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IA, technologie et innovation

L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Sans Donald Trump, Vladimir Poutine, Theresa May, Emmanuel Macron et Justin Trudeau, ainsi que leur entourage médiatique, le climat était indéniablement serein dans la petite ville des Alpes. Peut-être l’atmosphère plus calme était-elle nécessaire pour réfléchir au chemin parcouru par le monde depuis la crise et prédire son orientation future.

C’était ma quatrième participation au forum de Davos. Cette édition a été, de bien des façons, la plus animée. À l’évidence, la lutte commerciale entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l’issue incertaine du projet Brexit, avaient rendu nerveux les participants. Mais, les conversations sérieuses ont porté sur des enjeux qui vont bien au-delà de ces crises. Cette année, le thème était la mondialisation 4.0, un concept imaginé à Davos pour expliquer le nouvel âge des technologies intelligentes et omniprésentes qui relieront entre eux les gens et les objets de manières que ne permettaient pas les précédents moteurs de la mondialisation – la vapeur, l’électricité et l’informatique. Dans cette nouvelle ère, les machines intelligentes façonneront nos entreprises et nos collectivités, et des technologies de pointe seront intégrées à chaque objet, et possiblement à chaque personne, que nous rencontrerons. Les données ne seront pas seulement le nouveau pétrole, mais la nouvelle eau, essentielles à tous les besoins et désirs de notre société. Même si les perspectives peuvent être déstabilisantes, j’ai quitté le forum encouragé, car j’avais mieux compris de quelle manière les technologies transformationnelles et une nouvelle génération d’idées faciliteront le passage de la planète à la prochaine étape de la mondialisation, pour un monde plus humain, plus démocratique et dont la répartition est plus juste.

Voici quelques enjeux qu’il faut prendre en considération pour y arriver :

1. Le défi de la Chine

Il y a deux ans, vedette du forum de Davos, Xi Jinping avait présenté une vision d’un nouveau monde où la Chine serait à l’avant-plan. L’an dernier, c’est Donald Trump qui avait volé la vedette de manière complètement différente, projetant une perception du monde au sein duquel les États-Unis prédomineraient. Conséquence inattendue de leur absence cette année : la mise en perspective de leur relation tendue. Les dirigeants du milieu des affaires présents à Davos ont exprimé l’assurance tranquille que le litige commercial entre les États-Unis et la Chine se réglerait au cours des prochains mois. Avec les négociations de l’ALENA qui tirent à leur fin, l’équipe commerciale de M. Trump, qui manque d’effectifs, a pu se concentrer sur la Chine. De plus, les Chinois en sont venus à comprendre avec qui, et avec quoi, ils doivent composer. Enfin, les deux parties semblent accepter la réalité économique des chaînes logistiques transpacifiques, qu’il serait trop difficile de démanteler sans préjudice grave pour les deux pays.

Les Chinois se sont imposé à Davos avec le message clair qu’ils ne se soumettront pas à la perception du monde de Washington.

Même en cas de résolution du litige commercial, ce sera un début plutôt qu’une fin. Avec Xi, les Américains ont découvert la détermination des Chinois à créer un nouvel ordre économique mondial. Et avec Trump, les Chinois ont découvert la détermination des Américains à résister à cet ordre. Les Chinois se sont imposé à Davos avec le message clair qu’ils ne se soumettront pas à la perception du monde de Washington. Ils se voient incontestablement comme la deuxième puissance économique mondiale, en voie de devenir la première, et estiment qu’il incombe à l’Ouest de s’adapter. Compte tenu du succès de la Chine au cours des 25 dernières années, le pays est même persuadé que son modèle serait très avantageux pour le reste de la planète. Il n’y a pas de domaine plus controversé que la technologie et les droits de propriété intellectuelle, que les Chinois veulent exploiter à leur propre façon. Chef de délégation à Davos, Wang Qishan, puissant vice-président, a formulé un message sans équivoque : le monde doit permettre à la Chine de «participer au système de gouvernance technologique mondial d’égal à égal ». Cette notion d’égalité est revenue sans cesse.

La ville de Davos ensevelie sous la neige au bas de la montagne

2. Promesses et périls du réseau 5G

Avec ses allures de membre non officiel de la délégation d’Ottawa, le cas Huawei a fait sentir sa présence aux membres du cabinet fédéral lors de chaque rencontre, alors que ceux-ci tentaient de rallier des appuis pour le côté canadien. Mais l’intérêt pour cette société est allé bien au-delà de l’extradition de Meng Wanzhou. Avec l’émergence de Huawei comme chef de file mondial en équipement de télécommunications, les participants au forum de Davos se sont interrogés au sujet de la prochaine génération de technologie mobile, se demandant si le géant chinois montrerait la voie. J’ai trouvé intéressant de constater que, malgré tout le battage autour du réseau 5G, bon nombre de leaders du monde des affaires et de chefs de gouvernement semblaient peu le connaître. À première vue, cette technologie devrait permettre le téléchargement de données et la navigation sur Internet à des vitesses jusqu’à 100 fois supérieures à celle des téléphones intelligents d’aujourd’hui. Cela nous facilitera assurément la vie. Surtout, la technologie 5G pourrait aussi former la base d’une nouvelle économie, grâce aux vitesses et à la constance nécessaires pour relier entre eux de petits objets – voitures autonomes, drones de livraison, électroménagers numériques – au moment de la prise de décisions.

Il est emballant de penser que le 5G pourrait permettre à Internet d’avoir un fonctionnement semblable à celui de l’électricité – présent et accessible en permanence. Mais tout comme ce fut le cas lors du développement de l’électricité, avec la rivalité opposant le courant alternatif au courant continu, un débat fait rage au sujet de qui possède la meilleure technologie. Il ne fait aucun doute que Huawei est un chef de file et que la société ne fera que s’améliorer tandis que la Chine commence à implanter la technologie 5G dans ses grandes villes. En excluant Huawei, allons-nous passer à côté des avancées de la Chine ? Nous savons que Beijing a un pouvoir sur Huawei et peut contraindre celle-ci à remettre ses données étrangères pour des raisons de sécurité nationale. Mais nous devons aussi comprendre de quelle façon l’équipement de Huawei s’intégrerait à l’ensemble technologique qui représente le moteur de nos vies mobiles. La question de savoir qui peut accéder à nos données sera primordiale en 2019 – non seulement pour Huawei, mais pour tous ceux qui ont pour objectif de relier notre univers mobile.

3. Ralentissement ou stagnation?

Le dernier soir du forum, j’ai coanimé un souper regroupant une quarantaine de chefs de direction d’entreprises internationales. En abordant le sujet de l’économie, l’ambiance était à l’optimisme prudent. Bon nombre de participants ont répété que nous vivions un ralentissement et non une stagnation. Kevin Sneader, nouvel associé directeur mondial à McKinsey, l’a bien dit : « Je demande aux chefs de direction à Davos comment se porte leur entreprise et ils me répondent, Assez bien. C’est tout le reste qui m’inquiète ». Une anxiété de ce type peut être positive, car elle incite les exploitants d’entreprises à demeurer vigilants. Elle peut aussi être dangereuse, si les exploitants limitent leurs investissements et prennent moins de risques. Même si la plupart des chefs de direction ont affirmé qu’ils s’attendaient cette année à un ralentissement qui se poursuivrait en 2020, j’ai eu l’impression que d’autres chefs de direction et investisseurs considèrent que l’expansion demeure possible. L’économie américaine va bien et la Chine pourrait connaître le début d’une remontée une fois qu’un accord commercial aura été conclu avec Washington. Bien entendu, l’Europe éprouve des difficultés, avec l’Italie déjà en récession et l’Allemagne en voie de connaître une récession. Mais, une foule d’autres marchés, comme l’Inde, le Mexique et le Brésil, pourraient représenter des moteurs de croissance plus forts.
Le chef de la direction de RBC M. Dave Mckay au Forum économique mondial de Davos
 

Le risque est que nous ne soyons pas suffisamment ambitieux dans les années 2020 pour tirer parti des nouvelles technologies et des régions en croissance dans le monde. En restant prudents et en nous contentant d’une lente croissance, nous risquons de ne pas être en mesure de générer les rendements financiers exigés par nos actionnaires ni de pouvoir produire les retombées sociales – emplois, services, stabilité – attendues par nos sociétés. Pour faire mieux, les gouvernements devront offrir aux entreprises et aux investisseurs les bons incitatifs, y compris une réglementation plus judicieuse, des politiques fiscales plus cohérentes et un régime commercial prévisible. Dans son numéro sur le forum de Davos, la revue The Economist le fait remarquer sous le titre insolent « Slowbalisation » (mot-valise combinant lenteur et mondialisation) : il faut à la fois gérer le ralentissement et réfléchir avec plus d’audace au prochain cycle, afin que celui-ci soit axé sur le commerce et la responsabilité sociale, et l’ambition sur le plan mondial.

4. Les suites du Brexit

Absente à Davos, Theresa May a tout de même dépêché un bataillon de ministres pour communiquer la confiance de son gouvernement en la possibilité de conclure une entente sur le Brexit d’ici le printemps. Le parti conservateur, en dépit de ses propres divisions, recherche de toute évidence un résultat qui lui permettrait de rester au pouvoir tout en empêchant l’économie de frapper un mur en cas de sortie abrupte. On peut s’attendre à des négociations assez tendues jusqu’à la dernière minute et à un résultat qui, possiblement, ne serait pas bien différent de ce que Mme May a présenté en décembre. Ce n’est pas exactement l’optimisme au sujet du Brexit dont les participants à Davos voulaient entendre parler. Lors d’une séance comptant quelque 300 participants, environ 90 % d’entre eux ont levé la main pour signifier qu’ils seraient en faveur d’un deuxième référendum, dans l’espoir que, cette fois-ci, le public voterait pour garder le pays dans l’Union européenne. En privé, le gouvernement britannique, et même des dirigeants du monde des affaires britannique, a affirmé que ce scénario est peu probable. Un vote serait trop long à organiser et trop fortement marqué par les divisions, et risquerait d’aboutir à un autre résultat controversé. Le gouvernement de Mme May croit plutôt qu’il est possible d’en arriver à un compromis au sujet de la frontière irlandaise, sujet vexatoire parmi d’autres.

Mais le plus difficile serait à venir. En effet, si Mme May réussit à obtenir l’appui de son parti et du parlement, elle devra rapidement regagner la confiance du milieu des affaires. Depuis le référendum, les investissements en Grande-Bretagne ont baissé d’environ 20 % et, avec chaque mois qui passe, les fabricants, les banques et d’autres transfèrent des emplois vers le continent ou ailleurs. Mark Carney a déclaré à un auditoire à Davos que le système bancaire de la Grande-Bretagne devrait s’en sortir, car il est capable d’encaisser les coups. Mais il a confirmé que si le Royaume-Uni n’est pas capable de dresser un plan cohérent pour ses frontières et échanges commerciaux, il n’y a pas grand-chose que le milieu des affaires puisse faire pour se préparer. Nouvelle potentiellement inquiétante, pendant que les ministres britanniques s’efforçaient de rassurer les participants à Davos, les responsables du gouvernement au pays élaboraient des plans en prévision de rationnement alimentaire, de patrouilles frontalières et, possiblement, d’agitation civile. Un tel scénario catastrophe devrait à tout le moins mobiliser les esprits des Britanniques à l’approche de l’échéance.

5. Un monde de murs

La ministre Chrystia Freeland au Forum économique mondial de Davos

Les politiciens qui se sont rendus à Davos se sont penchés principalement sur les divisions croissantes en matière de gouvernance mondiale, bien résumées par Chrystia Freeland du Canada : « L’ordre international axé sur les règles fait face à des enjeux d’une ampleur jamais vu depuis sa création ». Pendant la majeure partie du 20e siècle, cet ordre a été maintenu par des institutions multilatérales pour que le monde puisse se concentrer sur la prospérité plutôt que sur les conflits. Mais la confiance du public à l’égard de cet ordre s’est érodée, favorisant la montée du nationalisme sur tous les continents. La chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays connaît les périls du nationalisme extrême, s’est servie de sa tribune à Davos pour émettre une mise en garde.

 

Elle voit la montée d’organismes comme l’Organisation de coopération de Shanghai, menée par la Chine et la Russie, comme un effort de création de systèmes de rechange à la démocratie et au capitalisme de marché. Elle a fait l’éloge du G20 comme étant le type d’organisme dont le monde a besoin pour assurer l’adhésion des pays et des régions aux principes mondiaux, et même aux règles et normes mondiales. Il ne s’agit pas d’un enjeu impossible. Mme Merkel a donné comme exemple de collaboration internationale la Conférence générale des poids et mesures, tenue l’an dernier, qui a permis la modification de la mesure du kilogramme.

