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IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Lors de la conférence Energy Disruptors: Unite qui a eu lieu à Calgary, j’ai rencontré Chana Martineau, cheffe de la direction de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC), avec qui j’ai discuté de réconciliation par la voie du développement économique. Femme issue des Premières Nations avec 30 années d’expérience en services bancaires et en service-conseils, Mme Martineau est particulièrement qualifiée pour aider les communautés autochtones à saisir des occasions économiques en les mettant en rapport avec l’entreprise privée. Son équipe interfonctionnelle composée de professionnels des marchés financiers, de spécialistes en relations autochtones et de professionnels de l’engagement fait de l’AIOC une référence en matière de bonne gouvernance et de gestion professionnelle. Mme Martineau a quelques conseils à offrir aux entreprises qui veulent établir des liens avec les communautés autochtones.

1. Organisation inédite, l’AIOC fait la preuve de la puissance de la mobilisation de capitaux autochtones pour permettre aux communautés de saisir des occasions économiques. Pouvez-vous nous retracer l’historique de l’AIOC ?

En 2019, le gouvernement de l’Alberta a tenu sa promesse électorale de créer une organisation qui faciliterait les investissements et la participation de groupes autochtones dans des projets commerciaux viables, chose impossible auparavant en raison des restrictions imposées par la Loi sur les Indiens. L’AIOC a été mise en place pour éliminer ces obstacles en fournissant les capitaux permettant une pleine participation à l’économie, créant, ce faisant, un modèle pour des projets à venir. Nous atteindrons nos cinq ans d’existence le mois prochain, et les possibilités de projets sont si nombreuses que nous n’arrivons parfois pas à suivre le rythme. Le besoin d’un tel programme est très clair.

2. Ce que vous avez réussi à accomplir en cinq ans à peine est vraiment remarquable, et maintenant plusieurs autres provinces vous emboîtent le pas. Quels conseils avez-vous à leur donner ?

Je suis impressionnée par l’esprit entrepreneurial et l’enthousiasme du gouvernement albertain. Il nous a simplement demandé de quoi nous avions besoin pour réaliser notre mission. Notre modèle de gouvernance est extrêmement important. Notre conseil se compose de cinq membres des Premières Nations, de deux membres de communautés métisses et de deux alliés. Il s’agit de personnes qui ont une très bonne compréhension des entreprises autochtones et des marchés financiers. Ces compétences sont importantes pour protéger les garanties sur prêts provinciales et pour saisir les intérêts communs des nations autochtones et de l’entreprise privée. On parle beaucoup de crise de la productivité au Canada. Résoudre cette crise exigera de la collaboration ; il ne fait aucun sens que chaque territoire ait son propre programme qui fonctionne en autonomie. Un tel potentiel de collaboration est particulièrement important pour la réalisation de grands projets d’infrastructure multiterritoriaux. Nous avons toujours fait preuve d’une grande ouverture afin de permettre aux nouveaux programmes de bénéficier de nos apprentissages. Nous voulons sensibiliser les Autochtones et les Canadiens aux avantages offerts par de tels partenariats, et les aider à en tirer profit.

3. La gouvernance est donc cruciale, tout comme le sont l’esprit entrepreneurial et le soutien de vos « actionnaires ». Ces partenariats semblent aptes à permettre de résoudre de nombreux problèmes. Pourquoi le marché ne les a-t-il pas déjà adoptés ?

Les entreprises veulent établir des partenariats avec les Autochtones, mais ces relations sont, de longue date, porteuses de conflits. Certaines entreprises craignent ces conflits potentiels. D’autres reconnaissent que des erreurs ont été commises de part et d’autre et que c’est là la raison d’être du cheminement vers la réconciliation. Elles sont maintenant prêtes à y participer. Notre équipe fait le pont entre les deux mondes. Nous connaissons les marchés financiers, les sociétés cotées en bourse, et le besoin d’offrir un rendement à l’actionnaire. Nous connaissons également les façons de faire et l’histoire des Autochtones. Nous pouvons donc veiller à ce que les partenariats respectent leurs valeurs. Nous mettons les gens en rapport et leur offrons une plateforme pour les discussions qui mèneront à la formation de partenariats profitables de part et d’autre.

4. C’est donc une stratégie très efficace. Qu’y a-t-il d’autre que les entreprises doivent savoir ?

Je crois qu’il faut être fermement enraciné dans ses valeurs. Les partenariats réussis ont toujours été marqués par cet engagement de la direction envers le respect des valeurs. Les équipes de développement et les équipes juridiques des entreprises sont axées avant tout sur l’efficience, et beaucoup moins sur la compréhension du point de vue de l’autre. Ce n’est pas l’approche des communautés autochtones, et il est important que les entreprises le comprennent. Les choses se dérouleront différemment, et c’est une bonne chose. Il faut un véritable leadership au plus haut niveau, ainsi qu’une détermination à persévérer jusqu’à la conclusion.

5. L’approche axée sur la compréhension de l’autre demande du temps, ce qui entre souvent en contradiction avec la philosophie d’entreprise. Comment les entreprises qui sont parvenues à conclure ces partenariats s’y sont-elles adaptées ?

Patience, persévérance et créativité : voilà les trois éléments clés. La créativité est très importante. Les enjeux ne se limitent pas à la conclusion d’ententes de partenariats. Il y a aussi la question des garanties sur prêts. À l’AIOC, nous gérons trois milliards de dollars de fonds publics albertains. Il s’agit là d’une lourde responsabilité envers les contribuables de l’Alberta. Ces opérations ne sont pas faciles à réaliser, et la barre est haute. Nous disposons d’une structure de crédit novatrice pour protéger les garanties sur prêts afin d’éviter que la province se retrouve en position de difficulté budgétaire advenant qu’une garantie sur prêt soit exercée. Notre évaluation de la solvabilité des parties doit donc être prudente, et les garanties sur prêts doivent être établies de manière qui fonctionne pour les communautés et pour les entreprises.

6. Voyons le point de vue des communautés autochtones. Quels sont quelques-uns des signes de réussite au sein des communautés ? Comment celles-ci voient-elles ces partenaires commerciaux et les structures que vous contribuez à créer ?

Certaines communautés ont déjà obtenu des retombées positives. Des partenariats ont contribué à transformer des relations conflictuelles en relations où règnent le respect, la compréhension et la collaboration. Nous constatons aussi une importante stimulation de l’activité économique au sein de ces communautés. Elles sont capables de reconstruire des lieux de rassemblement, prenant en charge toutes les étapes de la conclusion des contrats à la construction. Les emplois et les revenus sont en hausse, ce qui stimule l’activité économique et contribue à la solidité des communautés. Imaginez ces avantages tirés les quelque 43 nations et établissements qui ont pris part à nos opérations. Nous commençons à constater ces retombées économiques.

7. Comment aidez-vous les communautés n’ayant pas accès à des marchés de capitaux ou n’ayant pas d’expertise financière à saisir rapidement les occasions qui se présentent ?

Il y a beaucoup à apprendre en peu de temps. Nous leur offrons des subventions de capacité qui permettent d’accéder à des conseillers ou à du financement pour des services-conseils. Nos partenaires commerciaux contribuent également au financement de ce volet. Les membres des communautés autochtones peuvent voir le cycle de vie complet d’une opération – ils peuvent être présents à chaque réunion, assister à tout le processus de contrôle diligent et faire des visites de site. En comprenant le processus du début à la fin, ils peuvent interagir avec l’industrie. Ils peuvent maintenant demander : « Pourquoi nous parlez-vous de consultation ? Pourquoi ne nous offrez-vous pas une participation ? » Le dialogue a complètement changé. Les membres des communautés autochtones ne sont plus subordonnés à l’industrie, et j’en suis tellement fière.

8. Les avantages tirés de ces opérations ne doivent pas être exclusivement financiers, n’est-ce pas ? Il faut aussi prendre en compte le capital humain et culturel.

Vous devez savoir ce que ces opérations vous apportent. Quand il ne s’agit que d’argent, peu importe l’autre partie. Ce que vous tirerez de l’opération est concret et connu. Mais si vous n’avez pas pris le temps de chercher à comprendre votre partenaire, qu’il soit autochtone ou non, et à instaurer la confiance dès le départ, cela se fera sentir pendant les négociations.

9. Comment pouvons-nous tous – mais surtout les intervenants au sein des entreprises et des gouvernements – soutenir ce que vous faites ?

L’AIOC ne peut pas tout faire. Nous octroyons des garanties sur prêts, certes, mais il reste encore l’approvisionnement, la conclusion des contrats, les relations et l’embauche. Il faut que les organisations et les gouvernements commencent à appréhender différemment la façon dont ces relations sont établies. Si vous voulez embaucher plus d’Autochtones, par exemple, mais que les salons de l’emploi ne donnent aucun résultat, vous devez changer de méthode. Pourriez-vous commencer par un partenariat économique ? À quoi ressemble l’embauche actuellement ? Il s’agit d’une façon différente d’aborder la question. Je pense que beaucoup de gens se demandent comment y parvenir. Parlez avec vos voisins autochtones. Amorcez la discussion, et vous avancerez dans votre parcours.

10. Quelles sont une ou deux choses qui, vous l’espérez, auront évolué d’ici un an ?

J’espère que nous aurons soutenu davantage de partenariats. J’espère que nous aurons élargi la portée des opérations. J’espère que nous aurons conclu une ou deux opérations importantes qui changeront la donne au sein des territoires. Et j’espère que d’autres programmes auront été lancés.

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

La transition énergétique offre à la modeste économie ouverte du Canada la chance de renouveler et de redynamiser sa compétitivité mondiale.

La course bat déjà son plein : tandis que les pays fusionnent leurs objectifs économiques, environnementaux et géopolitiques, le besoin d’harmoniser les politiques commerciale et climatique se fait de plus en plus pressant. Cette pression pourrait s’accroître à mesure que les économies développées empruntent la voie du protectionnisme, y compris des moyens de réduire l’accès aux produits fabriqués dans des pays aux normes d’émissions de carbone moins rigoureuses. Dans le cadre du nouveau paradigme commercial, le Canada a l’occasion de livrer concurrence sur le plan des exportations de biens à faibles émissions de carbone, tout en gérant les perturbations du marché causées par les technologies propres émergentes.

Heureusement, le Canada possède une avance dans cette compétition de faibles émissions de carbone, les marchés du carbone industriel pouvant servir de fondement à l’innovation, à la croissance économique à faible intensité carbone et aux investissements. En définissant une politique qui débouche sur des réductions d’émissions à l’échelle nationale sans compromettre sa compétitivité, le Canada peut obtenir un avantage au sein de la nouvelle économie.

En effet, les efforts du Canada pour faire face aux nouveaux impératifs posés par la transition énergétique peuvent s’articuler autour des marchés du carbone industriel. Ils peuvent nous aider à rivaliser dans une économie à faibles émissions de carbone, à obtenir des avantages concurrentiels sur les marchés d’exportation internationaux et à décarboner l’industrie lourde – et rapprocher le Canada de ses objectifs de carboneutralité.

Le système actuellement en vigueur au Canada reste toutefois fragmenté ; neuf marchés du carbone industriel – aussi appelés les systèmes d’échange pour les grands émetteurs (SEGE) – établissent la tarification du carbone pour les installations de l’industrie lourde. Chaque SEGE dispose d’éléments de conception et de conditions de marché aux différences subtiles et fonctionne dans son propre vase clos provincial.

La fragmentation de ces marchés mine leur potentiel et nuit à la capacité du Canada à mettre sur pied des industries à faibles émissions de carbone. Laisser les provinces adapter leur système à leurs priorités et politiques régionales est logique – jusqu’à un certain point. L’arrangement actuel nuit toutefois aux petits marchés en raison de la rareté des émetteurs, ce qui fait augmenter les coûts d’opération des sociétés menant des activités dans plusieurs provinces. Tandis que ces sociétés composent avec différentes règles de conformité, elles sont enlisées dans un contexte réglementaire de plus en plus complexe qui freine les décisions d’investissement. Le ralentissement pourrait mener à la volatilité des prix, à une faible participation, à des volumes de négociation peu élevés et à un manque de confiance généralisé en regard de ces marchés.

Supprimer les barrières commerciales interprovinciales et intégrer ces systèmes fragmentés pourrait déboucher sur une vigueur économique considérable susceptible de transformer la transition énergétique du Canada.

Avantages de l’harmonisation

Gain d’efficacité, baisse des coûts
Une société productrice de bois d’œuvre exerçant ses activités en Ontario et en Colombie-Britannique dans le système canadien actuel doit adopter deux approches différentes pour calculer ses plafonds d’émissions pour s’assurer de respecter les lois de chaque province Cela entraîne la duplication des systèmes et des processus de conservation des documents, de surveillance, de production de rapports et de vérification. Il faut aussi tenir compte des coûts administratifs et de conformité plus importants qui se répercuteront ultimement sur les consommateurs. L’harmonisation pourrait stimuler les investissements dans la décarbonation et les dépenses en immobilisations et réduire le besoin de capital humain pour veiller à la conformité à chaque ensemble de règles.

Harmoniser la gouvernance pourrait aussi améliorer le fonctionnement des marchés. Un mécanisme de surveillance robuste, incluant une saine gouvernance, une solide divulgation d’information et l’application de normes, renforcerait la confiance dans le marché. Tandis que les études sur l’intégrité et le fonctionnement des marchés canadiens de crédits carbone se font rares, celles sur les marchés financiers laissent entendre que les marchés de crédits carbone affichant ces caractéristiques amélioreraient les résultats pour les participants au marché sous la forme de réduction des coûts d’opération.

Un univers de placement plus large
Lier les marchés est une autre composante clé de l’harmonisation, en permettant la mise sur pied de marchés plus vastes regroupant davantage d’acheteurs et de vendeurs capables de communiquer rapidement entre eux, ce qui réduirait les délais d’opération et les coûts de recherche. Des liens étroits favoriseraient aussi l’établissement d’un marché plus vaste de crédits de carbone fongibles entre les différents SEGE, augmentant le bassin d’acheteurs potentiels.

Avantage concurrentiel des entreprises canadiennes

Il est difficile d’évaluer les répercussions sectorielles à court terme de la tarification du carbone industriel. La compétitivité d’un secteur dépend en grande partie de sa structure, incluant les coûts et la rentabilité, la demande à long terme pour ses produits et l’existence de substituts bon marché et à faible intensité de carbone. Le fait que ses principaux partenaires commerciaux ont ou non mis en place des politiques de traitement tarifaire préférentiel des biens produits dans des territoires disposant de mécanismes de tarification du carbone influe aussi sur la compétitivité. Et c’est sans compter les autres formes de soutien politique.

Le mécanisme canadien de tarification du carbone couvre huit secteurs clés à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux. Les biens produits par ces secteurs, qui ont contribué à hauteur de 232 milliards de dollars à l’économie canadienne l’an dernier, sont exportés vers trois principaux partenaires commerciaux – les États-Unis, le partenaire commercial le plus important du Canada, l’Union européenne (UE) et la Chine.

Rivaliser avec des partenaires commerciaux
Les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux susceptibles de profiter de la tarification du carbone sont ceux dont les volumes d’échanges commerciaux avec l’UE et la Chine sont importants – qui disposent tous deux d’un SEGE dont la dynamique est considérablement différente.

On s’attend à ce que le prix des biens canadiens puisse concurrencer ceux produits dans l’UE, puisque les structures sectorielles de coûts et la rigueur du mécanisme de tarification du carbone sont semblables. Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’UE, qui doit entrer en vigueur en 2026, est un régime tarifaire qui prévoit le traitement préférentiel des biens produits dans des pays avec tarification du carbone ; il stimulera la compétitivité des prix du fer, de l’acier et de l’aluminium produits au Canada.

Entre-temps, les biens canadiens exportés en Chine auront de la difficulté à rivaliser au chapitre des prix, puisque les structures de coûts de la Chine sont considérablement moins élevées que celles du Canada. Cet avantage de coût est appuyé par l’importante utilisation par la Chine de subventions dans les secteurs clés et par son abondante main-d’œuvre peu coûteuse. Le prix du carbone relativement moins élevé de la Chine, à 19 $ par tonne d’équivalent de CO2, comparativement à 80 $ par tonne d’équivalent de CO2 au Canada, aurait peu de répercussions sur l’érosion de la compétitivité des prix des biens chinois par rapport aux biens canadiens.

Selon la valeur nominale, les secteurs exportateurs des États-Unis sont aussi désavantagés au chapitre des prix, puisqu’aucun mécanisme fédéral de tarification du carbone ne s’applique aux États. Les biens canadiens tenant compte de la tarification du carbone devraient rivaliser avec des biens américains qui ne tiennent pas compte de cette tarification.

Ce désavantage de prix pour les secteurs industriels clés peut toutefois être en partie compensé par la conception du système, ainsi que par les revenus que les sociétés peuvent générer au moyen des crédits de carbone. Une étude récente de Clean Prosperity et L’Accélérateur de transition a révélé que les revenus générés par les crédits de carbone sont la mesure incitative la plus importante dont disposent la plupart des secteurs de l’industrie lourde. Ils demeurent l’option politique la moins chère au Canada pour attirer des investissements à faibles émissions de carbone au pays. À long terme, ces investissements peuvent permettre au Canada de rivaliser avec les nouveaux secteurs à faible intensité carbone du monde entier.

Au-delà des résultats sectoriels
La compétitivité des prix ne doit toutefois pas être assimilée à la rentabilité et à la viabilité à long terme d’un secteur. Le secteur du fer et de l’acier a la marge bénéficiaire la moins élevée de tous les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux, qui s’établit à 4 %. Le secteur devra complètement revoir sa structure de coûts pour demeurer rentable et viable, car le prix du carbone augmente de 15 $ par tonne chaque année au Canada. Les autres secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux ont des marges plus élevées, de 13 % pour celui du ciment à 49 % pour celui des sables bitumineux, ce qui leur permet d’absorber le coût du carbone sans trop éroder leur rentabilité.

La viabilité à long terme de ces secteurs dépendra ultimement de la demande à long terme. Les exportations canadiennes aux États-Unis sont concentrées dans trois secteurs, le pétrole, le gaz naturel et le pétrole raffiné, comme l’essence, et représentent 79 % de l’ensemble des exportations des secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux. Aux États-Unis, la demande globale de pétrole ayant culminé en 2005 et celle de gaz naturel en 2023, la trajectoire laisse croire que la demande pour les trois produits baissera en raison de l’électrification, y compris le remplacement des voitures à essence par des voitures électriques, une dépendance moindre au gaz naturel nécessaire au chauffage et à la production d’électricité et à l’augmentation de l’efficacité énergétique.

Le déclin structurel du pétrole, du gaz naturel et de l’essence parmi les sources d’énergie aux États-Unis, qui est attribuable à des politiques autres que de tarification du carbone, donne à penser que le marché de ces produits de combustibles fossiles perd en importance. Le marché du gaz naturel devrait être le moins touché en raison de l’utilisation persistante de l’essence dans les processus industriels et du manque de solutions de rechange économiques et à faible intensité carbone, comme l’hydrogène.

La baisse de la demande et la diminution de la taille du marché au niveau sectoriel ne mènent pas nécessairement à une stagnation économique plus large. Une étude sur le marché du carbone de la Colombie-Britannique a révélé que dans l’ensemble, le prix du carbone n’a pas de répercussions négatives sur son économie ou le marché du travail, les emplois passant de secteurs à fortes émissions de carbone à des secteurs plus propres . Une étude sur le marché du carbone français a aussi révélé l’augmentation des emplois verts – preuve que les marchés du carbone fonctionnent comme le prévoyait la théorie économique .
De façon semblable, l’Allemagne, la plus grande économie de l’Union européenne et le plus grand émetteur du marché du carbone de l’UE , a réussi à tirer profit de la tarification du carbone pour réduire l’intensité des émissions sectorielles en réduisant la consommation de gaz naturel et de pétrole et en améliorant l’efficacité énergétique des processus industriels, selon une étude. Cela a été réalisé sans peser sur le marché du travail, la croissance du PIB ou les exportations.

Les données et les études se font rares sur la façon dont les provinces canadiennes ont adapté leur stratégie de développement économique pour protéger leurs secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux. Certains territoires de compétence, comme l’Alberta, ont réagi à cet enjeu politique en intégrant la souplesse en matière de conformité réglementaire dans son mécanisme de tarification du carbone.

De telles politiques visent également à assurer que les secteurs ne sont pas pénalisés sur le plan fiscal à court terme, tandis qu’ils investissent dans la technologie à faibles émissions de carbone, ce qui représente d’importants investissements à long terme. En vertu de la Technology Innovation and Emissions Reduction Regulation (TIER) de l’Alberta, les sociétés peuvent demander une dispense réglementaire si les coûts de conformité excèdent 3 % de leurs ventes ou 10 % de leurs profits. Les sociétés peuvent alors utiliser un plus grand nombre de crédits de carbone pour réduire leurs obligations de conformité, ou demander de produire plus d’émissions sans frais.

Les entreprises ne cessent de mentionner l’incertitude réglementaire comme un frein aux décisions d’investissement. L’harmonisation peut offrir aux investisseurs et aux marchés la certitude dont ils ont besoin pour investir dans la transition énergétique du pays.

Adaptation aux politiques
Malgré de nombreux avantages économiques et commerciaux et le désir du secteur de rationaliser la réglementation, l’harmonisation n’a pas été réalisée pour deux raisons principales. Dans certaines provinces, l’harmonisation est perçue comme pouvant mener à l’érosion de leur pouvoir décisionnel pour protéger leurs industries. L’harmonisation demande plus de coordination et l’atteinte d’un consensus. Les processus que certaines provinces craignent pourraient limiter leur capacité d’adaptation à l’évolution des conditions du marché et de la réglementation à l’échelle mondiale, ce qui est essentiel pour assurer la compétitivité de leurs industries. Plusieurs de ces préoccupations raisonnables peuvent être abordées dans des cadres de gouvernance lors de l’harmonisation des SEGE du pays.

Comment harmoniser les SEGE

Les SEGE du Canada sont déjà harmonisés de façon rudimentaire, principalement par le truchement du prix global du carbone, qui s’établit actuellement à 80 $ par tonne. Les menus détails de la conception et du fonctionnement du marché varient d’une province à l’autre – surtout en ce qui a trait aux règles entourant qui peut détenir et négocier des crédits.

Harmoniser les SEGE et supprimer ces barrières commerciales interprovinciales nécessiteront l’alignement de ces menus détails entre les systèmes, qui en sont à différentes étapes de développement et de maturité.

À l’exception du Québec, qui utilise un système de plafonnement et d’échange comme la Californie, les SEGE employés par les provinces et les territoires sont des systèmes de tarification fondée sur le rendement. Ces systèmes régissent les installations en fonction de leur intensité d’émissions plutôt que de leurs émissions totales, comme c’est le cas du système de plafonnement et d’échange. La présente analyse se limite aux SEGE canadiens fondés sur le rendement. L’intégration des marchés à plafonnement et échange et ceux fondés sur le rendement au-delà du prix global s’avérerait beaucoup plus complexe et à long terme.

Tant au chapitre de la substance que du processus d’harmonisation des SEGE, les gouvernements provinciaux et fédéral peuvent s’appuyer sur leur expérience dans les accords commerciaux intérieurs.

Nous mentionnerons deux grandes approches.

