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Aussi dans ce numéro : Les terres agricoles doivent-elles servir à produire des aliments ou du carburant ? Et quatre avenues possibles pour l’industrie automobile canadienne en pleine tourmente.

Le sommet entre le président Donald Trump et le président Xi Jinping à Pékin n’a débouché sur aucune percée significative, mais ce n’était peut-être pas le véritable enjeu. Après une année marquée par des droits de douane dépassant les 100 % entre les deux pays et une forte contraction des échanges commerciaux, les deux parties semblaient surtout chercher à stabiliser la situation plutôt qu’à la régler.

L’aspect symbolique des discussions comptait également. Trump a décrit les pourparlers comme ayant produit de « fantastiques accords commerciaux », tandis que Pékin a plutôt insisté sur des « consensus » et la continuité. Derrière ces messages diplomatiques, le sommet a toutefois mis en lumière les véritables points de négociation et les contraintes actuelles.

Voici quelques faits saillants :

Les relations commerciales sont aujourd’hui structurellement plus limitées qu’elles ne l’étaient.

  • Les importations américaines de produits chinois ainsi que le déficit commercial bilatéral se situent maintenant à des niveaux comparables aux plus bas niveaux observés depuis environ 20 ans. Les initiatives de Washington pour réduire son exposition à la Chine, notamment par les droits de douane, la diversification des chaînes d’approvisionnement et les politiques industrielles, ont produit des résultats mesurables. La relation entre les deux pays n’est plus fondée sur l’intégration économique.

  • Par ailleurs, aucun progrès significatif n’a été observé concernant les droits de douane ou les enquêtes au titre de l’article 301 visant la Chine en raison d’une surcapacité de production subventionnée par l’État dans des secteurs comme l’acier et les véhicules électriques.

La Chine privilégie avant tout la prévisibilité.

  • Les Chinois ont mis à profit les années entre le premier et le second mandat de Trump pour faire leurs devoirs et préparer des mesures de riposte en prévision d’une nouvelle confrontation commerciale avec les États-Unis. Les contrôles à l’exportation des terres rares et des minéraux essentiels, les outils de politique industrielle et le renforcement de la chaîne d’approvisionnement ont fait leurs preuves dans l’arsenal de la Chine.

  • Mais le sommet a démontré que la priorité immédiate de la Chine demeure un cadre plus prévisible dans ses relations avec Washington, afin de limiter les risques d’escalade et de maintenir l’accès aux marchés d’exportation, aux intrants technologiques et aux flux de capitaux.

Aucun progrès majeur concernant les puces électroniques et les contrôles à l’exportation.

  • Les actions mondiales du secteur des semi-conducteurs ont reculé, aucun accord important sur les puces n’ayant été annoncé, tandis que les discussions concernant la vente des puces H200 de Nvidia à la Chine demeurent au point mort.

  • Cela reste la ligne de fracture la plus claire dans la relation commerciale entre les deux pays. Washington considère toujours les puces de pointe et les contrôles à l’exportation comme un moyen de limiter l’accès de la Chine aux semi-conducteurs avancés susceptibles d’être utilisés à des fins militaires ou pour des innovations en intelligence artificielle. De son côté, Pékin n’a pas officiellement approuvé les expéditions de ces puces et a plutôt privilégié une approche interne, encourageant les entreprises chinoises à se tourner vers du matériel produit au pays.

Les achats dans le secteur agricole demeurent une priorité politique pour les États­Unis.

  • Les résultats les plus concrets, comme c’est souvent le cas dans les négociations commerciales avec la Chine, pourraient finalement concerner le secteur agricole. Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a indiqué que Washington s’attend à ce que la Chine s’engage à acheter pour des « dizaines de milliards de dollars » de produits agricoles américains par année au cours des trois prochaines années, notamment du soya, de la volaille et du porc.

  • La Maison-Blanche doit démontrer qu’elle soutient les agriculteurs américains, particulièrement dans un contexte où les répercussions de la guerre en Iran sur les prix des engrais et d’autres intrants agricoles augmentent à l’approche des élections de mi-mandat et du début de la saison des semis.

Les deux parties semblent vouloir établir des garde-fous.

  • Les discussions entourant un possible « conseil du commerce », des mécanismes d’investissement et même des garde-fous préliminaires en matière d’intelligence artificielle montrent que ni Washington ni Pékin ne souhaitent actuellement une escalade incontrôlée.

  • Malgré la poursuite de la rivalité stratégique, les deux camps semblent chercher avant tout à éviter une intensification rapide des tensions.

Thomas Ashcroft, responsable principal, Enjeux politiques mondiaux

La flambée des prix du pétrole et du gaz ainsi que les contraintes d’approvisionnement poussent les pays à accroître la production et l’utilisation des biocarburants. Ce virage a pour objectif de réduire la dépendance aux importations de pétrole et de gaz provenant du Moyen-Orient. La demande croissante de biocarburants, portée par les mesures gouvernementales, survient alors même que la crise de l’accès à l’alimentation s’accentue, ravivant un débat bien connu : les terres agricoles doivent-elles servir à produire des aliments ou du carburant ?

L’essor des biocarburants :

  • L’Environmental Protection Agency (EPA) des États-Unis a établi des obligations record de volumes renouvelables pour 2026 et 2027, avec des hausses notables pour le diesel issu de la biomasse, fabriqué principalement à partir d’huile de soya et de canola en Amérique du Nord. Par ailleurs, la Chambre des représentants américaine a adopté cette semaine une mesure législative autorisant la vente toute l’année d’essence contenant 15 % d’éthanol (E15) à l’échelle nationale, un carburant principalement produit à partir du maïs américain.

  • La Commission européenne a proposé en avril la stratégie AccelerateEU, qui comprend des mesures visant à accroître la production et l’utilisation de biocarburants durables dans l’Union européenne. Cette proposition constitue une réponse rapide au fait que le bloc européen a dépensé 24 milliards d’euros supplémentaires en importations de combustibles fossiles durant les 50 premiers jours du conflit avec l’Iran.

  • L’Indonésie a relancé ses projets visant à instaurer une teneur en biocarburant plus élevé en 2026, à la suite de la hausse des coûts d’importation des combustibles fossiles. La teneur obligatoire de biodiesel issu de l’huile de palme dans les carburants devrait passer de 40 % à 50 % cette année.  

  • Le Brésil devance la mise en œuvre de ses politiques de mélange de biocarburants afin de renforcer sa souveraineté énergétique. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a annoncé en avril que la teneur en éthanol obligatoire dans l’essence sera portée à 32 % (E32) ce printemps. Pour le biodiesel, des essais sont en cours afin d’évaluer la faisabilité de faire passer la teneur en éthanol de 15 % à 20 %.

  • L’Inde a atteint son objectif de teneur en éthanol E20 en avril. Les perturbations qui touchent les prix et l’approvisionnement en pétrole et en gaz dans le pays alimentent maintenant les discussions sur la possibilité de passer à des essences E85 ou E100 à mesure que les capacités de production se développent. 

  • Le Vietnam a devancé la mise en application de son obligation nationale visant une teneur en éthanol de 10 % dans l’essence à partir d’avril, en réaction aux chocs liés aux prix et à l’approvisionnement énergétique. Dans ce pays d’Asie du Sud-Est, l’éthanol est principalement produit à partir du manioc, de la canne à sucre et, de plus en plus, du maïs.

  • … et le Canada ? En réponse au précédent choc subi par les chaînes d’approvisionnement canadiennes en biocarburants en raison des tensions commerciales avec les États-Unis, le gouvernement fédéral a annoncé un incitatif à la production de biocarburants de 370 millions de dollars et s’est engagé à modifier le Règlement sur les combustibles propres afin de favoriser la production nationale de carburants à faible teneur en carbone. Ces mesures, bien qu’elles ne soient pas une réponse à la guerre en Iran, visent à améliorer la résilience du secteur canadien des biocarburants.

Conclusion : Le marché mondial des biocarburants est sur le point d’amorcer une nouvelle phase de croissance, les pays augmentant leurs exigences de mélange pour améliorer leur sécurité énergétique et favoriser des sources d’énergie moins polluantes. Toutefois, les premiers signes de hausse des prix du maïs, de la canne à sucre et des légumes pourraient accentuer davantage la pression sur les prix alimentaires cette année.

Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Environ 200 dirigeants du secteur automobile se sont réunis cette semaine dans la salle de bal d’un hôtel pour le Forum automobile de l’Ontario, organisé par le Toronto Region Board of Trade. Le chef de la direction de Magna, Swamy Kotagiri, a présenté trois pistes de solution pour faire face aux difficultés de l’industrie : protéger les emplois, miser sur l’abordabilité ou renforcer la résilience en ancrant l’industrie dans des capacités difficiles à reproduire. D’après lui, cette dernière avenue devrait être privilégiée.

Jordan Brennan, directeur général de Leadership avisé RBC, a également pris la parole pour présenter les conclusions de son plus récent rapport, Composer avec l’incertitude, qui décrit quatre avenues possibles pour l’industrie automobile canadienne en pleine tourmente.

Le secteur automobile canadien a perdu des capacités productives durant les phases d'expansion

Lisez le rapport dans son intégralité, y compris les cinq considérations stratégiques communes aux quatre scénarios, ici.

Le représentant américain au Commerce souhaite intégrer des mesures de type « Fortress North America » pour protéger le secteur de l’acier dans le cadre de l’ACEUM.

  • Jeffrey Goettman, représentant adjoint des États-Unis au Commerce, a déclaré qu’une version révisée de l’ACEUM devrait instaurer des « frontières tarifaires communes » pour des secteurs comme l’acier, l’aluminium et l’automobile. L’objectif serait d’empêcher que des produits contenant des composantes ne provenant pas de l’Amérique du Nord transitent par le Canada ou le Mexique. Les dirigeants de l’industrie sidérurgique américaine ont également appuyé un resserrement des règles d’origine pour le pays de fonte et de coulage.

Les sanctions imposées par l’Union européenne au fabricant chinois de semi-conducteurs alimentent les inquiétudes quant à de nouvelles perturbations dans le secteur automobile.

  • Selon plusieurs dirigeants de l’industrie, les sanctions imposées par l’Union européenne au fabricant chinois de semi-conducteurs Yangzhou Yangjie Electronic Technology, soupçonné d’avoir fourni des technologies militaires à la Russie, risquent d’entraîner de nouvelles pénuries de puces dans le secteur automobile. Certaines entreprises cherchent déjà à obtenir des exemptions, tandis que les fabricants demeurent fragilisés par les perturbations qui ont touché l’an dernier les marchés des terres rares et des semi-conducteurs.

Exportation et développement Canada (EDC) accentue ses efforts dans les domaines de la diversification, de la défense et des secteurs stratégiques.

  • Exportation et développement Canada a annoncé avoir facilité des activités commerciales d’une valeur de 135 milliards de dollars en 2025, soutenu près de 24 000 entreprises, lancé de nouveaux programmes et élargi sa présence européenne et Indo-Pacifique.

Des recherches menées par la Banque du Canada révèlent un déclin de la connectivité maritime canadienne.

  • Entre 2016 et 2023, la place des ports canadiens dans les réseaux mondiaux de transport maritime est devenue moins centrale, avec une diminution des liaisons directes et une capacité maritime moindre par rapport aux grands ports asiatiques. La Banque du Canada avertit que cette situation pourrait se traduire par une exposition accrue « aux perturbations des chaînes d’approvisionnement susceptibles d’accroître le coût des activités ».

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Le détroit d’Ormuz est maintenant fermé de fait depuis 69 jours et, alors que les prix mondiaux du carburant d’aviation dépassent désormais 180 $ US le baril – près du double d’il y a un an –, les effets commencent à se faire sentir dans les conférences téléphoniques sur les résultats. À elle seule, la facture de carburant de Delta Air Lines devrait augmenter de 2,5 G$ US ce trimestre, et la société a indiqué qu’elle hausserait ses tarifs et ses frais pour contribuer à absorber ces coûts. La perturbation a déjà précipité Spirit Airlines dans la faillite, et d’autres transporteurs pourraient suivre si les prix restent élevés.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Plus de la moitié du carburant d’aviation échangé dans le monde est touché

  • 23 % des flux maritimes de carburant d’aviation transitent directement par Ormuz, principalement à destination des marchés européens.

  • 40 à 50 % des exportations mondiales de carburant d’aviation proviennent d’Asie, et ces volumes ont chuté des deux tiers par rapport aux niveaux d’avant-crise, faute de matières premières en provenance du Moyen-Orient.

  • La Chine, grand exportateur asiatique de carburants, a réduit en mars jusqu’à 33 % de ses exportations de carburant d’aviation, de diesel et d’essence afin de protéger son marché intérieur contre les perturbations.

  • Comme l’Europe tire 75 % de ses importations nettes de carburant d’aviation du Moyen-Orient, l’AIE a averti à la mi-avril que certaines parties de la région pourraient être à court d’approvisionnement d’ici la fin mai si les pays ne trouvent pas de solutions de rechange.

Vue d’ensemble : La sécurité énergétique passe aussi par les raffineries

Comme le montre le cas d’Ormuz, la sécurité énergétique ne se limite pas à la maîtrise du pétrole brut ; comme pour les minéraux critiques, les produits finis comptent aussi. Outre la Chine, la Corée du Sud et la Thaïlande, deux autres grands exportateurs de carburants, ont également plafonné la plupart de leurs exportations de produits raffinés, alors que les pays peinent à composer avec les approvisionnements du Moyen-Orient ou cherchent à protéger leur secteur aérien intérieur.

La réaction de l’Inde est révélatrice. Plutôt que de chercher dans l’urgence d’autres sources d’importation, l’Inde a choisi de réduire son exposition structurelle en modifiant sa réglementation sur le carburant d’aviation afin d’autoriser les mélanges avec des matières premières agricoles produites au pays. Sécurité énergétique et carburants propres se sont ainsi retrouvés au cœur d’une même politique.

Au Canada, une vulnérabilité souvent évoquée revient au premier plan

L’exposition physique du Canada à Ormuz est limitée, mais l’Ontario et le Québec demeurent structurellement dépendants des importations de produits pétroliers raffinés, dont le carburant d’aviation représente la plus grande part. Cette dépendance aux importations concerne les États-Unis, qui n’hésitent pas à utiliser le commerce de l’énergie comme levier. La crise d’Ormuz remet sur la table une question plus délicate pour le Canada : Quelle forme devrait prendre, demain, son intégration énergétique avec les États-Unis ?

Carburant d’aviation durable (CAD) : Le point de rencontre entre énergie propre et sécurité énergétique ?

Le Canada se distingue de l’Asie sur un point important : Il dispose d’abondantes matières premières. Du pétrole, bien sûr, mais aussi du canola, du suif et des déchets municipaux, qui alimentent déjà des infrastructures de diesel renouvelable en activité, notamment à Strathcona, en Alberta, à la Compagnie Pétrolière Impériale Ltée, ainsi qu’à la raffinerie Come By Chance, à Terre-Neuve-et-Labrador (Braya). Pourtant, le Canada ne produit pas de CAD.

Le CAD représentait moins de 1 % du carburant d’aviation consommé dans le monde en 2025. Selon BloombergNEF, cette proportion devrait atteindre 4 % d’ici la fin de la décennie. Et même si la sécurité énergétique n’a pas fait partie de cette trajectoire de croissance jusqu’ici, elle pourrait devenir le catalyseur qui, comme l’a montré l’Inde, amènera de nouveaux acteurs à s’y intéresser. Pour le Canada, il ne s’agirait pas seulement d’un argument de résilience intérieure, mais aussi d’une occasion d’exportation grandissante pour les secteurs de l’énergie et de l’agriculture.

–Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

La flambée des prix du pétrole et une nouvelle poussée des exportations d’or ont ramené la balance commerciale du Canada en territoire excédentaire en mars.

Selon Nathan Janzen, économiste en chef adjoint : « Une forte incertitude commerciale persiste, et les négociations entourant le renouvellement de l’ACEUM devraient s’intensifier au cours des prochains mois. Cela dit, dans notre scénario de base, nous continuons de prévoir qu’un contexte tarifaire américain plus stable en 2026 – même si les tarifs demeurent nettement plus élevés pour certains produits – fera du commerce un frein moins important à la croissance qu’en 2025. »

Pour en savoir plus, lisez « La balance commerciale du Canada redevient excédentaire, portée par la hausse des prix de l’énergie » ici.

Le tribunal américain du commerce rejette la dernière offensive de Trump sur les droits de douane mondiaux

  • Le Tribunal de commerce international des États-Unis s’est prononcé contre les derniers droits de douane mondiaux de 10 % du président Trump, jugeant que l’administration avait indûment invoqué l’article 122 de la Trade Act américaine de 1974 pour justifier des droits généralisés liés aux déficits commerciaux.

  • Cette décision constitue un nouveau revers juridique pour la stratégie douanière de l’administration, après de précédents jugements défavorables concernant le recours à l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA). La Maison-Blanche devrait interjeter appel et chercher d’autres moyens de mettre en œuvre ses droits de douane.

Trump prolonge l’échéance accordée à l’UE, tandis que de nouveaux différends réglementaires émergent

  • Le président Trump a repoussé au 4 juillet l’échéance accordée à l’UE pour mettre en œuvre certains volets de l’accord commercial conclu l’été dernier, tout en avertissant que les droits de douane pourraient encore augmenter si Bruxelles ne respecte pas ses engagements.

  • Par ailleurs, de grands groupes d’affaires américains pressent Washington d’intervenir contre la directive européenne actualisée sur la responsabilité du fait des produits, soutenant que les nouvelles règles entourant les produits numériques et les réclamations des consommateurs pourraient exposer les entreprises à un risque de litige considérable.

Les fusions et acquisitions chinoises à l’étranger s’accélèrent

  • Selon les données de Rhodium Group, les fusions et acquisitions chinoises à l’étranger ont atteint un sommet de cinq ans au premier trimestre, totalisant 9,6 G$ US et inscrivant un cinquième trimestre consécutif de croissance.

  • Cette progression survient alors que Beijing resserre parallèlement les contrôles sur les acquisitions étrangères entrantes dans les secteurs stratégiques, allant jusqu’à bloquer rétroactivement l’acquisition par Meta de l’application chinoise d’IA Manus.

Le secteur automobile plaide pour la continuité dans le cadre de l’ACEUM

  • De grandes associations nord-américaines de l’industrie automobile ont exhorté l’administration Trump à prolonger l’ACEUM, mettant en garde contre toute division de l’accord en ententes bilatérales distinctes.

  • Les groupes sectoriels représentant notamment GM, Toyota, Tesla, Volkswagen et Hyundai ont soutenu que des accords séparés alourdiraient la complexité réglementaire et perturberaient les chaînes d’approvisionnement nord-américaines intégrées, à un moment de transition technologique rapide.

Le Mexique intensifie ses échanges commerciaux avec le Canada à l’approche de l’examen de l’ACEUM

  • Cette semaine, le Mexique a lancé l’une de ses plus importantes missions commerciales au Canada des dernières années, réunissant plus de 240 entreprises à Toronto et à Montréal pour plus de 1 800 rencontres d’affaires.

  • Cette offensive de rapprochement survient alors qu’Ottawa et Mexico se positionnent en vue du prochain examen de l’ACEUM, même si les deux pays continuent d’adopter des approches nettement différentes dans leurs relations avec l’administration Trump.

–Thomas Ashcroft, Global Issues Policy Lead

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  • Le Canada est revenu dans la ligne de mire des investisseurs mondiaux. L’an dernier, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint près de 100 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis 2015.

  • Les flux de capitaux mondiaux connaissent des changements significatifs. Les perturbations géopolitiques, en particulier le conflit en Iran, ont incité les principaux investisseurs et les sociétés à rééquilibrer leurs portefeuilles.

  • Une enveloppe d’investissement de 1,8 billion de dollars pendant les dix prochaines années pourrait placer le Canada au premier rang de la croissance parmi les pays du G7. D’après les recherches et analyses de Leadership avisé RBC, il existe des occasions extrêmement intéressantes dans six secteurs exportateurs qui investissent massivement dans la recherche et le développement (R-D) et revêtent une importance stratégique :

    • Pétrole et gaz : 705 milliards $. De nouveaux oléoducs et terminaux de GNL pourraient transformer le Canada en une superpuissance énergétique tout en soutenant la diversification du commerce international, la sécurité énergétique des pays alliés et les technologies de capture et de séquestration de carbone.

    • Électricité : 670 milliards $. Une expansion énergétique dans les secteurs du nucléaire, de l’hydroélectricité et des énergies renouvelables, conjuguée à une modernisation du réseau, permettrait au pays de disposer d’un système fiable, abordable et sans émissions, tout en renforçant la compétitivité du Canada dans les industries à forte consommation d’énergie.

    • Agriculture et agroalimentaire : 205 milliards $. Un effort accru en matière de R-D pourrait se traduire par un cycle de croissance de plusieurs décennies, axé sur les exportations, qui assurerait la souveraineté alimentaire nationale ainsi que la sécurité alimentaire des pays alliés.

    • Métaux et minéraux : 200 milliards $. Alors que les partenaires de l’OTAN se penchent sur une diversification de la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques, actuellement dominée par la Chine, le Canada pourrait représenter une protection contre le risque de concentration, contribuer à la transition énergétique de l’Occident et solidifier les chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de la défense et de la fabrication de pointe.

    • Défense : 19 milliards $. Le Canada prévoit tripler ses dépenses de défense pour atteindre 5 % de son PIB d’ici 2035, ce qui générerait 100 milliards de dollars pour les entreprises canadiennes et ferait passer le Canada d’un statut d’importateur d’équipement de défense à celui de fournisseur de capacités militaires pour les pays alliés, en particulier dans des domaines émergents comme la surveillance de l’Arctique et les systèmes de défense spatiale.

