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À quel point les États-Unis dépendent-ils de l’électricité canadienne pour alimenter les foyers et les entreprises américaines ? L’électricité constituera-t-elle un levier de négociation pour Ottawa lors de ses pourparlers commerciaux avec Washington ?

Ces questions se sont imposées après que le premier ministre de l’Ontario Doug Ford eut imposé une surtaxe de 25 % sur l’électricité exportée vers les États frontaliers de New York, du Michigan et du Minnesota – surtaxe qu’il a ensuite suspendue lorsque Donald Trump a menacé de doubler les droits de douane sur l’acier et l’aluminium canadiens. L’Accord États-Unis–Mexique–Canada prévoit une élimination des droits de douane sur l’électricité circulant entre le Canada et les États-Unis. C’est pourquoi le gouvernement de l’Ontario a frappé les importations d’électricité d’une surtaxe, soit une taxe à l’exportation de facto.

Bien que l’Ontario ait retiré sa riposte (pour le moment), cet épisode met en lumière le poids de l’électricité canadienne dans la dynamique des échanges commerciaux transfrontière. Nous nous sommes penchés sur le commerce de l’électricité au sein du continent afin de déterminer si l’électricité constituera un avantage pour Ottawa lors de ses négociations avec Washington.

Alimenter les États-Unis
Exportations d’électricité du Canada vers les États-Unis, par État (2024)

Source : Analyse des données de Statistique Canada par Leadership avisé RBC

Quatre provinces dominent

L’année dernière, le Canada a fourni 35 térawattheures (TWh) d’électricité aux États-Unis. Ces exportations, qui représentent moins de 2 % de la production totale d’électricité américaine, ont injecté 3,4 milliards de dollars dans l’économie canadienne. Or, certains États sont plus dépendants de l’énergie canadienne que d’autres.

Le mouvement de l’électricité à l’intérieur du continent, comme celui des biens physiques, suit un axe nord-sud. Comptant ensemble pour 86 % des exportations, le Québec, l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Manitoba dominent le commerce de l’électricité entre le Canada et les États-Unis.

Jusqu’en 2022, le Québec était le plus important exportateur d’électricité, produisant un tiers des exportations canadiennes. Si la province a récemment été surpassée par l’Ontario, c’est surtout en raison d’une baisse de sa production hydroélectrique engendrée par des sécheresses, et non à une hausse du nombre de térawattheures exportés par l’Ontario vers des États frontaliers.

Par ailleurs, la circulation ne se fait pas à sens unique. En effet, il arrive que les États-Unis exportent de l’électricité vers le Canada. Les quatre provinces susmentionnées reçoivent la majeure partie de ces importations, particulièrement en période de sécheresse ; 95 % (21 TWh) des importations totales d’électricité américaine leur sont destinées. La Colombie-Britannique est le plus grand acheteur d’électricité américaine, représentant 57 % des importations. Si l’on fait abstraction des sécheresses et de la pénurie en Colombie-Britannique, laquelle sera réglée lorsque le barrage hydroélectrique du Site C atteindra sa pleine capacité plus tard cette année, la consommation annuelle d’électricité américaine par le Canada pourrait être réduite de dix fois pour s’établir à environ 2 TWh.

Le Canada fournit aux États-Unis suffisamment d’électricité pour alimenter 3,4 millions de foyers par an
Exportations d’électricité par province (2024)

* Les chiffres sont fondés sur la consommation annuelle moyenne d’énergie par foyer.

Source : Analyse des données de Statistique Canada par Leadership avisé RBC

Le Maine et le Minnesota sont les plus dépendants du Canada

La puissance de l’électricité comme outil de négociation dans les pourparlers commerciaux est fonction de la part de marché de chaque province dans les différentes régions américaines.

Bien que l’électricité produite par le Nouveau-Brunswick n’ait compté que pour 11 % des exportations canadiennes en 2023, ces 5,5 TWh d’énergie ont comblé 44 % des besoins du Maine. Si l’on ajoute à cela les importations en provenance du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador, la part de l’électricité canadienne dans la consommation de l’État atteint 64 %.

De même, le Minnesota a importé du Manitoba 13 % de sa consommation d’électricité en 2023, et ce chiffre devrait augmenter cet été. Le Midcontinent Independent System Operator (MISO), qui supervise les transmissions d’électricité dans plusieurs États du Midwest, dont le Minnesota, prévoit une pénurie, invoquant la convergence de différents événements : la mise au rancart des centrales au charbon, une hausse de la demande et une entrée en activité de nouvelles centrales électriques plus lente que prévu.1

Les opérateurs de système voisins, Southwest Power Pool et PJM Interconnection sont limités dans leur capacité à fournir de l’énergie supplémentaire, car leurs propres réseaux de distribution font face aux mêmes difficultés.2 Cette situation pourrait accroître la dépendance du Minnesota à l’égard du réseau du Manitoba.

En position de faiblesse ?

Le Québec et l’Ontario ne peuvent pas autant miser sur l’électricité. Bien que l’Ontario couvre 6 % des besoins en électricité du Michigan, une grande partie de cette électricité est acheminée vers des États voisins, principalement l’Ohio et l’Indiana. Pour sa part, l’État de New York dépend du Québec et de l’Ontario pour 6 % de son électricité.

Les États américains pourraient-ils facilement passer à des solutions de rechange si le Canada impose de nouvelles surtaxes ? New York fait partie du Northeast Power Coordinating Council (NPCC), qui comprend, en plus du Québec et de l’Ontario, six États de la Nouvelle-Angleterre qui pourraient devenir des fournisseurs viables. Toutefois, on prévoit que la croissance de la demande dans la région du nord-est devrait entraîner une pénurie de l’offre d’ici 2026.

Si l’Ontario et le Québec veulent pouvoir compter sur l’électricité comme monnaie d’échange dans leurs négociations avec l’administration américaine, ils devront adopter une stratégie coordonnée. Cela pourrait s’avérer difficile pour le Québec, car Hydro-Québec a conclu avec l’opérateur de système indépendant de l’État de New York une entente qui pourrait limiter sa capacité à modifier ses conditions de service et ses tarifs.

Points à surveiller

Le gouvernement de l’Ontario affirme que des surtaxes pourraient toujours être appliquées en réponse à d’éventuelles mesures commerciales prises par Washington. Les États-Unis prévoyant d’imposer des droits de douane réciproques le 2 avril, la province pourrait à nouveau mettre à exécution cette menace, comme elle l’a brièvement fait le 10 mars.

En outre, un été chaud pourrait encore renforcer la position de l’Ontario. Sans l’électricité canadienne, les États américains pourraient peiner à maintenir l’éclairage et la climatisation cet été, leurs réseaux étant déjà fort sollicités. Il pourrait bien s’agir du plus important levier de négociation pour l’Ontario et les autres provinces.

Mais bien plus qu’un outil contondant, le commerce de l’électricité constitue un atout stratégique dont le Canada peut se servir pour renforcer sa coopération énergétique avec les États-Unis tout en assurant la stabilité des deux économies.

Myha Truong-Regan est cheffe, Recherche climatique, Institut d’action climatique RBC.

1. Rapport sur l’état de fiabilité à long terme 2024 de la NERC

2. Ibid


Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur.  Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.

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Donald Trump s’est engagé à redéfinir l’ordre commercial mondial et par conséquent, la relation des États-Unis avec l’économie mondiale. Aussi troublant que cela puisse paraître, cette position n’est ni nouvelle ni soudaine. La réforme du commerce est un aspect prioritaire de la pensée politique américaine depuis l’effondrement du mur de Berlin, qui a mené à la disparition d’un contrepoids communiste au capitalisme mondial. Bien que la résistance puisse remonter aux premiers jours de l’ALENA, la fragilité de la confiance commerciale des États-Unis s’est réellement accentuée pendant la crise financière mondiale et les années qui ont suivi, la Chine s’étant enhardie à revendiquer un statut de grande puissance.

Le démantèlement brique après brique d’une autre structure dominante du 20e siècle est maintenant orchestré : le mur de soutien d’une économie mondiale, qui repose sur la protection militaire, les principes juridiques et la politique monétaire des États-Unis. La nouvelle guerre commerciale de 2025 concerne autant la Pax Americana Œconomia que tout autre chose et menace rapidement de créer une brèche massive dans le mur de soutien, d’une manière égale peut-être en conséquence à ce moment de 1989. C’est pourquoi certains conseillers de Trump ont qualifié ce moment de « changement générationnel » dans le secteur du commerce.

La forme de l’économie mondiale et son orientation à l’approche de 2030 sont en jeu, et peu de pays risquent autant que le Canada, parce que peu ont autant bénéficié de cette ère commerciale qui pourrait maintenant arriver à son crépuscule. Chaque pays est le plus grand client de l’autre, plus de 75 % des exportations canadiennes étant destinées aux États-Unis et 17,3 % des exportations américaines l’étant au Canada. Les échanges bilatéraux vont au-delà du volet commercial ; les deux voisins se sont appuyés l’un l’autre pour la sécurité énergétique et alimentaire, la sécurité militaire et économique, au moyen de normes et de principes alignés pour tout, des pièces de voiture et de l’aéronautique aux protocoles de télécommunications et aux principes informatiques.

Pour que le Canada puisse prospérer dans cette nouvelle ère de perturbations économiques, dans laquelle ces ententes à long terme peuvent maintenant être perpétuellement soumises aux caprices politiques et aux vues mercantiles, il lui faudra être plus stratégique. Certes, notre avenir sera davantage tributaire des droits de douane et des tirades, mais il sera façonné de manière plus durable par notre compréhension des enjeux fondamentaux des États-Unis et par notre capacité à nous y attaquer pour que le changement générationnel nous aide à renouveler notre économie. Parmi ces enjeux :

C’est la sécurité, idiot

Le programme économique de Trump est plus axé sur la sécurité que sur la prospérité. C’est pourquoi la sécurité et les politiques commerciales sont plus étroitement liées que ce que nous avons vu depuis des décennies, même si les États-Unis n’ont étonnamment pas livré de guerre pour des intérêts commerciaux depuis qu’ils se sont hissés à la tête des économies du monde. La menace des droits de douane n’est pas tant une technique coercitive pour obtenir un avantage dans le cadre d’accords bilatéraux et multilatéraux ; elle s’aligne plutôt sur une vision du monde nationaliste américaine. Dans les années à venir, nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis se concentrent sur l’hémisphère Nord, sur le plan de l’engagement militaire et commercial. Tant que les intérêts économiques des États-Unis ne seront pas menacés. Ce nouvel impératif exigera du Canada de jouer un rôle plus important dans la surveillance du commerce mondial.

La Terre n’est plus plate

Les gouvernements américains successifs ont suffisamment sapé l’Organisation mondiale du commerce pour la rendre considérablement insignifiante à l’égard des principales considérations commerciales. Trump est maintenant déterminé à refaçonner le système plus large, en ciblant le régime tarifaire préférentiel que les États-Unis ont créé après la guerre froide pour stimuler la croissance des économies alliées et en développement. Le taux tarifaire effectif aux États-Unis, qui est d’environ 3 %, est le plus bas parmi les principales économies. Le taux effectif de l’Union européenne sur les importations est de 5 %, celui de la Chine de 10 % et celui du Bangladesh, de 155 %, le plus élevé au monde. La réorientation du commerce mondial qui en résultera compliquera les ambitions du Canada au chapitre de la diversification des exportations.

Le roi Dollar roi est mort ? Vive le roi Dollar

À la base des déficits commerciaux des États-Unis est leur position très inconfortable en tant que filet de sécurité pour l’économie mondiale. Le dollar américain, en tant que monnaie de réserve, continue d’attirer des capitaux vers les États-Unis, ce qui rend ses exportations moins concurrentielles. La force du dollar rend son coût d’emprunt moins cher qu’il ne devrait l’être, ce qui permet aux gouvernements et aux consommateurs de profiter pleinement du crédit, ainsi qu’à une série d’administrations d’enregistrer des déficits budgétaires, qui ne contribuent pas à rendre les États-Unis de nouveau concurrentiels. Comme la première économie mondiale est devenue une machine de consommation, elle s’est de plus en plus appuyée sur les importations, et elle a un besoin croissant de trouver des importations moins chères pour ne pas alimenter l’inflation. Le Canada devra se joindre à d’autres pays pour aider à rééquilibrer les monnaies mondiales.

Beaucoup ont mentionné la nécessité d’une nouvelle version des Accords du Plaza – conclus en 1988, après le krach boursier de l’année précédente, qui ont aidé à revaloriser le dollar par rapport aux autres grandes devises. La tâche s’avérerait beaucoup plus difficile aujourd’hui, étant donné la prédominance du dollar sur toutes les autres devises, qui représente environ 60 % des 12 000 milliards de dollars de réserves de change du monde. En outre, depuis 1988, la dette des États-Unis a triplé en pourcentage du PIB. Dans le meilleur de deux mondes, une transition à long terme inciterait les principaux partenaires commerciaux des États-Unis, y compris le Canada, à se partager certains des coûts cachés d’une monnaie de réserve.

Ce sont là quelques-unes des pressions stratégiques auxquelles les États-Unis sont confrontés et qui sont intégrées à leur approche commerciale. Ils ont besoin d’aide pour contrôler le commerce mondial, y compris les voies maritimes. Ils ont besoin que les autres pays augmentent leurs importations de biens américains, y compris d’énergie. Et ils ont besoin de partenaires pour atténuer les pressions à long terme sur le dollar américain et même pour payer une partie du coût d’exploitation d’une monnaie de réserve (au moyen du resserrement de la politique budgétaire ou monétaire).

Compte tenu de ces importantes forces en jeu, nous pouvons nous attendre à ce que les États-Unis continuent de faire pression pour que des réformes commerciales soient adoptées, peut-être radicalement.

Ce que cela signifie pour le Canada

Il est peu probable que des droits de douane généralisés de 25 % soient appliqués, compte tenu des répercussions qui se feraient sentir sur l’économie et les consommateurs américains. Toutefois, les Canadiens ne devraient pas perdre de vue leur incidence potentielle : selon les Services économiques RBC, une telle hausse des droits ferait grimper le taux de chômage au-dessus de 8 %, réduirait la croissance du PIB de moitié cette année et augmenterait de 2,5 % les prix à la consommation. Elle coûterait aussi aux consommateurs américains 1 200 dollars américains par an en moyenne.

Une telle modélisation constitue un défi dans la mesure où les droits ne sont jamais appliqués de façon isolée. Il faut aussi tenir compte de la probabilité de contre-mesures tarifaires, voire d’escalade, ainsi que des répercussions sur le dollar canadien. Un autre facteur est la capacité des entreprises à absorber le coût des droits de douane, grâce à des gains d’efficience et à la compression des marges. De nombreuses entreprises canadiennes ont laissé entendre qu’elles pourraient absorber des droits de 10 %, en divisant le coût en trois environ – pour les consommateurs, les intermédiaires et pour leur propre compte. En fait, les marges bénéficiaires du Canada ont atteint des niveaux relativement élevés, en partie en raison du dollar à 70 cents et des problèmes de capacité aux États-Unis, y compris les pénuries de main-d’œuvre.

Mais ce n’est qu’une seule mesure, selon la norme de l’état des résultats. Les politiques commerciales imprévisibles de l’administration Trump ont aussi un effet insidieux sur la confiance des investisseurs. L’indice d’incertitude de la politique économique pour le Canada a atteint un record, soit quatre fois plus que sa moyenne sur 20 ans, et bien au-dessus du niveau atteint pendant la pandémie de COVID-19. Les activités de fusion et d’acquisition ont également ralenti, tout comme les intentions d’investissement dans la machinerie et l’équipement. D’autres répercussions négatives émergent tandis que les entreprises stockent des intrants et exportent leurs produits avant l’imposition anticipée des droits de douane et d’obstacles au commerce intérieur. Nous en avons vu des signes en janvier, alors que les fabricants se dépêchaient de faire passer la frontière à leurs produits, même au prix d’une gestion de stocks plus importants.

Cette réaction – ou mesure préventive – pourrait entraîner un ralentissement industriel au cours des trimestres à venir. Ajoutez à cela un fléchissement prévu de la confiance des consommateurs, car les Canadiens ont pris connaissance des attentes de pertes d’emplois, de fermetures d’entreprises et de besoins en soutien gouvernemental, qui pourraient entraîner des baisses de taux d’intérêt.

Dans ce contexte, la Banque du Canada est confrontée à un dilemme aussi difficile que pendant la pandémie, lorsque le secteur économique de l’offre a été paralysé. Les droits de douane peuvent simultanément freiner la croissance économique et faire grimper les prix. La décision de rajuster les taux d’intérêt dépendra de l’effet le plus dominant (inflationniste ou déflationniste). Comme ce fut le cas lors de la pandémie, la décision reposera en grande partie sur l’innovation et la créativité des entreprises pour gérer le choc, ce que nous avons tendance à constater seulement avec du recul.

Enfin, et ce sera tout aussi difficile pour la Banque du Canada, les gouvernements fédéral et provinciaux prendront probablement d’importantes mesures de soutien pour les entreprises et les travailleurs touchés, y compris des subventions et des allégements fiscaux. Cela sera politiquement nécessaire et économiquement risqué, car elles pourraient peser sur les finances publiques, influer sur la cote de solvabilité du Canada et se révéler procycliques si elles coïncident avec des baisses de taux d’intérêt.

Composer avec l’incertitude

Bien que l’incidence exacte des droits de douane sur l’économie canadienne demeure incertaine, nous savons par expérience et par les données économiques fondamentales antérieures quelles répercussions de telles perturbations commerciales pourraient entraîner.

