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La COP des affaires. La COP du pétrole. La COP du pragmatisme. La COP de la capitulation. Il y a eu presque autant d’étiquettes accolées à la conférence sur le climat de Dubaï que de personnes présentes (100 000). Mais une chose est sûre : le rassemblement annuel des Nations unies ne sera possiblement plus jamais le même. Il y avait des vélos et des scooters électriques pour transporter les visiteurs sur le vaste site de l’exposition de Dubaï, des pare-soleil rétractables un peu partout et des hectares de pavillons intérieurs mettant en valeur tout ce que le Moyen-Orient fait dans la nouvelle économie. Et au dernier moment, un accord remarquable, bien qu’imparfait, a été conclu pour sortir le monde des combustibles fossiles.

Venons-nous d’assister à la fin de l’ère de l’or noir dans l’une des villes pétrolières les plus riches de la planète ? Ou était-ce davantage une manifestation politique qu’une volonté stratégique ? Quoi qu’il en soit, la 28e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques passera à l’histoire comme un tournant dans la diplomatie liée au climat. Il s’agit peut-être d’une crise existentielle, peut-être d’une entrée dans la fleur de l’âge. Voici quelques-unes des tendances que j’y ai observées :

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  • L’action climatique est maintenant une affaire de gros sous

    Dubaï était une jolie métaphore de l’énigme de la COP, avec une culture d’affaires dynamique axée sur la carboneutralité. Les Émirats arabes unis ne se sont pas excusés de présenter un événement mettant l’accent sur le monde des affaires, l’organisant dans un immense parc commercial qui accueille normalement certaines des plus grandes foires capitalistes du monde. Des centaines de PDG et de méga-investisseurs et 2 500 lobbyistes ont participé à la COP, la transformant en Davos à saveur climatique. Beaucoup de chefs d’entreprise ont passé plus de temps à de somptueux événements parallèles dans de célèbres hôtels chics de Dubaï, où 37 milliards de dollars américains d’engagements ont été annoncés, dont 7 milliards pour la production alimentaire respectueuse du climat. À la conférence en tant que telle, les hôtes semblaient utiliser toutes les installations disponibles pour présenter leur approche climatique, avec des présentoirs multimédias, des robots à l’œuvre et des zones créatives qui rappelaient Las Vegas. Une impression de Cirque du Soleil ?

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  • On est loin de Paris

    L’encre n’est pas encore sèche sur le communiqué final, mais la COP28 restera probablement dans les mémoires comme la croisée des chemins depuis Paris en 2015. À l’époque, la COP21 misait tout sur l’ambition, la planète s’engageant alors à réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière assez importante et rapide pour éviter des répercussions climatiques catastrophiques. Depuis, les progrès ont été inégaux, comme en témoigne l’exercice de bilan effectué à Dubaï. Le thème de la conférence (unir, agir, fournir) reflète une perspective plus pragmatique en vertu de laquelle le monde pourrait bientôt admettre que les objectifs de Paris mis à jour à la COP26 de Glasgow risquent de ne pas être atteints, du moins pas dans les délais impartis. Cette COP n’a pas été exempte de promesses. Plus de 150 pays, dont le Canada, et 50 grandes sociétés pétrolières et gazières se sont engagés à réduire les émissions de méthane (un puissant gaz à effet de serre) de 75 % d’ici 2030. Ils ont ajouté un milliard de dollars américains de mesures pour y parvenir. S’ils tiennent leur promesse, on se souviendra de Dubaï comme du tremplin pour l’action.

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  • Le nerf de la guerre, c’est le pétrole, évidemment

    L’hôte de la COP, Sultan al Jabbar, dirige aussi la principale société pétrolière et gazière des Émirats arabes unis et joue un rôle important au sein de l’OPEP. Ce fut donc le franchissement d’une étape majeure quand il a annoncé, au début de la conférence, la promesse de 50 grandes pétrolières, représentant 40 % de la production mondiale, de décarboner leurs activités d’ici 2050, et à la fin de celle-ci, le tout premier engagement international concernant la sortie des combustibles fossiles. On ne sait pas encore où, quand ni comment cela se fera, mais la COP28 aura tracé une ligne dans le sable. Pour les Émirats arabes unis, qui produisent trois millions de barils par jour et envisagent d’augmenter ce volume, l’insistance finalement infructueuse de nombreux pays en faveur d’un « abandon progressif » des combustibles fossiles était malaisante. L’Arabie saoudite voisine a déployé tous les efforts possibles pour empêcher la diabolisation du pétrole, tandis que les États-Unis ont éludé le fait qu’ils sont maintenant les premiers producteurs au monde. La Chine et l’Inde, qui dominent la production de charbon, se sont également montrées discrètes. Malgré les engagements diplomatiques, les combustibles fossiles comptent toujours pour 80 % de la consommation mondiale d’énergie, soit à peine moins que dans les années 1990 (82 %). La hausse prévue des exportations américaines de GNL en 2026 ne fera qu’accentuer cette pression, tout comme les 5 000 usines de charbon de l’Asie qui continuent de croître.

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  • Mais non, ce sont les énergies renouvelables

    La montée irréversible des énergies renouvelables a été l’un des points importants abordés à la COP28. Un engagement a été pris concernant la multiplication par trois des énergies renouvelables d’ici 2030 et celle par deux de l’efficacité énergétique. L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont omniprésentes aux Émirats arabes unis, qui se targuent d’être une puissance en matière d’énergies renouvelables. Il a aussi été question d’hydrogène vert à la conférence, c’est-à-dire de l’hydrogène créé au moyen d’énergie éolienne ou solaire et habituellement converti en ammoniac avant d’être expédié vers les marchés énergivores. Le grand gagnant à court terme, c’est le transport maritime, qui passe rapidement du diesel à l’ammoniac pour se conformer aux nouvelles normes internationales. Par ailleurs, l’industrie lourde – pensons à l’acier allemand – est activement à la recherche de solutions à base d’hydrogène. Qui deviendra donc le fournisseur numéro un ? Les Saoudiens et les Chinois travaillent ensemble en Asie pour exercer une emprise précoce, tandis que les États-Unis projettent une stratégie plus ambitieuse d’exportation d’hydrogène. Si l’on met en place des mesures incitatives adéquates pour faire concurrence aux combustibles fossiles, le Texas pourrait être le plus grand rival de l’alliance sino-saoudienne au chapitre de l’hydrogène. Et puis, il y a le Canada, avec des propositions à Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse et au Québec. La course à l’hydrogène vert est lancée.

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  • Ou est-ce un mélange des deux ?

    La sécurité énergétique n’est pas une expression populaire aux COP, mais c’est clairement l’une des priorités de l’administration Biden. Certes, John Kerry obtient encore la majeure partie du temps de parole à ces conférences, avec ses gifles à la Al Gore contre les grandes pétrolières. Mais loin du micro, d’autres responsables ont présenté un point de vue plus pragmatique, enraciné dans la sécurité nationale. Ils veulent éviter la dépendance à l’égard d’un fournisseur unique de quoi que ce soit. Autrement dit, les États-Unis et leurs alliés devront produire un vaste éventail d’énergies, même si cela coûte un peu plus cher à l’économie. L’énergie nucléaire, par exemple, pourrait prendre une place beaucoup plus importante ; 20 pays, dont le Canada, se sont d’ailleurs engagés à en tripler la production d’ici 2050. Pour atteindre la carboneutralité, il faudra 100 gigawatts d’énergie nucléaire supplémentaire, soit 10 fois les niveaux actuels. La Chine est une autre puissance nucléaire qui aspire à devenir un leader du secteur. Elle compte actuellement 22 centrales en développement. Les États-Unis, quant à eux, commencent à parler de la fusion nucléaire comme d’un atout déterminant. L’appétit pour « toutes les réponses précédentes » semble intact.

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  • Le Grand jeu : vers 2050

    Il n’était pas nécessaire de beaucoup s’éloigner de la salle de négociation pour constater que le monde est divisé. Les principaux producteurs de pétrole, y compris l’Iran, ont fait peu de bruit. On a largement continué à considérer la Russie comme un acteur indésirable, en dépit de son statut de puissance énergétique. L’Inde, pays qui produit énormément de charbon, a fait profil bas, tout comme la Grande-Bretagne, dont le gouvernement a revu à la baisse les engagements en matière de climat. En revanche, la colère grandissante des pays les plus pauvres, qui subissent de plein fouet les effets des changements climatiques, est palpable. Une fois de plus, la Chine joue un rôle pivot. Le pavillon chinois était le deuxième plus gros sur le site, après celui de l’Arabie saoudite. Il attirait notamment des pays africains intéressés par les technologies agricoles. Beijing et Riyad ont affiché leurs intentions concernant l’hydrogène vert. La Chine s’est même efforcée de se montrer coopérative avec les États-Unis, les envoyés spéciaux des deux pays, John Kerry et Xie Zhenhua, travaillant ensemble à l’atteinte d’un consensus. Les deux hommes, qui sont les piliers du mouvement climatique mondial, sont censés prendre leur retraite l’an prochain. Mais celui qui fait le plus trembler la foule des COP – Donald Trump – n’était pas là. Si M Trump, qui a exclu les États-Unis des discussions de l’ONU sur le climat, revient à la Maison-Blanche, tous les paris de Dubaï sont ouverts.

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  • La division canadienne entre le fédéral et certaines provinces

    Le Canada a joué un rôle prépondérant à l’occasion de cette COP. Le ministre du Changement climatique, Steven Guilbeault, qui a participé aux 28 COP, a présidé les efforts visant à conclure un accord définitif sur les combustibles fossiles et a continué à inciter les autres pays à adopter la tarification du carbone. Le gouvernement canadien a également profité de la conférence pour dévoiler son projet de plafonnement des émissions pour les secteurs du pétrole et du gaz, une première pour un pays producteur de pétrole (le Canada est le quatrième en importance au monde). Mais si M. Guilbeault, un ancien militant écologiste, a joui d’une place au soleil à la plupart des COP, il a vu passer quelques nuages à Dubaï. Deux conservateurs, Danielle Smith, première ministre de l’Alberta, et Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan, sont venus à la COP pour défendre une politique climatique différente. Les deux dirigent des provinces dont l’économie dépend d’industries polluantes et n’ont pas manqué de souligner les raisons pour lesquelles la planète aura besoin de pétrole et de gaz pendant plus longtemps que le souhaiteraient les écologistes. Les deux provinces ont tenu leur propre pavillon à l’écart de la zone officielle, afin de donner une tribune aux voix énergétiques, agricoles et autochtones qui n’avaient pas autant de temps d’antenne au pavillon fédéral.

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  • Des fondations conçues pour durer

    Y a-t-il meilleur endroit que Dubaï pour parler d’une révolution immobilière ? La ville n’était qu’un bled isolé à l’époque de la première COP ; aujourd’hui, c’est un mini-Manhattan qui rêve de grandir encore plus. Ce lieu éblouissant, avec sa ligne d’horizon de verre et d’acier, est le royaume de la climatisation. Dubaï donne aussi un avant-goût de ce qui pourrait se passer dans le monde au cours des 25 prochaines années, car on s’attend à ce que l’environnement bâti double. C’est inquiétant, étant donné que la construction est à l’origine de 38 milliards de tonnes d’émissions de carbone, ce qui représente 40 % de l’objectif mondial de réduction pour atteindre la carboneutralité. De nombreuses mesures sont toutefois prises à ce sujet. On a pu voir, à l’exposition en plein air de Dubaï, des technologies de construction hors site, des machines électriques et de nouveaux matériaux qui permettent de diminuer le bilan carbone des bâtiments. Les nombreuses villes désormais représentées à la COP ont par ailleurs montré des exemples de recyclage d’acier et de capture du carbone pour la fabrication de ciment. Hong Kong fait partie des chefs de file. En seulement trois ans, son secteur de la construction est passé d’une dépendance à 100 % au gaz à un fonctionnement à 60 % à batterie. Une préoccupation pour les ingénieurs : la hausse des températures les oblige à repenser tout ce qu’ils construisent – nulle part plus qu’à Dubaï.

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  • Les marchés du carbone deviennent concrets

    Rio Tinto est l’une des plus grandes sociétés minières du monde, et en matière de climat, elle a un défi de taille à relever. L’entreprise n’atteindra pas ses objectifs d’émissions de 2025. Elle devra donc dépenser beaucoup d’argent (possiblement un milliard de dollars par année) pour acheter des compensations carbone. En outre, Rio Tinto devra rivaliser avec des sociétés telles que Google et Microsoft pour l’obtention d’un nombre limité de compensations crédibles. Dans les 12 mois qui ont précédé la COP28, il y a eu une série de scandales liés aux compensations qui ont attisé la nervosité des marchés du carbone et des acheteurs. Cette pression provient d’une part des difficultés croissantes d’un nouveau mécanisme et d’autre part des efforts concertés des militants écologistes pour s’assurer que les compensations ne deviennent pas un moyen facile et bon marché d’éviter la mise en œuvre de véritables mesures de décarbonation. Les émetteurs allouant des milliards de dollars aux compensations, de plus en plus de développeurs introduisent de nouveaux types de compensations sur les marchés, allant des efforts de préservation de la nature aux technologies d’élimination du carbone. Un élément à retenir de Dubaï : l’agriculture durable. Plus les agriculteurs parviendront à mesurer la quantité de carbone que leur sol capture, plus les investisseurs et les entreprises se tourneront vers eux pour des compensations.

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  • Le mot clé de la COP28 : rentabilité

    Où est l’argent ? C’est une question drôle à entendre aux Émirats arabes unis, où vit la famille la plus riche du monde et où l’on trouve le plus grand nombre de millionnaires (100 000 au dernier recensement). La COP de cette année n’a pas fait exception en ce qui a trait à la difficulté à mobiliser des capitaux pour le climat. Sur les 200 000 milliards de dollars américains d’investissements institutionnels dans le monde, moins de 3 % sont consacrés à la transition énergétique et seulement 1 100 milliards de dollars américains vont aux énergies renouvelables et à l’électrification des transports. Bien des débats à Dubaï se sont résumés à un seul mot : le profit. Les investissements dans les technologies respectueuses du climat, dont les technologies propres, ne génèrent pas les rendements réels nécessaires pour attirer plus de capitaux. La hausse des taux d’intérêt a été un coup dur, mais le plus grand défi demeure les modèles économiques sous-jacents. L’action climatique doit générer des revenus, et il n’y a pas assez de nouveaux modèles d’affaires qui s’appuient sur autre chose que des subventions et du capital-risque. Il faudra davantage de financement mixte mettant en commun des fonds publics et privés. Selon Andrew Steer, qui dirige le Bezos Earth Fund, nous avons besoin d’une équipe tactique pour la planète. Mais cela ne suffira pas. L’apport de capitaux ne va s’accélérer que lorsque les exigences relatives à l’action climatique seront renforcées. Et sur ce front, de nombreuses ambitions de Dubaï risquent d’être laissées au milieu du désert en attendant que le reste du monde bouge.


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Avantages et désavantages du plafonnement des GES

Il est enfin ici, mais pas encore là. Le gouvernement fédéral a jeté les bases de sa politique climatique la plus ambitieuse à ce jour, en dévoilant au milieu de la COP28 son cadre de plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, très médiatisé (et pour certains, très craint).

Aucun autre pays exportateur de pétrole et de gaz n’a plafonné ses émissions. Le Canada, quatrième producteur de pétrole au monde, vise maintenant à réduire ses émissions de 35 à 38 % d’ici 2030.

Pour y parvenir, le gouvernement veut limiter les émissions du secteur et établir un système de plafonnement et d’échange qui imposerait des pénalités aux producteurs qui dépassent le plafond. Les sommes ainsi amassées seraient investies dans des fonds de technologies propres ou, au besoin, serviraient à l’achat de crédits compensatoires de carbone.

Les grands producteurs de pétrole pensent qu’ils sont déjà en bonne voie d’atteindre ces objectifs, en utilisant des technologies de réduction comme le captage du carbone, mais ils n’y parviendront pas avant le milieu des années 2030. Il faut ensuite tenir compte des compétences territoriales. L’Alberta a été prompte à déclarer qu’Ottawa n’a pas le droit de dire aux provinces comment gérer leurs ressources naturelles.