Modèle regroupant toutes les parties
L’harmonisation selon le modèle regroupant toutes les parties requiert un leadership central fort et des normes communes pour tous les SEGE provinciaux. L’Accord de libre-échange canadien (ALEC) offre une analogie utile pour cette approche plus « descendante » pour supprimer les barrières commerciales. Dans le cadre de l’ALEC, le gouvernement fédéral et l’ensemble des provinces et territoires se sont engagés à respecter un ensemble commun de dispositions, de définitions, de règles, d’exceptions, de conventions institutionnelles (p. ex., résolution des différends), visant à « réduire et à éliminer, dans la mesure du possible, les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des investissements au Canada et à établir un marché intérieur ouvert, efficace et stable ».

L’approche actuelle du Canada à l’égard des SEGE, sous la gouverne de la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre du gouvernement fédéral, est l’une des versions possibles du modèle regroupant toutes les parties. En vertu de cette loi, les provinces sont encouragées à établir et à administrer leur propre SEGE.

Sur une période mobile de cinq ans, Environnement et Changement climatique Canada évalue le rendement des SEGE provinciaux et négocie avec les provinces l’« équivalence » de leur rendement par rapport aux normes fédérales. ECCC évalue l’équivalence tous les cinq ans, la prochaine évaluation étant prévue en 2026. Il s’agira de la première évaluation de certains des SEGE les plus jeunes du Canada, notamment ceux de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de l’Ontario.

Modèle regroupant les partenaires consentants
Le modèle regroupant les partenaires consentants offre à deux (ou plus) gouvernements provinciaux une feuille de route pour harmoniser leurs marchés du carbone. Une approche « ascendante » semblable pour supprimer les barrières commerciales est la New West Partnership Trade Agreement (NWPTA). Dans le cadre de cette entente, les provinces signataires – la Colombie-Britannique, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba – s’engagent à collaborer pour libéraliser les échanges commerciaux, les investissements et la mobilité de la main-d’œuvre. Les provinces continuent de modifier, d’élargir et de mettre à jour l’entente, la dernière révision datant de 2022.

Le modèle regroupant les partenaires consentants est essentiellement un modèle auquel l’adhésion est volontaire. Dans le cadre de la NWPTA, les provinces ont accepté six critères communs : définitions, obligations, règles, dispositions, mécanismes de règlement des différends et exceptions à l’entente. Établir des critères communs serait un bon point de départ pour toute application du modèle regroupant les partenaires consentants aux SEGE. Un nombre restreint de parties assises à la table de négociation et un modèle auquel l’adhésion est volontaire peuvent mener à une entente reposant sur des critères communs plus solides et une proposition de valeur plus claire pour les provinces participantes.

Un modèle regroupant les partenaires consentants pourrait aussi coexister aux côtés d’un modèle regroupant toutes les parties. Comme les provinces peuvent dépasser les normes fédérales pour les SEGE établies dans la Loi sur la tarification de la pollution causée par les gaz à effet de serre du gouvernement fédéral, la NWPTA s’en remet aussi à l’ALEC, dont les dispositions sont plus favorables à la libéralisation du commerce interprovincial.

Degrés d’harmonisation
Outre les détails de la conception générale, comme le prix global du carbone, plusieurs éléments du programme des SEGE ne sont pas harmonisés. L’intégration de ces systèmes n’a pas besoin de survenir simultanément. Cette harmonisation graduelle, étape par étape, est aussi connue sous le nom de degrés d’harmonisation.

Deux volets de l’harmonisation

L’harmonisation des marchés est fondée sur deux volets principaux. Les gouvernements peuvent se concentrer sur chaque sous-volet individuellement ou dans le cadre de mesures plus larges vers une harmonisation complète.

Conception de l’harmonisation des marchés
La conception des marchés SEGE doit prévoir comment le marché du carbone fonctionnera sur le plan juridique. Cela inclut quels secteurs seront couverts par le programme, le prix du carbone et son incidence sur les émetteurs, qui peut détenir des crédits de carbone et sous quelles conditions, et des règles de surveillance, d’information et de vérification, y compris leur application et les pénalités pour non-conformité. Par exemple, les installations dont les émissions excèdent un certain seuil sont automatiquement couvertes par les SEGE, mais cette norme de couverture varie énormément d’une province à l’autre (voir le tableau 1). La plupart des SEGE permettent aussi à des installations de moins grande envergure de prendre part au programme et d’en bénéficier, mais cette norme varie aussi d’une province à l’autre.


Synchronisation des marchés
La pleine harmonisation du fonctionnement des marchés inclut la suppression des barrières commerciales interprovinciales, ainsi que des crédits fongibles pouvant être négociés entre les frontières provinciales.

Plusieurs éléments de la conception du marché doivent être harmonisés avant que cela ne soit possible. Certains SEGE ont différents types de crédits associés à des propriétés uniques. Le système TIER de l’Alberta, de loin le plus important marché du carbone provincial et le plus mature, utilise plusieurs types différents de crédits de carbone pour favoriser la croissance dans divers secteurs. Par exemple, la province a deux types de crédits de carbone dont les caractéristiques visent spécialement à encourager l’adoption des technologies de capture du carbone. La plupart des autres systèmes ne prévoient qu’un type de crédit et sont moins restrictifs quant à qui peut détenir des crédits de carbone et participer au marché. Ces règles devraient être assouplies pour simplifier l’harmonisation du fonctionnement des marchés.

Outre les mécanismes de négociation des crédits, une fongibilité réelle nécessiterait aussi l’harmonisation des décisions entourant la gouvernance et les examens, y compris un processus commun d’évaluation de l’efficacité des différents marchés et du degré de compétitivité des sociétés participant à ces marchés.

Les provinces ont des profils industriels très différents et sont donc confrontées à des enjeux de compétitivité distincts. Le besoin de recherches sur les occasions et les risques associés à l’industrie lourde du Canada est criant tandis que le pays cherche à profiter d’avantages concurrentiels à l’échelle mondiale.

Le modèle de gouvernance des SEGE actuellement en vigueur au Canada – examiné tous les cinq ans – est peu performant. Les provinces peuvent à leur discrétion revoir et rajuster les références au besoin, mais ne l’ont pas encore fait, même si la surabondance des crédits est imminente. Les marchés harmonisés devraient davantage utiliser des stratégies proactives susceptibles de stabiliser les attentes à l’égard du prix des crédits, de permettre la réaction à l’évolution rapide ou perturbatrice des marchés mondiaux et d’atténuer l’incertitude réglementaire des investisseurs et des exploitants. Ces stratégies pourraient notamment inclure des outils politiques, comme les contrats sur le carbone, et le resserrement des règles d’adaptation des références.

Enfin, un engagement commun de mesurer les résultats de l’harmonisation et ses effets sur les économies provinciales pourrait veiller à des décisions fondées sur les données concernant les SEGE à l’avenir. Les provinces pourraient aussi partager une infrastructure numérique, des registres et des programmes qui permettent le suivi des crédits entre les provinces participantes pour maximiser la transparence auprès du public général.

Une chance pour l’alignement des politiques

Protéger l’avenir économique du Canada nécessite tous les avantages concurrentiels possibles. Plusieurs provinces ont passé la majeure partie d’une décennie (sinon plus) à établir leur SEGE en tant qu’élément central de leurs stratégies économiques de décarbonation et de faibles émissions. L’approche fragmentée du pays à l’égard des SEGE offre toutefois d’importantes occasions d’amélioration. Si l’on tient compte de la dynamique et de la tendance du marché mondial vers le protectionnisme, la délocalisation et la décarbonation, le temps est peut-être venu de discuter de ce à quoi la prochaine décennie devrait ressembler pour les SEGE canadiens. L’harmonisation, dans le cadre d’une vision plus large de la compétitivité économique, devrait être le premier point à l’ordre des discussions.

L’harmonisation pourrait contribuer à veiller à ce que les SEGE jouent un rôle important dans l’atteinte des objectifs économiques, environnementaux et géopolitiques du Canada. La compétitivité économique à l’échelle mondiale, les investissements dans la technologie et l’innovation, la rationalisation des processus réglementaires et des coûts : ces avantages et d’autres découlant de l’harmonisation des SEGE sont trop nombreux pour être ignorés.

Tandis que les décideurs se tournent vers la dernière moitié des années 2020 et un monde en pleine fragmentation, une nouvelle approche à l’égard de nos marchés du carbone naissants pourrait renforcer les politiques commerciale et climatique, et favoriser un nouveau cycle de croissance à faible intensité carbone.

Contributors:

Myha Truong-Regan, Responsable de la recherche sur le climat, Institut d’action climatique RBC

Brendan Frank, Recherche et sensibilisation, Clean Prosperity

Dale Beugin, vice-président exécutif, Institut climatique du Canada

Yadullah Hussain, Rédacteur en chef, Institut d’action climatique RBC

Caprice Biasoni, Spécialiste en design graphique

Pour en savoir plus, allez à www.rbc.com/institut-action-climatique.

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

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Les décideurs des villes canadiennes affichant la plus forte croissance devront composer avec un triple défi au cours de la prochaine décennie : bâtir des infrastructures pour une population sans cesse grandissante, continuer de réduire les émissions de gaz à effet de serre et veiller à ce que ces deux impératifs n’aient pas de répercussions sur le financement municipal.

Dans ce contexte, les municipalités installent de plus en plus de systèmes de chauffage urbain carboneutres, à faibles émissions de carbone et autres systèmes énergétiques urbains en général dans le cadre de leurs efforts pour s’attaquer au triple défi que représentent la croissance, le climat et l’équilibre budgétaire. Selon nos recherches, les systèmes de quartier à faibles émissions de carbone peuvent permettre de réduire les émissions d’un peu plus du tiers dans les plus grandes villes canadiennes.

Le chauffage urbain : une solution permettant de régler plusieurs problèmes à la fois

Le chauffage urbain rend possible le chauffage à grande échelle d’un groupe d’immeubles au moyen d’une installation de chauffage central. Il ne s’agit toutefois pas d’une nouveauté au Canada. C’est en 1878 à London, une ville de taille moyenne dans le Sud-ouest de l’Ontario, que le premier système de chauffage central à la vapeur a été installé. Cette installation permettait aux entreprises du centre-ville de se chauffer grâce à un réseau sous-terrain de canalisations regroupant les différents immeubles. À mesure que le gaz naturel devenait de plus en plus accessible comme solution de chauffage, les systèmes de chauffage de quartier en réseau ont perdu graduellement la faveur du public.

Avec la ratification par le Canada en 2016 de l’Accord de Paris—un traité international ayant force exécutoire et portant sur les changements climatiques—les municipalités ont dû trouver d’autres façons que le gaz naturel pour chauffer leurs locaux tout en continuant de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Et de plus en plus, c’est vers les systèmes de chauffage urbain qu’elles se tournent. Ces nouveaux systèmes sont conçus pour être carboneutres ou à faibles émissions de carbone, en plus de profiter des matières premières à faibles émissions de carbone les plus abordables à proximité de l’installation de chauffage central. Parmi les matières premières les plus couramment utilisées, mentionnons les eaux usées chaudes récupérées, comme celles provenant des douches et des lave-vaisselles, les sources de chaleur situées sous terre jusqu’à 350 mètres de profondeur et la biomasse, par exemple les copeaux de bois et les déchets végétaux. Les thermopompes et les échangeurs thermiques, qui fonctionnent à l’électricité, permettent d’acheminer la chaleur produite par l’installation centrale aux immeubles faisant partie du réseau de chauffage.

Les impératifs climatiques

Les immeubles représentent la troisième plus importante source d’émissions au pays et la première en importance à l’échelle municipale, où ils comptent pour 50 à 60 % de toutes les émissions.1

Le problème avec les infrastructures physiques des immeubles, c’est qu’elles reposent dans certains cas sur des ententes dont la durée peut atteindre 60 ans. Les décisions prises aujourd’hui, tant sur le plan stratégique que politique, auront des répercussions à long terme pendant plus d’un demi-siècle sur la santé budgétaire et climatique de ces municipalités.

Les émissions intrinsèques, soit le carbone qu’on retrouve dans les matériaux de construction, sont plus difficiles à éliminer que les émissions liées à l’exploitation en raison de « l’écoprime » et de la difficulté d’avoir accès à des matériaux de construction à faibles émissions de carbone.

Au vu de cette contrainte, les municipalités se concentrent sur la réduction des émissions attribuables au chauffage des immeubles, qui représentent 65 % de toutes les émissions liées à l’exploitation. Un levier politique couramment utilisé est de mettre en chantier des immeubles écoénergétiques. Or, ces politiques ne tiennent pas compte d’un des facteurs les plus importants pour atteindre la carboneutralité, soit le remplacement du gaz naturel par des sources d’énergie sans carbone pour le chauffage des immeubles. L’objectif des politiques écoénergétiques est de réduire la consommation d’énergie et celui des politiques de décarbonation est de réduire les émissions, ce qui a entraîné la création d’un nouveau levier politique susceptible de répondre aux exigences des deux approches : l’installation de systèmes énergétiques carboneutres ou à faibles émissions de carbone.

La mise à l’échelle des systèmes de chauffage urbain pourrait réduire les émissions du secteur du bâtiment dans les plus grandes villes du Canada de 36 %

En se basant sur l’analyse effectuée par la firme de consultation en ingénierie RWDI pour le compte de l’Alliance climatique pour des bâtiments intelligents, l’Institut d’action climatique estime que les émissions du secteur immobilier provenant des principales villes canadiennes pourraient être réduites d’au moins 36 % par année si 27 % de tous les espaces habitables nouvellement construits étaient reliés à un système de chauffage urbain alimenté par des sources d’énergie carboneutres ou à faibles émissions de carbone.2 C’est 4,5 fois plus élevé que le taux de décarbonation actuel du secteur de l’électricité, qui affiche déjà depuis plusieurs années le taux de diminution le plus rapide au chapitre des émissions au Canada.3

Les impératifs budgétaires

La réparation et l’entretien des infrastructures municipales coûtent une fortune. Dans son dernier rapport, la Fédération canadienne des municipalités estime qu’il en coûterait 170 milliards de dollars aux administrations locales à l’échelle du pays pour réparer les infrastructures existantes, soit un montant 217 plus élevé que le budget d’investissement de la ville de Vancouver pour 2024.4

Les taxes foncières, qui à l’origine devaient être consacrées au financement des infrastructures et des services collectifs (p. ex., services d’incendie, routes et parcs), ont évolué et servent depuis les années 90 à financer des infrastructures qui ne profitent qu’à une partie des ménages et entreprises d’une collectivité. La tendance actuelle visant le partage du coût des intérêts privés, la difficulté d’accroître les bénéfices, les exigences législatives en matière d’équilibre budgétaire et les limites relatives aux émissions de titres de créance publics ont toutes contribué aux importants retards dans la réparation des infrastructures existantes.

Compte tenu des défis structurels au sein du financement municipal et des coûts en capital et d’exploitation élevés associés aux infrastructures vertes, les municipalités sont à la recherche d’outils budgétaires leur permettant de transférer les coûts des contribuables aux usagers. La privatisation des coûts associés aux services publics est vue de plus en plus comme une solution potentielle. Jusqu’à maintenant, la distribution d’énergie carboneutre ou à faibles émissions de carbone pour le chauffage par l’entremise de la création de systèmes énergétiques urbains représente la meilleure application de cette pratique.

Les systèmes de chauffage urbain, une sous-catégorie des systèmes énergétiques urbains, ont trois avantages importants pour les municipalités. Ils facilitent la création de réseaux de chauffage carboneutres ou à faibles émissions de carbone, ils jouent un rôle primordial dans l’accélération de la décarbonation des immeubles et ils ne viennent pas miner le financement municipal. Les systèmes de chauffage urbain, s’ils appartiennent à la municipalité, peuvent lui procurer un nouveau flux de revenus substantiel qu’elle peut ensuite utiliser sans devoir passer de nouvelles lois.5 Les revenus générés par l’immeuble proviennent en partie d’un coût variable basé sur la consommation de chauffage, mais également d’un coût fixe déterminé en fonction de la capacité requise pour chauffer l’immeuble.

Pour que ces trois avantages se concrétisent, il est essentiel d’avoir un modèle d’affaires prévoyant la récupération complète des coûts sur une période de 30 ans jumelé à des exigences réglementaires en vertu desquelles tous les immeubles doivent être reliés au système de chauffage.6 Les propriétaires du système encourent le risque initial sur le capital lié à la conception à la construction de l’infrastructure. Les coûts en capital et d’exploitation sont directement transférés aux usagers lors de la mise en service du système. En échange des risques asymétriques encourus au début du projet, les propriétaires du système bénéficient d’un flux de revenus stable, prévisible et à l’abri des récessions pendant 30 ans.

Favoriser l’adoption et en accélérer le rythme

Jusqu’à maintenant, ce sont d’abord et avant tout les forces du marché qui ont conduit à l’installation de systèmes de chauffage urbain. Les cinq politiques suivantes inspirées de l’offre et de la demande peuvent favoriser l’adoption de ces systèmes et en accélérer le rythme si elles sont mises en œuvre dans le cadre des plans officiels et secondaires des municipalités, des dispositions légales et des plans stratégiques sur le climat.

Politique n° 1 : Rendre obligatoire la connexion au réseau au moyen de dispositions légales

La vague actuelle de nouveaux systèmes de chauffage urbain à faibles émissions de carbone s’explique par le désir des promoteurs immobiliers de décarboner leurs aménagements de zone verte dotés d’un plan d’urbanisme. Comme ces projets sont dénués d’infrastructures et de connexions aux services publics, ils sont d’excellents candidats pour l’installation de systèmes de chauffage urbain. Contrairement aux autres projets immobiliers, ces nouvelles initiatives offrent aux promoteurs immobiliers toute la latitude nécessaire pour choisir et mettre en place les sources d’énergie efficientes et respectueuses du climat qui répondent le mieux à leurs besoins dans le cadre de leurs projets.

Des systèmes de chauffage urbain ont également été installés dans certains aménagements en zone de friche, comme le réaménagement du quartier False Creek à Vancouver. Dans le cas des aménagements en zone de friche, les systèmes de chauffage urbain entrent toutefois en compétition avec le gaz naturel. Le fait d’introduire des dispositions légales qui obligent les promoteurs immobiliers à relier leurs immeubles aux systèmes de chauffage urbain existants, les empêchant par le fait même de choisir le type de connexion à un système de chauffage qu’ils installent dans leurs projets, peut aider à répondre à la demande. De telles dispositions légales rendant obligatoire la connexion au réseau sont couramment utilisées à Vancouver et dans la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.


Politique n° 2 : Promouvoir l’intégration des nouveaux projets à un système de chauffage urbain

Les systèmes de chauffage urbain offrent une rentabilité maximale lorsqu’ils sont installés dans un projet immobilier à haute densité et à vocation mixte, où les coûts peuvent être répartis sur un grand nombre d’immeubles. L’aspect relatif à la vocation mixte est important, car la demande en chauffage varie davantage pendant la journée en raison des différents profils de consommation des immeubles résidentiels et commerciaux. Les fluctuations des pointes de consommation sont importantes, car elles permettent de réduire la taille du système et de minimiser les coûts d’exploitation. Il est ainsi possible d’installer un système de moindre envergure capable de répondre à la demande totale et à la demande de pointe ; quant aux coûts d’exploitation de pointe, ils sont moins élevés, car la consommation est répartie.

Le fait d’inclure ces politiques dans les plans officiels et secondaires, et de préciser les conditions pour lesquelles les systèmes énergétiques urbains doivent être envisagés, contribueront à leur adoption et à leur rentabilité. Le plan officiel de la ville de Toronto comporte plusieurs politiques exigeant des promoteurs qu’ils envisagent d’installer des systèmes énergétiques urbains lorsqu’ils planifient le développement d’un nouveau quartier, ou encore lorsque leurs projets immobiliers se trouvent dans un secteur dont le zonage est mixte.


Politique n° 3 : Reconnaître et récompenser les constructeurs qui adoptent les bonnes pratiques

De plus en plus de municipalités incluent des stratégies carboneutres et des objectifs de réduction des émissions à leur cadre d’établissement des objectifs et à leurs exigences en matière de conception et de rendement des bâtiments, comme le programme Toronto Green Standard de la ville de Toronto. Ces cadres mettent en lumière les avantages environnementaux des systèmes énergétiques urbains à faibles émissions de carbone, y compris les systèmes de chauffage urbain. Les municipalités peuvent récompenser les promoteurs qui envisagent d’installer des systèmes à faibles émissions de carbone en remboursant une partie des coûts de développement ou en accélérant l’évaluation de leurs demandes d’aménagement.


Politique n° 4 : Élaborer un plan stratégique énergétique

Les municipalités se sont également dotées de plans d’énergie municipaux, comme ceux adoptés par les villes de Guelph et Edmonton, pour réduire leurs émissions. Le fait d’identifier l’emplacement d’un éventuel système énergétique urbain peut contribuer à son adoption. Ils peuvent servir à attirer les promoteurs qui souhaitent intégrer à leurs projets des systèmes énergétiques urbains clé en main. C’était d’ailleurs la stratégie de la ville de Guelph lorsqu’elle a élaboré son plan stratégique énergétique en 2014. Le plan indiquait dix pôles situés dans les limites de Guelph où la ville installerait des systèmes énergétiques urbains, de même que le type de projet immobilier prévu pour chacun de ces pôles.


Politique n° 5 : Encourager la construction d’immeubles compatibles avec le chauffage urbain

Un autre levier politique permettant de stimuler de façon proactive la demande future consiste à exiger des promoteurs immobiliers qu’ils bâtissent des immeubles compatibles avec les systèmes énergétiques urbains. En vertu de ces politiques, les promoteurs installent les équipements nécessaires dans leurs immeubles afin que ceux-ci puissent être reliés à un éventuel système énergétique urbain.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteure principale : Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

  1. Les immeubles ont émis 89 mégatonnes de carbone en 2022.
  2. Ces estimations sont fondées sur les ratios de connectivité par chauffage urbain suivants en fonction du type d’immeuble et de l’espace habitable pour les nouvelles constructions occupées entre 2024 et 2030 : 50 % pour les immeubles commerciaux et institutionnels ; 25 % pour les immeubles multirésidentiels ; 10 % pour les habitations individuelles et contiguës. Il sera possible de réaliser des économies annuelles à partir de 2030.
  3. Le secteur de l’électricité affichait un taux annuel de réduction des gaz à effet de serre de 8 % entre 2020 et 2022.
  4. Faire de la croissance du Canada un succès : Pour la création d’un cadre de croissance municipale.
  5. Selon la taille du système et la consommation de chauffage, un système de chauffage urbain peut dégager des profits équivalents à 15 % des revenus de la municipalité provenant des taxes foncières.
  6. Tous les constructeurs doivent offrir les services publics dans leurs immeubles. En l’absence de réglementation à ce sujet et de cibles de réduction des émissions liées aux critères ESG, les constructeurs ont le choix entre l’électricité et le gaz naturel comme source d’énergie pour le système de chauffage. En raison de leur taille, les systèmes énergétiques urbains permettent de récupérer certaines formes de chaleur, ce qui ne serait pas rentable pour un seul immeuble.
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L’agriculture intérieure peut servir de source locale d’aliments en milieu nordique – et urbain

L’agriculture verticale est un type d’agriculture en environnement contrôlé qui permet aux producteurs de mieux contrôler l’environnement de leurs cultures, ce qui peut être avantageux dans des conditions de culture difficiles.

La production alimentaire au moyen de l’agriculture verticale intérieure était sur le point de prendre une expansion considérable; toutefois, les rendements du capital investi, peu prometteurs dans ce secteur, ainsi que les défis liés à l’expansion, ont ralenti celle-ci.

