Skip to main content

1688646-Thumbnail-wide-1

 

  • L’Ontario doit investir 450 milliards de dollars d’ici à 2050 pour répondre à l’augmentation de la demande et devenir une plaque tournante du réseau vert, attrayante pour les industries qui cherchent à réduire ou à éliminer leurs émissions.
  • La demande croissante d’électricité pourrait mettre à rude épreuve le réseau de la province dès 2026 et même provoquer des pénuries chroniques d’ici à 2030. Pour répondre aux besoins pressants à court terme, l’Ontario envisage d’augmenter la production d’électricité à partir de gaz, ce qui, si rien n’est fait, pourrait entrer en conflit avec le règlement sur l’électricité propre que le gouvernement fédéral s’apprête à mettre en place.
  • La province peut éviter de prendre des décisions coûteuses sur son futur bouquet énergétique en adoptant des mesures politiques et des incitatifs puissants pour économiser l’énergie.
  • Des mesures opportunes de conservation de l’énergie pourraient permettre d’économiser suffisamment d’électricité pour alimenter 3 millions de foyers d’ici le début des années 2040, ce qui représente un peu plus de la moitié de la demande d’électricité résidentielle de la province.
  • Des technologies déjà disponibles, telles que les thermostats et panneaux électriques intelligents ainsi que les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation basés sur l’IA – qui peuvent améliorer considérablement l’efficacité et la durabilité du réseau – donneraient à l’Ontario la marge de manœuvre nécessaire pour gérer les pics de demande sans construire de nouvelles centrales à gaz.
  • Ces mesures pourraient permettre aux contribuables ontariens d’économiser au moins 500 millions de dollars par an en coûts de production évités chaque année pendant cette période.

Les maisons intelligentes peuvent accroître l’efficacité du réseau électrique

Les maisons intelligentes pourraient permettre aux contribuables ontariens d’économiser 500 millions de dollars par an

  • 1
    Thermostats intelligents
  • 2
    Panneaux solaires
  • 3
    Systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation intelligent
  • 4
    Distribution aux véhicules électriques de l’énergie stockée dans des batteries
  • 5
    Ampoules DEL pour la conservation
  • 6
    Isolation et étanchéité pour réduire la consommation d’électricité de la thermopompe
  • 7
    Panneau électrique intelligent
  • 8
    Prises Wi-Fi
  • 9
    Électroménagers éconergétiques
  • 10
    Chauffe-eau à thermopompe

L’Ontario se prépare à affronter un accroissement de la demande d’électricité.

La croissance rapide de la population de la province, l’électrification de l’industrie et le vieillissement des réacteurs nucléaires feront passer le réseau électrique de la province de décennies d’excédents confortables à des pénuries critiques en l’espace de quelques années seulement. D’ici à 2026, le réseau de la province pourrait avoir du mal à répondre à la demande pendant les périodes de pointe ; d’ici à 2030, la montée en flèche de la demande pourrait dépasser la capacité de production.

De toute évidence, la construction de nouvelles centrales électriques sera inévitable dans les années à venir. La Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE), qui gère le marché de l’électricité de la province, prévoit d’importer de l’électricité (principalement du Québec), de développer les énergies renouvelables, de stocker l’électricité dans des batteries et de faire l’essai de nouveaux réacteurs nucléaires pour répondre à la demande. Mais la SIERE lance également un appel d’offres pour de nouvelles centrales électriques au gaz qui sont essentielles pour gérer les pressions sur la capacité à court terme.

 

Cette stratégie pourrait entrer en conflit avec le Règlement sur l’électricité propre (REP) prévu par Ottawa, qui interdira les centrales électriques au gaz traditionnelles pour garantir un réseau électrique carboneutre d’ici à 2035.

L’électricité génère 7,7 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, ce qui en fait la sixième source d’émissions du pays.
Le pays s’enorgueillit d’avoir l’un des réseaux les plus propres au monde, mais cette réputation est menacée car des provinces comme l’Ontario, l’Alberta et la Saskatchewan restent fortement dépendantes du gaz naturel et le considèrent comme une source essentielle et fiable pour répondre à la demande future.

Le REP proposé s’appuie sur les réglementations fédérales relatives au charbon qui prévoient l’élimination progressive des unités traditionnelles de production d’électricité à partir de charbon d’ici à 2030, et vise à prévenir les émissions générées par le réseau au fur et à mesure que d’autres secteurs s’électrifient. La demande croissante de véhicules et de thermopompes électriques, de sidérurgie alimentée à l’électricité et de fabrication de batteries, entre autres, entraînera une expansion rapide du réseau au cours des prochaines décennies. Laissées à elles-mêmes, certaines provinces ont prévu d’ajouter de l’électricité produite à partir de gaz naturel, annulant ainsi en partie les réductions d’émissions de ces secteurs.

Le gouvernement fédéral estime que les crédits d’impôt sur l’électricité récemment annoncés devraient compenser le coût de l’élimination du gaz du bouquet énergétique ou de l’installation d’un système de captage du carbone, mais plusieurs provinces affirment qu’il sera difficile de construire suffisamment de centrales électriques non émettrices pour respecter le calendrier d’Ottawa. L’Alberta et la Saskatchewan, qui abandonnent rapidement le charbon comme source d’énergie, hésitent à fermer la porte au gaz naturel sans s’être assurées de la fiabilité des autres sources.

La mise en œuvre du REP dans sa forme et son calendrier actuels pourrait donner lieu à une lutte fédérale-provinciale.

En tant que principal moteur économique du pays et province la plus peuplée, l’Ontario est confrontée au défi le plus immédiat.
Mais il est hasardeux d’investir 450 milliards de dollars dans la production, le transport et la distribution d’ici à 2050 sans connaître l’ampleur de la demande.

Pour assurer une transition accélérée mais ordonnée, l’Ontario devra faire les deux : accroître l’offre, mais aussi trouver d’autres moyens de gérer la demande entre-temps.

Le rapport de RBC sur la transition à 2 billions de dollars estime que des investissements annuels de 5,4 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et les batteries sont nécessaires pour économiser environ 11 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre, mais le gaz naturel devra jouer un rôle stabilisateur pour assurer une transition énergétique ordonnée.

À mesure que les sources d’énergie fiables de l’Ontario, telles que les centrales nucléaires, sont remises à neuf et que les centrales au charbon sont fermées, la province privilégie la production d’électricité à partir de gaz naturel. Mais cette stratégie est en contradiction avec les objectifs fédéraux de carboneutralité : une estimation récente de la SIERE prévoit le triplement des émissions d’ici à la fin de la décennie, les centrales au gaz devant répondre à la demande croissante et à la baisse de la production nucléaire.

Ne plus dépendre du gaz

Que peut faire la province pour gagner du temps et éviter de se lancer trop tôt dans une production coûteuse de gaz naturel ?

L’une des solutions consiste à utiliser des leviers politiques pour retarder la demande. Les économies d’énergie peuvent donner à la province le temps de construire des sources d’énergie plus propres et à grande échelle, telles que l’hydroélectricité et le nucléaire, au lieu du gaz, ce qui permet d’économiser de l’argent à long terme, comme nous l’écrivions l’année dernière dans Le prix de l’énergie.

Le report d’engagements financiers importants permettra de maintenir l’électricité à un prix abordable et donnera à l’Ontario le temps de se redéfinir en tant que pôle manufacturier à faible émission de carbone, attirant des entreprises actives dans les chaînes d’approvisionnement des voitures électriques, la production de métaux verts et les technologies propres.

La bonne nouvelle : il existe une technologie que l’Ontario peut utiliser pour faire face à l’imminence de la demande et retarder le moment de s’engager pleinement dans la production d’électricité à partir de gaz naturel. Il sera également essentiel de modifier les attitudes et les habitudes des consommateurs pour promouvoir la flexibilité de la demande et l’efficacité énergétique afin de réaliser des économies importantes et d’atténuer les pressions sur le réseau.

D’ici 2040, l’Ontario pourrait répondre à près de 20 % de la croissance de sa demande d’électricité grâce à des mesures de conservation économiquement viables.

La conservation de l’électricité est souvent négligée, car elle n’a guère contribué à réduire les émissions du réseau déjà vert de l’Ontario, mais elle pourrait devenir un levier politique essentiel pour éviter la construction de nouvelles centrales au gaz. D’ici 2040, l’Ontario pourrait répondre à près de 20 % de la croissance prévue de la demande – soit 28 térawattheures (TWh) – grâce à des mesures de conservation économiquement viables. Cela permettrait aux contribuables ontariens d’économiser au moins 500 millions de dollars par an d’ici à 2040.

Cela a déjà fonctionné par le passé. Au cours des deux dernières décennies, malgré un ralentissement de la croissance de la demande, les programmes de conservation de la SIERE ont dépassé la demande. Grâce au financement des travaux de modernisation et de l’éclairage à DEL, entre autres, les économies d’électricité ont doublé entre 2014 et 2021, passant de 11 TWh à près de 22 TWh. La demande n’a augmenté que de 7 TWh en comparaison.

Pour maximiser son potentiel, l’Ontario devra tirer parti de la technologie pour déplacer les pics de consommation afin d’éviter de devoir accroître la capacité de production dès maintenant.

La technologie intelligente à la rescousse du réseau

L’Ontario peut s’appuyer sur sa réputation de chef de file en matière d’innovation dans le domaine des réseaux pour favoriser une utilisation intelligente de l’énergie. C’est l’une des seules juridictions au monde où un compteur intelligent est installé dans presque tous les foyers. Cela a permis à la province de mettre en place une politique de tarification au compteur horaire pour gérer la demande en période de pointe.

La flexibilité de la demande permet aussi de mieux s’adapter aux sources variables à émissions nulles, comme l’énergie éolienne et l’énergie solaire. Si les incitations financières adéquates suscitent un changement comportemental, les consommateurs pourraient être amenés à installer des panneaux solaires, des thermostats intelligents et des panneaux électriques intelligents susceptibles d’améliorer l’efficacité du réseau.

Actuellement, le réseau centralisé de l’Ontario sous-utilise ces technologies. Voici quelques moyens pour la province de tirer parti des nouvelles technologies.

 
  • Plus payantes : Les propriétaires de VE économisent de l’argent lorsqu’ils rechargent leur voiture pendant la nuit. Mais que se passerait-il s’ils pouvaient consommer eux-mêmes cette énergie lorsqu’ils allument leur cuisinière à induction ou revendre au réseau l’énergie résiduelle de leur voiture ? D’après nos recherches, les propriétaires de VE pourraient gagner jusqu’à 100 dollars par mois. Ces paiements pourraient compenser les coûts d’amélioration de la distribution pour les ménages, même si des améliorations de l’infrastructure seront nécessaires pour faciliter la nouvelle technologie « véhicule-réseau ». Si l’on s’y prend bien, ces paiements pourraient également permettre à la province d’économiser de l’argent, car le stockage de l’énergie dans les VE pourrait être moins coûteux que les batteries à usage unique des services publics. Donner aux consommateurs les bons signaux de prix peut favoriser une demande plus réactive. Une étude menée en Californie, où les prix de l’électricité sont plus élevés qu’en Ontario, a révélé que les consommateurs réduisaient leur demande de 18 % en réponse aux notifications concernant les pics du système lorsqu’ils touchaient une compensation en contrepartie.
  • Plus intelligentes : Les systèmes de surveillance domestique raccordés à des panneaux électriques ou intelligents peuvent être associés à des prises Wi-Fi et à des thermostats intelligents pour contrôler à distance les appareils, les lumières, le chauffage et la climatisation afin d’éviter les pics de consommation d’électricité. À Montréal, le logiciel d’intelligence artificielle de la jeune entreprise Brainbox a permis de réduire de 10 % la consommation d’électricité d’une grande tour de bureaux en éliminant les inefficacités du système.
  • Plus souples : Grâce à la mise en place de systèmes intelligents, les panneaux électriques peuvent avertir les consommateurs que la sécheuse qu’ils viennent de mettre en marche fonctionnera de manière plus économique dans une heure. Ou encore, lorsque le système prévoit de nouveaux pics, les chauffe-eau intelligents pourraient préchauffer et stocker de l’eau chaude pour plus tard dans la journée. Cela pourrait être la clé pour gérer un réseau qui dépend de plus en plus de l’énergie renouvelable variable.
  • Plus accessibles : Les programmes actuels de réponse à la demande de l’Ontario se concentrent sur une compensation versée au secteur industriel et aux grands bâtiments pour qu’ils réduisent la demande pendant les périodes de pointe. En trouvant des moyens d’encourager l’adoption généralisée et décentralisée de ces technologies, on peut aider les consommateurs à profiter des services qu’ils peuvent fournir au réseau (et à être payés en retour), ce qui réduit le coût de l’électrification.
  • Plus rentables : L’efficacité énergétique traditionnelle peut également soulager le réseau électrique de l’Ontario. Pensez à des solutions analogiques comme les ampoules DEL, les appareils électroménagers à faible consommation d’énergie, les pompes de piscine efficaces pour les propriétaires. Les programmes de modernisation devront également être élargis, avec le soutien de la SIERE.

Des mesures en faveur d’un réseau vert et efficace

L’Ontario est dans une position enviable pour amener les consommateurs d’électricité à changer leurs habitudes. Des ajustements de la tarification au compteur horaire sont déjà établis pour déplacer la demande en dehors des périodes de pointe. Mais comme le tarif de nuit est le moins cher, les consommateurs ne seront peut-être pas disposés à modifier leurs habitudes autrement que pour la recharge des véhicules électriques.

Malgré le succès des programmes d’efficacité énergétique, rien ne garantit que les consommateurs investiront dans des améliorations en l’absence de sensibilisation ou d’incitatifs financiers. Le secret sera d’aider les consommateurs à prendre conscience du coût de leurs actions et de les tarifer suffisamment pour qu’ils modifient leurs habitudes. Nous devrons soutenir l’investissement des ménages dans les technologies permettant d’atteindre plus rapidement les objectifs fixés et aider les ménages à faibles revenus à passer à l’étape suivante.

Les pistes d’action ci-dessous devraient idéalement être menées de front afin de maximiser les avantages pour les consommateurs, l’industrie et la province.

Des idées pour aller de l’avant

  • Le ministère de l’Énergie de l’Ontario devrait ordonner à la SIERE d’accélérer et d’élargir les programmes d’efficacité énergétique rentables.
  • Les programmes d’efficacité énergétique devraient financer l’adoption par les ménages à faible revenu de technologies intelligentes appliquées aux panneaux électriques, aux thermostats et aux chauffe-eau, afin qu’ils puissent profiter de la nouvelle structure tarifaire.
  • Les incitatifs économiques de la tarification au compteur horaire actuelle ne sont pas suffisants pour pousser les consommateurs à déplacer leur consommation d’énergie vers les périodes creuses et les périodes médianes. Après avoir soutenu l’adoption des technologies et la rétroaction sur la tarification en temps réel, la Commission de l’énergie de l’Ontario devrait instaurer des tarifs plus élevés pour les périodes de pointe et établir la tarification au compteur horaire comme mesure par défaut, assortie d’une aide financière pour les ménages à faible revenu.
  • Les services publics devraient adopter une approche de la tarification davantage axée sur le consommateur, en informant clairement les contribuables des conséquences tarifaires de leurs habitudes de consommation d’électricité.
  • Par défaut, permettre aux propriétaires et aux exploitants de bâtiments dotés d’une capacité de production d’énergie renouvelable sur site de revendre le surplus d’énergie au réseau électrique pendant les pics de demande.

Pour en savoir plus, allez à Pôle Climat (rbc.com).

Télécharger le rapport

Télécharger

Collaborateurs

Auteur principal : Colin Guldimann, premier économiste, Institut d’action climatique RBC

Institut d’action climatique RBC
Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique
Yadullah Hussain, directeur de rédaction
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

1688646-Thumbnail-wide-1

Le Canada possède le plus long littoral au monde. Ses 243 000 km équivalent à neuf fois le tour de la terre.

L’ampleur du territoire joue un rôle essentiel dans l’économie canadienne : elle soutient 300 000 emplois et un vigoureux commerce extérieur, et ses secteurs du transport maritime, de produits alimentaires de la mer et de l’énergie contribuent 31,7 milliards de dollars par an au produit intérieur brut du pays.

Pourtant, son plus grand potentiel – son apport en puissance à la lutte contre les changements climatiques – reste largement inexploité.

En effet, le pouvoir de séquestration du carbone des océans n’est égalé par aucun autre secteur. Les océans absorbent 31 % des émissions mondiales de CO2 en capturant et stockant le « carbone bleu » par divers processus faisant intervenir les mangroves, les herbiers de zostères marines et les marais salési.

Les conséquences financières de cette ignorance s’alourdissent à mesure que de plus en plus de pays se lancent dans la cartographie de leurs fonds marins et dans le développement du marché du carbone bleu, qui en est à ses balbutiements. Les crédits de carbone bleu valent deux à trois fois les crédits de carbone classiques en raison d’un potentiel de séquestration nettement plus élevé et de services écosystémiques supplémentaires. Selon les premières estimations, le carbone bleu du Canada représente un marché de 3,5 milliards de dollars US.

La zostère et les marais salés

  • La zostère est une espèce d’herbe aquatique que l’on trouve au large des côtes canadiennes de l’Atlantique, du Pacifique et de l’Arctique.
  • La zostère favorise la biodiversité et constitue un habitat pour la faune marine comme les anguilles, les homards, les crabes et les morues. Contrairement à la laminaire ou aux algues, la zostère possède des racines et fleurit.

  • Les marais salés, que l’on trouve tout le long du littoral canadien, constituent une zone de transition entre les milieux terrestres et marins et un tampon contre l’érosion côtière.
  • Ils constituent un habitat essentiel pour diverses espèces végétales et animales.

Le grand défi de la cartographie canadienne

La réalisation de ce potentiel économique par la cartographie des fonds marins et des côtes pourrait apporter d’importants avantages intersectoriels : accroître la résilience des pêcheries, récompenser la conservation et améliorer la défense nationale. Il faudra toutefois surmonter les mêmes obstacles que ceux qui affectent la séquestration du carbone dans les sols : comment mesurer le carbone séquestré dans les écosystèmes côtiers et en faire la preuve.

Cycle de séquestration du carbone dans les marais littoraux

Nos actifs les plus précieux en matière de carbone bleu

Bien que d’autres organismes marins, comme les macroalgues, puissent séquestrer et stocker le carbone, les zostères et les marais salés sont les actifs de carbone bleu les plus prometteurs dont nous disposons. Cela s’explique à la fois par l’importance de leur stock de carbone actuel et par les avantages immédiats que présentent leurs écosystèmes. Par le jeu de la chimie et du processus de photosynthèse des organismes marins, le dioxyde de carbone se dissout dans l’eau pour créer de l’acide carbonique, une forme de carbone qui ne s’extrait pas facilement des océans. La zostère (une plante marine dont les feuilles ressemblent à des rubans) peut stocker deux fois plus de carbone que les forêts terrestres, tandis que les marais salés peuvent séquestrer le carbone 11 fois plus efficacement que des prairies et environ 125 fois plus que des forêts.

Environ 90 % des herbiers de zostères du Canada atlantique ont été décimés depuis les années 1930. Et les marais salés de nombreuses régions côtières ont été convertis en terres agricoles ou ont été inondés pour faire place à des barrages hydroélectriques.

