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92 à zéro est le dernier bulletin de la série sur le climat des groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC. Il fait suite au rapport phare de l’équipe, Une transition à 2 billions de dollars.Depuis des décennies, RBC collabore avec les collectivités autochtones et nous continuons à avancer avec elles sur la voie du progrès et de la réconciliation. La Commission royale sur les peuples autochtones est le produit d’un cri d’alarme qui a entraîné la production d’une œuvre intitulée Cost of Doing Nothing (l’inaction coûte cher) de même que la rédaction d’autres rapports, dont Un chemin tracé. Dans le cadre de notre Stratégie climatique, nous nous engageons à assurer la durabilité et à accélérer la transition zéro émission nette. Ces initiatives nous permettent d’écouter ce que les gens ont à dire et d’en tirer des leçons, et d’utiliser notre plateforme pour donner plus de voix aux Autochtones.

Il est clair que les priorités nationales de carboneutralité et de réconciliation avec les Autochtones sont étroitement liées. Dans ce même esprit, nous croyons que les démarches de réconciliation de RBC se recouperont de plus en plus avec nos priorités climatiques.

92 à zéro souligne l’incroyable apport des autochtones en capitaux, en connaissances et en processus décisionnel à la transition à 2 billions de dollars vers un Canada à zéro émission nette. o Ce rapport contribuera à informer une initiative nationale de <> que nous avons récemment lancée. Dirigée par Phil Fontaine, l’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations, nous espérons que cette initiative servira d’inspiration vers la reconciliation.

Nous devons aujourd’hui agir pour faire tomber les obstacles systématiques qui empêchent l’épanouissement du capital autochtone, tout en soutenant la réconciliation et l’action pour le climat. Nous espérons que ce rapport nous poussera plus loin sur cette voie.

Nous reconnaissons que RBC a élu domicile dans les territoires non cédés de l’île de la Tortue (Amérique du Nord), résultant de traités traditionnels et modernes, où habitent de nombreux peuples des Premières Nations, inuits et métis.

Points clés :

  • La transition Vers un Canada à zéro émission nette reposera sur des sources cruciales de capitaux conservés par les nations autochtones. RBC estime que le Canada aura besoin d’environ 2 billions de dollars de capitaux au cours des 25 prochaines années, une grande partie de ces fonds provenant de sources autochtones, ou de partenariats autochtones, notamment de propriétés autochtones.
  • Une approche de transition climatique dirigée par des Autochtones et des possibilités économiques vers la carboneutralité seront essentielles à la réconciliation économique.
  • Le Canada doit plus précisément miser sur quatre formes de capitaux autochtones pour atteindre la carboneutralité et la réconciliation économique :

Capital naturel: Les terres autochtones comportent d’importantes ressources essentielles aux systèmes énergies vertes et à la révolution des technologies propres. Au moins 56 % des nouveaux projets de mines de minéraux critiques, 35 % des meilleurs sites solaires et 44 % des sites éoliens les plus performants se situent sur des territoires autochtones.

Capital financier: Le patrimoine croissant des collectivités autochtones comprend environ 20 milliards de dollars de biens en fiducie et jusqu’à 100 milliards de dollars de revendications territoriales et autres revendications. Ce capital sera requis pour attirer les milliards d’investissements privés et publics dans l’énergie propre pour l’atteinte de la carboneutralité.

Capital intellectuel: La prise en compte des valeurs autochtones et des connaissances traditionnelles dans la transition permettra d’obtenir des résultats plus durables et rentables. Elle peut consolider la position du Canada en tant que chef de file dans le secteur des techniques régénératrices, de la préservation de la biodiversité et des solutions de carbone fondées sur la nature. C’est notre meilleur atout dans la course aux investissements du secteur de l’énergie avec d’autres pays.

Capital humain: Les jeunes leaders et entrepreneurs autochtones joueront un rôle crucial en générant les idées novatrices nécessaires à la transition verte. La cohorte de jeunes connaissant la plus forte croissance au Canada se trouve dans les communautés autochtones, qui peuvent ainsi contribuer à une main-d’œuvre pour l’avenir zéro émission nette. Ces jeunes profiteront de bons emplois dans les secteurs des métiers qualifiés, des technologies de pointe, des entreprises commerciales, etc.

Que signifie 92 ?

Pour redresser les torts causés par les pensionnats et faire progresser le processus de réconciliation au Canada, la Commission de vérité et réconciliation de 2015 a lancé 94 appels à l’action. Le 92e portait spécifiquement sur les affaires et la réconciliation. Lisez-le ici.

Nous reconnaissons que RBC a élu domicile dans les territoires non cédés de l’île de la Tortue (Amérique du Nord), résultant de traités traditionnels et modernes, où habitent de nombreux peuples des Premières Nations, inuits et métis.

Les communautés autochtones peuvent propulser la croissance de l’économie verte

Pour de nombreux peuples autochtones du Canada, le tressage est un geste sacré. Rassembler chaque brin de cheveux à partir de sa propre racine dans le but d’en faire un tout plus fort, plus unifié. Un brin de cheveux qui, seul se casse facilement, est plus résistant tressé avec les autres.

Le foin d’odeur est tissée et brûlée avec de la sauge, du cèdre et du tabac, ce rituel renforçant la communauté, qui à son tour prend soin de la plante.

De même, pour relever le défi de cette génération face aux changements climatiques, le Canada doit rassembler les éléments essentiels du capital autochtone de façon à arrimer durablement une stratégie zéro émission nette.

Cette nouvelle approche est loin de se limiter à l’aspect monétaire. Elle s’appuie également sur le capital naturel – d’importants volets de projets miniers, solaires et éoliens essentiels dépendent de l’accès aux terres autochtones – sur la richesse autochtone en croissance (capital financier), le savoir autochtone traditionnel (capital intellectuel) et le vigoureux entrepreneuriat autochtone ainsi que ses talents (capital humain). Chacun doit renforcer l’ensemble.

Pour libérer ce capital, le Canada aura besoin de nouveaux outils qui favoriseront le développement de l’énergie propre. Conséquemment, nous devrons renforcer nos engagements dans ce sens et instituer de meilleures mesures incitatives pour le partenariat avec les Autochtones, un plus grand partage des avantages issus des projets et une participation plus équitable des Autochtones au moyen de modèles propices au financement. Il faudra établir des critères d’investissement tenant compte des perspectives autochtones et visant plus expressément l’essor des entrepreneurs autochtones et du leadership des jeunes.

Il faudra avant tout une nouvelle approche du partenariat consolidant le rôle des droits des Autochtones, leur leadership, leur prise de décisions et leur consentement.

Ces mesures concrètes permettront d’attirer de plus en plus de sources de capitaux autochtones vers la carboneutralité. Aussi, elles permettront de mobiliser un capital privé essentiel au développement prévisible, à de meilleurs résultats environnementaux et à des retombées sociales majeures.

Un partenariat important prend du temps à s’installer. Mais les exigences du passage à la carboneutralité sont immédiates, et il n’y a qu’une occasion à saisir pour réussir.

Il incombe maintenant à chacun de s’unir aux autres pour que tous ensemble, nous allions de l’avant.


Capital naturel: Le chemin de la carboneutralité passe par les terres autochtones


Le Canada fait face au défi climatique mondial avec un lot d’avantages exceptionnels. Son territoire comprend d’énormes quantités de ressources pour produire de l’énergie conventionnelle ou renouvelable, des atouts certes enviables, mais non sans complications. Tout en continuant d’utiliser le pétrole et le gaz et de travailler à produire cette énergie de façon plus durable, le Canada doit commencer à exploiter les ressources qui feront tourner l’économie propre de l’avenir.

Et ces ressources sont en grande partie indissociables des terres autochtones. Des recherches de RBC montrent qu’au moins 56 % de grands projets miniers d’avant-garde touchent des territoires autochtones. Les meilleures occasions de développement des énergies renouvelables se recoupent aussi sur les terres autochtones, qui représentent au moins 35 % des meilleurs sites pour l’énergie solaire et 44 % des meilleurs sites pour l’éolien. Les droits des autochtones s’appliquent sur de nombreux autres territoires à propos desquels un dialogue s’impose.

Pour inclure ces biens dans sa stratégie zéro émission nette, le Canada doit revoir son modèle de partenariat avec les Autochtones, de sorte qu’il commence par un véritable dialogue et un consentement digne de ce nom.

Les terres autochtones comportent des ressources fondamentales

  • Au moins 56 % des 60 milliards de dollars investis dans de grands projets miniers d’avant-garde concernent des territoires autochtones, dont 26 % dans un rayon de 20 kilomètres de réserves autochtones, de terres octroyées par des ententes et d’autres terres dont le titre s’apparente à des titres de propriété, et 30 % dans des territoires non cédés où les droits des Autochtones sont revendiqués.
  • Au moins 35 % des sites les plus importants où seront investis les 30 milliards de dollars requis pour le développement de l’énergie solaire sont situés près de terres faisant l’objet de titres s’apparentant à des titres de propriété.1.
  • Et au moins 44 % des meilleurs sites pour les 135 milliards de dollars requis dans le développement éolien font l’objet de titres s’apparentant à des titres de propriété.

Les communautés autochtones ont leur mot à dire, mais n’ont pas de pouvoir de décision

Une plus grande reconnaissance juridique et politique des droits fonciers a permis aux voix autochtones de s’exprimer à la table de négociation à l’égard des projets de développement, en particulier sur les territoires non cédés et les territoires faisant l’objet de traités modernes.

Ces progrès font suite à des décennies de politique gouvernementale qui ont empêché les peuples autochtones de prendre des décisions et les ont privés de leurs droits ancestraux et de leurs droits issus de traités. Cela a créé un cycle de sous-investissement, de pauvreté et de traumatisme qui persiste dans de nombreuses communautés aujourd’hui.

Comment les peuples autochtones ont-ils été écartés de la prise de décisions concernant leur territoire ?

Les colons ont dès le départ coopéré avec des groupes autochtones et créé des alliances commerciales et militaires stratégiques mutuellement avantageuses qui ont contribué à la survie des Européens dans les territoires. Les politiques gouvernementales officielles de dépossession des terres et les lois paternalistes de suppression et d’assimilation culturelle ont toutefois fini par prendre le dessus au fil du temps. Le gouvernement n’a jamais pleinement respecté les ententes originales, et a omis de faire participer les peuples autochtones à la prise des décisions.

Les 50 dernières années ont été déterminantes dans l’affirmation des droits fonciers des Autochtones, ceux-ci étant issus de l’occupation initiale des terres par les peuples autochtones et non de l’occupation des Britanniques. Les gouvernements ont une obligation, parfois fiduciaire, de consultation quant à la plupart des actions susceptibles de se répercuter sur les droits des Autochtones. Ils doivent absolument justifier toute infraction et offrir une indemnisation lorsqu’il le faut. Plusieurs importantes décisions judiciaires ont étendu cette obligation des droits établis aux droits revendiqués.

L’intégration de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDP) aux lois du Canada et de la Colombie-Britannique renforcera le besoin d’impliquer les Autochtones plus tôt, et favorisera la prise de décision conjointe et le consentement des parties lors de l’élaboration de projets.

 

À mesure que les communautés autochtones recouvrent leurs droits et leur souveraineté, la façon de faire des affaires se rapproche du véritable esprit qu’adoptaient les Autochtones et les nations colonisatrices lors des premiers accords de coopération ou des traités qui ont guidé le partage du territoire où nous avons vécu ensemble en parallèle.

Mais des conflits continuent de survenir, qui peuvent entre autres donner lieu à des manifestations publiques contre les entreprises de développement. Bien que les tribunaux se soient montrés de plus en plus disposés à créer un précédent en matière de consultation, ils ont également établi que les droits des Autochtones ne sont pas absolus.

Le gouvernement se trouve souvent à devoir prendre des décisions difficiles dans l’intérêt national.Cela a toutefois conduit à des politiques problématiques et à un défaut d’approche d’entreprise nuisant au dialogue. Trop souvent, les peuples autochtones n’avaient qu’une case à cocher pour approuver des projets déjà planifiés qui ne respectaient ni leurs valeurs communautaires, ni leur gouvernance, ni leurs échéanciers, ou le processus menant au consensus.

Les frictions qui s’en sont suivies ont mené à l’annulation de projets, à des coûts et des échéanciers débridés, et à des phases de planification précipitées laissant de côté le vaste savoir des Autochtones concernant la gestion des terres.

Une approche par opposition est une façon de poursuivre le développement énergétique. Mais elle est loin d’être idéale. Il en résulte des contestations judiciaires, des abandons de fiducies d’utilité sociale, des retards et de l’incertitude en matière d’investissement qui constituent une menace considérable pour les ambitions du Canada en matière de climat.

Conclure un véritable partenariat

Certains dirigeants autochtones ont fait savoir au milieu des affaires canadien qu’ils n’envisageaient pas les choses de la bonne façon. Plutôt que de représenter un risque de projet, les peuples autochtones peuvent apporter quelque chose d’unique. Ils peuvent améliorer la certitude et les rendements, offrir des connaissances approfondies concernant les lieux et de meilleurs résultats environnementaux et sociaux. Aussi, comme les droits des peuples autochtones continuent d’attirer l’attention de la communauté internationale, leur réintégration dans le développement de l’énergie propre pourrait devenir une force concurrentielle.

“Je crois que beaucoup de promoteurs vont devoir changer leur façon de penser pour voir que les peuples autochtones représentent une source possible de capital, une revalorisation de leur projet naissant, plutôt qu’un potentiel de risque.”

Mark Podlasly
Directeur, Politique économique
First Nations Major Projects Coalition

Pour y parvenir, les communautés autochtones doivent jouer un rôle actif en tant que véritables partenaires. Ainsi nous faut-il tenir compte de leurs voix, de leurs valeurs,de leurs connaissances et de leur prise de décision dès les premières étapes d’un projet. Il faut prévoir suffisamment de temps pour ce processus, comme les mois ou les années consacrés au développement de l’Ouest.

Le dialogue constructif et le véritable consentement s’exercent au fil du temps passé à bâtir la confiance, à partager l’information et à réaligner les modalités du partenariat en fonction de l’évolution des priorités. Il comprend également la possibilité de dire non – certains projets ne seront pas conformes aux valeurs communautaires, et il peut être nécessaire de les réorienter ou, dans certains cas, de les abandonner.

Le pouvoir de l’équité à l’égard des autochtones

Les intérêts des Autochtones dans les nouveaux projets énergétiques sont en croissance. L’équité améliore le profil de risque des projets, à la fois par le partage continu de l’information et la capacité des deux parties à façonner leur orientation.

La participation peut permettre de créer une richesse intergénérationnelle et d’orienter la gérance des terres. Cela correspond à la vision à long terme d’un monde durable qu’adoptent de nombreux pays, en particulier les Haudenosaunee (Iroquois), qui évoquent le principe de la «septième génération » selon lequel les décisions sont en partie déterminées par les répercussions qu’elles auront sur les sept prochaines générations.

Par contre, les engagements à court terme dans bon nombre d’ententes sur les répercussions et les avantages actuelles (portant sur l’approvisionnement autochtone, l’emploi, l’investissement communautaire ou les redevances) répondent de moins en moins aux priorités des communautés autochtones, surtout compte tenu des précieuses sources de capitaux qu’elles contrôlent.

La participation n’est pas une solution universelle. Certaines communautés n’ont peut-être pas l’appétit pour le risque ou l’expertise nécessaires pour gérer le placement en actions. Le développement de l’infrastructure est complexe et risqué, et les prêteurs qui financent les projets peuvent se méfier des partenaires de taille sans trop d’expérience en construction ou en exploitation. Certains projets axés sur des carburants de transition ou des technologies contribuant très peu à la réduction des émissions (comme le pétrole, le gaz naturel ou la capture, l’utilisation et le stockage du carbone) pourraient comporter des risques à long terme.

Et les capitaux propres ne sont pas toujours une option pour les communautés autochtones qui voudraient les faire jouer. Même les communautés qui ont des activités génératrices de revenus peuvent se voir refuser du financement par des prêteurs privés pour une portion de leur apport en capital. Pour les communautés qui n’ont pas d’activités génératrices de revenus, l’option sur actions est encore plus inaccessible.

Les promoteurs de projets, les institutions financières et les gouvernements doivent éliminer cette lacune du financement par actions. Il faut alors renforcer les capacités et fournir des services-conseils pour aider les communautés à faire des choix éclairés entre les différents accords de partenariat et à négocier les meilleures conditions

“Notre pays a connu l’expansion industrielle […], nous nous sommes retirés et avons assisté à la destruction de notre territoire, de notre environnement et de nos ressources culturelles puis sommes devenus des partenaires actifs dans un processus où nous avions un siège à la table.”

Chief Crystal Smith
La nation Haisla Présidente
First Nations LNG Alliance


Capital financier: Le leadership autochtone contribuera à alimenter la transition à 2 billions de dollars


Les grandes entreprises canadiennes qui détiennent 8 billions de dollars d’actifs mondiaux se sont engagées à investir dans l’économie zéro émission nette. Cependant, les investissements annuels dans des projets écologiques ne sont pas près d’atteindre les 80 milliards de dollars requis chaque année. Le patrimoine financier des Autochtones n’a pas l’ampleur nécessaire pour primer dans le financement de la transition à 2 billions de dollars. Mais avec plus de 20 milliards de dollars d’actifs en fiducie et jusqu’à 100 milliards de dollars en revendications territoriales et autres revendications, il peut néanmoins générer des retombées importantes.

La plus grande occasion réside dans le pouvoir du capital financier des Autochtones et leur volonté de prendre part au substantiel financement privé nécessaire pour atteindre la carboneutralité de diverses façons, soit en atténuant le risque des projets, en augmentant les rendements, en améliorant les résultats environnementaux et en rehaussant l’acceptation sociale. Mobiliser les investisseurs pour soutenir l’investissement responsable auprès des Autochtones accélérera ce processus tout en améliorant la réconciliation économique.

