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IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

En 2024, on comptait au-delà d’un quart de million de plus de véhicules électriques (VE) sur les routes canadiennes. Toutefois, comme on l’indique dans Action climatique 2025 : Une année de réorientation, notre rapport annuel phare, cette année, les ventes de VE au pays pourraient être affectées par la suppression progressive des mesures incitatives qui soutenaient les achats dans ce marché en pleine éclosion.

L’expérience européenne offre un indice : la fin des subventions pour véhicule électrique en Allemagne en 2023 a entraîné une hausse des ventes avant la date limite, suivie d’une baisse significative de 10 à 15 % des taux d’adoption au cours des 12 mois suivants. Des tendances similaires ont été observées dans d’autres régions de l’Europe.

Au Canada, le programme d’incitatifs du gouvernement fédéral a épuisé ses fonds au début de l’année, avant la date prévue, mettant fin à la subvention de 5 000 $ qui avait motivé les acheteurs à opter pour un VE. Le Québec, qui est en train de mettre fin à ses mesures incitatives, a également interrompu son programme pendant deux mois en raison du volume élevé de demandes. Les décideurs politiques et les acteurs de l’industrie automobile se demandent maintenant si les ventes de VE au Canada peuvent tenir la route en l’absence de mesures incitatives. Les données de janvier indiquent déjà une baisse des ventes de VE.

Grâce aux subventions, une voiture sur sept vendue l’année dernière était un VE. Ce niveau élevé peut être attribué au fait que les acheteurs se sont précipités pour faire un achat avant que les mesures incitatives ne soient progressivement supprimées. Comme on le souligne dans Action climatique 2025 : Une année de réorientation, notre rapport annuel phare, près de 90 % des ventes de VE ont bénéficié de subventions fédérales ou provinciales.

Voici les principaux facteurs qui pourraient influer sur l’adoption des VE au Canada cette année :

1. La suppression progressive des mesures incitatives. Certains constructeurs de véhicules continuent de remplacer les mesures incitatives précédemment offertes par les gouvernements afin d’atténuer les coûts pour les consommateurs. Nous croyons que les mesures incitatives demeureront un facteur d’adoption essentiel, jusqu’à l’atteinte de la parité des prix avec les véhicules à essence.

2. Les tarifs et les barrières commerciales. Généralement, les tarifs font monter les prix, et les VE n’échappent pas à cette tendance, malgré le fait qu’on trouve des véhicules de marques asiatiques, moins chers, dans ce segment. En outre, les incertitudes sur le plan géopolitique se traduisent par des retards dans la mise en œuvre des plans de production de VE au Canada.

3. Les craintes à l’égard de l’autonomie.
La crainte que la batterie se décharge complètement pendant les déplacements compte parmi les principaux facteurs de dissuasion pour les acheteurs. Cependant, l’autonomie des batteries a été grandement améliorée ; à preuve, des VE soumis à des essais par temps froid1 ont une autonomie moyenne de 300 kilomètres avec une seule charge, ce qui est suffisant pour permettre à 90 % des Canadiens de se rendre au travail chaque semaine.

4. La perception d’un manque de bornes de recharge. Ces dernières années, les sites de recharge publics se sont multipliés, passant à 12 000 au pays, tandis qu’on y compte 10 000 stations-service. Toutefois, ces sites se trouvent principalement dans des zones urbaines. Le ratio optimal est de 20 à 25 VE par borne de recharge2. Toutefois, il faudra élargir considérablement le réseau pour stimuler l’adoption des VE par les personnes n’ayant pas toujours accès à une borne de recharge à domicile.

5. L’incidence sur le climat. Selon notre rapport annuel, la croissance des ventes de VE au cours de la dernière année a contribué à réduire l’augmentation des émissions dans le secteur. Si l’objectif de ventes de VE est atteint malgré les difficultés qu’éprouvent les constructeurs automobiles, on devrait observer une autre réduction de 10 millions de tonnes en équivalent CO2 des émissions du secteur.

Pour en savoir plus sur les politiques, les personnes et les entreprises qui favorisent l’action climatique dans le secteur des transports, consultez l’analyse sectorielle de notre rapport phare ici.

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Issue #09

La plupart des pays n’ont pas fait leurs devoirs liés aux changements climatiques

Pourquoi les projets énergétiques annulés refont les manchettes
Indicateur « Trump »
Présentation de l’Espace commercial

Sujets chauds

La plupart des pays n’ont pas fait leurs devoirs liés aux changements climatiques, Pratiquement la totalité (95 %) des pays n’a pas respecté l’échéance établie par les Nations Unies pour remettre leur nouvelle feuille de route climatique pour 2035. Selon les Nations Unies, nombre d’entre eux ont demandé une prolongation pour s’assurer que leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques en vertu de l’Accord de Paris soient de la plus grande qualité. Cela dit, le Canada a envoyé son plan, s’engageant à réduire ses émissions de 45 à 50 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2035. Pour suivre les progrès du Canada à l’égard de son parcours vers la carboneutralité, lisez notre bulletin annuel Action climatique 2025.

Énergie Est, Northern Gateway et Énergie Saguenay de GNL. Les projets énergétiques mis sur les tablettes depuis belle lurette refont surface puisque le sujet de l’extraction des ressources et de leur livraison ailleurs qu’aux États-Unis gagne en popularité. Mais il faudrait que la réglementation change pour que ces projets bougent. Greg Ebel, chef de la direction d’Enbridge et ancien porteur du projet d’oléoduc Northern Gateway entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, a indiqué qu’il faudrait de « véritables changements » de la part des gouvernements pour que le projet reprenne. Il faudrait notamment que les lois changent, entre autres que le Projet de loi C-69, aussi appelé la « loi antipipeline » par ses détracteurs, soit abrogé. François Poirier, chef de la direction de TC Énergie, qui a proposé le projet d’oléoduc Énergie Est reliant l’Alberta à la côte Est en 2013, a déclaré que les projets canadiens sont en concurrence avec les autres occasions de l’entreprise aux États-Unis et au Mexique. Mais une rapide révision du cadre réglementaire, note M. Poirier, signalerait la volonté du Canada de mettre les projets en chantier.

BP a modifié sa stratégie. L’entreprise énergétique britannique a révélé qu’elle remodelait ses activités à faibles émissions de carbone en vue de les faire « croître, mais en engageant moins de capitaux ». Les analystes croient que cela entraînera la dilution des ambitions climatiques de l’entreprise. Ayant perdu près du quart de la valeur de son action au cours des deux dernières années, BP est aussi la cible d’un investisseur militant, qui fait partie des investisseurs aigris par les politiques de l’ancien chef de la direction. Murray Auchincloss, le nouveau chef de la direction et l’un des principaux architectes de la stratégie zéro émission nette de l’ancien régime, est à la tête du « virage profond » de l’entreprise.

De formidables idées ont été dévoilées lors du lancement de notre rapport annuel sur les progrès climatiques du Canada. Parmi les idées avancées lors d’un événement tenu pour célébrer notre Action climatique 2025 : Une année de réorientation, nous en avons choisi cinq à appliquer au cours des cinq prochaines années. Envoyez-moi un courriel, à Yadullah.hussain@rbc.com, pour obtenir une copie PDF du document.

Le plan de Carney

Parlons-nous d’un plan d’action sur le climat à notre époque ? Oui, tout à fait. Mark Carney, ancien gouverneur de deux banques centrales du G7, et principal candidat à la chefferie du Parti libéral pour les prochaines élections fédérales, nous a parlé de certaines idées présentées dans sa plateforme sur la façon d’intégrer les questions climatiques dans la politique économique. Tout d’abord, comme le chef conservateur Pierre Poilievre, il souhaite abolir la taxe sur le carbone à la consommation.

Voici les grandes lignes de son ébauche de plan d’action sur le climat :

Renforcer la taxe sur le carbone pour les émetteurs industriels. M. Carney veut raffiner le système de tarification fondé sur le rendement (STFR) et le prolonger jusqu’en 2035, resserrant les repères pour conserver un bon signal du prix du carbone et abaisser l’offre excédentaire de crédits. Le plan sous-entend également une collaboration entre les provinces. L’an dernier, nous avons travaillé avec l’Institut climatique du Canada et Clean Prosperity pour déterminer comment utiliser la tarification du carbone pour renforcer l’avantage concurrentiel du pays.

Le plan regorge d’incitatifs destinés aux consommateurs. Parmi les idées avancées, il y a le renforcement du Prêt canadien pour des maisons plus vertes, l’augmentation des subventions pour les thermopompes et la mise en place d’outils financiers de rechange, comme une assurance hypothécaire à prix réduit pour les maisons écoénergétiques. Le plan ne fournit aucun chiffre pour tous ces incitatifs et toutes ces subventions. Une autre idée qui a attiré notre attention : l’utilisation de la technologie pour évaluer en temps réel l’efficacité énergétique résidentielle pour favoriser l’adoption de décisions plus intelligentes en matière de consommation énergétique. (Nous avons aussi écrit un article à ce sujet.)

Mobiliser des capitaux. Il est difficile de mobiliser des capitaux quand la menace de droits de douane et les regards durs de nos voisins du Sud rendent les investisseurs nerveux. Selon le plan, il faudrait enfin finaliser la taxonomie de transition du Canada qui a été annulée depuis trop longtemps. « Rendre obligatoire une large diffusion de l’information sur les risques climatiques pour les entreprises à travers le Canada » constitue une autre mesure qui sera difficile à réaliser à une époque où les États-Unis s’attaquent activement aux entreprises qui respectent les règles sur le climat.

Chrystia Freeland, la rivale libérale de Carney et ancienne vice-première ministère, a aussi un programme pour transformer le Canada en « superpuissance énergétique » grâce à d’importants crédits d’impôt à l’investissement économique.

Si elle devait devenir la Première ministre, Mme Freeland a promis de « redoubler d’efforts » pour commercialiser l’énergie et les ressources canadiennes et construire des oléoducs entre l’Ouest et l’Est pour réduire la dépendance du Canada à l’égard des États-Unis et garantir la souveraineté du pays en matière d’énergie. De façon critique, son gouvernement accélérerait l’approbation chaque année de 10 projets d’importance régionale, dont trois doivent être des projets relatifs aux minéraux critiques.

Nous continuerons de surveiller les plateformes en matière de climat et d’énergie des autres candidats et des autres partis, et vous les résumerons d’ici les élections fédérales.

INDICATEUR TRUMP

Voici un aperçu des déclarations, des arrêtés, des actions et des envolées du Président américain Donald Trump et de son administration qui pourraient avoir des répercussions sur les tendances et les politiques en matière de climat.

Mesure 1 : Les États-Unis ont approuvé une proposition du plus important exploitant de réseau du pays visant la construction de 50 nouvelles centrales de production d’énergie.

Incidences : Supposément agnostique aux sources d’énergie, le projet devrait favoriser le gaz naturel, considéré comme plus fiable que les énergies éolienne et solaire, pour répondre aux besoins urgents en énergie. Les promoteurs d’installations aux énergies renouvelables et les groupes environnementalistes croient que les 50 nouvelles centrales « contourneront la file d’attente », ce qui retardera encore plus la construction de nouvelles fermes éoliennes et solaires.

Mesure 2 : Une défenseur de l’industrie pétrogazière a été nommée à la tête du Bureau of Land Management.

Incidences : Si la nomination est approuvée, Kathleen Sgamma aura la responsabilité de gérer les activités de pâturage, d’exploitation forestière, de forage et de conservation de la faune sur des terres publiques de 245 millions d’acres. Le rôle est considéré comme faisant partie de la vision de « domination énergétique » de la Maison-Blanche qui repose davantage sur les énergies conventionnelles que les énergies renouvelables.

Mesure 3 : Le jour où Doug Burgum a été nommé Secrétaire à l’Intérieur, il a rédigé plusieurs décrets qui auront des répercussions directes sur les émissions de dioxyde de carbone. Bien que la « prospérité grâce à la déréglementation » et la reprise des concessions offshore de pétrole et de gaz dans plusieurs régions figurent parmi les principaux décrets signés par le Secrétaire dès le premier jour de son mandat, un autre point nous a sauté aux yeux : la prise de mesures pour prioriser la mise à jour de la liste américaine des relèvements géologiques des minéraux critiques et l’accélération de la cartographie géologique continue du pays.

Incidences : Du Groenland au Canada, la nouvelle (qui a eu un mois aujourd’hui!) administration américaine considère les minéraux critiques comme un prix très précieux. Le Premier ministre Justin Trudeau a même suggéré que les minéraux critiques seraient derrière les menaces des États-Unis d’annexer le Canada par la « force économique ».

Mesure 4 : Les pailles en plastique sont de retour, au détriment des pailles en carton, selon un nouveau décret exécutif présidentiel.

Incidences : « Je ne pense pas que le plastique va affecter un requin quand il mange ou qu’il se fraye un chemin dans l’océan », a dit M. Trump.

Ouf… Nous sommes convaincus d’en avoir manqué quelques-unes. Signalez-nous toute réglementation ou tout décret pertinent et nous tenterons de l’inclure dans le prochain numéro.

Espace commercial

Aujourd’hui, il est impossible de parler de climat sans parler de commerce. L’Espace commercial, une nouvelle plateforme numérique de RBC, vise à mettre en évidence les occasions qui se présentent pour le Canada sur le plan économique et qui reposent sur l’énergie et la sécurité nationale. Nous examinerons plusieurs domaines clés dans lesquels le Canada peut tirer parti de ses atouts, notamment l’agriculture, l’énergie, les minéraux critiques et les chaînes logistiques de fabrication, ainsi que les réglementations et les politiques qui stimulent les investissements dans le pays.

Lisez nos plus récentes perspectives ici :

Ingéniosité : Comment le Canada s’y prendra-t-il pour conclure des contrats de marchandises avec les États-Unis et d’autres pays 

Plan de match pour mesurer l’impact d’un choc tarifaire au Canada

50 ways to leave your lover: Sizing the impact of a trade breakup (50 façons de quitter votre partenaire : évaluer les répercussions d’une rupture des échanges commerciaux)

Au cas où vous l’auriez manqué

How each country’s emissions and climate goals compare—a handy guide (Comment les émissions et les objectifs climatiques de chaque pays se comparent-ils ? – Un guide pratique)

Construire de nouveaux logements à l’abri des impacts climatiques

What are Ukraine’s critical minerals – and why does Trump want them? (Quels sont les minéraux critiques de l’Ukraine – Et pourquoi Trump les veut-il ?)

