Conclusion
Les capitaux s’orientent vers les régions où les rendements ajustés au risque sont les plus élevés, et le Canada dispose d’atouts dont beaucoup de ses pairs sont dépourvus : une richesse naturelle, des talents, l’accès au marché et de l’énergie propre. Pourtant, le pays a toujours été sous-investi par rapport à ses pairs. En améliorant la compétitivité du Canada, ce qui lui permettrait d’acquérir la part d’investissement qui lui revient, les investissements au Canada pourraient augmenter d’environ 1 000 milliards de dollars sur cinq ans, ce qui ajouterait environ 950 milliards de dollars au PIB et pourrait faire grimper la croissance annuelle moyenne du PIB de 2,3 points de pourcentage, à environ 4 % sur cette période – un taux supérieur à la moyenne de l’OCDE (1,5 %). Cela pourrait créer entre 1 million et 1,4 million d’emplois directs, et jusqu’à environ 2 millions si on inclut les emplois induits23.
La voie que doit suivre le Canada pour combler cet écart est à la fois très ambitieuse et réalisable ; le pays devra prendre des mesures rapides et décisives pour transformer les engagements politiques en projets investissables, mettre en place des initiatives audacieuses qui modifient sensiblement les rendements ajustés au risque, et résoudre les contraintes structurelles dans les secteurs critiques. Il n’est pas trop tard, mais le Canada doit prendre des décisions qui définiront son rôle dans les secteurs clés au cours du prochain demi-siècle et façonneront sa présence sur la scène internationale.
Notre méthode de calcul des coûts actualisés convertit les données économiques de l’ensemble du cycle de vie d’un projet en une seule unité de coût. Elle peut être interprétée comme le prix unitaire qui rendrait la valeur actualisée nette d’un projet égale à zéro sur l’ensemble de son cycle de vie, rendant ainsi ce projet viable, et est conforme au concept macroéconomique des coûts marginaux à long terme.
Nous modélisons les dépenses d’investissement et les dépenses d’exploitation sous forme de flux de trésorerie échelonnés dans le temps, nous les actualisons en utilisant le coût moyen pondéré du capital, puis nous divisons le résultat par la production actualisée sur toute la durée de vie du projet afin de calculer le coût actualisé. Les éléments pris en compte dans l’analyse comprennent les coûts de construction, les coûts d’équipement, les coûts de main-d’œuvre – déterminés par les salaires, la productivité horaire et les heures travaillées – et les charges d’exploitation comme les matériaux, l’énergie et la maintenance. La modélisation comprend des données supplémentaires propres à chaque cas, comme le délai de mise en marché et les effets d’échelle, le cas échéant.
Pour comprendre l’influence de chaque facteur sur le coût actualisé, nous comparons chaque région au scénario de référence en remplaçant un facteur à la fois. Par exemple, dans notre scénario de fabrication de véhicules électriques, nous nous sommes demandé comment le coût de construction d’un véhicule au Canada évoluerait si une usine canadienne versait des salaires mexicains. Un effet d’interaction reflète le fait que certains facteurs s’influencent les uns les autres et ne donnent pas le même résultat lorsqu’ils sont évalués séparément (par exemple, une durée de construction plus longue a davantage d’importance dans une région où le coût moyen pondéré du capital est plus élevé).
Le cas d’une usine de véhicules électriques intégrée illustre le fonctionnement de la méthode de calcul des coûts actualisés. Nous analysons une usine représentative qui produit 500 000 véhicules électriques par an et qui couvre l’estampage, la carrosserie, la peinture et l’assemblage général, et nous l’utilisons comme référence pour établir le coût actualisé d’un véhicule en dollars. Nous comparons le coût de construction du même véhicule dans des usines comparables au Canada, aux États-Unis, au Mexique, en Chine et au Japon, les plus grands constructeurs automobiles du monde.
Dans les secteurs où les prix du marché sont comparables aux autres économies, le coût actualisé sert d’indicateur du rendement du capital investi. Comme nous calculons le coût de chaque site sur la base d’une livraison vers le même marché de destination, les différences de coût actualisé se traduisent directement par des différences de marge. C’est pourquoi un écart de quelques centaines de dollars par véhicule peut s’avérer décisif dans un secteur où les marges unitaires sont faibles. Les mesures commerciales peuvent avoir une influence considérable sur les données économiques de production, c’est pourquoi nous présentons les droits de douane séparément du coût actualisé.
