de l’IA dans le cadre de leur programme pour Ouvrir les esprits : comment les entreprises canadiennes peuvent devenir des chefs de file mondiaux dans l’adoption de l’IA. Le rapport expose les tendances issues de ces conversations.

S’appuyant sur ce rapport, la série d’études de cas approfondit davantage l’analyse. En suivant le parcours d’une entreprise à travers des enjeux précis, des revirements et des occasions, elle contribue à illustrer les choix stratégiques et les conditions des politiques qui transforment la promesse technique en valeur économique et sociale.

Dans le domaine de l’exploitation minière, les décisions clés du conseil d’administration dépendent encore des résultats d’essais en laboratoire à distance, où des carottes sont découpées et analysées afin de mesurer la teneur en minéraux. Ces tests sont souvent lents, coûteux et risqués sur le plan logistique ; ils s’échelonnent sur environ six à dix semaines, précisément au moment où le capital s’avère le plus en jeu.

GeologicAI transfère le laboratoire au site de forage. Alimentés par l’IA, ses capteurs compriment la boucle « identifier – réfléchir – agir » en moins de 48 heures, les analyses se transformant en teneur et en valeur actualisée nette (VAN) qui orientent les décisions du prochain forage et réduisent le capital improductif.

L’adoption dépend d’interprètes de données de confiance, soit les spécialistes du domaine qui maîtrisent autant la géologie que l’IA, aptes à défendre le changement et à expliquer les résultats dans des termes pertinents pour leurs collègues. Il s’avère essentiel de développer cette expertise et d’intégrer de nouveaux outils pour que la technologie évolue au sein du secteur.

Pour le Canada, la leçon est claire : la recherche de calibre mondial en IA ne devient un leadership sectoriel que si les incitatifs politiques ciblent également le déploiement et l’expansion, et non seulement la recherche et le développement, c’est-à-dire le financement d’équipes prêtes pour le terrain, le soutien à l’adoption et la rapidité d’adaptation du secteur des minéraux essentiels.

Imaginez ceci. Il fait près de 40 °C. Deux géologues extraient avec soin deux carottes profondes au moyen de l’appareil de forage de 40 000 livres qui les surplombe. En Australie, au cœur du brûlant désert du Pilbara, c’est le point le plus élevé à des kilomètres à la ronde. La tâche de l’équipe en provenance de Sydney est simple : récupérer les carottes et les transporter en toute sécurité jusqu’au laboratoire d’essais géologiques à Perth, à 1 400 kilomètres. Les tests révéleront si le gisement a le potentiel de devenir une mine.

Face à la chaleur oppressante et à l’horloge, il y a peu de temps pour agir. La prochaine étape consiste à charger les carottes dans un Land Cruiser et parcourir 200 kilomètres de routes désertiques périlleuses, jusqu’à un aérodrome isolé où un avion attend. Ces carottes représentent la phase finale des essais pour la mine de lithium proposée, une étape charnière entre l’exploitation de leur jeune entreprise minière et le financement de près de 500 millions de dollars australiens, si l’échantillon de carottage donne des résultats positifs.

Le duo de géologues, ainsi qu’une poignée d’autres qui mettent leur carrière en jeu dans cette entreprise minière âgée de deux ans, comprennent que la patience de leurs investisseurs a des limites. Chaque jour passé à attendre les résultats du carottage équivaut à plus de 110 000 $ australiens en rendements perdus, soit des capitaux qu’une mine bien établie pourrait facilement générer. Les investisseurs connaissent les enjeux, mais la patience s’estompe si l’incertitude se prolonge. C’était leur huitième aller-retour en cinq mois, chaque trajet étant une course contre une confiance déclinante et des budgets resserrés. Une carotte endommagée, un vol manqué ou un autre long retard de laboratoire pouvaient ébranler la confiance précaire qui maintenait l’existence de cette entreprise.

GeologicAI inverse le scénario en transférant au gisement sa technologie de numérisation des carottes, alimentée par l’IA, éliminant de nombreux déplacements entre le laboratoire d’essais et le site de forage et en accélérant les processus d’évaluation.

L’exploration constitue un triangle implacable de géologie, de capital et de temps, souvent effectuée dans les coins les plus reculés de la planète. Pour Grant Sanden, fondateur et chef de la direction de GeologicAI, basé à Calgary, c’est plus qu’un casse-tête logistique, c’est le principal enjeu de l’exploitation minière : comment transformer le minerai en savoir fiable, assez rapidement pour orienter les investissements ? Voilà le problème que GeologicAI visait à résoudre.

Vétéran du secteur des ressources au Canada, M. Sanden avait observé une multitude de projets comme celui décrit ci-dessus stagner au même goulot d’étranglement : le temps nécessaire pour transformer le minerai en savoir. Il savait que l’enjeu ne consistait pas à prélever d’autres échantillons : à 300 mètres plus bas, on peut forer indéfiniment et pourtant passer à côté de l’évidence. Le coût réel résidait dans la boucle lente et fragmentée des données qui laisse les géologues se perdre en conjectures, les investisseurs se tracasser, et les installations de forage dépenser de l’argent en vain. Et si, a-t-il demandé, le secteur cessait de considérer les analyses comme un bilan après le fait mais plutôt en faire la clé d’un moteur de décision en temps réel ?

