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Issue #06

Comment le Canada peut-il se prémunir contre des États-Unis prompts à dégainer des barrières tarifaires ?
barrières douanières de M. Trump

Sujets chauds

Oubliez les blogues moralisateurs sur le climat pour Noël. Les moyens ne manquent pas pour réduire votre sentiment de culpabilité quant à votre empreinte carbone des Fêtes. Vous est-il possible de limiter vos déplacements pendant la course d’avant Noël, de prendre plus souvent les transports en commun, de vous abstenir du traditionnel voyage en avion, de cesser d’acheter du papier-cadeau – et même d’envoyer moins de cartes (Postes Canada est en grève, de toute façon) ? Et d’attaquer votre rôti de Noël sans vous sentir coupable ?

L’environnement et l’économie s’affrontent dans deux villes canadiennes : Crowsnest Pass (Alberta), veut redevenir une ville du charbon. La collectivité de 6 000 âmes a récemment voté en faveur de la réalisation du projet de charbon métallurgique de Grassy Mountain – et même par une large majorité : 72 % des citoyens, qui se sont exprimés en grand nombre, se sont prononcés en faveur de la proposition, dans l’espoir de générer de nouveaux revenus économiques. Même si le référendum municipal n’est que consultatif, il souligne combien le développement économique l’emporte sur les préoccupations environnementales dans certaines collectivités. Plus à l’ouest, Vancouver a réitéré son interdiction de chauffer les nouveaux logements au gaz naturel – mais de justesse. Les partisans de la suppression de l’interdiction, dont le maire Ken Sims, avançaient que cela rendrait les logements plus abordables dans une Colombie-Britannique hors de prix. Mais cela a aussi déclenché une large opposition. L’interdiction est restée en vigueur à la suite d’un vote du Conseil municipal à cinq voix contre cinq.

Opposition à l’opposition au plastique. L’année épouvantable des défenseurs du climat mondial semble s’être achevée sur une autre catastrophe cette semaine, en Corée du Sud, où il a été impossible de s’entendre sur la pollution plastique. Plus de 100 pays militaient en faveur d’une réduction progressive de la production de plastique, mais les producteurs de pétrole ont fait valoir que cela pourrait avoir des répercussions sur le développement économique. Les négociations reprendront l’an prochain. Cette dernière impasse s’inscrit dans un contexte plus large de maigres progrès sur les questions climatiques et environnementales, notamment lors de la COP29.

La Barbade troque une partie de sa dette contre des engagements climatiques. Un échange de dettes contre des engagements en faveur du climat permet à la Barbade de restructurer sa dette à taux d’intérêt élevé et de réaliser des économies budgétaires de 125 millions de dollars. En contrepartie, l’État des Antilles promet d’utiliser ces fonds pour améliorer la gestion des ressources en eau et améliorer la disponibilité de l’eau et la sécurité alimentaire. Cette pratique apparaît comme un moyen populaire pour les pays en développement d’alléger leurs fardeaux financiers, en échange d’une amélioration de leur gérance de l’environnement. Le Forum économique mondial estime que les échanges « dette-nature » pourraient permettre d’affecter 100 milliards de dollars US à la restauration de l’environnement et aider les pays à s’adapter aux changements climatiques.

Le prix bimensuel de l’action climatique est décerné à Omar Yaghi, chimiste à l’Université de Californie à Berkeley, pour avoir mis au point une poudre capable de capturer le carbone. Les premiers tests montrent qu’une livre à peine de cette matière pourrait absorber autant de dioxyde de carbone qu’un arbre.

Le prix bimensuel du flop climatique est décerné à la Norvège pour avoir autorisé l’exploitation minière en eaux profondes à titre commercial – une première mondiale. Le gouvernement a depuis lors suspendu sa décision, sous la pression d’un parti membre de sa coalition. Trente-deux pays, dont le Canada, ont appelé à un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins dans les eaux internationales.

Cinq atouts énergétiques dans les manches du Canada

Le président désigné Donald Trump a reçu le premier ministre Justin Trudeau à souper à Mar-a-Lago la semaine dernière, après avoir menacé d’imposer des droits de douane généralisés de 25 % sur les importations canadiennes. M. Trump a qualifié la rencontre dînatoire de « productive », mais le Canada est loin d’être tiré d’affaire. Ottawa a pourtant de bonnes cartes en main et pourrait tirer parti de ses ressources en énergie pour détourner les États-Unis d’une inflation réciproque assurée dans les deux pays.

Les chiffres ne concordent pas pour le brut : le pétrole lourd canadien se négocie encore moyennant un escompte d’environ 10 $ par rapport au prix de référence nord-américain. L’imposition d’une surtaxe de 25 % au plus gros fournisseur de pétrole des États-Unis pourrait propulser les prix de l’essence largement au-dessus du prix moyen actuel à l’échelle du pays de 3 $ US le gallon. Cela pourrait faire échouer le mandat confié au tsar de l’énergie Doug Burgum de ramener le prix du carburant à 2 $ US le gallon. Accessoirement, M. Burgum se trouvait à la table de MM. Trump et Trudeau lors du souper.

Il ne peut y avoir de domination énergétique américaine sans le Canada : le Canada est le principal fournisseur de gaz naturel par gazoduc des États-Unis. Si la nouvelle administration souhaite établir une « domination énergétique » américaine, elle devra s’appuyer sur le gaz canadien. Une production soutenue des sites de Montney et de Duvernay donnerait au législateur américain la souplesse nécessaire pour accroître les exportations américaines de gaz naturel vers l’Europe et l’Asie sans augmenter les prix au pays.

Il y a de l’uranium aux portes des États-Unis : selon toute vraisemblance, la nouvelle administration donnera suite au projet du gouvernement de Joe Biden de tripler la capacité nucléaire des États-Unis. Le cadre de travail de M. Biden prévoit de collaborer étroitement avec le Canada, entre autres, pour mettre en place « une chaîne d’approvisionnement en combustible nucléaire mondiale sûre et résiliente », y compris pour l’uranium. Le Canada est le deuxième producteur d’uranium le plus important au monde, avec une production dépassant de loin celle des États-Unis.

Nous sommes essentiels pour bâtir une solution de rechange aux chaînes d’approvisionnement chinoises : le Canada dispose de réserves de cobalt et de nickel, deux métaux cruciaux pour la transition énergétique, respectivement presque cinq et six fois plus importantes que celles que des États-Unis. Nous sommes aussi un plus gros producteur que nos voisins d’aluminium, de graphite (pour les batteries aux ions de lithium), d’indium (pour la fabrication de puces), de minerai de fer et de lithium, selon le U.S. Geological Survey. Les États-Unis ont besoin de nous pour desserrer l’emprise de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Nous alimentons vos villes en électricité. Il faut reconnaître que l’argument porte moins ces temps-ci (voir graphique). Il reste qu’Hydro-Québec a construit de nouvelles lignes de transport et conclu des contrats à long terme avec des clients du Massachusetts et de l’État de New York. Les sécheresses nuisent aux exportations canadiennes d’électricité, mais notre énergie reste une importante monnaie d’échange.

Miser sur l’IA ou la réduction des émissions ?

Le Canada peut faire les deux : prendre pied dans le secteur en pleine expansion des centres de données animés par l’intelligence artificielle (IA) en Amérique du Nord, tout en conservant ses ambitions climatiques. Il doit, pour ce faire, adopter une approche souple, harmoniser sa stratégie avec celle des États-Unis – et réduire notablement ses niveaux de gaz naturel.

Le récent rapport Enjeu énergétique : perturbation du réseau électrique du Canada par l’IA du responsable de la politique énergétique, Shaz Merwat, analyse la façon dont le Canada peut s’adapter à la surcharge que les centres de données pourraient éventuellement faire peser sur le réseau électrique du pays :

Où est l’occasion à saisir ?

Les organismes de réglementation canadiens étudient actuellement des demandes de centres de données représentant une capacité combinée estimée de 15 gigawatts – ce qui suffirait à alimenter 70 % des habitations au pays. L’IA étant le premier facteur de cette montée en puissance, les centres de données créent une occasion de 100 milliards de dollars pour la construction de centres de données et de l’infrastructure de TI connexe (songeons au prix des puces Nvidia).

Quelle est la marche à suivre ?

La réponse idéale semble être : « Apportez votre propre électricité ». C’est le modèle choisi par l’Alberta, qui permet un déploiement accéléré et soutient les prix du gaz naturel local, ce qui est bénéfique pour l’économie de la province.

Quels sont les coûts climatiques ?

Si le gaz naturel est utilisé pour générer six gigawatts supplémentaires pour les centres de données, les émissions annuelles pourraient augmenter de 16 millions de tonnes d’équivalents CO2 – soit une hausse de 3 % des émissions totales du Canada, selon les estimations de M. Shaz. Cependant, la capture et le stockage du carbone pourraient atténuer la hausse des émissions.

Lisez l’intégralité du rapport ici.

L’institut à l’œuvre

L’Institut d’action climatique RBC a coorganisé avec la British High Commission une séance spéciale en novembre à Ottawa, au cours de laquelle le chef de l’Institut John Stackhouse et le haut-commissaire adjoint David Prodger ont formulé huit messages clés pour le Canada.

M. Stackhouse s’est aussi exprimé devant le National Electricity Roundtable, à Ottawa, au sujet de l’occasion qu’a le Canada d’accroître sa production d’électricité pour alimenter l’IA, les batteries des véhicules électriques et divers autres pans de l’économie.

Le voyage trépidant de M. Stackhouse à Ottawa s’est conclu par une intervention au Forum sur la finance durable, quant à l’occasion pour le Canada de produire plus d’aliments en émettant moins – cela pourrait être notre meilleur investissement pour la décennie de rupture à venir.

Nos lectures préférées du moment : M. Stackhouse s’est plongé dans deux ouvrages publiés par d’anciens conseillers du président désigné pour approfondir sa compréhension de l’économie à la Donald Trump. Également dans notre liste de lecture : The New Cold War: How the Contest Between the U.S. and China Will Shape Our Century, de Robin Niblett, et The War Below: Lithium, Copper, and the Global Battle to Power Our Lives, d’Ernest Scheyder.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

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Issue #05

Les bêtes noires et les préférences de l’équipe Trump en matière de climat
Découvrez le métal le plus essentiel de tous
La COP29 de Bakou au pied du mur

Quel est le minéral le plus essentiel pour la décarbonation ? Il s’avère que c’est le lithium. L’ Agence internationale pour les énergies renouvelables et l’Institut norvégien des Affaires internationales en sont venus à cette conclusion après avoir analysé les données concernant différents minéraux pour tenir compte de la demande future, de la disponibilité des ressources et du potentiel de recyclage et de remplacement. Le cobalt est au deuxième rang des métaux les plus essentiels. Heureusement pour le Canada, le pays possède ces deux minéraux en quantités abondantes dans son sous-sol, et de nouveaux projets de mines sont proposés.

Comment les nations autochtones peuvent-elles combler un déficit de capitaux de 45 milliards de dollars ? Un nouveau rapport de l’Institut d’action climatique RBC propose des pistes pour aider à renforcer les capitaux des nations autochtones. Des partenariats financiers et non financiers dans le développement de projets majeurs peuvent émerger en tant que modèle typiquement canadien de croissance économique inclusive, écrit dans le rapport Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique. Cela commence à se produire : le gouvernement fédéral, de même que les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Manitoba, a annoncé des programmes de garantie de prêts en 2024, afin d’encourager la participation des Autochtones à plusieurs projets dans le domaine de l’énergie. Consultez notre rapport ici.

L’huile de cuisson pourrait être le carburant de votre prochain vol Air Canada. La compagnie aérienne a acquis 78 millions de litres de carburant d’aviation durable (CAD), fabriqué à partir d’huiles de cuisson usagées et de déchets de graisses animales. Le fournisseur, Neste, qualifie le carburant produit à Singapour de « pur et non mélangé ». Associée à du carburant d’aviation traditionnel, la mixture peut réduire les émissions de gaz à effet de serre dans une proportion pouvant atteindre 80 % sur le cycle de vie du carburant. Le CAD ne représente toutefois qu’à peine 0,54 % du marché des carburants d’aviation – même si la production mondiale a triplé en un an.

Le Canada doit installer 100 bornes de recharge… par jour. Il n’existe actuellement « aucun plan évident » pour réaliser une infrastructure canadienne de recharge permettant d’atteindre d’ici 2035 l’objectif de ventes de véhicules à émission zéro du gouvernement fédéral, selon l’Association canadienne des constructeurs de véhicules (ACCV). Pour atteindre cet objectif, le Canada aurait besoin de 446 800 bornes de recharge publiques d’ici cette date – il en compte aujourd’hui 30 000. Les inquiétudes de l’ACCV ont un poids considérable, car l’association représente Ford, General Motors et Stellantis – des entreprises qui jouent leur avenir sur la domination des véhicules électriques sur les routes nord-américaines dans un avenir relativement proche.

Le prix de l’action climatique est décerné à la Fondation familiale Trottier, à la Fondation Peter Gilgan, à la Fondation Ronald S. Roadburg, à la Fondation Chisholm Thomson Family, à David Keith et Kirsten Anderson, à la Fondation Sitka, à la Fondation Vohra Miller et à Allan Shiff pour avoir donné 405 millions de dollars en faveur d’initiatives liées au climat.

Le prix du flop climatique est décerné au gouvernement de la région de Valence (Espagne), qui n’envoyé aucune alerte sur les téléphones mobiles avant 20 heures, le premier jour des inondations catastrophiques – soit près de 13 heures après que l’Agence nationale de météorologie eut annoncé des précipitations « très intenses ».

Les tsars de l’énergie nommés par M. Trump et les aspirants

Les marchés de l’énergie sont nerveux, alors que le président désigné des États-Unis Donald Trump annonce ses choix, qu’ils accueillent avec plaisir ou avec aversion, selon le cas, pour combler des postes clés. Nombre de ces nominations doivent encore être confirmées, mais elles donnent une première idée des intentions du prochain président.

Un premier constat est qu’un grand nombre des districts et États d’origine de ces candidats ont largement bénéficié de l’Inflation Reduction Act (IRA), que M. Trump a qualifiée de « nouvelle arnaque verte ». De plus, la production pétrolière et gazière du pays a augmenté sans interruption, quel que soit l’occupant de la Maison-Blanche (voir graphique). L’intérêt de l’équipe de l’énergie de M. Trump pour les minéraux essentiels, le pétrole et le gaz, et le nucléaire est une bonne nouvelle pour le Canada, même si les choses sont moins claires en ce qui concerne les politiques relatives aux véhicules électriques.

Doug Burgum, secrétaire à l’Intérieur et tsar de l’énergie
Il aime : L’approche de la gestion « fondée sur les données ». L’ancien chef de la direction d’une société éditrice de logiciels est gouverneur de l’État pétrolier et agricole du Dakota du Nord. Il a milité en faveur des objectifs de carboneutralité de son État d’ici 2030, en misant essentiellement sur des technologies de capture du carbone.

Il déteste: Pas grand-chose. Neutre à l’égard des énergies renouvelables, il se montre pressé d’extraire des minéraux essentiels.

M. Burgum dirigerait un nouveau conseil national de l’énergie chapeautant les agences et ministères s’occupant de « TOUTES les formes d’énergie américaines » et passerait au tordeur la réglementation « totalement inutile ». Deux tâches importantes l’attendent : canaliser les incitatifs et remises prévus par l’IRA et tenir la promesse de M. Trump de ramener le prix de l’essence en dessous de deux dollars le gallon.

