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➔ Préservation de la nature à l’occasion de la Semaine du climat de New York

➔ Les programmes liés aux véhicules électriques (VE) sont repoussés à plus tard

➔ La nouvelle vie de General Fusion débute alors que la course mondiale s’accélère

Les programmes liés aux véhicules électriques sont mis sur pause. Une autre politique climatique de l’époque de Justin Trudeau a subi un revers lorsque le gouvernement de Mark Carney a suspendu une norme selon laquelle les VE devaient représenter 20 % des ventes des constructeurs automobiles à compter de 2026. Les difficultés commerciales provenant des États-Unis font partie des raisons motivant cette décision, tout comme la fin des crédits d’impôt américains pour VE, qui entrera en vigueur au cours du mois. Les constructeurs automobiles sont déjà ébranlés par les droits de douane estimés à 12 milliards de dollars US (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) qui leur ont été imposés à ce jour. Plusieurs d’entre eux se retrouvent face à l’incertitude alors qu’ils ont englouti des milliards de dollars dans les chaînes d’approvisionnement de VE dans un marché qui a soudainement perdu de son élan. Cette situation représente un microcosme du plus grand débat opposant le climat et l’économie qui fait rage dans le monde entier.

La Banque de développement du Canada mise sur les minéraux essentiels. Le Fonds Innovation industrielle II (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de 200 M$ de l’organisme de financement appuie les entreprises en démarrage à un stade précoce exerçant des activités dans plusieurs secteurs, y compris les principales matières premières requises pour l’infrastructure d’énergie propre et les véhicules électriques. Les plus récentes données de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (ACCR) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) indiquent que les entreprises canadiennes de technologies propres ont amassé 191 millions de dollars au cours du premier semestre de 2025, comparativement à 657 millions de dollars pour la même période l’an dernier. Il va donc sans dire que le Canada a besoin de ce fonds.

Une nouvelle ruée mondiale vers le pétrole. La Norvège (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) se targue d’avoir un fonds souverain parmi les mieux garnis – et les plus respectueux des critères ESG – au monde, et d’être un chef de file en matière de véhicules électriques, mais tout cela est rendu possible par les combustibles fossiles. Sylvi Listhaug, dont le Parti progressiste a bondi en deuxième place lors des récentes élections, souhaite que la Norvège soit « le dernier pays du monde à mettre fin à la production de pétrole ». Il s’agit d’une prise de position récurrente, le Canada comptant parmi les nombreux autres pays qui ont été saisis de ce nouvel engouement pour le pétrole. Qu’est-ce que cela signifierait pour les émissions mondiales ? Les investissements dans le secteur du pétrole en amont devaient chuter cette année pour la première fois depuis 2020, selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) Il pourrait s’agir d’une simple anomalie passagère.

Dawn Farrell, première dirigeante du tout nouveau Bureau des grands projets (BGP), doit accélérer la mise en œuvre de plusieurs projets susceptibles d’accroître les émissions au pays, ou non, selon sa manière de composer avec les impératifs environnementaux et économiques du pays, deux enjeux d’importance égale. Mme Farrell pourrait-elle réaliser les trois objectifs inconciliables du Canada : bâtir plus rapidement, accélérer la croissance durable et renforcer l’unité nationale ?

Son mandat de près de dix ans à titre de cheffe de la direction de TransAlta Corp., un géant du secteur des services publics établi à Calgary, nous en dit long sur le mode opératoire de la dirigeante :

  • Sous sa supervision, qui s’est terminée en mars 2021, l’entreprise de services publics est passée du charbon au gaz naturel, dans le cadre d’une transition à l’échelle sectorielle visant à réduire les émissions.

  • En 2021, TransAlta avait entièrement converti l’unité de 2 de Keephills, l’unité 3 de Keephills et l’unité 6 de Sundance, les faisant passer du charbon thermique au gaz naturel.

  • La transition énergétique a eu une incidence sur les travailleurs du charbon, et plusieurs collectivités provinciales ont bénéficié du fonds pour la transition de la communauté du charbon.

  • À la fin de 2021, TransAlta avait réduit ses émissions de GES de 70 % par rapport à 2005, excédant ainsi les cibles nationales en matière d’émissions d’ici 2030 au Canada, aux États-Unis et en Australie, où l’entreprise exerce ses activités.

  • TransAlta est devenue l’un des plus importants producteurs d’énergie éolienne au Canada et l’un des plus grands producteurs d’énergie hydroélectrique en Alberta, faisant passer sa capacité d’énergie renouvelable d’environ 900 MW en 2000 à plus de 2 800 MW en 2021.

Le chemin parcouru par TransAlta donne à Mme Farrell la crédibilité nécessaire pour contribuer à rationaliser plusieurs projets, . Toutefois, elle doit maintenant reproduire son approche au niveau national, où plusieurs intérêts concurrents – des gouvernement fédéral et provinciaux, des Autochtones et des grandes sociétés – se disputent l’attention.

Plusieurs projets de pipelines de pétrole, de GNL et d’énergies renouvelables sont avancés, mais voici les défis généraux qui attendent Mme Farrell :

  • Regagner la confiance des investisseurs : Le BGP devra prouver que le Canada est en mesure de bâtir de nouveau, et cette fois-ci de manière durable. Le Bureau devra produire des résultats rapidement pour que des intérêts étrangers osent recommencer à investir au Canada.

  • Au-delà de Trump : Nous ne nierons pas qu’un nuage aux allures du président américain plane sur le Canada. D’un autre côté, l’Europe (saluons l’, Allemagne [ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement]), le Japon et les économies émergentes veulent eux aussi nos ressources. La prochaine vague de projets devra pointer vers l’est comme vers l’ouest et compter sur l’engagement des pays consommateurs.

  • Harmonisation des priorités provinciales : Un autre défi monstre. Si Mme Farrell pouvait amener la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Québec à se mettre d’accord, le Canada pourrait devenir une superpuissance au chapitre des ressources.

  • Faire appel aux groupes autochtones : Passer des promesses en l’air à de véritables partenariats avec les communautés autochtones pourrait bien être l’une des réalisations les plus durables du BGP.

Une technologie océanique d’élimination du carbone fait des vagues. La société Planetary Techologies, située en Nouvelle-Écosse, a récemment conclu un contrat de 43,3 millions de dollars avec Frontier Climat, lequel est soutenu par Shopify, Google et Meta. L’objectif visé ? Éliminer 115 211 tonnes métriques de CO₂ de 2026 à 2030 en ajoutant des minéraux alcalins, comme de l’oxyde de calcium et de l’oxyde de magnésium, aux eaux côtières. Le processus accélère l’absorption naturelle du CO2 et promet une période de stockage de plus de 10 000 ans. Frontier croit qu’elle pourrait faire passer le cours actuel d’environ 270 $ US la tonne à un prix allant de 50 $ US à 160 $ US en tirant parti de l’infrastructure existante des centrales électriques situées sur les côtes. Cette technologie permettra également de préserver les écosystèmes marins et donnera l’occasion aux communautés locales, dont la Nation Mi’kmaq, de participer.

Un rêve qui prend vie chez General Fusion. Le projet de fusion nucléaire de Richmond, en Colombie-Britannique, a récemment permis de soulever 30 millions de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), après avoir subi de nombreuses mises à pied et roulé à capacité réduite. Les capitaux alimenteront son programme de démonstration de fusion LM26, qui vise une température opérationnelle de 10 millions de degrés Celsius, une étape essentielle sur la voie de la fusion commerciale. Le bureau de gestion familiale Thistledown Capital appartenant à Tobi Lütke, chef de la direction de Shopify, ainsi que JIMCO, établie en Arabie saoudite, font partie des investisseurs ayant appuyé le cycle d’investissement. Les fonds totalisant 2,6 milliards de dollars US (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) injectés par les investisseurs dans 52 autres entreprises du monde au cours de l’année qui vient de s’écouler, dont 29 uniquement aux États-Unis, sont une véritable bouée de sauvetage pour la seule société de fusion du Canada. De plus, la course pour trouver la clé des technologies de fusion s’accélère, avec la China National Nuclear Corp. qui a établi la China Fusion Energy Co., d’une valeur de 2 milliards de dollars, en juillet, suivie de près par un nouveau cycle d’investissement de 863 millions de dollars US pour l’entreprise du Massachussets Commonwealth Fusion Systems (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), la plus grande société fermée de fusion au monde.

La capture de carbone s’apparente à faire rentrer le génie dans sa lampe, à la différence près que le carbone peut s’échapper. Une nouvelle étude évaluée par des pairs publiée dans Nature estime que la planète peut contenir à peine 1 460 gigatonnes de carbone, alors que les estimations antérieures s’élevaient plutôt à 40 000 gigatonnes (l’équivalent d’environ une année d’émissions de CO2). Selon l’étude, les failles structurelles et la mauvaise construction des puits pourraient miner l’efficacité des technologies de capture du carbone. Malgré cela, il reste encore de nombreux territoires dotés d’une géologie viable et de l’expertise nécessaire pour capturer le carbone. Environ quatre milliards de dollars américains ont déjà été investis dans les installations de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) en 2024, et une capacité de capture de plus de 50 tonnes métriques de CO2 est actuellement opérationnelle, ne présentant que peu de fuites à ce jour. Le rapport estime par ailleurs que le Canada et les États-Unis sont «mieux placés » que l’Europe pour mettre en œuvre des solutions de stockage géologiques.

Power On: Hard choices, real consequences (Sous tension : Des choix difficiles aux conséquences concrètes). Le thème de la semaine du climat de New York de cette année, qui débute le 22 septembre, est bien choisi. L’événement, qui rivalise de plus en plus avec les événements annuels de la COP, réunit des experts en finances, des écologistes et des mordus de politique tout en créant l’un des pires embouteillages qu’a connus la Grosse Pomme.

Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, sera présente. Elle livrera une allocution le 24 septembre au Nature Hub dans le cadre d’un événement organisé par l’Institut d’action climatique RBC et Nature United.

La nature représente une contribution de 33 billions de dollars US à l’économie mondiale, ce qui correspond à la valeur du commerce mondial des biens et services. Pourtant, son rôle dans l’économie, en dehors des ressources que l’on en extrait (poissons, céréales et bois d’œuvre), n’est pas pris en compte dans le PIB national, laissant en marge une source de croissance économique et de risques. Voici un aperçu de quelques-uns des premiers thèmes couverts par le rapport que fera Lisa sur l’économie de la nature :

  • Le capital naturel est sous-utilisé en tant qu’atout dans la croissance économique. Au cours des vingt-cinq dernières années, le PIB des secteurs dépendants de la nature au Canada a enregistré une croissance d’une année sur l’autre inférieure de 0,6 % au reste de l’économie pendant la même période.

  • Il existe de vrais risques de ne pas tenir compte du rôle que pourrait jouer la nature dans la prospérité. Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni cherchent à reconstruire leurs économies. Et pourtant, leurs ressources naturelles s’épuisent. Le Royaume-Uni, par exemple, exerce une grande pression sur ses ressources en eau, le gouvernement prévoyant un écart de 5 milliards de litres par jour au chapitre de la disponibilité de l’eau d’ici 2055.

  • Les programmes en faveur de la croissance présentent des occasions de valoriser et de renforcer le capital naturel. La nature est maintenant un risque à signaler de même qu’une catégorie d’actifs à investir, et est prête à être intégrée dans les grands projets d’investissement et d’infrastructure.

« En cette ère de réindustrialisation, toutes les occasions de croissance durable doivent être présentées. C’est un facteur qui tombe à point, alors que les pays du monde entier ont de la difficulté à mobiliser des capitaux pour gérer, protéger et préserver leur capital naturel », déclare Lisa.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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À l’heure où le Canada aborde un virage économique de première grandeur, ses collèges et ses universités ont un rôle clé à jouer.

Depuis longtemps, les établissements postsecondaires participent de l’identité canadienne. Ils soutiennent la recherche, offrent un enseignement de qualité à un coût abordable et constituent pour les collectivités du pays des pôles économiques qui sont des gages de progrès et de prospérité.

Or ce secteur n’est plus aussi solide que naguère et sa place au sein des institutions dont dépend l’avenir du Canada est compromise. De nombreux établissements affichent un inquiétant déséquilibre financier et le secteur est souvent considéré comme répondant mal aux besoins économiques du moment ; ces deux maux se renforcent mutuellement. Partout au pays, des établissements postsecondaires suspendent des programmes, ferment des campus et licencient des employés dans l’espoir de détendre temporairement les tensions budgétaires. La pérennité du secteur exige toutefois de véritables réformes politiques et financières.

Tout comme l’économie nationale, le secteur postsecondaire est appelé à se transformer.

Il y a quelques mois, nous avons publié un rapport dans le cadre du projet Croissance (Une voie plus intelligente : les arguments en faveur d’une réforme de l’éducation postsecondaire) . Il y figurait des recommandations visant à rendre le secteur plus adapté aux réalités de l’heure, notamment en intégrant les enjeux professionnels aux programmes d’enseignement ou en permettant au secteur privé de financer les travaux de recherche et développement. Pendant l’été, l’équipe Leadership avisé RBC et ses partenaires ont approfondi la question et invité nos dirigeants à se pencher sur la manière dont l’enseignement supérieur peut contribuer à la croissance économique du pays1. Le message était clair : le secteur est en crise.

Il est urgent d’agir. Selon nous, cinq priorités s’imposent à qui veut réformer le secteur postsecondaire afin qu’il réponde à la nouvelle stratégie économique canadienne.

  • La solidité du secteur postsecondaire exige un financement stable et à la hauteur des besoins.

  • Les dépenses publiques engagées pour les collèges et les universités diminuent constamment.

    • Alors que le Canada était autrefois l’un des pays qui financent le plus généreusement leurs établissements et où la proportion de la population qui suit des études supérieures est la plus élevée2, ses dépenses sont passées d’un pic de 1,47 % du PIB en 2011 à la moyenne actuelle de l’OCDE, soit 1,1 %3. Le Canada n’est pas le seul État à avoir diminué son soutien en faveur du secteur postsecondaire, mais « peu de pays ont opéré des coupes aussi marquées et d’aussi grande portée».4

    • Compte tenu de la croissance du PIB, les dépenses publiques accusent un déficit de 13 milliards de dollars par rapport à leur niveau d’il y a 15 ans.5

  • Les frais de scolarité payés par les étudiants canadiens ne permettent pas de combler l’écart.