La première chose à reconnaître est que les secteurs sensibles au commerce seront les plus vulnérables. Les droits de douane sont des taxes sur le mouvement et non sur la production des biens. Par conséquent, les secteurs qui dépendent fortement du commerce transfrontalier, comme la fabrication automobile, courent le plus grand risque. Des décennies de libre-échange ont mené à la création de chaînes logistiques profondément intégrées, où les produits traversent la frontière à plusieurs reprises au cours du processus de production. Cela signifie que les droits de douane peuvent s’appliquer plusieurs fois au cours du même cycle de production, faisant grimper les coûts. Le secteur de l’automobile est le plus souvent cité, mais il existe des exemples semblables dans la plupart des secteurs : les homards du Maine, par exemple, sont envoyés au Canada pour traitement, puis retournés sur le marché américain. Dans l’ensemble, plus de 60 % du secteur manufacturier canadien a des flux commerciaux avec les États-Unis qui représentent au moins le double de leur production nationale.

De plus, même si le Canada n’impose pas de droits de représailles, les droits américains peuvent à eux seuls nuire indirectement aux entreprises canadiennes. En raison de la forte intégration entre les secteurs manufacturiers des États-Unis, du Canada et du Mexique, les droits de douane sur les importations industrielles américaines feront grimper les coûts pour les exportateurs américains. Cela fera ensuite augmenter le prix des biens que le Canada importe des États-Unis, créant un effet inflationniste. L’OCDE estime qu’une bonne partie =des importations américaines sont en fait des biens de fabrication américaine qui ont été exportés pour transformation puis réimportés. Les chaînes logistiques manufacturières nord-américaines souffriront donc davantage des droits de douane que celles de l’Asie ou de l’Europe.

L’acier et l’aluminium sont manifestement dans la mire de Trump, en partie parce qu’il a dit croire que sans acier, on n’a pas de pays. Plus de 90 % des exportations canadiennes d’acier et d’aluminium sont destinées aux États-Unis, ce qui signifie que ces droits ont une incidence directe sur près de 24 milliards de dollars de produits canadiens. Toutefois, la relation commerciale est étroitement interdépendante – le Canada est aussi le plus important fournisseur de ces métaux aux États-Unis, soit environ 20 % de leurs importations d’acier et 50 % de leurs importations d’aluminium. En 2024, les importations américaines d’acier canadien ont totalisé 7,5 milliards de dollars, contre 9,4 milliards de dollars pour les importations d’aluminium.

Bien que le Canada conserve un excédent commercial au sein de ces secteurs (14 milliards de dollars en 2024, dont 11 milliards de dollars de l’aluminium), leur contribution globale à l’économie nationale demeure relativement faible. L’acier et l’aluminium ne représentent que 0,5 % du PIB et des emplois du Canada et environ 3 % des exportations totales. Les provinces les plus touchées sont le Québec et l’Ontario, où ces secteurs représentent respectivement 1 % et 0,6 % du PIB.

Le marché américain dispose de peu de solutions pour remplacer ces produits. L’expérience des droits de douane en 2018-2019 a démontré que les producteurs américains ont du mal à remplacer l’acier et l’aluminium canadiens. La plupart des autres fournisseurs sont également confrontés à des droits et la capacité de production ne peut pas être augmentée rapidement. De nombreux produits spécialisés sont difficiles à remplacer, ce qui oblige les importateurs américains à absorber des coûts plus élevés. Fait intéressant, malgré les droits imposés en 2018, les importations américaines de produits en acier ont augmenté, le Canada, le Mexique et l’Europe augmentant légèrement leur part de marché. Au Canada, l’emploi dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium a augmenté de 4 % en 2018 et de 6 % en 2019. Entre-temps, la capacité de production d’acier et d’aluminium aux États-Unis a en fait diminué au cours de la période d’imposition des droits.

Ce que le Canada peut faire

À court terme, le Canada risque de se retrouver dans une lutte tarifaire avec son plus grand partenaire commercial, à la fois prenant et donnant des coups. Nous devons aussi penser à long terme en investissant simultanément dans notre propre diversification commerciale tout en explorant des façons d’aider les États-Unis à s’attaquer à leurs enjeux économiques de longue date. À long terme, ils seront aussi nos enjeux.

Nous pouvons commencer par nos ressources naturelles, et pas seulement parce que Trump les a citées comme cibles. Le Canada doit continuer de mettre de l’avant son rôle essentiel dans le domaine de l’énergie et de la sécurité économique aux États-Unis, en mettant l’accent sur la richesse de ses ressources dans le but d’éviter les menaces américaines de mesures commerciales.

De plus, l’accent mis au Canada sur le développement de marchandises clés peut stimuler la croissance industrielle et le PIB, attirer des investissements et accroître la participation des Autochtones, ce qui rendrait le Canada plus indispensable aux intérêts américains. La diversification géographique des exportations canadiennes de ressources est également essentielle, car l’expansion du commerce au-delà des États-Unis atténue les risques. Washington reconnaît déjà l’importance des ressources du Canada, ce qui offre un avantage de négociation. En accordant la priorité à l’énergie, à l’agriculture et aux minéraux critiques, le Canada peut renforcer sa position de partenaire clé dans le commerce mondial et la stabilité économique des États-Unis.

Considérons seulement l’importance de ces marchandises pour l’économie américaine.

Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz naturel et d’électricité jouent un rôle crucial dans la stabilisation des réserves d’énergie aux États-Unis. Les pipelines intégrés et les réseaux électriques transfrontaliers facilitent un approvisionnement continu en énergie, tandis que les expansions comme le pipeline Trans Mountain permettent au Canada d’accroître sa capacité de desservir les marchés américains et internationaux.

Le Canada fournit 60 % des importations américaines de pétrole, en particulier de brut lourd, qui est vital pour les raffineries américaines. Sans pétrole brut canadien, les raffineries américaines seraient confrontées à un réoutillage coûteux ou dépendraient de fournisseurs plus risqués comme le Vénézuéla et le Moyen-Orient. De même, le Canada fournit 90 % des importations d’électricité aux États-Unis, offrant une énergie propre et économique qui soutient des secteurs de haute technologie comme l’intelligence artificielle et la fabrication de pointe. De plus, le Canada fournit 99 % des importations américaines de gaz naturel, qui est essentiel pour répondre à la demande croissante d’énergie au pays, particulièrement dans le contexte de production nationale qui peine à suivre le rythme.

Le Canada contribue aussi de façon essentielle à la sécurité alimentaire des États-Unis, en leur fournissant des produits agricoles clés qui soutiennent la production alimentaire et de biocarburants aux États-Unis. Comme les États-Unis sont confrontés à des pénuries de main-d’œuvre potentielles en raison des politiques d’immigration, le rôle du Canada dans l’approvisionnement alimentaire en Amérique du Nord deviendra encore plus crucial.

Le Canada fournit 98 % des importations américaines d’huile de canola, un ingrédient essentiel à la transformation des aliments et à la production de biocarburants. De plus, les États-Unis importent 34 % de leur viande du Canada, en particulier du bœuf et du porc, qui sont profondément intégrés aux chaînes logistiques nord-américaines. Le Canada fournit aussi 85 % des importations américaines de potasse, un composant essentiel des engrais qui favorisent le rendement des cultures, surtout en raison des enjeux agricoles liés au climat.

Enfin, alors que les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance à la Chine et à la Russie au chapitre des minéraux critiques, le Canada a l’occasion de renforcer son rôle de fournisseur clé dans des secteurs comme l’énergie propre, les semi-conducteurs et la défense. Le Canada fournit actuellement 19 % des importations américaines de minéraux critiques, y compris des ressources essentielles comme le nickel, l’aluminium et le zinc. Grâce à des investissements et à un soutien politique adéquats, le Canada pourrait accroître sa capacité dans ces secteurs.

Par ailleurs, le Canada est un partenaire essentiel du secteur américain de l’énergie nucléaire, puisqu’il fournit 27 % des importations américaines d’uranium. Alors que les États-Unis cherchent à accroître leurs capacités en énergie nucléaire, les technologies canadiennes de pointe d’extraction, de transformation et de petits réacteurs modulaires peuvent aider à combler les lacunes du cycle de combustible nucléaire nord-américain.

Pour maximiser les avantages que présentent ses ressources, le Canada doit investir dans les infrastructures, créer un environnement réglementaire stable et attirer des capitaux pour le développement à long terme. L’élargissement des partenariats commerciaux mondiaux, en particulier en Asie et en Europe, peut réduire la dépendance excessive du Canada aux États-Unis tout en assurant sa résilience face à l’évolution de la dynamique géopolitique.

Mais à long terme, le Canada ne peut pas toujours enregistrer d’importants excédents commerciaux dans ces secteurs, puisque ces déséquilibres ont pour effet dérivé de déstabiliser la plus grande économie mondiale. Nous pouvons rechercher d’autres marchés pour ces ressources et chercher à acheter davantage de produits liés aux ressources des États-Unis, que ce soit de l’uranium enrichi ou des aliments emballés. Seulement si les États-Unis sont intéressés par une approche négociée des balances commerciales, bien sûr.

À ce chapitre, une renégociation accélérée de l’accord commercial de l’AEUCM semble inévitable et dans l’intérêt du Canada. Une résolution rapide des incertitudes et des frustrations persistantes en regard de l’accord initial pourrait réduire l’incertitude qui accompagne les menaces tarifaires de Trump. Une renégociation – idéalement, sans menace de droits de douane – pourrait aider à aborder les préoccupations commerciales dans la nouvelle économie numérique, y compris le respect par le Canada d’une taxe de vente numérique. Les préoccupations persistantes à l’égard du secteur canadien du bois d’œuvre et des produits laitiers pourraient également être résolues, ce qui contribuerait à la création d’un nouvel accord susceptible de renforcer la valeur de l’Amérique du Nord pour les investisseurs mondiaux. L’accord peut faire plus, au profit du Canada, pour inclure les droits de la personne et les normes environnementales dans les échanges commerciaux nord-américains. Les trois pays devraient cependant se rappeler les avantages mutuels de l’accord, même sous sa forme actuelle. Moins de cinq ans après sa mise en œuvre, le commerce nord-américain a grimpé de 47 %, soutenant 9 millions d’emplois.

De façon plus générale, grâce à la restauration de la bonne foi entre les gouvernements, le Canada peut contribuer à la création d’un nouveau cadre stratégique pour l’Amérique du Nord, y compris l’approvisionnement en minéraux critiques, la défense de l’Arctique et les approches communes à l’égard d’une autre frontière économique, l’espace.

Alors que le Canada fait face à l’incertitude économique qu’engendrent les politiques tarifaires américaines, ce genre d’approche stratégique et proactive est essentiel. La relation commerciale entre le Canada et les États-Unis est profondément intégrée et repose sur une dépendance mutuelle, le Canada fournissant des ressources critiques, de l’énergie et des biens industriels qui renforcent les intérêts des États-Unis sur le plan de la sécurité économique et nationale. Bien que les droits de douane présentent des obstacles immédiats, ils soulignent également la nécessité pour le Canada de tirer parti de ses forces économiques dans le cadre des négociations commerciales, de diversifier ses partenariats mondiaux et d’investir dans la résilience industrielle à long terme.

En mettant l’accent sur son rôle indispensable dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des minéraux critiques, le Canada peut se positionner non seulement comme un partenaire commercial clé des États-Unis, mais aussi comme un chef de file sur les marchés mondiaux. Développer les infrastructures, favoriser l’innovation et garantir des environnements d’investissement stables seront cruciaux pour soutenir la croissance. Bien que les politiques protectionnistes puissent influer sur la dynamique commerciale à court terme, la capacité du Canada à s’adapter et à renforcer ses avantages concurrentiels influera sur sa prospérité économique à long terme dans un contexte mondial en constante évolution.

L’équipe Leadership avisé RBC a lancé une campagne s’échelonnant sur plusieurs mois en partenariat avec The Hub. La série de ce mois-ci porte sur les droits de douane, le commerce et les occasions pour le Canada dans ce nouvel ordre économique. N’oubliez pas de rester à l’affût du lancement de DeepDive.

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Exception faite de l’énergie, le Canada a un déficit commercial avec les États-Unis. C’est le message principal qu’Ottawa a envoyé à Washington dans un document déposé (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) en réponse à la demande de commentaires du représentant américain au Commerce, tandis qu’il évalue les pratiques « injustes » de leurs partenaires commerciaux.

Le président américain Donald Trump a dénoncé l’excédent commercial dont jouit le Canada contre les États-Unis, qu’il qualifie « essentiellement de subvention ». Toutefois, le document de huit pages (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) d’Ottawa fait remarquer que l’excédent est principalement attribuable à la préférence des raffineurs américains pour les carburants canadiens abordables et fiables sur lesquels les Américains comptent pour alimenter l’économie américaine.

À l’exception de l’énergie, les États-Unis ont un excédent commercial des marchandises avec le Canada depuis 2007, qui s’est établi à 34,3 milliards de dollars en 2024. Parallèlement, l’excédent commercial des services des États-Unis par rapport au Canada s’est établi à 34,9 milliards de dollars.

Le document déposé prépare le terrain pour une réponse canadienne et tente d’anticiper plusieurs points délicats qui seront vraisemblablement soulevés lors de toute négociation future sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

Voici quelques-uns des principaux thèmes et chiffres – et griefs – qui sont ressortis du document du Canada :

Nous sommes votre plus grand client : Le Canada achète plus de biens américains que la Chine, le Japon et l’Allemagne réunis. En 2024, le Canada a été la plus importante destination des exportations de 32 États américains et achète de nombreux produits finis de grande valeur, comme de l’équipement, des véhicules, des produits agricoles et une grande variété de biens de consommation. Quelque huit millions d’emplois aux États-Unis sont liés au commerce avec le Canada.

Le Canada partage les préoccupations des États-Unis au sujet des pratiques commerciales déloyales : Ottawa a imposé des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois et de 25 % sur les produits d’acier et d’aluminium chinois, en plus d’autres droits sur les minéraux critiques chinois, l’équipement renouvelable, etc. – tous ces droits du Canada s’alignent sur plusieurs mesures américaines visant à limiter les produits chinois. Ottawa surveille également les chaînes logistiques d’importation d’acier et a modifié sa Loi sur l’investissement Canada l’an dernier pour tenir compte des risques à la sécurité nationale et continentale.

Il est essentiel de noter que le Canada envisage d’autres mesures pour s’attaquer aux risques à la sécurité économique et aux chaînes logistiques du Canada et de l’Amérique du Nord, pour renforcer les mesures contre les minéraux critiques provenant de territoires qui soulèvent des préoccupations.
Tout aussi important, le Canada a souligné qu’il ne s’agit ni d’un risque de transbordement ni d’une porte dérobée vers le marché américain pour des pratiques commerciales qui pourraient nuire à la sécurité économique collective du continent.

Il ne devrait y avoir aucun différend concernant les produits laitiers : Les exportations américaines de produits laitiers vers le Canada ont grimpé à 1,14 milliard de dollars, comparativement à 728 millions de dollars à l’entrée en vigueur de l’AEUCM. Les États-Unis ont un excédent commercial des produits laitiers avec le Canada, qui a connu une croissance de 45 % depuis 2020. Monsieur Trump a déclaré que les droits de douane de 200 % imposés par le Canada sur les produits laitiers américains sont un « irritant pour le commerce », mais il a omis de dire qu’ils ne s’appliquent que si les contingents tarifaires convenus sur les importations de produits laitiers américains en vertu de l’AEUCM sont atteints ou dépassés. Les négociateurs américains étaient intéressés par l’accès au commerce de détail des produits laitiers pendant les négociations initiales sur l’AEUCM, ce qui pourrait de nouveau être soulevé pendant le processus de renégociation. C’est cependant le système des contingents qui est perçu comme un irritant pour le commerce, ce qui pourrait nécessiter certains compromis de la part du Canada.

La taxe canadienne sur les services numériques n’instaure aucune discrimination : La taxe ne vise pas uniquement les entreprises américaines, mais s’applique également aux entités canadiennes. L’automne dernier, le Canada a engagé un dialogue constructif et substantiel avec ses homologues américains du Commerce dans le cadre du processus de consultation sur le règlement des différends de l’AEUCM. La taxe sur les services numériques a toutefois été un irritant constamment soulevé par les entreprises et le gouvernement des États-Unis, et il est peu probable que cette lettre le règle.

Le point sur la TVA : Un important sujet de discorde soulevé par le président Trump a été la TPS du Canada – une taxe sur la consommation qu’il considère comme un droit de douane. Le mémoire canadien rétablit les faits – il ne s’agit pas d’un droit de douane et elle ne nuit pas indûment aux entreprises américaines.

Mise sur pied d’un forum trilatéral sur la réglementation financière : La première administration Trump avait proposé la création d’un forum Canada-Mexique-États-Unis sur la réglementation financière pour alimenter le dialogue sur l’évolution et la réglementation du secteur financier. Le forum n’a jamais vu le jour, mais le Canada a dit qu’il se réjouissait de l’occasion qui lui était donnée de lancer l’initiative.

Nous avons besoin l’un de l’autre au chapitre de l’acier et de l’aluminium : Le Canada a acheté 37 % des exportations d’acier des États-Unis, soit 5,5 milliards de dollars, et a toujours été une destination d’exportation de premier plan pour l’acier américain depuis les cinquante dernières années. Parallèlement, les fabricants américains qui se fient à l’acier canadien sont intégrés verticalement aux entreprises situées au nord de la frontière pour maintenir leur concurrentialité.

Le secteur américain est également très dépendant des rebus d’aluminium – et plus particulièrement des rebus d’aluminium brut dont le Canada est la principale source.

Le Canada a pris des mesures pour protéger les deux secteurs contre les pratiques commerciales déloyales en imposant des droits de douane sur les importations chinoises et en renforçant son mécanisme de recours commerciaux pour lutter contre le commerce déloyal et le contournement.

