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Auteur : Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

À l’occasion de leur rencontre en début de semaine, nous avons assisté à un échange d’éloges, de sourires et d’accolades entre Donald Trump et Mark Carney, et le président des États-Unis a même assuré aux journalistes que le Canada ressortirait « très content » de cette réunion. Malheureusement, l’optimisme s’est effondré dès le lendemain, lorsque le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a déclaré publiquement à Toronto que l’assemblage d’automobiles se ferait aux États-Unis et que le Canada ne pouvait rien y faire.

L’opinion de la Maison-Blanche est que les Américains n’ont pas besoin du Canada pour assembler leurs voitures. Il est difficile de savoir que penser des propos du secrétaire Lutnick. S’agit-il d’une véritable menace, ou de la technique de négociation habituelle de Donald Trump consistant à réclamer le soleil, la lune et les étoiles pour finalement obtenir la lune ? Selon les rumeurs, le président Trump n’apprécie pas s’entendre dire que les États-Unis ont besoin du pétrole, de l’acier et du bois d’œuvre du Canada.

Une équipe de spécialistes du commerce est restée à Washington pour chercher à conclure des accords sectoriels sur l’acier, l’aluminium, l’énergie et l’automobile – bastions de ce que Washington appelle désormais les « échanges dirigés ». Étant donné que les pourparlers ont peu avancé à ce jour et que l’équipe de négociation américaine est enlisée dans des discussions bilatérales avec de nombreux pays, il reste à savoir si le Canada parviendra à conclure des ententes sectorielles significatives avant la révision officielle de l’AEUMC en juillet prochain.

Cette nouvelle ère des « échanges dirigés » semble bien partie pour durer. Que faut-il en déduire ?

En juin, M. Trump a doublé les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens, les portant à 50 % contre 25 % en février. L’impact a été immédiat. Le Canada produit environ 13 millions de tonnes d’acier primaire chaque année, dont la moitié est destinée à l’exportation et neuf tonnes sur dix sont envoyées aux États-Unis. Aujourd’hui, ces échanges se tarissent.

Les prix de l’acier sont parlants. Le graphique ci-dessous illustre la valeur des exportations canadiennes d’acier vers les États-Unis et les prix de l’acier américain, les deux mesures étant indexées à 100 en janvier 2025 pour faciliter la comparaison. Au cours des 12 mois qui ont précédé l’imposition des droits de douane par M. Trump, les exportations d’acier du Canada vers les États-Unis comme les prix de l’acier américain s’inscrivaient dans une tendance à la baisse. Puis la guerre commerciale a éclaté et les deux séries de données ont divergé : les exportations canadiennes d’acier se sont effondrées, tandis que les prix de l’acier américain se sont envolés.

Les nouveaux droits de douane ont ravivé l’inflation des prix de l’acier. Avec la limitation des importations canadiennes, les producteurs américains ont moins de concurrence et en profitent pour hausser tranquillement les prix. Les importations américaines d’acier canadien ont chuté de 49 % et les prix de l’acier américain ont augmenté de 17 % depuis janvier.

C’est la face visible des échanges dirigés. La question n’est pas d’ouvrir les marchés, mais de les organiser. Dans le cadre des politiques de libre-échange des quarante dernières années, les gouvernements ont décidé d’abaisser les barrières et de laisser les préférences de consommation, la technologie et la concurrence départager les gagnants et les perdants. Le concept des échanges dirigés renverse cette logique. Les gouvernements sélectionnent des secteurs stratégiques pour les mettre à l’abri de la concurrence mondiale et influencent les investissements à l’aide de droits de douane, de quotas et de subventions.

Pour le Canada, la question n’est pas de savoir si nous aimons cette politique, mais de trouver une façon de nous y adapter. Ottawa semble prête à changer de cap, après avoir annoncé des mesures de soutien aux secteurs en septembre. Nous devons apprendre à composer avec les nouvelles règles : déterminer les priorités nationales, déployer les capitaux de manière stratégique et faire en sorte que la réciprocité fonctionne en notre faveur.

Les échanges dirigés peuvent être cahoteux. Toutefois, dans cette nouvelle ère, nous n’avons pas d’autre choix.

  • Donald Trump souhaite que son équipe conclue rapidement des ententes avec le Canada. C’est ce qu’a déclaré le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, après la rencontre du président américain avec le Premier ministre Mark Carney à Washington. M. LeBlanc reste à Washington afin de poursuivre les pourparlers sur les échanges commerciaux.

  • La Chine a dévoilé de strictes mesures de contrôle sur les exportations de terres rares. Trump a menacé Beijing de droits de douane « massifs » en représailles.

  • La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a dévoilé un plan en trois points dont l’objectif est de contrer les droits de douane américains. Le plan met l’accent sur la protection de l’emploi, la création de nouveaux emplois et un effort pour attirer les investissements et les talents.

  • Les États-Unis ont perçu 195 milliards de dollars US de recettes au titre des droits de douane au cours de l’exercice 2025. Ce chiffre était de 77 milliards de dollars américains en 2024.

  • Les puces et autres produits liés à l’IA ont représenté près de la moitié de la croissance du commerce mondial au premier semestre de 2025, selon l’Organisation mondiale du commerce. Compte tenu de l’impact des droits de douane qui devrait se faire sentir l’année prochaine seulement, l’OMC s’attend à ce que les échanges commerciaux progressent d’un maigre 0,5 % en 2026.

Notez le 5 novembre dans vos agendas. C’est à cette date que la Cour suprême des États-Unis examinera le dossier des droits de douane d’urgence imposés par le président Donald Trump en vertu de la loi sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (loi IEEPA). Le département de la Justice espère invalider une décision prise en mai par le Tribunal du commerce international, selon laquelle M. Trump a outrepassé la loi IEEPA en l’utilisant à l’encontre du Canada et d’autres partenaires commerciaux des États-Unis.

Le dossier contient trois affaires distinctes alléguant que les droits de douane imposés par M. Trump sur le Canada, la Chine, le Mexique et d’autres partenaires commerciaux sont illégaux. L’un des dossiers a été ouvert par les procureurs généraux démocrates de plusieurs États, et les deux autres proviennent de coalitions de petites entreprises.

Voici ce que vous devez savoir :

  • Illégalité : le principal argument des plaignants est que les droits de douane n’ont jamais été conçus pour répondre aux griefs des États-Unis envers le Canada, le Mexique et la Chine dans le contexte du trafic de stupéfiants.

  • Jusque là, M. Trump est en désavantage, car un panel du Tribunal du commerce international composé de trois juges, plus un juge de district fédéral de Washington, D.C. et les 11 juges en fonction à la Cour d’appel du circuit fédéral des États-Unis soutiennent les plaignants à une majorité de 7 contre 4. Le département de la Justice espère que la Cour suprême invalidera cette décision qu’il considère comme « incohérente ».

  • La Cour suprême pourrait aller dans un sens comme dans l’autre, dans la mesure où les victoires dans les tribunaux de niveau inférieur peuvent encore se renverser. Selon Scott Lincicom, expert en commerce au Cato Institute, c’est à pile ou face.

  • La Maison-Blanche a de nombreux outils à sa disposition. Certains analystes sont d’avis que la Cour suprême pourrait donner raison aux tribunaux inférieurs, car l’administration américaine peut emprunter différentes voies pour remplacer les droits de douane au titre de la loi IEEPA, notamment l’article 232 du Trade Expansion Act de 1962.

  • Remboursement : si les adversaires du gouvernement obtiennent gain de cause, une vague de batailles juridiques pourrait s’ensuivre concernant des remboursements pour plus de 80 milliards de dollars américains.

La Cour suprême pourrait rendre sa décision d’ici la fin de l’année.

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Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

  • Mark Carney retournera à Washington la semaine prochaine. Au programme : rétablir les liens « sécuritaires et économiques » avec les États-Unis ou, à tout le moins, apporter un certain soulagement aux secteurs canadiens de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile, qui sont malmenés.

  • La sécurité et l’économie occupant le devant de la scène, d’autres sujets devraient figurer au programme du Bureau ovale, notamment le projet de bouclier antimissile du Dôme doré, dont Donald Trump a encore parlé cette semaine pour piquer Ottawa, en faisant de nouveau allusion au « 51e État ». M. Carney pourrait-il mettre de l’avant l’importance de l’acier et de l’aluminium dans le cadre de la collaboration avec Washington en matière de défense ?

  • Dominic LeBlanc, ministre du Commerce Canada-États-Unis, paraissait optimiste cette semaine, quant à la possibilité de réaliser des progrès à l’égard des principaux points d’achoppement avec l’administration Trump.

  • Le mois dernier, les deux partenaires ont aussi amorcé des consultations sur l’Accord Canada–États-Unis–Mexique en prévision de la révision de l’accord commercial tripartite. Mais qu’adviendra-t-il si les jours d’un d’accès libre de droits de douane au marché américain sont définitivement révolus ?

  • Il n’est pas exagéré de supposer que le Canada pourrait se retrouver avec un accord comparable à celui du Royaume-Uni, à savoir des droits de douane généraux de 10 % pour l’accès au marché américain.

  • En mars, M. Trump a imposé des droits de douane de 25 % sur le contenu non américain des exportations d’automobiles (en vertu de l’article 232, pour des motifs de « sécurité nationale »). Étant donné qu’environ la moitié du contenu d’un véhicule assemblé au Canada provient des États-Unis, les automobiles canadiennes ont été assujetties à un taux tarifaire effectif d’environ 12,5 %. Ce taux est suffisamment proche des droits de douane de 10 %, pour l’accès au marché américain, pour justifier une comparaison.