Ottawa a publié son cadre de plafonnement et tiendra des consultations pendant 60 jours. Voici quelques-unes des questions que nous nous posons :

  1. À quoi ressemblera la demande de pétrole et de gaz dans les années 2030 ? Le gouvernement fédéral a fait état d’une prévision de la Régie de l’énergie du Canada qui table sur une augmentation de la production de pétrole en 2030, à 5,1 millions de barils par jour, la majeure partie de cette hausse étant attribuable aux sables bitumineux et au projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. La production de gaz restera stable, tandis que les exportations de GNL seront beaucoup plus élevées. Si rien n’est fait, les émissions du secteur passeront de 174 mégatonnes en 2019 à 199 mégatonnes en 2030. Mais grâce aux technologies de réduction, les émissions devraient baisser à 134 mégatonnes, ce qui s’alignerait sur le plafond.
  2. Où est l’argent ? Le secteur ne réussira pas à réduire autant ses émissions sans subventions massives d’Ottawa et des provinces. Tout d’abord, il y a l’Alliance Nouvelles voies, un groupe d’entreprises de sables bitumineux qui cherchent à élaborer un vaste projet de captage et de séquestration de leurs émissions. Ses membres négocient toujours les modalités avec le gouvernement et s’attendent à ce qu’un protocole d’entente soit signé d’ici quelques semaines. Ils devront toutefois obtenir des engagements financiers clairs avant de tout mettre en branle. Pour cela, Ottawa doit, entre autres, fournir beaucoup plus de précisions quant à sa proposition de crédits d’impôt à l’investissement, dont l’échéance actuelle est fixée à 2030.
  3. Ottawa peut-elle mettre sur pied une plateforme technologique crédible ? Les entreprises feront probablement pression pour obtenir le droit d’affecter leur propre argent à leurs projets de technologies propres, sous réserve d’engagements à réduire les émissions. D’autres demanderont la mise en place d’un fonds indépendant, à l’instar d’Emissions Reduction Alberta, pour recueillir de l’argent auprès des émetteurs et le verser ensuite à des projets crédibles. Ces montants se chiffreront en milliards, ce qui pourrait aider l’Alberta à se positionner comme un chef de file mondial dans la transition énergétique. Ou créer un bel imbroglio.
  4. Le plafond peut-il inclure une approche plus propre pour les crédits compensatoires ? Le cadre de plafonnement offre beaucoup de souplesse en regard des crédits compensatoires, y compris les crédits internationaux, afin d’aider les émetteurs qui ne parviennent pas à réduire leurs émissions en temps voulu. Le commerce mondial de la compensation a cependant fait l’objet de critiques croissantes cette année, surtout à cause de doutes quant à l’intégrité des activités favorables au climat comme le reboisement et la protection des terres. La crédibilité du plafond dépendra en partie de celle des crédits compensatoires achetés par les entreprises.
  5. Que pensent les autres provinces ? Tous les regards sont tournés vers l’Alberta et la question est de savoir si le plafond fédéral peut s’aligner sur le système provincial. Les enjeux d’« interopérabilité » ne s’arrêtent toutefois pas là. Le plafond s’applique également aux ambitions de la Colombie-Britannique en matière de GNL, aux rêves de forage pétrolier en mer de Terre-Neuve et aux activités pétrolières conventionnelles de la Saskatchewan, qui fonctionnent toutes selon un régime d’émissions différent. Chaque province peut vouloir conserver ses paiements de redevances d’émissions, mais un marché libre pourrait être nécessaire pour disposer de plus d’options.
  6. Quelle sera la marge de manœuvre ? Il serait présomptueux de penser que le secteur pourra réduire ses émissions d’ici 2030. Le cadre comprend donc d’importants « amortisseurs » pour tenir compte des fluctuations de la production – les marchés du pétrole et du gaz sont volatils par nature – et de retards éventuels dans le déploiement de la technologie. Il offre ce que l’on appelle des « périodes de conformité pluriannuelles » qui s’apparentent à une prolongation de trois ans si les projets de réduction du carbone n’étaient pas achevés d’ici 2030.
  7. Y aura-t-il des peines d’emprisonnement ? Jusqu’à présent, les sanctions prévues en cas de non-conformité sont vagues, allant d’une lettre d’avertissement à une possible peine d’emprisonnement en vertu de la législation sur la protection de l’environnement qui régira le plafond. Le manque de clarté des mesures d’application de la loi continuera de causer de l’anxiété chez les cadres qui doivent veiller à ce que tout fonctionne. Un plafond adéquat nécessitera une surveillance adéquate.

Après un hiver de consultations, le fédéral devra, selon toute vraisemblance, passer une autre année à intégrer le plafond à la loi. Et d’ici là – sinon avant – le Canada se trouvera en pleine campagne électorale. Ce qui signifie que tout cela pourrait être le prélude à un vif débat national sur le rôle futur du pétrole et du gaz au sein de notre économie.

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Assurer le financement climatique

C’était la journée de la finance à la #COP28, et la question de l’argent était sur toutes les lèvres.

C’est un sujet auquel on peut s’attendre à Dubaï, avec son étalage ostentatoire de richesse et d’ambition à chaque coin de rue. Mais à la grande conférence sur le climat des Nations Unies qui se tient ici, on a entendu de nombreuses questions sur la provenance de cet argent et à quoi il devrait être affecté.

Conclusion : nous devons mobiliser 100 000 milliards de dollars au cours des 25 prochaines années, et même pour Dubaï, amasser cette somme nécessite une certaine imagination.

Commençons par les gros montants. L’hôte de la conférence de cette année, les Émirats arabes unis, fait partie des nombreux pays qui souhaitent investir dans cette nouvelle ère de développement sans émissions. La COP (pour la Conférence des Parties qui ont signé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) de Dubaï a déjà recueilli 57 milliards de dollars des États membres, selon les organisateurs. En outre, les Émirats arabes unis se sont engagés à verser 270 milliards de dollars d’ici 2030. Le pays hôte, dont la fortune repose sur le pétrole, est également en train d’élaborer une proposition pour un fonds d’investissement climatique de 50 milliards de dollars, qu’il financerait avec BlackRock et TPG.

Une grande partie de cet argent est nécessaire dans les pays à faibles revenus, où l’industrie n’est pas en mesure de financer une transition vers des systèmes énergétiques non polluants, et les grands investisseurs montrent ce qui peut être fait, notamment grâce à des parcs solaires et à la production d’hydrogène.

Pour les petits montants, c’est plus compliqué. Cela relève des marchés du carbone, qui permettent aux pollueurs de payer des gens et des entreprises dans le monde entier pour poser des gestes respectueux du climat, comme la plantation d’arbres ou les semis directs pour absorber une partie des gaz à effet de serre qu’ils émettent. Ces marchés connaissent une croissance lente, mais régulière, qui devrait amener à transférer des milliards de dollars et à encourager une meilleure gestion des émissions.

Mais au cours de l’année dernière, une série de scandales, comme une fausse plantation d’arbres, a ralenti leur expansion.

À l’occasion de la journée de la finance, j’ai écouté certains des plus grands investisseurs du monde discuter de leurs préoccupations au sujet de ces difficultés croissantes pour les marchés du carbone. Ils craignent que les « puristes » du climat n’empêchent la maturation de ce marché relativement nouveau. Ils n’ont qu’à regarder à l’entrée une affiche officielle de la COP qui invite à assurer le financement climatique.

Le débat se poursuit sur la question de savoir si les choses vont avancer assez rapidement, en particulier lorsque le monde de la finance parle encore de milliards alors que des milliers de milliards pourraient être nécessaires.


Également à l’occasion de la journée de la finance, le Canada est monté sur la scène mondiale pour parler de participation autochtone. Chana Martineau (à droite, ci-dessus), cheffe de la direction de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC), a pris la parole aux côtés de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith (à gauche), pour expliquer comment la garantie de prêts de 3 milliards de dollars octroyée par la province a aidé les communautés autochtones à obtenir une voix au chapitre du développement économique. En seulement quatre ans, l’AIOC a contribué à la création de milliers d’emplois, à des revenus annuels de 27 millions de dollars pour les communautés et à l’établissement d’une source de 1,5 milliard de dollars de bénéfices sur les 30 prochaines années.

Pensez à ce que le Canada pourrait faire avec un Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, comme celui qui a été annoncé dans l’Énoncé économique de l’automne. Un grand moment pour la réconcili-action.


Au-delà des combustibles fossiles

C’est la journée de l’énergie à la COP28 de Dubaï, et étant donné le lieu où se déroule la grande conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, vous pourriez penser qu’elle porte sur le pétrole et le gaz. Détrompez-vous.

Les combustibles fossiles sont, bien sûr, au cœur de la COP, mais l’accent est mis également sur les énergies renouvelables et le nucléaire. Cette région devient rapidement un centre d’énergie solaire et éolienne. C’est aussi l’une des nombreuses régions qui enregistre une croissance du secteur nucléaire, qu’elle veut aider à promouvoir. La COP28 a déjà obtenu l’accord de 50 pays pour tripler la production nucléaire d’ici 2050 ; l’un d’eux, la Chine, construit 22 centrales nucléaires (bien qu’elle ait 5 000 projets de centrales électriques alimentées au charbon). Et en Europe, l’Allemagne se rapproche des 50 % d’énergie renouvelable.

Pour de nombreux participants, la journée de l’énergie a été moins axée sur l’approvisionnement énergétique que sur la sécurité énergétique – au niveau national et des ménages. Les pays de tous les continents continuent de décrier les séquelles de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a provoqué une flambée des prix. Ils semblent généralement adhérer à la nouvelle doctrine américaine selon laquelle sécurité énergétique égale sécurité nationale.

Les dirigeants africains, en particulier, ont passé la journée à exprimer leurs inquiétudes concernant leur propre vulnérabilité aux pénuries d’énergie et aux chocs énergétiques. Bon nombre de ces pays dépendent encore de la biomasse pour le chauffage et la cuisine et pourraient profiter d’un meilleur accès au gaz naturel avant de passer entièrement aux énergies renouvelables.

Dans l’intervalle se trouvent les nouvelles technologies énergétiques comme l’hydrogène et la fusion, ainsi que les technologies de réduction des émissions comme le captage du carbone et la fusion nucléaire. John Kerry, l’envoyé spécial des États-Unis sur les changements climatiques, a déclaré qu’il était enfin convaincu que nous n’étions plus à 30 ans de l’utilisation de la fusion. Et si c’est le cas, cela pourrait transformer la façon dont le monde produit de l’énergie.

L’Europe continue à promouvoir l’hydrogène, mais les données économiques pourraient freiner ses ambitions.

M. Kerry s’est montré direct en déclarant que la demande d’énergie continuera d’augmenter avec la croissance de la population et de l’économie et qu’il faut, par conséquent, répondre à la demande.

Il a exhorté la conférence des Nations unies à établir deux priorités. L’une consiste à s’assurer que la production totale diminue, c’est-à-dire que les producteurs captent les émissions rejetées par une usine, une raffinerie ou un puits. Deuxièmement, il faut se concentrer sur la réduction du méthane, où le secteur réalise d’énormes progrès. Plus de 50 sociétés, sous le mot-clic #COP, ont signé l’engagement mondial sur le méthane.

La COP28 s’achève dans une semaine et les dirigeants de Dubaï estiment que le secteur peut se forger un avenir et tiennent à maintenir cette orientation. Dans les jours à venir, ils tenteront de faire valoir qu’à long terme, la sécurité climatique passera par la sécurité énergétique.


Le verre et l’acier confrontés à l’anxiété climatique

C’était la journée des bâtiments à la COP28, et Dubaï est l’endroit idéal pour discuter de l’impact climatique des tours de bureaux et de l’étalement urbain.

Comme de nombreuses villes des marchés émergents, la silhouette étincelante de la métropole incarnait auparavant la quête humaine de progrès et de prospérité. Mais désormais, l’anxiété climatique domine parmi tout ce verre et cet acier.

La construction contribue à 40 % des émissions mondiales, envoyant 38 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année, en grande partie à cause de la chaleur intense nécessaire à la production de l’acier et du béton. Si les taux de croissance actuels se maintiennent, les émissions pourraient doubler au cours des 25 prochaines années, du fait que des centaines de millions de personnes s’installent dans les villes. Et l’impact sur le climat serait majeur. Pensez à toute la chaleur nécessaire pour produire tout cet acier et ce verre.

J’ai participé à un groupe de discussion composé de cimentiers et d’ingénieurs qui expliquaient ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Nous avons convenu que le secteur de la construction doit trouver de nouvelles façons de proposer des immeubles respectueux de l’environnement, pour les investisseurs et les locataires, et offrir certains éléments de ces immeubles aux investisseurs qui pourraient vouloir en acquérir une partie, comme un toit à panneaux solaires, par exemple.

Les gouvernements peuvent aussi faire plus sur le plan de l’approvisionnement, en exigeant des promoteurs que les nouvelles écoles, les nouveaux hôpitaux et les nouveaux espaces publics soient aussi proches que possible de la carboneutralité.
La société de services-conseils McKinsey & Co. estime que 11 % de toutes les émissions d’un immeuble pourraient être réduites avec de meilleures pratiques de gestion, qui n’augmentent pas les coûts de construction. Ces économies pourraient atteindre 22 % d’ici 2030, et 40 % si certains coûts étaient absorbés.

Une ville comme Dubaï pourrait probablement financer cela, en utilisant les revenus actuels du pétrole et du gaz, mais elle pourrait aussi avoir besoin de soutien pour investir davantage.

À l’avenir, de nouvelles approches, comme la construction hors site, l’électrification du matériel sur les sites et l’acier recyclé, pourraient aider. Il existe aussi de nouvelles technologies, comme les thermopompes, qui peuvent changer radicalement les systèmes énergétiques locaux.
Dubaï – et d’autres villes qui connaissent une croissance rapide – pourrait avoir valeur de test. Le centre de conférence où se rassemblent les Nations Unies a plutôt des allures de campus formé d’immeubles bas et ouverts, chacun reconverti cette semaine pour la conférence sur les changements climatiques. De tels immeubles discrets pourraient servir de modèle à un nouveau type d’urbanisme – si les pays en développement rapide sont prêts à renoncer aux gratte-ciel.

Diane Hoskins, une architecte de premier plan et cocheffe de la direction de Gensler, a déclaré lors de notre réunion de la COP que les architectes et les ingénieurs doivent être plus flexibles, tout comme les gouvernements locaux. Ils doivent s’assurer que les immeubles contribuent à la lutte contre les changements climatiques, tout en étant résistants face à leurs impacts majeurs, y compris la chaleur.

Des modèles d’affaires prospères pourraient avoir une grande incidence, puisque l’argument du profit devient un facteur toujours plus déterminant de l’action climatique.

On en trouve un bon exemple à Hong Kong, où MPD Energy a aidé l’industrie de la construction à abandonner les combustibles fossiles en déployant des batteries portables pour alimenter le matériel. Il y a seulement trois ans, la construction à Hong Kong dépendait intégralement des combustibles fossiles. Aujourd’hui, elle ne l’est qu’à 40 %, grâce à des batteries qui peuvent produire jusqu’à 500 kW d’électricité et ont déjà aidé l’industrie à réduire ses émissions de 40 %.


Le débat sur la réduction des GES

Il faudra s’habituer à entendre l’expression « sans dispositif d’atténuation ». Elle occupe une place centrale à la conférence sur les changements climatiques des Nations Unies à Dubaï. Les principales puissances économiques et les plus gros producteurs de pétrole du monde, dont les Émirats arabes unis, le pays hôte, veulent que la COP28 réclame la réduction de la production de combustibles fossiles « sans dispositif d’atténuation », c’est-à-dire de tout ce qui ne capte pas les émissions de gaz à effet de serre à la source.