Les actifs en croissance des Autochtones sont réintroduits dans les collectivités

Une plus grande reconnaissance des droits fonciers autochtones et l’application plus soutenue de ces droits ont ajouté à la richesse financière des communautés autochtones. Ces ajouts dérivent en partie des règlements de revendications territoriales ou d’indemnités pour des violations passées de droits issus de traités ou d’autres droits. Comme plus de 250 revendications particulières n’ont pas encore fait l’objet de négociation et que plus de 160 revendications sont actuellement à l’étude, et que de plus, il y a les litiges en cours et les revendications territoriales, on peut s’attendre à de nouvelles augmentations de ces actifs.3

Le projet de développement Sen̓ ákw sur des terres de réserve de la Nation Squamish à Vancouver, un projet de construction d’un immeuble polyvalent d’une douzaine de tours, est le plus important projet de développement économique des Premières Nations de l’histoire du Canada et le premier projet de logements zéro émission à grande échelle. En partenariat avec un promoteur privé, la Nation contribue à la mise en valeur de la terre. Coûtant 3 milliards de dollars pour la construction, le projet pourrait générer des revenus de 8 à 12 milliards de dollars pour la Nation sur la durée de vie de la propriété louée à bail.

Distincts de la richesse individuelle, ces actifs sont au profit de la collectivité, ils soutiennent les dépenses liées à l’infrastructure physique, sociale ou culturelle, au développement économique ou aux versements destinés aux membres. Ils sont de plus en plus utilisés pour décarboner les communautés locales, pour des projets zéro émission nette dans le domaine de l’environnement bâti par exemple, ou pour des projets d’énergie renouvelable, des lignes de transport apportant de l’électricité plus propre aux communautés éloignées dépendantes du diesel, ou encore pour des participations dans des projets pour le développement durable, comme des installations pour produire du carburant durant la transition ou de l’énergie solaire et de l’éolien.

Bien qu’en croissance, les actifs financiers autochtones demeurent insuffisants, à la suite de nombreuses années de non-reconnaissance des droits des Autochtones et des entraves à leur économie. Il y a aussi des variations importantes dans le patrimoine financier détenu par les communautés en fonction de l’entente dont le titre des territoires fait l’objet (traité moderne ou historique, territoire non cédé), de l’emplacement (urbain ou éloigné) et de la proximité avec les grands projets d’exploitation des ressources. Par exemple, les nations Squamish, Musqueam et Tsleil-Waututh procèdent à des développements majeurs sur leurs territoires traditionnels non cédés autour de Vancouver et dans la région moderne de cette ville. En revanche, un échantillon limité comprenant les 500 Premières Nations de 2015 à 2016 montrait que la moitié d’entre elles avaient des revenus inférieurs à 3 millions de dollars, tandis que la nation au sommet avait des revenus s’élevant à 100 millions de dollars4.

Reconnaître officiellement la valeur du partenariat autochtone

Les dirigeants autochtones peuvent offrir la plus grande certitude à long terme quant au développement des infrastructures. De plus, les promoteurs et les scientifiques occidentaux commencent à reconnaître la valeur du savoir autochtone dans la conception de projets.

Les gouvernements et les principaux promoteurs de projets doivent reconnaître financièrement la valeur qu’apportent les partenaires autochtones. Une rémunération équitable mènera à une base d’actifs financiers autochtones croissante qui pourra être réinvestie dans le bien-être communautaire et positionner les pays pour l’investissement zéro émission nette. Cela signifie trouver de nouveaux modèles d’évaluation qui ne se limitent pas aux terres louées ou à des droits de passage. À l’heure actuelle, les communautés qui cherchent une participation après la phase de construction risquée achètent souvent une participation dans un projet plus intéressant, mais à un coût plus élevé. Ceci malgré leur participation active à la réduction du risque dès le départ. En ce qui concerne les connaissances traditionnelles, les communautés sont souvent dédommagées pour le temps ou l’argent qu’elles y consacrent, mais pas nécessairement pour leur propriété intellectuelle en tant que « consultants sur le terrain ». La classification appropriée de ces caractéristiques comme étant favorable aux rendements des projets peut mener à leur monétisation, ce qui contribue à combler l’écart entre les actifs financiers et les financements par actions autochtones.

Accélérer le zéro émission nette grâce à l’investissement responsable axé sur les Autochtones

Les communautés autochtones prospères investissent dans des produits financiers conformes à leurs valeurs culturelles et utilisent des stratégies activistes pour inciter les entreprises à faire mieux. Ils rehaussent leur impact et renforcent leur capacité grâce à des partenariats avec des investisseurs partageant les mêmes idées.

La National Aboriginal Trust Officers Association (NATOA), un organisme de ressources et de formation, et Share, un organisme d’investissement responsable, ont créé l’Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable. Il vise à mobiliser les investisseurs canadiens pour « … utiliser leurs voix et leur capital pour promouvoir des résultats économiques positifs pour les peuples autochtones, notamment par l’emploi, le soutien aux entrepreneurs autochtones, le renforcement des partenariats avec les communautés autochtones et le respect des droits autochtones »10.

Il est de plus en plus admis que les entrepreneurs et les collectivités autochtones pourraient être un point de focalisation intéressant pour les approches axées sur l’investissement d’impact. De plus, les facteurs autochtones, comme le codéveloppement de projets autochtones ou la participation des Autochtones à la gouvernance d’entreprise, peuvent être importants pour la réussite globale des entreprises et des projets. Mais alors que les intentions sont en hausse, les outils et le cadre réglementaire pour mobiliser la finance n’en sont qu’aux premiers stades.

  • Les normes ESG qui sont de plus en plus déployées sur les marchés financiers ont largement omis les priorités et les perspectives des Autochtones, et ont été élaborées sans leur apport.
  • Les questions autochtones sont trop souvent considérées comme un facteur « S » dans la modélisation des critères ESG, qui négligent les fondements juridiques uniques de la participation autochtone, ainsi que la nature environnementale unique du développement mené ou guidé par les Autochtones11.
  • Le marché du fonds d’actions durable de 1,3 billion de dollars n’a pas de fonds qui mettent explicitement l’accent sur les questions autochtones.
  • La demande des investisseurs a été insuffisante pour établir des produits de placements conformes aux priorités des Autochtones.
  • Les engagements commerciaux concrets à l’égard des questions autochtones ne sont pas suffisamment importants, ni divulgués et vérifiables, pour élaborer des produits diversifiés.

Alors que la conjoncture de placement évolue, l’inaction des entreprises et des investisseurs à l’égard des priorités climatiques et autochtones devient de plus en plus évidente pour les résultats.

“Grâce aux efforts de nos aînés, ma génération a pu avoir des possibilités ; oui, il y a des défis, mais je n’ai pas eu besoin de me battre pour être reconnu. Ces possibilités qui me sont données sont une responsabilité d’apporter une contribution à la communauté”

Joseph Bastien
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Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable


Capital Intellectuel: le pouvoir de l’intendance des terres et des connaissances autochtones


Le capital autochtone ne se limite pas au capital naturel et financier. La reconnaissance de la valeur des voix et des connaissances autochtones peut être un puissant moteur de la réconciliation économique et de la croissance.

Des générations de savoir autochtone traditionnel ont façonné une approche de la gestion des terres qui assure la durabilité à long terme des écosystèmes. Chaque communauté se spécialise dans la préservation des relations délicates entre les personnes, les plantes et les animaux sur son territoire traditionnel. Cette approche est holistique, ancrée dans l’interdépendance de l’environnement, du bien-être et de la culture. Il s’agit du principe de réciprocité et de durabilité.

Il n’est pas rigide, mais évolue.

Alors que le Canada cherche à bâtir une économie prospère tout en minimisant les dommages environnementaux, en préservant la biodiversité et en développant des puits de carbone naturels pour la gestion du climat, les connaissances et les façons autochtones d’acquérir des connaissances deviendront des avantages concurrentiels essentiels.

L’exploitation de ces actifs peut également offrir des possibilités économiques aux peuples autochtones qui n’ont pas toujours bénéficié des droits fonciers.

Mais cela signifiera adopter une vision différente du monde.

Vision à deux yeux pour de meilleurs résultats

Etuaptmumk, ou la vision à deux yeux est un principe Mi’kmaq qui nous demande de voir d’un œil avec la force de la gérance, des connaissances et des façons autochtones d’acquérir des connaissances, et de l’autre avec la force des outils et des systèmes occidentaux. L’association des deux perspectives peut créer des solutions zéro émission nette réfléchies et plus rentables.

L’unification du savoir autochtone fondé sur le milieu et des méthodes scientifiques occidentales améliore les résultats des études environnementales pour les projets de développement. En soi, l’approche scientifique traditionnelle ne peut offrir qu’une vision étroite de l’environnement local et nécessite une extrapolation avancée, par exemple, sur les tendances migratoires initiales des poissons ou sur la façon de restaurer un site de projet récupéré dans son écosystème d’origine depuis des décennies. Le savoir autochtone, acquis au fil de siècles de variations climatiques, peut enrichir ou contextualiser ces informations, produisant des conclusions plus solides. De même, les méthodes occidentales peuvent compléter les connaissances traditionnelles. Par exemple, les dispositifs de suivi sur les espèces locales à risque peuvent élargir l’information et la compréhension de leurs mouvements.

“[Mi’kmaq Ecological Knowledge] est un ensemble cumulatif de connaissances qui se transmet de génération en génération, de l’aîné à l’enfant et qui est dynamique. MEK s’appuie sur un monde naturel en constante évolution – alors que les connaissances écologiques évoluent au fil du temps et que de nouvelles expériences permettent de faire valoir de nouvelles connaissances sur l’écologie de la Terre, les Mi’kmaq continueront d’apprendre, de croître et de partager, comme ils le font depuis plus de dix mille ans.”

Mi’kmaq Ecological Knowledge Study Protocol
assemblée des chefs Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse

Les lois fédérales exigent désormais l’intégration du savoir autochtone dans la méthode d’évaluation de l’environnement, avec une orientation provisoire révélant que les connaissances traditionnelles doivent être considérées comme la source d’un cadre « des renseignements complémentaires influents, aux côtés de la science occidentale »12.

Toutefois, le savoir autochtone n’a pas encore une place égale dans les études environnementales. Alors que la science occidentale se voit accorder des mois, voire des années, pour faire son travail, les processus d’évaluation ne prévoient souvent qu’un court délai pour obtenir la contribution des Autochtones, vers la fin. Les communautés autochtones ne sont souvent pas en mesure d’accéder à cette information, car elle doit être recueillie auprès des détenteurs de connaissances de la communauté, et ils peuvent être réticents à la partager si la relation de confiance n’est pas solide. D’autres voudront peut-être produire leurs propres études traditionnelles fondées sur le savoir.


Capital Humain une nouvelle génération
de dirigeants stimule l’innovation


Une plus grande participation dans l’élaboration de projets locaux, l’accroissement de la richesse et la reconnaissance de la valeur du savoir autochtone donnent plus de pouvoir à une nouvelle génération de peuples et d’entrepreneurs autochtones. L’économie autochtone, estimée à plus de 30 milliards de dollars par année en 2016, dépasse la croissance de l’économie nationale globale et devrait atteindre 100 milliards de dollars d’ici 202413,14.

Driving change est un groupe en pleine expansion de jeunes dirigeants autochtones instruits. Ces dirigeants sont en train de briser le cycle des traumatismes intergénérationnels des pensionnats et de faire avancer de nouveaux modèles de réconciliation et de développement économique. Appuyés par des droits fonciers plus solides et un capital croissant, ils poursuivent une approche axée sur les Autochtones en matière de développement économique durable qui établit un lien entre l’investissement et la prospérité communautaire. Ils créent des réseaux avec d’autres dirigeants autochtones, passés et présents, et ils agissent souvent par l’entremise d’organisations autochtones de plus en plus influentes, comme le Conseil canadien pour le commerce autochtone, la Coalition de Premières Nations pour les grands projets, le Conseil des ressources autochtones ou l’Association nationale des sociétés autochtones de financement.

Bon nombre d’entre eux sont à la tête de grandes entreprises économiques et sont en train d’élaborer un nouveau modèle pour la prochaine génération, qui juge que la représentation autochtone est encore limitée dans les entreprises canadiennes. En 2020, seulement 0,3 % des sièges au conseil d’administration étaient occupés par des Autochtones, bien qu’ils représentent 4,9 % de la population canadienne15.

Les entreprises canadiennes recherchent de plus en plus des perspectives et la représentation autochtones. Parallèlement, il sera important de ne pas retenir les talents autochtones, surtout dans les communautés éloignées. Les entreprises qui ont un objectif social clair et qui utilisent des modèles innovateurs pour partager les talents autochtones avec leurs communautés sont plus susceptibles de réussir.

Les talents et les entreprises locaux peuvent procurer un avantage concurrentiel

Les projets zéro émission nette proposés par les dirigeants autochtones à leurs communautés disposeront d’un capital humain puissant. De plus, de nombreuses communautés s’intéressent aux partenariats économiques qui incluent des avantages sociaux à long terme. Cela signifie des emplois de plus grande valeur pour les Autochtones et un perfectionnement des compétences qui perdurent au-delà du projet, et qui comprennent des occasions à tous les niveaux, y compris la planification, la conception, la construction, la gestion et l’exploitation.

C’est également dans l’intérêt des promoteurs de projets. D’une part, il s’agit d’un signe du véritable partenariat que les chefs autochtones rechercheront lorsqu’ils choisiront des collaborateurs. D’autre part, dans un monde marqué par de graves pénuries de main-d’œuvre et des chaînes logistiques mondiales fragiles et coûteuses, un réseau d’employés et de fournisseurs locaux fiables offre de la valeur. La constitution de ces réseaux prend du temps. Cependant, la transition du système énergétique canadien sera un projet intergénérationnel.

La transition zéro émission nette peut bénéficier d’une main-d’œuvre autochtone plus jeune que pour l’ensemble du Canada. Les jeunes autochtones représentent la cohorte de population qui connaît la croissance la plus rapide, et leur nombre augmente quatre fois plus rapidement que la population non autochtone. Les Autochtones poursuivent de plus en plus des études postsecondaires, en particulier les femmes, dont 52 % ont obtenu un diplôme d’études postsecondaires en 2016. Les jeunes autochtones apprécient leurs langues, leur identité et leur culture, et ils ont confiance en leurs aptitudes fondamentales, y compris leur esprit critique, leur communication ou leur collaboration, qui sont tous au cœur de l’avenir du monde du travail16,17. L’emploi déjà fort des Autochtones dans les professions de l’économie des ressources et des métiers qualifiés au Canada, et la plus grande proximité des régions éloignées, se traduisent par une transition plus facile vers les compétences nécessaires à l’énergie propre et à l’infrastructure verte.

Pendant ce temps, les entrepreneurs autochtones développent de nouvelles entreprises neuf fois plus que la moyenne canadienne, avec 50000 entreprises appartenant à des Autochtones dans divers secteurs canadiens18. Bon nombre de ces entreprises font la promotion des valeurs et du savoir autochtones, de Cheekbone Beauty, fondée par Jenn Harper, une femme anishinaabe dont la gamme de cosmétiques durables de haute qualité apporte une contribution à la communauté, à l’application mobile SIKU, un réseau social dirigé par les Inuits pour aider les chasseurs à partager leurs connaissances en temps réel des conditions des glaces et du comportement des animaux.

Pour aller de l’avant avec la réconciliation, il ne faut pas faire abstraction du passé ni de l’impact qui perdure dans tant de communautés autochtones. Tous les Canadiens, y compris les entreprises canadiennes, ont un rôle plus important à jouer dans la réconciliation, notamment en appuyant de nouvelles approches en matière d’éducation et de voies vers l’emploi, comme nous l’avons vu dans notre rapport de 2021, Des connexions à bâtir. Qu’il s’agisse d’occasions d’apprentissage et de programme coopératif pour les étudiants autochtones ou de capital pour les jeunes entrepreneurs, une approche axée sur les compétences en matière de transition climatique sera essentielle.

“Je pense aux progrès [réalisés par les groupes autochtones], et il s’agit d’un petit groupe qui sort des sentiers battus, qui se penche sur l’innovation. Il nous faut comprendre et trouver un moyen d’inciter tout le monde à nous suivre”

Chief David Jimmie
Chef de la direction de Squiala First Nation
Président, Conseil des chefs de la nation Stó:lō

La planification des ressources et des moyens d’aide sont nécessaires. Les organisations dirigées par des Autochtones fournissent certaines de ces ressources, outre la NATOA, la Coalition de Premières Nations pour les grands projets et d’autres, l’AAFA Canada fournit des services de développement des outils en gestion, en finance et en gouvernance autochtones. Le Indigenous Leadership Development Institute Inc. (ILDII) renforce la capacité de leadership des Autochtones grâce à une formation spécifique. Mais un accès plus large et de nouveaux partenariats seront essentiels.

D’autres innovations financières contribuent à combler les écarts de capitaux qui existent depuis longtemps entre les communautés autochtones et le reste du pays. Il faudrait environ 83 milliards de dollars en capital pour combler le déficit de financement selon les estimations de 201319. Toutefois, les entrepreneurs autochtones sont encore confrontés à des obstacles auxquels d’autres entrepreneurs canadiens n’ont pas à faire face Les limites imposées par la Loi sur les Indiens et le sous-investissement du gouvernement dans les actifs continuent de limiter l’utilisation des maisons ou d’autres sources de garantie pour les prêts conventionnels.

Les approches novatrices peuvent souvent contourner cette situation, mais la complexité peut faire peur à certains prêteurs ou susciter une aversion pour le risque importante dans le domaine des prêts aux Autochtones. De plus, comme il faut faire appel à de nombreux gouvernements, organisations autochtones et programmes privés pour obtenir du financement, les processus de demande et les échéanciers peuvent être complexes et prendre du temps.


Une voie à suivre


Dans son livre, Tresser les herbes sacrées, Robin Wall Kimmerer décrit la propagation du foin d’odeur comme une culture non pas à partir du vent ou des animaux, mais à partir de racines souterraines appelées rhizomes. Après avoir longtemps survécu à l’inconnu, la communauté autochtone émerge aujourd’hui avec force et s’empare de la prospérité fondée sur la reconnaissance des éléments essentiels qui l’ont nourrie : capital naturel, humain, financier et intellectuel.

Pour atteindre zéro émission nette, le Canada devra réunir ce capital autochtone avec le capital non autochtone par une intention positive et une action délibérée. Si cette politique est menée correctement, elle peut promouvoir la réconciliation et un avenir prospère à zéro émission nette pour tous au Canada.

