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La prospérité des écosystèmes naturels est essentielle à la croissance d’une économie nord-américaine fondée sur les ressources. Les politiques de construction et de forage à outrance sont motivées par des objectifs à court terme comme le développement du commerce international, la souveraineté économique, la sécurité et l’accessibilité financière, alors même que les plans de croissance devraient tenir compte de notre principal atout : la nature.

L’Institut d’action climatique RBC a co-organisé une table ronde avec Nature United dans le cadre du colloque du Salazar Center for North American Conservation, qui s’est tenu à Vancouver la semaine dernière. Le sujet :Comment faire de la conservation et de la gérance de l’environnement des atouts stratégiques dans les plans de croissance des secteurs dépendants de la nature, comme la foresterie, l’agriculture et l’exploitation minière ?

Voici ce que nous avons entendu :

  • Accent sur les avantages économiques.Nous continuons de nous éloigner des modèles de protection de paysages fondés sur l’absence d’activité ou d’accès public au profit d’approches qui soutiennent les économies locales : création d’emplois, d’espaces de loisirs et de nouvelles sources de revenus (crédits compensatoires) et d’entreprises (écotourisme, exploitation forestière responsable, gestion forestière). Cette évolution tient compte du fait que la conservation durable repose sur les humains. Un bon exemple est l’achat en 2021 par le conseil tribal Heiltsuk de Shearwater Marine Ltd, un centre de villégiature et une marina de 63 acres à Bella Bella, en Colombie-Britannique. Les Heiltsuks ont ainsi récupéré une partie importante de leur territoire et ouvert de nouvelles perspectives économiques, notamment dans le secteur de l’écotourisme culturel.

  • Communication adaptée aux valeurs locales. La transition énergétique risque d’appauvrir les communautés rurales dont l’emploi et l’activité économique dépendent de l’extraction des combustibles fossiles. La revitalisation de ces communautés par une transition économique axée sur la nature peut faire partie de la solution, mais pour obtenir l’adhésion des communautés à de telles stratégies, il faut les leur communiquer dans un langage qui tienne compte des valeurs et des priorités locales. En Virginie-Occidentale, un haut lieu de l’exploitation du charbon où l’administration Trump concentre ses efforts de relance de cette industrie, une telle stratégie économique axée sur la nature a permis de créer des emplois et de réhabiliter des villes abandonnées. Les occasions ne manquent pas : foresterie responsable, restauration des forêts, réhabilitation écologique de sites miniers abandonnés, et développement du tourisme le long de la chaîne de montagnes des Appalaches.

  • Débat sur l’attribution d’une valeur monétaire à la nature. Alors que les détracteurs dénoncent la marchandisation de la nature, les partisans soutiennent que sa valorisation favorise l’investissement d’un plus grand nombre de parties prenantes. Ce débat a façonné l’influence de la nature sur le marché de la compensation écologique ainsi que sur d’autres mécanismes – allant de la comptabilité budgétaire aux obligations vertes – qui encouragent l’investissement dans la nature. Par exemple, la ville de Gibsons, en Colombie-Britannique, a développé une stratégie axée sur les actifs naturels, intégrant ainsi la valeur de la nature dans ses processus de planification. En effet, la ville a conclu que l’infrastructure verte était rentable pour la gestion des eaux de ruissellement, ce qui a permis de réduire les coûts associés au développement de projets résidentiels et commerciaux. 

Trois choses à surveiller :

  • Le projet d’allègement fiscal aux États-Unis pourrait autoriser la vente de près de 300 millions d’hectares de terres publiques. On craint de plus en plus que ces terres ne soient vendues à des fins d’exploitation minière, forestière et pétrolière sans véritable encadrement. Ce problème concerne également le Canada, puisque les terres publiques voisines offrent des milieux naturels intacts aux espèces sauvages dont les routes migratoires franchissent les frontières. Ces terres jouent également un rôle essentiel dans la capacité des États-Unis à contribuer à l’atteinte des objectifs internationaux en matière de biodiversité et de climat. Le texte de loi sur le maintien des terres publiques sous contrôle public (Public Lands in Public Hands Act) vise à interdire au Secrétaire à l’Intérieur et au Secrétaire à l’Agriculture de vendre des terres de plus de 300 acres à une entité non fédérale. Le projet de loi a été initialement parrainé par Ryan K. Zinke, représentant républicain du Montana au sein du Congrès américain. Le projet de loi est actuellement examiné par la sous-commission des forêts et de l’horticulture du Congrès.

