Pour la semaine du 27 juillet
Vendredi prochain, l’économie canadienne devrait connaître un autre mois de reprise, où les données sur le PIB pour mai devraient augmenter de 0,2 % (plus de détails ci-dessous). Cependant, les perspectives sont encore assombries par le dernier épisode de menaces tarifaires des États-Unis, qui donnent à penser que la voie à suivre pourrait être plus difficile.
Il est difficile d’évaluer clairement l’importance de ces cahots. Tout d’abord, nous sommes très conscients que les tarifs douaniers brandis comme une menace dans le passé ont souvent été considérablement modifiés ou suspendus avant la date d’entrée en vigueur. Les nouveaux tarifs douaniers américains imposés en vertu de l’article 301 (à l’échelle mondiale) le 24 juillet maintiennent une exonération en franchise de droits pour les importations en provenance du Canada en vertu de l’ACEUM, et les tarifs plus sévères de 50 % de l’article 338 visant des produits et propres au Canada n’entrent en vigueur que 30 jours après la signature.
Deuxièmement, comme nous l’avons souligné en février 2025, l’incidence économique dépendra d’un large éventail de facteurs, allant de la façon dont les entreprises composent de façon créative avec les droits de douane, de la trajectoire du dollar canadien aux réponses du gouvernement et aux décisions de la Banque du Canada.
Cela dit, voici six réflexions préliminaires qui ont émergé des événements de cette semaine.
1. Perspective globale : Le Canada devrait être en mesure de composer avec une nouvelle vague de droits de douane potentiels
En fin de compte, nous ne nous attendons pas à ce que les droits de douane américains de 50 % récemment annoncés modifient considérablement les tendances générales de la croissance canadienne s’ils sont imposés comme une menace. Nous nous attendons toujours à ce que la croissance globale s’améliore au deuxième semestre de l’année et à ce que le taux de chômage diminue.
Cela s’explique en grande partie par le fait que les nouveaux tarifs, bien qu’importants, n’auront toujours une incidence que sur un petit segment du commerce total. Elles touchent environ 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis, ce qui laisserait tout de même plus de 80 % des exportations traverser la frontière en franchise de droits. Le taux tarifaire effectif moyen sur les importations américaines en provenance du Canada passerait d’environ 3 % à 5,5 %, un taux toujours inférieur, mais plus proche de celui d’autres grands partenaires commerciaux des États-Unis, comme l’Europe et le Royaume-Uni (6 % à 7 %).
2. Les secteurs ciblés éprouveraient des difficultés
L’économie dans son ensemble devrait se maintenir, mais les secteurs ciblés liés aux plastiques, aux machines électriques, aux meubles et à la fabrication d’appareils ménagers sont susceptibles de connaître un ralentissement, comme lorsque la mise en place de l’article 232 sur les produits, dont les automobiles et l’acier, avait généré des replis sectoriels.
Toutefois, cette fois-ci, il sera plus facile pour les importateurs américains de remplacer bon nombre de ces biens canadiens nouvellement soumis aux droits de douane, car ils constituent une petite source d’importations américaines. Selon nos estimations, environ 3,7 % des importations totales de ces produits des États-Unis en 2025 provenaient du Canada.
C’est différent des tarifs douaniers, par exemple, sur l’aluminium, pour lesquels le Canada représente la majorité des importations américaines, les importateurs américains n’ayant pas d’autres fournisseurs ni la capacité ou l’infrastructure pour produire le bien à l’échelle nationale. Il est important de noter que les difficultés d’un secteur découlant des tarifs douaniers dépendent de la facilité avec laquelle l’importateur américain peut remplacer un produit canadien, et cela varie considérablement d’un produit à l’autre.
Enfin, la substitution ne sera pas aussi facile pour les exportateurs canadiens qui cherchent d’autres marchés étrangers. En 2025, nous avons dénombré 81 % des exportations canadiennes de produits soumis aux droits de douane vers les États-Unis, et certains secteurs ont montré une dépendance encore plus étroite (p. ex., les plastiques et les articles en plastique, à 92 %). La diversification commerciale reste un objectif plus difficile à atteindre pour le Canada, qui prendra beaucoup de temps à concrétiser.