Chiffres

De 6 à 10 joursNombre de jours habituels avant l’arrivée des résultats de laboratoire à partir des carottes et qui déterminent la teneur en métal présent dans le minerai. Jusque-là, les décisions en matière de forage et d’investissement de plusieurs millions de dollars sont en attente.
De 24 à 48 heures Le temps nécessaire à GeologicAI pour obtenir les mêmes résultats grâce à ses capteurs sur place, alimentés par l’IA.
13 milliards $ USBudgets annuels mondiaux d’exploration des métaux non ferreux (2023).
60 millions $ USÉvolution à l’échelle mondiale de GeologicAI en juillet 2025, dans un contexte de crise des minéraux liée aux centres de données et à la transition énergétique ; effectif ~220, ~80 % au Canada.
5Nombre de continents où GeologicAI opère.
16Années médianes entre la découverte et la première production mondiale.        
6Pourcentage des entreprises du secteur minier qui utilisent actuellement l’intelligence artificielle.

L’hypothèse de M. Sanden était simple : si des carottes pouvaient être numérisées là où elles sont forées, les décisions en matière d’exploration et de développement miniers ne dépendraient plus des résultats des essais en laboratoire, qui pouvaient prendre plusieurs semaines. Dans les faits, il s’agissait d’une remorque tirée par un camion, équipée d’analyseurs à fluorescence rayons X (XRF) hyperspectraux et de capteurs visuels, reliée à des modèles d’apprentissage automatique permettant de classer les types de roche, d’en estimer la teneur et d’attribuer une valeur préliminaire en dollars. La remorque peut également être transportée par hélicoptère à un projet d’exploitation minière.

Après avoir construit le prototype et effectué quelques essais initiaux sur le terrain, M. Sanden et son équipe ont prouvé que le système alimenté par l’IA pouvait fournir un ensemble de données exploitable en environ 48 heures, comprimant un cycle de huit à douze semaines et donnant aux géologues suffisamment de confiance pour peaufiner les plans de forage avant le prochain quart de travail.

Dans le domaine de l’exploration minière, GeologicAI démontre que le véritable pouvoir de l’IA industrielle ne repose pas uniquement sur l’exactitude des prédictions, mais aussi sur la compression du cycle identifier-réfléchir-agir afin de respecter le rythme des activités quotidiennes. Au moyen d’un laboratoire de capteurs multiples sur le site de forage, GeologicAI réduit le délai d’obtention de données essentielles de quelques semaines à quelques heures. En utilisant des modèles d’IA qui génèrent des paramètres économiques (p. ex., teneur, tonnage, variations de la valeur nette actualisée), GeologicAI peut transformer des données améliorées en décisions plus judicieuses, avant même le début du prochain quart de travail de deux semaines.

Les modèles d’IA qui offrent des indicateurs économiques, soit la teneur, le tonnage et les variations de la valeur actualisée nette (VAN), permettent à ses laboratoires mobiles de fournir l’analyse nécessaire à la prise de décisions plus éclairées avant la réorganisation du prochain site.

  • Identifier : L’hyperspectralisation, le XRF et des capteurs visuels saisissent des gigaoctets de données du minerai sur place.

  • Réfléchir : Les modèles en infonuagique permettent de déterminer la lithologie, d’estimer la teneur et de recalculer la valeur actualisée nette (VAN) en quasi temps réel.

  • Agir : Avant le prochain forage, les géologues découvrent une analyse actualisée répondant aux questions financières cruciales : Où s’effectue le prochain forage ? À quelle profondeur ? Quand arrêtons-nous ?

L’ingénierie décisionnelle à haute résolution de GeologicAI a permis une prise de décision plus rapide et plus dynamique. Ce qui était auparavant une succession linéaire de paris coûteux se transforme en cycle de développement agile : chaque forage se fonde sur le précédent, et chaque dollar est lié à un nouveau paramètre de décision. Bref, les données ont cessé d’être une piste d’audit rétrospective pour devenir le gouvernail du programme.

Présenter la solution de GeologicAI comportait aussi le défi auquel tous les pionniers font face : aucune pression concurrentielle. Les premiers utilisateurs ne pouvaient pas faire valoir que les entreprises concurrentes en récoltaient déjà les fruits. Dans un secteur où les marges dépendent de processus éprouvés, être le premier peut donner l’impression de se porter volontaire pour une expérience scientifique métallurgique. Sans la contrainte de « suivre ou se laisser distancer » pour alimenter la diffusion à un stade avancé, GeologicAI devait vendre autant la vision que l’urgence du changement, un champion à la fois.

Heureusement, dans les mois suivant la mise en place de la première boucle de données de 24 heures, GeologicAI a sécurisé sa première série de programmes pilotes, incluant un prestigieux contrat avec Agnico Eagle Mines, l’une des plus importantes sociétés minières au Canada. Selon Guy Gosselin, vice-président exécutif, Exploration, « cette révolution que constitue la numérisation des carottes place Agnico Eagle au premier plan de l’innovation et améliore notre capacité décisionnelle fondamentale ».

Pour Agnico, l’attrait se veut triple :

  • Le système de GeologicAI s’est avéré plus rapide et plus précis que les outils d’analyse traditionnels, comprimant des semaines de données à quelques heures.

  • Les ensembles de données plus étoffés sont venus compléter, plutôt que remplacer, les données géologiques existantes, offrant aux décideurs un portrait global plus fiable des gisements.

  • L’adoption d’une technologie d’IA de pointe a renforcé la réputation d’Agnico comme employeur de choix, dans un secteur en redoutable concurrence pour les talents.

Cette volonté d’innover a ouvert la porte à un champion interne. Chez Agnico Eagle, M. Gosselin, responsable de l’exploration, a saisi l’occasion, en a démontré la valeur pour ses collègues et a surmonté le scepticisme en présentant des preuves.