Climate aid projects fighting extremism and unrest are closing down (Les projets sur le climat qui luttent contre l’extrémisme et les troubles sont arrêtés)

Don’t say climate: how cleantech is rebranding as national security in the Trump era (Ne parlez pas de climat : Comment les technologies propres se positionnent en tant que sécurité nationale dans l’ère Trump)

L’institut à l’œuvre

Chef de l’Institut, John Stackhouse siégera sur un panel à la réunion annuelle générale de la Fédération canadienne de l’agriculture qui aura lieu les 25 et 26 février à Ottawa. Modéré par Tyler McCann, directeur général à l’Institut canadien des politiques agroalimentaires, le panel sur la place du Canada dans le monde se penchera sur l’évolution des dynamiques commerciales et géopolitiques et les répercussions de celles-ci sur les politiques étrangères et commerciales du Canada, et tout particulièrement ce que cela sous-tend pour l’agriculture canadienne.

L’économiste Farhad Panahov est allé au salon international de l’auto du Canada 2025. Restez à l’affût! À venir bientôt : ses plus récents commentaires sur les tendances en matière de demande de VÉ au Canada.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Issue #08

Indicateur « Trump » : l’influence du président sur la politique énergétique et climatique
Coup de frein sur les programmes liés aux véhicules électriques (VE) ?
Rencontre avec le « passionné de science » qui est aux commandes de la politique énergétique des États-Unis

Sujets chauds

Une guerre commerciale se profile d’un océan à l’autre. L’équipe Services économiques RBC estime que l’imposition de tarifs douaniers maintenus sur le long terme serait synonyme de récession pour le Canada. Cette mesure serait-elle également défavorable à la politique climatique canadienne ? C’est encore un peu tôt pour le dire, toutefois le fait que la Maison-Blanche accorde plus d’importance à la sécurité énergétique qu’à la transition énergétique pourrait inciter à accroître toute forme d’exploitation de ressources aux États-Unis et au Canada (voir l’article ci-dessous). Cela pourrait y avoir une incidence négative sur le plafonnement de la pollution découlant des activités du secteur pétrolier et gazier au Canada. La taxe sur le carbone pour les consommateurs, que de plus en plus de libéraux et de membres du NDP souhaiteraient abandonner, se retrouve également sur la sellette.

La Colombie-Britannique tire parti de la crise. Compte tenu des menaces de tarifs douaniers américains, le premier ministre David Eby simplifie le processus réglementaire pour le projet North Coast Transmission Line ainsi que pour d’autres projets de réseau à haute tension afin de soutenir le développement de projets visant les minéraux critiques et le gaz naturel liquéfié, entre autres. Le gouvernement accélère également l’approbation des projets d’exploitation de ressources naturelles pour contrer la « menace qui vient du sud de la frontière ». La Colombie-Britannique prévoit une baisse de 0,6 % de son PIB réel entre 2025 et 2026 si les États-Unis décident d’imposer des tarifs douaniers sur les produits canadiens.

Qu’est-ce que le tungstène, le tellure et l’indium ont en commun ? La Chine a interdit l’exportation de ces trois minéraux aux États-Unis, mais ceux-ci peuvent être remplacés en exploitant davantage les ressources canadiennes. En décembre dernier, le Département de la Défense des États-Unis et un fonds d’infrastructures canadien ont investi 35,4 millions de dollars dans la société Fireweed Metals basée à Vancouver pour permettre à celle-ci d’entériner la réalisation de son projet lié au tungstène dans le Yukon, un projet qu’elle détient en totalité. Par ailleurs, le Canada est l’un des cinq premiers producteurs mondiaux de tellure et d’indium, deux minéraux utilisés dans la fabrication de panneaux solaires. À bien des égards, la sécurité énergétique des États-Unis passe par le Canada.

Un dirigeant dans le secteur de la fracturation est nommé secrétaire à l’Énergie aux États-Unis. Chris Wright sera responsable de la diplomatie américaine en matière d’énergie et aura notamment pour mission clé de superviser la Réserve stratégique de pétrole (que les États-Unis souhaitent accroître). Dans son allocution devant le Sénat, celui qui s’est autoproclamé un « passionné de science » s’est engagé à « libérer » le potentiel énergétique américain aux États-Unis comme à l’étranger, à diminuer les coûts d’énergie et à alléger les contraintes administratives. Fervent adepte de la fusion nucléaire et de la géothermie, M. Wright a également balayé les questions des sénateurs américains sur l’augmentation des coûts d’assurance liés aux risques climatiques. Il est resté évasif sur la question d’un recul des investissements dans les énergies renouvelables aux États-Unis. Pour lire ses réponses fascinantes aux questions des sénateurs, cliquez ici.

DeepSeek calme l’emballement autour de l’IA, et ce n’est pas une mauvaise chose. Le succès inattendu de l’application chinoise d’intelligence artificielle (IA) à bas coût a secoué les titres des grandes sociétés technologiques, mais a également fait chuter les titres des producteurs d’électricité indépendants, des producteurs de gaz naturel et des exploitants de gazoducs qui avaient bondi en raison d’une demande record en énergie pour soutenir l’engouement envers l’IA. Il y a soudainement des doutes sur les perspectives des besoins mondiaux en énergie (niveaux actuels qui seraient multipliés par trois à l’horizon 2050). Nous n’en sommes qu’aux prémices, mais les PDG des grandes sociétés technologiques refont l’inventaire de leurs besoins en énergie (à faibles émissions de carbone).

Prix de l’action climatique : Il a récompensé le succès des efforts de conservation visant à réintroduire au Canada les loutres de mer et les faucons pèlerins, deux espèces menacées, sur la base des résultats de nouvelles recherches menées par Laurenne Schiller, et coll. de l’Université Carleton.

Coup de frein sur les programmes liés aux véhicules électriques (VE)

Même si les programmes liés aux VE pourraient être remis en cause lors des prochaines élections, ils sont pour le moment maintenus par Ottawa (20 % de toutes les ventes de voitures neuves devront être des VE d’ici 2026 et 100 % d’ici 2035). Les ventes de VE ne progressent plus, et ce, bien avant que le contexte politique jette une ombre sur ce marché. Premièrement, Ottawa a mis fin à son programme d’aide à l’achat de VE après avoir contribué à la mise en circulation de 546 000 VE. Deuxièmement, le Québec a temporairement suspendu son généreux programme Roulez vert jusqu’au 31 mars.

Si les programmes fédéraux liés aux VE sont reconduits au Canada après les prochaines élections, les constructeurs automobiles devront acheter des crédits à leurs concurrents afin de compenser leur retard s’ils n’atteignent pas leur quota de vente. En 2023, Tesla a récolté plus de 1,8 milliard de dollars US à l’échelle mondiale en vendant des crédits réglementés et deviendra l’un des principaux vendeurs de crédits ici au Canada, ce qui devrait amplement suffire à alimenter le secteur. (Cela explique pourquoi le fondateur de Tesla Elon Musk réclame l’arrêt des mesures incitatives pour les VE aux États-Unis.)

Troisièmement, l’annulation des mesures incitatives pour les VE décidée par la nouvelle administration américaine contraindra les constructeurs automobiles à revoir leurs plans d’électrification, alors qu’ils les ont déjà retardés à l’heure où ils devraient les accélérer. Alors que les VE représentent environ 20 % des ventes de Hyundai et de Kia au Canada en 2024, d’autres grands constructeurs automobiles devront donner un coup d’accélérateur à leurs objectifs d’électrification pour rattraper l’important retard.

Au final, tous ces facteurs pourraient entraîner une baisse de 2,5 millions du nombre de VE sur les routes canadiennes d’ici 2035 par rapport aux chiffres prévus, et un volume d’émissions de GES supérieur de 10 mégatonnes d’équivalent CO2, soit environ 6 % des émissions actuelles du secteur, selon l’économiste Farhad Panahov de l’Institut d’action climatique RBC.

INDICATEUR « TRUMP »

Les États-Unis modifient substantiellement leur politique climatique. Voici quelques modifications phares (ou devrait-on dire reculs ?) apportées par toute une série de décrets présidentiels et de revirements de politique :

Changement de politique no1 : Abolition des normes en matière d’émissions imposées par l’administration Biden aux constructeurs automobiles.

Conséquence : Possible interruption des projets des constructeurs automobiles au Canada et aux États-Unis visant à fabriquer des véhicules hybrides et électriques plus performants.

Changement de politique no2 : Abrogation des lois sur le plafonnement des émissions adoptées dans les États américains, comme celles de la Californie, qui visent à limiter les ventes de voitures à essence ; annulation de l’objectif de 50 % de VE sur le total des ventes de voitures neuves d’ici 2030 ; abandon de l’objectif de zéro émission pour l’ensemble de la flotte fédérale d’ici 2035.

Conséquence : Incertitude autour de la production de VE, mais il n’est pas certain que ce changement aura une incidence sur les crédits d’impôt pour les VE ou sur d’autres politiques en faveur des VE qui sont inscrites dans le code fiscal ou dans la loi sur la qualité de l’air (Clean Air Act).

Changement de politique no3 : Déclaration de l’état d’urgence énergétique nationale visant à accroître le nombre de forages, de pipelines, de raffineries, de centrales électriques et de réacteurs, et à « augmenter massivement les capacités d’approvisionnement en énergie du pays ».

Conséquence : Au cours des dernières années, les producteurs de pétrole avaient maintenu une discipline budgétaire et procédé à des distributions aux actionnaires plutôt qu’à des investissements pour augmenter leurs capacités de production. Trump a également exhorté les pays de l’OPEP à ouvrir les vannes pour augmenter la production de pétrole à une période où la demande mondiale de pétrole est atone. Toutefois, une récente mise aux enchères de droits de forage dans une réserve naturelle en Alaska n’a reçu aucune offre, ce qui suggère que les producteurs ne sont pas encore prêts à « forer, forer ».

Changement de politique no4 : Retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, un accord mondial visant à apporter des réponses aux enjeux climatiques.

Conséquence :
Les États-Unis seront les grands absents de plusieurs initiatives mondiales visant à lutter contre les changements climatiques, ce qui suggère une divergence dans l’approche internationale pour combattre le réchauffement planétaire.

Changement de politique no5 : Annulation de l’objectif de 100 % d’électricité produite sans pollution par le carbone d’ici 2035.

Conséquence : Coup porté aux secteurs de l’éolien et du solaire, qui devaient procéder à des investissements record pour augmenter leurs capacités de production d’électricité propre en 2024 et éventuellement en 2025.

Au cas où vous l’auriez manqué :

Los Angeles after the fires: ‘You can only live in a disaster zone for so long’ (Los Angeles après les incendies : « On ne peut simplement pas vivre éternellement dans une zone sinistrée »)

The rise of the Net-Zero Dad (montée d’une génération de « parents carboneutres »)

Trump’s cash freeze is making clean energy projects collapse (le gel des fonds décidé par Trump fait échouer des projets liés aux énergies propres)

Hotel rooms in Brazil would cost US$15,000 a night for COP30 delegates (les délégués à la COP30 pourraient devoir débourser 15 000 USD par nuit pour une chambre d’hôtel au Brésil)

Davos 2025 : Searching for nuggets in the new golden age (Davos 2025 : exploration d’un nouvel âge d’or)

L’institut à l’œuvre

Liste de lecture de l’équipe : Range : Le règne des généralistes : Pourquoi ils triomphent dans un monde de spécialistes de David Epstein, Code Source de Bill Gates, et Supremacy : AI, ChatGPT and the race that will change the world de Parmy Olson.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Au cours de son histoire, Davos a connu plusieurs âges d’or. Dans les années 1880, cette ville des Alpes suisses devint en Europe l’une des premières destinations touristiques des nouveaux grands voyageurs. Elle acquit un nouveau lustre dans les années 1920, comme station thermale fréquentée par les « nouveaux riches » du continent. Dans les années 1990, sa renommée ne fit que croître : devenue le cadre du Forum économique mondial (FEM), elle allait s’imposer comme le point de rassemblement des têtes pensantes de la mondialisation.

Ce paradis des skieurs est sorti cette semaine de sa léthargie relative, gagné par une fièvre typiquement américaine. En retrait, les États-Unis ? Pas vraiment : Davos accueillait 700 de leurs représentants – géants de la Silicon Valley, milliardaires de Wall Street, prix Nobel, industriels et même, puisque l’or était à l’honneur, ces champions olympiques que sont les légendes du ski Lindsay Vonn et Picabo Street. Clou du spectacle : Donald Trump, nouveau président et vieil habitué de Davos, était présent en vidéoconférence, reprochant aux autres pays et chefs d’entreprise de ne pas faire leur part tout en soulignant le caractère unique des États-Unis. Âge d’or ou non ? Une nouvelle ère semble en tout cas s’être ouverte, pas seulement pour les 50 chefs d’État et les 3 000 autres participants au Forum, mais aussi pour une grande partie de la planète.

Voici quelques-uns des traits saillants de Davos 2025.

1. Les États-Unis ont rarement été aussi sûrs d’eux

Face à l’exubérance des PDG américains et des investisseurs, un habitué de Davos s’est dit pris de vertige. En annonçant triomphalement un « âge d’or », M. Trump semble avoir galvanisé le milieu des affaires. L’année 2025 se présente sous un tout nouveau jour. La vigueur de l’économie américaine est telle que le Fonds monétaire international prévoit un taux de croissance mondial de 2,7 % en 2025, contre 2,2 % jusqu’ici. De fait, les grandes sociétés investissent à tour de bras, notamment dans l’intelligence artificielle (IA), et des acquisitions sont à prévoir. C’est essentiellement vers les États-Unis que se tournent aujourd’hui les investisseurs. Au cours des 12 mois qui ont précédé le retour de M. Trump à la Maison-Blanche, le pays a attiré pour 227 milliards de dollars américains de tout nouveaux investissements, soit au moins 100 milliards de plus que la Chine, l’Inde et le Royaume-Uni à eux trois. Les consommateurs reprennent également confiance. Quant à la promesse du président de réduire l’impôt des entreprises et d’alléger considérablement la réglementation, elle a vite réveillé les instincts des tenants du marché libre. Même la menace des tarifs douaniers qui plane sur les partenaires commerciaux des États-Unis est perçue comme positive, puisqu’elle pousse les entreprises à gonfler leurs stocks et à accroître leur capacité de production. Au-delà des politiques, M. Trump semble vouloir susciter à nouveau la ferveur à l’égard des grandes sociétés américaines et de l’économie en général, tout en rendant son pays plus ambitieux que jamais. « Obtenir l’impossible, c’est ce que nous faisons le mieux », a-t-il dit durant la vidéoconférence. L’exception américaine va peut-être fouetter quelque temps l’ardeur des entreprises et des marchés, mais des nuages se dessinent à l’horizon. Une grande partie des investissements découlait en effet de la loi sur la réduction de l’inflation promulguée sous l’administration Biden. Or les subventions massives prévues dans l’Inflation Reduction Act (IRA) seront bientôt choses du passé. L’inflation inquiète également, car le gouvernement américain, déjà lourdement endetté, continue de dépenser, faisant d’ailleurs concurrence aux investisseurs privés. En outre, les coupes pratiquées en immigration vont faire perdre de nombreux travailleurs et pourraient donc pousser les salaires à la hausse. Tout cela pèse sur les taux d’intérêt à long terme, car les investisseurs se demandent si l’inflation a vraiment été jugulée. Larry Fink, chef de la direction de BlackRock, a dit entrevoir un scénario selon lequel le rendement des obligations à 10 ans atteindrait 5,5 % ; ce n’est pas une prévision, a-t-il précisé, mais une simple possibilité – qui pourrait refroidir les esprits.

