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Le Forum économique mondial (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) constitue toujours une source à la fois d’espoir et d’anxiété. L’édition de cette année donnait une impression aboutie de paradoxe.

Le rassemblement de dirigeants de gouvernements, d’entreprises et de la société civile, qui se tient à Davos en Suisse, pendant une semaine, avait pour objectif de mettre l’accent sur une crise de confiance mondiale. Et pourtant, au dernier jour du Forum, les principales bourses mondiales – qui constituent en soi un bon indicateur du niveau de confiance – ont clos leur journée à des niveaux records. En parallèle, un plus grand nombre de citoyens que jamais, dans un plus grand nombre de pays que jamais, se préparent cette année à voter dans le cadre d’élections démocratiques. Le commerce mondial, qui constitue une autre mesure du niveau de confiance qui prévaut, connaît une embellie, bien qu’elle soit lente.

Voilà qui résume en quelques mots ce que représente Davos : l’un des rassemblements les plus éclectiques et dynamiques au monde qui donne à la fois un bon aperçu sur l’année à venir et qui se trompe tout autant (médias sociaux, crise financière mondiale, Brexit et COVID) qu’il voit juste. L’édition de cette année du Forum, qui constituait la 54depuis la création de l’événement, a attiré 3 000 délégués (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), dont 350 chefs de gouvernement et ministres, et 80 dirigeants de la sécurité nationale. Il a également attiré des dirigeants du secteur technologique, des entrepreneurs, des universitaires et des militants sociaux du monde entier.

Et que dire de l’ambiance générale ? Mitigée sur le plan économique, amère en matière politique, enthousiaste à l’égard de la technologie et nerveuse sur les questions de sécurité. Un habitué du Forum a estimé, pour sa part, que l’ambiance en était une d’« optimisme réaliste ». Un autre préférait la formule « incertitude radicale », qui pourrait ouvrir la voie à une période de destruction créatrice et de progrès remarquable – ou tout simplement à une période de destruction.

Voici certains des faits saillants que j’en retire :

1. Le climat économique est mitigé

Les participants au Forum de Davos semblaient croire en une croissance économique modeste cette année ainsi qu’en un ralentissement de l’inflation, ce qui devrait permettre aux banques centrales d’abaisser les taux d’intérêt – mais ni de manière trop marquée ni trop rapidement. Les chefs d’entreprise et les économistes ont dans une large mesure appelé à un atterrissage en douceur de l’économie américaine. Rappelons cependant que tel était le sentiment qui prévalait à Davos il y a un an – et que l’économie américaine a achevé l’année 2023 en affichant une croissance du PIB supérieure à 2,5 %. L’absence de récession ainsi que des pressions persistantes sur les coûts pourraient empêcher l’inflation de ralentir beaucoup plus ou la Réserve fédérale américaine de se montrer plus agressive à l’égard des taux. Parmi les forces inflationnistes, citons les dépenses engagées aux États-Unis en cette année électorale, les perturbations commerciales comme celles observées dans la mer Rouge (guerre) et au canal de Panama (climat), de même que les pénuries de main-d’œuvre. Dans l’ensemble, les consommateurs nord-américains et européens sont en bonne santé financière. En vérité, les achats d’articles de luxe atteignent des sommets sans précédent. On observe également des sorties de capitaux importantes des pays du golfe Persique riches en pétrole, ce qui contribue à faire grimper le prix des actifs. Il convient cependant de tenir compte de facteurs impondérables dans la mesure où Washington consacre désormais 18 % de son budget au service de la dette, ce qui pourrait contraindre le gouvernement à réduire ses dépenses, tandis que les perspectives économiques de la Chine sont en baisse et que son marché immobilier recule. Ces deux économies, qui représentent le tiers du PIB mondial, pourraient présenter les risques les plus importants sur le plan de la croissance, tandis que les perspectives en matière de taux d’intérêt interviennent elles aussi dans l’équation.

2. La Chine connaît un tassement

En à peine cinq ans, la Chine est passée du statut de chef de file du Forum économique mondial à celui de pays à la traîne. Le premier ministre Li Qiang a tenté de modifier cette réalité en faisant ses débuts à Davos, en se faisant accompagner d’une importante délégation et en profitant du fait que le discours d’ouverture lui avait été réservé pour exposer au monde entier la résilience dont sait faire preuve son pays. Rares furent ceux qui se sont ralliés à cette position. Dans la période précédant la tenue du Forum économique de Davos, la Chine a connu des sorties massives d’investissements étrangers et, à la fin de la semaine, Shanghai avait cédé le premier rang à Tokyo en termes de capitalisation boursière totale. En 2023, la population chinoise a également reculé pour la deuxième année consécutive. Le taux de natalité n’a jamais été aussi bas et la Chine abrite désormais le plus grand nombre de personnes âgées au monde. Le premier ministre Li a exhorté Washington à lever les sanctions commerciales, à annuler les interdictions imposées aux universitaires, en plus d’abandonner les restrictions technologiques qui dissuadent de nombreuses entreprises de faire des affaires dans son pays. En 2023, le monde a enregistré 5 400 mesures commerciales, un niveau correspondant au double du niveau d’avant la pandémie, et environ 20 % d’entre elles visaient la Chine. En parallèle, les investissements se sont déplacés de manière significative vers le Vietnam, l’Indonésie, le Mexique et l’Inde – alors que des sociétés chinoises ont elles-mêmes contribué à ce mouvement en transférant des milliards vers ces pays. Le message des Américains et des Européens était clair : ils ne compteront plus sur un seul pays, ou sur une seule région, pour combler leurs besoins.

3. L’Amérique est en voie de se rééquilibrer

À Davos, les États-Unis se sont présentés comme une superpuissance isolée qui pourrait, cette année, s’engager dans deux directions distinctes. L’administration Biden avait chargé ses principaux représentants en matière de politique étrangère, soit Antony Blinken et Jake Sullivan, d’insister sur le fait que, pour reprendre les mots de Jake Sullivan : « nous ne nous replierons pas sur nous-mêmes ». Ils ont décrit la doctrine Biden comme en étant une à « géométrie variable », s’adaptant d’une région, d’une situation et d’un échéancier à l’autre. Cette approche repose sur une combinaison d’idéaux et d’intérêts que Jake Sullivan décrit comme tenant de la « concurrence stratégique à l’ère de l’interdépendance ». En d’autres termes, un monde habité de partenaires qui peuvent être tantôt des amis et tantôt des ennemis. L’équipe Biden a laissé entrevoir qu’elle continuerait à encadrer ses rivaux en imposant des sanctions, en prévoyant des restrictions technologiques et en faisant valoir sa puissance militaire, y compris en procédant à des frappes contre leurs représentants. Les adversaires de l’Amérique semblent avoir bien compris cela. Certains de ses amis ont également fait état de leurs inquiétudes à l’égard d’une éventuelle présidence Trump et d’un retour à un régime faisant passer avant tout les intérêts américains. Les Européens craignent que Trump n’assouplisse sa politique à l’égard de la Russie et se sont ralliés à la position d’autres groupes qui s’inquiètent du fait qu’un deuxième mandat du président Trump ferait preuve de dureté à l’égard de l’Europe, du Canada et du Mexique en matière commerciale. Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a déclaré que l’Europe devait renforcer ses capacités en matière de défense, de technologie, de même que son indépendance économique, afin de pouvoir traiter avec quiconque assumera le rôle de président l’an prochain en position de force. Quel que soit le résultat des élections de novembre, les perspectives de coopération mondiale sont limitées.

4. Le populisme a le vent en poupe

Le thème de la confiance a suscité de multiples discussions portant sur la démocratie et ce que rechercheront les électeurs du monde entier en 2024. La réponse se résume en un mot : changement. Cette année, 50 élections sont prévues dans divers pays ou régions allant de l’Indonésie à l’Inde et du Pakistan à l’Union européenne, à la Grande-Bretagne et au Mexique, sans compter les États-Unis bien évidemment. Aucune tendance spécifique ne se dessine à l’horizon, si ce n’est, dans de nombreux pays, l’appétit pour le changement d’une population marquée par la pandémie. Le nouveau président libertaire argentin, Javier Milei, a pris le devant de la scène pour livrer un discours allant parfaitement à l’encontre des vues du Forum économique mondial évoquant le pouvoir du capitalisme débridé et le caractère tenant de l’« extorsion » des impôts, livrant en cela le type de message déstabilisant de plus en plus en vogue. S’il est fort possible que le président Javier Milei constitue un cas particulier – le Wall Street Journal estimant notamment que son discours tenait de la « greffe de colonne vertébrale » –, on ne peut en dire autant de la soif en matière de changement politique et économique. Seulement 16 % des Américains estiment que leur gouvernement fédéral est apte « à faire ce qui s’impose » – cette proportion représentant un niveau record à la baisse après la crise financière, en plus de marquer un recul par rapport au niveau de 20 % qui prévalait en 2022. L’historien Niall Ferguson a comparé l’ambiance actuelle à l’âge d’or des années 20, alors que le populisme tant à droite qu’à gauche se tailla une nouvelle place, dans un contexte d’accentuation des inégalités de revenu. Une partie de ce phénomène trouve également ses racines dans la thématique globale que représente la confiance, alors que la pandémie a ébranlé la confiance qu’avaient de nombreuses personnes envers les institutions, et a façonné une nouvelle génération qui se montre moins optimiste quant à l’avenir.

5. L’IA divise

L’intelligence artificielle (IA) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) fut le principal mème de la semaine. Bill Gates a donné le ton en déclarant devant le public de Davos qu’il estimait que l’IA aurait un effet plus marqué que celui qui est associé à l’invention d’Internet. Les débats qui ont suivi se sont interrogés sur la mesure dans laquelle la foi que témoignent les membres du Forum envers la destruction créatrice – et qui consiste à laisser le marché choisir les gagnants – était justifiée dans une nouvelle ère technologique où la concentration des marchés semble croître à une vitesse vertigineuse. Une grande partie des échanges portant sur les cadres réglementaires ont mis l’accent sur la puissance des trois grands fournisseurs de services infonuagiques (Amazon, Microsoft et Google) et sur leur domination en matière de données, qui constituent le carburant fondamental de l’IA. « On ne dispose jamais de trop de données », a indiqué en guise de message d’avertissement Erik Brynjolfsson, qui dirige le Stanford Digital Economy Lab. Le Fonds monétaire international a également mis en garde contre les disparités économiques croissantes créées par l’IA entre les régions de même qu’entre les générations (bien que Satya Nadella, de la société Microsoft, et qui a grandi en Inde ait affirmé qu’il avait lui-même observé de ses propres yeux en quoi la technologie pouvait gommer les inégalités à travers le monde). D’autres ont souligné la mesure dans laquelle les gouvernements ne sont pas arrivés, à ce qu’il semblerait, à encadrer les médias sociaux alors que cette technologie en était encore à ses balbutiements. Les dirigeants européens, en particulier, ont insisté sur leur intention de réglementer l’IA même si cela devait ralentir l’innovation, tandis que les États-Unis et la Grande-Bretagne envisagent une approche plus permissive, préférant corriger les faux pas plutôt que d’empêcher tout progrès. « Si personne ne connaît l’avenir, nous pouvons intervenir à son endroit », a affirmé Jeremy Hunt, chancelier de l’Échiquier britannique. « Des choix s’offrent à nous. »

6. L’IA s’accélère

La principale avenue de Davos était parsemée de banderoles proclamant le pouvoir positif de l’IA, de nombreux magasins étant transformés en pavillons commerciaux pendant la semaine, avec pour objectif de promouvoir l’intelligence artificielle. J’ai moi-même assisté à un déjeuner qui s’est tenu dans l’un de ces magasins, organisé par une jeune entreprise américaine du domaine de l’IA, et qui souhaitait recueillir de la part de grandes entreprises des domaines de la fabrication industrielle, des soins de santé et de la robotique ce qu’elles retenaient de leurs expériences en matière d’IA. La conversation s’est résumée en un seul mot : productivité. La plupart des entreprises font appel à l’IA pour améliorer le rendement de leurs effectifs de vente, de leurs centres d’appel et de leurs équipes de codage – tout comme pour réduire le temps que consacrent les employés à la rédaction de rapports et à la production de présentations, activités que l’IA est en voie de parvenir à maîtriser. Peu d’employeurs présents à Davos, ou consultés dans le cadre des nombreux rapports produits par des cabinets-conseils publiés à l’occasion du Forum, ont affirmé qu’ils prévoyaient supprimer des emplois du fait de l’IA. La plupart d’entre eux ont déclaré qu’ils cherchaient plutôt à augmenter leurs revenus. Pour sa part, la société Accenture envisage de doter la plupart de ses 740 000 employés à travers le monde d’outils d’IA, tout comme elle l’a fait en leur offrant d’autres outils logiciels. Albert Bouria, le chef de la direction de Pfizer, a prédit « une renaissance du domaine des sciences de la vie », du fait de la rapidité avec laquelle l’IA est en mesure de scruter les séquences moléculaires pour les médicaments. Pour tirer parti du pouvoir créatif de l’IA, Sachin Dev Duggar, cofondateur de Builder.ai, a affirmé qu’il convenait d’opérer une transformation, l’importance accordée à la technologie devant céder le pas à la culture organisationnelle et à l’apprentissage. Pour le citer : « Comment peut-on s’y prendre pour faire en sorte que chaque employé porte une cape de superhéros plutôt que de penser que c’est l’IA qui est elle-même la superhéroïne ? »

7. L’IA est elle-même confrontée à des limites

Si les politiciens présents à Davos s’inquiétaient de l’emploi et de la vie privée, et si les chefs d’entreprise mettaient l’accent sur les performances ou le rendement, certains des responsables en matière de technologie dans le domaine de l’IA se sont ouverts quelque peu sur les limitations que présente cette approche, en soulignant que la rhétorique allait bien au-delà de ce que constitue la réalité. La faute en incomberait à YouTube. Il se pourrait fort bien que des modèles d’IA générative comme celui de ChatGPT soient en voie de s’approcher de leurs limites puisqu’ils se fondent sur l’apprentissage basé sur le texte et qu’ils ont déjà consommé la quasi-totalité de ce que l’univers a à offrir en matière textuelle. Cependant, aucun grand modèle de langage n’a encore conquis la vidéo ou n’est en mesure d’apprendre selon la méthode par tâtonnement, l’approche d’apprentissage la plus efficace pour les êtres humains. Yann LeCun, responsable de l’IA chez Meta, a affirmé qu’un enfant normal de quatre ans avait déjà absorbé 50 fois plus d’information que les plus grands modèles de langage. De surcroît, l’offre en matière d’information du genre humain s’étend davantage par le biais de la vidéo que par celui du texte. Un autre chercheur a expliqué que l’IA générative tenait dans une large mesure de l’association et non de la causalité, de telle sorte qu’elle présentait en soi des limites sur le plan de la logique et du jugement, sans compter les aspects relevant de la sensibilité et de la prévoyance. Comme ce chercheur l’a souligné, « c’est pour cela que les ordinateurs n’ont pas de sens commun ». Il a comparé la situation à celle qui concerne les avions et les oiseaux. Si les avions sont plus rapides que le sont les oiseaux, leurs capacités ne sont qu’une fraction de celles de ces derniers. Ce que l’IA générative est bel et bien en mesure de faire est d’aider les êtres humains à résoudre les problèmes, et notamment les problèmes qui nécessitent de découvrir de subtils modèles dans de vastes ensembles de données homogènes, comme c’est le cas de l’administration des médicaments, voire des modèles climatiques et leurs causes sous-jacentes.

