Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Le président américain Donald Trump a finalement donné le coup de grâce au secteur automobile en imposant des droits de douane sur les importations d’automobiles et de pièces, bouleversant l’industrie automobile mondiale et menaçant de dommages économiques les principaux fournisseurs du marché américain. La taxe générale de 25 % imposée par les États-Unis a dominé les manchettes, mais, comme nous le verrons, un examen détaillé des droits de douane sera nécessaire pour en connaître les véritables coûts. Au moment où des pays comme le Canada, l’Allemagne et le Japon sont secoués par ces annonces, l’industrie est confrontée aux questions suivantes :
1. Comment les droits de douane seront-ils appliqués ?
L’annonce donne peu de détails en ce qui concerne les automobiles et les pièces automobiles visées. Les moteurs et les pièces de moteur, les pièces de transmission et du groupe motopropulseur, ainsi que les composants électroniques ont été montrés du doigt lors d’une enquête menée en 2019 sur les répercussions des importations d’automobiles sur la sécurité nationale des États-Unis.
Mais cette fois-ci, l’industrie reste plongée dans l’incertitude quant à l’étendue de l’applicabilité des droits de douane. L’annonce permet également au secrétaire américain au Commerce et aux producteurs nationaux d’automobiles ou de pièces automobiles de demander que les pièces qui ne sont pas déjà visées par des droits de douane le soient à l’avenir.
En 2024, les États-Unis ont importé pour 83 milliards de dollars américains de pièces et d’accessoires automobiles (excluant les moteurs) ; 41 % d’entre eux (35 G$ US) provenaient du Mexique et 13 % (11 G$ US), du Canada.
2. Comment les droits de douane seront-ils mis en œuvre et comment la conformité sera-t-elle déterminée ?
Le coût réel des droits de douane dépendra de la quantité de contenu d’origine américaine que contiendront les véhicules importés, mais les détails restent flous.
Selon le décret présidentiel, un droit de douane de 25 % s’appliquera à la valeur du contenu non américain des véhicules importés. Toutefois, les discussions entre les États-Unis et le Canada portent à croire que les importations d’automobiles conformes à l’AEUMC et contenant au moins 50 % de produits américains pourraient être exemptées. Les véhicules dont le contenu en produits américains est inférieur à 50 % seront frappés de droits de douane de 12,5 %.
En ce qui concerne les pièces automobiles, des droits de douane de 25 % s’appliqueront à la valeur du contenu non américain, selon un processus déterminé par la U.S. Customs and Border Protection et le secrétaire au Commerce des États-Unis. Ces droits de douane devraient entrer en vigueur d’ici au 3 mai.
3. Quelle sera l’incidence sur les chaînes logistiques ?
Le codéveloppement des industries automobiles américaine, canadienne et mexicaine a permis d’accroître l’efficacité de la production et la croissance du marché sur l’ensemble du continent, depuis l’Accord canado-américain sur les produits de l’industrie automobile de 1965 (aussi connu sous le nom de Pacte de l’automobile), jusqu’à l’intégration du Mexique dans le cadre de l’ALENA en 1994, et la renégociation plus récente des valeurs de contenu régional en vertu de l’AEUMC.
Au cours des trois dernières décennies, le Mexique a constamment augmenté sa part de la production de véhicules de tourisme en Amérique du Nord par rapport aux États-Unis, celle-ci passant de 10 % avant l’ALENA en 1991 à 30 % de la production de véhicules de tourisme sur le continent en 2023. Au cours de la même période, la part des États-Unis dans la production de véhicules de tourisme a chuté, passant de 75 % à 58 %. En 2008, la part de production du Mexique a dépassé celle du Canada pour l’ensemble du continent.
Bien que la part du Canada dans la production de véhicules de tourisme soit passée de 15 % en 1991 à un sommet d’environ 22 % en 2005, elle avait fléchi à 12 % en 2023.
Une tendance similaire est apparue dans le segment des pièces de véhicules automobiles. Le Mexique, qui représentait 9 % des importations américaines en 1990, est passé à 41 % des importations de pièces automobiles en 2024, tandis que la part du Canada, qui avait atteint un sommet de 36 % en 1990, a diminué pour s’établir à 13 % en 2024.
Selon les données sur l’origine géographique des composants de 315 modèles de voitures offerts au public américain entre 2021 et 2025, les pièces automobiles américaines et canadiennes représentent ensemble jusqu’à 77 % de la valeur totale de certains modèles, tandis que les pièces d’origine mexicaine atteignent jusqu’à 80 % de la valeur d’autres modèles.
Un tel niveau d’intégration signifie que les perturbations des chaînes logistiques automobiles imputables aux droits de douane risquent fort de se répercuter dans l’industrie, d’augmenter les coûts et d’exercer des pressions sur les constructeurs, les distributeurs et les consommateurs de toutes les régions.
4. Quelle est la marche à suivre ?
La nature précise de l’applicabilité, de la conformité et de l’application des droits de douane reste largement incertaine, de sorte que les fabricants disposent de peu d’options claires en ce qui a trait à la marche à suivre.
Ce qui est sûr, c’est que les répercussions se feront sentir des deux côtés de la frontière. En effet, 35 districts américains répartis dans 26 États ont importé des pièces automobiles du Canada en 2024, et le secteur automobile du sud de l’Ontario figurera parmi ceux qui seront les plus durement touchés.
L’ampleur des droits de douane de réciprocité déterminera les charges supplémentaires qui pèseront sur les constructeurs automobiles et les fabricants de pièces. La réponse du Canada aux droits de douane américains sur les automobiles déterminera aussi l’avenir des seuils d’exemption des droits de douane fondés sur les valeurs de contenu régional.
Vivan Sorab est premier directeur, Technologie propre, Institut d’action climatique RBC
Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur. Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.
Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.
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En représailles aux droits de douane imposés par Ottawa l’automne dernier sur les importations de métaux et de véhicules électriques chinois, la Chine a décidé d’appliquer à son tour des droits de douane sur divers produits agricoles en provenance du Canada.
Ces nouveaux droits de douane marquent une escalade des tensions commerciales entre le Canada et la Chine et le risque que celles-ci se détériorent encore reste orienté à la hausse. Cette mesure est mise en place alors que l’agriculture rencontre déjà des difficultés en raison des incertitudes qui entourent les échanges commerciaux avec les États-Unis.
Un nouveau coup porté aux exportateurs canadiens
La Chine a imposé des droits de douane de 100 % sur l’huile et les tourteaux de canola et les pois en provenance du Canada, et une taxe de 25 % sur le porc et les produits aquatiques, des mesures qui devraient toucher durement certains secteurs et provinces. Les droits de douane devraient concerner des exportations canadiennes représentant quelque 2,9 milliards $ (chiffres de 2024). Les produits de la mer en constituent la part la plus importante, avec près de 1,2 milliard $, suivis de l’huile et des tourteaux de canola, avec 938 millions $, et du porc, avec 467 millions $. La Chine est aussi le deuxième plus grand marché d’exportation du Canada pour les pois (306 millions $).
Bien que les droits de douane ne visent qu’une petite part des exportations de marchandises canadiennes, environ 0,4 % en 2024, ils pourraient poser des difficultés à certains exportateurs canadiens de produits agricoles.
Si la Chine demeure un important marché pour ces produits, la part qu’elle représente dans les exportations totales s’inscrit en baisse depuis quelques années. La valeur de ces marchandises exportées en Chine représentait environ 3,8 milliards $ (25 %) en 2019, mais a diminué à 2,9 milliards $, 14 %, en 2024. Sur la même période, les exportateurs canadiens se sont tournés vers les États-Unis, et les exportations de ces mêmes produits vers ce pays sont passées de 7,2 milliards $ (47 %) en 2019 à 12,3 milliards $ (60 ù) en 2024. Cette réorientation vers les États-Unis pourrait toutefois leur coûter cher si Washington décide d’appliquer des droits de douane sur les importations canadiennes à compter du 2 avril, date du « jour de la libération » selon le président américain.
Les provinces de l’Atlantique sont dans l’œil du cyclone
La Nouvelle-Écosse est la province la plus exposée à ces droits de douane. Les marchandises concernées représentent en effet environ 9,2 % de ses exportations totales. La Chine est en particulier son deuxième plus grand marché pour les exportations de homards, qui ont atteint près de 452 millions $ de dollars en 2024.
Les exportateurs de crevettes de Terre-Neuve-et-Labrador (105 millions $) et les exportateurs d’huiles et de tourteaux de canola de la Saskatchewan (515 millions $) comptent parmi les acteurs les plus exposés dans leur province. Les marchandises concernées par les droits de douane représentent respectivement environ 1,7 % et 1,5 % de leurs exportations totales.
La Chine ressort une mesure déjà utilisée
Les nouvelles taxes décidées par la Chine sur les exportations agricoles canadiennes ne sont pas une nouveauté. En 2019, les restrictions imposées par la Chine sur certaines importations de canola en provenance du Canada avaient entraîné une chute des exportations de graines de canola canadiennes vers la deuxième économie mondiale.
On estime que ces restrictions ont provoqué des pertes importantes pour les exportateurs canadiens, en raison de la baisse de volume des produits exportés et des répercussions sur les prix. Selon le Conseil canadien du canola, de mars 2019 à août 2020, les mesures prises par la Chine ont coûté au secteur de 1,54 à 2,35 milliards $, du fait des baisses de prix et des pertes de ventes.
D’après un cadre du secteur, si les droits de douane restent appliqués un certain temps, les producteurs de canola redoutent de devoir faire face à des disparitions d’emplois, une baisse des volumes de production et une diminution des capitaux qui touchera d’autres projets que ceux déjà en cours.
Les nouveaux droits de douane risquent de provoquer des pertes dans les secteurs ciblés, mais c’est la possible escalade de la guerre commerciale qui représente le risque le plus important. Entrées en vigueur le 20 mars, les dernières mesures ont été décidées à l’issue de l’enquête antidiscrimination menée par la Chine sur les droits de douane imposés par le Canada sur les véhicules électriques et les métaux chinois. Par ailleurs, compte tenu de l’enquête antidumping actuellement réalisée sur le canola (y compris les graines) et les produits chimiques canadiens, la Chine pourrait appliquer d’autres barrières commerciales. Le pays demeurant le premier marché des exportations de graines de canola canadiennes, évaluées à environ 4 milliards $ en 2024, de nouvelles restrictions pourraient entraîner de lourdes répercussions économiques dans le secteur.
Salim Zanzana est économiste aux Services économiques RBC.
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Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
À quel point les États-Unis dépendent-ils de l’électricité canadienne pour alimenter les foyers et les entreprises américaines ? L’électricité constituera-t-elle un levier de négociation pour Ottawa lors de ses pourparlers commerciaux avec Washington ?
Ces questions se sont imposées après que le premier ministre de l’Ontario Doug Ford eut imposé une surtaxe de 25 % sur l’électricité exportée vers les États frontaliers de New York, du Michigan et du Minnesota – surtaxe qu’il a ensuite suspendue lorsque Donald Trump a menacé de doubler les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens. L’Accord États-Unis–Mexique–Canada prévoit une élimination des droits de douane sur l’électricité circulant entre le Canada et les États-Unis. C’est pourquoi le gouvernement de l’Ontario a frappé les importations d’électricité d’une surtaxe, soit une taxe à l’exportation de facto.
Bien que l’Ontario ait retiré sa riposte (pour le moment), cet épisode met en lumière le poids de l’électricité canadienne dans la dynamique des échanges commerciaux transfrontière. Nous nous sommes penchés sur le commerce de l’électricité au sein du continent afin de déterminer si l’électricité constituera un avantage pour Ottawa lors de ses négociations avec Washington.
Alimenter les États-Unis
Exportations d’électricité du Canada vers les États-Unis, par État (2024)
Source : Analyse des données de Statistique Canada par Leadership avisé RBC
Quatre provinces dominent
L’année dernière, le Canada a fourni 35 térawattheures (TWh) d’électricité aux États-Unis. Ces exportations, qui représentent moins de 2 % de la production totale d’électricité américaine, ont injecté 3,4 milliards de dollars dans l’économie canadienne. Or, certains États sont plus dépendants de l’énergie canadienne que d’autres.
Le mouvement de l’électricité à l’intérieur du continent, comme celui des biens physiques, suit un axe nord-sud. Comptant ensemble pour 86 % des exportations, le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba dominent le commerce de l’électricité entre le Canada et les États-Unis.
Jusqu’en 2022, le Québec était le plus important exportateur d’électricité, produisant un tiers des exportations canadiennes. Si la province a récemment été surpassée par l’Ontario, c’est surtout en raison d’une baisse de sa production hydroélectrique engendrée par des sécheresses, et non à une hausse du nombre de térawattheures exportés par l’Ontario vers des États frontaliers.
Par ailleurs, la circulation ne se fait pas à sens unique. En effet, il arrive que les États-Unis exportent de l’électricité vers le Canada. Les quatre provinces susmentionnées reçoivent la majeure partie de ces importations, particulièrement en période de sécheresse ; 95 % (21 TWh) des importations totales d’électricité américaine leur sont destinées. La Colombie-Britannique est le plus grand acheteur d’électricité américaine, représentant 57 % des importations. Si l’on fait abstraction des sécheresses et de la pénurie en Colombie-Britannique, laquelle sera réglée lorsque le barrage hydroélectrique du Site C atteindra sa pleine capacité plus tard cette année, la consommation annuelle d’électricité américaine par le Canada pourrait être réduite de dix fois pour s’établir à environ 2 TWh.
Le Canada fournit aux États-Unis suffisamment d’électricité pour alimenter 3,4 millions de foyers par an
Exportations d’électricité par province (2024)
* Les chiffres sont fondés sur la consommation annuelle moyenne d’énergie par foyer.
Source : Analyse des données de Statistique Canada par Leadership avisé RBC
Le Maine et le Minnesota sont les plus dépendants du Canada
La puissance de l’électricité comme outil de négociation dans les pourparlers commerciaux est fonction de la part de marché de chaque province dans les différentes régions américaines.
Bien que l’électricité produite par le Nouveau-Brunswick n’ait compté que pour 11 % des exportations canadiennes en 2023, ces 5,5 TWh d’énergie ont comblé 44 % des besoins du Maine. Si l’on ajoute à cela les importations en provenance du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, la part de l’électricité canadienne dans la consommation de l’État atteint 64 %.
De même, le Minnesota a importé du Manitoba 13 % de sa consommation d’électricité en 2023, et ce chiffre devrait augmenter cet été. Le Midcontinent Independent System Operator (MISO), qui supervise les transmissions d’électricité dans plusieurs États du Midwest, dont le Minnesota, prévoit une pénurie, invoquant la convergence de différents événements : la mise au rancart des centrales au charbon, une hausse de la demande et une entrée en activité de nouvelles centrales électriques plus lente que prévu.1
Les opérateurs de système voisins, Southwest Power Pool et PJM Interconnection sont limités dans leur capacité à fournir de l’énergie supplémentaire, car leurs propres réseaux de distribution font face aux mêmes difficultés.2 Cette situation pourrait accroître la dépendance du Minnesota à l’égard du réseau du Manitoba.
En position de faiblesse ?
Le Québec et l’Ontario ne peuvent pas autant miser sur l’électricité. Bien que l’Ontario couvre 6 % des besoins en électricité du Michigan, une grande partie de cette électricité est acheminée vers des États voisins, principalement l’Ohio et l’Indiana. Pour sa part, l’État de New York dépend du Québec et de l’Ontario pour 6 % de son électricité.
Les États américains pourraient-ils facilement passer à des solutions de rechange si le Canada impose de nouvelles surtaxes ? New York fait partie du Northeast Power Coordinating Council (NPCC), qui comprend, en plus du Québec et de l’Ontario, six États de la Nouvelle-Angleterre qui pourraient devenir des fournisseurs viables. Toutefois, on prévoit que la croissance de la demande dans la région du nord-est devrait entraîner une pénurie de l’offre d’ici 2026.