    • Espace : 12 milliards $. Les ambitions économiques du Canada doivent aller au-delà des limites de notre planète. Un effort d’investissement dans le secteur spatial aiderait à promouvoir l’excellence du pays dans les domaines de la communication par satellite, de la robotique spatiale, de l’observation de la Terre et du génie aérospatial, tout en créant des occasions dans la défense, la haute technologie et la fabrication de pointe.

  • Le Canada émerge à peine d’une récession des investissements jamais vue auparavant. Ce regain d’intérêt survient après une décennie de repli des investissements des entreprises, de stagnation de la productivité et de stagnation du niveau de vie. Entre 2015 et 2024, plus d’un billion de dollars d’investissements sont sortis du Canada – le plus grand exode de capitaux de l’histoire du Canada. Pour chaque dollar d’investissement direct étranger (IDE) arrivé au pays, deux dollars en sont sortis.

  • Pour libérer des investissements, le Canada doit se doter d’un nouveau cadre de formation de capital. Le secteur des sociétés non financières dispose de liquidités de plus d’un billion de dollars au total. Le déploiement de ces liquidités pourrait encourager de nouveaux afflux de capitaux : capitaux institutionnels, capital-risque, capitaux étrangers et capitaux publics. Le cadre de formation de capital que nous proposons comprend quatre piliers, chacun consacré à un palier additionnel dans la structure de capital :

    • Programme de recyclage d’actifs depuis des installations existantes vers des installations nouvelles

    • Approvisionnement adapté à la taille des sociétés

    • Réforme des impôts sur le revenu des sociétés et les investissements étrangers

    • Exploitation du capital de l’État

  • Le nouveau plan de match du Canada doit inclure un partenariat économique avec les peuples autochtones, non seulement pour faciliter l’approbation des projets, mais aussi pour accélérer leur mise en œuvre. Les partenariats sont plus efficaces s’ils sont mis en place dès les premières phases d’un projet et répondent aux besoins de la collectivité.

Le Canada revient à l’avant-scène de la mobilisation de capitaux.

Après une décennie marquée par des fuites de capitaux sans précédent et des investissements timides de la part des entreprises, le Canada attire de plus en plus l’attention des investisseurs et des sociétés du monde entier qui cherchent à rééquilibrer leurs portefeuilles dans le contexte d’incertitude mondiale. L’an dernier, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint près de 100 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis 2015, et pour la première fois en une décennie, les afflux ont dépassé les sorties.

Les possibilités sont immenses. Si le Canada parvenait à tirer parti de ce moment, il pourrait devenir le chef de file du G7 en matière de croissance économique et de dynamisme industriel. D’après les recherches et analyses de Leadership avisé RBC, le Canada aura besoin de 1,8 billion de dollars d’investissements au cours des dix prochaines années pour propulser la croissance dans six secteurs exportateurs qui investissent massivement en R-D et revêtent une importance stratégique : le pétrole et le gaz, les métaux et les minéraux, l’électricité, l’agriculture et agroalimentaire, la défense et l’espace.

Pour une économie évaluée à 3 billions de dollars par an, et puisque nous nous concentrons sur six secteurs qui représentent moins de 10 % du PIB au total, la somme de 1,8 billion de dollars est considérable. Toutefois, il est possible de l’atteindre en une décennie, surtout si l’on tient compte des réserves de capitaux disponibles. Entre les fonds de pension et les gestionnaires d’actifs, le Canada compte près de 10 billions de dollars américains de capitaux. Et bien que les estimations varient, le montant des capitaux mondiaux se situe entre 150 et 200 billions de dollars US.2

Autrement dit, les capitaux sont plus que suffisants pour réaliser les ambitions de croissance du pays.

C’est pourquoi nous imaginons deux scénarios pour l’avenir : croissance tendancielle, ou croissance accélérée. Le scénario de croissance tendancielle établit une projection à 10 ans de la situation du Canada dans l’hypothèse où les politiques et modèles d’investissement actuels resteraient constants. Le scénario de croissance accélérée repose sur une décennie de stratégie réfléchie, de coordination entre le gouvernement fédéral et les provinces et d’investissement ciblé.3

Le deuxième scénario, qui prévoit des injections de capitaux supérieures de 65 % à celles du scénario de croissance tendancielle, se traduirait par un Canada rénové et prospère. Ce plan inclut deux nouveaux oléoducs qui augmenteraient d’un tiers la capacité de production ; une expansion de la génération d’électricité pour toutes les sources d’énergie, y compris le nucléaire ; 300 milliards de dollars de dépenses militaires qui renforceraient la fabrication de pointe et aideraient le Canada à accroître sa participation à la défense collective de l’OTAN ; le positionnement du secteur minier comme clé de voûte de la stratégie industrielle et géopolitique du Canada ; et une capacité de lancement nationale, au moment où l’espace devient la prochaine frontière économique.

Les investissements des entreprises et le PIB réel par habitant tombent à des creux historiques

Le tout, dans la foulée de dix années de récession des investissements. Au cours de la dernière décennie, les sorties nettes d’investissements ont dépassé la barre du billion de dollars au Canada, soit l’exode de capitaux le plus important de l’histoire moderne du pays. Pour chaque dollar investi au Canada depuis l’étranger, deux dollars en sont sortis. Au cours de la dernière décennie, le Canada a représenté environ 10 % des investissements directs à l’étranger à l’échelle mondiale, et exporté plus de capitaux que tout autre pays sur Terre, à l’exception des États-Unis et de la Chine. Le Canada se classe actuellement au dernier rang des pays du G7 pour ce qui est des investissements, tant dans le secteur des machines et du matériel que dans celui de la propriété intellectuelle. Une part de seulement 30 % de la formation de capital canadienne est investie dans des catégories qui améliorent la productivité, ce qui représente la moitié de celle des États-Unis.4

Les investissements nets du Canada à l'étranger s'élèvent à 1 billion $

Le point de vue commun aux experts que nous avons consultés, qu’il s’agisse de caisses de retraite, de décideurs politiques, de fabricants ou de sociétés minières, est que le Canada ne manque pas de capitaux. Les obstacles sont plutôt l’exécution, la prévisibilité et la tolérance au risque. Ce qu’il faut, c’est plus d’audace et d’ambition commerciale. La croissance exige des compromis dans trois domaines reliés entre eux :

  • Améliorer la tolérance au risque dans l’écosystème canadien et éliminer les barrières réglementaires qui entravent notamment l’obtention des permis et la mise en œuvre des projets, tout en respectant les droits des peuples autochtones et en assurant la protection de l’environnement.

  • Réduire l’incertitude entourant les processus : les investisseurs savent composer avec les risques, mais ils s’enfuient lorsqu’ils sont confrontés à des règles vagues et à des cadres changeants.

  • Récompenser la prise de risques et l’entrepreneuriat afin de stimuler l’innovation et la croissance.

Rien de tout cela ne sera facile. Le marché boursier canadien a gagné du terrain, mais la concurrence mondiale pour les capitaux est féroce. Le Canada n’est pas le seul pays engagé dans une amélioration de son économie. Mais le pays possède toutes les qualités propres à un chef de file économique : un vaste bassin de talents, une abondance de ressources naturelles, la stabilité politique et la prééminence du droit.

La question n’est pas de savoir si le Canada peut croître, mais plutôt comment.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis430 milliards $705 milliards $
Pas d’effort significatif pour augmenter la production de pétrole ou de gaz naturel liquéfiéDeux nouveaux oléoducs qui augmentent la production d’un tiers
Investissements qui améliorent progressivement la productionTrois nouveaux terminaux d’exportation de GNL
Expansion de la capacité de capture de carbone

Le secteur canadien du pétrole et du gaz se trouve à un carrefour stratégique. Les producteurs canadiens semblent prêts à renouer avec la croissance : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que compte tenu de la politique actuelle, la demande mondiale de pétrole et de gaz naturel continuera de croître jusqu’en 2050. 5 La demande de pétrole repose en partie sur la croissance des marchés en développement, le transport aérien et la pétrochimie. La capacité de production de GNL a atteint des niveaux sans précédent. Une nouvelle capacité d’exportation de 300 milliards de mètres cubes est attendue sur le marché d’ici 2030, ce qui représente une hausse d’environ 50 % de l’offre mondiale de GNL, dont les deux tiers proviennent des États-Unis et du Qatar.

La sécurité énergétique est devenue une préoccupation géopolitique majeure. Et c’était avant que la guerre en Iran provoque un effondrement de l’offre et une envolée des prix, et expose au grand jour la dépendance de nombreuses économies avancées envers le Moyen-Orient. L’incidence à long terme de la perturbation de l’offre n’est pas encore connue. En outre, il est trop tôt pour conclure que la demande de pétrole et de gaz canadiens demeurera solide dans un avenir prévisible. Non seulement à des fins énergétiques, mais aussi en tant qu’intrants dans des industries essentielles comme les produits pharmaceutiques et les engrais. La situation au Venezuela reste une inconnue. Il n’est pas certain que les investissements afflueront dans ce pays à l’échelle nécessaire pour accroître considérablement ses capacités de production et d’exportation. Sur le plan stratégique, les États-Unis sont donc exposés à un risque, même s’ils sont le plus grand producteur de pétrole au monde. Avec 46 milliards de barils de pétrole récupérables, le ratio réserves/production des États-Unis montre moins de sept ans de réserves prouvées, sur la base des habitudes de consommation actuelles.

Le contexte opérationnel du Canada connaît toutefois des contraintes. Les pipelines fonctionnent presque au maximum de leur capacité, et plusieurs mégaprojets ont été retardés ou annulés au cours de la dernière décennie. Le protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta signale une inflexion des politiques ; pour les marchés des capitaux, il réduit le risque politique, historiquement l’un des facteurs ayant le plus contribué au coût en capital du Canada. Ce protocole, conjugué à l’action de diplomatie commerciale du Premier ministre Mark Carney en faveur des exportations de GNL vers la région Indo-Pacifique, incluant la construction d’infrastructures commerciales connexes, le message aux marchés des capitaux mondiaux est que le Canada est maintenant plus ouvert au développement.

Au Canada, le gaz naturel et le GNL sont aussi en voie d’expansion. La préoccupation des pays asiatiques et européens pour la sécurité énergétique et la transition du charbon au gaz offre une trajectoire de croissance bien définie. La côte ouest du Canada est bien placée pour répondre à cette demande, à condition que la capacité d’exportation, les permis et les partenariats avec les peuples autochtones soient harmonisés. 6 Compte tenu de la percée des États-Unis dans le domaine du GNL, la croissance future repose sur la prévisibilité et l’accélération de la délivrance de permis, l’efficience des évaluations environnementales et l’harmonisation des politiques entre les territoires.

Pétrole et gaz (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi148 000
Revenus248 G$
Exportations115 G$
PIB97 G$
Source : Statistique Canada.

Du point de vue du capital, les grandes sociétés de sables bitumineux ont mis l’accent sur la discipline en matière de capital et sur le rendement pour les actionnaires, après avoir désendetté leurs bilans. La plus grande partie du capital du secteur provient des flux de trésorerie d’exploitation et des bénéfices non distribués. Les plus grandes sociétés pétrolières et gazières du Canada détiennent au total des dizaines de milliards de dollars de liquidités dans leurs bilans, et elles génèrent des dizaines de milliards de dollars supplémentaires en flux de trésorerie disponibles. Le secteur est bien pourvu en capital pour financer sa croissance à l’interne, mais les marchés de la dette et des actions accueilleraient positivement des investissements catalyseurs. Le secteur exige beaucoup de capitaux, notamment pour le forage, l’extraction de bitume, les usines de traitement, le raffinage et les pipelines, et les coûts de maintenance sont extraordinairement élevés. Le secteur s’est montré réticent à entreprendre les lourdes dépenses d’investissement nécessaires pour accroître sa capacité de production, car il est particulièrement sensible aux politiques et à l’incertitude entourant l’approbation des pipelines, sans parler de la volatilité des prix des marchandises.

Les capitaux tendent à affluer dans le secteur quand une meilleure certitude politique permet d’envisager l’horizon d’investissement à longe terme nécessaire pour que les bénéfices non distribués soient investis dans des actifs durables, favorables à la productivité. Si ces conditions ne sont pas réunies, le capital est généralement retourné aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions.

Les dépenses en immobilisations par baril se sont effondrées, passant de 75 $ US par baril en 2014 à 20 $ US par baril en 2024 (après rajustement en fonction de l’inflation). La production a plus que doublé depuis 2000, et pourtant les entreprises investissent moins qu’il y a un quart de siècle. Par conséquent, les infrastructures énergétiques canadiennes sont confrontées à des contraintes de capacité en regard du potentiel de ressources.

L’intégration des technologies propres répond à la fois à un besoin de capitaux et à une nécessité stratégique. Les projets à grande échelle de capture et de séquestration de carbone (CSC) comme Pathways Alliance et les programmes de réduction des émissions de méthane sont des facteurs importants pour sécuriser l’accès au marché et le soutien politique. La modélisation de l’AIE indique que la décarbonation du secteur pétrolier et gazier exigera l’adoption de technologies de réduction du méthane éprouvées, testées et abordables (p. ex., dispositifs de détection et de contrôle des fuites) et des investissements massifs (plus de 100 milliards $US) dans la technologie de CSC en vue d’atteindre la carboneutralité. Sans ces investissements, les producteurs canadiens risquent de perdre accès aux marchés soucieux des émissions de carbone.

Tant que les principaux aspects du protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta ne seront pas mis en œuvre, la capacité des pipelines demeurera un goulot d’étranglement déterminant pour l’avenir du pétrole canadien. La politique climatique, y compris la tarification du carbone dans le secteur industriel, est toujours en évolution. Le débat au sujet de la Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers ajoute une couche d’incertitude. Entre-temps, la dépendance des exportations canadiennes à l’égard des États-Unis demeurera un risque pour la souveraineté et la résilience du Canada. En l’absence de nouvelles voies à travers les eaux maritimes, la diversification vers l’Asie ne sera qu’une aspiration.

Dans le secteur du pétrole, les dépenses en immobilisations ont chuté au cours de la dernière décennie.

Des capitaux sont nécessaires pour entretenir et amplifier progressivement les infrastructures et les modèles de production actuels. Le Canada demeure un acteur important sur les marchés internationaux, mais il continue de jouer un rôle limité sur la scène géopolitique.

  • La production de pétrole s’accroît de 10 % par année pour atteindre près de six millions de barils par jour (bpj) en 2030, avant de plafonner. Le Canada reste dépendant des acheteurs américains.

  • Aucun nouveau pipeline pour l’exportation de pétrole : le système repose sur l’amélioration de l’efficience des infrastructures existantes.

  • La production de GNL augmente grâce à l’achèvement des projets d’expansion annoncés (Woodfibre LNG et Cedar LNG), mais le Canada ne satisfait pas la demande de la région Indo-Pacifique. Aucun nouveau terminal n’est ajouté, au-delà de ce qui est déjà financé.

  • Le déploiement de la technologie de CSC est limité, ce qui freine l’accès aux marchés de l’Europe et de l’Asie et intensifie les frictions nationales quant au développement des hydrocarbures.

Le Canada devient un pays capable d’assurer la sécurité énergétique de ses alliés, de contribuer à la réduction des émissions dans le monde et de galvaniser la croissance de l’économie nationale grâce à des investissements à long terme hautement capitalistiques.

  • Ce scénario s’appuie sur deux nouveaux pipelines d’exportations :

    • Un pipeline sur la côte ouest jusqu’à Prince Rupert ou Kitimat pourrait ajouter un million de barils par jour.

    • Un pipeline reliant l’Alberta aux raffineries côtières du golfe du Mexique en passant par les États-Unis pourrait ajouter 800 000 bpj – avec une réalisation par étapes basée sur les réseaux existants, ou dans le cadre d’un nouveau projet d’expansion de pipelines de grand débit.

  • La production de pétrole augmente à 7,1 Mb/j d’ici 2035. 

  • Un projet de capture et de séquestration de carbone (CSC) à grande échelle devient partie intégrante de la stratégie du Canada et contribue à l’expansion de la production. Les réductions d’émissions ont été incorporées dans notre modèle de croissance :

    • Pathways, qui séquestrerait jusqu’à 22 000 kilogrammes par année (kg/an).

    • D’autres projets pourraient permettre de séquestrer les émissions de sables bitumineux à une échelle similaire (p. ex., Alberta Carbon Grid ou Origines).

  • Trois nouveaux grands projets de GNL ajoutent 3,8 milliards de pieds cubes par jour (Gpi3) à la capacité d’exportation de GNL du Canada : la phase 2 de LNG Canada, le projet Ksi Lisims LNG et l’expansion de Tilbury LNG.

Combinés, ces investissements créent un système énergétique fondamentalement différent. Le Canada contribue à répondre aux besoins énergétiques à long terme des États-Unis et veille à la sécurité énergétique de ses partenaires en Asie et en Europe. Le Canada retrouve son influence sur les marchés mondiaux du pétrole et du GNL, diversifie ses partenaires commerciaux et renforce sa souveraineté. Les ententes de participation autochtone sont prises en comptes dans les mégaprojets en accord avec les besoins des collectivités, ce qui permet d’accélérer la mise en œuvre des projets. Les émissions en amont sont gérées au moyen de solutions de CSC à grande échelle.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis400 milliards $670 milliards $
Achèvement des projets en coursExpansion de l’énergie éolienne et de l’énergie nucléaire pour assurer l’électrification de toute l’économie
Maintenance du réseauExpansion et modernisation du réseau

Le réseau électrique du Canada repose à près de 80 % sur des sources d’énergie non émettrices de GES, avec en tête l’hydroélectricité et le nucléaire. Mais les prochaines décennies mettront à l’épreuve tous les maillons du réseau. L’électrification des véhicules, des immeubles, des industries et des centres de données pourrait faire doubler la demande d’ici 2050. Pour maintenir la fiabilité et l’abordabilité du réseau, le Canada doit agrandir et moderniser massivement un réseau mis au point il y a plus d’un demi-siècle. Un effort politique a été engagé dans ce domaine, avec une nouvelle stratégie pancanadienne d’électricité en cours d’étude.

La planification de l’électricité passe d’une logique de services publics provinciaux à un modèle qui inscrit les infrastructures nationales dans une stratégie industrielle. Les engagements et les applications des centres de données à très grande échelle transforment la prévision de charge, laquelle ne se base plus sur des mises à niveau graduelles, mais sur une demande accélérée. L’électricité est de plus en plus considérée du point de vue de la capacité industrielle et de la résilience économique, plutôt que sous le seul angle des besoins en énergie et de la gestion climatique. Il existe aussi des domaines où la coopération régionale pourrait être accrue en matière de production et de transport, comme les interconnexions, avec un rôle important du gouvernement fédéral dans la coordination, le financement et la réglementation. 

La modernisation des systèmes du Canada coûtera cher, en raison de leur hétérogénéité. Le secteur de l’énergie se distingue des autres secteurs par sa division entre les sociétés de services publics et les exploitants privés, tous assujettis à une lourde réglementation. Il s’agit d’un secteur axé sur le bilan, où les flux de capitaux sont très structurés. Les investissements sont généralement financés par des titres de créance à long terme, plutôt que des actions. Le profil risque-rendement n’est pas seulement lié aux cours boursiers. L’approbation réglementaire, le cadre de fixation des taux, les mécanismes de recouvrement des coûts et, parfois, les ententes de partage du risque attirent les investisseurs à long terme axés sur le passif, comme les caisses de retraite et les assureurs qui privilégient la sécurité et la stabilité des rendements.

Secteur des services publics (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi140 000
Revenus51 G$
Exportations$4.6B
PIB$46B
Source : Statistique Canada.

Les investissements affluent vers les réseaux de production, de transport et de distribution échelonnés sur plusieurs décennies, la modernisation du réseau, le stockage et les systèmes de contrôle numérique. Contrairement à d’autres industries lourdes, l’amélioration de la productivité ne découle pas de l’efficience de la main-d’œuvre, mais de l’accroissement du capital, c’est-à-dire qu’elle repose sur des systèmes plus grands, plus résilients et plus flexibles qui réduisent les coûts et favorisent l’activité économique en aval.

Sur le plan de la production, chaque ressource joue un rôle distinct dans le système canadien.

  • Le nucléaire est en train de renaître. Les travaux de rénovation en Ontario assurent l’offre de base, tandis que le petit réacteur modulaire (PRM) de Darlington représente le premier projet à échelle de réseau mené en Occident. La production d’énergie nucléaire à grande échelle comporte des risques considérables en matière de coûts et de calendrier. Une étude récente a révélé que parmi les deux dizaines de types de projets évalués, les déchets nucléaires et l’énergie nucléaire étaient classés respectivement au premier et au troisième rang en ce qui a trait aux dépassements de coûts. Le programme de rénovation de l’Ontario a toutefois été achevé plus tôt que prévu et à un coût inférieur au budget, ce qui en fait l’un des grands projets d’infrastructure les plus réussis de l’histoire du Canada.

  • L’hydroélectricité demeure la clé de voûte de l’énergie partout au Canada, mais le contexte a changé. Alors que le réseau et la demande évoluent, l’hydroélectricité, autrefois considérée comme une source d’énergie inépuisable, devient une source plus modérée. La sécheresse au Québec, en Colombie-Britannique et au Manitoba a mis en lumière la fragilité liée à la dépendance exclusive à l’hydroélectricité. L’avenir de l’hydroélectricité ne se résume plus aux mégaprojets, mais repose aussi sur la flexibilité, l’utilisation stratégique des interconnexions et l’inertie du réseau.