Actuellement, le marché mondial du carbone bleu – auquel participent des pays comme l’Australie, l’Indonésie, les Bahamas et bien d’autres encore – représente plus de 190 milliards de dollars US (81 millions de tonnes de carbone)ii. Malgré le potentiel du Canada à devenir le plus important participant de ce marché, notre présence demeurera négligeable sans une stratégie nationale en la matière.

Il faut agir maintenant. Voici trois étapes clés pour l’élaboration d’une stratégie canadienne en matière de carbone bleu :

  • Étape 1 :
    Les communautés autochtones doivent prendre l’initiative

Pour qu’une stratégie sur le carbone bleu soit efficace, les communautés autochtones doivent être les principales parties prenantes de sa gestion. Un grand nombre des herbiers de zostères et des marais salés encore présents au Canada se trouvent dans ou près des collectivités autochtones et sont protégés pour des raisons d’alimentation et d’intégrité écologique. Les Cris, par exemple, protègent les zostères parce que les bernaches du Canada, qui constituent un élément essentiel de leur régime alimentaire, s’en nourrissent.

Les tâches telles que la cartographie et le suivi des stocks de carbone – essentielles pour les marchés de la compensation volontaire – peuvent être mieux organisées et menées par les communautés autochtones. Enfin, les programmes de carbone bleu peuvent constituer une nouvelle source de revenus pour ces groupes.

La technologie permettant de cartographier les écosystèmes et de mesurer la séquestration du carbone au Canada n’est pas efficace à l’heure actuelle. L’imagerie satellitaire et les drones peuvent être utiles dans certaines circonstances, mais contrairement aux régions tropicales où les eaux sont très claires, celles du littoral canadien sont trop troubles pour être cartographiées à l’aide de ces outils. L’imagerie hyperspectrale pourrait permettre de surmonter ces difficultés, mais les satellites commencent à peine à utiliser des capteurs dotés de telles capacités. L’approche la plus efficace, bien que longue, consiste à cartographier manuellement les sites. De nombreuses communautés autochtones du Canada ont déjà commencé à le faire. Il est nécessaire de financer le développement des aptitudes en science des données et en systèmes d’information pour que les groupes autochtones soient prêts à administrer les protocoles de crédits carbone de la manière la plus efficace et la plus rentable possible.

  • Étape 2 :
    Commencer par la cartographie et la recherche

La création d’un marché de la compensation volontaire pour les actifs de carbone bleu du Canada est essentielle et ne se fera pas sans cartographie ni recherche. Comme pour l’agriculture, nous devons mettre au point des systèmes efficaces de mesure, de déclaration et de vérification garantissant que les activités qui séquestrent de grandes quantités de carbone font l’objet d’un suivi précis.

Plus de 300 000 hectares d’herbiers de zostères et de marais salés ont déjà été recensés le long du littoral canadien. Mais il ne s’agit probablement que d’une infime partie de nos actifs de carbone bleu (les experts affirment que nous n’avons peut-être cartographié que 10 % de l’ensemble de nos fonds marins côtiers). La cartographie du littoral canadien a été à la fois sous-étudiée et sous-financée, comparativement à d’autres pays. Les Bahamas ont récemment découvert plus de 9,2 millions d’hectares d’herbiers marins au large de leur littoral, ce qui éclipse les stocks officiels du Canadaiii.

Cartographier coûte de l’argent. Bien que l’initiative Blue Carbon Canada ait reçu un financement de 1,59 million de dollars pour trois années de recherche visant à évaluer le stock de carbone des zostères, des marais salés et des laminaires, une somme bien plus importante sera nécessaire pour comprendre véritablement le potentiel du Canada.

Qu’est-ce qui nous freine ? En partie, une mentalité qui considère l’extraction comme plus importante que la conservation. Pendant longtemps, la cartographie du littoral canadien était considérée comme une activité moins rentable que l’exploitation minière ou la pêche. L’essor du marché du carbone bleu pourrait changer la donne. Mais le Canada devra rattraper les pays qui ont des décennies d’avance dans la cartographie de leurs côtes.

Ce n’est qu’au cours des trois dernières années que le Canada a commencé à s’investir sérieusement dans l’étude de son littoral. Les États-Unis ont sans doute des décennies d’avance, notamment en ce qui concerne l’étude des cycles de séquestration du carbone par les zostères et les marais salés. Cela tient principalement aux nombreux projets de restauration, de qualité de l’eau et de biodiversité concernant les plantes aquatiques et les marais salés dans l’ensemble du territoire américain, en particulier la baie de Chesapeake.

  • Étape 3:
    Entreprendre dès maintenant la conservation et la restauration des herbiers de zostères et des marais salés

Le marché du carbone bleu au Canada peut être évalué à 130 millions de dollars US par année ou à 3,5 milliards de dollars US d’ici 2050, d’après les estimations de la taille, du stock de carbone et du taux de séquestration des zostères et des marais salés du Canada. D’ici 2030, les zostères et les marais salés situés dans les marais littoraux pourraient séquestrer 17,2 millions de tonnes métriques d’équivalent CO2/aniv. Cependant, selon une nouvelle étude de l’université de Colombie-Britannique, le stock total de carbone des herbiers de zostères dans les 100 cm supérieurs des sédiments est d’environ 88 millions de tonnes métriquesv.

Un marché de crédits de carbone bleu peut permettre aux entreprises et aux organisations d’acheter et de vendre des compensations de carbone pour atteindre leurs propres objectifs. Contrairement aux marchés de conformité, les marchés de la compensation volontaire sont autogérés et n’imposent légalement aucune réduction d’émissions à leurs participants. Ils complètent les marchés de conformité, offrant au secteur privé la possibilité d’acheter, de générer et de vendre des crédits d’émission de carbone. Les propriétaires d’actifs, comme les entreprises, les investisseurs privés, les agences publiques ou les organisations non gouvernementales, peuvent acheter ces crédits. Les marchés de la compensation volontaire présentent l’avantage, contrairement aux marchés de conformité, de permettre la mise sur pied de projets plus expérimentaux et innovants (en partie grâce à une surveillance réglementaire moins restrictive). Ils offrent aux participants la possibilité de réduire leurs émissions au-delà de leurs obligations dans un marché réglementé et élargissent le bassin de participants.

Type de marché de compensation de carbone Réglementé Volontaire
Réglementé par des régimes nationaux, régionaux ou internationaux de réduction des émissions
Marché libre avec des crédits négociables
S’appuie sur des organismes de normalisation indépendants
Réduction des émissions imposée par la loi
Réduction facultative des émissions

Cependant, pour mener à bien un programme de carbone bleu efficace, nous devons passer de la conservation des actifs de carbone bleu actuels à la restauration des écosystèmes marins détruits. Les écosystèmes de zostères et de marais salés disposent déjà d’un stock de carbone substantiel et sont efficaces pour séquestrer le carbone tout en constituant des habitats marins vitaux. Il faut des années pour planter des zostères ou restaurer des marais salés qui pourront ensuite se développer de manière à stocker et à séquestrer le carbone. Leur destruction entraîne la libération du carbone stocké depuis des millénaires. Les activités de conservation devraient être axées non seulement sur la création de zones environnementales protégées, mais aussi sur la limitation de toute activité humaine susceptible de les perturber. Ces initiatives peuvent inclure l’élaboration de plans de gestion des écosystèmes côtiers, la promotion de la pêche durable et la prévention de la destruction des habitats.

La restauration des herbiers de zostères et des marais salés prendra au moins une décennie et se fera graduellement. Néanmoins, il est essentiel de commencer dès maintenant. Il faut au moins dix ans pour que les herbiers de zostères poussent, et plus encore pour qu’ils séquestrent efficacement le carbone. Les marais salés peuvent se développer plus rapidement, mais il faudra les réimplanter dans des zones qui avaient été converties à des fins agricoles. Non seulement les projets de restauration peuvent-ils engendrer des crédits de carbone précieux et de grande qualité, mais ils présentent aussi le net avantage d’augmenter le stock de poissons en tant qu’habitat marin.

En fin de compte, les initiatives de conservation et de restauration doivent également soutenir les valeurs et les besoins des communautés locales, la biodiversité et le développement rural. La libération du carbone actuellement stocké dans les herbiers de zostères et les marais salés imposerait par ailleurs un lourd tribut. Le « coût social du carbone » est estimé à 2,5 milliards de dollars US par an.

Conclusion:
La perfection est l’ennemie de la mise en œuvre

Le Canada ne peut pas attendre la perfection. Nous devons immédiatement commencer à mettre en œuvre une stratégie de carbone bleu. Pour ce faire, le gouvernement fédéral devrait envisager d’adopter une approche à deux volets.

Premièrement, les écosystèmes de zostères et de marais salés qui stockent actuellement du carbone doivent être protégés. Des politiques devraient être élaborées avec les communautés qui dépendent de la pêche pour leur subsistance afin de garantir leur ralliement et leur participation aux futurs marchés du carbone bleu. Une séparation claire des compétences ministérielles entre Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) et le ministère des Pêches et des Océans (MPO) peut garantir que le déploiement des programmes ne soit pas compromis par des chevauchements bureaucratiques. Par exemple, ECCC a autorité sur les marais salés jusqu’à la ligne de marée haute, tandis que le MPO gère l’océan dans son ensemble. C’est principalement ECCC qui reçoit le financement pour la recherche sur les changements climatiques, au détriment de l’expertise et des recherches du MPO. Pour que cette stratégie soit efficace, il faut que les deux ministères participent et que leurs rôles soient clairement définis. Par une approche intergouvernementale descendante, le gouvernement fédéral peut également motiver et guider les provinces dans la collecte de données sur les actifs de carbone bleu actuels.

Deuxièmement, il faut accroître le financement des études sur les stock de carbone des herbiers de zostères et des marais salés. Le gouvernement devrait collaborer davantage avec les chercheurs pour effectuer un inventaire national des stocks de carbone bleu, sachant qu’il faudra des années, et non des mois, pour obtenir des résultats prometteurs. Cette recherche contribuera à l’élaboration d’un éventuel marché volontaire de crédits de carbone bleu. Elle permettra d’assurer que les valeurs mesurées par la suite sont raisonnables.

Le carbone bleu peut constituer l’initiative déterminante du Canada dans la lutte contre les changements climatiques. Il suffit que nous nous montrions à la hauteur du défi.

Contributors:

Auteur principal: Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, RBC

RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
Farhad Panahov, économiste
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques

Remerciements :
Kristina Boerder, chercheuse – Future of Marine Ecosystems Lab, Département de biologie, Université Dalhousie
Mary O’Connor, professeure, Département de zoologie, directrice, Centre de recherche de la biodiversité, Université de la Colombie-Britannique
Melisa Wong, Ph. D., chercheuse, Pêches et Océans Canada

  1. Nicolas Gruber et al., The oceanic sink for anthropogenic CO2 from 1994 to 2007.Science 363,1193-1199(2019). DOI :10.1126/science.aau5153
  2. Friess DA, Howard J, Huxham M, Macreadie PI, Ross F (2022) Capitalizing on the global financial interest in blue carbon. PLOS Clim 1(8) : e0000061. https://doi.org/10.1371/journal.pclm.0000061
  3. Gallagher, A.J., Brownscombe, J.W., Alsudairy, N.A. et al. Tiger sharks support the characterization of the world’s largest seagrass ecosystem. Nat Commun 13, 6328 (2022). https://doi.org/10.1038/s41467-022-33926-1
  4. C. Ronnie Drever et al., Natural climate solutions for Canada.Sci. Adv.7, eabd6034(2021). DOI : 10.1126/sciadv.abd6034
  5. Christensen, M.S. (2023). Estimating blue carbon storage capacity of Canada’s eelgrass beds. Université de la Colombie-Britannique.
  6. L’additionnalité constituera un défi lorsque les herbiers de zostères ou les marais salés sont situés à proximité d’affluents de forêts qui ont émis des crédits.

1688646-Thumbnail-wide-1

Pourquoi nous avons rédigé ce rapport

Le marché immobilier canadien est au bord de l’explosion. Notre parc de logements actuel est déjà largement inférieur aux besoins des Canadiens et il nous faudra bientôt trouver un moyen de répondre à la hausse record de la demande des nouveaux Canadiens. Cela signifie qu’il nous faudra construire près de six millions de nouvelles maisons.

La construction de façon durable (une exigence nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques) de ces maisons ouvre la voie à des débouchés économiques. Le Canada peut mener la prochaine ère écologique du secteur de la construction nord-américain, définie notamment par de nouveaux matériaux de construction, des systèmes intelligents de construction et l’utilisation de systèmes de chauffage et de refroidissement à faibles émissions. En plus de la construction des bâtiments, nous devrons constituer de nouvelles chaînes logistiques, regrouper une main-d’œuvre qualifiée et bâtir surtout une économie moderne qui facilite la transition.

C’est cet enjeu qui a incité RBC Institut d’action climatique et le Brookfield Sustainability Institute du Collège George Brown à entamer une collaboration, en commençant par ce document. Tours à faibles émissions de carbone : le défi zéro émission nette de 40 milliards $ du Canada vise à informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi à mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de la construction d’édifices plus durables.

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC

Luigi Ferrara, président du conseil et chef de la direction, Brookfield Sustainability Institute

Points importants

  • D’ici 2030, le Canada aura besoin de 5,8 millions de nouvelles habitations, soit 40 % de plus, car la crise d’accessibilité à la propriété et le pic d’immigration actuels font augmenter la demande.
  • Si on les construit selon les pratiques actuelles et les codes qui sont en vigueur, ces structures ajouteront chaque année jusqu’à 18 Mt (millions de tonnes) d’émissions de gaz à effet de serre à notre bilan carbone.
  • Les émissions provenant de la production du ciment et de l’acier utilisés pour les construire s’ajouteront
  • Avec environ 90 Mt de gaz à effet de serre par année, les bâtiments actuels comptent déjà parmi les plus grands émetteurs du Canada.
  • Pour atteindre nos objectifs de carboneutralité, nous devrons changer notre façon de construire et ce que nous construisons. Nous devrons également moderniser nos bâtiments actuels en rénovant quelque 16 millions d’habitations et 750 millions de mètres carrés de locaux commerciaux.
  • Il faudra à cette fin des investissements de plus de 40 milliards de dollars par an, dont 60 % pour les rénovations et le reste pour les nouvelles constructions1.
  • Les nouvelles technologies seront essentielles. L’utilisation des pompes à chaleur (qui gagne déjà du terrain dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie-Britannique) doit se généraliser, augmenter et finir par remplacer les fournaises au gaz, qui constituent la plus importante source d’émissions des bâtiments.

Key Charts



 

Sept idées

Les provinces devraient établir des normes d’émissions de plus en plus strictes pour les immeubles nouveaux et existants.

Les codes pour la construction de nouveaux bâtiments doivent se renforcer rapidement, et les émissions autorisées dans les structures actuelles doivent diminuer peu à peu selon un plan transparent, mais ambitieux. Il importe de réduire graduellement les ventes de technologies et de matériaux à fortes émissions de carbone, conformément à ce plan.

Les propriétaires d’immeubles sont tenus de recueillir les données relatives aux émissions et aux rénovations, et de les diffuser

Une base de données nationale en libre accès présentant les effets des diverses améliorations apportées à tous les types de bâtiments peut aider les propriétaires à élaborer des plans d’investissement pour respecter les règlements susmentionnés. Tous les paliers de gouvernement doivent contribuer au paiement des coûts de la base de données.

Les commissions des services publics doivent transmettre les bons messages sur les prix

Les provinces peuvent utiliser les tarifs d’électricité pour encourager l’installation de pompes à chaleur dans les grands bâtiments, ainsi que les économies d’énergie et le déplacement de la demande dans les plus petits.

Il faut cibler l’abordabilité grâce à l’assurance prêt hypothécaire, aux prêts et aux règles d’utilisation du sol.

Ottawa doit autoriser la prolongation de la période d’amortissement maximale pour les prêts hypothécaires verts assurés et accorder des subventions directes plus importantes aux acheteurs de pompes à chaleur à faibles revenus. Les administrations municipales doivent réduire les frais de développement et augmenter la densité autorisée pour les bâtiments durables. Les banques doivent examiner comment modifier les critères de crédit afin d’aider les propriétaires à acheter des logements écologiques plus coûteux.

Les municipalités doivent créer des quartiers à faibles émissions de carbone.

Désigner des zones de bâtiments à faibles émissions de carbone (p. ex. des bâtiments en bois massif, l’utilisation de nouvelles formes de béton ou des maisons préfabriquées), plutôt que des emplacements précis, afin d’augmenter rapidement l’échelle des projets pilotes.

Améliorer les compétences des travailleurs, faire croître la main-d’œuvre et adopter de nouvelles méthodes de conception.

Les syndicats et les employeurs peuvent unir leurs efforts pour enseigner aux travailleurs les méthodes de construction nécessitant moins de main-d’œuvre. Le gouvernement fédéral peut élaborer une politique d’immigration mieux ciblée afin d’attirer les nouveaux arrivants possédant les compétences requises en construction.

Les participants du secteur peuvent collaborer pour favoriser l’innovation au sujet des pompes à chaleur, ainsi que leur approvisionnement.

Les groupes sectoriels peuvent cibler d’autres pays froids pour améliorer les pompes à chaleur destinées aux climats froids et réduire leur coût. Les gouvernements peuvent appuyer les missions commerciales et stimuler la production nationale de pompes et de composants, notamment grâce à des synergies avec d’autres fabricants et innovateurs canadiens (p. ex. les fabricants de pièces automobiles).

Pourquoi il faut rendre l’environnement bâti du Canada plus durable

Il y a longtemps que les bâtiments sont au cœur du problème d’émissions du Canada.

Chauffés par des fournaises au gaz, alimentés par de l’électricité produite avec du charbon et soutenus par des fondations en béton à fortes émissions, nos bâtiments sont notre troisième source d’émissions de gaz à effet de serre en importance après les secteurs de l’énergie et du transport. Au total, ils génèrent un huitième de nos émissions, soit environ 90 millions de tonnes (Mt) de dioxyde de carbone par année. De plus, ces émissions augmentent, car on construit plus de maisons et de locaux commerciaux chauffés au gaz naturel.

Pour atteindre nos objectifs climatiques, nous devons bâtir d’une nouvelle façon. La conception et la modernisation peuvent nous permettre de faire bien plus que réduire nos émissions. Nous pouvons transformer nos bâtiments en puissants moteurs de transition durable qui serviront de bornes de recharge pour les véhicules électriques, de générateurs d’énergie solaire et de puits de carbone emprisonnant les émissions stockées dans les matières premières.

L’« environnement bâti » du Canada, c’est-à-dire les centres commerciaux, les habitations et les tours de bureaux qui sont au cœur de nos existences, est essentiel à l’économie. Les services immobiliers et le secteur de la construction produisent directement un cinquième du PIB, car des bâtiments commerciaux sont nécessaires à un vaste éventail d’activités économiques qui s’étendent des magasins de vente au détail aux chaînes de montage. Cependant, presque la moitié de notre parc immobilier a été construit avant 1980, époque où l’efficacité énergétique n’était pas une priorité absolue. Qui plus est, au Canada, la fraîcheur du climat et l’abondance de gaz naturel nous ont longtemps amenés à chauffer nos habitations généreusement sans avoir à faire attention aux émissions.