Cet esprit de collaboration est mis à l’épreuve au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le destin repose sur un monde divisé. L’OMC représente la « plomberie centrale » du commerce mondial, servant de lien entre 400 ententes commerciales préférentielles et 3 000 accords d’investissement. Pourtant, au cours des dernières années, on lui a retiré sa capacité de fonctionner normalement. C’est l’une des raisons pour lesquelles le commerce international stagne depuis la crise financière. Dans le cadre de plusieurs séances à Davos, on a étudié le besoin d’une nouvelle approche en matière d’échanges commerciaux qui permettrait aux pays et aux blocs commerciaux d’adhérer à un nouveau système mondial réformé. On prétend que tant que les principes mondiaux seront maintenus, l’esprit du commerce international perdurera. Cette idée de multilatéralisme, ou d’un club de clubs, pourrait même servir de modèle pour les nouveaux enjeux de la mondialisation 4.0 : la bioéthique, la cybersécurité et les données.

Dans le cadre de plusieurs séances à Davos, on a étudié le besoin d'une nouvelle approche en matière d'échanges commerciaux qui permettrait aux pays et aux blocs commerciaux d'adhérer à un nouveau système mondial réformé.

6. Un nouveau contrat en matière de données

Compte tenu de la tradition de secret associée à la Suisse, il semble on ne peut plus approprié d’y tenir des discussions sur la protection de la confidentialité des données au 21e siècle. Même si, à une époque, le Forum a préconisé une approche mondiale relativement aux données, on y note actuellement une opinion de plus en plus répandue selon laquelle tout système de gouvernance en la matière sera davantage « balkanisé ». Comme l’a fait observer Satya Nadella, chef de la direction de Microsoft, nous étions « naïfs » de croire en la possibilité de gérer l’économie numérique selon une approche universelle. Le risque auquel nous sommes confrontés à l’heure actuelle, c’est que chaque pays adopte sa propre approche relativement aux données, de sorte que nous nous retrouverions avec un Internet comparable à ce qu’était l’industrie aéronautique dans les années 1950. Pas étonnant, donc, qu’on parle aujourd’hui de « splinternet », c’est-à-dire d’un Internet fragmenté. Maintenant que des pays comme l’Inde et la Thaïlande commencent à se tourner vers l’identification numérique de leurs citoyens, ils tiennent à garder leurs données sur leur territoire. Cet effort de « localisation des données » devrait s’amplifier, car les gens redoutent de plus en plus l’utilisation – et l’utilisation inappropriée – de leurs renseignements personnels.

La localisation des données pourrait aussi devenir un obstacle à l’innovation si elle freine l’infonuagique et les gains d’efficacité qui y sont associés. Dans les faits, nos données traversent chaque jour plus de frontières que nous ne le croyons généralement. C’est pourquoi Singapour, un pays à l’avant-garde sur de nombreux fronts numériques, met actuellement à l’essai certaines idées dans le domaine du traitement transfrontière – dans le but de permettre le libre déplacement de blocs de données tout en maintenant un lieu d’hébergement sécuritaire pour ces données. De tels efforts deviendront encore plus pressants quand des pays tenteront d’inclure l’économie des données dans des accords commerciaux, en ne réalisant peut-être pas que le pire frein imaginable pour le 21e siècle est la mise en place de murs de données. Les entreprises devront peut-être faire entendre leur voix, et cela avec l’esprit qui a animé l’industrie aéronautique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale lorsqu’elle a établi des normes communes afin de donner confiance aux populations dans le monde entier. Comme les participants au sommet de Davos se le sont fait dire, en matière de données, la population de nombreux pays fait maintenant davantage confiance aux entreprises qu’aux gouvernements. Notre défi est de transformer cette confiance du public en bien commun.

7. Un nouveau contrat social

Le baromètre de confiance Edelman est publié chaque année au début de la rencontre du Forum économique mondial, ce qui a l’effet d’une douche froide d’opinion publique sur les délégués alors qu’ils commencent tout juste à s’adapter à l’air vivifiant des Alpes. Ce baromètre, qui reflète l’opinion de 33 000 personnes réparties dans 27 marchés, continue de montrer qu’une nette majorité des gens font très peu confiance aux gouvernements et aux médias. Les entreprises, de leur côté, ont lentement regagné la majeure partie de la confiance qui leur avait été retirée durant la crise financière. Si l’on veut dégager une préoccupation dominante, il faut parler de la différence entre le degré de confiance du public informé et celui de la masse de la population. Cet écart est d’une ampleur record à l’heure actuelle. À l’échelle mondiale, seulement une personne sur cinq est d’avis que le système agit en sa faveur. Cette préoccupation est particulièrement répandue dans les pays développés, où une majorité écrasante de la masse de la population s’attend à ne pas être en meilleure posture dans cinq ans. Au Canada, seulement un tiers de ce segment de population entrevoit un avenir meilleur.

L’une des raisons de cet état de choses semble être la crainte croissante des pertes d’emplois. Ce n’est pas que les gens craignent l’automatisation, mais ils redoutent simplement de ne pas avoir accès à la formation ou aux compétences dont ils auront besoin pour occuper un emploi convenable au cours de la prochaine décennie. Nous savons que le contrat social qui a prévalu jusqu’à une époque récente est en déclin. Ce contrat nous assurait de recevoir une éducation de qualité dans le système public, de jouir d’une sécurité d’emploi, de toucher des pensions décentes, d’être protégés par un système de soins de santé accessible et de pouvoir nous loger à un coût abordable. Or, dans de nombreux pays, une carrière est maintenant une série d’emplois limités dans le temps tandis que le coût de l’éducation grimpe et que le prix du logement est hors de portée pour bon nombre de jeunes qui travaillent. Il ne faut pas s’étonner que l’inquiétude soit si répandue ni qu’elle s’exprime sur le plan politique par du populisme. Par le passé, les gens se tournaient vers les gouvernements pour obtenir des réponses ; maintenant, ils attendent du monde de l’entreprise qu’il s’exprime et investisse dans des solutions pratiques, par exemple en favorisant l’acquisition de compétences. Selon le baromètre de confiance, 76 % des gens (soit un bond spectaculaire de 11 points en un an) attendent des chefs de la direction des entreprises qu’ils prennent les commandes du changement – en s’employant en priorité à favoriser l’inclusion et à offrir une rémunération juste et de la formation.

Le Forum économique mondial de Davos 2019

8. Le dilemme des chefs de la direction

J’ai passé presque tout un après-midi en compagnie d’une cinquantaine d’autres chefs de la direction venus des États-Unis, d’Europe et d’Asie. Nous avons examiné ce qui est peut-être le plus important défi de l’heure pour les dirigeants d’entreprise : comment répondre aux exigences du monde d’aujourd’hui tout en positionnant nos entreprises de façon à ce qu’elles soient prêtes pour les complexités de l’avenir ? Selon ces dirigeants, le premier élément de la réponse se trouve du côté de la raison d’être des entreprises. À RBC, nous avons formulé clairement notre raison d’être, et il est encourageant de voir l’importance qu’accordent à une telle démarche un si grand nombre d’entreprises d’envergure mondiale. Aux yeux de ces dirigeants, une entreprise qui ne peut compter sur une raison d’être claire pour se guider ne parviendra pas à maintenir son cap, car les pressions constantes exercées par les médias et les investisseurs la feront dévier de sa course. Nous avons convenu que les dirigeants doivent absolument continuer de parler des objectifs à moyen terme – c’est-à-dire des objectifs qui, si nous dirigions des équipes de sport, créeraient un pont entre le pointage actuel de notre équipe et sa position au classement en fin de saison. Les dirigeants doivent aussi informer leur conseil d’administration et leurs principaux actionnaires des tendances qu’ils surveillent.

J’ai souligné le fait que RBC s’était efforcée de gérer la montée de la tendance au court terme du marché en formulant ses objectifs financiers à moyen terme, et en consacrant ensuite beaucoup de temps à expliquer aux actionnaires sa stratégie distinctive, la démarche qu’elle a planifiée et la carte routière qui lui sert de guide dans cette démarche. Nous croyons qu’à une époque d’innovation numérique, nous pouvons créer quelque chose de puissant pour contribuer à la réussite des clients et à la prospérité des collectivités. C’est notre raison d’être. Un dirigeant de Hitachi a expliqué au groupe pourquoi l’entreprise japonaise est en train de se doter d’un secteur axé sur l’innovation sociale. Ce secteur soutiendra les efforts de l’entreprise en ce qui a trait à certains objectifs à long terme, notamment en matière de lutte contre les inégalités de revenu à l’échelle mondiale et les changements climatiques. L’atteinte de ces objectifs fait maintenant partie des critères pris en compte dans l’établissement de la rémunération des dirigeants. La raison est simple : ce qui menace l’équilibre du monde menace celui de Hitachi. Pepsi a présenté sa propre étude de cas concernant son choix de formuler une raison d’être ayant comme principe de base le bien-être des êtres humains. Cela peut sembler étrange de la part d’une entreprise qui s’est taillé une réputation en vendant des boissons gazeuses, mais cette raison d’être claire l’a aidée à mettre l’accent sur des produits plus sains et l’utilisation d’emballages durables. L’année dernière, lorsque le conseil d’administration de Pepsi a nommé Ramon Laguarta au poste de chef de la direction, en remplacement d’Indra Nooyi, qui a été à la barre de l’entreprise pendant de longues années, il a examiné son aptitude à diriger une entreprise durable et à traiter avec des sociétés inclusives –, ainsi qu’à communiquer les besoins sur ces plans avec passion et humanité. En raison de la complexité et des exigences croissantes du monde qui nous entoure, il faut s’attendre à ce que l’on recherche de plus en plus ce type de profil chez les dirigeants.

9. Volatilité : la nouvelle norme

Même si le mois de janvier a été plus favorable aux investisseurs en actions, tous avaient encore à l’esprit la déroute qu’ont connue les marchés en décembre. Le repli a-t-il été trop prononcé et trop soudain ? Si oui, dans quelle mesure a-t-il été amplifié par les systèmes automatisés ? J’ai participé à une table ronde portant sur le rôle croissant des machines dans nos marchés, ainsi que sur les choses auxquelles nous devons réfléchir afin que les efforts axés sur l’efficacité favorisent aussi l’équité. Adena Friedman, chef de la direction de Nasdaq, a indiqué qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être un investisseur, en raison de l’efficacité que l’automatisation a conférée aux marchés. Les coûts ont chuté de plus de 75 %, a-t-elle dit ; les écarts entre les cours acheteurs et les cours vendeurs se sont rétrécis de 90 % dans certains cas. Bien sûr, l’automatisation avait progressé durant des décennies à l’arrière-plan des marchés. Toutefois, ces dernières années, elle a joué un rôle plus profond au premier plan en déterminant ce dans quoi nous investissons et le mode d’exécution des placements.

À titre d’exemple, un plus grand nombre d’investisseurs optent maintenant pour des placements passifs – comme les fonds négociés en bourse (FNB) – plutôt que de choisir eux-mêmes des titres. Cette tendance marquée est positive, car les petits investisseurs se trouvent ainsi dans une position qui se rapproche de celle des gros investisseurs. Elle fait aussi surgir certains risques à long terme, comme l’a noté Bill Ford, chef de la direction de General Atlantic. Au cours de notre table ronde, celui-ci a mentionné que les actionnaires passifs contrôlent maintenant 44 % des actions américaines, contre 9 % il y a dix ans. Dans bien des cas, cela se traduit par une diminution du nombre d’acheteurs et de vendeurs d’actions. Comme on ne s’attend pas à ce que l’automatisation des marchés ralentisse, les institutions financières devront continuer de trouver des façons d’aider les clients à composer avec cette diminution de la liquidité et avec la volatilité qui peut en résulter. Plus généralement, nous devrons aussi continuer d’approfondir notre compréhension des conséquences de l’investissement passif – ses conséquences tant sur les investisseurs que sur les sociétés qui observent ces mouvements en se demandant s’il s’agit vraiment du meilleur moyen de mesurer la valeur de ce qu’elles s’efforcent de créer.

