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Leadership avisé RBC Cynthia Leach

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Les tarifs douaniers américains qui menacent l’économie canadienne appellent à une intervention urgente, vigoureuse et stratégique. Les 30 prochains jours sont cruciaux : le Canada doit démontrer à Washington que la route de l’Amérique vers la sécurité énergétique et économique passe par le Canada. En particulier, cette route passe par les ressources canadiennes.

Un effort particulier dans le secteur des marchandises essentielles pourrait entraîner une résurgence industrielle généralisée au Canada, avec pour effet de stimuler le PIB canadien, de revitaliser l’innovation technique, d’attirer les investissements étrangers et nationaux dans plusieurs domaines clés, d’améliorer la productivité et d’accélérer l’investissement autochtone dans les ressources. Une telle stratégie nous rendrait indispensables à la croissance des États-Unis, et nous positionnerait comme un pilier de leur stratégie économique et énergétique.

En outre, le fait de mettre l’accent sur certaines marchandises spécifiques pourrait favoriser la renaissance de la manufacture et des services connexes au Canada, tandis que les rigoureuses politiques canadiennes de durabilité, par exemple sur la capture et la conservation du méthane, pourraient propager la réduction des émissions dans l’ensemble de la chaîne de valeur. En d’autres termes, une stratégie économique axée sur les ressources naturelles n’est pas synonyme d’extractivisme.

Nous avons aussi un impératif plus large : celui de la diversification géographique. L’expansion des ressources réduirait le risque associé aux projets de marchandises de grande envergure et stimulerait les exportations canadiennes de produits agricoles, de matières et d’énergie vers l’Asie et l’Europe. Au fil du temps, cela pourrait ouvrir la voie à des échanges commerciaux plus importants avec de nombreux pays, parmi lesquels les plus grands et les plus dynamiques du monde. Sur le plan stratégique, le fait de posséder une partie de la chaîne de valeur accroît notre visibilité à l’échelle mondiale, renforce notre pouvoir de négociation avec les États-Unis et nos autres partenaires, et nous rend plus résilients face aux changements géopolitiques.

Washington reconnaît déjà l’importance des ressources canadiennes. La décision d’imposer des tarifs douaniers moins punitifs de 10 % sur l’énergie canadienne, comparativement au taux de 25 % appliqué aux autres marchandises, constitue une reconnaissance tacite de l’importance stratégique des ressources pour l’économie américaine. Nous devons profiter de cet avantage géostratégique et promouvoir les marchandises et leurs produits finaux dans les futures négociations commerciales avec Washington.

Nous présentons ci-après trois groupes de ressources stratégiques sur lesquelles les négociateurs canadiens peuvent s’appuyer pour approfondir l’un des partenariats économiques les plus appréciables au monde :

1. Les abondantes ressources de pétrole, de gaz et d’électricité du Canada peuvent aider l’Amérique à réaliser ses ambitions énergétiques

Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz et d’électricité contribuent à renforcer les réserves d’énergie américaines et à réduire les coûts pour les consommateurs, tout en soutenant l’objectif des États-Unis d’accroître leurs exportations d’énergie vers leurs alliés mondiaux. Étant donné que l’infrastructure énergétique nord-américaine est profondément intégrée entre le nord et le sud de la frontière, toute diversification visant à s’écarter du Canada serait coûteuse et longue à mettre en œuvre.

Exportateurs nets de pétrole et de gaz naturel, les États-Unis cherchent à aider l’Europe et les pays asiatiques alliés à réduire leur dépendance aux sources d’énergie non alignées, mais ils doivent aussi répondre à leur demande intérieure grandissante. Et bien qu’ils disposent de réserves abondantes, les centres de données à forte consommation d’énergie destinés à alimenter l’intelligence artificielle et les autres technologies mettent leur capacité à rude épreuve. Dans le contexte d’une production énergétique stable au Canada, la mise en place d’oléoducs et de réseaux intégrés pourrait accroître l’approvisionnement des États-Unis. Cela donnerait aux États-Unis un coussin de sécurité pour exporter du pétrole et du gaz naturel à leurs alliés mondiaux sans pour autant augmenter les prix à la pompe pour les consommateurs nationaux, ce qui est une priorité absolue de Trump.

Pétrole: 60 % des importations américaines1

Avantage du Canada : le pétrole canadien peut soutenir les efforts des États-Unis visant à devenir de facto le fournisseur de pétrole mondial le plus influent sur les prix.

La part du Canada dans les importations américaines de pétrole brut a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, et elle représente maintenant 24 % de la consommation totale de pétrole aux États-Unis. Les oléoducs transfrontaliers livrent directement le pétrole brut lourd aux raffineries américaines conçues pour le transformer. Pour ces raffineries, surtout celles du Midwest, s’éloigner du brut lourd canadien entraînerait des coûts élevés de rééquipement, ou les ferait dépendre d’autres sources comme le Venezuela ou le Moyen-Orient au prix de risques géopolitiques. Récemment, l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain a presque triplé la capacité de transport de pétrole du Canada vers la côte, ce qui renforce le rôle du Canada dans le soutien des alliés mondiaux comme la Corée du Sud et le Japon.

Électricité : 90 % des importations américaines3

Avantage du Canada : l’électricité canadienne propre et à faible coût peut soutenir plusieurs des efforts américains, notamment dans l’intelligence artificielle, la manufacture de pointe et les produits technologiques avancés.

Bien que les États-Unis produisent la majeure partie de leur propre électricité, les approvisionnements canadiens leur permettent de fonctionner et de maintenir des coûts abordables dans plusieurs États américains. De nouveaux projets, comme la ligne d’interconnexion Hertel‑New York d’Hydro-Québec, visent à accroître les exportations d’électricité en comblant 20 % des besoins en électricité de la ville de New York, ce qui permettra à ses résidents d’économiser environ 17 milliards de dollars en coûts d’électricité au cours des trois prochaines décennies4.

Avec plus de 30 lignes de transmission transfrontalières entre les provinces canadiennes aux États américains, le Canada est un acteur essentiel pour assurer la sécurité du réseau transfrontalier tout en constituant une source potentielle de production supplémentaire. Par exemple, la croissance rapide de la technologie de l’IA – une priorité stratégique des États-Unis – devrait entraîner une forte augmentation de la consommation d’électricité dans les centres de données américains, avec une part estimée à 12 % de la consommation totale des États-Unis d’ici 2028 comparativement à 4,4 % en 20235.

Gaz naturel : 99 % des importations américaines

Avantage du Canada : le gaz naturel canadien peut aider les États-Unis à assurer un ample approvisionnement intérieur, avec une marge de manœuvre pour exporter vers leurs alliés en Europe et en Asie.

Selon l’Agence d’information sur l’énergie des États-Unis, l’augmentation de la demande de gaz naturel dans le pays devrait surpasser la croissance de l’offre au cours des deux prochaines années. De plus, la demande liée aux centres de données et à la relocalisation de l’industrie manufacturière pourrait intensifier les pressions sur la production d’énergie au gaz naturel. Le gaz naturel canadien est bien placé pour combler les lacunes d’approvisionnement. Il représente déjà 9 % de la consommation totale de gaz naturel aux États-Unis, avec la capacité d’accroître cette part.

Le Canada est également sur le point de devenir un important fournisseur de gaz naturel liquéfié (GNL), et le pays est particulièrement bien placé pour exporter de l’énergie vers les alliés stratégiques de l’Asie. En incluant les six projets de GNL de la côte ouest, dont certains dont au stade de proposition et d’autres en cours de construction, notamment la phase 1 de LNG Canada dont la mise en production est attendue cette année, la capacité d’exportation totale du Canada est estimée à 6,26 milliards de pieds cubes par jour. Cette capacité proposée placerait le Canada parmi les cinq principaux exportateurs mondiaux de GNL, sur la base des niveaux actuels. De plus, les terminaux de la côte ouest ont un emplacement stratégique à seulement 10 jours d’expédition de l’Asie, comparativement à 20 jours pour les exportateurs de la côte du Golfe des États-Unis qui doivent emprunter le canal de Panama.

2. L’agriculture canadienne peut renforcer la sécurité alimentaire américaine

Le Canada représente une part importante du grenier nord-américain, fournissant un approvisionnement stable et sûr en produits agricoles qui viennent compléter les forces des États-Unis dans ce secteur. En tant que fournisseur clé d’intrants essentiels comme la potasse et les huiles de graines, le Canada appuie la production américaine d’aliments et de biocarburants. Du fait que les États-Unis sont menacés de pénuries de main-d’œuvre en raison de la répression de l’immigration illégale, le Canada peut contribuer à combler cette lacune à court terme et à renforcer la sécurité alimentaire du continent à long terme.

Potasse : 85 % des importations américaines

Avantage du Canada : la potasse canadienne, élément essentiel des engrais, peut stimuler le rendement des cultures américaines à un moment où les conditions météorologiques sont extrêmes, et renforcer la sécurité alimentaire et la stabilité des chaînes logistiques du continent.

Compte tenu de la croissance de la demande alimentaire, il existe un potentiel important pour renforcer ce partenariat. La mine de potasse Jansen, dont la mise en production est attendue en 2026, devrait stimuler la production de potasse canadienne de 4,2 millions de tonnes par année, avec une expansion potentielle jusqu’à à 8,5 millions de tonnes par année d’ici 2029, ce qui représente une augmentation de la capacité canadienne de plus d’un tiers. Le nouveau projet augmenterait la part de marché mondial du Canada à près de 40 % d’ici 2026. Non seulement l’accroissement de la production renforcera la sécurité alimentaire américaine, mais elle contribuera aussi à supplanter les exportations de potasse de pays non alignés comme la Russie et la Biélorussie.