Ce n’est plus possible maintenant. Notre parc de logements actuel est déjà largement inférieur aux besoins des Canadiens et la flambée des prix rend la propriété de plus en plus inaccessible. Comme nos objectifs d’immigration records amèneront 5,5 millions de nouveaux arrivants au Canada d’ici 2035, nous devrons accroître notre parc de logements de 40 % au cours des dix prochaines années, et ce, sans augmenter les émissions.

L’ampleur de cette tâche est sans doute colossale, mais elle nous donne aussi la possibilité de repartir à zéro. Certaines entreprises canadiennes saisissent cette occasion en prenant l’initiative de développer des technologies de construction favorables au climat. La société Element5 de St Thomas, en Ontario, produit une technologie liée au bois massif qui permet d’en coller plusieurs couches ensemble afin de produire du bois suffisamment solide pour remplacer l’acier et le béton habituellement utilisés dans les bâtiments. L’entreprise QuadReal de la Colombie-Britannique est en train de transformer un entrepôt de Toronto en centrale solaire en installant sur son toit de nombreux panneaux destinés à alimenter des camions de livraison électriques. De plus, la société torontoise Morgan Solar conçoit des stores qui servent également de panneaux solaires. En exportant ces solutions de construction intelligente, en faisant croître l’économie et en réduisant ses propres émissions, le Canada peut jouer un rôle de chef de file en Amérique du Nord.

Nos constructeurs devront relever le défi d’intégrer ces innovations à faibles émissions de carbone à leurs activités courantes. Ils devront aussi composer avec le fait qu’au Canada, les espaces de vie sont plus vastes que dans la plupart des pays développés.

 

Les pénuries de main-d’œuvre, le fait que les systèmes électriques peinent à répondre à la demande et les tensions s’exerçant sur les chaînes logistiques liées aux nouvelles technologies constitueront d’importants obstacles. Le coût supplémentaire lié à la construction durable en sera un autre. Chaque dollar supplémentaire aura une incidence sur les ménages canadiens, aux prises avec la hausse du coût de la vie.

Toutefois, le maintien des normes de construction que nous appliquons depuis toujours s’accompagnera d’autres fardeaux financiers qui prendront la forme de futures rénovations et d’un prix du carbone supérieur. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’attendre plus longtemps.

Étude de cas

Création de communautés favorables au climat

Les nouvelles communautés offrent à leurs concepteurs une chance de mettre au point, à l’échelle de quartiers, des solutions qui nous rapprochent rapidement de la carboneutralité.

Les « communautés favorables au climat » adoptent des solutions fondées sur la nature, des pratiques d’économie circulaire et des types d’énergie renouvelable. Leurs travaux de conception sont axés sur la durabilité et la flexibilité des bâtiments, ainsi que sur la préservation des écosystèmes. Elles aident aussi leurs habitants à adopter des philosophies de vie simples, des économies fondées sur le partage et des réseaux communautaires intelligents.

Ces communautés privilégient généralement le transport en commun, les petites maisons et les quartiers densément peuplés dont les résidents peuvent se déplacer à pied pour vivre, travailler et jouer. Elles comprennent généralement des locaux destinés à divers usages et différents types de logements locatifs, créent un réseau d’espaces naturels et pavés à échelle humaine, adoptent des installations de cohabitation gérées par la communauté et intègrent des systèmes fondés sur l’énergie renouvelable et sur des solutions intelligentes pour réduire la consommation d’énergie.

Le quartier Bedzed de Londres, qui est l’une des premières communautés favorables au climat du monde, compte 100 habitations, un collège, des bureaux et diverses installations communautaires. Des matériaux locaux et recyclés ont été utilisés pour le construire, et son système de chauffage central et ses maisons à conception passive ont contribué à réduire de moitié les émissions liées au transport et d’un tiers celles qui sont liées au chauffage. L’utilisation d’eau a été réduite de deux tiers. Ainsi, les résidents, dont les factures annuelles sont inférieures de 1 400 livres sterling à celles de la moyenne des Londoniens, ont pu réaliser des économies importantes.

Source: The Bedzed Story

Nouvelles constructions et rénovations :
une nouvelle voie et un long effort

Les nouveaux bâtiments nous offrent une occasion unique de réinventer notre environnement bâti.

Dès le départ, les collectivités et les structures peuvent être conçues pour être plus efficaces sur le plan énergétique et plus résistantes aux menaces physiques et aux coûts liés aux changements climatiques comme la chaleur, les inondations et les incendies de forêt. Lorsqu’ils construisent des bâtiments entièrement neufs, les promoteurs peuvent créer de façon plus abordable des « enveloppes » étanches et des structures entraînant moins de pertes d’air et de chaleur. Ils peuvent aussi s’inspirer de technologies moins énergivores, comme les pompes à chaleur, qui déplacent la chaleur de l’air extérieur, de l’eau ou du sol pour la transférer à l’intérieur. De cette façon, des économies sont réalisées plus rapidement. En outre, comme les pompes à chaleur peuvent aussi bien servir à chauffer les espaces qu’à les rafraîchir, la technologie qui leur est associée peut aussi éliminer le besoin de fournaises et de climatiseurs dans de nombreuses parties du pays, ce qui permet de réduire encore plus les coûts.

Ces économies d’exploitation peuvent compenser en grande partie le coût initial supplémentaire de 5 à 10 % lié à la construction de bâtiments durables. Si l’on apportait des modifications aux politiques de prêts hypothécaires (par exemple, en prolongeant la période d’amortissement des prêts hypothécaires assurés pour les maisons carboneutres), la compensation serait encore meilleure. Entre-temps, la mise en œuvre d’un cadre réglementaire uniforme et de codes du bâtiment favorisant tous autant les bâtiments carboneutres dans toutes les municipalités ferait en sorte que les coûts et les normes soient les mêmes pour tous les constructeurs.

Ce qu’on appelle le « carbone intrinsèque » constitue un plus grand défi. Le carbone intrinsèque est constitué des émissions produites lors de la fabrication de matériaux de construction (comme le ciment destiné à de nouvelles fondations et le verre des nouvelles fenêtres). Selon certaines mesures, il représente 11 % des émissions mondiales,2 et peut correspondre à près de deux décennies d’émissions liées à l’exploitation d’un immeuble.

 

Heureusement, certaines des innovations les plus intéressantes ont lieu dans ce domaine. L’utilisation de bois dans les grands bâtiments permet d’emprisonner efficacement le carbone stocké dans les arbres pendant plus de 100 ans. De plus, certaines études portent à croire qu’elle réduit également les pertes de chaleur, ce qui facilite aussi la réduction des émissions liées à l’exploitation de ces bâtiments. Les innovations relatives au béton peuvent faire augmenter la quantité de carbone qu’il stocke et les bâtiments imprimés en 3D ou préfabriqués permettent de réduire considérablement la quantité de matériaux gaspillés. D’autres matériaux sont en cours de mise au point : par exemple, au Royaume-Uni, des chercheurs font pousser des structures à partir de mycélium, de sciure et de laine. Certaines de ces innovations ne pourront être utilisées à grande échelle, mais nous devons investir massivement dans les plus prometteuses.

La réglementation actuelle constitue un obstacle important. Pour construire un bâtiment de dix étages en bois massif, les architectes du Collège George Brown de Toronto ont dû obtenir des exemptions spéciales aux codes du bâtiment. Ils les ont obtenus au bout de quatre ans, ce qui est largement supérieur au temps de construction total prévu pour le bâtiment lui-même. Nous devrons accélérer la cadence et apprendre de nos pairs du monde entier. Par exemple, en Europe, il y a trois fois plus de grands bâtiments en bois massif en construction.





 

Bâtir à partir de rien est une chose. La rénovation des espaces actuels, dont beaucoup ont été construits il y a des décennies, sera plus difficile. Pour atteindre nos objectifs de 2050, nous devrons chaque année convertir 57 millions de m2 d’espaces résidentiels (400 000 logements) et plus de 25 millions de m2 d’espaces commerciaux au chauffage à faibles émissions. Rien que pour les logements, il faudrait à cette fin presque tripler notre rythme actuel de conversion.

Cependant, le simple fait de remplacer les bâtiments vieillissants sera coûteux et pourrait produire d’autres émissions. De plus, on peut travailler à partir des structures actuelles. Les rénovations qui améliorent l’étanchéité à l’air et l’isolation peuvent améliorer la rentabilité des pompes à chaleur, mais certains propriétaires pourraient devoir évacuer leurs locataires et perdre leurs loyers, et les propriétaires occupants pourraient devoir sacrifier de l’espace pour améliorer l’isolation. Pour les propriétaires, il est possible que les économies réalisées grâce aux rénovations ne compensent pas leur coût, sauf lorsque celles-ci devaient être effectuées de toute façon. De plus, à cause du carbone intrinsèque, les améliorations précoces peuvent même, dans certains cas, avoir un effet négatif en ce qui concerne les émissions.

Quoi qu’il en soit, chaque fois que nos bâtiments vieillissants ont besoin d’améliorations, il faut saisir l’occasion. Or, il y a suffisamment de bâtiments commerciaux en fin de vie pour nous tenir occupés jusqu’en 2030. Pour ne pas manquer cette occasion de réduire les tensions pesant sur notre réseau électrique déjà surchargé, nous devons rapidement mettre sur pied une économie de la rénovation.

Facilitateurs

1. Finance

Les technologies propres sont peut-être la meilleure solution pour réduire les émissions. Malheureusement, les chiffres font en sorte qu’il est difficile d’en convaincre les propriétaires occupants et commerciaux. En plus d’être des espaces dans lesquels nous vivons et travaillons, les bâtiments modernes sont aussi des systèmes mécaniques complexes. Les plans budgétaires d’investissement des grands bâtiments commerciaux sont complexes. De plus, les budgets des propriétaires occupants comportent de nombreuses priorités conflictuelles. Certaines rénovations peuvent être logiques et avoir un rendement raisonnable sur le plan financier (bien qu’elles soient moins enthousiasmantes qu’une nouvelle cuisine éclatante). Mais dans bien des cas, et surtout pour les changements importants comme le remplacement d’une fournaise au gaz par une pompe à chaleur, les calculs ne donnent pas un résultat intéressant. En effet, bien que les pompes à chaleur entraînent une réduction des factures de services publics au fil du temps, il revient moins cher de chauffer une habitation avec une fournaise au gaz.

Pour chauffer leur logement avec une nouvelle fournaise au gaz à haute efficacité et la rafraîchir avec un climatiseur, les propriétaires occupants de Toronto dépensent environ 2 700 $ par année3. Pour faire de même avec une pompe à chaleur pour climat froid,4 qui coûte plus cher, il leur faudrait payer entre 3 300 $ et 3 800 $. Pour que les pompes à chaleur soient plus avantageuses sur le plan financier, il faudrait que la taxe carbone soit supérieure à 200 $.

Les meilleures pompes à chaleur sont celles qui, comme les fournaises actuelles, sont en grande partie invisibles et poussent l’air à travers les conduits. Ce sont également celles qui coûtent le plus cher. En comparaison, les modèles les plus abordables chauffent les maisons de façon moins uniforme. Comme l’adoption des pompes à chaleur s’accroît à l’échelle mondiale, leur coût de fabrication (et leur prix de vente) devrait baisser. Mais de combien et à quelle vitesse ? Nous ne sommes pas certains de ces éléments essentiels.

Autre problème : les pompes à chaleur consomment moins d’énergie, mais elles fonctionnent à l’électricité, qui coûte quatre fois plus cher que le gaz naturel5. Les rénovations qui rendent l’enveloppe des bâtiments plus étanches peuvent permettre d’utiliser des pompes plus petites, qui coûtent moins cher. Cependant, le coût de ces rénovations dépasse parfois les économies réalisées sur le prix des pompes. Si les petites pompes à chaleur gagnaient en popularité, nous pourrions éviter les coûts liés à la construction d’un système électrique beaucoup plus vaste, mais cela ne suffira peut-être pas à convaincre les consommateurs.

 

Pour remédier à cette situation, les gouvernements se sont tournés vers des subventions aux ménages, comme l’initiative canadienne pour des maisons plus vertes, qui comprend des subventions et des prêts sans intérêt pour combler les écarts de coûts. Les ménages se montrent toutefois réticents à y participer. En près de 18 mois, seules 19 000 habitations (sur un total de 16 millions) ont profité de l’initiative canadienne pour des maisons plus vertes et 196 000 demandes ont été présentées (moins de la moitié des rénovations que nous devrions effectuer chaque année). Sur les 2,6 milliards de dollars disponibles, seuls 69 millions ont été utilisés6. Les programmes à l’échelle des villes, comme le Home Energy Loan Program de Toronto, sont encore moins efficaces (245 habitations depuis 2014)7.

Le Canada atlantique donne un peu d’espoir. Entre un cinquième et un tiers des ménages des trois provinces maritimes utilisent des pompes à chaleur comme principale source de chaleur (bien que ce soit souvent en combinaison avec le chauffage au bois ou à l’électricité). Ce taux était de moins de 10 % au cours de la dernière décennie. Il a donc beaucoup augmenté comparativement à ce qui s’est produit dans le reste du Canada. La principale cause de cette augmentation est le financement provincial pour les maisons écoénergétiques, notamment au moyen de subventions et de remises pour les pompes à chaleur8. L’existence d’un système provincial bien développé pour la réalisation des rénovations et l’éducation des propriétaires occupants y est aussi pour quelque chose.

Étude de cas

Première Nation Haíłzaqv

La Première Nation Haíłzaqv de Bella Bella (C.-B.) a entrepris d’importantes rénovations en vue de réduire sa dépendance envers le diesel et ses émissions, tout en offrant un accès équitable à de l’énergie propre.

Dans le cadre du programme, 154 maisons ont déjà été rénovées en y ajoutant des pompes à chaleur alimentées par de l’hydroélectricité propre, ce qui a réduit le coût élevé du chauffage pour les résidents utilisant du mazout. La spécificité du projet Haíłzaqv tient à son approche. Les dirigeants de la communauté ont stimulé l’engagement tant virtuellement qu’en personne en aidant, par exemple, les résidents à répondre à des sondages sur l’énergie. Le programme vise à distribuer des « trousses écologiques » pour permettre aux résidents d’installer des ampoules à DEL et de rendre leurs logements étanches à l’air. Il permet aussi d’obtenir une formation pour les travaux connexes (comme la vérification de l’efficacité énergétique). Coastal Heat Pumps a également formé les résidents de la communauté pour l’installation de nouveaux systèmes de chauffage, ce qui leur a permis de développer des compétences à long terme.

Cette approche ascendante, encouragée par des subventions d’efficacité énergétique de B.C. Hydro, a attiré près de 20 millions de dollars d’investissements de la communauté.

Les programmes offrant un moyen de rénover les bâtiments commerciaux sont encore plus rares. Ils ont tendance à dépendre de financement à bas prix provenant d’entités gouvernementales comme la Banque de l’infrastructure du Canada. Et même lorsque c’est le cas, le manque de pompes à chaleur commercialisées à grande échelle rend les économies peu attrayantes. Pour rendre les chiffres plus attrayants, les propriétaires réduisent souvent l’ampleur de leur stratégie de décarbonisation. Il sera essentiel d’offrir des services de rénovation simplifiés et normalisés guidant les propriétaires au moyen d’un processus efficace.

Tant que ce ne sera pas le cas, il faudra des subventions plus importantes ou des règlements plus stricts.

2. Les infrastructures électriques

Même une fois que nous aurons rénové les bâtiments, leur électrification pourrait quadrupler la demande maximale au sein du système, ce qui ferait augmenter les tarifs d’électricité pour tout le monde.

Selon BNEF, pour décarboner l’économie d’ici 2050, nous devrons investir 350 milliards de dollars dans nos réseaux de distribution d’électricité (les fils qui alimentent directement les bâtiments). Environ 40 % de ces dépenses seront consacrées à la modernisation des infrastructures actuelles9. Une partie de celles-ci sont nécessaires pour veiller à ce que nos réseaux puissent résister aux effets physiques des changements climatiques (les vagues de chaleur peuvent endommager les transformateurs et les lignes électriques), mais la plupart serviront à électrifier les bâtiments et à charger les véhicules électriques.

En utilisant l’énergie accumulée dans les batteries des véhicules électriques (et en dédommageant les propriétaires des véhicules), on pourrait répondre à au moins 8 % de la nouvelle demande de pointe prévue10. La conception du nouveau tarif de nuit extrêmement avantageux de l’Ontario, qui encourage les conducteurs de véhicules électriques à les brancher la nuit, lorsque la demande est plus faible, pourrait permettre aux propriétaires de véhicules électriques de réaliser des économies et d’alléger le fardeau imposé au réseau. Mais pour avoir un plus grand effet, nous devons prendre des mesures semblables pour beaucoup d’autres appareils qui dépendent de l’électricité. Il est également essentiel d’appuyer les propriétaires d’immeubles qui économisent de l’énergie.

 

Nous pouvons électrifier beaucoup plus de bâtiments avant de faire face à ces problèmes. Cependant, si nous n’effectuons aucun changement, nous risquons de le faire de la mauvaise façon. Dans l’obligation de décarboner, les propriétaires de grands bâtiments pourraient choisir des chaudières électriques plutôt que d’investir dans de coûteuses pompes à chaleur. Ces systèmes accroîtront les pressions subies par les réseaux de distribution.

Entre-temps, il existe de bonnes raisons d’utiliser des systèmes hybrides au gaz et à l’électricité pour réduire les coûts. Le gaz est déjà disponible et les systèmes de chauffage que l’on remplace aujourd’hui devront de nouveau être remplacés d’ici 2050, ce qui nous donnera une nouvelle occasion de décarboner complètement. Même compte tenu du coût supplémentaire lié au gaz naturel renouvelable, l’utilisation de pompes à chaleur combinées à des systèmes de chauffage au gaz naturel renouvelable réduit les coûts de deux tiers. Il s’agit d’une solution qu’examinent Hydro-Québec et Energir.

Les systèmes hybrides permettent également de régler un autre problème. Il arrive fréquemment que les bâtiments ne puissent pas obtenir toute l’électricité nécessaire pour une décarbonation complète. Deux tours d’habitation récemment construites à Toronto, qui comprennent 700 places de stationnement, ne pouvaient alimenter que dix bornes de recharge de véhicules électriques.

D’ici 2030, nous devrons déterminer si les systèmes hybrides nous permettront de devenir carboneutres ou si nous devons faire plus d’efforts pour électrifier les bâtiments. Si la réponse est la seconde, nous devrons repenser les structures tarifaires de l’électricité qui, actuellement, ne tiennent compte ni du chargement en période de pointe ni de la durée d’utilisation de façon uniforme ou transparente à l’échelle du pays.

3. La population active

Les nouvelles constructions et rénovations dont nous avons besoin pourraient ajouter une demande importante sur le marché de l’emploi, où le manque de main-d’œuvre se fait déjà sentir. Selon nos estimations, la demande de travailleurs des domaines du chauffage, de la climatisation, de la ventilation et de l’électricité augmentera au plus haut point. Nous aurons besoin de 45 % de travailleurs de plus dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation, ainsi que de 55 % d’électriciens de plus.