Si l’Ontario et le Québec veulent pouvoir compter sur l’électricité comme monnaie d’échange dans leurs négociations avec l’administration américaine, ils devront adopter une stratégie coordonnée. Cela pourrait s’avérer difficile pour le Québec, car Hydro-Québec a conclu avec l’opérateur de système indépendant de l’État de New York une entente qui pourrait limiter sa capacité à modifier ses conditions de service et ses tarifs.
Points à surveiller
Le gouvernement de l’Ontario affirme que des surtaxes pourraient toujours être appliquées en réponse à d’éventuelles mesures commerciales prises par Washington. Les États-Unis prévoyant d’imposer des droits de douane réciproques le 2 avril, la province pourrait à nouveau mettre à exécution cette menace, comme elle l’a brièvement fait le 10 mars.
En outre, un été chaud pourrait encore renforcer la position de l’Ontario. Sans l’électricité canadienne, les États américains pourraient peiner à maintenir l’éclairage et la climatisation cet été, leurs réseaux étant déjà fort sollicités. Il pourrait bien s’agir du plus important levier de négociation pour l’Ontario et les autres provinces.
Mais bien plus qu’un outil contondant, le commerce de l’électricité constitue un atout stratégique dont le Canada peut se servir pour renforcer sa coopération énergétique avec les États-Unis tout en assurant la stabilité des deux économies.
Myha Truong-Regan est cheffe, Recherche climatique, Institut d’action climatique RBC.
1. Rapport sur l’état de fiabilité à long terme 2024 de la NERC
2. Ibid
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Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Donald Trump s’est engagé à redéfinir l’ordre commercial mondial et par conséquent, la relation des États-Unis avec l’économie mondiale. Aussi troublant que cela puisse paraître, cette position n’est ni nouvelle ni soudaine. La réforme du commerce est un aspect prioritaire de la pensée politique américaine depuis l’effondrement du mur de Berlin, qui a mené à la disparition d’un contrepoids communiste au capitalisme mondial. Bien que la résistance puisse remonter aux premiers jours de l’ALENA, la fragilité de la confiance commerciale des États-Unis s’est réellement accentuée pendant la crise financière mondiale et les années qui ont suivi, la Chine s’étant enhardie à revendiquer un statut de grande puissance.
Le démantèlement brique après brique d’une autre structure dominante du 20e siècle est maintenant orchestré : le mur de soutien d’une économie mondiale, qui repose sur la protection militaire, les principes juridiques et la politique monétaire des États-Unis. La nouvelle guerre commerciale de 2025 concerne autant la Pax Americana Œconomia que tout autre chose et menace rapidement de créer une brèche massive dans le mur de soutien, d’une manière égale peut-être en conséquence à ce moment de 1989. C’est pourquoi certains conseillers de Trump ont qualifié ce moment de « changement générationnel » dans le secteur du commerce.
La forme de l’économie mondiale et son orientation à l’approche de 2030 sont en jeu, et peu de pays risquent autant que le Canada, parce que peu ont autant bénéficié de cette ère commerciale qui pourrait maintenant arriver à son crépuscule. Chaque pays est le plus grand client de l’autre, plus de 75 % des exportations canadiennes étant destinées aux États-Unis et 17,3 % des exportations américaines l’étant au Canada. Les échanges bilatéraux vont au-delà du volet commercial ; les deux voisins se sont appuyés l’un l’autre pour la sécurité énergétique et alimentaire, la sécurité militaire et économique, au moyen de normes et de principes alignés pour tout, des pièces de voiture et de l’aéronautique aux protocoles de télécommunications et aux principes informatiques.
Pour que le Canada puisse prospérer dans cette nouvelle ère de perturbations économiques, dans laquelle ces ententes à long terme peuvent maintenant être perpétuellement soumises aux caprices politiques et aux vues mercantiles, il lui faudra être plus stratégique. Certes, notre avenir sera davantage tributaire des droits de douane et des tirades, mais il sera façonné de manière plus durable par notre compréhension des enjeux fondamentaux des États-Unis et par notre capacité à nous y attaquer pour que le changement générationnel nous aide à renouveler notre économie. Parmi ces enjeux :
C’est la sécurité, idiot
Le programme économique de Trump est plus axé sur la sécurité que sur la prospérité. C’est pourquoi la sécurité et les politiques commerciales sont plus étroitement liées que ce que nous avons vu depuis des décennies, même si les États-Unis n’ont étonnamment pas livré de guerre pour des intérêts commerciaux depuis qu’ils se sont hissés à la tête des économies du monde. La menace des droits de douane n’est pas tant une technique coercitive pour obtenir un avantage dans le cadre d’accords bilatéraux et multilatéraux ; elle s’aligne plutôt sur une vision du monde nationaliste américaine. Dans les années à venir, nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis se concentrent sur l’hémisphère Nord, sur le plan de l’engagement militaire et commercial. Tant que les intérêts économiques des États-Unis ne seront pas menacés. Ce nouvel impératif exigera du Canada de jouer un rôle plus important dans la surveillance du commerce mondial.
La Terre n’est plus plate
Les gouvernements américains successifs ont suffisamment sapé l’Organisation mondiale du commerce pour la rendre considérablement insignifiante à l’égard des principales considérations commerciales. Trump est maintenant déterminé à refaçonner le système plus large, en ciblant le régime tarifaire préférentiel que les États-Unis ont créé après la guerre froide pour stimuler la croissance des économies alliées et en développement. Le taux tarifaire effectif aux États-Unis, qui est d’environ 3 %, est le plus bas parmi les principales économies. Le taux effectif de l’Union européenne sur les importations est de 5 %, celui de la Chine de 10 % et celui du Bangladesh, de 155 %, le plus élevé au monde. La réorientation du commerce mondial qui en résultera compliquera les ambitions du Canada au chapitre de la diversification des exportations.
Le roi Dollar roi est mort ? Vive le roi Dollar
À la base des déficits commerciaux des États-Unis est leur position très inconfortable en tant que filet de sécurité pour l’économie mondiale. Le dollar américain, en tant que monnaie de réserve, continue d’attirer des capitaux vers les États-Unis, ce qui rend ses exportations moins concurrentielles. La force du dollar rend son coût d’emprunt moins cher qu’il ne devrait l’être, ce qui permet aux gouvernements et aux consommateurs de profiter pleinement du crédit, ainsi qu’à une série d’administrations d’enregistrer des déficits budgétaires, qui ne contribuent pas à rendre les États-Unis de nouveau concurrentiels. Comme la première économie mondiale est devenue une machine de consommation, elle s’est de plus en plus appuyée sur les importations, et elle a un besoin croissant de trouver des importations moins chères pour ne pas alimenter l’inflation. Le Canada devra se joindre à d’autres pays pour aider à rééquilibrer les monnaies mondiales.
Beaucoup ont mentionné la nécessité d’une nouvelle version des Accords du Plaza – conclus en 1988, après le krach boursier de l’année précédente, qui ont aidé à revaloriser le dollar par rapport aux autres grandes devises. La tâche s’avérerait beaucoup plus difficile aujourd’hui, étant donné la prédominance du dollar sur toutes les autres devises, qui représente environ 60 % des 12 000 milliards de dollars de réserves de change du monde. En outre, depuis 1988, la dette des États-Unis a triplé en pourcentage du PIB. Dans le meilleur de deux mondes, une transition à long terme inciterait les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, y compris le Canada, à se partager certains des coûts cachés d’une monnaie de réserve.
Ce sont là quelques-unes des pressions stratégiques auxquelles les États-Unis sont confrontés et qui sont intégrées à leur approche commerciale. Ils ont besoin d’aide pour contrôler le commerce mondial, y compris les voies maritimes. Ils ont besoin que les autres pays augmentent leurs importations de biens américains, y compris d’énergie. Et ils ont besoin de partenaires pour atténuer les pressions à long terme sur le dollar américain et même pour payer une partie du coût d’exploitation d’une monnaie de réserve (au moyen du resserrement de la politique budgétaire ou monétaire).
Compte tenu de ces importantes forces en jeu, nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis continuent de faire pression pour que des réformes commerciales soient adoptées, peut-être radicalement.
Ce que cela signifie pour le Canada
Il est peu probable que des droits de douane généralisés de 25 % soient appliqués, compte tenu des répercussions qui se feraient sentir sur l’économie et les consommateurs américains. Toutefois, les Canadiens ne devraient pas perdre de vue leur incidence potentielle : selon les Services économiques RBC, une telle hausse des droits ferait grimper le taux de chômage au-dessus de 8 %, réduirait la croissance du PIB de moitié cette année et augmenterait de 2,5 % les prix à la consommation. Elle coûterait aussi aux consommateurs américains 1 200 dollars américains par an en moyenne.
Une telle modélisation constitue un défi dans la mesure où les droits ne sont jamais appliqués de façon isolée. Il faut aussi tenir compte de la probabilité de contre-mesures tarifaires, voire d’escalade, ainsi que des répercussions sur le dollar canadien. Un autre facteur est la capacité des entreprises à absorber le coût des droits de douane, grâce à des gains d’efficience et à la compression des marges. De nombreuses entreprises canadiennes ont laissé entendre qu’elles pourraient absorber des droits de 10 %, en divisant le coût en trois environ – pour les consommateurs, les intermédiaires et pour leur propre compte. En fait, les marges bénéficiaires du Canada ont atteint des niveaux relativement élevés, en partie en raison du dollar à 70 cents et des problèmes de capacité aux États-Unis, y compris les pénuries de main-d’œuvre.
Mais ce n’est qu’une seule mesure, selon la norme de l’état des résultats. Les politiques commerciales imprévisibles de l’administration Trump ont aussi un effet insidieux sur la confiance des investisseurs. L’indice d’incertitude de la politique économique pour le Canada a atteint un record, soit quatre fois plus que sa moyenne sur 20 ans, et bien au-dessus du niveau atteint pendant la pandémie de COVID-19. Les activités de fusion et d’acquisition ont également ralenti, tout comme les intentions d’investissement dans la machinerie et l’équipement. D’autres répercussions négatives émergent tandis que les entreprises stockent des intrants et exportent leurs produits avant l’imposition anticipée des droits de douane et d’obstacles au commerce intérieur. Nous en avons vu des signes en janvier, alors que les fabricants se dépêchaient de faire passer la frontière à leurs produits, même au prix d’une gestion de stocks plus importants.
Cette réaction – ou mesure préventive – pourrait entraîner un ralentissement industriel au cours des trimestres à venir. Ajoutez à cela un fléchissement prévu de la confiance des consommateurs, car les Canadiens ont pris connaissance des attentes de pertes d’emplois, de fermetures d’entreprises et de besoins en soutien gouvernemental, qui pourraient entraîner des baisses de taux d’intérêt.
Dans ce contexte, la Banque du Canada est confrontée à un dilemme aussi difficile que pendant la pandémie, lorsque le secteur économique de l’offre a été paralysé. Les droits de douane peuvent simultanément freiner la croissance économique et faire grimper les prix. La décision de rajuster les taux d’intérêt dépendra de l’effet le plus dominant (inflationniste ou déflationniste). Comme ce fut le cas lors de la pandémie, la décision reposera en grande partie sur l’innovation et la créativité des entreprises pour gérer le choc, ce que nous avons tendance à constater seulement avec du recul.
Enfin, et ce sera tout aussi difficile pour la Banque du Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux prendront probablement d’importantes mesures de soutien pour les entreprises et les travailleurs touchés, y compris des subventions et des allégements fiscaux. Cela sera politiquement nécessaire et économiquement risqué, car elles pourraient peser sur les finances publiques, influer sur la cote de solvabilité du Canada et se révéler procycliques si elles coïncident avec des baisses de taux d’intérêt.
Composer avec l’incertitude
Bien que l’incidence exacte des droits de douane sur l’économie canadienne demeure incertaine, nous savons par expérience et par les données économiques fondamentales antérieures quelles répercussions de telles perturbations commerciales pourraient entraîner.
La première chose à reconnaître est que les secteurs sensibles au commerce seront les plus vulnérables. Les droits de douane sont des taxes sur le mouvement et non sur la production des biens. Par conséquent, les secteurs qui dépendent fortement du commerce transfrontalier, comme la fabrication automobile, courent le plus grand risque. Des décennies de libre-échange ont mené à la création de chaînes logistiques profondément intégrées, où les produits traversent la frontière à plusieurs reprises au cours du processus de production. Cela signifie que les droits de douane peuvent s’appliquer plusieurs fois au cours du même cycle de production, faisant grimper les coûts. Le secteur de l’automobile est le plus souvent cité, mais il existe des exemples semblables dans la plupart des secteurs : les homards du Maine, par exemple, sont envoyés au Canada pour traitement, puis retournés sur le marché américain. Dans l’ensemble, plus de 60 % du secteur manufacturier canadien a des flux commerciaux avec les États-Unis qui représentent au moins le double de leur production nationale.
De plus, même si le Canada n’impose pas de droits de représailles, les droits américains peuvent à eux seuls nuire indirectement aux entreprises canadiennes. En raison de la forte intégration entre les secteurs manufacturiers des États-Unis, du Canada et du Mexique, les droits de douane sur les importations industrielles américaines feront grimper les coûts pour les exportateurs américains. Cela fera ensuite augmenter le prix des biens que le Canada importe des États-Unis, créant un effet inflationniste. L’OCDE estime qu’une bonne partie =des importations américaines sont en fait des biens de fabrication américaine qui ont été exportés pour transformation puis réimportés. Les chaînes logistiques manufacturières nord-américaines souffriront donc davantage des droits de douane que celles de l’Asie ou de l’Europe.
L’acier et l’aluminium sont manifestement dans la mire de Trump, en partie parce qu’il a dit croire que sans acier, on n’a pas de pays. Plus de 90 % des exportations canadiennes d’acier et d’aluminium sont destinées aux États-Unis, ce qui signifie que ces droits ont une incidence directe sur près de 24 milliards de dollars de produits canadiens. Toutefois, la relation commerciale est étroitement interdépendante – le Canada est aussi le plus important fournisseur de ces métaux aux États-Unis, soit environ 20 % de leurs importations d’acier et 50 % de leurs importations d’aluminium. En 2024, les importations américaines d’acier canadien ont totalisé 7,5 milliards de dollars, contre 9,4 milliards de dollars pour les importations d’aluminium.
Bien que le Canada conserve un excédent commercial au sein de ces secteurs (14 milliards de dollars en 2024, dont 11 milliards de dollars de l’aluminium), leur contribution globale à l’économie nationale demeure relativement faible. L’acier et l’aluminium ne représentent que 0,5 % du PIB et des emplois du Canada et environ 3 % des exportations totales. Les provinces les plus touchées sont le Québec et l’Ontario, où ces secteurs représentent respectivement 1 % et 0,6 % du PIB.
Le marché américain dispose de peu de solutions pour remplacer ces produits. L’expérience des droits de douane en 2018-2019 a démontré que les producteurs américains ont du mal à remplacer l’acier et l’aluminium canadiens. La plupart des autres fournisseurs sont également confrontés à des droits et la capacité de production ne peut pas être augmentée rapidement. De nombreux produits spécialisés sont difficiles à remplacer, ce qui oblige les importateurs américains à absorber des coûts plus élevés. Fait intéressant, malgré les droits imposés en 2018, les importations américaines de produits en acier ont augmenté, le Canada, le Mexique et l’Europe augmentant légèrement leur part de marché. Au Canada, l’emploi dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium a augmenté de 4 % en 2018 et de 6 % en 2019. Entre-temps, la capacité de production d’acier et d’aluminium aux États-Unis a en fait diminué au cours de la période d’imposition des droits.
Ce que le Canada peut faire
À court terme, le Canada risque de se retrouver dans une lutte tarifaire avec son plus grand partenaire commercial, à la fois prenant et donnant des coups. Nous devons aussi penser à long terme en investissant simultanément dans notre propre diversification commerciale tout en explorant des façons d’aider les États-Unis à s’attaquer à leurs enjeux économiques de longue date. À long terme, ils seront aussi nos enjeux.