10. Une nouvelle équation énergétique

Il y a dix ans, Tony Blair est venu à Davos pour dire qu’il fallait tirer profit du contexte de crise financière pour relever le défi climatique. Selon lui, des milliards – et bientôt des milliers de milliards – pourraient ainsi affluer vers les bilans des économies stagnantes et servir à stimuler la transition vers une économie à faible intensité de carbone. Dix ans plus tard, l’économie mondiale se porte beaucoup mieux, mais on ne peut pas en dire autant de l’environnement. Notre incapacité collective à relever le défi climatique est le risque le plus important dans l’esprit des participants au sommet de Davos. Dans l’édition de cette année du Global Risks Report (rapport sur les risques mondiaux), trois des cinq principaux risques classés selon la probabilité qu’ils se réalisent sont des risques environnementaux ; de même, quatre des cinq risques classés selon l’importance des incidences qui résulteraient de leur réalisation sont aussi des risques environnementaux. Les événements météorologiques extrêmes ont été la première préoccupation des 1 000 membres du Forum économique mondial consultés lors de l’établissement du rapport ; viennent ensuite les inquiétudes concernant l’incapacité d’atténuer les changements climatiques et de s’y adapter. Même si l’on continue de se préoccuper des divergences entre les politiques climatiques des États-Unis, de la Chine et de l’Europe, on a beaucoup discuté à Davos du fait que l’évolution se poursuit malgré tout dans les secteurs économiques. La société DHL, par exemple, a conçu des véhicules électriques afin que son parc de véhicules de livraison dans les villes d’Europe puisse atteindre la carboneutralité d’ici 2025. Boeing a mis à l’essai avec succès un avion-cargo utilisant uniquement des biocarburants. De leur côté, deux aciéristes, Mittal et Tata, sont en train de mettre au point un « acier vert » au moyen de nouvelles sources d’énergie et de plus grandes quantités de matériaux recyclés.

La réglementation doit évoluer aussi rapidement que les besoins de la planète afin de stimuler l'utilisation de nouveaux procédés et le retrait d'anciens procédés.


La technologie n’est que l’un des aspects de la question. La réglementation doit évoluer aussi rapidement que les besoins de la planète afin de stimuler l’utilisation de nouveaux procédés et le retrait d’anciens procédés. Et il serait possible de faire beaucoup plus pour relier les systèmes énergétiques. Daniel Yergin, réputé pour ses analyses touchant l’énergie, a déclaré aux participants qu’il n’entrevoyait pas de « pic pétrolier » avant au moins 2040, ajoutant que l’atteinte d’un sommet de la production ne signifiait pas que celle-ci chuterait par la suite. Il faudra du temps pour voir se modifier les chaînes d’approvisionnement, les procédés industriels et les choix des consommateurs touchant par exemple le chauffage résidentiel ou les déplacements. Il faut aussi songer à la population mondiale, qui devrait augmenter de deux milliards d’habitants. Il a beaucoup été question de la recherche de solutions pour réduire l’empreinte de carbone du pétrole, soutenir durablement cette croissance et utiliser une partie des revenus générés par les anciennes sources d’énergie pour développer de nouvelles sources. Voilà pourquoi les gens parlent d’une transition.

11. Un pont entre les générations

L’une des surprises les plus agréables de la rencontre de Davos de cette année a été la diversité des générations présentes. On pouvait ainsi côtoyer tant Jane Goodall, l’une de mes héroïnes, que les six coprésidents du sommet de Davos, tous des jeunes leaders de calibre mondial et aussi des héros. L’interaction entre les générations a été une source d’inspiration, et devrait nous inciter tous à rechercher davantage de façons de mettre en relation des gens de tous les âges. À 84 ans, Mme Goodall est remarquable, participant chaque année à plus de 300 événements, en bonne partie pour faire la promotion de l’initiative Roots & Shoots (« racines et pousses ») qu’elle a lancée, et incitant les jeunes à soutenir des initiatives environnementales partout dans le monde. « La génération montante est prête à tout pour protéger la nature », nous a-t-elle dit. À l’occasion d’un lunch, Mme Goodall et le chanteur vedette Bono, âgé de 58 ans, ont partagé les projecteurs avec l’activiste environnementale suédoise Greta Thunberg, âgée de quinze ans, qui leur a volé la vedette en lançant une mise en garde au nom de sa génération : « Notre maison est en feu. Je veux vous voir paniquer. »

Malheureusement, la technologie qui a tant retenu l’attention à Davos a aussi pour effet de couper les membres de la génération de Mme Thunberg du monde naturel qui les entoure. Au cours d’un autre échange intergénérationnel inspirant, le prince William (36 ans) a interviewé le légendaire réalisateur David Attenborough (92 ans) au sujet des documentaires ayant trait à la planète qu’il a tournés durant plus d’un demi-siècle. Sir David Attenborough a expliqué que dans les années 1950, il lui suffisait de montrer une image de tatou pour soulever l’enthousiasme d’une salle, alors que de nos jours, il faut aller au fond de l’océan ou dans l’espace pour trouver des images qui capteront l’attention des gens. Il a souligné l’ironie de la situation : nous n’avons jamais vu autant d’images de la nature, et pourtant nous n’en avons jamais été aussi déconnectés. Son conseil à l’intention du duc de Cambridge et de sa génération : respectez et chérissez la planète. « Et gardez un regard neuf et votre capacité d’émerveillement. » Des paroles sages pour les gens de tout âge.
Le prince William au Forum économique mondial de Davos 2019
 
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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Dans une salle remplie de propriétaires d’entreprise (établis ou en herbe), les idées et les conseils présentés étaient aussi utiles qu’authentiques. Voici 10 conseils qui sont ressortis de ce sommet et que tout entrepreneur du secteur de la technologie devrait avoir à cœur.

1. Le talent avant tout

Sans l’ombre d’un doute. Recruter et fidéliser les meilleurs talents, c’est la chose la plus importante que vous pouvez faire pour votre entreprise. Voici un sage conseil : privilégiez le potentiel au lieu de l’expérience et, si vous n’êtes pas qualifié pour embaucher la crème de la crème à chaque poste, allez chercher de l’aide.

2. Choisissez des employés expérimentés

Réunir les meilleurs talents en technologie est une chose. Mais si vous voulez propulser votre entreprise vers de nouveaux sommets, vous avez besoin d’employés expérimentés qui connaissent la musique. Ajoutez de la maturité à votre équipe et trouvez un candidat qui a dirigé une équipe de production, qui s’y connaît en marketing, et qui a la vision et l’expérience nécessaires pour faire croître votre entreprise.

3. Ne vendez pas trop tôt

La vedette de Dragon’s Den, Michele Romanow, nous a dit que les entreprises canadiennes arrivent en tête de la liste des entreprises qui ont été vendues l’an dernier et qui ont par la suite acquis beaucoup de valeur. Cela signifie que nos entreprises sont les plus sous-évaluées au monde et que nos jeunes pousses sont trop rapidement courtisées par de gros joueurs qui leur font de généreuses offres. Au lieu de vous laisser tenter par la première offre alléchante, évaluez la valeur de votre entreprise et attendez une meilleure offre, ou restez aux commandes et poursuivez votre développement.

4. Tirez parti des ressources du milieu

Notre secteur technologique est collaboratif, convivial et honnête, et il regorge de gens désireux de partager des idées, des conseils et des connaissances. Profitez-en ! Trouvez des mentors qui ont environ un an d’avance sur vous, car ils viennent d’affronter les défis auxquels vous faites face et ils les ont surmontés. Et si vous songez à vendre ? Ted Livingston, de Kik, et Harley Finkelstein, de Shopify, ont tous deux affirmé qu’ils sont prêts à jouer le rôle de mentor auprès de jeunes entreprises et à discuter de ce processus avec elles.

5. Ne sous-estimez pas l’importance du marché américain

Vous pensez peut-être pouvoir vous passer des États-Unis pour l’instant, mais n’oublier pas qu’il s’agit probablement de votre plus gros client (ou de votre plus important débouché). De plus, les États-Unis donnent le ton au reste du monde en matière de technologie : vous devez pénétrer ce marché pour jouer dans la cour des grands.

6. Ne faites votre entrée en bourse que lorsque vous serez prêt

L’introduction en bourse vous permettra de penser à plus long terme et vous donnera la structure financière pour vous concentrer sur la croissance de votre entreprise. Vous devez seulement vous assurer d’être prêt. Pour devenir une société ouverte, vous devez avoir l’allure et le comportement d’une société ouverte, établir des politiques et procédures sans faille, et afficher un solide bilan. Vous avez besoin d’aide à cet égard ? Reportez-vous au point 2.

7. Ne doutez pas : vous êtes assez bon

La confiance a toujours été l’un des plus gros problèmes des Canadiens, et ce n’est pas différent pour nos entreprises technologiques. Bien entendu, vous pourriez avoir un pépin avec votre entreprise, votre premier appel public à l’épargne ou votre prochain lancement. Mais il ne faut pas en faire une obsession. Misez plutôt sur vos forces, votre potentiel et votre produit du tonnerre. Un entrepreneur qui doute ne sort jamais gagnant.

8. Trouvez les bons investisseurs

Vous en êtes peut-être à une étape où n’importe quel investisseur semble faire l’affaire. N’oubliez pas que vous passerez sans doute beaucoup de temps avec vos investisseurs. Cherchez donc une entreprise avec qui vous pourrez faire équipe, qui partage votre vision, qui convient à votre style et qui peut offrir plus que seulement de l’argent. Il est aussi préférable de chercher des investisseurs qui ont moins de capital à investir, mais beaucoup de conseils et d’énergie à donner. Ces personnes sont plus susceptibles d’être là dans les moments cruciaux.

9. Sortez parfois de votre bulle

Il est facile de se laisser absorber par le fignolage d’un produit et de rester tout le temps dans sa bulle. De temps à autre, sortez de votre bureau pour connaître les idées et les commentaires des gens et des entreprises qui vous entourent. Ne perdez jamais de vue l’expérience utilisateur.

10. Recrutez activement pour diversifier votre effectif

La mixité (origine, expérience, sexe et âge) amène une diversité de points de vue et d’idées. Vous devez vous entourer de personnes différentes afin de créer ensemble des expériences et des concepts inédits. N’oubliez pas que si vous regardez toujours aux mêmes endroits et que vous usez toujours des mêmes stratégies de recrutement, vous attirerez toujours le même type de candidats. Ouvrez vos horizons en matière de recrutement, cherchez activement des personnes différentes de vous et vous obtiendrez des résultats incroyables.

 

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L’avenir du commerce de détail: l’important, c’est vous!

Le commerce de détail traditionnel est-il mort ? La réponse courte : non. #LesInnovateursRBC.

Il est chef de la direction de IEX, une nouvelle bourse de valeurs qui se démarque d’acteurs bien établis comme le NASDAQ et la Bourse de New York (NYSE) en ralentissant la transmission des ordres.

À RBC, M. Katsuyama a découvert que les négociateurs à haute fréquence dépouillaient les marchés de plusieurs milliards de dollars, utilisant des connexions Internet ultrarapides pour transmettre des ordres d’achat ou de vente à d’importantes bourses avant tout le monde et manipuler les marchés à leur avantage.

Voilà pourquoi tous négocient à la même vitesse à IEX. Chacun des ordres passe par un câble à fibres optiques embobiné d’une soixantaine de kilomètres assurant un débit convenable – tout de même évalué en millionièmes de seconde – afin de maîtriser les pires aspects de l’exécution informatisée d’opérations par anticipation sans entraver le flux des ordres.

La mission que s’est donnée M. Katsuyama, soit celle de mettre au jour les pratiques les plus conflictuelles en matière de change et de négociation à haute fréquence, est décrite dans Flash Boys, un livre à succès de Michael Lewis, paru en 2014. Depuis, son entreprise a réussi à obtenir de la Securities and Exchange Commission l’autorisation d’exercer ses activités à titre de bourse à part entière.

Lors de deux événements organisés par RBC ce mois-ci, M. Katsuyama a parlé de la difficulté de changer les choses dans un marché inégal, de la façon dont les initiés et les tiers peuvent collaborer en ce sens et des relations avec les autorités de réglementation. Il a aussi souligné que la sensibilisation est l’argument de vente le plus puissant. Voici quelques points saillants.

Les opérateurs en place : un obstacle

Les bourses de valeurs sont des sociétés privées à but lucratif, et il est dans leur intérêt de réaliser des profits en offrant un accès privilégié aux négociateurs à haute fréquence et à quiconque est prêt à payer pour un tel accès.

Certains négociateurs utilisent cet accès pour en tirer un bénéfice : ils flairent les ordres importants et se précipitent pour acheter les titres disponibles avant même que l’ordre initial ne puisse être exécuté. Le tout se déroule en quelques microsecondes, ce qui dépasse largement la capacité de réaction de tout être humain. Pour les ordinateurs cependant, la tâche est insignifiante.