    • Pour la plupart des programmes, les gouvernements provinciaux fixent les frais de scolarité en plafonnant ce que les établissements peuvent facturer ; actuellement, la majorité des étudiants de premier cycle déboursent à peu près autant que leurs prédécesseurs il y a 10 ans.6

    • C’est en partie pour cette raison que les effectifs d’étudiants canadiens inscrits à un même cours sont souvent très importants, particulièrement dans les disciplines coûteuses – en médecine, par exemple.

  • N’étant pas réglementés, les frais de scolarité imposés aux étudiants étrangers ont été pour certains établissements une bouée de sauvetage – et, à tout le moins, une forme de subvention en faveur des étudiants canadiens.

    • Entre 2010 et 2023, ces frais ont représenté la totalité des nouveaux revenus d’exploitation enregistrés dans le secteur postsecondaire.7

  • En 2024, le gouvernement fédéral a plafonné le nombre de permis d’études accordés et décidé de n’attribuer de permis de travail postdiplôme (un puissant incitatif pour de nombreux étudiants étrangers) que si le demandeur est inscrit à l’un des programmes de niveau collégial qui viennent combler les pénuries de main-d’œuvre.8

    • L’Ontario a été particulièrement frappé : depuis 2024, six de ses établissements ont subi des dommages financiers (pertes, coupures ou déficits) de plus de 140 millions de dollars.9

    • Un observateur relève que, depuis l’imposition des plafonds, plus de 850 programmes ont été suspendus ou abandonnés ; 35 établissements ont signalé au moins 100 emplois affectés.10

    • La liste fédérale des programmes permettant d’obtenir un permis de travail postdiplôme a changé plusieurs fois au cours d’une même année11, ce qui rend la planification difficile dans les établissements.

  • Sans nouvelle entente financière, les décideurs vont continuer de faire passer la viabilité de leurs établissements avant la prospérité nationale. Leurs choix auront des conséquences non négligeables, non seulement sur l’accessibilité et la qualité des programmes (notamment dans les régions rurales où les pénuries de main-d’œuvre se font déjà sentir), mais aussi sur la capacité du pays à conserver ses meilleurs éléments.

  • ILes provinces, le gouvernement fédéral ou tous les ordres de gouvernement à la fois pourraient accroître les dépenses publiques en faveur des établissements postsecondaires.

    • Le financement pourrait être assujetti à tel ou tel critère ou à des retombées déterminées.

    • Au cours des discussions que nous avons menées à l’échelle du pays, l’idée a été émise qu’un nouveau mode de financement pourrait être envisagé par le gouvernement fédéral et le regroupement U15 des grandes universités de recherche canadiennes. Les interlocuteurs se sont demandé si le Canada pourrait octroyer une aide spéciale aux chercheurs qui travaillent dans des disciplines d’intérêt national, ce qui permettrait de redistribuer davantage de fonds provinciaux.

    • Cela dit, compte tenu du vieillissement de la population canadienne et des appels à financer en priorité les soins de santé et autres secteurs, il est peu probable que l’État suffise à engager les investissements  nécessaires.

  • AUne autre option consisterait à miser différemment sur les frais de scolarité. Si les établissements disposaient de davantage de souplesse en la matière, ils pourraient bénéficier d’une nouvelle source de revenus qui contribuerait à leur stabilité financière et les inciterait à mieux répondre aux préférences des étudiants et aux besoins du marché du travail.

    • Qui dit « plus de souplesse » dit « frais plus élevés » pour les étudiants mieux nantis. Afin que les autres puissent continuer de suivre les programmes, les provinces et le gouvernement fédéral devraient veiller au maintien des systèmes de soutien financier en place. Les établissements devraient peut-être aussi devoir affecter une partie de la manne que constituent les frais de scolarité à l’assistance accordée aux étudiants sous condition de ressources.

  • ISi les frais imposés aux étudiants étrangers doivent continuer de jouer un rôle clé dans le financement des établissements (comme cela a été le cas pour les collèges), le Canada devra fixer des objectifs plus durables, compte tenu de l’équilibre à trouver entre des flux migratoires répondant aux besoins en main-d’œuvre et la nécessité pour les établissements de planifier à long terme.

  • Une meilleure assise financière permettra aux établissements de jouer un rôle stratégique dans le cadre du virage économique national, en s’attaquant aux enjeux prioritaires. Ils seront davantage en mesure de le faire si leur mandat s’accorde mieux aux besoins des étudiants et des différents secteurs d’activité. Comme nous l’écrivions dans Une voie plus intelligente, « nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens ».

  • De loin, le système postsecondaire canadien semble très différencié. On y trouve des universités, des collèges, des instituts, des écoles polytechniques, des syndicats et des employeurs offrant des services d’apprentissage – sans compter, dans certaines provinces, d’autres types ou sous-types de prestataires.

  • Toutefois, certaines lignes de démarcation ne sont pas nettes. On reproche depuis longtemps au système d’avoir un penchant pour l’uniformisation et de privilégier le modèle universitaire.12 Cette inclination s’explique – au moins en partie – par la nécessité de générer des revenus à l’intérieur du cadre décrit plus haut.

    • L’augmentation récente du nombre de diplômes de baccalauréat offerts par les collèges et du nombre de maîtrises proposées illustre cette tendance.13

    • Les collèges canadiens ont coutume d’offrir des formations pratiques répondant aux besoins des entreprises, mais elles sont coûteuses – elles nécessitent souvent un équipement particulier et de petits effectifs. Un nouveau mode de financement pourrait permettre aux collèges d’en proposer davantage et de former des gens de tous âges, notamment les adultes qui doivent se recycler et les jeunes aspirant à exercer l’un de ces métiers spécialisés caractérisés par une pénurie persistante de main-d’œuvre.14

  • Au sein de l’univers général des collèges et des universités, les établissements devraient développer des thématiques qui feraient leur spécificité.

    • C’est la voie que suivent en partie le Lambton College, qui collabore avec l’industrie pétrochimique locale, et l’Université Royal Roads, lancée dans l’expérimentation des modèles d’apprentissage flexibles.

  • La transition économique du Canada va nécessiter de répondre rapidement aux besoins de formation de l’industrie et des collectivités ; ce sont autant de possibilités qui s’offrent aux établissements qui se seront fixé des mandats satisfaisant à cette exigence.

    • L’accélération des grands projets énergétiques, par exemple, exigera de combler les manques importants en compétences techniques qu’on observe dans les zones rurales et dans le nord du pays.

    • De même, les Forces armées canadiennes manquent de techniciens et de main-d’œuvre qualifiée dans le domaine de l’aviation, pour les opérations de recherche et sauvetage, etc.

    • Plus de 1 000 adultes canadiens ont été sondés récemment ; plus de la moitié pensent qu’ils pourraient utiliser efficacement les outils d’intelligence artificielle, mais moins du quart a suivi une formation dans ce domaine15. Les programmes de rehaussement des aptitudes des adultes ont donc tout à fait leur place.

  • En matière de frais de scolarité, une plus grande marge de manœuvre et un niveau de concurrence accru conduiraient naturellement les établissements à se différencier et se spécialiser davantage.

  • Le fait pour les planificateurs de disposer de meilleures données les aiderait à déterminer les possibilités de spécialisation et à les exploiter aussi stratégiquement que possible.

    • Comparé à d’autres pays, le Canada recueille peu d’information sur la manière dont son système d’éducation a fonctionné jusqu’ici – et encore moins sur les orientations qu’il faudrait lui donner.

    • De meilleures données permettraient par exemple aux établissements d’examiner si les caractéristiques socio-économiques des étudiants les rendent plus aptes à suivre tel programme plutôt que tel autre. En matière d’apprentissage continu, les établissements pourraient déterminer quel impact la complémentarité ou l’accumulation des formations suivies peut avoir sur le parcours de carrière, suivant le secteur d’activité considéré.

  • Ils peuvent redéfinir leur mandat de manière à développer des atouts uniques et à répondre à des besoins professionnels particuliers (par exemple en se concentrant sur les secteurs d’activité en jeu ou sur les caractéristiques socio-économiques des apprenants).

    • Le gouvernement fédéral prévoit de former de nouvelles alliances d’employeurs, de syndicats et de groupes d’industries qui s’appliqueraient à étoffer les compétences dans les « secteurs sous pression » (énergie, fabrication de pointe, etc.).

    • Les représentants des établissements postsecondaires devraient participer aux discussions et être prompts à proposer des programmes pertinents.16

  • Les gouvernements provinciaux devraient jouer le rôle de coordonnateurs en veillant à ce que les mandats des différents établissements se complètent et répondent aux besoins socio-économiques. Leurs mesures incitatives pousseraient les établissements à se spécialiser.

  • Le gouvernement fédéral inciterait les provinces à élaborer une réglementation qui conduirait à standardiser la collecte des données et à produire de l’information cohérente, à jour et détaillée qui permettrait d’analyser l’efficacité de chaque programme et de suivre les progrès de chaque étudiant.

  • Les programmes et les services des collèges et des universités doivent être davantage en phase avec les réalités professionnelles et avec les possibilités qu’offre le monde du travail aux diplômés.

  • À l’heure où l’IA se généralise et où chacun peut accéder à l’information, où qu’il se trouve, les modèles d’éducation traditionnels sont moins pertinents. Il nous faut repenser ce qu’apprennent les étudiants, comment ils se forment et comment ils témoignent de leurs acquis. Jusqu’ici, les enseignants ont toujours cherché à faire en sorte que les étudiants sachent répondre à des questions ardues. Nous devrions nous soucier tout autant de leur capacité à poser eux-mêmes des questions originales.

  • Cela fait déjà un certain temps que les aptitudes les plus recherchées par les employeurs sont la pensée analytique, la flexibilité et l’agilité.17

    • Les géants de l’industrie privilégient l’esprit d’entreprise, la communication et une connaissance élémentaire de la manière dont fonctionne une entreprise.

    • All programs should be helping students develop and hone these skills, which are best gained in dynamic learning contexts that weave in real-world scenarios, for Tous les programmes devraient aider les étudiants à acquérir et à affiner ces aptitudes, ce qui suppose idéalement un cadre d’apprentissage dynamique en prise sur le monde réel (projets concrets, stages, etc.)18

  • La demande en compétences technologiques (dans le domaine de l’IA et des mégadonnées, notamment) augmente très vite.19

    • Il faut que les programmes d’études postsecondaires canadiens produisent des diplômés qui maîtrisent la technologie et qui sachent quand et comment recourir à l’intelligence artificielle afin d’être plus productifs, tout en restant conscients de ses limites et des risques qui l’accompagnent.

  • Les établissements eux-mêmes doivent compter avec la technologie et l’IA.

    • Conscients du coût de l’inaction, tous les types d’organismes canadiens, gouvernementaux y compris20, se servent de l’intelligence artificielle pour faire des gains d’efficacité et mieux satisfaire les usagers.21

    • Les établissements postsecondaires emploient certains des meilleurs experts en technologie du pays. Ils devraient chercher beaucoup plus activement des façons d’intégrer les dernières technologies à leurs programmes et aux services connexes, afin d’optimiser l’efficience opérationnelle, la qualité des programmes et les conditions d’utilisation pour les étudiants.

    • D’autres pays donnent l’exemple : l’Arizona State University a mis au point, à l’intention des étudiants, des systèmes de soutien proactif qui reposent sur l’analytique prédictive22, et elle emploie l’IA pour aider les étudiants à faire des choix de carrière pertinents.23

  • La volatilité économique devient la norme ; les impératifs d’apprentissage continu aussi.

    • C’est un enjeu prioritaire pour le gouvernement fédéral et pour les provinces. Deux exemples parmi d’autres : le Canada va investir 450 millions de dollars au profit de la mise à niveau des aptitudes24 ; la nouvelle stratégie de l’Alberta en matière d’emploi cible les adultes qui se réorientent.25

  • Il faudrait offrir davantage de programmes aux adultes en milieu de carrière qui doivent se mettre à niveau ou suivre une formation d’appoint.

    • Les Canadiens dont l’emploi est menacé ont tendance à suivre des programmes de formation courts et axés sur la carrière – quand ils existent.26

    • Pour les adultes, l’intérêt d’un tel programme, c’est qu’il leur permettra de retrouver un emploi le plus rapidement possible, puisqu’ils peuvent faire valoir leur niveau de formation et leur expérience – or, ils ont souvent des enfants à élever et des factures à régler. Certains préfèrent apprendre à leur rythme et selon leur propre calendrier.

    • Les programmes axés sur les compétences ont le vent en poupe aux États-Unis mais sont encore rares au Canada. Les titres de compétences sont accordés en fonction de la maîtrise avérée des connaissances acquises et non d’après la durée d’inscription au programme.27

  • Repenser les contenus, les modes de prestation et d’évaluation ainsi que le rôle des formateurs, afin d’optimiser l’apprentissage tout en le mettant au goût du jour.

  • Veiller à ce que chaque programme offre des possibilités d’apprentissage pratique qui permettent d’étoffer les aptitudes transférables que sont la résolution de problème, la communication, la connaissance des technologies et l’esprit d’entreprise.

  • Mettre à profit la technologie et l’IA, par exemple :

    • En apprenant aux enseignants et au personnel à :

      • Eintégrer réellement l’IA au cadre d’apprentissage (on fait fausse route en imposant des examens sur papier pour éviter aux « tricheurs » de recourir à l’IA) ;

      • déterminer comment l’IA peut alléger leurs tâches.

    • En offrant des possibilités d’apprentissage optimisé par la technologie (formation à distance ou hybride, simulations…) et des services de soutien à l’avenant.

  • En matière d’apprentissage continu, répondre aux besoins des apprenants en présentant les titres de compétences comme des étapes à atteindre et non comme des fins en soi.

    • Sachant que les intéressés retourneront se former plusieurs fois dans leur vie, il faut rendre cet exercice aussi facile et gratifiant que possible ; pour cela, on pourrait essayer de nouveaux modèles et, par exemple, tâter de la formation axée sur les compétences.

  • Pour se moderniser et mieux répondre aux besoins, les établissements ont besoin de plus de flexibilité.