Nous pouvons commencer par nos ressources naturelles, et pas seulement parce que Trump les a citées comme cibles. Le Canada doit continuer de mettre de l’avant son rôle essentiel dans le domaine de l’énergie et de la sécurité économique aux États-Unis, en mettant l’accent sur la richesse de ses ressources dans le but d’éviter les menaces américaines de mesures commerciales.
De plus, l’accent mis au Canada sur le développement de marchandises clés peut stimuler la croissance industrielle et le PIB, attirer des investissements et accroître la participation des Autochtones, ce qui rendrait le Canada plus indispensable aux intérêts américains. La diversification géographique des exportations canadiennes de ressources est également essentielle, car l’expansion du commerce au-delà des États-Unis atténue les risques. Washington reconnaît déjà l’importance des ressources du Canada, ce qui offre un avantage de négociation. En accordant la priorité à l’énergie, à l’agriculture et aux minéraux critiques, le Canada peut renforcer sa position de partenaire clé dans le commerce mondial et la stabilité économique des États-Unis.
Considérons seulement l’importance de ces marchandises pour l’économie américaine.
Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz naturel et d’électricité jouent un rôle crucial dans la stabilisation des réserves d’énergie aux États-Unis. Les pipelines intégrés et les réseaux électriques transfrontaliers facilitent un approvisionnement continu en énergie, tandis que les expansions comme le pipeline Trans Mountain permettent au Canada d’accroître sa capacité de desservir les marchés américains et internationaux.
Le Canada fournit 60 % des importations américaines de pétrole, en particulier de brut lourd, qui est vital pour les raffineries américaines. Sans pétrole brut canadien, les raffineries américaines seraient confrontées à un réoutillage coûteux ou dépendraient de fournisseurs plus risqués comme le Vénézuéla et le Moyen-Orient. De même, le Canada fournit 90 % des importations d’électricité aux États-Unis, offrant une énergie propre et économique qui soutient des secteurs de haute technologie comme l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe. De plus, le Canada fournit 99 % des importations américaines de gaz naturel, qui est essentiel pour répondre à la demande croissante d’énergie au pays, particulièrement dans le contexte de production nationale qui peine à suivre le rythme.
Le Canada contribue aussi de façon essentielle à la sécurité alimentaire des États-Unis, en leur fournissant des produits agricoles clés qui soutiennent la production alimentaire et de biocarburants aux États-Unis. Comme les États-Unis sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre potentielles en raison des politiques d’immigration, le rôle du Canada dans l’approvisionnement alimentaire en Amérique du Nord deviendra encore plus crucial.
Le Canada fournit 98 % des importations américaines d’huile de canola, un ingrédient essentiel à la transformation des aliments et à la production de biocarburants. De plus, les États-Unis importent 34 % de leur viande du Canada, en particulier du bœuf et du porc, qui sont profondément intégrés aux chaînes logistiques nord-américaines. Le Canada fournit aussi 85 % des importations américaines de potasse, un composant essentiel des engrais qui favorisent le rendement des cultures, surtout en raison des enjeux agricoles liés au climat.
Enfin, alors que les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance à la Chine et à la Russie au chapitre des minéraux critiques, le Canada a l’occasion de renforcer son rôle de fournisseur clé dans des secteurs comme l’énergie propre, les semi-conducteurs et la défense. Le Canada fournit actuellement 19 % des importations américaines de minéraux critiques, y compris des ressources essentielles comme le nickel, l’aluminium et le zinc. Grâce à des investissements et à un soutien politique adéquats, le Canada pourrait accroître sa capacité dans ces secteurs.
Par ailleurs, le Canada est un partenaire essentiel du secteur américain de l’énergie nucléaire, puisqu’il fournit 27 % des importations américaines d’uranium. Alors que les États-Unis cherchent à accroître leurs capacités en énergie nucléaire, les technologies canadiennes de pointe d’extraction, de transformation et de petits réacteurs modulaires peuvent aider à combler les lacunes du cycle de combustible nucléaire nord-américain.
Pour maximiser les avantages que présentent ses ressources, le Canada doit investir dans les infrastructures, créer un environnement réglementaire stable et attirer des capitaux pour le développement à long terme. L’élargissement des partenariats commerciaux mondiaux, en particulier en Asie et en Europe, peut réduire la dépendance excessive du Canada aux États-Unis tout en assurant sa résilience face à l’évolution de la dynamique géopolitique.
Mais à long terme, le Canada ne peut pas toujours enregistrer d’importants excédents commerciaux dans ces secteurs, puisque ces déséquilibres ont pour effet dérivé de déstabiliser la plus grande économie mondiale. Nous pouvons rechercher d’autres marchés pour ces ressources et chercher à acheter davantage de produits liés aux ressources des États-Unis, que ce soit de l’uranium enrichi ou des aliments emballés. Seulement si les États-Unis sont intéressés par une approche négociée des balances commerciales, bien sûr.
À ce chapitre, une renégociation accélérée de l’accord commercial de l’AEUCM semble inévitable et dans l’intérêt du Canada. Une résolution rapide des incertitudes et des frustrations persistantes en regard de l’accord initial pourrait réduire l’incertitude qui accompagne les menaces tarifaires de Trump. Une renégociation – idéalement, sans menace de droits de douane – pourrait aider à aborder les préoccupations commerciales dans la nouvelle économie numérique, y compris le respect par le Canada d’une taxe de vente numérique. Les préoccupations persistantes à l’égard du secteur canadien du bois d’œuvre et des produits laitiers pourraient également être résolues, ce qui contribuerait à la création d’un nouvel accord susceptible de renforcer la valeur de l’Amérique du Nord pour les investisseurs mondiaux. L’accord peut faire plus, au profit du Canada, pour inclure les droits de la personne et les normes environnementales dans les échanges commerciaux nord-américains. Les trois pays devraient cependant se rappeler les avantages mutuels de l’accord, même sous sa forme actuelle. Moins de cinq ans après sa mise en œuvre, le commerce nord-américain a grimpé de 47 %, soutenant 9 millions d’emplois.
De façon plus générale, grâce à la restauration de la bonne foi entre les gouvernements, le Canada peut contribuer à la création d’un nouveau cadre stratégique pour l’Amérique du Nord, y compris l’approvisionnement en minéraux critiques, la défense de l’Arctique et les approches communes à l’égard d’une autre frontière économique, l’espace.
Alors que le Canada fait face à l’incertitude économique qu’engendrent les politiques tarifaires américaines, ce genre d’approche stratégique et proactive est essentiel. La relation commerciale entre le Canada et les États-Unis est profondément intégrée et repose sur une dépendance mutuelle, le Canada fournissant des ressources critiques, de l’énergie et des biens industriels qui renforcent les intérêts des États-Unis sur le plan de la sécurité économique et nationale. Bien que les droits de douane présentent des obstacles immédiats, ils soulignent également la nécessité pour le Canada de tirer parti de ses forces économiques dans le cadre des négociations commerciales, de diversifier ses partenariats mondiaux et d’investir dans la résilience industrielle à long terme.
En mettant l’accent sur son rôle indispensable dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des minéraux critiques, le Canada peut se positionner non seulement comme un partenaire commercial clé des États-Unis, mais aussi comme un chef de file sur les marchés mondiaux. Développer les infrastructures, favoriser l’innovation et garantir des environnements d’investissement stables seront cruciaux pour soutenir la croissance. Bien que les politiques protectionnistes puissent influer sur la dynamique commerciale à court terme, la capacité du Canada à s’adapter et à renforcer ses avantages concurrentiels influera sur sa prospérité économique à long terme dans un contexte mondial en constante évolution.
L’équipe Leadership avisé RBC a lancé une campagne s’échelonnant sur plusieurs mois en partenariat avec The Hub. La série de ce mois-ci porte sur les droits de douane, le commerce et les occasions pour le Canada dans ce nouvel ordre économique. N’oubliez pas de rester à l’affût du lancement de DeepDive.
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Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Exception faite de l’énergie, le Canada a un déficit commercial avec les États-Unis. C’est le message principal qu’Ottawa a envoyé à Washington dans un document déposé (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) en réponse à la demande de commentaires du représentant américain au Commerce, tandis qu’il évalue les pratiques « injustes » de leurs partenaires commerciaux.
Le président américain Donald Trump a dénoncé l’excédent commercial dont jouit le Canada contre les États-Unis, qu’il qualifie « essentiellement de subvention ». Toutefois, le document de huit pages (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) d’Ottawa fait remarquer que l’excédent est principalement attribuable à la préférence des raffineurs américains pour les carburants canadiens abordables et fiables sur lesquels les Américains comptent pour alimenter l’économie américaine.
À l’exception de l’énergie, les États-Unis ont un excédent commercial des marchandises avec le Canada depuis 2007, qui s’est établi à 34,3 milliards de dollars en 2024. Parallèlement, l’excédent commercial des services des États-Unis par rapport au Canada s’est établi à 34,9 milliards de dollars.
Le document déposé prépare le terrain pour une réponse canadienne et tente d’anticiper plusieurs points délicats qui seront vraisemblablement soulevés lors de toute négociation future sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
Voici quelques-uns des principaux thèmes et chiffres – et griefs – qui sont ressortis du document du Canada :
Nous sommes votre plus grand client : Le Canada achète plus de biens américains que la Chine, le Japon et l’Allemagne réunis. En 2024, le Canada a été la plus importante destination des exportations de 32 États américains et achète de nombreux produits finis de grande valeur, comme de l’équipement, des véhicules, des produits agricoles et une grande variété de biens de consommation. Quelque huit millions d’emplois aux États-Unis sont liés au commerce avec le Canada.
Le Canada partage les préoccupations des États-Unis au sujet des pratiques commerciales déloyales : Ottawa a imposé des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois et de 25 % sur les produits d’acier et d’aluminium chinois, en plus d’autres droits sur les minéraux critiques chinois, l’équipement renouvelable, etc. – tous ces droits du Canada s’alignent sur plusieurs mesures américaines visant à limiter les produits chinois. Ottawa surveille également les chaînes logistiques d’importation d’acier et a modifié sa Loi sur l’investissement Canada l’an dernier pour tenir compte des risques à la sécurité nationale et continentale.
Il est essentiel de noter que le Canada envisage d’autres mesures pour s’attaquer aux risques à la sécurité économique et aux chaînes logistiques du Canada et de l’Amérique du Nord, pour renforcer les mesures contre les minéraux critiques provenant de territoires qui soulèvent des préoccupations. Tout aussi important, le Canada a souligné qu’il ne s’agit ni d’un risque de transbordement ni d’une porte dérobée vers le marché américain pour des pratiques commerciales qui pourraient nuire à la sécurité économique collective du continent.
Il ne devrait y avoir aucun différend concernant les produits laitiers : Les exportations américaines de produits laitiers vers le Canada ont grimpé à 1,14 milliard de dollars, comparativement à 728 millions de dollars à l’entrée en vigueur de l’AEUCM. Les États-Unis ont un excédent commercial des produits laitiers avec le Canada, qui a connu une croissance de 45 % depuis 2020. Monsieur Trump a déclaré que les droits de douane de 200 % imposés par le Canada sur les produits laitiers américains sont un « irritant pour le commerce », mais il a omis de dire qu’ils ne s’appliquent que si les contingents tarifaires convenus sur les importations de produits laitiers américains en vertu de l’AEUCM sont atteints ou dépassés. Les négociateurs américains étaient intéressés par l’accès au commerce de détail des produits laitiers pendant les négociations initiales sur l’AEUCM, ce qui pourrait de nouveau être soulevé pendant le processus de renégociation. C’est cependant le système des contingents qui est perçu comme un irritant pour le commerce, ce qui pourrait nécessiter certains compromis de la part du Canada.
La taxe canadienne sur les services numériques n’instaure aucune discrimination : La taxe ne vise pas uniquement les entreprises américaines, mais s’applique également aux entités canadiennes. L’automne dernier, le Canada a engagé un dialogue constructif et substantiel avec ses homologues américains du Commerce dans le cadre du processus de consultation sur le règlement des différends de l’AEUCM. La taxe sur les services numériques a toutefois été un irritant constamment soulevé par les entreprises et le gouvernement des États-Unis, et il est peu probable que cette lettre le règle.
Le point sur la TVA : Un important sujet de discorde soulevé par le président Trump a été la TPS du Canada – une taxe sur la consommation qu’il considère comme un droit de douane. Le mémoire canadien rétablit les faits – il ne s’agit pas d’un droit de douane et elle ne nuit pas indûment aux entreprises américaines.
Mise sur pied d’un forum trilatéral sur la réglementation financière : La première administration Trump avait proposé la création d’un forum Canada-Mexique-États-Unis sur la réglementation financière pour alimenter le dialogue sur l’évolution et la réglementation du secteur financier. Le forum n’a jamais vu le jour, mais le Canada a dit qu’il se réjouissait de l’occasion qui lui était donnée de lancer l’initiative.
Nous avons besoin l’un de l’autre au chapitre de l’acier et de l’aluminium : Le Canada a acheté 37 % des exportations d’acier des États-Unis, soit 5,5 milliards de dollars, et a toujours été une destination d’exportation de premier plan pour l’acier américain depuis les cinquante dernières années. Parallèlement, les fabricants américains qui se fient à l’acier canadien sont intégrés verticalement aux entreprises situées au nord de la frontière pour maintenir leur concurrentialité.
Le secteur américain est également très dépendant des rebus d’aluminium – et plus particulièrement des rebus d’aluminium brut dont le Canada est la principale source.
Le Canada a pris des mesures pour protéger les deux secteurs contre les pratiques commerciales déloyales en imposant des droits de douane sur les importations chinoises et en renforçant son mécanisme de recours commerciaux pour lutter contre le commerce déloyal et le contournement.
Le message global était qu’Ottawa demeure déterminé à promouvoir le commerce équitable et à contrer les pratiques commerciales déloyales et non réciproques d’autres pays afin d’assurer la concurrentialité et la sécurité de l’Amérique du Nord.
Le mémoire indique que la capacité du Canada à prendre des mesures pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales d’autres pays est toutefois limitée lorsqu’il est confronté à des mesures commerciales injustes et injustifiées de la part des États-Unis.
Ottawa a indiqué qu’il entend tirer parti de sa présidence du G7 cette année et insister sur la question des pratiques commerciales déloyales avec les pays adhérant aux mêmes idées. Plus près de chez nous dans Charlevoix, les ministres des Affaires étrangères du G7 qui s’y étaient réunis ont publié une déclaration mentionnant les politiques et pratiques non commerciales de la Chine qui entraînent une surcapacité préjudiciable et des distorsions du marché, mais plus circonspecte sur la situation des droits de la personne par rapport aux déclarations antérieures du G7.
Cette année, le G7 sera un forum important sur les questions du commerce, de la sécurité économique et de l’énergie. Le premier ministre Mark Carney invitera le président Zelensky, avec lequel le président Trump est en voie de signer un accord de cessez-le-feu qui pourrait conduire l’Ukraine à céder certains de ses minéraux critiques. Il est utile de rappeler que le Canada figure parmi les nombreux pays qui profitent des mesures de politique économique des États-Unis.
Lisez la réponse complète d’Ottawa ici (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).
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Organisée tous les ans à Houston, CERAWeek est la plus importante conférence mondiale dans le domaine de l’énergie, avec ses 10 000 dirigeants, décideurs politiques, investisseurs, scientifiques et technologues provenant du monde entier. Si vous voulez savoir ce qui est en vogue – ou ne l’est pas – dans le domaine de l’énergie, c’est là qu’il faut aller.
La plus grande question sur l’action climatique est restée sans réponse : Trump va-t-il tuer la Loi sur la réduction de l’inflation ?
Assister à CERAWeek chaque année est un excellent moyen d’évaluer l’humeur de l’industrie de l’énergie.
États-Unis Le discours sur la domination énergétique américaine de Chris Wright, un acteur de l’énergie, a donné le ton à la conférence.
