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Les décideurs des villes canadiennes affichant la plus forte croissance devront composer avec un triple défi au cours de la prochaine décennie : bâtir des infrastructures pour une population sans cesse grandissante, continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre et veiller à ce que ces deux impératifs n’aient pas de répercussions sur le financement municipal.

Dans ce contexte, les municipalités installent de plus en plus de systèmes de chauffage urbain carboneutres, à faibles émissions de carbone et autres systèmes énergétiques urbains en général dans le cadre de leurs efforts pour s’attaquer au triple défi que représentent la croissance, le climat et l’équilibre budgétaire. Selon nos recherches, les systèmes de quartier à faibles émissions de carbone peuvent permettre de réduire les émissions d’un peu plus du tiers dans les plus grandes villes canadiennes.

Le chauffage urbain : une solution permettant de régler plusieurs problèmes à la fois

Le chauffage urbain rend possible le chauffage à grande échelle d’un groupe d’immeubles au moyen d’une installation de chauffage central. Il ne s’agit toutefois pas d’une nouveauté au Canada. C’est en 1878 à London, une ville de taille moyenne dans le Sud-ouest de l’Ontario, que le premier système de chauffage central à la vapeur a été installé. Cette installation permettait aux entreprises du centre-ville de se chauffer grâce à un réseau sous-terrain de canalisations regroupant les différents immeubles. À mesure que le gaz naturel devenait de plus en plus accessible comme solution de chauffage, les systèmes de chauffage de quartier en réseau ont perdu graduellement la faveur du public.

Avec la ratification par le Canada en 2016 de l’Accord de Paris—un traité international ayant force exécutoire et portant sur les changements climatiques—les municipalités ont dû trouver d’autres façons que le gaz naturel pour chauffer leurs locaux tout en continuant de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et de plus en plus, c’est vers les systèmes de chauffage urbain qu’elles se tournent. Ces nouveaux systèmes sont conçus pour être carboneutres ou à faibles émissions de carbone, en plus de profiter des matières premières à faibles émissions de carbone les plus abordables à proximité de l’installation de chauffage central. Parmi les matières premières les plus couramment utilisées, mentionnons les eaux usées chaudes récupérées, comme celles provenant des douches et des lave-vaisselles, les sources de chaleur situées sous terre jusqu’à 350 mètres de profondeur et la biomasse, par exemple les copeaux de bois et les déchets végétaux. Les thermopompes et les échangeurs thermiques, qui fonctionnent à l’électricité, permettent d’acheminer la chaleur produite par l’installation centrale aux immeubles faisant partie du réseau de chauffage.

Les impératifs climatiques

Les immeubles représentent la troisième plus importante source d’émissions au pays et la première en importance à l’échelle municipale, où ils comptent pour 50 à 60 % de toutes les émissions.1

Le problème avec les infrastructures physiques des immeubles, c’est qu’elles reposent dans certains cas sur des ententes dont la durée peut atteindre 60 ans. Les décisions prises aujourd’hui, tant sur le plan stratégique que politique, auront des répercussions à long terme pendant plus d’un demi-siècle sur la santé budgétaire et climatique de ces municipalités.

Les émissions intrinsèques, soit le carbone qu’on retrouve dans les matériaux de construction, sont plus difficiles à éliminer que les émissions liées à l’exploitation en raison de « l’écoprime » et de la difficulté d’avoir accès à des matériaux de construction à faibles émissions de carbone.

Au vu de cette contrainte, les municipalités se concentrent sur la réduction des émissions attribuables au chauffage des immeubles, qui représentent 65 % de toutes les émissions liées à l’exploitation. Un levier politique couramment utilisé est de mettre en chantier des immeubles écoénergétiques. Or, ces politiques ne tiennent pas compte d’un des facteurs les plus importants pour atteindre la carboneutralité, soit le remplacement du gaz naturel par des sources d’énergie sans carbone pour le chauffage des immeubles. L’objectif des politiques écoénergétiques est de réduire la consommation d’énergie et celui des politiques de décarbonation est de réduire les émissions, ce qui a entraîné la création d’un nouveau levier politique susceptible de répondre aux exigences des deux approches : l’installation de systèmes énergétiques carboneutres ou à faibles émissions de carbone.

La mise à l’échelle des systèmes de chauffage urbain pourrait réduire les émissions du secteur du bâtiment dans les plus grandes villes du Canada de 36 %

En se basant sur l’analyse effectuée par la firme de consultation en ingénierie RWDI pour le compte de l’Alliance climatique pour des bâtiments intelligents, l’Institut d’action climatique estime que les émissions du secteur immobilier provenant des principales villes canadiennes pourraient être réduites d’au moins 36 % par année si 27 % de tous les espaces habitables nouvellement construits étaient reliés à un système de chauffage urbain alimenté par des sources d’énergie carboneutres ou à faibles émissions de carbone.2 C’est 4,5 fois plus élevé que le taux de décarbonation actuel du secteur de l’électricité, qui affiche déjà depuis plusieurs années le taux de diminution le plus rapide au chapitre des émissions au Canada.3

Les impératifs budgétaires

La réparation et l’entretien des infrastructures municipales coûtent une fortune. Dans son dernier rapport, la Fédération canadienne des municipalités estime qu’il en coûterait 170 milliards de dollars aux administrations locales à l’échelle du pays pour réparer les infrastructures existantes, soit un montant 217 plus élevé que le budget d’investissement de la ville de Vancouver pour 2024.4

Les taxes foncières, qui à l’origine devaient être consacrées au financement des infrastructures et des services collectifs (p. ex., services d’incendie, routes et parcs), ont évolué et servent depuis les années 90 à financer des infrastructures qui ne profitent qu’à une partie des ménages et entreprises d’une collectivité. La tendance actuelle visant le partage du coût des intérêts privés, la difficulté d’accroître les bénéfices, les exigences législatives en matière d’équilibre budgétaire et les limites relatives aux émissions de titres de créance publics ont toutes contribué aux importants retards dans la réparation des infrastructures existantes.

Compte tenu des défis structurels au sein du financement municipal et des coûts en capital et d’exploitation élevés associés aux infrastructures vertes, les municipalités sont à la recherche d’outils budgétaires leur permettant de transférer les coûts des contribuables aux usagers. La privatisation des coûts associés aux services publics est vue de plus en plus comme une solution potentielle. Jusqu’à maintenant, la distribution d’énergie carboneutre ou à faibles émissions de carbone pour le chauffage par l’entremise de la création de systèmes énergétiques urbains représente la meilleure application de cette pratique.

Les systèmes de chauffage urbain, une sous-catégorie des systèmes énergétiques urbains, ont trois avantages importants pour les municipalités. Ils facilitent la création de réseaux de chauffage carboneutres ou à faibles émissions de carbone, ils jouent un rôle primordial dans l’accélération de la décarbonation des immeubles et ils ne viennent pas miner le financement municipal. Les systèmes de chauffage urbain, s’ils appartiennent à la municipalité, peuvent lui procurer un nouveau flux de revenus substantiel qu’elle peut ensuite utiliser sans devoir passer de nouvelles lois.5 Les revenus générés par l’immeuble proviennent en partie d’un coût variable basé sur la consommation de chauffage, mais également d’un coût fixe déterminé en fonction de la capacité requise pour chauffer l’immeuble.

Pour que ces trois avantages se concrétisent, il est essentiel d’avoir un modèle d’affaires prévoyant la récupération complète des coûts sur une période de 30 ans jumelé à des exigences réglementaires en vertu desquelles tous les immeubles doivent être reliés au système de chauffage.6 Les propriétaires du système encourent le risque initial sur le capital lié à la conception à la construction de l’infrastructure. Les coûts en capital et d’exploitation sont directement transférés aux usagers lors de la mise en service du système. En échange des risques asymétriques encourus au début du projet, les propriétaires du système bénéficient d’un flux de revenus stable, prévisible et à l’abri des récessions pendant 30 ans.

Favoriser l’adoption et en accélérer le rythme

Jusqu’à maintenant, ce sont d’abord et avant tout les forces du marché qui ont conduit à l’installation de systèmes de chauffage urbain. Les cinq politiques suivantes inspirées de l’offre et de la demande peuvent favoriser l’adoption de ces systèmes et en accélérer le rythme si elles sont mises en œuvre dans le cadre des plans officiels et secondaires des municipalités, des dispositions légales et des plans stratégiques sur le climat.

Politique n° 1 : Rendre obligatoire la connexion au réseau au moyen de dispositions légales

La vague actuelle de nouveaux systèmes de chauffage urbain à faibles émissions de carbone s’explique par le désir des promoteurs immobiliers de décarboner leurs aménagements de zone verte dotés d’un plan d’urbanisme. Comme ces projets sont dénués d’infrastructures et de connexions aux services publics, ils sont d’excellents candidats pour l’installation de systèmes de chauffage urbain. Contrairement aux autres projets immobiliers, ces nouvelles initiatives offrent aux promoteurs immobiliers toute la latitude nécessaire pour choisir et mettre en place les sources d’énergie efficientes et respectueuses du climat qui répondent le mieux à leurs besoins dans le cadre de leurs projets.

Des systèmes de chauffage urbain ont également été installés dans certains aménagements en zone de friche, comme le réaménagement du quartier False Creek à Vancouver. Dans le cas des aménagements en zone de friche, les systèmes de chauffage urbain entrent toutefois en compétition avec le gaz naturel. Le fait d’introduire des dispositions légales qui obligent les promoteurs immobiliers à relier leurs immeubles aux systèmes de chauffage urbain existants, les empêchant par le fait même de choisir le type de connexion à un système de chauffage qu’ils installent dans leurs projets, peut aider à répondre à la demande. De telles dispositions légales rendant obligatoire la connexion au réseau sont couramment utilisées à Vancouver et dans la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.


Politique n° 2 : Promouvoir l’intégration des nouveaux projets à un système de chauffage urbain

Les systèmes de chauffage urbain offrent une rentabilité maximale lorsqu’ils sont installés dans un projet immobilier à haute densité et à vocation mixte, où les coûts peuvent être répartis sur un grand nombre d’immeubles. L’aspect relatif à la vocation mixte est important, car la demande en chauffage varie davantage pendant la journée en raison des différents profils de consommation des immeubles résidentiels et commerciaux. Les fluctuations des pointes de consommation sont importantes, car elles permettent de réduire la taille du système et de minimiser les coûts d’exploitation. Il est ainsi possible d’installer un système de moindre envergure capable de répondre à la demande totale et à la demande de pointe ; quant aux coûts d’exploitation de pointe, ils sont moins élevés, car la consommation est répartie.

Le fait d’inclure ces politiques dans les plans officiels et secondaires, et de préciser les conditions pour lesquelles les systèmes énergétiques urbains doivent être envisagés, contribueront à leur adoption et à leur rentabilité. Le plan officiel de la ville de Toronto comporte plusieurs politiques exigeant des promoteurs qu’ils envisagent d’installer des systèmes énergétiques urbains lorsqu’ils planifient le développement d’un nouveau quartier, ou encore lorsque leurs projets immobiliers se trouvent dans un secteur dont le zonage est mixte.


Politique n° 3 : Reconnaître et récompenser les constructeurs qui adoptent les bonnes pratiques

De plus en plus de municipalités incluent des stratégies carboneutres et des objectifs de réduction des émissions à leur cadre d’établissement des objectifs et à leurs exigences en matière de conception et de rendement des bâtiments, comme le programme Toronto Green Standard de la ville de Toronto. Ces cadres mettent en lumière les avantages environnementaux des systèmes énergétiques urbains à faibles émissions de carbone, y compris les systèmes de chauffage urbain. Les municipalités peuvent récompenser les promoteurs qui envisagent d’installer des systèmes à faibles émissions de carbone en remboursant une partie des coûts de développement ou en accélérant l’évaluation de leurs demandes d’aménagement.


Politique n° 4 : Élaborer un plan stratégique énergétique

Les municipalités se sont également dotées de plans d’énergie municipaux, comme ceux adoptés par les villes de Guelph et Edmonton, pour réduire leurs émissions. Le fait d’identifier l’emplacement d’un éventuel système énergétique urbain peut contribuer à son adoption. Ils peuvent servir à attirer les promoteurs qui souhaitent intégrer à leurs projets des systèmes énergétiques urbains clé en main. C’était d’ailleurs la stratégie de la ville de Guelph lorsqu’elle a élaboré son plan stratégique énergétique en 2014. Le plan indiquait dix pôles situés dans les limites de Guelph où la ville installerait des systèmes énergétiques urbains, de même que le type de projet immobilier prévu pour chacun de ces pôles.


Politique n° 5 : Encourager la construction d’immeubles compatibles avec le chauffage urbain

Un autre levier politique permettant de stimuler de façon proactive la demande future consiste à exiger des promoteurs immobiliers qu’ils bâtissent des immeubles compatibles avec les systèmes énergétiques urbains. En vertu de ces politiques, les promoteurs installent les équipements nécessaires dans leurs immeubles afin que ceux-ci puissent être reliés à un éventuel système énergétique urbain.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteure principale : Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

  1. Les immeubles ont émis 89 mégatonnes de carbone en 2022.
  2. Ces estimations sont fondées sur les ratios de connectivité par chauffage urbain suivants en fonction du type d’immeuble et de l’espace habitable pour les nouvelles constructions occupées entre 2024 et 2030 : 50 % pour les immeubles commerciaux et institutionnels ; 25 % pour les immeubles multirésidentiels ; 10 % pour les habitations individuelles et contiguës. Il sera possible de réaliser des économies annuelles à partir de 2030.
  3. Le secteur de l’électricité affichait un taux annuel de réduction des gaz à effet de serre de 8 % entre 2020 et 2022.
  4. Faire de la croissance du Canada un succès : Pour la création d’un cadre de croissance municipale.
  5. Selon la taille du système et la consommation de chauffage, un système de chauffage urbain peut dégager des profits équivalents à 15 % des revenus de la municipalité provenant des taxes foncières.
  6. Tous les constructeurs doivent offrir les services publics dans leurs immeubles. En l’absence de réglementation à ce sujet et de cibles de réduction des émissions liées aux critères ESG, les constructeurs ont le choix entre l’électricité et le gaz naturel comme source d’énergie pour le système de chauffage. En raison de leur taille, les systèmes énergétiques urbains permettent de récupérer certaines formes de chaleur, ce qui ne serait pas rentable pour un seul immeuble.

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L’agriculture intérieure peut servir de source locale d’aliments en milieu nordique – et urbain

L’agriculture verticale est un type d’agriculture en environnement contrôlé qui permet aux producteurs de mieux contrôler l’environnement de leurs cultures, ce qui peut être avantageux dans des conditions de culture difficiles.

La production alimentaire au moyen de l’agriculture verticale intérieure était sur le point de prendre une expansion considérable; toutefois, les rendements du capital investi, peu prometteurs dans ce secteur, ainsi que les défis liés à l’expansion, ont ralenti celle-ci.

« Dans ce secteur, il y a eu une grosse bulle qui a plus ou moins éclaté au cours des quatre dernières années, a déclaré le Dr Alesandros Glaros, du Food and Agriculture Institute de l’Université Fraser Valley. Les entreprises qui ont résisté à la tempête sont patientes, et elles ont investi massivement dans la recherche et le développement. Elles ont adopté des technologies éprouvées et se sont intégrées à de solides chaînes logistiques locales et régionales, et elles misent beaucoup sur la collaboration. Et maintenant, on peut trouver leurs légumes-feuilles – cultivés à l’aide de méthodes d’agriculture verticale –, à des prix concurrentiels, à la fois dans les régions éloignées et dans les grandes chaînes d’épiciers. »

Il y a des exemples d’innovation dans le domaine. QuantoTech Solutions, une entreprise de technologie agricole intégrée verticalement de la Colombie-Britannique, a mis au point un système de culture dans des hangars de 2,4 m sur 3,7 m contenant des étagères conçues pour l’agriculture verticale, permettant une production annuelle de 4,8 à 7,2 tonnes d’aliments par année, entre autres, des légumes-feuilles, des fraises et des tomates cerises. Chaque unité nécessite de 37,2 à 52 gigajoules d’énergie par année, une quantité inférieure à celle qu’exige l’alimentation en énergie d’un ménage moyen au Canada1. Initialement, ces unités mobiles ont été mises au point pour une utilisation dans des milieux nordiques et où les conditions de culture sont difficiles. Toutefois, elles conviennent aussi aux milieux urbains.

Le système de QuantoTech Solutions comprend des hangars de 8 par 12 pieds avec des unités d’étagères pour permettre l’agriculture verticale.

Une source de production alimentaire pour les communautés isolées et du Nord du Canada

Les communautés isolées et du Nord sont confrontées à de nombreux obstacles en matière d’accès à des fruits et légumes frais; en effet, ceux-ci sont souvent chers et de piètre qualité puisqu’ils proviennent de centres de production ou de distribution situés au sud du 49e parallèle. À elles seules, les entreprises d’agriculture verticale intérieure ne peuvent régler le problème de l’insécurité alimentaire dans le Nord ni remplacer les sources d’aliments traditionnelles des Autochtones, mais elles peuvent toutefois contribuer à l’expansion de l’offre de fruits et légumes frais locaux dans la région.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure dans les communautés isolées et du Nord :

1. L’investissement et la croissance. Avant que les producteurs puissent investir dans le démarrage ou la croissance d’une exploitation d’agriculture intérieure, ils doivent d’abord tenir compte de l’échéancier à l’égard du rendement du capital investi et de la disponibilité des subventions nécessaires pour couvrir les coûts initiaux et opérationnels.