« Dans ce secteur, il y a eu une grosse bulle qui a plus ou moins éclaté au cours des quatre dernières années, a déclaré le Dr Alesandros Glaros, du Food and Agriculture Institute de l’Université Fraser Valley. Les entreprises qui ont résisté à la tempête sont patientes, et elles ont investi massivement dans la recherche et le développement. Elles ont adopté des technologies éprouvées et se sont intégrées à de solides chaînes logistiques locales et régionales, et elles misent beaucoup sur la collaboration. Et maintenant, on peut trouver leurs légumes-feuilles – cultivés à l’aide de méthodes d’agriculture verticale –, à des prix concurrentiels, à la fois dans les régions éloignées et dans les grandes chaînes d’épiciers. »

Il y a des exemples d’innovation dans le domaine. QuantoTech Solutions, une entreprise de technologie agricole intégrée verticalement de la Colombie-Britannique, a mis au point un système de culture dans des hangars de 2,4 m sur 3,7 m contenant des étagères conçues pour l’agriculture verticale, permettant une production annuelle de 4,8 à 7,2 tonnes d’aliments par année, entre autres, des légumes-feuilles, des fraises et des tomates cerises. Chaque unité nécessite de 37,2 à 52 gigajoules d’énergie par année, une quantité inférieure à celle qu’exige l’alimentation en énergie d’un ménage moyen au Canada1. Initialement, ces unités mobiles ont été mises au point pour une utilisation dans des milieux nordiques et où les conditions de culture sont difficiles. Toutefois, elles conviennent aussi aux milieux urbains.

Le système de QuantoTech Solutions comprend des hangars de 8 par 12 pieds avec des unités d’étagères pour permettre l’agriculture verticale.

Une source de production alimentaire pour les communautés isolées et du Nord du Canada

Les communautés isolées et du Nord sont confrontées à de nombreux obstacles en matière d’accès à des fruits et légumes frais; en effet, ceux-ci sont souvent chers et de piètre qualité puisqu’ils proviennent de centres de production ou de distribution situés au sud du 49e parallèle. À elles seules, les entreprises d’agriculture verticale intérieure ne peuvent régler le problème de l’insécurité alimentaire dans le Nord ni remplacer les sources d’aliments traditionnelles des Autochtones, mais elles peuvent toutefois contribuer à l’expansion de l’offre de fruits et légumes frais locaux dans la région.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure dans les communautés isolées et du Nord :

1. L’investissement et la croissance. Avant que les producteurs puissent investir dans le démarrage ou la croissance d’une exploitation d’agriculture intérieure, ils doivent d’abord tenir compte de l’échéancier à l’égard du rendement du capital investi et de la disponibilité des subventions nécessaires pour couvrir les coûts initiaux et opérationnels.

2. L’approvisionnement en énergie et sa consommation. Au Canada, environ 178 communautés isolées autochtones et du Nord dépendent de génératrices souvent alimentées par du carburant diesel, car ces communautés ne sont pas reliées au réseau électrique nord-américain ou à l’infrastructure gazière continentale2.

3. La croissance des rendements. Pour soutenir l’exploitation, il faut simplifier l’accès aux intrants et améliorer les rendements. Le développement et le maintien de l’accès aux fournisseurs et de l’expertise locale en agriculture verticale sont essentiels.

L’expansion de l’agriculture urbaine

L’écosystème de l’agriculture verticale intérieure peut facilement être reproduit dans les milieux urbains, qui présentent toutefois des défis particuliers. Les liens avec la production agricole dans les grandes zones urbaines sont de moins en moins fréquents, car les villes se développent et la demande augmente, ce qui rend nécessaire une production commerciale à grande échelle, assortie de chaînes logistiques rationalisées. L’intégration d’exploitations agricoles verticales intérieures à de nouveaux bâtiments ou à des bâtiments rénovés est une façon de donner aux citadins un accès rapide aux produits locaux, et peut contribuer aux efforts de décarbonation des villes et du secteur de la construction.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure en milieu urbain :

1. Créer des liens avec les consommateurs. Pour inciter les consommateurs à se procurer leurs légumes auprès d’une exploitation agricole verticale locale, il faudra promouvoir cette option et leur offrir une facilité d’accès.

2. Présenter un argumentaire convaincant. Pour justifier l’expansion des exploitations agricoles verticales intérieures dans des zones urbaines ou à proximité de celles-ci, il faut disposer de plus d’énergie, de plus d’espace et de plus d’investissements, et offrir un intéressant rendement du capital investi.

3. Planifier l’utilisation des terres. On observe dans les zones urbaines une concurrence féroce pour les terres. C’est pourquoi la production alimentaire devrait être stratégiquement intégrée à la planification municipale, faire l’objet d’une collaboration avec les municipalités et répondre aux besoins locaux.

L’agriculture verticale intérieure pourrait devenir une source principale de production alimentaire partout au Canada, si l’on arrive à mieux justifier son expansion. Mais pour l’instant, elle sert principalement à répondre à la demande des marchés locaux et spécialisés.

Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole, à l’Institut d’action climatique RBC.

1. Statistique Canada, (2024). Consommation d’énergie des ménages, Canada et les provinces.

2. Régie de l’énergie du Canada, (2023). Aperçu du marché : Projets d’énergie propre dans les communautés isolées autochtones et du Nord.

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L’IA générative a fait son entrée dans nos vies et se retrouve soudainement partout autour de nous.

Dans la vallée de l’Okanagan, la ville de Kelowna utilise l’IA pour automatiser les demandes de permis et pour répondre aux questions sur les règlements municipaux, dans l’espoir d’accélérer le processus de construction dans un contexte de crise du logement.1 À Edmonton, le géant de l’ingénierie Stantec a élaboré un outil propulsé par l’IA pour analyser des données de masse sur l’écoulement des rivières, l’utilisation des terres et le ruissellement des eaux afin de déceler des tendances et de réduire les risques d’inondation dans le cadre de projets d’infrastructure.2 À Halifax, des chercheurs de l’Université Dalhousie entraînent des ordinateurs au moyen de milliers de photos et d’enregistrements audio de vaches laitières pour vérifier si leurs expressions faciales ou leurs mugissements donnent des indices sur la manière dont elles se sentent, sachant que les vaches qui se sentent bien produisent plus de lait.

L’intelligence artificielle est la technologie transformationnelle numéro un du moment. Elle semble avoir un nombre infini d’applications et elle contribue à l’accélération de l’industrie 4.0, qui est propulsée par les données et l’électronique. Extrêmement puissante et incroyablement versatile, l’IA, qui est seulement partiellement comprise, utilise la technologie pour imiter l’intelligence humaine. Elle tire profit des données massives pour détecter des tendances, résoudre des problèmes et réaliser des tâches.

Sa plus récente version, l’IA générative, utilise l’apprentissage automatique pour entraîner des ordinateurs afin qu’ils soient entre autres capables de créer des rapports et des logiciels, de concevoir des molécules et de produire des œuvres d’art.3 Par contre, l’IA générative soulève des inquiétudes au chapitre du respect de la vie privée, de la désinformation et de l’éthique. Elle représente également un défi en matière d’électricité. Par exemple, une demande faite à ChatGTP consomme dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google.

L’IA générative a le potentiel de contribuer à la croissance économique du Canada en accélérant l’innovation et la productivité. Or, la grande question est de savoir si les entreprises et les organismes du secteur public canadiens saisiront cette occasion.

Voici les raisons pour lesquelles nous avons rédigé ce rapport :

Afin d’étudier les défis que le Canada doit relever en matière de productivité, RBC a récemment lancé le projet Croissance, qui explore certains moteurs économiques importants, comme la productivité, le commerce et les investissements, les compétences, l’immigration et les technologies innovatrices comme l’IA.

Le présent rapport porte sur l’adoption de l’IA et sur son incidence au sein de secteurs économiques clés. Nous avons sondé des innovateurs et des spécialistes de l’IA, nous avons organisé des tables rondes avec des chefs d’entreprises au sein de secteurs clés et avons élaboré un cadre analytique pour évaluer les vulnérabilités de l’économie canadienne. Enfin, ce rapport propose des recommandations pour soutenir l’adoption de l’IA générative et assurer que son incidence soit positive et productive pour tous les Canadiens.

Au Canada, le taux de productivité, qui représente la production par heure ouvrée, est en baisse depuis quelques années. Il est actuellement 30 % inférieur au taux de productivité des États-Unis. Ce phénomène est notamment attribuable à la baisse des dépenses en immobilisations et des investissements dans la propriété intellectuelle (qui sont actuellement 40 % inférieurs à ceux des États-Unis). Selon la même mesure, les investissements du secteur manufacturier canadien représentent le quart de ceux du secteur manufacturier américain . Les investissements dans l’IA générative et dans les technologies pourraient améliorer le taux de productivité, contribuer à la hausse des salaires et permettre au Canada de demeurer concurrentiel dans un monde de plus en plus axé sur le numérique et les données.

En entreprise, de tels investissements peuvent contribuer à l’augmentation de la productivité des employés, qu’il s’agisse de cols blancs, de cols verts ou de cols bleus, notamment en leur faisant gagner du temps et en facilitant l’exécution des tâches routinières. Selon une étude de Microsoft, les codeurs qui utilisent des outils d’IA générative prennent 56 % moins de temps à réaliser leurs tâches que ceux qui n’en utilisent pas. De plus, ces outils réduisent le temps consacré à la rédaction de 37 %5. Selon certaines estimations, le temps gagné pourrait varier de 1006 à 125 heures par travailleur par année et entraîner une augmentation de la productivité de 8 % d’ici 2030.

Les entreprises souhaitent que l’IA générative permette aux employés de consacrer plus de temps aux tâches importantes et de créer plus de valeur. Dans le cadre d’un sondage mené par le Conference Board du Canada auprès d’entreprises en démarrage canadiennes, 63 % des répondants ont déclaré que l’implantation de l’IA ne réduirait pas le nombre d’employés au sein de leur entreprise et 30 % ont répondu être incertains . (Les deux tiers des répondants ont déclaré que l’IA leur permettait déjà d’être plus concurrentiels.)

L’augmentation de la productivité découlant de l’implantation de l’IA générative pourrait ajouter 180 milliards de dollars par année à l’économie canadienne d’ici 20309. En outre, la création de nouveaux produits et services d’IA générative pourrait injecter 5 milliards de dollars de plus10. Le Conference Board estime à près de 2 % la contribution de l’IA au produit intérieur brut du Canada et croit que ce sont les centres technologiques comme Toronto, Waterloo et Vancouver qui entraîneront la croissance la plus importante.11

Pourquoi les entreprises canadiennes affichent-elles tant de retard dans l’adoption de l’IA générative ? Un rapport récent de la Chambre de commerce du Canada a révélé qu’une entreprise canadienne sur sept (14 %) seulement utilise l’IA générative ou prévoit l’utiliser sous peu. Cela signifie que près de trois entreprises sur quatre (73 %) n’envisagent même pas encore son utilisation. Les principales raisons qui expliquent ce retard sont les mêmes que pour toutes les nouvelles technologies révolutionnaires : les coûts, les inquiétudes quant à la sécurité des données, les doutes quant à la capacité des travailleurs à l’utiliser et la peur de commettre des erreurs. D’ailleurs, les dirigeants d’entreprises et d’organismes du secteur public ne sont pas les seuls à avoir peur de l’IA. Selon un sondage, 32 % des Canadiens (moins du tiers) ont confiance en l’IA, comparativement à 40 % des Américains et à 39 % des personnes dans le monde. Par ailleurs, seulement 28 % des Canadiens croient que la réglementation actuelle est suffisante pour assurer l’utilisation sécuritaire de l’IA.12

Les risques liés à l’IA sont trop élevés pour être ignorés, mais il en va de même pour les avantages qu’elle présente. Si elles veulent faire partie de la génération de l’IA générative, les organisations canadiennes devront rattraper leur retard. Qu’elles soient prêtes ou non, nous sommes à l’aube d’une nouvelle transformation technologique.


À quel point le Canada est-il en retard dans l’adoption de l’IA générative ? La plus récente Enquête canadienne sur la situation des entreprises trimestrielle de Statistique Canada, réalisée auprès de 13 327 entreprises au début de l’année 2024, fournit l’aperçu le plus récent et le plus complet de la situation. Les résultats indiquent que 73 % des entreprises canadiennes n’envisagent pas d’utiliser l’IA générative, que 9,3 % d’entre elles l’utilisent et que 4,6 % d’entre elles prévoient l’utiliser sous peu.

À l’échelle mondiale, selon des données qui datent de quelques années, le Canada occupe la 20e position au chapitre de l’adoption de l’IA parmi les 35 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques.13 Selon l’indice mondial d’adoption de l’IA d’IBM de 2022, parmi quinze pays sondés, le Canada occupe le 10e rang et affiche un retard de 6 points de pourcentage par rapport à la moyenne. Le pays est à la traîne par rapport aux États-Unis et ne cherche pas autant à tirer profit de l’IA générative.

Il est surprenant que le Canada affiche un retard par rapport à un si grand nombre de ses concurrents étant donné sa position de chef de file dans le secteur de la recherche. En 2017, le Canada a été le premier pays à se doter d’une stratégie en matière d’IA, un effort de 25 millions de dollars mené par le CIFAR dont les objectifs consistaient à attirer et à retenir des talents, ainsi qu’à soutenir la recherche et l’innovation.14 De plus, les trois instituts d’IA nationaux canadiens sont reconnus à l’échelle mondiale et certains des plus grands spécialistes de l’apprentissage automatique ont élu domicile au Canada. Enfin, le Canada dispose d’un écosystème d’IA dynamique formé de laboratoires de recherche, d’incubateurs et d’accélérateurs d’entreprises, de fournisseurs de produits et services d’IA générative et de sociétés de capital-risque.15

Malheureusement, le Canada est tout simplement meilleur pour générer des idées et élaborer des modèles que pour les concrétiser.


Certains éléments de la structure de base de l’économie canadienne font en sorte qu’il peut être difficile de saisir les occasions qu’offre l’IA générative. Le Canada est peu peuplé et son territoire est vaste et diversifié, ce qui rend difficile la création de grands ensembles de données essentiels à l’IA. De plus, une grande partie de l’économie du pays est réglementée, ce qui peut freiner l’innovation technologique et nuire à la création de nouveaux modèles d’affaires. Enfin, de nombreux secteurs, comme ceux de la sylviculture, de l’exploitation minière, de la pêche, du pétrole et du gaz, dépendent des ressources naturelles. Or, ces secteurs ne sont pas à l’avant-garde de l’IA générative.

Les coûts figurent également parmi les obstacles à l’adoption de l’IA générative, qui nécessite le recours à de gros ordinateurs consommant beaucoup d’électricité et à des talents en technologie de plus en plus recherchés. Il s’agit d’une barrière particulièrement importante pour les petites entreprises, qui dominent l’économie canadienne. Au Canada, environ 98 % des entreprises comptent moins de cent employés. Or, les petites entreprises sont habituellement moins enclines que les grandes à investir dans les nouvelles technologies. Certaines d’entre elles jugent qu’elles n’ont pas les moyens ou l’expertise nécessaires, alors que d’autres ne subissent tout simplement pas suffisamment de pression de la part de la concurrence.

Selon une analyse du Laboratoire de données sur les entreprises (LDE) de la Chambre de commerce du Canada, 15 % des petites entreprises, dont environ la moitié comptent 100 employés ou plus, utilisent ou prévoient utiliser l’IA générative . Selon les conclusions du rapport, les petites entreprises devraient avoir plus de facilité que les grandes entreprises à recycler leurs employés et à réorienter leur stratégie d’affaires et leur utilisation de la technologie. Par contre, le financement pourrait constituer un plus grand défi. Quoi qu’il en soit, les petites entreprises pourraient bénéficier grandement de l’adoption de l’IA générative. Selon certaines estimations, l’utilisation de l’IA générative par les petites et moyennes entreprises (PME) pourrait permettre d’injecter plus de 100 milliards de dollars dans l’économie canadienne d’ici 2030, 70 % de ce montant provenant des petites entreprises.17.

Le gouvernement et les organismes du secteur public pourraient également accélérer le pas. En effet, l’innovation est un enjeu qui touche les gouvernements, ce qui est particulièrement vrai au Canada, où le secteur public représente environ 40 % de l’économie et embauche un cinquième (21 %) de la main-d’œuvre.18 Les secteurs de l’éducation et des soins de santé canadiens sont respectivement 70 % et 50 % moins productifs que ceux des États-Unis.19

Selon les données de Statistique Canada, 0,3 % des organismes gouvernementaux ont adopté l’IA générative. La situation est nettement meilleure dans les secteurs des soins de santé et de l’aide sociale, qui relèvent essentiellement du public, dont le taux d’adoption est de 9 %. Toutefois, ce pourcentage n’est pas supérieur à celui de l’ensemble du pays. Le gouvernement fédéral a annoncé au printemps qu’il souhaitait mettre en place un plan d’utilisation de l’IA dans le cadre de ses activités d’ici le printemps prochain, ce qui constitue une adoption tardive. Le gouvernement est notamment aux prises avec une dette technique énorme. En effet, ses systèmes sont si désuets que l’adoption de l’IA pourrait être impossible ou ne pas valoir la peine. Selon une étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA dans plusieurs secteurs au Canada, l’adoption de l’IA pourrait entraîner une création de valeur de l’ordre de 13 milliards de dollars pour le secteur des soins de santé et de 14 milliards de dollars pour le gouvernement.20

Même au sein des secteurs de la « vieille économie » comme celui des ressources naturelles, l’adoption de l’IA pourrait se traduire par un ajout de 9 milliards de dollars au PIB.21 Par contre, chaque secteur et chaque concurrent pourraient exiger une approche différente. De nombreuses organisations qui souhaitent appliquer l’IA aux données sur la clientèle ont à composer avec différents enjeux réglementaires. D’autres continuent d’éprouver de la difficulté à attirer et à retenir les talents dans le domaine des technologies avancées. Néanmoins, au Canada, certains secteurs entretiennent des relations étroites avec les universités, où une grande partie de la recherche en matière d’IA est effectuée.

La diversité de l’économie canadienne pourrait faire en sorte que plusieurs approches soient nécessaires pour adopter l’IA générative. Ces approches sont présentées à la section suivante du présent rapport.


Pour mieux comprendre le retard dans l’adoption de l’IA générative au Canada, nous avons élaboré un modèle analytique qui évalue les principaux secteurs de l’économie et qui comprend des éléments clés pouvant favoriser une telle adoption :

  • Taux d’adoption des technologies. Taux servant à comparer la vitesse à laquelle les secteurs canadien et américain des entreprises investissent dans les produits de propriété intellectuelle selon leur part du PIB.

  • Risques liés aux pressions exercées par la concurrence. Risques de perturbation ou d’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale au sein de secteurs clés, reflétant les forces concurrentielles susceptibles d’influer sur le retard dans l’adoption de l’IA générative.

  • Potentiel de productivité. Potentiel de l’IA générative au sein de secteurs économiques clés selon des études comparatives, des données de l’industrie et des tables rondes sectorielles.

  • Compétences. Compétences actuelles et transférables au sein de secteurs importants selon des études sur la main-d’œuvre et des entrevues sectorielles.

  • Volonté des entreprises. Indicateur fondé sur les résultats du sondage « Utilisation de l’IA générative par l’entreprise » de 2024 de Statistique Canada.

22 %

du PIB

4,2

millions d’emplois

Risque faible
avantages élevés

Force : grands ensembles de données centralisés, notamment sur la santé, les impôts et les écoles
Priorité : gouvernance des données

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • Compétences plus élevées que la moyenne

  • Cas d’utilisation : processus d’inscription, planification et tenue de dossiers, prévision de la demande pour différents programmes d’études

  • Besoin clé : coopératives de données

  • Avantages : apprentissage sur mesure, accroissement de l’efficacité de la recherche

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • Compétences moyennes

  • Cas d’utilisation : demandes de permis, manifestations de la criminalité, efficacité des politiques publiques

  • Besoin clé : renforcement de l’infrastructure de données

  • Avantages : réduction de la lourdeur administrative, efficacité accrue du gouvernement

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • 11 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : découverte de médicaments, détection des maladies

  • Besoin clé : renforcement de la gouvernance des données

  • Avantages : amélioration des résultats en matière de santé et réduction des coûts

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Soins de santé

Mutuo Health souhaite mettre fin à la prise de notes manuscrites par les médecins.

Cette entreprise en démarrage de Toronto offre un produit qui tire profit de l’IA générative appelé AutoScribe. Cet outil de prise de notes virtuelles transcrit les conversations entre les médecins et leurs patients et prend des notes en temps réel.

« Il s’agit d’un outil qui réduit de manière importante le temps consacré à la prise de notes après les rendez-vous, ce qui fait que les médecins peuvent voir plus de patients, précise Noah Crampton, chef de la direction de Mutuo Health. Comme je suis moi-même médecin, je croise souvent des collègues insatisfaits au travail. » M. Crampton ajoute qu’AutoScribe a permis d’augmenter la satisfaction au travail des médecins de 72 % et d’accroître leur productivité et leur bien-être.
Depuis son lancement en 2023, plus de 1 000 médecins l’ont adopté. Il s’agit d’un exemple concret d’accroissement de la productivité rendu possible grâce à l’IA générative. Selon l’entreprise, l’outil réduit le temps consacré par les médecins à la prise de notes de 80 % en moyenne. En tenant pour acquis que la prise de notes manuscrites prend en moyenne cinq heures par semaine, cela veut dire que les médecins disposent de 16 à 20 heures de plus par mois pour rencontrer des patients.


14 %

du PIB

2,1

millions d’emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : utilisation avancée des technologies
Priorité : adoption responsable de l’IA

  • Depuis la dernière décennie, investissements des cabinets dans les nouvelles technologies 8 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • Utilisation de l’IA générative par près de 20 % des cabinets

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : émission de contrats, recherches juridiques, diligence raisonnable

  • Besoin clé : respect de la réglementation

  • Avantage : meilleur accès à des services juridiques, à des services de fiscalité et à des services-conseils

  • Investissements dans la propriété intellectuelle moins élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • Trois banques canadiennes classées parmi les dix meilleures banques au monde dans le domaine de l’IA

  • 22 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : conformité, détection de la fraude et services financiers personnalisés

  • Besoin clé : habilitation des employés de première ligne

  • Avantage : efficacité accrue de la prévention de la fraude et de la cyberdéfense

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Vente au détail

Les détaillants sont souvent à l’avant-garde des technologies innovatrices, car ils doivent gérer les attentes des consommateurs et l’évolution de leurs goûts tout en gérant leurs stocks à la limite. Canadian Tire a récemment intégré à son appli mobile l’outil virtuel d’aide au magasinage fondé sur l’IA générative CeeTee.

L’entreprise a d’abord intégré l’IA générative au parcours d’achat de pneus pour simplifier le processus, permettant aux consommateurs de trouver en un clic les bons pneus pour leur véhicule.

« Beaucoup de personnes ne connaissent pas les caractéristiques techniques des pneus, ce qui en complique l’achat, d’autant plus que les pneus coûtent cher », mentionne Cari Covent, cheffe de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes chez Canadian Tire. Le détaillant, qui compte 1 700 magasins au Canada, a d’abord intégré l’outil au processus d’achat de pneus pour comprendre de quelle manière les clients l’utilisent.