Q25 : Une administration se consacrant uniquement aux intérêts des États-Unis pourrait-elle s’unir aux autres pays afin de contenir les déséquilibres internationaux ?

2. L’Europe a rarement été aussi peu sûre d’elle

D’habitude, les dirigeants européens se réunissent à Davos pour rappeler au reste du monde la place particulière qu’ils occupent dans le monde sur le plan diplomatique, commercial et économique. Pas cette fois-ci. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée au nom de tous ceux qui, sur le continent, se disent préoccupés par l’avenir de l’Union. De leur côté, les dirigeants américains du monde des affaires et de la sphère gouvernementale (M. Trump y compris, bien sûr) ont clamé qu’il est devenu presque impossible d’investir en Europe, compte tenu de l’extrême lourdeur de la bureaucratie à laquelle sociétés et entrepreneurs sont en butte (un cadre a dit que, dans le cadre d’un appel d’offres, les nouvelles règles de déclaration environnementale obligeaient son entreprise à répondre à 800 questions). Mme Von der Leyen a reconnu que toute une génération de jeunes entrepreneurs était tentée de s’établir aux États-Unis ou ailleurs et que l’évocation par le président américain d’un nouvel âge d’or devait être pour l’Europe un appel à se réveiller. Le chef de l’opposition en Allemagne, Friedrich Merz – que l’on donne comme gagnant des élections du mois prochain et qui serait donc le futur chancelier – a présenté son programme conservateur : moins d’impôts, réduction de la facture d’électricité pour les fabricants (les prix sont montés en flèche depuis que l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires et que la Russie lui a coupé le gaz), diminution des prestations d’assurance-chômage et priorité aux seuls immigrants qualifiés plutôt qu’aux membres de leur famille. M. Merz veut aussi s’attaquer à la paperasserie imposée par Bruxelles. Il fallait toutefois un Américain – le PDG de BlackRock, encore lui – pour évoquer les retombées positives qu’aurait la tourmente en vue si l’Europe pouvait s’entendre sur un unique marché des capitaux. « On est trop pessimiste en Europe, a déclaré M. Fink le dernier jour. Le moment est probablement venu d’y investir à nouveau. »

Q25 : Le virage prévu à droite va-t-il entraîner de grands changements au sein de l’Union européenne ?

3. Les soubresauts de l’offre contribuent au risque géopolitique

Alors que le monde essayait de retrouver son équilibre après la pandémie, l’anormalité est devenue la norme. À Davos, plusieurs gouverneurs de banque centrale se sont dit préoccupés de la menace croissante des « chocs d’offre » (ces perturbations de l’économie mondiale qui compromettent le libre fonctionnement des marchés) ; de fait, en matière d’inflation, agir sur les taux directeurs a ses limites. Prenons le cas d’une des cibles favorites de M. Trump : le canal de Panama. Toute perturbation de ses activités ferait à nouveau grimper l’inflation. Idem pour le canal de Suez, sur lequel plane l’ombre de l’Iran. Les deux conflits dont se soucie le plus M. Trump – ceux d’Ukraine et de Gaza – pourraient facilement s’envenimer et s’étendre aux pays voisins, au moment même où de nombreux États se retirent d’institutions internationales comme l’ONU. Sans compter ce qui pèse probablement le plus sur l’offre, à savoir les catastrophes climatiques. M. Trump a affirmé que son administration saura rétablir la paix et en finir avec les incertitudes devant lesquelles d’autres que lui ont déclaré forfait. Il a déjà ouvert le dialogue avec le président chinois Xi Jinping, auquel il a suggéré de travailler avec les États-Unis afin de mettre fin à la guerre en Ukraine (Washington traiterait avec les Ukrainiens, Pékin avec Vladimir Putin). Enfin, M. Trump, qui s’est par ailleurs présenté comme l’instigateur du cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, a dit souhaiter parler de désarmement nucléaire avec la Chine et la Russie, une fois l’affaire ukrainienne réglée. De nombreux habitués de Davos se demandent si le président américain, après avoir remporté deux fois l’investiture, n’espère pas obtenir le prix Nobel de la paix…

Q25 : L’habileté du négociateur en chef et la forte influence des États-Unis sur le monde peuvent-elles éviter à celui-ci un conflit généralisé ?

4. Qui va payer pour que les États-Unis assurent leur domination en matière énergétique ?

On peut dire toutes sortes de choses sur M. Trump, mais certainement pas qu’il mâche ses mots. Sur la question de l’énergie, il n’a pas caché à son auditoire de Davos qu’il s’agit de forer à tout-va. Autour de moi, les Européens ont accusé le choc, avant d’entendre le président garantir au continent ses approvisionnements en gaz naturel. Le désir qu’a M. Trump d’obtenir davantage d’énergie sous de multiples formes (il a cité le pétrole, le gaz naturel, l’énergie nucléaire et même le charbon) est une bonne nouvelle pour les nombreux pays où les consommateurs paient cher leur électricité. Il s’agit cependant d’un objectif politique qui va se heurter à certains principes fondamentaux du marché. Le secteur pétrolier, qui a manqué de capitaux pendant la plus grande partie de la décennie écoulée, ne voudra pas forcément investir des milliards de dollars dans de nouveaux moyens de production si les cours demeurent incertains et risquent de chuter. Sans parler de la chaîne d’approvisionnement… Pour creuser de nouveaux puits et construire de nouveaux pipelines, il faudra du matériel lourd et une main-d’œuvre qualifiée qui, actuellement, font défaut. Il en sera de même pour la production des minéraux critiques, secteur dominé aujourd’hui par la Chine – une tutelle dont M. Trump demande aux États-Unis et à leurs alliés (le Canada, par exemple) de s’affranchir. Quant à l’énergie nucléaire, si elle gagne en popularité, elle soulève des difficultés qui lui sont propres, qu’il s’agisse des délais d’exécution ou des coûts. Reste le secteur des énergies renouvelables, celui qui a crû le plus vite aux États-Unis et ailleurs, mais dont l’avenir à court terme semble soudain compromis. Il a grandement profité du Inflation Reduction Act mais devra désormais compter davantage sur lui-même.

Q25 : La croissance du secteur de l’énergie se fera-t-elle aux frais des États, des entreprises ou des consommateurs ?

5. Les États commencent à se réarmer et à changer leurs cibles

Chaque année, le FEM sonde ses membres sur la question des risques. Les conflits armés sont devenus la préoccupation majeure ; il y a deux ans, ils ne figuraient même pas parmi les 10 premières. L’Ukraine inquiète d’autant plus les Européens que les États-Unis pourraient cesser de l’aider ; en Asie, c’est au détroit de Taïwan que l’on songe. Au Moyen-Orient, l’Iran est certes affaibli – son influence a beaucoup diminué en Syrie, au Liban et à Gaza –, mais il révise ses plans. M. Trump a promis de rétablir la paix mais – tout comme d’autres dirigeants, d’ailleurs –, il a dit clairement à Davos que son gouvernement dépenserait beaucoup plus pour la défense nationale au cours des prochaines années. Cela signifie que bien des pays vont se disputer les nouvelles technologies et les matériaux traditionnels (l’acier, notamment) dont sont faites les machines de guerre. La fabrication de pointe devenant un secteur clé, l’Allemagne et les États-Unis sont en train de repenser leurs infrastructures industrielles, afin de pouvoir produire leurs propres armes. Il leur sera peut-être plus difficile de se doter de troupes à la hauteur, compte tenu du vieillissement de la population en Occident et du peu d’engouement des jeunes pour le service militaire. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy était aussi à Davos. Dans sa tenue militaire, il a demandé à ses alliés de continuer à le soutenir tout en les mettant en garde : l’armée russe comprend 1,4 million de soldats, dont 600 000 en Ukraine ou à proximité. La deuxième armée la plus importante en Europe est celle de l’Ukraine, qui aligne 800 000 combattants. Vient ensuite la France (200 000 soldats). Plus d’un tiers des approvisionnements en armes de l’Ukraine provient des États-Unis ; elle continue de construire des usines d’armement afin d’être moins dépendante de ses alliés. Mark Rutte, le nouveau secrétaire général de l’OTAN, a évoqué la menace croissante que constituent les dispositifs civils transformés en armes (drones, téléavertisseurs, etc.). M. Zelenskyy a suggéré que l’Europe se dote d’un « dôme de fer » similaire à celui d’Israël, afin de se protéger des missiles russes. D’autres mécanismes de défense pourraient s’imposer, y compris en matière de cybersécurité – la conduite de la guerre évolue en effet très vite et aucune nation n’est réellement à l’abri.

Q25 : L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les armes à la fois offensives et défensives. Qui, des pays démocratiques ou des États totalitaires, tirera le mieux son épingle du jeu ?

6. Intelligence artificielle : les agents du changement

À Davos, l’intelligence artificielle est devenue un thème aussi commun que celui des perspectives économiques ; le lien ne fait d’ailleurs que se renforcer. Naguère, c’était surtout les spécialistes de la technologie ou de l’éthique qui en parlaient ; à présent, c’est aussi le domaine des entrepreneurs, car les « agents IA » se sont multipliés dans les milieux de travail. Ce contenu est disponible en anglais seulement, on parle d’ailleurs d’agentic era (« l’ère des agents »). Ces dix dernières années, les États-Unis ont créé plus de 5 000 sociétés dont le mandat est d’aider les entreprises à mettre en œuvre de tels agents dans les centres d’appels, auprès des équipes de vente ou dans les arrière-boutiques. À Davos, le FEM a présenté les conclusions d’une de ses études : les entreprises qui adoptent rapidement l’IA engrangent des revenus supérieurs de 15 % à ceux de leurs rivales. La croissance la plus forte s’observe dans les secteurs des services financiers, des télécommunications et des médias. Toutes sortes d’entreprises publiques ou privées ont parlé de ce que leur apporte plus généralement l’IA, qu’il s’agisse d’accélérer la mise au point de nouveaux médicaments, de fournir des services municipaux dans des dizaines de langues ou de dépister plus tôt le cancer. Dans le domaine de l’éducation (à l’école ou au travail), « copilotes » et agents séduisent de plus en plus, car l’IA permet de personnaliser et de baliser de mieux en mieux les parcours d’apprentissage. Selon Marc Benioff, chef de la direction de Salesforce – l’un des chefs de file de la conception d’agents –, le défi que doivent maintenant relever les entreprises qui investissent en intelligence artificielle est de développer davantage que le simple savoir-faire technique. À tous les niveaux, les agents IA vont bientôt être prépondérants dans les entreprises ; la culture organisationnelle et la constitution d’équipes vont nécessiter de nouvelles approches, car les équipes de demain comprendront des agents axés sur l’apprentissage actif. Comme l’a expliqué M. Benioff à un auditoire de cadres dirigeants : « Nous serons les derniers à gérer des effectifs composés seulement d’humains. »

Q25 : La société est-elle prête à voir travailler côte à côte des humains et des agents IA?

7. La diversité, l’équité et l’inclusion aux oubliettes. Quel avenir, pour les politiques climatiques ?

À Davos, il était courant de parler de diversité, d’égalité et d’inclusion. Des thèmes centraux qui ne le sont plus, sinon pour servir de cibles aux attaques de certains politiciens. En qualifiant d’« absurdes » les programmes de soutien à la diversité et en annonçant à maintes reprises que les États-Unis seraient désormais une « méritocratie », M. Trump a mis la foule très mal à l’aise – on voyait presque des cheveux se hérisser dans l’assistance. Ses propos étaient pourtant moins perturbants que le discours prononcé plus tôt dans la journée par Javier Milei : raillant les défenseurs de la justice sociale, le président argentin a dit que, les droits étant inscrits dans la loi, nul n’a besoin de « privilèges » tels que les préférences à l’embauche. À l’abri des projecteurs, certains se sont demandé si le climat allait faire lui aussi l’objet d’un tel revirement, tandis que les Européens cherchaient à minimiser l’impact de décisions comme le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Beaucoup d’organismes axés jusqu’ici sur les changements climatiques semblent déjà changer discrètement leur fusil d’épaule pour, par exemple, revenir à la simple conservation de la nature. Un autre mouvement s’esquisse, consistant à utiliser les maigres enveloppes allouées pour aider particuliers et collectivités à s’adapter à un monde où les inondations et les incendies se multiplieront. Dans le rapport précité du FEM, cinq des dix risques à long terme les plus évoqués concernent encore les changements climatiques. Il faudra peut-être s’y attaquer différemment – et plus silencieusement…

Q25 : Face à la multiplication des catastrophes naturelles et aux dommages de plus en plus graves qu’elles entraînent, que va faire la nouvelle génération de gouvernements conservateurs ?

8. Les populistes doivent maintenant tenir les promesses faites au peuple

Parmi les penseurs politiques et les historiens présents à Davos, beaucoup écoutent ce que disent les nouveaux dirigeants nationaux et les réactions des électeurs qui les ont portés au pouvoir. Désormais, les populistes vont en effet devoir remplir leurs engagements, ce qui ne sera pas facile en ces temps de budgets restreints et d’attentes élevées. L’anthropologue et journaliste Gillian Tett, aujourd’hui doyenne de l’Université de Cambridge, a mis son auditoire en garde contre le « silence social » et contre les courants invisibles capables de faire vaciller n’importe quel gouvernement. Le plus grand danger, selon elle, serait un revers économique – ou, pire, une crise financière –, survenant alors que M. Trump vient d’annoncer un âge d’or et parle de consacrer l’argent des contribuables à l’IA ou aux cryptomonnaies, toutes choses dont le citoyen moyen n’a que faire. Le président est populaire aujourd’hui, mais les Américains pourraient devenir moins indulgents s’ils avaient l’impression que ses politiques profitent à ses conseillers les mieux nantis alors que l’économie va mal. Une telle éventualité généraliserait et exacerberait l’irritation contre les élites, particulièrement vivace chez les jeunes. Présenté à Davos, le Baromètre de confiance Edelman (un rapport annuel) témoigne d’une hausse alarmante, parmi les jeunes adultes, de l’acceptation de la violence comme moyen d’expression de leur mécontentement. Selon Lawrence Summers, économiste américain renommé, ancien secrétaire du Trésor et grand habitué de Davos, les gouvernements seraient bien avisés de se consacrer à la prestation de services à la population plutôt que de faire de grandes promesses et de tout restructurer ; les gens veulent des routes en bon état, des versements faits en temps et lieu ou encore des mesures d’assistance aux collectivités en difficulté. Des besoins qui ont souvent été ignorés, a ajouté M. Summers. Y répondre pourrait rétablir la confiance dans les institutions – la démocratie ne pourrait qu’y gagner.

