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Le Forum des politiques publiques, l’un des principaux groupes de réflexion au Canada, tient chaque année un Sommet sur la croissance, qui aborde généralement des enjeux de taille.

L’édition 2025, qui a eu lieu à Toronto, a porté sur ce que j’appellerais « le grand virage », et sur les moyens de favoriser l’indépendance et la résilience de notre économie. Celle-ci a été marquée par des conversations passionnantes au sujet de l’investissement, de la participation des Autochtones et de l’adoption de l’intelligence artificielle, pour ne citer que quelques exemples.

Voici certaines questions que j’ai retenues :

1. Faut-il regagner la confiance des investisseurs ?

Il semble que oui. Dans bon nombre de conversations à ce sujet, le Canada paraît extraordinaire aux yeux du monde. Si la rhétorique est facile, le crédit est plus coûteux. Gardez un œil sur la façon dont le prix de l’argent sera fixé au Canada dans les prochains mois.

2. Est-il possible d’accroître notre concurrence tout en réduisant notre dépendance à l’égard des États-Unis ?

Les États-Unis semblent être le principal moteur de la concurrence, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et les options de rechange se font rares. Il est peu probable que les entreprises européennes apportent beaucoup de dynamisme aux marchés canadiens, et les nouveaux venus chinois ne sont probablement pas une option. Notre nouvelle concurrence doit peut-être venir davantage de l’intérieur.

3. Les gouvernements peuvent-ils jouer un rôle plus actif dans l’économie sans la mettre à mal ?

Nous avons connu des résultats mitigés au cours des dernières décennies. Néanmoins, nous allons probablement donner une nouvelle chance aux entreprises publiques, que ce soit pour construire des logements ou pour étendre le réseau d’oléoducs.

4. Qu’est-ce que l’« intérêt national » ?

Bon nombre de ces investissements publics seront réalisés au nom d’un intérêt national mal défini. Nous sommes une nation composée de diverses régions. Les intérêts peuvent donc différer de l’une à l’autre.

5. Pourquoi les Canadiens fuient-ils le risque ?

J’ai été sidérée par le nombre de conversations qui ont évité le risque. Nous sommes le seul pays à réclamer à cor et à cri une réduction des risques, comme si le rôle principal du gouvernement consistait à assumer les risques du secteur privé et des particuliers.

6. Comment développer l’Arctique sans le compromettre ?

Lors du Sommet, plusieurs voix importantes du Nord ont évoqué la nécessité de ne pas militariser le Nord comme cela a été fait dans les années 1950 et 1960. Elles souhaitent défendre le Canada par des moyens terrestres et aériens, mais pas à n’importe quel prix, particulièrement pour leur culture.

7. Dans quelle mesure voulons-nous exclure la Chine ?

Si nous réduisons notre dépendance à l’égard des États-Unis, nous devrons nous tourner vers de nouveaux marchés et de nouvelles sources de capitaux. L’Europe, à elle seule, ne suffira pas. Oui, il existe un tas de possibilités. Le monde est vaste ! Cela dit, c’est avec la Chine que nous devons développer une relation plus claire, car elle représente notre plus grande opportunité.

8. Comment trouver un équilibre entre les ambitions économiques et les engagements climatiques, et les attentes mondiales à l’égard de cet enjeu ?

Tout ce qui concerne Trump nous accapare tellement que nous semblons oublier que le reste du monde a une tout autre réalité. En effet, le climat demeure un enjeu primordial du Japon à l’Allemagne, les marchés que nous voulons maintenant conquérir, et nous devrons nous assurer d’être en adéquation avec eux.

9. Comment harmoniser notre devoir de consulter les communautés autochtones avec notre ambition d’aller plus vite ?

Il n’y aura peut-être jamais de formule toute faite pour la consultation et le consentement qui en découle. Toutefois, nous pourrons peut-être établir des normes qui seront largement acceptées. Les mots d’ordre ? Rapidité et certitude.

10. Comment mettre en commun les capitaux institutionnels pour des projets d’envergure ?

Nous pouvons continuer à laisser les forces du marché déterminer les financements, avec divers soutiens et incitatifs du gouvernement. Je ne crois pas que le Canada disposera un jour d’un fonds souverain. Ou le ferons-nous ? En revanche, pouvons-nous opter pour des véhicules de placement publics et privés qui pourraient s’inspirer du modèle québécois ?

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J’ai organisé un entretien à l’intention des Clients RBC avec Steve Verheul, le négociateur commercial en chef du Canada pendant la première administration Trump, et aujourd’hui membre du conseil consultatif sur le commerce du premier ministre. Voici quelques-uns des éléments dont nous avons parlé.

1. Le Canada et les États-Unis s’acheminent vers un conflit commercial encore plus important

  • Nous allons nous retrouver parmi les « dirty 15 », ce groupe de pays qui affichent l’excédent commercial le plus élevé avec les États-Unis, soit la Chine, le Canada, le Mexique, l’Union européenne, le Vietnam, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, le Brésil, la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie.

  • Nous pourrions nous voir imposés des droits de douane de 14 à 15 %. Ils pourraient toutefois être plus bas au début et augmenter progressivement, jusqu’à ce que l’on parvienne à un certain équilibre commercial.

  • Il ne faut pas s’attendre à beaucoup d’exemptions au début, notamment pour l’énergie et l’alimentation.

  • Le Canada ripostera avec des contre-droits de douane, comme prévu cet hiver.

  • Le premier ministre Mark Carney ne négociera pas tant que les États-Unis n’auront pas retiré leur menace sur la souveraineté du Canada.

  • Verheul préconise de refuser toute négociation tant qu’il n’est pas convenu que la franchise de droits dont bénéficie le Canada reste d’actualité.

  • Les grands pays et les grandes régions du monde essaient de négocier des exemptions et des exclusions. Selon Eurasia Group, le Canada figure toujours parmi les pays soumis à des droits de douane peu élevés, d’après la grille tarifaire définie par le gouvernement américain, qui prévoit un taux bas, moyen et élevé (7 %, 15 %, 30 %).

2. L’approche américaine sera sans précédent et imprévisible

  • Le président des États-Unis Donald Trump recevra la semaine prochaine des rapports sur un grand nombre de sujets, qui détermineront l’ensemble de l’action du pays en matière d’échanges commerciaux, de la Chine aux déficits en passant par la manipulation de la monnaie.

  • Il semble que le président commencera par appliquer des mesures faibles et les intensifiera ensuite.

  • Le calendrier de mise en œuvre des mesures n’est pas clair, pas plus que ne le sont les exemptions éventuelles.

  • Les droits de douane réciproques seront appliqués à l’aide de différents outils, tels l’International Emergency Economic Powers Act, une loi fédérale américaine, et l’article 338 de la Tariff Act de 1930 ou l’article 301 de la Trade Act de 1974.

  • Le Congrès américain a adopté l’International Emergency Economic Powers Act il y a près de 50 ans pour permettre au président de prendre des mesures rapides pour protéger la sécurité du pays – elle n’a encore jamais été utilisée.

  • Le 2 avril – le jour où Trump doit annoncer les droits de douane réciproques – marque un début et non une fin, car des négociations se dérouleront ensuite.

  • Les États-Unis envisagent d’exclure de nombreux pays pour réduire leur liste et la limiter à un certain nombre de secteurs clés, car il serait trop complexe de définir des droits de douane mondiaux. Les États-Unis devraient en effet passer de 17 000 lignes tarifaires à trois millions, ce qui serait impossible à gérer.

3. La stratégie américaine est contradictoire

  • Il est difficile de négocier, car les États-Unis veulent obtenir un résultat qui n’est peut-être pas atteignable avec les droits de douane.

  • Leur objectif est de relocaliser le secteur manufacturier, mais il faudra plusieurs années aux entreprises pour y parvenir, et les droits de douane pénaliseront l’économie américaine à court terme.

  • Il s’avère également trop complexe et trop coûteux de relocaliser les chaînes d’approvisionnement.

  • Cela causera de nombreux dégâts au plan national, dégâts que l’administration semble vouloir ignorer. Les États-Unis ont appliqué des droits de douane sur l’acier et l’aluminium alors qu’ils doivent en importer pour répondre à 50 % de la demande. Ils devront par exemple construire quatre barrages Hoover pour répondre aux besoins énergétiques nécessaires à la fabrication d’acier dans le pays.

  • L’administration essaie également d’obtenir des concessions non tarifaires de la part de différents pays. On peut s’attendre à ce que les services soient également concernés par les droits de douane, même si les États-Unis n’ont apparemment aucune stratégie ou que le gouvernement ne dispose d’aucune infrastructure pour négocier dans des secteurs complexes.

  • L’administration américaine ne perçoit pas totalement les conséquences de ce qu’elle tente de faire, car elle est prise entre sa volonté d’agir très vite et la réalité selon laquelle les entreprises ne peuvent pas se relocaliser rapidement.

  • « Il est difficile de négocier avec un pays prêt à se tirer une balle dans le pied. »

4. Trump suit cette fois une approche radicalement différente

  • Peter Navarro, Steven Miller et Howard Lutnick, ses principaux conseillers actuels, ne possèdent pas de connaissances institutionnelles sur les échanges commerciaux et les accords en vigueur.

  • Robert Lighthizer, qui a dirigé les débats pendant le premier mandat de Trump, détenait une autorité évidente et des compétences certaines.

  • Jamieson Greer, l’actuel représentant américain au Commerce, ne joue pas encore un rôle important et s’intéresse surtout à la Chine.

  • Lutnick se montre particulièrement influent sur la question du Canada et supervise le bureau du représentant au Commerce.

  • Trump s’est engagé dans cinq secteurs stratégiques : l’acier, l’aluminium, le bois d’œuvre, les semi-conducteurs et les produits pharmaceutiques.

5. La TVA restera un problème

  • L’administration américaine attaque tout particulièrement l’UE et le Canada sur la taxe à la valeur ajoutée (TVA) et la taxe générale sur les ventes, qu’elle considère comme des pratiques déloyales.

  • L’UE ne changera rien, et l’on voit mal le Canada faire des concessions, car ce sont des sources de revenus essentielles.

  • Cette question suscitera des controverses dans le monde entier, puisque 90 % des pays appliquent une taxe générale sur les ventes sous une forme ou une autre, comme la TVA.

6. L’ACEUM est menacé

  • Verheul suggère de ne pas aborder la question des produits laitiers ou de la taxe sur les services numériques, ou toute autre question litigieuse tant que de véritables négociations ne sont pas mises en place.

  • Il préconise de ne pas négocier tant que les droits de douane ne seront pas supprimés et que les États-Unis n’ont pas manifesté leur volonté de préserver l’accès en franchise de droits. Sans cet engagement en faveur de la franchise de droits, il serait inutile de défendre l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

  • Il propose de s’en tenir à l’approche trilatérale. Le Canada a commis « une grave erreur » en isolant le Mexique.

  • Il vaut mieux conserver le Mexique à la table des négociations, car il permet au Canada d’apparaître sous un meilleur jour, surtout au moment où les États-Unis se préoccupent davantage de leur frontière sud. Laissons le Mexique s’occuper de ce qui le concerne.

7. Le Canada doit trouver une porte de sortie stratégique

  • Les États-Unis s’intéressent à la sécurité de l’ensemble du continent, mais l’on ne peut guère en discuter si l’accès aux échanges commerciaux n’est pas assuré.

  • Les premiers ministres du Canada ne sont pas d’accord sur les concessions à faire.

8. Les investissements chinois seront dans le viseur

  • Cela serait délicat, surtout pour les minéraux essentiels.

  • Le Canada a pris un certain nombre de mesures pour limiter les investissements directs étrangers de la Chine dans les secteurs sensibles. Elles ont été surtout adoptées pour répondre aux inquiétudes des États-Unis, mais le Canada doit maintenant relever le défi de savoir comment développer ses ressources en minéraux essentiels.

  • Le Canada doit revoir sa relation avec la Chine à travers le prisme des minéraux essentiels et de la sécurité frontalière.

9. La réaction de la Chine aux mesures américaines sera déterminante

  • La Chine a indiqué qu’elle prendra des mesures de représailles, notamment des droits de douane, des sanctions et des contrôles des exportations, mais seulement après l’entrée en vigueur des mesures américaines.

  • La Chine ciblera probablement l’agriculture américaine, puisqu’elle est le premier importateur de produits agricoles américains, à hauteur de 33,7 milliards $, suivie du Mexique pour 28,2 milliards $, et du Canada pour 27 milliards $.

10. Les marchés pourraient servir d’ultime contrepoids

  • Pour Trump, les marchés boursiers constituent toujours l’arbitre principal. Jusqu’à présent, ils n’ont pas bougé ou ont résisté aux menaces de droits de douane, en ce qui concerne les fluctuations au jour le jour tout du moins.

  • La confiance des entreprises et des consommateurs est toutefois ébranlée et entraîne une baisse des investissements.

  • Le S&P 500 a perdu 7,1 % depuis l’investiture de Trump, le 20 janvier. Il est inférieur de 9,3 % à son sommet historique du 19 février 2025.


John Stackhouse est premier vice-président, Bureau du chef de la direction, à la Banque Royale du Canada, et chef, Leadership avisé RBC.

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  • Le nouveau grand jeu : le rôle des minéraux critiques dans la course à la suprématie technologique

  • L’alimentation d’abord : Comment le secteur agricole peut ouvrir la voie à une nouvelle ère d’exportation canadienne

  • Ingéniosité : Comment le Canada s’y prendra-t-il pour conclure des contrats de marchandises avec les États-Unis et d’autres pays

  • Instabilité du commerce mondial.Voici comment le Canada peut prospérer dans le nouvel ordre économique

  • L’incidence des droits de douane sur l’économie américaine

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Donald Trump s’est engagé à redéfinir l’ordre commercial mondial et par conséquent, la relation des États-Unis avec l’économie mondiale. Aussi troublant que cela puisse paraître, cette position n’est ni nouvelle ni soudaine. La réforme du commerce est un aspect prioritaire de la pensée politique américaine depuis l’effondrement du mur de Berlin, qui a mené à la disparition d’un contrepoids communiste au capitalisme mondial. Bien que la résistance puisse remonter aux premiers jours de l’ALENA, la fragilité de la confiance commerciale des États-Unis s’est réellement accentuée pendant la crise financière mondiale et les années qui ont suivi, la Chine s’étant enhardie à revendiquer un statut de grande puissance.

Le démantèlement brique après brique d’une autre structure dominante du 20e siècle est maintenant orchestré : le mur de soutien d’une économie mondiale, qui repose sur la protection militaire, les principes juridiques et la politique monétaire des États-Unis. La nouvelle guerre commerciale de 2025 concerne autant la Pax Americana Œconomia que tout autre chose et menace rapidement de créer une brèche massive dans le mur de soutien, d’une manière égale peut-être en conséquence à ce moment de 1989. C’est pourquoi certains conseillers de Trump ont qualifié ce moment de « changement générationnel » dans le secteur du commerce.