Sa nomination au secrétariat à l’Intérieur nécessite l’approbation du Sénat, mais pas sa fonction de tsar.

Chris Wright, secrétaire à l’Énergie (candidat)
Il aime : La fracturation. Le diplômé du MIT a contribué à la révolution du gaz de schiste aux États-Unis en mettant au point une nouvelle méthode de fracturation. Il a déjà bu du liquide utilisé pour la fracturation devant les caméras.
Il déteste : L’expression « crise climatique » ; il pense aussi que les promesses de carboneutralité sont « dingues ».

M. Wright ferait aussi partie du conseil national de l’énergie dirigé par M. Burgum.

John Thune, chef de la majorité au Sénat (élu)
Il aime : L’énergie éolienne et les biocarburants. L’énergie éolienne produit 55 % de l’électricité de son État d’origine, le Dakota du Sud. Il milite également en faveur du nucléaire.
Il déteste : Le moratoire imposé par Joe Biden sur les nouveaux projets de gaz naturel liquéfié (GNL), qui est selon lui une décision visant à « satisfaire des activistes du climat sur TikTok ».

Son appui à l’énergie éolienne le place potentiellement en porte-à-faux par rapport à M. Trump, qui a promis de mettre fin aux projets éoliens en mer dès le premier jour.

Kristi Noem, département de la Sécurité intérieure des États-Unis

Elle aime : L’éolien et l’hydroélectricité. La gouverneure du Dakota du Sud estime que son État est l’endroit idéal pour développer la prochaine génération de technologies nucléaires.
Elle déteste :
Son chien. Mme Noem fait aussi partie des cinq gouverneurs qui ont refusé les subventions de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis qu’offrait Washington à chaque État pour qu’il s’attaque à la pollution climatique. Elle a également refusé de distribuer des remises à l’achat d’appareils électroménagers écoénergétiques.

Mme Neom est candidate pour une entité qui supervise l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence des États-Unis (FEMA) à une époque où les perturbations climatiques sont fréquentes. La FEMA est le principal assureur américain contre les inondations.

Mike Waltz, conseiller national pour la sécurité
Il aime : La domination américaine dans le domaine de l’énergie. M. Waltz se montre ferme à l’égard de l’Iran et de la Russie, ce qui est susceptible de se traduire par un renforcement des sanctions contre les deux pays. Il a contribué à l’élaboration de la Stop Harboring Iranian Petroleum (SHIP) Act, qui pourrait connaître une nouvelle vie sous la nouvelle administration.
Il déteste : Le moratoire sur l’autorisation de nouveaux projets de GNL imposé par l’administration Biden.

Le conseiller national pour la sécurité n’a pas à être approuvé par le Sénat.

Marco Rubio, secrétaire d’État

Il aime : Les chaînes d’approvisionnement en minéraux essentiels. Il a présenté un projet de loi bipartite en juin pour « développer une stratégie […] visant à ce que les États-Unis, leurs alliés et leurs partenaires mondiaux puissent compter sur un approvisionnement sûr et diversifié de bout en bout en minéraux essentiels. »

Il déteste : La Chine, l’Iran et la Russie – ce qui pourrait avoir des répercussions tant sur les marchés pétroliers que sur ceux des énergies renouvelables.

Elon Musk, cochef, ministère de l’Efficacité gouvernementale (DOGE)

Il aime : Les véhicules électriques Tesla. Ainsi que les prêts du gouvernement fédéral des États-Unis, les allègements fiscaux et les autres politiques favorables aux véhicules électriques qui ont facilité l’essor de Tesla.

Il déteste : Les grosses administrations et les organismes de réglementation avec qui il a régulièrement eu maille à partir au sujet des problèmes de sécurité de Tesla. Il pourrait maintenant faire le ménage dans ces organismes.

Vivek Ramaswamy, cochef, ministère de l’Efficacité gouvernementale

Il aime :
Les carburants fossiles . Il possède des intérêts dans un fonds de gestion d’actifs qui gère un FNB axé sur l’énergie (DRL) – qui suit les grandes sociétés pétrolières et gazières.

Il déteste : Les subventions à l’achat de véhicules électriques du président Biden, qui, selon lui, accentuent l’indépendance de l’Amérique envers la Chine. Faut-il y voir une possible source de frictions avec le cochef du DOGE ?

Au delà du cercle vicieux de la COP29

La COP29 n’a pas précisément été un moment de gloire pour les diplomates du climat. Mais elle n’a pas non plus été totalement une perte de temps. John Stackhouse, chef de l’Institut d’action climatique RBC, et son équipe énumèrent ci-dessous quelques faits saillants de la conférence de Bakou.

1. Un article 6.4 réjouissant
Dans une décision marquante prise le premier jour des pourparlers sur le climat mondial, la COP29 a officiellement adopté les nouvelles normes opérationnelles d’un mécanisme prévu à l’article 6 de l’Accord de Paris, ce qui jette les bases d’un marché mondial du carbone.

L’adoption de l’article 6.4 ouvre la porte à la mise en œuvre de l’article 6, qui était bloquée depuis des années. Ce nouvel article établit un marché centralisé du carbone qui permet aux pays d’échanger des droits d’émission afin de tenir leurs engagements de l’Accord de Paris.

2. Montrez-nous l’argent
Pour de nombreux sceptiques à l’égard de l’ONU, la COP29 aurait aussi bien pu se tenir sur Mars, tant le programme de la conférence semblait ésotérique. Bien que la définition de règles pour un marché mondial de carbone soit un début, la majeure partie de l’attention est axée vers la grande question, que les Nations Unies, dans un discours, ont appelée, tenez-vous bien, le nouvel objectif collectif quantifié [de financement climatique]. Objectif : 1 000 milliards de dollars annuels. Elon Musk a le temps de se poser sur Mars d’ici là. Un engagement de 300 milliards de dollars semble plus probable.

On se souviendra que le même processus avait abouti à un engagement de 100 milliards de dollars par an il y a plus de 10 ans, et que cet objectif pour 2020 n’a pas été atteint avant 2022. Nous verrons bien si les choses sont différentes avec ce nouvel objectif collectif quantifié.

3. Multiplication des fonds
Un des changements les plus importants observés dans l’action climatique au cours de la dernière décennie a été la multiplication des fonds de bienfaisance cherchant à investir dans des projets durables. L’exemple le plus emblématique pourrait être le fonds pour la Terre de 10 milliards de dollars de Jeff Bezos, dont le chef de la direction, Andrew Steer, a fait le voyage à Bakou pour rappeler à l’assemblée sur le climat que les acteurs traditionnels de la finance sont loin d’exploiter suffisamment l’argent de la philanthropie. Il a avancé l’idée d’une « équipe tactique pour la planète », qui serait une sorte de version de la Banque mondiale capable de mobiliser des financements garantis par les États, des capitaux privés et des fonds philanthropiques pour de grands projets hors marché de réduction des émissions.

4. Le monde à l’envers
Le président désigné des États-Unis Donald Trump envisage de se retirer des discussions sur le climat, tandis que la France – l’architecte de l’Accord de Paris – pense rappeler son principal négociateur à la COP29. La Russie, quatrième émetteur de GES au monde, déclare en revanche, par la voix de son plus haut diplomate, qu’il ne faut pas interrompre les pourparlers sur le climat « malgré les divergences politiques ». La Chine dit également vouloir un dialogue constructif sur les changements climatiques avec les États-Unis sous l’administration Trump. C’est le monde à l’envers, vraiment.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

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Issue #04

Un plafonnement déjà condamné
Ce qu’impliquera la politique Trump au Canada
La capture du carbone selon l’Alliance Nouvelles voies
Les problèmes de calendrier de la COP 29


Points saillants

Relance du grand projet albertain de capture de CO2. L’appel d’offres lancé par l’Alliance Nouvelles voies auprès des fabricants de conduites* et les discussions menées avec Ottawa* sur la question du financement indiquent que le projet avance enfin. Conçu par les six principales sociétés du secteur des sables bitumineux et censé coûter 16,5 milliards de dollars*, il consistera à transporter par pipeline le CO2 produit par 20 installations d’exploitation jusqu’à un terminal situé dans la région du lac Cold (Alberta), ce qui réduira leurs émissions de 22 mégatonnes par an, soit environ 10 % des émissions du secteur. Compte tenu de l’ampleur du partenariat et de l’ambition des protagonistes, cela pourrait changer la donne – si l’on nous permet cette image éculée.
Les rapports sur le climat se succèdent – c’est sans doute la saison des COP ! Pour atteindre les cibles de l’Accord de Paris, le monde doit dépenser quelque 9 000 milliards de dollars américains de plus chaque année, indique le rapport 2024 des Nations Unies sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions*, parmi l’avalanche d’analyses qui prélude à la COP de Bakou (Azerbaïdjan). De son côté, l’AIE vient de publier son tome 1 (le rapport World Energy Outlook* (Perspectives énergétiques mondiales, 398 pages) et son tome 2 (Energy Technology Perspectives 2024*, 573 pages) ; quant au dernier rapport sur l’efficacité énergétique (Energy Efficiency), il est censé paraître aujourd’hui. Considérés comme des étalons de mesure, les rapports de l’AIE sont fréquemment cités. Pendant les longs vols qui les conduiront de Toronto ou de Calgary à Bakou, les délégués pourront se délecter du rapport des Nations Unies* sur les plans climatiques des différents pays, ou du dernier bulletin de l’OMM sur les gaz à effet de serre*.
La COP 16 se termine dans la désunion. Les participant au forum mondial sur la biodiversité, tenu à Cali (Colombie)*, n’ont pu se mettre d’accord sur le financement à prévoir au cours de cette décennie, ni sur les objectifs à atteindre. Fait symptomatique : la conférence s’étant prolongée, de nombreux délégués des pays en développement ont dû partir avant la fin, car ils n’avaient pas les moyens d’annuler leur billet de retour et de prendre un autre avion*. On note cependant quelques progrès, notamment l’établissement d’un prélèvement mondial sur les produits reposant sur des données génétiques d’origine naturelle, ainsi que la volonté historique de tenir compte du point de vue des communautés autochtones lors des décisions qui seront désormais prises en matière de conservation de la nature.

Cela aussi, Les Simpsons l’avaient prédit. Les milliardaires – notamment Bill Gates* et Sam Altman, le PDG d’OpenAI – songent à bloquer le rayonnement solaire. C’était déjà l’idée de Mr Burns*, personnage d’une série de dessins animés dont les dons de prophétie sont devenus célèbres*. Il est de plus en plus question de refroidir la planète en réfléchissant vers l’espace une part croissante du rayonnement solaire. Or les compagnies d’assurance* préviennent qu’il pourrait en résulter des changements climatiques imprévisibles susceptibles d’entraîner des conflits internationaux. De plus, le procédé ne permet pas de réduire sensiblement les émissions de GES. L’année dernière, l’ONU* en a qualifié la mise en œuvre d’inconsidérée. Cela arrêtera-t-il les milliardaires ?

Prix bimensuel de l’action climatique. Décerné aux chercheurs de l’Université de Zhengzhou (Chine)* et de l’Université d’Australie-Méridionale, qui ont mis au point un tissu qui protège des vagues de chaleur. Contrairement aux tissus ordinaires, qui conservent la chaleur, celui-ci comprend trois couches conçues pour refroidir au maximum.

Prix bimensuel du flop climatique. Décerné au Kremlin qui, selon l’OTAN, refuse de publier des données vitales sur les changements climatiques en Arctique*. Toujours selon l’alliance militaire occidentale, la Russie mène une intense campagne de désinformation contre la décarbonation.

Le plan de match climatique 2.0 de Donald Trump

Le retour en fanfare de Do*nald Trump à la Maison-Blanche soulève de graves questions quant à la politique climatique des États-Unis, à la loi sur la réduction de l’inflation (IRA) – une réalisation phare du président Joe Biden – et à l’Accord de Paris. Une deuxième administration Trump ne va pas nécessairement briser l’élan international en matière de climat, mais la situation sera peut-être bien différente dans quelques années.

Quel semble être le destin de l’IRA ? Trump a menacé de réduire à néant tous les fonds encore non dépensés au titre de l’Inflation Reduction Act*, mais ce ne sera sans doute pas facile, car la loi profite à de nombreux États et districts républicains (voir tableau ci-dessous). Certains analystes* affirment que la transition est trop bien engagée pour être stoppée, mais Trump pourrait fort bien exiger qu’on refonde la politique en cours et que certaines technologies soient privilégiées. Trump considère notamment que l’énergie éolienne est chose « infecte »*, ce qui pourrait en entraîner la mise hors-jeu. À l’annonce de la victoire de Trump, le cours des actions du secteur des énergies renouvelables a plongé, ce qui semble confirmer les craintes des investisseurs.

Le sort de l’Accord de Paris. Au cours de son premier mandat, Trump a retiré son pays de cette entente mondiale sur le climat* ; il pourrait récidiver. Selon le secrétaire de l’ONU, Antonio Guterres,* un second désengagement des États-Unis pourrait mettre à mal l’Accord de Paris. Mais ce ne sera probablement pas la fin de tout. Une fois Trump au pouvoir, les alliés devront s’accoutumer à des politiques énergétiques bien différentes. Peut-être verra-t-on se former un club de partenaires dirigé par les États-Unis et dont la Chine serait exclue. Il y aura peut-être aussi un changement de cap sur de multiples fronts, avec de nouveaux objectifs climatiques pour 2030 et 2050 ainsi que des politiques qu’accepteront mieux entreprises et consommateurs, parce qu’elles reposeront sur un compromis entre sécurité énergétique, abordabilité et émissions – des solutions sur mesure plutôt que ces ambitieuses politiques censées répondre à tout mais que de nombreux pays répugnent à mettre en œuvre.

L’ACEUM, cette partie de plaisir. La prochaine phase de renégociation de l’ACEUM (ex-ALENA) à laquelle se livreront le Canada, les États-Unis et le Mexique en 2026 sera probablement plus compliquée sous l’administration Trump, qui entendra protéger le secteur automobile américain. « Je vais bien m’amuser »*, a déclaré Trump – ce qui est de mauvais augure. Peut-être pas pour le Canada, cependant, du fait de son grand atout : les minéraux critiques. Ils n’étaient pas au centre des dernières négociations, mais le Canada pourrait les faire valoir en 2026. En matière énergétique, Trump veut en effet s’affranchir de la filière chinoise ; Ottawa a donc tout lieu de renforcer la chaîne d’approvisionnement dont disposent les constructeurs automobiles canadiens le long de l’autoroute 401, jusqu’au Michigan – qu’il s’agisse du nickel, du cobalt, des batteries ou de l’assemblage des véhicules. Cela nous protègerait, compte tenu du fait que Trump entend taxer lourdement tous les produits importés aux États-Unis.

Que ferait Elon Musk ? Acquis à Trump (dont il sera peut-être le prochain gourou en matière d’efficacité administrative*), le patron milliardaire de Tesla est un acteur incontournable du secteur automobile nord-américain. Si le nouveau président vitupère contre le secteur manufacturier de la Chine, Musk*, quant à lui, dépend fortement des moyens de production de ce pays. Cela pourrait générer des conflits ou avoir des effets déstabilisants dont la chaîne d’approvisionnement canadienne pourrait tirer profit pour se présenter comme une avantageuse solution de remplacement. Une approche ambitieuse, certes – mais la timidité ne paie pas, actuellement.