  • Les deux parties souffrent : au Canada, le taux de chômage est en hausse depuis le début de la guerre commerciale, et la municipalité de Windsor, fortement tributaire de la construction d’automobiles, affiche le taux de chômage le plus élevé parmi les centres urbains du Canada. Au sud de la frontière, le secteur manufacturier a perdu 40 000 emplois au cours des six derniers mois, avec des répercussions supplémentaires sur les segments de la première transformation des métaux et de la fabrication de produits métalliques.

  • Les producteurs canadiens de bois d’œuvre ont été frappés de droits de douane supplémentaires de 10 %. Cette nouvelle taxe s’ajoutera aux droits de douane antidumping actuels de 35,16 % que les États-Unis ont imposé cette année sur les importations de bois d’œuvre en provenance du Canada.

  • La semaine prochaine, l’Union européenne devrait annoncer l’instauration d’un droit de douane de 50 % sur les importations d’acier, s’alignant sur les mesures similaires prises par les États-Unis et le Canada.

  • À la demande de Keir Starmer, premier ministre du Royaume-Uni, le président américain Donald Trump envisagerait de réduire les droits de douane de 10 % imposés sur les importations de whisky écossais.

  • Le ministère des Affaires étrangères de la Corée du Sud a fait savoir que Séoul devrait annoncer un nouvel accord sur la sécurité avec les États-Unis avant de finaliser les pourparlers commerciaux.

An India-Canada reset is underway, writes John Stackhouse, and this time it will require a lot more than handshakes. 

Selon John Stackhouse, le rétablissement des relations entre l’Inde et le Canada est en cours, mais, cette fois, il faudra bien plus que des poignées de main. 

Sur le plan commercial, l’Inde est passée du 16e rang des partenaires du Canada en importance en 2008, au 10e rang en 2015, puis au 7e rang l’an dernier.

Il en va autrement du Canada, qui se classe seulement au 30e rang des partenaires de l’Inde. Le commerce bilatéral a atteint 31 milliards de dollars en 2024, en prenant en compte les services, contre 117 milliards de dollars avec la Chine. La baisse du nombre d’étudiants étrangers, qui constituent l’une des plus importantes sources de revenus indiens pour le Canada, ralentira encore plus ces progrès, car la politique du Canada, perçue comme une politique de repli, a entaché notre réputation auprès de toute une génération de jeunes Indiens instruits.  

Et ce n’est pas l’unique raison pour laquelle la volonté du Canada de relancer les négociations commerciales pourrait exiger de la patience. En effet, l’Inde et M. Modi, qui font preuve d’une confiance croissante, ne feront pas facilement des compromis, surtout sur des questions telles que les droits de propriété intellectuelle, que l’Inde considère depuis longtemps comme une forme de colonialisme occidental. 

Ces différences mises à part, les deux pays partagent des liens uniques et profonds, en grande partie liés à la population indo-canadienne. À l’avenir, l’Inde souhaitera établir des relations plus mûres, fondées sur des intérêts, en particulier sur le plan économique. Le Canada pourra aussi saisir de nouvelles occasions, allant du pétrole lourd au GNL, en passant par les technologies spatiales et de fabrication de pointe. 

Une relation renouvelée exigera que les deux pays reconnaissent ce que chacun d’eux apporte à l’autre. Elle peut aussi mettre l’accent sur ce que les deux pays peuvent accomplir grâce à des alliances et à des groupes multilatéraux.

Lisez l’article complet.

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Les relations entre l’Inde et le Canada reprennent vie, et cette fois-ci le processus ne se limitera pas à quelques poignées de main. 

Il y a deux ans, Justin Trudeau avait plombé les relations entre les deux pays en déclarant publiquement que le gouvernement indien pouvait être impliqué dans le meurtre d’un activiste sikh canadien, Hardeep Singh Nijjar, à Vancouver. Cette accusation avait provoqué la plus forte crise bilatérale depuis des décennies. Par la suite, les deux gouvernements avaient expulsé des diplomates, gelé les services de visa et suspendu toute négociation commerciale. Puis Donald Trump est revenu au pouvoir, et la nouvelle ère de « L’Amérique d’abord » a relégué au second plan les autres politiques étrangères.

Cette semaine, les gouvernements Carney et Modi ont amorcé un rapprochement délicat qui fera appel à des compromis de part et d’autre. Plus important encore, ils devront faire le point sur leurs intérêts mutuels (plutôt que sur leurs valeurs communes) dans un monde de plus en plus divisé.

Le Premier ministre Mark Carney a ouvert la voie à une politique fondée sur les intérêts communs en invitant Narendra Modi au sommet du G7, en Alberta, au mois de juin. M. Modi, qui n’a jamais été un grand partisan de M. Trudeau, s’est emparé de cette occasion de faire la paix.

Les deux gouvernements ont promptement nommé de nouveaux hauts-commissaires et repris leurs discussions sur les questions de sécurité, en particulier sur l’affaire Nijjar, avec l’intention de ne pas laisser ce sujet dominer leurs relations bilatérales. 

Cette semaine, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, se sont rencontrés aux Nations Unies en prévision d’un voyage officiel de Mme Anand en Inde à l’automne. Ottawa a rapidement réagi en désignant le gang indien Bishnoi comme entité terroriste, ce qui aidera les deux pays à lutter contre la montée des activités criminelles indiennes au Canada.

Ce sont de bonnes nouvelles pour ceux qui souhaitent ranimer ce partenariat, en particulier dans les domaines du commerce et de l’investissement. Mais il n’est pas question d’un simple retour à une relation normale, car les deux pays sont sur des longueurs d’onde économiques, sociales et géopolitiques très différentes. Ils devront trouver des points d’intérêt stratégiques.

Dans ce nouveau virage vers l’Inde, le Canada devra composer avec un pouvoir plus ferme et plus indépendant. De plus, le Canada doit se faire à l’idée qu’une décennie d’occasions bilatérales a été complètement ou partiellement perdue. Durant cette décennie, la situation de l’Inde a considérablement changé. 

Le pays affiche la plus forte croissance du PIB nominal parmi les grandes économies mondiales, et le revenu des ménages a presque doublé grâce à l’essor des collectivités rurales. L’Inde, pays le plus peuplé au monde, se considère désormais comme une puissance économique et politique qui pèsera dans la balance d’ici le milieu du siècle. L’Inde est aussi en voie de devenir l’un des pays les plus avancés au monde sur le plan du numérique, grâce à son système d’identification biométrique Aadhaar qui couvre désormais plus de 90 % de la population.  

Au cours de la décennie passée, le Canada a accueilli (officiellement) 500 000 personnes d’origine indienne, ce qui fait de l’Asie du Sud sa principale source d’immigration. 

Ces deux dynamiques, à savoir la montée de l’Inde et la diversité du Canada, exigeront d’assurer un équilibre délicat.

Jusqu’à présent, M. Carney a réussi à s’élever au-dessus de la politique nationale et à placer les intérêts du Canada au centre de cet exercice d’équilibre. Son gouvernement a indiqué que le nouveau chapitre de sa politique indienne serait axé sur les questions économiques, avec notamment une amélioration des garde-fous visant à protéger les intérêts des deux pays de la politique de la diaspora.

Une politique axée sur les intérêts passe par un renforcement des liens commerciaux, tant sur le plan des échanges que de l’investissement. Au cours des cinq dernières années, l’Inde est devenue une option stratégique pour de nombreux Canadiens (et habitants d’autres pays) souhaitant s’éloigner de la Chine, et malgré le refroidissement, puis le gel des relations entre les deux pays, l’intérêt des grands investisseurs s’est accru. Entre 2019 et 2023, les caisses de retraite canadiennes ont dirigé 25 % de leurs capitaux d’investissement vers l’Inde, ce qui marque une hausse de 10 % par rapport aux 15 années précédentes. L’Inde a ainsi supplanté la Chine au deuxième rang des destinataires pour les caisses de retraite canadiennes, uniquement devancée par les États-Unis.

Le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario s’est tenu à l’avant-plan, investissant l’année passée dans l’infrastructure (National Highways Trust), le financement automobile (Kogta) et l’intelligence artificielle (Darwinbox). Le groupe Brookfield s’est montré tout aussi présent sur le marché indien avec l’acquisition d’actifs liés aux énergies propres et de sites de télécommunications. À la fin de septembre, il a également conclu un partenariat d’une valeur de 1 milliard de dollars américains avec GIC, un fonds souverain de Singapour, pour gérer plus de cinq millions de pieds carrés de bureaux dans trois grandes villes : Mumbai, Bangladeshrou et Hyderbad.

Sur le plan commercial, l’Inde est passée du 16e rang des partenaires du Canada en importance en 2008 au 10e rang en 2015 puis au 7e rang l’an dernier.

Il en va autrement du Canada, qui se classe seulement au 30e rang des partenaires de l’Inde. Le commerce bilatéral a atteint 31 milliards de dollars en 2024, en prenant en compte les services, contre 117 milliards de dollars avec la Chine. La baisse du nombre d’étudiants étrangers, qui constituent l’une des plus importantes sources de revenus indiens pour le Canada, ralentira encore plus ces progrès, car la politique du Canada, perçue comme une politique de repli, a entaché notre réputation auprès de toute une génération de jeunes Indiens instruits.  

Et ce n’est pas l’unique raison pour laquelle la volonté du Canada de relancer les négociations commerciales pourrait exiger de la patience. En effet, l’Inde et M. Modi, qui font preuve d’une confiance croissante, ne feront pas facilement des compromis, surtout sur des questions telles que les droits de propriété intellectuelle, que l’Inde considère depuis longtemps comme une forme de colonialisme occidental. 