8. L’enjeu du climat s’étiole

Au milieu de l’enthousiasme suscité par l’IA et de l’anxiété soulevée par les questions d’ordre géopolitique, il fut difficile de ne pas remarquer combien la question du climat en tant qu’enjeu (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) avait marqué un pas de recul lors du Forum. Voilà qui ne constitue pas nécessairement en soi une mauvaise chose. De nombreuses séances portant sur le climat auxquelles j’ai assisté – alors que seulement une poignée de personnes se trouvaient parfois dans la salle – étaient axées sur l’action, beaucoup plus que sur l’angoisse ou sur les annonces. J’ai assisté à un petit déjeuner de travail en présence de dirigeants des secteurs de l’énergie, de la finance et de l’industrie, qui ont convenu du fait que cette année devait être celle des décisions finales en matière d’investissement pour parvenir à faire en sorte qu’un nombre beaucoup plus important de projets de décarbonation puissent être lancés (ou mis en chantier). Parmi les obstacles qu’il convient de retenir, citons l’absence de tarification mondiale du carbone industriel, les coûts associés à la conformité ainsi qu’une pénurie de modèles opérationnels en matière de financement mixte pour les gouvernements, les investisseurs et les banques. Il pourrait être utile de mettre plus précisément l’accent sur quelques projets révolutionnaires assortis d’échéances claires. Alors que prévalent actuellement des taux d’intérêt plus élevés, s’imposent également des taux de rendement plus intéressants, notamment dans le domaine des énergies renouvelables, volet dont on souhaite qu’il se développe selon un multiple de trois d’ici 2030. Cela ne constituera pas une mince affaire alors que la réglementation et la résistance des communautés entravent déjà la croissance. Aux États-Unis, le nombre d’objections juridiques aux projets d’énergie solaire et éolienne s’est multiplié par six. Pour que le monde puisse mettre en place de massifs nouveaux systèmes énergétiques d’ici une demi-décennie, il pourrait être nécessaire de se doter de nouvelles approches en matière de gouvernance. Comme le soulignait l’économiste Mariana Mazzucato, « peut-être y aurait-il lieu d’aborder la question du changement climatique avec un sentiment d’urgence équivalent à celui que suscite la guerre ».

9. La construction est en plein essor

L’une des raisons pour lesquelles nous ne parvenons pas à atteindre nos objectifs climatiques est que nous continuons à construire au même rythme que nous le faisons depuis des décennies. Au cours des 25 prochaines années, devrait s’ajouter à travers le monde l’équivalent de l’ensemble du parc immobilier chinois, notamment dans les pays en développement, où des millions de personnes migrent vers les villes. À elle seule, l’Inde ajoute chaque année l’équivalent de ce que représente la ville de Chicago. La construction et l’exploitation des bâtiments représentent 26 % des émissions mondiales. Pour commencer, nous devons modifier les systèmes de chauffage et de refroidissement. Cependant, nous devons également transformer les briques, le béton, le verre et l’acier qui composent tous ces nouveaux bâtiments. Si l’Europe a ouvert la voie en matière de matériaux de construction recyclés, cette offre doit doubler d’ici 2030. La difficulté tient au fait que chaque ville, même en Europe, semble vouloir se doter de son propre code de construction, ce qui empêche les fournisseurs de créer des usines de recyclage de masse. J’ai assisté à une séance de travail réunissant des planificateurs et des constructeurs qui ont déclaré que, mis à part les défis, ils observaient que les coûts du recyclage en Europe se rapprochaient de la parité. Malgré tout, on n’observe aucun signe en faveur du recyclage dans les pays en développement, où la plupart des nouvelles structures du monde seront édifiées. « En définitive, tout doit être une question financière », a affirmé Christian Ulbrich, le chef de la direction du géant de l’immobilier JLL.

10. L’agriculture se développe

Se tenant dans une région connue pour l’élevage de vaches et de moutons, le Forum commence enfin à redonner à l’agriculture ses lettres de noblesse. À son ordre du jour figure la promotion des systèmes alimentaires. Du reste, le Forum a lancé l’initiative des « 100 millions d’agriculteurs » afin de faire progresser l’agriculture durable. Les systèmes agroalimentaires représentent 30 % des émissions mondiales de GES, 70 % de l’utilisation d’eau douce et 80 % de la déforestation tropicale, pressions qui pourraient s’accentuer dans un monde dont on prévoit qu’il accueillera 500 millions d’habitants de plus d’ici 2030. Le Forum a réuni des gouvernements, des entreprises alimentaires et des agriculteurs pour parvenir à résoudre ce problème, en grande partie en trouvant de nouveaux moyens de financer les agriculteurs tant pour ce qu’ils préservent que pour ce qu’ils produisent. J’ai eu l’occasion de rédiger un article à l’intention du Forum intitulé « 3 ways to unlock the potential of climate-smart agriculture » (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement),  qui s’est inscrit dans le débat sur cette question. J’ai également parlé à un groupe d’agriculteurs et de producteurs alimentaires du Mexique, de Malaisie et des Philippines, avant de participer à une séance de travail regroupant des ministres de l’Agriculture, des agriculteurs et des chefs de la direction du secteur de l’agroalimentaire qui visait à définir des options. Nous nous sommes entendus sur le fait que les gouvernements doivent remanier les subventions agricoles, qui totalisent annuellement quelque 3 000 milliards de dollars, afin de récompenser non seulement la production mais également la durabilité. S’offre également une autre occasion intéressante pour faire en sorte que les crédits de carbone permettent aux pollueurs de payer les agriculteurs pour les émissions captées par leurs terres. Les gouvernements et les universités doivent également réorienter les sommes consacrées à la recherche et au développement de manière à investir plus dans le domaine de l’agriculture, qui ne représente actuellement que 2 % du budget mondial en matière de recherche et développement. Comme l’a souligné le vice-président de la Tanzanie, Philip Mpango, à notre groupe : « nous devons rendre l’agriculture séduisante ».

Pour en savoir plus, allez à Économique RBC et Leadership avisé RBC.

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La semaine prochaine, je me rends au Forum économique mondial, où l’humeur devrait être maussade et, je l’espère, un peu plus humble, compte tenu de l’ampleur des conflits dans le monde. C’est la neuvième fois que je me rends à Davos, et je n’ai pas souvenir qu’une telle anxiété se soit jamais fait sentir à l’échelle internationale.

Voici quelques questions et idées que j’espère pouvoir approfondir :

Le conflit à Gaza se transforme-t-il en guerre régionale?

Au moment où le Hamas a attaqué Israël le 7 octobre, le risque connu était le Hezbollah. Le front Houthi, au Yémen, est une nouvelle variable imprévisible, tout comme la perspective émergente de l’envoi de troupes américaines (et autres) au combat. Des vies et la paix régionale sont en jeu, bien sûr. Il en est de même pour 15 % du commerce mondial qui transite par la mer Rouge.

Les États-Unis souhaitent-ils s’engager dans un conflit?

Jake Sullivan, qui occupe au sein de l’administration de Joe Biden la place qu’occupait Henry Kissinger sous Richard Nixon, sera présent à Davos pour exposer sa vision de la sécurité américaine dans un monde fracturé. La présence de Jake Sullivan coïncidera avec les caucus de l’Iowa aux États-Unis, qui nous permettront de connaître la popularité de Donald Trump au sein du Parti républicain. Le gouvernement de Joe Biden se retrouve confronté à de nombreux foyers de tension mondiaux à gérer en période électorale, que ce soit pour tenter de rétablir la paix ou pour prendre une position plus combattive.

Qui va prendre la place de la Chine?

Au milieu des années 2010, Xi Jinping était le leader en vue (selon les normes de Davos), les États-Unis se retirant de certains enjeux et la Chine devenant la nouvelle superpuissance. Cependant, les Chinois se sont faits discrets à Davos depuis la pandémie et ont cédé beaucoup de terrain à d’autres puissances émergentes, en particulier l’Inde et l’Arabie saoudite. Les deux pays ont fait du Forum une priorité stratégique, avec leurs propres pavillons, leurs programmes et leur assurance affichée pour tenter d’influencer la pensée mondiale.

La démocratie est-elle menacée?

Plus de la moitié de la population mondiale se rend aux urnes cette année, ce qui fait de 2024 une année historique avec un nombre record d’élections en une seule année (64 pays). Cependant, de l’Argentine à l’Inde, les principes démocratiques continuent d’être mis à mal, et cela semble également être le cas aux États-Unis. Selon l’Eurasia Group, le risque le plus élevé est la guerre que se mènent les États-Unis à eux-mêmes. Donald Trump reste une figure centrale à Davos; il ne sera pas présent, mais la perspective de son retour à la Maison-Blanche amène de nombreux pays à ajuster stratégiquement leur engagement envers les idéaux démocratiques.

La vérité est-elle en danger?

La désinformation est l’un des sujets d’actualité phares de cette année. En fait, le rapport annuel sur les risques mondiaux du Forum mentionne qu’il s’agit du principal risque perçu par ses membres, avant les préoccupations économiques et climatiques.

Y aura-t-il une opposition à l’IA?

Le principal sujet à l’ordre du jour du Forum de Davos est l’intelligence artificielle et son impact sur la société, les métiers, les soins de santé, l’éducation et la planète. J’ai hâte de savoir ce que les dirigeants des gouvernements et les décideurs en pensent, et si l’enthousiasme suscité par ChatGPT en 2023 laisse place, en 2024, à des remords, notamment en raison de la menace que cette technologie pourrait représenter.

Les guerres culturelles touchent-elles à leur fin ou ne font-elles que commencer?

Les facteurs ESG ne figurent nulle part dans le programme officiel de Davos, mais les thèmes perpétuels de l’environnement (climat), des considérations sociales (inclusion) et de la gouvernance (équité) ont été habilement renommés. Le Forum, jadis considéré comme les Jeux Olympiques du wokisme d’entreprise, a essayé de donner la parole à des voix populistes (sans grand succès) et d’aborder les enjeux qui leur sont chers. Son slogan « Rendre le monde meilleur » a également été de moins en moins mis en avant.

La guerre contre l’inflation perd-elle en intensité?

Davos attire beaucoup d’investisseurs importants et de gestionnaires de fonds, c’est donc l’endroit idéal pour évaluer la courbe de rendement. J’espère me faire une idée de l’optimisme des personnes présentes à Davos concernant un assouplissement de la politique monétaire, sachant qu’elles ont souvent tort. Parmi ces personnes, l’avis des keynésiens sera également intéressant, car la dette publique s’accumule et empêche peut-être les taux de baisser davantage.

D’autres guerres commerciales sont-elles à prévoir?

Créé dans les années 1970, le Forum était une plate-forme visant à permettre aux partisans du libre-échange de faire entendre les voix libérales sur le plan économique dans le monde entier. Aujourd’hui, il est rempli de protectionnistes modérés. Il y a l’Europe avec ses nouveaux tarifs douaniers climatiques visant à limiter l’importation de produits comme l’acier en provenance de pays à fortes émissions, et bien sûr, les États-Unis qui, quel que soit leur président, ne cachent pas leur volonté de donner la priorité à leur pays.

Le Canada peut-il être un artisan de la paix dans un monde en guerre?

On voit moins de représentants du Canada à Davos depuis que Justin Trudeau l’a utilisé en 2016 pour annoncer « le retour du Canada ». Chrystia Freeland, vice-première ministre, sera présente en tant que membre du conseil d’administration du FEM et pour défendre l’Ukraine, entre autres enjeux. Elle sera également amenée à aborder de nombreux autres sujets, notamment Israël et l’inflation. Cependant, il pourrait être plus important de se poser la question du rôle que le Canada peut jouer dans un monde aussi tourmenté. Le rôle d’archétype du pacificateur du Canada pourrait être plus nécessaire que jamais, mais de manières très différentes.

Vous pouvez suivre mes publications quotidiennes en direct de Davos sur ce canal social et sur rbc.com/fr/leadership-avise/.