Le message global était qu’Ottawa demeure déterminé à promouvoir le commerce équitable et à contrer les pratiques commerciales déloyales et non réciproques d’autres pays afin d’assurer la concurrentialité et la sécurité de l’Amérique du Nord.

Le mémoire indique que la capacité du Canada à prendre des mesures pour lutter contre les pratiques commerciales déloyales d’autres pays est toutefois limitée lorsqu’il est confronté à des mesures commerciales injustes et injustifiées de la part des États-Unis.

Ottawa a indiqué qu’il entend tirer parti de sa présidence du G7 cette année et insister sur la question des pratiques commerciales déloyales avec les pays adhérant aux mêmes idées. Plus près de chez nous dans Charlevoix, les ministres des Affaires étrangères du G7 qui s’y étaient réunis ont publié une déclaration mentionnant les politiques et pratiques non commerciales de la Chine qui entraînent une surcapacité préjudiciable et des distorsions du marché, mais plus circonspecte sur la situation des droits de la personne par rapport aux déclarations antérieures du G7.

Cette année, le G7 sera un forum important sur les questions du commerce, de la sécurité économique et de l’énergie. Le premier ministre Mark Carney invitera le président Zelensky, avec lequel le président Trump est en voie de signer un accord de cessez-le-feu qui pourrait conduire l’Ukraine à céder certains de ses minéraux critiques. Il est utile de rappeler que le Canada figure parmi les nombreux pays qui profitent des mesures de politique économique des États-Unis.

Lisez la réponse complète d’Ottawa ici (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).

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Organisée tous les ans à Houston, CERAWeek est la plus importante conférence mondiale dans le domaine de l’énergie, avec ses 10 000 dirigeants, décideurs politiques, investisseurs, scientifiques et technologues provenant du monde entier. Si vous voulez savoir ce qui est en vogue – ou ne l’est pas – dans le domaine de l’énergie, c’est là qu’il faut aller.

Il y a quelques années, tout le monde n’en avait que pour les réseaux locaux de recharge de véhicules électriques (VE). L’an dernier, les énergies renouvelables et les technologies propres étaient si à la mode que l’administration Biden dépêcha des agents de prêts afin de multiplier les adhésions d’entreprises à sa manne d’incitations touchant l’action climatique. Cette année, le mot clé fut davantage –alors que la question consistait à déterminer comment le monde pouvait produire davantage de tous les types d’énergie, et notamment de gaz naturel et de nucléaire.

Certains ont même confectionné, en plaisantant, la formule « Make Energy Great Again » rendue par l’acronyme MEGA.

Houston est le berceau de tout ce qui touche à l’énergie, qu’il s’agisse de pétrole ou de propergol, et, depuis la dernière décennie, de ces terminaux géants de gaz naturel liquéfié (GNL) qui parsèment le golfe, oserions-nous dire du Mexique et de l’Amérique ? Cependant, malgré l’optimisme des participants à la conférence CERA, notamment lors des interventions de deux des principaux secrétaires du cabinet du président américain Donald Trump, les nuages associés à la tempête que suscitera la production de toute cette énergie étaient perceptibles à l’horizon. Et le plus sombre d’entre eux était celui de la guerre commerciale.

Alors que la conférence s’ouvrait, par un discours enflammé portant sur la domination américaine du secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, les marchés mondiaux commençaient à s’effondrer, les craintes de récession susceptible d’atténuer la demande, notamment de pétrole et de gaz, se multipliant. Si l’Amérique veut parvenir à exercer une position de « domination énergétique », elle devra regagner la confiance des capitaux – et susciter un regain de confiance sur le plan des politiques, qui demeurent aussi imprévisibles que le sont les lourds nuages qui surplombaient Houston.

La conférence CERAWeek a suscité chez moi les questions suivantes :

1. Champ pétrolifère, archipel : un océan d’énergie ou un chapelet d’îles ?

Si le monde a indiscutablement besoin de plus d’énergie, il pourrait se buter à d’énormes difficultés sur le plan de la distribution de cette énergie, alors que les pays et les continents s’emploieront à ériger des murs artificiels. Wael Sawan, chef de la direction de la société Shell, a présenté les trois scénarios en matière de sécurité énergétique (en anglais) de l’entreprise pour la décennie à venir : un scénario « horizon », reposant dans une large mesure sur le statu quo ; un scénario de « poussée soudaine », qui intègre une vision maximaliste de la croissance économique et des besoins en matière d’intelligence artificielle (IA) ; et un troisième scénario, baptisé « Archipels », qui est certes le plus inquiétant et celui qui semble être le plus en plus probable. Dans un monde fragmenté en archipels, nous observerons une poussée de la demande, cependant que l’offre sera circonscrite à certaines régions du fait de politiques nationalistes et protectionnistes qui transformeront le marché mondial de l’énergie en un chapelet d’îles. Ce nouveau monde de l’énergie serait plus contraignant et moins performant.

Face à une menace croissante de nationalisme énergétique, de nombreux pays tributaires des importations ne ménagent pas leurs efforts pour trouver des solutions de rechange. Lors d’entretiens privés, des délégués japonais et coréens ont affirmé qu’ils étaient à la recherche de multiples sources d’approvisionnement en gaz naturel, car ils ne sont pas certains de pouvoir compter sur l’Amérique du Nord. Et ils sont également plus enclins à conclure des marchés à plus long terme. Cette ruée amène certaines des grandes sociétés pétrolières à revenir à des marchés pétroliers d’avant poste – comme l’Irak, la Lybie, le Suriname ou le Brésil –, en plus d’accroître leur production de GNL en Asie du Sud et en Afrique.

Peut-être le plus important défi dans un tel monde fractionné est-il celui des capitaux. Les gisements pétroliers mondiaux sont en déclin, parfois à hauteur de 5 % par année, et la grande majorité des capitaux sont voués à leur entretien plutôt qu’à leur expansion. De surcroît, les grandes sociétés pétrolières ne cessent de répéter leur intention de restituer une plus grande partie de ces capitaux aux actionnaires plutôt que d’investir dans la croissance. Comme l’a déclaré un dirigeant, au mantra de la durabilité, soit « les gens et la planète », doit venir s’ajouter le volet de la « rentabilité » pour que les investisseurs choisissent d’investir les milliers de milliards nécessaires.

2. Question : l’IA permettra-t-elle de réparer le système ou en entraînera-t-elle la destruction ?

Signe des temps : dans le titre de 42 séances tenues dans le cadre de la conférence CERAWeek figurait l’expression « centre de données ». Et il fallait multiplier les efforts pour trouver des échanges ne faisant pas référence aux « fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle » – les géants de la technologie, comme les sociétés Google et Amazon, dont les centres de données alimentant l’IA se multiplient à vue d’œil. En quelques années à peine, les centres de données sont devenus un aspect si important des besoins mondiaux en matière d’énergie que leur consommation collective est comparable à celle de l’économie japonaise. L’un des principaux fournisseurs d’énergie de Floride, la société NextEra (en anglais), prévoit une hausse de la demande de 55 % au cours des 20 prochaines années, par rapport à 9 % au cours des 20 dernières années – et l’IA représentera un tiers de cette croissance.

Il n’est donc pas étonnant que le chef de la direction de la société Chevron ait souligné qu’il envoyait des cadres de son entreprise suivre des cours sur l’IA au MIT.

Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle étaient omniprésents, organisant d’incontournables barbecues texans et présentant leurs avatars, leurs agents et leurs robots à des groupes d’hommes et de femmes du secteur du pétrole quelque peu perplexes. En fait, les liens entre l’IA et l’énergie sont désormais si étroitement imbriqués que ces deux mondes s’associent pour améliorer l’efficacité énergétique et ce, du puits à la roue. Google affirme que ses puces sont 60 % plus économes en énergie. Les grands fournisseurs d’électricité estiment que les gains d’efficacité découverts grâce à l’IA pourraient permettre de recouvrer 100 GW d’électricité. Cependant, on s’entend généralement pour dire que les deux secteurs auront besoin de beaucoup plus d’électricité produite au gaz pour faire fonctionner ces centres de données. En 2024, les centres de données américains étaient tributaires du gaz à hauteur de 43 % pour combler leurs besoins en électricité, tandis que le nucléaire suppléait à 20 % des besoins et que le charbon, pour sa part, représentait un pourcentage légèrement moins élevé. Si l’espoir fondé envers les énergies renouvelables demeure vif, il est néanmoins marginal, à tel point que plusieurs fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle ont abandonné leurs engagements en matière d’énergie carboneutre pour leurs centres de données.

3. Un nouveau modèle P3 : prix, pipelines et permis ?

Les facteurs déterminants des ambitions énergétiques américaines seront le prix, les pipelines et les permis – qui seront essentiels pour attirer tous ces investissements nécessaires à la croissance. Les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle pourraient être tenus de payer davantage pour subventionner d’autres secteurs et ménages, ainsi que leurs besoins en matière d’électricité et d’énergie. L’année dernière seulement, les prix de l’électricité aux États-Unis (en anglais) ont grimpé de 20 % alors que la demande mondiale n’a progressé que de 2 %. Un expert des services publics a affirmé qu’un nouveau modèle économique et qu’un nouvel état d’esprit pourraient s’avérer nécessaires pour que puissent coexister ces deux mondes. Les adeptes de la technologie épousent la philosophie du multiple de dix, dont l’approche axée sur la croissance prévoit qu’il est possible d’enchaîner les succès par l’innovation et le développement de la portée. Pour leur part, les services publics retiennent la philosophie du 10 %, soit une mentalité réglementée qui estime qu’un tel rendement est tout ce que la société sera en mesure d’absorber à long terme.

Pour construire les pipelines et aménager les réseaux nécessaires à l’économie de l’IA, il faudra davantage de capital-risque. Cependant, une conjoncture réglementée et sujette aux litiges ne sied pas de manière optimale au capital-risque. Parmi les études de cas présentées, citons celle du pipeline Constitution, qui visait à acheminer du gaz naturel de Pennsylvanie vers le nord-est et les pôles de recherche comme Boston et New York. L’entreprise a fait face à une telle multiplicité de contestations juridiques qu’elle a dû nnuler (en anglais) son projet en 2020. L’administration américaine actuelle cherche aujourd’hui à relancer ce projet.

La réforme du processus de délivrance de permis sera essentielle pour que cette domination énergétique ait la moindre chance de se concrétiser, et, pour ce faire, il faudra pouvoir compter sur une majorité qualifiée au Congrès, ce à quoi s’attendent peu de politiciens dans une capitale américaine déjà profondément divisée. Il y a lieu de s’attendre à ce que les adeptes du forage débridé affrontent les partisans de la multiplication des recours en justice. Mark Christie, président de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), et expert en droit constitutionnel, a déclaré, lors de la conférence, que la FERC rédige désormais chacune de ses décisions en s’attendant à ce que leur sort soit ultimement tranché devant les tribunaux. Il estime que, de ce fait, moins d’énergie que ce qui s’avère nécessaire pour combler les besoins américains sera produite et qu’il faudra bientôt « faire face à la réalité ».

4. GNL : est-ce le nouveau carburant mondial ?

Le gaz naturel subvient à environ 25 % des besoins mondiaux en matière d’énergie et cette année, il aura occupé 50 % des discussions à l’ordre du jour de la conférence CERAWeek. Dans un monde qui aura besoin de beaucoup plus d’énergie, le consensus qui s’est dégagé à Houston était en faveur d’une plus grande quantité de gaz, notamment sous forme refroidie, liquéfiée et transportée comme GNL. Le chef de la direction de la société ConocoPhillips, Ryan Lance, estime que la demande en matière de GNL pourrait doubler au cours de la prochaine décennie. C’est déjà le cas aux États-Unis, en grande partie du fait d’une profonde révolution technologique dans le secteur du gaz qui a contribué à augmenter massivement la production, tout en réduisant le nombre de plateformes, celui-ci passant de 1 600 à 100.

Les prévisions concernant la croissance du GNL sont impressionnantes. En effet, la société Shell (en anglais) prévoit une hausse de plus de 50 % de la demande mondiale de GNL d’ici 2040, alors que les fabricants chinois et d’autres économies asiatiques accéléreront leur transition du charbon au gaz afin de soutenir leur croissance économique tout en réduisant leurs émissions. À elle seule, l’Inde (en anglais) devra doubler ses importations de GNL pour répondre à la hausse de sa demande d’ici 2030.

Mais l’un des besoins qui ne retient pas suffisamment l’attention tient au financement à des conditions favorables de l’ensemble des infrastructures nécessaires pour assurer le déchargement du GNL des navires et le convertir en gaz. Jusqu’à récemment, les pays occidentaux s’opposaient à ce que les banques multilatérales de développement contribuent au financement de telles infrastructures – puisque cela pouvait aggraver le problème des émissions mondiales. Il se pourrait fort bien que cette question revienne à l’ordre du jour du prochain sommet du G7 qui se tiendra en Alberta.

5. Un printemps nucléaire : mais dans quelle décennie ?

L’énergie nucléaire connaît un essor nouveau, et ce, non seulement en Amérique du Nord. En effet, en Chine (en anglais) devraient être construites cette année des installations permettant de produire 5 GW d’énergie nucléaire. Le Bangladesh et la Türkiye prévoient tous deux procéder à la mise en service de leurs premiers réacteurs en 2025, tandis que l’Égypte devrait rapidement emboîter le pas. Abu Dhabi compte désormais quatre centrales nucléaires et prévoit en construire davantage. Au total, le nucléaire (en anglais) représente environ 10 % du bouquet énergétique mondial. Mais simplement pour maintenir cette proportion, il faudrait tripler la production d’ici 2050, ce qui implique d’ajouter 50 GW de capacité chaque année pendant les 20 prochaines années. Il est utile de se rappeler que la meilleure année jamais enregistrée remonte aux années 80, alors qu’avaient été ajoutés 31 GW de capacité.

De nouveaux modèles s’imposent. Plusieurs conférenciers ont évoqué la nécessité de restreindre l’éventail des technologies nucléaires envisagées afin de contribuer à regrouper la demande à l’égard de ces technologies de même que les compétences et les chaînes d’approvisionnement qui y sont associées. En effet, un trop grand nombre de projets présentent un caractère inédit. Il pourrait également être nécessaire de construire davantage de réacteurs, tant sur les sites existants que sur des sites de centrales au charbon déclassées, afin de tirer parti des infrastructures existantes, de l’eau de refroidissement et du soutien local. De plus, fait essentiel, les gouvernements et les développeurs nucléaires doivent s’engager envers de longs cycles de production, qui peuvent généralement s’étendre sur une période pouvant atteindre les 15 ans. Cette réalité ne sourit généralement pas aux investisseurs, autres que les caisses de retraite et les fonds souverains, ce qui permet de croire que de nouveaux modèles de financement pourraient également être nécessaires.

6. Minéraux critiques : quand prendrons-nous conscience du fait qu’ils sont vraiment critiques ?

Depuis la Seconde Guerre mondiale, on qualifie une série de minéraux d’importance stratégique de « minéraux critiques », alors que le Canada cessa d’expédier du nickel au Japon et que les États-Unis contribuèrent au blocus du Groenland, de crainte que l’occupation nazie du Danemark ne permette à l’Allemagne de s’emparer des minéraux de la région arctique pour les ajouter à son arsenal militaire. Nous voilà de retour à cet état d’esprit axé sur le caractère critique – pour autant qu’il ne soit pas trop tard – et l’approvisionnement énergétique en est tributaire. En effet, tous ces centres de données et ces lignes de transport électrique ont besoin de cuivre, de nickel et de minéraux plus exotiques. Pour répondre aux attentes énergétiques mondiales, nous devrons extraire au cours des 20 prochaines années autant de cuivre que le monde en a extrait au cours des 20 derniers siècles. Malheureusement, la Chine a la mainmise sur la production et la transformation. Voici un fait surprenant : la Chine compte aujourd’hui 60 fonderies tandis que les États-Unis en ont que 2. La majeure partie du cuivre américain est donc expédiée en Chine sous forme de concentré, puis renvoyée sous forme de fils et d’autres produits.

L’Occident a 30 ans de retard sur la Chine et il lui faudra des décennies pour combler ce fossé. Qu’il suffise de penser qu’il faut jusqu’à 20 ans pour découvrir une mine et 10 autres années pour la développer. Il faudra également surmonter la résistance locale face aux mines et aux fonderies. Comme c’est le cas pour l’énergie, de nouveaux modèles de financement s’avéreront nécessaires pour ces projets à long terme. L’administration Trump a proposé la création d’un fonds souverain, tirant parti des loyers perçus sur les vastes étendues de terres et d’océans appartenant au gouvernement fédéral. Elle a également recours à l’Export-Import Bank of the United States, sa principale institution de financement des exportations, pour soutenir des projets de minéraux critiques. Le Canada étudie des options similaires par l’intermédiaire d’Exportation et développement Canada. Si l’Occident devait adopter une mentalité propre aux périodes de conflit armé pour faire face à ce défi, les gouvernements pourraient entreprendre d’allouer la production et de restreindre l’utilisation des matériaux aux besoins stratégiques. La question de savoir si les États-Unis, le Canada et d’autres pays seraient également disposés à accepter des normes en matière d’environnement et de travail plus souples est tout autre.