Les dirigeants et les décideurs du secteur de l’énergie s’inquiètent de trouver le capital nécessaire pour financer les ambitions énergétiques des États-Unis
Davantage de capital de risque sera nécessaire pour construire les pipelines et les réseaux afin d’alimenter une économie de l’IA.
Il y a quelques années, tout le monde n’en avait que pour les réseaux locaux de recharge de véhicules électriques (VE). L’an dernier, les énergies renouvelables et les technologies propres étaient si à la mode que l’administration Biden dépêcha des agents de prêts afin de multiplier les adhésions d’entreprises à sa manne d’incitations touchant l’action climatique. Cette année, le mot clé fut davantage –alors que la question consistait à déterminer comment le monde pouvait produire davantage de tous les types d’énergie, et notamment de gaz naturel et de nucléaire.
Certains ont même confectionné, en plaisantant, la formule « Make Energy Great Again » rendue par l’acronyme MEGA.
Houston est le berceau de tout ce qui touche à l’énergie, qu’il s’agisse de pétrole ou de propergol, et, depuis la dernière décennie, de ces terminaux géants de gaz naturel liquéfié (GNL) qui parsèment le golfe, oserions-nous dire du Mexique et de l’Amérique ? Cependant, malgré l’optimisme des participants à la conférence CERA, notamment lors des interventions de deux des principaux secrétaires du cabinet du président américain Donald Trump, les nuages associés à la tempête que suscitera la production de toute cette énergie étaient perceptibles à l’horizon. Et le plus sombre d’entre eux était celui de la guerre commerciale.
Alors que la conférence s’ouvrait, par un discours enflammé portant sur la domination américaine du secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, les marchés mondiaux commençaient à s’effondrer, les craintes de récession susceptible d’atténuer la demande, notamment de pétrole et de gaz, se multipliant. Si l’Amérique veut parvenir à exercer une position de « domination énergétique », elle devra regagner la confiance des capitaux – et susciter un regain de confiance sur le plan des politiques, qui demeurent aussi imprévisibles que le sont les lourds nuages qui surplombaient Houston.
La conférence CERAWeek a suscité chez moi les questions suivantes :
1. Champ pétrolifère, archipel : un océan d’énergie ou un chapelet d’îles ?
Si le monde a indiscutablement besoin de plus d’énergie, il pourrait se buter à d’énormes difficultés sur le plan de la distribution de cette énergie, alors que les pays et les continents s’emploieront à ériger des murs artificiels. Wael Sawan, chef de la direction de la société Shell, a présenté les trois scénarios en matière de sécurité énergétique (en anglais) de l’entreprise pour la décennie à venir : un scénario « horizon », reposant dans une large mesure sur le statu quo ; un scénario de « poussée soudaine », qui intègre une vision maximaliste de la croissance économique et des besoins en matière d’intelligence artificielle (IA) ; et un troisième scénario, baptisé « Archipels », qui est certes le plus inquiétant et celui qui semble être le plus en plus probable. Dans un monde fragmenté en archipels, nous observerons une poussée de la demande, cependant que l’offre sera circonscrite à certaines régions du fait de politiques nationalistes et protectionnistes qui transformeront le marché mondial de l’énergie en un chapelet d’îles. Ce nouveau monde de l’énergie serait plus contraignant et moins performant.
Face à une menace croissante de nationalisme énergétique, de nombreux pays tributaires des importations ne ménagent pas leurs efforts pour trouver des solutions de rechange. Lors d’entretiens privés, des délégués japonais et coréens ont affirmé qu’ils étaient à la recherche de multiples sources d’approvisionnement en gaz naturel, car ils ne sont pas certains de pouvoir compter sur l’Amérique du Nord. Et ils sont également plus enclins à conclure des marchés à plus long terme. Cette ruée amène certaines des grandes sociétés pétrolières à revenir à des marchés pétroliers d’avant poste – comme l’Irak, la Lybie, le Suriname ou le Brésil –, en plus d’accroître leur production de GNL en Asie du Sud et en Afrique.
Peut-être le plus important défi dans un tel monde fractionné est-il celui des capitaux. Les gisements pétroliers mondiaux sont en déclin, parfois à hauteur de 5 % par année, et la grande majorité des capitaux sont voués à leur entretien plutôt qu’à leur expansion. De surcroît, les grandes sociétés pétrolières ne cessent de répéter leur intention de restituer une plus grande partie de ces capitaux aux actionnaires plutôt que d’investir dans la croissance. Comme l’a déclaré un dirigeant, au mantra de la durabilité, soit « les gens et la planète », doit venir s’ajouter le volet de la « rentabilité » pour que les investisseurs choisissent d’investir les milliers de milliards nécessaires.
2. Question : l’IA permettra-t-elle de réparer le système ou en entraînera-t-elle la destruction ?
Signe des temps : dans le titre de 42 séances tenues dans le cadre de la conférence CERAWeek figurait l’expression « centre de données ». Et il fallait multiplier les efforts pour trouver des échanges ne faisant pas référence aux « fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle » – les géants de la technologie, comme les sociétés Google et Amazon, dont les centres de données alimentant l’IA se multiplient à vue d’œil. En quelques années à peine, les centres de données sont devenus un aspect si important des besoins mondiaux en matière d’énergie que leur consommation collective est comparable à celle de l’économie japonaise. L’un des principaux fournisseurs d’énergie de Floride, la société NextEra (en anglais), prévoit une hausse de la demande de 55 % au cours des 20 prochaines années, par rapport à 9 % au cours des 20 dernières années – et l’IA représentera un tiers de cette croissance.
Il n’est donc pas étonnant que le chef de la direction de la société Chevron ait souligné qu’il envoyait des cadres de son entreprise suivre des cours sur l’IA au MIT.
Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle étaient omniprésents, organisant d’incontournables barbecues texans et présentant leurs avatars, leurs agents et leurs robots à des groupes d’hommes et de femmes du secteur du pétrole quelque peu perplexes. En fait, les liens entre l’IA et l’énergie sont désormais si étroitement imbriqués que ces deux mondes s’associent pour améliorer l’efficacité énergétique et ce, du puits à la roue. Google affirme que ses puces sont 60 % plus économes en énergie. Les grands fournisseurs d’électricité estiment que les gains d’efficacité découverts grâce à l’IA pourraient permettre de recouvrer 100 GW d’électricité. Cependant, on s’entend généralement pour dire que les deux secteurs auront besoin de beaucoup plus d’électricité produite au gaz pour faire fonctionner ces centres de données. En 2024, les centres de données américains étaient tributaires du gaz à hauteur de 43 % pour combler leurs besoins en électricité, tandis que le nucléaire suppléait à 20 % des besoins et que le charbon, pour sa part, représentait un pourcentage légèrement moins élevé. Si l’espoir fondé envers les énergies renouvelables demeure vif, il est néanmoins marginal, à tel point que plusieurs fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle ont abandonné leurs engagements en matière d’énergie carboneutre pour leurs centres de données.
3. Un nouveau modèle P3 : prix, pipelines et permis ?
Les facteurs déterminants des ambitions énergétiques américaines seront le prix, les pipelines et les permis – qui seront essentiels pour attirer tous ces investissements nécessaires à la croissance. Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle pourraient être tenus de payer davantage pour subventionner d’autres secteurs et ménages, ainsi que leurs besoins en matière d’électricité et d’énergie. L’année dernière seulement, les prix de l’électricité aux États-Unis (en anglais) ont grimpé de 20 % alors que la demande mondiale n’a progressé que de 2 %. Un expert des services publics a affirmé qu’un nouveau modèle économique et qu’un nouvel état d’esprit pourraient s’avérer nécessaires pour que puissent coexister ces deux mondes. Les adeptes de la technologie épousent la philosophie du multiple de dix, dont l’approche axée sur la croissance prévoit qu’il est possible d’enchaîner les succès par l’innovation et le développement de la portée. Pour leur part, les services publics retiennent la philosophie du 10 %, soit une mentalité réglementée qui estime qu’un tel rendement est tout ce que la société sera en mesure d’absorber à long terme.
Pour construire les pipelines et aménager les réseaux nécessaires à l’économie de l’IA, il faudra davantage de capital-risque. Cependant, une conjoncture réglementée et sujette aux litiges ne sied pas de manière optimale au capital-risque. Parmi les études de cas présentées, citons celle du pipeline Constitution, qui visait à acheminer du gaz naturel de Pennsylvanie vers le nord-est et les pôles de recherche comme Boston et New York. L’entreprise a fait face à une telle multiplicité de contestations juridiques qu’elle a dû nnuler (en anglais) son projet en 2020. L’administration américaine actuelle cherche aujourd’hui à relancer ce projet.
La réforme du processus de délivrance de permis sera essentielle pour que cette domination énergétique ait la moindre chance de se concrétiser, et, pour ce faire, il faudra pouvoir compter sur une majorité qualifiée au Congrès, ce à quoi s’attendent peu de politiciens dans une capitale américaine déjà profondément divisée. Il y a lieu de s’attendre à ce que les adeptes du forage débridé affrontent les partisans de la multiplication des recours en justice. Mark Christie, président de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), et expert en droit constitutionnel, a déclaré, lors de la conférence, que la FERC rédige désormais chacune de ses décisions en s’attendant à ce que leur sort soit ultimement tranché devant les tribunaux. Il estime que, de ce fait, moins d’énergie que ce qui s’avère nécessaire pour combler les besoins américains sera produite et qu’il faudra bientôt « faire face à la réalité ».
4. GNL : est-ce le nouveau carburant mondial ?
Le gaz naturel subvient à environ 25 % des besoins mondiaux en matière d’énergie et cette année, il aura occupé 50 % des discussions à l’ordre du jour de la conférence CERAWeek. Dans un monde qui aura besoin de beaucoup plus d’énergie, le consensus qui s’est dégagé à Houston était en faveur d’une plus grande quantité de gaz, notamment sous forme refroidie, liquéfiée et transportée comme GNL. Le chef de la direction de la société ConocoPhillips, Ryan Lance, estime que la demande en matière de GNL pourrait doubler au cours de la prochaine décennie. C’est déjà le cas aux États-Unis, en grande partie du fait d’une profonde révolution technologique dans le secteur du gaz qui a contribué à augmenter massivement la production, tout en réduisant le nombre de plateformes, celui-ci passant de 1 600 à 100.
Les prévisions concernant la croissance du GNL sont impressionnantes. En effet, la société Shell (en anglais) prévoit une hausse de plus de 50 % de la demande mondiale de GNL d’ici 2040, alors que les fabricants chinois et d’autres économies asiatiques accéléreront leur transition du charbon au gaz afin de soutenir leur croissance économique tout en réduisant leurs émissions. À elle seule, l’Inde (en anglais) devra doubler ses importations de GNL pour répondre à la hausse de sa demande d’ici 2030.
Mais l’un des besoins qui ne retient pas suffisamment l’attention tient au financement à des conditions favorables de l’ensemble des infrastructures nécessaires pour assurer le déchargement du GNL des navires et le convertir en gaz. Jusqu’à récemment, les pays occidentaux s’opposaient à ce que les banques multilatérales de développement contribuent au financement de telles infrastructures – puisque cela pouvait aggraver le problème des émissions mondiales. Il se pourrait fort bien que cette question revienne à l’ordre du jour du prochain sommet du G7 qui se tiendra en Alberta.
5. Un printemps nucléaire : mais dans quelle décennie ?
L’énergie nucléaire connaît un essor nouveau, et ce, non seulement en Amérique du Nord. En effet, en Chine (en anglais) devraient être construites cette année des installations permettant de produire 5 GW d’énergie nucléaire. Le Bangladesh et la Türkiye prévoient tous deux procéder à la mise en service de leurs premiers réacteurs en 2025, tandis que l’Égypte devrait rapidement emboîter le pas. Abu Dhabi compte désormais quatre centrales nucléaires et prévoit en construire davantage. Au total, le nucléaire (en anglais) représente environ 10 % du bouquet énergétique mondial. Mais simplement pour maintenir cette proportion, il faudrait tripler la production d’ici 2050, ce qui implique d’ajouter 50 GW de capacité chaque année pendant les 20 prochaines années. Il est utile de se rappeler que la meilleure année jamais enregistrée remonte aux années 80, alors qu’avaient été ajoutés 31 GW de capacité.
De nouveaux modèles s’imposent. Plusieurs conférenciers ont évoqué la nécessité de restreindre l’éventail des technologies nucléaires envisagées afin de contribuer à regrouper la demande à l’égard de ces technologies de même que les compétences et les chaînes d’approvisionnement qui y sont associées. En effet, un trop grand nombre de projets présentent un caractère inédit. Il pourrait également être nécessaire de construire davantage de réacteurs, tant sur les sites existants que sur des sites de centrales au charbon déclassées, afin de tirer parti des infrastructures existantes, de l’eau de refroidissement et du soutien local. De plus, fait essentiel, les gouvernements et les développeurs nucléaires doivent s’engager envers de longs cycles de production, qui peuvent généralement s’étendre sur une période pouvant atteindre les 15 ans. Cette réalité ne sourit généralement pas aux investisseurs, autres que les caisses de retraite et les fonds souverains, ce qui permet de croire que de nouveaux modèles de financement pourraient également être nécessaires.
6. Minéraux critiques : quand prendrons-nous conscience du fait qu’ils sont vraiment critiques ?
Depuis la Seconde Guerre mondiale, on qualifie une série de minéraux d’importance stratégique de « minéraux critiques », alors que le Canada cessa d’expédier du nickel au Japon et que les États-Unis contribuèrent au blocus du Groenland, de crainte que l’occupation nazie du Danemark ne permette à l’Allemagne de s’emparer des minéraux de la région arctique pour les ajouter à son arsenal militaire. Nous voilà de retour à cet état d’esprit axé sur le caractère critique – pour autant qu’il ne soit pas trop tard – et l’approvisionnement énergétique en est tributaire. En effet, tous ces centres de données et ces lignes de transport électrique ont besoin de cuivre, de nickel et de minéraux plus exotiques. Pour répondre aux attentes énergétiques mondiales, nous devrons extraire au cours des 20 prochaines années autant de cuivre que le monde en a extrait au cours des 20 derniers siècles. Malheureusement, la Chine a la mainmise sur la production et la transformation. Voici un fait surprenant : la Chine compte aujourd’hui 60 fonderies tandis que les États-Unis en ont que 2. La majeure partie du cuivre américain est donc expédiée en Chine sous forme de concentré, puis renvoyée sous forme de fils et d’autres produits.
L’Occident a 30 ans de retard sur la Chine et il lui faudra des décennies pour combler ce fossé. Qu’il suffise de penser qu’il faut jusqu’à 20 ans pour découvrir une mine et 10 autres années pour la développer. Il faudra également surmonter la résistance locale face aux mines et aux fonderies. Comme c’est le cas pour l’énergie, de nouveaux modèles de financement s’avéreront nécessaires pour ces projets à long terme. L’administration Trump a proposé la création d’un fonds souverain, tirant parti des loyers perçus sur les vastes étendues de terres et d’océans appartenant au gouvernement fédéral. Elle a également recours à l’Export-Import Bank of the United States, sa principale institution de financement des exportations, pour soutenir des projets de minéraux critiques. Le Canada étudie des options similaires par l’intermédiaire d’Exportation et développement Canada. Si l’Occident devait adopter une mentalité propre aux périodes de conflit armé pour faire face à ce défi, les gouvernements pourraient entreprendre d’allouer la production et de restreindre l’utilisation des matériaux aux besoins stratégiques. La question de savoir si les États-Unis, le Canada et d’autres pays seraient également disposés à accepter des normes en matière d’environnement et de travail plus souples est tout autre.