Les opposants à cette demande craignent que cela ne donne carte blanche aux producteurs de pétrole et de gaz pour produire autant qu’ils le veulent, tant qu’ils utilisent des technologies de captage du carbone. Ils redoutent que l’enthousiasme suscité par ces mesures d’atténuation fasse oublier les émissions causées par les combustibles fossiles lorsque les gens conduisent leur voiture ou chauffent leur maison. En outre, ils s’inquiètent qu’il n’y ait pas assez de preuves que les technologies de réduction sont aussi efficaces qu’il le faudrait.

Ce débat sur la réduction des émissions va probablement définir la COP28, qui porte bien son surnom de « COP du pétrole et du gaz ». Il n’est donc pas surprenant que la conférence ait attiré d’importantes délégations de pays producteurs de pétrole, ainsi que des équipes de direction de plusieurs des plus grandes sociétés pétrolières et gazières du monde.

Ils font valoir que le monde compte beaucoup sur les combustibles fossiles et qu’il ne réduira pas cette dépendance de sitôt, quel que soit le rythme de croissance des énergies renouvelables. Le dirigeant d’une société pétrolière des Émirats arabes unis a rapporté aujourd’hui un fait étonnant : lors du premier sommet mondial sur le climat, en 1992, environ 82 % de l’énergie mondiale provenait du pétrole, du gaz et du charbon ; actuellement, à l’heure de la COP28, cette part est de 80 %. Curieusement, plus du quart de l’énergie mondiale provient encore du charbon.

De nombreux activistes de la lutte contre les changements climatiques demandent des solutions plus radicales pour forcer une transition complète vers les énergies renouvelables. Ils nagent toutefois contre le puissant courant de l’offre et de la demande. Les États-Unis, qui sont maintenant le plus grand producteur de pétrole au monde, sont sur le point de produire un nombre record de barils cette année et pourraient envisager d’accroître de nouveau la production l’an prochain – une année électorale – afin de maintenir le prix de l’essence à un bas niveau. Cela alimente les rumeurs selon lesquelles l’Arabie saoudite augmentera sa propre production pour faire baisser davantage les prix et évincer les producteurs américains du marché.

Le potentiel d’une nouvelle guerre du pétrole a attiré cette semaine un visiteur inattendu aux Émirats arabes unis, Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas assisté à la COP, mais il a rencontré des dirigeants émiratis, avant de se rendre en Arabie saoudite pour discuter de production pétrolière. Les Émirats arabes unis sont le huitième producteur de pétrole au monde et ils comptent accroître leur offre de 40 % au cours de cette décennie.

Peut-on réduire toute cette production ? C’est une question à laquelle la COP28 ne peut probablement pas répondre. Mais elle tentera d’inciter le monde à relever le défi.

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Si vous aviez des doutes quant à la place qu’occupe le climat dans la liste des souhaits que le gouvernement Trudeau adresse au père Noël, lisez l’Énoncé économique de l’automne de Chrystia Freeland. Elle a présenté la stratégie économique annuelle du gouvernement sans mentionner une seule fois les « changements climatiques » ou l’« environnement ». (« Tout ce que je désire pour Noël, c’est deux » pourrait être son refrain des Fêtes, car elle rêve d’une inflation à 2 %.) Une approche aussi étroite des intérêts des consommateurs pourrait être une mauvaise nouvelle pour son caucus Vert. En revanche, le regain d’intérêt de Mme Freeland sur l’exécution pourrait être le bienvenu. Dans la stratégie de son gouvernement pour « l’économie propre », l’expression employée par Ottawa pour parler du climat, elle a précisé certaines choses.

Tout d’abord, le nouveau Fonds de croissance du Canada affectera environ la moitié de son financement de 15 milliards de dollars aux « contrats carbone pour différence », c’est-à-dire essentiellement des garanties de prix du carbone en cas de changement de politique gouvernementale. C’est beaucoup d’argent, mais cela ne suffira peut-être pas à soutenir financièrement une économie propre. Deuxièmement, le gouvernement déposera bientôt un projet de loi sur les crédits d’impôt à l’investissement pour des projets de capture de carbone et de technologies propres. Ces crédits d’impôt ont été promis il y a un an, mais ils n’ont jamais été finalisés. Ils seront essentiels pour les projets de décarbonisation, mais d’aucuns craignent qu’ils ne soient toujours pas concurrentiels par rapport aux mesures incitatives des États-Unis. Ottawa poursuit également son programme sur l’hydrogène, en promettant des allégements fiscaux pour l’ammoniac et en offrant plus de mesures incitatives pour les déchets de biomasse (copeaux de bois et résidus de culture) qui peuvent être utilisés dans le carburant d’aviation durable. Pour attirer plus de capitaux, Mme Freeland a donné son feu vert à une « taxonomie » qui aidera les banques et les caisses de retraite à qualifier les placements de « verts » ou de « transition », et elle incitera les caisses de retraite à investir davantage dans l’« économie propre » du Canada.

La façon dont une taxonomie traitera le gaz naturel sera controversée, tout comme une autre proposition de Mme Freeland : un programme national de garantie de prêts pour les Autochtones. Ottawa limitera-t-il ce que les communautés autochtones peuvent acheter en fonction de leur impact climatique ? Un groupe de 130 nations autochtones s’est empressé de dire que non, ça ne se passera pas comme ça ! Après des siècles de colonisation, ils choisiront leurs propres projets, y compris le gaz naturel, merci beaucoup. De tels débats domineront la session d’hiver, alors que les libéraux de Trudeau tenteront de montrer qu’ils sont capables de gérer l’économie actuelle et de contribuer à en bâtir une nouvelle.

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La météo s’est gâtée cette semaine à Ottawa, tout comme la politique entourant la carboneutralité. Notre malaise climatique prendrait-il de l’ampleur ? J’ai passé la journée de jeudi à la troisième conférence annuelle de l’Institut climatique du Canada, et on pouvait difficilement ignorer le refroidissement. Le ciel ensoleillé de la dernière décennie est maintenant assombri par la réalité économique, alors que les gouvernements (et les consommateurs) cherchent de plus en plus des solutions économiquement viables pour décarboner la planète. L’époque de l’abondance financière est révolue, ce qui nuit au capital de risque et à tous les innovateurs qui essaient de créer et de développer des technologies énergétiques. Le réservoir budgétaire des gouvernements (et des consommateurs) étant presque à sec, les milliards de dollars espérés pour stimuler l’action climatique risquent d’être amputés. La poigne réglementaire semble également se desserrer, si l’on en juge par la discrète présentation du gouvernement Trudeau au sujet de l’imposition d’un plafond sur les émissions du secteur pétrolier et gazier (maintenant appelé un « cadre ») lors de l’événement. Et puis, il y a toute cette volatilité mondiale – deux guerres brûlantes et une guerre froide – qui ébranle les marchés (et la confiance des investisseurs) partout dans le monde.

On pourrait croire que l’année 2024 n’augure rien de bon pour l’action en faveur du climat. Mais s’il y a de l’espoir, c’est du côté du secteur privé. Cette année, la conférence de l’Institut climatique du Canada était davantage axée sur les affaires. Des aciéristes, des producteurs de pétrole et des constructeurs sont venus présenter leur plan de décarbonation – non seulement pour la planète, mais aussi pour leur propre avantage concurrentiel. Ce fut également l’occasion pour l’administration Biden de lancer un appel : elle a envoyé à Ottawa son meilleur diplomate en matière d’énergie pour promouvoir l’action climatique menée par les entreprises. Geoffrey Pyatt a expliqué comment la loi sur la réduction de l’inflation transforme les systèmes énergétiques des États-Unis (et leur compétitivité), créant ainsi d’importantes opportunités d’affaires et de commerce pour leurs alliés. À cet égard, M. Pyatt voulait connaître la « géographie politique » du Canada et savoir quelle pourrait être notre place dans une stratégie énergétique continentale qui englobe le pétrole, le nucléaire, l’hydrogène et le gaz naturel. Autrement dit, la sécurité climatique relève maintenant de la sécurité énergétique, et les deux sont liées à la sécurité nationale. Les défenseurs du climat n’ont pas adhéré à toutes ses paroles, mais ils ont compris le message. C’est le début d’un temps nouveau.

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Principaux points à retenir

  • Le secteur du bâtiment se classe troisième parmi les plus grands émetteurs de carbone au Canada, alors qu’il représentait 13 % de toutes les émissions en 2022, soit 92 millions de tonnes (Mt) d’équivalent CO2 (éq. CO2). Le Canada s’est fixé pour objectif d’abaisser cette quantité à 53 Mt d’ici 2030.
  • L’adoption généralisée du bois, notamment du bois massif, en guise de substitut ou de complément au béton et à l’acier pourrait réduire les émissions intrinsèques des bâtiments d’un ordre de jusqu’à 25 %.
  • L’utilisation du bois massif dans les nouveaux appartements, copropriétés et tours de bureaux pourrait réduire les émissions d’au moins 9 Mt, soit près de 10 % des émissions du secteur, d’ici 2030.
  • Outre les réductions d’émissions, l’utilisation accrue du bois massif dans la construction de bâtiments pourrait permettre, selon une estimation prudente, de faire croître le marché du bois massif de un million de dollars d’ici 2030. On s’attend à ce qu’une partie de cette croissance revienne aux communautés autochtones puisqu’elles se trouvent dans les zones de recrutement des sites forestiers, des scieries et des installations de fabrication de bois massif.
  • Il est essentiel de s’attaquer aux primes d’assurance liées à la construction et à l’occupation de bâtiments, ainsi qu’à l’inadéquation entre l’offre et la demande avant que le Canada ne puisse saisir les occasions de réduire ses émissions, d’exploiter son potentiel économique et de créer de nouveaux emplois.
  • Le Canada possède toutes les pièces du casse-tête qui s’avèrent nécessaires pour lui permettre de devenir un chef de file mondial dans le domaine du bois massif. Les engagements climatiques du pays offrent un moment particulièrement bien choisi pour permettre à tous les acteurs du secteur du bâtiment d’unir leurs forces afin de concrétiser cette ambition collective.

La Colombie-Britannique et le Québec sont en
tête de l’essor du bois au Canada

Projets en bois massif achevés en 2022

 

Source : Institut d’action climatique RBC

661

Nombre de projets réalisés en bois massif au Canada

87 %

Part de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et du Québec dans les projets en bois massif au Canada

12

Nombre d’étages autorisé pour les projets en bois massif au Canada

S’il se peut que cet immeuble de 10 étages qui est en voie de s’élever à proximité du quartier Harbourfront de Toronto ne se démarque pas dans la forêt de gratte-ciel qui peuplent la ville, il se distingue néanmoins par ce qu’il signifie sur le plan environnemental. En effet, l’édifice Limberlost Place du George Brown College est une structure en bois massif et en verre qui caresse l’ambition de devenir un bâtiment carboneutre.

Voilà une idée qui tombe à point.

Si les imposantes structures façonnées d’acier et de béton ont jadis symbolisé la croissance économique, elles sont désormais emblématiques du défi climatique qu’il importe de relever. L’utilisation répandue de ciment, d’acier et d’aluminium à intensité carbonique dans les bâtiments fait en sorte qu’il s’agit désormais du troisième secteur plus grand émetteur au Canada, alors qu’il représentait 92 Mt d’équivalent CO2 , soit 13 % de l’ensemble des émissions en 2022. La croissance démographique, l’urbanisation continue et l’urgence de construire de nouveaux immeubles à plusieurs étages pour faire face à une crise sur le plan de l’offre de logements pourraient faire en sorte qu’il soit plus difficile de parvenir à maîtriser les émissions.

Le Canada peut tirer parti de ses abondantes ressources forestières pour créer un marché mondial de poutres, de panneaux et de poteaux de grande taille en bois d’ingénierie pouvant potentiellement remplacer le béton et l’acier, voire en réduire considérablement l’utilisation, et, du même coup, les émissions qui y sont associées. La construction de l’édifice Limberlost Place, ainsi que la poignée de structures similaires qui parsèment le Canada, portent à croire qu’il se pourrait que nous soyons à l’aube de la prochaine vague de bâtiments durables faits de bois massif à faible teneur en carbone et assemblés comme le sont les armoires IKEA, dans une perspective de réduction des émissions.

L’essor du bois massif

L’émergence du bois massif au Canada en guise de complément et de solution de rechange au béton et à l’acier a été observée pour la première fois en 2007, alors que furent achevés plusieurs bâtiments commerciaux et institutionnels en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec . Parmi ces bâtiments figurent l’agrandissement de l’entrée sud du pavillon Kootenay Centre du College of the Rockies à Cranbrook, en Colombie-Britannique, le bâtiment de la Winnipeg Humane Society au Manitoba, ainsi que le chalet du club de golf OslerBrook Golf and Country Club à Collingwood, en Ontario. Avant cette date, les codes du bâtiment nationaux et provinciaux n’autorisaient pas l’utilisation du bois massif. Au Canada, 661 projets de bois massifs sont désormais réalisés. À titre de comparaison, 356 projets ont été menés à bien aux États-Unis.

Les gouvernements et les collèges/universités sont ceux qui ont passé la plupart des commandes des premiers bâtiments commerciaux et institutionnels. Bien que l’on doive toujours la majorité de ces bâtiments à cette clientèle, les promoteurs et constructeurs du secteur privé entrent désormais dans la mêlée. Aujourd’hui, un tiers de tous les projets en bois massif prévus et en cours de construction sont des projets résidentiels à plusieurs étages.

Perspectives

Privilégier le bois :
Le plan de match en matière de bois massif de la Colombie-Britannique

Plusieurs politiques habilitantes ont fait de la Colombie-Britannique un chef de file dans le domaine de l’utilisation et de la production de bois massif au Canada comme à travers le monde.

Championne de longue date de son secteur forestier et de ses produits, la Colombie-Britannique a déposé en 2009 la loi intitulée Wood First Act, dont le mandat consistait à intégrer le bois aux bâtiments financés par la province. L’approche en matière d’approvisionnement « privilégiant le bois » pour les projets publics s’est poursuivie avec les gouvernements successifs et a culminé avec la création de l’Office of Mass Timber Implementation en 2020. Un programme de démonstration du bois massif fut annoncé en 2020 afin de soutenir les premiers utilisateurs du bois massif, comme la société Adera Development, en vue d’accélérer l’adoption plus largement répandue de ce matériau de construction à faibles émissions de carbone. La province continue d’intervenir rapidement à l’égard des obstacles réglementaires, notamment en ce qui concerne les exigences du code du bâtiment. La Colombie-Britannique fut la première province à autoriser les bâtiments résidentiels à ossature de bois de six étages. Lorsque le Code national du bâtiment du Canada (CNB) a été révisé en 2020, autorisant les bâtiments en bois massif de 12 étages, la province emboîta le pas, et ce, même si le CNB n’avait pas été arrêté de manière définitive.

La province a tiré parti de ses abondantes ressources forestières pour reproduire le modèle retenu par de nombreux pays européens afin de promouvoir le bois massif. Des pays qui disposent d’un secteur forestier important, comme l’Australie, l’Allemagne, la Suède ou la Finlande, furent parmi les premiers pays européens à supprimer les restrictions imposées au bois intégrées aux codes du bâtiment, ce qui représentait l’obstacle le plus important à l’utilisation et à l’adoption du bois massif. Conscient du fait que le soutien gouvernemental s’avère fréquemment nécessaire pour commercialiser et généraliser l’adoption de nouveaux produits, ces gouvernements ont également mis de l’avant des subventions en matière de développement de projets ainsi que de recherche et développement pour inciter les constructeurs et les promoteurs à faire appel au bois massif dans leurs projets de construction.

L’impératif associé aux 9 Mt d’émissions

12-25 %

Baisse des émissions des bâtiments si les promoteurs remplacent le béton et l’acier par le bois massif

6 %

Apport du béton, de l’acier et de l’aluminium aux émissions du Canada

10 %

Baisse des émissions due à l’utilisation généralisée du bois massif dans les bâtiments

Les profils en matière d’émissions du béton et de l’acier sont, respectivement, six et cinq fois supérieurs au profil du bois3. Dans le contexte des bâtiments et des émissions intrinsèques, le béton, l’acier et l’aluminium représentaient 6 % des émissions totales du Canada, soit 41 Mt d’émissions de gaz à effet de serre, en 20224.