  • Le rôle de l’accord des Nations unies sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales dans l’exploitation de l’Arctique. Si l’accord compte 114 pays signataires, seuls 21 l’ont ratifié à ce jour, ce qui est bien en deçà des 60 nécessaires pour qu’il entre en vigueur et garantisse la conservation et l’exploitation durable de la biodiversité marine dans les eaux internationales. L’Arctique abrite certains des plus vastes écosystèmes marins intacts du monde, dont la protection est plus que jamais d’actualité puisque la Russie, la Chine, les États-Unis et le Canada s’intéressent au tourisme, à la pêche commerciale, au transport maritime transarctique et à l’exploitation minière en eaux profondes.

  • Le gouvernement Carney peut-il renforcer les ressources naturelles du Canada dans un contexte de croissance ? Le gouvernement libéral présente un plan visant à accélérer et à étendre les projets dans les secteurs de l’énergie et des minerais critiques, tout en s’engageant à intensifier les efforts de conservation de la nature au Canada. Le défi de ce gouvernement libéral minoritaire sera de concilier la réconciliation avec les Autochtones, les efforts en faveur de la nature et l’exploitation des ressources, tout en apaisant les tensions liées au rythme des projets et à la valeur accordée à la nature dans les secteurs extractifs.

    Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC

    Martha Rogers, économiste principale, The Nature Conservancy/Nature United

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Zone Notes: Comment les entreprises canadiennes font face aux tensions commerciales

Le secteur agricole du Canada est l’une des premières victimes des guerres commerciales qui opposent le pays à la Chine et aux États-Unis. Monty Reich, chef de la direction de SWT Ltd, société indépendante de céréales et d’intrants agricoles de la Saskatchewan, explique comment les agriculteurs font face aux tensions commerciales.

Des nouveaux éléments d’incertitude et de volatilité quasiment tous les jours

  • Le contexte actuel est difficile, incertain et déroutant. « Nous nous retrouvons chaque jour dans une situation différente », déclare Reich.

  • Les États-Unis avaient commencé à parler de droits de douane en décembre, avant que la Chine n’impose des droits de douane de 100 % sur l’huile et les tourteaux de canola et les pois, et le blé dur figurait déjà sur la liste.

  • SWT a dû absorber le coût financier des droits de douane américains sur le blé dur et a choisi de ne pas le répercuter sur ses agriculteurs-actionnaires. « Nous avons vendu la marchandise sur le marché à terme et intégré les coûts supplémentaires dans nos propres résultats », explique Reich.

  • Les droits de douane américains ont entraîné une hausse des prix des exportations de blé dur. « Nous sommes l’importateur officiel, » indique encore Reich. Autrement dit, SWT doit elle-même payer les droits de douane de 25 %, un prix trop élevé pour continuer à exporter aux États-Unis.

Chute des prix du canola

  • Le choc a été brutal pour les producteurs de canola. Les prix ont plongé de 25 à 30 % depuis l’imposition des droits de douane chinois, passant d’environ 16 $ à 12 $ le boisseau.

  • « En agriculture, les marges sont déjà très étroites », déclare Reich. Une variation des prix, aussi petite soit-elle, peut transformer une saison rentable en une catastrophe financière. Vu l’ampleur de la baisse, les agriculteurs voient leurs revenus disparaître.

Des droits de douane imposés partout

  • Les restrictions imposées par la Chine sur le canola et les pois jaunes ont réduit un marché crucial, et les producteurs ont peu d’autres débouchés. « La Chine représente environ 87 % du marché des pois jaunes, avec les États-Unis et l’Inde », et les agriculteurs doivent donc aujourd’hui faire face à une fermeture quasi totale de leur marché.

  • Les droits de douane qu’applique l’Inde par intermittence sur les légumineuses constituent une incertitude supplémentaire. Les agriculteurs canadiens ne disposent par conséquent de guère d’autres possibilités viables.