Huile de colza : 98 % des importations américaines6

Avantage du Canada : le canola, un produit élaboré au Canada, peut jouer un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire des États-Unis et répondre à la demande de biocarburants.

Le Canada fournit aux États-Unis un approvisionnement stable et diversifié de produits agricoles, au second rang derrière le Mexique. Les États-Unis sont fortement tributaires de l’huile de colza canadienne, qui représente 98 % de ses importations totales et joue un rôle important dans la production d’aliments et de carburants renouvelables aux États-Unis.

Le Canada est aussi la principale source d’importation des États-Unis pour ce qui est de la viande et des produits céréaliers, en raison de la chaîne logistique transfrontalière profondément intégrée dans ces secteurs.

Viande : 34 % des importations américaines

Avantage du Canada : La viande canadienne, y compris les bovins et les porcs, est une partie importante de la matière première de la viande aux États-Unis.

Les protéines animales continueront de jouer un rôle important dans l’alimentation américaine, avec une consommation par habitant aux États-Unis. devrait passer de 68,7 kilogrammes en 2023 à 74,6 kilogrammes d’ici 2028.7 Les producteurs de viande canadiens sont essentiels pour répondre à cette demande croissante, tout comme les États-Unis. importe déjà 33 % de son boeuf et 66 % de son porc du Canada.8 La forte intégration entre les marchés de la viande du Canada et des États-Unis est motivée par des normes de sécurité élevées, une structure de marché similaire et l’harmonisation de la qualité des produits. Par conséquent, la viande canadienne soutient non seulement les États-Unis. mais contribue également aux exportations américaines de viande vers les marchés mondiaux.

3. Les minéraux critiques et l’uranium du Canada peuvent alimenter les technologies de pointe en Amérique du Nord

Les États-Unis ont en réserve de nombreux minéraux critiques nécessaires dans le secteur des semi-conducteurs et autres technologies sensibles. Ils possèdent également des réserves d’uranium  capables de contribuer à la construction d’une nouvelle vague de projets d’énergie nucléaire. Le pays ambitionne d’extraire et de raffiner autant que possible à l’intérieur de ses frontières afin de supplanter les approvisionnements de la Chine, mais il fait face à des contraintes, notamment en ce qui a trait à l’augmentation des capacités de raffinage. Le Canada dispose de capacités dans des domaines complémentaires essentiels qui pourraient aider les États-Unis à construire une chaîne de valeur nord-américaine efficace.

Minéraux critiques : 19 % des importations américaines pour le total des minéraux et métaux9

Avantage du Canada : des investissements adéquats, conjugués à un effort d’innovation, permettraient au Canada de faire progresser sa production de plusieurs types de minéraux critiques.

La nouvelle administration américaine cherche à donner de l’élan à plusieurs projets de minéraux critiques, et elle s’intéresse aux occasions de développer ces activités dans le cadre du dialogue quadrilatéral sur la sécurité qui rassemble les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie. Malgré son absence de cette alliance, le Canada joue un rôle dans le secteur des minéraux critiques. Il est l’un des 10 principaux producteurs mondiaux, et figure déjà parmi les fournisseurs importants des États-Unis pour l’aluminium, le fer, l’acier, le cuivre, le nickel et plus encore.

Le Canada a contribué à réduire la dépendance des États-Unis à l’égard de la Chine, depuis le Plan d’action conjoint Canada–États-Unis sur les minéraux critiques aux investissements publics de 3,8 milliards de dollars visant à accroître les exportations de gallium et de germanium, deux métaux critiques touchés par les contrôles à l’exportation de la Chine, vers les États-Unis. L’infrastructure d’extraction et de transformation du Canada pourrait combler les lacunes des États-Unis dans des secteurs clés comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

Expertise en uranium et en énergie nucléaire : 27 % des importations américaines pour l’uranium

Avantage du Canada : les États-Unis traversent le Canada, le deuxième producteur d’uranium après le Kazakhstan.

Cette source d’énergie est de plus en plus importante pour répondre à la demande croissante d’électricité visant à alimenter les centres de données de l’IA et les autres technologies stratégiques avancées à forte intensité énergétique. En tant que premier fournisseur d’uranium des États-Unis, le Canada peut jouer un rôle important dans le cycle du combustible nucléaire du continent grâce à une technologie et à des talents de premier plan, notamment dans le domaine des réacteurs CANDU et des petits réacteurs modulaires (SMR), et à une main-d’œuvre de 89 000 personnes dans le secteur nucléaire.

Ce que le Canada peut faire pour répondre aux intérêts américains

À court terme, il est urgent que le Canada rajuste ses intérêts économiques en fonction de ceux des États-Unis. Pour leur part, les États-Unis peuvent y parvenir seuls, mais au prix d’un cheminement plus difficile, plus coûteux et plus long vers l’autosuffisance. L’évolution de l’environnement économique et géopolitique appelle à une collaboration entre les deux pays dans ces trois grands domaines d’intérêt commun.

La stratégie dépend en grande partie de l’adhésion des États-Unis à cette idée. Nous avons peu de temps pour convaincre Washington de la nécessité de collaborer dans le domaine des ressources et de l’énergie, qui a été militarisé par plusieurs acteurs non alliés.

Le Canada doit aussi mettre de l’ordre dans sa propre politique.

Une stratégie économique et commerciale axée sur les ressources exigerait des milliards de dollars en nouvelles infrastructures, parmi lesquelles des lignes ferroviaires, des ports maritimes et des usines de transformation. Toutefois, l’afflux de capitaux nationaux et étrangers dépendra de la stabilité de l’environnement réglementaire et de la politique en matière de prix, car ces marchés peuvent s’avérer très volatils.

Ces défis ne sont pas nouveaux pour le Canada. L’incertitude réglementaire et politique mine le développement économique depuis plusieurs décennies. Il en va de même pour la stabilité de la demande de nos principaux partenaires commerciaux, y compris les États-Unis.

Le thème de la production et de la transformation des ressources relève d’une réflexion à long terme qui demandera au gouvernement fédéral et aux provinces de travailler de concert à la création d’entités et au renforcement des entités existantes, afin d’attirer et de retenir les capitaux et d’assurer une protection contre l’extrême volatilité des prix. Nous devrons également nous assurer que nos systèmes éducatifs attirent les talents et les compétences dont nous avons besoin pour lancer l’économie sur la voie de la croissance à long terme. De plus, tandis que nous repositionnerons les ressources canadiennes sur le marché américain, nous devrons améliorer nos relations commerciales avec bon nombre d’autres pays et régions.

Tout cela exigera un état d’esprit différent parmi les Canadiens, afin que nos ressources naturelles ne soient pas considérées comme de simples éléments de négociation avec les États-Unis, mais plutôt comme une plateforme stratégique de croissance et de prospérité pour les décennies à venir.

C’est peut-être l’occasion pour le Canada de devenir un acteur clé dans le secteur des ressources.

Contributors:

Salim Zanzana, Économiste

Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique

Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe

Yadullah Hussain, directeur de rédaction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

For more, go to rbc.com/tradehub.

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  1. Tous les États-Unis importer des parts à partir de 2023, sauf indication contraire.
  2. Ressources naturelles Canada « Fiche d’information sur l’énergie 2024-2025 »
  3. Moyenne des 5 dernières années, le chiffre de 2023 ayant été faussé en raison des sécheresses qui ont une incidence sur la capacité de production et d’exportation du Canada.
  4. Énoncé économique de l’automne 2024
  5. États-Unis Département de l’énergie « Évaluation de l’augmentation de la demande d’électricité des centres de données »
  6. Comprend les importations de produits sous le code SH 1514 en 2023
  7. Agriculture et Agroalimentaire Canada « Analyse des tendances du secteur – Tendances de la viande aux États-Unis »
  8. Comprend les produits sous les codes SH 0201 et 0202 pour le boeuf et 0203 pour le porc en 2023
  9. Commission du commerce international des États-Unis

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Au Canada, c’est à l’immigration que l’on doit l’ensemble de la croissance de la population active depuis plus d’une décennie. Malgré tout, l’immigration ne suffit toujours pas à compenser de manière significative les répercussions du vieillissement démographique ou à réduire considérablement les pénuries structurelles qui affligent le marché du travail.

Cette réalité s’explique en grande partie du fait que les compétences que possèdent de nombreux immigrants arrivant au Canada ainsi que les domaines d’étude des étudiants étrangers ne sont pas adéquatement jumelés avec les besoins structurels à plus long terme anticipés de l’économie. Ce fait nuit aux perspectives des nouveaux arrivants et, plus généralement, à l’économie.

Dans l’état actuel des choses, il se pourrait fort bien que le système d’immigration mette trop l’accent sur les besoins à court terme du marché du travail, s’employant à combler les lacunes des secteurs qui connaissent depuis la pandémie de graves pénuries au chapitre des professions peu spécialisées.

Cette situation a mené à une augmentation du nombre de résidents non permanents, à une pression sur le logement et les services sociaux, de même qu’à une érosion du soutien de la population à l’égard de l’immigration.

