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Leadership avisé RBC L’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph
IA, technologie et innovation

Six façons de lutter contre les biais en IA – et comment le Canada peut montrer la voie

L’élimination des biais liés aux machines nécessitera une approche humaine

Pourquoi avons-nous rédigé ce rapport

L’automne dernier, RBC a noué un partenariat avec le Centre pour l’avenir du Canada du BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph. Nous avons exploré ce qui, selon nous, devrait être la vision du Canada : produire 26 % plus de produits alimentaires d’ici 2050 (suffisamment pour maintenir notre contribution à l’alimentation de la population mondiale à mesure qu’elle croît) tout en émettant moins de GES. Il en a résulté le rapport La prochaine révolution verte : comment le Canada peut accroître sa production alimentaire tout en réduisant ses émissions.

Voici ce que nous avons appris au cours de la dernière année :

  1. Le Canada est en excellente posture pour devenir un chef de file. Le pays dispose d’actifs sans pareil, mais doit faire plus pour les maximiser. D’autres pays allouent des sommes substantielles à la promotion d’une agriculture adaptée au climat. Le Canada peut effectuer des investissements similaires, proportionnellement à sa taille, tout en établissant de nouveaux mécanismes de marché pour financer la transition durable de l’agriculture.
  2. Une technologie de mesure précise est absolument indispensable pour aller de l’avant. Des outils permettant de surveiller les émissions avec précision (en particulier la séquestration du carbone dans le sol) sont essentiels pour développer les marchés et aider les producteurs à en tirer parti.
  3. La collaboration intersectorielle est essentielle. Pour que la transition vers la carboneutralité réussisse, il faut suivre une nouvelle approche. Les acteurs publics et privés de toute la chaîne logistique fragmentée du secteur agricole doivent s’allier et travailler main dans la main en adoptant la même vision.
  4. Le financement de la recherche et du développement par le secteur privé est insuffisant. Certaines des technologies agricoles les plus importantes au monde ont été mises au point au Canada. Toutefois, le financement de l’innovation par le secteur privé n’a jamais été aussi bas. Afin que le pays conserve sa place de chef de file dans ce domaine, des investissements privés sont nécessaires.
  5. Les lacunes dans les compétences freinent la croissance. Le secteur a besoin de main-d’œuvre pour soutenir la transition vers la carboneutralité. Des gestionnaires d’exploitations aux analystes de données, les exploitations agricoles du Canada ont désespérément besoin de travailleurs qualifiés et de conseillers. Or, le financement de l’enseignement postsecondaire est insuffisant.
  6. Il faut récompenser les utilisateurs précoces. Un nombre important de producteurs canadiens suivent des pratiques adaptées au climat depuis des années, voire des décennies. Ces précurseurs sont susceptibles d’être écartés des programmes visant à inciter financièrement les exploitants agricoles à adopter de meilleures méthodes pour la santé des sols. Pour que les stocks actuels de carbone continuent d’augmenter, les utilisateurs précoces doivent bénéficier d’un avantage financier en reconnaissance de leurs efforts.
  7. Le monde a plus que jamais besoin du Canada. La guerre entre l’Ukraine et la Russie et les phénomènes climatiques extrêmes exercent des pressions sur les chaînes logistiques mondiales, entraînant des pénuries dans de nombreux pays ou une instabilité de l’approvisionnement. Le Canada est un pays politiquement stable et un fournisseur fiable d’aliments sûrs et de grande qualité, deux atouts qui peuvent faire de lui le grenier durable du monde.

Les investissements du Canada en agriculture adaptée au climat sont à la traîne par rapport à ceux de pays comparables

Les investissements du Canada en agriculture adaptée au climat sont à la traîne par rapport à ceux de pays comparables

Source: Analyse de BCG, analyse de RBC, USDA et OCDE

Le Brésil et l’Indonésie sont exclus étant donné que le financement de la lutte contre les changements climatiques est versé aux programmes de financement.

Les principaux pays producteurs de denrées alimentaires sont en pleine évolution. En faisant de l’agriculture durable une priorité stratégique, les pays comparables au Canada jettent les bases de formidables chaînes d’approvisionnement alimentaire adaptées au climat, généreusement financées et soutenues par des politiques audacieuses.

Au milieu de ces changements spectaculaires sur le plan des investissements et des politiques, un moment charnière se dessine pour l’agriculture canadienne. Le secteur agricole risque d’accumuler les retards si les gouvernements canadiens ne s’ajustent pas à leurs concurrents en déployant du financement et des politiques pour soutenir les producteurs afin qu’ils produisent plus de produits alimentaires tout en réduisant leurs émissions.

Le Canada est déjà à la traîne. Les secteurs agricoles des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie et de la Chine reçoivent un financement environ trois fois plus élevé pour la lutte contre les changements climatiques que ce que le Canada accorde à son secteur. Pourtant, les attentes à l’endroit de nos agriculteurs continuent de croître : produire plus (dans des conditions météorologiques de plus en plus défavorables), réduire les émissions et contribuer à assurer la sécurité alimentaire mondiale.

Nous avons commencé l’an dernier à explorer les occasions entourant l’agriculture adaptée au climat, en plein cœur d’une double tourmente mondiale : les pénuries alimentaires et les dérèglements climatiques. Depuis, nos équipes de recherche ont parlé à plus de 500 agriculteurs et producteurs de denrées alimentaires, afin de mieux comprendre quelles politiques pourraient concrètement faire une différence en ce moment.

Des politiques judicieuses contribueront à renforcer notre économie, atténuer les menaces géopolitiques et accélérer la réduction des émissions.

Ottawa et les provinces devront changer leur approche à l’égard des politiques agricoles afin de protéger un secteur qui représente 7 % du PIB national – et qui a un immense potentiel de croissance.

Le présent rapport décrit neuf politiques dans cinq domaines – les sols, le méthane, les engrais, les talents et les technologies, et les consommateurs – qui peuvent propulser le secteur agricole canadien à l’avant-plan de la prochaine révolution verte et lui permettre d’affronter la concurrence mondiale.

Actuellement, les politiques et le financement agricoles du Canada ne sont en rien comparables aux mesures incitatives et crédits d’impôt de 19,5 milliards de dollars US inscrits dans l’Inflation Reduction Act (IRA) pour soutenir les technologies agricoles, la conservation et d’autres mesures. Même avant que Washington ne déploie son programme climatique phare, le financement de la lutte contre les changements climatiques aux États-Unis s’élevait à 1,7 % des revenus totaux des agriculteurs – plus de trois fois le niveau atteint au Canada. Les prochaines dispositions législatives du Farm Bill, d’une valeur de 1,5 billion de dollars US, pourraient renforcer encore l’avantage des États-Unis.

Notre plan en neuf points pourrait être une réponse puissante aux visées de l’IRA, et il jette les bases pour une puissance alimentaire prospère, étendue et durable.

Pendant ce temps, la Chine revitalise ses terres agricoles à coup d’investissements annuels de 7 milliards de dollars US, alors que l’Union européenne consacrera 224 milliards de dollars US à des initiatives liées au climat jusqu’en 2027.

Selon les agriculteurs à qui nous avons parlé, l’agriculture a déjà une longueur d’avance sur les autres secteurs économiques dans la lutte contre les changements climatiques et le déploiement de technologies, d’innovations et de méthodes de réduction des émissions de GES. Cela dit, la hausse des émissions nationales et mondiales génère de nouvelles attentes venant des marchés nationaux et internationaux, qui souhaitent que les principaux secteurs d’activité canadiens en fassent plus.

Les politiques que nous proposons réduiront les émissions du secteur agricole, qui représentent actuellement des émissions totales de gaz à effet de serre du pays.

Un modèle d’affaires adapté aux changements climatiques pour le secteur agricole invite les agriculteurs à prouver qu’ils réduisent leurs émissions afin d’atteindre les cibles ambitieuses des gouvernements et des investisseurs et de répondre aux attentes croissantes des consommateurs.

Sur une note positive, le Canada joue déjà un rôle crucial pour assurer la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale et est un précurseur en matière d’agriculture favorable au climat.

Le Canada est déjà l’un des principaux pays exportateurs de produits alimentaires et se classe parmi les meilleurs en matière de durabilité du système alimentaire, selon l’indice Food Sustainability Index. Plus de 65 % des agriculteurs canadiens ont adopté au moins une pratique en vue de renforcer la résilience de leur exploitation face aux problèmes touchant les sols, l’eau ou la biodiversitéI.

Le temps est venu pour les gouvernements canadiens de s’appuyer sur les réussites de ses agriculteurs. Notre plan en neuf points pourrait être une réponse puissante aux visées de l’IRA, et il jette les bases pour une puissance alimentaire prospère, étendue et durable.


Les sols :
une catégorie d’actifs

Un producteur de maïs près du canton d’Elmira, en Ontario, nous a récemment fait part de son enthousiasme à l’idée d’accroître ses profits en intégrant des crédits de carbone dans ses pratiques agricoles.

Il n’est pas seul. Des milliers d’agriculteurs canadiens lorgnent également le marché des crédits de carbone, qui promet de nouvelles sources de revenus et reconnaît leurs efforts en vue de retirer du carbone de l’atmosphère.

Cependant, des récits et des expériences de projets pilotes malheureux qui n’ont pas donné les résultats escomptés, des directives peu claires concernant l’accès au marché et des connaissances et données limitées ont refroidi cet enthousiasme. De plus, les producteurs qui ont adopté des pratiques de séquestration du carbone plus rapidement ces dernières années se sentent laissés pour compte et regrettent de s’être lancés si tôt.

Les gouvernements canadiens pourraient appliquer trois politiques pour créer des marchés du carbone dynamiques :

1. Établir des normes pour soutenir les marchés du carbone

    • Occasion

      Soutenir un marché du carbone de 4 G$ d’ici 2050


  • Défi

    Aucune norme claire

Agissant à titre de puissant puits de carbone, les terres agricoles actives au Canada peuvent séquestrer de 35 à 38 Mt de carbone d’ici 2050, soit 40 % à 45 % des émissions annuelles actuelles des sables bitumineux.

Actuellement à leurs débuts, les marchés volontaires du carbone canadiens pourraient devenir un géant de 4 milliards de dollars d’ici 2050, selon ce que montrent nos recherches. Un marché actif pourrait signifier des dizaines de milliers de dollars en nouveaux flux de revenus pour certains exploitants – et plus d’un million de dollars pour les opérateurs d’envergure.

Cela dit, les assises d’une compensation carbone intégrée ou d’un marché des crédits compensatoires viable au Canada reposent sur un système robuste de mesure et de déclaration du carbone du sol et des émissions.

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ont accompli un travail important à cet égard, mais il est possible d’en faire plus collaborativement. Voici comment nous pouvons établir un marché du carbone dynamique au Canada :

  • En se fondant sur les travaux réalisés dans le secteur privé, le gouvernement fédéral peut publier des méthodologies issues des approches les plus crédibles en matière de compensation intégrée et de crédits compensatoires (voir l’encadré).
  • L’incidence doit être mesurée scientifiquement pour qu’il soit envisageable d’obtenir un paiement au titre des crédits de carbone. En collaboration avec les agriculteurs, les éleveurs et les agroentreprises, et par l’entremise de projets pilotes régionaux partout au pays, AAC et ECCC peuvent envisager de publier des normes qui constitueront un cadre préliminaire de mesure, de déclaration et de vérification (MDV) pour différentes pratiques adaptées au climat. Ce cadre fonctionnerait de pair avec la base de données sur les sols décrite à la section suivante. Cela sera cependant délicat. Trouver une méthodologie MDV qui soit uniforme et économique dans le but de mesurer l’incidence des pratiques agricoles adaptées au climat (y compris les cultures de couverture et les cultures sans labour) sur la séquestration du carbone dans le sol et les émissions demeure un défi.
  • Un cadre MDV guiderait les producteurs dans l’obtention de crédits, alors que les acheteurs feraient en toute confiance l’acquisition de ces crédits ou les intégreraient dans un programme de compensation intégrée.

  • Les gouvernements devraient explorer des façons viables d’assurer la stabilité des prix du marché ainsi que des rendements substantiels constants pour les agriculteurs et investisseurs.
  • L’investissement de 300 millions de dollars US sur huit ans des États-Unis dans les MDV pourrait servir de modèle pour le Canada. Cet investissement permettra d’améliorer les mécanismes de collecte de données et de créer des modèles algorithmiques, en vue d’établir les niveaux de référence actuels et futurs en matière d’émissions. Il déterminera également les protocoles d’analyse des sols, répertoriera des technologies de télédétection et d’échantillonnage des sols à la fois évolutives et abordables, et établira un réseau national de recherche pour améliorer les pratiques dans les exploitations. Le Canada devra effectuer un investissement similaire, proportionnellement à sa taille, pour que ses producteurs demeurent compétitifs.

Compensation carbone intégrée


Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Le processus aide les entreprises à éviter ou à réduire les émissions du périmètre 3 dans leur chaîne logistique et les prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes.

Crédits compensatoires


Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables générés par des énergies renouvelables ou d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par leurs activités.


2. Créer une base de données liées au climat pour aider les agriculteurs

    • Occasion

      Alimenter en données le secteur agricole pour gérer les risques et améliorer la productivité


  • Défi

    Manque de connaissances accessibles

Il est essentiel d’avoir une banque de données approfondie et étendue pour mesurer l’état des pratiques liées au climat et les futurs points sur lesquels il faut se concentrer. Cela dit, le manque de financement public des programmes de données liées au climat a entravé les efforts visant à gérer les risques et à améliorer la productivité.

Le gouvernement peut s’attaquer à ces défis et accélérer l’adoption de méthodes efficientes en élaborant un cadre pour la création d’une base de données nationale sur les sols :

  • En s’appuyant sur des années de travail d’AAC et des provinces, une base de données nationale sur les sols peut recueillir des données par l’entremise d’un système commun. Cela est essentiel pour comprendre la santé actuelle des différentes catégories de sols dans l’ensemble du Canada, particulièrement du fait que certaines cartes pédologiques n’ont pas été actualisées depuis les années 1950. Cela est également important pour comprendre l’incidence des sols sur les émissions d’oxyde nitreux (qui est particulièrement nocif pour les cultures et la santé humaine), la séquestration du carbone et les variations des stocks de carbone organique.
  • Établie et financée par AAC, une telle base de données pourrait servir de portail donnant accès à des renseignements économiques en temps réel et téléchargeables aux producteurs, experts et décideurs.

  • Le flux de données, venant des provinces, des laboratoires d’analyse des sols, des fournisseurs de machines agricoles et des opérateurs de matériel de télédétection, permettra d’établir en temps réel des niveaux de référence régionaux et nationaux en matière d’émissions. Il favorisera aussi la modélisation régionale des cultures, la mise en place de moyens pour améliorer la gestion des éléments nutritifs, et l’établissement de pratiques axées sur la biodiversité et la conservation de l’eau.
  • Armés de telles données éclairées, les agriculteurs pourraient réduire le risque entourant l’adoption de pratiques agricoles adaptées au climat par une bonne compréhension des conséquences économiques potentielles de l’adoption de nouvelles pratiques. La base de données pourrait également être un outil inestimable pour les entreprises et les sociétés de recherche intéressées à développer des technologies agricoles prêtes à l’exportation.

3. Mettre au point un système juste qui assure l’équité des marchés

    • Occasion

      Instaurer un système qui favorise l’adoption rapide des technologies durables


  • Défi

    Peu de reconnaissance pour les utilisateurs précoces

Les deux premiers éléments de notre ensemble de politiques sur les sols visent à favoriser un comportement futur. Notre dernier élément reconnaît les actions passées.

Les agriculteurs canadiens sont en avance sur les autres. Beaucoup d’entre eux ont mis en œuvre des pratiques adaptées au climat avant l’Accord de Paris, parfois de plusieurs décennies. Mais ces utilisateurs précoces s’inquiètent du fait que leurs stocks de carbone n’ont peut-être pas été dûment documentés avec les années. Après tout, pour que les producteurs soient récompensés sur le marché du carbone, ils doivent prouver qu’ils ont accru l’absorption du carbone au fil du temps.

Le manque de reconnaissance de ces utilisateurs précoces pourrait avoir des conséquences inattendues. Il risque notamment de démotiver les agriculteurs ou de les pousser à labourer de nouveau leurs terres (et ainsi libérer du carbone) afin de fixer un niveau de référence plus bas pour le carbone de leur sol – ce qui se traduirait par des paiements futurs plus élevés.

Les utilisateurs précoces qui peuvent prouver qu’ils ont accru leurs stocks de carbone pourraient être rémunérés de plusieurs façons:

  • L’exonération des gains en capital pourrait être accrue pour les terres agricoles admissibles. À l’heure actuelle, lors du transfert intergénérationnel d’un bien admissible, l’exonération peut représenter jusqu’à un million de dollars de la valeur du bien. Selon la nouvelle politique, les producteurs bénéficieraient d’une exonération correspondant à la valeur totale du carbone organique stocké dans leurs sols déterminée d’après les derniers prix du marché (en plus des exonérations actuelles). Cette valeur serait incluse dans la valeur des terres agricoles au moment du transfert et ne ferait pas partie de l’exonération reçue. À l’aide d’une analyse rétrospective, un processus de modélisation permettant d’estimer les variations passées de la quantité de carbone dans le sol, on peut connaître l’évolution des stocks de carbone organique des sols sur plusieurs années. Cette méthode peut être utilisée pour déterminer les estimations de référence et ainsi rémunérer les exploitants agricoles.

  • Les producteurs pourraient se voir accorder un ensemble de crédits d’impôt fondés sur les stocks de carbone scientifiquement prouvés de leurs exploitations ; ils pourraient ensuite utiliser ces crédits pour le paiement des impôts. Les crédits peuvent être utilisés sur dix ans, et les producteurs peuvent choisir l’année pour laquelle ils veulent s’en prévaloir aux fins du paiement des impôts.
  • Certains éléments de la recherche scientifique et du développement expérimental peuvent être simulés pour favoriser des investissements favorables sur le plan environnemental dans les exploitations. Un nouveau programme émettrait des crédits d’impôt à l’investissement aux exploitants agricoles qui investissent dans des projets qui font la promotion de services écosystémiques. Si un investissement correspond à une activité figurant sur une liste d’investissements appropriés au niveau des exploitations, les producteurs peuvent présenter une demande de crédit d’impôt.

Le méthane :
une occasion de croissance

Un producteur laitier juste au sud d’Ottawa nous a dit qu’il avait envie de se procurer un biodigesteur, mais qu’il était préoccupé par son prix élevé et sa viabilité économique. Le biodigesteur aiderait à la décomposition des matières organiques (comme le fumier) à sa ferme pour produire des biogaz, principalement du méthane. Cependant, il estime, comme d’autres agriculteurs à qui nous avons parlé, que les politiques canadiennes ne sont pas très attrayantes, même sous le programme de gestion de l’offre. Cela rend difficile de justifier l’acquisition d’un biodigesteur, malgré son rôle dans la réduction des coûts et la gestion des émissions.

Au sud de la frontière, c’est une tout autre histoire. En vertu de l’IRA, les agriculteurs américains sont bien placés pour profiter de crédits d’impôt de 30 % associés à la production de biogaz, au moins jusqu’en 2025. En outre, les programmes Rural Energy for America de l’U.S. Department of Agriculture ont octroyé 2 milliards de dollars US en prêt et subventions pour accroître l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, comme les biogaz.

Le Canada devra faire des investissements équivalents à ceux des États-Unis dans les biogaz afin de tirer parti de leurs avantages accrus sur le plan de la durabilité, de la conversion des déchets en énergie et de la réduction des coûts d’énergie.

4. Promouvoir des façons de rentabiliser la réduction des émissions de méthane

    • Occasion

      Instaurer un système qui favorise l’adoption rapide des technologies durables


  • Défi

    Peu de reconnaissance pour les utilisateurs précoces

Le Canada doit accroître sa production de produits alimentaires, mais en réduisant ses émissions. Les cultures et le bétail génèrent 10 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, le méthane en étant l’un des plus puissants.

En tant que signataire de l’engagement mondial sur le méthane, le gouvernement fédéral a reconnu que l’agriculture est responsable de 31 % des émissions totales de méthane du pays. La fermentation entérique, le processus de digestion des ruminants, représente 86 % de ce total, le fumier étant responsable du reste. Bien que le fumier contribue aux émissions de méthane, il peut aussi être considéré comme une source de gaz naturel renouvelable, ou biogaz.

Les technologies et les outils permettant de s’attaquer au méthane sont prêts, mais leur déploiement nécessitera à la fois du financement et une approche systémique globale. Nous recommandons les approches suivantes :

  • Le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les provinces pour créer un mandat national mixte visant à inciter les services publics à acheter du gaz naturel renouvelable (GNR) issu de digesteurs. Les provinces comme le Québec et la Colombie-Britannique exigent que d’ici 2030, les fournisseurs de gaz naturel offrent un mélange composé d’au moins 10 % de gaz renouvelable, ce qui incite les services publics à acheter du GNR. Cela a aussi encouragé les exploitants agricoles à installer des digesteurs qui produisent des biogaz pouvant être convertis en GNR chez un transformateur. Dans le cadre d’un mandat national, les provinces devraient définir le seuil minimal des mélanges.
  • Soutenir davantage de propositions pour la construction de digesteurs grâce au Fonds stratégique pour l’innovation (FSI). Même si le FSI accepte des propositions axées sur le secteur agroalimentaire, celles-ci ne constituent pas un volet fondamental du programme.

  • Des crédits peuvent être accordés aux producteurs dans le cadre du Règlement sur les combustibles propres pour les biocarburants utilisés dans le secteur du transport. En vue d’assurer l’efficacité du programme, ECCC pourrait le revoir au bout d’un an, et s’assurer que tous les participants reçoivent une compensation financière appropriée et que les obstacles à l’installation de biodigesteurs sont examinés et aplanis en temps opportun.
  • Le coût d’installation des digesteurs et des tuyaux pourrait être inclus dans le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres. L’IRA prévoit un crédit d’impôt pour les entreprises qui peut atteindre 50 % du coût de l’installation d’un digesteur. Un crédit d’impôt similaire sera nécessaire pour que le Canada puisse demeurer concurrentiel et développer le marché du GNR produit à l’aide de cette technologie. L’accélération des investissements dans la production de GNR fera augmenter l’offre de carburant ultrapropre destiné au transport.
  • Adopter des règlements et des politiques publiques souples sur l’ajout d’additifs destinés à réduire les émissions dans les aliments pour animaux. À l’heure actuelle, ces additifs ne sont pas admis sur le marché canadien en raison des règlements stricts. Un groupe d’experts permanent et indépendant pourrait conseiller les organismes de réglementation sur le potentiel de réduction des émissions et les avantages sur le plan de la productivité des technologies à faibles émissions d’alimentation des animaux. Le mandat de ce groupe d’experts pourrait être de collaborer avec les personnes chargées de la réglementation à Santé Canada et à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) en vue de revoir les règlements, de collecter des données et de fournir des conseils techniques sur les politiques relatives aux nouveaux additifs. Étant donné que de nombreux additifs ajoutés aux aliments des animaux sont considérés comme des médicaments vétérinaires, le groupe d’experts passera la réglementation en revue et la modifiera afin que l’innovation et la compétitivité soient prises en compte. Le groupe d’experts pourrait collaborer avec des partenaires commerciaux clés afin d’élaborer des normes favorisant les producteurs qui utilisent des additifs qui réduisent les émissions de méthane.

Les chaînes logistiques :
des moteurs stratégiques

Un producteur de pommes de terre de Lethbridge, en Alberta, a souligné l’efficacité du programme Gérance des nutriments 4B – des engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment et au bon endroit.

Cela dit, il estime que le gouvernement peut faire davantage dans le domaine des engrais pour assurer l’innocuité des intrants, essentielle pour préserver la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Ce qui est préoccupant, c’est que le Canada n’aura pas assez d’intrants agricoles pour soutenir l’ensemble de l’industrie s’il n’a plus accès à des fournisseurs externes, particulièrement les exportateurs d’envergure comme la Russie.