7. Chaînes d’approvisionnement : pouvons-nous réellement produire ce dont nous avons besoin ?
Les politiques, les projets et même les échéanciers les plus avisés peuvent ne mener à rien s’ils ne sont pas assortis des chaînes d’approvisionnement appropriées. Voilà qui constitue peut-être la principale préoccupation à court terme dans le secteur de l’énergie. Selon un dirigeant du secteur minier, il faut aujourd’hui compter sept ans pour prendre livraison d’équipements de lavage de roche géants. Un cadre du secteur de l’électricité a déclaré attendre la livraison de turbines à gaz, qui sont prévues pour 2030. De plus, le coût de ces équipements a triplé depuis la période précédant la pandémie. Il peut être tout aussi difficile de se procurer des équipements ou des biens de moindre envergure, comme de l’uranium enrichi et du graphite pour les centrales nucléaires. Les gouvernements pourraient être tenus de commencer à répartir la production de ressources, y compris sur le plan de l’approvisionnement en matériaux, des capacités de production et du soutien logistique, pour assurer la résilience des industries critiques.
La main-d’œuvre qualifiée est tout aussi rare, en partie parce que peu de projets gaziers ont été construits au cours des cinq dernières années, notamment du fait de l’essor qu’a connu le secteur de la construction lié au GNL. Un dirigeant du secteur nucléaire a déclaré que, bien qu’il était heureux d’en embaucher, il n’avait pas besoin de plus de titulaires de doctorat, mais plutôt de diplômés de collèges communautaires aptes à réaliser de complexes travaux de soudage et de tuyauterie. Même Larry Fink, le chef de la direction de la société BlackRock, le géant de l’investissement de Wall Street, a axé ses commentaires dans le cadre de la conférence CERA sur la crise croissante du marché de la main-d’œuvre. Son message non équivoque, dont il a également fait part au président Trump, est le suivant : « Nous allons manquer d’électriciens. »
8. Climat : cet enjeu dominera-t-il à nouveau ?
Dès la séance d’ouverture, l’enjeu de l’action climatique s’est retrouvé à l’arrière-scène, pour autant qu’il en ait même été fait mention. Dans son discours d’ouverture, le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a donné le ton en affirmant que les émissions étaient fonction de la croissance économique et que le monde souhaitait davantage de croissance. Et de souligner : « Dans la vie, il faut toujours faire des compromis. À tous les égards ! » Cette affirmation n’était pas simplement de pure forme. Le retour en force du gaz naturel est perçu comme ayant pour objectif de faire passer cette ressource du statut de source de transition à une source d’énergie de base. En d’autres termes, le gaz naturel deviendra incontournable, comme en témoignent les récents projets mis de l’avant en Caroline du Nord, pour ajouter 5 GW de production d’électricité alimentée au gaz. Même le charbon fut salué à titre de carburant qui, peut-être, pourrait être nécessaire pour assurer l’essor de l’IA.
La question la plus importante concernant l’action climatique est demeurée sans réponse : le président Trump abolira-t-il la loi sur la réduction de l’inflation ? Plusieurs grands dirigeants du secteur pétrolier et gazier ont plaidé en faveur de la loi phare de Joe Biden, en affirmant avoir élaboré et conclu une foule d’investissements dans le secteur de la décarbonation qui ont contribué à accroître leur efficacité énergétique et leur rentabilité. Vicki Hollub, cheffe de la direction de la société Occidental Petroleum, a plaidé pour le maintien des crédits d’impôt qui contribuent au financement des projets de capture directe dans l’air du carbone atmosphérique de son entreprise, l’une des principales raisons pour lesquelles elle a procédé à l’acquisition de la société Carbon Engineering, de Colombie-Britannique, en 2023. Occidental Petroleum tente également de faire avancer les travaux qu’elle a entrepris dans le domaine de la récupération assistée des hydrocarbures (RAH) du pétrole en captant le carbone atmosphérique, en le liquéfiant et en le réinjectant dans d’anciens réservoirs afin de faire remonter le pétrole à la surface. Plusieurs écologistes voient d’un mauvais œil la RAH, en faisant valoir qu’il s’agit plus ou moins d’un jeu de dupe où du carbone est échangé contre du carbone. Cependant, le retour à l’avant-plan de ces techniques, du moins pour certains, à titre de stratégie de neutralité carbone, témoigne de l’ampleur des changements intervenus en un an.
John Stackhouse est premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC, et chef, Leadership avisé RBC.
Vous pouvez le suivre sur LinkedIn ici (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a éclaté : les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, évaluées à 24 milliards de dollars par année1, seront taxées à hauteur de 25 % à compter d’aujourd’hui. Voici cinq thèmes à surveiller alors que les deux économies se préparent aux retombées de ces impôts :
1. Il est peu probable que ces droits de douane revigorent la production américaine
Lorsque les États-Unis ont imposé des droits de douane pour la première fois au titre de l’article 232, en 2018, en réponse à des préoccupations de sécurité nationale, la capacité de production américaine d’acier et d’aluminium n’a pas augmenté de façon significative (hausse de 7 % et de 4 %, respectivement)2. Il est fort probable que ce scénario se répète. L’industrie sidérurgique américaine se heurte à un problème beaucoup plus grand alors que la Chine inonde les marchés mondiaux de l’acier de ses excédents de production, ce qui limite la capacité des producteurs américains à accroître la production nationale. L’offre excédentaire mondiale a atteint 560 millions de tonnes (soit 6 fois la consommation des États-Unis) en 2024. En outre, 157 millions de tonnes supplémentaires en provenance de nouvelles capacités à fortes émissions de carbone devraient arriver sur le marché d’ici 2026, principalement depuis l’Asie3.
Depuis l’entrée en vigueur des droits de douane au titre de l’article 232, les importations totales des États-Unis (en poids) ont baissé de 15 % pour l’acier et de 13 % pour l’aluminium par rapport à 2018. Les importations nettes d’acier aux États-Unis demeurent à un niveau de 13 % de la consommation nationale, tandis que les importations nettes d’aluminium sont structurellement plus élevées, représentant 47 % de la consommation. Cependant, la consommation américaine totale a fléchi de près de 10 % pour ces deux métaux depuis 2018, ce qui explique pourquoi la dépendance à l’importation n’a pas reculé autant que ce qui transparaît dans les chiffres bruts4.
Cela est mis en évidence dans les tableaux 1 et 2.
Tableau 1 : Stagnation de la consommation et des importations nettes d’acier aux États-Unis
United States Geological Survey, Leadership avisé RBC
Tableau 2 : Les États-Unis demeurent fortement dépendants de l’aluminium importé
Source : United States Geological Survey, Leadership avisé RBC
2. L’accès de la Chine au marché américain est difficile à mesurer
La définition de l’acier est compliquée à établir, étant donné les centaines de lignes tarifaires du Système harmonisé correspondant aux codes 72, qui définissent le fer et l’acier, et aux codes 73 qui définissent les produits basés sur le fer et l’acier. Les codes du Système harmonisé (« codes SH ») classifient les produits aux fins du commerce international afin de faciliter les formalités douanières et administratives. Les États-Unis ont réussi à fermer une grande partie de leur marché à l’acier chinois (selon les définitions des codes SH 72), qui ne représente que 490 millions de dollars dans les importations américaines en 2024, soit environ 1,6 % du total des importations5.
Toutefois, les exportations chinoises d’acier vers le Mexique et le Canada sont plus de trois fois supérieures, avec un montant estimatif de 1,7 milliard de dollars (au total) en 2024, soit 8 % des importations totales de chaque pays6. Ce chiffre est à la hausse, et il a plus que doublé depuis 2017. Si nous incluons les exportations chinoises transitant officieusement par des pays alliés (Vietnam, Thaïlande, Indonésie, entre autres), le total des exportations chinoises officielles et officieuses vers le Mexique et le Canada a probablement dépassé les 2,5 milliards de dollars. Naturellement, les États-Unis ont fait part de leurs préoccupations aux deux pays.
Toutefois, derrière leurs soi-disant « préoccupations », les États-Unis importent directement de Chine de l’acier et des produits à base d’acier pour une valeur de 14 milliards de dollars (codes SH 72 et 73 combinés), ce qui représente un quart de leurs importations totales d’acier et de produits à base d’acier7. En comparaison, l’acier et les produits à base d’acier chinois ne représentent que 10 % des importations canadiennes et mexicaines, respectivement8.
Dans l’ensemble, la sécurité nationale des États-Unis s’est considérablement améliorée, car plusieurs pays alliés comme le Canada, le Japon, la Corée du Sud et le Mexique ont augmenté leurs livraisons d’acier et d’aluminium aux États-Unis au cours des six dernières années au détriment de la Chine. Plus précisément, le total des importations américaines d’acier et d’aluminium en provenance de pays exemptés a augmenté en valeur de 51 % en 2018 à 57 % en 2024, avec un déclin correspondant de 44 % à 36 % pour la Chine et ses alliés – soit une variation nette de +14 % (voir le tableau 3)9.
Tableau 3 : Les pays alliés ont accru leur part de marché aux États-Unis au détriment de la Chine
Sources : U.S. International Trade Commission, Leadership avisé RBC
3. Malgré toutes les discussions sur la Chine, le Canada est devenu la cible numéro un
D’un point de vue fondamental de marché, les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium vers les États-Unis ont augmenté de 35 % depuis 2018 pour s’établir à 17,7 milliards de dollars américains. Ce rythme de croissance est supérieur à la moyenne mondiale, les dernières années dépassant de loin les taux de croissance historiques du Canada. Par conséquent, l’excédent commercial d’acier et d’aluminium du Canada par rapport aux États-Unis a plus que doublé par rapport à 2018, passant à plus de 9 milliards de dollars américains l’an dernier10.
Cependant, le Mexique et le Vietnam ont tous deux augmenté leurs exportations au cours de la même période, tant en valeur absolue (11,8 milliards de dollars et 4,9 milliards de dollars, respectivement) que sur une base relative (+62 % et +410 %)11. Le bond des volumes vietnamiens pourrait être particulièrement inquiétant pour l’administration américaine et justifier une hausse des tarifs. Cependant, la nature réciproque des guerres commerciales s’est traduite par le fait que le Canada est souvent ciblé – peut-être au-delà des réalités fondamentales du marché.
Enfin, en ce qui concerne le Canada, les États-Unis sont également préoccupés par la forte présence du groupe luxembourgeois ArcelorMittal au Canada, cette société produisant probablement la moitié de l’acier canadien. La société a également établi un partenariat stratégique avec China Oriental Group et détient 37 % des actions de la société.
4. Il sera difficile d’obtenir des exemptions pour le Canada
Bien qu’il existe encore une chance pour que Trump accorde un sursis au Canada, ce dénouement demeure peu probable.
Tout d’abord, le durcissement de la position canadienne, faisant état de droits de douane réciproques, crée un climat de négociation plus difficile. Deuxièmement, il est peu probable que les grandes sociétés américaines se battent pour le Canada, étant donné que les droits de douane sont imposés à des secteurs spécifiques et qu’ils sont moins perturbateurs pour l’économie, relativement aux droits de douane généraux.
Enfin, nous avons eu une expérience comparable par le passé : ce n’est qu’après la signature de l’AEUMC en mai 2019 que les droits de douane imposés au Canada en vertu de l’article 232 ont été levés, soit quatorze mois après leur entrée en vigueur.
Bien que les produits canadiens puissent encore obtenir une exemption s’ils sont considérés comme irremplaçables, ce scénario est difficile à envisager au vu des données disponibles. Dans le domaine de l’acier, les États-Unis ne dépendent des importations nettes qu’à hauteur de 13 %. De plus, l’utilisation finale de l’acier canadien à l’échelle nationale est répartie entre divers secteurs : manufacture générale (40 %), automobile (20 %), pétrole et gaz (15 %) et construction générale (10 %)12. Il est peu probable que l’acier canadien soit utilisé aux États-Unis à des fins stratégiques qui en feraient un produit difficile à remplacer. L’aluminium canadien pourrait avoir plus de chance, étant donné que le Canada représente 75 % des importations américaines d’aluminium primaire13.
5. Les chances de réussite dépendent des concessions qui seront faites
Le temps presse maintenant pour le Canada et pour les autres partenaires commerciaux des États-Unis. Au cours des trois prochaines semaines, soit jusqu’au 2 avril, l’administration Trump cherchera à obtenir des concessions avant l’entrée en vigueur des droits de douane réciproques et l’expiration des droits de douane généraux de 25 % à l’encontre du Canada et du Mexique.
Dans le passé, la Corée du Sud a « volontairement » limité ses exportations au moyen d’un mécanisme de quotas, ce qui lui a permis de bénéficier d’exclusions relativement à l’acier et à l’aluminium en vertu de l’article 232. Le Japon a entamé des négociations commerciales bilatérales pour éviter des droits de douane potentiels sur l’automobile. Le Canada et le Mexique ont tenu bon jusqu’à la signature de l’AEUMC au milieu de 2019. Le succès futur repose sur les concessions qui seront accordées aux États-Unis.
Un signe peut-être encourageant est que le Canada s’apprête à changer de premier ministre, que le pouvoir passe aux mains du libéral Mark Carney ou du conservateur Pierre Poilievre. Ces deux candidats représentent une occasion de réinitialiser la relation personnelle avec le président américain. Le changement de gouvernement pourrait aussi faciliter la renégociation de l’AEUMC en suivant un plan similaire, et apaiser les tensions avec une administration Trump de plus en plus belliciste (et imprévisible).
U.S. International Trade Commission (DataWeb), U.S. Federal Register
U.S. Geological Survey Mineral Commodity Summaries 2025
European Steel Association (Eurofer), OECD, U.S. Geological Survey
U.S. Geological Survey Mineral Commodity Summaries 2025
U.S. International Trade Commission (DataWeb)
Innovation, Science and Economic Development Canada, UN Comtrade
U.S. International Trade Commission (DataWeb)
Innovation, Science and Economic Development Canada, UN Comtrade
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Alors que le monde entier tente de sécuriser l’accès aux minéraux critiques, essentiels à l’économie moderne, le Canada doit prendre une décision cruciale. Quel rôle le pays peut-il jouer dans la réduction du risque lié à la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques, largement dominée par la Chine ?
Lors de la conférence de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) de 2025, cette question était au cœur des préoccupations des chefs de file, des dirigeants et des investisseurs de l’industrie. Nous nous sommes appuyés sur le document Regard critique sur les minéraux critiques pour vous présenter cinq minéraux de plus en plus importants pour l’économie de l’avenir.
Ces minéraux sont essentiels dans cinq secteurs clés, soit l’intelligence artificielle, la sécurité des frontières, les soins de santé, l’énergie et la défense. Toutefois, les chaînes d’approvisionnement sont vulnérables, la concurrence internationale est féroce, et le Canada doit jongler avec des enjeux complexes liés aux politiques, aux investissements et au traitement afin de devenir un leader mondial dans le domaine.
Consultez les documents :
1. Gallium : le plus crucial des minéraux critiques. Secteur clé : Intelligence artificielle
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
À retenir
Les tensions commerciales avec les États-Unis ont braqué les projecteurs sur le commerce international des produits agroalimentaires canadiens : la menace tarifaire américaine représente un défi particulier pour les exportations agroalimentaires canadiennes, lesquelles ont aujourd’hui une part de 20 % dans les importations agroalimentaires américaines.
Les exportations vers les États-Unis sont à la hausse : plus de 60 % des exportations agricoles et agroalimentaires du Canada sont destinées aux États-Unis, et la valeur de ces exportations a quadruplé depuis 2000.
Toutefois, le Canada est à la traîne de ses concurrents à l’échelle mondiale : le Canada a reculé du 5e au 7e rang dans le commerce agroalimentaire mondial, et le pays pourrait chuter à la 9e place d’ici 2035 si des mesures correctives ne sont pas prises.
Les concurrents gagnent du terrain sur les marchés mondiaux à forte croissance : plusieurs concurrents agroalimentaires émergents comme le Brésil ont gagné du terrain en Afrique et au Moyen-Orient, tandis que les rivaux traditionnels comme l’Australie gagnent des parts de marché en Asie du Sud-Est.