Q25 : Les gouvernements des pays occidentaux seront-ils davantage populaires lors des prochaines élections ?

9. Le retour sur la Lune… pour commencer

Abstraction faite de toutes les discussions menées à Davos sur les marchés et les politiques (c’est le Forum économique mondial, après tout), on croise là-bas des gens d’action et des créateurs en tous genres. Cette année, l’accent était mis sur l’espace et – parfaitement ! – sur ses perspectives économiques. Un soir, sous une lune particulièrement brillante, j’ai parcouru la vallée de Davos pour me rendre à un petit dîner réunissant les dirigeants de plusieurs agences spatiales et certains des entrepreneurs qui sont en train de monter de tout nouveaux secteurs afin de pouvoir envoyer plus de gens et d’équipement en orbite ou sur notre satellite. Il y a de tout, parmi ces nouveaux explorateurs. Le Japon met au point des robots de l’espace et des engins capables de se poser à moins de 10 mètres de leur point prévu d’alunissage. Avec l’agence spatiale indienne, les Japonais planchent aussi sur la prochaine génération de rovers lunaires, qu’ils pensent pouvoir bientôt équiper de cabines pressurisées – les astronautes pourraient ainsi se déplacer sans avoir à revêtir leur scaphandre au complet. Les Saoudiens, eux, s’intéressent au lancement de satellites et à la récupération des débris dans l’espace. Une équipe du Massachusetts Institute of Technology a présenté un projet consistant à envoyer ce mois-ci un engin vers le pôle sud de la Lune, où la température varie de +1 à -200 degrés, afin d’étudier un cratère qui n’a encore été exploré qu’une fois. L’Agence spatiale européenne a elle aussi son grand projet ; il va s’agir de poursuivre un astéroïde qui se rapproche de nous – le vendredi 13 avril 2029, il passera à moins de 38 000 kilomètres de la Terre. L’investisseur américain Kam Ghaffarian faisait également partie des convives ; il a évoqué les centaines de millions de dollars qu’il mise dans de nouveaux lanceurs, avec son équipe de 700 personnes établie à Los Angeles. M. Ghaffarian pense que ce secteur va connaître l’une des plus fortes croissances, étant donné que les États-Unis, qui ont procédé à 145 mises en orbite l’année dernière (un nombre record, cinq plus élevé qu’en 2017), comptent désormais le faire… toutes les quelques semaines. Tous les mois, il y aura bientôt, de par le monde, beaucoup plus de lancements qu’aujourd’hui. L’an dernier, des entrepreneurs comme M. Ghaffarian ont réuni 8,6 milliards de dollars américains en vue de projets spatiaux – un secteur qui, selon une étude de McKinsey & Co., vaudra 1 800 milliards dans dix ans. Pour les amoureux de l’espace, ce n’est pas une question d’argent ; le but est d’aider les humains à s’élever au-dessus de leur condition et à voir leur planète d’en haut, là où frontières et conflits n’ont aucune réalité. Quant aux entreprises qui se font pourtant concurrence, c’est une question de collaboration. Comme l’a dit Mohammed Al-Tamimi, le chef de la direction de l’agence spatiale saoudienne, « aucun pays ne pourra se rendre et s’implanter sur la Lune s’il fait cavalier seul ».

Q25 : L’administration Trump lancera-t-elle officiellement un nouveau projet de conquête de Mars ?


Premier vice-président, Bureau du chef de la direction, Banque Royale du Canada, John Stackhouse dirige l’Institut d’action climatique RBC.

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Dans le cadre du rapport Action climatique 2025, nous avons lancé un appel national à des photographes afin qu’ils illustrent ce qui se fait dans différents secteurs ou régions en matière d’adaptation aux changements climatiques. Leurs images en décrivent les effets concrets, parlent de cohabitation entre établissements industriels et milieux naturels ou montrent certaines des solutions mises en œuvre. En comblant le fossé entre la complexité des enjeux et notre ressenti, ces clichés visent à susciter le débat et l’action. Nous vous invitons à découvrir le travail de ces photographes qui font l’état des lieux et suivent les progrès réalisés au Canada.

Amanda Shalovelo

Amanda fait de la photo depuis l’âge de quatorze ans. Autodidacte, elle aime particulièrement photographier les paysages auxquels mènent les routes de campagne des prairies saskatchewanaises. Ses images ont paru treize fois dans les calendriers de Canadian Geographic, qui l’a récemment sélectionnée pour son prochain numéro spécial (« Best Wildlife Photography 2024 ») et pour son calendrier « Wicked Weather Calendar » 2025.

Harmony Le Reste

Harmony est une photographe française qui se consacre à la nature et aux grands espaces. En s’établissant à Montréal en 2015 – elle est alors âgée de 22 ans –, elle découvre les vastes étendues et la nature sauvage caractéristiques de l’Amérique du Nord. En 2016, elle commence à travailler comme pigiste auprès de différents offices du tourisme et sillonne le Québec. Depuis 2019, elle organise des excursions et des ateliers dans différents pays à l’intention des photographes désireux de s’initier sur le terrain à la capture de scènes naturelles.

Aujourd’hui, Harmony immortalise toujours la nature mais est aussi guide de voyage auprès d’autres photographes, en plus de travailler comme directrice artistique et vidéaste en extérieur.

Len Wagg

Photographe, auteur et présentateur canadien, Len Wagg collectionne les lauriers. Celui qui raconte des histoires en images depuis plus de trois décennies est connu pour ses photos soulignant la beauté majestueuse de la faune et des paysages salins de sa Nouvelle-Écosse natale. Au fil de ses contrats, il a visité les déserts éthiopiens, survolé l’Europe à bord d’un chasseur CF-18 et parcouru tout le territoire canadien. Ses photos paraissent dans les quotidiens et les magazines du monde entier.

Marc Gilbert

Amoureux des beautés cachées du Manitoba, Marc Gilbert rapporte de ses explorations des images fascinantes des immenses parcs et des paisibles paysages ruraux de cette province canadienne. Par ses photos audacieuses et hautes en couleurs, il sait nous communiquer l’émerveillement que suscite en lui la beauté des grands espaces.

Mitchell Milbury

Originaire du Nouveau-Brunswick, Mitchell Milbury photographie la nature et les paysages. La plupart de ses images célèbrent la beauté des provinces Maritimes. Il a grandi à Woodstock (N.-B.). Enfant, il passait le plus clair de son temps à l’extérieur. Chaque semaine, Mitchell explore sa province, rapportant des photos qui mettent en valeur ses splendides milieux naturels.

Les galeries du Nouveau-Brunswick exposent ses œuvres, dont il vend de nombreux tirages sur Internet.

Découvrez le portfolio en ligne de Mitchell Milbury.

Neil Dankoff

Neil est né et a grandi à Montréal. Il étudie en cinéma et communications à l’Université McGill, puis part à Toronto en 1998. C’est l’époque des premiers appareils numériques. Tout de suite conquis, Neil consacre 1400 $ à l’achat d’un Olympus offrant une résolution de 1,3 mégapixel.

L’occasion se présente pour lui de parcourir le monde et d’affiner un style de photographie panoramique qui n’appartient qu’à lui. Avec son appareil de format intermédiaire Phase One, il produit des clichés immédiatement reconnaissables. Chaque œuvre se compose de multiples images prises selon différents réglages d’exposition et de mise au point, que Neil assemble avec le plus grand soin afin de transporter le spectateur en un point précis de l’espace-temps.

Familier des milieux artistiques torontois, Neil s’est notamment fait connaître grâce à la prestigieuse galerie Lonsdale qui, ces quatre dernières années, lui a consacré plusieurs expositions.

En 2013, Derek et Kirsty Stern accompagnent Neil dans le cadre d’un voyage en Afrique. Une expérience sensationnelle qui n’est que le prélude à des expéditions du même genre à Bora Bora, à Hawaï, en Islande, en Chine, au Japon, en France, en Bolivie, etc. En 2015, tous trois ouvrent la galerie Kandy de Montréal. Peu après, Neil se voit confier par l’Hotel X Toronto ce qui se révélera le plus important mandat jamais enregistré au Canada en matière de photographie artistique : pendant près de trois ans, il parcourra le monde afin d’en rapporter plus de 800 photos de paysages pour cet établissement de très grand luxe. Au début de 2018, Neil ouvre la galerie Kandy de la Ville reine, située dans le hall de l’Hotel X Toronto. Une autre galerie Kandy voit le jour à Memphis en décembre.

Ray Mackey

Ray est un photographe canadien amoureux des paysages et de la nature. Toute sa vie, il a su restituer l’émotion et produire des trames narratives par le jeu d’images qu’il publie depuis une quinzaine d’années. Toujours en quête de nouvelles scènes à immortaliser, Ray voyage ailleurs dans le monde, mais ses œuvres publiées portent avant tout sur les rivages de Terre-Neuve. Les couvertures de différents magazines et d’autres publications arborent souvent ses photos, que l’on peut voir également sur tous les continents, dans les ambassades du Canada.

Le rapport complet se trouve à l’adresse rbc.com/climateaction25.

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

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L’Institut d’action climatique RBC et le Haut-commissariat du Royaume-Uni ont animé aujourd’hui à Ottawa une séance spéciale avec le corps diplomatique sur l’orientation de la politique climatique mondiale et sur la position du Canada pour le reste des années 2020. Voici quelques-uns des sujets dont j’ai traité lors d’une conversation animée par le haut-commissaire adjoint David Prodger :

  1. La politique climatique doit être recadrée (et peut-être remaniée) afin d’offrir des avantages directs sur le plan du coût de la vie. Je pense notamment à l’efficacité énergétique.
  2. Le mot « sécurité » pourrait bien faire partie des plus utilisés de l’année 2025. La politique climatique entraînera-t-elle un resserrement des exigences en matière de sécurité des exportations ? Nous pourrions mieux déployer nos systèmes industriels de tarification du carbone, gérés par les provinces, pour positionner les produits canadiens comme plus propres que les autres, surtout aux États-Unis et en Europe.
  3. On peut s’attendre à davantage d’alliances visant le double objectif de la sécurité énergétique et de l’action climatique. Le développement de l’approche du G7 à la coopération dans le domaine du nucléaire, par exemple, pourrait faire partie des responsabilités du Canada en tant qu’hôte en 2025.
  4. Le capital privé continuera de devancer la politique publique. Comme nous le démontrerons dans le rapport Action climatique 2025, les capitaux investis dans le climat continuent d’augmenter. Le rythme est insuffisant, certes, mais la tendance est à la hausse.
  5. L’innovation et la technologie seront des facteurs clés. Même en période de restrictions budgétaires, nous devrons investir de manière ambitieuse dans la recherche et le développement.
  6. Les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale devront assumer une plus grande part de la charge financière liée au climat pour les pays en développement. La Chine apportera-t-elle son aide ? Et comment les États-Unis réagiront-ils ?
  7. Les pays en développement continueront de faire pression à l’égard de la résilience et de l’adaptation. L’augmentation des fonds consacrés à la protection contre les catastrophes peut être bénéfique, à moins qu’elle ne se fasse au détriment de la prévention.
  8. Alors que les plus gros émetteurs de la planète, soit les États-Unis et la Chine, suivent leur propre voie, d’autres pays devront jeter des ponts entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, les riches et les pauvres, les grands et les petits. Le Canada devrait-il encore assumer ce rôle ?

Divers pays ont exprimé avec justesse leurs préoccupations quant à l’augmentation des obstacles à l’action climatique et la nécessité de renforcer la coopération internationale malgré les divisions qui s’accentuent dans le monde.

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Issue #06

Comment le Canada peut-il se prémunir contre des États-Unis prompts à dégainer des barrières tarifaires ?
barrières douanières de M. Trump

Sujets chauds

Oubliez les blogues moralisateurs sur le climat pour Noël. Les moyens ne manquent pas pour réduire votre sentiment de culpabilité quant à votre empreinte carbone des Fêtes. Vous est-il possible de limiter vos déplacements pendant la course d’avant Noël, de prendre plus souvent les transports en commun, de vous abstenir du traditionnel voyage en avion, de cesser d’acheter du papier-cadeau – et même d’envoyer moins de cartes (Postes Canada est en grève, de toute façon) ? Et d’attaquer votre rôti de Noël sans vous sentir coupable ?

L’environnement et l’économie s’affrontent dans deux villes canadiennes : Crowsnest Pass (Alberta), veut redevenir une ville du charbon. La collectivité de 6 000 âmes a récemment voté en faveur de la réalisation du projet de charbon métallurgique de Grassy Mountain – et même par une large majorité : 72 % des citoyens, qui se sont exprimés en grand nombre, se sont prononcés en faveur de la proposition, dans l’espoir de générer de nouveaux revenus économiques. Même si le référendum municipal n’est que consultatif, il souligne combien le développement économique l’emporte sur les préoccupations environnementales dans certaines collectivités. Plus à l’ouest, Vancouver a réitéré son interdiction de chauffer les nouveaux logements au gaz naturel – mais de justesse. Les partisans de la suppression de l’interdiction, dont le maire Ken Sims, avançaient que cela rendrait les logements plus abordables dans une Colombie-Britannique hors de prix. Mais cela a aussi déclenché une large opposition. L’interdiction est restée en vigueur à la suite d’un vote du Conseil municipal à cinq voix contre cinq.

Opposition à l’opposition au plastique. L’année épouvantable des défenseurs du climat mondial semble s’être achevée sur une autre catastrophe cette semaine, en Corée du Sud, où il a été impossible de s’entendre sur la pollution plastique. Plus de 100 pays militaient en faveur d’une réduction progressive de la production de plastique, mais les producteurs de pétrole ont fait valoir que cela pourrait avoir des répercussions sur le développement économique. Les négociations reprendront l’an prochain. Cette dernière impasse s’inscrit dans un contexte plus large de maigres progrès sur les questions climatiques et environnementales, notamment lors de la COP29.

La Barbade troque une partie de sa dette contre des engagements climatiques. Un échange de dettes contre des engagements en faveur du climat permet à la Barbade de restructurer sa dette à taux d’intérêt élevé et de réaliser des économies budgétaires de 125 millions de dollars. En contrepartie, l’État des Antilles promet d’utiliser ces fonds pour améliorer la gestion des ressources en eau et améliorer la disponibilité de l’eau et la sécurité alimentaire. Cette pratique apparaît comme un moyen populaire pour les pays en développement d’alléger leurs fardeaux financiers, en échange d’une amélioration de leur gérance de l’environnement. Le Forum économique mondial estime que les échanges « dette-nature » pourraient permettre d’affecter 100 milliards de dollars US à la restauration de l’environnement et aider les pays à s’adapter aux changements climatiques.