M. Katsuyama, ancien stagiaire d’été à RBC et diplômé de l’Université Wilfrid-Laurier, a reconnu l’existence d’un problème du temps où il travaillait dans les bureaux de négociation de RBC à New York, au milieu des années 2000.

Lorsqu’il tentait d’acheter une quantité importante de titres, l’ordre n’était pas encore exécuté que le cours avait augmenté. Quelques années d’investigation plus tard, il s’est rendu compte que les négociateurs à haute fréquence se servaient de leurs technologies haute vitesse pour devancer ses ordres et tenter par la suite de lui revendre les actions à un cours plus élevé. Et les bourses étaient non seulement impuissantes face à ces combines, mais elles en étaient aussi les complices – après tout, ces mêmes négociateurs à haute fréquence leur versaient des millions de dollars pour pouvoir tirer profit d’une telle vitesse de transmission.

M. Katsuyama et les membres d’un petit groupe à RBC ont créé THOR, un système d’acheminement des ordres qui permet aux acheteurs de conserver une avance sur les opérateurs faisant appel à la stratégie d’anticipation. Il a quitté son emploi à la banque en 2012 pour fonder IEX.

« Nous nous sommes dit : “Pourquoi ne pas créer une bourse de valeurs qui n’offre pas de tels avantages ?  » », relate-t-il.

Après son départ de RBC, l’idée de M. Katsuyama a pris forme, et IEX – et sa stratégie de ralentissement – a vu le jour.

« Pour nous, ralentir la transmission des ordres visait à mettre le plus de gens possible sur un pied d’égalité », dit-il.

Les initiés : des perturbateurs

On tend à voir les perturbations comme provenant de sources extérieures, où de tierces personnes amènent de nouvelles idées susceptibles de déstabiliser un secteur bien établi. Selon M. Katsuyama, cependant, les connaissances d’un initié jouent un rôle clé dans le processus.

Steve Jobs connaissait déjà les technologies destinées aux consommateurs quand il a créé le iPhone. Un des fondateurs de Netflix était un entrepreneur chevronné dans le domaine des logiciels, tandis que l’autre avait une vaste expérience dans la vente par correspondance. Avant de fonder Amazon.com, Jeff Bezos a exercé diverses activités liées à Internet, comme l’exécution d’opérations financières à l’étranger et la prestation de services clientèle en ligne.

« Il faut avoir été confronté au problème qu’on cherche à résoudre, souligne M. Katsuyama. Cette expérience nous sert en période de turbulence et de remise en question. »

M. Katsuyama hésite à dire que le marché est manipulé. Il affirme toutefois que ce système privilégie injustement les négociateurs à haute fréquence qui agissent plus rapidement que les autres investisseurs.

« Plusieurs milliards de dollars sont détournés rien que dans le secteur des fonds de pension et des fonds communs de placement, ajoute-t-il. Du tort est causé à grande échelle, alors que les bénéfices vont à une poignée de personnes. »

Selon lui, seule une personne possédant les connaissances d’un initié aurait pu découvrir le problème.

« Les perturbations dans le secteur financier viendront des gens qui y travaillent », indique M. Katsuyama.

Les autorités de réglementation : des alliées

Sur le plan des perturbations, les autorités de réglementation sont souvent les meilleures alliées des opérateurs.

« L’encadrement des autorités les rend moins vulnérables aux perturbations », précise M. Katsuyama.

Aucun ne connaît mieux la structure réglementaire complexe de la négociation d’actions que les opérateurs sous réglementation, qui peuvent se servir de ces connaissances comme d’un avantage concurrentiel pour tenir à l’écart les nouveaux venus qui se butent au maquis des règles et exigences.

IEX a commencé à exercer des activités comme système de négociation parallèle en 2014, et s’est adressée peu après à la SEC afin de mener ses activités en tant que bourse.

M. Katsuyama affirme que la demande d’IEX a suscité plus de commentaires à la SEC que l’ensemble des demandes d’accréditation présentées à l’organisme de réglementation depuis sa création.

Les grandes bourses se sont farouchement opposées à l’arrivée d’IEX dans le secteur. Le chef de l’entreprise propriétaire de la Bourse de New York a même qualifié IEX d’« anti-américaine ». Des membres du public s’en sont aussi mêlés ; ils ont appuyé IEX et son objectif de placer tous les investisseurs sur un pied d’égalité.

Quand on demande à M. Katsuyama l’une des raisons pour lesquelles Flash Boys l’a rendu célèbre dans le milieu de la négociation, il répond qu’il a participé à la préparation du livre parce qu’il savait que son auteur allait faire honneur à son témoignage et permettrait de sensibiliser un public beaucoup plus large à ces pratiques déloyales.

IEX a été accréditée en juin 2016 et a commencé à exécuter des opérations le 2 septembre.

Les clients : un défi

L’argumentaire de M. Katsuyama concernant IEX n’en est pas vraiment un. Il indique tout simplement aux chefs de direction comment le marché fonctionne et comment les négociateurs peuvent agir plus rapidement que les acheteurs. Et après un entretien d’une heure, dit-il, on le convie souvent à une deuxième rencontre.

Selon lui, de nombreux dirigeants ignorent tout du monde moderne de la négociation, où des ordinateurs toujours sous tension, des plateformes de négociation opaques et des plateformes privées ont créé un marché complexe et interconnecté quasi invisible.

« Il s’agit plus de présenter les faits tels qu’ils sont qu’un argumentaire, explique-t-il. Plusieurs des dirigeants de grandes sociétés que je rencontre ignorent que 85 % de leurs actions sont négociées ailleurs qu’à la Bourse de New York. »

En devançant les autres investisseurs, les négociateurs à haute fréquence grugent chaque fois une infime partie de l’opération. Comme des milliards d’opérations sont effectués chaque jour sur le marché, ces petits gains finissent pas représenter une somme énorme que M. Katsuyama compare à une taxe prélevée auprès de chaque entreprise cotée en bourse.

« Les gens ne devraient pas être des experts du marché boursier pour avoir la conviction que celui-ci est équitable et qu’il est conçu pour servir leurs intérêts, soutient-il. Nous espérons rétablir cette confiance à l’égard du marché. »

Le plan d’affaires : un principe

Rétablir la confiance des investisseurs est nettement plus qu’une simple proposition d’affaires pour M. Katsuyama. Il affirme qu’IEX a été visée par quelques offres d’achat, mais ajoute que vendre son entreprise uniquement pour s’enrichir irait à l’encontre de ses principes.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne croit pas au capitalisme.

« Pour nous, il s’agit avant tout d’une mission, mais nous n’allons pas non plus bouder le fait que, selon nous, il y a une occasion à saisir », dit-il.

C’était d’ailleurs l’un des arguments de M. Katsuyama à la SEC : au lieu des mesures réglementaires pour contrer la stratégie prédatrice des négociateurs à haute fréquence, IEX représentait une solution de libre marché au problème.

M. Katsuyama a noté qu’avant même que sa bourse n’ouvre ses portes, l’entreprise était rentable depuis plus d’un an déjà.

Assurer la réussite d’une entreprise en démarrage est une tâche colossale. Remettre en question les idées reçues dans le secteur et affronter de puissants opérateurs posent aussi un défi. M. Katsuyama affirme s’être heurté à la résistance à de maintes reprises en raison de son adhésion au principe d’une négociation équitable.

« Beaucoup de gens de pouvoir ne m’aiment pas, conclut-il. J’essaie toujours de désamorcer la controverse et insistant sur l’existence du problème. Je le prends comme un négociateur. Et cela me procure la détermination nécessaire pour continuer de me battre. »

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C’était le thème de la dernière séance Les innovateurs RBC à l’approche de la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales, qui se déroulera du 30 septembre au 6 octobre au Canada et aux États-Unis.

La séance réunissait l’ancienne olympienne Silken Laumann et deux entrepreneurs, Sam Duboc et Dan Seider, qui croient qu’on peut exploiter la technologie pour faire le suivi de la santé mentale et renseigner l’utilisateur sur des options de traitement plus accessibles.

Voici ce que nous avons appris :

La honte demeure un obstacle majeur à la recherche de traitement. La technologie peut faciliter les choses.

Dans ses mémoires, publiés en 2014 sous le titre Unsinkable, Silken Laumann révèle qu’elle a été victime de violence émotive dans son enfance. Elle avoue avoir hésité à raconter cette expérience de peur que cela ne nuise à son image publique. Avant la publication de son livre, Silken Laumann était perçue par les Canadiens comme une inébranlable rameuse de classe mondiale qui avait surmonté une terrible blessure à la jambe pour finalement remporter une médaille de bronze aux Jeux de Barcelone en 1992. Encore aujourd’hui, la honte associée à la maladie mentale empêche de nombreuses personnes de chercher de l’aide. Et c’est un grave problème, car un Canadien sur cinq sera touché par la maladie mentale au cours de sa vie.

Sam Duboc a une solution à proposer. Son entreprise, Beacon, a créé une plateforme numérique de thérapie cognitivo-comportementale — une approche bien établie pour traiter la dépression, l’anxiété et d’autres troubles de l’humeur. Sam Duboc croit qu’une thérapie en ligne à coût abordable offre une solution viable aux personnes qui hésitent à se présenter dans une clinique.

La technologie offre une solution au problème de l’accessibilité.

Notre système de santé public est conçu pour traiter la maladie mentale lorsqu’elle atteint la phase de la crise, mais nombreuses sont les personnes souffrantes qui n’atteignent jamais cette phase critique parce que leur malaise est léger ou modéré. D’autres personnes n’arrivent pas à se faire traiter parce qu’elles n’en ont pas les moyens ou parce qu’elles vivent en région éloignée. Dans la plupart des collectivités canadiennes, il faut aussi compter avec de longues listes d’attente et un nombre relativement faible de professionnels de la santé. Pour certaines personnes, une appli permettant de suivre son état mental ou de communiquer avec un professionnel de la santé présente un intérêt certain.

Les données ont un grand rôle à jouer.

Il y a huit ans, Dan Seider a reçu un diagnostic de trouble bipolaire. Même s’il a reçu un traitement efficace sous forme de médicaments et de thérapie, il affirme avoir encore amélioré son état lorsqu’il a commencé à étudier l’effet de son comportement sur son bien-être. Il a lui-même programmé un outil permettant de suivre son humeur qui est finalement devenu le logiciel Stigma.

Même si l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le traitement de la maladie mentale peut susciter le doute chez certaines personnes, Dan Seider et les autres participants à notre séance se sont montrés plus optimistes. Puisque l’intelligence artificielle fonctionne en cernant les récurrences et les corrélations, elle peut reconnaître les humeurs ou les comportements nocifs, ce qui constitue en quelque sorte une première étape de traitement.

La protection des renseignements confidentiels est essentielle.

L’exploitation de la technologie mobile pour traiter la maladie mentale soulève certains enjeux de protection de la vie privée. On compte déjà quelque 48 000 applis de bien-être sur le marché. Peut-on s’attendre à ce que chacun de ces intervenants ait à cœur la protection de notre vie privée ? Dans ce secteur émergent, la réglementation est pour l’instant insuffisante. Il faut donc poursuivre le débat public sur la protection de la confidentialité des renseignements, sur les droits des patients et sur les risques que présentent les conseils nuisibles.

Avantages commerciaux potentiels

Au Canada, la maladie mentale est la première source des demandes de prestations d’invalidité. Pour les employeurs, la maladie mentale représente un coût, car elle entraîne une perte de productivité et une hausse d’utilisation des avantages sociaux. La possibilité que la technologie puisse réduire le coût de l’évaluation et du traitement de la maladie mentale suscite donc l’intérêt des entreprises. Sam Duboc indique que sa plateforme de psychothérapie virtuelle est déjà utilisée par certains grands assureurs et certaines universités du Canada. Comme le dit Silken Laumann, un problème de santé mentale ne devrait pas devenir une « sentence de non-productivité perpétuelle ».

 

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Instagram fut d’abord une application d’inscription de type Foursquare. Slack est issu d’un studio de création de jeux pour mobile. Et YouTube était à l’origine un site de rencontre par vidéo.

Ces grandes réussites de la Silicon Valley ont une chose en commun : une mentalité de croissance. Tout est une affaire d’échec rapide, d’apprentissage rapide et de croissance rapide.

Les principes en jeu sont simples : franc-parler, ambition, résilience et diversité. Toutefois, ils ne sont pas nécessairement simples à appliquer.