Le gouvernement fédéral doit réactualiser ses politiques d’immigration afin de mettre plus stratégiquement l’accent sur les retombées pour les immigrants ainsi que sur les besoins structurels à long terme du marché du travail, tout en gardant à l’esprit la capacité des infrastructures, s’agissant de répondre aux besoins des nouveaux arrivants. Il est essentiel d’agir en ce sens pour maintenir la prospérité économique à long terme et préserver la qualité de vie élevée qui prévaut au Canada.

Le présent rapport se propose d’examiner la façon dont l’effet combiné d’une inadéquation entre les compétences des immigrants et les besoins à long terme du marché du travail, ainsi que les pressions sur la capacité des infrastructures du pays, se traduisent par des retombées économiques négatives.

  • L’élargissement des objectifs en matière d’immigration afin de répondre au vieillissement de la population ainsi que pour combler les besoins à court terme du marché du travail a mené à un écart croissant entre les compétences des travailleurs et les aptitudes nécessaires pour faire face aux pénuries structurelles de main-d’œuvre à long terme.
  • L’emploi des titulaires de permis de travail temporaire, dont les étudiants étrangers, vise principalement les secteurs où les professions sont peu spécialisées, ce qui réduit la mesure dans laquelle les entreprises sont incitées à innover et à investir dans les technologies à faible main-d’œuvre ou ayant pour conséquence de rendre la main-d’œuvre plus productive.
  • Le parcours en deux étapes qui sous-tend la présentation d’une demande de résidence permanente en place au Canada doit faire l’objet d’une meilleure supervision pour s’assurer que les établissements d’enseignement et les requérants n’abusent pas du système.
  • Il importe d’intervenir à l’égard de la pression exercée sur les infrastructures et les services sociaux afin d’améliorer les retombées sur le plan économique des immigrants et de leurs collectivités environnantes.
  • Le Système de classement global du Canada doit être actualisé afin d’accorder la priorité aux immigrants de la composante économique dont les revenus prévus sont plus élevés.

Il sera essentiel d’accroître le nombre de personnes en âge de travailler dont le potentiel de revenu est plus élevé pour contribuer à répartir les coûts des programmes de soutien social, comme dans le cas des soins de santé. Cependant, les décideurs politiques doivent également relever le défi que représente le fait d’intégrer à moyen terme un nombre important et sans cesse croissant de nouveaux immigrants.

Élargir les objectifs en matière d’immigration

Les efforts déployés par le gouvernement fédéral pour augmenter l’immigration afin de compenser l’impact du vieillissement démographique sont parvenus à renforcer à court terme la population active.

Au cours des 12 mois précédant juillet 2023, la population du Canada a augmenté de 3,3 %, ce qui représente un pourcentage important et le taux le plus élevé depuis plus de six décennies. Cette hausse est presque entièrement due à l’immigration alors que le gouvernement fédéral a relevé les objectifs en matière d’immigration en ce qui concerne les résidents permanents.

Un flux constant d’immigrants s’avère nécessaire alors que plus de 500 000 membres canadiens de la génération du baby-boom atteignent tous les ans l’âge de la retraite, soit 65 ans. La croissance naturelle de la population est en chute à un point tel que, d’ici 2030, on s’attend à ce que la croissance démographique globale provienne entièrement de l’immigration.

Répondre aux besoins à court terme du marché du travail

Si l’approche actuelle est parvenue à fournir une main-d’œuvre abondante au marché canadien, la majorité des postes dotés ont visé des professions peu qualifiées.

Au cours des trois dernières années, les rangs de la population active ont bondi de 6,8 %, ce qui représente un taux de croissance sans précédent depuis le début des années 2000. Un plus grand nombre d’étudiants étrangers que jamais auparavant gagnent de l’argent tout en étudiant. En 2000, environ un étudiant étranger sur cinq détenait un emploi. Aujourd’hui, environ la moitié d’entre eux travaillent tout en étudiant. Au cours de l’exercice 2022-2023, les employeurs ont été en mesure de puiser dans un bassin d’environ 1,2 million de résidents temporaires détenant un permis de travail. En 2023, le gouvernement fédéral a également mis de l’avant des prolongations ponctuelles de 18 mois aux personnes travaillant en vertu d’un permis de travail postdiplôme afin d’intervenir de manière plus significative à l’égard des pénuries généralisées de main-d’œuvre.

Cependant, et on ne saurait s’en étonner, l’emploi des titulaires de permis de travail temporaire vise principalement les secteurs comportant des professions peu qualifiées qui ont connu de graves pénuries de main-d’œuvre, comme c’est le cas de l’hébergement et des services d’alimentation. Si cette réalité peut, en l’état actuel des choses, s’avérer utile pour l’économie canadienne, elle présente néanmoins un inconvénient.

Cette situation réduit en effet la mesure dans laquelle les entreprises canadiennes sont incitées à innover et à investir dans les technologies à faible main-d’œuvre ou ayant pour conséquence de rendre la main-d’œuvre plus productive qui s’avèrent nécessaires pour faire face à une population vieillissante et maintenir la compétitivité de l’économie à l’échelle mondiale . La faiblesse économique actuelle pourrait également avoir des répercussions marquées sur les professions peu qualifiées, alors qu’il est vraisemblable que les résidents non permanents et les immigrants récents feront de manière disproportionnée les frais des pertes d’emplois.

Inadéquation entre les compétences et les besoins du marché du travail

Les avantages à plus long terme d’une main-d’œuvre disponible abondante ne sont pas non plus clairs puisque, malgré l’augmentation du nombre de travailleurs, persistent des pénuries dans de nombreux domaines, principalement dans les soins de santé et les métiers spécialisés.

Près de la moitié (46 %) des pénuries structurelles de main-d’œuvre prévues touchent des professions pour lesquelles il n’est pas nécessaire d’avoir réalisé des études universitaires ou collégiales. Cela permet de croire que les compétences que les étudiants étrangers acquièrent dans le cadre de leurs études ne correspondent pas bien avec les besoins structurels à plus long terme prévus du marché du travail.

 

Dans les collèges et les universités, les étudiants étrangers sont surreprésentés dans le domaine de la gestion des affaires ainsi qu’en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM), cependant qu’ils sont sous-représentés dans les métiers spécialisés et les soins de santé. Si certains travailleurs de la santé et détenant un métier spécialisé provenant d’autres pays obtiennent un permis de travail temporaire et un droit de pratique professionnel, ils représentent néanmoins un nombre disproportionnellement faible de résidents temporaires détenant un emploi.

Le rôle du système d’immigration « en deux étapes » du Canada

Le système d’immigration du Canada est fortement tributaire de son programme d’immigration « en deux étapes », qui permet aux étudiants étrangers de soumettre éventuellement une demande de résidence permanente.

En 2018, près de 60 % des candidats à l’immigration économique détenaient une expérience de travail au Canada, ce qui montre que la majorité des immigrants permanents provenaient du bassin des résidents temporaires . Les pressions exercées sur les infrastructures ainsi que l’évolution du marché du travail permettent de croire que le Canada doit élargir les moyens par le truchement desquels les nouveaux arrivants peuvent immigrer.

L’obtention d’un diplôme auprès d’un établissement d’enseignement désigné rend automatiquement admissibles les étudiants étrangers à un permis de travail postdiplôme, ce qui leur permet d’acquérir une expérience de travail enrichissante et de mieux se qualifier en vue de la résidence permanente.

Le cheminement en deux étapes sied également bien aux établissements postsecondaires, dont beaucoup sont confrontés à des compressions sur le plan du financement dans un contexte de stagnation du financement provincial ainsi qu’à une baisse ou à un gel des frais de scolarité des étudiants canadiens. De nombreuses universités et de nombreux collèges comptent sur les frais de scolarité plus élevés des étudiants étrangers pour combler leur déficit en matière de financement, et ce, même si les étudiants provenant d’autres pays ne représentent que moins d’un cinquième des inscriptions universitaires au Canada. Malgré tout, ils représentent un tiers des frais de scolarité.

L’accent a été particulièrement mis sur l’adoption de mesures sévères envers les « usines à chiots », soit les collèges d’enseignement professionnel privés à but lucratif et les institutions similaires dont le gouvernement estime qu’ils n’offrent pas une expérience légitime aux étudiants, tout en délivrant force diplômes. Les collèges privés, parfois en partenariat avec des collèges publics, ciblent de plus en plus les étudiants étrangers comme source de revenu lucrative. Cette réalité a eu des retombées négatives pour les étudiants et leurs collectivités environnantes.

 

Pressions sur le logement et les services sociaux

La pression exercée sur les infrastructures et sur les services sociaux, du fait du nombre élevé d’immigrants requis pour contribuer à soutenir la population canadienne et à pourvoir des emplois, érode le soutien de la population qui s’avère absolument essentiel à l’immigration.

Le logement représente un défi majeur alors que la demande affecte de manière disproportionnée les villes de Toronto, Vancouver et Montréal – des marchés où les prix sont élevés et où l’offre de logements est faible . Des mesures politiques ont été mises en place pour accélérer la construction de logements, dont une réduction de la TPS fédérale sur les nouvelles constructions

locatives construites spécifiquement à cette fin, mais l’ampleur de l’immigration fait en sorte qu’il est extrêmement difficile pour l’offre en matière de logements de subvenir à la demande.

