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Pourquoi nous avons rédigé ce rapport

Le marché immobilier canadien est au bord de l’explosion. Notre parc de logements actuel est déjà largement inférieur aux besoins des Canadiens et il nous faudra bientôt trouver un moyen de répondre à la hausse record de la demande des nouveaux Canadiens. Cela signifie qu’il nous faudra construire près de six millions de nouvelles maisons.

La construction de façon durable (une exigence nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques) de ces maisons ouvre la voie à des débouchés économiques. Le Canada peut mener la prochaine ère écologique du secteur de la construction nord-américain, définie notamment par de nouveaux matériaux de construction, des systèmes intelligents de construction et l’utilisation de systèmes de chauffage et de refroidissement à faibles émissions. En plus de la construction des bâtiments, nous devrons constituer de nouvelles chaînes logistiques, regrouper une main-d’œuvre qualifiée et bâtir surtout une économie moderne qui facilite la transition.

C’est cet enjeu qui a incité RBC Institut d’action climatique et le Brookfield Sustainability Institute du Collège George Brown à entamer une collaboration, en commençant par ce document. Tours à faibles émissions de carbone : le défi zéro émission nette de 40 milliards $ du Canada vise à informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi à mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de la construction d’édifices plus durables.

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC

Luigi Ferrara, président du conseil et chef de la direction, Brookfield Sustainability Institute

Points importants

  • D’ici 2030, le Canada aura besoin de 5,8 millions de nouvelles habitations, soit 40 % de plus, car la crise d’accessibilité à la propriété et le pic d’immigration actuels font augmenter la demande.
  • Si on les construit selon les pratiques actuelles et les codes qui sont en vigueur, ces structures ajouteront chaque année jusqu’à 18 Mt (millions de tonnes) d’émissions de gaz à effet de serre à notre bilan carbone.
  • Les émissions provenant de la production du ciment et de l’acier utilisés pour les construire s’ajouteront
  • Avec environ 90 Mt de gaz à effet de serre par année, les bâtiments actuels comptent déjà parmi les plus grands émetteurs du Canada.
  • Pour atteindre nos objectifs de carboneutralité, nous devrons changer notre façon de construire et ce que nous construisons. Nous devrons également moderniser nos bâtiments actuels en rénovant quelque 16 millions d’habitations et 750 millions de mètres carrés de locaux commerciaux.
  • Il faudra à cette fin des investissements de plus de 40 milliards de dollars par an, dont 60 % pour les rénovations et le reste pour les nouvelles constructions1.
  • Les nouvelles technologies seront essentielles. L’utilisation des pompes à chaleur (qui gagne déjà du terrain dans les provinces de l’Atlantique et en Colombie-Britannique) doit se généraliser, augmenter et finir par remplacer les fournaises au gaz, qui constituent la plus importante source d’émissions des bâtiments.

Key Charts



 

Sept idées

Les provinces devraient établir des normes d’émissions de plus en plus strictes pour les immeubles nouveaux et existants.

Les codes pour la construction de nouveaux bâtiments doivent se renforcer rapidement, et les émissions autorisées dans les structures actuelles doivent diminuer peu à peu selon un plan transparent, mais ambitieux. Il importe de réduire graduellement les ventes de technologies et de matériaux à fortes émissions de carbone, conformément à ce plan.

Les propriétaires d’immeubles sont tenus de recueillir les données relatives aux émissions et aux rénovations, et de les diffuser

Une base de données nationale en libre accès présentant les effets des diverses améliorations apportées à tous les types de bâtiments peut aider les propriétaires à élaborer des plans d’investissement pour respecter les règlements susmentionnés. Tous les paliers de gouvernement doivent contribuer au paiement des coûts de la base de données.

Les commissions des services publics doivent transmettre les bons messages sur les prix

Les provinces peuvent utiliser les tarifs d’électricité pour encourager l’installation de pompes à chaleur dans les grands bâtiments, ainsi que les économies d’énergie et le déplacement de la demande dans les plus petits.

Il faut cibler l’abordabilité grâce à l’assurance prêt hypothécaire, aux prêts et aux règles d’utilisation du sol.

Ottawa doit autoriser la prolongation de la période d’amortissement maximale pour les prêts hypothécaires verts assurés et accorder des subventions directes plus importantes aux acheteurs de pompes à chaleur à faibles revenus. Les administrations municipales doivent réduire les frais de développement et augmenter la densité autorisée pour les bâtiments durables. Les banques doivent examiner comment modifier les critères de crédit afin d’aider les propriétaires à acheter des logements écologiques plus coûteux.

Les municipalités doivent créer des quartiers à faibles émissions de carbone.

Désigner des zones de bâtiments à faibles émissions de carbone (p. ex. des bâtiments en bois massif, l’utilisation de nouvelles formes de béton ou des maisons préfabriquées), plutôt que des emplacements précis, afin d’augmenter rapidement l’échelle des projets pilotes.

Améliorer les compétences des travailleurs, faire croître la main-d’œuvre et adopter de nouvelles méthodes de conception.

Les syndicats et les employeurs peuvent unir leurs efforts pour enseigner aux travailleurs les méthodes de construction nécessitant moins de main-d’œuvre. Le gouvernement fédéral peut élaborer une politique d’immigration mieux ciblée afin d’attirer les nouveaux arrivants possédant les compétences requises en construction.

Les participants du secteur peuvent collaborer pour favoriser l’innovation au sujet des pompes à chaleur, ainsi que leur approvisionnement.

Les groupes sectoriels peuvent cibler d’autres pays froids pour améliorer les pompes à chaleur destinées aux climats froids et réduire leur coût. Les gouvernements peuvent appuyer les missions commerciales et stimuler la production nationale de pompes et de composants, notamment grâce à des synergies avec d’autres fabricants et innovateurs canadiens (p. ex. les fabricants de pièces automobiles).

Pourquoi il faut rendre l’environnement bâti du Canada plus durable

Il y a longtemps que les bâtiments sont au cœur du problème d’émissions du Canada.

Chauffés par des fournaises au gaz, alimentés par de l’électricité produite avec du charbon et soutenus par des fondations en béton à fortes émissions, nos bâtiments sont notre troisième source d’émissions de gaz à effet de serre en importance après les secteurs de l’énergie et du transport. Au total, ils génèrent un huitième de nos émissions, soit environ 90 millions de tonnes (Mt) de dioxyde de carbone par année. De plus, ces émissions augmentent, car on construit plus de maisons et de locaux commerciaux chauffés au gaz naturel.

Pour atteindre nos objectifs climatiques, nous devons bâtir d’une nouvelle façon. La conception et la modernisation peuvent nous permettre de faire bien plus que réduire nos émissions. Nous pouvons transformer nos bâtiments en puissants moteurs de transition durable qui serviront de bornes de recharge pour les véhicules électriques, de générateurs d’énergie solaire et de puits de carbone emprisonnant les émissions stockées dans les matières premières.

L’« environnement bâti » du Canada, c’est-à-dire les centres commerciaux, les habitations et les tours de bureaux qui sont au cœur de nos existences, est essentiel à l’économie. Les services immobiliers et le secteur de la construction produisent directement un cinquième du PIB, car des bâtiments commerciaux sont nécessaires à un vaste éventail d’activités économiques qui s’étendent des magasins de vente au détail aux chaînes de montage. Cependant, presque la moitié de notre parc immobilier a été construit avant 1980, époque où l’efficacité énergétique n’était pas une priorité absolue. Qui plus est, au Canada, la fraîcheur du climat et l’abondance de gaz naturel nous ont longtemps amenés à chauffer nos habitations généreusement sans avoir à faire attention aux émissions.

Ce n’est plus possible maintenant. Notre parc de logements actuel est déjà largement inférieur aux besoins des Canadiens et la flambée des prix rend la propriété de plus en plus inaccessible. Comme nos objectifs d’immigration records amèneront 5,5 millions de nouveaux arrivants au Canada d’ici 2035, nous devrons accroître notre parc de logements de 40 % au cours des dix prochaines années, et ce, sans augmenter les émissions.

L’ampleur de cette tâche est sans doute colossale, mais elle nous donne aussi la possibilité de repartir à zéro. Certaines entreprises canadiennes saisissent cette occasion en prenant l’initiative de développer des technologies de construction favorables au climat. La société Element5 de St Thomas, en Ontario, produit une technologie liée au bois massif qui permet d’en coller plusieurs couches ensemble afin de produire du bois suffisamment solide pour remplacer l’acier et le béton habituellement utilisés dans les bâtiments. L’entreprise QuadReal de la Colombie-Britannique est en train de transformer un entrepôt de Toronto en centrale solaire en installant sur son toit de nombreux panneaux destinés à alimenter des camions de livraison électriques. De plus, la société torontoise Morgan Solar conçoit des stores qui servent également de panneaux solaires. En exportant ces solutions de construction intelligente, en faisant croître l’économie et en réduisant ses propres émissions, le Canada peut jouer un rôle de chef de file en Amérique du Nord.

Nos constructeurs devront relever le défi d’intégrer ces innovations à faibles émissions de carbone à leurs activités courantes. Ils devront aussi composer avec le fait qu’au Canada, les espaces de vie sont plus vastes que dans la plupart des pays développés.

 

Les pénuries de main-d’œuvre, le fait que les systèmes électriques peinent à répondre à la demande et les tensions s’exerçant sur les chaînes logistiques liées aux nouvelles technologies constitueront d’importants obstacles. Le coût supplémentaire lié à la construction durable en sera un autre. Chaque dollar supplémentaire aura une incidence sur les ménages canadiens, aux prises avec la hausse du coût de la vie.

Toutefois, le maintien des normes de construction que nous appliquons depuis toujours s’accompagnera d’autres fardeaux financiers qui prendront la forme de futures rénovations et d’un prix du carbone supérieur. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’attendre plus longtemps.

Étude de cas

Création de communautés favorables au climat

Les nouvelles communautés offrent à leurs concepteurs une chance de mettre au point, à l’échelle de quartiers, des solutions qui nous rapprochent rapidement de la carboneutralité.

Les « communautés favorables au climat » adoptent des solutions fondées sur la nature, des pratiques d’économie circulaire et des types d’énergie renouvelable. Leurs travaux de conception sont axés sur la durabilité et la flexibilité des bâtiments, ainsi que sur la préservation des écosystèmes. Elles aident aussi leurs habitants à adopter des philosophies de vie simples, des économies fondées sur le partage et des réseaux communautaires intelligents.

Ces communautés privilégient généralement le transport en commun, les petites maisons et les quartiers densément peuplés dont les résidents peuvent se déplacer à pied pour vivre, travailler et jouer. Elles comprennent généralement des locaux destinés à divers usages et différents types de logements locatifs, créent un réseau d’espaces naturels et pavés à échelle humaine, adoptent des installations de cohabitation gérées par la communauté et intègrent des systèmes fondés sur l’énergie renouvelable et sur des solutions intelligentes pour réduire la consommation d’énergie.

Le quartier Bedzed de Londres, qui est l’une des premières communautés favorables au climat du monde, compte 100 habitations, un collège, des bureaux et diverses installations communautaires. Des matériaux locaux et recyclés ont été utilisés pour le construire, et son système de chauffage central et ses maisons à conception passive ont contribué à réduire de moitié les émissions liées au transport et d’un tiers celles qui sont liées au chauffage. L’utilisation d’eau a été réduite de deux tiers. Ainsi, les résidents, dont les factures annuelles sont inférieures de 1 400 livres sterling à celles de la moyenne des Londoniens, ont pu réaliser des économies importantes.

Source: The Bedzed Story

Nouvelles constructions et rénovations :
une nouvelle voie et un long effort

Les nouveaux bâtiments nous offrent une occasion unique de réinventer notre environnement bâti.

Dès le départ, les collectivités et les structures peuvent être conçues pour être plus efficaces sur le plan énergétique et plus résistantes aux menaces physiques et aux coûts liés aux changements climatiques comme la chaleur, les inondations et les incendies de forêt. Lorsqu’ils construisent des bâtiments entièrement neufs, les promoteurs peuvent créer de façon plus abordable des « enveloppes » étanches et des structures entraînant moins de pertes d’air et de chaleur. Ils peuvent aussi s’inspirer de technologies moins énergivores, comme les pompes à chaleur, qui déplacent la chaleur de l’air extérieur, de l’eau ou du sol pour la transférer à l’intérieur. De cette façon, des économies sont réalisées plus rapidement. En outre, comme les pompes à chaleur peuvent aussi bien servir à chauffer les espaces qu’à les rafraîchir, la technologie qui leur est associée peut aussi éliminer le besoin de fournaises et de climatiseurs dans de nombreuses parties du pays, ce qui permet de réduire encore plus les coûts.

Ces économies d’exploitation peuvent compenser en grande partie le coût initial supplémentaire de 5 à 10 % lié à la construction de bâtiments durables. Si l’on apportait des modifications aux politiques de prêts hypothécaires (par exemple, en prolongeant la période d’amortissement des prêts hypothécaires assurés pour les maisons carboneutres), la compensation serait encore meilleure. Entre-temps, la mise en œuvre d’un cadre réglementaire uniforme et de codes du bâtiment favorisant tous autant les bâtiments carboneutres dans toutes les municipalités ferait en sorte que les coûts et les normes soient les mêmes pour tous les constructeurs.

Ce qu’on appelle le « carbone intrinsèque » constitue un plus grand défi. Le carbone intrinsèque est constitué des émissions produites lors de la fabrication de matériaux de construction (comme le ciment destiné à de nouvelles fondations et le verre des nouvelles fenêtres). Selon certaines mesures, il représente 11 % des émissions mondiales,2 et peut correspondre à près de deux décennies d’émissions liées à l’exploitation d’un immeuble.

 

Heureusement, certaines des innovations les plus intéressantes ont lieu dans ce domaine. L’utilisation de bois dans les grands bâtiments permet d’emprisonner efficacement le carbone stocké dans les arbres pendant plus de 100 ans. De plus, certaines études portent à croire qu’elle réduit également les pertes de chaleur, ce qui facilite aussi la réduction des émissions liées à l’exploitation de ces bâtiments. Les innovations relatives au béton peuvent faire augmenter la quantité de carbone qu’il stocke et les bâtiments imprimés en 3D ou préfabriqués permettent de réduire considérablement la quantité de matériaux gaspillés. D’autres matériaux sont en cours de mise au point : par exemple, au Royaume-Uni, des chercheurs font pousser des structures à partir de mycélium, de sciure et de laine. Certaines de ces innovations ne pourront être utilisées à grande échelle, mais nous devons investir massivement dans les plus prometteuses.

La réglementation actuelle constitue un obstacle important. Pour construire un bâtiment de dix étages en bois massif, les architectes du Collège George Brown de Toronto ont dû obtenir des exemptions spéciales aux codes du bâtiment. Ils les ont obtenus au bout de quatre ans, ce qui est largement supérieur au temps de construction total prévu pour le bâtiment lui-même. Nous devrons accélérer la cadence et apprendre de nos pairs du monde entier. Par exemple, en Europe, il y a trois fois plus de grands bâtiments en bois massif en construction.





 

Bâtir à partir de rien est une chose. La rénovation des espaces actuels, dont beaucoup ont été construits il y a des décennies, sera plus difficile. Pour atteindre nos objectifs de 2050, nous devrons chaque année convertir 57 millions de m2 d’espaces résidentiels (400 000 logements) et plus de 25 millions de m2 d’espaces commerciaux au chauffage à faibles émissions. Rien que pour les logements, il faudrait à cette fin presque tripler notre rythme actuel de conversion.

Cependant, le simple fait de remplacer les bâtiments vieillissants sera coûteux et pourrait produire d’autres émissions. De plus, on peut travailler à partir des structures actuelles. Les rénovations qui améliorent l’étanchéité à l’air et l’isolation peuvent améliorer la rentabilité des pompes à chaleur, mais certains propriétaires pourraient devoir évacuer leurs locataires et perdre leurs loyers, et les propriétaires occupants pourraient devoir sacrifier de l’espace pour améliorer l’isolation. Pour les propriétaires, il est possible que les économies réalisées grâce aux rénovations ne compensent pas leur coût, sauf lorsque celles-ci devaient être effectuées de toute façon. De plus, à cause du carbone intrinsèque, les améliorations précoces peuvent même, dans certains cas, avoir un effet négatif en ce qui concerne les émissions.

Quoi qu’il en soit, chaque fois que nos bâtiments vieillissants ont besoin d’améliorations, il faut saisir l’occasion. Or, il y a suffisamment de bâtiments commerciaux en fin de vie pour nous tenir occupés jusqu’en 2030. Pour ne pas manquer cette occasion de réduire les tensions pesant sur notre réseau électrique déjà surchargé, nous devons rapidement mettre sur pied une économie de la rénovation.

Facilitateurs

1. Finance

Les technologies propres sont peut-être la meilleure solution pour réduire les émissions. Malheureusement, les chiffres font en sorte qu’il est difficile d’en convaincre les propriétaires occupants et commerciaux. En plus d’être des espaces dans lesquels nous vivons et travaillons, les bâtiments modernes sont aussi des systèmes mécaniques complexes. Les plans budgétaires d’investissement des grands bâtiments commerciaux sont complexes. De plus, les budgets des propriétaires occupants comportent de nombreuses priorités conflictuelles. Certaines rénovations peuvent être logiques et avoir un rendement raisonnable sur le plan financier (bien qu’elles soient moins enthousiasmantes qu’une nouvelle cuisine éclatante). Mais dans bien des cas, et surtout pour les changements importants comme le remplacement d’une fournaise au gaz par une pompe à chaleur, les calculs ne donnent pas un résultat intéressant. En effet, bien que les pompes à chaleur entraînent une réduction des factures de services publics au fil du temps, il revient moins cher de chauffer une habitation avec une fournaise au gaz.

Pour chauffer leur logement avec une nouvelle fournaise au gaz à haute efficacité et la rafraîchir avec un climatiseur, les propriétaires occupants de Toronto dépensent environ 2 700 $ par année3. Pour faire de même avec une pompe à chaleur pour climat froid,4 qui coûte plus cher, il leur faudrait payer entre 3 300 $ et 3 800 $. Pour que les pompes à chaleur soient plus avantageuses sur le plan financier, il faudrait que la taxe carbone soit supérieure à 200 $.

Les meilleures pompes à chaleur sont celles qui, comme les fournaises actuelles, sont en grande partie invisibles et poussent l’air à travers les conduits. Ce sont également celles qui coûtent le plus cher. En comparaison, les modèles les plus abordables chauffent les maisons de façon moins uniforme. Comme l’adoption des pompes à chaleur s’accroît à l’échelle mondiale, leur coût de fabrication (et leur prix de vente) devrait baisser. Mais de combien et à quelle vitesse ? Nous ne sommes pas certains de ces éléments essentiels.

Autre problème : les pompes à chaleur consomment moins d’énergie, mais elles fonctionnent à l’électricité, qui coûte quatre fois plus cher que le gaz naturel5. Les rénovations qui rendent l’enveloppe des bâtiments plus étanches peuvent permettre d’utiliser des pompes plus petites, qui coûtent moins cher. Cependant, le coût de ces rénovations dépasse parfois les économies réalisées sur le prix des pompes. Si les petites pompes à chaleur gagnaient en popularité, nous pourrions éviter les coûts liés à la construction d’un système électrique beaucoup plus vaste, mais cela ne suffira peut-être pas à convaincre les consommateurs.

 

Pour remédier à cette situation, les gouvernements se sont tournés vers des subventions aux ménages, comme l’initiative canadienne pour des maisons plus vertes, qui comprend des subventions et des prêts sans intérêt pour combler les écarts de coûts. Les ménages se montrent toutefois réticents à y participer. En près de 18 mois, seules 19 000 habitations (sur un total de 16 millions) ont profité de l’initiative canadienne pour des maisons plus vertes et 196 000 demandes ont été présentées (moins de la moitié des rénovations que nous devrions effectuer chaque année). Sur les 2,6 milliards de dollars disponibles, seuls 69 millions ont été utilisés6. Les programmes à l’échelle des villes, comme le Home Energy Loan Program de Toronto, sont encore moins efficaces (245 habitations depuis 2014)7.

Le Canada atlantique donne un peu d’espoir. Entre un cinquième et un tiers des ménages des trois provinces maritimes utilisent des pompes à chaleur comme principale source de chaleur (bien que ce soit souvent en combinaison avec le chauffage au bois ou à l’électricité). Ce taux était de moins de 10 % au cours de la dernière décennie. Il a donc beaucoup augmenté comparativement à ce qui s’est produit dans le reste du Canada. La principale cause de cette augmentation est le financement provincial pour les maisons écoénergétiques, notamment au moyen de subventions et de remises pour les pompes à chaleur8. L’existence d’un système provincial bien développé pour la réalisation des rénovations et l’éducation des propriétaires occupants y est aussi pour quelque chose.

Étude de cas

Première Nation Haíłzaqv

La Première Nation Haíłzaqv de Bella Bella (C.-B.) a entrepris d’importantes rénovations en vue de réduire sa dépendance envers le diesel et ses émissions, tout en offrant un accès équitable à de l’énergie propre.

Dans le cadre du programme, 154 maisons ont déjà été rénovées en y ajoutant des pompes à chaleur alimentées par de l’hydroélectricité propre, ce qui a réduit le coût élevé du chauffage pour les résidents utilisant du mazout. La spécificité du projet Haíłzaqv tient à son approche. Les dirigeants de la communauté ont stimulé l’engagement tant virtuellement qu’en personne en aidant, par exemple, les résidents à répondre à des sondages sur l’énergie. Le programme vise à distribuer des « trousses écologiques » pour permettre aux résidents d’installer des ampoules à DEL et de rendre leurs logements étanches à l’air. Il permet aussi d’obtenir une formation pour les travaux connexes (comme la vérification de l’efficacité énergétique). Coastal Heat Pumps a également formé les résidents de la communauté pour l’installation de nouveaux systèmes de chauffage, ce qui leur a permis de développer des compétences à long terme.

Cette approche ascendante, encouragée par des subventions d’efficacité énergétique de B.C. Hydro, a attiré près de 20 millions de dollars d’investissements de la communauté.

Les programmes offrant un moyen de rénover les bâtiments commerciaux sont encore plus rares. Ils ont tendance à dépendre de financement à bas prix provenant d’entités gouvernementales comme la Banque de l’infrastructure du Canada. Et même lorsque c’est le cas, le manque de pompes à chaleur commercialisées à grande échelle rend les économies peu attrayantes. Pour rendre les chiffres plus attrayants, les propriétaires réduisent souvent l’ampleur de leur stratégie de décarbonisation. Il sera essentiel d’offrir des services de rénovation simplifiés et normalisés guidant les propriétaires au moyen d’un processus efficace.

Tant que ce ne sera pas le cas, il faudra des subventions plus importantes ou des règlements plus stricts.

2. Les infrastructures électriques

Même une fois que nous aurons rénové les bâtiments, leur électrification pourrait quadrupler la demande maximale au sein du système, ce qui ferait augmenter les tarifs d’électricité pour tout le monde.

Selon BNEF, pour décarboner l’économie d’ici 2050, nous devrons investir 350 milliards de dollars dans nos réseaux de distribution d’électricité (les fils qui alimentent directement les bâtiments). Environ 40 % de ces dépenses seront consacrées à la modernisation des infrastructures actuelles9. Une partie de celles-ci sont nécessaires pour veiller à ce que nos réseaux puissent résister aux effets physiques des changements climatiques (les vagues de chaleur peuvent endommager les transformateurs et les lignes électriques), mais la plupart serviront à électrifier les bâtiments et à charger les véhicules électriques.

En utilisant l’énergie accumulée dans les batteries des véhicules électriques (et en dédommageant les propriétaires des véhicules), on pourrait répondre à au moins 8 % de la nouvelle demande de pointe prévue10. La conception du nouveau tarif de nuit extrêmement avantageux de l’Ontario, qui encourage les conducteurs de véhicules électriques à les brancher la nuit, lorsque la demande est plus faible, pourrait permettre aux propriétaires de véhicules électriques de réaliser des économies et d’alléger le fardeau imposé au réseau. Mais pour avoir un plus grand effet, nous devons prendre des mesures semblables pour beaucoup d’autres appareils qui dépendent de l’électricité. Il est également essentiel d’appuyer les propriétaires d’immeubles qui économisent de l’énergie.

 

Nous pouvons électrifier beaucoup plus de bâtiments avant de faire face à ces problèmes. Cependant, si nous n’effectuons aucun changement, nous risquons de le faire de la mauvaise façon. Dans l’obligation de décarboner, les propriétaires de grands bâtiments pourraient choisir des chaudières électriques plutôt que d’investir dans de coûteuses pompes à chaleur. Ces systèmes accroîtront les pressions subies par les réseaux de distribution.

Entre-temps, il existe de bonnes raisons d’utiliser des systèmes hybrides au gaz et à l’électricité pour réduire les coûts. Le gaz est déjà disponible et les systèmes de chauffage que l’on remplace aujourd’hui devront de nouveau être remplacés d’ici 2050, ce qui nous donnera une nouvelle occasion de décarboner complètement. Même compte tenu du coût supplémentaire lié au gaz naturel renouvelable, l’utilisation de pompes à chaleur combinées à des systèmes de chauffage au gaz naturel renouvelable réduit les coûts de deux tiers. Il s’agit d’une solution qu’examinent Hydro-Québec et Energir.