Le prix bimensuel de l’action climatique est décerné à Omar Yaghi, chimiste à l’Université de Californie à Berkeley, pour avoir mis au point une poudre capable de capturer le carbone. Les premiers tests montrent qu’une livre à peine de cette matière pourrait absorber autant de dioxyde de carbone qu’un arbre.

Le prix bimensuel du flop climatique est décerné à la Norvège pour avoir autorisé l’exploitation minière en eaux profondes à titre commercial – une première mondiale. Le gouvernement a depuis lors suspendu sa décision, sous la pression d’un parti membre de sa coalition. Trente-deux pays, dont le Canada, ont appelé à un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins dans les eaux internationales.

Cinq atouts énergétiques dans les manches du Canada

Le président désigné Donald Trump a reçu le premier ministre Justin Trudeau à souper à Mar-a-Lago la semaine dernière, après avoir menacé d’imposer des droits de douane généralisés de 25 % sur les importations canadiennes. M. Trump a qualifié la rencontre dînatoire de « productive », mais le Canada est loin d’être tiré d’affaire. Ottawa a pourtant de bonnes cartes en main et pourrait tirer parti de ses ressources en énergie pour détourner les États-Unis d’une inflation réciproque assurée dans les deux pays.

Les chiffres ne concordent pas pour le brut : le pétrole lourd canadien se négocie encore moyennant un escompte d’environ 10 $ par rapport au prix de référence nord-américain. L’imposition d’une surtaxe de 25 % au plus gros fournisseur de pétrole des États-Unis pourrait propulser les prix de l’essence largement au-dessus du prix moyen actuel à l’échelle du pays de 3 $ US le gallon. Cela pourrait faire échouer le mandat confié au tsar de l’énergie Doug Burgum de ramener le prix du carburant à 2 $ US le gallon. Accessoirement, M. Burgum se trouvait à la table de MM. Trump et Trudeau lors du souper.

Il ne peut y avoir de domination énergétique américaine sans le Canada : le Canada est le principal fournisseur de gaz naturel par gazoduc des États-Unis. Si la nouvelle administration souhaite établir une « domination énergétique » américaine, elle devra s’appuyer sur le gaz canadien. Une production soutenue des sites de Montney et de Duvernay donnerait au législateur américain la souplesse nécessaire pour accroître les exportations américaines de gaz naturel vers l’Europe et l’Asie sans augmenter les prix au pays.

Il y a de l’uranium aux portes des États-Unis : selon toute vraisemblance, la nouvelle administration donnera suite au projet du gouvernement de Joe Biden de tripler la capacité nucléaire des États-Unis. Le cadre de travail de M. Biden prévoit de collaborer étroitement avec le Canada, entre autres, pour mettre en place « une chaîne d’approvisionnement en combustible nucléaire mondiale sûre et résiliente », y compris pour l’uranium. Le Canada est le deuxième producteur d’uranium le plus important au monde, avec une production dépassant de loin celle des États-Unis.

Nous sommes essentiels pour bâtir une solution de rechange aux chaînes d’approvisionnement chinoises : le Canada dispose de réserves de cobalt et de nickel, deux métaux cruciaux pour la transition énergétique, respectivement presque cinq et six fois plus importantes que celles que des États-Unis. Nous sommes aussi un plus gros producteur que nos voisins d’aluminium, de graphite (pour les batteries aux ions de lithium), d’indium (pour la fabrication de puces), de minerai de fer et de lithium, selon le U.S. Geological Survey. Les États-Unis ont besoin de nous pour desserrer l’emprise de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Nous alimentons vos villes en électricité. Il faut reconnaître que l’argument porte moins ces temps-ci (voir graphique). Il reste qu’Hydro-Québec a construit de nouvelles lignes de transport et conclu des contrats à long terme avec des clients du Massachusetts et de l’État de New York. Les sécheresses nuisent aux exportations canadiennes d’électricité, mais notre énergie reste une importante monnaie d’échange.

Miser sur l’IA ou la réduction des émissions ?

Le Canada peut faire les deux : prendre pied dans le secteur en pleine expansion des centres de données animés par l’intelligence artificielle (IA) en Amérique du Nord, tout en conservant ses ambitions climatiques. Il doit, pour ce faire, adopter une approche souple, harmoniser sa stratégie avec celle des États-Unis – et réduire notablement ses niveaux de gaz naturel.

Le récent rapport Enjeu énergétique : perturbation du réseau électrique du Canada par l’IA du responsable de la politique énergétique, Shaz Merwat, analyse la façon dont le Canada peut s’adapter à la surcharge que les centres de données pourraient éventuellement faire peser sur le réseau électrique du pays :

Où est l’occasion à saisir ?

Les organismes de réglementation canadiens étudient actuellement des demandes de centres de données représentant une capacité combinée estimée de 15 gigawatts – ce qui suffirait à alimenter 70 % des habitations au pays. L’IA étant le premier facteur de cette montée en puissance, les centres de données créent une occasion de 100 milliards de dollars pour la construction de centres de données et de l’infrastructure de TI connexe (songeons au prix des puces Nvidia).

Quelle est la marche à suivre ?

La réponse idéale semble être : « Apportez votre propre électricité ». C’est le modèle choisi par l’Alberta, qui permet un déploiement accéléré et soutient les prix du gaz naturel local, ce qui est bénéfique pour l’économie de la province.

Quels sont les coûts climatiques ?

Si le gaz naturel est utilisé pour générer six gigawatts supplémentaires pour les centres de données, les émissions annuelles pourraient augmenter de 16 millions de tonnes d’équivalents CO2 – soit une hausse de 3 % des émissions totales du Canada, selon les estimations de M. Shaz. Cependant, la capture et le stockage du carbone pourraient atténuer la hausse des émissions.

Lisez l’intégralité du rapport ici.

L’institut à l’œuvre

L’Institut d’action climatique RBC a coorganisé avec la British High Commission une séance spéciale en novembre à Ottawa, au cours de laquelle le chef de l’Institut John Stackhouse et le haut-commissaire adjoint David Prodger ont formulé huit messages clés pour le Canada.

M. Stackhouse s’est aussi exprimé devant le National Electricity Roundtable, à Ottawa, au sujet de l’occasion qu’a le Canada d’accroître sa production d’électricité pour alimenter l’IA, les batteries des véhicules électriques et divers autres pans de l’économie.

Le voyage trépidant de M. Stackhouse à Ottawa s’est conclu par une intervention au Forum sur la finance durable, quant à l’occasion pour le Canada de produire plus d’aliments en émettant moins – cela pourrait être notre meilleur investissement pour la décennie de rupture à venir.

Nos lectures préférées du moment : M. Stackhouse s’est plongé dans deux ouvrages publiés par d’anciens conseillers du président désigné pour approfondir sa compréhension de l’économie à la Donald Trump. Également dans notre liste de lecture : The New Cold War: How the Contest Between the U.S. and China Will Shape Our Century, de Robin Niblett, et The War Below: Lithium, Copper, and the Global Battle to Power Our Lives, d’Ernest Scheyder.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Le secteur canadien des sciences de la vie se caractérise depuis longtemps par son dynamisme. Qu’il s’agisse de mise au point de médicaments ou d’innovation en santé, son écosystème de chercheurs de réputation mondiale a fait de notre pays un chef de file. Devenu moteur de croissance économique et lui-même en pleine expansion, le secteur contribue à former ou à attirer des scientifiques de haut vol.

Pourtant, notre secteur des sciences de la vie montre des signes de faiblesse. Les chercheurs n’ont pas toujours la capacité de commercialiser avec succès leurs découvertes pourtant révolutionnaires. C’est peut-être en partie pour cela que les entreprises pharmaceutiques canadiennes ont de plus en plus de mal à répondre aux besoins du pays en médicaments – de fait, le Canada, jusqu’ici pays exportateur net, est devenu importateur net. La part de son budget qu’il consacre au secteur des sciences de la vie le place d’ailleurs derrière ses pairs du G7 et de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

Les voyants commencent à clignoter alors que l’économie canadienne est en difficulté. Notre productivité générale – la valeur économique générée par heure de travail – souffre d’un manque d’investissements. L’élan qui avait marqué le tournant du siècle ne s’est pas maintenu et, dans son ensemble, le Canada n’est plus aussi prospère. S’il veut relever le défi de la croissance à long terme, notre pays doit renforcer les secteurs à fort rapport économique – celui des sciences de la vie, par exemple, qui s’est révélé un puissant catalyseur au cours des dernières décennies.

Un réexamen sérieux nous permettrait de tirer profit des possibilités gigantesques qu’offre un secteur dont la valeur mondiale est évaluée à plus de 2 800 milliards de dollars américains. Son renforcement chez nous aurait en outre des retombées sur les autres secteurs de pointe canadiens axés sur la science et la technologie.

Un changement de perspective pourrait avoir des répercussions au-delà de la sphère économique. En mettant à l’épreuve nos systèmes de santé et les chaînes d’approvisionnement mondiales, la pandémie de COVID-19 a montré que le Canada doit renforcer sa capacité de production, afin de pouvoir subvenir à ses propres besoins en cas de crise sanitaire. Le monde s’attend à connaître plus fréquemment de telles crises (pandémies ou autres), au moins dans un avenir assez rapproché, du fait des changements climatiques, de la mondialisation et de l’urbanisation. Il sera donc de plus en plus important de pouvoir nous doter nous-mêmes des vaccins et des traitements nécessaires. Par ailleurs, en raison de l’accroissement et du vieillissement de la population, la consommation de produits en tous genres liés à la santé ne fera qu’augmenter.

Pour se renforcer et atteindre son plein potentiel, le Canada a donc de grands défis à relever. Certaines solutions exigent de financer davantage, d’autres, de soutenir différemment le secteur des sciences de la vie, par exemple en coordonnant mieux l’action des intervenants publics et privés. Moyennant une politique nationale bien conduite, le secteur continuera de contribuer à notre résilience économique et à préparer le pays à affronter les futures crises de santé publique.

Principals Constatations

  • Le secteur des sciences de la vie est depuis longtemps l’un des fleurons canadiens en matière de recherche-développement (R-D) mais, qu’il s’agisse d’investissements ou de talents, il fait à présent face à une concurrence de plus en plus vive sur la scène mondiale.
  • Il est urgent d’investir dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (IA) et de revoir les politiques d’encouragement des investisseurs privés, compte tenu des carences chroniques et croissantes auxquelles sont en butte les chercheurs et les entreprises du secteur canadien des sciences de la vie, notamment ceux qui se consacrent à la mise au point de nouveaux médicaments, toujours longue et coûteuse.
  • Canada aurait tout à gagner d’une meilleure coordination entre les secteurs de l’IA et des sciences de la vie. Qu’elle s’applique aux politiques ou aux moyens mis en œuvre, cette coordination aiderait le pays à demeurer un chef de file mondial en matière d’innovation et de mise au point de nouveaux médicaments.
  • Le développement à grande échelle de l’innovation ainsi que l’étoffement et le maintien en sol canadien de sa propriété intellectuelle (PI) passent pour le Canada par un meilleur soutien à la commercialisation, donc par des politiques plus favorables, mais aussi par un accès plus facile – et selon des mécanismes mieux coordonnés – aux ressources appropriées et aux sources de financement.
  • Dans la sphère publique ou privée, les décideurs doivent donner la priorité aux mesures permettant d’attirer et de conserver des chercheurs et des innovateurs de pointure internationale, compte tenu des problèmes systémiques auxquels fait face le pays dans le secteur des sciences de la vie.

Où nous en sommes et ce qui nous y a conduits

Discipline en rapide évolution, les sciences de la vie englobent tout un éventail d’activités visant à la préservation et à l’amélioration de la santé. C’est le domaine de la biofabrication (mise au point de vaccins à partir d’organismes vivants), de l’industrie pharmaceutique (qui produit des médicaments à partir de substances chimiques et de synthèse) et des fabricants d’équipements d’aide au diagnostic, d’appareils médicaux personnels, etc.

Plus de 2 000 entreprises œuvrent dans ce secteur au Canada ; elles emploient 220 000 personnes. Il s’agit avant tout d’activités de recherche-développement menées dans des laboratoires publics ou privés et conduisant à diverses formes de propriété intellectuelle qui font progresser les sciences de la santé – par exemple, les formulations pharmaceutiques ou les brevets pour équipements médicaux qui sont achetés (souvent par des sociétés privées étrangères) en vue de la commercialisation de nouveaux produits auprès des établissements de santé et des consommateurs.

Il n’est pas facile de déterminer précisément l’impact des sciences de la vie sur le produit intérieur brut du Canada, car l’État ne fournit pas les indicateurs voulus (nombre d’entreprises du secteur, effectifs, contribution au PIB, taux de croissance annuel…). L’évaluation de la vigueur et du potentiel de croissance de cette branche d’activité est d’autant plus difficile que tous les analystes ne s’entendent pas sur les sous-secteurs à prendre en considération. De surcroît, les disciplines de pointe comme l’étude des biotechnologies ne portent pas seulement sur la santé humaine, mais aussi sur celle des animaux et des plantes.

Ce qui est certain, toutefois, c’est que le secteur canadien des sciences de la vie, par sa taille et son champ d’action, joue un rôle économique important – et qui ne fait que croître. À lui seul, le sous-secteur des activités de recherche-développement entourant les médicaments a représenté 16 milliards de dollars en 2021 (environ 0,7 % du PIB canadien), répartis majoritairement entre l’Ontario (8,2 G$, soit la moitié) et le Québec (3,2 G$).

 

Le secteur dans son ensemble présente d’autres intérêts pour le Canada. Il permet à des spécialistes hautement qualifiés de se perfectionner et de demeurer au pays, malgré des compétences très convoitées à l’étranger. Leurs travaux de recherche et les produits ou services qu’ils conçoivent suscitent une très forte demande, en rapport direct avec les besoins grandissants du secteur de la santé canadien, lequel est censé connaître un taux de croissance annuel de 10 % au cours de la prochaine décennie.

Pourquoi le Canada excelle-t-il autant ?

Depuis plus d’un siècle, le Canada occupe une place particulièrement importante dans l’univers des sciences de la vie ; en matière d’hygiène personnelle comme de santé publique, on lui doit des progrès extraordinaires. Ce sont des chercheurs de l’Université de Toronto qui ont découvert l’insuline dans les années 1920 puis, dans les années 1960, les cellules souches. Dans les années 1980, des scientifiques montréalais ont mis au point des traitements révolutionnaires contre le sida et l’infection à VIH. L’un des trois chercheurs auxquels la découverte d’un vaccin contre l’hépatite C a valu le prix Nobel en 2020 était Michael Houghton, professeur à l’Université de l’Alberta.