Très tôt, M. Sanden a su reconnaître le pouvoir d’un champion interne. Chez Agnico Eagle, un responsable géoscientifique visionnaire a pu repérer l’occasion et la décoder pour ses collègues.

La leçon en développement des affaires s’est rapidement concrétisée : les décideurs qui maîtrisent à la fois la géologie et la science des données sont peu nombreux, mais indispensables. Plutôt que de solliciter au hasard des chefs des finances, Sanden a recherché des dirigeants compétents, suscitant leur intérêt grâce à des données pilotes et à un partage du mérite. Lorsqu’un champion interne a validé la technologie au sein d’une société cliente cible, la résistance s’est dissipée et l’adoption s’est propagée à d’autres sites.

Grâce à la persévérance, et quelques premiers succès, GeologicAI a progressé à l’étranger. La proposition de valeur centrale de GeologicAI est typiquement canadienne : la fusion d’une expertise de calibre mondial en ressources naturelles de Calgary et du leadership national en intelligence artificielle. Exportation et développent Canada ainsi que Breakthrough Energy Ventures, soutenue par Bill Gates, ont reconnu ce potentiel, finançant un projet initial de série A de 30 millions de dollars US, pour transformer le concept en matériel prêt pour le terrain. Mais, comme M. Sanden le constatera plus tard, la mise au point de cette technologie ne représentait que la moitié de la bataille ; il s’est avéré plus difficile de la déployer au pays.

Aujourd’hui, on compte plus de deux douzaines de laboratoires sur remorques à travers le monde, du Yukon à Pilbara, en passant par le désert d’Atacama au Chili. L’appartenance canadienne de l’entreprise est rapidement devenue un gage de légitimité pour les pays à l’étranger.

L’effectif de GeologicAI compte maintenant plus de 200 employés répartis sur cinq continents, offrant à l’entreprise une place de premier choix pour constater à quel point les talents en IA répondent aux véritables enjeux industriels. Un contraste est saisissant : le Canada est reconnu pour la recherche en IA. On y trouve des pionniers comme Richard Sutton, Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio. Pourtant, le bassin d’ingénieurs de niveau « production », compétents dans leur domaine, se trouve limité. L’élément manquant n’est pas la capacité intellectuelle, mais plutôt une expertise concrète pour transformer la recherche de calibre mondial en solutions prêtes pour le terrain. Cet écart, entre invention et application, a préparé le terrain pour la troisième leçon de GeologicAI : la nécessité de former des « interprètes de données » qui maîtrisent à la fois la technologie et la géologie.

La réponse de GeologicAI a été double : engager des interprètes de données, soit des spécialistes en milieu de carrière qui connaissent déjà ML Ops, la fusion de capteurs et les aspects financiers du forage, où qu’ils habitent. Diriger ensuite un programme interne de perfectionnement qui jumelle des chercheurs canadiens à des géologues expérimentés sur le terrain jusqu’à ce que les deux langues, roche et code, s’expriment facilement l’une avec l’autre.

En fait, l’entreprise a bouclé la boucle. L’entreprise en démarrage de Calgary qui réglait un casse-tête sur le plan logistique se retrouve maintenant au premier maillon de la chaîne d’approvisionnement en électrification en Amérique du Nord : cartographier les gisements qui alimenteront les usines de batteries en Ontario et les chaînes d’assemblage de véhicules électriques à travers le continent. Parallèlement, l’entreprise renforce ses capacités d’analyse de réduction du CO₂, ce qui aide les sociétés minières à mélanger le minerai et à exploiter les fonderies plus efficacement, transformant ainsi la durabilité à partir d’un coût lié à la conformité en un levier concurrentiel. GeologicAI est à la fois innovatrice et facilitatrice : une vitrine de l’IA canadienne déployée à grande échelle et un outil pour extraire les minéraux essentiels dont le Canada a besoin pour consolider sa place au sein de la prochaine vague de fabrication de pointe.

Le crédit d’impôt lié à la recherche scientifique et au développement expérimental (RSDE) rembourse les entreprises après leurs investissements dans le développement, mais le processus d’examen et d’approbation peut prendre des mois. Bien que le SRDE soit utile pour les prototypes, il n’est pas approprié pour financer le passage plus risqué au premier déploiement. GeologicAI l’a appris de première main : son projet pilote canadien est resté en suspens, tandis que le même numériseur, expédié à un client américain avec un bon lié au rendement, a été déployé en six mois seulement.

Si le RSDE est tourné vers le passé, les programmes internationaux, eux, sont tournés vers l’avenir. L’initiative australienne METS Ignited et le Industrial Demonstrations Program du département de l’Énergie des États-Unis, d’une valeur de 6,3 milliards de dollars US, associent le financement à des étapes importantes ou à des résultats concrets. Ils paient en fonction des résultats et non des recettes. Pour les acheteurs, une telle structure réduit les risques liés à l’adoption et accélère la diffusion. Les propres progrès de GeologicAI mettent en lumière les deux côtés de l’équation : malgré un soutien plus lent au pays, l’entreprise continue de croître, prouvant ce que l’innovation canadienne peut accomplir lorsqu’elle est jumelée aux bonnes conditions.

Pour le Canada, la leçon est limpide. En réaffectant ne serait-ce qu’une partie des dépenses de la RSDE vers des incitatifs de déploiement fondés sur les résultats – bons de terrain, garanties de premier déploiement et cibles de rendement mesurables – on réduirait ainsi le parcours entre le laboratoire et le chargeur. En faisant les choses correctement, le Canada pourrait se positionner non seulement en tant que berceau des percées en matière d’IA, mais aussi comme l’endroit où l’intelligence artificielle de l’industrie lourde fonctionne réellement. C’est ainsi que le Canada pourra transformer ses percées en matière d’intelligence artificielle sous forme d’avance industrielle durable.