C’est également le cas, s’agissant des pressions exercées sur les infrastructures sociales. En effet, l’immigration est un aspect important de la solution pour attirer du personnel dûment formé pour occuper des emplois dans les services sociaux. Cependant, même les meilleurs candidats éprouvent fréquemment de la difficulté à s’intégrer sans heurts. Il faut également du temps pour former et embaucher des éducateurs, du personnel hospitalier ou des travailleurs de soutien communautaire additionnels.

La réponse du gouvernement aux défis

Une série de changements et de mises à jour ont été annoncés par le gouvernement fédéral dans le but de contribuer à freiner les rangs qui ne cessent de s’agrandir des résidents non permanents et de parvenir à mieux surveiller les nouveaux arrivants qui entrent sur le marché du travail.

En janvier, le gouvernement fédéral a imposé un plafond au nombre total de permis d’études devant être délivrés sur une période de deux ans, en limitant le nombre à 364 000, ce qui représente environ la moitié du nombre de permis délivrés en 2023.

Le gouvernement a également mis en place des exigences financières plus strictes pour les candidats étudiants étrangers, en faisant passer le capital minimum requis de 10 000 $ à plus de 20 000 $ pour veiller à ce que les étudiants disposent d’un coussin suffisant pour subvenir à leurs besoins pendant leurs études. Par ailleurs, des visas de travail ne seront plus délivrés aux conjoints des étudiants étrangers de premier cycle, tandis que les étudiants fréquentant un collège privé n’auront plus droit au permis de travail postdiplôme, cette initiative visant à tenter d’intervenir à l’égard des lacunes potentielles que présente le système.

Cependant, le gouvernement ne devra pas se limiter à ces mesures initiales pour réformer le système d’immigration pour faire en sorte que tant l’économie que les nouveaux arrivants puissent à nouveau profiter des avantages de l’immigration.

Les décideurs politiques devraient se pencher sur d’autres flux de résidents non permanents – comme le Programme des travailleurs étrangers temporaires et le Programme de mobilité internationale –, dont les rangs ont également explosé. Ils doivent remédier à la situation sur le plan de la pénurie de logements sur les campus et à proximité de ces derniers, en plus d’actualiser le processus de sélection des résidents permanents en rationalisant le nombre de voies disponibles pour accorder la priorité aux candidats dont les revenus prévus sont les plus élevés.

Voici des recommandations qui pourraient contribuer à maintenir le système d’immigration sur la bonne voie afin de répondre aux besoins du pays

1. Mettre à jour le Système de classement global (SCG) afin d’accorder la priorité aux immigrants économiques dont les revenus prévus sont plus élevés

 

Élaboré en 2015, le SCG actuel prévoit des critères de sélection axés sur des facteurs parmi lesquels figurent les compétences linguistiques, l’âge et les études. Les requérants sont périodiquement invités à soumettre une demande de résidence permanente sur la base d’un seuil de classement prédéfini. Du fait de la hausse des objectifs en matière d’immigration, il s’est avéré nécessaire de puiser plus profondément dans le bassin de requérants pour atteindre ces objectifs. Les seuils ont été abaissés de telle sorte que puissent être sélectionnés un plus grand nombre de résidents permanents en marge de ce processus.

Le SCG devrait être mis à jour et rationalisé afin d’accorder la priorité aux immigrants économiques dont le niveau de revenu prévu est le plus élevé. Le fait de mettre l’accent sur les immigrants dont le niveau de revenu est le plus élevé pourrait contribuer à améliorer les retombées économiques pour les nouveaux arrivants, en plus d’inciter les entreprises à innover ou à réaliser des investissements permettant d’accroître les rangs de la main-d’œuvre afin de surmonter la pénurie de travailleurs peu qualifiés.

2. Offrir aux étudiants étrangers davantage de possibilités d’emploi, notamment dans leur domaine d’étude

 

Les universités et les collèges devraient en faire davantage pour offrir des possibilités d’emploi et accroître le niveau de préparation à l’emploi des étudiants étrangers. Les politiques fédérales doivent supprimer ou modifier l’exigence selon laquelle les étudiants étrangers affirment ne pas avoir pour intention de rester au Canada une fois leur diplôme obtenu. Les étudiants potentiels doivent indiquer qu’ils n’ont pas pour objectif de demeurer au pays au-delà de la période visée par leur permis d’études, même si des programmes comme le Programme de permis de travail postdiplôme ont été conçus de telle sorte qu’ils puissent le faire. Cette mesure aiderait les établissements postsecondaires à mieux élaborer des parcours études-travail à l’intention des étudiants étrangers. En outre, il convient d’améliorer la situation sur le plan de l’information communiquée aux employeurs à l’égard des règles qui encadrent l’embauche d’étudiants étrangers et des avantages que présentent de telles embauches.

Une expérience accrue du marché du travail et de la langue pendant leurs études aiderait les résidents temporaires à obtenir leur résidence permanente plus rapidement ainsi qu’à améliorer leur revenu potentiel une fois qu’ils ont immigré. Les étudiants étrangers sont actuellement exclus de nombreuses possibilités d’apprentissage intégrées au travail.

3. Mener des campagnes de recrutement à l’étranger

 

Les provinces devraient identifier des pays où l’on retrouve des travailleurs qualifiés dans les domaines de la santé, des métiers spécialisés ou d’autres domaines prioritaires où l’immigration directe constituerait la voie la plus pratique. L’amélioration de l’information communiquée avant l’arrivée, le traitement amélioré des cas d’immigration, des services d’établissement fédéraux ainsi que le soutien provincial à l’obtention d’un permis professionnel pourraient contribuer à convaincre les travailleurs étrangers à envisager une vie enrichissante au Canada.

4. Inciter les établissements postsecondaires à construire davantage de logements étudiants

 

Les plans fédéraux et provinciaux d’offre en matière de logements devraient cadrer avec les objectifs d’immigration. Les établissements postsecondaires devraient être incités à construire davantage de logements et les provinces pourraient leur consentir la souplesse financière correspondante. La Société canadienne d’hypothèques et de logement pourrait contribuer à recueillir et à diffuser de plus amples renseignements sur le marché du logement étudiant, ce qui contribuerait à élaborer des normes de marché qui pourraient permettre d’attirer des bassins de capitaux privés du monde entier.

5. Intervenir à l’égard des cadres de financement des établissements postsecondaires

 

Les provinces doivent élaborer des plans de financement à long terme pour les établissements postsecondaires qui comportent des paramètres touchant les frais de scolarité des étudiants canadiens, le financement public ainsi que les attentes des étudiants étrangers. Le gel continu des frais de scolarité des étudiants canadiens ne constitue pas une mesure durable et ne répond pas non plus aux besoins des fournisseurs en matière d’enseignement postsecondaire. Du reste, les étudiants étrangers ne peuvent pas non plus être la principale source de financement subvenant aux besoins des établissements ruraux ou à faibles taux d’inscription. Les provinces devraient évaluer la demande future locale en matière d’étudiants de ces établissements et leur consentir un financement public approprié ou examiner d’autres modèles de prestation au chapitre de l’enseignement postsecondaire dans ces régions.

6. Envisager de conclure des accords de reconnaissance mutuelle des titres de compétence avec des pays sources importants

 

La certification des qualifications ou les titres de compétence d’établissements reconnus dans des pays sources donnés pourrait contribuer à rationaliser l’intégration au marché du travail, économiser des ressources et assurer une transition plus facile pour les personnes venant au Canada.

La reconnaissance des titres de compétence est un problème de longue date pour les nouveaux arrivants. Dans le cas des désignations professionnelles bien rémunérées, le processus de certification des titres de compétence des immigrants peut être long et coûteux. Il n’existe aucun cadre clair en ce qui concerne les autres professions, et il revient souvent aux employeurs eux-mêmes de déterminer l’aptitude d’un candidat nouveau venu. Ce processus peut être long pour les employeurs, en plus de constituer un frein à l’obtention d’un emploi pertinent pour les immigrants.

Pour en savoir plus, allez à Économique RBC et Leadership avisé RBC.

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Contributors:

Benjamin Richardson, associé, Recherche

Cynthia Leach, Économiste en chef adjoint

Rajeshni Naidu-Ghelani, Rédacteur en chef

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le plafonnement du nombre d’étudiants étrangers ne réduira pas immédiatement la demande de logements locatifs au Canada

  1. ihttps://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/CLEF-058-2023.pdf
  2. iihttps://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/11-626-x/11-626-x2020010-eng.htm
  3. iiihttps://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/san2021-21.pdf

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Le gaz naturel représente actuellement l’un des plus gros enjeux pour le Canada