Voici quelques questions clés auxquelles les Canadiens doivent répondre :

  • Quelles sont les étapes de l’engagement que les promoteurs de projet doivent élaborer avec les communautés autochtones pour obtenir et maintenir le consentement au développement, compte tenu de l’évolution des définitions du consentement et des priorités propres à la communauté ?
  • rComment les communautés autochtones peuvent-elles communiquer de façon proactive leurs structures de gouvernance interne, leurs processus de mobilisation privilégiés et la position ou les conditions générales de l’énergie propre et du développement de l’infrastructure ?
  • Comment peut-on élaborer de meilleurs modèles de participation pour englober la vaste gamme d’actifs, d’ambitions et de priorités dans l’ensemble des communautés autochtones ?
  • Comment les établissements financiers et les gouvernements non autochtones et autochtones peuvent-ils combler les lacunes dans le financement de projet nécessaire pour assurer une véritable propriété autochtone ?
  • Comment peut-on adapter les normes et les mesures internationales des critères ESG afin d’intégrer les perspectives autochtones et le contexte propre au Canada, y compris le cadre juridique des droits ?
  • Quelles sont les meilleures pratiques pour comprendre et intégrer de façon significative le savoir et les perspectives autochtones dans les processus décisionnels de projet ainsi que dans les stratégies de développement économique plus générales ?
  • Comment peut-on aider les communautés autochtones à prévoir l’offre de main-d’œuvre, les compétences ou le réseau de fournisseurs nécessaires pour participer activement aux occasions de développement économique ?

Pour en savoir plus, go to rbc.com/climate.

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Collaborateurs:

  • John Stackhouse, Premier vice-président, Bureau du chef de la direction
  • Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe, Leadership avisé, Services économiques
  • Alanna La Rose, Directrice, Partenariats stratégiques
  • Colin Guldimann, Économiste
  • Darren Chow, Premier directeur, Médias numériques
  • Naomi Powell, Rédactrice en chef, Leadership avisé, Services économiques

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Le nouveau compromis climatiqueest le dernier bulletin la série sur le climat des groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC. Il fait suite au rapport phare que l’équipe a publié en octobre 2021, Une transition à 2 billions de dollars. Cette série sur le climat vise à informer et à donner des idées pour assurer la prospérité du Canada ; elle appuie également l’engagement de RBC à défendre des solutions climatiques intelligentes, un pilier clé de la Stratégie climatique RBC.

 

Qu’advient-il des changements climatiques quand la sécurité énergétique est en jeu ?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a ébranlé les marchés mondiaux de l’énergie. Alors que les gouvernements et les consommateurs doivent composer avec des pénuries et une flambée des prix du gaz et de l’électricité, les politiques climatiques se heurtent à l’enjeu de la sécurité énergétique.

L’ancien ordre énergétique est bouleversé, et l’Europe et l’Asie cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement pour remplacer les importations russes. Le fait que Moscou exploite la vulnérabilité énergétique de l’Europe ne sera pas oublié de sitôt et a accéléré deux tendances contradictoires : une décarbonation rapide et une augmentation précipitée de la production de combustibles fossiles, du moins à court terme.

Cette dichotomie met en lumière une dure réalité : si aucune mesure additionnelle d’envergure n’est prise, le pétrole et le gaz demeureront probablement des sources d’énergie controversées, mais essentielles pendant plus longtemps que certains le pensent.

Plusieurs questions cruciales se posent donc pour l’Occident :

Le Canada et les États-Unis devraient-ils accroître substantiellement leur production à court terme afin de freiner la progression des prix ?

Comment peuvent-ils concilier une hausse de la production avec leurs ambitieux plans de réduction des émissions ?

Si les gouvernements ne parviennent pas à trouver l’équilibre entre action climatique et sécurité énergétique, les coûts élevés de l’énergie et la hausse des émissions saperont-ils la confiance du public ?

Il est important de souligner que le Canada peut encore atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050, malgré les embûches.

Le gouvernement canadien souhaite une augmentation de la production de pétrole et de gaz pour atténuer les effets de la crise mondiale à court terme, tout en gardant résolument le cap sur la décarbonation et la compétitivité du secteur à long terme.

Nos recherches montrent que les deux objectifs sont réalisables, mais à un coût énorme. Il est important de souligner que le Canada peut encore atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050, malgré les embûches.

Il n’y a toutefois pas une minute à perdre. Les politiques qui seront adoptées au cours des 24 prochains mois doivent définir la voie du Canada en matière de climat et d’énergie en vue de la carboneutralité en 2050.


Principales conclusions :

Le secteur pétrolier et gazier du Canada peut favoriser la sécurité énergétique à court terme, tout en permettant de réaliser des progrès sur le plan du climat. Cependant, il faut que le cadre réglementaire soit prévisible et que tous les paliers de gouvernement apportent leur soutien.

Jusqu’à 500 000 barils par jour de pétrole classique et extrait des sables bitumineux pourraient s’ajouter aux niveaux de 2021.


Cela entraînerait une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 9 millions de tonnes par an, qui serait compensée au coût d’au moins 1,5 milliard de dollars par an. Toutefois, le gain net potentiel serait de 10,5 milliards de dollars par an. Notons que si le pétrole canadien remplace celui d’autres pays, les émissions mondiales n’augmenteront pas.

Pour atteindre les cibles climatiques malgré l’accélération de la production, des investissements massifs devront être faits dans la réduction du méthane, ainsi que dans l’électrification et le captage du carbone dans tous les secteurs.

Une réduction de 40 % d’ici 2030 des émissions liées aux sables bitumineux par rapport aux niveaux actuels nécessitera probablement des investissements de l’ordre de 45 à 65 milliards de dollars entre 2024 et 2030 ; ces dépenses culmineront à 9 milliards de dollars par an, environ, au milieu de la décennie.

Afin de parvenir à la décarbonation complète en amont au moyen du captage, de l’utilisation et du stockage du carbone (CUSC), une technologie essentielle à la réduction des émissions, le prix du WTI devra avoisiner 50 $ US en moyenne jusqu’en 2050.

La technologie de décarbonation dans le secteur des sables bitumineux devra être déployée en suivant une approche réfléchie pour éviter de trop investir dans des solutions coûteuses. Le CUSC doit être considéré comme un outil parmi d’autres à la disposition du Canada.







CHAPITRE 1

Le pétrole restera indispensable pendant longtemps

On n’a jamais imaginé que la décarbonation serait facile. Cela dit, elle provoque d’importantes perturbations dans l’économie et sur la scène politique.

Les enjeux de la sécurité énergétique et des changements climatiques s’opposent depuis longtemps, mais l’opération militaire de Moscou a fait éclater ces dissensions au grand jour. Selon les premières indications, on estime que le flux de pétrole russe pourrait diminuer d’au moins 3 millions de barils par jour en raison du manque d’acheteurs. À long terme, une plus grande part des 11,7 millions de barils produits par jour pourrait être remise en question, étant donné que les grandes sociétés pétrolières délaissent la Russie devenue État paria.

L’invasion russe a suscité des appels à réduire la demande de pétrole et de gaz en accélérant les investissements dans les technologies d’énergies propres, ce qui limiterait la possibilité de prendre les marchés de l’énergie en otage. Cependant, la plupart des pays auront du mal à changer rapidement de sources d’énergie au cours de la prochaine décennie.

Par exemple, les véhicules zéro émission (VZE) ont représenté seulement 5,6 % des immatriculations de véhicules légers au Canada en 2021 . Vu ce point de départ modeste, il faudrait un effort herculéen pour atteindre les objectifs de VZE prévus dans le Plan de réduction des émissions récemment annoncé par Ottawa. Le plan stipule qu’en 2030, au moins 60 % des véhicules légers neufs qui seront vendus devront être des VZE. Même si le Canada mène à bien cet objectif ambitieux, 84 % des véhicules légers consommeront encore de l’essence à la fin de la décennie.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a créé une onde de choc sur les marchés de l’énergie, mais il est encore trop tôt pour savoir si les pays augmenteront fortement les investissements dans les énergies renouvelables ou s’ils auront recours aux combustibles fossiles pour pallier les pénuries. Il est fort probable que des investissements seront effectués dans les deux solutions.

Selon les estimations préliminaires, les investissements dans le secteur pétrolier et gazier grimperont de 11,6 % d’une année sur l’autre pour s’établir à 533 milliards de dollars américains en 2022. D’après Fitch Solutions, ils progresseront de 4 % de plus en 2023, avant de revenir aux niveaux d’avant la pandémie en 2024.

Jusqu’à présent, l’envolée des prix des combustibles fossiles n’a guère entamé la demande, du moins en Amérique du Nord.

Les énergies renouvelables devraient également recevoir un coup de pouce, mais au Canada, les pressions en faveur d’une hausse de la production de pétrole et de la construction de pipelines se sont intensifiées. Les bassins de schiste des États-Unis et les champs pétrolifères du Moyen-Orient se préparent à redémarrer des sites de forage mis en sommeil.

En outre, d’anciennes habitudes de consommation pourraient revoir le jour. L’Allemagne prévoit construire des terminaux de GNL même si elle accroît ses investissements dans les énergies renouvelables, tandis que l’AIE a recommandé un retour temporaire à la production d’électricité au charbon et au pétrole afin que l’Union européenne puisse se passer du gaz russe. Dans les deux cas, les émissions augmenteraient au lieu de baisser.

Cette réaction précipitée vise à éviter une flambée des prix pour les consommateurs. Des prix de l’énergie résolument élevés se répercutent sur les secteurs à forte intensité énergétique ; les prix des produits de base montent et grèvent le budget des ménages et des petites entreprises vulnérables. Dans ces conditions, l’accessibilité et l’abordabilité de l’énergie l’emportent généralement sur les considérations climatiques pour les consommateurs.

La détermination des gouvernements donne déjà des signes de fléchissement : l’Allemagne, la Californie et la Colombie-Britannique, généralement considérées comme à l’avant-garde de l’action climatique, offrent des subventions pour compenser les prix élevés de l’essence et de l’énergie.

Jusqu’à présent, l’envolée des prix des combustibles fossiles n’a guère entamé la demande, du moins en Amérique du Nord. Les consommateurs peuvent la supporter. En effet, aux États-Unis, la part du coût de l’essence dans les dépenses personnelles de consommation est encore inférieure de près d’un point de pourcentage à ce qu’elle était au début des années 2000, tandis que les Canadiens ont accumulé une épargne considérable durant la pandémie.

La réglementation et les investisseurs incitent les fournisseurs d’énergie à diminuer les émissions directes (périmètre 1) et les émissions indirectes liées aux achats d’électricité (périmètre 2). Par contre, les gouvernements ont jusqu’ici évité de s’attaquer à un autre défi tout aussi important : le comportement des consommateurs.

À l’échelle mondiale, les subventions explicites et implicites aux combustibles fossiles et principalement axées sur les consommateurs ont totalisé 5 900 milliards de dollars américains en 2020, soit environ 6,8 % du PIB. Selon le Fonds monétaire international, elles devraient atteindre 7,4 % du PIB d’ici 2025. Les tendances de consommation montrent aussi que les préférences prennent le pas sur les considérations climatiques. Ainsi, les ventes de VUS ont bondi de 10 % et représenté 45 % des ventes de voitures l’an dernier, générant 120 millions de tonnes de CO2 supplémentaires par année.

Dans l’ensemble, ces indicateurs laissent présager une progression, et non un recul, de la demande de pétrole durant dans la décennie en cours.

Les prévisions à court terme de l’AIE indiquent que la demande de pétrole atteindra 104 millions de barils par jour en 2026, contre environ 99,7 millions cette année. Les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Brésil seront les principaux moteurs de croissance de la production au cours des prochaines années.

Le Canada contribuera également à l’essor de la production. La Régie de l’énergie du Canada prévoit que la production nationale, largement attribuable aux sables bitumineux, culminera à 5,8 millions de barils par jour d’ici 2032, avant de retomber à 4,8 millions de barils par jour en 2050, si les mesures visant à réduire les émissions de GES se poursuivent à leur rythme actuel. Si ces prévisions se concrétisent, les émissions augmenteront dans l’ensemble, malgré les initiatives pour améliorer l’efficience des sables bitumineux (qui a chuté d’un tiers depuis 1990).

Hausse de la demande mondiale d’énergie

Au cours des quatre dernières décennies, la demande d’énergie a progressé d’environ 1,75 % par an.

Cette hausse devrait se poursuivre puisqu’on s’attend à ce que la planète gagne 2,2 milliards d’habitants d’ici 2050. Le scénario de base de l’AIE table sur une croissance de la demande d’énergie de 1 % par an au cours des trois prochaines décennies.

 

De 2020 à 2050, la consommation d’énergies renouvelables devrait croître à un rythme annuel de 3,2 %, comparativement à 0,5 % et 1,3 %, respectivement, pour la demande de pétrole et celle de gaz naturel. En l’absence de mesures plus musclées, le renforcement des investissements dans les énergies propres ne s’accompagnera pas forcément d’un déclin des énergies traditionnelles.

L’avenir des marchés du pétrole ne s’annonce pas brillant pour autant. Selon un scénario moins optimiste de l’AIE, la demande de pétrole chutera de 25 % et le prix s’établira à 64 $ US le baril en moyenne. En revanche, si les pays mettent les bouchées doubles pour atteindre la carboneutralité, le prix plongera jusqu’à 24 $ US. Pour pouvoir vendre sur ce marché de plus en plus restreint, la production de pétrole devra générer zéro émission nette.

Le problème est que ce scénario de base pour la demande de combustibles fossiles va à l’encontre des objectifs climatiques.

Pour avoir 50 % de chances de limiter le réchauffement à 1,5 °C (l’ambitieux objectif de l’Accord de Paris), 60 % du pétrole et du gaz et 90 % du charbon qui subsistent dans le sol devront y rester .

C’est deux fois plus que pour le scénario d’un réchauffement de 2 °C, de sorte que le pic de la production mondiale devrait être atteint prochainement, d’ici dix ans sans aucun doute.

Une hausse de 2 °C serait encore plus dévastatrice pour la planète qu’une hausse de 1,5 °C : deux fois plus de plantes et d’animaux subiraient une diminution de leur milieu naturel, de vastes massifs coralliens disparaîtraient et des millions de personnes seraient confrontées à des vagues de chaleur, des inondations et une pénurie d’eau .

Compte tenu de perspectives aussi sombres, l’Occident doit impérativement restreindre sa production de pétrole, malgré l’urgence de la sécurité énergétique. Afin de dénouer les tensions, il faut que la nouvelle production occidentale remplace d’autres sources pour stabiliser les émissions mondiales (y compris les émissions périmètre 3 qui regroupent les émissions en amont et en aval), et que les responsables politiques redoublent d’efforts pour faire baisser la demande de pétrole.

Le Canada dispose des outils et des technologies nécessaires pour déployer rapidement les énergies renouvelables, et électrifier les bâtiments et l’infrastructure de transport et, dans certains cas, l’industrie. Une planification minutieuse sera également requise afin de gérer les sources d’énergies renouvelables intermittentes et le coût élevé de certaines solutions de remplacement.

Cependant, il sera plus difficile de remplacer la mise en valeur des combustibles fossiles ailleurs dans le monde. Les économies occidentales doivent être sur la même longueur d’onde, en visant à la fois une hausse de leur production et une baisse de la demande globale de pétrole. Elles doivent également accepter de payer plus cher le pétrole de producteurs qui respectent les objectifs climatiques.

Le Canada et les États-Unis devraient conclure une alliance nord-américaine en matière de sécurité énergétique visant à la fois l’énergie conventionnelle et les ressources sous-jacentes pour la transition énergétique. Parmi les éléments d’une telle stratégie, la conclusion de contrats à long terme avec des raffineries américaines offrirait aux producteurs canadiens de pétrole une prévisibilité qui les inciterait à investir dans la décarbonation, l’entretien des pipelines existants et le soutien des lignes électriques.

Le Canada doit veiller à être reconnu pour sa stabilité et ses efforts de décarbonation de l’énergie. Les contrats à long terme pourraient fixer des prix plancher pour le pétrole qui appuient les investissements dans la décarbonation au Canada et réduisent l’incidence des prix extrêmement élevés pour les consommateurs américains.


CHAPITRE 2

Le rôle du Canada dans la sécurité énergétique

Le secteur énergétique est d’une importance capitale pour le Canada. L’extraction et les activités connexes, le raffinage, la distribution et le transport du pétrole et du gaz pourraient générer près de 10 % du PIB du Canada en 2022. En 2020, le secteur représentait non seulement 178 500 emplois directs, mais aussi 415 000 emplois indirects.

Les gouvernements des provinces riches en ressources perçoivent des redevances. Celles-ci devraient totaliser au moins 18 milliards de dollars en 2022, soit 50 % de plus qu’en 2021, grâce à l’envolée des prix de l’énergie et aux projets dont les prêts sont entièrement remboursés.

Grâce à son immense richesse en ressources, le Canada peut jouer un rôle crucial dans la sécurité énergétique mondiale en contribuant à pallier les pénuries d’énergie à court terme. Cette richesse peut aussi renforcer son statut de puissance douce en l’aidant à neutraliser les forces antidémocratiques. Le défi est d’y parvenir sans compromettre nos objectifs climatiques.

Commençons par la bonne nouvelle. Le Canada peut augmenter ses exportations de pétrole et de gaz vers les États-Unis, afin que ce pays puisse gonfler son offre au reste du monde.

Nous estimons que le Canada peut relever sa production de 500 000 barils par jour en combinant pétrole classique et sables bitumineux, afin de combler l’insuffisance de l’offre au cours de la prochaine année.

Bien que les exportations canadiennes frôlent déjà des niveaux records, avec une moyenne de 3,76 millions de barils par jour en 2021, la capacité des pipelines à destination des États-Unis dépasse 4 millions de barils par jour.

Au cours des dernières années, les exploitants de pipelines canadiens ont réalisé des investissements en vue de désengorger leurs systèmes et, ainsi, d’optimiser la capacité. Par contre, une hausse notable de cette dernière exigerait la construction de nouvelles lignes, selon les experts du secteur.

Ce ne sera peut-être pas nécessaire d’après des prévisions de production réalistes. Ainsi, la Régie de l’énergie du Canada est d’avis que la capacité des pipelines et du chemin de fer sera de 5,3 millions de barils par jour d’ici 2050, ce qui devrait suffire pour acheminer la production du Canada.

La capacité ferroviaire étant d’environ 1 million de barils par jour, elle permettrait, au besoin, de prendre en charge une expansion à court terme des exportations de pétrole. Toutefois, les compagnies de chemin de fer devront pour cela relever le défi consistant à fournir des wagons spéciaux et à jongler avec la demande des secteurs agricole, alimentaire et minier déjà confrontés aux problèmes des chaînes logistiques

La capacité de transport du Canada est suffisante

Sources : Association canadienne des producteurs pétroliers, Régie de l’énergie du Canada

La mauvaise nouvelle : le Canada a récemment dévoilé son Plan de réduction des émissions qui prévoit une diminution de 42 % dans le secteur pétrolier et gazier. La hausse de la production pourrait compromettre cet objectif puisqu’elle générera jusqu’à 9 millions de tonnes de GES additionnelles.