Ces différences mises à part, les deux pays partagent des liens uniques et profonds, en grande partie tissés par la population indo-canadienne. À l’avenir, l’Inde souhaitera établir des relations plus mûres, fondées sur des intérêts, en particulier sur le plan économique. Le Canada pourra aussi saisir de nouvelles occasions, allant du pétrole lourd au GNL, en passant par les technologies spatiales et de fabrication de pointe. 

Une relation renouvelée exigera que les deux pays reconnaissent ce que chacun d’eux apporte à l’autre. Elle peut aussi mettre l’accent sur ce que les deux pays peuvent accomplir grâce à des alliances et à des groupes multilatéraux. Cette semaine, Mme Anand et M. Jaishankar se sont exprimés devant l’ONU sur l’importance du multilatéralisme dans cette ère de « L’Amérique d’abord ». L’Inde, en tant que puissance de second ordre en plein essor, et le Canada, en tant que puissance moyenne en difficulté, pourraient tous deux tirer parti d’efforts collectifs.

Il y a cinquante ans, en 1975, les relations entre l’Inde et le Canada sont tombées au plus bas après que le gouvernement d’Indira Gandhi eut testé une bombe nucléaire l’année précédente puis déclaré l’état d’urgence. La relation ne s’est rétablie que lorsque Jean Chrétien s’est rendu en Inde en 1996.

Pour les deux pays, l’enjeu est trop important pour risquer un nouvel hiver de mécontentement. 

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Dans le numéro de cette semaine : la visite de Mark Carney au Royaume-Uni, les nouveaux droits de douane de Donald Trump et les retombées potentielles du nouvel accord entre le Canada et l’Indonésie

Auteur : Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

  • Le Premier ministre Mark Carney est de retour dans les manchettes aujourd’hui, cette fois depuis Londres en compagnie du Premier ministre britannique Keir Starmer. Enjeux : la diversification des échanges commerciaux et les alliances économiques et de sécurité qui façonneront la prochaine décennie. La situation de la sécurité en Europe, en particulier le risque d’incursion russe dans l’espace aérien de l’OTAN, fait évidemment partie des discussions.

  • La réunion de cette semaine fait suite aux pourparlers de juin. Le mois de juin a connu la création du Groupe de travail sur l’économie et les relations commerciales Canada–Royaume-Uni, dont le mandat consiste, entre autres, à formuler des recommandations sur les barrières au commerce et le secteur des minéraux critiques.

  • M. Carney est bien placé pour prendre la tête de cette initiative. Face à la fragmentation de l’ordre mondial, de nouveaux partenariats sont nécessaires pour renforcer la sécurité et donner de l’élan à la prospérité. Les minéraux critiques se situent au carrefour de ces deux enjeux. La sûreté et la stabilité de l’accès aux minéraux critiques constituent des facteurs essentiels au dynamisme économique et à la sécurité géopolitique du 21e siècle. Les minéraux critiques sont utilisés dans le secteur de la défense, mais aussi dans l’exploration spatiale, les technologies propres, l’économie numérique et les soins de santé, entre autres.

  • Cependant, le problème est que l’OTAN et ses alliés n’ont pas de stratégie cohérente. Pour M. Carney, le moment est venu de briller. C’est l’occasion pour le gouvernement du Canada d’élaborer une stratégie dans le domaine des minéraux critiques, en partenariat avec ses alliés, afin de sécuriser les chaînes logistiques tout en atténuant le dangereux risque de concentration lié à la Chine.

  • Comme nous l’avons mentionné dans un récent rapport Leadership avisé RBC intitulé Le nouveau grand jeu, la Chine a une grande longueur d’avance, car elle contrôle entre 60 % et 90 % de la capacité de raffinage du lithium, du cobalt, des terres rares et du graphite.

  • La stratégie pourrait tirer parti des abondantes ressources minières canadiennes pour positionner le Canada en tant que centre mondial de l’excellence minière. Du cuivre ou du cobalt en passant par l’uranium, le nickel, le lithium et le graphite, le Canada possède les matières premières utilisées dans les industries émergentes, ainsi que les capacités d’ingénierie et de financement nécessaires pour développer les produits jusqu’à leur introduction sur le marché. 

  • Les États-Unis prennent aussi des initiatives importantes dans ce domaine. En début de semaine, la Maison-Blanche a annoncé qu’elle ciblait une participation de 10 % dans Lithium Americas, une société minière établie à Vancouver. Appuyée par un prêt du département de l’Énergie, Lithium Americas est en train de développer au Nevada ce qui pourrait devenir la plus grande mine de lithium de l’hémisphère ouest.

  • À ce propos, RBC a accueilli une délégation de Washington cette semaine. Une vingtaine de représentants du Congrès (des deux côtés de la sphère politique) et de l’ambassade du Canada se sont penchés sur la possibilité d’un partenariat entre le Canada et les États-Unis dans le domaine des minéraux critiques. Si nous ajoutons à cette visite la position de Washington à l’égard de Lithium Americas, une coopération étroite dans le secteur des minéraux critiques pourrait être une solution pour renforcer les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis.

  • Le Premier ministre Mark Carney participera au sommet de l’ANASE en octobre, dans le contexte de pourparlers sur un éventuel accord commercial entre le Canada et le bloc de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est l’an prochain.

  • Le Canada pourrait songer à faire une proposition de fourniture de gaz naturel liquéfié (GNL) à l’Allemagne, selon une récente suggestion de l’ambassadeur allemand. À l’heure actuelle, l’Allemagne importe environ 90 % de son GNL des États-Unis.

  • Dans le cas où une société pharmaceutique internationale ne construirait pas d’usines de production aux États-Unis, ses médicaments seront assujettis à des droits de douane de 100 % à compter du 1er octobre. Les poids lourds (25 %) et les meubles (30 %) fabriqués à l’étranger seront également assujettis à de nouveaux droits de douane à compter de la semaine prochaine.

  • Trump a promis aux agriculteurs américains, lesquels ont majoritairement voté en sa faveur en novembre dernier, mais qui ont durement souffert de sa politique commerciale, un certain soulagement sous la forme d’une redistribution « de l’argent des droits de douane ».

  • Boeing, le géant américain du secteur aérospatial, pourrait bientôt remporter un énorme contrat avec la Chine – ce qui constitue probablement une pièce maîtresse dans les pourparlers commerciaux entre les États-Unis et la Chine.

  • La plupart des pays se portent mieux que prévu, malgré la pression des droits de douane, selon un nouveau rapport de l’OCDE.

Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

À l’issue de quatre années de négociations, le Canada a signé un accord de partenariat économique global (APEG) avec l’Indonésie la semaine dernière.

L’entente devrait accroître les exportations canadiennes de 447 millions de dollars, soit une maigre augmentation de 0,04 % par rapport aux chiffres actuels. Toutefois, cet accord procure au Canada une option de participation à la croissance économique de l’Indonésie. L’Indonésie pourrait devenir l’une des cinq plus grandes économies mondiales d’ici le milieu du siècle, et représenter un vaste marché pour l’agriculture, les produits alimentaires, la machinerie, les services et même la technologie nucléaire du Canada.

L’annonce a été faite dans la foulée de l’accord commercial réciproque conclu entre l’administration Trump et l’Indonésie, négocié à toute vitesse pour garantir l’accès aux minéraux critiques et à d’autres ressources dont le nickel. L’Indonésie a accepté d’éliminer ses restrictions à l’exportation du minerai, ce qui lui permettra d’expédier du nickel brut et semi-transformé aux États-Unis aux fins de raffinage tout en excluant de la chaîne logistique les fonderies indonésiennes exploitées par la Chine.

Pour les sociétés minières canadiennes, l’arithmétique du nickel est probablement négative. Selon BNEF, la production indonésienne de nickel de catégorie 1 (qualité supérieure requise pour les batteries) devrait atteindre 1,6 million de tonnes métriques d’ici 2030, ce qui représenterait 52 % de l’offre mondiale. Cette augmentation place l’offre indonésienne en concurrence directe avec celle du Canada (240 000 tonnes métriques d’ici 2030). Par conséquent, de plus grandes quantités de nickel arriveront en Amérique du Nord en franchise de droits, ce qui sera positif pour la sécurité de l’approvisionnement en Amérique du Nord, mais probablement défavorable au Canada.

L’accord commercial entre les États-Unis et l’Indonésie est celui qui aura le plus de retombées. En effet, compte tenu du manque de ressources minières aux États-Unis, la diversification des ressources est cruciale. Pour le Canada, la priorité est de tirer parti des intérêts communs en matière de sécurité nationale et d’intégration économique pour devenir une source d’approvisionnement à faible risque, ce qui constitue un avantage concurrentiel que les autres partenaires commerciaux auront plus de difficulté à offrir.  

L'investissement direct étranger canadien n'est pas touché par l'incertitude liée aux droits de douane

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Dans le numéro de cette semaine : les défis à relever maintenant que les consultations sur l’ACEUM ont été amorcées, et ce que signifie une nouvelle géopolitique des minéraux critiques pour le Canada

Auteur : John Stackhouse

L’offensive de charme de Mark Carney au Mexique et le succès de sa visite à Claudia Sheinbaum pourraient bientôt évoquer un joyeux souvenir de vacances. Cette fin de semaine, les deux pays renoueront avec la dure réalité, notamment dans leurs relations respectives avec les États-Unis – sur un front commun, mais aussi séparément. Voici comment les choses pourraient se dérouler :

  • L’administration Trump a déclenché une révision de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique en lançant des consultations publiques. Le Canada devrait en faire autant cette fin de semaine, ouvrant la porte à 45 jours de lobbyisme, de grincements de dents et peut-être de profonde réflexion.