Certaines provinces éprouveront plus de difficultés que les autres. On peut remplacer les plinthes de chauffage électrique inefficaces par des pompes à chaleur. Toutefois, la plupart des économies d’émissions découleront du remplacement des fournaises au gaz par des pompes à chaleur. Le Québec et la Colombie-Britannique, qui disposent d’une main-d’œuvre plus importante dans les métiers de la construction et dont la dépendance à l’égard du gaz est moins grande, seront les mieux placés pour réaliser cette transition. L’Ontario et l’Alberta, qui dépendent davantage du gaz naturel, abritent les populations qui connaissent la croissance démographique la plus rapide et font face aux pénuries les plus criantes dans le secteur des métiers de la construction, auront de plus grandes difficultés.

Alors qu’au cours de la décennie actuelle, un quart des travailleurs du secteur de la construction au Canada approchent de la retraite, il nous faudra de nouvelles stratégies pour attirer de jeunes travailleurs. Nous devrons aussi améliorer les compétences des travailleurs actuels. Dans le secteur de la construction, la connaissance des pompes à chaleur et des améliorations nécessaires à leur utilisation demeure un obstacle.

L’innovation peut aussi nous aider. Par exemple, la construction de bâtiments en bois massif nécessite 25 % moins de temps et 40 % moins de main-d’œuvre sur les chantiers que celle des types de bâtiments actuels11. Toutefois, elle nécessite aussi des travailleurs ayant de l’expérience en modélisation 3D et en usinage à l’aide de commandes numériques par ordinateur (CNC) pour fabriquer des panneaux de bois. Les salaires de ces travailleurs sont 30 % plus élevés que ceux des ouvriers du secteur de la construction12. Pour obtenir les avantages liés à l’augmentation des salaires des travailleurs, à la réduction des émissions et à la conception durable, il faudra tout de même contribuer à la formation des travailleurs de ces corps de métier.

Étude de cas

Constitution d’une main-d’œuvre spécialisée en rénovation

Pour construire des bâtiments durables, il faut diverses compétences. Certains projets peuvent nécessiter une expertise dans des domaines tels que l’installation de panneaux solaires, de toits verts et de systèmes d’énergie géothermique ou la collecte de l’eau de pluie. Les gestionnaires de bâtiments devront recueillir et analyser des données sur l’utilisation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, et acquérir de nouvelles compétences en gestion de rénovations. Ils devront aussi utiliser des systèmes de construction plus intelligents et plus complexes. Les architectes devront acquérir une expertise en matière de rénovation et de conception durable. Il faudra aussi se concentrer davantage sur l’amélioration des compétences des personnes qui travaillent dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation afin qu’elles installent des pompes à chaleur et de nouveaux systèmes complexes pour les bâtiments modernes.

Au Canada, Workforce 2030 tire parti d’un réseau d’organismes communautaires, d’éducateurs et d’experts sectoriels pour faire passer les travailleurs touchés par la pandémie à des activités du secteur du bâtiment durable, comme la rénovation écoénergétique et les nouvelles constructions à faibles émissions de carbone. Il faudra aussi plus de formation pratique. Le programme « Green Skills at Work » de Singapour offre aux travailleurs une formation pratique et une formation en classe pour leur permettre d’acquérir des compétences et des connaissances liées aux pratiques de construction à faibles émissions de carbone.

4. Les chaînes logistiques

Le Canada n’est pas le seul pays à vouloir décarboner ses bâtiments. En Europe, les ventes de pompes à chaleur ont augmenté rapidement, et environ 16 % des bâtiments sont chauffés grâce à cette technologie13. L’augmentation faramineuse des prix du gaz due à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les efforts considérables déployés par les gouvernements de l’UE pour encourager les économies de gaz ont contribué à cette situation.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévient que les ventes pourraient dépasser l’offre14. Des entreprises d’Asie et d’Europe ont annoncé des projets de construction de nouvelles usines de fabrication, mais celles-ci ne suffiront pas à répondre à la demande. Comme il suffit de deux ans pour construire ces installations, il pourrait être facile de régler ce problème. Cependant, pour stimuler les investissements, il faudra que la demande soit forte.

Notre climat froid et nos grandes pièces rendent les besoins du Canada uniques, mais nous incitent aussi à innover. Le programme conjoint de RNCan, de l’Environmental Protection Agency et du département de l’Énergie des États-Unis pour la mise au point de pompes à chaleur destinées aux climats froids constitue un bon départ.

Toutefois, étant donné les limites du secteur manufacturier canadien, nous devrons toujours faire concurrence pour obtenir ces produits essentiels. Par exemple, l’administration Biden a récemment ajouté les pompes à chaleur à la liste des marchandises désignées par le Defense Production Act comme essentielles aux objectifs climatiques critiques des États-Unis. Le Canada pourrait bénéficier d’une amélioration de l’approvisionnement américain, mais le fait de compter sur des fournisseurs étrangers ajoute un risque inutile à notre transition. La collaboration du Canada et des États-Unis devrait être accompagnée d’efforts pour diversifier nos chaînes logistiques concernant cette technologie essentielle et pour en établir la production au pays.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/la-prochaine-revolution-verte/.

Télécharger le rapport

Télécharger

Contributors:

Principal auteur : Colin Guldimann, premier économiste, Institut d’action climatique RBC

RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Farhad Panahov, économiste, Institut d’action climatique RBC
Ben Richardson, associé, Recherche
Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

Brookfield Sustainability Institute
Luigi Ferrara, Centre des arts, du design et des technologies de l’information
Jacob Kessler, premier directeur, Expansion des affaires et gestion des comptes
Matt Hexemer, directeur, Global Design Studio
Joseph Enaje, concepteur en chef
Chiara Alberti, rédacteur/concepteur
Lucrezia Marsili, rédacteur/concepteur
Finn Crockatt, rédacteur/concepteur

Remerciements
Nous remercions les personnes suivantes pour les conversations éclairées que nous avons eues avec elles et l’aide qu’elles nous ont apportée sur le plan de l’analyse technique:
Julia McNally, Sheena Sharpe et Cara Sloat, quartier 2030 de Toronto
Jon Douglas, directeur général, Développement durable mondial, Services immobiliers RBC
Denise Grey, directrice générale, Stratégie ESG, RBC
Brendan Haley, directeur général, Efficacité énergétique Canada
Isabelle Smith, directrice, Ingénierie Net Zéro, SNC Lavalin
Stuart Galloway, VPD, SOFIAC
Aaron Berg, directeur, Investissements dans l’efficacité énergétique, Banque de l’infrastructure du Canada
Julia Langer, cheffe de la direction, TAF
Carl Pawlowski, cadre dirigeant, Développement durable, Minto Group
Joanna Jackson, directrice, Développement durable et innovation, Minto Group
Jeff Ranson, vice-président, Développement durable et relations avec les parties prenantes, BOMA
Mark Hutchinson, vice-président des programmes du bâtiment durable et de l’innovation, Conseil du bâtiment durable du Canada
Andrew Guido, vice-président, Développement durable et innovation, Empire Communities
Luke Gilgan, membre du conseil d’administration, Mattamy Asset Management
Roya Khaleeli, directrice, ESG, Mattamy Asset Management
Kevin Kruk, vice-président, Financement de projet, Tridel
Graeme Armster, directeur, Innovation et développement durable, Tridel
Malini Giridhar,vice-présidente, Expansion des affaires et réglementation, Enbridge
Les personnes qui ont participé au forum sur les bâtiments carboneutres de RBC et BSI le 15 mars 2023

Animateurs du forum sur les bâtiments carboneutres:
Sandhya Casson
Kevin Santus
Graeme Kondruss
Jasraj Singh Narula
Wing Yan Chan
Tyana Van-Tang
Thanusha Kanagendran
Isabel Mactal
Carmen Skoretz
Wing Yan Chan
Monika Patel
Lakshya Verma
Yasaman Musician
Haylie Wong
Dhruv Sheliya
Samyuktha Vasudevan
Livy Morden
Ka Man Carmen Lau
Berk Ercan
Angelo Barletta
Mansi Bhojani
Shree Shivrajnagesh

  1. Ces estimations tiennent compte de la différence du coût en capital des nouveaux bâtiments carboneutres par rapport à celui des bâtiments respectant les codes actuels, ainsi que du coût initial en capital des rénovations (isolation, pompes à chaleur, etc.). Elles ne tiennent pas compte des dépenses annuelles supplémentaires ni de l’augmentation globale des coûts engagés pendant la durée de vie des immeubles, qui seraient compensés par les économies réalisées grâce à la diminution des factures d’énergie.
  2. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/WorldGBC_Bringing_Embodied_Carbon_Upfront.pdf
  3. https://ressources-naturelles.canada.ca/efficacite-energetique/maisons/initiative-canadienne-pour-des-maisons-plus-vertes/subvention-canadienne-pour-des-maisons-plus-vertes/mise-jour-trimestrielle-2022/mise-jour-trimestrielle-2022/24713
  4. https://www.toronto.ca/news/city-of-toronto-offers-zero-interest-loans-incentives-to-accelerate-home-retrofits-and-emissions-reductions/
  5. https://institutclimatique.ca/publications/les-thermopompes-en-vogue-dans-les-maritimes/
  6. Le reste sera réparti uniformément entre le remplacement des infrastructures en fin de vie et les investissements destinés à faciliter l’acquisition d’actifs de nouvelle génération.
  7. https://www.google.com/url?client=internal-element-cse&cx=002629981176120676867:kta9nqaj3vo&q=https://www.ieso.ca/-/media/Files/IESO/Document-Library/engage/derps/derps-20220930-final-report-volume-1.ashx&sa=U&ved=2ahUKEwikidLY3pL-AhUEk4kEHcHIAPUQFnoECAUQAg&usg=AOvVaw1rkiAVix-4islQ2Ehk9cs7
  8. Wood Products Council, « Mass Timber: Shifting Labor from Jobsite to Shop »
  9. Au Canada, le salaire médian des machinistes spécialisés en CNC est de 27,35 $ l’heure, contre 21 $ l’heure pour les ouvriers du secteur de la construction.
  10. https://www.ehpa.org/press_releases/heat-pump-record-3-million-units-sold-in-2022-contributing-to-repowereu-targets/
  11. https://www.iea.org/reports/heat-pumps

1688646-Thumbnail-wide-1

Le secteur agroalimentaire du Canada est responsable de plus de 136 mégatonnes des émissions annuelles du pays. D’ici 2050, ces émissions devraient dépasser les 196 mégatonnes, soit 19 % du total national. Dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques, un mouvement de plus en plus important se dessine pour parvenir à zéro émission nette dans tous les secteurs de l’économie. Mais l’un des secteurs qui n’a pas obtenu les outils dont il a besoin pour atteindre cet objectif est celui de l’agroalimentaire.

Considérant que la population mondiale augmentera vraisemblablement de deux milliards de personnes d’ici 2050, l’agriculture doit faire partie intégrante de notre programme national de durabilité. Les producteurs doivent disposer des outils adéquats pour adopter en plus grand nombre des pratiques agricoles climato-compatibles. L’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire reconnaît que le changement doit intervenir maintenant.

RBC, Loblaw, les Aliments Maple Leaf, Nutrien, le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group (BCG)—avec le soutien de l’Institut pour l’intélliProspérité, The Natural Step Canada et l’Arrell Food Institute—ont apporté le soutien initial au lancement de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre (l’Alliance). L’Alliance vise à rassembler les bonnes personnes dans la chaîne de valeur alimentaire et les secteurs partenaires afin d’augmenter considérablement les investissements et de stimuler l’innovation au niveau national, tout en tenant compte des réalités régionales.

Voix nationale du secteur, l’Alliance misera sur le pouvoir de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agricole pour stimuler le changement. L’objectif de l’Alliance est de réduire les émissions de 50 mégatonnes d’ici 2030 et de 150 mégatonnes d’ici 2050.

À la fin de 2022, RBC, le Centre pour l’avenir du Canada du BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph ont cerné six initiatives transversales qui pourraient orienter la transition zéro émission nette en agriculture. Pour que le changement soit aussi rapide et efficace que possible, deux axes de travail ont été mis en place : l’initiative d’agrostockage de carbone et l’initiative nationale de réseau de biodigesteurs. Ces axes de travail s’intéresseront aux principales sources d’émissions dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire, l’objectif étant de réduire les émissions de 50 mégatonnes d’ici à 2030.

L’initiative d’agrostockage de carbone vise à développer un système de mesure, de déclaration et de vérification peu coûteux, évolutif et pertinent au niveau national, et à créer une plateforme de crédits carbone pour aider les producteurs à développer et à monétiser des actifs carbone de grande qualité. On s’attaquera aussi au développement de produits adaptés aux impératifs climatiques et d’une stratégie de certification qui permettra de mieux faire connaître ces produits aux consommateurs et d’accroître la demande. Un premier projet de démonstration en Saskatchewan jettera les bases d’autres projets pilotes à travers le pays.

Dans le cadre de l’initiative nationale de réseau de biodigesteurs, on cherche à élaborer un plan et un modèle de valorisation des déchets par un réseau de digesteurs dans les zones à fortes émissions au Canada. Par la création de politiques et d’incitatifs commerciaux au développement de digesteurs agricoles, on espère assurer un approvisionnement stable en matières premières et générer de nouvelles occasions économiques.

Au terme de la période d’essai réussi de ces deux chantiers, d’autres initiatives pour aider le Canada à atteindre son objectif de réduction des émissions du secteur agricole de 150 mégatonnes d’ici 2050 seront lancées.

L’objectif ultime de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre est de trouver des mécanismes qui récompensent financièrement les exploitations agricoles pour leurs pratiques de conservation. Il s’agit de mettre en œuvre des projets de réduction des émissions de carbone pour les agriculteurs du pays et d’accélérer l’adoption de pratiques durables dans le secteur. Avec le soutien d’une coalition étendue, la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire sera en mesure de prendre des mesures importantes pour réduire son empreinte écologique.

Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec mohamad.yaghi@rbc.

Partenaires de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre

1688646-Thumbnail-wide-1

Afin de rabaisser à 440 Mt les émissions canadiennes d’ici à 2030, il faudrait les faire diminuer quatre fois plus que pendant la pandémie.

Le dernier Rapport d’inventaire national du Canada met en relief les progrès réalisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais insiste également sur le défi que représentera l’atteinte d’ici à 2030 des cibles climatiques élevées du gouvernement fédéral.

En 2021, les émissions de gaz à effet de serre du Canada ont atteint 670 millions de tonnes (Mt), ce qui représente une baisse de 54 Mt par rapport aux niveaux d’avant la pandémie, mais une augmentation de 1,8 % par rapport à 2020. Afin de rabaisser à 440 Mt les émissions canadiennes d’ici à 2030, il faudrait les faire diminuer quatre fois plus que pendant la pandémie. En dépit d’une diminution des émissions de 8,5 % par rapport à l’année de référence 2005, il va falloir intensifier les efforts pour atteindre la cible du gouvernement fédéral de réduction de 40 % des émissions d’ici à 2030, tel que prévu dans le Plan de réduction des émissions.

 

Les politiques existantes ont toutefois fait évoluer la situation de manière encourageante : l’abandon progressif du charbon a permis de réaliser les plus grosses coupes des émissions à l’échelle du pays, tandis que les politiques de réduction du méthane se sont avérées un vecteur efficace de changement sur le long terme. Dans la foulée du Plan de réduction des émissions, d’autres politiques climatiques récemment annoncées devraient contribuer à réduire encore davantage les émissions, notamment les crédits d’impôt à l’investissement pour les combustibles propres, le Règlement sur l’électricité propre et le Plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. La tarification du carbone demeure la pierre angulaire des efforts du gouvernement, avec sa mise en œuvre continue, essentielle dans l’atteinte des cibles pour 2030.

 

Voici un aperçu de la manière dont certains des secteurs à plus forte intensité carbonique du Canada gèrent leurs émissions :

Pétrole et gaz

  • Le secteur pétrolier et gazier devra diminuer ses émissions de 39 % pour atteindre 116 Mt. Il s’agit de la plus grande réduction nécessaire, tous secteurs confondus, pour atteindre les cibles que s’est fixées le Canada pour 2030.
  • Les solutions relativement moins coûteuses aux fuites de méthane, conjuguées aux politiques gouvernementales strictes, devraient aider à éliminer 23 Mt supplémentaires.
  • Les capacités de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) devraient atteindre 30 Mt de CO2 par an d’ici à 2030, ce qui correspond aux attentes du Plan de réduction des émissions. Si les technologies en la matière sont développées comme prévu, elles permettront de réaliser la moitié des coupes nécessaires pour atteindre la cible.
  • De nouveaux projets liés au pétrole et au gaz, à une hauteur estimée à 200 milliards de dollars, exigeront d’importants investissements supplémentaires dans des technologies de réduction des émissions telles que les CCUS.
  • Le secteur devra rapidement développer et déployer d’autres technologies de réduction des émissions, et cerner des possibilités de remplacement du gaz ou du pétrole par de l’électricité dans toute la chaîne de valeur.
 
En route vers 2030 : la proposition de plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier pourrait ralentir et limiter les émissions, tandis que les crédits d’impôt à l’investissement pourraient stimuler le développement des CUSC.

Transports

  • Le parc automobile canadien, responsable de la moitié des émissions dues au transport, a augmenté de 30 % ces 15 dernières années, pour atteindre le chiffre de 24 millions de véhicules. Ainsi, le volume des émissions a encore grimpé, en dépit de l’amélioration du rendement des carburants et des systèmes d’échappement.
  • De plus en plus de véhicules à zéro émission (VZE) sont immatriculés, toutefois, ils ne représentaient encore que 1 % du marché en 2021. Il reste donc de la route à faire avant qu’ils aient un impact sur les émissions.
  • Au rythme actuel, les VZE devraient représenter 40 % des ventes du marché automobile canadien dans son ensemble d’ici à 2030, ce qui reste en dessous de la cible déclarée de 60 %. Les VZE constitueraient 17 % de la totalité du parc automobile canadien.
  • Les mesures de confinement dues à la pandémie avaient fait descendre à 27 Mt les émissions attribuables au transport en 2020. Toutefois, celles-ci semblent parties pour remonter de nouveau, au fur et à mesure que le trafic routier reprend son niveau d’avant la pandémie.
 
En route vers 2030 : les constructeurs d’automobiles devront accélérer le développement des véhicules électriques et proposer un choix élargi aux consommateurs pour atteindre la cible de 60 % de VZE parmi les ventes totales de voitures d’ici à 2030 et de 100 % d’ici à 2035. L’agrandissement du stock de VZE pourrait faire basculer le volume des émissions vers la fin de la décennie amorcée en 2030.

Électricité

  • L’important abandon progressif du charbon a entraîné une réduction des émissions en Ontario et en Alberta au cours de la dernière décennie. Les émissions de l’Ontario ont chuté rapidement à mesure qu’il développait son infrastructure d’énergie propre, mais le maintien d’un réseau de distribution électrique à faibles émissions est un défi à mesure que son économie et sa population augmentent. Cependant en Alberta, les émissions d’électricité ont diminué en grande partie en raison du passage du charbon au gaz naturel. L’expansion de son infrastructure d’énergies renouvelables sera essentielle pour réduire davantage les émissions.
  • À l’échelle nationale, l’abandon progressif du charbon, s’il se fait en faveur du gaz naturel, devrait jouer pour près de la moitié de la réduction de 38 Mt d’émissions visée.
  • Répondre à la demande en augmentation rapide d’électricité, améliorer les réseaux et dépendre de sources stables constitueront des défis supplémentaires.
  • Si le pari de couvrir la demande entièrement avec du gaz naturel est relevé, cela pourrait réduire d’encore 30 Mt les émissions.
 