2. L’approvisionnement en énergie et sa consommation. Au Canada, environ 178 communautés isolées autochtones et du Nord dépendent de génératrices souvent alimentées par du carburant diesel, car ces communautés ne sont pas reliées au réseau électrique nord-américain ou à l’infrastructure gazière continentale2.

3. La croissance des rendements. Pour soutenir l’exploitation, il faut simplifier l’accès aux intrants et améliorer les rendements. Le développement et le maintien de l’accès aux fournisseurs et de l’expertise locale en agriculture verticale sont essentiels.

L’expansion de l’agriculture urbaine

L’écosystème de l’agriculture verticale intérieure peut facilement être reproduit dans les milieux urbains, qui présentent toutefois des défis particuliers. Les liens avec la production agricole dans les grandes zones urbaines sont de moins en moins fréquents, car les villes se développent et la demande augmente, ce qui rend nécessaire une production commerciale à grande échelle, assortie de chaînes logistiques rationalisées. L’intégration d’exploitations agricoles verticales intérieures à de nouveaux bâtiments ou à des bâtiments rénovés est une façon de donner aux citadins un accès rapide aux produits locaux, et peut contribuer aux efforts de décarbonation des villes et du secteur de la construction.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure en milieu urbain :

1. Créer des liens avec les consommateurs. Pour inciter les consommateurs à se procurer leurs légumes auprès d’une exploitation agricole verticale locale, il faudra promouvoir cette option et leur offrir une facilité d’accès.

2. Présenter un argumentaire convaincant. Pour justifier l’expansion des exploitations agricoles verticales intérieures dans des zones urbaines ou à proximité de celles-ci, il faut disposer de plus d’énergie, de plus d’espace et de plus d’investissements, et offrir un intéressant rendement du capital investi.

3. Planifier l’utilisation des terres. On observe dans les zones urbaines une concurrence féroce pour les terres. C’est pourquoi la production alimentaire devrait être stratégiquement intégrée à la planification municipale, faire l’objet d’une collaboration avec les municipalités et répondre aux besoins locaux.

L’agriculture verticale intérieure pourrait devenir une source principale de production alimentaire partout au Canada, si l’on arrive à mieux justifier son expansion. Mais pour l’instant, elle sert principalement à répondre à la demande des marchés locaux et spécialisés.

Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole, à l’Institut d’action climatique RBC.

1. Statistique Canada, (2024). Consommation d’énergie des ménages, Canada et les provinces.

2. Régie de l’énergie du Canada, (2023). Aperçu du marché : Projets d’énergie propre dans les communautés isolées autochtones et du Nord.

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Principaux points à retenir

Le secteur canadien de la serriculture : un pôle de croissance. La valeur à la ferme des fruits et légumes de serre vendus au Canada a augmenté pour la 11e année consécutive. La hausse de 9,2 % en 2023 correspond à une valeur de 2,5 milliards de dollars, soit le double par rapport à 2013.1


Des infrastructures déficientes ou mal adaptées pourraient freiner la croissance. On s’attend à ce que la superficie des serres de l’Ontario double au cours des 10 prochaines années, mais le secteur est confronté à d’importants enjeux en ce qui concerne l’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets et la pénurie de main-d’œuvre.2 La pointe de consommation d’électricité anticipée pour les régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent qui était de 500 mégawatts (MW) en 2023 passera à environ 2 100 MW en 2035, portée principalement par la croissance du marché des batteries de véhicules électriques et d’autres technologies de pointe et des entreprises serricoles.3


Les forces des entreprises serricoles canadiennes à l’échelle mondiale reposent sur la productivité et l’utilisation efficiente des sols. Les volumes de production en serre du pays par rapport à l’espace utilisé battent des records. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne, deux fois plus que le Mexique et légèrement plus que les Pays-Bas.4 5 Le Canada devra au cours de la prochaine décennie réussir à se distinguer en matière d’utilisation efficiente des superficies exploitées tout en augmentant les volumes de production pour répondre à la demande des marchés intérieur et extérieur.


Le marché de l’ouest des États-Unis est important pour la croissance des exportations. Le volume de production en serre représente 39 % des exportations de produits frais, 99,5 % de ces produits étant destinés aux États-Unis. Les fruits et légumes de serre du Canada sont consommés dans l’est des États-Unis, de l’État de New York à l’État de la Floride. Le Canada pourrait tabler sur l’important marché de 68 millions de dollars du Midwest s’il est en mesure d’établir des relations, une image de marque pour les produits et des services logistiques de la chaîne du froid.


Les entreprises serricoles doivent régler leur dilemme énergétique – demandes énergétiques, émissions de GES et facturation – pour soutenir l’expansion de leurs activités. Les coûts d’énergie pour les serres ont augmenté de 55 % au Canada entre 2013 et 2023, tandis que l’approvisionnement en gaz naturel augmente l’empreinte carbone de l’industrie.6 7 La réduction de la demande en gaz naturel et la prime verte pour les solutions de rechange, y compris le gaz naturel renouvelable, l’hydrogène et l’électricité propre, pourraient permettre aux entreprises serricoles du Canada de prospérer dans une économie à faible émission de carbone.

Ouvrir un monde de possibilités

Selon les projections, la population mondiale devrait atteindre 9,7 milliards de personnes en 2050, et la demande alimentaire augmentant de 56 % par rapport aux niveaux de 2010.8 9Il faudra des efforts colossaux pour satisfaire la demande alimentaire future avec l’augmentation de l’insécurité alimentaire. Au Canada, plus de 20 % des ménages vivent une situation d’insécurité alimentaire, alors que le prix des aliments dans les magasins a augmenté de 21,6 % de février 2021 à février 2024 en raison de plusieurs facteurs, y compris les conditions de croissance déplorables, les problèmes d’approvisionnement et les coûts d’intrant élevés.10 Ces facteurs présentent un défi pour le secteur agricole qui doit innover et mettre en place des systèmes efficients et résilients dans le contexte des changements climatiques, systèmes qui permettent à un plus grand nombre d’aliments produits à un prix raisonnable de se retrouver dans l’assiette du consommateur.

Le secteur serricole du Canada est bien positionné pour aider à relever ce défi en raison de son utilisation particulièrement efficiente des sols et des intrants, de la possibilité de raccourcir la chaîne d’approvisionnement pour les Canadiens et d’un solide historique de croissance et de solutions novatrices.

Au cours des dix dernières années, le nombre de serres spécialisées dans la production de légumes et de fruits a augmenté chaque année :11
103 %
Valeur du produit
36 %
Volume récolté
12 %
Exploitations serricoles

La consolidation de ces réalisations au cours des dix prochaines années exigera des efforts pour relever les défis que posent les infrastructures d’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets, les contraintes réglementaires, la pénurie de main-d’œuvre et les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement.

Les avantages des solutions novatrices dans le contexte de la culture en serre augmentent dans les environnements contrôlés. Dans les espaces fermés, les exploitants peuvent concevoir des systèmes dynamiques pour l’éclairage, la fertigation et le chauffage qui permettent d’optimiser la croissance des plantes et l’utilisation efficiente des ressources. Par exemple, les exploitants serricoles peuvent adopter des solutions non complexes comme des rideaux horizontaux pour conserver la chaleur près des plantes et des solutions technologiques pour effectuer un dépistage génétique précoce des maladies ou des parasites qui risquent d’anéantir la croissance de toute une récolte. L’agriculture en environnement contrôlé présente également des occasions d’innover et de mettre en place des mesures d’adaptation aux changements climatiques. En cultivant les fruits et les légumes dans des structures fermées et des milieux de culture contrôlés, la production peut être plus résiliente aux conditions climatiques extrêmes, aux écarts de précipitation et aux changements de saison, protégeant par le fait même un approvisionnement continu de nourriture. Avec les changements climatiques qui perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement et les marchés, il y a un coût économique associé à l’inaction – il ne faut pas perdre de temps à créer un faux dilemme entre l’action climatique et l’approvisionnement de nourriture.12 La production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement devraient plutôt viser la réalisation des mêmes objectifs sur le plan climatique, économique et de production.

L’énergie utilisée dans les serres est principalement alimentée par le gaz naturel. Une utilisation énergétique élevée signifie donc qu’il y a des émissions élevées de gaz à effet de serre (GES).13 Le Canada doit développer des options d’énergie renouvelable et propre, et également chercher à réduire les factures et la consommation énergétique pour aider le secteur à réduire ses émissions de carbone. Les options de développement comprennent la production de gaz naturel renouvelable (GNR) à partir des biodéchets agricoles et des décharges dans les environs, les investissements dans la production locale d’hydrogène et l’exploration et le déploiement de pompes à chaleur industrielles alimentées à l’électricité.

On doit s’attendre à des perturbations et de la volatilité sur les marchés jusqu’en 2050, mais également à une augmentation de la demande de fruits et de légumes produits en serre au Canada.33 La population nord-américaine devrait croître de façon régulière jusqu’en 2050 et, avec l’augmentation des revenus, les préférences des consommateurs se tourneront vraisemblablement vers des aliments plus nutritifs, comme les fruits et les légumes, pour des raisons de santé et dans la foulée de certaines mesures complémentaires, comme la taxation du sucre. Les denrées doivent être disponibles pour répondre aux nouvelles préférences, mais les projections supposent que la superficie cultivée diminuera au cours des dix prochaines années.14 Ces questions multifactorielles présentent de nouveaux défis pour assurer la croissance de la production serricole du Canada.

Qu’est-ce que l’AEC?

L’agriculture en environnement contrôlé (AEC) repose sur des systèmes de production agricole qui peuvent varier de peu à très complexe sur le plan technologique et qui permettent aux exploitants d’avoir plus de contrôle sur les milieux de culture.

Infrastructure de croissance de l’AEC

  • Serre en verre ou en plastique :
    Structure fermée faite de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène.
  • Tunnel chenille en plastique facile à installer :
    Structure en forme de tunnel recouverte de plastique qui est facile à installer et qui offre un contrôle limité à l’égard des intempéries.
  • Ferme verticale intérieure :
    Pièce fermée, comme un conteneur d’expédition, qui est remplie d’unités de production et qui utilise souvent un système d’éclairage artificiel et des milieux de croissance hors-sol.
  • Autre ferme intérieure :
    structures fermées, opaques, comme des bâtiments rénovés utilisant différents systèmes de production, de la culture aéroponique à la culture en eau profonde.

Milieu de culture de l’AEC

  • Culture hydroponique :
    les plantes poussent dans l’eau et sont alimentées par des solutions nutritives combinant divers sels minéraux.
  • Culture aéroponique :
    les plantes poussent pendant que leurs racines sont exposées à l’air et alimentées par vaporisation d’une solution nutritive.
  • Culture aquaponique :
    les plantes poussent dans un milieu de croissance qui intègre des organismes aquatiques dont les déjections servent de nutriments.
  • Culture dans la terre :
    les plantes poussent dans la terre.

Un survol de la production serricole du Canada

Une approche régionale à la croissance de la culture en serre

Au Canada, il y a 920 entreprises spécialisées dans la culture des fruits et des légumes de serre sur une superficie de plus de 5 000 acres.15 Ces serres produisent plus de 800 000 tonnes de tomates, concombres, poivrons, laitue, fraises ainsi que d’autres fruits et légumes. Elles sont faites de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène, et utilisent différents milieux de croissance adaptés au type de culture.16 Le Canada produit également des fleurs et du cannabis en serre. Il y a plus de 1 500 entreprises serricoles qui se spécialisent dans la culture des fleurs et des plantes, pour une valeur à la ferme de 2,1 milliards de dollars en 2023.17 Le présent rapport porte sur la production des fruits et légumes de serre du Canada, compte tenu des occasions favorables à l’expansion de la production agroalimentaire et des échanges commerciaux ainsi que des défis à relever pour décarboniser notre système de production alimentaire et l’adapter aux changements climatiques.

Les deux tiers de la production de fruits et légumes en serre au Canada provient de l’Ontario, et plus particulièrement du comté d’Essex dans le Sud-Ouest de la province. Leamington, en Ontario, surnommé le « Sun Parlour » du Canada, se trouve dans le comté d’Essex. Cette ville réunit le plus grand nombre de serres spécialisées dans la production de fruits et légumes en Amérique du Nord.

Le comté d’Essex bénéficie de températures clémentes, de longues journées ensoleillées et d’un microclimat induit par les Grands Lacs qui crée des conditions idéales pour la croissance. Et la frontière avec les États-Unis est à une heure de route. La région bénéficie également de la présence des exploitants de fermes familiales qui ont investi localement et innové dans la construction de serre, la recherche et la production combinée d’énergie et de chaleur, pour devenir un pôle unique de la culture en serre. Par exemple, le Center for Horticultural Innovation à Leamington teste la production des fruits et légumes et les nouvelles technologies, comme l’utilisation des drones dans la lutte contre les insectes nuisibles, afin d’identifier les technologies dont l’utilisation peut être étendue aux exploitations serricoles du Canada et de favoriser les avancées technologies au sein du secteur. Le secteur serricole de l’Ontario soutient, pour sa part, divers programmes, notamment des fonds d’innovation comme l’Initiative pour la compétitivité et l’innovation dans le secteur serricole (ICISS), des programmes d’efficacité énergétique, de nombreux projets de recherche dans le cadre de l’Alliance pour l’innovation agroalimentaire en Ontario et des projets d’expansion des infrastructures électriques dans certaines régions.

Canada: Une centrale électrique de serre

Source: Statistique Canada

La Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta suivent avec de plus petites parts, chacune de ces provinces ayant un secteur serricole en croissance porté par des stratégies de développement régional.

  • Québec met en œuvre sa Stratégie de croissance des serres au Québec 2020-2025 par la mise en place de divers mécanismes, comme le taux préférentiel pour la consommation d’électricité, afin de doubler la superficie de fruits et de légumes cultivés en serre dans la province, l’objectif étant de passer à 620 acres d’ici 2025.
  • L’Alberta soutient l’innovation et les technologies agricoles appliquées à la culture en serre par l’intermédiaire de ses recherches sur de nouvelles variétés de semence de fraise et de tomate, des systèmes d’éclairage efficients et des mesures d’efficacité énergétique. Un soutien est également offert dans la province pour développer des collaborations entre les secteurs énergétique et serricole pour l’installation de panneaux solaires transparents dans les serres et la récupération de la chaleur perdue pendant l’utilisation du gaz naturel et du CO2 pour soutenir la croissance des plantes.
  • La Colombie-Britannique utilise les technologies de pointe pour soutenir son secteur serricole par l’intermédiaire du B.C. Centre for Agritech Innovation de l’Université Simon-Fraser – un élément du programme économique de la Colombie-Britannique.

La valeur des exportations de légumes de serre au Canada représente 39 % de tous les produits frais exportés, soit plus de 1,4 milliard de dollars. L’Ontario produit 88 % de ces légumes de serre en valeur qui sont exportés principalement vers les États-Unis (99,5 %), mais également vers le Japon, la France et Taïwan.18

La demande de fruits et de légumes frais aux États-Unis dépasse les capacités de production intérieure, ce qui en fait un marché important pour la croissance des exportations du Canada. Par exemple, le volume des tomates de serre importées du Canada représente environ 65 % du volume total des tomates fraîches importées aux États-Unis, une part importante de la consommation intérieure.19 Le Canada est le deuxième importateur de tomates de serre en importance aux États-Unis, à bonne distance derrière le Mexique. S’il met en place des solutions novatrices et énergétiques, le Canada pourra commercialiser des produits de haute technologie à faible émission de carbone pour mettre à profit les préférences des consommateurs à l’égard des produits durables.20

Conditions de croissance, coûts et règlements

Des systèmes de croissance hautement productifs et efficients sont requis pour satisfaire à la demande du marché intérieur et des marchés à l’étranger.

En Ontario, les plus gros producteurs de tomates, de concombres et de poivrons de serre ont affiché une marge brute d’environ 80 à 90 % entre 2017 et 2021, augmentant la taille des serres d’environ 29, 117 et 49 acres en moyenne, respectivement.21

Le gaz naturel et l’éclairage artificiel, le CO2, la chaleur, l’eau, l’azote, le phosphore et le compagnonnage végétal sont les éléments d’un système de croissance dynamique qui sont utilisés pour la culture des légumes et des fruits de serre. L’équilibre à maintenir entre les intrants varie selon le produit agricole. Les concombres qui sont composés principalement d’eau exigent une quantité substantielle d’eau pendant leur croissance. Dans les serres, le recyclage de l’eau permet de réduire les besoins en eau des concombres d’environ 800 à 1 200 litres par mètre carré et par saison de croissance. La quantité exacte d’eau requise dépend de différents facteurs, y compris la source d’éclairage utilisée. Les intrants pour les tomates varient légèrement selon la variété, mais les résultats font ressortir les principales différences. Par exemple, une tomate Beefsteak exige la même quantité de lumière, d’eau, d’énergie, de CO2 et de fertilisant que la tomate cerise, mais les rendements de la tomate Beesteak sont plus de deux fois ceux de la tomate cerise.22

Les serres utilisent l’énergie qui provient principalement du gaz naturel, pour le chauffage, l’éclairage, et la production de CO2. Le gaz naturel est souvent utilisé pour chauffer l’eau dans des chaudières, eau qui est ensuite pompée et acheminée dans les serres par un réseau de tuyaux placés sur le sol et qui peuvent être déplacés comme des rails pour récolter le produit agricole. Le gaz de combustion dans les chaudières est souvent récupéré et converti en CO2 afin d’être utilisé pour nourrir la plante.