Vers de nouvelles émissions. L’appel lancé par Trump aux producteurs de gaz et de pétrole (« forez, les gars, forez »*) va provoquer une hausse des émissions de GES américaines, surtout si la déréglementation s’accélère. Trump pourrait bien insister pour que le Canada (premier exportateur de pétrole aux États-Unis) maintienne sa production afin que les cours ne s’envolent pas. Or Ottawa vient de proposer de plafonner les émissions du secteur pétrogazier (voir point suivant). Quiconque aura à s’entendre avec la prochaine administration Trump en matière de commerce, de climat et d’énergie devra trouver l’adéquation entre les ambitions et les besoins du Canada d’une part, et, de l’autre, la nouvelle réalité américaine.

Un plafonnement déjà condamné

Comme on pouvait s’y attendre, le projet de règlement fédéral visant à plafonner les émissions de GES* du secteur pétrogazier a été accueilli froidement par l’Alberta*. La future politique climatique, qui est peut-être la plus controversée qu’ait conçue le gouvernement libéral, ressemblerait au cadre de plafonnement-échange proposé en décembre 2023.

  • Contenir les émissions. Le plafond sera fixé en 2029 et il faudra s’y conformer dès 2030 ; les quotas d’émissions, accordés gratuitement, devront être inférieurs de 27 % aux émissions déclarées en 2026. Ces droits d’émettre devront représenter au moins 80 % des émissions totales ; afin d’assurer la souplesse du mécanisme, les crédits de pollution et les paiements seront versés dans un fonds voué à la décarbonation.
  • Ce sur quoi reposent les calculs. À compter de 2030, les émissions devront être inférieures de 27 % à leur niveau de 2026. Seulement, quel sera ce niveau ? Selon Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, Ottawa table sur une baisse de 22 % des émissions au cours des deux prochaines années, ce qui semble quelque peu ambitieux. Si l’on tient pour acquis que les émissions amont du secteur pétrogazier ne changeront pas d’ici 2026, le plafond fixé en 2030 correspondra à une diminution de 15 % par rapport au niveau de référence prévu dans l’Accord de Paris (2005) ou, peut-être, à une hausse de 7 % si l’on tient compte de la souplesse accordée en matière de conformité. On entend déjà les écologistes protester.
  • N’oubliez pas le méthane. Ce gaz est censé entrer pour au moins la moitié dans la réduction des émissions. Les émissions antérieures du secteur pétrogazier canadien ont été revues à la hausse cette année (+12 %), en partie parce qu’on sous-estimait le potentiel de réchauffement climatique du méthane. Le Canada a déjà prévu des règlements visant à réduire les émissions de méthane de 75 % entre 2012 et 2030. Pour une industrie qui a du mal à réduire ses émissions, le méthane n’est pas le problème le plus difficile à résoudre.
    Faut-il repenser les marchés du carbone ? Le règlement projeté ajouterait une autre couche de complexité à la mosaïque canadienne des marchés du carbone. Comme nous l’avons souligné dans un récent rapport*, le manque d’unité entre provinces nuit au bon fonctionnement de ces marchés. Les entreprises signalent régulièrement que l’incertitude réglementaire et le manque d’harmonisation freinent leurs investissements.
  • Que nous réserve l’avenir ? Des consultations officielles débutent actuellement ; une proposition définitive est attendue au printemps. La première ministre de l’Alberta Premier, Danielle Smith, dit envisager « toutes les options juridiques » lui permettant de contrer le projet de plafonnement. On peut par ailleurs se demander si les libéraux seront au pouvoir jusqu’en octobre 2025 et pourront donc appliquer leur nouvelle politique, sachant que le Parti conservateur, auquel les sondages sont favorables, a promis de supprimer le plafond*.

LES PROBLÈMES DE CALENDRIER DE LA COP 29

Plusieurs experts ont rayé de leur agenda la 29e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, prévue à Bakou (Azerbaïdjan). Les élections américaines y sont pour quelque chose, mais il se trouve aussi qu’en raison de la semaine du climat organisée à New York*, beaucoup n’ont pas jugé nécessaire d’aller rencontrer les mêmes interlocuteurs un mois plus tard, à 9 000 kilomètres de là. Bizarrement, une partie de la COP aura également lieu en même temps que le sommet du G20, qui se tiendra les 18 et 19 novembre à Rio de Janeiro, soit à l’autre bout du monde. Bref, un calendrier peu harmonieux.

Pour ceux qui auront la chance de se rendre en Azerbaïdjan, d’y déguster les spécialités locales (kababs, plovs et autres dolmas, comme le recommande Farhad Panahov, natif de Bakou) ou de visiter un peu le Bakou historique, le programme ne s’arrête pas là.

La COP en version allégée. Joe Biden et d’autres ténors mondiaux ne participeront pas à la COP, ce qui signifie que les ONG et les délégués des pays en développement se feront davantage entendre.

Bakou est le deuxième de trois grands sommets. Les Émirats arabes unis (EAU), qui ont accueilli la COP 28, ont fait équipe avec l’Azerbaïdjan et le Brésil (futur hôte de la COP 30). Cette troïka* doit élaborer le plan directeur de la mission « 1,5 °C ». La COP 28 visait à dresser l’inventaire mondial* des besoins, la COP 29 porte sur le financement et la COP 30 aura pour but d’examiner la prochaine série de contributions déterminées au niveau national (CDN) – autrement dit, les plans climatiques des différents pays.

En attendant les CDN. Si la rencontre de Bakou aura moins d’éclat, c’est aussi parce que la plupart des pays ne divulgueront leurs nouvelles contributions qu’en février 2025. Les Nations Unies les veulent généreuses, mais depuis la mouture antérieure, qui remonte à 2020-2021, plusieurs pays se sont dotés de nouveaux dirigeants et les consommateurs comme les entreprises sont plus réfractaires aux politiques climatiques audacieuses.

L’héritage à attendre de Bakou. Un consensus sur le financement serait le résultat le plus important de la rencontre. À court d’argent, l’Europe souhaite que la Chine assume une partie de la facture mondiale, laquelle pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars par an. De fait, comme le nouvel objectif collectif quantifié à atteindre après 2025 sera nécessairement ambitieux (l’engagement annuel n’étant actuellement que de 100 milliards de dollars américains), il faut accroître le nombre de pays donateurs. La question de savoir qui paiera la note divisera certainement les esprits.

Détournement cognitif. La COP 28 s’était terminée sur un mot fameux : c’était « le début de la fin » des combustibles fossiles. L’Azerbaïdjan, un géant du gaz*, ne semble pas de cet avis. Il faut s’attendre à voir l’Europe* croiser à nouveau le fer avec les pays producteurs de pétrole.

Pour le stockage d’énergie verte. La COP 28 tournait autour du méthane et de l’énergie nucléaire. L’Azerbaïdjan* propose aux autres pays de s’engager à se doter d’une capacité de stockage d’énergie de 1 500 gigawatts d’ici 2030. Autres propositions sur la table : rendre le secteur du tourisme moins polluant et créer un marché mondial de l’hydrogène propre.*

L’institut à l’œuvre

Lors du salon Royal Agricultural Winter Fair, qui s’est tenu le 1er novembre, Lisa Ashton, responsable de la politique agricole, a animé une table ronde sur les solutions naturelles auxquelles se prête le paysage agricole. Découvrez ici* les trois traits saillants qui s’en sont dégagés.

Le 4 novembre, nous avons tenu notre deuxième rencontre de la série « Matière à réflexion » à Montréal, où le responsable de l’institut, John Stackhouse*, a entendu des innovateurs exposer leurs idées sur la réduction des coûts et des émissions.

Nos lectures préférées du moment : Revenge of the Tipping Point (Malcolm Gladwell), Climate Capitalism (Akshat Rathi), Not The End of the World (Hannah Ritchie), Fire Weather (John Vaillant), Vampire State: The Rise and Fall of the Chinese Economy (Ian Williams). John parle de ces ouvrages ici*.

ICYMI

La concentration atmosphérique des polluants à effet de serre a atteint un niveau record en 2023*

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AIOC: une visionnaire aide les communautés autochtones à exploiter leur potentiel

Éclaircissement des perspectives économiques de l’Ontario malgré le risque de ralentissement lié aux nouvelles cibles d’immigration

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Issue #03

Relance du nucléaire : les leçons à tirer au Canada
Une victoire de Trump pourrait bouleverser les marchés de l’énergie
Halloween et les changements climatiques
Le 7 novembre, le pseudo associé à notre infolettre deviendra « Bouleversements climatiques ». Pour éviter qu’elle ne soit considérée comme du pourriel, enregistrez notre adresse dans votre liste de contacts.


Points brûlants

Quoi de neuf dans le dernier rapport annuel de l’AIE? Un chapitre entier a été consacré à la sécurité, l’abordabilité et la durabilité. Ce n’était pas le cas dans les Perspectives énergétiques mondiales de 2023, et il n’était que temps. Nous sommes peut-être entrés dans l’« âge de l’électricité », mais loin de se limiter à 1,5 °C, comme le préconisait l’Accord de Paris, l’augmentation de la température moyenne du globe pourrait bien être de 2,4 °C si nous ne parvenons pas à garantir la production des minéraux critiques qu’exigent les énergies propres et si les consommateurs ne peuvent utiliser celles-ci à un coût suffisamment bas. Une bonne nouvelle, toutefois : l’existence de surplus (gaz naturel liquéfié, énergie photovoltaïque, etc.) signifie que nous pourrions bientôt être en présence d’un marché favorable aux acheteurs, toujours selon l’AIE qui, étant donné l’essor des énergies renouvelables, prévoit que les émissions de CO2 mondiales vont bientôt plafonner.

Les Canadiens peuvent à la fois économiser et profiter d’un mode de vie à moindre empreinte carbone. C’est ce qu’on lit dans un nouveau rapport de Clean Energy Canada. Entre autres exemples, l’installation d’une thermopompe et l’achat d’un véhicule électrique (VE) permettraient aux occupants britanno-colombiens d’une maison isolée d’économiser jusqu’à 777 $ par mois. Malheureusement, la fin de la subvention canadienne pour des maisons plus vertes et la pénurie de VE abordables pourraient rendre la transition plus coûteuse.

Une victoire de Trump pourrait bouleverser les marchés de l’énergie. D’après les sondages, le 45e président des États-Unis a autant de chances que sa rivale de gagner les élections du 5 novembre. L’impact géopolitique ne serait pas mince, explique Helima Croft, de RBC Marchés des Capitaux. L’Iran pourrait en effet devenir la principale cible des sanctions américaines. La limitation de sa production de pétrole ferait grimper les cours mondiaux, ce qui galvaniserait évidemment les producteurs nord-américains mais freinerait les efforts déployés par le Canada et (plus modestement) par les États-Unis pour réduire leurs émissions de CO2.

Réfection des infrastructures routières et de gestion des eaux : une facture de 350 G$ pour le Canada. Depuis la période 2020-2022, les différents ordres de gouvernement ont fait poser des aqueducs, des réseaux d’assainissement et des égouts à un rythme record, mais le coût de remplacement des infrastructures en mauvais ou en très mauvais état a grimpé à 357 G$, soit 100 G$ de plus que le coût estimé jusqu’ici. Le problème est criant, comme l’ont montré récemment les incidents survenus à Vancouver, à Montréal ou à Toronto. Par leur fréquence et leur gravité, de tels incidents ont d’énormes impacts économiques. D’après les assureurs, les réclamations pour dommages à la propriété causés par les inondations représentent désormais 36,8 % de toutes les déclarations de sinistre.

La COP 16 vient avant la COP 29. Elle a lieu à Cali (Colombie). Depuis la Conférence de Montréal de 2022 sur la biodiversité, qui a fait date, la COP 16 est le premier sommet bisannuel du genre organisé par les Nations Unies. L’ordre du jour prévoit notamment la mise sur pied d’un cadre de lutte contre le « biopiratage » afin que, notamment, chaque pays reçoive une rétribution en échange des empreintes numériques des espèces végétales rares poussant sur son territoire et utilisées par les compagnies pharmaceutiques. Vous assistez à la COP 16 ? Faites-nous part de vos impressions à cette adresse.

Les producteurs de citrouilles subissent revers après revers. Tam Andersen gère Prairie Gardens, une exploitation de 35 acres située dans le comté de Sturgeon, en Alberta. Elle dit avoir subi, en début de saison, des pertes causées par les froids inhabituels du mois de juin. L’an dernier, c’était la sécheresse qui avait frappé. « Une fois de plus, les changements climatiques sont en cause, explique Tam au téléphone. Nous parlons entre nous de la saison Lemony Snicket », ajoute-t-elle, en référence à l’auteur de A Series of Unfortunate Events. Comme d’autres exploitants, Tam cherche à s’adapter : l’année prochaine, elle sèmera dans des terrains surélevés, afin de protéger les plants des avalanches de neige fondante.

Prix bimensuel de l’action climatique. Le prix est décerné à Lennard de Kler. Ce chercheur spécialisé dans les émissions de GES en temps de guerre animera une table ronde lors de la COP 29 qui aura lieu à Bakou (Azerbaïdjan) en novembre.

Prix bimensuel du flop climatique. Décerné à une proposition délirante du gouvernement britannique qui, pour atteindre ses objectifs de carboneutralité, envisageait de brûler du bois importé en Corée du Nord, en Afghanistan ou ailleurs.

La course au nucléaire reprend

Comme le dit l’AIE, nous allons entrer dans l’âge de l’électricité. Pour l’énergie nucléaire, c’est la Renaissance qui s’amorce, grâce aux géants du numérique. Après le contrat de 960 MW qu’elle a conclu en mars avec Talen Energy, Amazon a signé avec X-energy une entente de 500 millions de dollars américains afin de pouvoir disposer de petits réacteurs modulaires (PRM) d’une puissance totale de 5 000 MW. Google a dévoilé des plans similaires et Microsoft va faire rouvrir la centrale de Three Mile Island. Nvidia, elle, lorgne les centrales japonaises. Il s’agit d’assouvir l’appétit insatiable de l’intelligence artificielle et des centres de données.

L’industrie nucléaire a reçu le feu vert des acteurs politiques à Dubaï, lors de la COP 28, mais le décollage s’est fait attendre. Les récentes annonces en cascade ont fait grimper le cours des actions, loin devant l’indice S&P 500 en valeur annuelle.

Voici ce que cela implique pour le Canada, selon Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique :

Le Canada est à la manœuvre. En matière de nucléaire, nous ne sommes pas des novices. Les provinces s’appuient de plus en plus sur ce secteur ; en Ontario, il est censé répondre à la hausse de 75 % de la demande prévue d’ici 2050, notamment en raison de l’IA. Nous pouvons également faire profiter de notre savoir-faire les pays qui ne font que s’engager dans cette voie – c’est l’un des objectifs assignés aux PRM d’Ontario Power Generation. Déjà, les États-Unis font l’article en Asie avec leur propre technologie.

On réalise que la mise en œuvre des nouvelles technologies de décarbonation dépend étroitement de la signature de conventions de vente et d’achat. Le Canada ne pourrait-il pas suivre cette voie dans le secteur de la capture de CO2 ? La loi américaine sur la réduction de l’inflation (IRA) prévoit un mécanisme ambitieux reposant sur un crédit d’impôt garanti de 85 $US par tonne. L’approche canadienne consiste à atténuer le risque lié aux dépenses en immobilisations par le jeu des crédits d’impôt à l’investissement. Du point de vue économique, cela se tient, mais jusqu’ici, l’incertitude a régné autour du prix du carbone (donc des revenus).