Télécharger le rapport

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Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

  • Mark Carney retournera à Washington la semaine prochaine. Au programme : rétablir les liens « sécuritaires et économiques » avec les États-Unis ou, à tout le moins, apporter un certain soulagement aux secteurs canadiens de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile, qui sont malmenés.

  • La sécurité et l’économie occupant le devant de la scène, d’autres sujets devraient figurer au programme du Bureau ovale, notamment le projet de bouclier antimissile du Dôme doré, dont Donald Trump a encore parlé cette semaine pour piquer Ottawa, en faisant de nouveau allusion au « 51e État ». M. Carney pourrait-il mettre de l’avant l’importance de l’acier et de l’aluminium dans le cadre de la collaboration avec Washington en matière de défense ?

  • Dominic LeBlanc, ministre du Commerce Canada-États-Unis, paraissait optimiste cette semaine, quant à la possibilité de réaliser des progrès à l’égard des principaux points d’achoppement avec l’administration Trump.

  • Le mois dernier, les deux partenaires ont aussi amorcé des consultations sur l’Accord Canada–États-Unis–Mexique en prévision de la révision de l’accord commercial tripartite. Mais qu’adviendra-t-il si les jours d’un d’accès libre de droits de douane au marché américain sont définitivement révolus ?

  • Il n’est pas exagéré de supposer que le Canada pourrait se retrouver avec un accord comparable à celui du Royaume-Uni, à savoir des droits de douane généraux de 10 % pour l’accès au marché américain.

  • En mars, M. Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur le contenu non américain des exportations d’automobiles (en vertu de l’article 232, pour des motifs de « sécurité nationale »). Étant donné qu’environ la moitié du contenu d’un véhicule assemblé au Canada provient des États-Unis, les automobiles canadiennes ont été assujetties à un taux tarifaire effectif d’environ 12,5 %. Ce taux est suffisamment proche des droits de douane de 10 %, pour l’accès au marché américain, pour justifier une comparaison.

  • Les deux parties souffrent : au Canada, le taux de chômage est en hausse depuis le début de la guerre commerciale, et la municipalité de Windsor, fortement tributaire de la construction d’automobiles, affiche le taux de chômage le plus élevé parmi les centres urbains du Canada. Au sud de la frontière, le secteur manufacturier a perdu 40 000 emplois au cours des six derniers mois, avec des répercussions supplémentaires sur les segments de la première transformation des métaux et de la fabrication de produits métalliques.

  • Les producteurs canadiens de bois d’œuvre ont été frappés de droits de douane supplémentaires de 10 %. Cette nouvelle taxe s’ajoutera aux droits de douane antidumping actuels de 35,16 % que les États-Unis ont imposé cette année sur les importations de bois d’œuvre en provenance du Canada.

  • La semaine prochaine, l’Union européenne devrait annoncer l’instauration d’un droit de douane de 50 % sur les importations d’acier, s’alignant sur les mesures similaires prises par les États-Unis et le Canada.

  • À la demande de Keir Starmer, premier ministre du Royaume-Uni, le président américain Donald Trump envisagerait de réduire les droits de douane de 10 % imposés sur les importations de whisky écossais.

  • Le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud a fait savoir que Séoul devrait annoncer un nouvel accord sur la sécurité avec les États-Unis avant de finaliser les pourparlers commerciaux.

An India-Canada reset is underway, writes John Stackhouse, and this time it will require a lot more than handshakes. 

Selon John Stackhouse, le rétablissement des relations entre l’Inde et le Canada est en cours, mais, cette fois, il faudra bien plus que des poignées de main. 

Sur le plan commercial, l’Inde est passée du 16e rang des partenaires du Canada en importance en 2008, au 10e rang en 2015, puis au 7e rang l’an dernier.

Il en va autrement du Canada, qui se classe seulement au 30e rang des partenaires de l’Inde. Le commerce bilatéral a atteint 31 milliards de dollars en 2024, en prenant en compte les services, contre 117 milliards de dollars avec la Chine. La baisse du nombre d’étudiants étrangers, qui constituent l’une des plus importantes sources de revenus indiens pour le Canada, ralentira encore plus ces progrès, car la politique du Canada, perçue comme une politique de repli, a entaché notre réputation auprès de toute une génération de jeunes Indiens instruits.  

Et ce n’est pas l’unique raison pour laquelle la volonté du Canada de relancer les négociations commerciales pourrait exiger de la patience. En effet, l’Inde et M. Modi, qui font preuve d’une confiance croissante, ne feront pas facilement des compromis, surtout sur des questions telles que les droits de propriété intellectuelle, que l’Inde considère depuis longtemps comme une forme de colonialisme occidental. 

Ces différences mises à part, les deux pays partagent des liens uniques et profonds, en grande partie liés à la population indo-canadienne. À l’avenir, l’Inde souhaitera établir des relations plus mûres, fondées sur des intérêts, en particulier sur le plan économique. Le Canada pourra aussi saisir de nouvelles occasions, allant du pétrole lourd au GNL, en passant par les technologies spatiales et de fabrication de pointe. 

Une relation renouvelée exigera que les deux pays reconnaissent ce que chacun d’eux apporte à l’autre. Elle peut aussi mettre l’accent sur ce que les deux pays peuvent accomplir grâce à des alliances et à des groupes multilatéraux.

