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Leadership avisé RBC John Stackhouse

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Plus de 500 dirigeants du monde des affaires, du gouvernement, de la politique et des communautés, ainsi que des experts politiques et des universitaires, se sont réunis lors du Sommet annuel entre les États-Unis et le Canada, organisé par RBC et Eurasia Group à Toronto le 11 juin, pour discuter des tenants et des aboutissants de la relation la plus prospère au monde.

Voici quelques-uns des éléments qui sont ressortis :

Le ton a toute son importance, et le sommet de cette année ne portait aucune trace de l’hostilité observée l’an dernier. Les ambassadeurs des deux pays ont parlé d’espoir, bien qu’avec des attentes différentes, et les deux parties ont qualifié les droits de douane de nouvelle normalité, là encore avec des attentes divergentes. Les données fondamentales sont trop importantes pour être ignorées : des échanges commerciaux bilatéraux annuels de 1 300 milliards de dollars, 120 millions de passages transfrontaliers par an et une relation tissée à travers le partage de la propriété intellectuelle, de talents, de capitaux et d’innovations. Robert Lighthizer, l’ancien responsable du commerce de M. Trump, a reconnu que le Canada n’était pas le problème principal, car la véritable frustration de l’Amérique concerne la Chine, l’Allemagne et le Japon. Cela dit, le Canada n’est pas exempté pour autant, et M. Lighthizer s’est montré direct : les droits de douane ne disparaîtront pas avant une génération.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait un rapprochement. Les dirigeants d’entreprise sont d’accord pour dire que les dommages causés aux relations entre le Canada et les États-Unis ne sont pas irréparables, mais qu’ils existent bel et bien, et qu’il faudra du temps pour les réparer. La confiance revient lentement. L’incertitude s’estompe lentement, elle aussi. Cependant, la logique économique d’un resserrement des liens entre le Canada et les États-Unis demeure solide. Un gestionnaire de portefeuille canadien a affirmé que, peu importe la manière dont ils exécutent leurs modèles de risque, ils se retrouvent toujours avec une allocation de 50 à 60 % aux États-Unis. Les deux gouvernements ont maintenant l’été, et probablement une partie de l’automne, pour trouver une voie à suivre sur le plan commercial. Ils devront également reconnaître à quel point leurs économies changent simultanément. Cette zone commerciale n’a plus rien à voir avec celle de vos parents.

Alors que s’estompent les espoirs du libre-échange, une nouvelle ère du capitalisme d’État est en train de voir le jour. Washington et Ottawa utilisent désormais explicitement les dépenses publiques, les droits de douane, les marchés publics et la réglementation comme des outils de stratégie économique – et l’époque où l’on supposait que la politique laisserait la mondialisation tranquille est révolue. Daleep Singh, gestionnaire d’actifs chez PGIM, l’a exprimé clairement : nous vivons dans un monde dominé par la fiscalité où la politique industrielle connaît une véritable renaissance. Chaque lien transfrontalier, qu’il s’agisse de commerce, de capitaux, d’énergie ou de technologie, court désormais le risque d’être militarisé à des fins d’influence géopolitique. Le résultat se traduit par une dette publique accrue, une tendance à une inflation plus élevée, un risque politique accru et des arguments renforcés en faveur des actifs tangibles liés à la sécurité économique.

Cela signifiera-t-il qu’on en revient au mercantilisme ? Si les gouvernements essaient d’obtenir des faveurs économiques en affaiblissant ou en contraignant les autres (en privilégiant la force compétitive au détriment de l’avantage comparatif), le Canada devra jouer ses nombreuses cartes de manière plus audacieuse : le gaz naturel à faible empreinte carbone, les minéraux critiques, l’alimentation et les engrais, le combustible nucléaire et un environnement stable régi par l’état de droit, que les capitaux prisent de plus en plus. Cela présente également d’importantes occasions commerciales pour les entreprises, car les gouvernements mettent en place des incitatifs pour relocaliser des secteurs économiques et financent le développement à grande échelle d’entreprises, allant de l’IA aux sciences de la vie. Annesley Wallace, gestionnaire de régimes de retraite chez HOOPP, a parfaitement résumé l’état d’esprit des investisseurs : le Canada attire désormais l’attention des investisseurs mondiaux d’une manière qui n’existait pas il y a quelques années. Les capitaux exigent toutefois de la certitude politique et des résultats concrets, pas seulement de l’ambition.

Les centres de données sont les nouvelles usines, c’est-à-dire l’infrastructure physique de l’économie fondée sur l’IA. Et le Canada y pèche par son absence. Hamid Moghadam, de Prologis, l’une des plus grandes entreprises de logistique au monde, qui a investi 5 milliards de dollars au Canada, s’est montré direct : les entreprises qui construisent des centres de données vont là où c’est le plus simple. Le Canada ne figure pas sur cette liste. Prologis ne dispose actuellement d’aucune capacité de centres de données dédiés à l’IA au Canada, les Pays-Bas et les États-Unis dominant largement son portefeuille. Cette situation s’explique par une « disposition bizarre » de la loi fiscale canadienne, qui impose une charge de 15 % sur les capitaux américains exonérés d’impôt investis dans des propriétés canadiennes – une friction qui ne s’applique pas en sens inverse. Il pourrait s’agir du plus grand risque transfrontalier, car les entreprises utilisatrices (contrairement aux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle) se tournent davantage vers des modèles d’inférence capables d’utiliser des infrastructures à faible latence. Bell Canada saisit cette occasion avec un nouveau centre de données à Regina qui devrait, du moins au début, s’appuyer sur des utilisateurs américains.

Le rythme plus lent de l’adoption de l’IA au Canada (moins d’une entreprise sur cinq et encore moins d’utilisateurs du secteur public ayant déployé la technologie) commence à se faire sentir sur les résultats de l’économie et des entreprises. Le Canada tente de rattraper son retard avec une nouvelle stratégie nationale sur l’IA, qui vise à investir dans la sensibilisation et les compétences liées à l’IA, ainsi que dans son adoption par les entreprises. Jenny Johnson, de la société de gestion de placements Franklin Templeton, l’a exprimé de manière frappante : le rythme de l’IA est si rapide que les entreprises qui réussiront leur transition laisseront définitivement les autres acteurs de leur secteur derrière elles. Elle a dit à ses propres dirigeants : « si vous ne développez pas vous-mêmes des agents, vous êtes déjà à la traîne. Le problème est que les citoyens des deux pays sont de plus en plus anxieux et sceptiques face à l’IA. Cela entraîne une pression accrue de la base militante, y compris dans les campagnes électorales de mi-mandat de cette année aux États-Unis, pour réglementer l’IA. 

Le Canada et les États-Unis traversent tous deux une crise de confiance du public envers la technologie, mais ils y répondent de manières qui pourraient les placer sur une trajectoire de collision en matière de réglementation, de données et de commerce numérique. Aux États-Unis, l’essor de l’IA est propulsé par le capital privé, les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle et une culture réglementaire permissive. La préoccupation porte moins sur la gouvernance que sur le risque de se faire distancer par la Chine dans la course aux armements de l’IA, bien que la résistance locale aux centres de données, en particulier en raison de leur consommation d’électricité et d’eau, pourrait changer les propos. Le Canada, en revanche, privilégie une approche davantage axée sur les droits et sur la souveraineté. 

Dans les deux pays, de même qu’à l’étranger, la révolution de l’IA progresse si rapidement que les gouvernements semblent condamnés à réagir. Ian Bremmer, fondateur et président d’Eurasia Group, a mis en garde contre une aggravation de la crise dans laquelle aucun dirigeant politique ne pourrait surmonter le fossé structurel entre la transformation technologique et des systèmes de gouvernance obsolètes. Les sociétés de technologie, a-t-il dit, agissent de plus en plus comme des souverains fonctionnels dans leurs propres domaines, et l’absence de gouvernance encadrant l’IA est l’un des risques les plus pressants qui se profilent à l’horizon. Le ministre canadien de l’IA, Evan Solomon, a reconnu le paradoxe : le meilleur et le plus important partenaire du Canada dans le domaine de l’IA demeure les États-Unis, et l’accès aux modèles de pointe, à la puissance de calcul et aux capitaux s’effectue encore principalement du nord vers le sud. Mais à mesure que le Canada bâtit son propre cadre de souveraineté en matière d’IA et que la Loi pour des médias sociaux sûrs (Safe Social Media Act), les nouvelles règles de protection de la vie privée et la stratégie L’IA pour tous prennent forme, les conflits concernant les flux de données, la réglementation des plateformes et le commerce numérique deviennent de plus en plus probables. 

Une fois de plus, la défense est au cœur à la fois de la relation et des divisions émergentes. Une question majeure se pose : quelles technologies domineront les champs de bataille et les lignes de défense de demain ? La preuve ? Trois jours avant le sommet, un drone iranien a abattu un hélicoptère Apache américain, puis un drone maritime américain a sauvé les deux aviateurs abattus. Les États-Unis investissent massivement dans les systèmes d’IA, la robotique et les machines de guerre autonomes, ainsi que dans les armes biologiques et les cyberarmes. Le Canada tente de rattraper son retard en matière de technologies militaires avancées, tout en s’efforçant de restaurer et de reconstituer son stock d’équipements lourds, tels que les avions de chasse et les sous-marins. La stratégie canadienne est tout autant dictée par la politique économique que par la stratégie de défense, afin de tisser des liens commerciaux avec ses alliés européens et asiatiques.

Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont réécrit la doctrine de défense. La production évolutive et les chaînes logistiques résilientes se sont révélées aussi décisives que la puissance de feu. Mike Greenley, chef de la direction de MDA Space, l’a exprimé en ces termes : la défense et l’espace demeurent des domaines de collaboration et d’intégration totales, même en période de tensions commerciales. « Plus nous sommes forts, meilleur sera le partenaire que nous incarnons. »

Cela pourrait nécessiter une matrice complexe de chaînes d’approvisionnement et de partenariats, au sein de laquelle le Canada pourrait continuer à jouer un rôle dans le programme d’avions de chasse F-35 tout en développant le partenariat GlobalEye entre le suédois Saab et Bombardier pour fabriquer des avions de surveillance destinés à la défense de l’Arctique. L’énergie et les minéraux critiques constitueront un élément crucial de ce nouveau chapitre. Vivek Lall, de l’entreprise de défense General Atomics, a désigné une triade technologique reliant l’IA, l’énergie nucléaire et l’autonomie comme le cadre de référence de la prochaine génération de capacités de défense, et a soutenu que la collaboration entre le Canada et les États-Unis recèle un potentiel majeur dans ces trois domaines.

L’Arctique n’est plus une considération politique lointaine. Il est devenu un champ de bataille économique, géopolitique et stratégique mondial où le Canada et les États-Unis n’ont d’autre choix que de travailler ensemble, et rapidement. Olafur Grimsson, ancien président de l’Islande, a ainsi défini le défi : la dernière décennie a vu un afflux de nouveaux arrivants dans l’Arctique, alors que la Chine, la Russie et une constellation d’économies asiatiques cherchaient à y obtenir un accès. L’ancienne notion de souveraineté, où des lignes tracées sur une carte réglaient la question, ne s’applique plus dans un environnement qui devient rapidement à la fois économiquement accessible et stratégiquement contesté.

Thomas Dans, le président de la Commission américaine de recherche sur l’Arctique, s’est montré direct quant à la vision de Washington : les deux pays ont « énormément de marge, non seulement pour rattraper leur retard, mais aussi pour le dépasser et s’imposer comme de véritables leaders ».

Selon lui, l’Amérique du Nord doit regarder au-delà du pôle Nord, vers l’étoile Polaire. Le premier défi est la Russie. Même s’il peut y avoir de la place pour une coopération sur les pêcheries et les ressources partagées avec le Kremlin, M. Grimson a averti que l’Occident risquait de perdre de vue ce que Moscou est en train d’accomplir dans son propre Arctique, surtout alors que la Russie renforce ses liens avec la Chine, l’Inde et d’autres puissances asiatiques dans les secteurs de l’énergie, des pipelines et des mines. Le même type de développement des ressources est possible du côté nord-américain. Puis, il y a la trajectoire vers le ciel. La défense continentale a beau se trouver dans l’ionosphère, elle ne s’y arrête pas. Les deux pays doivent développer des systèmes terrestres et maritimes dans l’Arctique afin de relier leurs opérations de défense spatiale en pleine expansion.

Le Canada a toujours boxé au-dessus de sa catégorie dans l’espace, mais en grande partie, comme partenaire subalterne de la NASA. Cette posture est en train de changer. Le Canada cherche présentement à se forger une identité spatiale distincte en s’appuyant sur ses propres atouts et en communiquant avec un plus large éventail de partenaires internationaux, tout en conservant une profonde intégration avec les États-Unis. Il pourrait constituer le plus grand défi à la coopération continentale. L’astronaute canadien Jeremy Hansen a déclaré que les deux pays trouveront les meilleures occasions en misant sur leurs forces respectives, plutôt que pour des raisons diplomatiques. Pour le Canada, ces atouts résident dans l’observation de la Terre, les communications spatiales, la robotique et l’informatique embarquée.

Les pays accroissent rapidement leurs dépenses, créant un multiplicateur économique de 2,5 fois pour la fabrication et les technologies spatiales. Le fait toutefois de laisser ce que l’on nomme la « dernière frontière » aux seules entreprises commerciales pourrait amener à sous-estimer l’ampleur des tensions géopolitiques qui s’y jouent. Dans la course pour retourner sur la Lune, la Chine s’associe avec 11 pays, tandis que les États-Unis en comptent 60. Le Canada fait partie de cette deuxième coalition et y apporte une contribution significative. M. Hansen a comparé cet enjeu à l’éthos d’un équipage spatial : « Dans notre culture spatiale, il est inacceptable que des gens se contentent de pointer du doigt ce qui ne va pas et s’arrêtent là. » L’ambition spatiale du Canada exige la même discipline : des propositions précises, sans se cantonner à des aspirations.

Le Canada cherche à diversifier ses relations économiques et de sécurité sans pour autant affaiblir sa relation indissociable avec les États-Unis. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada disposait d’accords commerciaux avec 52 pays. Les pourparlers avec l’UE s’approfondissent, non seulement en réponse aux droits de douane, mais aussi pour créer de véritables entreprises intégrées canado-européennes et harmoniser les politiques industrielles. Michael Sabia, greffier du Conseil privé, a été tout aussi clair : la stratégie américaine du Canada et sa stratégie mondiale globale se renforcent mutuellement. « Nous ne nous découplons pas. Nous nous diversifions. » En ce qui concerne la Chine, sa formulation a fait écho aux propos des États-Unis, c’est-à-dire réduire le risque, et non dissocier les deux pays, avec des garde-fous clairs qui définissent les domaines où le Canada peut ou ne peut pas s’engager.

La diversification a toutefois un coût et les infrastructures nécessaires pour réorienter le commerce canadien ne sont pas encore construites pour la plupart. La capacité des pipelines de la côte Ouest demeure gravement limitée, ce qui restreint l’aptitude du Canada à vendre son pétrole et son gaz au prix fort sur les marchés asiatiques. Les infrastructures portuaires de Vancouver et des autres points de transit du Pacifique – liaisons ferroviaires, capacité des ponts, débit des terminaux – accusent un retard considérable par rapport aux ambitions d’une stratégie commerciale sérieuse pour le Pacifique. Par ailleurs, les délais d’obtention des permis pour les nouveaux projets d’infrastructure demeurent un goulet d’étranglement systémique. Ce sont des problèmes solubles. Le dernier argument de M. Sabia était que le Canada détient des atouts véritablement puissants : du gaz à faible empreinte carbone, de la nourriture, des engrais, des minéraux critiques, des capacités en IA et une prime de confiance qui découle de ses valeurs et de son histoire. « Ce n’est pas le moment de céder à l’anxiété nationale. C’est le moment d’avoir confiance. » 

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Lors de sa visite à Toronto cette semaine, je me suis entretenu avec l’ancien premier ministre de l’Australie, Scott Morrison, au sujet des paris audacieux de son pays dans le secteur spatial et des leçons que le Canada peut en tirer.

M. Morrison a contribué à l’accélération du secteur spatial australien et est maintenant actif dans le secteur mondial, plus particulièrement aux États-Unis. Voici quelques-unes des informations qu’il m’a transmises, ainsi qu’à un groupe de leaders et d’investisseurs canadiens :

  • L’espace redevient une compétition géopolitique, comme ce fut le cas pour la course à l’espace des années 1950 et 1970. Presque tous les aspects du renseignement et de la sécurité nationale ont maintenant un lien avec l’espace. 

  • Le Canada devrait considérer l’espace comme un moyen de se joindre aux alliances militaires et de sécurité les plus importantes du monde. AUKUS (Australie, R.-U., É.-U.) fait partie de ces groupes, tout comme Quad (États-Unis, Australie, Inde et Japon) et le réseau de renseignements Five Eyes des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et du Canada. 