  • L’énergie éolienne représente la plus grande part de la production d’énergie nouvelle. Sur une base incrémentielle, l’énergie éolienne est la source d’énergie nouvelle la moins coûteuse. Les défis sont l’intermittence et l’inertie. L’intégration de grands volumes d’énergies renouvelables exige du stockage, un réseau stable et de la flexibilité.

  • Le gaz naturel demeurera probablement un filet de sécurité dans plusieurs régions.

    Rapidly expanding electricity demand also puts strain on the grid and related infrastructure. Transmission and distribution of assets spanning 850,000 kilometres require massive upgrades, regional interconnection, and enhanced digitization. Canada’s patchwork of 10 provincial grids complicates this process. The long-horizon nature of investment planning is complicated by the multiplicity of demand drivers, which are politically, technologically, and culturally contingent.   

Le Canada s'apprête à amplifier son réseau électrique

Le Canada achève les projets déjà approuvés, financés ou en cours de construction, et sa production d’énergie augmente de 20 % toutes sources confondues.

  • Le Canada augmente de 63 GW ses capacités dans les domaines de l’énergie, de l’énergie solaire, du gaz naturel et du stockage de batteries, sur la base des projets déjà planifiés et annoncés.

  • Deux grands projets nucléaires sont lancés en Ontario : le PRM de Darlington (mise en service en 2035) et le projet Bruce C (mise en service en 2041).

  • En ce qui concerne le réseau, notre hypothèse fait état de réinvestissements courants et d’améliorations progressives dans les lignes de transport et de distribution existantes au Canada, ainsi que d’avancées modestes sur le plan de la décarbonation à l’échelle nationale.

La trajectoire de base ne modifie pas considérablement la structure sous-jacente du système. Lorsque la politique climatique est au point mort ou en recul, les incitatifs en faveur de la décarbonation sont moins attrayants. Les efforts mondiaux et nationaux visant à réduire les émissions demeurent limités. L’électrification avance, dans ce scénario, mais lentement.

Le Canada transforme et amplifie radicalement son système énergétique destiné à la production, au transport et à la distribution, ce qui inclut des mesures politiques pour promouvoir la décarbonation et une croissance économique portée par l’électrification.

  • Le Canada construit 119 GW de nouvelles capacités de production, soit près du double par rapport au scénario de croissance tendancielle.

  • Les nouveaux projets nucléaires comprennent les PRM de Peace River (Alberta), Point Lepreau (Nouveau-Brunswick), Wesleyville (Ontario) et en Saskatchewan.

  • Le Canada augmente considérablement son énergie éolienne au-delà des projets déjà en place. Le réseau s’agrandit de 240 000 kilomètres – soit le double du scénario de croissance tendancielle – avec des investissements considérables dans la modernisation et la numérisation du réseau, le renforcement du système et la mise en place de nouvelles connexions.

Le système élargi est plus propre, plus flexible, et autosuffisant. Il répond à l’électrification de l’économie globale et tient compte des principaux facteurs qui devraient influer sur la demande au cours des prochaines décennies, à savoir :

  • Croissance de la population, donc augmentation de la demande d’électricité de la part des ménages (appareils électroniques, thermopompes, etc.). Cette tendance est en pleine évolution, car le système d’immigration canadien fait l’objet d’une attention accrue.

  • L’adoption des véhicules électriques, qui stagne depuis le retrait des mesures incitatives, pourrait reprendre de la vigueur grâce à la nouvelle stratégie d’Ottawa en matière d’automobile. Le renforcement des normes d’émissions, la mise en place de nouvelles remises pour véhicules électriques et l’amélioration des infrastructures de recharge visent à porter à 75 % la part des véhicules électriques dans les ventes d’ici 2035. Cette tendance pourrait aller au-delà de l’électrification des voitures particulières et englober le fret et le transport par véhicules lourds, ce qui chargerait encore plus le réseau.

  • Les centres de données demeurent une inconnue, car ils engendrent des risques et de l’incertitude dans le secteur. Les services publics signalent déjà une demande qui dépasse largement ce que les perspectives avaient modélisé :

    • L’exemple de l’Alberta est frappant : à septembre 2025, les demandes de connexion au réseau avaient bondi de 6 GW à près de 20 GW, incitant la province à mettre en œuvre un programme d’intégration en deux phases pour maintenir la fiabilité et l’abordabilité du réseau.

    • Hydro-Québec s’attend à ce que les centres de données représentent 15 % de la nouvelle demande nette d’électricité d’ici 2032.

    • En Ontario, l’IESO prévoit que les centres de données représenteront plus de 10 % de la nouvelle demande d’électricité d’ici 2035.

  • Un autre facteur imprévisible est l’évolution de la technologie des batteries, qui est difficile à anticiper, même si la courbe des coûts fléchit.

Ce scénario prend en compte une population nationale de plus grande taille, qui consomme plus d’électricité propre dans les foyers et qui utilise de l’énergie propre au travail. Au moyen d’interconnexions et de corridors électriques, le Canada étend son réseau horizontalement, assurant ainsi le transport d’électricité des régions productrices vers les régions consommatrices d’énergie, y compris à l’étranger.

La stabilité, l’abordabilité et la flexibilité du système électrique canadien constituent un avantage stratégique par rapport au reste du monde, qui permet au Canada de remporter de nouveaux mandats d’investissement dans les secteurs de la fabrication de pointe et des technologies avancées tout en avançant vers son objectif d’un réseau électrique à zéro émission nette d’ici 2050.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis140 milliards $200 milliards $
Maintien du taux de croissance à long terme du secteurDéveloppement de projets miniers dans leurs premières ou dernières étapes.

L’exploitation minière a toujours été un secteur cyclique régi par les forces du marché. Cependant, compte tenu des récents événements survenus à Washington et à Beijing, le segment des minéraux critiques, en pleine expansion, est de plus en plus influencé par la stratégie géopolitique. Le Canada, les États-Unis et les autres partenaires de l’OTAN voient maintenant le secteur minier sous l’angle de la souveraineté, de la sécurité et de l’infrastructure stratégique. Ce faisant, ils commencent à refléter le plan de match de la Chine. Pendant vingt ans, la Chine s’est appuyée sur une politique industrielle, des financements publics et des mécanismes hors marché pour assurer le contrôle des minéraux essentiels à la défense, à la fabrication de pointe et aux technologies propres, notamment sur le plan de la transformation, du raffinage et de la fabrication secondaire.

L’Alliance sur la production de minéraux critiques, dirigée par le Canada, a annoncé plus d’une vingtaine de nouveaux investissements et partenariats, mobilisé quelque 6 milliards de dollars au bénéfice de projets et déclaré les minéraux critiques comme « essentiels » en vertu de la Loi sur la production de défense du pays. Les conventions de vente et d’achat, les prix planchers et l’accumulation de stocks figurent parmi les mécanismes hors marché utilisés pour mobiliser des capitaux privés. 

Les États-Unis vont encore plus loin avec le projet Vault, un partenariat public-privé visant à financer des projets et accumuler des stocks de minéraux nécessaires à la fabrication de pointe et aux technologies avancées. La Maison-Blanche utilise une panoplie d’instruments d’atténuation du risque, tels que les garanties de prêt, les conventions de vente et d’achat et les prises de participation directe dans des sociétés d’exploitation minière, afin d’accélérer le développement dans les domaines du lithium, du cuivre, du cobalt et des terres rares, entre autres. Pratiquement du jour au lendemain, les gouvernements occidentaux sont passés de simples observateurs de la dynamique du secteur minier à un rôle d’acteurs principaux du marché.

Secteur minier (2024)

Dépenses variablesValue
Emploi128,000
Revenus$85B
Exportations$35B
PIB32 G$
Source: Statistique Canada.

Les défis de longue date du Canada sont mis en évidence. Malgré une géologie favorable, un financement minier de calibre mondial et une expertise en ingénierie, la croissance a été freinée par :

  • Un processus de délivrance de permis laborieux, complexe et imprévisible.

  • Des infrastructures insuffisantes (routes, lignes de transport, installations industrielles).

  • Une pénurie de talents spécialisés dans l’exploitation minière, surtout en matière d’exploitation.

  • Capital-risque. Les sociétés minières plus récentes ont eu du mal à mobiliser des fonds auprès d’investisseurs institutionnels, car le marché de l’investissement s’est tourné vers le cannabis, puis les cryptomonnaies, puis vers l’IA qui prend une place grandissante.

Pour être concurrentiel dans cette nouvelle ère, le secteur minier canadien doit aller au-delà d’une dynamique fondée sur le marché, et s’inscrire dans un développement national stratégique. De plus en plus d’ententes de participation autochtone sont intégrées aux premières étapes des projets, ce qui raccourcit le cycle de consultation.

La demande mondiale de métaux devrait augmenter au cours des 25 prochaines années

Le secteur minier canadien reste sur sa trajectoire historique à long terme. L’ambition politique reste élevée, mais les obstacles à la formation de capital – incertitude relative aux permis, insuffisance des infrastructures, pénurie de talents – ne sont pas résolus de manière significative. Le cadre réglementaire ne s’améliore pas assez vite pour accélérer les flux de capitaux. La production croît lentement, dans la lignée d’un taux de croissance annuelle du PIB de 0,5 %.

  • Les nouvelles mines ont de la difficulté à parvenir à des décisions d’investissement définitives.

  • Les flux de capitaux restent concentrés sur les métaux de base et les métaux précieux.

  • Le potentiel des minéraux critiques canadiens demeure sous-exploité et tributaire des forces du marché. 

Ces tendances sont suffisantes pour poursuivre les activités et remplacer les actifs qui se déprécient, mais elles ne transformeront pas la position concurrentielle du Canada dans les chaînes logistiques mondiales. Le Canada préserve sa base minière, mais sa chaîne logistique reste dépendante du raffinage et de la transformation à l’étranger. Le Canada conserve une force relative dans le secteur minier, mais ne devient pas un acteur majeur dans la course géopolitique à la souveraineté en matière de minéraux critiques, perdant du même coup son influence stratégique auprès de ses partenaires de l’OTAN. 

Les forces du marché continuent de régir l’exploitation des métaux de base et des métaux précieux, mais les minéraux critiques sont devenus une priorité nationale. Ottawa dirige des mesures fédérales et provinciales coordonnées et met en place plusieurs mécanismes d’atténuation du risque.

Le scénario de croissance accélérée reflète trois éléments fondamentaux du secteur minier mondial :

  • De nombreux projets miniers essentiels ne sont pas viables commercialement s’ils sont laissés à la dynamique du marché. Entre la petite taille du marché, l’absence de prix mondiaux et les barrières liées aux infrastructures, les sociétés minières mondiales ne sont pas encouragées à exploiter les ressources de minéraux critiques et de terres rares.

  • Le Canada possède des dizaines de gisements d’une importance stratégique, mais la pleine exploitation de ces gisements nécessitera la collaboration des secteurs public et privé.

  • Les États-Unis et autres pays alliés avancent vite, et le Canada risque d’être laissé pour compte dans la course mondiale à la construction d’une chaîne d’approvisionnement pour les minéraux critiques.

Le Canada élabore une série de projets dans leurs premières ou dernières étapes, visant une panoplie de métaux précieux, de métaux de base et de minéraux critiques. Le Canada devient un chef de file de l’Alliance sur la production de minéraux critiques grâce à l’exploitation de ses réserves de cuivre, de lithium, de nickel, de cobalt et de terres rares. Afin de réduire sa dépendance à la Chine dans les domaines de la transformation et de la fabrication secondaire, le Canada s’est associé à l’OTAN et à d’autres pays alliés pour créer une chaîne logistique de raffinage de minéraux critiques en tirant parti de la capacité de fusion existante.

Le Canada sert de catalyseur pour :

  • Le développement de tous les projets dans leurs étapes finales, notamment la mine de nickel Eagle’s Nest dans le Cercle de feu de l’Ontario et la mine de cuivre Casino au Yukon.

  • Projets dans leurs premières étapes visant un éventail de métaux et minerais. Le Canada est un fournisseur fiable de minéraux critiques pour ses partenaires de l’OTAN. Le Canada renforce les chaînes logistiques nationales et internationales de même que sa capacité de transformation. Le secteur minier est transformé d’un secteur de ressources naturelles en un pilier de la stratégie industrielle et géopolitique du Canada.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis10 milliards $19 milliards $
Le Canada atteint sa cible de dépenses de 2 % fixée par l’OTAN.Core defence spending increases to 3.5% of GDP by 2035

Les courants géopolitiques changent rapidement. L’incertitude entourant la cohésion et la stabilité de l’OTAN a suscité des interrogations quant aux capacités militaires du Canada. Après des décennies de sous-investissement, Ottawa envoie le meilleur signal de demande depuis une génération. Le gouvernement fédéral réalise des investissements historiques dans le cadre de son engagement à augmenter les dépenses militaires à 5 % du PIB. La Stratégie industrielle de défense d’Ottawa marque le début d’un nouveau plan directeur qui allie capacité industrielle et positionnement stratégique.

L’augmentation de l’enveloppe de financement entraîne un changement de mentalité au sein des Forces armées canadiennes (FAC), qui passent d’une approche de plateforme à une approche axée sur les capacités. Les systèmes autonomes et sans pilote, c’est-à-dire les drones, illustrent bien le phénomène. À l’intersection de la défense, de l’espace, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, le secteur des drones évolue rapidement d’un sous-secteur de niche à une source de capacités fondamentales. Le programme canadien d’accroissement du nombre de drones et l’initiative MINERVA de l’Armée canadienne illustrent cette évolution : le gouvernement définit la mission ou les résultats attendus, et demande à l’industrie de fournir la solution. Les drones s’inscrivent aussi dans l’esprit de double usage de la stratégie de défense spatiale du Canada, car parallèlement à leur usage dans un contexte commercial, ils offrent des applications militaires évolutives lorsque les délais d’approvisionnement sont en accord avec les mécanismes de répartition du risque. En ce qui a trait à la souveraineté dans l’Arctique, qui retient à nouveau l’attention d’Ottawa, les drones, par leur persistance et leur réactivité, complètent les dispositifs spatiaux tout en constituant une capacité durable à l’échelle nationale.

Malgré le récent effort de financement, le secteur de la défense est confronté à une série de défis liés entre eux.

Secteur de la défense (2022)

Dépenses variablesValeur
Emploi36 000
Revenus14 milliards $
Exportations7 milliards $
PIB9,6 milliards $
Dépenses en recherche et développement$440M
Source: ISED
  • En raison de la faiblesse et de l’incertitude entourant les dépenses publiques, les sociétés nationales n’ont pas de client stratégique.

  • Le processus d’approvisionnement canadien peut être laborieux, complexe et politisé. La surveillance répartie entre plusieurs agences, les cycles de soumission prolongés et les complexités administratives dissuadent les investisseurs et limitent l’innovation.

  • Les occasions d’exportation sur les marchés étrangers sont parfois limitées pour les sociétés canadiennes en raison des barrières réglementaires, politiques et économiques conçues pour favoriser la souveraineté du pays importateur, au détriment des concurrents étrangers.

  • Le problème persistant de l’échelle, du fait que bon nombre de PME canadiennes dépendent de conglomérats américains.

  • La chaîne d’approvisionnement de la défense reste fragile dans l’ère de l’après-pandémie, où les retards et les goulots d’étranglement techniques pénalisent les fournisseurs des catégories 2 et 3.

  • La pénurie de compétences signifie que les entreprises ont du mal à trouver des ingénieurs, des scientifiques et des techniciens.

La dynamique des capitaux dans le secteur de la défense est dictée par les marchés publics, les contrats à long terme et les signaux de financement public de la R-D, qui attirent aussi le capital-risque et la prise de participation stratégique pour les investissements de démarrage et la structuration de la dette des sociétés plus avancées. Les flux de capitaux permettent de financer la recherche et le développement, l’équipement spécialisé, les installations de fabrication, ainsi que les infrastructures technologiques et les activités d’exploitation. Compte tenu de la nature du secteur, la demande gouvernementale peut faciliter la mise à l’échelle de la capacité industrielle dans le cadre de contrats à long terme, et réduire le risque associé aux investissements privés.

Le budget de 2025 a élargi le cadre de financement, à l’aide de nouvelles mesures visant les technologies à double usage, les minéraux critiques, l’intelligence artificielle et la capacité souveraine de lancement spatial. L’accent sur l’approvisionnement est clair :

  • Avions de chasse, avions de patrouille maritime, sous-marins capables d’opérer sous la banquise et lance-roquettes de longue portée.

  • Stratégie orientée sur la surveillance aérienne et maritime avec une revitalisation des infrastructures canadiennes militaires et à double usage, y compris les installations dans l’Arctique.

  • Ces capacités dépendent de l’espace, des communications par satellite et des cybersystèmes pour connecter et sécuriser les systèmes de défense numériques du Canada.

Tout cela s’inscrit dans une politique industrielle encore naissante, portée par de grandes ambitions d’achat au Canada. Le secteur bénéficie de puissants atouts, mais il lui reste à prendre de la vitesse.

Le Canada est à la traîne de ses pairs de l'OTAN pour les dépenses militaires

Le Canada dépense annuellement 2 % de son PIB jusqu’en 2035. La demande est donc prévisible.

  • La politique d’Ottawa en faveur des achats au Canada oriente les volumes d’approvisionnement vers les produits nationaux.

  • L’écosystème de la défense est renforcé tout au long de la chaîne de valeur, à commencer par la recherche et le développement, puis à l’échelle des installations et des machines et équipements spécialisés, ce qui se traduit par une amélioration des capacités.

Bottom line: Canada rebuilds its military incrementally, with expanded hardware in a few key areas. This enables Canada to better surveil the Arctic, patrol the coasts, and support our NATO allies. However, in a world where the integrity of the NATO alliance is in question, or abolished completely, Canada’s defence capabilities remain under-developed. En conclusion, le Canada reconstruit graduellement ses capacités militaires grâce une amélioration de son matériel dans plusieurs domaines clés. Cela permet au Canada de renforcer la surveillance de l’Arctique et le patrouillage des côtes, et de mieux soutenir ses alliés de l’OTAN. Toutefois, dans un monde où la crédibilité de l’OTAN est remise en question, voire complètement anéantie, les capacités de défense du Canada demeurent sous-développées.

Le Canada atteint sa pleine cible de l’OTAN de 5 % du PIB d’ici 2035, incluant :

  • Augmentation linéaire des actifs de base du secteur de la défense.

  • Augmentation de la part des dépenses affectées aux biens d’équipement et au matériel militaire.

  • Approvisionnement national massif en avions et navires de nouvelle génération, architectures de cyberdéfense et infrastructures en Arctique.

Cela ajoute 300 milliards de dollars aux dépenses militaires au cours des dix prochaines années. Si Ottawa maintient son engagement d’atteindre au moins 70 % de ses importations au pays au cours de la prochaine décennie (contre 30 % actuellement), les producteurs canadiens devraient gagner 100 milliards de dollars de revenus supplémentaires (ce qui exclut les dépenses liées aux infrastructures à double usage). Il ne s’agit pas seulement d’une augmentation des dépenses. La défense repose particulièrement sur la recherche et le développement, ce qui se répercute sur l’ensemble de la production de propriété intellectuelle et soutient la fabrication de pointe, permettant au Canada de mieux contribuer à la défense collective de l’OTAN.

Le Canada renforce à la fois ses capacités défensives et spatiales. Les dépenses militaires revitalisent la base industrielle du Canada. L’espace mobilise de la technologie à double usage. Le Canada contribue grandement aux capacités de défensives et spatiales des pays alliés, ce qui représente non seulement une nouvelle « frontière » à défendre, mais aussi un marché de consommation frontière.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis5 milliards $12 milliards $
Le secteur croît à un taux historique (1 % par année).Le secteur spatial canadien double sa part de marché mondiale et augmente de 2 % d’ici 2035.

L’espace représente une convergence unique de besoin stratégique et d’occasion de formation de capital. De par leur nature stratégique, les capacités spatiales contribuent à la souveraineté canadienne grâce à la surveillance de l’Arctique, aux communications de défense et au suivi du climat, tout en stimulant la productivité d’autres secteurs. En effet, l’observation de la Terre et l’analyse géospatiale rehaussent l’efficience de l’agriculture, des mines, de l’énergie, des infrastructures et des assurances, ce qui en fait des éléments essentiels dans toute stratégie de formation de capital. La combinaison de la technologie spatiale et de l’IA représente également un puissant moteur de la demande et de la propriété intellectuelle, du fait que les données spatiales alliées à l’intelligence artificielle peuvent renforcer les capacités d’automatisation, la résilience face aux changements climatiques et les moyens de défense.

Le Canada est reconnu pour son excellence en matière de communications par satellite, de robotique spatiale, d’observation de la Terre et de génie aérospatial. Bien que le pays soit la troisième puissance spatiale et bénéficie d’une renommée de longue date dans ce domaine, le sous-investissement fédéral et l’incapacité de développer la capacité souveraine de lancement dans l’espace ont limité la croissance du secteur. Cette ère pourrait maintenant prendre fin, en partie grâce à la mise en convergence des technologies de la défense et de l’espace.

Industrie spatiale (2023)

Dépenses variablesValeur
Emploi13 900
Revenus5,1 milliards $
Exportations2,2 milliards $
PIB3,4 milliards $
Dépenses en recherche et développement$650M
Source: Agence spatiale canadienne

Une révolution à deux volets est engagée, mais le Canada n’a pas encore trouvé un terrain solide.

  • Aux États-Unis, une transformation du modèle d’affaires est en cours depuis 15 années, soutenue par des mesures politiques en vertu desquelles le secteur privé a pris un rôle de plus en plus déterminant dans le déploiement de capitaux et l’innovation.