  • Nous pouvons nous attendre à ce que les trois « amigos » (deux « amigos » et une « amiga ») rassemblent de petites armées d’experts du commerce et de l’industrie pour amorcer un dialogue plus formel. Le gouvernement canadien a déjà commencé à recruter des équipes qui seront responsables de discuter avec leurs homologues des États-Unis et du Mexique, en particulier dans les secteurs de l’énergie, de l’automobile, de l’acier, de l’aluminium et du bois d’œuvre. Toutefois, il se peut que les Américains ne soient pas aussi bien préparés, voire qu’ils incitent à conclure un accord dans la précipitation (au risque de parvenir à un accord biaisé). 

  • Le Mexique a adopté une démarche différente, travaillant avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio sur plusieurs problématiques non commerciales comme la lutte contre les cartels de la drogue. Le gouvernement espère ainsi être en bons termes avec les États-Unis, en prévision de la prochaine ronde de négociation qui s’annonce délicate pour le Mexique. Les États-Unis ont en effet proscrit les tomates de serre et mis un frein aux envois de fonds, ce qui laisse présager des temps difficiles pour le Mexique. 

  • Le principal enjeu pour le Mexique aura trait aux « règles d’origine » qui pourraient contrecarrer la hausse massive des investissements et du commerce chinois qui a fait du Mexique une porte accessoire au marché américain.

  • En ce qui concerne le Canada, les premiers signes portent à croire que le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le représentant au Commerce, Jamieson Greer cherchent à protéger les fondements d’un accord commercial trilatéral avec un intérêt particulier pour le Canada et le renforcement du commerce bilatéral. Des ententes secondaires ou subordonnées pourraient émerger dans le cadre d’une structure nord-américaine. 

  • Pour le Canada, la principale préoccupation demeure l’automobile et la volonté affichée par Donald Trump de transférer une grande partie de la production canadienne sur le sol américain. Il reste à voir si le secteur automobile américain parviendra à le convaincre de la logique économique d’une production transfrontalière.  

  • Le Canada pourrait-il accepter des droits de douane de 10 %, par exemple, pour assurer une sorte de seconde vie aux usines canadiennes ? 

  • Au-delà de l’automobile, les préoccupations des Américains portent toujours sur l’industrie laitière et le numérique. Nous connaissons tous la crise du secteur laitier. Du côté du numérique, les plateformes technologiques américaines continuent de se plaindre de la façon dont les Canadiens abordent l’actualité en ligne. Cela dit, après avoir abandonné sa taxe sur les services numériques, le gouvernement Carney aura du mal à faire mieux, d’autant plus que toute nouvelle concession nuirait aux médias et aux éditeurs qui sont déjà en mauvaise posture. 

  • Pour les États-Unis, le plus grand défi pourrait être de nature plus politique. Donald Trump fait-il pression pour obtenir rapidement un ACEUM qui jouerait en sa faveur ? Afin de se concentrer au plus vite sur les plus grands défis posés par la Chine, l’Inde et le Brésil ? Ou son équipe travaille-t-elle à des changements profonds et durables à l’ACEUM dans le but d’afficher une victoire politique avant les élections de mi-mandat l’an prochain ? 

  • QSoulignons que les proches de Donald Trump continuent de laisser entendre qu’il est disposé à éradiquer l’ACEUM. Poudre aux yeux ? Technique de négociation ? Quoi qu’il en soit, maintenant que les choses sérieuses commencent, nous pouvons nous attendre à des surprises déroutantes au fil des pourparlers.

  • À l’occasion d’un évènement de la Chambre de commerce de Halifax, l’ambassadeur des États-Unis Pete Hoekstra s’est déclaré déçu par la rhétorique « antiaméricaine » et le cri de ralliement « Sortons les coudes » du Canada.

  • Des représentants des États-Unis et de la Chine se sont réunis à Madrid pour leur quatrième ronde de pourparlers – au sujet de TikTok.

  • En 2024, la Chine a importé du soja des États-Unis pour une valeur de 12,6 milliards de dollars américains. La semaine dernière : 0. C’est un signe clair que Beijing ne craint pas d’utiliser l’agriculture comme une arme de négociation contre Washington.

  • Sur la base de 25 années de données commerciales, Amazon lance un agent d’intelligence artificielle remanié afin d’aider les vendeurs à prendre des décisions de stockage en tenant compte de la forte volatilité causée par la guerre commerciale.

Auteur : Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Deux sénateurs américains ont présenté la Restoring American Mineral Security (RAMS) Act, un projet de loi bipartite dont l’objectif est d’établir une alliance pour la sécurité des minéraux critiques qui accorderait un accès en franchise de droits de douane aux partenaires de confiance et obligerait les alliés à imposer des droits de douane équivalents aux droits américains à l’encontre des importations chinoises.

Ce projet implique trois conséquences pour le Canada :

  • L’adhésion à l’alliance s’accompagne d’obligations. Le Canada devrait répliquer les droits de douane imposés par les États-Unis aux minéraux chinois et renforcer leurs mesures contre l’approvisionnement et le transbordement en provenance de Chine. À l’approche de la renégociation officielle de l’ACEUM, les États-Unis cherchent à nouveau des alliés pour fermer l’accès indirect de la Chine (nota : le Mexique a augmenté ses droits de douane sur un certain nombre de marchandises chinoises). Dans le secteur des minéraux, en particulier, le blocage de l’approvisionnement chinois est indispensable à l’expansion du secteur. Le projet RAMS fait de ce principe de précaution une exigence.

  • Les capitaux suivront le mouvement. La proposition la plus novatrice des États-Unis serait de recycler les recettes tirées des droits de douane sur les importations hors alliance en faveur de projets alliés, avec notamment un réinvestissement de 20 % dans les projets internationaux de minéraux critiques des pays membres. Cela dit, compte tenu de nos relations commerciales étroites dans le secteur des minéraux (où nous sommes le premier partenaire commercial des États-Unis, et vice versa), le Canada aurait tout à gagner d’un réinvestissement dans les projets miniers américains. Cette mesure fournirait aux sociétés minières canadiennes des capitaux bon marché – le manque de capitaux étant historiquement un obstacle pour les petites sociétés minières.

  • L’accès préférentiel n’est utile que si nous prenons de l’expansion. L’exemption de droits de douane donnerait aux producteurs canadiens un avantage sur le plan des coûts pour entrer sur le marché américain. Toutefois, sans une accélération de l’approbation des projets et en l’absence d’investissements similaires dans les infrastructures de transport connexes, nous perdrions notre avantage. Il est intéressant de noter que deux projets miniers figurent dans la première tranche de la liste des grands projets prioritaires du Premier ministre Mark Carney : le projet McIlvenna Bay (cuivre et zinc) et l’expansion de la mine Red Chris (cuivre).

Selon les Services économiques RBC, alors que le Canada subit un choc national en raison de sa relation commerciale avec les États-Unis, les provinces connaissent des chocs distincts qui créent des divergences tant dans la croissance que dans les moteurs de croissance. Lire le rapport complet Mise à jour trimestrielle canadienne : une croissance faible, mais positive est attendue

La croissance provinciale diverge dans un contexte de tensions commerciales

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Alors que le monde subit les droits de douane, une nouvelle redevance plane sur les frontières internationales : des droits de douane carbone sur les importations.

L’UE a lancé son mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) en 2023 ; le gouvernement de Mark Carney envisage des ajustements carbone à la frontière pour uniformiser les règles du jeu entre l’industrie énergétique et lourde du pays et la concurrence étrangère ; et aux États-Unis, une poignée de projets de loi aux niveaux fédéral et étatique proposent d’imposer des frais sur les importations assujetties à des exigences de conformité aux politiques climatiques moins strictes.

Le concept de droits carbone aux frontières est simple : il s’agit de s’assurer que les fabricants, disons de Montréal ou de Berlin, qui dépensent de l’argent et font des efforts pour adhérer aux politiques carbone contraignantes de leur pays ne sont pas désavantagés par rapport à leurs concurrents qui profitent de politiques climatiques plus accommodantes dans leur territoire. Combinés, une politique carbone nationale et des droits carbone à la frontière constituent un double coup qui force les concurrents étrangers à rehausser leurs normes environnementales, et fait en sorte que les industries canadiennes ne sont pas indûment pénalisées par la mise en œuvre de stratégies de décarbonation. On peut ainsi imaginer Ottawa imposer une taxe sur l’acier chinois produit au charbon pour veiller à ce qu’il ne soit pas injustement avantagé par rapport à l’acier canadien, fabriqué au moyen de fours électriques à faible intensité de carbone, mais à forte intensité de capital.

Des droits carbone à la frontière serait certes un prolongement naturel de la politique carbone canadienne dans le secteur industriel, mais leur mise en œuvre est compliquée. Tout d’abord, cela risque d’envenimer la relation déjà tendue entre Ottawa et l’administration Trump, qui s’est attaquée aux politiques climatiques.

La politique carbone canadienne évolue elle aussi. Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a aboli la redevance sur les combustibles, connue sous le nom de taxe sur le carbone. Peu de temps après, la Colombie-Britannique lui a emboîté le pas, elle qui disposait de l’un des systèmes de tarification des émissions les plus anciens et les plus stables au monde. Au cours de la dernière année, les décideurs canadiens ont vacillé au sujet de la tarification carbone dans le secteur industriel : le Québec et la Colombie-Britannique se sont engagés à maintenir la tarification carbone, tandis que l’Alberta a gelé la sienne à 95 $/t d’éq. CO2 plus tôt cette année et que la Saskatchewan a supprimé son système de tarification carbone dans le secteur industriel.