La forme de l’économie mondiale et son orientation à l’approche de 2030 sont en jeu, et peu de pays risquent autant que le Canada, parce que peu ont autant bénéficié de cette ère commerciale qui pourrait maintenant arriver à son crépuscule. Chaque pays est le plus grand client de l’autre, plus de 75 % des exportations canadiennes étant destinées aux États-Unis et 17,3 % des exportations américaines l’étant au Canada. Les échanges bilatéraux vont au-delà du volet commercial ; les deux voisins se sont appuyés l’un l’autre pour la sécurité énergétique et alimentaire, la sécurité militaire et économique, au moyen de normes et de principes alignés pour tout, des pièces de voiture et de l’aéronautique aux protocoles de télécommunications et aux principes informatiques.

Pour que le Canada puisse prospérer dans cette nouvelle ère de perturbations économiques, dans laquelle ces ententes à long terme peuvent maintenant être perpétuellement soumises aux caprices politiques et aux vues mercantiles, il lui faudra être plus stratégique. Certes, notre avenir sera davantage tributaire des droits de douane et des tirades, mais il sera façonné de manière plus durable par notre compréhension des enjeux fondamentaux des États-Unis et par notre capacité à nous y attaquer pour que le changement générationnel nous aide à renouveler notre économie. Parmi ces enjeux :

C’est la sécurité, idiot

Le programme économique de Trump est plus axé sur la sécurité que sur la prospérité. C’est pourquoi la sécurité et les politiques commerciales sont plus étroitement liées que ce que nous avons vu depuis des décennies, même si les États-Unis n’ont étonnamment pas livré de guerre pour des intérêts commerciaux depuis qu’ils se sont hissés à la tête des économies du monde. La menace des droits de douane n’est pas tant une technique coercitive pour obtenir un avantage dans le cadre d’accords bilatéraux et multilatéraux ; elle s’aligne plutôt sur une vision du monde nationaliste américaine. Dans les années à venir, nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis se concentrent sur l’hémisphère Nord, sur le plan de l’engagement militaire et commercial. Tant que les intérêts économiques des États-Unis ne seront pas menacés. Ce nouvel impératif exigera du Canada de jouer un rôle plus important dans la surveillance du commerce mondial.

La Terre n’est plus plate

Les gouvernements américains successifs ont suffisamment sapé l’Organisation mondiale du commerce pour la rendre considérablement insignifiante à l’égard des principales considérations commerciales. Trump est maintenant déterminé à refaçonner le système plus large, en ciblant le régime tarifaire préférentiel que les États-Unis ont créé après la guerre froide pour stimuler la croissance des économies alliées et en développement. Le taux tarifaire effectif aux États-Unis, qui est d’environ 3 %, est le plus bas parmi les principales économies. Le taux effectif de l’Union européenne sur les importations est de 5 %, celui de la Chine de 10 % et celui du Bangladesh, de 155 %, le plus élevé au monde. La réorientation du commerce mondial qui en résultera compliquera les ambitions du Canada au chapitre de la diversification des exportations.

Le roi Dollar roi est mort ? Vive le roi Dollar

À la base des déficits commerciaux des États-Unis est leur position très inconfortable en tant que filet de sécurité pour l’économie mondiale. Le dollar américain, en tant que monnaie de réserve, continue d’attirer des capitaux vers les États-Unis, ce qui rend ses exportations moins concurrentielles. La force du dollar rend son coût d’emprunt moins cher qu’il ne devrait l’être, ce qui permet aux gouvernements et aux consommateurs de profiter pleinement du crédit, ainsi qu’à une série d’administrations d’enregistrer des déficits budgétaires, qui ne contribuent pas à rendre les États-Unis de nouveau concurrentiels. Comme la première économie mondiale est devenue une machine de consommation, elle s’est de plus en plus appuyée sur les importations, et elle a un besoin croissant de trouver des importations moins chères pour ne pas alimenter l’inflation. Le Canada devra se joindre à d’autres pays pour aider à rééquilibrer les monnaies mondiales.

Beaucoup ont mentionné la nécessité d’une nouvelle version des Accords du Plaza – conclus en 1988, après le krach boursier de l’année précédente, qui ont aidé à revaloriser le dollar par rapport aux autres grandes devises. La tâche s’avérerait beaucoup plus difficile aujourd’hui, étant donné la prédominance du dollar sur toutes les autres devises, qui représente environ 60 % des 12 000 milliards de dollars de réserves de change du monde. En outre, depuis 1988, la dette des États-Unis a triplé en pourcentage du PIB. Dans le meilleur de deux mondes, une transition à long terme inciterait les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, y compris le Canada, à se partager certains des coûts cachés d’une monnaie de réserve.

Ce sont là quelques-unes des pressions stratégiques auxquelles les États-Unis sont confrontés et qui sont intégrées à leur approche commerciale. Ils ont besoin d’aide pour contrôler le commerce mondial, y compris les voies maritimes. Ils ont besoin que les autres pays augmentent leurs importations de biens américains, y compris d’énergie. Et ils ont besoin de partenaires pour atténuer les pressions à long terme sur le dollar américain et même pour payer une partie du coût d’exploitation d’une monnaie de réserve (au moyen du resserrement de la politique budgétaire ou monétaire).

Compte tenu de ces importantes forces en jeu, nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis continuent de faire pression pour que des réformes commerciales soient adoptées, peut-être radicalement.

Ce que cela signifie pour le Canada

Il est peu probable que des droits de douane généralisés de 25 % soient appliqués, compte tenu des répercussions qui se feraient sentir sur l’économie et les consommateurs américains. Toutefois, les Canadiens ne devraient pas perdre de vue leur incidence potentielle : selon les Services économiques RBC, une telle hausse des droits ferait grimper le taux de chômage au-dessus de 8 %, réduirait la croissance du PIB de moitié cette année et augmenterait de 2,5 % les prix à la consommation. Elle coûterait aussi aux consommateurs américains 1 200 dollars américains par an en moyenne.

Une telle modélisation constitue un défi dans la mesure où les droits ne sont jamais appliqués de façon isolée. Il faut aussi tenir compte de la probabilité de contre-mesures tarifaires, voire d’escalade, ainsi que des répercussions sur le dollar canadien. Un autre facteur est la capacité des entreprises à absorber le coût des droits de douane, grâce à des gains d’efficience et à la compression des marges. De nombreuses entreprises canadiennes ont laissé entendre qu’elles pourraient absorber des droits de 10 %, en divisant le coût en trois environ – pour les consommateurs, les intermédiaires et pour leur propre compte. En fait, les marges bénéficiaires du Canada ont atteint des niveaux relativement élevés, en partie en raison du dollar à 70 cents et des problèmes de capacité aux États-Unis, y compris les pénuries de main-d’œuvre.

Mais ce n’est qu’une seule mesure, selon la norme de l’état des résultats. Les politiques commerciales imprévisibles de l’administration Trump ont aussi un effet insidieux sur la confiance des investisseurs. L’indice d’incertitude de la politique économique pour le Canada a atteint un record, soit quatre fois plus que sa moyenne sur 20 ans, et bien au-dessus du niveau atteint pendant la pandémie de COVID-19. Les activités de fusion et d’acquisition ont également ralenti, tout comme les intentions d’investissement dans la machinerie et l’équipement. D’autres répercussions négatives émergent tandis que les entreprises stockent des intrants et exportent leurs produits avant l’imposition anticipée des droits de douane et d’obstacles au commerce intérieur. Nous en avons vu des signes en janvier, alors que les fabricants se dépêchaient de faire passer la frontière à leurs produits, même au prix d’une gestion de stocks plus importants.

Cette réaction – ou mesure préventive – pourrait entraîner un ralentissement industriel au cours des trimestres à venir. Ajoutez à cela un fléchissement prévu de la confiance des consommateurs, car les Canadiens ont pris connaissance des attentes de pertes d’emplois, de fermetures d’entreprises et de besoins en soutien gouvernemental, qui pourraient entraîner des baisses de taux d’intérêt.

Dans ce contexte, la Banque du Canada est confrontée à un dilemme aussi difficile que pendant la pandémie, lorsque le secteur économique de l’offre a été paralysé. Les droits de douane peuvent simultanément freiner la croissance économique et faire grimper les prix. La décision de rajuster les taux d’intérêt dépendra de l’effet le plus dominant (inflationniste ou déflationniste). Comme ce fut le cas lors de la pandémie, la décision reposera en grande partie sur l’innovation et la créativité des entreprises pour gérer le choc, ce que nous avons tendance à constater seulement avec du recul.

Enfin, et ce sera tout aussi difficile pour la Banque du Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux prendront probablement d’importantes mesures de soutien pour les entreprises et les travailleurs touchés, y compris des subventions et des allégements fiscaux. Cela sera politiquement nécessaire et économiquement risqué, car elles pourraient peser sur les finances publiques, influer sur la cote de solvabilité du Canada et se révéler procycliques si elles coïncident avec des baisses de taux d’intérêt.

Composer avec l’incertitude

Bien que l’incidence exacte des droits de douane sur l’économie canadienne demeure incertaine, nous savons par expérience et par les données économiques fondamentales antérieures quelles répercussions de telles perturbations commerciales pourraient entraîner.

La première chose à reconnaître est que les secteurs sensibles au commerce seront les plus vulnérables. Les droits de douane sont des taxes sur le mouvement et non sur la production des biens. Par conséquent, les secteurs qui dépendent fortement du commerce transfrontalier, comme la fabrication automobile, courent le plus grand risque. Des décennies de libre-échange ont mené à la création de chaînes logistiques profondément intégrées, où les produits traversent la frontière à plusieurs reprises au cours du processus de production. Cela signifie que les droits de douane peuvent s’appliquer plusieurs fois au cours du même cycle de production, faisant grimper les coûts. Le secteur de l’automobile est le plus souvent cité, mais il existe des exemples semblables dans la plupart des secteurs : les homards du Maine, par exemple, sont envoyés au Canada pour traitement, puis retournés sur le marché américain. Dans l’ensemble, plus de 60 % du secteur manufacturier canadien a des flux commerciaux avec les États-Unis qui représentent au moins le double de leur production nationale.

De plus, même si le Canada n’impose pas de droits de représailles, les droits américains peuvent à eux seuls nuire indirectement aux entreprises canadiennes. En raison de la forte intégration entre les secteurs manufacturiers des États-Unis, du Canada et du Mexique, les droits de douane sur les importations industrielles américaines feront grimper les coûts pour les exportateurs américains. Cela fera ensuite augmenter le prix des biens que le Canada importe des États-Unis, créant un effet inflationniste. L’OCDE estime qu’une bonne partie =des importations américaines sont en fait des biens de fabrication américaine qui ont été exportés pour transformation puis réimportés. Les chaînes logistiques manufacturières nord-américaines souffriront donc davantage des droits de douane que celles de l’Asie ou de l’Europe.

L’acier et l’aluminium sont manifestement dans la mire de Trump, en partie parce qu’il a dit croire que sans acier, on n’a pas de pays. Plus de 90 % des exportations canadiennes d’acier et d’aluminium sont destinées aux États-Unis, ce qui signifie que ces droits ont une incidence directe sur près de 24 milliards de dollars de produits canadiens. Toutefois, la relation commerciale est étroitement interdépendante – le Canada est aussi le plus important fournisseur de ces métaux aux États-Unis, soit environ 20 % de leurs importations d’acier et 50 % de leurs importations d’aluminium. En 2024, les importations américaines d’acier canadien ont totalisé 7,5 milliards de dollars, contre 9,4 milliards de dollars pour les importations d’aluminium.

Bien que le Canada conserve un excédent commercial au sein de ces secteurs (14 milliards de dollars en 2024, dont 11 milliards de dollars de l’aluminium), leur contribution globale à l’économie nationale demeure relativement faible. L’acier et l’aluminium ne représentent que 0,5 % du PIB et des emplois du Canada et environ 3 % des exportations totales. Les provinces les plus touchées sont le Québec et l’Ontario, où ces secteurs représentent respectivement 1 % et 0,6 % du PIB.

Le marché américain dispose de peu de solutions pour remplacer ces produits. L’expérience des droits de douane en 2018-2019 a démontré que les producteurs américains ont du mal à remplacer l’acier et l’aluminium canadiens. La plupart des autres fournisseurs sont également confrontés à des droits et la capacité de production ne peut pas être augmentée rapidement. De nombreux produits spécialisés sont difficiles à remplacer, ce qui oblige les importateurs américains à absorber des coûts plus élevés. Fait intéressant, malgré les droits imposés en 2018, les importations américaines de produits en acier ont augmenté, le Canada, le Mexique et l’Europe augmentant légèrement leur part de marché. Au Canada, l’emploi dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium a augmenté de 4 % en 2018 et de 6 % en 2019. Entre-temps, la capacité de production d’acier et d’aluminium aux États-Unis a en fait diminué au cours de la période d’imposition des droits.

Ce que le Canada peut faire

À court terme, le Canada risque de se retrouver dans une lutte tarifaire avec son plus grand partenaire commercial, à la fois prenant et donnant des coups. Nous devons aussi penser à long terme en investissant simultanément dans notre propre diversification commerciale tout en explorant des façons d’aider les États-Unis à s’attaquer à leurs enjeux économiques de longue date. À long terme, ils seront aussi nos enjeux.

Nous pouvons commencer par nos ressources naturelles, et pas seulement parce que Trump les a citées comme cibles. Le Canada doit continuer de mettre de l’avant son rôle essentiel dans le domaine de l’énergie et de la sécurité économique aux États-Unis, en mettant l’accent sur la richesse de ses ressources dans le but d’éviter les menaces américaines de mesures commerciales.

De plus, l’accent mis au Canada sur le développement de marchandises clés peut stimuler la croissance industrielle et le PIB, attirer des investissements et accroître la participation des Autochtones, ce qui rendrait le Canada plus indispensable aux intérêts américains. La diversification géographique des exportations canadiennes de ressources est également essentielle, car l’expansion du commerce au-delà des États-Unis atténue les risques. Washington reconnaît déjà l’importance des ressources du Canada, ce qui offre un avantage de négociation. En accordant la priorité à l’énergie, à l’agriculture et aux minéraux critiques, le Canada peut renforcer sa position de partenaire clé dans le commerce mondial et la stabilité économique des États-Unis.

Considérons seulement l’importance de ces marchandises pour l’économie américaine.

Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz naturel et d’électricité jouent un rôle crucial dans la stabilisation des réserves d’énergie aux États-Unis. Les pipelines intégrés et les réseaux électriques transfrontaliers facilitent un approvisionnement continu en énergie, tandis que les expansions comme le pipeline Trans Mountain permettent au Canada d’accroître sa capacité de desservir les marchés américains et internationaux.