En route vers 2030 : la proposition de Règlement sur l’électricité propre pourrait faciliter le déploiement de sources d’énergie propre pour freiner les émissions dues à la demande croissante, et poser les fondations d’infrastructures à faibles émissions en remplacement des anciennes centrales.

Bâtiments

  • L’accroissement démographique et l’expansion des surfaces habitables entraînent une hausse des émissions des bâtiments plus rapide que ce que l’efficacité énergétique peut compenser. De plus, la demande de logements est peu susceptible de ralentir prochainement.
  • Dans la moitié des provinces, ce secteur produit plus d’émissions qu’en 2005. De nombreuses régions dépendent toujours grandement des combustibles fossiles pour se chauffer. La transition vers des combustibles plus propres nécessite d’importants investissements.
  • Afin d’atteindre les cibles pour 2030, le secteur devra encore réduire de 33 Mt ses émissions, ce qui représente une énorme baisse de 39 % par rapport aux niveaux actuels.
 
En route vers 2030 : les subventions de rénovation et les programmes de prêts ont connu un taux d’adoption bas. La rénovation de 30 % du parc immobilier actuel, qui représente un défi énorme et coûteux, ne permettrait d’atteindre que la moitié de la cible. Un ensemble de mesures complexes, incluant mais sans s’y limiter des incitatifs et des règlements stricts, pourrait ouvrir la voie jusqu’à 2030 et au-delà.

Conclusion

Dans la moitié des provinces, les émissions dépassent le niveau initial de 2005, ou s’en approchent, pendant que chaque région confronte de défis spécifiques. Bien que les provinces à forte intensité de carbone produisent plus d’émissions, elles les diminueront vraisemblablement à un rythme plus rapide dans un futur proche, à mesure que les politiques actuelles continueront à porter leurs fruits, en particulier grâce à la réduction du méthane. L’Ontario et le Québec ont progressé dans la diminution des émissions au cours des vingt dernières années. Toutefois, ils vont désormais entrer dans une phase de réduction plus lente en s’attaquant aux secteurs épineux du transport et du bâtiment.

 

Bien que certaines mesures clés aient permis de réduire les émissions ces vingt dernières années, il va falloir redoubler les efforts au niveau provincial et fédéral, et renforcer la coopération, afin de progresser encore davantage. En outre, une hausse des émissions en parallèle à une reprise économique pourrait freiner les avancées. Toutefois, les tendances dernièrement observées de croissance économique à zéro émission et la volonté du Canada de mettre en œuvre des politiques climatiques rigoureuses prêtent à l’optimisme.

Farhad Panahov est économiste à RBC. Il est titulaire d’un baccalauréat en économie de l’Université de la Colombie-Britannique et d’une maîtrise en sciences appliquées des données, de l’économie et de la politique de développement du Massachusetts Institute of Technology.

1688646-Thumbnail-wide-1

Le budget fédéral de 2023 propose des mesures vigoureuses en réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (l’IRA ou l’Inflation Reduction Act), mais l’adhésion massive à des pratiques d’investissement carboneutres se heurte encore aux obstacles que sont la concurrence internationale croissante, la réglementation et la participation des provinces.

Les nouvelles mesures vertes du budget de 2023 visent principalement à renforcer la chaîne logistique en amont pour favoriser une économie à faibles émissions de carbone, au moyen de nouveaux crédits d’impôt à l’investissement remboursables accordés pour l’électricité propre, la fabrication de technologies propres et l’hydrogène.

Dans la foulée de l’annonce de crédits d’impôt à l’investissement de l’an dernier pour la capture de carbone et l’adoption de technologies propres, le gouvernement fédéral prévoit dépenser environ 80 milliards de dollars sur 10 ans en crédits d’impôt pour les placements verts.

Il s’agit d’une mesure importante faisant écho au programme climatique américain de plus de 369 milliards de dollars US. Nous estimons que le Canada devrait dépenser jusqu’à 120 milliards de dollars pour atteindre les réductions d’émissions estimées à 10 % dans l’IRA, mais que les nouvelles dépenses requises pourraient être moindres compte tenu des dépenses existantes des programmes et des mesures réglementaires incitatives.

Coût de la carboneutralité : crédits d’impôt à l’investissement proposés pour le Canada

Measure Date de début Taux du crédit Coût total sur 10 ans
Électricité propre Budget 2024 15 % 25.7 G$
Fabrication au moyen de technologies propres 1er janvier 2024 30 % 11,1 G$
Hydrogène propre Budget de 2023 0-40 %, selon l’intensité en carbone 17,7 G$
Adoption de technologies propres* Budget de 2023 30 % ~ 16 G$
Capture de carbone** 2022 37.5 %-60 %, selon l’équipement et le type de projet ~ 16 G$

*Énoncé économique de l’automne 2022 ; ajout de systèmes d’énergie géothermique et prolongation jusqu’en 2034
** Budget de 2022 ; peu de nouvelles améliorations dans le budget de 2023

Les grandes sociétés sont les principaux bénéficiaires directs

Les grandes entreprises profiteront directement des nouvelles mesures étant donné la nature capitalistique des investissements connexes. Les consommateurs et les autres types d’entreprises devraient en bénéficier indirectement, par le coût moindre des énergies propres et des systèmes que les crédits d’impôt fédéraux soutiennent.

D’autres entreprises tireront probablement un avantage direct plus important du crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres annoncé dans la mise à jour de l’automne 2022 (CII dans les technologies propres), qui est entré en vigueur le jour du budget et qui a fait l’objet d’améliorations. Comme le prévoit le budget, la Banque de l’infrastructure du Canada doit se concentrer davantage sur l’électricité propre, accroître le financement des programmes existants pour l’amélioration du réseau et bonifier le financement du Fonds stratégique pour l’innovation, ce qui pourrait également être avantageux pour les moyennes entreprises.

Outre le secteur de l’énergie, ceux du pétrole et du gaz, de l’agriculture et du bâtiment (qui constituent une part importante des émissions de carbone du Canada) n’ont reçu aucun nouveau soutien direct pour la décarbonisation ; seules quelques améliorations mineures ont été apportées au crédit d’impôt existant pour le captage du carbone.

Les nouvelles mesures visent principalement la réduction des émissions futures

Le crédit pour l’électricité propre pourrait encourager certaines réductions d’émissions à court terme. Il est offert aux entités non imposées, comme les services publics, pour aider les planificateurs provinciaux à se tourner progressivement vers les énergies renouvelables et à réduire l’approvisionnement systématique en gaz naturel pour la production d’électricité.

Toutefois, les mesures visent en grande partie à faciliter la réduction des émissions futures. Les subventions fédérales ont pour objectif de réduire les coûts que les consommateurs finaux des ménages et du secteur industriel doivent assumer pour ces dépenses importantes en énergie, ce qui ouvre la voie aux investissements dans des technologies à faibles émissions. De solides arguments soutiennent cette approche, mais il existe aussi des risques. Le budget de 2023 n’offre aucune estimation des réductions d’émissions prévues.

Outre l’électricité et l’hydrogène, les nouvelles mesures couvrent d’autres technologies telles que les véhicules électriques, les batteries, les pompes à chaleur, les électrolyseurs et les équipements électriques qui ne produisent pas d’émissions. Ces mesures de réduction correspondent en grande partie à celles prévues dans les secteurs visés par le plan ambitieux du Canada en matière de réduction des émissions pour 2030, ce qui permet de croire que le budget joue un rôle important dans l’atteinte d’objectifs climatiques ambitieux.

Les provinces doivent coopérer pour l’électricité

Les 25,7 milliards de dollars que le budget prévoit allouer à l’électricité sur 10 ans aideront les provinces à mettre en œuvre la norme sur l’électricité propre (NEP) proposée, mais cette norme exige que celles-ci y adhèrent. La NEP est le principal outil réglementaire d’Ottawa pour implanter un système d’électricité carboneutre d’ici 2035. L’accès au nouveau CII pour l’électricité propre dans chaque province ou territoire dépendra de l’engagement des provinces à rendre le secteur de l’électricité carboneutre d’ici 2035. En retour, ce financement fédéral contribuera à réduire les factures d’électricité.

L’intervention du gouvernement fédéral en matière d’électricité propre ne vise pas seulement l’établissement d’un réseau carboneutre à prix abordable. Il cherche à mettre son pouvoir au profit des corridors de transport interprovinciaux pour réduire les coûts de l’établissement d’un réseau propre et de l’adoption de l’électricité propre, de façon à renforcer la position concurrentielle du Canada dans les segments économiques faibles en carbone et fortement centrés sur l’électricité, comme ceux de la fabrication de batteries ou de l’hydrogène vert.

Les provinces jouent également un rôle clé dans l’atteinte de ces objectifs, mais nous ignorons si les planificateurs de systèmes joueront le jeu de la coopération intergouvernementale ou accepteront d’accroître les capacités de façon préventive. Si les provinces n’augmentent pas les sommes et le rythme de leurs investissements, le nouveau crédit ne servira qu’à transférer les coûts de leur transition au gouvernement fédéral.

À première vue, les crédits d’impôt du Canada se comparent favorablement à ceux de l’IRA

Le Canada n’offre pas de crédits d’impôt pour la production comme ceux que prévoit l’IRA, soit des incitatifs fiscaux pour chaque unité produite, mais préfère miser sur le capital investi en offrant par exemple des crédits d’impôt à l’investissement (CII). Cela dit, les taux de crédit des CII pour l’électricité propre et les technologies propres sont généralement comparables à ceux que prévoit l’IRA. Au Canada, le taux maximal du CII pour l’hydrogène propre est plus élevé puisqu’il se chiffre à 40 % (comparativement à 30 % dans l’IRA).

Comme le prévoit l’IRA, les CII du Canada sont en vigueur jusqu’au début des années 2030, ils sont généralement neutres sur le plan technologique, et ils doivent respecter des exigences en matière de salaire et de formation. Toutefois, contrairement à celles de l’IRA, les mesures du Canada ne sont pas éliminées plus tôt si les objectifs climatiques sont atteints, et la valeur des crédits d’impôt remboursables pourrait, dans certains cas, être supérieure à ce que prévoient les dispositions de l’IRA relatives au paiement direct pour les entreprises non rentables.

Le gouvernement fédéral maintient les CII et la tarification du carbone

Le budget souligne que le soutien fiscal n’est qu’un des quatre outils de la stratégie du Canada pour une économie propre. La tarification et la réglementation en matière de pollution sont au cœur des efforts déployés. De plus, le financement stratégique par l’entremise du nouveau Fonds de croissance du Canada, de la Banque de l’infrastructure du Canada et des dépenses au sein des programmes a permis de mener des interventions plus ciblées.

Par ailleurs, les responsables des finances ont insisté sur leur choix délibéré des CII comme instrument de soutien fiscal, qu’ils ont préféré à l’offre de crédits d’impôt à la production. Les paiements forfaitaires dans les secteurs capitalistiques sont réputés offrir une valeur importante et constituer la meilleure façon de maximiser la contribution des dollars fédéraux à l’amélioration des technologies propres. La taxe sur le carbone évitée ou la vente de crédits de carbone doit en principe fournir des flux de revenus complémentaires nécessaires à la réalisation de projets de décarbonisation.

Pour établir une tarification solide du carbone, les contrats sur différence pour le carbone font partie des outils à disposition du Fonds de croissance du Canada, qui devrait commencer à conclure des ententes ce printemps. Le gouvernement mènera également des consultations sur les contrats sur différence pour le carbone en privilégiant une approche globale. Ce qui est prévu concrètement n’est pas clair, et de nombreux problèmes complexes doivent être résolus. Pour l’instant, ces contrats ne sont disponibles que de façon limitée, de sorte que l’incertitude des prix du carbone (des crédits) peut continuer à miner les décisions d’investissement.

Que manque-t-il dans le budget ?

Le Canada n’a pas précisé de quelle façon il facilitera la réalisation de grands projets liés aux énergies propres, ce qui nuit à l’obtention de nouveaux investissements. Malgré les 1,3 milliard de dollars alloués l’an dernier aux organismes fédéraux pour améliorer leur processus d’approbation de projet, le budget de 2023 ne fait que réaffirmer sa volonté de créer un plan prévoyant des mesures concrètes qui ne seront prises qu’à la fin de l’année. Les questions réglementaires comme l’obtention de permis peuvent être tout aussi importantes que les crédits d’impôt pour la faisabilité d’un projet.

Le budget de 2023 permet à la Banque de l’infrastructure du Canada d’aider les communautés autochtones à acheter des titres de participation dans les grands projets auxquels elle prend part. C’est un pas dans la bonne direction, mais pour accélérer le processus, nous souhaitons l’adoption d’un programme de plus grande portée et plus transparent, qui inclurait par exemple des garanties gouvernementales. De nombreux projets d’énergies propres seront réalisés sur des terres autochtones, et comme les collectivités et les promoteurs de projets s’intéressent de plus en plus à la participation des Autochtones, les défis d’accès au capital de ces collectivités doivent être résolus.

Cynthia Leach est Économiste en chef adjointe et contribue à façonner la description et le programme de recherche liés à l’analyse économique et stratégique prospective de l’équipe Services économiques et leadership avisé RBC. Elle s’est jointe à l’équipe en 2020.

1688646-Thumbnail-wide-1

Principales constatations

  • D’ici 2033, 40 % des exploitants agricoles canadiens auront pris leur retraite. L’agriculture du Canada est donc sur le point de vivre l’une des plus grandes transitions de son histoire en matière de main-d’œuvre et de relève des dirigeants.
  • Sur le même horizon, la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 24 000 travailleurs dans les exploitations agricoles, les pépinières et les serres.i
  • 66 % des producteurs n’ont pas de plan de relève, ce qui jette une ombre sur l’avenir des terres agricoles.ii
  • Ces menaces émergent à un moment où la main-d’œuvre agricole du Canada a besoin d’évoluer pour inclure des compétences telles que l’analyse des données, les sciences de l’environnement et les pratiques respectueuses du climat, ce qui nous permettrait de produire plus d’aliments avec moins d’émissions.
  • À l’aide de politiques à court, moyen et long terme, le Canada peut se procurer la main-d’œuvre agricole compétente en technologie numérique dont le pays a besoin pour devenir un chef de file mondial de la production alimentaire durable et à faibles émissions de carbone.
  • Afin d’éviter une crise des compétences à court terme, au cours de la prochaine décennie nous devrons attirer 30 000 immigrants permanents capables d’établir leurs propres fermes et serres ou de reprendre les exploitations existantes.
  • Pour atteindre nos objectifs à moyen et à long terme, nous devrons bâtir un nouveau pipeline d’exploitants et de travailleurs nationaux en facilitant l’accès à l’enseignement et en augmentant les dépenses de recherche et développement destinées à améliorer l’automatisation et la productivité.
  • D’autres pays comme le Japon et la Nouvelle-Zélande déploient rapidement des stratégies nationales visant à relever des défis similaires. Les gouvernements en question offrent des incitatifs aux exploitants qui deviennent plus autonomes et ouvrent des voies aux travailleurs étrangers qualifiés et aux nouveaux agriculteurs. Le Canada doit agir rapidement.

Les agriculteurs canadiens vieillissent et sont moins nombreux

 

2001

166 M acres

 

346 000

âge moyen 50

 

2006

167 M acres

 

327 000

âge moyen 52

 

2011

160 M acres

 

294 000

âge moyen 54

 

2016

159 M acres

 

272 000

âge moyen 55

 

2021

153 M acres

 

262 000

âge moyen 56

 

Citation : Services économiques RBC et Statistique Canadaiii

Un plan de croissance en trois points

  1. Accroître l’immigration d’exploitants agricoles internationaux de 30 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie.
  2. Promouvoir l’enseignement agricole dans les collèges et les universités afin d’attirer de nouveaux étudiants.
  3. Accélérer l’adoption de solutions autonomes et mécanisées dans les exploitations agricoles.

À court terme :

Ouvrir les frontières à de nouveaux producteurs canadiens

La crise des compétences agricoles que traverse le Canada est déjà l’une des pires au monde. Le pays souffre d’une pénurie de compétences qui figure parmi les plus graves du secteur de la production alimentaire à l’échelle mondiale, en comparaison avec les autres grands exportateurs de produits alimentaires. Seuls les États-Unis et les Pays-Bas sont encore plus à la traîne.

La pénurie de travailleurs agricoles dont souffre le Canada est l’une des plus graves au monde

Citation : Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDEiv

La crise démographique qui approche à grands devrait aggraver le problème. Dans 10 ans, 60 % des exploitants agricoles d’aujourd’hui auront plus de 65 ans. Jamais autant d’agriculteurs canadiens n’ont été aussi près de la retraite. De plus, le nombre d’exploitants de moins de 55 ans a décliné de 54 % depuis 2001.v La solution la plus rapide se trouve à nos frontières. L’octroi d’un statut de résident permanent à plus de 24 000 travailleurs agricoles et 30 000 exploitants pourrait combler les pénuries liées à la retraite et aux postes vacants, aider le secteur à réaliser son potentiel de productivité et répondre à la demande alimentaire canadienne aussi bien qu’internationale.

De nombreuses serres et exploitations agricoles font déjà appel à d’autres pays pour répondre au besoin de main-d’œuvre peu qualifiée. De fait, le secteur agricole canadien est l’un des plus diversifiés au monde, bien que la demande de travailleurs étrangers diffère considérablement selon les provinces et les activités.

Le programme des travailleurs étrangers temporaires demeure une source essentielle de main-d’œuvre peu qualifiée. Mais ce dispositif a ses inconvénients. Premièrement, il s’agit d’une solution provisoire à un problème chronique. Deuxièmement, bon nombre des travailleurs étrangers temporaires (TET) qui acquièrent des compétences essentielles à l’ensemencement et à la récolte au Canada doivent retourner dans leur pays d’origine pendant de courtes périodes. S’il leur est impossible de revenir au Canada (par exemple parce que leur propre gouvernement fait obstacle à la migration pour des raisons de sécurité alimentaire nationale), la main-d’œuvre agricole du Canada s’en trouve considérablement réduite.

De meilleures politiques sont nécessaires pour faciliter l’immigration des travailleurs peu qualifiés. Par exemple, une voie vers la résidence permanente pour les TET expérimentés constituerait une solution immédiate à ce type de pénurie.

En ce qui concerne les exploitants agricoles hautement qualifiés, le Canada a toujours bien accueilli cette catégorie d’immigrants en provenance des Pays-Bas, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Inde. Cependant, il existe aujourd’hui des occasions en or d’attirer des exploitants ayant perdu leurs entreprises à cause de politiques réglementaires d’autres pays.

Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement a réservé un budget de 24,3 milliards d’euros pour racheter les 3 000 fermes néerlandaises qui produisent le plus d’émissions. Les producteurs n’acceptant pas cette offre seront forcés de fermer. De plus, les exploitations agricoles autorisées à rester en activité devront considérablement diminuer leur application d’azote. Le pays devra aussi réduire sa population d’animaux d’élevage à un tiers de sa taille actuelle dans un délai de huit ans. En Nouvelle-Zélande, une loi de 2019 exigeant des producteurs qu’ils réduisent leurs émissions de 10 % dans les trois prochaines années oblige déjà les exploitations agricoles à réduire leurs activités.