3. Les nouveaux droits de douane exacerberaient les divergences provinciales
Les tarifs douaniers précédents sur les automobiles, l’acier et les produits du bois d’œuvre ont eu une incidence disproportionnée sur l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique. Les provinces productrices d’énergie ont été moins touchées par la guerre commerciale, car elles continuent d’être exclues des chocs tarifaires, et les revenus de l’ensemble de l’économie ont augmenté en 2026, les prix mondiaux du pétrole progressant.
Les estimations du taux tarifaire effectif moyen sont fondées sur les droits calculés et les importations totales déclarées par le U.S. Census Bureau pour les biens canadiens selon le profil commercial de mai 2026. Les taux tarifaires effectifs sont calculés au niveau des produits HS6 et appliqués au même niveau aux exportations nationales provinciales vers les États-Unis, ce qui donne une estimation du taux effectif moyen auquel les exportateurs provinciaux pourraient faire face. Les produits touchés par les nouveaux tarifs douaniers en vertu de l’article 338 ont été établis à un taux tarifaire de 50 %, tandis que les taux tarifaires pour les produits dupliqués en vertu de l’article 232 n’ont pas été rajustés.
Ces estimations comportent d’importantes réserves. Premièrement, les tarifs réels payés pourraient être inférieurs aux taux annoncés en raison des retards de traitement et des exclusions. Deuxièmement, l’application de taux uniformes de niveau HS6 à l’ensemble des produits à des niveaux de classification inférieurs pourrait surestimer les taux tarifaires effectifs, puisque certains produits de chaque catégorie HS6 pourraient ne pas être directement ciblés par les tarifs douaniers américains. Enfin, certains produits soumis aux droits de douane n’ont peut-être pas été négociés en mai 2026, ce qui pourrait mener à une sous-estimation des taux tarifaires effectifs réels. Dans l’ensemble, ces estimations totalisent une hausse moyenne de 2,88 % du taux tarifaire du Canada par rapport aux mesures prévues à l’article 338, ce qui est légèrement supérieur, mais très proche, à l’augmentation de 2,5 % pour l’ensemble de l’économie estimée à l’aide d’un taux cible à 8 chiffres.
La nouvelle série de droits de douane exacerbera encore la divergence entre la croissance des secteurs énergétiques et non énergétiques au Canada. Les entreprises exportatrices de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et du Québec seraient probablement les plus touchées, chacune faisant peut-être face à une hausse importante des tarifs douaniers effectifs moyens sur les exportations vers les États-Unis.
4. La demande intérieure de biens soumis aux droits de douane pourrait en partie compenser leur effet
Les secteurs ciblés connaîtraient probablement une baisse de la demande aux États-Unis, les importateurs américains optant pour des pays à faibles coûts, mais la demande intérieure au Canada pour ces produits peut offrir une compensation importante.
Il est important de noter que les sous-secteurs du secteur manufacturier visés par les droits de douane en vertu de l’article 338 tirent généralement une part plus importante de la production et de l’emploi de la demande intérieure que les secteurs de l’automobile et de la métallurgie ciblés lors des rondes précédentes de droits de douane américains en vertu de l’article 232, qui dépendent davantage de la demande américaine.
La fabrication de produits en plastique, qui représentent la plus grande valeur nominale en dollars des exportations à risque selon les plus récentes mesures, a tiré environ la moitié de sa valeur ajoutée et de ses emplois de la demande américaine en 2024. C’est encore important, mais nettement inférieur à la dépendance de près de 80 % dans la fabrication automobile et la production d’aluminium.
Pour les fabricants de boissons gazeuses, les brasseries, les exploitations viticoles et les distilleries, la part de la valeur ajoutée et des emplois liés à la demande aux États-Unis est inférieure à environ 15 %. Dans ces secteurs, une hausse de la part du marché intérieur devrait mieux protéger la production et les emplois de la volatilité de la politique commerciale et de la demande aux États-Unis.
5. Il est encore plus probable que la Banque du Canada (BdC) maintienne son taux directeur cette année
La BdC a maintes fois souligné qu’elle fait face à un dilemme, prise potentiellement entre la nécessité de réduire les taux d’intérêt pour soutenir une économie alourdie par des droits de douane et la nécessité de relever les taux d’intérêt pour maintenir l’inflation sous contrôle à cause du conflit au Moyen-Orient, qui fait de nouveau grimper les prix du pétrole. Ces deux risques se manifestent de nouveau à la fin de juillet.