Les résultats sont prometteurs : l’outil guide les clients tout au long du parcours d’achat, de la navigation aux questions, en passant par les recommandations et le choix des bons pneus. L’IA générative offre également d’autres avantages aux détaillants. Par exemple, les données tirées des interactions avec la clientèle alimentent de vastes bases de données, ce qui permet aux détaillants d’adapter leurs produits. Enfin, ils peuvent également s’appuyer sur ces interactions pour émettre des recommandations personnalisées et prendre des décisions plus éclairées, notamment en matière de marchandisage et de gestion des stocks. Écouter l’entrevue complète avec Cari Covent sur les perturbateurs de marché


10 %

of GDP

1,6

millions d’emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : intégration avec les chaînes d’approvisionnement et les marchés des États-Unis
Priorité : gestion des chaînes d’approvisionnement

  • Sous-investissement important dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 72 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 15 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences moyennes

  • Cas d’utilisation : conception de produits, optimisation de la production, gestion des chaînes d’approvisionnement

  • Besoin clé : perfectionnement accru du personnel technique

  • Avantage : augmentation de la productivité

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Fabrication

L’IA générative est appelée à prendre de plus en plus de place dans nos vies. Sanctuary AI, une entreprise de Vancouver, conçoit des robots qui fonctionnent au moyen d’un système d’IA qui imite le cerveau et le corps humains.

De vastes modèles de langage, comme ChatGPT, sont intégrés aux robots afin de leur permettre de « penser » et d’agir comme des humains, ainsi que de transformer le langage en actions et en concepts. ChatGPT permet d’imiter la pensée, mais les robots de Sanctuary AI vont plus loin. En effet, ils sont capables de poser différents gestes et de réaliser des tâches manuelles ou répétitives.

Sanctuary AI a attiré l’attention d’entreprises de premier plan partout dans le monde. En avril 2024, elle a conclu avec Magna International une entente de partenariat stratégique visant le déploiement d’applications d’IA générative dans le cadre du processus de fabrication de pièces du géant du secteur de l’automobile.

Écouter l’entrevue complète sur les perturbateurs de marché :
Mechanical Minds: Exploring the World of AI Robots – RBC Thought Leadership


20 %

du PIB

1,4

millions d’emplois

Risque faible
avantages faibles

Force : main-d’œuvre spécialisée
Priorité : planification virtuelle à des fins de réduction des délais d’approbation des permis

  • Sous-investissement dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 50 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 17 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : analyses de marché, mise en scène d’intérieur virtuelle, émission de contrats

  • Besoin clé : talents en technologie

  • Avantage : logements plus abordables

  • Sous-investissement dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 40 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 6,5 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : conception virtuelle, optimisation des ressources

  • Besoin clé : talents en technologie

  • Avantage : réduction des retards dans la construction

5 %

du PIB

2

millions d’emplois

Risque élevé
avantages moyens

Force : fidélité et confiance élevées envers les marques
Priorité : meilleure compréhension des préférences des clients

  • Sous-investissement dans les technologies (investissements 40 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 11 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : gestion des stocks, conception de produits

  • Besoin clé : gestion des données de grande qualité

  • Avantage : compétitivité à l’échelle mondiale

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Services professionnels

Eirene, une entreprise de services funéraires, a intégré l’outil d’IA générative de Google Gemini afin d’automatiser et d’optimiser différents éléments de sa plateforme Funeral OS. Grâce à cet outil, les employés peuvent se concentrer sur leurs tâches plus délicates, comme les services funéraires et les services d’incinération.

Eirene utilise l’IA générative pour transcrire, analyser et extraire des renseignements pertinents provenant d’appels téléphoniques, de courriels et de séances de clavardage. L’application peut remplir efficacement plusieurs formulaires gouvernementaux, ce qui réduit la saisie manuelle de données et le risque d’erreur.

« Nous utilisons l’IA pour augmenter notre efficacité opérationnelle, ce qui nous permet d’investir plus de ressources dans l’offre d’une expérience exceptionnelle centrée sur l’humain à notre clientèle, précise Mallory Greene, cheffe de la direction de l’entreprise. La clé est d’utiliser l’IA comme outil d’habilitation et non comme outil de remplacement de l’ingéniosité humaine. »


3,3%

du PIB

360 K

emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : compétences
Priorités : qualité et rigueur

  • Investissements dans les nouvelles technologies 66 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 31 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : création de contenu, recommandations personnalisées, vérification des faits

  • Besoin clé : lutte contre la désinformation

  • Avantage : société plus informée


5 %

du PIB

200 K

emplois

Risque faible
avantages moyens

Force : expertise mondiale
Priorité : investissements dans les technologies

  • Investissements dans les nouvelles technologies 63 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 8 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : exploration et prospection, analyse des données géologiques

  • Besoin clé : plus de talents en technologie

  • Avantage : extraction des ressources plus durable


2 %

du PIB

575 K

emplois

Risque moyen
avantages moyens

Force : demande mondiale
Priorité : optimisation de la production

  • Investissements dans les nouvelles technologies 80 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 8,3 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : modélisation de la séquestration du carbone, optimisation des engrais et des graines

  • Besoin clé : plus de talents en technologie dans les exploitations agricoles

  • Avantages : augmentation de la production et réduction des émissions

Recommandations

La révolution de l’IA aura un impact aussi vaste que profond dans tous les secteurs et touchera presque toutes les activités des entreprises. Elle contribuera à l’augmentation de l’efficacité des systèmes et des processus des entreprises, et elle permettra à ces dernières d’offrir un meilleur service à la clientèle et de concevoir de nouveaux produits améliorés, et ce, rapidement et à plus faible coût. L’IA libérera également les employés de certaines tâches, ce qui leur permettra de créer plus de valeur. Enfin, elle augmentera la productivité et l’innovation au Canada, elle procurera un avantage concurrentiel au pays à l’échelle mondiale et elle contribuera à la prospérité des citoyens.

Les entreprises canadiennes doivent agir maintenant. Et elles doivent surtout changer de mentalité. Il est important qu’elles cessent d’hésiter à investir dans les nouvelles technologies et de reporter la décision d’investir afin d’éviter les erreurs.

Les obstacles à l’adoption de l’IA doivent être éliminés et les entreprises doivent cesser d’attendre avant de se lancer. Voici ce que les entreprises peuvent faire :

1. Accroître la confiance du public envers l’IA.

Les Canadiens n’ont pas encore confiance en l’IA. Selon le Baromètre de confiance Edelman de cette année, à peine 31 % des Canadiens ont confiance en cette technologie, soit 19 % de moins que la moyenne mondiale. Près de la moitié des Canadiens sondés dans le cadre d’une étude menée par Ipsos ont répondu qu’ils se méfiaient des produits et services qui utilisent l’IA. Qui plus est, le discours public, constamment orienté vers la nécessité d’ériger des « garde-fous » autour de la technologie, ne fait qu’accroître leurs inquiétudes.

Les entreprises canadiennes ont un rôle à jouer dans le changement des mentalités. Elles doivent convaincre leurs employés, leur clientèle et la population que l’IA peut être adoptée de manière responsable. Cela contribuera à l’acceptation sociale, qui est nécessaire à l’adoption de la technologie. Les entreprises devraient faire preuve de transparence lorsqu’elles utilisent l’IA générative et former leurs employés, le cas échéant, afin qu’ils puissent à leur tour expliquer les usages de l’IA à leur clientèle et aux parties prenantes.

2. Bâtir une main-d’œuvre compétente.

Les travailleurs doivent arrêter d’avoir peur que l’IA les remplace et les employeurs doivent démontrer à leurs employés qu’ils ont l’intention de leur offrir les outils nécessaires pour innover et pour travailler plus rapidement et efficacement. (Selon le rapport de la Chambre de commerce du Canada, le deuxième principal avantage de l’adoption précoce de l’IA est l’accroissement de l’automatisation des tâches sans occasionner de pertes d’emploi. Le principal avantage constitue l’élaboration de contenu créatif.) L’IA générative est un moyen efficace d’améliorer les compétences de la main-d’œuvre.

Il est important d’investir dans l’éducation et la formation et de collaborer avec les établissements d’enseignement postsecondaire afin d’élaborer et d’offrir les programmes de formation nécessaires. Les organisations qui servent les petites entreprises devraient également les aider en créant des réseaux et des guides.

Les employés auraient avantage à profiter des outils offerts en ligne pour se familiariser avec l’IA générative. Bon nombre de ces outils sont gratuits ou presque gratuits. Les compétences en « ingénierie de requêtes » seront de plus en plus importantes pour les travailleurs et les entreprises.

3. Investir maintenant, adopter de manière précoce et commencer graduellement, au besoin.

Le coût des modèles d’IA et d’IA générative diminue et les petits projets pilotes sont abordables. Investir dans de tels modèles et projets pourrait en valoir la peine. Selon une étude, chaque dollar investi dans l’IA rapporte en moyenne 3,50 $.22

La création d’un environnement sûr pour permettre aux employés d’explorer et d’expérimenter l’IA est essentielle. Par définition, l’IA générative s’améliorera avec le temps, tout comme les données commerciales utilisées pour former les ordinateurs. Par conséquent, les entreprises qui hésiteront longtemps avant de se lancer pourraient passer à côté d’améliorations exponentielles dont profiteront leurs concurrents, en particulier si ces derniers utilisent déjà la technologie depuis des mois ou des années.

Il n’est pas nécessaire de commencer par la mise en place de grands projets d’IA générative transformateurs. Les entreprises peuvent d’abord mettre en branle de petits projets d’IA pratiques et tirer profit de la réussite d’autres projets.

4. Régler les problèmes liés aux données dans le secteur des soins de santé.

Le secteur des soins de santé, vaste et essentiel, nécessite une attention particulière. Ce secteur, qui utilise encore des télécopieurs pour certaines communications, doit être modernisé de toute urgence. Il doit se doter d’une infrastructure de données de base. La numérisation des dossiers médicaux constitue un début, mais nous devrions envisager la mise en place de réseaux d’information numériques dynamiques pour permettre à notre système de santé de se démarquer et de tirer profit de l’IA.

5. Créer un cadre réglementaire approprié.

Dans le cadre de leurs efforts de réglementation de l’IA, les gouvernements devraient adopter des approches législatives technologiquement neutres, axées sur les risques et fondées sur des principes. De telles approches leur permettraient de mettre en place une réglementation durable, et ce, malgré le fait que la technologie change très rapidement. De plus, la réglementation devrait être harmonisée le plus possible avec les normes internationales de gouvernance de l’IA et promouvoir l’interopérabilité (soit la capacité de produits et de systèmes à opérer ensemble) pour les entreprises canadiennes à l’étranger.

6. Évaluer le caractère approprié des exigences en matière de résidence des données.

Les exigences en matière de résidence des données ralentissent l’adoption de services infonuagiques modernes au sein des gouvernements et de certains secteurs clés. En 2024, nous devrions revoir la pertinence de ces exigences. Contrairement à d’autres gouvernements et entreprises, qui utilisent des logiciels professionnels, le gouvernement canadien dépend de systèmes informatiques désuets. Le Canada est un marché trop petit pour que les fournisseurs de services en nuage, à l’exception des plus grands, puissent lancer une infrastructure dédiée. À l’heure actuelle, les exigences en matière de résidence des données limitent les choix de logiciels de grands fournisseurs possibles et donnent accès à des modèles d’IA moins qu’optimaux sur lesquels les entreprises peuvent s’entraîner.

L’adoption de l’IA générative dépend de la mise en place d’infrastructures adéquates. La consommation d’électricité liée à l’IA a grimpé de manière exponentielle. Désormais, les centres de données qui soutiennent des modèles d’IA complexes consomment autant d’électricité que les villes de Vancouver ou Calgary. Comme l’IA continue d’évoluer et de prendre de l’ampleur, la demande en électricité connexe devrait augmenter. Par conséquent, nous devrons trouver des solutions énergétiques efficaces et durables pour soutenir les progrès technologiques sans surcharger les infrastructures d’électricité actuelles. Enfin, les annonces récentes du gouvernement fédéral du Canada concernant la puissance informatique soulignent également la nécessité pour les différents ordres de gouvernement de maintenir un dialogue ouvert avec l’industrie pour trouver des moyens de saisir les occasions qu’offre l’IA générative.

Lecture recommandée

Le projet Croissance :

Une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne

Le défi de la croissance au
Canada :

pourquoi l’économie est au point mort

Occasion à saisir pour la Nouvelle-Écosse :

tirer parti de l’essor démographique

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/fr/leadership-avise/le-projet-croissance.

Télécharger le rapport

Nous reconnaissons l’appui de Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui nous ont permis de rassembler des décideurs et leaders d’institutions dans le cadre de cette initiative de recherche.

  1. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  2. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  3. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  4. RBC – Le défi de la croissance au Canada : pourquoi l’économie est au point mort

  5. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  6. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  7. Rapport du Conference Board

  8. Rapport du Conference Board

  9. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  10. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  11. Conference Board of Canada – Real Talk: How Generative AI Could Close Canada’s Productivity Gap and Reshape the Workplace—Lessons From the Innovation Economy, 2024.

  12. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  13. Automation Nation? AI Adoption in Canadian Businesses (dais.ca)

  14. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  15. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  16. Chambre de commerce du Canada

  17. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  18. fraserinstitute.org

  19. RBC – Le défi de la croissance au Canada : pourquoi l’économie est au point mort

  20. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  21. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  22. Chambre de commerce du Canada


IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Principaux points à retenir

Le secteur canadien de la serriculture : un pôle de croissance. La valeur à la ferme des fruits et légumes de serre vendus au Canada a augmenté pour la 11e année consécutive. La hausse de 9,2 % en 2023 correspond à une valeur de 2,5 milliards de dollars, soit le double par rapport à 2013.1


Des infrastructures déficientes ou mal adaptées pourraient freiner la croissance. On s’attend à ce que la superficie des serres de l’Ontario double au cours des 10 prochaines années, mais le secteur est confronté à d’importants enjeux en ce qui concerne l’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets et la pénurie de main-d’œuvre.2 La pointe de consommation d’électricité anticipée pour les régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent qui était de 500 mégawatts (MW) en 2023 passera à environ 2 100 MW en 2035, portée principalement par la croissance du marché des batteries de véhicules électriques et d’autres technologies de pointe et des entreprises serricoles.3


Les forces des entreprises serricoles canadiennes à l’échelle mondiale reposent sur la productivité et l’utilisation efficiente des sols. Les volumes de production en serre du pays par rapport à l’espace utilisé battent des records. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne, deux fois plus que le Mexique et légèrement plus que les Pays-Bas.4 5 Le Canada devra au cours de la prochaine décennie réussir à se distinguer en matière d’utilisation efficiente des superficies exploitées tout en augmentant les volumes de production pour répondre à la demande des marchés intérieur et extérieur.


Le marché de l’ouest des États-Unis est important pour la croissance des exportations. Le volume de production en serre représente 39 % des exportations de produits frais, 99,5 % de ces produits étant destinés aux États-Unis. Les fruits et légumes de serre du Canada sont consommés dans l’est des États-Unis, de l’État de New York à l’État de la Floride. Le Canada pourrait tabler sur l’important marché de 68 millions de dollars du Midwest s’il est en mesure d’établir des relations, une image de marque pour les produits et des services logistiques de la chaîne du froid.


Les entreprises serricoles doivent régler leur dilemme énergétique – demandes énergétiques, émissions de GES et facturation – pour soutenir l’expansion de leurs activités. Les coûts d’énergie pour les serres ont augmenté de 55 % au Canada entre 2013 et 2023, tandis que l’approvisionnement en gaz naturel augmente l’empreinte carbone de l’industrie.6 7 La réduction de la demande en gaz naturel et la prime verte pour les solutions de rechange, y compris le gaz naturel renouvelable, l’hydrogène et l’électricité propre, pourraient permettre aux entreprises serricoles du Canada de prospérer dans une économie à faible émission de carbone.

Ouvrir un monde de possibilités

Selon les projections, la population mondiale devrait atteindre 9,7 milliards de personnes en 2050, et la demande alimentaire augmentant de 56 % par rapport aux niveaux de 2010.8 9Il faudra des efforts colossaux pour satisfaire la demande alimentaire future avec l’augmentation de l’insécurité alimentaire. Au Canada, plus de 20 % des ménages vivent une situation d’insécurité alimentaire, alors que le prix des aliments dans les magasins a augmenté de 21,6 % de février 2021 à février 2024 en raison de plusieurs facteurs, y compris les conditions de croissance déplorables, les problèmes d’approvisionnement et les coûts d’intrant élevés.10 Ces facteurs présentent un défi pour le secteur agricole qui doit innover et mettre en place des systèmes efficients et résilients dans le contexte des changements climatiques, systèmes qui permettent à un plus grand nombre d’aliments produits à un prix raisonnable de se retrouver dans l’assiette du consommateur.

Le secteur serricole du Canada est bien positionné pour aider à relever ce défi en raison de son utilisation particulièrement efficiente des sols et des intrants, de la possibilité de raccourcir la chaîne d’approvisionnement pour les Canadiens et d’un solide historique de croissance et de solutions novatrices.

Au cours des dix dernières années, le nombre de serres spécialisées dans la production de légumes et de fruits a augmenté chaque année :11
103 %
Valeur du produit
36 %
Volume récolté
12 %
Exploitations serricoles

La consolidation de ces réalisations au cours des dix prochaines années exigera des efforts pour relever les défis que posent les infrastructures d’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets, les contraintes réglementaires, la pénurie de main-d’œuvre et les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement.

Les avantages des solutions novatrices dans le contexte de la culture en serre augmentent dans les environnements contrôlés. Dans les espaces fermés, les exploitants peuvent concevoir des systèmes dynamiques pour l’éclairage, la fertigation et le chauffage qui permettent d’optimiser la croissance des plantes et l’utilisation efficiente des ressources. Par exemple, les exploitants serricoles peuvent adopter des solutions non complexes comme des rideaux horizontaux pour conserver la chaleur près des plantes et des solutions technologiques pour effectuer un dépistage génétique précoce des maladies ou des parasites qui risquent d’anéantir la croissance de toute une récolte. L’agriculture en environnement contrôlé présente également des occasions d’innover et de mettre en place des mesures d’adaptation aux changements climatiques. En cultivant les fruits et les légumes dans des structures fermées et des milieux de culture contrôlés, la production peut être plus résiliente aux conditions climatiques extrêmes, aux écarts de précipitation et aux changements de saison, protégeant par le fait même un approvisionnement continu de nourriture. Avec les changements climatiques qui perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement et les marchés, il y a un coût économique associé à l’inaction – il ne faut pas perdre de temps à créer un faux dilemme entre l’action climatique et l’approvisionnement de nourriture.12 La production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement devraient plutôt viser la réalisation des mêmes objectifs sur le plan climatique, économique et de production.

L’énergie utilisée dans les serres est principalement alimentée par le gaz naturel. Une utilisation énergétique élevée signifie donc qu’il y a des émissions élevées de gaz à effet de serre (GES).13 Le Canada doit développer des options d’énergie renouvelable et propre, et également chercher à réduire les factures et la consommation énergétique pour aider le secteur à réduire ses émissions de carbone. Les options de développement comprennent la production de gaz naturel renouvelable (GNR) à partir des biodéchets agricoles et des décharges dans les environs, les investissements dans la production locale d’hydrogène et l’exploration et le déploiement de pompes à chaleur industrielles alimentées à l’électricité.

On doit s’attendre à des perturbations et de la volatilité sur les marchés jusqu’en 2050, mais également à une augmentation de la demande de fruits et de légumes produits en serre au Canada.33 La population nord-américaine devrait croître de façon régulière jusqu’en 2050 et, avec l’augmentation des revenus, les préférences des consommateurs se tourneront vraisemblablement vers des aliments plus nutritifs, comme les fruits et les légumes, pour des raisons de santé et dans la foulée de certaines mesures complémentaires, comme la taxation du sucre. Les denrées doivent être disponibles pour répondre aux nouvelles préférences, mais les projections supposent que la superficie cultivée diminuera au cours des dix prochaines années.14 Ces questions multifactorielles présentent de nouveaux défis pour assurer la croissance de la production serricole du Canada.

Qu’est-ce que l’AEC?

L’agriculture en environnement contrôlé (AEC) repose sur des systèmes de production agricole qui peuvent varier de peu à très complexe sur le plan technologique et qui permettent aux exploitants d’avoir plus de contrôle sur les milieux de culture.

Infrastructure de croissance de l’AEC

  • Serre en verre ou en plastique :
    Structure fermée faite de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène.
  • Tunnel chenille en plastique facile à installer :
    Structure en forme de tunnel recouverte de plastique qui est facile à installer et qui offre un contrôle limité à l’égard des intempéries.
  • Ferme verticale intérieure :
    Pièce fermée, comme un conteneur d’expédition, qui est remplie d’unités de production et qui utilise souvent un système d’éclairage artificiel et des milieux de croissance hors-sol.
  • Autre ferme intérieure :
    structures fermées, opaques, comme des bâtiments rénovés utilisant différents systèmes de production, de la culture aéroponique à la culture en eau profonde.

Milieu de culture de l’AEC

  • Culture hydroponique :
    les plantes poussent dans l’eau et sont alimentées par des solutions nutritives combinant divers sels minéraux.
  • Culture aéroponique :
    les plantes poussent pendant que leurs racines sont exposées à l’air et alimentées par vaporisation d’une solution nutritive.
  • Culture aquaponique :
    les plantes poussent dans un milieu de croissance qui intègre des organismes aquatiques dont les déjections servent de nutriments.
  • Culture dans la terre :
    les plantes poussent dans la terre.

Un survol de la production serricole du Canada

Une approche régionale à la croissance de la culture en serre

Au Canada, il y a 920 entreprises spécialisées dans la culture des fruits et des légumes de serre sur une superficie de plus de 5 000 acres.15 Ces serres produisent plus de 800 000 tonnes de tomates, concombres, poivrons, laitue, fraises ainsi que d’autres fruits et légumes. Elles sont faites de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène, et utilisent différents milieux de croissance adaptés au type de culture.16 Le Canada produit également des fleurs et du cannabis en serre. Il y a plus de 1 500 entreprises serricoles qui se spécialisent dans la culture des fleurs et des plantes, pour une valeur à la ferme de 2,1 milliards de dollars en 2023.17 Le présent rapport porte sur la production des fruits et légumes de serre du Canada, compte tenu des occasions favorables à l’expansion de la production agroalimentaire et des échanges commerciaux ainsi que des défis à relever pour décarboniser notre système de production alimentaire et l’adapter aux changements climatiques.

Les deux tiers de la production de fruits et légumes en serre au Canada provient de l’Ontario, et plus particulièrement du comté d’Essex dans le Sud-Ouest de la province. Leamington, en Ontario, surnommé le « Sun Parlour » du Canada, se trouve dans le comté d’Essex. Cette ville réunit le plus grand nombre de serres spécialisées dans la production de fruits et légumes en Amérique du Nord.

Le comté d’Essex bénéficie de températures clémentes, de longues journées ensoleillées et d’un microclimat induit par les Grands Lacs qui crée des conditions idéales pour la croissance. Et la frontière avec les États-Unis est à une heure de route. La région bénéficie également de la présence des exploitants de fermes familiales qui ont investi localement et innové dans la construction de serre, la recherche et la production combinée d’énergie et de chaleur, pour devenir un pôle unique de la culture en serre. Par exemple, le Center for Horticultural Innovation à Leamington teste la production des fruits et légumes et les nouvelles technologies, comme l’utilisation des drones dans la lutte contre les insectes nuisibles, afin d’identifier les technologies dont l’utilisation peut être étendue aux exploitations serricoles du Canada et de favoriser les avancées technologies au sein du secteur. Le secteur serricole de l’Ontario soutient, pour sa part, divers programmes, notamment des fonds d’innovation comme l’Initiative pour la compétitivité et l’innovation dans le secteur serricole (ICISS), des programmes d’efficacité énergétique, de nombreux projets de recherche dans le cadre de l’Alliance pour l’innovation agroalimentaire en Ontario et des projets d’expansion des infrastructures électriques dans certaines régions.