  • Le deuxième point de transformation sera l’Europe, qui n’en est qu’à ses débuts. Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’engagement de l’OTAN à augmenter les dépenses de défense, nous assistons à une mise en convergence du secteur spatial et du secteur de la défense souveraine. Les sociétés spatiales traditionnelles se tournent vers des contrats du secteur de la défense, tandis que les conglomérats de défense élargissent leurs capacités spatiales. Les technologies spatiales « à double usage » sont désormais la norme.8

Tout comme dans le secteur de la défense, les capitaux affluent lorsque la demande gouvernementale atténue les risques associés à l’investissement privé, ce qui permet aux entreprises de renforcer leurs capacités technologiques et de mettre à l’échelle leurs capacités industrielles dans le cadre de contrats à long terme – cela ne serait pas possible si les contrats étaient purement commerciaux. Le modèle de financement du Canada est mis à l’épreuve. Dans le secteur spatial, la voie la plus rapide vers une mise à l’échelle industrielle ne repose pas sur le matériel que possède l’État, mais sur le rôle de l’État en tant que client stratégique pour les sociétés de services à vocation commerciale – données, communications, surveillance, analyse et lancements – dans le cadre de contrats pluriannuels fondés sur le rendement. Si leur structuration est correcte, ces contrats deviennent des sources quasi souveraines de revenus, ce qui facilite le financement, réduit le coût du capital et permet de débloquer d’importantes enveloppes d’investissement privé, tout en aidant les entreprises canadiennes à mettre à l’échelle leurs capacités au pays et à exporter dans le reste du monde.

Malgré les réalisations antérieures et les forces actuelles, le secteur reste confronté à des défis structurels et politiques.

Budget consacré au secteur spatial parmi les 10 pays participants au Forum sur le secteur spatial de l'OCDE
  • Les ventes annuelles reculent de 1 % par année.

  • L’activité du secteur chute à 4,5 milliards de dollars en 2035.

Conclusion : le Canada ne parvient pas à enrayer le déclin de son secteur spatial. Cette situation est principalement une affaire de politique, et ne résulte pas d’un échec des sociétés spatiales sur le plan de l’innovation et de la croissance. Par conséquent, les capacités de défense spatiale du Canada continuent de stagner tandis que les applications civiles de base sont au point mort. Conclusion : le Canada ne parvient pas à enrayer le déclin de son secteur spatial. Cette situation est principalement une affaire de politique, et ne résulte pas d’un échec des sociétés spatiales sur le plan de l’innovation et de la croissance. Par conséquent, les capacités de défense spatiale du Canada continuent de stagner tandis que les applications civiles de base sont au point mort.

L’espace est considéré comme un élément essentiel de la sécurité nationale et de la compétitivité économique.

  • Le Canada double sa part de marché mondiale, qui passe de 1 % à 2 %.

  • Renforcement de la capacité de lancement souveraine, soutenue par une croissance accélérée des lancements de satellites, conformément aux engagements de financement prévus au budget de 2025.

  • Approfondissement de l’intégration du double usage avec la défense.

  • Modernisation de l’approvisionnement axée sur la rapidité, les partenariats commerciaux et la répartition du risque.

  • On the space-defence axis, government earmarks a modest share of incremental defence spending growth for dual-use space, procured primarily via COCO service contracts—creating predictable revenues that crowd-in private capital at scale.

McKinsey prévoit que le marché spatial mondial atteindra 755 milliards de dollars américains d’ici 2035.Le Canada double sa part de marché actuelle, ce qui entraîne une multiplication par quatre des revenus tirés des ventes. Le Canada renforce à la fois ses capacités défensives et spatiales. Les dépenses militaires revitalisent la base industrielle du Canada. Le secteur de l’espace impulse les technologies à double usage, ce qui permet au Canada de contribuer de manière significative à la capacité de défense et spatiale de ses alliés.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capital Required155 milliards $205 milliards $
Les tendances historiques de la croissance restent constantes dans le futurLa croissance engendrée par les exportations aide le Canada à retrouver son
Les investissements en R-D et en propriété intellectuelle augmentent, ce qui renforce l’innovation et la productivité

Il y a un demi-siècle, le secteur agricole canadien a vécu un essor de croissance et d’innovation fondé sur la recherche et le développement. Les provinces des Prairies sont devenues le grenier du monde, s’imposant comme chefs de file pour les céréales et les oléagineux, mais aussi pour les légumineuses et la viande bovine. Dans les années 1970 et 1980, une forte hausse des investissements s’est traduite par un remaniement de l’agriculture, coïncidant avec l’introduction de nouvelles machines, de variétés de cultures améliorées, de nouveaux produits chimiques agricoles, de techniques génétiques avancées et de systèmes de gestion agricoles.

L’élan suscité par la recherche et le développement, l’innovation et la croissance s’est estompé au cours des dernières décennies. La croissance de la productivité agricole a ralenti, passant d’environ 2 % dans les années 1990-2000 à 1,4 % récemment.10 Le Canada a également perdu du terrain en tant qu’exportateur de produits agroalimentaires. L’investissement dans la fabrication de produits alimentaires et de boissons, qui occupe la plus grande part dans le secteur manufacturier global, est resté stable du milieu des années 1990 au milieu des années 2010, bien qu’il ait montré des signes de rebond au cours de la dernière décennie.

Agriculture et agroalimentaire (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi695 000
Revenus337 milliards $
Exportations60 G$
PIB78 milliards $
Source : Statistique Canada.

Après 2018, nous avons assisté à une brève vague d’expansion dans l’agroalimentaire – entre autres, une usine de volaille Maple Leaf pour 770 millions de dollars et une minoterie de Parrish & Heimbecker pour 250 millions de dollars. RBC estime que le secteur a investi 7,5 milliards de dollars pour accroître sa capacité de fabrication au cours des dernières années, ce qui représente une hausse de 20 %.

Les entreprises agricoles dépendent des flux de trésorerie, des bénéfices non répartis et de la dette bancaire pour financer leur croissance, et elles utilisent des terres, de l’équipement et des stocks comme garanties. Les entreprises agroalimentaires, dont certaines ont une envergure mondiale, peuvent endetter leurs bilans afin de financer leur croissance, en plus des flux de trésorerie, et accéder aux marchés des capitaux. Le capital est déployé dans des investissements productifs en machinerie et en équipement, dans des technologies d’agriculture de précision, dans des installations de stockage, dans des usines de transformation et, de plus en plus, dans la recherche et le développement concernant les semences et les produits biologiques.

Un nœud d’obstacles freine le secteur :

  • Le moteur de l’innovation est mis à rude épreuve. Au Canada, l’activité de R-D du secteur agricole a reculé en termes réels et en pourcentage du PIB. L’aide publique consacrée aux connaissances et innovations agricoles, qui représentait auparavant de 3 % à 4 % des revenus du secteur, est tombée en deçà de la moyenne de l’OCDE. Ce recul érode la future production du canola et limite la commercialisation d’outils de précision, de semences et de systèmes de données.

  • Intensité capitalistique. Les contraintes de capital peuvent freiner l’adoption d’équipements de haute technologie coûteux tels que les drones, les capteurs de récolte et les systèmes de surveillance par GPS utilisés dans l’agriculture de précision.

  • Vague de relève et creusement des lacunes de compétences. L’âge moyen des exploitants agricoles est de 56 ans. La transition vers la nouvelle génération approche à grands pas. Et le nombre d’exploitants de moins de 56 ans a diminué de plus de 50 % depuis 2001.11 En même temps, les exploitations deviennent de plus en plus axées sur la technologie et ont besoin de beaucoup de données, ce qui signifie que les exploitants doivent posséder des compétences techniques, analytiques et de gestion des systèmes. La pénurie de main-d’œuvre et de compétences nécessite des solutions à plusieurs niveaux, allant d’une immigration ciblée (à court terme) à une discipline éducative plus intégrée et à une technologie agricole plus intelligente (à long terme).

  • Concentration des marchés d’exportation. Environ 60 % des exportations de produits agricoles et agroalimentaires du Canada sont expédiées aux États-Unis, ce qui représente un risque de concentration peu engageant. En outre, les États-Unis sont devenus un marché mature (caractérisé par un vieillissement de la population et une lenteur de la croissance), ce qui réduit les perspectives de croissance pour les exportations, surtout si l’on compare avec les marchés émergents.

Le Canada dispose encore d’énormes capacités – des terres fertiles, une eau abondante, des techniques génétiques avancées et une chaîne d’approvisionnement concurrentielle à l’échelle mondiale. La prochaine ère de croissance dépendra de la capacité du Canada à générer une nouvelle vague d’investissements et à reconstruire son écosystème de l’innovation. Le Canada devra gagner du terrain sur deux fronts : utiliser plus efficacement les intrants de production et progresser dans la chaîne de valeur en captant une plus grande part de la capacité mondiale de transformation des aliments. Cela implique l’adoption de technologies agricoles innovantes pour faire progresser la recherche sur le rendement des cultures, la gestion du bétail, l’exploitation des serres et l’expansion de la capacité de fabrication nationale, ce qui se traduirait par des gains d’efficacité dans les exploitations agricoles et les usines.  

La formation du capital dans le secteur de l'agriculture s'oriente lentement à la hausse
    • Les flux d’investissements publics et privés en R-D et dans la propriété intellectuelle se situent à des niveaux historiques.

    • Les investissements agricoles dans les structures, le matériel et l’équipement perpétuent l’intensité capitalistique.

    • Les usines de transformation des aliments remplacent ou modernisent leurs machines et équipements.

Les conséquences de ce scénario :

  • La productivité continue de s’améliorer peu à peu, restant bien en deçà des sommets historiques. Financement agricole Canada estime à 30 milliards de dollars la perte de revenus du secteur au cours de la prochaine décennie à cause des gains d’efficience non réalisés.12

  • La position du Canada dans le commerce agroalimentaire mondial continue de s’éroder lentement. Au début des années 2000, le Canada était le cinquième exportateur en importance, mais il est aujourd’hui septième et pourrait bien chuter au neuvième rang dans les dix prochaines années.13

Ce scénario ne prévoit pas un effondrement, mais plutôt une stagnation. Le Canada conserve son empreinte actuelle, mais ne saisit pas la prochaine vague mondiale en matière de technologie agricole, d’automatisation et de transformation à valeur ajoutée.

Le Canada s’engage dans un nouveau cycle de croissance de plusieurs décennies. Nous imaginons un essor des investissements semblable à celui des années 1970, porté par un soutien accru aux activités de R-D et de production de propriété intellectuelle. Davantage de capitaux publics et privés soutiennent la recherche et la production de propriété intellectuelle, ce qui stimule les progrès technologiques et la formation de capital, améliore progressivement l’efficience agricole et facilite l’adoption de nouvelles technologies. Selon ce scénario, la croissance du secteur de la transformation alimentaire repose sur la demande étrangère en exportations d’aliments canadiens.

  • Le Canada regagne sa part du marché agroalimentaire international, passant du septième au cinquième rang, renforçant ainsi son statut de superpuissance agroalimentaire.

  • Il faudrait que les dépenses publiques et privées liées à la R-D augmentent de 50 % pour retrouver leurs niveaux des années 1980 – ajustés en fonction du PIB. Toutefois, le rendement sur l’investissement en R-D pourrait être de 10 à 20 fois supérieur.14

  • Le Canada déploie des efforts délibérés et coordonnés pour déclencher un nouveau cycle d’investissement et d’innovation dans le secteur. Les dépenses en immobilisations montent en flèche grâce à l’adoption à grande échelle de technologies agricoles émergentes, notamment la génétique des cultures, des machines plus efficientes et des systèmes de production améliorés.

Qu’il s’agisse d’affecter davantage de fonds à la recherche, de mettre à niveau l’équipement à des fins d’efficience ou d’adopter de nouvelles pratiques, l’accroissement notable de la productivité exigera une nouvelle phase d’accroissement du capital. Dans notre scénario de croissance, les marchés d’exportation du Canada gagnent en ampleur et en intensité, en particulier dans le domaine des aliments transformés. Comme nous l’avons mentionné dans une récente recherche RBC, le Canada pourrait gagner une part importante du commerce agroalimentaire international et retrouver son rang mondial15 Pour ce qui est du secteur agroalimentaire, cela signifie que les exportations grimpent au-delà les niveaux actuels. Il en résulte non seulement un renforcement de la souveraineté alimentaire, mais aussi une sécurité alimentaire pour les pays alliés et amis, ce qui renforce la position du Canada comme chef de file sectoriel et partenaire de confiance.

Pendant des décennies, le cadre de l’investissement au Canada s’est appuyé sur le principe de sociétés privées exerçant leurs activités sur des marchés relativement libres et aux frontières de plus en plus ouvertes, le tout sous l’auspice d’institutions multilatérales. Les flux de capitaux étaient dictés par les avantages comparatifs et l’efficience des coûts. Cette nouvelle ère se caractérise par une fragmentation et par l’élargissement du rôle de l’État, tandis que les capacités industrielles, la souveraineté et l’alignement géopolitique sont des facteurs qui s’ajoutent au calcul traditionnel des profits et des pertes.

Le Canada ne manque pas de capitaux, mais les systèmes utilisés pour les déployer sont mal adaptés à cette nouvelle ère. Les capitaux n’affluent pas à la vitesse ni à l’échelle nécessaires vers les secteurs qui en ont besoin – c’est ce qu’on appelle la non-concordance des capitaux. Pour moderniser son cadre de formation de capital, le Canada doit mettre l’accent sur un rapprochement entre les enveloppes de capitaux et les actifs investissables.

Ce sont les sociétés elles-mêmes qui représentent la première source de capitaux visant à financer la croissance. Le secteur des sociétés non financières du Canada, dont les bilans totalisent plus de 1,1 billion de dollars de devises, de dépôts et de titres de créance, constitue la première couche des réserves de capitaux. Les liquidités excédentaires des sociétés canadiennes ne suffiraient peut-être pas à alimenter notre scénario de croissance accélérée, mais leur déploiement pourrait avoir un effet en cascade et attirer d’autres enveloppes de capitaux.

Le cadre que nous proposons repose sur quatre sources de capitaux supplémentaires : les capitaux institutionnels, le capital-risque, les capitaux étrangers et les capitaux d’État.

  • Les grands portefeuilles de capitaux institutionnels – caisses de retraite, gestionnaires d’actifs mondiaux, assureurs – sont positionnés pour investir dans des actifs à long terme, à faible risque et produisant des flux de trésorerie prévisibles. Le Canada produit trop peu de ces actifs. En fait, de nombreuses occasions se présentent aux premières étapes de développement, alors que les projets sont minés par l’incertitude réglementaire, les délais d’obtention de permis ou le risque de commercialisation. Les capitaux institutionnels ne sont pas conçus pour saisir ces occasions.

  • L’écosystème canadien de capital-risque fonctionne relativement bien dans les premières étapes. Le capital-risque et le capital-investissement permettent de financer un flux constant d’innovations, mais trop peu de sociétés passent de la phase de démarrage à une expansion à grande échelle. Le pays manque de capitaux de croissance pour financer les dernières étapes des projets, et les signaux de demande requis – approvisionnement, clientèle stratégique, profondeur des marchés intérieurs – pour soutenir la commercialisation sont également insuffisants. Par conséquent, les sociétés réussissant à mobiliser des capitaux demeurent de taille moyenne, par faute de moyens suffisants pour s’accroître à l’échelle nationale.

  • Les capitaux étrangers demeurent une source de croissance sous-exploitée. Les investisseurs mondiaux accordent la priorité aux territoires offrant des politiques claires, des processus rapides et des rendements concurrentiels. Le Canada possède les fonds de dotation nécessaires pour se démarquer sur le marché des investissements mondiaux, mais il est constamment à la traîne du point de vue de l’exécution. Les longs délais d’approbation et la volatilité des politiques augmentent l’incertitude et le coût du capital.

  • Les capitaux de l’État pourraient être déployés à grande échelle, non pas pour remplacer l’investissement privé, mais pour l’encourager. Face à la fragmentation de l’économie politique mondiale, les gouvernements jouent un rôle plus important dans la circulation des flux de capitaux par l’intermédiaire des marchés publics, des prises de participation et d’autres mécanismes d’atténuation du risque. Le Canada dispose de nombreux véhicules de déploiement, avec une abondance de sociétés d’État et d’institutions financières publiques, mais la coordination et l’exécution freinent l’affectation de capitaux de l’État et l’accroissement des investissements privés.

Pour résoudre ce problème de concordance, nous explorons un ensemble de mécanismes interconnectés qui permettraient d’attirer et de libérer des investissements. Ces solutions sont conçues pour réduire l’incertitude des investisseurs, atténuer le risque d’exécution et augmenter les rendements après impôt, sans pour autant alourdir la pression sur les finances publiques du Canada qui sont déjà tendues. Il est important de noter que chaque solution peut être mise en œuvre à court terme à l’échelle politique.

Au Canada, d’importants capitaux publics sont immobilisés dans des actifs publics matures à faible risque : ports, services publics, pipelines, routes et autres infrastructures de base. Ces actifs peuvent produire des flux de trésorerie stables et prévisibles (et c’est souvent le cas), ce qui les rend particulièrement adaptés à l’investissement institutionnel à long terme. Néanmoins, ils demeurent inscrits dans les bilans publics, ce qui limite la flexibilité budgétaire à un moment où de nombreux gouvernements canadiens sont déjà en déficit. Parallèlement, l’incertitude politique décourage l’investissement dans les projets d’infrastructures essentielles. Par conséquent, les investisseurs institutionnels restent sur la touche tandis que les projets d’intérêt national demeurent sous-capitalisés.

Les gouvernements de tous les niveaux possèdent des actifs – des pipelines aux aéroports, des services publics aux ponts – qui peuvent être monétisés. En vertu de ce modèle, les gouvernements pourraient louer ou céder les actifs arrivés à maturité, convertir la richesse publique dormante en flux économiques productifs, et réinvestir le produit dans de nouvelles infrastructures. Au besoin, des incitatifs fédéraux pourraient être utilisés pour encourager les provinces et les municipalités à participer à l’initiative. Les avantages sont évidents :

  • Pour le gouvernement, de la capacité budgétaire est créée sans augmenter les impôts ni émettre de titres de créance. Les gouvernements réorientent le capital provenant des actifs matures vers des infrastructures à impact élevé.

  • Pour les citoyens, une nouvelle infrastructure voit le jour sans hausse d’impôts.

Ce modèle n’entraîne pas de nouveaux coûts, mais change qui le prend en charge – c’est là que des compromis (inévitables) doivent être faits. Le fait de transférer ces coûts des contribuables aux utilisateurs directs pourrait créer des frictions politiques, malgré la logique économique du modèle qui améliore l’équité (puisque les coûts sont mis en phase avec l’utilisation des actifs) ainsi que l’efficience (puisque la tarification régule la demande tout en finançant l’entretien). La gouvernance est la clé de la réussite du programme et du soutien du public. 

Le capital public est plus utile dans les premières étapes du développement, lorsque le risque est élevé, tandis que le capital privé convient mieux aux actifs à long terme dont les risques sont moins importants. Un programme de recyclage des actifs pourrait aider les gouvernements à atteindre l’équilibre budgétaire tout en générant le dynamisme inhérent à une économie de marché. Le programme de recyclage des actifs de l’Australie témoigne du potentiel de cette solution : des incitatifs fédéraux de 2,3 milliards de dollars ont permis de mobiliser 15 milliards de dollars d’investissements en infrastructures supplémentaires sur cinq ans, accélérant le développement des infrastructures sans alourdir la dette publique.

Pour assurer l’efficacité d’un programme de recyclage des actifs, il convient d’inclure ce qui suit :

  • Critères d’admissibilité clairs, axés sur les actifs matures générant des revenus.

  • Réaffecter le produit des dessaisissements à de nouveaux investissements en infrastructures (et non aux revenus généraux).

  • Normes d’évaluation et de gouvernance transparentes.

Ce modèle de construction et privatisation attirerait des capitaux privés, permettant de réaliser des investissements générateurs de productivité dans les infrastructures de base sans pression sur les finances publiques.

Au Canada, l’écart de mise à l’échelle est particulièrement prononcé pour les sociétés de taille moyenne. Pour les grands portefeuilles de capitaux institutionnels, comme les caisses de retraite, les projets doivent respecter des seuils de taille, de maturité et de flux de trésorerie. Or, bon nombre de projets et d’entreprises du Canada sont de trop petite taille ou dans des étapes trop précoces pour être admissibles.

Des processus d’approvisionnement ouverts aux sociétés commerciales pourraient aider à combler cet écart, à condition que le modèle évolue d’une fonction administrative à un outil de politique industrielle. Au lieu d’acheter des plateformes, le gouvernement devrait acheter des capacités au moyen de contrats fondés sur les résultats. Le gouvernement agirait en tant que client stratégique en canalisant la demande publique, afin de réduire l’incertitude entourant les revenus des projets et des sociétés qui ont du mal à accéder aux capitaux à cause du risque de commercialisation. 16 Un processus d’approvisionnement intelligent permettrait d’attirer des capitaux privés, de tirer parti de la concurrence, de transférer le risque et d’encourager l’innovation, créant ainsi une cascade de formation de capital.

Des plans de production pluriannuels, une mise aux normes de la flotte et des contrats de maintien sur le cycle de vie pourraient transformer des achats ponctuels en capacité industrielle durable. Le maintien et les mises à niveau génèrent des flux de revenus récurrents, des emplois qualifiés stables et un contrôle national sur la propriété intellectuelle. Le Canada pourrait continuer à connaître des fuites de capitaux bien après la décision d’approvisionnement initiale. À cet égard, l’architecture financière est importante : les contrats stratégiques permettent le financement de projets et la mise en place de prêts adossés à des actifs, tandis que les conventions de vente et d’achat réduisent considérablement le coût moyen pondéré du capital en rendant la dette viable plus tôt dans le cycle de développement. Cet « effet papillon » pourrait transformer l’approvisionnement en une formation de capital généralisée, en aidant les sociétés canadiennes, actuellement fournisseurs de niveau 2, à devenir des entrepreneurs principaux concurrentiels à l’échelle mondiale.