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La COP des affaires. La COP du pétrole. La COP du pragmatisme. La COP de la capitulation. Il y a eu presque autant d’étiquettes accolées à la conférence sur le climat de Dubaï que de personnes présentes (100 000). Mais une chose est sûre : le rassemblement annuel des Nations unies ne sera possiblement plus jamais le même. Il y avait des vélos et des scooters électriques pour transporter les visiteurs sur le vaste site de l’exposition de Dubaï, des pare-soleil rétractables un peu partout et des hectares de pavillons intérieurs mettant en valeur tout ce que le Moyen-Orient fait dans la nouvelle économie. Et au dernier moment, un accord remarquable, bien qu’imparfait, a été conclu pour sortir le monde des combustibles fossiles.

Venons-nous d’assister à la fin de l’ère de l’or noir dans l’une des villes pétrolières les plus riches de la planète ? Ou était-ce davantage une manifestation politique qu’une volonté stratégique ? Quoi qu’il en soit, la 28e conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques passera à l’histoire comme un tournant dans la diplomatie liée au climat. Il s’agit peut-être d’une crise existentielle, peut-être d’une entrée dans la fleur de l’âge. Voici quelques-unes des tendances que j’y ai observées :

  • 1
  • L’action climatique est maintenant une affaire de gros sous

    Dubaï était une jolie métaphore de l’énigme de la COP, avec une culture d’affaires dynamique axée sur la carboneutralité. Les Émirats arabes unis ne se sont pas excusés de présenter un événement mettant l’accent sur le monde des affaires, l’organisant dans un immense parc commercial qui accueille normalement certaines des plus grandes foires capitalistes du monde. Des centaines de PDG et de méga-investisseurs et 2 500 lobbyistes ont participé à la COP, la transformant en Davos à saveur climatique. Beaucoup de chefs d’entreprise ont passé plus de temps à de somptueux événements parallèles dans de célèbres hôtels chics de Dubaï, où 37 milliards de dollars américains d’engagements ont été annoncés, dont 7 milliards pour la production alimentaire respectueuse du climat. À la conférence en tant que telle, les hôtes semblaient utiliser toutes les installations disponibles pour présenter leur approche climatique, avec des présentoirs multimédias, des robots à l’œuvre et des zones créatives qui rappelaient Las Vegas. Une impression de Cirque du Soleil ?

  • 2
  • On est loin de Paris

    L’encre n’est pas encore sèche sur le communiqué final, mais la COP28 restera probablement dans les mémoires comme la croisée des chemins depuis Paris en 2015. À l’époque, la COP21 misait tout sur l’ambition, la planète s’engageant alors à réduire les émissions de gaz à effet de serre de manière assez importante et rapide pour éviter des répercussions climatiques catastrophiques. Depuis, les progrès ont été inégaux, comme en témoigne l’exercice de bilan effectué à Dubaï. Le thème de la conférence (unir, agir, fournir) reflète une perspective plus pragmatique en vertu de laquelle le monde pourrait bientôt admettre que les objectifs de Paris mis à jour à la COP26 de Glasgow risquent de ne pas être atteints, du moins pas dans les délais impartis. Cette COP n’a pas été exempte de promesses. Plus de 150 pays, dont le Canada, et 50 grandes sociétés pétrolières et gazières se sont engagés à réduire les émissions de méthane (un puissant gaz à effet de serre) de 75 % d’ici 2030. Ils ont ajouté un milliard de dollars américains de mesures pour y parvenir. S’ils tiennent leur promesse, on se souviendra de Dubaï comme du tremplin pour l’action.

  • 3
  • Le nerf de la guerre, c’est le pétrole, évidemment

    L’hôte de la COP, Sultan al Jabbar, dirige aussi la principale société pétrolière et gazière des Émirats arabes unis et joue un rôle important au sein de l’OPEP. Ce fut donc le franchissement d’une étape majeure quand il a annoncé, au début de la conférence, la promesse de 50 grandes pétrolières, représentant 40 % de la production mondiale, de décarboner leurs activités d’ici 2050, et à la fin de celle-ci, le tout premier engagement international concernant la sortie des combustibles fossiles. On ne sait pas encore où, quand ni comment cela se fera, mais la COP28 aura tracé une ligne dans le sable. Pour les Émirats arabes unis, qui produisent trois millions de barils par jour et envisagent d’augmenter ce volume, l’insistance finalement infructueuse de nombreux pays en faveur d’un « abandon progressif » des combustibles fossiles était malaisante. L’Arabie saoudite voisine a déployé tous les efforts possibles pour empêcher la diabolisation du pétrole, tandis que les États-Unis ont éludé le fait qu’ils sont maintenant les premiers producteurs au monde. La Chine et l’Inde, qui dominent la production de charbon, se sont également montrées discrètes. Malgré les engagements diplomatiques, les combustibles fossiles comptent toujours pour 80 % de la consommation mondiale d’énergie, soit à peine moins que dans les années 1990 (82 %). La hausse prévue des exportations américaines de GNL en 2026 ne fera qu’accentuer cette pression, tout comme les 5 000 usines de charbon de l’Asie qui continuent de croître.

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  • Mais non, ce sont les énergies renouvelables

    La montée irréversible des énergies renouvelables a été l’un des points importants abordés à la COP28. Un engagement a été pris concernant la multiplication par trois des énergies renouvelables d’ici 2030 et celle par deux de l’efficacité énergétique. L’énergie éolienne et l’énergie solaire sont omniprésentes aux Émirats arabes unis, qui se targuent d’être une puissance en matière d’énergies renouvelables. Il a aussi été question d’hydrogène vert à la conférence, c’est-à-dire de l’hydrogène créé au moyen d’énergie éolienne ou solaire et habituellement converti en ammoniac avant d’être expédié vers les marchés énergivores. Le grand gagnant à court terme, c’est le transport maritime, qui passe rapidement du diesel à l’ammoniac pour se conformer aux nouvelles normes internationales. Par ailleurs, l’industrie lourde – pensons à l’acier allemand – est activement à la recherche de solutions à base d’hydrogène. Qui deviendra donc le fournisseur numéro un ? Les Saoudiens et les Chinois travaillent ensemble en Asie pour exercer une emprise précoce, tandis que les États-Unis projettent une stratégie plus ambitieuse d’exportation d’hydrogène. Si l’on met en place des mesures incitatives adéquates pour faire concurrence aux combustibles fossiles, le Texas pourrait être le plus grand rival de l’alliance sino-saoudienne au chapitre de l’hydrogène. Et puis, il y a le Canada, avec des propositions à Terre-Neuve, en Nouvelle-Écosse et au Québec. La course à l’hydrogène vert est lancée.

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  • Ou est-ce un mélange des deux ?

    La sécurité énergétique n’est pas une expression populaire aux COP, mais c’est clairement l’une des priorités de l’administration Biden. Certes, John Kerry obtient encore la majeure partie du temps de parole à ces conférences, avec ses gifles à la Al Gore contre les grandes pétrolières. Mais loin du micro, d’autres responsables ont présenté un point de vue plus pragmatique, enraciné dans la sécurité nationale. Ils veulent éviter la dépendance à l’égard d’un fournisseur unique de quoi que ce soit. Autrement dit, les États-Unis et leurs alliés devront produire un vaste éventail d’énergies, même si cela coûte un peu plus cher à l’économie. L’énergie nucléaire, par exemple, pourrait prendre une place beaucoup plus importante ; 20 pays, dont le Canada, se sont d’ailleurs engagés à en tripler la production d’ici 2050. Pour atteindre la carboneutralité, il faudra 100 gigawatts d’énergie nucléaire supplémentaire, soit 10 fois les niveaux actuels. La Chine est une autre puissance nucléaire qui aspire à devenir un leader du secteur. Elle compte actuellement 22 centrales en développement. Les États-Unis, quant à eux, commencent à parler de la fusion nucléaire comme d’un atout déterminant. L’appétit pour « toutes les réponses précédentes » semble intact.

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  • Le Grand jeu : vers 2050

    Il n’était pas nécessaire de beaucoup s’éloigner de la salle de négociation pour constater que le monde est divisé. Les principaux producteurs de pétrole, y compris l’Iran, ont fait peu de bruit. On a largement continué à considérer la Russie comme un acteur indésirable, en dépit de son statut de puissance énergétique. L’Inde, pays qui produit énormément de charbon, a fait profil bas, tout comme la Grande-Bretagne, dont le gouvernement a revu à la baisse les engagements en matière de climat. En revanche, la colère grandissante des pays les plus pauvres, qui subissent de plein fouet les effets des changements climatiques, est palpable. Une fois de plus, la Chine joue un rôle pivot. Le pavillon chinois était le deuxième plus gros sur le site, après celui de l’Arabie saoudite. Il attirait notamment des pays africains intéressés par les technologies agricoles. Beijing et Riyad ont affiché leurs intentions concernant l’hydrogène vert. La Chine s’est même efforcée de se montrer coopérative avec les États-Unis, les envoyés spéciaux des deux pays, John Kerry et Xie Zhenhua, travaillant ensemble à l’atteinte d’un consensus. Les deux hommes, qui sont les piliers du mouvement climatique mondial, sont censés prendre leur retraite l’an prochain. Mais celui qui fait le plus trembler la foule des COP – Donald Trump – n’était pas là. Si M Trump, qui a exclu les États-Unis des discussions de l’ONU sur le climat, revient à la Maison-Blanche, tous les paris de Dubaï sont ouverts.

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  • La division canadienne entre le fédéral et certaines provinces

    Le Canada a joué un rôle prépondérant à l’occasion de cette COP. Le ministre du Changement climatique, Steven Guilbeault, qui a participé aux 28 COP, a présidé les efforts visant à conclure un accord définitif sur les combustibles fossiles et a continué à inciter les autres pays à adopter la tarification du carbone. Le gouvernement canadien a également profité de la conférence pour dévoiler son projet de plafonnement des émissions pour les secteurs du pétrole et du gaz, une première pour un pays producteur de pétrole (le Canada est le quatrième en importance au monde). Mais si M. Guilbeault, un ancien militant écologiste, a joui d’une place au soleil à la plupart des COP, il a vu passer quelques nuages à Dubaï. Deux conservateurs, Danielle Smith, première ministre de l’Alberta, et Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan, sont venus à la COP pour défendre une politique climatique différente. Les deux dirigent des provinces dont l’économie dépend d’industries polluantes et n’ont pas manqué de souligner les raisons pour lesquelles la planète aura besoin de pétrole et de gaz pendant plus longtemps que le souhaiteraient les écologistes. Les deux provinces ont tenu leur propre pavillon à l’écart de la zone officielle, afin de donner une tribune aux voix énergétiques, agricoles et autochtones qui n’avaient pas autant de temps d’antenne au pavillon fédéral.

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  • Des fondations conçues pour durer

    Y a-t-il meilleur endroit que Dubaï pour parler d’une révolution immobilière ? La ville n’était qu’un bled isolé à l’époque de la première COP ; aujourd’hui, c’est un mini-Manhattan qui rêve de grandir encore plus. Ce lieu éblouissant, avec sa ligne d’horizon de verre et d’acier, est le royaume de la climatisation. Dubaï donne aussi un avant-goût de ce qui pourrait se passer dans le monde au cours des 25 prochaines années, car on s’attend à ce que l’environnement bâti double. C’est inquiétant, étant donné que la construction est à l’origine de 38 milliards de tonnes d’émissions de carbone, ce qui représente 40 % de l’objectif mondial de réduction pour atteindre la carboneutralité. De nombreuses mesures sont toutefois prises à ce sujet. On a pu voir, à l’exposition en plein air de Dubaï, des technologies de construction hors site, des machines électriques et de nouveaux matériaux qui permettent de diminuer le bilan carbone des bâtiments. Les nombreuses villes désormais représentées à la COP ont par ailleurs montré des exemples de recyclage d’acier et de capture du carbone pour la fabrication de ciment. Hong Kong fait partie des chefs de file. En seulement trois ans, son secteur de la construction est passé d’une dépendance à 100 % au gaz à un fonctionnement à 60 % à batterie. Une préoccupation pour les ingénieurs : la hausse des températures les oblige à repenser tout ce qu’ils construisent – nulle part plus qu’à Dubaï.

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  • Les marchés du carbone deviennent concrets

    Rio Tinto est l’une des plus grandes sociétés minières du monde, et en matière de climat, elle a un défi de taille à relever. L’entreprise n’atteindra pas ses objectifs d’émissions de 2025. Elle devra donc dépenser beaucoup d’argent (possiblement un milliard de dollars par année) pour acheter des compensations carbone. En outre, Rio Tinto devra rivaliser avec des sociétés telles que Google et Microsoft pour l’obtention d’un nombre limité de compensations crédibles. Dans les 12 mois qui ont précédé la COP28, il y a eu une série de scandales liés aux compensations qui ont attisé la nervosité des marchés du carbone et des acheteurs. Cette pression provient d’une part des difficultés croissantes d’un nouveau mécanisme et d’autre part des efforts concertés des militants écologistes pour s’assurer que les compensations ne deviennent pas un moyen facile et bon marché d’éviter la mise en œuvre de véritables mesures de décarbonation. Les émetteurs allouant des milliards de dollars aux compensations, de plus en plus de développeurs introduisent de nouveaux types de compensations sur les marchés, allant des efforts de préservation de la nature aux technologies d’élimination du carbone. Un élément à retenir de Dubaï : l’agriculture durable. Plus les agriculteurs parviendront à mesurer la quantité de carbone que leur sol capture, plus les investisseurs et les entreprises se tourneront vers eux pour des compensations.