L’expansion de son exploitation pourrait stimuler l’activité économique et contribuer à réduire les émissions de GES. Par contre, sans d’importants investissements dans les technologies de réduction, nous risquons de rater nos cibles de carboneutralité. À l’heure où le Japon et l’Allemagne, grands importateurs, lorgnent le gaz naturel canadien, les décideurs fédéraux et provinciaux sont aux prises avec un double dilemne : renvoyer ces pays les mains vides au risque de voir s’accroître la volatilité des prix mondiaux de l’énergie, ou puiser dans les ressources de gaz britanno-colombiennes et albertaines au risque d’exposer davantage l’économie du Canada aux fluctuations du marché mondial. En mai, les participants au sommet du G7, qui aura lieu au Japon, devront débattre de ce casse-tête entre énergie et climat. Au sein de ce groupe des pays les plus riches, on se questionne encore sur le rôle du gaz naturel dans la stabilité du marché de l’énergie. Une « alliance de l’énergie » stratégique qui assurerait la prospérité à long terme des pays du G7 tout en leur donnant les moyens de leurs ambitions en matière de climat permettrait d’y voir plus clair. Voici trois rôles que pourrait jouer le Canada à cet égard :
  • Fournisseur de la côte du golfe du Mexique : Approvisionnement à grande échelle des exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) de cette région, où les terminaux se multiplient. Cette stratégie pourrait élever les émissions amont du Canada dues au secteur gazier d’au plus 7 %.
  • Fournisseur stratégique : Constitution d’une niche dans le marché mondial du GNL par la fourniture stratégique de gaz stable et à faibles émissions. Quelques projets pourraient contribuer à réduire les émissions mondiales de 105 Mt éq. CO2 (soit à peu près l’équivalent des émissions totales du Qatar), mais entraîneraient aussi, en l’état actuel de la technologie, une augmentation d’un tiers des émissions du secteur gazier canadien. Toutefois, l’électrification et d’autres approches permettraient de compenser la plupart des émissions amont dues au gaz et près d’un tiers des émissions des terminaux de GNL. Avec cette stratégie, 133 milliards de dollars pourraient se trouver injectés dans l’économie canadienne sous forme d’investissements pendant une période de 40 ans.
  • Plaque tournante gazière de la côte Ouest : Exploitation du plein potentiel du GNL, pour un rôle plus affirmé sur le marché mondial du gaz naturel. Cette stratégie pourrait entraîner une réduction des émissions mondiales nettes de 211 Mt éq. CO2, mais entraînerait aussi une augmentation de 66 % des émissions du secteur gazier canadien. Elle susciterait plus de 200 milliards de dollars d’investissements.
Les gouvernements et les industriels canadiens doivent soupeser sans tarder les risques économiques et climatiques liés à chacune des avenues précitées. Le marché mondial du GNL est en cours de restructuration, ce qui offre de nouvelles possibilités aux promoteurs de la côte Ouest – mais cela ne durera pas.

Climat et sécurité énergétique à l’échelle mondiale : quels choix pour le Canada ?

Graphique : Climat et sécurité énergétique à l’échelle mondiale : quels choix pour le Canada ?

Le secteur du GNL est à l’affût de nouveaux investissements

Atteindre la carboneutralité implique de cesser de consommer des combustibles fossiles, gaz naturel y compris. Mais nous n’en sommes pas encore là. Bien que les parcs d’éoliennes et les installations photovoltaïques se multiplient dans le monde, on constate un nouvel engouement pour le gaz naturel liquéfié, c’est-à-dire refroidi à -162 °C (il n’occupe plus alors que 1/600e de son volume initial) afin de pouvoir être transporté par bateau. Pourquoi cet engouement ? Avant tout, parce que la combustion du gaz naturel émet souvent moins de GES que le pétrole ou le charbon. L’Europe a fait la preuve de l’intérêt du GNL, qui lui a permis de s’affranchir le plus vite possible du gaz russe – transporté, lui, par pipeline. Ses importations (provenant surtout des États-Unis) représentaient en 2021 10 % du volume mondial de GNL mis sur le marché. Certes, l’Union européenne entend poursuivre la décarbonation de son économie, mais pour le moment, elle s’empresse de construire de nouveaux terminaux de regazéification. L’UE considère toujours le gaz naturel comme compatible avec la durabilité, mais elle impose à son emploi de strictes conditions. Entre autres, les producteurs d’électricité ne devront plus y recourir après 2035 sans mesures de réduction des émissions ; autrement dit, si le captage du CO2 fait des progrès sensibles, le gaz pourrait contribuer plus longtemps à la production d’énergie en Europe. Si le gaz est destiné à faire partie du bouquet énergétique de l’Europe et d’autres économies avancées pendant encore quelque temps, il est clair toutefois que la demande à long terme va diminuer au fil de la décarbonation des producteurs d’électricité de ces régions.

Un combustible fossile plus propre que les autres

Graphique : Un combustible fossile plus propre que les autres L’Asie, par contre, aura plus de mal à s’affranchir du gaz naturel. Le Japon – l’un des plus grands importateurs de GNL – s’inquiète de sa dépendance à l’égard de la Russie et du Moyen-Orient, mais aussi des nouveaux quotas d’exportation proposés par l’Australie, important fournisseur. Aussi le Japon va-t-il encourager les autres membres du G7 à développer également les autres filières (nucléaire et hydrogène). Le GNL demeure aussi un combustible essentiel en Chine, en Inde et dans d’autres pays très peuplés d’Asie du Sud et du Sud-Est, qui cherchent à répondre à la demande croissante en énergie tout en diminuant leur forte dépendance à l’égard du charbon, afin de remplir leurs engagements en matière de climat. D’après les hypothèses de base de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud-Est vont voir la demande en gaz augmenter d’environ 44 % d’ici 2050. Sachant que la production locale (avec gazoducs à la clé) décline, les producteurs de GNL pourraient se tailler la part du lion. L’industrie gazière n’a pas le vent en poupe pour autant. Refroidis par la hausse récente du prix du GNL (multiplié par cinq l’an dernier), beaucoup de pays asiatiques ont augmenté leur consommation de charbon et d’autres se sont tournés vers les sources d’énergie renouvelables ; cette transition s’accélère fortement en Asie. L’essor des sources non émettrices y prendra peut-être du temps, mais elles représentent toujours une épée de Damoclès à long terme pour les producteurs de gaz.

Gaz naturel : les marchés en croissance

Graphique : Gaz naturel : les marchés en croissance
Le marché mondial du GNL demeure tendu, mais les exportateurs réagissent à l’augmentation des prix en proposant une foule de projets. C’est le cas notamment des chefs de file, à commencer par les États-Unis et le Qatar. À l’échelle mondiale, de nouveaux projets d’approvisionnement en GNL représentant plus de 100 mégatonnes par an (MTPA) pourraient être approuvés d’ici 2024, soit une croissance de 17 % du marché. Une capacité supplémentaire de 1 035 MTPA serait possible – les décisions finales d’investissement restent à prendre –, mais l’Union internationale de l’industrie du gaz estime qu’une bonne partie des projets risque de ne pas aller plus loin, car les investisseurs exigent une gestion disciplinée des capitaux et rechignent à s’engager à long terme dans un marché somme toute incertain. Des questions se posent aussi quant aux prévisions de la Russie, plombée par les sanctions occidentales et le départ de grands acteurs de l’industrie pétrogazière.

Dans ces conditions (perspectives bonnes à moyen terme mais apparemment beaucoup moins à long terme), des investissements sur 25 à 40 ans dans les usines de liquéfaction canadiennes sont-ils rentables ?

La proposition canadienne

Le terminal LNG Canada Phase I – projet d’importance auquel participent en Colombie-Britannique Royal Dutch Shell, Petronas BHD (Malaisie), PetroChina Co., Mitsubishi Corp. (Japon) et Gas Corp. (Corée) – marquera l’entrée officielle du Canada, d’ici le milieu de la décennie, sur le marché mondial du GNL. La capacité du terminal (14 MTPA) placera d’un seul coup le pays parmi les 10 premiers exportateurs. Les projets Woodfibre LNG et Cedar LNG (jusqu’à 6 MTPA à eux deux) sont également en bonne voie. Sur la côte Ouest, les chefs de file mondiaux s’intéressent certainement aux nouveaux projets que suscitent, en plus des avantages suivants, la nécessité de diversifier les fournisseurs :
  • Le Canada est le quatrième producteur mondial de gaz naturel et l’on y trouve une très forte concentration de réserves, les unes traditionnelles, les autres non.
  • À cheval sur l’Alberta et la Colombie-Britannique, le bassin schisteux Montney (à peu près de la taille du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse réunis) pourrait produire 449 billions de pieds cubes de gaz, ce qui représente environ six fois les réserves traditionnelles canadiennes. De plus, son exploitation est relativement peu coûteuse : d’après une étude de 2018, elle garantirait 200 ans de réserves avec un seuil de rentabilité de 2,50 $ par million de BTU1.
  • Les installations britanno-colombiennes sont à quelque 10 jours de mer de l’Asie, alors qu’il en faut 20 pour les exportateurs du golfe du Mexique, qui doivent emprunter le canal de Panama – péage, frais de carburant et émissions en sus. Sur la côte ouest américaine, le seul grand projet en cours (approuvé par le gouvernement fédéral et d’une valeur de 39 G$ US) se trouve en Alaska.
  • En exportant du gaz vers les pays membres du Partenariat transpacifique, le Canada renforcerait sa position dans la région Indo-Pacifique en matière d’investissements et d’échanges commerciaux.
  • La réglementation canadienne sur les émissions de méthane (l’une des plus avancées au monde), les émissions de CO2 relativement faibles de la formation Montney et la promesse d’une source d’électricité propre séduisent les producteurs mondiaux désireux de réduire leurs émissions de GES. Au sein des groupes autochtones, une majorité voit deux des projets canadiens d’un bon œil – le soutien semble donc assuré sur la scène locale.

Écart par rapport à l’Asie

milles marins

Sources : Oxford Energy Institute, Services économiques RBC

Plusieurs problèmes subsistent néanmoins sur le plan des coûts et de la rentabilité. Au Canada, les coûts d’immobilisation liés aux tout nouveaux projets sont relativement élevés et il n’est pas certain que les consommateurs étrangers soient enclins à payer plus cher pour s’assurer la diversité des approvisionnements. Bien que le pays dispose d’atouts lui permettant de produire un GNL en émettant moins de GES, de nouvelles politiques imposant une rapide décarbonation par les industriels pourraient, sur le plan des coûts, peser encore davantage.