La politique carbone canadienne dans le secteur industriel a connu un succès inégal jusqu’à présent : elle a contribué au financement de projets d’énergie renouvelable, mais a eu peu d’incidence directe sur la réduction des émissions. Alors que le gouvernement fédéral et certaines autorités provinciales cherchent à revoir leur stratégie de tarification du carbone dans le secteur industriel, ils devront également tenir compte de l’évolution des tendances des échanges commerciaux, des priorités économiques mondiales et de la compétitivité des industries canadiennes.

Le Canada fait partie des quelque 40 pays qui ont mis en place une version de la tarification carbone, qui vise 28 % des émissions mondiales.1 Plusieurs d’entre eux étudient actuellement ou font progresser des systèmes nationaux de tarification carbone en réponse au MACF de l’Union européenne :

  • Des pays émergents, tels que l’Inde, la Turquie et le Brésil adoptent des mécanismes nationaux de tarification carbone pour s’assurer que leurs exportations sont conformes aux règles de l’UE.

  • Le Royaume-Uni est en train de lier son marché du carbone à celui de l’UE afin d’uniformiser sa politique climatique en collaboration avec l’espace économique.

  • La Chine a récemment élargi l’application de sa tarification carbone afin d’inclure les émissions provenant des secteurs du ciment, de l’acier et de l’aluminium.

  • Dans le cadre de son plan de transformation verte (GX), le Japon regroupera ses systèmes de tarification carbone en un seul marché à compter du début de 2026.

La tarification carbone n’est toutefois pas encore uniforme. Les systèmes d’échange de droits d’émission, qui sont les systèmes de tarification carbone les plus courants, reposent sur les signaux du marché pour déterminer la voie à suivre pour réduire les émissions. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, divers territoires évaluent leurs profils d’émission sectoriels, leur potentiel de réduction des émissions et les coûts, ce qui entraîne d’importantes divergences dans la tarification carbone.

Des écarts importants subsistent dans la tarification du carbone à l'échelle mondiale

The U.S.’s Border Carbon Policy Proposals

La Foreign Pollution Fee Act est en voie d’être adoptée par le Sénat américain. Cette politique vise à imposer des droits de douane élevés sur les importations à forte intensité de carbone, principalement de la Chine et de la Russie. Le Canada pourrait aussi cependant y être soumis et se voir imposer des droits de douane de 17 % à 33 % sur ses exportations industrielles vers les États-Unis.2

Les décideurs américains cherchent également à protéger leurs industries intérieures au moyen d’une série d’autres propositions de politiques carbone. Par exemple :

  • La FAIR Transition and Competition Act visait à s’assurer que les entreprises américaines ne se font pas couper l’herbe sous le pied par des importateurs non réglementés en imposant un ajustement carbone à la frontière sur les importations à forte intensité de carbone.

  • La U.S. Clean Competition Act imposerait une taxe carbone de 55 $ US par tonne aux producteurs américains et les protégerait contre les importations grâce à des ajustements à la frontière.

  • La PROVE IT Act, si elle est adoptée, facilitera la collecte de données sur l’intensité des émissions des industries énergivores auprès des principaux partenaires commerciaux, afin d’assurer la transparence mondiale sur les émissions de carbone. Elle était considérée comme un précurseur de la Foreign Pollution Fee Act.

Cette dernière, proposée de nouveau le 8 avril 2025 par les sénateurs républicains Bill Cassidy et Lindsey Graham, semble la plus détaillée. La structure permet d’éviter la taxe nationale sur le carbone, et crée une relation linéaire entre la redevance imposée aux importateurs et l’écart d’intensité de leurs émissions. Il est peu probable que le projet de loi soit adopté, mais il est considéré comme une autre forme de protectionnisme déguisé en politiques de lutte contre les changements climatiques.

Les différentes nuances des systèmes de tarification du carbone à l'échelle mondiale.

L’Alberta et le Québec ont donné le coup d’envoi à la tarification carbone au Canada en 2007, en utilisant deux modes d’imposition des redevances sur le carbone à leurs grands émetteurs industriels. Aujourd’hui, au Canada, divers systèmes de tarification carbone fédéral et provinciaux s’appliquent à divers secteurs, dont l’énergie, l’industrie, l’exploitation minière et l’extraction, et visent près de la moitié des émissions totales du pays.

À quelques exceptions près, le système d’échange de droits d’émission est le mécanisme de tarification carbone que le Canada privilégie. Son fonctionnement repose sur l’établissement de plafonds d’émission pour les entreprises, selon des références de rendement des émissions de gaz à effet de serre. Les entreprises qui émettent des émissions supérieures aux références achètent des permis d’autres entreprises dont les émissions sont inférieures au niveau prescrit. La politique vise à encourager les investissements dans les technologies à faibles émissions de carbone, qui augmenteraient l’avantage concurrentiel du Canada.

Le système a encouragé des flux de capitaux vers des projets durables : des projets de capture, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC), d’énergie éolienne, d’énergie solaire et de bioénergie d’une valeur de plus de 80 milliards de dollars étaient en voie de démarrage ou à l’étude et sur le point de tirer profit des revenus tirés des crédits de carbone, selon l’Inventaire des grands projets en 2024.3 De même, Emissions Reduction Alberta, mise sur pied grâce à la tarification carbone industrielle de la province, a contribué à la mise en œuvre de plus de 300 projets de technologies propres, évalués à plus de 10 milliards de dollars.4

Lorsque l’on établit des références de rendement, la tarification carbone ne vise pas toutes les émissions, car seules celles qui dépassent les plafonds d’émissions sont prises en compte. Selon la dernière estimation de L’Institut climatique du Canada, le coût moyen au pays, après ajustement en fonction des plafonds d’émissions, s’est établi à 10 $ la tonne d’équivalent dioxyde de carbone (t d’éq. CO2) en 2024, soit une fraction du prix global du carbone de 80 $.5 Cela contribue à limiter les fuites carbone (c.-à-d., les fabricants qui se déplacent vers des territoires où la conformité est moins stricte).

Incidence sur la réduction des émissions

La tarification carbone réduit les émissions, tout en n’ayant qu’un impact limité, voire nul, sur l’économie, selon plusieurs études. La réduction des émissions demeure toutefois relativement modeste ; jusqu’à 2 % par an en moyenne au sein de divers pays qui appliquent la tarification carbone, y compris le Canada.6 Pour que le Canada atteigne ses objectifs climatiques d’ici 2030, les émissions devront diminuer de 6 % chaque année, comme le prévoit son engagement à l’égard des Nations Unies à atteindre la contribution déterminée au niveau national (CDN).

L’impact sur les émissions a été modéré au cours des deux dernières décennies pour une raison : les prix du carbone ont été maintenus bas, car la plupart des technologies propres en sont à leurs balbutiements, donc à un stade précoce de leur adoption et à des coûts élevés. Cela change lentement, car l’énergie solaire et l’énergie éolienne deviennent concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles, et les véhicules électriques devraient atteindre le même prix que les voitures classiques à essence : les VE sont moins chers que les véhicules à essence en Chine par exemple. Les capacités de capture du carbone ont doublé à l’échelle mondiale au cours des dix dernières années.

Des écarts importants entre la tarification carbone du Canada et celle de ses partenaires commerciaux peuvent nuire à la compétitivité du pays en période de bouleversements structurels d’envergure mondiale.

Dans l’ensemble, près du cinquième des importations et exportations canadiennes est lié à des territoires exempts de tarification carbone. Aux États-Unis, où la politique varie d’un État à l’autre, le prix moyen du carbone s’établit à seulement 6 $ US la tonne, après ajustement des échanges commerciaux entre les deux pays au niveau étatique.

Voici ce que le Canada devrait surveiller pour maintenir sa compétitivité mondiale dans un contexte de fragmentation des politiques commerciales et climatiques :

  • Diversification des partenaires commerciaux : La tâche ne sera pas aisée, car 75 % des biens sont destinés aux États-Unis. Toutefois, près d’un tiers des catégories d’exportations canadiennes sont plus diversifiés ; même les exportations de pétrole et de gaz trouvent de nouveaux clients en Asie depuis l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain et la mise sur pied de LNG Canada. En dehors des États-Unis, le gain de popularité mondiale des produits conformes aux normes climatiques pourrait donner une longueur d’avance au Canada. Par exemple, l’évolution de la politique de tarification carbone au Japon favorise des sources de combustibles plus propres.

  • Favorisation d’une politique prévisible : L’accès au capital a été le principal défi à relever par les entreprises dans le cadre de leurs objectifs de réduction des émissions, comme nous l’avons mentionné dans notre rapport Action climatique 2025. Les investissements à grande échelle dans le développement de technologies à faibles émissions de carbone nécessitent des signaux forts et stables pour que le risque soit réduit et que les capitaux puissent affluer. La certitude politique pourrait faciliter les apports de capitaux au Canada.

  • Rationalisation des systèmes provinciaux : Réduire les obstacles et les inefficiences pourrait contribuer à atténuer le risque des investissements. Les entreprises qui mènent des activités dans plusieurs territoires sont confrontées à diverses règles, à des niveaux de prix variables et ont peu ou pas de possibilité de transférer des crédits entre leurs installations. Nous avons déjà mentionné que l’harmonisation des marchés fragmentés pourrait offrir un potentiel d’essor économique considérable. L’élimination des barrières commerciales interprovinciales pourrait améliorer l’accès aux marchés et la liquidité.