Le Commercial Crew and Carrier Program (C3PO) de la NASA constitue un exemple intéressant. Dans le passé, la NASA concevait, détenait et possédait ses actifs en vertu de contrats à coût remboursé, avec une lourde supervision bureaucratique et une réutilisation commerciale limitée. Après 2005, la NASA a fait volte-face en passant de l’approche « construire et posséder » à une approche « acheter et utiliser ». La NASA est devenue un client stratégique qui achète des services auprès de sociétés privées concevant et possédant des actifs pour de multiples clients. Les coûts de lancement sont devenus dix fois moins élevés, soutenus par des innovations notables comme les fusées réutilisables, les systèmes d’amarrage autonome et le tourisme spatial.

Au Canada, ce même modèle pourrait :

  • Agir comme un signal de demande stratégique. Selon le modèle du client stratégique, répondre à une demande soutenue grâce à des contrats à long terme, réduire l’incertitude commerciale et encourager les importantes dépenses en immobilisations requises pour le développement technologique de pointe. Attirer du capital-risque grâce à des engagements d’achat anticipés assortis de volumes minimaux garantis.

  • Mettre en place des contrats liés au rendement. Passer d’une prestation à coût remboursé à une prestation à prix fixe pour les actifs arrivés à maturité, au moyen d’appels d’offres concurrentiels qui récompenseraient l’amélioration des capacités tout en gérant les risques de dépassement des coûts. Mettre en place des mesures de rendement fondées sur la capacité et les délais de livraison, conjointement à des récompenses (tarification favorable, primes) et des pénalités (amendes pour retards).

  • Simplifier les tâches administratives. Réduire la bureaucratie pour les entrepreneurs en leur permettant de consacrer leurs modestes ressources au perfectionnement des capacités, l’amélioration de la productivité et la maintenabilité. Pour accélérer les programmes, il faudrait envisager la création d’une autorité en dehors du système d’approvisionnement traditionnel, capable de signer les contrats de production subséquents sans avoir à les soumettre à un processus de concurrence (sous réserve que la société parvienne à livrer les capacités requises dans les limites du budget).

Il en résulterait une harmonisation des incitatifs, une voie de commercialisation plus claire pour les petites et moyennes entreprises, et un écosystème plus dynamique constitué de sociétés ayant une meilleure capacité à répondre aux besoins intérieurs et à rivaliser à l’étranger.

Les investisseurs mondiaux évaluent les territoires en fonction de leur ouverture à l’investissement et de leur compétitivité structurelle. L’accueil des investissements étrangers et la politique fiscale sont des éléments essentiels dans les cadres de décision.

Le cadre canadien visant à examiner les investissements étrangers, c’est-à-dire la Loi sur Investissement Canada (LIC), constitue un frein pour attirer les capitaux mondiaux. Assurer la sécurité nationale et donner un avantage net au Canada sont des objectifs raisonnables, mais l’application de ce cadre peut être une source d’incertitude, d’opacité et de retards. Le caractère réactif et discrétionnaire du système crée de l’imprévisibilité, avec un effet dissuasif sur les investissements étrangers. Une réforme donnerait plus de confiance aux investisseurs tout en rehaussant les rendements après impôt.

  • Le système de sélection et d’approbation des investissements étrangers pourrait être davantage fondé sur des règles et stratégiquement harmonisé, avec une distinction entre les secteurs commercialement ou stratégiquement sensibles et ceux où les capitaux sont bien accueillis. Certaines réformes pourraient préserver la sécurité nationale tout en renforçant l’attrait du Canada comme destination d’investissement :

    • Processus plus rapides pour les placements à faible risque tels que les participations minoritaires, les investissements provenant d’alliés de confiance ou les projets visant des secteurs autorisés.

    • Corridors d’investissement stratégique avec des alliés privilégiés, et harmonisation des stratégies politiques, industrielles et de capital dans des domaines tels que les mines, l’énergie et la fabrication de pointe.

À la suite de ces changements, la LIC ne serait plus perçue comme une barrière, mais comme un élément de facilitation et de prévisibilité pour l’investissement étranger, tout en assurant la protection des intérêts nationaux et un accueil favorable aux capitaux mondiaux.

Le Canada a également besoin d’un régime d’impôt sur les revenus des sociétés plus concurrentiel. Depuis les réformes engagées par les États-Unis et d’autres pays en 2018, le Canada a perdu son avantage en matière d’impôt des sociétés. C’est pourquoi les principaux fiscalistes réclament une réforme fiscale « coup de poing » qui encouragerait l’investissement au lieu de créer encore plus de couches de crédits d’impôt ayant des effets de distorsion. Pour accroître les rendements du capital après impôt, nous voyons deux solutions qui méritent d’être étudiées en profondeur :

  • Le Canada pourrait imposer les bénéfices distribués tout en exonérant les bénéfices non répartis. Par exemple, l’Estonie et la Lettonie accordent aux sociétés une exonération d’impôt totale sur leurs bénéfices non répartis, une disposition qui a fait ses preuves pour attirer les investissements directs étrangers. En supposant que cette option soit conforme aux conventions fiscales internationales et aux règles fiscales minimales de l’OCDE, le Canada pourrait :

    • Imposer les bénéfices qui sont distribués : dividendes, rachats d’actions et distributions réputées.

    • Exonérer les bénéfices retenus au bilan des sociétés, afin de les inciter à réinvestir dans la recherche et le développement, la propriété intellectuelle, les machines et équipements, et l’expansion des affaires.

    • Soulignons que cette approche pourrait être neutre au regard des recettes publiques, grâce à la suppression d’autres incitatifs fiscaux inefficaces et générateurs de distorsions qui deviendraient alors redondants.17

Même si elle n’influe aucunement sur les recettes publiques, cette réforme ferait du Canada une destination d’investissement plus intéressante en abaissant considérablement le taux d’imposition effectif marginal. Elle récompenserait aussi directement et considérablement les sociétés canalisant leurs capitaux dans des activités productives au Canada.

  • Mise en place d’une série de réformes qui amélioreraient la compétitivité fiscale du Canada :

    • Réduction du taux de l’impôt sur les sociétés à l’échelle fédérale. Réduction des taux d’imposition sur les revenus des sociétés pour accroître la compétitivité du Canada par rapport à d’autres territoires, en particulier depuis les récentes réformes fiscales aux États-Unis.

    • Passation en charges complète des dépenses en immobilisations. Permettre aux entreprises de déduire immédiatement le coût total des machines, de l’équipement et des investissements en propriété intellectuelle plutôt que de les amortir au fil du temps. Une telle solution procurerait des avantages immédiats en matière de flux de trésorerie et réduirait le coût en capital des placements axés sur la croissance.

    • Traitement amélioré des gains en capital. Augmenter les limites d’exonération des gains en capital pour les investissements des sociétés, et accroître les allocations pour passation d’entreprise afin de faciliter le réinvestissement et la planification de la relève tout en maintenant l’équité.

Cette approche globale témoignerait clairement de l’engagement du Canada à demeurer une destination de prédilection pour les capitaux mondiaux, tout en assurant la viabilité des revenus et la conformité aux lois fiscales internationales.

Le Canada demeure confronté à un défi persistant en ce qui concerne le financement de projets et de technologies qui sont commercialement viables à long terme, mais ne parviennent pas à surmonter les obstacles à l’investissement privé à court terme. Il s’agit généralement de technologies premières en leur genre ou d’actifs stratégiques (petits réacteurs nucléaires modulaires, minéraux critiques, transformation des terres rares, capture de carbone), où des facteurs tels que les délais d’attente, l’incertitude entourant la demande ou la volatilité des prix creusent un écart entre la tolérance au risque et les intérêts stratégiques du Canada.

Le problème n’est pas l’absence de capital, mais plutôt le manque de capacité à prendre des risques. Les investisseurs privés sont peu disposés à composer avec l’incertitude initiale lorsque les calendriers s’étendent sur plusieurs décennies et les sources de revenus demeurent incertaines. Il en résulte un sous-investissement dans les secteurs qui comptent le plus pour le positionnement industriel et géopolitique du Canada.

Un déploiement plus actif du capital de l’État pourrait contribuer à combler cet écart, non pas dans l’objectif de supplanter l’investissement privé, mais plutôt de modifier le profil risque-rendement afin de l’attirer. Pour ce faire, une panoplie d’instruments peut être déployée :

  • Prises de participation de l’État dans des entreprises ou des projets en phase de démarrage ou d’une importance systémique, qui permettraient à l’État d’absorber le risque initial tout en conservant une participation aux hausses.

  • Prix planchers pour réduire la volatilité des marchandises et favoriser la viabilité des projets, surtout dans les marchés peu profonds ou peu matures comme l’extraction et la transformation des terres rares.

  • Conventions de vente et d’achat à long terme offrant une certitude en matière de revenus, qui permettraient aux promoteurs de projets d’obtenir des financements par emprunt ou par actions adossés à une demande contractuelle sur une longue durée.

  • Accumulation stratégique de stocks pour stabiliser les marchés et donner le signal d’une forte demande publique dans les secteurs prioritaires.18

Ces outils sont déjà déployés dans des pays pairs, en particulier dans les secteurs des minéraux critiques et de l’énergie où les gouvernements agissent en tant qu’acteurs principaux du marché et non comme simples observateurs. La question n’est pas de savoir s’il faut utiliser ces outils, mais comment les déployer à une vitesse et à une échelle suffisantes.

Ce cadre de formation de capital vise à restaurer l’attrait du Canada pour les investisseurs en réduisant l’incertitude, en contribuant à une mise à l’échelle des capacités là où les mandats l’exigent, en transférant le risque initial afin qu’il ne soit plus porté par les investisseurs privés, et en améliorant le rendement après impôt associé aux investissements productifs.

À condition d’abaisser le coût du capital ajusté en fonction du risque dans les secteurs stratégiques tels que le pétrole et le gaz, l’électricité, les mines, la défense, l’espace, et l’agriculture et agroalimentaire, le Canada peut convertir ses atouts non exploités en projets bancables.

Mais cette excellente occasion ne durera pas. Dans un contexte de concurrence accrue, les capitaux seront dirigés vers les pays assurant la viabilité des investissements. Le Canada doit agir rapidement pour mettre en œuvre ses ambitions.

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A.  Méthodologie et sources des données

Pétrole et gaz

Dans le secteur pétrolier et gazier, le capital requis comprend ce qui suit :

  • Investissement en installations existantes pour accroître progressivement la production de pétrole conventionnel et de sables bitumineux ;

  • Investissement en installations nouvelles pour créer de nouvelles capacités de production dans le secteur des sables bitumineux ;

  • Nouvelle infrastructure de pipeline pour renforcer la capacité d’exportation ;

  • Nouveaux investissements dans l’extraction de gaz naturel ;

  • Nouvelles installations d’exportation de GNL ;

  • Investissements dans des projets de capture de carbone.

Notre scénario de croissance tendancielle dans le secteur pétrolier est fondé sur les prévisions de production de RBC Marchés des Capitaux.

  • La production augmente de 5,1 millions de barils par jour (Mb/j) en 2024 à 5,9 Mb/j d’ici 2030, avant de plafonner. La production supplémentaire se répartit proportionnellement entre le pétrole conventionnel et les sables bitumineux.

  • Le processus d’optimisation et d’amélioration de l’efficience des pipelines permet de faire circuler davantage de pétrole dans les infrastructures existantes, en supposant que le réseau principal d’Enbridge augmente son volume de 300 000 barils par jour ou que le pipeline Trans Mountain ajoute 245 000 barils par jour au-delà de 2027 grâce à des stations de pompage. Nous supposons qu’aucun site de production majeur n’est nouvellement construit, et que l’augmentation de la production provient des installations existantes.

  • Les données sur les dépenses en immobilisations proviennent de l’Association canadienne des producteurs pétroliers et de la Régie de l’énergie du Canada. Afin d’estimer les dépenses en immobilisations annuelles pour la prochaine décennie, nous avons utilisé les dépenses en immobilisations moyennes par baril de production de pétrole entre 2017 et 2023 pour le pétrole conventionnel (38,80 $) et les sables bitumineux (9,90 $).

  • Notre scénario de croissance tendancielle dans le secteur du gaz naturel prévoit l’achèvement des installations de GNL Woodfibre et Cedar. D’après Ressources naturelles Canada, le coût total est estimé à 11,5 milliards de dollars. Cela permet d’ajouter 0,7 Gpi3/j aux nouvelles capacités d’exportation.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous supposons l’approbation de deux nouveaux oléoducs :

  • L’oléoduc Keystone XL augmente la capacité de 0,83 million de barils par jour, et que l’oléoduc de l’Alberta à la Colombie-Britannique (plus ou moins inspiré de Northen Gateway) ajoute 1 million de barils par jour. Pour établir le coût estimatif de chaque pipeline, nous avons utilisé le coût au kilomètre du pipeline Northern Gate (fourni par l’Office national de l’énergie) corrigé en fonction de l’inflation et des dépassements de coûts. Nous estimons que le coût de chaque pipeline est d’environ 30 milliards de dollars. Nous supposons que la construction du pipeline commencera en 2028 et s’échelonnera sur quatre années. La capacité de production de sables bitumineux s’accroît ainsi de 1,2 million de barils par jour environ. Cette estimation tient compte d’une répartition à 70-30 entre le bitume et le condensat dans les pipelines.

  • L’augmentation de la capacité du pipeline permet de réaliser des investissements en installations nouvelles destinées aux sables bitumineux pour un coût d’environ 56 000 $ par baril et par jour. La production pétrolière totale du Canada pourrait ainsi atteindre 7,1 millions de barils par jour d’ici 2035.

  • Notre scénario de croissance accélérée comprend trois projets supplémentaires de terminaux d’exportation de GNL : phase 2 de LNG Canada, Tilbury et Ksi Lisims. Les coûts estimatifs sont tirés de sources accessibles au public. Collectivement, ces terminaux d’exportation nécessitent des dépenses en immobilisations d’environ 55 milliards de dollars. Ces terminaux augmentent la capacité d’exportation de 3,75 Gpi3/j. Nous avons estimé que les dépenses en immobilisations pour l’extraction de gaz naturel supplémentaire seraient de 10 $ par baril d’équivalents pétrole.

  • Our step change scenario imagines heavy investment into carbon capture and sequestration (CCS) infrastructure. We assume major projects go forward, including the Pathways Alliance’s Phase 1, at a cost of $24 billion. We assume two additional projects of a similar scale go forward. We loosely estimate the total investment for CCS projects amounts to $80 billion over 10 years, based on publicly available estimates. We source project-level CCS data from the BloombergNEF Carbon Capture Capacity Database and include approximate costs from various sources, including news articles.

Électricité

Dans le secteur de l’électricité, le capital requis comprend ce qui suit :

  • coûts initiaux des projets de construction de centrales qui se trouvent déjà à diverses étapes de développement ou qui ont été annoncés ;

  • coûts de remplacement ou de mise à niveau du réseau électrique, ce qui inclut les lignes de transport et de distribution, la mise en place de nouvelles connexions et le renforcement des systèmes.

Selon notre scénario de croissance tendancielle, les projets qui en sont à diverses étapes de développement passeront à la phase de construction.

  • La capacité électrique s’accroît d’environ 69 GW dans toutes les sources d’énergie. Nous tenons compte des projets pour lesquels les processus d’obtention de permis ont été amorcés, pour lesquels un financement a été obtenu, qui sont déjà en phase de construction, ainsi que les projets énergétiques qui ont été annoncés. Nous nous appuyons sur la base de données des projets de production d’énergie de S&P CapIQ. Les données mesurent la capacité et les coûts de construction des projets par type de technologie.

  • Nous incluons aussi les projets de PRM de Bruce C et de Darlington dans notre scénario de croissance tendancielle. Combinés, ils fourniront 6 GW de nouvelles capacités. OPG estime le coût du PRM de Darlington à environ 21 milliards de dollars. Pour Bruce C, nous nous appuyons sur les données du Center For Advanced Nuclear Systems du MIT pour évaluer le coût des réacteurs AP1000, qui se chiffre entre 8 300 $ US et 10 375 $ US par kW.

  • Nous utilisons un exemple de calendrier de déploiement de projets nucléaires à grande échelle tiré du Plan énergétique intégré de l’Ontario, en répartissant équitablement les coûts de construction au fil du temps. Dans le cas des projets dont le déploiement est programmé au-delà de 2035, nous intégrons une partie du coût d’ici 2035.

Nous comparons ce renforcement des capacités aux projections du rapport Avenir énergétique du Canada en 2026 de la Régie de l’énergie du Canada. Notre scénario de croissance tendancielle est globalement conforme aux nouvelles exigences de capacité inscrites dans le scénario de carboneutralité de la Régie de l’énergie du Canada, qui suppose des incitatifs politiques limités en faveur de l’électrification et de l’écologisation du réseau.

Les investissements visant la maintenance et l’amélioration du réseau proviennent de Prévisions de BloombergNEF. Le plan inclut notamment des investissements dans les lignes de transport et de distribution ainsi que dans les sous-stations du réseau, en vue de remplacer les installations vieillissantes, d’établir de nouvelles connexions et de renforcer les systèmes.

Bien que les scénarios de BloombergNEF n’aient pas de corrélation directe avec les scénarios de la Régie de l’énergie du Canada (scénario de transition économique utilisé dans notre scénario de croissance tendancielle), ils supposent l’absence de soutien politique à la transition énergétique, en dehors des mesures existantes, tout comme le scénario de carboneutralité de la Régie de l’énergie du Canada.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous intégrons la capacité supplémentaire requise pour que le Canada demeure sur la voie de la carboneutralité, comme le prévoit le scénario zéro émission nette de la Régie de l’énergie du Canada. Nous incluons quatre projets nucléaires supplémentaires (Wesleyville, PRM de la Saskatchewan, Point Lepreau et Peace River) qui généreront environ 13 GW additionnels pour un coût estimatif de 149 milliards $, dont 43 milliards $ sont répartis jusqu’en 2035. Selon le scénario de croissance accélérée, la capacité totale augmenterait de 98 GW.

TechnologyCER ‘Current Measures growth 2025-35 (MW)CER ‘Net-Zero’ growth 2025-35 (MW)Projects in development (MW)Announced projects (MW)Additional capacity in Step-Change scenario
Solar10,82610,1759,4614,003
Wind36,12858,52617,7453,49337,288
Hydro6,3186,3381,0166,111
Natural Gas9825,0397,0754,438
Battery4,8425,4135,7133,455
Nuclear2,1122,1126,00013,175

Comme pour le scénario de croissance tendancielle, nous utilisons les projections de BloombergNEF pour les investissements liés aux infrastructures du réseau. Le scénario zéro émission nette décrit une démarche difficile, mais réalisable pour atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Bien qu’il ne corresponde pas directement au scénario zéro émission nette de la CER, il présente une voie à suivre.

ProjectCaseCapacity
(MW)
Cost ($B)EstimationTimeline
Darlington SMRBase1,20020.9OPG192029-3520
Bruce CBase4,80058.3MIT CANES212031-4122
Peace RiverGrowth4,40039.3Derived estimate232029-4224
Point LepreauGrowth3005.2Derived estimate252030-3426
Sask. SMRGrowth3155.5Derived estimate272030-3428
WesleyvilleGrowth8,16099.1MIT CANES2033-4729

Exploitation minière

Les besoins en capital dans le secteur minier comprennent une combinaison de :

  • Dépenses en immobilisations nécessaires aux activités générales ;

  • Coûts de construction d’installations nouvelles.

Nous utilisons une approche combinée : modélisation économique générale pour estimer les dépenses en immobilisations dans le scénario de croissance tendancielle ; et une approche ascendante fondée sur les projets, qui tire parti des données de S&P Capital IQ pour le scénario de croissance accélérée.

Dans notre scénario de croissance tendancielle, nous utilisons la fonction de production Cobb-Douglas en considérant les tendances des dix dernières années, en supposant que la relation entre l’investissement et la production correspond aux tendances historiques. La fonction de production Cobb-Douglas quantifie l’interaction entre la main-d’œuvre, le capital et la productivité relativement au PIB. Nous utilisons les données de Statistique Canada, Tableau 36-10-0217-01 pour établir la relation entre la productivité multifactorielle (MPF), le capital (K) et la main-d’œuvre (T), ainsi que le PIB réel, exprimés comme suit :

RealGDP=MFPKαL((1α))Real GDP=MFP*K^α*L^((1-α)) PIBréel=MFP∗Kα∗L ((1 – α))

Premièrement, nous avons déterminé une valeur générale pour l’élasticité, le facteur α, qui est d’environ 0,7 en moyenne entre 2012 et 2021. Nous utilisons les tableaux suivants pour les données sur les sociétés minières et l’exploitation en carrière (sauf le pétrole et le gaz) – SCIAN 212 :

Une fois le modèle défini, nous appliquons un taux de croissance annuel composé sur 10 ans pour le PIB réel, la main-d’œuvre et la productivité afin d’élargir les projections dans le cadre du scénario de croissance tendancielle. Le PIB réel augmente de 0,6 % par an jusqu’en 2035, ce qui suppose des flux d’investissement totaux d’environ 139 milliards de dollars dans le secteur au cours de la prochaine décennie, selon un taux d’amortissement historique d’environ 16 %.