Les marchés du carbone à l’ère des changements climatiques

Selon un nouveau rapport de la Commission on Carbon Competitiveness (C3), qui vient d’être mise sur pied, la compétitivité carbone et les risques de perte de revenus rendent particulièrement vulnérables neuf secteurs canadiens (industrie pétrogazière, raffineries, sidérurgie, cimenteries et alumineries, etc.).

Selon Aaron Cosbey, président de C3 et co-auteur du rapport, la tarification du carbone industriel (on parle aussi de systèmes d’échange pour les grands émetteurs, les « LETS ») demeure la meilleure option à moyen terme.

« Cependant, ajoute M. Cosbey dans un courriel, nous avons constaté que certains produits – fer et acier, produits chimiques de base, engrais azotés, pâtes et papier, etc. (le ciment est un cas d’espèce) – sont beaucoup plus exposés que d’autres. Autant de secteurs dans lesquels il faudrait davantage utiliser les étalons de rendement prévus par les LETS, de manière à maintenir le coût moyen du carbone aussi bas que possible. »

À mesure que les grandes entreprises vont se décarboner, il sera difficile de maintenir les marchés du crédit équilibrés. Le Canada doit donc commencer à étudier différentes options pour mieux se protéger à long terme.

L’une de ces options consisterait en l’ajustement des taxes carbone aux frontières, mais cela contreviendrait aux lois sur le commerce international, perturberait les mesures incitatives prises à l’intérieur du pays et provoquerait bien des remous chez notre voisin du sud.

Autre possibilité : une norme fondée sur l’intensité en GES de chaque produit, qui conditionnerait les ventes sur le marché intérieur (importations comprises).

Ces deux options nécessiteraient la coopération des États-Unis et la mise au point de mécanismes complexes. C3 recommande que le Canada les mette à l’étude dès maintenant (le rapport se trouve ici).

Conclusion : s’il veut assurer sa compétitivité à long terme, le Canada doit soutenir les industries traditionnelles comme les secteurs à fort potentiel de croissance. « Les secteurs qui dépendent fortement de la demande auront probablement besoin de capitaux pour se décarboner et pour occuper les nouveaux créneaux. Quant aux secteurs en croissance, il leur faudra aussi de l’argent frais pour asseoir leur position, étendre leurs activités et passer à la mise en marché. » Tout cela doit se dérouler de manière concertée – et vite.

L’institut à l’œuvre

Lors de la conférence Energy Disruptors tenue le 2 octobre, John Stackhouse et Chana Martineau, cheffe de la direction d’AIOC (Alberta Indigenous Opportunities Corporation), ont discuté de réconciliation économique. Leurs propos ont été résumés ici.

Le 16 octobre, lors du Canada’s Productivity Summit tenu à Calgary, Myha Truong-Regan a expliqué comment la transition énergétique peut stimuler la croissance et la productivité au Canada.

Le 16 octobre, à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, Lisa Ashton a participé au Arrell Food Summit, où il a été question d’innovation en matière alimentaire.

Lisa animera par ailleurs une table ronde sur les solutions naturelles auxquelles se prête le paysage agricole, lors du salon Royal Agricultural Winter Fair qui se tiendra le 1er novembre.

Parmi nos lectures préférées du moment, citons World Without End (Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain), The Burning Earth (Sunil Amrith) et Gambling Man (Lionel Barber).

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

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Issue #02

Le problème que pose Northvolt au Québec
Une taxonomie climatique canadienne pour attirer les capitaux verts
Un nouveau système canadien de tarification du carbone produit par le secteur industriel


Points brûlants

Le Royaume-Uni a cessé d’utiliser le charbon comme source d’énergie, le premier pays du G7 à le faire Ici au Canada, l’Alberta a éliminé cette année la production d’électricité alimentée par le charbon, mais la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick n’y sont pas encore parvenues. Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, RBC, croit que la transition vers des sources d’énergie renouvelable, combinée au stockage sur batteries et au gaz naturel, s’avérera la stratégie à privilégier pour le reste de la décennie. Cela ne suffira toutefois pas pour permettre au Canada d’atteindre sa cible zéro émission nette : il faudra mettre en œuvre des mesures de capture du carbone et mieux synchroniser les stratégies provinciales.

Le Canada a diffusé des lignes directrices en matière d’investissement durable La nouvelle taxonomie climatique a pour but de permettre aux investisseurs, institutions financières et autres parties intéressées de cibler les activités économiques « vertes » ou « en transition ». Il s’agit d’une étape importante de l’établissement au Canada d’un écosystème de finance durable, alors que des investisseurs disposant de billions de dollars en capitaux sont à la recherche d’occasions de placement dans des activités dont le caractère vert ou en transition a été vérifié. Cette taxonomie pourrait contribuer à attirer les capitaux privés si importants pour la croissance économique et la réduction des gaz à effet de serre. Même s’il reste encore beaucoup de travail à accomplir – notamment la définition des utilisations du gaz naturel comme source d’énergie de transition –, la taxonomie canadienne constitue un jalon important dans le parcours du Canada vers la carboneutralité.

Une énergie nouvelle galvanise Calgary. John Stackhouse, directeur de l’Institut d’action climatique RBC, présent à Calgary pour la conférence Energy Disruptors Unite, a constaté l’enthousiasme qui marquait l’événement. Ses principales observations : l’énergie nucléaire est de retour, les critères ESG n’ont pas disparu, et l’équité à l’égard des peuples autochtones est la nouvelle norme. Pour prendre connaissance de ses dix points à retenir, cliquez ici (AN).

À propos des énergies nouvelles : la société de Calgary TC Énergie, fondée il y a 70 ans, a abandonné ses activités liées aux pipelines de pétrole afin de se réorienter vers des sources d’énergie à plus faibles émissions de carbone. Le gaz naturel et les solutions de production d’énergie « qui s’appuient sur le nucléaire, l’accumulation hydro-électrique par pompage et les nouvelles possibilités en matière d’énergie » ouvrent pour la société la voie à une infrastructure s’apparentant à celle des services publics. Autre bonne nouvelle : l’augmentation potentielle à 4 800 mégawatts de la capacité de la centrale nucléaire Bruce Power, en Ontario, dans le cadre du projet Bruce C.

Un émoji pour exprimer votre frustration face aux changements climatiques. Des émojis représentant des arbres morts seront bientôt disponibles pour permettre aux citoyens d’exprimer leur angoisse face aux changements climatiques. Les ouragans Helene et Milton ne sont que les plus récents phénomènes météorologiques suralimentés par les changements climatiques. Depuis 2019, pratiquement chaque province canadienne et État américain a été victime d’une coûteuse catastrophe naturelle. Et pourtant, les politiques permettant de lutter contre les changements climatiques sont de plus en plus impopulaires à Ottawa, à Vienne et à Washington.

Prix bimensuel de l’action climatique : attribué à Shane Gross, de la Colombie-Britannique, qui a remporté le prestigieux prix Wildlife Photographer of the Year du Natural History Museum du Royaume-Uni. Sa photo Swarm of Life, ci-dessous, qui montre un banc de têtards dans un lac près de l’île de Vancouver, lui a valu cette distinction.


Copyright Shane Gross

Prix bimensuel du flop climatique : attribué à une nouvelle étude de l’Université de Cambridge qui recommande de réduire les vitesses de vol de 15 % afin de diminuer les émissions de GES, ce qui augmenterait de 50 minutes la durée des vols transatlantiques
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La production de batteries : un enjeu de taille pour le Canada et le Québec

Ayant misé sur Northvolt, Ottawa et le Québec se retrouvent maintenant devant un problème de taille. Le plus grand fabricant européen de batteries, ayant réuni 15 milliards de dollars US de capitaux provenant de l’industrie automobile, de banques et de gouvernements européens, planifiait la construction d’une usine de batteries pour véhicules électriques près de Montréal, avec l’appui de Québec et d’Ottawa.

Mais se tailler une part de marché dans ce secteur est difficile : les batteries pour VE chinoises sont moins coûteuses et offrent de meilleures performances, et la demande de nouveaux VE en Europe est à la baisse. Ces difficultés pourraient retarder d’au moins 18 mois la réalisation du projet d’usine au Québec.

Lorsqu’annoncé il y a un an, le projet a été qualifié « [d’usine qui produira les] batteries les plus vertes au monde ». Maintenant, il est plutôt perçu comme un « risque calculé », et il s’agit d’un risque énorme : en plus du financement promis par le gouvernement fédéral (voir le tableau), Northvolt a obtenu du gouvernement du Québec un prêt garanti de 240 millions de dollars pour l’acquisition d’un terrain dans la région de Montréal apte à accueillir la construction de l’usine. Le Québec a aussi investi 270 millions de dollars dans Northvolt AB, la société mère suédoise de Northvolt, et la caisse du RRQ y est allée d’un investissement de 200 millions de dollars.

Le délai dans l’exécution du projet pourrait entraver le développement de la chaîne canadienne d’approvisionnement en pièces pour VE. Le directeur parlementaire du budget estime que des trois plus importants projets liés aux VE (y compris les usines de Volkswagen et de Stellantis-LGES en Ontario), le projet de Northvolt était celui qui devait atteindre le plus rapidement, c’est-à-dire d’ici 2037, le seuil de rentabilité. Les délais potentiels dans la réalisation des plans de l’entreprise pourraient signifier que le Canada et le Québec ne tireront des avantages économiques de leurs investissements qu’en 2040 au plus tôt.

Ce projet promettait d’être la réponse du Canada aux géants chinois du secteur des batteries pour VE. Maintenant, cette industrie émergente doit résoudre des enjeux encore plus nombreux.

La tarification du carbone en transition

Les marchés du carbone industriel au Canada peuvent être des moteurs d’innovation, de croissance économique à faible intensité carbone et d’investissements, selon un nouveau rapport publié conjointement par l’Institut d’action climatique RBC, l’Institut climatique du Canada et Clean Prosperity. Or, le Canada compte actuellement neuf systèmes de tarification du carbone distincts, ce qui pose obstacle à la concrétisation de ces avantages.

Les auteurs du rapport avancent que l’harmonisation de ces marchés permettrait d’assurer leur rôle prépondérant dans la réalisation des objectifs économiques, environnementaux et géopolitiques du Canada.

ATandis que les décideurs se tournent vers la dernière moitié des années 2020 dans un monde plus fragmenté, une nouvelle approche à l’égard de nos marchés du carbone pourrait renforcer les politiques commerciales et climatiques, et favoriser un nouveau cycle de croissance à faible intensité carbone, affirment les trois instituts.

Pour lire le rapport en entier, cliquez ici.

L’institut à l’œuvre

Nous étions présents à Ottawa le 10 octobre pour Avantage carboneutralité, la plus importante conférence sur le climat au Canada, organisée par l’Institut climatique du Canada et le Groupe consultatif pour la carboneutralité. John Stackhouse a rencontré Alok Sharma et Candace Laing, de La Chambre de commerce du Canada, pour discuter de la compétitivité du Canada en matière de carbone. Suivez cette conversation sur le compte LinkedIn de John en cliquant ici.

Le capital catalytique C’était l’un des sujets dont ont discuté Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique, à l’Institut climatique RBC et Ravinder Gill, première directrice générale et cheffe, Finance durable, RBC, dans le cadre de la nouvelle série Matière à réflexion sur les perspectives climatiques, dont la première séance s’est tenue à Toronto. Pour prendre connaissance de leurs principales observations, cliquez ici.

Sur les listes de lecture des membres de l’équipe : Le chant du prophète (par Paul Lynch), Impossible ici (par Sinclair Lewis), Vers une économie à trois zéros (par Muhammad Yunus) et What If We Get It Right? (par Ayana Elizabeth Johnson).

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

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Lors de la conférence Energy Disruptors: Unite qui a eu lieu à Calgary, j’ai rencontré Chana Martineau, cheffe de la direction de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC), avec qui j’ai discuté de réconciliation par la voie du développement économique. Femme issue des Premières Nations avec 30 années d’expérience en services bancaires et en service-conseils, Mme Martineau est particulièrement qualifiée pour aider les communautés autochtones à saisir des occasions économiques en les mettant en rapport avec l’entreprise privée. Son équipe interfonctionnelle composée de professionnels des marchés financiers, de spécialistes en relations autochtones et de professionnels de l’engagement fait de l’AIOC une référence en matière de bonne gouvernance et de gestion professionnelle. Mme Martineau a quelques conseils à offrir aux entreprises qui veulent établir des liens avec les communautés autochtones.

1. Organisation inédite, l’AIOC fait la preuve de la puissance de la mobilisation de capitaux autochtones pour permettre aux communautés de saisir des occasions économiques. Pouvez-vous nous retracer l’historique de l’AIOC ?

En 2019, le gouvernement de l’Alberta a tenu sa promesse électorale de créer une organisation qui faciliterait les investissements et la participation de groupes autochtones dans des projets commerciaux viables, chose impossible auparavant en raison des restrictions imposées par la Loi sur les Indiens. L’AIOC a été mise en place pour éliminer ces obstacles en fournissant les capitaux permettant une pleine participation à l’économie, créant, ce faisant, un modèle pour des projets à venir. Nous atteindrons nos cinq ans d’existence le mois prochain, et les possibilités de projets sont si nombreuses que nous n’arrivons parfois pas à suivre le rythme. Le besoin d’un tel programme est très clair.

2. Ce que vous avez réussi à accomplir en cinq ans à peine est vraiment remarquable, et maintenant plusieurs autres provinces vous emboîtent le pas. Quels conseils avez-vous à leur donner ?

Je suis impressionnée par l’esprit entrepreneurial et l’enthousiasme du gouvernement albertain. Il nous a simplement demandé de quoi nous avions besoin pour réaliser notre mission. Notre modèle de gouvernance est extrêmement important. Notre conseil se compose de cinq membres des Premières Nations, de deux membres de communautés métisses et de deux alliés. Il s’agit de personnes qui ont une très bonne compréhension des entreprises autochtones et des marchés financiers. Ces compétences sont importantes pour protéger les garanties sur prêts provinciales et pour saisir les intérêts communs des nations autochtones et de l’entreprise privée. On parle beaucoup de crise de la productivité au Canada. Résoudre cette crise exigera de la collaboration ; il ne fait aucun sens que chaque territoire ait son propre programme qui fonctionne en autonomie. Un tel potentiel de collaboration est particulièrement important pour la réalisation de grands projets d’infrastructure multiterritoriaux. Nous avons toujours fait preuve d’une grande ouverture afin de permettre aux nouveaux programmes de bénéficier de nos apprentissages. Nous voulons sensibiliser les Autochtones et les Canadiens aux avantages offerts par de tels partenariats, et les aider à en tirer profit.

3. La gouvernance est donc cruciale, tout comme le sont l’esprit entrepreneurial et le soutien de vos « actionnaires ». Ces partenariats semblent aptes à permettre de résoudre de nombreux problèmes. Pourquoi le marché ne les a-t-il pas déjà adoptés ?