Des centaines de milliers d’agriculteurs qualifiés du monde entier sont forcés de réduire la taille de leur exploitation ou sont menacés de fermeture. Rien qu’au sein de l’UE, une perte de plus de quatre millions d’exploitations agricoles est enregistrée depuis 2005. À l’échelle mondiale, cela crée un bassin d’agriculteurs qualifiés qui pourraient aider le Canada à accroître ses exportations alimentaires et à s’adapter aux règlements plus rigoureux en matière de durabilité.

L’immigration de scientifiques, d’ingénieurs en données et d’entrepreneurs est déjà reconnue comme essentielle à la croissance du Canada. Une approche similaire doit être adoptée pour attirer les agriculteurs.

À moyen terme :

Les écoles d’agriculture doivent évoluer pour répondre aux exigences d’aujourd’hui

Un changement fondamental est survenu dans les écoles d’agriculture partout au Canada. Alors que les inscriptions déclinaient dans les années 1990, beaucoup ont revu leurs programmes. Afin d’encourager les inscriptions, ces écoles ont commencé à offrir des cours interdisciplinaires susceptibles d’attirer les étudiants urbains moins motivés pour travailler en exploitation agricole. Cela signifiait se concentrer sur des sujets autres que les sciences agricoles, allant de la sécurité alimentaire au développement international.

L’approche a fonctionné. Après avoir touché le fond en 2003, les admissions ont augmenté de plus de 40 %, ce qui signale un changement de mentalité à l’égard des études agricoles.vi À l’heure actuelle, le taux d’inscription à l’enseignement postsecondaire dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et des sciences vétérinaires au Canada fait partie des plus élevés parmi les taux de l’OCDE, de l’UE et du G20. Malgré cela, la demande de diplômés continue de dépasser l’offre.vii

Le taux d’inscription à l’enseignement agricole au Canada est élevé

Pourcentage d’inscriptions total

Citation : Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBCviii

Afin de renforcer le taux d’inscription, davantage d’efforts doivent être mis en œuvre pour intégrer l’agriculture aux programmes traditionnels. Par exemple, parmi les dix meilleures écoles de commerce du Canada, aucun programme de MBA à temps plein n’offre de cours optionnels dans le domaine de l’agriculture. De même, les écoles d’agriculture ne font pas assez pour promouvoir une approche interdisciplinaire qui intégrerait des étudiants de filières allant de l’ingénierie aux sciences sociales. Ces innovations seront essentielles pour encourager les inscriptions et construire un écosystème agricole plus solide et mieux doté en ressources.

D’un autre côté, plusieurs écoles et collèges d’agriculture sont en voie de se transformer en centres multidisciplinaires parmi les plus polyvalents du pays. Ces établissements incorporent des thèmes qui vont des incitatifs financiers à la séquestration du carbone dans les sols, en passant par l’énergie propre. L’Installation de recherche sur les systèmes environnementaux contrôlés de l’Université de Guelph travaille même avec la NASA et l’Agence spatiale canadienne pour mettre au point des méthodes de culture de nourriture sur Mars.

En plus d’augmenter le nombre d’inscriptions, les écoles d’agriculture doivent équiper les élèves des outils dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs compétences. Par exemple, les écoles d’ingénierie, de commerce et d’informatique pourraient mettre en place davantage de coopératives, d’études de cas et de projets spéciaux liés à l’agriculture, qui offriraient des occasions d’apprentissage expérientiel axées sur la production alimentaire.

Services-conseils pour les producteurs

L’enseignement ne finit pas à la porte de l’école. Les producteurs ont toujours été des pionniers dans le domaine des nouvelles technologies. Pour mettre encore plus de compétences numériques en application, ils auront besoin de services-conseils leur permettant de se renseigner sur les meilleures solutions, les pratiques de production les plus efficaces et les façons de réduire les coûts et de promouvoir la durabilité dans leurs exploitations. Étant donné que chaque exploitation est confrontée à des défis uniques, les solutions doivent être individualisées. Les services-conseils visent à aider les agriculteurs à concevoir des solutions sur mesure. De plus, des ateliers sont proposés aux exploitants agricoles et à leurs employés, que ce soit dans un cadre structuré ou de façon informelle. Les services-conseils, à l’image de ceux qui sont offerts aux agriculteurs américains, doivent devenir plus accessibles aux nouveaux agriculteurs canadiens.

À long terme :

Déployer des solutions pour renforcer la mécanisation et l’autonomie des exploitations agricoles

L’automatisation est un thème central de l’agriculture depuis des siècles. La plupart des machines et des outils intègrent aujourd’hui des technologies qui augmentent l’efficacité sur chaque acre cultivé. Et les producteurs qui investissent dans la technologie sont souvent ceux qui dégagent la meilleure rentabilité. En 2020, plus de 50 % des exploitations agricoles ayant investi dans les nouvelles technologies ont constaté une baisse de leurs coûts. Et bien que l’automatisation réduise le besoin de main-d’œuvre agricole, elle crée aussi de nouveaux emplois pour les travailleurs hautement qualifiés. Les inventions telles que le tracteur, la moissonneuse-batteuse automotrice et le guidage automatisé ont marqué des jalons dans l’innovation et la productivité de l’agriculture.

Dorénavant, les technologies et pratiques agricoles intelligentes permettront aux exploitations de rehausser leur efficacité et leur productivité, de limiter leur impact sur l’environnement et de mettre l’accent sur la durabilité. Un autre aspect important est que ces solutions innovatrices réduisent les besoins de main-d’œuvre peu qualifiée.

Une grande partie de cette technologie est en cours de développement au Canada. Néanmoins, un effort de recherche et de développement plus ambitieux est essentiel pour réduire les besoins de main-d’œuvre, améliorer les taux de production et promouvoir la durabilité. Cela commence par le financement. Au Canada, les fonds consacrés à la recherche et au développement du secteur agricole proviennent principalement de sources publiques. Nous devons viser plus haut en matière de financement, car chaque dollar investi en recherche et développement génère entre 10 et 20 dollars de PIB.ix À mesure que la production agricole s’intensifiera, de plus en plus d’outils seront nécessaires pour réduire les émissions de manière autonome.

Dans l’agriculture canadienne, le financement public de la recherche et du développement est en retard par rapport aux autres pays

millions de dollars américains

 

Citation : Services économiques RBC, OCDE et Statistique Canada

Les investissements publics représentent la plus grande source de financement dans la recherche et le développement agricoles au Canada, soit 456 millions de dollars en 2020, mais les investissements du secteur privé sont à la traîne avec 156 millions de dollars.xxi Et les sociétés canadiennes, de manière générale, investissent moins dans la recherche et le développement, en comparaison avec leurs homologues étrangères. Les sociétés ont contribué de façon significative aux innovations passées, afin de résorber les pénuries de main-d’œuvre tout en rendant la production agricole plus résiliente face aux phénomènes météorologiques extrêmes et en améliorant la qualité et la durabilité. Toutefois, pour que le Canada devienne l’exportateur alimentaire le plus fiable et le plus durable au monde, d’autres investissements seront nécessaires.

L’effort de recherche et développement peut stimuler la croissance du secteur, mais la distribution entre les producteurs sera essentielle. Les dépenses en immobilisations ont augmenté plus rapidement dans l’agriculture que dans les autres secteurs du Canada au cours des 15 dernières années. Or, la majeure partie de ces investissements est attribuable aux cultivateurs.

Les sociétés agricoles canadiennes sont à la traîne des concurrents mondiaux en matière de dépenses en recherche et développement

Dépenses sur la base du pourcentage des revenus

2018

1,2 %

Canada

 

5,2 %

Étranger

2019

1,0 %

Canada

 

3,8 %

Étranger

2020

1,4 %

Canada

 

4,6 %

Étranger

Citation : Services économiques RBC, Statistique Canadaxii

Comparaison mondiale

Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences dans son secteur agricole. Les autres pays ont déjà pris des mesures pour remédier aux pénuries grâce à des programmes politiques spécifiques :

Le Japon

L’âge moyen d’un exploitant agricole est de 68 ans au Japon, ce qui en fait le pays de l’OCDE le plus sensible au problème de la relève des dirigeants. Pour encourager les jeunes à entrer dans le secteur, le gouvernement leur offre une aide au revenu pendant cinq ans à compter de la création de leur propre exploitation agricole. De plus, le programme Smart Agriculture propose des services-conseils gratuits sur la façon de mettre en œuvre des solutions autonomes et mécanisées. Le pays a également établi des « villages pilotes » visant à démontrer l’efficacité des nouvelles technologies.xiii

La Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a du mal à convaincre les jeunes et les nouveaux producteurs à s’engager dans le secteur. En 2014, un groupe de producteurs, universités, collèges et agents publics ont formé la Primary Industry Alliance.xiiv Le volet agricole du programme ambitionne d’attirer de nouveaux agriculteurs par les voies de l’enseignement et de l’immigration. De plus, le gouvernement a engagé un dialogue avec la communauté maorie afin d’accroître sa participation dans le secteur.

Les Pays-Bas

Plus de 530 000 travailleurs migrants sont employés dans le secteur agricole néerlandais. Alors que les Pays-Bas dépendent de plus en plus de ces travailleurs migrants, le pays souhaite augmenter la part de travailleurs hautement qualifiés. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a élaboré le programme Strategy for Green Education, dont l’objectif est d’attirer les étudiants dans le secteur et d’assurer une coordination entre les établissements d’enseignement afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre agricole.

Les États-Unis

Tout comme le Canada, les États-Unis sont fortement dépendants des travailleurs temporaires. Cependant, du fait que le nombre d’exploitants agricoles a diminué, la demande de main-d’œuvre n’a fait que croître. Il existe un financement pour les programmes d’enseignement agricole dans les écoles secondaires, et des terrains sont donnés aux universités qui offrent des services consultatifs aux agriculteurs. Cependant, la crise de la main-d’œuvre pousse le salaire moyen vers le haut et incite de nombreux producteurs à investir dans des solutions autonomes.

Conclusion

Le secteur agricole fait face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences pour transformer l’agriculture. Toutefois, avec une bonne approche, ce désavantage aigu pourrait devenir un avantage générationnel. Si le Canada augmentait l’immigration d’agriculteurs qualifiés, encourageait les collèges et universités à faire entrer dans cette filière des étudiants de tous les horizons, et investissait dans des solutions innovatrices visant à automatiser le secteur et à réduire la main-d’œuvre agricole, alors le pays pourrait prendre la tête de la transition mondiale vers une agriculture à faibles émissions de carbone.

Le budget de 2023 a été l’occasion d’établir des objectifs ambitieux qui tirent parti des avantages naturels du Canada dans le domaine de l’agriculture. Bon nombre des mesures dévoilées apportent un soulagement temporaire à diverses questions, mais le budget manque de vision globale sur l’avenir du secteur et les enjeux climatiques auxquels il est confronté. Le moment est venu pour les agriculteurs, les gouvernements et les acteurs de la chaîne logistique agricole de travailler ensemble sur cette question.

Pour relever ces défis, il faudra adopter une nouvelle approche basée sur la participation de toutes ces parties prenantes.

Facteurs de succès

[inpage-tabs id= »1″]

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/la-prochaine-revolution-verte/.

Télécharger le rapport

Télécharger

Collaborateurs :

Auteur principal: Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, RBC

RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
Farhad Panahov, économiste
Carrie Freestone, économiste
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise

Boston Consulting Group
Youssef Aroub, chef de projet
Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada
Chris Fletcher, directeur général et associé
Thomas Foucault, directeur général et associé
Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Pilar Pedrinelli, experte-conseil

Arrell Food Institute, University of Guelph
Evan Fraser, directeur
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales
Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale
Lisa Ashton, candidate au doctorat

  • Joy Agnew, Ph. D., vice-présidente associée, Recherche appliquée, Olds College
  • Christopher Johnson, associé principal en développement, Olds College
  • Danny Le Roy, Ph. D., professeur agrégé d’économie, Université de Lethbridge
  • Jeanna Rex, Arrell Food Institute, coordonnatrice en éducation, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Beverly Agar, première directrice relationnelle, Agriculture et agroalimentaire, RBC

    1. Emploi et Développement social Canada et Services économiques RBC.
    2. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    3. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    4. Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDE.
    5. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    6. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    7. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    8. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    9. Institut agricole du Canada, « An Overview of the Canadian Agricultural Innovation System. »
    10. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    11. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    12. Statistique Canada, Statistiques de l’OCDE et Services économiques RBC.
    13. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    14. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    15. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.

1688646-Thumbnail-wide-1

Misons sur l’agriculture :

Valorisation des terres pour lutter contre les changements climatiques

Depuis des générations, les agriculteurs canadiens retirent des gains financiers pour la nourriture qu’ils produisent. Plus le nombre de boisseaux de blé qu’un agriculteur cultive est élevé (et plus le prix de cette marchandise est élevé sur les marchés), plus le rendement sera élevé.

Pourtant, en adoptant des pratiques durables, les agriculteurs ont aussi le pouvoir inégalé de réduire les émissions et d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé des sols et la biodiversité.

Des capitaux seront requis pour tirer parti de ce pouvoir. Cependant, si le potentiel actuel de l’agriculture durable est solide, les données économiques qui le sous-tendent ne le sont pas. Nous devrons prendre en compte les pratiques durables tout en fournissant le financement et les instruments financiers permettant d’en réduire les risques et d’encourager leur utilisation. De plus, nous devrons repenser un système économique qui récompense pleinement la production agricole, mais qui accorde peu de valeur à la préservation.

Ces efforts, soutenus par des protocoles nationaux encadrant les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification et par des partenariats intersectoriels, peuvent servir d’assise à une stratégie d’agriculture durable de premier plan à l’échelle mondiale.

Que sont les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification ?

Mesure – Un outil mesure les réductions des émissions résultant de l’activité agricole.
Déclaration – La mesure est soumise à un vérificateur tiers.
Vérification – Le vérificateur tiers certifie les émissions.

L’agriculture pourrait être une source beaucoup plus importante de réduction et d’élimination des émissions

Source : Elis (2021). Analyse BCG

Que sont les compensations carbone et les compensations carbone intégrées ?

Compensations carbone intégrées : Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques.
Compensations classiques : Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables associés à de l’énergie renouvelable ou à d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par l’acheteur.


Une vraie mine d’or :

Trois parcours financiers menant à un secteur agricole plus durable

Dans le présent document, nous examinons trois instruments financiers qui pourraient stimuler le stockage du carbone dans le sol et créer d’autres avantages : les compensations carbone, les compensations carbone intégrées et le financement public. Tous ces outils sont actuellement utilisés à divers degrés. Cependant, leur potentiel à produire des effets immédiats sur l’agriculture durable varie.

La compensation carbone intégrée est actuellement le mécanisme le plus efficace pour inciter les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Bien que la demande globale des consommateurs pour des produits alimentaires durables reste à développer, les entreprises agroalimentaires ont montré une volonté de payer davantage pour des intrants durables afin de réduire les émissions dans leurs propres chaînes logistiques.

Le soutien du gouvernement sera également essentiel au début de cette transition. Pourtant, à l’heure actuelle, le financement du gouvernement canadien est à la traîne de celui de ses pairs à l’échelle mondiale. Cet écart pourrait désavantager les agriculteurs canadiens, car les systèmes alimentaires sûrs et durables gagnent en importance sur le marché mondial. Dans tous les cas, il est essentiel de disposer de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification fiables. Les compensations sont particulièrement tributaires des essais de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification pour établir les bases de l’intégrité du marché et de la confiance. Et le développement de ces systèmes prendra du temps.

1 | Compensation carbone

  • À court terme : Difficile
  • À long terme : Importante

[inpage-tabs id= »2″ background_colour= »#ffffff »]

Fonctionnement des compensations carbone
  • ...
  • Projets
    Les projets réduisent ou éliminent les émissions de GES (par exemple, grâce à la capture directe dans l’air, au reboisement et aux pratiques agricoles durables). Une fois les projets validés, les crédits sont émis et vérifiés par un vérificateur tiers.
  • Compensation
    Les organisations ou les particuliers peuvent acheter des crédits externes pour compenser leurs émissions.
Pour les agriculteurs, le rendement associé aux compensations n’est pas rentable

Un agriculteur qui recourt à des pratiques durables reçoit environ 8 $ à 13 $ de crédits carbone par acre. Mais comme il s’agit d’une science imparfaite et que les mesures sont bancales, une grande partie de ces crédits peut être retenue. Et à cela, il faut ajouter les divers coûts du projet qui peuvent retrancher jusqu’à 60 % de ces montants (35 % pour les coûts, 25 % pour les frais), et un autre 20 % pour l’assurance. En fin de compte, la part de l’agriculteur est de seulement 2 $ à 4 $ l’acre, ce qui représente une mince portion du total des rentrées agricoles.

Revenu faible

  • ~8 $ à 13 $

Crédits carbone par acre

Déductions importantes

  • Coûts – 35%
  • Frais – 25%
  • Assurance – 20%

Incitatif faible

  • ~ 2 $ à 4 $

Crédit carbone par acre après déductions

Sources : Recherche sur les essais des systèmes de mesure, de déclaration et de vérification en Amérique du Nord ; analyse BCG

La qualité des crédits de carbone dépend des méthodes de mesure

Trois principaux types de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification

[inpage-tabs id= »3″]

Cadre pour repérer les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification de grande qualité

Bien que chaque système soit différent, les plus efficaces mettent en œuvre ce qui suit :
Fonction de mesure, de déclaration et de vérification Bronze Argent Or
Échantillonnage des sols
Modèles fondés sur les processus cross Checkmark Checkmark
Au moins deux certificateurs tiers vérifient les résultats cross Checkmark Checkmark
Télédétection cross Checkmark Checkmark
Évaluation du cycle de vie des intrants à la ferme ou utilisation de plus de trois des meilleures pratiques de gestion cross cross Checkmark
Couvre plus de cinq grandes cultures cross cross Checkmark

2 | Compensation intégrée

  • À court terme : Prête
  • À long terme : Importante

[inpage-tabs id= »4″ background_colour= »#ffffff »]

Comment les aliments cultivés de façon durable peuvent réduire les émissions de chaînes logistiques agroalimentaires
  • ...
  • Agriculteurs
    Un réseau d’agriculteurs au sein d’une chaîne logistique est sélectionné pour cultiver de façon durable en incorporant de nouvelles pratiques ou en les élargissant.
  • ...
  • Sociétés
    Les entreprises payent un prix plus élevé aux agriculteurs pour cette nourriture, ce qui les aide à compenser les coûts et les risques associés à la transition vers une agriculture durable. Les entreprises peuvent absorber ce coût additionnel ou le transmettre aux consommateurs sous forme d’un prix plus élevé ou d’une « prime verte ».

    Le processus aide les entreprises prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes. Ces initiatives de chaîne logistique peuvent également être utilisées à des fins de marketing.