Les placements font ici référence aux flux de capitaux fixes non résidentiels. Cela comprend la construction d’immeubles industriels, comme les usines, les machines et l’équipement, et la construction de produits de propriété intellectuelle résultant d’activités de recherche et développement et d’activités similaires.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous calculons le coût de la construction de nouvelles mines au Canada pour une gamme de métaux et de minerais : or, zinc, minerai de fer, potasse, U3O8, cuivre, lithium, graphite, nickel, éléments des terres rares (principalement des lanthanides) et cobalt. Nous avons obtenu un ensemble de données de plus de 1 000 projets actuellement en exploitation ou à diverses étapes de développement. Pour modéliser le scénario de croissance accélérée, nous avons adopté une approche ascendante en examinant :

  • plus de 1 000 sites miniers actifs et inactifs partout au Canada ;

  • plus de 50 projets en étape ultime de développement dans les secteurs des métaux de base (p. ex., zinc et cuivre), des métaux précieux (or, argent) et des minéraux critiques (lithium, graphite) ;

  • plus de 100 occasions à un stade précoce dont les coûts ou les réserves sont connus.

Nous appelons projets qui sont à l’étape de préfaisabilité (développement des réserves, exploration avancée, préfaisabilité et définition de la portée) comme des projets aux premières étapes, et ceux qui sont déjà à l’étape de faisabilité ou dont la construction a commencé comme des projets en à l’étape finale.

À mesure que les projets miniers progressent, davantage de renseignements deviennent disponibles. Nous avons donc réduit notre périmètre à 228 projets actifs présentant des renseignements sur les coûts en capital initiaux ou sur les capacités de production estimatives. Des renseignements sont disponibles pour environ 95 % des projets qui en sont aux dernières étapes.

Dans le cas des projets pour lesquels seuls des renseignements sur la capacité de production sont disponibles, nous appliquons un coût moyen estimé par capacité de production pour les métaux ou minéraux correspondants. Selon le scénario de croissance accélérée, tous les projets qui en sont aux dernières étapes et 10 % des projets aux premières étapes doivent être achevés sur une période de 10 ans.

MetalTotal countActive projectsEarly Stage: Projects with cost or capacity infoLate Stage: Projects with cost or capacity info
Gold4462966924
Silver32172
Zinc915187
Copper16396243
Lithium3232127
U3O8472173
Graphite221452
Nickel6939115
Potash13742
Lanthanides141362
Iron Ore5334119
Diamonds1152
Platinum521
Cobal3311
Total1,00163016365

Défense

Les besoins en capital du secteur de la défense englobent la R-D ainsi que les machines et équipements, en fonction de différentes hypothèses concernant les dépenses publiques dans le secteur de la défense. Selon les données du rapport État de l’industrie canadienne de la défense publié par Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISED), le secteur génère des revenus répartis à parts égales entre les ventes au pays et les exportations. De plus, les ventes au gouvernement fédéral représentent près des deux tiers des revenus intérieurs.

Nous supposons que les dépenses en biens d’équipement du gouvernement fédéral constituent la principale source de revenus pour l’industrie canadienne, et cette source varie selon les scénarios. Nous supposons que les autres revenus augmenteront au taux de croissance du PIB nominal de 3,5 %.

Historiquement, les dépenses en machines et équipements et les dépenses de R-D ont représenté environ 5,5 % des revenus. Nous utilisons ce ratio pour déterminer les dépenses en immobilisations requises par le secteur pour assurer la nouvelle trajectoire des revenus.

Dans notre scénario de croissance tendancielle, nous supposons que le Canada n’atteindra que 2 % des dépenses fixées par l’OTAN. Les dépenses sont réparties entre le personnel (50 %), l’exploitation et la préparation (25 %), les biens d’équipement (20 %) et l’infrastructure (5 %), ce qui correspond à la répartition historique, et la consigne d’achat au Canada augmente la part du contenu canadien de 30 % à 50 % en 2035 (hausse linéaire). Le gouvernement fédéral a indiqué que par le passé, environ 70 % des dépenses consacrées à la défense étaient dirigées vers des producteurs étrangers, laissant une part de 30 % au marché intérieur. Ottawa veut inverser cette tendance au cours des dix prochaines années afin que la balance s’établisse à 70/30 au bénéfice des entreprises canadiennes.

Dans notre scénario de croissance accélérée, la principale différence est que le Canada est en voie d’atteindre l’exigence de dépenses de 5 % fixée par l’OTAN, dont 3,5 % consacrées aux biens de défense de base. Nous supposons que la composition des dépenses reste la même. Les dépenses de personnel demeurent semblables à celles du scénario de croissance tendancielle, et les dépenses liées à la préparation et aux infrastructures augmentent selon la répartition historique de 25 % et de 5 %, respectivement. Les autres dépenses de défense sont axées sur l’acquisition de nouveaux biens d’équipement (ou le remplacement de biens d’équipement vieillissants), qui génèrent des revenus accrus pour le secteur et qui nécessitent des investissements supplémentaires pour répondre à la demande croissante.

Espace

Les données sur l’économie spatiale canadienne sont limitées. L’Agence spatiale canadienne (ASC) publie chaque année l’État du secteur spatial canadien, englobant notamment le revenu, le produit intérieur brut, l’emploi et les exportations. Les données concernant les sociétés cotées en bourse sont disponibles. Dans notre méthode, nous avons combiné les données de ces deux sources pour modéliser le chiffre d’affaires, le PIB et les dépenses en immobilisations dans les deux scénarios de croissance tendancielle et de croissance accélérée.

Les calculs ont nécessité plusieurs étapes.

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires et le PIB jusqu’en 2035 dans le scénario de croissance tendancielle, nous avons dérivé le taux de croissance annuel historique sur la plus longue durée possible à l’aide des données de l’ASC (de 2014 à 2022) qui, selon nous, orienteront la future croissance du chiffre d’affaires (-0,8 %) et du PIB (1 %).

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires dans le cadre du scénario de croissance accélérée, nous supposons que le Canada doublera sa part du marché mondial d’ici 2035, en passant d’environ 1,1 % du marché mondial en 2022 à 2 % d’ici 2035. En partenariat avec McKinsey & Company, le Forum économique mondial prévoit que le marché spatial mondial augmentera à 755 milliards de dollars américains d’ici 2035, portant la part du Canada à 21 milliards de dollars canadiens. Ce scénario prévoit donc un quadruplement de la croissance du marché spatial en dix ans.

  • To infer the capital required under the two scenarios, we used data for publicly traded space firms. From 2020-2024, Canada’s publicly traded space firms had a capex-to-revenue ratio of 36% (on a weighted average basis). That figure was skewed by heavy investments from a few key firms that are unlikely to be repeated in the future, even under the Step Change Scenario. To better anchor the capex-to-revenue ratio, we included a few mature aerospace companies, which have lower capital requirements. On a weighted-average basis, this brought the capex-to-revenue ratio down to ~10%.

  • Across the Trend Growth and Step Change scenarios, we multiplied annual sales revenue by 10% to determine the annual capex, aggregating the figures over 2025-2035 to determine the total capital required

Agriculture et agroalimentaire

Dans le secteur de l’agriculture, le capital requis comprend ce qui suit :

  • soutien des secteurs public et privé aux connaissances et à l’innovation dans le domaine agricole, grâce à des dépenses en recherche et développement et en propriété intellectuelle ;

  • dans les secteurs de la transformation et de la fabrication, dépenses en immobilisations pour la construction non résidentielle, les machines et les équipements visant à optimiser les procédés au niveau des usines ;

  • pour les grands agriculteurs commerciaux, approfondissement du capital grâce à l’adoption de solutions de technologies agricoles.

À partir des données du USDA, nous examinons la productivité agricole du Canada sur plusieurs décennies. La tendance suggère que la croissance de la productivité a atteint un sommet dans les années 1990 et 2000, puis qu’elle a décliné par la suite. À partir du Tableau 36-10-0096-01 de Statistique Canada, nous observons les tendances de l’investissement au cours de la même période. Nous comparons les flux d’investissement réels au fil du temps ainsi que les flux d’investissement par rapport au PIB du secteur. Les taux d’investissement ont été élevés (tant en termes réels qu’en pourcentage du PIB) au milieu des années 1970 et au milieu des années 1980, se traduisant par des gains de productivité notables au cours des décennies qui ont suivi. À partir des données du rapport de l’OCDE Politiques agricoles : suivi et évaluation, nous suivons le soutien public aux activités de recherche et de développement depuis 1986. Les tendances indiquent une baisse des dépenses en termes réels, en pourcentage des revenus sectoriels et en pourcentage du PIB agricole.

In our Trend Growth Scenario, we extend the average investment trends of the past 10 years. This suggests ~$10 billion annual investment in non-residential construction, machinery and equipment purchases and ~$1.3 billion combined industry IP investments and public support for R&D.

Our Step Change Scenario assumes Canada repeats the investment surge witnessed in the 1970s-1980s, which could raise productivity through more innovation, stronger advanced tech and practice adoption, and investments into efficiency gains. Industry capex increases to ~$13.8 billion annually to match peak levels in 1970s, and combined public and private R&D-related investments rise to $1.6 billion, matching peak levels in 1980s.

Combined total rises to ~$18.9 billion if instead investment levels are calibrated on proportional size to industry GDP – where industry capex investment stood at ~34% (vs 21% currently) as the share of industry GDP on average during 1973-1982, and combined public and private R&D spending was 4.2% (vs 2.7%) during 1986-1995.

For the food manufacturing industry, we tailor the Trend Growth and Step Change scenarios to Canada’s share of global exports aligned with pathways developed in Food first: How agriculture can lead a new era for Canadian exports. Canada’s current market share of global agriculture and agri-food exports stands at 3.7%, and by 2035, global agriculture and agri-food export market (HS codes 1-24) is projected to grow by 0.6% annually. In our Trend Growth scenario for the food manufacturing industry, we assume Canada only maintains it current global standing. This implies 0.8% annual growth in exports of food manufacturing products. Our Step Change scenario for food manufacturing industry assumes Canada increases its export market share by 50%, capturing about US$66 billion by 2035.

In both scenarios, to estimate overall production levels (Statistics Canada table 36-10-0488-01) we combine projected exports with domestic consumption. Domestic consumption is based on historic per capita levels – ~$2500 of real output (adjusted to 2025 price levels) per person, and by 2035, Canada’s population is expected to reach 44.3 million. Overall, food manufacturing production is projected to grow from an estimated $144 billion in 2025 to $155 and $173 billion by 2035 for Trend Growth and Step Change scenarios, respectively. We use a recent spike in investments since 2018, which led to 20% increase in estimated real output, compared to the historic average of 1.9 investment per output ratio during 2007-2017 to derive capital requirements for production capacity increase aligned with our Trend Growth and Step Change scenarios.

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J. Mollins, P. St.-Amant. 2019. The productivity slowdown in Canada: An ICT phenomenon? Staff Working Paper No. 2019-35. Ottawa : Banque du Canada.

Ressources naturelles Canada, 10 faits clés sur le secteur des minéraux au Canada. Ottawa : Gouvernement du Canada.

OCDE. 2023. The Space Economy in Figures: Responding to Global Challenges. Paris : OCDE.

OCDE et FAO. 2025. Agricultural Outlook 2025–2034. Rome : Éditions de l’OCDE.

Pardy, G., R. Mann, C. Neibert, M. Harvey, R. Kwan, M. Choy, N. Ng. 2025. Energy Insights: Awakening the Northern Giant. Toronto : RBC Marchés des Capitaux.

Robson, W., M. Bafale. 2024. Underequipped: How weak capital investment hurts Canadian prosperity. Toronto : C.D. Howe Institute.

Sharp, A., T. Sargent. 2023. « The Canadian productivity landscape: An overview », Fondation canadienne de fiscalité, 71:4, p. 1125-47.

Smith, T., K. et. al. 2025. Missions for prosperity: Building Canada’s next era of economic growth. Toronto : Boston Consulting Group et Centre pour l’avenir du Canada

Space Capital. 2025. Space Investment Quarterly, Q3-2025. New York : Space IQ.

Theron, G. 2025. Raising business sector productivity: Economic Survey of Canada. Paris : OCDE.

Mohamad Yaghi, 2023. Agriculteurs demandés : Le renouvellement de la main-d’œuvre dont le Canada a besoin pour mener la prochaine révolution verte. Toronto : Institut d’action climatique RBC

C.  Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier les personnes suivantes, dont les observations ont éclairé nos réflexions et notre rédaction, ainsi que les nombreux experts qui ont souhaité garder l’anonymat.

Mines Agnico Eagle : Alden Greenhouse

Arrell Food Institute, Université de Guelph : Evan Fraser

Bennett Jones : John Baird

Bombardier : Francis Richer De la Flèche

Brookfield Asset Management : Cyrus Madon

Bruce Power : James Scongack

Institut climatique du Canada : Kate Harland

Réseau canadien d’innovation en alimentation : Richa Gupta

Office d’investissement du régime de pensions du Canada : Andrew Alley, Bruce Hogg, Tara Perkins

Exportation et développement Canada : Sven List

MDA Space : Guillaume Lavoie, Patrick Nihill

NASA : Alex MacDonald (ancien étudiant)

NordSpace : Rahul Goel

Ministère de l’Agriculture de l’Ontario : Steve Duff

Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario : Jonathan Hausman

Prospectors & Builders Association of Canada : Jeff Killeen

RBC : Tracy Antoine, Daniel Chornous, Louis Derlis, Chinyere Eni, Andrew Hay, Ken Herbert, Sara Gelgor, Stuart Kedwell, Robert Kwan, Eric Lascalles, James McGarragle, Lorna McKercher, Rob Nicholson, Greg Pardy, Chris Redgate, Hugh Samson, Michael Scott, Michael Siperco

Espace Canada : Brian Gallant

Ressources Teck : Jeff Hanman, Dale Steeves

The Simpson Center for Food and Agricultural Policy : Sabrina Gulab

Université de Calgary : Robert Johnston, Jack Mintz, Trevor Tombe Volatus Aerospace : Greg Colacitti, Glen Lynch, Abhi Singhvi

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Le prix des aliments devait se stabiliser à l’échelle mondiale en 2026, mais les perturbations ont profondément changé la donne. Au lieu de s’atténuer, les risques penchent désormais vers une nouvelle poussée de l’inflation alimentaire.

Le principal facteur géopolitique, à l’heure actuelle, est le conflit au Moyen-Orient, et plus précisément les perturbations qui touchent une artère névralgique – le détroit d’Ormuz – pour le commerce mondial de l’énergie et des engrais. La Banque mondiale s’attend maintenant à ce que les prix de l’énergie bondissent d’environ 24 % en 2026. Cette hausse des prix de l’énergie est lourde de conséquences pour le prix des aliments, puisque l’énergie entre directement dans le coût du transport, de la transformation et de la réfrigération. C’est un effet inflationniste de second tour classique : l’inflation alimentaire suit l’inflation énergétique avec plusieurs mois de décalage.

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement en engrais constituent le risque caché que le conflit fait peser sur les prix des aliments – et le plus sous-estimé. Selon la Banque mondiale, le prix des engrais devrait augmenter de 31 %, alors qu’environ le tiers du commerce mondial des engrais transite par le détroit d’Ormuz. L’urée, un engrais essentiel pour accroître les rendements agricoles, a augmenté de 86 % en mars 2026 par rapport à la même période l’an dernier, avec un bond de 53 % depuis février seulement en raison des tensions au Moyen-Orient.

En règle générale, le choc sur les prix des engrais produit un effet différé, mais puissant : les agriculteurs réduisent leur utilisation d’engrais, les rendements diminuent, puis une flambée des prix des aliments s’enclenche – avec un certain décalage (2026-2027).

Selon le Conseil international des céréales, nous en observons déjà les premiers signes : les agriculteurs devraient réduire les superficies ensemencées, tandis que les bilans céréaliers se resserreraient à l’approche de la saison 2026-2027.

À cela s’ajoute le risque climatique : les perspectives de production alimentaire de cette année, jusque-là plutôt rassurantes, pourraient désormais devenir un facteur supplémentaire d’aggravation de la faim dans le monde. Cette saison agricole, les agriculteurs devraient faire face à ce que les projections décrivent comme une perturbation liée à un « super » El Niño, qui provoquerait des sécheresses en Asie et en Australie, tout en risquant d’entraîner un excès d’humidité en Amérique du Nord et du Sud. Ces dynamiques météorologiques difficiles à prévoir pourraient freiner la production dans les plus grands greniers agricoles du monde, où l’on cultive le riz, le blé et le soya.

À l’échelle mondiale, on estime que 363 millions de personnes risquent de souffrir de faim aiguë en 2026, un nombre en hausse sous l’effet des conflits et des changements climatiques, en particulier les vagues de chaleur et les sécheresses, qui compliquent la production alimentaire et l’accès aux aliments dans les pays en développement et les pays instables.

Au Canada, pays d’abondance, ce sont les personnes en situation d’insécurité alimentaire qui ressentent le plus durement le poids de l’abordabilité des aliments. Or, les perturbations mondiales devraient faire monter les prix encore davantage en 2026. Selon les plus récentes estimations du Rapport canadien sur les prix alimentaires à la consommation, les prix des aliments devraient augmenter de 4 % à 6 % pour les Canadiens entre 2025 et 2026, ce qui représente près de 1 000 $ de plus par année à l’épicerie pour une famille moyenne de quatre personnes.

À surveiller : les politiques adoptées en réaction à l’inflation alimentaire pourraient perturber encore davantage les flux commerciaux mondiaux. Lorsque les risques mondiaux s’intensifient, la géopolitique peut redessiner les flux commerciaux, notamment par des restrictions à l’exportation destinées à protéger les stocks alimentaires nationaux ; de leur côté, les resserrements monétaires des banques centrales peuvent freiner la demande, mais aussi accroître la volatilité des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Conclusion : les risques liés à l’accès aux aliments et aux prix sont passés d’un niveau modéré à une phase d’intensification. Les attentes d’inflation alimentaire sont revues à la hausse, et plus rapidement que prévu : l’indice des prix alimentaires de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture a augmenté de 2,4 % entre février et mars 2026, sous l’effet de pressions marquées sur les prix des huiles, du sucre et des céréales.

—Lisa Ashton

Ottawa prépare un sommet plus tard cette année afin d’attirer un billion de dollars en nouveaux investissements sur cinq ans. Les données de février sur les titres offrent un premier aperçu du plan de match des investisseurs étrangers au Canada.

Les investisseurs mondiaux restent au Canada, mais réorientent leurs positions en fonction de la guerre commerciale. En février, les investisseurs étrangers ont injecté 6,2 milliards de dollars dans les valeurs canadiennes, ce qui s’ajoute aux 106 milliards de dollars accumulés au cours des quatre mois précédents. Parallèlement, les investisseurs canadiens ont placé 25,4 milliards de dollars dans des valeurs étrangères, soit la plus importante sortie de capitaux depuis mars 2024. Même si les données mensuelles sur les titres sont, par nature, volatiles, le résultat net s’est traduit par une sortie de 19,2 milliards de dollars de l’économie canadienne. Le chiffre global, toutefois, ne dit pas tout. Les données de février racontent moins une seule histoire que trois dynamiques simultanées : des investisseurs étrangers qui font la distinction entre le crédit canadien et les perspectives de croissance, des capitaux canadiens en quête de rendements aux États-Unis, et un marché qui compose avec les remous commerciaux.

Du côté des actions, la rotation est structurelle, et non aléatoire. Les capitaux étrangers opèrent une forte rotation au sein des actions canadiennes : ils se retirent de l’énergie et du secteur manufacturier pour se tourner vers les banques. Les investisseurs étrangers ont vendu pour 9,2 milliards de dollars d’actions canadiennes en février, même si l’indice de référence TSX a progressé de 7,6 %. À l’échelle sectorielle, l’intermédiation de crédit et les services connexes ont absorbé 12,1 milliards de dollars en février seulement, soit le plus important afflux jamais enregistré pour un seul secteur dans l’ensemble de données. L’énergie et les mines ont perdu 9,4 milliards de dollars au cours du même mois, leur plus faible résultat des cinq derniers mois. Le secteur manufacturier a enregistré des sorties de capitaux dans quatre des cinq derniers mois. Cette tendance n’a rien d’aléatoire : les gestionnaires étrangers concentrent leurs placements dans des actifs à l’abri des perturbations commerciales, comme les banques, tout en réduisant leur exposition aux secteurs qui y sont plus vulnérables, comme l’énergie et le secteur manufacturier.

Le marché obligataire offre, lui, un certain réconfort. Les investisseurs étrangers ont ajouté 22,6 milliards de dollars en obligations canadiennes en février, dont 11,1 milliards de dollars en obligations de sociétés, principalement des obligations en devises émises par des sociétés financières canadiennes, ainsi que 8,4 milliards de dollars en obligations du gouvernement fédéral. Dans le même temps, ils ont vendu pour 9,2 milliards de dollars d’actions canadiennes. Ces mouvements témoignent de la confiance des investisseurs étrangers à l’égard de la qualité du crédit canadien, mais aussi d’une prudence accrue à l’égard des actions.

Sydney Wisener

Le représentant américain au Commerce a fourni de nouvelles observations sur l’ACEUM

  • Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a déclaré devant un auditoire à Washington que la politique américaine continuerait d’être guidée par « L’Amérique d’abord », et que l’accord commercial Canada–États-Unis–Mexique plaçait les deux partenaires des États-Unis dans la position commerciale la plus enviable qui soit avec ce pays.

  • M. Greer a toutefois indiqué une volonté de collaborer avec le Canada dans les secteurs de l’énergie et des minéraux critiques, tout en mettant en garde contre leur utilisation comme levier dans les négociations commerciales. Comme en écho à ces propos, le président américain Donald Trump a signé un décret autorisant un projet d’oléoduc Canada-Wyoming.