Lisez l’article complet.

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➔ Semaine du climat de New York : oubliez un instant la marche arrière des États-Unis

➔ Énergie éolienne : la Nouvelle-Écosse voit grand

➔ Notre rapport Unearthing Value souligne le rôle du capital naturel dans les plans de croissance

La semaine du climat de New York a lieu contre vents et marées. Dans le cadre de l’événement annuel en cours cette semaine à New York, plus de 1 000 séances vont s’y tenir, portant sur l’Arctique, la mode durable, les minéraux critiques et autres grands enjeux. L’événement a pour toile de fond les multiples volte-face opérées par Washington en ce qui a trait aux énergies propres. Le nombre record de sujets abordés et de participants (on en attend plus de 100 000) semblent indiquer que l’engouement pour la transition énergétique n’a pas nécessairement faibli pour autant.

Le projet Wind West de la Nouvelle-Écosse a le vent en poupe. D’une puissance de 5 000 MW, les installations qui seraient construites au coût de 60 milliards de dollars pourraient faire des provinces de l’Atlantique un pôle majeur en matière d’énergie non polluante. Ottawa, qui estime que la proposition a sa place parmi les grands projets d’intérêt national, est en train d’examiner dans quelle mesure l’appétit des investisseurs pourrait stimuler la production d’énergie renouvelable sur la côte Est. Toutefois, comme l’admettent les auteurs du plan stratégique, « ce ne sera pas facile », compte tenu des enjeux réglementaires et de la compétitivité des coûts. La Nouvelle-Écosse recherche le soutien du gouvernement fédéral, qui prendrait la forme de crédits d’impôt pour investissement et de prêts à faible taux d’intérêt accordés par la Banque de l’infrastructure du Canada. La province souhaite aussi que la nation micmaque achète des titres de participation. Les différentes mesures de soutien pourraient avoir pour effet de réduire les coûts du projet à 170 $/MWh – les Néo-Écossais, l’année dernière, payaient leur électricité 51,86 $/MWh.

L’Australie se présente comme un chef de file du stockage du CO2. Aux antipodes du Canada, la grande île mise sur son sous-sol pour devenir un acteur majeur du stockage du CO2 dans la région Asie-Pacifique. Dans son tout nouveau plan pour la carboneutralité dévoilé la semaine dernière, l’Australie s’engage en effet à réduire, d’ici dix ans, ses émissions d’au moins 62 % par rapport à 2005. En mettant l’accent sur le captage du CO2, investissements à l’appui, le pays cherche à compenser les émissions liées à sa production de gaz naturel et à son secteur minier.

Quand, à propos de la stratégie qu’il compte mettre en œuvre, Mark Carney parle de « compétitivité carbone », il se livre à une intéressante association de mots. Sous Justin Trudeau, il était plutôt question de réduction des émissions en général et de plafonnement de celles du secteur pétrogazier en particulier. Les mots que choisit son successeur traduisent une perspective bien différente : comment concilier la croissance de l’économie et les politiques de réduction des émissions, de stockage du CO2 ou de production faiblement carbonée ?

Dans ce contexte de réalignement politique, nous nous posons cinq grandes questions :

  • Que va devenir le système de tarification du CO2 émis par les industriels ? Le gel prévu par l’Alberta pour le prix de sa taxe carbone en 2026 et le retrait de la Saskatchewan constituent un défi aux règles fédérales. Mark Carney va devoir expliquer comment son gouvernement pourra soutenir les investissements en faveur des technologies propres sans s’aliéner les provinces.

  • Comment gérer l’ajustement du prix du carbone à la frontière ? Le Canada envisage d’appliquer des droits de douane visant à protéger son industrie contre les importations de biens produits à moindre coût par des installations plus polluantes mais, compte tenu des tensions commerciales avec Washington, cela risque de froisser notre voisin. Comme notre économiste Farhad Panahov l’écrivait récemment dans un rapport, « Des écarts importants entre la tarification carbone du Canada et celle de ses partenaires commerciaux peuvent nuire à la compétitivité du pays en période de bouleversements structurels d’envergure mondiale. » L’approche du gouvernement fédéral est-elle d’ailleurs réaliste ? Les « ajustements carbone à la frontière » pourraient-ils ne s’appliquer qu’à la Chine et à d’autres partenaires commerciaux non membres de l’OTAN ?

  • Que va-t-il advenir du plafonnement des émissions du secteur pétrogazier ? Va-t-il être maintenu, supprimé ou revu ? La décision prise sera d’une importance vitale pour le secteur énergétique canadien.

  • Comment relancer le financement des technologies propres ? Il existe déjà un certain nombre de crédits d’impôt pour investissement. Que peut faire encore Ottawa pour stimuler un financement en perte de vitesse ?

  • Pouvons-nous encore atteindre les objectifs de l’Accord de Paris ? Le gouvernement Carney dit maintenir son engagement à l’égard des objectifs qu’il s’est fixés pour 2030. Or l’Institut climatique du Canada estime que le pays ne se dirige pas dans la bonne direction. Que peut faire Mark Carney – ancien envoyé spécial de l’ONU pour le financement de l’action climatique – pour corriger le tir ?