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  • Le mot clé de la COP28 : rentabilité

    Où est l’argent ? C’est une question drôle à entendre aux Émirats arabes unis, où vit la famille la plus riche du monde et où l’on trouve le plus grand nombre de millionnaires (100 000 au dernier recensement). La COP de cette année n’a pas fait exception en ce qui a trait à la difficulté à mobiliser des capitaux pour le climat. Sur les 200 000 milliards de dollars américains d’investissements institutionnels dans le monde, moins de 3 % sont consacrés à la transition énergétique et seulement 1 100 milliards de dollars américains vont aux énergies renouvelables et à l’électrification des transports. Bien des débats à Dubaï se sont résumés à un seul mot : le profit. Les investissements dans les technologies respectueuses du climat, dont les technologies propres, ne génèrent pas les rendements réels nécessaires pour attirer plus de capitaux. La hausse des taux d’intérêt a été un coup dur, mais le plus grand défi demeure les modèles économiques sous-jacents. L’action climatique doit générer des revenus, et il n’y a pas assez de nouveaux modèles d’affaires qui s’appuient sur autre chose que des subventions et du capital-risque. Il faudra davantage de financement mixte mettant en commun des fonds publics et privés. Selon Andrew Steer, qui dirige le Bezos Earth Fund, nous avons besoin d’une équipe tactique pour la planète. Mais cela ne suffira pas. L’apport de capitaux ne va s’accélérer que lorsque les exigences relatives à l’action climatique seront renforcées. Et sur ce front, de nombreuses ambitions de Dubaï risquent d’être laissées au milieu du désert en attendant que le reste du monde bouge.


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Avantages et désavantages du plafonnement des GES

Il est enfin ici, mais pas encore là. Le gouvernement fédéral a jeté les bases de sa politique climatique la plus ambitieuse à ce jour, en dévoilant au milieu de la COP28 son cadre de plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, très médiatisé (et pour certains, très craint).

Aucun autre pays exportateur de pétrole et de gaz n’a plafonné ses émissions. Le Canada, quatrième producteur de pétrole au monde, vise maintenant à réduire ses émissions de 35 à 38 % d’ici 2030.

Pour y parvenir, le gouvernement veut limiter les émissions du secteur et établir un système de plafonnement et d’échange qui imposerait des pénalités aux producteurs qui dépassent le plafond. Les sommes ainsi amassées seraient investies dans des fonds de technologies propres ou, au besoin, serviraient à l’achat de crédits compensatoires de carbone.

Les grands producteurs de pétrole pensent qu’ils sont déjà en bonne voie d’atteindre ces objectifs, en utilisant des technologies de réduction comme le captage du carbone, mais ils n’y parviendront pas avant le milieu des années 2030. Il faut ensuite tenir compte des compétences territoriales. L’Alberta a été prompte à déclarer qu’Ottawa n’a pas le droit de dire aux provinces comment gérer leurs ressources naturelles.

Ottawa a publié son cadre de plafonnement et tiendra des consultations pendant 60 jours. Voici quelques-unes des questions que nous nous posons :

  1. À quoi ressemblera la demande de pétrole et de gaz dans les années 2030 ? Le gouvernement fédéral a fait état d’une prévision de la Régie de l’énergie du Canada qui table sur une augmentation de la production de pétrole en 2030, à 5,1 millions de barils par jour, la majeure partie de cette hausse étant attribuable aux sables bitumineux et au projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain. La production de gaz restera stable, tandis que les exportations de GNL seront beaucoup plus élevées. Si rien n’est fait, les émissions du secteur passeront de 174 mégatonnes en 2019 à 199 mégatonnes en 2030. Mais grâce aux technologies de réduction, les émissions devraient baisser à 134 mégatonnes, ce qui s’alignerait sur le plafond.
  2. Où est l’argent ? Le secteur ne réussira pas à réduire autant ses émissions sans subventions massives d’Ottawa et des provinces. Tout d’abord, il y a l’Alliance Nouvelles voies, un groupe d’entreprises de sables bitumineux qui cherchent à élaborer un vaste projet de captage et de séquestration de leurs émissions. Ses membres négocient toujours les modalités avec le gouvernement et s’attendent à ce qu’un protocole d’entente soit signé d’ici quelques semaines. Ils devront toutefois obtenir des engagements financiers clairs avant de tout mettre en branle. Pour cela, Ottawa doit, entre autres, fournir beaucoup plus de précisions quant à sa proposition de crédits d’impôt à l’investissement, dont l’échéance actuelle est fixée à 2030.
  3. Ottawa peut-elle mettre sur pied une plateforme technologique crédible ? Les entreprises feront probablement pression pour obtenir le droit d’affecter leur propre argent à leurs projets de technologies propres, sous réserve d’engagements à réduire les émissions. D’autres demanderont la mise en place d’un fonds indépendant, à l’instar d’Emissions Reduction Alberta, pour recueillir de l’argent auprès des émetteurs et le verser ensuite à des projets crédibles. Ces montants se chiffreront en milliards, ce qui pourrait aider l’Alberta à se positionner comme un chef de file mondial dans la transition énergétique. Ou créer un bel imbroglio.
  4. Le plafond peut-il inclure une approche plus propre pour les crédits compensatoires ? Le cadre de plafonnement offre beaucoup de souplesse en regard des crédits compensatoires, y compris les crédits internationaux, afin d’aider les émetteurs qui ne parviennent pas à réduire leurs émissions en temps voulu. Le commerce mondial de la compensation a cependant fait l’objet de critiques croissantes cette année, surtout à cause de doutes quant à l’intégrité des activités favorables au climat comme le reboisement et la protection des terres. La crédibilité du plafond dépendra en partie de celle des crédits compensatoires achetés par les entreprises.
  5. Que pensent les autres provinces ? Tous les regards sont tournés vers l’Alberta et la question est de savoir si le plafond fédéral peut s’aligner sur le système provincial. Les enjeux d’« interopérabilité » ne s’arrêtent toutefois pas là. Le plafond s’applique également aux ambitions de la Colombie-Britannique en matière de GNL, aux rêves de forage pétrolier en mer de Terre-Neuve et aux activités pétrolières conventionnelles de la Saskatchewan, qui fonctionnent toutes selon un régime d’émissions différent. Chaque province peut vouloir conserver ses paiements de redevances d’émissions, mais un marché libre pourrait être nécessaire pour disposer de plus d’options.
  6. Quelle sera la marge de manœuvre ? Il serait présomptueux de penser que le secteur pourra réduire ses émissions d’ici 2030. Le cadre comprend donc d’importants « amortisseurs » pour tenir compte des fluctuations de la production – les marchés du pétrole et du gaz sont volatils par nature – et de retards éventuels dans le déploiement de la technologie. Il offre ce que l’on appelle des « périodes de conformité pluriannuelles » qui s’apparentent à une prolongation de trois ans si les projets de réduction du carbone n’étaient pas achevés d’ici 2030.
  7. Y aura-t-il des peines d’emprisonnement ? Jusqu’à présent, les sanctions prévues en cas de non-conformité sont vagues, allant d’une lettre d’avertissement à une possible peine d’emprisonnement en vertu de la législation sur la protection de l’environnement qui régira le plafond. Le manque de clarté des mesures d’application de la loi continuera de causer de l’anxiété chez les cadres qui doivent veiller à ce que tout fonctionne. Un plafond adéquat nécessitera une surveillance adéquate.

Après un hiver de consultations, le fédéral devra, selon toute vraisemblance, passer une autre année à intégrer le plafond à la loi. Et d’ici là – sinon avant – le Canada se trouvera en pleine campagne électorale. Ce qui signifie que tout cela pourrait être le prélude à un vif débat national sur le rôle futur du pétrole et du gaz au sein de notre économie.

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Assurer le financement climatique

C’était la journée de la finance à la #COP28, et la question de l’argent était sur toutes les lèvres.

C’est un sujet auquel on peut s’attendre à Dubaï, avec son étalage ostentatoire de richesse et d’ambition à chaque coin de rue. Mais à la grande conférence sur le climat des Nations Unies qui se tient ici, on a entendu de nombreuses questions sur la provenance de cet argent et à quoi il devrait être affecté.

Conclusion : nous devons mobiliser 100 000 milliards de dollars au cours des 25 prochaines années, et même pour Dubaï, amasser cette somme nécessite une certaine imagination.

Commençons par les gros montants. L’hôte de la conférence de cette année, les Émirats arabes unis, fait partie des nombreux pays qui souhaitent investir dans cette nouvelle ère de développement sans émissions. La COP (pour la Conférence des Parties qui ont signé la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques) de Dubaï a déjà recueilli 57 milliards de dollars des États membres, selon les organisateurs. En outre, les Émirats arabes unis se sont engagés à verser 270 milliards de dollars d’ici 2030. Le pays hôte, dont la fortune repose sur le pétrole, est également en train d’élaborer une proposition pour un fonds d’investissement climatique de 50 milliards de dollars, qu’il financerait avec BlackRock et TPG.

Une grande partie de cet argent est nécessaire dans les pays à faibles revenus, où l’industrie n’est pas en mesure de financer une transition vers des systèmes énergétiques non polluants, et les grands investisseurs montrent ce qui peut être fait, notamment grâce à des parcs solaires et à la production d’hydrogène.

Pour les petits montants, c’est plus compliqué. Cela relève des marchés du carbone, qui permettent aux pollueurs de payer des gens et des entreprises dans le monde entier pour poser des gestes respectueux du climat, comme la plantation d’arbres ou les semis directs pour absorber une partie des gaz à effet de serre qu’ils émettent. Ces marchés connaissent une croissance lente, mais régulière, qui devrait amener à transférer des milliards de dollars et à encourager une meilleure gestion des émissions.

Mais au cours de l’année dernière, une série de scandales, comme une fausse plantation d’arbres, a ralenti leur expansion.

À l’occasion de la journée de la finance, j’ai écouté certains des plus grands investisseurs du monde discuter de leurs préoccupations au sujet de ces difficultés croissantes pour les marchés du carbone. Ils craignent que les « puristes » du climat n’empêchent la maturation de ce marché relativement nouveau. Ils n’ont qu’à regarder à l’entrée une affiche officielle de la COP qui invite à assurer le financement climatique.

Le débat se poursuit sur la question de savoir si les choses vont avancer assez rapidement, en particulier lorsque le monde de la finance parle encore de milliards alors que des milliers de milliards pourraient être nécessaires.


Également à l’occasion de la journée de la finance, le Canada est monté sur la scène mondiale pour parler de participation autochtone. Chana Martineau (à droite, ci-dessus), cheffe de la direction de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation (AIOC), a pris la parole aux côtés de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith (à gauche), pour expliquer comment la garantie de prêts de 3 milliards de dollars octroyée par la province a aidé les communautés autochtones à obtenir une voix au chapitre du développement économique. En seulement quatre ans, l’AIOC a contribué à la création de milliers d’emplois, à des revenus annuels de 27 millions de dollars pour les communautés et à l’établissement d’une source de 1,5 milliard de dollars de bénéfices sur les 30 prochaines années.

Pensez à ce que le Canada pourrait faire avec un Programme de garantie de prêts pour les Autochtones, comme celui qui a été annoncé dans l’Énoncé économique de l’automne. Un grand moment pour la réconcili-action.


Au-delà des combustibles fossiles

C’est la journée de l’énergie à la COP28 de Dubaï, et étant donné le lieu où se déroule la grande conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, vous pourriez penser qu’elle porte sur le pétrole et le gaz. Détrompez-vous.

Les combustibles fossiles sont, bien sûr, au cœur de la COP, mais l’accent est mis également sur les énergies renouvelables et le nucléaire. Cette région devient rapidement un centre d’énergie solaire et éolienne. C’est aussi l’une des nombreuses régions qui enregistre une croissance du secteur nucléaire, qu’elle veut aider à promouvoir. La COP28 a déjà obtenu l’accord de 50 pays pour tripler la production nucléaire d’ici 2050 ; l’un d’eux, la Chine, construit 22 centrales nucléaires (bien qu’elle ait 5 000 projets de centrales électriques alimentées au charbon). Et en Europe, l’Allemagne se rapproche des 50 % d’énergie renouvelable.

Pour de nombreux participants, la journée de l’énergie a été moins axée sur l’approvisionnement énergétique que sur la sécurité énergétique – au niveau national et des ménages. Les pays de tous les continents continuent de décrier les séquelles de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a provoqué une flambée des prix. Ils semblent généralement adhérer à la nouvelle doctrine américaine selon laquelle sécurité énergétique égale sécurité nationale.

Les dirigeants africains, en particulier, ont passé la journée à exprimer leurs inquiétudes concernant leur propre vulnérabilité aux pénuries d’énergie et aux chocs énergétiques. Bon nombre de ces pays dépendent encore de la biomasse pour le chauffage et la cuisine et pourraient profiter d’un meilleur accès au gaz naturel avant de passer entièrement aux énergies renouvelables.

Dans l’intervalle se trouvent les nouvelles technologies énergétiques comme l’hydrogène et la fusion, ainsi que les technologies de réduction des émissions comme le captage du carbone et la fusion nucléaire. John Kerry, l’envoyé spécial des États-Unis sur les changements climatiques, a déclaré qu’il était enfin convaincu que nous n’étions plus à 30 ans de l’utilisation de la fusion. Et si c’est le cas, cela pourrait transformer la façon dont le monde produit de l’énergie.

L’Europe continue à promouvoir l’hydrogène, mais les données économiques pourraient freiner ses ambitions.

M. Kerry s’est montré direct en déclarant que la demande d’énergie continuera d’augmenter avec la croissance de la population et de l’économie et qu’il faut, par conséquent, répondre à la demande.

Il a exhorté la conférence des Nations unies à établir deux priorités. L’une consiste à s’assurer que la production totale diminue, c’est-à-dire que les producteurs captent les émissions rejetées par une usine, une raffinerie ou un puits. Deuxièmement, il faut se concentrer sur la réduction du méthane, où le secteur réalise d’énormes progrès. Plus de 50 sociétés, sous le mot-clic #COP, ont signé l’engagement mondial sur le méthane.