  • Méfiez-vous de la susceptibilité des États-Unis : Concilier les différences de la politique carbone avec celle des États-Unis – où moins d’un dixième des émissions totales sont tarifées et à un taux beaucoup plus faible – sera éventuellement nécessaire. Étant donné que 80 % de la production canadienne de pétrole, 90 % de l’aluminium, environ la moitié de l’acier et un tiers du ciment sont expédiés aux États-Unis, Ottawa doit garder à l’esprit la façon dont les États-Unis réagissent aux modifications de nos politiques. Pour certains secteurs, comme celui des sables bitumineux, la conformité aux obligations d’émissions coûte environ 1 $ par baril, et moins de 0,50 $ si la compensation carbone est utilisée. Cela limite les préoccupations au chapitre de la compétitivité. Toutefois, d’autres secteurs déjà assujettis à des droits de douane et à des marges bénéficiaires beaucoup plus minces pourraient avoir besoin de plus de soutien.

  • Irritants commerciaux avec les É.-U. à double tranchant : Élargir l’application de la tarification carbone aux importations par l’intermédiaire d’ajustements carbone à la frontière revient effectivement à imposer des droits de douane. Le Canada étant déjà en porte-à-faux avec son plus grand partenaire commercial, toute tentative visant à uniformiser les règles du jeu avec les entreprises américaines pourrait être perçue comme une intensification des tensions commerciales.

  • Réduction de la complexité administrative : De la déclaration à la vérification, les ajustements carbone à la frontière s’avèrent une tâche administrative ardue, d’autant plus que les prix, la couverture et les références varient d’une province à l’autre. C’est une raison de plus de poursuivre l’harmonisation, comme nous l’avons mentionné auparavant. L’UE a exclu les PME et les importateurs individuels du MACF pour éviter la complexité réglementaire et réduire leurs coûts. Le Canada devrait aussi viser des règles simples.

  • Attention aux conséquences imprévues : Les secteurs à forte intensité d’émissions et exposés aux échanges commerciaux représentent seulement 5 % du PIB du Canada. Cependant, les biens qu’ils produisent sont acheminés vers tout un éventail de secteurs en aval. Concrètement, les ajustements carbone à la frontière pourraient avoir un effet domino sur les chaînes logistiques. Par exemple, la hausse du coût des importations d’acier pourrait à la fois protéger la production nationale, mais faire grimper le coût des constructeurs automobiles et des entreprises de construction, entre autres, selon les estimations de la Banque du Canada.7

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Dans le numéro de cette semaine : Trois secteurs dans lesquels le Canada et le Mexique peuvent approfondir leurs liens, comment une idée intelligente peut aider à atténuer le problème chinois des producteurs de canola, et pourquoi ce sont les infrastructures, et non les politiques, qui pourraient nous freiner.

Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC

Six mois après le début de la guerre commerciale déclenchée par le président Trump, alors qu’aucun accord n’est en vue, le Canada a de bonnes raisons d’approfondir son partenariat avec le Mexique. (Et, si l’on en juge par plusieurs déplacements récents vers le sud, les gouvernements fédéral (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) et albertain (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) sont d’accord.)

Bien qu’il s’agisse du troisième partenaire commercial du Canada, le Mexique représente moins de 4 % des échanges commerciaux mondiaux de marchandises du Canada, dont la majeure partie est constituée d’importations. En 2024, le Canada n’a expédié que pour 9 milliards de dollars de marchandises au Mexique, tandis qu’il a importé pour 47 milliards de dollars de marchandises mexicaines.

Que l’on ne s’y trompe pas : aucun pays ne saurait supplanter les États-Unis en termes d’importance commerciale pour le Canada. Mais nous percevons trois grands secteurs dans lesquels le Canada et le Mexique peuvent approfondir leurs liens.

  • Construire des ponts et des infrastructures. Les huit grands régimes de retraite canadiens, qui disposent au total de plus de 2 000 milliards de dollars d’actifs, comptent parmi les plus importants au monde et possèdent une expertise dans les grands projets d’infrastructure tels que les pipelines, les chemins de fer et les capacités portuaires. C’est exactement ce dont le Mexique a besoin : du capital patient et une expertise en matière de financement. Le capital canadien est une source d’influence financière qui pourrait être mise à profit pour faire progresser les intérêts géopolitiques et commerciaux et renforcer les liens commerciaux. L’investissement du Canadian Pacific Kansas City (CPKC) Rail dans le pont ferroviaire international Patrick J. Ottensmeyer, un projet de 100 millions de dollars lancé au début de l’année qui a recours à une technologie innovante pour améliorer la mobilité des marchandises sur le continent à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, en est un bon exemple.    

  • Stimuler le commerce bilatéral. Plusieurs des industries exportatrices (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) du Canada, notamment l’énergie, l’acier et l’aluminium, le cuivre, l’agroalimentaire, le bois d’œuvre résineux, les pâtes et papiers et les plastiques, font intervenir des produits importés (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de ce pays de 130 millions d’habitants. L’amélioration des flux commerciaux, garantie par l’actuel Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), pourrait aider plusieurs de nos secteurs en difficulté à trouver une forme de soulagement.

  • Faire front commun au sujet de l’ACEUM. Si les États-Unis demeureront la pierre angulaire du commerce nord-américain, le Canada et le Mexique doivent se préparer à l’examen conjoint de l’ACEUM, officiellement prévu pour 2026, mais qui pourrait survenir plus tôt. Plutôt que de se laisser opposer l’un contre l’autre, comme le président Trump l’a fait avec succès jusqu’à présent, le Canada et le Mexique pourraient, grâce à une coordination diplomatique, affirmer les mécanismes du traité et garantir l’accès en franchise de droits aux marchandises conformes à l’ACEUM. Il importe de gérer les aspects que représentent les irritants commerciaux dans des secteurs spécifiques (comme la gestion de l’offre) et le transbordement des marchandises chinoises. Le commerce venant s’inscrire dans un cadre plus vaste qui englobe la sécurité des frontières, la défense, les infrastructures et l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement, les trois pays peuvent améliorer leur situation en approfondissant leur coopération et en garantissant un commerce équilibré et mutuellement avantageux au sein du bloc.

  • Les droits de douane imposés par la Chine sur les exportations canadiennes de graines de canola ont incité le gouvernement à limiter les importations d’huile végétale (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement). Le chef conservateur Pierre Poilievre exige également que le gouvernement Carney annule un prêt d’un milliard de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) consenti à BC Ferries pour l’achat de navires construits en Chine.

  • La Chine a également intenté une action en justice contre les restrictions à l’importation (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) d’acier imposées par le Canada.

  • Le gouvernement de l’Ontario met en place un programme de prêts d’urgence (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) d’un milliard de dollars destiné aux entreprises admissibles des secteurs de l’acier, de l’aluminium et de l’automobile touchés par les droits de douane américains.

  • Les répercussions de la guerre commerciale commencent à se faire sentir sur les prix de gros aux États-Unis, qui ont augmenté de 3,3 % (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) en juin par rapport à l’année précédente, soit la plus forte hausse depuis février.

  • Dans le but de relocaliser une partie de sa production et de créer 1 000 emplois aux États-Unis, la société GE Appliances va investir 3 milliards de dollars (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) dans ses usines américaines au cours des cinq prochaines années.

Par Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Leadership avisé RBC

La crise du canola au Canada s’aggrave. Pékin a imposé des droits de douane de 75,8 % sur la culture la plus lucrative du Canada après une enquête préliminaire qui en est venue à la conclusion qu’Ottawa accordait des subventions et un traitement préférentiel à ses agriculteurs.

La taxe sur les graines de canola s’ajoute aux droits de douane de 100 % déjà en vigueur sur l’huile et les farines de canola canadiennes. En avril dernier, la Canadian Canola Growers Association (CCGA) nous avait indiqué que les agriculteurs gelaient leurs investissements, craignant que des droits de douane sur les graines de canola ne soient la « goutte d’eau qui ferait déborder le vase ». Chris Davison (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), président et chef de la direction du Canola Council of Canada, estime désormais que le marché chinois est « en tout état de cause fermé » aux producteurs de canola canadiens.

Cela représente 4,5 milliards de dollars supplémentaires de commerce de matières premières perturbé et désormais à la recherche de nouveaux marchés exempts de droits de douane, rejoignant sur ce plan le bois, l’aluminium et l’acier.

Voici comment se déroule la crise du canola au Canada :

  • Pris en étau entre deux géants économiques : Se pourrait-il que Pékin tente d’amener Ottawa à faire tomber les droits de douane de 100 % imposés sur les véhicules électriques chinois et de 25 % sur l’acier et l’aluminium chinois ? Pékin rendra sa décision finale sur les droits de douane imposés sur les graines de canola en septembre. Mais Ottawa se trouve dans une impasse, car elle a haussé les droits de douane sur l’aluminium et l’acier importés afin d’apaiser les craintes de Washington que des pays, dont la Chine, ne se servent du Canada comme d’une porte dérobée menant au marché américain.

  • Le tourteau en perte de vitesse : Les données de Statistique Canada montrent que les importations chinoises de tourteau de canola en provenance du Canada ont chuté à 32 506 tonnes en juin, contre 141 938 tonnes en juin 2024.

  • L’huile mise à mal : Les exportations canadiennes d’huile de canola vers la Chine ont atteint le chiffre symbolique de zéro en juin, selon les données de l’industrie.

  • Quelques graines… : Les expéditions de graines de canola (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) du Canada vers la Chine ont chuté à 237 897 tonnes en juin 2025, contre 651 080 tonnes au cours de la même période l’année dernière.