Jeter les bases de la réduction des émissions

Le Plan de réduction des émissions, élaboré en vertu de la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, et le budget fédéral qui a suivi son annonce marquent un changement de ton dans la politique climatique. Le document fixe des objectifs d’émissions sectoriels et prévoit un financement appréciable pour le transport, le captage du carbone et les solutions climatiques fondées sur la nature.

Par contre, il est flou en ce qui concerne l’énergie, malgré l’importance de ce secteur. Tenant compte de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique qui prend de l’ampleur à l’échelle mondiale, le Plan de réduction des émissions souligne le dilemme consistant à définir des objectifs climatiques ambitieux alors que des perturbations structurelles se propagent sur les marchés de l’énergie.

Le Plan table sur une augmentation de la production pétrolière au Canada. Cependant, les annonces récentes attirent davantage l’attention sur les émissions des nouveaux projets que sur leurs retombées économiques. De plus en plus, le message d’Ottawa est que seules les installations à faibles émissions assureront l’acceptabilité sociale.

Ce sera un défi, mais nous croyons que le Canada peut à la fois accélérer sa production de pétrole et atteindre son objectif déclaré de réduire les émissions de GES de 40 % à 45 % d’ici la fin de la décennie.

Mais il n’y a aucune garantie. Le secteur pourrait ignorer l’appel à augmenter la production sans rajuster ses objectifs d’émissions et obtenir l’acceptabilité sociale. Les investisseurs privilégient les dividendes et les rachats et sont peu favorables à une baisse des bénéfices qui permettrait de produire plus. En outre, les pénuries de main-d’œuvre et les cibles ESG strictes n’incitent pas à accroître la production.

Par contre, les choses pourraient changer si les prix du pétrole poursuivent leur ascension. Pour augmenter l’offre, les responsables politiques du Canada doivent montrer qu’ils sont prêts à accepter une hausse temporaire des émissions générées par le secteur pétrolier, pourvu qu’elles fléchissent ailleurs ou bien que la mise à l’arrêt des sites de production commence après 2030.

Par ailleurs, les décideurs ont d’autres moyens de s’assurer que les objectifs d’émissions de 2030 restent réalisables. L’augmentation des émissions du secteur pétrolier peut être neutralisée par des réductions dans d’autres secteurs, par exemple, en accélérant la construction d’infrastructures d’énergies renouvelables et la décarbonation, et en améliorant l’efficacité énergétique. Les retombées économiques d’une production de pétrole accrue peuvent compenser une partie du coût de la décarbonation accélérée d’autres secteurs, en particulier les bâtiments et l’électricité, où les goulets d’étranglement des chaînes logistiques sont moins graves que dans le transport.

Dans l’ensemble, le monde n’a pas besoin de revoir son engagement envers la carboneutralité en raison de l’enjeu à court terme de la sécurité énergétique. Par contre, les compromis entre secteurs ne fonctionneront pas à long terme. Les producteurs de pétrole canadiens devront non seulement réduire les émissions moyennes du secteur, mais aussi les émissions globales liées à chaque type de production. Pour effectuer des investissements à long terme à cette fin, les producteurs ont besoin de prévisibilité. Or, rien de tel qu’une crise énergétique pour mettre les choses à plat.


CHAPITRE 3

CUSC, une solution incontournable

Concilier sécurité énergétique à court terme et objectifs climatiques ne sera pas facile. Cependant, comme le souligne notre rapport Une transition à 2 billions de dollars : Vers un Canada à zéro émission nette, les technologies permettant de réduire considérablement les émissions sont à portée de main pour le transport, les bâtiments et l’électricité.

Le Plan de réduction des émissions cible déjà une diminution de 42 % dans le secteur pétrolier et gazier, dont près de 40 % pour les sables bitumineux, où les réductions sont coûteuses et techniquement difficiles. La tâche sera ardue, étant donné que le secteur mise sur des projets de captage du carbone à forte intensité de capital pour réaliser des réductions significatives.

La mise en valeur du gisement pétrolier de Bay du Nord, au large des côtes de Terre-Neuve, vient d’être approuvée, mais la production pourrait ne pas commencer avant la fin des années 2020. On s’attend à ce que durant sa durée de vie, le projet émette quelque 4,5 millions de tonnes de GES.

En revanche, les producteurs de pétrole classique et de gaz naturel semblent bien placés pour abaisser leurs émissions au cours de la prochaine décennie. D’une part, leurs émissions par baril sont plus faibles, puisqu’ils consomment moins d’énergie. D’autre part, environ 40 % des émissions des installations gazières en amont et les deux tiers des émissions liées au pétrole classique proviennent des rejets et des fuites de méthane. Elles devraient reculer de 75 % d’ici 2030, grâce à des dispositifs de détection des fuites et à des systèmes de récupération de vapeur, soit la quasi-totalité des baisses prévues dans le Plan de réduction des émissions.

Un effort accru visant à électrifier les installations situées près du réseau électrique propre de la Colombie-Britannique, pour s’attaquer à la combustion, pourrait accentuer les réductions et compenser l’augmentation de la production. À moyen terme, la décarbonation s’accélérera quand les services publics électrifieront un plus grand nombre de champs pétrolifères et gaziers de la Colombie-Britannique et de l’Alberta.

Types de production de bitume

Projets d’exploitation minière : prêts à démarrer
Seul le cinquième du pétrole provenant des gisements de sables bitumineux peut être extrait par l’exploitation minière. Le bitume extrait par d’énormes pelles est expédié, au moyen de gros camions, vers des installations de nettoyage où il est séparé du sable, de l’eau et de l’argile, ou résidus. Les déchets sont envoyés dans des bassins de résidus.
Production actuelle (2020) : 1,49 million de barils par jour
Production prévue (2030) : 1,7 million de barils par jour
Le pétrole ainsi séparé est traité de deux façons :

 

Pétrole brut synthétique
Pétrole brut synthétique : Une fois libre de déchets, le bitume est converti en pétrole brut non corrosif, ou pétrole brut synthétique, dans des usines de valorisation ou des raffineries de pétrole lourd. Bien que le procédé augmente les émissions du pétrole en amont, le produit final, plus léger et sans soufre, peut être vendu à une raffinerie traditionnelle.
Intensité moyenne des émissions (2014-2018) : 95 kg par baril

Traitement des mousses
Dilbit extrait ou traitement de la mousse avec un solvant paraffinique : le traitement de la mousse avec un solvant paraffinique est la méthode adoptée pour deux nouveaux projets d’extraction des sables bitumineux, soit le projet Kearl de l’Impériale et le projet Fort Hills de Suncor Énergie. Le procédé élimine les composants les plus lourds du bitume, qui est dilué avec des mélanges plus légers pour produire du dilbit. Lors du traitement de la mousse avec un solvant paraffinique, on utilise un solvant paraffinique comme diluant, ce qui permet d’obtenir un produit final propre qui peut être transporté sans qu’il soit nécessaire de le raffiner davantage, réduisant ainsi les émissions en amont.
Intensité moyenne des émissions (2014-2018) : 46 kg de CO2 par baril

Si le Canada est réellement déterminé à réduire les émissions des sables bitumineux d’ici 2030, la première chose à faire est d’atténuer l’intensité des émissions, c’est-à-dire le CO2 émis par baril, en améliorant l’efficience de la production. Il est toutefois peu probable que les émissions atteignent les niveaux ciblés grâce à ces mesures.

Sans nouvelle installation pour comprimer les émissions moyennes de carbone , les émissions par baril de pétrole extrait des sables bitumineux pourraient reculer d’environ 6 % à 7 % d’ici 2030. Certaines de ces améliorations sont chères . D’autres s’avèrent économiques uniquement pour les nouvelles installations ou pour celles qui n’ont pas encore franchi l’étape du prototype.

 

Sans nouvelle installation pour comprimer les émissions moyennes de carbone , les émissions par baril de pétrole extrait des sables bitumineux pourraient reculer d’environ 6 % à 7 % d’ici 2030. Certaines de ces améliorations sont chères . D’autres s’avèrent économiques uniquement pour les nouvelles installations ou pour celles qui n’ont pas encore franchi l’étape du prototype.

À long terme, de nouvelles technologies, qui fournissent de la vapeur à faible teneur en carbone ou sans carbone, comme des chaudières à hydrogène et de petits réacteurs nucléaires modulaires, pourraient révolutionner la production de pétrole issu des sables bitumineux, car elles procurent des sources de chaleur et d’énergie à zéro carbone. Contrairement aux producteurs conventionnels, qui doivent constamment forer de nouveaux puits et déplacer de l’équipement de contrôle des émissions à chaque fois, la nature stationnaire et la faible vitesse de déclin des sables bitumineux peuvent améliorer la rentabilité d’équipement plus cher comme les réacteurs.

En attendant, le captage du carbone est indispensable pour obtenir des baisses marquées des émissions. L’AIE et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU s’entendent pour dire que la technologie de CUSC est capable de contribuer à la réduction des émissions, grâce à des politiques favorables, au soutien du public et à l’innovation.

Alors que la capacité de captage dans le monde est de seulement 40 millions de tonnes par année, une expansion à court terme de 20 à 30 millions de tonnes au Canada semble ambitieuse.

La technologie présente toutefois certains inconvénients : elle est chère, son expansion est lente, elle accroît les coûts, dépend d’une ingénierie complexe et, parfois, ne capte ou ne stocke pas efficacement les émissions. La technologie doit également être mise à l’essai à grande échelle. Pour le moment, il n’existe pas d’usines majeures qui captent le CO2 engendré par la combustion du gaz naturel, ce qui est la principale application pour les sables bitumineux. Alors que la capacité de captage dans le monde est de seulement 40 millions de tonnes par année, une expansion à court terme de 20 à 30 millions de tonnes au Canada semble ambitieuse.

Qui plus est, les projets de CUSC n’ont pas de retombées financières propres. Le produit qu’ils fabriquent, le CO2, a une valeur marchande négligeable, de sorte que les rendements dépendent de la politique gouvernementale, comme la tarification du carbone ou les normes relatives au carburant. Dans de nombreux cas, les allègements fiscaux ou les paiements réglementaires sont très incertains.

Par conséquent, la plupart des projets de CUSC jusqu’à maintenant, au Canada et ailleurs, ont été fortement subventionnés par des crédits d’impôt ou des investissements publics. Ou encore, les entreprises ont dû payer de leur plein gré des prix du carbone très élevés. Pour que le financement du gouvernement soit justifié, l’extraction de pétrole des sables bitumineux à grande échelle doit être concurrentielle à long terme.

 

Capteurs d’émissions : projets de capture, d’utilisation et de stockage de carbone (CCUS) au Canada

Projets CCUS en cours, en construction ou proposés


CHAPITRE 4

Les sables bitumineux carboneutres peuvent-ils être concurrentiels sur les marchés mondiaux ?

L’Initiative pour des sables bitumineux carboneutres, dont le but est d’atteindre zéro émission nette dans le secteur des sables bitumineux, compte réduire les émissions de 22 millions de tonnes (Mt) d’ici 2030. Afin d’accroître les investissements dans les projets de CUSC, le dernier budget fédéral prévoit un crédit d’impôt remboursable pour investissement totalisant un peu moins de la moitié des coûts d’un projet, et ce, jusqu’en 2030. C’est un grand pas dans la bonne direction qui devrait favoriser les études visant à déterminer les meilleurs sites de CUSC et encourager les investissements.

 

Cependant, les provinces devront fournir des efforts supplémentaires pour généraliser le déploiement de la technologie, sachant que les modèles du gouvernement tablent sur la création d’une capacité de 15 à 18 Mt d’ici 2030. Elles pourraient notamment accorder un crédit complémentaire, mais aussi améliorer les volets non financiers des projets de CUSC, comme la délivrance des permis, la responsabilité et les droits de stockage. L’engagement du gouvernement à favoriser la prévisibilité de la tarification du carbone pourrait également atténuer le risque lié aux investissements dans les projets de CUSC.

De plus, afin que les contributions à l’objectif du Canada pour 2030 soient équitables, nous pensons qu’il faut être encore plus ambitieux, et mettre en place une capacité de captage du carbone d’environ 30 Mt au cours des huit prochaines années.

À cette fin, les investissements nécessaires vont de 45 à 65 milliards de dollars entre 2024 et 2030, soit 9 milliards de dollars par an à leur sommet. Cela représenterait un écart important par rapport aux niveaux actuels. En supposant que le gouvernement continue de payer la moitié de la facture, le coût total serait également considérable pour les contribuables.

Auparavant, les périodes de cherté du pétrole ont entraîné un boom des investissements. Cependant, le contexte à court terme a changé. Après quelques années tumultueuses, les investisseurs du secteur pétrolier préfèrent que les entreprises se concentrent sur les dividendes et les rachats d’actions plutôt qu’elles investissent dans de coûteux projets de captage du carbone.

Les perspectives à long terme remettent également en question la nécessité d’investir massivement dans les sables bitumineux, puisque selon la plupart des prévisions, la demande de pétrole chutera au cours des prochaines décennies, à mesure que les conducteurs se tourneront vers les véhicules électriques. La tendance pourrait s’accélérer avec l’accent mis sur la décarbonation en vue de réduire la dépendance de l’Europe au pétrole et au gaz russes.

 

Selon nos estimations, la décarbonation totale des sables bitumineux pourrait coûter de 6 $ à 14 $ le baril pour le bitume extrait et de 17 $ à 23 $ pour le bitume produit in situ. Globalement, le WTI devrait se vendre en moyenne à environ 50 $ US pendant la durée du projet afin de répondre aux attentes des investisseurs. Bien que ce niveau ait généralement été atteint depuis 2005, il est peut-être trop élevé compte tenu de l’incertitude de la demande future.

Cela dit, les puits de sables bitumineux déclinent plus lentement que les puits conventionnels, ce qui les rend plus adaptés aux dispositifs de CUSC fixes. Si la technologie de CUSC demeure indispensable pour la décarbonation du pétrole, elle pourrait constituer un avantage structurel pour les producteurs de sables bitumineux. Abstraction faite des coûts irrécupérables, les installations de drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV) dotées de systèmes de CUSC pourraient s’avérer rentables même si le prix tombe à 40 $ US.

Vu les coûts relativement élevés de la réduction des émissions, les producteurs canadiens devraient adopter une approche pragmatique à l’égard du CUSC. Un étalement des investissements tout au long des années 2020 et 2030 favoriserait les économies et permettrait l’utilisation de futures technologies afin d’abaisser les coûts. Une approche plus lente va à l’encontre des fortes réductions des émissions visées pour la présente décennie. Par contre, en étant mesurée et réaliste, cette approche de la décarbonation de la production de pétrole lourd sera essentielle pour maintenir la compétitivité économique du Canada dans le secteur.

 

À long terme, étant donné que la majorité des émissions engendrées par la consommation de pétrole sont liées à la combustion, le secteur devra investir dans la mise au point d’utilisations du bitume qui ne nécessitent pas de combustion. Selon les prévisions de l’AIE, la demande pour des utilisations sans combustion, par exemple, des produits comme les lubrifiants, les cires et l’asphalte, avoisinera 15 millions de barils par jour en 2050. L’utilisation de la partie la plus lourde du pétrole canadien pour fabriquer des produits à valeur ajoutée, comme la fibre de carbone, en est aux premiers stades de l’innovation, mais elle pourrait jouer un rôle majeur dans la diversification et la transition du secteur des sables bitumineux.

Bien entendu, ces efforts pourraient se heurter aux obligations de réduction imposées par le gouvernement ainsi qu’à l’incertitude considérable entourant les prix futurs du pétrole et du carbone. Le secteur et le gouvernement doivent collaborer pour relever ces défis.


CHAPITRE 5

Gérer la volatilité du cycle d’investissement

Le secteur pétrolier est très cyclique, ce qui rend les placements à long terme difficiles, surtout quand le rendement des projets de décarbonation est incertain. Tout d’abord, la production de pétrole et les émissions fluctueront probablement jusqu’en 2050, puisque les prix favoriseront ou décourageront les investissements. Mettre des milliards de dollars dans des projets de CUSC en période de faiblesse des prix n’est guère envisageable ; à l’inverse, même quand les prix sont élevés, les investisseurs échaudés par les fortes fluctuations peuvent hésiter à financer des projets à grande échelle et à long terme.

Par ailleurs, les producteurs canadiens de pétrole et de gaz ont enregistré des flux de trésorerie records cette année, soit 150 milliards de dollars américains selon les estimations , tandis qu’on prévoit que les prix resteront élevés pendant un certain temps. Par conséquent, le public comprend mal qu’on injecte des fonds publics pour décarboner le secteur pétrolier alors que les entreprises ont engrangé des bénéfices substantiels.

Dans ce contexte, le Canada doit s’efforcer d’atténuer la volatilité des cycles d’investissement dans le secteur pétrolier et faire en sorte que la décarbonation de ce secteur soit financée de façon régulière. Le gouvernement fédéral et les provinces devraient étaler la distribution des revenus substantiels inattendus qu’ils reçoivent quand les prix sont élevés en vue de soutenir les investissements lorsque le secteur traverse une période difficile. De leur côté, les entreprises doivent s’engager à financer la décarbonation même si les prix du pétrole fléchissent.

Le Fonds de croissance du Canada constitue un changement de cap bienvenu dans l’approche du gouvernement, car il prévoit de nouvelles structures d’investissement et une participation officielle dans les projets de réduction des émissions. Bien qu’investir aux côtés des entreprises dans les projets de réduction des émissions améliore les rendements financiers, les initiatives de décarbonation se heurtent encore à des obstacles de taille. L’incertitude politique, les barrières réglementaires et celles qui bloquent l’octroi de permis, les droits du sous-sol pour le stockage du carbone et la responsabilité en cas de fuite, ainsi que les risques associés aux technologies émergentes peuvent retarder les investissements.

Afin que des investissements suffisants et mûrement réfléchis soient réalisés pour atteindre les objectifs du secteur dont l’échéance approche à grands pas, le Fonds de croissance doit se doter d’un volet énergétique qui réunisse les bons intervenants dans le but d’uniformiser et d’accélérer l’approbation des projets.

Les provinces riches en ressources, les secteurs de l’énergie et de la finance, les organismes de réglementation, les services publics et des experts externes peuvent former un partenariat avec le Fonds de croissance en vue d’aplanir les obstacles.

