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À la COP28 de 2023, 25 pays ont déclaré leur intention de tripler leur capacité nucléaire d’ici 2050, ouvrant la voie à une nouvelle course au déploiement de l’énergie nucléaire. Plusieurs changements structurels ont accéléré cet élan, encouragés par l’avantage concurrentiel du nucléaire pour alimenter les centres de données de l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe, et par l’importance cruciale de la sécurité énergétique dans un ordre géopolitique en mutation.

Où en est le Canada dans un monde qui revient à l’énergie nucléaire ?

Le Canada a une occasion à saisir, mais il devra agir vite s’il veut en profiter. Ses principaux atouts comptent son statut de pionnier dans la construction d’un petit réacteur modulaire (PRM) raccordé au réseau, à l’est de Toronto, et ses 80 années d’expérience en tant que puissance nucléaire civile de premier ordre.

Le PRM de Darlington, dont la mise en service est attendue d’ici 2030, constitue la première construction de réacteur canadien depuis une trentaine d’années, avec une capacité potentielle de 300 000 foyers desservis. Ce projet témoigne surtout de l’excellence de l’Ontario en matière d’exploitation nucléaire et de chaîne d’approvisionnement, et ouvre la voie à la province pour mettre son expertise au service des réseaux qui relient la Saskatchewan et la Pologne en passant par le Tennessee.

Cependant, les rivaux du Canada sont aussi dans la course. Le programme pilote de réacteurs nucléaires de l’administration Trump a pour objectif qu’au moins trois réacteurs d’essais nucléaires de pointe passent à un stade avancé d’ici l’été 2026. Le programme de PRM de la Chine progresse également, comme en témoigne le réacteur chinois ACP100 de démonstration qui a franchi de nouveaux jalons de construction en 2025.

Légende de la photo – Vivan Sorab, de Leadership avisé RBC, anime une table ronde sur le rôle des PRM dans le triplement de la capacité nucléaire mondiale lors du forum 2025 de l’Association nucléaire canadienne consacré aux petits réacteurs modulaires, à Edmonton.

Le succès du Canada dépendra de la capacité du pays à dynamiser son secteur nucléaire afin de fournir de nouvelles capacités à des fins électriques et non électriques, et à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire pour faire fonctionner les centrales nucléaires de demain.

Ce dont le Canada a besoin pour réussir :

Fonder l’approvisionnement en combustible nucléaire sur l’uranium canadien. La baisse potentielle de l’approvisionnement secondaire en uranium et l’émergence des PRM dans les années 2030 et 2040 entraîneront un remaniement des chaînes d’approvisionnement en combustible nucléaire, et nous assisterons à une augmentation des besoins de concentration, de conversion et d’enrichissement de l’uranium et de la demande de services liés à la production de combustible. Les gisements d’uranium du Canada, reconnus à l’échelle mondiale, ainsi que le savoir-faire canadien en matière de conversion et d’enrichissement de l’uranium sont des atouts qui pourraient favoriser l’établissement d’une chaîne d’approvisionnement de combustible nucléaire nord-américaine – et mondiale.

Collaborer avec les États-Unis pour assurer la sécurité énergétique nucléaire du continent. Les décennies d’expérience opérationnelle des États-Unis dans le secteur des réacteurs à eau bouillante (REB) seront précieuses pour le Canada au moment de construire son premier PRM sur le site du nouveau projet nucléaire de Darlington, sur la base d’un modèle REB. Le savoir-faire du Canada, en tant que pionnier dans la construction et le déploiement de PRM, jouera un rôle essentiel dans la réussite des projets de PRM similaires aux États-Unis, du début de leur construction à leur mise en service.

Rehausser la confiance des investisseurs Les risques liés à la construction ont entravé la participation du secteur privé au financement de nouveaux réacteurs nucléaires. Pour renforcer la confiance des investisseurs à l’égard des PRM, le succès de l’Ontario devra se traduire par la construction de nouveaux réacteurs. Cela dit, le soutien du gouvernement demeurera un facteur important, en particulier dans les territoires plus petits.

Promouvoir la mobilisation des Autochtones et l’équité. Le dialogue avec les communautés autochtones est essentiel pour assurer le succès des nouveaux projets nucléaires. L’effort comprend notamment la sensibilisation à la technologie, en particulier dans les collectivités où l’énergie nucléaire n’a jamais été développée auparavant, afin d’obtenir l’adhésion des collectivités et leur participation aux projets par l’entremise de la création d’emplois et de programmes de formation et de prise de participation.   

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➔ Préservation de la nature à l’occasion de la Semaine du climat de New York

➔ Les programmes liés aux véhicules électriques (VE) sont repoussés à plus tard

➔ La nouvelle vie de General Fusion débute alors que la course mondiale s’accélère

Les programmes liés aux véhicules électriques sont mis sur pause. Une autre politique climatique de l’époque de Justin Trudeau a subi un revers lorsque le gouvernement de Mark Carney a suspendu une norme selon laquelle les VE devaient représenter 20 % des ventes des constructeurs automobiles à compter de 2026. Les difficultés commerciales provenant des États-Unis font partie des raisons motivant cette décision, tout comme la fin des crédits d’impôt américains pour VE, qui entrera en vigueur au cours du mois. Les constructeurs automobiles sont déjà ébranlés par les droits de douane estimés à 12 milliards de dollars US (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) qui leur ont été imposés à ce jour. Plusieurs d’entre eux se retrouvent face à l’incertitude alors qu’ils ont englouti des milliards de dollars dans les chaînes d’approvisionnement de VE dans un marché qui a soudainement perdu de son élan. Cette situation représente un microcosme du plus grand débat opposant le climat et l’économie qui fait rage dans le monde entier.

La Banque de développement du Canada mise sur les minéraux essentiels. Le Fonds Innovation industrielle II (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de 200 M$ de l’organisme de financement appuie les entreprises en démarrage à un stade précoce exerçant des activités dans plusieurs secteurs, y compris les principales matières premières requises pour l’infrastructure d’énergie propre et les véhicules électriques. Les plus récentes données de l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (ACCR) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) indiquent que les entreprises canadiennes de technologies propres ont amassé 191 millions de dollars au cours du premier semestre de 2025, comparativement à 657 millions de dollars pour la même période l’an dernier. Il va donc sans dire que le Canada a besoin de ce fonds.

Une nouvelle ruée mondiale vers le pétrole. La Norvège (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) se targue d’avoir un fonds souverain parmi les mieux garnis – et les plus respectueux des critères ESG – au monde, et d’être un chef de file en matière de véhicules électriques, mais tout cela est rendu possible par les combustibles fossiles. Sylvi Listhaug, dont le Parti progressiste a bondi en deuxième place lors des récentes élections, souhaite que la Norvège soit « le dernier pays du monde à mettre fin à la production de pétrole ». Il s’agit d’une prise de position récurrente, le Canada comptant parmi les nombreux autres pays qui ont été saisis de ce nouvel engouement pour le pétrole. Qu’est-ce que cela signifierait pour les émissions mondiales ? Les investissements dans le secteur du pétrole en amont devaient chuter cette année pour la première fois depuis 2020, selon les prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) Il pourrait s’agir d’une simple anomalie passagère.

Dawn Farrell, première dirigeante du tout nouveau Bureau des grands projets (BGP), doit accélérer la mise en œuvre de plusieurs projets susceptibles d’accroître les émissions au pays, ou non, selon sa manière de composer avec les impératifs environnementaux et économiques du pays, deux enjeux d’importance égale. Mme Farrell pourrait-elle réaliser les trois objectifs inconciliables du Canada : bâtir plus rapidement, accélérer la croissance durable et renforcer l’unité nationale ?

Son mandat de près de dix ans à titre de cheffe de la direction de TransAlta Corp., un géant du secteur des services publics établi à Calgary, nous en dit long sur le mode opératoire de la dirigeante :

  • Sous sa supervision, qui s’est terminée en mars 2021, l’entreprise de services publics est passée du charbon au gaz naturel, dans le cadre d’une transition à l’échelle sectorielle visant à réduire les émissions.

  • En 2021, TransAlta avait entièrement converti l’unité de 2 de Keephills, l’unité 3 de Keephills et l’unité 6 de Sundance, les faisant passer du charbon thermique au gaz naturel.

  • La transition énergétique a eu une incidence sur les travailleurs du charbon, et plusieurs collectivités provinciales ont bénéficié du fonds pour la transition de la communauté du charbon.

  • À la fin de 2021, TransAlta avait réduit ses émissions de GES de 70 % par rapport à 2005, excédant ainsi les cibles nationales en matière d’émissions d’ici 2030 au Canada, aux États-Unis et en Australie, où l’entreprise exerce ses activités.

  • TransAlta est devenue l’un des plus importants producteurs d’énergie éolienne au Canada et l’un des plus grands producteurs d’énergie hydroélectrique en Alberta, faisant passer sa capacité d’énergie renouvelable d’environ 900 MW en 2000 à plus de 2 800 MW en 2021.

Le chemin parcouru par TransAlta donne à Mme Farrell la crédibilité nécessaire pour contribuer à rationaliser plusieurs projets, . Toutefois, elle doit maintenant reproduire son approche au niveau national, où plusieurs intérêts concurrents – des gouvernement fédéral et provinciaux, des Autochtones et des grandes sociétés – se disputent l’attention.

Plusieurs projets de pipelines de pétrole, de GNL et d’énergies renouvelables sont avancés, mais voici les défis généraux qui attendent Mme Farrell :

  • Regagner la confiance des investisseurs : Le BGP devra prouver que le Canada est en mesure de bâtir de nouveau, et cette fois-ci de manière durable. Le Bureau devra produire des résultats rapidement pour que des intérêts étrangers osent recommencer à investir au Canada.

  • Au-delà de Trump : Nous ne nierons pas qu’un nuage aux allures du président américain plane sur le Canada. D’un autre côté, l’Europe (saluons l’, Allemagne [ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement]), le Japon et les économies émergentes veulent eux aussi nos ressources. La prochaine vague de projets devra pointer vers l’est comme vers l’ouest et compter sur l’engagement des pays consommateurs.

  • Harmonisation des priorités provinciales : Un autre défi monstre. Si Mme Farrell pouvait amener la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Québec à se mettre d’accord, le Canada pourrait devenir une superpuissance au chapitre des ressources.

  • Faire appel aux groupes autochtones : Passer des promesses en l’air à de véritables partenariats avec les communautés autochtones pourrait bien être l’une des réalisations les plus durables du BGP.

Une technologie océanique d’élimination du carbone fait des vagues. La société Planetary Techologies, située en Nouvelle-Écosse, a récemment conclu un contrat de 43,3 millions de dollars avec Frontier Climat, lequel est soutenu par Shopify, Google et Meta. L’objectif visé ? Éliminer 115 211 tonnes métriques de CO₂ de 2026 à 2030 en ajoutant des minéraux alcalins, comme de l’oxyde de calcium et de l’oxyde de magnésium, aux eaux côtières. Le processus accélère l’absorption naturelle du CO2 et promet une période de stockage de plus de 10 000 ans. Frontier croit qu’elle pourrait faire passer le cours actuel d’environ 270 $ US la tonne à un prix allant de 50 $ US à 160 $ US en tirant parti de l’infrastructure existante des centrales électriques situées sur les côtes. Cette technologie permettra également de préserver les écosystèmes marins et donnera l’occasion aux communautés locales, dont la Nation Mi’kmaq, de participer.

Un rêve qui prend vie chez General Fusion. Le projet de fusion nucléaire de Richmond, en Colombie-Britannique, a récemment permis de soulever 30 millions de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), après avoir subi de nombreuses mises à pied et roulé à capacité réduite. Les capitaux alimenteront son programme de démonstration de fusion LM26, qui vise une température opérationnelle de 10 millions de degrés Celsius, une étape essentielle sur la voie de la fusion commerciale. Le bureau de gestion familiale Thistledown Capital appartenant à Tobi Lütke, chef de la direction de Shopify, ainsi que JIMCO, établie en Arabie saoudite, font partie des investisseurs ayant appuyé le cycle d’investissement. Les fonds totalisant 2,6 milliards de dollars US (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) injectés par les investisseurs dans 52 autres entreprises du monde au cours de l’année qui vient de s’écouler, dont 29 uniquement aux États-Unis, sont une véritable bouée de sauvetage pour la seule société de fusion du Canada. De plus, la course pour trouver la clé des technologies de fusion s’accélère, avec la China National Nuclear Corp. qui a établi la China Fusion Energy Co., d’une valeur de 2 milliards de dollars, en juillet, suivie de près par un nouveau cycle d’investissement de 863 millions de dollars US pour l’entreprise du Massachussets Commonwealth Fusion Systems (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), la plus grande société fermée de fusion au monde.