Dans les bâtiments à grand nombre d’étages, le plancher représente la plus vaste surface totale et exprime 50 % des émissions intrinsèques du bâtiment5, lesquelles sont associées à des matériaux dont on considère que la décarbonation s’avère particulièrement difficile. Au vu du profil en matière d’émissions du plancher d’un bâtiment, une partie considérable des efforts de décarbonation ont porté sur cet élément structurel.

Les constructeurs qui possèdent une vaste expérience dans l’utilisation du bois massif estiment que les bâtiments à grand nombre d’étages comportant un plancher en bois massif peuvent ouvrir la voie à une réduction de leurs émissions moyennes de 27 % dans le cas du plancher et de 12 % à 25 % dans le cas de l’ensemble de la structure du bâtiment6.

Profil d’émissions intrinsèques d’une tour de taille moyenne

Le secteur pourrait réduire ses émissions de 5,5 Mt d’ici 20307 si le tiers de tous les nouveaux appartements et copropriétés, ainsi que si toutes les nouvelles tours de bureaux implantées dans les grands centres urbains, étaient construits en bois massif. Le niveau des émissions pourrait encore diminuer de 3 Mt si tous les appartements et copropriétés devaient à l’avenir être construits à l’aide d’un plancher de bois massif et si la capacité en matière de fabrication nationale ne devait pas constituer un facteur contraignant8. Ces réductions d’émissions démontrent bien que de petits efforts, comme ceux qui sont associés au fait de ne modifier qu’un seul élément de la structure d’un bâtiment, peuvent mener à des réductions d’émissions significatives, malgré le fait que l’ampleur des gains puisse sembler minime par rapport à ceux qui seraient associés à d’autres solutions purement technologiques, comme dans le cas des thermopompes ou des véhicules électriques9.

La construction en bois massif pourrait également réduire la circulation automobile sur le chantier, en plus de limiter quelque peu le recours aux équipements lourds à combustibles fossiles. Contrairement au béton, le bois massif est un produit en bois préfabriqué qu’il est possible de livrer en quelques expéditions avant de l’entreposer sur le chantier de construction.

Les praticiens du domaine du bois massif que sont Veronica Madonna, de l’Université d’Athabasca, qui est également fondatrice du cabinet d’architectes Studio VMA, et Scott Lee, de la société Element5, un fabricant de bois massif disposant d’usines au Québec et en Ontario, ont découvert que cet avantage sur le plan de l’entreposage peut permettre de réduire de l’ordre de 80 % à 90 % la circulation des véhicules de livraison sur le chantier, par rapport à la situation qui prévaut sur un chantier de construction d’immeubles traditionnels de béton et d’acier.

Perspectives

Les émissions intrinsèques propres à l’acier et au béton

Le bois massif, l’acier et le béton se composent fondamentalement de matières naturelles extraites à la surface ou sous la surface de la Terre.

Les processus énergétiques et industriels qui interviennent pour transformer le minerai de fer en acier et le calcaire et l’argile en ciment et, éventuellement, en béton, expliquent leur profil d’émissions intrinsèques élevé par rapport à celui du bois massif. En effet, les processus industriels en cause dans la fabrication de l’acier et du béton nécessitent qu’on fasse intervenir une chaleur extraordinairement élevée, dont la température varie entre 1 400 et 1 600 °C, pour transformer les matières premières dans des hauts fourneaux ou des fours. L’Agence internationale de l’énergie estime que l’énergie nécessaire pour alimenter les hauts fourneaux servant à la fabrication de l’acier représente 87 % des émissions générées dans le cadre du processus de fabrication de l’acier. Dans le cas de la production du ciment, c’est l’inverse qui est vrai, alors que 65 % des émissions sont attribuables aux processus industriels, soit, plus spécifiquement, à la production de gaz à effet de serre résultant du chauffage du calcaire et de l’argile dans les fours. Le profil d’émissions considérablement moindre du bois massif peut être attribué à un processus de fabrication qui laisse en grande partie les matières premières d’origine intactes.

Un autre avantage tient au fait que le bois massif pèse environ 30 % de moins que le béton. L’avantage qui découle d’une réduction de la circulation associée aux véhicules de livraison sur le chantier et d’un différentiel de poids plus élevé est une réduction des émissions liées au transport. L’effet combiné du caractère préfabriqué du bois massif et de sa relative légèreté par rapport aux matériaux que sont l’acier et le béton signifie qu’il est moins nécessaire de faire appel à de l’équipement lourd sur le chantier de construction, comme des grues. Du reste, lorsque de tels équipements doivent intervenir, ils sont utilisés moins longtemps. Ces deux pratiques permettent de réduire la quantité de combustible fossile assurant le fonctionnement des équipements de construction, ce qui permet d’abaisser le niveau des émissions.

L’occasion qui s’offre au Canada de conquérir une part du marché mondial du bois massif

3x

Taux de croissance des emplois canadiens associés au bois massif d’ici 2030

3x

Taux de croissance du PIB canadien provenant du bois massif d’ici 2030

$4.9B

Marché mondial du bois massif d’ici 2030

L’an dernier, le bois massif a représenté 1 % de l’ensemble des matériaux de construction en Amérique du Nord. En 2022, le marché mondial du bois massif a atteint 1,6 milliard de dollars et on s’attend à ce que ce niveau atteigne cette année 1,9 milliard de dollars10. Les analystes estiment que le marché pourrait atteindre 4,9 milliards de dollars d’ici 2030 pour autant que la demande mondiale continue à croître au rythme annuel de 14,5 %.

En 2023, la part du Canada du marché mondial du bois massif s’élève à 379 millions de dollars. Et cette part augmente, alors qu’on s’attend à ce que 649 millions de dollars viennent s’ajouter à la production économique du pays du fait de la production du bois massif selon un scénario où aucune nouvelle capacité de fabrication ne serait ajoutée d’ici 2030. L’augmentation de la capacité de production et les efforts engagés par le Canada pour conquérir 25 % du marché mondial du bois massif pourraient faire en sorte que la production économique dépasse 1,2 milliard de dollars d’ici 2030.

Si le secteur de la construction devait délaisser le béton et l’acier à forte intensité de carbone et si l’industrie du bois massif devait prendre son essor, on estime que pourrait en découler une part plus importante du marché mondial des matériaux de construction, estimé à 2 600 milliards de dollars d’ici 2030.

Bien qu’il n’existe aucune donnée officielle sur l’emploi pour le secteur du bois massif, nous estimons qu’il emploie en 2023, directement et indirectement, environ 4 000 Canadiens11. On s’attend à ce que la croissance de l’emploi dans le secteur triple d’ici 2030, pour atteindre les 12 150 emplois dans les domaines de la fabrication, de la technologie, de la foresterie, de la conception et de l’ingénierie, pour autant que la demande future se concrétise.

On s’attend à ce que certains de ces emplois reviennent aux communautés autochtones puisqu’elles se trouvent dans les zones de recrutement des sites forestiers, des scieries et des installations de fabrication de bois massif.

Les ressources forestières du Canada pourraient stimuler son
économie à faibles émissions de carbone

Deux scénarios pour l’économie prometteuse du bois massif au Canada

RBC Climate Action Institute derived analysis using data in Polaris Market Research’s Cross Laminated Timber Market report, Natural Resources Canada Mass Timber data base, and Statistics Canada sectoral GDP data.

Obstacles au bois massif et aux ambitions climatiques du Canada

La hausse constante du nombre de projets en bois massif en cours au Canada témoigne des ambitions écologiques du secteur du bâtiment. Les entretiens menés auprès de représentants de l’industrie laissent entrevoir un fort désir d’accentuer le recours au bois massif, cependant que des difficultés fondamentales empêchent les acteurs du marché d’élever leurs ambitions au rythme qui s’avère nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques du Canada.

Répartition de l’utilisation des matériaux de construction en
Amérique du nord en 2022

Breakdown of building construction materials use in North America

Source : Mantle Developments, 2022

La souscription d’assurance est devenue la principale difficulté à relever, tant pour l’assurance liée à la construction que pour l’assurance liée à l’occupation. Actuellement, chaque bâtiment doit disposer d’une police sur mesure, ce qui augmente considérablement le coût final du projet12, ces coûts se répercutant à terme sur l’acheteur final. Les primes liées à la construction qui s’appliquent dans le cas d’un bâtiment réalisé en bois massif peuvent être jusqu’à dix fois plus élevées que celles qui sont associées à un bâtiment similaire conçu en acier et en béton. Cette composante de coût érode la compétitivité des bâtiments réalisés en bois massif et en entrave l’utilisation généralisée dans les contextes résidentiels, commerciaux et institutionnels13.

Un deuxième problème structurel tient à l’inadéquation entre les lieux propices à la production de bois massif et la demande pour ce matériau.

Patrick Chouinard, fondateur de la société Element5, souligne que, comme la Colombie-Britannique a fait office de pionnière dans le domaine, la base manufacturière s’est concentrée dans l’ouest du Canada, cependant que la demande actuelle et nouvelle provient en grande partie de l’est du Canada, ainsi que du centre et du nord-est des États-Unis. Patrick Crabbe, directeur du secteur du bois massif au sein de la société Bird Construction, qui s’est tourné très tôt vers le bois massif et en vante les mérites, estime que 62 % de la capacité et 22 % de la demande se retrouvent dans l’ouest du Canada, tandis que 78 % de la demande et 38 % de la capacité se retrouvent dans l’est du pays14.

Perspectives

Des primes exorbitantes pour les bâtiments en bois massif

Le manque de données permettant d’évaluer le risque d’incendie des bâtiments en bois massif constitue la principale raison qui explique que les primes d’assurance liées à la construction et à l’occupation des bâtiments en bois massif sont six à dix fois plus élevées que celles qui visent les bâtiments conventionnels en acier et en béton.

Le fait que le marché du bois massif soit restreint et représente un marché de niche exacerbe cette réalité. Le manque de données actuarielles fait en sorte que les compagnies d’assurance envisagent généralement l’assurance des bâtiments en bois massif en s’inspirant de l’archétype de structure de bâtiment qui s’en rapproche le plus, soit celui d’une maison à ossature de bois façonnée avec des pièces de 2 po x 4 po. Conscients du fait que l’adoption du bois massif constitue une nécessité pour décarboner le secteur, les leaders de l’écosystème du bois massif comme l’entreprise de services de construction Ellis Don ou le Conseil canadien du bois et la société FP Innovations se sont employés à combler l’écart sur le plan des connaissances et de l’information qui existe au sein du secteur de l’assurance en réunissant des intervenants du secteur pour discuter du défi que représente la question de l’assurance et examiner les solutions potentielles. Il s’agit là d’un début prometteur, mais néanmoins lent. Ces actions n’ont pas encore produit les résultats escomptés, que ce soit au Canada ou à l’échelle internationale, et continuent à représenter un obstacle significatif à l’utilisation à grande échelle du bois massif.

Pour les fabricants, l’un des principaux obstacles à l’expansion des opérations tient au coût que représente l’acquisition des équipements et de la technologie spécialisés qui conviennent au bois massif, qui ne sont produits que par une poignée de fabricants établis en Europe. Le coût élevé des équipements de fabrication empêche également de nouveaux acteurs de se lancer dans le secteur du bois massif. On estime que le capital requis pour mettre en place des installations de fabrication d’une capacité de 50 000 m2 est de 200 millions de dollars, une partie très importante des coûts étant attribuable à la machinerie.

Les scieries canadiennes sont dominées par des joueurs qui produisent du bois de dimension, c’est-à-dire du bois d’œuvre coupé dans des dimensions standardisées (p. ex. 2 po x 4, 6 ou 8 po) qu’on retrouve dans les grands magasins de rénovation résidentielle et auxquels on a recours pour construire la charpente de maisons isolées. Si les produits en bois massif sont fabriqués à partir de bois de dimension, la teneur en humidité et les exigences d’usinage du bois sont considérablement différentes. Ces différences ont engendré une pénurie de « matière première » appropriée en bois massif, ce qui a mené à une pénurie des approvisionnements en bois massif.

Associé et architecte auprès de la société DIALOG, et pionnier dans l’adoption du bois massif, Craig Applegath est d’avis que le temps d’attente associé au bois massif au Canada est de deux ans15.

Certains fabricants de bois massif sont intervenus à l’égard de ce troisième enjeu structurel par le biais d’une intégration en amont en faisant l’acquisition de scieries pour leur permettre de contrôler le type de bois produit ainsi que la façon dont il est transformé en matière première.

Patrick Crabbe salue le rôle de leadership qu’ont assumé divers gouvernements pour susciter de l’intérêt à l’égard du bois massif et en promouvoir l’utilisation. Il souligne que le succès des efforts qu’ils ont engagés a involontairement conduit à un déséquilibre entre l’offre et la demande. Si ce déséquilibre du marché ne devait pas être résolu, il pourrait ralentir le rythme de l’adoption du bois massif et mettre en péril les objectifs en matière de décarbonation du secteur du bâtiment.

Recommandations

S’il se peut que le Canada a accusé un certain retard à l’égard du marché du bois massif, il a rattrapé ses concurrents européens en moins d’une décennie, tant sur le plan de l’utilisation du bois massif que de sa fabrication. Cette situation n’est pas non plus le fruit du hasard. Les premiers succès du Canada sont imputables à des politiques et des programmes fédéraux et provinciaux qui ont été adaptés à l’évolution des forces du marché et de la réglementation ainsi qu’à la présence d’entrepreneurs visionnaires sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Cependant, nous n’en sommes qu’au premier acte d’une pièce qui en comporte plusieurs. Le Canada a l’occasion de jouer un rôle de premier plan dans le mouvement mondial qui sous-tend le bois massif s’il adopte les recommandations suivantes :

Normaliser la souscription d’assurance afin d’abaisser les coûts. La normalisation de la souscription d’assurance contre les risques d’incendie applicable aux bâtiments en bois massif à l’étape de la construction et de l’occupation des bâtiments permettrait de réduire les primes d’assurance et les coûts globaux pour les constructeurs et les propriétaires de bâtiments.

Continuer à financer des subventions d’immobilisations. Les subventions fédérales et provinciales ont joué un rôle essentiel dans la réduction du coût de la machinerie, en plus de favoriser la création d’une capacité de fabrication additionnelle, soit de la part des fabricants existants, soit de celle des nouveaux venus. La poursuite de ces programmes permettrait de garantir que l’offre puisse suivre la croissance à deux chiffres de la demande nationale et internationale.

Conclusion

Les constructeurs, les architectes, les ingénieurs et les fabricants sont d’avis que le Canada peut tirer parti de l’abondance de ses forêts naturelles et devenir un leader mondial dans les domaines de la recherche, de la fabrication et de l’utilisation du bois massif, tout en agissant à titre de fer de lance des efforts visant à décarboner le secteur du bâtiment. Si des défis fondamentaux subsistent, le secteur s’accorde à reconnaître qu’ils ne sont pas insurmontables. Le moment est venu pour tous les intervenants du secteur du bâtiment de relever ensemble ces défis et d’y trouver des solutions. Ainsi que, pour le Canada, de démontrer au monde entier notre sens de l’innovation en matière de construction de bâtiments et d’action climatique.