La COP28 s’achève dans une semaine et les dirigeants de Dubaï estiment que le secteur peut se forger un avenir et tiennent à maintenir cette orientation. Dans les jours à venir, ils tenteront de faire valoir qu’à long terme, la sécurité climatique passera par la sécurité énergétique.


Le verre et l’acier confrontés à l’anxiété climatique

C’était la journée des bâtiments à la COP28, et Dubaï est l’endroit idéal pour discuter de l’impact climatique des tours de bureaux et de l’étalement urbain.

Comme de nombreuses villes des marchés émergents, la silhouette étincelante de la métropole incarnait auparavant la quête humaine de progrès et de prospérité. Mais désormais, l’anxiété climatique domine parmi tout ce verre et cet acier.

La construction contribue à 40 % des émissions mondiales, envoyant 38 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année, en grande partie à cause de la chaleur intense nécessaire à la production de l’acier et du béton. Si les taux de croissance actuels se maintiennent, les émissions pourraient doubler au cours des 25 prochaines années, du fait que des centaines de millions de personnes s’installent dans les villes. Et l’impact sur le climat serait majeur. Pensez à toute la chaleur nécessaire pour produire tout cet acier et ce verre.

J’ai participé à un groupe de discussion composé de cimentiers et d’ingénieurs qui expliquaient ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Nous avons convenu que le secteur de la construction doit trouver de nouvelles façons de proposer des immeubles respectueux de l’environnement, pour les investisseurs et les locataires, et offrir certains éléments de ces immeubles aux investisseurs qui pourraient vouloir en acquérir une partie, comme un toit à panneaux solaires, par exemple.

Les gouvernements peuvent aussi faire plus sur le plan de l’approvisionnement, en exigeant des promoteurs que les nouvelles écoles, les nouveaux hôpitaux et les nouveaux espaces publics soient aussi proches que possible de la carboneutralité.
La société de services-conseils McKinsey & Co. estime que 11 % de toutes les émissions d’un immeuble pourraient être réduites avec de meilleures pratiques de gestion, qui n’augmentent pas les coûts de construction. Ces économies pourraient atteindre 22 % d’ici 2030, et 40 % si certains coûts étaient absorbés.

Une ville comme Dubaï pourrait probablement financer cela, en utilisant les revenus actuels du pétrole et du gaz, mais elle pourrait aussi avoir besoin de soutien pour investir davantage.

À l’avenir, de nouvelles approches, comme la construction hors site, l’électrification du matériel sur les sites et l’acier recyclé, pourraient aider. Il existe aussi de nouvelles technologies, comme les thermopompes, qui peuvent changer radicalement les systèmes énergétiques locaux.
Dubaï – et d’autres villes qui connaissent une croissance rapide – pourrait avoir valeur de test. Le centre de conférence où se rassemblent les Nations Unies a plutôt des allures de campus formé d’immeubles bas et ouverts, chacun reconverti cette semaine pour la conférence sur les changements climatiques. De tels immeubles discrets pourraient servir de modèle à un nouveau type d’urbanisme – si les pays en développement rapide sont prêts à renoncer aux gratte-ciel.

Diane Hoskins, une architecte de premier plan et cocheffe de la direction de Gensler, a déclaré lors de notre réunion de la COP que les architectes et les ingénieurs doivent être plus flexibles, tout comme les gouvernements locaux. Ils doivent s’assurer que les immeubles contribuent à la lutte contre les changements climatiques, tout en étant résistants face à leurs impacts majeurs, y compris la chaleur.

Des modèles d’affaires prospères pourraient avoir une grande incidence, puisque l’argument du profit devient un facteur toujours plus déterminant de l’action climatique.

On en trouve un bon exemple à Hong Kong, où MPD Energy a aidé l’industrie de la construction à abandonner les combustibles fossiles en déployant des batteries portables pour alimenter le matériel. Il y a seulement trois ans, la construction à Hong Kong dépendait intégralement des combustibles fossiles. Aujourd’hui, elle ne l’est qu’à 40 %, grâce à des batteries qui peuvent produire jusqu’à 500 kW d’électricité et ont déjà aidé l’industrie à réduire ses émissions de 40 %.


Le débat sur la réduction des GES

Il faudra s’habituer à entendre l’expression « sans dispositif d’atténuation ». Elle occupe une place centrale à la conférence sur les changements climatiques des Nations Unies à Dubaï. Les principales puissances économiques et les plus gros producteurs de pétrole du monde, dont les Émirats arabes unis, le pays hôte, veulent que la COP28 réclame la réduction de la production de combustibles fossiles « sans dispositif d’atténuation », c’est-à-dire de tout ce qui ne capte pas les émissions de gaz à effet de serre à la source.

Les opposants à cette demande craignent que cela ne donne carte blanche aux producteurs de pétrole et de gaz pour produire autant qu’ils le veulent, tant qu’ils utilisent des technologies de captage du carbone. Ils redoutent que l’enthousiasme suscité par ces mesures d’atténuation fasse oublier les émissions causées par les combustibles fossiles lorsque les gens conduisent leur voiture ou chauffent leur maison. En outre, ils s’inquiètent qu’il n’y ait pas assez de preuves que les technologies de réduction sont aussi efficaces qu’il le faudrait.

Ce débat sur la réduction des émissions va probablement définir la COP28, qui porte bien son surnom de « COP du pétrole et du gaz ». Il n’est donc pas surprenant que la conférence ait attiré d’importantes délégations de pays producteurs de pétrole, ainsi que des équipes de direction de plusieurs des plus grandes sociétés pétrolières et gazières du monde.

Ils font valoir que le monde compte beaucoup sur les combustibles fossiles et qu’il ne réduira pas cette dépendance de sitôt, quel que soit le rythme de croissance des énergies renouvelables. Le dirigeant d’une société pétrolière des Émirats arabes unis a rapporté aujourd’hui un fait étonnant : lors du premier sommet mondial sur le climat, en 1992, environ 82 % de l’énergie mondiale provenait du pétrole, du gaz et du charbon ; actuellement, à l’heure de la COP28, cette part est de 80 %. Curieusement, plus du quart de l’énergie mondiale provient encore du charbon.

De nombreux activistes de la lutte contre les changements climatiques demandent des solutions plus radicales pour forcer une transition complète vers les énergies renouvelables. Ils nagent toutefois contre le puissant courant de l’offre et de la demande. Les États-Unis, qui sont maintenant le plus grand producteur de pétrole au monde, sont sur le point de produire un nombre record de barils cette année et pourraient envisager d’accroître de nouveau la production l’an prochain – une année électorale – afin de maintenir le prix de l’essence à un bas niveau. Cela alimente les rumeurs selon lesquelles l’Arabie saoudite augmentera sa propre production pour faire baisser davantage les prix et évincer les producteurs américains du marché.

Le potentiel d’une nouvelle guerre du pétrole a attiré cette semaine un visiteur inattendu aux Émirats arabes unis, Vladimir Poutine. Le président russe n’a pas assisté à la COP, mais il a rencontré des dirigeants émiratis, avant de se rendre en Arabie saoudite pour discuter de production pétrolière. Les Émirats arabes unis sont le huitième producteur de pétrole au monde et ils comptent accroître leur offre de 40 % au cours de cette décennie.

Peut-on réduire toute cette production ? C’est une question à laquelle la COP28 ne peut probablement pas répondre. Mais elle tentera d’inciter le monde à relever le défi.

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Si vous aviez des doutes quant à la place qu’occupe le climat dans la liste des souhaits que le gouvernement Trudeau adresse au père Noël, lisez l’Énoncé économique de l’automne de Chrystia Freeland. Elle a présenté la stratégie économique annuelle du gouvernement sans mentionner une seule fois les « changements climatiques » ou l’« environnement ». (« Tout ce que je désire pour Noël, c’est deux » pourrait être son refrain des Fêtes, car elle rêve d’une inflation à 2 %.) Une approche aussi étroite des intérêts des consommateurs pourrait être une mauvaise nouvelle pour son caucus Vert. En revanche, le regain d’intérêt de Mme Freeland sur l’exécution pourrait être le bienvenu. Dans la stratégie de son gouvernement pour « l’économie propre », l’expression employée par Ottawa pour parler du climat, elle a précisé certaines choses.

Tout d’abord, le nouveau Fonds de croissance du Canada affectera environ la moitié de son financement de 15 milliards de dollars aux « contrats carbone pour différence », c’est-à-dire essentiellement des garanties de prix du carbone en cas de changement de politique gouvernementale. C’est beaucoup d’argent, mais cela ne suffira peut-être pas à soutenir financièrement une économie propre. Deuxièmement, le gouvernement déposera bientôt un projet de loi sur les crédits d’impôt à l’investissement pour des projets de capture de carbone et de technologies propres. Ces crédits d’impôt ont été promis il y a un an, mais ils n’ont jamais été finalisés. Ils seront essentiels pour les projets de décarbonisation, mais d’aucuns craignent qu’ils ne soient toujours pas concurrentiels par rapport aux mesures incitatives des États-Unis. Ottawa poursuit également son programme sur l’hydrogène, en promettant des allégements fiscaux pour l’ammoniac et en offrant plus de mesures incitatives pour les déchets de biomasse (copeaux de bois et résidus de culture) qui peuvent être utilisés dans le carburant d’aviation durable. Pour attirer plus de capitaux, Mme Freeland a donné son feu vert à une « taxonomie » qui aidera les banques et les caisses de retraite à qualifier les placements de « verts » ou de « transition », et elle incitera les caisses de retraite à investir davantage dans l’« économie propre » du Canada.

La façon dont une taxonomie traitera le gaz naturel sera controversée, tout comme une autre proposition de Mme Freeland : un programme national de garantie de prêts pour les Autochtones. Ottawa limitera-t-il ce que les communautés autochtones peuvent acheter en fonction de leur impact climatique ? Un groupe de 130 nations autochtones s’est empressé de dire que non, ça ne se passera pas comme ça ! Après des siècles de colonisation, ils choisiront leurs propres projets, y compris le gaz naturel, merci beaucoup. De tels débats domineront la session d’hiver, alors que les libéraux de Trudeau tenteront de montrer qu’ils sont capables de gérer l’économie actuelle et de contribuer à en bâtir une nouvelle.

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La météo s’est gâtée cette semaine à Ottawa, tout comme la politique entourant la carboneutralité. Notre malaise climatique prendrait-il de l’ampleur ? J’ai passé la journée de jeudi à la troisième conférence annuelle de l’Institut climatique du Canada, et on pouvait difficilement ignorer le refroidissement. Le ciel ensoleillé de la dernière décennie est maintenant assombri par la réalité économique, alors que les gouvernements (et les consommateurs) cherchent de plus en plus des solutions économiquement viables pour décarboner la planète. L’époque de l’abondance financière est révolue, ce qui nuit au capital de risque et à tous les innovateurs qui essaient de créer et de développer des technologies énergétiques. Le réservoir budgétaire des gouvernements (et des consommateurs) étant presque à sec, les milliards de dollars espérés pour stimuler l’action climatique risquent d’être amputés. La poigne réglementaire semble également se desserrer, si l’on en juge par la discrète présentation du gouvernement Trudeau au sujet de l’imposition d’un plafond sur les émissions du secteur pétrolier et gazier (maintenant appelé un « cadre ») lors de l’événement. Et puis, il y a toute cette volatilité mondiale – deux guerres brûlantes et une guerre froide – qui ébranle les marchés (et la confiance des investisseurs) partout dans le monde.

On pourrait croire que l’année 2024 n’augure rien de bon pour l’action en faveur du climat. Mais s’il y a de l’espoir, c’est du côté du secteur privé. Cette année, la conférence de l’Institut climatique du Canada était davantage axée sur les affaires. Des aciéristes, des producteurs de pétrole et des constructeurs sont venus présenter leur plan de décarbonation – non seulement pour la planète, mais aussi pour leur propre avantage concurrentiel. Ce fut également l’occasion pour l’administration Biden de lancer un appel : elle a envoyé à Ottawa son meilleur diplomate en matière d’énergie pour promouvoir l’action climatique menée par les entreprises. Geoffrey Pyatt a expliqué comment la loi sur la réduction de l’inflation transforme les systèmes énergétiques des États-Unis (et leur compétitivité), créant ainsi d’importantes opportunités d’affaires et de commerce pour leurs alliés. À cet égard, M. Pyatt voulait connaître la « géographie politique » du Canada et savoir quelle pourrait être notre place dans une stratégie énergétique continentale qui englobe le pétrole, le nucléaire, l’hydrogène et le gaz naturel. Autrement dit, la sécurité climatique relève maintenant de la sécurité énergétique, et les deux sont liées à la sécurité nationale. Les défenseurs du climat n’ont pas adhéré à toutes ses paroles, mais ils ont compris le message. C’est le début d’un temps nouveau.

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Nous sommes à l’ère des données agricoles. Dans n’importe quelle exploitation agricole entre Penticton et l’Île-du-Prince-Édouard, il y a maintenant autant de logiciels que d’engrais. L’agriculture de précision aide les agriculteurs à stimuler leurs rendements et leurs exportations depuis une génération. Aujourd’hui, cette technologie vient soutenir la lutte contre les changements climatiques. Dans un monde fracturé, l’agriculture de l’ère numérique peut aider le Canada à produire plus d’aliments en générant moins d’émissions. Cela rejoint l’ambition de la Canadian Alliance for Net-Zero Agri-food (CANZA). Cette alliance a été lancée cette semaine par les plus grandes sociétés et exploitations agricoles canadiennes dans l’objectif de réduire les émissions provenant des animaux, des déchets alimentaires, de la perturbation des sols et de la machinerie. Bien que l’agroalimentaire représente 20 % des émissions, ce secteur peut aussi agir en tant que puits de carbone à condition de récompenser les agriculteurs pour la gestion durable des terres et des animaux. Le secteur a déjà réduit l’intensité de ses émissions de 50 % en vingt ans. Et au cours des deux prochaines décennies, des pratiques respectueuses du climat pourraient lui permettre d’éliminer 150 millions de tonnes de carbone, soit l’équivalent du parc automobile du Canada.