Nota : Tous les chiffres figurant dans l’analyse d’investissement sont exprimés en dollars de 2024, convertis à partir de la monnaie locale selon les taux de change du marché en vigueur en 2024. Nos analyses de rentabilité s’appuient sur les travaux de McKinsey portant sur ces cinq secteurs, qui nous permettent de comprendre la quantité de capital, de main-d’œuvre, d’énergie, de matériaux et d’autres intrants généralement nécessaires à la fabrication d’un produit – en l’occurrence, un véhicule électrique – ainsi que la durée habituelle du processus. Nous évaluons ces intrants aux coûts habituels dans une zone géographique donnée, en nous appuyant également sur les bases de données propriétaires gérées par l’équipe de recherche économique de MGI, ainsi qu’au coût moyen pondéré du capital habituel, en nous appuyant sur la Value Intelligence Platform de McKinsey, une base de données mondiale regroupant les données financières des entreprises. Les coûts actualisés sont présentés avant impôts et subventions directes ; les droits de douane sont indiqués séparément.
Compte tenu du sous-investissement historique du Canada et l’occasion historique qui s’offre à lui, nous avons évalué le potentiel du pays en termes quantitatifs. Cette analyse estime la part des investissements mondiaux que le Canada pourrait attirer grâce à une compétitivité accrue en matière d’investissement, ainsi que la façon dont ces investissements se traduiraient par des gains de PIB et d’emploi sur une période de cinq ans. Elle porte sur les cinq principaux secteurs du rapport, leurs industries en aval et les retombées sur le reste de l’économie.
Pour effectuer cette analyse, nous estimons le potentiel d’investissement du Canada en comparant sa position actuelle par rapport à celle d’autres économies matures comparables. Nous normalisons la position du Canada à l’aide d’un « quotient de localisation », qui permet de comparer la part des investissements mondiaux réalisés dans un secteur au Canada à la part globale du Canada dans les investissements mondiaux. Une valeur de 1 indique que la part économique du Canada est comparable à celle des autres économies ; si elle est inférieure à 1, le Canada est sous-pondéré ; si est supérieure à 1, il attire plus que sa part dans un secteur par rapport aux autres économies.
Le scénario de référence part du principe que le Canada fait partie des 40 % des économies de l’OCDE les plus performantes, avec des ressources globalement similaires dans chaque secteur. En ce qui concerne les machines et matériel, le quotient de localisation du Canada passe ainsi d’environ 0,1 à environ 0,7, soit à peu près le niveau actuel de la Suisse ; pour les centres de données, représentés par les TI et les services d’information, il passe d’environ 0,8 à environ 1,3, soit à peu près le niveau du Royaume-Uni ; dans le secteur pharmaceutique, il passe d’environ 0,3 à environ 0,6, ce qui est comparable à l’Italie ; et dans les métaux de base, il passe d’environ 0,3 à environ 0,6, ce qui est comparable à la Suède. Lorsque le Canada dépasse déjà la référence (par exemple, dans l’extraction de pétrole et de gaz), sa position est maintenue au même niveau. Cela devient notre ambition en matière d’investissement.
Les investissements que le Canada peut mobiliser sont répartis en trois postes. Le premier correspond aux dépenses d’investissement qui figurent déjà dans les prévisions de référence du Canada pour ces secteurs. Le deuxième correspond aux dépenses supplémentaires nécessaires pour combler l’écart du quotient de localisation, calculées année par année à partir de 2026 comme la différence entre le niveau d’ambition de référence et le scénario de référence. Le troisième correspond aux investissements réalisés par les fournisseurs pour répondre à cette demande supplémentaire, résultant des liens entre les différentes industries canadiennes. Les investissements directs étrangers et les investissements nationaux sont tous deux pris en compte. La somme finale de ces trois postes s’élève à 962 milliards de dollars, mobilisés sur une période de cinq ans.