Mise en service d’une nouvelle thermopompe intelligente au Canada. Le modèle Air de la jeune entreprise Jetson de Vancouver peut être raccordé aux conduits existants et fonctionne jusqu’à -30 °C. Un module recourant à l’IA analyse les conditions météorologiques, la consommation de l’immeuble et la qualité de l’air intérieur pour ajuster les paramètres ; l’occupant utilise ainsi moins d’électricité et fait des économies. Le PDG de Jetson, Stephen Lake, dirigeait auparavant une autre jeune pousse, North, ce fabricant de lunettes intelligentes que Google a acheté en 2022. Il explique que le logiciel qu’utilise la nouvelle thermopompe permettra d’importants gains d’efficacité. Cela pourrait fortement contribuer à la réduction des émissions – au Canada, le chauffage compte pour 13 % des émissions de GES liées à la consommation d’énergie.

➔ Une entreprise enfantée par le laboratoire de l’Université McGill a recueilli 3,5 M$ auprès d’investisseurs intéressés par son projet pilote de fabrication de dispositifs de stockage d’énergie fonctionnant au fer. Une fois au point, un tel équipement pourrait réduire de beaucoup la consommation de carburants fossiles (diesel et autres) dans l’industrie lourde.

➔ Les membres de l’Union européenne n’ont pas réussi à s’entendre sur un plan climatique contraignant avant l’Assemblée générale de l’ONU prévue cette semaine. Ils se sont contentés d’une déclaration d’intention selon laquelle leurs émissions diminueraient de 72,5 % d’ici 2035.

➔ Robert Redford, décédé la semaine dernière, n’était pas seulement une icône d’Hollywood, mais aussi un militant qui avait le don de parler de changements climatiques. On lui doit le Sundance Film Festival, qui a fait connaître plusieurs films consacrés à l’environnement. L’acteur avait aussi mis sur pied le Redford Centre ; sur les 60 films traitant d’action ou d’inaction en matière de climat dont cette entité à but non lucratif a soutenu la production, 11 ont été inscrits aux programmes des plateformes de diffusion en continu.

Nature

Environ la moitié du PIB mondial (soit plus de 78 000 milliards de dollars) dépend dans une grande mesure ou modérément de la nature. Or les pays ne comptabilisent son apport qu’une fois la ressource (poisson, céréales, bois d’œuvre…) extraite ; les services écosystémiques sont très peu pris en compte. Dans notre rapport, Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, explique comment le recours au « capital naturel » peut tout à fait s’inscrire dans les stratégies de croissance.

Voici quelques-uns des constats du rapport :

  • En tant que moteur économique, le capital naturel est encore sous-utilisé. Au cours des vingt-cinq dernières années, le PIB des secteurs qui dépendent de la nature au Canada (foresterie, agriculture, mines, pêche…) a enregistré une croissance d’une année sur l’autre inférieure de 0,3 % au reste de l’économie. Une tendance similaire a été observée aux États-Unis et au Royaume-Uni.

  • Ignorer la nature, c’est compromettre la prospérité. Alimentation, tourisme, bâtiment… : plus de la moitié de l’économie mondiale (soit environ 78 000 milliards de dollars) dépend de la nature. Au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni, où l’on cherche à relancer l’économie, les ressources naturelles s’épuisent. Or la croissance à long terme repose en grande partie sur elles.

  • Une possibilité qui se présente rarement nous est actuellement offerte de mettre à profit le capital naturel pour continuer à bâtir nos nations. Les pays qui inventorient et font fructifier leur capital naturel se donnent la possibilité de générer davantage de croissance et d’attirer des investisseurs étrangers que ce secteur intéresse. La mobilisation des acteurs financiers qui s’ensuit entraîne une hausse de la demande. Les besoins sont chiffrés à 580 000 milliards de dollars d’ici 2030 et à près de 940 000 milliards d’ici 2050.

  • La montée en puissance dépend des capitaux privés. En matière de capital naturel, le financement est assuré à 82 % par les gouvernements (222 000 milliards de dollars). Le secteur privé attend en effet de leur part des signaux plus clairs et veut avoir l’assurance que ses investissements produiront les effets attendus.

  • Sur les marchés financiers et environnementaux, la nature occupe une place croissante mais demeure sous-représentée. La nature ne constitue qu’un petit segment de la finance durable. En 2025, les crédits carbone auxquels elle donnait lieu représentaient 13 % de ceux offerts sur les marchés volontaires du carbone, alors que leur part dans la création annuelle de nouveaux crédits pourrait être de 50 %.

  • L’intégration des politiques, l’IA et (tiens donc !) des mesures comptables permettraient de mieux faire figurer la nature dans les bilans et les plans de croissance. Au Canada, ces trois approches vont justement subir un test : la mise en œuvre de la stratégie nationale en matière de minéraux critiques et le lancement de grands projets miniersvont être l’occasion d’intégrer les valeurs autochtones et les bases de connaissances aux cadres de comptabilisation du capital naturel.

  • Lisa Ashton présente aujourd’hui son rapport, Unearthing Value, consacré à l’économie du milieu naturel. Aux côtés de Nature United, elle animera aussi un groupe de discussion dans le cadre de la Semaine du climat de New York.

  • Cette semaine, notre équipe a accueilli une délégation de représentants du Congrès et d’agents d’ambassade avec lesquels elle discutera des possibilités de coopération accrue entre les États-Unis et le Canada sur la question des minéraux critiques.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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La Semaine du climat NYC de la semaine dernière illustre clairement que le mouvement en faveur de l’agriculture régénératrice prend de l’ampleur.