Créée par RBC, Aliments Maple Leaf, McCain Foods, Loblaw et Nutrien, CANZA estime que les réductions d’émissions ne dériveront pas uniquement de la technologie. Changement de système. L’alliance a lancé un premier projet pilote, en Saskatchewan, dans le but de montrer comment les agriculteurs peuvent capter et stocker les émissions de gaz à effet de serre dans le sol. Les agriculteurs auront ensuite l’occasion de gagner de l’argent en vendant des crédits carbone aux transformateurs et aux détaillants de produits alimentaires, puis aux investisseurs. Mais avant tout, le Canada a besoin de définir une méthode de mesure, de déclaration et de vérification des résultats qui soit acceptable. Selon une estimation de l’Institut d’action climatique RBC, l’adoption d’un dispositif approprié pour mesurer, déclarer et vérifier les résultats aiderait les agriculteurs canadiens à générer au moins 2 milliards de dollars. Pour ce faire, les gouvernements devront soutenir les agriculteurs dans le développement de nouvelles méthodes de culture. Des marchés transparents et responsables seront nécessaires. Et les consommateurs devront faire preuve de plus de discernement. La clé de la réussite sera la confiance. Tous les agriculteurs le savent : si la confiance n’est pas au rendez-vous, les données sont aussi infertiles que des sols sans pluie.

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Le décor de la 27e Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques avait de quoi surprendre. Construite par les Israéliens dans les années 1970, à l’époque de l’occupation de la péninsule du Sinaï, la station balnéaire de Sharm El-Sheik est particulièrement prisée des touristes européens et arabes en quête de divertissements. Imaginez un semblant d’amphithéâtre romain, un parc d’attractions hollywoodien et des autoroutes à 10 voies qui sillonnent le désert. C’est là que 30 000 acteurs, défenseurs et militants du climat se sont entassés dans le Palais international des congrès Tonino Lamborghini, prêts à s’attaquer, et cela sans un soupçon d’ironie, à l’avenir de notre société de consommation. Dès le départ, la COP27 s’annonçait comme une sorte de Truman Show des conférences sur le climat – une bulle ostentatoire, un récit en contradiction avec la réalité extérieure. Au centre de cette bulle, dans une « zone bleue » abritant des hangars d’inspiration militaire, les touristes du climat n’ont ménagé aucun effort pour attirer l’attention et présenter au monde leurs bonnes intentions. En fait, les enjeux de fond étaient trop importants. Et les perspectives de réussite, très incertaines. En cette année de perturbations économiques, il s’agissait essentiellement de concilier les tensions croissantes entre la sécurité énergétique, la sécurité climatique et la sécurité économique. Voici quelques-unes de mes conclusions sur les réussites et les échecs.

1. La « COP de la mise en oeuvre » a besoin de renforts

La COP26 de Glasgow s’était distinguée par un projet ambitieux : les pays s’engageaient à réduire davantage leurs émissions d’ici 2030 pour assurer le respect des accords de Paris. Sharm El-Sheikh devait donc se consacrer aux plans de mise en oeuvre et à la concrétisation des engagements. Cinq dirigeants du G7 étaient présents : Emmanuel Macron (France), Olaf Scholz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), Rishi Sunak (Grande-Bretagne) et Joe Biden (États-Unis). Tous ont dû remarquer le panneau « Agissons » à l’entrée de la salle principale. L’Union européenne a rehaussé ses objectifs, ce qui est remarquable compte tenu de l’actuelle crise de l’énergie. L’Indonésie a emboîté le pas. Le Canada a souligné l’importance de ses mesures climatiques, depuis les projets de capture du carbone en Alberta jusqu’aux aciéries vertes en Ontario et aux usines de méthane de fumier au Québec. Dans son discours d’ouverture, le président Biden a reconduit sa promesse de réduire, d’ici 2030, les émissions des États-Unis de 50 % par rapport aux niveaux de 2005, un élément clé de sa politique. Les entreprises ont elles aussi rehaussé leur engagement ; depuis 2019, le nombre de sociétés visant des objectifs fondés sur la science du climat a été multiplié par dix. Malgré tout, ces acteurs restent encore minoritaires. Sur 196 pays, seuls 29 sont venus en Égypte avec des plans d’intervention mis à jour.

2. La cible de 1,5 ne survivra peut-être pas longtemps

L’une des réalisations marquantes de Glasgow, l’objectif de 1,5 degré Celsius, a fixé le seuil qui doit être respecté par tous les acteurs pour limiter le réchauffement climatique, sans quoi les conséquences catastrophiques iront en s’accélérant. « Maintenir 1,5 en vie », tel était le mantra de Glasgow, car selon les spécialistes du climat de l’ONU, au-delà de cette limite, nous pouvons dire adieu aux récifs coralliens comme ceux qui jouxtent la plage de Sharm El-Sheik. Pour contenir les hausses de température, le monde doit réduire les émissions de GES d’environ 50 % au cours de la décennie. Or, les émissions ont augmenté de 1 % l’an dernier (encore plus aux États-Unis) et sont en voie d’augmenter de 10 % pendant les dix prochaines années. Dans la déclaration, on a maintenu l’objectif symbolique de 1,5 degré, mais en coulisses, le doute règne et on se demande si le monde ne devrait pas viser une cible plus réaliste, par exemple un niveau « largement inférieur à 2,0 degrés ».

3. Le charbon n’est pas mort

Glasgow a sonné le glas du charbon. Qu’il s’en passe des choses dans une année ! L’Allemagne consomme plus de charbon. La Chine et l’Inde aussi. Mais ce n’est pas inévitable. Si la COP27 peut prétendre à un succès significatif, c’est grâce à la naissance du partenariat JET, curieusement nommé, qui désigne une « transition énergétique juste ». Ce partenariat entre les pays riches et les institutions financières est conçu pour aider les pays en développement à abandonner le charbon. Le partenariat JET a trouvé son premier partenaire en Afrique du Sud et, à la COP27, il a vite recruté l’Indonésie. Il s’agit d’aider le pays à atteindre son pic d’émissions liées au secteur de l’énergie d’ici 2030, pour atteindre la carboneutralité en 2050. Le Vietnam suivra peut-être bientôt. Les coûts de l’opération sont énormes et risquent d’accabler les pays les plus pauvres sous une dette accrue ; sans compter leur passage probable du charbon au gaz naturel, un autre facteur de réchauffement. Cet effort masque aussi les éléphants dans la pièce. La Chine consomme 50 % du charbon thermique mondial et l’Inde avoisine les 20 %. Ni l’une ni l’autre ne s’éloigne du charbon pour le moment. En fait, l’Inde a influé sur les débats de la COP avec une solution dérangeante : elle se dit prête à quitter le charbon quand le reste du monde renoncera au pétrole et au gaz. Elle n’a pas trouvé beaucoup de preneurs. Les pays africains ont préconisé avec beaucoup d’ardeur un rôle accru du gaz, qu’ils considèrent comme une source d’énergie essentielle pour s’éloigner du charbon et du bois.

4. Une COP pour le pétrole ?

Sharm El-Sheikh s’est avéré être un sommet bénéfique pour l’industrie pétrolière. Il suffit de regarder dehors pendant le trajet en voiture depuis l’aéroport. Le long d’une route à 10 voies, financée par les Saoudiens et nommée d’après le roi Salman, les participants de la COP ont droit à une nouvelle manifestation de l’audace saoudienne. Avec ses deux coupoles illuminées en vert, le Saudi Innovation Park, bâti sur une parcelle de désert à côté du centre de conférence, annonce clairement le désir d’affirmation du monde pétrolier, dirigé par l’OPEP. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres a ouvert la COP avec une métaphore inquiétante – « en route vers l’enfer climatique, le pied sur l’accélérateur » –. Il visait juste, mais son plan de communication devait vite s’essoufler. Les Saoudiens, qui partagent la mer Rouge avec l’Égypte, ont promis d’augmenter les niveaux actuels d’extraction et de produire du pétrole au-delà de 2100 . Les Émirats arabes unis, qui accueilleront la COP28 à Dubaï, ont décrit la région comme une contrée de « superhéros ». Les Arabes soutiennent qu’ils développeront des technologies de captage et stockage de carbone (CSC) qui annuleront leurs émissions nettes. En effet, les Saoudiens prévoient ouvrir la plus grande installation de CSC au monde d’ici 2027 . Les écologistes se sont battus pour dévaloriser les technologies dites « de réduction de la pollution », pour éviter qu’elles n’accentuent la production de combustibles fossiles. Je prévois qu’un débat sur le thème « réduction contre rabaissement »définira les couleurs de la COP de Dubaï.

5. Perte pour les pays en développement et dommages pour l’ONU

En accueillant la COP27, l’Égypte voulait surtout gagner un appui mondial au concept des « pertes et dommages » – une formule simple qui consiste à subventionner les pays les plus touchés par les changements climatiques, ceux qui, justement, sont le moins en mesure de payer la facture. Le Pakistan a été le porte-parole de la campagne égyptienne : Ce pays d’Asie du Sud, doté d’une diplomatie experte, a mobilisé toute sa présence à la COP en faveur d’un mécanisme de compensation, au moins partielle. Cette année, le pays a subi des dommages estimés à 30 milliards USD à la suite d’inondations causées par le réchauffement de la planète et la fonte des neiges. Après des négociations acharnées, environ 200 pays ont convenu de créer un fonds de couverture « pertes et dommages » pour les nations souffrant du changement climatique.

6. L’Amérique est de retour sans la Chine

Une caractéristique importante s’est dégagée de la COP27 : Les ambitions climatiques des États-Unis. Revigoré par les élections de mi-mandat qui ont reconduit le Parti Démocrate à la tête du Sénat, Joe Biden a fait escale à Sharm El-Sheikh alors qu’il se rendait au Sommet du G20 à Bali, en Indonésie. Il avait décidé d’annoncer sa loi sur la réduction de l’inflation et les 370 milliards USD qui seront consacrés au climat. Son administration se concentre sur cinq technologies clés : batteries, systèmes de chauffage et de refroidissement, réseaux électriques, carburant d’aviation et décarbonisation des industries chimiques, sidérurgiques et cimentaires. Il est clair que les États-Unis utiliseront plus souvent la carotte que le bâton pour réduire leurs émissions de 50 %, notamment s’ils comptent s’affirmer comme une superpuissance des technologies propres. Il y a quelques années, la Chine convoitait le titre. Aujourd’hui, le régime Xi se trouve dans une relation hostile avec Washington, avec une démographie vieillissante et des fermetures de bureaux liées à la COVID-19. La Chine n’a pas abandonné ses éco-ambitions, car elle reste dominante sur les secteurs de l’éolien et du solaire, tout comme dans l’industrie des véhicules électriques. Mais Pékin n’est plus la championne qu’elle a été pendant le mandat du président Donald Trump, et elle n’est pas non plus à la tête d’un bloc de nations. Le reste du monde devra peut-être compter sur les États-Unis, plus que jamais. Pour le meilleur et pour le pire.

7. Où sont les fonds ?

On ne voit pas beaucoup d’économistes dans les COP, ce qui est particulièrement dommage quand on sait que l’économie conduit à des décisions au niveau politique. Et c’est encore plus vrai quand les budgets rétrécissent. La forte augmentation des taux d’intérêt cette année pose un fardeau discret sur les politiques climatiques, en particulier dans les pays en développement. Mark Carney, l’ancien dirigeant de notre banque centrale, a de quoi se réjouir, puisqu’il a contribué au lancement de la Glasgow Financial Alliance for Net Zero à la COP26. L’alliance de M. Carney regroupe maintenant 550 établissements financiers qui gèrent des billions de dollars en actifs dans 50 pays. Il s’agit d’un vaste projet de mobilisation de capitaux pour l’objectif « zéro émission nette », mais qui s’est attiré des critiques de partout. À la COP27, on a reproché à M. Carney d’avoir trop trop promis et trop peu donné ; dans la plupart des pays en développement, les fonds ne sont jamais arrivés. Cette question a même inspiré un mème COP : « #WTF », qui signifie « Où sont les fonds ?» (Where is The Financing?) Le manque de projets d’envergure serait à blâmer. À la COP, l’Égypte a essayé d’aplanir cette difficulté en annonçant un énorme projet d’énergies renouvelables. M. Carney croit que le monde a besoin de 1 billion USD par an en projets de ce genre pour quadrupler le ratio des énergies renouvelables par rapport aux ressources non renouvelables. Les capitaux sont là. Toutefois, la campagne agressive de la Réserve fédérale des États-Unis face à l’inflation pose un défi, car elle a fait grimper les taux d’intérêt américains et attiré beaucoup de capitaux vers les États-Unis.