Le Canada fournit 60 % des importations américaines de pétrole, en particulier de brut lourd, qui est vital pour les raffineries américaines. Sans pétrole brut canadien, les raffineries américaines seraient confrontées à un réoutillage coûteux ou dépendraient de fournisseurs plus risqués comme le Vénézuéla et le Moyen-Orient. De même, le Canada fournit 90 % des importations d’électricité aux États-Unis, offrant une énergie propre et économique qui soutient des secteurs de haute technologie comme l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe. De plus, le Canada fournit 99 % des importations américaines de gaz naturel, qui est essentiel pour répondre à la demande croissante d’énergie au pays, particulièrement dans le contexte de production nationale qui peine à suivre le rythme.

Le Canada contribue aussi de façon essentielle à la sécurité alimentaire des États-Unis, en leur fournissant des produits agricoles clés qui soutiennent la production alimentaire et de biocarburants aux États-Unis. Comme les États-Unis sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre potentielles en raison des politiques d’immigration, le rôle du Canada dans l’approvisionnement alimentaire en Amérique du Nord deviendra encore plus crucial.

Le Canada fournit 98 % des importations américaines d’huile de canola, un ingrédient essentiel à la transformation des aliments et à la production de biocarburants. De plus, les États-Unis importent 34 % de leur viande du Canada, en particulier du bœuf et du porc, qui sont profondément intégrés aux chaînes logistiques nord-américaines. Le Canada fournit aussi 85 % des importations américaines de potasse, un composant essentiel des engrais qui favorisent le rendement des cultures, surtout en raison des enjeux agricoles liés au climat.

Enfin, alors que les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance à la Chine et à la Russie au chapitre des minéraux critiques, le Canada a l’occasion de renforcer son rôle de fournisseur clé dans des secteurs comme l’énergie propre, les semi-conducteurs et la défense. Le Canada fournit actuellement 19 % des importations américaines de minéraux critiques, y compris des ressources essentielles comme le nickel, l’aluminium et le zinc. Grâce à des investissements et à un soutien politique adéquats, le Canada pourrait accroître sa capacité dans ces secteurs.

Par ailleurs, le Canada est un partenaire essentiel du secteur américain de l’énergie nucléaire, puisqu’il fournit 27 % des importations américaines d’uranium. Alors que les États-Unis cherchent à accroître leurs capacités en énergie nucléaire, les technologies canadiennes de pointe d’extraction, de transformation et de petits réacteurs modulaires peuvent aider à combler les lacunes du cycle de combustible nucléaire nord-américain.

Pour maximiser les avantages que présentent ses ressources, le Canada doit investir dans les infrastructures, créer un environnement réglementaire stable et attirer des capitaux pour le développement à long terme. L’élargissement des partenariats commerciaux mondiaux, en particulier en Asie et en Europe, peut réduire la dépendance excessive du Canada aux États-Unis tout en assurant sa résilience face à l’évolution de la dynamique géopolitique.

Mais à long terme, le Canada ne peut pas toujours enregistrer d’importants excédents commerciaux dans ces secteurs, puisque ces déséquilibres ont pour effet dérivé de déstabiliser la plus grande économie mondiale. Nous pouvons rechercher d’autres marchés pour ces ressources et chercher à acheter davantage de produits liés aux ressources des États-Unis, que ce soit de l’uranium enrichi ou des aliments emballés. Seulement si les États-Unis sont intéressés par une approche négociée des balances commerciales, bien sûr.

À ce chapitre, une renégociation accélérée de l’accord commercial de l’AEUCM semble inévitable et dans l’intérêt du Canada. Une résolution rapide des incertitudes et des frustrations persistantes en regard de l’accord initial pourrait réduire l’incertitude qui accompagne les menaces tarifaires de Trump. Une renégociation – idéalement, sans menace de droits de douane – pourrait aider à aborder les préoccupations commerciales dans la nouvelle économie numérique, y compris le respect par le Canada d’une taxe de vente numérique. Les préoccupations persistantes à l’égard du secteur canadien du bois d’œuvre et des produits laitiers pourraient également être résolues, ce qui contribuerait à la création d’un nouvel accord susceptible de renforcer la valeur de l’Amérique du Nord pour les investisseurs mondiaux. L’accord peut faire plus, au profit du Canada, pour inclure les droits de la personne et les normes environnementales dans les échanges commerciaux nord-américains. Les trois pays devraient cependant se rappeler les avantages mutuels de l’accord, même sous sa forme actuelle. Moins de cinq ans après sa mise en œuvre, le commerce nord-américain a grimpé de 47 %, soutenant 9 millions d’emplois.

De façon plus générale, grâce à la restauration de la bonne foi entre les gouvernements, le Canada peut contribuer à la création d’un nouveau cadre stratégique pour l’Amérique du Nord, y compris l’approvisionnement en minéraux critiques, la défense de l’Arctique et les approches communes à l’égard d’une autre frontière économique, l’espace.

Alors que le Canada fait face à l’incertitude économique qu’engendrent les politiques tarifaires américaines, ce genre d’approche stratégique et proactive est essentiel. La relation commerciale entre le Canada et les États-Unis est profondément intégrée et repose sur une dépendance mutuelle, le Canada fournissant des ressources critiques, de l’énergie et des biens industriels qui renforcent les intérêts des États-Unis sur le plan de la sécurité économique et nationale. Bien que les droits de douane présentent des obstacles immédiats, ils soulignent également la nécessité pour le Canada de tirer parti de ses forces économiques dans le cadre des négociations commerciales, de diversifier ses partenariats mondiaux et d’investir dans la résilience industrielle à long terme.

En mettant l’accent sur son rôle indispensable dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des minéraux critiques, le Canada peut se positionner non seulement comme un partenaire commercial clé des États-Unis, mais aussi comme un chef de file sur les marchés mondiaux. Développer les infrastructures, favoriser l’innovation et garantir des environnements d’investissement stables seront cruciaux pour soutenir la croissance. Bien que les politiques protectionnistes puissent influer sur la dynamique commerciale à court terme, la capacité du Canada à s’adapter et à renforcer ses avantages concurrentiels influera sur sa prospérité économique à long terme dans un contexte mondial en constante évolution.

L’équipe Leadership avisé RBC a lancé une campagne s’échelonnant sur plusieurs mois en partenariat avec The Hub. La série de ce mois-ci porte sur les droits de douane, le commerce et les occasions pour le Canada dans ce nouvel ordre économique. N’oubliez pas de rester à l’affût du lancement de DeepDive.

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Organisée tous les ans à Houston, CERAWeek est la plus importante conférence mondiale dans le domaine de l’énergie, avec ses 10 000 dirigeants, décideurs politiques, investisseurs, scientifiques et technologues provenant du monde entier. Si vous voulez savoir ce qui est en vogue – ou ne l’est pas – dans le domaine de l’énergie, c’est là qu’il faut aller.

Il y a quelques années, tout le monde n’en avait que pour les réseaux locaux de recharge de véhicules électriques (VE). L’an dernier, les énergies renouvelables et les technologies propres étaient si à la mode que l’administration Biden dépêcha des agents de prêts afin de multiplier les adhésions d’entreprises à sa manne d’incitations touchant l’action climatique. Cette année, le mot clé fut davantage –alors que la question consistait à déterminer comment le monde pouvait produire davantage de tous les types d’énergie, et notamment de gaz naturel et de nucléaire.

Certains ont même confectionné, en plaisantant, la formule « Make Energy Great Again » rendue par l’acronyme MEGA.

Houston est le berceau de tout ce qui touche à l’énergie, qu’il s’agisse de pétrole ou de propergol, et, depuis la dernière décennie, de ces terminaux géants de gaz naturel liquéfié (GNL) qui parsèment le golfe, oserions-nous dire du Mexique et de l’Amérique ? Cependant, malgré l’optimisme des participants à la conférence CERA, notamment lors des interventions de deux des principaux secrétaires du cabinet du président américain Donald Trump, les nuages associés à la tempête que suscitera la production de toute cette énergie étaient perceptibles à l’horizon. Et le plus sombre d’entre eux était celui de la guerre commerciale.

Alors que la conférence s’ouvrait, par un discours enflammé portant sur la domination américaine du secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, les marchés mondiaux commençaient à s’effondrer, les craintes de récession susceptible d’atténuer la demande, notamment de pétrole et de gaz, se multipliant. Si l’Amérique veut parvenir à exercer une position de « domination énergétique », elle devra regagner la confiance des capitaux – et susciter un regain de confiance sur le plan des politiques, qui demeurent aussi imprévisibles que le sont les lourds nuages qui surplombaient Houston.

La conférence CERAWeek a suscité chez moi les questions suivantes :

1. Champ pétrolifère, archipel : un océan d’énergie ou un chapelet d’îles ?

Si le monde a indiscutablement besoin de plus d’énergie, il pourrait se buter à d’énormes difficultés sur le plan de la distribution de cette énergie, alors que les pays et les continents s’emploieront à ériger des murs artificiels. Wael Sawan, chef de la direction de la société Shell, a présenté les trois scénarios en matière de sécurité énergétique (en anglais) de l’entreprise pour la décennie à venir : un scénario « horizon », reposant dans une large mesure sur le statu quo ; un scénario de « poussée soudaine », qui intègre une vision maximaliste de la croissance économique et des besoins en matière d’intelligence artificielle (IA) ; et un troisième scénario, baptisé « Archipels », qui est certes le plus inquiétant et celui qui semble être le plus en plus probable. Dans un monde fragmenté en archipels, nous observerons une poussée de la demande, cependant que l’offre sera circonscrite à certaines régions du fait de politiques nationalistes et protectionnistes qui transformeront le marché mondial de l’énergie en un chapelet d’îles. Ce nouveau monde de l’énergie serait plus contraignant et moins performant.

Face à une menace croissante de nationalisme énergétique, de nombreux pays tributaires des importations ne ménagent pas leurs efforts pour trouver des solutions de rechange. Lors d’entretiens privés, des délégués japonais et coréens ont affirmé qu’ils étaient à la recherche de multiples sources d’approvisionnement en gaz naturel, car ils ne sont pas certains de pouvoir compter sur l’Amérique du Nord. Et ils sont également plus enclins à conclure des marchés à plus long terme. Cette ruée amène certaines des grandes sociétés pétrolières à revenir à des marchés pétroliers d’avant poste – comme l’Irak, la Lybie, le Suriname ou le Brésil –, en plus d’accroître leur production de GNL en Asie du Sud et en Afrique.

Peut-être le plus important défi dans un tel monde fractionné est-il celui des capitaux. Les gisements pétroliers mondiaux sont en déclin, parfois à hauteur de 5 % par année, et la grande majorité des capitaux sont voués à leur entretien plutôt qu’à leur expansion. De surcroît, les grandes sociétés pétrolières ne cessent de répéter leur intention de restituer une plus grande partie de ces capitaux aux actionnaires plutôt que d’investir dans la croissance. Comme l’a déclaré un dirigeant, au mantra de la durabilité, soit « les gens et la planète », doit venir s’ajouter le volet de la « rentabilité » pour que les investisseurs choisissent d’investir les milliers de milliards nécessaires.

2. Question : l’IA permettra-t-elle de réparer le système ou en entraînera-t-elle la destruction ?

Signe des temps : dans le titre de 42 séances tenues dans le cadre de la conférence CERAWeek figurait l’expression « centre de données ». Et il fallait multiplier les efforts pour trouver des échanges ne faisant pas référence aux « fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle » – les géants de la technologie, comme les sociétés Google et Amazon, dont les centres de données alimentant l’IA se multiplient à vue d’œil. En quelques années à peine, les centres de données sont devenus un aspect si important des besoins mondiaux en matière d’énergie que leur consommation collective est comparable à celle de l’économie japonaise. L’un des principaux fournisseurs d’énergie de Floride, la société NextEra (en anglais), prévoit une hausse de la demande de 55 % au cours des 20 prochaines années, par rapport à 9 % au cours des 20 dernières années – et l’IA représentera un tiers de cette croissance.

Il n’est donc pas étonnant que le chef de la direction de la société Chevron ait souligné qu’il envoyait des cadres de son entreprise suivre des cours sur l’IA au MIT.

Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle étaient omniprésents, organisant d’incontournables barbecues texans et présentant leurs avatars, leurs agents et leurs robots à des groupes d’hommes et de femmes du secteur du pétrole quelque peu perplexes. En fait, les liens entre l’IA et l’énergie sont désormais si étroitement imbriqués que ces deux mondes s’associent pour améliorer l’efficacité énergétique et ce, du puits à la roue. Google affirme que ses puces sont 60 % plus économes en énergie. Les grands fournisseurs d’électricité estiment que les gains d’efficacité découverts grâce à l’IA pourraient permettre de recouvrer 100 GW d’électricité. Cependant, on s’entend généralement pour dire que les deux secteurs auront besoin de beaucoup plus d’électricité produite au gaz pour faire fonctionner ces centres de données. En 2024, les centres de données américains étaient tributaires du gaz à hauteur de 43 % pour combler leurs besoins en électricité, tandis que le nucléaire suppléait à 20 % des besoins et que le charbon, pour sa part, représentait un pourcentage légèrement moins élevé. Si l’espoir fondé envers les énergies renouvelables demeure vif, il est néanmoins marginal, à tel point que plusieurs fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle ont abandonné leurs engagements en matière d’énergie carboneutre pour leurs centres de données.

3. Un nouveau modèle P3 : prix, pipelines et permis ?

Les facteurs déterminants des ambitions énergétiques américaines seront le prix, les pipelines et les permis – qui seront essentiels pour attirer tous ces investissements nécessaires à la croissance. Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle pourraient être tenus de payer davantage pour subventionner d’autres secteurs et ménages, ainsi que leurs besoins en matière d’électricité et d’énergie. L’année dernière seulement, les prix de l’électricité aux États-Unis (en anglais) ont grimpé de 20 % alors que la demande mondiale n’a progressé que de 2 %. Un expert des services publics a affirmé qu’un nouveau modèle économique et qu’un nouvel état d’esprit pourraient s’avérer nécessaires pour que puissent coexister ces deux mondes. Les adeptes de la technologie épousent la philosophie du multiple de dix, dont l’approche axée sur la croissance prévoit qu’il est possible d’enchaîner les succès par l’innovation et le développement de la portée. Pour leur part, les services publics retiennent la philosophie du 10 %, soit une mentalité réglementée qui estime qu’un tel rendement est tout ce que la société sera en mesure d’absorber à long terme.

Pour construire les pipelines et aménager les réseaux nécessaires à l’économie de l’IA, il faudra davantage de capital-risque. Cependant, une conjoncture réglementée et sujette aux litiges ne sied pas de manière optimale au capital-risque. Parmi les études de cas présentées, citons celle du pipeline Constitution, qui visait à acheminer du gaz naturel de Pennsylvanie vers le nord-est et les pôles de recherche comme Boston et New York. L’entreprise a fait face à une telle multiplicité de contestations juridiques qu’elle a dû nnuler (en anglais) son projet en 2020. L’administration américaine actuelle cherche aujourd’hui à relancer ce projet.