Les contributions publiques qui appuient les investissements dans la décarbonation du pétrole et du gaz pourraient être plus élevées quand les prix sont bas que lorsque les flux de trésorerie du secteur sont abondants. Le gouvernement ferait ainsi la preuve qu’il soutient le secteur quand les temps sont durs.

Et surtout, le soutien apporté ne doit pas être influencé par le cycle politique. Plutôt que de prévoir d’autres affectations budgétaires, le financement public devrait être distinct des redevances existantes et de l’impôt fédéral des sociétés en vue d’assurer la stabilité du financement.

Volet énergétique du Fonds de croissance du Canada : le rôle des différents intervenants

  • Gouvernement fédéral : dans le Fonds de croissance, affecter les recettes fiscales inattendues tirées des sociétés lorsque les prix des marchandises sont élevés à une importante décarbonation des secteurs non pétroliers ; établir des contrats à long terme garantissant la tarification du carbone pour atténuer le risque lié aux flux de trésorerie de certains projets de CUSC.
  • Gouvernements provinciaux : affecter les redevances existantes à la décarbonation des économies provinciales et s’engager à réduire de façon proactive la libre attribution des crédits dans les systèmes de tarification provinciaux afin de soutenir le prix de base du carbone.
  • Organismes de réglementation provinciaux et fédéraux : collaborer avec les ministères, le secteur et les intervenants locaux en vue d’accélérer le processus de délivrance des permis et d’approbation des projets stratégiques de décarbonation.
  • Groupes autochtones : étant à l’avant-garde de la lutte contre les changements climatiques et de la gestion des ressources, doivent être des partenaires à part entière et influencer la façon dont les ressources du fonds sont déployées.
  • Institutions financières du secteur : partenaires essentiels pour aider le secteur à emprunter en vue d’atteindre les taux de rendement souhaités. Étudier le financement sans recours soutenu par les garanties de tarification du carbone du gouvernement fédéral.
  • Services publics : planifier la production d’électricité et sa distribution aux sites clés du secteur énergétique, comme les terminaux d’exportation et les champs éloignés.
  • Secteur: affecter les capitaux à mesure que les projets sont approuvés, et fournir une expertise sur l’objet des investissements. Les entreprises doivent s’engager à donner la priorité à la décarbonation tout au long du cycle d’investissement.

 

DES IDÉES POUR AVANCER

Pour assurer la sécurité énergétique et climatique, le gouvernement fédéral et les provinces clés, le secteur privé et les communautés autochtones devront bientôt prendre des mesures essentielles. Voici quelques idées :

 
PARTICIPER ACTIVEMENT À LA STABILITÉ DU MARCHÉ DU PÉTROLE

Éviter les politiques de réduction des émissions qui restreignent ou diminuent la production à court terme au moment où le pétrole de l’Ouest canadien permet de répondre aux perturbations actuelles du marché. Après 2030, d’importants efforts devront être déployés pour réduire et même fermer les projets qui ne sont pas conformes aux objectifs de carboneutralité du Canada. Les technologies et les processus de décarbonation devraient être intégrés aux modèles d’affaires de tous les nouveaux projets.

Le Fonds de croissance du Canada permettra d’éliminer les fluctuations durant les cycles d’investissement du secteur pétrolier et gazier. Les dépenses pourraient comprendre des contributions publiques plus importantes en période de prix faibles et un financement privé accru quand les prix sont élevés.

Veiller à ce que les plafonds d’émissions tiennent compte de l’avenir. Privilégier le gaz naturel et la production conventionnelle au détriment des sables bitumineux, et viser une diminution des émissions à moyen terme.

 
ACCÉLÉRER ET DIVERSIFIER LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS
Compenser la lenteur de la réduction des émissions liées au pétrole par d’autres mesures de décarbonation, notamment la rénovation des bâtiments, les subventions aux VZE et les infrastructures de distribution de l’électricité.
Mettre au point de nouvelles technologies de réduction des émissions qui maintiennent les économies de coûts. L’agence canadienne d’innovation et d’investissement, dont la création a été annoncée dans le budget 2022, devrait également prévoir un volet pour les technologies les plus prometteuses de réduction des émissions à un stade précoce, ainsi que pour les utilisations du pétrole non liées à la combustion.
Diversifier les investissements dans l’énergie. Bien que le pétrole et le gaz soient des combustibles essentiels à la transition climatique, l’électricité et les nouvelles technologies énergétiques, comme l’hydrogène, gagnent en importance. Les entreprises du Canada devraient s’attacher à élargir leur portefeuille d’actifs et développer leur expertise dans les technologies durables à faibles émissions susceptibles de compléter les exportations de combustibles fossiles.

 
PROFITER DE L’EXPERTISE AUTOCHTONE

Continuer d’intégrer les groupes autochtones à titre de partenaires clés dans les nouveaux systèmes énergétiques. La prise de participation dans de nouveaux projets d’infrastructure et d’énergie favoriserait l’adhésion de partenaires possédant une expertise locale, ce qui accélère la mise en valeur. Veiller à ce que les communautés autochtones obtiennent une option d’achat et une part de propriété, et profitent des retombées économiques des projets est la solution idéale pour faire progresser notablement la réconciliation et l’inclusion économiques.

 
FORGER DES ALLIANCES ÉNERGÉTIQUES
Favoriser les exportations d’énergie aux États-Unis, au plus haut niveau politique, en aplanissant les obstacles entre les États et les provinces. Créer une alliance énergétique nord-américaine et prévoir un sommet de hauts responsables, afin que les États-Unis et le Canada s’entendent sur l’accès aux marchés, notamment les pipelines transfrontaliers, l’harmonisation des normes sur le carburant et les ajustements à la frontière pour le carbone.
Collaborer avec les partenaires internationaux pour assurer la prévisibilité de la demande. AConclure des contrats à long terme avec les États-Unis et l’Europe, dont les prix tiennent compte des efforts environnementaux, de la gouvernance et de la stabilité géopolitique, afin que les producteurs les plus stables demeurent les principaux fournisseurs de pétrole à zéro émission nette. De même, le renforcement des liens avec les économies asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud et Taïwan conforterait la stabilité du marché de l’énergie. Il pourrait également ouvrir la voie à des coentreprises axées sur l’exportation de gaz naturel liquéfié et d’hydrogène vers les pays asiatiques.

Contributors

  • Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Stratégie de leadership avisé, Climat et énergie
  • Colin Guldimann, économiste
  • Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
  • Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
  • Zeba Khan, directrice des publications, Services économiques et leadership avisé
  • Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche, Services économiques et leadership avisé

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Dans notre monde postpandémique, il n’y a pas de problème plus urgent que le changement climatique. Cet automne, dans le cadre des baladodiffusions Innovateurs de RBC, nous avons lancé une série d’épisodes intitulée Conversation sur le climat, qui présente certaines des solutions possibles au réchauffement planétaire, ainsi que certains des problèmes que leur mise en œuvre suscite.

Le coanimateur de la série, John Stackhouse, s’est entretenu avec plusieurs grands défenseurs de l’action climatique, y compris Mark Carney, ex-gouverneur de la Banque du Canada. M. Carney a été la tête dirigeante des banques centrales du Canada et de l’Angleterre avant d’assumer le rôle important d’envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique. Il est également coprésident, avec l’ancien maire de New York Mike Bloomberg, de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero, regroupement d’institutions financières mondiales visant à accélérer la transition vers une économie carboneutre.

Dans cette version prolongée spéciale de la conversation, M. Carney explique en quoi l’urgence climatique se compare à la crise financière mondiale de 2008-2009. Énumère les possibilités que nous offre la technologie (et les limites qu’elle comporte) pour l’atteinte de l’objectif zéro émission nette et indique pourquoi le monde se tourne vers le Canada, maintenant plus que jamais, pour trouver des solutions à la crise climatique.

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Nous connaissons les conséquences des changements climatiques. Nous en connaissons aussi les causes. Nous savons même ce qu’il faut faire pour s’attaquer au problème. Ce que nous ne savons pas, c’est comment passer à la vitesse supérieure pour y parvenir à temps. C’est pourquoi Services économiques RBC et Leadership avisé se sont engagés dans un projet de recherche d’un an en vue de définir les stratégies qui mèneraient le Canada à zéro émission nette. C’est l’état d’équilibre en vertu duquel la quantité de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre que nous éliminons de l’air est égale ou supérieure aux gaz à effet de serre que nous y ajoutons. Nous devons atteindre cet équilibre d’ici 2050 pour éviter les conséquences irréversibles des changements climatiques.

À RBC, nous nous sommes engagés en faveur de l’objectif zéro émission nette dans nos propres opérations et activités de prêt. Nous collaborons avec les gouvernements, les organismes de réglementation, les clients, les groupes environnementaux et le secteur financier mondial afin de comprendre ce qui est attendu de chacun de nous – et transmettre les renseignements obtenus aussi largement que possible. Cette recherche a pour objectif de documenter et de compléter les conversations en question. Nous vous invitons à y participer par l’entremise de notre nouvel Espace climat RBC. Plus nombreuses sont les occasions d’écouter, d’apprendre et de communiquer les mêmes faits, plus grandes sont nos chances de résoudre ce qui constitue le plus grand défi de notre temps pour arriver ensemble à zéro émission nette.

 


Le Canada est confronté à un problème mathématique.

En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, les Canadiens représentent une part relativement importante de ce qui est produit dans le monde. Bien que nous nous soyons engagés, au cours des décennies, à réduire ces émissions, nous n’avons pas vraiment atteint cet objectif. Nous continuons de consommer du pétrole pour traverser notre vaste territoire, de brûler du gaz pour chauffer nos maisons et de déverser du méthane dans l’atmosphère pour nous alimenter et alimenter une grande partie de la planète.

Tout compte fait, nous polluons autant l’atmosphère qu’il y a une génération. Nous n’avons pas le luxe d’attendre une génération de plus pour changer de vitesse si nous voulons éviter les pires conséquences du réchauffement climatique, notamment les sécheresses prolongées dans les Prairies, les violentes tempêtes sur nos côtes et la fonte des glaces dans le nord du pays. Et bien que le temps presse, le Canada a d’autres priorités après la pandémie, parmi lesquelles prendre soin d’une population vieillissante, faire face aux perturbations technologiques et promouvoir une croissance économique plus inclusive.

Donc, quel est le problème mathématique ? Le Canada émet près de 730 millions de tonnes de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre équivalents chaque année, ce qui fait de nous le 10e émetteur mondial. Ce chiffre peut sembler minime par rapport aux quelque 50 milliards de tonnes produites dans le monde, notamment aux États-Unis et en Chine. Il dépasse toutefois largement les 602 millions de tonnes que nous avons générées en 1990, juste avant le premier Sommet de la Terre.


Malgré nos meilleures intentions, les émissions ont augmenté

Émissions de gaz à effet de serre, millions de tonnes de CO2, équivalent

Source: Environnement et Changement climatique Canada, Services économiques RBC


Afin de s’engager plus résolument sur la voie zéro émission nette, le gouvernement fédéral a promis de ramener le Canada à 500 millions de tonnes d’ici la fin de la décennie. Le pays ambitionne aussi d’éliminer ou de compenser le reste d’ici 2050 grâce à de nouvelles technologies telles que les véhicules électriques, de nouvelles sources de chauffage pour les maisons et de nouveaux processus pour capter et stocker une partie des émissions que nous continuerons de produire pour alimenter notre planète en énergie.

Le présent rapport vise à exposer certaines de ces voies et leurs coûts, d’après une série de modèles sur les émissions des principaux secteurs, ainsi que l’effet futur des technologies novatrices, des changements comportementaux et des améliorations dans les processus industriels et agricoles.

Le coût pourrait être énorme : environ deux billions de dollars au cours des trois prochaines décennies. D’après nos estimations, les gouvernements, les entreprises et les collectivités devraient dépenser au moins 60 milliards de dollars par an pour réduire les émissions du Canada de 75 % par rapport aux niveaux actuels – dans la mesure où les technologies actuelles le permettent. Par exemple, les Ontariens consacrent à eux seuls près de 70 milliards de dollars par an aux soins de santé, priorité nationale tout aussi importante.

La nature peut aider, mais seulement un peu. Les prévisions les plus optimistes en matière de plantation d’arbres à grande échelle et de gestion des forêts ne parviennent qu’à 50 millions de tonnes, soit un dixième de ce qui sera nécessaire pour atteindre zéro émission nette. Les technologies artificielles destinées à éliminer le carbone de l’air ne sont pas encore déployées à grande échelle. Si nous ne parvenons pas à résoudre ce problème, l’objectif de zéro émission nette exigera que les émissions brutes soient aussi proches de zéro que possible.

Vient ensuite la technologie. Il serait énormément utile que le pays adopte les véhicules électriques, les maisons à énergie solaire et les avions à hydrogène, mais cette conversion ne mènerait le Canada qu’aux deux tiers de son parcours vers zéro émission nette. Nous aurons besoin de beaucoup plus de technologies pour renouveler des industries et modes de vie conçus pour un autre âge.


 

Tout d’abord, nous devrons à peu près doubler notre production d’électricité si nous souhaitons alimenter une nouvelle flotte de véhicules électriques et chauffer et rafraîchir nos maisons, nos bureaux et nos écoles. Le Canada a une longueur d’avance grâce à un « réseau vert » alimenté par l’énergie hydroélectrique, nucléaire, éolienne et solaire. Une plus grande capacité sera nécessaire à tous égards et elle devra être combinée à des investissements sans précédent dans les lignes de transport d’électricité et une nouvelle façon d’envisager la mainmise des provinces dans ce secteur.

Un réseau vert national peut aider à alimenter en énergie certains des plus grands pollueurs du pays de façon plus propre et moins coûteuse. Le Canada devra aussi réinventer ses industries du pétrole, du gaz et du charbon et ses autres secteurs intensifs en carbone. Il pourra ainsi assurer une transition progressive des émissions nettes et atteindre zéro émission nette sans causer de difficultés économiques ou de perturbations sociales de grande ampleur. Un engagement à long terme en matière de tarification du carbone, assorti d’augmentations régulières et prévisibles, permettra aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux exploitants de répartir le capital de façon efficace et efficiente. Une telle approche de tarification du carbone pourrait façonner une nouvelle pensée économique en Amérique du Nord. À cet égard, le Canada et les États-Unis pourraient travailler en collaboration sur les chaînes d’approvisionnement continentales en ce qui concerne les produits verts comme les véhicules électriques. Ces deux pays pourraient aussi adopter une politique commerciale visant à mieux évaluer le coût des produits à forte intensité d’émissions tels que l’acier.

Nous aurons besoin de nouvelles approches de finance durable pour générer une grande partie des deux billions de dollars nécessaires à la transition. Dans l’ensemble, le capital ne manque pas. Ce qui est avant tout nécessaire, c’est un remaniement de la réglementation industrielle et de la politique fiscale, ainsi qu’un plus grand soutien gouvernemental pour compenser le risque inhérent aux technologies propres, aux infrastructures durables et aux nouveaux produits de consommation.

Nous aurons également besoin d’une foule de personnes pour mettre en œuvre les compétences nécessaires à la transition, installer des réseaux solaires dans les voisinages, entretenir de nouvelles flottes de véhicules électriques et réformer les pratiques agricoles afin de veiller à ce que le vaste sol du Canada devienne un puits de carbone actif. Nous estimons que le Canada devra recycler 100 000 travailleurs pour qu’ils acquièrent de nouvelles compétences vertes, et augmenter la population active de 200 000 travailleurs présentant ce même profil avant 2030.

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Le coût de l’inaction

Bien que la réduction des émissions soit coûteuse, l’inaction a aussi un coût qui continuera de grimper tant que nous tarderons à agir.

Si les émissions se poursuivent au rythme actuel, nous devrons économiser 40 milliards de dollars par an pour assumer le coût des catastrophes futures, aggravées par les changements climatiques. De plus, il faut tenir compte de l’incertitude quant à la façon dont le climat évoluera. La fonte du pergélisol, la destruction de la forêt tropicale et les autres catastrophes pourraient encore alourdir la facture. En réduisant les émissions dès aujourd’hui, nous pourrions éviter une facture encore plus colossale à l’avenir. Pour compliquer les choses, réagir impulsivement n’est pas une solution. Dans le même temps, des mesures extrêmes amenant une forte baisse de la production pétrolière et gazière causeraient de véritables dommages économiques. Dans l’un des scénarios, le secteur pétrolier et gazier recule de près de 8 % du PIB à seulement 1 %, nous perdons près des trois quarts des emplois dans le secteur, et les recettes publiques chutent de 8 milliards de dollars chaque année. De telles conséquences pourraient ens de tonnes [itraver, et non favoriser, la transition.

 

Pour atteindre zéro émission nette, nous devons adopter aussi rapidement que possible des technologies qui remplacent les combustibles fossiles par l’électricité. Cependant, certaines activités économiques ne sont pas en mesure d’être électrifiées à grande échelle, du moins à court terme : par exemple le transport aérien et la fabrication du ciment, pour n’en nommer que deux. Nous continuerons de brûler des combustibles fossiles pour fabriquer du plastique et produire de l’électricité afin d’alimenter toutes ces technologies plus vertes.

Nous avons déterminé six voies vers l’objectif zéro émission nette. Elles n’englobent pas tout, mais elles figurent parmi les options les plus réalistes pour le pays aujourd’hui. Quatre d’entre elles, explorées plus loin dans cette partie, décrivent les moyens de réduire les émissions provenant des bâtiments, des transports, de l’industrie et de l’agriculture. Mais même si nous conduisons tous des voitures électriques et vivons dans des maisons à énergie solaire, repensons la gestion du bétail et captons plus de carbone issu des cheminées, les émissions se poursuivront. C’est pourquoi la décarbonisation du secteur de l’électricité et celle du secteur du pétrole et du gaz constituent deux voies essentielles pour réaliser nos ambitions zéro émission nette. Nous commencerons par là.


 

Des éoliennes du Cap-Breton aux barrages de la baie James, en passant par les panneaux solaires étincelants sur les toits de Vancouver, tout le Canada porte l’empreinte d’un grand producteur d’électricité. Nous jouissons sans doute de la meilleure combinaison énergétique du monde, et avons la chance de compter sur des sources sûres d’électricité. Les entreprises à l’origine de ces réserves d’énergie ont participé à l’histoire du Canada, et elles contribueront à tracer notre avenir.