7. Chaînes d’approvisionnement : pouvons-nous réellement produire ce dont nous avons besoin ?

Les politiques, les projets et même les échéanciers les plus avisés peuvent ne mener à rien s’ils ne sont pas assortis des chaînes d’approvisionnement appropriées. Voilà qui constitue peut-être la principale préoccupation à court terme dans le secteur de l’énergie. Selon un dirigeant du secteur minier, il faut aujourd’hui compter sept ans pour prendre livraison d’équipements de lavage de roche géants. Un cadre du secteur de l’électricité a déclaré attendre la livraison de turbines à gaz, qui sont prévues pour 2030. De plus, le coût de ces équipements a triplé depuis la période précédant la pandémie. Il peut être tout aussi difficile de se procurer des équipements ou des biens de moindre envergure, comme de l’uranium enrichi et du graphite pour les centrales nucléaires. Les gouvernements pourraient être tenus de commencer à répartir la production de ressources, y compris sur le plan de l’approvisionnement en matériaux, des capacités de production et du soutien logistique, pour assurer la résilience des industries critiques.

La main-d’œuvre qualifiée est tout aussi rare, en partie parce que peu de projets gaziers ont été construits au cours des cinq dernières années, notamment du fait de l’essor qu’a connu le secteur de la construction lié au GNL. Un dirigeant du secteur nucléaire a déclaré que, bien qu’il était heureux d’en embaucher, il n’avait pas besoin de plus de titulaires de doctorat, mais plutôt de diplômés de collèges communautaires aptes à réaliser de complexes travaux de soudage et de tuyauterie. Même Larry Fink, le chef de la direction de la société BlackRock, le géant de l’investissement de Wall Street, a axé ses commentaires dans le cadre de la conférence CERA sur la crise croissante du marché de la main-d’œuvre. Son message non équivoque, dont il a également fait part au président Trump, est le suivant : « Nous allons manquer d’électriciens. »

8. Climat : cet enjeu dominera-t-il à nouveau ?

Dès la séance d’ouverture, l’enjeu de l’action climatique s’est retrouvé à l’arrière-scène, pour autant qu’il en ait même été fait mention. Dans son discours d’ouverture, le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, a donné le ton en affirmant que les émissions étaient fonction de la croissance économique et que le monde souhaitait davantage de croissance. Et de souligner : « Dans la vie, il faut toujours faire des compromis. À tous les égards ! » Cette affirmation n’était pas simplement de pure forme. Le retour en force du gaz naturel est perçu comme ayant pour objectif de faire passer cette ressource du statut de source de transition à une source d’énergie de base. En d’autres termes, le gaz naturel deviendra incontournable, comme en témoignent les récents projets mis de l’avant en Caroline du Nord, pour ajouter 5 GW de production d’électricité alimentée au gaz. Même le charbon fut salué à titre de carburant qui, peut-être, pourrait être nécessaire pour assurer l’essor de l’IA.

La question la plus importante concernant l’action climatique est demeurée sans réponse : le président Trump abolira-t-il la loi sur la réduction de l’inflation ? Plusieurs grands dirigeants du secteur pétrolier et gazier ont plaidé en faveur de la loi phare de Joe Biden, en affirmant avoir élaboré et conclu une foule d’investissements dans le secteur de la décarbonation qui ont contribué à accroître leur efficacité énergétique et leur rentabilité. Vicki Hollub, cheffe de la direction de la société Occidental Petroleum, a plaidé pour le maintien des crédits d’impôt qui contribuent au financement des projets de capture directe dans l’air du carbone atmosphérique de son entreprise, l’une des principales raisons pour lesquelles elle a procédé à l’acquisition de la société Carbon Engineering, de Colombie-Britannique, en 2023. Occidental Petroleum tente également de faire avancer les travaux qu’elle a entrepris dans le domaine de la récupération assistée des hydrocarbures (RAH) du pétrole en captant le carbone atmosphérique, en le liquéfiant et en le réinjectant dans d’anciens réservoirs afin de faire remonter le pétrole à la surface. Plusieurs écologistes voient d’un mauvais œil la RAH, en faisant valoir qu’il s’agit plus ou moins d’un jeu de dupe où du carbone est échangé contre du carbone. Cependant, le retour à l’avant-plan de ces techniques, du moins pour certains, à titre de stratégie de neutralité carbone, témoigne de l’ampleur des changements intervenus en un an.

John Stackhouse est premier vice-président, Bureau du chef de la direction, RBC, et chef, Leadership avisé RBC.

Vous pouvez le suivre sur LinkedIn ici (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement).

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La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada a éclaté : les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium, évaluées à 24 milliards de dollars par année1, seront taxées à hauteur de 25 % à compter d’aujourd’hui. Voici cinq thèmes à surveiller alors que les deux économies se préparent aux retombées de ces impôts :

1. Il est peu probable que ces droits de douane revigorent la production américaine

Lorsque les États-Unis ont imposé des droits de douane pour la première fois au titre de l’article 232, en 2018, en réponse à des préoccupations de sécurité nationale, la capacité de production américaine d’acier et d’aluminium n’a pas augmenté de façon significative (hausse de 7 % et de 4 %, respectivement)2. Il est fort probable que ce scénario se répète. L’industrie sidérurgique américaine se heurte à un problème beaucoup plus grand alors que la Chine inonde les marchés mondiaux de l’acier de ses excédents de production, ce qui limite la capacité des producteurs américains à accroître la production nationale. L’offre excédentaire mondiale a atteint 560 millions de tonnes (soit 6 fois la consommation des États-Unis) en 2024. En outre, 157 millions de tonnes supplémentaires en provenance de nouvelles capacités à fortes émissions de carbone devraient arriver sur le marché d’ici 2026, principalement depuis l’Asie3. Depuis l’entrée en vigueur des droits de douane au titre de l’article 232, les importations totales des États-Unis (en poids) ont baissé de 15 % pour l’acier et de 13 % pour l’aluminium par rapport à 2018. Les importations nettes d’acier aux États-Unis demeurent à un niveau de 13 % de la consommation nationale, tandis que les importations nettes d’aluminium sont structurellement plus élevées, représentant 47 % de la consommation. Cependant, la consommation américaine totale a fléchi de près de 10 % pour ces deux métaux depuis 2018, ce qui explique pourquoi la dépendance à l’importation n’a pas reculé autant que ce qui transparaît dans les chiffres bruts4. Cela est mis en évidence dans les tableaux 1 et 2.

Tableau 1 : Stagnation de la consommation et des importations nettes d’acier aux États-Unis

United States Geological Survey, Leadership avisé RBC

Tableau 2 : Les États-Unis demeurent fortement dépendants de l’aluminium importé

Source : United States Geological Survey, Leadership avisé RBC

2. L’accès de la Chine au marché américain est difficile à mesurer

La définition de l’acier est compliquée à établir, étant donné les centaines de lignes tarifaires du Système harmonisé correspondant aux codes 72, qui définissent le fer et l’acier, et aux codes 73 qui définissent les produits basés sur le fer et l’acier. Les codes du Système harmonisé (« codes SH ») classifient les produits aux fins du commerce international afin de faciliter les formalités douanières et administratives. Les États-Unis ont réussi à fermer une grande partie de leur marché à l’acier chinois (selon les définitions des codes SH 72), qui ne représente que 490 millions de dollars dans les importations américaines en 2024, soit environ 1,6 % du total des importations5. Toutefois, les exportations chinoises d’acier vers le Mexique et le Canada sont plus de trois fois supérieures, avec un montant estimatif de 1,7 milliard de dollars (au total) en 2024, soit 8 % des importations totales de chaque pays6. Ce chiffre est à la hausse, et il a plus que doublé depuis 2017. Si nous incluons les exportations chinoises transitant officieusement par des pays alliés (Vietnam, Thaïlande, Indonésie, entre autres), le total des exportations chinoises officielles et officieuses vers le Mexique et le Canada a probablement dépassé les 2,5 milliards de dollars. Naturellement, les États-Unis ont fait part de leurs préoccupations aux deux pays. Toutefois, derrière leurs soi-disant « préoccupations », les États-Unis importent directement de Chine de l’acier et des produits à base d’acier pour une valeur de 14 milliards de dollars (codes SH 72 et 73 combinés), ce qui représente un quart de leurs importations totales d’acier et de produits à base d’acier7. En comparaison, l’acier et les produits à base d’acier chinois ne représentent que 10 % des importations canadiennes et mexicaines, respectivement8. Dans l’ensemble, la sécurité nationale des États-Unis s’est considérablement améliorée, car plusieurs pays alliés comme le Canada, le Japon, la Corée du Sud et le Mexique ont augmenté leurs livraisons d’acier et d’aluminium aux États-Unis au cours des six dernières années au détriment de la Chine. Plus précisément, le total des importations américaines d’acier et d’aluminium en provenance de pays exemptés a augmenté en valeur de 51 % en 2018 à 57 % en 2024, avec un déclin correspondant de 44 % à 36 % pour la Chine et ses alliés – soit une variation nette de +14 % (voir le tableau 3)9.

Tableau 3 : Les pays alliés ont accru leur part de marché aux États-Unis au détriment de la Chine

Sources : U.S. International Trade Commission, Leadership avisé RBC

3. Malgré toutes les discussions sur la Chine, le Canada est devenu la cible numéro un

D’un point de vue fondamental de marché, les exportations canadiennes d’acier et d’aluminium vers les États-Unis ont augmenté de 35 % depuis 2018 pour s’établir à 17,7 milliards de dollars américains. Ce rythme de croissance est supérieur à la moyenne mondiale, les dernières années dépassant de loin les taux de croissance historiques du Canada. Par conséquent, l’excédent commercial d’acier et d’aluminium du Canada par rapport aux États-Unis a plus que doublé par rapport à 2018, passant à plus de 9 milliards de dollars américains l’an dernier10. Cependant, le Mexique et le Vietnam ont tous deux augmenté leurs exportations au cours de la même période, tant en valeur absolue (11,8 milliards de dollars et 4,9 milliards de dollars, respectivement) que sur une base relative (+62 % et +410 %)11. Le bond des volumes vietnamiens pourrait être particulièrement inquiétant pour l’administration américaine et justifier une hausse des tarifs. Cependant, la nature réciproque des guerres commerciales s’est traduite par le fait que le Canada est souvent ciblé – peut-être au-delà des réalités fondamentales du marché. Enfin, en ce qui concerne le Canada, les États-Unis sont également préoccupés par la forte présence du groupe luxembourgeois ArcelorMittal au Canada, cette société produisant probablement la moitié de l’acier canadien. La société a également établi un partenariat stratégique avec China Oriental Group et détient 37 % des actions de la société.

4. Il sera difficile d’obtenir des exemptions pour le Canada

Bien qu’il existe encore une chance pour que Trump accorde un sursis au Canada, ce dénouement demeure peu probable. Tout d’abord, le durcissement de la position canadienne, faisant état de droits de douane réciproques, crée un climat de négociation plus difficile. Deuxièmement, il est peu probable que les grandes sociétés américaines se battent pour le Canada, étant donné que les droits de douane sont imposés à des secteurs spécifiques et qu’ils sont moins perturbateurs pour l’économie, relativement aux droits de douane généraux. Enfin, nous avons eu une expérience comparable par le passé : ce n’est qu’après la signature de l’AEUMC en mai 2019 que les droits de douane imposés au Canada en vertu de l’article 232 ont été levés, soit quatorze mois après leur entrée en vigueur. Bien que les produits canadiens puissent encore obtenir une exemption s’ils sont considérés comme irremplaçables, ce scénario est difficile à envisager au vu des données disponibles. Dans le domaine de l’acier, les États-Unis ne dépendent des importations nettes qu’à hauteur de 13 %. De plus, l’utilisation finale de l’acier canadien à l’échelle nationale est répartie entre divers secteurs : manufacture générale (40 %), automobile (20 %), pétrole et gaz (15 %) et construction générale (10 %)12. Il est peu probable que l’acier canadien soit utilisé aux États-Unis à des fins stratégiques qui en feraient un produit difficile à remplacer. L’aluminium canadien pourrait avoir plus de chance, étant donné que le Canada représente 75 % des importations américaines d’aluminium primaire13.

5. Les chances de réussite dépendent des concessions qui seront faites

Le temps presse maintenant pour le Canada et pour les autres partenaires commerciaux des États-Unis. Au cours des trois prochaines semaines, soit jusqu’au 2 avril, l’administration Trump cherchera à obtenir des concessions avant l’entrée en vigueur des droits de douane réciproques et l’expiration des droits de douane généraux de 25 % à l’encontre du Canada et du Mexique. Dans le passé, la Corée du Sud a « volontairement » limité ses exportations au moyen d’un mécanisme de quotas, ce qui lui a permis de bénéficier d’exclusions relativement à l’acier et à l’aluminium en vertu de l’article 232. Le Japon a entamé des négociations commerciales bilatérales pour éviter des droits de douane potentiels sur l’automobile. Le Canada et le Mexique ont tenu bon jusqu’à la signature de l’AEUMC au milieu de 2019. Le succès futur repose sur les concessions qui seront accordées aux États-Unis. Un signe peut-être encourageant est que le Canada s’apprête à changer de premier ministre, que le pouvoir passe aux mains du libéral Mark Carney ou du conservateur Pierre Poilievre. Ces deux candidats représentent une occasion de réinitialiser la relation personnelle avec le président américain. Le changement de gouvernement pourrait aussi faciliter la renégociation de l’AEUMC en suivant un plan similaire, et apaiser les tensions avec une administration Trump de plus en plus belliciste (et imprévisible).

  1. U.S. International Trade Commission (DataWeb), U.S. Federal Register
  2. U.S. Geological Survey Mineral Commodity Summaries 2025
  3. European Steel Association (Eurofer), OECD, U.S. Geological Survey
  4. U.S. Geological Survey Mineral Commodity Summaries 2025
  5. U.S. International Trade Commission (DataWeb)
  6. Innovation, Science and Economic Development Canada, UN Comtrade
  7. U.S. International Trade Commission (DataWeb)
  8. Innovation, Science and Economic Development Canada, UN Comtrade
  9. U.S. International Trade Commission (DataWeb)
  10. Ibid
  11. Ibid
  12. Statistics Canada, Symmetric input-output tables
  13. Aluminum Association of Canada

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Principales constatations

  • Dans le secteur des minéraux, le Canada représente le plus grand partenaire commercial des États-Unis et vice-versa. Le commerce bilatéral1 représente 146 milliards de dollars.
  • Sur une liste de 50 minéraux critiques identifiés, les États-Unis dépendent intégralement des importations en ce qui concerne 12 de ceux-ci et ont un solde importateur (plus de 50 %) pour 29 de ceux-ci2.
  • La Chine représente la principale source étrangère d’approvisionnement des États-Unis (un quart des minéraux critiques)3.
  • L’économie américaine pourrait fortement pâtir des perturbations de l’approvisionnement en minéraux critiques. Voici un exemple : une restriction de 30 % de l’offre de gallium pourrait entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain4.
  • L’approvisionnement de la défense représente une source de financement sous-utilisée pour les principaux minéraux critiques, en particulier le graphite, le tungstène, le scandium et le gallium.

Les soubassements d’une quatrième révolution industrielle

Les minéraux constituent le soubassement de toute économie industrielle. Acier, cuivre, aluminium… Ils posent les fondations des infrastructures économiques, civiles et de la défense. Par ailleurs, une catégorie de minéraux toujours plus nombreux est à la base des éléments indispensables de ladite « quatrième révolution industrielle » – une époque où des forces technologiques perturbatrices, mues par l’interaction personne-machine, animent la recherche, la fabrication et une économie des données en constante expansion.

Dans cette nouvelle ère, la demande pour cette catégorie de « minéraux critiques » sera stimulée par l’utilisation croissante des semi-conducteurs et des machines de traitement des données, l’adoption accrue de technologies de batteries et de nouvelles sources d’énergie, ainsi que les progrès des technologies aérospatiales et de défense. Pour le Canada, la course à la mise en valeur et à la transformation de ces minéraux ne s’arrête pas au secteur minier ; elle met en évidence un nouveau paradigme de sécurité visant à protéger et à renforcer nos intérêts économiques et nationaux dans un ordre mondial en constante évolution. Voici une partie des enjeux :

Semi-conducteurs

Les débuts de l’IA générative nous montrent à quel point nous aurons besoin d’une puissance informatique accrue. Les ventes mondiales de semi-conducteurs devraient atteindre un billion de dollars américains d’ici 2030. Les puces d’intelligence artificielle (IA) de grande puissance représenteront probablement la majorité des ventes5. À ce jour, le silicium constitue le matériau de choix, même si l’IA met ses limites thermiques à l’épreuve. Grâce à sa conductivité exceptionnelle, le nitrure de gallium (GaN) offre une amélioration de plus de 30 % du rendement énergétique des plaquettes6. Le palladium, l’arsenic, le cuivre et le cobalt interviennent également dans la fabrication de puces (placage, câblage).

Batteries

Qu’il s’agisse des véhicules électriques (VE) sur la route, de l’efficacité énergétique à domicile ou de l’entreposage de longue durée dans les sites de production d’énergie, la technologie des batteries devra s’intensifier fortement au cours des prochaines années. Une batterie de VE exige en moyenne 205 kilogrammes de lithium, de composés de cobalt, de nickel, de graphite et de manganèse7 (soit six fois celle d’un moteur à combustion interne). Selon le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la demande nord-américaine en minéraux pour batteries (transport et entreposage aux fins des services publics) quadruplera ou quintuplera probablement d’ici 2040, par rapport à aujourd’hui8.

Énergie de la région pionnière

Il est probable que la consommation de pétrole et de gaz augmentera au cours des dix prochaines années en Amérique du Nord. Nous assisterons toutefois également à une croissance beaucoup plus importante de nouvelles sources d’énergie, notamment les petits réacteurs nucléaires modulaires, la géothermie, l’énergie éolienne et l’énergie solaire. La rapide croissance de l’énergie renouvelable, qui représente maintenant environ 15 % de l’énergie mondiale9, renforce la demande de plusieurs minéraux critiques. Le silicium, l’argent et l’aluminium sont nécessaires pour les panneaux solaires, et le cobalt, le tellure et les métaux du groupe de terres rares, pour l’énergie éolienne. D’après le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la production d’électricité issue des énergies renouvelables (tant solaire qu’éolienne) en Amérique du Nord triplera au moins d’ici 2040 par rapport à celle de 2024 en raison de l’augmentation de la demande d’électricité10.