Comment les projets canadiens de GNL se comparent à leurs rivaux

$ CA/MBTU

Détaillons les trois rôles que peut jouer le Canada à l’échelle mondiale en matière de sécurité énergétique et environnementale.

Scénario 1 : Fournisseur de la côte du golfe du Mexique

Le renforcement rapide des capacités américaines d’exportation de GNL constitue un débouché pour les producteurs de gaz de l’Ouest canadien. Le Canada dispose de ressources en gaz pléthoriques et peu coûteuses à exploiter et compte des sociétés de catégorie investissement sur son territoire. Le tout ne peut que séduire nombre de producteurs américains de GNL, qui recherchent des sources d’approvisionnement aussi stables que possible. Résultat : le secteur privé canadien a déjà pu conclure avec les exportateurs de GNL américains des ententes d’approvisionnement représentant 0,3 milliard de pieds cubes par jour (pi³/j). À partir de 1 pi³/j, les fournisseurs du Canada pourraient s’exposer à la fluctuation des cours mondiaux sans mettre leur capital démesurément à risque.
Fournisseur de la côte du golfe du Mexique
Nouvelle capacité Économie Climat
Capacité en GNL Production de gaz Investissements Emplois Redevances Émissions canadiennes Émissions nettes mondiales
1,0 Gpi3/jour $10 G $ 6,200 4,7 G $ 3,4 Mt éq. CO2

Aspects climatiques et économiques

  • Compte tenu de l’abondance des sources de gaz naturel dans l’Ouest canadien, une hausse des exportations par les États-Unis n’entraînerait pas forcément une hausse de la production. Mais si tel était le cas, les émissions de GES du secteur pétrogazier du Canada augmenteraient de 2 %, alors que le pays s’est fixé l’objectif de les réduire de 42 % d’ici 2030.
  • L’exportation de gaz vers le golfe du Mexique ne saurait garantir la croissance. Les producteurs américains de GNL pourraient fort bien, à long terme, s’approvisionner sur le marché intérieur, il sera difficile d’établir de nouveaux gazoducs courant d’un pays ou d’un État à l’autre, et les majorations de prix seront peut-être empochées par d’autres acteurs.
  • Sans davantage de pipelines aboutissant aux États-Unis ou à l’est du pays, ni terminaux de GNL construits dans l’ouest, la valeur des gisements de gaz canadiens continuera de décroître. Et les marchés locaux étant inondés, le gaz canadien est vendu à rabais par rapport aux prix de référence américains ou mondiaux.

Le gaz canadien, un produit vendu à rabais

$ US/MBTU

Le gaz canadien, un produit vendu à rabais

Scénario 2 : Exportateur stratégique

Le Canada pourrait se montrer plus déterminé à stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie en augmentant sa capacité de production de GNL de 40 MTPA, soit environ 7 % de la capacité mondiale actuelle2. L’exportation de gaz pourrait affermir les liens établis en matière de commerce et d’investissements avec les membres stratégiques du Partenariat transpacifique. Conformément aux nouvelles règles de la Colombie-Britannique, un plan « zéro émission nette » crédible doit être produit d’ici 2030 pour les usines de GNL proposées et pour celles qui sont en cours d’évaluation environnementale. Les faibles émissions du Canada et ses normes ESG (environnement, société et gouvernance) relativement élevées peuvent favoriser l’achat de son gaz par les pays prêts à payer le prix fort.
Fournisseur stratégique
GNL Production de gaz Investissements Emplois Redevances Émissions canadiennes Émissions nettes mondiales
40 MTPA 4,8 Gpi3/jour $133 G$ 95 400 $22.7B 16,6 Mt éq. CO2 -105 Mt éq. CO2

Aspects climatiques et économiques

  • Les émissions mondiales de GES pourraient diminuer. Par rapport à la moyenne chinoise, le GNL de la côte ouest canadienne expédié en Chine peut générer moins de la moitié des émissions totales par unité d’électricité, s’il remplace le charbon utilisé dans les centrales 3.
  • L’article 6 de l’Accord de Paris (relatif au système international centralisé d’échange de droits d’émissions et qui accorderait au Canada le crédit des réductions d’émissions liées au remplacement du charbon par le GNL) ne prendra effet que dans plusieurs années.
  • Il est technologiquement possible de décarboner fortement le gaz et le GNL canadiens : jusqu’à 90 % des émissions amont des producteurs de gaz pourraient être éliminées et l’électrification complète des terminaux de GNL permettrait de réduire les émissions de 63 % par rapport à une électrification limitée aux équipements autres qu’à compression (cas du terminal LNG Canada Phase I). Cela pourrait faire croître les coûts de production de 0,7 $/MBTU, d’où augmentation du prix de vente canadien.
  • Par ailleurs, l’électrification des terminaux de GNL et des usines à gaz (aux fins de réduction des émissions) nécessiterait la construction d’importantes infrastructures de génération et de transport d’électricité. Pour les terminaux, les estimations varient, mais chaque tranche de 20 MTPA de LNG pourrait exiger environ 10 % de la capacité de production d’électricité actuelle de la Colombie-Britannique, soit de quoi alimenter jusqu’à 2 millions de véhicules électriques4. La province impose aux terminaux en projet dont l’évaluation environnementale débute d’être carboneutres d’ici 2030, mais BC Hydro n’a pas encore dressé de plans d’électrification précis, ce qui laisse la porte entrouverte encore quelque temps à de nouveaux investissements dans les usines de GNL.
  • Les nouveaux terminaux pourraient, par le jeu des redevances et des impôts, rapporter d’importants revenus aux gouvernements, mais ces derniers, considérant les perspectives incertaines à long terme, pourraient se voir demander des mesures fiscales favorisant les nouveaux projets, ce qui reviendrait à verser des subventions aux consommateurs pour garantir la sécurité énergétique.
Comment les producteurs de gaz peuvent réduire les émissions
Source d’émissions (part des émissions) Technologie Part des réductions technologiquement possibles Coût pour le producteur ($ CA/Gpi3)
Combustion 63 % Électrification 100 % 514 000 $
Ventilation et fuites de méthane 17 % Technologies diverses – détection des fuites et réparation, capture des purges, remplacement des pompes, etc. 68 % 1 900 $
Ventilation du CO2 17 % Capture du carbone 70 % 158 000 $
Torchage 4 % Collecte et compression de gaz dans les pipelines 90 % 5 700 $
Total des émissions amont du secteur gazier : 50 Mt éq. CO2

Sources : Rapport d’inventaire national 2022, ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique, outil de suivi du méthane de l’AIE, RBC (« Une transition à 2 billions de dollars ») et consultations auprès des intervenants du secteur

Scénario 3 : Plaque tournante de la côte Ouest

En assurant jusqu’à 13 % de la capacité mondiale actuelle de production de GNL et en augmentant de 60 % sa production de gaz naturel, le Canada pourrait devenir un fournisseur d’envergure mondiale. Compte tenu toutefois des coûts élevés de développement et de décarbonation, il ne lui sera pas facile de devenir un grand producteur de GNL propre et concurrentiel.
Plaque tournante de la côte Ouest
Nouvelle capacité Économie Climat
GNL Production de gaz Investissements Emplois Redevances Émissions canadiennes Émissions nettes mondiales
80 MTPA 9,7 Gpi3/jour 236 G$ 169 000 45,5 G$ 33,2 Mt éq. CO2 -211 Mt éq. CO2

Aspects climatiques et économiques

  • Si l’on conserve les technologies actuelles, les émissions du secteur du gaz augmenteraient de 60 %. Compte tenu du coût élevé de la décarbonation et de la difficulté à trouver suffisamment d’acheteurs étrangers acceptant d’échanger des droits d’émissions, le Canada devrait probablement assouplir ses cibles nationales d’émissions pour le secteur en jeu.
  • Pour que les coûts d’approvisionnement demeurent concurrentiels et que les émissions du secteur diminuent, les nouveaux projets pourraient nécessiter d’importants incitatifs fiscaux ou l’injection de fonds publics dans les infrastructures de production d’électricité. Sur le plan financier, les gouvernements pourraient contribuer davantage à la justification des nouveaux projets, en affectant les redevances et les revenus fiscaux qu’ils généreront à la mise en œuvre de la stratégie à la fois risquée et avantageuse qui consiste à décarboner résolument les secteurs autres que celui du gaz.
  • Sur le front du climat, une forte augmentation de la production de gaz naturel pourrait nuire à la réputation du Canada. Sans le consentement des Autochtones sur le territoire desquels se trouve une bonne partie de la formation Montney, les producteurs de gaz pourraient avoir du mal à en fournir suffisamment en aval.
  • Une expansion du secteur gazier permettrait de se prémunir en partie contre les fluctuations du secteur pétrolier canadien mais, une plus grande part de l’activité économique reposant alors sur les combustibles fossiles, l’économie du pays serait exposée au risque de transition si les prévisions concernant le gaz naturel s’assombrissaient. Les actifs délaissés du secteur cesseraient d’avoir des retombées positives sur l’économie, en dépit des quotas d’émission et du soutien des fonds publics.
Projets en cours au Canada
Projet Propriétaires Localisation État Capacité (mégatonnes par an)
LNG Canada Phase 1 Shell/Petronas/Petrochina/Mitsubishi/Korea Gas Démarrage des activités commerciales au milieu de la décennie 14
LNG Canada Phase 2 Shell/Petronas/Petrochina/Mitsubishi/Korea Gas Kitimat (territoire de la nation Haisla) Étude de faisabilité économique en cours 14
Cedar LNG Nation Haisla/Pembina Permis d’évaluation environnementale obtenu 3 to 4
Ksi Lisims LNG Nation Nisga’a, Rockies LNG (Advantage, ARC Resources, Birchcliff, Bonavista, NuVista, Paramount Resources et Peyto) et Western LNG (É.-U.) Île Pearse, côte nord-ouest de la C.-B. (territoire de la nation Nisga’a) Évaluation environnementale en cours 12
Woodfibre LNG Pacific Energy Corp. (Singapore)/Enbridge (30%) Squamish (Colombie-Britannique) Approuvé 2,1
Tilbury Phase 2 Expansion Fortis BC Île de Tilbury (C.-B.) Évaluation environnementale en cours 2,5