Pour alimenter une armée nationale de véhicules électriques et de barbecues électriques, chauffer nos écoles quand il fait -30 °C et rafraîchir nos bureaux pendant des vagues de chaleur prolongées, nous devrons doubler l’approvisionnement en électricité verte, soit essentiellement l’énergie hydroélectrique, nucléaire, éolienne et solaire. Cette tâche ne sera pas facile dans les régions à forte densité de population, lesquelles peuvent encore compter sur du pétrole et du gaz relativement bon marché, surtout pour répondre à une demande en hausse. L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont les options les moins chères, mais elles sont souvent difficiles à mettre en place. En effet, les grands projets d’énergie renouvelable ne peuvent être menés que là où les conditions naturelles le permettent, par exemple, où le vent souffle le plus fort (comme dans le nord de l’Ontario, au Québec et à Terre-Neuve) et dans les régions où le soleil brille le plus longtemps (comme dans le sud des Prairies).

Un avenir à l’hydrogène est une sorte de rêve. Gaz le plus léger, l’hydrogène produit une forte chaleur au moment de sa combustion. Il peut être utilisé à la place des combustibles fossiles dans les camions et les trains, ainsi que dans les chaudières industrielles. Cependant, la façon dont nous fabriquons actuellement l’hydrogène est un cauchemar pour le climat : l’utilisation de vapeur pour décomposer le méthane en hydrogène et en carbone génère neuf kilogrammes de CO2 par kilogramme d’hydrogène produit. Le captage du carbone issu de cette transformation donne un produit plus propre appelé hydrogène « bleu », mais ne résout pas le problème des fuites de méthane au cours du processus. Le Saint Graal, soit l’hydrogène « vert », est produit en cassant les molécules d’eau au moyen d’un courant électrique sans carbone, mais ce processus revient très cher. Une réduction de son coût serait un bon début. Il faudrait cependant construire l’infrastructure nécessaire à un déploiement de l’hydrogène vert à grande échelle, et commercialiser des camions et autres véhicules alimentés par des piles à combustible.

 

Le Canada part d’une position enviable. En 2019, 80 % du réseau national était sans carbone. En comparaison avec le Royaume-Uni, notre réseau produit moins de la moitié de GES par unité d’électricité, et un quart de moins si nous comparons avec les États-Unis.

Les efforts de la dernière décennie pour éliminer progressivement le charbon, qui devraient s’achever d’ici 2030, ont permis au Canada de réduire ses émissions de dioxyde de carbone issues de la production d’électricité. Notre utilisation continue de l’énergie nucléaire nous aide dans cette démarche, tout comme les nouvelles installations d’énergie éolienne et solaire. Depuis 2010, la quasi-totalité de la nouvelle capacité installée est liée à l’énergie renouvelable. Cette tendance a pris de la vitesse parce que le coût de nombreuses sources d’électricité zéro carbone a baissé : pour les nouvelles centrales électriques, la production d’énergie éolienne et solaire est souvent 30 % moins coûteuse que la production au gaz naturel.

À court terme, la meilleure option du Canada est d’investir dans l’énergie renouvelable à plus grande échelle. Mais comme dans tous les secteurs, n’importe quel plan oblige à faire des choix sociaux et politiques. Nous devrons déterminer quelle somme nous sommes prêts à payer, à titre collectif et individuel, pour nous défaire plus rapidement du gaz naturel et du charbon, et à quelle vitesse nous sommes prêts à fermer les centrales au gaz qui sont encore bonnes pour plusieurs années.


La baisse des coûts rend l’énergie éolienne et l’énergie solaire concurrentielles, mais pas les batteries

Coût de l’électricité ou du stockage uniformisé, $ US/MWh

Source: Lazard, Services économiques RBC


 

Gestion des pointes de consommation

 

Les sources d’énergie renouvelable présentent un autre grand inconvénient : contrairement à l’énergie au gaz ou au charbon, elles ne peuvent pas être allumées à un instant donné pour répondre à une demande, et ne produisent pas d’électricité de façon constante lorsqu’elles sont en marche. Des études ont révélé que la production d’énergie solaire peut chuter d’un tiers en hiver et en automne, et que les parcs éoliens sont plus productifs au printemps et en hiver. De plus, ces statistiques ne tiennent pas compte des variations climatiques entre les régions.

En raison de cette « intermittence », les experts sont d’avis que nous aurons probablement besoin d’une part d’énergie au gaz pour faire face aux moments de forte demande en électricité, par exemple à l’heure du souper. La question clé est de savoir s’il est moins coûteux de stocker de l’électricité à partir de sources renouvelables, de réduire les pointes de demande grâce à une meilleure efficacité énergétique, ou de construire de nouvelles centrales au gaz plus simples, assorties d’une technologie de captage du carbone, étant donné que bon nombre des centrales au gaz existantes ne peuvent pas répondre à la demande aussi rapidement.

Une autre façon de renforcer le système est de mieux connecter les réseaux provinciaux. En ce moment, notre réseau est un enchevêtrement de systèmes indépendants, éparpillés dans tout le pays. Des connexions plus efficaces pourraient réduire le besoin de stockage coûteux en déplaçant l’énergie de l’endroit où elle est produite vers l’endroit où elle est demandée.

Pour se débarrasser des centrales au gaz naturel, il faudra trouver de meilleures façons de stocker l’énergie en prévision de temps difficiles. Les batteries de grande capacité sont coûteuses à utiliser, mais une analyse récente de Lazard laisse entendre que plus la technologie s’améliore, plus les coûts de certains projets se rapprochent de ceux des centrales au gaz naturel. Il serait également logique de pomper l’eau abondante du Canada pendant les heures creuses pour la stocker dans un réservoir, mais cette opération fonctionne surtout dans les régions montagneuses. Les technologies énergétiques du futur, comme les petits réacteurs nucléaires et l’hydrogène vert, pourraient offrir de nouvelles solutions de stockage, mais elles sont loin d’être commercialisables. Le stockage de l’électricité en prévision des besoins futurs deviendra le plus grand enjeu énergétique mondial à mesure que nous nous éloignerons des combustibles fossiles.

 

Quel sera le prix à payer ?

 

Le coût de la décarbonisation du réseau canadien existant pourrait s’élever à 5,4 milliards de dollars par an. Notre capacité à y parvenir sera d’abord limitée par le coût lié à la construction et au déploiement de batteries de grande capacité en quantités suffisantes pour stocker toute l’énergie renouvelable dont nous aurons besoin. Néanmoins, les prix du stockage devraient baisser à mesure que la technologie s’améliorera.

Il importe aussi de savoir à quel point une nouvelle capacité électrique sera nécessaire. La population du Canada devrait augmenter d’environ 30 % pour atteindre 50 millions de personnes en 2050. Bon nombre de technologies que nous utiliserons pour réduire les émissions demandent de l’électricité. La plupart des estimations indiquent que la charge du système augmentera au moins 100 % d’ici 2050.


 

General Fusion développe la première centrale à fusion nucléaire commercialement viable au monde. Cette centrale produira de l’électricité propre à la demande, en complément des sources renouvelables intermittentes. (La fusion nucléaire consiste à combiner deux noyaux atomiques légers pour libérer de grandes quantités d’énergie, quatre fois plus en fait que la fission nucléaire.) Cette société de Burnaby, en Colombie-Britannique, a entrepris la construction d’une centrale de démonstration au Royaume-Uni, qui fonctionnera à 70 % de sa pleine échelle et devrait être terminée en 2025. General Fusion a séduit des investisseurs de premier plan, parmi lesquels le gouvernement du Royaume-Uni et Jeff Bezos. Ce soutien pourrait aider la société dans sa course contre les jeunes entreprises des États-Unis également créées dans le but de déployer la technologie de fusion nucléaire, et qui sont dotées de solides moyens financiers.


La plateforme Opus One Solutions permet aux sociétés de services publics de mieux gérer et planifier la distribution d’électricité, étant donné que les réseaux d’exploitation deviennent plus complexes du fait de l’expansion des énergies renouvelables. La société publique de distribution d’électricité de Singapour, SP Group, a engagé Richmond Hill, une société de l’Ontario, pour l’aider à optimiser sa distribution et à intégrer davantage d’énergies renouvelables à son réseau. Opus One assiste également des sociétés de services publics du Royaume-Uni et de l’Australie dans la création de marchés énergétiques plus efficients et plus flexibles. Cette solution toute canadienne fera face à des géants comme ABB, IBM et Siemens dans l’environnement concurrentiel des réseaux intelligents.

 

Les sables bitumineux de l’Alberta symbolisent à la fois les forces et les défis du Canada en tant que puissance énergétique. Les réserves prouvées de l’Alberta, qui s’établissent à 165 milliards de barils, se classent au quatrième rang mondial après le Venezuela, l’Arabie saoudite et l’Iran. La croissance de cette industrie s’est appuyée sur une innovation régionale, qui a permis aux entreprises d’accroître considérablement l’extraction souterraine de brut lourd. Le secteur de l’énergie est un moteur important de croissance économique pour la province, car il génère des emplois, des investissements et près d’un cinquième des exportations totales.

Cependant, les sables bitumineux n’ont pas seulement suscité la fierté du pays, mais aussi des inquiétudes. Ils représentent la plus grande source de GES du Canada, soit près de 10 % du total national, et un tiers des 191 millions de tonnes de GES produites par le secteur pétrolier et gazier en 2019. Est-ce que ce niveau d’émissions peut être maintenu alors que le Canada migre vers zéro émission nette ?

Il s’agit de la variable la plus importante dans l’équation du carbone au Canada, et l’opération ne sera pas facile à équilibrer. Les émissions du secteur de l’énergie ont augmenté rapidement depuis que l’exploitation souterraine, appelée production in situ, a commencé. Environ 80 % des émissions liées aux sables bitumineux proviennent des combustibles fossiles brûlés pour produire de la vapeur, laquelle est utilisée pour faire remonter le bitume à la surface. L’utilisation d’hydrogène pour transformer le bitume en brut synthétique représente une autre grande source d’émissions. À l’heure actuelle, il n’existe pas de solution de rechange écologique et économique à ces processus.

Les sables bitumineux ne sont pas la seule source d’émissions dans le secteur. En raison de la géographie du Canada, une grande quantité d’énergie est nécessaire pour extraire l’énergie du sous-sol et l’acheminer par pipelines vers le marché. Dans la production conventionnelle de pétrole et de gaz, les deux tiers des émissions proviennent des fuites de méthane (intentionnelles ou non), ainsi que du CO2 qui s’échappe naturellement des puits de pétrole. Le méthane est la partie la plus troublante de l’équation. Ce gaz, qui est la principale composante du gaz naturel, a un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du CO2 à court terme.

Il serait prudent d’aborder la décarbonisation étape par étape, étant donné que nous aurons besoin de combustibles fossiles pendant la transition zéro émission nette. Il est probable que la demande de pétrole, de gaz et de plastique en provenance du Canada ne diminuera pas avant un certain temps. Elle pourrait même augmenter provisoirement, tant que la demande des États-Unis restera soutenue. Il faudra des années pour nous défaire des moteurs à combustion et des fours au gaz naturel, et trouver des solutions de remplacement pour le kérosène. Nous avons également besoin de pétrole afin de fabriquer des produits pétrochimiques et des plastiques pour l’avenir proche. L’arrêt de la production pétrolière du Canada risque de nous faire perdre nos avantages en matière d’ingénierie si la demande demeure forte pendant un certain temps. Les progrès réalisés dans d’autres innovations énergétiques (hydrogène vert, réacteurs nucléaires, stockage d’électricité, voire dans le monde des combustibles fossiles) nous éclaireront peut-être quant à la meilleure voie à suivre.

Une autre technologie prometteuse, à savoir le captage direct dans l’air, consiste à éliminer directement le carbone de l’air ambiant. Si ce processus se généralisait, il pourrait contribuer à neutraliser les émissions dues à la combustion du pétrole et du gaz. Cependant, nous ne pouvons pas crier victoire tant que cette technologie n’a pas été testée à grande échelle. En attendant de pouvoir éliminer les combustibles fossiles, nous avons besoin d’une production de pétrole plus propre.


 

Le maintien de la production de pétrole brut et de gaz présente des avantages économiques pour le Canada, mais seulement si nous agissons rapidement pour réduire l’intensité carbonique de la production du pays et éliminer progressivement les processus à forte intensité de carbone. Les progrès technologiques ont déjà rendu la production d’énergie un peu plus propre. Dans le domaine des sables bitumineux, les émissions par baril ont chuté de 36 % depuis 2000. Il est essentiel de renforcer l’efficacité du secteur énergétique canadien pour rendre nos produits plus attrayants à un moment où le reste du monde est engagé dans cette même transition.

En pratique, nous devrons redoubler d’efforts pour utiliser les systèmes de captage du carbone. Ces projets ne peuvent pas être déployés de façon généralisée. L’effort porte en priorité sur l’équipement stationnaire dans les installations de production de sables bitumineux, et sur les unités de reformage du méthane qui produisent de l’hydrogène pour améliorer les bitumes. Bien que le captage du carbone ne soit pas la panacée, cette technologie bien connue peut empêcher une grande partie des GES de s’échapper dans l’atmosphère.

Les systèmes de captage du carbone piègent le CO2 avant qu’il ne pénètre dans l’atmosphère. Ce processus permet à certaines usines de continuer à brûler des combustibles fossiles à titre provisoire pendant la transition zéro émission nette. Il existe plusieurs méthodes, mais toutes finissent par compresser le gaz piégé dans un liquide et l’expédier, habituellement par pipeline, à une installation de stockage. Ce processus est généralement efficace à 90 %, mais il a ses limites. Les systèmes de captage du carbone peuvent être si coûteux que certaines applications ne sont pas réalisables d’un point de vue économique. Il est aussi difficile de trouver des endroits appropriés pour enterrer ou piéger le carbone, et d’éviter qu’il ne se répande de nouveau dans l’air. Un troisième problème est le transport des gaz liquéfiés depuis l’unité de captage du carbone vers l’endroit où ils seront stockés. Pour ce faire, il faut des pipelines spécialisés, parfois très longs, qui augmentent encore le coût et la complexité de l’effort.

Le captage du carbone peut également contribuer à réduire les émissions dans les parties hors réseau de la production de gaz naturel. Dans la mesure du possible, nous pouvons électrifier les parties du processus qui fonctionnent actuellement à partir de combustibles fossiles. Il en va de même pour la production de pétrole conventionnelle et le raffinage du pétrole.

Dans toutes les parties du système énergétique, la réduction des émissions de méthane devrait être une priorité absolue, à la fois parce que les fuites provoquent un réchauffement important, et parce que ces réductions sont parmi les moins coûteuses à réaliser par tonne.

Le gouvernement fédéral prévoit que les émissions de gaz et de pétrole auront chuté de 53 mégatonnes d’ici 2030. La perspective est beaucoup plus floue après 2030, car il est difficile de prédire à quelle vitesse les technologies actuelles seront adoptées ou commercialisées. D’après nos connaissances actuelles, si l’industrie et le gouvernement investissaient chaque année 14 milliards de dollars dans des initiatives écologiques, 92 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées dans le secteur pétrolier et gazier.

Carbon Engineering, société établie à Squamish, en Colombie-Britannique, est un chef de file de la capture directe dans l’air. Cette technologie vise à extraire le dioxyde de carbone directement de l’atmosphère, avant de le séquestrer ou le réutiliser. Ses usines, l’une au Texas et l’autre en Écosse, devraient entrer en service en 2024 et 2025, respectivement. Il est estimé que chacune éliminera 1 million de tonnes métriques de CO2 par année, ce qui équivaut à l’action de 40 millions d’arbres, et les deux unités fonctionneront à l’énergie renouvelable. (À ce jour, la plus grande usine mondiale de capture directe dans l’air se trouve en Islande. Elle est exploitée par Climeworks, et extrait 4 000 tonnes métriques de CO2 par an.) La capture directe dans l’air est un élément modeste, mais important, de l’action climatique. Son développement à plus grande échelle nécessite d’autres avancées technologiques, ainsi qu’une plus grande capacité de stockage du carbone.


Le procédé chimique exclusif de Carbonova consiste à utiliser du dioxyde de carbone et du méthane pour fabriquer des nanofibres de carbone – un matériau innovant qui a de nombreuses applications industrielles, car il est à la fois plus résistant et plus léger que l’acier. Les partisans des nanofibres de carbone affirment qu’elles pourraient être utilisées pour augmenter la capacité de stockage des batteries lithium-ion, accroître la résistance des peintures et des revêtements et améliorer les pneus des véhicules, entre autres utilisations. Cette société de Calgary a reçu le soutien d’investisseurs influents liés au secteur pétrolier de l’Alberta. Elle est en train de construire un réacteur semi-commercial, ce qui représente une première étape dans l’augmentation de sa production.

 

Les bâtiments sont la troisième source de gaz à effet de serre au Canada. Le chauffage des espaces est de loin le plus grand problème du secteur sur le plan du carbone, puisqu’il représente environ 75 % des émissions dans les propriétés résidentielles et 85 % dans les propriétés commerciales. Le reste des émissions provient en général du chauffage de l’eau. Les appareils électroménagers et l’éclairage ne causent qu’une petite partie. Par ailleurs, la climatisation est un facteur marginal, car la plupart des unités d’air climatisé sont exploitées dans les provinces où les réseaux électriques sont relativement propres.


Le chauffage des bâtiments est le défi du Canada face à un climat froid

Émissions de gaz à effet de serre (2020), Mt de CO2e

Sources : Ressources nationales Canada, Environnement et Changement climatique Canada, Services économiques RBC


L’un des grands problèmes est la perte d’une grande partie de l’énergie que nous utilisons pour régler les températures à la maison et au bureau à cause d’une mauvaise isolation, de fissures et crevasses dans les murs et de fenêtres et portes obsolètes.

Les efforts visant à encourager les rénovations ont été vains à cause des coûts élevés à engager, de la pénurie de travailleurs qualifiés et des longues périodes de remboursement pour les gros travaux. Même lorsque les programmes de rénovation sont justifiés sur le plan financier, ils peuvent rencontrer une résistance parce qu’en général, le travail est salissant, entraîne des désagréments et fait perdre du temps. Par ailleurs, les propriétaires ne bénéficient pas toujours des économies d’énergie liées aux rénovations. Celles-ci profitent surtout aux locataires.