Canada: Une centrale électrique de serre

Source: Statistique Canada

La Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta suivent avec de plus petites parts, chacune de ces provinces ayant un secteur serricole en croissance porté par des stratégies de développement régional.

  • Québec met en œuvre sa Stratégie de croissance des serres au Québec 2020-2025 par la mise en place de divers mécanismes, comme le taux préférentiel pour la consommation d’électricité, afin de doubler la superficie de fruits et de légumes cultivés en serre dans la province, l’objectif étant de passer à 620 acres d’ici 2025.
  • L’Alberta soutient l’innovation et les technologies agricoles appliquées à la culture en serre par l’intermédiaire de ses recherches sur de nouvelles variétés de semence de fraise et de tomate, des systèmes d’éclairage efficients et des mesures d’efficacité énergétique. Un soutien est également offert dans la province pour développer des collaborations entre les secteurs énergétique et serricole pour l’installation de panneaux solaires transparents dans les serres et la récupération de la chaleur perdue pendant l’utilisation du gaz naturel et du CO2 pour soutenir la croissance des plantes.
  • La Colombie-Britannique utilise les technologies de pointe pour soutenir son secteur serricole par l’intermédiaire du B.C. Centre for Agritech Innovation de l’Université Simon-Fraser – un élément du programme économique de la Colombie-Britannique.

La valeur des exportations de légumes de serre au Canada représente 39 % de tous les produits frais exportés, soit plus de 1,4 milliard de dollars. L’Ontario produit 88 % de ces légumes de serre en valeur qui sont exportés principalement vers les États-Unis (99,5 %), mais également vers le Japon, la France et Taïwan.18

La demande de fruits et de légumes frais aux États-Unis dépasse les capacités de production intérieure, ce qui en fait un marché important pour la croissance des exportations du Canada. Par exemple, le volume des tomates de serre importées du Canada représente environ 65 % du volume total des tomates fraîches importées aux États-Unis, une part importante de la consommation intérieure.19 Le Canada est le deuxième importateur de tomates de serre en importance aux États-Unis, à bonne distance derrière le Mexique. S’il met en place des solutions novatrices et énergétiques, le Canada pourra commercialiser des produits de haute technologie à faible émission de carbone pour mettre à profit les préférences des consommateurs à l’égard des produits durables.20

Conditions de croissance, coûts et règlements

Des systèmes de croissance hautement productifs et efficients sont requis pour satisfaire à la demande du marché intérieur et des marchés à l’étranger.

En Ontario, les plus gros producteurs de tomates, de concombres et de poivrons de serre ont affiché une marge brute d’environ 80 à 90 % entre 2017 et 2021, augmentant la taille des serres d’environ 29, 117 et 49 acres en moyenne, respectivement.21

Le gaz naturel et l’éclairage artificiel, le CO2, la chaleur, l’eau, l’azote, le phosphore et le compagnonnage végétal sont les éléments d’un système de croissance dynamique qui sont utilisés pour la culture des légumes et des fruits de serre. L’équilibre à maintenir entre les intrants varie selon le produit agricole. Les concombres qui sont composés principalement d’eau exigent une quantité substantielle d’eau pendant leur croissance. Dans les serres, le recyclage de l’eau permet de réduire les besoins en eau des concombres d’environ 800 à 1 200 litres par mètre carré et par saison de croissance. La quantité exacte d’eau requise dépend de différents facteurs, y compris la source d’éclairage utilisée. Les intrants pour les tomates varient légèrement selon la variété, mais les résultats font ressortir les principales différences. Par exemple, une tomate Beefsteak exige la même quantité de lumière, d’eau, d’énergie, de CO2 et de fertilisant que la tomate cerise, mais les rendements de la tomate Beesteak sont plus de deux fois ceux de la tomate cerise.22

Les serres utilisent l’énergie qui provient principalement du gaz naturel, pour le chauffage, l’éclairage, et la production de CO2. Le gaz naturel est souvent utilisé pour chauffer l’eau dans des chaudières, eau qui est ensuite pompée et acheminée dans les serres par un réseau de tuyaux placés sur le sol et qui peuvent être déplacés comme des rails pour récolter le produit agricole. Le gaz de combustion dans les chaudières est souvent récupéré et converti en CO2 afin d’être utilisé pour nourrir la plante.

Les prix du gaz naturel, de l’électricité, de mazout et des autres source d’énergie augmentent pour les exploitants serricoles du Canada. Ils ont augmenté de 55 % entre 2013 et 2023, pour atteindre 406 millions de dollars.23 L’énergie utilisée dans les serres peut avoir un coût environnemental, car le gaz naturel est souvent la principale source d’émissions de gaz à effet de serre permettant de déterminer l’empreinte carbone d’une exploitation serricole.24 Certaines exploitations serricoles ont mis en place des installations de cogénération qui sont intégrées au réseau de distribution électrique pour aider à optimiser l’efficience et répondre aux demandes de pointe. Par exemple, l’entreprise Under Sun Acres établie à Leamington exploite quatre génératrices alimentées au gaz naturel à proximité des serres destinées à la production de poivrons pour la production d’électricité et la captation de la chaleur résiduelle. Les génératrices fournissent 13 MW d’électricité au réseau d’électricité de l’Ontario, et la chaleur résiduelle est récupérée à la sortie et des jaquettes de régulation sont utilisées pour le chauffage de la serre.25

Moteur de cogénération à Under Sun Acres, Leamington, ON

Le rôle des serres dans la production d’énergie peut aider à répondre à la demande régionale, notamment dans le cas des régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent dont la demande en période de pointe qui était de 400 MW en 2023 passera à environ 2 100 MW d’ici 2035, poussée principalement par les exploitations serricoles, la fabrication de pointe et la production de batteries pour véhicule électrique.

Les terrains sont également très prisés, mais l’efficience par superficie exploitée par rapport à la production en champ est un maillon important de l’histoire du développement durable et de la serriculture, c’est-à-dire l’affectation des terres à d’autres activités. Au Canada, la production de tomates, de poivrons, de concombres, de laitue et de fraises en serre est 8,5 fois plus élevée par superficie exploitée que la production en champ, ce qui témoigne d’une solide productivité. Cependant, les rendements obtenus au cours des dix dernières années plafonnent.26 27 Les solutions novatrices proposées pour dépasser les rendements historiques comprennent les systèmes d’éclairage dynamique, la reconfiguration des infrastructures de croissance pour optimiser l’utilisation de l’espace et l’éclairage et les stratégies génétiques pour lutter contre la stagnation des rendements.

Système de culture pyramidale au Center for Horticultural Innovation, Leamington, ON

Les coûts de main-d’œuvre sont nécessaires, mais élevés. Ils représentent 29 % des dépenses d’exploitation des entreprises serricoles du Canada.28 Agriculteur 4.0 indique que les coûts de main-d’œuvre sont plus élevés pour les exploitations serricoles que pour les autres secteurs agricoles, comme l’industrie du bœuf. Même si les processus de récolte demeurent à forte intensité de main-d’œuvre, les innovations prometteuses, comme les tapis et convoyeurs pour la récolte et les robots pour le transport et l’emballage des produits agricoles dans les entrepôts, permettent de réduire le temps requis pour arriver sur les tablettes des magasins.

Poivrons jaunes à Under Sun Acres, Leamington, ON

Les serres profitent du soutien des gouvernements et de l’industrie, mais les politiques gouvernementales et l’environnement réglementaire peuvent également être un obstacle. L’agriculture en environnement contrôlé se retrouve souvent dans une zone sans règles clairement définies. Elle n’appartient pas vraiment aux catégories industrielles ou agricoles pour le développement et l’accès aux ressources. De nombreuses années peuvent également être nécessaires pour obtenir l’approbation des nouveaux projets. Les exploitants serricoles du Canada doivent payer des taxes plus élevées et ont un accès limité aux sources d’énergie abordable comparativement à leurs homologues américains, ce qui nuit à leur compétitivité. Le secteur est également confronté à des obstacles liés à la réglementation pour l’accès à une quantité d’eau suffisante, forçant les exploitants à faire des choix entre un nombre limité d’options et les obligeant notamment à faire des investissements initiaux importants pour construire des étangs d’irrigation et des systèmes de collecte des eaux pluviales, à payer des frais de développement élevés ou à être soumis à de longues périodes d’attente pour obtenir des servitudes et des permis pour un accès à l’eau.

Les cinq grandes productions

Les serres de fruits et de légumes au Canada sont très spécialisées. Voici les cinq principales cultures en serre du Canada :

  • La tomate :La tomate est la reine de la culture en serre au Canada. Elle couvre une superficie de plus de 1 800 acres pour une production d’environ 315 000 tonnes et une valeur à la ferme de 869 millions de dollars.29
  • Le concombre :Le concombre est le légume le plus exporté parmi les végétaux cultivés en serre au Canada, représentant 34 % de la valeur totale des exportations.30
  • Le poivron : Avec un volume de près de 170 000 tonnes produites en 2023, le poivron est le troisième légume de serre en importance au Canada sur le plan du volume et de la valeur, mais le deuxième pour ce qui est de la superficie cultivée.31
  • La laitue : La production de laitue de serre arrive à bonne distance derrière, en quatrième place, dominée par le Québec. Il serait possible d’augmenter la productivité intérieure étant donné que la laitue de plein champ représente la part la plus importante des importations de végétaux de champ au Canada en valeur, à 18 %. Les États-Unis et le Mexique combinés sont les sources d’environ 99 % des légumes de plein champ importés au Canada.32
  • La fraise : La fraise est le fruit vedette de la production en serre, mais elle ne compte cependant que pour 3 % de la superficie en serre au Canada.33 Le marché pour ce fruit prisé des ménages offre des possibilités aux exploitants serricoles qui continuent de modifier leur approche pour protéger les fraises des insectes nuisibles et des maladies.

Les cinq grandes production à surveiller

Les préférences des Canadiens évoluent et se diversifient, et l’accès aux aliments qui sont consommés en grande quantité, comme les bananes et le café, pourrait devenir plus difficile pour le Canada en raison des préoccupations soulevées par les changements climatiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les mutations géopolitiques. Ce contexte crée des occasions propices à l’innovation pour les produits agricoles cultivés au Canada.

  • Les petits fruits, à part les fraises : Les framboises et les bleuets sont parmi les cinq fruits les plus importés sur le plan de la valeur au Canada, ce qui correspond à une forte demande intérieure à satisfaire si la production en serre de ces produits à valeur élevée peut être maîtrisée.34
  • Les épinards : Le Canada est un importateur net d’épinard, mais des efforts sont déployés actuellement pour améliorer le rendement en serre, pour accélérer et automatiser le processus de culture et améliorer la logistique de la chaîne froide.35
  • Les bananes : La banane est le fruit le plus importé au Canada en volume, et les rendements à l’échelle mondiale connaissent une augmentation depuis les années 60. Mais les rendements des cinquante prochaines années pourraient ne pas être aussi bons, ce qui ouvre la porte à la possibilité de cultiver les bananes en serre.36 37
  • Le café : Même s’il est difficile d’imaginer que des grains de café puissent être produits au Canada, des recherches sont pourtant en cours pour explorer la possibilité de les produire en serre et pour régler les problèmes multifactoriels qui causent les pénuries de grains de café et les flambées de prix.38
  • Le gombo : Le gombo (aussi appelé okra) est un ingrédient important requis qui se retrouve de nombreuses cuisines à travers le monde, et les importations de ce légume augmentent régulièrement année après année. La production de ce légume augmente régulièrement depuis 2018, et représente actuellement 1 % de la production mondiale de végétaux en volume.39

Le Canada se démarque pour l’efficience de ses superficies agricoles cultivées

La force du Canada dans la production de fruits et légumes de serre par rapport aux concurrents internationaux repose sur sa productivité par acre. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne et légèrement plus que les Pays-Bas, et deux fois plus que le Mexique.40 41 42

Productivité par superficie de terre

Rendement estimé par hectare (tonnes)

*Comparaison mondiale des principaux pays producteurs de serre en 2022. Les estimations comprennent la production annuelle combinée en serre de tomates, de concombres, de poivrons, de laitue et de fraises.

Source: Statistique Canada, Gouvernement du Mexique, EuroStat.

Ces régions qui affichent une production élevée ont des forces qui leur sont propres grâce à certains facteurs, y compris les technologies ayant été adoptées, la situation géographique et les conditions climatiques. Même si le Canada ne peut pas livrer concurrence au Mexique sur le plan de la chaleur – du moins pas à court terme – il peut tirer de nombreuses leçons de ses concurrents.

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays. 43

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Investissement dans la décarbonisation
  • Efficacité de l’utilisation des terres
  • La main-d’œuvre hautement qualifiée correspond à l’industrie de haute technologie

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

  • Mexique

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays.43

  • Espagne

 

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Pays-Bas

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

Ce que les entreprises serricoles du Canada doivent faire

Le secteur serricole du Canada est une belle réussite sur les plans de la croissance et de la productivité. Il est maintenant temps de déterminer les étapes qui pourront aider à soutenir et développer le secteur. Une stratégie de croissance des serres à l’échelle canadienne qui permet de cartographier la production, les échanges commerciaux, la valeur et les cibles GES et permettre au secteur d’afficher une croissance année après année jusqu’en 2035 et par la suite. En plus de cartographier le possible, la prise en compte des besoins en matière d’infrastructures, de compétences, de politiques, d’investissements et de recherches est essentiel pour ancrer la stratégie aux défis auxquels le secteur devra s’attaquer.


Énergie : Aborder le trilemme du secteur

Le gaz naturel est la principale source d’énergie du secteur, mais son utilisation continue pourrait nuire à l’atteinte des cibles de réduction des GES du Canada. Pour réduire l’empreinte carbone de la production en serre, il faudrait augmenter le recours à d’autres sources d’énergie, comme le gaz nature renouvelable, les pompes à chaleur alimentées à l’électricité et l’hydrogène. Le gaz naturel renouvelable représente seulement 0,36 % du gaz naturel distribué au Canada, mais pourrait réduire de moitié l’intensité carbone du gaz naturel utilisé, selon le type de matières premières utilisées (p. ex., le fumier).48 49 50 Cependant, les coûts supplémentaires requis pour cette option de production écoresponsable sont élevés. Par exemple, en Ontario, le coût du gaz naturel renouvelable est moins élevé que l’électricité, mais il est cinq fois plus élevé que le gaz naturel.51 La sensibilisation et la création de mécanismes financiers qui permettent d’indemniser de façon adéquate les agriculteurs et les exploitants serricoles pour la biomasse qu’ils utilisent dans la production de gaz naturel renouvelable sont essentiels si l’on veut que le Canada puisse fournir une quantité constante de matières premières dans les biodigesteurs.

Les systèmes alimentés à l’électricité seulement sont également étudiés. Mais les exploitants qui envisagent de passer aux pompes de chaleur alimentées à l’électricité pour améliorer l’efficacité énergétique et réduire leur empreinte carbone doivent également tenir compte de la source d’électricité. À l’échelle nationale, les GES qui sont associés à la production d’électricité et de chaleur ont diminué de 56 % entre 2022 et 2025, qui est l’année de référence pour la cible d’émission des GES de 2030.52 Cependant, le niveau des GES associés à la production d’électricité diffère de façon substantielle entre les provinces, car les sources d’énergie utilisées varient, passant des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, ce qui donne une intensité carbone différente. En 2021, l’intensité carbone associée à la production d’électricité de l’Alberta était 510 fois plus élevée que celle du Québec.53 Ces différences font ressortir le besoin d’élaborer des stratégies régionalisées ainsi que des engagements et des actions ciblés étendre les réseaux d’énergie propre et favoriser des processus de décarbonisation.


Déchets : Concevoir des systèmes circulaires et à faible émission de carbone

Un approvisionnement régulier et constant de matières premières est requis pour étendre l’utilisation du gaz naturel renouvelable. Les entreprises serricoles produisent des biodéchets qui peuvent être utilisés comme matières premières pour la production de gaz naturel renouvelable. D’autres déchets doivent vraisemblablement être ajoutés à ces matières premières pour que l’approvisionnement soit constant étant donné que les biodéchets d’une serre plongent pendant les saisons de croissance et atteignent des sommets à la fin de ces saisons. En raison des risques de biosécurité et des préoccupations liées à la présence d’étiquettes de plastique et de bouts de ficelle dans les déchets des serres, l’option la plus courante et la plus sûre consiste à jeter les biodéchets dans une décharge. Près de la plaque tournante de la serriculture du Canada, Enbridge développe un projet de pipeline de gaz naturel renouvelable prévue par Waste Connections of Canada à la décharge Ridge dans la région Chatham-Kent, qui devrait annuler 110 000 tonnes d’éq. de CO2 de la décharge et produire 1 591 pétajoules par année.54

Les décharges, comme celle de Ridge qui est remplie au maximum de sa capacité, doivent être agrandies pour satisfaire aux demandes d’enfouissement des déchets. Pour atténuer les pressions liées à l’élimination des déchets et aider à la production de gaz naturel renouvelable dans les décharges, l’installation de biodigesteurs de matières résiduelles et de noyaux et lignes de collecte et de distribution pourrait générer un flux de rentrées de fonds dans les zones agricoles très productives par la récupération des biodéchets dans les multiples systèmes de la ferme, des cultures aux élevages aux exploitations serricoles. Cette installation permettrait de créer une certaine circularité et de faire la promotion d’un accès au gaz naturel renouvelable dans les régions rurales.


Terrains : Produire plus sur moins

Les prix et la concurrence que se livrent les habitations, les commerces de détail, les installations agricoles et les industries, particulièrement dans les régions densément peuplées comme le corridor Windsor-Montréal, limitent l’offre de terres. Les entreprises serricoles du Canada démontrent leur leadership à l’échelle mondiale en matière de productivité par superficie exploitée, mais les innovations qui poussent les rendements à la hausse sont requises pour maintenir la position dominante du Canada. L’un des plus grands défis à relever au sein du secteur agricole est d’arriver à produire plus avec moins. La contribution des entreprises serricoles qui est requise pour relever ce défi et soutenir la croissance devrait être plus explicitement incluse et soutenue dans la politique de développement durable à l’échelle du secteur, et plus particulièrement dans la Stratégie pour une agriculture durable.


Eau : Conserver une ressource de plus en plus précieuse

Comme dans le cas des terres agricoles, l’accès à l’eau dans certaines régions est également limité pour les exploitations serricoles. Les frais de développement qui ont été introduits par les municipalités dans le cas des nouvelles infrastructures qui utilisent les services publics d’approvisionnement en eau à Chatham-Kent, en Ontario, fait ressortir le contexte changeant. Des investissements dans les infrastructures rurales sont requis de la part des différentes administrations en raison de la demande alimentaire en hausse, des pressions sur les ressources naturelles, y compris l’augmentation de leurs coûts. L’harmonisation des plans de développement des infrastructures des municipalités et des provinces et des cibles de croissance pour le secteur pourrait aider à régler les problèmes liés aux pénuries dans les zones rurales.


L’éclairage : Tenir compte de la communauté dans le développement rural

Les serres peuvent émettre des lumières vives pendant toute la journée, ce qui peut être un inconvénient pour les résidents des zones rurales. Les municipalités, comme Leamington, qui ont une concentration élevée de serres, ont des règlements qui exigent que la pollution lumineuse soit atténuée par les exploitants à l’aide de rideaux ou que les lumières soient éteintes en soirée. Les exploitants serricoles doivent respecter les règlements locaux et les plans d’expansion doivent tenir compte des répercussions sur le bien-être des collectivités pour soutenir une croissance durable et la capacité d’attirer une main-d’œuvre hautement qualifiée.


Compétences : Rebaptiser l’agriculture canadienne pour attirer des talents diversifiés

Les progrès dans l’automatisation des exploitations serricoles peuvent se traduire par une plus grande efficience et une demande pour des postes hautement qualifiés. Mais le Canada est-il prêt à pourvoir ces postes ? Le secteur a déjà du mal à régler sa pénurie de main-d’œuvre avec un poste agricole vacant sur trois étant anticipé d’ici l’année 2030 si aucune mesure importante n’est prise. Il est plus difficile de convaincre les Canadiens de déménager dans les régions rurales, la population croissant 15 fois moins vite que dans les zones urbaines. De plus, les politiques récentes qui ont une incidence sur le parcours des étudiants étrangers au Canada pourraient réduire les inscriptions dans les programmes d’études postsecondaires, ce qui limitera l’accès aux personnes hautement qualifiées. Les défis sont nombreux alors que les exploitants serricoles doivent pouvoir compter sur les travailleurs étrangers du Mexique et de l’Amérique centrale. Le secteur agricole doit se donner une nouvelle image pour attirer les chercheurs d’emploi. Il doit se présenter comme un milieu propice à la réussite des personnes ambitieuses et hautement qualifiées qui sont stimulées par l’utilisation des technologies de pointe et qui veulent avoir un impact positif au Canada et à l’échelle mondiale.


Réglementation et politiques : Moderniser pour un monde plus compétitif

Le positionnement du Canada comme centre de production serricole efficient et responsable passe par l’exploration des politiques et règlements qui le désavantagent par rapport à ses concurrents mondiaux. L’identification et la modernisation des règlements qui placent la culture sous serres et environnement contrôlé dans un environnement sans règles clairement définies et qui retarde l’expansion seraient un excellent point de départ.


Échanges commerciaux : Élaborer un plan directeur pour exploiter de nouveaux marchés

Un schéma d’expansion des exportations de fruits et de légumes de serre pourrait aider les principaux intéressés à tracer la voie à suivre et à explorer les mesures de soutien que le Canada pourrait prendre. Le Midwest des États-Unis pourrait être ciblé, car il offre des occasions importantes et pourrait servir de fondement à un programme d’échanges commerciaux. Des missions coorganisées par l’industrie et les gouvernements peuvent aider à réunir des renseignements sur la logistique de la chaîne du froid et les besoins connexes, à évaluer les occasions sur le marché, à établir des relations et une image de marque canadienne. L’expansion des exportations dans de nouvelles régions doit également tenir compte des effets du temps de réfrigération et des kilomètres qui doivent être ajoutés sur le climat ainsi que des principaux concurrents, comme la production en champ de la Californie.


Expansion du marché : Créer un calculateur de carbone fabriqué au Canada

Le secteur serricole est prêt pour un calculateur de l’intensité carbone développé au Canada. Le fait de ne pas connaître l’intensité carbone de la production en serre est un angle mort pour la politique climatique du Canada et pour le développement de solutions par l’industrie et la communication des progrès réalisés en matière de développement durable. Les gouvernements ont un rôle à jouer en ce qui concerne les investissements et les efforts de collaboration pour le développement d’outils faciles à utiliser par les entreprises serricoles pour l’identification, la compréhension et la réduction de leur empreinte carbone. Le calcul de l’intensité carbone des produits est de plus en plus important pour satisfaire à la demande, pour lever les barrières commerciales et pour permettre à l’industrie de prendre des décisions éclairées sur les nouveaux développements et les rénovations.