Les entreprises veulent établir des partenariats avec les Autochtones, mais ces relations sont, de longue date, porteuses de conflits. Certaines entreprises craignent ces conflits potentiels. D’autres reconnaissent que des erreurs ont été commises de part et d’autre et que c’est là la raison d’être du cheminement vers la réconciliation. Elles sont maintenant prêtes à y participer. Notre équipe fait le pont entre les deux mondes. Nous connaissons les marchés financiers, les sociétés cotées en bourse, et le besoin d’offrir un rendement à l’actionnaire. Nous connaissons également les façons de faire et l’histoire des Autochtones. Nous pouvons donc veiller à ce que les partenariats respectent leurs valeurs. Nous mettons les gens en rapport et leur offrons une plateforme pour les discussions qui mèneront à la formation de partenariats profitables de part et d’autre.

4. C’est donc une stratégie très efficace. Qu’y a-t-il d’autre que les entreprises doivent savoir ?

Je crois qu’il faut être fermement enraciné dans ses valeurs. Les partenariats réussis ont toujours été marqués par cet engagement de la direction envers le respect des valeurs. Les équipes de développement et les équipes juridiques des entreprises sont axées avant tout sur l’efficience, et beaucoup moins sur la compréhension du point de vue de l’autre. Ce n’est pas l’approche des communautés autochtones, et il est important que les entreprises le comprennent. Les choses se dérouleront différemment, et c’est une bonne chose. Il faut un véritable leadership au plus haut niveau, ainsi qu’une détermination à persévérer jusqu’à la conclusion.

5. L’approche axée sur la compréhension de l’autre demande du temps, ce qui entre souvent en contradiction avec la philosophie d’entreprise. Comment les entreprises qui sont parvenues à conclure ces partenariats s’y sont-elles adaptées ?

Patience, persévérance et créativité : voilà les trois éléments clés. La créativité est très importante. Les enjeux ne se limitent pas à la conclusion d’ententes de partenariats. Il y a aussi la question des garanties sur prêts. À l’AIOC, nous gérons trois milliards de dollars de fonds publics albertains. Il s’agit là d’une lourde responsabilité envers les contribuables de l’Alberta. Ces opérations ne sont pas faciles à réaliser, et la barre est haute. Nous disposons d’une structure de crédit novatrice pour protéger les garanties sur prêts afin d’éviter que la province se retrouve en position de difficulté budgétaire advenant qu’une garantie sur prêt soit exercée. Notre évaluation de la solvabilité des parties doit donc être prudente, et les garanties sur prêts doivent être établies de manière qui fonctionne pour les communautés et pour les entreprises.

6. Voyons le point de vue des communautés autochtones. Quels sont quelques-uns des signes de réussite au sein des communautés ? Comment celles-ci voient-elles ces partenaires commerciaux et les structures que vous contribuez à créer ?

Certaines communautés ont déjà obtenu des retombées positives. Des partenariats ont contribué à transformer des relations conflictuelles en relations où règnent le respect, la compréhension et la collaboration. Nous constatons aussi une importante stimulation de l’activité économique au sein de ces communautés. Elles sont capables de reconstruire des lieux de rassemblement, prenant en charge toutes les étapes de la conclusion des contrats à la construction. Les emplois et les revenus sont en hausse, ce qui stimule l’activité économique et contribue à la solidité des communautés. Imaginez ces avantages tirés les quelque 43 nations et établissements qui ont pris part à nos opérations. Nous commençons à constater ces retombées économiques.

7. Comment aidez-vous les communautés n’ayant pas accès à des marchés de capitaux ou n’ayant pas d’expertise financière à saisir rapidement les occasions qui se présentent ?

Il y a beaucoup à apprendre en peu de temps. Nous leur offrons des subventions de capacité qui permettent d’accéder à des conseillers ou à du financement pour des services-conseils. Nos partenaires commerciaux contribuent également au financement de ce volet. Les membres des communautés autochtones peuvent voir le cycle de vie complet d’une opération – ils peuvent être présents à chaque réunion, assister à tout le processus de contrôle diligent et faire des visites de site. En comprenant le processus du début à la fin, ils peuvent interagir avec l’industrie. Ils peuvent maintenant demander : « Pourquoi nous parlez-vous de consultation ? Pourquoi ne nous offrez-vous pas une participation ? » Le dialogue a complètement changé. Les membres des communautés autochtones ne sont plus subordonnés à l’industrie, et j’en suis tellement fière.

8. Les avantages tirés de ces opérations ne doivent pas être exclusivement financiers, n’est-ce pas ? Il faut aussi prendre en compte le capital humain et culturel.

Vous devez savoir ce que ces opérations vous apportent. Quand il ne s’agit que d’argent, peu importe l’autre partie. Ce que vous tirerez de l’opération est concret et connu. Mais si vous n’avez pas pris le temps de chercher à comprendre votre partenaire, qu’il soit autochtone ou non, et à instaurer la confiance dès le départ, cela se fera sentir pendant les négociations.

9. Comment pouvons-nous tous – mais surtout les intervenants au sein des entreprises et des gouvernements – soutenir ce que vous faites ?

L’AIOC ne peut pas tout faire. Nous octroyons des garanties sur prêts, certes, mais il reste encore l’approvisionnement, la conclusion des contrats, les relations et l’embauche. Il faut que les organisations et les gouvernements commencent à appréhender différemment la façon dont ces relations sont établies. Si vous voulez embaucher plus d’Autochtones, par exemple, mais que les salons de l’emploi ne donnent aucun résultat, vous devez changer de méthode. Pourriez-vous commencer par un partenariat économique ? À quoi ressemble l’embauche actuellement ? Il s’agit d’une façon différente d’aborder la question. Je pense que beaucoup de gens se demandent comment y parvenir. Parlez avec vos voisins autochtones. Amorcez la discussion, et vous avancerez dans votre parcours.

10. Quelles sont une ou deux choses qui, vous l’espérez, auront évolué d’ici un an ?

J’espère que nous aurons soutenu davantage de partenariats. J’espère que nous aurons élargi la portée des opérations. J’espère que nous aurons conclu une ou deux opérations importantes qui changeront la donne au sein des territoires. Et j’espère que d’autres programmes auront été lancés.

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La transition énergétique offre à la modeste économie ouverte du Canada la chance de renouveler et de redynamiser sa compétitivité mondiale.

La course bat déjà son plein : tandis que les pays fusionnent leurs objectifs économiques, environnementaux et géopolitiques, le besoin d’harmoniser les politiques commerciale et climatique se fait de plus en plus pressant. Cette pression pourrait s’accroître à mesure que les économies développées empruntent la voie du protectionnisme, y compris des moyens de réduire l’accès aux produits fabriqués dans des pays aux normes d’émissions de carbone moins rigoureuses. Dans le cadre du nouveau paradigme commercial, le Canada a l’occasion de livrer concurrence sur le plan des exportations de biens à faibles émissions de carbone, tout en gérant les perturbations du marché causées par les technologies propres émergentes.

Heureusement, le Canada possède une avance dans cette compétition de faibles émissions de carbone, les marchés du carbone industriel pouvant servir de fondement à l’innovation, à la croissance économique à faible intensité carbone et aux investissements. En définissant une politique qui débouche sur des réductions d’émissions à l’échelle nationale sans compromettre sa compétitivité, le Canada peut obtenir un avantage au sein de la nouvelle économie.

En effet, les efforts du Canada pour faire face aux nouveaux impératifs posés par la transition énergétique peuvent s’articuler autour des marchés du carbone industriel. Ils peuvent nous aider à rivaliser dans une économie à faibles émissions de carbone, à obtenir des avantages concurrentiels sur les marchés d’exportation internationaux et à décarboner l’industrie lourde – et rapprocher le Canada de ses objectifs de carboneutralité.

Le système actuellement en vigueur au Canada reste toutefois fragmenté ; neuf marchés du carbone industriel – aussi appelés les systèmes d’échange pour les grands émetteurs (SEGE) – établissent la tarification du carbone pour les installations de l’industrie lourde. Chaque SEGE dispose d’éléments de conception et de conditions de marché aux différences subtiles et fonctionne dans son propre vase clos provincial.

La fragmentation de ces marchés mine leur potentiel et nuit à la capacité du Canada à mettre sur pied des industries à faibles émissions de carbone. Laisser les provinces adapter leur système à leurs priorités et politiques régionales est logique – jusqu’à un certain point. L’arrangement actuel nuit toutefois aux petits marchés en raison de la rareté des émetteurs, ce qui fait augmenter les coûts d’opération des sociétés menant des activités dans plusieurs provinces. Tandis que ces sociétés composent avec différentes règles de conformité, elles sont enlisées dans un contexte réglementaire de plus en plus complexe qui freine les décisions d’investissement. Le ralentissement pourrait mener à la volatilité des prix, à une faible participation, à des volumes de négociation peu élevés et à un manque de confiance généralisé en regard de ces marchés.

Supprimer les barrières commerciales interprovinciales et intégrer ces systèmes fragmentés pourrait déboucher sur une vigueur économique considérable susceptible de transformer la transition énergétique du Canada.

Avantages de l’harmonisation

Gain d’efficacité, baisse des coûts
Une société productrice de bois d’œuvre exerçant ses activités en Ontario et en Colombie-Britannique dans le système canadien actuel doit adopter deux approches différentes pour calculer ses plafonds d’émissions pour s’assurer de respecter les lois de chaque province Cela entraîne la duplication des systèmes et des processus de conservation des documents, de surveillance, de production de rapports et de vérification. Il faut aussi tenir compte des coûts administratifs et de conformité plus importants qui se répercuteront ultimement sur les consommateurs. L’harmonisation pourrait stimuler les investissements dans la décarbonation et les dépenses en immobilisations et réduire le besoin de capital humain pour veiller à la conformité à chaque ensemble de règles.

Harmoniser la gouvernance pourrait aussi améliorer le fonctionnement des marchés. Un mécanisme de surveillance robuste, incluant une saine gouvernance, une solide divulgation d’information et l’application de normes, renforcerait la confiance dans le marché. Tandis que les études sur l’intégrité et le fonctionnement des marchés canadiens de crédits carbone se font rares, celles sur les marchés financiers laissent entendre que les marchés de crédits carbone affichant ces caractéristiques amélioreraient les résultats pour les participants au marché sous la forme de réduction des coûts d’opération.

Un univers de placement plus large
Lier les marchés est une autre composante clé de l’harmonisation, en permettant la mise sur pied de marchés plus vastes regroupant davantage d’acheteurs et de vendeurs capables de communiquer rapidement entre eux, ce qui réduirait les délais d’opération et les coûts de recherche. Des liens étroits favoriseraient aussi l’établissement d’un marché plus vaste de crédits de carbone fongibles entre les différents SEGE, augmentant le bassin d’acheteurs potentiels.

Avantage concurrentiel des entreprises canadiennes

Il est difficile d’évaluer les répercussions sectorielles à court terme de la tarification du carbone industriel. La compétitivité d’un secteur dépend en grande partie de sa structure, incluant les coûts et la rentabilité, la demande à long terme pour ses produits et l’existence de substituts bon marché et à faible intensité de carbone. Le fait que ses principaux partenaires commerciaux ont ou non mis en place des politiques de traitement tarifaire préférentiel des biens produits dans des territoires disposant de mécanismes de tarification du carbone influe aussi sur la compétitivité. Et c’est sans compter les autres formes de soutien politique.

Le mécanisme canadien de tarification du carbone couvre huit secteurs clés à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux. Les biens produits par ces secteurs, qui ont contribué à hauteur de 232 milliards de dollars à l’économie canadienne l’an dernier, sont exportés vers trois principaux partenaires commerciaux – les États-Unis, le partenaire commercial le plus important du Canada, l’Union européenne (UE) et la Chine.

Rivaliser avec des partenaires commerciaux
Les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux susceptibles de profiter de la tarification du carbone sont ceux dont les volumes d’échanges commerciaux avec l’UE et la Chine sont importants – qui disposent tous deux d’un SEGE dont la dynamique est considérablement différente.

On s’attend à ce que le prix des biens canadiens puisse concurrencer ceux produits dans l’UE, puisque les structures sectorielles de coûts et la rigueur du mécanisme de tarification du carbone sont semblables. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE, qui doit entrer en vigueur en 2026, est un régime tarifaire qui prévoit le traitement préférentiel des biens produits dans des pays avec tarification du carbone ; il stimulera la compétitivité des prix du fer, de l’acier et de l’aluminium produits au Canada.

Entre-temps, les biens canadiens exportés en Chine auront de la difficulté à rivaliser au chapitre des prix, puisque les structures de coûts de la Chine sont considérablement moins élevées que celles du Canada. Cet avantage de coût est appuyé par l’importante utilisation par la Chine de subventions dans les secteurs clés et par son abondante main-d’œuvre peu coûteuse. Le prix du carbone relativement moins élevé de la Chine, à 19 $ par tonne d’équivalent de CO2, comparativement à 80 $ par tonne d’équivalent de CO2 au Canada, aurait peu de répercussions sur l’érosion de la compétitivité des prix des biens chinois par rapport aux biens canadiens.

Selon la valeur nominale, les secteurs exportateurs des États-Unis sont aussi désavantagés au chapitre des prix, puisqu’aucun mécanisme fédéral de tarification du carbone ne s’applique aux États. Les biens canadiens tenant compte de la tarification du carbone devraient rivaliser avec des biens américains qui ne tiennent pas compte de cette tarification.

Ce désavantage de prix pour les secteurs industriels clés peut toutefois être en partie compensé par la conception du système, ainsi que par les revenus que les sociétés peuvent générer au moyen des crédits de carbone. Une étude récente de Clean Prosperity et L’Accélérateur de transition a révélé que les revenus générés par les crédits de carbone sont la mesure incitative la plus importante dont disposent la plupart des secteurs de l’industrie lourde. Ils demeurent l’option politique la moins chère au Canada pour attirer des investissements à faibles émissions de carbone au pays. À long terme, ces investissements peuvent permettre au Canada de rivaliser avec les nouveaux secteurs à faible intensité carbone du monde entier.

Au-delà des résultats sectoriels
La compétitivité des prix ne doit toutefois pas être assimilée à la rentabilité et à la viabilité à long terme d’un secteur. Le secteur du fer et de l’acier a la marge bénéficiaire la moins élevée de tous les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux, qui s’établit à 4 %. Le secteur devra complètement revoir sa structure de coûts pour demeurer rentable et viable, car le prix du carbone augmente de 15 $ par tonne chaque année au Canada. Les autres secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux ont des marges plus élevées, de 13 % pour celui du ciment à 49 % pour celui des sables bitumineux, ce qui leur permet d’absorber le coût du carbone sans trop éroder leur rentabilité.

La viabilité à long terme de ces secteurs dépendra ultimement de la demande à long terme. Les exportations canadiennes aux États-Unis sont concentrées dans trois secteurs, le pétrole, le gaz naturel et le pétrole raffiné, comme l’essence, et représentent 79 % de l’ensemble des exportations des secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux. Aux États-Unis, la demande globale de pétrole ayant culminé en 2005 et celle de gaz naturel en 2023, la trajectoire laisse croire que la demande pour les trois produits baissera en raison de l’électrification, y compris le remplacement des voitures à essence par des voitures électriques, une dépendance moindre au gaz naturel nécessaire au chauffage et à la production d’électricité et à l’augmentation de l’efficacité énergétique.

Le déclin structurel du pétrole, du gaz naturel et de l’essence parmi les sources d’énergie aux États-Unis, qui est attribuable à des politiques autres que de tarification du carbone, donne à penser que le marché de ces produits de combustibles fossiles perd en importance. Le marché du gaz naturel devrait être le moins touché en raison de l’utilisation persistante de l’essence dans les processus industriels et du manque de solutions de rechange économiques et à faible intensité carbone, comme l’hydrogène.