La plus haute responsable du commerce de l’UE quitte ses fonctions en raison de désaccords sur l’accord entre les États-Unis et l’UE

  • Sabine Weyand will step down as Director-General for Trade after raising concerns that the agreement the EU struck with President Donald Trump does not meet global trade rules.

  • La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, a défendu à plusieurs reprises l’accord – aux termes duquel l’UE a accepté de payer des droits de douane de 15 % sur la plupart des produits, tout en ramenant à zéro les droits de douane sur la plupart des produits américains – en le présentant comme une première étape vers un accord de libre-échange plus vaste.

L’OCDE signale une hausse soutenue des restrictions à l’exportation de minéraux critiques

  • L’analyse montre que les restrictions à l’exportation de minéraux critiques ont quintuplé depuis 2009, un nombre croissant de pays imposant des contrôles sur des intrants liés à la défense, aux technologies et à l’énergie.

  • La Chine continue de dominer l’offre, assurant environ 70 % de la production de terres rares et plus de 90 % de certaines matières essentielles, tandis que les récentes perturbations des exportations mettent en relief la vulnérabilité persistante des chaînes d’approvisionnement.

La Chine menace de riposter au projet européen « Made in Europe »

  • Le ministère chinois du Commerce a averti l’UE qu’il pourrait prendre des contre-mesures si le projet de loi sur l’accélérateur industriel proposé par le bloc restreignait l’accès des entreprises chinoises aux subventions et aux marchés publics.

  • L’initiative de l’UE vise clairement à réduire les dépendances à l’égard de la Chine et à porter la part du secteur manufacturier dans le PIB à 20 % d’ici 2035, contre 14,3 % actuellement.

—Thomas Ashcroft

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La récente entente de principe d’équivalence sur le méthane entre le Canada et l’Alberta fixe un objectif de réduction de 75 % des émissions de méthane de pétrole et de gaz d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2014.1 Cela pourrait s’avérer déterminant pour les ambitions climatiques du pays : le méthane a environ 80 fois plus d’incidence sur le réchauffement que le CO₂, sur une période de 20 ans, et représente près d’un quart des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur, ce qui en fait l’un des leviers les moins coûteux et les plus percutants pour les avancées liées au climat à court terme.

Pour les producteurs de pétrole et de gaz, la mesure et l’analyse du rendement des émissions de méthane offrent maintenant une plus grande souplesse sur le plan de la mise en œuvre, mais avec la vérification au premier plan.

Dans de nombreux cas, les entreprises du secteur du pétrole et du gaz sont déjà en place et comprennent plusieurs technologies clés de réduction des émissions de méthane, notamment : 

  • Unités de récupération de vapeur qui captent le gaz de réservoirs d’entreposage qui autrement serait libéré dans l’atmosphère ;

  • Systèmes pneumatiques à faible purge qui éliminent les émissions de méthane courantes provenant des instruments de contrôle des vannes et des pompes ;

  • Remplacements de joint d’étanchéité de compresseur pour prévenir les fuites des appareils sous pression ;

  • Leak detection and repair programs that use optical gas imaging and continuous monitors to find and tackle fugitive emissions.

Ensemble, ces technologies pourraient réduire les émissions de plus de trois millions de tonnes par année, soit l’équivalent d’environ 1 % des émissions annuelles en Alberta.2 La province a déployé ces technologies à grande échelle. Depuis 2019, l’Alberta a investi 172 millions de dollars dans la technologie de réduction du méthane, incluant l’installation de plus de 58 000 dispositifs à faible purge ou à purge nulle. Les résultats sont tangibles : les programmes financés par le gouvernement ont permis d’éviter le rejet d’environ 17 millions de tonnes d’émissions, selon le gouvernement de l’Alberta. Un programme de mise en œuvre de 25 millions de dollars a permis à 49 exploitants de déployer l’équipement dans plus de 650 sites, à des coûts d’élimination inférieurs à 50 dollars la tonne.3

Le secteur canadien de l’atténuation des émissions de méthane compte plus de 130 entreprises, et les mesures de conformité en vertu de l’application renforcée des règles sur le méthane devraient créer 34 000 emplois entre 2027 et 2040.

Cependant, tout progrès comporte des vents contraires. L’Alberta avait gelé le prix des crédits du fonds provincial « Technology Innovation and Emissions Reduction » (TIER) à 95 dollars la tonne en mai 2025, bien en deçà de la trajectoire fédérale de 170 dollars, invoquant les pressions tarifaires exercées par les États-Unis.4 Le protocole d’accord engage les deux gouvernements à respecter un prix minimum réel de 130 dollars la tonne ; cependant, quelques jours après sa signature, l’Alberta a effectué des modifications qui ont inondé le marché des crédits.

Bien que l’accord soit prometteur, son succès dépend d’une vérification transparente, d’autant plus qu’une exploration aérienne pluriannuelle a révélé que les émissions de méthane de l’Ouest canadien s’avéraient presque deux fois les inventaires officiels.5 Le Canada en a tenu compte lorsqu’il a mis à niveau sa méthodologie, entraînant une augmentation de plus de 35 % des émissions fugitives déclarées.6 L’engagement de l’accord envers une évaluation indépendante par un tiers pourrait s’avérer son élément le plus important.

Grâce à une interdiction qui remonte à 1971, la Norvège affiche la plus faible intensité de méthane au monde, mais son secteur pétrolier et gazier ne représente qu’une fraction de celui du Canada.7 Le rapport Global Methane Tracker 2025 de l’AIE situe l’intensité des émissions en amont du Canada à environ 0,40 kg de méthane/GJ, ce qui est inférieur à la moyenne mondiale de 0,55 kg de méthane/GJ, bien devant la Russie, l’Iran et le Turkménistan, mais plus élevé que la Norvège et l’Arabie saoudite.8

La réglementation de l’Union européenne (UE) sur le méthane, soit la première norme juridiquement contraignante au monde, exigera des importateurs qu’ils signalent l’intensité du méthane à partir de 2028 et atteignent les seuils d’intensité maximale d’ici 2030, liant rendement du méthane à faible émission et accès au marché, offrant ainsi un avantage potentiel aux producteurs pour concurrencer sur le plan de l’intensité du méthane.9

Les capitaux privés surveillent cette tendance. Un exemple récent est l’entreprise montréalaise GHGSat qui a levé 47 millions de dollars en septembre 2025, portant le financement total à 173 millions de dollars, avec l’appui des entités canadiennes Yaletown Partners, BDC Capital et Banque Nationale.10 La société GHGSat exploite désormais 16 satellites de détection du méthane et s’est associée à ExxonMobil et à Aramco.

Plus tard cette année, une ébauche d’accord d’équivalence devrait faire l’objet d’une consultation publique de 60 jours. Les signaux laissent entrevoir un régime mondial de plus en plus strict pour les émissions de méthane : normes d’importation de l’UE d’ici 2030 ; recherche par le Japon et la Corée du Sud d’un approvisionnement en gaz à faible émission de carbone ; et l’Engagement mondial sur le méthane, approuvé par 159 pays.

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Également dans ce numéro : Les enjeux non négociables de l’ACEUM et les frictions persistantes autour des interdictions provinciales sur l’alcool

L’avenir des relations économiques entre le Canada et l’UE repose sur la politique industrielle

  • À mesure que le Canada diversifie ses relations commerciales au‑delà des États‑Unis, l’Union européenne s’impose comme un partenaire prioritaire.

  • L’intensification des échanges diplomatiques a même amené certains à évoquer l’idée d’une adhésion du Canada au bloc.

  • Si cela demeure improbable pour plusieurs raisons, ce qui est pertinent et concret, en revanche, c’est l’alignement croissant entre le Canada et l’Europe en matière de politique industrielle – particulièrement dans les secteurs où les gouvernements orientent les investissements, structurent les chaînes logistiques et définissent les règles de la concurrence. 

De l’accès aux marchés à l’accès industriel

Au cours des dix dernières années, la relation entre le Canada et l’UE a été définie par l’Accord économique et commercial global (AECG) signé en 2016. Les échanges commerciaux ont connu une croissance importante durant cette période, mais l’accord ne s’est pas avéré sans friction dans la pratique :

  • La ratification n’est pas encore terminée et l’accord n’est pas encore pleinement en vigueur, plusieurs États membres de l’UE n’ayant pas encore approuvé son chapitre sur les investissements.

  • Des obstacles réglementaires persistent, en particulier dans le secteur agricole, où les exportateurs canadiens sont confrontés à des contraintes liées aux règles sanitaires de l’UE, aux seuils de pesticides et aux normes sur les produits.

  • Cependant, son application provisoire a permis une augmentation de plus de 77 % du commerce bilatéral de marchandises depuis 2016, atteignant 134 milliards de dollars en 2025.

  • Aujourd’hui, dans les domaines de l’énergie propre, de la fabrication de pointe et de la défense, le Canada et l’UE mobilisent leurs financements publics et leurs politiques d’approvisionnement pour développer des capacités nationales et sécuriser les chaînes logistiques. Ce virage transforme la manière dont l’accès aux marchés bilatéraux sera déterminé.

Redéfinition de l’accès

  • Le Pacte vert européen oriente les investissements vers les batteries, l’hydrogène et la décarbonation industrielle, afin de concentrer la production au sein de l’UE.

  • Le projet de loi d’accélération industrielle en faveur du « Made in Europe » conditionnerait l’accès aux subventions et aux marchés publics des secteurs stratégiques à une production située dans l’UE ou à une réciprocité fondée sur la production dans un pays partenaire.

  • Cette semaine, la ministre de l’industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada engagerait des discussions avec Bruxelles afin d’obtenir un accès au programme « Made in Europe », dans une approche de réciprocité alignée sur la politique industrielle.

La défense en tête de la collaboration industrielle Canada–UE

  • La participation du Canada au programme européen Security Action for Europe (SAFE) constitue l’exemple le plus clair de la manière dont ce virage s’opère.

  • Le programme SAFE accordera jusqu’à 244 milliards de dollars en prêts aux États membres de l’UE pour appuyer des projets de défense et, en décembre, le Canada est devenu le seul État non membre à obtenir un accès privilégié au programme.

Concrètement, cela signifie que :

  • Les entreprises canadiennes peuvent soumissionner à des contrats de défense financés par l’UE sur un pied d’égalité avec les fournisseurs européens, en compétition directe plutôt qu’en passant par la sous‑traitance ou des intermédiaires locaux.

  • Jusqu’à 80 % de contenu canadien est autorisé dans les contrats, comparativement à 35 % pour les autres pays tiers, ce qui accroît considérablement la capacité des secteurs manufacturier, de l’ingénierie et des chaînes logistiques du Canada à ancrer les activités au pays tout en étant admissibles aux marchés publics de l’UE.

  • Le Canada versera une cotisation initiale de 10 millions d’euros et des frais de participation de 15 % s’appliqueront à la valeur du contenu canadien dans les contrats où le contenu européen représente moins de 65 % de la valeur.

Ce qu’il faut surveiller

  • L’accès du Canada au programme « Made in Europe » : le gouvernement a ouvert la porte, mais l’adhésion éventuelle dépendra de la volonté de l’UE et nécessitera des discussions substantielles. La question clé est de savoir si le Canada peut transformer l’alignement politique en un accès formel à plusieurs secteurs, et non seulement à la défense, afin de participer à des projets soutenus par des subventions.

  • La concrétisation de SAFE en contrats : des conditions préférentielles sont en place, mais l’élément déterminant sera l’attribution de contrats. La capacité des entreprises canadiennes à obtenir des rôles significatifs dans des projets financés par SAFE et à accroître leurs exportations à l’échelle du continent déterminera l’ampleur et la durabilité de ce partenariat.

  • L’évolution de l’AECG : des points de friction importants subsistent pour les exportateurs ; l’accord n’est appliqué qu’à titre provisoire ; l’harmonisation réglementaire sera difficile à atteindre ; et des négociations sont en cours pour conclure un accord sur le commerce numérique.

Considérés conjointement, ces éléments détermineront si le Canada peut passer d’un partenaire privilégié à un participant structurel à la montée en puissance industrielle de l’Europe – et tirer parti, sur le plan commercial, des centaines de milliards mobilisés par l’UE.

–Thomas Ashcroft, responsable principal de politique, Enjeux mondiaux

Les importations de bières, de vins et de spiritueux en provenance des États-Unis ont chuté de 70 %
  • Les interdictions provinciales visant les alcools américains pourraient être levées « rapidement », selon Mark Carney. Le premier ministre a toutefois précisé que cela dépendrait de la volonté des États-Unis de prendre des mesures concernant les droits de douane imposés sur l’acier, l’aluminium et les automobiles canadiennes — ainsi que sur les produits forestiers : « Ce ne sont pas de simples irritants. Ce sont des violations de notre accord commercial. »

  • Le gouvernement fédéral a déclaré qu’il ne reculerait pas sur la question de la gestion de l’offre laitière dans le cadre des négociations commerciales. Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce canado-américain, a aussi affirmé que le Canada ne cédera pas aux demandes des États-Unis concernant les règles d’étiquetage en français lorsque les négociations de l’ACEUM débuteront plus tard cette année. Ces deux enjeux, de même que la Loi sur la diffusion continue en ligne et la politique « Achetez canadien », ont été critiqués par l’administration Trump. Quant à savoir si des droits de douane resteront en vigueur advenant la conclusion d’un accord, M. LeBlanc a dit : « Soyons réalistes, personne n’a encore été complètement exempté. »

  • L’administration Trump commencera à rembourser 166 milliards de dollars américains en droits de douane – intérêts compris. Deux mois après que la Cour suprême a invalidé les droits de douane du « Liberation Day », le gouvernement américain a commencé à accepter les demandes de remboursement cette semaine. Le gouvernement a dû mettre en place un système de traitement destiné aux 330 000 importateurs ayant acquitté des droits en vertu de l’International Emergency Economic Powers Act.

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« Soyons clairs : l’agriculteur est responsable du sol qu’il laboure. C’est une ressource naturelle qui ne se régénère pas aussi vite qu’elle s’épuise […]. L’agriculteur doit donc ouvrir un compte d’épargne « sol ». Non seulement cela en assurera la conservation, mais le compte produira un revenu et des intérêts. »

Cette citation, traduite librement, est extraite de Making Money by Saving Soils (édition de 1958), l’ouvrage qui fut la source initiale du Leadership avisé RBC. Elle n’a rien perdu de son actualité. La question de la conservation des sols préoccupe les agriculteurs depuis très longtemps. Si les études, les statistiques et les techniques modernes permettent de mieux comprendre ce qui se passe sous nos pieds, les défis à relever pour obtenir de bonnes récoltes n’en demeurent pas moins les mêmes.

En 1950, un Canadien sur cinq faisait partie de ce qu’on appelle la population agricole1. Pour RBC, à l’époque, s’il importait de préserver le sol, c’était parce qu’il représentait :

  • Un moyen de subsistance

  • L’espoir de s’enrichir

  • Un actif à transmettre à la génération suivante

Les agriculteurs étaient incités à pratiquer la rotation des cultures, la gestion responsable des éléments nutritifs et la préservation des milieux situés en bordure de champ (bois et cours d’eau). Trois raisons poussaient à labourer : cela permettait de préparer un lit de semence approprié, de détruire les plantes indésirables et d’améliorer les qualités physiques du sol. Aujourd’hui, on suggère plutôt le contraire, afin de réduire l’érosion, de favoriser la biodiversité des sols et d’éviter de perturber les puits de carbone qu’ils constituent. Au Canada, ce changement de pratique est favorable à la santé du sol. Nos sols sont considérés aujourd’hui comme des puits de carbone nets, du fait du non-recours au labourage dans les Prairies et à l’accroissement de la productivité dans l’ensemble du pays2.

Des années 1940 à la décennie 70, l’agriculture s’est grandement transformée. Les progrès accomplis par les sciences de la vie et la mécanisation allaient entraîner l’adoption massive de nouvelles variétés de végétaux, des engrais et pesticides industriels ainsi que d’équipements qui permettaient de produire davantage par hectare – il le fallait, car la population mondiale augmentait rapidement. Simultanément, le nombre d’agriculteurs diminuait sensiblement : en 1980, sur 21 Canadiens, un seul faisait partie de la population agricole3.

Pour optimiser la croissance des végétaux, les exploitants introduisaient davantage d’éléments nutritifs dans le sol (azote, phosphore et potassium, notamment). Cela a pu conduire à employer trop d’engrais, ce qui a des effets néfastes sur la composition du sol et entraîne la pollution des cours d’eau. Toutefois, la quantité de résidus de récolte retournant au sol augmentait aussi, d’où des gains de matière organique enfouie.

De nos jours, le perfectionnement de l’outillage apparu pendant la « révolution verte » se poursuit et conduit à produire davantage de récoltes de qualité. Les intrants et le matériel agricole offrent de plus en plus souvent autant d’avantages sur le plan de la santé du sol qu’au chapitre de la productivité. Citons par exemple les engrais biologiques et la vaporisation de pesticides dans les seuls cas où il est vraiment nécessaire d’éliminer des plantes envahissantes.

Aujourd’hui, moins de 2 % des Canadiens vivent ou travaillent dans une exploitation agricole4. Cela n’empêche pas le Canada de figurer, au classement mondial de la sécurité alimentaire, des exportations de produits agroalimentaires ou de la qualité et de la sécurité des aliments, parmi les 10 premiers5,6. Toutefois, le fait que la population agricole de notre pays soit si peu nombreuse représente une menace pour l’avenir de ce secteur.

Par rapport à ce qui se passait il y a 70 ans, les agriculteurs peuvent compter sur un réseau de partenaires et de conseillers beaucoup plus étendu, et ce, dans tous les domaines (finances, agronomie, technologie, machinerie, planification de la transition et durabilité). Au-delà des tâches agricoles, les jeunes peuvent embrasser aujourd’hui des carrières variées, dynamiques et stimulantes : les informaticiens conçoivent des outils reposant sur l’IA qui permettent de répandre les engrais avec beaucoup plus de précision ; les consultants en environnement informent les agriculteurs des crédits et primes offerts à ceux qui veillent à la conservation des sols ; les experts du commerce international trouvent de nouveaux marchés pour les produits canadiens. Les grands défis consistent désormais à mobiliser davantage nos compatriotes en faveur de l’agriculture, ce secteur essentiel à la prospérité nationale, et à souligner combien il importe de préserver nos actifs naturels, au premier rang desquels figurent les sols en santé.

Décidément avant-gardiste, l’ouvrage de 1958 que nous avons cité d’entrée de jeu le disait déjà : « Pour être de bons protecteurs de l’environnement, nous devons changer nos façons de voir, renoncer à certaines pratiques traditionnelles et repenser, parfois complètement, nos méthodes agricoles. »

C’est un sol qui constitue, de manière durable, un écosystème favorable à la croissance des végétaux, des animaux et des humains7. Les sols sont essentiels à nos économies et à l’environnement. Ils sont la source de près de 95 % de ce que nous mangeons8. Sur la terre ferme, ils sont aussi le plus important puits de carbone : ils absorbent trois fois plus de CO2 que l’atmosphère et deux fois plus que tous les végétaux vivants9.

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Plus tôt cette semaine, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a clarifié ce qui se dessinait depuis des mois : les États-Unis entendent préserver le cœur de l’AEUMC, tout en négociant de nouvelles modalités distinctes avec le Canada et le Mexique.  

Dans le cadre actuel de l’ACEUM, des modalités différentes s’appliquent déjà au Canada et au Mexique dans leurs relations avec les États-Unis. Or, les propos de M. Greer marquent un véritable tournant : ils élargissent la portée des enjeux examinés dans la relation économique canado-américaine et en redéfinissent en profondeur les règles du jeu.

Un accord assorti de nombreuses conditions

  • En négociant les différends bilatéraux dans le cadre d’accords parallèles avec le Canada et le Mexique, Washington conditionne désormais l’accès au marché pour ces deux pays à des résultats sur plusieurs fronts, plutôt qu’à un ensemble unique de règles fixes.

  • À titre d’exemple, plutôt que de verrouiller une prolongation de 16 ans, M. Greer a laissé entendre que les États-Unis pourraient enclencher un processus d’examens annuels pouvant s’étendre sur une décennie ; maintenant ainsi l’accord en vigueur, mais sous une pression constante de renégociation.

  • Concrètement, cela signifie que la politique commerciale devient plus évolutive. Les décisions concernant les droits de douane, les marchés publics, les règles numériques, le règlement des différends ou encore les mécanismes d’application ne seront plus arrêtées une fois pour toutes, mais réexaminées au fil des négociations.

  • Sur le plan politique, M. Greer laisse entrevoir qu’il sera impossible de régler l’ensemble des enjeux d’ici l’échéance du 1er juillet. Il pourra plutôt annoncer le maintien des protocoles de base de l’ACEUM, pendant que les dossiers plus complexes continueront d’être négociés dans des accords parallèles élargis.

  • Par ailleurs, dans un contexte d’imprévisibilité des marchés de l’énergie, M. Greer cherchait possiblement à rassurer les investisseurs quant à la continuité du marché énergétique nord-américain intégré, avec un certain cadre de fonctionnement en place.

  • Steve Verheul, ancien négociateur en chef du Canada pour le commerce, a souligné que la guerre en Iran a mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement américaines dans des secteurs clés – énergie, aluminium, engrais – autant de ressources que le Canada pourrait contribuer à fournir, offrant ainsi un certain levier à Ottawa.

La question centrale porte sur l’instauration d’un droit de douane de base pour l’accès au marché.

  • L’enjeu principal consiste à déterminer si les États-Unis mettront en place un droit de douane généralisé d’accès au marché et, le cas échéant, à quel niveau il sera fixé.

  • Du côté canadien, plusieurs estiment qu’un taux supérieur à 5 % serait inacceptable. Les États-Unis pourraient toutefois chercher à faire grimper ce taux jusqu’à 10 %, même si cela s’accompagnerait vraisemblablement d’importantes exceptions et exclusions.