Les occasions commerciales s’élèvent à 44 milliards de dollars pour le Canada : selon une nouvelle modélisation réalisée par RBC et le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group, le Canada peut augmenter sa part de marché mondiale et remonter au 5e rang des exportations à condition de déployer les investissements adéquats. Cela pourrait ajouter 44 milliards de dollarsa à la valeur des exportations agricoles et agroalimentaires d’ici 2035.
Il est essentiel d’établir un plan précis : pour regagner des parts de marché, le Canada doit se concentrer sur l’innovation, les capitaux, l’infrastructure des exportations, l’accès numérique et la commercialisation mondiale des produits agroalimentaires.
Le Canada est devenu trop dépendant des États-Unis pour ses exportations agroalimentaires
Acier, automobile, bois et pétrole : le conflit commercial grandissant entre les États-Unis et le Canada est concentré sur les secteurs phares de notre économie de cols bleus. Cependant, si nous observons ce qui traverse les frontières, nous avons toutes les chances de voir des produits agricoles et agroalimentaires – qu’il s’agisse de homards transportés par camion de la Nouvelle-Écosse au Maine, de muffins exportés de Toronto vers Chicago ou de bétail voyageant de l’Alberta au Montana.
Des produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars franchissent les frontières chaque année, les États-Unis important près de 60 % de ces marchandises. 1 bEt grâce à l’augmentation des investissements dans le secteur de la transformation agroalimentaire au cours des 20 dernières années, la balance commerciale ne cesse d’augmenter. La valeur des exportations canadiennes vers les États-Unis a quadruplé depuis 2000, et le Canada représente aujourd’hui 20 % des importations américaines de produits agricoles et agroalimentaires.2
Cette discrète transformation a aidé le secteur agroalimentaire canadien à devenir la plus grande source de manufacture du pays.2 Nous ne sommes plus seulement un producteur de marchandises en vrac, mais aussi un fournisseur étranger de premier choix dans les rayons des épiceries et sur les tables des Américains, car les agriculteurs et les producteurs canadiens ont beaucoup progressé dans l’élaboration de nouveaux produits alimentaires et dans leur commercialisation aux États-Unis.
Prenons l’exemple du canola, utilisé pour la cuisine et les biocarburants ainsi que pour l’alimentation animale. Grâce à l’envergure des usines de trituration, près de 96 % des volumes d’exportation d’huile de canola et 65 % des volumes d’exportation de tourteau de canola canadiens ont été envoyés aux États-Unis en 2024.4 Puis il y a la potasse, élément essentiel des engrais américains. Le Canada répond à 85 % des besoins des États-Unis, et ce chiffre pourrait augmenter si les États-Unis s’écartaient de la Russie et de la Biélorussie, leurs seuls autres fournisseurs importants.5
Les deux pays en ont bénéficié. Les États-Unis ont profité d’un accès prioritaire à la production et à la transformation du Canada, qui présente un avantage concurrentiel pour ce qui est des produits comme les préparations de céréales et les huiles végétales. L’importance de la base de production des Prairies canadiennes, ainsi que l’ampleur et la proximité des centres de fabrication et de transformation de l’Ontario et du Québec ont joué un rôle clé dans l’afflux de capitaux d’investissement au cours des dernières années. En outre, l’importance et la régularité des volumes, conjuguées à la faiblesse du dollar, ont renforcé la capacité du Canada à s’imposer comme un fournisseur de premier plan. L’amélioration de l’efficience des exploitations agricoles et des entreprises de transformation alimentaire canadiennes a encore raffermi la position du Canada en tant que pays fiable et efficace pour s’approvisionner en produits agricoles et agroalimentaires. Par conséquent, l’industrie alimentaire canadienne a augmenté son ratio de valeur ajoutée (production moins consommation) de 71 % entre 2014 et 2023.6
Ces avantages sont aujourd’hui menacés, dans le contexte de tarifs douaniers qui pourraient être appliqués à grande échelle. Si ces tarifs sont appliqués aux produits agricoles et agroalimentaires, ils feront du Canada un partenaire commercial moins intéressant pour les États-Unis, car notre position d’exportateur de produits agricoles et agroalimentaires à faible coût par rapport à d’autres pays, dont la Chine et les Pays-Bas, en pâtira. Le secteur de la production d’aliments et de boissons pourrait également avoir du mal à maintenir ses niveaux d’investissement, car jusque là, l’un de ses principaux arguments de vente est l’accès privilégié au plus grand marché du monde.
Ces défis obligeront les producteurs canadiens à faire un choix : assumer le coût des tarifs douaniers pour accéder au marché américain, ou répondre davantage à la demande d’autres régions.
Entre-temps, notre compétitivité mondiale s’est effritée
Depuis plusieurs générations, le Canada est un leader mondial de l’agriculture, avec par exemple les expéditions de blé vers la Chine pendant les conflits postrévolutionnaires du pays, de porc vers le Japon lorsque son économie a décollé, de lentilles vers l’Inde pour nourrir les villes en forte croissance, et de sirop d’érable vers l’Europe à l’ouverture de ses marchés. La potasse, les engrais et les semences canadiens ont également joué un rôle essentiel dans la capacité des agriculteurs du monde entier à augmenter la production destinée à leurs propres marchés. Grâce à des décennies de croissance des exportations, avec une longueur d’avance sur la plupart des secteurs économiques canadiens, notre secteur agroalimentaire est entré dans le XXIe siècle comme un chef de file de la productivité. Mais avec autant d’attention portée au marché américain, de nombreux Canadiens n’ont pas réalisé que le reste du monde était en train de les rattraper et, dans certaines catégories, de les dépasser.
Voici où nous en sommes aujourd’hui dans le classement mondial : au cours du premier trimestre de ce siècle, nous sommes passés de la 5e à la 7e place, dépassés par la Chine et le Brésil.7 Et si les conditions des affaires restent stables, nous pourrions tomber à la 9e place au cours de la prochaine décennie. Un modèle mondial élaboré par le Boston Consulting Group et RBC montre que depuis 2000, la part de marché du Canada a décliné de 12 % en termes relatifs. Nos exportations continuent de croître : elles ont quadruplé au cours de la période. Le problème est que nous ne suivons pas le rythme du reste du monde, qui a vu ses exportations agricoles et agroalimentaires multipliées par cinq au cours de la même période.c d
Le déclin relatif pourrait être un signal d’alarme indiquant que nos exportations agricoles et agroalimentaires ne sont pas seulement trop dépendantes des États-Unis, mais aussi menacées par une concurrence encore plus acharnée à l’étranger dans les décennies à venir. D’autres pays, comme le Brésil et le Chili, ont gagné une grande partie des marchés de la viande et du poisson, où le Canada était compétitif par le passé.
L’Équateur est un autre cas intéressant. Le pays dispose d’une aquaculture intérieure très concentrée, aux environs de la ville de Guayaquil, où les progrès de la génétique des crevettes ont permis de multiplier le volume de production par 18 depuis 2000.8 Aujourd’hui, les crevettes représentent près de 24 % des exportations totales de l’Équateur et 25 % du marché mondial des exportations de crustacés, en incluant les crevettes et les homards.9 Des tendances similaires sont observées pour les myrtilles du Pérou, les pâtes de la Turquie et le soja du Paraguay. Cette croissance ciblée et dynamique de la part de nos concurrents a fait perdre au Canada des parts de marché dans deux tiers des secteurs qui composent le commerce agricole et agroalimentaire, à savoir la viande (-2 %), les animaux vivants (-5 %) et les boissons et spiritueux (-2 %). Selon notre modèle, le Canada a ainsi perdu 23 milliards de dollars de valeur d’exportation en 2023 en raison des parts de marché perdues depuis 2000, ce qui dépasse la valeur des exportations canadiennes d’acier et de fer vers les États-Unis en 2024.
Il est important de surveiller le front de l’Asie du Sud-Est et du Sud. La consommation agricole et alimentaire de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est devrait s’accroître à plus de 31 % de la consommation mondiale au cours de la prochaine décennie.10 Depuis longtemps, une grande partie de la région représente un marché sûr pour les producteurs canadiens, qu’il s’agisse de soja pour le Vietnam, de blé pour l’Indonésie ou de pois pour l’Inde. Toutefois, la région se tourne de plus en plus vers d’autres fournisseurs. L’accord de libre-échange entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) a éliminé les tarifs douaniers sur 99 % des exportations néo-zélandaises vers l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam. En vertu de cet accord, l’Australie a régulièrement augmenté ses exportations vers l’ANASE, qui représente aujourd’hui 23 % de la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires.11 12 Le Brésil est un autre concurrent à surveiller. L’accent placé par le pays sur la promotion de son commerce n’en a pas seulement fait un fournisseur de l’ANASE plus important ; mais cela a aussi accéléré sa présence en Afrique et au Moyen-Orient – qui affichent la plus forte croissance du monde – où la valeur de ses exportations a bondi de 24,4 % et 20,4 %, respectivement, entre 2023 et 2024.13
Cette réorganisation du commerce alimentaire mondial s’est déroulée en grande partie pendant une période de libéralisation du commerce mondial, mais cette ère est peut-être en train de prendre fin. Si les barrières tarifaires et non tarifaires se normalisent, et si le commerce devient plus politisé, la capacité du Canada à être compétitif à l’international pourrait être à nouveau remise en question, notamment face aux exportateurs résurgents comme le Kazakhstan qui cherchent à regagner des parts de marché, en particulier en Asie et au Moyen-Orient.
L’année dernière, la valeur des échanges mondiaux de marchandises a atteint le chiffre record de 45 000 milliards de dollars, mais la croissance des volumese d’une année sur l’autre est en baisse depuis 2000.14 La croissance annuelle moyenne du volume des échanges a été de 2 % entre 2016 et 2025, ce qui marque un ralentissement par rapport aux 3,45 % enregistrés au cours de la décennie précédente.15 L’un des principaux facteurs à l’origine de ce ralentissement est l’abandon d’un système fondé sur des règles, ce qui a ouvert la voie à des politiques plus protectionnistes.
Par exemple, les interventions commerciales à l’encontre des céréales ont été 2,5 lus nombreuses que les interventions de libéralisation depuis 2009, sous l’impulsion de subventions financières, de prêts d’État et de tarifs douaniers à l’importation.16 L’agriculture et l’agroalimentaire font souvent les frais de ces politiques, compte tenu de l’importance politique des prix des denrées alimentaires et du pouvoir politique des producteurs de denrées alimentaires dans de nombreux pays. Les tarifs douaniers imposés par un membre de l’Organisation mondiale du commerce sur un produit agricole donné s’élèvent en moyenne à 14,8 %, contre 8 % pour les produits non agricoles.17 Le déclin de l’appétit pour le commerce international, le repli des occasions de conclure de nouveaux accords commerciaux et les perturbations de la stratégie d’exportation du Canada axée sur l’Amérique du Nord figurent parmi les plus grands défis que nous devrons sans doute relever dans les années à venir.
Comment se diversifier : tirer parti de nos forces, croître aux côtés de nouveaux alliés, investir dans d’anciens marchés
L’occasion est évidente. Selon notre modèle, la part du Canada dans les exportations mondiales pourrait augmenter de 30 % d’ici 2035, ce qui ajouterait 44 milliards de dollars aux exportations totales, à condition d’atteindre trois grands objectifs commerciaux : croître sur les marchés où le Canada a accès, se développer sur les marchés les plus dynamiques du monde, et maintenir les relations existantes grâce à une « diplomatie alimentaire » renforcée.
Le premier défi est simple : il s’agit de tirer parti de ce que nous avons. Le Canada a conclu 15 accords de libre-échange qui lui donnent accès à plus des deux tiers de l’économie mondiale. Ces accords pourraient permettre de mieux exploiter l’accès du Canada aux marchés d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Par exemple, l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne élimine progressivement une grande partie des tarifs douaniers sur les fruits de mer. Avant l’AECG, les tarifs douaniers de l’UE sur le poisson et les fruits de mer étaient de 11 % en moyenne, avec des sommets à 25 %. Ils seront totalement supprimés au cours des cinq prochaines années.18
Notre prochain défi consistera à conquérir de nouveaux marchés en croissance, avec une ambition plus grande. Nous pourrions commencer par les marchés asiatiques mentionnés dans la section précédente. Les consommateurs d’Asie du Sud-Est et d’Asie du Sud devraient avoir plus d’argent à dépenser en produits de valeur supérieure au cours de la prochaine décennie, en partie grâce à une croissance économique qui devrait être parmi les meilleures au monde, avec un PIB par habitant en hausse de 3,9 % par an entre 2024 et 2033, selon les prévisions, contre 2,6 % pour la décennie précédente.19 L’Inde est l’une des occasions les plus évidentes : un marché de 1,5 milliard de consommateurs dont l’économie et le niveau de vie augmentent rapidement. En outre, ce marché constituera une occasion de plus en plus importante pour l’industrie canadienne de la transformation agroalimentaire, en particulier dans le domaine des protéines d’origine végétale, grâce à la production canadienne de légumineuses – pois, lentilles et soja.
En particulier, la transformation des oléagineux et des déchets agricoles du Canada peut contribuer à répondre à la croissance de la demande de biocarburants attendue en Asie du Sud-Est, où les taux de mélange de biocarburants avec les combustibles fossiles devraient rester supérieurs à 30 % sur des marchés tels que l’Indonésie. Dans ce pays, la demande de biodiesel devrait augmenter de 56 % au cours de la prochaine décennie.20 L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Amérique latine devraient également connaître une forte croissance de leur PIB. Dans ces régions, nous pouvons nous attendre à une augmentation de la consommation totale et de la consommation par habitant, mais aussi à une transition vers des aliments plus riches en nutriments, ce qui inclut les protéines animales, les légumes et les légumineuses. Une façon de contribuer : le Canada peut aider à relier le transport maritime mondial aux chaînes d’approvisionnement locales en participant à la construction de corridors alimentaires et d’infrastructures portuaires en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, qui sont d’importants points d’entrée dans la région.
Troisièmement, le Canada peut renforcer et développer ses partenariats actuels. Ces marchés comprennent les États-Unis, le Japon, la Chine et le Mexique. Or, les trois premiers connaîtront probablement des déficits commerciaux dans le secteur alimentaire au cours de la prochaine décennie, et les producteurs excédentaires comme le Canada se disputeront ces marchés. Notre avantage réside dans les réseaux commerciaux établis et la confiance des consommateurs dans nos produits. En particulier, les États-Unis devraient accroître leurs importations de produits frais, de poisson et d’huiles végétales au cours de la prochaine décennie.21 La stimulation de la production et de la transformation dans ces domaines positionnera le Canada comme un partenaire à la fois fiable et stratégique, à condition de réaliser certains des investissements décrits aux sections suivantes.
Devenu le deuxième plus grand exportateur de produits agricoles et agroalimentaires, le Brésil prend une part exceptionnellement importante dans les exportations mondiales d’oléagineux et de viande, avec des augmentations respectives d’environ 20 % et 11 % en valeur.22
Les cultures en rangs ont presque doublé entre 2000 et 2014 au Brésil, principalement en raison de la conversion des pâturages (80 %), mais aussi des terres forestières (20 %).23 Le Brésil améliore également les rendements par rapport aux intrants tels que la terre, les engrais et la main-d’œuvre, et la productivité des facteurs agricoles globaux a augmenté de 53 % entre 2000 et 2022. À titre de comparaison, la productivité du Canada a augmenté de 27 %.24 f Le régime de politique industrielle a adopté un modèle de soutien aux entreprises au début et au milieu des années 2000, ce qui a attiré les investissements des multinationales de l’agroalimentaire et des sciences de la vie et contribué à financer la croissance du stockage national, des infrastructures de transport et de la capacité de transformation.25
Le Brésil a adopté une approche agressive en matière de marketing et de promotion sur les marchés en croissance, et il augmente progressivement sa part de marché en Chine. D’un autre côté, l’Union européenne, deuxième marché du Brésil, compte appliquer fin 2025 un règlement contre la déforestation interdisant des importations spécifiques, notamment de soja, de bœuf et de produits à base de café associés à la déforestation après 2020.26 Cette réglementation, conjuguée à d’autres politiques environnementales régissant le commerce international, pourrait poser des problèmes de conformité au Brésil malgré le repli des taux de déforestation dans le pays.