On doit toutes ces découvertes à l’aide de l’État et à l’écosystème de réputation internationale dont est doté le Canada en matière de R-D et d’innovation. Établi principalement à Toronto, à Montréal et à Vancouver, l’univers des sciences de la vie consiste en un réseau intersectoriel remarquablement énergique constitué, à l’échelle nationale, d’universités, de laboratoires de recherche et d’organismes publics ou privés. On y trouve des centres de recherche subventionnés par les gouvernements, des universités de pointe (dont beaucoup possèdent leurs propres centres de recherche), des PME et de grandes multinationales établies au Canada (notamment Johnson & Johnson, AstraZeneca et Pfizer).

Le pays possède certains des autres ingrédients nécessaires au dynamisme du secteur des sciences de la vie. C’est en effet l’un des chefs de file internationaux de l’intelligence artificielle – ses trois instituts sont reconnus comme parmi les meilleurs au monde et plusieurs grands experts en apprentissage machine sont établis au Canada. Pour un chercheur, le fait de travailler dans l’un des pays les plus multiculturels au monde présente un autre avantage : l’accès facilité à des données sanitaires qui sont peut-être les plus diversifiées qui soient.

À quoi le Canada est en butte

Le Canada a certes étoffé ses capacités techniques en sciences de la vie, mais les autres pays sont pas en reste. Ces deux dernières décennies, par rapport à nos pairs de l’OCDE (qui compte 38 membres), nous avons perdu du terrain au chapitre des investissements et des dépenses en R-D consacrées au secteur en question. À peu près tous les indicateurs concernant la participation et les investissements placent les États-Unis largement en tête des pays développés. Le Canada se distingue toutefois sur un point : depuis 20 ans, la proportion de chercheurs au sein de la main-d’œuvre canadienne s’est accrue de 45 % ; elle est aujourd’hui supérieure à la moyenne de l’OCDE.

Du fait du sous-investissement, le Canada doit, pour satisfaire à certains de ses besoins névralgiques, s’en remettre de plus en plus aux autres pays. Autrefois exportateur net, le pays est aujourd’hui importateur net des produits que réclame le maintien en santé de sa population de plus en plus nombreuse et qui vieillit – depuis 2016, le déficit commercial a triplé en ce qui concerne les médicaments. Le Canada importe actuellement 85 % des vaccins et des traitements dont il a besoin, alors que ses dépenses en santé continuent d’augmenter, notamment en ce qui a trait aux médicaments.

 

Les forces en jeu font généralement abstraction des frontières, et il n’est pas facile de rester concurrentiel quand augmente le coût des actifs nécessaires et du développement de la propriété intellectuelle. La mise en marché d’un nouveau médicament peut exiger plus de dix ans et des milliards de dollars, dont la moitié en essais cliniques – qui, d’après une étude menée en 2022, échouent 90 % du temps. Malgré les bonds technologiques réalisés, il est difficile, dans certaines disciplines, d’obtenir un rendement des investissements suffisant : depuis le milieu du 20e siècle, le nombre de nouveaux médicaments produits, ramené au montant des fonds nécessaires à leur mise au point, a régulièrement diminué.

Les difficultés du Canada sont d’autant plus grandes que son marché intérieur est relativement réduit, ce qui rend souvent la commercialisation des médicaments à peine viable. Résultat : des sociétés étrangères achètent les brevets canadiens et mettent les produits en marché dans des conditions plus favorables ou plus rentables – parfois, en débauchant les chercheurs…

La concurrence dont font l’objet les moyens en jeu et, plus généralement, les besoins d’un système de santé de plus en plus sollicité – sans parler des budgets de la santé, qui explosent – montrent combien il faut changer de perspective et soutenir davantage la productivité et l’innovation dans le secteur canadien des sciences de la vie. Sur ce plan, le Canada possède déjà de nombreux atouts. Comment les faire fructifier et comment conjuguer les forces en présence afin de donner toutes ses chances au secteur en jeu ?

Défis et solutions – que faire pour rester concurrentiel

L’IA au service de la découverte et de la mise au point de médicaments

Défi à relever:
Pour le secteur canadien des sciences de la vie, l’intelligence artificielle peut être un catalyseur de premier ordre. Les ensembles de données utilisés dans ce domaine (notamment quand il s’agit d’organismes vivants) sont très grands et particulièrement complexes ; c’est justement en pareil cas que l’IA est d’un grand secours. Elle permet en effet d’énormes gains d’efficacité et de productivité, puisqu’il devient possible de traiter rapidement de nombreuses données, d’en tirer de l’information et de faire des pronostics, pour déterminer par exemple les structures moléculaires les plus propres à la mise au point d’un nouveau médicament. Qu’il s’agisse d’efficacité ou de revenus, le secteur des sciences de la vie est l’un de ceux qui peuvent tirer le plus de profit de l’intelligence artificielle.

L’IA recèle bien des promesses pour l’ensemble de l’écosystème et de la chaîne de valeur des sciences de la vie. À eux deux, l’Ontario et le Québec constituent un pôle en innovation dans lequel intelligence artificielle et soins de santé font bon ménage – à Montréal, l’entreprise Deep Genomics met au point de nouveaux médicaments grâce à l’IA ; à Toronto, c’est également l’un des outils qu’emploient les chercheurs de l’institut Vector spécialisés en génomique et en diagnostics médicaux.

L’utilisation de cette technique ne continuera toutefois de progresser qu’à condition de disposer de l’infrastructure voulue. La capacité de traitement combinée requise pour mettre au point et utiliser des systèmes à intelligence artificielle exige souvent autant d’électricité qu’il en faut pour alimenter de grandes agglomérations. En outre, à mesure que ces systèmes se généralisent et deviennent plus puissants, les ressources nécessaires sont de plus en plus en demande. Or la capacité de traitement totale du Canada est, au sein du G7, l’une des plus faibles. François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, l’a dit plus tôt cette année : « Les cerveaux, nous les avons. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est l’infrastructure. »

 

La demande combinée en outils d’IA et en puissance de traitement provoque déjà un goulot d’étranglement : dans presque tous les secteurs, cette ressource stratégique mais coûteuse fait chroniquement défaut aux chercheurs et aux entreprises.

Solutions:
La vitalité des sciences de la vie dépend de la robustesse de l’infrastructure technologique. La garantie d’une capacité suffisante de traitement par l’IA exige de débloquer rapidement des fonds publics et privés, sans quoi des entreprises pourraient envisager de s’adresser ailleurs qu’au Canada, avec tous les problèmes à long terme que cela impliquerait. La coopération entre secteur public et secteur privé contribuerait certainement à combler l’écart, ce qui rassurerait les futurs investisseurs.

Comment inverser la tendance au sous-financement de la recherche et du développement

Défi à relever
L’insuffisance des investissements consentis pour l’infrastructure de traitement par intelligence artificielle est révélatrice du problème plus vaste dont pâtissent les sciences de la vie : au sein de l’OCDE, le Canada fait moins bien que la moyenne en ce qui a trait aux dépenses en R-D ramenées au PIB, et ce, depuis au moins 1991 ; l’écart (encore plus grand quand on compare le Canada aux États-Unis) est dû en grande partie aux efforts insuffisants du gouvernement fédéral et des entreprises.

 

Les apports ponctuels de fonds publics n’y changent rien. Le gouvernement fédéral s’est engagé à consacrer plus de 2,4 milliards de dollars aux sciences, à la technologie et à l’innovation en 2014, 2,2 milliards à la biofabrication et aux sciences de la vie en 2021, et 2,4 milliards en 2024 dans le cadre de sa stratégie IA nationale. Pourtant, la part du PIB que représentent les investissements en R-D diminue depuis deux décennies.

Cette faiblesse relative de l’effort en recherche-développement constitue un problème particulièrement aigu pour les sciences de la vie qui, davantage que la plupart des autres disciplines, font appel à des essais intensifs et coûteux.

Solutions:
Pour que le secteur demeure un chef de file mondial et attire de nouveaux investissements, les acteurs publics et privés nationaux vont devoir prendre en main le problème du financement. En outre, si l’État consentait – sans qu’intervienne l’opportunisme politique – à un mécanisme financier permanent, l’ensemble du secteur y gagnerait. Le premier objectif devrait être d’atteindre au minimum la moyenne observée au sein de l’OCDE.

Un financement qui privilégie la R-D au détriment de la mise en marché

Défi à relever
L’écosystème canadien des sciences de la vie s’appuie sur de solides mécanismes de financement, par exemple le Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) et la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Grâce à de tels programmes fédéraux, des milliards de dollars viennent financer des projets de recherche et aider les laboratoires des universités, des hôpitaux et des sociétés publiques ou privées.

Par contre, seule une fraction de la manne accordée vise à aider les chercheurs à commercialiser leurs découvertes : environ 80 % des fonds versés au secteur des sciences de la vie servent à soutenir les travaux de recherche-développement. Cela ne facilite pas la vie des chercheurs qui ont du mal à trouver un partenaire commercial, par exemple une société de capital-risque capable de régler les frais de préparation des documents financiers ou juridiques (brevets et autres), sans parler des méandres des approbations réglementaires.

La faiblesse relative du financement consacré aux activités de mise en marché des entreprises spécialisées en sciences de la vie (dont les projets sont trop vite jugés insuffisamment avancés) est particulièrement frappante quand on considère les capitaux disponibles aux États-Unis, qui attirent davantage les investisseurs étrangers. Tout cela n’invite pas les sociétés canadiennes à s’engager dans des projets à long terme.

C’est peut-être la principale raison pour laquelle le Canada réussit moins bien que ses pairs à passer de l’innovation à des réalisations pleine grandeur. Les statistiques gouvernementales montrent que la majorité des produits demeurent au stade du développement ou de la précommercialisation. Le Canada est d’autant moins compétitif qu’il compte moins d’habitants que les autres pays du G7 – plus le marché est petit, moins il incite à commercialiser de nouveaux produits.

 

Tout cela peut aussi expliquer le déficit commercial canadien observé dans le secteur pharmaceutique, alors même que le pays figure en tête du G7 en matière de productivité des essais cliniques et que la vente de médicaments canadiens ne fait que croître.

Solutions:
Une fois qu’il aura accru son soutien financier aux capacités de traitement informatique nationales, l’État devrait se livrer prioritairement à un examen interdisciplinaire complet des programmes et politiques en vigueur, afin de consacrer une part plus importante des nouveaux fonds aux activités de commercialisation.

L’étoffement de l’infrastructure permettrait d’ailleurs de s’assurer, au-delà des considérations purement financières, que les changements apportés sont pertinents. D’autres formes de soutien (formation à l’entrepreneuriat, perfectionnement des aptitudes…) peuvent aider considérablement les chercheurs à mener l’exploitation commerciale de leurs découvertes.

Pour une meilleure coordination des aides à la commercialisation

Défi à relever

Le financement accru des efforts de commercialisation est une chose. Il est possible aussi d’agir plus judicieusement sur d’autres plans. La simplification des politiques gouvernementales et une meilleure coordination des enveloppes financières et des mesures incitatives pousseraient les entreprises à conserver au Canada le fruit des recherches qui y sont menées ainsi que le personnel auquel on les doit.

En raison de la diversité des programmes d’aide, il est parfois compliqué d’obtenir telle ou telle forme de financement prévue pour les sciences de la vie, et cela ne contribue pas de manière optimale à la commercialisation des découvertes. Rappelons que près de 80 % des programmes portent sur les travaux de recherche-développement ; à peine 15 % des programmes prennent en compte les possibles activités de mise en marché. Moins de 10 % du financement est dévolu expressément à la commercialisation.

Par ailleurs, l’État canadien penche pour la large répartition d’une richesse pourtant limitée. Les chercheurs du Canada passent donc parfois leur temps à solliciter de petites subventions, programme après programme, contrairement à leurs homologues étrangers. Aux États-Unis par exemple, où les National Institutes of Health (NIH) et la Small Business Association (SBA) administrent des programmes beaucoup plus généreux, une seule demande de subvention peut suffire.

Solutions:
Les analystes estiment que le Canada a besoin d’un organisme fédéral qui fera la promotion du secteur des sciences de la vie, favorisera la collaboration et vérifiera si les objectifs des politiques sont atteints. On obtiendrait ainsi un niveau de cohésion et de leadership sectoriels qui n’existe pas aujourd’hui. Une telle agence pourrait aussi se faire la porte-parole des scientifiques désireux de conseiller le gouvernement en la matière.

À tout le moins, l’organisme aiderait les chercheurs à se mettre en contact avec les intervenants qu’exige la mise en marché (spécialistes en IA ou en robotique, sociétés de capital-risque et experts en gestion ou en exploitation). L’agence pourrait aussi faciliter les communications avec les chercheurs étrangers qui ont su franchir le cap décisif de la commercialisation.

Comment tirer le meilleur parti d’une main-d’œuvre hautement qualifiée

Défi à relever
En sciences de la vie comme ailleurs, le succès repose avant tout sur ceux et celles qui expérimentent, innovent et bâtissent. Pour que le secteur ait les moyens de réaliser son potentiel de croissance, le Canada doit en faire davantage pour attirer, former et conserver les meilleurs éléments.

Les conditions d’exploitation doivent aussi être concurrentielles. Parce que d’autres pays surclassent le Canada sur la question des plans d’infrastructure et d’investissement visant à promouvoir l’innovation, le risque de fuite des cerveaux et de perte de propriété intellectuelle est bien réel. Il sera difficile de retenir les chercheurs qu’on s’arrache si le Canada ne veille pas à leur assurer un accès permanent à des moyens haut de gamme et à les soutenir financièrement.

Solutions:
En plus de cultiver un écosystème d’innovateurs dynamique et d’investir dans l’infrastructure dont il a besoin, le Canada doit bonifier les investissements directs axés sur les ressources humaines et les établissements de formation. Le fait de financer davantage l’acquisition de tel ou tel savoir-faire – non seulement en science pure, mais aussi sur le plan technologique ou commercial – ne peut que profiter au secteur des sciences de la vie.

Le temps nous est compté

Les intervenants publics et privés peuvent bien décider d’injecter rapidement plus d’argent, quand les chercheurs s’en vont à l’étranger, ils ne reviennent généralement pas de sitôt. Or c’est d’eux que dépend la vitalité du secteur. Aussi faut-il agir sans tarder et, idéalement, en assurant une meilleure coordination entre les instances gouvernementales, les entreprises, les universités et les chercheurs, toutes disciplines confondues.

Le problème de croissance économique qu’éprouve le Canada a fait que sa productivité s’est érodée pendant des décennies. Nous devons adopter une nouvelle mentalité, récompenser davantage l’innovation et investir massivement dans deux domaines clés : l’élément humain et la technologie.