Franc-parler

La plateforme de réponse aux incidents PagerDuty illustre à merveille la manifestation de la mentalité de croissance.

Lors d’une séance Les innovateurs RBC, le 18 juillet, la PDG de PagerDuty, Jennifer Tejada, a expliqué que la culture de franc-parler de l’entreprise était ouverte à tout, même aux questions stupides.

« Je pose souvent la question que personne n’ose poser, précise-t-elle. Ce franc-parler permet à chacun d’exprimer sa curiosité sans être jugé. »

PagerDuty est une plateforme d’alerte TI qui avertit les entreprises en cas d’interruption de services désignés. Par conséquent, PagerDuty elle-même doit faire le maximum pour éviter les pannes.

Jennifer Tejada a expliqué qu’après une panne, l’entreprise tient une réunion où personne n’est blâmé, pour discuter de ce qui a flanché et des solutions au problème.

Grâce au franc-parler et à l’empathie, les gens n’ont pas peur de s’exprimer franchement et l’entreprise peut apprendre de ses erreurs.

« Si quelque chose ne fonctionne pas, nous allons en discuter, a affirmé Jennifer Tejada. Mais nous ne blâmerons personne pendant la démarche. »

Ambition

Les entreprises en pleine croissance ne peuvent jamais se reposer sur leurs lauriers. Elles doivent toujours se surpasser. Il faut donc inculquer à l’équipe l’ambition d’être la meilleure et de s’améliorer constamment.

Et cette ambition ne concerne pas que la haute direction. Elle doit faire partie de la culture de l’entreprise à tous les échelons.

« Mon travail consiste entre autres à proposer une vision accessible que chaque membre de l’entreprise pourra s’approprier », précise la PDG.

PagerDuty tient maintenant un congrès annuel interne, appelé PagerCon, où les ingénieurs et les gestionnaires de produit donnent des exposés sur leur travail et sur l’orientation de l’entreprise.

« Nous voulons offrir à nos clients une expérience sans faille, conclut Jennifer Tejada. Collectivement, nous nous imposons beaucoup de pression pour y arriver. »

Résilience

Un aspect important de la mentalité de croissance, c’est la capacité de surmonter les échecs.

En octobre 2016, une cyberattaque a neutralisé les activités de Dyn, l’un des services d’acheminement qui travaillent en coulisse pour les grands services Internet tels que Twitter, Spotify et GitHub. Comme une partie des services de PagerDuty dépend de ce même fournisseur, le service de réponse aux incidents était hors fonction au moment le plus crucial.

L’entreprise s’est employée à rétablir ses services en ligne dans les minutes qui ont suivi, et en cours de reprise elle a décelé une faiblesse jusque là inconnue, dont elle tient désormais compte dans sa planification.

Pour Jennifer Tejada, voilà un exemple de résilience : la capacité de se relever après un incident majeur. Ce n’est toutefois pas qu’une question d’infrastructure. Le même concept s’applique au personnel.

« La résilience, c’est aussi permettre aux équipes d’expérimenter et de faire des erreurs », conclut-elle.

Diversité

Le dernier ingrédient de la mentalité de croissance, c’est la diversité source d’innovation, dans la Silicon Valley et ailleurs.

Plus du tiers de la population de la Silicon Valley est né hors des États-Unis, contre environ 13,4 % ailleurs au pays. Le personnel de PagerDuty reflète cette diversité : près des deux tiers de l’équipe de direction de San Francisco sont nés hors des États-Unis.

« Nous considérons la diversité comme un avantage, et non comme un inconvénient, nous dit Jennifer Tejada. Il est prouvé que la diversité génère de meilleurs résultats, un plus grand respect mutuel, un meilleur rendement pour les actionnaires, et une meilleure offre pour les clients. »

Quand elle est entrée au service de PagerDuty, en 2016, Jennifer Tejada a considéré la diversité comme un moyen d’améliorer le rendement de l’entreprise. Aujourd’hui, la moitié de l’équipe de direction de l’ingénierie est composée de femmes, tout comme la moitié de la haute direction.

Jennifer Tejada dit que son entreprise prend le temps de trouver les bons candidats à l’embauche, au risque de laisser des postes vacants pendant un certain temps.

« Pendant que l’entreprise est encore en croissance, il est plus facile de tendre vers la parité hommes-femmes ou l’équité salariale, affirme-t-elle. Et parité n’est que le début. Nous avons beaucoup d’autres critères à examiner. »

 

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Malgré cela, le système d’éducation de la province se heurte à une crise démographique.

Étant donné le taux de décrochage persistant au secondaire et les difficultés linguistiques qu’éprouvent de nombreux néo-Canadiens, la province (et ses jeunes) aura un énorme défi à relever dans les années 2020, à mesure que les baby-boomers prendront leur retraite et que l’automatisation prendra de plus en plus d’importance.

La technologie ajoutera-t-elle au fardeau ou l’allégera-t-elle ?

Nous avons traité cette question récemment à Montréal, lors de la première table ronde d’une série de rencontres nationales avec des chefs de file du secteur de l’éducation et des jeunes pour explorer les conclusions et les recommandations du rapport Humains recherchés, publié à la suite d’une importante étude de RBC sur l’effectif canadien à l’ère de l’automatisation.

Au Québec, les avantages économiques de la technologie ne font aucun doute. Selon les Services économiques RBC, si la province peut faire en sorte que la productivité des jeunes égale la moyenne du G7, ses résultats économiques pourraient augmenter de 7 milliards de dollars.

De plus, le recrutement et le maintien en poste de la nouvelle génération pour rehausser la place du Québec dans le monde comportent des avantages sur le plan social.

Mais le statu quo ne suffira pas.

« Nous devons bousculer nos propres façons de faire », a affirmé Isabelle Bajeux-Besnainoux, doyenne de la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill.

Voici comment :

Plus de diplômes d’études secondaires

D’après un récent rapport de l’Institut du Québec, le taux d’obtention de diplôme d’études secondaires de la province (64 %) est le plus faible au Canada et est 20 % inférieur à ceux de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Ce problème est concentré dans les petites villes et les milieux ruraux, où les jeunes trouvent encore des perspectives intéressantes dans les métiers et le travail manuel. Malheureusement, ces emplois sont en cours d’automatisation rapide et bon nombre de jeunes ne possèdent pas les aptitudes nécessaires pour occuper les emplois de demain, qui reposeront beaucoup plus sur la technologie.

Plus de STIM

Le Québec est en retard par rapport à l’ensemble du Canada sur le plan de l’inscription à des programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques/informatique (STIM). Les données de 2016 de Statistique Canada indiquent que dans la province, seulement 17,7 % des jeunes de 20 à 29 ans ont poursuivi des études en STIM, ce qui est bien inférieur à l’Ontario (20,1 %) et à l’Alberta (21,5 %). Pierre Dumouchel, qui dirige l’École de technologie supérieure de Montréal, a souligné que l’Ontario avait deux fois plus d’étudiants en génie que le Québec. Par conséquent, son école n’a pu pourvoir que 3 600 des 6 000 stages offerts au cours de la dernière année. Pour combler l’écart actuel, M. Dumouchel calcule que le Québec devra augmenter ses placements en ingénierie de 5,4 % par année durant la prochaine décennie, en mettant fortement l’accent sur le génie logiciel.

Plus de diversité

Le Québec doit stimuler la participation des femmes, des jeunes Autochtones et des enfants de néo-Canadiens dans les domaines STIM. Pour y arriver, il faudra peut-être revoir les préalables aux programmes de génie, car ils ont tendance à exclure de nombreuses filles qui décident de ne pas suivre les cours de sciences dures facultatifs au secondaire. La barrière de la langue demeure également un défi. Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, a mentionné que 40 % de ses étudiants ont une langue maternelle autre que le français ou l’anglais. C’est un problème grandissant à Montréal, où près du quart des jeunes de 20 à 24 ans indiquent que leur première langue n’est ni le français ni l’anglais, ce qui représente une hausse de 21,2 % en dix ans. Une piste de solution : la province pourrait permettre aux 40 000 étudiants étrangers par année qui obtiennent un diplôme au Québec de s’y établir ensuite.

Plus d’aptitudes humaines

François Bertrand, directeur de la recherche, de l’innovation et des affaires internationales à Polytechnique Montréal, a mis en relief l’importance de la communication, de la collaboration et de l’esprit critique. Ces aptitudes deviendront de plus en plus essentielles pour occuper tout emploi, du chirurgien au sous-chef. Malgré cela, les écoles québécoises ne font pas suffisamment la promotion ou le suivi de ces aptitudes. Et les employeurs n’envoient pas suffisamment de signaux au marché en intégrant ces aptitudes de manière explicite à leurs pratiques d’embauche. À titre d’exception, le programme de MBA de HEC Montréal exige que les étudiants fassent du bénévolat auprès d’organismes sans but lucratif pour renforcer leurs aptitudes humaines.

Plus de stages

Le Québec est en tête du Canada au chapitre de l’apprentissage pratique : 18,3 % des jeunes Québécois dans la vingtaine détiennent un certificat d’apprentissage ou d’une école de métiers. C’est plus du double de la moyenne nationale (8,3 %). Et c’est l’une des raisons pour lesquelles le Québec présente le moins grand déséquilibre des aptitudes au Canada : seulement 6,8 % des diplômés en STIM y occupent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, comparativement à 11,1 % en Ontario et à 12,1 % en Colombie-Britannique, selon le recensement 2016. Iris Unger, directrice générale de l’organisme Youth Employment Services Montreal, a souligné l’importance des programmes de stages rémunérés pour l’intégration des jeunes au marché du travail.

Plus de place pour l’entrepreneuriat

Caroline Brouillette, conseillère stratégique en impact social à la firme-conseil Credo, souhaite que les écoles explorent de nouveaux modèles d’emploi, comme les horaires variables et les revenus d’appoint. Pour y arriver, un plus grand nombre d’employeurs devront faire preuve de souplesse pour permettre aux employés de poursuivre des projets d’entrepreneuriat tout en conservant leur emploi. Et dans cet esprit, bon nombre d’entreprises pourraient intégrer l’entrepreneuriat à leur culture pour favoriser l’innovation chez les jeunes employés et attirer des talents de qualité.

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C’est ce qu’ils vous diront si vous interrogez les représentants d’une entreprise viticole qui existe depuis trois générations, ceux du plus important fournisseur de soins à domicile au pays, ou ceux d’un programme universitaire axé sur l’entrepreneuriat. Et c’est exactement ce que nous avons fait.

Le Canada est aux prises avec une « crise silencieuse ». Au cours de la prochaine décennie, la moitié des emplois au pays seront perturbés par la technologie et l’automatisation. Dans le cadre d’une étude d’un an menée récemment par RBC, notre équipe a parcouru le pays afin de discuter avec un large éventail d’étudiants et de jeunes en début de carrière, avec des employeurs de pratiquement tous les secteurs, ainsi qu’avec des éducateurs et des décideurs.

Nos constatations : de nouveaux diplômés occupent des postes pour lesquels ils sont surqualifiés, et des jeunes au chômage n’ont pas été formés pour les postes disponibles.

« Nous devons préparer les jeunes à l’avenir, a dit Dave McKay, président et chef de la direction, RBC. C’est un défi tant sur le plan de la transmission des compétences que sur celui de l’inclusion. »

M. McKay donnait le coup d’envoi de la plus récente séance #LesInnovateursRBC, notre forum périodique sur l’innovation et les transformations que celle-ci entraîne dans le monde qui nous entoure. L’événement visait notamment à célébrer Objectif avenir RBC, un engagement de 500 millions de dollars sur dix ans qui a pour objet d’aider les jeunes Canadiens à se préparer aux emplois de demain.

Pour l’occasion, nous avons également accueilli trois duos dynamiques formés d’un employeur et d’un employé, qui nous ont parlé des mesures qu’ils prennent pour se préparer et s’adapter à l’avenir du monde du travail dans leurs secteurs respectifs. Voici quelques-unes des leçons que nous avons tirées de cette rencontre.

La technologie ne remplace pas les gens

Si l’automatisation modifie la nature de certains emplois, on ne doit pas pour autant craindre la technologie, qui est un facteur positif. Une foule de tâches sont hors de portée des machines ; entre autres, celles-ci ne peuvent ni communiquer, ni résoudre des problèmes complexes, ni faire montre d’esprit critique ou de perspicacité sociale.