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Pour en savoir plus, allez à www.rbc.com/institut-action-climatique

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Contributors :

Auteur principal: Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC

Farhad Panahov, Économiste
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Remerciements :

Patrick Chouinard, Founder, Element5
Patrick Crabbe, Director of Mass Timber, Bird Construction
Mark Gaglione, Co-lead, EllisDon Building and Material Sciences Department
Vince Davenport, Co-lead, EllisDon Building and Material Sciences Department

  1. Estimations des émissions de l’Institut canadien du climat tirées de Estimations préliminaires des émissions nationales, 2023.
  2. Certains historiens de l’architecture feraient valoir que le bois massif n’est pas un nouveau matériau de construction au Canada. Le bois massif (ou gros bois d’œuvre) est utilisé au Canada depuis la fin des années 1800. Construit en 1895 et toujours utilisé aujourd’hui, le plus ancien bâtiment en bois massif qui demeure au Canada est situé au 312 Adelaide Street West, à Toronto.
  3. Hsu, S. L. (juin 2010). « Life cycle assessment of materials and construction in commercial structures: variability and limitations ». Massachusetts Institute of Technology.
  4. Estimations de l’Institut d’action climatique de RBC basées sur une analyse des données tirées du Programme des Nations Unies pour l’environnement : Rapport sur l’état mondial des bâtiments et de la construction en 2022 (section 3.3 – Émissions dans le secteur des bâtiments) et des Estimations préliminaires des émissions nationales de l’Institut canadien du climat.
  5. Entrevue avec Mark Gaglione et Vince Davenport, coresponsables du Service des bâtiments et de la science des matériaux de la société Ellis Don. Craig Applegath, de la société Dialog, estime pour sa part que, dans certains types de bâtiments, le plancher peut représenter 70 % du total des matériaux de construction utilisés.
  6. La réduction des émissions du plancher se fonde sur l’hypothèse selon laquelle le bâtiment en bois massif repose sur des fondations en béton et en acier. Les réductions totales de 12 % et de 25 % visent une structure en bois massif par rapport à une structure équivalente construite selon la méthode faisant intervenir à la fois de l’acier et des poutres.
  7. Unités résidentielles construites entre 2025 et 2030.
  8. Selon les données de Ressources naturelles Canada, la capacité actuelle de fabrication de bois massif au Canada est estimée à 1,1 million de mètres cubes. En guise de comparaison, la revue Architectural Record estime que la capacité européenne s’élève à 1,6 million de mètres cubes.
  9. Les émissions résultant du recours à des planchers en bois massif seraient négatives si l’on tenait compte du carbone biogénique. Le Service des bâtiments et de la science des matériaux de la société Ellis Don évalue les économies associées au carbone biogénique à 170 kg/eq. CO2/m2.
  10. L’analyse produite par l’Institut d’action climatique RBC s’est appuyée sur les données tirées du rapport Cross Laminated Timber Market de la société Polaris Market Research, sur la base de données portant sur le bois massif de Ressources naturelles Canada, ainsi que sur les données sectorielles sur le PIB de Statistique Canada.
  11. L’analyse produite par l’Institut d’action climatique RBC s’est appuyée sur les données tirées du rapport Cross Laminated Timber Market de la société Polaris Market Research, sur la base de données portant sur le bois massif de Ressources naturelles Canada, ainsi que sur les données sectorielles sur le PIB de Statistique Canada.
  12. Les constructeurs de projets dont le coût est supérieur à 50 millions de dollars doivent généralement faire intervenir plusieurs compagnies d’assurance pour assurer la couverture de leurs projets. Cette pratique ne peut être évitée du fait que les compagnies d’assurance prévoient une limite assurable maximale inférieure dans le cas du bois massif à celle qui s’applique aux autres matériaux de construction conventionnels comme le béton, l’acier et le bois traditionnel.
  13. Les constructeurs qui possèdent une vaste expérience dans le domaine de la construction en bois massif sont parvenus à atteindre la parité des coûts avec les bâtiments conventionnels façonnés d’acier et de béton en optimisant les pratiques en matière de conception, de construction et d’ordonnancement.
  14. Données présentées par Patrick Crabbe dans le cadre de la Toronto Mass Timber Conference du Brookfield Sustainability Institute, septembre 2023. Données tirées du rapport intitulé Mass Timber North America de la société Forest Economic Advisors, juillet 2022.
  15. Estimations réalisées en octobre 2022 dans un article de la revue Medium intitulé 10 Reasons to Build with Mass Timber.

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Nous sommes à l’ère des données agricoles. Dans n’importe quelle exploitation agricole entre Penticton et l’Île-du-Prince-Édouard, il y a maintenant autant de logiciels que d’engrais. L’agriculture de précision aide les agriculteurs à stimuler leurs rendements et leurs exportations depuis une génération. Aujourd’hui, cette technologie vient soutenir la lutte contre les changements climatiques. Dans un monde fracturé, l’agriculture de l’ère numérique peut aider le Canada à produire plus d’aliments en générant moins d’émissions. Cela rejoint l’ambition de la Canadian Alliance for Net-Zero Agri-food (CANZA). Cette alliance a été lancée cette semaine par les plus grandes sociétés et exploitations agricoles canadiennes dans l’objectif de réduire les émissions provenant des animaux, des déchets alimentaires, de la perturbation des sols et de la machinerie. Bien que l’agroalimentaire représente 20 % des émissions, ce secteur peut aussi agir en tant que puits de carbone à condition de récompenser les agriculteurs pour la gestion durable des terres et des animaux. Le secteur a déjà réduit l’intensité de ses émissions de 50 % en vingt ans. Et au cours des deux prochaines décennies, des pratiques respectueuses du climat pourraient lui permettre d’éliminer 150 millions de tonnes de carbone, soit l’équivalent du parc automobile du Canada.

Créée par RBC, Aliments Maple Leaf, McCain Foods, Loblaw et Nutrien, CANZA estime que les réductions d’émissions ne dériveront pas uniquement de la technologie. Changement de système. L’alliance a lancé un premier projet pilote, en Saskatchewan, dans le but de montrer comment les agriculteurs peuvent capter et stocker les émissions de gaz à effet de serre dans le sol. Les agriculteurs auront ensuite l’occasion de gagner de l’argent en vendant des crédits carbone aux transformateurs et aux détaillants de produits alimentaires, puis aux investisseurs. Mais avant tout, le Canada a besoin de définir une méthode de mesure, de déclaration et de vérification des résultats qui soit acceptable. Selon une estimation de l’Institut d’action climatique RBC, l’adoption d’un dispositif approprié pour mesurer, déclarer et vérifier les résultats aiderait les agriculteurs canadiens à générer au moins 2 milliards de dollars. Pour ce faire, les gouvernements devront soutenir les agriculteurs dans le développement de nouvelles méthodes de culture. Des marchés transparents et responsables seront nécessaires. Et les consommateurs devront faire preuve de plus de discernement. La clé de la réussite sera la confiance. Tous les agriculteurs le savent : si la confiance n’est pas au rendez-vous, les données sont aussi infertiles que des sols sans pluie.

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Pourquoi avons-nous rédigé ce rapport

L’automne dernier, RBC a noué un partenariat avec le Centre pour l’avenir du Canada du BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph. Nous avons exploré ce qui, selon nous, devrait être la vision du Canada : produire 26 % plus de produits alimentaires d’ici 2050 (suffisamment pour maintenir notre contribution à l’alimentation de la population mondiale à mesure qu’elle croît) tout en émettant moins de GES. Il en a résulté le rapport La prochaine révolution verte : comment le Canada peut accroître sa production alimentaire tout en réduisant ses émissions.

Voici ce que nous avons appris au cours de la dernière année :

  1. Le Canada est en excellente posture pour devenir un chef de file. Le pays dispose d’actifs sans pareil, mais doit faire plus pour les maximiser. D’autres pays allouent des sommes substantielles à la promotion d’une agriculture adaptée au climat. Le Canada peut effectuer des investissements similaires, proportionnellement à sa taille, tout en établissant de nouveaux mécanismes de marché pour financer la transition durable de l’agriculture.
  2. Une technologie de mesure précise est absolument indispensable pour aller de l’avant. Des outils permettant de surveiller les émissions avec précision (en particulier la séquestration du carbone dans le sol) sont essentiels pour développer les marchés et aider les producteurs à en tirer parti.
  3. La collaboration intersectorielle est essentielle. Pour que la transition vers la carboneutralité réussisse, il faut suivre une nouvelle approche. Les acteurs publics et privés de toute la chaîne logistique fragmentée du secteur agricole doivent s’allier et travailler main dans la main en adoptant la même vision.
  4. Le financement de la recherche et du développement par le secteur privé est insuffisant. Certaines des technologies agricoles les plus importantes au monde ont été mises au point au Canada. Toutefois, le financement de l’innovation par le secteur privé n’a jamais été aussi bas. Afin que le pays conserve sa place de chef de file dans ce domaine, des investissements privés sont nécessaires.
  5. Les lacunes dans les compétences freinent la croissance. Le secteur a besoin de main-d’œuvre pour soutenir la transition vers la carboneutralité. Des gestionnaires d’exploitations aux analystes de données, les exploitations agricoles du Canada ont désespérément besoin de travailleurs qualifiés et de conseillers. Or, le financement de l’enseignement postsecondaire est insuffisant.
  6. Il faut récompenser les utilisateurs précoces. Un nombre important de producteurs canadiens suivent des pratiques adaptées au climat depuis des années, voire des décennies. Ces précurseurs sont susceptibles d’être écartés des programmes visant à inciter financièrement les exploitants agricoles à adopter de meilleures méthodes pour la santé des sols. Pour que les stocks actuels de carbone continuent d’augmenter, les utilisateurs précoces doivent bénéficier d’un avantage financier en reconnaissance de leurs efforts.
  7. Le monde a plus que jamais besoin du Canada. La guerre entre l’Ukraine et la Russie et les phénomènes climatiques extrêmes exercent des pressions sur les chaînes logistiques mondiales, entraînant des pénuries dans de nombreux pays ou une instabilité de l’approvisionnement. Le Canada est un pays politiquement stable et un fournisseur fiable d’aliments sûrs et de grande qualité, deux atouts qui peuvent faire de lui le grenier durable du monde.

Les investissements du Canada en agriculture adaptée au climat sont à la traîne par rapport à ceux de pays comparables

Les investissements du Canada en agriculture adaptée au climat sont à la traîne par rapport à ceux de pays comparables

Source: Analyse de BCG, analyse de RBC, USDA et OCDE

Le Brésil et l’Indonésie sont exclus étant donné que le financement de la lutte contre les changements climatiques est versé aux programmes de financement.

Les principaux pays producteurs de denrées alimentaires sont en pleine évolution. En faisant de l’agriculture durable une priorité stratégique, les pays comparables au Canada jettent les bases de formidables chaînes d’approvisionnement alimentaire adaptées au climat, généreusement financées et soutenues par des politiques audacieuses.

Au milieu de ces changements spectaculaires sur le plan des investissements et des politiques, un moment charnière se dessine pour l’agriculture canadienne. Le secteur agricole risque d’accumuler les retards si les gouvernements canadiens ne s’ajustent pas à leurs concurrents en déployant du financement et des politiques pour soutenir les producteurs afin qu’ils produisent plus de produits alimentaires tout en réduisant leurs émissions.

Le Canada est déjà à la traîne. Les secteurs agricoles des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie et de la Chine reçoivent un financement environ trois fois plus élevé pour la lutte contre les changements climatiques que ce que le Canada accorde à son secteur. Pourtant, les attentes à l’endroit de nos agriculteurs continuent de croître : produire plus (dans des conditions météorologiques de plus en plus défavorables), réduire les émissions et contribuer à assurer la sécurité alimentaire mondiale.

Nous avons commencé l’an dernier à explorer les occasions entourant l’agriculture adaptée au climat, en plein cœur d’une double tourmente mondiale : les pénuries alimentaires et les dérèglements climatiques. Depuis, nos équipes de recherche ont parlé à plus de 500 agriculteurs et producteurs de denrées alimentaires, afin de mieux comprendre quelles politiques pourraient concrètement faire une différence en ce moment.

Des politiques judicieuses contribueront à renforcer notre économie, atténuer les menaces géopolitiques et accélérer la réduction des émissions.

Ottawa et les provinces devront changer leur approche à l’égard des politiques agricoles afin de protéger un secteur qui représente 7 % du PIB national – et qui a un immense potentiel de croissance.

Le présent rapport décrit neuf politiques dans cinq domaines – les sols, le méthane, les engrais, les talents et les technologies, et les consommateurs – qui peuvent propulser le secteur agricole canadien à l’avant-plan de la prochaine révolution verte et lui permettre d’affronter la concurrence mondiale.

Actuellement, les politiques et le financement agricoles du Canada ne sont en rien comparables aux mesures incitatives et crédits d’impôt de 19,5 milliards de dollars US inscrits dans l’Inflation Reduction Act (IRA) pour soutenir les technologies agricoles, la conservation et d’autres mesures. Même avant que Washington ne déploie son programme climatique phare, le financement de la lutte contre les changements climatiques aux États-Unis s’élevait à 1,7 % des revenus totaux des agriculteurs – plus de trois fois le niveau atteint au Canada. Les prochaines dispositions législatives du Farm Bill, d’une valeur de 1,5 billion de dollars US, pourraient renforcer encore l’avantage des États-Unis.

Notre plan en neuf points pourrait être une réponse puissante aux visées de l’IRA, et il jette les bases pour une puissance alimentaire prospère, étendue et durable.

Pendant ce temps, la Chine revitalise ses terres agricoles à coup d’investissements annuels de 7 milliards de dollars US, alors que l’Union européenne consacrera 224 milliards de dollars US à des initiatives liées au climat jusqu’en 2027.

Selon les agriculteurs à qui nous avons parlé, l’agriculture a déjà une longueur d’avance sur les autres secteurs économiques dans la lutte contre les changements climatiques et le déploiement de technologies, d’innovations et de méthodes de réduction des émissions de GES. Cela dit, la hausse des émissions nationales et mondiales génère de nouvelles attentes venant des marchés nationaux et internationaux, qui souhaitent que les principaux secteurs d’activité canadiens en fassent plus.

Les politiques que nous proposons réduiront les émissions du secteur agricole, qui représentent actuellement des émissions totales de gaz à effet de serre du pays.

Un modèle d’affaires adapté aux changements climatiques pour le secteur agricole invite les agriculteurs à prouver qu’ils réduisent leurs émissions afin d’atteindre les cibles ambitieuses des gouvernements et des investisseurs et de répondre aux attentes croissantes des consommateurs.

Sur une note positive, le Canada joue déjà un rôle crucial pour assurer la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale et est un précurseur en matière d’agriculture favorable au climat.

Le Canada est déjà l’un des principaux pays exportateurs de produits alimentaires et se classe parmi les meilleurs en matière de durabilité du système alimentaire, selon l’indice Food Sustainability Index. Plus de 65 % des agriculteurs canadiens ont adopté au moins une pratique en vue de renforcer la résilience de leur exploitation face aux problèmes touchant les sols, l’eau ou la biodiversitéI.

Le temps est venu pour les gouvernements canadiens de s’appuyer sur les réussites de ses agriculteurs. Notre plan en neuf points pourrait être une réponse puissante aux visées de l’IRA, et il jette les bases pour une puissance alimentaire prospère, étendue et durable.


Les sols :
une catégorie d’actifs

Un producteur de maïs près du canton d’Elmira, en Ontario, nous a récemment fait part de son enthousiasme à l’idée d’accroître ses profits en intégrant des crédits de carbone dans ses pratiques agricoles.

Il n’est pas seul. Des milliers d’agriculteurs canadiens lorgnent également le marché des crédits de carbone, qui promet de nouvelles sources de revenus et reconnaît leurs efforts en vue de retirer du carbone de l’atmosphère.

Cependant, des récits et des expériences de projets pilotes malheureux qui n’ont pas donné les résultats escomptés, des directives peu claires concernant l’accès au marché et des connaissances et données limitées ont refroidi cet enthousiasme. De plus, les producteurs qui ont adopté des pratiques de séquestration du carbone plus rapidement ces dernières années se sentent laissés pour compte et regrettent de s’être lancés si tôt.

Les gouvernements canadiens pourraient appliquer trois politiques pour créer des marchés du carbone dynamiques :

1. Établir des normes pour soutenir les marchés du carbone

    • Occasion

      Soutenir un marché du carbone de 4 G$ d’ici 2050


  • Défi

    Aucune norme claire

Agissant à titre de puissant puits de carbone, les terres agricoles actives au Canada peuvent séquestrer de 35 à 38 Mt de carbone d’ici 2050, soit 40 % à 45 % des émissions annuelles actuelles des sables bitumineux.