Cette nouvelle attitude serait tout à fait appropriée dans le secteur des sciences de la vie, où le Canada fait bonne figure. En stimulant dès maintenant cette branche d’activité, on lui permettrait d’agir davantage comme levier de croissance économique, avec toutes les retombées que cela impliquerait pour les autres secteurs… et pour la santé future des Canadiens.

Contributors:

Ajay Nandalall, associé, Recherche

Steven Frank, Rédacteur en chef collaborateur

Caprice Biasoni, Graphiste spécialisée

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Issue #05

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Quel est le minéral le plus essentiel pour la décarbonation ? Il s’avère que c’est le lithium. L’ Agence internationale pour les énergies renouvelables et l’Institut norvégien des Affaires internationales en sont venus à cette conclusion après avoir analysé les données concernant différents minéraux pour tenir compte de la demande future, de la disponibilité des ressources et du potentiel de recyclage et de remplacement. Le cobalt est au deuxième rang des métaux les plus essentiels. Heureusement pour le Canada, le pays possède ces deux minéraux en quantités abondantes dans son sous-sol, et de nouveaux projets de mines sont proposés.

Comment les nations autochtones peuvent-elles combler un déficit de capitaux de 45 milliards de dollars ? Un nouveau rapport de l’Institut d’action climatique RBC propose des pistes pour aider à renforcer les capitaux des nations autochtones. Des partenariats financiers et non financiers dans le développement de projets majeurs peuvent émerger en tant que modèle typiquement canadien de croissance économique inclusive, écrit dans le rapport Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique. Cela commence à se produire : le gouvernement fédéral, de même que les gouvernements de la Colombie-Britannique et du Manitoba, a annoncé des programmes de garantie de prêts en 2024, afin d’encourager la participation des Autochtones à plusieurs projets dans le domaine de l’énergie. Consultez notre rapport ici.

L’huile de cuisson pourrait être le carburant de votre prochain vol Air Canada. La compagnie aérienne a acquis 78 millions de litres de carburant d’aviation durable (CAD), fabriqué à partir d’huiles de cuisson usagées et de déchets de graisses animales. Le fournisseur, Neste, qualifie le carburant produit à Singapour de « pur et non mélangé ». Associée à du carburant d’aviation traditionnel, la mixture peut réduire les émissions de gaz à effet de serre dans une proportion pouvant atteindre 80 % sur le cycle de vie du carburant. Le CAD ne représente toutefois qu’à peine 0,54 % du marché des carburants d’aviation – même si la production mondiale a triplé en un an.

Le Canada doit installer 100 bornes de recharge… par jour. Il n’existe actuellement « aucun plan évident » pour réaliser une infrastructure canadienne de recharge permettant d’atteindre d’ici 2035 l’objectif de ventes de véhicules à émission zéro du gouvernement fédéral, selon l’Association canadienne des constructeurs de véhicules (ACCV). Pour atteindre cet objectif, le Canada aurait besoin de 446 800 bornes de recharge publiques d’ici cette date – il en compte aujourd’hui 30 000. Les inquiétudes de l’ACCV ont un poids considérable, car l’association représente Ford, General Motors et Stellantis – des entreprises qui jouent leur avenir sur la domination des véhicules électriques sur les routes nord-américaines dans un avenir relativement proche.

Le prix de l’action climatique est décerné à la Fondation familiale Trottier, à la Fondation Peter Gilgan, à la Fondation Ronald S. Roadburg, à la Fondation Chisholm Thomson Family, à David Keith et Kirsten Anderson, à la Fondation Sitka, à la Fondation Vohra Miller et à Allan Shiff pour avoir donné 405 millions de dollars en faveur d’initiatives liées au climat.

Le prix du flop climatique est décerné au gouvernement de la région de Valence (Espagne), qui n’envoyé aucune alerte sur les téléphones mobiles avant 20 heures, le premier jour des inondations catastrophiques – soit près de 13 heures après que l’Agence nationale de météorologie eut annoncé des précipitations « très intenses ».

Les tsars de l’énergie nommés par M. Trump et les aspirants

Les marchés de l’énergie sont nerveux, alors que le président désigné des États-Unis Donald Trump annonce ses choix, qu’ils accueillent avec plaisir ou avec aversion, selon le cas, pour combler des postes clés. Nombre de ces nominations doivent encore être confirmées, mais elles donnent une première idée des intentions du prochain président.

Un premier constat est qu’un grand nombre des districts et États d’origine de ces candidats ont largement bénéficié de l’Inflation Reduction Act (IRA), que M. Trump a qualifiée de « nouvelle arnaque verte ». De plus, la production pétrolière et gazière du pays a augmenté sans interruption, quel que soit l’occupant de la Maison-Blanche (voir graphique). L’intérêt de l’équipe de l’énergie de M. Trump pour les minéraux essentiels, le pétrole et le gaz, et le nucléaire est une bonne nouvelle pour le Canada, même si les choses sont moins claires en ce qui concerne les politiques relatives aux véhicules électriques.

Doug Burgum, secrétaire à l’Intérieur et tsar de l’énergie
Il aime : L’approche de la gestion « fondée sur les données ». L’ancien chef de la direction d’une société éditrice de logiciels est gouverneur de l’État pétrolier et agricole du Dakota du Nord. Il a milité en faveur des objectifs de carboneutralité de son État d’ici 2030, en misant essentiellement sur des technologies de capture du carbone.

Il déteste: Pas grand-chose. Neutre à l’égard des énergies renouvelables, il se montre pressé d’extraire des minéraux essentiels.

M. Burgum dirigerait un nouveau conseil national de l’énergie chapeautant les agences et ministères s’occupant de « TOUTES les formes d’énergie américaines » et passerait au tordeur la réglementation « totalement inutile ». Deux tâches importantes l’attendent : canaliser les incitatifs et remises prévus par l’IRA et tenir la promesse de M. Trump de ramener le prix de l’essence en dessous de deux dollars le gallon.

Sa nomination au secrétariat à l’Intérieur nécessite l’approbation du Sénat, mais pas sa fonction de tsar.

Chris Wright, secrétaire à l’Énergie (candidat)
Il aime : La fracturation. Le diplômé du MIT a contribué à la révolution du gaz de schiste aux États-Unis en mettant au point une nouvelle méthode de fracturation. Il a déjà bu du liquide utilisé pour la fracturation devant les caméras.
Il déteste : L’expression « crise climatique » ; il pense aussi que les promesses de carboneutralité sont « dingues ».

M. Wright ferait aussi partie du conseil national de l’énergie dirigé par M. Burgum.

John Thune, chef de la majorité au Sénat (élu)
Il aime : L’énergie éolienne et les biocarburants. L’énergie éolienne produit 55 % de l’électricité de son État d’origine, le Dakota du Sud. Il milite également en faveur du nucléaire.
Il déteste : Le moratoire imposé par Joe Biden sur les nouveaux projets de gaz naturel liquéfié (GNL), qui est selon lui une décision visant à « satisfaire des activistes du climat sur TikTok ».

Son appui à l’énergie éolienne le place potentiellement en porte-à-faux par rapport à M. Trump, qui a promis de mettre fin aux projets éoliens en mer dès le premier jour.

Kristi Noem, département de la Sécurité intérieure des États-Unis

Elle aime : L’éolien et l’hydroélectricité. La gouverneure du Dakota du Sud estime que son État est l’endroit idéal pour développer la prochaine génération de technologies nucléaires.
Elle déteste :
Son chien. Mme Noem fait aussi partie des cinq gouverneurs qui ont refusé les subventions de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis qu’offrait Washington à chaque État pour qu’il s’attaque à la pollution climatique. Elle a également refusé de distribuer des remises à l’achat d’appareils électroménagers écoénergétiques.

Mme Neom est candidate pour une entité qui supervise l’Agence fédérale de gestion des situations d’urgence des États-Unis (FEMA) à une époque où les perturbations climatiques sont fréquentes. La FEMA est le principal assureur américain contre les inondations.

Mike Waltz, conseiller national pour la sécurité
Il aime : La domination américaine dans le domaine de l’énergie. M. Waltz se montre ferme à l’égard de l’Iran et de la Russie, ce qui est susceptible de se traduire par un renforcement des sanctions contre les deux pays. Il a contribué à l’élaboration de la Stop Harboring Iranian Petroleum (SHIP) Act, qui pourrait connaître une nouvelle vie sous la nouvelle administration.
Il déteste : Le moratoire sur l’autorisation de nouveaux projets de GNL imposé par l’administration Biden.

Le conseiller national pour la sécurité n’a pas à être approuvé par le Sénat.

Marco Rubio, secrétaire d’État

Il aime : Les chaînes d’approvisionnement en minéraux essentiels. Il a présenté un projet de loi bipartite en juin pour « développer une stratégie […] visant à ce que les États-Unis, leurs alliés et leurs partenaires mondiaux puissent compter sur un approvisionnement sûr et diversifié de bout en bout en minéraux essentiels. »

Il déteste : La Chine, l’Iran et la Russie – ce qui pourrait avoir des répercussions tant sur les marchés pétroliers que sur ceux des énergies renouvelables.

Elon Musk, cochef, ministère de l’Efficacité gouvernementale (DOGE)

Il aime : Les véhicules électriques Tesla. Ainsi que les prêts du gouvernement fédéral des États-Unis, les allègements fiscaux et les autres politiques favorables aux véhicules électriques qui ont facilité l’essor de Tesla.

Il déteste : Les grosses administrations et les organismes de réglementation avec qui il a régulièrement eu maille à partir au sujet des problèmes de sécurité de Tesla. Il pourrait maintenant faire le ménage dans ces organismes.

Vivek Ramaswamy, cochef, ministère de l’Efficacité gouvernementale

Il aime :
Les carburants fossiles . Il possède des intérêts dans un fonds de gestion d’actifs qui gère un FNB axé sur l’énergie (DRL) – qui suit les grandes sociétés pétrolières et gazières.

Il déteste : Les subventions à l’achat de véhicules électriques du président Biden, qui, selon lui, accentuent l’indépendance de l’Amérique envers la Chine. Faut-il y voir une possible source de frictions avec le cochef du DOGE ?

Au delà du cercle vicieux de la COP29

La COP29 n’a pas précisément été un moment de gloire pour les diplomates du climat. Mais elle n’a pas non plus été totalement une perte de temps. John Stackhouse, chef de l’Institut d’action climatique RBC, et son équipe énumèrent ci-dessous quelques faits saillants de la conférence de Bakou.

1. Un article 6.4 réjouissant
Dans une décision marquante prise le premier jour des pourparlers sur le climat mondial, la COP29 a officiellement adopté les nouvelles normes opérationnelles d’un mécanisme prévu à l’article 6 de l’Accord de Paris, ce qui jette les bases d’un marché mondial du carbone.

L’adoption de l’article 6.4 ouvre la porte à la mise en œuvre de l’article 6, qui était bloquée depuis des années. Ce nouvel article établit un marché centralisé du carbone qui permet aux pays d’échanger des droits d’émission afin de tenir leurs engagements de l’Accord de Paris.

2. Montrez-nous l’argent
Pour de nombreux sceptiques à l’égard de l’ONU, la COP29 aurait aussi bien pu se tenir sur Mars, tant le programme de la conférence semblait ésotérique. Bien que la définition de règles pour un marché mondial de carbone soit un début, la majeure partie de l’attention est axée vers la grande question, que les Nations Unies, dans un discours, ont appelée, tenez-vous bien, le nouvel objectif collectif quantifié [de financement climatique]. Objectif : 1 000 milliards de dollars annuels. Elon Musk a le temps de se poser sur Mars d’ici là. Un engagement de 300 milliards de dollars semble plus probable.

On se souviendra que le même processus avait abouti à un engagement de 100 milliards de dollars par an il y a plus de 10 ans, et que cet objectif pour 2020 n’a pas été atteint avant 2022. Nous verrons bien si les choses sont différentes avec ce nouvel objectif collectif quantifié.

3. Multiplication des fonds
Un des changements les plus importants observés dans l’action climatique au cours de la dernière décennie a été la multiplication des fonds de bienfaisance cherchant à investir dans des projets durables. L’exemple le plus emblématique pourrait être le fonds pour la Terre de 10 milliards de dollars de Jeff Bezos, dont le chef de la direction, Andrew Steer, a fait le voyage à Bakou pour rappeler à l’assemblée sur le climat que les acteurs traditionnels de la finance sont loin d’exploiter suffisamment l’argent de la philanthropie. Il a avancé l’idée d’une « équipe tactique pour la planète », qui serait une sorte de version de la Banque mondiale capable de mobiliser des financements garantis par les États, des capitaux privés et des fonds philanthropiques pour de grands projets hors marché de réduction des émissions.

4. Le monde à l’envers
Le président désigné des États-Unis Donald Trump envisage de se retirer des discussions sur le climat, tandis que la France – l’architecte de l’Accord de Paris – pense rappeler son principal négociateur à la COP29. La Russie, quatrième émetteur de GES au monde, déclare en revanche, par la voix de son plus haut diplomate, qu’il ne faut pas interrompre les pourparlers sur le climat « malgré les divergences politiques ». La Chine dit également vouloir un dialogue constructif sur les changements climatiques avec les États-Unis sous l’administration Trump. C’est le monde à l’envers, vraiment.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).

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Issue #04

Un plafonnement déjà condamné
Ce qu’impliquera la politique Trump au Canada
La capture du carbone selon l’Alliance Nouvelles voies
Les problèmes de calendrier de la COP 29


Points saillants

Relance du grand projet albertain de capture de CO2. L’appel d’offres lancé par l’Alliance Nouvelles voies auprès des fabricants de conduites* et les discussions menées avec Ottawa* sur la question du financement indiquent que le projet avance enfin. Conçu par les six principales sociétés du secteur des sables bitumineux et censé coûter 16,5 milliards de dollars*, il consistera à transporter par pipeline le CO2 produit par 20 installations d’exploitation jusqu’à un terminal situé dans la région du lac Cold (Alberta), ce qui réduira leurs émissions de 22 mégatonnes par an, soit environ 10 % des émissions du secteur. Compte tenu de l’ampleur du partenariat et de l’ambition des protagonistes, cela pourrait changer la donne – si l’on nous permet cette image éculée.
Les rapports sur le climat se succèdent – c’est sans doute la saison des COP ! Pour atteindre les cibles de l’Accord de Paris, le monde doit dépenser quelque 9 000 milliards de dollars américains de plus chaque année, indique le rapport 2024 des Nations Unies sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions*, parmi l’avalanche d’analyses qui prélude à la COP de Bakou (Azerbaïdjan). De son côté, l’AIE vient de publier son tome 1 (le rapport World Energy Outlook* (Perspectives énergétiques mondiales, 398 pages) et son tome 2 (Energy Technology Perspectives 2024*, 573 pages) ; quant au dernier rapport sur l’efficacité énergétique (Energy Efficiency), il est censé paraître aujourd’hui. Considérés comme des étalons de mesure, les rapports de l’AIE sont fréquemment cités. Pendant les longs vols qui les conduiront de Toronto ou de Calgary à Bakou, les délégués pourront se délecter du rapport des Nations Unies* sur les plans climatiques des différents pays, ou du dernier bulletin de l’OMM sur les gaz à effet de serre*.
La COP 16 se termine dans la désunion. Les participant au forum mondial sur la biodiversité, tenu à Cali (Colombie)*, n’ont pu se mettre d’accord sur le financement à prévoir au cours de cette décennie, ni sur les objectifs à atteindre. Fait symptomatique : la conférence s’étant prolongée, de nombreux délégués des pays en développement ont dû partir avant la fin, car ils n’avaient pas les moyens d’annuler leur billet de retour et de prendre un autre avion*. On note cependant quelques progrès, notamment l’établissement d’un prélèvement mondial sur les produits reposant sur des données génétiques d’origine naturelle, ainsi que la volonté historique de tenir compte du point de vue des communautés autochtones lors des décisions qui seront désormais prises en matière de conservation de la nature.