  • ...
  • Consommateurs
    Les consommateurs ont la possibilité d’acheter des produits cultivés de façon durable.
La plupart des consommateurs n’achèteront pas seulement en raison de la durabilité1
  • 10 %
  • des consommateurs décident d’acheter ces produits uniquement pour « sauver la planète ».
  • 10-30 %
  • des consommateurs sont prêts à acheter lorsque la durabilité2 est associée à d’autres avantages comme la santé, la sécurité et la qualité.
  • 40-60 %
  • des consommateurs se disent préoccupés par la durabilité, mais sont freinés par des obstacles3 comme le revenu, le coût et la commodité.

1. Comprend les acheteurs qui achètent souvent ou très souvent des produits durables et qui considèrent agir eux-mêmes en faveur de la durabilité ; 2. Comprend les acheteurs qui achètent parfois des produits cultivés dans une optique durable ; 3. Comprend les non-acheteurs qui seraient prêts à payer une prime supérieure à 5 % s’il y a parité avec les autres avantages.

Mais la moitié des entreprises, y compris celles du secteur agroalimentaire, sont prêtes à payer plus

Sources : Enquête du Boston Consulting Group sur la consommation durable (juin 2022),
expérience de projet et analyse du Boston Consulting Group, rapport conjoint du Boston Consulting Group et du Forum économique mondial (2023)

Raisons justifiant le paiement d’une prime verte

  • Respecter des engagements en matière de durabilité (p. ex., les compensations carbone intégrées)
  • Gagner du terrain dans les marchés en plein essor
  • Sécuriser l’approvisionnement en prévision d’une rareté future
  • Se préparer à la réglementation gouvernementale (notamment en ce qui concerne le prix du carbone)
  • Gagner la faveur des clients prêts à payer pour la durabilité ou prêts à cesser d’acheter un produit pour cette raison

3 | Financement public

  • À court terme : Prêt
  • À long terme : Importante

[inpage-tabs id= »5″]

Le financement du Canada en matière d’agriculture durable accuse un retard par rapport à ses pairs

USA

États-Unis


Total des recettes agricoles1

545 G$


Soutien agricole en % des recettes

64 G$|12 %


Financement de la lutte contre les changements
climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,7 %

La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) prévoit l’allocation de 27 milliards de dollars pour la conservation et l’intendance agricoles, jusqu’en 2031

Europe

Union européenne


Total des recettes agricoles1

699 G$


Soutien agricole en % des recettes

122 G$|18 %


Financement de la lutte contre les changements
climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,8 %

La politique agricole commune (Common Agricultural Policy) prévoit l’allocation d’environ 224 milliards de dollars, jusqu’en 2027, pour des initiatives liées au climat.

Canada

Canada


Total des recettes agricoles1

83 G$


Soutien agricole en % des recettes

8 G$|10 %


Financement de la lutte contre les changements
climatiques en % du total des recettes agricoles

~0,5 %

Le Partenariat canadien pour une agriculture durable pourrait engager 500 M$ en financement supplémentaire, et 800 M$ pour le financement du Fonds d’action à la ferme pour le climat et des technologies agricoles propres

Consultez l’annexe pour en savoir plus


Recommandations :

Cultiver le changement
[inpage-tabs id= »6″]

 

Cultures de couverture | Cultures, comme le trèfle, qui peuvent être cultivées pendant la saison morte pour augmenter le stockage du carbone et réduire l’érosion du sol.

Travail réduit du sol | Réduction de la perturbation des sols en limitant le travail du sol dans les terres cultivées, ce qui permet d’améliorer le stockage du carbone.

Gestion des éléments nutritifs | Utilisation d’engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment, au bon endroit et avec un minimum d’apport.

Sylvopastoralisme | Intégration des arbres, de fourrage et de pâturage pour le bétail dans une même zone, pour améliorer les nutriments dans le sol et le bien-être du bétail.

Rotations des cultures | Plantation successive de différentes cultures pour renforcer la santé du sol et en améliorer les nutriments, tout en contrôlant les parasites et les mauvaises herbes.

Gestion du fumier | Possibilité de transformer le fumier en énergie grâce à la digestion anaérobie ou de l’utiliser comme engrais naturel.

Biocharbon | Conversion des résidus de cultures (déchets) en charbon de bois ; lorsqu’il sert d’engrais, le biocharbon peut accroître le stockage du carbone.

Pour en savoir plus, visitez rbc.com/climat.

Télécharger le rapport integral

Télécharger


Collaborateurs :

Auteur principal: Youssef Aroub, chef de projet, Boston Consulting Group

Boston Consulting Group
Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada
Chris Fletcher, directeur général et associé
Thomas Foucault, directeur général et associé
Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Pilar Pedrinelli, experte-conseil

RBC
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique
Colin Guldimann, économiste
Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé
Zeba Khan, directrice, Publication numérique
Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise

Arrell Food Institute, University of Guelph
Evan Fraser, directeur
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales
Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale
Lisa Ashton, candidate au doctorat

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes suivantes pour leurs contributions :

    • Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
    • Dan Lussier, directeur, Canadian Agri-Food Data Initiative
    • Tim Faveri, vice-président mondial, Développement durable et relations avec les parties prenantes
    • Michelle Nutting, directrice, Agriculture et durabilité environnementale, Nutrien Ltd.
    • Karen Haugen-Kozyra, résidente, Solutions Viresco
    • Dr. Brian McConkey, scientifique en chef, Solutions Viresco
    • Anthony D’Agostino, directeur général, Marchés des marchandises, RBC
    • Marty Seymour, agriculteur de quatrième génération, Acme, Alberta
    • Gillian Flies, cofondatrice, Fermiers pour la transition climatique
    • Matt Sawyer, fourth generation farmer, Acme, Alberta
    • Doug Whitehead, cultivateur, Manitoba
    • Julia Maria-Becker, première directrice, Solutions d’exploitation durable, RBC
    • Janay Meisser, directrice de l’innovation, Cultivateurs unis de l’Alberta
    • Derek Eaton, directeur de la politique industrielle, L’accélérateur de transition
    • Ryan Cooke, chargé de recherche associé, Smart Prosperity Institute
    • David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
    • Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures

Canada
Le Partenariat canadien pour une agriculture durable comprend 3 milliards de dollars sur cinq ans. Environ un milliard de dollars est consacré aux programmes fédéraux et à leurs activités, dont 690 millions de dollars sont destinés à la croissance novatrice et durable, y compris dans le cadre du Programme Agri-science soutenant la recherche précommerciale et d’autres recherches. Environ 2 milliards de dollars sont consacrés à l’agriculture durable, à l’achat d’équipement, à la formation et à la recherche scientifique.

Les 200 millions de dollars du Fonds d’action à la ferme pour le climat ont été distribués par 12 organismes partout au Canada. Ceux-ci distribueront les fonds aux agriculteurs pour les aider à adopter des pratiques durables. Les provinces mettent également en place ou gèrent leurs propres systèmes d’échange de droits d’émissions de carbone, qui permettent aux producteurs de vendre des crédits de carbone agricoles. Les systèmes de compensation de l’Alberta et du Québec sont bien établis, tandis que la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan sont sur le point de lancer leurs propres approches.

États-Unis
La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) est la plus importante loi fédérale jamais adoptée pour lutter contre les changements climatiques, augmentant de 20 milliards de dollars américains le financement des efforts de conservation. Elle élargit la portée du programme Partnerships for Climate-Smart Commodities, qui vise à éliminer 50 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone. Ce programme a alloué 3 milliards de dollars américains à 141 projets dans des entreprises agricoles de culture et d’élevage situées dans les 50 États et à Puerto Rico. Il mise également sur la collaboration entre plus de 100 universités, 20 tribus et groupes tribaux et 60 000 fermes, répartis sur plus de 25 millions d’acres de terres exploitables. Le projet permettra d’éliminer les émissions équivalant à 12 millions de véhicules à essence.

Union européenne
La politique agricole commune (PAC) a été remaniée en 2022. Elle inclut 387 milliards d’euros, soit le tiers du budget total de l’UE pour 2021 à 2027, qui ont pour but d’aider les exploitations agricoles et les communautés rurales à atteindre l’objectif de zéro émission nette. Elle vise une réduction des gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Au total, 40 % du plan financier de la PAC est explicitement consacré aux activités liées au climat, et 10 % du budget de l’UE hors de la PAC est consacré aux efforts en faveur de la biodiversité.

Australie
Le fonds de réduction des émissions (Emissions Reduction Fund) est le programme phare de l’Australie pour lutter contre les changements climatiques. Il aide les agriculteurs, les entreprises et les communautés rurales à réduire les gaz à effet de serre en fournissant des unités de crédits carbone qui peuvent être vendues à des acheteurs publics ou privés. Le programme encourage activement les projets consacrés au carbone du sol en partageant les coûts initiaux de l’échantillonnage des sols. Le programme prévoit que les agriculteurs australiens gagneront plus de 400 millions de dollars australiens grâce à la vente des crédits provenant de la séquestration du carbone dans les sols d’ici 2050. Le gouvernement fédéral consacre également 64 millions de dollars australiens à la promotion du développement de technologies de mesure du carbone dans les sols, 54,4 millions de dollars australiens pour encourager les analyses du sol et le partage des données à l’échelle nationale.

Brésil
Le Brésil offre aux agriculteurs des prêts à faible taux d’intérêt par l’intermédiaire du plan ABC. Les agriculteurs obtiennent les crédits et les options de financement nécessaires pour adopter des pratiques agricoles durables, comme la culture sans labours, la culture intercalaire, la rotation des cultures et la réhabilitation des pâturages dégradés. Lancé en 2010, le programme a récemment été remanié dans le but de stocker chaque année 41 mégatonnes de dioxyde de carbone sur plus de 177 millions d’acres de terres agricoles au pays. Lors de sa dernière ronde de financement, plus de 62 000 contrats ont été signés. Le Brésil est ainsi devenu le deuxième pays le mieux classé au monde pour les exploitations agricoles sans labours (environ 18 % des terres agricoles du Brésil).

1688646-Thumbnail-wide-1

Introduction

Les ciels au-dessus de Davos étaient inhabituellement nuageux pendant le Forum économique mondial. Le rassemblement annuel d’hiver, en revanche, a été témoin de rayons de soleil inhabituels.

La réunion mondiale des dirigeants du gouvernement, des entreprises et des collectivités, la première en trois ans, ne peut pas être qualifiée d’optimiste. Toutefois, après une année marquée par la guerre, l’inflation, les pénuries d’énergie et les craintes de pandémie, l’opinion générale à Davos en 2023 était « disons que les choses pourraient être bien pires ». L’Europe est plus unie qu’elle ne l’a été depuis des décennies. La guerre en Ukraine semble contenue. La Chine est réapparue après avoir exécuté un marathon de confinement lié à la COVID-19. L’inflation est en train de baisser. Et de nombreuses prévisions économiques révisées suggèrent que la majeure partie du monde est en voie de se diriger vers une soi-disant « récession ».

Bref, une année où il faut tenir bon.

C’était mon 7>sup>e voyage à Davos, une ville tranquille où se trouve une station de ski dans les Alpes suisses. Et bien que la pandémie n’ait rien fait pour éliminer l’arrogance du rassemblement (« nous sommes bons ; le monde ne l’est pas » pourrait être sa devise), le Forum demeure une rare occasion pour une grande partie de la planète d’échanger des points de vue sur le monde. Dans quel autre contexte peut-on s’asseoir avec un scientifique de la Fondation Bill & Melinda Gates, un économiste de l’Université d’Oxford, un entrepreneur en technologie du Brésil et un activiste social de Johannesburg ?
Voici 12 idées – une douzaine Davos – que j’ai retenues du Forum de cette année :

1. Le monde est fragmenté, après tout

Une extraordinaire période de 30 ans d’ouverture et de coopération mondiales qui a émergé des cendres de la guerre froide touche à sa fin. Il y a dix ans, à mon premier forum à Davos, j’ai rencontré des dirigeants iraniens, des oligarques russes et des technophiles chinois. Dans les années 2020, ce qui semble être un lointain souvenir, alors que de grandes parties du monde ne se sentent pas les bienvenues aux événements internationaux. C’est ce que les Allemands appellent un Zeitenwende, de profonds changements qui brandissent maintenant de sérieuses répliques. Il s’agit notamment d’une montée du nationalisme économique qui est devenue une norme dans toutes les régions et d’un désir renouvelé en Occident d’imposer des valeurs libérales à un nouvel ordre mondial. Pour ceux qui pensaient que l’économie remplaçait la géopolitique après la guerre froide, l’histoire des grandes luttes de pouvoir et de valeurs est de retour.

Paradoxalement, le Forum a été créé il y a plus de 50 ans pour lutter contre le nationalisme économique en Europe. Aujourd’hui, nombre de ses membres fondateurs souhaitent qu’un « Club climat » encourage un cartel des énergies renouvelables à rivaliser avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et que de nouveaux blocs commerciaux basés sur la démocratie défient la Chine. La sécurité économique est devenue la sécurité nationale et une justification pour que les gouvernements imposent des règles arbitraires en matière d’investissement et de commerce.

Dans une discussion interactive entre 200 participants, la géopolitique a été établie comme étant comme le risque le plus important pour la stabilité financière, bien avant les cyberrisques et les risques économiques. L’Organisation mondiale du commerce est venue à Davos pour avertir que de telles formes de démondialisation pourraient coûter au monde 7 billions de dollars US de pertes de production si elle va trop loin. En revanche, il n’y avait aucun signe de recul. Interrogée sur la démondialisation, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’est indignée du mot, préférant appeler cela une nouvelle ère de « réduction des risques ».


2. Meh-conomie, 101

S’il y avait un consensus à Davos, c’est que 2023 sera, eh bien, meh. Un sondage de CNBC mené auprès de 90 chefs de la direction du Forum a révélé qu’ils étaient généralement optimistes, mais pas têtus. Kristalina Georgieva, présidente du Fonds monétaire international, a déclaré qu’elle s’attendait à s’en tenir aux prévisions du FMI concernant une croissance économique mondiale de 2,7 %. La Chine a souffert du pire de son ralentissement économique et pourrait contribuer à soulager le monde avec une « revanche des dépenses », étant donné que les ménages chinois ont estimé à 2 billions de dollars américains l’épargne accumulée.

Les chaînes d’approvisionnement reviennent lentement à la normale. Les Européens traversent un hiver plus chaud avec des coûts énergétiques moins élevés, tandis que les États-Unis semblent se maintenir à flot.

Il y a un risque de la taille du Cervin des Rocheuses canadiennes : les taux d’intérêt. Les banquiers centraux ont profité de l’étape de Davos pour souligner qu’ils ne sont pas tentés de réduire les taux en raison du ralentissement de l’économie. « Gardez le cap » a été dit plus souvent, en plus de langues, que n’importe quelle autre phrase. Alors que l’inflation semble avoir atteint un sommet, les banques centrales reconnaissent qu’il sera beaucoup plus difficile de passer de 4 % à 2 % que de 6 % à 4 %. Les augmentations de salaire à elles seules continueront de contrarier les partisans d’une approche plus musclée à l’égard de l’inflation.

Les banques centrales se battent elles aussi contre une question de crédibilité, après avoir manqué les premiers signaux de l’inflation mondiale pendant la pandémie. La main-d’œuvre énigmatique constitue un autre défi. Les taux de chômage remarquablement bas qui montrent peu de signes de flexion, grâce à une nouvelle culture du travail qui fait en sorte que les millénariaux reconçoivent les emplois, les baby-boomers redessinent la retraite et un grand nombre d’hommes en âge de travailler, un sur huit, choisissent de quitter l’économie formelle aux États-Unis. Si les banques centrales continuent de se concentrer sur les niveaux d’emploi, elles maintiendront probablement les taux plus élevés pendant plus longtemps et la croissance économique faible en 2024.


3. La sécurité nationale l’emporte sur la stratégie climatique

Le sujet le plus brûlant a été l’Inflation Reduction Act des États-Unis (loi sur la réduction de l’inflation), qui prévoit 370 milliards de dollars américains de subventions pour l’énergie propre et une promesse de réglementation simple pour les entreprises américaines afin d’aider les plus grands utilisateurs d’énergie au monde à créer les technologies nécessaires pour atteindre le niveau zéro émission et à les exporter dans le reste du monde. À Davos, c’était comme si les États-Unis avaient largué une bombe économique sur l’Union européenne. Le bloc a eu quelques mois pour digérer la loi sur la réduction de l’inflation, et semble déterminé à lancer sa propre série de subventions. Les Européens savent qu’ils devront faire quelque chose de bien plus difficile : réduire la réglementation.

Le Canada doit relever le même défi, non seulement en ce qui a trait à l’égalisation des dépenses des États-Unis, mais aussi à la lenteur notoire de l’approche fédérale-provinciale en matière d’approbation de projets. L’Europe a pour principal objectif de négocier un accès préférentiel à certaines technologies respectueuses du climat, comme les véhicules électriques ; en fait, entrer dans le Club climat américain.

L’Europe veut accroître autant que possible ses capacités de production d’énergie renouvelable d’ici 2030 qu’elle ne l’a fait aujourd’hui, lançant le plus grand boom immobilier depuis que le plan Marshall a restauré les ruines de la Seconde Guerre mondiale. Le chancelier Olaf Scholz a affirmé que l’Allemagne utilisera toutes ses dépenses et sa puissance réglementaire pour se départir du charbon d’ici 2030, et sera totalement dépendante des énergies renouvelables peu après.
Ce n’est pas ce que pensent les Américains de leur plan climat, qui est conçu pour assurer la sécurité énergétique, avec de faibles émissions, et non pour éliminer les combustibles fossiles. Joe Manchin, le sénateur américain qui a orchestré la loi, est venu à Davos pour expliquer qu’elle n’est pas censée constituer une menace pour les alliés de l’Amérique et qu’elle n’est pas non plus destinée à accélérer la fin du pétrole. Il a surpris de nombreux

Européens en disant que les États-Unis pourraient voir la production de pétrole augmenter de 20 % et celle de gaz, de 50 %, en utilisant le captage du carbone pour maintenir les émissions dans le sol. Il vise à ce que les États-Unis produisent toutes les formes d’énergie. Le climat est une préoccupation secondaire.


4. Les réalités de la relocalisation

Le choc des semi-conducteurs de 2022 se répercute encore. En plus des technologies propres, les États-Unis dépensent des milliards pour aider des entreprises comme Intel à réinstaller la production de puces, actuellement en Asie, en Amérique du Nord. Les États-Unis représentaient 37 % de la fabrication mondiale de puces dans les années 1990. Aujourd’hui, leur part est de 12 %. Cette baisse a pris 30 ans à se réaliser, et pourrait prendre autant de temps à s’inverser, si cela est possible. Les réseaux de production de Taïwan et de la Corée sont si sophistiqués, qu’ils constituent une forme quelconque de puzzle de superordinateur. Intel construit des usines aux États-Unis et en Allemagne, mais il faudra des années pour qu’elle se dote d’une main-d’œuvre et de chaînes d’approvisionnement. Le problème c’est que les États-Unis pourraient ne pas disposer de décennies pour obtenir cette relocalisation, car le 5G produit une vague de demande industrielle, et la révolution des véhicules électriques se transforme en une nouvelle génération de puces, qui pourrait représenter 20 % du contenu des véhicules électriques, soit quatre fois ce dont les voitures ont besoin maintenant.