La promotion d’une industrie nationale des engrais et d’autres intrants agricoles permettrait de réduire les coûts et d’assurer une source stable de solutions novatrices pour les agriculteurs partout au Canada.

Un encouragement intérieur à la production d’intrants agricoles créera aussi des emplois dans les régions rurales, étant donné que les matières premières nécessaires à la fabrication de nombreux engrais novateurs, comme les biostimulants, proviennent de zones rurales et sont traitées près de leur source.

5. Renforcer le portefeuille d’engrais produits au Canada

    • Occasion

      Assurer la sécurité alimentaire du Canada


  • Défi

    Soutien insuffisant aux nouvelles entreprises biologiques

En plus de se soucier de leurs revenus, les agriculteurs doivent veiller à ce que l’approvisionnement en engrais et en solutions agricoles soit abordable et accessible.

Trois éléments essentiels composent les engrais : l’azote, le phosphore et le potassium. Ils apportent aux plantes les nutriments nécessaires à leur croissance et augmentent les rendements. Le Canada est le premier producteur de potasse (une forme courante de potassium) et répond à 31 % de la demande mondiale de ce produit. En revanche, il dépend d’autres pays pour l’azote et le phosphore.

Le Canada importe de l’engrais azoté de la Russie et depuis que celle-ci a envahi l’Ukraine, cette dépendance est devenue particulièrement préoccupante. Avant 2022, les exploitations du centre et de l’est du Canada consommaient annuellement plus de 660 000 tonnes d’engrais azoté importé de Russie (soit plus de 85 % du total des engrais azotés utilisés dans ces régions). Le gouvernement a imposé des tarifs douaniers substantiels sur les engrais en vue de pénaliser l’économie russe et les producteurs canadiens ont dû payer la facture.

Les produits biologiques, par exemple les biostimulants et les produits utilisés pour le contrôle biologique et la fertilité biologique (voir l’encadré), peuvent devenir des produits complémentaires ou de remplacement essentiels par rapport aux solutions agricoles traditionnelles. Les biostimulants peuvent être mélangés avec des engrais traditionnels pour favoriser la santé des sols et en augmenter l’efficacité, et représentent actuellement un marché de 12 milliards de dollars US à l’échelle mondiale[i]. Le Canada occupe une position unique de chef de file dans ce domaine étant donné que les matières premières nécessaires à la fabrication de ces solutions se trouvent dans les régions rurales. Le siège social des entreprises qui fabriquent ces produits se trouve souvent dans des collectivités rurales. Ces entreprises peuvent combler la demande locale d’engrais azotés organiques, tout en créant des emplois bien rémunérés.

Les maillons suivants peuvent contribuer à établir une chaîne de valeur agricole locale et résiliente :

  • L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), chargée de certifier les produits biologiques, devrait simplifier les processus d’approbation. Elle devrait aussi obtenir un financement supplémentaire pour embaucher plus de personnel, puisqu’il lui faut actuellement plus de 380 jours pour approuver de nouveaux produits – sans compter les retards possibles.
  • Renforcer les chaînes logistiques en améliorant les réseaux de transport comme les routes, les chemins de fer et les ports.

  • Fournir une aide gouvernementale aux entreprises biologiques afin d’étendre leur présence sur les marchés nationaux et étrangers. Les produits biologiques peuvent aider à limiter l’érosion des sols, qui coûte plus de 3 milliards de dollars chaque année aux agriculteurs canadiens et américains selon les chercheurs. Des subventions devraient être accordées aux chercheurs pour mener des essais sur le terrain en vue de la commercialisation. Même si de nombreux programmes de fertilisation continueront d’utiliser des produits chimiques, les agriculteurs peuvent y intégrer des solutions biologiques pour améliorer la santé des sols.
  • On estime que le secteur des extraits d’algues, souvent utilisés comme biostimulants, peut créer 30 000 emplois rien qu’en Colombie-Britannique, dans les régions rurales.
  • Établir les produits biologiques comme des produits lucratifs fabriqués au Canada. Plusieurs entreprises canadiennes offrent actuellement des solutions biologiques novatrices qui sont adoptées dans de nombreux marchés, notamment en Europe et en Amérique du Sud . En 2021, la moitié des détaillants canadiens d’engrais avaient une bonne opinion des biostimulants et plus de 80 % d’entre eux en vendaient . Les biostimulants courants comprennent les enzymes qui favorisent la fixation de l’azote, les extraits d’algues marines et certains champignons et bactéries.

Les solutions biologiques :


  • Contrôle biologique :
    Aide les plantes à lutter contre le stress biotique et prévient les dommages causés par les parasites, les agents pathogènes et d’autres organismes.

  • Biostimulant :
    Renforce les plantes pendant les périodes de stress abiotique en augmentant l’efficacité de l’utilisation des nutriments en vue d’améliorer la qualité globale des récoltes.

  • Fertilité biologique :
    Favorise la croissance des cultures par l’ajout d’organismes vivants dans les sols, sur les graines ou sur la surface des plantes ; ces organismes colonisent les tissus internes des plantes, ce qui stimule leur croissance.

Les technologies et les talents :
des avantages concurrentiels

Aux abords de Saskatoon, en Saskatchewan, un producteur de canola nous a dit qu’il ne se donnerait même pas la peine d’installer une affiche « Nous embauchons » cette année, ses plus récentes tentatives pour trouver des talents ayant été infructueuses. Comme d’autres agriculteurs, il estime que la recherche de main-d’œuvre va bien au-delà des ouvriers qui l’aident pendant les récoltes. Les exploitations agricoles ont besoin de spécialistes sur place et d’un réseau de conseillers pour cerner ce qui nécessite leur attention. Ces spécialistes doivent communiquer de l’information rapidement à partir des données provenant de la machinerie pour accroître l’efficacité.

Une autre préoccupation des agriculteurs est le coût prohibitif des technologies essentielles et des innovations qui pourraient éliminer certaines tâches fastidieuses. Les spécialistes sur place et les technologies qui peuvent aider à gérer les sécheresses et les épisodes météorologiques deviendront indispensables à leur succès.

Pourtant, les investissements dans ces domaines sont en baisse depuis quelques années. Afin d’assurer que les exploitants ont accès aux technologies et aux talents, les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient accroître leur soutien en recherche et développement pour réduire le coût des innovations, des réseaux de conseillers et de la formation.

L’ensemble de politiques suivant pourrait aider à perfectionner les talents et à stimuler l’innovation :

6. Soutenir un secteur agricole qui carbure à l’innovation

    • Occasion

      Trouver la prochaine vague d’agrotechnologies majeures au Canada


  • Défi

    Investissements minimes en agrotechnologie

Le lancement d’un marché du carbone dynamique et la croissance de l’analytique des données massives prépareront le terrain pour la prochaine génération d’entreprises agricoles canadiennes technophiles.

Toutefois, les investissements dans les agrotechnologies sont moins importants au Canada que dans d’autres pays comparables, ce qui freine l’innovation. En 2021, les sociétés américaines d’agrotechnologie ont amassé plus de 6,9 milliards de dollars US de capital-risque. À titre de comparaison, seulement 270 millions de dollars US sont allés aux entreprises canadiennes. Le financement public et privé de la recherche et du développement doit augmenter afin que les entreprises agrotechnologiques canadiennes puissent prendre de l’expansion.

Voici comment le Canada peut ajuster ses mécanismes de financement :

  • Amener le secteur privé et Innovation, Sciences et Développement économique Canada à investir dans la création d’un réseau, semblable au Clean Resource Innovation Network (CRIN) pour les projets pétroliers et gaziers qui favorisent la recherche et le développement. Ce partenariat public-privé regrouperait des exploitants agricoles, des exploitations intelligentes, des établissements de recherche, des investisseurs et des entreprises (petites, moyennes et grandes) de toute la chaîne logistique agricole.
  • Organiser des concours (de façon semblable au CRIN) visant le développement et la commercialisation de technologies durables. Par exemple, un appel à propositions axé sur la réduction des émissions nocives d’oxyde nitreux pourrait stimuler l’innovation dans les domaines de la génétique pour les cultures fixatrices d’azote, des engrais plus efficaces, ou d’autres technologies permettant aux plantes de capter l’azote directement de l’atmosphère, réduisant ainsi les besoins en engrais à forte intensité énergétique.

  • Permettre aux entreprises novatrices de présenter leurs solutions et de financer leurs innovations. Les exploitants agricoles participants et les exploitations intelligentes du réseau pourraient évaluer les innovations directement au moyen d’essais sur le terrain à un coût négligeable. De leur côté, les chercheurs pourraient mener des études sur lesquelles les entreprises s’appuieraient aux fins de commercialisation, ce qui leur donnerait accès à des investisseurs de différents niveaux. Les entreprises du réseau pourraient accéder aux investissements en priorité, puis créer un partenariat entre leurs équipes de recherche et de développement et les entreprises agrotechnologiques participant aux défis.
  • Accroître la recherche et le développement du secteur privé afin d’éliminer les obstacles qui touchent actuellement la main-d’œuvre agricole. Les technologies peuvent automatiser les processus, permettre aux exploitants agricoles de se concentrer sur la gestion, réduire les intrants et accroître les rendements.

7. Faire revivre les réseaux de partage des connaissances du Canada

    • Occasion

      Mettre sur pied un portail de connaissances agricoles canadien


  • Défi

    Infrastructures insuffisantes

Les services de vulgarisation agricole – une constellation d’experts en agriculture répartis dans chaque province – et les universités canadiennes ont depuis toujours soutenu les agriculteurs en leur offrant des directives. Les agronomes et les experts de ces réseaux ont souvent donné des conseils aux producteurs quant aux stratégies et technologies les plus appropriées. Mais, avec les années, la plupart des universités se sont désengagées, et les services provinciaux de vulgarisation ont perdu de leur lustre en raison de compressions de leur financement. L’inverse s’est produit aux États-Unis, où de nombreuses universités ayant bénéficié d’un don de terrain (« land-grant universities ») fournissent différents programmes d’aide aux producteurs.

Voici comment le Canada peut faire revivre ces réseaux :

  • Les agriculteurs peuvent se renseigner auprès d’experts du privé et profiter de leurs connaissances. Cependant, alors que l’urgence climatique grandit, une plus grande contribution des provinces est indispensable. En effet, les démonstrations dans les exploitations agricoles représentent le moyen le plus efficace d’encourager l’adoption des nouvelles pratiques de gestion et des innovations. Les agriculteurs ont aussi indiqué que le manque d’accès aux experts, aux démonstrations dans les exploitations agricoles et aux connaissances était un des principaux obstacles à leur adoption.

  • Les services de vulgarisation devraient envisager une nouvelle approche axée sur la collaboration entre les acteurs publics, privés et institutionnels. Une nouvelle approche mixte inciterait les provinces à s’associer aux universités et établissements postsecondaires de formation agricole en augmentant les investissements fédéraux et provinciaux dans les installations de recherche sur les campus. Elle ferait également la promotion des services-conseils des ministères de l’Agriculture provinciaux (comme en Nouvelle-Écosse), ce qui pourrait soutenir le recrutement.
  • Le secteur privé a un énorme rôle à jouer lui aussi, ses agronomes pouvant offrir des recommandations en temps réel aux agriculteurs afin de les aider à accroître leur productivité.

8. Favoriser les investissements dans la formation postsecondaire

    • Occasion

      Élargir et approfondir le bassin de talents dans le secteur agricole


  • Défi

    Lacune dans le recrutement de talents aux aptitudes diversifiées

Le secteur agricole canadien connaîtra bientôt l’un de ses plus grands bouleversements au chapitre de la main-d’œuvre et de l’importance de son rôle. Pour relever ce défi, il faut continuer d’élargir les politiques d’immigration actuelles qui accélèrent l’admission des agriculteurs qualifiés et des travailleurs agricoles.

Voici comment nous pouvons assurer que de futures générations de producteurs et qu’un réseau de conseillers et de consultants seront prêts à fournir leur expertise :

  • Les universités et les collèges de formation agricole devraient poursuivre la création de programmes de microcertification et de programmes ouverts aux personnes ayant étudié dans divers domaines. La création de programmes qui combinent l’expertise de différentes facultés aidera à accroître l’exposition des étudiants à l’agriculture.

  • Un programme de gestion du carbone pourrait inviter des étudiants de différentes facultés pour leur montrer comment les émissions de gaz à effet de serre sont mesurées, et comment créer des objectifs d’affaires permettant de réduire les émissions ainsi que les moyens les plus efficaces de suivre les progrès.
  • L’élimination des obstacles pour les titulaires de diplômes étrangers (par exemple, les vétérinaires) peut contribuer à combler les besoins en main-d’œuvre et à accroître la productivité dans le secteur agricole.

Les consommateurs :
des moteurs de l’évolution des marchés

Une pomicultrice du Québec nous a posé la question suivante lors d’un événement à Ottawa : pourquoi le gouvernement ne cherche-t-il pas proactivement à acheter des produits alimentaires respectueux du climat auprès de producteurs nationaux ? Tout en reconnaissant que l’approvisionnement est régi par des ententes commerciales qui doivent être respectées, elle estime que les gouvernements devraient montrer l’exemple et faire leurs achats localement pour témoigner de leur soutien.

Il peut être difficile de mobiliser les consommateurs à cet égard, et le gouvernement a un rôle à jouer en montrant l’exemple. Les recherches dont il est question dans Sol fertile, un autre rapport de notre série La prochaine révolution verte, ont constaté que peu de consommateurs sont prêts à payer plus cher pour des aliments produits de façon durable.

Pour stimuler le marché, les divers paliers de gouvernement doivent faire un effort concerté afin de rémunérer les producteurs qui mettent en œuvre des pratiques agricoles adaptées au climat.

9. Influencer les habitudes d’achat par l’approvisionnement

    • Occasion

      Établir un programme gouvernemental de « prime verte »


  • Défi

    Non-optimisation des leviers d’approvisionnement par le gouvernement

Pour établir un cercle vertueux, les politiques d’approvisionnement du gouvernement doivent respecter ses engagements en matière de carboneutralité.

Voici comment les politiques d’approvisionnement du secteur public peuvent soutenir les pratiques agricoles adaptées au climat :

  • Afin d’améliorer la durabilité dans l’ensemble des ministères fédéraux, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada devrait établir un programme d’approvisionnement écologique pour l’achat d’aliments produits selon des pratiques agricoles adaptées au climat. Selon les données disponibles, le gouvernement fédéral achète annuellement plus de 400 millions de dollars de produits alimentaires pour ses services. Si cet argent était consacré à l’achat d’aliments produits de façon durable, les agriculteurs auraient l’assurance d’avoir un acheteur ; cela pourrait aussi contribuer à la réduction du gaspillage alimentaire.

  • L’établissement de normes et de certifications claires et largement reconnues permettrait aux producteurs de vendre leurs marchandises au gouvernement. Il pourrait s’agir de mesures visant notamment à améliorer la santé des sols, la gérance des nutriments 4B, les partenariats sur le bétail, les pratiques de pâturage, de consommation d’eau, d’énergie et de carburants, ainsi que la restauration des prairies indigènes. Les paramètres devraient être mis à la disposition de tous les agriculteurs canadiens.
  • Ces normes et certifications devraient être administrées directement par des groupes de producteurs et des organismes du secteur agricole. Ces groupes mèneraient des entrevues dans les exploitations afin de vérifier les pratiques qui y sont appliquées et informeraient les producteurs de leur statut. Les résultats seraient communiqués au gouvernement avant l’attribution de la certification. Le financement de ces groupes devrait être bonifié en vue de couvrir le coût des vérifications. Leur rôle étant élargi, les organismes devraient obtenir des ressources supplémentaires pour présenter les pratiques de pointe en matière de gestion des terres dans les exploitations.
  • Pour que le gouvernement puisse rendre des comptes, il devrait y avoir un mécanisme de suivi des progrès réalisés par Ottawa par rapport à l’adoption accrue de pratiques agricoles adaptées au climat.

Conclusion

Les producteurs canadiens à qui nous avons parlé au cours de la dernière année sont bien placés pour assurer leur croissance. Le secteur s’est démarqué en tant que source importante d’emplois, d’occasions commerciales et de gains économiques, même durant les périodes de crise.

Pourtant, les producteurs estiment que les récents budgets gouvernementaux ont été moins audacieux que ceux des pays comparables qui mettent en œuvre des programmes générationnels.

Les gouvernements canadiens ont une occasion d’intensifier leurs engagements et de mettre en place des politiques solides qui reconnaissent le potentiel économique du secteur ainsi que son rôle à l’échelle mondiale en tant qu’exportateur de produits alimentaires fiable et de chef de file en agriculture adaptée au climat.

Le moment est venu pour le Canada de se démarquer.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteur principal : Mohamad Yaghi, Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC

RBC
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Caprice Biasoni, graphiste spécialisée
Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC
Gwen Paddock, directrice générale, Développement durable, Banque Royale du Canada

Arrell Food Institute
Evan Fraser, directeur, Arrell Food Institute, Université de Guelph
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat
Lisa Ashton, Ph.D.
Emily Duncan, Ph.D.

BCG
Killian Berz, directeur général et associé principal
Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Chris Fletcher, directeur général et associé principal
Thomas Foucault, directeur général et associé
Taylor Whitehouse, responsable principal de projet
Chris Kornas, responsable principal de projet

  • Erin Doherty, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Alice Raine, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Rene Van Acker, doyen, Ontario Agriculture College, Université de Guelph
  • Lenore Newman, directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Fraser Valley
  • Rickey Yada, doyen, Land and Food Systems, Université de la Colombie-Britannique
  • David McInnes, fondateur et coordonnateur national de l’Indice national de rendement agroalimentaire
  • Kim McConnell, partenaire stratégique, AdFarm
  • Keith Currie, président de la Fédération canadienne de l’agriculture
  • Peggy Brekveld, présidente de l’Ontario Federation of Agriculture
  • Tyler McCann, directeur général, Institut canadien des politiques agroalimentaires
  • Barbara Schwartzentruber, agrégée supérieure et directrice de programme, Systèmes agricoles et alimentaires, Smart Prosperity Institute/The Natural Step
  • Cameron Charlton, vice-président, Grandes entreprises clientes, RBC
  • Scott VanEngen, spécialiste de la planification financière, RBC Dominion valeurs mobilières Inc.
  • Karen Proud, présidente et directrice générale, Fertilisants Canada
  • Catherine King, vice-présidente des affaires publiques, Fertilisants Canada
  • Cassandra Cotton, directrice du développement durable, Fertilisants Canada
  • Fawn Jackson, cheffe du développement durable, Producteurs laitiers du Canada
  • Fiona McNeil-Knowles, spécialiste du développement durable, Producteurs laitiers du Canada
  • Adam Hayter, Hayter’s Farm
  • Wayne Cantelon, Cantelon Farms
  • Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario
  • Michael Williamson, président-directeur général et cofondateur de Cascadia Seaweed
  • Nick Harsulla, directeur des relations avec les gouvernements, United Farmers of Alberta

  1. « Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada : un article sur la transformation de l’industrie agricole et l’adaptabilité des agriculteurs canadiens », Statistique Canada, dernière modification le 11 mai 2022.
  2. Stratus Ag Research, « Tracking biostimulants: Retailers – USA and Canada 2022 ».
IA, technologie et innovation

Six façons de lutter contre les biais en IA – et comment le Canada peut montrer la voie

L’élimination des biais liés aux machines nécessitera une approche humaine

Principales constatations

  • D’ici 2033, 40 % des exploitants agricoles canadiens auront pris leur retraite. L’agriculture du Canada est donc sur le point de vivre l’une des plus grandes transitions de son histoire en matière de main-d’œuvre et de relève des dirigeants.
  • Sur le même horizon, la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 24 000 travailleurs dans les exploitations agricoles, les pépinières et les serres.i
  • 66 % des producteurs n’ont pas de plan de relève, ce qui jette une ombre sur l’avenir des terres agricoles.ii
  • Ces menaces émergent à un moment où la main-d’œuvre agricole du Canada a besoin d’évoluer pour inclure des compétences telles que l’analyse des données, les sciences de l’environnement et les pratiques respectueuses du climat, ce qui nous permettrait de produire plus d’aliments avec moins d’émissions.
  • À l’aide de politiques à court, moyen et long terme, le Canada peut se procurer la main-d’œuvre agricole compétente en technologie numérique dont le pays a besoin pour devenir un chef de file mondial de la production alimentaire durable et à faibles émissions de carbone.
  • Afin d’éviter une crise des compétences à court terme, au cours de la prochaine décennie nous devrons attirer 30 000 immigrants permanents capables d’établir leurs propres fermes et serres ou de reprendre les exploitations existantes.
  • Pour atteindre nos objectifs à moyen et à long terme, nous devrons bâtir un nouveau pipeline d’exploitants et de travailleurs nationaux en facilitant l’accès à l’enseignement et en augmentant les dépenses de recherche et développement destinées à améliorer l’automatisation et la productivité.
  • D’autres pays comme le Japon et la Nouvelle-Zélande déploient rapidement des stratégies nationales visant à relever des défis similaires. Les gouvernements en question offrent des incitatifs aux exploitants qui deviennent plus autonomes et ouvrent des voies aux travailleurs étrangers qualifiés et aux nouveaux agriculteurs. Le Canada doit agir rapidement.

Les agriculteurs canadiens vieillissent et sont moins nombreux

2001

166 M acres

346 000

âge moyen 50

2006

167 M acres

327 000

âge moyen 52

2011

160 M acres

294 000

âge moyen 54

2016

159 M acres

272 000

âge moyen 55

2021

153 M acres

262 000

âge moyen 56


Citation : Services économiques RBC et Statistique Canadaiii

Un plan de croissance en trois points

  1. Accroître l’immigration d’exploitants agricoles internationaux de 30 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie.
  2. Promouvoir l’enseignement agricole dans les collèges et les universités afin d’attirer de nouveaux étudiants.
  3. Accélérer l’adoption de solutions autonomes et mécanisées dans les exploitations agricoles.

À court terme :

Ouvrir les frontières à de nouveaux producteurs canadiens

La crise des compétences agricoles que traverse le Canada est déjà l’une des pires au monde. Le pays souffre d’une pénurie de compétences qui figure parmi les plus graves du secteur de la production alimentaire à l’échelle mondiale, en comparaison avec les autres grands exportateurs de produits alimentaires. Seuls les États-Unis et les Pays-Bas sont encore plus à la traîne.