  • Il est intéressant de surveiller AUKUS, qui détourne son attention des sous-marins et de la domination sous-marine vers la domination orbitale. L’espace pourrait être l’occasion pour le Canada de se joindre à l’alliance AUKUS2.

  • L’OTAN a été lente sur le plan spatial, mais cela changera. La guerre en Ukraine – et le rôle des satellites et des drones – indique l’emplacement des prochains champs de bataille.

  • Le secteur devrait connaître une croissance d’environ 9 % par an, fortement stimulé par les semi-conducteurs, les satellites et la demande mondiale d’IA.

  • Ensemble, l’IA et l’espace seront les mégatendances qui façonneront les 50 prochaines années ainsi que la sécurité mondiale, l’économie et les capacités nationales.

  • Une agence spatiale nationale attitrée, sous la supervision des hauts responsables du gouvernement, est essentielle à la croissance du secteur : elle assurera la masse critique, la coordination et la légitimité.

  • D’importants acteurs du secteur privé sont également essentiels, mais des capitaux publics et des partenariats internationaux sont nécessaires.

  • Les lancements assoient la légitimité. Si un pays ne peut lancer ses propres actifs en orbite – comme c’est actuellement le cas du Canada –, il ne deviendra pas un chef de file. L’Australie souhaite construire l’unique site de lancement quasi équatorial parmi les Five Eyes, ce qui la rendrait encore plus indispensable pour ses partenaires du renseignement. 

  • Ne vous arrêtez pas aux lancements. « Ce qui est attrayant, ce sont les fusées », mais la croissance réelle de ce secteur dépend des infrastructures, de la logistique, des essais, du soutien scientifique et de la capacité de services.

  • D’autres pays ne restent pas les bras croisés. Le Japon renforce ses ambitions spatiales en ciblant 30 lancements par an et en misant sur une étroite coordination État-secteur. La Nouvelle-Zélande a lancé le Rocket Lab et un programme spatial particulièrement dynamique sur le plan politique.

Voici ce dont le Canada a besoin, selon M. Morrison :

  • Une stratégie spatiale nationale crédible et financièrement soutenue ;

  • Une capacité dont les autres ont besoin ;

  • La volonté d’investir sur le plan politique et financier à la hauteur des engagements pris par les États-Unis et l’Australie ;

  • Une capacité concrète qui renforce nos alliances, notamment la sensibilisation au domaine spatial, la surveillance de l’Arctique, la fabrication de satellites, la capacité de lancement, la détection par l’IA et la cyberintégration ;

  • Des considérations axées sur la sécurité et alignées sur les évaluations des menaces par les alliés, en particulier celles concernant la Chine.

« En fin de compte, il s’agit d’une initiative de sécurité, et non d’une initiative d’expansion sectorielle. Au pays, les gouvernements discuteront d’emplois et d’avantages économiques. Par contre, à Washington, à Canberra, à Londres, à Tokyo ou à Wellington, l’argument doit strictement être : « Voici la capacité du Canada en matière de sécurité collective ».

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J’étais à Houston ces derniers jours pour la semaine CERAWeek, aussi appelée le Super Bowl de l’énergie, où se tenait une série d’échanges intenses et instructifs sur l’actuelle crise mondiale de l’énergie. L’an dernier, le forum était tout ouïe lorsque le nouveau gouvernement Trump a présenté sa stratégie de « domination énergétique ». Cette année, le forum n’en avait que pour la crise énergétique majeure causée par la guerre en Iran.

Selon le point de vue dominant, le conflit – et donc le danger dans le golfe Persique – perdurera pendant un certain temps encore, et les marchés de l’énergie peineront à trouver une nouvelle normalité. L’ancien secrétaire à la défense James Mattis, qui a participé à trois guerres dans la région du Golfe et autour, a déclaré que les États-Unis ne pouvaient pas crier victoire unilatéralement. Même si sa marine a été détruite, l’Iran peut encore déployer des missiles de croisière antinavires tout le long de sa côte de 1 000 kilomètres. Cela implique que le conflit pourrait durer plus longtemps que prévu et que les répercussions économiques pourraient s’accentuer si les chaînes d’approvisionnement restent paralysées. La circulation dans le détroit d’Ormuz est en baisse de 70 %, plus de 850 pétroliers y étant pris pour cibles. Il faudra des semaines pour évacuer cette flotte – ce qui a amené l’AIE à qualifier la situation de « plus grand défi mondial pour la sécurité énergétique et alimentaire de tous les temps ».

La perturbation du marché du GNL n’est pas un choc temporaire. Le chef de la direction de QatarEnergy a confirmé que le pays a perdu environ 17 % de sa capacité d’exportation de GNL pour des années et que la remise en état des installations nécessitera des milliards de dollars. Les marges sur le GNL ont déjà augmenté de 200 % en moyenne pour la période de 2026 à 2028. L’augmentation de l’offre en provenance de l’Australie, du Canada et des États-Unis suffira tout juste à compenser les pertes, mais n’entraînera aucune croissance de l’offre. Cela signifie qu’il est peu probable de voir l’offre de GNL revenir à ses niveaux d’avant la guerre d’ici la fin de 2027, dans le meilleur des cas. Les analystes de S&P Global Energy s’attendent à une perte de production pouvant atteindre 35 millions de tonnes de GNL en 2026, ce qui correspond à la moitié des importations annuelles du Japon.

Le Programme alimentaire mondial a averti que pas moins de 45 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d’insécurité alimentaire grave si le conflit ne se règle pas bientôt – une crise comparable à celle qu’a causée l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela tient en grande partie au fait que 30 % de la production mondiale d’urée provient de l’Iran et de pays tributaires du détroit d’Ormuz et que les exportations d’engrais du golfe Persique ont brutalement chuté, avec pour effet de pousser les prix à la hausse partout dans le monde et de menacer la saison des plantations au printemps. Les coûts de stockage et de fret ont quadruplé en Europe, ce qui ajoute au cauchemar du transport. Les prix des intrants agricoles ont presque doublé en Égypte. Les usines d’engrais en Inde, au Bangladesh et au Pakistan ont dû arrêter complètement leur production en raison de l’envol des prix du gaz naturel et du pétrole – et, contrairement à 2022, il n’existe guère de solutions de rechange. L’Inde a réduit la production de trois de ses usines d’urée. Le Bangladesh a fermé quatre de ses cinq usines d’engrais.

Le détroit est la seule voie maritime pour 93 % des importations de pétrole du Japon, ce qui pousse Tokyo à commencer à libérer 80 millions de barils de pétrole de ses réserves stratégiques. Les réserves de GNL du pays sont considérablement moindres, les entreprises japonaises n’ayant qu’environ trois semaines de stocks de GNL, soit l’équivalent du volume total de leurs importations de GNL dépendantes du détroit d’Ormuz. Taïwan et la Corée du Sud sont aussi gravement menacés. En Asie du Sud, des mesures de rationnement du carburant sont mises en place. Le Pakistan et le Bangladesh dépendent du Qatar pour environ la moitié de leurs importations de GNL. Les prix au comptant du GNL en Asie ont bondi de 143 % depuis le 28 février.

Les hausses des coûts de la dette et des prix à l’importation ont toujours été problématiques pour les pays en développement, en particulier ceux qui ont recours au crédit étranger et à l’énergie pour stimuler leur croissance. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports comptent pour 15 à 25 % de l’inflation. La Banque asiatique de développement a déterminé que les Philippines, le Pakistan et le Sri Lanka étaient les économies les plus vulnérables de la région. Des répercussions se feront également sentir dans les régions de fabrication à faible coût, où les prix des intrants – les plastiques à base de pétrole, par exemple – sont en hausse. Tous ces éléments vont obliger les pays endettés à emprunter davantage pour subventionner la consommation et l’industrie, alors même que les coûts d’intérêt augmentent de nouveau. En Ouzbékistan, en Égypte et en Mongolie, les subventions liées aux carburants représentent respectivement 28,3 %, 28,0 % et 11,9 % des dépenses publiques. Les pays qui dépendent du tourisme, comme le Kenya et le Sri Lanka, pourraient souffrir encore plus.

Tout le monde s’entend pour dire que la demande d’énergie des centres de données liés à l’IA continuera d’augmenter et qu’il n’y aura pas assez de gaz pour les faire fonctionner. De grandes entreprises technologiques comme Google et Microsoft élaborent des plans pour recourir à l’énergie nucléaire, et même relancer des centrales désaffectées aux États-Unis. Mais il faudra des années pour ce faire. Les centres de données représentent à présent 4 % de la consommation électrique américaine, et on prévoit que ce chiffre pourrait atteindre 12 %. Ce phénomène n’est pas propre aux États-Unis et à la Chine. Des pays asiatiques comme les Philippines ont des stratégies ambitieuses en matière de centres de données, qui dépendent d’une hausse des importations de gaz pour tourner. Ils auront maintenant besoin de ce gaz – à un coût beaucoup plus élevé – pour maintenir les usines et les systèmes de climatisation en marche. Le déséquilibre entre l’offre et la demande ne se calcule pas.

Le choc énergétique a mis en lumière l’ambition de la Chine de vendre des véhicules électriques au monde entier, en particulier aux pays en développement – pour autant que ces pays tributaires de l’énergie puissent trouver de nouvelles façons d’électrifier leurs parcs automobiles. À l’heure actuelle, quelque 60 % des véhicules entièrement électriques dans le monde se vendent en Chine. Le choc énergétique va-t-il doper la croissance de ce segment ? Cela risque de prendre un certain temps, notamment dans les pays qui doivent composer avec un certain nombre d’autres difficultés pour bâtir leur infrastructure électrique. Il faut s’attendre à voir à la fois des véhicules à essence et des véhicules électriques sur les routes de la plupart des pays pendant encore longtemps – même Ford Motor Co, aux États-Unis, a mis à profit le forum de Houston pour promouvoir sa stratégie de développement d’une nouvelle camionnette électrique, mise au point dans une unité de recherche avancée en Californie. L’attrait de cette camionnette tient davantage à sa simplicité qu’à ses besoins énergétiques. Les nouveaux véhicules n’utilisent qu’une fraction des composantes (tout tourne autour de la batterie) et du câblage interne de leurs prédécesseurs, ce qui en rend la fabrication beaucoup plus facile et moins coûteuse. Les constructeurs automobiles américains apprennent aussi de la Chine à concevoir des véhicules comme des plateformes technologiques. La principale question pour Jim Farley, le chef de la direction de Ford, est de savoir comment les Américains réagiront. Comme Ford le sait, l’automobile est une culture.

Nous n’en sommes qu’au début – et les événements imprévus se multiplient –, mais le conflit pourrait entraîner une perte de production de l’ordre de 10 millions de barils par jour cette année. Cela représente environ 10 % des besoins mondiaux. Il existe des quantités de champs de pétrole pour compenser cette perte, mais cela ne se fera ni rapidement ni efficacement. Prenons l’exemple du Venezuela. La récente augmentation de 250 000 barils par jour de sa production pour 2026 représente moins de 0,3 % de la consommation mondiale. La Guyane, sa voisine, est plus prometteuse, tout comme le Brésil, le Nigéria et même la Libye. Mais toutes ces possibilités, prises ensemble, ne permettent même pas d’approcher les volumes perdus. Certaines conversations, à la semaine CERAWeek, évoquaient une reprise des forages en Alaska et de l’exploration en mer du Nord, et même à l’extrême nord de la Norvège. La production devrait également augmenter au Canada, y compris en mer au large de Terre-Neuve-et-Labrador. Mais la plupart des yeux sont tournés vers la Russie. Le pays pourrait avoir quelque 80 millions de barils de pétrole en ce moment dans les eaux internationales, et bien davantage prêts à expédier.

Le ministre de l’Énergie Timothy Hodgson n’a pas mâché ses mots. Le Canada va produire et exporter beaucoup plus de pétrole et de gaz. Il a même chiffré cette perspective à 2,5 millions de barils de pétrole supplémentaires par jour (soit une hausse de 50 %) et à 100 milliards de pieds cubes de gaz (le double des prévisions) d’ici 2035. Le ministre a expliqué à divers auditoires que le soutien des Autochtones au développement des ressources avait rarement été aussi fort, en partie parce que la plupart des grands projets d’exploitation des ressources ont à présent un actionnariat autochtone. La première ministre de l’Alberta Danielle Smith a évoqué devant un auditoire la conclusion prochaine d’un accord sur la tarification du carbone entre Ottawa et sa province, lequel accord sera essentiel pour les contrats à long terme. Il pourrait également sous-tendre des plans d’investissement massif dans la capture et le stockage du carbone, un objectif auquel le gouvernement Carney demeure très attaché. En coulisses, des fonds souverains, des multinationales et des sociétés d’État se sont réunis pour faire progresser des négociations sur des contrats à long terme et des prises de participation. Une question semblait tous les habiter : Le Canada saura-t-il, cette fois-ci, agir rapidement et à grande échelle ?

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Cette année, le Forum économique mondial (FEM) a donné l’impression d’abriter deux Davos distincts.

À l’intérieur du principal centre des congrès, un nombre inédit de participants, parmi lesquels 850 chefs de direction, 80 milliardaires et fondateurs du secteur technologique, des centaines de ministres et 65 chefs de gouvernement, ont passé la semaine à écouter des analyses sur le recul de la mondialisation et le repli des sociétés sur elles-mêmes.

À l’extérieur, l’ambiance était tout à fait différente. Sur la grande promenade, il suffisait de faire quelques pas pour se croire dans un croisement improbable entre Wall Street, la Silicon Valley et l’Organisation des Nations Unies, alors que des pays allant du Brésil à l’Indonésie et des entreprises allant de Tech Mahindra à Pinterest se présentaient à la foule bigarrée qui défilait.

Mark Carney a parlé d’une ère à géométrie variable. D’autres ont évoqué une nouvelle ère de multialignement, comme si l’économie mondiale se transformait peu à peu en un souk bruissant d’échanges et de marchandages plutôt qu’en un marché parfaitement ordonné. Quel que soit le mot choisi, l’ordre (ou le désordre) mondial qui se dessine paraît aussi incertain et dangereux que les rues glacées de Davos. Voici quelques points à retenir :

L’an dernier, au lendemain de sa seconde investiture, Donald Trump s’était adressé au Forum par vidéo et avait promis un âge d’or pour les États‑Unis. Cette fois, il est venu en personne pour proclamer sa victoire. Accompagné de cinq secrétaires de cabinet et de centaines de chefs de direction américains, le président a passé deux jours exceptionnels dans les Alpes suisses à projeter une version contemporaine de la puissance américaine. Cette année, la superpuissance a opté pour une présence hors de son territoire. Dans la vision de Trump, le monde continuera de commercer et de prospérer, mais selon les règles américaines. Près des trois quarts des échanges commerciaux mondiaux respectent encore les règles de l’Organisation mondiale du commerce. L’accumulation de stocks a permis à de nombreuses sociétés d’échapper aux droits de douane initiaux. Un impact plus important pourrait se faire sentir cette année. Mais dans l’ensemble, le système tient encore, a indiqué Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, en soulignant que l’économie mondiale est si complexe et si imbriquée que même les États‑Unis ne peuvent la défaire. La Pax America plus mercantile de Trump n’est pas seulement économique. À son arrivée à Davos, Donald Trump faisait déjà réagir avec sa tentative d’acheter le Groenland, initiative non sollicitée rejetée par ses alliés de l’OTAN. Son départ a été marqué par l’annonce d’un Conseil de paix soutenu par une coalition pour le moins hétéroclite de dix-neuf pays représentant cinq mille milliards de dollars de PIB, soit l’équivalent de l’économie allemande. Seuls quatre d’entre eux, l’Albanie, la Bulgarie, la Hongrie et la Turquie, sont membres de l’OTAN, et seuls quatre, l’Argentine, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et la Turquie, font partie du G20. Trump pourra‑t‑il étendre l’influence américaine sans partenaires plus solides ? Ou bien s’agit‑il de la nouvelle géométrie du pouvoir ?

Mark Carney, longtemps considéré comme l’archétype de l’« élite de Davos », a prononcé un discours d’ouverture largement salué pour avoir su capter le malaise ambiant et cristalliser l’aspiration à une nouvelle approche des affaires internationales. Sa formule, la nostalgie n’est pas une stratégie, a trouvé un écho. Il lui revient maintenant de concrétiser la diversification. La voie est loin d’être simple. Les alliés européens les plus proches du Canada traversent tous des difficultés, économiques comme politiques, affaiblis par la guerre en Ukraine, les crises migratoires et l’attrait croissant du nationalisme, désormais la force politique dominante sur le continent. La plus grande économie d’Europe, l’Allemagne, a évité de justesse une récession l’an dernier, après deux années de déclin. Le chancelier Friedrich Merz a qualifié l’Europe de championne mondiale de la surréglementation et a averti qu’elle risquait de perdre son unité si elle ne se réformait pas. Le Canada devra aussi compter sur des partenaires plus éloignés, notamment la Chine et l’Inde, que le Forum économique mondial estime responsables de près de 40 % de la croissance économique mondiale au cours des cinq prochaines années. Ces deux géants émergents peuvent se montrer aussi exigeants que Donald Trump en matière de commerce international. Le golfe Persique attire lui aussi, avec des milliers de milliards de dollars d’investissements en capital. Mais là encore, une nouvelle génération de partenaires économiques évolue dans des systèmes politiques et juridiques, ainsi que dans des pratiques sociales, bien différents de ceux du cadre dans lequel le Canada s’est développé.