Les prix du gaz naturel, de l’électricité, de mazout et des autres source d’énergie augmentent pour les exploitants serricoles du Canada. Ils ont augmenté de 55 % entre 2013 et 2023, pour atteindre 406 millions de dollars.23 L’énergie utilisée dans les serres peut avoir un coût environnemental, car le gaz naturel est souvent la principale source d’émissions de gaz à effet de serre permettant de déterminer l’empreinte carbone d’une exploitation serricole.24 Certaines exploitations serricoles ont mis en place des installations de cogénération qui sont intégrées au réseau de distribution électrique pour aider à optimiser l’efficience et répondre aux demandes de pointe. Par exemple, l’entreprise Under Sun Acres établie à Leamington exploite quatre génératrices alimentées au gaz naturel à proximité des serres destinées à la production de poivrons pour la production d’électricité et la captation de la chaleur résiduelle. Les génératrices fournissent 13 MW d’électricité au réseau d’électricité de l’Ontario, et la chaleur résiduelle est récupérée à la sortie et des jaquettes de régulation sont utilisées pour le chauffage de la serre.25

Moteur de cogénération à Under Sun Acres, Leamington, ON

Le rôle des serres dans la production d’énergie peut aider à répondre à la demande régionale, notamment dans le cas des régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent dont la demande en période de pointe qui était de 400 MW en 2023 passera à environ 2 100 MW d’ici 2035, poussée principalement par les exploitations serricoles, la fabrication de pointe et la production de batteries pour véhicule électrique.

Les terrains sont également très prisés, mais l’efficience par superficie exploitée par rapport à la production en champ est un maillon important de l’histoire du développement durable et de la serriculture, c’est-à-dire l’affectation des terres à d’autres activités. Au Canada, la production de tomates, de poivrons, de concombres, de laitue et de fraises en serre est 8,5 fois plus élevée par superficie exploitée que la production en champ, ce qui témoigne d’une solide productivité. Cependant, les rendements obtenus au cours des dix dernières années plafonnent.26 27 Les solutions novatrices proposées pour dépasser les rendements historiques comprennent les systèmes d’éclairage dynamique, la reconfiguration des infrastructures de croissance pour optimiser l’utilisation de l’espace et l’éclairage et les stratégies génétiques pour lutter contre la stagnation des rendements.

Système de culture pyramidale au Center for Horticultural Innovation, Leamington, ON

Les coûts de main-d’œuvre sont nécessaires, mais élevés. Ils représentent 29 % des dépenses d’exploitation des entreprises serricoles du Canada.28 Agriculteur 4.0 indique que les coûts de main-d’œuvre sont plus élevés pour les exploitations serricoles que pour les autres secteurs agricoles, comme l’industrie du bœuf. Même si les processus de récolte demeurent à forte intensité de main-d’œuvre, les innovations prometteuses, comme les tapis et convoyeurs pour la récolte et les robots pour le transport et l’emballage des produits agricoles dans les entrepôts, permettent de réduire le temps requis pour arriver sur les tablettes des magasins.

Poivrons jaunes à Under Sun Acres, Leamington, ON

Les serres profitent du soutien des gouvernements et de l’industrie, mais les politiques gouvernementales et l’environnement réglementaire peuvent également être un obstacle. L’agriculture en environnement contrôlé se retrouve souvent dans une zone sans règles clairement définies. Elle n’appartient pas vraiment aux catégories industrielles ou agricoles pour le développement et l’accès aux ressources. De nombreuses années peuvent également être nécessaires pour obtenir l’approbation des nouveaux projets. Les exploitants serricoles du Canada doivent payer des taxes plus élevées et ont un accès limité aux sources d’énergie abordable comparativement à leurs homologues américains, ce qui nuit à leur compétitivité. Le secteur est également confronté à des obstacles liés à la réglementation pour l’accès à une quantité d’eau suffisante, forçant les exploitants à faire des choix entre un nombre limité d’options et les obligeant notamment à faire des investissements initiaux importants pour construire des étangs d’irrigation et des systèmes de collecte des eaux pluviales, à payer des frais de développement élevés ou à être soumis à de longues périodes d’attente pour obtenir des servitudes et des permis pour un accès à l’eau.

Les cinq grandes productions

Les serres de fruits et de légumes au Canada sont très spécialisées. Voici les cinq principales cultures en serre du Canada :

  • La tomate :La tomate est la reine de la culture en serre au Canada. Elle couvre une superficie de plus de 1 800 acres pour une production d’environ 315 000 tonnes et une valeur à la ferme de 869 millions de dollars.29
  • Le concombre :Le concombre est le légume le plus exporté parmi les végétaux cultivés en serre au Canada, représentant 34 % de la valeur totale des exportations.30
  • Le poivron : Avec un volume de près de 170 000 tonnes produites en 2023, le poivron est le troisième légume de serre en importance au Canada sur le plan du volume et de la valeur, mais le deuxième pour ce qui est de la superficie cultivée.31
  • La laitue : La production de laitue de serre arrive à bonne distance derrière, en quatrième place, dominée par le Québec. Il serait possible d’augmenter la productivité intérieure étant donné que la laitue de plein champ représente la part la plus importante des importations de végétaux de champ au Canada en valeur, à 18 %. Les États-Unis et le Mexique combinés sont les sources d’environ 99 % des légumes de plein champ importés au Canada.32
  • La fraise : La fraise est le fruit vedette de la production en serre, mais elle ne compte cependant que pour 3 % de la superficie en serre au Canada.33 Le marché pour ce fruit prisé des ménages offre des possibilités aux exploitants serricoles qui continuent de modifier leur approche pour protéger les fraises des insectes nuisibles et des maladies.

Les cinq grandes production à surveiller

Les préférences des Canadiens évoluent et se diversifient, et l’accès aux aliments qui sont consommés en grande quantité, comme les bananes et le café, pourrait devenir plus difficile pour le Canada en raison des préoccupations soulevées par les changements climatiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les mutations géopolitiques. Ce contexte crée des occasions propices à l’innovation pour les produits agricoles cultivés au Canada.

  • Les petits fruits, à part les fraises : Les framboises et les bleuets sont parmi les cinq fruits les plus importés sur le plan de la valeur au Canada, ce qui correspond à une forte demande intérieure à satisfaire si la production en serre de ces produits à valeur élevée peut être maîtrisée.34
  • Les épinards : Le Canada est un importateur net d’épinard, mais des efforts sont déployés actuellement pour améliorer le rendement en serre, pour accélérer et automatiser le processus de culture et améliorer la logistique de la chaîne froide.35
  • Les bananes : La banane est le fruit le plus importé au Canada en volume, et les rendements à l’échelle mondiale connaissent une augmentation depuis les années 60. Mais les rendements des cinquante prochaines années pourraient ne pas être aussi bons, ce qui ouvre la porte à la possibilité de cultiver les bananes en serre.36 37
  • Le café : Même s’il est difficile d’imaginer que des grains de café puissent être produits au Canada, des recherches sont pourtant en cours pour explorer la possibilité de les produire en serre et pour régler les problèmes multifactoriels qui causent les pénuries de grains de café et les flambées de prix.38
  • Le gombo : Le gombo (aussi appelé okra) est un ingrédient important requis qui se retrouve de nombreuses cuisines à travers le monde, et les importations de ce légume augmentent régulièrement année après année. La production de ce légume augmente régulièrement depuis 2018, et représente actuellement 1 % de la production mondiale de végétaux en volume.39

Le Canada se démarque pour l’efficience de ses superficies agricoles cultivées

La force du Canada dans la production de fruits et légumes de serre par rapport aux concurrents internationaux repose sur sa productivité par acre. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne et légèrement plus que les Pays-Bas, et deux fois plus que le Mexique.40 41 42

Productivité par superficie de terre

Rendement estimé par hectare (tonnes)

*Comparaison mondiale des principaux pays producteurs de serre en 2022. Les estimations comprennent la production annuelle combinée en serre de tomates, de concombres, de poivrons, de laitue et de fraises.

Source: Statistique Canada, Gouvernement du Mexique, EuroStat.

Ces régions qui affichent une production élevée ont des forces qui leur sont propres grâce à certains facteurs, y compris les technologies ayant été adoptées, la situation géographique et les conditions climatiques. Même si le Canada ne peut pas livrer concurrence au Mexique sur le plan de la chaleur – du moins pas à court terme – il peut tirer de nombreuses leçons de ses concurrents.

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays. 43

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Investissement dans la décarbonisation
  • Efficacité de l’utilisation des terres
  • La main-d’œuvre hautement qualifiée correspond à l’industrie de haute technologie

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

  • Mexique

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays.43

  • Espagne

 

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Pays-Bas

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

Ce que les entreprises serricoles du Canada doivent faire

Le secteur serricole du Canada est une belle réussite sur les plans de la croissance et de la productivité. Il est maintenant temps de déterminer les étapes qui pourront aider à soutenir et développer le secteur. Une stratégie de croissance des serres à l’échelle canadienne qui permet de cartographier la production, les échanges commerciaux, la valeur et les cibles GES et permettre au secteur d’afficher une croissance année après année jusqu’en 2035 et par la suite. En plus de cartographier le possible, la prise en compte des besoins en matière d’infrastructures, de compétences, de politiques, d’investissements et de recherches est essentiel pour ancrer la stratégie aux défis auxquels le secteur devra s’attaquer.


Énergie : Aborder le trilemme du secteur

Le gaz naturel est la principale source d’énergie du secteur, mais son utilisation continue pourrait nuire à l’atteinte des cibles de réduction des GES du Canada. Pour réduire l’empreinte carbone de la production en serre, il faudrait augmenter le recours à d’autres sources d’énergie, comme le gaz nature renouvelable, les pompes à chaleur alimentées à l’électricité et l’hydrogène. Le gaz naturel renouvelable représente seulement 0,36 % du gaz naturel distribué au Canada, mais pourrait réduire de moitié l’intensité carbone du gaz naturel utilisé, selon le type de matières premières utilisées (p. ex., le fumier).48 49 50 Cependant, les coûts supplémentaires requis pour cette option de production écoresponsable sont élevés. Par exemple, en Ontario, le coût du gaz naturel renouvelable est moins élevé que l’électricité, mais il est cinq fois plus élevé que le gaz naturel.51 La sensibilisation et la création de mécanismes financiers qui permettent d’indemniser de façon adéquate les agriculteurs et les exploitants serricoles pour la biomasse qu’ils utilisent dans la production de gaz naturel renouvelable sont essentiels si l’on veut que le Canada puisse fournir une quantité constante de matières premières dans les biodigesteurs.

Les systèmes alimentés à l’électricité seulement sont également étudiés. Mais les exploitants qui envisagent de passer aux pompes de chaleur alimentées à l’électricité pour améliorer l’efficacité énergétique et réduire leur empreinte carbone doivent également tenir compte de la source d’électricité. À l’échelle nationale, les GES qui sont associés à la production d’électricité et de chaleur ont diminué de 56 % entre 2022 et 2025, qui est l’année de référence pour la cible d’émission des GES de 2030.52 Cependant, le niveau des GES associés à la production d’électricité diffère de façon substantielle entre les provinces, car les sources d’énergie utilisées varient, passant des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, ce qui donne une intensité carbone différente. En 2021, l’intensité carbone associée à la production d’électricité de l’Alberta était 510 fois plus élevée que celle du Québec.53 Ces différences font ressortir le besoin d’élaborer des stratégies régionalisées ainsi que des engagements et des actions ciblés étendre les réseaux d’énergie propre et favoriser des processus de décarbonisation.


Déchets : Concevoir des systèmes circulaires et à faible émission de carbone

Un approvisionnement régulier et constant de matières premières est requis pour étendre l’utilisation du gaz naturel renouvelable. Les entreprises serricoles produisent des biodéchets qui peuvent être utilisés comme matières premières pour la production de gaz naturel renouvelable. D’autres déchets doivent vraisemblablement être ajoutés à ces matières premières pour que l’approvisionnement soit constant étant donné que les biodéchets d’une serre plongent pendant les saisons de croissance et atteignent des sommets à la fin de ces saisons. En raison des risques de biosécurité et des préoccupations liées à la présence d’étiquettes de plastique et de bouts de ficelle dans les déchets des serres, l’option la plus courante et la plus sûre consiste à jeter les biodéchets dans une décharge. Près de la plaque tournante de la serriculture du Canada, Enbridge développe un projet de pipeline de gaz naturel renouvelable prévue par Waste Connections of Canada à la décharge Ridge dans la région Chatham-Kent, qui devrait annuler 110 000 tonnes d’éq. de CO2 de la décharge et produire 1 591 pétajoules par année.54

Les décharges, comme celle de Ridge qui est remplie au maximum de sa capacité, doivent être agrandies pour satisfaire aux demandes d’enfouissement des déchets. Pour atténuer les pressions liées à l’élimination des déchets et aider à la production de gaz naturel renouvelable dans les décharges, l’installation de biodigesteurs de matières résiduelles et de noyaux et lignes de collecte et de distribution pourrait générer un flux de rentrées de fonds dans les zones agricoles très productives par la récupération des biodéchets dans les multiples systèmes de la ferme, des cultures aux élevages aux exploitations serricoles. Cette installation permettrait de créer une certaine circularité et de faire la promotion d’un accès au gaz naturel renouvelable dans les régions rurales.


Terrains : Produire plus sur moins

Les prix et la concurrence que se livrent les habitations, les commerces de détail, les installations agricoles et les industries, particulièrement dans les régions densément peuplées comme le corridor Windsor-Montréal, limitent l’offre de terres. Les entreprises serricoles du Canada démontrent leur leadership à l’échelle mondiale en matière de productivité par superficie exploitée, mais les innovations qui poussent les rendements à la hausse sont requises pour maintenir la position dominante du Canada. L’un des plus grands défis à relever au sein du secteur agricole est d’arriver à produire plus avec moins. La contribution des entreprises serricoles qui est requise pour relever ce défi et soutenir la croissance devrait être plus explicitement incluse et soutenue dans la politique de développement durable à l’échelle du secteur, et plus particulièrement dans la Stratégie pour une agriculture durable.


Eau : Conserver une ressource de plus en plus précieuse

Comme dans le cas des terres agricoles, l’accès à l’eau dans certaines régions est également limité pour les exploitations serricoles. Les frais de développement qui ont été introduits par les municipalités dans le cas des nouvelles infrastructures qui utilisent les services publics d’approvisionnement en eau à Chatham-Kent, en Ontario, fait ressortir le contexte changeant. Des investissements dans les infrastructures rurales sont requis de la part des différentes administrations en raison de la demande alimentaire en hausse, des pressions sur les ressources naturelles, y compris l’augmentation de leurs coûts. L’harmonisation des plans de développement des infrastructures des municipalités et des provinces et des cibles de croissance pour le secteur pourrait aider à régler les problèmes liés aux pénuries dans les zones rurales.


L’éclairage : Tenir compte de la communauté dans le développement rural

Les serres peuvent émettre des lumières vives pendant toute la journée, ce qui peut être un inconvénient pour les résidents des zones rurales. Les municipalités, comme Leamington, qui ont une concentration élevée de serres, ont des règlements qui exigent que la pollution lumineuse soit atténuée par les exploitants à l’aide de rideaux ou que les lumières soient éteintes en soirée. Les exploitants serricoles doivent respecter les règlements locaux et les plans d’expansion doivent tenir compte des répercussions sur le bien-être des collectivités pour soutenir une croissance durable et la capacité d’attirer une main-d’œuvre hautement qualifiée.


Compétences : Rebaptiser l’agriculture canadienne pour attirer des talents diversifiés

Les progrès dans l’automatisation des exploitations serricoles peuvent se traduire par une plus grande efficience et une demande pour des postes hautement qualifiés. Mais le Canada est-il prêt à pourvoir ces postes ? Le secteur a déjà du mal à régler sa pénurie de main-d’œuvre avec un poste agricole vacant sur trois étant anticipé d’ici l’année 2030 si aucune mesure importante n’est prise. Il est plus difficile de convaincre les Canadiens de déménager dans les régions rurales, la population croissant 15 fois moins vite que dans les zones urbaines. De plus, les politiques récentes qui ont une incidence sur le parcours des étudiants étrangers au Canada pourraient réduire les inscriptions dans les programmes d’études postsecondaires, ce qui limitera l’accès aux personnes hautement qualifiées. Les défis sont nombreux alors que les exploitants serricoles doivent pouvoir compter sur les travailleurs étrangers du Mexique et de l’Amérique centrale. Le secteur agricole doit se donner une nouvelle image pour attirer les chercheurs d’emploi. Il doit se présenter comme un milieu propice à la réussite des personnes ambitieuses et hautement qualifiées qui sont stimulées par l’utilisation des technologies de pointe et qui veulent avoir un impact positif au Canada et à l’échelle mondiale.


Réglementation et politiques : Moderniser pour un monde plus compétitif

Le positionnement du Canada comme centre de production serricole efficient et responsable passe par l’exploration des politiques et règlements qui le désavantagent par rapport à ses concurrents mondiaux. L’identification et la modernisation des règlements qui placent la culture sous serres et environnement contrôlé dans un environnement sans règles clairement définies et qui retarde l’expansion seraient un excellent point de départ.