La pénurie de travailleurs agricoles dont souffre le Canada est l’une des plus graves au monde

Citation : Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDEiv

La crise démographique qui approche à grands devrait aggraver le problème. Dans 10 ans, 60 % des exploitants agricoles d’aujourd’hui auront plus de 65 ans. Jamais autant d’agriculteurs canadiens n’ont été aussi près de la retraite. De plus, le nombre d’exploitants de moins de 55 ans a décliné de 54 % depuis 2001.v La solution la plus rapide se trouve à nos frontières. L’octroi d’un statut de résident permanent à plus de 24 000 travailleurs agricoles et 30 000 exploitants pourrait combler les pénuries liées à la retraite et aux postes vacants, aider le secteur à réaliser son potentiel de productivité et répondre à la demande alimentaire canadienne aussi bien qu’internationale. De nombreuses serres et exploitations agricoles font déjà appel à d’autres pays pour répondre au besoin de main-d’œuvre peu qualifiée. De fait, le secteur agricole canadien est l’un des plus diversifiés au monde, bien que la demande de travailleurs étrangers diffère considérablement selon les provinces et les activités. Le programme des travailleurs étrangers temporaires demeure une source essentielle de main-d’œuvre peu qualifiée. Mais ce dispositif a ses inconvénients. Premièrement, il s’agit d’une solution provisoire à un problème chronique. Deuxièmement, bon nombre des travailleurs étrangers temporaires (TET) qui acquièrent des compétences essentielles à l’ensemencement et à la récolte au Canada doivent retourner dans leur pays d’origine pendant de courtes périodes. S’il leur est impossible de revenir au Canada (par exemple parce que leur propre gouvernement fait obstacle à la migration pour des raisons de sécurité alimentaire nationale), la main-d’œuvre agricole du Canada s’en trouve considérablement réduite. De meilleures politiques sont nécessaires pour faciliter l’immigration des travailleurs peu qualifiés. Par exemple, une voie vers la résidence permanente pour les TET expérimentés constituerait une solution immédiate à ce type de pénurie. En ce qui concerne les exploitants agricoles hautement qualifiés, le Canada a toujours bien accueilli cette catégorie d’immigrants en provenance des Pays-Bas, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Inde. Cependant, il existe aujourd’hui des occasions en or d’attirer des exploitants ayant perdu leurs entreprises à cause de politiques réglementaires d’autres pays. Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement a réservé un budget de 24,3 milliards d’euros pour racheter les 3 000 fermes néerlandaises qui produisent le plus d’émissions. Les producteurs n’acceptant pas cette offre seront forcés de fermer. De plus, les exploitations agricoles autorisées à rester en activité devront considérablement diminuer leur application d’azote. Le pays devra aussi réduire sa population d’animaux d’élevage à un tiers de sa taille actuelle dans un délai de huit ans. En Nouvelle-Zélande, une loi de 2019 exigeant des producteurs qu’ils réduisent leurs émissions de 10 % dans les trois prochaines années oblige déjà les exploitations agricoles à réduire leurs activités. Des centaines de milliers d’agriculteurs qualifiés du monde entier sont forcés de réduire la taille de leur exploitation ou sont menacés de fermeture. Rien qu’au sein de l’UE, une perte de plus de quatre millions d’exploitations agricoles est enregistrée depuis 2005. À l’échelle mondiale, cela crée un bassin d’agriculteurs qualifiés qui pourraient aider le Canada à accroître ses exportations alimentaires et à s’adapter aux règlements plus rigoureux en matière de durabilité. L’immigration de scientifiques, d’ingénieurs en données et d’entrepreneurs est déjà reconnue comme essentielle à la croissance du Canada. Une approche similaire doit être adoptée pour attirer les agriculteurs.

À moyen terme :

Les écoles d’agriculture doivent évoluer pour répondre aux exigences d’aujourd’hui

Un changement fondamental est survenu dans les écoles d’agriculture partout au Canada. Alors que les inscriptions déclinaient dans les années 1990, beaucoup ont revu leurs programmes. Afin d’encourager les inscriptions, ces écoles ont commencé à offrir des cours interdisciplinaires susceptibles d’attirer les étudiants urbains moins motivés pour travailler en exploitation agricole. Cela signifiait se concentrer sur des sujets autres que les sciences agricoles, allant de la sécurité alimentaire au développement international. L’approche a fonctionné. Après avoir touché le fond en 2003, les admissions ont augmenté de plus de 40 %, ce qui signale un changement de mentalité à l’égard des études agricoles.vi À l’heure actuelle, le taux d’inscription à l’enseignement postsecondaire dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et des sciences vétérinaires au Canada fait partie des plus élevés parmi les taux de l’OCDE, de l’UE et du G20. Malgré cela, la demande de diplômés continue de dépasser l’offre.vii

Le taux d’inscription à l’enseignement agricole au Canada est élevé

Pourcentage d’inscriptions total

Citation : Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBCviii

Afin de renforcer le taux d’inscription, davantage d’efforts doivent être mis en œuvre pour intégrer l’agriculture aux programmes traditionnels. Par exemple, parmi les dix meilleures écoles de commerce du Canada, aucun programme de MBA à temps plein n’offre de cours optionnels dans le domaine de l’agriculture. De même, les écoles d’agriculture ne font pas assez pour promouvoir une approche interdisciplinaire qui intégrerait des étudiants de filières allant de l’ingénierie aux sciences sociales. Ces innovations seront essentielles pour encourager les inscriptions et construire un écosystème agricole plus solide et mieux doté en ressources. D’un autre côté, plusieurs écoles et collèges d’agriculture sont en voie de se transformer en centres multidisciplinaires parmi les plus polyvalents du pays. Ces établissements incorporent des thèmes qui vont des incitatifs financiers à la séquestration du carbone dans les sols, en passant par l’énergie propre. L’Installation de recherche sur les systèmes environnementaux contrôlés de l’Université de Guelph travaille même avec la NASA et l’Agence spatiale canadienne pour mettre au point des méthodes de culture de nourriture sur Mars. En plus d’augmenter le nombre d’inscriptions, les écoles d’agriculture doivent équiper les élèves des outils dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs compétences. Par exemple, les écoles d’ingénierie, de commerce et d’informatique pourraient mettre en place davantage de coopératives, d’études de cas et de projets spéciaux liés à l’agriculture, qui offriraient des occasions d’apprentissage expérientiel axées sur la production alimentaire. Services-conseils pour les producteurs L’enseignement ne finit pas à la porte de l’école. Les producteurs ont toujours été des pionniers dans le domaine des nouvelles technologies. Pour mettre encore plus de compétences numériques en application, ils auront besoin de services-conseils leur permettant de se renseigner sur les meilleures solutions, les pratiques de production les plus efficaces et les façons de réduire les coûts et de promouvoir la durabilité dans leurs exploitations. Étant donné que chaque exploitation est confrontée à des défis uniques, les solutions doivent être individualisées. Les services-conseils visent à aider les agriculteurs à concevoir des solutions sur mesure. De plus, des ateliers sont proposés aux exploitants agricoles et à leurs employés, que ce soit dans un cadre structuré ou de façon informelle. Les services-conseils, à l’image de ceux qui sont offerts aux agriculteurs américains, doivent devenir plus accessibles aux nouveaux agriculteurs canadiens.

À long terme :

Déployer des solutions pour renforcer la mécanisation et l’autonomie des exploitations agricoles

L’automatisation est un thème central de l’agriculture depuis des siècles. La plupart des machines et des outils intègrent aujourd’hui des technologies qui augmentent l’efficacité sur chaque acre cultivé. Et les producteurs qui investissent dans la technologie sont souvent ceux qui dégagent la meilleure rentabilité. En 2020, plus de 50 % des exploitations agricoles ayant investi dans les nouvelles technologies ont constaté une baisse de leurs coûts. Et bien que l’automatisation réduise le besoin de main-d’œuvre agricole, elle crée aussi de nouveaux emplois pour les travailleurs hautement qualifiés. Les inventions telles que le tracteur, la moissonneuse-batteuse automotrice et le guidage automatisé ont marqué des jalons dans l’innovation et la productivité de l’agriculture. Dorénavant, les technologies et pratiques agricoles intelligentes permettront aux exploitations de rehausser leur efficacité et leur productivité, de limiter leur impact sur l’environnement et de mettre l’accent sur la durabilité. Un autre aspect important est que ces solutions innovatrices réduisent les besoins de main-d’œuvre peu qualifiée. Une grande partie de cette technologie est en cours de développement au Canada. Néanmoins, un effort de recherche et de développement plus ambitieux est essentiel pour réduire les besoins de main-d’œuvre, améliorer les taux de production et promouvoir la durabilité. Cela commence par le financement. Au Canada, les fonds consacrés à la recherche et au développement du secteur agricole proviennent principalement de sources publiques. Nous devons viser plus haut en matière de financement, car chaque dollar investi en recherche et développement génère entre 10 et 20 dollars de PIB.ix À mesure que la production agricole s’intensifiera, de plus en plus d’outils seront nécessaires pour réduire les émissions de manière autonome.

Dans l’agriculture canadienne, le financement public de la recherche et du développement est en retard par rapport aux autres pays

millions de dollars américains

Citation : Services économiques RBC, OCDE et Statistique Canada

Les investissements publics représentent la plus grande source de financement dans la recherche et le développement agricoles au Canada, soit 456 millions de dollars en 2020, mais les investissements du secteur privé sont à la traîne avec 156 millions de dollars.xxi Et les sociétés canadiennes, de manière générale, investissent moins dans la recherche et le développement, en comparaison avec leurs homologues étrangères. Les sociétés ont contribué de façon significative aux innovations passées, afin de résorber les pénuries de main-d’œuvre tout en rendant la production agricole plus résiliente face aux phénomènes météorologiques extrêmes et en améliorant la qualité et la durabilité. Toutefois, pour que le Canada devienne l’exportateur alimentaire le plus fiable et le plus durable au monde, d’autres investissements seront nécessaires. L’effort de recherche et développement peut stimuler la croissance du secteur, mais la distribution entre les producteurs sera essentielle. Les dépenses en immobilisations ont augmenté plus rapidement dans l’agriculture que dans les autres secteurs du Canada au cours des 15 dernières années. Or, la majeure partie de ces investissements est attribuable aux cultivateurs.

Les sociétés agricoles canadiennes sont à la traîne des concurrents mondiaux en matière de dépenses en recherche et développement

Dépenses sur la base du pourcentage des revenus

2018

1,2 %

Canada

5,2 %

Étranger

2019

1,0 %

Canada

3,8 %

Étranger

2020

1,4 %

Canada

4,6 %

Étranger

Citation : Services économiques RBC, Statistique Canadaxii

Comparaison mondiale

Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences dans son secteur agricole. Les autres pays ont déjà pris des mesures pour remédier aux pénuries grâce à des programmes politiques spécifiques : Le Japon

L’âge moyen d’un exploitant agricole est de 68 ans au Japon, ce qui en fait le pays de l’OCDE le plus sensible au problème de la relève des dirigeants. Pour encourager les jeunes à entrer dans le secteur, le gouvernement leur offre une aide au revenu pendant cinq ans à compter de la création de leur propre exploitation agricole. De plus, le programme Smart Agriculture propose des services-conseils gratuits sur la façon de mettre en œuvre des solutions autonomes et mécanisées. Le pays a également établi des « villages pilotes » visant à démontrer l’efficacité des nouvelles technologies.xiii

La Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a du mal à convaincre les jeunes et les nouveaux producteurs à s’engager dans le secteur. En 2014, un groupe de producteurs, universités, collèges et agents publics ont formé la Primary Industry Alliance.xiiv Le volet agricole du programme ambitionne d’attirer de nouveaux agriculteurs par les voies de l’enseignement et de l’immigration. De plus, le gouvernement a engagé un dialogue avec la communauté maorie afin d’accroître sa participation dans le secteur.

Les Pays-Bas

Plus de 530 000 travailleurs migrants sont employés dans le secteur agricole néerlandais. Alors que les Pays-Bas dépendent de plus en plus de ces travailleurs migrants, le pays souhaite augmenter la part de travailleurs hautement qualifiés. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a élaboré le programme Strategy for Green Education, dont l’objectif est d’attirer les étudiants dans le secteur et d’assurer une coordination entre les établissements d’enseignement afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre agricole.

Les États-Unis

Tout comme le Canada, les États-Unis sont fortement dépendants des travailleurs temporaires. Cependant, du fait que le nombre d’exploitants agricoles a diminué, la demande de main-d’œuvre n’a fait que croître. Il existe un financement pour les programmes d’enseignement agricole dans les écoles secondaires, et des terrains sont donnés aux universités qui offrent des services consultatifs aux agriculteurs. Cependant, la crise de la main-d’œuvre pousse le salaire moyen vers le haut et incite de nombreux producteurs à investir dans des solutions autonomes.

Conclusion

Le secteur agricole fait face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences pour transformer l’agriculture. Toutefois, avec une bonne approche, ce désavantage aigu pourrait devenir un avantage générationnel. Si le Canada augmentait l’immigration d’agriculteurs qualifiés, encourageait les collèges et universités à faire entrer dans cette filière des étudiants de tous les horizons, et investissait dans des solutions innovatrices visant à automatiser le secteur et à réduire la main-d’œuvre agricole, alors le pays pourrait prendre la tête de la transition mondiale vers une agriculture à faibles émissions de carbone. Le budget de 2023 a été l’occasion d’établir des objectifs ambitieux qui tirent parti des avantages naturels du Canada dans le domaine de l’agriculture. Bon nombre des mesures dévoilées apportent un soulagement temporaire à diverses questions, mais le budget manque de vision globale sur l’avenir du secteur et les enjeux climatiques auxquels il est confronté. Le moment est venu pour les agriculteurs, les gouvernements et les acteurs de la chaîne logistique agricole de travailler ensemble sur cette question. Pour relever ces défis, il faudra adopter une nouvelle approche basée sur la participation de toutes ces parties prenantes.

Facteurs de succès

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/la-prochaine-revolution-verte/.

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Collaborateurs :

Auteur principal: Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, RBC

RBC Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Farhad Panahov, économiste Carrie Freestone, économiste Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise Boston Consulting Group Youssef Aroub, chef de projet Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat

  • Joy Agnew, Ph. D., vice-présidente associée, Recherche appliquée, Olds College
  • Christopher Johnson, associé principal en développement, Olds College
  • Danny Le Roy, Ph. D., professeur agrégé d’économie, Université de Lethbridge
  • Jeanna Rex, Arrell Food Institute, coordonnatrice en éducation, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Beverly Agar, première directrice relationnelle, Agriculture et agroalimentaire, RBC

    1. Emploi et Développement social Canada et Services économiques RBC.
    2. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    3. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    4. Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDE.
    5. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    6. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    7. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    8. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    9. Institut agricole du Canada, « An Overview of the Canadian Agricultural Innovation System. »
    10. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    11. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    12. Statistique Canada, Statistiques de l’OCDE et Services économiques RBC.
    13. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    14. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    15. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
IA, technologie et innovation

Six façons de lutter contre les biais en IA – et comment le Canada peut montrer la voie

L’élimination des biais liés aux machines nécessitera une approche humaine

Misons sur l’agriculture :

Valorisation des terres pour lutter contre les changements climatiques
Depuis des générations, les agriculteurs canadiens retirent des gains financiers pour la nourriture qu’ils produisent. Plus le nombre de boisseaux de blé qu’un agriculteur cultive est élevé (et plus le prix de cette marchandise est élevé sur les marchés), plus le rendement sera élevé. Pourtant, en adoptant des pratiques durables, les agriculteurs ont aussi le pouvoir inégalé de réduire les émissions et d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé des sols et la biodiversité. Des capitaux seront requis pour tirer parti de ce pouvoir. Cependant, si le potentiel actuel de l’agriculture durable est solide, les données économiques qui le sous-tendent ne le sont pas. Nous devrons prendre en compte les pratiques durables tout en fournissant le financement et les instruments financiers permettant d’en réduire les risques et d’encourager leur utilisation. De plus, nous devrons repenser un système économique qui récompense pleinement la production agricole, mais qui accorde peu de valeur à la préservation. Ces efforts, soutenus par des protocoles nationaux encadrant les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification et par des partenariats intersectoriels, peuvent servir d’assise à une stratégie d’agriculture durable de premier plan à l’échelle mondiale.

Que sont les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification ?

Mesure – Un outil mesure les réductions des émissions résultant de l’activité agricole. Déclaration – La mesure est soumise à un vérificateur tiers. Vérification – Le vérificateur tiers certifie les émissions.

L’agriculture pourrait être une source beaucoup plus importante de réduction et d’élimination des émissions

Source : Elis (2021). Analyse BCG

Que sont les compensations carbone et les compensations carbone intégrées ?

Compensations carbone intégrées : Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Compensations classiques : Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables associés à de l’énergie renouvelable ou à d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par l’acheteur.


Une vraie mine d’or :

Trois parcours financiers menant à un secteur agricole plus durable
Dans le présent document, nous examinons trois instruments financiers qui pourraient stimuler le stockage du carbone dans le sol et créer d’autres avantages : les compensations carbone, les compensations carbone intégrées et le financement public. Tous ces outils sont actuellement utilisés à divers degrés. Cependant, leur potentiel à produire des effets immédiats sur l’agriculture durable varie. La compensation carbone intégrée est actuellement le mécanisme le plus efficace pour inciter les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Bien que la demande globale des consommateurs pour des produits alimentaires durables reste à développer, les entreprises agroalimentaires ont montré une volonté de payer davantage pour des intrants durables afin de réduire les émissions dans leurs propres chaînes logistiques. Le soutien du gouvernement sera également essentiel au début de cette transition. Pourtant, à l’heure actuelle, le financement du gouvernement canadien est à la traîne de celui de ses pairs à l’échelle mondiale. Cet écart pourrait désavantager les agriculteurs canadiens, car les systèmes alimentaires sûrs et durables gagnent en importance sur le marché mondial. Dans tous les cas, il est essentiel de disposer de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification fiables. Les compensations sont particulièrement tributaires des essais de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification pour établir les bases de l’intégrité du marché et de la confiance. Et le développement de ces systèmes prendra du temps.

1 | Compensation carbone

  • À court terme : Difficile
  • À long terme : Importante
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Fonctionnement des compensations carbone
  • ...
  • Projets Les projets réduisent ou éliminent les émissions de GES (par exemple, grâce à la capture directe dans l’air, au reboisement et aux pratiques agricoles durables). Une fois les projets validés, les crédits sont émis et vérifiés par un vérificateur tiers.
  • Compensation Les organisations ou les particuliers peuvent acheter des crédits externes pour compenser leurs émissions.
Pour les agriculteurs, le rendement associé aux compensations n’est pas rentable
Un agriculteur qui recourt à des pratiques durables reçoit environ 8 $ à 13 $ de crédits carbone par acre. Mais comme il s’agit d’une science imparfaite et que les mesures sont bancales, une grande partie de ces crédits peut être retenue. Et à cela, il faut ajouter les divers coûts du projet qui peuvent retrancher jusqu’à 60 % de ces montants (35 % pour les coûts, 25 % pour les frais), et un autre 20 % pour l’assurance. En fin de compte, la part de l’agriculteur est de seulement 2 $ à 4 $ l’acre, ce qui représente une mince portion du total des rentrées agricoles.

Revenu faible

  • ~8 $ à 13 $
Crédits carbone par acre

Déductions importantes

  • Coûts – 35%
  • Frais – 25%
  • Assurance – 20%

Incitatif faible

  • ~ 2 $ à 4 $
Crédit carbone par acre après déductions

Sources : Recherche sur les essais des systèmes de mesure, de déclaration et de vérification en Amérique du Nord ; analyse BCG

La qualité des crédits de carbone dépend des méthodes de mesure

Trois principaux types de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification
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Cadre pour repérer les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification de grande qualité

Bien que chaque système soit différent, les plus efficaces mettent en œuvre ce qui suit :
Fonction de mesure, de déclaration et de vérification Bronze Argent Or
Échantillonnage des sols
Modèles fondés sur les processus cross Checkmark Checkmark
Au moins deux certificateurs tiers vérifient les résultats cross Checkmark Checkmark
Télédétection cross Checkmark Checkmark
Évaluation du cycle de vie des intrants à la ferme ou utilisation de plus de trois des meilleures pratiques de gestion cross cross Checkmark
Couvre plus de cinq grandes cultures cross cross Checkmark

2 | Compensation intégrée

  • À court terme : Prête
  • À long terme : Importante
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Comment les aliments cultivés de façon durable peuvent réduire les émissions de chaînes logistiques agroalimentaires
  • ...
  • Agriculteurs Un réseau d’agriculteurs au sein d’une chaîne logistique est sélectionné pour cultiver de façon durable en incorporant de nouvelles pratiques ou en les élargissant.
  • ...
  • Sociétés Les entreprises payent un prix plus élevé aux agriculteurs pour cette nourriture, ce qui les aide à compenser les coûts et les risques associés à la transition vers une agriculture durable. Les entreprises peuvent absorber ce coût additionnel ou le transmettre aux consommateurs sous forme d’un prix plus élevé ou d’une « prime verte ». Le processus aide les entreprises prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes. Ces initiatives de chaîne logistique peuvent également être utilisées à des fins de marketing.
  • ...
  • Consommateurs Les consommateurs ont la possibilité d’acheter des produits cultivés de façon durable.
La plupart des consommateurs n’achèteront pas seulement en raison de la durabilité1
  • 10 %
  • des consommateurs décident d’acheter ces produits uniquement pour « sauver la planète ».
  • 10-30 %
  • des consommateurs sont prêts à acheter lorsque la durabilité2 est associée à d’autres avantages comme la santé, la sécurité et la qualité.
  • 40-60 %
  • des consommateurs se disent préoccupés par la durabilité, mais sont freinés par des obstacles3 comme le revenu, le coût et la commodité.

1. Comprend les acheteurs qui achètent souvent ou très souvent des produits durables et qui considèrent agir eux-mêmes en faveur de la durabilité ; 2. Comprend les acheteurs qui achètent parfois des produits cultivés dans une optique durable ; 3. Comprend les non-acheteurs qui seraient prêts à payer une prime supérieure à 5 % s’il y a parité avec les autres avantages.

Mais la moitié des entreprises, y compris celles du secteur agroalimentaire, sont prêtes à payer plus

Sources : Enquête du Boston Consulting Group sur la consommation durable (juin 2022), expérience de projet et analyse du Boston Consulting Group, rapport conjoint du Boston Consulting Group et du Forum économique mondial (2023)

Raisons justifiant le paiement d’une prime verte

  • Respecter des engagements en matière de durabilité (p. ex., les compensations carbone intégrées)
  • Gagner du terrain dans les marchés en plein essor
  • Sécuriser l’approvisionnement en prévision d’une rareté future
  • Se préparer à la réglementation gouvernementale (notamment en ce qui concerne le prix du carbone)
  • Gagner la faveur des clients prêts à payer pour la durabilité ou prêts à cesser d’acheter un produit pour cette raison

3 | Financement public

  • À court terme : Prêt
  • À long terme : Importante
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Le financement du Canada en matière d’agriculture durable accuse un retard par rapport à ses pairs
USA

États-Unis


Total des recettes agricoles1

545 G$


Soutien agricole en % des recettes

64 G$|12 %


Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,7 %

La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) prévoit l’allocation de 27 milliards de dollars pour la conservation et l’intendance agricoles, jusqu’en 2031

Europe

Union européenne


Total des recettes agricoles1

699 G$


Soutien agricole en % des recettes

122 G$|18 %


Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,8 %

La politique agricole commune (Common Agricultural Policy) prévoit l’allocation d’environ 224 milliards de dollars, jusqu’en 2027, pour des initiatives liées au climat.

Canada

Canada


Total des recettes agricoles1

83 G$


Soutien agricole en % des recettes

8 G$|10 %


Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles

~0,5 %

Le Partenariat canadien pour une agriculture durable pourrait engager 500 M$ en financement supplémentaire, et 800 M$ pour le financement du Fonds d’action à la ferme pour le climat et des technologies agricoles propres

Consultez l’annexe pour en savoir plus


Recommandations :

Cultiver le changement
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Cultures de couverture | Cultures, comme le trèfle, qui peuvent être cultivées pendant la saison morte pour augmenter le stockage du carbone et réduire l’érosion du sol. Travail réduit du sol | Réduction de la perturbation des sols en limitant le travail du sol dans les terres cultivées, ce qui permet d’améliorer le stockage du carbone. Gestion des éléments nutritifs | Utilisation d’engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment, au bon endroit et avec un minimum d’apport. Sylvopastoralisme | Intégration des arbres, de fourrage et de pâturage pour le bétail dans une même zone, pour améliorer les nutriments dans le sol et le bien-être du bétail. Rotations des cultures | Plantation successive de différentes cultures pour renforcer la santé du sol et en améliorer les nutriments, tout en contrôlant les parasites et les mauvaises herbes. Gestion du fumier | Possibilité de transformer le fumier en énergie grâce à la digestion anaérobie ou de l’utiliser comme engrais naturel. Biocharbon | Conversion des résidus de cultures (déchets) en charbon de bois ; lorsqu’il sert d’engrais, le biocharbon peut accroître le stockage du carbone.

Pour en savoir plus, visitez rbc.com/climat.