  • Un droit de douane de base pour l’accès au marché aurait des répercussions plus larges sur l’économie canadienne que les effets plus ciblés des tarifs sectoriels imposés en vertu de l’article 232, comme le montre le plus récent rapport des Services économiques RBC : Un an de chocs tarifaires au Canada (seulement en anglais).

Au-delà du commerce : vers une négociation plus stratégique

  • Avant les propos de M. Greer, le Bureau du représentant au commerce des États-Unis (USTR) a également publié, le 31 mars, son rapport annuel National Trade Estimate (en anglais seulement), qui recense ce qu’il considère comme des « obstacles importants au commerce » chez ses partenaires, dont le Canada. 

  • La plupart des irritants recensés ne surprennent pas, mais ils prennent une place de plus en plus centrale dans les négociations.

  • Dans le contexte de la guerre commerciale menée par Trump, certains de ces irritants ont évolué et pris de l’ampleur, notamment le fait que les sociétés des alcools provinciales ne tiennent plus de produits américains en stock.

  • D’autres touchent directement à la façon dont le Canada structure certains pans de son économie : renforcement des politiques d’approvisionnement « Acheter canadien », gestion de l’offre dans le secteur laitier, réglementation du numérique et du streaming, ainsi que de nouvelles ambitions en matière de souveraineté des données.

  • À cela s’ajoutent les ambitions stratégiques des États-Unis en ce qui concerne les minéraux critiques. Le niveau de participation du Canada à ces ambitions sera un enjeu déterminant, comme nous l’avons évoqué en février.

Les prochaines étapes et leurs implications stratégiques

  • 1er juin : M. Greer doit présenter au Congrès les intentions de l’administration : soit prolonger l’ACEUM tel quel, soit envisager des modifications.

  • 1er juillet : le Canada, le Mexique et les États-Unis se réuniront officiellement pour l’examen prévu aux six ans dans l’accord, moment où Washington devrait faire pression pour passer à un cadre de révisions annuelles sur dix ans.

  • Les États-Unis se positionnent ainsi pour un modèle de négociation continu, fondé sur des révisions périodiques, leur permettant de maintenir un levier sur les dossiers non réglés.

  • Du côté d’Ottawa, l’un des objectifs, en plus de préserver un accès large et avantageux au marché américain, consiste à repousser les décisions sur les dossiers prioritaires le plus près possible des élections de mi-mandat, sans compromettre l’ensemble de l’accord.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

Il y a un an, Donald Trump se tenait dans la roseraie de la Maison-Blanche pour annoncer les droits de douane du « jour de la libération » de son administration. Cette semaine, nos collègues des Services économiques RBC ont examiné de près les répercussions de ces droits de douane. Voici quelques constats clés à retenir (cliquez sur les liens pour approfondir l’analyse) :

Canada : Un an de chocs tarifaires au Canada : ce qu’il faut retenir (en anglais seulement)

  • Malgré des tensions commerciales accrues, le Canada demeurait l’an dernier la principale source d’importations pour 22 États américains, un niveau inchangé par rapport à 2024.

  • Les mesures de rétorsion limitées du Canada ont atténué l’impact de la guerre commerciale sur les prix à la consommation au pays.

  • Comme les tarifs américains visant les produits canadiens sont ciblés, leurs effets ont été inégaux d’une région à l’autre.

États-Unis : Un an plus tard – comment les droits de douane et la politique commerciale ont redéfini le paysage (en anglais seulement)

  • Les droits de douane n’ont pas permis de réduire les déséquilibres commerciaux, en particulier avec la Chine.

  • Les revenus tirés des droits ont un effet limité sur la réduction du déficit, notamment parce qu’ils sont loin de compenser les baisses d’impôt de la loi One Big Beautiful Bill.

  • Rien n’indique que la politique tarifaire ait favorisé un rapatriement des emplois manufacturiers.

Les emplois salariés domestiques masquent une contraction profonde et durable dans les secteurs tributaires des échanges commerciaux. Variation cumulée des emplois salariés, depuis avril 2025.

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À mesure que la crise au Moyen-Orient se prolonge, de nombreuses économies émergentes importatrices de pétrole font face à une « triple pression » : hausse des coûts des importations d’énergie, dépréciation des monnaies et augmentation des taux pour le refinancement de la dette.

Le trafic maritime dans le détroir d'Ormuz se tarit. Moyenne mobile sur sept jours pour les pétroliers, porte-conteneurs, vrac sec, marchandises générales, rouliers.

Le quasi-blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran a fait grimper en flèche les prix du pétrole, du diésel et du gaz, entraînant une hausse des coûts des denrées alimentaires, des engrais et des transports à l’échelle mondiale. Mais ce sont les économies en développement qui en subissent le plus durement les effets. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports représentent 15 à 25 % du panier de l’IPC ; le renforcement du dollar américain (en hausse de 0,85 % par rapport à un panier de devises depuis le début du conflit en Iran) a alourdi le coût du service de la dette libellée en monnaie locale. De l’Argentine au Vietnam, des pays ont mis en place des mesures d’économie d’énergie ou instauré des dispositifs d’aide d’urgence aux consommateurs afin d’apporter un certain soulagement. L’inflation alimentée par les prix de l’énergie contraint les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés, même si les économies nationales ralentissent et que les réserves de change s’amenuisent. La confiance des investisseurs a déjà été entamée : l’indice MSCI des marchés émergents a effacé ses gains de 13 % depuis le début de l’année, tandis que les émissions obligataires des marchés émergents ont atteint en mars leur niveau le plus bas depuis 2009.

Les vulnérabilités liées à la dette des marchés émergents étaient déjà à des niveaux historiquement élevés. Les pays en développement ont payé 741 milliards de dollars US de plus en service de la dette qu’ils n’ont reçu en financements (2022–2024). Les coûts d’emprunt ont nettement augmenté, les émissions postérieures à 2020 se faisant à des taux d’environ 10 %, soit environ le double des niveaux d’avant la pandémie. Avec 29 % des obligations des pays à faible revenu arrivant à échéance d’ici 2026, le risque de défaut augmente pour certains États souverains. La Banque mondiale indique qu’elle est « prête à intervenir à grande échelle » pour aider les marchés émergents qui en ont fait la demande.

Voici quelques-uns des pays sous pression :

  • Égypte : importateur net d’énergie avec d’importantes subventions aux carburants (28 % des dépenses publiques), une dette élevée en dollars américains et des refinancements d’euro-obligations à court terme (4 milliards de dollars US) ; pression sur les changes (monnaie −8 %) et déficit du compte courant (−3 % du PIB) aggravés par la dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (73 % provenant des économies du CCG) et par la baisse des revenus du canal de Suez et du tourisme.

  • Pakistan : les prix des produits pétroliers ont augmenté de 25 %, tandis qu’un refinancement à venir (1 milliard de dollars US) est attendu en 2026 ; un historique récent de crise de la dette, ainsi qu’une forte dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (62 % provenant des économies du CCG), met sous pression les réserves et accentue le risque de déséquilibre de la balance des paiements.

  • Bangladesh : structurellement dépendant du GNL (50 % de l’électricité) sans solution de substitution à court terme ; les perturbations d’approvisionnement et la hausse des coûts de transport alimentent l’inflation (~9 % et plus) et accentuent la pression sur les réserves de change.

  • Zambie : fardeau du service de la dette extrêmement élevé (10 % du PIB) et dépendance aux importations d’engrais (2,5 % du PIB) ; la dépréciation du taux de change (−5 %) accentue les tensions sur le financement extérieur.

  • Sri Lanka : l’économie, fragilisée depuis le défaut de 2022, reste vulnérable ; le rationnement du carburant et la dépendance persistante aux importations freinent la reprise malgré une stabilisation partielle de l’approvisionnement en GNL via les États-Unis.

  • Côte d’Ivoire, Mongolie, République dominicaine : combinaison d’une exposition à une dette libellée en devises étrangères, de déficits du compte courant et d’échéances en 2026 ; plusieurs pays supportent également des charges de subventions (par exemple la Mongolie), ce qui accentue la pression budgétaire à mesure que les prix de l’énergie augmentent.

  • Afrique du Sud : part élevée de la dette locale détenue par des non-résidents (16 % du PIB)) ; pression sur les changes (monnaie −5,2 %) ; vulnérabilité aux sorties de capitaux, à la volatilité des marchés obligataires et au resserrement des conditions financières.

  • Turquie : rendements domestiques extrêmement élevés (>35 %), dépréciation persistante de la monnaie et forte diminution des réserves (23 milliards de dollars US) liée aux interventions sur le marché des changes ; marge de manœuvre politique limitée.

  • Inde : dépendance aux importations de pétrole brut à hauteur de 89 %, dont environ la moitié transite par le détroit ; roupie à des niveaux historiquement bas, usines d’engrais fonctionnant à 70 % de leur capacité ; exposition accrue en raison de la dépendance aux envois de fonds.

  • Philippines : importe 90 % de son pétrole du Moyen-Orient ; déficit du compte courant (−3,4 % du PIB). Les perturbations du transport maritime compriment les marges dans son principal secteur d’exportation (les semi-conducteurs et l’électronique représentant environ 60 % des exportations totales), tandis que la répercussion de la hausse des prix de l’énergie alimente une inflation supérieure aux objectifs.

Plusieurs des marchés essentiels à la stratégie de diversification du Canada sont exposés au conflit en Iran : l’Égypte figure parmi les plus grands importateurs mondiaux de blé canadien, tandis que le Bangladesh et le Pakistan sont des destinations clés pour les légumineuses canadiennes. En Zambie, où le cuivre représente environ 70 % des recettes d’exportation, des entreprises canadiennes mènent d’importantes expansions de production. Des files d’attente de plusieurs heures dans les stations-service en Inde indiquent que le choc touche déjà les ménages – alors même que les négociations de l’Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Inde visent 70 milliards de dollars d’échanges bilatéraux d’ici 2030. Par ailleurs, l’exposition des entités canadiennes aux actifs des marchés émergents en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie pourrait également constituer un autre défi.

Sydney Wisener

Les discussions sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué

  • La 14e Conférence ministérielle de l’OMC, tenue la semaine dernière au Cameroun, n’est pas parvenue à ouvrir une nouvelle ère de réforme du commerce mondial après de profondes divergences entre les États-Unis et le Brésil quant à la durée de prolongation du moratoire sur le commerce numérique, un accord interdisant l’imposition de droits sur les transmissions électroniques et les services numériques.

  • Ce désaccord a été la principale raison pour laquelle un projet de plan de réforme de l’OMC n’a pas été adopté, un revers majeur pour l’organisation qui cherchait à contrer sa marginalisation et à rester pertinente dans cette nouvelle ère de perturbations du commerce.

  • Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a vivement critiqué l’OMC à son retour aux États-Unis, déclarant qu’elle ne jouerait qu’un « rôle limité » dans les futures discussions de politique commerciale mondiale.

L’hélium devient un nouveau casse-tête lié au détroit d’Ormuz

  • Outre les perturbations des marchés mondiaux de l’énergie, de l’aluminium, du transport maritime et des engrais, la quasi-fermeture du détroit menace l’approvisionnement mondial en hélium, un composant clé dans la production de semi-conducteurs.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

Les États-Unis se préparent à imposer de nouveaux droits de douane sur les produits pharmaceutiques

  • Selon un projet de décret obtenu par les médias, l’administration Trump prépare de nouveaux prélèvements sur les médicaments de marque des entreprises pharmaceutiques, incluant des droits de douane de 100 % sur les médicaments brevetés et leurs principes actifs.

  • Bien que la proposition n’ait pas encore été officiellement annoncée, elle donnerait suite aux menaces formulées par Trump l’automne dernier dans le cadre de la stratégie de son administration visant à contraindre les fabricants pharmaceutiques à construire ou relocaliser des installations de production aux États-Unis.

— Thomas Ashcroft

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Également dans ce numéro : Démêler la chaîne logistique en biocarburants en Amérique du Nord

Le détroit d’Ormuz a longtemps été traité comme un enjeu strictement pétrolier. Lorsqu’il se ferme, les marchés de l’énergie réagissent, les taux de fret des pétroliers s’envolent et l’attention médiatique se concentre sur le brut. Mais il s’agit aussi d’un choc lent et persistant sur le coût du transport de marchandises, un choc qui s’enracine au fil du temps.

Effet de premier ordre : brut et pétroliers

L’impact le plus direct se situe précisément là où les marchés l’anticipaient. Les taux au comptant de référence pour les très gros transporteurs de brut, multipliés par six depuis le début de janvier, s’établissent actuellement à 98 $ US/t (13 à 14 $ US/baril). Les volumes de pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz (et le canal de Suez) se sont essentiellement effondrés, plus de 200 navires étant immobilisés dans le golfe Persique.

Effet de second ordre : produits et carburants

Les arrêts de raffineries et les contraintes à l’exportation liées au détroit d’Ormuz ont fragmenté les chaînes logistiques mondiales en carburant marin, forçant les navires à s’approvisionner dans des ports de rechange à des primes de zone de guerre élevées. Comme illustré ci-dessous, le prix indexé du carburant marin à Singapour a augmenté de 66 % depuis le début de la crise. Non illustré, mais tout aussi révélateur, l’écart entre les prix franco à bord et les prix livrés, habituellement inférieur à 5 %, a largement dépassé 50 % à la mi‑mars, signe d’une véritable désorganisation physique dans l’acheminement du carburant marin vers les navires.

Maersk, entreprise danoise de transport maritime, a officialisé cette perturbation le 25 mars en imposant une surcharge mondiale d’urgence sur le carburant, faisant de ce choc un facteur désormais solidement installé dans l’économie du transport maritime.

Effet de troisième ordre : conteneurs et vrac sec

L’indice du fret conteneurisé de Shanghai (SCFI) a baissé progressivement avant le conflit et a depuis bondi (voir le graphique), mais il s’agit probablement de fluctuations saisonnières. À la mi‑février, le Nouvel An chinois a entraîné un ralentissement saisonnier du débit portuaire, tombé à 40–50 % de sa capacité normale. La part de la reprise du SCFI en mars attribuable à des contraintes d’offre plutôt qu’à une demande plus forte demeurera incertaine jusqu’à la publication des données portuaires officielles en fin de mois.

Cela dit, le vrac sec était structurellement peu exposé au détroit d’Ormuz – environ 55 navires de vrac sec y transitaient chaque semaine avant le conflit – et l’indice Baltic Dry reste globalement stable, voire légèrement en baisse. Néanmoins, la vitesse moyenne des grands porte-conteneurs a légèrement diminué (voir graphique) depuis fin février, un signal modeste, cohérent avec des ajustements de trajectoire en marge de la zone de conflit.

–Shaz Merwat, Energy Policy Lead

Frictions commerciales croissantes. Valéurs indexées, 27 février = 100

La chaîne logistique en Amérique du Nord, autrefois intégrée, se fragmente désormais selon des lignes nationales.

Les incitatifs fédéraux américains, les programmes à l’échelle des États et le Règlement sur les combustibles propres du Canada tirent de plus en plus dans des directions différentes, ce qui entraîne un marché morcelé, avec des répercussions pour les producteurs canadiens de biocarburants et les agriculteurs cultivant des oléagineux et des céréales, notamment le canola, le soya et le maïs.

Des changements de politiques qui ont créé une fracture continentale

Les modifications apportées à la politique américaine dans le cadre de la norme sur les carburants renouvelables (Renewable Fuel Standard) et les nouveaux crédits d’impôt à la production ont déclenché ce réalignement. Les règles proposées pour cette norme en 2026–2027 augmentent considérablement les cibles d’incorporation domestique de diesel à base de biomasse, renforçant la demande pour des matières premières d’origine végétale comme l’huile de soya.

  • Parallèlement, les nouvelles structures d’incitatifs, en particulier la transition des crédits pour mélange vers des crédits fondés sur la production, favorisent explicitement la production intérieure de biocarburants aux États‑Unis.

  • Ce changement abolit l’incitatif de 1 $ US par gallon dont bénéficiaient les biodiesels et le diesel renouvelable canadiens sur le marché américain, puisque les biocarburants doivent désormais être produits aux États-Unis pour être admissibles aux crédits de production. Résultat : une baisse d’environ 13 % de la valeur des importations canadiennes vers les États-Unis entre 2024 et 2025, selon les données sur le commerce international du Canada. Il s’agit d’un changement notable par rapport au coup de pouce dont bénéficiaient auparavant les biocarburants canadiens grâce aux subventions américaines.

Quels effets sur les marchés canadiens des oléagineux et des céréales ?

Le marché des biocarburants est fortement tributaire des politiques publiques, et la certitude réglementaire n’est jamais garantie. Les incitatifs pour les matières premières destinées aux biocarburants aux États-Unis continuent d’évoluer, alors que l’Environmental Protection Agency (EPA) fixe ses obligations en matière de volumes renouvelables pour 2026 et 2027.

L’incertitude qui pèse sur les agriculteurs canadiens tient au fait que l’EPA a proposé de réduire le nombre de crédits RIN (Renewable Identification Numbers) attribués aux carburants renouvelables importés et à ceux produits à partir de matières premières étrangères, ce qui découragerait financièrement les raffineries américaines d’utiliser des matières premières canadiennes. Toutefois, l’augmentation de la demande intérieure canadienne pourrait compenser en partie le risque lié à l’exportation.

Canola : le plus exposé. L’huile de canola exportée aux États-Unis est principalement utilisée pour la production du diesel renouvelable. Les volumes d’exportation d’huile de canola vers les États‑Unis ont chuté de 26 % entre 2024 et 2025, après avoir augmenté chaque année au cours des cinq années précédentes. Cette baisse est survenue après une période de plus d’un an d’incertitude réglementaire pour l’industrie canadienne du canola, qui attendait des précisions du département du Trésor américain et de l’IRS sur les crédits de production, y compris la confirmation en janvier de l’admissibilité des matières premières nord‑américaines.

Soya : les producteurs canadiens de soya pourraient bénéficier de politiques américaines favorables. Selon les perspectives 2026 du département de l’Agriculture des États-Unis, les mandats en matière de biocarburants et les incitatifs fiscaux devraient entraîner une hausse de 17 % de l’utilisation d’huile de soya américaine dans les biocarburants. La demande accrue soutient les prix, mais le marché demeure exposé à des risques à la baisse pour les échanges avec les États-Unis si les obligations en matière de volumes renouvelables proposées par l’EPA sont confirmées.

Maïs : le maïs reste fortement lié à la production d’éthanol aux États-Unis dans le cadre de la norme américaine sur les carburants renouvelables. Cependant, les producteurs canadiens d’éthanol sont désormais désavantagés par le crédit à la production de combustibles propres (45Z), conçu pour encourager la production de biocarburants finis aux États-Unis.

Conclusion

Les perspectives pour le Canada sont mitigées. La demande du marché intérieur dépendra largement des prochaines modifications du Règlement sur les combustibles propres du gouvernement fédéral, où plusieurs leviers politiques sont à l’étude pour soutenir la demande domestique, notamment des exigences de contenu local minimal et des multiplicateurs de crédits pour les producteurs locaux.

Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Les producteurs de bœuf canadiens s’inquiètent d’un éventuel accord de libre-échange avec le Mercosur

  • Alors qu’Ottawa cherche à conclure cette année un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain, l’Association canadienne des bovins (ACB) a exprimé ses préoccupations.

  • Le Brésil est le plus grand producteur de bœuf au monde, et l’ACB craint qu’un accord avec le Mercosur n’inonde le marché canadien de bœuf bon marché, compromette les efforts de reprise d’un secteur confronté à la plus faible offre de bétail en quarante ans, et expose le Canada à des accusations américaines de servir de « porte d’entrée détournée » vers le marché nord‑américain.

Les coûts des engrais flambent à l’approche de la saison des semis

  • Les perturbations dans les expéditions d’engrais et des matières premières essentielles à leur production via le détroit d’Ormuz ont fait grimper les prix, alors que les agriculteurs nord-américains s’apprêtent à entamer la saison des semis de printemps. L’urée, par exemple, a vu son prix augmenter d’environ 40 % depuis le début du conflit. Cette hausse devient rapidement un enjeu politique pour Donald Trump, qui a rencontré cette semaine des groupes agricoles américains, un lobby politique influent.

  • Meanwhile, Russia, whose shipments remain unaffected by the Hormuz blockade, has deep reserves of fertilizers and commodities. Earlier this week, Russia halted its exports of ammonium nitrate, to shore up its domestic supply. But the conflict potentially raises the specter of Russia looking to increase its leverage on having restrictions on Russian fertilizer exports to Europe eased.

Le Parlement européen approuve un accord commercial avec les États-Unis

  • Les législateurs de l’Union européenne avaient auparavant retardé l’approbation de l’accord de Turnberry en raison des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland. Toutefois, mardi, le Parlement européen a ouvert la voie à sa mise en œuvre, en y ajoutant des conditions supplémentaires. Avant le vote, les États-Unis avaient averti que l’Union européenne pourrait perdre son accès préférentiel aux livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) américain si l’accord était de nouveau retardé, alors que l’Europe subit déjà les effets de perturbations dans les approvisionnements en GNL en provenance du Qatar.

  • L’accord prévoit l’élimination des droits de douane de l’UE sur les produits industriels américains et certains produits agricoles, ainsi qu’une baisse des droits de douane américains sur la plupart des biens européens à 15 %. Les députés européens ont cependant ajouté des mécanismes de protection, notamment en retardant la suppression des droits de douane européens jusqu’à ce que les États-Unis réduisent les leurs. Ces mesures devront maintenant être approuvées par les États membres, les négociations devant commencer le 13 avril.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique