Le décor de la 27e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques avait de quoi surprendre.
Construite par les Israéliens dans les années 1970, à l’époque de l’occupation de la péninsule du Sinaï, la station balnéaire de Sharm El-Sheik est particulièrement prisée des touristes européens et arabes en quête de divertissements. Imaginez un semblant d’amphithéâtre romain, un parc d’attractions hollywoodien et des autoroutes à 10 voies qui sillonnent le désert. C’est là que 30 000 acteurs, défenseurs et militants du climat se sont entassés dans le Palais international des congrès Tonino Lamborghini, prêts à s’attaquer, et cela sans un soupçon d’ironie, à l’avenir de notre société de consommation.
Dès le départ, la COP27 s’annonçait comme une sorte de Truman Show des conférences sur le climat – une bulle ostentatoire, un récit en contradiction avec la réalité extérieure. Au centre de cette bulle, dans une « zone bleue » abritant des hangars d’inspiration militaire, les touristes du climat n’ont ménagé aucun effort pour attirer l’attention et présenter au monde leurs bonnes intentions. En fait, les enjeux de fond étaient trop importants. Et les perspectives de réussite, très incertaines.
En cette année de perturbations économiques, il s’agissait essentiellement de concilier les tensions croissantes entre la sécurité énergétique, la sécurité climatique et la sécurité économique. Voici quelques-unes de mes conclusions sur les réussites et les échecs.
1. La « COP de la mise en oeuvre » a besoin de renforts
La COP26 de Glasgow s’était distinguée par un projet ambitieux : les pays s’engageaient à réduire davantage leurs émissions d’ici 2030 pour assurer le respect des accords de Paris. Sharm El-Sheikh devait donc se consacrer aux plans de mise en oeuvre et à la concrétisation des engagements. Cinq dirigeants du G7 étaient présents : Emmanuel Macron (France), Olaf Scholz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), Rishi Sunak (Grande-Bretagne) et Joe Biden (États-Unis).
Tous ont dû remarquer le panneau « Agissons » à l’entrée de la salle principale. L’Union européenne a rehaussé ses objectifs, ce qui est remarquable compte tenu de l’actuelle crise de l’énergie. L’Indonésie a emboîté le pas. Le Canada a souligné l’importance de ses mesures climatiques, depuis les projets de capture du carbone en Alberta jusqu’aux aciéries vertes en Ontario et aux usines de méthane de fumier au Québec.
Dans son discours d’ouverture, le président Biden a reconduit sa promesse de réduire, d’ici 2030, les émissions des États-Unis de 50 % par rapport aux niveaux de 2005, un élément clé de sa politique. Les entreprises ont elles aussi rehaussé leur engagement ; depuis 2019, le nombre de sociétés visant des objectifs fondés sur la science du climat a été multiplié par dix. Malgré tout, ces acteurs restent encore minoritaires. Sur 196 pays, seuls 29 sont venus en Égypte avec des plans d’intervention mis à jour.
2. La cible de 1,5 ne survivra peut-être pas longtemps
L’une des réalisations marquantes de Glasgow, l’objectif de 1,5 degré Celsius, a fixé le seuil qui doit être respecté par tous les acteurs pour limiter le réchauffement climatique, sans quoi les conséquences catastrophiques iront en s’accélérant. « Maintenir 1,5 en vie », tel était le mantra de Glasgow, car selon les spécialistes du climat de l’ONU, au-delà de cette limite, nous pouvons dire adieu aux récifs coralliens comme ceux qui jouxtent la plage de Sharm El-Sheik. Pour contenir les hausses de température, le monde doit réduire les émissions de GES d’environ 50 % au cours de la décennie.
Or, les émissions ont augmenté de 1 % l’an dernier (encore plus aux États-Unis) et sont en voie d’augmenter de 10 % pendant les dix prochaines années.
Dans la déclaration, on a maintenu l’objectif symbolique de 1,5 degré, mais en coulisses, le doute règne et on se demande si le monde ne devrait pas viser une cible plus réaliste, par exemple un niveau « largement inférieur à 2,0 degrés ».
3. Le charbon n’est pas mort
Glasgow a sonné le glas du charbon. Qu’il s’en passe des choses dans une année ! L’Allemagne consomme plus de charbon. La Chine et l’Inde aussi. Mais ce n’est pas inévitable.
Si la COP27 peut prétendre à un succès significatif, c’est grâce à la naissance du partenariat JET, curieusement nommé, qui désigne une « transition énergétique juste ». Ce partenariat entre les pays riches et les institutions financières est conçu pour aider les pays en développement à abandonner le charbon. Le partenariat JET a trouvé son premier partenaire en Afrique du Sud et, à la COP27, il a vite recruté l’Indonésie. Il s’agit d’aider le pays à atteindre son pic d’émissions liées au secteur de l’énergie d’ici 2030, pour atteindre la carboneutralité en 2050. Le Vietnam suivra peut-être bientôt.
Les coûts de l’opération sont énormes et risquent d’accabler les pays les plus pauvres sous une dette accrue ; sans compter leur passage probable du charbon au gaz naturel, un autre facteur de réchauffement.
Cet effort masque aussi les éléphants dans la pièce. La Chine consomme 50 % du charbon thermique mondial et l’Inde avoisine les 20 %. Ni l’une ni l’autre ne s’éloigne du charbon pour le moment.
En fait, l’Inde a influé sur les débats de la COP avec une solution dérangeante : elle se dit prête à quitter le charbon quand le reste du monde renoncera au pétrole et au gaz. Elle n’a pas trouvé beaucoup de preneurs. Les pays africains ont préconisé avec beaucoup d’ardeur un rôle accru du gaz, qu’ils considèrent comme une source d’énergie essentielle pour s’éloigner du charbon et du bois.
4. Une COP pour le pétrole ?
Sharm El-Sheikh s’est avéré être un sommet bénéfique pour l’industrie pétrolière. Il suffit de regarder dehors pendant le trajet en voiture depuis l’aéroport. Le long d’une route à 10 voies, financée par les Saoudiens et nommée d’après le roi Salman, les participants de la COP ont droit à une nouvelle manifestation de l’audace saoudienne.
Avec ses deux coupoles illuminées en vert, le Saudi Innovation Park, bâti sur une parcelle de désert à côté du centre de conférence, annonce clairement le désir d’affirmation du monde pétrolier, dirigé par l’OPEP.
Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a ouvert la COP avec une métaphore inquiétante – « en route vers l’enfer climatique, le pied sur l’accélérateur » –. Il visait juste, mais son plan de communication devait vite s’essoufler. Les Saoudiens, qui partagent la mer Rouge avec l’Égypte, ont promis d’augmenter les niveaux actuels d’extraction et de produire du pétrole au-delà de 2100 . Les Émirats arabes unis, qui accueilleront la COP28 à Dubaï, ont décrit la région comme une contrée de « superhéros ».
Les Arabes soutiennent qu’ils développeront des technologies de captage et stockage de carbone (CSC) qui annuleront leurs émissions nettes. En effet, les Saoudiens prévoient ouvrir la plus grande installation de CSC au monde d’ici 2027 . Les écologistes se sont battus pour dévaloriser les technologies dites « de réduction de la pollution », pour éviter qu’elles n’accentuent la production de combustibles fossiles. Je prévois qu’un débat sur le thème « réduction contre rabaissement »définira les couleurs de la COP de Dubaï.
5. Perte pour les pays en développement et dommages pour l’ONU
En accueillant la COP27, l’Égypte voulait surtout gagner un appui mondial au concept des « pertes et dommages » – une formule simple qui consiste à subventionner les pays les plus touchés par les changements climatiques, ceux qui, justement, sont le moins en mesure de payer la facture.
Le Pakistan a été le porte-parole de la campagne égyptienne : Ce pays d’Asie du Sud, doté d’une diplomatie experte, a mobilisé toute sa présence à la COP en faveur d’un mécanisme de compensation, au moins partielle. Cette année, le pays a subi des dommages estimés à 30 milliards USD à la suite d’inondations causées par le réchauffement de la planète et la fonte des neiges.
Après des négociations acharnées, environ 200 pays ont convenu de créer un fonds de couverture « pertes et dommages » pour les nations souffrant du changement climatique.
6. L’Amérique est de retour sans la Chine
Une caractéristique importante s’est dégagée de la COP27 : Les ambitions climatiques des États-Unis. Revigoré par les élections de mi-mandat qui ont reconduit le Parti Démocrate à la tête du Sénat, Joe Biden a fait escale à Sharm El-Sheikh alors qu’il se rendait au Sommet du G20 à Bali, en Indonésie. Il avait décidé d’annoncer sa loi sur la réduction de l’inflation et les 370 milliards USD qui seront consacrés au climat.
Son administration se concentre sur cinq technologies clés : batteries, systèmes de chauffage et de refroidissement, réseaux électriques, carburant d’aviation et décarbonisation des industries chimiques, sidérurgiques et cimentaires. Il est clair que les États-Unis utiliseront plus souvent la carotte que le bâton pour réduire leurs émissions de 50 %, notamment s’ils comptent s’affirmer comme une superpuissance des technologies propres.
Il y a quelques années, la Chine convoitait le titre. Aujourd’hui, le régime Xi se trouve dans une relation hostile avec Washington, avec une démographie vieillissante et des fermetures de bureaux liées à la COVID-19. La Chine n’a pas abandonné ses éco-ambitions, car elle reste dominante sur les secteurs de l’éolien et du solaire, tout comme dans l’industrie des véhicules électriques. Mais Pékin n’est plus la championne qu’elle a été pendant le mandat du président Donald Trump, et elle n’est pas non plus à la tête d’un bloc de nations. Le reste du monde devra peut-être compter sur les États-Unis, plus que jamais. Pour le meilleur et pour le pire.
7. Où sont les fonds ?
On ne voit pas beaucoup d’économistes dans les COP, ce qui est particulièrement dommage quand on sait que l’économie conduit à des décisions au niveau politique. Et c’est encore plus vrai quand les budgets rétrécissent. La forte augmentation des taux d’intérêt cette année pose un fardeau discret sur les politiques climatiques, en particulier dans les pays en développement.
Mark Carney, l’ancien dirigeant de notre banque centrale, a de quoi se réjouir, puisqu’il a contribué au lancement de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero à la COP26. L’alliance de M. Carney regroupe maintenant 550 établissements financiers qui gèrent des billions de dollars en actifs dans 50 pays. Il s’agit d’un vaste projet de mobilisation de capitaux pour l’objectif « zéro émission nette », mais qui s’est attiré des critiques de partout.
À la COP27, on a reproché à M. Carney d’avoir trop trop promis et trop peu donné ; dans la plupart des pays en développement, les fonds ne sont jamais arrivés. Cette question a même inspiré un mème COP : « #WTF », qui signifie « Où sont les fonds ?» (Where is The Financing?) Le manque de projets d’envergure serait à blâmer.
À la COP, l’Égypte a essayé d’aplanir cette difficulté en annonçant un énorme projet d’énergies renouvelables. M. Carney croit que le monde a besoin de 1 billion USD par an en projets de ce genre pour quadrupler le ratio des énergies renouvelables par rapport aux ressources non renouvelables. Les capitaux sont là. Toutefois, la campagne agressive de la Réserve fédérale des États-Unis face à l’inflation pose un défi, car elle a fait grimper les taux d’intérêt américains et attiré beaucoup de capitaux vers les États-Unis.
8. L’Agriculture, nouvelle championne du climat
Croyez-le ou non, c’était la première COP qui plaçait l’agriculture à l’avant-scène. Plutôt étonnant, quand on se rend compte que le système d’approvisionnement alimentaire représente environ un quart des émissions mondiales.
L’ONU et plusieurs de ses membres ont cessé les hostilités envers l’agriculture, car ils ne veulent pas s’aliéner ce secteur, placé au coeur de l’évolution mondiale. De plus en plus, on considère l’agriculture comme une solution climatique – peut-être même comme un bénéfice net pour le monde, si les agriculteurs peuvent transformer leur sol en puits de carbone rentables. Animée par ce nouveau sentiment d’innovation, la conférence a consacré une journée à la question agricole, et les pavillons de la « zone bleue » ont présenté des produits de tous les continents.
Les pratiques durables en matière d’engraissement des sols et l’utilisation de fertilisants à faible émission joueront un rôle essentiel. De même, il y aura de nouvelles technologies comme les digesteurs anaérobies qui convertiront les émissions d’origine animale en énergie. La Chine, responsable de 20 % du méthane mondial, doit être un chef de file dans ce domaine.
Mais la solution la plus radicale pourrait venir de l’agriculture régénérative – un ensemble de pratiques comme la culture de couverture et les semis directs qui assurent la capture et la séquestration des gaz à effet de serre. Les États-Unis ont pris les devants en créant des marchés volontaires qui permettront à des entreprises et à des investisseurs d’octroyer aux agriculteurs des crédits carbone pour l’exploitation de leurs sols. D’autres pays sont plus prudents, sachant que la science des sols n’est pas assez avancée pour déterminer les quantités capturées ou stockées.
9. Atmosphère, atmosphère. L’océan est en détresse. Les forêts tropicales aussi.
Pour la première fois, une COP se penchait sur l’état des océans. Une démarche appropriée, car Sharm El-Sheikh n’est pas seulement une ville du désert ;elle abrite quelques-uns des plus beaux récifs coralliens de la mer Rouge, qui risquent l’extinction en l’absence de mesures plus concrètes.
J’ai assisté à une séance qui réunissait le Prince Albert de Monaco, Sylvia Earle, grande défenseure des océans, et Johan Rockström, une éminente climatologue de l’Institut Potsdam pour la recherche sur le climat. M. Rockström a expliqué les conséquences de la hausse des températures sur le monde et les océans.
L’Arctique affiche déjà une hausse de 2 degrés qui entraîne la disparition des plateformes de glace dans la mer. Cela perturbe la circulation de l’air, provoquant des vagues de chaleur comme celle qui a accablé l’Ouest du Canada en 2021.
Les océans absorbent environ 93 % de cette chaleur excédentaire par un transfert massif d’énergie qui altère les organismes vivant sous la surface. La température mondiale des océans a atteint un sommet record en 2021. Une tempête se prépare. Depuis des siècles, les scientifiques étudient ce genre d’interaction entre les océans, les terres émergées et l’atmosphère, mais le sujet a été un peu délaissé ces dernières années. Or, aujourd’hui, la biodiversité et le climat sont de nouveau perçus comme les deux faces d’une même médaille.
Les participants de la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, qui se tiendra à Montréal en décembre, se pencheront très attentivement sur la question. Dans les derniers jours de la COP27, le nouveau président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, en a fait une priorité. Lula, comme on l’appelle partout, a été applaudi plus chaleureusement que le président Biden lorsqu’il s’est engagé à reprendre la lutte pour protéger l’Amazonie. La tâche ne sera pas facile, alors que la planète se soucie plus de la croissance économique que de la croissance du vivant. Mais le message de Lula sur la biodiversité était clair : « Sans la protection de l’Amazonie, il ne peut y avoir de sécurité climatique dans le monde. »
10. À qui appartient la COP ?
Pour la première fois à une COP, le Canada s’est présenté avec un pavillon, comme d’autres pays. La technologie n’y était pas à l’honneur comme dans le pavillon voisin de l’Inde ; on n’y imitait pas l’audace des États-Unis. Mais, fidèle à sa tradition, le Canada s’est distingué par son caractère inclusif. Avec son design qui rappelait un peu une beignerie haut de gamme (on y servait même du café gratuit), ce pavillon a accueilli une variété d’opinions et d’expériences que je n’ai vue nulle part ailleurs.
Militants, leaders autochtones, chefs d’entreprise, maires, entrepreneurs, investisseurs : le Canada était représenté en entier. Et c’est là un défi constant pour les futures COP. L’Égypte s’est conformée aux lois strictes et aux normes de sécurité qui empêchaient toute manifestation sérieuse de protestation. Même Greta Thunberg, la jeune militante écologiste, a jugé qu’il n’était pas nécessaire de faire acte de présence. De l’autre côté d’un important passage routier, une zone verte était aménagée à l’intention des groupes communautaires et des militants. Les débats y étaient plus pertinents et réjouissants que dans les salles de conférence. Mais le sentiment d’urgence manquait là aussi.
La COP a permis d’entendre une diversité de voix qui s’est accrue au fil des ans. Seuls les délégués les plus arrogants ou les plus naïfs croient posséder une réponse définitive au défi climatique ; ils sont aussi les seuls à faire fi des divergences d’opinions.
Maintenant que Sharm El-Sheikh s’ajoute à la longue liste des pays ayant accueilli une COP, et que tous les regards se tournent vers Dubaï, il faudra développer plus que jamais cet esprit de saine curiosité. Il pourrait s’agir de la meilleure contribution du Canada à la COP28 et aux futures conférences.
John Stackhouse est un auteur à succès et un porte-parole de premier plan en matière d’innovation et de perturbations économiques au Canada. À titre de premier vice-président, Bureau du chef de la direction, il dirige la recherche et exerce un leadership avisé concernant les changements économiques, technologiques et sociaux. Auparavant, il a été rédacteur en chef du Globe and Mail et éditeur du cahier « Report on Business. » Il est agrégé supérieur de l’institut C.D. Howe et de la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l’Université de Toronto, en plus de siéger aux conseils d’administration de l’Université Queen’s, de la Fondation Aga Khan Canada et de la Literary Review of Canada.
La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. La nourriture redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.
Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait jouer un rôle majeur dans cette révolution. De fait, nous en avons l’obligation.
D’ici 2050, le Canada doit augmenter sa production alimentaire d’un quart juste pour maintenir sa contribution alors que la population mondiale augmente. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et au-delà, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.
L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et Arrell Food Institute de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est de faire prendre conscience de l’urgence des besoins auprès des Canadiens, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.
Ce rapport expose la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :
utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
investir dans les agriculteurs en vue de développer de nouveaux incitatives économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
et déclamer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à évoluer plus rapidement vers un monde qui a résolu la crise climatique.
La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Mais nos pratiques pourraient être une solution. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».
John Stackhouse,
premier vice-président, Services économiques et Leadership avisé
Keith Halliday,
directeur, BCG Le Centre pour L’avenir du Canada
Evan Fraser,
directeur, Arrell Food Institute à l’Université de Guelph
Principales constatations
Les systèmes agricoles et alimentaires du Canada produisent 93 mégatonnes, soit un peu plus de 10 % de nos émissions nationales de gaz à effet de serre chaque année.1
Si les agriculteurs canadiens continuaient de travailler comme ils le font actuellement, à part de marché égale, ces émissions atteindraient 137 mégatonnes compte tenu de la croissance démographique de 26 % attendue dans le monde d’ici 2050.2
Les principales technologies et approches permettant de réduire les émissions comprennent le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, les additifs pour l’alimentation animale, les systèmes de digestion anaérobie et la technologie de précision.
Il sera également crucial d’adopter des solutions fondées sur la nature en vue de séquestrer le carbone. Le carbone du sol pourrait constituer l’un de nos outils les plus puissants, augmentant la quantité de carbone stockée dans le sol jusqu’à 35 mégatonnes.
Le Canada pourrait réduire de 40 % ces émissions potentielles avant 2050, à condition d’adopter de nouvelles solutions technologiques et de gestion conjuguées à des financements et des politiques en faveur des agriculteurs.
De nouveaux modèles sont nécessaires pour récompenser l’adoption de ces solutions, les mettre en œuvre à grande échelle et réduire les incertitudes et les risques pour les agriculteurs.
L’une des solutions serait de mettre en place une norme canadienne visant à mesurer l’impact des activités destinées à réduire les émissions. Une telle mesure constituerait un outil essentiel pour rémunérer les agriculteurs, en plus d’aider les décideurs politiques et les institutions financières à soutenir les pratiques favorables à l’environnement.
Pour accroître notre production tout en réduisant les émissions, nous devrons déployer un effort d’envergure nationale, en fonction du contexte de chaque région, en nous appuyant sur la technologie, la finance, les compétences et les politiques publiques.
Mener une révolution agricole à faible émission de carbone
Le secteur agricole canadien se trouve à un tournant décisif de son histoire.
La demande alimentaire mondiale devrait s’intensifier à mesure que la population augmentera à 9,7 milliards de personnes d’ici 2050, ce qui représente un bond de 26 %.3 Dans le même temps, les changements climatiques perturbent les chaînes logistiques et la productivité de nombreux grands producteurs agricoles. Et le bouleversement géopolitique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé les systèmes alimentaires mondiaux.
La tâche de nourrir la planète a rarement été aussi décourageante. Le Canada pourrait prendre la tête de l’effort déployé dans le monde pour relever ce défi.
Nos agriculteurs figurent déjà parmi les plus productifs de la planète, avec 75 milliards de dollars de denrées alimentaires fournies aux marchés internationaux chaque année. Le Canada est l’un des principaux fournisseurs de cultures essentielles comme le blé et le canola, et un chef de file mondial dans l’exportation de bœuf. Nous disposons de vastes stocks de terres arables et d’eau douce, d’un environnement réglementaire relativement stable et d’un statut international en tant que fournisseur d’aliments sûrs et de qualité élevée.
Mais notre réussite a un coût. Chaque acre de nourriture cultivé et chaque animal élevé accroît une empreinte carbone qui est déjà trop élevée, et que nous nous sommes engagés à réduire. Cultiver selon les mêmes méthodes un nombre d’acres beaucoup plus élevé ne fera qu’aggraver le problème, étant donné que la perturbation du sol libère du carbone dans l’atmosphère.
Dans le même temps, les changements climatiques nuisent à la production dans de nombreuses régions du monde, y compris au Canada. Néanmoins, à moyen terme, ces facteurs pourraient permettre au Canada de produire plus de nourriture. Cela nous donne à la fois la responsabilité de soulager la crise alimentaire mondiale et l’occasion d’accroître notre présence sur les marchés internationaux.
Pour ce faire, nous devrons déployer nos efforts en direction d’un nouvel objectif : produire beaucoup plus de nourriture – tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.
Dans le présent rapport, nous avons défini quatre domaines d’actions qui pourraient nous placer sur la bonne voie. Les domaines en question comprennent les technologies destinées à réduire les émissions issues des engrais, de la digestion des animaux d’élevage et des fumiers, ainsi que les techniques agricoles permettant de stocker le carbone dans le sol. En s’appuyant sur ses propres forces, le Canada pourrait s’imposer comme un chef de file dans le développement des technologies et des sciences végétales qui fomenteront la prochaine révolution verte du secteur agricole.
Les agriculteurs seront en première ligne dans cette transition. Mais ils ne peuvent pas y arriver seuls. En raison du large éventail d’activités dans l’agriculture canadienne, de la diversité des régions dans lesquelles elles sont menées et de la répartition inégale des émissions entre ces régions, une stratégie nationale est nécessaire. Pour y parvenir, nous devrons nous appuyer sur les partenariats intersectoriels, la recherche et l’innovation, la mise en place de politiques et l’investissement privé. Nous devrons amplifier les ports et les voies ferroviaires qui transportent nos marchandises sur le marché. Et nous devrons penser au-delà de nos propres frontières, en déployant tout d’abord nos efforts auprès de nos partenaires commerciaux afin de dynamiser la manière d’aborder les évaluations, les labels et autres mécanismes.
Par le passé, le Canada a déjà mis en place ce type de stratégie nationale en faveur des agriculteurs, non seulement en stimulant les avancées technologiques, mais aussi en adoptant des politiques en matière d’immigration, d’infrastructure et de commerce international, avec un résultat très bénéfique.
En adoptant dès maintenant le même esprit de collaboration, l’agriculture canadienne peut être un chef de file mondial dans la lutte contre les changements climatiques.
Les émissions agricoles sont analysées de diverses façons et nous avons eu recours à différents rapports pour évaluer la question sous plusieurs angles. Selon le Rapport d’inventaire national (RIN) du Canada pour 2019, les émissions agricoles se chiffreraient à 73 mégatonnes. D’après notre analyse complète incluant les engrais, le transport, la transformation, la vente au détail, la consommation et l’élimination, les émissions atteindraient 136 mégatonnes. Cette analyse se base sur le rapport RIN du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’Environnement Canada. Des émissions de périmètre 1 à 3 ont été attribuées à l’étape opérationnelle de la chaîne de valeur afin d’éviter que les données soient comptées en double. Les émissions de périmètre 3 de faible ampleur et difficiles à faire diminuer, comme les émissions résultant de la fabrication d’immobilisations utilisées dans le secteur agricole, n’ont pas été prises en compte. Il est également possible d’ajuster ce chiffre pour tenir compte de l’exportation et de l’importation des aliments. En ce qui concerne les émissions agricoles liées aux importations, nous avons attribué des facteurs d’émission par unité importée aux principales marchandises importées en nous fondant sur les bases de données de CONCITO et celles des émissions des partenaires commerciaux. Aux fins du présent document, à moins d’indications contraires, les émissions agricoles s’entendent de la production et de l’utilisation d’engrais, de la fermentation entérique et de la gestion du fumier, de l’utilisation de carburant en milieu agricole, des résidus de cultures, du changement d’affectation des terres et d’autres émissions, le niveau de référence étant de 93 mégatonnes. Nous estimons que la séquestration du carbone dans les sols est une technologie à émissions négatives du secteur agricole. Les estimations ayant trait aux leviers de réduction potentielle des émissions tiennent compte de la préparation technologique, économique et opérationnelle aux coûts actuels. Ces estimations ont été établies en fonction de données tirées de recherches, d’entrevues avec des experts et de tests réels fondés sur des avis d’experts. Les répercussions futures des leviers sont très incertaines en raison de la nature précoce de la technologie et des éléments inconnus entourant la portée de la mise en œuvre. Nous tenons donc compte dans notre analyse des limites de faisabilité et de mise en œuvre, et non de la portée théorique des éventuelles réductions d’émissions.
Nous avons effectué une analyse préliminaire de la compétitivité de l’empreinte carbone des principales cultures du Canada. Cette analyse découle d’une synthèse de résultats de plusieurs études utilisant diverses méthodologies. Les premiers résultats ont démontré que l’agriculture canadienne présente une empreinte carbone concurrentielle par rapport à ses principaux concurrents à l’exportation ; d’autres études de recherche et rapports plus approfondis sur l’intensité des émissions de carbone seront déterminants pour notre analyse.
Défi mondial :
La culture des aliments transformée par les changements
Les changements climatiques redessinent la carte de la production alimentaire mondiale. L’augmentation mondiale des températures amorcée vers la fin du 20e siècle a ralenti les gains de productivité liés à l’adoption généralisée des engrais chimiques, aux variétés de semences plus productives et aux technologies de plus en plus sophistiquées.
Depuis 1961, les changements climatiques causés par les actions humaines ont freiné de 21 % la croissance de la productivité agricole mondiale.4L’histoire est encore plus funeste dans les régions chaudes comme l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes, où la croissance de la productivité s’est avérée inférieure de 26 % à 34 % au niveau qu’elle aurait atteint en l’absence de changements climatiques. Pour de nombreux pays tropicaux, l’agriculture est vouée à se compliquer encore plus : pour chaque degré d’augmentation des températures mondiales, le rendement du maïs chutera de 7,4 % et celui du riz de 3,2 %.