Télécharger le rapport integral

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Collaborateurs :

Auteur principal: Youssef Aroub, chef de projet, Boston Consulting Group

Boston Consulting Group Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil

RBC Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique Colin Guldimann, économiste Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise

Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes suivantes pour leurs contributions :
    • Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
    • Dan Lussier, directeur, Canadian Agri-Food Data Initiative
    • Tim Faveri, vice-président mondial, Développement durable et relations avec les parties prenantes
    • Michelle Nutting, directrice, Agriculture et durabilité environnementale, Nutrien Ltd.
    • Karen Haugen-Kozyra, résidente, Solutions Viresco
    • Dr. Brian McConkey, scientifique en chef, Solutions Viresco
    • Anthony D’Agostino, directeur général, Marchés des marchandises, RBC
    • Marty Seymour, agriculteur de quatrième génération, Acme, Alberta
    • Gillian Flies, cofondatrice, Fermiers pour la transition climatique
    • Matt Sawyer, fourth generation farmer, Acme, Alberta
    • Doug Whitehead, cultivateur, Manitoba
    • Julia Maria-Becker, première directrice, Solutions d’exploitation durable, RBC
    • Janay Meisser, directrice de l’innovation, Cultivateurs unis de l’Alberta
    • Derek Eaton, directeur de la politique industrielle, L’accélérateur de transition
    • Ryan Cooke, chargé de recherche associé, Smart Prosperity Institute
    • David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
    • Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures
Canada Le Partenariat canadien pour une agriculture durable comprend 3 milliards de dollars sur cinq ans. Environ un milliard de dollars est consacré aux programmes fédéraux et à leurs activités, dont 690 millions de dollars sont destinés à la croissance novatrice et durable, y compris dans le cadre du Programme Agri-science soutenant la recherche précommerciale et d’autres recherches. Environ 2 milliards de dollars sont consacrés à l’agriculture durable, à l’achat d’équipement, à la formation et à la recherche scientifique. Les 200 millions de dollars du Fonds d’action à la ferme pour le climat ont été distribués par 12 organismes partout au Canada. Ceux-ci distribueront les fonds aux agriculteurs pour les aider à adopter des pratiques durables. Les provinces mettent également en place ou gèrent leurs propres systèmes d’échange de droits d’émissions de carbone, qui permettent aux producteurs de vendre des crédits de carbone agricoles. Les systèmes de compensation de l’Alberta et du Québec sont bien établis, tandis que la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan sont sur le point de lancer leurs propres approches. États-Unis La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) est la plus importante loi fédérale jamais adoptée pour lutter contre les changements climatiques, augmentant de 20 milliards de dollars américains le financement des efforts de conservation. Elle élargit la portée du programme Partnerships for Climate-Smart Commodities, qui vise à éliminer 50 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone. Ce programme a alloué 3 milliards de dollars américains à 141 projets dans des entreprises agricoles de culture et d’élevage situées dans les 50 États et à Puerto Rico. Il mise également sur la collaboration entre plus de 100 universités, 20 tribus et groupes tribaux et 60 000 fermes, répartis sur plus de 25 millions d’acres de terres exploitables. Le projet permettra d’éliminer les émissions équivalant à 12 millions de véhicules à essence. Union européenne La politique agricole commune (PAC) a été remaniée en 2022. Elle inclut 387 milliards d’euros, soit le tiers du budget total de l’UE pour 2021 à 2027, qui ont pour but d’aider les exploitations agricoles et les communautés rurales à atteindre l’objectif de zéro émission nette. Elle vise une réduction des gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Au total, 40 % du plan financier de la PAC est explicitement consacré aux activités liées au climat, et 10 % du budget de l’UE hors de la PAC est consacré aux efforts en faveur de la biodiversité. Australie Le fonds de réduction des émissions (Emissions Reduction Fund) est le programme phare de l’Australie pour lutter contre les changements climatiques. Il aide les agriculteurs, les entreprises et les communautés rurales à réduire les gaz à effet de serre en fournissant des unités de crédits carbone qui peuvent être vendues à des acheteurs publics ou privés. Le programme encourage activement les projets consacrés au carbone du sol en partageant les coûts initiaux de l’échantillonnage des sols. Le programme prévoit que les agriculteurs australiens gagneront plus de 400 millions de dollars australiens grâce à la vente des crédits provenant de la séquestration du carbone dans les sols d’ici 2050. Le gouvernement fédéral consacre également 64 millions de dollars australiens à la promotion du développement de technologies de mesure du carbone dans les sols, 54,4 millions de dollars australiens pour encourager les analyses du sol et le partage des données à l’échelle nationale. Brésil Le Brésil offre aux agriculteurs des prêts à faible taux d’intérêt par l’intermédiaire du plan ABC. Les agriculteurs obtiennent les crédits et les options de financement nécessaires pour adopter des pratiques agricoles durables, comme la culture sans labours, la culture intercalaire, la rotation des cultures et la réhabilitation des pâturages dégradés. Lancé en 2010, le programme a récemment été remanié dans le but de stocker chaque année 41 mégatonnes de dioxyde de carbone sur plus de 177 millions d’acres de terres agricoles au pays. Lors de sa dernière ronde de financement, plus de 62 000 contrats ont été signés. Le Brésil est ainsi devenu le deuxième pays le mieux classé au monde pour les exploitations agricoles sans labours (environ 18 % des terres agricoles du Brésil).
IA, technologie et innovation

Six façons de lutter contre les biais en IA – et comment le Canada peut montrer la voie

L’élimination des biais liés aux machines nécessitera une approche humaine

Raisons pour lesquelles nous avons rédigé ce rapport

Le Canada se doit d’être l’un des protagonistes de l’agriculture carboneutre. Ses organisations souhaitent jouer un rôle constructif dans l’atteinte de cet objectif. Pour favoriser cette réalisation, nous avons entrepris un projet de recherche à long terme en nous appuyant sur notre rapport général, La prochaine révolution verte. Nous poursuivons ce travail par une série de courts rapports qui examinent les possibilités en matière de politique, de capital humain, de capital financier et de technologie. Bien qu’aucun de ces éléments ne constitue la solution miracle à eux seuls, l’ensemble des thèmes et des recherches en ce sens contribuera à l’atteinte de notre objectif commun d’un système alimentaire plus durable.
Le présent rapport est axé sur l’agriculture et la technologie. Il présente les occasions qu’offrent un éventail de technologies au Canada, ainsi que la nécessité que le pays adopte une approche stratégique. Notre équipe a analysé les données sur les placements, les voies de transition sectorielles et l’incidence des politiques publiques, tant au Canada que dans d’autres pays. Nous avons également travaillé avec l’équipe du programme de technologie agricole du Creative Destruction Lab, basé à Calgary (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), afin de mieux comprendre l’expérience des entrepreneurs. Le Canada est à l’avant-garde de la recherche et du développement. Il bénéficie d’un excellent vivier d’entreprises en démarrage et d’un bassin de talents incluant des agriculteurs férus de technologie, des scientifiques de renommée mondiale et des entrepreneurs agricoles créatifs. De plus, nous comprenons qu’il est impératif de faire avancer une transition juste par le biais de la technologie plutôt que de choisir des technologies pour ce qu’elles sont. L’innovation sera la clé du succès pour créer le système alimentaire durable et carboneutre de demain. C’est le moment pour le Canada d’entrer en jeu. John Stackhouse,
    • premier vice-président, Services économiques et leadership avisé RBC
Keith Halliday,
    • directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada du BCG
Evan Fraser,
    directeur, Arrell Food Institute, Université de Guelph

Points importants

Grâce à une nouvelle génération de technologies agricoles, les émissions attendues en 2050 dans le secteur agricole canadien1 pourraient baisser de 40 %.
Sept technologies en particulier pourraient transformer le pays en un producteur agricole à faibles émissions de carbone : les technologies de précision, les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone, les digesteurs anaérobies, l’agriculture en environnement contrôlé, les additifs alimentaires pour le bétail, la biotechnologie agricole et l’agriculture cellulaire.
Cependant, la part du Canada dans les investissements mondiaux consacrés à ces technologies reste insuffisante. La plupart des financements destinés à la recherche et au développement (R-D) agricoles sont d’ailleurs d’origine publique.
Les producteurs, en particulier les propriétaires de petites et moyennes entreprises, se heurtent à des obstacles, tels que les coûts et les infrastructures, dans l’adoption de ces technologies. Les entrepreneurs auront aussi besoin de soutien pour déployer leurs innovations.
En s’appuyant sur ses forces existantes, le Canada pourrait s’imposer comme un chef de file dans le développement des technologies agricoles qui forgeront l’avenir des systèmes alimentaires mondiaux.

Le Canada peut devenir chef de file dans le nouveau Monde de la technologie agricole

Imaginez une récolte exceptionnelle de blé produite entièrement sans engrais chimiques et selon des pratiques de régénération du sol. Ou un essaim de drones qui utilise l’intelligence artificielle pour identifier toutes les plantes d’un champ, et qui pulvérise seulement les mauvaises herbes à l’aide d’une buse de précision. Ou encore une tranche de sashimi de saumon frais cultivé dans un bioréacteur, et non pêché en mer. Ce sont là des technologies qui changent la donne et qui ouvrent la voie à la prochaine révolution verte de l’agriculture. Tout comme les innovations qui les ont précédées, ces technologies visent à accélérer la productivité afin de répondre aux besoins d’une population en croissance dans le monde. En outre, elles jouent un rôle nouveau et crucial : réduire les émissions du secteur agricole et faciliter l’absorption des émissions de gaz à effet de serre dans le sol. Alors que l’agriculture produit 10 % des émissions canadiennes de gaz à effet de serre chaque année, les principales matières utilisées par ce secteur – le sol, les plantes et les animaux – détiennent un pouvoir presque inégalé pour retirer les émissions de l’atmosphère où elles sont responsables des changements climatiques. Pour que ces ressources aident à réduire les émissions, certaines conditions doivent être réunies. Des politiques de soutien, du personnel formé adéquatement et des financements sont notamment nécessaires. La technologie sera la clé du succès de cette transformation, y compris de notre capacité à la développer et à la mettre au profit de l’économie, de l’environnement et des exploitants agricoles individuels. À l’issue de nos recherches antérieures, nous avons conclu que les solutions technologiques pouvaient jouer un rôle majeur pour réduire de 40 % les émissions attendues en 2050 dans le secteur agricole canadien . En tant que premier exportateur de cultures essentielles, avec un large accès aux marchés et une longue tradition d’innovation agricole, le Canada est extrêmement bien placé pour devenir chef de file mondial à la fois dans l’adoption de ces technologies agricoles et dans leur développement. En mobilisant divers acteurs du système alimentaire canadien, nous pouvons mettre au point des technologies responsables, créatives et efficaces. Compte tenu de nos atouts, c’est une occasion qui s’offre à nous. Nous avons cerné sept innovations ou « technologies agricoles » que nous jugeons importantes pour réduire fortement les émissions, et qui offrent au Canada l’occasion de prendre la tête de l’innovation. Certaines de ces technologies comme les digesteurs anaérobies, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) et la technologie de précision commencent déjà à être déployées. D’autres, comme les fermes verticales et la science végétale, constitueront des solutions clés à moyen terme. D’autres encore, comme l’agriculture cellulaire et la fermentation de précision, pourraient transformer les systèmes alimentaires de demain. Dans tous les cas, la pleine exploitation du potentiel de ces innovations exigera de mettre en place des dispositifs de collaboration non seulement pour les agriculteurs et les entrepreneurs, mais aussi pour les collectivités, les investisseurs, les sociétés, les entreprises sociales et les gouvernements. Il faudra démontrer aux agriculteurs de tous les horizons la pertinence de réaliser des investissements initiaux importants dans les technologies agricoles qui ont déjà fait leurs preuves, tout en atténuant les risques associés à une immersion dans les technologies émergentes. Il sera également important de veiller à ce que ces instruments, dont bon nombre demandent beaucoup de capitaux, ne nuisent pas aux petites et moyennes entreprises et aux producteurs. Par ailleurs, il conviendra de s’assurer que leur déploiement vise véritablement à contribuer à l’atteinte des cibles d’émissions du Canada et à favoriser la transition économique verte. Il sera donc nécessaire d’accélérer les investissements dans la recherche et le développement, en particulier de la part des acteurs privés, et d’orienter les investissements vers les technologies capables de réduire les émissions dès aujourd’hui. À l’heure actuelle, au Canada, la plupart des investissements dans les technologies agricoles sont axés sur l’amélioration de la productivité, la numérisation et l’automatisation, utiles pour accroître les rendements et améliorer l’exploitation des fermes. Nous avons besoin de plus d’investissements dans l’innovation pour faire progresser l’agriculture durable et régénérative. Le Canada détient une part minimale dans le financement mondial de la plupart des technologies importantesInvestissements mondiaux en capital-risque et en capital-investissement dans les technologies agricoles depuis 2017
Prêtes à être déployées : Ces technologies sont déjà intégrées à nos efforts pour réduire les émissions de l’agriculture. Elles sont développées et disponibles sur le marché, mais nécessitent la mise en place de mesures incitatives, financières et politiques à grande échelle. En bonne voie : Ces technologies sont encore considérées comme naissantes, bien qu’elles soient disponibles sur le marché. Elles offrent au Canada un potentiel intéressant pour s’adapter aux effets des changements climatiques et réduire les émissions, mais leur développement et leur croissance restent insuffisants. Moins prêtes : La plupart de ces technologies sont au stade de la R-D. De manière générale, elles ne sont pas encore commercialisées (du moins au Canada). Elles offrent un immense potentiel pour transformer le secteur et mettre à profit les forces et les ressources existantes du Canada.

La mobilisation des investissements privés est essentielle pour faire face à la concurrence mondiale

Les innovations agricoles canadiennes peuvent être observées dans les champs du monde entier, des semences de canola développées par les scientifiques des Prairies aux vis à grain conçues au Manitoba. Pourtant, alors que nous sommes en train de migrer vers une agriculture à faibles émissions, une grande partie de nos atouts demeure inexploitée, par exemple dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la science des données. Les investissements dans l’agriculture ont surpassé les investissements consacrés aux autres secteurs canadiens au cours des dernières années. Cela indique un renforcement de la productivité, ainsi qu’une augmentation de la demande intérieure en machines et équipements intégrant davantage de technologie. Cela dit, des investissements supplémentaires sont nécessaires, notamment de la part du secteur privé, si nous voulons devenir chefs de file mondiaux dans ce domaine. Depuis plusieurs générations, l’effort de recherche et de développement mené dans le secteur agricole canadien dépend trop largement du secteur public. Au cours de la dernière décennie, le secteur public a financé 90 % de la R-D agricole du Canada, contre 30 % aux États-Unis .2 Dans le même temps, les entreprises en démarrage et les sociétés privées du secteur agricole canadien ont eu moins de succès que leurs homologues internationales pour attirer des investissements privés. Sur les quelque 36 milliards de dollars d’investissement en capital-risque et en capital-investissement déployés dans les technologies agricoles depuis 2017 à l’échelle mondiale, le Canada a seulement reçu 3 % de ces fonds, soit 1 milliard de dollars américains. Les États-Unis ont bénéficié de 20 milliards de dollars, soit 55 %. Les sociétés agricoles canadiennes ont considérablement augmenté leurs budgets de R-D, qui sont au moins passés du simple au double ces dernières années par rapport à 2015. Ces montants restent cependant très inférieurs aux financements publics déployés par le Canada en matière de R-D. Or, ces derniers déclinent constamment depuis les années 1980 sur la base du pourcentage du PIB. Alors que les gouvernements de pays comparables tels que les États-Unis et l’Europe accélèrent les dépenses publiques dans l’agriculture durable (par exemple dans le cadre de la loi sur la réduction de l’inflation et du Pacte vert pour l’Europe), le Canada risque de prendre encore plus de retard. Il est impératif que le Canada continue de mettre en place des mesures incitatives au même rythme afin de ne pas désavantager nos producteurs et nos sociétés ou d’éviter l’exode des cerveaux. Pour rester dans la course, nous aurons besoin que les gouvernements renforcent leur soutien à la mise en œuvre sur le terrain, et qu’ils encouragent les pratiques agricoles régénératrices basées sur les technologies agricoles. De plus, il faudra que les sociétés déploient davantage d’investissements, notamment en faveur des technologies les plus prometteuses, pour atténuer l’effet des changements climatiques. Les investissements dans l’agroalimentaire ont surpassé ceux consacrés aux autres secteurs au Canada

La course mondiale vers la prochaine génération de technologies agricoles

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Israël

Israël, un petit pays possédant peu de terres arables, est déjà le chef de file mondial de la fertirrigation numérique, un arrosage ciblé d’eau enrichie d’engrais effectué directement sur les racines des plantes et déterminé au moyen de capteurs et d’analyses de données en nuage. Plus récemment, le pays a intensifié ses efforts dans le secteur agricole en développant des centres d’agriculture verticale et de protéines alternatives. Les sociétés israéliennes sont en tête du classement mondial en ce qui concerne les investissements dans les protéines végétales. Elles ont ainsi mobilisé 160 millions de dollars au cours du premier semestre de 2022, ce qui représente 22 % de tous les fonds accumulés dans le monde. L’investissement dans les nouvelles protéines en sens large occupe le deuxième rang mondial, y compris dans le domaine de la viande cultivée en laboratoire (320 millions de dollars américains au premier semestre de 2022) .3 Le secteur a connu une croissance de 160 % au premier semestre de 2022 et compte une centaine de sociétés israéliennes spécialisées en nouvelles protéines, dont 11 ont été créées entre 2021 et 2022. Israël consacre 17 % de son budget agricole à la recherche et au développement.

Singapour

Moins de 1 % de la superficie de Singapour est composée de terres arables, mais cela n’a pas empêché le pays de se fixer des objectifs ambitieux en matière d’agriculture. Son plan « 30 by 30 » vise à réduire sa dépendance aux importations alimentaires, en augmentant sa production de nourriture à 30 % de la demande nationale d’ici 2030. Dans cette optique, le gouvernement octroie des financements pour aider les agriculteurs à mettre à niveau leurs équipements et à tester de nouvelles technologies dans leurs exploitations, tout en soutenant l’innovation et le développement des technologies agricoles. Singapour dispose de grands atouts dans le secteur de l’agriculture urbaine et en environnement contrôlé (par exemple les fermes verticales, la pisciculture en circuit fermé, et les fermes en intérieur qui optimisent leur efficacité grâce à l’IA et aux mégadonnées). Récemment, le pays s’est démarqué en tant que centre de développement et de réglementation pour les protéines alternatives .4 En 2019, Singapour a annoncé une réglementation relative à la certification des produits alimentaires. De plus, le pays travaille aux côtés d’organisations publiques et privées afin de stimuler la croissance des nouvelles entreprises d’agriculture cellulaire. Singapour a été le premier pays à approuver la viande cultivée à partir de cellules animales destinée à la consommation humaine, en décembre 2020, et a donné naissance à une vingtaine de producteurs de viande cellulaire.

Japon

Les crises obligent à innover. À la suite du tsunami de 2011 et de la catastrophe nucléaire de Fukushima qui a détruit une grande partie des terres agricoles situées à proximité du site, le gouvernement japonais a lancé un programme en faveur des fermes verticales afin de remplacer la production perdue. Aujourd’hui, le Japon compte plus de 300 fermes verticales qui ont recours à l’automatisation robotique et à la technologie intelligente. L’objectif du pays est de maintenir son approvisionnement en nourriture, d’autant plus que la production souffre du vieillissement de la population et de la migration vers les villes qui causent un abandon des terres agricoles .5 La Stratégie d’innovation environnementale 2020 du gouvernement vise à mettre au point des technologies respectueuses du climat, particulièrement en créant de nouvelles espèces animales permettant de réduire les émissions de CH4 et de N2O.

Pays-Bas

Malgré leur petite taille, les Pays-Bas sont au deuxième rang mondial des exportateurs de produits alimentaires, en valeur, derrière les États-Unis. Véritable puissance agroalimentaire, le pays se distingue par la numérisation de ses serres et de ses champs et par l’intégration de technologies intelligentes. Les serres néerlandaises, qui représentent 80 % des terres cultivées aux Pays-Bas, figurent parmi les plus sophistiquées du monde. Récemment, les Pays-Bas se sont imposés en tant que précurseurs dans le domaine des aliments végétaux, principalement grâce aux innovations de l’Université et du centre de recherche de Wageningen. Cette université constitue le principal centre de recherche de l’industrie alimentaire néerlandaise, et elle est souvent appelée la « Food Valley » ou « Silicon Valley of Food ». L’Université de Wageningen, qui compte un centre d’innovation en production alimentaire végétale estimé à 94 millions de dollars américains, travaille avec des entreprises en démarrage et des chercheurs afin de créer de nouveaux aliments végétaliens. Près de 200 sociétés agroalimentaires sont présentes dans un rayon de 10 kilomètres de l’université, ce qui constitue un puissant réseau de collaboration entre les secteurs public et privé. Plus de 60 sociétés et établissements de recherche dédiés aux protéines végétales sont installés dans le pays .6

Les sept technologies transformatrices

Bâtir un secteur agricole à faibles émissions de carbone représente un défi inédit à ce jour. La bonne nouvelle est que nous avons une technologie puissante à notre disposition. Nous avons cerné sept innovations les plus prometteuses pour réduire les émissions et les stocker ou séquestrer dans le sol, à condition qu’elles soient adoptées de façon équitable et bénéficient du soutien des producteurs et des collectivités. Le débat est loin d’être clos. Aucune technologie, quel que soit son potentiel, ne constitue de solution miracle. Elle doit être adoptée par les producteurs, acceptée par les consommateurs et soutenue par des politiques. Malheureusement, les innovations technologiques prometteuses ont trop souvent nui aux collectivités dans le passé. De ce fait, notre objectif est de présenter le potentiel de ces innovations à réduire les émissions au Canada et de mettre à profit cette analyse pour mener à bien les étapes de ce projet de collaboration. Nous mettrons alors ces idées à l’essai sur le terrain avec divers groupes et différentes collectivités aux quatre coins du Canada. Il sera essentiel de mobiliser des investissements dans les technologies cernées pour exploiter leur plein potentiel. En collaboration, RBC, le Center for Growth and Innovation Analytics de BCG et l’Arrell Food Institute ont rassemblé les meilleures statistiques disponibles sur les investissements actuels. Pourtant, la plupart de ces données demeurent insuffisantes, ou elles ne sont pas divulguées. Nous aurons absolument besoin d’une meilleure transparence dans ce domaine pour pouvoir suivre nos progrès.

Le problème Lorsqu’ils sont appliqués dans les champs, les engrais azotés constituent une importante source d’émissions. De plus, le labour provoque un dégagement du carbone stocké dans le sol, et le libère dans l’atmosphère où il contribue au changement climatique. La solution Les technologies de précision comme les tracteurs intelligents recueillent des données sur la productivité agricole et l’utilisation des engrais, afin de prendre des décisions plus précises sur les endroits où appliquer les intrants et sur les doses à utiliser. D’autres outils comme les semoirs pneumatiques et les capteurs de sols aident les agriculteurs à semer et à fertiliser avec plus de précision, et facilitent les pratiques agricoles régénératrices, telles que la réduction du travail des sols, qui protègent la biodiversité et la qualité des sols. À l’heure actuelle, 13 mégatonnes de carbone sont stockées dans le sol canadien. Nos recherches révèlent que l’adoption de cette technologie, combinée à des pratiques agricoles régénératrices, aiderait à stocker une quantité supplémentaire de 21 mégatonnes de carbone dans les sols d’ici 2050. Les agriculteurs canadiens ont fait de grandes avancées pour adopter certaines technologies de précision. En Saskatchewan, par exemple, la technologie de précision a aidé 80 % des agriculteurs à mettre en place des techniques sans labour ou un labour de conservation. Et les systèmes de guidage automatique pour tracteurs sont utilisés depuis des décennies dans les fermes. Cependant, l’agriculture de précision prendrait une tout autre dimension si les outils de nouvelle génération, intégrant des technologies de pointe comme l’intelligence artificielle et la robotique automatisée basées sur des données, étaient adoptés de manière plus large. Les défis Le Canada accuse un retard par rapport à la moyenne mondiale en matière d’investissement dans la technologie agricole de précision. Les producteurs sont d’ailleurs confrontés à plusieurs obstacles à son adoption. Pour pallier à cet écart, il est vital de convaincre les agriculteurs de l’efficacité de ces outils de nouvelle génération sur leurs fermes. Les secteurs privé et public peuvent participer à la démonstration des avantages en organisant des essais sur le terrain en partenariat avec d’autres entités, en mettant en place des marchés pour la négociation du carbone et en fournissant des données et des preuves attestant de l’utilité de ces technologies pour les agriculteurs. La protection de ces données agricoles constituera également un facteur essentiel. Compte tenu des disparités de qualité et de composition des sols dans l’ensemble du pays, les agriculteurs se fieront plutôt aux démonstrations faites à proximité de leurs exploitations.