Défense

L’augmentation des dépenses de défense et de sécurité dans l’Occident, y compris au Canada, exigera beaucoup plus d’équipements lourds et de matériel ainsi que de minéraux entrant dans leur fabrication. Un char d’artillerie type nécessite plus de vingt minéraux critiques dans les systèmes11 de navigation, de communication et de combat, tandis qu’un avion à réaction F-35 compte près de 1 000 livres de métaux du groupe de terres rares12. Les batteries et les semi-conducteurs sont aussi de plus en plus importants pour les opérations militaires, tout comme les besoins plus traditionnels pour renforcer l’artillerie, la marine et l’aérospatiale (l’antimoine, le béryllium, le titane, etc.). Ensuite vient la sécurité aux frontières : le tungstène intervient dans les techniques à rayons X du secteur automobile et le germanium dans l’imagerie thermique et les lunettes de vision nocturne.

Un nouveau grand jeu

La lutte pour la suprématie technologique mondiale entre la Chine et les États-Unis prend les tournures d’une guerre des ressources minérales critiques. Il s’agit pour le 21siècle, d’un grand jeu géopolitique qui pourra bientôt rivaliser avec la course aux champs pétrolifères issue de la Seconde Guerre mondiale ou avec la lutte pour les routes commerciales qui a façonné le 19e siècle.

Pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux, cette guerre risque d’être remportée par la Chine. Dans les domaines des VE, de l’énergie renouvelable et des technologies avancées de défense et de la protection civile, la Chine s’avère aussi innovante que l’Amérique. Dans le monde entier, les automobiles reposent sur la technologie des batteries chinoises. Jim Farley, chef de la direction de Ford, estime que la Chine a dix ans d’avance dans la technologie des batteries, et continue d’innover13. Dans le secteur de la défense, la Chine est en mesure de mettre en place de nouveaux systèmes d’armement cinq fois plus vite que les États-Unis14.

Fait encore plus préoccupant : les États-Unis sont peu ou pas présents dans la chaîne de valeur des minéraux critiques. Le pays dépend entièrement des importations pour près d’un quart de ses 50 minéraux critiques identifiés, et à plus de 50 % des importations pour 29 minéraux15. Dans bien des cas, cette dépendance concerne la Chine. Le pays est la principale source d’importation pour un quart des minéraux critiques des États-Unis et le principal producteur mondial de seize des minéraux critiques figurant sur la liste des États-Unis16.

Comme le montre la figure 1, la Chine occupe une position dominante dans la production ou l’affinage des six minéraux critiques « de base » : le lithium, le graphite, le cobalt, le nickel, le cuivre et les métaux du groupe de terres rares. Au degré extrême, la Chine détient au moins 75 % des parts du marché mondial du graphite produit et affiné, des métaux raffinés du groupe de terres rares et du cobalt affiné17. La Chine contrôle en moyenne les deux tiers de la transformation ou de l’affinage de l’ensemble des six minéraux dans le monde18.

La production de minéraux critiques se caractérise par un risque de concentration important.

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Source: OCDE et Leadership avisé RBC

Et encore davantage pour l’affinage de minéraux critiques, dominé par la Chine

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Sources : OCDE et Leadership avisé RBC

Sur les marchés étrangers, les sociétés minières d’État chinoises sont fortement implantées au Pérou, en République démocratique du Congo et en Indonésie (les sociétés chinoises contrôlant près de 75 % de la capacité de nickel de l’Indonésie)19. Le pays a également établi des liens d’investissement et est le plus important partenaire commercial des producteurs et affineurs de minéraux dans pratiquement chaque pays d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et d’Océanie (Australie).

Il sera difficile de rattraper le retard dans cette ruée vers les minéraux critiques, et beaucoup plus compliqué que lors de la ruée vers le pétrole de l’Occident, pour plusieurs raisons :

  • 1.
    Les minéraux rares. Les minéraux critiques sont un ensemble varié et diversifié de minéraux traditionnels et rares, avec leurs propres processus uniques de production et d’affinage. Le processus est beaucoup plus complexe que le raffinage du pétrole brut ou le traitement du gaz naturel, dont les molécules se cantonnent dans une zone plus étroite : les composés d’hydrogène et de carbone.
  • 2.
    L’utilisation finale a beaucoup d’importance. Dans le cas des minéraux critiques, l’utilisation finale prédit le type de production et le degré d’affinage requis. Par exemple, le gallium primaire est récupéré sous forme de sous-produit de la transformation, et même de l’affinage, de la bauxite, le gallium de haute pureté étant affiné jusqu’à une pureté de 99,9999 %.
  • 3.
    La technologie. Grâce à l’expérience qu’elle a accumulée pendant des dizaines d’années, la Chine a pu innover dans le domaine des techniques d’affinage, comme le perfectionnement du processus d’extraction par solvant pour affiner les métaux du groupe de terres rares.
  • 4.
    Des ressources nationales limitées. Les États-Unis disposent de ressources nationales limitées de minéraux critiques, représentant moins de 1 % des réserves mondiales de cobalt, de nickel et de graphite et moins de 2 % de manganèse et de métaux du groupe de terres rares20.
  • 5.
    L’absence de champions régionaux. Les Sept Sœurs, ancêtres du trio d’origine britannique et américaine BP, Chevron et ExxonMobil ont créé l’industrie pétrolière. Les sept d’entre elles ont reçu d’immenses garanties politiques (et militaires) pour traverser des terres étrangères en vue de constituer des réserves. En revanche, la plupart des principales sociétés minières nord-américaines sont moins implantées à l’échelle mondiale par rapport aux grandes sociétés pétrolières américaines, surtout en aval (à l’exception peut-être de Société aurifère Barrick, de Teck Resources et de First Quantum Minerals).

Les États-Unis auront pour défi de rattraper la domination chinoise, du moins par eux-mêmes. Par conséquent, ils créent de nouvelles sphères stratégiques pour obtenir les minéraux dont ils ont absolument besoin pour assurer leur leadership technologique mondial, en ciblant des marchés sur les ressources – voire en approfondissant des relations – en Ukraine, au Groenland et au Canada. Les États-Unis pourraient même réintégrer des marchandises russes non soumises à des restrictions sur les marchés mondiaux, s’ils poursuivaient leurs propres ambitions concernant la sécurité des ressources.

Le Canada doit être au cœur de cette sphère. Le pays peut réduire le risque lié aux chaînes logistiques des minéraux critiques – en diminuant la dépendance à l’égard de la Chine, mais aussi en fournissant une capacité supplémentaire aux marchés dominés par une poignée de fournisseurs. Le Canada est un pays minier responsable et riche sur le plan géologique. Il possède un important potentiel de minéraux, notamment le nickel, le cobalt, le zinc, l’aluminium, la potasse et d’autres minéraux spécialisés comme l’indium, le graphite, le germanium et le gallium. Nous sommes aussi un pays commerçant, le seul membre du G7 ayant conclu des accords de libre-échange avec les autres membres du G7, auxquels s’ajoute une solide relation sur le plan de la sécurité avec les États-Unis.

Un grand déséquilibre : le leadership de la Chine

L’administration Trump a fait des minéraux critiques une priorité stratégique. Dans l’ensemble, le regain d’intérêt pour la défense, complété par une approche enhardie face à la loi CHIPS and Science Act de l’administration Biden, est considéré comme un investissement positif. Le décret-loi de la nouvelle administration qui interrompt sur-le-champ le décaissement des fonds par l’entremise de la loi Inflation Reduction Act pourrait être plus problématique, car il menace de paralyser certains programmes d’investissements cruciaux alors que Pékin ne ralentit pas la cadence. Tout simplement, il faut peut-être que les États-Unis adoptent tous les facteurs de la demande de minéraux critiques, à l’instar de la Chine : les batteries, l’énergie renouvelable, les VE, la défense et l’IA.

Dans cette section, nous déterminons quatre facteurs clés qui ont entraîné la domination de la Chine dans les minéraux critiques. Il se peut que l’Occident soit forcé d’adopter des approches politiques industrielles et étrangères pour déstabiliser ce grand déséquilibre.

Intervention politique

La politique industrielle axée sur l’acier, l’aluminium et le cuivre (première industrialisation) a été suivie de politiques visant à promouvoir l’adoption des VE et des énergies renouvelables. Sur le plan de l’offre, les États ont fourni une assistance concourant à créer des champions nationaux afin de rivaliser avec les grands acteurs mondiaux. Ces objectifs ont été complétés par des objectifs de politique étrangère, comme l’initiative One Belt, One Road (la nouvelle route de la soie), qui s’est traduite par l’investissement d’un billion de dollars américains dans des pays étrangers – souvent dans des pays riches en ressources21. L’Amérique a réagi en adoptant une politique industrielle, la loi Inflation Reduction Act. Bien qu’elle ait ainsi réussi à stimuler le capital consacré à la recherche, au développement et à la fabrication, peu d’efforts ont été consacrés à l’extraction ou à l’affinage des minéraux.

Marché

Aujourd’hui, la Chine représente 70 % de la valeur de la fabrication de technologies propres à l’échelle mondiale22 dans un écosystème souvent intégré verticalement ; les minéraux sont extraits et affinés en fonction de la spécificité des éléments finaux. La demande stimule l’offre, qui provient de sociétés minières publiques exerçant leurs activités dans des territoires à moindres coûts, tout en bénéficiant d’un soutien de l’État. En revanche, les mineurs occidentaux sont soumis à des normes plus élevées provenant des investisseurs publics et du manque de subventions publiques. Par ailleurs, ils sont souvent soumis à des permis d’exploitation sociaux plus chers dans la mise en valeur des ressources étrangères, étant donné le manque de soutien politique (différend entre États et investisseurs au lieu d’un différend entre États).

Technologies

Le soutien public ciblé à la fois pour l’offre et la demande a favorisé des percées technologiques et abaissé la courbe des coûts – en particulier dans les énergies renouvelables et les batteries. Sur le plan de l’offre, l’innovation technologique dans la production et l’affinage chinois a permis à la Chine de perfectionner le processus d’extraction des solvants pour affiner les métaux du groupe de terres rares.

Tournure d’esprit

La Chine adopte une tournure d’esprit guerrière dans sa répartition de capitaux et d’autres ressources afin d’assurer la sécurité de l’offre et celle de la demande grâce à une approche de la chaîne de valeur complète. En revanche, une telle urgence fait défaut aux États-Unis. Ils délaissent même des réserves minérales stratégiques, soit par défaut de réapprovisionnement des réserves par rapport aux niveaux passés, soit par vente pure et simple des réserves (cas du lithium). Cette approche est très différente de celle adoptée pour le pétrole brut, qui impose le maintien d’une réserve stratégique et comportait une interdiction d’exportation continentale jusqu’en 2015.

Les cinq grands minéraux critiques non combustibles du Canada

Les importations américaines de tous les minéraux et métaux non combustibles ont atteint 167 milliards de dollars américains en 202423. Le Canada demeure la source la plus importante d’importations pour les États-Unis (40 milliards de dollars américains, soit 24 %) et est le premier fournisseur d’acier, d’aluminium, de potasse, de nickel et de zinc aux États-Unis (deuxième fournisseur pour le cuivre)24. Dans les 50 minéraux critiques des États-Unis, le Canada représente aussi la plus importante source d’importations (4,5 milliards de dollars américains, soit 20 %)25.

Cela étant dit, les États-Unis continuent de dépendre de la Chine pour de nombreux minéraux critiques spécialisés ayant une moindre importance commerciale, quoique fondamentaux sur le plan stratégique. Qui plus est, la Chine a mis en place des contrôles à l’exportation sur plusieurs de ces minéraux, p. ex., le gallium. Ce risque d’approvisionnement revêt une grande importance sur le plan économique ; U.S. Geological Survey estime qu’une réduction de l’offre de gallium de 30 % (la Chine constitue le fournisseur mondial à 90 %) pourrait à elle seule entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain26.

À court et à moyen terme, le Canada a l’occasion de supplanter progressivement l’offre chinoise, tout en poursuivant une stratégie canado-américaine visant à assurer la production pour plusieurs technologies ou applications essentielles pour la sécurité continentale et la quatrième révolution industrielle. Voici les cinq principaux minéraux critiques qui peuvent avant tout bénéficier de cette occasion.

1. Le gallium

 

Le gallium est un métal qui possède une des conductivités thermiques les plus hautes. Il intervient dans la production de circuits intégrés et de semi-conducteurs très spécialisés pour l’IA et l’informatique de pointe. Les semi-conducteurs au gallium sont également essentiels à la protection antimissile, aux systèmes radars et aux communications électroniques de prochaine génération des États-Unis.

Les États-Unis demeurent tributaires à 100 % des importations pour leur approvisionnement en gallium27. En 2024, le Canada était le premier fournisseur de gallium aux États-Unis, et représentait plus de 50 % des importations (supplantant ainsi l’approvisionnement chinois28). L’approvisionnement actuel provient du gallium recyclé sur le site de Neo Performance Materials à Peterborough (Ontario). Il se peut que le projet de démonstration de Rio Tinto à Saguenay renforce la production mondiale totale de gallium primaire de 5 à 10 % s’il peut atteindre la viabilité commerciale29. Un projet d’expansion de Teck Resource à Trail (Colombie-Britannique) pourrait également accroître la production de germanium et créer une production de gallium et d’antimoine.

2. Le graphite

 

Une conductivité électrique, une résistance à la température, une inertie chimique et un pouvoir lubrifiant élevés caractérisent ce métal intervenant dans les batteries dont l’intérêt grandit dans les applications de défense. Les propriétés uniques du graphite rendent difficile, voire impossible, la substitution dans de nombreuses applications, par exemple lorsque la résistance thermique est essentielle au rendement de l’équipement et à sa durabilité.

La demande mondiale de graphite devrait presque doubler d’ici 203530. Le Canada a une occasion unique de développer une chaîne de valeur complète de graphite, une proposition fort précieuse puisque la Chine représente 82 % et 91 % de la production et de l’affinage mondiaux de graphite, respectivement31. Le Québec est le plus avancé avec la mine en exploitation de Northern Graphite au Lac-des-Îles, au nord-ouest de Mont-Tremblant, et les projets de développement en cours de Nouveau Monde Graphite pour l’exploitation minière dans la Matawinie au nord de Montréal et l’affinage à Bécancour en périphérie de Trois-Rivières. L’Ontario offre une autre mine de graphite potentielle, Bissett Creek de Northern Graphite, en phase d’autorisation, près de la rivière des Outaouais au nord du parc Algonquin.

3. Le nickel

 

Le nickel possède une ductilité (flexible), une robustesse et une résistance élevées. Le minéral intervient dans les batteries lithium-ion et dans la production d’acier inoxydable. La demande mondiale devrait croître de 70 % d’ici 2035, principalement en raison de la demande de batteries, tant dans le secteur des transports que dans celui de postes fixes (services publics)32.

Le projet Dumont Nickel (Nion Nickel) dans la région de l’Abitibi au Québec, intégré verticalement, est en cours de construction. La mine Crawford de Canada Nickel (la deuxième réserve nickélifère au monde) au nord de Timmins, en Ontario, est en phase d’examen de permis. Le nickel canadien offre une diversification bien nécessaire, l’Indonésie et les Philippines représentant à eux seuls les deux tiers de la production mondiale33. Le nickel canadien parviendra peut-être à dépasser 100 % des besoins en importations américaines si tous les projets sont mis en œuvre34.

4. Le tungstène

 

Avec la plus haute résistance à la traction (la contrainte maximale qu’un matériau peut supporter sans se casser) et le plus haut point de fusion de tous les métaux présents dans la nature, les alliages à base de tungstène sont des intrants clés pour la défense aérienne, les navires militaires et les munitions perforantes. Le tungstène intervient également dans les appareils à rayons X du secteur automobile, et concourt ainsi à renforcer la sécurité aux frontières avec les États-Unis.

La Chine produit 83 % du tungstène mondial et représente 52 % des réserves mondiales35. Le Canada est un ancien producteur qui possède d’importantes réserves qui comprennent certains des plus importants gisements de tungstène au monde. Le projet Sisson de Northcliff Resources, au nord-ouest de Fredericton, et la mine Mactung de Fireweed Metals, dans l’est du Yukon, sont de remarquables projets de tungstène canadiens. En décembre 2024, le gouvernement du Canada et le ministère de la Défense des États-Unis ont annoncé un investissement conjoint de 35 millions de dollars américains dans le projet Mactung, le plus grand gisement de tungstène à forte teneur au monde36.

5. Le germanium

 

Le minéral possède des caractéristiques des semi-conducteurs comparables à celles du silicium, mais des propriétés optiques et thermiques supérieures. Son utilisation est essentielle pour la défense (vision nocturne), l’exploration spatiale, les câbles à fibres optiques et les semi-conducteurs. Ces dernières années, le besoin croissant des centres de données (pour les fibres) a stimulé la demande de ce minéral.

Le Canada a fourni 20 % des importations américaines de germanium (oxyde) en 202337. La société canadienne Teck Resources détient une chaîne logistique intégrée de germanium avec des minerais de zinc extraits en Alaska et affinés à Trail, en Colombie-Britannique. Le site de Trail prévoit accroître la production de germanium, lancée en janvier par le ministre Wilkinson aux États-Unis et à ses alliés cherchant à s’approvisionner au Canada, principalement en raison de l’interdiction de la Chine d’exporter le germanium à la fin de l’année dernière.