Le Canada n’échappera pas aux ravages des changements climatiques – la canicule, la sécheresse et les tempêtes extrêmes ont déjà frappé la production en 2021–mais les répercussions seront différentes. D’ici 2050, les rendements de certaines régions du Canada pourraient s’améliorer de 50 % (du fait que le réchauffement allongera les saisons des cultures), alors qu’ils déclineront de 20 % à 50 % dans plusieurs parties de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.5
Et tandis que les pôles se réchauffent, environ 1,85 million de kilomètres carrés de terres du Nord canadien pourraient devenir propices aux cultures de produits de base d’ici 2080.6 Étant donné que le Canada perd près de 60 000 acres de terres agricoles de grande qualité au profit de l’expansion urbaine chaque année, il pourrait être tentant de les cultiver ou de les développer.7 Cependant, les conséquences d’un déplacement de l’agriculture vers le nord seraient catastrophiques : près de 15 gigatonnes de carbone seraient libérées si les forêts et les zones humides étaient défrichées et labourées.
Pour nourrir le monde, le Canada devra cultiver davantage de denrées alimentaires sans trop augmenter sa superficie de terres agricoles.
La réduction des émissions est essentielle au maintien de notre puissance agricole mondiale
Le Canada est déjà une superpuissance agricole. Les Prairies produisent suffisamment de blé pour nous classer parmi les trois principaux pays exportateurs. Et elles produisent assez de canola pour dominer les marchés mondiaux. Les mines de la Saskatchewan produisent et expédient plus d’engrais potassique que tout autre pays, à savoir un milliard de tonnes par an. Nous sommes parmi les plus grands exportateurs de bœuf au monde et l’un des principaux exportateurs de lentilles.
En tant que cinquième source d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur agricole canadien ajoute aussi à l’empreinte carbone du pays.
Le Canada est un important exportateur de produits agricoles clés
Pour déchainer la croissance il faut surmonter des défis uniques
Malgré sa toute-puissance actuelle, le secteur agricole canadien a encore un fort potentiel à exploiter. En 2017, le Conseil consultatif en matière de croissance économique estimait que le Canada pourrait cibler une part de marché mondiale de 8 % des produits agricoles d’ici 2027 (en hausse par rapport à 5,7 % en 2015), ce qui ferait de nous le deuxième exportateur mondial après les États-Unis.8 En tant que l’un des rares pays ayant la capacité d’accroître ses exportations agricoles (en tenant compte des bouleversements climatiques), cet objectif semble de plus en plus à notre portée. En effet, à mesure que de nouveaux marchés et de nouvelles relations commerciales se développeront en réponse aux turbulences géopolitiques et aux changements climatiques, de nouvelles portes s’ouvriront aux grands producteurs. L’Espagne a récemment fait pression sur la Commission européenne pour qu’elle supprime les contrôles à l’importation au regard des aliments pour animaux en provenance de pays tiers, alors que le pays s’efforce de combler la perte de l’Ukraine en tant que principal fournisseur.9 En raison des mêmes pénuries et du désir de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis, la Chine cherche à accélérer ses importations de maïs brésilien.10
« Seules quelques régions fournissent des céréales au monde, et lorsque vous avez un problème dans l’une d’entre elles, cette perte doit être compensée. Le Canada fait partie du petit groupe de pays disposant d’une importante capacité de production et d’un excédent exportable. Nous aurons toutes sortes d’occasions. »
Al Mussell, directeur de recherche, Institut canadien des politiques agroalimentaires
Toutefois, si les occasions liées à la transformation verte de l’agriculture sont nombreuses, les défis à relever le sont également. Pour commencer, la nourriture occupe une place unique dans notre vie quotidienne. En plus de nous maintenir en vie, la nourriture joue un rôle central dans nos célébrations, nos rituels quotidiens et nos communautés. Par conséquent, les changements dans sa disponibilité et ses prix sont beaucoup plus visibles, et ils sont directement ressentis par les consommateurs. Cela rend le changement délicat à mettre en place sur le plan politique.
Et bien que l’agriculture partage bon nombre de défis avec les secteurs à fortes émissions engagés dans le commerce international, l’économie agricole rend plus difficile le cheminement de ce secteur vers la réduction des émissions. Les coûts des intrants sont imprévisibles. Les dépenses en engrais, par exemple, se sont hissées de 31,8 % en 2021, tandis que le coût des aliments pour les animaux d’élevage a gagné 23 %.11 Les prix des marchandises agricoles, qui constituent la majeure partie des revenus de l’agriculture, font partie des plus volatils parmi les secteurs engagés dans le commerce international. Et la capacité d’absorber ces fluctuations varie grandement d’un type d’exploitation à l’autre. Les marges bénéficiaires sont ainsi plus élevées pour les producteurs laitiers et avicoles pratiquant la gestion de l’offre, et plus faibles pour les éleveurs de bovins et de porcs sensibles aux brusques mouvements du marché.
Les phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et fréquents posent de nouveaux défis au secteur agricole, particulièrement tributaire des conditions climatiques. Face à ces pressions, de nombreux agriculteurs sont réticents à adopter de nouvelles pratiques qui ajouteraient de l’incertitude à leurs activités.12
Les secteurs des produits laitiers, des céréales et des oléagineux sont les plus rentables
Revenu net agricole moyen 2009-2019, % des revenus
Au-delà de l’exploitation agricole en elle-même, l’ampleur de la chaîne logistique crée des obstacles supplémentaires. En effet, le secteur agricole canadien est très fragmenté, soumis à la fois aux aléas mondiaux et régionaux et régi par un entrelacs de stratégies provinciales et nationales. Une grande partie du secteur est aussi tributaire d’un réseau d’infrastructures ferroviaires et portuaires qui connaît de plus en plus de difficultés, notamment des pénuries de main-d’œuvre et des perturbations dues aux phénomènes météorologiques extrêmes. « Nous sommes dans la position privilégiée d’avoir toute cette offre que le monde demande, il la veut pour tout de suite », a déclaré Jean-Marc Ruest, premier vice-président, Affaires commerciales et avocat général de Richardson International, le premier exportateur de céréales au Canada. « Mais nous avons beaucoup de mal à faire sortir les céréales du Canada. Il est grand temps d’investir dans notre infrastructure commerciale. »
Le groupe de travail national sur la chaîne d’approvisionnement a recommandé un effort d’envergure nationale réunissant les chefs de file du gouvernement et de l’industrie afin de renforcer notre réseau de transport face à l’évolution des modèles d’affaires, aux bouleversements climatiques et aux risques géopolitiques.13 Une stratégie similaire devrait être mise en œuvre pour relever le défi de la réduction des émissions de carbone dans la chaîne logistique agricole.
Nous pouvons commencer par nous pencher sur trois principales sources de gaz à effet de serre dans le secteur : les engrais, la digestion du bétail et le fumier. Dans la prochaine section, nous examinerons les outils qui peuvent aider à réduire ces émissions, notamment les systèmes de digestion anaérobie, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) et les additifs pour l’alimentation animale – ainsi que les défis à relever pour utiliser ces outils. Nous examinerons également le potentiel de « l’agriculture régénératrice », qui vise à stocker le carbone dans le sol. Cette approche englobe un ensemble de pratiques agricoles durables, parmi lesquelles la réduction du travail des sols et les cultures de couverture qui peuvent également rendre notre terre plus résiliente face aux effets du changement climatique.
Enfin, nous examinerons comment nos atouts actuels peuvent nous aider à diriger la recherche et le développement de nouvelles technologies qui pourraient être essentielles à l’avenir de l’agriculture. Dans leur ensemble, ces politiques peuvent contribuer à jeter les jalons de la révolution verte au Canada.
Quatre éléments clés pour un système agricole et alimentaire à faibles émissions
Défi majeur : La production et l’utilisation des engrais sont responsables de 28 mégatonnes de GES, soit 30 % de nos émissions agricoles totales (11,9 mégatonnes sont issues de leur production, et 16 mégatonnes de leur utilisation). Si nous ne changeons rien : les émissions atteindront 35 mégatonnes en 2050. Ce qui pourrait changer la donne : Utilisation : engrais intelligents, technologie de précision, gérance des nutriments. Production : captage, utilisation et stockage du carbone, intrants énergétiques à faibles émissions de carbone. Le potentiel : Réduire les émissions de 14 mégatonnes avant 2050.
Peu d’endroits bénéficient de l’ampleur et du potentiel de l’agriculture canadienne, comme en témoigne l’exploitation de 3 000 acres de Rob Stone à Davidson, en Saskatchewan. Dans les années 1960, les terres de M. Stone produisaient 20 boisseaux de blé par acre. Aujourd’hui, ces terres génèrent 50 boisseaux de blé par acre, un effet que M. Stone attribue à l’amélioration génétique des semences, à ses propres pratiques agricoles et aux engrais azotés.
Parmi les intrants, les engrais représentent le coût le plus élevé pour les exploitations canadiennes. Comme beaucoup d’autres agriculteurs, M. Stone a pris des initiatives pour les utiliser avec parcimonie. Les engrais sont aussi l’élément qui augmente le plus l’empreinte carbone agricole du Canada, et ils constituent un bon point de départ dans notre parcours vers une agriculture verte.
L’azote nourrit les plantes, qui les absorbent au moyen de leurs racines. Certaines cultures, comme les légumineuses, n’en ont pas besoin, parce qu’elles puisent l’azote dans l’air. Cependant, pour les principales exportations canadiennes comme le blé et le canola, l’engrais azoté est essentiel, et il appliqué dans presque tous les champs où sont cultivées ces céréales. L’engrais azoté libère du dioxyde de carbone durant son processus de fabrication, et il peut dégager de l’oxyde nitreux (puissant gaz à effet de serre qui a un potentiel de réchauffement planétaire de 265 à 298 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone, sur une période de 100 ans) au moment de son épandage dans les champs.14,15
La bonne nouvelle est que nous avons des outils pour réduire son utilisation. Et le Canada a fait des progrès pour adopter certains de ces outils. Le processus commence par une planification minutieuse de la façon dont l’engrais est appliqué dans l’exploitation agricole. Certaines initiatives sectorielles peuvent aider les agriculteurs à élaborer ces plans. Par exemple, le programme canadien « 4R Nutrient Stewardship » recommande d’appliquer le bon type d’engrais, d’utiliser le bon dosage, et de l’appliquer au bon moment et au bon endroit. Selon les études scientifiques d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’adoption généralisée de certaines pratiques du programme 4R, comme l’utilisation d’engrais plus efficaces et l’épandage séparé, pourrait se traduire par d’importantes réductions des émissions.
Des pratiques plus avancées, soutenues par des données et des technologies de précision, pourraient nous mener encore plus loin. Sur sa ferme de Davidson, à mi-chemin entre Saskatoon et Regina, M. Stone analyse ses sols chaque année, surveille ses rendements, et utilise les informations recueillies pour élaborer ses propres plans d’ensemencement et d’application à taux variable d’éléments nutritifs. Ce changement a porté ses fruits : il utilise de 8 à 10 % moins d’engrais à présent. Le semoir pneumatique qu’il utilise lui a aussi permis de semer ses graines sans labourer le sol. Cette technologie permet de rehausser la qualité des sols et la productivité, tout en limitant le besoin de mettre les terres en jachère en alternance.
En revanche, réduire les émissions liées à la production d’engrais exige des solutions d’une envergure industrielle beaucoup plus large. Les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), qui ont fait leur entrée dans le secteur pétrolier et gazier, visent à capter les émissions avant qu’elles ne pénètrent dans l’atmosphère et à les compresser sous une forme liquide qui est ensuite transportée par pipeline jusqu’à une infrastructure de stockage. La société Nutrien, établie à Saskatoon, utilise maintenant un système de ce type pour capter le dioxyde de carbone de son usine de Redwater et l’expédier par le pipeline Alberta Carbon Trunk Line vers le centre de l’Alberta, où sont situées des installations de récupération assistée du pétrole. Une autre technologie à l’étude est le processus d’électrolyse, qui consiste à produire des engrais en utilisant de l’électricité renouvelable pour extraire l’hydrogène de l’eau.
Les défis : De nombreuses exploitations canadiennes sont de petite taille et dégagent de faibles marges, ce qui rend difficile d’absorber le coût de l’analyse des sols et de la technologie agricole de précision. Un récent sondage de RBC mené auprès de 200 agriculteurs canadiens a révélé que les exploitations générant des revenus annuels peu élevés (de 250 000 $ à 999 000 $) étaient moins susceptibles d’utiliser des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. (Toutefois, la quasi-totalité des exploitations agricoles à faible revenu qui n’ont pas encore adopté de pratiques agricoles vertes prévoit de le faire dans un proche avenir.) Seulement 13 % des agriculteurs canadiens utilisent des techniques d’application à taux variable dans leur exploitation.16 Et bien que ce nombre soit en augmentation, moins d’un tiers des agriculteurs analysent leur sol chaque année pour rechercher les nutriments présents – point de départ pour une utilisation plus efficace des engrais.
Le coût et l’incertitude représentent aussi des obstacles du côté de la production. Hormis l’usine de Nutrien à Redwater, très peu de producteurs d’engrais utilisent des systèmes de CUSC. Bien que les coûts varient d’un site de production à l’autre, le coût en capital estimé pour cette technologie peut atteindre 50 millions de dollars par usine, selon sa taille et son emplacement. En outre, de nombreux obstacles se dressent face à l’investissement, parmi lesquels l’incertitude quant aux approbations réglementaires et à la tarification du carbone.17 Les systèmes de CUSC sont également dépendants d’infrastructures qui nécessitent un développement plus poussé, notamment dans le domaine des pipelines de carbone et des centres de stockage.
« Pour l’heure, la technologie la plus rentable et la plus disponible est celle du captage et du stockage du carbone. Mais elle demande des investissements importants. »
Carbone actuellement séquestré dans le sol : 13 mégatonnes. Ce qui pourrait changer la donne : Agroforesterie, biochar, culture intercalaire, sylvopastoralisme, pratiques de conservation sans labour, cultures de couverture, prévention du changement d’affectation des terres. Le potentiel : émissions négatives jusqu’à 35 mégatonnes.
Quand il s’agit de cultiver de la nourriture, le sol est notre ressource la plus précieuse. Environ 95 % des denrées alimentaires mondiales sont cultivées dans la partie supérieure de la couche arable, dont plus de la moitié a disparu au cours des 150 dernières années à cause des pratiques agricoles modernes particulièrement intensives. Si aucun changement n’est apporté, nous continuerons de perdre des sols et les conséquences de cette perte seront de plus en plus graves. Sans une couche arable saine, la terre n’a plus la capacité de faire pousser de la nourriture et d’absorber l’eau, et cela nous rend plus vulnérables aux risques de famine et d’inondation.
Le sol joue un autre rôle vital : il stocke du carbone. De fait, bien que l’agriculture soit à l’origine d’une grande partie de nos émissions, elle détient un énorme pouvoir en tant que « puits de carbone ». Autrement dit, ce secteur retire de l’atmosphère une partie des GES qui contribuent aux changements climatiques. Les pratiques agricoles modernes, comme le labourage, peuvent nuire à cette fonction importante, dans la mesure où elles perturbent le stockage du carbone dans le sol.
Investir dans nos sols est donc un premier pas crucial en direction d’une agriculture plus verte. L’agriculture « régénératrice » aspire à atteindre cet objectif grâce à une approche holistique visant à améliorer la santé des sols, à protéger la biodiversité et à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour les incorporer aux sols. Bien que le terme ait été utilisé pour la première fois dans les années 1980, il est monté en puissance en 2014 à la suite d’un article de l’organisme sans but lucratif Rodale Institute décrivant comment certaines techniques agricoles respectueuses peuvent séquestrer le carbone dans le sol. Depuis, cette tendance alimentaire a pris le devant de la scène aux États-Unis où de plus en plus de produits font référence à l’agriculture régénératrice, et où des sociétés comme General Mills, PepsiCo et Nestlé ont fait part de leur engagement à faire progresser cette technologie sur des millions d’acres de terres agricoles. Au Canada, des sociétés telles que McCain Foods, Maple Leaf Foods, Nutrien et McDonald’s Canada ont lancé des initiatives similaires.
De façon générale, l’agriculture régénératrice englobe un ensemble de pratiques, notamment la réduction ou l’élimination du labour, les cultures de couverture (qui préviennent l’érosion et améliorent la fertilité) et le développement des techniques de pâturage (qui donnent à la terre le temps de se régénérer tout en renforçant la capacité des sols à stocker du carbone).
De nombreux agriculteurs canadiens ont déjà adopté ces pratiques d’agriculture régénératrice. Par exemple, environ 60 % des agriculteurs utilisent des techniques sans labour ou des méthodes de conservation des sols. En Saskatchewan, ce chiffre est encore plus élevé, atteignant 80 %. L’adoption d’autres pratiques pourrait nous mener encore plus loin. Les cultures de couverture ont le potentiel d’atténuer les émissions de 9,6 mégatonnes. Et le biochar, qui consiste à transformer les déchets agricoles en un amendement des sols capable de séquestrer le carbone, pourrait les réduire de 6,8 mégatonnes. Toutefois, les pratiques visant à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne sont qu’une partie de l’équation.
Nous devons surtout éviter la génération d’émissions dans le futur. L’une des solutions est la conservation des prairies, lesquelles séquestrent actuellement une énorme quantité de carbone. Prévenir l’élimination des prairies à des fins d’industrialisation ou d’urbanisation pourrait réduire les émissions de carbone de 12,4 mégatonnes au Canada.
Bon nombre de ces pratiques, à présent regroupées sous la bannière de l’agriculture régénératrice, sont appliquées depuis longtemps par les communautés autochtones. Et les communautés autochtones ont d’importantes connaissances à partager à présent que nous étudions le potentiel de ces techniques.
« C’est ce que nous faisons depuis toujours, et c’est tout le contraire d’une technique primitive. Il s’agit de résilience et d’adaptation. Nous pouvons obtenir beaucoup de la terre, mais à condition d’investir, sans la presser comme un citron jusqu’à la dernière goutte. »
Jennifer Grenz, professeure ajointe, l’Université de la Colombie-Britannique
Les défis : L’adoption de l’agriculture régénératrice se heurte aux préoccupations financières des agriculteurs. Le coût par acre de cette technologie varie d’une pratique à une autre. Et l’investissement initial dans les équipements nécessaires comme les semoirs pneumatiques peut être prohibitif. La plupart des producteurs, en particulier ceux dont les marges financières sont faibles, ont besoin de s’assurer que les rendements couvriront les coûts et les risques associés. Mais selon nos recherches, les avantages de certaines de ces pratiques commencent à compenser les coûts quatre ans seulement après leur adoption. Et la rentabilité n’apparaît qu’à la sixième année. Les marchés destinés à rémunérer les agriculteurs pour leur travail de stockage du carbone dans le sol, de même que les méthodes de mesure correspondantes, se trouvent toujours en phase expérimentale, et ils ne permettent pas de compenser financièrement l’investissement de départ.
L’incertitude représente un autre obstacle de taille. L’agriculture régénératrice ne répond pas à une définition juridique ou réglementaire universelle, et aucune supervision n’a été mise en place dans ce domaine. Ce vide juridique l’expose à une utilisation à mauvais escient ou à des affirmations exagérées quant à sa puissance pour stocker le carbone, alors que bon nombre de ses avantages font encore l’objet d’un débat scientifique. En l’absence de tests ou de certifications venant conforter les affirmations en question, les agriculteurs (et les consommateurs) sont livrés à eux-mêmes pour évaluer la crédibilité des méthodes concernées.
Le piégeage du carbone dans les sols est essentiel à la réduction des émissions
Millions de tonnes d’équivalent CO2
Le choix des consommateurs serait plus facile si le terme avait une définition officielle, conjuguée à un système de mesure, de notification et de vérification (MNV) du carbone stocké dans le sol grâce à l’agriculture régénératrice (et aux services écosystémiques fournis par les sols). Un système de MNV aiderait également à établir des prix au regard des pratiques, et à créer un marché pour l’achat et la vente des crédits de carbone. Plusieurs projets pilotes ont été lancés dans l’idée de créer des « fermes de carbone » et des systèmes précis de mesure, de notification et de vérification du stockage de carbone. D’autres projets mettent en application des modèles mathématiques avancés afin d’évaluer la façon dont différentes stratégies de gestion agricole peuvent séquestrer le carbone.
Quel que soit le système mis en place, il faudra tenir compte du fait que les sols présentent une myriade de variations selon les régions du pays, et qu’il existe des limitations liées au type et à la taille des exploitations. La création d’un outil de MNV à l’échelle nationale nécessitera également un système d’analyse des sols beaucoup plus large que celui dont dispose le Canada en ce moment. La technologie sera essentielle pour déployer ces systèmes. Nous devrons notamment perfectionner les capteurs de sols commandés à distance.
Les réponses aux questions se feront attendre, par exemple en ce qui concerne la réglementation des marchés du carbone dans le futur. D’ici là, nous devrons trouver les moyens d’inciter les agriculteurs à utiliser les meilleurs outils dont nous disposons, et à remplacer ces outils par de nouveaux encore plus efficaces au fil de leur apparition.
« Il était devenu impossible de produire sans cultures de couverture. Des tempêtes de folie venaient anéantir nos récoltes. Plus maintenant.»
Gillian Flies, propriétaire, The New Farm
Défi majeur : La digestion des bovins produit 24 mégatonnes d’émissions. Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 30 mégatonnes d’ici 2050. Ce qui pourrait changer la donne : Additifs pour l’alimentation animale, reproduction sélective des bovins aux fins de réduction des GES. Le potentiel : Réduire de 16 mégatonnes les émissions d’ici 2050.
Les rots et les bouses de vache ne sont pas la première chose qui vient à l’esprit lorsque nous pensons aux changements climatiques. Cependant, les vaches laitières et les races à viande constituent les plus grandes sources d’émissions agricoles après l’engrais au Canada. En raison de leur processus digestif appelé « fermentation entérique », les bovins produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement climatique sur 20 ans est 85 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone.18 Le secteur agricole représente 30 % des émissions nationales de méthane au Canada, et 85 % de ces émissions sont directement attribuées au bétail.19
Le paradoxe est que ce même bétail peut jouer un rôle précieux dans la conservation des terres. Le Canada compte environ 35 millions d’acres de prairies indigènes et 9 millions d’acres de prairies ensemencées qui agissent en tant que puits de carbone. En pâturant sur ces terres, le bétail pousse les plantes à s’enraciner plus profondément, ce qui favorise le stockage du carbone dans le sol. Par ailleurs, l’utilisation des terres aux fins de pâturage constitue une barrière contre tout changement d’affectation qui serait nuisible à la biodiversité et au stockage du carbone dans le sol.
Pour ajouter à cette complexité, le bœuf canadien présente l’une des empreintes carbone les plus limitées du monde, avec des émissions de gaz à effet de serre bien inférieures à la moyenne mondiale. Cela fait de nous un fournisseur de bœuf vital pour la planète, à un moment où le monde entier cherche à réduire ses émissions. De même, nos vaches laitières émettent moins de GES par kilogramme de produit fini que la moyenne mondiale. La contribution démesurée du bétail au changement climatique signifie cependant que nous devons aller plus loin. Les chercheurs tentent de mettre au point des techniques d’élevage produisant des bovins moins générateurs de méthane et dont le processus digestif est plus efficace. À plus court terme, la création d’additifs alimentaires destinés à réduire la quantité de méthane produite lors de la digestion des bovins constituerait une percée pour le secteur. L’un de ces additifs, le 3-NOP, est déjà utilisé dans d’autres pays – il n’a pas encore été approuvé au Canada. Des recherches montrent que cet additif pourrait entraîner jusqu’à 45 % de réduction des émissions.20 L’ajout d’algues à l’alimentation des vaches laitières pourrait également réduire les émissions de 82 % et améliorer le rendement du bétail, c’est-à-dire stimuler la croissance des animaux à partir d’une moindre quantité de nourriture.21
Le défi : Les aliments sont les intrants les plus coûteux et les plus critiques dans un élevage de vaches laitières ou de races à viande, et des questions subsistent quant au coût des additifs dans le contexte de la forte demande internationale. Une question plus pratique est de savoir comment administrer les additifs destinés aux races à viande, car ces bovins passent la majeure partie de leur vie à paître dans des champs à l’air libre (où la plupart des émissions sont libérées).
« Les additifs pour l’alimentation animale sont difficiles à vendre. Comme nous avons appris à travailler avec des vétérinaires et des parcs d’engraissement, il n’y a presque pas d’incitation… En fin de compte, nous dépendons d’un facteur inconnu : si oui ou non les produits seront adoptés par l’agriculteur. »
Elena Vinco, chercheuse, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Défi majeur : Les fumiers sont responsables de 8 mégatonnes d’émissions. Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 10 mégatonnes avant 2050. Ce qui pourrait changer la donne : Systèmes de digestion anaérobie. Le potentiel : Réduction des émissions de 4 mégatonnes d’ici 2050.
Bien qu’ils soient moins nocifs que les rots des vaches, les fumiers contribuent largement à faire grimper les émissions. Aujourd’hui, 8 mégatonnes des émissions agricoles totales proviennent des fumiers. Parmi ces émissions, 55 % sont générées par le bétail.
L’entreprise agricole Walker Farms, implantée à Aylmer, au sud-est de London en Ontario, a trouvé une façon de réduire ces émissions tout en rehaussant ses marges. L’exploitation laitière s’est associée à DLS Biogas, une société ontarienne, afin de fabriquer un digesteur anaérobie d’une valeur de 16 millions de dollars. Il s’agit d’une technologie qui transforme le fumier et les déchets organiques en électricité ou en gaz naturel renouvelable (GNR). Les agriculteurs peuvent utiliser cette énergie dans leur propre exploitation, ce qui diminue leurs coûts, ou encore la vendre aux sociétés de services de gaz naturel comme Fortis, en Colombie-Britannique, dans le cadre de contrats à long terme. Fortis achète le gaz et les crédits de carbone associés.
Le digestat, un sous-produit inodore, peut à son tour être utilisé comme engrais. Le Canada compte actuellement 279 projets de biogaz en exploitation. Et comme à peine 13 % de l’énergie produite par le biogaz est exploitée au Canada, il existe un fort potentiel de croissance, en particulier dans le secteur agricole.22
Les défis : Les systèmes de digestion anaérobie gagnent du terrain, notamment en raison des revenus supplémentaires qu’ils apportent aux fermes. Les Walkers prévoient que leur investissement de départ produira un rendement positif dans huit ans.
Toutefois, le coût initial des digesteurs, qui oscille entre 7 millions et 70 millions de dollars, est prohibitif pour les petits exploitants. Les Walkers et la société DLS Biogas ont soumis diverses demandes de subventions (à l’issue de centaines d’heures de travail), mais il n’y a aucune garantie de succès et aucun programme spécialement conçu pour le biogaz.
Et les digesteurs ne sont pas la panacée pour toutes les exploitations. Au moins 150 vaches sont nécessaires pour produire du fumier en quantité suffisante pour un digesteur, donc la taille des exploitations est un facteur clé. Or, l’Ontario compte en moyenne de 70 à 80 vaches par ferme. Il est également crucial d’avoir accès aux déchets alimentaires enfouis, afin de les ajouter aux digesteurs, et de disposer de pipelines pour expédier le GNR vers le marché. Les grands parcs d’engraissement de bovins en Alberta bénéficient en général d’un meilleur accès à cette infrastructure et de suffisamment de bétail pour rendre la production viable. Cependant, l’argile utilisée à la surface de nombreux enclos peut terminer dans le fumier et endommager le mécanisme des biodigesteurs. De nombreux parcs d’engraissement sont en train de bétonner leurs surfaces au rouleau compresseur, ce qui renforce le rendement du bétail tout en éliminant le problème de l’argile dans le processus du biogaz. Cette transformation coûte aussi très cher.
La mise en place de digesteurs collectifs pourrait permettre aux petites exploitations agricoles de prendre part à la production de biogaz. Pour ce faire, il est essentiel de couvrir les coûts initiaux et de simplifier le processus d’obtention des financements.
Défi majeur : 93 mégatonnes globalement. Si nous ne changeons rien : 137 mégatonnes. Ce qui pourrait changer la donne : Une technologie agricole de pointe qui réduit les émissions, permet de stocker plus de carbone dans le sol et plus de production sur une moindre superficie. Le potentiel : permettant 54 mégatonnes de réductions d’émissions potentielles (ou jusqu’à 76 mégatonnes lorsque la séquestration du sol est ajoutée).
Le Canada a une longue tradition d’innovation agricole. La mise au point du blé Marquis en 1904 a joué un rôle crucial dans l’essor du rendement des cultures des Prairies. Le canola, créé en Saskatchewan dans les années 1960, est devenu l’une des cultures d’oléagineux les plus importantes au monde. La vis à grain a été inventée au Canada. De plus, des semoirs pneumatiques portant le logo de la Seed Hawk, une société de la Saskatchewan, sont à l’œuvre un peu partout entre l’Australie et l’Europe.
Au fil du temps, ces inventions ont rehaussé la productivité de l’agriculture canadienne. En effet, toutes les réductions d’émissions envisagées dans ce document reposeront d’une certaine manière sur la technologie—des innovations telles que le CUSC, les biodigesteurs et les outils de précision. La technologie sera également essentielle pour produire plus de nourriture sur moins de terres et, par extension, éviter la conversion de terres en terres cultivées. Selon nos estimations, nous pourrions réduire les émissions de près de 20 mégatonnes en évitant les changements d’utilisation des sols jusqu’en 2050. Le stockage de plus de carbone dans le sol—produisant des émissions négatives—dépendra également d’appareils de plus en plus sophistiqués comme les capteurs de sol et les drones afin d’accéder à l’innovation nécessaire pour donner un coup de pouce aux nouvelles méthodes comme l’agriculture régénératrice.
Le poids du Canada sur les marchés agricoles mondiaux, sa longue expertise dans les sciences de l’agriculture et sa récente percée dans l’intelligence artificielle et les sciences des données sont autant d’atouts pour prendre la tête de cette course, dans bien des domaines. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’attirer des investissements privés dans l’innovation canadienne, nous nous heurtons à des résistances. Sur les quelque 36 milliards de dollars d’investissement en capital-risque et en capital-investissement déployés dans les technologies agricoles depuis 2017 à l’échelle mondiale, le Canada a seulement reçu 3 % de ces fonds, soit 1 milliard de dollars américains. Les États-Unis ont bénéficié de 20 milliards de dollars, ce qui couvre 55 % de leurs investissements.
Paradoxalement, les investissements en capital–risque et en capital-investissement ont été à la traîne dans plusieurs domaines de l’agriculture canadienne ayant remporté le plus de prix dans le passé. Alors que nous cherchons à diminuer les émissions, la génétique des semences et la science des sols (y compris la recherche sur le microbiome) offrent un grand potentiel pour stimuler la production sur les terres existantes, réduire les émissions de carbone et améliorer la résilience face aux sécheresses et aux inondations. Alors que par le passé, une grande partie de notre recherche s’est concentrée « au-dessus du sol », les scientifiques s’intéressent de plus en plus au potentiel des systèmes racinaires et du microbiome des sols pour réduire les émissions. Jusqu’à présent, les investissements privés n’ont pas afflué dans ces domaines au Canada. Nos projets de génétique des cultures n’ont attiré que 82 millions de dollars américains, sur un total de 10 milliards de dollars d’investissement mondial en capital-investissement et en capital-risque depuis 2017.
De plus, une grande partie de l’investissement capté par le Canada n’est pas destiné aux technologies nécessaires pour améliorer la durabilité de notre secteur agricole et alimentaire. En 2021, dans le monde, plus de la moitié de l’investissement privé dans les technologies agricoles a porté sur les pratiques durables. Au Canada, en revanche, la plupart des investissements sont axés sur la numérisation et l’automatisation, technologies conçues pour renforcer la productivité, et non la durabilité.
À l’heure de déployer ces solutions, nous devrons garder un œil sur l’avenir en investissant au plus tôt dans les technologies capables de nous aider à adapter nos systèmes alimentaires aux changements climatiques. L’« agriculture en environnement contrôlé » a le vent en poupe partout dans le monde. Cette méthode permet de cultiver en intérieur et en couches empilées, par exemple dans des serres ou dans des fermes verticales. Le Canada importe actuellement des produits frais à un coût modique, en provenance de régions beaucoup plus vulnérables aux changements climatiques. Des solutions technologiques comme celles que nous avons citées plus haut nous aideraient à préserver la sécurité alimentaire nationale, dans un monde de plus en plus sensible aux changements climatiques et aux tumultes politiques. Entre-temps, les technologies de l’agriculture cellulaire et de la fermentation de précision, qui progressent rapidement, pourraient offrir aux consommateurs de nouveaux aliments en remplacement de la viande et des produits laitiers.
« Je pense que la culture sélective des plantes serait une excellente solution pour nous. Si nous regardons les avancées réalisées sur le plan des rendements, des maladies, de la résistance, toutes ces qualités, nous voyons que la recherche a été concentrée au-dessus du sol. Sous terre, il existe autant d’occasions de faire toutes sortes de percées significatives. »
Stuart Smyth, professeur agrégé, Université de la Saskatchewan
Les défis : L’intelligence artificielle et la science des données, l’ingénierie, l’Internet des objets, y compris les capteurs et les drones, sans oublier la biotechnologie, sont des outils essentiels au développement des outils essentiels au développement de technologies agricoles modernes. Tout comme les compétences qui les accompagnent. Pourtant, les efforts déployés pour attirer ces talents spécialisés et perfectionner les compétences des jeunes n’ont pas été à la hauteur de nos besoins.
Le soutien à la recherche canadienne provient principalement du financement public, qui a été à l’origine de bon nombre de nos succès. Le blé Marquis, qui a considérablement amélioré les rendements dans les Prairies au début des années 1900, a été élaboré dans les granges de la Ferme expérimentale du Dominion. Ces stations de recherche, exploitées par le gouvernement fédéral, avaient pour but d’analyser les problématiques agricoles et de mettre au point de nouvelles techniques pour venir en aide aux agriculteurs. Les programmes actuels peuvent être onéreux pour les chercheurs, en particulier dans les technologies émergentes qui ne relèvent pas de catégories de financement précises. Et certaines exigences réglementaires, y compris celles qui entourent les végétaux à caractères nouveaux, peuvent faire obstacle à l’approbation et à l’investissement dans les domaines émergents de la science végétale comme l’édition génomique.
Bien que les chercheurs canadiens demeurent tributaires de l’investissement public, d’autres pays, dont les États-Unis, voient la plupart de leurs fonds de recherche provenir du secteur privé. Notre position dans la prochaine ère de l’agriculture dépendra de notre capacité à mobiliser davantage de capitaux.
Lutter contre le gaspillage alimentaire
Les émissions proviennent non seulement de la nourriture que nous cultivons, mais aussi de celle que nous gaspillons. Au Canada, 58 % des aliments produits aux fins de consommation humaine sont gaspillés ou se perdent au long de la chaîne logistique, , dont 18 % pourraient être évités. 23 Le coût économique de ce gaspillage s’élève à 49 milliards de dollars par an, et le chiffre est encore plus haut si l’on tient compte de la perte en main-d’œuvre et en transport, entre autres facteurs.
Bien qu’une grande partie du gaspillage survienne au cours de la production et de la transformation, seulement 14 % de cette perte est évitable. En effet, les progrès technologiques ont déjà beaucoup aidé à éliminer le gaspillage alimentaire à l’étape de la production, un effort en partie motivé par les économies qu’il génère.
Du côté des consommateurs, le problème du gaspillage alimentaire est bien plus profond. Près de la moitié du gaspillage évitable se produit dans les hôtels, les restaurants et les ménages, et les consommateurs des pays riches sont beaucoup plus susceptibles de gaspiller la nourriture que ceux des pays pauvres. Lorsque ces aliments se décomposent dans les décharges, ils libèrent des gaz à effet de serre évalués à 12 mégatonnes – sur une base de mesure de bout en bout.
Résoudre le problème du gaspillage alimentaire des consommateurs implique de s’attaquer à un ensemble de causes. Ces causes comprennent le manque de temps (les consommateurs n’ont pas le temps de planifier leurs repas et d’utiliser la nourriture avant qu’elle ne se détériore), des connaissances insuffisantes sur la façon de prévenir le gaspillage alimentaire à l’aide d’un entreposage plus réfléchi, ou en utilisant les déchets de cuisine comme les épluchures de légumes, et les promotions dans les magasins de détail qui incitent les consommateurs à acheter plus que nécessaire.
En plus de réduire le gaspillage alimentaire, l’industrie a fait de grands efforts pour prolonger la durée de conservation des aliments par l’entremise des emballages et de divers contrôles. Des solutions novatrices sont en cours d’étude pour fabriquer des emballages végétaux et antimicrobiens, dans le même esprit. Des capteurs peuvent indiquer à quel moment la nourriture est effectivement perdue, au lieu de laisser les consommateurs tributaires des dates d’expiration. Et de nouveaux modèles d’affaires peuvent être mis en place, par exemple pour transformer les aliments non conformes aux normes du commerce de détail en aliments pour la volaille et autres usages.
Mais en fin de compte, résoudre le problème du gaspillage alimentaire dépendra de nous-mêmes.
Recommandations : Semer le changement
Réduire nos émissions de gaz à effet de serre tout en assumant notre responsabilité de nourrir le monde est un chemin parsemé d’incertitudes. Étant donné que de nombreuses technologies et pratiques agricoles en sont encore à leurs balbutiements et que leur adoption est loin d’être généralisée, de nombreuses questions restent en suspens.
Cela risque de paralyser nos efforts, alors que nous n’avons pas le luxe de perdre du temps. Les enjeux de la crise alimentaire actuelle sont stupéfiants : les pénuries et les prix élevés dans le secteur des marchandises ont mis en péril les vies et les moyens de subsistance de 345 millions de personnes, à présent menacées d’une insécurité alimentaire aiguë.24 Les pays à faibles revenus, dont la plupart dépendent des importations depuis l’Ukraine et la Russie, figurent parmi les plus vulnérables. C’est par exemple le cas de la Somalie, du Soudan du Sud et du Yémen. En Amérique du Nord et dans les autres pays à revenus élevés, la flambée des prix des denrées alimentaires, due aux pénuries et à l’inflation qui a suivi la pandémie, est également à l’ordre du jour dans les discussions politiques.
L’urgence de la situation nous obligera à agir vigoureusement, en exploitant les meilleurs outils dont nous disposons aujourd’hui. Et nous devrons unir nos forces. Les décideurs politiques, les entreprises privées et les producteurs devront trouver de nouveaux moyens de collaborer afin de mettre en œuvre notre stratégie nationale en faveur des agriculteurs. Tout d’abord, nous devons nous concentrer sur les éléments de base mentionnés ci-dessus, ainsi que sur les piliers que représentent la technologie, les personnes, les politiques, les capitaux et les marchés. En collaboration avec le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, nous analyserons en profondeur chacun de ces piliers au cours des prochains mois.
Bâtir un secteur agricole capable de faire face aux bouleversements climatiques représente un défi inédit à ce jour. Mais peu de pays sont mieux placés que le Canada pour y parvenir.
La menace de l’insécurité alimentaire s’intensifie dans le monde. En parallèle, notre capacité à répondre à une nouvelle ère d’innovation, à la fois pour cultiver nos terres et les conserver, se renforce aussi.
Changement de paradigme : Édifier les quatre piliers d’une stratégie alimentaire visant à réduire les émissions
Politique
Établir un plan national pour bâtir un secteur agricole à faibles émissions. Notre plan de réduction des émissions doit mobiliser toutes les parties prenantes, non seulement les agriculteurs, mais aussi les investisseurs, les entreprises privées et l’ensemble des Canadiens. Produire des aliments de manière plus durable implique de faire des choix difficiles et de soutenir l’investissement dans des technologies importantes telles que le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Cela signifie également que nous devons améliorer la commercialisation des aliments durables canadiens dans le monde.
Diriger l’effort mondial visant à créer une norme d’émissions pour le secteur alimentaire. Environ 61 % des émissions de notre agriculture sont liées à des marchandises qui finissent par être exportées. Si notre stratégie de réduction des émissions n’était pas harmonisée par rapport à nos principaux marchés d’exportation, cela pourrait provoquer des frictions dans nos relations commerciales. Nous devons rassembler nos partenaires commerciaux autour d’objectifs, d’indicateurs, et de protocoles de mesure, de notification et de vérification communs en matière de GES. Le Canada, partisan de longue date du libre-échange et leader mondial dans les processus multilatéraux, a la capacité de diriger cet effort.
Intégrer les stratégies agricoles aux stratégies énergétiques. Les agriculteurs sont de plus en plus enclins à saisir l’occasion de générer du gaz naturel renouvelable à partir de leurs activités. L’intégration de ces initiatives à une stratégie énergétique nationale pourrait contribuer à accélérer le déploiement de l’énergie propre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des exploitations agricoles.
Technologie
Créer un organisme de financement central pour la recherche et le développement. Bon nombre des domaines les plus prometteurs et les plus avancés de la recherche agricole canadienne n’entrent pas dans les catégories de financement actuelles. Un système centralisé semblable à celui du département de l’Agriculture des États-Unis pourrait donner une vision plus complète, à l’échelle canadienne, des domaines où le soutien et l’innovation sont nécessaires. L’esprit d’initiative dont fait preuve le gouvernement fédéral pour créer de grands pôles d’innovation illustre à quel point le Canada pourrait soutenir la recherche et l’innovation agroalimentaires.
Mettre l’accent sur les technologies les plus prometteuses pour réduire les émissions. À présent que nous souhaitons orienter les financements vers des solutions innovatrices, nous devons nous intéresser davantage aux technologies permettant de réduire les émissions aux points critiques de la chaîne logistique. C’est le cas par exemple des systèmes de digestion anaérobie, des additifs pour l’alimentation animale et des mécanismes de CUSC. Les financements devraient également cibler les technologies qui contribuent à l’adoption et la rémunération des pratiques durables, parmi lesquelles les capteurs de sols et les technologies de précision.
Mettre en place des incitations fiscales et financières innovantes pour encourager l’investissement privé. Stimuler l’investissement privé dans les technologies agricoles canadiennes amène à réfléchir de façon plus créative aux incitations fiscales et financières dont nous disposons. Nous devons privilégier l’automatisation, qui est la clé de notre productivité agricole et de notre compétitivité internationale. Cela attirera plus de capitaux dans les technologies destinées à façonner l’agriculture à faibles émissions de demain. L’une des possibilités serait d’incorporer l’intelligence artificielle et les technologies agricoles dans les règles d’accélération de l’amortissement, afin d’aller au-delà des actifs corporels.
Économie
Faire payer. Forcer les agriculteurs à payer pour les émissions qu’ils produisent actuellement pourrait augmenter les prix déjà élevés des denrées alimentaires. Il serait plus opportun de rémunérer les agriculteurs pour leur effort de réduction des émissions. Les modèles existants tels que les crédits de carbone sont toutefois insuffisants, et ils font peser un poids mal réparti entre les agriculteurs. Une norme nationale pour mesurer l’impact des activités de réduction des émissions, y compris un mécanisme pour mesurer, notifier et vérifier (MNV) le carbone stocké dans les sols, pourrait être essentielle pour indemniser les agriculteurs et donner aux décideurs politiques et aux institutions financières les moyens de mobiliser un soutien. Ce mécanisme, également essentielle pour attirer les investissements, devra être conçue et réglementée à l’échelle nationale et harmonisée à l’échelle internationale avec nos principaux partenaires commerciaux.
Partager les risques. Pour les agriculteurs, les technologies de réduction des émissions ajoutent de l’incertitude à des activités déjà soumises à de nombreux risques. Les gouvernements et les autres entreprises de la chaîne de valeur agricole ont un rôle important à jouer dans le partage des risques. Cela implique des assurances contre les pertes de rendement pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’incitation aux pratiques agricoles durables dans les régimes d’assurance récolte, bien que ces pratiques aient fait leurs preuves pour atténuer l’incidence des inondations et des sécheresses. Les compagnies d’assurance récolte devraient envisager un ajustement des primes afin de tenir compte de ces évolutions dans les risques.
Personnes
Développer les compétences. Tirer parti du Conseil de l’information sur le marché du travail pour déterminer les compétences dont les agriculteurs ont besoin pour adopter un système alimentaire plus résilient. Comme nous l’avons mentionné dans nos recherches antérieures, les compétences numériques sont cruciales pour l’avenir de la production alimentaire.25 Il en va de même pour la façon d’appliquer les outils en vue de réduire les émissions. Au-delà des données et de la technologie, certains agriculteurs auront besoin d’aide pour mettre en pratique les techniques de l’agriculture régénératrice et les autres outils. Les plateformes d’apprentissage expérientiel, notamment le mentorat pratique et les programmes coopératifs, peuvent accélérer cette transition.
Élargir le bassin de talents. Le manque de sensibilisation au potentiel des carrières de l’agriculture a entravé le recrutement de personnes dotées de compétences en codage, en intelligence artificielle et en science des données, alors que ces compétences sont essentielles à l’avenir du secteur alimentaire. Le problème se pose dans tous les secteurs, mais peu d’entre eux offrent un potentiel d’innovation plus important que celui de l’agriculture. Il sera indispensable de faire connaître aux étudiants les occasions offertes par les champs, au moyen de programmes coopératifs, de sensibilisation et de liaison. Cette démarche est en effet critique pour les convaincre de mettre leurs talents au service de ce défi.
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé John Stackhouse, premier vice-président Colin Guldimann, économiste Farah Huq, directrice générale principale, Stratégie de contenu Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Trinh Theresa Do, Première directrice, Stratégie leadership avisé Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche Kitty Wu, stagiaire Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise Ryan Riese, directeur général national, Agriculture
Boston Consulting Group
Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada Kilian Berz, Directeur général et associé principal Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Wendi Backler, associée et directrice, BCG Center for Growth and Innovation Analytics Kate Banting, Responsable de marketing et impact social Simon Beck, directeur Youssef Aroub, chef de projet Ilana Hosios, conseillère Anguel Dimov, conseiller Pilar Pedrinelli, conseillère Zahid Gani, conseiller Rachel Ross, conseillère Rachit Sharma, Premier analyste de recherche, BCG Center for Growth and Innovation Analytics
Arrell Food Institute, Université de Guelph
Evan Fraser, directeur Margarita Fontecha, Arrell Food Institute, candidate au doctorat, Conception environnementale et développement rural Laura Hanley, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Brenda Zai, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires Dr. Krishna KC, chercheur scientifique Dr. Jesus Pulido-Castanon, associé en recherche postdoctorale Emily Duncan, candidate au doctorat
1. Ce chiffre exclut les données des secteurs de la transformation en aval, du transport au détail et de l’exploitation de services alimentaires. Voir la méthodologie.
En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes et les organismes suivants pour leurs contributions :
Katie M. Wood, professeure agrégée, Ruminant Nutrition and Physiology, Université de Guelph
Lisa Ashton, candidate au doctorat, Université de Guelph
Lenore Newman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire et environnement, professeure de géographie, Université Simon Fraser
Dennis Laycraft, vice-président exécutif, Association canadienne des bovins
Brenna Grant, vice-présidente exécutive, Canfax Research Services
Mark Thompson, vice-président exécutif, chef, Développement et stratégie d’entreprise, Nutrien Ltd.
Michelle Nutting, directrice, Agriculture et environnement durable, Nutrien Ltd.
92 à zéro est le dernier bulletin de la série sur le climat des groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC. Il fait suite au rapport phare de l’équipe, Une transition à 2 billions de dollars.Depuis des décennies, RBC collabore avec les collectivités autochtones et nous continuons à avancer avec elles sur la voie du progrès et de la réconciliation. La Commission royale sur les peuples autochtones est le produit d’un cri d’alarme qui a entraîné la production d’une œuvre intitulée Cost of Doing Nothing (l’inaction coûte cher) de même que la rédaction d’autres rapports, dont Un chemin tracé. Dans le cadre de notre Stratégie climatique, nous nous engageons à assurer la durabilité et à accélérer la transition zéro émission nette. Ces initiatives nous permettent d’écouter ce que les gens ont à dire et d’en tirer des leçons, et d’utiliser notre plateforme pour donner plus de voix aux Autochtones.
Il est clair que les priorités nationales de carboneutralité et de réconciliation avec les Autochtones sont étroitement liées. Dans ce même esprit, nous croyons que les démarches de réconciliation de RBC se recouperont de plus en plus avec nos priorités climatiques.
92 à zéro souligne l’incroyable apport des autochtones en capitaux, en connaissances et en processus décisionnel à la transition à 2 billions de dollars vers un Canada à zéro émission nette. o Ce rapport contribuera à informer une initiative nationale de <> que nous avons récemment lancée. Dirigée par Phil Fontaine, l’ancien chef national de l’Assemblée des Premières Nations, nous espérons que cette initiative servira d’inspiration vers la reconciliation.
Nous devons aujourd’hui agir pour faire tomber les obstacles systématiques qui empêchent l’épanouissement du capital autochtone, tout en soutenant la réconciliation et l’action pour le climat. Nous espérons que ce rapport nous poussera plus loin sur cette voie.
Nous reconnaissons que RBC a élu domicile dans les territoires non cédés de l’île de la Tortue (Amérique du Nord), résultant de traités traditionnels et modernes, où habitent de nombreux peuples des Premières Nations, inuits et métis.
Points clés :
La transition Vers un Canada à zéro émission nette reposera sur des sources cruciales de capitaux conservés par les nations autochtones. RBC estime que le Canada aura besoin d’environ 2 billions de dollars de capitaux au cours des 25 prochaines années, une grande partie de ces fonds provenant de sources autochtones, ou de partenariats autochtones, notamment de propriétés autochtones.
Une approche de transition climatique dirigée par des Autochtones et des possibilités économiques vers la carboneutralité seront essentielles à la réconciliation économique.
Le Canada doit plus précisément miser sur quatre formes de capitaux autochtones pour atteindre la carboneutralité et la réconciliation économique :
Capital naturel: Les terres autochtones comportent d’importantes ressources essentielles aux systèmes énergies vertes et à la révolution des technologies propres. Au moins 56 % des nouveaux projets de mines de minéraux critiques, 35 % des meilleurs sites solaires et 44 % des sites éoliens les plus performants se situent sur des territoires autochtones.
Capital financier: Le patrimoine croissant des collectivités autochtones comprend environ 20 milliards de dollars de biens en fiducie et jusqu’à 100 milliards de dollars de revendications territoriales et autres revendications. Ce capital sera requis pour attirer les milliards d’investissements privés et publics dans l’énergie propre pour l’atteinte de la carboneutralité.
Capital intellectuel: La prise en compte des valeurs autochtones et des connaissances traditionnelles dans la transition permettra d’obtenir des résultats plus durables et rentables. Elle peut consolider la position du Canada en tant que chef de file dans le secteur des techniques régénératrices, de la préservation de la biodiversité et des solutions de carbone fondées sur la nature. C’est notre meilleur atout dans la course aux investissements du secteur de l’énergie avec d’autres pays.
Capital humain: Les jeunes leaders et entrepreneurs autochtones joueront un rôle crucial en générant les idées novatrices nécessaires à la transition verte. La cohorte de jeunes connaissant la plus forte croissance au Canada se trouve dans les communautés autochtones, qui peuvent ainsi contribuer à une main-d’œuvre pour l’avenir zéro émission nette. Ces jeunes profiteront de bons emplois dans les secteurs des métiers qualifiés, des technologies de pointe, des entreprises commerciales, etc.
Que signifie 92 ?
Pour redresser les torts causés par les pensionnats et faire progresser le processus de réconciliation au Canada, la Commission de vérité et réconciliation de 2015 a lancé 94 appels à l’action. Le 92e portait spécifiquement sur les affaires et la réconciliation. Lisez-le ici.
Nous reconnaissons que RBC a élu domicile dans les territoires non cédés de l’île de la Tortue (Amérique du Nord), résultant de traités traditionnels et modernes, où habitent de nombreux peuples des Premières Nations, inuits et métis.
Les communautés autochtones peuvent propulser la croissance de l’économie verte
Pour de nombreux peuples autochtones du Canada, le tressage est un geste sacré. Rassembler chaque brin de cheveux à partir de sa propre racine dans le but d’en faire un tout plus fort, plus unifié. Un brin de cheveux qui, seul se casse facilement, est plus résistant tressé avec les autres.
Le foin d’odeur est tissée et brûlée avec de la sauge, du cèdre et du tabac, ce rituel renforçant la communauté, qui à son tour prend soin de la plante.
De même, pour relever le défi de cette génération face aux changements climatiques, le Canada doit rassembler les éléments essentiels du capital autochtone de façon à arrimer durablement une stratégie zéro émission nette.
Cette nouvelle approche est loin de se limiter à l’aspect monétaire. Elle s’appuie également sur le capital naturel – d’importants volets de projets miniers, solaires et éoliens essentiels dépendent de l’accès aux terres autochtones – sur la richesse autochtone en croissance (capital financier), le savoir autochtone traditionnel (capital intellectuel) et le vigoureux entrepreneuriat autochtone ainsi que ses talents (capital humain). Chacun doit renforcer l’ensemble.
Pour libérer ce capital, le Canada aura besoin de nouveaux outils qui favoriseront le développement de l’énergie propre. Conséquemment, nous devrons renforcer nos engagements dans ce sens et instituer de meilleures mesures incitatives pour le partenariat avec les Autochtones, un plus grand partage des avantages issus des projets et une participation plus équitable des Autochtones au moyen de modèles propices au financement. Il faudra établir des critères d’investissement tenant compte des perspectives autochtones et visant plus expressément l’essor des entrepreneurs autochtones et du leadership des jeunes.
Il faudra avant tout une nouvelle approche du partenariat consolidant le rôle des droits des Autochtones, leur leadership, leur prise de décisions et leur consentement.
Ces mesures concrètes permettront d’attirer de plus en plus de sources de capitaux autochtones vers la carboneutralité. Aussi, elles permettront de mobiliser un capital privé essentiel au développement prévisible, à de meilleurs résultats environnementaux et à des retombées sociales majeures.
Un partenariat important prend du temps à s’installer. Mais les exigences du passage à la carboneutralité sont immédiates, et il n’y a qu’une occasion à saisir pour réussir.
Il incombe maintenant à chacun de s’unir aux autres pour que tous ensemble, nous allions de l’avant.
Capital naturel: Le chemin de la carboneutralité passe par les terres autochtones
Le Canada fait face au défi climatique mondial avec un lot d’avantages exceptionnels. Son territoire comprend d’énormes quantités de ressources pour produire de l’énergie conventionnelle ou renouvelable, des atouts certes enviables, mais non sans complications. Tout en continuant d’utiliser le pétrole et le gaz et de travailler à produire cette énergie de façon plus durable, le Canada doit commencer à exploiter les ressources qui feront tourner l’économie propre de l’avenir.
Et ces ressources sont en grande partie indissociables des terres autochtones. Des recherches de RBC montrent qu’au moins 56 % de grands projets miniers d’avant-garde touchent des territoires autochtones. Les meilleures occasions de développement des énergies renouvelables se recoupent aussi sur les terres autochtones, qui représentent au moins 35 % des meilleurs sites pour l’énergie solaire et 44 % des meilleurs sites pour l’éolien. Les droits des autochtones s’appliquent sur de nombreux autres territoires à propos desquels un dialogue s’impose.
Pour inclure ces biens dans sa stratégie zéro émission nette, le Canada doit revoir son modèle de partenariat avec les Autochtones, de sorte qu’il commence par un véritable dialogue et un consentement digne de ce nom.
Les terres autochtones comportent des ressources fondamentales
Au moins 56 % des 60 milliards de dollars investis dans de grands projets miniers d’avant-garde concernent des territoires autochtones, dont 26 % dans un rayon de 20 kilomètres de réserves autochtones, de terres octroyées par des ententes et d’autres terres dont le titre s’apparente à des titres de propriété, et 30 % dans des territoires non cédés où les droits des Autochtones sont revendiqués.
Au moins 35 % des sites les plus importants où seront investis les 30 milliards de dollars requis pour le développement de l’énergie solaire sont situés près de terres faisant l’objet de titres s’apparentant à des titres de propriété.1.
Et au moins 44 % des meilleurs sites pour les 135 milliards de dollars requis dans le développement éolien font l’objet de titres s’apparentant à des titres de propriété.
Les communautés autochtones ont leur mot à dire, mais n’ont pas de pouvoir de décision
Une plus grande reconnaissance juridique et politique des droits fonciers a permis aux voix autochtones de s’exprimer à la table de négociation à l’égard des projets de développement, en particulier sur les territoires non cédés et les territoires faisant l’objet de traités modernes.
Ces progrès font suite à des décennies de politique gouvernementale qui ont empêché les peuples autochtones de prendre des décisions et les ont privés de leurs droits ancestraux et de leurs droits issus de traités. Cela a créé un cycle de sous-investissement, de pauvreté et de traumatisme qui persiste dans de nombreuses communautés aujourd’hui.
Comment les peuples autochtones ont-ils été écartés de la prise de décisions concernant leur territoire ?
Les colons ont dès le départ coopéré avec des groupes autochtones et créé des alliances commerciales et militaires stratégiques mutuellement avantageuses qui ont contribué à la survie des Européens dans les territoires. Les politiques gouvernementales officielles de dépossession des terres et les lois paternalistes de suppression et d’assimilation culturelle ont toutefois fini par prendre le dessus au fil du temps. Le gouvernement n’a jamais pleinement respecté les ententes originales, et a omis de faire participer les peuples autochtones à la prise des décisions.
Les 50 dernières années ont été déterminantes dans l’affirmation des droits fonciers des Autochtones, ceux-ci étant issus de l’occupation initiale des terres par les peuples autochtones et non de l’occupation des Britanniques. Les gouvernements ont une obligation, parfois fiduciaire, de consultation quant à la plupart des actions susceptibles de se répercuter sur les droits des Autochtones. Ils doivent absolument justifier toute infraction et offrir une indemnisation lorsqu’il le faut. Plusieurs importantes décisions judiciaires ont étendu cette obligation des droits établis aux droits revendiqués.
L’intégration de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDP) aux lois du Canada et de la Colombie-Britannique renforcera le besoin d’impliquer les Autochtones plus tôt, et favorisera la prise de décision conjointe et le consentement des parties lors de l’élaboration de projets.
À mesure que les communautés autochtones recouvrent leurs droits et leur souveraineté, la façon de faire des affaires se rapproche du véritable esprit qu’adoptaient les Autochtones et les nations colonisatrices lors des premiers accords de coopération ou des traités qui ont guidé le partage du territoire où nous avons vécu ensemble en parallèle.
Mais des conflits continuent de survenir, qui peuvent entre autres donner lieu à des manifestations publiques contre les entreprises de développement. Bien que les tribunaux se soient montrés de plus en plus disposés à créer un précédent en matière de consultation, ils ont également établi que les droits des Autochtones ne sont pas absolus.
Le gouvernement se trouve souvent à devoir prendre des décisions difficiles dans l’intérêt national.Cela a toutefois conduit à des politiques problématiques et à un défaut d’approche d’entreprise nuisant au dialogue. Trop souvent, les peuples autochtones n’avaient qu’une case à cocher pour approuver des projets déjà planifiés qui ne respectaient ni leurs valeurs communautaires, ni leur gouvernance, ni leurs échéanciers, ou le processus menant au consensus.
Les frictions qui s’en sont suivies ont mené à l’annulation de projets, à des coûts et des échéanciers débridés, et à des phases de planification précipitées laissant de côté le vaste savoir des Autochtones concernant la gestion des terres.
Une approche par opposition est une façon de poursuivre le développement énergétique. Mais elle est loin d’être idéale. Il en résulte des contestations judiciaires, des abandons de fiducies d’utilité sociale, des retards et de l’incertitude en matière d’investissement qui constituent une menace considérable pour les ambitions du Canada en matière de climat.
Conclure un véritable partenariat
Certains dirigeants autochtones ont fait savoir au milieu des affaires canadien qu’ils n’envisageaient pas les choses de la bonne façon. Plutôt que de représenter un risque de projet, les peuples autochtones peuvent apporter quelque chose d’unique. Ils peuvent améliorer la certitude et les rendements, offrir des connaissances approfondies concernant les lieux et de meilleurs résultats environnementaux et sociaux. Aussi, comme les droits des peuples autochtones continuent d’attirer l’attention de la communauté internationale, leur réintégration dans le développement de l’énergie propre pourrait devenir une force concurrentielle.
“Je crois que beaucoup de promoteurs vont devoir changer leur façon de penser pour voir que les peuples autochtones représentent une source possible de capital, une revalorisation de leur projet naissant, plutôt qu’un potentiel de risque.”
Mark Podlasly Directeur, Politique économique First Nations Major Projects Coalition
Pour y parvenir, les communautés autochtones doivent jouer un rôle actif en tant que véritables partenaires. Ainsi nous faut-il tenir compte de leurs voix, de leurs valeurs,de leurs connaissances et de leur prise de décision dès les premières étapes d’un projet. Il faut prévoir suffisamment de temps pour ce processus, comme les mois ou les années consacrés au développement de l’Ouest.
Le dialogue constructif et le véritable consentement s’exercent au fil du temps passé à bâtir la confiance, à partager l’information et à réaligner les modalités du partenariat en fonction de l’évolution des priorités. Il comprend également la possibilité de dire non – certains projets ne seront pas conformes aux valeurs communautaires, et il peut être nécessaire de les réorienter ou, dans certains cas, de les abandonner.
Le pouvoir de l’équité à l’égard des autochtones
Les intérêts des Autochtones dans les nouveaux projets énergétiques sont en croissance. L’équité améliore le profil de risque des projets, à la fois par le partage continu de l’information et la capacité des deux parties à façonner leur orientation.
La participation peut permettre de créer une richesse intergénérationnelle et d’orienter la gérance des terres. Cela correspond à la vision à long terme d’un monde durable qu’adoptent de nombreux pays, en particulier les Haudenosaunee (Iroquois), qui évoquent le principe de la «septième génération » selon lequel les décisions sont en partie déterminées par les répercussions qu’elles auront sur les sept prochaines générations.
Par contre, les engagements à court terme dans bon nombre d’ententes sur les répercussions et les avantages actuelles (portant sur l’approvisionnement autochtone, l’emploi, l’investissement communautaire ou les redevances) répondent de moins en moins aux priorités des communautés autochtones, surtout compte tenu des précieuses sources de capitaux qu’elles contrôlent.
La participation n’est pas une solution universelle. Certaines communautés n’ont peut-être pas l’appétit pour le risque ou l’expertise nécessaires pour gérer le placement en actions. Le développement de l’infrastructure est complexe et risqué, et les prêteurs qui financent les projets peuvent se méfier des partenaires de taille sans trop d’expérience en construction ou en exploitation. Certains projets axés sur des carburants de transition ou des technologies contribuant très peu à la réduction des émissions (comme le pétrole, le gaz naturel ou la capture, l’utilisation et le stockage du carbone) pourraient comporter des risques à long terme.
Et les capitaux propres ne sont pas toujours une option pour les communautés autochtones qui voudraient les faire jouer. Même les communautés qui ont des activités génératrices de revenus peuvent se voir refuser du financement par des prêteurs privés pour une portion de leur apport en capital. Pour les communautés qui n’ont pas d’activités génératrices de revenus, l’option sur actions est encore plus inaccessible.
Les promoteurs de projets, les institutions financières et les gouvernements doivent éliminer cette lacune du financement par actions. Il faut alors renforcer les capacités et fournir des services-conseils pour aider les communautés à faire des choix éclairés entre les différents accords de partenariat et à négocier les meilleures conditions
“Notre pays a connu l’expansion industrielle […], nous nous sommes retirés et avons assisté à la destruction de notre territoire, de notre environnement et de nos ressources culturelles puis sommes devenus des partenaires actifs dans un processus où nous avions un siège à la table.”
Chief Crystal Smith La nation Haisla Présidente First Nations LNG Alliance
Capital financier: Le leadership autochtone contribuera à alimenter la transition à 2 billions de dollars
Les grandes entreprises canadiennes qui détiennent 8 billions de dollars d’actifs mondiaux se sont engagées à investir dans l’économie zéro émission nette. Cependant, les investissements annuels dans des projets écologiques ne sont pas près d’atteindre les 80 milliards de dollars requis chaque année. Le patrimoine financier des Autochtones n’a pas l’ampleur nécessaire pour primer dans le financement de la transition à 2 billions de dollars. Mais avec plus de 20 milliards de dollars d’actifs en fiducie et jusqu’à 100 milliards de dollars en revendications territoriales et autres revendications, il peut néanmoins générer des retombées importantes.
La plus grande occasion réside dans le pouvoir du capital financier des Autochtones et leur volonté de prendre part au substantiel financement privé nécessaire pour atteindre la carboneutralité de diverses façons, soit en atténuant le risque des projets, en augmentant les rendements, en améliorant les résultats environnementaux et en rehaussant l’acceptation sociale. Mobiliser les investisseurs pour soutenir l’investissement responsable auprès des Autochtones accélérera ce processus tout en améliorant la réconciliation économique.
Les actifs en croissance des Autochtones sont réintroduits dans les collectivités
Une plus grande reconnaissance des droits fonciers autochtones et l’application plus soutenue de ces droits ont ajouté à la richesse financière des communautés autochtones. Ces ajouts dérivent en partie des règlements de revendications territoriales ou d’indemnités pour des violations passées de droits issus de traités ou d’autres droits. Comme plus de 250 revendications particulières n’ont pas encore fait l’objet de négociation et que plus de 160 revendications sont actuellement à l’étude, et que de plus, il y a les litiges en cours et les revendications territoriales, on peut s’attendre à de nouvelles augmentations de ces actifs.3
Le projet de développement Sen̓ ákw sur des terres de réserve de la Nation Squamish à Vancouver, un projet de construction d’un immeuble polyvalent d’une douzaine de tours, est le plus important projet de développement économique des Premières Nations de l’histoire du Canada et le premier projet de logements zéro émission à grande échelle. En partenariat avec un promoteur privé, la Nation contribue à la mise en valeur de la terre. Coûtant 3 milliards de dollars pour la construction, le projet pourrait générer des revenus de 8 à 12 milliards de dollars pour la Nation sur la durée de vie de la propriété louée à bail.
Distincts de la richesse individuelle, ces actifs sont au profit de la collectivité, ils soutiennent les dépenses liées à l’infrastructure physique, sociale ou culturelle, au développement économique ou aux versements destinés aux membres. Ils sont de plus en plus utilisés pour décarboner les communautés locales, pour des projets zéro émission nette dans le domaine de l’environnement bâti par exemple, ou pour des projets d’énergie renouvelable, des lignes de transport apportant de l’électricité plus propre aux communautés éloignées dépendantes du diesel, ou encore pour des participations dans des projets pour le développement durable, comme des installations pour produire du carburant durant la transition ou de l’énergie solaire et de l’éolien.
Bien qu’en croissance, les actifs financiers autochtones demeurent insuffisants, à la suite de nombreuses années de non-reconnaissance des droits des Autochtones et des entraves à leur économie. Il y a aussi des variations importantes dans le patrimoine financier détenu par les communautés en fonction de l’entente dont le titre des territoires fait l’objet (traité moderne ou historique, territoire non cédé), de l’emplacement (urbain ou éloigné) et de la proximité avec les grands projets d’exploitation des ressources. Par exemple, les nations Squamish, Musqueam et Tsleil-Waututh procèdent à des développements majeurs sur leurs territoires traditionnels non cédés autour de Vancouver et dans la région moderne de cette ville. En revanche, un échantillon limité comprenant les 500 Premières Nations de 2015 à 2016 montrait que la moitié d’entre elles avaient des revenus inférieurs à 3 millions de dollars, tandis que la nation au sommet avait des revenus s’élevant à 100 millions de dollars4.
Reconnaître officiellement la valeur du partenariat autochtone
Les dirigeants autochtones peuvent offrir la plus grande certitude à long terme quant au développement des infrastructures. De plus, les promoteurs et les scientifiques occidentaux commencent à reconnaître la valeur du savoir autochtone dans la conception de projets.
Les gouvernements et les principaux promoteurs de projets doivent reconnaître financièrement la valeur qu’apportent les partenaires autochtones. Une rémunération équitable mènera à une base d’actifs financiers autochtones croissante qui pourra être réinvestie dans le bien-être communautaire et positionner les pays pour l’investissement zéro émission nette. Cela signifie trouver de nouveaux modèles d’évaluation qui ne se limitent pas aux terres louées ou à des droits de passage. À l’heure actuelle, les communautés qui cherchent une participation après la phase de construction risquée achètent souvent une participation dans un projet plus intéressant, mais à un coût plus élevé. Ceci malgré leur participation active à la réduction du risque dès le départ. En ce qui concerne les connaissances traditionnelles, les communautés sont souvent dédommagées pour le temps ou l’argent qu’elles y consacrent, mais pas nécessairement pour leur propriété intellectuelle en tant que « consultants sur le terrain ». La classification appropriée de ces caractéristiques comme étant favorable aux rendements des projets peut mener à leur monétisation, ce qui contribue à combler l’écart entre les actifs financiers et les financements par actions autochtones.
Accélérer le zéro émission nette grâce à l’investissement responsable axé sur les Autochtones
Les communautés autochtones prospères investissent dans des produits financiers conformes à leurs valeurs culturelles et utilisent des stratégies activistes pour inciter les entreprises à faire mieux. Ils rehaussent leur impact et renforcent leur capacité grâce à des partenariats avec des investisseurs partageant les mêmes idées.
La National Aboriginal Trust Officers Association (NATOA), un organisme de ressources et de formation, et Share, un organisme d’investissement responsable, ont créé l’Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable. Il vise à mobiliser les investisseurs canadiens pour « … utiliser leurs voix et leur capital pour promouvoir des résultats économiques positifs pour les peuples autochtones, notamment par l’emploi, le soutien aux entrepreneurs autochtones, le renforcement des partenariats avec les communautés autochtones et le respect des droits autochtones »10.
Il est de plus en plus admis que les entrepreneurs et les collectivités autochtones pourraient être un point de focalisation intéressant pour les approches axées sur l’investissement d’impact. De plus, les facteurs autochtones, comme le codéveloppement de projets autochtones ou la participation des Autochtones à la gouvernance d’entreprise, peuvent être importants pour la réussite globale des entreprises et des projets. Mais alors que les intentions sont en hausse, les outils et le cadre réglementaire pour mobiliser la finance n’en sont qu’aux premiers stades.
Les normes ESG qui sont de plus en plus déployées sur les marchés financiers ont largement omis les priorités et les perspectives des Autochtones, et ont été élaborées sans leur apport.
Les questions autochtones sont trop souvent considérées comme un facteur « S » dans la modélisation des critères ESG, qui négligent les fondements juridiques uniques de la participation autochtone, ainsi que la nature environnementale unique du développement mené ou guidé par les Autochtones11.
Le marché du fonds d’actions durable de 1,3 billion de dollars n’a pas de fonds qui mettent explicitement l’accent sur les questions autochtones.
La demande des investisseurs a été insuffisante pour établir des produits de placements conformes aux priorités des Autochtones.
Les engagements commerciaux concrets à l’égard des questions autochtones ne sont pas suffisamment importants, ni divulgués et vérifiables, pour élaborer des produits diversifiés.
Alors que la conjoncture de placement évolue, l’inaction des entreprises et des investisseurs à l’égard des priorités climatiques et autochtones devient de plus en plus évidente pour les résultats.
“Grâce aux efforts de nos aînés, ma génération a pu avoir des possibilités ; oui, il y a des défis, mais je n’ai pas eu besoin de me battre pour être reconnu. Ces possibilités qui me sont données sont une responsabilité d’apporter une contribution à la communauté”
Joseph Bastien SHARE Initiative pour la réconciliation et l’investissement responsable
Capital Intellectuel: le pouvoir de l’intendance des terres et des connaissances autochtones
Le capital autochtone ne se limite pas au capital naturel et financier. La reconnaissance de la valeur des voix et des connaissances autochtones peut être un puissant moteur de la réconciliation économique et de la croissance.
Des générations de savoir autochtone traditionnel ont façonné une approche de la gestion des terres qui assure la durabilité à long terme des écosystèmes. Chaque communauté se spécialise dans la préservation des relations délicates entre les personnes, les plantes et les animaux sur son territoire traditionnel. Cette approche est holistique, ancrée dans l’interdépendance de l’environnement, du bien-être et de la culture. Il s’agit du principe de réciprocité et de durabilité.
Il n’est pas rigide, mais évolue.
Alors que le Canada cherche à bâtir une économie prospère tout en minimisant les dommages environnementaux, en préservant la biodiversité et en développant des puits de carbone naturels pour la gestion du climat, les connaissances et les façons autochtones d’acquérir des connaissances deviendront des avantages concurrentiels essentiels.
L’exploitation de ces actifs peut également offrir des possibilités économiques aux peuples autochtones qui n’ont pas toujours bénéficié des droits fonciers.
Mais cela signifiera adopter une vision différente du monde.
Vision à deux yeux pour de meilleurs résultats
Etuaptmumk, ou la vision à deux yeux est un principe Mi’kmaq qui nous demande de voir d’un œil avec la force de la gérance, des connaissances et des façons autochtones d’acquérir des connaissances, et de l’autre avec la force des outils et des systèmes occidentaux. L’association des deux perspectives peut créer des solutions zéro émission nette réfléchies et plus rentables.
L’unification du savoir autochtone fondé sur le milieu et des méthodes scientifiques occidentales améliore les résultats des études environnementales pour les projets de développement. En soi, l’approche scientifique traditionnelle ne peut offrir qu’une vision étroite de l’environnement local et nécessite une extrapolation avancée, par exemple, sur les tendances migratoires initiales des poissons ou sur la façon de restaurer un site de projet récupéré dans son écosystème d’origine depuis des décennies. Le savoir autochtone, acquis au fil de siècles de variations climatiques, peut enrichir ou contextualiser ces informations, produisant des conclusions plus solides. De même, les méthodes occidentales peuvent compléter les connaissances traditionnelles. Par exemple, les dispositifs de suivi sur les espèces locales à risque peuvent élargir l’information et la compréhension de leurs mouvements.
“[Mi’kmaq Ecological Knowledge] est un ensemble cumulatif de connaissances qui se transmet de génération en génération, de l’aîné à l’enfant et qui est dynamique. MEK s’appuie sur un monde naturel en constante évolution – alors que les connaissances écologiques évoluent au fil du temps et que de nouvelles expériences permettent de faire valoir de nouvelles connaissances sur l’écologie de la Terre, les Mi’kmaq continueront d’apprendre, de croître et de partager, comme ils le font depuis plus de dix mille ans.”
Mi’kmaq Ecological Knowledge Study Protocol assemblée des chefs Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse
Les lois fédérales exigent désormais l’intégration du savoir autochtone dans la méthode d’évaluation de l’environnement, avec une orientation provisoire révélant que les connaissances traditionnelles doivent être considérées comme la source d’un cadre « des renseignements complémentaires influents, aux côtés de la science occidentale »12.
Toutefois, le savoir autochtone n’a pas encore une place égale dans les études environnementales. Alors que la science occidentale se voit accorder des mois, voire des années, pour faire son travail, les processus d’évaluation ne prévoient souvent qu’un court délai pour obtenir la contribution des Autochtones, vers la fin. Les communautés autochtones ne sont souvent pas en mesure d’accéder à cette information, car elle doit être recueillie auprès des détenteurs de connaissances de la communauté, et ils peuvent être réticents à la partager si la relation de confiance n’est pas solide. D’autres voudront peut-être produire leurs propres études traditionnelles fondées sur le savoir.
Capital Humain une nouvelle génération de dirigeants stimule l’innovation
Une plus grande participation dans l’élaboration de projets locaux, l’accroissement de la richesse et la reconnaissance de la valeur du savoir autochtone donnent plus de pouvoir à une nouvelle génération de peuples et d’entrepreneurs autochtones. L’économie autochtone, estimée à plus de 30 milliards de dollars par année en 2016, dépasse la croissance de l’économie nationale globale et devrait atteindre 100 milliards de dollars d’ici 202413,14.
Driving change est un groupe en pleine expansion de jeunes dirigeants autochtones instruits. Ces dirigeants sont en train de briser le cycle des traumatismes intergénérationnels des pensionnats et de faire avancer de nouveaux modèles de réconciliation et de développement économique. Appuyés par des droits fonciers plus solides et un capital croissant, ils poursuivent une approche axée sur les Autochtones en matière de développement économique durable qui établit un lien entre l’investissement et la prospérité communautaire. Ils créent des réseaux avec d’autres dirigeants autochtones, passés et présents, et ils agissent souvent par l’entremise d’organisations autochtones de plus en plus influentes, comme le Conseil canadien pour le commerce autochtone, la Coalition de Premières Nations pour les grands projets, le Conseil des ressources autochtones ou l’Association nationale des sociétés autochtones de financement.
Bon nombre d’entre eux sont à la tête de grandes entreprises économiques et sont en train d’élaborer un nouveau modèle pour la prochaine génération, qui juge que la représentation autochtone est encore limitée dans les entreprises canadiennes. En 2020, seulement 0,3 % des sièges au conseil d’administration étaient occupés par des Autochtones, bien qu’ils représentent 4,9 % de la population canadienne15.
Les entreprises canadiennes recherchent de plus en plus des perspectives et la représentation autochtones. Parallèlement, il sera important de ne pas retenir les talents autochtones, surtout dans les communautés éloignées. Les entreprises qui ont un objectif social clair et qui utilisent des modèles innovateurs pour partager les talents autochtones avec leurs communautés sont plus susceptibles de réussir.
Les talents et les entreprises locaux peuvent procurer un avantage concurrentiel
Les projets zéro émission nette proposés par les dirigeants autochtones à leurs communautés disposeront d’un capital humain puissant. De plus, de nombreuses communautés s’intéressent aux partenariats économiques qui incluent des avantages sociaux à long terme. Cela signifie des emplois de plus grande valeur pour les Autochtones et un perfectionnement des compétences qui perdurent au-delà du projet, et qui comprennent des occasions à tous les niveaux, y compris la planification, la conception, la construction, la gestion et l’exploitation.
C’est également dans l’intérêt des promoteurs de projets. D’une part, il s’agit d’un signe du véritable partenariat que les chefs autochtones rechercheront lorsqu’ils choisiront des collaborateurs. D’autre part, dans un monde marqué par de graves pénuries de main-d’œuvre et des chaînes logistiques mondiales fragiles et coûteuses, un réseau d’employés et de fournisseurs locaux fiables offre de la valeur. La constitution de ces réseaux prend du temps. Cependant, la transition du système énergétique canadien sera un projet intergénérationnel.
La transition zéro émission nette peut bénéficier d’une main-d’œuvre autochtone plus jeune que pour l’ensemble du Canada. Les jeunes autochtones représentent la cohorte de population qui connaît la croissance la plus rapide, et leur nombre augmente quatre fois plus rapidement que la population non autochtone. Les Autochtones poursuivent de plus en plus des études postsecondaires, en particulier les femmes, dont 52 % ont obtenu un diplôme d’études postsecondaires en 2016. Les jeunes autochtones apprécient leurs langues, leur identité et leur culture, et ils ont confiance en leurs aptitudes fondamentales, y compris leur esprit critique, leur communication ou leur collaboration, qui sont tous au cœur de l’avenir du monde du travail16,17. L’emploi déjà fort des Autochtones dans les professions de l’économie des ressources et des métiers qualifiés au Canada, et la plus grande proximité des régions éloignées, se traduisent par une transition plus facile vers les compétences nécessaires à l’énergie propre et à l’infrastructure verte.
Pendant ce temps, les entrepreneurs autochtones développent de nouvelles entreprises neuf fois plus que la moyenne canadienne, avec 50000 entreprises appartenant à des Autochtones dans divers secteurs canadiens18. Bon nombre de ces entreprises font la promotion des valeurs et du savoir autochtones, de Cheekbone Beauty, fondée par Jenn Harper, une femme anishinaabe dont la gamme de cosmétiques durables de haute qualité apporte une contribution à la communauté, à l’application mobile SIKU, un réseau social dirigé par les Inuits pour aider les chasseurs à partager leurs connaissances en temps réel des conditions des glaces et du comportement des animaux.
Pour aller de l’avant avec la réconciliation, il ne faut pas faire abstraction du passé ni de l’impact qui perdure dans tant de communautés autochtones. Tous les Canadiens, y compris les entreprises canadiennes, ont un rôle plus important à jouer dans la réconciliation, notamment en appuyant de nouvelles approches en matière d’éducation et de voies vers l’emploi, comme nous l’avons vu dans notre rapport de 2021, Des connexions à bâtir. Qu’il s’agisse d’occasions d’apprentissage et de programme coopératif pour les étudiants autochtones ou de capital pour les jeunes entrepreneurs, une approche axée sur les compétences en matière de transition climatique sera essentielle.
“Je pense aux progrès [réalisés par les groupes autochtones], et il s’agit d’un petit groupe qui sort des sentiers battus, qui se penche sur l’innovation. Il nous faut comprendre et trouver un moyen d’inciter tout le monde à nous suivre”
Chief David Jimmie Chef de la direction de Squiala First Nation Président, Conseil des chefs de la nation Stó:lō
La planification des ressources et des moyens d’aide sont nécessaires. Les organisations dirigées par des Autochtones fournissent certaines de ces ressources, outre la NATOA, la Coalition de Premières Nations pour les grands projets et d’autres, l’AAFA Canada fournit des services de développement des outils en gestion, en finance et en gouvernance autochtones. Le Indigenous Leadership Development Institute Inc. (ILDII) renforce la capacité de leadership des Autochtones grâce à une formation spécifique. Mais un accès plus large et de nouveaux partenariats seront essentiels.
D’autres innovations financières contribuent à combler les écarts de capitaux qui existent depuis longtemps entre les communautés autochtones et le reste du pays. Il faudrait environ 83 milliards de dollars en capital pour combler le déficit de financement selon les estimations de 201319. Toutefois, les entrepreneurs autochtones sont encore confrontés à des obstacles auxquels d’autres entrepreneurs canadiens n’ont pas à faire face Les limites imposées par la Loi sur les Indiens et le sous-investissement du gouvernement dans les actifs continuent de limiter l’utilisation des maisons ou d’autres sources de garantie pour les prêts conventionnels.
Les approches novatrices peuvent souvent contourner cette situation, mais la complexité peut faire peur à certains prêteurs ou susciter une aversion pour le risque importante dans le domaine des prêts aux Autochtones. De plus, comme il faut faire appel à de nombreux gouvernements, organisations autochtones et programmes privés pour obtenir du financement, les processus de demande et les échéanciers peuvent être complexes et prendre du temps.
Une voie à suivre
Dans son livre, Tresser les herbes sacrées, Robin Wall Kimmerer décrit la propagation du foin d’odeur comme une culture non pas à partir du vent ou des animaux, mais à partir de racines souterraines appelées rhizomes. Après avoir longtemps survécu à l’inconnu, la communauté autochtone émerge aujourd’hui avec force et s’empare de la prospérité fondée sur la reconnaissance des éléments essentiels qui l’ont nourrie : capital naturel, humain, financier et intellectuel.
Pour atteindre zéro émission nette, le Canada devra réunir ce capital autochtone avec le capital non autochtone par une intention positive et une action délibérée. Si cette politique est menée correctement, elle peut promouvoir la réconciliation et un avenir prospère à zéro émission nette pour tous au Canada.
Voici quelques questions clés auxquelles les Canadiens doivent répondre :
Quelles sont les étapes de l’engagement que les promoteurs de projet doivent élaborer avec les communautés autochtones pour obtenir et maintenir le consentement au développement, compte tenu de l’évolution des définitions du consentement et des priorités propres à la communauté ?
rComment les communautés autochtones peuvent-elles communiquer de façon proactive leurs structures de gouvernance interne, leurs processus de mobilisation privilégiés et la position ou les conditions générales de l’énergie propre et du développement de l’infrastructure ?
Comment peut-on élaborer de meilleurs modèles de participation pour englober la vaste gamme d’actifs, d’ambitions et de priorités dans l’ensemble des communautés autochtones ?
Comment les établissements financiers et les gouvernements non autochtones et autochtones peuvent-ils combler les lacunes dans le financement de projet nécessaire pour assurer une véritable propriété autochtone ?
Comment peut-on adapter les normes et les mesures internationales des critères ESG afin d’intégrer les perspectives autochtones et le contexte propre au Canada, y compris le cadre juridique des droits ?
Quelles sont les meilleures pratiques pour comprendre et intégrer de façon significative le savoir et les perspectives autochtones dans les processus décisionnels de projet ainsi que dans les stratégies de développement économique plus générales ?
Comment peut-on aider les communautés autochtones à prévoir l’offre de main-d’œuvre, les compétences ou le réseau de fournisseurs nécessaires pour participer activement aux occasions de développement économique ?
Le nouveau compromis climatiqueest le dernier bulletin la série sur le climat des groupes Services économiques et Leadership avisé de RBC. Il fait suite au rapport phare que l’équipe a publié en octobre 2021, Une transition à 2 billions de dollars. Cette série sur le climat vise à informer et à donner des idées pour assurer la prospérité du Canada ; elle appuie également l’engagement de RBC à défendre des solutions climatiques intelligentes, un pilier clé de la Stratégie climatique RBC.
Qu’advient-il des changements climatiques quand la sécurité énergétique est en jeu ?
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a ébranlé les marchés mondiaux de l’énergie. Alors que les gouvernements et les consommateurs doivent composer avec des pénuries et une flambée des prix du gaz et de l’électricité, les politiques climatiques se heurtent à l’enjeu de la sécurité énergétique.
L’ancien ordre énergétique est bouleversé, et l’Europe et l’Asie cherchent de nouvelles sources d’approvisionnement pour remplacer les importations russes. Le fait que Moscou exploite la vulnérabilité énergétique de l’Europe ne sera pas oublié de sitôt et a accéléré deux tendances contradictoires : une décarbonation rapide et une augmentation précipitée de la production de combustibles fossiles, du moins à court terme.
Cette dichotomie met en lumière une dure réalité : si aucune mesure additionnelle d’envergure n’est prise, le pétrole et le gaz demeureront probablement des sources d’énergie controversées, mais essentielles pendant plus longtemps que certains le pensent.
Plusieurs questions cruciales se posent donc pour l’Occident :
Le Canada et les États-Unis devraient-ils accroître substantiellement leur production à court terme afin de freiner la progression des prix ?
Comment peuvent-ils concilier une hausse de la production avec leurs ambitieux plans de réduction des émissions ?
Si les gouvernements ne parviennent pas à trouver l’équilibre entre action climatique et sécurité énergétique, les coûts élevés de l’énergie et la hausse des émissions saperont-ils la confiance du public ?
Il est important de souligner que le Canada peut encore atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050, malgré les embûches.
Le gouvernement canadien souhaite une augmentation de la production de pétrole et de gaz pour atténuer les effets de la crise mondiale à court terme, tout en gardant résolument le cap sur la décarbonation et la compétitivité du secteur à long terme.
Nos recherches montrent que les deux objectifs sont réalisables, mais à un coût énorme. Il est important de souligner que le Canada peut encore atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050, malgré les embûches.
Il n’y a toutefois pas une minute à perdre. Les politiques qui seront adoptées au cours des 24 prochains mois doivent définir la voie du Canada en matière de climat et d’énergie en vue de la carboneutralité en 2050.
Principales conclusions :
Le secteur pétrolier et gazier du Canada peut favoriser la sécurité énergétique à court terme, tout en permettant de réaliser des progrès sur le plan du climat. Cependant, il faut que le cadre réglementaire soit prévisible et que tous les paliers de gouvernement apportent leur soutien.
Jusqu’à 500 000 barils par jour de pétrole classique et extrait des sables bitumineux pourraient s’ajouter aux niveaux de 2021.
Cela entraînerait une hausse des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 9 millions de tonnes par an, qui serait compensée au coût d’au moins 1,5 milliard de dollars par an. Toutefois, le gain net potentiel serait de 10,5 milliards de dollars par an. Notons que si le pétrole canadien remplace celui d’autres pays, les émissions mondiales n’augmenteront pas.
Pour atteindre les cibles climatiques malgré l’accélération de la production, des investissements massifs devront être faits dans la réduction du méthane, ainsi que dans l’électrification et le captage du carbone dans tous les secteurs.
Une réduction de 40 % d’ici 2030 des émissions liées aux sables bitumineux par rapport aux niveaux actuels nécessitera probablement des investissements de l’ordre de 45 à 65 milliards de dollars entre 2024 et 2030 ; ces dépenses culmineront à 9 milliards de dollars par an, environ, au milieu de la décennie.
Afin de parvenir à la décarbonation complète en amont au moyen du captage, de l’utilisation et du stockage du carbone (CUSC), une technologie essentielle à la réduction des émissions, le prix du WTI devra avoisiner 50 $ US en moyenne jusqu’en 2050.
La technologie de décarbonation dans le secteur des sables bitumineux devra être déployée en suivant une approche réfléchie pour éviter de trop investir dans des solutions coûteuses. Le CUSC doit être considéré comme un outil parmi d’autres à la disposition du Canada.
CHAPITRE 1
Le pétrole restera indispensable pendant longtemps
On n’a jamais imaginé que la décarbonation serait facile. Cela dit, elle provoque d’importantes perturbations dans l’économie et sur la scène politique.
Les enjeux de la sécurité énergétique et des changements climatiques s’opposent depuis longtemps, mais l’opération militaire de Moscou a fait éclater ces dissensions au grand jour. Selon les premières indications, on estime que le flux de pétrole russe pourrait diminuer d’au moins 3 millions de barils par jour en raison du manque d’acheteurs. À long terme, une plus grande part des 11,7 millions de barils produits par jour pourrait être remise en question, étant donné que les grandes sociétés pétrolières délaissent la Russie devenue État paria.
L’invasion russe a suscité des appels à réduire la demande de pétrole et de gaz en accélérant les investissements dans les technologies d’énergies propres, ce qui limiterait la possibilité de prendre les marchés de l’énergie en otage. Cependant, la plupart des pays auront du mal à changer rapidement de sources d’énergie au cours de la prochaine décennie.
Par exemple, les véhicules zéro émission (VZE) ont représenté seulement 5,6 % des immatriculations de véhicules légers au Canada en 2021 . Vu ce point de départ modeste, il faudrait un effort herculéen pour atteindre les objectifs de VZE prévus dans le Plan de réduction des émissions récemment annoncé par Ottawa. Le plan stipule qu’en 2030, au moins 60 % des véhicules légers neufs qui seront vendus devront être des VZE. Même si le Canada mène à bien cet objectif ambitieux, 84 % des véhicules légers consommeront encore de l’essence à la fin de la décennie.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a créé une onde de choc sur les marchés de l’énergie, mais il est encore trop tôt pour savoir si les pays augmenteront fortement les investissements dans les énergies renouvelables ou s’ils auront recours aux combustibles fossiles pour pallier les pénuries. Il est fort probable que des investissements seront effectués dans les deux solutions.
Selon les estimations préliminaires, les investissements dans le secteur pétrolier et gazier grimperont de 11,6 % d’une année sur l’autre pour s’établir à 533 milliards de dollars américains en 2022. D’après Fitch Solutions, ils progresseront de 4 % de plus en 2023, avant de revenir aux niveaux d’avant la pandémie en 2024.
Jusqu’à présent, l’envolée des prix des combustibles fossiles n’a guère entamé la demande, du moins en Amérique du Nord.
Les énergies renouvelables devraient également recevoir un coup de pouce, mais au Canada, les pressions en faveur d’une hausse de la production de pétrole et de la construction de pipelines se sont intensifiées. Les bassins de schiste des États-Unis et les champs pétrolifères du Moyen-Orient se préparent à redémarrer des sites de forage mis en sommeil.
En outre, d’anciennes habitudes de consommation pourraient revoir le jour. L’Allemagne prévoit construire des terminaux de GNL même si elle accroît ses investissements dans les énergies renouvelables, tandis que l’AIE a recommandé un retour temporaire à la production d’électricité au charbon et au pétrole afin que l’Union européenne puisse se passer du gaz russe. Dans les deux cas, les émissions augmenteraient au lieu de baisser.
Cette réaction précipitée vise à éviter une flambée des prix pour les consommateurs. Des prix de l’énergie résolument élevés se répercutent sur les secteurs à forte intensité énergétique ; les prix des produits de base montent et grèvent le budget des ménages et des petites entreprises vulnérables. Dans ces conditions, l’accessibilité et l’abordabilité de l’énergie l’emportent généralement sur les considérations climatiques pour les consommateurs.
La détermination des gouvernements donne déjà des signes de fléchissement : l’Allemagne, la Californie et la Colombie-Britannique, généralement considérées comme à l’avant-garde de l’action climatique, offrent des subventions pour compenser les prix élevés de l’essence et de l’énergie.
Jusqu’à présent, l’envolée des prix des combustibles fossiles n’a guère entamé la demande, du moins en Amérique du Nord. Les consommateurs peuvent la supporter. En effet, aux États-Unis, la part du coût de l’essence dans les dépenses personnelles de consommation est encore inférieure de près d’un point de pourcentage à ce qu’elle était au début des années 2000, tandis que les Canadiens ont accumulé une épargne considérable durant la pandémie.
La réglementation et les investisseurs incitent les fournisseurs d’énergie à diminuer les émissions directes (périmètre 1) et les émissions indirectes liées aux achats d’électricité (périmètre 2). Par contre, les gouvernements ont jusqu’ici évité de s’attaquer à un autre défi tout aussi important : le comportement des consommateurs.
À l’échelle mondiale, les subventions explicites et implicites aux combustibles fossiles et principalement axées sur les consommateurs ont totalisé 5 900 milliards de dollars américains en 2020, soit environ 6,8 % du PIB. Selon le Fonds monétaire international, elles devraient atteindre 7,4 % du PIB d’ici 2025. Les tendances de consommation montrent aussi que les préférences prennent le pas sur les considérations climatiques. Ainsi, les ventes de VUS ont bondi de 10 % et représenté 45 % des ventes de voitures l’an dernier, générant 120 millions de tonnes de CO2 supplémentaires par année.
Dans l’ensemble, ces indicateurs laissent présager une progression, et non un recul, de la demande de pétrole durant dans la décennie en cours.
Les prévisions à court terme de l’AIE indiquent que la demande de pétrole atteindra 104 millions de barils par jour en 2026, contre environ 99,7 millions cette année. Les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Brésil seront les principaux moteurs de croissance de la production au cours des prochaines années.
Le Canada contribuera également à l’essor de la production. La Régie de l’énergie du Canada prévoit que la production nationale, largement attribuable aux sables bitumineux, culminera à 5,8 millions de barils par jour d’ici 2032, avant de retomber à 4,8 millions de barils par jour en 2050, si les mesures visant à réduire les émissions de GES se poursuivent à leur rythme actuel. Si ces prévisions se concrétisent, les émissions augmenteront dans l’ensemble, malgré les initiatives pour améliorer l’efficience des sables bitumineux (qui a chuté d’un tiers depuis 1990).
Hausse de la demande mondiale d’énergie
Au cours des quatre dernières décennies, la demande d’énergie a progressé d’environ 1,75 % par an.
Cette hausse devrait se poursuivre puisqu’on s’attend à ce que la planète gagne 2,2 milliards d’habitants d’ici 2050. Le scénario de base de l’AIE table sur une croissance de la demande d’énergie de 1 % par an au cours des trois prochaines décennies.
De 2020 à 2050, la consommation d’énergies renouvelables devrait croître à un rythme annuel de 3,2 %, comparativement à 0,5 % et 1,3 %, respectivement, pour la demande de pétrole et celle de gaz naturel. En l’absence de mesures plus musclées, le renforcement des investissements dans les énergies propres ne s’accompagnera pas forcément d’un déclin des énergies traditionnelles.
L’avenir des marchés du pétrole ne s’annonce pas brillant pour autant. Selon un scénario moins optimiste de l’AIE, la demande de pétrole chutera de 25 % et le prix s’établira à 64 $ US le baril en moyenne. En revanche, si les pays mettent les bouchées doubles pour atteindre la carboneutralité, le prix plongera jusqu’à 24 $ US. Pour pouvoir vendre sur ce marché de plus en plus restreint, la production de pétrole devra générer zéro émission nette.
Le problème est que ce scénario de base pour la demande de combustibles fossiles va à l’encontre des objectifs climatiques.
Pour avoir 50 % de chances de limiter le réchauffement à 1,5 °C (l’ambitieux objectif de l’Accord de Paris), 60 % du pétrole et du gaz et 90 % du charbon qui subsistent dans le sol devront y rester .
C’est deux fois plus que pour le scénario d’un réchauffement de 2 °C, de sorte que le pic de la production mondiale devrait être atteint prochainement, d’ici dix ans sans aucun doute.
Une hausse de 2 °C serait encore plus dévastatrice pour la planète qu’une hausse de 1,5 °C : deux fois plus de plantes et d’animaux subiraient une diminution de leur milieu naturel, de vastes massifs coralliens disparaîtraient et des millions de personnes seraient confrontées à des vagues de chaleur, des inondations et une pénurie d’eau .
Compte tenu de perspectives aussi sombres, l’Occident doit impérativement restreindre sa production de pétrole, malgré l’urgence de la sécurité énergétique. Afin de dénouer les tensions, il faut que la nouvelle production occidentale remplace d’autres sources pour stabiliser les émissions mondiales (y compris les émissions périmètre 3 qui regroupent les émissions en amont et en aval), et que les responsables politiques redoublent d’efforts pour faire baisser la demande de pétrole.
Le Canada dispose des outils et des technologies nécessaires pour déployer rapidement les énergies renouvelables, et électrifier les bâtiments et l’infrastructure de transport et, dans certains cas, l’industrie. Une planification minutieuse sera également requise afin de gérer les sources d’énergies renouvelables intermittentes et le coût élevé de certaines solutions de remplacement.
Cependant, il sera plus difficile de remplacer la mise en valeur des combustibles fossiles ailleurs dans le monde. Les économies occidentales doivent être sur la même longueur d’onde, en visant à la fois une hausse de leur production et une baisse de la demande globale de pétrole. Elles doivent également accepter de payer plus cher le pétrole de producteurs qui respectent les objectifs climatiques.
Le Canada et les États-Unis devraient conclure une alliance nord-américaine en matière de sécurité énergétique visant à la fois l’énergie conventionnelle et les ressources sous-jacentes pour la transition énergétique. Parmi les éléments d’une telle stratégie, la conclusion de contrats à long terme avec des raffineries américaines offrirait aux producteurs canadiens de pétrole une prévisibilité qui les inciterait à investir dans la décarbonation, l’entretien des pipelines existants et le soutien des lignes électriques.
Le Canada doit veiller à être reconnu pour sa stabilité et ses efforts de décarbonation de l’énergie. Les contrats à long terme pourraient fixer des prix plancher pour le pétrole qui appuient les investissements dans la décarbonation au Canada et réduisent l’incidence des prix extrêmement élevés pour les consommateurs américains.
CHAPITRE 2
Le rôle du Canada dans la sécurité énergétique
Le secteur énergétique est d’une importance capitale pour le Canada. L’extraction et les activités connexes, le raffinage, la distribution et le transport du pétrole et du gaz pourraient générer près de 10 % du PIB du Canada en 2022. En 2020, le secteur représentait non seulement 178 500 emplois directs, mais aussi 415 000 emplois indirects.
Les gouvernements des provinces riches en ressources perçoivent des redevances. Celles-ci devraient totaliser au moins 18 milliards de dollars en 2022, soit 50 % de plus qu’en 2021, grâce à l’envolée des prix de l’énergie et aux projets dont les prêts sont entièrement remboursés.
Grâce à son immense richesse en ressources, le Canada peut jouer un rôle crucial dans la sécurité énergétique mondiale en contribuant à pallier les pénuries d’énergie à court terme. Cette richesse peut aussi renforcer son statut de puissance douce en l’aidant à neutraliser les forces antidémocratiques. Le défi est d’y parvenir sans compromettre nos objectifs climatiques.
Commençons par la bonne nouvelle. Le Canada peut augmenter ses exportations de pétrole et de gaz vers les États-Unis, afin que ce pays puisse gonfler son offre au reste du monde.
Nous estimons que le Canada peut relever sa production de 500 000 barils par jour en combinant pétrole classique et sables bitumineux, afin de combler l’insuffisance de l’offre au cours de la prochaine année.
Bien que les exportations canadiennes frôlent déjà des niveaux records, avec une moyenne de 3,76 millions de barils par jour en 2021, la capacité des pipelines à destination des États-Unis dépasse 4 millions de barils par jour.
Au cours des dernières années, les exploitants de pipelines canadiens ont réalisé des investissements en vue de désengorger leurs systèmes et, ainsi, d’optimiser la capacité. Par contre, une hausse notable de cette dernière exigerait la construction de nouvelles lignes, selon les experts du secteur.
Ce ne sera peut-être pas nécessaire d’après des prévisions de production réalistes. Ainsi, la Régie de l’énergie du Canada est d’avis que la capacité des pipelines et du chemin de fer sera de 5,3 millions de barils par jour d’ici 2050, ce qui devrait suffire pour acheminer la production du Canada.
La capacité ferroviaire étant d’environ 1 million de barils par jour, elle permettrait, au besoin, de prendre en charge une expansion à court terme des exportations de pétrole. Toutefois, les compagnies de chemin de fer devront pour cela relever le défi consistant à fournir des wagons spéciaux et à jongler avec la demande des secteurs agricole, alimentaire et minier déjà confrontés aux problèmes des chaînes logistiques
La capacité de transport du Canada est suffisante
Sources : Association canadienne des producteurs pétroliers, Régie de l’énergie du Canada
La mauvaise nouvelle : le Canada a récemment dévoilé son Plan de réduction des émissions qui prévoit une diminution de 42 % dans le secteur pétrolier et gazier. La hausse de la production pourrait compromettre cet objectif puisqu’elle générera jusqu’à 9 millions de tonnes de GES additionnelles.
Jeter les bases de la réduction des émissions
Le Plan de réduction des émissions, élaboré en vertu de la Loi canadienne sur la responsabilité en matière de carboneutralité, et le budget fédéral qui a suivi son annonce marquent un changement de ton dans la politique climatique. Le document fixe des objectifs d’émissions sectoriels et prévoit un financement appréciable pour le transport, le captage du carbone et les solutions climatiques fondées sur la nature.
Par contre, il est flou en ce qui concerne l’énergie, malgré l’importance de ce secteur. Tenant compte de la guerre en Ukraine et de la crise énergétique qui prend de l’ampleur à l’échelle mondiale, le Plan de réduction des émissions souligne le dilemme consistant à définir des objectifs climatiques ambitieux alors que des perturbations structurelles se propagent sur les marchés de l’énergie.
Le Plan table sur une augmentation de la production pétrolière au Canada. Cependant, les annonces récentes attirent davantage l’attention sur les émissions des nouveaux projets que sur leurs retombées économiques. De plus en plus, le message d’Ottawa est que seules les installations à faibles émissions assureront l’acceptabilité sociale.
Ce sera un défi, mais nous croyons que le Canada peut à la fois accélérer sa production de pétrole et atteindre son objectif déclaré de réduire les émissions de GES de 40 % à 45 % d’ici la fin de la décennie.
Mais il n’y a aucune garantie. Le secteur pourrait ignorer l’appel à augmenter la production sans rajuster ses objectifs d’émissions et obtenir l’acceptabilité sociale. Les investisseurs privilégient les dividendes et les rachats et sont peu favorables à une baisse des bénéfices qui permettrait de produire plus. En outre, les pénuries de main-d’œuvre et les cibles ESG strictes n’incitent pas à accroître la production.
Par contre, les choses pourraient changer si les prix du pétrole poursuivent leur ascension. Pour augmenter l’offre, les responsables politiques du Canada doivent montrer qu’ils sont prêts à accepter une hausse temporaire des émissions générées par le secteur pétrolier, pourvu qu’elles fléchissent ailleurs ou bien que la mise à l’arrêt des sites de production commence après 2030.
Par ailleurs, les décideurs ont d’autres moyens de s’assurer que les objectifs d’émissions de 2030 restent réalisables. L’augmentation des émissions du secteur pétrolier peut être neutralisée par des réductions dans d’autres secteurs, par exemple, en accélérant la construction d’infrastructures d’énergies renouvelables et la décarbonation, et en améliorant l’efficacité énergétique. Les retombées économiques d’une production de pétrole accrue peuvent compenser une partie du coût de la décarbonation accélérée d’autres secteurs, en particulier les bâtiments et l’électricité, où les goulets d’étranglement des chaînes logistiques sont moins graves que dans le transport.
Dans l’ensemble, le monde n’a pas besoin de revoir son engagement envers la carboneutralité en raison de l’enjeu à court terme de la sécurité énergétique. Par contre, les compromis entre secteurs ne fonctionneront pas à long terme. Les producteurs de pétrole canadiens devront non seulement réduire les émissions moyennes du secteur, mais aussi les émissions globales liées à chaque type de production. Pour effectuer des investissements à long terme à cette fin, les producteurs ont besoin de prévisibilité. Or, rien de tel qu’une crise énergétique pour mettre les choses à plat.
CHAPITRE 3
CUSC, une solution incontournable
Concilier sécurité énergétique à court terme et objectifs climatiques ne sera pas facile. Cependant, comme le souligne notre rapport Une transition à 2 billions de dollars : Vers un Canada à zéro émission nette, les technologies permettant de réduire considérablement les émissions sont à portée de main pour le transport, les bâtiments et l’électricité.
Le Plan de réduction des émissions cible déjà une diminution de 42 % dans le secteur pétrolier et gazier, dont près de 40 % pour les sables bitumineux, où les réductions sont coûteuses et techniquement difficiles. La tâche sera ardue, étant donné que le secteur mise sur des projets de captage du carbone à forte intensité de capital pour réaliser des réductions significatives.
La mise en valeur du gisement pétrolier de Bay du Nord, au large des côtes de Terre-Neuve, vient d’être approuvée, mais la production pourrait ne pas commencer avant la fin des années 2020. On s’attend à ce que durant sa durée de vie, le projet émette quelque 4,5 millions de tonnes de GES.
En revanche, les producteurs de pétrole classique et de gaz naturel semblent bien placés pour abaisser leurs émissions au cours de la prochaine décennie. D’une part, leurs émissions par baril sont plus faibles, puisqu’ils consomment moins d’énergie. D’autre part, environ 40 % des émissions des installations gazières en amont et les deux tiers des émissions liées au pétrole classique proviennent des rejets et des fuites de méthane. Elles devraient reculer de 75 % d’ici 2030, grâce à des dispositifs de détection des fuites et à des systèmes de récupération de vapeur, soit la quasi-totalité des baisses prévues dans le Plan de réduction des émissions.
Un effort accru visant à électrifier les installations situées près du réseau électrique propre de la Colombie-Britannique, pour s’attaquer à la combustion, pourrait accentuer les réductions et compenser l’augmentation de la production. À moyen terme, la décarbonation s’accélérera quand les services publics électrifieront un plus grand nombre de champs pétrolifères et gaziers de la Colombie-Britannique et de l’Alberta.
Types de production de bitume
Projets d’exploitation minière : prêts à démarrer Seul le cinquième du pétrole provenant des gisements de sables bitumineux peut être extrait par l’exploitation minière. Le bitume extrait par d’énormes pelles est expédié, au moyen de gros camions, vers des installations de nettoyage où il est séparé du sable, de l’eau et de l’argile, ou résidus. Les déchets sont envoyés dans des bassins de résidus. Production actuelle (2020) : 1,49 million de barils par jour Production prévue (2030) : 1,7 million de barils par jour Le pétrole ainsi séparé est traité de deux façons :
Pétrole brut synthétique Pétrole brut synthétique : Une fois libre de déchets, le bitume est converti en pétrole brut non corrosif, ou pétrole brut synthétique, dans des usines de valorisation ou des raffineries de pétrole lourd. Bien que le procédé augmente les émissions du pétrole en amont, le produit final, plus léger et sans soufre, peut être vendu à une raffinerie traditionnelle. Intensité moyenne des émissions (2014-2018) : 95 kg par baril
Traitement des mousses Dilbit extrait ou traitement de la mousse avec un solvant paraffinique : le traitement de la mousse avec un solvant paraffinique est la méthode adoptée pour deux nouveaux projets d’extraction des sables bitumineux, soit le projet Kearl de l’Impériale et le projet Fort Hills de Suncor Énergie. Le procédé élimine les composants les plus lourds du bitume, qui est dilué avec des mélanges plus légers pour produire du dilbit. Lors du traitement de la mousse avec un solvant paraffinique, on utilise un solvant paraffinique comme diluant, ce qui permet d’obtenir un produit final propre qui peut être transporté sans qu’il soit nécessaire de le raffiner davantage, réduisant ainsi les émissions en amont. Intensité moyenne des émissions (2014-2018) : 46 kg de CO2 par baril
Si le Canada est réellement déterminé à réduire les émissions des sables bitumineux d’ici 2030, la première chose à faire est d’atténuer l’intensité des émissions, c’est-à-dire le CO2 émis par baril, en améliorant l’efficience de la production. Il est toutefois peu probable que les émissions atteignent les niveaux ciblés grâce à ces mesures.
Sans nouvelle installation pour comprimer les émissions moyennes de carbone , les émissions par baril de pétrole extrait des sables bitumineux pourraient reculer d’environ 6 % à 7 % d’ici 2030. Certaines de ces améliorations sont chères . D’autres s’avèrent économiques uniquement pour les nouvelles installations ou pour celles qui n’ont pas encore franchi l’étape du prototype.
Sans nouvelle installation pour comprimer les émissions moyennes de carbone , les émissions par baril de pétrole extrait des sables bitumineux pourraient reculer d’environ 6 % à 7 % d’ici 2030. Certaines de ces améliorations sont chères . D’autres s’avèrent économiques uniquement pour les nouvelles installations ou pour celles qui n’ont pas encore franchi l’étape du prototype.
À long terme, de nouvelles technologies, qui fournissent de la vapeur à faible teneur en carbone ou sans carbone, comme des chaudières à hydrogène et de petits réacteurs nucléaires modulaires, pourraient révolutionner la production de pétrole issu des sables bitumineux, car elles procurent des sources de chaleur et d’énergie à zéro carbone. Contrairement aux producteurs conventionnels, qui doivent constamment forer de nouveaux puits et déplacer de l’équipement de contrôle des émissions à chaque fois, la nature stationnaire et la faible vitesse de déclin des sables bitumineux peuvent améliorer la rentabilité d’équipement plus cher comme les réacteurs.
En attendant, le captage du carbone est indispensable pour obtenir des baisses marquées des émissions. L’AIE et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat de l’ONU s’entendent pour dire que la technologie de CUSC est capable de contribuer à la réduction des émissions, grâce à des politiques favorables, au soutien du public et à l’innovation.
Alors que la capacité de captage dans le monde est de seulement 40 millions de tonnes par année, une expansion à court terme de 20 à 30 millions de tonnes au Canada semble ambitieuse.
La technologie présente toutefois certains inconvénients : elle est chère, son expansion est lente, elle accroît les coûts, dépend d’une ingénierie complexe et, parfois, ne capte ou ne stocke pas efficacement les émissions. La technologie doit également être mise à l’essai à grande échelle. Pour le moment, il n’existe pas d’usines majeures qui captent le CO2 engendré par la combustion du gaz naturel, ce qui est la principale application pour les sables bitumineux. Alors que la capacité de captage dans le monde est de seulement 40 millions de tonnes par année, une expansion à court terme de 20 à 30 millions de tonnes au Canada semble ambitieuse.
Qui plus est, les projets de CUSC n’ont pas de retombées financières propres. Le produit qu’ils fabriquent, le CO2, a une valeur marchande négligeable, de sorte que les rendements dépendent de la politique gouvernementale, comme la tarification du carbone ou les normes relatives au carburant. Dans de nombreux cas, les allègements fiscaux ou les paiements réglementaires sont très incertains.
Par conséquent, la plupart des projets de CUSC jusqu’à maintenant, au Canada et ailleurs, ont été fortement subventionnés par des crédits d’impôt ou des investissements publics. Ou encore, les entreprises ont dû payer de leur plein gré des prix du carbone très élevés. Pour que le financement du gouvernement soit justifié, l’extraction de pétrole des sables bitumineux à grande échelle doit être concurrentielle à long terme.
Capteurs d’émissions : projets de capture, d’utilisation et de stockage de carbone (CCUS) au Canada
Projets CCUS en cours, en construction ou proposés
CHAPITRE 4
Les sables bitumineux carboneutres peuvent-ils être concurrentiels sur les marchés mondiaux ?
L’Initiative pour des sables bitumineux carboneutres, dont le but est d’atteindre zéro émission nette dans le secteur des sables bitumineux, compte réduire les émissions de 22 millions de tonnes (Mt) d’ici 2030. Afin d’accroître les investissements dans les projets de CUSC, le dernier budget fédéral prévoit un crédit d’impôt remboursable pour investissement totalisant un peu moins de la moitié des coûts d’un projet, et ce, jusqu’en 2030. C’est un grand pas dans la bonne direction qui devrait favoriser les études visant à déterminer les meilleurs sites de CUSC et encourager les investissements.
Cependant, les provinces devront fournir des efforts supplémentaires pour généraliser le déploiement de la technologie, sachant que les modèles du gouvernement tablent sur la création d’une capacité de 15 à 18 Mt d’ici 2030. Elles pourraient notamment accorder un crédit complémentaire, mais aussi améliorer les volets non financiers des projets de CUSC, comme la délivrance des permis, la responsabilité et les droits de stockage. L’engagement du gouvernement à favoriser la prévisibilité de la tarification du carbone pourrait également atténuer le risque lié aux investissements dans les projets de CUSC.
De plus, afin que les contributions à l’objectif du Canada pour 2030 soient équitables, nous pensons qu’il faut être encore plus ambitieux, et mettre en place une capacité de captage du carbone d’environ 30 Mt au cours des huit prochaines années.
À cette fin, les investissements nécessaires vont de 45 à 65 milliards de dollars entre 2024 et 2030, soit 9 milliards de dollars par an à leur sommet. Cela représenterait un écart important par rapport aux niveaux actuels. En supposant que le gouvernement continue de payer la moitié de la facture, le coût total serait également considérable pour les contribuables.
Auparavant, les périodes de cherté du pétrole ont entraîné un boom des investissements. Cependant, le contexte à court terme a changé. Après quelques années tumultueuses, les investisseurs du secteur pétrolier préfèrent que les entreprises se concentrent sur les dividendes et les rachats d’actions plutôt qu’elles investissent dans de coûteux projets de captage du carbone.
Les perspectives à long terme remettent également en question la nécessité d’investir massivement dans les sables bitumineux, puisque selon la plupart des prévisions, la demande de pétrole chutera au cours des prochaines décennies, à mesure que les conducteurs se tourneront vers les véhicules électriques. La tendance pourrait s’accélérer avec l’accent mis sur la décarbonation en vue de réduire la dépendance de l’Europe au pétrole et au gaz russes.
Selon nos estimations, la décarbonation totale des sables bitumineux pourrait coûter de 6 $ à 14 $ le baril pour le bitume extrait et de 17 $ à 23 $ pour le bitume produit in situ. Globalement, le WTI devrait se vendre en moyenne à environ 50 $ US pendant la durée du projet afin de répondre aux attentes des investisseurs. Bien que ce niveau ait généralement été atteint depuis 2005, il est peut-être trop élevé compte tenu de l’incertitude de la demande future.
Cela dit, les puits de sables bitumineux déclinent plus lentement que les puits conventionnels, ce qui les rend plus adaptés aux dispositifs de CUSC fixes. Si la technologie de CUSC demeure indispensable pour la décarbonation du pétrole, elle pourrait constituer un avantage structurel pour les producteurs de sables bitumineux. Abstraction faite des coûts irrécupérables, les installations de drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV) dotées de systèmes de CUSC pourraient s’avérer rentables même si le prix tombe à 40 $ US.
Vu les coûts relativement élevés de la réduction des émissions, les producteurs canadiens devraient adopter une approche pragmatique à l’égard du CUSC. Un étalement des investissements tout au long des années 2020 et 2030 favoriserait les économies et permettrait l’utilisation de futures technologies afin d’abaisser les coûts. Une approche plus lente va à l’encontre des fortes réductions des émissions visées pour la présente décennie. Par contre, en étant mesurée et réaliste, cette approche de la décarbonation de la production de pétrole lourd sera essentielle pour maintenir la compétitivité économique du Canada dans le secteur.
À long terme, étant donné que la majorité des émissions engendrées par la consommation de pétrole sont liées à la combustion, le secteur devra investir dans la mise au point d’utilisations du bitume qui ne nécessitent pas de combustion. Selon les prévisions de l’AIE, la demande pour des utilisations sans combustion, par exemple, des produits comme les lubrifiants, les cires et l’asphalte, avoisinera 15 millions de barils par jour en 2050. L’utilisation de la partie la plus lourde du pétrole canadien pour fabriquer des produits à valeur ajoutée, comme la fibre de carbone, en est aux premiers stades de l’innovation, mais elle pourrait jouer un rôle majeur dans la diversification et la transition du secteur des sables bitumineux.
Bien entendu, ces efforts pourraient se heurter aux obligations de réduction imposées par le gouvernement ainsi qu’à l’incertitude considérable entourant les prix futurs du pétrole et du carbone. Le secteur et le gouvernement doivent collaborer pour relever ces défis.
CHAPITRE 5
Gérer la volatilité du cycle d’investissement
Le secteur pétrolier est très cyclique, ce qui rend les placements à long terme difficiles, surtout quand le rendement des projets de décarbonation est incertain. Tout d’abord, la production de pétrole et les émissions fluctueront probablement jusqu’en 2050, puisque les prix favoriseront ou décourageront les investissements. Mettre des milliards de dollars dans des projets de CUSC en période de faiblesse des prix n’est guère envisageable ; à l’inverse, même quand les prix sont élevés, les investisseurs échaudés par les fortes fluctuations peuvent hésiter à financer des projets à grande échelle et à long terme.
Par ailleurs, les producteurs canadiens de pétrole et de gaz ont enregistré des flux de trésorerie records cette année, soit 150 milliards de dollars américains selon les estimations , tandis qu’on prévoit que les prix resteront élevés pendant un certain temps. Par conséquent, le public comprend mal qu’on injecte des fonds publics pour décarboner le secteur pétrolier alors que les entreprises ont engrangé des bénéfices substantiels.
Dans ce contexte, le Canada doit s’efforcer d’atténuer la volatilité des cycles d’investissement dans le secteur pétrolier et faire en sorte que la décarbonation de ce secteur soit financée de façon régulière. Le gouvernement fédéral et les provinces devraient étaler la distribution des revenus substantiels inattendus qu’ils reçoivent quand les prix sont élevés en vue de soutenir les investissements lorsque le secteur traverse une période difficile. De leur côté, les entreprises doivent s’engager à financer la décarbonation même si les prix du pétrole fléchissent.
Le Fonds de croissance du Canada constitue un changement de cap bienvenu dans l’approche du gouvernement, car il prévoit de nouvelles structures d’investissement et une participation officielle dans les projets de réduction des émissions. Bien qu’investir aux côtés des entreprises dans les projets de réduction des émissions améliore les rendements financiers, les initiatives de décarbonation se heurtent encore à des obstacles de taille. L’incertitude politique, les barrières réglementaires et celles qui bloquent l’octroi de permis, les droits du sous-sol pour le stockage du carbone et la responsabilité en cas de fuite, ainsi que les risques associés aux technologies émergentes peuvent retarder les investissements.
Afin que des investissements suffisants et mûrement réfléchis soient réalisés pour atteindre les objectifs du secteur dont l’échéance approche à grands pas, le Fonds de croissance doit se doter d’un volet énergétique qui réunisse les bons intervenants dans le but d’uniformiser et d’accélérer l’approbation des projets.
Les provinces riches en ressources, les secteurs de l’énergie et de la finance, les organismes de réglementation, les services publics et des experts externes peuvent former un partenariat avec le Fonds de croissance en vue d’aplanir les obstacles.
Les contributions publiques qui appuient les investissements dans la décarbonation du pétrole et du gaz pourraient être plus élevées quand les prix sont bas que lorsque les flux de trésorerie du secteur sont abondants. Le gouvernement ferait ainsi la preuve qu’il soutient le secteur quand les temps sont durs.
Et surtout, le soutien apporté ne doit pas être influencé par le cycle politique. Plutôt que de prévoir d’autres affectations budgétaires, le financement public devrait être distinct des redevances existantes et de l’impôt fédéral des sociétés en vue d’assurer la stabilité du financement.
Volet énergétique du Fonds de croissance du Canada : le rôle des différents intervenants
Gouvernement fédéral : dans le Fonds de croissance, affecter les recettes fiscales inattendues tirées des sociétés lorsque les prix des marchandises sont élevés à une importante décarbonation des secteurs non pétroliers ; établir des contrats à long terme garantissant la tarification du carbone pour atténuer le risque lié aux flux de trésorerie de certains projets de CUSC.
Gouvernements provinciaux : affecter les redevances existantes à la décarbonation des économies provinciales et s’engager à réduire de façon proactive la libre attribution des crédits dans les systèmes de tarification provinciaux afin de soutenir le prix de base du carbone.
Organismes de réglementation provinciaux et fédéraux : collaborer avec les ministères, le secteur et les intervenants locaux en vue d’accélérer le processus de délivrance des permis et d’approbation des projets stratégiques de décarbonation.
Groupes autochtones : étant à l’avant-garde de la lutte contre les changements climatiques et de la gestion des ressources, doivent être des partenaires à part entière et influencer la façon dont les ressources du fonds sont déployées.
Institutions financières du secteur : partenaires essentiels pour aider le secteur à emprunter en vue d’atteindre les taux de rendement souhaités. Étudier le financement sans recours soutenu par les garanties de tarification du carbone du gouvernement fédéral.
Services publics : planifier la production d’électricité et sa distribution aux sites clés du secteur énergétique, comme les terminaux d’exportation et les champs éloignés.
Secteur: affecter les capitaux à mesure que les projets sont approuvés, et fournir une expertise sur l’objet des investissements. Les entreprises doivent s’engager à donner la priorité à la décarbonation tout au long du cycle d’investissement.
DES IDÉES POUR AVANCER
Pour assurer la sécurité énergétique et climatique, le gouvernement fédéral et les provinces clés, le secteur privé et les communautés autochtones devront bientôt prendre des mesures essentielles. Voici quelques idées :
PARTICIPER ACTIVEMENT À LA STABILITÉ DU MARCHÉ DU PÉTROLE
Éviter les politiques de réduction des émissions qui restreignent ou diminuent la production à court terme au moment où le pétrole de l’Ouest canadien permet de répondre aux perturbations actuelles du marché. Après 2030, d’importants efforts devront être déployés pour réduire et même fermer les projets qui ne sont pas conformes aux objectifs de carboneutralité du Canada. Les technologies et les processus de décarbonation devraient être intégrés aux modèles d’affaires de tous les nouveaux projets.
Le Fonds de croissance du Canada permettra d’éliminer les fluctuations durant les cycles d’investissement du secteur pétrolier et gazier. Les dépenses pourraient comprendre des contributions publiques plus importantes en période de prix faibles et un financement privé accru quand les prix sont élevés.
Veiller à ce que les plafonds d’émissions tiennent compte de l’avenir. Privilégier le gaz naturel et la production conventionnelle au détriment des sables bitumineux, et viser une diminution des émissions à moyen terme.
ACCÉLÉRER ET DIVERSIFIER LA RÉDUCTION DES ÉMISSIONS
Compenser la lenteur de la réduction des émissions liées au pétrole par d’autres mesures de décarbonation, notamment la rénovation des bâtiments, les subventions aux VZE et les infrastructures de distribution de l’électricité.
Mettre au point de nouvelles technologies de réduction des émissions qui maintiennent les économies de coûts. L’agence canadienne d’innovation et d’investissement, dont la création a été annoncée dans le budget 2022, devrait également prévoir un volet pour les technologies les plus prometteuses de réduction des émissions à un stade précoce, ainsi que pour les utilisations du pétrole non liées à la combustion.
Diversifier les investissements dans l’énergie. Bien que le pétrole et le gaz soient des combustibles essentiels à la transition climatique, l’électricité et les nouvelles technologies énergétiques, comme l’hydrogène, gagnent en importance. Les entreprises du Canada devraient s’attacher à élargir leur portefeuille d’actifs et développer leur expertise dans les technologies durables à faibles émissions susceptibles de compléter les exportations de combustibles fossiles.
PROFITER DE L’EXPERTISE AUTOCHTONE
Continuer d’intégrer les groupes autochtones à titre de partenaires clés dans les nouveaux systèmes énergétiques. La prise de participation dans de nouveaux projets d’infrastructure et d’énergie favoriserait l’adhésion de partenaires possédant une expertise locale, ce qui accélère la mise en valeur. Veiller à ce que les communautés autochtones obtiennent une option d’achat et une part de propriété, et profitent des retombées économiques des projets est la solution idéale pour faire progresser notablement la réconciliation et l’inclusion économiques.
FORGER DES ALLIANCES ÉNERGÉTIQUES
Favoriser les exportations d’énergie aux États-Unis, au plus haut niveau politique, en aplanissant les obstacles entre les États et les provinces. Créer une alliance énergétique nord-américaine et prévoir un sommet de hauts responsables, afin que les États-Unis et le Canada s’entendent sur l’accès aux marchés, notamment les pipelines transfrontaliers, l’harmonisation des normes sur le carburant et les ajustements à la frontière pour le carbone.
Collaborer avec les partenaires internationaux pour assurer la prévisibilité de la demande. AConclure des contrats à long terme avec les États-Unis et l’Europe, dont les prix tiennent compte des efforts environnementaux, de la gouvernance et de la stabilité géopolitique, afin que les producteurs les plus stables demeurent les principaux fournisseurs de pétrole à zéro émission nette. De même, le renforcement des liens avec les économies asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud et Taïwan conforterait la stabilité du marché de l’énergie. Il pourrait également ouvrir la voie à des coentreprises axées sur l’exportation de gaz naturel liquéfié et d’hydrogène vers les pays asiatiques.
Contributors
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Stratégie de leadership avisé, Climat et énergie
Colin Guldimann, économiste
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Zeba Khan, directrice des publications, Services économiques et leadership avisé
Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche, Services économiques et leadership avisé
Dans notre monde postpandémique, il n’y a pas de problème plus urgent que le changement climatique. Cet automne, dans le cadre des baladodiffusions Innovateurs de RBC, nous avons lancé une série d’épisodes intitulée Conversation sur le climat, qui présente certaines des solutions possibles au réchauffement planétaire, ainsi que certains des problèmes que leur mise en œuvre suscite.
Le coanimateur de la série, John Stackhouse, s’est entretenu avec plusieurs grands défenseurs de l’action climatique, y compris Mark Carney, ex-gouverneur de la Banque du Canada. M. Carney a été la tête dirigeante des banques centrales du Canada et de l’Angleterre avant d’assumer le rôle important d’envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique. Il est également coprésident, avec l’ancien maire de New York Mike Bloomberg, de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero, regroupement d’institutions financières mondiales visant à accélérer la transition vers une économie carboneutre.
Dans cette version prolongée spéciale de la conversation, M. Carney explique en quoi l’urgence climatique se compare à la crise financière mondiale de 2008-2009. Énumère les possibilités que nous offre la technologie (et les limites qu’elle comporte) pour l’atteinte de l’objectif zéro émission nette et indique pourquoi le monde se tourne vers le Canada, maintenant plus que jamais, pour trouver des solutions à la crise climatique.
Nous connaissons les conséquences des changements climatiques. Nous en connaissons aussi les causes. Nous savons même ce qu’il faut faire pour s’attaquer au problème. Ce que nous ne savons pas, c’est comment passer à la vitesse supérieure pour y parvenir à temps. C’est pourquoi Services économiques RBC et Leadership avisé se sont engagés dans un projet de recherche d’un an en vue de définir les stratégies qui mèneraient le Canada à zéro émission nette. C’est l’état d’équilibre en vertu duquel la quantité de dioxyde de carbone, de méthane et d’autres gaz à effet de serre que nous éliminons de l’air est égale ou supérieure aux gaz à effet de serre que nous y ajoutons. Nous devons atteindre cet équilibre d’ici 2050 pour éviter les conséquences irréversibles des changements climatiques.
À RBC, nous nous sommes engagés en faveur de l’objectif zéro émission nette dans nos propres opérations et activités de prêt. Nous collaborons avec les gouvernements, les organismes de réglementation, les clients, les groupes environnementaux et le secteur financier mondial afin de comprendre ce qui est attendu de chacun de nous – et transmettre les renseignements obtenus aussi largement que possible. Cette recherche a pour objectif de documenter et de compléter les conversations en question. Nous vous invitons à y participer par l’entremise de notre nouvel Espace climat RBC. Plus nombreuses sont les occasions d’écouter, d’apprendre et de communiquer les mêmes faits, plus grandes sont nos chances de résoudre ce qui constitue le plus grand défi de notre temps pour arriver ensemble à zéro émission nette.
Le Canada est confronté à un problème mathématique.
En ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, les Canadiens représentent une part relativement importante de ce qui est produit dans le monde. Bien que nous nous soyons engagés, au cours des décennies, à réduire ces émissions, nous n’avons pas vraiment atteint cet objectif. Nous continuons de consommer du pétrole pour traverser notre vaste territoire, de brûler du gaz pour chauffer nos maisons et de déverser du méthane dans l’atmosphère pour nous alimenter et alimenter une grande partie de la planète.
Tout compte fait, nous polluons autant l’atmosphère qu’il y a une génération. Nous n’avons pas le luxe d’attendre une génération de plus pour changer de vitesse si nous voulons éviter les pires conséquences du réchauffement climatique, notamment les sécheresses prolongées dans les Prairies, les violentes tempêtes sur nos côtes et la fonte des glaces dans le nord du pays. Et bien que le temps presse, le Canada a d’autres priorités après la pandémie, parmi lesquelles prendre soin d’une population vieillissante, faire face aux perturbations technologiques et promouvoir une croissance économique plus inclusive.
Donc, quel est le problème mathématique ? Le Canada émet près de 730 millions de tonnes de dioxyde de carbone et de gaz à effet de serre équivalents chaque année, ce qui fait de nous le 10e émetteur mondial. Ce chiffre peut sembler minime par rapport aux quelque 50 milliards de tonnes produites dans le monde, notamment aux États-Unis et en Chine. Il dépasse toutefois largement les 602 millions de tonnes que nous avons générées en 1990, juste avant le premier Sommet de la Terre.
Malgré nos meilleures intentions, les émissions ont augmenté
Émissions de gaz à effet de serre, millions de tonnes de CO2, équivalent
Source: Environnement et Changement climatique Canada, Services économiques RBC
Afin de s’engager plus résolument sur la voie zéro émission nette, le gouvernement fédéral a promis de ramener le Canada à 500 millions de tonnes d’ici la fin de la décennie. Le pays ambitionne aussi d’éliminer ou de compenser le reste d’ici 2050 grâce à de nouvelles technologies telles que les véhicules électriques, de nouvelles sources de chauffage pour les maisons et de nouveaux processus pour capter et stocker une partie des émissions que nous continuerons de produire pour alimenter notre planète en énergie.
Le présent rapport vise à exposer certaines de ces voies et leurs coûts, d’après une série de modèles sur les émissions des principaux secteurs, ainsi que l’effet futur des technologies novatrices, des changements comportementaux et des améliorations dans les processus industriels et agricoles.
Le coût pourrait être énorme : environ deux billions de dollars au cours des trois prochaines décennies. D’après nos estimations, les gouvernements, les entreprises et les collectivités devraient dépenser au moins 60 milliards de dollars par an pour réduire les émissions du Canada de 75 % par rapport aux niveaux actuels – dans la mesure où les technologies actuelles le permettent. Par exemple, les Ontariens consacrent à eux seuls près de 70 milliards de dollars par an aux soins de santé, priorité nationale tout aussi importante.
La nature peut aider, mais seulement un peu. Les prévisions les plus optimistes en matière de plantation d’arbres à grande échelle et de gestion des forêts ne parviennent qu’à 50 millions de tonnes, soit un dixième de ce qui sera nécessaire pour atteindre zéro émission nette. Les technologies artificielles destinées à éliminer le carbone de l’air ne sont pas encore déployées à grande échelle. Si nous ne parvenons pas à résoudre ce problème, l’objectif de zéro émission nette exigera que les émissions brutes soient aussi proches de zéro que possible.
Vient ensuite la technologie. Il serait énormément utile que le pays adopte les véhicules électriques, les maisons à énergie solaire et les avions à hydrogène, mais cette conversion ne mènerait le Canada qu’aux deux tiers de son parcours vers zéro émission nette. Nous aurons besoin de beaucoup plus de technologies pour renouveler des industries et modes de vie conçus pour un autre âge.
Tout d’abord, nous devrons à peu près doubler notre production d’électricité si nous souhaitons alimenter une nouvelle flotte de véhicules électriques et chauffer et rafraîchir nos maisons, nos bureaux et nos écoles. Le Canada a une longueur d’avance grâce à un « réseau vert » alimenté par l’énergie hydroélectrique, nucléaire, éolienne et solaire. Une plus grande capacité sera nécessaire à tous égards et elle devra être combinée à des investissements sans précédent dans les lignes de transport d’électricité et une nouvelle façon d’envisager la mainmise des provinces dans ce secteur.
Un réseau vert national peut aider à alimenter en énergie certains des plus grands pollueurs du pays de façon plus propre et moins coûteuse. Le Canada devra aussi réinventer ses industries du pétrole, du gaz et du charbon et ses autres secteurs intensifs en carbone. Il pourra ainsi assurer une transition progressive des émissions nettes et atteindre zéro émission nette sans causer de difficultés économiques ou de perturbations sociales de grande ampleur. Un engagement à long terme en matière de tarification du carbone, assorti d’augmentations régulières et prévisibles, permettra aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux exploitants de répartir le capital de façon efficace et efficiente. Une telle approche de tarification du carbone pourrait façonner une nouvelle pensée économique en Amérique du Nord. À cet égard, le Canada et les États-Unis pourraient travailler en collaboration sur les chaînes d’approvisionnement continentales en ce qui concerne les produits verts comme les véhicules électriques. Ces deux pays pourraient aussi adopter une politique commerciale visant à mieux évaluer le coût des produits à forte intensité d’émissions tels que l’acier.
Nous aurons besoin de nouvelles approches de finance durable pour générer une grande partie des deux billions de dollars nécessaires à la transition. Dans l’ensemble, le capital ne manque pas. Ce qui est avant tout nécessaire, c’est un remaniement de la réglementation industrielle et de la politique fiscale, ainsi qu’un plus grand soutien gouvernemental pour compenser le risque inhérent aux technologies propres, aux infrastructures durables et aux nouveaux produits de consommation.
Nous aurons également besoin d’une foule de personnes pour mettre en œuvre les compétences nécessaires à la transition, installer des réseaux solaires dans les voisinages, entretenir de nouvelles flottes de véhicules électriques et réformer les pratiques agricoles afin de veiller à ce que le vaste sol du Canada devienne un puits de carbone actif. Nous estimons que le Canada devra recycler 100 000 travailleurs pour qu’ils acquièrent de nouvelles compétences vertes, et augmenter la population active de 200 000 travailleurs présentant ce même profil avant 2030.
Le coût de l’inaction
Bien que la réduction des émissions soit coûteuse, l’inaction a aussi un coût qui continuera de grimper tant que nous tarderons à agir.
Si les émissions se poursuivent au rythme actuel, nous devrons économiser 40 milliards de dollars par an pour assumer le coût des catastrophes futures, aggravées par les changements climatiques. De plus, il faut tenir compte de l’incertitude quant à la façon dont le climat évoluera. La fonte du pergélisol, la destruction de la forêt tropicale et les autres catastrophes pourraient encore alourdir la facture. En réduisant les émissions dès aujourd’hui, nous pourrions éviter une facture encore plus colossale à l’avenir. Pour compliquer les choses, réagir impulsivement n’est pas une solution. Dans le même temps, des mesures extrêmes amenant une forte baisse de la production pétrolière et gazière causeraient de véritables dommages économiques. Dans l’un des scénarios, le secteur pétrolier et gazier recule de près de 8 % du PIB à seulement 1 %, nous perdons près des trois quarts des emplois dans le secteur, et les recettes publiques chutent de 8 milliards de dollars chaque année. De telles conséquences pourraient ens de tonnes [itraver, et non favoriser, la transition.
Pour atteindre zéro émission nette, nous devons adopter aussi rapidement que possible des technologies qui remplacent les combustibles fossiles par l’électricité. Cependant, certaines activités économiques ne sont pas en mesure d’être électrifiées à grande échelle, du moins à court terme : par exemple le transport aérien et la fabrication du ciment, pour n’en nommer que deux. Nous continuerons de brûler des combustibles fossiles pour fabriquer du plastique et produire de l’électricité afin d’alimenter toutes ces technologies plus vertes.
Nous avons déterminé six voies vers l’objectif zéro émission nette. Elles n’englobent pas tout, mais elles figurent parmi les options les plus réalistes pour le pays aujourd’hui. Quatre d’entre elles, explorées plus loin dans cette partie, décrivent les moyens de réduire les émissions provenant des bâtiments, des transports, de l’industrie et de l’agriculture. Mais même si nous conduisons tous des voitures électriques et vivons dans des maisons à énergie solaire, repensons la gestion du bétail et captons plus de carbone issu des cheminées, les émissions se poursuivront. C’est pourquoi la décarbonisation du secteur de l’électricité et celle du secteur du pétrole et du gaz constituent deux voies essentielles pour réaliser nos ambitions zéro émission nette. Nous commencerons par là.
Des éoliennes du Cap-Breton aux barrages de la baie James, en passant par les panneaux solaires étincelants sur les toits de Vancouver, tout le Canada porte l’empreinte d’un grand producteur d’électricité. Nous jouissons sans doute de la meilleure combinaison énergétique du monde, et avons la chance de compter sur des sources sûres d’électricité. Les entreprises à l’origine de ces réserves d’énergie ont participé à l’histoire du Canada, et elles contribueront à tracer notre avenir.
Pour alimenter une armée nationale de véhicules électriques et de barbecues électriques, chauffer nos écoles quand il fait -30 °C et rafraîchir nos bureaux pendant des vagues de chaleur prolongées, nous devrons doubler l’approvisionnement en électricité verte, soit essentiellement l’énergie hydroélectrique, nucléaire, éolienne et solaire. Cette tâche ne sera pas facile dans les régions à forte densité de population, lesquelles peuvent encore compter sur du pétrole et du gaz relativement bon marché, surtout pour répondre à une demande en hausse. L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont les options les moins chères, mais elles sont souvent difficiles à mettre en place. En effet, les grands projets d’énergie renouvelable ne peuvent être menés que là où les conditions naturelles le permettent, par exemple, où le vent souffle le plus fort (comme dans le nord de l’Ontario, au Québec et à Terre-Neuve) et dans les régions où le soleil brille le plus longtemps (comme dans le sud des Prairies).
Un avenir à l’hydrogène est une sorte de rêve. Gaz le plus léger, l’hydrogène produit une forte chaleur au moment de sa combustion. Il peut être utilisé à la place des combustibles fossiles dans les camions et les trains, ainsi que dans les chaudières industrielles. Cependant, la façon dont nous fabriquons actuellement l’hydrogène est un cauchemar pour le climat : l’utilisation de vapeur pour décomposer le méthane en hydrogène et en carbone génère neuf kilogrammes de CO2 par kilogramme d’hydrogène produit. Le captage du carbone issu de cette transformation donne un produit plus propre appelé hydrogène « bleu », mais ne résout pas le problème des fuites de méthane au cours du processus. Le Saint Graal, soit l’hydrogène « vert », est produit en cassant les molécules d’eau au moyen d’un courant électrique sans carbone, mais ce processus revient très cher. Une réduction de son coût serait un bon début. Il faudrait cependant construire l’infrastructure nécessaire à un déploiement de l’hydrogène vert à grande échelle, et commercialiser des camions et autres véhicules alimentés par des piles à combustible.
Le Canada part d’une position enviable. En 2019, 80 % du réseau national était sans carbone. En comparaison avec le Royaume-Uni, notre réseau produit moins de la moitié de GES par unité d’électricité, et un quart de moins si nous comparons avec les États-Unis.
Les efforts de la dernière décennie pour éliminer progressivement le charbon, qui devraient s’achever d’ici 2030, ont permis au Canada de réduire ses émissions de dioxyde de carbone issues de la production d’électricité. Notre utilisation continue de l’énergie nucléaire nous aide dans cette démarche, tout comme les nouvelles installations d’énergie éolienne et solaire. Depuis 2010, la quasi-totalité de la nouvelle capacité installée est liée à l’énergie renouvelable. Cette tendance a pris de la vitesse parce que le coût de nombreuses sources d’électricité zéro carbone a baissé : pour les nouvelles centrales électriques, la production d’énergie éolienne et solaire est souvent 30 % moins coûteuse que la production au gaz naturel.
À court terme, la meilleure option du Canada est d’investir dans l’énergie renouvelable à plus grande échelle. Mais comme dans tous les secteurs, n’importe quel plan oblige à faire des choix sociaux et politiques. Nous devrons déterminer quelle somme nous sommes prêts à payer, à titre collectif et individuel, pour nous défaire plus rapidement du gaz naturel et du charbon, et à quelle vitesse nous sommes prêts à fermer les centrales au gaz qui sont encore bonnes pour plusieurs années.
La baisse des coûts rend l’énergie éolienne et l’énergie solaire concurrentielles, mais pas les batteries
Coût de l’électricité ou du stockage uniformisé, $ US/MWh
Source: Lazard, Services économiques RBC
Gestion des pointes de consommation
Les sources d’énergie renouvelable présentent un autre grand inconvénient : contrairement à l’énergie au gaz ou au charbon, elles ne peuvent pas être allumées à un instant donné pour répondre à une demande, et ne produisent pas d’électricité de façon constante lorsqu’elles sont en marche. Des études ont révélé que la production d’énergie solaire peut chuter d’un tiers en hiver et en automne, et que les parcs éoliens sont plus productifs au printemps et en hiver. De plus, ces statistiques ne tiennent pas compte des variations climatiques entre les régions.
En raison de cette « intermittence », les experts sont d’avis que nous aurons probablement besoin d’une part d’énergie au gaz pour faire face aux moments de forte demande en électricité, par exemple à l’heure du souper. La question clé est de savoir s’il est moins coûteux de stocker de l’électricité à partir de sources renouvelables, de réduire les pointes de demande grâce à une meilleure efficacité énergétique, ou de construire de nouvelles centrales au gaz plus simples, assorties d’une technologie de captage du carbone, étant donné que bon nombre des centrales au gaz existantes ne peuvent pas répondre à la demande aussi rapidement.
Une autre façon de renforcer le système est de mieux connecter les réseaux provinciaux. En ce moment, notre réseau est un enchevêtrement de systèmes indépendants, éparpillés dans tout le pays. Des connexions plus efficaces pourraient réduire le besoin de stockage coûteux en déplaçant l’énergie de l’endroit où elle est produite vers l’endroit où elle est demandée.
Pour se débarrasser des centrales au gaz naturel, il faudra trouver de meilleures façons de stocker l’énergie en prévision de temps difficiles. Les batteries de grande capacité sont coûteuses à utiliser, mais une analyse récente de Lazard laisse entendre que plus la technologie s’améliore, plus les coûts de certains projets se rapprochent de ceux des centrales au gaz naturel. Il serait également logique de pomper l’eau abondante du Canada pendant les heures creuses pour la stocker dans un réservoir, mais cette opération fonctionne surtout dans les régions montagneuses. Les technologies énergétiques du futur, comme les petits réacteurs nucléaires et l’hydrogène vert, pourraient offrir de nouvelles solutions de stockage, mais elles sont loin d’être commercialisables. Le stockage de l’électricité en prévision des besoins futurs deviendra le plus grand enjeu énergétique mondial à mesure que nous nous éloignerons des combustibles fossiles.
Quel sera le prix à payer ?
Le coût de la décarbonisation du réseau canadien existant pourrait s’élever à 5,4 milliards de dollars par an. Notre capacité à y parvenir sera d’abord limitée par le coût lié à la construction et au déploiement de batteries de grande capacité en quantités suffisantes pour stocker toute l’énergie renouvelable dont nous aurons besoin. Néanmoins, les prix du stockage devraient baisser à mesure que la technologie s’améliorera.
Il importe aussi de savoir à quel point une nouvelle capacité électrique sera nécessaire. La population du Canada devrait augmenter d’environ 30 % pour atteindre 50 millions de personnes en 2050. Bon nombre de technologies que nous utiliserons pour réduire les émissions demandent de l’électricité. La plupart des estimations indiquent que la charge du système augmentera au moins 100 % d’ici 2050.
General Fusion développe la première centrale à fusion nucléaire commercialement viable au monde. Cette centrale produira de l’électricité propre à la demande, en complément des sources renouvelables intermittentes. (La fusion nucléaire consiste à combiner deux noyaux atomiques légers pour libérer de grandes quantités d’énergie, quatre fois plus en fait que la fission nucléaire.) Cette société de Burnaby, en Colombie-Britannique, a entrepris la construction d’une centrale de démonstration au Royaume-Uni, qui fonctionnera à 70 % de sa pleine échelle et devrait être terminée en 2025. General Fusion a séduit des investisseurs de premier plan, parmi lesquels le gouvernement du Royaume-Uni et Jeff Bezos. Ce soutien pourrait aider la société dans sa course contre les jeunes entreprises des États-Unis également créées dans le but de déployer la technologie de fusion nucléaire, et qui sont dotées de solides moyens financiers.
La plateforme Opus One Solutions permet aux sociétés de services publics de mieux gérer et planifier la distribution d’électricité, étant donné que les réseaux d’exploitation deviennent plus complexes du fait de l’expansion des énergies renouvelables. La société publique de distribution d’électricité de Singapour, SP Group, a engagé Richmond Hill, une société de l’Ontario, pour l’aider à optimiser sa distribution et à intégrer davantage d’énergies renouvelables à son réseau. Opus One assiste également des sociétés de services publics du Royaume-Uni et de l’Australie dans la création de marchés énergétiques plus efficients et plus flexibles. Cette solution toute canadienne fera face à des géants comme ABB, IBM et Siemens dans l’environnement concurrentiel des réseaux intelligents.
Les sables bitumineux de l’Alberta symbolisent à la fois les forces et les défis du Canada en tant que puissance énergétique. Les réserves prouvées de l’Alberta, qui s’établissent à 165 milliards de barils, se classent au quatrième rang mondial après le Venezuela, l’Arabie saoudite et l’Iran. La croissance de cette industrie s’est appuyée sur une innovation régionale, qui a permis aux entreprises d’accroître considérablement l’extraction souterraine de brut lourd. Le secteur de l’énergie est un moteur important de croissance économique pour la province, car il génère des emplois, des investissements et près d’un cinquième des exportations totales.
Cependant, les sables bitumineux n’ont pas seulement suscité la fierté du pays, mais aussi des inquiétudes. Ils représentent la plus grande source de GES du Canada, soit près de 10 % du total national, et un tiers des 191 millions de tonnes de GES produites par le secteur pétrolier et gazier en 2019. Est-ce que ce niveau d’émissions peut être maintenu alors que le Canada migre vers zéro émission nette ?
Il s’agit de la variable la plus importante dans l’équation du carbone au Canada, et l’opération ne sera pas facile à équilibrer. Les émissions du secteur de l’énergie ont augmenté rapidement depuis que l’exploitation souterraine, appelée production in situ, a commencé. Environ 80 % des émissions liées aux sables bitumineux proviennent des combustibles fossiles brûlés pour produire de la vapeur, laquelle est utilisée pour faire remonter le bitume à la surface. L’utilisation d’hydrogène pour transformer le bitume en brut synthétique représente une autre grande source d’émissions. À l’heure actuelle, il n’existe pas de solution de rechange écologique et économique à ces processus.
Les sables bitumineux ne sont pas la seule source d’émissions dans le secteur. En raison de la géographie du Canada, une grande quantité d’énergie est nécessaire pour extraire l’énergie du sous-sol et l’acheminer par pipelines vers le marché. Dans la production conventionnelle de pétrole et de gaz, les deux tiers des émissions proviennent des fuites de méthane (intentionnelles ou non), ainsi que du CO2 qui s’échappe naturellement des puits de pétrole. Le méthane est la partie la plus troublante de l’équation. Ce gaz, qui est la principale composante du gaz naturel, a un pouvoir de réchauffement plus de 80 fois supérieur à celui du CO2 à court terme.
Il serait prudent d’aborder la décarbonisation étape par étape, étant donné que nous aurons besoin de combustibles fossiles pendant la transition zéro émission nette. Il est probable que la demande de pétrole, de gaz et de plastique en provenance du Canada ne diminuera pas avant un certain temps. Elle pourrait même augmenter provisoirement, tant que la demande des États-Unis restera soutenue. Il faudra des années pour nous défaire des moteurs à combustion et des fours au gaz naturel, et trouver des solutions de remplacement pour le kérosène. Nous avons également besoin de pétrole afin de fabriquer des produits pétrochimiques et des plastiques pour l’avenir proche. L’arrêt de la production pétrolière du Canada risque de nous faire perdre nos avantages en matière d’ingénierie si la demande demeure forte pendant un certain temps. Les progrès réalisés dans d’autres innovations énergétiques (hydrogène vert, réacteurs nucléaires, stockage d’électricité, voire dans le monde des combustibles fossiles) nous éclaireront peut-être quant à la meilleure voie à suivre.
Une autre technologie prometteuse, à savoir le captage direct dans l’air, consiste à éliminer directement le carbone de l’air ambiant. Si ce processus se généralisait, il pourrait contribuer à neutraliser les émissions dues à la combustion du pétrole et du gaz. Cependant, nous ne pouvons pas crier victoire tant que cette technologie n’a pas été testée à grande échelle. En attendant de pouvoir éliminer les combustibles fossiles, nous avons besoin d’une production de pétrole plus propre.
Le maintien de la production de pétrole brut et de gaz présente des avantages économiques pour le Canada, mais seulement si nous agissons rapidement pour réduire l’intensité carbonique de la production du pays et éliminer progressivement les processus à forte intensité de carbone. Les progrès technologiques ont déjà rendu la production d’énergie un peu plus propre. Dans le domaine des sables bitumineux, les émissions par baril ont chuté de 36 % depuis 2000. Il est essentiel de renforcer l’efficacité du secteur énergétique canadien pour rendre nos produits plus attrayants à un moment où le reste du monde est engagé dans cette même transition.
En pratique, nous devrons redoubler d’efforts pour utiliser les systèmes de captage du carbone. Ces projets ne peuvent pas être déployés de façon généralisée. L’effort porte en priorité sur l’équipement stationnaire dans les installations de production de sables bitumineux, et sur les unités de reformage du méthane qui produisent de l’hydrogène pour améliorer les bitumes. Bien que le captage du carbone ne soit pas la panacée, cette technologie bien connue peut empêcher une grande partie des GES de s’échapper dans l’atmosphère.
Les systèmes de captage du carbone piègent le CO2 avant qu’il ne pénètre dans l’atmosphère. Ce processus permet à certaines usines de continuer à brûler des combustibles fossiles à titre provisoire pendant la transition zéro émission nette. Il existe plusieurs méthodes, mais toutes finissent par compresser le gaz piégé dans un liquide et l’expédier, habituellement par pipeline, à une installation de stockage. Ce processus est généralement efficace à 90 %, mais il a ses limites. Les systèmes de captage du carbone peuvent être si coûteux que certaines applications ne sont pas réalisables d’un point de vue économique. Il est aussi difficile de trouver des endroits appropriés pour enterrer ou piéger le carbone, et d’éviter qu’il ne se répande de nouveau dans l’air. Un troisième problème est le transport des gaz liquéfiés depuis l’unité de captage du carbone vers l’endroit où ils seront stockés. Pour ce faire, il faut des pipelines spécialisés, parfois très longs, qui augmentent encore le coût et la complexité de l’effort.
Le captage du carbone peut également contribuer à réduire les émissions dans les parties hors réseau de la production de gaz naturel. Dans la mesure du possible, nous pouvons électrifier les parties du processus qui fonctionnent actuellement à partir de combustibles fossiles. Il en va de même pour la production de pétrole conventionnelle et le raffinage du pétrole.
Dans toutes les parties du système énergétique, la réduction des émissions de méthane devrait être une priorité absolue, à la fois parce que les fuites provoquent un réchauffement important, et parce que ces réductions sont parmi les moins coûteuses à réaliser par tonne.
Le gouvernement fédéral prévoit que les émissions de gaz et de pétrole auront chuté de 53 mégatonnes d’ici 2030. La perspective est beaucoup plus floue après 2030, car il est difficile de prédire à quelle vitesse les technologies actuelles seront adoptées ou commercialisées. D’après nos connaissances actuelles, si l’industrie et le gouvernement investissaient chaque année 14 milliards de dollars dans des initiatives écologiques, 92 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées dans le secteur pétrolier et gazier.
Carbon Engineering, société établie à Squamish, en Colombie-Britannique, est un chef de file de la capture directe dans l’air. Cette technologie vise à extraire le dioxyde de carbone directement de l’atmosphère, avant de le séquestrer ou le réutiliser. Ses usines, l’une au Texas et l’autre en Écosse, devraient entrer en service en 2024 et 2025, respectivement. Il est estimé que chacune éliminera 1 million de tonnes métriques de CO2 par année, ce qui équivaut à l’action de 40 millions d’arbres, et les deux unités fonctionneront à l’énergie renouvelable. (À ce jour, la plus grande usine mondiale de capture directe dans l’air se trouve en Islande. Elle est exploitée par Climeworks, et extrait 4 000 tonnes métriques de CO2 par an.) La capture directe dans l’air est un élément modeste, mais important, de l’action climatique. Son développement à plus grande échelle nécessite d’autres avancées technologiques, ainsi qu’une plus grande capacité de stockage du carbone.
Le procédé chimique exclusif de Carbonova consiste à utiliser du dioxyde de carbone et du méthane pour fabriquer des nanofibres de carbone – un matériau innovant qui a de nombreuses applications industrielles, car il est à la fois plus résistant et plus léger que l’acier. Les partisans des nanofibres de carbone affirment qu’elles pourraient être utilisées pour augmenter la capacité de stockage des batteries lithium-ion, accroître la résistance des peintures et des revêtements et améliorer les pneus des véhicules, entre autres utilisations. Cette société de Calgary a reçu le soutien d’investisseurs influents liés au secteur pétrolier de l’Alberta. Elle est en train de construire un réacteur semi-commercial, ce qui représente une première étape dans l’augmentation de sa production.
Les bâtiments sont la troisième source de gaz à effet de serre au Canada. Le chauffage des espaces est de loin le plus grand problème du secteur sur le plan du carbone, puisqu’il représente environ 75 % des émissions dans les propriétés résidentielles et 85 % dans les propriétés commerciales. Le reste des émissions provient en général du chauffage de l’eau. Les appareils électroménagers et l’éclairage ne causent qu’une petite partie. Par ailleurs, la climatisation est un facteur marginal, car la plupart des unités d’air climatisé sont exploitées dans les provinces où les réseaux électriques sont relativement propres.
Le chauffage des bâtiments est le défi du Canada face à un climat froid
Émissions de gaz à effet de serre (2020), Mt de CO2e
L’un des grands problèmes est la perte d’une grande partie de l’énergie que nous utilisons pour régler les températures à la maison et au bureau à cause d’une mauvaise isolation, de fissures et crevasses dans les murs et de fenêtres et portes obsolètes.
Les efforts visant à encourager les rénovations ont été vains à cause des coûts élevés à engager, de la pénurie de travailleurs qualifiés et des longues périodes de remboursement pour les gros travaux. Même lorsque les programmes de rénovation sont justifiés sur le plan financier, ils peuvent rencontrer une résistance parce qu’en général, le travail est salissant, entraîne des désagréments et fait perdre du temps. Par ailleurs, les propriétaires ne bénéficient pas toujours des économies d’énergie liées aux rénovations. Celles-ci profitent surtout aux locataires.
Heureusement, les technologies actuelles permettent de réaliser une décarbonisation totale. En effet, les efforts visant à réduire l’empreinte carbone des bâtiments canadiens s’accélèrent. Les émissions par mètre carré ont diminué grâce à des appareils ménagers plus efficaces, des rénovations et de meilleures normes de construction. Depuis 2000, les immeubles résidentiels ont fait plus de progrès que les immeubles commerciaux, soit environ 25 % contre 7 %.
L’élimination progressive des systèmes basés sur les combustibles fossiles en faveur de l’énergie électrique sera un facteur essentiel. De nombreuses régions du Canada utilisent déjà des systèmes de chauffage et d’eau chaude électriques. Ceux-ci peuvent toutefois revenir chers, notamment pour les propriétaires qui les adoptent sans avoir au préalable rénové leurs bâtiments.
Une solution prometteuse est la pompe à chaleur, technologie relativement nouvelle qui déplace la chaleur de l’air extérieur, de l’eau ou du sol pour la transférer à l’intérieur. Ce processus peut également s’exécuter dans l’autre sens. Les pompes à chaleur transforment l’électricité en chaleur beaucoup plus efficacement que les fourneaux ou les chaudières. Grâce aux améliorations technologiques, les services publics devraient devenir moins chers dans les bâtiments dotés d’un solide plan de rénovation.
L’adoption des pompes à chaleur a pâti des coûts élevés et de la méconnaissance de nombreux propriétaires en ce qui concerne cette option. Un autre problème, du moins pour l’instant, est la perte d’efficacité des pompes à chaleur existantes lorsque les températures descendent en dessous de -15 °C. Les habitations des régions les plus froides du pays auront donc besoin de sources de chaleur de secours pour les périodes les plus froides.
Les changements climatiques ont fait ressortir l’avantage des solutions de rechange communautaires, qui pourraient se substituer aux systèmes traditionnels de chauffage et de climatisation sur place. Souvent appelés systèmes d’énergie de quartier, ils distribuent de la chaleur ou de l’air froid à plusieurs endroits à partir d’une source unique. Au centre-ville de Toronto, plus de 180 bâtiments sont reliés à un réseau de climatisation partagé qui exploite les températures glaciales des eaux profondes du lac Ontario. Les systèmes d’énergie de quartier permettent des économies d’échelle, libèrent de l’espace dans les bâtiments reliés et réduisent les émissions. Autrement dit, ils répartissent le coût élevé des systèmes à faible teneur en carbone entre de nombreux utilisateurs, ce qui les rend réalisables pour plus de bâtiments. Ces systèmes sont plus difficiles à intégrer dans les communautés existantes, mais ils pourraient convenir à des endroits qui connaissent une forte croissance démographique.
Coûts pour atteindre l’objectif de 2050
Il revient moins cher d’installer des matériaux d’isolation et des systèmes électriques plus efficaces pendant la phase de construction que pendant la rénovation de maisons existantes. Par exemple, le coût des pompes à chaleur, en l’absence d’autres rénovations, est presque deux fois plus élevé pour les maisons anciennes que pour les nouvelles constructions.
Selon une étude menée conjointement par le Conseil du bâtiment durable du Canada et WSP, les coûts initiaux liés à un plan national d’aménagement zéro émission nette ajouteraient 8 % à la facture de construction moyenne. Cependant, les rénovations se rembourseraient d’elles-mêmes grâce aux économies d’énergie réalisées pendant la durée de vie des bâtiments. L’adoption du programme pourrait s’accélérer si les investissements se rentabilisaient plus rapidement ou si les coûts étaient répartis sur toute la durée de vie de l’équipement (par exemple, en diminuant les tarifs d’électricité pour ceux qui réduisent les émissions).
Le coût annuel supplémentaire pour mener les immeubles résidentiels et commerciaux à zéro émission nette pourrait s’élever à 5,4 milliards de dollars par an.
BrainBox AI s’appuie sur des techniques d’apprentissage profond et des algorithmes pour optimiser les systèmes de climatisation et réduire les déchets énergétiques dans les bâtiments commerciaux. Contrairement aux systèmes de climatisation actuels, qui sont réactifs, sa technologie utilise des données pour prédire les états de température et agir en conséquence. L’entreprise montréalaise s’est taillé une place au palmarès des « meilleures inventions de 2020 » du magazine Time. Sa technologie, dont le cœur est une boîte d’un pied carré, est déjà installée dans des immeubles représentant une superficie de 100 millions de pieds carrés. Le logiciel de BrainBox est unique, mais il a de puissants rivaux dans le domaine des capteurs et de l’automatisation pour le bâtiment, y compris des géants comme Amazon et Google.
Le système de refroidissement par eaux lacustres profondes d’Enwave est le plus grand système de refroidissement géothermique au monde. Il exploite les eaux froides du lac Ontario pour refroidir des bureaux, hôpitaux et autres bâtiments du centre-ville de Toronto. Ce système est également actif en hiver, où il récupère la chaleur non utilisée par les bâtiments pour en faire une chaleur bas carbone. Le système d’Enwave réduit la consommation d’électricité de 90 % par rapport aux sources conventionnelles. Une fois que l’eau a servi au refroidissement, elle est acheminée vers des unités de traitement pour ensuite desservir les robinets et les douches. Enwave devrait bénéficier de la popularité croissante des systèmes d’énergie de quartier. Mais les systèmes de refroidissement comme celui d’Enwave ne sont pas toujours possibles à mettre en place. Ils nécessitent de grandes quantités d’eau puisée en profondeur, et leur construction est coûteuse en capital et en main-d’œuvre.
Pour les Canadiens, le défi zéro émission nette est essentiellement lié aux voitures, aux camions et aux avions dont nous dépendons pour traverser notre vaste pays. Or, nos propres préférences peuvent être aussi puissantes que n’importe quelle technologie. Au cours des dix dernières années, les VUS ont représenté 40 % des immatriculations de véhicules neufs, et les camionnettes, 20 %.
Le transport est le plus grand émetteur de GES au Canada après le secteur pétrolier et gazier. À lui seul, ce secteur a relâché 186 millions de tonnes de GES dans l’atmosphère en 2019. Le transport de passagers génère un peu plus de la moitié de ces émissions, mais selon nos estimations, le pourcentage attribuable au transport de marchandises a augmenté trois fois plus vite depuis 2005.
Même si les Canadiens conduisent davantage et achètent de plus grands véhicules, les émissions liées au transport sont sur une pente descendante. Cette tendance découle en partie de l’augmentation des normes d’efficacité énergétique, et de l’apparition de véhicules électriques et de voitures partiellement électriques appelées hybrides. Les ventes de véhicules électriques représentent une part modeste, mais croissante, du marché. Elles sont principalement stimulées par les subventions gouvernementales et l’enthousiasme des premiers acheteurs.
Nous devons nous efforcer de généraliser les véhicules électriques de tourisme. Les véhicules hybrides et électriques n’ont représenté que 3,5 % des nouvelles immatriculations de véhicules légers l’an dernier. À titre de comparaison, ces mêmes véhicules ont suscité 75 % des nouvelles ventes en Norvège, où ils sont exonérés de droits d’immatriculation, mais aussi des taxes sur la valeur ajoutée et des droits d’importation qui représentent des sommes beaucoup plus élevées. Les décisions politiques, y compris les propositions du gouvernement fédéral visant à interdire les véhicules de tourisme à essence d’ici 2035, encourageront l’adoption de ces véhicules à l’échelle nationale. Pendant ce temps, le Canada devrait bénéficier des importants investissements réalisés par les constructeurs automobiles pour offrir des véhicules électriques plus variés au cours de la prochaine décennie.
Les moteurs électriques alimentés par batterie sont la solution à faible teneur en carbone la plus pratique pour remplacer les moteurs à combustion interne. Cependant, ils fonctionnent mieux dans les véhicules légers qui parcourent de courtes distances et n’ont pas besoin de se recharger fréquemment. Ils sont lourds et inefficaces pour les gros véhicules, et actuellement inenvisageables pour les avions. Les batteries sont un peu plus pratiques pour les gros navires comme les traversiers, mais elles limitent le poids qu’un navire est autorisé à transporter.
Le climat du Canada pose aussi des défis particuliers. Les batteries ont un rendement plus faible dans le froid. Donc pendant les hivers prolongés, les véhicules électriques doivent se recharger plus fréquemment. Le problème ne se pose pas trop pour les déplacements quotidiens, mais plutôt pour les longs voyages et le transport de marchandises sur de longues distances. En fin de compte, nous aurons besoin d’une nouvelle infrastructure et d’un changement de comportement, ainsi que d’une nouvelle chimie dans les batteries.
Les carburants de remplacement, solution provisoire
Selon BloombergNEF, la technologie des batteries continue de progresser et les prix se sont effondrés de 80 % depuis 2013. Pour l’instant, les camions lourds, les navires et les avions devront compter sur les biocarburants pour réduire leurs émissions. Ces carburants, généralement fabriqués à partir de matières végétales et animales appelées biomasse, ont un profil d’émissions qui peut être inférieur de 80 % à celui des combustibles fossiles traditionnels. La plupart des biocarburants ne peuvent remplacer entièrement les combustibles fossiles dans les moteurs existants : ils doivent être mélangés avec certaines quantités de carburant traditionnel pour éviter d’endommager les moteurs. Il existe un type de carburant appelé « carburant d’aviation durable », qui résulte généralement d’un mélange à 50-50 avec du kérosène ordinaire.
Des biocarburants plus avancés sont produits de la même façon que le diesel ordinaire, et peuvent servir de substituts complets. Leur utilisation est encore très limitée, et leur production peut être restreinte puisque ces carburants sont parfois fabriqués à partir d’huiles alimentaires usagées et de résidus de cultures qui ne sont pas toujours disponibles. Si nous faisons pousser un plus grand nombre de plantes pour produire des biocarburants, nous pourrions nous retrouver avec moins de terres pour cultiver de la nourriture. Et selon l’endroit où se trouvent les nouvelles cultures, nous risquons de détruire des puits de carbone stables comme les forêts.
Les piles à combustible à hydrogène, qui alimentent les moteurs électriques grâce à l’énergie transportée dans l’hydrogène liquide, pourraient être utiles au transport lourd dans le futur. Beaucoup espèrent que cette technologie pourra un jour transformer le secteur des transports. Pour le moment, il existe peu d’infrastructure soutenant la technologie en question, les camions ne sont pas encore construits à l’échelle avec ces moteurs, et il reste des problèmes techniques à résoudre.
Quels sont les coûts ?
Le Canada a la capacité de réduire fortement les émissions dans les secteurs où l’électrification est viable, par exemple en accordant des subventions et en investissant dans l’infrastructure pour encourager l’utilisation des véhicules électriques. Ce plan pourrait coûter cher. D’après les modèles de véhicules électriques actuels et la durée moyenne pendant laquelle les Canadiens détiennent des voitures neuves, le gouvernement devrait accorder des subventions d’au moins 300 $ par tonne de GES économisée pour rendre les véhicules électriques aussi abordables que les voitures à essence. Il lui en coûterait environ 20 milliards de dollars annuellement. Les progrès technologiques attendus dans le domaine des batteries, qui représentent près d’un tiers du coût d’un véhicule électrique, contribueront grandement à réduire ce coût. De meilleures infrastructures pourraient aider les gens à transporter des batteries plus petites et moins chères.
Là où l’électrification des transports n’est pas encore viable, les biocarburants pourraient combler l’écart. Toutefois, de nombreuses applications restent coûteuses : le carburant d’aviation durable coûte environ cinq fois plus cher que le kérosène, et son prix pourrait s’élever à 500 $ la tonne. Même si nous pouvions produire suffisamment de carburant d’aviation durable pour chaque vol, les coûts augmenteraient de 50 % pour les compagnies aériennes.
Le gouvernement estime que les efforts actuels feront baisser les émissions liées au transport d’environ 35 mégatonnes. Si les Canadiens investissaient 25 milliards de dollars de plus par an dans les technologies actuelles, 93 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées des émissions prévues dans les transports en 2030, ce qui nous rapprocherait de l’objectif zéro émission nette Toutefois, nous devrons intensifier nos efforts de recherche et de développement pour trouver de meilleures solutions aux autres problèmes causés par les émissions.
Les camions lourds dépendent des biocarburants pour réduire leurs émissions, car les batteries sont trop lourdes. Grâce à la technologie de charge ultra rapide mise au point par Gbatteries, à Ottawa, les camions pourraient transporter moins de batteries, puisqu’ils rechargeraient leurs batteries aussi vite qu’ils remplissent un réservoir d’essence. De plus, la société affirme que sa technologie évite un problème fréquent lié à la charge rapide : la dégradation de la batterie. Plusieurs entreprises en démarrage, d’Israël à l’Australie, cherchent aussi à introduire des solutions de charge rapide sur le marché. Alors que les concurrents se concentrent sur les nouveaux matériaux et la fabrication de batteries lithium-ion, GBatteries s’appuie sur un algorithme breveté pour la charge rapide.
Li-Cycle de Mississauga, en Ontario, est devenue la plus grande entreprise de recyclage de batteries lithium-ion en Amérique du Nord en seulement cinq ans. La société affirme que son processus de recyclage exclusif permet de récupérer 95 % des métaux essentiels à la fabrication de batteries – ce qui est bien plus que les technologies rivales –, afin d’éviter que ces métaux finissent dans une décharge. Les matériaux peuvent ensuite être réutilisés dans de nouvelles batteries. De plus, le procédé de Li-Cycle ne produit pas d’eaux usées et émet moins de carbone que les méthodes de recyclage conventionnelles. L’un de ses plus grands défis est de se préparer à une adoption généralisée des véhicules électriques.
Les producteurs de pétrole et de gaz ne sont pas les seuls grands émetteurs du Canada. Les moteurs de l’économie (l’exploitation minière et la production de ciment, pour n’en nommer que deux) nécessitent d’énormes quantités de chaleur et d’énergie. Par conséquent, ils émettent beaucoup de dioxyde de carbone. Leur production est essentielle à la vie quotidienne et au bien-être économique du Canada, puisque ces secteurs ont généré 16 % des exportations des cinq dernières années. Certaines parties de ce secteur ont fait d’énormes progrès depuis les années 1990, en partie grâce à des processus de fabrication plus propres. Mais compte tenu de l’accroissement de la demande mondiale de matières à faible teneur en carbone, il sera crucial que ces producteurs réduisent encore plus leurs émissions.
Au cours des dernières années, la stratégie du Canada visant à réduire les émissions de l’industrie lourde s’est concentrée sur divers prélèvements fiscaux comme la taxe carbone, et les augmentations graduelles plutôt que les mesures brutales ont été privilégiées. Les progrès sont lents. L’une des raisons est l’utilisation, par la plupart des entreprises, de combustibles fossiles relativement peu coûteux. Par exemple, il faut environ 900 tonnes d’acier pour fabriquer une éolienne de 5 MW, et la production d’une telle quantité d’acier génère près de 2 400 tonnes d’émissions de CO2. La technologie permettant d’utiliser de l’électricité ou un combustible de substitution dans ce processus serait beaucoup plus coûteuse, voire non viable sur le plan commercial.
De plus, de nombreuses industries génèrent des émissions qui font partie intégrante de la production. Par exemple, la fabrication de l’ammoniac utilisé dans les engrais azotés exige beaucoup d’énergie et génère des gaz à effet de serre lorsque l’hydrogène est extrait du gaz naturel pour être intégré au processus. Dans le cas du ciment, la décomposition du calcaire repose sur une réaction chimique entraînant l’émission de CO2. Ces émissions « inhérentes » au processus sont la raison pour laquelle le captage du carbone sera probablement nécessaire dans certaines circonstances.
Fabrication d’acier vert
L’aciérie traditionnelle consiste à fondre du charbon de haut rang avec du minerai de fer à très haute température dans des fourneaux alimentés aux combustibles fossiles, ce qui génère une grande quantité d’émissions.
Grand défi : comment fabriquer tout l’acier dont nous avons besoin pour les panneaux solaires et les autres technologies vertes en générant le moins d’émissions possible. La course est engagée pour résoudre ce problème dans des pays comme la Suède, où le premier chargement d’acier « vert » a été reçu cet été. Ce projet pilote, de même que d’autres qui se trouvent à différents stades de développement, intègre un processus qui remplace le charbon par de l’hydrogène pendant la première étape de la fabrication de l’acier. Le pouvoir de transformation de l’aciérie verte dépendra en grande partie des prix de l’hydrogène et de l’électricité à faible teneur en carbone dans les décennies à venir.
Selon le gouvernement fédéral, une lente hausse de la tarification des émissions industrielles, accompagnée de subventions en faveur de processus plus propres pendant la prochaine décennie, incitera les entreprises à éliminer seulement 16 mégatonnes de gaz à effet de serre. Or, 77 mégatonnes ont été produites en 2019. Des changements politiques plus marqués et de plus grands investissements seraient nécessaires pour accélérer l’adoption des technologies existantes. Les pompes à chaleur industrielles, par exemple, voire le chauffage électrique régulier, peuvent remplacer les combustibles fossiles dans certaines applications à basse et moyenne température, par exemple dans une partie de la production de papier. Le captage du carbone fonctionne bien pour les gaz d’échappement concentrés, notamment ceux qui émanent des usines d’engrais. Malgré son prix élevé, cette technique peut être appliquée à des processus plus coûteux comme ceux des cimenteries.
Si l’industrie et le gouvernement investissaient 4,4 milliards de dollars de plus par an dans les technologies actuelles, 35 mégatonnes supplémentaires pourraient être éliminées des émissions prévues dans l’industrie lourde en 2030, ce qui nous rapprocherait de l’objectif zéro émission nette.
CarbonCure de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, injecte au béton du CO2 capturé afin d’obtenir un produit plus vert. Sa technologie pourrait aider le secteur du bâtiment, un émetteur important, à atteindre plus rapidement zéro émission nette. La quantité de béton produite selon cette méthode double chaque année. C’est pourquoi CarbonCure a reçu des financements de la part du fonds d’investissement Breakthrough Energy Ventures de Bill Gates, d’Amazon et d’autres investisseurs importants. Les gouvernements et les municipalités sont les principaux acheteurs de béton. La croissance de l’entreprise bénéficierait donc de politiques d’approvisionnement favorables au béton bas carbone.
MineSense Technologies de Vancouver aide les sociétés minières à trouver l’équilibre entre durabilité et la recherche de minerais à haute teneur. Sa technologie ShovelSense, adaptable aux équipements miniers existants, est basée sur des capteurs et un algorithme exclusif qui servent à évaluer le minerai au moment de son extraction, améliorer sa récupération et réduire les déchets. La technologie de MineSense est utilisée dans des mines au Canada, au Chili et au Pérou. La COVID-19 a restreint son accès aux sites miniers des clients, ce qui l’a obligée à se tourner vers les installations technologiques à distance.
Le Canada est un géant agricole qui exporte du blé, de l’orge, des légumineuses et d’autres produits alimentaires dans le monde. Le secteur a généré 2 % du PIB total du Canada et environ 5 % de ses exportations au cours de la dernière décennie, et il emploie plus de 300 000 Canadiens. Il est également responsable de près de 10 % des GES du Canada, soit l’équivalent de 73 mégatonnes. Il ne sera pas facile de les réduire. Les vaches, les porcs et les autres ruminants produisent du méthane lors de leur digestion, de sorte que les gaz qu’ils émettent sont difficiles à capter. Les engrais azotés, largement utilisés, sont nécessaires pour améliorer les rendements, mais représentent une source majeure d’émissions d’oxyde nitreux. Tout comme le méthane, l’oxyde nitreux a un plus grand pouvoir de réchauffement que le CO2.
Alors que la quantité d’énergie utilisée pour produire de la nourriture a chuté par dollar de production, l’augmentation de la production a éclipsé les gains d’efficacité. La quantité d’énergie utilisée dans l’agriculture a augmenté de 30 % entre 2008 et 2018, principalement sous forme de diesel pour la machinerie lourde.
Il est réjouissant de savoir que le Canada soutient la comparaison en ce qui concerne les émissions agricoles. Par exemple, dans le secteur de l’élevage, le pays se classe parmi ceux qui ont la plus faible intensité carbonique, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques.
L’inégalité des progrès dans l’agriculture est en partie due au fait que les émissions provenant des animaux et des terres (y compris celles qui sont générées après l’application d’engrais) ne sont pas assujetties à la tarification du carbone. De plus, les agriculteurs sont exemptés de la taxe fédérale sur le diesel utilisé pour alimenter l’équipement. Les exemptions existent avant tout parce que les efforts d’atténuation du carbone feront probablement grimper les prix des aliments. Ainsi, les exportateurs canadiens seront désavantagés par rapport aux partenaires commerciaux mondiaux qui n’appliquent pas une réglementation aussi stricte à l’égard de leurs agriculteurs.
Il pourrait être bon de changer la façon dont nous cultivons, par exemple en utilisant moins d’engrais. Les agriculteurs pourraient être encouragés à planter davantage de cultures de couverture, lesquelles sont semées après la récolte des cultures commerciales pour atténuer le tassement du sol et prévenir l’érosion. Les cultures de couverture peuvent aussi capturer plus de carbone dans le sol et empêcher les résidus d’azote de s’épandre dans l’atmosphère.
La refonte de la production animale et de la gestion du fumier pourrait entraîner les plus grandes réductions. Les installations intérieures pourraient être modifiées en vue de capter du méthane pour le transformer en biogaz. Cette solution pourrait s’appliquer à l’entreposage du fumier, autre source de méthane provenant du bétail. Elle est d’ailleurs déjà employée à petite échelle. De plus, une reproduction plus sélective et des changements dans l’alimentation du bétail pourraient amoindrir quelque peu la quantité de méthane générée par les ruminants.
L’abandon des combustibles fossiles sera également utile. De même que dans les autres bâtiments, les sources de carburant pour chauffer ou rafraîchir les installations agricoles peuvent être remplacées par des pompes à chaleur électriques. L’équipement agricole n’a pas encore été électrifié de manière généralisée, mais les progrès de la technologie des batteries pourraient faire avancer les choses. Les tracteurs électriques font leur entrée sur le marché, mais ce n’est pas encore le cas pour les moissonneuses-batteuses. Dans certains cas, comme pour les séchoirs à grains, l’électricité est plus difficile et plus chère à obtenir avec la technologie actuelle, mais cela reste faisable.
Il est important de se rappeler que tout comme les arbres, les plantes et les sols ont la capacité de stocker le CO2. Si elle est bien gérée, la prolifération des cultures alimentaires en milieu rural (ou urbain) offre donc la possibilité de séquestrer le carbone.
Une meilleure gestion de notre monde naturel pourrait influer sur les changements climatiques de manière tout aussi spectaculaire que le nettoyage des industries utilisant beaucoup de carbone. Une étude récente de Nature United, financée en partie par Techno nature RBC, a révélé qu’une meilleure protection des terres agricoles, forêts, zones humides et prairies du Canada pourrait aider à capturer 78 millions de tonnes de GES par année d’ici 2030, soit environ 10 % des émissions globales actuelles. Une grande partie de l’approche consiste à changer les façons de travailler dans les exploitations agricoles. L’agriculture régénératrice est un ensemble de pratiques agricoles, telles que la plantation de cultures de couverture pour améliorer la qualité des sols, qui tirent parti de la nature pour lutter contre les changements climatiques. Ces techniques visent à accroître la séquestration du carbone dans les sols, et elles présentent des avantages comme une plus grande résistance des exploitations agricoles à la sécheresse. D’autres pratiques, comme la plantation d’arbres entre les cultures et dans les pâturages, sont également prometteuses. Nature United estime que ces efforts pourraient aider à capturer jusqu’à sept mégatonnes d’ici 2030, même s’ils se limitent aux zones où les grandes machines ne sont pas utilisées.
Bien que certaines de ces réductions de GES puissent être réalisées moyennant des coûts relativement faibles, la plupart seront coûteuses et nécessiteront de nouveaux processus et dépenses en immobilisations. Par exemple, le modèle exhaustif des cultures de couverture montre que la moitié de cette réduction coûtera plus de 50 $ la tonne, ce qui dépasse le prix actuel du carbone. Nous estimons que la réduction des émissions du secteur à 43 mégatonnes, comparativement à 73 mégatonnes en 2019, coûtera jusqu’à 2,5 milliards de dollars par année.
SemiosBio Technologies, établie à Vancouver, offre un service d’agriculture de précision. Son réseau sans fil exclusif utilise l’apprentissage automatique et l’intelligence artificielle pour proposer aux agriculteurs une solution de gestion des cultures fondée sur les données. Son réseau d’Internet des objets est le plus important du secteur agricole, avec plus de 120 millions d’acres sous gestion, des États-Unis à l’Australie, en passant par l’Afrique du Sud. La société compte des centaines de concurrents, mais la plupart sont plus petits et se consacrent à un seul aspect de l’agriculture.
Une autre société de Vancouver, Terramera, est en train de mettre au point des outils agronomiques numériques pour appuyer et élargir la transition vers des pratiques agricoles régénératrices. Elle explore également une technologie de télédétection capable de mesurer la teneur en carbone du sol de façon fiable et peu coûteuse. Cette initiative pourrait jeter les bases d’un marché de crédits carbone dans le secteur de l’agriculture. La société a développé une technologie chimique exclusive, Actigate, qui vise à améliorer le rendement des intrants biologiques dans l’agriculture et à réduire l’utilisation des substances synthétiques.
On a exhorté les ménages à passer des voitures à essence et des chaudières au gaz aux véhicules électriques et aux pompes à chaleur. Mais beaucoup n’ont pas les moyens de faire de tels changements. Cependant, ils doivent savoir que les changements comportementaux peuvent aussi avoir un effet substantiel. Par exemple, si les déchets provenant des fruits, des légumes et des restes de nourriture étaient ramenés à des niveaux comparables à ceux de la viande et des produits laitiers, alors les émissions du Canada pourraient baisser de 4 millions de tonnes. En changeant notre façon de nous déplacer et de chauffer ou rafraîchir les espaces, et en utilisant avec parcimonie le ciment et les autres matériaux à forte intensité de carbone, nous réduirions les émissions de 1,7 milliard de tonnes dans le monde d’ici 2030, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le total représente plus de 10 % des réductions que nous avons besoin de réaliser pendant cette période.
Le défi est d’amener les gens à changer. Un mode de vie bas carbone est plus coûteux, plus compliqué et moins confortable que le statu quo. Il peut paraître ardu d’amener 40 millions de Canadiens à accepter une vie quotidienne moins confortable. Pourtant, c’est avant tout une question de conception et d’innovation. Les jeunes d’aujourd’hui éclateraient de rire à l’idée de cesser de regarder YouTube parce que leurs parents doivent passer un coup de téléphone. Et télétravailler plusieurs fois par semaine était inconcevable pour les professionnels il y a à peine deux ans. Dans 10 ans, les amateurs de cuisine pourraient convoiter les plaques de cuisson à induction comme ils apprécient actuellement les cuisinières à gaz.
Chaque secteur a un rôle à jouer pour aider les consommateurs à prendre des décisions plus éclairées et plus propres. Voici comment, d’après nous, vous pouvez commencer.
Les entreprises devraient informer les consommateurs de l’incidence de leurs choix sur les émissions. Indiquer les émissions attribuables aux différentes options d’expédition, ou le coût environnemental de l’emballage pourrait influencer les choix des consommateurs.
Étiquetage obligatoire pour les décisions générant de fortes émissions. Pour les transactions immobilières, on pourrait exiger que les vendeurs divulguent les cotes d’efficacité énergétique et les émissions annuelles des habitations, afin que les acheteurs puissent comparer ces dernières en fonction des émissions et des coûts.
Financement moins cher pour les options plus vertes. Le secteur financier innove depuis longtemps de façon à favoriser le changement. La titrisation des prêts ou des prêts hypothécaires destinés à la rénovation de maisons et bureaux afin de les rendre plus écologiques pourrait tirer parti des marchés ESG afin de réduire les coûts, comme cela a été fait pour les prêts hypothécaires à plus grande échelle.
Rendre le transport vert plus agréable. Les métros sombres, les trains bondés et l’absence de pistes cyclables n’encouragent guère les citadins à se départir de leurs voitures. L’ajout de services dans les gares et les véhicules (Wi-Fi et magasinage, par exemple) pourrait accroître le nombre d’usagers. Il en va de même pour la construction d’infrastructures plus sûres : les pistes cyclables de Toronto, en particulier celles qui sécurisent l’accès aux lieux de travail, ont fait attirer beaucoup plus de cyclistes. L’obligation d’offrir un stationnement sécurisé pour les vélos et des bornes de recharge de vélos électriques dans les entreprises et les nouveaux immeubles d’habitation pourrait également être efficace.
Revoir la tarification de l’électricité. Inciter les consommateurs à utiliser moins d’électricité au moment où le coût de production est le plus élevé est la logique qui sous-tend la tarification selon l’heure de consommation dans certaines provinces. Élargir cette pratique à l’échelle nationale serait un bon début. Payer l’industrie pour qu’elle réduise la demande aux heures de pointe pourrait même être plus efficace.
Pendant des décennies, nous avons suivi une approche fragmentaire en matière de réglementation environnementale et de protection du climat. Résultat : les émissions ont augmenté de toute façon. Pour atteindre l’objectif zéro émission nette, nous aurons besoin d’un plan plus audacieux exigeant des changements pour les décennies à venir.
Dans les pages précédentes, nous avons décrit les voies que ce plan pourrait emprunter. Il faudra que tout le monde – propriétaires de maison, exploitants d’entreprises, scientifiques, personnes de métier qualifiées, enseignants, urbanistes – se penche sur la question. Mais en conclusion, nous aimerions nous concentrer sur le rôle que peuvent jouer les politiques publiques, avec huit idées pour amorcer le changement :
Une politique nationale d’électrification
Des incitatifs du gouvernement fédéral seront nécessaires pour améliorer les liaisons entre les réseaux provinciaux, harmoniser les réglementations et parvenir à une tarification cohérente. L’objectif est de doubler la production au cours des 30 prochaines années. Produire plus d’électricité propre demandera des choix difficiles, même avec une hausse du prix du carbone. Il nous faudra peut-être beaucoup plus d’énergie hydroélectrique et de lignes de transport pour l’acheminer vers les grands centres. Les solutions basées sur le nucléaire doivent rester sur la table. Et nous aurons besoin de capturer le carbone émis par les centrales au gaz, même si les solutions renouvelables et les batteries sont produites à une échelle commerciale. Ce qui sera essentiel : une plus grande coopération interprovinciale.
Une stratégie nationale pour les compétences vertes
L’innovation propre est vouée à l’échec si nous manquons d’ingénieurs pour déployer des systèmes de capture du carbone, ou d’entrepreneurs pour installer des pompes à chaleur. L’objectif est d’inculquer des compétences en écologie à 200 000 nouveaux travailleurs et de recycler 100 000 travailleurs actuels d’ici 2030. Une subvention fédérale pour emplois verts faciliterait le recyclage des employés actuels et les programmes provinciaux pourraient favoriser les changements de carrière. Les enseignants auront besoin de contenus de cours sur les technologies climatiques et sur les nouvelles compétences « vertes » destinées à la main-d’œuvre de demain. Et les agriculteurs devront améliorer leur capacité à mesurer la capacité des sols à stocker le carbone provenant de l’atmosphère.
Engagement à long terme en faveur de la tarification du carbone
Le gouvernement fédéral, les provinces et les grandes entreprises devraient réaffirmer l’intention du Canada d’augmenter le prix national du carbone d’ici 2030, afin de montrer au monde que cette question est aussi une priorité pour les Canadiens. Ottawa devrait également allouer une part importante (et clairement définie) des recettes publiques au développement et à l’adoption de technologies, et étudier l’incidence économique et la suffisance du prix à mesure qu’il augmente à 170 $ la tonne. Les groupes commerciaux et environnementaux doivent aider les gouvernements à aller de l’avant d’une manière qui profite à toutes les régions.
S’appuyer sur l’action climatique pour renforcer le commerce avec les États-Unis
Le Canada devrait engager des discussions bilatérales avec les États-Unis sur la politique climatique, en mettant l’accent sur les chaînes d’approvisionnement stratégiques, les produits énergétiques et les technologies de réduction des émissions. Les deux gouvernements devraient étudier la possibilité d’ajustements à la frontière pour le carbone qui seraient appliqués aux marchandises faisant l’objet de nombreux échanges commerciaux. Ils s’assureraient ainsi que les produits nord-américains ne sont pas désavantagés par les prix explicites ou implicites du carbone. D’une importance particulière : sécuriser la place du Canada dans la chaîne d’approvisionnement en VE, qui connaît une rapide croissance, en mettant l’accent sur la technologie des batteries et les minéraux essentiels. Une collaboration avec les États-Unis dans le domaine de la recherche peut aussi aider.
Une stratégie industrielle pour la capture, l’utilisation et le stockage du carbone
Le gouvernement fédéral et les principales provinces responsables des émissions industrielles devraient convenir d’un nouveau cadre pour le CUSC – essentiellement des technologies destinées à capturer les émissions pour les stocker dans le sol ou dans de nouveaux produits – comprenant des subventions à la recherche, des crédits d’impôt à long terme pour le stockage de carbone, et de nouvelles approches d’investissement public-privé. Problèmes critiques : droits clairs en matière de stockage géologique, permis pour les pipelines de CO2 et règlements souples, assortis d’échéances. Fait important, les communautés autochtones doivent jouer un rôle de premier plan dans ce prochain chapitre de l’énergie canadienne.
Plan d’action national en matière d’agriculture durable
Les émissions agricoles sont inhérentes à notre système alimentaire. Nous aurons besoin d’engrais azotés tant que nous cultiverons, et nous produirons du méthane tant que nous élèverons des bovins et des porcins. Il existe des moyens de réduire les émissions par rapport aux niveaux actuels sans pour autant faire baisser la production alimentaire. Cependant, fixer un prix pour les émissions agricoles peut entraîner une hausse inacceptable des coûts alimentaires. Une meilleure option : permettre la séquestration naturelle dans les exploitations agricoles – à partir de cultures de couverture et d’arbres, par exemple – afin de produire des crédits de carbone commercialisables. Pour y parvenir, les agriculteurs ont besoin d’un plus grand nombre d’équipements de surveillance des sols, de systèmes de données et de formations.
Priorité aux véhicules électriques (VE)
Les VE seront des gagnants évidents dans la transition, mais à moins que les coûts ne diminuent rapidement, leur adoption pourrait ne pas être assez rapide pour marquer une grande différence. Les avantages des véhicules électriques sont actuellement contrebalancés par l’anxiété liée à l’autonomie, le manque de bornes de recharge et les risques associés à un climat froid. Il sera utile de développer l’infrastructure et de prendre des engagements en faveur des véhicules électriques, ce qui comprend la proposition d’Ottawa de permettre uniquement la vente de véhicules à zéro émission d’ici 2035. Du côté de la production, le Canada peut faire davantage pour soutenir les chaînes d’approvisionnement nord-américaines en batteries, par exemple en investissant dans la capacité de raffinage et dans la fabrication de batteries au pays.
Une adaptation rapide
Le plan du Canada visant à rénover davantage de maisons doit être accéléré de toute urgence. Un bon début : programmes pour aider les propriétaires à gérer le processus perturbateur de recâblage ou de modernisation de leur maison. Des codes de construction zéro émission nette peuvent éviter d’avoir à rénover des constructions récentes. D’autres politiques, qui incluent le financement, peuvent aider les propriétaires à s’attaquer collectivement à de grands projets. Une stratégie nationale de rénovation pourrait également promouvoir les services d’aménagement collectif et soutenir les communautés qui veulent repenser complètement leur mode de chauffage, en prévoyant par exemple des modèles géothermiques centralisés. Besoin : rénover 4,5 millions de logements d’ici 2030.
Conclusion
Ce rapport fait valoir nos arguments en faveur d’une action climatique accélérée, avec des objectifs clairs et des occasions intéressantes. Malgré les défis, et peut-être un départ tardif, l’objectif zéro émission nette est à portée de main.
Pour y parvenir, nous devrons élargir notre approche en matière de mobilisation de capitaux et de souplesse réglementaire. Nous devrons imaginer de nouvelles façons d’évaluer les occasions, et investir dans ces occasions en exploitant le capital public et privé, en coordonnant les autorités fédérales et provinciales et en veillant à ce que les communautés autochtones jouent un rôle prédominant.
Les Canadiens veulent une réponse plus rapide et plus efficace au défi climatique, et les innovateurs canadiens ont prouvé qu’ils peuvent offrir des