Heureusement, les technologies actuelles permettent de réaliser une décarbonisation totale. En effet, les efforts visant à réduire l’empreinte carbone des bâtiments canadiens s’accélèrent. Les émissions par mètre carré ont diminué grâce à des appareils ménagers plus efficaces, des rénovations et de meilleures normes de construction. Depuis 2000, les immeubles résidentiels ont fait plus de progrès que les immeubles commerciaux, soit environ 25 % contre 7 %.

L’élimination progressive des systèmes basés sur les combustibles fossiles en faveur de l’énergie électrique sera un facteur essentiel. De nombreuses régions du Canada utilisent déjà des systèmes de chauffage et d’eau chaude électriques. Ceux-ci peuvent toutefois revenir chers, notamment pour les propriétaires qui les adoptent sans avoir au préalable rénové leurs bâtiments.

Une solution prometteuse est la pompe à chaleur, technologie relativement nouvelle qui déplace la chaleur de l’air extérieur, de l’eau ou du sol pour la transférer à l’intérieur. Ce processus peut également s’exécuter dans l’autre sens. Les pompes à chaleur transforment l’électricité en chaleur beaucoup plus efficacement que les fourneaux ou les chaudières. Grâce aux améliorations technologiques, les services publics devraient devenir moins chers dans les bâtiments dotés d’un solide plan de rénovation.

L’adoption des pompes à chaleur a pâti des coûts élevés et de la méconnaissance de nombreux propriétaires en ce qui concerne cette option. Un autre problème, du moins pour l’instant, est la perte d’efficacité des pompes à chaleur existantes lorsque les températures descendent en dessous de -15 °C. Les habitations des régions les plus froides du pays auront donc besoin de sources de chaleur de secours pour les périodes les plus froides.

Les changements climatiques ont fait ressortir l’avantage des solutions de rechange communautaires, qui pourraient se substituer aux systèmes traditionnels de chauffage et de climatisation sur place. Souvent appelés systèmes d’énergie de quartier, ils distribuent de la chaleur ou de l’air froid à plusieurs endroits à partir d’une source unique. Au centre-ville de Toronto, plus de 180 bâtiments sont reliés à un réseau de climatisation partagé qui exploite les températures glaciales des eaux profondes du lac Ontario. Les systèmes d’énergie de quartier permettent des économies d’échelle, libèrent de l’espace dans les bâtiments reliés et réduisent les émissions. Autrement dit, ils répartissent le coût élevé des systèmes à faible teneur en carbone entre de nombreux utilisateurs, ce qui les rend réalisables pour plus de bâtiments. Ces systèmes sont plus difficiles à intégrer dans les communautés existantes, mais ils pourraient convenir à des endroits qui connaissent une forte croissance démographique.

 

Coûts pour atteindre l’objectif de 2050

 

Il revient moins cher d’installer des matériaux d’isolation et des systèmes électriques plus efficaces pendant la phase de construction que pendant la rénovation de maisons existantes. Par exemple, le coût des pompes à chaleur, en l’absence d’autres rénovations, est presque deux fois plus élevé pour les maisons anciennes que pour les nouvelles constructions.

Selon une étude menée conjointement par le Conseil du bâtiment durable du Canada et WSP, les coûts initiaux liés à un plan national d’aménagement zéro émission nette ajouteraient 8 % à la facture de construction moyenne. Cependant, les rénovations se rembourseraient d’elles-mêmes grâce aux économies d’énergie réalisées pendant la durée de vie des bâtiments. L’adoption du programme pourrait s’accélérer si les investissements se rentabilisaient plus rapidement ou si les coûts étaient répartis sur toute la durée de vie de l’équipement (par exemple, en diminuant les tarifs d’électricité pour ceux qui réduisent les émissions).

Le coût annuel supplémentaire pour mener les immeubles résidentiels et commerciaux à zéro émission nette pourrait s’élever à 5,4 milliards de dollars par an.

BrainBox AI s’appuie sur des techniques d’apprentissage profond et des algorithmes pour optimiser les systèmes de climatisation et réduire les déchets énergétiques dans les bâtiments commerciaux. Contrairement aux systèmes de climatisation actuels, qui sont réactifs, sa technologie utilise des données pour prédire les états de température et agir en conséquence. L’entreprise montréalaise s’est taillé une place au palmarès des « meilleures inventions de 2020 » du magazine Time. Sa technologie, dont le cœur est une boîte d’un pied carré, est déjà installée dans des immeubles représentant une superficie de 100 millions de pieds carrés. Le logiciel de BrainBox est unique, mais il a de puissants rivaux dans le domaine des capteurs et de l’automatisation pour le bâtiment, y compris des géants comme Amazon et Google.


Le système de refroidissement par eaux lacustres profondes d’Enwave est le plus grand système de refroidissement géothermique au monde. Il exploite les eaux froides du lac Ontario pour refroidir des bureaux, hôpitaux et autres bâtiments du centre-ville de Toronto. Ce système est également actif en hiver, où il récupère la chaleur non utilisée par les bâtiments pour en faire une chaleur bas carbone. Le système d’Enwave réduit la consommation d’électricité de 90 % par rapport aux sources conventionnelles. Une fois que l’eau a servi au refroidissement, elle est acheminée vers des unités de traitement pour ensuite desservir les robinets et les douches. Enwave devrait bénéficier de la popularité croissante des systèmes d’énergie de quartier. Mais les systèmes de refroidissement comme celui d’Enwave ne sont pas toujours possibles à mettre en place. Ils nécessitent de grandes quantités d’eau puisée en profondeur, et leur construction est coûteuse en capital et en main-d’œuvre.

 

Pour les Canadiens, le défi zéro émission nette est essentiellement lié aux voitures, aux camions et aux avions dont nous dépendons pour traverser notre vaste pays. Or, nos propres préférences peuvent être aussi puissantes que n’importe quelle technologie. Au cours des dix dernières années, les VUS ont représenté 40 % des immatriculations de véhicules neufs, et les camionnettes, 20 %.

Le transport est le plus grand émetteur de GES au Canada après le secteur pétrolier et gazier. À lui seul, ce secteur a relâché 186 millions de tonnes de GES dans l’atmosphère en 2019. Le transport de passagers génère un peu plus de la moitié de ces émissions, mais selon nos estimations, le pourcentage attribuable au transport de marchandises a augmenté trois fois plus vite depuis 2005.


 

Même si les Canadiens conduisent davantage et achètent de plus grands véhicules, les émissions liées au transport sont sur une pente descendante. Cette tendance découle en partie de l’augmentation des normes d’efficacité énergétique, et de l’apparition de véhicules électriques et de voitures partiellement électriques appelées hybrides. Les ventes de véhicules électriques représentent une part modeste, mais croissante, du marché. Elles sont principalement stimulées par les subventions gouvernementales et l’enthousiasme des premiers acheteurs.

Nous devons nous efforcer de généraliser les véhicules électriques de tourisme. Les véhicules hybrides et électriques n’ont représenté que 3,5 % des nouvelles immatriculations de véhicules légers l’an dernier. À titre de comparaison, ces mêmes véhicules ont suscité 75 % des nouvelles ventes en Norvège, où ils sont exonérés de droits d’immatriculation, mais aussi des taxes sur la valeur ajoutée et des droits d’importation qui représentent des sommes beaucoup plus élevées. Les décisions politiques, y compris les propositions du gouvernement fédéral visant à interdire les véhicules de tourisme à essence d’ici 2035, encourageront l’adoption de ces véhicules à l’échelle nationale. Pendant ce temps, le Canada devrait bénéficier des importants investissements réalisés par les constructeurs automobiles pour offrir des véhicules électriques plus variés au cours de la prochaine décennie.

Les moteurs électriques alimentés par batterie sont la solution à faible teneur en carbone la plus pratique pour remplacer les moteurs à combustion interne. Cependant, ils fonctionnent mieux dans les véhicules légers qui parcourent de courtes distances et n’ont pas besoin de se recharger fréquemment. Ils sont lourds et inefficaces pour les gros véhicules, et actuellement inenvisageables pour les avions. Les batteries sont un peu plus pratiques pour les gros navires comme les traversiers, mais elles limitent le poids qu’un navire est autorisé à transporter.

Le climat du Canada pose aussi des défis particuliers. Les batteries ont un rendement plus faible dans le froid. Donc pendant les hivers prolongés, les véhicules électriques doivent se recharger plus fréquemment. Le problème ne se pose pas trop pour les déplacements quotidiens, mais plutôt pour les longs voyages et le transport de marchandises sur de longues distances. En fin de compte, nous aurons besoin d’une nouvelle infrastructure et d’un changement de comportement, ainsi que d’une nouvelle chimie dans les batteries.

 

Les carburants de remplacement, solution provisoire

 

Selon BloombergNEF, la technologie des batteries continue de progresser et les prix se sont effondrés de 80 % depuis 2013. Pour l’instant, les camions lourds, les navires et les avions devront compter sur les biocarburants pour réduire leurs émissions. Ces carburants, généralement fabriqués à partir de matières végétales et animales appelées biomasse, ont un profil d’émissions qui peut être inférieur de 80 % à celui des combustibles fossiles traditionnels. La plupart des biocarburants ne peuvent remplacer entièrement les combustibles fossiles dans les moteurs existants : ils doivent être mélangés avec certaines quantités de carburant traditionnel pour éviter d’endommager les moteurs. Il existe un type de carburant appelé « carburant d’aviation durable », qui résulte généralement d’un mélange à 50-50 avec du kérosène ordinaire.

Des biocarburants plus avancés sont produits de la même façon que le diesel ordinaire, et peuvent servir de substituts complets. Leur utilisation est encore très limitée, et leur production peut être restreinte puisque ces carburants sont parfois fabriqués à partir d’huiles alimentaires usagées et de résidus de cultures qui ne sont pas toujours disponibles. Si nous faisons pousser un plus grand nombre de plantes pour produire des biocarburants, nous pourrions nous retrouver avec moins de terres pour cultiver de la nourriture. Et selon l’endroit où se trouvent les nouvelles cultures, nous risquons de détruire des puits de carbone stables comme les forêts.

Les piles à combustible à hydrogène, qui alimentent les moteurs électriques grâce à l’énergie transportée dans l’hydrogène liquide, pourraient être utiles au transport lourd dans le futur. Beaucoup espèrent que cette technologie pourra un jour transformer le secteur des transports. Pour le moment, il existe peu d’infrastructure soutenant la technologie en question, les camions ne sont pas encore construits à l’échelle avec ces moteurs, et il reste des problèmes techniques à résoudre.

 

Quels sont les coûts ?

 

Le Canada a la capacité de réduire fortement les émissions dans les secteurs où l’électrification est viable, par exemple en accordant des subventions et en investissant dans l’infrastructure pour encourager l’utilisation des véhicules électriques. Ce plan pourrait coûter cher. D’après les modèles de véhicules électriques actuels et la durée moyenne pendant laquelle les Canadiens détiennent des voitures neuves, le gouvernement devrait accorder des subventions d’au moins 300 $ par tonne de GES économisée pour rendre les véhicules électriques aussi abordables que les voitures à essence. Il lui en coûterait environ 20 milliards de dollars annuellement. Les progrès technologiques attendus dans le domaine des batteries, qui représentent près d’un tiers du coût d’un véhicule électrique, contribueront grandement à réduire ce coût. De meilleures infrastructures pourraient aider les gens à transporter des batteries plus petites et moins chères.

Là où l’électrification des transports n’est pas encore viable, les biocarburants pourraient combler l’écart. Toutefois, de nombreuses applications restent coûteuses : le carburant d’aviation durable coûte environ cinq fois plus cher que le kérosène, et son prix pourrait s’élever à 500 $ la tonne. Même si nous pouvions produire suffisamment de carburant d’aviation durable pour chaque vol, les coûts augmenteraient de 50 % pour les compagnies aériennes.

Le gouvernement estime que les efforts actuels feront baisser les émissions liées au transport d’environ 35 mégatonnes. Si les Canadiens investissaient 25 milliards de dollars de plus par an dans les technologies actuelles, 93 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées des émissions prévues dans les transports en 2030, ce qui nous rapprocherait de l’objectif zéro émission nette Toutefois, nous devrons intensifier nos efforts de recherche et de développement pour trouver de meilleures solutions aux autres problèmes causés par les émissions.

Les camions lourds dépendent des biocarburants pour réduire leurs émissions, car les batteries sont trop lourdes. Grâce à la technologie de charge ultra rapide mise au point par Gbatteries, à Ottawa, les camions pourraient transporter moins de batteries, puisqu’ils rechargeraient leurs batteries aussi vite qu’ils remplissent un réservoir d’essence. De plus, la société affirme que sa technologie évite un problème fréquent lié à la charge rapide : la dégradation de la batterie. Plusieurs entreprises en démarrage, d’Israël à l’Australie, cherchent aussi à introduire des solutions de charge rapide sur le marché. Alors que les concurrents se concentrent sur les nouveaux matériaux et la fabrication de batteries lithium-ion, GBatteries s’appuie sur un algorithme breveté pour la charge rapide.


Li-Cycle de Mississauga, en Ontario, est devenue la plus grande entreprise de recyclage de batteries lithium-ion en Amérique du Nord en seulement cinq ans. La société affirme que son processus de recyclage exclusif permet de récupérer 95 % des métaux essentiels à la fabrication de batteries – ce qui est bien plus que les technologies rivales –, afin d’éviter que ces métaux finissent dans une décharge. Les matériaux peuvent ensuite être réutilisés dans de nouvelles batteries. De plus, le procédé de Li-Cycle ne produit pas d’eaux usées et émet moins de carbone que les méthodes de recyclage conventionnelles. L’un de ses plus grands défis est de se préparer à une adoption généralisée des véhicules électriques.

 

Les producteurs de pétrole et de gaz ne sont pas les seuls grands émetteurs du Canada. Les moteurs de l’économie (l’exploitation minière et la production de ciment, pour n’en nommer que deux) nécessitent d’énormes quantités de chaleur et d’énergie. Par conséquent, ils émettent beaucoup de dioxyde de carbone. Leur production est essentielle à la vie quotidienne et au bien-être économique du Canada, puisque ces secteurs ont généré 16 % des exportations des cinq dernières années. Certaines parties de ce secteur ont fait d’énormes progrès depuis les années 1990, en partie grâce à des processus de fabrication plus propres. Mais compte tenu de l’accroissement de la demande mondiale de matières à faible teneur en carbone, il sera crucial que ces producteurs réduisent encore plus leurs émissions.

Au cours des dernières années, la stratégie du Canada visant à réduire les émissions de l’industrie lourde s’est concentrée sur divers prélèvements fiscaux comme la taxe carbone, et les augmentations graduelles plutôt que les mesures brutales ont été privilégiées. Les progrès sont lents. L’une des raisons est l’utilisation, par la plupart des entreprises, de combustibles fossiles relativement peu coûteux. Par exemple, il faut environ 900 tonnes d’acier pour fabriquer une éolienne de 5 MW, et la production d’une telle quantité d’acier génère près de 2 400 tonnes d’émissions de CO2. La technologie permettant d’utiliser de l’électricité ou un combustible de substitution dans ce processus serait beaucoup plus coûteuse, voire non viable sur le plan commercial.

De plus, de nombreuses industries génèrent des émissions qui font partie intégrante de la production. Par exemple, la fabrication de l’ammoniac utilisé dans les engrais azotés exige beaucoup d’énergie et génère des gaz à effet de serre lorsque l’hydrogène est extrait du gaz naturel pour être intégré au processus. Dans le cas du ciment, la décomposition du calcaire repose sur une réaction chimique entraînant l’émission de CO2. Ces émissions « inhérentes » au processus sont la raison pour laquelle le captage du carbone sera probablement nécessaire dans certaines circonstances.

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Fabrication d’acier vert

L’aciérie traditionnelle consiste à fondre du charbon de haut rang avec du minerai de fer à très haute température dans des fourneaux alimentés aux combustibles fossiles, ce qui génère une grande quantité d’émissions.

Grand défi : comment fabriquer tout l’acier dont nous avons besoin pour les panneaux solaires et les autres technologies vertes en générant le moins d’émissions possible. La course est engagée pour résoudre ce problème dans des pays comme la Suède, où le premier chargement d’acier « vert » a été reçu cet été. Ce projet pilote, de même que d’autres qui se trouvent à différents stades de développement, intègre un processus qui remplace le charbon par de l’hydrogène pendant la première étape de la fabrication de l’acier. Le pouvoir de transformation de l’aciérie verte dépendra en grande partie des prix de l’hydrogène et de l’électricité à faible teneur en carbone dans les décennies à venir.

Selon le gouvernement fédéral, une lente hausse de la tarification des émissions industrielles, accompagnée de subventions en faveur de processus plus propres pendant la prochaine décennie, incitera les entreprises à éliminer seulement 16 mégatonnes de gaz à effet de serre. Or, 77 mégatonnes ont été produites en 2019. Des changements politiques plus marqués et de plus grands investissements seraient nécessaires pour accélérer l’adoption des technologies existantes. Les pompes à chaleur industrielles, par exemple, voire le chauffage électrique régulier, peuvent remplacer les combustibles fossiles dans certaines applications à basse et moyenne température, par exemple dans une partie de la production de papier. Le captage du carbone fonctionne bien pour les gaz d’échappement concentrés, notamment ceux qui émanent des usines d’engrais. Malgré son prix élevé, cette technique peut être appliquée à des processus plus coûteux comme ceux des cimenteries.

Si l’industrie et le gouvernement investissaient 4,4 milliards de dollars de plus par an dans les technologies actuelles, 35 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées des émissions prévues dans l’industrie lourde en 2030, ce qui nous rapprocherait de l’objectif zéro émission nette.

CarbonCure de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, injecte au béton du CO2 capturé afin d’obtenir un produit plus vert. Sa technologie pourrait aider le secteur du bâtiment, un émetteur important, à atteindre plus rapidement zéro émission nette. La quantité de béton produite selon cette méthode double chaque année. C’est pourquoi CarbonCure a reçu des financements de la part du fonds d’investissement Breakthrough Energy Ventures de Bill Gates, d’Amazon et d’autres investisseurs importants. Les gouvernements et les municipalités sont les principaux acheteurs de béton. La croissance de l’entreprise bénéficierait donc de politiques d’approvisionnement favorables au béton bas carbone.


MineSense Technologies de Vancouver aide les sociétés minières à trouver l’équilibre entre durabilité et la recherche de minerais à haute teneur. Sa technologie ShovelSense, adaptable aux équipements miniers existants, est basée sur des capteurs et un algorithme exclusif qui servent à évaluer le minerai au moment de son extraction, améliorer sa récupération et réduire les déchets. La technologie de MineSense est utilisée dans des mines au Canada, au Chili et au Pérou. La COVID-19 a restreint son accès aux sites miniers des clients, ce qui l’a obligée à se tourner vers les installations technologiques à distance.