Assurer la compétitivité du Canada

Cela fait plus de cent ans que la richesse en ressources naturelles du Canada attire les investisseurs et les exploitants de ressources naturelles, grâce à des infrastructures de qualité, à la primauté du droit, à des normes environnementales et de travail rigoureuses et à de solides relations commerciales. Le Canada peut miser sur ces atouts en prenant les mesures suivantes :

  • Tirer profit des fonds gouvernementaux. Les projets liés aux minéraux critiques connaissent des pénuries de capitaux. Les gouvernements peuvent contribuer à combler cette insuffisance par le biais soit par de placements directs en actions, soit par l’octroi de conventions de vente et d’achat à long terme. L’approvisionnement de la défense est un point de mire où les ministères de la Défense du Canada, des États-Unis et des pays alliés peuvent trouver des réserves de minéraux critiques et de réserves de stocks par l’entremise de « stocks virtuels », essentiellement des engagements d’achat à long terme. En s’engageant à consacrer 2 % du PIB à la défense, le Canada pourrait ainsi débloquer jusqu’à 17 milliards de dollars de capitaux frais chaque année pour la mise en valeur des mines.
  • Restreindre les distorsions de prix issues de la Chine. L’industrie minière exige maintenant une « prime pour la Chine » afin de contrecarrer les distorsions du marché chinois, principalement pour compenser le risque que la Chine inonde les marchés afin de faire chuter les prix mondiaux. Un prix plancher minimal, appuyé par des conventions d’achat gouvernementales et d’autres interventions, renforce la transparence des prix et établit une assurance quant aux revenus pour atténuer les fluctuations des prix. Par ailleurs, les restrictions liées aux produits chinois pourraient soutenir les prix canadiens. Cela comprend la restriction pure et simple de l’offre chinoise, ou l’adoption d’ajustements de prix, p. ex., des droits antidumping, des droits compensateurs ou des ajustements aux frontières (carbone, main-d’œuvre, etc.).
  • Accroître les crédits d’impôt. Le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour les minéraux critiques du Canada exclut les principaux minéraux critiques pour la défense tels que le tungstène, l’indium et le béryllium. L’admissibilité pourrait être élargie à d’autres minéraux que les quinze figurant sur la liste actuelle. Autres solutions : permettre l’accumulation des crédits d’impôt, mettre en place des crédits d’impôt à la production pour soutenir les dépenses d’exploitation (protection contre le dumping chinois) et améliorer divers programmes gouvernementaux visant à appuyer plus explicitement les minéraux critiques, y compris le Fonds stratégique pour l’innovation et le Fonds de croissance du Canada.
  • Garantir l’accès au marché. Les menaces tarifaires et les programmes Buy America entravent les flux de capitaux dans les territoires en dehors des États-Unis. En réduisant au minimum les barrières tarifaires à l’étranger et en investissant dans les capacités nationales d’affinage et de transformation, nous finirons par assurer la demande pour nos produits. Sur le plan de l’offre, il est également crucial de garantir notre propre chaîne logistique. Le gallium connaît une belle réussite au Canada, mais dépend de l’importation d’appareils électroniques de Taïwan (par l’intermédiaire des États-Unis).
  • Investir dans le capital humain. La Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX abritent plus de mineurs que n’importe quel autre indice mondial développé important. Ceux-ci s’accompagnent d’un vaste bassin de talents du secteur minier. Ce talent risque toutefois de péricliter, car les ingénieurs et une génération technophile se tournent de plus en plus vers les carrières dans les logiciels et l’IA. Fait surprenant : la Chine possède 39 programmes universitaires visant à former des ingénieurs dans les minéraux critiques ; le Canada n’en possède aucun.
  • Réduire les délais d’approbation. Le Canada doit consolider ses processus, dans la mesure du possible. Les minéraux critiques sont aussi stratégiques que le transport, et les projets connexes peuvent être déclarés comme faisant partie de l’intérêt national pour accélérer leur développement. Le même type de pragmatisme peut être appliqué au niveau provincial : la collaboration entre les ministères, avec les collectivités locales et avec Ottawa peut être améliorée. Enfin, et peut-être plus important encore, nous devrons trouver de nouveaux moyens d’accélérer les processus d’approbation des projets, sans nuire à l’obligation de consulter les communautés autochtones. Une plus grande participation des Autochtones dans ces projets, notamment par l’entremise des programmes de garantie de prêt nationaux et provinciaux, permet de débloquer plus de richesses et de capitaux autochtones qui peuvent être réinvesties dans l’infrastructure sociale et des projets liés à de futures ressources.
  • Soutenir les infrastructures. Compte tenu de l’emplacement éloigné de nombreux gisements de minéraux critiques, le manque d’infrastructures existantes est problématique (chemins de fer, routes, ports, transport d’électricité, stations cellulaires, hôpitaux, etc.). Une collaboration accrue de la part des gouvernements fédéral et provinciaux visant à fournir des infrastructures d’appui prévisionnelles qui soutiennent le fonctionnement des projets et raccourcissent les délais de mise en valeur des mines.

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Contributors:

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction

Vivan Sorab, premier directeur, Technologie propre

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

  1. Ressources naturelles Canada.
  2. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025 ; Ressources naturelles Canada.
  3. Ressources naturelles Canada.
  4. US Geological Survey.
  5. Deloitte, 2025 Global Semiconductor Industry Outlook (Perspectives mondiales 2025 pour le secteur des semi-conducteurs).
  6. Arrow Electronics, Silicon vs. gallium nitride (GaN) semiconductors: Comparing properties & applications (Comparaison entre les semi-conducteurs de silicium et de nitrure de gallium (GaN) : propriétés et applications), 21 mars 2024.
  7. Agence internationale de l’énergie (AIE), Minerals used in electric cars compared to conventional cars (Comparaison des minéraux utilisés dans les voitures électriques ou les voitures traditionnelles), 5 mai 2021.
  8. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
  9. AIE, Renewables 2024 (Énergies renouvelables 2024), octobre 2024.
  10. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
  11. Ressources naturelles Canada.
  12. Science History Institute, Manufacturers Case Study, Using the Rare Earth Elements (Étude de dossier sur les fabricants, Utilisation des métaux du groupe de terres rares).
  13. Wall Street Journal, What Scared Ford’s CEO in China (Ce que craignait le chef de la direction de Ford en Chine), 14 septembre 2024.
  14. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
  15. Ibid.
  16. Ressources naturelles Canada.
  17. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  18. Ibid.
  19. Reuters, Chinese firms control around 75% of Indonesian nickel capacity, report finds (Selon un rapport, les entreprises chinoises contrôlent environ 75 % de la capacité indonésienne de nickel), 5 février 2025.
  20. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
  21. AidData, Power Playbook: Beijing’s Bid to Secure Overseas Transition Minerals (Plan de match sur l’électricité : Offre de Pékin pour garantir les minéraux de transition à l’étranger), 28 janvier 2025
  22. AIE, Energy Technology Perspectives 2024 (Perspectives 2024 sur les technologies énergétiques), 30 octobre 2024.
  23. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb.
  24. Ibid.
  25. U.S. Geological Survey, Mineral Commodities Survey (Sommaires sur les produits minéraux) ; U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
  26. US Geological Survey.
  27. Ibid.
  28. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
  29. Site Web de l’entreprise.
  30. Ressources naturelles Canada.
  31. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  32. Ressources naturelles Canada.
  33. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  34. Site Web de l’entreprise.
  35. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  36. Ressources naturelles Canada.
  37. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.

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Alors que le monde entier tente de sécuriser l’accès aux minéraux critiques, essentiels à l’économie moderne, le Canada doit prendre une décision cruciale. Quel rôle le pays peut-il jouer dans la réduction du risque lié à la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques, largement dominée par la Chine ?

Lors de la conférence de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) de 2025, cette question était au cœur des préoccupations des chefs de file, des dirigeants et des investisseurs de l’industrie. Nous nous sommes appuyés sur le document Regard critique sur les minéraux critiques pour vous présenter cinq minéraux de plus en plus importants pour l’économie de l’avenir.

Ces minéraux sont essentiels dans cinq secteurs clés, soit l’intelligence artificielle, la sécurité des frontières, les soins de santé, l’énergie et la défense. Toutefois, les chaînes d’approvisionnement sont vulnérables, la concurrence internationale est féroce, et le Canada doit jongler avec des enjeux complexes liés aux politiques, aux investissements et au traitement afin de devenir un leader mondial dans le domaine.

Consultez les documents :

1. Gallium : le plus crucial des minéraux critiques. Secteur clé : Intelligence artificielle

Minéraux Critiques – Gallium

2. Germanium : un minéral essentiel à la sécurité des frontières. Secteur clé : Sécurité des frontières

Minéraux Critiques – Germanium

3. Graphite : le couteau suisse des minéraux critiques. Secteur clé : Défense

Minéraux Critiques – Graphite

4. Hélium : le minéral critique de demain. Secteur clé : Soins de

Minéraux Critiques – Helium

5. Terres rares : une solution de rechange à la Chine nécessaire. Secteur clé : Énergie

Minéraux Critiques – Rare Earths

Il est temps de porter un regard critique sur les minéraux critiques.

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Chaque année, Toronto accueille la plus importante conférence au monde consacrée à l’exploitation minière. Plus de 27 000 cadres supérieurs, investisseurs et décideurs politiques du secteur minier mondial y assistent, rassemblés par l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE). La conférence de cette année, qui se tiendra du 2 au 5 mars, est particulièrement cruciale.

Les minéraux critiques seront au cœur des discussions, compte tenu de l’importance qu’ils revêtent dans la course géopolitique croissante entre les États-Unis et la Chine. Ils ne constituent peut-être pas le pilier de l’exploitation minière, mais les minéraux comme le gallium et le lithium sont des intrants essentiels de technologies de pointe dans les secteurs de l’énergie, de la défense, de l’industrie manufacturière et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle. Les pays qui disposent d’un accès sécurisé à ces minéraux critiques assureront leur compétitivité économique à l’échelle mondiale et leur sécurité nationale.

Voici trois grandes questions que nous étudierons dans le cadre la conférence de l’ACPE 2025 :

1. Pourquoi un tel engouement pour les minéraux critiques ?

Des semi-conducteurs de pointe utilisés en intelligence artificielle à la fabrication de véhicules électriques et de batteries, en passant par les avancées technologiques dans les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, les minéraux critiques sont à la base des composantes essentielles de la quatrième révolution industrielle, une ère de forces technologiques perturbatrices résultant d’une interaction humain-machine accrue.

Actuellement, la Chine domine l’ensemble de la chaîne de valeur des minéraux critiques, de l’exploitation minière à la demande d’utilisation finale en passant par le raffinage et le traitement. L’Agence internationale de l’énergie a dressé une liste de six minéraux critiques fondamentaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite et métal du groupe des terres rares) et, en moyenne, la Chine représente les deux tiers de la capacité mondiale de raffinage pour ce groupe. Pour leur part, les États-Unis disposent de réserves nationales limitées de minéraux critiques et dépendent entièrement des importations, souvent en provenance de la Chine.

Cette lutte pour la suprématie technologique mondiale que se livrent la Chine et les États-Unis se manifeste par une guerre pour les ressources de minéraux critiques, un nouveau grand jeu pour le XXIe siècle, comparable à l’importance géopolitique que revêtait le pétrole au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

2. Quel rôle le Canada peut-il jouer dans la protection des chaînes logistiques des minéraux critiques ?

Le Canada et les États-Unis entretiennent des relations commerciales bien établies dans le secteur des minéraux et des métaux, puisqu’ils sont le principal partenaire commercial l’un de l’autre. En 2024, les importations canadiennes de minéraux non combustibles s’élevaient à 40 milliards de dollars US, soit 24 % des importations américaines totales. Le pays est également la plus grande source d’importations de minéraux critiques des États-Unis en termes de valeur monétaire, mais ces importations sont en grande partie constituées de minéraux critiques « commerciaux » comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

On observe une augmentation du nombre de minéraux critiques de créneau, moins commerciaux, mais stratégiquement importants, qui revêtent une importance vitale pour les applications de défense, la sécurité à la frontière et la fabrication de puces de pointe. Les approvisionnements en minéraux de ce type, notamment le gallium, le germanium, l’antimoine et le tungstène, sont concentrés en Chine et sont soumis aux contrôles chinois des exportations. C’est dans ce sous-ensemble de minéraux en particulier que nous pensons que le Canada peut jouer un rôle essentiel en réduisant les risques qui pèsent sur les chaînes logistiques des minéraux critiques des États-Unis et du G7.

3. À quoi peut-on s’attendre de la conférence ?

Cette année, la conférence de l’ACPE aura une orientation politique plus marquée que d’habitude, étant donné les tensions accrues suscitées par l’approvisionnement en minéraux critiques des États-Unis, déjà observées dans les pourparlers de paix en Ukraine, mais aussi dans les commentaires du président Trump sur le Groenland et le Canada. Les discours continus des décideurs politiques et des dirigeants du secteur de l’exploitation minière sur le potentiel du Canada peuvent renforcer l’idée que le Canada a des alliés et des partenaires économiques.

Nous nous attendons à en apprendre davantage sur la manière dont le Canada peut accroître sa compétitivité en attirant des capitaux dans le secteur des minéraux critiques. Les gouvernements pourraient notamment jouer un rôle plus important en concluant des accords d’exploitation, en améliorant les incitations fiscales (par exemple, en augmentant les crédits d’impôt à l’investissement), en sécurisant l’accès au marché et en simplifiant le processus d’octroi des permis.

Leadership avisé RBC publiera un rapport plus détaillé sur les minéraux critiques dans le courant de la semaine prochaine, ainsi que des commentaires tout au long de la conférence de l’ACPE. Vous pouvez trouver nos recherches et nos perspectives dans l’Espace commercial RBC.

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Les tarifs douaniers américains qui menacent l’économie canadienne appellent à une intervention urgente, vigoureuse et stratégique. Les 30 prochains jours sont cruciaux : le Canada doit démontrer à Washington que la route de l’Amérique vers la sécurité énergétique et économique passe par le Canada. En particulier, cette route passe par les ressources canadiennes.

Un effort particulier dans le secteur des marchandises essentielles pourrait entraîner une résurgence industrielle généralisée au Canada, avec pour effet de stimuler le PIB canadien, de revitaliser l’innovation technique, d’attirer les investissements étrangers et nationaux dans plusieurs domaines clés, d’améliorer la productivité et d’accélérer l’investissement autochtone dans les ressources. Une telle stratégie nous rendrait indispensables à la croissance des États-Unis, et nous positionnerait comme un pilier de leur stratégie économique et énergétique.

En outre, le fait de mettre l’accent sur certaines marchandises spécifiques pourrait favoriser la renaissance de la manufacture et des services connexes au Canada, tandis que les rigoureuses politiques canadiennes de durabilité, par exemple sur la capture et la conservation du méthane, pourraient propager la réduction des émissions dans l’ensemble de la chaîne de valeur. En d’autres termes, une stratégie économique axée sur les ressources naturelles n’est pas synonyme d’extractivisme.

Nous avons aussi un impératif plus large : celui de la diversification géographique. L’expansion des ressources réduirait le risque associé aux projets de marchandises de grande envergure et stimulerait les exportations canadiennes de produits agricoles, de matières et d’énergie vers l’Asie et l’Europe. Au fil du temps, cela pourrait ouvrir la voie à des échanges commerciaux plus importants avec de nombreux pays, parmi lesquels les plus grands et les plus dynamiques du monde. Sur le plan stratégique, le fait de posséder une partie de la chaîne de valeur accroît notre visibilité à l’échelle mondiale, renforce notre pouvoir de négociation avec les États-Unis et nos autres partenaires, et nous rend plus résilients face aux changements géopolitiques.

Washington reconnaît déjà l’importance des ressources canadiennes. La décision d’imposer des tarifs douaniers moins punitifs de 10 % sur l’énergie canadienne, comparativement au taux de 25 % appliqué aux autres marchandises, constitue une reconnaissance tacite de l’importance stratégique des ressources pour l’économie américaine. Nous devons profiter de cet avantage géostratégique et promouvoir les marchandises et leurs produits finaux dans les futures négociations commerciales avec Washington.

Nous présentons ci-après trois groupes de ressources stratégiques sur lesquelles les négociateurs canadiens peuvent s’appuyer pour approfondir l’un des partenariats économiques les plus appréciables au monde :

1. Les abondantes ressources de pétrole, de gaz et d’électricité du Canada peuvent aider l’Amérique à réaliser ses ambitions énergétiques

Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz et d’électricité contribuent à renforcer les réserves d’énergie américaines et à réduire les coûts pour les consommateurs, tout en soutenant l’objectif des États-Unis d’accroître leurs exportations d’énergie vers leurs alliés mondiaux. Étant donné que l’infrastructure énergétique nord-américaine est profondément intégrée entre le nord et le sud de la frontière, toute diversification visant à s’écarter du Canada serait coûteuse et longue à mettre en œuvre.

Exportateurs nets de pétrole et de gaz naturel, les États-Unis cherchent à aider l’Europe et les pays asiatiques alliés à réduire leur dépendance aux sources d’énergie non alignées, mais ils doivent aussi répondre à leur demande intérieure grandissante. Et bien qu’ils disposent de réserves abondantes, les centres de données à forte consommation d’énergie destinés à alimenter l’intelligence artificielle et les autres technologies mettent leur capacité à rude épreuve. Dans le contexte d’une production énergétique stable au Canada, la mise en place d’oléoducs et de réseaux intégrés pourrait accroître l’approvisionnement des États-Unis. Cela donnerait aux États-Unis un coussin de sécurité pour exporter du pétrole et du gaz naturel à leurs alliés mondiaux sans pour autant augmenter les prix à la pompe pour les consommateurs nationaux, ce qui est une priorité absolue de Trump.