La réforme du processus de délivrance de permis sera essentielle pour que cette domination énergétique ait la moindre chance de se concrétiser, et, pour ce faire, il faudra pouvoir compter sur une majorité qualifiée au Congrès, ce à quoi s’attendent peu de politiciens dans une capitale américaine déjà profondément divisée. Il y a lieu de s’attendre à ce que les adeptes du forage débridé affrontent les partisans de la multiplication des recours en justice. Mark Christie, président de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), et expert en droit constitutionnel, a déclaré, lors de la conférence, que la FERC rédige désormais chacune de ses décisions en s’attendant à ce que leur sort soit ultimement tranché devant les tribunaux. Il estime que, de ce fait, moins d’énergie que ce qui s’avère nécessaire pour combler les besoins américains sera produite et qu’il faudra bientôt « faire face à la réalité ».

4. GNL : est-ce le nouveau carburant mondial ?

Le gaz naturel subvient à environ 25 % des besoins mondiaux en matière d’énergie et cette année, il aura occupé 50 % des discussions à l’ordre du jour de la conférence CERAWeek. Dans un monde qui aura besoin de beaucoup plus d’énergie, le consensus qui s’est dégagé à Houston était en faveur d’une plus grande quantité de gaz, notamment sous forme refroidie, liquéfiée et transportée comme GNL. Le chef de la direction de la société ConocoPhillips, Ryan Lance, estime que la demande en matière de GNL pourrait doubler au cours de la prochaine décennie. C’est déjà le cas aux États-Unis, en grande partie du fait d’une profonde révolution technologique dans le secteur du gaz qui a contribué à augmenter massivement la production, tout en réduisant le nombre de plateformes, celui-ci passant de 1 600 à 100.

Les prévisions concernant la croissance du GNL sont impressionnantes. En effet, la société Shell (en anglais) prévoit une hausse de plus de 50 % de la demande mondiale de GNL d’ici 2040, alors que les fabricants chinois et d’autres économies asiatiques accéléreront leur transition du charbon au gaz afin de soutenir leur croissance économique tout en réduisant leurs émissions. À elle seule, l’Inde (en anglais) devra doubler ses importations de GNL pour répondre à la hausse de sa demande d’ici 2030.

Mais l’un des besoins qui ne retient pas suffisamment l’attention tient au financement à des conditions favorables de l’ensemble des infrastructures nécessaires pour assurer le déchargement du GNL des navires et le convertir en gaz. Jusqu’à récemment, les pays occidentaux s’opposaient à ce que les banques multilatérales de développement contribuent au financement de telles infrastructures – puisque cela pouvait aggraver le problème des émissions mondiales. Il se pourrait fort bien que cette question revienne à l’ordre du jour du prochain sommet du G7 qui se tiendra en Alberta.

5. Un printemps nucléaire : mais dans quelle décennie ?

L’énergie nucléaire connaît un essor nouveau, et ce, non seulement en Amérique du Nord. En effet, en Chine (en anglais) devraient être construites cette année des installations permettant de produire 5 GW d’énergie nucléaire. Le Bangladesh et la Türkiye prévoient tous deux procéder à la mise en service de leurs premiers réacteurs en 2025, tandis que l’Égypte devrait rapidement emboîter le pas. Abu Dhabi compte désormais quatre centrales nucléaires et prévoit en construire davantage. Au total, le nucléaire (en anglais) représente environ 10 % du bouquet énergétique mondial. Mais simplement pour maintenir cette proportion, il faudrait tripler la production d’ici 2050, ce qui implique d’ajouter 50 GW de capacité chaque année pendant les 20 prochaines années. Il est utile de se rappeler que la meilleure année jamais enregistrée remonte aux années 80, alors qu’avaient été ajoutés 31 GW de capacité.

De nouveaux modèles s’imposent. Plusieurs conférenciers ont évoqué la nécessité de restreindre l’éventail des technologies nucléaires envisagées afin de contribuer à regrouper la demande à l’égard de ces technologies de même que les compétences et les chaînes d’approvisionnement qui y sont associées. En effet, un trop grand nombre de projets présentent un caractère inédit. Il pourrait également être nécessaire de construire davantage de réacteurs, tant sur les sites existants que sur des sites de centrales au charbon déclassées, afin de tirer parti des infrastructures existantes, de l’eau de refroidissement et du soutien local. De plus, fait essentiel, les gouvernements et les développeurs nucléaires doivent s’engager envers de longs cycles de production, qui peuvent généralement s’étendre sur une période pouvant atteindre les 15 ans. Cette réalité ne sourit généralement pas aux investisseurs, autres que les caisses de retraite et les fonds souverains, ce qui permet de croire que de nouveaux modèles de financement pourraient également être nécessaires.

6. Minéraux critiques : quand prendrons-nous conscience du fait qu’ils sont vraiment critiques ?

Depuis la Seconde Guerre mondiale, on qualifie une série de minéraux d’importance stratégique de « minéraux critiques », alors que le Canada cessa d’expédier du nickel au Japon et que les États-Unis contribuèrent au blocus du Groenland, de crainte que l’occupation nazie du Danemark ne permette à l’Allemagne de s’emparer des minéraux de la région arctique pour les ajouter à son arsenal militaire. Nous voilà de retour à cet état d’esprit axé sur le caractère critique – pour autant qu’il ne soit pas trop tard – et l’approvisionnement énergétique en est tributaire. En effet, tous ces centres de données et ces lignes de transport électrique ont besoin de cuivre, de nickel et de minéraux plus exotiques. Pour répondre aux attentes énergétiques mondiales, nous devrons extraire au cours des 20 prochaines années autant de cuivre que le monde en a extrait au cours des 20 derniers siècles. Malheureusement, la Chine a la mainmise sur la production et la transformation. Voici un fait surprenant : la Chine compte aujourd’hui 60 fonderies tandis que les États-Unis en ont que 2. La majeure partie du cuivre américain est donc expédiée en Chine sous forme de concentré, puis renvoyée sous forme de fils et d’autres produits.

L’Occident a 30 ans de retard sur la Chine et il lui faudra des décennies pour combler ce fossé. Qu’il suffise de penser qu’il faut jusqu’à 20 ans pour découvrir une mine et 10 autres années pour la développer. Il faudra également surmonter la résistance locale face aux mines et aux fonderies. Comme c’est le cas pour l’énergie, de nouveaux modèles de financement s’avéreront nécessaires pour ces projets à long terme. L’administration Trump a proposé la création d’un fonds souverain, tirant parti des loyers perçus sur les vastes étendues de terres et d’océans appartenant au gouvernement fédéral. Elle a également recours à l’Export-Import Bank of the United States, sa principale institution de financement des exportations, pour soutenir des projets de minéraux critiques. Le Canada étudie des options similaires par l’intermédiaire d’Exportation et développement Canada. Si l’Occident devait adopter une mentalité propre aux périodes de conflit armé pour faire face à ce défi, les gouvernements pourraient entreprendre d’allouer la production et de restreindre l’utilisation des matériaux aux besoins stratégiques. La question de savoir si les États-Unis, le Canada et d’autres pays seraient également disposés à accepter des normes en matière d’environnement et de travail plus souples est tout autre.

7. Chaînes d’approvisionnement : pouvons-nous réellement produire ce dont nous avons besoin ?

Les politiques, les projets et même les échéanciers les plus avisés peuvent ne mener à rien s’ils ne sont pas assortis des chaînes d’approvisionnement appropriées. Voilà qui constitue peut-être la principale préoccupation à court terme dans le secteur de l’énergie. Selon un dirigeant du secteur minier, il faut aujourd’hui compter sept ans pour prendre livraison d’équipements de lavage de roche géants. Un cadre du secteur de l’électricité a déclaré attendre la livraison de turbines à gaz, qui sont prévues pour 2030. De plus, le coût de ces équipements a triplé depuis la période précédant la pandémie. Il peut être tout aussi difficile de se procurer des équipements ou des biens de moindre envergure, comme de l’uranium enrichi et du graphite pour les centrales nucléaires. Les gouvernements pourraient être tenus de commencer à répartir la production de ressources, y compris sur le plan de l’approvisionnement en matériaux, des capacités de production et du soutien logistique, pour assurer la résilience des industries critiques.

La main-d’œuvre qualifiée est tout aussi rare, en partie parce que peu de projets gaziers ont été construits au cours des cinq dernières années, notamment du fait de l’essor qu’a connu le secteur de la construction lié au GNL. Un dirigeant du secteur nucléaire a déclaré que, bien qu’il était heureux d’en embaucher, il n’avait pas besoin de plus de titulaires de doctorat, mais plutôt de diplômés de collèges communautaires aptes à réaliser de complexes travaux de soudage et de tuyauterie. Même Larry Fink, le chef de la direction de la société BlackRock, le géant de l’investissement de Wall Street, a axé ses commentaires dans le cadre de la conférence CERA sur la crise croissante du marché de la main-d’œuvre. Son message non équivoque, dont il a également fait part au président Trump, est le suivant : « Nous allons manquer d’électriciens. »

8. Climat : cet enjeu dominera-t-il à nouveau ?

Dès la séance d’ouverture, l’enjeu de l’action climatique s’est retrouvé à l’arrière-scène, pour autant qu’il en ait même été fait mention. Dans son discours d’ouverture, le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a donné le ton en affirmant que les émissions étaient fonction de la croissance économique et que le monde souhaitait davantage de croissance. Et de souligner : « Dans la vie, il faut toujours faire des compromis. À tous les égards ! » Cette affirmation n’était pas simplement de pure forme. Le retour en force du gaz naturel est perçu comme ayant pour objectif de faire passer cette ressource du statut de source de transition à une source d’énergie de base. En d’autres termes, le gaz naturel deviendra incontournable, comme en témoignent les récents projets mis de l’avant en Caroline du Nord, pour ajouter 5 GW de production d’électricité alimentée au gaz. Même le charbon fut salué à titre de carburant qui, peut-être, pourrait être nécessaire pour assurer l’essor de l’IA.

La question la plus importante concernant l’action climatique est demeurée sans réponse : le président Trump abolira-t-il la loi sur la réduction de l’inflation ? Plusieurs grands dirigeants du secteur pétrolier et gazier ont plaidé en faveur de la loi phare de Joe Biden, en affirmant avoir élaboré et conclu une foule d’investissements dans le secteur de la décarbonation qui ont contribué à accroître leur efficacité énergétique et leur rentabilité. Vicki Hollub, cheffe de la direction de la société Occidental Petroleum, a plaidé pour le maintien des crédits d’impôt qui contribuent au financement des projets de capture directe dans l’air du carbone atmosphérique de son entreprise, l’une des principales raisons pour lesquelles elle a procédé à l’acquisition de la société Carbon Engineering, de Colombie-Britannique, en 2023. Occidental Petroleum tente également de faire avancer les travaux qu’elle a entrepris dans le domaine de la récupération assistée des hydrocarbures (RAH) du pétrole en captant le carbone atmosphérique, en le liquéfiant et en le réinjectant dans d’anciens réservoirs afin de faire remonter le pétrole à la surface. Plusieurs écologistes voient d’un mauvais œil la RAH, en faisant valoir qu’il s’agit plus ou moins d’un jeu de dupe où du carbone est échangé contre du carbone. Cependant, le retour à l’avant-plan de ces techniques, du moins pour certains, à titre de stratégie de neutralité carbone, témoigne de l’ampleur des changements intervenus en un an.

John Stackhouse est premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC, et chef, Leadership avisé RBC.

Vous pouvez le suivre sur LinkedIn ici (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).

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Au cours de son histoire, Davos a connu plusieurs âges d’or. Dans les années 1880, cette ville des Alpes suisses devint en Europe l’une des premières destinations touristiques des nouveaux grands voyageurs. Elle acquit un nouveau lustre dans les années 1920, comme station thermale fréquentée par les « nouveaux riches » du continent. Dans les années 1990, sa renommée ne fit que croître : devenue le cadre du Forum économique mondial (FEM), elle allait s’imposer comme le point de rassemblement des têtes pensantes de la mondialisation.

Ce paradis des skieurs est sorti cette semaine de sa léthargie relative, gagné par une fièvre typiquement américaine. En retrait, les États-Unis ? Pas vraiment : Davos accueillait 700 de leurs représentants – géants de la Silicon Valley, milliardaires de Wall Street, prix Nobel, industriels et même, puisque l’or était à l’honneur, ces champions olympiques que sont les légendes du ski Lindsay Vonn et Picabo Street. Clou du spectacle : Donald Trump, nouveau président et vieil habitué de Davos, était présent en vidéoconférence, reprochant aux autres pays et chefs d’entreprise de ne pas faire leur part tout en soulignant le caractère unique des États-Unis. Âge d’or ou non ? Une nouvelle ère semble en tout cas s’être ouverte, pas seulement pour les 50 chefs d’État et les 3 000 autres participants au Forum, mais aussi pour une grande partie de la planète.

Voici quelques-uns des traits saillants de Davos 2025.

1. Les États-Unis ont rarement été aussi sûrs d’eux

Face à l’exubérance des PDG américains et des investisseurs, un habitué de Davos s’est dit pris de vertige. En annonçant triomphalement un « âge d’or », M. Trump semble avoir galvanisé le milieu des affaires. L’année 2025 se présente sous un tout nouveau jour. La vigueur de l’économie américaine est telle que le Fonds monétaire international prévoit un taux de croissance mondial de 2,7 % en 2025, contre 2,2 % jusqu’ici. De fait, les grandes sociétés investissent à tour de bras, notamment dans l’intelligence artificielle (IA), et des acquisitions sont à prévoir. C’est essentiellement vers les États-Unis que se tournent aujourd’hui les investisseurs. Au cours des 12 mois qui ont précédé le retour de M. Trump à la Maison-Blanche, le pays a attiré pour 227 milliards de dollars américains de tout nouveaux investissements, soit au moins 100 milliards de plus que la Chine, l’Inde et le Royaume-Uni à eux trois. Les consommateurs reprennent également confiance. Quant à la promesse du président de réduire l’impôt des entreprises et d’alléger considérablement la réglementation, elle a vite réveillé les instincts des tenants du marché libre. Même la menace des tarifs douaniers qui plane sur les partenaires commerciaux des États-Unis est perçue comme positive, puisqu’elle pousse les entreprises à gonfler leurs stocks et à accroître leur capacité de production. Au-delà des politiques, M. Trump semble vouloir susciter à nouveau la ferveur à l’égard des grandes sociétés américaines et de l’économie en général, tout en rendant son pays plus ambitieux que jamais. « Obtenir l’impossible, c’est ce que nous faisons le mieux », a-t-il dit durant la vidéoconférence. L’exception américaine va peut-être fouetter quelque temps l’ardeur des entreprises et des marchés, mais des nuages se dessinent à l’horizon. Une grande partie des investissements découlait en effet de la loi sur la réduction de l’inflation promulguée sous l’administration Biden. Or les subventions massives prévues dans l’Inflation Reduction Act (IRA) seront bientôt choses du passé. L’inflation inquiète également, car le gouvernement américain, déjà lourdement endetté, continue de dépenser, faisant d’ailleurs concurrence aux investisseurs privés. En outre, les coupes pratiquées en immigration vont faire perdre de nombreux travailleurs et pourraient donc pousser les salaires à la hausse. Tout cela pèse sur les taux d’intérêt à long terme, car les investisseurs se demandent si l’inflation a vraiment été jugulée. Larry Fink, chef de la direction de BlackRock, a dit entrevoir un scénario selon lequel le rendement des obligations à 10 ans atteindrait 5,5 % ; ce n’est pas une prévision, a-t-il précisé, mais une simple possibilité – qui pourrait refroidir les esprits.