La capture de carbone s’apparente à faire rentrer le génie dans sa lampe, à la différence près que le carbone peut s’échapper. Une nouvelle étude évaluée par des pairs publiée dans Nature estime que la planète peut contenir à peine 1 460 gigatonnes de carbone, alors que les estimations antérieures s’élevaient plutôt à 40 000 gigatonnes (l’équivalent d’environ une année d’émissions de CO2). Selon l’étude, les failles structurelles et la mauvaise construction des puits pourraient miner l’efficacité des technologies de capture du carbone. Malgré cela, il reste encore de nombreux territoires dotés d’une géologie viable et de l’expertise nécessaire pour capturer le carbone. Environ quatre milliards de dollars américains ont déjà été investis dans les installations de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) en 2024, et une capacité de capture de plus de 50 tonnes métriques de CO2 est actuellement opérationnelle, ne présentant que peu de fuites à ce jour. Le rapport estime par ailleurs que le Canada et les États-Unis sont «mieux placés » que l’Europe pour mettre en œuvre des solutions de stockage géologiques.

Power On: Hard choices, real consequences (Sous tension : Des choix difficiles aux conséquences concrètes). Le thème de la semaine du climat de New York de cette année, qui débute le 22 septembre, est bien choisi. L’événement, qui rivalise de plus en plus avec les événements annuels de la COP, réunit des experts en finances, des écologistes et des mordus de politique tout en créant l’un des pires embouteillages qu’a connus la Grosse Pomme.

Lisa Ashton, directrice générale, Politique agricole, sera présente. Elle livrera une allocution le 24 septembre au Nature Hub dans le cadre d’un événement organisé par l’Institut d’action climatique RBC et Nature United.

La nature représente une contribution de 33 billions de dollars US à l’économie mondiale, ce qui correspond à la valeur du commerce mondial des biens et services. Pourtant, son rôle dans l’économie, en dehors des ressources que l’on en extrait (poissons, céréales et bois d’œuvre), n’est pas pris en compte dans le PIB national, laissant en marge une source de croissance économique et de risques. Voici un aperçu de quelques-uns des premiers thèmes couverts par le rapport que fera Lisa sur l’économie de la nature :

  • Le capital naturel est sous-utilisé en tant qu’atout dans la croissance économique. Au cours des vingt-cinq dernières années, le PIB des secteurs dépendants de la nature au Canada a enregistré une croissance d’une année sur l’autre inférieure de 0,6 % au reste de l’économie pendant la même période.

  • Il existe de vrais risques de ne pas tenir compte du rôle que pourrait jouer la nature dans la prospérité. Le Canada, les États-Unis et le Royaume-Uni cherchent à reconstruire leurs économies. Et pourtant, leurs ressources naturelles s’épuisent. Le Royaume-Uni, par exemple, exerce une grande pression sur ses ressources en eau, le gouvernement prévoyant un écart de 5 milliards de litres par jour au chapitre de la disponibilité de l’eau d’ici 2055.

  • Les programmes en faveur de la croissance présentent des occasions de valoriser et de renforcer le capital naturel. La nature est maintenant un risque à signaler de même qu’une catégorie d’actifs à investir, et est prête à être intégrée dans les grands projets d’investissement et d’infrastructure.

« En cette ère de réindustrialisation, toutes les occasions de croissance durable doivent être présentées. C’est un facteur qui tombe à point, alors que les pays du monde entier ont de la difficulté à mobiliser des capitaux pour gérer, protéger et préserver leur capital naturel », déclare Lisa.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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➔ Le plan canadien pour les batteries de véhicules électriques passe à la vitesse supérieure

➔ L’ère des avions à réaction électriques prend son envol à l’aéroport Billy Bishop

➔ Comment déconcerter les scientifiques

La vision canadienne en matière de batteries pour véhicules électriques prend forme. PowerCo, la filiale canadienne de Volkswagen spécialisée dans les batteries, poursuit la construction de sa giga-usine à St. Thomas, en Ontario, avec deux contrats de construction. L’usine devrait entrer en production en 2027. Mais il ne s’agit pas simplement d’un jalon important sur le plan des travaux de construction : c’est le signe que le pari risqué du Canada sur les chaînes d’approvisionnement des véhicules électriques se concrétise malgré les querelles tarifaires et l’incertitude de la demande. Pour Ottawa et l’Ontario, le véritable défi sera de savoir si cela permettra au Canada de s’implanter dans la chaîne d’approvisionnement en batteries en pleine évolution d’Amérique du Nord.

Les ambitions énergétiques se heurtent à la durabilité. La proposition de l’Ontario de relier les ressources pétrolières et gazières de l’Alberta et de la Saskatchewan aux raffineries situées dans le sud de l’Ontario et aux ports maritimes, y compris un nouveau port en eau profonde sur la côte de la baie James, se heurte à la résistance des Autochtones. Leur principale préoccupation se résume très simplement : ils se sentent « invisibles ». L’organisme Indigenous Resource Network (IRN) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) s’inquiète également du fait qu’ils soient considérés comme un obstacle au développement des projets, alors qu’en réalité « ils font partie de la solution », fait remarquer l’IRN. Il s’agira d’un défi récurrent alors que les gouvernements canadiens cherchent à accélérer la mise en œuvre des projets. Le Canada devra obtenir l’adhésion des groupes autochtones pour éviter tout retard dans la réalisation des projets.

Les scientifiques sont déconcertés. Le département américain de l’Énergie (DoE) a stupéfié le monde universitaire spécialisé dans les questions climatiques en publiant un nouveau rapport (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) qui laisse entendre que « le réchauffement induit par le CO2 pourrait être moins dommageable sur le plan économique qu’on ne le croit généralement ». Voilà de quoi déconcerter la communauté scientifique. Si plusieurs sites Web, dont Nature (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) et Carbon Brief (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), ont publié des réponses cinglantes, le nouveau rapport du DoE remet en question les idées reçues sur le climat. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) des Nations Unies réagira-t-il promptement en publiant une réfutation ? Son prochain rapport d’évaluation (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) n’est pas prévu avant la mi-2028.

Le projet Ksi Lisims LNG est prêt à se retrouver sous le feu des projecteurs. Soutenu par les populations autochtones, ce projet d’exportation de gaz naturel attend une ordonnance du gouvernement de la Colombie-Britannique concernant l’évaluation environnementale (EE) qui pourrait lui permettre d’aller de l’avant. Les ministres de l’Environnement et des Parcs et de l’Énergie de la province doivent se prononcer d’ici le 7 septembre.

Voici comment le projet pourrait avoir une incidence sur l’économie, les émissions et l’énergie du Canada :

Qui en est à l’origine : la nation Nisga’a, une Première Nation autonome de la côte Pacifique. La société Western LNG, soutenue par une filiale du géant de l’investissement Blackstone Inc., est un partenaire.

Emplacement : juste à côté de la frontière américaine, sur l’île Pearse.

Échéancier : comme l’évaluation environnementale devait être produite au quatrième trimestre de 2024 (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), l’échéancier accuse déjà un certain retard. Dans la demande initiale, les travaux de construction devaient se dérouler entre le deuxième trimestre de 2025 et le quatrième trimestre de 2027, la phase d’exploitation débutant en 2028 (au moins jusqu’en 2058).

Description du projet : deux installations flottantes de GNL, chacune dotée d’unités de traitement de liquéfaction. Une fois achevé, le projet permettra de traiter jusqu’à deux milliards de pieds cubes par jour et d’exporter environ 12 millions de tonnes par an de GNL.

Qui s’y oppose : le projet se heurte à l’opposition de plusieurs groupes environnementaux et autochtones, notamment les chefs héréditaires Gitanyow (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) et la bande Lax Kw’alaams.

Infrastructure connexe : un certificat environnemental a été délivré pour le projet Prince Rupert Gas Transmission (PRGT) de 780 kilomètres, que la nation Nisga’a et la société Western ont racheté à TC Energy en 2024. Si le projet PRGT vous dit quelque chose, c’est parce qu’il s’agissait du principal conduit du défunt projet de GNL proposé en 2014 par le géant énergétique malaisien Petronas. Il avait déjà été approuvé (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) à l’époque, et des modifications ont été apportées en juillet pour répondre à de nouvelles préoccupations environnementales.

Qu’en est-il des émissions du projet ? Le projet devrait être zéro émission nette d’ici 2030, sous réserve d’un accord sur l’électricité avec la société BC Hydro. Les promoteurs du projet affirment qu’il contribuerait à hauteur de 0,02 % des émissions de la Colombie-Britannique et de 0,002 % des émissions totales du Canada.

Est-ce une bonne chose ? Le projet affirme offrir une intensité d’émissions « du puits au port » inférieure à celle des projets de la côte américaine du golfe du Mexique (inférieur de 0,76 à 1,19 tonne de carbone/tonne de GNL). À pleine production, Ksi Lisims LNG émettrait 9 à 14 millions de tonnes d’équivalent CO2 de moins par an qu’un projet de terminal sur la côte américaine du golfe du Mexique.

Est-ce l’avenir de l’aviation électrique ?

Shaz Merwat, responsable principal, Énergie, Leadership avisé RBC, était présent la semaine dernière sur la piste de l’aéroport Billy Bishop de Toronto lorsque la société Beta Technologies a dévoilé le Alia CX300, un avion entièrement électrique. Cet avion à décollage et atterrissage conventionnels peut être configuré pour le transport de passagers ou de marchandises. Voici quelques-unes de ses caractéristiques intéressantes :

  • Capacité en passagers : 5 passagers

  • Capacité de fret : 1 250 livres de fret

  • Autonomie maximale démontrée : 336 milles marins (soit de Toronto à Sarnia, ou de Calgary à la région d’Okanagan)

  • Vitesse maximale : 280 km/h (le Cessna 172 peut atteindre 344 km/h).

  • Temps de recharge : < 1 heure

  • Coût énergétique : 18 $ par heure de vol (Cessna 208 : 347 $ par heure de vol)

  • Émissions : au moins 75 % d’émissions en moins par rapport à un petit avion conventionnel

  • Utilisations : transport de marchandises sur de courtes distances et déplacements d’affaires

Le CX300 photographié ci-dessus est la version cargo. Quatrième appareil à sortir de la chaîne de production, il est destiné à Air New Zealand. La compagnie aérienne utilisera cet avion pour ses liaisons cargo régionales.

Si Billy Bishop est sans doute déjà l’un des aéroports les plus durables d’Amérique du Nord, il est en voie d’électrifier entièrement sa flotte de véhicules, y compris les navettes, les véhicules au sol, les remorques, etc.

Pour en apprendre plus sur la décarbonation de l’aviation, écoutez l’épisode du balado Les innovateurs (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de RBC portant sur le sujet avec Angela Avery, vice-présidente exécutive et directrice des ressources humaines, de l’entreprise et du développement durable, groupe WestJet, et Geoff Tauvette, directeur général, Conseil canadien des carburants d’aviation durables (C-SAF) : http://spr.ly/6043faYxZ (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Le Canada transforme son climat froid en avantage. Ottawa a récemment injecté la somme de 2,5 millions de dollars dans la technologie de capture directe dans l’air (CDA) de la société TerraFixing (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), qui vise à extraire le CO₂ dans les zones hivernales reculées où les basses températures rehaussent en fait l’efficacité. C’est une façon inventive de transformer les hivers canadiens en avantage. Si TerraFixing parvient à démontrer que la technologie de CDA par temps froid fonctionne à grande échelle, cela pourrait donner au Canada un avantage dans la course mondiale menant à la capture du carbone.

Une nouvelle approche inspirée de la « fiction climatique » des conditions météorologiques extrêmes. Helm, de Sarah Hall, est le dernier roman dans le nouveau genre de la fiction climatique qui allie les « principes atmosphériques » aux contes populaires pour brosser un tableau de la relation qu’entretiennent les humains avec la nature. Pendant ce temps, l’écologiste Bill McKibben, qui a jadis écrit un livre au titre sinistre, The End of Nature, nous propose cette fois un ouvrage étonnamment optimiste intitulé Here Comes the Sun: A Last Chance for the Climate and a Fresh Chance for Civilization.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Alors que le monde subit les droits de douane, une nouvelle redevance plane sur les frontières internationales : des droits de douane carbone sur les importations.

L’UE a lancé son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) en 2023 ; le gouvernement de Mark Carney envisage des ajustements carbone à la frontière pour uniformiser les règles du jeu entre l’industrie énergétique et lourde du pays et la concurrence étrangère ; et aux États-Unis, une poignée de projets de loi aux niveaux fédéral et étatique proposent d’imposer des frais sur les importations assujetties à des exigences de conformité aux politiques climatiques moins strictes.