Échanges commerciaux : Élaborer un plan directeur pour exploiter de nouveaux marchés

Un schéma d’expansion des exportations de fruits et de légumes de serre pourrait aider les principaux intéressés à tracer la voie à suivre et à explorer les mesures de soutien que le Canada pourrait prendre. Le Midwest des États-Unis pourrait être ciblé, car il offre des occasions importantes et pourrait servir de fondement à un programme d’échanges commerciaux. Des missions coorganisées par l’industrie et les gouvernements peuvent aider à réunir des renseignements sur la logistique de la chaîne du froid et les besoins connexes, à évaluer les occasions sur le marché, à établir des relations et une image de marque canadienne. L’expansion des exportations dans de nouvelles régions doit également tenir compte des effets du temps de réfrigération et des kilomètres qui doivent être ajoutés sur le climat ainsi que des principaux concurrents, comme la production en champ de la Californie.


Expansion du marché : Créer un calculateur de carbone fabriqué au Canada

Le secteur serricole est prêt pour un calculateur de l’intensité carbone développé au Canada. Le fait de ne pas connaître l’intensité carbone de la production en serre est un angle mort pour la politique climatique du Canada et pour le développement de solutions par l’industrie et la communication des progrès réalisés en matière de développement durable. Les gouvernements ont un rôle à jouer en ce qui concerne les investissements et les efforts de collaboration pour le développement d’outils faciles à utiliser par les entreprises serricoles pour l’identification, la compréhension et la réduction de leur empreinte carbone. Le calcul de l’intensité carbone des produits est de plus en plus important pour satisfaire à la demande, pour lever les barrières commerciales et pour permettre à l’industrie de prendre des décisions éclairées sur les nouveaux développements et les rénovations.


Recherche et innovation : Coordonner et mettre à l’échelle les innovations canadiennes

Le Canada est un chef de file non seulement en matière de productivité serricole, mais également en matière d’innovation. Pourtant, les programmes de financement sont fragmentés, et l’application des connaissances se fait en silo. C’est dû au fait que le Canada fonctionne selon un modèle réactif tandis que l’industrie et les universités peuvent travailler en collaboration avec certains exploitants pour des projets qui ciblent un aspect en particulier, sans stratégie uniforme et cohérente entre les priorités, le financement et les objectifs en matière de recherche. Cette approche fragmentée présente une occasion d’établir un cadre de recherche global pour regrouper les projets et les parties intéressées en vue de faire avancer la recherche de façon ciblée et cohérente. Les parties intéressées pourraient convenir des priorités en matière de recherche (automatisation, génétique et sélection, objectifs zéro émission nette, agronomie, etc.), priorités qui pourraient être par la suite utilisée pour faciliter la coordination et les partenariats pour les projets pertinents. Un cadre de recherche comprenant les priorités, les fonds engagés et les objectifs mesurables permet également de s’assurer que les organismes de recherche sont sensibilisés à la vitesse relative de leurs travaux et que les projets de recherche sont liés aux besoins de l’industrie.

La prochaine décennie

La serriculture peut émerger comme un pilier de la croissance agroalimentaire du Canada et être au cœur des ambitions de développement durable au cours des 10 prochaines années et jusqu’en 2050. L’objectif est de doubler la superficie exploitée au cours des 10 prochaines années, de proposer une plus grande diversité de produits et d’améliorer les rendements. Le véritable défi pour les entreprises serricoles du Canada qui doivent répondre aux demandes des marchés en croissance et éliminer les obstacles à la mobilisation des ressources passera par le développement d’infrastructures qui puissent soutenir la croissance et la décarbonisation, et favoriser la prospérité des collectivités rurales.

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Contributors:

Auteur principal : Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Myha Truong-Regan, Cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, Climat et énergie

Shiplu Talukder, Spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisé

    Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont fait bénéficier de leurs connaissances et de leur expertise pendant la rédaction du présent rapport.
  • Alesandros Glaros, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Aaron Coristine, Ontario Greenhouse Vegetable
  • Gordon Stock, Ontario Fruit and Vegetable Growers’ Association
  • Evan Fraser, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Lenore Newman, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Goretty Dias, School of Environment Enterprise and Development, Université de Waterloo
  • Matt Korpan, Center for Horticultural Innovation
  • Peter Quiring, Nature Fresh Farms
  • Chris DelGreco, Under Sun Acres
  • Gary Toupin, Banque Royale du Canada
  • Mohamad Yaghi, conseiller-expert en agriculture
  • Alycia Van der Gracht, QuantoTech
  • Peter Van der Gracht, QuantoTech
  • David Arkell, Energy 360
  • Lisa Brodeur, Energy 360
  • Expert-Ressource, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario

  1. Statistique Canada. (2024a). Production et valeur des fruits et des légumes de serre.
  2. Analyse de l’Ontario Greenhouse Vegetable Grower.
  3. Ministère de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario. (2023). Alimenter la croissance de l’Ontario – Plan de l’Ontario pour un avenir énergétique propre.
  4. Gouvernement du Mexique. (2023). Statistical Yearbook of Agricultural.
  5. EuroStat. (2024). Crop production in EU standard humidity.
  6. Statistique Canada. (2024b). Dépenses d’exploitation des producteurs de serre.
  7. Dias et al. (2017). Life cycle perspectives on the sustainability of Ontario greenhouse. tomato production: Benchmarking and improvement opportunities. Journal of Cleaner Production.
  8. Nations unies. 2022. La population mondiale franchit la barre des huit milliards de personnes cette année, mais le taux de croissance ralentit.
  9. Van Dijk et al. (2021). A meta-analysis of projected global food demand and population at risk of hunger for the period 2010–2050. Natural Foods.
  10. Statistique Canada. (2024c). Indice des prix à la consommation, février 2024.
  11. Statistique Canada. (2024a).
  12. Deloitte. 2022. The turning point: A new economic climate in the United States.
  13. Statistique Canada. (2024b).
  14. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). 2022. Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2022-2031
  15. Statistique Canada. (2024a).
  16. Statistique Canada. (2024a).
  17. Statistique Canada. (2024d). Estimation des serres spécialisées en exploitation, de la superficie en serre et des mois en exploitation.
  18. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022a). Aperçu statistique de l’industrie canadienne des légumes de serre et des champignons.
  19. Département de l’Agriculture des États-Unis. (2024). Vegetables and Pulses Outlook: April 2024.
  20. McKinsey & Company. (2023). Le consommateur se soucie de développement durable – et le manifeste en faisant leurs achats.
  21. Gouvernement ouvert. (2024). Données d’analyse financière de la ferme de l’Ontario.
  22. Analyse des récoltes de Greenhouse Vegetable Grower de l’Ontario.
  23. Statistique Canada. (2024b).
  24. Dias et al. (2017).
  25. Under Sun Acres. (s. d.). Cogeneration.
  26. Statistique Canada. (2024a).
  27. Statistique Canada. (2024e). Superficie, production et valeur à la ferme des légumes commercialisés.
  28. Statistique Canada. (2024b).
  29. Statistique Canada. (2024a).
  30. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022a).
  31. Statistique Canada. (2024a).
  32. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022b). Aperçu statistique de l’industrie des légumes de plein champ.
  33. Statistique Canada. (2024a).
  34. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022c).
  35. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2202b).
  36. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022c).
  37. Varma & Bebber. (2019). Climate change impacts on banana yields around the world. Nature Climate Change.
  38. Cantor. (2023). Historic coffee prices percolated after a bitter global supply crisis. U.S. Bureau of Labour Statistics.
  39. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2202b).
  40. Statistique Canada. (2024a).
  41. Gouvernement du Mexique. (2023).
  42. EuroStat. (2024).
  43. Congressional Research Services. (2023). Seasonal Fruit and Vegetable Competition in U.S.-Mexico Trade.
  44. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). (2023). Policies for the Future of Farming and Food in Spain.
  45. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). (2023).
  46. NASA Earth Observatory. 2022. Almería’s Sea of Greenhouses.
  47. Government of the Netherlands. (2019). Measures to reduce greenhouse gas emissions.
  48. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2023). Prépublication : Mise à jour de l’intensité en carbone du gaz naturel et du propane.
  49. McKinsey & Company. (2023). Renewable natural gas: A Swiss army knife for US decarbonization?
  50. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2023).
  51. Enbridge. (2024). Coûts énergétiques selon la source.
  52. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2024). Rapport d’inventaire national : sources et puits de gaz à effet de serre au Canada.
  53. Ministère de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario. (2023).
  54. Waste Connections of Canada. (s. d.). Ridge Landfill Future Plans
  55. Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture. (2024). Semer les graines du changement – Prévisions du marché du travail agricole de 2023 à 2030.
  56. Statistique Canada. 2022. Croissance démographique dans les régions rurales du Canada, 2016 à 2021.

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L’hydrogène suscite de l’engouement. Ce gaz, qui se décline en de nombreuses variantes (d’origine géologique, à faible teneur en carbone, conventionnel, etc.), fait l’objet de milliards de dollars d’investissements dans le monde. Lorsque l’hydrogène est produit à partir d’énergie renouvelable, on parle d’« hydrogène vert », et lorsqu’il est produit à partir de gaz naturel et que sa production comprend la capture des émissions, on parle plutôt d’« hydrogène bleu ». Il existe également plusieurs autres façons de produire de l’hydrogène. Ses propriétés en tant que vecteur énergétique et charge d’alimentation pourraient en faire un précieux allié dans le cadre de la décarbonation de la planète. Le Canada peut contribuer à répondre à la demande d’hydrogène à l’échelle du continent, voire même du monde. Pour l’instant, la production canadienne d’hydrogène reste modeste – environ 3 500 tonnes d’hydrogène à faible teneur en carbone par année. C’est nettement moins que les trois millions de tonnes d’hydrogène que le pays consomme pour alimenter ses secteurs du pétrole, du gaz, des produits pétrochimiques et des engrais, et dont la production, à partir d’énergie fossile, entraîne des émissions de carbone. L’augmentation de la production d’hydrogène à faible teneur en carbone pourrait aider le Canada à atteindre son objectif de carboneutralité, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, tant au chapitre des technologies que de la réglementation et des applications, avant que ce type d’hydrogène soit considéré comme une réelle solution de rechange à l’hydrogène conventionnel et aux combustibles fossiles. La bonne nouvelle, c’est que le processus est enclenché. Depuis que le gouvernement fédéral a publié sa stratégie pour l’hydrogène en 2020, 80 projets d’hydrogène à faible teneur en carbone ont été annoncés, sont en cours d’évaluation ou ont été mis en œuvre, ce qui représente des investissements de plus de 100 milliards de dollars. De plus, des stratégies provinciales prennent forme et des projets pilotes sont mis en branle dans des domaines variant de l’acier au chauffage, ce qui prouve que l’hydrogène a le potentiel de remplacer les combustibles fossiles et de réduire les émissions dans de nouveaux secteurs. Enfin, comme au moins 13 partenariats ont été conclus dans le secteur de l’hydrogène avec des communautés autochtones, l’avenir de l’hydrogène au Canada pourrait être soutenu par la mobilisation des peuples autochtones. L’hydrogène pourrait être un pilier de la décarbonation au Canada. Audacieuse, la stratégie canadienne 2020 visant l’hydrogène prévoit que la production annuelle triplera, pour atteindre 21 Mt, d’ici 2050, ce qui représente le tiers de l’utilisation d’énergie au Canada. En théorie, l’hydrogène propre pourrait circuler dans les gazoducs et alimenter les poids lourds – l’épine dorsale du commerce interrégional –, les centrales électriques et les maisons, le tout en contribuant à la réduction des émissions. Il pourrait également faire partie du nouveau marché d’exportation des ressources éoliennes de la côte est du pays vers l’Europe, ce qui permettrait de réduire la dépendance du continent au gaz naturel. Toutefois, comme l’indique le rapport d’étape de la stratégie de mai 2024, nombre d’éléments dépendent des applications qui seront faites de l’hydrogène. La demande pourrait varier de façon importante, de 3 à 20 Mt/par année, par suite de l’incertitude persistante concernant le potentiel de l’hydrogène. Cette incertitude est liée à la complexité de l’hydrogène et à la concurrence provenant des autres technologies propres. Voici certains des défis qui devront être relevés :

1.Une question de logistique

L’hydrogène est difficile à transporter, et sa production est inefficace sur le plan énergétique. D’abord, la conversion de l’électricité en hydrogène entraîne une perte d’énergie de 30 % à 40 % par rapport à un usage direct, par exemple pour faire fonctionner une thermopompe ou chauffer une pièce. Ensuite, le transport de l’hydrogène jusqu’à sa destination est difficile en raison du processus de compression énergivore, du nombre limité de pipelines d’hydrogène au pays, et de l’incapacité des gazoducs à acheminer des concentrations élevées d’hydrogène sans risque d’endommagement.

2. La facture énergétique de l’hydrogène propre

Les vastes ressources hydroélectriques et nucléaires du Canada et sa réglementation stricte du méthane constituent un avantage, mais ne suffiront pas alors que la demande d’énergie augmente et que les coûts sont en hausse. Étant donné l’inefficacité énergétique du processus de production d’hydrogène, le Canada devra, pour soutenir la fabrication d’hydrogène vert, augmenter de façon importante sa production d’énergie renouvelable et se doter d’une solide infrastructure de captage, d’utilisation et de stockage du carbone pour réduire les émissions issues de la production d’hydrogène bleu. La production d’hydrogène bleu nécessitera également des mesures appropriées de surveillance des fuites de méthane et d’atténuation connexes. Ces mesures permettront au Canada de produire l’hydrogène dont il a besoin sans solliciter à outrance les réseaux électriques ni augmenter les émissions globales attribuables aux fuites de méthane.

3. La question de l’Inflation Reduction Act des États-Unis

La réduction des coûts de production de l’hydrogène et le maintien d’un environnement d’investissement attrayant pour les multinationales du secteur seront essentiels. Les États-Unis sont le principal concurrent du Canada, et les crédits d’impôt octroyés aux termes de l’Inflation Reduction Act (IRA) procurent un avantage aux producteurs d’hydrogène américains. Toutefois, le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour l’hydrogène propre du Canada pourrait compenser 15 % à 40 % des coûts de l’hydrogène et contribuer à combler l’écart entre les incitatifs canadiens et américains. D’ailleurs, les nouvelles orientations restrictives applicables à l’admissibilité aux crédits d’impôt aux termes de l’IRA entraînent une incertitude quant aux incitatifs offerts aux États-Unis. De plus, pour que les coûts diminuent, il faudra que la législation régissant le CII pour l’hydrogène propre au Canada évolue rapidement et que la demande d’hydrogène propre augmente. En conclusion, les applications potentielles de l’hydrogène sont aussi nombreuses que variées, et si le Canada accorde la priorité aux projets à impact élevé, il sera possible de calibrer la demande d’hydrogène pour qu’elle corresponde à l’offre. Le pays doit être stratégique à court terme et veiller à ce que la production actuelle soit rapidement décarbonisée et à ce que les projets pilotes et les secteurs économiques les plus prometteurs reçoivent le soutien nécessaire pour permettre le déploiement de l’hydrogène à grande échelle. Vivan Sorab est gestionnaire principal, Technologies propres, Institut d’action climatique RBC.

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L’hydrogène suscite de l’engouement. Ce gaz, qui se décline en de nombreuses variantes (d’origine géologique, à faibles émissions de carbone, conventionnel, etc.), fait l’objet de milliards de dollars d’investissements dans le monde. Lorsque l’hydrogène est produit à partir d’énergie renouvelable, on parle d’« hydrogène vert », et lorsqu’il est produit à partir de gaz naturel et que sa production comprend la capture des émissions, on parle plutôt d’« hydrogène bleu ». Il existe également plusieurs autres façons de produire de l’hydrogène. Ses propriétés en tant que vecteur énergétique et charge d’alimentation pourraient en faire un précieux allié dans le cadre de la décarbonation de la planète.

Le Canada peut contribuer à répondre à la demande d’hydrogène à l’échelle du continent, voire même du monde.

Pour l’instant, la production canadienne d’hydrogène reste modeste – environ 3 500 tonnes d’hydrogène à faibles émissions de carbone par année. C’est nettement moins que les trois millions de tonnes d’hydrogène que le pays consomme pour alimenter ses secteurs du pétrole, du gaz, des produits pétrochimiques et des engrais, et dont la production, à partir de combustibles fossiles, entraîne des émissions de carbone. L’augmentation de la production d’hydrogène à faibles émissions de carbone pourrait aider le Canada à atteindre son objectif de carboneutralité, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, tant au chapitre des technologies que de la réglementation et des applications, avant que ce type d’hydrogène soit considéré comme une réelle solution de rechange à l’hydrogène conventionnel et aux combustibles fossiles.

La bonne nouvelle, c’est que le processus est enclenché Depuis que le gouvernement fédéral a publié sa stratégie relative à l’hydrogène en 2020, 80 projets d’hydrogène à faibles émissions de carbone ont été annoncés, sont en cours d’évaluation ou ont été mis en œuvre, ce qui représente des investissements de plus de 100 milliards de dollars. De plus, des stratégies provinciales prennent forme et des projets pilotes sont mis en branle dans des domaines variant de l’acier au chauffage, ce qui prouve que l’hydrogène a le potentiel de remplacer les combustibles fossiles et de réduire les émissions dans de nouveaux secteurs. Enfin, comme au moins 13 partenariats ont été conclus dans le secteur de l’hydrogène avec des communautés autochtones, l’avenir de l’hydrogène au Canada pourrait être soutenu par la mobilisation des peuples autochtones.