Q25 : Une administration se consacrant uniquement aux intérêts des États-Unis pourrait-elle s’unir aux autres pays afin de contenir les déséquilibres internationaux ?

2. L’Europe a rarement été aussi peu sûre d’elle

D’habitude, les dirigeants européens se réunissent à Davos pour rappeler au reste du monde la place particulière qu’ils occupent dans le monde sur le plan diplomatique, commercial et économique. Pas cette fois-ci. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée au nom de tous ceux qui, sur le continent, se disent préoccupés par l’avenir de l’Union. De leur côté, les dirigeants américains du monde des affaires et de la sphère gouvernementale (M. Trump y compris, bien sûr) ont clamé qu’il est devenu presque impossible d’investir en Europe, compte tenu de l’extrême lourdeur de la bureaucratie à laquelle sociétés et entrepreneurs sont en butte (un cadre a dit que, dans le cadre d’un appel d’offres, les nouvelles règles de déclaration environnementale obligeaient son entreprise à répondre à 800 questions). Mme Von der Leyen a reconnu que toute une génération de jeunes entrepreneurs était tentée de s’établir aux États-Unis ou ailleurs et que l’évocation par le président américain d’un nouvel âge d’or devait être pour l’Europe un appel à se réveiller. Le chef de l’opposition en Allemagne, Friedrich Merz – que l’on donne comme gagnant des élections du mois prochain et qui serait donc le futur chancelier – a présenté son programme conservateur : moins d’impôts, réduction de la facture d’électricité pour les fabricants (les prix sont montés en flèche depuis que l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires et que la Russie lui a coupé le gaz), diminution des prestations d’assurance-chômage et priorité aux seuls immigrants qualifiés plutôt qu’aux membres de leur famille. M. Merz veut aussi s’attaquer à la paperasserie imposée par Bruxelles. Il fallait toutefois un Américain – le PDG de BlackRock, encore lui – pour évoquer les retombées positives qu’aurait la tourmente en vue si l’Europe pouvait s’entendre sur un unique marché des capitaux. « On est trop pessimiste en Europe, a déclaré M. Fink le dernier jour. Le moment est probablement venu d’y investir à nouveau. »

Q25 : Le virage prévu à droite va-t-il entraîner de grands changements au sein de l’Union européenne ?

3. Les soubresauts de l’offre contribuent au risque géopolitique

Alors que le monde essayait de retrouver son équilibre après la pandémie, l’anormalité est devenue la norme. À Davos, plusieurs gouverneurs de banque centrale se sont dit préoccupés de la menace croissante des « chocs d’offre » (ces perturbations de l’économie mondiale qui compromettent le libre fonctionnement des marchés) ; de fait, en matière d’inflation, agir sur les taux directeurs a ses limites. Prenons le cas d’une des cibles favorites de M. Trump : le canal de Panama. Toute perturbation de ses activités ferait à nouveau grimper l’inflation. Idem pour le canal de Suez, sur lequel plane l’ombre de l’Iran. Les deux conflits dont se soucie le plus M. Trump – ceux d’Ukraine et de Gaza – pourraient facilement s’envenimer et s’étendre aux pays voisins, au moment même où de nombreux États se retirent d’institutions internationales comme l’ONU. Sans compter ce qui pèse probablement le plus sur l’offre, à savoir les catastrophes climatiques. M. Trump a affirmé que son administration saura rétablir la paix et en finir avec les incertitudes devant lesquelles d’autres que lui ont déclaré forfait. Il a déjà ouvert le dialogue avec le président chinois Xi Jinping, auquel il a suggéré de travailler avec les États-Unis afin de mettre fin à la guerre en Ukraine (Washington traiterait avec les Ukrainiens, Pékin avec Vladimir Putin). Enfin, M. Trump, qui s’est par ailleurs présenté comme l’instigateur du cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, a dit souhaiter parler de désarmement nucléaire avec la Chine et la Russie, une fois l’affaire ukrainienne réglée. De nombreux habitués de Davos se demandent si le président américain, après avoir remporté deux fois l’investiture, n’espère pas obtenir le prix Nobel de la paix…

Q25 : L’habileté du négociateur en chef et la forte influence des États-Unis sur le monde peuvent-elles éviter à celui-ci un conflit généralisé ?

4. Qui va payer pour que les États-Unis assurent leur domination en matière énergétique ?

On peut dire toutes sortes de choses sur M. Trump, mais certainement pas qu’il mâche ses mots. Sur la question de l’énergie, il n’a pas caché à son auditoire de Davos qu’il s’agit de forer à tout-va. Autour de moi, les Européens ont accusé le choc, avant d’entendre le président garantir au continent ses approvisionnements en gaz naturel. Le désir qu’a M. Trump d’obtenir davantage d’énergie sous de multiples formes (il a cité le pétrole, le gaz naturel, l’énergie nucléaire et même le charbon) est une bonne nouvelle pour les nombreux pays où les consommateurs paient cher leur électricité. Il s’agit cependant d’un objectif politique qui va se heurter à certains principes fondamentaux du marché. Le secteur pétrolier, qui a manqué de capitaux pendant la plus grande partie de la décennie écoulée, ne voudra pas forcément investir des milliards de dollars dans de nouveaux moyens de production si les cours demeurent incertains et risquent de chuter. Sans parler de la chaîne d’approvisionnement… Pour creuser de nouveaux puits et construire de nouveaux pipelines, il faudra du matériel lourd et une main-d’œuvre qualifiée qui, actuellement, font défaut. Il en sera de même pour la production des minéraux critiques, secteur dominé aujourd’hui par la Chine – une tutelle dont M. Trump demande aux États-Unis et à leurs alliés (le Canada, par exemple) de s’affranchir. Quant à l’énergie nucléaire, si elle gagne en popularité, elle soulève des difficultés qui lui sont propres, qu’il s’agisse des délais d’exécution ou des coûts. Reste le secteur des énergies renouvelables, celui qui a crû le plus vite aux États-Unis et ailleurs, mais dont l’avenir à court terme semble soudain compromis. Il a grandement profité du Inflation Reduction Act mais devra désormais compter davantage sur lui-même.

Q25 : La croissance du secteur de l’énergie se fera-t-elle aux frais des États, des entreprises ou des consommateurs ?

5. Les États commencent à se réarmer et à changer leurs cibles

Chaque année, le FEM sonde ses membres sur la question des risques. Les conflits armés sont devenus la préoccupation majeure ; il y a deux ans, ils ne figuraient même pas parmi les 10 premières. L’Ukraine inquiète d’autant plus les Européens que les États-Unis pourraient cesser de l’aider ; en Asie, c’est au détroit de Taïwan que l’on songe. Au Moyen-Orient, l’Iran est certes affaibli – son influence a beaucoup diminué en Syrie, au Liban et à Gaza –, mais il révise ses plans. M. Trump a promis de rétablir la paix mais – tout comme d’autres dirigeants, d’ailleurs –, il a dit clairement à Davos que son gouvernement dépenserait beaucoup plus pour la défense nationale au cours des prochaines années. Cela signifie que bien des pays vont se disputer les nouvelles technologies et les matériaux traditionnels (l’acier, notamment) dont sont faites les machines de guerre. La fabrication de pointe devenant un secteur clé, l’Allemagne et les États-Unis sont en train de repenser leurs infrastructures industrielles, afin de pouvoir produire leurs propres armes. Il leur sera peut-être plus difficile de se doter de troupes à la hauteur, compte tenu du vieillissement de la population en Occident et du peu d’engouement des jeunes pour le service militaire. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy était aussi à Davos. Dans sa tenue militaire, il a demandé à ses alliés de continuer à le soutenir tout en les mettant en garde : l’armée russe comprend 1,4 million de soldats, dont 600 000 en Ukraine ou à proximité. La deuxième armée la plus importante en Europe est celle de l’Ukraine, qui aligne 800 000 combattants. Vient ensuite la France (200 000 soldats). Plus d’un tiers des approvisionnements en armes de l’Ukraine provient des États-Unis ; elle continue de construire des usines d’armement afin d’être moins dépendante de ses alliés. Mark Rutte, le nouveau secrétaire général de l’OTAN, a évoqué la menace croissante que constituent les dispositifs civils transformés en armes (drones, téléavertisseurs, etc.). M. Zelenskyy a suggéré que l’Europe se dote d’un « dôme de fer » similaire à celui d’Israël, afin de se protéger des missiles russes. D’autres mécanismes de défense pourraient s’imposer, y compris en matière de cybersécurité – la conduite de la guerre évolue en effet très vite et aucune nation n’est réellement à l’abri.

Q25 : L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les armes à la fois offensives et défensives. Qui, des pays démocratiques ou des États totalitaires, tirera le mieux son épingle du jeu ?

6. Intelligence artificielle : les agents du changement

À Davos, l’intelligence artificielle est devenue un thème aussi commun que celui des perspectives économiques ; le lien ne fait d’ailleurs que se renforcer. Naguère, c’était surtout les spécialistes de la technologie ou de l’éthique qui en parlaient ; à présent, c’est aussi le domaine des entrepreneurs, car les « agents IA » se sont multipliés dans les milieux de travail. Ce contenu est disponible en anglais seulement, on parle d’ailleurs d’agentic era (« l’ère des agents »). Ces dix dernières années, les États-Unis ont créé plus de 5 000 sociétés dont le mandat est d’aider les entreprises à mettre en œuvre de tels agents dans les centres d’appels, auprès des équipes de vente ou dans les arrière-boutiques. À Davos, le FEM a présenté les conclusions d’une de ses études : les entreprises qui adoptent rapidement l’IA engrangent des revenus supérieurs de 15 % à ceux de leurs rivales. La croissance la plus forte s’observe dans les secteurs des services financiers, des télécommunications et des médias. Toutes sortes d’entreprises publiques ou privées ont parlé de ce que leur apporte plus généralement l’IA, qu’il s’agisse d’accélérer la mise au point de nouveaux médicaments, de fournir des services municipaux dans des dizaines de langues ou de dépister plus tôt le cancer. Dans le domaine de l’éducation (à l’école ou au travail), « copilotes » et agents séduisent de plus en plus, car l’IA permet de personnaliser et de baliser de mieux en mieux les parcours d’apprentissage. Selon Marc Benioff, chef de la direction de Salesforce – l’un des chefs de file de la conception d’agents –, le défi que doivent maintenant relever les entreprises qui investissent en intelligence artificielle est de développer davantage que le simple savoir-faire technique. À tous les niveaux, les agents IA vont bientôt être prépondérants dans les entreprises ; la culture organisationnelle et la constitution d’équipes vont nécessiter de nouvelles approches, car les équipes de demain comprendront des agents axés sur l’apprentissage actif. Comme l’a expliqué M. Benioff à un auditoire de cadres dirigeants : « Nous serons les derniers à gérer des effectifs composés seulement d’humains. »

Q25 : La société est-elle prête à voir travailler côte à côte des humains et des agents IA?

7. La diversité, l’équité et l’inclusion aux oubliettes. Quel avenir, pour les politiques climatiques ?

À Davos, il était courant de parler de diversité, d’égalité et d’inclusion. Des thèmes centraux qui ne le sont plus, sinon pour servir de cibles aux attaques de certains politiciens. En qualifiant d’« absurdes » les programmes de soutien à la diversité et en annonçant à maintes reprises que les États-Unis seraient désormais une « méritocratie », M. Trump a mis la foule très mal à l’aise – on voyait presque des cheveux se hérisser dans l’assistance. Ses propos étaient pourtant moins perturbants que le discours prononcé plus tôt dans la journée par Javier Milei : raillant les défenseurs de la justice sociale, le président argentin a dit que, les droits étant inscrits dans la loi, nul n’a besoin de « privilèges » tels que les préférences à l’embauche. À l’abri des projecteurs, certains se sont demandé si le climat allait faire lui aussi l’objet d’un tel revirement, tandis que les Européens cherchaient à minimiser l’impact de décisions comme le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Beaucoup d’organismes axés jusqu’ici sur les changements climatiques semblent déjà changer discrètement leur fusil d’épaule pour, par exemple, revenir à la simple conservation de la nature. Un autre mouvement s’esquisse, consistant à utiliser les maigres enveloppes allouées pour aider particuliers et collectivités à s’adapter à un monde où les inondations et les incendies se multiplieront. Dans le rapport précité du FEM, cinq des dix risques à long terme les plus évoqués concernent encore les changements climatiques. Il faudra peut-être s’y attaquer différemment – et plus silencieusement…

Q25 : Face à la multiplication des catastrophes naturelles et aux dommages de plus en plus graves qu’elles entraînent, que va faire la nouvelle génération de gouvernements conservateurs ?

8. Les populistes doivent maintenant tenir les promesses faites au peuple

Parmi les penseurs politiques et les historiens présents à Davos, beaucoup écoutent ce que disent les nouveaux dirigeants nationaux et les réactions des électeurs qui les ont portés au pouvoir. Désormais, les populistes vont en effet devoir remplir leurs engagements, ce qui ne sera pas facile en ces temps de budgets restreints et d’attentes élevées. L’anthropologue et journaliste Gillian Tett, aujourd’hui doyenne de l’Université de Cambridge, a mis son auditoire en garde contre le « silence social » et contre les courants invisibles capables de faire vaciller n’importe quel gouvernement. Le plus grand danger, selon elle, serait un revers économique – ou, pire, une crise financière –, survenant alors que M. Trump vient d’annoncer un âge d’or et parle de consacrer l’argent des contribuables à l’IA ou aux cryptomonnaies, toutes choses dont le citoyen moyen n’a que faire. Le président est populaire aujourd’hui, mais les Américains pourraient devenir moins indulgents s’ils avaient l’impression que ses politiques profitent à ses conseillers les mieux nantis alors que l’économie va mal. Une telle éventualité généraliserait et exacerberait l’irritation contre les élites, particulièrement vivace chez les jeunes. Présenté à Davos, le Baromètre de confiance Edelman (un rapport annuel) témoigne d’une hausse alarmante, parmi les jeunes adultes, de l’acceptation de la violence comme moyen d’expression de leur mécontentement. Selon Lawrence Summers, économiste américain renommé, ancien secrétaire du Trésor et grand habitué de Davos, les gouvernements seraient bien avisés de se consacrer à la prestation de services à la population plutôt que de faire de grandes promesses et de tout restructurer ; les gens veulent des routes en bon état, des versements faits en temps et lieu ou encore des mesures d’assistance aux collectivités en difficulté. Des besoins qui ont souvent été ignorés, a ajouté M. Summers. Y répondre pourrait rétablir la confiance dans les institutions – la démocratie ne pourrait qu’y gagner.