8. L’Agriculture, nouvelle championne du climat

Croyez-le ou non, c’était la première COP qui plaçait l’agriculture à l’avant-scène. Plutôt étonnant, quand on se rend compte que le système d’approvisionnement alimentaire représente environ un quart des émissions mondiales. L’ONU et plusieurs de ses membres ont cessé les hostilités envers l’agriculture, car ils ne veulent pas s’aliéner ce secteur, placé au coeur de l’évolution mondiale. De plus en plus, on considère l’agriculture comme une solution climatique – peut-être même comme un bénéfice net pour le monde, si les agriculteurs peuvent transformer leur sol en puits de carbone rentables. Animée par ce nouveau sentiment d’innovation, la conférence a consacré une journée à la question agricole, et les pavillons de la « zone bleue » ont présenté des produits de tous les continents. Les pratiques durables en matière d’engraissement des sols et l’utilisation de fertilisants à faible émission joueront un rôle essentiel. De même, il y aura de nouvelles technologies comme les digesteurs anaérobies qui convertiront les émissions d’origine animale en énergie. La Chine, responsable de 20 % du méthane mondial, doit être un chef de file dans ce domaine. Mais la solution la plus radicale pourrait venir de l’agriculture régénérative – un ensemble de pratiques comme la culture de couverture et les semis directs qui assurent la capture et la séquestration des gaz à effet de serre. Les États-Unis ont pris les devants en créant des marchés volontaires qui permettront à des entreprises et à des investisseurs d’octroyer aux agriculteurs des crédits carbone pour l’exploitation de leurs sols. D’autres pays sont plus prudents, sachant que la science des sols n’est pas assez avancée pour déterminer les quantités capturées ou stockées.

9. Atmosphère, atmosphère. L’océan est en détresse. Les forêts tropicales aussi.

Pour la première fois, une COP se penchait sur l’état des océans. Une démarche appropriée, car Sharm El-Sheikh n’est pas seulement une ville du désert ;elle abrite quelques-uns des plus beaux récifs coralliens de la mer Rouge, qui risquent l’extinction en l’absence de mesures plus concrètes. J’ai assisté à une séance qui réunissait le Prince Albert de Monaco, Sylvia Earle, grande défenseure des océans, et Johan Rockström, une éminente climatologue de l’Institut Potsdam pour la recherche sur le climat. M. Rockström a expliqué les conséquences de la hausse des températures sur le monde et les océans. L’Arctique affiche déjà une hausse de 2 degrés qui entraîne la disparition des plateformes de glace dans la mer. Cela perturbe la circulation de l’air, provoquant des vagues de chaleur comme celle qui a accablé l’Ouest du Canada en 2021. Les océans absorbent environ 93 % de cette chaleur excédentaire par un transfert massif d’énergie qui altère les organismes vivant sous la surface. La température mondiale des océans a atteint un sommet record en 2021. Une tempête se prépare. Depuis des siècles, les scientifiques étudient ce genre d’interaction entre les océans, les terres émergées et l’atmosphère, mais le sujet a été un peu délaissé ces dernières années. Or, aujourd’hui, la biodiversité et le climat sont de nouveau perçus comme les deux faces d’une même médaille. Les participants de la Conférence de l’ONU sur la biodiversité, qui se tiendra à Montréal en décembre, se pencheront très attentivement sur la question. Dans les derniers jours de la COP27, le nouveau président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, en a fait une priorité. Lula, comme on l’appelle partout, a été applaudi plus chaleureusement que le président Biden lorsqu’il s’est engagé à reprendre la lutte pour protéger l’Amazonie. La tâche ne sera pas facile, alors que la planète se soucie plus de la croissance économique que de la croissance du vivant. Mais le message de Lula sur la biodiversité était clair : « Sans la protection de l’Amazonie, il ne peut y avoir de sécurité climatique dans le monde. »

10. À qui appartient la COP ?

Pour la première fois à une COP, le Canada s’est présenté avec un pavillon, comme d’autres pays. La technologie n’y était pas à l’honneur comme dans le pavillon voisin de l’Inde ; on n’y imitait pas l’audace des États-Unis. Mais, fidèle à sa tradition, le Canada s’est distingué par son caractère inclusif. Avec son design qui rappelait un peu une beignerie haut de gamme (on y servait même du café gratuit), ce pavillon a accueilli une variété d’opinions et d’expériences que je n’ai vue nulle part ailleurs. Militants, leaders autochtones, chefs d’entreprise, maires, entrepreneurs, investisseurs : le Canada était représenté en entier. Et c’est là un défi constant pour les futures COP. L’Égypte s’est conformée aux lois strictes et aux normes de sécurité qui empêchaient toute manifestation sérieuse de protestation. Même Greta Thunberg, la jeune militante écologiste, a jugé qu’il n’était pas nécessaire de faire acte de présence. De l’autre côté d’un important passage routier, une zone verte était aménagée à l’intention des groupes communautaires et des militants. Les débats y étaient plus pertinents et réjouissants que dans les salles de conférence. Mais le sentiment d’urgence manquait là aussi. La COP a permis d’entendre une diversité de voix qui s’est accrue au fil des ans. Seuls les délégués les plus arrogants ou les plus naïfs croient posséder une réponse définitive au défi climatique ; ils sont aussi les seuls à faire fi des divergences d’opinions. Maintenant que Sharm El-Sheikh s’ajoute à la longue liste des pays ayant accueilli une COP, et que tous les regards se tournent vers Dubaï, il faudra développer plus que jamais cet esprit de saine curiosité. Il pourrait s’agir de la meilleure contribution du Canada à la COP28 et aux futures conférences.

John Stackhouse est un auteur à succès et un porte-parole de premier plan en matière d’innovation et de perturbations économiques au Canada. À titre de premier vice-président, Bureau du chef de la direction, il dirige la recherche et exerce un leadership avisé concernant les changements économiques, technologiques et sociaux. Auparavant, il a été rédacteur en chef du Globe and Mail et éditeur du cahier « Report on Business. » Il est agrégé supérieur de l’institut C.D. Howe et de la Munk School of Global Affairs and Public Policy de l’Université de Toronto, en plus de siéger aux conseils d’administration de l’Université Queen’s, de la Fondation Aga Khan Canada et de la Literary Review of Canada.

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Au moment où la première année de la pandémie prend fin, les premières leçons que nous en tirons se révèlent remarquablement durables. Il y a six mois, nous avons mis en lumière certaines des tendances mondiales que la COVID-19 a suscitées, notamment en ce qui a trait à notre façon de travailler, de magasiner, d’apprendre et plus encore. Ces tendances ne se sont pas renversées. En fait, la transformation numérique qui s’opérait dans pratiquement tous les secteurs s’est même accélérée.

Maintenant que la reprise mondiale est bien amorcée, les entreprises et les secteurs les plus innovants sont en mesure de tirer parti de ces changements. Leur défi sera aussi de s’adapter aux attentes quotidiennes des consommateurs et des employés, lesquelles ont également évolué.

À mesure que la crise sanitaire s’amenuisera, nous pouvons imaginer qu’une plus grande importance sera accordée à notre foyer et à la façon dont nous prenons soin de nous-mêmes. Les organisations qui offrent de la valeur (pour leurs clients et leurs actionnaires) et préservent certaines valeurs (pour leurs employés, les consommateurs et les parties prenantes) pourraient avoir la cote. Nous voulons tous plus d’options pour apprendre et créer, à nos conditions et sur les plateformes de notre choix, ainsi que pour mettre les institutions et les entreprises au défi de mieux répondre à nos besoins. Et lorsque nous nous mobiliserons de nouveau, nous chercherons de nouvelles manières de vivre plus d’expériences et de partager davantage.

En somme, il faut s’attendre à ce que l’automatisation et l’humanité revêtent une plus grande importance, et à une nouvelle ère créative capable de faire le pont entre elles. Les années 2020 seront très tumultueuses et marquées de nombreuses transitions. La période postérieure à la pandémie pourrait par ailleurs marquer le début de l’âge de la raison d’être.
 

Nous passerons plus de temps à la maison à l’avenir, que ce soit pour travailler, nous entraîner ou nous adonner à nos loisirs, et chercherons à rendre notre chez-nous plus branché au monde numérique que jamais.

Ce que nous observons

  • Nous veillons à adapter notre logement à l’ère du numérique.
  • Le nombre d’Américains qui ont fait des rénovations a augmenté de 20 % en 2020.
  • Les revenus réalisés par l’industrie électronique grand public ont bondi de 7 % à l’échelle mondiale pour s’établir à 360 milliards de dollars*
  • Les ventes d’ordinateurs domestiques et de tablettes ont grimpé de plus de 10 %.
  • Nous misons davantage sur les activités à la maison.
  • Les vidéos de cuisine ont été le troisième type de contenu le plus visionné aux États-Unis en 2020, après les vidéos de musique et d’humour ; quatre Américains sur cinq affirment qu’ils vont continuer de cuisiner davantage à la maison.
  • Les vendeurs de piscines ont enregistré jusqu’à trois fois plus de ventes en Amérique du Nord. Les ventes de chauffe-terrasses ont explosé.
  • L’adoption d’animaux de compagnie et les dépenses s’y rattachant ont augmenté de 5 % pour atteindre près de 6 milliards de dollars canadiens.
  • Nous faisons davantage d’activités en plein air.
  • Les ventes de motoneiges aux États-Unis ont atteint leur plus haut niveau depuis 1995.
  • Toujours aux États-Unis, les ventes d’équipement de ski ont bondi de plus de 50 %. La hausse est encore plus élevée dans la catégorie du ski de randonnée nordique.
  • Les ventes d’équipement de golf chez nos voisins du Sud se sont accrues de plus de 10 %, culminant à 2,8 milliards de dollars en 2020.

Ce que cela signifie

  • Le prix élevé des logements incitera les gens à investir davantage dans l’aménagement et l’ameublement de leur habitation.
  • Le mobilier de bureau à domicile aura la cote.
  • La stratégie concurrentielle « du dernier kilomètre » s’étendra au secteur des services.
  • Les fournisseurs de services à forte valeur ajoutée (vétérinaires, instructeurs de conditionnement physique, soutien technique) combineront les visites virtuelles et les visites à domicile.
  • La navigation en ligne deviendra primordiale.
  • Avant de faire un achat important, trois Américains sur quatre effectuent des recherches en ligne sur les articles et le mobilier pour la maison.

Ce qu’il faut

  • Les ménages nord-américains ont épargné 2 billions de dollars et pourraient se servir de ces économies pour rénover leur logement.
  • Les professionnels (médecins, avocats et comptables) devront revoir leur façon de fournir des services à une clientèle dispersée.
  • Les collectivités pourraient se redéfinir comme des carrefours « travail/vie personnelle ».
  • Les zones rurales auront besoin d’optimiser l’accès et les réseaux Internet.
  • Les banlieues et les villes environnantes devront attirer des fournisseurs de services haut de gamme.
 

Plus les modèles de travail hybrides s’enracineront, plus la technologie sera essentielle à chaque stratégie liée aux ressources humaines (RH).

Ce que nous observons

  • Les modèles de travail hybrides sont en train de devenir la norme.
  • Selon une étude, les employés de bureau aux États-Unis s’attendent à travailler à partir de la maison 22 % du temps, comparativement à 5 % auparavant.
  • Parmi les répondants, 81 % disent qu’ils retourneront au bureau d’ici les quatre prochains mois à la condition de pouvoir encore travailler à distance à temps partiel.
  • L’étude révèle par ailleurs que 90 % des directeurs de RH aux États-Unis permettront à leurs employés de télétravailler au moins à temps partiel.
  • Les outils de collaboration sont en plein essor.
  • Près de 40 % des employés de bureau en Chine disent qu’ils sont moins efficaces à la maison ; seulement 10 % disent qu’ils sont plus efficaces.
  • Trois employeurs sur cinq aux États-Unis cherchent à investir davantage dans des outils de collaboration virtuelle.
  • L’acquisition de Slack par Salesforce, au prix de 27,7 milliards de dollars, témoigne de la demande croissante d’outils de collaboration à distance.
  • Le stress augmente.
  • Parmi les travailleurs interrogés dans quatre pays, dont les États-Unis et le Royaume-Uni, 74 % des répondants affirment que des problèmes de santé mentale nuisent à leur productivité.
  • Près de la moitié des répondants ont signalé des difficultés à dormir et ont l’impression que le télétravail altère leur santé mentale.

Ce que cela signifie

  • Les stratégies de gestion des talents devront mettre à profit la technologie.
  • Il sera essentiel de fournir des logiciels et de l’équipement aux travailleurs, où qu’ils soient.
  • Les investissements dans les services de cybersécurité devraient augmenter.
  • Les outils vidéo et de collaboration deviendront essentiels.
  • La gestion du rendement devra être revue.
  • Les employeurs devront se concentrer davantage sur les extrants que sur les intrants.
  • Les travailleurs pourraient exiger une grande latitude quant à la façon dont ils gèrent leur temps.
  • Les modèles de travail hybrides rendront essentielle la reconnaissance des employés en temps réel.
  • Dans les entreprises, l’aménagement des locaux sera adapté à l’ère de la COVID-19.
  • Les tests de dépistage et la recherche de contacts pourraient s’intensifier en milieu de travail.
  • Des cantines pour le personnel et des garderies ouvriront dans un plus grand nombre de lieux de travail.
  • Les services de livraison à la porte s’élargiront aux lieux de travail.

Ce qu’il faut

  • Les organisations devront repenser leur vision de l’innovation de manière à faciliter le travail d’équipe à distance et adopter un modèle réparti de prise de décisions.
  • Nous devrons réinventer la façon dont l’espace peut à la fois respecter la distanciation physique et favoriser les séances de remue-méninges créatives.
  • Les employeurs devraient considérer la collaboration à distance comme un avantage concurrentiel.
 

La reprise pourrait alimenter le retour d’un mode de vie sain et encourager les gens à se soucier davantage de leur condition physique et de leur santé mentale.

Ce que nous observons

  • Une personne sur trois dans le monde a pris du poids pendant la pandémie.
  • 45 % des gens disent essayer de perdre du poids.
  • Les abonnements à Peloton ont plus que doublé pour s’établir à 2 millions d’utilisateurs payants.
  • Le bien-être mental est un nouvel aspect du conditionnement physique.
  • Fitbit a enregistré une hausse de 2 900 % des gens qui adopte la méditation comme exercice.
  • 29 % des psychologues américains ont rencontré plus de patients souffrant principalement de troubles anxieux.
  • Les soins de santé virtuels se répandent.
  • En juin 2020, 70 % des soins ambulatoires ont été prodigués virtuellement au Canada.
  • 76 % des chefs de clinique affirment que la pandémie a modifié de manière importante ou modérée leur stratégie virtuelle.