Nous convertissons ensuite cet investissement en PIB en trois étapes. Les investissements s’accumulent pour former un stock de capital, qui s’amortit à un taux de 7 % par an ; ainsi, seul le capital encore en circulation contribue à la production. Ce stock restant est multiplié par un ratio capital-production propre à chaque secteur, estimé en fonction des investissements et de la valeur ajoutée sur la période 2010-2025. Les retombées sur les fournisseurs et l’économie dans son ensemble sont ensuite ajoutées à l’aide de l’inverse de Leontief du tableau des entrées-sorties du Canada, qui indique la production de chaque autre secteur nécessaire pour répondre à une demande d’un dollar dans chaque secteur prioritaire. Afin de refléter la productivité accrue du capital frais, nous utilisons une période d’estimation de 15 ans pour calculer le ratio investissement-PIB, plutôt que l’ensemble de la période historique. Résultat : les nouveaux investissements contribuent 1,3 fois plus au PIB qu’un dollar moyen existant.
Les investissements qui en découlent devrait générer environ deux millions d’emplois. La création d’emplois est estimée par secteur sur la même période, en appliquant un ratio production-emploi. Ce multiplicateur est compatible avec de véritables nouveaux investissements productifs, car les nouvelles installations requièrent davantage de capital par travailleur et nécessitent moins de main-d’œuvre pour atteindre la même production que les installations plus anciennes déjà amorties. Les nouvelles capacités sont également modélisées en utilisant un taux d’adoption de l’automatisation plus élevé que celui des installations existantes, ce qui reflète la technologie dont elles sont dotées.
Pour combler l’écart de main-d’œuvre généré par cet investissement, le Canada devra pourvoir les postes grâce à une combinaison de plusieurs facteurs : une baisse du chômage, un retour du taux d’activité de la population active à son niveau historique et une réduction du sous-emploi. En outre, une augmentation de l’immigration nette contribuerait également à rééquilibrer la situation.
Les investissements industriels et la valeur ajoutée sont tirés de l’ensemble de données de S&P Global Market Intelligence, les positions par rapport aux pairs étant mesurées sur la période 2019-2025. Les liens avec les fournisseurs et l’économie dans son ensemble utilisent le tableau des entrées-sorties de l’OCDE pour le Canada (2022) et les données du Contenu en emplois des échanges de l’OCDE pour la même année. Les données sur le marché du travail proviennent de l’Enquête sur la population active de Statistique Canada jusqu’en juillet 2026. Les fourchettes historiques du chômage et du taux d’activité sont tirées de la série annuelle depuis 1976, et le sous-emploi de la série de 2025 sur l’emploi à temps partiel selon la raison.
Les IDE sont souvent considérés comme un indicateur de la compétitivité mondiale en matière d’investissement, révélant où se trouvent les meilleurs rendements ajustés au risque selon les investisseurs. Bien que cela soit vrai, les chiffres globaux des IDE dissimulent parfois des informations essentielles. Tout d’abord, les IDE incluent les opérations de fusions-acquisitions transfrontières – c’est-à-dire la redistribution des droits de propriété – qui, à elles seules, n’entraînent ni une augmentation des capacités ni une croissance de la productivité. Les capitaux étrangers qui acquièrent une mine canadienne existante diffèrent grandement de ceux qui en construisent une nouvelle. Dans le cas du Canada, l’ampleur de cette différence est plus importante que ne le laissent supposer les chiffres globaux. Au cours de la dernière décennie, les opérations de fusions-acquisitions représentaient environ 30 % des IDE entrants au Canada et environ 40 % des IDE sortants. Les IDE sont un moyen d’atteindre un objectif plus ambitieux et plus lucratif. Le véritable enjeu est de convertir les flux financiers liés aux dépenses d’investissement dans de nouveaux projets – c’est-à-dire les nouvelles infrastructures, les usines, l’équipement, les logiciels, la propriété intellectuelle et la R & D – en expansion des capacités, en connaissances théoriques et pratiques, en renforcement de la chaîne d’approvisionnement et en gains de productivité. Les pays qui dotent leur main-d’œuvre de machines, de matériel et de logiciels plus nombreux et de meilleure qualité sont, tout compte fait, plus productifs et plus dynamiques.