Recherche et innovation : Coordonner et mettre à l’échelle les innovations canadiennes

Le Canada est un chef de file non seulement en matière de productivité serricole, mais également en matière d’innovation. Pourtant, les programmes de financement sont fragmentés, et l’application des connaissances se fait en silo. C’est dû au fait que le Canada fonctionne selon un modèle réactif tandis que l’industrie et les universités peuvent travailler en collaboration avec certains exploitants pour des projets qui ciblent un aspect en particulier, sans stratégie uniforme et cohérente entre les priorités, le financement et les objectifs en matière de recherche. Cette approche fragmentée présente une occasion d’établir un cadre de recherche global pour regrouper les projets et les parties intéressées en vue de faire avancer la recherche de façon ciblée et cohérente. Les parties intéressées pourraient convenir des priorités en matière de recherche (automatisation, génétique et sélection, objectifs zéro émission nette, agronomie, etc.), priorités qui pourraient être par la suite utilisée pour faciliter la coordination et les partenariats pour les projets pertinents. Un cadre de recherche comprenant les priorités, les fonds engagés et les objectifs mesurables permet également de s’assurer que les organismes de recherche sont sensibilisés à la vitesse relative de leurs travaux et que les projets de recherche sont liés aux besoins de l’industrie.

La prochaine décennie

La serriculture peut émerger comme un pilier de la croissance agroalimentaire du Canada et être au cœur des ambitions de développement durable au cours des 10 prochaines années et jusqu’en 2050. L’objectif est de doubler la superficie exploitée au cours des 10 prochaines années, de proposer une plus grande diversité de produits et d’améliorer les rendements. Le véritable défi pour les entreprises serricoles du Canada qui doivent répondre aux demandes des marchés en croissance et éliminer les obstacles à la mobilisation des ressources passera par le développement d’infrastructures qui puissent soutenir la croissance et la décarbonisation, et favoriser la prospérité des collectivités rurales.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

Contributors:

Auteur principal : Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Myha Truong-Regan, Cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, Climat et énergie

Shiplu Talukder, Spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisé

    Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont fait bénéficier de leurs connaissances et de leur expertise pendant la rédaction du présent rapport.
  • Alesandros Glaros, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Aaron Coristine, Ontario Greenhouse Vegetable
  • Gordon Stock, Ontario Fruit and Vegetable Growers’ Association
  • Evan Fraser, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Lenore Newman, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Goretty Dias, School of Environment Enterprise and Development, Université de Waterloo
  • Matt Korpan, Center for Horticultural Innovation
  • Peter Quiring, Nature Fresh Farms
  • Chris DelGreco, Under Sun Acres
  • Gary Toupin, Banque Royale du Canada
  • Mohamad Yaghi, conseiller-expert en agriculture
  • Alycia Van der Gracht, QuantoTech
  • Peter Van der Gracht, QuantoTech
  • David Arkell, Energy 360
  • Lisa Brodeur, Energy 360
  • Expert-Ressource, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario

  1. Statistique Canada. (2024a). Production et valeur des fruits et des légumes de serre.
  2. Analyse de l’Ontario Greenhouse Vegetable Grower.
  3. Ministère de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario. (2023). Alimenter la croissance de l’Ontario – Plan de l’Ontario pour un avenir énergétique propre.
  4. Gouvernement du Mexique. (2023). Statistical Yearbook of Agricultural.
  5. EuroStat. (2024). Crop production in EU standard humidity.
  6. Statistique Canada. (2024b). Dépenses d’exploitation des producteurs de serre.
  7. Dias et al. (2017). Life cycle perspectives on the sustainability of Ontario greenhouse. tomato production: Benchmarking and improvement opportunities. Journal of Cleaner Production.
  8. Nations unies. 2022. La population mondiale franchit la barre des huit milliards de personnes cette année, mais le taux de croissance ralentit.
  9. Van Dijk et al. (2021). A meta-analysis of projected global food demand and population at risk of hunger for the period 2010–2050. Natural Foods.
  10. Statistique Canada. (2024c). Indice des prix à la consommation, février 2024.
  11. Statistique Canada. (2024a).
  12. Deloitte. 2022. The turning point: A new economic climate in the United States.
  13. Statistique Canada. (2024b).
  14. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). 2022. Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2022-2031
  15. Statistique Canada. (2024a).
  16. Statistique Canada. (2024a).
  17. Statistique Canada. (2024d). Estimation des serres spécialisées en exploitation, de la superficie en serre et des mois en exploitation.
  18. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022a). Aperçu statistique de l’industrie canadienne des légumes de serre et des champignons.
  19. Département de l’Agriculture des États-Unis. (2024). Vegetables and Pulses Outlook: April 2024.
  20. McKinsey & Company. (2023). Le consommateur se soucie de développement durable – et le manifeste en faisant leurs achats.
  21. Gouvernement ouvert. (2024). Données d’analyse financière de la ferme de l’Ontario.
  22. Analyse des récoltes de Greenhouse Vegetable Grower de l’Ontario.
  23. Statistique Canada. (2024b).
  24. Dias et al. (2017).
  25. Under Sun Acres. (s. d.). Cogeneration.
  26. Statistique Canada. (2024a).
  27. Statistique Canada. (2024e). Superficie, production et valeur à la ferme des légumes commercialisés.
  28. Statistique Canada. (2024b).
  29. Statistique Canada. (2024a).
  30. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022a).
  31. Statistique Canada. (2024a).
  32. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022b). Aperçu statistique de l’industrie des légumes de plein champ.
  33. Statistique Canada. (2024a).
  34. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022c).
  35. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2202b).
  36. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022c).
  37. Varma & Bebber. (2019). Climate change impacts on banana yields around the world. Nature Climate Change.
  38. Cantor. (2023). Historic coffee prices percolated after a bitter global supply crisis. U.S. Bureau of Labour Statistics.
  39. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2202b).
  40. Statistique Canada. (2024a).
  41. Gouvernement du Mexique. (2023).
  42. EuroStat. (2024).
  43. Congressional Research Services. (2023). Seasonal Fruit and Vegetable Competition in U.S.-Mexico Trade.
  44. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). (2023). Policies for the Future of Farming and Food in Spain.
  45. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). (2023).
  46. NASA Earth Observatory. 2022. Almería’s Sea of Greenhouses.
  47. Government of the Netherlands. (2019). Measures to reduce greenhouse gas emissions.
  48. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2023). Prépublication : Mise à jour de l’intensité en carbone du gaz naturel et du propane.
  49. McKinsey & Company. (2023). Renewable natural gas: A Swiss army knife for US decarbonization?
  50. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2023).
  51. Enbridge. (2024). Coûts énergétiques selon la source.
  52. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2024). Rapport d’inventaire national : sources et puits de gaz à effet de serre au Canada.
  53. Ministère de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario. (2023).
  54. Waste Connections of Canada. (s. d.). Ridge Landfill Future Plans
  55. Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture. (2024). Semer les graines du changement – Prévisions du marché du travail agricole de 2023 à 2030.
  56. Statistique Canada. 2022. Croissance démographique dans les régions rurales du Canada, 2016 à 2021.
IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

L’hydrogène suscite de l’engouement. Ce gaz, qui se décline en de nombreuses variantes (d’origine géologique, à faible teneur en carbone, conventionnel, etc.), fait l’objet de milliards de dollars d’investissements dans le monde. Lorsque l’hydrogène est produit à partir d’énergie renouvelable, on parle d’« hydrogène vert », et lorsqu’il est produit à partir de gaz naturel et que sa production comprend la capture des émissions, on parle plutôt d’« hydrogène bleu ». Il existe également plusieurs autres façons de produire de l’hydrogène. Ses propriétés en tant que vecteur énergétique et charge d’alimentation pourraient en faire un précieux allié dans le cadre de la décarbonation de la planète. Le Canada peut contribuer à répondre à la demande d’hydrogène à l’échelle du continent, voire même du monde. Pour l’instant, la production canadienne d’hydrogène reste modeste – environ 3 500 tonnes d’hydrogène à faible teneur en carbone par année. C’est nettement moins que les trois millions de tonnes d’hydrogène que le pays consomme pour alimenter ses secteurs du pétrole, du gaz, des produits pétrochimiques et des engrais, et dont la production, à partir d’énergie fossile, entraîne des émissions de carbone. L’augmentation de la production d’hydrogène à faible teneur en carbone pourrait aider le Canada à atteindre son objectif de carboneutralité, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, tant au chapitre des technologies que de la réglementation et des applications, avant que ce type d’hydrogène soit considéré comme une réelle solution de rechange à l’hydrogène conventionnel et aux combustibles fossiles. La bonne nouvelle, c’est que le processus est enclenché. Depuis que le gouvernement fédéral a publié sa stratégie pour l’hydrogène en 2020, 80 projets d’hydrogène à faible teneur en carbone ont été annoncés, sont en cours d’évaluation ou ont été mis en œuvre, ce qui représente des investissements de plus de 100 milliards de dollars. De plus, des stratégies provinciales prennent forme et des projets pilotes sont mis en branle dans des domaines variant de l’acier au chauffage, ce qui prouve que l’hydrogène a le potentiel de remplacer les combustibles fossiles et de réduire les émissions dans de nouveaux secteurs. Enfin, comme au moins 13 partenariats ont été conclus dans le secteur de l’hydrogène avec des communautés autochtones, l’avenir de l’hydrogène au Canada pourrait être soutenu par la mobilisation des peuples autochtones. L’hydrogène pourrait être un pilier de la décarbonation au Canada. Audacieuse, la stratégie canadienne 2020 visant l’hydrogène prévoit que la production annuelle triplera, pour atteindre 21 Mt, d’ici 2050, ce qui représente le tiers de l’utilisation d’énergie au Canada. En théorie, l’hydrogène propre pourrait circuler dans les gazoducs et alimenter les poids lourds – l’épine dorsale du commerce interrégional –, les centrales électriques et les maisons, le tout en contribuant à la réduction des émissions. Il pourrait également faire partie du nouveau marché d’exportation des ressources éoliennes de la côte est du pays vers l’Europe, ce qui permettrait de réduire la dépendance du continent au gaz naturel. Toutefois, comme l’indique le rapport d’étape de la stratégie de mai 2024, nombre d’éléments dépendent des applications qui seront faites de l’hydrogène. La demande pourrait varier de façon importante, de 3 à 20 Mt/par année, par suite de l’incertitude persistante concernant le potentiel de l’hydrogène. Cette incertitude est liée à la complexité de l’hydrogène et à la concurrence provenant des autres technologies propres. Voici certains des défis qui devront être relevés :

1.Une question de logistique

L’hydrogène est difficile à transporter, et sa production est inefficace sur le plan énergétique. D’abord, la conversion de l’électricité en hydrogène entraîne une perte d’énergie de 30 % à 40 % par rapport à un usage direct, par exemple pour faire fonctionner une thermopompe ou chauffer une pièce. Ensuite, le transport de l’hydrogène jusqu’à sa destination est difficile en raison du processus de compression énergivore, du nombre limité de pipelines d’hydrogène au pays, et de l’incapacité des gazoducs à acheminer des concentrations élevées d’hydrogène sans risque d’endommagement.

2. La facture énergétique de l’hydrogène propre

Les vastes ressources hydroélectriques et nucléaires du Canada et sa réglementation stricte du méthane constituent un avantage, mais ne suffiront pas alors que la demande d’énergie augmente et que les coûts sont en hausse. Étant donné l’inefficacité énergétique du processus de production d’hydrogène, le Canada devra, pour soutenir la fabrication d’hydrogène vert, augmenter de façon importante sa production d’énergie renouvelable et se doter d’une solide infrastructure de captage, d’utilisation et de stockage du carbone pour réduire les émissions issues de la production d’hydrogène bleu. La production d’hydrogène bleu nécessitera également des mesures appropriées de surveillance des fuites de méthane et d’atténuation connexes. Ces mesures permettront au Canada de produire l’hydrogène dont il a besoin sans solliciter à outrance les réseaux électriques ni augmenter les émissions globales attribuables aux fuites de méthane.

3. La question de l’Inflation Reduction Act des États-Unis

La réduction des coûts de production de l’hydrogène et le maintien d’un environnement d’investissement attrayant pour les multinationales du secteur seront essentiels. Les États-Unis sont le principal concurrent du Canada, et les crédits d’impôt octroyés aux termes de l’Inflation Reduction Act (IRA) procurent un avantage aux producteurs d’hydrogène américains. Toutefois, le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour l’hydrogène propre du Canada pourrait compenser 15 % à 40 % des coûts de l’hydrogène et contribuer à combler l’écart entre les incitatifs canadiens et américains. D’ailleurs, les nouvelles orientations restrictives applicables à l’admissibilité aux crédits d’impôt aux termes de l’IRA entraînent une incertitude quant aux incitatifs offerts aux États-Unis. De plus, pour que les coûts diminuent, il faudra que la législation régissant le CII pour l’hydrogène propre au Canada évolue rapidement et que la demande d’hydrogène propre augmente. En conclusion, les applications potentielles de l’hydrogène sont aussi nombreuses que variées, et si le Canada accorde la priorité aux projets à impact élevé, il sera possible de calibrer la demande d’hydrogène pour qu’elle corresponde à l’offre. Le pays doit être stratégique à court terme et veiller à ce que la production actuelle soit rapidement décarbonisée et à ce que les projets pilotes et les secteurs économiques les plus prometteurs reçoivent le soutien nécessaire pour permettre le déploiement de l’hydrogène à grande échelle. Vivan Sorab est gestionnaire principal, Technologies propres, Institut d’action climatique RBC.

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

L’hydrogène suscite de l’engouement. Ce gaz, qui se décline en de nombreuses variantes (d’origine géologique, à faibles émissions de carbone, conventionnel, etc.), fait l’objet de milliards de dollars d’investissements dans le monde. Lorsque l’hydrogène est produit à partir d’énergie renouvelable, on parle d’« hydrogène vert », et lorsqu’il est produit à partir de gaz naturel et que sa production comprend la capture des émissions, on parle plutôt d’« hydrogène bleu ». Il existe également plusieurs autres façons de produire de l’hydrogène. Ses propriétés en tant que vecteur énergétique et charge d’alimentation pourraient en faire un précieux allié dans le cadre de la décarbonation de la planète.

Le Canada peut contribuer à répondre à la demande d’hydrogène à l’échelle du continent, voire même du monde.

Pour l’instant, la production canadienne d’hydrogène reste modeste – environ 3 500 tonnes d’hydrogène à faibles émissions de carbone par année. C’est nettement moins que les trois millions de tonnes d’hydrogène que le pays consomme pour alimenter ses secteurs du pétrole, du gaz, des produits pétrochimiques et des engrais, et dont la production, à partir de combustibles fossiles, entraîne des émissions de carbone. L’augmentation de la production d’hydrogène à faibles émissions de carbone pourrait aider le Canada à atteindre son objectif de carboneutralité, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, tant au chapitre des technologies que de la réglementation et des applications, avant que ce type d’hydrogène soit considéré comme une réelle solution de rechange à l’hydrogène conventionnel et aux combustibles fossiles.

La bonne nouvelle, c’est que le processus est enclenché Depuis que le gouvernement fédéral a publié sa stratégie relative à l’hydrogène en 2020, 80 projets d’hydrogène à faibles émissions de carbone ont été annoncés, sont en cours d’évaluation ou ont été mis en œuvre, ce qui représente des investissements de plus de 100 milliards de dollars. De plus, des stratégies provinciales prennent forme et des projets pilotes sont mis en branle dans des domaines variant de l’acier au chauffage, ce qui prouve que l’hydrogène a le potentiel de remplacer les combustibles fossiles et de réduire les émissions dans de nouveaux secteurs. Enfin, comme au moins 13 partenariats ont été conclus dans le secteur de l’hydrogène avec des communautés autochtones, l’avenir de l’hydrogène au Canada pourrait être soutenu par la mobilisation des peuples autochtones.

L’hydrogène pourrait être un pilier de la décarbonation au Canada. Audacieuse, la stratégie canadienne 2020 visant l’hydrogène prévoit que la production annuelle triplera, pour atteindre 21 Mt, d’ici 2050, ce qui représente le tiers de l’utilisation d’énergie au Canada.

En théorie, l’hydrogène propre pourrait circuler dans les gazoducs et alimenter les poids lourds – l’épine dorsale du commerce interrégional –, les centrales électriques et les maisons, le tout en contribuant à la réduction des émissions. Il pourrait également faire partie du nouveau marché d’exportation des ressources éoliennes de la côte est du pays vers l’Europe, ce qui permettrait de réduire la dépendance du continent au gaz naturel.

Toutefois, comme l’indique le rapport d’étape de la stratégie de mai 2024, nombre d’éléments dépendent des applications qui seront faites de l’hydrogène. La demande pourrait varier de façon importante, de 3 à 20 Mt par année, par suite de l’incertitude persistante concernant le potentiel de l’hydrogène.

Cette incertitude est liée à la complexité de l’hydrogène et à la concurrence provenant des autres technologies propres. Voici certains des défis qui devront être relevés :

1. Une question de logistique

L’hydrogène est difficile à transporter, et sa production est inefficace sur le plan énergétique. D’abord, la conversion de l’électricité en hydrogène entraîne une perte d’énergie de 30 % à 40 % par rapport à un usage direct, par exemple pour faire fonctionner une thermopompe ou chauffer une pièce. Ensuite, le transport de l’hydrogène jusqu’à sa destination est difficile en raison du processus de compression énergivore, du nombre limité de pipelines d’hydrogène au pays, et de l’incapacité des gazoducs à acheminer des concentrations élevées d’hydrogène sans risque d’endommagement.

2. La facture énergétique de l’hydrogène propre

Les vastes ressources hydroélectriques et nucléaires du Canada et sa réglementation stricte du méthane constituent un avantage, mais ne suffiront pas alors que la demande d’énergie augmente et que les coûts sont en hausse. Étant donné l’inefficacité énergétique du processus de production d’hydrogène, le Canada devra, pour soutenir la fabrication d’hydrogène vert, augmenter de façon importante sa production d’énergie renouvelable et se doter d’une solide infrastructure de captage, d’utilisation et de stockage du carbone pour réduire les émissions issues de la production d’hydrogène bleu. La production d’hydrogène bleu nécessitera également des mesures appropriées de surveillance des fuites de méthane et d’atténuation connexes. Ces mesures permettront au Canada de produire l’hydrogène dont il a besoin sans solliciter à outrance les réseaux électriques ni augmenter les émissions globales attribuables aux fuites de méthane.

3. La question de l’Inflation Reduction Act des États-Unis

La réduction des coûts de production de l’hydrogène et le maintien d’un environnement d’investissement attrayant pour les multinationales du secteur seront essentiels. Les États-Unis sont le principal concurrent du Canada, et les crédits d’impôt octroyés aux termes de l’Inflation Reduction Act (IRA) procurent un avantage aux producteurs d’hydrogène américains. Toutefois, le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour l’hydrogène propre du Canada pourrait compenser 15 % à 40 % des coûts de l’hydrogène et contribuer à combler l’écart entre les incitatifs canadiens et américains. D’ailleurs, les nouvelles orientations restrictives applicables à l’admissibilité aux crédits d’impôt aux termes de l’IRA entraînent une incertitude quant aux incitatifs offerts aux États-Unis.  De plus, pour que les coûts diminuent, il faudra que la législation régissant le CII pour l’hydrogène propre au Canada évolue rapidement et que la demande d’hydrogène propre augmente.

En conclusion, les applications potentielles de l’hydrogène sont aussi nombreuses que variées, et si le Canada accorde la priorité aux projets à impact élevé, il sera possible de calibrer la demande d’hydrogène pour qu’elle corresponde à l’offre. Le pays doit être stratégique à court terme et veiller à ce que la production actuelle soit rapidement décarbonisée et à ce que les projets pilotes et les secteurs économiques les plus prometteurs reçoivent le soutien nécessaire pour permettre le déploiement de l’hydrogène à grande échelle.

Vivan Sorab est gestionnaire principal, Technologies propres, Institut d’action climatique RBC.

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

À la fin du mois de mai, l’Institut d’action climatique RBC a organisé son premier événement jeunesse Action climatique. Nous avons réuni des dirigeants de l’industrie, des experts du climat et 70 membres de la prochaine génération de leaders en matière de climat du Canada afin de discuter de certains de nos récents travaux de recherche, de susciter des débats éclairés et de réfléchir à la façon de subvenir aux besoins mondiaux en matière de nourriture, d’énergie et de logement d’une manière carboneutre.
Nous nous étions fixé pour objectif de faire participer la prochaine génération à nos recherches et de générer des idées concrètes dans les secteurs de l’agriculture, de l’énergie et du logement, idées que nous pourrions continuer à faire progresser au cours des prochaines années. Cependant, ce que nous avons appris va bien au-delà de simples idées.

En plus d’une réflexion critique sur la façon de relever les défis dans ces secteurs clés par l’éducation et l’engagement communautaire, les participants ont mis au défi nos membres représentant l’industrie quant à la façon d’engager de manière optimale leurs efforts, d’intervenir sur le plan de l’éducation et de faire preuve d’enthousiasme afin de rehausser le niveau de transparence et d’instaurer la confiance. Ils ont incité tant RBC que les représentants de l’industrie à accorder une plus large place et plus de temps aux voix des jeunes alors que nous continuons à prendre des mesures visant le climat.

Voici certaines des leçons que nous avons tirées de cet événement.

1. De petites actions peuvent faire boule de neige et avoir un impact significatif

Bien qu’une seule plante puisse sembler ne pas représenter grand-chose, si tous les membres d’une communauté donnée décidaient de faire pousser une plante indigène, cela contribuerait à restaurer l’ensemble de l’écosystème. Comme nous l’avons entendu de la voix de Megan Leslie, présidente-directrice générale du Fonds mondial pour la nature (Canada) (WWF-Canada), de petits changements collectifs peuvent rapidement faire boule de neige. Plateforme en ligne qui incite les Canadiens à planter des espèces indigènes dans leurs propres espaces, le programme re:grow (ce contenu est disponible en anglais seulement) de WWF-Canada contribuera à la restauration d’un million d’hectares d’écosystèmes complexes. Les représentants de l’industrie ont également souligné en quoi les participants peuvent contribuer à l’action climatique tout au long de leur carrière, y compris en choisissant leur lieu de travail et en contribuant à des stratégies de décarbonation à l’interne afin d’aider à la réalisation de changements au sein de leur propre organisation. Parmi les autres moyens figure la prise en compte des moyens scientifiques et technologiques « les plus récents et les plus formidables » afin d’éclairer et d’influencer les clients, les responsables du financement et les gouvernements à l’égard de façons inédites et durables de faire les choses.

2. Se tourner vers les systèmes pour aider à faire évoluer le comportement des consommateurs

Comme le recours aux subventions gouvernementales ne constitue pas une stratégie à long terme, il convient de se doter de nouvelles approches pour faire en sorte que des changements surviennent sur le plan des comportements des consommateurs, tant à l’égard de ce qu’ils consomment que des quantités en cause. Nous observons ce phénomène prendre forme dans les écoles alors que sont organisées des journées sans viande, ainsi que des programmes agricoles et alimentaires. Il existe également des programmes qui invitent à l’adoption de comportements durables, comme dans le cas de l’expansion des systèmes de transport public et des politiques qui encouragent les rénovations écologiques (comme les thermopompes). Une enquête menée par RBC et Ipsos nous apprend que trois quarts des répondants considèrent qu’étant donné l’état actuel de l’économie, ce n’est « pas le bon moment » pour consacrer de l’argent à la lutte contre les changements climatiques . Nous devons en faire plus pour contribuer au changement en mettant en œuvre un plus grand nombre de systèmes qui aident les consommateurs à surmonter les obstacles perçus à l’égard des pratiques durables, comme le manque d’abordabilité, de fiabilité et d’accès : 1) en faisant connaître les avantages, les impacts et les résultats de ces choix d’entrée de jeu, et 2) en incitant les consommateurs à faire des choix plus éclairés qui n’auront pas de répercussions sur leur qualité de vie.