L’agriculture régénératrice est un moyen pour les agriculteurs de constituer un capital naturel, car cette approche leur permet d’accumuler des actifs tels que la santé des sols, l’eau potable et la biodiversité tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre (GES). Les mécanismes financiers visant à mobiliser l’investissement en faveur de l’adoption de l’agriculture régénératrice comportent un large éventail de solutions : marchés du carbone, programmes de réduction des émissions, subventions gouvernementales, etc. Cependant, ces solutions ne sont pas accessibles à tous les agriculteurs et certaines, comme les produits de finance durable, n’en sont qu’à leurs balbutiements. Le marché et l’environnement politique qui soutiennent l’agriculture régénératrice sont donc en pleine évolution.

Lors de la Semaine du climat NYC, le groupe Leadership avisé RBC, en collaboration avec Nature United, a présenté Unearthing Value, un nouveau rapport sur le rôle critique que peut jouer la nature dans les programmes de stimulation de la croissance. Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, RBC, et coauteure du rapport, a passé quelques jours à la conférence de New York.

Voici quelques réflexions qu’elle a entendues.

  • La vision étroite concentrée sur le carbone n’est pas une si mauvaise chose. Selon les détracteurs de cette approche, le fait de se concentrer uniquement sur les avantages climatiques (élimination du carbone, atténuation des GES) liés aux techniques comme les cultures de couverture, la réduction du labour et la gestion des nutriments peut faire oublier les nombreux services écosystémiques offerts par l’agriculture régénératrice, en particulier l’amélioration de la productivité, la filtration de l’eau et le renforcement de la biodiversité. Toutefois, cette vision étroite a conduit à de véritables percées en matière d’accès au marché et de comptabilisation et mesure des GES, qui n’auraient peut-être pas été possibles sans un effort concerté des gouvernements, des chaînes logistiques agroalimentaires et du secteur du développement durable, et qui ont fait ressortir les avantages de l’agriculture régénératrice dans le domaine de l’action sur le climat. Les percées dans les protocoles de mesure, de déclaration et de vérification des GES ont fourni une plateforme à partir de laquelle ont émergé d’autres avantages de l’agriculture régénératrice. Par exemple, les protocoles des GES aident à mesurer le carbone du sol, qui est un indicateur de biodiversité, de santé et de résilience des sols. Par conséquent, d’autres avantages pourraient se cumuler aux initiatives axées sur le climat, comme les programmes de réduction du carbone.

  • Il est temps de faire fructifier l’argent investi dans l’agriculture régénératrice. Les investissements phares comprennent le Fonds d’action à la ferme pour le climat de 704 millions de dollars, au Canada, le fonds United States Department of Agriculture’s Partnerships for Climate-Smart Commodities de 4,2 milliards de dollars, aux États-Unis, et l’investissement de PepsiCo dans l’agriculture régénératrice d’une valeur de plus de 300 millions de dollars. Ces investissements, combinés à d’autres, ont permis de poser les bases d’une sensibilisation à l’importance de la résilience environnementale des systèmes agricoles mondiaux, en établissant des cadres de pratiques exemplaires pour les agriculteurs et les agronomes et des programmes destinés aux chaînes logistiques agroalimentaires. L’argent frais peut se baser sur ces produits pour parvenir directement aux agriculteurs et avoir un impact positif. Les partenariats peuvent aussi aider à mieux faire fructifier les investissements. Les sociétés, les gouvernements et les agriculteurs qui investissent dans les mêmes pratiques et les mêmes régions peuvent apporter une contribution équivalente aux investissements et former des partenariats pour combler leurs lacunes, par exemple avec des sociétés alimentaires associées à des entreprises agroalimentaires ayant déjà des agronomes en poste pour travailler sur le terrain avec les agriculteurs.

  • L’élaboration d’une définition rigide de l’agriculture régénératrice pourrait être une perte de temps. Les secteurs de l’agriculture et du développement durable n’ont pas fini de définir ce concept. Établir une limite entre ce qui est une agriculture régénératrice et ce qui n’est pas une agriculture régénératrice pourrait exclure certains agriculteurs et systèmes de production qui adoptent des pratiques conformes aux principes de l’agriculture régénératrice, avec des résultats positifs pour l’environnement et la productivité des agriculteurs. Le ton a été clair parmi les intervenants à la conférence : mettre l’accent sur des programmes qui fonctionnent pour les agriculteurs et qui produisent des résultats mesurables, et arrêter de s’inquiéter d’une définition de l’agriculture régénératrice.

1. Empreinte carbone des produits. Approche que les sociétés agroalimentaires peuvent adopter pour suivre la quantité totale d’émissions de GES liées aux produits qu’elles achètent tout au long de leur parcours dans la chaîne logistique. Cette approche diffère de la compensation carbone et de la réduction des émissions de carbone, car l’empreinte carbone est directement liée au produit alimentaire. En outre, l’empreinte carbone des produits aide les sociétés à atteindre certains objectifs de chaîne logistique, comme la participation à l’action sur le climat, à renforcer la transparence et la traçabilité, et à mettre l’accent sur les produits dont les caractéristiques intéressent les consommateurs soucieux de durabilité. Bien que cette approche réponde à la problématique d’intégrer les sociétés n’ayant pas investi dans l’agriculture régénératrice, elle a ses propres limites découlant de la granularité des données et de la connectivité des chaînes logistiques – qui sont des prérequis.

2. L’agriculture régénératrice est en voie de s’étendre d’un modèle « entreprise à entreprise » à un modèle « entreprise à consommateur », grâce à l’étiquetage des emballages alimentaires. Les investissements dans l’agriculture régénératrice ont grandement bénéficié des objectifs de durabilité des sociétés agroalimentaires et du secteur agroalimentaire, et de leur volonté de renforcer la résilience dans leurs régions d’approvisionnement. De nos jours, les consommateurs s’intéressent de plus en plus à l’étiquetage des produits de l’agriculture régénératrice. Grâce aux étiquetages mettant en avant les pratiques régénératrices, les consommateurs peuvent choisir les produits en fonction de leurs caractéristiques de conservation. Ces étiquetages sont souvent fondés sur des normes telles que la certification d’agriculture régénératrice de la Rainforest Alliance.