L’hydrogène pourrait être un pilier de la décarbonation au Canada. Audacieuse, la stratégie canadienne 2020 visant l’hydrogène prévoit que la production annuelle triplera, pour atteindre 21 Mt, d’ici 2050, ce qui représente le tiers de l’utilisation d’énergie au Canada.

En théorie, l’hydrogène propre pourrait circuler dans les gazoducs et alimenter les poids lourds – l’épine dorsale du commerce interrégional –, les centrales électriques et les maisons, le tout en contribuant à la réduction des émissions. Il pourrait également faire partie du nouveau marché d’exportation des ressources éoliennes de la côte est du pays vers l’Europe, ce qui permettrait de réduire la dépendance du continent au gaz naturel.

Toutefois, comme l’indique le rapport d’étape de la stratégie de mai 2024, nombre d’éléments dépendent des applications qui seront faites de l’hydrogène. La demande pourrait varier de façon importante, de 3 à 20 Mt par année, par suite de l’incertitude persistante concernant le potentiel de l’hydrogène.

Cette incertitude est liée à la complexité de l’hydrogène et à la concurrence provenant des autres technologies propres. Voici certains des défis qui devront être relevés :

1. Une question de logistique

L’hydrogène est difficile à transporter, et sa production est inefficace sur le plan énergétique. D’abord, la conversion de l’électricité en hydrogène entraîne une perte d’énergie de 30 % à 40 % par rapport à un usage direct, par exemple pour faire fonctionner une thermopompe ou chauffer une pièce. Ensuite, le transport de l’hydrogène jusqu’à sa destination est difficile en raison du processus de compression énergivore, du nombre limité de pipelines d’hydrogène au pays, et de l’incapacité des gazoducs à acheminer des concentrations élevées d’hydrogène sans risque d’endommagement.

2. La facture énergétique de l’hydrogène propre

Les vastes ressources hydroélectriques et nucléaires du Canada et sa réglementation stricte du méthane constituent un avantage, mais ne suffiront pas alors que la demande d’énergie augmente et que les coûts sont en hausse. Étant donné l’inefficacité énergétique du processus de production d’hydrogène, le Canada devra, pour soutenir la fabrication d’hydrogène vert, augmenter de façon importante sa production d’énergie renouvelable et se doter d’une solide infrastructure de captage, d’utilisation et de stockage du carbone pour réduire les émissions issues de la production d’hydrogène bleu. La production d’hydrogène bleu nécessitera également des mesures appropriées de surveillance des fuites de méthane et d’atténuation connexes. Ces mesures permettront au Canada de produire l’hydrogène dont il a besoin sans solliciter à outrance les réseaux électriques ni augmenter les émissions globales attribuables aux fuites de méthane.

3. La question de l’Inflation Reduction Act des États-Unis

La réduction des coûts de production de l’hydrogène et le maintien d’un environnement d’investissement attrayant pour les multinationales du secteur seront essentiels. Les États-Unis sont le principal concurrent du Canada, et les crédits d’impôt octroyés aux termes de l’Inflation Reduction Act (IRA) procurent un avantage aux producteurs d’hydrogène américains. Toutefois, le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour l’hydrogène propre du Canada pourrait compenser 15 % à 40 % des coûts de l’hydrogène et contribuer à combler l’écart entre les incitatifs canadiens et américains. D’ailleurs, les nouvelles orientations restrictives applicables à l’admissibilité aux crédits d’impôt aux termes de l’IRA entraînent une incertitude quant aux incitatifs offerts aux États-Unis.  De plus, pour que les coûts diminuent, il faudra que la législation régissant le CII pour l’hydrogène propre au Canada évolue rapidement et que la demande d’hydrogène propre augmente.

En conclusion, les applications potentielles de l’hydrogène sont aussi nombreuses que variées, et si le Canada accorde la priorité aux projets à impact élevé, il sera possible de calibrer la demande d’hydrogène pour qu’elle corresponde à l’offre. Le pays doit être stratégique à court terme et veiller à ce que la production actuelle soit rapidement décarbonisée et à ce que les projets pilotes et les secteurs économiques les plus prometteurs reçoivent le soutien nécessaire pour permettre le déploiement de l’hydrogène à grande échelle.

Vivan Sorab est gestionnaire principal, Technologies propres, Institut d’action climatique RBC.

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À la fin du mois de mai, l’Institut d’action climatique RBC a organisé son premier événement jeunesse Action climatique. Nous avons réuni des dirigeants de l’industrie, des experts du climat et 70 membres de la prochaine génération de leaders en matière de climat du Canada afin de discuter de certains de nos récents travaux de recherche, de susciter des débats éclairés et de réfléchir à la façon de subvenir aux besoins mondiaux en matière de nourriture, d’énergie et de logement d’une manière carboneutre.
Nous nous étions fixé pour objectif de faire participer la prochaine génération à nos recherches et de générer des idées concrètes dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et du logement, idées que nous pourrions continuer à faire progresser au cours des prochaines années. Cependant, ce que nous avons appris va bien au-delà de simples idées.

En plus d’une réflexion critique sur la façon de relever les défis dans ces secteurs clés par l’éducation et l’engagement communautaire, les participants ont mis au défi nos membres représentant l’industrie quant à la façon d’engager de manière optimale leurs efforts, d’intervenir sur le plan de l’éducation et de faire preuve d’enthousiasme afin de rehausser le niveau de transparence et d’instaurer la confiance. Ils ont incité tant RBC que les représentants de l’industrie à accorder une plus large place et plus de temps aux voix des jeunes alors que nous continuons à prendre des mesures visant le climat.

Voici certaines des leçons que nous avons tirées de cet événement.

1. De petites actions peuvent faire boule de neige et avoir un impact significatif

Bien qu’une seule plante puisse sembler ne pas représenter grand-chose, si tous les membres d’une communauté donnée décidaient de faire pousser une plante indigène, cela contribuerait à restaurer l’ensemble de l’écosystème. Comme nous l’avons entendu de la voix de Megan Leslie, présidente-directrice générale du Fonds mondial pour la nature (Canada) (WWF-Canada), de petits changements collectifs peuvent rapidement faire boule de neige. Plateforme en ligne qui incite les Canadiens à planter des espèces indigènes dans leurs propres espaces, le programme re:grow (ce contenu est disponible en anglais seulement) de WWF-Canada contribuera à la restauration d’un million d’hectares d’écosystèmes complexes. Les représentants de l’industrie ont également souligné en quoi les participants peuvent contribuer à l’action climatique tout au long de leur carrière, y compris en choisissant leur lieu de travail et en contribuant à des stratégies de décarbonation à l’interne afin d’aider à la réalisation de changements au sein de leur propre organisation. Parmi les autres moyens figure la prise en compte des moyens scientifiques et technologiques « les plus récents et les plus formidables » afin d’éclairer et d’influencer les clients, les responsables du financement et les gouvernements à l’égard de façons inédites et durables de faire les choses.

2. Se tourner vers les systèmes pour aider à faire évoluer le comportement des consommateurs

Comme le recours aux subventions gouvernementales ne constitue pas une stratégie à long terme, il convient de se doter de nouvelles approches pour faire en sorte que des changements surviennent sur le plan des comportements des consommateurs, tant à l’égard de ce qu’ils consomment que des quantités en cause. Nous observons ce phénomène prendre forme dans les écoles alors que sont organisées des journées sans viande, ainsi que des programmes agricoles et alimentaires. Il existe également des programmes qui invitent à l’adoption de comportements durables, comme dans le cas de l’expansion des systèmes de transport public et des politiques qui encouragent les rénovations écologiques (comme les thermopompes). Une enquête menée par RBC et Ipsos nous apprend que trois quarts des répondants considèrent qu’étant donné l’état actuel de l’économie, ce n’est « pas le bon moment » pour consacrer de l’argent à la lutte contre les changements climatiques . Nous devons en faire plus pour contribuer au changement en mettant en œuvre un plus grand nombre de systèmes qui aident les consommateurs à surmonter les obstacles perçus à l’égard des pratiques durables, comme le manque d’abordabilité, de fiabilité et d’accès : 1) en faisant connaître les avantages, les impacts et les résultats de ces choix d’entrée de jeu, et 2) en incitant les consommateurs à faire des choix plus éclairés qui n’auront pas de répercussions sur leur qualité de vie.

3. Investir dans la technologie

Un thème majeur qui a émergé de cet événement tenait à l’investissement dans des solutions de décarbonation innovantes à l’étape de la production et aux technologies qui peuvent aider les consommateurs à faire des choix plus éclairés. Dans le domaine agricole, nous avons entendu parler du recours à l’intelligence artificielle (IA) pour réduire les déchets, optimiser la production alimentaire et promouvoir la viande cultivée en laboratoire afin de réduire l’empreinte environnementale de l’élevage traditionnel. Les bâtiments peuvent eux aussi devenir plus économes en énergie en faisant appel à des matériaux de construction écologiques, comme le béton intégrant du mycélium et des stores automatiques qui s’adaptent à la lumière naturelle, permettant ainsi de réduire les factures de chauffage. Dans le secteur de l’énergie, les participants ont discuté de l’utilisation de petits réacteurs modulaires (PRM), de parcs éoliens flottants et de la fusion nucléaire à titre de solutions de pointe produisant une énergie propre, ainsi que de la mise en place de meilleures subventions et infrastructures pour les véhicules électriques (VE) afin de les rendre plus accessibles et largement répandus. L’accent était mis sur la nécessité de voir grand, en soulignant l’impératif de fixer des délais audacieux tant à l’égard du développement que du déploiement de ces solutions (qu’il suffise de penser à la nécessité de se doter rapidement de vaccins contre la COVID 19) et de décupler le niveau de collaboration entre les consommateurs, les gouvernements et les entreprises de manière à s’assurer que nous puissions atteindre nos objectifs climatiques à l’horizon 2030.

4. Les membres des communautés autochtones à titre de collaborateurs

Les participants ont fait part de leurs inquiétudes quant au fait que l’action climatique ne tient pas compte des besoins de toutes les parties prenantes. La collaboration et la consultation avec les communautés autochtones qui peuvent tirer parti de leur connaissance à titre d’intendants de la terre pour accorder la priorité à la résilience et à la biodiversité plutôt qu’à la rentabilité font cruellement défaut. Un profond engagement envers des processus de développement et de prise de décision peut contribuer à la mise en œuvre d’initiatives qui témoignent des contextes environnementaux, économiques et culturels uniques de chacune des communautés, lesquelles seraient plus susceptibles d’être adoptées. Une approche marquée au sceau de la collaboration permet d’améliorer l’efficacité de l’action climatique, de favoriser la résilience et de contribuer au parcours en matière de réconciliation du Canada.

5. Les sociétés doivent instaurer la confiance

Cela nous amène directement au thème qui consiste à créer des liens de confiance avec nos communautés. Les communautés ne collaboreront pas si elles n’observent pas que des mesures sont prises et que les engagements sont respectés. Chacun en a assez de ce qu’il considère être des engagements vides de sens de la part des sociétés en matière de climat. Les participants ont fait état de l’érosion de leur niveau de confiance envers les sociétés et, selon le baromètre de la confiance Edelman, seulement 51 % de la population estime que les entreprises sauront faire ce qui s’avère juste en matière de changement climatique. Près du tiers des personnes sondées ont déclaré que les entreprises ne respectaient pas leurs engagements climatiques . Pour rétablir cette confiance, les organisations, et notamment RBC, doivent faire preuve de transparence quant à leurs engagements, les respecter et s’attendre à être tenues responsables si elles n’agissent pas en ce sens.

6. Parler moins, écouter davantage

Une étape tout aussi importante sur la voie de l’instauration de la confiance consiste à mettre en place un dialogue continu et pertinent – et parfois inconfortable – avec les jeunes, qui veulent que leur voix soit entendue. Le cas échéant, nous devons fournir suffisamment de temps et de place aux jeunes dirigeants pour qu’ils puissent tisser des liens significatifs et respectueux avec les décideurs. La nouvelle génération souhaite participer à des débats libres et francs qui permettent de répondre à leurs questions et les aident à mieux cerner le rôle qui pourrait être le leur dans la lutte contre le changement climatique.

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En matière d’énergie, le Canada a des choix urgents et difficiles à faire : tout en éliminant nos émissions nettes de GES d’ici 2050, comme l’imposent nos objectifs climatiques, nous devons accroître rapidement nos capacités de production d’électricité – croissance de l’économie oblige. La technologie actuelle ne permet pas de relever le défi en n’utilisant qu’une source d’énergie, mais une chose est claire : l’énergie nucléaire peut jouer un rôle clé dans l’atteinte de la carboneutralité – et la commercialisation de petits réacteurs modulaires (PRM) se révèle de plus en plus prometteuse.

Les PRM sont des versions plus polyvalentes des grands réacteurs d’aujourd’hui et ils pourraient permettre de résoudre bon nombre des problèmes auxquels est confrontée l’industrie nucléaire. Bien que la plupart des PRM en soient toujours à l’étape de la conception, ils laissent entrevoir la possibilité de réduire les coûts de construction et d’exploitation, d’élargir la gamme d’applications au niveau de l’ensemble de l’économie, en plus d’améliorer éventuellement les facteurs de sécurité. S’ils parvenaient à être commercialisés avec succès, les PRM pourraient offrir de nouvelles sources d’électricité non émettrices aux grandes villes et aux communautés éloignées, tout en offrant une mesure de souplesse aux principales industries canadiennes qui se tournent actuellement vers les combustibles fossiles pour alimenter leurs processus de production.

Darlington Nuclear Generating Station
Centrale nucléaire de Darlington
Vivan Sorab, premier directeur, Technologie propre RBC (à gauche), John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction RBC (au centre), Chuck Lamers, premier conseiller, Communications (à droite)

Les retombées des PRM pourraient être considérables, alors qu’on s’attend à ce que le marché mondial des PRM atteigne annuellement les 150 à 300 milliards de dollars d’ici 20401.Au vu des sept décennies de succès qu’a connu le pays dans le domaine de l’énergie nucléaire, le Canada jouit déjà d’une position avantageuse. Les PRM pourraient faciliter la revitalisation de l’industrie nucléaire canadienne, nous permettant ainsi d’exporter nos talents et notre expertise éprouvée à travers le monde, qui s’est engagé à tripler l’apport de l’énergie nucléaire d’ici 20502. Plusieurs pays, au rang desquels figurent les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont annoncé d’importants partenariats public-privé pour tirer profit de ces occasions.

Le Canada a déjà pris les devants en déployant une nouvelle génération de PRM. L’un de ces réacteurs – le réacteur GE-Hitachi BWRX-300 – est sur le point d’être construit à la centrale nucléaire de Darlington, située à l’est de Toronto. À lui seul, ce PRM, le premier des quatre qui seront construits à la centrale de Darlington, pourrait à terme alimenter en électricité 300 000 foyers 3. D’autres PRM qui en sont en diverses étapes du processus de délivrance des permis à travers le pays pourraient éventuellement alimenter des installations industrielles et des mines isolées, en plus de remplacer dans les communautés isolées le recours au diesel.

  • Types de PRM
    Les PRM varient sur le plan de la taille, de la conception et des composants, des puissances électriques et thermiques, ainsi que des applications prévues. Si les premiers PRM serviront à produire de l’électricité pour les villes, la polyvalence de la technologie pourrait faire en sorte que des versions réduites, soit des microréacteurs modulaires, pourraient éventuellement être mises à profit par des industries, de petites communautés non reliées au réseau et des mines. Comme c’est le cas des grands réacteurs nucléaires, les PRM sont généralement classifiés en fonction de leur système de refroidissement et des systèmes de contrôle de leurs réactions de fission.
    Réacteurs à eau ordinaire et lourde
    La technologie la plus établie a recours à de l’eau pour refroidir le cœur du réacteur et ralentir les neutrons, soit les particules subatomiques qui contribuent à favoriser les réactions de fission nucléaire.
    Réacteurs à haute température à réfrigérant gazeux
    Utilise des gaz comme l’hélium pour refroidir le cœur du réacteur et avoir des vitesses de neutrons plus rapides, ce qui permet de produire des températures plus élevées.
    Réacteurs à sels fondus
    Les PRM les plus avancés sur le plan conceptuel ont recours à des matériaux comme des métaux liquides et des sels ou des gaz pour en refroidir le cœur. Le recours à de tels matériaux peut contribuer à produire des températures plus élevées en sortie de réacteur.
    Réacteurs à neutrons rapides
    Comme leur nom l’indique, les réacteurs à neutrons rapides ont recours à des neutrons rapides pour déclencher et entretenir les réactions de fission, ce qui les rend plus économes en carburant et augmente la production d’électricité.

Source: Département de l’Énergie des États-Unis

Pour optimiser le parcours menant à la carboneutralité, le Canada a élaboré un plan national de développement et de commercialisation des PRM. En 2018, Ottawa a mis sur pied une coalition à laquelle participent divers paliers de gouvernement, des communautés autochtones, des universités, des services publics d’électricité et d’autres industries en vue d’élaborer une Feuille de route canadienne pour les petits réacteurs modulaires coordonnée4. Cette feuille de route a été suivie, en 2020, par un Plan d’action canadien des petits réacteurs modulaires (PRM)5. Pour demeurer à l’avant-garde d’une potentielle révolution au chapitre des PRM, le Canada doit chercher d’autres moyens de financer et de réglementer le développement et la commercialisation des réacteurs. Personne ne s’attend à ce que cette opération soit simple. Cependant, le déploiement efficace d’un plan national visant le déploiement de PRM offre à la clé des perspectives d’établissement d’une nouvelle source d’énergie polyvalente pour le pays, en plus d’un puissant catalyseur qui saura appuyer la transition engagée par le Canada en faveur d’une économie plus verte.