3. Investir dans la technologie

Un thème majeur qui a émergé de cet événement tenait à l’investissement dans des solutions de décarbonation innovantes à l’étape de la production et aux technologies qui peuvent aider les consommateurs à faire des choix plus éclairés. Dans le domaine agricole, nous avons entendu parler du recours à l’intelligence artificielle (IA) pour réduire les déchets, optimiser la production alimentaire et promouvoir la viande cultivée en laboratoire afin de réduire l’empreinte environnementale de l’élevage traditionnel. Les bâtiments peuvent eux aussi devenir plus économes en énergie en faisant appel à des matériaux de construction écologiques, comme le béton intégrant du mycélium et des stores automatiques qui s’adaptent à la lumière naturelle, permettant ainsi de réduire les factures de chauffage. Dans le secteur de l’énergie, les participants ont discuté de l’utilisation de petits réacteurs modulaires (PRM), de parcs éoliens flottants et de la fusion nucléaire à titre de solutions de pointe produisant une énergie propre, ainsi que de la mise en place de meilleures subventions et infrastructures pour les véhicules électriques (VE) afin de les rendre plus accessibles et largement répandus. L’accent était mis sur la nécessité de voir grand, en soulignant l’impératif de fixer des délais audacieux tant à l’égard du développement que du déploiement de ces solutions (qu’il suffise de penser à la nécessité de se doter rapidement de vaccins contre la COVID 19) et de décupler le niveau de collaboration entre les consommateurs, les gouvernements et les entreprises de manière à s’assurer que nous puissions atteindre nos objectifs climatiques à l’horizon 2030.

4. Les membres des communautés autochtones à titre de collaborateurs

Les participants ont fait part de leurs inquiétudes quant au fait que l’action climatique ne tient pas compte des besoins de toutes les parties prenantes. La collaboration et la consultation avec les communautés autochtones qui peuvent tirer parti de leur connaissance à titre d’intendants de la terre pour accorder la priorité à la résilience et à la biodiversité plutôt qu’à la rentabilité font cruellement défaut. Un profond engagement envers des processus de développement et de prise de décision peut contribuer à la mise en œuvre d’initiatives qui témoignent des contextes environnementaux, économiques et culturels uniques de chacune des communautés, lesquelles seraient plus susceptibles d’être adoptées. Une approche marquée au sceau de la collaboration permet d’améliorer l’efficacité de l’action climatique, de favoriser la résilience et de contribuer au parcours en matière de réconciliation du Canada.

5. Les sociétés doivent instaurer la confiance

Cela nous amène directement au thème qui consiste à créer des liens de confiance avec nos communautés. Les communautés ne collaboreront pas si elles n’observent pas que des mesures sont prises et que les engagements sont respectés. Chacun en a assez de ce qu’il considère être des engagements vides de sens de la part des sociétés en matière de climat. Les participants ont fait état de l’érosion de leur niveau de confiance envers les sociétés et, selon le baromètre de la confiance Edelman, seulement 51 % de la population estime que les entreprises sauront faire ce qui s’avère juste en matière de changement climatique. Près du tiers des personnes sondées ont déclaré que les entreprises ne respectaient pas leurs engagements climatiques . Pour rétablir cette confiance, les organisations, et notamment RBC, doivent faire preuve de transparence quant à leurs engagements, les respecter et s’attendre à être tenues responsables si elles n’agissent pas en ce sens.

6. Parler moins, écouter davantage

Une étape tout aussi importante sur la voie de l’instauration de la confiance consiste à mettre en place un dialogue continu et pertinent – et parfois inconfortable – avec les jeunes, qui veulent que leur voix soit entendue. Le cas échéant, nous devons fournir suffisamment de temps et de place aux jeunes dirigeants pour qu’ils puissent tisser des liens significatifs et respectueux avec les décideurs. La nouvelle génération souhaite participer à des débats libres et francs qui permettent de répondre à leurs questions et les aident à mieux cerner le rôle qui pourrait être le leur dans la lutte contre le changement climatique.

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La croissance du Canada s’est arrêtée. Notre économie, sur une base ajustée en fonction de l’inflation et de l’immigration, est de la même taille qu’avant la pandémie et à peu près au même point qu’il y a dix ans. Ce n’est pas le cas aux États-Unis ou dans d’autres économies avancées, et les causes de cette situation ne sont pas vraiment claires ni liées à un facteur unique. Néanmoins, alors que le pays est aux prises avec des années de stagnation économique, il est évident que notre productivité collective est au centre du problème.

Les chiffres sont maussades, surtout si nous tenons compte de la richesse et du potentiel du pays. À l’échelle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), nous sommes tombés du 5e rang des pays les plus productifs en 1970 au 18e rang en 2022. Au vu de cet historique, l’OCDE a estimé en 2021 que la croissance économique du Canada par habitant serait la pire des pays développés pendant les 40 prochaines années.

L’impact se fait sentir à grande échelle dans les salaires, les recettes publiques, les bénéfices des entreprises et les rendements des placements. Sur le long terme, nous perdons de notre capacité à attirer et maintenir le capital d’investissement et la main-d’œuvre qualifiée, ce qui pourrait compromettre les occasions de croissance futures par rapport aux autres économies avancées. Dans le même ordre d’idées, un changement positif dans notre productivité pourrait constituer le principal catalyseur dont le pays a besoin pour stimuler la croissance économique et la prospérité qui en découle. D’après nos calculs, la réduction de l’écart de revenus entre le Canada et les États-Unis dans l’ensemble de l’économie ajouterait 20 000 $ de PIB par personne et par année, avec une réelle incidence sur les travailleurs dont le salaire moyen est maintenant inférieur de 8 % aux salaires des États-Unis.

Le ralentissement de la croissance du PIB canadien est principalement attribuable à l’affaiblissement des gains de productivité
Variation annuelle moyenne en pourcentage, secteur des entreprises (la somme des barres est égale à la croissance annuelle du PDG)
Source: Statistique Canada, RBC Économie

Évidemment, il n’est pas facile de stimuler la productivité. Le Canada est un grand pays, géographiquement diversifié, riche en ressources et caractérisé par une dispersion de la population, ce qui crée des difficultés particulières en matière d’infrastructure, d’investissement et de réglementation. Les lourdeurs administratives aux divers échelons gouvernementaux ont créé des inefficacités et des barrières au commerce intérieur. Les goulots d’étranglement liés à l’infrastructure et les lourdeurs administratives rendent le commerce international plus compliqué. La mobilité des travailleurs qualifiés – déjà compliquée à cause de l’étendue de notre territoire – peut aussi être limitée par la façon dont les provinces, les secteurs et les groupes professionnels essaient de contrôler l’offre de main-d’œuvre. Tous ces problèmes peuvent peser sur les investissements des entreprises canadiennes et, par conséquent, ralentir la croissance. En outre, au cours des derniers cycles économiques, une part croissante de l’épargne et de l’investissement a afflué vers l’immobilier et la construction, qui, bien que nécessaires et bénéfiques pour de nombreuses raisons, sont des secteurs relativement inefficaces qui peuvent nuire à la croissance de la productivité dans l’ensemble de l’économie. Il en va de même pour les petites entreprises, dont la part dans l’économie a augmenté au cours des dernières décennies. Ces entreprises sont fondamentales pour le pays et pour les collectivités de nombreux Canadiens, mais si elles ne se développent pas pour devenir plus concurrentielles, elles pourraient limiter le potentiel de l’ensemble de l’économie.

Cela n’a pas toujours été le cas. La croissance de la productivité canadienne s’élevait à 5 % par année en moyenne dans les années 1950, à un moment où les technologies utilisées pendant la guerre étaient adaptées à un usage civil, ce qui a stimulé presque toute la croissance du PIB lors de cette décennie. La croissance de la productivité est restée élevée (3,5 % par année) dans les années 1960, alors que l’automatisation du secteur manufacturier se poursuivait et que le Pacte de l’automobile de 1965 conclu entre le Canada et les États-Unis ouvrait la voie à une libéralisation des échanges. Cette trajectoire a fléchi pendant les turbulences économiques des années 1970 et 1980, bien que quelques innovations comme le transport par conteneurs et l’expansion du commerce mondial aient entraîné de nouveaux gains de croissance et de productivité dans les années 1990.

Bon nombre des tendances positives pour l’économie canadienne ont été des tendances mondiales, notamment en matière de commerce, de technologie et d’éducation. Toutefois, le Canada a aussi tiré parti de ses forces spécifiques, parmi lesquelles la rapide augmentation de la participation des femmes à la population active, l’amélioration des conditions sanitaires pour la grande majorité de la population, et l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité de l’éducation à tous les niveaux.

Malgré ces investissements, la croissance de la productivité stagne à moins de 1 % par an en moyenne depuis le début du siècle. Ces défis ne sont pas propres au Canada, mais ils se posent également dans la plupart des économies avancées. Cela dit, le ralentissement a été plus marqué dans notre pays que partout ailleurs. La transformation des secteurs grâce aux technologies numériques, la rapide expansion de la robotique et de la fabrication de pointe, et les gains économiques importants liés aux sciences de la vie sont autant de moteurs qui ont accéléré la croissance économique dans d’autres pays, mais qui n’ont pas eu le même effet au Canada.

Par ailleurs, un autre défi attend le Canada dans le futur, étant donné que le secteur des services est celui qui détient la plus grande part dans l’économie. La productivité du secteur des services est en hausse, mais sa progression n’est pas aussi rapide que ce qui était attendu après les investissements importants réalisés dans l’éducation canadienne. Actuellement, près de 80 % de la main-d’œuvre travaille dans le secteur des services. Cela inclut tous les employés de comptoir et le personnel hôtelier qui offrent une valeur réelle à leurs clients et à leurs employeurs, mais aussi ceux des services professionnels où la productivité et les salaires dépendent davantage des investissements dans le capital humain que de la machinerie et de l’équipement. Autrement dit, les investissements du Canada dans l’éducation et la formation, ainsi que ses efforts pour attirer des immigrants qualifiés ne génèrent pas les rendements économiques escomptés.

Ces défis peuvent sembler intimidants. Mais les solutions sont claires, réalisables, et leur mise en œuvre ne nécessite pas beaucoup de compromis. Les politiques axées sur la croissance peuvent même bénéficier à tous les secteurs de la société, et profiter aux investisseurs aussi bien qu’aux travailleurs.

Parmi les solutions les plus attrayantes pour les gouvernements, les entreprises, les syndicats et les groupes sectoriels, nous pouvons citer :

  • La réduction des lourdeurs administratives et des barrières au commerce intérieur. Cela n’implique pas forcément de revoir les normes à la baisse, mais d’améliorer la cohérence et les règlements dans l’ensemble des territoires afin de rendre les coûts et les délais d’approbation des projets plus prévisibles.
  • Une meilleure exploitation des compétences des immigrants. Étant donné que la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration, nous avons besoin d’améliorer le système pour que les niveaux d’étude et les compétences des nouveaux arrivants correspondent à des emplois.
  • Une amélioration de la compétitivité fiscale. La compétitivité fiscale du Canada s’est effritée. Notre niveau d’imposition global est inférieur à celui d’autres économies plus productives, mais des réformes plus larges visant à réduire la complexité et le coût de la conformité fiscale pourraient aider à attirer plus d’investissements.
  • L’adoption de nouvelles technologies. Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité, mais le taux d’adoption de ces technologies est faible au Canada. Faciliter l’investissement dans les nouvelles technologies est crucial pour maintenir une compétitivité à l’échelle mondiale.
  • Tirer profit d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada est particulièrement bien placée pour jouer un rôle dans la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. Le Canada doit s’assurer que les investissements dans l’éducation génèrent un résultat.

Au cours du dernier quart de siècle, tous les gouvernements fédéraux et bon nombre de provinces se sont penchés sur les défis de la compétitivité, de la croissance et de la productivité. Et ils ont découvert, parfois avec du recul, qu’il n’existait pas de plan facile à mettre en œuvre. Ce rapport passe en revue certaines des mesures qui pourraient être prises pour stimuler la croissance, mais l’un des outils les plus puissants dont nous disposons n’est pas un outil : c’est notre état d’esprit. Si les Canadiens se concentraient collectivement sur l’économie de l’avenir, c’est-à-dire une économie qui récompense l’innovation, célèbre la compétitivité, investit à la fois dans les personnes et la technologie, et génère des rendements efficaces, alors le casse-tête de la productivité serait plus facile à résoudre. Et en même temps, la croissance ferait son retour.

  • La productivité du Canada par rapport aux États-Unis diminue depuis les années 1980
 
  • Les gains de productivité du Canada par rapport aux États-Unis sont principalement attribuables aux ressources naturelles
 

Comment la productivité du Canada est tombée à un niveau aussi faible

Le ralentissement de la croissance économique canadienne à long terme est lié à plusieurs facteurs, dont certains sont clairs et évidents. Commençons par la lourdeur du système d’approbation réglementaire et administrative à tous les échelons gouvernementaux, qui a eu pour effet indésirable d’entraver le commerce et la croissance à l’intérieur du pays. En outre, les goulots d’étranglement liés à l’infrastructure, combinés aux lourdeurs administratives, rendent le commerce international plus compliqué. Ces facteurs ont contribué à la baisse des investissements des entreprises canadiennes et, parallèlement, à une augmentation du capital consacré aux immeubles et à la construction. Or, bien que ce secteur apporte beaucoup à l’économie, il ne stimule pas autant la croissance que l’automatisation ou la propriété intellectuelle. De plus, de nombreuses politiques ont favorisé les petites entreprises plutôt que les sociétés de croissance et les grandes entreprises, ce qui limite la croissance globale de notre productivité.

 

Les entreprises canadiennes investissent moins

Les entreprises canadiennes investissent beaucoup moins que celles des États-Unis – au total, environ la moitié par travailleur. Ce retard dans les investissements s’est aggravé à la suite de la crise financière mondiale de 2008-2009 et au moment de la chute des prix du pétrole en 2015, et encore plus dans le sillage de la pandémie où la hausse des taux d’intérêt a frappé l’économie canadienne plus durement que celle des États-Unis. En somme, la contribution des investissements à la croissance de la productivité canadienne depuis la crise financière de 2008-2009 représente à peine la moitié de la contribution de la décennie précédente. En outre, les tendances moroses observées récemment en matière d’investissement laissent entrevoir que l’écart continuera de se creuser au cours de la prochaine décennie.

Bien entendu, le ralentissement des investissements s’explique en partie par le repli des investissements dans le secteur canadien du pétrole et du gaz, qui est davantage lié à la transition énergétique mondiale visant à s’éloigner des combustibles fossiles. Toutefois, la part du PIB investie par les entreprises canadiennes dans le secteur manufacturier a aussi été beaucoup plus faible qu’aux États-Unis pendant la dernière décennie.

Le problème ne semble pas être lié à un manque de capitaux disponibles. Bien que les banques centrales aient fait grimper les taux d’intérêt, les entreprises disposent toujours d’une importante réserve de liquidités qui représente près d’un tiers du PIB. Les entreprises expliquent depuis longtemps que la lourdeur du cadre d’approbation des projets rend relativement coûteux l’investissement au Canada. Le manque d’investissement a également pour effet de maintenir les entreprises canadiennes à une taille relativement réduite (98 % des entreprises canadiennes comptent moins de 100 employés), et il se trouve que les petites entreprises sont généralement moins productives.

  • Le Canada accuse un énorme retard sur les États-Unis en matière d’investissements
 
  • Ratios investissements/PIB du Canada et des États-Unis
 

La réglementation représente un fardeau financier pour l’investissement et la croissance

L’enchevêtrement des réglementations et des exigences administratives entre les différentes municipalités et provinces a pour effet indésirable de compliquer et de limiter le commerce à l’intérieur du territoire canadien.

Le Fonds monétaire international estime ainsi que les barrières au commerce intérieur (différences de réglementation entre les régions, divergences dans les exigences administratives s’appliquant aux entreprises d’un territoire à un autre, et disparité des exigences de certification qui limite la mobilité de la main-d’œuvre, entre autres) coûtent l’équivalent d’un droit de douane de 20 % qui s’appliquerait entre les provinces. En comparaison, le droit de douane perçu sur les importations internationales qui entrent au Canada est inférieur à 1 %1.

En 2020, le Canada s’est classé au 188e rang des 208 économies suivies par la Banque mondiale en ce qui concerne le nombre de jours passés par les entreprises à rechercher des permis de construction pour les nouveaux projets. Ce délai est trois fois plus long qu’aux États-Unis.
La lourdeur administrative augmente également le coût supporté par les entreprises pour réaliser des opérations transfrontalières. En réalité, les droits de douane appliqués au commerce international sont relativement faibles au Canada, mais le pays se classe mal (au 51e rang mondial) sur le plan de la facilité des échanges transfrontaliers, notamment à cause des coûts administratifs associés à l’importation et à l’exportation.

Notre régime fiscal perd son avantage concurrentiel

Il y a dix ans, à l’échelle du G7, le Canada était au deuxième rang des taux d’imposition les plus bas pour les sociétés. Cet avantage a décliné, surtout après la forte baisse des taux d’imposition des sociétés aux États-Unis en 2018.

Les taux d’imposition des sociétés au Canada sont toujours comparables à ceux des autres économies avancées. Toutefois, en tenant compte de l’impôt sur les dividendes de sociétés appliqué au revenu des particuliers, l’OCDE estime que l’impôt total sur les bénéfices distribués par les sociétés canadiennes est le plus élevé parmi les pays du G7.

En outre, les gouvernements canadiens ont créé des déficits budgétaires plus importants, après des décennies de rigueur budgétaire. Cela augmente le risque de nouvelles augmentations d’impôt à l’avenir, et crée des incertitudes pour les entreprises envisageant de s’installer au Canada et de s’y développer.

En même temps, malgré le maintien de l’investissement direct étranger au Canada, les investissements des Canadiens à l’étranger ont connu une croissance considérable, ce qui s’est traduit par une importante sortie nette de capitaux vers l’étranger. Les investissements à l’étranger sont bénéfiques. L’actif net du Canada détenu à l’étranger a atteint près de 1 700 milliards de dollars (57 % du PIB), mais ces investissements favorisent la croissance de la productivité à l’extérieur du Canada plutôt qu’à l’intérieur.

  • Les sorties nettes de capitaux du Canada au profit des États-Unis se sont intensifiées après 2014
 
  • Les impôts prélevés au Canada sur les bénéfices des sociétés sont les plus élevés parmi les pays développés
 

Défis liés à l’infrastructure – certains sont naturels, d’autres d’origine humaine

Le Canada compte une petite population qui s’étend sur une vaste superficie, et d’abondantes ressources naturelles qui doivent être exportées. Cette situation génère des difficultés uniques par rapport à d’autres pays.

Le point positif, c’est que le Canada bénéficie d’une solide infrastructure qui se classe au premier rang des pays du G7 dans le classement de la Banque mondiale. Le transport et l’entreposage sont les rares secteurs où les investissements des entreprises canadiennes représentent une part du PIB plus importante qu’aux États-Unis, et aussi où la productivité du Canada a le moins de retard par rapport aux États-Unis.

Toutefois, il reste d’importants goulots d’étranglement où l’infrastructure canadienne est nettement à la traîne. Les délais d’exécution dans les ports du pays sont parmi les plus longs au monde, se classant au 103e rang parmi les 113 pays suivis par la Banque mondiale en 2023, avec une médiane de deux jours et demi. Le Canada est également en mauvaise place dans les classements mondiaux de la Banque mondiale en ce qui concerne « la facilité pour exporter », notamment à cause du coût des formalités administratives.

 

Surpondération de la construction, sous-pondération de la propriété intellectuelle

La productivité canadienne est à la traîne dans la plupart des secteurs par rapport aux États-Unis, mais elle souffre particulièrement d’une surpondération de l’économie dans le secteur de la construction où la croissance de la productivité est plus lente.

Les investissements dans les structures résidentielles représentent une part du PIB deux fois plus élevée au Canada (6 %) qu’aux États-Unis (3 %). Les entreprises canadiennes investissent davantage dans les structures non résidentielles, et moins dans les produits liés à la propriété intellectuelle. Dans l’ensemble, le Canada investit environ 40 % de moins (en part du PIB) dans les produits liés à la propriété intellectuelle – et une part plus importante dans l’exploration minière. Le secteur manufacturier n’investit que le quart de ce que les États-Unis investissent dans les produits liés à la propriété intellectuelle en part du PIB.

Par conséquent, la construction représente environ le double des heures travaillées totales au Canada (8 %), comparativement aux États-Unis (4 %). La construction est l’un des secteurs ayant eu le plus de mal à stimuler la productivité au fil du temps. En effet, si nous regardons les décennies passées, en 2022 la productivité du secteur canadien de la construction était de 54 % supérieure au niveau de 1961, ce qui ne représente qu’un quart de l’augmentation de la production de l’ensemble des entreprises par heure travaillée sur la même période.

  • Croissance de la productivité au Canada par secteur au cours des six dernières décennies
 
  • Les États-Unis devancent le Canada au chapitre de l’investissement dans la propriété intellectuelle au sein des secteurs clés
 

La croissance du secteur des services n’a pas d’effet positif sur la productivité

Les raisons qui expliquent le retard de la productivité canadienne observé depuis plusieurs décennies dans la production des biens sont identifiées, et certaines sont faciles à résoudre. Le secteur des services (qui représente 80 % des travailleurs canadiens) doit également être pris en compte dans toute solution aux problèmes de productivité.

Il est inquiétant de constater que les importants investissements réalisés dans le capital humain ne sont pas vraiment fructueux sur le plan de la croissance de la productivité. Le Canada dispose d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et d’un niveau d’éducation élevé, qui devrait être bien placée pour tirer parti de la transition de l’économie mondiale de la production de biens vers les services. Toutefois, la qualité de la main-d’œuvre n’a pas entraîné une accélération de la croissance de la productivité à la hauteur des progrès réalisés dans l’éducation.

La part de la main-d’œuvre canadienne ayant terminé ses études postsecondaires a augmenté de 41 % en 1990 à 70 % en 2023, mais la croissance de la productivité mesurée selon la composition de la main-d’œuvre (amélioration des compétences évaluée d’après l’allongement de l’expérience et la composition de la main-d’œuvre en fonction du niveau d’éducation) ne représente que la moitié de son rythme des années 1990.

Une partie du problème réside probablement dans l’accès au financement. Le Canada est le deuxième plus grand marché de capital-risque du G7 par rapport à la taille de l’économie, mais le pays demeure très en retard par rapport à la somme des liquidités disponibles aux États-Unis.

  • Une main-d’œuvre plus instruite n’entraîne pas une meilleure productivité
 

Un secteur public important et en croissance est moins productif

Les secteurs publics canadiens de l’éducation et des soins de santé sont beaucoup moins « productifs » qu’aux États-Unis, avec des différences respectives de 70 % et 50 %, et ces secteurs représentent un cinquième de l’écart de productivité dans l’économie totale alors qu’ils ne pèsent que 14 % dans l’économie. De plus, la croissance et le vieillissement de la population entraînent une rapide hausse de la demande pour ces services publics. Au Canada, les emplois dans le secteur public ont représenté plus du tiers de la croissance totale de l’emploi au cours de la dernière décennie.