La baisse de la demande et la diminution de la taille du marché au niveau sectoriel ne mènent pas nécessairement à une stagnation économique plus large. Une étude sur le marché du carbone de la Colombie-Britannique a révélé que dans l’ensemble, le prix du carbone n’a pas de répercussions négatives sur son économie ou le marché du travail, les emplois passant de secteurs à fortes émissions de carbone à des secteurs plus propres . Une étude sur le marché du carbone français a aussi révélé l’augmentation des emplois verts – preuve que les marchés du carbone fonctionnent comme le prévoyait la théorie économique .
De façon semblable, l’Allemagne, la plus grande économie de l’Union européenne et le plus grand émetteur du marché du carbone de l’UE , a réussi à tirer profit de la tarification du carbone pour réduire l’intensité des émissions sectorielles en réduisant la consommation de gaz naturel et de pétrole et en améliorant l’efficacité énergétique des processus industriels, selon une étude. Cela a été réalisé sans peser sur le marché du travail, la croissance du PIB ou les exportations.

Les données et les études se font rares sur la façon dont les provinces canadiennes ont adapté leur stratégie de développement économique pour protéger leurs secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux. Certains territoires de compétence, comme l’Alberta, ont réagi à cet enjeu politique en intégrant la souplesse en matière de conformité réglementaire dans son mécanisme de tarification du carbone.

De telles politiques visent également à assurer que les secteurs ne sont pas pénalisés sur le plan fiscal à court terme, tandis qu’ils investissent dans la technologie à faibles émissions de carbone, ce qui représente d’importants investissements à long terme. En vertu de la Technology Innovation and Emissions Reduction Regulation (TIER) de l’Alberta, les sociétés peuvent demander une dispense réglementaire si les coûts de conformité excèdent 3 % de leurs ventes ou 10 % de leurs profits. Les sociétés peuvent alors utiliser un plus grand nombre de crédits de carbone pour réduire leurs obligations de conformité, ou demander de produire plus d’émissions sans frais.

Les entreprises ne cessent de mentionner l’incertitude réglementaire comme un frein aux décisions d’investissement. L’harmonisation peut offrir aux investisseurs et aux marchés la certitude dont ils ont besoin pour investir dans la transition énergétique du pays.

Adaptation aux politiques
Malgré de nombreux avantages économiques et commerciaux et le désir du secteur de rationaliser la réglementation, l’harmonisation n’a pas été réalisée pour deux raisons principales. Dans certaines provinces, l’harmonisation est perçue comme pouvant mener à l’érosion de leur pouvoir décisionnel pour protéger leurs industries. L’harmonisation demande plus de coordination et l’atteinte d’un consensus. Les processus que certaines provinces craignent pourraient limiter leur capacité d’adaptation à l’évolution des conditions du marché et de la réglementation à l’échelle mondiale, ce qui est essentiel pour assurer la compétitivité de leurs industries. Plusieurs de ces préoccupations raisonnables peuvent être abordées dans des cadres de gouvernance lors de l’harmonisation des SEGE du pays.

Comment harmoniser les SEGE

Les SEGE du Canada sont déjà harmonisés de façon rudimentaire, principalement par le truchement du prix global du carbone, qui s’établit actuellement à 80 $ par tonne. Les menus détails de la conception et du fonctionnement du marché varient d’une province à l’autre – surtout en ce qui a trait aux règles entourant qui peut détenir et négocier des crédits.

Harmoniser les SEGE et supprimer ces barrières commerciales interprovinciales nécessiteront l’alignement de ces menus détails entre les systèmes, qui en sont à différentes étapes de développement et de maturité.

À l’exception du Québec, qui utilise un système de plafonnement et d’échange comme la Californie, les SEGE employés par les provinces et les territoires sont des systèmes de tarification fondée sur le rendement. Ces systèmes régissent les installations en fonction de leur intensité d’émissions plutôt que de leurs émissions totales, comme c’est le cas du système de plafonnement et d’échange. La présente analyse se limite aux SEGE canadiens fondés sur le rendement. L’intégration des marchés à plafonnement et échange et ceux fondés sur le rendement au-delà du prix global s’avérerait beaucoup plus complexe et à long terme.

Tant au chapitre de la substance que du processus d’harmonisation des SEGE, les gouvernements provinciaux et fédéral peuvent s’appuyer sur leur expérience dans les accords commerciaux intérieurs.

Nous mentionnerons deux grandes approches.

Modèle regroupant toutes les parties
L’harmonisation selon le modèle regroupant toutes les parties requiert un leadership central fort et des normes communes pour tous les SEGE provinciaux. L’Accord de libre-échange canadien (ALEC) offre une analogie utile pour cette approche plus « descendante » pour supprimer les barrières commerciales. Dans le cadre de l’ALEC, le gouvernement fédéral et l’ensemble des provinces et territoires se sont engagés à respecter un ensemble commun de dispositions, de définitions, de règles, d’exceptions, de conventions institutionnelles (p. ex., résolution des différends), visant à « réduire et à éliminer, dans la mesure du possible, les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des investissements au Canada et à établir un marché intérieur ouvert, efficace et stable ».

L’approche actuelle du Canada à l’égard des SEGE, sous la gouverne de la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre du gouvernement fédéral, est l’une des versions possibles du modèle regroupant toutes les parties. En vertu de cette loi, les provinces sont encouragées à établir et à administrer leur propre SEGE.

Sur une période mobile de cinq ans, Environnement et Changement climatique Canada évalue le rendement des SEGE provinciaux et négocie avec les provinces l’« équivalence » de leur rendement par rapport aux normes fédérales. ECCC évalue l’équivalence tous les cinq ans, la prochaine évaluation étant prévue en 2026. Il s’agira de la première évaluation de certains des SEGE les plus jeunes du Canada, notamment ceux de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de l’Ontario.

Modèle regroupant les partenaires consentants
Le modèle regroupant les partenaires consentants offre à deux (ou plus) gouvernements provinciaux une feuille de route pour harmoniser leurs marchés du carbone. Une approche « ascendante » semblable pour supprimer les barrières commerciales est la New West Partnership Trade Agreement (NWPTA). Dans le cadre de cette entente, les provinces signataires – la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba – s’engagent à collaborer pour libéraliser les échanges commerciaux, les investissements et la mobilité de la main-d’œuvre. Les provinces continuent de modifier, d’élargir et de mettre à jour l’entente, la dernière révision datant de 2022.

Le modèle regroupant les partenaires consentants est essentiellement un modèle auquel l’adhésion est volontaire. Dans le cadre de la NWPTA, les provinces ont accepté six critères communs : définitions, obligations, règles, dispositions, mécanismes de règlement des différends et exceptions à l’entente. Établir des critères communs serait un bon point de départ pour toute application du modèle regroupant les partenaires consentants aux SEGE. Un nombre restreint de parties assises à la table de négociation et un modèle auquel l’adhésion est volontaire peuvent mener à une entente reposant sur des critères communs plus solides et une proposition de valeur plus claire pour les provinces participantes.

Un modèle regroupant les partenaires consentants pourrait aussi coexister aux côtés d’un modèle regroupant toutes les parties. Comme les provinces peuvent dépasser les normes fédérales pour les SEGE établies dans la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre du gouvernement fédéral, la NWPTA s’en remet aussi à l’ALEC, dont les dispositions sont plus favorables à la libéralisation du commerce interprovincial.

Degrés d’harmonisation
Outre les détails de la conception générale, comme le prix global du carbone, plusieurs éléments du programme des SEGE ne sont pas harmonisés. L’intégration de ces systèmes n’a pas besoin de survenir simultanément. Cette harmonisation graduelle, étape par étape, est aussi connue sous le nom de degrés d’harmonisation.

Deux volets de l’harmonisation

L’harmonisation des marchés est fondée sur deux volets principaux. Les gouvernements peuvent se concentrer sur chaque sous-volet individuellement ou dans le cadre de mesures plus larges vers une harmonisation complète.

Conception de l’harmonisation des marchés
La conception des marchés SEGE doit prévoir comment le marché du carbone fonctionnera sur le plan juridique. Cela inclut quels secteurs seront couverts par le programme, le prix du carbone et son incidence sur les émetteurs, qui peut détenir des crédits de carbone et sous quelles conditions, et des règles de surveillance, d’information et de vérification, y compris leur application et les pénalités pour non-conformité. Par exemple, les installations dont les émissions excèdent un certain seuil sont automatiquement couvertes par les SEGE, mais cette norme de couverture varie énormément d’une province à l’autre (voir le tableau 1). La plupart des SEGE permettent aussi à des installations de moins grande envergure de prendre part au programme et d’en bénéficier, mais cette norme varie aussi d’une province à l’autre.


Synchronisation des marchés
La pleine harmonisation du fonctionnement des marchés inclut la suppression des barrières commerciales interprovinciales, ainsi que des crédits fongibles pouvant être négociés entre les frontières provinciales.

Plusieurs éléments de la conception du marché doivent être harmonisés avant que cela ne soit possible. Certains SEGE ont différents types de crédits associés à des propriétés uniques. Le système TIER de l’Alberta, de loin le plus important marché du carbone provincial et le plus mature, utilise plusieurs types différents de crédits de carbone pour favoriser la croissance dans divers secteurs. Par exemple, la province a deux types de crédits de carbone dont les caractéristiques visent spécialement à encourager l’adoption des technologies de capture du carbone. La plupart des autres systèmes ne prévoient qu’un type de crédit et sont moins restrictifs quant à qui peut détenir des crédits de carbone et participer au marché. Ces règles devraient être assouplies pour simplifier l’harmonisation du fonctionnement des marchés.

Outre les mécanismes de négociation des crédits, une fongibilité réelle nécessiterait aussi l’harmonisation des décisions entourant la gouvernance et les examens, y compris un processus commun d’évaluation de l’efficacité des différents marchés et du degré de compétitivité des sociétés participant à ces marchés.

Les provinces ont des profils industriels très différents et sont donc confrontées à des enjeux de compétitivité distincts. Le besoin de recherches sur les occasions et les risques associés à l’industrie lourde du Canada est criant tandis que le pays cherche à profiter d’avantages concurrentiels à l’échelle mondiale.

Le modèle de gouvernance des SEGE actuellement en vigueur au Canada – examiné tous les cinq ans – est peu performant. Les provinces peuvent à leur discrétion revoir et rajuster les références au besoin, mais ne l’ont pas encore fait, même si la surabondance des crédits est imminente. Les marchés harmonisés devraient davantage utiliser des stratégies proactives susceptibles de stabiliser les attentes à l’égard du prix des crédits, de permettre la réaction à l’évolution rapide ou perturbatrice des marchés mondiaux et d’atténuer l’incertitude réglementaire des investisseurs et des exploitants. Ces stratégies pourraient notamment inclure des outils politiques, comme les contrats sur le carbone, et le resserrement des règles d’adaptation des références.

Enfin, un engagement commun de mesurer les résultats de l’harmonisation et ses effets sur les économies provinciales pourrait veiller à des décisions fondées sur les données concernant les SEGE à l’avenir. Les provinces pourraient aussi partager une infrastructure numérique, des registres et des programmes qui permettent le suivi des crédits entre les provinces participantes pour maximiser la transparence auprès du public général.

Une chance pour l’alignement des politiques

Protéger l’avenir économique du Canada nécessite tous les avantages concurrentiels possibles. Plusieurs provinces ont passé la majeure partie d’une décennie (sinon plus) à établir leur SEGE en tant qu’élément central de leurs stratégies économiques de décarbonation et de faibles émissions. L’approche fragmentée du pays à l’égard des SEGE offre toutefois d’importantes occasions d’amélioration. Si l’on tient compte de la dynamique et de la tendance du marché mondial vers le protectionnisme, la délocalisation et la décarbonation, le temps est peut-être venu de discuter de ce à quoi la prochaine décennie devrait ressembler pour les SEGE canadiens. L’harmonisation, dans le cadre d’une vision plus large de la compétitivité économique, devrait être le premier point à l’ordre des discussions.

L’harmonisation pourrait contribuer à veiller à ce que les SEGE jouent un rôle important dans l’atteinte des objectifs économiques, environnementaux et géopolitiques du Canada. La compétitivité économique à l’échelle mondiale, les investissements dans la technologie et l’innovation, la rationalisation des processus réglementaires et des coûts : ces avantages et d’autres découlant de l’harmonisation des SEGE sont trop nombreux pour être ignorés.

Tandis que les décideurs se tournent vers la dernière moitié des années 2020 et un monde en pleine fragmentation, une nouvelle approche à l’égard de nos marchés du carbone naissants pourrait renforcer les politiques commerciale et climatique, et favoriser un nouveau cycle de croissance à faible intensité carbone.

Contributors:

Myha Truong-Regan, Responsable de la recherche sur le climat, Institut d’action climatique RBC

Brendan Frank, Recherche et sensibilisation, Clean Prosperity

Dale Beugin, vice-président exécutif, Institut climatique du Canada

Yadullah Hussain, Rédacteur en chef, Institut d’action climatique RBC

Caprice Biasoni, Spécialiste en design graphique

Pour en savoir plus, allez à www.rbc.com/institut-action-climatique.

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Issue #01

Bienvenue à ce bulletin, anciennement baptisé Signaux climatiques, qui contient des détails croustillants et de rapides mises à jour sur l’évolution des tendances dans l’action climatique et l’énergie.
Bagarres sur le climat à New York
Un fléchissement dans les ventes de VE ?


Points brûlants

La taxe carbone, autrefois considérée comme une excellente mesure climatique, est maintenant victime des politiques sur le climat. Jagmeet Singh du NPD et David Eby, premier ministre de la Colombie-Britannique actuellement en campagne électorale, ont fait volte-face à propos de la taxe carbone, qui jusque-là faisait l’objet d’une vaste publicité auprès des consommateurs. Ce revirement fait écho au changement d’opinion de l’électorat quant à la taxe carbone. Peu importe si l’impôt supplémentaire a eu un effet d’à peine 0,15 point de pourcentage sur l’inflation, le thème échauffe les esprits. De ce fait, les libéraux doivent se creuser la tête et imaginer des façons de corriger le tir. Alors que le gouvernement rejette toute idée de suspension de cet impôt, la taxe pourrait être sauvée par des exonérations ou des rabais plus importants (comme cela a été mis en place pour certains Canadiens en milieu rural), d’après Shaz Merwat, notre chef du secteur de l’énergie.

L’électricité est le grand défi de la décarbonation au Canada. Les émissions du secteur ont plongé de 38 % depuis 2005, ce qui s’est traduit par une chute de 0,8 % des émissions globales l’année dernière, selon les estimations de l’Institut climatique du Canada. Mais l’énergie propre peut-elle encore nous aveugler, étant donné que le réseau devra vraisemblablement tripler d’ici 2050, que l’énergie hydroélectrique est menacée par des sécheresses et que nous sommes encore à une décennie, voire plus, de la mise en exploitation des projets de captage de carbone et de production nucléaire ? Par ailleurs, la demande de secteurs gourmands en énergie, tels que l’IA et les centres de données, pourrait obliger certaines régions à recourir au gaz.