Principales conclusions

  • Pour parvenir à la carboneutralité d’ici 2050, le Canada devra construire 85 PRM ; il en coûtera entre 102 et 226 milliards de dollars.
  • En dehors de la production d’électricité aux fins des réseaux de transport et de distribution, les PRM pourraient, grâce à leur petite taille et à leur souplesse d’utilisation, remplacer les équipements à combustibles fossiles qui répondent actuellement aux besoins de certains procédés industriels.
  • Pour assurer la croissance du secteur des PRM, le Canada aura besoin en moyenne, entre 2025 et 2040, de plus de 5 000 personnes qualifiées travaillant à temps plein.
  • Les partenariats et l’expertise autochtones joueront un rôle vital dans le développement du secteur et des chaînes d’approvisionnement connexes, qu’il s’agisse de l’extraction de l’uranium, de la fabrication des composantes indispensables ou du lancement de nouveaux projets à l’intérieur ou au voisinage des territoires traditionnels des Premières Nations.
  • Ne disposant pas d’installations d’enrichissement de l’uranium, le Canada devra s’entendre avec ses alliés (les États-Unis et la France, notamment) pour s’assurer les approvisionnements stables que nécessitera son parc de PRM.

Qu’est-ce qu’un PRM ?

L’énergie nucléaire participe à la production d’électricité sans émissions de carbone depuis les années 50, offrant en cela une mesure de stabilité et de diversité aux réseaux électriques nationaux. Outre les grandes centrales, de petits réacteurs nucléaires sur mesure assurent la propulsion de sous-marins, de porte-avions et d’engins spatiaux planétaires. Certains petits réacteurs ont été installés discrètement à des fins de recherche dans des laboratoires nationaux ou des campus universitaires, comme c’est le cas à l’Université McMaster de Hamilton6 et au Collège militaire royal du Canada à Kingston 7.

Les PRM ont été conçus dans le but de répondre aux longs délais de construction et à la hausse des coûts des réacteurs nucléaires conventionnels, en tirant parti de certains attributs clés des petits réacteurs. Si les PRM ressemblent aux réacteurs à fission nucléaire conventionnels, ils sont conçus de manière à être construits en usine et assemblés sur place, afin de profiter des économies d’échelle inhérentes à la production d’unités multiples en vue de réduire les coûts. Les PRM peuvent également être dotés de systèmes de sécurité améliorés, intégrer des fonctions de numérisation et offrir une approche rationnalisée à l’égard de l’exploitation. Les PRM sont généralement des réacteurs d’une puissance maximale de 300 mégawatts (MW), ce qui fait en sorte que leur taille correspond à environ le tiers de celle d’une centrale nucléaire conventionnelle. Ils peuvent offrir une puissance aussi faible que 5 MW8.Tous les PRM ne satisfont pas au critère des 300 MW. Du reste, tous les réacteurs de moins de 300 MW ne sont pas des PRM. Ainsi, par exemple, des entreprises britanniques développent des PRM d’une puissance de 470 MW9 tandis que, parmi le parc de réacteurs nucléaires indien figurent plusieurs réacteurs de 220 MW dont on ne considère pas pour autant qu’ils soient des PRM10.Le changement climatique a renouvelé l’intérêt voué à l’industrie nucléaire, et notamment aux PRM. Bien qu’à travers le monde on dénombre quelque 98 modèles de PRM qui en sont à divers stades de développement, seules la Russie et la Chine exploitent actuellement des PRM à des fins commerciales. La majorité des PRM en sont toujours à l’étape de la conception. C’est aux États-Unis que l’on retrouve le plus grand nombre de projets de développement de PRM, ce pays étant suivi de la Russie, de la Chine, du Japon et du Canada. Le Danemark, qui ne dispose en soi d’aucune forme d’énergie nucléaire, s’intéresse également à cette technologie avec un système de PRM flottant11.

Des modèles de PRM sont créés dans des pays du monde entier

Modèles de PRM en développement (nombre de projets)

Source : World Nuclear Association, Institut d’action climatique RBC

Bien qu’une poignée d’acteurs privés s’emploient à commercialiser des PRM, le soutien gouvernemental est essentiel pour que la technologie puisse se développer. Aux États-Unis, le ministère de l’Énergie et des entreprises privées ont conjointement investi plus de 1 milliard de dollars dans le développement des PRM12. The Tennessee Valley Authority (TVA), the largest U.S. public utility, has thrown its weight behind SMR technology. As early as 2019, it obtained federal approval for SMRs at its Clinch River Nuclear site13. In November 2020, Britain announced a £215 million spending package to be matched by private investment14.

En 2022, le Canada a annoncé qu’il consentirait une somme de 29,6 millions de dollars à des cadres de recherche et de chaîne d’approvisionnement, 70 millions de dollars à la recherche portant sur la réduction des déchets issus des PRM et 51 millions de dollars à la Commission canadienne de sûreté nucléaire afin qu’elle puisse renforcer la capacité en matière de réglementation des PRM1516. Cette même année, la Banque de l’infrastructure du Canada consentait un financement de 970 millions de dollars au PRM de la centrale de Darlington17. Pour sa part, le Nouveau-Brunswick a investi 10 millions de dollars en 2018 afin de créer un pôle de recherche portant sur les PRM18, une autre somme de 80 millions de dollars au total étant consentie à deux entreprises de pointe dans le domaine des PRM19. Enfin, la Saskatchewan a investi 80 millions de dollars en 2023 dans un projet de microréacteur modulaire20.

Pour demeurer à l’avant-plan de la révolution potentielle associée aux PRM, le Canada doit continuer d’améliorer la façon dont il finance et réglemente le développement et la commercialisation des réacteurs.

Un moment stratégique pour le Canada

Les PRM pourraient occuper une place importante dans le bouquet des solutions énergétiques futures du Canada. La taille de cette place est fonction de la mesure dans laquelle les PRM peuvent être développés et déployés rapidement. Au vu des perspectives technologiques actuelles, les PRM jouissent de plusieurs avantages par rapport aux autres grandes sources d’énergie.

Centrale nucléaire de Darlington

Les projets hydroélectriques ont toujours constitué un élément fondamental du paysage énergétique canadien. Cependant, il n’est pas possible ou viable, dans de nombreuses régions du pays, de réaliser de grands projets. En effet, leur budget élevé, leur impact sur les terres et l’absence de nouvelles ressources de qualité font en sorte qu’il est désormais difficile d’envisager la construction de nouveaux barrages. Du reste, des sécheresses prolongées pourraient venir remettre en question leur fiabilité.

Par rapport aux options nucléaires, les énergies renouvelables, comme l’énergie éolienne et solaire, offrent une source d’électricité relativement peu couteuse. Cependant, cette forme d’énergie présente un caractère intermittent, sa disponibilité variant selon le moment où brille le soleil et où souffle le vent, ce qui signifie que les sources d’énergie renouvelables doivent pouvoir en général être appuyées par d’onéreuses batteries ou par des systèmes alimentés au gaz naturel à forte intensité d’émissions.

Les centrales au gaz naturel modernisées ou intégrant des systèmes de capture et stockage de carbone pourraient fournir une énergie relativement propre et fiable. Cependant, sur la voie menant à la carboneutralité, elles se limiteront en grande partie aux zones géographiques où les émissions peuvent être capturées et stockées sous terre (principalement dans l’ouest du Canada), en vertu d’un procédé qui est fréquemment assorti d’un prix élevé et d’incertitudes en termes d’économie et de potentiel de commercialisation.

Pour atteindre son plein potentiel, l’énergie nucléaire doit surmonter des antécédents marqués au sceau de dépassements de coût, de longs délais de réalisation et de faibles niveaux d’acceptation sociale dans certaines régions du pays, comme en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse. Subsistent également des préoccupations en matière de sécurité nucléaire et de gestion des déchets. Si le nucléaire constitue la deuxième source mondiale d’énergie à émission zéro après les barrages hydroélectriques, sa part de la production mondiale d’électricité est passée de 17 % dans les années 90 à 9 % aujourd’hui (le gaz naturel, le charbon et les énergies renouvelables venant combler l’écart)21.

Les PRM sont appelés à progresser au point de représenter en 2050 la quatrième capacité installée la plus importante

Puissance installée, MW

 

Source: Canada Energy Regulator, RBC Institut d’action climatique

S’ils devaient être commercialisés, les PRM pourraient permettre de comprimer les échéanciers de réalisation des projets nucléaires, réduire les coûts et permettre d’implanter le nucléaire dans des zones géographiques dont les réseaux sont trop petits pour accueillir de grandes centrales électriques. Dans le cadre d’un scénario de carboneutralité proposé par la Régie de l’énergie du Canada, le pays aura besoin de 25 gigawatts (GW) de capacité provenant des PRM, soit l’équivalent d’environ 85 PRM aptes à contribuer au réseau d’ici 2050, lesquels pourraient fournir 7 % de la capacité électrique du Canada. En vertu d’un tel scénario, l’énergie éolienne côtière représenterait 30 % du total, l’hydroélectricité, 26 %, l’énergie solaire à grande échelle, 10 %, le gaz naturel à faibles émissions, 7 %, et les grandes centrales nucléaires, 30 %22. En tirant parti des PRM comme source d’énergie non émettrice, le Canada pourrait économiser en moyenne 41 mégatonnes (Mt) d’émissions annuellement entre 2030 et 2050 par rapport à une source de production au gaz naturel non altéré23.

Applications des PRM

Production d’électricité à l’échelle du réseauL’approvisionnement en électricité du Canada est l’un des plus écologiques au monde, alors que 81 % de la capacité provient de l’hydroélectricité, du nucléaire, de l’énergie éolienne et de l’énergie solaire24. Cependant, il n’existe aucune solution simple qui permettrait de décarboner les 19 % du réseau canadien qui toujours tributaires des combustibles fossiles.
Un déploiement réussi des PRM permettrait d’ouvrir la voie à une nouvelle source d’énergie sans émissions pour les réseaux électriques du Canada. L’évolutivité des PRM fait en sorte qu’ils conviennent à des réseaux de taille variables implantés dans des diverses régions. Du reste, au vu des enjeux technologiques, sociaux et de commercialisation qui limitent actuellement la croissance d’autres options énergétiques au Canada, on s’attend des PRM qu’ils se montrent concurrentiels avec d’autres sources d’énergie sur la seule base du coût de production25.

Processus industrielsRéduire les 75 Mt d’équivalent CO2 émises annuellement par le secteur industriel canadien26 constitue un impératif zéro émission nette. Les PRM peuvent aider les industries canadiennes à se décarboner en fournissant aux producteurs de matières premières une source d’électricité et de chaleur ininterrompue et carboneutre. À plus long terme, les PRM pourraient servir à produire des carburants synthétiques et de l’hydrogène à faibles émissions qui pourraient s’avérer utiles dans les secteurs de l’acier, du ciment et de la pétrochimie à forte intensité de carbone.
Les PRM pourraient être implantés sur des sites précis pour des applications spécifiques – comme c’est le cas des secteurs des produits chimiques et des pâtes et papiers afin de créer la vapeur dont la production est actuellement le fruit de la combustion de gaz naturel. Ces applications offriraient un avantage concurrentiel aux entreprises canadiennes dont les clients ont besoin de matériaux à plus faible teneur en carbone.Cependant, le déploiement de PRM sera périlleux dans le cas de certains procédés industriels, au vu des technologies existantes. À titre d’exemple, la fabrication de l’acier dans les hauts-fourneaux de même que celle du ciment nécessitent des températures égales ou supérieures à 1000 °C, que les approches conceptuelles actuelles en matière de PRM ne permettent pas d’envisager27.

Exploitation minièreLe secteur minier produit 2 % des émissions nationales28, mais a accompli de constants progrès en matière de décarbonation. À titre d’exemple, les entreprises minières du secteur du nickel ont entrepris de convertir leurs parcs de véhicules miniers à l’électrique29/sup> et ont engagé des projets qui tirent parti des résidus pour capter le CO230/sup>.
Les PRM pourraient permettre de rapprocher de nombreuses autres activités minières de l’objectif que représente la carboneutralité – particulièrement lorsque les sites ne sont pas couverts par l’infrastructure de transport d’électricité – en délaissant les génératrices diesel et en fournissant de l’énergie électrique pour les véhicules miniers.Cependant, le niveau de complexité varie et certaines mines seront plus difficiles à décarboner. Les plus grandes mines et celles qui présentent les niveaux d’émissions les plus élevés du Canada sont vouées à l’exploitation massive de minerai de fer à Terre-Neuve-et-Labrador, au Québec et au Nunavut. À court terme, ces activités continueront d’être tributaires des combustibles fossiles car il n’existe actuellement aucune solution de rechange apte à produire les températures élevées (au moins 1300 °C) dont elles ont besoin pour assurer le traitement du minerai31.

Sables bitumineuxLa décarbonation de ce secteur à forte intensité de carbone présente sans doute le plus grand défi climatique du Canada. L’extraction in situ des sables bitumineux représente 12 % des émissions nationales32 et consomme 30 % de la production de gaz naturel du Canada33 qui est brûlé dans des chaudières pour produire la vapeur nécessaire aux techniques de production in situ.
S’il est possible de commercialiser les PRM, ils joueront un rôle clé pour réduire les émissions dans le secteur pétrolier. En produisant de la vapeur de haute qualité à haute température, les PRM peuvent en effet se substituer aux chaudières alimentées au gaz naturel que l’on retrouve dans les installations de sables bitumineux in situ, contrecarrant ainsi les émissions à leur source même. Contrairement à ce qui est le cas des technologies de captage du carbone, les PRM ne nécessiteraient pas d’infrastructures supplémentaires, comme des pipelines de CO2 et des installations de stockage souterrain en aval. En implantant un PRM d’envergure dans les installations les plus émettrices, les producteurs de sables bitumineux pourraient en théorie mettre fin aux émissions de gaz naturel pour un coût en capital de 1,6 à 2,6 milliards de dollars. Dans le cas des installations de plus petite envergure, six ou sept microréacteurs modulaires pourraient permettre de réduire les émissions pour un coût en capital compris entre 300 et 700 millions de dollars34.

Perspectives d’avenir :
Ce dont a besoin le Canada pour faire des PRM une réalité

Capital: Le Canada doit dépenser entre 9 et 12 milliards de dollars par an pour atteindre les objectifs de 2030

La construction des grandes centrales nucléaires donne traditionnellement lieu à des dépassements de coûts. Depuis les années 70, les coûts d’investissement des grandes centrales nucléaires aux États-Unis, en France, au Canada et en Allemagne ont grimpé de 60 % à 200 %35, et certains projets récents ont dépassé les budgets prévus de l’ordre de plusieurs milliards de dollars36.

Les PRM pourraient éventuellement contribuer à inverser cette tendance, à tout le moins en théorie. En effet, leur conception moins complexe, leurs caractéristiques de sécurité plus enviables pouvant permettre de rationaliser la réglementation et une possible approche privilégiant la fabrication modulaire et l’assemblage sur place constituent des aspects qui, au dire des défenseurs des PRM, pourraient permettre de surmonter les problèmes de coût auxquels est confrontée l’industrie. Si les PRM peuvent être construits dans les délais et selon ce que prévoient les budgets, ils pourraient s’avérer compétitifs en termes de coût avec d’autres sources d’énergie à émissions faibles ou nulles.

Comme il est encore trop tôt pour tirer le bilan des PRM, il est difficile pour les marchés des capitaux d’évaluer la situation. Ne fonctionnent actuellement commercialement que deux PRM : l’un en Russie, et l’autre en Chine. Dans les deux cas ont été observés une hausse des coûts et des retards sur le plan de l’échéancier de réalisation des projets37. La construction d’un PRM a débuté en Argentine en 2014. Alors qu’une petite poignée de projets en sont à une étape de développement avancée à travers le monde, on ne peut encore déterminer si les PRM parviendront à réaliser des économies d’échelle et à réduire leurs coûts à court terme.

La construction des 85 PRM dont a besoin le Canada pour atteindre ses objectifs climatiques de carboneutralité devrait coûter entre 102 et 226 milliards de dollars38. Compte tenu des longs délais en amont propres au nucléaire, ces dépenses devront être engagées sous peu. Selon l’un des scénarios prospectifs de carboneutralité, le secteur canadien de l’électricité aurait besoin que 93 % de la capacité associée aux PRM du pays soit mise en œuvre d’ici 204039. Les dépenses en capital nécessaires pour appuyer une croissance d’une telle rapidité au cours des années 2030 devront atteindre en moyenne 9 à 20 milliards de dollars par an40.

Le Canada jouit déjà d’un avantage. En effet, le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres fédéral pourrait permettre de compenser 30 % des coûts en capital des PRM. Selon les projections actuelles, ces crédits permettraient de réduire le coût de l’électricité produite par les PRM de 24 % tout en renforçant leur niveau de compétitivité41.