Actuellement à leurs débuts, les marchés volontaires du carbone canadiens pourraient devenir un géant de 4 milliards de dollars d’ici 2050, selon ce que montrent nos recherches. Un marché actif pourrait signifier des dizaines de milliers de dollars en nouveaux flux de revenus pour certains exploitants – et plus d’un million de dollars pour les opérateurs d’envergure.

Cela dit, les assises d’une compensation carbone intégrée ou d’un marché des crédits compensatoires viable au Canada reposent sur un système robuste de mesure et de déclaration du carbone du sol et des émissions.

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ont accompli un travail important à cet égard, mais il est possible d’en faire plus collaborativement. Voici comment nous pouvons établir un marché du carbone dynamique au Canada :

  • En se fondant sur les travaux réalisés dans le secteur privé, le gouvernement fédéral peut publier des méthodologies issues des approches les plus crédibles en matière de compensation intégrée et de crédits compensatoires (voir l’encadré).
  • L’incidence doit être mesurée scientifiquement pour qu’il soit envisageable d’obtenir un paiement au titre des crédits de carbone. En collaboration avec les agriculteurs, les éleveurs et les agroentreprises, et par l’entremise de projets pilotes régionaux partout au pays, AAC et ECCC peuvent envisager de publier des normes qui constitueront un cadre préliminaire de mesure, de déclaration et de vérification (MDV) pour différentes pratiques adaptées au climat. Ce cadre fonctionnerait de pair avec la base de données sur les sols décrite à la section suivante. Cela sera cependant délicat. Trouver une méthodologie MDV qui soit uniforme et économique dans le but de mesurer l’incidence des pratiques agricoles adaptées au climat (y compris les cultures de couverture et les cultures sans labour) sur la séquestration du carbone dans le sol et les émissions demeure un défi.
  • Un cadre MDV guiderait les producteurs dans l’obtention de crédits, alors que les acheteurs feraient en toute confiance l’acquisition de ces crédits ou les intégreraient dans un programme de compensation intégrée.

  • Les gouvernements devraient explorer des façons viables d’assurer la stabilité des prix du marché ainsi que des rendements substantiels constants pour les agriculteurs et investisseurs.
  • L’investissement de 300 millions de dollars US sur huit ans des États-Unis dans les MDV pourrait servir de modèle pour le Canada. Cet investissement permettra d’améliorer les mécanismes de collecte de données et de créer des modèles algorithmiques, en vue d’établir les niveaux de référence actuels et futurs en matière d’émissions. Il déterminera également les protocoles d’analyse des sols, répertoriera des technologies de télédétection et d’échantillonnage des sols à la fois évolutives et abordables, et établira un réseau national de recherche pour améliorer les pratiques dans les exploitations. Le Canada devra effectuer un investissement similaire, proportionnellement à sa taille, pour que ses producteurs demeurent compétitifs.

Compensation carbone intégrée


Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Le processus aide les entreprises à éviter ou à réduire les émissions du périmètre 3 dans leur chaîne logistique et les prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes.

Crédits compensatoires


Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables générés par des énergies renouvelables ou d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par leurs activités.


2. Créer une base de données liées au climat pour aider les agriculteurs

    • Occasion

      Alimenter en données le secteur agricole pour gérer les risques et améliorer la productivité


  • Défi

    Manque de connaissances accessibles

Il est essentiel d’avoir une banque de données approfondie et étendue pour mesurer l’état des pratiques liées au climat et les futurs points sur lesquels il faut se concentrer. Cela dit, le manque de financement public des programmes de données liées au climat a entravé les efforts visant à gérer les risques et à améliorer la productivité.

Le gouvernement peut s’attaquer à ces défis et accélérer l’adoption de méthodes efficientes en élaborant un cadre pour la création d’une base de données nationale sur les sols :

  • En s’appuyant sur des années de travail d’AAC et des provinces, une base de données nationale sur les sols peut recueillir des données par l’entremise d’un système commun. Cela est essentiel pour comprendre la santé actuelle des différentes catégories de sols dans l’ensemble du Canada, particulièrement du fait que certaines cartes pédologiques n’ont pas été actualisées depuis les années 1950. Cela est également important pour comprendre l’incidence des sols sur les émissions d’oxyde nitreux (qui est particulièrement nocif pour les cultures et la santé humaine), la séquestration du carbone et les variations des stocks de carbone organique.
  • Établie et financée par AAC, une telle base de données pourrait servir de portail donnant accès à des renseignements économiques en temps réel et téléchargeables aux producteurs, experts et décideurs.

  • Le flux de données, venant des provinces, des laboratoires d’analyse des sols, des fournisseurs de machines agricoles et des opérateurs de matériel de télédétection, permettra d’établir en temps réel des niveaux de référence régionaux et nationaux en matière d’émissions. Il favorisera aussi la modélisation régionale des cultures, la mise en place de moyens pour améliorer la gestion des éléments nutritifs, et l’établissement de pratiques axées sur la biodiversité et la conservation de l’eau.
  • Armés de telles données éclairées, les agriculteurs pourraient réduire le risque entourant l’adoption de pratiques agricoles adaptées au climat par une bonne compréhension des conséquences économiques potentielles de l’adoption de nouvelles pratiques. La base de données pourrait également être un outil inestimable pour les entreprises et les sociétés de recherche intéressées à développer des technologies agricoles prêtes à l’exportation.

3. Mettre au point un système juste qui assure l’équité des marchés

    • Occasion

      Instaurer un système qui favorise l’adoption rapide des technologies durables


  • Défi

    Peu de reconnaissance pour les utilisateurs précoces

Les deux premiers éléments de notre ensemble de politiques sur les sols visent à favoriser un comportement futur. Notre dernier élément reconnaît les actions passées.

Les agriculteurs canadiens sont en avance sur les autres. Beaucoup d’entre eux ont mis en œuvre des pratiques adaptées au climat avant l’Accord de Paris, parfois de plusieurs décennies. Mais ces utilisateurs précoces s’inquiètent du fait que leurs stocks de carbone n’ont peut-être pas été dûment documentés avec les années. Après tout, pour que les producteurs soient récompensés sur le marché du carbone, ils doivent prouver qu’ils ont accru l’absorption du carbone au fil du temps.

Le manque de reconnaissance de ces utilisateurs précoces pourrait avoir des conséquences inattendues. Il risque notamment de démotiver les agriculteurs ou de les pousser à labourer de nouveau leurs terres (et ainsi libérer du carbone) afin de fixer un niveau de référence plus bas pour le carbone de leur sol – ce qui se traduirait par des paiements futurs plus élevés.

Les utilisateurs précoces qui peuvent prouver qu’ils ont accru leurs stocks de carbone pourraient être rémunérés de plusieurs façons:

  • L’exonération des gains en capital pourrait être accrue pour les terres agricoles admissibles. À l’heure actuelle, lors du transfert intergénérationnel d’un bien admissible, l’exonération peut représenter jusqu’à un million de dollars de la valeur du bien. Selon la nouvelle politique, les producteurs bénéficieraient d’une exonération correspondant à la valeur totale du carbone organique stocké dans leurs sols déterminée d’après les derniers prix du marché (en plus des exonérations actuelles). Cette valeur serait incluse dans la valeur des terres agricoles au moment du transfert et ne ferait pas partie de l’exonération reçue. À l’aide d’une analyse rétrospective, un processus de modélisation permettant d’estimer les variations passées de la quantité de carbone dans le sol, on peut connaître l’évolution des stocks de carbone organique des sols sur plusieurs années. Cette méthode peut être utilisée pour déterminer les estimations de référence et ainsi rémunérer les exploitants agricoles.

  • Les producteurs pourraient se voir accorder un ensemble de crédits d’impôt fondés sur les stocks de carbone scientifiquement prouvés de leurs exploitations ; ils pourraient ensuite utiliser ces crédits pour le paiement des impôts. Les crédits peuvent être utilisés sur dix ans, et les producteurs peuvent choisir l’année pour laquelle ils veulent s’en prévaloir aux fins du paiement des impôts.
  • Certains éléments de la recherche scientifique et du développement expérimental peuvent être simulés pour favoriser des investissements favorables sur le plan environnemental dans les exploitations. Un nouveau programme émettrait des crédits d’impôt à l’investissement aux exploitants agricoles qui investissent dans des projets qui font la promotion de services écosystémiques. Si un investissement correspond à une activité figurant sur une liste d’investissements appropriés au niveau des exploitations, les producteurs peuvent présenter une demande de crédit d’impôt.

Le méthane :
une occasion de croissance

Un producteur laitier juste au sud d’Ottawa nous a dit qu’il avait envie de se procurer un biodigesteur, mais qu’il était préoccupé par son prix élevé et sa viabilité économique. Le biodigesteur aiderait à la décomposition des matières organiques (comme le fumier) à sa ferme pour produire des biogaz, principalement du méthane. Cependant, il estime, comme d’autres agriculteurs à qui nous avons parlé, que les politiques canadiennes ne sont pas très attrayantes, même sous le programme de gestion de l’offre. Cela rend difficile de justifier l’acquisition d’un biodigesteur, malgré son rôle dans la réduction des coûts et la gestion des émissions.

Au sud de la frontière, c’est une tout autre histoire. En vertu de l’IRA, les agriculteurs américains sont bien placés pour profiter de crédits d’impôt de 30 % associés à la production de biogaz, au moins jusqu’en 2025. En outre, les programmes Rural Energy for America de l’U.S. Department of Agriculture ont octroyé 2 milliards de dollars US en prêt et subventions pour accroître l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, comme les biogaz.

Le Canada devra faire des investissements équivalents à ceux des États-Unis dans les biogaz afin de tirer parti de leurs avantages accrus sur le plan de la durabilité, de la conversion des déchets en énergie et de la réduction des coûts d’énergie.

4. Promouvoir des façons de rentabiliser la réduction des émissions de méthane

    • Occasion

      Instaurer un système qui favorise l’adoption rapide des technologies durables


  • Défi

    Peu de reconnaissance pour les utilisateurs précoces

Le Canada doit accroître sa production de produits alimentaires, mais en réduisant ses émissions. Les cultures et le bétail génèrent 10 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, le méthane en étant l’un des plus puissants.

En tant que signataire de l’engagement mondial sur le méthane, le gouvernement fédéral a reconnu que l’agriculture est responsable de 31 % des émissions totales de méthane du pays. La fermentation entérique, le processus de digestion des ruminants, représente 86 % de ce total, le fumier étant responsable du reste. Bien que le fumier contribue aux émissions de méthane, il peut aussi être considéré comme une source de gaz naturel renouvelable, ou biogaz.

Les technologies et les outils permettant de s’attaquer au méthane sont prêts, mais leur déploiement nécessitera à la fois du financement et une approche systémique globale. Nous recommandons les approches suivantes :

  • Le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les provinces pour créer un mandat national mixte visant à inciter les services publics à acheter du gaz naturel renouvelable (GNR) issu de digesteurs. Les provinces comme le Québec et la Colombie-Britannique exigent que d’ici 2030, les fournisseurs de gaz naturel offrent un mélange composé d’au moins 10 % de gaz renouvelable, ce qui incite les services publics à acheter du GNR. Cela a aussi encouragé les exploitants agricoles à installer des digesteurs qui produisent des biogaz pouvant être convertis en GNR chez un transformateur. Dans le cadre d’un mandat national, les provinces devraient définir le seuil minimal des mélanges.
  • Soutenir davantage de propositions pour la construction de digesteurs grâce au Fonds stratégique pour l’innovation (FSI). Même si le FSI accepte des propositions axées sur le secteur agroalimentaire, celles-ci ne constituent pas un volet fondamental du programme.

  • Des crédits peuvent être accordés aux producteurs dans le cadre du Règlement sur les combustibles propres pour les biocarburants utilisés dans le secteur du transport. En vue d’assurer l’efficacité du programme, ECCC pourrait le revoir au bout d’un an, et s’assurer que tous les participants reçoivent une compensation financière appropriée et que les obstacles à l’installation de biodigesteurs sont examinés et aplanis en temps opportun.
  • Le coût d’installation des digesteurs et des tuyaux pourrait être inclus dans le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres. L’IRA prévoit un crédit d’impôt pour les entreprises qui peut atteindre 50 % du coût de l’installation d’un digesteur. Un crédit d’impôt similaire sera nécessaire pour que le Canada puisse demeurer concurrentiel et développer le marché du GNR produit à l’aide de cette technologie. L’accélération des investissements dans la production de GNR fera augmenter l’offre de carburant ultrapropre destiné au transport.
  • Adopter des règlements et des politiques publiques souples sur l’ajout d’additifs destinés à réduire les émissions dans les aliments pour animaux. À l’heure actuelle, ces additifs ne sont pas admis sur le marché canadien en raison des règlements stricts. Un groupe d’experts permanent et indépendant pourrait conseiller les organismes de réglementation sur le potentiel de réduction des émissions et les avantages sur le plan de la productivité des technologies à faibles émissions d’alimentation des animaux. Le mandat de ce groupe d’experts pourrait être de collaborer avec les personnes chargées de la réglementation à Santé Canada et à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) en vue de revoir les règlements, de collecter des données et de fournir des conseils techniques sur les politiques relatives aux nouveaux additifs. Étant donné que de nombreux additifs ajoutés aux aliments des animaux sont considérés comme des médicaments vétérinaires, le groupe d’experts passera la réglementation en revue et la modifiera afin que l’innovation et la compétitivité soient prises en compte. Le groupe d’experts pourrait collaborer avec des partenaires commerciaux clés afin d’élaborer des normes favorisant les producteurs qui utilisent des additifs qui réduisent les émissions de méthane.

Les chaînes logistiques :
des moteurs stratégiques

Un producteur de pommes de terre de Lethbridge, en Alberta, a souligné l’efficacité du programme Gérance des nutriments 4B – des engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment et au bon endroit.

Cela dit, il estime que le gouvernement peut faire davantage dans le domaine des engrais pour assurer l’innocuité des intrants, essentielle pour préserver la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Ce qui est préoccupant, c’est que le Canada n’aura pas assez d’intrants agricoles pour soutenir l’ensemble de l’industrie s’il n’a plus accès à des fournisseurs externes, particulièrement les exportateurs d’envergure comme la Russie.

La promotion d’une industrie nationale des engrais et d’autres intrants agricoles permettrait de réduire les coûts et d’assurer une source stable de solutions novatrices pour les agriculteurs partout au Canada.

Un encouragement intérieur à la production d’intrants agricoles créera aussi des emplois dans les régions rurales, étant donné que les matières premières nécessaires à la fabrication de nombreux engrais novateurs, comme les biostimulants, proviennent de zones rurales et sont traitées près de leur source.

5. Renforcer le portefeuille d’engrais produits au Canada

    • Occasion

      Assurer la sécurité alimentaire du Canada


  • Défi

    Soutien insuffisant aux nouvelles entreprises biologiques

En plus de se soucier de leurs revenus, les agriculteurs doivent veiller à ce que l’approvisionnement en engrais et en solutions agricoles soit abordable et accessible.

Trois éléments essentiels composent les engrais : l’azote, le phosphore et le potassium. Ils apportent aux plantes les nutriments nécessaires à leur croissance et augmentent les rendements. Le Canada est le premier producteur de potasse (une forme courante de potassium) et répond à 31 % de la demande mondiale de ce produit. En revanche, il dépend d’autres pays pour l’azote et le phosphore.

Le Canada importe de l’engrais azoté de la Russie et depuis que celle-ci a envahi l’Ukraine, cette dépendance est devenue particulièrement préoccupante. Avant 2022, les exploitations du centre et de l’est du Canada consommaient annuellement plus de 660 000 tonnes d’engrais azoté importé de Russie (soit plus de 85 % du total des engrais azotés utilisés dans ces régions). Le gouvernement a imposé des tarifs douaniers substantiels sur les engrais en vue de pénaliser l’économie russe et les producteurs canadiens ont dû payer la facture.