Pleins feux sur le Canada Precision AI (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) produit des drones alimentés par l’intelligence artificielle et dotés d’une vision informatique embarquée qui leur permettent de prendre des décisions détaillées concernant une exploitation agricole. Ce type de drone peut identifier toutes les espèces de plantes qu’ils détectent dans un champ et cibler les mauvaises herbes à l’aide d’une pulvérisation de précision, ce qui permet d’économiser jusqu’à 95 % de produits chimiques. Fondée à Regina, en Saskatchewan, en 2017, la société compte à présent plus de 40 employés à temps plein dans le monde et a amassé 20 millions de dollars lors d’un financement de démarrage en 2021.

Le problème La production d’engrais azoté, qui a stimulé les rendements au cours des dernières décennies, implique la combustion de gaz naturel et sa conversion en hydrogène. Ces deux processus produisent de grandes quantités de dioxyde de carbone qui sont rejetées dans l’atmosphère où elles contribuent aux changements climatiques. Selon nos estimations, la production d’engrais émet 12 mégatonnes d’émissions chaque année. Si nous ne changeons rien, les émissions atteindront 35 mégatonnes avant 2050. La solution Les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC) emprisonnent les émissions de dioxyde de carbone avant qu’elles ne pénètrent dans l’atmosphère, les réutilisent, ou les compressent sous une forme liquide qui est ensuite expédiée par pipeline vers un centre de stockage. La technologie de CUSC a le potentiel de recueillir et stocker 7 mégatonnes d’émissions d’ici 2050. Depuis 2019, la société Nutrien, établie à Saskatoon, utilise la technologie de CUSC pour capter le dioxyde de carbone de son usine de Redwater. Ce CO2 liquide est alors acheminé par le pipeline Alberta Carbon Trunk Line vers le centre de l’Alberta, où sont situées des installations de récupération assistée du pétrole. Nutrien a expédié environ 139 000 tonnes de CO2 par cette voie en 2021.7(ce contenu est disponible en anglais seulement) Néanmoins, la technologie de CUSC n’est pas adoptée de façon significative dans le secteur canadien des engrais. Et dans le monde, seulement six usines d’engrais utilisent cette technologie .8 Les défisAfin de permettre l’adoption généralisée de la technologie de CUSC dans la production d’engrais, il est essentiel de développer les infrastructures. Il s’agit notamment des centres de séquestration du carbone et de l’extension des pipelines existants, afin de réduire les obstacles économiques auxquels se heurtent les producteurs. Pour y parvenir, nous aurons besoin d’une meilleure coordination entre les gouvernements, les organismes de réglementation et les secteurs d’activité. Nous avons besoin d’un cadre réglementaire cohérent en ce qui concerne l’accès à l’espace géologique pour stocker le carbone, la délivrance de permis pour les grands projets, la responsabilité civile et d’autres aspects techniques complexes liés aux projets, si nous voulons accroître le déploiement de capitaux dans le captage du carbone

Pleins feux sur le Canada La technologie offerte par la société Svante, dont le siège social est situé à Vancouver, en Colombie-Britannique, permet de purifier et de concentrer le CO2 en 60 secondes. Cette méthode consiste à séparer le CO2 de l’azote. Les effluents gazeux (dégagés lors de la production de l’acier ou dans le secteur pétrolier et gazier) sont dilués et réacheminés vers une plate-forme à rotation continue où le CO2 est piégé dans des filtres exclusifs, fabriqués à partir de nanomatériaux offrant une haute capacité de captage du CO2. Ils sont ensuite purifiés et prêts à être stockés. La première usine pilote de la société, établie en Saskatchewan en partenariat avec Husky Energy (maintenant Cenovus Energy), est en mesure de capter plus de 10 000 tonnes de CO2 par an. Cette technologie présente des coûts en capital moins élevés que ceux des autres solutions, et rend le captage du carbone commercialement accessible à grande échelle.

Le problème Les aliments absorbés par le bétail doivent également en sortir, un processus qui dégage chaque année des émissions d’environ 8 mégatonnes de méthane au Canada selon nos recherches. Si nous ne changeons rien, ces émissions provenant des fumiers atteindront 10 mégatonnes avant 2050. La solution Les systèmes de digestion anaérobie utilisent le méthane extrait du fumier (vaches, porcs, poulets et divers ruminants) ainsi que les résidus organiques externes comme les résidus de récolte, les déchets alimentaires ou l’ensilage, pour le transformer en gaz naturel renouvelable, en biogaz ou en électricité. Le digestat, sous-produit de ce processus, peut être utilisé comme engrais organique ou dans les literies des bovins. Les systèmes de digestion anaérobie ont le potentiel de réduire les émissions de 2 mégatonnes d’ici 2050. Le Canada compte 279 projets de biogaz qui transforment le méthane en 196 MW d’électricité propre et 6 millions de GJ de gaz naturel renouvelable (GNR), soit l’équivalent d’au moins neuf grands barrages hydroélectriques. Et avec seulement 45 digesteurs opérationnels dans le secteur agricole canadien en 2020, le potentiel de croissance le plus important de cette technologie réside dans les exploitations agricoles9 (ce contenu est disponible en anglais seulement) En outre, les systèmes de digestion anaérobie implantés dans les fermes constituent une source de revenus supplémentaires pour les agriculteurs désireux et capables d’entreprendre un projet sur leurs terres. Au Canada, le développement du biogaz (y compris les systèmes de digestion anaérobie) est dicté par les politiques provinciales en matière d’énergie et de gestion des déchets. D’énormes possibilités de croissance se présentent, surtout dans l’agriculture, où les résidus de récolte et les fumiers représentent les deux tiers des ressources de biogaz facilement accessibles au Canada. Au-delà des systèmes implantés dans les fermes, les digesteurs communautaires offrent un potentiel de croissance, étant donné que leur utilisation et leurs coûts peuvent être partagés entre plusieurs fermes et éventuellement avec les municipalités locales. Les défis Cependant, l’investissement et le développement sont anémiques à ce jour, avec seulement 29 projets en cours. (Il existe peu de données sur les investissements dans le développement des systèmes de digestion anaérobie.) Le coût élevé lié à la construction de ces installations (quelques dizaines de millions par installation, selon la taille) représente un obstacle. Bien que des mesures soient déjà en place en faveur de ce secteur, notamment les politiques gouvernementales telles que la réglementation sur les carburants propres et les marchés compensatoires, nous aurons besoin d’une plus forte demande en biocarburants. De plus, nous devrons élaborer des structures destinées à atténuer les risques, par exemple des conventions d’achat d’énergie.

Pleins feux sur le Canada DLS Biogas (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) construit des usines de biogaz avec surveillance à distance. Les usines de biogaz recueillent les déchets organiques (y compris les fumiers), capturent le méthane et le transforment en gaz naturel renouvelable, en électricité et en digestat. Dans le cadre de son offre de services, DLS Biogas propose aux agriculteurs des études de faisabilité, des analyses financières, des services de planification et de gestion de la construction, et un soutien opérationnel complet. La société ontarienne fait partie des sociétés de Dairy Lane Systems, qui fournit des équipements et des services aux producteurs laitiers depuis plus de 30 ans.

Le problème L’agriculture traditionnelle produit des émissions lors de l’épandage d’engrais. Des émissions sont également créées lorsque les sols sont convertis en terres agricoles et lorsque les aliments sont transportés du champ à l’épicerie. L’agriculture en environnement contrôlé a le potentiel de renverser la dynamique des changements d’utilisation des sols. Si rien n’est fait dans ce domaine, les émissions augmenteront de 4 mégatonnes à 24 mégatonnes d’ici 2050. La solution Les serres et les fermes verticales sont les exemples les plus connus d’agriculture en environnement contrôlé, c’est-à-dire la production de nourriture dans un milieu fermé. Les fermes verticales produisent de la nourriture à l’intérieur de bâtiments, en couches empilées. L’agriculture verticale exploite seulement 10 % des terres et consomme jusqu’à 90 % moins d’eau que l’agriculture traditionnelle .10 De plus, cette technologie peut offrir un approvisionnement en fruits et légumes à la fois stable et local, réduire les besoins en transport à forte intensité carbonique, et renforcer la sécurité alimentaire nationale. Lorsqu’elles sont alimentées et chauffées à l’aide de combustibles fossiles comme le propane, comme c’est souvent le cas actuellement, les serres peuvent accroître notre empreinte carbone. À plus long terme, cependant, l’utilisation d’énergies renouvelables ou à faibles émissions de carbone pourrait permettre de cultiver des aliments en produisant peu d’émissions de carbone. L’agriculture en environnement contrôlé permet aussi de produire plus de nourriture sur moins de terres. Si elle fait l’objet de politiques appropriées pour inciter à protéger les terres, elle générera de nouvelles occasions de création d’habitats fauniques et de captage du carbone dans le sol. Toutefois, bien que cette technologie soit viable pour ce qui est des micropousses et d’autres fruits et légumes, à l’heure actuelle, elle ne représente pas une solution réalisable pour les autres grandes cultures, comme les baies. Selon nos estimations, nous pouvons éviter 20 mégatonnes d’émissions si nous freinons les changements d’utilisation des sols dès aujourd’hui et jusqu’en 2050. Selon le dernier Recensement de l’agriculture, le Canada compte environ 5 000 serres et pépinières. Des investissements importants sont également réalisés pour développer l’agriculture verticale, notamment quelques programmes gouvernementaux et un investissement de 65 millions de dollars de McCain Foods. Les défis Les coûts demeurent un obstacle. En plus des coûts en capital comme les terrains et les bâtiments, les coûts d’électricité pour l’éclairage à DEL, qui remplace l’ensoleillement naturel pendant le cycle de croissance, occupe souvent la plus grande partie du budget pour les fermes verticales. Les fermes verticales ne peuvent pas encore concurrencer l’agriculture traditionnelle, et les exploitants ont du mal à appliquer les règlements de zonage qui ne reconnaissent pas l’agriculture en intérieur comme une activité agricole.

Pleins feux sur le Canada Fondée en 2011, GoodLeaf Farms (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) s’est inspirée de l’agriculture hydroponique en intérieur développée au Japon. Sa ferme pilote a été construite près de Truro, en Nouvelle-Écosse, en 2015, et la société a lancé sa première ferme commerciale à grande échelle à Guelph, en Ontario, en 2019. GoodLeaf cultive des micropousses et jeunes pousses tout au long de l’année à l’aide d’un système hydroponique qui inclut des lampes à DEL et un contrôle de la chaleur et de l’humidité. Ses produits comprennent des micropousses de roquette, de laitue, d’épinards et d’autres variétés destinées au marché de l’Ontario.

Le problème En une seule année, chaque vache éructe près de 220 livres (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de méthane .11 Le méthane émanant du bétail a une durée de vie plus courte que le dioxyde de carbone, mais son effet de réchauffement est 28 fois plus élevé (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) Au Canada, la fermentation entérique (c’est-à-dire le processus digestif du bétail) émet environ 24 mégatonnes de GES. La solution Les scientifiques ont découvert une façon de réduire les émissions dégagées par le microbiote intestinal des bovins. Des additifs pour l’alimentation animale comme le 3-NOP (3-nitrooxypropanol) et certains suppléments à base d’algues détruisent l’enzyme qui déclenche la production de méthane. Ces produits peuvent aussi aider les vaches à digérer la nourriture plus efficacement. Les additifs et les suppléments pourraient réduire les émissions de 16 mégatonnes d’ici 2050. Il a été démontré que le 3-NOP réduit les émissions de 45 %, tandis que l’ajout d’algues à l’alimentation des vaches laitières peut réduire les émissions de 82 %. Les scientifiques cherchent également à s’assurer que cela peut être fait sans perte de rendement du bétail, voire avec une amélioration du rendement (c’est-à-dire une meilleure croissance des animaux à partir d’une moindre quantité de nourriture) .12 Les défis L’approbation réglementaire constitue le plus grand défi pour produire des additifs alimentaires à grande échelle. Le 3-NOP a été approuvé au Brésil et dans l’Union européenne, où il a été classé dans la catégorie des additifs alimentaires qui présentent des avantages pour l’environnement (ce qui simplifie la voie vers la commercialisation). Au Canada, cet additif est cependant classifié comme un médicament vétérinaire. Il est donc peu probable qu’il soit approuvé avant plusieurs années. Le coût représente aussi un obstacle de taille. Étant donné qu’il n’existe pas de tarification des gaz à effet de serre. (par exemple une taxe carbone), les agriculteurs ne sont pas motivés pour adopter les additifs visant à réduire le méthane, car ils n’en voient pas les avantages économiques, mais seulement les avantages pour l’environnement. Bien qu’un système de crédit carbone puisse être utile, une lourde charge pèserait encore sur les agriculteurs, du fait que ces derniers seraient tenus de recueillir toutes les données requises pour obtenir le crédit.

Pleins feux sur le Canada Fondée en 2007 à l’Île-du-Prince-Édouard, la société North Atlantic Organics (NAO) (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) produit des suppléments minéraux destinés aux animaux et aux végétaux à partir de plantes marines biologiques (algues). Le cofondateur Joe Dorgan a eu l’idée de cette entreprise lorsqu’il a voulu convertir son cheptel laitier en élevage biologique, mais n’a pas trouvé de source naturelle de suppléments minéraux. Une percée a été réalisée en 2014 lorsque Rob Kinley, un agronome travaillant pour l’entreprise, a découvert que son mélange d’algues destiné au bétail pouvait réduire de 20 % les émissions de méthane provenant de la digestion des vaches . La société est en train de développer des suppléments minéraux pour les végétaux, et espère augmenter sa production. »>North Atlantic Organics (NAO) produit des suppléments minéraux destinés aux animaux et aux végétaux à partir de plantes marines biologiques (algues). Le cofondateur Joe Dorgan a eu l’idée de cette entreprise lorsqu’il a voulu convertir son cheptel laitier en élevage biologique, mais n’a pas trouvé de source naturelle de suppléments minéraux. Une percée a été réalisée en 2014 lorsque Rob Kinley, un agronome travaillant pour l’entreprise, a découvert que son mélange d’algues destiné au bétail pouvait réduire de 20 % les émissions de méthane provenant de la digestion des vaches . La société est en train de développer des suppléments minéraux pour les végétaux, et espère augmenter sa production.

Le problème Les changements climatiques se traduisent par des phénomènes météorologiques extrêmes qui peuvent décimer les cultures. La surconsommation d’engrais, comme nous l’avons vu plus haut, génère des émissions d’oxyde nitreux. La solution La biotechnologie agricole vise à accélérer et à compléter les approches traditionnelles de production de cultures et de bétail présentant des caractéristiques souhaitables, comme une meilleure résistance aux maladies et à la sécheresse (entre autres), au moyen de l’élevage sélectif, du génie génétique, de l’édition génomique et de la culture tissulaire. Cette innovation trouve son origine dans la reproduction des plantes et des animaux, méthode utilisée depuis des millénaires pour créer de nouvelles variétés de cultures et rehausser les rendements. Le canola, inventé en Saskatchewan dans les années 1960, en est un exemple. En plus de la reproduction, les approches génomiques qui visent à améliorer les microbiomes, notamment ceux des sols et des intestins du bétail, peuvent favoriser la séquestration du carbone et prévenir les maladies. L’utilisation de la biotechnologie agricole aux fins de réduire les émissions de carbone est une approche relativement nouvelle, encore en phase de R-D. La biotechnologie agricole peut créer des cultures qui améliorent l’absorption de l’azote et des autres nutriments dans le sol (réduisant ainsi la consommation d’engrais). Elle permet aussi de développer des plantes plus résistantes aux maladies et aux phénomènes météorologiques extrêmes (comme les inondations et les sécheresses) et d’optimiser le microbiome des sols afin de rehausser leur fertilité et stimuler la croissance des végétaux. Parmi les recherches agricoles les plus passionnantes, certaines se déroulent sous la surface du sol, alors que les scientifiques étudient la puissance des microbiomes et des systèmes racinaires pour contrer les changements climatiques. Certains analysent la possibilité de contrôler la photosynthèse afin d’accélérer la séquestration du carbone. D’autres sont en train de développer des microbiomes inoculés à partir de maladies. Des biofertilisants sont également mis au point, afin de procurer l’azote atmosphérique nécessaire à la croissance des plantes. Les défis La réglementation des végétaux à caractères nouveaux fait partie des principaux obstacles à l’investissement au Canada, car elle est plus stricte que celle des pays concurrents. Un sondage mené par CropLife Canada auprès des phytogénéticiens révèle qu’un quart des recherches sur la culture sélective ont été interrompues au motif que les projets étaient jugés « novateurs », donc soumis aux évaluations et aux approbations prévues pour les végétaux à caractère nouveau (VCN), dont le coût peut s’élever à des millions de dollars avant que le produit puisse être commercialisé. Parmi les répondants, 77 % ont indiqué que le cadre réglementaire des VCN devait être mis à jour afin de prendre en compte l’état actuel des connaissances. De plus, 27 % ont déclaré avoir mené des essais sur le terrain en dehors du Canada afin de contourner les exigences relatives aux variétés de VCN.

Pleins feux sur le Canada Okanagan Specialty Fruits (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), établie à Summerland (C.-B.), cultive de nouvelles variétés de fruits issues de la bio-ingénierie. Son produit phare est la pomme « Arctic » qui ne brunit pas après avoir été mordue, tranchée ou abîmée (mais qui brunit quand elle commence à pourrir). La société détient des droits de propriété intellectuelle mondiaux au regard des compositions et des méthodes appliquées pour réguler l’expression génique du polyphénol oxydase (PPO) et contrôler le brunissement enzymatique des fruits provenant des arbres.

Le problème Le bétail dégage des émissions par le biais de la fermentation entérique et des fumiers, comme nous l’avons vu plus haut. Les changements d’utilisation des sols génèrent également des émissions. La solution L’agriculture cellulaire est une discipline qui peut transformer les levures, bactéries, échantillons de cellules et champignons en nouvelles formes de protéines pouvant servir de substituts de produits laitiers ou en viandes et poissons cultivés en laboratoire. Cette technologie a le potentiel de produire des substituts de viande et de produits laitiers qui nécessitent moins de terres et d’intrants. La culture en laboratoire est considérée comme plus durable, car ce procédé utilise moins d’eau et de terres pour produire des aliments, et émet moins de gaz à effet de serre qu’un troupeau de bovins dans un champ ou une grange pleine de volaille. De plus, le Canada dispose d’une abondante réserve de matières premières, en particulier de glucides, d’amidons et de sucres, qui peuvent être utilisées pour produire des aliments à base de cellules .14 (Nous jetons actuellement les restes d’amidon issu des pois, dont les protéines sont utilisées pour fabriquer des substituts de viande à base de plantes. Ces résidus pourraient nourrir des micro-organismes spécialement cultivés, comme de la levure, qui pourraient ensuite être utilisés pour fabriquer les protéines normalement présentes dans les produits laitiers.) Les défis L’investissement initial élevé constitue un obstacle à la création des sociétés d’agriculture cellulaire. Un autre obstacle est le manque de connaissance des investisseurs. Outre quelques sociétés d’investissement spécialisées, les entrepreneurs affirment que la plupart des investisseurs ne comprennent pas suffisamment les nuances des sciences alimentaires pour pouvoir évaluer le potentiel de la culture verticale. Les financements octroyés tendent à être faibles, et à courte échéance. Les entrepreneurs ont besoin d’un capital patient plus important pour faire croître leur société.

Pleins feux sur le Canada Cell Ag Tech (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) est une jeune entreprise d’agriculture cellulaire implantée en Ontario, qui cultive des produits de la mer à partir de cellules et se concentre actuellement sur le poisson blanc maigre. La société Cell Ag Tech a été primée lors du récent concours régional d’agriculture cellulaire du Canada, AcCELLerate-ON, pour son travail de représentation des cellules souches musculaires du poisson en 2 D et en 3 D. Au début de l’année, Cell Ag Tech a également conclu une entente de collaboration avec le Centre pour la commercialisation de la médecine régénératrice afin de mettre au point un processus visant à cultiver des cellules de poisson en bioréacteur.

Recommandations : Le temps est venu pour le Canada de prendre la tête de la révolution

La prochaine révolution verte dépend à la fois de l’adoption des technologies prêtes à être déployées et du développement responsable de technologies innovatrices qui façonneront l’avenir. Bien que d’autres pays mobilisent rapidement leurs propres ressources pour atteindre ces objectifs, peu d’entre eux sont aussi bien placés que le Canada pour diriger la révolution. Les actions suivantes seront essentielles pour mobiliser les investissements nécessaires au déploiement des sept technologies transformatrices, tout en éliminant les principaux obstacles à leur adoption. Au cours des prochaines phases de notre série de rapports, nous comprendrons mieux comment la technologie (avec le soutien des politiques publiques) peut être utilisée pour soutenir les producteurs (en particulier les petites et moyennes exploitations agricoles), favoriser l’acceptation des consommateurs et inclure toutes les parties prenantes.

Créer un organisme de financement central pour la recherche et le développement. Bon nombre des domaines les plus prometteurs et les plus avancés de la recherche agricole canadienne n’entrent pas dans les catégories de financement actuelles. La mise en place d’un système centralisé semblable à celui du département de l’Agriculture des États-Unis, en étroite collaboration avec le milieu universitaire et le secteur privé, pourrait donner une vision plus complète, à l’échelle canadienne, des domaines où le soutien et l’innovation sont nécessaires. L’esprit d’initiative dont fait preuve le gouvernement fédéral pour créer de grands pôles d’innovation illustre à quel point le Canada pourrait soutenir la recherche et l’innovation agroalimentaires.
Favoriser la commercialisation de la recherche existante. Cela implique d’augmenter les financements consacrés aux programmes et organismes de transfert de technologie universitaire. Afin d’exploiter les forces intrinsèques du Canada dans le domaine de la recherche et du développement, nous devons faciliter l’accès des chercheurs aux marchés commerciaux. À cet égard, nous devrons simplifier les règlements relatifs aux sciences des cultures qui imposent actuellement des essais exhaustifs (et coûteux), ce qui décourage certains chercheurs de poursuivre leur développement au Canada.
Mettre sur pied des programmes d’agriculture et de technologie dans les établissements postsecondaires. Le système alimentaire du futur a besoin d’experts en science des données, programmation et intelligence artificielle. Or, bon nombre de ces talents sont actuellement attirés par l’industrie du logiciel. Des efforts doivent être entrepris au plus tôt pour attirer davantage de ces talents. Afin de repositionner l’agriculture en tant que carrière attrayante, les gouvernements locaux et les sociétés devront rehausser la réputation des collectivités rurales en tant que lieux de vie agréables, en particulier auprès des immigrants qui possèdent des compétences en STIM. La collaboration avec les spécialistes en sciences sociales permettra de s’assurer que les innovations sont adaptées aux besoins des agriculteurs, acceptées par les consommateurs et mises au point de façon responsable.
Fonder une Silicon Valley canadienne de technologie agricole. Ce projet de percée dans les technologies agricoles doit permettre une collaboration intersectorielle entre les entrepreneurs, les investisseurs, les chercheurs, les collectivités, les sociétés et les gouvernements en vue d’insuffler des idées novatrices et de soutenir la croissance des entreprises en démarrage ou en croissance. Il s’agira de rassembler les acteurs des secteurs public et privé autour d’une ambition commune en matière d’innovation, axée sur des priorités précises (comme les sept technologies transformatrices décrites ci-dessus). Un exemple de cette démarche est l’initiative Foodbytes! lancée par Rabobank. Elle inclut un programme qui offre aux entreprises en démarrage du secteur alimentaire et des technologies agricoles des occasions de mentorat, de partenariat commercial et d’investissement.
Mettre en place des incitations fiscales et financières innovantes pour encourager l’investissement privé. Stimuler l’investissement privé dans les technologies agricoles canadiennes amène à réfléchir de façon plus créative aux incitations fiscales et financières dont nous disposons. Nous devons privilégier l’automatisation, qui est la clé de notre productivité agricole et de notre compétitivité internationale. Cela attirera plus de capitaux dans les technologies destinées à façonner l’agriculture à faibles émissions de demain. L’une des possibilités serait d’incorporer l’intelligence artificielle et les technologies agricoles dans les règles d’accélération de l’amortissement, en plus des actifs corporels actuellement pris en compte.
Offrir une vision globale, transparente et accessible des investissements dans les technologies agricoles. Cette vision doit inclure le cycle de vie complet des innovations. La plupart des renseignements sur les investissements privés (capital-risque et capital-investissement) dans les entreprises en démarrage sont disponibles, à l’exception des informations sur les rondes de financement qui ne sont pas toujours divulguées. En revanche, il est difficile, voire impossible d’obtenir des données exhaustives sur les investissements dans la R-D agricole. Il en va de même pour la R-D dédiée aux technologies agricoles dans l’enseignement supérieur. Combler ces lacunes en matière d’information nous donnerait une vue d’ensemble du paysage technologique, et nous aiderait à cerner les domaines qui nécessitent des investissements plus importants.
Créer des communautés de précurseurs parmi les agriculteurs. Les agriculteurs font foi aux agriculteurs. Le simple fait de voir le succès des autres a incité de nombreux agriculteurs à adopter des pratiques agricoles régénératrices – en particulier ceux qui travaillent dans des conditions comparables. De tels exemples apaisent les inquiétudes des agriculteurs à propos des technologies, car ils constatent qu’elles peuvent être utilisées sans risque pour leur exploitation. Des lieux de démonstration indépendants constituent un excellent moyen de prouver l’efficacité des innovations émergentes. Une grande partie de ce transfert de connaissances était auparavant réalisé dans le cadre de programmes de vulgarisation agricole indépendants et financés par des ressources publiques. Plus récemment, des sociétés du secteur privé ont massivement investi dans des programmes de recherche appliquée afin d’aider les agriculteurs à obtenir les meilleurs résultats possibles à partir de leurs produits.
Faire payer. Forcer les agriculteurs à payer pour les émissions qu’ils produisent actuellement pourrait augmenter les prix déjà élevés des denrées alimentaires. Il serait plus opportun de rémunérer les agriculteurs pour leur effort de réduction des émissions. Les modèles existants tels que les crédits de carbone sont toutefois insuffisants, et ils font peser un poids mal réparti entre les agriculteurs. L’une des solutions serait de mettre en place une norme canadienne visant à mesurer l’impact des activités destinées à réduire les émissions. Il s’agirait de créer un système de mesure, de notification et de vérification (MNV) du carbone stocké dans les sols, afin de pouvoir rémunérer les agriculteurs et aider les décideurs et les institutions financières à mobiliser des financements. Cette norme, qui est également essentielle pour attirer les investissements, devra être conçue et réglementée à l’échelle nationale, et harmonisée à l’échelle internationale avec nos principaux partenaires commerciaux.
Partager les risques. Pour les agriculteurs, les technologies de réduction des émissions ajoutent de l’incertitude à des activités déjà soumises à de nombreux risques. Les gouvernements et les autres entreprises de la chaîne de valeur agricole ont un rôle important à jouer dans le partage des risques. Cela implique des assurances contre les pertes de rendement pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables. À l’heure actuelle, les régimes d’assurance récolte ne comportent pas d’incitations aux pratiques agricoles durables, bien que ces pratiques aient fait leurs preuves pour atténuer l’incidence des inondations et des sécheresses. Les compagnies d’assurance récolte devraient envisager un ajustement des primes afin de tenir compte de ces évolutions dans les risques.

Pour en savoir plus, visitez rbc.com/climat.

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Contributeurs :

RBC Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé John Stackhouse, premier vice-président Colin Guldimann, économiste Ben Richardson, associé, Recherche Farah Huq, première directrice, Contenu stratégique Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé Kitty Wu, stagiaire Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise Brenda Bouw, rédactrice indépendante

 

Boston Consulting Group Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Sonya Hoo, directrice générale et associée Wendi Backler, associée et directrice, Center for Growth and Innovation Analytics, BCG Youssef Aroub, chef de projet Pilar Pedrinelli, conseillère Rachit Sharma, premier analyste de recherche, Center for Growth and Innovation Analytics, BCG

 

Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Dr Jesus Pulido-Castanon, associé en recherche postdoctorale Emily Duncan, candidate au doctorat, Géographie, environnement et géomatique

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes et les organismes suivants pour leurs contributions :
    • Alice Reimer, conseillère stratégique, CDL
    • Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
    • Jim Baker, chef de la direction, Cultura Technologies (Volaris Group)
    • Simon Barber, ancien directeur, Asia Pacific Regulatory and Stewardship, Syngenta Seeds, Singapour
    • Wilf Keller, vice-président, Sensibilisation, Conseil de l’innovation agroalimentaire
    • Ray Price, chef de la direction, SunTerra Group
    • Gary Haley, président, Haley Family Investment Trust
    • Jay Cross, président, Académie canadienne des sciences de la santé ; professeur, Université de Calgary
    • Lenore Newman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire et environnement, professeure de géographie, Université Simon Fraser
    • Mark Thompson, vice-président exécutif, chef, Développement et stratégie d’entreprise, Nutrien Ltd.
    • Michelle Nutting, directrice, Agriculture et environnement durable, Nutrien Ltd.
    • Dan Heaney, chargé de recherche associé, Plant Nutrition Canada
    • Tom Steve, directeur général, Commission albertaine du blé
    • Jason Lenz, vice-président, Commission albertaine du blé
    • Dan McCann, chef de la direction, Precision AI
    • Juanita Moore, vice-présidente, Expansion des affaires, GoodLeaf Farms
    • Janay Meisser, directrice de l’innovation, United Farmers of Alberta
    • Mauricio Alanís, directeur, Stratégie et partenariats en matière de durabilité, Aliments Maple Leaf
    • Ryan Phillippe, directeur, Développement de l’entreprise, Génome Canada
    • Josh Bourassa, chargé de recherche associé, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
    • Elena Vinco, chercheuse et analyste politique, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
    • Guillaume Lhermie, directeur, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
    • Lejjy Gafour, présidente, Cult Food Science Corp.
    • Francis Rowe, chef des finances, Cult Food Science Corp.
    • Jane Church, directrice, Engagement de l’entreprise, Nature United
    • Tony Ward, professeur émérite, Département d’économie, Université de Brock
    • Dave MacMillan, chef de la direction, Deveron UAS
    • Derek Eaton, directeur, Recherche et sensibilisation en matière de politique publique, Smart Prosperity Institute
    • David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
    • Stuart Smyth, professeur agrégé, College of Agriculture and Bioresresources, Université de la Saskatchewan
    • Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures
    • John Van Logtenstein, vice-président, Dairy Lane Systems et DLS Biogas
    • John Walker, Walker Farms
    • Scott Walker, Walker Farms
    • Clyde Graham, vice-président exécutif, Fertilisants Canada
    • Josh Pollack, cofondateur, CELL AG TECH
    • Valentin Fulga, cofondateur, CELL AG TECH
    • 1. À part de marché égale et si nous ne changeons pas nos pratiques, nous
estimons
    • que les émissions de l’agriculture canadienne atteindront 137 mégatonnes en 2050
    • 2. Institut agricole du Canada, « An Overview of the Canadian Agricultural Innovation System. » 2017.
https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/AIC-An-Overview-of-the-Canadian-Agricultural-Innovation-System-2017.pdf(ce contenu est disponible en anglais seulement)
    • 3. The Times of Israel, “Israeli companies lead world in plant-based food tech investments — report,” August 2022.
https://www.timesofisrael.com/israeli-companies-lead-world-in-plant-based-food-tech-investments/(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 4. Eco-Business, “Is Singapore poised to become Asia’s hub for alternative protein?,” August 2021.
https://www.eco-business.com/opinion/is-singapore-poised-to-become-asias-hub-for-alternative-protein/(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 5. BBC Storyworks, “How technology is transforming Japan’s agriculture”
https://www.bbc.com/storyworks/future/the-technology-transforming-agriculture/how-technology-is-transforming-japans-agriculture(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 6. Fast Company, “How the Netherlands became a plant-based protein powerhouse,” November 2020.
https://www.fastcompany.com/90573547/how-the-netherlands-became-a-plant-based-protein-powerhouse(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 7. Nutrien, “2022 Environmental, Social ESG And Governance (« ESG ») Report,” 2022.
https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/Nutrien_ESG%20Report%202022.pdf(ce contenu est disponible en anglais seulement)
    • 8. Global CCS Institute. “Facilities Database,”
https://co2re.co/FacilityData(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 9. Canadian Biogas Association, “Canadian 2020 Biogas Market Report.” April 2021.
https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/Canadian_2020_Biogas_Market_Full_Report.pdf(ce contenu est disponible en anglais seulement)
    • 10. Columbia Climate School: State of the Planet, “How Sustainable is Vertical Farming? Students Try to Answer the Question,” December 2015.
https://news.climate.columbia.edu/2015/12/10/how-sustainable-is-vertical-farming-students-try-to-answer-the-question/(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 11. UC Davis, “Cows and climate change: making cattle more sustainable,” June 2019.
https://www.ucdavis.edu/food/news/making-cattle-more-sustainable(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 12. Breanna M. Roque, Marielena Venegas, Robert D. Kinley, Rocky de Nys, Toni L. Duarte, Xiang Yang, Ermias Kebreab, “Red seaweed (Asparagopsis taxiformis) supplementation reduces enteric methane by over 80 percent in beef steers,” March 2021.
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0247820(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    • 13. CBC News, “How feeding cows seaweed could help P.E.I. meet emission targets and boost this business
    • Social Sharing,” November 2021.
https://www.cbc.ca/news/canada/prince-edward-island/pei-seaweed-feed-methane-emissions-climate-change-1.6228982(ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement)
    14. Ontario Genomics, “Cellular Agriculture Canada’s $12.5 Billion Opportunity In Food Innovation,” November 2021.
 
IA, technologie et innovation

Six façons de lutter contre les biais en IA – et comment le Canada peut montrer la voie

L’élimination des biais liés aux machines nécessitera une approche humaine

La nourriture est de nouveau à l’avant-plan

La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. La nourriture redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions.

Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait jouer un rôle majeur dans cette révolution. De fait, nous en avons l’obligation.

D’ici 2050, le Canada doit augmenter sa production alimentaire d’un quart juste pour maintenir sa contribution alors que la population mondiale augmente. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et au-delà, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.

L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et Arrell Food Institute de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est de faire prendre conscience de l’urgence des besoins auprès des Canadiens, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables.

Ce rapport expose la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :

  • utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
  • attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
  • investir dans les agriculteurs en vue de développer de nouveaux incitatives économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
  • et déclamer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à évoluer plus rapidement vers un monde qui a résolu la crise climatique.

La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Mais nos pratiques pourraient être une solution. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».

John Stackhouse,

    • premier vice-président, Services économiques et Leadership avisé

Keith Halliday,

    • directeur, BCG Le Centre pour L’avenir du Canada

Evan Fraser,

    directeur, Arrell Food Institute à l’Université de Guelph

Principales constatations

Les systèmes agricoles et alimentaires du Canada produisent 93 mégatonnes, soit un peu plus de 10 % de nos émissions nationales de gaz à effet de serre chaque année.1

Si les agriculteurs canadiens continuaient de travailler comme ils le font actuellement, à part de marché égale, ces émissions atteindraient 137 mégatonnes compte tenu de la croissance démographique de 26 % attendue dans le monde d’ici 2050.2


Les principales technologies et approches permettant de réduire les émissions comprennent le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, les additifs pour l’alimentation animale, les systèmes de digestion anaérobie et la technologie de précision.

Il sera également crucial d’adopter des solutions fondées sur la nature en vue de séquestrer le carbone. Le carbone du sol pourrait constituer l’un de nos outils les plus puissants, augmentant la quantité de carbone stockée dans le sol jusqu’à 35 mégatonnes.

Le Canada pourrait réduire de 40 % ces émissions potentielles avant 2050, à condition d’adopter de nouvelles solutions technologiques et de gestion conjuguées à des financements et des politiques en faveur des agriculteurs.

De nouveaux modèles sont nécessaires pour récompenser l’adoption de ces solutions, les mettre en œuvre à grande échelle et réduire les incertitudes et les risques pour les agriculteurs.

L’une des solutions serait de mettre en place une norme canadienne visant à mesurer l’impact des activités destinées à réduire les émissions. Une telle mesure constituerait un outil essentiel pour rémunérer les agriculteurs, en plus d’aider les décideurs politiques et les institutions financières à soutenir les pratiques favorables à l’environnement.

Pour accroître notre production tout en réduisant les émissions, nous devrons déployer un effort d’envergure nationale, en fonction du contexte de chaque région, en nous appuyant sur la technologie, la finance, les compétences et les politiques publiques.


Mener une révolution agricole à faible émission de carbone

Le secteur agricole canadien se trouve à un tournant décisif de son histoire.

La demande alimentaire mondiale devrait s’intensifier à mesure que la population augmentera à 9,7 milliards de personnes d’ici 2050, ce qui représente un bond de 26 %.3 Dans le même temps, les changements climatiques perturbent les chaînes logistiques et la productivité de nombreux grands producteurs agricoles. Et le bouleversement géopolitique provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé les systèmes alimentaires mondiaux.

La tâche de nourrir la planète a rarement été aussi décourageante. Le Canada pourrait prendre la tête de l’effort déployé dans le monde pour relever ce défi.

Nos agriculteurs figurent déjà parmi les plus productifs de la planète, avec 75 milliards de dollars de denrées alimentaires fournies aux marchés internationaux chaque année. Le Canada est l’un des principaux fournisseurs de cultures essentielles comme le blé et le canola, et un chef de file mondial dans l’exportation de bœuf. Nous disposons de vastes stocks de terres arables et d’eau douce, d’un environnement réglementaire relativement stable et d’un statut international en tant que fournisseur d’aliments sûrs et de qualité élevée.

Mais notre réussite a un coût. Chaque acre de nourriture cultivé et chaque animal élevé accroît une empreinte carbone qui est déjà trop élevée, et que nous nous sommes engagés à réduire. Cultiver selon les mêmes méthodes un nombre d’acres beaucoup plus élevé ne fera qu’aggraver le problème, étant donné que la perturbation du sol libère du carbone dans l’atmosphère.

Dans le même temps, les changements climatiques nuisent à la production dans de nombreuses régions du monde, y compris au Canada. Néanmoins, à moyen terme, ces facteurs pourraient permettre au Canada de produire plus de nourriture. Cela nous donne à la fois la responsabilité de soulager la crise alimentaire mondiale et l’occasion d’accroître notre présence sur les marchés internationaux.

Pour ce faire, nous devrons déployer nos efforts en direction d’un nouvel objectif : produire beaucoup plus de nourriture – tout en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre.

Dans le présent rapport, nous avons défini quatre domaines d’actions qui pourraient nous placer sur la bonne voie. Les domaines en question comprennent les technologies destinées à réduire les émissions issues des engrais, de la digestion des animaux d’élevage et des fumiers, ainsi que les techniques agricoles permettant de stocker le carbone dans le sol. En s’appuyant sur ses propres forces, le Canada pourrait s’imposer comme un chef de file dans le développement des technologies et des sciences végétales qui fomenteront la prochaine révolution verte du secteur agricole.

Les agriculteurs seront en première ligne dans cette transition. Mais ils ne peuvent pas y arriver seuls. En raison du large éventail d’activités dans l’agriculture canadienne, de la diversité des régions dans lesquelles elles sont menées et de la répartition inégale des émissions entre ces régions, une stratégie nationale est nécessaire. Pour y parvenir, nous devrons nous appuyer sur les partenariats intersectoriels, la recherche et l’innovation, la mise en place de politiques et l’investissement privé. Nous devrons amplifier les ports et les voies ferroviaires qui transportent nos marchandises sur le marché. Et nous devrons penser au-delà de nos propres frontières, en déployant tout d’abord nos efforts auprès de nos partenaires commerciaux afin de dynamiser la manière d’aborder les évaluations, les labels et autres mécanismes.

Par le passé, le Canada a déjà mis en place ce type de stratégie nationale en faveur des agriculteurs, non seulement en stimulant les avancées technologiques, mais aussi en adoptant des politiques en matière d’immigration, d’infrastructure et de commerce international, avec un résultat très bénéfique.

En adoptant dès maintenant le même esprit de collaboration, l’agriculture canadienne peut être un chef de file mondial dans la lutte contre les changements climatiques.

Les émissions agricoles sont analysées de diverses façons et nous avons eu recours à différents rapports pour évaluer la question sous plusieurs angles. Selon le Rapport d’inventaire national (RIN) du Canada pour 2019, les émissions agricoles se chiffreraient à 73 mégatonnes. D’après notre analyse complète incluant les engrais, le transport, la transformation, la vente au détail, la consommation et l’élimination, les émissions atteindraient 136 mégatonnes. Cette analyse se base sur le rapport RIN du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) d’Environnement Canada. Des émissions de périmètre 1 à 3 ont été attribuées à l’étape opérationnelle de la chaîne de valeur afin d’éviter que les données soient comptées en double. Les émissions de périmètre 3 de faible ampleur et difficiles à faire diminuer, comme les émissions résultant de la fabrication d’immobilisations utilisées dans le secteur agricole, n’ont pas été prises en compte. Il est également possible d’ajuster ce chiffre pour tenir compte de l’exportation et de l’importation des aliments. En ce qui concerne les émissions agricoles liées aux importations, nous avons attribué des facteurs d’émission par unité importée aux principales marchandises importées en nous fondant sur les bases de données de CONCITO et celles des émissions des partenaires commerciaux. Aux fins du présent document, à moins d’indications contraires, les émissions agricoles s’entendent de la production et de l’utilisation d’engrais, de la fermentation entérique et de la gestion du fumier, de l’utilisation de carburant en milieu agricole, des résidus de cultures, du changement d’affectation des terres et d’autres émissions, le niveau de référence étant de 93 mégatonnes. Nous estimons que la séquestration du carbone dans les sols est une technologie à émissions négatives du secteur agricole. Les estimations ayant trait aux leviers de réduction potentielle des émissions tiennent compte de la préparation technologique, économique et opérationnelle aux coûts actuels. Ces estimations ont été établies en fonction de données tirées de recherches, d’entrevues avec des experts et de tests réels fondés sur des avis d’experts. Les répercussions futures des leviers sont très incertaines en raison de la nature précoce de la technologie et des éléments inconnus entourant la portée de la mise en œuvre. Nous tenons donc compte dans notre analyse des limites de faisabilité et de mise en œuvre, et non de la portée théorique des éventuelles réductions d’émissions.

Nous avons effectué une analyse préliminaire de la compétitivité de l’empreinte carbone des principales cultures du Canada. Cette analyse découle d’une synthèse de résultats de plusieurs études utilisant diverses méthodologies. Les premiers résultats ont démontré que l’agriculture canadienne présente une empreinte carbone concurrentielle par rapport à ses principaux concurrents à l’exportation ; d’autres études de recherche et rapports plus approfondis sur l’intensité des émissions de carbone seront déterminants pour notre analyse.

Défi mondial :

La culture des aliments transformée par les changements

Les changements climatiques redessinent la carte de la production alimentaire mondiale. L’augmentation mondiale des températures amorcée vers la fin du 20e siècle a ralenti les gains de productivité liés à l’adoption généralisée des engrais chimiques, aux variétés de semences plus productives et aux technologies de plus en plus sophistiquées.

Depuis 1961, les changements climatiques causés par les actions humaines ont freiné de 21 % la croissance de la productivité agricole mondiale.4L’histoire est encore plus funeste dans les régions chaudes comme l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes, où la croissance de la productivité s’est avérée inférieure de 26 % à 34 % au niveau qu’elle aurait atteint en l’absence de changements climatiques. Pour de nombreux pays tropicaux, l’agriculture est vouée à se compliquer encore plus : pour chaque degré d’augmentation des températures mondiales, le rendement du maïs chutera de 7,4 % et celui du riz de 3,2 %.

Le Canada n’échappera pas aux ravages des changements climatiques – la canicule, la sécheresse et les tempêtes extrêmes ont déjà frappé la production en 2021–mais les répercussions seront différentes. D’ici 2050, les rendements de certaines régions du Canada pourraient s’améliorer de 50 % (du fait que le réchauffement allongera les saisons des cultures), alors qu’ils déclineront de 20 % à 50 % dans plusieurs parties de la Chine, de l’Inde et des États-Unis.5

Et tandis que les pôles se réchauffent, environ 1,85 million de kilomètres carrés de terres du Nord canadien pourraient devenir propices aux cultures de produits de base d’ici 2080.6 Étant donné que le Canada perd près de 60 000 acres de terres agricoles de grande qualité au profit de l’expansion urbaine chaque année, il pourrait être tentant de les cultiver ou de les développer.7 Cependant, les conséquences d’un déplacement de l’agriculture vers le nord seraient catastrophiques : près de 15 gigatonnes de carbone seraient libérées si les forêts et les zones humides étaient défrichées et labourées.

Pour nourrir le monde, le Canada devra cultiver davantage de denrées alimentaires sans trop augmenter sa superficie de terres agricoles.

La réduction des émissions est essentielle au maintien de notre puissance agricole mondiale

Le Canada est déjà une superpuissance agricole. Les Prairies produisent suffisamment de blé pour nous classer parmi les trois principaux pays exportateurs. Et elles produisent assez de canola pour dominer les marchés mondiaux. Les mines de la Saskatchewan produisent et expédient plus d’engrais potassique que tout autre pays, à savoir un milliard de tonnes par an. Nous sommes parmi les plus grands exportateurs de bœuf au monde et l’un des principaux exportateurs de lentilles.

En tant que cinquième source d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur agricole canadien ajoute aussi à l’empreinte carbone du pays.

Le Canada est un important exportateur de produits agricoles clés


Pour déchainer la croissance il faut surmonter des défis uniques

Malgré sa toute-puissance actuelle, le secteur agricole canadien a encore un fort potentiel à exploiter. En 2017, le Conseil consultatif en matière de croissance économique estimait que le Canada pourrait cibler une part de marché mondiale de 8 % des produits agricoles d’ici 2027 (en hausse par rapport à 5,7 % en 2015), ce qui ferait de nous le deuxième exportateur mondial après les États-Unis.8 En tant que l’un des rares pays ayant la capacité d’accroître ses exportations agricoles (en tenant compte des bouleversements climatiques), cet objectif semble de plus en plus à notre portée. En effet, à mesure que de nouveaux marchés et de nouvelles relations commerciales se développeront en réponse aux turbulences géopolitiques et aux changements climatiques, de nouvelles portes s’ouvriront aux grands producteurs. L’Espagne a récemment fait pression sur la Commission européenne pour qu’elle supprime les contrôles à l’importation au regard des aliments pour animaux en provenance de pays tiers, alors que le pays s’efforce de combler la perte de l’Ukraine en tant que principal fournisseur.9 En raison des mêmes pénuries et du désir de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis, la Chine cherche à accélérer ses importations de maïs brésilien.10

« Seules quelques régions fournissent des céréales au monde, et lorsque vous avez un problème dans l’une d’entre elles, cette perte doit être compensée. Le Canada fait partie du petit groupe de pays disposant d’une importante capacité de production et d’un excédent exportable. Nous aurons toutes sortes d’occasions. »

Al Mussell, directeur de recherche, Institut canadien des politiques agroalimentaires

Toutefois, si les occasions liées à la transformation verte de l’agriculture sont nombreuses, les défis à relever le sont également. Pour commencer, la nourriture occupe une place unique dans notre vie quotidienne. En plus de nous maintenir en vie, la nourriture joue un rôle central dans nos célébrations, nos rituels quotidiens et nos communautés. Par conséquent, les changements dans sa disponibilité et ses prix sont beaucoup plus visibles, et ils sont directement ressentis par les consommateurs. Cela rend le changement délicat à mettre en place sur le plan politique.