  • Sur le plan extérieur, les autorités réglementaires et les politiques générales, souvent restrictives à l’excès, ne facilitent pas les changements réclamés ci-dessus. Le modèle de financement de l’Ontario, par exemple, dissuade les collèges de concevoir des programmes pouvant être suivis à temps partiel et qui, pour cette raison, intéresseraient les adultes qui doivent se mettre à niveau28. Dans l’ensemble du Canada, les cadres de qualification et de certification fondés sur le nombre d’heures de formation n’incitent pas les établissements à expérimenter des programmes que chacun peut suivre à son rythme (nous pensons, là encore, aux formations axées sur les compétences).

  • Sur le plan interne, l’aversion pour le risque, la fragmentation des cadres de gouvernance et les conventions collectives contraignantes (et privilégiant souvent l’ancienneté) peuvent empêcher les dirigeants de prendre les mesures qui s’imposent.

    • The processes involved with developing programs, revamping them or shutting them down to evolve in step with the world outside institutional walls are all very much informed (and paced) according to the structures inside those walls.

A roundtable participant captured the situation well:

« [Les dirigeants des établissements] sont appelés à les gérer comme s’il s’agissait d’une entreprise, mais ils sont encore soumis à un cadre juridique et réglementaire conçu pour des organismes de service public. L’inadéquation est flagrante.

Quelqu’un d’autre contrôle 80 % des revenus et 85 % des dépenses, deux conseils d’administration et quatre groupes de parties prenantes pensent chacun être l’actionnaire majoritaire, mais aucun ne l’est. De plus, l’établissement est assujetti à plus de 200 dispositions législatives. Les entreprises, elles, suivent des cycles hebdomadaires. Il n’est pas étonnant qu’elles n’aient plus confiance en nous. Nous frisons l’obsolescence, non pas en raison de notre incapacité, mais à cause de contraintes structurelles. »

  • Les gouvernements provinciaux pourraient inviter les directions d’établissement postsecondaire à les aider à cerner et à lever les obstacles réglementaires, par exemple en examinant de quelle façon les organismes de réglementation des professions favorisent ou limitent la capacité d’adaptation.

  • De concert avec les syndicats, les directions pourraient revoir les conventions collectives et les politiques de gouvernance ou de gestion des ressources humaines, en visant un meilleur équilibre entre protection des emplois et viabilité de l’établissement. L’expérience et l’expertise des syndicats permettraient de cerner de nouveaux besoins, liés par exemple à la modernisation des tâches et des méthodes d’enseignement.

  • Les différents ordres de gouvernement, les établissements postsecondaires et le secteur privé doivent s’attacher davantage à faire en sorte que le secteur de la recherche contribue à la prospérité nationale en faisant profiter les collectivités et les entreprises d’innovations tombant à point.

  • Par rapport à d’autres pays développés (les États-Unis et le Japon, notamment) ou à la moyenne de l’OCDE, les dépenses engagées par le Canada en matière de recherche et d’innovation demeurent constamment faibles.29

    • Le profil de notre secteur privé l’explique en grande partie ; il compte surtout des PME dont les budgets de recherche sont inexistants30 et des succursales de sociétés multinationales dont les sièges sociaux, établis dans d’autres pays, ont les moyens de miser sur l’innovation.

  • Par contre, les établissements postsecondaires canadiens financent généreusement la recherche, comparativement à leurs homologues étrangers31 En fait, ce sont principalement eux qui supportent le fardeau ; compte tenu des enjeux, l’effort pourrait être orienté de manière plus stratégique.

  • Traditionnellement, la réussite des recherches menées dans le secteur postsecondaire est mesurée en fonction du nombre de publications et de citations;32 or, les subventions gouvernementales encouragent souvent (bien qu’involontairement) l’approfondissement d’idées similaires et les changements incrémentiels.

  • Les études s’achèvent souvent par la phase de formulation des concepts ; nos chercheurs étant peu incités à déposer des brevets ou à viser la mise en marché, les innovations prometteuses et leurs promoteurs s’en vont ailleurs, par exemple dans la Silicon Valley.

  • Pour beaucoup d’établissements (et pour leurs unités internes), il faudra, pour promouvoir l’innovation et faire en sorte que les chercheurs dépassent l’étape de l’idéation, se réorienter (ne pas se contenter d’explorer, mais contribuer à l’atteinte des grands objectifs) et faire preuve d’ouverture, afin de conclure des contrats de recherche avec des partenaires de l’industrie pour qui les dates repères et les livrables doivent être fixés clairement.

  • Cela ne veut pas dire que la recherche fondamentale doit être négligée. Si tel était le cas, les travaux qui ont valu le prix Nobel à Geoffrey Hinton33 ou Arthur McDonald34 n’auraient pas été possibles. Les recherches à mission bien définie doivent toutefois être davantage prises en considération.

  • Repenser les subventions fédérales en faveur des travaux qui débouchent sur des brevets ou promeuvent les priorités nationales.

  • Axer les stratégies de recherche des établissements (dans le cadre de la refonte des mandats) sur des branches d’activité précises ou des priorités collectives (santé, défense nationale, sécurité alimentaire…).

  • Faire en sorte que les processus d’affectation et de promotion récompensent l’innovation et les retombées pour la collectivité.

  • Essayer de nouvelles approches et d’autres modes de collaboration (les engagements de dépenses en faveur de la défense nationale ouvrent par exemple bien des perspectives). Un nouveau bureau de recherche, d’études et de leadership évolué en innovation et en sciences (BOREALIS, pour « Bureau of Research, Engineering and Advanced Leadership in Innovation and Science ») pourrait miser sur les atouts des établissements et des entreprises pour stimuler l’innovation, tout comme le font l’Advance Research and Invention Agency (ARIA) au Royaume-Uni et la Defence Advanced Research Projects Agency (DARPA) aux États-Unis, qui financent toutes deux des projets à haut risque et à rendement élevé, indépendamment des contraintes politiques habituelles et des processus universitaires.

  • Faire participer davantage les entreprises au financement des contrats de recherche.

Le Canada a besoin de son secteur postsecondaire pour produire les aptitudes et l’innovation que réclame la transformation de son économie. Pour cela, de nouveaux modes de financement s’imposent, ainsi que, probablement, le soutien du public. La modernisation que nous venons d’évoquer aidera le secteur à obtenir l’acceptabilité sociale.

Seulement, le fardeau ne doit pas reposer uniquement sur les établissements et sur les décideurs politiques.

S’ils veulent profiter de ladite modernisation, les employeurs doivent être prêts à se mobiliser eux aussi, en fournissant de l’information sur les possibilités d’emploi et les aptitudes recherchées, en participant à la conception des programmes de formation et à l’évaluation des compétences, en imaginant des cadres d’apprentissage intégré au travail et en finançant la recherche et l’innovation.

Les enseignants du primaire et du secondaire ont également un rôle à jouer. Il est temps que les conseillers d’orientation abandonnent la notion dépassée que les métiers qualifiés ont moins de valeur que les diplômes universitaires, et même que les diplômes sont une fin en soi.

Le rehaussement des aptitudes n’est plus facultatif. Il doit être considéré et présenté (à tous les niveaux du système d’éducation et sur le marché du travail) comme la nouvelle clé du succès.

Télécharger le rapport

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➔ Le plan canadien pour les batteries de véhicules électriques passe à la vitesse supérieure

➔ L’ère des avions à réaction électriques prend son envol à l’aéroport Billy Bishop

➔ Comment déconcerter les scientifiques

La vision canadienne en matière de batteries pour véhicules électriques prend forme. PowerCo, la filiale canadienne de Volkswagen spécialisée dans les batteries, poursuit la construction de sa giga-usine à St. Thomas, en Ontario, avec deux contrats de construction. L’usine devrait entrer en production en 2027. Mais il ne s’agit pas simplement d’un jalon important sur le plan des travaux de construction : c’est le signe que le pari risqué du Canada sur les chaînes d’approvisionnement des véhicules électriques se concrétise malgré les querelles tarifaires et l’incertitude de la demande. Pour Ottawa et l’Ontario, le véritable défi sera de savoir si cela permettra au Canada de s’implanter dans la chaîne d’approvisionnement en batteries en pleine évolution d’Amérique du Nord.

Les ambitions énergétiques se heurtent à la durabilité. La proposition de l’Ontario de relier les ressources pétrolières et gazières de l’Alberta et de la Saskatchewan aux raffineries situées dans le sud de l’Ontario et aux ports maritimes, y compris un nouveau port en eau profonde sur la côte de la baie James, se heurte à la résistance des Autochtones. Leur principale préoccupation se résume très simplement : ils se sentent « invisibles ». L’organisme Indigenous Resource Network (IRN) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) s’inquiète également du fait qu’ils soient considérés comme un obstacle au développement des projets, alors qu’en réalité « ils font partie de la solution », fait remarquer l’IRN. Il s’agira d’un défi récurrent alors que les gouvernements canadiens cherchent à accélérer la mise en œuvre des projets. Le Canada devra obtenir l’adhésion des groupes autochtones pour éviter tout retard dans la réalisation des projets.

Les scientifiques sont déconcertés. Le département américain de l’Énergie (DoE) a stupéfié le monde universitaire spécialisé dans les questions climatiques en publiant un nouveau rapport (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) qui laisse entendre que « le réchauffement induit par le CO2 pourrait être moins dommageable sur le plan économique qu’on ne le croit généralement ». Voilà de quoi déconcerter la communauté scientifique. Si plusieurs sites Web, dont Nature (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) et Carbon Brief (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), ont publié des réponses cinglantes, le nouveau rapport du DoE remet en question les idées reçues sur le climat. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies réagira-t-il promptement en publiant une réfutation ? Son prochain rapport d’évaluation (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) n’est pas prévu avant la mi-2028.

Le projet Ksi Lisims LNG est prêt à se retrouver sous le feu des projecteurs. Soutenu par les populations autochtones, ce projet d’exportation de gaz naturel attend une ordonnance du gouvernement de la Colombie-Britannique concernant l’évaluation environnementale (EE) qui pourrait lui permettre d’aller de l’avant. Les ministres de l’Environnement et des Parcs et de l’Énergie de la province doivent se prononcer d’ici le 7 septembre.

Voici comment le projet pourrait avoir une incidence sur l’économie, les émissions et l’énergie du Canada :

Qui en est à l’origine : la nation Nisga’a, une Première Nation autonome de la côte Pacifique. La société Western LNG, soutenue par une filiale du géant de l’investissement Blackstone Inc., est un partenaire.

Emplacement : juste à côté de la frontière américaine, sur l’île Pearse.

Échéancier : comme l’évaluation environnementale devait être produite au quatrième trimestre de 2024 (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), l’échéancier accuse déjà un certain retard. Dans la demande initiale, les travaux de construction devaient se dérouler entre le deuxième trimestre de 2025 et le quatrième trimestre de 2027, la phase d’exploitation débutant en 2028 (au moins jusqu’en 2058).

Description du projet : deux installations flottantes de GNL, chacune dotée d’unités de traitement de liquéfaction. Une fois achevé, le projet permettra de traiter jusqu’à deux milliards de pieds cubes par jour et d’exporter environ 12 millions de tonnes par an de GNL.

Qui s’y oppose : le projet se heurte à l’opposition de plusieurs groupes environnementaux et autochtones, notamment les chefs héréditaires Gitanyow (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) et la bande Lax Kw’alaams.

Infrastructure connexe : un certificat environnemental a été délivré pour le projet Prince Rupert Gas Transmission (PRGT) de 780 kilomètres, que la nation Nisga’a et la société Western ont racheté à TC Energy en 2024. Si le projet PRGT vous dit quelque chose, c’est parce qu’il s’agissait du principal conduit du défunt projet de GNL proposé en 2014 par le géant énergétique malaisien Petronas. Il avait déjà été approuvé (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) à l’époque, et des modifications ont été apportées en juillet pour répondre à de nouvelles préoccupations environnementales.

Qu’en est-il des émissions du projet ? Le projet devrait être zéro émission nette d’ici 2030, sous réserve d’un accord sur l’électricité avec la société BC Hydro. Les promoteurs du projet affirment qu’il contribuerait à hauteur de 0,02 % des émissions de la Colombie-Britannique et de 0,002 % des émissions totales du Canada.

Est-ce une bonne chose ? Le projet affirme offrir une intensité d’émissions « du puits au port » inférieure à celle des projets de la côte américaine du golfe du Mexique (inférieur de 0,76 à 1,19 tonne de carbone/tonne de GNL). À pleine production, Ksi Lisims LNG émettrait 9 à 14 millions de tonnes d’équivalent CO2 de moins par an qu’un projet de terminal sur la côte américaine du golfe du Mexique.

Est-ce l’avenir de l’aviation électrique ?

Shaz Merwat, responsable principal, Énergie, Leadership avisé RBC, était présent la semaine dernière sur la piste de l’aéroport Billy Bishop de Toronto lorsque la société Beta Technologies a dévoilé le Alia CX300, un avion entièrement électrique. Cet avion à décollage et atterrissage conventionnels peut être configuré pour le transport de passagers ou de marchandises. Voici quelques-unes de ses caractéristiques intéressantes :

  • Capacité en passagers : 5 passagers

  • Capacité de fret : 1 250 livres de fret

  • Autonomie maximale démontrée : 336 milles marins (soit de Toronto à Sarnia, ou de Calgary à la région d’Okanagan)

  • Vitesse maximale : 280 km/h (le Cessna 172 peut atteindre 344 km/h).

  • Temps de recharge : < 1 heure

  • Coût énergétique : 18 $ par heure de vol (Cessna 208 : 347 $ par heure de vol)

  • Émissions : au moins 75 % d’émissions en moins par rapport à un petit avion conventionnel

  • Utilisations : transport de marchandises sur de courtes distances et déplacements d’affaires

Le CX300 photographié ci-dessus est la version cargo. Quatrième appareil à sortir de la chaîne de production, il est destiné à Air New Zealand. La compagnie aérienne utilisera cet avion pour ses liaisons cargo régionales.

Si Billy Bishop est sans doute déjà l’un des aéroports les plus durables d’Amérique du Nord, il est en voie d’électrifier entièrement sa flotte de véhicules, y compris les navettes, les véhicules au sol, les remorques, etc.

Pour en apprendre plus sur la décarbonation de l’aviation, écoutez l’épisode du balado Les innovateurs (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de RBC portant sur le sujet avec Angela Avery, vice-présidente exécutive et directrice des ressources humaines, de l’entreprise et du développement durable, groupe WestJet, et Geoff Tauvette, directeur général, Conseil canadien des carburants d’aviation durables (C-SAF) : http://spr.ly/6043faYxZ (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Le Canada transforme son climat froid en avantage. Ottawa a récemment injecté la somme de 2,5 millions de dollars dans la technologie de capture directe dans l’air (CDA) de la société TerraFixing (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), qui vise à extraire le CO₂ dans les zones hivernales reculées où les basses températures rehaussent en fait l’efficacité. C’est une façon inventive de transformer les hivers canadiens en avantage. Si TerraFixing parvient à démontrer que la technologie de CDA par temps froid fonctionne à grande échelle, cela pourrait donner au Canada un avantage dans la course mondiale menant à la capture du carbone.

Une nouvelle approche inspirée de la « fiction climatique » des conditions météorologiques extrêmes. Helm, de Sarah Hall, est le dernier roman dans le nouveau genre de la fiction climatique qui allie les « principes atmosphériques » aux contes populaires pour brosser un tableau de la relation qu’entretiennent les humains avec la nature. Pendant ce temps, l’écologiste Bill McKibben, qui a jadis écrit un livre au titre sinistre, The End of Nature, nous propose cette fois un ouvrage étonnamment optimiste intitulé Here Comes the Sun: A Last Chance for the Climate and a Fresh Chance for Civilization.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Alors que le monde subit les droits de douane, une nouvelle redevance plane sur les frontières internationales : des droits de douane carbone sur les importations.

L’UE a lancé son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) en 2023 ; le gouvernement de Mark Carney envisage des ajustements carbone à la frontière pour uniformiser les règles du jeu entre l’industrie énergétique et lourde du pays et la concurrence étrangère ; et aux États-Unis, une poignée de projets de loi aux niveaux fédéral et étatique proposent d’imposer des frais sur les importations assujetties à des exigences de conformité aux politiques climatiques moins strictes.

Le concept de droits carbone aux frontières est simple : il s’agit de s’assurer que les fabricants, disons de Montréal ou de Berlin, qui dépensent de l’argent et font des efforts pour adhérer aux politiques carbone contraignantes de leur pays ne sont pas désavantagés par rapport à leurs concurrents qui profitent de politiques climatiques plus accommodantes dans leur territoire. Combinés, une politique carbone nationale et des droits carbone à la frontière constituent un double coup qui force les concurrents étrangers à rehausser leurs normes environnementales, et fait en sorte que les industries canadiennes ne sont pas indûment pénalisées par la mise en œuvre de stratégies de décarbonation. On peut ainsi imaginer Ottawa imposer une taxe sur l’acier chinois produit au charbon pour veiller à ce qu’il ne soit pas injustement avantagé par rapport à l’acier canadien, fabriqué au moyen de fours électriques à faible intensité de carbone, mais à forte intensité de capital.

Des droits carbone à la frontière serait certes un prolongement naturel de la politique carbone canadienne dans le secteur industriel, mais leur mise en œuvre est compliquée. Tout d’abord, cela risque d’envenimer la relation déjà tendue entre Ottawa et l’administration Trump, qui s’est attaquée aux politiques climatiques.

La politique carbone canadienne évolue elle aussi. Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a aboli la redevance sur les combustibles, connue sous le nom de taxe sur le carbone. Peu de temps après, la Colombie-Britannique lui a emboîté le pas, elle qui disposait de l’un des systèmes de tarification des émissions les plus anciens et les plus stables au monde. Au cours de la dernière année, les décideurs canadiens ont vacillé au sujet de la tarification carbone dans le secteur industriel : le Québec et la Colombie-Britannique se sont engagés à maintenir la tarification carbone, tandis que l’Alberta a gelé la sienne à 95 $/t d’éq. CO2 plus tôt cette année et que la Saskatchewan a supprimé son système de tarification carbone dans le secteur industriel.

La politique carbone canadienne dans le secteur industriel a connu un succès inégal jusqu’à présent : elle a contribué au financement de projets d’énergie renouvelable, mais a eu peu d’incidence directe sur la réduction des émissions. Alors que le gouvernement fédéral et certaines autorités provinciales cherchent à revoir leur stratégie de tarification du carbone dans le secteur industriel, ils devront également tenir compte de l’évolution des tendances des échanges commerciaux, des priorités économiques mondiales et de la compétitivité des industries canadiennes.

Le Canada fait partie des quelque 40 pays qui ont mis en place une version de la tarification carbone, qui vise 28 % des émissions mondiales.1 Plusieurs d’entre eux étudient actuellement ou font progresser des systèmes nationaux de tarification carbone en réponse au MACF de l’Union européenne :

  • Des pays émergents, tels que l’Inde, la Turquie et le Brésil adoptent des mécanismes nationaux de tarification carbone pour s’assurer que leurs exportations sont conformes aux règles de l’UE.

  • Le Royaume-Uni est en train de lier son marché du carbone à celui de l’UE afin d’uniformiser sa politique climatique en collaboration avec l’espace économique.

  • La Chine a récemment élargi l’application de sa tarification carbone afin d’inclure les émissions provenant des secteurs du ciment, de l’acier et de l’aluminium.

  • Dans le cadre de son plan de transformation verte (GX), le Japon regroupera ses systèmes de tarification carbone en un seul marché à compter du début de 2026.

La tarification carbone n’est toutefois pas encore uniforme. Les systèmes d’échange de droits d’émission, qui sont les systèmes de tarification carbone les plus courants, reposent sur les signaux du marché pour déterminer la voie à suivre pour réduire les émissions. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, divers territoires évaluent leurs profils d’émission sectoriels, leur potentiel de réduction des émissions et les coûts, ce qui entraîne d’importantes divergences dans la tarification carbone.

Des écarts importants subsistent dans la tarification du carbone à l'échelle mondiale

The U.S.’s Border Carbon Policy Proposals

La Foreign Pollution Fee Act est en voie d’être adoptée par le Sénat américain. Cette politique vise à imposer des droits de douane élevés sur les importations à forte intensité de carbone, principalement de la Chine et de la Russie. Le Canada pourrait aussi cependant y être soumis et se voir imposer des droits de douane de 17 % à 33 % sur ses exportations industrielles vers les États-Unis.2

Les décideurs américains cherchent également à protéger leurs industries intérieures au moyen d’une série d’autres propositions de politiques carbone. Par exemple :

  • La FAIR Transition and Competition Act visait à s’assurer que les entreprises américaines ne se font pas couper l’herbe sous le pied par des importateurs non réglementés en imposant un ajustement carbone à la frontière sur les importations à forte intensité de carbone.

  • La U.S. Clean Competition Act imposerait une taxe carbone de 55 $ US par tonne aux producteurs américains et les protégerait contre les importations grâce à des ajustements à la frontière.

  • La PROVE IT Act, si elle est adoptée, facilitera la collecte de données sur l’intensité des émissions des industries énergivores auprès des principaux partenaires commerciaux, afin d’assurer la transparence mondiale sur les émissions de carbone. Elle était considérée comme un précurseur de la Foreign Pollution Fee Act.

Cette dernière, proposée de nouveau le 8 avril 2025 par les sénateurs républicains Bill Cassidy et Lindsey Graham, semble la plus détaillée. La structure permet d’éviter la taxe nationale sur le carbone, et crée une relation linéaire entre la redevance imposée aux importateurs et l’écart d’intensité de leurs émissions. Il est peu probable que le projet de loi soit adopté, mais il est considéré comme une autre forme de protectionnisme déguisé en politiques de lutte contre les changements climatiques.

Les différentes nuances des systèmes de tarification du carbone à l'échelle mondiale.

L’Alberta et le Québec ont donné le coup d’envoi à la tarification carbone au Canada en 2007, en utilisant deux modes d’imposition des redevances sur le carbone à leurs grands émetteurs industriels. Aujourd’hui, au Canada, divers systèmes de tarification carbone fédéral et provinciaux s’appliquent à divers secteurs, dont l’énergie, l’industrie, l’exploitation minière et l’extraction, et visent près de la moitié des émissions totales du pays.

À quelques exceptions près, le système d’échange de droits d’émission est le mécanisme de tarification carbone que le Canada privilégie. Son fonctionnement repose sur l’établissement de plafonds d’émission pour les entreprises, selon des références de rendement des émissions de gaz à effet de serre. Les entreprises qui émettent des émissions supérieures aux références achètent des permis d’autres entreprises dont les émissions sont inférieures au niveau prescrit. La politique vise à encourager les investissements dans les technologies à faibles émissions de carbone, qui augmenteraient l’avantage concurrentiel du Canada.

Le système a encouragé des flux de capitaux vers des projets durables : des projets de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), d’énergie éolienne, d’énergie solaire et de bioénergie d’une valeur de plus de 80 milliards de dollars étaient en voie de démarrage ou à l’étude et sur le point de tirer profit des revenus tirés des crédits de carbone, selon l’Inventaire des grands projets en 2024.3 De même, Emissions Reduction Alberta, mise sur pied grâce à la tarification carbone industrielle de la province, a contribué à la mise en œuvre de plus de 300 projets de technologies propres, évalués à plus de 10 milliards de dollars.4

Lorsque l’on établit des références de rendement, la tarification carbone ne vise pas toutes les émissions, car seules celles qui dépassent les plafonds d’émissions sont prises en compte. Selon la dernière estimation de L’Institut climatique du Canada, le coût moyen au pays, après ajustement en fonction des plafonds d’émissions, s’est établi à 10 $ la tonne d’équivalent dioxyde de carbone (t d’éq. CO2) en 2024, soit une fraction du prix global du carbone de 80 $.5 Cela contribue à limiter les fuites carbone (c.-à-d., les fabricants qui se déplacent vers des territoires où la conformité est moins stricte).

Incidence sur la réduction des émissions

La tarification carbone réduit les émissions, tout en n’ayant qu’un impact limité, voire nul, sur l’économie, selon plusieurs études. La réduction des émissions demeure toutefois relativement modeste ; jusqu’à 2 % par an en moyenne au sein de divers pays qui appliquent la tarification carbone, y compris le Canada.6 Pour que le Canada atteigne ses objectifs climatiques d’ici 2030, les émissions devront diminuer de 6 % chaque année, comme le prévoit son engagement à l’égard des Nations Unies à atteindre la contribution déterminée au niveau national (CDN).

L’impact sur les émissions a été modéré au cours des deux dernières décennies pour une raison : les prix du carbone ont été maintenus bas, car la plupart des technologies propres en sont à leurs balbutiements, donc à un stade précoce de leur adoption et à des coûts élevés. Cela change lentement, car l’énergie solaire et l’énergie éolienne deviennent concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles, et les véhicules électriques devraient atteindre le même prix que les voitures classiques à essence : les VE sont moins chers que les véhicules à essence en Chine par exemple. Les capacités de capture du carbone ont doublé à l’échelle mondiale au cours des dix dernières années.

Des écarts importants entre la tarification carbone du Canada et celle de ses partenaires commerciaux peuvent nuire à la compétitivité du pays en période de bouleversements structurels d’envergure mondiale.

Dans l’ensemble, près du cinquième des importations et exportations canadiennes est lié à des territoires exempts de tarification carbone. Aux États-Unis, où la politique varie d’un État à l’autre, le prix moyen du carbone s’établit à seulement 6 $ US la tonne, après ajustement des échanges commerciaux entre les deux pays au niveau étatique.

Voici ce que le Canada devrait surveiller pour maintenir sa compétitivité mondiale dans un contexte de fragmentation des politiques commerciales et climatiques :

  • Diversification des partenaires commerciaux : La tâche ne sera pas aisée, car 75 % des biens sont destinés aux États-Unis. Toutefois, près d’un tiers des catégories d’exportations canadiennes sont plus diversifiés ; même les exportations de pétrole et de gaz trouvent de nouveaux clients en Asie depuis l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et la mise sur pied de LNG Canada. En dehors des États-Unis, le gain de popularité mondiale des produits conformes aux normes climatiques pourrait donner une longueur d’avance au Canada. Par exemple, l’évolution de la politique de tarification carbone au Japon favorise des sources de combustibles plus propres.

  • Favorisation d’une politique prévisible : L’accès au capital a été le principal défi à relever par les entreprises dans le cadre de leurs objectifs de réduction des émissions, comme nous l’avons mentionné dans notre rapport Action climatique 2025. Les investissements à grande échelle dans le développement de technologies à faibles émissions de carbone nécessitent des signaux forts et stables pour que le risque soit réduit et que les capitaux puissent affluer. La certitude politique pourrait faciliter les apports de capitaux au Canada.

  • Rationalisation des systèmes provinciaux : Réduire les obstacles et les inefficiences pourrait contribuer à atténuer le risque des investissements. Les entreprises qui mènent des activités dans plusieurs territoires sont confrontées à diverses règles, à des niveaux de prix variables et ont peu ou pas de possibilité de transférer des crédits entre leurs installations. Nous avons déjà mentionné que l’harmonisation des marchés fragmentés pourrait offrir un potentiel d’essor économique considérable. L’élimination des barrières commerciales interprovinciales pourrait améliorer l’accès aux marchés et la liquidité.

  • Méfiez-vous de la susceptibilité des États-Unis : Concilier les différences de la politique carbone avec celle des États-Unis – où moins d’un dixième des émissions totales sont tarifées et à un taux beaucoup plus faible – sera éventuellement nécessaire. Étant donné que 80 % de la production canadienne de pétrole, 90 % de l’aluminium, environ la moitié de l’acier et un tiers du ciment sont expédiés aux États-Unis, Ottawa doit garder à l’esprit la façon dont les États-Unis réagissent aux modifications de nos politiques. Pour certains secteurs, comme celui des sables bitumineux, la conformité aux obligations d’émissions coûte environ 1 $ par baril, et moins de 0,50 $ si la compensation carbone est utilisée. Cela limite les préoccupations au chapitre de la compétitivité. Toutefois, d’autres secteurs déjà assujettis à des droits de douane et à des marges bénéficiaires beaucoup plus minces pourraient avoir besoin de plus de soutien.

  • Irritants commerciaux avec les É.-U. à double tranchant : Élargir l’application de la tarification carbone aux importations par l’intermédiaire d’ajustements carbone à la frontière revient effectivement à imposer des droits de douane. Le Canada étant déjà en porte-à-faux avec son plus grand partenaire commercial, toute tentative visant à uniformiser les règles du jeu avec les entreprises américaines pourrait être perçue comme une intensification des tensions commerciales.

  • Réduction de la complexité administrative : De la déclaration à la vérification, les ajustements carbone à la frontière s’avèrent une tâche administrative ardue, d’autant plus que les prix, la couverture et les références varient d’une province à l’autre. C’est une raison de plus de poursuivre l’harmonisation, comme nous l’avons mentionné auparavant. L’UE a exclu les PME et les importateurs individuels du MACF pour éviter la complexité réglementaire et réduire leurs coûts. Le Canada devrait aussi viser des règles simples.

  • Attention aux conséquences imprévues : Les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux représentent seulement 5 % du PIB du Canada. Cependant, les biens qu’ils produisent sont acheminés vers tout un éventail de secteurs en aval. Concrètement, les ajustements carbone à la frontière pourraient avoir un effet domino sur les chaînes logistiques. Par exemple, la hausse du coût des importations d’acier pourrait à la fois protéger la production nationale, mais faire grimper le coût des constructeurs automobiles et des entreprises de construction, entre autres, selon les estimations de la Banque du Canada.7

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Cet automne, le gouvernement fédéral lancera le programme Maisons Canada, avec un objectif ambitieux : doubler le rythme actuel de la construction au Canada pour atteindre près de 500 000 nouvelles habitations par année.

Voici six éléments essentiels à la réussite de ce programme dans la lutte contre la crise du logement au pays :

Les progrès du programme Maisons Canada dépendront de deux éléments essentiels : une entente concertée autour du problème et la précision de la notion d’« accessibilité ».

En août, Logement, Infrastructure et collectivités Canada (LICC) a publié un « guide de sondage du marché » afin de mobiliser les parties prenantes du secteur. Même s’il contient des indices révélateurs, le texte n’aborde pas le problème de logement précis que Maisons Canada cherche à résoudre. Cette ambiguïté laisse place à l’interprétation et peut donner lieu à des attentes incohérentes de la part des différents auditoires dont on sollicite les commentaires.

De plus, l’accessibilité à la propriété dépend de divers facteurs, dont le revenu et l’emplacement. La question demeure : le programme Maisons Canada privilégiera-t-il la construction et le financement de logements sociaux dits « abordables », ou sa mission couvrira-t-elle un champ d’action beaucoup plus vaste ? Il faudra absolument se concentrer sur les résultats spécifiquement prévus, car l’accessibilité pour les personnes dont les besoins ne sont pas comblés par le marché exige une variété d’approches qui ne concernent pas l’ensemble des Canadiens.

La mise en œuvre du programme se fera en invitant les parties prenantes du secteur de l’habitation à travailler ensemble dans un véritable partenariat. Tous les ordres de gouvernement – fédéral, provincial et municipal – doivent travailler ensemble pour harmoniser les leviers du financement et de la réglementation. Pour ce faire, il faudra établir clairement la participation de Maisons Canada à la construction de nouveaux logements ; cette participation sera coordonnée avec d’autres efforts déployés par l’ensemble du gouvernement, notamment dans le cadre d’un programme de logements plus vaste à l’échelle fédérale.

Le partenariat doit également s’étendre au-delà du cadre du gouvernement. Un défi important doit être relevé : rassembler les principaux acteurs des secteurs privé, public et associatif en vue d’élaborer une feuille de route explicite, et ce, à brève échéance. Il est tout aussi important de collaborer avec des partenaires autochtones, à titre de titulaires de droits, pour faire face aux énormes défis en matière de logement auxquels sont confrontés les peuples des Premières nations, à l’intérieur ou à l’extérieur des réserves. En théorie, Maisons Canada pourrait être une solide plateforme pour une action conjointe, mais dans la pratique, les résultats seront déterminés par l’efficacité des partenariats. 

Le cadre de la politique du Canada en matière d’habitation est déjà complexe, et les multiples organismes, ministères et agences du gouvernement jouent un rôle important. Au gouvernement fédéral, un ministère (LICC) et deux sociétés d’État (Société canadienne d’hypothèques et de logement [SCHL] et Société immobilière du Canada) sont profondément intégrés au niveau de la conception et de la mise en œuvre des politiques et programmes en matière de logement. Pour être efficace, le gouvernement fédéral doit expliquer clairement de quelle façon Maisons Canada viendra épauler (et non pas concurrencer) les organismes établis ayant une grande expertise institutionnelle ; le programme devra aussi coordonner efficacement ses politiques de logement avec d’autres secteurs et domaines de compétences pertinents, notamment l’immigration, les infrastructures et l’environnement.

La création d’un organisme fédéral exige l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles structures de gouvernance, de nouveaux employés et de nouveaux systèmes de responsabilité et de surveillance, avant même que les premières unités soutenues par Maisons Canada ne soient créées. En agissant trop rapidement, vous risquez de créer une structure redondante qui manquera de ressources et qui s’intégrera mal au contexte actuel. En même temps, les coûts associés à la création d’un nouvel organisme sont importants, d’où la question de savoir s’il serait plus judicieux d’affecter les ressources à des structures existantes. Bien qu’il doive agir avec célérité pour améliorer l’accessibilité au logement, le gouvernement doit faire preuve de transparence quant aux réalisations possibles et aux échéanciers. C’est ainsi qu’il établira un climat de confiance.

Au cœur des objectifs de Maisons Canada, on trouve un dilemme fondamental : comment construire rapidement et massivement, tout en mettant au point des techniques novatrices et en améliorant la productivité. Pour livrer rapidement un grand nombre de logements neufs, il faut connaître les leviers à actionner et savoir prioriser les approches traditionnelles qui optimisent les chantiers. Il sera également important d’indiquer les progrès réalisés avec des technologies éprouvées, mais moins utilisées, comme les constructions modulaires et préfabriquées, tout en mettant à l’essai d’autres méthodes, matériaux ou outils financiers moins connus.

La capacité, les compétences et la demande seront également des facteurs clés dans l’ensemble des régions. À quoi ressembleront les améliorations axées sur l’innovation à Whitehorse par rapport à Winnipeg ? Dans l’ensemble, le but de Maisons Canada sera de vérifier s’il est possible d’adapter ce qui fonctionne déjà tout en faisant des essais en parallèle, afin de réaliser des progrès rapides, adaptés aux particularités régionales.

La hausse du coût des matériaux importés en raison des droits de douane exerce des pressions sur les budgets et risque de retarder les projets, tandis que l’imprévisibilité des chaînes logistiques empêche l’industrie d’entreprendre des mises en chantier. Le guide de sondage du marché souligne qu’il est possible de prioriser les matériaux et les centres de production locaux, mais cela pourrait avoir une incidence sur les coûts et les échéanciers. Le gouvernement et le secteur de la construction devront composer avec ces pressions de façon stratégique pour offrir de façon soutenue des logements abordables et de grande qualité.

Le programme Maisons Canada offre des possibilités de meilleure coordination, d’innovation accrue et, en fin de compte, d’amélioration de l’accessibilité au logement pour les Canadiens. La réussite repose toutefois sur la capacité à réunir des partenaires en vue d’atteindre rapidement les objectifs ambitieux du programme, dans un contexte économique incertain. L’absence d’une entente claire sur les efforts de collaboration pourrait nuire à la confiance et aux résultats, ce qui soulèverait des difficultés encore plus grandes.

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Dans le numéro de cette semaine : Trois secteurs dans lesquels le Canada et le Mexique peuvent approfondir leurs liens, comment une idée intelligente peut aider à atténuer le problème chinois des producteurs de canola, et pourquoi ce sont les infrastructures, et non les politiques, qui pourraient nous freiner.

Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

Six mois après le début de la guerre commerciale déclenchée par le président Trump, alors qu’aucun accord n’est en vue, le Canada a de bonnes raisons d’approfondir son partenariat avec le Mexique. (Et, si l’on en juge par plusieurs déplacements récents vers le sud, les gouvernements fédéral (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) et albertain (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) sont d’accord.)

Bien qu’il s’agisse du troisième partenaire commercial du Canada, le Mexique représente moins de 4 % des échanges commerciaux mondiaux de marchandises du Canada, dont la majeure partie est constituée d’importations. En 2024, le Canada n’a expédié que pour 9 milliards de dollars de marchandises au Mexique, tandis qu’il a importé pour 47 milliards de dollars de marchandises mexicaines.

Que l’on ne s’y trompe pas : aucun pays ne saurait supplanter les États-Unis en termes d’importance commerciale pour le Canada. Mais nous percevons trois grands secteurs dans lesquels le Canada et le Mexique peuvent approfondir leurs liens.

  • Construire des ponts et des infrastructures. Les huit grands régimes de retraite canadiens, qui disposent au total de plus de 2 000 milliards de dollars d’actifs, comptent parmi les plus importants au monde et possèdent une expertise dans les grands projets d’infrastructure tels que les pipelines, les chemins de fer et les capacités portuaires. C’est exactement ce dont le Mexique a besoin : du capital patient et une expertise en matière de financement. Le capital canadien est une source d’influence financière qui pourrait être mise à profit pour faire progresser les intérêts géopolitiques et commerciaux et renforcer les liens commerciaux. L’investissement du Canadian Pacific Kansas City (CPKC) Rail dans le pont ferroviaire international Patrick J. Ottensmeyer, un projet de 100 millions de dollars lancé au début de l’année qui a recours à une technologie innovante pour améliorer la mobilité des marchandises sur le continent à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, en est un bon exemple.    

  • Stimuler le commerce bilatéral. Plusieurs des industries exportatrices (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) du Canada, notamment l’énergie, l’acier et l’aluminium, le cuivre, l’agroalimentaire, le bois d’œuvre résineux, les pâtes et papiers et les plastiques, font intervenir des produits importés (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de ce pays de 130 millions d’habitants. L’amélioration des flux commerciaux, garantie par l’actuel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), pourrait aider plusieurs de nos secteurs en difficulté à trouver une forme de soulagement.

  • Faire front commun au sujet de l’ACEUM. Si les États-Unis demeureront la pierre angulaire du commerce nord-américain, le Canada et le Mexique doivent se préparer à l’examen conjoint de l’ACEUM, officiellement prévu pour 2026, mais qui pourrait survenir plus tôt. Plutôt que de se laisser opposer l’un contre l’autre, comme le président Trump l’a fait avec succès jusqu’à présent, le Canada et le Mexique pourraient, grâce à une coordination diplomatique, affirmer les mécanismes du traité et garantir l’accès en franchise de droits aux marchandises conformes à l’ACEUM. Il importe de gérer les aspects que représentent les irritants commerciaux dans des secteurs spécifiques (comme la gestion de l’offre) et le transbordement des marchandises chinoises. Le commerce venant s’inscrire dans un cadre plus vaste qui englobe la sécurité des frontières, la défense, les infrastructures et l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement, les trois pays peuvent améliorer leur situation en approfondissant leur coopération et en garantissant un commerce équilibré et mutuellement avantageux au sein du bloc.

  • Les droits de douane imposés par la Chine sur les exportations canadiennes de graines de canola ont incité le gouvernement à limiter les importations d’huile végétale (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement). Le chef conservateur Pierre Poilievre exige également que le gouvernement Carney annule un prêt d’un milliard de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) consenti à BC Ferries pour l’achat de navires construits en Chine.

  • La Chine a également intenté une action en justice contre les restrictions à l’importation (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) d’acier imposées par le Canada.

  • Le gouvernement de l’Ontario met en place un programme de prêts d’urgence (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) d’un milliard de dollars destiné aux entreprises admissibles des secteurs de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile touchés par les droits de douane américains.

  • Les répercussions de la guerre commerciale commencent à se faire sentir sur les prix de gros aux États-Unis, qui ont augmenté de 3,3 % (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) en juin par rapport à l’année précédente, soit la plus forte hausse depuis février.

  • Dans le but de relocaliser une partie de sa production et de créer 1 000 emplois aux États-Unis, la société GE Appliances va investir 3 milliards de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) dans ses usines américaines au cours des cinq prochaines années.

Par Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Leadership avisé RBC

La crise du canola au Canada s’aggrave. Pékin a imposé des droits de douane de 75,8 % sur la culture la plus lucrative du Canada après une enquête préliminaire qui en est venue à la conclusion qu’Ottawa accordait des subventions et un traitement préférentiel à ses agriculteurs.

La taxe sur les graines de canola s’ajoute aux droits de douane de 100 % déjà en vigueur sur l’huile et les farines de canola canadiennes. En avril dernier, la Canadian Canola Growers Association (CCGA) nous avait indiqué que les agriculteurs gelaient leurs investissements, craignant que des droits de douane sur les graines de canola ne soient la « goutte d’eau qui ferait déborder le vase ». Chris Davison (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), président et chef de la direction du Canola Council of Canada, estime désormais que le marché chinois est « en tout état de cause fermé » aux producteurs de canola canadiens.

Cela représente 4,5 milliards de dollars supplémentaires de commerce de matières premières perturbé et désormais à la recherche de nouveaux marchés exempts de droits de douane, rejoignant sur ce plan le bois, l’aluminium et l’acier.

Voici comment se déroule la crise du canola au Canada :

  • Pris en étau entre deux géants économiques : Se pourrait-il que Pékin tente d’amener Ottawa à faire tomber les droits de douane de 100 % imposés sur les véhicules électriques chinois et de 25 % sur l’acier et l’aluminium chinois ? Pékin rendra sa décision finale sur les droits de douane imposés sur les graines de canola en septembre. Mais Ottawa se trouve dans une impasse, car elle a haussé les droits de douane sur l’aluminium et l’acier importés afin d’apaiser les craintes de Washington que des pays, dont la Chine, ne se servent du Canada comme d’une porte dérobée menant au marché américain.

  • Le tourteau en perte de vitesse : Les données de Statistique Canada montrent que les importations chinoises de tourteau de canola en provenance du Canada ont chuté à 32 506 tonnes en juin, contre 141 938 tonnes en juin 2024.

  • L’huile mise à mal : Les exportations canadiennes d’huile de canola vers la Chine ont atteint le chiffre symbolique de zéro en juin, selon les données de l’industrie.

  • Quelques graines… : Les expéditions de graines de canola (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) du Canada vers la Chine ont chuté à 237 897 tonnes en juin 2025, contre 651 080 tonnes au cours de la même période l’année dernière.

  • Les agriculteurs veulent une injection de liquidités : La CCGA est d’avis que les agriculteurs ne devraient pas être contraints d’emprunter pour traverser une crise dont ils ne sont pas responsables. Bien que cela ne ferait qu’exacerber les préoccupations de Pékin à l’égard des subventions accordées par Ottawa au secteur.

Les inquiétudes de Pékin quant au fait qu’Ottawa subventionne l’industrie.

  • Atténuer les effets négatifs : Stimuler la demande intérieure et la capacité de transformation des biocarburants tels que les carburants d’aviation durables (SAF) offre une possibilité de diversifier la demande de canola en tant que matière première pour les biocarburants. Selon Lisa Ashton, notre responsable principale, Politique agricole : « Le Canada devrait s’inspirer des stratégies d’autres pays pour développer ses marchés nationaux des biocarburants et le rôle de l’agriculture dans leur croissance. » Le Brésil, le Japon et la Malaisie augmentent tous leur capacité de transformation des biocarburants, y compris les SAF, et augmentent les mélanges de biodiesel et d’éthanol requis dans les carburants conventionnels.

Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC, s’est récemment entretenu avec Trevor Tombe, de la School of Public Policy de l’Université de Calgary.

Q : Que peut faire le gouvernement fédéral pour réduire notre dépendance vis-à-vis des États-Unis ?
R :
Nous faisons face à des contraintes importantes. La capacité du Canada à développer ses échanges commerciaux avec d’autres pays par le biais d’accords commerciaux est largement épuisée. L’Inde et la Chine, pour des raisons géopolitiques, sont des perspectives peu probables à court terme. Notre limitation ne tient pas tant aux politiques, mais plutôt aux infrastructures. Notre configuration géographique demeure une réalité imparable qui nécessite des investissements importants dans les infrastructures. Le développement de nos infrastructures ferroviaires et portuaires constitue une priorité renouvelée au niveau fédéral, mais il faudra de nombreuses années pour que cette démarche porte ses fruits.

Q : Selon vous, quel sera l’impact à long terme des guerres tarifaires menées par Trump à l’échelle mondiale ?
R : L’incertitude liée aux menaces tarifaires suffit à elle seule à freiner les investissements. Cela pourrait entraîner une baisse permanente de la productivité canadienne si les investisseurs perçoivent un niveau de risque plus élevé au Canada en raison de l’incertitude quant à l’accès au marché américain. À l’échelle mondiale, s’il y a une leçon à tirer des années 1930, c’est que les spirales protectionnistes aggravent les difficultés économiques de toutes les parties en cause. Si les droits de douane pourraient temporairement stimuler certaines industries américaines, les coûts pour l’efficacité mondiale et le bien-être des consommateurs seraient considérables.

Q : De nouvelles connaissances permettent-elles de remettre en question l’idée répandue selon laquelle le libre-échange présente des avantages généralisés ?
R : Les arguments fondamentaux en faveur de la libéralisation des échanges demeurent solides. Mais cela impose que des ressources, des moyens de production, et que des emplois se déplacent d’un secteur à l’autre et d’une région à l’autre. Certains de mes travaux portent à croire qu’entre 1 et 2 % de la main-d’œuvre canadienne pourrait migrer d’une province à l’autre en réponse à l’élimination des coûts commerciaux intérieurs. Si ces mouvements sont bénéfiques pour la productivité de l’économie dans son ensemble à long terme, ils entraînent des coûts d’ajustement pour les individus alors que certaines entreprises touchées imposent des coûts importants à court terme à ces personnes.

À lire également : Discussion de Brennan et Tombe sur les obstacles au commerce interprovincial.

Le Canada a importé pour 43,4 millions de dollars de spiritueux distillés (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) des États-Unis, soit une baisse de 62 % par rapport à juin de l’année dernière. Les importations de vin américain ont également diminué de 67 %.

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Le vaste plan d’action en IA présenté la semaine dernière par l’administration Trump propulse la course mondiale à l’intelligence artificielle dans une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus uniquement d’une compétition entre OpenAI et Google, mais d’un affrontement géopolitique dans lequel la première puissance technologique mondiale redouble d’efforts pour influencer (et dominer) les décennies numériques à venir.

Le Canada devra agir rapidement.

Voici ce qui me frappe le plus dans la politique de Trump :

  • Territoire. Les mégadonnées (et l’IA) sont, par nature, mondiales et locales. Et voilà que Trump veut désormais libérer les géants de la technologique de la réglementation étatique sur l’IA. Mark Carney pourrait bientôt être confronté aux mêmes défis avec les provinces, alors qu’il tente de mettre en place une approche « une seule économie » sur de nombreux fronts. Carney comme Trump se heurteront à des oppositions lorsque les grandes plateformes commenceront à exploiter les données en santé et en éducation, des domaines qui relèvent de compétences infranationales dans les deux pays. Chacun à leur manière, ils devront apprendre à concilier les intérêts individuels, locaux, nationaux et mondiaux à l’ère de l’IA.

  • Idéologie. Donald Trump souhaite éliminer le « wokisme » des modèles d’intelligence artificielle. J’ignore comment c’est possible, surtout si l’on veut éviter une forme de police de la pensée surveillant les algorithmes. Je ne dis pas que les modèles d’IA devraient échapper aux normes publiques, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression. Le problème, c’est que nous ne savons pas encore comment canaliser ce que nous avons lancé, si ce n’est en poursuivant les développeurs en justice, comme c’est déjà le cas pour d’autres formes de discours. Que vous soyez pour ou contre, la stratégie de Trump ouvre un nouveau chapitre dans la politisation des technologies.

  • Investissement. Une véritable ruée vers l’or est en cours autour des centres de données, et elle continuera d’attirer des milliards de dollars. Trump est déterminé à conserver et à construire ces centres en sol américain. Le Canada peut choisir d’alimenter ce modèle en fournissant énergie, capitaux et données ou bien d’élaborer sa propre stratégie concurrentielle. Un investisseur majeur m’a récemment dit qu’il attend toujours le feu vert pour un méga centre de données de plusieurs milliards de dollars au Canada alors que ses projets similaires aux États-Unis vont bon train. Les données n’attendent pas après les gouvernements.

  • Souveraineté. C’est peut-être le plus grand défi du Canada. Les modèles américain et chinois, ainsi que leurs infrastructures infonuagiques, ont atteint une telle ampleur qu’on peine à imaginer que d’autres pays puissent rivaliser avec eux. Mais il y a une chance pour le Canada. Nous comptons au pays des leaders technologiques mondiaux comme OpenText, Shopify et Cohere et disposons de certains avantages concurrentiels liés à nos propres ensembles de données, notamment en santé. Avons-nous l’ambition de bâtir un rival canadien ? Et faudra-t-il pour cela adopter des politiques technonationalistes, comme celles qu’on voit poindre aux États-Unis et en Europe ?

Face à l’ambition américaine de dominer en IA, le Canada devra miser sur l’ingéniosité humaine pour prospérer dans ce nouvel ordre numérique.

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Dans le numéro de cette semaine : Les leçons à tirer de l’accord américano-japonais, le coût des obstacles au commerce intérieur, et le nouvel intérêt de Donald Trump pour la gestion de l’offre.

Dans l’accord commercial conclu entre le Japon et les États-Unis se trouve, sous une multitude de dispositions, la promesse d’établir un fonds souverain de 550 milliards de dollars américains et d’en confier la supervision au président des États-Unis lui-même. Pourrait-il s’agir d’un modèle à suivre pour le Canada et les États-Unis, qui souhaitent tous deux conclure des accords commerciaux avant le 1er août ?

Les détails sur le fonds japonais sont vagues, et les deux parties les présentent très différemment : les États-Unis considèrent le fonds comme un partenariat 90/10 en faveur des contribuables américains qui permet à Washington de dicter aux sociétés japonaises les secteurs où investir ; Tokyo le voit plutôt comme une promesse d’investissement de la part des sociétés japonaises. Les États-Unis brouillent de plus en plus les limites entre la création d’un écosystème facilitant les investissements et ce que certains qualifient d’intervention de l’État dans les activités et investissement des entreprises. L’exemple le plus récent est l’investissement direct de 400 millions de dollars américains par le Pentagone dans MP Materials, une société de minéraux de terres rares. Cet investissement, semblable à ceux que ferait la Chine, est décrié par les entreprises concurrentes pour sa portée excessive.

La tendance progressive des États-Unis à étendre leur influence pose un problème pour les marchés nord-américains libres et équitables, mais pourrait annoncer l’arrivée au premier plan d’entités fédérales américaines, c’est-à-dire d’une nouvelle génération d’organisations soutenues par le gouvernement et dont l’existence dans les pays autocratiques a été critiquée par les gouvernements occidentaux au cours des dernières décennies.

Le Canada a beaucoup à offrir aux États-Unis en matière d’investissement, mais dans les circonstances appropriées. La valeur des investissements directs du Canada aux États-Unis s’élève à 812 milliards de dollars américains, soit juste derrière le Japon (819 milliards de dollars américains). En principe, il est possible d’augmenter les investissements canadiens aux États-Unis, qui sont structurés pour enrichir également les chaînes logistiques au Canada. L’intégration continue du Canada et des États-Unis, dans les secteurs tant public que privé, devrait engendrer des retombées positives pour le Canada sur le plan des investissements, de l’activité économique et des échanges commerciaux. Il pourrait aussi y avoir suffisamment de place pour une multitude de projets conjoints entre le Canada et les États-Unis, notamment dans les domaines des minéraux critiques, de l’automobile, de l’énergie nucléaire, des combustibles fossiles et de l’électricité.

Investissements privés et étrangers annoncés sous la présidence de Donald Trump

Cela dit, si la création d’un quelconque fonds conjoint est envisagée, on ne peut pas donner carte blanche à Washington.
Le Canada vit un moment crucial, puisqu’il devra faire face à des droits de douane de 35 % sur tous les biens non visés par l’AEUMC en cas d’échec des négociations. (M. Carney et M. Trump ont tous deux minimisé la probabilité d’un accord commercial d’ici le 1er août.) Nous pourrions devoir composer avec des droits de douane de 15 %, taux le plus couramment observé, puisque l’Europe elle-même semble s’être résignée à accepter cette condition de Washington.

Cette situation pourrait s’avérer positive pour le Canada. 

Dans l’hypothèse où le traitement préférentiel prévu dans l’ACEUM demeurerait le même, le Canada devrait profiter d’un accès de premier ordre au marché américain. D’éventuels taux de droits de douane réels moyens pondérés de 2 % à 3 % sont attrayants sur les plans absolu et comparatif, à condition qu’un taux de droits de douane de 15 % s’applique seulement à de 10 % à 20 % des échanges commerciaux non conformes à l’ACEUM. Cela ressemble fondamentalement aux taux de droits de douane des pays les plus favorisés (2,5 % habituellement).

Alors que le premier ministre du Canada Mark Carney rencontrait les premiers ministres des provinces et territoires, le chef de Leadership avisé, Jordan Brennan, s’est entretenu avec Trevor Tombe de la School of Public Policy de l’Université de Calgary à propos des obstacles au commerce intérieur et de M. Trump.

Q. : Que coûtent les obstacles au commerce intérieur au Canada ?
R. :
D’après les recherches que j’ai réalisées avec d’autres collaborateurs, l’économie canadienne pourrait croître de 4,4 % à 7,9 % à long terme, soit un gain de 110 milliards de dollars à 200 milliards de dollars par année, en cas d’élimination des obstacles au commerce intérieur au moyen de politiques de reconnaissance mutuelle. Dans certains secteurs, comme celui du camionnage, ces obstacles font croître les tarifs de fret d’environ 8,3 %, bondir les coûts d’exploitation et diminuer la productivité dans son ensemble. Les provinces plus petites et à plus faible revenu, surtout celles de l’Atlantique, pourraient réaliser des gains plus importants que ceux des autres provinces.

Q. : À votre avis, quelles seront les conséquences probables du projet de loi C-5 sur le plan économique ?
R :
Le projet de loi C-5 constitue une initiative importante du gouvernement fédéral pour éliminer les obstacles au commerce intérieur. Nous devrions toutefois faire preuve de prudence quant aux répercussions immédiates sur le produit intérieur brut (PIB). La somme de 200 milliards de dollars évoquée par certains correspond à la limite supérieure des estimations et elle requiert une levée considérable des barrières commerciales, soit bien au-delà du contenu des propositions actuelles. Il y aura concrétisation des gains si les provinces adoptent leurs propres lois de reconnaissance mutuelle. Nous observons d’ailleurs un engouement considérable à cet égard.

Q : Le premier ministre Mark Carney semble croire que la suppression des obstacles au commerce intérieur compensera le tort économique causé par les droits de douane de Donald Trump. Dans quelle mesure cette opinion est-elle réaliste ?
R :
L’ampleur des coûts du commerce entre les provinces et les territoires dépasse celle des coûts engendrés par les perturbations liées aux droits de douane américains, mais il faudrait beaucoup plus de temps pour en ressentir les effets. Au fil du temps, nous pourrions plus que compenser ces perturbations, mais la libéralisation du commerce intérieur n’est pas un contrepoids suffisant à court terme pour contrer les bouleversements économiques immédiats.

La gestion de l’offre du Canada a attiré l’attention de l’administration Trump, encore une fois. Les critiques entendues au sud de la frontière se concentrent sur les contingents d’importation, surtout ceux liés aux produits laitiers.

  • Au Canada, le système de gestion de l’offre est régi au moyen de contingents d’importation, de prix fixés par les producteurs et de contingents de production pour les produits laitiers, les œufs et la volaille, une politique qui garantit aux agriculteurs leur part du marché national et des prix justes pour les produits par rapport aux intrants agricoles.

  • Les contingents d’importation visent à limiter les importations dans les secteurs canadiens sous gestion de l’offre. Toutefois, lors des dernières négociations commerciales, le Canada a fait davantage de concessions. Par exemple, dans le cadre des pourparlers entourant l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), le Canada a accepté d’accorder aux pays participants une part d’environ 3,25 % de son marché intérieur des produits laitiers.

  • Avec la mise en œuvre progressive de l’ACEUM, de l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne et du PTPGP au cours des dix prochaines années, l’accès des produits laitiers canadiens aux marchés étrangers devrait grimper pour atteindre environ 10 % de la production laitière du Canada.

  • Cependant, comme les transformateurs canadiens détiennent la plupart des contingents tarifaires d’importation, les importateurs étrangers font valoir qu’ils ont un accès limité au marché canadien pour réaliser leurs volumes exemptés de droits de douane négociés dans l’accord.

Malgré les accords commerciaux, les entreprises étrangères ont du mal à commercialiser la plupart de leurs produits

Le dernier rapport de Leadership avisé RBC, intitulé « Démystification de la gestion de l’offre », traite des avantages et des inconvénients du système et de son rôle dans les guerres commerciales.

Le Canada et les États-Unis ont augmenté leurs exportations de produits de base au cours des dix dernières années, puisque les deux pays exploitent les ressources constituant leur richesse. Le dernier rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) révèle que ces deux pays, qui constituent l’« Amérique du Nord », ont enregistré une hausse des exportations combinées de produits de base de 10,8 % du total mondial il y a dix ans à 13,1 % en 2023. La part de marché des autres régions a à peine augmenté ou même diminué durant cette même période.

Concentration des produits de base : Les exportations de produits de base du Canada, qui comprennent ceux liés à l’énergie, aux mines ou à l’agriculture, selon la définition de la CNUCED, ont atteint 55,8 % du total des exportations de produits de base de 2021 à 2023, contre 53,3 % de 2012 à 2014. La dépendance des États-Unis est encore plus marquée : les produits liés à ces trois secteurs sont passés de 29,5 % du total des exportations américaines de produits de base à 35,5 % durant cette période. Comme les deux pays ont désigné l’énergie, l’agriculture et les mines comme des aspects prioritaires en matière d’exportation, ils pourraient accroître leur dépendance aux produits de base de ces trois secteurs, et à la volatilité de leurs prix.

Croissance de l’agriculture : Au Canada, le secteur de l’agriculture a réussi à augmenter sa part du marché des exportations de 14,7 % à 16,7 %. Pour sa part, le secteur de l’énergie a très peu progressé à 17,4 %. Aux États-Unis, tout se rapportait à l’évolution du schiste et à la révolution du gaz naturel liquéfié (GNL).

Contraction des produits de base : À l’échelle mondiale, les exportations de produits de base représentent maintenant 32,7 % de la valeur des échanges internationaux, contre 35,5 % il y a dix ans.

Efforts de diversification Les pays qui exportent principalement des matières premières pourraient ne pas profiter des avantages plus considérables du commerce mondial, stimulé par la diversification, l’innovation et la production à valeur ajoutée. La mise en garde de la CNUCED visait les pays en développement, mais les entreprises canadiennes souhaitant accroître leur présence dans les secteurs des mines, de l’énergie et de l’agriculture peuvent en tenir compte.

« Notre objectif n’est pas de conclure une entente à tout prix. »

Premier ministre Mark Carney au sujet des négociations avec les États-Unis


Collaborateurs : Jordan Brennan, Shaz Merwat, Lisa Ashton, Reid Mckay, Yadullah Hussain et Caprice Biasoni

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Dans le numéro de cette semaine : Quatre scénarios possibles en matière de commerce mondial, rebond du secteur agroalimentaire canadien, et explication de l’intérêt suscité par le cuivre

Par Jordan Brennan, Leadership avisé

Qu’adviendrait-il si les États-Unis ne se trouvaient plus au cœur du système commercial mondial ? Voilà l’une des idées explorées lors d’une table ronde, organisée par l’Institut Fields, à laquelle j’ai assisté cette semaine à Toronto.

En tant que gardien du système commercial mondial, les États-Unis ont exercé une extraordinaire puissance douce pendant près de 80 ans. Ce rôle a pris fin le 2 avril avec l’avènement des droits de douane du « Jour de la Libération » du président Trump, d’après un conférencier. Ce dernier a poursuivi en énonçant quatre scénarios pouvant se concrétiser avec la fin du leadership des États-Unis :

  • Une guerre commerciale mondiale. Ce scénario ressemble à celui des années 1930, période durant laquelle d’autres pays ont suivi l’exemple des États-Unis et ignoré les politiques de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). À moins d’une résolution au cours des prochaines semaines, les droits de douane de Donald Trump entraîneront probablement l’adoption de droits de douane de représailles par d’autres pays, une escalade ancrée sur un principe connu : œil pour œil, dent pour dent. Dans l’un des scénarios évoqués, l’élément déclencheur serait des représailles de la Chine contre les dispositions antichinoises réclamées par les États-Unis à leurs partenaires commerciaux (par exemple, l’accord entre les États-Unis et le Royaume-Uni vise à exclure la Chine des chaînes logistiques les plus importantes). Heureusement, ce scénario cauchemardesque est le moins probable.

  • Dérive multilatérale gérée. Il s’agit du scénario de base actuel. Le monde entier constate le protectionnisme accru des États-Unis et une plus grande libéralisation partout ailleurs. Les États-Unis sont les seuls à enfreindre les règles de l’OMC, mais tous les autres pays jouent franc jeu. 

  • L’affrontement des blocs commerciaux. Une fragmentation géopolitique accrue mène à la création de blocs commerciaux en opposition. Au sein de tels blocs se trouve un certain degré de collaboration et d’ouverture. Entre les blocs, toutefois, nous observons un non-respect des règles de l’OMC. Trois grands blocs seront constitués : un bloc formé des États-Unis, du Canada et du Mexique; un bloc paneuropéen; ainsi qu’un bloc sous la direction de la Chine. On ignore ce que fera le Japon.

  • Une remondialisation sans les États-Unis. Il s’agit du scénario le plus probable. Les États-Unis deviendront une économie plus fermée et ils auront moins d’échanges commerciaux avec le reste du monde. Étant donné que les États-Unis ne représentent que 15 % du commerce mondial, cette situation ne s’avère pas désastreuse pour le système commercial international.

On ne sait pas exactement les répercussions de tous ces scénarios pour le Canada. Étant donné que plus de 75 % de nos exportations de marchandises sont destinées à nos voisins américains, il est difficile d’imaginer un avenir pour lequel les États-Unis ne demeureraient pas le principal partenaire commercial du Canada.

Étrangement, le Canada pourrait renforcer son positionnement par rapport aux États-Unis, puisque les droits de douane américains qui lui seront imposés pourraient s’avérer bien inférieurs à ceux appliqués aux partenaires commerciaux européens et asiatiques des États-Unis. En définitive, le Canada pourrait générer plus d’échanges commerciaux avec les États-Unis, et ce, malgré les droits de douane.

Contre toute attente, encore une fois, les investissements étrangers directs destinés au Canada pourraient augmenter (songeons à l’automobile) alors que les pays heureux de payer le taux de droits de douane d’environ 3 % des nations les plus favorisées font désormais face à des barrières douanières de 25 % et devront donc tenter de s’emparer de la capacité excédentaire en Amérique du Nord pour surmonter cet obstacle.

De toute évidence, le Canada a besoin de « plans B et C » efficaces pour les négociations actuelles avec le président Trump. Le libre-échange avec les États-Unis est le résultat souhaité, mais le Canada a besoin de différentes options s’il devient impossible de conclure un accord satisfaisant.

  • Le premier ministre Mark Carney a reconnu qu’un accord avec les États-Unis n’entraînera probablement pas l’élimination de tous les droits de douane.

  • Les droits de douane de Donald Trump ont permis aux États-Unis d’amasser près de 50 milliards de dollars américains… jusqu’à présent.

  • La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et M. Carney ont parlé d’une collaboration accrue entre le Mexique et le Canada en matière de commerce.

  • Une dizaine de pays de l’Union européenne (UE) envisagent d’instaurer ce qu’ils appellent un « instrument anti-coercition », qui pourrait comprendre de nouvelles taxes visant les grandes sociétés technologiques américaines ou des restrictions sur les placements, si un accord n’est pas conclu avec les États-Unis d’ici le 1er août.

CAprès avoir chuté en avril, les exportations agroalimentaires ont rebondi au Canada en mai, surtout les exportations de viande et de produits de la mer. De nouvelles données sur le commerce de marchandises publiées par Statistique Canada révèlent que les exportations de viande ont grimpé de 13 % en mai, principalement en raison des exportations de porc vers le Japon, et que les exportations de produits de la mer emballés ont bondi jusqu’à 52,9 %, après un an de baisse.

Pourquoi est-ce important ?

  • Les marchandises empruntent les chemins le plus faciles, mais les ajustements peuvent prendre du temps. Grâce à l’Accord de Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), les droits de douane de 4,3 % imposés par le Japon sur le porc frais, réfrigéré ou congelé disparaîtront graduellement d’ici au mois d’avril 2027, notamment ceux ciblant les produits au-dessus du prix de référence, ce qui correspond au système de prix minimal du Japon pour toutes les importations de porc. Les produits transformés comme les saucisses, qui étaient visés par des droits de douane allant jusqu’à 10 % avant l’entrée en vigueur du PTPGP, n’y sont plus soumis désormais. La viande de porc canadienne préparée et en conserve (qui englobe la charcuterie) destinée aux États-Unis est passée de 4 millions de dollars en janvier à 2,4 millions de dollars en mai, alors que cette même catégorie d’exportations vers le Japon a bondi de 3,2 millions de dollars en janvier à 8 millions de dollars en mai.

  • Pour l’instant, les efforts de diversification des échanges commerciaux de produits agroalimentaires déployés par le Canada ne sont peut-être pas si variés. Les États-Unis demeurent un partenaire important, surtout pour les produits hautement périssables, comme les tomates de serre. Pourtant, les exportateurs agroalimentaires canadiens s’activent dans de nombreuses catégories et cherchent à accroître leur présence dans des marchés où l’accès est déjà aisé et où les éléments logistiques sont en place, comme au Japon, au Mexique et en Corée du Sud. Il serait aussi possible d’accéder à des marchés périphériques ayant un fort potentiel de croissance pour le Canada grâce à un élargissement de l’accès aux marchés. Par exemple, la valeur des exportations vers la Colombie et Taïwan, deux pays ne figurant pas parmi les des cinq premiers marchés d’exportation du Canada pour le bœuf et le veau, a augmenté de 236 % et de 57 %, respectivement, de mai 2024 à 2025.

Conclusion : Comme il est peu probable de voir une abolition complète des droits de douane en Amérique du Nord, le Canada continue de diversifier ses partenaires commerciaux dans le secteur agroalimentaire et semble privilégier la croissance sur les marchés où les droits de douane sont nuls ou peu élevés.

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Le pourcentage de Canadiens et Canadiennes ne s’attendant pas à ce que l’administration Trump négocie en toute bonne foi.

Le cuivre est désormais ciblé par le programme de sécurité de l’énergie et des ressources axé sur l’intelligence artificielle (IA) de l’administration Trump, puisque l’usage de cette matière première en tant que conducteur électrique en fait un élément essentiel pour les transformateurs, les lignes de transmission et les technologies de batteries qui soutiendront la construction de l’infrastructure d’IA. D’ici la fin du mois, les importations de cuivre aux États-Unis pourraient être assujetties à des droits de douane de 50 %. Le cuivre deviendrait alors le dernier métal à se trouver au cœur de la réorganisation des chaînes d’approvisionnement en ressources.

  • En moyenne, les États-Unis ont importé 42 % de leur cuivre raffiné au cours des quatre dernières années. Toutefois, comme ils possèdent 5 % des réserves mondiales, ils pourraient d’accroître leur production nationale.

  • Le Canada effectue une part relativement faible du raffinage de cuivre à l’échelle mondiale, était responsable de 1,2 % de la production en raffinerie en 2024 et possède environ 0,8 % des réserves.

  • Le Canada est un important fournisseur de cuivre pour les États-Unis, notamment sous forme de minerai et de concentré, de cuivre raffiné, de déchets de cuivre ainsi que de mattes et de précipités de cuivre. Il en exporte également vers l’Asie et l’Europe. Les exportations canadiennes vers les États-Unis ont totalisé 4,8 milliards de dollars en 2023.

  • Certaines provinces ressentiront moins les effets des droits de douane sur le cuivre. Par exemple, la Colombie-Britannique possède les plus grandes mines de cuivre au Canada, mais elle n’exporte pas beaucoup de cuivre vers les États-Unis. D’autres provinces pourraient cependant être plus durement touchées. Le Québec possède une fonderie et une raffinerie de cuivre et, selon les données d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada, il constituait la source de 80 % des exportations de cuivre vers les États-Unis en 2024.

  • Les mines canadiennes ont produit 508 000 tonnes de cuivre en 2023, et 14 gisements de cuivre figuraient parmi les 100 premiers projets d’exploration minière du pays en 2024. L’accroissement des réserves du Canada et la mise sur le marché d’une plus grande quantité de cuivre canadien, au pays comme à l’étranger, s’avéreront essentiels à l’atteinte de nos objectifs en matière d’énergie et d’IA.    

L’Afrique constitue un champ de bataille pour la Chine et les États-Unis depuis longtemps, puisque ces deux pays s’y disputent l’influence économique et commerciale à exercer sur l’ensemble du continent. La concurrence ne fait que s’y intensifier, puisque les deux nations cherchent à s’y approvisionner en minerais, notamment en or et en graphite. Les États-Unis tentent de briser l’emprise de la Chine sur le continent en négociant un accord de paix entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC). Washington a aussi récemment tenu un sommet commercial entre les États-Unis et l’Afrique et s’est engagé à effectuer des investissements de 2,5 milliards de dollars américains, dont 1,5 milliard de dollars américains pour l’aménagement d’une ligne de transmission de 1 150 kilomètres à partir de l’Angola afin d’acheminer 1,2 gigawatt d’électricité vers des sites miniers de la RDC. En contrepartie, les États-Unis obtiennent un accès aux ressources naturelles de la RDC, lesquelles comprennent les deux tiers des réserves mondiales du cobalt, métal servant à l’alimentation des batteries des véhicules électriques. Il s’agit aussi du premier fournisseur de tantale, un métal crucial dans les processeurs, et du deuxième fournisseur de cuivre en importance au monde.

L’Afrique pourrait devenir une nouvelle destination commerciale prospère au moment où Ottawa cherche à étendre ses exportations à d’autres endroits Les possibilités sont nombreuses :

  • Les échanges commerciaux entre le Canada et l’Afrique ont triplé au cours des 25 dernières années, mais ils ne représentent encore que 1 % du volume total des échanges commerciaux canadiens.

  • Le Canada pourrait vendre des technologies propres à un continent dépendant toujours fortement du charbon, et surtout aux économies en croissance, comme celle de l’Afrique du Sud. Il pourrait aussi offrir du gaz naturel liquéfié (GNL).

  • Le Canada peut également exporter de l’équipement minier et des méthodes d’extraction propres vers des pays africains riches en ressources.

  • Les entreprises de technologie de la santé et les sociétés pharmaceutiques pourraient aussi stimuler les services numériques de santé, surtout dans les régions mal desservies du continent. Les exportations de technologies éducatives vers ce continent abritant la plus jeune population au monde pourraient constituer un autre avantage.

  • Les réserves de minerais critiques de l’Afrique offrent une gamme diversifiée d’intrants pour les chaînes logistiques des batteries de véhicules électriques, ainsi que des solutions de rechange aux ressources sous le contrôle d’intérêts chinois. 

L'Afrique représente 1 % du volume total des échanges commerciaux du Canada

“« Dès le départ, nous avons affirmé haut et fort que la gestion de l’offre ne ferait l’objet d’aucune discussion. »

— François-Philippe Champagne, ministre des Finances du Canada, au sujet des mesures de protection mises en place pour protéger l’industrie laitière et agricole et ainsi l’écarter des négociations entre le Canada et les États-Unis. 

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Dans le numéro de cette semaine : Menace de droits de douane de 35 % de Donald Trump, recherche de partenaires de l’autre côté du Pacifique par le Canada, et entreprise chocolatière canadienne à qui profite le boycottage des États-Unis.

Il nous vient à l’esprit le Far West et sa loi du plus fort en entendant la dernière menace de Donald Trump sur l’imposition de droits de douane de 35 % au Canada, puisque cette semonce fait fi de la date d’échéance du 21 juillet et perturbe les négociations menées actuellement à huis clos.

Cette échéance est donc reportée au 1er août, date à laquelle le Canada devra proposer des solutions à plusieurs irritants des États-Unis pour le commerce, dont la gestion de l’offre et la circulation de fentanyl à la frontière. Les marchandises conformes à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) qui franchiront la frontière jouiront « très certainement » d’une exemption, d’après un représentant américain s’exprimant dans le cadre d’une salve de menaces commerciales ciblant tant les pays alliés qu’ennemis et visant à semer la confusion, voire à favoriser la capitulation.

Les dernières menaces de Washington ont poussé les gouvernements fédéral et provinciaux à chercher des perspectives de croissance inexplorées, à dénicher de nouveaux partenaires – à l’est et à l’ouest – et à redynamiser le commerce interprovincial.

Voilà précisément ce que tentaient de faire certains décideurs canadiens lors du Stampede de Calgary cette semaine. Au fil du temps, le « plus grand spectacle en plein air au monde », comme on l’appelle, est devenu à la fois un rodéo, une fête foraine et une foire commerciale rassemblant un million de personnes tous les ans.

Mark Carney et Pierre Poilievre y ont assisté, tout comme de nombreux premiers ministres et ministres importants. Le premier ministre de l’Ontario Doug Ford était accompagné de six membres de son cabinet pour y mousser son programme de commerce intérieur.

Voici quelques enjeux au moment où le Canada se met en quête de nouveaux flux commerciaux :

  • Un programme énergétique de 100 milliards de dollars : Ottawa et l’Alberta travaillent toujours sur un important programme énergétique qui pourrait comprendre un oléoduc vers la côte ouest, le projet Nouvelles voies sur le captage du carbone et une possible expansion de la production pétrolière. La combinaison du programme d’oléoduc et du projet Nouvelles voies a une forte incidence politique, mais les coûts globaux pourraient donner à réfléchir. Si l’on ajoute à cela les coûts d’expansion de la production, la facture pourrait atteindre les 100 milliards de dollars. Il s’agit cependant d’un investissement pluriannuel visant à générer plus de croissance économique et de recettes publiques. Quoi qu’il en soit, il faudra un spécialiste de l’explication pour défendre le bien-fondé d’un projet d’une telle ampleur.

  • Nouveaux corridors : M. Ford, le maître cuisinier, et Danielle Smith, première ministre de l’Alberta, ont également convenu d’étudier la faisabilité de nouveaux oléoducs et chemins de fer entre leurs deux provinces ainsi que promis d’accroître le commerce interprovincial d’alcool et de véhicules et de favoriser le développement de l’énergie nucléaire.

  • Partenaires du Pacifique : Les investisseurs internationaux s’intéressent beaucoup au Canada, puisqu’il s’agit d’une solution de rechange relativement sûre pour la plupart des pays, y compris les États-Unis. Toutefois, le Japon et l’Inde s’attendent à une réforme de la réglementation et à davantage d’investissements dans les infrastructures d’exportation. La question la plus importante consiste à savoir le temps qu’il faudra au Canada afin d’obtenir le consentement des Autochtones pour les projets d’envergure.

  • Mégaprojet portuaire. Le port de Vancouver, principal point d’entrée au Canada, souhaite augmenter sa capacité totale de 70 % grâce au projet du Terminal 2 à Roberts Bank. Il s’est donc mis à la recherche d’un entrepreneur pour construire ce projet de trois milliards de dollars dans le but de stimuler le commerce avec l’Asie.

Les enjeux sont énormes, et le pays a peu de temps pour réaliser le tout.

  • Le gouvernement fédéral a commencé une révision des formalités administratives pour faciliter le commerce intérieur et les investissements des entreprises. On a aussi demandé aux ministres de dénicher des réductions de dépenses ambitieuses dans le cadre des restrictions budgétaires réclamées partout par Ottawa.

  • Des entreprises canadiennes, comme Purdys Chocolatiers, enregistrent de bonnes affaires au pays du fait de la poursuite du boycottage des marques américaines.

  • Le commerce mondial a bondi au premier semestre de 2025, mais le ralentissement de la croissance économique comporte des risques pour le commerce dans la deuxième moitié, prévient l’Organisation des Nations Unies (ONU).

  • En ce qui concerne le commerce, les menaces proférées et les mesures prises par le président Donald Trump s’étendent maintenant au cuivre, aux produits pharmaceutiques et au Brésil. Quelque 14 pays ont également reçu des lettres annonçant l’imposition de droits de douane, avec la signature habituelle du président : « Merci de votre attention à cet égard ! ».

  • Aux États-Unis, un cortège de petites entreprises américaines et de groupes d’intérêt déposent actuellement des plaintes contre la longue liste de droits de douane imposés par Donald Trump en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act.

Dans le meilleur des cas, la coopération multilatérale repose sur un équilibre délicat. Pendant 50 ans, les pays du G7 ont habilement jonglé avec des intérêts divergents et défendu sur la scène mondiale les valeurs que sont l’ouverture libérale, la gouvernance démocratique et la tolérance pluraliste. Toutefois, dans le contexte de cette rafale de droits de douane lâchée par le président Trump dans toutes les directions, même à l’endroit de ses partenaires du G7, le bloc BRICS+, qui fait contrepoids au G7 pour les marchés émergents, se positionne discrètement comme une solution de rechange attrayante pour certains pays.

Ce groupe comptant 11 pays s’est réuni la fin de semaine dernière à Rio de Janeiro. Si certains affirment que le bloc ne dispose d’aucune assise favorisant l’unité et la cohésion, exception faite de l’aversion pour le G7, on ne peut nier l’influence croissante de cette coalition géoéconomique.

  • Formé en 2009, le bloc regroupait au départ le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine; depuis, il englobe aussi l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Indonésie, l’Iran et les Émirats arabes unis, sans compter l’Arabie saoudite, qui envisage de s’y joindre. Ensemble, ces pays représentent plus du tiers du produit intérieur brut (PIB) mondial et près de la moitié de la population mondiale. En tant que bloc commercial, les pays BRICS+ ont éclipsé le G7 au chapitre des exportations de marchandises en 2021 et représentaient 30 % du total mondial.

    Comparaison entre le G7 et le bloc BRICS+ : Exportations de marchandises
  • La guerre des droits de douane déclenchée par Donald Trump accélérera-t-elle le déclin relatif du G7 ? Les pays BRICS+ parviendront-ils à réorienter les échanges commerciaux, devenant ainsi une voix plus influente pour les pays non occidentaux dans le contexte d’une gouvernance multilatérale ? Il est encore trop tôt pour le dire.

  • Les États-Unis sont déjà préoccupés par la situation, et Donald Trump menace d’imposer des droits de douane aux pays s’alignant sur ce qu’il appelle les « politiques anti-américaines » du bloc.

  • Le Canada sera-t-il emporté par les courants contraires des États-Unis et des BRICS ? Ottawa songe déjà à rétablir ses liens avec la Chine et l’Inde, deux membres fondateurs du bloc BRICS. La ministre des Affaires étrangères Anita Anand, qui se trouve actuellement en Asie, soutient que le Canada cherche à conclure le plus rapidement possible des accords de libre-échange avec des pays de l’Asie du Sud-Est, dont plusieurs pourraient se joindre sous peu au bloc BRICS.

  • Au moment où le gouvernement canadien tente de se soustraire aux multiples droits de douane de Donald Trump, une stratégie commerciale à plus long terme doit composer avec l’affaiblissement du statut des pays du G7. On ignore encore quel rôle joueront les pays BRICS+ dans l’avenir commercial du Canada, d’autant plus qu’Ottawa souhaite éviter de donner à Washington les munitions susceptibles d’entraîner l’échec de ses fragiles négociations commerciales.

Après des décennies d’un monde unipolaire, le retour d’un monde multipolaire complique la recherche de nouveaux partenaires commerciaux pour le Canada.

11 000

L’augmentation du nombre d’emplois dans le secteur manufacturier canadien tributaire des échanges commerciaux en juin. Dans l’ensemble, l’économie a créé 83 000 emplois, un résultat surprenant pour les analystes étant donné l’incertitude entourant le commerce et les investissements.

Au moment où le secteur nord-américain de l’automobile souffre de l’effet des droits de douane américains, les événements les plus décisifs dans ce domaine pourraient ne pas émaner de Washington, mais bien de Shenzhen, où se trouve le siège social de la société chinoise BYD, fabricant de premier ordre de véhicules électriques.

Le chef de la direction de Ford, Jim Farley, a beaucoup parlé de la nécessité d’« accepter humblement » le leadership chinois dans le domaine des technologies des véhicules électriques. Le dirigeant a même récemment importé des véhicules électriques chinois pour soumettre à des tests la qualité de leur construction. Le Canada et les États-Unis demeurent les deux seuls grands pays où les consommateurs n’ont pas accès aux véhicules chinois. En effet, les États-Unis imposent des droits de près de 150 % sur les importations chinoises de nouveaux véhicules électriques, et le Canada leur applique une taxe de 100 %. Néanmoins, les voitures chinoises devraient très certainement faire leur apparition sur le territoire nord-américain tôt ou tard.

Il convient de souligner le succès quasi instantané de BYD, dont la production a atteint quatre millions d’unités en quatre ans seulement. L’an dernier, le constructeur automobile a ravi à Tesla le premier rang des vendeurs de véhicules électriques à l’échelle mondiale. La batterie brevetée Blade de BYD est considérée comme l’une des plus sûres et des plus abordables au monde, et son système de conduite autonome semble aussi efficace – voire meilleur – que celui de Tesla. N’est-ce pas impressionnant ? Les véhicules électriques de BYD sont offerts au prix avantageux moyen de 20 000 $ US (27 400 $ CA), soit moins de la moitié du coût d’un nouveau véhicule nord-américain.

Quelles conséquences aura l’amélioration de la capacité industrielle de la Chine sur le secteur canadien de l’automobile, malmené depuis près de 20 ans ? Les gouvernements fédéral et provinciaux ont investi considérablement dans la chaîne de valeur des véhicules électriques. Toutefois, le recul des ventes de ce type de véhicules (9 % des ventes totales au premier trimestre de 2025 contre 18 % au quatrième trimestre de 2024) et l’arrêt ou le report des activités des usines de production (de Honda, de BASF et de Northvolt, pour n’en citer que quelques-unes) amènent à s’interroger sur le bien-fondé du pari fait par le Canada dans ce domaine. Les pressions exercées sur Ottawa par certains constructeurs automobiles pour l’annulation de la vente obligatoire de véhicules électriques pourraient donner un autre coup dur à cette industrie naissante.

Chose certaine, la lutte entre les Américains, les Canadiens et les Mexicains au sujet de la production automobile ne stimulera pas l’innovation. Elle accentuera plutôt la domination de la Chine sur le marché mondial des véhicules électriques.

Irritant pour le commerce, stable, coûteux, sûr, voilà quelques-uns des adjectifs employés pour décrire le système canadien de gestion de l’offre, attisant ainsi le regain des débats sur cet enjeu.

La gestion de l’offre a fait l’objet d’un examen minutieux lors de presque toutes les grandes négociations commerciales et de tous les replis économiques importants, et elle figurera sans doute parmi les sujets de discussion cruciaux durant la révision de l’ACEUM l’an prochain.

Les discussions ne se limitent plus qu’aux cloisonnements de l’agriculture. La gestion de l’offre a une incidence sur de nombreux aspects de l’économie canadienne : prix des aliments, choix des consommateurs, emplois liés aux chaînes logistiques, diversification des échanges commerciaux et croissance économique.

Dans le dernier rapport de Leadership avisé RBC, intitulé « Démystification de la gestion de l’offre », nous examinons en profondeur les avantages et inconvénients d’un tel système.

Lisez le rapport complet ici.

« Nous nous y opposerons. Point final. » – Réponse de la ministre du Commerce du Canada à la menace de Donald Trump concernant l’imposition de droits de douane de 50 % sur les importations de cuivre.