Voies à suivre : Les gouvernements fédéral et provinciaux peuvent attirer des capitaux privés grâce à leur série actuelle et proposée d’incitatifs fiscaux afin de réduire les risques liés au financement des projets. La Banque de l’infrastructure du Canada pourrait également contribuer à stimuler le déploiement rapide et à grande échelle des PRM.

Partenariats autochtones : Le moment est venu pour les entreprises autochtones de diriger des projets d’énergie nucléaire ou d’y contribuer à titre de partenaires.

En construisant un nouveau parc de PRM pour produire de l’énergie propre, le Canada peut planifier la plus récente phase de sa transition énergétique de concert avec les communautés autochtones, et ce, à toutes les étapes de la chaîne de valeur des PRM, de l’uranium jusqu’au développement et à l’exploitation des projets, voire éventuellement à la gestion des combustibles épuisés.

Les signes avant-coureurs sont encourageants. Les groupes autochtones s’affairent déjà à chercher des occasions liées au développement des PRM au Canada, et le financement gouvernemental a contribué à la création d’organismes comme le conseil consultatif autochtone afin que les communautés autochtones puissent s’exprimer d’une voix nationale unie sur les PRM42. Au Nouveau-Brunswick, le Conseil des Micmacs du district de la Rive nord et ses sept Premières Nations constituantes ont signé l’an dernier des ententes de participation avec les sociétés Moltex Energy Canada et ARC Clean Technology Canada en vue du développement et du déploiement d’une technologie de PRM avancée43. En Saskatchewan, trois entreprises appartenant à des Autochtones ont uni leurs forces en 2021 afin d’investir et de créer conjointement des entreprises appelées à desservir les marchés des PRM44.

Voies à suivre : Le secteur peut maintenir son élan initial grâce à l’engagement et au renforcement des capacités des communautés autochtones. Avec les progrès des technologies de microréacteurs modulaires, les fournisseurs de technologies, les développeurs de projets et les utilisateurs finaux peuvent prioriser encore plus l’engagement et le développement des connaissances en région éloignée, qui conviennent peut-être idéalement au déploiement de microréacteurs modulaires.

Exportations : Les concessions de licence constituent une véritable avenue en matière de production de recettes si le Canada montre la voie

La création d’un secteur national prospère en matière de PRM pourrait créer d’intéressantes possibilités d’exportation pour une nouvelle génération de nucléaire canadien. Parmi les principaux domaines envisageables figure la concession de licences pour les réacteurs GE Hitachi BWRX 300, dont la construction est prévue à la centrale nucléaire de Darlington. La société d’État provinciale Ontario Power Generation (OPG), le service public d’électricité qu’est la Tennessee Valley Authority et la société polonaise Synthos Green Energy ont investi 400 millions de dollars pour mener à bien la conception du BWRX 30045. Si cette approche conceptuelle devait porter fruit et se développer, l’OPG pourrait partager les recettes tirées des licences technologiques issues de futurs projets de construction de BWRX 300.

L’expertise canadienne en matière de gestion de projets sera également convoitée. D’ici 2040, l’émergence d’un secteur PRM prospère pourrait créer des avenues d’une valeur annuelle comprise entre 3 et 10 milliards de dollars pour l’expertise canadienne dans le domaine de la préconstruction (p. ex. acquisition de terrains, études environnementales, délivrance de permis) et des services indirects (p. ex. ingénierie, gestion de projets, assurance de la qualité, essais et mise en service).46.

Les possibilités en matière d’exportation pourraient s’étendre à d’autres volets de l’industrie des PRM, comme dans le cas de l’approvisionnement en uranium et de la conversion de ce minerai. Le Canada est le deuxième producteur d’uranium au monde, après le Kazakhstan, alors que le pays produit 15 % de l’approvisionnement mondial d’uranium47. La multiplication par trois de la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050, telle que prévue lors de la conférence de Dubaï sur les changements climatiques (COP28) des Nations Unies, entraînerait la création de perspectives intéressantes pour l’industrie minière canadienne de l’uranium.

La conversion de l’uranium, soit les processus qui permettent de transformer le minerai d’uranium en carburant ou en produits prêts à l’enrichissement, constitue une autre avenue possible. Le Canada contrôle 28 % de la capacité opérationnelle en matière de conversion de l’uranium du monde, proportion qui, si elle est inférieure à celle de la Russie (38 %), se situe néanmoins devant celles de la Chine (25 %) et de la France (8 %)48.

Voies à suivre : Le Canada peut renforcer les atouts dont il jouit actuellement en rationalisant la délivrance des permis pour les nouvelles mines d’uranium et en élargissant sa coopération avec les pays alliés, s’agissant de la prestation de services de conversion d’uranium. Le Canada pourrait également nouer déjà des relations avec des partenaires étrangers, notamment avec des pays dont l’expérience en matière nucléaire est limitée, en partageant son expertise en matière d’engagement communautaire et de technologie tout en renforçant l’acceptation sociale du nucléaire.

Acceptation sociale : La modification de la perception de l’énergie nucléaire permettra d’en accélérer l’adoption.

Pour simplifier la mise en place des PRM, le secteur privé et les gouvernements fédéral et provinciaux devront surmonter les perceptions négatives que suscite l’énergie nucléaire. Ils seront également confrontés aux restrictions gouvernementales en place dans certaines provinces. La Colombie-Britannique interdit depuis longtemps la production d’énergie nucléaire49 tandis que la Nouvelle-Écosse n’a que récemment reconsidéré la possibilité de produire de l’énergie nucléaire dans la province50.

Les sondages montrent que les attitudes de la société canadienne à l’égard de l’énergie nucléaire sont en train de changer. Entre 2012 et 2023, l’appui manifesté par la population canadienne à l’égard de l’énergie nucléaire est passé de 37 % à 55 %, alors que 62 % des personnes interrogées considèrent désormais que l’énergie nucléaire est essentielle à la stratégie carboneutre du Canada. Une majorité de la population de l’Ontario, de la Saskatchewan et de l’Alberta appuie l’énergie nucléaire, comme c’est le cas de vastes pans de la population vivant au Manitoba et dans les provinces de l’Atlantique.

Les sondages d’opinion publique montrent que les Canadiens susceptibles de s’opposer à un projet nucléaire jugé bénéfique s’il devait être construit à proximité de leur lieu de résidence sont de plus en plus minoritaires. Les sondages qui tentent de cerner les inquiétudes de la population à l’égard de la sélection de sites voués à l’implantation de nouvelles centrales et d’installations de gestion des déchets nucléaires montrent que l’opposition locale à de nouveaux projets – notamment à des projets nucléaires – a culminé en 2011, ces préoccupations ayant reculé depuis cette date.

D’autres défis demeurent. En effet, en 2022, 60 % des Canadiens indiquaient qu’ils n’avaient jamais entendu parler des PRM, tandis qu’un autre groupe de 25 % de Canadiens affirmaient n’en être que vaguement conscients. Les sceptiques n’étaient pas convaincus de l’information portant sur l’empreinte réduite, le caractère abordable en termes de prix et la sécurité rehaussée des PRM, bien qu’ils fussent néanmoins disposés à en apprendre plus à leur sujet51.

Compétences : La croissance des PRM passe par une main-d’œuvre accrue dans le domaine du nucléaire.

Le Canada aura besoin d’une revitalisation rapide de sa main-d’œuvre nucléaire pour appuyer la croissance de l’industrie des PRM au cours des prochaines décennies. Au moins le tiers des professionnels du nucléaire du pays approchaient en 2019 l’âge de la retraite. Il sera essentiel que le pays puisse compter sur les compétences nucléaires essentielles alors que quelque 4 000 professionnels, tous métiers confondus, s’apprêtent à prendre leur retraite d’ici 2025.

Besoins en matière de main-d’œuvre pour le parc de PRM prévu à court terme

Nombre de travailleurs

 

Source: Conference Board of Canada, NB Power, Source : Institut d’action climatique RBC

La construction et l’exploitation du parc de PRM prévu à court terme en Ontario, en Saskatchewan et au Nouveau-Brunswick, de même qu’en Alberta, nécessiteront en moyenne que l’on puisse compter sur 5 300 travailleurs annuellement d’ici 2040, environ 2 400 travailleurs étant appelés à assurer l’exploitation et l’entretien du parc par la suite. Pour répondre à la demande nationale et internationale, des secteurs connexes comme celui de l’extraction et du traitement de l’uranium devront également compter sur une main-d’œuvre plus importante.

Voies à suivre : Le Canada pourrait suivre l’exemple de la Grande-Bretagne qui, en partenariat avec plusieurs secteurs de l’industrie, a engagé une somme de 763 millions de livres sterling pour revitaliser le secteur nucléaire militaire et civil du pays, avec pour objectif de pourvoir plus de 40 000 nouveaux emplois d’ici la fin de cette décennie, en plus de parfaire les programmes d’apprentissage et de rehausser les études avancées 52.

Uranium enrichi : Un défi d’approvisionnement

Parce que son parc de réacteurs CANDU fonctionne à l’uranium naturel, et qu’un traité international empêche le pays d’enrichir de l’uranium sur son territoire, le Canada n’a pas développé de capacité nationale en matière d’enrichissement de l’uranium53. Le Canada devra donc se tourner hors de ses frontières pour trouver l’uranium enrichi nécessaire pour le bon fonctionnement d’un futur parc nucléaire qui aura presque certainement besoin d’un tel combustible. La quantité d’uranium nécessaire dépendra des modèles qui seront développés, tant en ce qui concerne les PRM que les grandes centrales nucléaires.

À une exception près, tous les systèmes de PRM commercialisés aujourd’hui au Canada ont besoin d’uranium enrichi à différents degrés. Les premiers PRM canadiens seront alimentés par de l’uranium faiblement enrichi, lequel proviendra dans un premier temps de la France et des États-Unis54. Des systèmes plus avancés nécessiteront de l’uranium faiblement enrichi à teneur élevée.

Les activités d’enrichissement de l’uranium sont concentrées sur le plan géographique. En date de 2022, la Russie contrôlait 40 % de la capacité mondiale en matière d’enrichissement55 et était le seul producteur commercial d’uranium faiblement enrichi à teneur élevée. Les enjeux liés à l’accès à l’uranium faiblement enrichi à teneur élevée ont déjà perturbé des projets de PRM aux États-Unis. La résurgence du nucléaire se heurte à une capacité stagnante en matière d’enrichissement, après des années d’offre excédentaire et de sous-investissement, alors qu’il se pourrait fort bien que l’uranium enrichi soit éventuellement confronté à un goulot d’étranglement. Parvenir à résoudre ce problème de goulot d’étranglement pourrait devenir critique.

Voies à suivre : Le Canada devra développer la coopération qu’il entretient avec ses alliés pour renforcer les chaînes d’approvisionnement mondial en uranium enrichi et sécuriser les approvisionnements en uranium faiblement enrichi et en uranium faiblement enrichi à teneur élevée. Le Canada pourrait se tourner vers le partenariat conclu avec d’autres nations dans le cadre du récent partenariat « Sapporo 5 » (Japon, États-Unis, Grande-Bretagne et France) pour investir dans un centre international d’enrichissement de l’uranium et dans un stock stratégique d’uranium enrichi.

Déchets : La multiplication des PRM est synonyme d’accent accru sur la gestion du combustible nucléaire irradié.

Au Canada, le combustible nucléaire irradié provient actuellement du parc de réacteurs CANDU. Il est géré en toute sécurité depuis que les premiers réacteurs commerciaux ont commencé à fonctionner il y a environ cinq décennies. À mesure que le Canada commercialisera des PRM, de nouveaux types de combustibles nucléaires usés nécessiteront une gestion à long terme. Les propriétés physiques, les quantités et les protocoles de gestion des combustibles irradiés varieront considérablement selon le type de PRM en cause. Dans certains cas, le combustible irradié sera d’un type bien compris pour lequel existent déjà à l’échelle internationale des protocoles de gestion. Pour d’autres, il conviendra d’élaborer de nouveaux protocoles de gestion des déchets.

Voies à suivre : Les fournisseurs de PRM devront continuer d’investir dans la recherche et le développement de combustibles avancés et coordonner étroitement leur travail avec la Société de gestion des déchets nucléaires afin de faire évoluer les approches en matière de gestion des combustibles. Des solutions techniques spécifiques devront être mises de l’avant pour la gestion des combustibles de PRM et leur éventuel confinement et leur isolement dans un dépôt géologique en profondeur afin que les combustibles usés puissent être confinés à perpétuité. Le Canada progresse sur la voie de la sélection d’un site destiné à un dépôt géologique en profondeur.

Grandes centrales nucléaires : Les centrales nucléaires traditionnelles ont encore un rôle important à jouer

Les PRM pourraient contribuer à décarboner et à étendre les réseaux électriques qui desservent les grandes et petites agglomérations tout en fournissant de l’énergie aux marchés industriels en tête de pont. Cependant, à mesure qu’augmente la demande d’électricité, les grandes centrales nucléaires traditionnelles doivent continuer à jouer un rôle. Les technologies nucléaires conventionnelles éprouvées, comme le réacteur CANDU proprement canadien et les technologies de rechange éventuelles provenant de l’étranger, sont avantageusement placées pour fournir une capacité sans émissions complémentaires.

À l’exception du réacteur Point Lepreau au Nouveau-Brunswick, le parc nucléaire du Canada est concentré en Ontario. La remise à neuf réussie de deux unités de la centrale nucléaire de Darlington ayant pris près de six mois d’avance sur l’échéancier prévu, et compte tenu des engagements en matière de remise à neuf supplémentaires touchant la centrale nucléaire de Pickering, le Canada est prêt à maintenir son parc en activité pendant au moins 30 autres années56. Cependant, il sera essentiel de traduire cette expérience en une nouvelle capacité nucléaire pour que le Canada puisse atteindre ses objectifs climatiques tout en maintenant un approvisionnement énergétique sûr.

Voies à suivre : Les services publics peuvent engager des activités s’échelonnant sur une longue période, comme celles qui concernent l’identification et l’évaluation des sites potentiels de nouvelles grandes centrales nucléaires, et engager des premières discussions sur les thèmes de la mobilisation communautaire, la délivrance de permis et la planification du transport, tout particulièrement dans les zones qui ne disposent pas actuellement de permis pour la construction de nouvelles centrales nucléaires.

Se préparer à la venue des petits réacteurs

Le Canada est un leader mondial dans l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire depuis plus de 75 ans. Les premières recherches menées dans les laboratoires de Montréal et de Chalk River ont contribué aux percées qui ont été réalisées dans l’industrie ainsi qu’au développement d’une technologie sûre et polyvalente du réacteur CANDU – utilisée dans l’est du Canada et exportée dans six autres pays. Les centrales nucléaires de Pickering, Bruce et Darlington ont joué un rôle stratégique tout au long des années 90, en alimentant d’importantes chaînes d’approvisionnement en Ontario et en employant des dizaines de milliers de travailleurs qualifiés. Bien que le resserrement budgétaire et les craintes mondiales concernant la sécurité nucléaires aient interrompu la croissance de l’industrie dans les années 80 et 90, la décision de réinvestir dans les centrales de Bruce et Darlington a depuis lors insufflé une nouvelle vie à ce secteur.

Les promesses associées aux PRM présentent désormais au Canada de nouveaux choix en ce qui concerne notre avenir nucléaire. Si les PRM peuvent être développés et commercialisés rapidement et de manière rentable, ils pourront aider le Canada à répondre à la demande croissante d’électricité et à respecter son engagement d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050. Cependant, nous devrons agir plus rapidement : pour que le Canada atteigne la carboneutralité d’ici 2050, 93 % de la capacité des PRM devra être mise en service dans les années 2030, soit à un rythme deux fois plus rapide que celui que le Canada est parvenu à atteindre en marge du développement de sa capacité nucléaire conventionnelle entre les années 70 et 9057.

La bonne nouvelle tient au fait que le Canada prend les devants dans le déploiement des PRM. Le prototype GE Hitachi BWRX 300 est en voie de construction à la centrale de Darlington tandis que d’autres PRM en sont à diverses étapes d’obtention des permis. Le succès pourrait permettre de débloquer une nouvelle source d’énergie pour combler les besoins en matière d’énergie de base non émettrice pour les réseaux du pays ainsi que pour l’énergie hors réseau dans le cas des endroits éloignés. Le succès permettra également de positionner le Canada à titre d’exportateur important de composants et d’expertise en matière de PRM.