« No King », littéralement « pas de roi », était gravé tout en haut d’un glacier dominant Davos. Le message visait sans doute le président américain, mais il pouvait tout aussi bien être lu comme une pique adressée au « roi dollar », ce surnom couramment utilisé pour désigner la position dominante du billet vert. Le roi dollar a connu une semaine difficile, bousculé par les changements dans les courants du commerce mondial et par la volonté croissante des pays et des entreprises de réorienter leurs flux de capitaux. Il domine encore 88 % des transactions de change et 54 % du commerce international, ce qui alimente depuis longtemps l’idée qu’aucune autre option crédible n’existe, résumée par l’acronyme anglais TINA, pour There Is No Alternative. Mais cette conviction tient‑elle encore ? Le Forum économique mondial s’est ouvert sur une nouvelle saisissante : les plus grands fonds de pension danois avaient liquidé leurs bons du Trésor américain en réaction à la menace brandie contre le Groenland. Une poussée de prudence envers les États‑Unis a fait grimper les rendements obligataires, ce qui a atténué les attentes de baisses de taux plus larges. En pareilles circonstances, les investisseurs avaient généralement tendance à rester exposés aux actifs américains. Cette fois, du moins chez les Européens, les couloirs bruissaient de spéculations sur un possible basculement de long terme. Un gestionnaire de fonds affirmait même que ses clients lui avaient demandé de vendre une partie de ses positions américaines. Quelques dirigeants américains du secteur technologique confiaient que des clients européens de longue date annulaient leurs commandes. L’euro, le yen et le dollar canadien pourraient gagner en importance. Le renminbi devrait également s’affirmer, bien qu’il soit encore loin de pouvoir rivaliser à l’échelle mondiale. La tête du roi peut se faire lourde, mais un seul monarque porte encore la couronne des devises.

Le Forum économique mondial, créé dans les années 1970 pour aider l’Europe à éviter la voie socialiste et à s’orienter vers les marchés libres, voit aujourd’hui une partie de l’Occident se tourner de nouveau vers l’État pour porter ses ambitions économiques, ce qui n’est pas sans risques. À mesure que les pays, y compris le Canada, cherchent à renforcer leurs forces armées, à bâtir leurs propres bases technologiques et à réduire leur dépendance envers les États‑Unis, qui concentrent près de la moitié du capital financier mondial, ils mobilisent leurs bilans publics et utilisent divers outils pour orienter les capitaux vers leurs priorités nationales. Les ambitions sont si marquées que plusieurs chefs de gouvernement semblaient se comporter comme des banquiers d’investissement en pleine prospection. Des économies avancées comme l’Australie, la Norvège, l’Allemagne ou la Corée du Sud ont effectivement la capacité d’emprunter davantage pour investir, tout comme plusieurs puissances émergentes, notamment l’Arabie saoudite. Or, le capitalisme ne se résume pas au capital lui‑même. Il consiste à mettre ce capital au travail et à obtenir des résultats. Le président singapourien, Tharman Shanmugaratnam, a rappelé avec sagesse que ces nouveaux capitalistes étatiques doivent se montrer impitoyables dans leurs décisions d’investissement, mais aussi dans leurs dépenses et leurs règles. La croissance exige que les gouvernements privilégient les investissements productifs, notamment dans l’éducation, plutôt que la redistribution, et qu’ils reconnaissent avec humilité que l’État reste, par nature, peu efficace pour bâtir des entreprises performantes. Pour que cette nouvelle version du capitalisme d’État fonctionne, il faudra également un changement de mentalité.

Peu après l’élection de Donald Trump, Xi Jinping s’était rendu à Davos pour présenter la Chine comme un leader mondial d’une nouvelle ère. Depuis, Pékin a livré des résultats tangibles dans les énergies renouvelables, le nucléaire, les minéraux critiques, les produits pharmaceutiques et l’intelligence artificielle. À tel point que Xi n’a plus besoin d’y être présent. Cette fois, tandis que les États‑Unis et l’Europe se querellaient, il a dépêché un vice‑premier ministre de second rang, He Lifeng, pour présenter la Chine comme un champion du commerce multilatéral et d’une « mondialisation inclusive ». Selon plusieurs experts, Pékin profite de chaque instant pour avancer discrètement ses deux priorités essentielles, la réunification avec Taïwan et la domination en intelligence artificielle. Xi voit dans l’intelligence artificielle un pilier de l’avenir chinois, et DeepSeek 4, le modèle de nouvelle génération attendu en février, devrait illustrer les progrès accomplis. Parallèlement, plusieurs spécialistes de la Chine estiment que l’armée chinoise, qui a mené des manœuvres navales autour de Taïwan au Nouvel An, serait prête à s’emparer de l’île par la force dans l’année, ce qui lui donnerait un levier majeur sur l’industrie mondiale des semi‑conducteurs, indispensable à l’IA. Le sénateur démocrate Chris Coons, présent à Davos, craint que l’Administration américaine ne mesure pas pleinement la nécessité de s’appuyer sur un réseau d’alliés partageant des valeurs fondamentales pour contenir la Chine. On y verra plus clair lorsque Trump et Xi se rencontreront en avril, mais il ne faut pas s’attendre à un grand compromis entre les deux puissances. Dans le meilleur des cas, selon Coons, on pourrait aboutir à une série de petits accords permettant de maintenir l’équilibre mondial.

Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

The next energy crisis won’t be fueled by oil or gas; it will be strained by the world’s faltering electricity grids. Electricity demand globally is rising three times faster than total energy demand, driven by air conditioning and electric vehicles, as well as data centres. While 90% of Americans have access to air conditioning, the number is 20% in India, 18% in Indonesia and 5% in Nigeria—each with some of the world’s fastest-growing cities. Add to that the growing demand for EVs, which now account for a quarter of global car sales, up from 5% in just five years. Fatih Birol, head of the International Energy Agency, said the world will need 10,000 terra-watts of new electricity in the next decade, which is the equivalent of adding another U.S., Canada, Europe and Japan. Without any innovation breakthroughs, that would require 70% more copper, and a vast expansion of steel and critical minerals processing. Developments in large-scale battery storage and grid digitalization offer some hope, as most electricity systems still suffer a gross mismatch of supply and demand. But an unfortunate truth remains: it’s easier and faster to build power plants than it is to add transmission and distribution. Take this recent experience in Europe: the continent added 80 gigawatts of renewable energy supply only to find it didn’t have the capacity to transmit all that new electricity. Les centres de données semblent avaler le monde, électron par électron. Mais le capital sera‑t‑il de nouveau au rendez‑vous en 2026 pour satisfaire leur appétit financier ? Les dépenses liées aux centres de données ont dépassé 500 milliards de dollars l’an dernier et, combinées aux besoins plus larges en électricité, pourraient atteindre 6,7 billions de dollars au cours des cinq prochaines années, selon McKinsey. Jamais le monde n’a connu un boom d’infrastructures comparable. La construction de centres de données est désormais le premier moteur de la croissance économique américaine ; les dépenses technologiques, en proportion de l’investissement total, sont aujourd’hui 50 % plus élevées qu’au pic de l’essor du haut débit en 2000, et trois fois supérieures à ce que les États‑Unis consacraient aux autoroutes inter‑États dans les années 1960. Le taux de vacance des centres de données a récemment atteint un plancher historique de 1,6 %, les promoteurs se disputant les rares espaces encore disponibles. « Nous aurons sans doute besoin d’en construire davantage, a indiqué Larry Fink, PDG de BlackRock. Si nous ne changeons pas d’échelle, la Chine l’emportera. » Equinix, l’un des principaux acteurs du secteur, fait face à une demande dix fois supérieure à sa capacité de construction. Même si les sites se font rares, la véritable contrainte est désormais l’énergie, un centre de taille moyenne consommant autant qu’une petite ville. Ces installations ont représenté les deux tiers de la croissance de la demande électrique américaine l’an dernier, faisant d’elles une nouvelle cible politique dans des États en plein essor comme la Virginie et l’Ohio, où les prix de l’électricité ont flambé. Elles suscitent aussi des inquiétudes croissantes en Afrique et en Asie du Sud‑Est, les régions à la croissance la plus rapide au monde, où certains pays se retrouvent surenchéris pour l’achat de turbines à gaz et d’autres équipements énergétiques.

Deux moments très révélateurs ont marqué les débats dans la grande salle des congrès à Davos, l’un illustrant la pénurie, l’autre l’abondance. Donald Trump s’est écarté de son texte pour fustiger les énergies renouvelables, en particulier l’éolien, qu’il a qualifié de solution pour les « perdants ». Le lendemain, sur la même scène, Elon Musk a au contraire vanté un avenir radieux pour les énergies renouvelables, en particulier le solaire, qu’il juge capable d’alimenter à lui seul l’ensemble des États-Unis. Il lui faudrait simplement, affirme‑t‑il, un terrain de cent soixante kilomètres sur cent soixante et des panneaux solaires exempts de droits de douane. En dehors de l’Amérique du Nord, les énergies renouvelables restent le principal moteur de la croissance énergétique et sont passées du statut de source de « transition » à celui de choix par défaut pour les nouvelles capacités dans de nombreux marchés. L’Europe a atteint environ cinquante pour cent de production renouvelable en 2024. Dans d’autres marchés en forte expansion, les énergies renouvelables sont de plus en plus perçues comme des ajouts énergétiques, et non plus seulement comme des substituts aux combustibles fossiles. La baisse du coût des batteries, le solaire ayant chuté d’environ quatre‑vingts pour cent en Inde, et l’allongement de la durée de vie des installations, désormais de trente à trente‑cinq ans, ont déplacé l’analyse économique du simple coût unitaire vers le coût sur l’ensemble du cycle de vie. Cependant, pour garantir la fiabilité, il faudra davantage de stockage par batteries, de centrales hydroélectriques à accumulation par pompage et de systèmes hybrides capables de fournir de l’électricité en continu. Cette évolution est déjà visible en Inde, qui a installé deux millions sept cent mille systèmes solaires résidentiels et trois millions cent mille pompes alimentées par le solaire, et qui a déjà atteint son objectif pour 2030 consistant à porter les énergies renouvelables à environ cinquante pour cent de l’énergie non fossile.

L’intelligence artificielle est passée du statut de technologie expérimentale à celui d’infrastructure fondamentale, et désormais de système d’exploitation pour les entreprises et les gouvernements. L’avantage concurrentiel ne repose plus seulement sur l’innovation des modèles, mais sur leur diffusion et sur la rapidité avec laquelle les organisations parviennent à se transformer avant leurs rivales. À mesure que la diffusion progresse, Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, voit 2026 comme l’année où des systèmes d’IA en créeront d’autres, y compris à l’intérieur des entreprises, avec un impact potentiellement déstabilisant sur leur manière de fonctionner. Demis Hassabis, cofondateur et directeur général de DeepMind, estime que l’avantage reviendra aux « apprenants continus », ceux qui suivent de près le comportement des modèles et ajustent leurs stratégies et leurs modes de fonctionnement. Dans cette logique, la plupart des PDG ont retiré l’IA du giron technologique pour en faire un dossier qu’ils pilotent personnellement. Un sondage de BCG publié à Davos révèle que soixante-douze pour cent des PDG dans le monde considèrent l’IA comme un élément central de leur mandat, et que la moitié d’entre eux pensent qu’elle définira leur passage à la tête de l’entreprise. Les entreprises prévoient de doubler leurs investissements en IA cette année, même si une étude du MIT publiée en 2025 montre que très peu d’adoptants ont obtenu des résultats probants. David Sacks, figure influente de la Silicon Valley et responsable de l’IA auprès de Donald Trump, estime que les dirigeants, qu’ils soient au gouvernement, en entreprise ou dans les médias, doivent dissiper les craintes et saisir l’occasion de bouleverser les pratiques et d’innover. Il a cité une autre étude montrant que 83 % des Chinois se disent optimistes à propos de l’IA, contre 39 % des Américains. Sacks s’inquiète qu’un mouvement de pessimisme fasse perdre aux États‑Unis la course à l’IA, une dérive qu’il voit comme une blessure qu’ils se seraient infligée.

Il existe désormais une nouvelle arithmétique financière pour l’IA. C’est ce que Satya Nadella, PDG de Microsoft, appelle le coût énergétique du recours à l’IA, autrement dit l’énergie nécessaire pour effectuer les opérations de calcul qui la font fonctionner. On peut y voir une sorte d’équivalent du salaire de base et de la productivité pour l’IA. Les entreprises et les pays capables de réduire ce coût unitaire seront bien placés pour gagner dans l’économie des données. Cette nouvelle logique pourrait aussi transformer en profondeur la nature du travail humain. On pourrait la résumer ainsi : données multipliées par énergie multipliée par main-d’œuvre égale succès. Le consensus des hauts dirigeants à Davos semblait être que la main‑d’œuvre, comme les données et l’énergie, sera encore plus nécessaire. Les PDG estiment que la « falaise » des emplois d’entrée n’est pas aussi abrupte qu’on le dit ; le véritable enjeu est l’élargissement du décalage des compétences, alors que la plupart des rôles exigeront une recomposition des tâches et des habiletés. Les gagnants seront les travailleurs et les entreprises capables d’intégrer l’IA dans leur travail et de collaborer avec elle. Cette transformation est en train de reconfigurer les structures de progression professionnelle, surtout dans les services professionnels et au sein des gouvernements, où des tâches de base comme la révision de documents, le tri ou la modélisation peuvent être effectuées par des machines. De nouveaux modèles d’apprentissage en milieu de travail deviendront essentiels pour développer le jugement, le contexte et les compétences de supervision. De plus en plus, la conception et la modification des modèles seront réalisées par les équipes de première ligne, qui pourront mettre en place des fonctions d’automatisation simples pour faire évoluer leur travail. Tout cela peut aplatir les organisations et donner un avantage à celles qui disposent de données abondantes, d’énergie abordable et d’équipes à l’aise avec l’IA.

Les divisions croissantes dans le monde et à l’intérieur des pays relèvent d’un problème de confiance. Et cette confiance s’effrite. Stefanie Stantcheva, économiste à Harvard, constate que le phénomène est particulièrement aigu pour sa génération, les moins de quarante ans, qui voient un monde où les gains des uns se font au détriment des autres et où leur part se rétrécit. Elle a présenté à Davos des recherches montrant que la méfiance traverse désormais tout le spectre politique, une large part des millénIaux estimant que d’autres groupes ont capté les priorités gouvernementales grâce aux médias traditionnels, à l’influence des entreprises et aux vieilles mécaniques politiques. Cette tension risque de s’accentuer alors que les électeurs vieillissants en Occident réclament davantage de sécurité financière et de stabilité en matière de santé, peut‑être au détriment de la sécurité économique et nationale. Le Baromètre de confiance Edelman, qui sonde trente‑quatre mille personnes dans vingt‑huit pays et est publié chaque année à Davos, montre des sociétés qui passent du ressentiment au repli. Sept personnes sur dix hésitent à accorder leur confiance, ou la refusent, à ceux qui ne partagent pas leurs valeurs, leurs expériences ou leurs sources d’information. La confiance se détourne des institutions pour se recentrer sur l’entourage : voisins, collègues, et même le PDG. Les entreprises sont désormais perçues comme les plus compétentes et les plus éthiques, dépassant pour la première fois les organisations non gouvernementales sur le plan de l’éthique, tandis que les gouvernements et les médias demeurent les moins dignes de confiance. Plus frappant encore, l’optimisme s’effondre. Dans de nombreux pays, des majorités ne croient plus qu’eux-mêmes ou leurs familles seront mieux lotis dans cinq ans, invoquant l’anxiété économique, l’IA, la désinformation et les conflits mondiaux.

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L’économie spatiale mondiale est quasiment sur le point de tripler et d’atteindre 1 800 milliards de dollars américains d’ici 2035 ; la valeur tirée des biens en orbite équivaudra à celle de certains pays du G20.

Voilà l’occasion pour le Canada de faire croître son économie spatiale pour atteindre 21 milliards de dollars d’ici 2035, soit la faire quadrupler.

Selon les estimations, des capitaux publics et privés d’un montant de 12 milliards de dollars sont nécessaires pour stimuler cette croissance. Une grande partie de cette levée de fonds peut être obtenue grâce à de nouvelles stratégies d’approvisionnement.

Parmi les dix membres du Forum de l’OCDE sur le secteur spatial, le Canada est le pays dont les dépenses publiques représentent le plus faible pourcentage du PIB.  Parallèlement, le secteur spatial canadien produit un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars, soit 25 % de moins qu’en 2014.