Et bien que l’agriculture partage bon nombre de défis avec les secteurs à fortes émissions engagés dans le commerce international, l’économie agricole rend plus difficile le cheminement de ce secteur vers la réduction des émissions. Les coûts des intrants sont imprévisibles. Les dépenses en engrais, par exemple, se sont hissées de 31,8 % en 2021, tandis que le coût des aliments pour les animaux d’élevage a gagné 23 %.11 Les prix des marchandises agricoles, qui constituent la majeure partie des revenus de l’agriculture, font partie des plus volatils parmi les secteurs engagés dans le commerce international. Et la capacité d’absorber ces fluctuations varie grandement d’un type d’exploitation à l’autre. Les marges bénéficiaires sont ainsi plus élevées pour les producteurs laitiers et avicoles pratiquant la gestion de l’offre, et plus faibles pour les éleveurs de bovins et de porcs sensibles aux brusques mouvements du marché.

Les phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes et fréquents posent de nouveaux défis au secteur agricole, particulièrement tributaire des conditions climatiques. Face à ces pressions, de nombreux agriculteurs sont réticents à adopter de nouvelles pratiques qui ajouteraient de l’incertitude à leurs activités.12

Les secteurs des produits laitiers, des céréales et des oléagineux sont les plus rentables

Revenu net agricole moyen 2009-2019, % des revenus
 

Au-delà de l’exploitation agricole en elle-même, l’ampleur de la chaîne logistique crée des obstacles supplémentaires. En effet, le secteur agricole canadien est très fragmenté, soumis à la fois aux aléas mondiaux et régionaux et régi par un entrelacs de stratégies provinciales et nationales. Une grande partie du secteur est aussi tributaire d’un réseau d’infrastructures ferroviaires et portuaires qui connaît de plus en plus de difficultés, notamment des pénuries de main-d’œuvre et des perturbations dues aux phénomènes météorologiques extrêmes. « Nous sommes dans la position privilégiée d’avoir toute cette offre que le monde demande, il la veut pour tout de suite », a déclaré Jean-Marc Ruest, premier vice-président, Affaires commerciales et avocat général de Richardson International, le premier exportateur de céréales au Canada. « Mais nous avons beaucoup de mal à faire sortir les céréales du Canada. Il est grand temps d’investir dans notre infrastructure commerciale. »

Le groupe de travail national sur la chaîne d’approvisionnement a recommandé un effort d’envergure nationale réunissant les chefs de file du gouvernement et de l’industrie afin de renforcer notre réseau de transport face à l’évolution des modèles d’affaires, aux bouleversements climatiques et aux risques géopolitiques.13 Une stratégie similaire devrait être mise en œuvre pour relever le défi de la réduction des émissions de carbone dans la chaîne logistique agricole.

Nous pouvons commencer par nous pencher sur trois principales sources de gaz à effet de serre dans le secteur : les engrais, la digestion du bétail et le fumier. Dans la prochaine section, nous examinerons les outils qui peuvent aider à réduire ces émissions, notamment les systèmes de digestion anaérobie, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC) et les additifs pour l’alimentation animale – ainsi que les défis à relever pour utiliser ces outils. Nous examinerons également le potentiel de « l’agriculture régénératrice », qui vise à stocker le carbone dans le sol. Cette approche englobe un ensemble de pratiques agricoles durables, parmi lesquelles la réduction du travail des sols et les cultures de couverture qui peuvent également rendre notre terre plus résiliente face aux effets du changement climatique.

Enfin, nous examinerons comment nos atouts actuels peuvent nous aider à diriger la recherche et le développement de nouvelles technologies qui pourraient être essentielles à l’avenir de l’agriculture. Dans leur ensemble, ces politiques peuvent contribuer à jeter les jalons de la révolution verte au Canada.


Quatre éléments clés pour un système agricole et alimentaire à faibles émissions

Défi majeur : La production et l’utilisation des engrais sont responsables de 28 mégatonnes de GES, soit 30 % de nos émissions agricoles totales (11,9 mégatonnes sont issues de leur production, et 16 mégatonnes de leur utilisation).
Si nous ne changeons rien : les émissions atteindront 35 mégatonnes en 2050.
Ce qui pourrait changer la donne : Utilisation : engrais intelligents, technologie de précision, gérance des nutriments. Production : captage, utilisation et stockage du carbone, intrants énergétiques à faibles émissions de carbone.
Le potentiel : Réduire les émissions de 14 mégatonnes avant 2050.

Peu d’endroits bénéficient de l’ampleur et du potentiel de l’agriculture canadienne, comme en témoigne l’exploitation de 3 000 acres de Rob Stone à Davidson, en Saskatchewan. Dans les années 1960, les terres de M. Stone produisaient 20 boisseaux de blé par acre. Aujourd’hui, ces terres génèrent 50 boisseaux de blé par acre, un effet que M. Stone attribue à l’amélioration génétique des semences, à ses propres pratiques agricoles et aux engrais azotés.

Parmi les intrants, les engrais représentent le coût le plus élevé pour les exploitations canadiennes. Comme beaucoup d’autres agriculteurs, M. Stone a pris des initiatives pour les utiliser avec parcimonie. Les engrais sont aussi l’élément qui augmente le plus l’empreinte carbone agricole du Canada, et ils constituent un bon point de départ dans notre parcours vers une agriculture verte.

L’azote nourrit les plantes, qui les absorbent au moyen de leurs racines. Certaines cultures, comme les légumineuses, n’en ont pas besoin, parce qu’elles puisent l’azote dans l’air. Cependant, pour les principales exportations canadiennes comme le blé et le canola, l’engrais azoté est essentiel, et il appliqué dans presque tous les champs où sont cultivées ces céréales. L’engrais azoté libère du dioxyde de carbone durant son processus de fabrication, et il peut dégager de l’oxyde nitreux (puissant gaz à effet de serre qui a un potentiel de réchauffement planétaire de 265 à 298 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone, sur une période de 100 ans) au moment de son épandage dans les champs.14,15

La bonne nouvelle est que nous avons des outils pour réduire son utilisation. Et le Canada a fait des progrès pour adopter certains de ces outils. Le processus commence par une planification minutieuse de la façon dont l’engrais est appliqué dans l’exploitation agricole. Certaines initiatives sectorielles peuvent aider les agriculteurs à élaborer ces plans. Par exemple, le programme canadien « 4R Nutrient Stewardship » recommande d’appliquer le bon type d’engrais, d’utiliser le bon dosage, et de l’appliquer au bon moment et au bon endroit. Selon les études scientifiques d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’adoption généralisée de certaines pratiques du programme 4R, comme l’utilisation d’engrais plus efficaces et l’épandage séparé, pourrait se traduire par d’importantes réductions des émissions.

Des pratiques plus avancées, soutenues par des données et des technologies de précision, pourraient nous mener encore plus loin. Sur sa ferme de Davidson, à mi-chemin entre Saskatoon et Regina, M. Stone analyse ses sols chaque année, surveille ses rendements, et utilise les informations recueillies pour élaborer ses propres plans d’ensemencement et d’application à taux variable d’éléments nutritifs. Ce changement a porté ses fruits : il utilise de 8 à 10 % moins d’engrais à présent. Le semoir pneumatique qu’il utilise lui a aussi permis de semer ses graines sans labourer le sol. Cette technologie permet de rehausser la qualité des sols et la productivité, tout en limitant le besoin de mettre les terres en jachère en alternance.

En revanche, réduire les émissions liées à la production d’engrais exige des solutions d’une envergure industrielle beaucoup plus large. Les systèmes de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), qui ont fait leur entrée dans le secteur pétrolier et gazier, visent à capter les émissions avant qu’elles ne pénètrent dans l’atmosphère et à les compresser sous une forme liquide qui est ensuite transportée par pipeline jusqu’à une infrastructure de stockage. La société Nutrien, établie à Saskatoon, utilise maintenant un système de ce type pour capter le dioxyde de carbone de son usine de Redwater et l’expédier par le pipeline Alberta Carbon Trunk Line vers le centre de l’Alberta, où sont situées des installations de récupération assistée du pétrole. Une autre technologie à l’étude est le processus d’électrolyse, qui consiste à produire des engrais en utilisant de l’électricité renouvelable pour extraire l’hydrogène de l’eau.

Les défis : De nombreuses exploitations canadiennes sont de petite taille et dégagent de faibles marges, ce qui rend difficile d’absorber le coût de l’analyse des sols et de la technologie agricole de précision. Un récent sondage de RBC mené auprès de 200 agriculteurs canadiens a révélé que les exploitations générant des revenus annuels peu élevés (de 250 000 $ à 999 000 $) étaient moins susceptibles d’utiliser des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. (Toutefois, la quasi-totalité des exploitations agricoles à faible revenu qui n’ont pas encore adopté de pratiques agricoles vertes prévoit de le faire dans un proche avenir.) Seulement 13 % des agriculteurs canadiens utilisent des techniques d’application à taux variable dans leur exploitation.16 Et bien que ce nombre soit en augmentation, moins d’un tiers des agriculteurs analysent leur sol chaque année pour rechercher les nutriments présents – point de départ pour une utilisation plus efficace des engrais.

Le coût et l’incertitude représentent aussi des obstacles du côté de la production. Hormis l’usine de Nutrien à Redwater, très peu de producteurs d’engrais utilisent des systèmes de CUSC. Bien que les coûts varient d’un site de production à l’autre, le coût en capital estimé pour cette technologie peut atteindre 50 millions de dollars par usine, selon sa taille et son emplacement. En outre, de nombreux obstacles se dressent face à l’investissement, parmi lesquels l’incertitude quant aux approbations réglementaires et à la tarification du carbone.17 Les systèmes de CUSC sont également dépendants d’infrastructures qui nécessitent un développement plus poussé, notamment dans le domaine des pipelines de carbone et des centres de stockage.

« Pour l’heure, la technologie la plus rentable et la plus disponible est celle du captage et du stockage du carbone. Mais elle demande des investissements importants. »

Clyde Graham, vice-président exécutif, Fertilisants Canada

Carbone actuellement séquestré dans le sol : 13 mégatonnes.
Ce qui pourrait changer la donne : Agroforesterie, biochar, culture intercalaire, sylvopastoralisme, pratiques de conservation sans labour, cultures de couverture, prévention du changement d’affectation des terres.
Le potentiel : émissions négatives jusqu’à 35 mégatonnes.

Quand il s’agit de cultiver de la nourriture, le sol est notre ressource la plus précieuse. Environ 95 % des denrées alimentaires mondiales sont cultivées dans la partie supérieure de la couche arable, dont plus de la moitié a disparu au cours des 150 dernières années à cause des pratiques agricoles modernes particulièrement intensives. Si aucun changement n’est apporté, nous continuerons de perdre des sols et les conséquences de cette perte seront de plus en plus graves. Sans une couche arable saine, la terre n’a plus la capacité de faire pousser de la nourriture et d’absorber l’eau, et cela nous rend plus vulnérables aux risques de famine et d’inondation.

Le sol joue un autre rôle vital : il stocke du carbone. De fait, bien que l’agriculture soit à l’origine d’une grande partie de nos émissions, elle détient un énorme pouvoir en tant que « puits de carbone ». Autrement dit, ce secteur retire de l’atmosphère une partie des GES qui contribuent aux changements climatiques. Les pratiques agricoles modernes, comme le labourage, peuvent nuire à cette fonction importante, dans la mesure où elles perturbent le stockage du carbone dans le sol.

Investir dans nos sols est donc un premier pas crucial en direction d’une agriculture plus verte. L’agriculture « régénératrice » aspire à atteindre cet objectif grâce à une approche holistique visant à améliorer la santé des sols, à protéger la biodiversité et à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour les incorporer aux sols. Bien que le terme ait été utilisé pour la première fois dans les années 1980, il est monté en puissance en 2014 à la suite d’un article de l’organisme sans but lucratif Rodale Institute décrivant comment certaines techniques agricoles respectueuses peuvent séquestrer le carbone dans le sol. Depuis, cette tendance alimentaire a pris le devant de la scène aux États-Unis où de plus en plus de produits font référence à l’agriculture régénératrice, et où des sociétés comme General Mills, PepsiCo et Nestlé ont fait part de leur engagement à faire progresser cette technologie sur des millions d’acres de terres agricoles. Au Canada, des sociétés telles que McCain Foods, Maple Leaf Foods, Nutrien et McDonald’s Canada ont lancé des initiatives similaires.

De façon générale, l’agriculture régénératrice englobe un ensemble de pratiques, notamment la réduction ou l’élimination du labour, les cultures de couverture (qui préviennent l’érosion et améliorent la fertilité) et le développement des techniques de pâturage (qui donnent à la terre le temps de se régénérer tout en renforçant la capacité des sols à stocker du carbone).

De nombreux agriculteurs canadiens ont déjà adopté ces pratiques d’agriculture régénératrice. Par exemple, environ 60 % des agriculteurs utilisent des techniques sans labour ou des méthodes de conservation des sols. En Saskatchewan, ce chiffre est encore plus élevé, atteignant 80 %. L’adoption d’autres pratiques pourrait nous mener encore plus loin. Les cultures de couverture ont le potentiel d’atténuer les émissions de 9,6 mégatonnes. Et le biochar, qui consiste à transformer les déchets agricoles en un amendement des sols capable de séquestrer le carbone, pourrait les réduire de 6,8 mégatonnes. Toutefois, les pratiques visant à puiser les gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne sont qu’une partie de l’équation.

Nous devons surtout éviter la génération d’émissions dans le futur. L’une des solutions est la conservation des prairies, lesquelles séquestrent actuellement une énorme quantité de carbone. Prévenir l’élimination des prairies à des fins d’industrialisation ou d’urbanisation pourrait réduire les émissions de carbone de 12,4 mégatonnes au Canada.

Bon nombre de ces pratiques, à présent regroupées sous la bannière de l’agriculture régénératrice, sont appliquées depuis longtemps par les communautés autochtones. Et les communautés autochtones ont d’importantes connaissances à partager à présent que nous étudions le potentiel de ces techniques.

« C’est ce que nous faisons depuis toujours, et c’est tout le contraire d’une technique primitive. Il s’agit de résilience et d’adaptation. Nous pouvons obtenir beaucoup de la terre, mais à condition d’investir, sans la presser comme un citron jusqu’à la dernière goutte. »

Jennifer Grenz, professeure ajointe, l’Université de la Colombie-Britannique

Les défis : L’adoption de l’agriculture régénératrice se heurte aux préoccupations financières des agriculteurs. Le coût par acre de cette technologie varie d’une pratique à une autre. Et l’investissement initial dans les équipements nécessaires comme les semoirs pneumatiques peut être prohibitif. La plupart des producteurs, en particulier ceux dont les marges financières sont faibles, ont besoin de s’assurer que les rendements couvriront les coûts et les risques associés. Mais selon nos recherches, les avantages de certaines de ces pratiques commencent à compenser les coûts quatre ans seulement après leur adoption. Et la rentabilité n’apparaît qu’à la sixième année. Les marchés destinés à rémunérer les agriculteurs pour leur travail de stockage du carbone dans le sol, de même que les méthodes de mesure correspondantes, se trouvent toujours en phase expérimentale, et ils ne permettent pas de compenser financièrement l’investissement de départ.

L’incertitude représente un autre obstacle de taille. L’agriculture régénératrice ne répond pas à une définition juridique ou réglementaire universelle, et aucune supervision n’a été mise en place dans ce domaine. Ce vide juridique l’expose à une utilisation à mauvais escient ou à des affirmations exagérées quant à sa puissance pour stocker le carbone, alors que bon nombre de ses avantages font encore l’objet d’un débat scientifique. En l’absence de tests ou de certifications venant conforter les affirmations en question, les agriculteurs (et les consommateurs) sont livrés à eux-mêmes pour évaluer la crédibilité des méthodes concernées.

Le piégeage du carbone dans les sols est essentiel à la réduction des émissions

Millions de tonnes d’équivalent CO2
 

Le choix des consommateurs serait plus facile si le terme avait une définition officielle, conjuguée à un système de mesure, de notification et de vérification (MNV) du carbone stocké dans le sol grâce à l’agriculture régénératrice (et aux services écosystémiques fournis par les sols). Un système de MNV aiderait également à établir des prix au regard des pratiques, et à créer un marché pour l’achat et la vente des crédits de carbone. Plusieurs projets pilotes ont été lancés dans l’idée de créer des « fermes de carbone » et des systèmes précis de mesure, de notification et de vérification du stockage de carbone. D’autres projets mettent en application des modèles mathématiques avancés afin d’évaluer la façon dont différentes stratégies de gestion agricole peuvent séquestrer le carbone.

Quel que soit le système mis en place, il faudra tenir compte du fait que les sols présentent une myriade de variations selon les régions du pays, et qu’il existe des limitations liées au type et à la taille des exploitations. La création d’un outil de MNV à l’échelle nationale nécessitera également un système d’analyse des sols beaucoup plus large que celui dont dispose le Canada en ce moment. La technologie sera essentielle pour déployer ces systèmes. Nous devrons notamment perfectionner les capteurs de sols commandés à distance.

Les réponses aux questions se feront attendre, par exemple en ce qui concerne la réglementation des marchés du carbone dans le futur. D’ici là, nous devrons trouver les moyens d’inciter les agriculteurs à utiliser les meilleurs outils dont nous disposons, et à remplacer ces outils par de nouveaux encore plus efficaces au fil de leur apparition.

« Il était devenu impossible de produire sans cultures de couverture. Des tempêtes de folie venaient anéantir nos récoltes. Plus maintenant.»

Gillian Flies, propriétaire, The New Farm

Défi majeur : La digestion des bovins produit 24 mégatonnes d’émissions.
Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 30 mégatonnes d’ici 2050.
Ce qui pourrait changer la donne : Additifs pour l’alimentation animale, reproduction sélective des bovins aux fins de réduction des GES.
Le potentiel : Réduire de 16 mégatonnes les émissions d’ici 2050.

Les rots et les bouses de vache ne sont pas la première chose qui vient à l’esprit lorsque nous pensons aux changements climatiques. Cependant, les vaches laitières et les races à viande constituent les plus grandes sources d’émissions agricoles après l’engrais au Canada. En raison de leur processus digestif appelé « fermentation entérique », les bovins produisent du méthane, un puissant gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement climatique sur 20 ans est 85 fois plus élevé que celui du dioxyde de carbone.18 Le secteur agricole représente 30 % des émissions nationales de méthane au Canada, et 85 % de ces émissions sont directement attribuées au bétail.19

Le paradoxe est que ce même bétail peut jouer un rôle précieux dans la conservation des terres. Le Canada compte environ 35 millions d’acres de prairies indigènes et 9 millions d’acres de prairies ensemencées qui agissent en tant que puits de carbone. En pâturant sur ces terres, le bétail pousse les plantes à s’enraciner plus profondément, ce qui favorise le stockage du carbone dans le sol. Par ailleurs, l’utilisation des terres aux fins de pâturage constitue une barrière contre tout changement d’affectation qui serait nuisible à la biodiversité et au stockage du carbone dans le sol.

Pour ajouter à cette complexité, le bœuf canadien présente l’une des empreintes carbone les plus limitées du monde, avec des émissions de gaz à effet de serre bien inférieures à la moyenne mondiale. Cela fait de nous un fournisseur de bœuf vital pour la planète, à un moment où le monde entier cherche à réduire ses émissions. De même, nos vaches laitières émettent moins de GES par kilogramme de produit fini que la moyenne mondiale. La contribution démesurée du bétail au changement climatique signifie cependant que nous devons aller plus loin. Les chercheurs tentent de mettre au point des techniques d’élevage produisant des bovins moins générateurs de méthane et dont le processus digestif est plus efficace. À plus court terme, la création d’additifs alimentaires destinés à réduire la quantité de méthane produite lors de la digestion des bovins constituerait une percée pour le secteur. L’un de ces additifs, le 3-NOP, est déjà utilisé dans d’autres pays – il n’a pas encore été approuvé au Canada. Des recherches montrent que cet additif pourrait entraîner jusqu’à 45 % de réduction des émissions.20 L’ajout d’algues à l’alimentation des vaches laitières pourrait également réduire les émissions de 82 % et améliorer le rendement du bétail, c’est-à-dire stimuler la croissance des animaux à partir d’une moindre quantité de nourriture.21

Le défi : Les aliments sont les intrants les plus coûteux et les plus critiques dans un élevage de vaches laitières ou de races à viande, et des questions subsistent quant au coût des additifs dans le contexte de la forte demande internationale. Une question plus pratique est de savoir comment administrer les additifs destinés aux races à viande, car ces bovins passent la majeure partie de leur vie à paître dans des champs à l’air libre (où la plupart des émissions sont libérées).

« Les additifs pour l’alimentation animale sont difficiles à vendre. Comme nous avons appris à travailler avec des vétérinaires et des parcs d’engraissement, il n’y a presque pas d’incitation… En fin de compte, nous dépendons d’un facteur inconnu : si oui ou non les produits seront adoptés par l’agriculteur. »

Elena Vinco, chercheuse, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy

Défi majeur : Les fumiers sont responsables de 8 mégatonnes d’émissions.
Si nous ne changeons rien : Les émissions atteindront 10 mégatonnes avant 2050.
Ce qui pourrait changer la donne : Systèmes de digestion anaérobie.
Le potentiel : Réduction des émissions de 4 mégatonnes d’ici 2050.

Bien qu’ils soient moins nocifs que les rots des vaches, les fumiers contribuent largement à faire grimper les émissions. Aujourd’hui, 8 mégatonnes des émissions agricoles totales proviennent des fumiers. Parmi ces émissions, 55 % sont générées par le bétail.

L’entreprise agricole Walker Farms, implantée à Aylmer, au sud-est de London en Ontario, a trouvé une façon de réduire ces émissions tout en rehaussant ses marges. L’exploitation laitière s’est associée à DLS Biogas, une société ontarienne, afin de fabriquer un digesteur anaérobie d’une valeur de 16 millions de dollars. Il s’agit d’une technologie qui transforme le fumier et les déchets organiques en électricité ou en gaz naturel renouvelable (GNR). Les agriculteurs peuvent utiliser cette énergie dans leur propre exploitation, ce qui diminue leurs coûts, ou encore la vendre aux sociétés de services de gaz naturel comme Fortis, en Colombie-Britannique, dans le cadre de contrats à long terme. Fortis achète le gaz et les crédits de carbone associés.

Le digestat, un sous-produit inodore, peut à son tour être utilisé comme engrais. Le Canada compte actuellement 279 projets de biogaz en exploitation. Et comme à peine 13 % de l’énergie produite par le biogaz est exploitée au Canada, il existe un fort potentiel de croissance, en particulier dans le secteur agricole.22

Les défis : Les systèmes de digestion anaérobie gagnent du terrain, notamment en raison des revenus supplémentaires qu’ils apportent aux fermes. Les Walkers prévoient que leur investissement de départ produira un rendement positif dans huit ans.

Toutefois, le coût initial des digesteurs, qui oscille entre 7 millions et 70 millions de dollars, est prohibitif pour les petits exploitants. Les Walkers et la société DLS Biogas ont soumis diverses demandes de subventions (à l’issue de centaines d’heures de travail), mais il n’y a aucune garantie de succès et aucun programme spécialement conçu pour le biogaz.

Et les digesteurs ne sont pas la panacée pour toutes les exploitations. Au moins 150 vaches sont nécessaires pour produire du fumier en quantité suffisante pour un digesteur, donc la taille des exploitations est un facteur clé. Or, l’Ontario compte en moyenne de 70 à 80 vaches par ferme. Il est également crucial d’avoir accès aux déchets alimentaires enfouis, afin de les ajouter aux digesteurs, et de disposer de pipelines pour expédier le GNR vers le marché. Les grands parcs d’engraissement de bovins en Alberta bénéficient en général d’un meilleur accès à cette infrastructure et de suffisamment de bétail pour rendre la production viable. Cependant, l’argile utilisée à la surface de nombreux enclos peut terminer dans le fumier et endommager le mécanisme des biodigesteurs. De nombreux parcs d’engraissement sont en train de bétonner leurs surfaces au rouleau compresseur, ce qui renforce le rendement du bétail tout en éliminant le problème de l’argile dans le processus du biogaz. Cette transformation coûte aussi très cher.