3. Augmentation des investissements dans le secteur de l’eau pour renforcer la résilience aux changements climatiques. Le public ressent les effets des changements climatiques principalement par l’entremise de l’eau. Les agriculteurs ne font pas exception. Les sécheresses, les pluies de plus en plus abondantes et les précipitations hors saison augmentent la volatilité dans la gestion des exploitations agricoles. Nous assistons à un essor des investissements et des stratégies visant à renforcer la résilience de l’agriculture par rapport à l’eau. Les exemples comprennent la Stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau promulguée par l’Union européenne et publiée à l’été 2025, qui prévoit des économies d’eau couvrant 40 % des terres agricoles en 2030, et le programme d’investissement d’infrastructure dans les systèmes d’irrigation en Alberta et dans la région de Niagara de l’Ontario.

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À la COP28 de 2023, 25 pays ont déclaré leur intention de tripler leur capacité nucléaire d’ici 2050, ouvrant la voie à une nouvelle course au déploiement de l’énergie nucléaire. Plusieurs changements structurels ont accéléré cet élan, encouragés par l’avantage concurrentiel du nucléaire pour alimenter les centres de données de l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe, et par l’importance cruciale de la sécurité énergétique dans un ordre géopolitique en mutation.

Où en est le Canada dans un monde qui revient à l’énergie nucléaire ?

Le Canada a une occasion à saisir, mais il devra agir vite s’il veut en profiter. Ses principaux atouts comptent son statut de pionnier dans la construction d’un petit réacteur modulaire (PRM) raccordé au réseau, à l’est de Toronto, et ses 80 années d’expérience en tant que puissance nucléaire civile de premier ordre.

Le PRM de Darlington, dont la mise en service est attendue d’ici 2030, constitue la première construction de réacteur canadien depuis une trentaine d’années, avec une capacité potentielle de 300 000 foyers desservis. Ce projet témoigne surtout de l’excellence de l’Ontario en matière d’exploitation nucléaire et de chaîne d’approvisionnement, et ouvre la voie à la province pour mettre son expertise au service des réseaux qui relient la Saskatchewan et la Pologne en passant par le Tennessee.

Cependant, les rivaux du Canada sont aussi dans la course. Le programme pilote de réacteurs nucléaires de l’administration Trump a pour objectif qu’au moins trois réacteurs d’essais nucléaires de pointe passent à un stade avancé d’ici l’été 2026. Le programme de PRM de la Chine progresse également, comme en témoigne le réacteur chinois ACP100 de démonstration qui a franchi de nouveaux jalons de construction en 2025.

Légende de la photo – Vivan Sorab, de Leadership avisé RBC, anime une table ronde sur le rôle des PRM dans le triplement de la capacité nucléaire mondiale lors du forum 2025 de l’Association nucléaire canadienne consacré aux petits réacteurs modulaires, à Edmonton.

Le succès du Canada dépendra de la capacité du pays à dynamiser son secteur nucléaire afin de fournir de nouvelles capacités à des fins électriques et non électriques, et à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire pour faire fonctionner les centrales nucléaires de demain.

Ce dont le Canada a besoin pour réussir :

Fonder l’approvisionnement en combustible nucléaire sur l’uranium canadien. La baisse potentielle de l’approvisionnement secondaire en uranium et l’émergence des PRM dans les années 2030 et 2040 entraîneront un remaniement des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire, et nous assisterons à une augmentation des besoins de concentration, de conversion et d’enrichissement de l’uranium et de la demande de services liés à la production de combustible. Les gisements d’uranium du Canada, reconnus à l’échelle mondiale, ainsi que le savoir-faire canadien en matière de conversion et d’enrichissement de l’uranium sont des atouts qui pourraient favoriser l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement de combustible nucléaire nord-américaine – et mondiale.

Collaborer avec les États-Unis pour assurer la sécurité énergétique nucléaire du continent. Les décennies d’expérience opérationnelle des États-Unis dans le secteur des réacteurs à eau bouillante (REB) seront précieuses pour le Canada au moment de construire son premier PRM sur le site du nouveau projet nucléaire de Darlington, sur la base d’un modèle REB. Le savoir-faire du Canada, en tant que pionnier dans la construction et le déploiement de PRM, jouera un rôle essentiel dans la réussite des projets de PRM similaires aux États-Unis, du début de leur construction à leur mise en service.

Rehausser la confiance des investisseurs Les risques liés à la construction ont entravé la participation du secteur privé au financement de nouveaux réacteurs nucléaires. Pour renforcer la confiance des investisseurs à l’égard des PRM, le succès de l’Ontario devra se traduire par la construction de nouveaux réacteurs. Cela dit, le soutien du gouvernement demeurera un facteur important, en particulier dans les territoires plus petits.

Promouvoir la mobilisation des Autochtones et l’équité. Le dialogue avec les communautés autochtones est essentiel pour assurer le succès des nouveaux projets nucléaires. L’effort comprend notamment la sensibilisation à la technologie, en particulier dans les collectivités où l’énergie nucléaire n’a jamais été développée auparavant, afin d’obtenir l’adhésion des collectivités et leur participation aux projets par l’entremise de la création d’emplois et de programmes de formation et de prise de participation.