Le concept de droits carbone aux frontières est simple : il s’agit de s’assurer que les fabricants, disons de Montréal ou de Berlin, qui dépensent de l’argent et font des efforts pour adhérer aux politiques carbone contraignantes de leur pays ne sont pas désavantagés par rapport à leurs concurrents qui profitent de politiques climatiques plus accommodantes dans leur territoire. Combinés, une politique carbone nationale et des droits carbone à la frontière constituent un double coup qui force les concurrents étrangers à rehausser leurs normes environnementales, et fait en sorte que les industries canadiennes ne sont pas indûment pénalisées par la mise en œuvre de stratégies de décarbonation. On peut ainsi imaginer Ottawa imposer une taxe sur l’acier chinois produit au charbon pour veiller à ce qu’il ne soit pas injustement avantagé par rapport à l’acier canadien, fabriqué au moyen de fours électriques à faible intensité de carbone, mais à forte intensité de capital.

Des droits carbone à la frontière serait certes un prolongement naturel de la politique carbone canadienne dans le secteur industriel, mais leur mise en œuvre est compliquée. Tout d’abord, cela risque d’envenimer la relation déjà tendue entre Ottawa et l’administration Trump, qui s’est attaquée aux politiques climatiques.

La politique carbone canadienne évolue elle aussi. Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a aboli la redevance sur les combustibles, connue sous le nom de taxe sur le carbone. Peu de temps après, la Colombie-Britannique lui a emboîté le pas, elle qui disposait de l’un des systèmes de tarification des émissions les plus anciens et les plus stables au monde. Au cours de la dernière année, les décideurs canadiens ont vacillé au sujet de la tarification carbone dans le secteur industriel : le Québec et la Colombie-Britannique se sont engagés à maintenir la tarification carbone, tandis que l’Alberta a gelé la sienne à 95 $/t d’éq. CO2 plus tôt cette année et que la Saskatchewan a supprimé son système de tarification carbone dans le secteur industriel.

La politique carbone canadienne dans le secteur industriel a connu un succès inégal jusqu’à présent : elle a contribué au financement de projets d’énergie renouvelable, mais a eu peu d’incidence directe sur la réduction des émissions. Alors que le gouvernement fédéral et certaines autorités provinciales cherchent à revoir leur stratégie de tarification du carbone dans le secteur industriel, ils devront également tenir compte de l’évolution des tendances des échanges commerciaux, des priorités économiques mondiales et de la compétitivité des industries canadiennes.

Le Canada fait partie des quelque 40 pays qui ont mis en place une version de la tarification carbone, qui vise 28 % des émissions mondiales.1 Plusieurs d’entre eux étudient actuellement ou font progresser des systèmes nationaux de tarification carbone en réponse au MACF de l’Union européenne :

  • Des pays émergents, tels que l’Inde, la Turquie et le Brésil adoptent des mécanismes nationaux de tarification carbone pour s’assurer que leurs exportations sont conformes aux règles de l’UE.

  • Le Royaume-Uni est en train de lier son marché du carbone à celui de l’UE afin d’uniformiser sa politique climatique en collaboration avec l’espace économique.

  • La Chine a récemment élargi l’application de sa tarification carbone afin d’inclure les émissions provenant des secteurs du ciment, de l’acier et de l’aluminium.

  • Dans le cadre de son plan de transformation verte (GX), le Japon regroupera ses systèmes de tarification carbone en un seul marché à compter du début de 2026.

La tarification carbone n’est toutefois pas encore uniforme. Les systèmes d’échange de droits d’émission, qui sont les systèmes de tarification carbone les plus courants, reposent sur les signaux du marché pour déterminer la voie à suivre pour réduire les émissions. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, divers territoires évaluent leurs profils d’émission sectoriels, leur potentiel de réduction des émissions et les coûts, ce qui entraîne d’importantes divergences dans la tarification carbone.

Des écarts importants subsistent dans la tarification du carbone à l'échelle mondiale

The U.S.’s Border Carbon Policy Proposals

La Foreign Pollution Fee Act est en voie d’être adoptée par le Sénat américain. Cette politique vise à imposer des droits de douane élevés sur les importations à forte intensité de carbone, principalement de la Chine et de la Russie. Le Canada pourrait aussi cependant y être soumis et se voir imposer des droits de douane de 17 % à 33 % sur ses exportations industrielles vers les États-Unis.2

Les décideurs américains cherchent également à protéger leurs industries intérieures au moyen d’une série d’autres propositions de politiques carbone. Par exemple :

  • La FAIR Transition and Competition Act visait à s’assurer que les entreprises américaines ne se font pas couper l’herbe sous le pied par des importateurs non réglementés en imposant un ajustement carbone à la frontière sur les importations à forte intensité de carbone.

  • La U.S. Clean Competition Act imposerait une taxe carbone de 55 $ US par tonne aux producteurs américains et les protégerait contre les importations grâce à des ajustements à la frontière.

  • La PROVE IT Act, si elle est adoptée, facilitera la collecte de données sur l’intensité des émissions des industries énergivores auprès des principaux partenaires commerciaux, afin d’assurer la transparence mondiale sur les émissions de carbone. Elle était considérée comme un précurseur de la Foreign Pollution Fee Act.

Cette dernière, proposée de nouveau le 8 avril 2025 par les sénateurs républicains Bill Cassidy et Lindsey Graham, semble la plus détaillée. La structure permet d’éviter la taxe nationale sur le carbone, et crée une relation linéaire entre la redevance imposée aux importateurs et l’écart d’intensité de leurs émissions. Il est peu probable que le projet de loi soit adopté, mais il est considéré comme une autre forme de protectionnisme déguisé en politiques de lutte contre les changements climatiques.

Les différentes nuances des systèmes de tarification du carbone à l'échelle mondiale.

L’Alberta et le Québec ont donné le coup d’envoi à la tarification carbone au Canada en 2007, en utilisant deux modes d’imposition des redevances sur le carbone à leurs grands émetteurs industriels. Aujourd’hui, au Canada, divers systèmes de tarification carbone fédéral et provinciaux s’appliquent à divers secteurs, dont l’énergie, l’industrie, l’exploitation minière et l’extraction, et visent près de la moitié des émissions totales du pays.

À quelques exceptions près, le système d’échange de droits d’émission est le mécanisme de tarification carbone que le Canada privilégie. Son fonctionnement repose sur l’établissement de plafonds d’émission pour les entreprises, selon des références de rendement des émissions de gaz à effet de serre. Les entreprises qui émettent des émissions supérieures aux références achètent des permis d’autres entreprises dont les émissions sont inférieures au niveau prescrit. La politique vise à encourager les investissements dans les technologies à faibles émissions de carbone, qui augmenteraient l’avantage concurrentiel du Canada.

Le système a encouragé des flux de capitaux vers des projets durables : des projets de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), d’énergie éolienne, d’énergie solaire et de bioénergie d’une valeur de plus de 80 milliards de dollars étaient en voie de démarrage ou à l’étude et sur le point de tirer profit des revenus tirés des crédits de carbone, selon l’Inventaire des grands projets en 2024.3 De même, Emissions Reduction Alberta, mise sur pied grâce à la tarification carbone industrielle de la province, a contribué à la mise en œuvre de plus de 300 projets de technologies propres, évalués à plus de 10 milliards de dollars.4

Lorsque l’on établit des références de rendement, la tarification carbone ne vise pas toutes les émissions, car seules celles qui dépassent les plafonds d’émissions sont prises en compte. Selon la dernière estimation de L’Institut climatique du Canada, le coût moyen au pays, après ajustement en fonction des plafonds d’émissions, s’est établi à 10 $ la tonne d’équivalent dioxyde de carbone (t d’éq. CO2) en 2024, soit une fraction du prix global du carbone de 80 $.5 Cela contribue à limiter les fuites carbone (c.-à-d., les fabricants qui se déplacent vers des territoires où la conformité est moins stricte).

Incidence sur la réduction des émissions

La tarification carbone réduit les émissions, tout en n’ayant qu’un impact limité, voire nul, sur l’économie, selon plusieurs études. La réduction des émissions demeure toutefois relativement modeste ; jusqu’à 2 % par an en moyenne au sein de divers pays qui appliquent la tarification carbone, y compris le Canada.6 Pour que le Canada atteigne ses objectifs climatiques d’ici 2030, les émissions devront diminuer de 6 % chaque année, comme le prévoit son engagement à l’égard des Nations Unies à atteindre la contribution déterminée au niveau national (CDN).

L’impact sur les émissions a été modéré au cours des deux dernières décennies pour une raison : les prix du carbone ont été maintenus bas, car la plupart des technologies propres en sont à leurs balbutiements, donc à un stade précoce de leur adoption et à des coûts élevés. Cela change lentement, car l’énergie solaire et l’énergie éolienne deviennent concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles, et les véhicules électriques devraient atteindre le même prix que les voitures classiques à essence : les VE sont moins chers que les véhicules à essence en Chine par exemple. Les capacités de capture du carbone ont doublé à l’échelle mondiale au cours des dix dernières années.

Des écarts importants entre la tarification carbone du Canada et celle de ses partenaires commerciaux peuvent nuire à la compétitivité du pays en période de bouleversements structurels d’envergure mondiale.

Dans l’ensemble, près du cinquième des importations et exportations canadiennes est lié à des territoires exempts de tarification carbone. Aux États-Unis, où la politique varie d’un État à l’autre, le prix moyen du carbone s’établit à seulement 6 $ US la tonne, après ajustement des échanges commerciaux entre les deux pays au niveau étatique.

Voici ce que le Canada devrait surveiller pour maintenir sa compétitivité mondiale dans un contexte de fragmentation des politiques commerciales et climatiques :

  • Diversification des partenaires commerciaux : La tâche ne sera pas aisée, car 75 % des biens sont destinés aux États-Unis. Toutefois, près d’un tiers des catégories d’exportations canadiennes sont plus diversifiés ; même les exportations de pétrole et de gaz trouvent de nouveaux clients en Asie depuis l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et la mise sur pied de LNG Canada. En dehors des États-Unis, le gain de popularité mondiale des produits conformes aux normes climatiques pourrait donner une longueur d’avance au Canada. Par exemple, l’évolution de la politique de tarification carbone au Japon favorise des sources de combustibles plus propres.

  • Favorisation d’une politique prévisible : L’accès au capital a été le principal défi à relever par les entreprises dans le cadre de leurs objectifs de réduction des émissions, comme nous l’avons mentionné dans notre rapport Action climatique 2025. Les investissements à grande échelle dans le développement de technologies à faibles émissions de carbone nécessitent des signaux forts et stables pour que le risque soit réduit et que les capitaux puissent affluer. La certitude politique pourrait faciliter les apports de capitaux au Canada.

  • Rationalisation des systèmes provinciaux : Réduire les obstacles et les inefficiences pourrait contribuer à atténuer le risque des investissements. Les entreprises qui mènent des activités dans plusieurs territoires sont confrontées à diverses règles, à des niveaux de prix variables et ont peu ou pas de possibilité de transférer des crédits entre leurs installations. Nous avons déjà mentionné que l’harmonisation des marchés fragmentés pourrait offrir un potentiel d’essor économique considérable. L’élimination des barrières commerciales interprovinciales pourrait améliorer l’accès aux marchés et la liquidité.

  • Méfiez-vous de la susceptibilité des États-Unis : Concilier les différences de la politique carbone avec celle des États-Unis – où moins d’un dixième des émissions totales sont tarifées et à un taux beaucoup plus faible – sera éventuellement nécessaire. Étant donné que 80 % de la production canadienne de pétrole, 90 % de l’aluminium, environ la moitié de l’acier et un tiers du ciment sont expédiés aux États-Unis, Ottawa doit garder à l’esprit la façon dont les États-Unis réagissent aux modifications de nos politiques. Pour certains secteurs, comme celui des sables bitumineux, la conformité aux obligations d’émissions coûte environ 1 $ par baril, et moins de 0,50 $ si la compensation carbone est utilisée. Cela limite les préoccupations au chapitre de la compétitivité. Toutefois, d’autres secteurs déjà assujettis à des droits de douane et à des marges bénéficiaires beaucoup plus minces pourraient avoir besoin de plus de soutien.

  • Irritants commerciaux avec les É.-U. à double tranchant : Élargir l’application de la tarification carbone aux importations par l’intermédiaire d’ajustements carbone à la frontière revient effectivement à imposer des droits de douane. Le Canada étant déjà en porte-à-faux avec son plus grand partenaire commercial, toute tentative visant à uniformiser les règles du jeu avec les entreprises américaines pourrait être perçue comme une intensification des tensions commerciales.

  • Réduction de la complexité administrative : De la déclaration à la vérification, les ajustements carbone à la frontière s’avèrent une tâche administrative ardue, d’autant plus que les prix, la couverture et les références varient d’une province à l’autre. C’est une raison de plus de poursuivre l’harmonisation, comme nous l’avons mentionné auparavant. L’UE a exclu les PME et les importateurs individuels du MACF pour éviter la complexité réglementaire et réduire leurs coûts. Le Canada devrait aussi viser des règles simples.