Pour continuer sur le thème de l’électricité, le Manitoba a dévoilé un nouveau plan qui met en avant le défi lié à la production d’une énergie plus abondante et plus propre. Quelques points saillants du plan :

  • remise en état des installations et de l’équipement vieillissants de Manitoba Hydro
  • garanties de prêt octroyées par la province pour aider les collectivités des Premières Nations et des Métis à acquérir des participations dans l’énergie éolienne
  • systèmes de chauffage par district pour aider les collectivités à remplacer le gaz
  • infrastructures de recharge de véhicules électriques
  • limitations de l’électricité consommée par les centres de données

La tâche ne sera pas aisée, dans une province déterminée à maintenir des prix bas et à laisser Manitoba Hydro aux mains du gouvernement (vous pouvez vérifier le nombre de mentions). Mais ce n’est pas si différent de la plupart des provinces, où la course fait rage pour produire plus d’électricité sans augmenter le coût pour les contribuables ou les usagers. L’innovation, le partenariat et l’effet d’échelle seront des facteurs clés.

La COP29 s’annonce tumultueuse. Le sommet débutera une semaine après les élections aux États-Unis, c’est-à-dire après la victoire de Kamala Harris, favorable à l’IRA (Inflation Reduction Act, loi sur la réduction de l’inflation), ou celle de Donald Trump, non favorable à l’IRA (à moins d’un coup de théâtre). Une victoire de Trump pourrait bouleverser ce sommet, étant donné qu’il a quitté la réunion sur l’Accord de Paris lors de son premier mandat et qu’il a menacé de recommencer. Il y a déjà eu beaucoup d’émotions quand l’Azerbaïdjan, pays hôte du sommet, a retiré la question de l’abandon des combustibles fossiles en tant que priorité du sommet. Beaucoup avaient bataillé, à la COP28 de Dubaï, pour insérer ces quelques mots dans la version finale de l’accord. Nous pouvons nous attendre à d’autres bagarres. Et à des jeux sur les mots.

Simon Kennedy, haut fonctionnaire canadien très en vue et Sous-ministre de l’Innovation, a pris sa retraite. Homme clé dans l’élaboration d’une réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation, il a positionné le Canada comme un chef de file technologique dans la transition énergétique, a mis en avant l’agriculture en tant que priorité pour l’économie et l’exportation, et a fait progresser les secteurs canadiens des véhicules électriques, de l’informatique quantique et de l’intelligence artificielle. Son successeur peut se préparer à des temps plus difficiles sur le plan budgétaire.

Le leader d’opinion Bill Gates a lancé un documentaire sur Netflix intitulé What’s Next ? Le futur selon Bill Gates. Alors qu’il démantèle les théories de conspiration avec la diva pop Lady Gaga, qu’il s’attaque au réchauffement de la planète avec des activistes du climat, qu’il parle d’AI avec le metteur en scène James Cameron, et qu’il explore avec le sénateur Bernie Sanders la question de savoir si quelqu’un peut être trop riche (la réponse est oui, Bill), le fondateur de Microsoft met à profit l’esprit curieux qui a donné naissance à Outlook (et aux plantages de Windows). Il semble très optimiste, ce qui n’est pas étonnant de la part d’un milliardaire, mais il a raison sur un point : il faut rester mobilisés pour trouver la voie du progrès.

Prix bimensuel de l’action climatique : attribué au Conseil de la recherche de la Saskatchewan pour avoir créé un centre de commercialisation d’éléments de terres rares la semaine dernière.

Prix bimensuel du flop climatique : Tout effort visant à rendre les polices de caractères des livres plus fines afin de réduire leur empreinte carbone, ce qui rendra probablement les libres illisibles et entraînera leur disparition.


Nouveau capital climatique

Par John Stackhouse

Salutations de New York, capitale incontestée de la finance, de la mode, des médias, et maintenant du climat.

La semaine du climat de NY, qui a fermé ses portes le week-end dernier, est devenue une scène centrale pour les têtes pensantes de l’action climatique. Cet événement fait maintenant de l’ombre aux conférences des Nations unies sur le climat, connues sous le nom de COP, qui demeurent essentielles, mais qui font moins de bruit. Nous sommes désolés, Baku (hôte de la COP29 en novembre), mais il est difficile de rivaliser avec la Big Apple, étant donné que la ville attire :

  • 100 000 passionnés du climat ;
  • 900 événements, de Central Park à Greenwich Village ;
  • l’Assemblée générale des Nations unies et une forte représentation des dirigeants mondiaux (Joe Biden, Emmanuel Macron, Justin Trudeau et 130 autres) ;
  • une liste de célébrités digne du tapis rouge de Broadway, d’Elon Musk au Prince Harry.

Même les groupes de défense de l’environnement semblent séduits par le faste de Gotham, organisant des fêtes nocturnes sur Park Avenue (oui, la ville où l’ironie ne dort jamais).

Il n’est pas étonnant que le Wall Street Journal ait décrit la semaine du climat de NY comme « l’événement climatique le plus brûlant de l’année ».

Alors quels ont été les résultats ?

New York est surtout une ville qui fait bouger l’argent, et la semaine du climat en a mobilisé beaucoup. Fonds souverains, banques, sociétés de capital-investissement et fonds spéculatifs ont profité de l’événement pour collecter les milliards nécessaires à la réalisation de l’objectif Zéro émission.

Aussi positif que cela puisse paraître, la concentration des capitaux consacrés au climat, en particulier entre les mains des deux plus grandes économies mondiales (qui sont par ailleurs les deux plus grands émetteurs), a soulevé de nombreuses inquiétudes :

depuis 2021, les États-Unis ont investi 500 milliards de dollars dans les énergies propres.. Plus de 80 % de cette somme provient du secteur privé, en réponse à la loi sur la réduction de l’inflation.

Rien que l’année dernière, les États-Unis ont ajouté l’équivalent de 40 barrages Hoover sous forme de production d’énergie solaire et éolienne, ce qui a permis de réduire de deux tiers la part du charbon dans la production d’électricité. La baisse des taux d’intérêt pourrait encourager les investisseurs à prendre plus de risques dans les projets en faveur du climat.

Bien que l’essor des énergies renouvelables soit impressionnant en Amérique, la Chine représente 40 % des nouvelles constructions dans le monde. Le pays est en avance de six années sur ses objectifs, et pourrait bientôt être clairement sur la voie du Zéro émission. Une question se pose : les flux de capitaux de la Chine peuvent-ils se maintenir, dans le contexte d’un ralentissement économique qui s’aggrave de mois en mois ?

Certes, l’argent est précieux pour les promoteurs de projets, mais l’autonomie nationale l’est aussi.

J’ai participé à une discussion sectorielle sur le manque de lignes électriques qui empêche de distribuer un million de mégawatts d’énergie aux États-Unis. Apparemment, tout le monde veut des énergies renouvelables, mais à condition que les câbles ne passent pas trop près. Même la renaissance du nucléaire (voir notre partie ci-dessous sur Microsoft et Three Mile Island) se heurte à des questions sur la réglementation et la rapidité des délivrances de permis face à l’envolée de la demande liée à l’intelligence artificielle.

Malgré sa puissance apparente, la ville de New York ne peut pas rivaliser avec le sentiment du public, que ce soit aux États-Unis ou dans le reste du monde. À cet égard, la semaine du climat de NY a laissé en suspens une grande question à laquelle seuls les Américains pourront répondre, le 5 novembre. La personne que les États-Unis enverront à la semaine du climat de 2025 pourrait bien déterminer la direction de tout le reste.


Nous restons sur la voie rapide


Revenons-en au grand revirement observé dans le secteur des véhicules électriques. Alors que les ventes de VE ont fléchi dans plusieurs marchés développés importants, elles se sont bien maintenues au Canada. Jetons un coup d’œil aux chiffres :

Les VE se trouvent maintenant au niveau historique de 12,9 % des ventes de voitures totales, battant le record de 12,6 % enregistré au troisième trimestre 2023. Ce chiffre est impressionnant dans le contexte de l’essor général des ventes d’automobiles.

Les voitures hybrides avec batterie rechargeable ont représenté 74 % des ventes de VE totales, ce qui est stable par rapport aux trimestres précédents. En outre, les Canadiens conduisant des VE ont utilisé leurs véhicules 14 % de plus, en moyenne, que les propriétaires d’anciennes voitures à essence.

8 acheteurs de VE sur 10 ont eu recours aux subventions fédérales, tandis que les généreux incitatifs provinciaux ont aidé à combler les écarts de prix par rapport aux moteurs à essence.

L’Ontario doit-il rétablir les rabais sur les véhicules électriques ? Ce serait sans doute judicieux, compte tenu des milliards de dollars investis par l’Ontario dans la mise en place d’une chaîne logistique de VE dans le sud-ouest de la province.

Le Québec représente désormais la moitié des ventes de VE, mais les choses ne vont pas aussi bien en Colombie-Britannique où les ventes de VE sont en perte de vitesse depuis trois trimestres consécutifs, selon Farhad Panahov, notre économiste et observateur attentif des ventes de VE.

Farhad estime que la croissance des ventes de VE pourrait être entravée par l’entrée en vigueur, à la fin de l’automne, des droits de douane canadiens et américains à l’égard des VE chinois, ce qui limiterait la disponibilité d’options abordables.

Vous pouvez lire l’opinion de Salim Zanzana, économiste de RBC, à propos de l’incidence des droits de douane canadiens sur les VE et les métaux chinois.


Au cas où vous l’auriez manqué

Les minéraux critiques constituent un goulot d’étranglement qui passe souvent inaperçu dans la transition énergétique, avertit McKinsey dans son volumineux rapport Global Energy Perspective 2024. Parallèlement, 14 nations occidentales s’efforcent d’accélérer les choses.

Pour rester pertinent, le secteur du gaz doit fortement s’appuyer sur le captage du carbone, prévient l’Oxford Institute For Energy Studies dans un rapport qui aborde à peine la question du Canada.

Comment un grand pays producteur de pétrole lutte pour devenir un champion du climat, alors que des incendies de forêt ravagent son écosystème. (Non, ce n’est pas le Canada.)

Si l’hydrogène est cher à votre cœur et si vous avez 1 h 26 de libre, vous pouvez écouter sur YouTube la conversation entre Michael Liebreich et Eva Schmid, la reine de l’hydrogène en Allemagne.

La transition énergétique mondiale a l’air encore plus chancelante si nous enlevons la Chine de l’équation.

La centrale nucléaire Three Mile Island, site de l’accident nucléaire le plus grave de l’histoire des États-Unis, a reçu un coup de pouce de Microsoft pour sa remise en marche.


L’Institut en action

Nous serons présents à l’événement Energy Disruptors : Unite 2024 le 1er octobre à Calgary pour parler de l’avenir de la transition énergétique avec les parties prenantes.

L’Institut d’action climatique RBC participera également à la conférence annuelle de l’Institut climatique du Canada, accessible sur invitation seulement, qui se tiendra le 10 octobre à Ottawa et sera consacrée au renforcement de la compétitivité du Canada.

Découvrez nos derniers articles :

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

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Les décideurs des villes canadiennes affichant la plus forte croissance devront composer avec un triple défi au cours de la prochaine décennie : bâtir des infrastructures pour une population sans cesse grandissante, continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre et veiller à ce que ces deux impératifs n’aient pas de répercussions sur le financement municipal.

Dans ce contexte, les municipalités installent de plus en plus de systèmes de chauffage urbain carboneutres, à faibles émissions de carbone et autres systèmes énergétiques urbains en général dans le cadre de leurs efforts pour s’attaquer au triple défi que représentent la croissance, le climat et l’équilibre budgétaire. Selon nos recherches, les systèmes de quartier à faibles émissions de carbone peuvent permettre de réduire les émissions d’un peu plus du tiers dans les plus grandes villes canadiennes.

Le chauffage urbain : une solution permettant de régler plusieurs problèmes à la fois

Le chauffage urbain rend possible le chauffage à grande échelle d’un groupe d’immeubles au moyen d’une installation de chauffage central. Il ne s’agit toutefois pas d’une nouveauté au Canada. C’est en 1878 à London, une ville de taille moyenne dans le Sud-ouest de l’Ontario, que le premier système de chauffage central à la vapeur a été installé. Cette installation permettait aux entreprises du centre-ville de se chauffer grâce à un réseau sous-terrain de canalisations regroupant les différents immeubles. À mesure que le gaz naturel devenait de plus en plus accessible comme solution de chauffage, les systèmes de chauffage de quartier en réseau ont perdu graduellement la faveur du public.

Avec la ratification par le Canada en 2016 de l’Accord de Paris—un traité international ayant force exécutoire et portant sur les changements climatiques—les municipalités ont dû trouver d’autres façons que le gaz naturel pour chauffer leurs locaux tout en continuant de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et de plus en plus, c’est vers les systèmes de chauffage urbain qu’elles se tournent. Ces nouveaux systèmes sont conçus pour être carboneutres ou à faibles émissions de carbone, en plus de profiter des matières premières à faibles émissions de carbone les plus abordables à proximité de l’installation de chauffage central. Parmi les matières premières les plus couramment utilisées, mentionnons les eaux usées chaudes récupérées, comme celles provenant des douches et des lave-vaisselles, les sources de chaleur situées sous terre jusqu’à 350 mètres de profondeur et la biomasse, par exemple les copeaux de bois et les déchets végétaux. Les thermopompes et les échangeurs thermiques, qui fonctionnent à l’électricité, permettent d’acheminer la chaleur produite par l’installation centrale aux immeubles faisant partie du réseau de chauffage.

Les impératifs climatiques

Les immeubles représentent la troisième plus importante source d’émissions au pays et la première en importance à l’échelle municipale, où ils comptent pour 50 à 60 % de toutes les émissions.1

Le problème avec les infrastructures physiques des immeubles, c’est qu’elles reposent dans certains cas sur des ententes dont la durée peut atteindre 60 ans. Les décisions prises aujourd’hui, tant sur le plan stratégique que politique, auront des répercussions à long terme pendant plus d’un demi-siècle sur la santé budgétaire et climatique de ces municipalités.

Les émissions intrinsèques, soit le carbone qu’on retrouve dans les matériaux de construction, sont plus difficiles à éliminer que les émissions liées à l’exploitation en raison de « l’écoprime » et de la difficulté d’avoir accès à des matériaux de construction à faibles émissions de carbone.

Au vu de cette contrainte, les municipalités se concentrent sur la réduction des émissions attribuables au chauffage des immeubles, qui représentent 65 % de toutes les émissions liées à l’exploitation. Un levier politique couramment utilisé est de mettre en chantier des immeubles écoénergétiques. Or, ces politiques ne tiennent pas compte d’un des facteurs les plus importants pour atteindre la carboneutralité, soit le remplacement du gaz naturel par des sources d’énergie sans carbone pour le chauffage des immeubles. L’objectif des politiques écoénergétiques est de réduire la consommation d’énergie et celui des politiques de décarbonation est de réduire les émissions, ce qui a entraîné la création d’un nouveau levier politique susceptible de répondre aux exigences des deux approches : l’installation de systèmes énergétiques carboneutres ou à faibles émissions de carbone.