 

Le Canada est un géant agricole qui exporte du blé, de l’orge, des légumineuses et d’autres produits alimentaires dans le monde. Le secteur a généré 2 % du PIB total du Canada et environ 5 % de ses exportations au cours de la dernière décennie, et il emploie plus de 300 000 Canadiens. Il est également responsable de près de 10 % des GES du Canada, soit l’équivalent de 73 mégatonnes. Il ne sera pas facile de les réduire. Les vaches, les porcs et les autres ruminants produisent du méthane lors de leur digestion, de sorte que les gaz qu’ils émettent sont difficiles à capter. Les engrais azotés, largement utilisés, sont nécessaires pour améliorer les rendements, mais représentent une source majeure d’émissions d’oxyde nitreux. Tout comme le méthane, l’oxyde nitreux a un plus grand pouvoir de réchauffement que le CO2.

Alors que la quantité d’énergie utilisée pour produire de la nourriture a chuté par dollar de production, l’augmentation de la production a éclipsé les gains d’efficacité. La quantité d’énergie utilisée dans l’agriculture a augmenté de 30 % entre 2008 et 2018, principalement sous forme de diesel pour la machinerie lourde.


 

Il est réjouissant de savoir que le Canada soutient la comparaison en ce qui concerne les émissions agricoles. Par exemple, dans le secteur de l’élevage, le pays se classe parmi ceux qui ont la plus faible intensité carbonique, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques.

L’inégalité des progrès dans l’agriculture est en partie due au fait que les émissions provenant des animaux et des terres (y compris celles qui sont générées après l’application d’engrais) ne sont pas assujetties à la tarification du carbone. De plus, les agriculteurs sont exemptés de la taxe fédérale sur le diesel utilisé pour alimenter l’équipement. Les exemptions existent avant tout parce que les efforts d’atténuation du carbone feront probablement grimper les prix des aliments. Ainsi, les exportateurs canadiens seront désavantagés par rapport aux partenaires commerciaux mondiaux qui n’appliquent pas une réglementation aussi stricte à l’égard de leurs agriculteurs.

Il pourrait être bon de changer la façon dont nous cultivons, par exemple en utilisant moins d’engrais. Les agriculteurs pourraient être encouragés à planter davantage de cultures de couverture, lesquelles sont semées après la récolte des cultures commerciales pour atténuer le tassement du sol et prévenir l’érosion. Les cultures de couverture peuvent aussi capturer plus de carbone dans le sol et empêcher les résidus d’azote de s’épandre dans l’atmosphère.

La refonte de la production animale et de la gestion du fumier pourrait entraîner les plus grandes réductions. Les installations intérieures pourraient être modifiées en vue de capter du méthane pour le transformer en biogaz. Cette solution pourrait s’appliquer à l’entreposage du fumier, autre source de méthane provenant du bétail. Elle est d’ailleurs déjà employée à petite échelle. De plus, une reproduction plus sélective et des changements dans l’alimentation du bétail pourraient amoindrir quelque peu la quantité de méthane générée par les ruminants.

L’abandon des combustibles fossiles sera également utile. De même que dans les autres bâtiments, les sources de carburant pour chauffer ou rafraîchir les installations agricoles peuvent être remplacées par des pompes à chaleur électriques. L’équipement agricole n’a pas encore été électrifié de manière généralisée, mais les progrès de la technologie des batteries pourraient faire avancer les choses. Les tracteurs électriques font leur entrée sur le marché, mais ce n’est pas encore le cas pour les moissonneuses-batteuses. Dans certains cas, comme pour les séchoirs à grains, l’électricité est plus difficile et plus chère à obtenir avec la technologie actuelle, mais cela reste faisable.

Il est important de se rappeler que tout comme les arbres, les plantes et les sols ont la capacité de stocker le CO2. Si elle est bien gérée, la prolifération des cultures alimentaires en milieu rural (ou urbain) offre donc la possibilité de séquestrer le carbone.

Une meilleure gestion de notre monde naturel pourrait influer sur les changements climatiques de manière tout aussi spectaculaire que le nettoyage des industries utilisant beaucoup de carbone. Une étude récente de Nature United, financée en partie par Techno nature RBC, a révélé qu’une meilleure protection des terres agricoles, forêts, zones humides et prairies du Canada pourrait aider à capturer 78 millions de tonnes de GES par année d’ici 2030, soit environ 10 % des émissions globales actuelles. Une grande partie de l’approche consiste à changer les façons de travailler dans les exploitations agricoles. L’agriculture régénératrice est un ensemble de pratiques agricoles, telles que la plantation de cultures de couverture pour améliorer la qualité des sols, qui tirent parti de la nature pour lutter contre les changements climatiques. Ces techniques visent à accroître la séquestration du carbone dans les sols, et elles présentent des avantages comme une plus grande résistance des exploitations agricoles à la sécheresse. D’autres pratiques, comme la plantation d’arbres entre les cultures et dans les pâturages, sont également prometteuses. Nature United estime que ces efforts pourraient aider à capturer jusqu’à sept mégatonnes d’ici 2030, même s’ils se limitent aux zones où les grandes machines ne sont pas utilisées.

Bien que certaines de ces réductions de GES puissent être réalisées moyennant des coûts relativement faibles, la plupart seront coûteuses et nécessiteront de nouveaux processus et dépenses en immobilisations. Par exemple, le modèle exhaustif des cultures de couverture montre que la moitié de cette réduction coûtera plus de 50 $ la tonne, ce qui dépasse le prix actuel du carbone. Nous estimons que la réduction des émissions du secteur à 43 mégatonnes, comparativement à 73 mégatonnes en 2019, coûtera jusqu’à 2,5 milliards de dollars par année.

SemiosBio Technologies, établie à Vancouver, offre un service d’agriculture de précision. Son réseau sans fil exclusif utilise l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle pour proposer aux agriculteurs une solution de gestion des cultures fondée sur les données. Son réseau d’Internet des objets est le plus important du secteur agricole, avec plus de 120 millions d’acres sous gestion, des États-Unis à l’Australie, en passant par l’Afrique du Sud. La société compte des centaines de concurrents, mais la plupart sont plus petits et se consacrent à un seul aspect de l’agriculture.


Une autre société de Vancouver, Terramera, est en train de mettre au point des outils agronomiques numériques pour appuyer et élargir la transition vers des pratiques agricoles régénératrices. Elle explore également une technologie de télédétection capable de mesurer la teneur en carbone du sol de façon fiable et peu coûteuse. Cette initiative pourrait jeter les bases d’un marché de crédits carbone dans le secteur de l’agriculture. La société a développé une technologie chimique exclusive, Actigate, qui vise à améliorer le rendement des intrants biologiques dans l’agriculture et à réduire l’utilisation des substances synthétiques.

 

On a exhorté les ménages à passer des voitures à essence et des chaudières au gaz aux véhicules électriques et aux pompes à chaleur. Mais beaucoup n’ont pas les moyens de faire de tels changements. Cependant, ils doivent savoir que les changements comportementaux peuvent aussi avoir un effet substantiel. Par exemple, si les déchets provenant des fruits, des légumes et des restes de nourriture étaient ramenés à des niveaux comparables à ceux de la viande et des produits laitiers, alors les émissions du Canada pourraient baisser de 4 millions de tonnes. En changeant notre façon de nous déplacer et de chauffer ou rafraîchir les espaces, et en utilisant avec parcimonie le ciment et les autres matériaux à forte intensité de carbone, nous réduirions les émissions de 1,7 milliard de tonnes dans le monde d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le total représente plus de 10 % des réductions que nous avons besoin de réaliser pendant cette période.

Le défi est d’amener les gens à changer. Un mode de vie bas carbone est plus coûteux, plus compliqué et moins confortable que le statu quo. Il peut paraître ardu d’amener 40 millions de Canadiens à accepter une vie quotidienne moins confortable. Pourtant, c’est avant tout une question de conception et d’innovation. Les jeunes d’aujourd’hui éclateraient de rire à l’idée de cesser de regarder YouTube parce que leurs parents doivent passer un coup de téléphone. Et télétravailler plusieurs fois par semaine était inconcevable pour les professionnels il y a à peine deux ans. Dans 10 ans, les amateurs de cuisine pourraient convoiter les plaques de cuisson à induction comme ils apprécient actuellement les cuisinières à gaz.

Chaque secteur a un rôle à jouer pour aider les consommateurs à prendre des décisions plus éclairées et plus propres. Voici comment, d’après nous, vous pouvez commencer.

  • Les entreprises devraient informer les consommateurs de l’incidence de leurs choix sur les émissions. Indiquer les émissions attribuables aux différentes options d’expédition, ou le coût environnemental de l’emballage pourrait influencer les choix des consommateurs.
  • Étiquetage obligatoire pour les décisions générant de fortes émissions. Pour les transactions immobilières, on pourrait exiger que les vendeurs divulguent les cotes d’efficacité énergétique et les émissions annuelles des habitations, afin que les acheteurs puissent comparer ces dernières en fonction des émissions et des coûts.
  • Financement moins cher pour les options plus vertes. Le secteur financier innove depuis longtemps de façon à favoriser le changement. La titrisation des prêts ou des prêts hypothécaires destinés à la rénovation de maisons et bureaux afin de les rendre plus écologiques pourrait tirer parti des marchés ESG afin de réduire les coûts, comme cela a été fait pour les prêts hypothécaires à plus grande échelle.
  • Rendre le transport vert plus agréable. Les métros sombres, les trains bondés et l’absence de pistes cyclables n’encouragent guère les citadins à se départir de leurs voitures. L’ajout de services dans les gares et les véhicules (Wi-Fi et magasinage, par exemple) pourrait accroître le nombre d’usagers. Il en va de même pour la construction d’infrastructures plus sûres : les pistes cyclables de Toronto, en particulier celles qui sécurisent l’accès aux lieux de travail, ont fait attirer beaucoup plus de cyclistes. L’obligation d’offrir un stationnement sécurisé pour les vélos et des bornes de recharge de vélos électriques dans les entreprises et les nouveaux immeubles d’habitation pourrait également être efficace.
  • Revoir la tarification de l’électricité. Inciter les consommateurs à utiliser moins d’électricité au moment où le coût de production est le plus élevé est la logique qui sous-tend la tarification selon l’heure de consommation dans certaines provinces. Élargir cette pratique à l’échelle nationale serait un bon début. Payer l’industrie pour qu’elle réduise la demande aux heures de pointe pourrait même être plus efficace.

 


Pendant des décennies, nous avons suivi une approche fragmentaire en matière de réglementation environnementale et de protection du climat. Résultat : les émissions ont augmenté de toute façon. Pour atteindre l’objectif zéro émission nette, nous aurons besoin d’un plan plus audacieux exigeant des changements pour les décennies à venir.

Dans les pages précédentes, nous avons décrit les voies que ce plan pourrait emprunter. Il faudra que tout le monde – propriétaires de maison, exploitants d’entreprises, scientifiques, personnes de métier qualifiées, enseignants, urbanistes – se penche sur la question. Mais en conclusion, nous aimerions nous concentrer sur le rôle que peuvent jouer les politiques publiques, avec huit idées pour amorcer le changement :

Une politique nationale d’électrification

Des incitatifs du gouvernement fédéral seront nécessaires pour améliorer les liaisons entre les réseaux provinciaux, harmoniser les réglementations et parvenir à une tarification cohérente. L’objectif est de doubler la production au cours des 30 prochaines années. Produire plus d’électricité propre demandera des choix difficiles, même avec une hausse du prix du carbone. Il nous faudra peut-être beaucoup plus d’énergie hydroélectrique et de lignes de transport pour l’acheminer vers les grands centres. Les solutions basées sur le nucléaire doivent rester sur la table. Et nous aurons besoin de capturer le carbone émis par les centrales au gaz, même si les solutions renouvelables et les batteries sont produites à une échelle commerciale. Ce qui sera essentiel : une plus grande coopération interprovinciale.

Une stratégie nationale pour les compétences vertes

L’innovation propre est vouée à l’échec si nous manquons d’ingénieurs pour déployer des systèmes de capture du carbone, ou d’entrepreneurs pour installer des pompes à chaleur. L’objectif est d’inculquer des compétences en écologie à 200 000 nouveaux travailleurs et de recycler 100 000 travailleurs actuels d’ici 2030. Une subvention fédérale pour emplois verts faciliterait le recyclage des employés actuels et les programmes provinciaux pourraient favoriser les changements de carrière. Les enseignants auront besoin de contenus de cours sur les technologies climatiques et sur les nouvelles compétences « vertes » destinées à la main-d’œuvre de demain. Et les agriculteurs devront améliorer leur capacité à mesurer la capacité des sols à stocker le carbone provenant de l’atmosphère.

Engagement à long terme en faveur de la tarification du carbone

Le gouvernement fédéral, les provinces et les grandes entreprises devraient réaffirmer l’intention du Canada d’augmenter le prix national du carbone d’ici 2030, afin de montrer au monde que cette question est aussi une priorité pour les Canadiens. Ottawa devrait également allouer une part importante (et clairement définie) des recettes publiques au développement et à l’adoption de technologies, et étudier l’incidence économique et la suffisance du prix à mesure qu’il augmente à 170 $ la tonne. Les groupes commerciaux et environnementaux doivent aider les gouvernements à aller de l’avant d’une manière qui profite à toutes les régions.

S’appuyer sur l’action climatique pour renforcer le commerce avec les États-Unis

Le Canada devrait engager des discussions bilatérales avec les États-Unis sur la politique climatique, en mettant l’accent sur les chaînes d’approvisionnement stratégiques, les produits énergétiques et les technologies de réduction des émissions. Les deux gouvernements devraient étudier la possibilité d’ajustements à la frontière pour le carbone qui seraient appliqués aux marchandises faisant l’objet de nombreux échanges commerciaux. Ils s’assureraient ainsi que les produits nord-américains ne sont pas désavantagés par les prix explicites ou implicites du carbone. D’une importance particulière : sécuriser la place du Canada dans la chaîne d’approvisionnement en VE, qui connaît une rapide croissance, en mettant l’accent sur la technologie des batteries et les minéraux essentiels. Une collaboration avec les États-Unis dans le domaine de la recherche peut aussi aider.

Une stratégie industrielle pour la capture, l’utilisation et le stockage du carbone

Le gouvernement fédéral et les principales provinces responsables des émissions industrielles devraient convenir d’un nouveau cadre pour le CUSC – essentiellement des technologies destinées à capturer les émissions pour les stocker dans le sol ou dans de nouveaux produits – comprenant des subventions à la recherche, des crédits d’impôt à long terme pour le stockage de carbone, et de nouvelles approches d’investissement public-privé. Problèmes critiques : droits clairs en matière de stockage géologique, permis pour les pipelines de CO2 et règlements souples, assortis d’échéances. Fait important, les communautés autochtones doivent jouer un rôle de premier plan dans ce prochain chapitre de l’énergie canadienne.

Plan d’action national en matière d’agriculture durable

Les émissions agricoles sont inhérentes à notre système alimentaire. Nous aurons besoin d’engrais azotés tant que nous cultiverons, et nous produirons du méthane tant que nous élèverons des bovins et des porcins. Il existe des moyens de réduire les émissions par rapport aux niveaux actuels sans pour autant faire baisser la production alimentaire. Cependant, fixer un prix pour les émissions agricoles peut entraîner une hausse inacceptable des coûts alimentaires. Une meilleure option : permettre la séquestration naturelle dans les exploitations agricoles – à partir de cultures de couverture et d’arbres, par exemple – afin de produire des crédits de carbone commercialisables. Pour y parvenir, les agriculteurs ont besoin d’un plus grand nombre d’équipements de surveillance des sols, de systèmes de données et de formations.

Priorité aux véhicules électriques (VE)

Les VE seront des gagnants évidents dans la transition, mais à moins que les coûts ne diminuent rapidement, leur adoption pourrait ne pas être assez rapide pour marquer une grande différence. Les avantages des véhicules électriques sont actuellement contrebalancés par l’anxiété liée à l’autonomie, le manque de bornes de recharge et les risques associés à un climat froid. Il sera utile de développer l’infrastructure et de prendre des engagements en faveur des véhicules électriques, ce qui comprend la proposition d’Ottawa de permettre uniquement la vente de véhicules à zéro émission d’ici 2035. Du côté de la production, le Canada peut faire davantage pour soutenir les chaînes d’approvisionnement nord-américaines en batteries, par exemple en investissant dans la capacité de raffinage et dans la fabrication de batteries au pays.

Une adaptation rapide

Le plan du Canada visant à rénover davantage de maisons doit être accéléré de toute urgence. Un bon début : programmes pour aider les propriétaires à gérer le processus perturbateur de recâblage ou de modernisation de leur maison. Des codes de construction zéro émission nette peuvent éviter d’avoir à rénover des constructions récentes. D’autres politiques, qui incluent le financement, peuvent aider les propriétaires à s’attaquer collectivement à de grands projets. Une stratégie nationale de rénovation pourrait également promouvoir les services d’aménagement collectif et soutenir les communautés qui veulent repenser complètement leur mode de chauffage, en prévoyant par exemple des modèles géothermiques centralisés. Besoin : rénover 4,5 millions de logements d’ici 2030.

 

Conclusion

 

Ce rapport fait valoir nos arguments en faveur d’une action climatique accélérée, avec des objectifs clairs et des occasions intéressantes. Malgré les défis, et peut-être un départ tardif, l’objectif zéro émission nette est à portée de main.

Pour y parvenir, nous devrons élargir notre approche en matière de mobilisation de capitaux et de souplesse réglementaire. Nous devrons imaginer de nouvelles façons d’évaluer les occasions, et investir dans ces occasions en exploitant le capital public et privé, en coordonnant les autorités fédérales et provinciales et en veillant à ce que les communautés autochtones jouent un rôle prédominant.

Les Canadiens veulent une réponse plus rapide et plus efficace au défi climatique, et les innovateurs canadiens ont prouvé qu’ils peuvent offrir des


Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

Collaborateurs:

John Stackhouse, premier vice-président

Colin Guldimann, économiste

Ben Richardson, associé, Recherche

Steven Frank, consultant en rédaction

Darren Chow, premier directeur, Médias numériques

Carolyn King, première directrice de la rédaction

Farhad Panahov, associé, Recherche