  • Les agriculteurs veulent une injection de liquidités : La CCGA est d’avis que les agriculteurs ne devraient pas être contraints d’emprunter pour traverser une crise dont ils ne sont pas responsables. Bien que cela ne ferait qu’exacerber les préoccupations de Pékin à l’égard des subventions accordées par Ottawa au secteur.

Les inquiétudes de Pékin quant au fait qu’Ottawa subventionne l’industrie.

  • Atténuer les effets négatifs : Stimuler la demande intérieure et la capacité de transformation des biocarburants tels que les carburants d’aviation durables (SAF) offre une possibilité de diversifier la demande de canola en tant que matière première pour les biocarburants. Selon Lisa Ashton, notre responsable principale, Politique agricole : « Le Canada devrait s’inspirer des stratégies d’autres pays pour développer ses marchés nationaux des biocarburants et le rôle de l’agriculture dans leur croissance. » Le Brésil, le Japon et la Malaisie augmentent tous leur capacité de transformation des biocarburants, y compris les SAF, et augmentent les mélanges de biodiesel et d’éthanol requis dans les carburants conventionnels.

Jordan Brennan, chef, Leadership avisé RBC, s’est récemment entretenu avec Trevor Tombe, de la School of Public Policy de l’Université de Calgary.

Q : Que peut faire le gouvernement fédéral pour réduire notre dépendance vis-à-vis des États-Unis ?
R :
Nous faisons face à des contraintes importantes. La capacité du Canada à développer ses échanges commerciaux avec d’autres pays par le biais d’accords commerciaux est largement épuisée. L’Inde et la Chine, pour des raisons géopolitiques, sont des perspectives peu probables à court terme. Notre limitation ne tient pas tant aux politiques, mais plutôt aux infrastructures. Notre configuration géographique demeure une réalité imparable qui nécessite des investissements importants dans les infrastructures. Le développement de nos infrastructures ferroviaires et portuaires constitue une priorité renouvelée au niveau fédéral, mais il faudra de nombreuses années pour que cette démarche porte ses fruits.

Q : Selon vous, quel sera l’impact à long terme des guerres tarifaires menées par Trump à l’échelle mondiale ?
R : L’incertitude liée aux menaces tarifaires suffit à elle seule à freiner les investissements. Cela pourrait entraîner une baisse permanente de la productivité canadienne si les investisseurs perçoivent un niveau de risque plus élevé au Canada en raison de l’incertitude quant à l’accès au marché américain. À l’échelle mondiale, s’il y a une leçon à tirer des années 1930, c’est que les spirales protectionnistes aggravent les difficultés économiques de toutes les parties en cause. Si les droits de douane pourraient temporairement stimuler certaines industries américaines, les coûts pour l’efficacité mondiale et le bien-être des consommateurs seraient considérables.

Q : De nouvelles connaissances permettent-elles de remettre en question l’idée répandue selon laquelle le libre-échange présente des avantages généralisés ?
R : Les arguments fondamentaux en faveur de la libéralisation des échanges demeurent solides. Mais cela impose que des ressources, des moyens de production, et que des emplois se déplacent d’un secteur à l’autre et d’une région à l’autre. Certains de mes travaux portent à croire qu’entre 1 et 2 % de la main-d’œuvre canadienne pourrait migrer d’une province à l’autre en réponse à l’élimination des coûts commerciaux intérieurs. Si ces mouvements sont bénéfiques pour la productivité de l’économie dans son ensemble à long terme, ils entraînent des coûts d’ajustement pour les individus alors que certaines entreprises touchées imposent des coûts importants à court terme à ces personnes.

À lire également : Discussion de Brennan et Tombe sur les obstacles au commerce interprovincial.

Le Canada a importé pour 43,4 millions de dollars de spiritueux distillés (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) des États-Unis, soit une baisse de 62 % par rapport à juin de l’année dernière. Les importations de vin américain ont également diminué de 67 %.

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Le vaste plan d’action en IA présenté la semaine dernière par l’administration Trump propulse la course mondiale à l’intelligence artificielle dans une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus uniquement d’une compétition entre OpenAI et Google, mais d’un affrontement géopolitique dans lequel la première puissance technologique mondiale redouble d’efforts pour influencer (et dominer) les décennies numériques à venir.

Le Canada devra agir rapidement.

Voici ce qui me frappe le plus dans la politique de Trump :

  • Territoire. Les mégadonnées (et l’IA) sont, par nature, mondiales et locales. Et voilà que Trump veut désormais libérer les géants de la technologique de la réglementation étatique sur l’IA. Mark Carney pourrait bientôt être confronté aux mêmes défis avec les provinces, alors qu’il tente de mettre en place une approche « une seule économie » sur de nombreux fronts. Carney comme Trump se heurteront à des oppositions lorsque les grandes plateformes commenceront à exploiter les données en santé et en éducation, des domaines qui relèvent de compétences infranationales dans les deux pays. Chacun à leur manière, ils devront apprendre à concilier les intérêts individuels, locaux, nationaux et mondiaux à l’ère de l’IA.

  • Idéologie. Donald Trump souhaite éliminer le « wokisme » des modèles d’intelligence artificielle. J’ignore comment c’est possible, surtout si l’on veut éviter une forme de police de la pensée surveillant les algorithmes. Je ne dis pas que les modèles d’IA devraient échapper aux normes publiques, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression. Le problème, c’est que nous ne savons pas encore comment canaliser ce que nous avons lancé, si ce n’est en poursuivant les développeurs en justice, comme c’est déjà le cas pour d’autres formes de discours. Que vous soyez pour ou contre, la stratégie de Trump ouvre un nouveau chapitre dans la politisation des technologies.

  • Investissement. Une véritable ruée vers l’or est en cours autour des centres de données, et elle continuera d’attirer des milliards de dollars. Trump est déterminé à conserver et à construire ces centres en sol américain. Le Canada peut choisir d’alimenter ce modèle en fournissant énergie, capitaux et données ou bien d’élaborer sa propre stratégie concurrentielle. Un investisseur majeur m’a récemment dit qu’il attend toujours le feu vert pour un méga centre de données de plusieurs milliards de dollars au Canada alors que ses projets similaires aux États-Unis vont bon train. Les données n’attendent pas après les gouvernements.

  • Souveraineté. C’est peut-être le plus grand défi du Canada. Les modèles américain et chinois, ainsi que leurs infrastructures infonuagiques, ont atteint une telle ampleur qu’on peine à imaginer que d’autres pays puissent rivaliser avec eux. Mais il y a une chance pour le Canada. Nous comptons au pays des leaders technologiques mondiaux comme OpenText, Shopify et Cohere et disposons de certains avantages concurrentiels liés à nos propres ensembles de données, notamment en santé. Avons-nous l’ambition de bâtir un rival canadien ? Et faudra-t-il pour cela adopter des politiques technonationalistes, comme celles qu’on voit poindre aux États-Unis et en Europe ?

Face à l’ambition américaine de dominer en IA, le Canada devra miser sur l’ingéniosité humaine pour prospérer dans ce nouvel ordre numérique.

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  • Le Canada et le Mexique ont convenu de renforcer leur collaboration dans plusieurs domaines essentiels, dont les chaînes logistiques, l’IA, la sécurité énergétique et l’économie numérique.

  • Trump met à exécution sa menace de doubler les droits de douane sur l’Inde pour les porter à 50 % au motif que le pays achète du pétrole à la Russie.

  • En juin, les expéditions américaines de jus d’orange vers le Canada ont chuté à un creux jamais vu en plus de 20 ans, selon de nouvelles données.

  • Le Japon déclare que l’administration Trump promet de corriger une erreur « extrêmement regrettable » en matière de droits de douane dans le cadre de son accord avec les États-Unis.

  • Dans un nouveau sondage, près de 90 % participants affirment que les droits de douane ont perturbé la fabrication et la production aux États-Unis.

  • Trump menace d’imposer des droits de douane de 100 % sur les semi-conducteurs étrangers à moins que les entreprises promettent d’investir aux É.-U.

  • Les droits de douane sur les lingots d’or d’un kilo frapperont particulièrement la Suisse.

  • Le 8 août à minuit, les nouveaux droits de douane américains sont entrés en vigueur dans plus de 90 pays.

Malgré l’ambition grandissante du Canada d’élargir son bassin de partenaires commerciaux, les dernières données montrent qu’une telle diversification est compliquée. Les exportations vers les pays autres que les États-Unis sont restées globalement stables au deuxième trimestre. Il est à noter que la légère hausse des exportations hors États-Unis est principalement due à l’augmentation des expéditions d’or vers le Royaume-Uni, dont la valeur a plus que doublé par rapport à l’an dernier sous l’effet de la hausse des prix.

La hausse des exportations canadiennes - hors États-Unis - est principalement attribuable aux expéditions d'or au Royaume-Uni

Nathan Janzen, économiste en chef adjoint, Services économiques RBC, apporte quelques éclaircissements dans ce chaos qui entoure le commerce international.

Q: Pouvez-vous chiffrer ce que les droits de douane américains coûtent à l’économie canadienne ?
R: Le ralentissement de la croissance économique de part et d’autre de la frontière, qui découle en grande partie de l’incertitude liée aux futures politiques commerciales, a paralysé les décisions d’investissement des entreprises. Les mesures de représailles du Canada se sont montrées sévères dans certains secteurs, avec notamment une augmentation des droits de douane sur les importations d’acier en provenance de pays autres que les États-Unis, ce qui augmente le coût des intrants pour les entreprises canadiennes.