Les produits biologiques, par exemple les biostimulants et les produits utilisés pour le contrôle biologique et la fertilité biologique (voir l’encadré), peuvent devenir des produits complémentaires ou de remplacement essentiels par rapport aux solutions agricoles traditionnelles. Les biostimulants peuvent être mélangés avec des engrais traditionnels pour favoriser la santé des sols et en augmenter l’efficacité, et représentent actuellement un marché de 12 milliards de dollars US à l’échelle mondiale[i]. Le Canada occupe une position unique de chef de file dans ce domaine étant donné que les matières premières nécessaires à la fabrication de ces solutions se trouvent dans les régions rurales. Le siège social des entreprises qui fabriquent ces produits se trouve souvent dans des collectivités rurales. Ces entreprises peuvent combler la demande locale d’engrais azotés organiques, tout en créant des emplois bien rémunérés.

Les maillons suivants peuvent contribuer à établir une chaîne de valeur agricole locale et résiliente :

  • L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), chargée de certifier les produits biologiques, devrait simplifier les processus d’approbation. Elle devrait aussi obtenir un financement supplémentaire pour embaucher plus de personnel, puisqu’il lui faut actuellement plus de 380 jours pour approuver de nouveaux produits – sans compter les retards possibles.
  • Renforcer les chaînes logistiques en améliorant les réseaux de transport comme les routes, les chemins de fer et les ports.

  • Fournir une aide gouvernementale aux entreprises biologiques afin d’étendre leur présence sur les marchés nationaux et étrangers. Les produits biologiques peuvent aider à limiter l’érosion des sols, qui coûte plus de 3 milliards de dollars chaque année aux agriculteurs canadiens et américains selon les chercheurs. Des subventions devraient être accordées aux chercheurs pour mener des essais sur le terrain en vue de la commercialisation. Même si de nombreux programmes de fertilisation continueront d’utiliser des produits chimiques, les agriculteurs peuvent y intégrer des solutions biologiques pour améliorer la santé des sols.
  • On estime que le secteur des extraits d’algues, souvent utilisés comme biostimulants, peut créer 30 000 emplois rien qu’en Colombie-Britannique, dans les régions rurales.
  • Établir les produits biologiques comme des produits lucratifs fabriqués au Canada. Plusieurs entreprises canadiennes offrent actuellement des solutions biologiques novatrices qui sont adoptées dans de nombreux marchés, notamment en Europe et en Amérique du Sud . En 2021, la moitié des détaillants canadiens d’engrais avaient une bonne opinion des biostimulants et plus de 80 % d’entre eux en vendaient . Les biostimulants courants comprennent les enzymes qui favorisent la fixation de l’azote, les extraits d’algues marines et certains champignons et bactéries.

Les solutions biologiques :


  • Contrôle biologique :
    Aide les plantes à lutter contre le stress biotique et prévient les dommages causés par les parasites, les agents pathogènes et d’autres organismes.

  • Biostimulant :
    Renforce les plantes pendant les périodes de stress abiotique en augmentant l’efficacité de l’utilisation des nutriments en vue d’améliorer la qualité globale des récoltes.

  • Fertilité biologique :
    Favorise la croissance des cultures par l’ajout d’organismes vivants dans les sols, sur les graines ou sur la surface des plantes ; ces organismes colonisent les tissus internes des plantes, ce qui stimule leur croissance.

Les technologies et les talents :
des avantages concurrentiels

Aux abords de Saskatoon, en Saskatchewan, un producteur de canola nous a dit qu’il ne se donnerait même pas la peine d’installer une affiche « Nous embauchons » cette année, ses plus récentes tentatives pour trouver des talents ayant été infructueuses. Comme d’autres agriculteurs, il estime que la recherche de main-d’œuvre va bien au-delà des ouvriers qui l’aident pendant les récoltes. Les exploitations agricoles ont besoin de spécialistes sur place et d’un réseau de conseillers pour cerner ce qui nécessite leur attention. Ces spécialistes doivent communiquer de l’information rapidement à partir des données provenant de la machinerie pour accroître l’efficacité.

Une autre préoccupation des agriculteurs est le coût prohibitif des technologies essentielles et des innovations qui pourraient éliminer certaines tâches fastidieuses. Les spécialistes sur place et les technologies qui peuvent aider à gérer les sécheresses et les épisodes météorologiques deviendront indispensables à leur succès.

Pourtant, les investissements dans ces domaines sont en baisse depuis quelques années. Afin d’assurer que les exploitants ont accès aux technologies et aux talents, les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient accroître leur soutien en recherche et développement pour réduire le coût des innovations, des réseaux de conseillers et de la formation.

L’ensemble de politiques suivant pourrait aider à perfectionner les talents et à stimuler l’innovation :

6. Soutenir un secteur agricole qui carbure à l’innovation

    • Occasion

      Trouver la prochaine vague d’agrotechnologies majeures au Canada


  • Défi

    Investissements minimes en agrotechnologie

Le lancement d’un marché du carbone dynamique et la croissance de l’analytique des données massives prépareront le terrain pour la prochaine génération d’entreprises agricoles canadiennes technophiles.

Toutefois, les investissements dans les agrotechnologies sont moins importants au Canada que dans d’autres pays comparables, ce qui freine l’innovation. En 2021, les sociétés américaines d’agrotechnologie ont amassé plus de 6,9 milliards de dollars US de capital-risque. À titre de comparaison, seulement 270 millions de dollars US sont allés aux entreprises canadiennes. Le financement public et privé de la recherche et du développement doit augmenter afin que les entreprises agrotechnologiques canadiennes puissent prendre de l’expansion.

Voici comment le Canada peut ajuster ses mécanismes de financement :

  • Amener le secteur privé et Innovation, Sciences et Développement économique Canada à investir dans la création d’un réseau, semblable au Clean Resource Innovation Network (CRIN) pour les projets pétroliers et gaziers qui favorisent la recherche et le développement. Ce partenariat public-privé regrouperait des exploitants agricoles, des exploitations intelligentes, des établissements de recherche, des investisseurs et des entreprises (petites, moyennes et grandes) de toute la chaîne logistique agricole.
  • Organiser des concours (de façon semblable au CRIN) visant le développement et la commercialisation de technologies durables. Par exemple, un appel à propositions axé sur la réduction des émissions nocives d’oxyde nitreux pourrait stimuler l’innovation dans les domaines de la génétique pour les cultures fixatrices d’azote, des engrais plus efficaces, ou d’autres technologies permettant aux plantes de capter l’azote directement de l’atmosphère, réduisant ainsi les besoins en engrais à forte intensité énergétique.

  • Permettre aux entreprises novatrices de présenter leurs solutions et de financer leurs innovations. Les exploitants agricoles participants et les exploitations intelligentes du réseau pourraient évaluer les innovations directement au moyen d’essais sur le terrain à un coût négligeable. De leur côté, les chercheurs pourraient mener des études sur lesquelles les entreprises s’appuieraient aux fins de commercialisation, ce qui leur donnerait accès à des investisseurs de différents niveaux. Les entreprises du réseau pourraient accéder aux investissements en priorité, puis créer un partenariat entre leurs équipes de recherche et de développement et les entreprises agrotechnologiques participant aux défis.
  • Accroître la recherche et le développement du secteur privé afin d’éliminer les obstacles qui touchent actuellement la main-d’œuvre agricole. Les technologies peuvent automatiser les processus, permettre aux exploitants agricoles de se concentrer sur la gestion, réduire les intrants et accroître les rendements.

7. Faire revivre les réseaux de partage des connaissances du Canada

    • Occasion

      Mettre sur pied un portail de connaissances agricoles canadien


  • Défi

    Infrastructures insuffisantes

Les services de vulgarisation agricole – une constellation d’experts en agriculture répartis dans chaque province – et les universités canadiennes ont depuis toujours soutenu les agriculteurs en leur offrant des directives. Les agronomes et les experts de ces réseaux ont souvent donné des conseils aux producteurs quant aux stratégies et technologies les plus appropriées. Mais, avec les années, la plupart des universités se sont désengagées, et les services provinciaux de vulgarisation ont perdu de leur lustre en raison de compressions de leur financement. L’inverse s’est produit aux États-Unis, où de nombreuses universités ayant bénéficié d’un don de terrain (« land-grant universities ») fournissent différents programmes d’aide aux producteurs.

Voici comment le Canada peut faire revivre ces réseaux :

  • Les agriculteurs peuvent se renseigner auprès d’experts du privé et profiter de leurs connaissances. Cependant, alors que l’urgence climatique grandit, une plus grande contribution des provinces est indispensable. En effet, les démonstrations dans les exploitations agricoles représentent le moyen le plus efficace d’encourager l’adoption des nouvelles pratiques de gestion et des innovations. Les agriculteurs ont aussi indiqué que le manque d’accès aux experts, aux démonstrations dans les exploitations agricoles et aux connaissances était un des principaux obstacles à leur adoption.

  • Les services de vulgarisation devraient envisager une nouvelle approche axée sur la collaboration entre les acteurs publics, privés et institutionnels. Une nouvelle approche mixte inciterait les provinces à s’associer aux universités et établissements postsecondaires de formation agricole en augmentant les investissements fédéraux et provinciaux dans les installations de recherche sur les campus. Elle ferait également la promotion des services-conseils des ministères de l’Agriculture provinciaux (comme en Nouvelle-Écosse), ce qui pourrait soutenir le recrutement.
  • Le secteur privé a un énorme rôle à jouer lui aussi, ses agronomes pouvant offrir des recommandations en temps réel aux agriculteurs afin de les aider à accroître leur productivité.

8. Favoriser les investissements dans la formation postsecondaire

    • Occasion

      Élargir et approfondir le bassin de talents dans le secteur agricole


  • Défi

    Lacune dans le recrutement de talents aux aptitudes diversifiées

Le secteur agricole canadien connaîtra bientôt l’un de ses plus grands bouleversements au chapitre de la main-d’œuvre et de l’importance de son rôle. Pour relever ce défi, il faut continuer d’élargir les politiques d’immigration actuelles qui accélèrent l’admission des agriculteurs qualifiés et des travailleurs agricoles.

Voici comment nous pouvons assurer que de futures générations de producteurs et qu’un réseau de conseillers et de consultants seront prêts à fournir leur expertise :

  • Les universités et les collèges de formation agricole devraient poursuivre la création de programmes de microcertification et de programmes ouverts aux personnes ayant étudié dans divers domaines. La création de programmes qui combinent l’expertise de différentes facultés aidera à accroître l’exposition des étudiants à l’agriculture.

  • Un programme de gestion du carbone pourrait inviter des étudiants de différentes facultés pour leur montrer comment les émissions de gaz à effet de serre sont mesurées, et comment créer des objectifs d’affaires permettant de réduire les émissions ainsi que les moyens les plus efficaces de suivre les progrès.
  • L’élimination des obstacles pour les titulaires de diplômes étrangers (par exemple, les vétérinaires) peut contribuer à combler les besoins en main-d’œuvre et à accroître la productivité dans le secteur agricole.

Les consommateurs :
des moteurs de l’évolution des marchés

Une pomicultrice du Québec nous a posé la question suivante lors d’un événement à Ottawa : pourquoi le gouvernement ne cherche-t-il pas proactivement à acheter des produits alimentaires respectueux du climat auprès de producteurs nationaux ? Tout en reconnaissant que l’approvisionnement est régi par des ententes commerciales qui doivent être respectées, elle estime que les gouvernements devraient montrer l’exemple et faire leurs achats localement pour témoigner de leur soutien.

Il peut être difficile de mobiliser les consommateurs à cet égard, et le gouvernement a un rôle à jouer en montrant l’exemple. Les recherches dont il est question dans Sol fertile, un autre rapport de notre série La prochaine révolution verte, ont constaté que peu de consommateurs sont prêts à payer plus cher pour des aliments produits de façon durable.

Pour stimuler le marché, les divers paliers de gouvernement doivent faire un effort concerté afin de rémunérer les producteurs qui mettent en œuvre des pratiques agricoles adaptées au climat.

9. Influencer les habitudes d’achat par l’approvisionnement

    • Occasion

      Établir un programme gouvernemental de « prime verte »


  • Défi

    Non-optimisation des leviers d’approvisionnement par le gouvernement

Pour établir un cercle vertueux, les politiques d’approvisionnement du gouvernement doivent respecter ses engagements en matière de carboneutralité.

Voici comment les politiques d’approvisionnement du secteur public peuvent soutenir les pratiques agricoles adaptées au climat :

  • Afin d’améliorer la durabilité dans l’ensemble des ministères fédéraux, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada devrait établir un programme d’approvisionnement écologique pour l’achat d’aliments produits selon des pratiques agricoles adaptées au climat. Selon les données disponibles, le gouvernement fédéral achète annuellement plus de 400 millions de dollars de produits alimentaires pour ses services. Si cet argent était consacré à l’achat d’aliments produits de façon durable, les agriculteurs auraient l’assurance d’avoir un acheteur ; cela pourrait aussi contribuer à la réduction du gaspillage alimentaire.

  • L’établissement de normes et de certifications claires et largement reconnues permettrait aux producteurs de vendre leurs marchandises au gouvernement. Il pourrait s’agir de mesures visant notamment à améliorer la santé des sols, la gérance des nutriments 4B, les partenariats sur le bétail, les pratiques de pâturage, de consommation d’eau, d’énergie et de carburants, ainsi que la restauration des prairies indigènes. Les paramètres devraient être mis à la disposition de tous les agriculteurs canadiens.
  • Ces normes et certifications devraient être administrées directement par des groupes de producteurs et des organismes du secteur agricole. Ces groupes mèneraient des entrevues dans les exploitations afin de vérifier les pratiques qui y sont appliquées et informeraient les producteurs de leur statut. Les résultats seraient communiqués au gouvernement avant l’attribution de la certification. Le financement de ces groupes devrait être bonifié en vue de couvrir le coût des vérifications. Leur rôle étant élargi, les organismes devraient obtenir des ressources supplémentaires pour présenter les pratiques de pointe en matière de gestion des terres dans les exploitations.
  • Pour que le gouvernement puisse rendre des comptes, il devrait y avoir un mécanisme de suivi des progrès réalisés par Ottawa par rapport à l’adoption accrue de pratiques agricoles adaptées au climat.

Conclusion

Les producteurs canadiens à qui nous avons parlé au cours de la dernière année sont bien placés pour assurer leur croissance. Le secteur s’est démarqué en tant que source importante d’emplois, d’occasions commerciales et de gains économiques, même durant les périodes de crise.

Pourtant, les producteurs estiment que les récents budgets gouvernementaux ont été moins audacieux que ceux des pays comparables qui mettent en œuvre des programmes générationnels.

Les gouvernements canadiens ont une occasion d’intensifier leurs engagements et de mettre en place des politiques solides qui reconnaissent le potentiel économique du secteur ainsi que son rôle à l’échelle mondiale en tant qu’exportateur de produits alimentaires fiable et de chef de file en agriculture adaptée au climat.

Le moment est venu pour le Canada de se démarquer.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteur principal : Mohamad Yaghi, Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC

RBC
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Caprice Biasoni, graphiste spécialisée
Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC
Gwen Paddock, directrice générale, Développement durable, Banque Royale du Canada

Arrell Food Institute
Evan Fraser, directeur, Arrell Food Institute, Université de Guelph
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat
Lisa Ashton, Ph.D.
Emily Duncan, Ph.D.