Q25 : Les gouvernements des pays occidentaux seront-ils davantage populaires lors des prochaines élections ?

9. Le retour sur la Lune… pour commencer

Abstraction faite de toutes les discussions menées à Davos sur les marchés et les politiques (c’est le Forum économique mondial, après tout), on croise là-bas des gens d’action et des créateurs en tous genres. Cette année, l’accent était mis sur l’espace et – parfaitement ! – sur ses perspectives économiques. Un soir, sous une lune particulièrement brillante, j’ai parcouru la vallée de Davos pour me rendre à un petit dîner réunissant les dirigeants de plusieurs agences spatiales et certains des entrepreneurs qui sont en train de monter de tout nouveaux secteurs afin de pouvoir envoyer plus de gens et d’équipement en orbite ou sur notre satellite. Il y a de tout, parmi ces nouveaux explorateurs. Le Japon met au point des robots de l’espace et des engins capables de se poser à moins de 10 mètres de leur point prévu d’alunissage. Avec l’agence spatiale indienne, les Japonais planchent aussi sur la prochaine génération de rovers lunaires, qu’ils pensent pouvoir bientôt équiper de cabines pressurisées – les astronautes pourraient ainsi se déplacer sans avoir à revêtir leur scaphandre au complet. Les Saoudiens, eux, s’intéressent au lancement de satellites et à la récupération des débris dans l’espace. Une équipe du Massachusetts Institute of Technology a présenté un projet consistant à envoyer ce mois-ci un engin vers le pôle sud de la Lune, où la température varie de +1 à -200 degrés, afin d’étudier un cratère qui n’a encore été exploré qu’une fois. L’Agence spatiale européenne a elle aussi son grand projet ; il va s’agir de poursuivre un astéroïde qui se rapproche de nous – le vendredi 13 avril 2029, il passera à moins de 38 000 kilomètres de la Terre. L’investisseur américain Kam Ghaffarian faisait également partie des convives ; il a évoqué les centaines de millions de dollars qu’il mise dans de nouveaux lanceurs, avec son équipe de 700 personnes établie à Los Angeles. M. Ghaffarian pense que ce secteur va connaître l’une des plus fortes croissances, étant donné que les États-Unis, qui ont procédé à 145 mises en orbite l’année dernière (un nombre record, cinq plus élevé qu’en 2017), comptent désormais le faire… toutes les quelques semaines. Tous les mois, il y aura bientôt, de par le monde, beaucoup plus de lancements qu’aujourd’hui. L’an dernier, des entrepreneurs comme M. Ghaffarian ont réuni 8,6 milliards de dollars américains en vue de projets spatiaux – un secteur qui, selon une étude de McKinsey & Co., vaudra 1 800 milliards dans dix ans. Pour les amoureux de l’espace, ce n’est pas une question d’argent ; le but est d’aider les humains à s’élever au-dessus de leur condition et à voir leur planète d’en haut, là où frontières et conflits n’ont aucune réalité. Quant aux entreprises qui se font pourtant concurrence, c’est une question de collaboration. Comme l’a dit Mohammed Al-Tamimi, le chef de la direction de l’agence spatiale saoudienne, « aucun pays ne pourra se rendre et s’implanter sur la Lune s’il fait cavalier seul ».

Q25 : L’administration Trump lancera-t-elle officiellement un nouveau projet de conquête de Mars ?


Premier vice-président, Bureau du chef de la direction, Banque Royale du Canada, John Stackhouse dirige l’Institut d’action climatique RBC.

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L’Institut d’action climatique RBC et le Haut-commissariat du Royaume-Uni ont animé aujourd’hui à Ottawa une séance spéciale avec le corps diplomatique sur l’orientation de la politique climatique mondiale et sur la position du Canada pour le reste des années 2020. Voici quelques-uns des sujets dont j’ai traité lors d’une conversation animée par le haut-commissaire adjoint David Prodger :

  1. La politique climatique doit être recadrée (et peut-être remaniée) afin d’offrir des avantages directs sur le plan du coût de la vie. Je pense notamment à l’efficacité énergétique.
  2. Le mot « sécurité » pourrait bien faire partie des plus utilisés de l’année 2025. La politique climatique entraînera-t-elle un resserrement des exigences en matière de sécurité des exportations ? Nous pourrions mieux déployer nos systèmes industriels de tarification du carbone, gérés par les provinces, pour positionner les produits canadiens comme plus propres que les autres, surtout aux États-Unis et en Europe.
  3. On peut s’attendre à davantage d’alliances visant le double objectif de la sécurité énergétique et de l’action climatique. Le développement de l’approche du G7 à la coopération dans le domaine du nucléaire, par exemple, pourrait faire partie des responsabilités du Canada en tant qu’hôte en 2025.
  4. Le capital privé continuera de devancer la politique publique. Comme nous le démontrerons dans le rapport Action climatique 2025, les capitaux investis dans le climat continuent d’augmenter. Le rythme est insuffisant, certes, mais la tendance est à la hausse.
  5. L’innovation et la technologie seront des facteurs clés. Même en période de restrictions budgétaires, nous devrons investir de manière ambitieuse dans la recherche et le développement.
  6. Les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale devront assumer une plus grande part de la charge financière liée au climat pour les pays en développement. La Chine apportera-t-elle son aide ? Et comment les États-Unis réagiront-ils ?
  7. Les pays en développement continueront de faire pression à l’égard de la résilience et de l’adaptation. L’augmentation des fonds consacrés à la protection contre les catastrophes peut être bénéfique, à moins qu’elle ne se fasse au détriment de la prévention.
  8. Alors que les plus gros émetteurs de la planète, soit les États-Unis et la Chine, suivent leur propre voie, d’autres pays devront jeter des ponts entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, les riches et les pauvres, les grands et les petits. Le Canada devrait-il encore assumer ce rôle ?

Divers pays ont exprimé avec justesse leurs préoccupations quant à l’augmentation des obstacles à l’action climatique et la nécessité de renforcer la coopération internationale malgré les divisions qui s’accentuent dans le monde.

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Lors de la conférence Energy Disruptors: Unite qui a eu lieu à Calgary, j’ai rencontré Chana Martineau, cheffe de la direction de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC), avec qui j’ai discuté de réconciliation par la voie du développement économique. Femme issue des Premières Nations avec 30 années d’expérience en services bancaires et en service-conseils, Mme Martineau est particulièrement qualifiée pour aider les communautés autochtones à saisir des occasions économiques en les mettant en rapport avec l’entreprise privée. Son équipe interfonctionnelle composée de professionnels des marchés financiers, de spécialistes en relations autochtones et de professionnels de l’engagement fait de l’AIOC une référence en matière de bonne gouvernance et de gestion professionnelle. Mme Martineau a quelques conseils à offrir aux entreprises qui veulent établir des liens avec les communautés autochtones.

1. Organisation inédite, l’AIOC fait la preuve de la puissance de la mobilisation de capitaux autochtones pour permettre aux communautés de saisir des occasions économiques. Pouvez-vous nous retracer l’historique de l’AIOC ?

En 2019, le gouvernement de l’Alberta a tenu sa promesse électorale de créer une organisation qui faciliterait les investissements et la participation de groupes autochtones dans des projets commerciaux viables, chose impossible auparavant en raison des restrictions imposées par la Loi sur les Indiens. L’AIOC a été mise en place pour éliminer ces obstacles en fournissant les capitaux permettant une pleine participation à l’économie, créant, ce faisant, un modèle pour des projets à venir. Nous atteindrons nos cinq ans d’existence le mois prochain, et les possibilités de projets sont si nombreuses que nous n’arrivons parfois pas à suivre le rythme. Le besoin d’un tel programme est très clair.

2. Ce que vous avez réussi à accomplir en cinq ans à peine est vraiment remarquable, et maintenant plusieurs autres provinces vous emboîtent le pas. Quels conseils avez-vous à leur donner ?

Je suis impressionnée par l’esprit entrepreneurial et l’enthousiasme du gouvernement albertain. Il nous a simplement demandé de quoi nous avions besoin pour réaliser notre mission. Notre modèle de gouvernance est extrêmement important. Notre conseil se compose de cinq membres des Premières Nations, de deux membres de communautés métisses et de deux alliés. Il s’agit de personnes qui ont une très bonne compréhension des entreprises autochtones et des marchés financiers. Ces compétences sont importantes pour protéger les garanties sur prêts provinciales et pour saisir les intérêts communs des nations autochtones et de l’entreprise privée. On parle beaucoup de crise de la productivité au Canada. Résoudre cette crise exigera de la collaboration ; il ne fait aucun sens que chaque territoire ait son propre programme qui fonctionne en autonomie. Un tel potentiel de collaboration est particulièrement important pour la réalisation de grands projets d’infrastructure multiterritoriaux. Nous avons toujours fait preuve d’une grande ouverture afin de permettre aux nouveaux programmes de bénéficier de nos apprentissages. Nous voulons sensibiliser les Autochtones et les Canadiens aux avantages offerts par de tels partenariats, et les aider à en tirer profit.

3. La gouvernance est donc cruciale, tout comme le sont l’esprit entrepreneurial et le soutien de vos « actionnaires ». Ces partenariats semblent aptes à permettre de résoudre de nombreux problèmes. Pourquoi le marché ne les a-t-il pas déjà adoptés ?

Les entreprises veulent établir des partenariats avec les Autochtones, mais ces relations sont, de longue date, porteuses de conflits. Certaines entreprises craignent ces conflits potentiels. D’autres reconnaissent que des erreurs ont été commises de part et d’autre et que c’est là la raison d’être du cheminement vers la réconciliation. Elles sont maintenant prêtes à y participer. Notre équipe fait le pont entre les deux mondes. Nous connaissons les marchés financiers, les sociétés cotées en bourse, et le besoin d’offrir un rendement à l’actionnaire. Nous connaissons également les façons de faire et l’histoire des Autochtones. Nous pouvons donc veiller à ce que les partenariats respectent leurs valeurs. Nous mettons les gens en rapport et leur offrons une plateforme pour les discussions qui mèneront à la formation de partenariats profitables de part et d’autre.

4. C’est donc une stratégie très efficace. Qu’y a-t-il d’autre que les entreprises doivent savoir ?

Je crois qu’il faut être fermement enraciné dans ses valeurs. Les partenariats réussis ont toujours été marqués par cet engagement de la direction envers le respect des valeurs. Les équipes de développement et les équipes juridiques des entreprises sont axées avant tout sur l’efficience, et beaucoup moins sur la compréhension du point de vue de l’autre. Ce n’est pas l’approche des communautés autochtones, et il est important que les entreprises le comprennent. Les choses se dérouleront différemment, et c’est une bonne chose. Il faut un véritable leadership au plus haut niveau, ainsi qu’une détermination à persévérer jusqu’à la conclusion.

5. L’approche axée sur la compréhension de l’autre demande du temps, ce qui entre souvent en contradiction avec la philosophie d’entreprise. Comment les entreprises qui sont parvenues à conclure ces partenariats s’y sont-elles adaptées ?

Patience, persévérance et créativité : voilà les trois éléments clés. La créativité est très importante. Les enjeux ne se limitent pas à la conclusion d’ententes de partenariats. Il y a aussi la question des garanties sur prêts. À l’AIOC, nous gérons trois milliards de dollars de fonds publics albertains. Il s’agit là d’une lourde responsabilité envers les contribuables de l’Alberta. Ces opérations ne sont pas faciles à réaliser, et la barre est haute. Nous disposons d’une structure de crédit novatrice pour protéger les garanties sur prêts afin d’éviter que la province se retrouve en position de difficulté budgétaire advenant qu’une garantie sur prêt soit exercée. Notre évaluation de la solvabilité des parties doit donc être prudente, et les garanties sur prêts doivent être établies de manière qui fonctionne pour les communautés et pour les entreprises.

6. Voyons le point de vue des communautés autochtones. Quels sont quelques-uns des signes de réussite au sein des communautés ? Comment celles-ci voient-elles ces partenaires commerciaux et les structures que vous contribuez à créer ?

Certaines communautés ont déjà obtenu des retombées positives. Des partenariats ont contribué à transformer des relations conflictuelles en relations où règnent le respect, la compréhension et la collaboration. Nous constatons aussi une importante stimulation de l’activité économique au sein de ces communautés. Elles sont capables de reconstruire des lieux de rassemblement, prenant en charge toutes les étapes de la conclusion des contrats à la construction. Les emplois et les revenus sont en hausse, ce qui stimule l’activité économique et contribue à la solidité des communautés. Imaginez ces avantages tirés les quelque 43 nations et établissements qui ont pris part à nos opérations. Nous commençons à constater ces retombées économiques.

7. Comment aidez-vous les communautés n’ayant pas accès à des marchés de capitaux ou n’ayant pas d’expertise financière à saisir rapidement les occasions qui se présentent ?

Il y a beaucoup à apprendre en peu de temps. Nous leur offrons des subventions de capacité qui permettent d’accéder à des conseillers ou à du financement pour des services-conseils. Nos partenaires commerciaux contribuent également au financement de ce volet. Les membres des communautés autochtones peuvent voir le cycle de vie complet d’une opération – ils peuvent être présents à chaque réunion, assister à tout le processus de contrôle diligent et faire des visites de site. En comprenant le processus du début à la fin, ils peuvent interagir avec l’industrie. Ils peuvent maintenant demander : « Pourquoi nous parlez-vous de consultation ? Pourquoi ne nous offrez-vous pas une participation ? » Le dialogue a complètement changé. Les membres des communautés autochtones ne sont plus subordonnés à l’industrie, et j’en suis tellement fière.

8. Les avantages tirés de ces opérations ne doivent pas être exclusivement financiers, n’est-ce pas ? Il faut aussi prendre en compte le capital humain et culturel.

Vous devez savoir ce que ces opérations vous apportent. Quand il ne s’agit que d’argent, peu importe l’autre partie. Ce que vous tirerez de l’opération est concret et connu. Mais si vous n’avez pas pris le temps de chercher à comprendre votre partenaire, qu’il soit autochtone ou non, et à instaurer la confiance dès le départ, cela se fera sentir pendant les négociations.