Toutefois, en termes relatifs, les droits de douane ont davantage fait grimper les coûts aux États-Unis qu’au Canada. Les recettes tarifaires perçues par le gouvernement fédéral canadien, payées par les acheteurs canadiens, ont augmenté d’environ 2 milliards de dollars par rapport à l’an dernier entre mars et mai, ce qui équivaut à 1,8 % de la valeur totale des biens importés au cours de cette période. Et une grande partie des recettes perçues sera restituée aux entreprises par l’entremise d’un processus de remise. À titre de comparaison, les recettes fiscales issues des droits de douane américains, qui sont payées par les acheteurs américains, ont augmenté de 48 milliards de dollars au cours de la période, ce qui représente 10 % de la valeur des importations en juin. Ce taux tarifaire moyen aux États-Unis est le plus élevé depuis les années 1940.

Q: Dans quelle mesure l’ACEUM a-t-il protégé les exportations canadiennes ?
R: L’accord commercial conclu antérieurement entre le Canada et les États-Unis garantit un accès libre de droits de douane pour la majeure partie des exportations canadiennes vers les États-Unis. Du fait que près de 90 % des exportations canadiennes ont continué d’accéder au marché des États-Unis en franchise de droits de douane entre mars et juin, le Canada s’est retrouvé avec le taux tarifaire effectif moyen le plus bas de tous les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, malgré la hausse des droits de douane sur les exportations canadiennes non conformes à l’ACEUM à 35 % depuis le 1er août.

Le maintien de l’exemption de libre-échange en vertu de l’ACEUM est critique non seulement pour les exportateurs canadiens, mais aussi pour les partenaires commerciaux du Canada aux États-Unis – l’an dernier, le Canada représentait le premier marché d’exportation pour 32 États américains, et le premier pour 22 d’entre eux. L’ACEUM n’expirera pas automatiquement avant 2036, mais des négociations cruciales visant à prolonger l’accord seront entamées l’an prochain.

Q: Le Canada et le Mexique ont convenu cette semaine de renforcer leur collaboration en matière de commerce international. Quelles occasions entrevoyez-vous ?
R: La diversification des échanges commerciaux du Canada est une bonne chose, car elle se traduira par des occasions à l’étranger, mais aussi par des échanges commerciaux accrus avec le Mexique et entre les provinces canadiennes. De plus, le commerce international de services prend une part de plus importante dans le commerce canadien et mondial. Or, il est plus facile de diversifier les échanges commerciaux dans des domaines comme les services professionnels, par exemple, où la distance géographique est moins pénalisante.

Cela dit, le secteur manufacturier représente une part considérable des échanges commerciaux en Amérique du Nord. Étant donné que ce secteur est fortement intégré, après des décennies de libre intégration des chaînes logistiques du Canada, des États-Unis et du Mexique, il ne peut pas vraiment fonctionner sans l’intervention de tous ses participants. Les droits de douane imposés par les États-Unis sur des produits comme l’acier, l’aluminium et le cuivre alourdissent le coût des intrants et réduisent la compétitivité de l’écosystème manufacturier intégré nord-américain par rapport aux chaînes de production d’autres régions comme l’Europe et l’Asie. Il est impossible de diversifier ce type de commerce à court terme sans provoquer d’importantes perturbations économiques des deux côtés de la frontière.

12 milliards $ US

Estimation du coût de la guerre commerciale pour les constructeurs automobiles – jusqu’à présent.

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Par Jordan Brennan, chef, Leadership avisé

La date limite du 1er août est passée sans qu’aucun accord ne soit conclu. Par conséquent, les « droits de douane liés au fentanyl » sur les exportations canadiennes vers les États-Unis devraient passer de 25 % à 35 %. Ces droits s’ajoutent aux droits de douane sectoriels (appelés droits de douane au titre de l’article 232), qui comprennent des droits de douane de 50 % sur l’acier et l’aluminium, de 50 % sur certains produits en cuivre et de 25 % sur le contenu non américain des véhicules finis.

D’un certain point de vue, l’absence d’accord peut être interprétée négativement. Le climat défavorable à l’investissement des entreprises – déjà chroniquement faible au Canada – persistera tant que la guerre commerciale n’aura pas fait l’objet d’une résolution obligatoire.

D’un autre côté, l’absence d’accord pourrait indiquer que l’équipe de négociation canadienne adopte une position ferme. Et grâce à la protection qu’offre l’AEUMC face aux « droits de douane liés au fentanyl », le taux de droits de douane effectif sur les exportations canadiennes sera bien inférieur au taux de base de 35 %.

RBC a fait les calculs et a constaté que plus de 90 % des exportations canadiennes de marchandises vers les États-Unis sont conformes à l’AEUMC et entrent donc sans droits de douane. Malgré tous ces chiffres alarmants, nous estimons que le taux de droits de douane effectif sur les exportations canadiennes est d’environ 5 %, mais qu’il est souvent plus bas en réalité. Cette situation reflète en partie l’habileté et le savoir-faire de l’équipe de négociation canadienne, qui a obtenu la protection offerte par l’AEUMC, mais elle met aussi en évidence le fait que la prospérité américaine – notamment dans les États pivots – dépend du commerce avec le Canada.



Prenons l’exemple de l’industrie automobile. Si le président Trump a pris les rênes de la Maison-Blanche, c’est en partie grâce au soutien des ouvriers des anciens États de la « Rust Belt », qui ont historiquement soutenu les démocrates, mais qui ont changé pour le Parti républicain en 2024. L’industrie automobile nord-américaine est structurée selon un axe nord-sud, avec des chaînes d’approvisionnement reliant des États producteurs clés comme le Michigan, l’Indiana et l’Ohio aux provinces canadiennes.

Rien n’indique clairement que la guerre commerciale, y compris les droits de douane au titre de l’article 232 sur l’automobile, ramène des emplois dans les usines américaines. Les données récentes du Bureau of Labor Statistics montrent que l’emploi dans le secteur manufacturier en général, et dans la fabrication de véhicules et de pièces en particulier, a diminué depuis l’entrée en fonction de Trump. Cette interdépendance place le Canada dans une position de négociation plus favorable qu’on pourrait le croire, étant donné sa dépendance au commerce avec ses voisins américains.

Nous suivrons l’évolution de la situation au cours des prochaines semaines et nous nous attendons à ce qu’un accord, sous une forme ou une autre, soit conclu. Entre-temps, les équipes de négociation de Trump ont conclu une série d’accords avec des partenaires commerciaux clés au cours des dix derniers jours, notamment avec l’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud. Au milieu du chaos et de l’incertitude, une tendance commence à se dessiner.

En échange de droits de douane préférentiels, les partenaires commerciaux des États-Unis s’engagent à effectuer des investissements et des achats importants sur le marché américain, tout en offrant un meilleur accès au marché pour les exportateurs américains, avec certaines exemptions sectorielles et dérogations ciblées. Les « accords » conclus jusqu’à présent, qui ne sont en réalité que des cadres de négociation – se répartissent en trois grandes catégories :

  • Les proches alliés : Avec l’accord sur l’économie et la prospérité entre les États-Unis et le Royaume-Uni, le Royaume-Uni a obtenu les conditions les plus favorables à ce jour, avec des droits de douane de base de 10 %. En raison des exemptions et des dérogations, le taux de droits de douane effectif pourrait être inférieur à 10 %. L’accord est axé sur l’agriculture, l’automobile, l’aérospatiale et les produits pharmaceutiques, tandis que l’acier et l’aluminium sont visés par des taux plus élevés.   

  • Le noyau commercial : L’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud, qui sont parmi les plus importants partenaires commerciaux des États-Unis, ont obtenu des droits de douane de base de 15 %, ce qui les place sur un pied d’égalité les uns avec les autres. Encore une fois, les exemptions et dérogations pourraient réduire le taux de droit de douane effectif.

  • Tous les autres : Les pays qui n’obtiennent pas de droits douaniers préférentiels seront assujettis à des droits de douane de base élevés ou à des droits de douane à la carte (p. ex., les droits de douane de 50 % sur le Brésil).

Qu’il y ait accord ou pas, le Canada fait face à d’importants obstacles. Une récession de la productivité qui dure depuis plusieurs années, combinée à un resserrement de l’immigration, à des frictions commerciales et à une incertitude macroéconomique élevée, signifie que des choix difficiles attendent les dirigeants politiques et économiques du Canada. 

  • En plus d’augmenter les droits de douane imposés au Canada juste avant la date limite du 1er août, Trump a imposé des tarifs coûteux à plusieurs pays – dont 39 % pour la Suisse.

  • Le Mexique bénéficie d’un sursis de 90 jours à la suite d’un appel entre Trump et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum.

  • Ford, le deuxième constructeur automobile américain en importance, affirme que les accords commerciaux conclus avec l’Union européenne, le Japon et la Corée du Sud le placent dans une position très défavorable, puisque la majorité de ses véhicules sont fabriqués aux États-Unis et qu’il dépend fortement de l’importation de pièces. Rien qu’au deuxième trimestre, Ford affirme que les droits de douane lui ont coûté 800 millions $ US.

  • Les titres américains du secteur des transports ont subi leur plus forte baisse depuis avril, l’indice Dow Jones Transportation Average ayant cédé 7 %.

  • Les transbordements –soit les marchandises expédiées aux États-Unis par l’intermédiaire d’autres pays pour contourner les droits douaniers liés au pays d’origine – seront désormais assujettis à des droits de douane de 40 %. Selon les experts, la Chine sera la plus durement touchée par le durcissement des mesures américaines contre les expéditions indirectes. 

  • Les répercussions de l’accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne ont entraîné la pire semaine pour l’euro depuis 2022.