Les systèmes hybrides permettent également de régler un autre problème. Il arrive fréquemment que les bâtiments ne puissent pas obtenir toute l’électricité nécessaire pour une décarbonation complète. Deux tours d’habitation récemment construites à Toronto, qui comprennent 700 places de stationnement, ne pouvaient alimenter que dix bornes de recharge de véhicules électriques.

D’ici 2030, nous devrons déterminer si les systèmes hybrides nous permettront de devenir carboneutres ou si nous devons faire plus d’efforts pour électrifier les bâtiments. Si la réponse est la seconde, nous devrons repenser les structures tarifaires de l’électricité qui, actuellement, ne tiennent compte ni du chargement en période de pointe ni de la durée d’utilisation de façon uniforme ou transparente à l’échelle du pays.

3. La population active

Les nouvelles constructions et rénovations dont nous avons besoin pourraient ajouter une demande importante sur le marché de l’emploi, où le manque de main-d’œuvre se fait déjà sentir. Selon nos estimations, la demande de travailleurs des domaines du chauffage, de la climatisation, de la ventilation et de l’électricité augmentera au plus haut point. Nous aurons besoin de 45 % de travailleurs de plus dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation, ainsi que de 55 % d’électriciens de plus.

Certaines provinces éprouveront plus de difficultés que les autres. On peut remplacer les plinthes de chauffage électrique inefficaces par des pompes à chaleur. Toutefois, la plupart des économies d’émissions découleront du remplacement des fournaises au gaz par des pompes à chaleur. Le Québec et la Colombie-Britannique, qui disposent d’une main-d’œuvre plus importante dans les métiers de la construction et dont la dépendance à l’égard du gaz est moins grande, seront les mieux placés pour réaliser cette transition. L’Ontario et l’Alberta, qui dépendent davantage du gaz naturel, abritent les populations qui connaissent la croissance démographique la plus rapide et font face aux pénuries les plus criantes dans le secteur des métiers de la construction, auront de plus grandes difficultés.

Alors qu’au cours de la décennie actuelle, un quart des travailleurs du secteur de la construction au Canada approchent de la retraite, il nous faudra de nouvelles stratégies pour attirer de jeunes travailleurs. Nous devrons aussi améliorer les compétences des travailleurs actuels. Dans le secteur de la construction, la connaissance des pompes à chaleur et des améliorations nécessaires à leur utilisation demeure un obstacle.

L’innovation peut aussi nous aider. Par exemple, la construction de bâtiments en bois massif nécessite 25 % moins de temps et 40 % moins de main-d’œuvre sur les chantiers que celle des types de bâtiments actuels11. Toutefois, elle nécessite aussi des travailleurs ayant de l’expérience en modélisation 3D et en usinage à l’aide de commandes numériques par ordinateur (CNC) pour fabriquer des panneaux de bois. Les salaires de ces travailleurs sont 30 % plus élevés que ceux des ouvriers du secteur de la construction12. Pour obtenir les avantages liés à l’augmentation des salaires des travailleurs, à la réduction des émissions et à la conception durable, il faudra tout de même contribuer à la formation des travailleurs de ces corps de métier.

Étude de cas

Constitution d’une main-d’œuvre spécialisée en rénovation

Pour construire des bâtiments durables, il faut diverses compétences. Certains projets peuvent nécessiter une expertise dans des domaines tels que l’installation de panneaux solaires, de toits verts et de systèmes d’énergie géothermique ou la collecte de l’eau de pluie. Les gestionnaires de bâtiments devront recueillir et analyser des données sur l’utilisation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre, et acquérir de nouvelles compétences en gestion de rénovations. Ils devront aussi utiliser des systèmes de construction plus intelligents et plus complexes. Les architectes devront acquérir une expertise en matière de rénovation et de conception durable. Il faudra aussi se concentrer davantage sur l’amélioration des compétences des personnes qui travaillent dans le secteur du chauffage, de la ventilation et de la climatisation afin qu’elles installent des pompes à chaleur et de nouveaux systèmes complexes pour les bâtiments modernes.

Au Canada, Workforce 2030 tire parti d’un réseau d’organismes communautaires, d’éducateurs et d’experts sectoriels pour faire passer les travailleurs touchés par la pandémie à des activités du secteur du bâtiment durable, comme la rénovation écoénergétique et les nouvelles constructions à faibles émissions de carbone. Il faudra aussi plus de formation pratique. Le programme « Green Skills at Work » de Singapour offre aux travailleurs une formation pratique et une formation en classe pour leur permettre d’acquérir des compétences et des connaissances liées aux pratiques de construction à faibles émissions de carbone.

4. Les chaînes logistiques

Le Canada n’est pas le seul pays à vouloir décarboner ses bâtiments. En Europe, les ventes de pompes à chaleur ont augmenté rapidement, et environ 16 % des bâtiments sont chauffés grâce à cette technologie13. L’augmentation faramineuse des prix du gaz due à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et les efforts considérables déployés par les gouvernements de l’UE pour encourager les économies de gaz ont contribué à cette situation.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévient que les ventes pourraient dépasser l’offre14. Des entreprises d’Asie et d’Europe ont annoncé des projets de construction de nouvelles usines de fabrication, mais celles-ci ne suffiront pas à répondre à la demande. Comme il suffit de deux ans pour construire ces installations, il pourrait être facile de régler ce problème. Cependant, pour stimuler les investissements, il faudra que la demande soit forte.

Notre climat froid et nos grandes pièces rendent les besoins du Canada uniques, mais nous incitent aussi à innover. Le programme conjoint de RNCan, de l’Environmental Protection Agency et du département de l’Énergie des États-Unis pour la mise au point de pompes à chaleur destinées aux climats froids constitue un bon départ.

Toutefois, étant donné les limites du secteur manufacturier canadien, nous devrons toujours faire concurrence pour obtenir ces produits essentiels. Par exemple, l’administration Biden a récemment ajouté les pompes à chaleur à la liste des marchandises désignées par le Defense Production Act comme essentielles aux objectifs climatiques critiques des États-Unis. Le Canada pourrait bénéficier d’une amélioration de l’approvisionnement américain, mais le fait de compter sur des fournisseurs étrangers ajoute un risque inutile à notre transition. La collaboration du Canada et des États-Unis devrait être accompagnée d’efforts pour diversifier nos chaînes logistiques concernant cette technologie essentielle et pour en établir la production au pays.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/la-prochaine-revolution-verte/.

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Contributors:

Principal auteur : Colin Guldimann, premier économiste, Institut d’action climatique RBC

RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Farhad Panahov, économiste, Institut d’action climatique RBC
Ben Richardson, associé, Recherche
Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

Brookfield Sustainability Institute
Luigi Ferrara, Centre des arts, du design et des technologies de l’information
Jacob Kessler, premier directeur, Expansion des affaires et gestion des comptes
Matt Hexemer, directeur, Global Design Studio
Joseph Enaje, concepteur en chef
Chiara Alberti, rédacteur/concepteur
Lucrezia Marsili, rédacteur/concepteur
Finn Crockatt, rédacteur/concepteur

Remerciements
Nous remercions les personnes suivantes pour les conversations éclairées que nous avons eues avec elles et l’aide qu’elles nous ont apportée sur le plan de l’analyse technique:
Julia McNally, Sheena Sharpe et Cara Sloat, quartier 2030 de Toronto
Jon Douglas, directeur général, Développement durable mondial, Services immobiliers RBC
Denise Grey, directrice générale, Stratégie ESG, RBC
Brendan Haley, directeur général, Efficacité énergétique Canada
Isabelle Smith, directrice, Ingénierie Net Zéro, SNC Lavalin
Stuart Galloway, VPD, SOFIAC
Aaron Berg, directeur, Investissements dans l’efficacité énergétique, Banque de l’infrastructure du Canada
Julia Langer, cheffe de la direction, TAF
Carl Pawlowski, cadre dirigeant, Développement durable, Minto Group
Joanna Jackson, directrice, Développement durable et innovation, Minto Group
Jeff Ranson, vice-président, Développement durable et relations avec les parties prenantes, BOMA
Mark Hutchinson, vice-président des programmes du bâtiment durable et de l’innovation, Conseil du bâtiment durable du Canada
Andrew Guido, vice-président, Développement durable et innovation, Empire Communities
Luke Gilgan, membre du conseil d’administration, Mattamy Asset Management
Roya Khaleeli, directrice, ESG, Mattamy Asset Management
Kevin Kruk, vice-président, Financement de projet, Tridel
Graeme Armster, directeur, Innovation et développement durable, Tridel
Malini Giridhar,vice-présidente, Expansion des affaires et réglementation, Enbridge
Les personnes qui ont participé au forum sur les bâtiments carboneutres de RBC et BSI le 15 mars 2023

Animateurs du forum sur les bâtiments carboneutres:
Sandhya Casson
Kevin Santus
Graeme Kondruss
Jasraj Singh Narula
Wing Yan Chan
Tyana Van-Tang
Thanusha Kanagendran
Isabel Mactal
Carmen Skoretz
Wing Yan Chan
Monika Patel
Lakshya Verma
Yasaman Musician
Haylie Wong
Dhruv Sheliya
Samyuktha Vasudevan
Livy Morden
Ka Man Carmen Lau
Berk Ercan
Angelo Barletta
Mansi Bhojani
Shree Shivrajnagesh

  1. Ces estimations tiennent compte de la différence du coût en capital des nouveaux bâtiments carboneutres par rapport à celui des bâtiments respectant les codes actuels, ainsi que du coût initial en capital des rénovations (isolation, pompes à chaleur, etc.). Elles ne tiennent pas compte des dépenses annuelles supplémentaires ni de l’augmentation globale des coûts engagés pendant la durée de vie des immeubles, qui seraient compensés par les économies réalisées grâce à la diminution des factures d’énergie.
  2. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/WorldGBC_Bringing_Embodied_Carbon_Upfront.pdf
  3. https://ressources-naturelles.canada.ca/efficacite-energetique/maisons/initiative-canadienne-pour-des-maisons-plus-vertes/subvention-canadienne-pour-des-maisons-plus-vertes/mise-jour-trimestrielle-2022/mise-jour-trimestrielle-2022/24713
  4. https://www.toronto.ca/news/city-of-toronto-offers-zero-interest-loans-incentives-to-accelerate-home-retrofits-and-emissions-reductions/
  5. https://institutclimatique.ca/publications/les-thermopompes-en-vogue-dans-les-maritimes/
  6. Le reste sera réparti uniformément entre le remplacement des infrastructures en fin de vie et les investissements destinés à faciliter l’acquisition d’actifs de nouvelle génération.
  7. https://www.google.com/url?client=internal-element-cse&cx=002629981176120676867:kta9nqaj3vo&q=https://www.ieso.ca/-/media/Files/IESO/Document-Library/engage/derps/derps-20220930-final-report-volume-1.ashx&sa=U&ved=2ahUKEwikidLY3pL-AhUEk4kEHcHIAPUQFnoECAUQAg&usg=AOvVaw1rkiAVix-4islQ2Ehk9cs7
  8. Wood Products Council, « Mass Timber: Shifting Labor from Jobsite to Shop »
  9. Au Canada, le salaire médian des machinistes spécialisés en CNC est de 27,35 $ l’heure, contre 21 $ l’heure pour les ouvriers du secteur de la construction.
  10. https://www.ehpa.org/press_releases/heat-pump-record-3-million-units-sold-in-2022-contributing-to-repowereu-targets/
  11. https://www.iea.org/reports/heat-pumps

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Le secteur agroalimentaire du Canada est responsable de plus de 136 mégatonnes des émissions annuelles du pays. D’ici 2050, ces émissions devraient dépasser les 196 mégatonnes, soit 19 % du total national. Dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques, un mouvement de plus en plus important se dessine pour parvenir à zéro émission nette dans tous les secteurs de l’économie. Mais l’un des secteurs qui n’a pas obtenu les outils dont il a besoin pour atteindre cet objectif est celui de l’agroalimentaire.

Considérant que la population mondiale augmentera vraisemblablement de deux milliards de personnes d’ici 2050, l’agriculture doit faire partie intégrante de notre programme national de durabilité. Les producteurs doivent disposer des outils adéquats pour adopter en plus grand nombre des pratiques agricoles climato-compatibles. L’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire reconnaît que le changement doit intervenir maintenant.

RBC, Loblaw, les Aliments Maple Leaf, Nutrien, le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group (BCG)—avec le soutien de l’Institut pour l’intélliProspérité, The Natural Step Canada et l’Arrell Food Institute—ont apporté le soutien initial au lancement de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre (l’Alliance). L’Alliance vise à rassembler les bonnes personnes dans la chaîne de valeur alimentaire et les secteurs partenaires afin d’augmenter considérablement les investissements et de stimuler l’innovation au niveau national, tout en tenant compte des réalités régionales.

Voix nationale du secteur, l’Alliance misera sur le pouvoir de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agricole pour stimuler le changement. L’objectif de l’Alliance est de réduire les émissions de 50 mégatonnes d’ici 2030 et de 150 mégatonnes d’ici 2050.

À la fin de 2022, RBC, le Centre pour l’avenir du Canada du BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph ont cerné six initiatives transversales qui pourraient orienter la transition zéro émission nette en agriculture. Pour que le changement soit aussi rapide et efficace que possible, deux axes de travail ont été mis en place : l’initiative d’agrostockage de carbone et l’initiative nationale de réseau de biodigesteurs. Ces axes de travail s’intéresseront aux principales sources d’émissions dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire, l’objectif étant de réduire les émissions de 50 mégatonnes d’ici à 2030.

L’initiative d’agrostockage de carbone vise à développer un système de mesure, de déclaration et de vérification peu coûteux, évolutif et pertinent au niveau national, et à créer une plateforme de crédits carbone pour aider les producteurs à développer et à monétiser des actifs carbone de grande qualité. On s’attaquera aussi au développement de produits adaptés aux impératifs climatiques et d’une stratégie de certification qui permettra de mieux faire connaître ces produits aux consommateurs et d’accroître la demande. Un premier projet de démonstration en Saskatchewan jettera les bases d’autres projets pilotes à travers le pays.

Dans le cadre de l’initiative nationale de réseau de biodigesteurs, on cherche à élaborer un plan et un modèle de valorisation des déchets par un réseau de digesteurs dans les zones à fortes émissions au Canada. Par la création de politiques et d’incitatifs commerciaux au développement de digesteurs agricoles, on espère assurer un approvisionnement stable en matières premières et générer de nouvelles occasions économiques.

Au terme de la période d’essai réussi de ces deux chantiers, d’autres initiatives pour aider le Canada à atteindre son objectif de réduction des émissions du secteur agricole de 150 mégatonnes d’ici 2050 seront lancées.

L’objectif ultime de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre est de trouver des mécanismes qui récompensent financièrement les exploitations agricoles pour leurs pratiques de conservation. Il s’agit de mettre en œuvre des projets de réduction des émissions de carbone pour les agriculteurs du pays et d’accélérer l’adoption de pratiques durables dans le secteur. Avec le soutien d’une coalition étendue, la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire sera en mesure de prendre des mesures importantes pour réduire son empreinte écologique.

Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec mohamad.yaghi@rbc.

Partenaires de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre

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Afin de rabaisser à 440 Mt les émissions canadiennes d’ici à 2030, il faudrait les faire diminuer quatre fois plus que pendant la pandémie.

Le dernier Rapport d’inventaire national du Canada met en relief les progrès réalisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais insiste également sur le défi que représentera l’atteinte d’ici à 2030 des cibles climatiques élevées du gouvernement fédéral.

En 2021, les émissions de gaz à effet de serre du Canada ont atteint 670 millions de tonnes (Mt), ce qui représente une baisse de 54 Mt par rapport aux niveaux d’avant la pandémie, mais une augmentation de 1,8 % par rapport à 2020. Afin de rabaisser à 440 Mt les émissions canadiennes d’ici à 2030, il faudrait les faire diminuer quatre fois plus que pendant la pandémie. En dépit d’une diminution des émissions de 8,5 % par rapport à l’année de référence 2005, il va falloir intensifier les efforts pour atteindre la cible du gouvernement fédéral de réduction de 40 % des émissions d’ici à 2030, tel que prévu dans le Plan de réduction des émissions.

 

Les politiques existantes ont toutefois fait évoluer la situation de manière encourageante : l’abandon progressif du charbon a permis de réaliser les plus grosses coupes des émissions à l’échelle du pays, tandis que les politiques de réduction du méthane se sont avérées un vecteur efficace de changement sur le long terme. Dans la foulée du Plan de réduction des émissions, d’autres politiques climatiques récemment annoncées devraient contribuer à réduire encore davantage les émissions, notamment les crédits d’impôt à l’investissement pour les combustibles propres, le Règlement sur l’électricité propre et le Plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier. La tarification du carbone demeure la pierre angulaire des efforts du gouvernement, avec sa mise en œuvre continue, essentielle dans l’atteinte des cibles pour 2030.

 

Voici un aperçu de la manière dont certains des secteurs à plus forte intensité carbonique du Canada gèrent leurs émissions :

Pétrole et gaz

  • Le secteur pétrolier et gazier devra diminuer ses émissions de 39 % pour atteindre 116 Mt. Il s’agit de la plus grande réduction nécessaire, tous secteurs confondus, pour atteindre les cibles que s’est fixées le Canada pour 2030.
  • Les solutions relativement moins coûteuses aux fuites de méthane, conjuguées aux politiques gouvernementales strictes, devraient aider à éliminer 23 Mt supplémentaires.
  • Les capacités de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) devraient atteindre 30 Mt de CO2 par an d’ici à 2030, ce qui correspond aux attentes du Plan de réduction des émissions. Si les technologies en la matière sont développées comme prévu, elles permettront de réaliser la moitié des coupes nécessaires pour atteindre la cible.
  • De nouveaux projets liés au pétrole et au gaz, à une hauteur estimée à 200 milliards de dollars, exigeront d’importants investissements supplémentaires dans des technologies de réduction des émissions telles que les CCUS.
  • Le secteur devra rapidement développer et déployer d’autres technologies de réduction des émissions, et cerner des possibilités de remplacement du gaz ou du pétrole par de l’électricité dans toute la chaîne de valeur.
 
En route vers 2030 : la proposition de plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier pourrait ralentir et limiter les émissions, tandis que les crédits d’impôt à l’investissement pourraient stimuler le développement des CUSC.

Transports

  • Le parc automobile canadien, responsable de la moitié des émissions dues au transport, a augmenté de 30 % ces 15 dernières années, pour atteindre le chiffre de 24 millions de véhicules. Ainsi, le volume des émissions a encore grimpé, en dépit de l’amélioration du rendement des carburants et des systèmes d’échappement.
  • De plus en plus de véhicules à zéro émission (VZE) sont immatriculés, toutefois, ils ne représentaient encore que 1 % du marché en 2021. Il reste donc de la route à faire avant qu’ils aient un impact sur les émissions.
  • Au rythme actuel, les VZE devraient représenter 40 % des ventes du marché automobile canadien dans son ensemble d’ici à 2030, ce qui reste en dessous de la cible déclarée de 60 %. Les VZE constitueraient 17 % de la totalité du parc automobile canadien.
  • Les mesures de confinement dues à la pandémie avaient fait descendre à 27 Mt les émissions attribuables au transport en 2020. Toutefois, celles-ci semblent parties pour remonter de nouveau, au fur et à mesure que le trafic routier reprend son niveau d’avant la pandémie.
 
En route vers 2030 : les constructeurs d’automobiles devront accélérer le développement des véhicules électriques et proposer un choix élargi aux consommateurs pour atteindre la cible de 60 % de VZE parmi les ventes totales de voitures d’ici à 2030 et de 100 % d’ici à 2035. L’agrandissement du stock de VZE pourrait faire basculer le volume des émissions vers la fin de la décennie amorcée en 2030.

Électricité

  • L’important abandon progressif du charbon a entraîné une réduction des émissions en Ontario et en Alberta au cours de la dernière décennie. Les émissions de l’Ontario ont chuté rapidement à mesure qu’il développait son infrastructure d’énergie propre, mais le maintien d’un réseau de distribution électrique à faibles émissions est un défi à mesure que son économie et sa population augmentent. Cependant en Alberta, les émissions d’électricité ont diminué en grande partie en raison du passage du charbon au gaz naturel. L’expansion de son infrastructure d’énergies renouvelables sera essentielle pour réduire davantage les émissions.
  • À l’échelle nationale, l’abandon progressif du charbon, s’il se fait en faveur du gaz naturel, devrait jouer pour près de la moitié de la réduction de 38 Mt d’émissions visée.
  • Répondre à la demande en augmentation rapide d’électricité, améliorer les réseaux et dépendre de sources stables constitueront des défis supplémentaires.
  • Si le pari de couvrir la demande entièrement avec du gaz naturel est relevé, cela pourrait réduire d’encore 30 Mt les émissions.
 
En route vers 2030 : la proposition de Règlement sur l’électricité propre pourrait faciliter le déploiement de sources d’énergie propre pour freiner les émissions dues à la demande croissante, et poser les fondations d’infrastructures à faibles émissions en remplacement des anciennes centrales.

Bâtiments

  • L’accroissement démographique et l’expansion des surfaces habitables entraînent une hausse des émissions des bâtiments plus rapide que ce que l’efficacité énergétique peut compenser. De plus, la demande de logements est peu susceptible de ralentir prochainement.
  • Dans la moitié des provinces, ce secteur produit plus d’émissions qu’en 2005. De nombreuses régions dépendent toujours grandement des combustibles fossiles pour se chauffer. La transition vers des combustibles plus propres nécessite d’importants investissements.
  • Afin d’atteindre les cibles pour 2030, le secteur devra encore réduire de 33 Mt ses émissions, ce qui représente une énorme baisse de 39 % par rapport aux niveaux actuels.
 
En route vers 2030 : les subventions de rénovation et les programmes de prêts ont connu un taux d’adoption bas. La rénovation de 30 % du parc immobilier actuel, qui représente un défi énorme et coûteux, ne permettrait d’atteindre que la moitié de la cible. Un ensemble de mesures complexes, incluant mais sans s’y limiter des incitatifs et des règlements stricts, pourrait ouvrir la voie jusqu’à 2030 et au-delà.

Conclusion

Dans la moitié des provinces, les émissions dépassent le niveau initial de 2005, ou s’en approchent, pendant que chaque région confronte de défis spécifiques. Bien que les provinces à forte intensité de carbone produisent plus d’émissions, elles les diminueront vraisemblablement à un rythme plus rapide dans un futur proche, à mesure que les politiques actuelles continueront à porter leurs fruits, en particulier grâce à la réduction du méthane. L’Ontario et le Québec ont progressé dans la diminution des émissions au cours des vingt dernières années. Toutefois, ils vont désormais entrer dans une phase de réduction plus lente en s’attaquant aux secteurs épineux du transport et du bâtiment.

 

Bien que certaines mesures clés aient permis de réduire les émissions ces vingt dernières années, il va falloir redoubler les efforts au niveau provincial et fédéral, et renforcer la coopération, afin de progresser encore davantage. En outre, une hausse des émissions en parallèle à une reprise économique pourrait freiner les avancées. Toutefois, les tendances dernièrement observées de croissance économique à zéro émission et la volonté du Canada de mettre en œuvre des politiques climatiques rigoureuses prêtent à l’optimisme.

Farhad Panahov est économiste à RBC. Il est titulaire d’un baccalauréat en économie de l’Université de la Colombie-Britannique et d’une maîtrise en sciences appliquées des données, de l’économie et de la politique de développement du Massachusetts Institute of Technology.

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Le budget fédéral de 2023 propose des mesures vigoureuses en réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (l’IRA ou l’Inflation Reduction Act), mais l’adhésion massive à des pratiques d’investissement carboneutres se heurte encore aux obstacles que sont la concurrence internationale croissante, la réglementation et la participation des provinces.

Les nouvelles mesures vertes du budget de 2023 visent principalement à renforcer la chaîne logistique en amont pour favoriser une économie à faibles émissions de carbone, au moyen de nouveaux crédits d’impôt à l’investissement remboursables accordés pour l’électricité propre, la fabrication de technologies propres et l’hydrogène.

Dans la foulée de l’annonce de crédits d’impôt à l’investissement de l’an dernier pour la capture de carbone et l’adoption de technologies propres, le gouvernement fédéral prévoit dépenser environ 80 milliards de dollars sur 10 ans en crédits d’impôt pour les placements verts.

Il s’agit d’une mesure importante faisant écho au programme climatique américain de plus de 369 milliards de dollars US. Nous estimons que le Canada devrait dépenser jusqu’à 120 milliards de dollars pour atteindre les réductions d’émissions estimées à 10 % dans l’IRA, mais que les nouvelles dépenses requises pourraient être moindres compte tenu des dépenses existantes des programmes et des mesures réglementaires incitatives.