« La technologie ne vole aucun emploi, elle améliore les emplois – elle vous redonne du temps afin que vous puissiez faire appel à vos aptitudes humaines pour concevoir de nouveaux processus et pour créer une collectivité, ce que la technologie est incapable de faire », a déclaré Emma Gardner, vinificatrice du vignoble Thirty Bench, qui était en compagnie de John Peller, chef de la direction de l’entreprise viticole Peller Estates. L’entreprise utilise des technologies novatrices comme les drones et les cartes thermiques, qui aident les producteurs à créer un vin de meilleure qualité.

Au moyen de son téléphone intelligent, Mme Gardner surveille et recueille des données importantes — comme la vitesse du vent, la saturation en eau et la santé des vignes — dans les précieux vignobles de l’entreprise.

« Nous avons accès à une foule de données qui nous permettent de prendre des décisions plus judicieuses et plus rapides », a déclaré M. Peller.

M. Peller souligne que les machines servent non pas à fabriquer du vin, mais à aider les vignerons à créer un meilleur produit.

Apprendre, toujours apprendre

M. Peller pose la question suivante à ses employés : « Apprenez-vous aussi rapidement que le monde change ? » Il préconise une culture axée sur l’apprentissage et le travail en équipe.

Cela signifie augmenter le nombre de stages coopératifs dans des établissements d’enseignement postsecondaire de la région, ainsi que favoriser la collaboration, la communication et le développement du leadership. « C’est en conjuguant tous ces éléments qu’une entreprise assure sa réussite », a-t-il déclaré.

Au Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, les étudiants apprennent l’entrepreneuriat de façon concrète en créant une entreprise à partir de zéro. Ils acquièrent ainsi une chose qui ne s’enseigne pas en classe : une expérience conjuguant formation et travail en équipe qui devient par la suite un atout sur le marché du travail. « Nous créons un espace axé sur l’expérience où les étudiants acquièrent l’éventail complet des compétences requises sur le marché du travail », a déclaré Evan Fraser, directeur de l’institut.

Leah Blechscmidt, candidate à la maîtrise, fait partie des étudiants-entrepreneurs en formation au Arrell Food Institute. Selon elle, toute formation devrait comporter des cours de marketing et de gestion, car ces cours nous obligent à pousser plus loin nos aptitudes à communiquer pour vendre nos idées. « Ce programme donne indéniablement une dimension supplémentaire à nos études, car c’est une occasion de mettre en pratique les compétences que nous avons apprises tout en développant d’autres que nous n’aurions pas acquises autrement, dit-elle. On n’a pas tous les jours l’occasion de démarrer une entreprise. »

Mettre l’accent sur la communication

« Toute entreprise est un sport », a déclaré M. Peller.

Les étudiants du Arrell Food Institute travaillent au sein d’équipes interdisciplinaires, un contexte idéal pour le développement de compétences interpersonnelles, de l’esprit critique et des aptitudes en gestion de projet.

Les soignants de l’organisme Saint Elizabeth, qui compte un effectif de 9 000 personnes, jouent auprès de leurs patients un rôle très proche de celui de conseiller. À une époque, c’étaient surtout les infirmières qui détenaient l’information et renseignaient les patients au sujet de leur état de santé, alors que de nos jours, il est facile de trouver de l’information en ligne.

« Nous faisons plus que parler aux gens de leur maladie ; parfois, nous traduisons l’information pour eux, nous l’interprétons pour eux, a déclaré Shirlee Sharkey, chef de la direction de Saint Elizabeth. Notre travail ne consiste pas simplement à prodiguer des soins, mais à les prodiguer ensemble, dans un climat de partenariat. »

« Je ne suis pas simplement infirmière, je suis une soignante, une épaule sur laquelle on peut s’appuyer, une travailleuse sociale », a dit Felicia Kontopidis, une infirmière autorisée au service de Saint Elizabeth.

Un diplôme, ce n’est pas tout

À une époque, il suffisait d’avoir un diplôme pour décrocher l’emploi de ses rêves. Ce n’est plus le cas.

« À mes yeux, avoir un diplôme, c’est répondre à l’exigence minimale », a dit Mme Sharkey.

Saint Elizabeth recherche chez les candidats la facilité à travailler de façon autonome, une aptitude pour le multitâche, ainsi qu’un sens de l’organisation exceptionnel.

« Nos exigences relativement à ces compétences sont très supérieures à celles qu’on associe au fait d’être diplômé. Nous devons créer l’avenir, et adapter notre organisme et notre personnel aux exigences de l’avenir – sinon, le réveil sera brutal », a conclu Mme Sharkey.

 

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Au cours de la prochaine décennie, la moitié des emplois seront touchés par la technologie et l’automatisation. Certains subiront une transformation. D’autres, appelés à disparaître, seront remplacés par des emplois qui n’existent pas encore.

Nous traversons une ère marquée par de profonds changements, alors que les récentes percées en matière d’intelligence artificielle et d’automatisation transforment les méthodes de travail, même dans les domaines où on ne s’y attendait pas comme le droit et le service à la clientèle.

Comment allons-nous préparer les jeunes Canadiens au marché du travail de l’avenir ?

Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs. Nous nous sommes penchés sur l’évolution des perspectives d’emploi et de l’automatisation et avons analysé une quantité énorme de données pour comprendre les changements qui s’opèrent au pays et déterminer comment nous y préparer.

https://youtube.com/watch?v=Zav4QikC0fI%3Frel%3D0

Nous avons découvert que les quatre millions de jeunes Canadiens qui entreront sur le marché du travail dans la prochaine décennie devront posséder des aptitudes de base qui leur permettront d’occuper différents emplois et rôles plutôt que de suivre un parcours professionnel unique. Ils auront besoin d’un ensemble d’aptitudes humaines comme l’esprit critique, la perspicacité sociale et la résolution de problèmes complexes pour demeurer concurrentiels et résilients sur le marché du travail.

Le Canada passe d’une économie fondée sur les emplois à une économie fondée sur les aptitudes. Or, il semble que les employeurs, les éducateurs et les décideurs n’y soient pas bien préparés.

Voici quatre points à retenir sur la révolution des aptitudes qui s’amorce et l’avenir du monde du travail.

Le rythme auquel les perturbations surviennent s’accélère

Il fut un temps où l’automatisation menaçait uniquement les tâches routinières et répétitives, comme celles d’ouvriers sur une chaîne de montage. Aujourd’hui, des algorithmes permettent aux avocats de monter leurs dossiers, remplacent les adjoints administratifs et traitent les appels au service à la clientèle de grandes sociétés. La technologie a déjà remplacé des emplois par le passé, mais il en va autrement de la situation actuelle.

Plus du quart subiront de profonds changements liés à l’automatisation au cours des dix prochaines années et que la moitié exigeront de nouvelles aptitudes, même si le titre de poste reste le même.

Ces emplois ne disparaîtront pas nécessairement pour autant. D’ici 2021, 2,4 millions d’emplois s’ajouteront à l’économie canadienne. La presque totalité d’entre eux, cependant, exigera une approche différente. L’économie sera fondée sur une main-d’œuvre mobile qui ne cesse jamais d’apprendre, de suivre des formations et de mettre à niveau ses aptitudes pour s’adapter aux exigences d’un monde en constante évolution.

Pour réussir dans le monde de demain, il faudra faire preuve de souplesse

Comme l’évolution est rapide, il est difficile de savoir à quoi ressembleront les emplois dans dix ans. Les exigences des postes doivent être envisagées autrement. L’acquisition d’aptitudes humaines – esprit critique, discernement, prise de décision, etc. – permettra aux jeunes de réorienter leur carrière et de changer de secteur, même si la description des fonctions change.

Après avoir analysé les données de centaines de professions diverses, nous avons constaté que de nombreux emplois, même de domaines différents, étaient reliés entre eux par un ensemble d’aptitudes de base. Nous avons classé les emplois en six groupes en fonction de la similitude des aptitudes qu’ils exigent. En mettant l’accent sur les aptitudes requises, il est étonnant de voir qu’on peut passer aisément d’un rôle donné à un autre qui n’a apparemment aucun lien avec le précédent. On peut se demander ce que les postes de musicien et de technicien en soins médicaux d’urgence ont en commun. Pourtant, ces deux emplois nécessitent un niveau élevé de concentration, un solide esprit d’analyse et un grand souci du détail. Une assistante dentaire souhaitant devenir graphiste n’a que quatre aptitudes à développer.

Bien sûr, on peut difficilement opérer une transition sans y investir temps et argent. Les éducateurs et les décideurs ont là une belle occasion de revoir leur stratégie de formation et de perfectionnement.

La littératie numérique est essentielle

La maîtrise des outils numériques sera essentielle pour occuper tous les nouveaux emplois. Cela ne veut pas dire qu’on doit tous concevoir des codes comme un programmeur de Silicon Valley. Il s’agit plutôt de comprendre la technologie et de savoir comment se servir des ordinateurs, des téléphones intelligents et de tout ce qui suivra. Sous peu, nous percevrons l’alphabétisme numérique de la même manière que l’alphabétisme traditionnel : ce sera un prérequis à presque tous les emplois.

Il faut nous préparer à l’avenir du monde du travail

Les perturbations du marché de l’emploi comptent actuellement parmi les enjeux les plus pressants auxquels le Canada fait face. L’économie ne saurait fonctionner sans employés qualifiés et possédant les aptitudes voulues. Si on peut amener les Canadiens, surtout les jeunes, à exploiter ces aptitudes de bases, notre économie sera prête pour cette transition des aptitudes.

Il faut que les écoles transmettent et valident les aptitudes, que les gouvernements élaborent des programmes de soutien à l’éducation permanente et que les entreprises embauchent des employés en fonction de leurs aptitudes de base, et non de leurs titres professionnels.

En développant des aptitudes qui leur permettront de passer aisément d’un emploi à l’autre, les jeunes Canadiens pourront tirer profit d’une nouvelle économie qui mise sur ce qui peut être accompli plutôt que sur les réalisations passées.

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À tous les jeunes : Apprenez à mieux vous préparer à l’évolution du monde du travail.

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Cette année, dame Nature nous a toutefois joué des tours. Pendant les nuits froides, six pieds de neige ont recouvert le village suisse, tandis que les journées chaudes ont transformé les rues en rivières. Chose rare à Davos, la glace et la neige fondante ont provoqué des embouteillages. Les dieux de la météo nous ont concocté une métaphore parfaite pour l’année 2018 : un monde et une économie si contrastés qu’il est difficile d’y voir clair.

Ce fut ma troisième participation au Forum économique mondial et certainement la plus enrichissante. J’ai pu constater le rythme effréné auquel les changements se produisent actuellement et les difficultés à résoudre les problèmes les plus urgents de notre époque, allant de la stagnation des revenus qui a alimenté la montée des mouvements populistes en 2016 aux scandales des abus sexuels qui ont éclaté en 2017, en passant par les inquiétudes que suscite la technologie à l’échelle mondiale en 2018. Le thème du Forum, « Construire un avenir commun dans un monde fracturé », était parfaitement adapté à la situation. Comment y arrive-t-on ?

Les alpinistes qui explorent les environs de Davos pourraient dire qu’il faut se munir d’une bonne carte, s’adapter au terrain au lieu d’avancer en ligne droite, adopter un bon rythme et travailler en équipes, tant pour monter que pour redescendre.

Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum tenu cette année.

1. Reprise synchronisée ou complaisance irrationnelle ?

L’économie mondiale s’est rarement si bien portée. Des 192 pays suivis par le Fonds monétaire international, 187 affichent une croissance positive, ce qui représente un nombre record. Au Canada et aux États-Unis, le taux de chômage n’a pas été aussi bas en 40 ans. L’Europe est bien avancée sur la voie de la reprise. Enfin, l’Asie connaît la croissance la plus synchronisée avec le reste du monde qu’on ait vu depuis des décennies. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les marchés soient en hausse. Un économiste a qualifié la confiance ambiante de « complaisance irrationnelle ». De fait, les actions ont progressé plus rapidement que l’économie pendant neuf années d’affilée. Rares sont ceux qui jugeraient un tel phénomène durable. La plupart des économistes présents à Davos ont estimé que sans les dernières mesures de stimulation budgétaire (entre autres, réductions d’impôt aux États-Unis et déficit actif au Canada), une correction aurait probablement lieu cette année.