Ce que cela signifie

  • De plus en plus d’applications permettront aux gens de s’entraîner à domicile et ailleurs, notamment dans les centres de conditionnement physique.
  • Les régimes de soins de santé devront investir davantage dans les données pour surveiller et mesurer tous les aspects de la santé individuelle, et reconnaître les progrès réalisés.
  • Les professionnels de la santé et du bien-être adopteront des modèles de collaboration.

Ce qu’il faut

  • Les organismes de santé publique pourraient investir davantage pour encourager l’autogestion de la santé.
  • On pourrait miser davantage sur des soins virtuels pour améliorer les coûts et rehausser l’expérience des patients.
  • Il faut un suivi attentif de la santé mentale pour soutenir les personnes perturbées qui se sentent perdues.
 

L’essor des plateformes technologiques et du commerce électronique amènera les petites et moyennes entreprises à recourir à la collecte et à l’analyse de données pour mieux servir leurs clients, où qu’ils soient.

Ce que nous observons

  • Aux États-Unis, 40 % des consommateurs se procurent en ligne des articles qu’ils achèteraient normalement en magasin.
  • Amazon a représenté 40 % des dépenses de commerce électronique au quatrième trimestre de 2020.
  • Les ventes en ligne de Walmart ont grimpé de 69 %.
  • Plus de 60 % des consommateurs devraient continuer d’utiliser les plateformes de livraison de repas et même y recourir encore plus.
  • Les dépenses mondiales des utilisateurs finaux des services infonuagiques publics devraient croître de 18,4 % en 2021 pour atteindre 305 milliards de dollars.
  • 70 % des organisations envisagent d’augmenter leurs dépenses liées aux services infonuagiques.

Ce que cela signifie

  • La pandémie a transformé l’économie numérique, créant pour la première fois un pont entre l’infonuagique et l’intelligence artificielle à très grande échelle.
  • Les plateformes technologiques ont élargi leur portée et leur connaissance des consommateurs, permettant aux petits fournisseurs (commerçants, restaurants, créateurs) d’accéder à de nouveaux marchés de plus grande envergure.
  • Les entreprises qui n’ont pas affermi leurs capacités numériques ou qui ne peuvent pas se démarquer continueront de céder du terrain aux grandes plateformes technologiques.

Ce qu’il faut

  • L’établissement d’un plus grand nombre de microplateformes, par région et par secteur, pourrait permettre aux petites entreprises et aux entreprises locales de communiquer entre elles les tendances en matière de données, les perspectives, les outils et les talents.
  • Les programmes de recyclage doivent être remaniés pour permettre l’augmentation massive de l’offre de données et du talent numérique.
  • La rapidité et la commodité ont dorénavant préséance dans tous les marchés ; les mesures de relance devraient aider les petites entreprises à investir dans des ressources numériques.
 

Grâce à la pandémie, les gens ont eu plus de temps et un plus grand accès numérique pour se mobiliser et remettre en question les décisions de gouvernements, des grandes entreprises et de puissants intérêts. Pendant la remise en marche de l’économie, les entreprises devront mieux gérer l’économie de la confiance et une nouvelle ère de dissidence numérique.

Ce que nous observons

  • Le degré de confiance à l’égard des institutions a chuté l’été et l’automne derniers.
  • Le Baromètre de confiance Edelman 2021 indique que la France, l’un des 11 pays faisant partie de l’étude, a été le seul pays où l’on a enregistré une hausse de la confiance depuis mai 2020.
  • Dans 18 des 27 pays sondés, les répondants font plus confiance aux entreprises (surtout leurs employeurs) qu’aux gouvernements.
  • La dissidence numérique progresse plus rapidement que les prises de décisions d’entreprises et de gouvernements.
  • Le mouvement #BlackLivesMatter est apparu sur Twitter près de 50 millions de fois dans les deux semaines qui ont suivi la mort de George Floyd. Plus de 15 millions d’Américains ont participé à des manifestations dans 2 500 villes en moins d’un mois.
  • Les mêmes forces perturbent les marchés.
  • Depuis le début de 2021, le bassin d’utilisateurs du forum wallstreetbets de Reddit a doublé et est passé à 9,5 millions.
  • En janvier 2021, les opérations sur actions des investisseurs individuelles représentaient 25 % du volume total du marché, par rapport à 10 % en 2019.

Ce que cela signifie

  • Les difficultés auxquelles sont confrontés les gouvernements (programmes d’aide à grande échelle et campagnes de vaccination massive) ont rendu le public suspicieux à l’égard des institutions.
  • La dissidence numérique demeurera importante et incitera chaque entreprise à être attentive et à apprendre.
  • Les entreprises qui s’aligneront sur de puissants mouvements et réseaux sociaux affermiront leurs relations avec leurs clients et employés.

Ce qu’il faut

  • Les entreprises devront se pencher sur tous les éléments de la reprise pour pouvoir résoudre de grands problèmes.
  • Les communications avec les consommateurs, les investisseurs et les fournisseurs devront être plus ouvertes et interactives.
  • Les chercheurs et les éducateurs peuvent se servir de la pandémie pour découvrir le rôle et les responsabilités des institutions dans la résolution de la crise, et tirer des leçons.
 

La pandémie a révélé les pouvoirs et les limites des gouvernements, de sorte que la résolution de nombreux problèmes complexes incombe maintenant aux entreprises. Le climat se situe en tête de liste.

Ce que nous observons

  • La stratégie zéro émission nette remodèlera les années 2020.
  • Près de la moitié des entreprises représentant plus de 80 % des émissions industrielles de GES à l’échelle mondiale se sont fixé un objectif de carboneutralité en 2020 ou ambitionnent de le faire.
  • 127 gouvernements représentant 63 % de l’économie mondiale ont des objectifs de carboneutralité.
  • La pandémie a révélé les difficultés liées à une réduction rapide des émissions.
  • Une diminution de 6 % des émissions de CO2 liées à l’énergie a été enregistrée en 2020. Ce recul est sans précédent.
  • Les émissions avaient augmenté de 2 % en décembre de la même année par rapport à l’année précédente.
  • Les consommateurs peuvent avoir du mal à changer
  • Les VUS et les camions ont représenté 85 % des ventes de véhicules au Canada en février. De 2010 à 2018, les VUS ont été le deuxième facteur ayant le plus contribué à l’augmentation des émissions mondiales de CO2.
  • Parmi les consommateurs, 58 % déclarent ne pas avoir opté pour des modes de transport à faible émission de carbone ou le transport en commun.
  • On s’attend à ce que 120 modèles de véhicules électriques entrent sur le marché canadien au cours des prochaines années, ce qui pourrait stimuler la demande et faire baisser les prix.

Ce que cela signifie

  • Les progrès en matière d’environnement, de société et de gouvernance (ESG) sont devenus la norme, la pandémie ayant centré l’attention du public sur les défis mondiaux et existentiels.
  • En raison de leur incapacité à combattre le virus, les gens se sentent de plus en plus privés de leurs droits.
  • Les gouvernements étant occupés à gérer les contrecoups de la crise sanitaire et économique, les entreprises devront jouer un rôle de premier plan si les changements climatiques continuent de constituer la principale préoccupation de la population à l’égard de la reprise.

Ce qu’il faut

  • Un nouveau modèle de coopération public-privé comportant des responsabilités claires transcendant les changements au niveau des gouvernements pourrait permettre de s’attaquer aux défis à long terme.
  • Les entreprises devraient mieux définir leurs rôles et responsabilités dans la résolution des problèmes climatiques.
  • Il nous faudra plus de précisions sur les mesures à court et à long terme (et les coûts) mises en place pour réduire les émissions.
 

La pandémie a accéléré l’explosion du contenu publié par les utilisateurs qui se poursuit depuis dix ans, puisque les gens ont maintenant les outils et le temps nécessaires pour élaborer des messages convaincants.

Ce que nous observons

  • La vidéo continue de dominer l’industrie du contenu.
  • 84 % de l’auditoire américain déclare avoir regardé au moins le même nombre de vidéos courtes qu’avant la pandémie.
  • Le consommateur moyen aux États-Unis est maintenant abonné à quatre services vidéo en continu.
  • L’augmentation du nombre d’auditeurs est prédominante dans le secteur du jeu.
  • Les heures de contenu de jeux regardées sur YouTube ont doublé par rapport à 2018 et dépasse maintenant 100 milliards.
  • Plus de 350 créateurs de jeux sur YouTube ont dépassé les 10 millions d’abonnés.
  • L’intérêt pour le contenu traditionnel, comme les médias sportifs, continue de diminuer.
  • En 2020, les séries mondiales n’ont jamais été si peu regardées, l’écoute du Super Bowl a atteint son plus bas niveau en 15 ans et l’écoute des finales de la Coupe Stanley et de la NBA a reculé respectivement de 61 % et de 51 % par rapport à 2019.
  • Certains sports individuels ont tenu le coup. En 2020, le championnat de la PGA a attiré son meilleur auditoire en cinq ans.

Ce que cela signifie

  • Les annonceurs et les créateurs de contenu doivent trouver comment rejoindre les auditoires en leur offrant plus de choix et en captant leur attention sur de plus courtes durées.
  • Les consommateurs de la génération Z s’attendent à être coauteurs et coproducteurs de contenu, qu’il s’agisse de messages sociaux ou de publicité.
  • La conception des jeux façonnera le contenu, tant des messages politiques que des programmes scolaires, et les utilisateurs s’attendent à des options multimédias immersives.

Ce qu’il faut

  • La formation doit intégrer les principes de conception et les capacités multimédias.
  • Les secteurs traditionnels (agriculture, ingénierie et politique publique) devraient chercher à collaborer davantage avec les secteurs créatifs (cinéma, jeux et conception graphique).
  • Le Canada devrait chercher à attirer des talents mondiaux en multimédia et en conception.
 

Trop d’écoles mettent les salles de classe à l’écran, alors qu’elles devraient investir dans les outils et les aptitudes numériques afin de personnaliser et d’améliorer l’éducation.

Ce que nous observons

  • Un sondage mondial a révélé que l’apprentissage en ligne a retardé de 1,5 à 3 mois les étudiants, la durée variant selon la matière. Selon une étude du Royaume-Uni, le fait de manquer la moitié d’une année d’études pourrait se traduire par une perte de revenu de 70 000 $ CA au cours de toute une vie.
  • Les mathématiques sont l’une des principales sources de problèmes. Une étude menée auprès de 8 000 écoles américaines a révélé une baisse des résultats en mathématiques de cinq à dix points de pourcentage en 2020.
  • L’intégrité scolaire est compromise. L’Université de Waterloo a surpris trois fois plus d’étudiants qui trichaient au cours de la dernière année scolaire.

Ce que cela signifie

  • Notre empressement à apprendre à distance n’a pas amélioré les résultats scolaires, car les liens ont été rompus entre l’enseignant et l’étudiant, ainsi qu’entre les étudiants.
  • Une génération risque aujourd’hui de présenter des lacunes éducatives permanentes, ce qui aura des conséquences à long terme. Nous devrons adopter des approches radicales en 2021 pour les aider à rattraper le retard.
  • De nombreux collèges et universités n’ont pas profité de la crise pour transformer leurs modèles.

Ce qu’il faut

  • Une nouvelle approche pourrait établir un équilibre entre l’apprentissage en personne et l’apprentissage à distance grâce aux outils numériques dans le cas de l’apprentissage dit « asynchrone », puisque la plupart des apprentissages se déroulent en dehors de la salle de classe.
  • Les collectivités à faible revenu auront besoin d’investissements importants en matière de réseau Wi-Fi et d’accès numérique. Les écoles publiques de la ville de New York ont découvert que plus de 60 000 élèves n’ont toujours pas les appareils nécessaires à l’apprentissage en ligne.
  • Un examen stratégique de tous les aspects de l’éducation, soit la formation des enseignants, la conception des salles de classe et plus encore, placerait les générations futures dans une ère d’apprentissage hybride.
 

Les mêmes forces numériques qui changent notre façon de travailler, de magasiner et de nous restaurer peuvent relancer la philanthropie, qui a diminué pendant la pandémie.

Ce que nous observons

  • Nous sommes moins généreux. Environ 42 % des organisations qui ont reçu des dons en 2019 en ont reçu moins en 2020.
  • Nous faisons des dons pour des causes très locales et très éloignées. Les dons aux banques alimentaires ont monté en flèche. De plus, des dons totalisant plus de 500 millions de dollars ont été amassés pour les incendies de forêt en Australie.
  • Nous cherchons le bien collectif. Benevity, une plateforme canadienne de gestion des dons, a enregistré une augmentation de plus de 70 % des dons, principalement grâce aux portails d’entreprise.

Ce que cela signifie

  • Les activités traditionnelles de collecte de fonds deviendront des expériences virtuelles.
  • Les organisations sociales chercheront à s’intégrer aux expériences des consommateurs, qu’il s’agisse d’options permettant d’arrondir les montants à la hausse ou de collectes de fonds virtuelles sur des applications de conditionnement physique.
  • Les organismes de bienfaisance se transformeront en organismes de contenu, se faisant connaître au moyen de la réalité augmentée dans le cadre des expériences vidéo, musicales et de jeux.

Ce qu’il faut

  • Des bassins de talents technologiques pourraient soutenir les organismes de bienfaisance et les organismes communautaires de petite taille.
  • Les organisations sociales pourraient bénéficier de stratégies axées sur les plateformes.
  • Les entreprises technologiques et les organisations sociales pourraient s’associer pour innover dans les domaines de la collecte de fonds et du bénévolat.