  • Attention aux conséquences imprévues : Les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux représentent seulement 5 % du PIB du Canada. Cependant, les biens qu’ils produisent sont acheminés vers tout un éventail de secteurs en aval. Concrètement, les ajustements carbone à la frontière pourraient avoir un effet domino sur les chaînes logistiques. Par exemple, la hausse du coût des importations d’acier pourrait à la fois protéger la production nationale, mais faire grimper le coût des constructeurs automobiles et des entreprises de construction, entre autres, selon les estimations de la Banque du Canada.7

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➔ La forte demande énergétique est le fait non seulement de l’intelligence artificielle, mais aussi de la climatisation des immeubles

➔ Les émissions invisibles du Canada

➔ Les visions du monde radicalement différentes de David Suzuki et de Chris Wright

Sujets chauds

Les émissions invisibles : des facteurs de changement climatique avec lesquels il faut compter. À l’échelle mondiale, les émissions liées à l’affectation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (ATCATF) font l’objet d’un suivi, mais ne sont pas incluses dans le calcul des émissions des pays. Les émissions provenant des terres gérées sont incluses, mais non celles provenant des terres non gérées, car elles découlent de phénomènes qui échappent au contrôle humain, comme les incendies de forêt. Elles sont toutefois formidables : les émissions produites en 2023 par les feux de forêt sur des terres gérées ont surpassé de beaucoup les émissions comptabilisées du Canada. Les émissions liées à l’ATCATF pourraient s’avérer très importantes cette année aussi. Au 2 juin, les émissions totales estimatives découlant des feux de forêt au Canada n’avaient été surpassées que par celles de 2023 : environ 56 mégatonnes de carbone (ou 8 % des émissions de GES du Canada en 2023), selon le Système mondial d’assimilation des incendies du CAMS, exploité par le CEPMMT pour le compte de l’Union européenne. Ont donc été anéantis en quelques semaines les résultats d’années d’action climatique. Axée principalement sur l’atténuation des émissions au détriment de l’adaptation au climat, la politique climatique du Canada est clairement mal fondée. Et nous en payons tous le prix.

Le moment est-il venu de mettre en place un programme de pipeline de 100 milliards de dollars ? L’Alberta et Ottawa font avancer un important programme énergétique qui pourrait allier un pipeline pétrolier sur la côte ouest, le projet de captage et stockage du carbone de l’Alliance nouvelles voies, et un potentiel de production accrue de pétrole, selon John Stackhouse. Pour le faire aboutir, toutefois, il faudra trouver des façons de contourner le plafond imposé par l’ancien gouvernement libéral en matière d’émissions découlant du pétrole et du gaz naturel. Cela pourrait se faire au moyen d’une nouvelle cible, d’un report d’échéance, ou d’un raffinement de la méthode de calcul des émissions évitées. Les coûts associés au programme pourraient toutefois atteindre les 100 milliards de dollars.

La tragédie au Texas met en évidence la fréquence et l’intensité des inondations. Plus de 80 % des Canadiens vivent dans des zones urbaines et environ huit grandes villes canadiennes sur dix sont situées à proximité de zones inondables, selon le gouvernement fédéral. Au Canada, les inondations représentent déjà le sinistre naturel le plus coûteux en termes de dommages matériels –  2 milliards de dollars chaque année –, alors que les changements climatiques accroissent la violence des phénomènes météorologiques. Dans le cadre de sa Stratégie nationale d’adaptation, Ottawa affecte 164,2 millions de dollars à la mise à jour de la cartographie des inondations au pays d’ici 2028. Sera-ce suffisant ?

Les récents commentaires de David Suzuki et de Chris Wright mettent en évidence les tensions entre les écologistes et certains promoteurs du secteur de l’énergie. Le plus célèbre écologiste du Canada a affirmé récemment à iPolicy qu’il est « trop tard » pour inverser les changements climatiques, les décideurs étant axés sur la croissance économique et plutôt que sur la préservation de la nature. Pour sa part, le secrétaire à l’Énergie des États-Unis Christ Wright considère la crise climatique comme un effet secondaire du progrès, et non comme une menace existentielle. « Je suis prêt à accepter ce modeste effet négatif en contrepartie du progrès humain », écrit-il dans The Economist. Les politiques sont souvent dictées par les administrations en place, et les promoteurs du secteur de l’énergie sont gagnants cette fois. Il pourrait en être autrement d’ici quelques années.

On parle beaucoup de la demande énergétique liée aux centres de données, mais le fait est que la climatisation n’est pas en reste. Alors que la chaleur et l’humidité estivales deviennent de plus en plus accablantes au Canada et ailleurs dans le monde, l’Agence internationale de l’énergie prévoit que la climatisation comptera bientôt pour une part accrue de la demande énergétique mondiale, cette part devant vraisemblablement passer de 37 % à 45 % d’ici 2030.

Voici pourquoi la climatisation est en voie de devenir un enjeu climatique de premier plan :

➔ La climatisation a généré un peu plus d’une gigatonne d’émissions de carbone à l’échelle mondiale en 2022 (1,9 % des émissions totales). Outre ces émissions, elle présente un risque de fuites de fluides réfrigérants, qui ont un potentiel de réchauffement mondial environ 1 000 fois plus élevé que le CO2.

➔ La demande énergétique liée à la climatisation à l’échelle mondiale croît de 4 % par année, soit deux fois plus vite que celle liée au chauffage de l’eau. Cette situation exerce des pressions sur la capacité énergétique, d’autant plus que des pays comme le Canada s’efforcent de maintenir la propreté de leurs réseaux.

➔ Au Canada, le pourcentage de ménages qui climatisaient leur résidence était de 64 % en 2021, comparativement à 55 % en 2013. C’est encore plus impressionnant compte tenu de la hausse du nombre de ménages au cours de la dernière décennie.

➔ Les bâtiments représentent 18 % des émissions du Canada. Or, le chauffage et la climatisation comptent pour plus de 67 % de la consommation d’énergie des bâtiments.

➔ En 2021, une résidence canadienne sur dix était dotée d’une thermopompe (qui peut servir de système de climatisation) alors que cette proportion était presque nulle à peine quelques années auparavant. Les thermopompes sont 4,5 fois plus efficaces que les appareils de climatisation conventionnels, ce qui en fait un pilier clé de l’action climatique.

➔ Les importations de thermopompes résidentielles ont bondi de 71 % au Canada au premier trimestre comparativement à la même période l’an dernier, selon les données de l’ Institut canadien du chauffage, de la climatisation et de la réfrigération (ICCCR).

➔ Les décideurs fédéraux et provinciaux envisagent l’adoption d’un code du bâtiment stipulant qu’au moins une pièce d’une habitation doive être dotée d’un système de climatisation.

➔ L’accès à la climatisation est en passe de devenir une question de droits de la personne, en particulier depuis le décès de près de 600 personnes par suite d’un dôme de chaleur à Vancouver en 2021.

➔ « Les efforts d’atténuation des changements climatiques, principalement sous forme de politiques, de programmes de remises et de mesures incitatives, constituent une importante source d’affaires », explique Martin Luymes, vice-président, Relations avec les gouvernements et les parties prenantes, ICCCR. Par exemple, les remises fédérales ont suscité un nombre record de ventes de thermopompes, qui ont ensuite baissé lorsque les programmes ont pris fin.Plusieurs provinces, dont l’Ontario, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse, continuer d’offrir des remises afin de soutenir l’intérêt à l’égard des thermopompes.

➔ Le secteur CVC canadien considère l’abolition envisagée du programme Energy Star  aux États-Unis comme une « erreur majeure », selon M. Luymes, qui fait remarquer que le programme, qui fait la promotion des produits écoénergétiques, dont les appareils de climatisation, constitue une précieuse et abordable source de conseils à l’intention des consommateurs. Des experts disent que l’élimination ou l’affaiblissement d’Energy Star pourrait nuire aux progrès climatiques.

C’est maintenant chose faite. La « grande et magnifique loi » de Donald Trump modifie plusieurs incitatifs fiscaux dans le domaine des énergies propres qui étaient régis par la loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act). De plus, elle renforce les exigences en matière de contenu national, impose de nouvelles échéances de qualification, et met fin à d’autres crédits d’impôt qui pourraient avoir une incidence sur les entreprises canadiennes de technologies propres à la recherche d’occasions au sud de la frontière.

Voici quelques éléments positifs et négatifs de la nouvelle loi :

Captage du carbone : La loi maintient les crédits pour le captage du carbone et offre des incitatifs à l’utilisation du CO2 pour la récupération assistée des hydrocarbures, soulignant ainsi l’engagement de l’administration à l’égard de l’industrie des combustibles fossiles.

Énergie nucléaire : La loi maintient les crédits pour les installations nucléaires actuelles et pour les nouvelles technologies énergétiques de pointe. Les nouvelles dispositions relatives aux entités étrangères pourraient toutefois compromettre la croissance du secteur. Cette section de la loi est appuyée par un décret antérieur visant à quadrupler la capacité nucléaire des États-Unis, la faisant passer de 100 GW à 400 GW d’ici 2050.

VE : La fabrication des véhicules électriques et leur caractère concurrentiel seront « durement touchés », selon le Center on Global Energy Policy de l’Université Columbia, qui note que la loi pourrait provoquer une baisse de la demande de VE au pays, compromettre les investissements dans les piles pour VE, et permettre à la Chine et à d’autres concurrents étrangers de gagner des parts de marché plus importantes.

Réseau propre : Les énergies solaires et éoliennes ont été particulièrement touchées par l’élimination des crédits d’impôt à l’investissement et à la production plus tôt que prévu. Il s’ensuivra une réduction de 53 % à 59 % de la capacité de production d’énergie propre d’ici 2035, selon le Groupe Rhodium. Faisant suite à l’adoption de la « grande et magnifique loi », un décret présidentiel exige l’élimination des subventions des « sources vertes peu fiables, comme l’énergie éolienne et l’énergie solaire », qui mettraient en péril la sécurité nationale. Un autre décret présidentiel exige l’élimination des « subventions des sources d’énergie peu fiables et contrôlées par l’étranger, qui entravent le bon fonctionnement des marchés ».

Minéraux essentiels : Le charbon métallurgique est maintenantconsidéré comme un « minerai essentiel » donnant droit à un crédit d’impôt à la production. La loi a également fixé à 2033 l’échéance du crédit d’impôt pour la production 45X des minéraux essentiels (auparavant sans échéance), ce qui posera problème puisque la plupart des projets miniers essentiels nécessitent de longs échéanciers. Le Center for Strategic and International Studies explique que l’imposition de cette échéance découragera les investissements dans les nouveaux projets dont la mise en production exige plus de temps et favorisera les anciennes carrières prêtes à produire, mais dont les réserves sont de moindre qualité.

La Chine est en première place au chapitre de la transition énergétique. C’est la Chine qui compte pour environ 74 % (1,3 térawatt) des nouvelles installations éoliennes et solaires mondiales en construction, suivie par les États-Unis (5,9 %) et l’Inde (5,1 %), selon le Global Energy Monitor. Les 590 gigawatt de nouvelle énergie éolienne proposés ou en construction en Chine suffiraient à alimenter en énergie la quasi-totalité des ménages américains. Cette dominance annoncée de la Chine dans le secteur des technologies propres pose une problématique pour l’Occident, comme l’a souligné la présidente de l’UE Ursula von der Leyen plus tôt ce mois-ci : « Beijing est à la fois un concurrent déterminé dans la course aux technologies propres et un acteur essentiel de la décarbonation mondiale. » Ce dilemme au sein du G7 ne suffira certainement pas à ralentir cette tendance.

Le pont entre les technologies propres et l’intelligence artificielle. CleanAI, fondé par Nicholas Parker, un investisseur chevronné du secteur des technologies, a récemment lancé à l’intention des entrepreneurs et des entreprises un écosystème de réseautage et de financement alliant intelligence artificielle et technologies propres. Les études menées par CleanAI démontrent que le développement de solutions de technologies propres alimentées par l’intelligence artificielle exigera 138 milliards de dollars américains de capital-risque au cours des cinq prochaines années, mais que de telles solutions pourraient pallier jusqu’à 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

  • La semaine dernière, John Stackhouse s’est rendu à Limberlost Place, le premier bâtiment en bois massif zéro émission nette de l’Ontario, pour participer à un documentaire sur le projet. L’immeuble du Collège George Brown à Toronto sera ouvert cet automne.

  • Le 15 juillet, Nathan Janzen et Lisa Ashton ont prononcé une allocution à l’assemblée générale annuelle des Producteurs laitiers du Canada à Toronto.

Les lectures de l’équipe :

  • Genesis, de Henry Ksinger, Craig Mundie et Eric Schmidt, sur le pouvoir transformateur de l’IA en politique, en sécurité, en prospérité et en science. Lisez le compte-rendu de John ici.