Pétrole: 60 % des importations américaines1

Avantage du Canada : le pétrole canadien peut soutenir les efforts des États-Unis visant à devenir de facto le fournisseur de pétrole mondial le plus influent sur les prix.

La part du Canada dans les importations américaines de pétrole brut a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, et elle représente maintenant 24 % de la consommation totale de pétrole aux États-Unis. Les oléoducs transfrontaliers livrent directement le pétrole brut lourd aux raffineries américaines conçues pour le transformer. Pour ces raffineries, surtout celles du Midwest, s’éloigner du brut lourd canadien entraînerait des coûts élevés de rééquipement, ou les ferait dépendre d’autres sources comme le Venezuela ou le Moyen-Orient au prix de risques géopolitiques. Récemment, l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain a presque triplé la capacité de transport de pétrole du Canada vers la côte, ce qui renforce le rôle du Canada dans le soutien des alliés mondiaux comme la Corée du Sud et le Japon.

Électricité : 90 % des importations américaines3

Avantage du Canada : l’électricité canadienne propre et à faible coût peut soutenir plusieurs des efforts américains, notamment dans l’intelligence artificielle, la manufacture de pointe et les produits technologiques avancés.

Bien que les États-Unis produisent la majeure partie de leur propre électricité, les approvisionnements canadiens leur permettent de fonctionner et de maintenir des coûts abordables dans plusieurs États américains. De nouveaux projets, comme la ligne d’interconnexion Hertel‑New York d’Hydro-Québec, visent à accroître les exportations d’électricité en comblant 20 % des besoins en électricité de la ville de New York, ce qui permettra à ses résidents d’économiser environ 17 milliards de dollars en coûts d’électricité au cours des trois prochaines décennies4.

Avec plus de 30 lignes de transmission transfrontalières entre les provinces canadiennes aux États américains, le Canada est un acteur essentiel pour assurer la sécurité du réseau transfrontalier tout en constituant une source potentielle de production supplémentaire. Par exemple, la croissance rapide de la technologie de l’IA – une priorité stratégique des États-Unis – devrait entraîner une forte augmentation de la consommation d’électricité dans les centres de données américains, avec une part estimée à 12 % de la consommation totale des États-Unis d’ici 2028 comparativement à 4,4 % en 20235.

Gaz naturel : 99 % des importations américaines

Avantage du Canada : le gaz naturel canadien peut aider les États-Unis à assurer un ample approvisionnement intérieur, avec une marge de manœuvre pour exporter vers leurs alliés en Europe et en Asie.

Selon l’Agence d’information sur l’énergie des États-Unis, l’augmentation de la demande de gaz naturel dans le pays devrait surpasser la croissance de l’offre au cours des deux prochaines années. De plus, la demande liée aux centres de données et à la relocalisation de l’industrie manufacturière pourrait intensifier les pressions sur la production d’énergie au gaz naturel. Le gaz naturel canadien est bien placé pour combler les lacunes d’approvisionnement. Il représente déjà 9 % de la consommation totale de gaz naturel aux États-Unis, avec la capacité d’accroître cette part.

Le Canada est également sur le point de devenir un important fournisseur de gaz naturel liquéfié (GNL), et le pays est particulièrement bien placé pour exporter de l’énergie vers les alliés stratégiques de l’Asie. En incluant les six projets de GNL de la côte ouest, dont certains dont au stade de proposition et d’autres en cours de construction, notamment la phase 1 de LNG Canada dont la mise en production est attendue cette année, la capacité d’exportation totale du Canada est estimée à 6,26 milliards de pieds cubes par jour. Cette capacité proposée placerait le Canada parmi les cinq principaux exportateurs mondiaux de GNL, sur la base des niveaux actuels. De plus, les terminaux de la côte ouest ont un emplacement stratégique à seulement 10 jours d’expédition de l’Asie, comparativement à 20 jours pour les exportateurs de la côte du Golfe des États-Unis qui doivent emprunter le canal de Panama.

2. L’agriculture canadienne peut renforcer la sécurité alimentaire américaine

Le Canada représente une part importante du grenier nord-américain, fournissant un approvisionnement stable et sûr en produits agricoles qui viennent compléter les forces des États-Unis dans ce secteur. En tant que fournisseur clé d’intrants essentiels comme la potasse et les huiles de graines, le Canada appuie la production américaine d’aliments et de biocarburants. Du fait que les États-Unis sont menacés de pénuries de main-d’œuvre en raison de la répression de l’immigration illégale, le Canada peut contribuer à combler cette lacune à court terme et à renforcer la sécurité alimentaire du continent à long terme.

Potasse : 85 % des importations américaines

Avantage du Canada : la potasse canadienne, élément essentiel des engrais, peut stimuler le rendement des cultures américaines à un moment où les conditions météorologiques sont extrêmes, et renforcer la sécurité alimentaire et la stabilité des chaînes logistiques du continent.

Compte tenu de la croissance de la demande alimentaire, il existe un potentiel important pour renforcer ce partenariat. La mine de potasse Jansen, dont la mise en production est attendue en 2026, devrait stimuler la production de potasse canadienne de 4,2 millions de tonnes par année, avec une expansion potentielle jusqu’à à 8,5 millions de tonnes par année d’ici 2029, ce qui représente une augmentation de la capacité canadienne de plus d’un tiers. Le nouveau projet augmenterait la part de marché mondial du Canada à près de 40 % d’ici 2026. Non seulement l’accroissement de la production renforcera la sécurité alimentaire américaine, mais elle contribuera aussi à supplanter les exportations de potasse de pays non alignés comme la Russie et la Biélorussie.

Huile de colza : 98 % des importations américaines6

Avantage du Canada : le canola, un produit élaboré au Canada, peut jouer un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire des États-Unis et répondre à la demande de biocarburants.

Le Canada fournit aux États-Unis un approvisionnement stable et diversifié de produits agricoles, au second rang derrière le Mexique. Les États-Unis sont fortement tributaires de l’huile de colza canadienne, qui représente 98 % de ses importations totales et joue un rôle important dans la production d’aliments et de carburants renouvelables aux États-Unis.

Le Canada est aussi la principale source d’importation des États-Unis pour ce qui est de la viande et des produits céréaliers, en raison de la chaîne logistique transfrontalière profondément intégrée dans ces secteurs.

Viande : 34 % des importations américaines

Avantage du Canada : La viande canadienne, y compris les bovins et les porcs, est une partie importante de la matière première de la viande aux États-Unis.

Les protéines animales continueront de jouer un rôle important dans l’alimentation américaine, avec une consommation par habitant aux États-Unis. devrait passer de 68,7 kilogrammes en 2023 à 74,6 kilogrammes d’ici 2028.7 Les producteurs de viande canadiens sont essentiels pour répondre à cette demande croissante, tout comme les États-Unis. importe déjà 33 % de son boeuf et 66 % de son porc du Canada.8 La forte intégration entre les marchés de la viande du Canada et des États-Unis est motivée par des normes de sécurité élevées, une structure de marché similaire et l’harmonisation de la qualité des produits. Par conséquent, la viande canadienne soutient non seulement les États-Unis. mais contribue également aux exportations américaines de viande vers les marchés mondiaux.

3. Les minéraux critiques et l’uranium du Canada peuvent alimenter les technologies de pointe en Amérique du Nord

Les États-Unis ont en réserve de nombreux minéraux critiques nécessaires dans le secteur des semi-conducteurs et autres technologies sensibles. Ils possèdent également des réserves d’uranium  capables de contribuer à la construction d’une nouvelle vague de projets d’énergie nucléaire. Le pays ambitionne d’extraire et de raffiner autant que possible à l’intérieur de ses frontières afin de supplanter les approvisionnements de la Chine, mais il fait face à des contraintes, notamment en ce qui a trait à l’augmentation des capacités de raffinage. Le Canada dispose de capacités dans des domaines complémentaires essentiels qui pourraient aider les États-Unis à construire une chaîne de valeur nord-américaine efficace.

Minéraux critiques : 19 % des importations américaines pour le total des minéraux et métaux9

Avantage du Canada : des investissements adéquats, conjugués à un effort d’innovation, permettraient au Canada de faire progresser sa production de plusieurs types de minéraux critiques.

La nouvelle administration américaine cherche à donner de l’élan à plusieurs projets de minéraux critiques, et elle s’intéresse aux occasions de développer ces activités dans le cadre du dialogue quadrilatéral sur la sécurité qui rassemble les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie. Malgré son absence de cette alliance, le Canada joue un rôle dans le secteur des minéraux critiques. Il est l’un des 10 principaux producteurs mondiaux, et figure déjà parmi les fournisseurs importants des États-Unis pour l’aluminium, le fer, l’acier, le cuivre, le nickel et plus encore.

Le Canada a contribué à réduire la dépendance des États-Unis à l’égard de la Chine, depuis le Plan d’action conjoint Canada–États-Unis sur les minéraux critiques aux investissements publics de 3,8 milliards de dollars visant à accroître les exportations de gallium et de germanium, deux métaux critiques touchés par les contrôles à l’exportation de la Chine, vers les États-Unis. L’infrastructure d’extraction et de transformation du Canada pourrait combler les lacunes des États-Unis dans des secteurs clés comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

Expertise en uranium et en énergie nucléaire : 27 % des importations américaines pour l’uranium

Avantage du Canada : les États-Unis traversent le Canada, le deuxième producteur d’uranium après le Kazakhstan.

Cette source d’énergie est de plus en plus importante pour répondre à la demande croissante d’électricité visant à alimenter les centres de données de l’IA et les autres technologies stratégiques avancées à forte intensité énergétique. En tant que premier fournisseur d’uranium des États-Unis, le Canada peut jouer un rôle important dans le cycle du combustible nucléaire du continent grâce à une technologie et à des talents de premier plan, notamment dans le domaine des réacteurs CANDU et des petits réacteurs modulaires (SMR), et à une main-d’œuvre de 89 000 personnes dans le secteur nucléaire.

Ce que le Canada peut faire pour répondre aux intérêts américains

À court terme, il est urgent que le Canada rajuste ses intérêts économiques en fonction de ceux des États-Unis. Pour leur part, les États-Unis peuvent y parvenir seuls, mais au prix d’un cheminement plus difficile, plus coûteux et plus long vers l’autosuffisance. L’évolution de l’environnement économique et géopolitique appelle à une collaboration entre les deux pays dans ces trois grands domaines d’intérêt commun.

La stratégie dépend en grande partie de l’adhésion des États-Unis à cette idée. Nous avons peu de temps pour convaincre Washington de la nécessité de collaborer dans le domaine des ressources et de l’énergie, qui a été militarisé par plusieurs acteurs non alliés.

Le Canada doit aussi mettre de l’ordre dans sa propre politique.

Une stratégie économique et commerciale axée sur les ressources exigerait des milliards de dollars en nouvelles infrastructures, parmi lesquelles des lignes ferroviaires, des ports maritimes et des usines de transformation. Toutefois, l’afflux de capitaux nationaux et étrangers dépendra de la stabilité de l’environnement réglementaire et de la politique en matière de prix, car ces marchés peuvent s’avérer très volatils.

Ces défis ne sont pas nouveaux pour le Canada. L’incertitude réglementaire et politique mine le développement économique depuis plusieurs décennies. Il en va de même pour la stabilité de la demande de nos principaux partenaires commerciaux, y compris les États-Unis.

Le thème de la production et de la transformation des ressources relève d’une réflexion à long terme qui demandera au gouvernement fédéral et aux provinces de travailler de concert à la création d’entités et au renforcement des entités existantes, afin d’attirer et de retenir les capitaux et d’assurer une protection contre l’extrême volatilité des prix. Nous devrons également nous assurer que nos systèmes éducatifs attirent les talents et les compétences dont nous avons besoin pour lancer l’économie sur la voie de la croissance à long terme. De plus, tandis que nous repositionnerons les ressources canadiennes sur le marché américain, nous devrons améliorer nos relations commerciales avec bon nombre d’autres pays et régions.

Tout cela exigera un état d’esprit différent parmi les Canadiens, afin que nos ressources naturelles ne soient pas considérées comme de simples éléments de négociation avec les États-Unis, mais plutôt comme une plateforme stratégique de croissance et de prospérité pour les décennies à venir.

C’est peut-être l’occasion pour le Canada de devenir un acteur clé dans le secteur des ressources.

Contributors:

Salim Zanzana, Économiste

Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique

Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe

Yadullah Hussain, directeur de rédaction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

For more, go to rbc.com/tradehub.

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  1. Tous les États-Unis importer des parts à partir de 2023, sauf indication contraire.
  2. Ressources naturelles Canada « Fiche d’information sur l’énergie 2024-2025 »
  3. Moyenne des 5 dernières années, le chiffre de 2023 ayant été faussé en raison des sécheresses qui ont une incidence sur la capacité de production et d’exportation du Canada.
  4. Énoncé économique de l’automne 2024
  5. États-Unis Département de l’énergie « Évaluation de l’augmentation de la demande d’électricité des centres de données »
  6. Comprend les importations de produits sous le code SH 1514 en 2023
  7. Agriculture et Agroalimentaire Canada « Analyse des tendances du secteur – Tendances de la viande aux États-Unis »
  8. Comprend les produits sous les codes SH 0201 et 0202 pour le boeuf et 0203 pour le porc en 2023
  9. Commission du commerce international des États-Unis

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Au cours de son histoire, Davos a connu plusieurs âges d’or. Dans les années 1880, cette ville des Alpes suisses devint en Europe l’une des premières destinations touristiques des nouveaux grands voyageurs. Elle acquit un nouveau lustre dans les années 1920, comme station thermale fréquentée par les « nouveaux riches » du continent. Dans les années 1990, sa renommée ne fit que croître : devenue le cadre du Forum économique mondial (FEM), elle allait s’imposer comme le point de rassemblement des têtes pensantes de la mondialisation.

Ce paradis des skieurs est sorti cette semaine de sa léthargie relative, gagné par une fièvre typiquement américaine. En retrait, les États-Unis ? Pas vraiment : Davos accueillait 700 de leurs représentants – géants de la Silicon Valley, milliardaires de Wall Street, prix Nobel, industriels et même, puisque l’or était à l’honneur, ces champions olympiques que sont les légendes du ski Lindsay Vonn et Picabo Street. Clou du spectacle : Donald Trump, nouveau président et vieil habitué de Davos, était présent en vidéoconférence, reprochant aux autres pays et chefs d’entreprise de ne pas faire leur part tout en soulignant le caractère unique des États-Unis. Âge d’or ou non ? Une nouvelle ère semble en tout cas s’être ouverte, pas seulement pour les 50 chefs d’État et les 3 000 autres participants au Forum, mais aussi pour une grande partie de la planète.

Voici quelques-uns des traits saillants de Davos 2025.

1. Les États-Unis ont rarement été aussi sûrs d’eux

Face à l’exubérance des PDG américains et des investisseurs, un habitué de Davos s’est dit pris de vertige. En annonçant triomphalement un « âge d’or », M. Trump semble avoir galvanisé le milieu des affaires. L’année 2025 se présente sous un tout nouveau jour. La vigueur de l’économie américaine est telle que le Fonds monétaire international prévoit un taux de croissance mondial de 2,7 % en 2025, contre 2,2 % jusqu’ici. De fait, les grandes sociétés investissent à tour de bras, notamment dans l’intelligence artificielle (IA), et des acquisitions sont à prévoir. C’est essentiellement vers les États-Unis que se tournent aujourd’hui les investisseurs. Au cours des 12 mois qui ont précédé le retour de M. Trump à la Maison-Blanche, le pays a attiré pour 227 milliards de dollars américains de tout nouveaux investissements, soit au moins 100 milliards de plus que la Chine, l’Inde et le Royaume-Uni à eux trois. Les consommateurs reprennent également confiance. Quant à la promesse du président de réduire l’impôt des entreprises et d’alléger considérablement la réglementation, elle a vite réveillé les instincts des tenants du marché libre. Même la menace des tarifs douaniers qui plane sur les partenaires commerciaux des États-Unis est perçue comme positive, puisqu’elle pousse les entreprises à gonfler leurs stocks et à accroître leur capacité de production. Au-delà des politiques, M. Trump semble vouloir susciter à nouveau la ferveur à l’égard des grandes sociétés américaines et de l’économie en général, tout en rendant son pays plus ambitieux que jamais. « Obtenir l’impossible, c’est ce que nous faisons le mieux », a-t-il dit durant la vidéoconférence. L’exception américaine va peut-être fouetter quelque temps l’ardeur des entreprises et des marchés, mais des nuages se dessinent à l’horizon. Une grande partie des investissements découlait en effet de la loi sur la réduction de l’inflation promulguée sous l’administration Biden. Or les subventions massives prévues dans l’Inflation Reduction Act (IRA) seront bientôt choses du passé. L’inflation inquiète également, car le gouvernement américain, déjà lourdement endetté, continue de dépenser, faisant d’ailleurs concurrence aux investisseurs privés. En outre, les coupes pratiquées en immigration vont faire perdre de nombreux travailleurs et pourraient donc pousser les salaires à la hausse. Tout cela pèse sur les taux d’intérêt à long terme, car les investisseurs se demandent si l’inflation a vraiment été jugulée. Larry Fink, chef de la direction de BlackRock, a dit entrevoir un scénario selon lequel le rendement des obligations à 10 ans atteindrait 5,5 % ; ce n’est pas une prévision, a-t-il précisé, mais une simple possibilité – qui pourrait refroidir les esprits.

Q25 : Une administration se consacrant uniquement aux intérêts des États-Unis pourrait-elle s’unir aux autres pays afin de contenir les déséquilibres internationaux ?