9. Comment pouvons-nous tous – mais surtout les intervenants au sein des entreprises et des gouvernements – soutenir ce que vous faites ?

L’AIOC ne peut pas tout faire. Nous octroyons des garanties sur prêts, certes, mais il reste encore l’approvisionnement, la conclusion des contrats, les relations et l’embauche. Il faut que les organisations et les gouvernements commencent à appréhender différemment la façon dont ces relations sont établies. Si vous voulez embaucher plus d’Autochtones, par exemple, mais que les salons de l’emploi ne donnent aucun résultat, vous devez changer de méthode. Pourriez-vous commencer par un partenariat économique ? À quoi ressemble l’embauche actuellement ? Il s’agit d’une façon différente d’aborder la question. Je pense que beaucoup de gens se demandent comment y parvenir. Parlez avec vos voisins autochtones. Amorcez la discussion, et vous avancerez dans votre parcours.

10. Quelles sont une ou deux choses qui, vous l’espérez, auront évolué d’ici un an ?

J’espère que nous aurons soutenu davantage de partenariats. J’espère que nous aurons élargi la portée des opérations. J’espère que nous aurons conclu une ou deux opérations importantes qui changeront la donne au sein des territoires. Et j’espère que d’autres programmes auront été lancés.

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À Ottawa, il n’y a pas que la Colline du Parlement. J’y ai passé quelques jours la semaine dernière, avant le dépôt du budget fédéral, et j’ai eu l’occasion de rencontrer des constructeurs résidentiels, des métallurgistes, des propriétaires d’entreprises de logiciels, un innovateur du secteur des batteries, un exploitant d’autobus électriques, quelques acteurs de l’intelligence artificielle et le grand-père de Silicon Valley du Nord, sir Terry Matthews. Ce fut une plongée enrichissante dans l’économie dynamique d’Ottawa. Voici ce que j’en ai retenu :

Logement

  • L’opposition des résidents est la plus grande menace qui pèse sur le plan fédéral pour le logement. Nous voulons tous plus de logements, mais nous n’en voulons pas dans notre quartier.
  • Rien ne peut être construit sans infrastructure. On pense en particulier aux réseaux d’aqueduc et d’égout.
  • Il faudra peut-être tempérer l’enthousiasme suscité par les habitations préfabriquées. La réalité veut qu’elles soient généralement construites loin des centres de population et, par conséquent, qu’elles nécessitent un déplacement de la main-d’œuvre des usines à ces endroits.

Technologie

  • L’impôt sur les gains en capital (en fait, tout impôt sur la richesse) pourrait être la plus grande préoccupation budgétaire des entreprises de technologie. Tous les propriétaires d’entreprises que j’ai rencontrés peuvent déménager aux États-Unis dès demain s’il le faut.
  • L’immigration demeure la force vive du secteur canadien de la technologie, tout comme les collèges et les universités. Nous devons continuer d’investir.
  • La paralysie politique entourant des mécanismes fiscaux importants, comme le crédit d’impôt pour la recherche scientifique et le développement expérimental et Technologies du développement durable Canada, empêche les innovateurs canadiens d’obtenir un soutien essentiel.

Technologie propre

  • Le capital de risque bat de l’aile, en raison de la période prolongée de taux d’intérêt élevés. Faisons place au capital patient, y compris de la part des fonds de pension.
  • Du fait de l’incertitude politique, notamment en ce qui concerne les véhicules électriques, certains promoteurs et adopteurs précoces redoutent que l’essor de leurs marchés ne soit pas assez rapide.
  • L’approvisionnement demeure un obstacle de taille pour de nombreux propriétaires d’entreprise, car le marché canadien est parfois plus difficile que les marchés étrangers.

Intelligence artificielle

  • Le financement de la recherche sur les superordinateurs annoncé récemment donne un grand coup de pouce au secteur de la technologie.
  • La portée de la réglementation continue d’inquiéter les propriétaires d’entreprises, qui préfèrent avoir des lignes directrices fondées sur des principes, plutôt qu’une surabondance de prescriptions.
  • Comment pouvons-nous utiliser l’IA pour résoudre de grands problèmes, comme la transition énergétique et la construction de logements?

John Stackhouse est un auteur à succès au Canada et un expert de l’innovation et des bouleversements économiques. En tant que premier vice-président au bureau du chef de la direction de la Banque Royale du Canada, il dirige la recherche et le leadership éclairé de la Banque sur les changements économiques, technologiques et sociaux. Auparavant, il a été rédacteur en chef du Globe and Mail et directeur de la rédaction de Report on Business. Il a été agrégé supérieur au C.D. Institut Howe et à la Munk School of Global Affairs and Public Policy. Son dernier livre, « Planet Canada : How Our Expats Are Shaping the Future », se penche sur la ressource inexploitée que représentent les millions de Canadiens établis à l’étranger qui continuent d’exercer une influence au pays.

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Au début de février, l’Institut d’action climatique RBC a évalué pour la première fois les progrès réalisés au Canada pour lutter contre les changements climatiques et a convoqué plus de 100 chefs d’entreprise, investisseurs, experts en politiques publiques et dirigeants communautaires pour discuter de ses constatations et en débattre, ainsi que pour proposer des idées sur ce que le Canada peut faire pour accélérer le mouvement. L’évènement a fait salle comble, et l’enthousiasme qu’il a suscité est sans équivoque : l’engouement pour les idées climatiques est plus fort que jamais.

Notre rapport, intitulé L’urgence de mettre les bouchées doubles, montre que le Canada doit accroître ses investissements dans la lutte contre les changements climatiques pour les faire passer de 22 milliards de dollars en 2023 à environ 60 milliards de dollars par année pour le reste de la décennie, afin d’atteindre la neutralité carbone. La discussion, animée par Mark Carney, envoyé spécial des Nations Unies pour l’action et le financement en faveur du climat, et Dave McKay, PDG de RBC, a permis de formuler un éventail d’idées.

Voici ce que nous en avons retiré :

Les gouvernements doivent moins intervenir

Les subventions ne sont pas durables, et pourtant, la plupart des mesures de lutte contre les changements climatiques reposent sur ce type d’aide, que ce soit pour l’achat de thermopompes ou pour le captage industriel du carbone. Selon notre rapport, 80 % des dépenses liées à la lutte contre les changements climatiques au cours de la dernière décennie ont été financées par le gouvernement fédéral canadien. Cette situation s’explique en partie par l’influence de l’Inflation Reduction Act, un programme de subventions massives mis en place aux États-Unis que d’autres pays, dont le Canada, ont essayé de recréer. Selon le Fonds monétaire international, si tous les pays versaient autant de subventions que les États-Unis, la dette publique globale augmenterait de 40 % à 50 % au cours des 20 prochaines années.

Appel à l’action pour le climat : Le gouvernement fédéral canadien doit élargir son approche climatique pour élaborer des politiques commerciales axées sur le marché, notamment avec des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, dont le double objectif serait d’attirer les investissements tout en réduisant les émissions.

Cibler les grands émetteurs

Le secteur pétrolier représente la plus grande occasion de réduire les émissions et dispose du bilan financier et des liquidités nécessaires pour financer des efforts de décarbonisation à grande échelle. D’autres grands émetteurs, dans les secteurs de l’acier, de l’aluminium, du ciment et du transport maritime, sont également prêts à réduire leurs émissions et disposent des capitaux et des chaînes d’approvisionnement pour agir rapidement. En nous concentrant sur les grands émetteurs dans les années 2020, nous serons en mesure de nous attaquer à d’autres enjeux dans les années 2030, notamment l’approvisionnement en électricité et les technologies grand public.

Appel à l’action pour le climat : Élaborer un programme inspiré de l’Accélérateur de transition industrielle, une initiative mondiale lancée à la COP28 qui réunit des entreprises, des investisseurs et des gouvernements afin de réaliser de grands projets basés sur des technologies propres.

Un financement mixte est essentiel

Pour développer des technologies propres, il faut des capitaux, et la structure de notre marché financier n’est pas adaptée au risque, au rendement, ni à l’horizon temporel requis pour les investissements climatiques disponibles aujourd’hui. Ces capitaux ne peuvent pas non plus provenir d’une seule source. Plusieurs entrepreneurs canadiens ont fait part de leurs frustrations concernant l’accès au capital et se sont tournés vers les marchés étrangers pour leurs besoins d’investissement initiaux. L’une des difficultés qu’ils rencontrent est l’absence de grands fonds de capital-risque (et d’expertise en capital-risque) pour les technologies non éprouvées. Ils indiquent également que les banques et les fonds de pension, qui ont les capitaux nécessaires, sont peu enclins à prendre des risques, ce qui est particulièrement frustrant. Les contraintes règlementaires sur le capital des banques font partie du problème, et il a été suggéré que le gouvernement fédéral, par l’entremise du Bureau du surintendant des institutions financières, pourrait jouer un rôle plus constructif en assouplissant ces restrictions. Les fonds de pension du Canada, qui ont affecté une grande partie de leur capital à l’étranger pour diversifier leur exposition au risque et accroître les rendements, pourraient constituer une autre source potentielle de capital, mais pas au détriment de leurs obligations fiduciaires.

Appel à l’action pour le climat : Réunir divers portefeuilles de capitaux par l’entremise du Fonds de croissance du Canada pour accélérer la mise au point de technologies canadiennes, surtout dans le cadre des priorités stratégiques et des projets phares.

Se tourner vers les marchés émergents

En collaborant avec des organismes multilatéraux de développement comme la Banque mondiale, nous pouvons renouveler notre rôle dans le Sud global grâce à des actions de lutte contre les changements climatiques. Bon nombre des technologies nécessaires dans les marchés à croissance rapide (et à industrialisation rapide) sont fabriquées au Canada, qu’il s’agisse de captage et d’utilisation du carbone, de stockage de batteries ou de surveillance par satellite. Étant donné que les marchés émergents seront responsables de la majorité des nouvelles émissions mondiales au cours des 25 prochaines années, l’opportunité est évidente, tout comme les effets positifs sur les émissions mondiales.

Appel à l’action pour le climat : Promouvoir une stratégie commerciale axée sur les technologies propres, menée par Exportation et développement Canada, afin de doubler les exportations d’ici 2030.

Le Canada doit passer à la vitesse supérieure

Un cadre règlementaire fiable est primordial si le Canada veut que le secteur privé accélère la cadence. Il faut notamment mettre en place rapidement des crédits d’impôt à l’investissement et accroître la dotation du Fonds de croissance du Canada, qui est actuellement de 15 milliards de dollars. Le programme de contrats sur différence pour le carbone (qui sert essentiellement de garantie contre les changements de tarification du carbone) est également crucial. D’autres règlementations, notamment sur les émissions dans le secteur pétrolier et gazier, et dans le secteur de l’électricité, progressent lentement. Il est temps d’accélérer l’adoption de politiques qui attirent de nouveaux investissements dans les technologies durables. Pour investir davantage dans la décarbonisation, les entreprises ont besoin que les règlementations soient plus prévisibles. Trop de règlementations canadiennes, dont la Loi sur l’évaluation d’impact environnemental, baignent dans une incertitude politique et constitutionnelle. Si les règlementations peuvent être bénéfiques pour les affaires, les investisseurs doivent pouvoir être sûrs que l’intégrité de ces règles sera préservée, et ce, même si elles sont révisées, pendant le cycle de vie de leurs engagements.

Appel à l’action pour le climat : Créer une unité chargée du climat au sein du ministère des Finances pour accélérer la mise en œuvre de mesures fiscales, et lancer une version canadienne du Climate Change Committee mis en place en Grande-Bretagne pour suivre de façon indépendante les progrès réalisés grâce aux politiques publiques par rapport à des exigences claires en matière d’émissions.

La tarification du carbone industriel est la nouvelle norme

La taxe sur le carbone sur les consommateurs pourrait ne pas survivre aux prochaines élections, mais de nombreux analystes experts du sujet du climat ne s’inquiètent pas. Elle ne concerne qu’une petite partie des émissions, et son rôle dans la modification des comportements des consommateurs est encore amoindri par toutes les remises accordées. De nombreuses entreprises et de nombreux décideurs envisagent la possibilité de mettre en place un système de tarification du carbone industriel, peut-être au moyen d’un programme national de plafonnement et d’échange. L’Alberta et l’Ontario, les deux principaux émetteurs industriels, auront un rôle clé à jouer.

Appel à l’action pour le climat : Envisager la mise en place d’un système national d’échange de droits d’émissions industrielles qui incite les entreprises à tirer profit de la réduction de leur empreinte environnementale.

Taxonomie : une solution canadienne est nécessaire pour débloquer des capitaux

S’il y a bien un mot qui était sur toutes les lèvres lors du forum, c’est celui-ci : taxonomie. Bien qu’abstrait, ce terme recouvre une réalité qui présente un réel potentiel économique en tant que système de classification pour la finance verte et le financement de la transition. Si le Canada veut attirer les dizaines de milliards de dollars nécessaires pour faire progresser la décarbonisation, les institutions financières devront fournir aux entreprises qui cherchent à réunir des capitaux des normes sur lesquelles se baser pour qualifier un projet, ou un investissement, de vert ou le décrire comme favorisant la transition. De tels systèmes de classification sont en place en Europe et dans plusieurs marchés émergents. Un cadre pour une taxonomie canadienne de la transition, élaboré par une trentaine de grandes banques, de compagnies d’assurance et de caisses de retraite, est actuellement entre les mains du ministre fédéral des Finances.

Appel à l’action pour le climat : Faire avancer le projet fédéral de taxonomie afin de normaliser la classification des investissements verts et d’établir une référence pour les institutions financières.

Les marchés du carbone peuvent utiliser des capitaux privés

S’ils se développent rapidement en Europe et aux États-Unis, les marchés du carbone en sont encore au stade embryonnaire au Canada. Cette situation doit changer si nous voulons mobiliser des dizaines de milliards de dollars de capital pour récompenser les acteurs de l’économie qui réduisent les émissions. Voici un exemple concret : les agriculteurs canadiens qui adoptent de meilleures pratiques de gestion des sols pour capter et conserver le carbone, mais qui ne sont rémunérés que pour ce qu’ils produisent et non pour ce qu’ils préservent. Aux États-Unis, les entreprises alimentaires et les investisseurs peuvent récompenser les agriculteurs beaucoup plus facilement, comme ils peuvent le faire pour d’autres émetteurs qui investissent dans la réduction des émissions. Par conséquent, les marchés du carbone aux États-Unis représentent une opportunité d’une valeur estimée à 200 milliards de dollars américains par année.

Appel à l’action pour le climat : Réunir les principales entreprises de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, des investisseurs institutionnels et des organismes de règlementation provinciaux afin d’établir un cadre de surveillance, de déclaration et de vérification qui servira de base à un marché du carbone florissant.