Si nous sommes plus proches de la fin du cycle que du début, quels sont les facteurs susceptibles de provoquer un repli ? Lors du Forum, les dirigeants d’entreprises ont consacré une bonne partie de leur temps à examiner les menaces qui pèsent sur l’expansion. Il s’agit notamment des cyberattaques, des catastrophes naturelles et des éventuelles guerres commerciales. Elles pourraient obliger les pays en situation d’excédent (p. ex., la Chine) à cesser de financer la dette d’autres pays (p. ex., les États-Unis). Cependant, les risques politiques, comme ceux liés à la Corée du Nord, ont généralement été ignorés. La question du Brésil a été soulevée. Le pays organisera bientôt une élection importante qui pourrait porter au pouvoir un gouvernement populiste et exacerber la crise des caisses de retraite que le pays traverse. L’Italie, qui entre aussi en année électorale, a été montrée du doigt en raison de ses difficultés budgétaires. Pourtant, toutes ces préoccupations n’ont pas été considérées comme des menaces pour la reprise mondiale. Dans l’ensemble, les participants de Davos se sont montrés optimistes. Or, cet optimisme est à lui seul une source d’inquiétude.

2. Donald Trump : d’apprenti de la politique à homme fort de Davos

Donald Trump a tenu la vedette à Davos cette semaine. Avant même que son hélicoptère touche terre, il faisait l’objet de presque toutes les conversations, notamment parce que huit de ses secrétaires d’État étaient présents pour promouvoir son programme « America First ». L’an dernier, dans le sillage de l’élection de M. Trump, le Forum avait fait l’effet d’un grand blessé. Cette année, les participants semblaient cependant prêts à en découdre avec le président. La réforme fiscale des États-Unis a été bien accueillie par les entreprises. M. Trump a également défendu des thèmes, comme l’équité des échanges commerciaux et les emplois de la classe moyenne, qu’il n’était pas inconvenant d’aborder à Davos. Devant un public de gens d’affaires, ses conseillers ont affirmé ne pas être opposés aux échanges commerciaux, mais plutôt à certains pays qui, comme la Chine, ne respectent pas les règles (selon le point de vue de Washington). Leur appui à une refonte de l’ALENA était aussi manifeste. Il n’est pas exclu que le président américain signale l’abrogation de l’accord en vigueur par un préavis de six mois. Néanmoins, son équipe vise une entente avec le Canada et le Mexique qui moderniserait les conditions actuelles. Le dernier jour de sa visite, M. Trump a prononcé sa phrase-choc signifiant que les États-Unis sont l’endroit où faire des affaires (America is open for business). Cette déclaration a répondu aux attentes de la foule, même si d’autres propos ont eu moins de succès. Faut-il considérer M. Trump comme un internationaliste ? Loin de là. Il ne serait cependant pas étonnant de le revoir à Davos.

3. L’Europe est de retour… pour le moment

L’an dernier, le Forum de Davos était prêt à enterrer le projet européen et même à faire le deuil de sa tradition de démocratie libérale. Les élections qui ont eu lieu aux Pays-Bas, en France et en Allemagne ont changé la donne. Cette année, Emmanuel Macron a fait fureur à Davos en exposant la vision de son pays et du continent pour le 21e siècle. Le président français a indiqué qu’il comptait diminuer les impôts, réduire la taille du gouvernement, réformer les régimes de retraite et injecter les économies ainsi réalisées dans l’éducation et la recherche en vue de stimuler l’innovation. Heureusement, l’économie européenne a renoué avec la croissance, en partie grâce à la faiblesse des taux d’intérêt.

Toutefois, les difficultés ne sont jamais bien loin. L’Union européenne doit trouver une solution pour la sortie du Royaume-Uni et, en même temps, faire face à ses propres contradictions, notamment en ce qui concerne la taille de l’appareil gouvernemental, la liberté de déplacement et les restrictions applicables au libre-échange de services. Mark Rutte, le premier ministre néerlandais qui a remporté l’élection face au candidat nationaliste l’an dernier, s’est inquiété du fait que le continent ne prend pas les décisions difficiles au moment où il bénéficie d’un solide leadership et d’une renaissance économique. Sa patience pourrait être mise à l’épreuve durant l’élection qui se tiendra en Italie en mars, étant donné que le Mouvement cinq étoiles pourrait fort bien connaître le meilleur résultat de son histoire. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie de la France, a prévenu les participants que les populistes pourraient faire un retour en force si la croissance et l’emploi n’augmentaient pas. « Nous n’avons d’autre choix que de réussir », a-t-il déclaré

4. Chine : moins de pourparlers, plus de décisions

La Chine a été la vedette de Davos en 2017. Son président, Xi Jinping, y avait exposé le rôle de leader mondial qu’il ambitionnait pour son pays. La présence de Beijing était beaucoup moins visible cette année, mais son influence était tout aussi grande. Le premier conseiller économique de M. Xi, Liu He, a énoncé les priorités du gouvernement : réorganiser les secteurs dirigés par l’État, combattre la pauvreté et réduire la pollution. En ce qui concerne ce dernier enjeu, les spécialistes de la Chine croient que M. Xi est réellement déterminé à lutter contre les changements climatiques et qu’il est bien placé pour transformer la Chine et une bonne partie de l’Asie. L’énorme projet d’infrastructure mené par la Chine, surnommé « la Ceinture et la Route », fixe déjà de nouvelles normes environnementales pour la région et jette les bases d’un transfert massif de capital mondial. D’après les autorités chinoises, cette initiative peut générer 2 500 milliards de dollars d’échanges commerciaux en dix ans grâce à de nouveaux corridors reliant la côte du Pacifique à la mer Arabique et à la Manche.

Les ambitions de la Chine en matière de technologie ne sont pas moins impressionnantes. Elles n’émanent toutefois pas du gouvernement. Durant le Forum, Kai-Fu Lee, chef de la direction de Sinovation Ventures, a déclaré avoir investi dans 45 nouvelles sociétés chinoises d’intelligence artificielle depuis 2015. Ces investissement s’inscrivent dans un programme qu’il qualifie de course aux armements contre la Silicon Valley. Selon lui, Beijing s’est engagée à faire de la Chine un chef de file de l’IA d’ici 2030 et a construit de toutes nouvelles écoles d’ingénierie épatantes pour alimenter des entreprises comme les siennes. La Chine jouit d’un avantage : elle impose moins de restrictions en ce qui concerne la protection des renseignements personnels. Ses entreprises peuvent ainsi accéder à des données en employant des méthodes hors de portée de leurs concurrents occidentaux.

5. Les écosystèmes et l’essor du darwinisme numérique

Le Forum de Davos réunit des représentants de gouvernements, d’entreprises et d’universités ainsi que des militants. Ces participants viennent de tous les pays du monde pour faire part de leurs

expériences en ce qui concerne les nouvelles tendances. Cette année, toutes les discussions semblaient tourner autour des préoccupations entourant l’évolution rapide des relations entre les entreprises et leurs clients, et entre les gouvernements et les citoyens. Les sociétés qui s’en sortent le mieux tentent de redéfinir leurs marchés en les traitant comme des écosystèmes. Elles élaborent ces derniers en collaboration avec les fournisseurs, les partenaires et les clients. Chacun utilise les données des autres afin de comprendre les besoins des clients. Jeff Schumacher, de BCG Digital Ventures, est l’un des philosophes des écosystèmes que je préfère. Il a prédit l’émergence d’une nouvelle génération d’écosystèmes spécialisés (p. ex., les besoins des nouveau-nés) qui nous obligera à miser sur nos forces et à trouver des alliés pour pallier nos faiblesses. Un grand nombre de ces décisions seront prises pour nous grâce aux données. On ne sait pas encore si les producteurs de biens et les fournisseurs de services prospéreront dans ces nouveaux écosystèmes ou s’ils devront subir les contraintes imposées par les plateformes, comme Facebook et Amazon, qui agissent à titre d’intermédiaires. Quoi qu’il en soit, les consommateurs en sortent gagnants : choix étendu, plus grande commodité, prix plus intéressants et expériences améliorées.

Les entreprises de petite taille sont également florissantes, surtout celles qui réussissent à s’insérer dans un écosystème à croissance rapide. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas une coïncidence si, cette année, le Forum a attiré un nombre record de petites entreprises. L’économie des plateformes perturbe les vieilles sociétés, mais favorise la création d’un grand nombre de nouvelles entreprises. Ce bouleversement darwinien pourrait même entraîner une fragmentation d’Internet, c’est-à-dire un monde numérique fracturé composé d’un grand nombre d’écosystèmes remplaçant les plateformes mondiales qui ont dominé jusqu’à présent.

6. Des gouvernements à la traîne des grandes sociétés technologiques

À une certaine époque, les mégaentreprises technologiques de Silicon Valley étaient les vedettes de Davos. Cette année, chaque table ronde semblait avoir pour but de leur attribuer tous les malheurs du monde. Marc Benioff, le fondateur de Salesforce et un pilier de Silicon Valley, a exhorté les gouvernements à renforcer la réglementation en vue de limiter l’influence des moteurs de recherche et des réseaux sociaux. George Soros est allé plus loin. Lors du souper qu’il organise chaque année à Davos, il a déclenché une tempête en déclarant que les sociétés de médias sociaux exploitaient le climat social de la même manière que les pétrolières exploitaient autrefois le milieu naturel. Il s’en est pris à Google et à Facebook, estimant que ces sociétés de « services publics » devraient être imposées et réglementées de façon beaucoup plus stricte. Selon M. Soros, l’UE étant plus forte, elle fera figure de pionnière dans ce domaine. Le président de la France, M. Macron, a exprimé un avis similaire, mais de façon plus diplomatique. Il a incité les autres gouvernements à se joindre au sien pour tenter d’assujettir l’économie numérique à de nouvelles normes fiscales à l’échelle internationale. La manière dont ce cadre serait administré n’est pas claire. On ne voit pas non plus très bien quels problèmes ces pourfendeurs de Silicon Valley veulent résoudre. Équité fiscale ? Part de marché excessive ? Violation des données confidentielles ? Non-respect des normes des médias ? Ou autre chose ? Les sociétés de technologie n’ont pas répondu aux critiques, mais elles savent qu’elles font face à un problème. Elles devront y remédier rapidement.

7. Cryptomonnaie : retour à la réalité

Les cryptomonnaies et la technologie de chaîne de blocs dont elles dépendent ont fait partie des sujets les plus chauds du Forum, mais pas forcément pour les bonnes raisons. À la fin de 2017, près de 1 400 cryptomonnaies (ou monnaies numériques) étaient en circulation. Ensemble, elles représentaient une valeur marchande d’environ 610 milliards de dollars, contre seulement 18 milliards au début de l’année. Au moins 33 d’entre elles étaient évaluées à 1 milliard de dollars ou plus. Toutefois, la grande tendance financière de 2017 n’a pas suscité un fort enthousiasme à Davos. Larry Fink, le directeur de BlackRock, les a comparées à un « indice du blanchiment d’argent ». Paul Achleitner, président de Deutsche Bank, a estimé qu’elles constituaient un phénomène temporaire, tout en rappelant que la technologie de chaîne de blocs pourrait servir à améliorer les systèmes financiers.

Le message des gouvernements est sans équivoque : il faut s’attendre à un renforcement de la réglementation. Steve Mnuchin, le secrétaire du Trésor américain, et Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international, ont tous deux fait part de leurs craintes concernant l’utilisation possible des cryptomonnaies aux fins de blanchiment d’argent et de financement des activités terroristes. Toutefois, ils n’ont évoqué aucune solution pour terrasser le monstre.

8. Le milieu du travail en crise

Les organisateurs du Forum de Davos se sont bien rendu compte que la campagne #MoiAussi a été le plus profond des mouvements sociaux observés depuis l’an dernier. L’explosion de révélations sur le harcèlement, les abus et la violence au travail a bouleversé le monde et a donné une nouvelle direction au débat sur le leadership. Le Forum a accueilli plus de femmes cette année (quoiqu’elles demeurent sous-représentées, à 21 %), y compris une présidence composée entièrement de représentantes du sexe féminin. Parmi les coprésidentes figuraient Christine Lagarde, directrice générale du FMI, Ginni Rometty, chef de la direction d’IBM, et Erna Solberg, première ministre de la Norvège.

Il est plus facile de mettre en place des initiatives que de changer la culture. Durant son discours, Justin Trudeau a invité le public à relever le défi. Selon lui, les responsables des gouvernements et des entreprises doivent s’attaquer à la nature même de nombreux lieux de travail. Alors que les dirigeants ont l’habitude de promouvoir leur pays auprès des investisseurs, M. Trudeau
a préféré défendre la morale plutôt que les intérêts commerciaux. Il a pressé les participants de Davos d’embaucher, de fidéliser et de promouvoir plus de femmes. Il a aussi invité les gouvernements à prendre des mesures pour améliorer les congés parentaux, investir davantage dans l’éducation des filles et, ce point est peut-être le plus important, changer les comportements en ce qui a trait à la diversité Selon lui, cette ouverture sera bonne pour les affaires. Elle constitue aussi un avantage canadien.