Le Canada devra faire preuve d’agilité. L’énergie nucléaire est indiscutablement notre source d’électricité la plus complexe. Et la commercialisation d’approches avancées par le truchement des PRM nécessitera un apport diversifié en termes de capitaux, de compétences, d’approvisionnements en carburant et de politiques publiques. Cela nécessitera à son tour une approche nationale coordonnée afin de faire de cette technologie potentiellement transformatrice un vecteur clé de notre avenir énergétique.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Contributors:

Auteur principal : Vivan Sorab, Premier directeur, Technologie propre

Steven Frank, Rédacteur en chef collaborateur

Caprice Biasoni, Graphiste spécialisée

    1. Ressources naturelles Canada : Le Canada présente son plan d’action pour la technologie des petits réacteurs modulaires
    2. Ressources naturelles Canada : COP28 : Déclaration qui vise à tripler la capacité de production d’énergie nucléaire (2023) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    3. Ontario Power Generation: OPG working to deploy SMR fleet to help power Ontario’s clean energy future (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    4. Ressources naturelles Canada : Feuille de route canadienne pour les petits réacteurs modulaires
    5. Plan d’action canadien des petits réacteurs modulaires (PRM)
    6. McMaster University: McMaster Nuclear Reactor (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    7. Installation nucléaire – Réacteur de recherche SLOWPOKE-2 du Collège militaire royal du Canada

vWorld Nuclear Association: Small Nuclear Power Reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

  • Rolls-Royce Small Modular Reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Chemical and Engineering News: Can small modular reactors at chemical plants save nuclear energy? (en anglais)
  • The NEA Small Modular Reactor Dashboard: Second Edition (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • World Nuclear Association: Small Nuclear Power Reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Tennessee Valley Authority: Advanced Nuclear Solutions (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • UK Research and Innovation: UK government invests £215 million into small nuclear reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Ressources naturelles Canada : Le Canada lance un nouveau programme de financement pour les petits réacteurs modulaires
  • Osler: Canada announces funding program to enable deployment of small modular reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Banque de l’infrastructure du Canada : La BIC engage 970 millions de dollars pour le premier petit réacteur modulaire du Canada
  • University of New Brunswick: UNB researchers are exploring how to power the future with small modular reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • CBC: 7 First Nations in N.B invest in small modular nuclear reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Government of Saskatchewan Funds Microreactor Research (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Energy Institute: Statistical Review of World Energy 2023 (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Régie de l’énergie du Canada: Avenir énergétique du Canada
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • Régie de l’énergie du Canada : Avenir énergétique du Canada
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • Institut climatique du Canada : Estimations préliminaires des émissions nationales
  • Nuclear Energy Agency: The NEA Small Modular Reactor Dashboard: Second Edition (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Institut climatique du Canada : Estimations préliminaires des émissions nationales
  • Electric Autonomy Canada: Vehicle orders bring Glencore’s all-electric Onaping Depth mine a step closer to fruition (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Canada Nickel: Canada Nickel Announces Carbon Storage Testing Results Better than Anticipated; Integrated Feasibility Study Expected in September (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • Institut climatique du Canada : Estimations préliminaires des émissions nationales
  • Régie de l’énergie du Canada : Forte diminution de la consommation de gaz naturel dans la région des sables bitumineux au début de 2020
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • Lovering et al. (2016): Historical construction costs of global nuclear power reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • US Energy Information Administration: First new U.S. nuclear reactor since 2016 is now in operation (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • POWER: A Closer Look at Two Operational Small Modular Reactor Designs (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • Avenir énergétique du Canada 2023 : Approvisionnement en énergie et prévisions de la demande d’ici 2050
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • idem
  • Ressources naturelles Canada : Le Canada appuie la création d’un conseil consultatif autochtone pour le Plan d’action des PRM
  • CBC: 7 First Nations in N.B invest in small modular nuclear reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • First Nations Major Project Coalition: Primer on Nuclear Energy, SMRs and First Nations (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • GE Vernova: Tennessee Valley Authority, Ontario Power Generation and Synthos Green Energy Invest in Development of GE Hitachi Small Modular Reactor Technology (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC
  • World Nuclear Association: World Uranium Mining Production (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • World Nuclear Association: Conversion and Deconversion (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • BC Laws: Clean Energy Act (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse : Energy Reform (2024) Act (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Environics Research and Canadian Nuclear Association: Public Attitudes To Nuclear Power (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Reuters: Britain plans to boost nuclear workforce (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Fasken : Une renaissance – Partie II : Affronter les défis de la chaîne d’approvisionnement en combustible nucléaire
  • Ontario Power Generation: OPG selects suppliers for first fuel contracts for its Small Modular Reactors (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • World Nuclear Association: Uranium Enrichment (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • OPG celebrates green light for Pickering Refurbishment. Here’s what’s next (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
  • Analyse de l’Institut d’action climatique RBC

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Au Canada, après celui du pétrole et du gaz, le secteur du transport est celui qui arrive au deuxième rang en termes de volume d’émissions ; en outre, la plupart des émissions des véhicules sont attribuables aux véhicules de promenade. On parle beaucoup de l’importance des investissements liés aux véhicules électriques. Toutefois, la transformation des véhicules moyens et lourds constitue une importante occasion de décarbonation. Ces véhicules ne représentent que 5 % du parc de véhicules au Canada, mais produisent 37 % des émissions de GES du secteur.

Les moyens de réduire les émissions des véhicules moyens et lourds constituaient le thème principal d’un récent atelier animé par le Pembina Institute, un groupe de réflexion de Calgary, dans le cadre de l’événement EV & Charging Expo 2024, à Toronto. Contrairement à d’autres conférences sur la transition énergétique, qui portent souvent sur les besoins en matière de technologie et de capitaux, on a mis l’accent sur les défis au chapitre de la mise en œuvre et de la gestion. Et cela, parce que le passage à l’électrification, même pour les véhicules lourds, est amorcé. La technologie existe et, bien qu’elle n’ait pas fini d’évoluer, on connaît ses coûts et ses avantages. Le secteur des véhicules lourds passe aussi à l’action. Même les conducteurs se préparent à la transition. Une observation émise lors de l’atelier illustre le changement de mentalité : une fois que les conducteurs de véhicules ont goûté à l’expérience du VE, sans le grand bruit des moteurs diésel, ils souhaitent passer à un véhicule de ce type.

Des experts du secteur ont souligné l’importance de trois grands axes qui contribueront à l’accélération du changement :

  1. La collaboration : la transition ne peut avoir lieu sans elle.
  2. Les décisions fondées sur les données : les données et l’information sont d’une importance capitale.
  3. La gestion du changement : une planification globale est essentielle.

L’atteinte d’une synergie entre les gestionnaires de parcs de véhicules et les gestionnaires de services publics devient cruciale, car ces parties sont liées dans le parcours vers la décarbonation. Les gestionnaires de parcs ne sont pas habitués à parler de kilowatts, eux qui pensent généralement en kilomètres. La courbe d’apprentissage qui les amène à choisir les types de bornes de recharge et de véhicules appropriés est pour le moins abrupte. Les gestionnaires de services publics font face à un défi différent : ils doivent développer leur infrastructure, mais ils ne sont pas sûrs de l’ampleur qu’elle doit prendre, et ils ont du mal à ajuster les échéances. De plus, ils essaient de comprendre les détails complexes des besoins énergétiques des parcs de véhicules ainsi que de trouver des options de tarifs d’électricité convenables. Une collaboration efficace permettra de rationaliser le développement des infrastructures et d’éviter les redondances tout en répondant à la demande croissante.

Avant même d’innover, les gestionnaires de parcs sont confrontés à un ensemble complexe de décisions. Le passage à un parc de véhicules électriques nécessite une planification précise, afin d’éviter les dépassements de coûts et les perturbations de l’approvisionnement. C’est alors que les données deviennent indispensables, car un élément important de la transition est le fait que l’électrification implique la numérisation. Des outils comme la télématique – par exemple, des dispositifs de repérage du véhicule – sont essentiels pour recueillir et analyser les données de chaque trajet. Souvent, la décarbonation du parc se produit un véhicule à la fois, et la réussite de celle-ci réside dans la connaissance précise du véhicule et du trajet qui conviennent le mieux dans le cadre de la transition. Il faut ensuite déterminer quand, où et comment charger les véhicules. Bien que certains gestionnaires de parcs s’avèrent être des pionniers, qui ont déjà procédé à la transition de leur parc ou mis en place des projets pilotes, d’autres en sont encore à l’étape de la planification. L’établissement de pratiques d’échange de données peut accélérer les progrès dans l’ensemble du secteur et faciliter la planification pour les gestionnaires de services publics.

De plus, l’électrification des parcs de véhicules modifie les responsabilités traditionnelles et exige une approche globale au sein des organisations. Cela implique des changements de la part de tous : notamment, les conducteurs, qui doivent modifier leurs habitudes de conduite ; les ingénieurs et les spécialistes des TI, qui doivent assurer la continuité opérationnelle au quotidien ; et les gestionnaires de la logistique, qui devront repenser des systèmes de gestion en entier. Une gestion efficace du changement est essentielle pour atteindre cet objectif important et assurer une mobilisation continue des parties prenantes internes et externes.

À mesure que les entreprises de transport et de camionnage progresseront dans la transition énergétique, une nouvelle approche de gestion pourrait s’avérer aussi importante que les moteurs et les systèmes énergétiques qui favorisent la réduction des émissions.

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À Ottawa, il n’y a pas que la Colline du Parlement. J’y ai passé quelques jours la semaine dernière, avant le dépôt du budget fédéral, et j’ai eu l’occasion de rencontrer des constructeurs résidentiels, des métallurgistes, des propriétaires d’entreprises de logiciels, un innovateur du secteur des batteries, un exploitant d’autobus électriques, quelques acteurs de l’intelligence artificielle et le grand-père de Silicon Valley du Nord, sir Terry Matthews. Ce fut une plongée enrichissante dans l’économie dynamique d’Ottawa. Voici ce que j’en ai retenu :

Logement

  • L’opposition des résidents est la plus grande menace qui pèse sur le plan fédéral pour le logement. Nous voulons tous plus de logements, mais nous n’en voulons pas dans notre quartier.
  • Rien ne peut être construit sans infrastructure. On pense en particulier aux réseaux d’aqueduc et d’égout.
  • Il faudra peut-être tempérer l’enthousiasme suscité par les habitations préfabriquées. La réalité veut qu’elles soient généralement construites loin des centres de population et, par conséquent, qu’elles nécessitent un déplacement de la main-d’œuvre des usines à ces endroits.

Technologie

  • L’impôt sur les gains en capital (en fait, tout impôt sur la richesse) pourrait être la plus grande préoccupation budgétaire des entreprises de technologie. Tous les propriétaires d’entreprises que j’ai rencontrés peuvent déménager aux États-Unis dès demain s’il le faut.
  • L’immigration demeure la force vive du secteur canadien de la technologie, tout comme les collèges et les universités. Nous devons continuer d’investir.
  • La paralysie politique entourant des mécanismes fiscaux importants, comme le crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental et Technologies du développement durable Canada, empêche les innovateurs canadiens d’obtenir un soutien essentiel.

Technologie propre

  • Le capital de risque bat de l’aile, en raison de la période prolongée de taux d’intérêt élevés. Faisons place au capital patient, y compris de la part des fonds de pension.
  • Du fait de l’incertitude politique, notamment en ce qui concerne les véhicules électriques, certains promoteurs et adopteurs précoces redoutent que l’essor de leurs marchés ne soit pas assez rapide.
  • L’approvisionnement demeure un obstacle de taille pour de nombreux propriétaires d’entreprise, car le marché canadien est parfois plus difficile que les marchés étrangers.

Intelligence artificielle

  • Le financement de la recherche sur les superordinateurs annoncé récemment donne un grand coup de pouce au secteur de la technologie.
  • La portée de la réglementation continue d’inquiéter les propriétaires d’entreprises, qui préfèrent avoir des lignes directrices fondées sur des principes, plutôt qu’une surabondance de prescriptions.
  • Comment pouvons-nous utiliser l’IA pour résoudre de grands problèmes, comme la transition énergétique et la construction de logements?

John Stackhouse est un auteur à succès au Canada et un expert de l’innovation et des bouleversements économiques. En tant que premier vice-président au bureau du chef de la direction de la Banque Royale du Canada, il dirige la recherche et le leadership éclairé de la Banque sur les changements économiques, technologiques et sociaux. Auparavant, il a été rédacteur en chef du Globe and Mail et directeur de la rédaction de Report on Business. Il a été agrégé supérieur au C.D. Institut Howe et à la Munk School of Global Affairs and Public Policy. Son dernier livre, « Planet Canada : How Our Expats Are Shaping the Future », se penche sur la ressource inexploitée que représentent les millions de Canadiens établis à l’étranger qui continuent d’exercer une influence au pays.

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Étant donné que les électeurs et la classe politique sont de moins en moins favorables à la taxe sur le carbone, récemment rebaptisée remise canadienne sur le carbone, et au vu des nombreuses annonces faites au cours des dernières semaines, il y a tout lieu de croire que le volet climatique du budget de 2024 manquera d’ambition.

Notons tout de même un engagement de 903,5 millions de dollars pour améliorer l’efficacité énergétique, abaisser les coûts de l’énergie et réduire les émissions des habitantes nouvelles et existantes. Par ces mesures, le gouvernement fédéral poursuit ses efforts visant à accroître l’offre de logements et leur abordabilité. Les investissements prévus montrent que l’amélioration de l’offre et de l’abordabilité vont de pair avec la lutte contre les changements climatiques. Grâce à cette politique cohérente, le gouvernement peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Après tout, le secteur du bâtiment se classe au troisième rang sur le plan des émissions, avec environ 92 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2022, le chauffage et la climatisation représentant 75 % des émissions liées aux habitations.

Les politiques climatiques du gouvernement Trudeau ont fait couler beaucoup d’encre. Pour certains, leur idéologie l’emporte sur le pragmatisme. Les mesures annoncées dans le Plan du Canada sur le logement montrent que le gouvernement s’efforce d’intégrer la lutte contre les changements climatiques de façon plus stratégique et pragmatique à d’autres dossiers d’importance pour les Canadiens. De plus, le gouvernement place les grands enjeux politiques sur le devant de la scène sans reléguer le climat au second plan.

En plus du logement, nous surveillons trois autres annonces liées au climat, pour voir si elles bénéficieront elles aussi du pragmatisme dont le gouvernement Trudeau a récemment fait preuve. Il s’agit d’engagements essentiels pour les collectivités autochtones et le milieu des affaires, d’après les activités de recherche et de mobilisation que l’Institut d’action climatique a menées sur le terrain, dans toutes les couches de la société canadienne et dans tout le pays. Ces décisions attendues, dont une seule nécessite de nouveaux investissements, stimuleront l’action climatique, grâce à des programmes et une réglementation clairs et prévisibles. Une telle certitude est indispensable pour que les entreprises et les investisseurs puissent débloquer les 60 milliards de dollars requis chaque année en vue d’atteindre la carboneutralité du Canada d’ici 2050. Le budget de 2024 pourrait bien être résolument axé sur le climat si le gouvernement prend des mesures décisives et rapides sur ces enjeux.

Programme de garantie de prêts pour les Autochtones : renseignements sur le financement et les conditions d’admissibilité. Dans l’Énoncé économique de l’automne 2023, le gouvernement Trudeau a indiqué qu’il souhaitait créer un programme de garantie de prêts pour les Autochtones. L’idée était d’aplanir les obstacles de longue date en matière de gouvernance structurelle et de gestion financière qui empêchent les collectivités autochtones d’effectuer des emprunts importants. Grâce aux capitaux ainsi obtenus, un plus grand nombre de collectivités autochtones pourraient acquérir une participation dans les grands projets. Or, le manque d’information sur le programme et le financement a entravé les efforts des promoteurs de projets et des collectivités autochtones visant à saisir des occasions économiques de 225 milliards de dollars liées aux terrains et aux ressources énergétiques et minérales considérables que des collectivités autochtones contrôlent ou possèdent. Le programme peut jouer un rôle déterminant dans le processus de réconciliation économique du Canada ainsi que dans la transition du pays vers une économie à faibles émissions de carbone.

Crédits d’impôt à l’investissement « propre » : mise à jour sur l’admissibilité et l’échéancier. Les entreprises ont accueilli favorablement les cinq crédits d’impôt à l’investissement (CII) liés au climat du gouvernement fédéral. D’après l’Institut climatique du Canada, le crédit d’impôt à l’investissement dans l’électricité propre, le dernier-né des CII, générera 25,7 milliards de dollars en incitatifs fiscaux de 2024 à 2035. Les incitatifs fiscaux réduiront les coûts en capital et permettront aux entreprises d’être plus compétitives face à l’Inflation Reduction Act des États-Unis, pour ce qui est des flux de capitaux au Canada et à l’étranger. Pourtant, les entreprises hésitent à réaliser les investissements projetés. Elles attendent d’être certaines que leurs projets répondront aux critères d’admissibilité afin de pouvoir profiter des CII. Leurs inquiétudes sont justifiées. En raison de la lenteur de l’élaboration des politiques climatiques, le gouvernement risque de ne pas avoir le temps de promulguer toutes les modifications législatives nécessaires à l’instauration des CII avant les prochaines élections fédérales. Une mise à jour sur les mécanismes des CII, notamment sur les critères d’admissibilité finaux et le délai prévu par le gouvernement pour éliminer tous les obstacles législatifs, donnerait aux entreprises et aux investisseurs les précisions dont ils ont besoin pour amorcer la mise en œuvre de leurs plans et déployer leurs capitaux.

Le point sur la Loi sur l’évaluation d’impact. Environ 150 grands projets miniers et forestiers étaient prévus ou en cours de construction en mai 2023. La valeur économique de ces projets se chiffre à 99,2 milliards de dollars. En octobre 2023, la Cour suprême a jugé que la Loi sur l’évaluation d’impact attribuait au gouvernement fédéral un rôle qui dépassait ses compétences. Cette décision a semé la confusion au sujet de la réglementation sur la délivrance de permis pour les projets d’exploitation des ressources. Le gouvernement devrait établir un plan d’action détaillé pour donner suite au jugement de la Cour suprême, afin de clarifier la réglementation et l’échéancier. Les entreprises du secteur des ressources, en particulier celles qui ont des projets prévus, et les investisseurs ont besoin de ces précisions pour décider s’ils doivent investir, dans quels projets et à quel moment.