En chantier ; les autres projets sont en attente de la décision finale d’investissement. Sources : sites Web relatifs aux projets, Services économiques RBC

Le Canada doit décider de l’avenir de sa production de GNL

Au Canada, le GNL constitue l’un des plus grands enjeux sur le plan de l’économie et sur celui de la lutte contre les changements climatiques – chacun de ces aspects présente de nombreux avantages ou désavantages. Jusqu’ici, le pays a évité de s’engager résolument dans un sens ou dans l’autre (d’où la vague de projets morts avant terme, il y a 10 ans). L’enjeu n’a fait que croître. Le Canada ne peut plus tergiverser, ce qui le mettrait à la merci des aléas. Notre pays doit doter son industrie du GNL de balises claires et définir les rôles que doivent jouer respectivement le secteur privé, les gouvernements, les contribuables (qui payent les factures d’électricité) et les consommateurs étrangers, afin d’équilibrer comme il le souhaite les risques climatiques et les risques économiques. Peu importe ses visées : le fait qu’il manque des éléments clés dans son cadre stratégique et dans le plan d’action de son industrie empêche le Canada d’aller de l’avant. Voici nos suggestions.
  • Le Canada devrait militer pour l’adoption de normes élevées dans les ententes bilatérales entourant les échanges de droits d’émissions prévus dans l’article 6 de l’Accord de Paris ; le gouvernement fédéral dirigerait le développement de cadres robustes au sein du G7. En matière de finance durable, la taxonomie canadienne à venir pourrait prévoir une certaine flexibilité à l’égard des actifs transitoires à long terme associés au GNL et liés à une réduction avérée des émissions mondiales.
  • Le gouvernement fédéral doit tenir sa promesse d’accélérer l’approbation des grands projets et de simplifier les processus d’évaluation réglementaire, notamment en veillant avec les provinces à ce qu’il n’y ait qu’un processus à suivre par projet.
  • Le secteur privé doit chercher à accroître la capacité de transport du gaz des infrastructures existantes, ce qui suppose notamment : que les exploitants canadiens de catégorie investissement concluent davantage d’ententes d’approvisionnement à long terme avec les producteurs de GNL américains ; que les sociétés du secteur intermédiaire optimisent la capacité des gazoducs ; que les grandes sociétés gazières et les exploitants de pipelines s’efforcent de régler leurs fréquents différends contractuels.
  • Les promoteurs de nouveaux projets de terminaux de GNL devraient améliorer leur profil de coûts en misant sur les gazoducs les plus efficaces, en faisant des économies d’échelle, en adoptant des technologies plus modulaires ou en gérant de manière proactive les contraintes entourant la main-d’œuvre spécialisée et les chaînes d’approvisionnement.
  • Le gouvernement fédéral et les provinces devraient fixer des objectifs de décarbonation plus clairs pour le secteur du gaz et du GNL. Ils devraient manifester aussi clairement leur appui à sa décarbonation tout en agissant de manière cohérente avec la vision qu’a le Canada du rôle que joue le secteur en matière de sécurité énergétique mondiale. De leur côté, les industriels doivent tenir leur engagement à réduire les émissions.
  • En ce qui concerne l’électrification, BC Hydro devrait dresser rapidement une stratégie claire (et un calendrier à l’avenant) afin que les investisseurs privés sachent à quoi s’en tenir. Lors de l’examen du cadre de tarification appliqué aux utilisateurs industriels, il faudrait répartir de manière convenable les coûts liés à l’extension du réseau.
  • Le gouvernement fédéral et les provinces devraient mettre en œuvre des mesures de soutien massif pour les communautés autochtones, afin qu’elles puissent acheter des titres de participation dans les grands projets (notamment d’infrastructures liées au GNL), ce qui comblerait une lacune historique quant à l’accès aux capitaux (lacune qui a souvent miné le soutien aux projets et freiné le développement).
  • Sur la scène internationale, l’industrie et le gouvernement doivent activement faire connaître le cadre canadien de développement du GNL, afin que les investisseurs étrangers saisissent les avantages qu’offre le Canada et sachent qu’il est ouvert aux investissements.

Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe, Leadership avisé, Services économiques Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Climat et énergie, Services économiques et leadership avisé

La capacité de GNL en mégatonnes par an est convertie en production de gaz en Gpi3/jour, selon une hypothèse de taux d’utilisation de 80 %, multipliée par le facteur de conversion entre GNL et gaz (Gpi3) de 48,0279, puis divisée par 365. La valeur est ensuite majorée pour tenir compte de la consommation de carburant du terminal de GNL (selon le cahier des charges du projet LNG Canada Phase I). Les investissements de capitaux pour les terminaux de liquéfaction de GNL, la production et le transport de gaz en amont ne comprennent pas les coûts d’exploitation. Les estimations reposent sur une série de sources, y compris les projets de GNL. L’incidence (directe, indirecte et induite) totale sur l’emploi des investissements de capitaux (à l’exclusion des coûts d’exploitation) est calculée à partir des multiplicateurs de Statistique Canada pour la construction des installations pétrolières et gazières. La période moyenne de construction (pondérée) est de 10 ans. Effectifs dans le secteur gazier actuel : somme des emplois directs, indirects ou induits (source : Association canadienne des producteurs pétroliers). Redevances estimées à 15 % du chiffre d’affaires (cours à terme sur un mois – indice AECO). Les émissions canadiennes sont calculées selon l’intensité des émissions pour la production de gaz en amont de la Colombie-Britannique, établie par l’outil du Pembina Institute relatif au gaz de schiste (valeurs historiques, sans compter les réductions d’émissions prévues), et l’intensité des émissions implicites liées à la liquéfaction, d’après le cahier des charges du projet LNG Canada Phase I. Réduction des émissions nettes mondiales calculée d’après la valeur médiane des diminutions d’émissions totales permises par le GNL canadien livré en Asie, comparativement au charbon utilisé dans les centrales électriques chinoises (Nie et coll., « Greenhouse-gas emissions of Canadian liquefied natural gas for use in China: Comparison and synthesis of three independent life cycle assessments », Journal of Cleaner Production, 2020). Potentiel de réduction d’après l’outil de suivi du méthane de l’AIE, le document « Une transition à 2 billions de dollars » de RBC et divers entretiens avec des représentants de l’industrie ou du milieu universitaire. Besoins en électricité liés aux équipements de compression et auxiliaires des terminaux de GNL : https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/Roda-Stuart_Thesis_Final.pdf Prévision des besoins par BC Hydro : https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/integrated-resource-plan-2021.pdf 1 Microsoft Word – 19-0156-Letter Report Revised Nov 8 2019 (gov.bc.ca) 2 Capacité de 598 MTPA en date d’avril 2022, toutes usines de production de GNL confondues (en service, en construction ou en phase de décision finale d’investissement approuvée) https://www.igu.org/resources/world-lng-report-2022/ 3 https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/Roda-Stuart_Thesis_Final.pdf 4 Besoins établis à 47 MW par MTPA de LNG dans https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/5/2025/03/Roda-Stuart_Thesis_Final.pdf. Si la capacité est utilisée à 80 %, cela signifie 328 GWh/MTPA.

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Le budget fédéral de 2023 propose des mesures vigoureuses en réponse à la loi américaine sur la réduction de l’inflation (l’IRA ou l’Inflation Reduction Act), mais l’adhésion massive à des pratiques d’investissement carboneutres se heurte encore aux obstacles que sont la concurrence internationale croissante, la réglementation et la participation des provinces.
Les nouvelles mesures vertes du budget de 2023 visent principalement à renforcer la chaîne logistique en amont pour favoriser une économie à faibles émissions de carbone, au moyen de nouveaux crédits d’impôt à l’investissement remboursables accordés pour l’électricité propre, la fabrication de technologies propres et l’hydrogène. Dans la foulée de l’annonce de crédits d’impôt à l’investissement de l’an dernier pour la capture de carbone et l’adoption de technologies propres, le gouvernement fédéral prévoit dépenser environ 80 milliards de dollars sur 10 ans en crédits d’impôt pour les placements verts. Il s’agit d’une mesure importante faisant écho au programme climatique américain de plus de 369 milliards de dollars US. Nous estimons que le Canada devrait dépenser jusqu’à 120 milliards de dollars pour atteindre les réductions d’émissions estimées à 10 % dans l’IRA, mais que les nouvelles dépenses requises pourraient être moindres compte tenu des dépenses existantes des programmes et des mesures réglementaires incitatives.