Selon notre scénario de base, nous nous attendons toujours à ce que la BdC maintienne le taux du financement à un jour à son niveau actuel jusqu’à la fin de l’année, tout en surveillant de près les nouvelles données sur les attentes d’inflation et la confiance des entreprises.
6. La confiance des entreprises doit être surveillée
La menace des tarifs douaniers, même s’ils sont retirés avant la date limite du 20 août, augmentera une fois de plus l’incertitude pour les entreprises, ce qui peut ralentir leurs investissements dans toutes les entreprises exposées aux échanges commerciaux, et pas seulement celles directement touchées.
Selon l’Enquête sur les perspectives des entreprises et le Baromètre des affaires FCEI, la confiance des entreprises s’est déjà détériorée au deuxième trimestre. Comme nous l’avons déjà mentionné, il n’y aura pas de réaccélération persistante de la croissance de la productivité canadienne sans investissement des entreprises.
L’économie canadienne a probablement progressé pour un deuxième mois en mai
Vendredi prochain, nous nous attendons à ce que le produit intérieur brut réel du Canada ait augmenté de 0,2 % en mai, dans la foulée de la forte hausse de 0,5 % en avril, attribuable au rebond de l’extraction minière, pétrolière et gazière.
Cela dépasse les estimations préliminaires de 0,1 % de Statistique Canada et présente un risque de hausse, compte tenu de la vigueur généralisée que nous avons observée dans l’ensemble des secteurs. L’extraction pétrolière et gazière et les activités de soutien, tout comme la fabrication et la vente au détail, devraient toutes avoir contribué à la croissance en mai, selon les premières données du secteur.
L’immobilier, la location et la location à bail ont probablement enregistré des gains pour un quatrième mois consécutif, car l’activité dans le secteur du logement a continué de s’intensifier au cours de l’été.
La croissance trimestrielle annualisée du PIB est conforme à la prévision de 2,5 % de la BdC pour juillet et est légèrement supérieure à notre estimation de 2,2 % pour le deuxième trimestre.
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Nous nous attendons à ce que la Réserve fédérale américaine maintienne le statu quo lors de sa réunion de mercredi. Le rapport de juin sur l’indice des prix à la consommation a fait état d’un ralentissement généralisé des pressions inflationnistes, un revirement après des données élevées de l’IPC de base, ce qui écarte une révision à la hausse immédiate des taux. Néanmoins, la voie à suivre reste très incertaine et dépend entièrement des données sur l’inflation à venir, tandis que la résilience du marché de l’emploi persiste.
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Jeudi, nous recevrons le rapport préliminaire sur le PIB des États-Unis pour le deuxième trimestre, dans lequel la croissance globale devrait s’établir à 2,4 % annualisé d’un trimestre à l’autre. Cette croissance est en grande partie attribuable à la résilience des dépenses de consommation, qui devraient s’accélérer à 2 %. Les investissements en immobilisations des entreprises ont probablement pris de l’ampleur, contrebalancés par les échanges commerciaux nets, qui devraient avoir pesé sur la croissance.
À propos des auteurs :
Frances Donald est l’économiste en chef de RBC et supervise une équipe de professionnels de premier plan, qui fournissent des analyses et des informations économiques pour informer les clients de RBC dans le monde entier. Frances est une experte clé sur les questions économiques et est très recherchée par les clients, les dirigeants gouvernementaux, les décideurs et les médias aux États-Unis et le Canada.
Nathan Janzen travaille à RBC depuis 2008, où il s’occupe principalement de la couverture des perspectives macroéconomiques du Canada et des États-Unis. Il est titulaire d’une maîtrise en économie de l’Université McMaster et d’un baccalauréat en économie de l’Université de Regina.
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
Salim Zanzana est économiste à RBC. Il se concentre sur les questions macroéconomiques émergentes, allant des tendances du marché du travail aux changements dans la croissance structurelle à long terme du Canada et d’autres économies mondiales.
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