2. L’Europe a rarement été aussi peu sûre d’elle

D’habitude, les dirigeants européens se réunissent à Davos pour rappeler au reste du monde la place particulière qu’ils occupent dans le monde sur le plan diplomatique, commercial et économique. Pas cette fois-ci. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est exprimée au nom de tous ceux qui, sur le continent, se disent préoccupés par l’avenir de l’Union. De leur côté, les dirigeants américains du monde des affaires et de la sphère gouvernementale (M. Trump y compris, bien sûr) ont clamé qu’il est devenu presque impossible d’investir en Europe, compte tenu de l’extrême lourdeur de la bureaucratie à laquelle sociétés et entrepreneurs sont en butte (un cadre a dit que, dans le cadre d’un appel d’offres, les nouvelles règles de déclaration environnementale obligeaient son entreprise à répondre à 800 questions). Mme Von der Leyen a reconnu que toute une génération de jeunes entrepreneurs était tentée de s’établir aux États-Unis ou ailleurs et que l’évocation par le président américain d’un nouvel âge d’or devait être pour l’Europe un appel à se réveiller. Le chef de l’opposition en Allemagne, Friedrich Merz – que l’on donne comme gagnant des élections du mois prochain et qui serait donc le futur chancelier – a présenté son programme conservateur : moins d’impôts, réduction de la facture d’électricité pour les fabricants (les prix sont montés en flèche depuis que l’Allemagne a fermé ses centrales nucléaires et que la Russie lui a coupé le gaz), diminution des prestations d’assurance-chômage et priorité aux seuls immigrants qualifiés plutôt qu’aux membres de leur famille. M. Merz veut aussi s’attaquer à la paperasserie imposée par Bruxelles. Il fallait toutefois un Américain – le PDG de BlackRock, encore lui – pour évoquer les retombées positives qu’aurait la tourmente en vue si l’Europe pouvait s’entendre sur un unique marché des capitaux. « On est trop pessimiste en Europe, a déclaré M. Fink le dernier jour. Le moment est probablement venu d’y investir à nouveau. »

Q25 : Le virage prévu à droite va-t-il entraîner de grands changements au sein de l’Union européenne ?

3. Les soubresauts de l’offre contribuent au risque géopolitique

Alors que le monde essayait de retrouver son équilibre après la pandémie, l’anormalité est devenue la norme. À Davos, plusieurs gouverneurs de banque centrale se sont dit préoccupés de la menace croissante des « chocs d’offre » (ces perturbations de l’économie mondiale qui compromettent le libre fonctionnement des marchés) ; de fait, en matière d’inflation, agir sur les taux directeurs a ses limites. Prenons le cas d’une des cibles favorites de M. Trump : le canal de Panama. Toute perturbation de ses activités ferait à nouveau grimper l’inflation. Idem pour le canal de Suez, sur lequel plane l’ombre de l’Iran. Les deux conflits dont se soucie le plus M. Trump – ceux d’Ukraine et de Gaza – pourraient facilement s’envenimer et s’étendre aux pays voisins, au moment même où de nombreux États se retirent d’institutions internationales comme l’ONU. Sans compter ce qui pèse probablement le plus sur l’offre, à savoir les catastrophes climatiques. M. Trump a affirmé que son administration saura rétablir la paix et en finir avec les incertitudes devant lesquelles d’autres que lui ont déclaré forfait. Il a déjà ouvert le dialogue avec le président chinois Xi Jinping, auquel il a suggéré de travailler avec les États-Unis afin de mettre fin à la guerre en Ukraine (Washington traiterait avec les Ukrainiens, Pékin avec Vladimir Putin). Enfin, M. Trump, qui s’est par ailleurs présenté comme l’instigateur du cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, a dit souhaiter parler de désarmement nucléaire avec la Chine et la Russie, une fois l’affaire ukrainienne réglée. De nombreux habitués de Davos se demandent si le président américain, après avoir remporté deux fois l’investiture, n’espère pas obtenir le prix Nobel de la paix…

Q25 : L’habileté du négociateur en chef et la forte influence des États-Unis sur le monde peuvent-elles éviter à celui-ci un conflit généralisé ?

4. Qui va payer pour que les États-Unis assurent leur domination en matière énergétique ?

On peut dire toutes sortes de choses sur M. Trump, mais certainement pas qu’il mâche ses mots. Sur la question de l’énergie, il n’a pas caché à son auditoire de Davos qu’il s’agit de forer à tout-va. Autour de moi, les Européens ont accusé le choc, avant d’entendre le président garantir au continent ses approvisionnements en gaz naturel. Le désir qu’a M. Trump d’obtenir davantage d’énergie sous de multiples formes (il a cité le pétrole, le gaz naturel, l’énergie nucléaire et même le charbon) est une bonne nouvelle pour les nombreux pays où les consommateurs paient cher leur électricité. Il s’agit cependant d’un objectif politique qui va se heurter à certains principes fondamentaux du marché. Le secteur pétrolier, qui a manqué de capitaux pendant la plus grande partie de la décennie écoulée, ne voudra pas forcément investir des milliards de dollars dans de nouveaux moyens de production si les cours demeurent incertains et risquent de chuter. Sans parler de la chaîne d’approvisionnement… Pour creuser de nouveaux puits et construire de nouveaux pipelines, il faudra du matériel lourd et une main-d’œuvre qualifiée qui, actuellement, font défaut. Il en sera de même pour la production des minéraux critiques, secteur dominé aujourd’hui par la Chine – une tutelle dont M. Trump demande aux États-Unis et à leurs alliés (le Canada, par exemple) de s’affranchir. Quant à l’énergie nucléaire, si elle gagne en popularité, elle soulève des difficultés qui lui sont propres, qu’il s’agisse des délais d’exécution ou des coûts. Reste le secteur des énergies renouvelables, celui qui a crû le plus vite aux États-Unis et ailleurs, mais dont l’avenir à court terme semble soudain compromis. Il a grandement profité du Inflation Reduction Act mais devra désormais compter davantage sur lui-même.

Q25 : La croissance du secteur de l’énergie se fera-t-elle aux frais des États, des entreprises ou des consommateurs ?

5. Les États commencent à se réarmer et à changer leurs cibles

Chaque année, le FEM sonde ses membres sur la question des risques. Les conflits armés sont devenus la préoccupation majeure ; il y a deux ans, ils ne figuraient même pas parmi les 10 premières. L’Ukraine inquiète d’autant plus les Européens que les États-Unis pourraient cesser de l’aider ; en Asie, c’est au détroit de Taïwan que l’on songe. Au Moyen-Orient, l’Iran est certes affaibli – son influence a beaucoup diminué en Syrie, au Liban et à Gaza –, mais il révise ses plans. M. Trump a promis de rétablir la paix mais – tout comme d’autres dirigeants, d’ailleurs –, il a dit clairement à Davos que son gouvernement dépenserait beaucoup plus pour la défense nationale au cours des prochaines années. Cela signifie que bien des pays vont se disputer les nouvelles technologies et les matériaux traditionnels (l’acier, notamment) dont sont faites les machines de guerre. La fabrication de pointe devenant un secteur clé, l’Allemagne et les États-Unis sont en train de repenser leurs infrastructures industrielles, afin de pouvoir produire leurs propres armes. Il leur sera peut-être plus difficile de se doter de troupes à la hauteur, compte tenu du vieillissement de la population en Occident et du peu d’engouement des jeunes pour le service militaire. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy était aussi à Davos. Dans sa tenue militaire, il a demandé à ses alliés de continuer à le soutenir tout en les mettant en garde : l’armée russe comprend 1,4 million de soldats, dont 600 000 en Ukraine ou à proximité. La deuxième armée la plus importante en Europe est celle de l’Ukraine, qui aligne 800 000 combattants. Vient ensuite la France (200 000 soldats). Plus d’un tiers des approvisionnements en armes de l’Ukraine provient des États-Unis ; elle continue de construire des usines d’armement afin d’être moins dépendante de ses alliés. Mark Rutte, le nouveau secrétaire général de l’OTAN, a évoqué la menace croissante que constituent les dispositifs civils transformés en armes (drones, téléavertisseurs, etc.). M. Zelenskyy a suggéré que l’Europe se dote d’un « dôme de fer » similaire à celui d’Israël, afin de se protéger des missiles russes. D’autres mécanismes de défense pourraient s’imposer, y compris en matière de cybersécurité – la conduite de la guerre évolue en effet très vite et aucune nation n’est réellement à l’abri.

Q25 : L’intelligence artificielle est de plus en plus présente dans les armes à la fois offensives et défensives. Qui, des pays démocratiques ou des États totalitaires, tirera le mieux son épingle du jeu ?

6. Intelligence artificielle : les agents du changement

À Davos, l’intelligence artificielle est devenue un thème aussi commun que celui des perspectives économiques ; le lien ne fait d’ailleurs que se renforcer. Naguère, c’était surtout les spécialistes de la technologie ou de l’éthique qui en parlaient ; à présent, c’est aussi le domaine des entrepreneurs, car les « agents IA » se sont multipliés dans les milieux de travail. Ce contenu est disponible en anglais seulement, on parle d’ailleurs d’agentic era (« l’ère des agents »). Ces dix dernières années, les États-Unis ont créé plus de 5 000 sociétés dont le mandat est d’aider les entreprises à mettre en œuvre de tels agents dans les centres d’appels, auprès des équipes de vente ou dans les arrière-boutiques. À Davos, le FEM a présenté les conclusions d’une de ses études : les entreprises qui adoptent rapidement l’IA engrangent des revenus supérieurs de 15 % à ceux de leurs rivales. La croissance la plus forte s’observe dans les secteurs des services financiers, des télécommunications et des médias. Toutes sortes d’entreprises publiques ou privées ont parlé de ce que leur apporte plus généralement l’IA, qu’il s’agisse d’accélérer la mise au point de nouveaux médicaments, de fournir des services municipaux dans des dizaines de langues ou de dépister plus tôt le cancer. Dans le domaine de l’éducation (à l’école ou au travail), « copilotes » et agents séduisent de plus en plus, car l’IA permet de personnaliser et de baliser de mieux en mieux les parcours d’apprentissage. Selon Marc Benioff, chef de la direction de Salesforce – l’un des chefs de file de la conception d’agents –, le défi que doivent maintenant relever les entreprises qui investissent en intelligence artificielle est de développer davantage que le simple savoir-faire technique. À tous les niveaux, les agents IA vont bientôt être prépondérants dans les entreprises ; la culture organisationnelle et la constitution d’équipes vont nécessiter de nouvelles approches, car les équipes de demain comprendront des agents axés sur l’apprentissage actif. Comme l’a expliqué M. Benioff à un auditoire de cadres dirigeants : « Nous serons les derniers à gérer des effectifs composés seulement d’humains. »

Q25 : La société est-elle prête à voir travailler côte à côte des humains et des agents IA?

7. La diversité, l’équité et l’inclusion aux oubliettes. Quel avenir, pour les politiques climatiques ?

À Davos, il était courant de parler de diversité, d’égalité et d’inclusion. Des thèmes centraux qui ne le sont plus, sinon pour servir de cibles aux attaques de certains politiciens. En qualifiant d’« absurdes » les programmes de soutien à la diversité et en annonçant à maintes reprises que les États-Unis seraient désormais une « méritocratie », M. Trump a mis la foule très mal à l’aise – on voyait presque des cheveux se hérisser dans l’assistance. Ses propos étaient pourtant moins perturbants que le discours prononcé plus tôt dans la journée par Javier Milei : raillant les défenseurs de la justice sociale, le président argentin a dit que, les droits étant inscrits dans la loi, nul n’a besoin de « privilèges » tels que les préférences à l’embauche. À l’abri des projecteurs, certains se sont demandé si le climat allait faire lui aussi l’objet d’un tel revirement, tandis que les Européens cherchaient à minimiser l’impact de décisions comme le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris. Beaucoup d’organismes axés jusqu’ici sur les changements climatiques semblent déjà changer discrètement leur fusil d’épaule pour, par exemple, revenir à la simple conservation de la nature. Un autre mouvement s’esquisse, consistant à utiliser les maigres enveloppes allouées pour aider particuliers et collectivités à s’adapter à un monde où les inondations et les incendies se multiplieront. Dans le rapport précité du FEM, cinq des dix risques à long terme les plus évoqués concernent encore les changements climatiques. Il faudra peut-être s’y attaquer différemment – et plus silencieusement…

Q25 : Face à la multiplication des catastrophes naturelles et aux dommages de plus en plus graves qu’elles entraînent, que va faire la nouvelle génération de gouvernements conservateurs ?

8. Les populistes doivent maintenant tenir les promesses faites au peuple

Parmi les penseurs politiques et les historiens présents à Davos, beaucoup écoutent ce que disent les nouveaux dirigeants nationaux et les réactions des électeurs qui les ont portés au pouvoir. Désormais, les populistes vont en effet devoir remplir leurs engagements, ce qui ne sera pas facile en ces temps de budgets restreints et d’attentes élevées. L’anthropologue et journaliste Gillian Tett, aujourd’hui doyenne de l’Université de Cambridge, a mis son auditoire en garde contre le « silence social » et contre les courants invisibles capables de faire vaciller n’importe quel gouvernement. Le plus grand danger, selon elle, serait un revers économique – ou, pire, une crise financière –, survenant alors que M. Trump vient d’annoncer un âge d’or et parle de consacrer l’argent des contribuables à l’IA ou aux cryptomonnaies, toutes choses dont le citoyen moyen n’a que faire. Le président est populaire aujourd’hui, mais les Américains pourraient devenir moins indulgents s’ils avaient l’impression que ses politiques profitent à ses conseillers les mieux nantis alors que l’économie va mal. Une telle éventualité généraliserait et exacerberait l’irritation contre les élites, particulièrement vivace chez les jeunes. Présenté à Davos, le Baromètre de confiance Edelman (un rapport annuel) témoigne d’une hausse alarmante, parmi les jeunes adultes, de l’acceptation de la violence comme moyen d’expression de leur mécontentement. Selon Lawrence Summers, économiste américain renommé, ancien secrétaire du Trésor et grand habitué de Davos, les gouvernements seraient bien avisés de se consacrer à la prestation de services à la population plutôt que de faire de grandes promesses et de tout restructurer ; les gens veulent des routes en bon état, des versements faits en temps et lieu ou encore des mesures d’assistance aux collectivités en difficulté. Des besoins qui ont souvent été ignorés, a ajouté M. Summers. Y répondre pourrait rétablir la confiance dans les institutions – la démocratie ne pourrait qu’y gagner.

Q25 : Les gouvernements des pays occidentaux seront-ils davantage populaires lors des prochaines élections ?

9. Le retour sur la Lune… pour commencer

Abstraction faite de toutes les discussions menées à Davos sur les marchés et les politiques (c’est le Forum économique mondial, après tout), on croise là-bas des gens d’action et des créateurs en tous genres. Cette année, l’accent était mis sur l’espace et – parfaitement ! – sur ses perspectives économiques. Un soir, sous une lune particulièrement brillante, j’ai parcouru la vallée de Davos pour me rendre à un petit dîner réunissant les dirigeants de plusieurs agences spatiales et certains des entrepreneurs qui sont en train de monter de tout nouveaux secteurs afin de pouvoir envoyer plus de gens et d’équipement en orbite ou sur notre satellite. Il y a de tout, parmi ces nouveaux explorateurs. Le Japon met au point des robots de l’espace et des engins capables de se poser à moins de 10 mètres de leur point prévu d’alunissage. Avec l’agence spatiale indienne, les Japonais planchent aussi sur la prochaine génération de rovers lunaires, qu’ils pensent pouvoir bientôt équiper de cabines pressurisées – les astronautes pourraient ainsi se déplacer sans avoir à revêtir leur scaphandre au complet. Les Saoudiens, eux, s’intéressent au lancement de satellites et à la récupération des débris dans l’espace. Une équipe du Massachusetts Institute of Technology a présenté un projet consistant à envoyer ce mois-ci un engin vers le pôle sud de la Lune, où la température varie de +1 à -200 degrés, afin d’étudier un cratère qui n’a encore été exploré qu’une fois. L’Agence spatiale européenne a elle aussi son grand projet ; il va s’agir de poursuivre un astéroïde qui se rapproche de nous – le vendredi 13 avril 2029, il passera à moins de 38 000 kilomètres de la Terre. L’investisseur américain Kam Ghaffarian faisait également partie des convives ; il a évoqué les centaines de millions de dollars qu’il mise dans de nouveaux lanceurs, avec son équipe de 700 personnes établie à Los Angeles. M. Ghaffarian pense que ce secteur va connaître l’une des plus fortes croissances, étant donné que les États-Unis, qui ont procédé à 145 mises en orbite l’année dernière (un nombre record, cinq plus élevé qu’en 2017), comptent désormais le faire… toutes les quelques semaines. Tous les mois, il y aura bientôt, de par le monde, beaucoup plus de lancements qu’aujourd’hui. L’an dernier, des entrepreneurs comme M. Ghaffarian ont réuni 8,6 milliards de dollars américains en vue de projets spatiaux – un secteur qui, selon une étude de McKinsey & Co., vaudra 1 800 milliards dans dix ans. Pour les amoureux de l’espace, ce n’est pas une question d’argent ; le but est d’aider les humains à s’élever au-dessus de leur condition et à voir leur planète d’en haut, là où frontières et conflits n’ont aucune réalité. Quant aux entreprises qui se font pourtant concurrence, c’est une question de collaboration. Comme l’a dit Mohammed Al-Tamimi, le chef de la direction de l’agence spatiale saoudienne, « aucun pays ne pourra se rendre et s’implanter sur la Lune s’il fait cavalier seul ».

Q25 : L’administration Trump lancera-t-elle officiellement un nouveau projet de conquête de Mars ?


Premier vice-président, Bureau du chef de la direction, Banque Royale du Canada, John Stackhouse dirige l’Institut d’action climatique RBC.