Au cours de la prochaine décennie, la politique industrielle brésilienne « Nova Industry Brazil » encouragera à l’innovation et à la durabilité, les chaînes logistiques agroalimentaires étant définies comme une priorité absolue pour la croissance.
Australie : le négociateur
L’Australie a mis à profit ses 18 accords de libre-échange avec 30 pays pour diversifier, développer et adapter ses flux d’exportation agroalimentaires. La valeur des exportations agroalimentaires de l’Australie vers l’Inde s’est envolée de 106 % entre 2022 et 2023 après l’entrée en vigueur de l’Accord de coopération économique et commerciale Inde-Australie (ECTA) en décembre 2022. En 2023, l’Australie a tiré parti de la baisse des tarifs douaniers sur la viande dans le cadre de l’Accord de libre-échange entre la République de Corée et l’Australie, augmentant les ventes de moutons et de chèvres d’environ 50 % en valeur par rapport à 2022.27
L’Australie diversifie sa production afin de s’adapter à la croissance de marchés d’exportation tels que le canola, et soutient cette politique à l’aide de promotion commerciale. Sa nouvelle initiative d’expansion agroalimentaire intersectorielle est la création d’un fonds de 85 millions de dollars destiné à accroître et diversifier les exportations agroalimentaires.28
Participant actif à la commission du Codex Alimentarius, qui est un ensemble de normes alimentaires adoptées à l’échelle internationale. L’harmonisation des normes alimentaires entre les partenaires commerciaux est essentielle pour éviter les barrières non tarifaires.
Espagne : l’expansion
Le pays s’est positionné comme le marché de référence pour les fruits, les légumes et le porc dans l’Union européenne, en se concentrant sur l’échelle de production, la qualité et la production régionalisée.
L’Espagne s’est hissée au rang de chef de file de l’agroalimentaire en se connectant à ses clients européens et internationaux depuis 46 ports.29
L’Espagne a augmenté sa production afin de répondre à la demande de volumes d’exportation, grâce à une amélioration de la productivité et à une transition vers la commercialisation agricole. Cela se traduit par une production sous serre centralisée, optimisée aux fins d’accès au marché régional et de commerce international. Toutefois, ce centre de production dépend principalement du transport routier, ce qui crée des vulnérabilités logistiques.
L’Espagne restera l’un des principaux concurrents du Canada pour ce qui est de l’expansion sur le marché européen si le pays décide d’optimiser son utilisation de l’AECG.
Kazakhstan : la croissance
Bien qu’il ne figure pas encore parmi les 50 premiers exportateurs, le Kazakhstan a multiplié par neuf la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires depuis 2000.30
Au cours de la prochaine décennie, si les tendances d’utilisation des terres agricoles du Kazakhstan reflètent celles d’autres puissances agricoles telles que le Brésil, le Canada et les États-Unis, on peut s’attendre à ce que ses pâturages, qui représentent environ les trois quarts de toutes les terres agricoles, soient transformés en marchés de cultures.31
Dans le cadre des plans de développement agricole 2021-2030 du ministère de l’Agriculture, le Kazakhstan prévoit stimuler la productivité de sa production de viande et de produits laitiers en augmentant le poids des carcasses et la production de lait par animal en vue d’accroître ses exportations.32
Le secteur agricole du Kazakhstan présente un potentiel de croissance important, mais il est sous-développé et sous-financé. À la suite des investissements significatifs réalisés par les institutions financières d’État telles que KazAgroFinance, le Kazakhstan deviendra un pays à surveiller pour les céréales, les oléagineux, le bœuf et le mouton.33
Tirer parti des avantages mondiaux pour garantir la sécurité alimentaire au pays
Le secteur agricole et agroalimentaire canadien n’est pas seulement un exportateur ; c’est une source d’aliments de haute qualité, abordables et nutritifs pour une population nationale croissante. Nous produisons au-delà de nos besoins, nous positionnant comme un exportateur net de produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de 32 milliards de dollars en 2023.34 Toutefois, la composition productive d’un secteur axé sur l’exportation ne se traduirait pas par un régime alimentaire sain pour tous les Canadiens.35 Une approche équilibrée est nécessaire.
Le Canada a noué des relations commerciales avec des pays spécialisés dans la production d’aliments tels que les fruits de façon plus concurrentielle et productive. En conséquence, le Canada accuse un déficit de production pour les fruits et légumes, ainsi que dans le secteur du sucre et de la confiserie. La technologie pourrait être d’une aide précieuse, en l’occurrence grâce à l’agriculture moderne en environnement contrôlé. Des poches de production en Ontario, au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique ont permis de quintupler les volumes de production de fruits et légumes en serre depuis 2000.36 Ce secteur en pleine croissance peut jouer un rôle essentiel pour combler le déficit de production – la production de légumes devrait doubler et la production de fruits quintupler pour répondre à la demande intérieure.37
Le Canada devra soutenir cette croissance à l’aide de services publics suffisants, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de la gestion des déchets. Il sera essentiel d’étendre et de décarboner les réseaux électriques du Canada, ce qui pourrait obliger les provinces à investir près de 160 milliards de dollars pour doubler leur approvisionnement en électricité à partir d’énergies propres.38 De tels investissements ont un effet en cascade sur la décarbonation du système alimentaire canadien, dans la mesure où ils permettent de réduire l’intensité en carbone de l’énergie utilisée pour le stockage, les usines de transformation et le transport.
La transformation de la viande, ainsi que la production et la transformation du poisson et des fruits de mer constituent d’autres domaines de croissance permettant de répondre à la demande intérieure et de regagner des parts de marché à l’échelle mondiale. La production de viande est presque deux fois supérieure au taux de consommation moyen du Canada, tandis que la production de poisson et de fruits de mer se situe juste au-dessus des moyennes de consommation.39 40
Ces secteurs ont été confrontés à des coûts d’exploitation élevés, à la volatilité des prix des marchandises, à des pénuries de main-d’œuvre et à un contexte politique difficile pour l’aquaculture. Pourtant, la demande nationale et internationale de protéines durables fabriquées au Canada est en plein essor, ce qui signifie que les gains d’efficience découlant des opérations mondiales réalisées au Canada pourraient améliorer le coût et la disponibilité de ces produits pour les consommateurs nationaux.
Miser sur le Canada pour l’alimentation de l’avenir peut également être un gage de sécurité environnementale. Bien qu’aucun pays ne soit à l’abri des effets négatifs des changements climatiques sur les cultures et l’élevage, les scénarios de croissance des rendements tenant compte de l’accélération des changements climatiques suggèrent que le Canada devrait renforcer son rôle de grenier mondial pour les cultures de base telles que le blé, le soja et le maïs. Le Canada est également bien doté en ressources naturelles, et dispose de systèmes de production efficients qui consomment ces ressources de manière responsable. L’utilisation de l’eau dans l’agriculture canadienne demeure modeste à 11 % du prélèvement d’eau douce total, contre 67 % en Australie et 40 % aux États-Unis.41
L’utilisation des terres dans l’agriculture canadienne est également très raisonnable par rapport aux États-Unis et à l’Australie qui exploitent plus de la moitié de leurs terres totales, alors que les terres agricoles du Canada ne représentent que 6 % de la superficie nationale. Ces chiffres illustrent les limites auxquelles se heurtent les autres puissances agricoles pour répondre aux besoins de terres à répartir entre le logement, l’énergie et l’alimentation.42 43 44
Cinq clés pour libérer le potentiel de l’exportation canadienne
Nous sommes un chef de file en matière de production, mais à la traîne pour ce qui est de la commercialisation des innovations. Cela dit, le Canada souffre d’un ralentissement de sa productivité dans l’agriculture. La relance de la productivité passe par l’innovation axée sur l’efficience. Le taux d’adoption peut être amélioré. Prenons l’exemple du pilotage automatisé des tracteurs et de la technologie à taux variable dans le domaine des engrais et des semences. Les taux d’adoption de ces deux technologies restent faibles à 27 % et 16 %, respectivement.45 Nous avons également besoin d’une meilleure connectivité entre les chercheurs, les entreprises en démarrage, les fournisseurs de financement et les sociétés, de préférence au sein de pôles d’innovation agroalimentaire semblables à ceux du Midwest américain et des Pays-Bas. Pour ce faire, nous devrons combler l’écart croissant entre les ressources privées et publiques, qui menace la capacité du Canada à développer des partenariats dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la commercialisation. Les dépenses publiques consacrées à la recherche et au développement agroalimentaire ont reculé de 9 % en moyenne par an au cours de la dernière décennie.46
Le Canada se classe parmi les 10 premiers pays pour les investissements dans la technologie et l’innovation agroalimentaires.47 Nous pourrions figurer parmi les 5 premiers, à condition de doubler les investissements annuels dans les entreprises en démarrage basées au Canada. La tâche pourrait être plus difficile dans un monde soumis aux tarifs douaniers, qui présenterait un risque intrinsèque pour les capitaux étrangers. Néanmoins, les rendements sur les exportations pourraient suffire à compenser les défis nord-américains. L’expansion des secteurs de la transformation agroalimentaire canadienne nécessitera également des investissements initiaux. Industries des protéines du Canada estime que nous pourrions détenir 10 % du marché mondial des aliments d’origine végétale d’ici 2035, ce qui ajouterait 25 milliards de dollars aux ventes annuelles. Pour réaliser cette ambition, le Canada aura besoin de 10 à 15 nouvelles usines de transformation d’aliments d’origine végétale et de 6 à 9 milliards de dollars d’investissements en immobilisations pour la seule fabrication d’ingrédients.48 Pour accroître les investissements au Canada, nous devrons également rehausser notre attrait en adoptant des approches plus concurrentielles en matière de fiscalité et de réglementation. Nous pouvons également promouvoir notre histoire, et repositionner le pays comme un producteur à valeur ajoutée, concurrentiel sur le plan des prix, de la qualité et des volumes. Nous pouvons élaborer des études de cas sur les sociétés, les régions et les secteurs (voir l’encadré) qui mettent en évidence ce qui, au Canada, est prêt à entrer dans une ère de croissance et a le potentiel d’attirer une nouvelle vague d’investisseurs.
Le Canada doit combler son retard en matière de 5 G. L’utilisation d’outils agricoles de précision met en évidence l’importance des connexions sans fil dans les régions rurales du Canada. Ces outils s’appuient sur des applications ou des plateformes Web pour améliorer l’utilisation des aliments pour animaux, des semences, des engrais et des pesticides afin de produire plus avec moins de ressources. Cette technologie nécessite l’Internet à haut débit et un excellent signal mobile 5G, domaines où les régions rurales du Canada sont en retard. Deetken Insights estime que si tous les agriculteurs canadiens avaient accès à la 5G, cela pourrait ajouter entre 2,7 et 3,5 milliards de dollars au PIB canadien d’ici 2030 grâce à une meilleure efficience des intrants et à une automatisation accrue dans les exploitations agricoles.49 La Stratégie canadienne pour la connectivité, qui reflète la vision nationale de l’infrastructure informatique, a permis de lancer des projets dans tout le pays pour élargir l’accessibilité au réseau. Cependant, deux provinces agricoles clés, la Saskatchewan et le Manitoba, n’ont que 50 % et 30 % de couverture rurale, respectivement, en ce qui concerne la 5G.50 Le redéploiement des fonds destinés à la connectivité des régions rurales canadiennes, pour se concentrer sur l’accès à la 5G dans les zones rurales et éloignées, pourrait être l’initiative nécessaire pour débloquer l’économie numérique pour les agriculteurs canadiens.
Les délais d’exécution dans les ports canadiens sont plus longs que dans les ports de nombreux concurrents, avec une moyenne de 2,7 jours en 2022 alors que les États-Unis, le Brésil et l’Australie affichent des délais d’exécution moyens respectifs de 2,1 jours, 1 jour et 2 jours.51 Le port de Vancouver, qui est le plus grand du Canada, connaît depuis longtemps des goulets d’étranglement liés à son infrastructure, entre le Second Narrows Bridge et le tunnel Thornton, que des mécanismes comme le Fonds national des corridors commerciaux ou la Banque de l’infrastructure du Canada pourraient aider à résoudre – par le biais d’un financement de transformation. À l’heure actuelle, le Canada investit environ 20 milliards de dollars par an dans ses infrastructures de transport, ce qui le place loin derrière ses concurrents agricoles tels que l’Australie et le Royaume-Uni. Pour rester au niveau de ces pays, il faudrait des investissements supplémentaires de l’ordre de 13 à 20 milliards de dollars.52 Il existe également des occasions plus modestes, telles que la logistique des conteneurs et les terminaux intérieurs, du fait que des problèmes simples comme le stockage des conteneurs peuvent engorger nos ports et nos voies ferrées.
Le Canada souffre d’un effet de dilution dans son approche de développement et d’accès au marché, avec des ressources limitées pour redémarrer. Les États-Unis dépensent près de 20 % de leur budget de services de soutien à l’agriculture dans le marketing et la promotion, soit le triple du Canada qui ne consacre que 6 % de son budget à ces activités.53 Dans le même ordre d’idées, pour gagner des parts de marché, de solides services d’inspection et de contrôle sont nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire et la protection de la production agricole contre les nouvelles maladies et les nouveaux parasites. Le Canada jouit d’une solide réputation, mais il fait face à un dilemme : malgré les 40 % de notre budget des services de soutien à l’agriculture consacrés à l’inspection et au contrôle, nous sommes toujours confrontés à des problèmes d’accès au marché et à des inspections redondantes.54 Une approche intéressante serait de sélectionner les cinq principaux produits ayant un potentiel à l’exportation et de réaliser des évaluations de marché prioritaires, par exemple au sujet de l’Europe pour les fruits de mer. En mettant en commun les ressources publiques et privées, le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les associations sectorielles, les sociétés et les provinces dans le cadre de groupes de travail régionaux et flexibles, afin de promouvoir les exportations et d’informer les organismes de réglementation sur les mesures à prendre pour soutenir la croissance. Une option complémentaire serait de positionner les autorités réglementaires telles que l’Agence canadienne d’inspection des aliments en vue de faire avancer la reconnaissance et l’harmonisation des normes sur les marchés de croissance identifiés.
Le Canada en 2035
Dans 10 ans à peine, le monde devra nourrir près de neuf milliards de personnes, et nombre d’entre elles disposeront de revenus plus élevés et rechercheront des aliments de meilleure qualité comme les produits sur lesquels le Canada a bâti sa réputation. Pour répondre à cette demande, le monde devra produire 14 % de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux et de biocarburants en plus que ce que nous produisons aujourd’hui, dans un environnement commercial plus perturbé.55
Pour nourrir le monde de demain, l’agriculture devra aussi composer avec les changements climatiques, l’expansion urbaine et les besoins croissants d’utilisation des sols pour la production d’énergie. En passant d’une réaction tactique à court terme à une stratégie de croissance, le Canada peut s’appuyer sur les menaces tarifaires américaines pour appeler à faire du secteur agricole et agroalimentaire un moteur de la diversification commerciale et de l’autosuffisance du pays.
Dans un scénario de forte croissance, nous estimons que le Canada pourrait retrouver son rang de 5e exportateur mondial et regagner l’influence internationale qui était la sienne au début des années 2000. Dans un tel scénario, le Canada, en 2035, aurait besoin d’accroître ses exportations agroalimentaires à valeur ajoutée de 50 % et ses exportations de marchandises agricoles de 10 %.
Dans un tel scénario, nous pouvons imaginer un Canada où
L’aquaculture de l’Atlantique doublerait en termes de production et de transformation, et alimenterait nos voisins européens ainsi que ceux qui sont plus proches.