Collaborateurs
Authors:
Jordan Brennan, premier directeur général, Leadership avisé RBC
Andrew Pickersgill, associé senior et président, McKinsey & Company
Zak Cutler, associé senior et associé gestionnaire, Toronto, McKinsey & Company
Greg Kudar, associé senior, McKinsey & Company
Rico Garcia Ondarza, partenaire associé, McKinsey & Company
Remerciements :
Rich Luft, associé senior et associé gestionnaire, Canada, McKinsey & Company
Shubham Singhal, associé senior et président, McKinsey Global Institute
Michael Milazzo, directeur, Mobilisation, McKinsey & Company
Akosua Ofori, première analyste d’entreprise, McKinsey & Company
Mario Rojas, expert en connaissances, McKinsey & Company
Sebastian Vargas, analyste, Capacités et perspectives, McKinsey & Company
Alley Adams, cheffe, Relations externes, McKinsey & Company
Alejandro Morales, analyste, Capacités et perspectives, McKinsey & Company
Farhad Panahov, économiste, Leadership avisé RBC
Caprice Biasoni, responsable principale, Conception, Leadership avisé RBC
Lavanya Kaleeswaran, directrice générale, Marketing et production numériques, Leadership avisé RBC
Joelle Schonberg, Responsable de programme, Leadership avisé RBC
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Leadership avisé RBC
John Intini, directeur général principal, Rédaction, Leadership avisé RBC
Jen Gorman, première directrice, Communications, Leadership avisé RBC
Sarah Kennedy, directrice générale principale, Communications, Leadership avisé RBC
1 Données sur les tendances relatives aux IDE de l’ONU commerce et développement.
2 ONU commerce et développement.
3 fDi Markets.
4 fDi Markets.
5 Il existe toutefois un domaine où cette tendance s’inverse : le Canada est un importateur net d’investissements en R & D. Depuis 2005, les capitaux destinés à la R & D entrant au Canada – environ 65 milliards de dollars, soit 13 % du total des capitaux entrants – ont largement dépassé les capitaux de R & D quittant le pays.
Les investissements en R & D sortants s’élèvent à 10 milliards de dollars, soit 2 % du total des investissements sortants. Quoi qu’il en soit concernant les sorties de capitaux canadiens, le rôle du pays en tant que pôle de financement de la recherche ne s’est pas affaibli ; fDi Markets.
6 Mark Cameron et Arash Golshan, « Refaire le plein », Forum des politiques publiques, 8 décembre 2025.
7 Gouvernement de la Colombie-Britannique. Canada, 2020 ;
8 Why Canada is on the brink of LNG-driven prosperity », Resource Works, 24 avril 2025.
9 Forum des politique publiques ; Centre canadien de l’énergie ; Oxford Institute for Energy Studies.
10 « Combler l’écart de productivité du Canada : ouvrir la voie à un leadership mondial », McKinsey, 3 novembre 2025.
11 « Les minéraux et l’économie », Ressources naturelles Canada, mis à jour le 27 février 2026.
12 From discovery to delay: Mine permitting stretches project timelines », S&P Global, 8 juillet 2026.
13 « Corriger les inégalités », L’association minière du Canada, 5 mai 2015.
14 Global Materials Perspective 2025, McKinsey, octobre 2025.
15 « Does Canada own its life sciences future? », Institut adMare, juillet 2025.
16 Analyse de Maria Goodpaster, Piotr Pikul, Anna Kortis et Olivier Bus, « Colocation data centers: The infrastructure race behind AI », McKinsey Global Institute, 30 juin 2026.
17 « Queued Up: 2026 Edition, Characteristics of Power Plants Seeking Transmission Interconnection As of the End of 2025 », Berkeley Lab, juin 2026.
18 « Annual report 2025/2026 », National Infrastructure & Service Transformation Authority, juillet 2026.
19 « Unleashing Prosperity through Deregulation », Maison-Blanche, 31 janvier 2025.
20 « CHIPS » désigne les dispositions de la loi « Creating Helpful Incentives to Produce Semiconductors (CHIPS) for America » de 2022, qui prévoyait des mesures incitatives férérales visant à soutenir la fabrication et la recherche dans le domaine des semi-conducteurs aux États-Unis.
21 « IRA » désigne la loi sur la réduction de l’inflation (« Inflation Reduction Act ») de 2022, qui comprenait des incitations fiscales destinées à soutenir la fabrication et les investissements nationaux dans le secteur de l’énergie propre.
22 « One Big Beautiful Bill Act tax policies: Details and analysis », Tax Foundation, 10 février 2026 ; « U.S.
Department of the Treasury releases final rules to strengthen U.S. semiconductor industry », Département du Trésor américain, 22 octobre 2024 ; « The Section 45X Advanced Manufacturing Production Credit », Congrès américain, 13 août 2026.
23 Analyse du McKinsey Global Institute.
24 World Energy Outlook 2025 (WEO, Perspectives énergétiques mondiales), IEA, 12 novembre 2025 ; Analyse de McKinsey.
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