La mise en place de digesteurs collectifs pourrait permettre aux petites exploitations agricoles de prendre part à la production de biogaz. Pour ce faire, il est essentiel de couvrir les coûts initiaux et de simplifier le processus d’obtention des financements.


Défi majeur : 93 mégatonnes globalement.
Si nous ne changeons rien : 137 mégatonnes.
Ce qui pourrait changer la donne : Une technologie agricole de pointe qui réduit les émissions, permet de stocker plus de carbone dans le sol et plus de production sur une moindre superficie.
Le potentiel : permettant 54 mégatonnes de réductions d’émissions potentielles (ou jusqu’à 76 mégatonnes lorsque la séquestration du sol est ajoutée).

Le Canada a une longue tradition d’innovation agricole. La mise au point du blé Marquis en 1904 a joué un rôle crucial dans l’essor du rendement des cultures des Prairies. Le canola, créé en Saskatchewan dans les années 1960, est devenu l’une des cultures d’oléagineux les plus importantes au monde. La vis à grain a été inventée au Canada. De plus, des semoirs pneumatiques portant le logo de la Seed Hawk, une société de la Saskatchewan, sont à l’œuvre un peu partout entre l’Australie et l’Europe.

Au fil du temps, ces inventions ont rehaussé la productivité de l’agriculture canadienne. En effet, toutes les réductions d’émissions envisagées dans ce document reposeront d’une certaine manière sur la technologie—des innovations telles que le CUSC, les biodigesteurs et les outils de précision. La technologie sera également essentielle pour produire plus de nourriture sur moins de terres et, par extension, éviter la conversion de terres en terres cultivées. Selon nos estimations, nous pourrions réduire les émissions de près de 20 mégatonnes en évitant les changements d’utilisation des sols jusqu’en 2050. Le stockage de plus de carbone dans le sol—produisant des émissions négatives—dépendra également d’appareils de plus en plus sophistiqués comme les capteurs de sol et les drones afin d’accéder à l’innovation nécessaire pour donner un coup de pouce aux nouvelles méthodes comme l’agriculture régénératrice.

Le poids du Canada sur les marchés agricoles mondiaux, sa longue expertise dans les sciences de l’agriculture et sa récente percée dans l’intelligence artificielle et les sciences des données sont autant d’atouts pour prendre la tête de cette course, dans bien des domaines. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’attirer des investissements privés dans l’innovation canadienne, nous nous heurtons à des résistances. Sur les quelque 36 milliards de dollars d’investissement en capital-risque et en capital-investissement déployés dans les technologies agricoles depuis 2017 à l’échelle mondiale, le Canada a seulement reçu 3 % de ces fonds, soit 1 milliard de dollars américains. Les États-Unis ont bénéficié de 20 milliards de dollars, ce qui couvre 55 % de leurs investissements.

Paradoxalement, les investissements en capital–risque et en capital-investissement ont été à la traîne dans plusieurs domaines de l’agriculture canadienne ayant remporté le plus de prix dans le passé. Alors que nous cherchons à diminuer les émissions, la génétique des semences et la science des sols (y compris la recherche sur le microbiome) offrent un grand potentiel pour stimuler la production sur les terres existantes, réduire les émissions de carbone et améliorer la résilience face aux sécheresses et aux inondations. Alors que par le passé, une grande partie de notre recherche s’est concentrée « au-dessus du sol », les scientifiques s’intéressent de plus en plus au potentiel des systèmes racinaires et du microbiome des sols pour réduire les émissions. Jusqu’à présent, les investissements privés n’ont pas afflué dans ces domaines au Canada. Nos projets de génétique des cultures n’ont attiré que 82 millions de dollars américains, sur un total de 10 milliards de dollars d’investissement mondial en capital-investissement et en capital-risque depuis 2017.

De plus, une grande partie de l’investissement capté par le Canada n’est pas destiné aux technologies nécessaires pour améliorer la durabilité de notre secteur agricole et alimentaire. En 2021, dans le monde, plus de la moitié de l’investissement privé dans les technologies agricoles a porté sur les pratiques durables. Au Canada, en revanche, la plupart des investissements sont axés sur la numérisation et l’automatisation, technologies conçues pour renforcer la productivité, et non la durabilité.

À l’heure de déployer ces solutions, nous devrons garder un œil sur l’avenir en investissant au plus tôt dans les technologies capables de nous aider à adapter nos systèmes alimentaires aux changements climatiques. L’« agriculture en environnement contrôlé » a le vent en poupe partout dans le monde. Cette méthode permet de cultiver en intérieur et en couches empilées, par exemple dans des serres ou dans des fermes verticales. Le Canada importe actuellement des produits frais à un coût modique, en provenance de régions beaucoup plus vulnérables aux changements climatiques. Des solutions technologiques comme celles que nous avons citées plus haut nous aideraient à préserver la sécurité alimentaire nationale, dans un monde de plus en plus sensible aux changements climatiques et aux tumultes politiques. Entre-temps, les technologies de l’agriculture cellulaire et de la fermentation de précision, qui progressent rapidement, pourraient offrir aux consommateurs de nouveaux aliments en remplacement de la viande et des produits laitiers.

« Je pense que la culture sélective des plantes serait une excellente solution pour nous. Si nous regardons les avancées réalisées sur le plan des rendements, des maladies, de la résistance, toutes ces qualités, nous voyons que la recherche a été concentrée au-dessus du sol. Sous terre, il existe autant d’occasions de faire toutes sortes de percées significatives. »

Stuart Smyth, professeur agrégé, Université de la Saskatchewan

Les défis : L’intelligence artificielle et la science des données, l’ingénierie, l’Internet des objets, y compris les capteurs et les drones, sans oublier la biotechnologie, sont des outils essentiels au développement des outils essentiels au développement de technologies agricoles modernes. Tout comme les compétences qui les accompagnent. Pourtant, les efforts déployés pour attirer ces talents spécialisés et perfectionner les compétences des jeunes n’ont pas été à la hauteur de nos besoins.

Le soutien à la recherche canadienne provient principalement du financement public, qui a été à l’origine de bon nombre de nos succès. Le blé Marquis, qui a considérablement amélioré les rendements dans les Prairies au début des années 1900, a été élaboré dans les granges de la Ferme expérimentale du Dominion. Ces stations de recherche, exploitées par le gouvernement fédéral, avaient pour but d’analyser les problématiques agricoles et de mettre au point de nouvelles techniques pour venir en aide aux agriculteurs. Les programmes actuels peuvent être onéreux pour les chercheurs, en particulier dans les technologies émergentes qui ne relèvent pas de catégories de financement précises. Et certaines exigences réglementaires, y compris celles qui entourent les végétaux à caractères nouveaux, peuvent faire obstacle à l’approbation et à l’investissement dans les domaines émergents de la science végétale comme l’édition génomique.

Bien que les chercheurs canadiens demeurent tributaires de l’investissement public, d’autres pays, dont les États-Unis, voient la plupart de leurs fonds de recherche provenir du secteur privé. Notre position dans la prochaine ère de l’agriculture dépendra de notre capacité à mobiliser davantage de capitaux.

Lutter contre le gaspillage alimentaire

Les émissions proviennent non seulement de la nourriture que nous cultivons, mais aussi de celle que nous gaspillons. Au Canada, 58 % des aliments produits aux fins de consommation humaine sont gaspillés ou se perdent au long de la chaîne logistique, , dont 18 % pourraient être évités. 23 Le coût économique de ce gaspillage s’élève à 49 milliards de dollars par an, et le chiffre est encore plus haut si l’on tient compte de la perte en main-d’œuvre et en transport, entre autres facteurs.

Bien qu’une grande partie du gaspillage survienne au cours de la production et de la transformation, seulement 14 % de cette perte est évitable. En effet, les progrès technologiques ont déjà beaucoup aidé à éliminer le gaspillage alimentaire à l’étape de la production, un effort en partie motivé par les économies qu’il génère.

Du côté des consommateurs, le problème du gaspillage alimentaire est bien plus profond. Près de la moitié du gaspillage évitable se produit dans les hôtels, les restaurants et les ménages, et les consommateurs des pays riches sont beaucoup plus susceptibles de gaspiller la nourriture que ceux des pays pauvres. Lorsque ces aliments se décomposent dans les décharges, ils libèrent des gaz à effet de serre évalués à 12 mégatonnes – sur une base de mesure de bout en bout.

Résoudre le problème du gaspillage alimentaire des consommateurs implique de s’attaquer à un ensemble de causes. Ces causes comprennent le manque de temps (les consommateurs n’ont pas le temps de planifier leurs repas et d’utiliser la nourriture avant qu’elle ne se détériore), des connaissances insuffisantes sur la façon de prévenir le gaspillage alimentaire à l’aide d’un entreposage plus réfléchi, ou en utilisant les déchets de cuisine comme les épluchures de légumes, et les promotions dans les magasins de détail qui incitent les consommateurs à acheter plus que nécessaire.

En plus de réduire le gaspillage alimentaire, l’industrie a fait de grands efforts pour prolonger la durée de conservation des aliments par l’entremise des emballages et de divers contrôles. Des solutions novatrices sont en cours d’étude pour fabriquer des emballages végétaux et antimicrobiens, dans le même esprit. Des capteurs peuvent indiquer à quel moment la nourriture est effectivement perdue, au lieu de laisser les consommateurs tributaires des dates d’expiration. Et de nouveaux modèles d’affaires peuvent être mis en place, par exemple pour transformer les aliments non conformes aux normes du commerce de détail en aliments pour la volaille et autres usages.

Mais en fin de compte, résoudre le problème du gaspillage alimentaire dépendra de nous-mêmes.


Recommandations : Semer le changement

Réduire nos émissions de gaz à effet de serre tout en assumant notre responsabilité de nourrir le monde est un chemin parsemé d’incertitudes. Étant donné que de nombreuses technologies et pratiques agricoles en sont encore à leurs balbutiements et que leur adoption est loin d’être généralisée, de nombreuses questions restent en suspens.

Cela risque de paralyser nos efforts, alors que nous n’avons pas le luxe de perdre du temps. Les enjeux de la crise alimentaire actuelle sont stupéfiants : les pénuries et les prix élevés dans le secteur des marchandises ont mis en péril les vies et les moyens de subsistance de 345 millions de personnes, à présent menacées d’une insécurité alimentaire aiguë.24 Les pays à faibles revenus, dont la plupart dépendent des importations depuis l’Ukraine et la Russie, figurent parmi les plus vulnérables. C’est par exemple le cas de la Somalie, du Soudan du Sud et du Yémen. En Amérique du Nord et dans les autres pays à revenus élevés, la flambée des prix des denrées alimentaires, due aux pénuries et à l’inflation qui a suivi la pandémie, est également à l’ordre du jour dans les discussions politiques.

L’urgence de la situation nous obligera à agir vigoureusement, en exploitant les meilleurs outils dont nous disposons aujourd’hui. Et nous devrons unir nos forces. Les décideurs politiques, les entreprises privées et les producteurs devront trouver de nouveaux moyens de collaborer afin de mettre en œuvre notre stratégie nationale en faveur des agriculteurs. Tout d’abord, nous devons nous concentrer sur les éléments de base mentionnés ci-dessus, ainsi que sur les piliers que représentent la technologie, les personnes, les politiques, les capitaux et les marchés. En collaboration avec le Centre pour l’avenir du Canada de BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph, nous analyserons en profondeur chacun de ces piliers au cours des prochains mois.

Bâtir un secteur agricole capable de faire face aux bouleversements climatiques représente un défi inédit à ce jour. Mais peu de pays sont mieux placés que le Canada pour y parvenir.

La menace de l’insécurité alimentaire s’intensifie dans le monde. En parallèle, notre capacité à répondre à une nouvelle ère d’innovation, à la fois pour cultiver nos terres et les conserver, se renforce aussi.

Changement de paradigme : Édifier les quatre piliers d’une stratégie alimentaire visant à réduire les émissions

Politique

Établir un plan national pour bâtir un secteur agricole à faibles émissions. Notre plan de réduction des émissions doit mobiliser toutes les parties prenantes, non seulement les agriculteurs, mais aussi les investisseurs, les entreprises privées et l’ensemble des Canadiens. Produire des aliments de manière plus durable implique de faire des choix difficiles et de soutenir l’investissement dans des technologies importantes telles que le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC). Cela signifie également que nous devons améliorer la commercialisation des aliments durables canadiens dans le monde.

Diriger l’effort mondial visant à créer une norme d’émissions pour le secteur alimentaire. Environ 61 % des émissions de notre agriculture sont liées à des marchandises qui finissent par être exportées. Si notre stratégie de réduction des émissions n’était pas harmonisée par rapport à nos principaux marchés d’exportation, cela pourrait provoquer des frictions dans nos relations commerciales. Nous devons rassembler nos partenaires commerciaux autour d’objectifs, d’indicateurs, et de protocoles de mesure, de notification et de vérification communs en matière de GES. Le Canada, partisan de longue date du libre-échange et leader mondial dans les processus multilatéraux, a la capacité de diriger cet effort.

Intégrer les stratégies agricoles aux stratégies énergétiques. Les agriculteurs sont de plus en plus enclins à saisir l’occasion de générer du gaz naturel renouvelable à partir de leurs activités. L’intégration de ces initiatives à une stratégie énergétique nationale pourrait contribuer à accélérer le déploiement de l’énergie propre, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des exploitations agricoles.

Technologie

Créer un organisme de financement central pour la recherche et le développement. Bon nombre des domaines les plus prometteurs et les plus avancés de la recherche agricole canadienne n’entrent pas dans les catégories de financement actuelles. Un système centralisé semblable à celui du département de l’Agriculture des États-Unis pourrait donner une vision plus complète, à l’échelle canadienne, des domaines où le soutien et l’innovation sont nécessaires. L’esprit d’initiative dont fait preuve le gouvernement fédéral pour créer de grands pôles d’innovation illustre à quel point le Canada pourrait soutenir la recherche et l’innovation agroalimentaires.

Mettre l’accent sur les technologies les plus prometteuses pour réduire les émissions. À présent que nous souhaitons orienter les financements vers des solutions innovatrices, nous devons nous intéresser davantage aux technologies permettant de réduire les émissions aux points critiques de la chaîne logistique. C’est le cas par exemple des systèmes de digestion anaérobie, des additifs pour l’alimentation animale et des mécanismes de CUSC. Les financements devraient également cibler les technologies qui contribuent à l’adoption et la rémunération des pratiques durables, parmi lesquelles les capteurs de sols et les technologies de précision.

Mettre en place des incitations fiscales et financières innovantes pour encourager l’investissement privé. Stimuler l’investissement privé dans les technologies agricoles canadiennes amène à réfléchir de façon plus créative aux incitations fiscales et financières dont nous disposons. Nous devons privilégier l’automatisation, qui est la clé de notre productivité agricole et de notre compétitivité internationale. Cela attirera plus de capitaux dans les technologies destinées à façonner l’agriculture à faibles émissions de demain. L’une des possibilités serait d’incorporer l’intelligence artificielle et les technologies agricoles dans les règles d’accélération de l’amortissement, afin d’aller au-delà des actifs corporels.

Économie

Faire payer. Forcer les agriculteurs à payer pour les émissions qu’ils produisent actuellement pourrait augmenter les prix déjà élevés des denrées alimentaires. Il serait plus opportun de rémunérer les agriculteurs pour leur effort de réduction des émissions. Les modèles existants tels que les crédits de carbone sont toutefois insuffisants, et ils font peser un poids mal réparti entre les agriculteurs. Une norme nationale pour mesurer l’impact des activités de réduction des émissions, y compris un mécanisme pour mesurer, notifier et vérifier (MNV) le carbone stocké dans les sols, pourrait être essentielle pour indemniser les agriculteurs et donner aux décideurs politiques et aux institutions financières les moyens de mobiliser un soutien. Ce mécanisme, également essentielle pour attirer les investissements, devra être conçue et réglementée à l’échelle nationale et harmonisée à l’échelle internationale avec nos principaux partenaires commerciaux.

Partager les risques. Pour les agriculteurs, les technologies de réduction des émissions ajoutent de l’incertitude à des activités déjà soumises à de nombreux risques. Les gouvernements et les autres entreprises de la chaîne de valeur agricole ont un rôle important à jouer dans le partage des risques. Cela implique des assurances contre les pertes de rendement pour les agriculteurs qui adoptent des pratiques durables. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’incitation aux pratiques agricoles durables dans les régimes d’assurance récolte, bien que ces pratiques aient fait leurs preuves pour atténuer l’incidence des inondations et des sécheresses. Les compagnies d’assurance récolte devraient envisager un ajustement des primes afin de tenir compte de ces évolutions dans les risques.

Personnes

Développer les compétences. Tirer parti du Conseil de l’information sur le marché du travail pour déterminer les compétences dont les agriculteurs ont besoin pour adopter un système alimentaire plus résilient. Comme nous l’avons mentionné dans nos recherches antérieures, les compétences numériques sont cruciales pour l’avenir de la production alimentaire.25 Il en va de même pour la façon d’appliquer les outils en vue de réduire les émissions. Au-delà des données et de la technologie, certains agriculteurs auront besoin d’aide pour mettre en pratique les techniques de l’agriculture régénératrice et les autres outils. Les plateformes d’apprentissage expérientiel, notamment le mentorat pratique et les programmes coopératifs, peuvent accélérer cette transition.

Élargir le bassin de talents. Le manque de sensibilisation au potentiel des carrières de l’agriculture a entravé le recrutement de personnes dotées de compétences en codage, en intelligence artificielle et en science des données, alors que ces compétences sont essentielles à l’avenir du secteur alimentaire. Le problème se pose dans tous les secteurs, mais peu d’entre eux offrent un potentiel d’innovation plus important que celui de l’agriculture. Il sera indispensable de faire connaître aux étudiants les occasions offertes par les champs, au moyen de programmes coopératifs, de sensibilisation et de liaison. Cette démarche est en effet critique pour les convaincre de mettre leurs talents au service de ce défi.


Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Contributeurs:

RBC

Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé
John Stackhouse, premier vice-président
Colin Guldimann, économiste
Farah Huq, directrice générale principale, Stratégie de contenu
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Trinh Theresa Do, Première directrice, Stratégie leadership avisé
Zeba Khan, directrice, Publication numérique
Aidan Smith-Edgell, associé, Recherche
Kitty Wu, stagiaire
Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise
Ryan Riese, directeur général national, Agriculture

Boston Consulting Group

Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada
Kilian Berz, Directeur général et associé principal
Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Chris Fletcher, directeur général et associé
Thomas Foucault, directeur général et associé
Wendi Backler, associée et directrice, BCG Center for Growth and Innovation Analytics
Kate Banting, Responsable de marketing et impact social
Simon Beck, directeur
Youssef Aroub, chef de projet
Ilana Hosios, conseillère
Anguel Dimov, conseiller
Pilar Pedrinelli, conseillère
Zahid Gani, conseiller
Rachel Ross, conseillère
Rachit Sharma, Premier analyste de recherche, BCG Center for Growth and Innovation Analytics

Arrell Food Institute, Université de Guelph

Evan Fraser, directeur
Margarita Fontecha, Arrell Food Institute, candidate au doctorat, Conception environnementale et développement rural
Laura Hanley, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales
Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale
Brenda Zai, étudiante en maîtrise, Sciences alimentaires
Dr. Krishna KC, chercheur scientifique
Dr. Jesus Pulido-Castanon, associé en recherche postdoctorale
Emily Duncan, candidate au doctorat

1. Ce chiffre exclut les données des secteurs de la transformation en aval, du transport au détail et de l’exploitation de services alimentaires. Voir la méthodologie.

2. Voir la méthodologie.

3. Croissance démographique mondiale – Our World in Data

4. Anthropogenic climate change has slowed global agricultural productivity growth | Nature Climate Change

5. Forum économique mondial (weforum.org)

6. Opportunities and trade-offs for expanding agriculture in Canada’s North: an ecosystem service perspective (facetsjournal.com)

7. Why You Should Care About Farmland Loss – Canadians for a Sustainable Society

8. key-sectors-secteurs-cles-fra.pdf (budget.gc.ca)

9. UPDATE 1-Spain lobbying European Commission to buy emergency corn from Argentina | Reuters

10. China Set to Import Brazilian Corn in Challenge to US Supply – Bloomberg

11. Le Quotidien : Revenu agricole, 2021 (statcan.gc.ca)

12. Climate Change Is Hitting Farmers Hard – Scientific American

13. Act. Collaboration. Transformation. Final Report of the National Supply Chain Task Force 2022 (canada.ca)

14. Cinquième Rapport d’évaluation du GIEC

15. Changements climatiques (quatrième rapport d’évaluation du GIEC) | Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques

16. SPARK-FERTILIZER-USE-IN-CANADA-REPORT-2022-VF_08_04_2022.pdf (fertilizercanada.ca)

17. CCUS-Strategy_Template-for-Input_Fertilizer-Canada-Response_Final_March-2022-combined.pdf (fertilizercanada.ca)

18. C’est-à-dire que sur 20 ans, un gramme de méthane produit 85 fois le réchauffement que dégagerait un gramme de dioxyde de carbone.

19. Home Page – Simpson Centre

20. Home Page – Simpson Centre

21. Red seaweed (Asparagopsis taxiformis) supplementation reduces enteric methane by over 80 percent in beef steers | PLOS ONE

22. Canada’s 2020 Biogas Market Report : Canadian Biogas Association

23. La crise évitable du gaspillage alimentaire (deuxiemerecolte.ca)

24. La crise alimentaire mondiale exige de soutenir les populations, d’ouvrir les échanges commerciaux et d’accroître les récoltes localement (imf.org)

25. Farmer 4.0: How the Coming Skills Revolution Can Transform Agriculture – RBC Thought Leadership

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes et les organismes suivants pour leurs contributions :

Katie M. Wood, professeure agrégée, Ruminant Nutrition and Physiology, Université de Guelph

Lisa Ashton, candidate au doctorat, Université de Guelph

Lenore Newman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en sécurité alimentaire et environnement, professeure de géographie, Université Simon Fraser

Dennis Laycraft, vice-président exécutif, Association canadienne des bovins

Brenna Grant, vice-présidente exécutive, Canfax Research Services

Mark Thompson, vice-président exécutif, chef, Développement et stratégie d’entreprise, Nutrien Ltd.

Michelle Nutting, directrice, Agriculture et environnement durable, Nutrien Ltd.

Clyde Graham, vice-président exécutif, Fertilisants Canada

Dan Heaney, associé de recherche, Plant Nutrition Canada

Tom Steve, directeur général, Commission du blé de l’Alberta

Jason Lenz, vice-président, Commission albertaine du blé

Dan McCann, chef de la direction, Precision AI

Daniel Brisebois, Ferme Coopérative Tourne-Sol

Juanita Moore, vice-présidente, Expansion des affaires, GoodLeaf Farmsv

Janay Meisser, directrice de l’innovation, United Farmers of Alberta

Les Wall, chef de la direction, KCL Cattle Company

Kate Parizeau, professeure agrégée, Département de géographie, d’environnement et de géomatique, Université de Guelph

Tammara Soma, professeure adjointe, School of Resource and Environmental Management (Planning), Université Simon Fraser

Mauricio Alanís, directeur, Stratégie et partenariats en matière de durabilité, Aliments Maple Leaf

Ryan Phillippe, directeur, Développement de l’entreprise, Génome Canada

Josh Bourassa, associé de recherche, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy

Guillaume Lhermie, directeur, The Simpson Centre for Food and Agricultural Policy

Lejjy Gafour, présidente, Cult Food Science Corp.

Jane Church, directrice, Engagement de l’entreprise, Nature United

Tony Ward, professeur émérite, Département d’économie, Université de Brock

Tyson Kamminga, chef des finances, Kroeker Farms Limited

Wayne Rempel, chef de la direction, Kroeker Farms Limited

Brian Gilvesy, chef de la direction, ALUS

Dave MacMillan, chef de la direction, Deveron UAS