Et où l’Alberta, qui produit 80 % de la viande bovine du pays, améliorerait la résilience de ses parcs d’engraissement et de ses chaînes logistiques, contribuant à faire du Canada le premier fournisseur de viande au Japon, alors qu’il y occupe aujourd’hui la quatrième place.56 57 58
Notre secteur des serres, qui aspire à doubler sa superficie au cours de la prochaine décennie, rapproche les Canadiens de leurs produits frais à un prix abordable.
L’agriculture est souvent laissée de côté dans les discussions sur la stratégie économique du Canada. La situation doit changer si nous voulons renforcer la résilience de notre pays et rétablir notre présence à l’étranger. Si le pays donne suite à ces idées, et à d’autres, avec précision et rapidité, la prochaine décennie pourrait voir un essor de la productivité, une ampleur sans précédent de l’industrie manufacturière, et une nouvelle voie de croissance fondée sur des marchés diversifiés. Partout au pays, des occasions de croissance sont prêtes à être saisies.
Encadré : Comment devenir un champion mondial
Les fournisseurs de légumineuses et produits d’origine végétale exportent vers plus de 100 pays.
Principaux marchés : Turquie, Algérie, Irak et États-Unis.
Marchés en croissance : Inde, Afrique du Sud, Arabie saoudite, et Émirats arabes unis.
Stratégie d’exportation :
Sa capacité à traiter et à transformer de gros volumes de légumineuses cultivées à proximité des installations de transformation de l’ouest du Canada a stimulé ses ambitions en matière d’exportation.
AGT dispose d’une chaîne logistique intégrée, de la porte de la ferme à la distribution mondiale, et la société a étendu sa prise de participation aux aliments emballés destinés à l’exportation, à l’infrastructure de transformation à valeur ajoutée, et à la manutention et au fret en vrac et par conteneurs.
De plus, son activité internationale a profité de l’expansion de ses bureaux et de ses usines de transformation en Turquie, au Kazakhstan, au Royaume-Uni, en Australie, en Europe, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en Inde.
Stratégie de croissance :
Les acquisitions et les nouvelles capacités visant à amplifier la transformation au sein des groupes de production ont permis à AGT de devenir un exportateur mondial de produits alimentaires à base de légumineuses et de blé dur à valeur ajoutée. Cela a également permis à AGT de passer du statut d’acheteur et d’exportateur de marchandises au secteur des produits de détail, avec 21 installations dans l’ouest du Canada.
AGT investit et s’engage dans la recherche et le développement pour créer de nouveaux produits et systèmes de transformation.
Société de fabrication de protéines exportant dans 20 pays.
Principaux marchés : États-Unis, Chine et Japon.
Marchés en croissance : Philippines, Singapour et Vietnam.
Stratégie d’exportation :
La forte intégration du marché et de la chaîne logistique avec les États-Unis étend la portée géographique de la société.
L’accès au marché et le développement entre le Canada et les États-Unis ont également bénéficié de la reconnaissance mutuelle des normes relatives au bien-être animal, à la biosécurité et à la qualité.
La qualité de la viande de porc canadienne est reconnue, et ce produit jouit d’une solide réputation sur les marchés asiatiques existants.
L’ouverture de nouveaux bureaux a soutenu le développement du marché en Asie. Cela a permis à MLF de travailler en étroite collaboration avec les délégués commerciaux de l’Asie pour accéder au marché et développer son activité, ainsi que pour résoudre les problèmes liés aux marchés locaux.
Approche de la croissance :
Portefeuille de marques reconnues et leadership bien établi, en particulier sur les marchés nord-américains et asiatiques.
Chaînes d’approvisionnement intégrées verticalement, avec pour priorité de réinvestir dans l’entreprise afin d’augmenter la capacité et d’améliorer l’efficience des opérations et de la chaîne d’approvisionnement.
Au fil des ans, MLF a eu recours aux acquisitions pour augmenter son échelle, mais aussi pour acheter d’importantes marques concurrentes ou complémentaires.
Elle s’est fortement concentrée sur l’efficience de sa production, grâce à l’automatisation et à l’établissement de centres d’excellence où les usines de transformation se spécialisent dans des gammes de produits particulières, ce qui permet de tirer parti de l’échelle du groupe.
Les produits sont vendus dans plus de 160 pays.
Forces et approche en matière d’exportation :
Mise en place de bureaux de vente locaux à Tokyo et Osaka et de centres de distribution dans tout le Japon pour assurer la ponctualité des livraisons.
Étroites relations entre le bureau international et les usines de transformation afin de garantir un approvisionnement fiable et cohérent répondant aux besoins des clients internationaux.
En cas de pénurie due à un cas de force majeure, par exemple des retards de transport ou des problèmes liés aux récoltes, l’entreprise a la capacité de proposer un produit de remplacement en temps utile grâce à la présence de bases de production dans différents pays.
Approche de la croissance :
Entretient d’étroites relations avec les agriculteurs par le biais de contrats directs, ce qui permet à McCain de réagir avec agilité aux perturbations de la production ou de la chaîne logistique.
Investit dans la résilience de l’agriculture régionale pour aider les principaux fournisseurs à atténuer les effets des changements climatiques et autres perturbations et à s’y adapter.
Étend ses usines de transformation et sa logistique dans les zones de production agricole existantes et émergentes.
Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche climatique Yadullah Hussain, directeur de rédaction Farhad Panahov, économiste Caprice Biasoni, graphiste spécialisé Shiplu Talukder, Spécialiste, Publication numérique
Boston Consulting Group
Terence Smith, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada du BCG Keith Halliday, partenaire et directeur général associé, BCG Global Advantage Practice Area
Arrell Food Institute at the University of Guelph
Evan Fraser, professeur et directeur
Amy Standish, Vice-ministre adjointe, Policy and Programs, Gouvernement de la Saskatchewan Brian Innes, directeur général, Soy Canada Brodie Berrigan, directeur principal des relations gouvernementales et de la politique agricole, Fédération canadienne de l’agriculture Charlie Angelakos, vice-président, Affaires extérieures mondiales et durabilité, McCain Foods Limited Craig Klemmer, directeur, Leadership avisé, Financement agricole Canada Cyr Couturier, biologiste marin et scientifique de l’aquaculture, Institut des pêches et de la marine de l’Université Memorial Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario Darlene McBain, directrice, Relations avec l’industrie, Financement agricole Canada Dave Carey, vice-président, Relations avec le gouvernement et l’industrie, Canadian Canola Growers Association David McInnes, directeur, DMci Strategies Deb Stark, ancienne Vice-ministre, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario Erin Gowriluk, présidente, Canadian Grains Council Greg Northey, vice-président, Corporate Affairs, Pulse Canada Guillaume Lhermie, professeur et directeur, Simpson Centre for Food and Agricultural Policy Ian Ross, président et chef de la direction, Grand Valley Fortifiers Janelle Whitley, directrice principale, Market Access & Trade Policy, Pulse Canada Janice Tranberg, présidente et cheffe de la direction, Alberta Cattle Feeders Association Jean-Marc Ruest, vice-président principal, Corporate Affairs and General Counsel, Richardson International Limited Jeff Vassart, président, Cargill Limited Canada John Cranfield, doyen et professeur, Ontario Agricultural College, Université de Guelph Kendra Donnelly, directrice financière, Korova Feeders Kim McConnell, conseiller pour le secteur Kristjan Hebert, président, Hebert Group Kinga Nolan, Policy and Regulatory Affairs, Grain Growers of Canada Kyle Jeworski, président et chef de la direction, Viterra Kyle Scott, associé gestionnaire, Emmertech Leif Carlson, directeur, Market Intelligence and Trade Policy, Cereals Canada Lenore Newman, professeure et directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Institute Simon Fraser Lorne Hepworth, membre du Conseil, Agricultural Research and Innovation Ontario Michael Harvey, directeur général, Alliance canadienne du commerce agroalimentaire Margaret Hudson, présidente et cheffe de la direction, Burnbrae Farms Limited Margaret Hughes, vice-président, Ventes et marketing, Avena Foods Mark Walker, vice-président, Markets and Trade, Cereals Canada Martin Scanlon, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université du Manitoba Matt Korpan, directeur général, Recherche et développement, Center for Horticultural Innovation Peter Dhillon, président du conseil d’administration, Ocean Spray Ray Price, président, Sunterra Richard Lee, directeur général, Ontario Greenhouse Vegetable Growers Rickey Yada, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture, de la vie et de l’environnement, Université de l’Alberta Ryder Lee, directeur général, Canadian Cattle Association Sylvanus Afesorgbor, professeur agrégé, Université de Guelph Ted Bilyea, membre honoraire, Institut canadien des politiques agroalimentaires Tim Kennedy, directeur général, Alliance de l’industrie canadienne de l’aquaculture Tom Rosser, Vice-ministre adjoint, Agriculture et Agroalimentaire Canada Trevor Tombe, professeur, Université de Calgary William Gould, directeur, Business Operations, Progressive Group of Companies Yves Ruel, directeur général associé, Chicken Farmers of Canada
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USDA Economic Research Service. USDA Agricultural Projections to 2034, 2025.
UN Comtrade.
Zalles, V., et coll. Near doubling of Brazil’s intensive row crop area since 2000, 2018.
USDA Economic Research Service. International Agriculture Productivity Data.
USDA Economic Research Service. Brazil’s Momentum as a Global Agricultural Supplier Faces Headwinds, 2022.
UN Comtrade.
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Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian
Investir en Espagne. Spain for agri-food industry. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/ICEX-Invest%20in%20Spain.%20Agri-food.pdf 30UN Comtrade.
International Trade Association, États-Unis. Kazakhstan – Country Commercial Guide, 2022.
FAO AQUASTATS. Prélèvement d’eau pour l’agriculture en % des ressources en eau renouvelables totales.
AAC. Aperçu du secteur agricole et agroalimentaire canadien, 2024.
Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian Agriculture 2024, 2024.
OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.
OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.
OCDE et FAO.
AAC. Distribution des activités d’abattage et nombre d’abattoirs inspectés par le gouvernement fédéral.
AAC. Analyse des tendances du marché – Tendances du marché de la viande au Japon, 2023.
Les estimations sont prudentes et fondées sur la valeur nominale de 2023.
Les données sur le commerce sont converties du dollar américain au dollar canadien à l’aide de l’les taux annuels moyens.
Les produits agricoles comprennent les codes SH : 01, 03, 06, 07, 08, 10, 12, 14.
Les produits alimentaires dAgri comprennent les codes SH : 02, 04, 05, 09, 11, 13, 15, 16-24.
Total trade of all goods. Cette catégorie comprend l’agriculture et les agroalimentaire.
Model estime un scénario de forte croissance de la part de marché du Canada passant de 3,7 % en 2023 à 4,8 % en 2035.
Basé sur une moyenne mobile sur 3 ans.
Scenarios sont développés pour les codes SH 1-24, de 2024 à 2035. La croissance du commerce mondial est fondée sur les dernières données de l’OCDE-FAO sur l’agriculture Perspectives (croissance prévue du tonnage d’exportation aux prix de 2023) individuellement pour les céréales, les graines oléagineuses, les graisses, les sucres, la viande et le poisson. Les exportations mondiales dans toutes les autres catégories sont censées augmenter de 1 % par an d’après la croissance prévue de l’OCDE et de la FAO pour l’agriculture l’ensemble des produits de base.
Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.
Chaque année, Toronto accueille la plus importante conférence au monde consacrée à l’exploitation minière. Plus de 27 000 cadres supérieurs, investisseurs et décideurs politiques du secteur minier mondial y assistent, rassemblés par l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE). La conférence de cette année, qui se tiendra du 2 au 5 mars, est particulièrement cruciale.
Les minéraux critiques seront au cœur des discussions, compte tenu de l’importance qu’ils revêtent dans la course géopolitique croissante entre les États-Unis et la Chine. Ils ne constituent peut-être pas le pilier de l’exploitation minière, mais les minéraux comme le gallium et le lithium sont des intrants essentiels de technologies de pointe dans les secteurs de l’énergie, de la défense, de l’industrie manufacturière et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle. Les pays qui disposent d’un accès sécurisé à ces minéraux critiques assureront leur compétitivité économique à l’échelle mondiale et leur sécurité nationale.
Voici trois grandes questions que nous étudierons dans le cadre la conférence de l’ACPE 2025 :
1. Pourquoi un tel engouement pour les minéraux critiques ?
Des semi-conducteurs de pointe utilisés en intelligence artificielle à la fabrication de véhicules électriques et de batteries, en passant par les avancées technologiques dans les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, les minéraux critiques sont à la base des composantes essentielles de la quatrième révolution industrielle, une ère de forces technologiques perturbatrices résultant d’une interaction humain-machine accrue.
Actuellement, la Chine domine l’ensemble de la chaîne de valeur des minéraux critiques, de l’exploitation minière à la demande d’utilisation finale en passant par le raffinage et le traitement. L’Agence internationale de l’énergie a dressé une liste de six minéraux critiques fondamentaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite et métal du groupe des terres rares) et, en moyenne, la Chine représente les deux tiers de la capacité mondiale de raffinage pour ce groupe. Pour leur part, les États-Unis disposent de réserves nationales limitées de minéraux critiques et dépendent entièrement des importations, souvent en provenance de la Chine.
Cette lutte pour la suprématie technologique mondiale que se livrent la Chine et les États-Unis se manifeste par une guerre pour les ressources de minéraux critiques, un nouveau grand jeu pour le XXIe siècle, comparable à l’importance géopolitique que revêtait le pétrole au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
2. Quel rôle le Canada peut-il jouer dans la protection des chaînes logistiques des minéraux critiques ?
Le Canada et les États-Unis entretiennent des relations commerciales bien établies dans le secteur des minéraux et des métaux, puisqu’ils sont le principal partenaire commercial l’un de l’autre. En 2024, les importations canadiennes de minéraux non combustibles s’élevaient à 40 milliards de dollars US, soit 24 % des importations américaines totales. Le pays est également la plus grande source d’importations de minéraux critiques des États-Unis en termes de valeur monétaire, mais ces importations sont en grande partie constituées de minéraux critiques « commerciaux » comme l’aluminium, le nickel et le zinc.
On observe une augmentation du nombre de minéraux critiques de créneau, moins commerciaux, mais stratégiquement importants, qui revêtent une importance vitale pour les applications de défense, la sécurité à la frontière et la fabrication de puces de pointe. Les approvisionnements en minéraux de ce type, notamment le gallium, le germanium, l’antimoine et le tungstène, sont concentrés en Chine et sont soumis aux contrôles chinois des exportations. C’est dans ce sous-ensemble de minéraux en particulier que nous pensons que le Canada peut jouer un rôle essentiel en réduisant les risques qui pèsent sur les chaînes logistiques des minéraux critiques des États-Unis et du G7.
3. À quoi peut-on s’attendre de la conférence ?
Cette année, la conférence de l’ACPE aura une orientation politique plus marquée que d’habitude, étant donné les tensions accrues suscitées par l’approvisionnement en minéraux critiques des États-Unis, déjà observées dans les pourparlers de paix en Ukraine, mais aussi dans les commentaires du président Trump sur le Groenland et le Canada. Les discours continus des décideurs politiques et des dirigeants du secteur de l’exploitation minière sur le potentiel du Canada peuvent renforcer l’idée que le Canada a des alliés et des partenaires économiques.
Nous nous attendons à en apprendre davantage sur la manière dont le Canada peut accroître sa compétitivité en attirant des capitaux dans le secteur des minéraux critiques. Les gouvernements pourraient notamment jouer un rôle plus important en concluant des accords d’exploitation, en améliorant les incitations fiscales (par exemple, en augmentant les crédits d’impôt à l’investissement), en sécurisant l’accès au marché et en simplifiant le processus d’octroi des permis.
Leadership avisé RBC publiera un rapport plus détaillé sur les minéraux critiques dans le courant de la semaine prochaine, ainsi que des commentaires tout au long de la conférence de l’ACPE. Vous pouvez trouver nos recherches et nos perspectives dans l’Espace commercial RBC.