Coût de la carboneutralité : crédits d’impôt à l’investissement proposés pour le Canada

Measure Date de début Taux du crédit Coût total sur 10 ans
Électricité propre Budget 2024 15 % 25.7 G$
Fabrication au moyen de technologies propres 1er janvier 2024 30 % 11,1 G$
Hydrogène propre Budget de 2023 0-40 %, selon l’intensité en carbone 17,7 G$
Adoption de technologies propres* Budget de 2023 30 % ~ 16 G$
Capture de carbone** 2022 37.5 %-60 %, selon l’équipement et le type de projet ~ 16 G$

*Énoncé économique de l’automne 2022 ; ajout de systèmes d’énergie géothermique et prolongation jusqu’en 2034
** Budget de 2022 ; peu de nouvelles améliorations dans le budget de 2023

Les grandes sociétés sont les principaux bénéficiaires directs

Les grandes entreprises profiteront directement des nouvelles mesures étant donné la nature capitalistique des investissements connexes. Les consommateurs et les autres types d’entreprises devraient en bénéficier indirectement, par le coût moindre des énergies propres et des systèmes que les crédits d’impôt fédéraux soutiennent.

D’autres entreprises tireront probablement un avantage direct plus important du crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres annoncé dans la mise à jour de l’automne 2022 (CII dans les technologies propres), qui est entré en vigueur le jour du budget et qui a fait l’objet d’améliorations. Comme le prévoit le budget, la Banque de l’infrastructure du Canada doit se concentrer davantage sur l’électricité propre, accroître le financement des programmes existants pour l’amélioration du réseau et bonifier le financement du Fonds stratégique pour l’innovation, ce qui pourrait également être avantageux pour les moyennes entreprises.

Outre le secteur de l’énergie, ceux du pétrole et du gaz, de l’agriculture et du bâtiment (qui constituent une part importante des émissions de carbone du Canada) n’ont reçu aucun nouveau soutien direct pour la décarbonisation ; seules quelques améliorations mineures ont été apportées au crédit d’impôt existant pour le captage du carbone.

Les nouvelles mesures visent principalement la réduction des émissions futures

Le crédit pour l’électricité propre pourrait encourager certaines réductions d’émissions à court terme. Il est offert aux entités non imposées, comme les services publics, pour aider les planificateurs provinciaux à se tourner progressivement vers les énergies renouvelables et à réduire l’approvisionnement systématique en gaz naturel pour la production d’électricité.

Toutefois, les mesures visent en grande partie à faciliter la réduction des émissions futures. Les subventions fédérales ont pour objectif de réduire les coûts que les consommateurs finaux des ménages et du secteur industriel doivent assumer pour ces dépenses importantes en énergie, ce qui ouvre la voie aux investissements dans des technologies à faibles émissions. De solides arguments soutiennent cette approche, mais il existe aussi des risques. Le budget de 2023 n’offre aucune estimation des réductions d’émissions prévues.

Outre l’électricité et l’hydrogène, les nouvelles mesures couvrent d’autres technologies telles que les véhicules électriques, les batteries, les pompes à chaleur, les électrolyseurs et les équipements électriques qui ne produisent pas d’émissions. Ces mesures de réduction correspondent en grande partie à celles prévues dans les secteurs visés par le plan ambitieux du Canada en matière de réduction des émissions pour 2030, ce qui permet de croire que le budget joue un rôle important dans l’atteinte d’objectifs climatiques ambitieux.

Les provinces doivent coopérer pour l’électricité

Les 25,7 milliards de dollars que le budget prévoit allouer à l’électricité sur 10 ans aideront les provinces à mettre en œuvre la norme sur l’électricité propre (NEP) proposée, mais cette norme exige que celles-ci y adhèrent. La NEP est le principal outil réglementaire d’Ottawa pour implanter un système d’électricité carboneutre d’ici 2035. L’accès au nouveau CII pour l’électricité propre dans chaque province ou territoire dépendra de l’engagement des provinces à rendre le secteur de l’électricité carboneutre d’ici 2035. En retour, ce financement fédéral contribuera à réduire les factures d’électricité.

L’intervention du gouvernement fédéral en matière d’électricité propre ne vise pas seulement l’établissement d’un réseau carboneutre à prix abordable. Il cherche à mettre son pouvoir au profit des corridors de transport interprovinciaux pour réduire les coûts de l’établissement d’un réseau propre et de l’adoption de l’électricité propre, de façon à renforcer la position concurrentielle du Canada dans les segments économiques faibles en carbone et fortement centrés sur l’électricité, comme ceux de la fabrication de batteries ou de l’hydrogène vert.

Les provinces jouent également un rôle clé dans l’atteinte de ces objectifs, mais nous ignorons si les planificateurs de systèmes joueront le jeu de la coopération intergouvernementale ou accepteront d’accroître les capacités de façon préventive. Si les provinces n’augmentent pas les sommes et le rythme de leurs investissements, le nouveau crédit ne servira qu’à transférer les coûts de leur transition au gouvernement fédéral.

À première vue, les crédits d’impôt du Canada se comparent favorablement à ceux de l’IRA

Le Canada n’offre pas de crédits d’impôt pour la production comme ceux que prévoit l’IRA, soit des incitatifs fiscaux pour chaque unité produite, mais préfère miser sur le capital investi en offrant par exemple des crédits d’impôt à l’investissement (CII). Cela dit, les taux de crédit des CII pour l’électricité propre et les technologies propres sont généralement comparables à ceux que prévoit l’IRA. Au Canada, le taux maximal du CII pour l’hydrogène propre est plus élevé puisqu’il se chiffre à 40 % (comparativement à 30 % dans l’IRA).

Comme le prévoit l’IRA, les CII du Canada sont en vigueur jusqu’au début des années 2030, ils sont généralement neutres sur le plan technologique, et ils doivent respecter des exigences en matière de salaire et de formation. Toutefois, contrairement à celles de l’IRA, les mesures du Canada ne sont pas éliminées plus tôt si les objectifs climatiques sont atteints, et la valeur des crédits d’impôt remboursables pourrait, dans certains cas, être supérieure à ce que prévoient les dispositions de l’IRA relatives au paiement direct pour les entreprises non rentables.

Le gouvernement fédéral maintient les CII et la tarification du carbone

Le budget souligne que le soutien fiscal n’est qu’un des quatre outils de la stratégie du Canada pour une économie propre. La tarification et la réglementation en matière de pollution sont au cœur des efforts déployés. De plus, le financement stratégique par l’entremise du nouveau Fonds de croissance du Canada, de la Banque de l’infrastructure du Canada et des dépenses au sein des programmes a permis de mener des interventions plus ciblées.

Par ailleurs, les responsables des finances ont insisté sur leur choix délibéré des CII comme instrument de soutien fiscal, qu’ils ont préféré à l’offre de crédits d’impôt à la production. Les paiements forfaitaires dans les secteurs capitalistiques sont réputés offrir une valeur importante et constituer la meilleure façon de maximiser la contribution des dollars fédéraux à l’amélioration des technologies propres. La taxe sur le carbone évitée ou la vente de crédits de carbone doit en principe fournir des flux de revenus complémentaires nécessaires à la réalisation de projets de décarbonisation.

Pour établir une tarification solide du carbone, les contrats sur différence pour le carbone font partie des outils à disposition du Fonds de croissance du Canada, qui devrait commencer à conclure des ententes ce printemps. Le gouvernement mènera également des consultations sur les contrats sur différence pour le carbone en privilégiant une approche globale. Ce qui est prévu concrètement n’est pas clair, et de nombreux problèmes complexes doivent être résolus. Pour l’instant, ces contrats ne sont disponibles que de façon limitée, de sorte que l’incertitude des prix du carbone (des crédits) peut continuer à miner les décisions d’investissement.

Que manque-t-il dans le budget ?

Le Canada n’a pas précisé de quelle façon il facilitera la réalisation de grands projets liés aux énergies propres, ce qui nuit à l’obtention de nouveaux investissements. Malgré les 1,3 milliard de dollars alloués l’an dernier aux organismes fédéraux pour améliorer leur processus d’approbation de projet, le budget de 2023 ne fait que réaffirmer sa volonté de créer un plan prévoyant des mesures concrètes qui ne seront prises qu’à la fin de l’année. Les questions réglementaires comme l’obtention de permis peuvent être tout aussi importantes que les crédits d’impôt pour la faisabilité d’un projet.

Le budget de 2023 permet à la Banque de l’infrastructure du Canada d’aider les communautés autochtones à acheter des titres de participation dans les grands projets auxquels elle prend part. C’est un pas dans la bonne direction, mais pour accélérer le processus, nous souhaitons l’adoption d’un programme de plus grande portée et plus transparent, qui inclurait par exemple des garanties gouvernementales. De nombreux projets d’énergies propres seront réalisés sur des terres autochtones, et comme les collectivités et les promoteurs de projets s’intéressent de plus en plus à la participation des Autochtones, les défis d’accès au capital de ces collectivités doivent être résolus.

Cynthia Leach est Économiste en chef adjointe et contribue à façonner la description et le programme de recherche liés à l’analyse économique et stratégique prospective de l’équipe Services économiques et leadership avisé RBC. Elle s’est jointe à l’équipe en 2020.

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Principales constatations

  • D’ici 2033, 40 % des exploitants agricoles canadiens auront pris leur retraite. L’agriculture du Canada est donc sur le point de vivre l’une des plus grandes transitions de son histoire en matière de main-d’œuvre et de relève des dirigeants.
  • Sur le même horizon, la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 24 000 travailleurs dans les exploitations agricoles, les pépinières et les serres.i
  • 66 % des producteurs n’ont pas de plan de relève, ce qui jette une ombre sur l’avenir des terres agricoles.ii
  • Ces menaces émergent à un moment où la main-d’œuvre agricole du Canada a besoin d’évoluer pour inclure des compétences telles que l’analyse des données, les sciences de l’environnement et les pratiques respectueuses du climat, ce qui nous permettrait de produire plus d’aliments avec moins d’émissions.
  • À l’aide de politiques à court, moyen et long terme, le Canada peut se procurer la main-d’œuvre agricole compétente en technologie numérique dont le pays a besoin pour devenir un chef de file mondial de la production alimentaire durable et à faibles émissions de carbone.
  • Afin d’éviter une crise des compétences à court terme, au cours de la prochaine décennie nous devrons attirer 30 000 immigrants permanents capables d’établir leurs propres fermes et serres ou de reprendre les exploitations existantes.
  • Pour atteindre nos objectifs à moyen et à long terme, nous devrons bâtir un nouveau pipeline d’exploitants et de travailleurs nationaux en facilitant l’accès à l’enseignement et en augmentant les dépenses de recherche et développement destinées à améliorer l’automatisation et la productivité.
  • D’autres pays comme le Japon et la Nouvelle-Zélande déploient rapidement des stratégies nationales visant à relever des défis similaires. Les gouvernements en question offrent des incitatifs aux exploitants qui deviennent plus autonomes et ouvrent des voies aux travailleurs étrangers qualifiés et aux nouveaux agriculteurs. Le Canada doit agir rapidement.

Les agriculteurs canadiens vieillissent et sont moins nombreux

 

2001

166 M acres

 

346 000

âge moyen 50

 

2006

167 M acres

 

327 000

âge moyen 52

 

2011

160 M acres

 

294 000

âge moyen 54

 

2016

159 M acres

 

272 000

âge moyen 55

 

2021

153 M acres

 

262 000

âge moyen 56

 

Citation : Services économiques RBC et Statistique Canadaiii

Un plan de croissance en trois points

  1. Accroître l’immigration d’exploitants agricoles internationaux de 30 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie.
  2. Promouvoir l’enseignement agricole dans les collèges et les universités afin d’attirer de nouveaux étudiants.
  3. Accélérer l’adoption de solutions autonomes et mécanisées dans les exploitations agricoles.

À court terme :

Ouvrir les frontières à de nouveaux producteurs canadiens

La crise des compétences agricoles que traverse le Canada est déjà l’une des pires au monde. Le pays souffre d’une pénurie de compétences qui figure parmi les plus graves du secteur de la production alimentaire à l’échelle mondiale, en comparaison avec les autres grands exportateurs de produits alimentaires. Seuls les États-Unis et les Pays-Bas sont encore plus à la traîne.

La pénurie de travailleurs agricoles dont souffre le Canada est l’une des plus graves au monde

Citation : Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDEiv

La crise démographique qui approche à grands devrait aggraver le problème. Dans 10 ans, 60 % des exploitants agricoles d’aujourd’hui auront plus de 65 ans. Jamais autant d’agriculteurs canadiens n’ont été aussi près de la retraite. De plus, le nombre d’exploitants de moins de 55 ans a décliné de 54 % depuis 2001.v La solution la plus rapide se trouve à nos frontières. L’octroi d’un statut de résident permanent à plus de 24 000 travailleurs agricoles et 30 000 exploitants pourrait combler les pénuries liées à la retraite et aux postes vacants, aider le secteur à réaliser son potentiel de productivité et répondre à la demande alimentaire canadienne aussi bien qu’internationale.

De nombreuses serres et exploitations agricoles font déjà appel à d’autres pays pour répondre au besoin de main-d’œuvre peu qualifiée. De fait, le secteur agricole canadien est l’un des plus diversifiés au monde, bien que la demande de travailleurs étrangers diffère considérablement selon les provinces et les activités.

Le programme des travailleurs étrangers temporaires demeure une source essentielle de main-d’œuvre peu qualifiée. Mais ce dispositif a ses inconvénients. Premièrement, il s’agit d’une solution provisoire à un problème chronique. Deuxièmement, bon nombre des travailleurs étrangers temporaires (TET) qui acquièrent des compétences essentielles à l’ensemencement et à la récolte au Canada doivent retourner dans leur pays d’origine pendant de courtes périodes. S’il leur est impossible de revenir au Canada (par exemple parce que leur propre gouvernement fait obstacle à la migration pour des raisons de sécurité alimentaire nationale), la main-d’œuvre agricole du Canada s’en trouve considérablement réduite.

De meilleures politiques sont nécessaires pour faciliter l’immigration des travailleurs peu qualifiés. Par exemple, une voie vers la résidence permanente pour les TET expérimentés constituerait une solution immédiate à ce type de pénurie.

En ce qui concerne les exploitants agricoles hautement qualifiés, le Canada a toujours bien accueilli cette catégorie d’immigrants en provenance des Pays-Bas, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Inde. Cependant, il existe aujourd’hui des occasions en or d’attirer des exploitants ayant perdu leurs entreprises à cause de politiques réglementaires d’autres pays.

Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement a réservé un budget de 24,3 milliards d’euros pour racheter les 3 000 fermes néerlandaises qui produisent le plus d’émissions. Les producteurs n’acceptant pas cette offre seront forcés de fermer. De plus, les exploitations agricoles autorisées à rester en activité devront considérablement diminuer leur application d’azote. Le pays devra aussi réduire sa population d’animaux d’élevage à un tiers de sa taille actuelle dans un délai de huit ans. En Nouvelle-Zélande, une loi de 2019 exigeant des producteurs qu’ils réduisent leurs émissions de 10 % dans les trois prochaines années oblige déjà les exploitations agricoles à réduire leurs activités.

Des centaines de milliers d’agriculteurs qualifiés du monde entier sont forcés de réduire la taille de leur exploitation ou sont menacés de fermeture. Rien qu’au sein de l’UE, une perte de plus de quatre millions d’exploitations agricoles est enregistrée depuis 2005. À l’échelle mondiale, cela crée un bassin d’agriculteurs qualifiés qui pourraient aider le Canada à accroître ses exportations alimentaires et à s’adapter aux règlements plus rigoureux en matière de durabilité.

L’immigration de scientifiques, d’ingénieurs en données et d’entrepreneurs est déjà reconnue comme essentielle à la croissance du Canada. Une approche similaire doit être adoptée pour attirer les agriculteurs.

À moyen terme :

Les écoles d’agriculture doivent évoluer pour répondre aux exigences d’aujourd’hui

Un changement fondamental est survenu dans les écoles d’agriculture partout au Canada. Alors que les inscriptions déclinaient dans les années 1990, beaucoup ont revu leurs programmes. Afin d’encourager les inscriptions, ces écoles ont commencé à offrir des cours interdisciplinaires susceptibles d’attirer les étudiants urbains moins motivés pour travailler en exploitation agricole. Cela signifiait se concentrer sur des sujets autres que les sciences agricoles, allant de la sécurité alimentaire au développement international.

L’approche a fonctionné. Après avoir touché le fond en 2003, les admissions ont augmenté de plus de 40 %, ce qui signale un changement de mentalité à l’égard des études agricoles.vi À l’heure actuelle, le taux d’inscription à l’enseignement postsecondaire dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et des sciences vétérinaires au Canada fait partie des plus élevés parmi les taux de l’OCDE, de l’UE et du G20. Malgré cela, la demande de diplômés continue de dépasser l’offre.vii

Le taux d’inscription à l’enseignement agricole au Canada est élevé

Pourcentage d’inscriptions total

Citation : Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBCviii

Afin de renforcer le taux d’inscription, davantage d’efforts doivent être mis en œuvre pour intégrer l’agriculture aux programmes traditionnels. Par exemple, parmi les dix meilleures écoles de commerce du Canada, aucun programme de MBA à temps plein n’offre de cours optionnels dans le domaine de l’agriculture. De même, les écoles d’agriculture ne font pas assez pour promouvoir une approche interdisciplinaire qui intégrerait des étudiants de filières allant de l’ingénierie aux sciences sociales. Ces innovations seront essentielles pour encourager les inscriptions et construire un écosystème agricole plus solide et mieux doté en ressources.

D’un autre côté, plusieurs écoles et collèges d’agriculture sont en voie de se transformer en centres multidisciplinaires parmi les plus polyvalents du pays. Ces établissements incorporent des thèmes qui vont des incitatifs financiers à la séquestration du carbone dans les sols, en passant par l’énergie propre. L’Installation de recherche sur les systèmes environnementaux contrôlés de l’Université de Guelph travaille même avec la NASA et l’Agence spatiale canadienne pour mettre au point des méthodes de culture de nourriture sur Mars.

En plus d’augmenter le nombre d’inscriptions, les écoles d’agriculture doivent équiper les élèves des outils dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs compétences. Par exemple, les écoles d’ingénierie, de commerce et d’informatique pourraient mettre en place davantage de coopératives, d’études de cas et de projets spéciaux liés à l’agriculture, qui offriraient des occasions d’apprentissage expérientiel axées sur la production alimentaire.

Services-conseils pour les producteurs

L’enseignement ne finit pas à la porte de l’école. Les producteurs ont toujours été des pionniers dans le domaine des nouvelles technologies. Pour mettre encore plus de compétences numériques en application, ils auront besoin de services-conseils leur permettant de se renseigner sur les meilleures solutions, les pratiques de production les plus efficaces et les façons de réduire les coûts et de promouvoir la durabilité dans leurs exploitations. Étant donné que chaque exploitation est confrontée à des défis uniques, les solutions doivent être individualisées. Les services-conseils visent à aider les agriculteurs à concevoir des solutions sur mesure. De plus, des ateliers sont proposés aux exploitants agricoles et à leurs employés, que ce soit dans un cadre structuré ou de façon informelle. Les services-conseils, à l’image de ceux qui sont offerts aux agriculteurs américains, doivent devenir plus accessibles aux nouveaux agriculteurs canadiens.

À long terme :

Déployer des solutions pour renforcer la mécanisation et l’autonomie des exploitations agricoles

L’automatisation est un thème central de l’agriculture depuis des siècles. La plupart des machines et des outils intègrent aujourd’hui des technologies qui augmentent l’efficacité sur chaque acre cultivé. Et les producteurs qui investissent dans la technologie sont souvent ceux qui dégagent la meilleure rentabilité. En 2020, plus de 50 % des exploitations agricoles ayant investi dans les nouvelles technologies ont constaté une baisse de leurs coûts. Et bien que l’automatisation réduise le besoin de main-d’œuvre agricole, elle crée aussi de nouveaux emplois pour les travailleurs hautement qualifiés. Les inventions telles que le tracteur, la moissonneuse-batteuse automotrice et le guidage automatisé ont marqué des jalons dans l’innovation et la productivité de l’agriculture.

Dorénavant, les technologies et pratiques agricoles intelligentes permettront aux exploitations de rehausser leur efficacité et leur productivité, de limiter leur impact sur l’environnement et de mettre l’accent sur la durabilité. Un autre aspect important est que ces solutions innovatrices réduisent les besoins de main-d’œuvre peu qualifiée.

Une grande partie de cette technologie est en cours de développement au Canada. Néanmoins, un effort de recherche et de développement plus ambitieux est essentiel pour réduire les besoins de main-d’œuvre, améliorer les taux de production et promouvoir la durabilité. Cela commence par le financement. Au Canada, les fonds consacrés à la recherche et au développement du secteur agricole proviennent principalement de sources publiques. Nous devons viser plus haut en matière de financement, car chaque dollar investi en recherche et développement génère entre 10 et 20 dollars de PIB.ix À mesure que la production agricole s’intensifiera, de plus en plus d’outils seront nécessaires pour réduire les émissions de manière autonome.

Dans l’agriculture canadienne, le financement public de la recherche et du développement est en retard par rapport aux autres pays

millions de dollars américains

 

Citation : Services économiques RBC, OCDE et Statistique Canada

Les investissements publics représentent la plus grande source de financement dans la recherche et le développement agricoles au Canada, soit 456 millions de dollars en 2020, mais les investissements du secteur privé sont à la traîne avec 156 millions de dollars.xxi Et les sociétés canadiennes, de manière générale, investissent moins dans la recherche et le développement, en comparaison avec leurs homologues étrangères. Les sociétés ont contribué de façon significative aux innovations passées, afin de résorber les pénuries de main-d’œuvre tout en rendant la production agricole plus résiliente face aux phénomènes météorologiques extrêmes et en améliorant la qualité et la durabilité. Toutefois, pour que le Canada devienne l’exportateur alimentaire le plus fiable et le plus durable au monde, d’autres investissements seront nécessaires.

L’effort de recherche et développement peut stimuler la croissance du secteur, mais la distribution entre les producteurs sera essentielle. Les dépenses en immobilisations ont augmenté plus rapidement dans l’agriculture que dans les autres secteurs du Canada au cours des 15 dernières années. Or, la majeure partie de ces investissements est attribuable aux cultivateurs.

Les sociétés agricoles canadiennes sont à la traîne des concurrents mondiaux en matière de dépenses en recherche et développement

Dépenses sur la base du pourcentage des revenus

2018

1,2 %

Canada

 

5,2 %

Étranger

2019

1,0 %

Canada

 

3,8 %

Étranger

2020

1,4 %

Canada

 

4,6 %

Étranger

Citation : Services économiques RBC, Statistique Canadaxii

Comparaison mondiale

Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences dans son secteur agricole. Les autres pays ont déjà pris des mesures pour remédier aux pénuries grâce à des programmes politiques spécifiques :

Le Japon

L’âge moyen d’un exploitant agricole est de 68 ans au Japon, ce qui en fait le pays de l’OCDE le plus sensible au problème de la relève des dirigeants. Pour encourager les jeunes à entrer dans le secteur, le gouvernement leur offre une aide au revenu pendant cinq ans à compter de la création de leur propre exploitation agricole. De plus, le programme Smart Agriculture propose des services-conseils gratuits sur la façon de mettre en œuvre des solutions autonomes et mécanisées. Le pays a également établi des « villages pilotes » visant à démontrer l’efficacité des nouvelles technologies.xiii

La Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a du mal à convaincre les jeunes et les nouveaux producteurs à s’engager dans le secteur. En 2014, un groupe de producteurs, universités, collèges et agents publics ont formé la Primary Industry Alliance.xiiv Le volet agricole du programme ambitionne d’attirer de nouveaux agriculteurs par les voies de l’enseignement et de l’immigration. De plus, le gouvernement a engagé un dialogue avec la communauté maorie afin d’accroître sa participation dans le secteur.

Les Pays-Bas

Plus de 530 000 travailleurs migrants sont employés dans le secteur agricole néerlandais. Alors que les Pays-Bas dépendent de plus en plus de ces travailleurs migrants, le pays souhaite augmenter la part de travailleurs hautement qualifiés. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a élaboré le programme Strategy for Green Education, dont l’objectif est d’attirer les étudiants dans le secteur et d’assurer une coordination entre les établissements d’enseignement afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre agricole.

Les États-Unis

Tout comme le Canada, les États-Unis sont fortement dépendants des travailleurs temporaires. Cependant, du fait que le nombre d’exploitants agricoles a diminué, la demande de main-d’œuvre n’a fait que croître. Il existe un financement pour les programmes d’enseignement agricole dans les écoles secondaires, et des terrains sont donnés aux universités qui offrent des services consultatifs aux agriculteurs. Cependant, la crise de la main-d’œuvre pousse le salaire moyen vers le haut et incite de nombreux producteurs à investir dans des solutions autonomes.

Conclusion

Le secteur agricole fait face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences pour transformer l’agriculture. Toutefois, avec une bonne approche, ce désavantage aigu pourrait devenir un avantage générationnel. Si le Canada augmentait l’immigration d’agriculteurs qualifiés, encourageait les collèges et universités à faire entrer dans cette filière des étudiants de tous les horizons, et investissait dans des solutions innovatrices visant à automatiser le secteur et à réduire la main-d’œuvre agricole, alors le pays pourrait prendre la tête de la transition mondiale vers une agriculture à faibles émissions de carbone.

Le budget de 2023 a été l’occasion d’établir des objectifs ambitieux qui tirent parti des avantages naturels du Canada dans le domaine de l’agriculture. Bon nombre des mesures dévoilées apportent un soulagement temporaire à diverses questions, mais le budget manque de vision globale sur l’avenir du secteur et les enjeux climatiques auxquels il est confronté. Le moment est venu pour les agriculteurs, les gouvernements et les acteurs de la chaîne logistique agricole de travailler ensemble sur cette question.

Pour relever ces défis, il faudra adopter une nouvelle approche basée sur la participation de toutes ces parties prenantes.

Facteurs de succès

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/la-prochaine-revolution-verte/.

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Collaborateurs :

Auteur principal: Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, RBC

RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
Farhad Panahov, économiste
Carrie Freestone, économiste
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise

Boston Consulting Group
Youssef Aroub, chef de projet
Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada
Chris Fletcher, directeur général et associé
Thomas Foucault, directeur général et associé
Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Pilar Pedrinelli, experte-conseil

Arrell Food Institute, University of Guelph
Evan Fraser, directeur
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales
Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale
Lisa Ashton, candidate au doctorat

  • Joy Agnew, Ph. D., vice-présidente associée, Recherche appliquée, Olds College
  • Christopher Johnson, associé principal en développement, Olds College
  • Danny Le Roy, Ph. D., professeur agrégé d’économie, Université de Lethbridge
  • Jeanna Rex, Arrell Food Institute, coordonnatrice en éducation, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Beverly Agar, première directrice relationnelle, Agriculture et agroalimentaire, RBC

    1. Emploi et Développement social Canada et Services économiques RBC.
    2. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    3. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    4. Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDE.
    5. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    6. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    7. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    8. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    9. Institut agricole du Canada, « An Overview of the Canadian Agricultural Innovation System. »
    10. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    11. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    12. Statistique Canada, Statistiques de l’OCDE et Services économiques RBC.
    13. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    14. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    15. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.

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Misons sur l’agriculture :

Valorisation des terres pour lutter contre les changements climatiques

Depuis des générations, les agriculteurs canadiens retirent des gains financiers pour la nourriture qu’ils produisent. Plus le nombre de boisseaux de blé qu’un agriculteur cultive est élevé (et plus le prix de cette marchandise est élevé sur les marchés), plus le rendement sera élevé.

Pourtant, en adoptant des pratiques durables, les agriculteurs ont aussi le pouvoir inégalé de réduire les émissions et d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé des sols et la biodiversité.

Des capitaux seront requis pour tirer parti de ce pouvoir. Cependant, si le potentiel actuel de l’agriculture durable est solide, les données économiques qui le sous-tendent ne le sont pas. Nous devrons prendre en compte les pratiques durables tout en fournissant le financement et les instruments financiers permettant d’en réduire les risques et d’encourager leur utilisation. De plus, nous devrons repenser un système économique qui récompense pleinement la production agricole, mais qui accorde peu de valeur à la préservation.

Ces efforts, soutenus par des protocoles nationaux encadrant les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification et par des partenariats intersectoriels, peuvent servir d’assise à une stratégie d’agriculture durable de premier plan à l’échelle mondiale.

Que sont les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification ?

Mesure – Un outil mesure les réductions des émissions résultant de l’activité agricole.
Déclaration – La mesure est soumise à un vérificateur tiers.
Vérification – Le vérificateur tiers certifie les émissions.

L’agriculture pourrait être une source beaucoup plus importante de réduction et d’élimination des émissions

Source : Elis (2021). Analyse BCG

Que sont les compensations carbone et les compensations carbone intégrées ?

Compensations carbone intégrées : Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques.
Compensations classiques : Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables associés à de l’énergie renouvelable ou à d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par l’acheteur.


Une vraie mine d’or :

Trois parcours financiers menant à un secteur agricole plus durable

Dans le présent document, nous examinons trois instruments financiers qui pourraient stimuler le stockage du carbone dans le sol et créer d’autres avantages : les compensations carbone, les compensations carbone intégrées et le financement public. Tous ces outils sont actuellement utilisés à divers degrés. Cependant, leur potentiel à produire des effets immédiats sur l’agriculture durable varie.

La compensation carbone intégrée est actuellement le mécanisme le plus efficace pour inciter les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Bien que la demande globale des consommateurs pour des produits alimentaires durables reste à développer, les entreprises agroalimentaires ont montré une volonté de payer davantage pour des intrants durables afin de réduire les émissions dans leurs propres chaînes logistiques.

Le soutien du gouvernement sera également essentiel au début de cette transition. Pourtant, à l’heure actuelle, le financement du gouvernement canadien est à la traîne de celui de ses pairs à l’échelle mondiale. Cet écart pourrait désavantager les agriculteurs canadiens, car les systèmes alimentaires sûrs et durables gagnent en importance sur le marché mondial. Dans tous les cas, il est essentiel de disposer de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification fiables. Les compensations sont particulièrement tributaires des essais de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification pour établir les bases de l’intégrité du marché et de la confiance. Et le développement de ces systèmes prendra du temps.

1 | Compensation carbone

  • À court terme : Difficile
  • À long terme : Importante

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Fonctionnement des compensations carbone
  • ...
  • Projets
    Les projets réduisent ou éliminent les émissions de GES (par exemple, grâce à la capture directe dans l’air, au reboisement et aux pratiques agricoles durables). Une fois les projets validés, les crédits sont émis et vérifiés par un vérificateur tiers.
  • Compensation
    Les organisations ou les particuliers peuvent acheter des crédits externes pour compenser leurs émissions.
Pour les agriculteurs, le rendement associé aux compensations n’est pas rentable

Un agriculteur qui recourt à des pratiques durables reçoit environ 8 $ à 13 $ de crédits carbone par acre. Mais comme il s’agit d’une science imparfaite et que les mesures sont bancales, une grande partie de ces crédits peut être retenue. Et à cela, il faut ajouter les divers coûts du projet qui peuvent retrancher jusqu’à 60 % de ces montants (35 % pour les coûts, 25 % pour les frais), et un autre 20 % pour l’assurance. En fin de compte, la part de l’agriculteur est de seulement 2 $ à 4 $ l’acre, ce qui représente une mince portion du total des rentrées agricoles.

Revenu faible

  • ~8 $ à 13 $

Crédits carbone par acre

Déductions importantes

  • Coûts – 35%
  • Frais – 25%
  • Assurance – 20%

Incitatif faible

  • ~ 2 $ à 4 $

Crédit carbone par acre après déductions

Sources : Recherche sur les essais des systèmes de mesure, de déclaration et de vérification en Amérique du Nord ; analyse BCG

La qualité des crédits de carbone dépend des méthodes de mesure

Trois principaux types de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification

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Cadre pour repérer les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification de grande qualité

Bien que chaque système soit différent, les plus efficaces mettent en œuvre ce qui suit :
Fonction de mesure, de déclaration et de vérification Bronze Argent Or
Échantillonnage des sols
Modèles fondés sur les processus cross Checkmark Checkmark
Au moins deux certificateurs tiers vérifient les résultats cross Checkmark Checkmark
Télédétection cross Checkmark Checkmark
Évaluation du cycle de vie des intrants à la ferme ou utilisation de plus de trois des meilleures pratiques de gestion cross cross Checkmark
Couvre plus de cinq grandes cultures cross cross Checkmark

2 | Compensation intégrée

  • À court terme : Prête
  • À long terme : Importante

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Comment les aliments cultivés de façon durable peuvent réduire les émissions de chaînes logistiques agroalimentaires
  • ...
  • Agriculteurs
    Un réseau d’agriculteurs au sein d’une chaîne logistique est sélectionné pour cultiver de façon durable en incorporant de nouvelles pratiques ou en les élargissant.
  • ...
  • Sociétés
    Les entreprises payent un prix plus élevé aux agriculteurs pour cette nourriture, ce qui les aide à compenser les coûts et les risques associés à la transition vers une agriculture durable. Les entreprises peuvent absorber ce coût additionnel ou le transmettre aux consommateurs sous forme d’un prix plus élevé ou d’une « prime verte ».

    Le processus aide les entreprises prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes. Ces initiatives de chaîne logistique peuvent également être utilisées à des fins de marketing.

  • ...
  • Consommateurs
    Les consommateurs ont la possibilité d’acheter des produits cultivés de façon durable.
La plupart des consommateurs n’achèteront pas seulement en raison de la durabilité1
  • 10 %
  • des consommateurs décident d’acheter ces produits uniquement pour « sauver la planète ».
  • 10-30 %
  • des consommateurs sont prêts à acheter lorsque la durabilité2 est associée à d’autres avantages comme la santé, la sécurité et la qualité.
  • 40-60 %
  • des consommateurs se disent préoccupés par la durabilité, mais sont freinés par des obstacles3 comme le revenu, le coût et la commodité.

1. Comprend les acheteurs qui achètent souvent ou très souvent des produits durables et qui considèrent agir eux-mêmes en faveur de la durabilité ; 2. Comprend les acheteurs qui achètent parfois des produits cultivés dans une optique durable ; 3. Comprend les non-acheteurs qui seraient prêts à payer une prime supérieure à 5 % s’il y a parité avec les autres avantages.

Mais la moitié des entreprises, y compris celles du secteur agroalimentaire, sont prêtes à payer plus

Sources : Enquête du Boston Consulting Group sur la consommation durable (juin 2022),
expérience de projet et analyse du Boston Consulting Group, rapport conjoint du Boston Consulting Group et du Forum économique mondial (2023)

Raisons justifiant le paiement d’une prime verte

  • Respecter des engagements en matière de durabilité (p. ex., les compensations carbone intégrées)
  • Gagner du terrain dans les marchés en plein essor
  • Sécuriser l’approvisionnement en prévision d’une rareté future
  • Se préparer à la réglementation gouvernementale (notamment en ce qui concerne le prix du carbone)
  • Gagner la faveur des clients prêts à payer pour la durabilité ou prêts à cesser d’acheter un produit pour cette raison

3 | Financement public

  • À court terme : Prêt
  • À long terme : Importante

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Le financement du Canada en matière d’agriculture durable accuse un retard par rapport à ses pairs

USA

États-Unis


Total des recettes agricoles1

545 G$


Soutien agricole en % des recettes

64 G$|12 %


Financement de la lutte contre les changements
climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,7 %

La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) prévoit l’allocation de 27 milliards de dollars pour la conservation et l’intendance agricoles, jusqu’en 2031

Europe

Union européenne


Total des recettes agricoles1

699 G$


Soutien agricole en % des recettes

122 G$|18 %


Financement de la lutte contre les changements
climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,8 %

La politique agricole commune (Common Agricultural Policy) prévoit l’allocation d’environ 224 milliards de dollars, jusqu’en 2027, pour des initiatives liées au climat.

Canada

Canada


Total des recettes agricoles1

83 G$


Soutien agricole en % des recettes

8 G$|10 %


Financement de la lutte contre les changements
climatiques en % du total des recettes agricoles

~0,5 %

Le Partenariat canadien pour une agriculture durable pourrait engager 500 M$ en financement supplémentaire, et 800 M$ pour le financement du Fonds d’action à la ferme pour le climat et des technologies agricoles propres

Consultez l’annexe pour en savoir plus


Recommandations :

Cultiver le changement
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Cultures de couverture | Cultures, comme le trèfle, qui peuvent être cultivées pendant la saison morte pour augmenter le stockage du carbone et réduire l’érosion du sol.

Travail réduit du sol | Réduction de la perturbation des sols en limitant le travail du sol dans les terres cultivées, ce qui permet d’améliorer le stockage du carbone.

Gestion des éléments nutritifs | Utilisation d’engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment, au bon endroit et avec un minimum d’apport.

Sylvopastoralisme | Intégration des arbres, de fourrage et de pâturage pour le bétail dans une même zone, pour améliorer les nutriments dans le sol et le bien-être du bétail.

Rotations des cultures | Plantation successive de différentes cultures pour renforcer la santé du sol et en améliorer les nutriments, tout en contrôlant les parasites et les mauvaises herbes.

Gestion du fumier | Possibilité de transformer le fumier en énergie grâce à la digestion anaérobie ou de l’utiliser comme engrais naturel.

Biocharbon | Conversion des résidus de cultures (déchets) en charbon de bois ; lorsqu’il sert d’engrais, le biocharbon peut accroître le stockage du carbone.

Pour en savoir plus, visitez rbc.com/climat.

Télécharger le rapport integral

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Collaborateurs :

Auteur principal: Youssef Aroub, chef de projet, Boston Consulting Group

Boston Consulting Group
Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada
Chris Fletcher, directeur général et associé
Thomas Foucault, directeur général et associé
Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Pilar Pedrinelli, experte-conseil

RBC
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique
Colin Guldimann, économiste
Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé
Zeba Khan, directrice, Publication numérique
Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise

Arrell Food Institute, University of Guelph
Evan Fraser, directeur
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales
Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale
Lisa Ashton, candidate au doctorat

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes suivantes pour leurs contributions :

    • Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
    • Dan Lussier, directeur, Canadian Agri-Food Data Initiative
    • Tim Faveri, vice-président mondial, Développement durable et relations avec les parties prenantes
    • Michelle Nutting, directrice, Agriculture et durabilité environnementale, Nutrien Ltd.
    • Karen Haugen-Kozyra, résidente, Solutions Viresco
    • Dr. Brian McConkey, scientifique en chef, Solutions Viresco
    • Anthony D’Agostino, directeur général, Marchés des marchandises, RBC
    • Marty Seymour, agriculteur de quatrième génération, Acme, Alberta
    • Gillian Flies, cofondatrice, Fermiers pour la transition climatique
    • Matt Sawyer, fourth generation farmer, Acme, Alberta
    • Doug Whitehead, cultivateur, Manitoba
    • Julia Maria-Becker, première directrice, Solutions d’exploitation durable, RBC
    • Janay Meisser, directrice de l’innovation, Cultivateurs unis de l’Alberta
    • Derek Eaton, directeur de la politique industrielle, L’accélérateur de transition
    • Ryan Cooke, chargé de recherche associé, Smart Prosperity Institute
    • David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
    • Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures

Canada
Le Partenariat canadien pour une agriculture durable comprend 3 milliards de dollars sur cinq ans. Environ un milliard de dollars est consacré aux programmes fédéraux et à leurs activités, dont 690 millions de dollars sont destinés à la croissance novatrice et durable, y compris dans le cadre du Programme Agri-science soutenant la recherche précommerciale et d’autres recherches. Environ 2 milliards de dollars sont consacrés à l’agriculture durable, à l’achat d’équipement, à la formation et à la recherche scientifique.

Les 200 millions de dollars du Fonds d’action à la ferme pour le climat ont été distribués par 12 organismes partout au Canada. Ceux-ci distribueront les fonds aux agriculteurs pour les aider à adopter des pratiques durables. Les provinces mettent également en place ou gèrent leurs propres systèmes d’échange de droits d’émissions de carbone, qui permettent aux producteurs de vendre des crédits de carbone agricoles. Les systèmes de compensation de l’Alberta et du Québec sont bien établis, tandis que la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan sont sur le point de lancer leurs propres approches.

États-Unis
La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) est la plus importante loi fédérale jamais adoptée pour lutter contre les changements climatiques, augmentant de 20 milliards de dollars américains le financement des efforts de conservation. Elle élargit la portée du programme Partnerships for Climate-Smart Commodities, qui vise à éliminer 50 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone. Ce programme a alloué 3 milliards de dollars américains à 141 projets dans des entreprises agricoles de culture et d’élevage situées dans les 50 États et à Puerto Rico. Il mise également sur la collaboration entre plus de 100 universités, 20 tribus et groupes tribaux et 60 000 fermes, répartis sur plus de 25 millions d’acres de terres exploitables. Le projet permettra d’éliminer les émissions équivalant à 12 millions de véhicules à essence.

Union européenne
La politique agricole commune (PAC) a été remaniée en 2022. Elle inclut 387 milliards d’euros, soit le tiers du budget total de l’UE pour 2021 à 2027, qui ont pour but d’aider les exploitations agricoles et les communautés rurales à atteindre l’objectif de zéro émission nette. Elle vise une réduction des gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Au total, 40 % du plan financier de la PAC est explicitement consacré aux activités liées au climat, et 10 % du budget de l’UE hors de la PAC est consacré aux efforts en faveur de la biodiversité.

Australie
Le fonds de réduction des émissions (Emissions Reduction Fund) est le programme phare de l’Australie pour lutter contre les changements climatiques. Il aide les agriculteurs, les entreprises et les communautés rurales à réduire les gaz à effet de serre en fournissant des unités de crédits carbone qui peuvent être vendues à des acheteurs publics ou privés. Le programme encourage activement les projets consacrés au carbone du sol en partageant les coûts initiaux de l’échantillonnage des sols. Le programme prévoit que les agriculteurs australiens gagneront plus de 400 millions de dollars australiens grâce à la vente des crédits provenant de la séquestration du carbone dans les sols d’ici 2050. Le gouvernement fédéral consacre également 64 millions de dollars australiens à la promotion du développement de technologies de mesure du carbone dans les sols, 54,4 millions de dollars australiens pour encourager les analyses du sol et le partage des données à l’échelle nationale.

Brésil
Le Brésil offre aux agriculteurs des prêts à faible taux d’intérêt par l’intermédiaire du plan ABC. Les agriculteurs obtiennent les crédits et les options de financement nécessaires pour adopter des pratiques agricoles durables, comme la culture sans labours, la culture intercalaire, la rotation des cultures et la réhabilitation des pâturages dégradés. Lancé en 2010, le programme a récemment été remanié dans le but de stocker chaque année 41 mégatonnes de dioxyde de carbone sur plus de 177 millions d’acres de terres agricoles au pays. Lors de sa dernière ronde de financement, plus de 62 000 contrats ont été signés. Le Brésil est ainsi devenu le deuxième pays le mieux classé au monde pour les exploitations agricoles sans labours (environ 18 % des terres agricoles du Brésil).

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Introduction

Les ciels au-dessus de Davos étaient inhabituellement nuageux pendant le Forum économique mondial. Le rassemblement annuel d’hiver, en revanche, a été témoin de rayons de soleil inhabituels.

La réunion mondiale des dirigeants du gouvernement, des entreprises et des collectivités, la première en trois ans, ne peut pas être qualifiée d’optimiste. Toutefois, après une année marquée par la guerre, l’inflation, les pénuries d’énergie et les craintes de pandémie, l’opinion générale à Davos en 2023 était « disons que les choses pourraient être bien pires ». L’Europe est plus unie qu’elle ne l’a été depuis des décennies. La guerre en Ukraine semble contenue. La Chine est réapparue après avoir exécuté un marathon de confinement lié à la COVID-19. L’inflation est en train de baisser. Et de nombreuses prévisions économiques révisées suggèrent que la majeure partie du monde est en voie de se diriger vers une soi-disant « récession ».

Bref, une année où il faut tenir bon.

C’était mon 7>sup>e voyage à Davos, une ville tranquille où se trouve une station de ski dans les Alpes suisses. Et bien que la pandémie n’ait rien fait pour éliminer l’arrogance du rassemblement (« nous sommes bons ; le monde ne l’est pas » pourrait être sa devise), le Forum demeure une rare occasion pour une grande partie de la planète d’échanger des points de vue sur le monde. Dans quel autre contexte peut-on s’asseoir avec un scientifique de la Fondation Bill & Melinda Gates, un économiste de l’Université d’Oxford, un entrepreneur en technologie du Brésil et un activiste social de Johannesburg ?
Voici 12 idées – une douzaine Davos – que j’ai retenues du Forum de cette année :

1. Le monde est fragmenté, après tout

Une extraordinaire période de 30 ans d’ouverture et de coopération mondiales qui a émergé des cendres de la guerre froide touche à sa fin. Il y a dix ans, à mon premier forum à Davos, j’ai rencontré des dirigeants iraniens, des oligarques russes et des technophiles chinois. Dans les années 2020, ce qui semble être un lointain souvenir, alors que de grandes parties du monde ne se sentent pas les bienvenues aux événements internationaux. C’est ce que les Allemands appellent un Zeitenwende, de profonds changements qui brandissent maintenant de sérieuses répliques. Il s’agit notamment d’une montée du nationalisme économique qui est devenue une norme dans toutes les régions et d’un désir renouvelé en Occident d’imposer des valeurs libérales à un nouvel ordre mondial. Pour ceux qui pensaient que l’économie remplaçait la géopolitique après la guerre froide, l’histoire des grandes luttes de pouvoir et de valeurs est de retour.

Paradoxalement, le Forum a été créé il y a plus de 50 ans pour lutter contre le nationalisme économique en Europe. Aujourd’hui, nombre de ses membres fondateurs souhaitent qu’un « Club climat » encourage un cartel des énergies renouvelables à rivaliser avec l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et que de nouveaux blocs commerciaux basés sur la démocratie défient la Chine. La sécurité économique est devenue la sécurité nationale et une justification pour que les gouvernements imposent des règles arbitraires en matière d’investissement et de commerce.

Dans une discussion interactive entre 200 participants, la géopolitique a été établie comme étant comme le risque le plus important pour la stabilité financière, bien avant les cyberrisques et les risques économiques. L’Organisation mondiale du commerce est venue à Davos pour avertir que de telles formes de démondialisation pourraient coûter au monde 7 billions de dollars US de pertes de production si elle va trop loin. En revanche, il n’y avait aucun signe de recul. Interrogée sur la démondialisation, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, s’est indignée du mot, préférant appeler cela une nouvelle ère de « réduction des risques ».


2. Meh-conomie, 101

S’il y avait un consensus à Davos, c’est que 2023 sera, eh bien, meh. Un sondage de CNBC mené auprès de 90 chefs de la direction du Forum a révélé qu’ils étaient généralement optimistes, mais pas têtus. Kristalina Georgieva, présidente du Fonds monétaire international, a déclaré qu’elle s’attendait à s’en tenir aux prévisions du FMI concernant une croissance économique mondiale de 2,7 %. La Chine a souffert du pire de son ralentissement économique et pourrait contribuer à soulager le monde avec une « revanche des dépenses », étant donné que les ménages chinois ont estimé à 2 billions de dollars américains l’épargne accumulée.

Les chaînes d’approvisionnement reviennent lentement à la normale. Les Européens traversent un hiver plus chaud avec des coûts énergétiques moins élevés, tandis que les États-Unis semblent se maintenir à flot.

Il y a un risque de la taille du Cervin des Rocheuses canadiennes : les taux d’intérêt. Les banquiers centraux ont profité de l’étape de Davos pour souligner qu’ils ne sont pas tentés de réduire les taux en raison du ralentissement de l’économie. « Gardez le cap » a été dit plus souvent, en plus de langues, que n’importe quelle autre phrase. Alors que l’inflation semble avoir atteint un sommet, les banques centrales reconnaissent qu’il sera beaucoup plus difficile de passer de 4 % à 2 % que de 6 % à 4 %. Les augmentations de salaire à elles seules continueront de contrarier les partisans d’une approche plus musclée à l’égard de l’inflation.

Les banques centrales se battent elles aussi contre une question de crédibilité, après avoir manqué les premiers signaux de l’inflation mondiale pendant la pandémie. La main-d’œuvre énigmatique constitue un autre défi. Les taux de chômage remarquablement bas qui montrent peu de signes de flexion, grâce à une nouvelle culture du travail qui fait en sorte que les millénariaux reconçoivent les emplois, les baby-boomers redessinent la retraite et un grand nombre d’hommes en âge de travailler, un sur huit, choisissent de quitter l’économie formelle aux États-Unis. Si les banques centrales continuent de se concentrer sur les niveaux d’emploi, elles maintiendront probablement les taux plus élevés pendant plus longtemps et la croissance économique faible en 2024.


3. La sécurité nationale l’emporte sur la stratégie climatique

Le sujet le plus brûlant a été l’Inflation Reduction Act des États-Unis (loi sur la réduction de l’inflation), qui prévoit 370 milliards de dollars américains de subventions pour l’énergie propre et une promesse de réglementation simple pour les entreprises américaines afin d’aider les plus grands utilisateurs d’énergie au monde à créer les technologies nécessaires pour atteindre le niveau zéro émission et à les exporter dans le reste du monde. À Davos, c’était comme si les États-Unis avaient largué une bombe économique sur l’Union européenne. Le bloc a eu quelques mois pour digérer la loi sur la réduction de l’inflation, et semble déterminé à lancer sa propre série de subventions. Les Européens savent qu’ils devront faire quelque chose de bien plus difficile : réduire la réglementation.

Le Canada doit relever le même défi, non seulement en ce qui a trait à l’égalisation des dépenses des États-Unis, mais aussi à la lenteur notoire de l’approche fédérale-provinciale en matière d’approbation de projets. L’Europe a pour principal objectif de négocier un accès préférentiel à certaines technologies respectueuses du climat, comme les véhicules électriques ; en fait, entrer dans le Club climat américain.

L’Europe veut accroître autant que possible ses capacités de production d’énergie renouvelable d’ici 2030 qu’elle ne l’a fait aujourd’hui, lançant le plus grand boom immobilier depuis que le plan Marshall a restauré les ruines de la Seconde Guerre mondiale. Le chancelier Olaf Scholz a affirmé que l’Allemagne utilisera toutes ses dépenses et sa puissance réglementaire pour se départir du charbon d’ici 2030, et sera totalement dépendante des énergies renouvelables peu après.
Ce n’est pas ce que pensent les Américains de leur plan climat, qui est conçu pour assurer la sécurité énergétique, avec de faibles émissions, et non pour éliminer les combustibles fossiles. Joe Manchin, le sénateur américain qui a orchestré la loi, est venu à Davos pour expliquer qu’elle n’est pas censée constituer une menace pour les alliés de l’Amérique et qu’elle n’est pas non plus destinée à accélérer la fin du pétrole. Il a surpris de nombreux

Européens en disant que les États-Unis pourraient voir la production de pétrole augmenter de 20 % et celle de gaz, de 50 %, en utilisant le captage du carbone pour maintenir les émissions dans le sol. Il vise à ce que les États-Unis produisent toutes les formes d’énergie. Le climat est une préoccupation secondaire.


4. Les réalités de la relocalisation

Le choc des semi-conducteurs de 2022 se répercute encore. En plus des technologies propres, les États-Unis dépensent des milliards pour aider des entreprises comme Intel à réinstaller la production de puces, actuellement en Asie, en Amérique du Nord. Les États-Unis représentaient 37 % de la fabrication mondiale de puces dans les années 1990. Aujourd’hui, leur part est de 12 %. Cette baisse a pris 30 ans à se réaliser, et pourrait prendre autant de temps à s’inverser, si cela est possible. Les réseaux de production de Taïwan et de la Corée sont si sophistiqués, qu’ils constituent une forme quelconque de puzzle de superordinateur. Intel construit des usines aux États-Unis et en Allemagne, mais il faudra des années pour qu’elle se dote d’une main-d’œuvre et de chaînes d’approvisionnement. Le problème c’est que les États-Unis pourraient ne pas disposer de décennies pour obtenir cette relocalisation, car le 5G produit une vague de demande industrielle, et la révolution des véhicules électriques se transforme en une nouvelle génération de puces, qui pourrait représenter 20 % du contenu des véhicules électriques, soit quatre fois ce dont les voitures ont besoin maintenant.

Bien que la rhétorique de relocalisation soit populaire à Davos et pendant les campagnes électorales, elle s’avère moins attrayante pour les exploitants d’entreprises. Une étude récente de McKinsey montre qu’au cours des cinq dernières années, depuis que l’ancien président Donald Trump a présenté son discours de « l’Amérique d’abord » à Davos, aucune grande économie, y compris celle des États-Unis, n’a systématiquement diversifié ses échanges commerciaux. Le cabinet d’experts-conseils a également constaté que toutes les régions étaient loin d’être autonomes. Au contraire, il y a une forte concentration de la production d’une gamme de biens et de marchandises, allant des ordinateurs portables et des avions en passant par le soja, le minerai de fer et, oui, les micropuces.


5. L’Ukraine tient bon tandis que l’Europe espère

Volodymyr Zelenskyy était relativement inconnu à Davos en 2020 lorsqu’il a parlé de la nécessité d’accélérer la prise de décision. Il a pris d’assaut Davos 2023 par vidéo, en utilisant ses compétences en matière de motivation pour maintenir le soutien de l’Occident. Sa femme Olena s’est exprimée en personne et s’est assise au premier rang pour entendre le discours de plusieurs dirigeants. Les uns après les autres, les politiciens européens, américains et canadiens ont assuré aux Ukrainiens que leur soutien était inconditionnel et qu’ils étaient prêts à soutenir le pays pendant des années – « dix ans, au besoin », a déclaré la première ministre finlandaise Sanna Marin. L’Europe fait preuve de plus de confiance qu’elle ne l’a fait depuis des décennies, mais elle connaît ses vulnérabilités, y compris les fantômes de l’histoire. L’Allemagne continue de ralentir le ravitaillement en chars, ne voulant pas provoquer la Russie. L’Europe sait aussi qu’elle a évité une crise énergétique cet hiver, en raison des conditions météorologiques chaudes, de l’approvisionnement en gaz d’urgence du Qatar et des États-Unis, et de la demande moins concurrente d’une Chine en confinement. L’hiver prochain pourrait ne pas être si généreux.

Pour Zelenskyy, le jeu final sera la défaite, les excuses et les réparations de la Russie. Cette tâche sera difficile pour la Russie sans bouleversements politiques, crise économique ou débâcle militaire, ou les trois. Henry Kissinger, l’ancien secrétaire d’État américain, a parlé à un petit groupe, également par vidéo, pour exprimer un point de vue auquel les Européens ne sont pas partiaux. Il estime qu’il pourrait y avoir un cessez-le-feu, mais que l’Ukraine devra concéder la Crimée, que la Russie a prise en 2014, et peut-être d’autres villes que Moscou a revendiquées.

En retour, la Russie accepterait l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et à l’Union européenne – des lignes rouges pour le Kremlin, car elle amènerait l’Occident à ses frontières. L’Occident devra donner à la Russie un chemin de retour vers la communauté internationale, y compris la levée des sanctions. Tout cela serait difficile à accepter pour l’Ukraine et pour une grande partie de l’Europe. Cependant, si les combats se poursuivent encore une année, les partisans de la guerre, à savoir les États-Unis, pourraient avoir d’autres points de vue.


6. La Chine s’agite tandis que l’Inde passe en deuxième vitesse

La Chine brillait par sa quasi-absence à Davos. En fait, elle n’était représentée que par le vice-premier ministre Liu He, qui prendra bientôt sa retraite. M. He a l’habitude de glorifier la Chine et de réprimander les autres pays. Cette fois, il a pourtant prononcé un discours peu coloré dont le but semblait être de jeter les ponts avec l’Occident. Il s’est entretenu en privé avec des dirigeants d’entreprises pour leur faire comprendre que la Chine est plus forte que jamais. Il a exhorté les politiciens américains et européens à abandonner la « mentalité de Guerre froide » et certaines sanctions commerciales, notamment la prohibition de semi-conducteurs provenant de fournisseurs affiliés aux États-Unis.

Les dirigeants politiques américains se sont montrés peu coopératifs, les républicains et les démocrates cherchant tous deux à se distancer de la Chine. L’économie chinoise souffre vraisemblablement des confinements successifs. La flambée du secteur immobilier du pays était au centre des préoccupations du vice-premier ministre : ces biens représentent désormais 60 % de la richesse des ménages urbains et 40 % des prêts bancaires. Ces chiffres sont alarmants pour un pays dont la population est en déclin et qui devrait voir diminuer de 150 millions le nombre de personnes en âge de travailler d’ici 2050.

La situation est tout autre pour le pays voisin et parfois rival de la Chine, l’Inde, qui a fait fureur à Davos. L’Inde a occupé tout un pâté de maisons de la promenade de Davos. Elle y a notamment organisé des foires commerciales, utilisé des espaces de réception et installé un grand panneau d’affichage du premier ministre Narendra Modi. Ses efforts vont bien au-delà des relations publiques.

L’Inde surclasse maintenant la Chine en matière de croissance économique. De plus, elle deviendra plus populeuse que son voisin au printemps prochain. Ayant reçu un mandat de fabrication d’iPhone de la Chine, elle est d’ailleurs appelée à devenir un fournisseur technologique de premier plan. Le gouvernement Modi s’est engagé à verser 10 milliards de dollars américains pour subventionner l’industrie des semi-conducteurs, qui compte 50 000 ingénieurs en Inde, et à réformer l’enseignement postsecondaire afin de doubler la production de puces et de recruter 500 000 nouveaux ingénieurs par année. De plus, une délégation indienne de dirigeants d’entreprises et de ministres de l’économie a indiqué au forum qu’elle avait l’intention de hisser le pays au rang de premier exportateur mondial d’équipement de télécommunication, de locomotives et de trains d’ici la fin de la décennie.


7. Les endroits les plus risqués sur terre

Bien que les pays les plus pauvres puissent assister au Forum de Davis, ils sont nombreux à ne pas être en mesure de se faire entendre. Cette année marque toutefois un changement pour eux, puisque la faiblesse de la croissance économique, les taux d’intérêt élevés et la concurrence féroce du secteur de l’énergie, des aliments et des technologies de pointe, comme les micropuces, ont mis en exergue les défis à venir pour les marchés en voie de développement. De ce fait, ces pays pourraient devenir les plus risqués au monde sur le plan de la stabilité mondiale.

Parmi les 80 pays à faible revenu, 60 ont été classés comme étant « en difficulté » en ce qui concerne leur capacité à rembourser leurs dettes à l’aube de 2023. Celle-ci diminuera davantage si les taux d’intérêt restent élevés et que le dollar américain demeure la monnaie refuge dans le monde (les importations d’aliments, de pétrole et d’autres produits essentiels pour ces pays risquent de devenir plus onéreuses). D’ailleurs, il ne faut pas oublier les craintes liées à la COVID-19 et aux catastrophes climatiques, comme les inondations qui ont eu lieu l’an dernier au Pakistan. L’avenir s’annonce difficile pour bien des pays.

Quoi qu’il en soit, une crise de la dette du tiers-monde comme celle qui a bouleversé les marchés mondiaux dans les années 1980 ne devrait pas se répéter. Cela dit, tout accroissement de la dette sera plus difficile à absorber vu la fragilité actuelle du monde. Dans les années 1980, les États-Unis ont été en mesure de mettre en place des mesures d’allégement de la dette par l’entremise du groupe de créanciers Club de Paris. Aujourd’hui, la dette de la plupart des marchés émergents est répartie entre de nombreux créanciers, allant de fonds souverains aux banques commerciales, en passant par le nouveau créancier le plus important, la Chine.

Certains habitués de Davos, avec à leur tête l’ancien gouverneur de la banque centrale Mark Carney et l’ancien secrétaire du Trésor américain Lawrence Summers, réclameront une réforme de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international lors des réunions annuelles du printemps, notamment pour prévenir de futures crises de la dette tout en accélérant les investissements verts. Selon le Forum économique mondial, ces institutions, de même que les banques de développement régionales, devront mobiliser des capitaux à hauteur de trois billions de dollars américains par année pour financer la transition carboneutre socialement juste des pays en voie de développement.


8. Les terres agricoles, le nouvel or

Laissons le forum de Davos suivre la piste de l’argent. L’une des séances à s’être remplies le plus rapidement a été celle sur la santé du sol, durant laquelle les dirigeants de Nestlé, d’Unilever et d’Illycaffè ont expliqué aux agriculteurs et aux décideurs politiques leur approche d’agriculture régénératrice. Les terres agricoles sont considérées comme un actif de premier plan dans la lutte aux changements climatiques : à condition d’être gérées adéquatement, elles possèdent la capacité d’absorber les émissions de secteurs entiers. Elles peuvent également compenser les émissions de carbone, de méthane et de nitrates provenant des engrais, ainsi que de la production et de la consommation d’aliments. Bien que moins connue que les ouragans et les inondations, la dégradation des sols constitue une conséquence préoccupante des changements climatiques.

Andrea Illy, entrepreneure italienne dans le domaine du café, a alerté le forum que la moitié des terres servant à la culture du café dans le monde pourraient disparaître d’ici 2050 si leurs sols et leurs arbres ne font pas l’objet d’une plus grande protection. Tout le monde gagnerait à aider les agriculteurs à préserver leurs terres et leurs arbres, y compris les consommateurs de café.

Le défi pour le forum : trouver une façon de financer la prochaine révolution verte tout en valorisant les agriculteurs et les propriétaires fonciers non seulement pour la production d’aliments, mais également pour la protection et la préservation des sols.

Nestlé et Unilever font partie des grandes sociétés alimentaires mettant à l’essai un modèle de certification qui garantit que les agriculteurs ont recours à des pratiques durables, comme la culture sans travail du sol ou l’utilisation d’engrais à faibles émissions, et qu’ils sont rémunérés directement pour le faire. Les sociétés alimentaires deviendront en mesure de publier des données sur leurs émissions, au grand bonheur des investisseurs et des consommateurs, qui souhaitent mieux mesurer leurs progrès. Désireux de séduire les consommateurs écologiques, les détaillants mènent actuellement la danse. Cela dit, pour que les choses changent véritablement, les consommateurs devront également participer à ces efforts en achetant des produits verts pour montrer leur intérêt pour la préservation des terres agricoles.


9. Une approche concrète à l’égard du climat

Depuis des millénaires, les Européens se targuent d’être des bâtisseurs. Mais ils ont récemment découvert que leurs grands monuments en béton, et toute la chaleur nécessaire à la fabrication des matériaux, nuisent à la planète. Les innovateurs européens essaient de changer cela, en réinventant les méthodes de fabrication du béton et d’autres matériaux beaucoup moins émissives.

La construction d’immeubles représente 11 % des émissions mondiales, selon les estimations. Voilà pourquoi de nombreux gouvernements locaux se servent des codes de construction et des approvisionnements pour aider l’industrie de la construction à atteindre la carboneutralité. Les Jeux olympiques de 2024 constitueront le prochain défi dans cette course. Il y aura toutefois un prix à payer. Le secteur mondial de la construction, qui continue de construire l’équivalent de 40 villes de New York par an, aurait besoin de 10 000 milliards de dollars américains, par an, pour réduire ou compenser ses émissions, qui devraient bientôt tripler les 25 prochaines années.

Le géant de la construction Holcim adopte une approche différente et a investi dans plus de 100 entreprises en démarrage pour la conception d’une nouvelle avenue. Il développe de nouvelles façons de recycler le béton principalement à partir d’immeubles démolis. D’autres sociétés entreprennent d’électrifier les fours, pour assurer une fabrication des briques à faible émission.

Pour réussir cependant, les innovateurs auront besoin que les gouvernements créent de nouvelles méthodes de codes de construction, que les prêteurs repensent le financement des matériaux de construction recyclables, et que les propriétaires d’immeubles intègrent la valeur climatique dans leurs modèles d’affaires.


10. En personne, plus que jamais

La pandémie était censée mettre fin à des rassemblements de grande envergure comme Davos, évitant aux 2 500 visiteurs le long périple et les innombrables heures de conversation. Les rubriques nécrologiques étaient prématurées, à en juger par la foule – et le plus récent pavillon construit au cœur de Davos, un café financé par Zoom.

Enrique Lores, chef de la direction du fabricant d’ordinateurs de HP Group, a dit faire partie des nombreuses personnes qui avaient hâte de se retrouver en personne sur le site tant pour les conférences que pour le travail. Vrai mordu de technologie, M. Lores a néanmoins reconnu avoir été personnellement stimulé et inspiré comme jamais par son expérience Zoom. La pandémie a révélé énormément l’importance des interactions personnelles pour maintenir une bonne santé mentale, la faisant rapidement passer d’un risque d’entreprise à une priorité d’entreprise. Plusieurs chefs de direction ont dit vouloir s’assurer d’avoir des effectifs mentalement solides pour une main-d’œuvre plus productive et plus concurrentielle. Il a fallu passer par une pandémie pour se rendre compte des coûteuses répercussions qu’une dépression peut avoir sur tout le monde.

L’adoption de méthodes de travail différentes exige une approche différente de gestion. Bien des organisations ont opté pour une stratégie de travail hybride à cet effet. (Toutes les équipes qui travaillent à distance ont tendance à afficher des taux de roulement élevés.) Mais comme le découvrent de nombreuses entreprises, l’aménagement du travail hybride exige de différentes compétences en gestion, surtout des directeurs d’équipe.

Alexi Robichaux, co-fondateur de BetterUp, une plateforme d’accompagnement en ligne, pense que le rendement et l’engagement des cadres intermédiaires peuvent être déterminants dans le nouveau contexte du travail hybride. Et il met à l’épreuve sa théorie en temps réel, dans ce qu’il appelle « l’année du directeur. »


11. Les guerres infonuagiques

Un an plus tôt, lorsque les forces russes s’apprêtaient à envahir l’est de l’Ukraine, certains des meilleurs techniciens et analystes de la sécurité du monde échangeaient sur la possibilité de construire une défense infonuagique. Ils savaient que le président russe Vladimir Poutine y positionnerait aussi ses espions. Matthew Prince, fondateur de CloudFlare, a expliqué comment sa société de la Silicon Valley a collaboré avec le Pentagone et Kiev pour protéger l’Ukraine dans le cyberespace, et garder un œil sur la Russie.

Plutôt que de se retirer complètement de Russie, CloudFlare a maintenu certains services qui, selon M. Prince, ne sont accessibles que par 10 % des Russes qui espèrent contourner la censure et la surveillance. Les entreprises technologiques de la Silicon Valley et de Kiev ont également réussi à maintenir l’internet en Ukrainien, de même que des services numériques comme les services bancaires, et ils fonctionnent avec peu de perturbations.

L’Ukraine ne représente qu’une facette de la guerre cybernétique mondiale, que certains considèrent comme la troisième guerre mondiale. Les entreprises américaines travaillent activement avec les forces de renseignement américaines pour contrer les forces iraniennes et leur adversaire le plus agressif, la Chine.

Selon le directeur du FBI, Christopher Wray, la Chine a le « programme de piratage le plus sophistiqué au monde. » Elle possède une artillerie dotée d’une technologie à double usage d’attaque et de défense. Les données sont ses munitions. Elle essaie de les voler à chaque piratage et violation et s’en sert pour former des algorithmes pour déterminer l’endroit, le moment et sa force de frappe.


12. Davos : une technologie de pointe

Davos a toujours été une solide plateforme pour les grandes entreprises technologiques. L’on s’en est servi efficacement au fil des ans pour approcher des autorités gouvernementales, des décideurs politiques et des influenceurs, pour informer et façonner la pensée technologique mondiale. Certaines personnes, comme le fondateur de Salesforce, Marc Benioff, utilisent le Forum pour promouvoir leurs causes, dans le cas de M. Benioff, les réfugiés.

Les géants de la technologie se sont de nouveau retrouvés à Davos, dans le meilleur immeuble de la place et organisant des fêtes de fortune, mais de moindre envergure, certains d’entre eux ayant commencé à annoncer qu’ils effectueraient des dizaines de milliers de mises à pied dans leur pays. Avant la pandémie, les dirigeants des grandes sociétés technologiques comme Benioff et Satya Nadella de Microsoft aimaient prendre part au sujet favori du Forum, la quatrième révolution industrielle. Meta (Facebook) continue de trouver que Davos est le bon endroit pour s’afficher comme la place de la démocratie. Cependant, la Grande réouverture s’accompagne de la Grande reconnaissance, et il faudra peut-être suspendre la révolution jusqu’à ce que les taux d’intérêt baissent et que les flux de capital de risque reprennent.

Cette sobriété n’a pas semblé affecter les partisans des technologies de pointe qui poursuivent leurs découvertes et ne s’inquiètent pas trop des consommateurs et des autres réalités de la planète Terre. Malgré les problèmes que rencontre le secteur de la haute technologie, l’intelligence artificielle générative et le célèbre ChatGPT (un prototype d’agent conversationnel utilisant l’intelligence artificielle) ont constitué des attractions de premier plan, apparaissant dans des blogues, des balados et des œuvres d’art multimédia.

L’attention accordée aux « technologiques de pointe » – technologies sans applications commerciales – ouvre toutes sortes de possibilités à un monde confronté à une croissance lente, au vieillissement, aux conflits et à la discorde sociale. Il y aura toujours des dilemmes en matière d’éthique, et c’est pourquoi il faut des forums comme Davos pour attirer des gens de tous les fragments du monde pour trouver ou créer un terrain d’entente.

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La nourriture est de nouveau à l’avant-plan

La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. Elle redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.

Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait y jouer un rôle majeur. De fait, nous en avons l’obligation.

D’ici 2050, nous devrons accroître d’un quart notre production de nourriture si nous voulons maintenir notre contribution dans le contexte de la croissance démographique. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et après, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.

L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, BCG Le Centre pour l’avenir du Canada et l’Arrell Food Institute (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est d’informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.

Dans notre série de rapports, nous expliquons la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :

  • utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
  • attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
  • investir dans les agriculteurs en vue de mettre en place de nouveaux incitatifs économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
  • créer un cadre politique national pour unir tous les éléments clés, harmoniser nos objectifs de mesure et de réduction des émissions, et intégrer les secteurs qui se recoupent avec l’agriculture ;
  • et affirmer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à accélérer la résolution de la crise climatique.

La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Elle pourrait constituer une solution essentielle. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».

Nos partenaires de projet


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Le défi de la croissance : une série de baladodiffusions Innovateurs

Le défi de la croissance est une série spéciale en trois parties de baladodiffusions Innovateurs de RBC qui aborde une question essentielle pour les années 2020 : comment le Canada peut-il aider à nourrir une population en croissance dans le monde, tout en réduisant ses émissions de carbone pour atteindre les objectifs nationaux de zéro émission nette?

Les animateurs d’Innovateurs, John Stackhouse et Trinh Theresa Do, sont allés voir des fermes et des installations de production aux quatre coins du pays, et se sont entretenus avec un éventail d’experts travaillant en amont et en aval de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, notamment des agriculteurs, des chercheurs, des scientifiques et des restaurateurs.

Nous vous emmènerons du champ à l’usine de traitement et jusqu’à la table pour découvrir la façon dont nous pouvons tirer parti des nouvelles technologies et des nouveaux processus pour améliorer l’efficacité, réduire les émissions et diminuer le gaspillage alimentaire. La résolution de ce problème pourrait être le projet pilote du Canada et un moment déterminant pour notre pays.




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Le décor de la 27e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques avait de quoi surprendre.

Construite par les Israéliens dans les années 1970, à l’époque de l’occupation de la péninsule du Sinaï, la station balnéaire de Sharm El-Sheik est particulièrement prisée des touristes européens et arabes en quête de divertissements. Imaginez un semblant d’amphithéâtre romain, un parc d’attractions hollywoodien et des autoroutes à 10 voies qui sillonnent le désert. C’est là que 30 000 acteurs, défenseurs et militants du climat se sont entassés dans le Palais international des congrès Tonino Lamborghini, prêts à s’attaquer, et cela sans un soupçon d’ironie, à l’avenir de notre société de consommation.

Dès le départ, la COP27 s’annonçait comme une sorte de Truman Show des conférences sur le climat – une bulle ostentatoire, un récit en contradiction avec la réalité extérieure. Au centre de cette bulle, dans une « zone bleue » abritant des hangars d’inspiration militaire, les touristes du climat n’ont ménagé aucun effort pour attirer l’attention et présenter au monde leurs bonnes intentions. En fait, les enjeux de fond étaient trop importants. Et les perspectives de réussite, très incertaines.

En cette année de perturbations économiques, il s’agissait essentiellement de concilier les tensions croissantes entre la sécurité énergétique, la sécurité climatique et la sécurité économique. Voici quelques-unes de mes conclusions sur les réussites et les échecs.

1. La « COP de la mise en oeuvre » a besoin de renforts

La COP26 de Glasgow s’était distinguée par un projet ambitieux : les pays s’engageaient à réduire davantage leurs émissions d’ici 2030 pour assurer le respect des accords de Paris. Sharm El-Sheikh devait donc se consacrer aux plans de mise en oeuvre et à la concrétisation des engagements. Cinq dirigeants du G7 étaient présents : Emmanuel Macron (France), Olaf Scholz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), Rishi Sunak (Grande-Bretagne) et Joe Biden (États-Unis).

Tous ont dû remarquer le panneau « Agissons » à l’entrée de la salle principale. L’Union européenne a rehaussé ses objectifs, ce qui est remarquable compte tenu de l’actuelle crise de l’énergie. L’Indonésie a emboîté le pas. Le Canada a souligné l’importance de ses mesures climatiques, depuis les projets de capture du carbone en Alberta jusqu’aux aciéries vertes en Ontario et aux usines de méthane de fumier au Québec.

Dans son discours d’ouverture, le président Biden a reconduit sa promesse de réduire, d’ici 2030, les émissions des États-Unis de 50 % par rapport aux niveaux de 2005, un élément clé de sa politique. Les entreprises ont elles aussi rehaussé leur engagement ; depuis 2019, le nombre de sociétés visant des objectifs fondés sur la science du climat a été multiplié par dix. Malgré tout, ces acteurs restent encore minoritaires. Sur 196 pays, seuls 29 sont venus en Égypte avec des plans d’intervention mis à jour.

2. La cible de 1,5 ne survivra peut-être pas longtemps

L’une des réalisations marquantes de Glasgow, l’objectif de 1,5 degré Celsius, a fixé le seuil qui doit être respecté par tous les acteurs pour limiter le réchauffement climatique, sans quoi les conséquences catastrophiques iront en s’accélérant. « Maintenir 1,5 en vie », tel était le mantra de Glasgow, car selon les spécialistes du climat de l’ONU, au-delà de cette limite, nous pouvons dire adieu aux récifs coralliens comme ceux qui jouxtent la plage de Sharm El-Sheik. Pour contenir les hausses de température, le monde doit réduire les émissions de GES d’environ 50 % au cours de la décennie.

Or, les émissions ont augmenté de 1 % l’an dernier (encore plus aux États-Unis) et sont en voie d’augmenter de 10 % pendant les dix prochaines années.

Dans la déclaration, on a maintenu l’objectif symbolique de 1,5 degré, mais en coulisses, le doute règne et on se demande si le monde ne devrait pas viser une cible plus réaliste, par exemple un niveau « largement inférieur à 2,0 degrés ».

3. Le charbon n’est pas mort

Glasgow a sonné le glas du charbon. Qu’il s’en passe des choses dans une année ! L’Allemagne consomme plus de charbon. La Chine et l’Inde aussi. Mais ce n’est pas inévitable.

Si la COP27 peut prétendre à un succès significatif, c’est grâce à la naissance du partenariat JET, curieusement nommé, qui désigne une « transition énergétique juste ». Ce partenariat entre les pays riches et les institutions financières est conçu pour aider les pays en développement à abandonner le charbon. Le partenariat JET a trouvé son premier partenaire en Afrique du Sud et, à la COP27, il a vite recruté l’Indonésie. Il s’agit d’aider le pays à atteindre son pic d’émissions liées au secteur de l’énergie d’ici 2030, pour atteindre la carboneutralité en 2050. Le Vietnam suivra peut-être bientôt.

Les coûts de l’opération sont énormes et risquent d’accabler les pays les plus pauvres sous une dette accrue ; sans compter leur passage probable du charbon au gaz naturel, un autre facteur de réchauffement.

Cet effort masque aussi les éléphants dans la pièce. La Chine consomme 50 % du charbon thermique mondial et l’Inde avoisine les 20 %. Ni l’une ni l’autre ne s’éloigne du charbon pour le moment.

En fait, l’Inde a influé sur les débats de la COP avec une solution dérangeante : elle se dit prête à quitter le charbon quand le reste du monde renoncera au pétrole et au gaz. Elle n’a pas trouvé beaucoup de preneurs. Les pays africains ont préconisé avec beaucoup d’ardeur un rôle accru du gaz, qu’ils considèrent comme une source d’énergie essentielle pour s’éloigner du charbon et du bois.

4. Une COP pour le pétrole ?

Sharm El-Sheikh s’est avéré être un sommet bénéfique pour l’industrie pétrolière. Il suffit de regarder dehors pendant le trajet en voiture depuis l’aéroport. Le long d’une route à 10 voies, financée par les Saoudiens et nommée d’après le roi Salman, les participants de la COP ont droit à une nouvelle manifestation de l’audace saoudienne.

Avec ses deux coupoles illuminées en vert, le Saudi Innovation Park, bâti sur une parcelle de désert à côté du centre de conférence, annonce clairement le désir d’affirmation du monde pétrolier, dirigé par l’OPEP.

Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a ouvert la COP avec une métaphore inquiétante – « en route vers l’enfer climatique, le pied sur l’accélérateur » –. Il visait juste, mais son plan de communication devait vite s’essoufler. Les Saoudiens, qui partagent la mer Rouge avec l’Égypte, ont promis d’augmenter les niveaux actuels d’extraction et de produire du pétrole au-delà de 2100 . Les Émirats arabes unis, qui accueilleront la COP28 à Dubaï, ont décrit la région comme une contrée de « superhéros ».

Les Arabes soutiennent qu’ils développeront des technologies de captage et stockage de carbone (CSC) qui annuleront leurs émissions nettes. En effet, les Saoudiens prévoient ouvrir la plus grande installation de CSC au monde d’ici 2027 . Les écologistes se sont battus pour dévaloriser les technologies dites « de réduction de la pollution », pour éviter qu’elles n’accentuent la production de combustibles fossiles. Je prévois qu’un débat sur le thème « réduction contre rabaissement »définira les couleurs de la COP de Dubaï.

5. Perte pour les pays en développement et dommages pour l’ONU

En accueillant la COP27, l’Égypte voulait surtout gagner un appui mondial au concept des « pertes et dommages » – une formule simple qui consiste à subventionner les pays les plus touchés par les changements climatiques, ceux qui, justement, sont le moins en mesure de payer la facture.

Le Pakistan a été le porte-parole de la campagne égyptienne : Ce pays d’Asie du Sud, doté d’une diplomatie experte, a mobilisé toute sa présence à la COP en faveur d’un mécanisme de compensation, au moins partielle. Cette année, le pays a subi des dommages estimés à 30 milliards USD à la suite d’inondations causées par le réchauffement de la planète et la fonte des neiges.

Après des négociations acharnées, environ 200 pays ont convenu de créer un fonds de couverture « pertes et dommages » pour les nations souffrant du changement climatique.

6. L’Amérique est de retour sans la Chine

Une caractéristique importante s’est dégagée de la COP27 : Les ambitions climatiques des États-Unis. Revigoré par les élections de mi-mandat qui ont reconduit le Parti Démocrate à la tête du Sénat, Joe Biden a fait escale à Sharm El-Sheikh alors qu’il se rendait au Sommet du G20 à Bali, en Indonésie. Il avait décidé d’annoncer sa loi sur la réduction de l’inflation et les 370 milliards USD qui seront consacrés au climat.

Son administration se concentre sur cinq technologies clés : batteries, systèmes de chauffage et de refroidissement, réseaux électriques, carburant d’aviation et décarbonisation des industries chimiques, sidérurgiques et cimentaires. Il est clair que les États-Unis utiliseront plus souvent la carotte que le bâton pour réduire leurs émissions de 50 %, notamment s’ils comptent s’affirmer comme une superpuissance des technologies propres.

Il y a quelques années, la Chine convoitait le titre. Aujourd’hui, le régime Xi se trouve dans une relation hostile avec Washington, avec une démographie vieillissante et des fermetures de bureaux liées à la COVID-19. La Chine n’a pas abandonné ses éco-ambitions, car elle reste dominante sur les secteurs de l’éolien et du solaire, tout comme dans l’industrie des véhicules électriques. Mais Pékin n’est plus la championne qu’elle a été pendant le mandat du président Donald Trump, et elle n’est pas non plus à la tête d’un bloc de nations. Le reste du monde devra peut-être compter sur les États-Unis, plus que jamais. Pour le meilleur et pour le pire.

7. Où sont les fonds ?

On ne voit pas beaucoup d’économistes dans les COP, ce qui est particulièrement dommage quand on sait que l’économie conduit à des décisions au niveau politique. Et c’est encore plus vrai quand les budgets rétrécissent. La forte augmentation des taux d’intérêt cette année pose un fardeau discret sur les politiques climatiques, en particulier dans les pays en développement.

Mark Carney, l’ancien dirigeant de notre banque centrale, a de quoi se réjouir, puisqu’il a contribué au lancement de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero à la COP26. L’alliance de M. Carney regroupe maintenant 550 établissements financiers qui gèrent des billions de dollars en actifs dans 50 pays. Il s’agit d’un vaste projet de mobilisation de capitaux pour l’objectif « zéro émission nette », mais qui s’est attiré des critiques de partout.

À la COP27, on a reproché à M. Carney d’avoir trop trop promis et trop peu donné ; dans la plupart des pays en développement, les fonds ne sont jamais arrivés. Cette question a même inspiré un mème COP : « #WTF », qui signifie « Où sont les fonds ?» (Where is The Financing?) Le manque de projets d’envergure serait à blâmer.

À la COP, l’Égypte a essayé d’aplanir cette difficulté en annonçant un énorme projet d’énergies renouvelables. M. Carney croit que le monde a besoin de 1 billion USD par an en projets de ce genre pour quadrupler le ratio des énergies renouvelables par rapport aux ressources non renouvelables. Les capitaux sont là. Toutefois, la campagne agressive de la Réserve fédérale des États-Unis face à l’inflation pose un défi, car elle a fait grimper les taux d’intérêt américains et attiré beaucoup de capitaux vers les États-Unis.

8. L’Agriculture, nouvelle championne du climat

Croyez-le ou non, c’était la première COP qui plaçait l’agriculture à l’avant-scène. Plutôt étonnant, quand on se rend compte que le système d’approvisionnement alimentaire représente environ un quart des émissions mondiales.

L’ONU et plusieurs de ses membres ont cessé les hostilités envers l’agriculture, car ils ne veulent pas s’aliéner ce secteur, placé au coeur de l’évolution mondiale. De plus en plus, on considère l’agriculture comme une solution climatique – peut-être même comme un bénéfice net pour le monde, si les agriculteurs peuvent transformer leur sol en puits de carbone rentables. Animée par ce nouveau sentiment d’innovation, la conférence a consacré une journée à la question agricole, et les pavillons de la « zone bleue » ont présenté des produits de tous les continents.

Les pratiques durables en matière d’engraissement des sols et l’utilisation de fertilisants à faible émission joueront un rôle essentiel. De même, il y aura de nouvelles technologies comme les digesteurs anaérobies qui convertiront les émissions d’origine animale en énergie. La Chine, responsable de 20 % du méthane mondial, doit être un chef de file dans ce domaine.

Mais la solution la plus radicale pourrait venir de l’agriculture régénérative – un ensemble de pratiques comme la culture de couverture et les semis directs qui assurent la capture et la séquestration des gaz à effet de serre. Les États-Unis ont pris les devants en créant des marchés volontaires qui permettront à des entreprises et à des investisseurs d’octroyer aux agriculteurs des crédits carbone pour l’exploitation de leurs sols. D’autres pays sont plus prudents, sachant que la science des sols n’est pas assez avancée pour déterminer les quantités capturées ou stockées.

9. Atmosphère, atmosphère. L’océan est en détresse. Les forêts tropicales aussi.

Pour la première fois, une COP se penchait sur l’état des océans. Une démarche appropriée, car Sharm El-Sheikh n’est pas seulement une ville du désert ;elle abrite quelques-uns des plus beaux récifs coralliens de la mer Rouge, qui risquent l’extinction en l’absence de mesures plus concrètes.

J’ai assisté à une séance qui réunissait le Prince Albert de Monaco, Sylvia Earle, grande défenseure des océans, et Johan Rockström, une éminente climatologue de l’Institut Potsdam pour la recherche sur le climat. M. Rockström a expliqué les conséquences de la hausse des températures sur le monde et les océans.

L’Arctique affiche déjà une hausse de 2 degrés qui entraîne la disparition des plateformes de glace dans la mer. Cela perturbe la circulation de l’air, provoquant des vagues de chaleur comme celle qui a accablé l’Ouest du Canada en 2021.

Les océans absorbent environ 93 % de cette chaleur excédentaire par un transfert massif d’énergie qui altère les organismes vivant sous la surface. La température mondiale des océans a atteint un sommet record en 2021. Une tempête se prépare. Depuis des siècles, les scientifiques étudient ce genre d’interaction entre les océans, les terres émergées et l’atmosphère, mais le sujet a été un peu délaissé ces dernières années. Or, aujourd’hui, la biodiversité et le climat sont de nouveau perçus comme les deux faces d’une même médaille.

Les participants de la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, qui se tiendra à Montréal en décembre, se pencheront très attentivement sur la question. Dans les derniers jours de la COP27, le nouveau président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, en a fait une priorité. Lula, comme on l’appelle partout, a été applaudi plus chaleureusement que le président Biden lorsqu’il s’est engagé à reprendre la lutte pour protéger l’Amazonie. La tâche ne sera pas facile, alors que la planète se soucie plus de la croissance économique que de la croissance du vivant. Mais le message de Lula sur la biodiversité était clair : « Sans la protection de l’Amazonie, il ne peut y avoir de sécurité climatique dans le monde. »

10. À qui appartient la COP ?

Pour la première fois à une COP, le Canada s’est présenté avec un pavillon, comme d’autres pays. La technologie n’y était pas à l’honneur comme dans le pavillon voisin de l’Inde ; on n’y imitait pas l’audace des États-Unis. Mais, fidèle à sa tradition, le Canada s’est distingué par son caractère inclusif. Avec son design qui rappelait un peu une beignerie haut de gamme (on y servait même du café gratuit), ce pavillon a accueilli une variété d’opinions et d’expériences que je n’ai vue nulle part ailleurs.

Militants, leaders autochtones, chefs d’entreprise, maires, entrepreneurs, investisseurs : le Canada était représenté en entier. Et c’est là un défi constant pour les futures COP. L’Égypte s’est conformée aux lois strictes et aux normes de sécurité qui empêchaient toute manifestation sérieuse de protestation. Même Greta Thunberg, la jeune militante écologiste, a jugé qu’il n’était pas nécessaire de faire acte de présence. De l’autre côté d’un important passage routier, une zone verte était aménagée à l’intention des groupes communautaires et des militants. Les débats y étaient plus pertinents et réjouissants que dans les salles de conférence. Mais le sentiment d’urgence manquait là aussi.

La COP a permis d’entendre une diversité de voix qui s’est accrue au fil des ans. Seuls les délégués les plus arrogants ou les plus naïfs croient posséder une réponse définitive au défi climatique ; ils sont aussi les seuls à faire fi des divergences d’opinions.

Maintenant que Sharm El-Sheikh s’ajoute à la longue liste des pays ayant accueilli une COP, et que tous les regards se tournent vers Dubaï, il faudra développer plus que jamais cet esprit de saine curiosité. Il pourrait s’agir de la meilleure contribution du Canada à la COP28 et aux futures conférences.


John Stackhouse est un auteur à succès et un porte-parole de premier plan en matière d’innovation et de perturbations économiques au Canada. À titre de premier vice-président, Bureau du chef de la direction, il dirige la recherche et exerce un leadership avisé concernant les changements économiques, technologiques et sociaux. Auparavant, il a été rédacteur en chef du Globe and Mail et éditeur du cahier « Report on Business. » Il est agrégé supérieur de l’institut C.D. Howe et de la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l’Université de Toronto, en plus de siéger aux conseils d’administration de l’Université Queen’s, de la Fondation Aga Khan Canada et de la Literary Review of Canada.

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La nourriture est de nouveau à l’avant-plan

La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. La nourriture redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.

Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait jouer un rôle majeur dans cette révolution. De fait, nous en avons l’obligation.

D’ici 2050, le Canada doit augmenter sa production alimentaire d’un quart juste pour maintenir sa contribution alors que la population mondiale augmente. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et au-delà, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.

L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et Arrell Food Institute de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est de faire prendre conscience de l’urgence des besoins auprès des Canadiens, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.

Ce rapport expose la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :

  • utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
  • attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
  • investir dans les agriculteurs en vue de développer de nouveaux incitatives économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
  • et déclamer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à évoluer plus rapidement vers un monde qui a résolu la crise climatique.

La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Mais nos pratiques pourraient être une solution. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».

John Stackhouse,

    • premier vice-président, Services économiques et Leadership avisé

Keith Halliday,

    • directeur, BCG Le Centre pour L’avenir du Canada

Evan Fraser,

    directeur, Arrell Food Institute à l’Université de Guelph

Principales constatations

Les systèmes agricoles et alimentaires du Canada produisent 93 mégatonnes, soit un peu plus de 10 % de nos émissions nationales de gaz à effet de serre chaque année.1

Si les agriculteurs canadiens continuaient de travailler comme ils le font actuellement, à part de marché égale, ces émissions atteindraient 137 mégatonnes compte tenu de la croissance démographique de 26 % attendue dans le monde d’ici 2050.2


Les principales technologies et approches permettant de réduire les émissions comprennent le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, les additifs pour l’alimentation animale, les systèmes de digestion anaérobie et la technologie de précision.

Il sera également crucial d’adopter des solutions fondées sur la nature en vue de séquestrer le carbone. Le carbone du sol pourrait constituer l’un de nos outils les plus puissants, augmentant la quantité de carbone stockée dans le sol jusqu’à 35 mégatonnes.

Le Canada pourrait réduire de 40 % ces émissions potentielles avant 2050, à condition d’adopter de nouvelles solutions technologiques et de gestion conjuguées à des financements et des politiques en faveur des agriculteurs.

De nouveaux modèles sont nécessaires pour récompenser l’adoption de ces solutions, les mettre en œuvre à grande échelle et réduire les incertitudes et les risques pour les agriculteurs.

L’une des solutions serait de mettre en place une norme canadienne visant à mesurer l’impact des activités destinées à réduire les émissions. Une telle mesure constituerait un outil essentiel pour rémunérer les agriculteurs, en plus d’aider les décideurs politiques et les institutions financières à soutenir les pratiques favorables à l’environnement.

Pour accroître notre production tout en réduisant les émissions, nous devrons déployer un effort d’envergure nationale, en fonction du contexte de chaque région, en nous appuyant sur la technologie, la finance, les compétences et les politiques publiques.


Mener une révolution agricole à faible émission de carbone

Le secteur agricole canadien se trouve à un tournant décisif de son histoire.

La demande alimentaire mondiale devrait s’intensifier à mesure que la population augmentera à 9,7 milliards de personnes d’ici 2050, ce qui représente un bond de 26 %.3 Dans le même temps, les changements climatiques perturbent les chaînes logistiques et la productivité de nombreux grands producteurs agricoles. Et le bouleversement géopolitique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé les systèmes alimentaires mondiaux.

La tâche de nourrir la planète a rarement été aussi décourageante. Le Canada pourrait prendre la tête de l’effort déployé dans le monde pour relever ce défi.

Nos agriculteurs figurent déjà parmi les plus productifs de la planète, avec 75 milliards de dollars de denrées alimentaires fournies aux marchés internationaux chaque année. Le Canada est l’un des principaux fournisseurs de cultures essentielles comme le blé et le canola, et un chef de file mondial dans l’exportation de bœuf. Nous disposons de vastes stocks de terres arables et d’eau douce, d’un environnement réglementaire relativement stable et d’un statut international en tant que fournisseur d’aliments sûrs et de qualité élevée.

Mais notre réussite a un coût. Chaque acre de nourriture cultivé et chaque animal élevé accroît une empreinte carbone qui est déjà trop élevée, et que nous nous sommes engagés à réduire. Cultiver selon les mêmes méthodes un nombre d’acres beaucoup plus élevé ne fera qu’aggraver le problème, étant donné que la perturbation du sol libère du carbone dans l’atmosphère.

Dans le même temps, les changements climatiques nuisent à la production dans de nombreuses régions du monde, y compris au Canada. Néanmoins, à moyen terme, ces facteurs pourraient permettre au Canada de produire plus de nourriture. Cela nous donne à la fois la responsabilité de soulager la crise alimentaire mondiale et l’occasion d’accroître notre présence sur les marchés internationaux.

Pour ce faire, nous devrons déployer nos efforts en direction d’un nouvel objectif : produire beaucoup plus de nourriture – tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

Dans le présent rapport, nous avons défini quatre domaines d’actions qui pourraient nous placer sur la bonne voie. Les domaines en question comprennent les technologies destinées à réduire les émissions issues des engrais, de la digestion des animaux d’élevage et des fumiers, ainsi que les techniques agricoles permettant de stocker le carbone dans le sol. En s’appuyant sur ses propres forces, le Canada pourrait s’imposer comme un chef de file dans le développement des technologies et des sciences végétales qui fomenteront la prochaine révolution verte du secteur agricole.

Les agriculteurs seront en première ligne dans cette transition. Mais ils ne peuvent pas y arriver seuls. En raison du large éventail d’activités dans l’agriculture canadienne, de la diversité des régions dans lesquelles elles sont menées et de la répartition inégale des émissions entre ces régions, une stratégie nationale est nécessaire. Pour y parvenir, nous devrons nous appuyer sur les partenariats intersectoriels, la recherche et l’innovation, la mise en place de politiques et l’investissement privé. Nous devrons amplifier les ports et les voies ferroviaires qui transportent nos marchandises sur le marché. Et nous devrons penser au-delà de nos propres frontières, en déployant tout d’abord nos efforts auprès de nos partenaires commerciaux afin de dynamiser la manière d’aborder les évaluations, les labels et autres mécanismes.

Par le passé, le Canada a déjà mis en place ce type de stratégie nationale en faveur des agriculteurs, non seulement en stimulant les avancées technologiques, mais aussi en adoptant des politiques en matière d’immigration, d’infrastructure et de commerce international, avec un résultat très bénéfique.

En adoptant dès maintenant le même esprit de collaboration, l’agriculture canadienne peut être un chef de file mondial dans la lutte contre les changements climatiques.

Les émissions agricoles sont analysées de diverses façons et nous avons eu recours à différents rapports pour évaluer la question sous plusieurs angles. Selon le Rapport d’inventaire national (RIN) du Canada pour 2019, les émissions agricoles se chiffreraient à 73 mégatonnes. D’après notre analyse complète incluant les engrais, le transport, la transformation, la vente au détail, la consommation et l’élimination, les émissions atteindraient 136 mégatonnes. Cette analyse se base sur le rapport RIN du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’Environnement Canada. Des émissions de périmètre 1 à 3 ont été attribuées à l’étape opérationnelle de la chaîne de valeur afin d’éviter que les données soient comptées en double. Les émissions de périmètre 3 de faible ampleur et difficiles à faire diminuer, comme les émissions résultant de la fabrication d’immobilisations utilisées dans le secteur agricole, n’ont pas été prises en compte. Il est également possible d’ajuster ce chiffre pour tenir compte de l’exportation et de l’importation des aliments. En ce qui concerne les émissions agricoles liées aux importations, nous avons attribué des facteurs d’émission par unité importée aux principales marchandises importées en nous fondant sur les bases de données de CONCITO et celles des émissions des partenaires commerciaux. Aux fins du présent document, à moins d’indications contraires, les émissions agricoles s’entendent de la production et de l’utilisation d’engrais, de la fermentation entérique et de la gestion du fumier, de l’utilisation de carburant en milieu agricole, des résidus de cultures, du changement d’affectation des terres et d’autres émissions, le niveau de référence étant de 93 mégatonnes. Nous estimons que la séquestration du carbone dans les sols est une technologie à émissions négatives du secteur agricole. Les estimations ayant trait aux leviers de réduction potentielle des émissions tiennent compte de la préparation technologique, économique et opérationnelle aux coûts actuels. Ces estimations ont été établies en fonction de données tirées de recherches, d’entrevues avec des experts et de tests réels fondés sur des avis d’experts. Les répercussions futures des leviers sont très incertaines en raison de la nature précoce de la technologie et des éléments inconnus entourant la portée de la mise en œuvre. Nous tenons donc compte dans notre analyse des limites de faisabilité et de mise en œuvre, et non de la portée théorique des éventuelles réductions d’émissions.

Nous avons effectué une analyse préliminaire de la compétitivité de l’empreinte carbone des principales cultures du Canada. Cette analyse découle d’une synthèse de résultats de plusieurs études utilisant diverses méthodologies. Les premiers résultats ont démontré que l’agriculture canadienne présente une empreinte carbone concurrentielle par rapport à ses principaux concurrents à l’exportation ; d’autres études de recherche et rapports plus approfondis sur l’intensité des émissions de carbone seront déterminants pour notre analyse.

Défi mondial :

La culture des aliments transformée par les changements

Les changements climatiques redessinent la carte de la production alimentaire mondiale. L’augmentation mondiale des températures amorcée vers la fin du 20e siècle a ralenti les gains de productivité liés à l’adoption généralisée des engrais chimiques, aux variétés de semences plus productives et aux technologies de plus en plus sophistiquées.

Depuis 1961, les changements climatiques causés par les actions humaines ont freiné de 21 % la croissance de la productivité agricole mondiale.4L’histoire est encore plus funeste dans les régions chaudes comme l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes, où la croissance de la productivité s’est avérée inférieure de 26 % à 34 % au niveau qu’elle aurait atteint en l’absence de changements climatiques. Pour de nombreux pays tropicaux, l’agriculture est vouée à se compliquer encore plus : pour chaque degré d’augmentation des températures mondiales, le rendement du maïs chutera de 7,4 % et celui du riz de 3,2 %.

Le Canada n’échappera pas aux ravages des changements climatiques – la canicule, la sécheresse et les tempêtes extrêmes ont déjà frappé la production en 2021–mais les répercussions seront différentes. D’ici 2050, les rendements de certaines régions du Canada pourraient s’améliorer de 50 % (du fait que le réchauffement allongera les saisons des cultures), alors qu’ils déclineront de 20 % à 50 % dans plusieurs parties de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.5

Et tandis que les pôles se réchauffent, environ 1,85 million de kilomètres carrés de terres du Nord canadien pourraient devenir propices aux cultures de produits de base d’ici 2080.6 Étant donné que le Canada perd près de 60 000 acres de terres agricoles de grande qualité au profit de l’expansion urbaine chaque année, il pourrait être tentant de les cultiver ou de les développer.7 Cependant, les conséquences d’un déplacement de l’agriculture vers le nord seraient catastrophiques : près de 15 gigatonnes de carbone seraient libérées si les forêts et les zones humides étaient défrichées et labourées.

Pour nourrir le monde, le Canada devra cultiver davantage de denrées alimentaires sans trop augmenter sa superficie de terres agricoles.

La réduction des émissions est essentielle au maintien de notre puissance agricole mondiale

Le Canada est déjà une superpuissance agricole. Les Prairies produisent suffisamment de blé pour nous classer parmi les trois principaux pays exportateurs. Et elles produisent assez de canola pour dominer les marchés mondiaux. Les mines de la Saskatchewan produisent et expédient plus d’engrais potassique que tout autre pays, à savoir un milliard de tonnes par an. Nous sommes parmi les plus grands exportateurs de bœuf au monde et l’un des principaux exportateurs de lentilles.

En tant que cinquième source d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur agricole canadien ajoute aussi à l’empreinte carbone du pays.

Le Canada est un important exportateur de produits agricoles clés


Pour déchainer la croissance il faut surmonter des défis uniques

Malgré sa toute-puissance actuelle, le secteur agricole canadien a encore un fort potentiel à exploiter. En 2017, le Conseil consultatif en matière de croissance économique estimait que le Canada pourrait cibler une part de marché mondiale de 8 % des produits agricoles d’ici 2027 (en hausse par rapport à 5,7 % en 2015), ce qui ferait de nous le deuxième exportateur mondial après les États-Unis.8 En tant que l’un des rares pays ayant la capacité d’accroître ses exportations agricoles (en tenant compte des bouleversements climatiques), cet objectif semble de plus en plus à notre portée. En effet, à mesure que de nouveaux marchés et de nouvelles relations commerciales se développeront en réponse aux turbulences géopolitiques et aux changements climatiques, de nouvelles portes s’ouvriront aux grands producteurs. L’Espagne a récemment fait pression sur la Commission européenne pour qu’elle supprime les contrôles à l’importation au regard des aliments pour animaux en provenance de pays tiers, alors que le pays s’efforce de combler la perte de l’Ukraine en tant que principal fournisseur.9 En raison des mêmes pénuries et du désir de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis, la Chine cherche à accélérer ses importations de maïs brésilien.10

« Seules quelques régions fournissent des céréales au monde, et lorsque vous avez un problème dans l’une d’entre elles, cette perte doit être compensée. Le Canada fait partie du petit groupe de pays disposant d’une importante capacité de production et d’un excédent exportable. Nous aurons toutes sortes d’occasions. »

Al Mussell, directeur de recherche, Institut canadien des politiques agroalimentaires

Toutefois, si les occasions liées à la transformation verte de l’agriculture sont nombreuses, les défis à relever le sont également. Pour commencer, la nourriture occupe une place unique dans notre vie quotidienne. En plus de nous maintenir en vie, la nourriture joue un rôle central dans nos célébrations, nos rituels quotidiens et nos communautés. Par conséquent, les changements dans sa disponibilité et ses prix sont beaucoup plus visibles, et ils sont directement ressentis par les consommateurs. Cela rend le changement délicat à mettre en place sur le plan politique.

Et bien que l’agriculture partage bon nombre de défis avec les secteurs à fortes émissions engagés dans le commerce international, l’économie agricole rend plus difficile le cheminement de ce secteur vers la réduction des émissions. Les coûts des intrants sont imprévisibles. Les dépenses en engrais, par exemple, se sont hissées de 31,8 % en 2021, tandis que le coût des aliments pour les animaux d’élevage a gagné 23 %.11 Les prix des marchandises agricoles, qui constituent la majeure partie des revenus de l’agriculture, font partie des plus volatils parmi les secteurs engagés dans le commerce international. Et la capacité d’absorber ces fluctuations varie grandement d’un type d’exploitation à l’autre. Les marges bénéficiaires sont ainsi plus élevées pour les producteurs laitiers et avicoles pratiquant la gestion de l’offre, et plus faibles pour les éleveurs de bovins et de porcs sensibles aux brusques mouvements du marché.

Les phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et fréquents posent de nouveaux défis au secteur agricole, particulièrement tributaire des conditions climatiques. Face à ces pressions, de nombreux agriculteurs sont réticents à adopter de nouvelles pratiques qui ajouteraient de l’incertitude à leurs activités.12

Les secteurs des produits laitiers, des céréales et des oléagineux sont les plus rentables

Revenu net agricole moyen 2009-2019, % des revenus
 

Au-delà de l’exploitation agricole en elle-même, l’ampleur de la chaîne logistique crée des obstacles supplémentaires. En effet, le secteur agricole canadien est très fragmenté, soumis à la fois aux aléas mondiaux et régionaux et régi par un entrelacs de stratégies provinciales et nationales. Une grande partie du secteur est aussi tributaire d’un réseau d’infrastructures ferroviaires et portuaires qui connaît de plus en plus de difficultés, notamment des pénuries de main-d’œuvre et des perturbations dues aux phénomènes météorologiques extrêmes. « Nous sommes dans la position privilégiée d’avoir toute cette offre que le monde demande, il la veut pour tout de suite », a déclaré Jean-Marc Ruest, premier vice-président, Affaires commerciales et avocat général de Richardson International, le premier exportateur de céréales au Canada. « Mais nous avons beaucoup de mal à faire sortir les céréales du Canada. Il est grand temps d’investir dans notre infrastructure commerciale. »

Le groupe de travail national sur la chaîne d’approvisionnement a recommandé un effort d’envergure nationale réunissant les chefs de file du gouvernement et de l’industrie afin de renforcer notre réseau de transport face à l’évolution des modèles d’affaires, aux bouleversements climatiques et aux risques géopolitiques.13 Une stratégie similaire devrait être mise en œuvre pour relever le défi de la réduction des émissions de carbone dans la chaîne logistique agricole.

Nous pouvons commencer par nous pencher sur trois principales sources de gaz à effet de serre dans le secteur : les engrais, la digestion du bétail et le fumier. Dans la prochaine section, nous examinerons les outils qui peuvent aider à réduire ces émissions, notamment les systèmes de digestion anaérobie, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) et les additifs pour l’alimentation animale – ainsi que les défis à relever pour utiliser ces outils. Nous examinerons également le potentiel de « l’agriculture régénératrice », qui vise à stocker le carbone dans le sol. Cette approche englobe un ensemble de pratiques agricoles durables, parmi lesquelles la réduction du travail des sols et les cultures de couverture qui peuvent également rendre notre terre plus résiliente face aux effets du changement climatique.

Enfin, nous examinerons comment nos atouts actuels peuvent nous aider à diriger la recherche et le développement de nouvelles technologies qui pourraient être essentielles à l’avenir de l’agriculture. Dans leur ensemble, ces politiques peuvent contribuer à jeter les jalons de la révolution verte au Canada.


Quatre éléments clés pour un système agricole et alimentaire à faibles émissions

Défi majeur : La production et l’utilisation des engrais sont responsables de 28 mégatonnes de GES, soit 30 % de nos émissions agricoles totales (11,9 mégatonnes sont issues de leur production, et 16 mégatonnes de leur utilisation).
Si nous ne changeons rien : les émissions atteindront 35 mégatonnes en 2050.
Ce qui pourrait changer la donne : Utilisation : engrais intelligents, technologie de précision, gérance des nutriments. Production : captage, utilisation et stockage du carbone, intrants énergétiques à faibles émissions de carbone.
Le potentiel : Réduire les émissions de 14 mégatonnes avant 2050.

Peu d’endroits bénéficient de l’ampleur et du potentiel de l’agriculture canadienne, comme en témoigne l’exploitation de 3 000 acres de Rob Stone à Davidson, en Saskatchewan. Dans les années 1960, les terres de M. Stone produisaient 20 boisseaux de blé par acre. Aujourd’hui, ces terres génèrent 50 boisseaux de blé par acre, un effet que M. Stone attribue à l’amélioration génétique des semences, à ses propres pratiques agricoles et aux engrais azotés.

Parmi les intrants, les engrais représentent le coût le plus élevé pour les exploitations canadiennes. Comme beaucoup d’autres agriculteurs, M. Stone a pris des initiatives pour les utiliser avec parcimonie. Les engrais sont aussi l’élément qui augmente le plus l’empreinte carbone agricole du Canada, et ils constituent un bon point de départ dans notre parcours vers une agriculture verte.

L’azote nourrit les plantes, qui les absorbent au moyen de leurs racines. Certaines cultures, comme les légumineuses, n’en ont pas besoin, parce qu’elles puisent l’azote dans l’air. Cependant, pour les principales exportations canadiennes comme le blé et le canola, l’engrais azoté est essentiel, et il appliqué dans presque tous les champs où sont cultivées ces céréales. L’engrais azoté libère du dioxyde de carbone durant son processus de fabrication, et il peut dégager de l’oxyde nitreux (puissant gaz à effet de serre qui a un potentiel de réchauffement planétaire de 265 à 298 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone, sur une période de 100 ans) au moment de son épandage dans les champs.14,15

La bonne nouvelle est que nous avons des outils pour réduire son utilisation. Et le Canada a fait des progrès pour adopter certains de ces outils. Le processus commence par une planification minutieuse de la façon dont l’engrais est appliqué dans l’exploitation agricole. Certaines initiatives sectorielles peuvent aider les agriculteurs à élaborer ces plans. Par exemple, le programme canadien « 4R Nutrient Stewardship » recommande d’appliquer le bon type d’engrais, d’utiliser le bon dosage, et de l’appliquer au bon moment et au bon endroit. Selon les études scientifiques d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’adoption généralisée de certaines pratiques du programme 4R, comme l’utilisation d’engrais plus efficaces et l’épandage séparé, pourrait se traduire par d’importantes réductions des émissions.

Des pratiques plus avancées, soutenues par des données et des technologies de précision, pourraient nous mener encore plus loin. Sur sa ferme de Davidson, à mi-chemin entre Saskatoon et Regina, M. Stone analyse ses sols chaque année, surveille ses rendements, et utilise les informations recueillies pour élaborer ses propres plans d’ensemencement et d’application à taux variable d’éléments nutritifs. Ce changement a porté ses fruits : il utilise de 8 à 10 % moins d’engrais à présent. Le semoir pneumatique qu’il utilise lui a aussi permis de semer ses graines sans labourer le sol. Cette technologie permet de rehausser la qualité des sols et la productivité, tout en limitant le besoin de mettre les terres en jachère en alternance.

En revanche, réduire les émissions liées à la production d’engrais exige des solutions d’une envergure industrielle beaucoup plus large. Les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), qui ont fait leur entrée dans le secteur pétrolier et gazier, visent à capter les émissions avant qu’elles ne pénètrent dans l’atmosphère et à les compresser sous une forme liquide qui est ensuite transportée par pipeline jusqu’à une infrastructure de stockage. La société Nutrien, établie à Saskatoon, utilise maintenant un système de ce type pour capter le dioxyde de carbone de son usine de Redwater et l’expédier par le pipeline Alberta Carbon Trunk Line vers le centre de l’Alberta, où sont situées des installations de récupération assistée du pétrole. Une autre technologie à l’étude est le processus d’électrolyse, qui consiste à produire des engrais en utilisant de l’électricité renouvelable pour extraire l’hydrogène de l’eau.

Les défis : De nombreuses exploitations canadiennes sont de petite taille et dégagent de faibles marges, ce qui rend difficile d’absorber le coût de l’analyse des sols et de la technologie agricole de précision. Un récent sondage de RBC mené auprès de 200 agriculteurs canadiens a révélé que les exploitations générant des revenus annuels peu élevés (de 250 000 $ à 999 000 $) étaient moins susceptibles d’utiliser des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. (Toutefois, la quasi-totalité des exploitations agricoles à faible revenu qui n’ont pas encore adopté de pratiques agricoles vertes prévoit de le faire dans un proche avenir.) Seulement 13 % des agriculteurs canadiens utilisent des techniques d’application à taux variable dans leur exploitation.16 Et bien que ce nombre soit en augmentation, moins d’un tiers des agriculteurs analysent leur sol chaque année pour rechercher les nutriments présents – point de départ pour une utilisation plus efficace des engrais.

Le coût et l’incertitude représentent aussi des obstacles du côté de la production. Hormis l’usine de Nutrien à Redwater, très peu de producteurs d’engrais utilisent des systèmes de CUSC. Bien que les coûts varient d’un site de production à l’autre, le coût en capital estimé pour cette technologie peut atteindre 50 millions de dollars par usine, selon sa taille et son emplacement. En outre, de nombreux obstacles se dressent face à l’investissement, parmi lesquels l’incertitude quant aux approbations réglementaires et à la tarification du carbone.17 Les systèmes de CUSC sont également dépendants d’infrastructures qui nécessitent un développement plus poussé, notamment dans le domaine des pipelines de carbone et des centres de stockage.

« Pour l’heure, la technologie la plus rentable et la plus disponible est celle du captage et du stockage du carbone. Mais elle demande des investissements importants. »

Clyde Graham, vice-président exécutif, Fertilisants Canada

Carbone actuellement séquestré dans le sol : 13 mégatonnes.
Ce qui pourrait changer la donne : Agroforesterie, biochar, culture intercalaire, sylvopastoralisme, pratiques de conservation sans labour, cultures de couverture, prévention du changement d’affectation des terres.
Le potentiel : émissions négatives jusqu’à 35 mégatonnes.

Quand il s’agit de cultiver de la nourriture, le sol est notre ressource la plus précieuse. Environ 95 % des denrées alimentaires mondiales sont cultivées dans la partie supérieure de la couche arable, dont plus de la moitié a disparu au cours des 150 dernières années à cause des pratiques agricoles modernes particulièrement intensives. Si aucun changement n’est apporté, nous continuerons de perdre des sols et les conséquences de cette perte seront de plus en plus graves. Sans une couche arable saine, la terre n’a plus la capacité de faire pousser de la nourriture et d’absorber l’eau, et cela nous rend plus vulnérables aux risques de famine et d’inondation.

Le sol joue un autre rôle vital : il stocke du carbone. De fait, bien que l’agriculture soit à l’origine d’une grande partie de nos émissions, elle détient un énorme pouvoir en tant que « puits de carbone ». Autrement dit, ce secteur retire de l’atmosphère une partie des GES qui contribuent aux changements climatiques. Les pratiques agricoles modernes, comme le labourage, peuvent nuire à cette fonction importante, dans la mesure où elles perturbent le stockage du carbone dans le sol.

Investir dans nos sols est donc un premier pas crucial en direction d’une agriculture plus verte. L’agriculture « régénératrice » aspire à atteindre cet objectif grâce à une approche holistique visant à améliorer la santé des sols, à protéger la biodiversité et à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour les incorporer aux sols. Bien que le terme ait été utilisé pour la première fois dans les années 1980, il est monté en puissance en 2014 à la suite d’un article de l’organisme sans but lucratif Rodale Institute décrivant comment certaines techniques agricoles respectueuses peuvent séquestrer le carbone dans le sol. Depuis, cette tendance alimentaire a pris le devant de la scène aux États-Unis où de plus en plus de produits font référence à l’agriculture régénératrice, et où des sociétés comme General Mills, PepsiCo et Nestlé ont fait part de leur engagement à faire progresser cette technologie sur des millions d’acres de terres agricoles. Au Canada, des sociétés telles que McCain Foods, Maple Leaf Foods, Nutrien et McDonald’s Canada ont lancé des initiatives similaires.

De façon générale, l’agriculture régénératrice englobe un ensemble de pratiques, notamment la réduction ou l’élimination du labour, les cultures de couverture (qui préviennent l’érosion et améliorent la fertilité) et le développement des techniques de pâturage (qui donnent à la terre le temps de se régénérer tout en renforçant la capacité des sols à stocker du carbone).

De nombreux agriculteurs canadiens ont déjà adopté ces pratiques d’agriculture régénératrice. Par exemple, environ 60 % des agriculteurs utilisent des techniques sans labour ou des méthodes de conservation des sols. En Saskatchewan, ce chiffre est encore plus élevé, atteignant 80 %. L’adoption d’autres pratiques pourrait nous mener encore plus loin. Les cultures de couverture ont le potentiel d’atténuer les émissions de 9,6 mégatonnes. Et le biochar, qui consiste à transformer les déchets agricoles en un amendement des sols capable de séquestrer le carbone, pourrait les réduire de 6,8 mégatonnes. Toutefois, les pratiques visant à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne sont qu’une partie de l’équation.

Nous devons surtout éviter la génération d’émissions dans le futur. L’une des solutions est la conservation des prairies, lesquelles séquestrent actuellement une énorme quantité de carbone. Prévenir l’élimination des prairies à des fins d’industrialisation ou d’urbanisation pourrait réduire les émissions de carbone de 12,4 mégatonnes au Canada.

Bon nombre de ces pratiques, à présent regroupées sous la bannière de l’agriculture régénératrice, sont appliquées depuis longtemps par les communautés autochtones. Et les communautés autochtones ont d’importantes connaissances à partager à présent que nous étudions le potentiel de ces techniques.

« C’est ce que nous faisons depuis toujours, et c’est tout le contraire d’une technique primitive. Il s’agit de résilience et d’adaptation. Nous pouvons obtenir beaucoup de la terre, mais à condition d’investir, sans la presser comme un citron jusqu’à la dernière goutte. »

Jennifer Grenz, professeure ajointe, l’Université de la Colombie-Britannique

Les défis : L’adoption de l’agriculture régénératrice se heurte aux préoccupations financières des agriculteurs. Le coût par acre de cette technologie varie d’une pratique à une autre. Et l’investissement initial dans les équipements nécessaires comme les semoirs pneumatiques peut être prohibitif. La plupart des producteurs, en particulier ceux dont les marges financières sont faibles, ont besoin de s’assurer que les rendements couvriront les coûts et les risques associés. Mais selon nos recherches, les avantages de certaines de ces pratiques commencent à compenser les coûts quatre ans seulement après leur adoption. Et la rentabilité n’apparaît qu’à la sixième année. Les marchés destinés à rémunérer les agriculteurs pour leur travail de stockage du carbone dans le sol, de même que les méthodes de mesure correspondantes, se trouvent toujours en phase expérimentale, et ils ne permettent pas de compenser financièrement l’investissement de départ.

L’incertitude représente un autre obstacle de taille. L’agriculture régénératrice ne répond pas à une définition juridique ou réglementaire universelle, et aucune supervision n’a été mise en place dans ce domaine. Ce vide juridique l’expose à une utilisation à mauvais escient ou à des affirmations exagérées quant à sa puissance pour stocker le carbone, alors que bon nombre de ses avantages font encore l’objet d’un débat scientifique. En l’absence de tests ou de certifications venant conforter les affirmations en question, les agriculteurs (et les consommateurs) sont livrés à eux-mêmes pour évaluer la crédibilité des méthodes concernées.

Le piégeage du carbone dans les sols est essentiel à la réduction des émissions

Millions de tonnes d’équivalent CO2
 

Le choix des consommateurs serait plus facile si le terme avait une définition officielle, conjuguée à un système de mesure, de notification et de vérification (MNV) du carbone stocké dans le sol grâce à l’agriculture régénératrice (et aux services écosystémiques fournis par les sols). Un système de MNV aiderait également à établir des prix au regard des pratiques, et à créer un marché pour l’achat et la vente des crédits de carbone. Plusieurs projets pilotes ont été lancés dans l’idée de créer des « fermes de carbone » et des systèmes précis de mesure, de notification et de vérification du stockage de carbone. D’autres projets mettent en application des modèles mathématiques avancés afin d’évaluer la façon dont différentes stratégies de gestion agricole peuvent séquestrer le carbone.

Quel que soit le système mis en place, il faudra tenir compte du fait que les sols présentent une myriade de variations selon les régions du pays, et qu’il existe des limitations liées au type et à la taille des exploitations. La création d’un outil de MNV à l’échelle nationale nécessitera également un système d’analyse des sols beaucoup plus large que celui dont dispose le Canada en ce moment. La technologie sera essentielle pour déployer ces systèmes. Nous devrons notamment perfectionner les capteurs de sols commandés à distance.

Les réponses aux questions se feront attendre, par exemple en ce qui concerne la réglementation des marchés du carbone dans le futur. D’ici là, nous devrons trouver les moyens d’inciter les agriculteurs à utiliser les meilleurs outils dont nous disposons, et à remplacer ces outils par de nouveaux encore plus efficaces au fil de leur apparition.

« Il était devenu impossible de produire sans cultures de couverture. Des tempêtes de folie venaient anéantir nos récoltes. Plus maintenant.»

Gillian Flies, propriétaire, The New Farm

Défi majeur : La digestion des bovins produit 24 mégatonnes d’émissions.
Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 30 mégatonnes d’ici 2050.
Ce qui pourrait changer la donne : Additifs pour l’alimentation animale, reproduction sélective des bovins aux fins de réduction des GES.
Le potentiel : Réduire de 16 mégatonnes les émissions d’ici 2050.

Les rots et les bouses de vache ne sont pas la première chose qui vient à l’esprit lorsque nous pensons aux changements climatiques. Cependant, les vaches laitières et les races à viande constituent les plus grandes sources d’émissions agricoles après l’engrais au Canada. En raison de leur processus digestif appelé « fermentation entérique », les bovins produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement climatique sur 20 ans est 85 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone.18 Le secteur agricole représente 30 % des émissions nationales de méthane au Canada, et 85 % de ces émissions sont directement attribuées au bétail.19

Le paradoxe est que ce même bétail peut jouer un rôle précieux dans la conservation des terres. Le Canada compte environ 35 millions d’acres de prairies indigènes et 9 millions d’acres de prairies ensemencées qui agissent en tant que puits de carbone. En pâturant sur ces terres, le bétail pousse les plantes à s’enraciner plus profondément, ce qui favorise le stockage du carbone dans le sol. Par ailleurs, l’utilisation des terres aux fins de pâturage constitue une barrière contre tout changement d’affectation qui serait nuisible à la biodiversité et au stockage du carbone dans le sol.

Pour ajouter à cette complexité, le bœuf canadien présente l’une des empreintes carbone les plus limitées du monde, avec des émissions de gaz à effet de serre bien inférieures à la moyenne mondiale. Cela fait de nous un fournisseur de bœuf vital pour la planète, à un moment où le monde entier cherche à réduire ses émissions. De même, nos vaches laitières émettent moins de GES par kilogramme de produit fini que la moyenne mondiale. La contribution démesurée du bétail au changement climatique signifie cependant que nous devons aller plus loin. Les chercheurs tentent de mettre au point des techniques d’élevage produisant des bovins moins générateurs de méthane et dont le processus digestif est plus efficace. À plus court terme, la création d’additifs alimentaires destinés à réduire la quantité de méthane produite lors de la digestion des bovins constituerait une percée pour le secteur. L’un de ces additifs, le 3-NOP, est déjà utilisé dans d’autres pays – il n’a pas encore été approuvé au Canada. Des recherches montrent que cet additif pourrait entraîner jusqu’à 45 % de réduction des émissions.20 L’ajout d’algues à l’alimentation des vaches laitières pourrait également réduire les émissions de 82 % et améliorer le rendement du bétail, c’est-à-dire stimuler la croissance des animaux à partir d’une moindre quantité de nourriture.21

Le défi : Les aliments sont les intrants les plus coûteux et les plus critiques dans un élevage de vaches laitières ou de races à viande, et des questions subsistent quant au coût des additifs dans le contexte de la forte demande internationale. Une question plus pratique est de savoir comment administrer les additifs destinés aux races à viande, car ces bovins passent la majeure partie de leur vie à paître dans des champs à l’air libre (où la plupart des émissions sont libérées).

« Les additifs pour l’alimentation animale sont difficiles à vendre. Comme nous avons appris à travailler avec des vétérinaires et des parcs d’engraissement, il n’y a presque pas d’incitation… En fin de compte, nous dépendons d’un facteur inconnu : si oui ou non les produits seront adoptés par l’agriculteur. »

Elena Vinco, chercheuse, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy

Défi majeur : Les fumiers sont responsables de 8 mégatonnes d’émissions.
Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 10 mégatonnes avant 2050.
Ce qui pourrait changer la donne : Systèmes de digestion anaérobie.
Le potentiel : Réduction des émissions de 4 mégatonnes d’ici 2050.

Bien qu’ils soient moins nocifs que les rots des vaches, les fumiers contribuent largement à faire grimper les émissions. Aujourd’hui, 8 mégatonnes des émissions agricoles totales proviennent des fumiers. Parmi ces émissions, 55 % sont générées par le bétail.

L’entreprise agricole Walker Farms, implantée à Aylmer, au sud-est de London en Ontario, a trouvé une façon de réduire ces émissions tout en rehaussant ses marges. L’exploitation laitière s’est associée à DLS Biogas, une société ontarienne, afin de fabriquer un digesteur anaérobie d’une valeur de 16 millions de dollars. Il s’agit d’une technologie qui transforme le fumier et les déchets organiques en électricité ou en gaz naturel renouvelable (GNR). Les agriculteurs peuvent utiliser cette énergie dans leur propre exploitation, ce qui diminue leurs coûts, ou encore la vendre aux sociétés de services de gaz naturel comme Fortis, en Colombie-Britannique, dans le cadre de contrats à long terme. Fortis achète le gaz et les crédits de carbone associés.

Le digestat, un sous-produit inodore, peut à son tour être utilisé comme engrais. Le Canada compte actuellement 279 projets de biogaz en exploitation. Et comme à peine 13 % de l’énergie produite par le biogaz est exploitée au Canada, il existe un fort potentiel de croissance, en particulier dans le secteur agricole.22

Les défis : Les systèmes de digestion anaérobie gagnent du terrain, notamment en raison des revenus supplémentaires qu’ils apportent aux fermes. Les Walkers prévoient que leur investissement de départ produira un rendement positif dans huit ans.

Toutefois, le coût initial des digesteurs, qui oscille entre 7 millions et 70 millions de dollars, est prohibitif pour les petits exploitants. Les Walkers et la société DLS Biogas ont soumis diverses demandes de subventions (à l’issue de centaines d’heures de travail), mais il n’y a aucune garantie de succès et aucun programme spécialement conçu pour le biogaz.

Et les digesteurs ne sont pas la panacée pour toutes les exploitations. Au moins 150 vaches sont nécessaires pour produire du fumier en quantité suffisante pour un digesteur, donc la taille des exploitations est un facteur clé. Or, l’Ontario compte en moyenne de 70 à 80 vaches par ferme. Il est également crucial d’avoir accès aux déchets alimentaires enfouis, afin de les ajouter aux digesteurs, et de disposer de pipelines pour expédier le GNR vers le marché. Les grands parcs d’engraissement de bovins en Alberta bénéficient en général d’un meilleur accès à cette infrastructure et de suffisamment de bétail pour rendre la production viable. Cependant, l’argile utilisée à la surface de nombreux enclos peut terminer dans le fumier et endommager le mécanisme des biodigesteurs. De nombreux parcs d’engraissement sont en train de bétonner leurs surfaces au rouleau compresseur, ce qui renforce le rendement du bétail tout en éliminant le problème de l’argile dans le processus du biogaz. Cette transformation coûte aussi très cher.

La mise en place de digesteurs collectifs pourrait permettre aux petites exploitations agricoles de prendre part à la production de biogaz. Pour ce faire, il est essentiel de couvrir les coûts initiaux et de simplifier le processus d’obtention des financements.


Défi majeur : 93 mégatonnes globalement.
Si nous ne changeons rien : 137 mégatonnes.
Ce qui pourrait changer la donne : Une technologie agricole de pointe qui réduit les émissions, permet de stocker plus de carbone dans le sol et plus de production sur une moindre superficie.
Le potentiel : permettant 54 mégatonnes de réductions d’émissions potentielles (ou jusqu’à 76 mégatonnes lorsque la séquestration du sol est ajoutée).

Le Canada a une longue tradition d’innovation agricole. La mise au point du blé Marquis en 1904 a joué un rôle crucial dans l’essor du rendement des cultures des Prairies. Le canola, créé en Saskatchewan dans les années 1960, est devenu l’une des cultures d’oléagineux les plus importantes au monde. La vis à grain a été inventée au Canada. De plus, des semoirs pneumatiques portant le logo de la Seed Hawk, une société de la Saskatchewan, sont à l’œuvre un peu partout entre l’Australie et l’Europe.

Au fil du temps, ces inventions ont rehaussé la productivité de l’agriculture canadienne. En effet, toutes les réductions d’émissions envisagées dans ce document reposeront d’une certaine manière sur la technologie—des innovations telles que le CUSC, les biodigesteurs et les outils de précision. La technologie sera également essentielle pour produire plus de nourriture sur moins de terres et, par extension, éviter la conversion de terres en terres cultivées. Selon nos estimations, nous pourrions réduire les émissions de près de 20 mégatonnes en évitant les changements d’utilisation des sols jusqu’en 2050. Le stockage de plus de carbone dans le sol—produisant des émissions négatives—dépendra également d’appareils de plus en plus sophistiqués comme les capteurs de sol et les drones afin d’accéder à l’innovation nécessaire pour donner un coup de pouce aux nouvelles méthodes comme l’agriculture régénératrice.

Le poids du Canada sur les marchés agricoles mondiaux, sa longue expertise dans les sciences de l’agriculture et sa récente percée dans l’intelligence artificielle et les sciences des données sont autant d’atouts pour prendre la tête de cette course, dans bien des domaines. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’attirer des investissements privés dans l’innovation canadienne, nous nous heurtons à des résistances. Sur les quelque 36 milliards de dollars d’investissement en capital-risque et en capital-investissement déployés dans les technologies agricoles depuis 2017 à l’échelle mondiale, le Canada a seulement reçu 3 % de ces fonds, soit 1 milliard de dollars américains. Les États-Unis ont bénéficié de 20 milliards de dollars, ce qui couvre 55 % de leurs investissements.

Paradoxalement, les investissements en capital–risque et en capital-investissement ont été à la traîne dans plusieurs domaines de l’agriculture canadienne ayant remporté le plus de prix dans le passé. Alors que nous cherchons à diminuer les émissions, la génétique des semences et la science des sols (y compris la recherche sur le microbiome) offrent un grand potentiel pour stimuler la production sur les terres existantes, réduire les émissions de carbone et améliorer la résilience face aux sécheresses et aux inondations. Alors que par le passé, une grande partie de notre recherche s’est concentrée « au-dessus du sol », les scientifiques s’intéressent de plus en plus au potentiel des systèmes racinaires et du microbiome des sols pour réduire les émissions. Jusqu’à présent, les investissements privés n’ont pas afflué dans ces domaines au Canada. Nos projets de génétique des cultures n’ont attiré que 82 millions de dollars américains, sur un total de 10 milliards de dollars d’investissement mondial en capital-investissement et en capital-risque depuis 2017.

De plus, une grande partie de l’investissement capté par le Canada n’est pas destiné aux technologies nécessaires pour améliorer la durabilité de notre secteur agricole et alimentaire. En 2021, dans le monde, plus de la moitié de l’investissement privé dans les technologies agricoles a porté sur les pratiques durables. Au Canada, en revanche, la plupart des investissements sont axés sur la numérisation et l’automatisation, technologies conçues pour renforcer la productivité, et non la durabilité.

À l’heure de déployer ces solutions, nous devrons garder un œil sur l’avenir en investissant au plus tôt dans les technologies capables de nous aider à adapter nos systèmes alimentaires aux changements climatiques. L’« agriculture en environnement contrôlé » a le vent en poupe partout dans le monde. Cette méthode permet de cultiver en intérieur et en couches empilées, par exemple dans des serres ou dans des fermes verticales. Le Canada importe actuellement des produits frais à un coût modique, en provenance de régions beaucoup plus vulnérables aux changements climatiques. Des solutions technologiques comme celles que nous avons citées plus haut nous aideraient à préserver la sécurité alimentaire nationale, dans un monde de plus en plus sensible aux changements climatiques et aux tumultes politiques. Entre-temps, les technologies de l’agriculture cellulaire et de la fermentation de précision, qui progressent rapidement, pourraient offrir aux consommateurs de nouveaux aliments en remplacement de la viande et des produits laitiers.

« Je pense que la culture sélective des plantes serait une excellente solution pour nous. Si nous regardons les avancées réalisées sur le plan des rendements, des maladies, de la résistance, toutes ces qualités, nous voyons que la recherche a été concentrée au-dessus du sol. Sous terre, il existe autant d’occasions de faire toutes sortes de percées significatives. »

Stuart Smyth, professeur agrégé, Université de la Saskatchewan

Les défis : L’intelligence artificielle et la science des données, l’ingénierie, l’Internet des objets, y compris les capteurs et les drones, sans oublier la biotechnologie, sont des outils essentiels au développement des outils essentiels au développement de technologies agricoles modernes. Tout comme les compétences qui les accompagnent. Pourtant, les efforts déployés pour attirer ces talents spécialisés et perfectionner les compétences des jeunes n’ont pas été à la hauteur de nos besoins.

Le soutien à la recherche canadienne provient principalement du financement public, qui a été à l’origine de bon nombre de nos succès. Le blé Marquis, qui a considérablement amélioré les rendements dans les Prairies au début des années 1900, a été élaboré dans les granges de la Ferme expérimentale du Dominion. Ces stations de recherche, exploitées par le gouvernement fédéral, avaient pour but d’analyser les problématiques agricoles et de mettre au point de nouvelles techniques pour venir en aide aux agriculteurs. Les programmes actuels peuvent être onéreux pour les chercheurs, en particulier dans les technologies émergentes qui ne relèvent pas de catégories de financement précises. Et certaines exigences réglementaires, y compris celles qui entourent les végétaux à caractères nouveaux, peuvent faire obstacle à l’approbation et à l’investissement dans les domaines émergents de la science végétale comme l’édition génomique.

Bien que les chercheurs canadiens demeurent tributaires de l’investissement public, d’autres pays, dont les États-Unis, voient la plupart de leurs fonds de recherche provenir du secteur privé. Notre position dans la prochaine ère de l’agriculture dépendra de notre capacité à mobiliser davantage de capitaux.

Lutter contre le gaspillage alimentaire

Les émissions proviennent non seulement de la nourriture que nous cultivons, mais aussi de celle que nous gaspillons. Au Canada, 58 % des aliments produits aux fins de consommation humaine sont gaspillés ou se perdent au long de la chaîne logistique, , dont 18 % pourraient être évités. 23 Le coût économique de ce gaspillage s’élève à 49 milliards de dollars par an, et le chiffre est encore plus haut si l’on tient compte de la perte en main-d’œuvre et en transport, entre autres facteurs.

Bien qu’une grande partie du gaspillage survienne au cours de la production et de la transformation, seulement 14 % de cette perte est évitable. En effet, les progrès technologiques ont déjà beaucoup aidé à éliminer le gaspillage alimentaire à l’étape de la production, un effort en partie motivé par les économies qu’il génère.

Du côté des consommateurs, le problème du gaspillage alimentaire est bien plus profond. Près de la moitié du gaspillage évitable se produit dans les hôtels, les restaurants et les ménages, et les consommateurs des pays riches sont beaucoup plus susceptibles de gaspiller la nourriture que ceux des pays pauvres. Lorsque ces aliments se décomposent dans les décharges, ils libèrent des gaz à effet de serre évalués à 12 mégatonnes – sur une base de mesure de bout en bout.

Résoudre le problème du gaspillage alimentaire des consommateurs implique de s’attaquer à un ensemble de causes. Ces causes comprennent le manque de temps (les consommateurs n’ont pas le temps de planifier leurs repas et d’utiliser la nourriture avant qu’elle ne se détériore), des connaissances insuffisantes sur la façon de prévenir le gaspillage alimentaire à l’aide d’un entreposage plus réfléchi, ou en utilisant les déchets de cuisine comme les épluchures de légumes, et les promotions dans les magasins de détail qui incitent les consommateurs à acheter plus que nécessaire.

En plus de réduire le gaspillage alimentaire, l’industrie a fait de grands efforts pour prolonger la durée de conservation des aliments par l’entremise des emballages et de divers contrôles. Des solutions novatrices sont en cours d’étude pour fabriquer des emballages végétaux et antimicrobiens, dans le même esprit. Des capteurs peuvent indiquer à quel moment la nourriture est effectivement perdue, au lieu de laisser les consommateurs tributaires des dates d’expiration. Et de nouveaux modèles d’affaires peuvent être mis en place, par exemple pour transformer les aliments non conformes aux normes du commerce de détail en aliments pour la volaille et autres usages.

Mais en fin de compte, résoudre le problème du gaspillage alimentaire dépendra de nous-mêmes.


Recommandations : Semer le changement

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre tout en assumant notre responsabilité de nourrir le monde est un chemin parsemé d’incertitudes. Étant donné que de nombreuses technologies et pratiques agricoles en sont encore à leurs balbutiements et que leur adoption est loin d’être généralisée, de nombreuses questions restent en suspens.

Cela risque de paralyser nos efforts, alors que nous n’avons pas le luxe de perdre du temps. Les enjeux de la crise alimentaire actuelle sont stupéfiants : les pénuries et les prix élevés dans le secteur des marchandises ont mis en péril les vies et les moyens de subsistance de 345 millions de personnes, à présent menacées d’une insécurité alimentaire aiguë.24 Les pays à faibles revenus, dont la plupart dépendent des importations depuis l’Ukraine et la Russie, figurent parmi les plus vulnérables. C’est par exemple le cas de la Somalie, du Soudan du Sud et du Yémen. En Amérique du Nord et dans les autres pays à revenus élevés, la flambée des prix des denrées alimentaires, due aux pénuries et à l’inflation qui a suivi la pandémie, est également à l’ordre du jour dans les discussions politiques.

L’urgence de la situation nous obligera à agir vigoureusement, en exploitant les meilleurs outils dont nous disposons aujourd’hui. Et nous devrons unir nos forces. Les décideurs politiques, les entreprises privées et les producteurs devront trouver de nouveaux moyens de collaborer afin de mettre en œuvre notre stratégie nationale en faveur des agriculteurs. Tout d’abord, nous devons nous concentrer sur les éléments de base mentionnés ci-dessus, ainsi que sur les piliers que représentent la technologie, les personnes, les politiques, les capitaux et les marchés. En collaboration avec le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, nous analyserons en profondeur chacun de ces piliers au cours des prochains mois.

Bâtir un secteur agricole capable de faire face aux bouleversements climatiques représente un défi inédit à ce jour. Mais peu de pays sont mieux placés que le Canada pour y parvenir.

La menace de l’insécurité alimentaire s’intensifie dans le monde. En parallèle, notre capacité à répondre à une nouvelle ère d’innovation, à la fois pour cultiver nos terres et les conserver, se renforce aussi.

Changement de paradigme : Édifier les quatre piliers d’une stratégie alimentaire visant à réduire les émissions

Politique

Établir un plan national pour bâtir un secteur agricole à faibles émissions. Notre plan de réduction des émissions doit mobiliser toutes les parties prenantes, non seulement les agriculteurs, mais aussi les investisseurs, les entreprises privées et l’ensemble des Canadiens. Produire des aliments de manière plus durable implique de faire des choix difficiles et de soutenir l’investissement dans des technologies importantes telles que le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Cela signifie également que nous devons améliorer la commercialisation des aliments durables canadiens dans le monde.

Diriger l’effort mondial visant à créer une norme d’émissions pour le secteur alimentaire. Environ 61 % des émissions de notre agriculture sont liées à des marchandises qui finissent par être exportées. Si notre stratégie de réduction des émissions n’était pas harmonisée par rapport à nos principaux marchés d’exportation, cela pourrait provoquer des frictions dans nos relations commerciales. Nous devons rassembler nos partenaires commerciaux autour d’objectifs, d’indicateurs, et de protocoles de mesure, de notification et de vérification communs en matière de GES. Le Canada, partisan de longue date du libre-échange et leader mondial dans les processus multilatéraux, a la capacité de diriger cet effort.

Intégrer les stratégies agricoles aux stratégies énergétiques. Les agriculteurs sont de plus en plus enclins à saisir l’occasion de générer du gaz naturel renouvelable à partir de leurs activités. L’intégration de ces initiatives à une stratégie énergétique nationale pourrait contribuer à accélérer le déploiement de l’énergie propre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des exploitations agricoles.

Technologie

Créer un organisme de financement central pour la recherche et le développement. Bon nombre des domaines les plus prometteurs et les plus avancés de la recherche agricole canadienne n’entrent pas dans les catégories de financement actuelles. Un système centralisé semblable à celui du département de l’Agriculture des États-Unis pourrait donner une vision plus complète, à l’échelle canadienne, des domaines où le soutien et l’innovation sont nécessaires. L’esprit d’initiative dont fait preuve le gouvernement fédéral pour créer de grands pôles d’innovation illustre à quel point le Canada pourrait soutenir la recherche et l’innovation agroalimentaires.

Mettre l’accent sur les technologies les plus prometteuses pour réduire les émissions. À présent que nous souhaitons orienter les financements vers des solutions innovatrices, nous devons nous intéresser davantage aux technologies permettant de réduire les émissions aux points critiques de la chaîne logistique. C’est le cas par exemple des systèmes de digestion anaérobie, des additifs pour l’alimentation animale et des mécanismes de CUSC. Les financements devraient également cibler les technologies qui contribuent à l’adoption et la rémunération des pratiques durables, parmi lesquelles les capteurs de sols et les technologies de précision.

Mettre en place des incitations fiscales et financières innovantes pour encourager l’investissement privé. Stimuler l’investissement privé dans les technologies agricoles canadiennes amène à réfléchir de façon plus créative aux incitations fiscales et financières dont nous disposons. Nous devons privilégier l’automatisation, qui est la clé de notre productivité agricole et de notre compétitivité internationale. Cela attirera plus de capitaux dans les technologies destinées à façonner l’agriculture à faibles émissions de demain. L’une des possibilités serait d’incorporer l’intelligence artificielle et les technologies agricoles dans les règles d’accélération de l’amortissement, afin d’aller au-delà des actifs corporels.

Économie

Faire payer. Forcer les agriculteurs à payer pour les émissions qu’ils produisent actuellement pourrait augmenter les prix déjà élevés des denrées alimentaires. Il serait plus opportun de rémunérer les agriculteurs pour leur effort de réduction des émissions. Les modèles existants tels que les crédits de carbone sont toutefois insuffisants, et ils font peser un poids mal réparti entre les agriculteurs. Une norme nationale pour mesurer l’impact des activités de réduction des émissions, y compris un mécanisme pour mesurer, notifier et vérifier (MNV) le carbone stocké dans les sols, pourrait être essentielle pour indemniser les agriculteurs et donner aux décideurs politiques et aux institutions financières les moyens de mobiliser un soutien. Ce mécanisme, également essentielle pour attirer les investissements, devra être conçue et réglementée à l’échelle nationale et harmonisée à l’échelle internationale avec nos principaux partenaires commerciaux.

Partager les risques. Pour les agriculteurs, les technologies de réduction des émissions ajoutent de l’incertitude à des activités déjà soumises à de nombreux risques. Les gouvernements et les autres entreprises de la chaîne de valeur agricole ont un rôle important à jouer dans le partage des risques. Cela implique des assurances contre les pertes de rendement pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’incitation aux pratiques agricoles durables dans les régimes d’assurance récolte, bien que ces pratiques aient fait leurs preuves pour atténuer l’incidence des inondations et des sécheresses. Les compagnies d’assurance récolte devraient envisager un ajustement des primes afin de tenir compte de ces évolutions dans les risques.

Personnes

Développer les compétences. Tirer parti du Conseil de l’information sur le marché du travail pour déterminer les compétences dont les agriculteurs ont besoin pour adopter un système alimentaire plus résilient. Comme nous l’avons mentionné dans nos recherches antérieures, les compétences numériques sont cruciales pour l’avenir de la production alimentaire.25 Il en va de même pour la façon d’appliquer les outils en vue de réduire les émissions. Au-delà des données et de la technologie, certains agriculteurs auront besoin d’aide pour mettre en pratique les techniques de l’agriculture régénératrice et les autres outils. Les plateformes d’apprentissage expérientiel, notamment le mentorat pratique et les programmes coopératifs, peuvent accélérer cette transition.

Élargir le bassin de talents. Le manque de sensibilisation au potentiel des carrières de l’agriculture a entravé le recrutement de personnes dotées de compétences en codage, en intelligence artificielle et en science des données, alors que ces compétences sont essentielles à l’avenir du secteur alimentaire. Le problème se pose dans tous les secteurs, mais peu d’entre eux offrent un potentiel d’innovation plus important que celui de l’agriculture. Il sera indispensable de faire connaître aux étudiants les occasions offertes par les champs, au moyen de programmes coopératifs, de sensibilisation et de liaison. Cette démarche est en effet critique pour les convaincre de mettre leurs talents au service de ce défi.


Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Contributeurs:

RBC

Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
John Stackhouse, premier vice-président
Colin Guldimann, économiste
Farah Huq, directrice générale principale, Stratégie de contenu
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Trinh Theresa Do, Première directrice, Stratégie leadership avisé
Zeba Khan, directrice, Publication numérique
Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche
Kitty Wu, stagiaire
Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise
Ryan Riese, directeur général national, Agriculture

Boston Consulting Group

Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada
Kilian Berz, Directeur général et associé principal
Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Chris Fletcher, directeur général et associé
Thomas Foucault, directeur général et associé
Wendi Backler, associée et directrice, BCG Center for Growth and Innovation Analytics
Kate Banting, Responsable de marketing et impact social
Simon Beck, directeur
Youssef Aroub, chef de projet
Ilana Hosios, conseillère
Anguel Dimov, conseiller
Pilar Pedrinelli, conseillère
Zahid Gani, conseiller
Rachel Ross, conseillère
Rachit Sharma, Premier analyste de recherche, BCG Center for Growth and Innovation Analytics

Arrell Food Institute, Université de Guelph

Evan Fraser, directeur
Margarita Fontecha, Arrell Food Institute, candidate au doctorat, Conception environnementale et développement rural
Laura Hanley, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales
Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale
Brenda Zai, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires
Dr. Krishna KC, chercheur scientifique
Dr. Jesus Pulido-Castanon, associé en recherche postdoctorale
Emily Duncan, candidate au doctorat

1. Ce chiffre exclut les données des secteurs de la transformation en aval, du transport au détail et de l’exploitation de services alimentaires. Voir la méthodologie.

2. Voir la méthodologie.

3. Croissance démographique mondiale – Our World in Data

4. Anthropogenic climate change has slowed global agricultural productivity growth | Nature Climate Change

5. Forum économique mondial (weforum.org)

6. Opportunities and trade-offs for expanding agriculture in Canada’s North: an ecosystem service perspective (facetsjournal.com)

7. Why You Should Care About Farmland Loss – Canadians for a Sustainable Society

8. key-sectors-secteurs-cles-fra.pdf (budget.gc.ca)

9. UPDATE 1-Spain lobbying European Commission to buy emergency corn from Argentina | Reuters

10. China Set to Import Brazilian Corn in Challenge to US Supply – Bloomberg

11. Le Quotidien : Revenu agricole, 2021 (statcan.gc.ca)

12. Climate Change Is Hitting Farmers Hard – Scientific American

13. Act. Collaboration. Transformation. Final Report of the National Supply Chain Task Force 2022 (canada.ca)

14. Cinquième Rapport d’évaluation du GIEC

15. Changements climatiques (quatrième rapport d’évaluation du GIEC) | Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques

16. SPARK-FERTILIZER-USE-IN-CANADA-REPORT-2022-VF_08_04_2022.pdf (fertilizercanada.ca)

17. CCUS-Strategy_Template-for-Input_Fertilizer-Canada-Response_Final_March-2022-combined.pdf (fertilizercanada.ca)

18. C’est-à-dire que sur 20 ans, un gramme de méthane produit 85 fois le réchauffement que dégagerait un gramme de dioxyde de carbone.

19. Home Page – Simpson Centre

20. Home Page – Simpson Centre

21. Red seaweed (Asparagopsis taxiformis) supplementation reduces enteric methane by over 80 percent in beef steers | PLOS ONE

22. Canada’s 2020 Biogas Market Report : Canadian Biogas Association

23. La crise évitable du gaspillage alimentaire (deuxiemerecolte.ca)

24. La crise alimentaire mondiale exige de soutenir les populations, d’ouvrir les échanges commerciaux et d’accroître les récoltes localement (imf.org)

25. Farmer 4.0: How the Coming Skills Revolution Can Transform Agriculture – RBC Thought Leadership

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes et les organismes suivants pour leurs contributions :

Katie M. Wood, professeure agrégée, Ruminant Nutrition and Physiology, Université de Guelph

Lisa Ashton, candidate au doctorat, Université de Guelph

Lenore Newman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire et environnement, professeure de géographie, Université Simon Fraser

Dennis Laycraft, vice-président exécutif, Association canadienne des bovins

Brenna Grant, vice-présidente exécutive, Canfax Research Services

Mark Thompson, vice-président exécutif, chef, Développement et stratégie d’entreprise, Nutrien Ltd.

Michelle Nutting, directrice, Agriculture et environnement durable, Nutrien Ltd.

Clyde Graham, vice-président exécutif, Fertilisants Canada

Dan Heaney, associé de recherche, Plant Nutrition Canada

Tom Steve, directeur général, Commission du blé de l’Alberta

Jason Lenz, vice-président, Commission albertaine du blé

Dan McCann, chef de la direction, Precision AI

Daniel Brisebois, Ferme Coopérative Tourne-Sol

Juanita Moore, vice-présidente, Expansion des affaires, GoodLeaf Farmsv

Janay Meisser, directrice de l’innovation, United Farmers of Alberta

Les Wall, chef de la direction, KCL Cattle Company

Kate Parizeau, professeure agrégée, Département de géographie, d’environnement et de géomatique, Université de Guelph

Tammara Soma, professeure adjointe, School of Resource and Environmental Management (Planning), Université Simon Fraser

Mauricio Alanís, directeur, Stratégie et partenariats en matière de durabilité, Aliments Maple Leaf

Ryan Phillippe, directeur, Développement de l’entreprise, Génome Canada

Josh Bourassa, associé de recherche, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy

Guillaume Lhermie, directeur, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy

Lejjy Gafour, présidente, Cult Food Science Corp.

Jane Church, directrice, Engagement de l’entreprise, Nature United

Tony Ward, professeur émérite, Département d’économie, Université de Brock

Tyson Kamminga, chef des finances, Kroeker Farms Limited

Wayne Rempel, chef de la direction, Kroeker Farms Limited

Brian Gilvesy, chef de la direction, ALUS

Dave MacMillan, chef de la direction, Deveron UAS