Le budget spatial total du Canada devrait augmenter de 56 % au cours des dix prochaines années. Ce montant comprend un engagement inscrit au budget fédéral de 180 millions de dollars pour les capacités de lancement, dont deux sites sont déjà en cours de développement dans les provinces de l’Atlantique.

Le Canada peut profiter de cette occasion pour élaborer une nouvelle stratégie spatiale axée sur cinq piliers : la souveraineté, la défense, la technologie, la commercialisation et le climat.

Les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne fournissent des enseignements clés au Canada, notamment au moyen de l’approvisionnement stratégique, d’une montée en puissance financée par l’État, ainsi que sur le plan de l’excellence technique.

These are interdependent levers but success requires simultaneous progress across all of them. La réussite dépend de l’adoption d’une approche plus unifiée au sein du gouvernement, d’une modernisation de l’approvisionnement, de la mobilisation des marchés des capitaux, du développement des marchés d’exportation et de la mobilisation des talents. Il s’agit de leviers interdépendants dont la réussite exige toutefois des progrès simultanés sur l’ensemble d’entre eux.

Voici venue une nouvelle ère spatiale ambitieuse pour laquelle le Canada doit se doter d’une nouvelle stratégie spatiale tout aussi ambitieuse. 

Qu’est-ce qui est en jeu ? Notre souveraineté dans un monde plus divisé. Notre prospérité dans un nouvel univers axé sur la technologie. Et l’importance que nous avons pour nos alliés lorsque la « dernière frontière » devient soudainement la prochaine frontière économique et stratégique.  

L’économie spatiale mondiale est quasiment sur le point de tripler, passant de 630 milliards de dollars américains en 2023 à 1 800 milliards de dollars américains d’ici 20351 ; la valeur tirée des biens en orbite équivaudra à celle de certains pays du G20. Cette transformation ne se résume pas à une simple occasion économique. Elle représente un virage fondamental dans la façon dont les nations planifient leur souveraineté et leur compétitivité, une planification où l’espace occupe de plus en plus de place.

En cette nouvelle ère, le Canada possède les qualités nécessaires pour devenir un chef de file. Lorsque Jeremy Hansen se dirigera vers la Lune l’an prochain, il sera le premier astronaute non américain à quitter l’orbite terrestre. Les chercheurs spatiaux canadiens sont généralement considérés comme parmi les meilleurs au monde (et pour beaucoup, bien meilleurs que le Canadarm). Nos robustes ressources dans le domaine de l’économie axée sur l’IA, et peut-être bientôt dans celui de l’économie quantique, nous permettent de rejoindre la course dans l’économie planétaire. 

Malheureusement, l’ambition spatiale du Canada est trop ancrée sur ses réalisations passées et pas assez sur ses engagements futurs. Nous risquons de perdre de l’altitude au moment précis du décollage de l’industrie spatiale. En 2025, le Canada est l’une des seules puissances spatiales qui ne parvient pas à réaliser de lancements dans l’espace à partir de son propre sol, même en orbite basse. En même temps, nos vies numériques dépendent de plus en plus de l’envoi de minuscules satellites provenant de fusées américaines ou européennes à partir de la Terre.

Par ailleurs, le secteur spatial privé ne bénéficie nullement du soutien que le Canada pourrait offrir. L’industrie spatiale canadienne produit un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars2, soit 25 % de moins qu’en 20143. La part de notre PIB consacrée à l’espace a diminué de 13 %. La productivité de l’industrie spatiale canadienne est inférieure d’environ un tiers à celle de l’industrie spatiale américaine. Si ces tendances se poursuivent, nous prévoyons une croissance annuelle négative du chiffre d’affaires d’à peine 1 % au cours des dix prochaines années. Les revenus sectoriels devraient chuter pour atteindre 4,5 milliards de dollars d’ici 2035. 

Les dépenses publiques sont aussi problématiques. Parmi les 10 membres du Forum de l’OCDE sur le secteur spatial, le Canada est le pays dont les dépenses publiques représentent le plus faible pourcentage du PIB4.  Au cours des dix dernières années marquées par la transformation de l’économie spatiale par SpaceX, et l’atterrissage sur la Lune par les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon, le budget de l’Agence spatiale canadienne a chuté de 18 % depuis 20155 – et s’établit à 414 millions $6, soit une fraction de la moyenne de l’OCDE.

Canada par rap. aux États-Unis : Un écart d'investissement de 17x

Le Canada est à la traîne par rapport à ses pairs de l'OCDE sur le plan spatial

Cette tendance commence à changer : les investissements publics canadiens dans le secteur spatial reprennent de la vigueur. Les dépenses canadiennes consacrées à l’espace ont atteint au total 549 millions de dollars en 20247. Le budget fédéral prévoit un engagement d’environ 180 millions de dollars8 pour les capacités de lancement. Deux ports spatiaux sont en cours de développement (Atlantic Spaceport Complex et Maritime Launch) ainsi que plusieurs projets ambitieux de fusée (Canada Rocket Company, Nordspace et Reaction Dynamics). Il a également été annoncé que le Canada augmentera de 528,5 millions de dollars son investissement dans les programmes de l’Agence spatiale européenne. La recherche et le développement liés aux technologies canadiennes s’en trouveront ainsi stimulés. Le Canada est le seul pays non européen partenaire de l’Agence spatiale européenne. 

Le Canada, troisième puissance spatiale après l’Union soviétique et les États-Unis, possède aussi certaines des plus grandes sociétés de robotique et de satellites au monde. Parmi les chefs de file, citons Telesat Lightspeed (qui devrait mettre en orbite près de 200 satellites au cours des deux prochaines années), Kepler Communications (la première société au monde à recourir aux lasers pour relier la Terre à l’espace) et MDA Space (classée comme la cinquième société la plus innovante au monde par Fast Company). Citons par ailleurs une nouvelle génération d’innovateurs, notamment Mission Control et Canadaensys. Notre nouvel engagement envers l’OTAN consistant à accroître nos dépenses de manière spectaculaire pourrait offrir une occasion pour les générations d’aujourd’hui et de demain d’investir dans ces sociétés, et dans bien d’autres, notamment en recourant aux capacités spatiales à double usage.

Le Canada peut saisir ce moment pour établir une stratégie spatiale reposant sur cinq piliers essentiels :

  • La souveraineté : développer une base industrielle spatiale

    Un secteur avancé nécessite des sociétés canadiennes beaucoup plus grandes, ainsi qu’une infrastructure nationale qui repose sur des capacités de lancement nationales. C’est une étape aussi fondamentale que la construction et l’exploitation des ports maritimes canadiens.

  • La défense : devenir un allié essentiel dans l’Arctique

    Alors que les alliés de l’OTAN s’intéressent au Canada pour renforcer les capacités de défense dans l’Arctique, nous pouvons être l’allié non américain le plus fiable dans l’espace tout en étant un partenaire essentiel des États-Unis dans la défense de l’Amérique du Nord grâce à notre participation à des initiatives telles que le « Dôme d’or ».

  • La technologie : recours aux satellites pour franchir un pas de géant sur le plan numérique

    La course à l’IA et à l’informatique quantique passera par de nouvelles constellations de satellites que le Canada peut continuer à construire et à exploiter. Il s’agit d’une nécessité pour toute puissance technologique, tout comme la capacité non seulement à contrôler et à sécuriser nos données, mais aussi à en tirer parti pour nos propres objectifs.

  • La commercialisation : la recherche et le développement de pointe

    Chaque entreprise, qu’elle en soit consciente ou non, est une entreprise spatiale. L’espace fait partie intégrante de notre quotidien et est un élément fondamental de notre économie, en particulier dans les services de géolocalisation ainsi que dans la transmission et le stockage de données. Le Canada devrait rester à l’avant-garde de la recherche, du développement et de la commercialisation de ces technologies essentielles.

  • Le climat : protéger la Terre à partir du ciel

    Notre capacité à gérer les changements climatiques et à réduire l’incidence des phénomènes climatiques extrêmes implique l’espace. Cet objectif sera particulièrement important lorsque nous nous attellerons à mieux gérer les feux de forêt et à trouver de nouvelles façons de protéger notre littoral aux contours changeants et notre toundra touchée par le dégel.

Pour faire avancer cette stratégie, le Canada peut s’appuyer sur de nombreuses leçons tirées de récentes transformations dans le secteur spatial, en particulier les modèles qui intègrent les priorités axées sur la défense tout en permettant au secteur privé de prendre les rênes. Dernièrement, les États-Unis ont donné l’exemple sur le plan de l’innovation et du leadership dans le domaine de l’espace. Après la catastrophe de Columbia en 2003, qui avait coûté la vie aux sept astronautes américains à bord de la navette spatiale, les États-Unis ont viré de bord dans le cadre de leur stratégie spatiale en la faisant passer de « la construction et la possession » à l’« achat et l’utilisation ».

Washington s’est ainsi positionnée comme un client stratégique en achetant ses services auprès de sociétés fermées. Dans certains cas, les coûts de lancement ont été réduits par dix, tandis que des innovations comme les fusées réutilisables, l’Internet par satellite (Starlink) et la mobilité dans l’espace à faible coût ont vu le jour. Les résultats sont très parlants : la valorisation de SpaceX a atteint 350 milliards de dollars américains en 20249, tandis que les sociétés technologiques de la défense comme Palantir et Anduril sont évaluées respectivement à 330 milliards américains10 et 30,5 milliards américains11.

Le Canada pourrait exploiter cette dynamique entre les marchés publics et les marchés privés pour atteindre des sommets similaires. Le secteur spatial ajoute 3,2 milliards de dollars au PIB12. Sur la base des prévisions de McKinsey qui estime que le marché mondial des applications constituant l’épine dorsale devrait atteindre 755 milliards de dollars américains d’ici 2035 13, nous prévoyons que, sous l’hypothèse d’investissements importants, les recettes annuelles du secteur spatial canadien pourraient atteindre 21 milliards de dollars d’ici 2035, c.-à-d. quadrupler.

La croissance de ce secteur sera fortement tributaire de la volonté d’Ottawa de consacrer 5 % du PIB canadien aux dépenses de défense de l’OTAN et aux systèmes à double usage14. En consacrant 5 % (des 5 %) aux systèmes de défense et à double usage de l’espace, nous pourrions injecter jusqu’à 7,5 milliards de dollars par an dans le secteur spatial canadien d’ici 203515. Toutefois, le Canada doit également générer davantage de capitaux privés, ce qui exigera des dépenses publiques stratégiques et l’adoption d’une approche plus axée sur le marché. Selon nos estimations, l’industrie spatiale canadienne aura besoin de près de 5 milliards de dollars de capitaux au cours de la prochaine décennie pour maintenir son stock de capital actuel. Dans un scénario plus ambitieux où le Canada doublerait sa part dans le marché spatial mondial, le pays aurait besoin de 12 milliards de dollars en capitaux dans l’espace.

Cette stratégie doit tenir compte d’une stratosphère stratégique évoluant rapidement dans laquelle deux puissances technologiques, les États-Unis et la Chine, se livrent concurrence pour obtenir la suprématie. De plus, l’espace peut servir de laboratoire en orbite basse où s’intensifieront les efforts scientifiques et technologiques de pointe, tant en matière d’informatique que de sciences de la vie. À titre de frontière extérieure et de premier point de conflit potentiel, l’espace ne pourra que devenir plus important pour la défense nationale.

Dans cette nouvelle sphère d’influence, le Canada peut tirer parti de sa position unique tant comme principal allié des États-Unis dans l’espace que comme premier acteur non américain dans ce domaine. Notre choix à venir semble clair : soit sauter à pieds joints dans un leadership ambitieux dans l’espace, soit accepter de prendre une voie de garage dans un domaine qui dictera le devenir de l’économie et de la sécurité pendant plusieurs décennies.

Les approches stratégiques adoptées par les quatre chefs de file de l’industrie spatiale – les États-Unis, la Chine, le Japon et l’Allemagne dans le contexte de l’Union européenne – offrent au Canada d’importantes leçons à tirer à l’heure où il cherche à accélérer son développement dans le secteur spatial.

Les États-Unis ont restructuré leur base industrielle spatiale en profondeur et remplacé les contrats traditionnels plus onéreux par un approvisionnement en services commerciaux. La NASA et le ministère de la Défense sont des clients stratégiques, qui offrent des contrats à prix fixe d’une durée pluriannuelle et permettent d’atténuer les risques liés aux investissements privés. Ce modèle a permis à SpaceX de s’emparer de 52 % du marché mondial des lancements16 … grâce à des engagements d’achat combinés à un financement public direct.

Le programme visant l’équipage commercial et le transport commercial illustre cette approche : la société procure des services de plusieurs milliards de dollars, ce qui crée une demande prévisible qui attire des capitaux privés17. Le succès de ces programmes, ainsi que les revenus se chiffrant en milliards de dollars de Starlink, confirment la viabilité commerciale de ce modèle, tandis que le programme Starshield montre la manière dont ces capacités peuvent également être adaptées à des applications liées à la défense18. Grâce au financement de capital-risque d’environ 7 milliards $ US chaque année19 dans le secteur et à la réglementation ITAR (International Traffic in Arms Regulations), qui crée des conditions de marché protégées, les sociétés américaines profitent de cycles d’itération rapides et de la tolérance au risque.

En l’absence de contrats de commande publique comparables, de l’ordre de 500 millions à 1 milliard de dollars, les entreprises canadiennes restent contraintes de devenir des fournisseurs de niveau deux au sein des réseaux d’entrepreneurs principaux américains, soit la fabrication de composants au lieu de systèmes intégrés20.

La Chine a poursuivi un modèle contrasté caractérisé par une planification centralisée et le déploiement de capitaux publics, bien qu’elle ait aussi commencé à financer ses propres acteurs commerciaux après avoir constaté la réussite de la stratégie américaine. La Chine prévoit lancer plus de 25 000 satellites entre les constellations de Guowang et de Qiafan21. Ces réalisations ne se limitent pas à des réalisations techniques, mais constituent des investissements en infrastructures souveraines. Grâce à la doctrine de fusion civile-militaire, chaque capacité procure un double usage. De plus, les stations au sol de l’initiative de la ceinture et de la route du Pakistan au Kenya et en Argentine accroissent l’influence spatiale de la Chine dans le monde entier22.

Cette approche réussit grâce à la coordination entre les ministères où le développement spatial est calqué sur la politique étrangère et la stratégie industrielle. Les gouvernements provinciaux se font la course pour décrocher les pôles du secteur spatial, ce qui crée une concurrence interne dans un cadre national unifié.

En revanche, l’activité spatiale continue de relever de différentes institutions au Canada : l’Agence spatiale canadienne, Innovation, Sciences et Développement économique Canada, le ministère de la Défense nationale et Affaires mondiales Canada. Ces entités ont chacune des priorités distinctes et ne disposent pas de moyen d’agréger la demande en regroupant les commandes en un tout. Cet éparpillement institutionnel rend impossible toute coordination nécessaire pour se concentrer sur les priorités stratégiques et les fleurons nationaux.

Le Japon, qui a décuplé ses financements spatiaux en trois ans, a fait d’un programme spatial essentiellement civil et scientifique, une initiative nationale complète axée sur la défense et les marchés. Cette transformation s’est matérialisée par l’augmentation des dépenses du secteur spatial aux fins de la défense dans le cadre du Space Strategy Fund. D’un montant initial de 300 milliards de yens (1,93 milliard de dollars américains), celles-ci ont atteint 1 000 milliards de yens (6,5 milliards de dollars américains) sur dix ans23.

Cette transformation découle de la redéfinition de l’espace, considéré comme essentiel pour la sécurité nationale. Au Japon, les structures d’entreprise keiretsu facilitent cette approche grâce à des participations croisées qui fournissent un capital patient protégé des pressions à court terme sur le marché. Des institutions garanties par l’État, notamment Innovation Network Corporation of Japan (INCJ) et Development Bank of Japan (DBJ), apportent un financement stratégique en cas d’insuffisance sur les marchés privés.

L’Allemagne a profondément remanié ses priorités sur le plan de la défense. D’ici 2030, elle renforcera ses capacités spatiales militaires, en ce compris une évaluation sans précédent des systèmes offensifs anti-spatiaux, d’une valeur historique de 40 milliards de dollars américains24. L’Allemagne disposait déjà d’une plateforme robuste, qui faisait d’elle l’un des pays contribuant le plus à l’Agence spatiale européenne (apport de 3,5 milliards d’euros (4 milliards de dollars américains) sur trois ans)25. Elle se classe également au troisième rang mondial en ce qui concerne les brevets spatiaux26 et accueille plus de 120 entreprises spatiales en démarrage27. En 2022, les entreprises en démarrage allemandes du secteur des technologies spatiales ont produit des recettes de plus de 120 millions d’euros dans le cadre de 16 opérations28.

En Allemagne, l’évolution de la réglementation dans l’industrie spatiale témoigne aussi de progrès pragmatiques malgré les retards. À titre d’exemple, l’Allemagne a publié les grands points d’une future loi allemande sur l’espace en septembre 2024. Une partie envisage de plafonner la responsabilité à 50 millions d’euros, assortie de limites de recours fondées sur les revenus de 10 %29 qui pourraient offrir des conditions plus favorables de placement. Cette approche mesurée, qui met en balance l’habilitation commerciale et la protection publique, offre un modèle aux pays qui cherchent à stimuler l’investissement privé sans pour autant assumer une responsabilité illimitée. Nota : Il se peut que le projet de réglementation spatiale de l’UE (2025)30 devienne prioritaire. Celle-ci ne prévoit pas de plafonnement spécifique de la responsabilité. Dans un cas comme dans l’autre, la capacité de l’Allemagne à maintenir des capacités d’envergure mondiale dans les radars à ouverture synthétique, les systèmes optiques et la technologie des petits satellites, tout en surmontant la complexité réglementaire tant à l’échelle nationale qu’européenne, prouve que des conditions institutionnelles parfaites ne doivent pas nécessairement être remplies au préalable pour obtenir le leadership technique.

Pour le Canada, l’Allemagne offre l’un des modèles les plus pertinents : c’est un pays du G7 ayant une structure fédérale complexe, de solides capacités techniques et des engagements de pays alliés qui doivent mettre en balance la souveraineté et la collaboration.

L’intensification des travaux des autres pays dans l’espace

Ces brefs profils ébauchent les aspects généraux des stratégies spatiales au Royaume-Uni, en Corée du Sud, en Nouvelle-Zélande, en Norvège, aux Émirats arabes unis et en Australie.

Objectif : L’autonomie stratégique découlant du Brexit dans le domaine des technologies critiques.

Points forts : Les capitaux publics ouvrent l’accès aux marchés privés. La stratégie spatiale de défense fournit un cadre. L’intégration de UKSA au sein de DSIT tient compte de la convergence entre le numérique et l’espace.

Actifs : Participation dans OneWeb (devenue Eutelsat entretemps). Harwell Space Space. Solide base de production pour la fabrication de satellites.

Budget : Des investissements publics de 765 M$ US ont stimulé l’économie spatiale d’un montant de 2,89 G$ US (multiplicateur de 3,8 fois)31.

Principale méthode : Investissements publics stratégiques et stratégie à long terme donnant accès aux capitaux privés. La prudence du secteur bancaire et les exigences ESG peuvent occasionner des contraintes, même si ce multiplicateur important est un bon gage de succès.

Enseignement à tirer pour le Canada : Ce pays comparable du Commonwealth montre que l’investissement public peut produire un effet de levier important dès lors qu’il est lié à des impératifs stratégiques comme la souveraineté dans l’Arctique.

Objectif : Atteindre l’autonomie de lancement grâce à un développement durable.

Points forts : La structure des chaebols absorbe les pertes initiales. L’engagement politique est plus fort que les échecs. Renforcement méthodique des capacités sur une période de vingt ans.

Actifs : Lanceur opérationnel KSLV-II (Nuri)32. Centre spatial de Naro. Projet 42533. Intégration industrielle de Samsung et de Hanwha. Korea Aerospace Research Institute (KARI).

Budget : 670 M$ US, dont 560 M$ US sont consacrés aux projets de recherche et développement34. Financement soutenu par plusieurs administrations malgré des revers techniques.

Principale méthode : Progression sur vingt ans : fusées-sondes → satellites militaires35 et commerciaux36 → lanceur. Chaque échec est considéré comme un investissement d’apprentissage au lieu d’une responsabilité politique.

Enseignement à tirer pour le Canada : Nous possédons tout ce qu’a construit la Corée du Sud en vingt ans. La différence réside dans l’engagement soutenu et celui d’obtenir un lancement souverain, ce qui vient d’être rectifié.

Objectif : Dominer le marché réactif du lancement de petits satellites.

Points forts : L’innovation réglementaire permet une itération rapide. L’isolement géographique devient un avantage pour le lancement. Leadership du secteur privé, soutenu par l’État.

Actifs : Rocket Lab : plus de 70 lancements et 2e lanceur le plus fréquent aux États-Unis. Site privé sur la péninsule de Mahia. 120 occasions de lancement chaque année. Structure d’entreprise américaine.

Budget : Dépenses publiques de 59 M$ US et recettes de 1,52 G$ US dans le secteur spatial (2024)37. Investissements publics minimaux, rendement privé élevé.

Principale méthode : Espace aérien réservé à vocation spéciale, simplification des permis. Capacité d’exécution du contrat au lancement d’une durée inférieure à deux mois38. Premier pays à recourir à l’impression 3D et aux turbopompes électriques pour réduire les coûts39.

Enseignement à tirer pour le Canada : Un petit pays peut devenir un acteur de niche dominant grâce à sa souplesse réglementaire et à l’avantage qu’il présente sur le plan géographique, et a fortiori, en misant sur le succès d’un seul entrepreneur spatial de carrure mondiale. L’attention l’emporte sur l’envergure.

Objectif : Devenir la porte d’entrée de l’Europe vers les orbites polaires et héliosynchrones.

Points forts: L’emplacement optimal dans l’Arctique pour les orbites de grande valeur. Premier port spatial continental européen opérationnel. Solide intégration au sein des alliés.

Actifs : Base de lancement d’Andøya opérationnelle. Isar Aerospace en est le locataire clé depuis vingt ans. Accord de garanties technologiques avec les États-Unis. Une mission pour le haut débit par satellite dans l’Arctique avec des charges utiles américaines.

Budget : 208 M$ US40. Investissement de 36 000 $ US dans le port spatial41. Attribution supplémentaire de 20 000 $ US à la défense42.

Principale méthode : Construction en 18 mois pour le port spatial43. Ancrage commercial allemand + intégration militaire américaine44. 30 lancements annuels lorsque le port tourne à plein régime45.

Enseignement à tirer pour le Canada : Un emplacement dans l’Arctique devient un actif stratégique grâce à des investissements dans les infrastructures et à des partenariats avec les alliés. Les actes valent mieux que les paroles.

Objectif : Transfert de technologies de grande valeur et source d’inspiration grâce à des projets prestigieux.

Points forts : Des capitaux importants permettent de réduire les délais de développement. Tout transfert de technologie comporte une formation obligatoire. Acquisition de talents mondiaux à des prix élevés.

Actifs : Sonde martienne Hope (2020). Centre spatial Mohammed bin Rashid. Satellite d’observation de la Terre KhalifaSat. Partenariats avec les agences NASA, JAXA et Roscosmos.

Budget : Investissements spatiaux civils de 443 M$ US. Salaires du niveau de la Silicon Valley pour les talents mondiaux. Approvisionnement du fonds souverain de 820 M$ US46.

Principale méthode : Achat de technologies éprouvées, renforcement des capacités locales. Le prestige entraîne des investissements étrangers et un leadership régional47. Prises de participation actuelles dans les entreprises nationales en démarrage et les sociétés de placements spatiales.

Enseignement à tirer pour le Canada : L’afflux rapide de capitaux ciblés vers des projets majeurs qui bénéficient d’une grande visibilité peut entraîner d’importants transferts technologiques et être une source d’inspiration pour le pays.

.Objectif : Tirer parti de l’emplacement dans l’hémisphère sud pour assurer le leadership dans la région indopacifique.

Points forts : L’entrée tardive permet d’éviter les contraintes liées aux anciens systèmes. AUKUS fournit l’accès à la technologie. Avantage géographique en ce qui concerne les orbites polaires et la couverture régionale.

Actifs : Australian Space Agency (agence spatiale australienne) (2018). Développement de plusieurs sites de lancement. Deep Space Communication Complex. SmartSat CRC.

Budget : 25 M$ US (2024), 135 M$ US sur cinq ans (de 2023 à 2028)48. L’initiative de fabrication moderne de 840 M$ US comprend un réseau australien de fabrication spatiale de 101 M$ US50. Investissements supplémentaires dans le domaine spatial de la défense.

Principale méthode : Accent accordé à l’exploitation minière, à l’agriculture et aux applications maritimes. Intégration des alliés au moyen du partenariat AUKUS.

Enseignement à tirer pour le Canada : Les partenariats avec les États-Unis et l’intégration dans des domaines stratégiques offrent des occasions de transferts technologiques et de co-investissement. Puisqu’il s’agit de la région indopacifique, il peut en aller de même dans l’Arctique.

C’est notre pays qui a envoyé une alouette chanter dans l’espace, qui a construit le bras qui a assemblé la station orbitale de l’humanité et qui a créé le radar permettant de percer les ténèbres de l’Arctique.

1962
L’Alouette prend son envol
1981
Le bras qui bâtit l’avenir
1995
L’œil tout-puissant
2025
Le test de l’héritage
29 septembre, base aérienne de Vandenberg : La fusée Thor-Agena met sur orbite un satellite canadien d’une masse au lancement de 145 kg.13 novembre, navette spatiale Columbia : Le Canadarm se déploie au-dessus de la Terre, avec le mot-symbole flamboyant « Canada ».RADARSAT-1 : Le radar à ouverture synthétique du Canada perce les nuages, les ténèbres et les tempêtes dans l’Arctique.Le capital-risque répond à la réalité tout au long d’un parcours d’excellence depuis 60 ans

Grâce à Alouette 1, le Canada devient le troisième pays dans l’espace.
Ce qui était alors impossible fait maintenant partie de la routine : nombreux étaient ceux qui doutaient qu’un bras robotisé à six degrés de liberté puisse fonctionner dans l’espace.Un emplacement géographique qui établit la destinée : construction pour un pays où l’hiver dure la moitié du temps, comportant de vastes étendues et en grande partie invisible de l’espace.La fuite des cerveaux s’accélère : nos roboticiens font de la conception pour la Silicon Valley et nos experts dans les radars font de l’optimisation pour Arlington.
Tient son nom d’une chanson populaire franco-canadienne qui parle d’une alouette. Même nos satellites ont une consonance culturelle.410 kg sur Terre, mais une fois en orbite, il manipulait des charges utiles de 100 tonnes avec une précision centimétrique.Promesse de 72 heures : Carte de tous les recoins du Canada en trois jours avec couverture quotidienne de l’Arctique.L’insuffisance en capitaux devient critique : l’excellence technique sans apport financier.
Le miracle : construction par une équipe du ministère de la Défense nationale (MDN) qui en était à ses balbutiements, « sans manuels et sans pratiquement rien » pour la guider.Le rapport avec le nucléaire : né des robots à réacteur CANDU – l’ingéniosité canadienne redéployée au service du cosmos.Un marathon de 17 ans : une durée prévue de 5 ans, et une durée d’exploitation de 17 ans. Un autre élève canadien brillant.Un engagement budgétaire envers un lancement national – le besoin de décoller pour saisir le moment.

Conception prévue pour un an. Ses chants en ont duré dix. Le petit satellite qui pouvait – et a réussi.
Une feuille de route parfaite : 90 missions, cinq navettes, construction de la Station spatiale internationale (SSI), réparation de Hubble. Aucun échec.Question à la croisée des chemins : puissance spatiale souveraine ou fournisseur perfectionné ?
Activité du secteur spatial canadien (2022)

Les sociétés suivantes occupent collectivement plus de 10 000 Canadiens et produisent des recettes annuelles de plus de 5 milliards de dollars. Leurs exportations dépassent 80 %. Elles prouvent par ailleurs que le Canada possède les capacités techniques, l’excellence dans le secteur manufacturier et un sens aigu des affaires pour faire face à la concurrence mondiale. Ce qui leur manque est une capitalisation d’envergure et des contrats de commande publique dont bénéficient leurs concurrents internationaux. Grâce à un apport de capitaux de 12 milliards de dollars proposé d’ici 2025 et à l’augmentation des dépenses militaires liée au nouvel engagement du Canada envers l’OTAN, ces sociétés spatiales qui sont des acteurs de niche prospères pourraient devenir des fleurons mondiaux. Il en résulterait un écosystème qui attirerait et retiendrait les sociétés spatiales de la prochaine génération51.

  • Figure au palmarès des entreprises canadiennes les plus prospères, en activité depuis trois ans.

  • A construit le Canadarm, le Canadarm2, le Dextre et à présent, le Canadarm3, qui établit l’héritage canadien dans la robotique.

  • Principal entrepreneur de RADARSAT, technologie des radars à ouverture synthétique de pointe.

  • A élaboré MDA Aurora, le premier satellite commercial au monde en orbite basse terrestre pour les communications numériques.

  • Occupe plus de 3 800 employés.

  • Importance stratégique : La plus grande société spatiale au Canada ayant une capacité éprouvée à mettre en œuvre des programmes complexes et à pouvoir faire face à la concurrence mondiale.

  • Fondée en 2015, levée de fonds de capital-risque de plus de 300 millions de dollars américains.

  • Lancement de dix satellites de relais de données optiques en janvier 2026, tirant parti de l’héritage des vols de 23 satellites déployés précédemment, conçus pour être compatibles avec les normes de communication optique de la Space Development Agency aux États-Unis.

  • Première société commerciale à mettre en place des liaisons éprouvées entre satellites en orbite basse terrestre.

  • Occupe plus de 175 employés.

  • Importance stratégique : Kepler est un chef de file mondial dans le domaine de la technologie de relais optique de données. L’entreprise fournit des services de connectivité en temps réel, de calcul sur orbite de pointe et des services hébergés de charge utile pour les données essentielles aux missions.

  • A mis au point la plateforme SpacefarerMC utilisée par la NASA et des exploitants commerciaux.

  • A livré du matériel et des logiciels de mission essentiels pour les astromobiles lunaires à des clients sur trois continents.

  • En juin, le lancement avec SpaceX de la mission Persistence, avancée géante du Canada en matière d’intelligence artificielle dans l’espace.

  • Chef de file du déploiement de l’IA de pointe, sur le vaisseau spatial lui-même, y compris pour la détection de feux de forêt.

  • Levée de capitaux propres de plus de 22 millions de dollars et financement sans effet dilutif.

  • Plus de 35 employés possédant une expertise opérationnelle dans l’espace lointain.

  • Importance stratégique : Une expertise dans les logiciels et l’exploitation essentielle à la gestion de constellations et de missions lunaires complexes.

  • Mise au point de Spaceport Nova Scotia, situé à proximité de Canso, qui est un complexe de lancement multi-utilisateurs et multi-missions.

  • Partenariats actifs avec des fournisseurs de lanceurs légers et moyens pour les missions suborbitales et discussions en cours avec les sociétés canadiennes et internationales de services de lancement en orbite.

  • Signature d’un accord de garanties technologiques avec les États-Unis, permettant aux sociétés de lanceurs et partenaires de vaisseaux spatiaux américains d’exercer leurs activités sur le site en utilisant des technologies américaines contrôlées.

  • Grâce à l’investissement stratégique de dix millions de dollars qu’elle a réalisé, MDA Space est devenue un partenaire opérationnel.

  • La société a obtenu un prêt de dix millions de dollars d’Exportation et développement Canada aux fins de l’aménagement du site, de l’achèvement de la plateforme de lancement et de la disponibilité opérationnelle.

  • Accès concurrentiel aux orbites polaires et héliosynchrones, offrant des inclinaisons de 45,1 à 90 degrés et des couloirs de descente sans danger au-dessus de l’Atlantique.

  • Importance stratégique : Permet au Canada de devenir un pays capable d’effectuer des lancements de satellites et de déployer et de réapprovisionner ceux-ci à partir de son propre sol.

  • Troisième fabricant de trains d’atterrissage au monde ; recettes de 800 millions de dollars.

  • 2 000 employés au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne.

  • Fournisseur de Boeing, de Lockheed Martin, d’Airbus et de nombreux autres équipementiers.

  • Les ventes à l’exportation lui procurent 90 % de son chiffre d’affaires.

  • Importance stratégique : Capacités de fabrication de précision et d’intégration de systèmes directement applicables aux programmes spatiaux.

  • Se spécialise dans les missions et systèmes d’explorations planétaires, les astromobiles lunaires, les instruments et caméras scientifiques et les serres lunaires.

  • Mise au point d’une astromobile lunaire aux fins d’une mission lunaire pour l’ASC et de plusieurs véhicules utilitaires lunaires pour le programme Artemis de la NASA et des clients commerciaux.

  • Pilote le projet de développement de serres lunaires destinées à subvenir aux besoins alimentaires des astronautes sur la Lune. Collaboration avec l’ASC, le Centre aérospatial allemand (DLR) et la NASA.

  • Produit et vend des ordinateurs, des systèmes électriques et des caméras pour les missions lunaires. Plus de 20 caméras ont été posées sur le sol lunaire et 200 autres sont en production, dont 100 sont déjà commandées pour diverses missions lunaires internationales.

  • Importance stratégique : La robotique spatiale de prochaine génération élargit la contribution du Canada à l’économie lunaire.

  • Mise au point du premier système de lancement spatial réactif de bout en bout au Canada doté de capacités à intégration verticale.

  • Fusée Tundra (mise en orbite basse terrestre de 500 kg d’ici 2028) et mise à l’échelle pour la fusée Titan (mise en orbite basse terrestre de 5 000 kg d’ici 2032), conçue pour être le premier lanceur orbital souverain du Canada.

  • Construction de l’Atlantic Spaceport Complex (ASX) à Terre-Neuve-et-Labrador avec début d’exploitation en 2025.

  • Fabrication de moteurs de fusées à propulsion liquide Hadfield et Garneau imprimés en trois dimensions et utilisant les propergols Jet-A, SAF et LOx.

  • Lancement en 2026 du satellite Terra-Nova, doté d’une technologie d’IA de pointe alimentée par les processeurs graphiques NVIDIA pour la détection des feux de forêt et la veille spatiale.

  • Importance stratégique : Programme de défense SHARP à double usage aux fins de développer des capacités hypersoniques et des missions en haute altitude pour la souveraineté dans l’Arctique, en utilisant le même matériel que celui de la fusée Tundra et de ses moteurs.

  • Chef de file dans les services spécialisés de lancement orbital, le ravitaillement rapide et la reconstitution de constellations de satellites, avec une technologie brevetée de propulsion qui simplifie l’architecture de propulsion (environ douze pièces au lieu d’environ 15 000 pièces).

  • Financement total de plus de 38 M$, dont une série A de 14 M$ (juin 2025) et une subvention de 10 M$ accordée par le Gouvernement du Québec (juin 2025).

  • Objectif : Lancement suborbital inaugural à l’hiver 2026 ; le lanceur Aurora-8 cible le marché des petits satellites en pleine croissance.

  • Objectif de première tentative de lancement orbital au moyen d’un accord de lancement orbital avec Maritime Launch Services à partir de Spaceport Nova Scotia au troisième trimestre de 2028.

  • Obtention d’un montant de 300 000 € (482 000 $ CA) lors de la phase II du programme DIANA de l’OTAN et d’un montant de 776 000 $ accordé dans le cadre du Programme de développement des technologies spatiales (PDTS) de l’ASC pour la démonstration des micropropulseurs.

  • Importance stratégique : Fait progresser la capacité de lancement nationale du Canada tout en positionnant le pays sur les marchés émergents des lancements suborbitaux et de petits satellites.

  • Fondée en 1969, elle figure aujourd’hui parmi les plus grands exploitants de satellites au monde.

  • Constellation de satellites en orbite basse terrestre Telesat Lightspeed : investissement de 6,5 G$ pour 198 satellites.

  • Large implantation mondiale, axée sur les marchés des entreprises, des administrations publiques et de la mobilité.

  • Livre une concurrence directe à SpaceX Starlink et Amazon Kuiper.

  • Environ 750 employés.

  • Strategic relevance: Demonstrates Canada’s ability to deploy capital for mega-constellations, critical for digital sovereignt

Le Canada doit transformer ses pôles d’excellence dans le domaine spatial en piliers majeurs d’une nouvelle stratégie mondiale. Et le regain d’attention accordé aux dépenses militaires peut en être le tremplin. Les dépenses consacrées à la défense qui représentent actuellement 29 % des dépenses spatiales du Canada devraient augmenter fortement au fur et à mesure que les engagements de l’OTAN s’intensifieront52. Il ne s’agit pas d’une simple réaffectation budgétaire, mais d’une transformation fondamentale du marché. L’approvisionnement stimulé par la défense peut faciliter les contrats de commande publique et la certitude de recettes pour plusieurs années, tout en aidant à débloquer des capitaux privés et en permettant aux entreprises spatiales canadiennes de réussir leur changement d’échelle commerciale.

Capacités ciblées d’ici 2035 : Renforcer la base industrielle spatiale canadienne, en accordant la priorité aux capacités nationales de lancement et aux composants essentiels pour lesquels le Canada possède déjà des points forts.

Les capitaux privés, en particulier aux États-Unis et en Europe, ont contribué à la création de sociétés spatiales d’une nouvelle génération. À titre d’exemple, les opérations dans le secteur spatial américain ont vu leur volume plus que doubler, et leur valeur presque quadrupler au cours des dix dernières années53. Dans le secteur spatial au sens large, les sociétés spatiales bénéficient de flux de près de 50 milliards de dollars américains depuis 201554., ce qui correspond à un taux moyen annuel de croissance de 21 %55, sous l’effet majeur du capital-risque. Le Royaume-Uni est devenu la deuxième destination d’intérêt pour le capital spatial : il a reçu 17 % de ces flux entrants56. L’industrie connaît une croissance qui n’avait plus été observée depuis la course à l’espace de la Guerre froide. Ce sont les capacités commerciales et à double usage qui en sont les moteurs.

Dans cette course mondiale à l’espace, le Canada possède de nombreux atouts, mais aussi d’importantes lacunes. Nous avons de robustes capacités de fabrication de satellites et de production de composants, mais également des chaînes logistiques fragmentées, et des capacités inexistantes pour placer nos propres satellites en orbite au pays. Par ailleurs, les installations d’essais et les centres de recherche nationaux canadiens sont sous-équipés. Les investissements insuffisants dans les capacités spatiales nationales par rapport à nos pairs commencent à se faire sentir. Ce fossé industriel constitue un frein important à notre autonomie stratégique et à notre potentiel économique dans un secteur connaissant une croissance annuelle de 9 %57.

Les engagements inscrits au nouveau budget fédéral y contribueront, en particulier l’affectation triennale de 182,6 millions à des capacités de lancement spatial58. Voilà un bon début. La construction d’une chaîne de valeur requiert toutefois des efforts supplémentaires pour garantir la compétitivité industrielle : nouvelles missions et capacités ambitieuses, installations de fabrication de satellites et composants de pointe, centres d’essais et de validation, infrastructures des systèmes au sol et peut-être deux spatioports opérationnels au cours des prochaines années : l’Atlantic Spaceport Complex de Nordspace et le Spaceport Nova Scotia de Maritime Launch.

Le potentiel de transformation de l’économie a été démontré. La transition par la NASA de sa stratégie « construction et possession » par celle d’« achat et utilisation » n’a pas seulement entraîné des économies de lancement. Elle a fait office de catalyseur pour toute une industrie spatiale commerciale. Les États-Unis ont lancé plus de nouveaux objets dans l’espace (29 en 2011 à plus de 2 200 en 2024)59. en favorisant l’acquisition de services nationaux auprès d’entrepreneurs spatiaux et en renforçant les activités manufacturières, les chaînes logistiques et les fournisseurs de services américains.

Voilà une approche exhaustive privilégiée par l’économie spatiale moderne. L’évolution de la technologie des satellites s’accompagne de fortes variations des coûts. Dans les années 1990, les satellites commerciaux de communications coûtaient de l’ordre de 350 à 950 millions de dollars (en dollars d’aujourd’hui) ; à l’heure actuelle, ce déploiement se situe entre 150 et 500 millions de dollars60. Celui des nouveaux petits satellites géolocalisés coûte seulement 15 millions de dollars61. La transformation observée au niveau des petits satellites est encore plus remarquable. En effet, les universités et les pays émergents parviennent maintenant à construire et lancer des nanosatellites cubiques pour une somme totale de seulement 150 000 $, alors que les satellites traditionnels coûtent des centaines de fois plus62,63. Une base industrielle robuste qui serait de plus en plus financée par les dépenses du secteur spatial aux fins de la défense pourrait produire une défense comparable à celle obtenue grâce à un plus grand nombre de destroyers navals ou de F-35, mais avec des multiplicateurs économiques nationaux beaucoup plus importants grâce à des applications à double usage dans les domaines des communications, de l’observation de la Terre et de la surveillance du climat.

Répartition des dépenses spatiales 2024, Canada

La capacité annuelle d’ici 2035 : systèmes de premier plan de l’OTAN pour les communications, la localisation et la surveillance dans l’Arctique ; capacités anti-spatiales pour la dissuasion

L’espace a fondamentalement changé la façon dont les pays envisagent leur puissance économique et militaire. Les puissances militaires avancées s’appuient désormais sur des satellites pour les communications ; les satellites de reconnaissance permettent de recueillir des renseignements et de repérer les cibles, et les constellations de satellites de positionnement, de navigation et de synchronisation (y compris les systèmes GPS) servent de guides pour tout (des munitions de précision aux drones).

En plus de ces capacités tactiques, l’espace demeure un élément central de la sécurité stratégique. Les systèmes d’alerte précoce qui repèrent les lancements de missiles nucléaires reposent en grande partie sur les ressources spatiales. Le rôle de Starlink en Ukraine a défrayé la chronique. Il ne s’agit toutefois que du début de la refonte de la défense nationale par les systèmes spatiaux.

Parallèlement, les capacités contre-spatiales connaissent une expansion rapide. Les États-Unis, la Russie, la Chine et l’Inde ont tous détruit leurs propres satellites pour faire la démonstration de leurs missiles antisatellites64. La Chine et les États-Unis sont en train de mettre en place des arsenaux contre-spaciaux, notamment pour des opérations à proximité d’un satellite et des infrastructures de ravitaillement. La Russie a démontré qu’elle peut placer en orbite des armes nucléaires qui pourraient, grâce à une impulsion magnétique, anéantir la plupart des satellites en orbite basse terrestre65. Les prévisions générales sont claires : tout conflit entre de grandes puissances commencera probablement par des manœuvres dans l’espace.

Pour maintenir sa souveraineté et dissuader ses adversaires, le Canada a besoin de capacités spatiales avancées pour les communications sur les champs de bataille, la collecte de renseignements, la détection de cibles et le contrôle de l’espace, y compris des systèmes contre-spatiaux. Nos partenaires de l’OTAN et de l’alliance « Five Eyes » s’attendent naturellement à ce que nous prenions les rênes de la défense en Arctique, où les systèmes spatiaux sont particulièrement vitaux, compte tenu de l’immensité du territoire et de la faible densité de population. De nouvelles entreprises canadiennes, p. ex., Dominion Dynamics, commencent à développer ces capacités essentielles au Canada pour la détection dans l’Arctique. Grâce à sa situation géographique, le Canada bénéficie d’un avantage unique : étant éloigné des zones de conflit potentielles en Europe et dans la région indopacifique, notre pays peut fournir des ressources spatiales pour les opérations des alliés plus efficacement qu’avec les forces terrestres, navales ou aériennes.

Compte tenu de notre population de petite taille et de notre vaste territoire, notre meilleure stratégie de sécurité reste d’avoir des liens rapprochés avec l’alliance « Five Eyes », une alliance entre l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis, pour échanger des renseignements. L’adhésion à des initiatives comme celle du Dôme d’or proposée par les États-Unis pourrait renforcer ces liens. L’architecture de défense antimissile spatiale dirigée par les États-Unis intégrerait les capacités des alliés au sein d’un bouclier unifié contre les menaces hypersoniques et balistiques. Pour le Canada, une participation pourrait impliquer plus qu’une simple protection accrue. Elle pourrait faire de nous un partenaire essentiel sur le plan de la défense continentale, tout en assurant la participation du secteur industriel et le transfert de technologie pour les entreprises canadiennes, ainsi que la prise en compte de notre voix dans le façonnement de la future architecture de sécurité nord-américaine. Une telle participation soutient par ailleurs les capacités au sens large de l’alliance « Five Eyes ». Les investissements dans la défense qui financent le développement de nouvelles technologies stimulent constamment les dépenses en recherche et développement et la croissance économique, car les innovations du secteur de la défense peuvent souvent trouver des débouchés commerciaux. Toutefois, ces retombées économiques n’auront lieu que si nous développons des capacités au Canada au lieu d’acheter des systèmes étrangers. Le Canada doit s’approvisionner auprès de sociétés canadiennes tout en se développant conjointement avec celles-ci, en structurant des contrats qui permettent à ces sociétés de monter en puissance tout en conservant leur rentabilité sur la scène nationale puis mondiale. C’est ainsi que les États-Unis ont développé des sociétés gigantesques – SpaceX (plus de 350 milliards de dollars), Palantir (330 milliards de dollars) et Anduril (30 milliards de dollars) – par l’entremise de contrats stratégiques de sécurité nationale.

La capacité annuelle d’ici 2035 : réseaux de communication protégés par la sécurité quantique par satellites ; systèmes nationaux de positionnement, de navigation et de synchronisation

Au cours des dix prochaines années, les pays obtiendront des avantages économiques et stratégiques grâce à la technologie. Et trois grandes tendances convergentes redéfiniront la dynamique des puissances mondiales : la croissance exponentielle des données faisant office d’actif stratégique, la vulnérabilité du chiffrement actuel pour l’informatique quantique et la dépendance essentielle du commerce à l’égard de l’infrastructure satellitaire. Les pays qui contrôlent les communications sécurisées par satellite détiendront les clés de la souveraineté numérique ; ceux dépourvus de capacités indépendantes seront confrontés à des contraintes stratégiques.

Songez à l’ampleur de la dépendance à l’égard des satellites aujourd’hui. Le transport maritime, qui assure le déplacement de marchandises pour un montant de plus de 14 000 milliards de dollars chaque année66, dépend entièrement des services de positionnement et de synchronisation par satellite67. Les marchés financiers s’appuient sur la synchronisation GPS pour synchroniser les opérations. Une panne fait perdre environ un milliard de dollars par jour à l’économie américaine68. En 2023, le secteur des services de positionnement, de navigation et de synchronisation liés aux appareils et aux services a généré des recettes d’environ 280 milliards de dollars américains en aval à l’échelle mondiale69.

En 2030, le paysage technologique de 2020 sera méconnaissable. À mesure que les modèles d’IA se banaliseront et deviendront disponibles de manière universelle, l’avantage concurrentiel ne tiendra plus aux algorithmes, mais aux ensembles de données exclusives. Les entreprises et les pays qui parviendront à recueillir, à transmettre et à traiter des flux de données uniques en toute sécurité s’imposeront. Les constellations de satellites offrent ces points d’observation uniques – elles permettent de surveiller les chaînes logistiques mondiales, de suivre l’activité économique et d’autonomiser des systèmes – à condition toutefois de pouvoir sécuriser ces données.

L’informatique quantique présente tant une menace existentielle qu’une occasion de transformation. Les méthodes de chiffrement utilisées actuellement pour protéger les communications par satellite, les opérations financières et les données militaires seront vulnérables à un déchiffrement quantique d’ici dix ans. La Chine a déjà fait la démonstration des communications quantiques par satellite avec son satellite Micius70. Le pays qui parviendra à déployer en premier lieu des réseaux par satellites protégés par la sécurité quantique ne fera pas que protéger ses propres communications : il deviendra le fournisseur de confiance de ses alliés qui souhaitent se protéger.

D’autre part, la révolution de l’IA exige une capacité de transmission de données et une sécurité sans précédent. L’entraînement des modèles d’IA de prochaine génération nécessite d’énormes ensembles de données souvent recueillies à partir d’images par satellite, de réseaux de satellites de l’Internet des objets (IdO) et de capteurs mondiaux. La valeur du marché des villes intelligentes intégrant ces technologies devrait atteindre de l’ordre de 1 400 à 4 000 milliards de dollars américains d’ici 203071,72, une grande partie de ceux-ci dépendant de la connectivité sécurisée par satellite pour l’infrastructure IdO. Le contrôle de l’infrastructure satellitaire sécurisée est également probablement fondamental pour une capacité désignée d’« IA souveraine » par de nombreuses personnes.

Chaque entreprise canadienne d’IA chargée de l’entraînement des modèles à partir de données exclusives doit faire des choix quant à l’acheminement et au stockage des données. La compétitivité de notre écosystème d’innovation dépend en partie d’une infrastructure sécurisée à même de protéger la propriété intellectuelle tout en maintenant la connectivité mondiale.

Le Canada offre tant des occasions que des failles. Notre dépendance à l’égard de l’infrastructure satellitaire alliée peut occasionner des points de défaillance uniques malgré les avantages qu’elle présente pour l’interopérabilité et le partage des coûts. La sagesse veut d’assurer la résilience au moyen de la diversification.

En cas de dégradations du système, qu’elles soient attribuables à des événements solaires, des cyberattaques ou des pannes d’infrastructures, le Canada a besoin d’un accès garanti aux services de positionnement, de navigation et de synchronisation. Nos banques, nos réseaux électriques et nos réseaux de transport dépendent tous de signaux de synchronisation précis. Le risque économique s’ajoute à mesure que les entreprises canadiennes des secteurs de l’extraction des ressources, des services financiers et de la fabrication de pointe transmettent des données sensibles par l’intermédiaire d’une infrastructure satellitaire sans disposer d’autres solutions de rechange nationales. De plus, selon une étude triennale menée par des chercheurs de l’Université de Californie à San Diego et de l’Université du Maryland, environ la moitié des signaux des satellites géostationnaires transmettent des données sensibles entièrement en clair, ce qui les rend vulnérables à l’interception avec de l’équipement de base73.

Le Canada possède des avantages uniques qui lui ont permis de devenir un chef de file mondial dans les communications sécurisées par satellite. Notre leadership en recherche quantique grâce à des institutions comme l’écosystème Quantum Valley, à Waterloo, à la Stratégie quantique nationale de 360 millions de dollars et à la somme supplémentaire de 334,3 millions de dollars annoncée dans le budget 202574,75, combiné à des entreprises quantiques de premier plan telles que Xanadu, Photonic et Nord Quantique, nous positionne pour concevoir des réseaux par satellites protégés par la sécurité quantique avant la plupart des pays. Si l’on tient compte également de nos intentions concernant la souveraineté dans l’Arctique, des obligations qui nous incombent à l’égard de l’OTAN et de notre statut de moyenne puissance de confiance, nous possédons tant des capacités que des occasions sur le marché au Canada.

L’argument économique est convaincant. La constellation Lightspeed de Telesat de 6 milliards de dollars76 démontre la confiance du secteur privé dans la capacité du Canada à offrir des communications par satellite à l’échelle mondiale. L’ajout de la sécurité quantique est un facteur de différenciation pour les pays en quête de solutions de rechange fiables, non pas pour remplacer les partenariats existants, mais pour garantir leur résilience grâce à la diversité. Grâce à des investissements ciblés, le Canada pourrait bâtir une infrastructure satellitaire protégée par la sécurité quantique pour répondre à la fois aux besoins nationaux et à ceux des pays alliés qui recherchent de nouvelles solutions de communications sécurisées.

La capacité annuelle d’ici 2035 : programmes de recherche de classe mondiale dans des domaines stratégiques ; plus d’une centaine de projets annuels d’étudiants ; deux ou trois démonstrations de technologies de pointe chaque année

Dans le domaine de la recherche spatiale, les pays ne doivent plus tenter de s’arracher le prestige scientifique, mais plutôt le contrôle des technologies qui définiront la puissance économique et stratégique. La Chine entend faire la démonstration d’une énergie solaire spatiale d’ici 203577. Les États-Unis poursuivent la voie de la propulsion nucléaire pour les missions sur Mars78. Le Japon met au point une autocaravane lunaire tout en offrant des possibilités de déploiement trimestriel pour la SSI qui ont permis de déployer plus de 200 satellites depuis 201279. Il ne s’agit pas de projets scientifiques, mais d’investissements stratégiques visant à obtenir une future mainmise sur le marché.

Grâce à ses atouts dans la recherche, le Canada se place dans une position idéale pour être un chef de file dans le domaine des technologies spatiales, à condition toutefois de bénéficier d’un déploiement stratégique. Trois sociétés canadiennes de technologies quantitatives – Nord Quantique, Xanadu et Photonic – ont été admises à l’épreuve finale de la Quantum Benchmarking Initiative de DARPA, où les participants se disputeront un prix de 316 millions de dollars américains80. L’investissement dans les technologies quantiques de 334 millions de dollars inscrit au budget fédéral procurera les capitaux nécessaires à l’établissement du siège social au Canada81. Notre expertise dans les sciences des matériaux et la robotique, renforcée dans le cadre d’activités dans l’Arctique, se transpose directement dans les environnements lunaires. Notre secteur minier est prêt pour extraire des minéraux critiques. Il est l’un des plus solides au monde. Notre industrie nucléaire bénéficie de l’expérience avec le réacteur CANDU, qui pourrait s’appliquer aux systèmes énergétiques spatiaux.

La réussite du projet repose sur des changements fondamentaux dans l’approche canadienne de la recherche et du développement dans le domaine de l’espace. Au Japon, le modèle des occasions de déploiement régulier réduit l’écart séparant le prototype du produit. Lorsque les investisseurs savent que la validation des technologies peut prendre quelques mois au lieu de quelques années, les flux de capitaux sont dirigés vers des sociétés innovantes. Le Canada pourrait établir des occasions de lancement trimestrielles semblables, en transformant des projets de recherche universitaires en pipelines commerciaux.

Le processus de mise en œuvre est clair : des partenariats commerciaux dès le tout premier jour et des co-investissements industriels dans des programmes de recherche. Des mécanismes assurant le maintien de la propriété intellectuelle de pointe au Canada. Des programmes structurés qui font le lien entre les projets d’étudiants et les missions spatiales pourraient offrir un excellent départ. Qui plus est, il faut accepter le fait que de multiples tentatives sont nécessaires pour réaliser ces objectifs lunaires, et faire en sorte que le public et les politiciens acceptent certains échecs dans le cadre du processus d’innovation et de croissance.

L’argument économique est convaincant. Lorsque la NASA s’engage à acheter des services de transport orbital et lunaire, les sociétés lèvent des capitaux privés de plusieurs milliards de dollars. Lorsque le ministère de la Défense finance des communications quantiques, les entreprises en démarrage obtiennent des valorisations de licornes. Le Canada peut reproduire ce modèle en faisant de l’administration publique son premier client, mais pas le dernier, et en créant ainsi des marchés qui attirent les investissements privés.

La période propice pourrait s’écourter. À mesure que la commercialisation des activités spatiales s’accélérera et que des propriétaires de plateformes technologiques émergeront, les pionniers établiront des positions dominantes. Le Canada a prouvé qu’il peut produire des travaux de recherche de classe mondiale. Au cours des dix prochaines années, nous déterminerons si nous tirerons parti de la valeur de nos innovations ou si nous continuerons à subventionner les réussites de nos concurrents.

La capacité annuelle d’ici 2035 : systèmes d’observation de la Terre fondés sur l’IA ; surveillance opérationnelle du climat en ce qui concerne le territoire canadien

L’épisode inédit des feux de forêt au Canada en 2023 – où 16,5 millions d’hectares, soit sept fois la moyenne historique, ont été détruits – démontre la raison pour laquelle la surveillance du climat est devenue une infrastructure économique. Cet épisode a exigé des efforts de lutte contre les incendies dans quatre provinces de plus d’un milliard de dollars, tout en résultant en dommages assurés causés par les intempéries d’un total de 945 millions de dollars83. Cette crise crée des occasions pour le marché : le secteur mondial de l’observation de la Terre passera de 5 milliards de dollars aujourd’hui à 8 milliards de dollars d’ici 203384., car les pays ont besoin des mêmes services de prévision des feux de forêt, de surveillance des inondations et de services de renseignements agricoles que le Canada doit mettre en place pour assurer sa propre survie.

La surveillance depuis l’espace constitue une nécessité opérationnelle. Parmi les 54 variables climatiques essentielles, 26 peuvent seulement être mesurées depuis l’espace85,86. La géographie unique du Canada – vastes forêts boréales, territoires de l’Arctique et systèmes agricoles des Prairies – pose des problèmes de surveillance qui, une fois résolus, peuvent devenir des produits exportables pour des pays confrontés à des pressions environnementales semblables.

L’héritage du Canada en ce qui concerne l’observation de la Terre repose sur de solides piliers. L’observation de la Terre représente 20 % des dépenses spatiales du Canada (le deuxième facteur le plus important après les communications par satellite). L’héritage laissé par les radars à ouverture synthétique de RADARSAT a fait du Canada un chef de file mondial dans le domaine de l’observation de la Terre. Cet avantage, initialement bâti à partir d’exigences dans le domaine de la défense, a trouvé des débouchés commerciaux dans les domaines de la gestion des ressources, des interventions en cas de catastrophe et de la surveillance environnementale. Des entreprises en démarrage (p. ex., SkyWatch et GHGSat) trouvent également des moyens de tirer profit et de créer de la valeur ajoutée à partir de produits d’observation de la Terre et auprès de la clientèle internationale.

La stratégie actuelle du Canada liée à l’observation de la Terre recommande explicitement l’élaboration d’un programme dédié à l’« obtention de données commerciales et internationales »87 afin de compléter les capacités souveraines. Cette recommandation ne figurait toutefois pas dans le plan de financement RADARSAT+ annoncé en 202388. Le Canada pourrait élaborer et financer une nouvelle initiative comparable au programme Commercial SmallSat Data Acquisition de la NASA, qui se concentre spécifiquement sur l’acquisition, l’évaluation et l’intégration des données commerciales et internationales d’observation de la Terre. Le Canada pourrait aussi partir de l’initiative de la NASA intitulée « Earth Information Center » et s’attacher à mettre en place un centre national de conception pour la résistance aux changements climatiques fondé sur les données spatiales et l’intelligence artificielle.

L’IA pourrait transformer l’observation de la Terre en reléguant l’imagerie statique au profit de l’intelligence prédictive. Le Canada pourrait construire un jumeau numérique de qualité pour la Terre. Les algorithmes ainsi obtenus détermineraient les tendances plus difficiles à déceler par les analystes humains. Citons par exemple les premiers indicateurs de mauvaises récoltes, l’extraction illégale de ressources, le trafic maritime ou les manœuvres militaires. Cette observation de la Terre fondée sur l’IA crée des occasions d’exportations commerciales, des produits de données et des services d’analyse que les gouvernements alliés, les entreprises de l’industrie des ressources et les exploitations agricoles achèteront. L’optimisation grâce à un double usage est puissante. Les mêmes satellites qui surveillent les feux de forêt et les réalités agricoles peuvent également fournir des renseignements militaires, une surveillance des frontières et une connaissance du domaine maritime.

Canada could capture an estimated $21 billion of the global space market annually by 2035, creating new jobs and transforming our economy. Or we could watch from the ground as others claim the high frontier. The difference comes down to approximately $12 billion in capital investment and the political will to deploy it–and soon.

The are several strategic unlocks that Canada’s leaders could consider:

  • Canada’s space governance remains fragmented across multiple departments with no single point of accountability, deterring the private investment needed to scale the sector. One option is to have the National Space Council report directly to a senior minister or Clerk of the Privy Council, granting them authority to coordinate all federal space spending. This creates the focused leadership that capital markets require—mirroring how Japan’s Prime Minister provides oversight over the country’s national space agency.

  • NovaSpace, a global consultancy firm, diagnosed our core failure: we create « technology orphans »—innovations that win small government grants, then die without major customers.89 The Department of National Defence could break this cycle by committing to become a significant customer of Canadian space innovations and services and providing world-leading space defence capabilities for ourselves and for our allies in the process.

  • It is hard for companies to raise capital against one-time contracts, which is what Canada often offers. The Canadian Space Agency could address this by shifting from buying hardware to purchasing services, replicating NASA’s success, as outlined above. At the early stages, this could be similar to the US SBIR program (which Budget 2025 may create a version of, through ISED).90 Phased contracts would take companies from $200,000 feasibility studies through $1.5-million development contracts, on a pathway to commercialization towards $50-million deals, creating a proven pathway from innovation to market.

  • Canadian space companies also face challenges in « de-banking » for defence-related work and the country has venture funds that are often too small to scale champions. To navigate this, Export Development Canada (EDC) could consider establishing a dedicated Space Finance Division with expanded lending capacity, while Finance Canada could classify space as « strategic infrastructure » to unlock pension fund investment. EDC could also consider guaranteeing 80% of commercial loans, like how it did through BCAP during the pandemic. This could mobilize the billions needed to build Canadian champions.

  • Canada’s space exports grew 13% from 2020 to 2023, proving international appetite exists. Fast-tracking agreements with Five Eyes and NATO partners, combined with a dedicated Space Export Division within Global Affairs, could help position Canada as a trusted non-American option for nations seeking alternatives to U.S.-China dependency. An « Allied Space Preferred Partner » designation could also expedite approvals.

  • More than 40 universities and research centres participate in the Canadian space sector, and this is a strength that can be built on.91 At the same time, in the context of talent, Canada is facing significant challenges. The major reduction of international students may reduce our talent pipeline, and many of our traditional sectors including automotive are struggling amidst the trade war. Opportunities to unlock talent could include industrial retraining programs into the space and defence sectors, especially from hard hit areas of our economy. One opportunity is a U15-led, business-academia approach to space-driven technologies for earth science and climate resilience, including wildfire detection and management—something that can exported to NATO allies for dual use purposes. Further, national regulatory sandboxes and multi-year federally funded university space research institutes partnered with the CSA and DND that link space and defence procurement with post-secondary institutions and industry partners could create pre-qualified talent pipelines and accelerate security clearances.  

These unlocks—unified leadership, procurement modernization, capital market activation, export market development, and talent mobilization—are interdependent. Success requires simultaneous progress across all dimensions. International precedents, particularly NASA’s commercial programs and the UK’s space investment strategy, demonstrate that government market-making can catalyze private sector growth.

But the window is narrowing. First-mover advantages in quantum communications, Arctic surveillance, and other emerging space technologies have expiration dates measured in months and years, not decades. Furthur delay risks permanent relegation to consumer and tier-two status rather than being a producer and leader in the global space economy.

The path forward requires coordinated action across government, industry, and capital markets. Without executive-level leadership and the structural reforms outlined, Canada risks missing a generational opportunity.

At a time when we’re aiming east, west and north, instead of south, Canada also needs to look up—and aim higher, quite literally, with an ambitious space strategy.

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Méthodologie

Les données sur l’économie spatiale canadienne sont limitées. L’Agence spatiale canadienne (ASC) publie chaque année l’État du secteur spatial canadien, englobant notamment le revenu, le produit intérieur brut, l’emploi et les exportations. Les données concernant les sociétés cotées en bourse sont disponibles. Dans notre méthode, nous avons combiné les données de ces deux sources pour modéliser le chiffre d’affaires, le PIB et les dépenses en immobilisations dans les deux scénarios de croissance de base et de croissance ambitieuse. Les calculs ont nécessité plusieurs étapes.

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires et le PIB jusqu’en 2035 dans le scénario dit « de base », nous avons dérivé le taux de croissance annuel historique sur la plus longue durée possible à l’aide des données de l’ASC (de 2014 à 2022) qui, selon nous, orienteront la future croissance du chiffre d’affaires (-0,8 %) et du PIB (1 %).

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires dans le cadre du scénario dit de « croissance ambitieuse », nous supposons que le Canada doublera sa part du marché mondial d’ici 2035, en passant d’environ 1,1 % du marché mondial en 2022 à 2 % d’ici 2035. En partenariat avec McKinsey & Company, le Forum économique mondial prévoit que les applications qui constituent l’épine dorsale du marché spatial mondial (p. ex., les satellites, les lanceurs, la télédiffusion et le système GPS) se développeront pour atteindre 755 milliards de dollars américains d’ici 203592. La part du Canada atteindrait ainsi 21 milliards de dollars. Ce scénario ambitieux prévoit donc un quadruplement de la croissance du marché spatial en dix ans.

  • Pour déterminer le capital nécessaire dans un scénario de croissance de base et celui de croissance ambitieuse, nous avons utilisé les données concernant les sociétés spatiales cotées en bourse. Entre 2020 et 2024, les sociétés spatiales canadiennes cotées en bourse ont affiché un ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires de 36 % (selon une moyenne pondérée). Ce chiffre a été faussé par les investissements massifs de quelques entreprises clés, qui devraient cesser à l’avenir, même dans le cadre du scénario de croissance ambitieuse. Pour mieux enraciner le ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires, nous avons inclus quelques sociétés aérospatiales matures, dont les exigences en capital sont bien inférieures. Selon une moyenne pondérée, le ratio dépenses en immobilisations/chiffre d’affaires s’établit ainsi à environ 10 %.

  • Dans les scénarios de croissance de base et de croissance ambitieuse, nous avons multiplié le chiffre d’affaires annuel par 10 % pour déterminer le montant annuel des dépenses en immobilisations, et nous avons additionné les chiffres sur la période de 2025 à 2035 pour déterminer l’exigence totale en capital.

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Compromis.

C’est ainsi que les plus grands médias du monde ont résumé la 30e conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) qui vient de se terminer à Belém, au Brésil. Quelques exemples :

« Un compromis climatique » – Le Monde (France)
« Verdict mixe » – The Times Of India (New Delhi)
« Entente fragile » – The New York Times
« Une aide financière historique » – O Globo (Brazil)
« Des progrès sur le plan financier, le statu quo sur le pétrole, le gaz et le charbon » – DER SPIEGEL (Allemagne)
« Les pays vulnérables dénoncent l’absence de mesures de retrait progressif des combustibles fossiles » – Al Jazeera Media Network (Qatar)
« Multitrao consensus, showcasing unity » – China Daily (Beijing)

L’esprit mutirão, ou effort collectif, était ce que la conférence avait de mieux à offrir, étant donné que cela nécessitait des compromis à chaque étape. Voici les principaux enjeux retenus au bout du compte :

  • Engagement envers un mécanisme de transition juste, visant à soutenir les groupes et les communautés les plus touchés par les mesures climatiques.

  • Engagement à tripler le financement de l’adaptation, bien qu’aucune voie claire ne soit définie pour y parvenir.

  • Quatre-vingts (80) pays ont demandé qu’une feuille de route soit élaborée pour éliminer les combustibles fossiles, soit un nombre moins élevé que prévu.

  • Nouvel élan en faveur des solutions basées sur les océans.

  • Nouvel accent mis sur « l’intégrité de l’information » pour lutter contre la désinformation sur le climat.

  • Aucun accord significatif sur la déforestation, ce qui constitue un revers pour beaucoup compte tenu du lieu où se tient le sommet, dans le bassin amazonien.

COPs (or Conference of the Parties who signed the UN climate framework) tend to end in a mix of commitment and disappointment. This one was no different — although given its milestone status and location in Brazil, home to the first Earth Summit in 1992, it fell short of most expectations. Perhaps that’s not surprising, given the state of geopolitics and the global economy.

L’année prochaine, la Turquie organisera la COP31 et l’Australie dirigera les négociations. Les deux pays se disputaient le rôle principal et ont convenu de partager la vedette.

Un autre compromis !


John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC

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Les relations entre l’Inde et le Canada reprennent vie, et cette fois-ci le processus ne se limitera pas à quelques poignées de main. 

Il y a deux ans, Justin Trudeau avait plombé les relations entre les deux pays en déclarant publiquement que le gouvernement indien pouvait être impliqué dans le meurtre d’un activiste sikh canadien, Hardeep Singh Nijjar, à Vancouver. Cette accusation avait provoqué la plus forte crise bilatérale depuis des décennies. Par la suite, les deux gouvernements avaient expulsé des diplomates, gelé les services de visa et suspendu toute négociation commerciale. Puis Donald Trump est revenu au pouvoir, et la nouvelle ère de « L’Amérique d’abord » a relégué au second plan les autres politiques étrangères.

Cette semaine, les gouvernements Carney et Modi ont amorcé un rapprochement délicat qui fera appel à des compromis de part et d’autre. Plus important encore, ils devront faire le point sur leurs intérêts mutuels (plutôt que sur leurs valeurs communes) dans un monde de plus en plus divisé.

Le Premier ministre Mark Carney a ouvert la voie à une politique fondée sur les intérêts communs en invitant Narendra Modi au sommet du G7, en Alberta, au mois de juin. M. Modi, qui n’a jamais été un grand partisan de M. Trudeau, s’est emparé de cette occasion de faire la paix.

Les deux gouvernements ont promptement nommé de nouveaux hauts-commissaires et repris leurs discussions sur les questions de sécurité, en particulier sur l’affaire Nijjar, avec l’intention de ne pas laisser ce sujet dominer leurs relations bilatérales. 

Cette semaine, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, se sont rencontrés aux Nations Unies en prévision d’un voyage officiel de Mme Anand en Inde à l’automne. Ottawa a rapidement réagi en désignant le gang indien Bishnoi comme entité terroriste, ce qui aidera les deux pays à lutter contre la montée des activités criminelles indiennes au Canada.

Ce sont de bonnes nouvelles pour ceux qui souhaitent ranimer ce partenariat, en particulier dans les domaines du commerce et de l’investissement. Mais il n’est pas question d’un simple retour à une relation normale, car les deux pays sont sur des longueurs d’onde économiques, sociales et géopolitiques très différentes. Ils devront trouver des points d’intérêt stratégiques.

Dans ce nouveau virage vers l’Inde, le Canada devra composer avec un pouvoir plus ferme et plus indépendant. De plus, le Canada doit se faire à l’idée qu’une décennie d’occasions bilatérales a été complètement ou partiellement perdue. Durant cette décennie, la situation de l’Inde a considérablement changé. 

Le pays affiche la plus forte croissance du PIB nominal parmi les grandes économies mondiales, et le revenu des ménages a presque doublé grâce à l’essor des collectivités rurales. L’Inde, pays le plus peuplé au monde, se considère désormais comme une puissance économique et politique qui pèsera dans la balance d’ici le milieu du siècle. L’Inde est aussi en voie de devenir l’un des pays les plus avancés au monde sur le plan du numérique, grâce à son système d’identification biométrique Aadhaar qui couvre désormais plus de 90 % de la population.  

Au cours de la décennie passée, le Canada a accueilli (officiellement) 500 000 personnes d’origine indienne, ce qui fait de l’Asie du Sud sa principale source d’immigration. 

Ces deux dynamiques, à savoir la montée de l’Inde et la diversité du Canada, exigeront d’assurer un équilibre délicat.

Jusqu’à présent, M. Carney a réussi à s’élever au-dessus de la politique nationale et à placer les intérêts du Canada au centre de cet exercice d’équilibre. Son gouvernement a indiqué que le nouveau chapitre de sa politique indienne serait axé sur les questions économiques, avec notamment une amélioration des garde-fous visant à protéger les intérêts des deux pays de la politique de la diaspora.

Une politique axée sur les intérêts passe par un renforcement des liens commerciaux, tant sur le plan des échanges que de l’investissement. Au cours des cinq dernières années, l’Inde est devenue une option stratégique pour de nombreux Canadiens (et habitants d’autres pays) souhaitant s’éloigner de la Chine, et malgré le refroidissement, puis le gel des relations entre les deux pays, l’intérêt des grands investisseurs s’est accru. Entre 2019 et 2023, les caisses de retraite canadiennes ont dirigé 25 % de leurs capitaux d’investissement vers l’Inde, ce qui marque une hausse de 10 % par rapport aux 15 années précédentes. L’Inde a ainsi supplanté la Chine au deuxième rang des destinataires pour les caisses de retraite canadiennes, uniquement devancée par les États-Unis.

Le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario s’est tenu à l’avant-plan, investissant l’année passée dans l’infrastructure (National Highways Trust), le financement automobile (Kogta) et l’intelligence artificielle (Darwinbox). Le groupe Brookfield s’est montré tout aussi présent sur le marché indien avec l’acquisition d’actifs liés aux énergies propres et de sites de télécommunications. À la fin de septembre, il a également conclu un partenariat d’une valeur de 1 milliard de dollars américains avec GIC, un fonds souverain de Singapour, pour gérer plus de cinq millions de pieds carrés de bureaux dans trois grandes villes : Mumbai, Bangladeshrou et Hyderbad.

Sur le plan commercial, l’Inde est passée du 16e rang des partenaires du Canada en importance en 2008 au 10e rang en 2015 puis au 7e rang l’an dernier.

Il en va autrement du Canada, qui se classe seulement au 30e rang des partenaires de l’Inde. Le commerce bilatéral a atteint 31 milliards de dollars en 2024, en prenant en compte les services, contre 117 milliards de dollars avec la Chine. La baisse du nombre d’étudiants étrangers, qui constituent l’une des plus importantes sources de revenus indiens pour le Canada, ralentira encore plus ces progrès, car la politique du Canada, perçue comme une politique de repli, a entaché notre réputation auprès de toute une génération de jeunes Indiens instruits.  

Et ce n’est pas l’unique raison pour laquelle la volonté du Canada de relancer les négociations commerciales pourrait exiger de la patience. En effet, l’Inde et M. Modi, qui font preuve d’une confiance croissante, ne feront pas facilement des compromis, surtout sur des questions telles que les droits de propriété intellectuelle, que l’Inde considère depuis longtemps comme une forme de colonialisme occidental. 

Ces différences mises à part, les deux pays partagent des liens uniques et profonds, en grande partie tissés par la population indo-canadienne. À l’avenir, l’Inde souhaitera établir des relations plus mûres, fondées sur des intérêts, en particulier sur le plan économique. Le Canada pourra aussi saisir de nouvelles occasions, allant du pétrole lourd au GNL, en passant par les technologies spatiales et de fabrication de pointe. 

Une relation renouvelée exigera que les deux pays reconnaissent ce que chacun d’eux apporte à l’autre. Elle peut aussi mettre l’accent sur ce que les deux pays peuvent accomplir grâce à des alliances et à des groupes multilatéraux. Cette semaine, Mme Anand et M. Jaishankar se sont exprimés devant l’ONU sur l’importance du multilatéralisme dans cette ère de « L’Amérique d’abord ». L’Inde, en tant que puissance de second ordre en plein essor, et le Canada, en tant que puissance moyenne en difficulté, pourraient tous deux tirer parti d’efforts collectifs.

Il y a cinquante ans, en 1975, les relations entre l’Inde et le Canada sont tombées au plus bas après que le gouvernement d’Indira Gandhi eut testé une bombe nucléaire l’année précédente puis déclaré l’état d’urgence. La relation ne s’est rétablie que lorsque Jean Chrétien s’est rendu en Inde en 1996.

Pour les deux pays, l’enjeu est trop important pour risquer un nouvel hiver de mécontentement. 

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Le vaste plan d’action en IA présenté la semaine dernière par l’administration Trump propulse la course mondiale à l’intelligence artificielle dans une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus uniquement d’une compétition entre OpenAI et Google, mais d’un affrontement géopolitique dans lequel la première puissance technologique mondiale redouble d’efforts pour influencer (et dominer) les décennies numériques à venir.

Le Canada devra agir rapidement.

Voici ce qui me frappe le plus dans la politique de Trump :

  • Territoire. Les mégadonnées (et l’IA) sont, par nature, mondiales et locales. Et voilà que Trump veut désormais libérer les géants de la technologique de la réglementation étatique sur l’IA. Mark Carney pourrait bientôt être confronté aux mêmes défis avec les provinces, alors qu’il tente de mettre en place une approche « une seule économie » sur de nombreux fronts. Carney comme Trump se heurteront à des oppositions lorsque les grandes plateformes commenceront à exploiter les données en santé et en éducation, des domaines qui relèvent de compétences infranationales dans les deux pays. Chacun à leur manière, ils devront apprendre à concilier les intérêts individuels, locaux, nationaux et mondiaux à l’ère de l’IA.

  • Idéologie. Donald Trump souhaite éliminer le « wokisme » des modèles d’intelligence artificielle. J’ignore comment c’est possible, surtout si l’on veut éviter une forme de police de la pensée surveillant les algorithmes. Je ne dis pas que les modèles d’IA devraient échapper aux normes publiques, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression. Le problème, c’est que nous ne savons pas encore comment canaliser ce que nous avons lancé, si ce n’est en poursuivant les développeurs en justice, comme c’est déjà le cas pour d’autres formes de discours. Que vous soyez pour ou contre, la stratégie de Trump ouvre un nouveau chapitre dans la politisation des technologies.

  • Investissement. Une véritable ruée vers l’or est en cours autour des centres de données, et elle continuera d’attirer des milliards de dollars. Trump est déterminé à conserver et à construire ces centres en sol américain. Le Canada peut choisir d’alimenter ce modèle en fournissant énergie, capitaux et données ou bien d’élaborer sa propre stratégie concurrentielle. Un investisseur majeur m’a récemment dit qu’il attend toujours le feu vert pour un méga centre de données de plusieurs milliards de dollars au Canada alors que ses projets similaires aux États-Unis vont bon train. Les données n’attendent pas après les gouvernements.

  • Souveraineté. C’est peut-être le plus grand défi du Canada. Les modèles américain et chinois, ainsi que leurs infrastructures infonuagiques, ont atteint une telle ampleur qu’on peine à imaginer que d’autres pays puissent rivaliser avec eux. Mais il y a une chance pour le Canada. Nous comptons au pays des leaders technologiques mondiaux comme OpenText, Shopify et Cohere et disposons de certains avantages concurrentiels liés à nos propres ensembles de données, notamment en santé. Avons-nous l’ambition de bâtir un rival canadien ? Et faudra-t-il pour cela adopter des politiques technonationalistes, comme celles qu’on voit poindre aux États-Unis et en Europe ?

Face à l’ambition américaine de dominer en IA, le Canada devra miser sur l’ingéniosité humaine pour prospérer dans ce nouvel ordre numérique.

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Cette l’année marque le 50e anniversaire du G7, et lorsque ses dirigeants se réuniront en Alberta le mois prochain, beaucoup se demanderont si le groupe continuera d’exister encore cinquante autres années.

Leurs ministres des Finances pourraient se poser les mêmes questions la semaine prochaine lorsqu’ils se réuniront à Banff, se demandant si les champions du capitalisme démocratique peuvent surmonter une guerre tarifaire, des menaces de stagflation et des inquiétudes croissantes concernant la dette américaine. 

Le sort du capitalisme démocratique est peut-être en jeu. 

J’ai passé une partie de la semaine dernière à Ottawa avec un groupe appelé le B7, composé de chefs d’entreprise des sept principales économies démocratiques, et je n’en suis pas ressorti enthousiasmé par le grand projet de l’Occident. Depuis 1975, alors que le monde était aux prises avec des chocs pétroliers et des crises monétaires, le G7 a contribué à maintenir la stabilité économique et financière. Ce sont les États-Unis qui ont fait le plus gros du travail, avec l’aide de l’Allemagne et du Japon, mais la coordination des politiques économiques et monétaires au sein du groupe dans son ensemble a également été déterminante.

Aujourd’hui, cette collaboration ne tient qu’à un fil. La visite de Donald Trump dans le golfe Persique cette semaine montre à quel point le centre de gravité des capitaux s’est déplacé. La Chine et l’Amérique latine revendiquent également des droits sur ce territoire.

Or, si le commerce suit la géopolitique, il faut s’attendre à d’autres perturbations.

Que peut donc faire le G7 ? Peut-être mettre au point de nouveaux moyens de générer, d’attirer et de réinvestir des capitaux. 

Pendant de trop nombreuses années, les bilans publics et privés des grandes démocraties ont été axés sur des objectifs à court terme. Parallèlement, les pays non démocratiques ont accumulé des capitaux pour des projets s’étalant sur plusieurs décennies. 

Alors que les économies des pays du G7 chancellent et que leurs dettes augmentent, ces derniers sont désormais confrontés à un déficit infrastructurel de 15 billions de dollars pour reconstruire les chaînes logistiques, accroître la production de minéraux critiques, se doter de capacités pour les économies fondées sur l’intelligence artificielle et décarboniser les systèmes énergétiques. 

Le Canada peut contribuer à orienter la réflexion de l’alliance vers ces besoins à long terme. La tâche ne sera pas aisée compte tenu des tensions politiques entre l’administration Trump et la plupart des alliés du G7. Cependant, si les États-Unis participent, le G7 peut créer de nouvelles approches pour le capitalisme démocratique, notamment :

  • des investissements coordonnés entre les pays ;

  • davantage de capitaux institutionnels pour les projets prioritaires ; 

  • des approches préférentielles en matière d’approvisionnement ; 

  • des approches communes en matière d’approvisionnement, en particulier dans les secteurs de l’énergie, des technologies de pointe et des minéraux critiques ;

  • des normes, des mesures et des principes communs.

Vous pouvez lire le communiqué final du groupe B7 ici.

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Ce mois-ci marque le 100e anniversaire de la publication de Gatsby le magnifique, le roman de F. Scott Fitzgerald qui se déroule à l’ère du jazz, moment où les États-Unis voient leurs fortunes et leur pouvoir prendre de l’ampleur, et pourtant les personnages du livre s’accrochent aux vestiges d’un âge d’or antérieur.

Ça vous dit quelque chose ?

Quelques fins de semaine plus tôt, j’ai passé du temps non loin de la maison mythique de Gatsby, dans un autre domaine légué par la dynastie Whitney à une fondation créée par la famille pour soutenir la paix et le développement durable. Près d’une trentaine de responsables politiques des États-Unis, d’Europe et du Canada se sont réunis au Groenland, à Long Island, pour discuter de la manière dont les entreprises pourraient s’adapter au monde régi par Donald Trump, à sa promesse d’un nouvel âge d’or, et aussi le façonner.

Voici certaines des conclusions émises dans un contexte de forte baisse des marchés mondiaux :

1. La Chine deviendra la force déterminante de cette administration, qui devra peut-être envisager une « interdépendance gérée »

2. Le dollar américain continue de poser un énorme défi pour la compétitivité commerciale de l’Amérique et continuera à être surévalué aussi longtemps que Washington fonctionnera avec de vastes déficits.

3. Les républicains de Trump éprouvent une aversion et une méfiance particulières à l’égard de l’Europe auxquelles il sera difficile de mettre fin, et une attirance particulière pour la Grande-Bretagne.

4. Les droits de douane ne résoudront pas les frustrations sous-jacentes des États-Unis, qui découlent de la stagnation à long terme de la productivité de la main-d’œuvre et des salaires réels.

5. L’on attribue le malaise économique de l’Américain moyen au commerce, mais c’est la technologie qui a provoqué le plus de suppressions d’emplois au cours des 25 dernières années.

6. L’Amérique, entre autres, doit se concentrer sur la mise en place de programmes de formation et de recyclage professionnels pour rehausser les salaires et les revenus en cette nouvelle ère de l’IA.

7. Il ne sera pas évident de mettre en œuvre les droits de douane si Trump établit (ou a établi) un sommet politique, puisqu’il devra centrer davantage son attention sur les forces d’opposition, notamment sur plus de 100 actions en justice.

8. Les grandes entreprises européennes et nord-américaines doivent d’un commun accord défendre des politiques plus rationnelles sur le plan économique.

Lisez ici le discours que John a prononcé lors de la conférence :

Télécharger le rapport