Par ailleurs, il est notoirement difficile de mesurer la productivité dans le secteur public, car la plupart de temps il n’y a pas de transactions négociées sur le marché. L’écart de productivité du Canada dans le secteur des soins de santé et de l’éducation par rapport aux États-Unis disparaît en partie si l’on tient compte des résultats obtenus dans ces systèmes. L’espérance de vie est plus longue et les décès évitables sont plus faibles au Canada. Une plus grande partie de la population âgée de plus de 65 ans est en bonne santé. Et pour atteindre ces résultats, le système canadien coûte un peu moins de la moitié de ce qu’il coûte aux États-Unis par habitant. Dans le domaine de l’éducation, les étudiants canadiens (de 15 ans) sont parmi les meilleurs de l’OCDE (et se classent au-dessus des États-Unis) en mathématiques, en sciences et en lecture.

Mais il y a toujours un potentiel d’amélioration – et le secteur public devra être plus productif pour répondre aux besoins d’une population en croissance rapide. Bien que les résultats du secteur canadien de la santé surpassent la productivité mesurée, la rapidité et la disponibilité des services posent problème depuis longtemps. La satisfaction à l’égard de la couverture a diminué. Le Canada manque de médecins et d’infirmiers, et le pays affiche un piètre bilan en matière d’utilisation des compétences des nouveaux arrivants, particulièrement dans le secteur des soins de santé, à un moment où la demande augmente rapidement en raison de la croissance démographique.

Production agricole canadienne :
leçons pour l’avenir

L’agriculture n’est pas la première chose qui vient à l’esprit quand on parle d’innovation technologique. Or, aucun secteur canadien n’a connu de progrès technologiques plus perturbateurs que ceux de la production alimentaire au cours du dernier siècle (voire des deux derniers). Ces progrès ont conduit à des gains de productivité massifs, même au cours des dernières décennies. De nouvelles techniques et de nouveaux produits ont rehaussé le rendement des cultures. Les machines avancées ont considérablement réduit le nombre de personnes nécessaires pour travailler la terre. L’époque des tracteurs et des moissonneuses-batteuses de la génération passée est révolue ; les machines agricoles modernes comportent maintenant des technologies dignes de vaisseaux spatiaux. Selon nos calculs, la production agricole par acre en 2016 était trois fois et demie plus élevée qu’en 1941. La production par travailleur a progressé encore plus rapidement. La production par travailleur agricole est environ 12 fois plus élevée qu’en 1941.

Moins d’agriculteurs, mais ils sont plusieurs fois plus productifs
Tous ces gains de productivité ont conduit à des changements structurels spectaculaires. Les fermes sont devenues beaucoup plus grandes. La taille de l’exploitation agricole canadienne moyenne en 2021 était d’environ 800 acres, soit deux fois plus qu’une ferme moyenne il y a 50 ans et quatre fois plus qu’en 1921. Une mécanisation plus grande signifie que moins de travailleurs sont nécessaires. En 1921, environ un tiers des emplois canadiens, ce qui représentait un million de travailleurs, étaient répartis dans le secteur agricole. Aujourd’hui, l’agriculture représente environ 1,5 % des emplois, soit moins de 300 000 travailleurs. Il y a près de 700 000 personnes en moins qui cultivent des terres, ce qui représente environ 12 % de plus qu’il y a un siècle.Automatisation – ce n’est pas quelque chose de nouveau
Il y a une leçon à tirer de l’agriculture, pour ceux qui craignent que l’automatisation ne rende obsolète une grande partie de la main-d’œuvre actuelle. Les tendances historiques de l’agriculture montrent que la technologie peut être très perturbatrice, mais que d’un autre côté elle améliore le bien-être dans les mêmes proportions. La perspective de perdre près d’un tiers des emplois à cause de l’innovation technologique dans l’agriculture aurait semblé terrifiante en 1921. Il y a eu des conséquences négatives pour les collectivités rurales tributaires de ces emplois agricoles. En même temps, toutes ces améliorations de la productivité agricole ont permis à près d’un tiers de la main-d’œuvre de se concentrer sur autre chose que la production alimentaire. De nouvelles activités se sont développées, et les travailleurs ont trouvé d’autres emplois. Les grandes avancées telles que les progrès dans la recherche médicale, l’élargissement du filet de sécurité sociale ou les innovations favorables à la production dans d’autres secteurs sont en partie attribuables au fait que les agriculteurs sont devenus plus efficaces pour produire de la nourriture.

Mesures à prendre pour améliorer la productivité

La plupart des mesures à prendre pour relever les défis de la productivité au Canada ne suscitent pas de controverse. Ces changements nécessitent des politiques favorables à la croissance, lesquelles profiteraient aux propriétaires d’entreprises aussi bien qu’aux travailleurs même si le Canada avait la meilleure productivité du monde. Cela ne signifie pas qu’ils sont difficiles à mettre en œuvre. Mais si le Canada ne s’attaque pas au problème, le pays abordera les années 2030 avec un défi économique encore plus grand que celui que nous connaissons aujourd’hui.

Élimination des barrières au commerce interprovincial et réduction des lourdeurs administratives

La suppression des barrières commerciales à l’intérieur du Canada ne passe pas forcément par un allègement des normes. Cela implique d’améliorer la cohérence entre les règles des territoires, afin d’accroître la rapidité et la prévisibilité des approbations de projets et de réduire les coûts potentiels pour les entreprises envisageant de nouveaux investissements au Canada. Dans bon nombre de nos conversations avec les entreprises, le caractère imprévisible des approbations de projets ressort comme un problème qui augmente les coûts au Canada par rapport à d’autres régions comme les États-Unis.

Des tentatives ont été faites au fil des décennies pour harmoniser le cadre réglementaire dans l’ensemble des provinces. La dernière initiative en date a été l’Accord de libre-échange canadien de 2017. Mais les progrès sont lents, pénalisés par de longues listes d’exceptions au libre-échange entre les provinces. Tous les défis ne sont pas interprovinciaux. Les exigences, les règlements et les délais d’approbation des projets varient également d’un gouvernement municipal à l’autre.

D’autres pays ayant supprimé leurs barrières au commerce intérieur ont réussi à accroître leur productivité.

L’Australie, qui était aussi aux prises avec des barrières au commerce intérieur, a réussi à les éliminer dans les années 1990. Parmi les autres facteurs en jeu en Australie, il y a eu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique mondiale. En résultat, les niveaux de productivité de l’Australie sont passés de 8 % sous ceux du Canada au début des années 1990 à 8 % au-dessus avant la pandémie.

 
Meilleure utilisation des compétences des immigrants

Dans la décennie à venir, la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration. Or, le Canada a une piètre feuille de route en ce qui concerne l’utilisation des compétences des nouveaux arrivants. Le Canada se classe en tête du G7 pour ce qui est d’attirer les immigrants, et les nouveaux arrivants sont maintenant le moteur de la croissance démographique.

Ces immigrants sont généralement mieux formés et plus jeunes que la main-d’œuvre nationale, et il est plus probable qu’ils se spécialiseront dans des domaines liés aux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comparativement à leurs homologues natifs du Canada. Par ailleurs, ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans des emplois où leurs compétences ne sont pas pleinement exploitées.

Le Canada a mieux réussi à utiliser les compétences des nouveaux arrivants dans le groupe des étudiants étrangers choisissant de rester au Canada. La sous-utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail par rapport à la population née au Canada disparaît en grande partie chez les immigrants ayant étudié au Canada. Toutefois, la reconnaissance des qualifications de professionnels formés à l’étranger dans des domaines comme les soins de santé augmenterait la productivité et les revenus de ces travailleurs, tout en aidant à résoudre le problème chronique de la pénurie de ces travailleurs sur le marché du travail.

 
Se concentrer à nouveau sur la compétitivité fiscale

Le taux d’imposition effectif appliqué à l’économie canadienne ne semble pas poser de problème. Parmi les 17 économies de l’OCDE dont la productivité surpasse celle du Canada, 13 ont des taux d’imposition globaux plus élevés (en comptant tous les impôts, c’est-à-dire les impôts des sociétés et des particuliers).

Mais la manière dont les recettes fiscales sont perçues entre aussi en ligne de compte. Par rapport aux économies plus productives, le Canada perçoit davantage d’impôt sur le revenu et moins de taxes sur la consommation comme la TPS/TVH. Les taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises (y compris les impôts sur les dividendes) sont également élevés.

Par ailleurs, le régime fiscal est exagérément complexe, avec de longues listes d’exceptions, de déductions, de crédits, etc. Ces dispositions augmentent le coût de la conformité, souvent sans résultat apparent pour ce qui est de l’équité fiscale dans la distribution des revenus. Les responsables politiques devraient faire en sorte que les règles fiscales soient plus compréhensibles, afin d’encourager la conformité, en particulier pour les personnes qui ont le plus besoin des avantages visés, c’est-à-dire les nouvelles entreprises et les ménages à faible revenu. Le gouvernement devrait aussi offrir une assistance disponible et accessible à tous, par le biais de la numérisation, pour remplir les déclarations et rassembler les documents requis.

Une meilleure harmonisation des règles fiscales, des assiettes fiscales et des définitions entre le gouvernement fédéral et les provinces pourrait également accroître l’efficacité. Le Canada pourrait aussi envisager la création d’un organisme ou d’un mécanisme indépendant et impartial, responsable de réviser les politiques fiscales et de réduire leur complexité. Le dernier examen approfondi du régime fiscal canadien remonte à 1967.

 
Investissement dans les nouvelles technologies

Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité. Cependant, le taux d’adoption des nouvelles technologies est assez faible au Canada. De plus, les technologies innovatrices ne se traduisent pas toujours par des gains de productivité. Par exemple, les gains de productivité ont été plus lents pendant les décennies suivant l’adoption généralisée de l’Internet que dans les années 1990. Toutefois, le fait de prendre du retard par rapport aux tendances émergentes peut avoir des conséquences importantes, et les investissements des entreprises canadiennes dans les nouvelles technologies sont insuffisants.

Le Canada est un chef de file dans la production de nouvelles idées, mais il est plus lent pour adopter les nouvelles technologies à l’échelle des entreprises. Le Canada se classe au cinquième rang de l’OCDE en matière de recherche et de développement dans les universités, et seulement au 22e rang en ce qui concerne ces mêmes investissements dans les entreprises.

Apparemment, le problème n’est pas lié à une pénurie de capitaux. Le marché canadien du capital-risque est beaucoup plus petit que celui des États-Unis, mais il est le deuxième en importance dans le G7.

Il serait important d’améliorer le cadre concurrentiel général et la prévisibilité de l’environnement politique. Selon l’OCDE, le Canada se classe relativement bien en ce qui concerne les subventions à la R-D pour les petites et moyennes entreprises, mais beaucoup moins bien pour les grandes entreprises. Cela dit, les incitatifs fiscaux en faveur de la R-D ne peuvent fonctionner que dans un environnement politique prévisible, et les projets se déroulent souvent sur de longs horizons temporels. Par conséquent, l’amélioration de l’efficience et de la prévisibilité du système canadien d’approbation des projets et la simplification du régime fiscal profiteraient à ces investissements.

L’OCDE a également constaté que les régimes de faillite moins sévères à l’égard des débiteurs peuvent stimuler les investissements et la croissance de la productivité. Le Canada se classe bien selon les mesures de la production d’idées et des occasions perçues, mais les entrepreneurs ont une grande peur de l’échec.

 
 
Miser sur les forces du Canada

Le Canada est particulièrement bien placé pour tirer parti de la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. L’automatisation réduit la part de la main-d’œuvre nécessaire pour produire des biens à l’échelle mondiale, ce qui implique que le secteur des services est en croissance.

La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada devrait bénéficier de cette transition – le pays a la proportion de diplômés universitaires et collégiaux la plus élevée du G7. Certains des freins naturels à la croissance de la productivité dans la production de biens, comme la dispersion géographique de la population, sont moins problématiques dans le secteur des services où des produits d’une valeur plus élevée peuvent être échangés par voie électronique tout autour du monde et presque instantanément.

En effet, la taille et les effets d’échelle représentent depuis longtemps des défis pour une population canadienne dispersée, avec une plus grande proportion d’entreprises plus petites et moins productives qu’aux États-Unis. Ces défis sont toutefois moins prononcés dans le secteur des services où les niveaux de productivité sont moins liés à la taille des entreprises. Le secteur des services professionnels a connu l’une des croissances les plus rapides des dernières années. Il s’agit d’un secteur productif à salaires élevés, qui repose davantage sur le capital humain que sur les investissements en machines et équipements, et qui est moins dépendant des économies d’échelle. En 2019, l’entreprise moyenne de services professionnels comptait 6 travailleurs au Canada comparativement à 29 dans le secteur manufacturier.

Au Canada, le défi consiste depuis longtemps à convertir le niveau d’éducation en revenus accrus. Nous soutenons depuis longtemps que le fait d’accorder une plus grande importance aux compétences qu’aux diplômes, de mettre l’accent sur l’élaboration du plan de carrière dans les programmes de la maternelle à la 12e année, et de mieux utiliser l’apprentissage intégré au travail (programmes coopératifs et stages) aiderait à mettre en phase le perfectionnement des compétences avec les besoins actuels et futurs du marché du travail.

  • barrières au commerce

Élimination des barrières au commerce interprovincial et réduction des lourdeurs administratives

La suppression des barrières commerciales à l’intérieur du Canada ne passe pas forcément par un allègement des normes. Cela implique d’améliorer la cohérence entre les règles des territoires, afin d’accroître la rapidité et la prévisibilité des approbations de projets et de réduire les coûts potentiels pour les entreprises envisageant de nouveaux investissements au Canada. Dans bon nombre de nos conversations avec les entreprises, le caractère imprévisible des approbations de projets ressort comme un problème qui augmente les coûts au Canada par rapport à d’autres régions comme les États-Unis.

Des tentatives ont été faites au fil des décennies pour harmoniser le cadre réglementaire dans l’ensemble des provinces. La dernière initiative en date a été l’Accord de libre-échange canadien de 2017. Mais les progrès sont lents, pénalisés par de longues listes d’exceptions au libre-échange entre les provinces. Tous les défis ne sont pas interprovinciaux. Les exigences, les règlements et les délais d’approbation des projets varient également d’un gouvernement municipal à l’autre.

D’autres pays ayant supprimé leurs barrières au commerce intérieur ont réussi à accroître leur productivité.

L’Australie, qui était aussi aux prises avec des barrières au commerce intérieur, a réussi à les éliminer dans les années 1990. Parmi les autres facteurs en jeu en Australie, il y a eu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique mondiale. En résultat, les niveaux de productivité de l’Australie sont passés de 8 % sous ceux du Canada au début des années 1990 à 8 % au-dessus avant la pandémie.

 
  • Compétences des immigrants

Meilleure utilisation des compétences des immigrants

Dans la décennie à venir, la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration. Or, le Canada a une piètre feuille de route en ce qui concerne l’utilisation des compétences des nouveaux arrivants. Le Canada se classe en tête du G7 pour ce qui est d’attirer les immigrants, et les nouveaux arrivants sont maintenant le moteur de la croissance démographique.

Ces immigrants sont généralement mieux formés et plus jeunes que la main-d’œuvre nationale, et il est plus probable qu’ils se spécialiseront dans des domaines liés aux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comparativement à leurs homologues natifs du Canada. Par ailleurs, ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans des emplois où leurs compétences ne sont pas pleinement exploitées.

Le Canada a mieux réussi à utiliser les compétences des nouveaux arrivants dans le groupe des étudiants étrangers choisissant de rester au Canada. La sous-utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail par rapport à la population née au Canada disparaît en grande partie chez les immigrants ayant étudié au Canada. Toutefois, la reconnaissance des qualifications de professionnels formés à l’étranger dans des domaines comme les soins de santé augmenterait la productivité et les revenus de ces travailleurs, tout en aidant à résoudre le problème chronique de la pénurie de ces travailleurs sur le marché du travail.

 
  • Compétitivité fiscale

Se concentrer à nouveau sur la compétitivité fiscale

Le taux d’imposition effectif appliqué à l’économie canadienne ne semble pas poser de problème. Parmi les 17 économies de l’OCDE dont la productivité surpasse celle du Canada, 13 ont des taux d’imposition globaux plus élevés (en comptant tous les impôts, c’est-à-dire les impôts des sociétés et des particuliers).

Mais la manière dont les recettes fiscales sont perçues entre aussi en ligne de compte. Par rapport aux économies plus productives, le Canada perçoit davantage d’impôt sur le revenu et moins de taxes sur la consommation comme la TPS/TVH. Les taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises (y compris les impôts sur les dividendes) sont également élevés.

Par ailleurs, le régime fiscal est exagérément complexe, avec de longues listes d’exceptions, de déductions, de crédits, etc. Ces dispositions augmentent le coût de la conformité, souvent sans résultat apparent pour ce qui est de l’équité fiscale dans la distribution des revenus. Les responsables politiques devraient faire en sorte que les règles fiscales soient plus compréhensibles, afin d’encourager la conformité, en particulier pour les personnes qui ont le plus besoin des avantages visés, c’est-à-dire les nouvelles entreprises et les ménages à faible revenu. Le gouvernement devrait aussi offrir une assistance disponible et accessible à tous, par le biais de la numérisation, pour remplir les déclarations et rassembler les documents requis.
Une meilleure harmonisation des règles fiscales, des assiettes fiscales et des définitions entre le gouvernement fédéral et les provinces pourrait également accroître l’efficacité. Le Canada pourrait aussi envisager la création d’un organisme ou d’un mécanisme indépendant et impartial, responsable de réviser les politiques fiscales et de réduire leur complexité. Le dernier examen approfondi du régime fiscal canadien remonte à 1967.

 
  • nouvelles technologies

Investissement dans les nouvelles technologies

Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité. Cependant, le taux d’adoption des nouvelles technologies est assez faible au Canada. De plus, les technologies innovatrices ne se traduisent pas toujours par des gains de productivité. Par exemple, les gains de productivité ont été plus lents pendant les décennies suivant l’adoption généralisée de l’Internet que dans les années 1990. Toutefois, le fait de prendre du retard par rapport aux tendances émergentes peut avoir des conséquences importantes, et les investissements des entreprises canadiennes dans les nouvelles technologies sont insuffisants.

Le Canada est un chef de file dans la production de nouvelles idées, mais il est plus lent pour adopter les nouvelles technologies à l’échelle des entreprises. Le Canada se classe au cinquième rang de l’OCDE en matière de recherche et de développement dans les universités, et seulement au 22e rang en ce qui concerne ces mêmes investissements dans les entreprises.

Apparemment, le problème n’est pas lié à une pénurie de capitaux. Le marché canadien du capital-risque est beaucoup plus petit que celui des États-Unis, mais il est le deuxième en importance dans le G7.

Il serait important d’améliorer le cadre concurrentiel général et la prévisibilité de l’environnement politique. Selon l’OCDE, le Canada se classe relativement bien en ce qui concerne les subventions à la R-D pour les petites et moyennes entreprises, mais beaucoup moins bien pour les grandes entreprises. Cela dit, les incitatifs fiscaux en faveur de la R-D ne peuvent fonctionner que dans un environnement politique prévisible, et les projets se déroulent souvent sur de longs horizons temporels. Par conséquent, l’amélioration de l’efficience et de la prévisibilité du système canadien d’approbation des projets et la simplification du régime fiscal profiteraient à ces investissements.

L’OCDE a également constaté que les régimes de faillite moins sévères à l’égard des débiteurs peuvent stimuler les investissements et la croissance de la productivité. Le Canada se classe bien selon les mesures de la production d’idées et des occasions perçues, mais les entrepreneurs ont une grande peur de l’échec.

 
 
  • forces du Canada

Miser sur les forces du Canada

Le Canada est particulièrement bien placé pour tirer parti de la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. L’automatisation réduit la part de la main-d’œuvre nécessaire pour produire des biens à l’échelle mondiale, ce qui implique que le secteur des services est en croissance.

La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada devrait bénéficier de cette transition – le pays a la proportion de diplômés universitaires et collégiaux la plus élevée du G7. Certains des freins naturels à la croissance de la productivité dans la production de biens, comme la dispersion géographique de la population, sont moins problématiques dans le secteur des services où des produits d’une valeur plus élevée peuvent être échangés par voie électronique tout autour du monde et presque instantanément.

En effet, la taille et les effets d’échelle représentent depuis longtemps des défis pour une population canadienne dispersée, avec une plus grande proportion d’entreprises plus petites et moins productives qu’aux États-Unis. Ces défis sont toutefois moins prononcés dans le secteur des services où les niveaux de productivité sont moins liés à la taille des entreprises. Le secteur des services professionnels a connu l’une des croissances les plus rapides des dernières années. Il s’agit d’un secteur productif à salaires élevés, qui repose davantage sur le capital humain que sur les investissements en machines et équipements, et qui est moins dépendant des économies d’échelle. En 2019, l’entreprise moyenne de services professionnels comptait 6 travailleurs au Canada comparativement à 29 dans le secteur manufacturier.

Au Canada, le défi consiste depuis longtemps à convertir le niveau d’éducation en revenus accrus. Nous soutenons depuis longtemps que le fait d’accorder une plus grande importance aux compétences qu’aux diplômes, de mettre l’accent sur l’élaboration du plan de carrière dans les programmes de la maternelle à la 12e année, et de mieux utiliser l’apprentissage intégré au travail (programmes coopératifs et stages) aiderait à mettre en phase le perfectionnement des compétences avec les besoins actuels et futurs du marché du travail.

La productivité ne s’améliorera pas toute seule

Les problèmes de productivité du Canada pourraient prendre des années, voire des décennies, pour se résorber. Mais si aucune mesure n’est prise pour expliquer pourquoi les personnes travaillent plus et produisent moins, ce qui se traduit par des salaires moins élevés, alors le mécontentement croissant des travailleurs et des entreprises pourrait faire reculer l’économie à un niveau encore plus bas qu’aujourd’hui.

La flambée du coût de la vie a fait ressortir les écarts de productivité, car les salaires plus bas prennent une importance particulière dans la crise de l’accessibilité. Le défi pour le Canada est de savoir comment l’économie peut renverser des décennies d’investissement insuffisant de la part des entreprises et de retard dans l’adoption des nouvelles technologies, tout en éliminant les complexités de la réglementation et de la fiscalité. Il faudrait aussi déterminer les outils et les mesures nécessaires pour que la main-d’œuvre hautement qualifiée utilise pleinement ses compétences.

Les importants gains de productivité observés dans le secteur agricole au cours du dernier siècle montrent que le Canada a la capacité de renverser la situation, aussi perturbantes que soient les solutions. Les gouvernements, les entreprises et les groupes sectoriels ont un rôle à jouer pour mettre en œuvre et soutenir la transition vers une plus grande efficacité. Après tout, si nous n’améliorons pas la productivité au Canada, le niveau de vie ne s’améliorera pas.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/le projet croissance.

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Contributors:

Nathan Janzen, Directeur principal, Recherche économique

Rajeshni Naidu-Ghelani, Rédacteur en chef

Aidan Smith-Edgell, Chargé de recherches associé

Darren Chow, Directeur général, Contenu stratégique, création et production

Caprice Biasoni, Graphic Design Specialist

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