Les agriculteurs cherchent d’autres solutions

  • « En ce moment, les producteurs réfléchissent activement pour essayer de trouver ce qui pourra leur apporter le meilleur rendement », dit Reich.

  • Ils pourraient se tourner vers d’autres cultures, mais en fait, ce n’est pas aussi simple. « Ce n’est pas facile de simplement changer de produit », explique Reich.

  • Les agriculteurs « se démènent » pour s’adapter avant la prochaine saison de semis.

Investissements reportés, rentabilité en baisse

  • Des investissements dans des usines de broyage du canola ont déjà été reportés il y a deux ans en raison des difficultés rencontrées sur le marché chinois et des coûts de construction.

  • Les constructions en cours d’installations de production vont se poursuivre et les installations existantes continueront à fonctionner, mais les marges se réduisent de plus en plus.

  • Les agriculteurs se demandent s’ils doivent diminuer leur production, diminuer les coûts ou même diminuer leurs activités.

Crainte de voir les expéditions bloquées

  • Une autre menace vient du fait que la Chine pourrait bientôt imposer des droits antidumping sur les semences de canola.

  • Les exportations vers la Chine deviennent très risquées. Des expéditions de semences de canola peuvent être lancées, mais la Chine « peut décider du jour au lendemain de les taxer ». Cette incertitude suffit à effrayer les exportateurs et à faire baisser les prix.

  • Cette situation est différente du litige qui a opposé le Canada à la Chine en 2019. Il concernait alors uniquement quelques entreprises et portait sur des « questions de droit de bassin » et de qualité.

D’autres routes commerciales

  • La Chine a déjà limité les importations directes par le passé, mais le canola canadien a continué à y entrer, en passant par d’autres marchés.

  • « D’autres pays d’Asie du Sud-Pacifique importeront le produit et le livreront en Chine. » Mais ils essayeront de l’acheter à prix réduit.

  • Par ailleurs, cela prend du temps de nouer des relations commerciales avec de nouveaux marchés. Il ne s’agit pas simplement de passer d’un marché à un autre (par exemple, de la Chine aux Philippines).

D’autres cultures rencontrent également des difficultés

  • Les cultures de légumineuses (comme les lentilles) rencontrent également des difficultés, notamment en raison des droits de douane appliqués par l’Inde. Cela exacerbe les pressions exercées sur la rentabilité de ces cultures, car les agriculteurs doivent constamment s’adapter aux changements de politiques commerciales, en particulier si des droits de douane sont mis en place ou levés de façon imprévisible.

Qui fournira du canola à la place du Canada ?

  • À court terme, d’autres pays, comme l’Australie, peuvent fournir du canola à la place du Canada, mais le produit canadien est généralement considéré comme très fiable et de grande qualité.

  • Avec l’évolution de l’offre et de la demande, d’autres pays pourraient modifier leur rotation des cultures pour répondre aux besoins du marché.

  • Des milliards de dollars ont été investis dans l’ouest du Canada pour la culture canola et les installations de broyage. De grosses sommes d’argent sont en jeu avec le canola, et « on ne peut pas simplement tout abandonner », dit Reich.

Le gouvernement doit s’engager plus fortement

  • Même si les agriculteurs préfèrent souvent que le gouvernement intervienne le moins possible, il est indispensable de parvenir à des accords commerciaux forts pour résoudre la question des droits de douane et des restrictions.

  • Le gouvernement du Canada doit faire en sorte d’entretenir des relations commerciales solides avec ses partenaires essentiels (Chine, États-Unis, Inde) pour abaisser les barrières commerciales, préconise Reich.

  • La Saskatchewan a par exemple ouvert neuf bureaux à l’étranger pour faciliter les relations commerciales et atténuer les tensions.

  • L’agriculture canadienne doit être bien représentée à l’échelle mondiale, pas uniquement avec des accords commerciaux, mais aussi grâce à une présence sur place et un engagement diplomatique continu.

  • Le gouvernement doit investir pour améliorer les infrastructures qui stimuleront les marchés interprovinciaux et permettront de transporter les produits d’ouest en est.