Coût de la carboneutralité : crédits d’impôt à l’investissement proposés pour le Canada

Measure Date de début Taux du crédit Coût total sur 10 ans
Électricité propre Budget 2024 15 % 25.7 G$
Fabrication au moyen de technologies propres 1er janvier 2024 30 % 11,1 G$
Hydrogène propre Budget de 2023 0-40 %, selon l’intensité en carbone 17,7 G$
Adoption de technologies propres* Budget de 2023 30 % ~ 16 G$
Capture de carbone** 2022 37.5 %-60 %, selon l’équipement et le type de projet ~ 16 G$

*Énoncé économique de l’automne 2022 ; ajout de systèmes d’énergie géothermique et prolongation jusqu’en 2034 ** Budget de 2022 ; peu de nouvelles améliorations dans le budget de 2023

Les grandes sociétés sont les principaux bénéficiaires directs

Les grandes entreprises profiteront directement des nouvelles mesures étant donné la nature capitalistique des investissements connexes. Les consommateurs et les autres types d’entreprises devraient en bénéficier indirectement, par le coût moindre des énergies propres et des systèmes que les crédits d’impôt fédéraux soutiennent. D’autres entreprises tireront probablement un avantage direct plus important du crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres annoncé dans la mise à jour de l’automne 2022 (CII dans les technologies propres), qui est entré en vigueur le jour du budget et qui a fait l’objet d’améliorations. Comme le prévoit le budget, la Banque de l’infrastructure du Canada doit se concentrer davantage sur l’électricité propre, accroître le financement des programmes existants pour l’amélioration du réseau et bonifier le financement du Fonds stratégique pour l’innovation, ce qui pourrait également être avantageux pour les moyennes entreprises. Outre le secteur de l’énergie, ceux du pétrole et du gaz, de l’agriculture et du bâtiment (qui constituent une part importante des émissions de carbone du Canada) n’ont reçu aucun nouveau soutien direct pour la décarbonisation ; seules quelques améliorations mineures ont été apportées au crédit d’impôt existant pour le captage du carbone.

Les nouvelles mesures visent principalement la réduction des émissions futures

Le crédit pour l’électricité propre pourrait encourager certaines réductions d’émissions à court terme. Il est offert aux entités non imposées, comme les services publics, pour aider les planificateurs provinciaux à se tourner progressivement vers les énergies renouvelables et à réduire l’approvisionnement systématique en gaz naturel pour la production d’électricité. Toutefois, les mesures visent en grande partie à faciliter la réduction des émissions futures. Les subventions fédérales ont pour objectif de réduire les coûts que les consommateurs finaux des ménages et du secteur industriel doivent assumer pour ces dépenses importantes en énergie, ce qui ouvre la voie aux investissements dans des technologies à faibles émissions. De solides arguments soutiennent cette approche, mais il existe aussi des risques. Le budget de 2023 n’offre aucune estimation des réductions d’émissions prévues. Outre l’électricité et l’hydrogène, les nouvelles mesures couvrent d’autres technologies telles que les véhicules électriques, les batteries, les pompes à chaleur, les électrolyseurs et les équipements électriques qui ne produisent pas d’émissions. Ces mesures de réduction correspondent en grande partie à celles prévues dans les secteurs visés par le plan ambitieux du Canada en matière de réduction des émissions pour 2030, ce qui permet de croire que le budget joue un rôle important dans l’atteinte d’objectifs climatiques ambitieux.

Les provinces doivent coopérer pour l’électricité

Les 25,7 milliards de dollars que le budget prévoit allouer à l’électricité sur 10 ans aideront les provinces à mettre en œuvre la norme sur l’électricité propre (NEP) proposée, mais cette norme exige que celles-ci y adhèrent. La NEP est le principal outil réglementaire d’Ottawa pour implanter un système d’électricité carboneutre d’ici 2035. L’accès au nouveau CII pour l’électricité propre dans chaque province ou territoire dépendra de l’engagement des provinces à rendre le secteur de l’électricité carboneutre d’ici 2035. En retour, ce financement fédéral contribuera à réduire les factures d’électricité. L’intervention du gouvernement fédéral en matière d’électricité propre ne vise pas seulement l’établissement d’un réseau carboneutre à prix abordable. Il cherche à mettre son pouvoir au profit des corridors de transport interprovinciaux pour réduire les coûts de l’établissement d’un réseau propre et de l’adoption de l’électricité propre, de façon à renforcer la position concurrentielle du Canada dans les segments économiques faibles en carbone et fortement centrés sur l’électricité, comme ceux de la fabrication de batteries ou de l’hydrogène vert. Les provinces jouent également un rôle clé dans l’atteinte de ces objectifs, mais nous ignorons si les planificateurs de systèmes joueront le jeu de la coopération intergouvernementale ou accepteront d’accroître les capacités de façon préventive. Si les provinces n’augmentent pas les sommes et le rythme de leurs investissements, le nouveau crédit ne servira qu’à transférer les coûts de leur transition au gouvernement fédéral.

À première vue, les crédits d’impôt du Canada se comparent favorablement à ceux de l’IRA

Le Canada n’offre pas de crédits d’impôt pour la production comme ceux que prévoit l’IRA, soit des incitatifs fiscaux pour chaque unité produite, mais préfère miser sur le capital investi en offrant par exemple des crédits d’impôt à l’investissement (CII). Cela dit, les taux de crédit des CII pour l’électricité propre et les technologies propres sont généralement comparables à ceux que prévoit l’IRA. Au Canada, le taux maximal du CII pour l’hydrogène propre est plus élevé puisqu’il se chiffre à 40 % (comparativement à 30 % dans l’IRA). Comme le prévoit l’IRA, les CII du Canada sont en vigueur jusqu’au début des années 2030, ils sont généralement neutres sur le plan technologique, et ils doivent respecter des exigences en matière de salaire et de formation. Toutefois, contrairement à celles de l’IRA, les mesures du Canada ne sont pas éliminées plus tôt si les objectifs climatiques sont atteints, et la valeur des crédits d’impôt remboursables pourrait, dans certains cas, être supérieure à ce que prévoient les dispositions de l’IRA relatives au paiement direct pour les entreprises non rentables.

Le gouvernement fédéral maintient les CII et la tarification du carbone

Le budget souligne que le soutien fiscal n’est qu’un des quatre outils de la stratégie du Canada pour une économie propre. La tarification et la réglementation en matière de pollution sont au cœur des efforts déployés. De plus, le financement stratégique par l’entremise du nouveau Fonds de croissance du Canada, de la Banque de l’infrastructure du Canada et des dépenses au sein des programmes a permis de mener des interventions plus ciblées. Par ailleurs, les responsables des finances ont insisté sur leur choix délibéré des CII comme instrument de soutien fiscal, qu’ils ont préféré à l’offre de crédits d’impôt à la production. Les paiements forfaitaires dans les secteurs capitalistiques sont réputés offrir une valeur importante et constituer la meilleure façon de maximiser la contribution des dollars fédéraux à l’amélioration des technologies propres. La taxe sur le carbone évitée ou la vente de crédits de carbone doit en principe fournir des flux de revenus complémentaires nécessaires à la réalisation de projets de décarbonisation. Pour établir une tarification solide du carbone, les contrats sur différence pour le carbone font partie des outils à disposition du Fonds de croissance du Canada, qui devrait commencer à conclure des ententes ce printemps. Le gouvernement mènera également des consultations sur les contrats sur différence pour le carbone en privilégiant une approche globale. Ce qui est prévu concrètement n’est pas clair, et de nombreux problèmes complexes doivent être résolus. Pour l’instant, ces contrats ne sont disponibles que de façon limitée, de sorte que l’incertitude des prix du carbone (des crédits) peut continuer à miner les décisions d’investissement.

Que manque-t-il dans le budget ?

Le Canada n’a pas précisé de quelle façon il facilitera la réalisation de grands projets liés aux énergies propres, ce qui nuit à l’obtention de nouveaux investissements. Malgré les 1,3 milliard de dollars alloués l’an dernier aux organismes fédéraux pour améliorer leur processus d’approbation de projet, le budget de 2023 ne fait que réaffirmer sa volonté de créer un plan prévoyant des mesures concrètes qui ne seront prises qu’à la fin de l’année. Les questions réglementaires comme l’obtention de permis peuvent être tout aussi importantes que les crédits d’impôt pour la faisabilité d’un projet. Le budget de 2023 permet à la Banque de l’infrastructure du Canada d’aider les communautés autochtones à acheter des titres de participation dans les grands projets auxquels elle prend part. C’est un pas dans la bonne direction, mais pour accélérer le processus, nous souhaitons l’adoption d’un programme de plus grande portée et plus transparent, qui inclurait par exemple des garanties gouvernementales. De nombreux projets d’énergies propres seront réalisés sur des terres autochtones, et comme les collectivités et les promoteurs de projets s’intéressent de plus en plus à la participation des Autochtones, les défis d’accès au capital de ces collectivités doivent être résolus. Cynthia Leach est Économiste en chef adjointe et contribue à façonner la description et le programme de recherche liés à l’analyse économique et stratégique prospective de l’équipe Services économiques et leadership avisé RBC. Elle s’est jointe à l’équipe en 2020.