  • The Explorer’s Gene: Why We Seek Big Challenges, New Flavors, and the Blank Spots on the Map, de Alex Hutchinson.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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L’Alberta s’apprête à devenir la Silicon Valley de la capture directe du dioxyde de carbone

Abondance mondiale : à l’aube de l’ère des nouvelles énergies

Le Brésil développe une variété de fèves de soja durables pour la Chine

Une Silicon Valley de la capture directe du dioxyde de carbone est en train de prendre forme dans le centre de l’Alberta. Grâce à une subvention de 40 millions de dollars américains de l’organisation Breakthrough Energy fondée par Bill Gates, la société québécoise Deep Sky inaugurera cet été son centre d’innovation et de commercialisation de la capture directe du dioxyde de carbone à Innisfail, dans le centre de l’Alberta. Considérée comme un pôle d’activité en matière de capture directe du dioxyde de carbone, l’installation servira de banc d’essai aux entreprises pour tester leurs technologies de capture directe du dioxyde de carbone avant d’étendre leurs activités à l’échelle commerciale. Huit entreprises provenant du Canada, des États-Unis, de l’Allemagne et d’autres pays se sont déjà inscrites. Misant sur le potentiel de Deep Sky, le gouvernement de l’Alberta a également investi récemment cinq millions de dollars grâce au fonds provincial Technology Innovation and Emissions Reduction (TIER).

L’Ontario élabore une nouvelle stratégie de construction en bois. Récemment annoncé, le Plan d’action pour les techniques avancées de construction en bois vise à promouvoir l’utilisation du bois dans des structures plus grandes et plus hautes afin d’achever les projets plus rapidement et de réduire les coûts jusqu’à 20 %. Remplacer le ciment et l’acier par du bois contribuerait également à réduire les émissions dans un secteur qui représente 18 % des émissions totales au Canada. Selon notre rapport sur le bois massif, l’adoption généralisée du bois, notamment du bois massif, en guise de substitut ou de complément au béton et à l’acier pourrait réduire les émissions intrinsèques des bâtiments jusqu’à 25 %. Ce programme sur cinq ans est lancé au moment où le secteur provincial, d’une valeur de 20 milliards de dollars, fait face à des droits de douane punitifs américains.

Les analystes s’empressent d’évaluer la demande des centres de données aux États-Unis. Selon un nouveau rapport de la société de services-conseils ICF, la demande d’électricité devrait croître de 25 % d’ici 2030 et de 78 % d’ici 2050 par rapport à la demande de 2023. Cela représente un taux de croissance annuel de 3,2 % d’ici 2030 (contre 1,4 % précédemment) et de 2,2 % d’ici 2050 (contre 1,1 % précédemment), ce qui tranche avec les deux dernières décennies durant lesquelles la demande en électricité aux États-Unis est restée essentiellement stable. Cette pression sur la capacité pourrait faire doubler le prix de l’électricité d’ici 2050, avertit ICF. La plus forte croissance de la demande est attendue au Texas, en Californie et dans la région de la Pennsylvanie, du New Jersey et du Maryland (qui couvre 13 États de la région du littoral médio-atlantique et du Midwest), c’est-à-dire dans des marchés qui importent déjà de l’électricité du Canada.

Le Brésil développe une variété de fèves de soja durables adaptée pour la Chine. Inspiré par le succès de son modèle Boi China beef, ce pays latino-américain compte développer une variété de fèves de soja destinée à la Chine, grâce à une chaîne d’approvisionnement qui respecte les normes environnementales chinoises et est alimentée par des énergies renouvelables. Cette initiative est également perçue comme un moyen pour la Chine de contrer le règlement européen sur la déforestation, dont les règles sont beaucoup plus strictes. Tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’UE, de nombreux pays ont exprimé leurs inquiétudes concernant ce règlement en raison de ses exigences strictes en matière de traçabilité, jugées inadaptées aux chaînes d’approvisionnement conventionnelles du soja. L’initiative du Brésil et de la Chine représente une voie alternative pour l’acheminement des fèves de soja. Le département de l’Agriculture des États-Unis a récemment averti que les fèves de soja durables constitueraient une menace directe pour la part de marché des exportateurs américains et canadiens en Chine.

Par Lisa Ashton

Des Hautes Terres d’Écosse aux milieux humides du Somerset, les changements climatiques bouleversent les paysages du Royaume-Uni et creusent un déficit de 97 milliards de livres sterling (181 milliards de dollars) en actifs naturels. Selon le Green Finance Institute (GFI), les dépenses publiques prévues par le gouvernement pour la conservation et la restauration sont très insuffisantes pour permettre au pays d’honorer ses engagements contraignants, notamment son plan environnemental sur 25 ans et ses objectifs 30 x 30 dans le cadre des cibles de l’ONU en matière de biodiversité. L’institut alerte également sur des risques et pertes économiques réels, estimés entre 150 et 300 milliards de livres sterling du PIB britannique d’ici 2030. Le gouvernement britannique est actuellement à la recherche de propositions d’entreprises, d’investisseurs et d’innovateurs pour protéger les fondements naturels de son économie et stimuler la croissance du secteur en plein essor des services liés à la nature.

Le Canada peut tirer des leçons de l’expérience du Royaume-Uni. Il accueille des investissements majeurs dans le cadre de plusieurs initiatives, notamment du financement de projets pour la permanence du projet de la mer de Great Bear et des engagements politiques en matière de gestion des bassins versants visant à protéger et conserver 30 % des terres et des eaux du Canada d’ici 2030.

Le Canada est une véritable puissance mondiale en matière de ressources naturelles avec des richesses incomparables :

➔ il fait partie des cinq pays qui abritent collectivement plus de 70 % des écosystèmes encore intacts dans le monde ;

➔ il abrite 20 % des ressources en eau douce mondiales ;

➔ il abrite 25 % des milieux humides mondiaux ;

➔ il abrite 24 % des forêts boréales mondiales ;

➔ il a le plus long littoral au monde ;

➔ il a le plus long littoral au monde ;

➔ les écosystèmes du Canada constituent un habitat essentiel pour environ 80 000 espèces.

Comme bien d’autres pays, le Canada n’a malheureusement pas réussi à mobiliser un financement à grande échelle dédié à la nature afin de contrer la baisse de la part du PIB du capital naturel (d’environ 70 % en 1995 à environ 40 % aujourd’hui), et d’atténuer les risques liés à un environnement naturel qui se dégrade plus rapidement qu’aux États-Unis et au Royaume-Uni. Selon les estimations de Statistiques Canada, à eux seuls, les incendies de forêt survenus depuis le début de l’année pourraient coûter 0,4 % du PIB de la Saskatchewan et 0,2 % de celui de l’Alberta.

Le financement dédié à la nature en est à ses balbutiements, mais une voie commence peu à peu à se dessiner pour renforcer le capital naturel et encourager les investissements au Canada. En 2022, le gouvernement du Canada a émis sa première obligation verte, d’une valeur de 5 milliards de dollars. Une partie des fonds est destinée à des projets axés sur la nature, notamment au financement de l’adoption de pratiques agricoles adaptées au climat.

L’exploration du financement dédié à la nature constitue une occasion de renforcer la résilience de l’économie canadienne qui dépend des ressources naturelles telles que la production de carburants, d’aliments, d’engrais et de produits forestiers.

Tendances, technologie et science

Le torchage du gaz en Alberta inquiète les professionnels de la santé. La division albertaine de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME) cite une étude qui démontre qu’une augmentation de 1 % de l’exposition au torchage du gaz a entraîné une hausse de 0,73 % des visites à l’hôpital pour des problèmes respiratoires. Cet avertissement fait suite à un article de Reuters rapportant que, pour la deuxième année consécutive, le torchage du gaz avait dépassé la limite que la province s’était imposée en 2024. En juin, l’Alberta Energy Regulatory a annoncé mettre fin aux limites sur le torchage du gaz.

La surcapacité renforce la réputation de l’acier comme secteur difficile à décarboner. Environ 30 % de la capacité mondiale de production d’acier demeure inutilisée, un excédent qui a fait plonger les prix à leur plus bas niveau depuis quatre ans. Les sidérurgistes ne sont pas enclins à décarboner leurs activités, compte tenu des pressions exercées sur leurs marges. Selon un rapport de l’OCDE, le problème risque donc de s’aggraver puisque plus de 40 % des nouvelles capacités de production d’acier, principalement issues d’acteurs non marchands comme la Chine, devraient arriver sur le marché d’ici 2027 et rester très émettrices. L’OCDE recommande donc de renforcer la coopération internationale pour lutter contre la surcapacité et les distorsions du marché, afin d’améliorer les perspectives des entreprises sidérurgiques dans les économies de marché. Les sidérurgistes devraient alors être en mesure de poursuivre leurs efforts de décarbonation. Les nouveaux droits de douane antidumping au Canada et aux États-Unis, qui visent principalement la Chine, représentent également une occasion de créer un marché de l’acier vert.

L’interdiction des sacs en plastique et la mise en place de frais associés commencent à porter leurs fruits. Plusieurs autorités américaines qui ont mis en œuvre ces politiques ont constaté une baisse de 25 % à 47 % de la proportion de sacs plastiques parmi les déchets ramassés lors des opérations de nettoyage des rivages, selon une étude approfondie de l’Université du Delaware et de l’Université Columbia. L’interdiction a également permis de réduire le nombre d’animaux pris au piège dans des sacs plastiques le long du littoral. La pollution par les plastiques demeure néanmoins un problème croissant. La dernière ronde de négociations d’un traité mondial sur les plastiques est prévue en août à Genève.

Par John Stackhouse

Plus, plus, plus d’énergie.

Voilà le principal message du 10e rapport annuel sur les investissements de l’Agence internationale de l’énergie (AEI).

L’AIE suit les flux d’investissements dans toutes les formes d’énergie et cette année, son rapport est plus pertinent que jamais compte tenu de la volatilité des prix de l’énergie observée depuis le début de la décennie. Si le ralentissement de l’économie mondiale peut freiner certaines tendances d’investissement, ce qui est bâti aujourd’hui façonnera les dynamiques énergétiques des années à venir.

Les investissements dans les énergies propres ont bondi à l'échelle mondiale

Quelques faits saillants :

  • Les flux de capitaux vers le secteur de l’énergie devraient atteindre 3,3 billions de dollars américains cette année.

  • La Chine est en tête de la forte croissance des investissements dans le secteur de l’énergie. Elle représente près du tiers des investissements mondiaux, répartis presque également entre les réseaux et le stockage, la production d’énergie renouvelable et les combustibles fossiles.

  • En 2024, l’Amérique du Nord a enregistré un montant record de 700 milliards de dollars américains en investissements en 2024, mais ce montant devrait baisser à 690 milliards cette année. Les investissements dans les énergies propres n’ont jamais été aussi élevés.

  • Le nouveau projet de loi américain qui supprime plusieurs incitatifs en faveur des énergies propres, ainsi que le projet de loi C-5 du Canada qui soutient des projets d’énergies propres et conventionnelles, pourraient-ils influencer les investissements énergétiques ?

  • L’électrification est le principal secteur d’investissement à l’échelle mondiale, représentant près de la moitié (1,5 billion de dollars) de tous les capitaux investis dans l’énergie.

  • Seulement un tiers des investissements sera destiné au pétrole, au gaz naturel et au charbon.

  • La baisse des prix du pétrole freinera probablement les investissements.

  • L’investissement dans le gaz naturel liquéfié (GNL) suit une « solide trajectoire à la hausse », portée notamment par les États-Unis, le Qatar et le Canada.

  • La résurgence de l’énergie nucléaire se poursuit, avec une croissance de 50 % au cours des cinq dernières années.

  • Dans les économies avancées, la production d’énergie au charbon est quasiment à l’arrêt, alors qu’elle connaît un regain en Chine et en Inde.

En résumé, le monde devra continuer à investir des billions de dollars chaque année dans le secteur de l’énergie, et ce, dans un vaste éventail de sources. Au fur et à mesure que la situation évolue, certaines tendances à long terme se dessinent clairement. En effet, une part croissante des investissements énergétiques sera dirigée vers l’Asie, en particulier vers la Chine, une part plus importante sera consacrée à l’électrification, et, comme le souligne notre rapport Stratégie du G7+ en matière de gaz naturel, davantage d’investissements seront alloués aux infrastructures gazières.

Countries that develop the right policies will generate and attract the bulk of that capital, in what’s shaping up to be a New Energy Age.

This massive new data centre is powered by used EV batteries (Fast Company, ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Would you recycle more if every bottle gave you a chance to win $1,000? (CBC, ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Net-zero push is still on at many companies: SBTi (WSJ, ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

Why Canada’s orphan wells are a bigger methane menace than active wells (ACS Publication, ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)

  • John Stackhouse et Lisa Ashton ont visité la ferme Kelburn au Manitoba à la fin de juin. La ferme de démonstration est implantée dans la vallée de la rivière Rouge, un foyer de l’innovation agroalimentaire en pleine expansion. La ferme Kelburn accueille des agriculteurs, des étudiants, des chercheurs et des entreprises de la chaîne agroalimentaire souhaitant mettre à l’essai de nouvelles idées qui font progresser le secteur de l’agriculture au Canada.

  • Shaz Merwat a assisté à la conférence sur la transition énergétique RBC qui a eu lieu à London la semaine dernière. Cette semaine, il a assisté à une conférence virtuelle de l’Agence internationale de l’énergie sur le gaz naturel certifié.

Liste de lecture de l’équipe :

  • Crisis: A Global Case Primer de Jason Miklian et John Katsos, sur le leadership en temps de crise (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).

  • The Genius Myth de Helen Lewis, sur les raisons pour lesquelles nous ne devrions pas idéaliser des personnalités comme Elon Musk (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).

  • How Countries Go Broke de Ray Dalio, sur les raisons pour lesquelles les États-Unis se trouvent dans les dernières phases d’un grand cycle d’endettement.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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➔ Pourquoi le G7+ dépend autant du Canada pour ses métaux

➔ Pic du pétrole : l’AIE et l’OPEP en désaccord

➔ Une avancée majeure en géothermie

Au premier trimestre, les acheteurs canadiens ont boudé les voitures zéro émission. Comparativement à la même période de 2024, les ventes ont chuté de 19,5 %. Le nombre total de véhicules légers vendus (modèles hybrides et rechargeables y compris) a diminué de 3,2 %. D’après les données de S&P Global, les immatriculations de véhicules neufs ont représenté 9,5 % des ventes totales de voitures au premier trimestre, alors que cette proportion était de 18,9 % au trimestre précédent. Plusieurs facteurs ont joué, notamment le retrait du rabais fédéral de 5 000 $, la diminution du montant offert par le gouvernement du Québec et l’incertitude liée aux droits de douane. Signe des temps, Tesla perd du terrain au Canada : sa part de marché n’était que de 10 % en avril, contre 50 % il y a quelques années.

En Alberta ce mois-ci, il n’y en a pas eu que pour le G7. Lors de l’événement Calgary for the Global Energy Show, Haitham al-Ghais, le secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), a affirmé froidement que « la demande de pétrole n’est pas près de fléchir ». Depuis quelques années, l’OPEP et l’Agence internationale de l’énergie discutent âprement du fameux pic qui, selon le « gendarme » de Paris, pourrait survenir avant 2030. L’OPEP a déclaré récemment que le fait que l’AIE ait revu à la baisse ses prévisions de ventes de véhicules électriques prouve qu’elle n’est plus aussi certaine de son fait. L’Agence insiste cependant et,  dans ses projections publiées en juin, affirme à nouveau que le pic de la demande mondiale de pétrole est en vue.

L’Arctique, une région de plus en plus convoitée. Trois livres parus cette année rappellent que la région la plus septentrionale du globe est aussi celle qui, désormais, s’ouvre le plus au commerce. Dans The North Pole, l’auteur norvégien Erling Kagge rappelle que, dans les années 1600, des explorateurs cherchaient déjà des voies de communication plus rapides entre l’Europe et l’Asie. Dans End of the Earth, le chercheur de fossiles Neil Shubin traite des richesses souterraines que nous dévoile aujourd’hui la science. Enfin, le journaliste Kieran Mulvaney, auteur d’Arctic Passages, s’intéresse aux voies ouvertes par la fonte des glaces entre, par exemple, la Corée et les Pays-bas, court-circuitant ainsi les points de tension géopolitique que sont le canal de Suez et le canal de Panama.

De Nice à Kananaskis, on n’a parlé que de minéraux critiques. Un sujet délicat dans le chef-lieu des Alpes maritimes, où les participants à la Conférence des Nations Unies sur les océans ont critiqué les velléités américaines de forer en eaux profondes. De son côté, l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM) estime que les plans de la Maison-Blanche créent « un dangereux précédent susceptible de déstabiliser l’ensemble du système de gouvernance mondiale des océans ». Il semble que la production des intrants nécessaires pour générer de l’électricité de manière écologique ne soit pas toujours… écologique.

À Kananaskis, Canada a exhorté les membres du G7 à s’entendre au moins sur un « plan d’action » à l’égard des minéraux critiques. Afin de ne pas irriter le locataire du Bureau ovale, les participants ont, sur plusieurs points, évité de faire une déclaration officielle qui soit unanime et de grande portée. Ils ont toutefois convenu d’élaborer un cadre permettant de financer de nouveaux projets miniers ou d’usines de traitement et de moins dépendre de la Chine pour l’approvisionnement en ces minéraux clés que sont le lithium, le cobalt et les éléments des terres rares.

Approvisionnement en métaux : le G7+ dépend étroitement du Canada

Grand producteur de biens indispensables à la fabrication de véhicules électriques, de matériel de défense, de téléphones intelligents et d’éoliennes, le Canada, qui a l’ambition de devenir une « superpuissance énergétique », entend jouer un rôle clé.

Là encore, ce ne sera pas chose facile, car le gouvernement voit poindre de l’opposition. Les Chiefs of Ontario, notamment, estiment que le projet de loi C-5, qui vise à accélérer les projets miniers et autres, est contraire au droit de l’environnement et aux obligations constitutionnelles du Canada.

D’après un sondage KPMG mené auprès de cadres canadiens, les sujets d’inquiétude ne manquent pas non plus dans le secteur privé (dont la plupart des acteurs souhaitent que tous les ordres de gouvernement établissent un couloir de services publics sans égard au type d’énergie fourni), qu’il s’agisse des dépassements des coûts ou du non-respect des échéanciers souvent observés lors des mégaprojets, de la dérive des objectifs, des consultations avec les parties prenantes, des évaluations environnementales ou des retards causés par les organismes de réglementation.

Dans le rapport Le nouveau grand jeu, nous indiquons comment le Canada peut éliminer les freins à l’expansion de son secteur des minéraux critiques (lire aussi Ingéniosité : Comment le Canada s’y prendra-t-il pour conclure des contrats de marchandises avec les États-Unis et d’autres pays).

Le nouveau marché canadien de l’énergie – facteurs climatiques en sus – est le Japon. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, y était en visite ce mois-ci pour promouvoir les ressources de sa province, notamment énergétiques. De son côté, Mitsubishi Corp., l’un des principaux investisseurs associés au projet LNG Canada, recevra les premières livraisons du terminal gazier britanno-colombien en juillet.

Dans le rapport Stratégie du G7+ en matière de gaz naturel, RBC s’intéresse au rôle que peut jouer le gaz dans la sécurité énergétique des pays membres du G7+. Le Canada imposera d’autant mieux son gaz naturel liquéfié (GNL) en Asie qu’il se conformera au système d’échange de droits d’émission GX-ETS (Green Transformation Emissions Trading System) mis en place par le Japon pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Détaillons ce point.

  • Le Japon reconnaît le GNL à faible teneur en carbone comme conforme à ses objectifs de transition, notamment si sont menés en parallèle la réduction des émissions de méthane, la capture et le stockage du carbone, ou encore l’application de normes de réduction certifiée des émissions. Il se peut que le GNL canadien soit admissible à des contrats d’approvisionnement à long terme en phase avec la transition verte, si la réduction des émissions peut être vérifiée.

  • Le Japon peut s’engager dans des investissements prenant la forme d’« obligations de transition », en particulier dans des installations de liquéfaction et de transport couplé à la capture et au stockage du carbone. Avec l’Australie et d’autres pays, le Japon s’est attelé au marché de l’ammoniac propre. Pour les produits d’énergie canadiens certifiés à faible teneur en carbone, il existe plusieurs avenues intéressantes, par exemple le financement fondé sur les obligations de transition ou sur le mécanisme de crédit conjoint du Japon (JCM).

  • En couplant la capture et le stockage du carbone à la production de gaz, le Canada peut tirer profit du plan japonais d’expansion des importations d’hydrogène bleu.

  • Le Japon a besoin d’énergie pour maintenir son avantage dans le domaine des capacités de calcul, des infrastructures numériques, des centres de données et de l’intelligence artificielle, qui vont de plus en plus dépendre des approvisionnements en gaz naturel. C’est un autre débouché qui s’offre pour le Canada.

Le rapport complet se trouve ici. Il a fait l’objet d’un débat entre John Stackhouse et l’auteur principal du rapport, Shaz Merwat.

La Banque mondiale entre dans l’arène de l’énergie nucléaire. Pour répondre à l’appel des États-Unis et de l’Allemagne, la Banque mondiale va, aux côtés de l’Agence internationale de l’énergie atomique (l’organisme de surveillance onusien), épauler les exploitants des réacteurs en place et la modernisation des infrastructures, qui passe notamment par l’installation de petits réacteurs modulaires (PRM). Les centrales électriques au gaz, qui ne compromettent pas le développement des énergies renouvelables, pourraient aussi bénéficier de la manne, mais la Banque mondiale n’a pas encore accepté de financer le développement en amont du secteur du gaz naturel.

Les projets de capture de carbone se multiplient. Pendant la période 2020-2030, la décarbonation devrait faire une large part à la seule capture du CO2 : environ 45 % des projets en cours ou programmés lui seront exclusivement consacrés, selon un nouveau rapport du Forum international de l’énergie. C’est aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada (dans cet ordre) qu’il a été prévu de mener le plus grand nombre de projets de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) d’ici 2030 ; la capacité mondiale atteindrait alors 1 gigatonne de CO2 (ce qui équivaudrait à retirer 306,3 millions d’automobiles de la circulation pendant un an). La plupart des projets seraient financés à même les deniers publics.

Une société spécialisée dans la géothermie et soutenue par Bill Gates annonce un développement majeur. L’industrie est en ébullition : établie à Houston, Fervo Energy  a réussi à forer près de 4,8 km en 16 jours, soit une réduction de 79 % des délais moyens habituels. Dans le secteur de la géothermie, le forage – l’opération la plus coûteuse – nuit à la compétitivité de cette source d’énergie ; c’est donc un pas de géant qui vient d’être réalisé. En outre, la technologie utilisée (fortement inspirée des techniques de fracturation hydraulique) laisse entrevoir l’exploitation de sites particulièrement prometteurs, par exemple en Islande. La société Breakthrough Energy de Bill Gates a immédiatement injecté 100 millions de dollars américains supplémentaires dans Fervo Energy, dans le cadre d’un cycle d’investissement de 206 millions de dollars.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

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➔ La mise en service d’un projet de stockage par batterie et l’approbation d’un projet de petit réacteur modulaire (PRM) témoignent de la capacité du Canada à concrétiser ses projets

➔ Au sein du cabinet de Mark Carney : le médiateur, l’initiée et le sceptique

➔ General Fusion a besoin de fonds

Sujets chauds

➔ Les sociétés canadiennes de technologie climatique ont levé 468 millions $ au premier trimestre, un chiffre en hausse par rapport au montant dérisoire de 39 millions $ récolté à la même période l’an dernier. C’est donc un début d’année positif, après le ralentissement des investissements observé entre le deuxième et le quatrième trimestre de 2024. Ce sont des contrats conclus dans le domaine de l’entreposage d’énergie et de l’énergie propre qui ont apporté l’essentiel des fonds recueillis au premier trimestre de 2025. Si l’augmentation globale du financement des technologies climatiques est encourageante, il sera néanmoins indispensable d’investir davantage dans l’innovation industrielle – au-delà des 36 millions $ enregistrés à ce jour cette année avec un contrat unique – pour réussir à décarboner les secteurs qui produisent le plus d’émissions.

➔ Le Canada aura besoin de plus de capitaux étrangers pour réaliser ses ambitions dans le secteur des matières premières. Selon les travaux menés par Cynthia Leach, Shaz Merwat et Vivan Sorab de RBC, plus de 100 projets miniers représentant 107 milliards $ se trouveront à différents stades de développement au Canada au cours des dix prochaines années. Étant donné qu’Ottawa empêche la Chine d’investir dans le secteur minier, les sociétés minières canadiennes devraient se tourner vers différents pays, les États-Unis et les pays européens par exemple, et vers des institutions, comme les fonds souverains du Moyen-Orient, pour s’imposer comme des géants du secteur des matières premières. Lisez le rapport complet ici. Vous pouvez également regarder la vidéo dans laquelle les analystes de RBC discutent des ressources minérales.

➔ Après moult discussions, le nucléaire monte enfin en puissance. Aux États-Unis, un nouveau décret vise à accélérer les commandes de nouvelles centrales sur les 18 prochains mois, afin de quadrupler la production d’énergie nucléaire en 25 ans. La Belgique renonce à sa loi prévoyant la sortie progressive du nucléaire, et certains États membres de l’UE – l’Allemagne, le Danemark et l’Italie – revoient leur position sur le sujet. L’Ontario a également décidé en mai de la construction d’un réacteur modulaire. Pour sa part, le Nouveau-Brunswick reporte la construction de son petit réacteur modulaire (PRM), car ses deux partenaires n’ont pas réussi à réunir les capitaux et à embaucher les ouvriers nécessaires. Les ambitions sont bel et bien là, mais il faut désormais trouver l’argent et le personnel pour les réaliser.

INFRASTRUCTURES

Construire, construire, construire, mais aussi savoir patienter

De grandes ambitions en butte aux réalités du terrain. Malgré un nouveau départ, la volonté du Canada de développer de nouveaux projets dans le domaine des énergies propres et classiques se heurte à des obstacles bien connus, comme la rigidité des règles environnementales et le refus des Autochtones. Ce sont là des considérations essentielles qui ne devraient toutefois pas primer sur l’intérêt national.

Les provinces qui ont adopté de nouvelles lois à la hâte sont priées d’attendre.

  • Le projet de loi 5 de l’Ontario, qui devrait être adopté, confère aux autorités le pouvoir d’attribuer des projets à des « promoteurs fiables » dans les zones économiques spéciales. Selon l’Association canadienne des libertés civiles, il s’agit d’une « évolution inquiétante » qui permet au gouvernement de supprimer de manière unilatérale les dispositifs juridiques qui protègent les collectivités vulnérables et certains peuples autochtones.

  • Inquiètes de l’intensification des activités minières, les Premières Nations du Cercle de feu, en Ontario, demandent le retrait du projet de loi. Selon la Wildlands League, dans le Cercle de feu, le nombre de titres miniers a augmenté de 67 % depuis 2022, pour s’établir un peu au-dessous de 43 000 sur un territoire équivalent à 14 fois la superficie de Toronto.

  • En Colombie-Britannique, qui espère devenir un pôle majeur pour la production de GNL et de matières premières, le gouvernement a adopté de justesse (le président de l’Assemblée a dû départager les voix) la loi sur les projets d’infrastructure (Infrastructure Projects Act), qui vise à accélérer les projets, malgré l’opposition de l’assemblée des Premières Nations de la Colombie-Britannique, des municipalités et des organismes environnementaux.

  • Le chef régional Scott McLeod de la Nation Anishinabek a déclaré qu’un plan national visant à faire progresser des projets sans concertation pourrait déclencher un nouveau mouvement « Idle no more » (Jamais plus l’inaction).

Quels sont les risques que le gouvernement fédéral rencontre des difficultés similaires alors qu’il lance une nouvelle série de grands projets ? Le NPD et le Bloc Québécois se préparent déjà à livrer bataille, mais pour l’instant, les partisans du « construire absolument » ont le vent en poupe.

John Stackhouse, de RBC, qui s’est rendu récemment au Québec et en Colombie-Britannique, constate un changement des points de vue à l’égard du développement des ressources et des exportations de pétrole et de gaz. (Lisez le compte rendu complet de John sur le Québec et la Colombie-Britannique ici.)

Alors que le premier ministre Mark Carney et les premiers ministres élaborent une stratégie et préparent un projet de loi « d’intérêt national », ils doivent tenir compte de différents facteurs :

  • Il sera indispensable d’obtenir le consentement des peuples autochtones et cela prendra du temps, surtout compte tenu de l’engagement de la Colombie-Britannique en faveur de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. La déclaration des premiers ministres, publiée après leur rencontre, reconnaît l’importance de ces enjeux.

  • La première ministre Danielle Smith demande le retrait de neuf politiques fédérales « terribles », comme le projet de plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier et l’interdiction des pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique, qui ont selon elle découragé les investissements. Comment les décideurs politiques parviendront-ils à trouver un équilibre entre leurs engagements économiques et environnementaux ?

  • La tarification du carbone produit par le secteur industriel reste un sujet de discorde, car elle rend les exportations de gaz canadien moins concurrentielles, mais contribue à l’avancée des objectifs climatiques du pays.

  • Autre proposition intéressante : la priorité donnée par les premiers ministres à la décarbonation des oléoducs et gazoducs, qui nécessiterait de recourir à la technologie de capture du carbone.

  • La construction de réseaux électriques plus propres et plus abordables financièrement pour parvenir à la carboneutralité d’ici à 2050 pourrait également stimuler l’activité dans plusieurs secteurs, notamment l’acier, le bois d’œuvre et l’aluminium, qui ont été durement touchés par les droits de douane américains.

Tendances, technologie et science

Quel lait produit le moins d'émissions ?

Le lait que vous achetez est-il écologique ? Lorsqu’ils achètent du lait, les consommateurs ne peuvent pas satisfaire en même temps aux critères de nutrition, de faibles émissions et de préservation de l’eau. Selon une étude réalisée par le World Resources Institute, les produits laitiers classiques émettent le plus d’émissions et entraînent la plus grande consommation d’eau, mais sont aussi les plus nutritifs. Le lait d’amande est le plus décevant : sa production nécessite quasiment autant d’eau que le lait de vache, mais il n’est en fait pas très bon pour la santé. Le lait de pois, moins connu, se révèle finalement le mieux placé.

Au Canada, les technologies propres restent une affaire d’hommes. En 2023, les femmes étaient payées 17 % de moins que les hommes dans le secteur des produits de l’environnement et des technologies propres (ETP), un écart salarial plus prononcé d’après Statistique Canada que celui observé dans l’ensemble de l’économie canadienne, qui ressort à 12,8 %. Les femmes employées dans ce secteur étaient pourtant près de deux fois plus susceptibles (41,6 %) que les hommes (24,6 %) d’être titulaires d’un diplôme ou d’un grade universitaires. Sept postes sur dix étaient occupés par des hommes dans un secteur qui représentait 1,7 % des emplois au Canada en 2023.

Chaque minute, l’équivalent d’un camion poubelle rempli de plastique se retrouve dans l’océan. Le documentaire Océan de David Attenborough (actuellement en salles et sur les plateformes de vidéos en ligne) relate cette catastrophe. « Nous avons la possibilité de protéger notre climat, notre alimentation, nos maisons », déclare David Attenborough, le célèbre biologiste de 99 ans. Les océans absorbent 30 % des émissions de CO2 issues des activités humaines, mais seulement 2,4 % sont protégés, alors que le monde entier s’est engagé à en protéger 30 % d’ici à 2030. Les Nations Unies, qui organisent une conférence sur les océans la semaine prochaine à Nice, en France, relèvent que, sur les 17 objectifs de développement durable, celui qui porte sur « la vie aquatique » reçoit le moins de financement.

L’institut à l’œuvre

  • En Colombie-Britannique, John Stackhouse a participé à une réunion entre les chambres de commerce du Grand Vancouver et de Calgary pour discuter du rôle du Canada dans les exportations mondiales de gaz naturel.

  • Myha Truong-Regan a récemment assisté à la conférence Walrus Talks, Power Economy: Using Electricity to Change Cities, Homes, and Industry, au cours de laquelle des leaders avisés et des professionnels du climat ont expliqué pourquoi l’avenir est et doit être électrique.

  • Lors du forum sur l’énergie des Premières Nations de la Saskatchewan qui s’est tenu la semaine dernière, Varun Srivatsan s’est exprimé sur le financement par actions et l’importance des capacités, des capitaux et du consentement pour le développement des ressources.

Liste de lectures de l’équipe

  • Fantasyland, How America Went Haywire, A 500-Year History, de Kurt Andersen. Lisez l’avis de John ici.

  • Hotshot: A Life On Fire, de River Selby, sur les feux incontrôlés et la politique fédérale américaine de lutte contre les incendies, l’utilisation des terres des peuples autochtones et l’histoire de l’écologie.

  • Is A River Alive? de Robert Macfarlane, s’intéresse à l’histoire de cours d’eau en Équateur, en Inde et au Canada.

  • Who is governmentThe Untold Story of Public Service, de Michael Lewis, explore la complexité de la bureaucratie américaine.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

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➔ La mise en service d’un projet de stockage par batterie et l’approbation d’un projet de petit réacteur modulaire (PRM) témoignent de la capacité du Canada à concrétiser ses projets

➔ Au sein du cabinet de Mark Carney : le médiateur, l’initiée et le sceptique

➔ General Fusion a besoin de fonds

Sujets chauds

➔ Le Canada est un leader de la réduction des émissions de méthane. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le Canada, qui fait partie des plus grands producteurs de pétrole et de gaz au côté des États-Unis, de la Russie et de l’Iran, présente l’une des intensités d’émissions de méthane les plus faibles. Par ailleurs, l’Agence estime que les émissions de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone, demeurent à un niveau élevé à l’échelle mondiale, en dépit des engagements et de l’existence de solutions qui permettraient de réduire les émissions provenant des combustibles fossiles à un coût « quasi nul ». Pire encore, les émissions de méthane restent largement sous-évaluées au niveau mondial, selon le dernier rapport sur le méthane (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de l’Agence internationale de l’énergie.

Le Canada est un pilier de la réduction des émissions de méthane

➔ Les États-Unis s’attaquent à l’énergie solaire… et à la douche ! Aux États-Unis, une nouvelle proposition du Parti républicain cherche à éliminer les crédits d’impôt populaires accordés aux ménages qui installent des panneaux solaires et achètent des véhicules électriques. Selon des analystes, cette proposition d’envergure visant à supprimer plusieurs incitatifs prévus par la loi sur la réduction de l’inflation, ainsi que par d’autres programmes, permettrait au gouvernement d’économiser 560 milliards de dollars américains sur dix ans, mais entraînerait une hausse de 7 % des dépenses des ménages américains d’ici 2035. Ces mesures pourraient aussi entraver les efforts des États-Unis pour réduire leurs émissions de 43 à 48 % par rapport à 2005 au cours de la prochaine décennie. Une autre proposition prévoit de supprimer les règles qui limitent la consommation d’eau dans les douches et les toilettes. Également sur la sellette : le programme Energy Star, pourtant reconnu pour encourager l’efficacité énergétique et réduire le montant des factures d’électricité.

➔ Douze projets de terres rares actuellement en cours au Canada. Ces projets sont en phase d’exploration, d’estimation des ressources ou d’évaluation économique préliminaire. Selon un rapport de Vivan Sorab, première directrice, Technologie propre, trois installations de séparation et de traitement et deux usines de recyclage d’éléments des terres rares (ETR) existent déjà. La suppression de quelques goulots d’étranglement pourrait accélérer la réalisation des 12 projets. Dans cette optique, les investissements gouvernementaux, comme le financement provincial en Saskatchewan, favorisent l’accès à la commercialisation des installations de traitement de terres rares. Par ailleurs, des conventions de vente et d’achat à des prix concurrentiels pourraient aider l’industrie canadienne des ETR à prendre pied.

➔ Planter des arbres ne suffit pas pour lutter contre le changement climatique. La planète a besoin d’une industrie mondiale axée sur l’élimination à grande échelle du carbone dans l’atmosphère au moyen de solutions naturelles et artificielles. Écoutez le nouvel épisode de la série Les innovateurs x CDL : L’ère de l’innovation. John Stackhouse et Sonia Sennik reçoivent David Keith, pionnier de l’élimination du carbone et fondateur de Carbon Engineering, pour parler des mesures nécessaires pour réduire les émissions.

Politiques

Le médiateur, l’initiée et le sceptique

Tim Hodgson, le nouveau ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, a été chargé par son patron, Mark Carney, de transformer le Canada en « superpuissance énergétique mondiale ». Pour atteindre cet objectif, M. Hodgson devra jouer le rôle de médiateur dans le secteur des ressources naturelles, notamment en renouant avec les provinces de l’Ouest et les groupes autochtones. Jusqu’à présent, il a été chaleureusement accueilli dans l’Ouest, où règne un certain mécontentement à l’égard de l’attitude d’Ottawa envers le secteur des énergies fossiles.

Julie Dabrusin, ministre de l’Environnement et du Changement climatique, a suscité une réaction différente de la part des provinces productrices de pétrole et de gaz. En effet, sa biographie, où elle fait état de sa forte objection à l’expansion des sables bitumineux, soulève des inquiétudes. Mais sa qualité d’initiée, acquise en tant que secrétaire parlementaire auprès des ministres des Ressources naturelles et de l’Environnement et du Changement climatique, ainsi qu’à titre de membre du Comité des ressources naturelles, sera essentielle pour permettre à Ottawa de simplifier et d’accélérer le développement de projets, notamment d’oléoducs et de gazoducs. Tout comme le gouvernement du Québec, le premier ministre semble ouvert à l’idée de construire de nouveaux pipelines de combustibles fossiles. « Les Québécois ne comptent pas laisser Donald Trump contrôler le pétrole produit en Alberta. Est-il possible de passer par le Québec, pour l’exporter vers l’Europe au lieu de dépendre de Trump ? Nous sommes ouverts à cette idée. Je sens que les choses bougent », a récemment déclaré le premier ministre François Legault, ajoutant qu’aucun projet concret n’avait été proposé.

Désormais responsable du patrimoine, l’ancien ministre de l’Environnement Steve Guilbeault a fait sourciller dès son retour au parlement en se montrant sceptique à l’égard d’un projet d’oléoduc reliant l’Est à l’Ouest. Son portefeuille inclut Parcs Canada, ce qui renforce sa légitimité pour aborder les questions de biodiversité et d’érosion de la nature provoquée par le changement climatique.

Comités à suivre : La plupart des affaires gouvernementales sont traitées au sein de comités du Cabinet. Un des comités à suivre est Construire le Canada, qui examine une grande variété d’enjeux, notamment en ce qui a trait au logement, aux infrastructures, à la prospérité économique des Autochtones ou à l’action climatique. L’équipe composée de Tim Hodgson et Chrystia Freeland, respectivement président et vice-présidente du comité, combine expertise du secteur privé et expérience ministérielle.

TECHNOLOGIES PROPRES

Injection de fonds pour General Fusion

General Fusion a besoin de nouveaux capitaux. L’entreprise de fusion nucléaire établie en Colombie-Britannique a annoncé une percée technologique qui constitue un pas de plus vers l’intégration de la technologie de fusion sans carbone au réseau électrique. General Fusion a dû cependant réduire ses effectifs en raison de « contraintes financières inattendues », et est maintenant à la recherche de nouveaux capitaux pour mener à bien son projet, a déclaré son chef de la direction Greg Twinney.

La fusion nucléaire reproduit le processus par lequel les étoiles génèrent de l’énergie. Il s’agit d’une technologie extrêmement complexe, dont la mise en œuvre est constamment repoussée « dans cinq ans ». Néanmoins, les avancées technologiques récentes ont ravivé l’intérêt des investisseurs.

General Fusion a également besoin d’un alignement des étoiles. Bien que le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux aient déjà investi dans l’entreprise, Greg Twinney cherche à obtenir des financements supplémentaires, notamment de la part du secteur privé, car l’entreprise rivalise avec d’autres programmes de fusion financés par des fonds publics à l’échelle internationale. Selon PitchBook, depuis 2002, l’entreprise a amassé 440,53 millions de dollars américains, et compte parmi ses investisseurs Temasek, BDC Capital, Chrysalix Venture Capital et Jeff Bezos. General Fusion a récemment engagé l’ancien chef de la direction de Blue Origin LLC, la société aérospatiale du fondateur d’Amazon.com Inc., en tant que conseiller stratégique.

Ces dernières années, les États-Unis ont dépensé 800 millions de dollars par an dans la technologie de fusion, tandis que la Chine a injecté entre 1 et 1,5 milliard de dollars par an. Il existe aujourd’hui dans le monde 98 usines-pilotes ou prototypes en activité, 13 autres sont en construction et 33 à l’étape de projet.

General Fusion est talonnée par des entreprises canadiennes concurrentes. La société montréalaise Fuse Energy a levé 32 millions de dollars américains de nouveaux fonds à la fin de l’année dernière, et compte la National Nuclear Security Administration (agence américaine pour la sécurité nucléaire) comme principal collaborateur et client potentiel. L’idée est que Fuse Energy devienne pour la NNSA, ce que SpaceX est pour la NASA, a déclaré son chef de la direction de 24 ans, JC Btaiche. L’année dernière, les Laboratoires Nucléaires Canadiens ont demandé la mise en place d’une stratégie canadienne en matière de fusion pour aider le pays à atteindre son objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Parmi les pays du G7, le Canada est celui qui offre le moins de soutien public par habitant au développement de la technologie de fusion, constatent les Laboratoires Nucléaires Canadiens.

Tendances, technologie et science

➔ L’Ontario s’apprête à construire le premier petit réacteur modulaire (PRM) du G7. La province a donné le feu vert à Ontario Power Generation pour lancer la construction du premier des quatre petits réacteurs modulaires dans le cadre de son projet Darlington New Nuclear, le premier du genre en Ontario depuis trois décennies.

➔ L’installation de stockage d’énergie d’Oneida est désormais en service. Cette installation de stockage par batterie, qui se trouve dans le sud de la province, près de Hamilton, dans le comté Haldimand, est la quatrième plus grande au monde. Ses 278 batteries aux ions de lithium stockeront suffisamment d’énergie pour alimenter le sud de l’Ontario durant les pointes de consommation ou lorsque d’autres sources d’énergie deviendront trop onéreuses. Dirigé par des Autochtones et utilisant des sources renouvelables, ce projet permettra de réduire les émissions de l’Ontario de près de 4 millions de tonnes, ce qui équivaut à retirer près de 850 000 voitures à essence de la circulation pendant un an. L’installation pourrait inspirer les grands consommateurs d’énergie, comme les centres de données, qui étudient actuellement différentes options. Dans son blogue, John Stackhouse explique comment le stockage par batterie accroît la possibilité de maintenir des coûts bas et une fiabilité élevée, tout en respectant les engagements climatiques du Canada.

➔ Le recyclage semble passer de mode. Un rapport du groupe de réflexion Circle Economy a révélé que seulement 6,9 % des 106 milliards de tonnes de matériaux utilisés chaque année par l’économie mondiale provenaient de sources recyclées, ce qui représente une baisse de 2,2 points de pourcentage depuis 2015. Le groupe de réflexion a constaté que si l’utilisation de matériaux recyclés a augmenté de 200 millions de tonnes entre 2018 et 2021, la consommation globale de matériaux a crû beaucoup plus vite, annulant ainsi ces progrès.

L’institut à l’œuvre

➔ John Stackhouse a participé au sommet du B7 à Ottawa la semaine dernière. Il y a présenté les résultats préliminaires du projet conjoint entre RBC et le Center on Global Energy Policy de l’Université de Columbia qui porte sur les options politiques liées au gaz et au gaz naturel liquéfié.

➔ Le 30 avril, John Stackhouse et Lisa Ashton ont présenté les résultats de nos dernières recherches sur l’agriculture, l’alimentation et l’enseignement postsecondaire au Conseil des doyens – Agriculture, Alimentation et Médecine vétérinaire à Ottawa. Ils ont souligné les principales perspectives en matière de perfectionnement des talents, d’innovation et de résilience du secteur.

➔ Découvrez les quatre principaux points à retenir de Myha Truong-Regan’s, cheffe, Recherche climatique, tirés d’un récent événement sur le gaz et l’électricité organisé par la Chambre de commerce de la région de Toronto.

➔ L’Institut d’action climatique RBC a coorganisé une table ronde avec Nature United dans le cadre du colloque du Salazar Center for North American Conservation, qui s’est tenu à Vancouver ce mois-ci. Lisa Ashton a animé la discussion qui portait sur la manière de positionner la conservation et la gérance de l’environnement en tant qu’atouts stratégiques dans les plans de croissance des secteurs dépendants de la nature, comme la foresterie, l’agriculture et l’exploitation minière.

➔ Liste de lecture de l’équipe : The Measure of Progress: Counting What Really Matters de Diane Coyle ; Bad Company: Private Equity and the Death of the American Dream de Megan Greenwell et Transcend: Unlocking humanity in the age of AI de Faisal Hoque.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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La prospérité des écosystèmes naturels est essentielle à la croissance d’une économie nord-américaine fondée sur les ressources. Les politiques de construction et de forage à outrance sont motivées par des objectifs à court terme comme le développement du commerce international, la souveraineté économique, la sécurité et l’accessibilité financière, alors même que les plans de croissance devraient tenir compte de notre principal atout : la nature.

L’Institut d’action climatique RBC a co-organisé une table ronde avec Nature United dans le cadre du colloque du Salazar Center for North American Conservation, qui s’est tenu à Vancouver la semaine dernière. Le sujet :Comment faire de la conservation et de la gérance de l’environnement des atouts stratégiques dans les plans de croissance des secteurs dépendants de la nature, comme la foresterie, l’agriculture et l’exploitation minière ?

Voici ce que nous avons entendu :

  • Accent sur les avantages économiques.Nous continuons de nous éloigner des modèles de protection de paysages fondés sur l’absence d’activité ou d’accès public au profit d’approches qui soutiennent les économies locales : création d’emplois, d’espaces de loisirs et de nouvelles sources de revenus (crédits compensatoires) et d’entreprises (écotourisme, exploitation forestière responsable, gestion forestière). Cette évolution tient compte du fait que la conservation durable repose sur les humains. Un bon exemple est l’achat en 2021 par le conseil tribal Heiltsuk de Shearwater Marine Ltd, un centre de villégiature et une marina de 63 acres à Bella Bella, en Colombie-Britannique. Les Heiltsuks ont ainsi récupéré une partie importante de leur territoire et ouvert de nouvelles perspectives économiques, notamment dans le secteur de l’écotourisme culturel.

  • Communication adaptée aux valeurs locales. La transition énergétique risque d’appauvrir les communautés rurales dont l’emploi et l’activité économique dépendent de l’extraction des combustibles fossiles. La revitalisation de ces communautés par une transition économique axée sur la nature peut faire partie de la solution, mais pour obtenir l’adhésion des communautés à de telles stratégies, il faut les leur communiquer dans un langage qui tienne compte des valeurs et des priorités locales. En Virginie-Occidentale, un haut lieu de l’exploitation du charbon où l’administration Trump concentre ses efforts de relance de cette industrie, une telle stratégie économique axée sur la nature a permis de créer des emplois et de réhabiliter des villes abandonnées. Les occasions ne manquent pas : foresterie responsable, restauration des forêts, réhabilitation écologique de sites miniers abandonnés, et développement du tourisme le long de la chaîne de montagnes des Appalaches.

  • Débat sur l’attribution d’une valeur monétaire à la nature. Alors que les détracteurs dénoncent la marchandisation de la nature, les partisans soutiennent que sa valorisation favorise l’investissement d’un plus grand nombre de parties prenantes. Ce débat a façonné l’influence de la nature sur le marché de la compensation écologique ainsi que sur d’autres mécanismes – allant de la comptabilité budgétaire aux obligations vertes – qui encouragent l’investissement dans la nature. Par exemple, la ville de Gibsons, en Colombie-Britannique, a développé une stratégie axée sur les actifs naturels, intégrant ainsi la valeur de la nature dans ses processus de planification. En effet, la ville a conclu que l’infrastructure verte était rentable pour la gestion des eaux de ruissellement, ce qui a permis de réduire les coûts associés au développement de projets résidentiels et commerciaux. 

Trois choses à surveiller :

  • Le projet d’allègement fiscal aux États-Unis pourrait autoriser la vente de près de 300 millions d’hectares de terres publiques. On craint de plus en plus que ces terres ne soient vendues à des fins d’exploitation minière, forestière et pétrolière sans véritable encadrement. Ce problème concerne également le Canada, puisque les terres publiques voisines offrent des milieux naturels intacts aux espèces sauvages dont les routes migratoires franchissent les frontières. Ces terres jouent également un rôle essentiel dans la capacité des États-Unis à contribuer à l’atteinte des objectifs internationaux en matière de biodiversité et de climat. Le texte de loi sur le maintien des terres publiques sous contrôle public (Public Lands in Public Hands Act) vise à interdire au Secrétaire à l’Intérieur et au Secrétaire à l’Agriculture de vendre des terres de plus de 300 acres à une entité non fédérale. Le projet de loi a été initialement parrainé par Ryan K. Zinke, représentant républicain du Montana au sein du Congrès américain. Le projet de loi est actuellement examiné par la sous-commission des forêts et de l’horticulture du Congrès.

  • Le rôle de l’accord des Nations unies sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales dans l’exploitation de l’Arctique. Si l’accord compte 114 pays signataires, seuls 21 l’ont ratifié à ce jour, ce qui est bien en deçà des 60 nécessaires pour qu’il entre en vigueur et garantisse la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité marine dans les eaux internationales. L’Arctique abrite certains des plus vastes écosystèmes marins intacts du monde, dont la protection est plus que jamais d’actualité puisque la Russie, la Chine, les États-Unis et le Canada s’intéressent au tourisme, à la pêche commerciale, au transport maritime transarctique et à l’exploitation minière en eaux profondes.

  • Le gouvernement Carney peut-il renforcer les ressources naturelles du Canada dans un contexte de croissance ? Le gouvernement libéral présente un plan visant à accélérer et à étendre les projets dans les secteurs de l’énergie et des minerais critiques, tout en s’engageant à intensifier les efforts de conservation de la nature au Canada. Le défi de ce gouvernement libéral minoritaire sera de concilier la réconciliation avec les Autochtones, les efforts en faveur de la nature et l’exploitation des ressources, tout en apaisant les tensions liées au rythme des projets et à la valeur accordée à la nature dans les secteurs extractifs.

    Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC

    Martha Rogers, économiste principale, The Nature Conservancy/Nature United