La mise à l’échelle des systèmes de chauffage urbain pourrait réduire les émissions du secteur du bâtiment dans les plus grandes villes du Canada de 36 %

En se basant sur l’analyse effectuée par la firme de consultation en ingénierie RWDI pour le compte de l’Alliance climatique pour des bâtiments intelligents, l’Institut d’action climatique estime que les émissions du secteur immobilier provenant des principales villes canadiennes pourraient être réduites d’au moins 36 % par année si 27 % de tous les espaces habitables nouvellement construits étaient reliés à un système de chauffage urbain alimenté par des sources d’énergie carboneutres ou à faibles émissions de carbone.2 C’est 4,5 fois plus élevé que le taux de décarbonation actuel du secteur de l’électricité, qui affiche déjà depuis plusieurs années le taux de diminution le plus rapide au chapitre des émissions au Canada.3

Les impératifs budgétaires

La réparation et l’entretien des infrastructures municipales coûtent une fortune. Dans son dernier rapport, la Fédération canadienne des municipalités estime qu’il en coûterait 170 milliards de dollars aux administrations locales à l’échelle du pays pour réparer les infrastructures existantes, soit un montant 217 plus élevé que le budget d’investissement de la ville de Vancouver pour 2024.4

Les taxes foncières, qui à l’origine devaient être consacrées au financement des infrastructures et des services collectifs (p. ex., services d’incendie, routes et parcs), ont évolué et servent depuis les années 90 à financer des infrastructures qui ne profitent qu’à une partie des ménages et entreprises d’une collectivité. La tendance actuelle visant le partage du coût des intérêts privés, la difficulté d’accroître les bénéfices, les exigences législatives en matière d’équilibre budgétaire et les limites relatives aux émissions de titres de créance publics ont toutes contribué aux importants retards dans la réparation des infrastructures existantes.

Compte tenu des défis structurels au sein du financement municipal et des coûts en capital et d’exploitation élevés associés aux infrastructures vertes, les municipalités sont à la recherche d’outils budgétaires leur permettant de transférer les coûts des contribuables aux usagers. La privatisation des coûts associés aux services publics est vue de plus en plus comme une solution potentielle. Jusqu’à maintenant, la distribution d’énergie carboneutre ou à faibles émissions de carbone pour le chauffage par l’entremise de la création de systèmes énergétiques urbains représente la meilleure application de cette pratique.

Les systèmes de chauffage urbain, une sous-catégorie des systèmes énergétiques urbains, ont trois avantages importants pour les municipalités. Ils facilitent la création de réseaux de chauffage carboneutres ou à faibles émissions de carbone, ils jouent un rôle primordial dans l’accélération de la décarbonation des immeubles et ils ne viennent pas miner le financement municipal. Les systèmes de chauffage urbain, s’ils appartiennent à la municipalité, peuvent lui procurer un nouveau flux de revenus substantiel qu’elle peut ensuite utiliser sans devoir passer de nouvelles lois.5 Les revenus générés par l’immeuble proviennent en partie d’un coût variable basé sur la consommation de chauffage, mais également d’un coût fixe déterminé en fonction de la capacité requise pour chauffer l’immeuble.

Pour que ces trois avantages se concrétisent, il est essentiel d’avoir un modèle d’affaires prévoyant la récupération complète des coûts sur une période de 30 ans jumelé à des exigences réglementaires en vertu desquelles tous les immeubles doivent être reliés au système de chauffage.6 Les propriétaires du système encourent le risque initial sur le capital lié à la conception à la construction de l’infrastructure. Les coûts en capital et d’exploitation sont directement transférés aux usagers lors de la mise en service du système. En échange des risques asymétriques encourus au début du projet, les propriétaires du système bénéficient d’un flux de revenus stable, prévisible et à l’abri des récessions pendant 30 ans.

Favoriser l’adoption et en accélérer le rythme

Jusqu’à maintenant, ce sont d’abord et avant tout les forces du marché qui ont conduit à l’installation de systèmes de chauffage urbain. Les cinq politiques suivantes inspirées de l’offre et de la demande peuvent favoriser l’adoption de ces systèmes et en accélérer le rythme si elles sont mises en œuvre dans le cadre des plans officiels et secondaires des municipalités, des dispositions légales et des plans stratégiques sur le climat.

Politique n° 1 : Rendre obligatoire la connexion au réseau au moyen de dispositions légales

La vague actuelle de nouveaux systèmes de chauffage urbain à faibles émissions de carbone s’explique par le désir des promoteurs immobiliers de décarboner leurs aménagements de zone verte dotés d’un plan d’urbanisme. Comme ces projets sont dénués d’infrastructures et de connexions aux services publics, ils sont d’excellents candidats pour l’installation de systèmes de chauffage urbain. Contrairement aux autres projets immobiliers, ces nouvelles initiatives offrent aux promoteurs immobiliers toute la latitude nécessaire pour choisir et mettre en place les sources d’énergie efficientes et respectueuses du climat qui répondent le mieux à leurs besoins dans le cadre de leurs projets.

Des systèmes de chauffage urbain ont également été installés dans certains aménagements en zone de friche, comme le réaménagement du quartier False Creek à Vancouver. Dans le cas des aménagements en zone de friche, les systèmes de chauffage urbain entrent toutefois en compétition avec le gaz naturel. Le fait d’introduire des dispositions légales qui obligent les promoteurs immobiliers à relier leurs immeubles aux systèmes de chauffage urbain existants, les empêchant par le fait même de choisir le type de connexion à un système de chauffage qu’ils installent dans leurs projets, peut aider à répondre à la demande. De telles dispositions légales rendant obligatoire la connexion au réseau sont couramment utilisées à Vancouver et dans la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.


Politique n° 2 : Promouvoir l’intégration des nouveaux projets à un système de chauffage urbain

Les systèmes de chauffage urbain offrent une rentabilité maximale lorsqu’ils sont installés dans un projet immobilier à haute densité et à vocation mixte, où les coûts peuvent être répartis sur un grand nombre d’immeubles. L’aspect relatif à la vocation mixte est important, car la demande en chauffage varie davantage pendant la journée en raison des différents profils de consommation des immeubles résidentiels et commerciaux. Les fluctuations des pointes de consommation sont importantes, car elles permettent de réduire la taille du système et de minimiser les coûts d’exploitation. Il est ainsi possible d’installer un système de moindre envergure capable de répondre à la demande totale et à la demande de pointe ; quant aux coûts d’exploitation de pointe, ils sont moins élevés, car la consommation est répartie.

Le fait d’inclure ces politiques dans les plans officiels et secondaires, et de préciser les conditions pour lesquelles les systèmes énergétiques urbains doivent être envisagés, contribueront à leur adoption et à leur rentabilité. Le plan officiel de la ville de Toronto comporte plusieurs politiques exigeant des promoteurs qu’ils envisagent d’installer des systèmes énergétiques urbains lorsqu’ils planifient le développement d’un nouveau quartier, ou encore lorsque leurs projets immobiliers se trouvent dans un secteur dont le zonage est mixte.


Politique n° 3 : Reconnaître et récompenser les constructeurs qui adoptent les bonnes pratiques

De plus en plus de municipalités incluent des stratégies carboneutres et des objectifs de réduction des émissions à leur cadre d’établissement des objectifs et à leurs exigences en matière de conception et de rendement des bâtiments, comme le programme Toronto Green Standard de la ville de Toronto. Ces cadres mettent en lumière les avantages environnementaux des systèmes énergétiques urbains à faibles émissions de carbone, y compris les systèmes de chauffage urbain. Les municipalités peuvent récompenser les promoteurs qui envisagent d’installer des systèmes à faibles émissions de carbone en remboursant une partie des coûts de développement ou en accélérant l’évaluation de leurs demandes d’aménagement.


Politique n° 4 : Élaborer un plan stratégique énergétique

Les municipalités se sont également dotées de plans d’énergie municipaux, comme ceux adoptés par les villes de Guelph et Edmonton, pour réduire leurs émissions. Le fait d’identifier l’emplacement d’un éventuel système énergétique urbain peut contribuer à son adoption. Ils peuvent servir à attirer les promoteurs qui souhaitent intégrer à leurs projets des systèmes énergétiques urbains clé en main. C’était d’ailleurs la stratégie de la ville de Guelph lorsqu’elle a élaboré son plan stratégique énergétique en 2014. Le plan indiquait dix pôles situés dans les limites de Guelph où la ville installerait des systèmes énergétiques urbains, de même que le type de projet immobilier prévu pour chacun de ces pôles.


Politique n° 5 : Encourager la construction d’immeubles compatibles avec le chauffage urbain

Un autre levier politique permettant de stimuler de façon proactive la demande future consiste à exiger des promoteurs immobiliers qu’ils bâtissent des immeubles compatibles avec les systèmes énergétiques urbains. En vertu de ces politiques, les promoteurs installent les équipements nécessaires dans leurs immeubles afin que ceux-ci puissent être reliés à un éventuel système énergétique urbain.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteure principale : Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

  1. Les immeubles ont émis 89 mégatonnes de carbone en 2022.
  2. Ces estimations sont fondées sur les ratios de connectivité par chauffage urbain suivants en fonction du type d’immeuble et de l’espace habitable pour les nouvelles constructions occupées entre 2024 et 2030 : 50 % pour les immeubles commerciaux et institutionnels ; 25 % pour les immeubles multirésidentiels ; 10 % pour les habitations individuelles et contiguës. Il sera possible de réaliser des économies annuelles à partir de 2030.
  3. Le secteur de l’électricité affichait un taux annuel de réduction des gaz à effet de serre de 8 % entre 2020 et 2022.
  4. Faire de la croissance du Canada un succès : Pour la création d’un cadre de croissance municipale.
  5. Selon la taille du système et la consommation de chauffage, un système de chauffage urbain peut dégager des profits équivalents à 15 % des revenus de la municipalité provenant des taxes foncières.
  6. Tous les constructeurs doivent offrir les services publics dans leurs immeubles. En l’absence de réglementation à ce sujet et de cibles de réduction des émissions liées aux critères ESG, les constructeurs ont le choix entre l’électricité et le gaz naturel comme source d’énergie pour le système de chauffage. En raison de leur taille, les systèmes énergétiques urbains permettent de récupérer certaines formes de chaleur, ce qui ne serait pas rentable pour un seul immeuble.

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L’agriculture intérieure peut servir de source locale d’aliments en milieu nordique – et urbain

L’agriculture verticale est un type d’agriculture en environnement contrôlé qui permet aux producteurs de mieux contrôler l’environnement de leurs cultures, ce qui peut être avantageux dans des conditions de culture difficiles.

La production alimentaire au moyen de l’agriculture verticale intérieure était sur le point de prendre une expansion considérable; toutefois, les rendements du capital investi, peu prometteurs dans ce secteur, ainsi que les défis liés à l’expansion, ont ralenti celle-ci.

« Dans ce secteur, il y a eu une grosse bulle qui a plus ou moins éclaté au cours des quatre dernières années, a déclaré le Dr Alesandros Glaros, du Food and Agriculture Institute de l’Université Fraser Valley. Les entreprises qui ont résisté à la tempête sont patientes, et elles ont investi massivement dans la recherche et le développement. Elles ont adopté des technologies éprouvées et se sont intégrées à de solides chaînes logistiques locales et régionales, et elles misent beaucoup sur la collaboration. Et maintenant, on peut trouver leurs légumes-feuilles – cultivés à l’aide de méthodes d’agriculture verticale –, à des prix concurrentiels, à la fois dans les régions éloignées et dans les grandes chaînes d’épiciers. »

Il y a des exemples d’innovation dans le domaine. QuantoTech Solutions, une entreprise de technologie agricole intégrée verticalement de la Colombie-Britannique, a mis au point un système de culture dans des hangars de 2,4 m sur 3,7 m contenant des étagères conçues pour l’agriculture verticale, permettant une production annuelle de 4,8 à 7,2 tonnes d’aliments par année, entre autres, des légumes-feuilles, des fraises et des tomates cerises. Chaque unité nécessite de 37,2 à 52 gigajoules d’énergie par année, une quantité inférieure à celle qu’exige l’alimentation en énergie d’un ménage moyen au Canada1. Initialement, ces unités mobiles ont été mises au point pour une utilisation dans des milieux nordiques et où les conditions de culture sont difficiles. Toutefois, elles conviennent aussi aux milieux urbains.

Le système de QuantoTech Solutions comprend des hangars de 8 par 12 pieds avec des unités d’étagères pour permettre l’agriculture verticale.

Une source de production alimentaire pour les communautés isolées et du Nord du Canada

Les communautés isolées et du Nord sont confrontées à de nombreux obstacles en matière d’accès à des fruits et légumes frais; en effet, ceux-ci sont souvent chers et de piètre qualité puisqu’ils proviennent de centres de production ou de distribution situés au sud du 49e parallèle. À elles seules, les entreprises d’agriculture verticale intérieure ne peuvent régler le problème de l’insécurité alimentaire dans le Nord ni remplacer les sources d’aliments traditionnelles des Autochtones, mais elles peuvent toutefois contribuer à l’expansion de l’offre de fruits et légumes frais locaux dans la région.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure dans les communautés isolées et du Nord :

1. L’investissement et la croissance. Avant que les producteurs puissent investir dans le démarrage ou la croissance d’une exploitation d’agriculture intérieure, ils doivent d’abord tenir compte de l’échéancier à l’égard du rendement du capital investi et de la disponibilité des subventions nécessaires pour couvrir les coûts initiaux et opérationnels.

2. L’approvisionnement en énergie et sa consommation. Au Canada, environ 178 communautés isolées autochtones et du Nord dépendent de génératrices souvent alimentées par du carburant diesel, car ces communautés ne sont pas reliées au réseau électrique nord-américain ou à l’infrastructure gazière continentale2.

3. La croissance des rendements. Pour soutenir l’exploitation, il faut simplifier l’accès aux intrants et améliorer les rendements. Le développement et le maintien de l’accès aux fournisseurs et de l’expertise locale en agriculture verticale sont essentiels.

L’expansion de l’agriculture urbaine

L’écosystème de l’agriculture verticale intérieure peut facilement être reproduit dans les milieux urbains, qui présentent toutefois des défis particuliers. Les liens avec la production agricole dans les grandes zones urbaines sont de moins en moins fréquents, car les villes se développent et la demande augmente, ce qui rend nécessaire une production commerciale à grande échelle, assortie de chaînes logistiques rationalisées. L’intégration d’exploitations agricoles verticales intérieures à de nouveaux bâtiments ou à des bâtiments rénovés est une façon de donner aux citadins un accès rapide aux produits locaux, et peut contribuer aux efforts de décarbonation des villes et du secteur de la construction.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure en milieu urbain :

1. Créer des liens avec les consommateurs. Pour inciter les consommateurs à se procurer leurs légumes auprès d’une exploitation agricole verticale locale, il faudra promouvoir cette option et leur offrir une facilité d’accès.

2. Présenter un argumentaire convaincant. Pour justifier l’expansion des exploitations agricoles verticales intérieures dans des zones urbaines ou à proximité de celles-ci, il faut disposer de plus d’énergie, de plus d’espace et de plus d’investissements, et offrir un intéressant rendement du capital investi.

3. Planifier l’utilisation des terres. On observe dans les zones urbaines une concurrence féroce pour les terres. C’est pourquoi la production alimentaire devrait être stratégiquement intégrée à la planification municipale, faire l’objet d’une collaboration avec les municipalités et répondre aux besoins locaux.

L’agriculture verticale intérieure pourrait devenir une source principale de production alimentaire partout au Canada, si l’on arrive à mieux justifier son expansion. Mais pour l’instant, elle sert principalement à répondre à la demande des marchés locaux et spécialisés.

Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole, à l’Institut d’action climatique RBC.

1. Statistique Canada, (2024). Consommation d’énergie des ménages, Canada et les provinces.

2. Régie de l’énergie du Canada, (2023). Aperçu du marché : Projets d’énergie propre dans les communautés isolées autochtones et du Nord.