Cela aussi, Les Simpsons l’avaient prédit. Les milliardaires – notamment Bill Gates* et Sam Altman, le PDG d’OpenAI – songent à bloquer le rayonnement solaire. C’était déjà l’idée de Mr Burns*, personnage d’une série de dessins animés dont les dons de prophétie sont devenus célèbres*. Il est de plus en plus question de refroidir la planète en réfléchissant vers l’espace une part croissante du rayonnement solaire. Or les compagnies d’assurance* préviennent qu’il pourrait en résulter des changements climatiques imprévisibles susceptibles d’entraîner des conflits internationaux. De plus, le procédé ne permet pas de réduire sensiblement les émissions de GES. L’année dernière, l’ONU* en a qualifié la mise en œuvre d’inconsidérée. Cela arrêtera-t-il les milliardaires ?

Prix bimensuel de l’action climatique. Décerné aux chercheurs de l’Université de Zhengzhou (Chine)* et de l’Université d’Australie-Méridionale, qui ont mis au point un tissu qui protège des vagues de chaleur. Contrairement aux tissus ordinaires, qui conservent la chaleur, celui-ci comprend trois couches conçues pour refroidir au maximum.

Prix bimensuel du flop climatique. Décerné au Kremlin qui, selon l’OTAN, refuse de publier des données vitales sur les changements climatiques en Arctique*. Toujours selon l’alliance militaire occidentale, la Russie mène une intense campagne de désinformation contre la décarbonation.

Le plan de match climatique 2.0 de Donald Trump

Le retour en fanfare de Do*nald Trump à la Maison-Blanche soulève de graves questions quant à la politique climatique des États-Unis, à la loi sur la réduction de l’inflation (IRA) – une réalisation phare du président Joe Biden – et à l’Accord de Paris. Une deuxième administration Trump ne va pas nécessairement briser l’élan international en matière de climat, mais la situation sera peut-être bien différente dans quelques années.

Quel semble être le destin de l’IRA ? Trump a menacé de réduire à néant tous les fonds encore non dépensés au titre de l’Inflation Reduction Act*, mais ce ne sera sans doute pas facile, car la loi profite à de nombreux États et districts républicains (voir tableau ci-dessous). Certains analystes* affirment que la transition est trop bien engagée pour être stoppée, mais Trump pourrait fort bien exiger qu’on refonde la politique en cours et que certaines technologies soient privilégiées. Trump considère notamment que l’énergie éolienne est chose « infecte »*, ce qui pourrait en entraîner la mise hors-jeu. À l’annonce de la victoire de Trump, le cours des actions du secteur des énergies renouvelables a plongé, ce qui semble confirmer les craintes des investisseurs.

Le sort de l’Accord de Paris. Au cours de son premier mandat, Trump a retiré son pays de cette entente mondiale sur le climat* ; il pourrait récidiver. Selon le secrétaire de l’ONU, Antonio Guterres,* un second désengagement des États-Unis pourrait mettre à mal l’Accord de Paris. Mais ce ne sera probablement pas la fin de tout. Une fois Trump au pouvoir, les alliés devront s’accoutumer à des politiques énergétiques bien différentes. Peut-être verra-t-on se former un club de partenaires dirigé par les États-Unis et dont la Chine serait exclue. Il y aura peut-être aussi un changement de cap sur de multiples fronts, avec de nouveaux objectifs climatiques pour 2030 et 2050 ainsi que des politiques qu’accepteront mieux entreprises et consommateurs, parce qu’elles reposeront sur un compromis entre sécurité énergétique, abordabilité et émissions – des solutions sur mesure plutôt que ces ambitieuses politiques censées répondre à tout mais que de nombreux pays répugnent à mettre en œuvre.

L’ACEUM, cette partie de plaisir. La prochaine phase de renégociation de l’ACEUM (ex-ALENA) à laquelle se livreront le Canada, les États-Unis et le Mexique en 2026 sera probablement plus compliquée sous l’administration Trump, qui entendra protéger le secteur automobile américain. « Je vais bien m’amuser »*, a déclaré Trump – ce qui est de mauvais augure. Peut-être pas pour le Canada, cependant, du fait de son grand atout : les minéraux critiques. Ils n’étaient pas au centre des dernières négociations, mais le Canada pourrait les faire valoir en 2026. En matière énergétique, Trump veut en effet s’affranchir de la filière chinoise ; Ottawa a donc tout lieu de renforcer la chaîne d’approvisionnement dont disposent les constructeurs automobiles canadiens le long de l’autoroute 401, jusqu’au Michigan – qu’il s’agisse du nickel, du cobalt, des batteries ou de l’assemblage des véhicules. Cela nous protègerait, compte tenu du fait que Trump entend taxer lourdement tous les produits importés aux États-Unis.

Que ferait Elon Musk ? Acquis à Trump (dont il sera peut-être le prochain gourou en matière d’efficacité administrative*), le patron milliardaire de Tesla est un acteur incontournable du secteur automobile nord-américain. Si le nouveau président vitupère contre le secteur manufacturier de la Chine, Musk*, quant à lui, dépend fortement des moyens de production de ce pays. Cela pourrait générer des conflits ou avoir des effets déstabilisants dont la chaîne d’approvisionnement canadienne pourrait tirer profit pour se présenter comme une avantageuse solution de remplacement. Une approche ambitieuse, certes – mais la timidité ne paie pas, actuellement.

Vers de nouvelles émissions. L’appel lancé par Trump aux producteurs de gaz et de pétrole (« forez, les gars, forez »*) va provoquer une hausse des émissions de GES américaines, surtout si la déréglementation s’accélère. Trump pourrait bien insister pour que le Canada (premier exportateur de pétrole aux États-Unis) maintienne sa production afin que les cours ne s’envolent pas. Or Ottawa vient de proposer de plafonner les émissions du secteur pétrogazier (voir point suivant). Quiconque aura à s’entendre avec la prochaine administration Trump en matière de commerce, de climat et d’énergie devra trouver l’adéquation entre les ambitions et les besoins du Canada d’une part, et, de l’autre, la nouvelle réalité américaine.

Un plafonnement déjà condamné

Comme on pouvait s’y attendre, le projet de règlement fédéral visant à plafonner les émissions de GES* du secteur pétrogazier a été accueilli froidement par l’Alberta*. La future politique climatique, qui est peut-être la plus controversée qu’ait conçue le gouvernement libéral, ressemblerait au cadre de plafonnement-échange proposé en décembre 2023.

  • Contenir les émissions. Le plafond sera fixé en 2029 et il faudra s’y conformer dès 2030 ; les quotas d’émissions, accordés gratuitement, devront être inférieurs de 27 % aux émissions déclarées en 2026. Ces droits d’émettre devront représenter au moins 80 % des émissions totales ; afin d’assurer la souplesse du mécanisme, les crédits de pollution et les paiements seront versés dans un fonds voué à la décarbonation.
  • Ce sur quoi reposent les calculs. À compter de 2030, les émissions devront être inférieures de 27 % à leur niveau de 2026. Seulement, quel sera ce niveau ? Selon Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, Ottawa table sur une baisse de 22 % des émissions au cours des deux prochaines années, ce qui semble quelque peu ambitieux. Si l’on tient pour acquis que les émissions amont du secteur pétrogazier ne changeront pas d’ici 2026, le plafond fixé en 2030 correspondra à une diminution de 15 % par rapport au niveau de référence prévu dans l’Accord de Paris (2005) ou, peut-être, à une hausse de 7 % si l’on tient compte de la souplesse accordée en matière de conformité. On entend déjà les écologistes protester.
  • N’oubliez pas le méthane. Ce gaz est censé entrer pour au moins la moitié dans la réduction des émissions. Les émissions antérieures du secteur pétrogazier canadien ont été revues à la hausse cette année (+12 %), en partie parce qu’on sous-estimait le potentiel de réchauffement climatique du méthane. Le Canada a déjà prévu des règlements visant à réduire les émissions de méthane de 75 % entre 2012 et 2030. Pour une industrie qui a du mal à réduire ses émissions, le méthane n’est pas le problème le plus difficile à résoudre.
    Faut-il repenser les marchés du carbone ? Le règlement projeté ajouterait une autre couche de complexité à la mosaïque canadienne des marchés du carbone. Comme nous l’avons souligné dans un récent rapport*, le manque d’unité entre provinces nuit au bon fonctionnement de ces marchés. Les entreprises signalent régulièrement que l’incertitude réglementaire et le manque d’harmonisation freinent leurs investissements.
  • Que nous réserve l’avenir ? Des consultations officielles débutent actuellement ; une proposition définitive est attendue au printemps. La première ministre de l’Alberta Premier, Danielle Smith, dit envisager « toutes les options juridiques » lui permettant de contrer le projet de plafonnement. On peut par ailleurs se demander si les libéraux seront au pouvoir jusqu’en octobre 2025 et pourront donc appliquer leur nouvelle politique, sachant que le Parti conservateur, auquel les sondages sont favorables, a promis de supprimer le plafond*.

LES PROBLÈMES DE CALENDRIER DE LA COP 29

Plusieurs experts ont rayé de leur agenda la 29e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, prévue à Bakou (Azerbaïdjan). Les élections américaines y sont pour quelque chose, mais il se trouve aussi qu’en raison de la semaine du climat organisée à New York*, beaucoup n’ont pas jugé nécessaire d’aller rencontrer les mêmes interlocuteurs un mois plus tard, à 9 000 kilomètres de là. Bizarrement, une partie de la COP aura également lieu en même temps que le sommet du G20, qui se tiendra les 18 et 19 novembre à Rio de Janeiro, soit à l’autre bout du monde. Bref, un calendrier peu harmonieux.

Pour ceux qui auront la chance de se rendre en Azerbaïdjan, d’y déguster les spécialités locales (kababs, plovs et autres dolmas, comme le recommande Farhad Panahov, natif de Bakou) ou de visiter un peu le Bakou historique, le programme ne s’arrête pas là.

La COP en version allégée. Joe Biden et d’autres ténors mondiaux ne participeront pas à la COP, ce qui signifie que les ONG et les délégués des pays en développement se feront davantage entendre.

Bakou est le deuxième de trois grands sommets. Les Émirats arabes unis (EAU), qui ont accueilli la COP 28, ont fait équipe avec l’Azerbaïdjan et le Brésil (futur hôte de la COP 30). Cette troïka* doit élaborer le plan directeur de la mission « 1,5 °C ». La COP 28 visait à dresser l’inventaire mondial* des besoins, la COP 29 porte sur le financement et la COP 30 aura pour but d’examiner la prochaine série de contributions déterminées au niveau national (CDN) – autrement dit, les plans climatiques des différents pays.

En attendant les CDN. Si la rencontre de Bakou aura moins d’éclat, c’est aussi parce que la plupart des pays ne divulgueront leurs nouvelles contributions qu’en février 2025. Les Nations Unies les veulent généreuses, mais depuis la mouture antérieure, qui remonte à 2020-2021, plusieurs pays se sont dotés de nouveaux dirigeants et les consommateurs comme les entreprises sont plus réfractaires aux politiques climatiques audacieuses.

L’héritage à attendre de Bakou. Un consensus sur le financement serait le résultat le plus important de la rencontre. À court d’argent, l’Europe souhaite que la Chine assume une partie de la facture mondiale, laquelle pourrait atteindre 1 000 milliards de dollars par an. De fait, comme le nouvel objectif collectif quantifié à atteindre après 2025 sera nécessairement ambitieux (l’engagement annuel n’étant actuellement que de 100 milliards de dollars américains), il faut accroître le nombre de pays donateurs. La question de savoir qui paiera la note divisera certainement les esprits.

Détournement cognitif. La COP 28 s’était terminée sur un mot fameux : c’était « le début de la fin » des combustibles fossiles. L’Azerbaïdjan, un géant du gaz*, ne semble pas de cet avis. Il faut s’attendre à voir l’Europe* croiser à nouveau le fer avec les pays producteurs de pétrole.

Pour le stockage d’énergie verte. La COP 28 tournait autour du méthane et de l’énergie nucléaire. L’Azerbaïdjan* propose aux autres pays de s’engager à se doter d’une capacité de stockage d’énergie de 1 500 gigawatts d’ici 2030. Autres propositions sur la table : rendre le secteur du tourisme moins polluant et créer un marché mondial de l’hydrogène propre.*

L’institut à l’œuvre

Lors du salon Royal Agricultural Winter Fair, qui s’est tenu le 1er novembre, Lisa Ashton, responsable de la politique agricole, a animé une table ronde sur les solutions naturelles auxquelles se prête le paysage agricole. Découvrez ici* les trois traits saillants qui s’en sont dégagés.

Le 4 novembre, nous avons tenu notre deuxième rencontre de la série « Matière à réflexion » à Montréal, où le responsable de l’institut, John Stackhouse*, a entendu des innovateurs exposer leurs idées sur la réduction des coûts et des émissions.

Nos lectures préférées du moment : Revenge of the Tipping Point (Malcolm Gladwell), Climate Capitalism (Akshat Rathi), Not The End of the World (Hannah Ritchie), Fire Weather (John Vaillant), Vampire State: The Rise and Fall of the Chinese Economy (Ian Williams). John parle de ces ouvrages ici*.

ICYMI

La concentration atmosphérique des polluants à effet de serre a atteint un niveau record en 2023*

En matière de climat, le militantisme n’est plus seulement l’affaire des jeunes*

Le premier projet de GNL mené par des Autochtones au Canada*

Comment des chaussures Nike Air ont révélé la faille d’un marché du carbone de 700 M$ US*

Reconstruire ou partir ? Les propriétaires face aux inondations répétées.

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