9. La confiance en berne

Le jour de l’ouverture du Forum de Davos, le rapport annuel du Baromètre de la confiance d’Edelman a révélé que nous vivions dans un monde divisé sur le plan de la confiance. La confiance gagne du terrain en Orient et recule en Occident ; le Canada se situe quelque part entre les deux. Cependant, alors que la plupart des Canadiens se méfient de leur gouvernement, nos entreprises sont celles qui suscitent le plus de confiance au monde, avant celles établies en Suisse, en Suède et en Australie. Le baromètre d’Edelman, qui repose sur un sondage mené auprès de 32 000 personnes dans 28 pays, a montré que la confiance était en berne dans 22 de ces pays. À la queue du classement, on retrouve les

États-Unis. La confiance y a chuté de 37 % à l’égard de toutes les institutions. Dans toutes les séances d’affaires auxquelles j’ai assisté, le sujet de la confiance du public et de la citoyenneté d’entreprise a figuré au cœur des discussions. Ce n’est plus une question de responsabilité sociale ou de contribution à la collectivité. Il s’agit de renforcer le rôle de l’entreprise au sein de sa collectivité et d’assurer une présence à long terme. Ce n’est pas chose facile à l’ère numérique, étant donné que la plupart des entreprises n’ont plus de contact en personne avec leurs clients et vice versa.

Il existe cependant quelques lueurs d’espoir, notamment une remontée de la confiance envers l’expertise. Dans le rapport d’Edelman, les mesures de crédibilité des experts techniques, des analystes du secteur de la finance, des journalistes, des chefs d’entreprises et des entrepreneurs prospères sont repassées en territoire positif. Cette hausse s’explique en partie par la méfiance croissante qu’inspirent les plateformes technologiques, autrefois considérées comme un facteur important de démocratisation de l’expertise. Ce déclin s’est accompagné d’une progression de la confiance envers les véritables experts. Personne ne souhaite perdre l’ouverture et la connectivité d’Internet. Toutefois, une reconnaissance des compétences ne ferait pas de mal.

10. L’apocalypse provoquée par les robots n’est pas pour tout de suite

Les chefs d’entreprises s’inquiètent de la menace que l’automatisation fait planer sur leur modèle opérationnel et leurs employés. En outre, ils craignent que les gouvernements ou le système éducatif ne puissent aider les travailleurs à échapper au tsunami qui se prépare. Nous savons que les perturbations technologiques ont rarement pour effet d’abaisser le niveau global de l’emploi. En revanche, les avancées de l’IA et de la robotique modifieront les compétences nécessaires dans la plupart des emplois plus rapidement que nous l’imaginons. Notre main-d’œuvre devra plus que jamais faire preuve d’agilité et d’adaptation. Ruth Porat, la chef des finances de Google, estime que 90 % des nouveaux emplois créés en Europe exigent des habiletés numériques. Ces emplois sont toutefois peu nombreux. Elle précise qu’il ne s’agit pas de programmation : « Il faut savoir travailler avec des feuilles de calcul, rédiger des courriels et faire des présentations. » Or, ce n’est pas toujours facile pour un chauffeur de camion ou un caissier.

Plutôt que de licencier ces employés, certaines entreprises trouvent qu’il est moins cher (et plus judicieux) d’investir dans la nouvelle tendance de la réorientation professionnelle extrême. Cependant, les gouvernements ont réduit leurs dépenses en éducation et en formation partout dans le monde. David Autor, un économiste du Massachusetts Institute of Technology, croit qu’un investissement massif dans les nouveaux systèmes d’éducation pourrait être nécessaire, à l’instar des mesures prises pour le système des universités d’État, qui a été étendu à l’aube du dernier siècle afin de venir en aide aux jeunes déplacés par la mécanisation de l’agriculture. Yuval Noah Harari, l’auteur à succès de Sapiens, croit que nous devons revoir en profondeur l’éducation et la formation continue. Sinon, la quatrième révolution industrielle pourrait avoir un coût social plus élevé que la première, pour la simple raison que, comme le dit M. Harari, plus que d’être exploités, les gens craignent d’être inutiles. Ce pourrait bien être le plus grand défi de notre temps : conserver et renforcer l’utilité humaine, alors que les machines prennent de plus en plus de place pour nous faciliter la vie. Si nous ne nous ressaisissons pas, tous les autres problèmes soulevés à Davos resteront aussi irrésolus.

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Cinq décennies plus tard, en 2018, un autre intellectuel influent des États-Unis, Dan Doctoroff, entend se joindre à une nouvelle révolution urbaine à Toronto – une révolution qui, cette fois, prend source dans les données plutôt que dans les divisions.

M. Doctoroff ne voudrait sûrement pas être comparé à Mme Jacobs, qui a acquis sa réputation par ses écrits et son activisme. En tant qu’entrepreneur et leader du monde des affaires, il serait toutefois d’accord avec elle sur la nécessité de planifier les villes de l’avenir en misant sur la durabilité de leurs quartiers.

Ex-maire adjoint de New York, M. Doctoroff a contribué à la renaissance de cette ville après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Il est aujourd’hui chef de la direction de Sidewalk Labs, une entreprise qu’il a créée avec Larry Page, cofondateur de Google, afin de transformer radicalement notre façon de concevoir les villes.

S’intéressant maintenant à Toronto, Sidewalk Labs vient d’être retenue pour y construire Quayside, site d’une collectivité qui occupera douze acres dans le secteur riverain du centre-ville. Il s’agira d’un véritable laboratoire urbain où vivront, travailleront et joueront jusqu’à 5 000 personnes. L’entreprise s’appuiera sur la technologie pour abaisser au sein de cette collectivité le coût financier, environnemental et affectif de la vie urbaine.

« La convergence de diverses technologies rend possible une amélioration importante de la qualité de vie », déclare M. Doctoroff.

Nous voyons s’amorcer, selon lui, une quatrième révolution urbaine, après celles de la vapeur (qui nous a donné les trains et la ville interreliée), de l’électricité (qui a donné à la ville sa dimension verticale) et de l’automobile (qui a entraîné l’étalement urbain).

M. Doctoroff a pris la parole récemment lors d’une séance #LesInnovateursRBC, notre forum périodique sur l’innovation et la façon dont la technologie transforme notre mode de vie. Pour entendre l’ensemble de la conversation, écoutez la baladodiffusion sur iTunes ou sur SoundCloud.

Voici quelques-uns des points saillants de cette conversation :

1. S’il y a opposition entre les technologues et les urbanistes, nous sommes tous perdants

M. Doctoroff et son équipe de Sidewalk Labs ont étudié 150 projets de villes dites « intelligentes » lancés dans le monde entier, mais ils n’en ont trouvé aucun qui se soit avéré viable. La raison de ces échecs est simple : on n’a pas fait appel à l’élément humain. Trop de projets ont tenté d’imposer aux résidents un plan directeur (vision d’urbaniste) et des technologies maîtresses (vision de technicien), plutôt que de laisser les résidents expérimenter avec la technologie afin de voir ce qui en résulterait. « On ne peut pas planifier une ville dans ses moindres détails ; il faut que les gens puissent apporter une contribution par leur créativité, leur imagination et leurs idées. »

2. Il faut apprendre à voir la ville comme un nouveau téléphone intelligent

Le quartier Quayside constituera une plateforme que d’autres pourront continuer d’enrichir – et qui comportera des applis, des systèmes et des immeubles qui seront tous interreliés au sein d’une sorte de « quartier à code source libre ». « Ce qui rend le téléphone intelligent si révolutionnaire, dit M. Doctoroff, ce sont ses API relativement ouvertes dont les gens se servent partout dans le monde pour ajouter des caractéristiques et créer des choses que personne n’avait imaginées. C’est à cela que tient la puissance novatrice du téléphone intelligent. »

3. La diversité sera importante, et l’inclusion le sera encore plus

Toronto est réputée pour sa diversité. Toutefois, c’est son caractère inclusif qui a retenu l’attention de M. Doctoroff. L’harmonie règne entre les gens, et l’arrivée annuelle de 100 000 nouveaux habitants n’a entraîné aucune tension sociale perceptible. Cet aspect a été déterminant dans la décision de Sidewalk Labs de choisir Toronto, parmi les 51 villes nord-américaines envisagées, pour y lancer une initiative. « Les gens d’ici sont plus ouverts aux approches et aux idées nouvelles… Si Amazon voit ce que nous voyons ici, la lutte [pour l’obtention de son nouveau siège social par Toronto] ne devrait même pas être serrée. » La diversité définira la collectivité de Quayside, mais c’est son caractère inclusif qui en fera un modèle pertinent pour l’ensemble de la planète.

4. Éviter le piège du « palais numérique »

La diversité, c’est davantage que la multiplicité des origines. Pour être utile comme laboratoire, le quartier Quayside devra être un ensemble dynamique intégrant des tranches de revenu et des modes de vie divers. Autrement dit, il n’est pas question de créer un palais somptueux, mais coupé du monde, à l’intention des technologues. Par une fusion des notions de conception communautaire et de construction, on entend réduire le coût du logement afin de rendre le quartier très attrayant pour les familles à revenu moyen, et notamment pour celles des banlieues, explique M. Doctoroff. Celui-ci s’attend à ce qu’il en coûte de 15 % à 20 % moins cher pour vivre dans le quartier de Quayside plutôt qu’ailleurs dans la ville. « Dans le cas d’une famille ayant un revenu annuel de 80 000 $, une économie de 15 % équivaut à 12 000 $ par année – soit un changement substantiel dans la vie des gens. »

5. Mise en place d’un laboratoire de mobilité

Quayside priorise avant tout la mobilité. Il y aura uniquement des véhicules à conduite autonome, et l’on mettra l’accent sur le partage de véhicules et de vélos. De nouveaux concepts seront explorés au chapitre de la circulation des personnes : sentiers aux angles plus serrés (efficacité), chemins incurvés (esthétique), et largeur accrue des trottoirs et des allées (ouverture de l’espace). Selon M. Doctoroff, la conception de Quayside réduira l’empreinte des routes et des voies d’accès pour autos – qui occupent de 30 % à 40 % de la superficie des villes nord-américaines. « En récupérant cet espace, on peut doubler la superficie réservée aux espaces publics, de sorte qu’il y aura toujours un parc à quelques minutes de marche, quel que soit l’endroit où l’on se trouve. »

6. Un immense pas en avant sur le plan environnemental

M. Doctoroff désire créer « la première collectivité de la planète à avoir une incidence positive sur le climat ». Les améliorations toucheront d’abord les immeubles – qui sont très énergivores au Canada. Les eaux profondes du port de Toronto peuvent jouer le rôle de système de chauffage et de climatisation. De même, des arbres plantés en bordure de l’eau peuvent servir d’écran protégeant piétons et cyclistes contre les vents du lac. Enfin, des corridors de service souterrains permettront d’installer les fils électriques et les câbles à fibre optique alimentant le quartier, d’acheminer les stocks destinés aux commerces locaux et d’évacuer les déchets.

7. La protection de la vie privée demeure un défi capital

Trois principes directeurs protégeront la vie privée des résidents de Quayside, à savoir : des mesures de protection seront intégrées à tous les produits ; toutes les données recueillies seront utilisées pour améliorer la qualité de vie et non à des fins commerciales ; enfin, le processus d’élaboration des politiques sera fondé sur la transparence et la collaboration. Toronto se voir offrir l’occasion d’établir une « norme mondiale » en matière de protection de la vie privée, déclare M. Doctoroff.

8. Toronto en tant que carrefour mondial

M. Doctoroff considère ce projet comme une occasion d’attirer à
Toronto des penseurs urbains et des développeurs urbains du monde entier, et cela d’une façon que Jane Jacobs n’a pas entrevue. Si le projet Quayside donne les résultats espérés, il retiendra l’attention de nombreuses villes, que ce soit en Chine ou au Nigeria – et ceux qui auront contribué à sa création verront s’ouvrir pour eux un marché mondial. M. Doctoroff croit que le projet pourrait donner naissance à une sorte de Silicon Valley du domaine de la conception urbaine. « Une occasion extraordinaire s’offre à Toronto : celle de présenter au monde entier le modèle d’un nouveau mode de vie urbain – et de devenir le carrefour de l’innovation urbaine. »