Bien que la rhétorique de relocalisation soit populaire à Davos et pendant les campagnes électorales, elle s’avère moins attrayante pour les exploitants d’entreprises. Une étude récente de McKinsey montre qu’au cours des cinq dernières années, depuis que l’ancien président Donald Trump a présenté son discours de « l’Amérique d’abord » à Davos, aucune grande économie, y compris celle des États-Unis, n’a systématiquement diversifié ses échanges commerciaux. Le cabinet d’experts-conseils a également constaté que toutes les régions étaient loin d’être autonomes. Au contraire, il y a une forte concentration de la production d’une gamme de biens et de marchandises, allant des ordinateurs portables et des avions en passant par le soja, le minerai de fer et, oui, les micropuces.


5. L’Ukraine tient bon tandis que l’Europe espère

Volodymyr Zelenskyy était relativement inconnu à Davos en 2020 lorsqu’il a parlé de la nécessité d’accélérer la prise de décision. Il a pris d’assaut Davos 2023 par vidéo, en utilisant ses compétences en matière de motivation pour maintenir le soutien de l’Occident. Sa femme Olena s’est exprimée en personne et s’est assise au premier rang pour entendre le discours de plusieurs dirigeants. Les uns après les autres, les politiciens européens, américains et canadiens ont assuré aux Ukrainiens que leur soutien était inconditionnel et qu’ils étaient prêts à soutenir le pays pendant des années – « dix ans, au besoin », a déclaré la première ministre finlandaise Sanna Marin. L’Europe fait preuve de plus de confiance qu’elle ne l’a fait depuis des décennies, mais elle connaît ses vulnérabilités, y compris les fantômes de l’histoire. L’Allemagne continue de ralentir le ravitaillement en chars, ne voulant pas provoquer la Russie. L’Europe sait aussi qu’elle a évité une crise énergétique cet hiver, en raison des conditions météorologiques chaudes, de l’approvisionnement en gaz d’urgence du Qatar et des États-Unis, et de la demande moins concurrente d’une Chine en confinement. L’hiver prochain pourrait ne pas être si généreux.

Pour Zelenskyy, le jeu final sera la défaite, les excuses et les réparations de la Russie. Cette tâche sera difficile pour la Russie sans bouleversements politiques, crise économique ou débâcle militaire, ou les trois. Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État américain, a parlé à un petit groupe, également par vidéo, pour exprimer un point de vue auquel les Européens ne sont pas partiaux. Il estime qu’il pourrait y avoir un cessez-le-feu, mais que l’Ukraine devra concéder la Crimée, que la Russie a prise en 2014, et peut-être d’autres villes que Moscou a revendiquées.

En retour, la Russie accepterait l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à l’Union européenne – des lignes rouges pour le Kremlin, car elle amènerait l’Occident à ses frontières. L’Occident devra donner à la Russie un chemin de retour vers la communauté internationale, y compris la levée des sanctions. Tout cela serait difficile à accepter pour l’Ukraine et pour une grande partie de l’Europe. Cependant, si les combats se poursuivent encore une année, les partisans de la guerre, à savoir les États-Unis, pourraient avoir d’autres points de vue.


6. La Chine s’agite tandis que l’Inde passe en deuxième vitesse

La Chine brillait par sa quasi-absence à Davos. En fait, elle n’était représentée que par le vice-premier ministre Liu He, qui prendra bientôt sa retraite. M. He a l’habitude de glorifier la Chine et de réprimander les autres pays. Cette fois, il a pourtant prononcé un discours peu coloré dont le but semblait être de jeter les ponts avec l’Occident. Il s’est entretenu en privé avec des dirigeants d’entreprises pour leur faire comprendre que la Chine est plus forte que jamais. Il a exhorté les politiciens américains et européens à abandonner la « mentalité de Guerre froide » et certaines sanctions commerciales, notamment la prohibition de semi-conducteurs provenant de fournisseurs affiliés aux États-Unis.

Les dirigeants politiques américains se sont montrés peu coopératifs, les républicains et les démocrates cherchant tous deux à se distancer de la Chine. L’économie chinoise souffre vraisemblablement des confinements successifs. La flambée du secteur immobilier du pays était au centre des préoccupations du vice-premier ministre : ces biens représentent désormais 60 % de la richesse des ménages urbains et 40 % des prêts bancaires. Ces chiffres sont alarmants pour un pays dont la population est en déclin et qui devrait voir diminuer de 150 millions le nombre de personnes en âge de travailler d’ici 2050.

La situation est tout autre pour le pays voisin et parfois rival de la Chine, l’Inde, qui a fait fureur à Davos. L’Inde a occupé tout un pâté de maisons de la promenade de Davos. Elle y a notamment organisé des foires commerciales, utilisé des espaces de réception et installé un grand panneau d’affichage du premier ministre Narendra Modi. Ses efforts vont bien au-delà des relations publiques.

L’Inde surclasse maintenant la Chine en matière de croissance économique. De plus, elle deviendra plus populeuse que son voisin au printemps prochain. Ayant reçu un mandat de fabrication d’iPhone de la Chine, elle est d’ailleurs appelée à devenir un fournisseur technologique de premier plan. Le gouvernement Modi s’est engagé à verser 10 milliards de dollars américains pour subventionner l’industrie des semi-conducteurs, qui compte 50 000 ingénieurs en Inde, et à réformer l’enseignement postsecondaire afin de doubler la production de puces et de recruter 500 000 nouveaux ingénieurs par année. De plus, une délégation indienne de dirigeants d’entreprises et de ministres de l’économie a indiqué au forum qu’elle avait l’intention de hisser le pays au rang de premier exportateur mondial d’équipement de télécommunication, de locomotives et de trains d’ici la fin de la décennie.


7. Les endroits les plus risqués sur terre

Bien que les pays les plus pauvres puissent assister au Forum de Davis, ils sont nombreux à ne pas être en mesure de se faire entendre. Cette année marque toutefois un changement pour eux, puisque la faiblesse de la croissance économique, les taux d’intérêt élevés et la concurrence féroce du secteur de l’énergie, des aliments et des technologies de pointe, comme les micropuces, ont mis en exergue les défis à venir pour les marchés en voie de développement. De ce fait, ces pays pourraient devenir les plus risqués au monde sur le plan de la stabilité mondiale.

Parmi les 80 pays à faible revenu, 60 ont été classés comme étant « en difficulté » en ce qui concerne leur capacité à rembourser leurs dettes à l’aube de 2023. Celle-ci diminuera davantage si les taux d’intérêt restent élevés et que le dollar américain demeure la monnaie refuge dans le monde (les importations d’aliments, de pétrole et d’autres produits essentiels pour ces pays risquent de devenir plus onéreuses). D’ailleurs, il ne faut pas oublier les craintes liées à la COVID-19 et aux catastrophes climatiques, comme les inondations qui ont eu lieu l’an dernier au Pakistan. L’avenir s’annonce difficile pour bien des pays.

Quoi qu’il en soit, une crise de la dette du tiers-monde comme celle qui a bouleversé les marchés mondiaux dans les années 1980 ne devrait pas se répéter. Cela dit, tout accroissement de la dette sera plus difficile à absorber vu la fragilité actuelle du monde. Dans les années 1980, les États-Unis ont été en mesure de mettre en place des mesures d’allégement de la dette par l’entremise du groupe de créanciers Club de Paris. Aujourd’hui, la dette de la plupart des marchés émergents est répartie entre de nombreux créanciers, allant de fonds souverains aux banques commerciales, en passant par le nouveau créancier le plus important, la Chine.

Certains habitués de Davos, avec à leur tête l’ancien gouverneur de la banque centrale Mark Carney et l’ancien secrétaire du Trésor américain Lawrence Summers, réclameront une réforme de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international lors des réunions annuelles du printemps, notamment pour prévenir de futures crises de la dette tout en accélérant les investissements verts. Selon le Forum économique mondial, ces institutions, de même que les banques de développement régionales, devront mobiliser des capitaux à hauteur de trois billions de dollars américains par année pour financer la transition carboneutre socialement juste des pays en voie de développement.


8. Les terres agricoles, le nouvel or

Laissons le forum de Davos suivre la piste de l’argent. L’une des séances à s’être remplies le plus rapidement a été celle sur la santé du sol, durant laquelle les dirigeants de Nestlé, d’Unilever et d’Illycaffè ont expliqué aux agriculteurs et aux décideurs politiques leur approche d’agriculture régénératrice. Les terres agricoles sont considérées comme un actif de premier plan dans la lutte aux changements climatiques : à condition d’être gérées adéquatement, elles possèdent la capacité d’absorber les émissions de secteurs entiers. Elles peuvent également compenser les émissions de carbone, de méthane et de nitrates provenant des engrais, ainsi que de la production et de la consommation d’aliments. Bien que moins connue que les ouragans et les inondations, la dégradation des sols constitue une conséquence préoccupante des changements climatiques.

Andrea Illy, entrepreneure italienne dans le domaine du café, a alerté le forum que la moitié des terres servant à la culture du café dans le monde pourraient disparaître d’ici 2050 si leurs sols et leurs arbres ne font pas l’objet d’une plus grande protection. Tout le monde gagnerait à aider les agriculteurs à préserver leurs terres et leurs arbres, y compris les consommateurs de café.

Le défi pour le forum : trouver une façon de financer la prochaine révolution verte tout en valorisant les agriculteurs et les propriétaires fonciers non seulement pour la production d’aliments, mais également pour la protection et la préservation des sols.

Nestlé et Unilever font partie des grandes sociétés alimentaires mettant à l’essai un modèle de certification qui garantit que les agriculteurs ont recours à des pratiques durables, comme la culture sans travail du sol ou l’utilisation d’engrais à faibles émissions, et qu’ils sont rémunérés directement pour le faire. Les sociétés alimentaires deviendront en mesure de publier des données sur leurs émissions, au grand bonheur des investisseurs et des consommateurs, qui souhaitent mieux mesurer leurs progrès. Désireux de séduire les consommateurs écologiques, les détaillants mènent actuellement la danse. Cela dit, pour que les choses changent véritablement, les consommateurs devront également participer à ces efforts en achetant des produits verts pour montrer leur intérêt pour la préservation des terres agricoles.


9. Une approche concrète à l’égard du climat

Depuis des millénaires, les Européens se targuent d’être des bâtisseurs. Mais ils ont récemment découvert que leurs grands monuments en béton, et toute la chaleur nécessaire à la fabrication des matériaux, nuisent à la planète. Les innovateurs européens essaient de changer cela, en réinventant les méthodes de fabrication du béton et d’autres matériaux beaucoup moins émissives.

La construction d’immeubles représente 11 % des émissions mondiales, selon les estimations. Voilà pourquoi de nombreux gouvernements locaux se servent des codes de construction et des approvisionnements pour aider l’industrie de la construction à atteindre la carboneutralité. Les Jeux olympiques de 2024 constitueront le prochain défi dans cette course. Il y aura toutefois un prix à payer. Le secteur mondial de la construction, qui continue de construire l’équivalent de 40 villes de New York par an, aurait besoin de 10 000 milliards de dollars américains, par an, pour réduire ou compenser ses émissions, qui devraient bientôt tripler les 25 prochaines années.

Le géant de la construction Holcim adopte une approche différente et a investi dans plus de 100 entreprises en démarrage pour la conception d’une nouvelle avenue. Il développe de nouvelles façons de recycler le béton principalement à partir d’immeubles démolis. D’autres sociétés entreprennent d’électrifier les fours, pour assurer une fabrication des briques à faible émission.

Pour réussir cependant, les innovateurs auront besoin que les gouvernements créent de nouvelles méthodes de codes de construction, que les prêteurs repensent le financement des matériaux de construction recyclables, et que les propriétaires d’immeubles intègrent la valeur climatique dans leurs modèles d’affaires.


10. En personne, plus que jamais

La pandémie était censée mettre fin à des rassemblements de grande envergure comme Davos, évitant aux 2 500 visiteurs le long périple et les innombrables heures de conversation. Les rubriques nécrologiques étaient prématurées, à en juger par la foule – et le plus récent pavillon construit au cœur de Davos, un café financé par Zoom.

Enrique Lores, chef de la direction du fabricant d’ordinateurs de HP Group, a dit faire partie des nombreuses personnes qui avaient hâte de se retrouver en personne sur le site tant pour les conférences que pour le travail. Vrai mordu de technologie, M. Lores a néanmoins reconnu avoir été personnellement stimulé et inspiré comme jamais par son expérience Zoom. La pandémie a révélé énormément l’importance des interactions personnelles pour maintenir une bonne santé mentale, la faisant rapidement passer d’un risque d’entreprise à une priorité d’entreprise. Plusieurs chefs de direction ont dit vouloir s’assurer d’avoir des effectifs mentalement solides pour une main-d’œuvre plus productive et plus concurrentielle. Il a fallu passer par une pandémie pour se rendre compte des coûteuses répercussions qu’une dépression peut avoir sur tout le monde.

L’adoption de méthodes de travail différentes exige une approche différente de gestion. Bien des organisations ont opté pour une stratégie de travail hybride à cet effet. (Toutes les équipes qui travaillent à distance ont tendance à afficher des taux de roulement élevés.) Mais comme le découvrent de nombreuses entreprises, l’aménagement du travail hybride exige de différentes compétences en gestion, surtout des directeurs d’équipe.

Alexi Robichaux, co-fondateur de BetterUp, une plateforme d’accompagnement en ligne, pense que le rendement et l’engagement des cadres intermédiaires peuvent être déterminants dans le nouveau contexte du travail hybride. Et il met à l’épreuve sa théorie en temps réel, dans ce qu’il appelle « l’année du directeur. »


11. Les guerres infonuagiques

Un an plus tôt, lorsque les forces russes s’apprêtaient à envahir l’est de l’Ukraine, certains des meilleurs techniciens et analystes de la sécurité du monde échangeaient sur la possibilité de construire une défense infonuagique. Ils savaient que le président russe Vladimir Poutine y positionnerait aussi ses espions. Matthew Prince, fondateur de CloudFlare, a expliqué comment sa société de la Silicon Valley a collaboré avec le Pentagone et Kiev pour protéger l’Ukraine dans le cyberespace, et garder un œil sur la Russie.

Plutôt que de se retirer complètement de Russie, CloudFlare a maintenu certains services qui, selon M. Prince, ne sont accessibles que par 10 % des Russes qui espèrent contourner la censure et la surveillance. Les entreprises technologiques de la Silicon Valley et de Kiev ont également réussi à maintenir l’internet en Ukrainien, de même que des services numériques comme les services bancaires, et ils fonctionnent avec peu de perturbations.

L’Ukraine ne représente qu’une facette de la guerre cybernétique mondiale, que certains considèrent comme la troisième guerre mondiale. Les entreprises américaines travaillent activement avec les forces de renseignement américaines pour contrer les forces iraniennes et leur adversaire le plus agressif, la Chine.

Selon le directeur du FBI, Christopher Wray, la Chine a le « programme de piratage le plus sophistiqué au monde. » Elle possède une artillerie dotée d’une technologie à double usage d’attaque et de défense. Les données sont ses munitions. Elle essaie de les voler à chaque piratage et violation et s’en sert pour former des algorithmes pour déterminer l’endroit, le moment et sa force de frappe.


12. Davos : une technologie de pointe

Davos a toujours été une solide plateforme pour les grandes entreprises technologiques. L’on s’en est servi efficacement au fil des ans pour approcher des autorités gouvernementales, des décideurs politiques et des influenceurs, pour informer et façonner la pensée technologique mondiale. Certaines personnes, comme le fondateur de Salesforce, Marc Benioff, utilisent le Forum pour promouvoir leurs causes, dans le cas de M. Benioff, les réfugiés.

Les géants de la technologie se sont de nouveau retrouvés à Davos, dans le meilleur immeuble de la place et organisant des fêtes de fortune, mais de moindre envergure, certains d’entre eux ayant commencé à annoncer qu’ils effectueraient des dizaines de milliers de mises à pied dans leur pays. Avant la pandémie, les dirigeants des grandes sociétés technologiques comme Benioff et Satya Nadella de Microsoft aimaient prendre part au sujet favori du Forum, la quatrième révolution industrielle. Meta (Facebook) continue de trouver que Davos est le bon endroit pour s’afficher comme la place de la démocratie. Cependant, la Grande réouverture s’accompagne de la Grande reconnaissance, et il faudra peut-être suspendre la révolution jusqu’à ce que les taux d’intérêt baissent et que les flux de capital de risque reprennent.

Cette sobriété n’a pas semblé affecter les partisans des technologies de pointe qui poursuivent leurs découvertes et ne s’inquiètent pas trop des consommateurs et des autres réalités de la planète Terre. Malgré les problèmes que rencontre le secteur de la haute technologie, l’intelligence artificielle générative et le célèbre ChatGPT (un prototype d’agent conversationnel utilisant l’intelligence artificielle) ont constitué des attractions de premier plan, apparaissant dans des blogues, des balados et des œuvres d’art multimédia.

L’attention accordée aux « technologiques de pointe » – technologies sans applications commerciales – ouvre toutes sortes de possibilités à un monde confronté à une croissance lente, au vieillissement, aux conflits et à la discorde sociale. Il y aura toujours des dilemmes en matière d’éthique, et c’est pourquoi il faut des forums comme Davos pour attirer des gens de tous les fragments du monde pour trouver ou créer un terrain d’entente.

1688646-Thumbnail-wide-1

La nourriture est de nouveau à l’avant-plan

La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. Elle redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.

Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait y jouer un rôle majeur. De fait, nous en avons l’obligation.

D’ici 2050, nous devrons accroître d’un quart notre production de nourriture si nous voulons maintenir notre contribution dans le contexte de la croissance démographique. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et après, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.

L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, BCG Le Centre pour l’avenir du Canada et l’Arrell Food Institute (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est d’informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.

Dans notre série de rapports, nous expliquons la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :

  • utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
  • attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
  • investir dans les agriculteurs en vue de mettre en place de nouveaux incitatifs économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
  • créer un cadre politique national pour unir tous les éléments clés, harmoniser nos objectifs de mesure et de réduction des émissions, et intégrer les secteurs qui se recoupent avec l’agriculture ;
  • et affirmer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à accélérer la résolution de la crise climatique.

La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Elle pourrait constituer une solution essentielle. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».

Nos partenaires de projet


[inpage-tabs]

Le défi de la croissance : une série de baladodiffusions Innovateurs

Le défi de la croissance est une série spéciale en trois parties de baladodiffusions Innovateurs de RBC qui aborde une question essentielle pour les années 2020 : comment le Canada peut-il aider à nourrir une population en croissance dans le monde, tout en réduisant ses émissions de carbone pour atteindre les objectifs nationaux de zéro émission nette?

Les animateurs d’Innovateurs, John Stackhouse et Trinh Theresa Do, sont allés voir des fermes et des installations de production aux quatre coins du pays, et se sont entretenus avec un éventail d’experts travaillant en amont et en aval de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, notamment des agriculteurs, des chercheurs, des scientifiques et des restaurateurs.

Nous vous emmènerons du champ à l’usine de traitement et jusqu’à la table pour découvrir la façon dont nous pouvons tirer parti des nouvelles technologies et des nouveaux processus pour améliorer l’efficacité, réduire les émissions et diminuer le gaspillage alimentaire. La résolution de ce problème pourrait être le projet pilote du Canada et un moment déterminant pour notre pays.