BCG
Killian Berz, directeur général et associé principal
Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Chris Fletcher, directeur général et associé principal
Thomas Foucault, directeur général et associé
Taylor Whitehouse, responsable principal de projet
Chris Kornas, responsable principal de projet

  • Erin Doherty, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Alice Raine, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Rene Van Acker, doyen, Ontario Agriculture College, Université de Guelph
  • Lenore Newman, directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Fraser Valley
  • Rickey Yada, doyen, Land and Food Systems, Université de la Colombie-Britannique
  • David McInnes, fondateur et coordonnateur national de l’Indice national de rendement agroalimentaire
  • Kim McConnell, partenaire stratégique, AdFarm
  • Keith Currie, président de la Fédération canadienne de l’agriculture
  • Peggy Brekveld, présidente de l’Ontario Federation of Agriculture
  • Tyler McCann, directeur général, Institut canadien des politiques agroalimentaires
  • Barbara Schwartzentruber, agrégée supérieure et directrice de programme, Systèmes agricoles et alimentaires, Smart Prosperity Institute/The Natural Step
  • Cameron Charlton, vice-président, Grandes entreprises clientes, RBC
  • Scott VanEngen, spécialiste de la planification financière, RBC Dominion valeurs mobilières Inc.
  • Karen Proud, présidente et directrice générale, Fertilisants Canada
  • Catherine King, vice-présidente des affaires publiques, Fertilisants Canada
  • Cassandra Cotton, directrice du développement durable, Fertilisants Canada
  • Fawn Jackson, cheffe du développement durable, Producteurs laitiers du Canada
  • Fiona McNeil-Knowles, spécialiste du développement durable, Producteurs laitiers du Canada
  • Adam Hayter, Hayter’s Farm
  • Wayne Cantelon, Cantelon Farms
  • Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario
  • Michael Williamson, président-directeur général et cofondateur de Cascadia Seaweed
  • Nick Harsulla, directeur des relations avec les gouvernements, United Farmers of Alberta

  1. « Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada : un article sur la transformation de l’industrie agricole et l’adaptabilité des agriculteurs canadiens », Statistique Canada, dernière modification le 11 mai 2022.
  2. Stratus Ag Research, « Tracking biostimulants: Retailers – USA and Canada 2022 ».

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En cette période de croissance de la demande en électricité et de forte concurrence autour des fonds visant à soutenir la décarbonation, le Canada fait face à un enjeu de taille.

Avec ses réseaux électriques à faibles émissions, le pays dispose d’une longueur d’avance, mais il devra beaucoup investir s’il veut étoffer une infrastructure fiable propice aux activités industrielles non polluantes.

Alors que la course à la carboneutralité s’accélère, l’Inflation Reduction Act (IRA) promulgué par les États-Unis constitue un catalyseur essentiel – les mesures incitatives, qui se chiffrent en milliards de dollars, vont permettre au Canada de tirer un profit supplémentaire de la transition énergétique, mais l’IRA impose par ailleurs à Ottawa, aux provinces et au secteur de l’électricité de s’engager davantage. Un réseau canadien vert et beaucoup plus étoffé jouerait le rôle de tremplin pour les nouveaux marchés de l’énergie.

La semaine dernière, le gouvernement fédéral, qui entend relever le défi, a dévoilé son très attendu Règlement sur l’électricité propre (REP), qui trace la voie plus ou moins directe vers un réseau électrique carboneutre à compter de 2035.

Après avoir exigé des réseaux sans émissions, Ottawa a adouci le ton, pris en compte les besoins particuliers de chaque province et admis la difficulté de la tâche consistant à assurer la transition énergétique tout en maintenant le coût abordable de l’électricité et la fiabilité du service. Le gouvernement reconnaît que le pays a besoin de toutes les sources d’énergie dont il dispose pour bâtir une infrastructure fiable, mais il entend prévoir des garde-fou pour que les nouveaux investissements se fassent en faveur des sources les moins polluantes.

Si Ottawa et les provinces ne s’entendaient pas jusqu’ici sur le rôle que jouera le gaz naturel à faibles émissions, le gouvernement est désormais plus clair. Sous sa forme actuelle, le REP offre une certaine latitude, mais il est entendu que la production d’électricité par le Canada devra être carboneutre 15 ans plus tôt que les autres secteurs de l’économie.

Sur le plan de la crédibilité du pays, le Règlement va jouer un rôle déterminant. Seul un bouquet diversifié (centrales au gaz avec capture du carbone, énergie nucléaire, hydroélectricité, énergies renouvelables) permettra de répondre à la demande, qui ne fait que croître. Les bailleurs de fonds seront d’autant plus portés à investir dans les nouveaux secteurs (chaînes d’approvisionnement liées aux véhicules électriques, exploitation minière durable, etc.).

Il appartient maintenant aux provinces d’adopter le Règlement. Le gouvernement fédéral entendra leurs commentaires jusqu’en novembre 2023. La version définitive du REP devrait être publiée d’ici 2024.

Certaines provinces auront du mal à atteindre la carboneutralité d’ici 2035

Émissions de GES dues au secteur de l’électricité

Province ou territoire Émissions de GES des réseaux
électriques (en mégatonnes)
Part des réseaux dans les
émissions totales de la région
Part de l’électricité propre
ou renouvelable (%)
Colombie-Britannique 0,4 1 97,5
Alberta 32,7 13 15,1
Saskatchewan 13,9 21 14,1
Manitoba 0 0 99,8
Ontario 3,7 2 92,3
Quebec 0,3 0 99,7
Nouveau-Brunswick 3,5 28 73,4
Nouvelle-Écosse 6,3 43 26,6
Île-du-Prince-Édouard 0 0 99,3
Terre-Neuve-et-Labrador 1 10 97,8
Yukon 0,1 9 72,8
Territoires du Nord-Ouest 0,1 4 68,7
Nunavut 0,2 25 0,2
Canada 62,1 9 82,6

Source: Environnement et Changement climatique Canada, Régie de l’énergie du Canada, Institut d’action climatique RBC

La Place Du Gaz Naturel

Les consultations auxquelles le REP a donné lieu l’an dernier ont suscité des tensions entre Ottawa et les provinces qui dépendent des énergies fossiles, comme l’Alberta, qui vient d’annoncer un moratoire de six mois sur les projets concernant les énergies renouvelables. D’autres provinces qui misent sur le gaz (Saskatchewan, Ontario et Nouvelle-Écosse) se disent également préoccupées.

Les producteurs d’électricité se demandent si, avec le recours accru à l’énergie éolienne ou solaire, il sera toujours possible de répondre à la demande sans que des pannes se produisent. En Ontario, la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE) relève que 40 % des épisodes météorologiques pouvant affecter la production à partir de sources renouvelables sont d’une durée supérieure à celle du stockage de l’électricité dans les batteries. L’augmentation de la demande en électricité et du coût des solutions telles que le stockage et les centrales nucléaires renforce la position des producteurs de gaz.

La flexibilité relative des règles proposées devrait toutefois permettre de rassurer les acteurs et de ne pas retirer entièrement son rôle au gaz naturel :

  • Les unités de production d’au moins 25 mégawatts (MW) raccordées au réseau à compter de 2035 ne devront pas dépasser le seuil annuel de 30 tonnes de CO2 par gigawattheure (GWh) d’électricité produite (une centrale au gaz classique en émet de 400 à 500 tonnes par GWh).
  • Aux fins des exigences de fiabilité, les turbines à gaz d’appoint non modifiées pourront fonctionner 5 % du temps sans respecter la norme sur les émissions. Ottawa a envisagé une plage plus longue, mais les coûts ne diminueraient alors que de 2 %, alors que les émissions augmenteraient.
  • Pour les turbines à gaz en service avant 2025, les émissions seront non plafonnées pendant 20 ans (cette concession ne s’appliquera probablement pas aux turbines qui ne sont pas encore sur la planche à dessin, puisqu’elles ne pourront entrer en service avant 2025).
  • Les exploitants de centrales au gaz qui installeront des dispositifs de capture du carbone pourront demander une dérogation : leurs émissions annuelles moyennes pourront atteindre 40 tonnes/GWh pendant les 7 années suivant la mise en service du dispositif.
  • Le REP ne s’appliquerait pas à l’électricité produite hors réseau (pour des fins particulières), ni aux émissions associées à la composante thermique des équipements produisant à la fois de la chaleur et de l’électricité (comme ceux utilisés par l’industrie des sables bitumineux). Ces émissions continueront en effet de faire l’objet de la taxe carbone imposée aux grands émetteurs.

Toutes ces dispositions donneront à l’Alberta et à la Saskatchewan la latitude nécessaire pour réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Des incitatifs sont cependant prévus pour amener les provinces à se passer graduellement du gaz naturel.

Les Provinces Prennent Le Relais

Selon nous, le gouvernement a fait d’importantes concessions aux provinces et aux industriels sans vider de sa substance un règlement qui devrait influer fortement sur le rôle des centrales au gaz non équipées de dispositifs de réduction des émissions.

Le seuil des 5 % imposé aux unités d’appoint est sévère (bien des centrales de pointe fonctionnent au-delà), mais la transition vers le gaz (comme en Alberta, qui commence à transformer ses centrales au charbon) sera autorisée pendant au moins 20 ans, ce qui devrait permettre aux exploitants d’amortir l’investissement.

Là où la séquestration de carbone ne pourra se faire, il sera difficile de mettre en service de nouvelles centrales de base au gaz. Si le Règlement entre en vigueur sous la forme proposée, il est peu probable qu’on en construise dans l’est du Canada sans une sérieuse stratégie de capture et de séquestration du carbone, et sans étude des possibilités de stockage. Le modèle prôné par le gouvernement fédéral offre en effet peu de possibilités d’émissions dans le cadre réglementaire à venir, même si l’on tient compte des concessions accordées aux centrales d’appoint : après 2035, la part du gaz naturel dans la production canadienne d’électricité devrait être comprise entre 0,5 % et 1 %.

La réglementation et les crédits d’impôt à l’investissement prévus dans le budget de 2023 devraient faciliter la transition.

En prélude à l’annonce d’une stratégie sur l’électricité propre, Ottawa a laissé entendre que les fonds fédéraux seraient réservés aux provinces qui prendront des mesures concrètes visant à la carboneutralité.

Les gouvernements provinciaux devront probablement s’engager publiquement en faveur des objectifs de carboneutralité 2035 et commencer à réduire les émissions dans les autres secteurs. La transition sera d’autant plus rapide que les provinces faciliteront la délivrance des permis nécessaires à la mise en œuvre des lignes de transport, des projets de stockage d’électricité et des équipements de capture du carbone.

Collaborateurs :

Auteur principal : Colin Guldimann, premier économiste

Institut d’action climatique RBC
Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique
Yadullah Hussain, directeur de rédaction
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

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La stratégie de l’Ontario en matière de réseau propre publiée cette semaine semble tout prévoir.

La province redouble d’efforts dans le domaine de l’énergie nucléaire, maintient l’exploitation du gaz naturel et envisage d’augmenter la production d’hydroélectricité, tout en intégrant davantage d’énergie solaire et éolienne dans le réseau.

Le plan du gouvernement provincial visant à répondre aux besoins croissants en électricité à long terme mérite des éloges. Le projet d’investir davantage dans le nucléaire renforcera la certitude que le réseau électrique de l’Ontario permettra d’atteindre l’objectif zéro émission nette d’ici 2050 . Toutefois, sa dépendance vis-à-vis du gaz naturel à court terme pourrait menacer les cibles climatiques à court terme.

Le « Plan de l’Ontario pour un avenir énergétique propre » indique que le gouvernement reconnaît la dépendance de la croissance économique de la province à l’égard de plus d’électricité propre : un réseau plus vert permettrait à la province d’attirer des milliards de dollars d’investissements dans la transition énergétique, notamment dans les chaînes logistiques des véhicules électriques, la décarbonisation des secteurs industriels, le stockage de l’énergie et les minéraux critiques.
Cependant, le plan est un peu incomplet en raison de la priorité sur les années 2040. Si la province décide de maintenir les centrales au gaz naturel dans son bouquet énergétique, elle risque de susciter un conflit politique avec le gouvernement fédéral, qui s’apprête à mettre en place le règlement sur l’électricité propre.

 

Augmentation de la demande

D’ici 2050, la capacité de production d’électricité de l’Ontario (la quantité d’énergie que la province peut produire en même temps) devrait plus que doubler pour atteindre 88 000 mégawatts. La province aura aussi à remplacer une capacité de production d’électricité de 20 000 mégawatts dans les trois prochaines décennies. Compte tenu de l’augmentation de la population ces prochaines décennies, l’Ontario devra relever le défi d’alimenter le réseau sans accroître ses émissions.

Grâce en partie aux subventions, la province attire également des investissements sans précédent dans la fabrication de batteries pour véhicules électriques, l’élaboration d’acier propre et d’autres secteurs, ce qui pèserait sur la capacité de production. Une fois lancés, les cinq principaux investissements dans la nouvelle économie de l’énergie feront à eux seuls grimper la demande industrielle de 21 %.

Renaissance nucléaire

L’Ontario investit fortement dans de nouveaux réacteurs nucléaires pour répondre à la demande. Elle a annoncé la semaine dernière son intention de faire de la centrale nucléaire de Bruce le plus grand site nucléaire du monde, en agrandissant sa capacité de 4 800 mégawatts et en ajoutant trois petits réacteurs modulaires innovants à celui prévu sur le site nucléaire à Darlington en 2021.

Source de secours
C’est ce que la province appelle sa « police d’assurance ». Le gaz naturel continuera à jouer un rôle à mesure que les sites à Darlington et Bruce seront remis en état dans les dix prochaines années (à l’apogée, quatre unités nucléaires représentant 9 % de la capacité de l’Ontario seront hors service). À cette fin, la province est à la recherche de 1 500 MW de nouvelles capacités de production de gaz (une croissance d’environ 15 %, si réalisée). Or, cette évolution pourrait nuire aux plans de réduction des émissions de la province : selon une récente estimation de la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE), les émissions du secteur de l’électricité devraient presque tripler d’ici 2030, car les centrales au gaz remplaceront à court terme la production d’électricité nucléaire.

Certes, une certaine quantité de gaz sera requise pour répondre à la hausse des pointes de consommation due à la multiplication des journées chaudes, mais il existe d’autres options à explorer, comme nous l’avons indiqué dans notre récent rapport intitulé Virage énergétique : comment l’Ontario peut réduire sa facture d’électricité de 450 milliards de dollars.

Soutien aux énergies renouvelables
La province achète des infrastructures de stockage de l’électricité, ce qui est essentiel si elle veut utiliser l’énergie éolienne et solaire de manière plus rentable. L’acquisition actuelle de 2 500 MW d’infrastructure de stockage d’énergie propre constitue le plus important achat de batteries dans l’histoire du Canada. L’infrastructure de stockage d’énergie d’Oneida et le projet hydroélectrique à réserve pompée de Marmora représentent aussi des développements positifs.

Cependant, étant donné l’intégration de plus d’énergies renouvelables dans le réseau de la province, la construction de lignes de transport deviendra indispensable pour brancher l’électricité des sites éloignés. La province n’a pas encore défini de stratégie pour résoudre ce problème imminent de transport.

Ce qui manque

À notre avis, le plan à long terme de la province est plutôt bien conçu : le nucléaire et l’hydroélectricité renforcent la plupart des nouvelles énergies renouvelables, tandis que certaines questions se posent quant à l’électricité de pointe provenant du gaz avec captage du carbone ou de l’hydrogène. L’Ontario s’efforce d’accroître sa capacité hydroélectrique et d’explorer les technologies prometteuses à faible émission de carbone, comme le gaz naturel renouvelable et le diesel renouvelable, afin de conserver son rôle de centre des technologies propres.

Toutefois, le manque d’orientation à court terme sur les infrastructures clés suscite l’inquiétude. Le transport sera essentiel pour intégrer les énergies renouvelables, il faudra investir dans les sociétés de distribution locales pour faciliter l’électrification des ménages et s’assurer que le réseau peut alimenter les véhicules électriques et les thermopompes, et une technologie plus intelligente peut contribuer à limiter les pointes d’utilisation de gaz naturel à court et à moyen terme.

Le plan propose de bonnes premières mesures pour favoriser un système électrique plus flexible, notamment en autorisant les consommateurs à accéder aux données sur les services publics par le bouton vert (un programme de suivi de l’efficacité énergétique) et en encourageant l’utilisation de l’énergie décentralisée (comme le système héliotechnique sur le toit) ou les économies d’énergie.

L’investissement à long terme de l’Ontario dans le nucléaire permettra d’ouvrir une voie claire vers les objectifs climatiques de 2050 . Néanmoins, pour éviter d’investir massivement dans des infrastructures émettrices au cours des prochaines années, la province devra agir rapidement et rendre les coûts plus transparents pour les consommateurs.