Le méthane peut être notre objectif ambitieux

Certaines des plus grandes sociétés pétrolières et gazières, qui sont responsables de 40 % des émissions, dont Saudi Aramco, ExxonMobil et Chevron, se sont engagées à éliminer les émissions de méthane d’ici 2030. Le Canada est déjà un chef de file en matière de règlementation du méthane et fait partie d’un mouvement mondial visant à réduire les émissions de méthane. Nous pouvons assurer 25 % des réductions d’émissions que nous nous sommes engagés à réaliser d’ici 2030 si nous augmentons la portée des technologies déjà en place. Le gouvernement fédéral estime qu’il faudra 15 milliards de dollars pour réduire les émissions de méthane, ce qui en fait l’un des investissements les plus rentables pour réduire les émissions.

Appel à l’action pour le climat : Élaborer un atlas de surveillance des émissions de méthane pour le secteur pétrolier et gazier du Canada, dirigé par l’industrie, grâce à des investissements dans des entreprises en démarrage et au déploiement de technologies comme des capteurs satellitaires, aériens et terrestres.

Les consommateurs doivent être sensibilisés aux enjeux climatiques

Selon une étude RBC-Ipsos, les trois quarts des consommateurs ont besoin d’être davantage accompagnés et éduqués sur la question du climat. À cet égard, la sensibilisation aux enjeux climatiques et les politiques stratégiques jouent un rôle important. Un participant a affirmé que les politiciens avaient peur des consommateurs. Ils n’ont pourtant aucune crainte à avoir. Les principaux moteurs de l’action climatique sont les politiques qui catalysent la transformation. L’idée est de supprimer les obstacles pour aider les consommateurs à prendre des décisions respectueuses du climat, notamment en limitant les combustibles fossiles disponibles sur le marché pour orienter leurs dépenses vers des options plus écologiques.

Appel à l’action pour le climat : Utiliser divers contenus et canaux numériques, notamment des campagnes de sensibilisation créatives sur les médias sociaux, et des ressources et cours ludiques en ligne, pour inciter les Canadiens à participer aux actions climatiques qui s’offrent à eux et à réfléchir aux compromis inhérents à une transition.

Le Canada ne fera pas partie des meilleurs élèves en matière de lutte contre les changements climatiques si les gouvernements et l’industrie continuent de s’impliquer de loin, ou pire, sans se concerter. Nous avons besoin de davantage de modèles collaboratifs pour la planification, l’affectation des ressources et l’exécution de la stratégie industrielle. L’exemple de la Climate Smart Buildings Alliance a été cité; il s’agit d’un organisme fondé par Mattamy Homes, EllisDon et RBC pour élaborer des projets de démonstration de bâtiments et de collectivités à faibles émissions de carbone.

Comme l’a dit un intervenant, « L’heure n’est pas à la compétition, mais à la collaboration. » Cette démarche n’est pas qu’une question de fierté patriotique, elle peut donner de l’élan à de nouveaux modèles d’achat et de chaîne d’approvisionnement, favoriser de nouvelles approches de financement et encourager une prise de risques accrue. Comme cela a été démontré lors de la COP28, des puissances moyennes mondiales comme le Brésil et l’Inde jouent de leur influence et de leur pouvoir pour rafler la récompense ultime (des capitaux verts et un savoir-faire technique). Le Canada ne peut pas se contenter de la troisième place.


John Stackhouse est premier vice-président, Bureau du chef de la direction à RBC


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Le Canada est confronté à un triple défi économique, qui s’accompagne d’une triple occasion économique susceptible de jeter les bases de la croissance jusqu’aux années 2030.

Les trois sommets de ce nouveau triangle de croissance – la réconciliation économique, la productivité et l’action climatique – sont interdépendants. Autrement dit, nous ne pouvons pas en avoir un sans avoir les autres.

Cette idée est apparue clairement à la COP28 en décembre, où la croissance, la formation de capital et l’inclusion économique ont été présentées comme des axes importants pour atteindre nos objectifs climatiques. Le Canada pourrait en profiter pour adopter un positionnement stratégique, à condition de réaliser des ajustements conséquents.

Commençons par l’action climatique, avec une vérité crue : parvenir à zéro émission nette exigera des investissements d’une envergure jamais vue de notre vivant.

L’Institut d’action climatique RBC a récemment publié un rapport sur l’avancement de la transition au Canada, intitulé « Action climatique 2024 », dont le message principal est que nous faisons des progrès, mais que c’est loin d’être suffisant. En ce qui concerne le financement de la transition vers l’objectif zéro émission nette, nous devrons investir 60 milliards de dollars par année dans l’action climatique. Pour l’heure, nous investissons 22 milliards de dollars.

La bonne nouvelle est que l’investissement est à la hausse par rapport aux 15 milliards de dollars d’il y a trois ans à peine. La mauvaise nouvelle est qu’il faut au moins doubler ce chiffre, et de toute urgence. C’est pourquoi nous avons intitulé notre rapport « L’urgence de mettre les bouchées doubles ». (De plus, pour chaque année où nous n’investissons pas suffisamment, nous nous rapprochons de la nécessité de tripler l’investissement requis.)

Le montant semble intimidant, mais il ne représente que 1 % du PIB environ. Et si les capitaux sont bien investis, ils peuvent ajouter à la croissance économique et nous empêcher de retomber dans la stagnation qui prévalait depuis de longues années avant la pandémie.

Comme le savent tous les entrepreneurs, le capital n’est pas quelque chose qui est imprimé par les gouvernements ou par les banques, ou pas pour longtemps. C’est quelque chose que les entreprises et les secteurs en bonne santé attirent, génèrent et retiennent. Tout cela exige de la productivité.

Malheureusement, près de 80 % de l’action climatique canadienne de la dernière décennie a été financée par le gouvernement fédéral. Le Canada n’attire pas, ou ne retient pas le capital d’investissement, alors qu’en ce moment nous devons attirer des dizaines de milliards de dollars de plus par année pour financer à la fois la réconciliation économique et la transition vers une économie carboneutre. En fait, entre 2015 et 2022, les investissements des entreprises ont décliné de 16 %, avec notamment un recul massif des investissements dans les secteurs du pétrole et du gaz, des mines et de la foresterie. Et dans l’ensemble, les investissements ont été stables, au mieux, principalement soutenus par les investissements du gouvernement dans des domaines comme les hôpitaux et les autoroutes, et par notre investissement collectif dans l’immobilier.

Non seulement nous ne capitalisons et ne recapitalisons pas nos principaux secteurs de croissance, mais nous n’attirons pas suffisamment de capitaux internationaux. L’investissement canadien à l’étranger représente maintenant près du double de l’investissement direct étranger réalisé au Canada (102 contre 62 milliards de dollars).

Nous devrons revoir notre plan collectif pour financer la transition énergétique, un processus qui repose sur des projets à forte intensité capitalistique allant du captage du carbone à la réduction du méthane en passant par l’électricité éolienne et solaire, l’hydrogène et le stockage des batteries. L’un des catalyseurs est la réconciliation économique, en particulier le consentement et la participation des Autochtones, qui non seulement peut nous éviter des années de bataille judiciaire, mais aussi fournir le genre de responsabilité que recherchent les investisseurs à long terme soucieux du climat et de la nature.

Comme nous l’avons indiqué dans notre rapport « 92 à zéro » de 2023, l’objectif zéro émission nette ne peut pas être atteint sans la réconciliation économique énoncée dans la recommandation no 92 de la Commission de vérité et réconciliation.

Dans cet esprit, le potentiel de développement des ressources est toutefois considérable. Notre recherche montre que les terres autochtones du Canada représentent :

  • 56 % des projets miniers essentiels de pointe ;
  • 35 % des meilleurs sites solaires ;
  • 44 % des meilleurs sites éoliens pour la production d’énergie.

Si elle était développée de manière appropriée et durable, cette richesse en ressources pourrait générer environ 225 milliards de dollars d’investissements.

Nous ne pourrons pas nous engager sur ces chemins convergents – l’objectif zéro émission nette, la réconciliation, et une croissance économique plus durable – sans une nouvelle approche du partenariat avec les communautés autochtones. C’est l’une des obligations imposées par la nouvelle législation sur le consentement préalable, libre et éclairé. Par ailleurs, nous devrons adopter un capitalisme fondé sur le bon sens en vertu duquel la propriété et la responsabilité locales sont essentielles pour produire des rendements sains à long terme. L’équité au sein des projets est le fondement d’un développement prévisible, de meilleurs résultats environnementaux et de retombées sociales axées sur les collectivités. En d’autres termes, cette approche réduit les risques liés aux projets et améliore le rendement économique pour toutes les parties prenantes, y compris les promoteurs de projets.

Au-delà des occasions de libérer des capitaux pour financer la transition, nous pouvons encourager collectivement la réconciliation économique en investissant dans les infrastructures de base, ce qui sera également favorable à la productivité économique.

Services économiques RBC a soutenu l’Assemblée des Premières Nations dans le cadre d’un important projet de recherche intitulé « Combler les lacunes en matière d’infrastructure », au cours duquel les besoins en infrastructures des Premières Nations ont été estimés à 350 milliards de dollars en incluant le logement et les services de base comme l’eau. Les besoins des communautés inuites et métisses font considérablement augmenter ce chiffre.

Bien déployées, ces infrastructures pourraient accroître la croissance du PIB de 0,5 % par an selon les conclusions de l’APN-RBC.

Il y a beaucoup d’argent en jeu, mais les besoins et les résultats ne se limitent pas à l’aspect financier. Nous devons aussi nous concentrer sur le consentement, la sécurité et les personnes.

Le consentement est ce qui donne aux investisseurs, aux exploitants et aux chaînes logistiques la confiance nécessaire pour prendre des risques.

La sécurité leur donne le sentiment que ces risques seront évalués et gérés équitablement.

Les personnes font en sorte que les choses avancent et continuent d’avancer.

Examinons d’abord la question du consentement. Il y a quelques années, Phil Fontaine, conseiller spécial de RBC, et moi-même avons lancé une initiative de « cercles d’écoute » afin de sonder les collectivités de tout le pays et de mieux comprendre ce qu’elles entendent par consentement. Il n’y a pas de définition figée, et il n’y en aura peut-être jamais. Mais il est de plus en plus clair que le consentement est une affaire de temps, de discussions et d’équité.

C’est compliqué, compte tenu des échéances pour le climat comme celle de 2030, mais les projets de décarbonation nécessaires pour parvenir à zéro émission nette (entre autres, les minéraux critiques et les pipelines de carbone) n’aboutiront pas sans l’adhésion significative et durable des collectivités. L’un des meilleurs exemples est celui de la participation au capital. L’initiative 50/50 lancée par Hydro One, qui permet aux communautés autochtones de posséder la moitié des lignes de transport qui passent sur leur territoire, démontre comment de tels partenariats peuvent fonctionner.

La sécurité financière constitue un autre défi. Les communautés autochtones ne peuvent pas accéder aux capitaux nécessaires pour investir dans les projets sans une forme quelconque de soutien ou de garantie. La plupart ne disposent pas de bilan financier – la Loi sur les Indiens ne leur permet pas d’emprunter – et les revenus excédentaires issus de leurs entreprises ou des transferts du gouvernement fédéral ne sont pas suffisants pour rembourser les prêts en question. Cependant, à l’aide de garanties de prêts à l’image de celle qui a été mise au point par le gouvernement de l’Alberta, nous constatons que les communautés autochtones sont désireuses et capables d’emprunter et d’investir dans la structure de propriété de grands projets.

Nous pensons que c’est une excellente raison d’établir un programme de garantie de prêts pour les Autochtones comme celui qui a été annoncé dans l’Énoncé économique de l’automne 2023. Cela pourrait aider à mobiliser 10 milliards de dollars pour les communautés autochtones, et en même temps lever 10 fois ce montant sous la forme de partenariats et de capital privé. Une garantie souveraine permettrait également de réduire les coûts d’emprunt de 100 à 150 points de base dans de nombreux cas. Les communautés autochtones, collectivement, économiseraient ainsi plus de 100 millions de dollars par année.

Cela nous amène au troisième grand besoin, qui se rapporte aux personnes et aux compétences. Les communautés autochtones nécessitent et désirent être plus que des partenaires financiers dans cette nouvelle économie. Ils veulent participer en tant que propriétaires, gestionnaires, travailleurs et fournisseurs. Ce besoin est encore plus pressant face au déclin démographique qui menace le Canada. Mais pour que cela se produise et fonctionne, nous devons investir beaucoup plus dans notre système scolaire, de l’école maternelle au doctorat, afin de préparer les jeunes Autochtones aux emplois et aux rôles d’une nouvelle économie.

Il ne pourrait pas y avoir de meilleur moment pour agir :

  • les règlements avec le gouvernement fédéral se déroulent maintenant à un rythme et à une échelle qui peuvent être transformateurs pour les collectivités et les nations ;
  • les incitatifs fiscaux du gouvernement fédéral et de nombreux gouvernements provinciaux, y compris les incitatifs à l’investissement, commencent à faire effet ;
  • Les taux d’intérêt sont à la baisse, ce qui incite de nombreux investisseurs à long terme à rechercher de nouvelles occasions.

Lorsque des occasions se présenteront, nous devrons veiller à ne pas leur fermer la porte à cause de restrictions indues sur le capital. Si nous prenons l’exemple des garanties de prêts pour les Autochtones, toute restriction sectorielle visant le pétrole et le gaz ou les pipelines serait considérée comme néocoloniale. Dans de tels cas, il existe d’autres outils modernes, tels que les normes d’émissions et les principes environnementaux, que de nombreuses collectivités apprécieraient et souhaiteraient diriger.

Le gouvernement fédéral doit veiller à ne pas laisser les nouveaux outils, tels que les garanties, ralentir davantage le processus d’approbation et de développement des projets. Sous l’impulsion de la Cour suprême du Canada, Ottawa envisage de modifier sa loi relative à l’évaluation des incidences sur l’environnement, connue sous le nom de C-69, afin de permettre une plus grande souplesse et une plus grande responsabilité de la part des provinces. Il serait judicieux de veiller à ce que les projets autochtones se déroulent dans le même esprit.

En fait, le gouvernement fédéral devrait considérer tout cela comme une occasion unique de déclarer au monde – et aux Canadiens – que lorsqu’il s’agit de développer les ressources appartenant aux Autochtones, dans le cadre de projets respectueux du climat, le Canada est prêt à faire des affaires. D’ici la fin de cette année, nous pourrions voir une harmonisation des avantages fiscaux et des subventions pour les projets zéro émission nette, un programme national de garantie de prêts pour les Autochtones et des cadres réglementaires simplifiés, ce qui constituerait un nouveau triangle de croissance pour le Canada.

Si nous ne faisons pas ces changements, nous risquons de tourner en rond.

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