Le présent article vise à offrir des renseignements généraux seulement et n’a pas pour objet de fournir des conseils juridiques ou financiers, ni d’autres conseils professionnels. Le lecteur est seul responsable de toute utilisation des renseignements contenus dans le présent document, et ni la Banque Royale du Canada (« RBC »), ni ses sociétés affiliées, ni leurs administrateurs, dirigeants, employés ou mandataires respectifs ne seront tenus responsables des dommages directs ou indirects découlant de l’utilisation du présent document par le lecteur.  Veuillez consulter un conseiller professionnel en ce qui concerne votre situation particulière. Les renseignements présentés sont réputés être factuels et à jour, mais nous ne garantissons pas leur exactitude et ils ne doivent pas être considérés comme une analyse exhaustive des sujets abordés. Les opinions exprimées reflètent le jugement des auteurs à la date de publication et peuvent changer. La Banque Royale du Canada et ses sociétés affiliées ne font pas la promotion, explicitement ou implicitement, des conseils, des avis, des renseignements, des produits ou des services de tiers.

Le présent document peut contenir des déclarations prospectives – au sens de certaines lois sur les valeurs mobilières – qui font l’objet de la mise en garde de RBC concernant les déclarations prospectives. Les paramètres, données et autres renseignements ESG (y compris ceux liés au climat) contenus sur ce site Web sont ou peuvent être fondés sur des hypothèses, des estimations et des jugements. Les mises en garde relatives aux renseignements présentés sur ce Site Web sont exposées dans les sections « Mise en garde concernant les déclarations prospectives » et « Avis important concernant le présent rapport » de notre Rapport climatique le plus récent, accessible sur notre site d’information à l’adresse https://www.rbc.com/notre-impact/rapport-citoyennete-dentreprise-rendement/index.html. Sauf si la loi l’exige, ni RBC ni ses sociétés affiliées ne s’engagent à mettre à jour quelque renseignement que ce soit présenté dans le présent document.

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Les tensions commerciales avec les États-Unis ont braqué les projecteurs sur le commerce international des produits agroalimentaires canadiens : la menace tarifaire américaine représente un défi particulier pour les exportations agroalimentaires canadiennes, lesquelles ont aujourd’hui une part de 20 % dans les importations agroalimentaires américaines.

Les exportations vers les États-Unis sont à la hausse : plus de 60 % des exportations agricoles et agroalimentaires du Canada sont destinées aux États-Unis, et la valeur de ces exportations a quadruplé depuis 2000.

Toutefois, le Canada est à la traîne de ses concurrents à l’échelle mondiale : le Canada a reculé du 5e au 7e rang dans le commerce agroalimentaire mondial, et le pays pourrait chuter à la 9e place d’ici 2035 si des mesures correctives ne sont pas prises.

Les concurrents gagnent du terrain sur les marchés mondiaux à forte croissance : plusieurs concurrents agroalimentaires émergents comme le Brésil ont gagné du terrain en Afrique et au Moyen-Orient, tandis que les rivaux traditionnels comme l’Australie gagnent des parts de marché en Asie du Sud-Est.

Les occasions commerciales s’élèvent à 44 milliards de dollars pour le Canada : selon une nouvelle modélisation réalisée par RBC et le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group, le Canada peut augmenter sa part de marché mondiale et remonter au 5e rang des exportations à condition de déployer les investissements adéquats. Cela pourrait ajouter 44 milliards de dollarsa à la valeur des exportations agricoles et agroalimentaires d’ici 2035.

Il est essentiel d’établir un plan précis : pour regagner des parts de marché, le Canada doit se concentrer sur l’innovation, les capitaux, l’infrastructure des exportations, l’accès numérique et la commercialisation mondiale des produits agroalimentaires.

Acier, automobile, bois et pétrole : le conflit commercial grandissant entre les États-Unis et le Canada est concentré sur les secteurs phares de notre économie de cols bleus. Cependant, si nous observons ce qui traverse les frontières, nous avons toutes les chances de voir des produits agricoles et agroalimentaires – qu’il s’agisse de homards transportés par camion de la Nouvelle-Écosse au Maine, de muffins exportés de Toronto vers Chicago ou de bétail voyageant de l’Alberta au Montana.

Les exportations du Canada sont moins diversifiées que celles de ses concurrents importants

Des produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars franchissent les frontières chaque année, les États-Unis important près de 60 % de ces marchandises. 1 bEt grâce à l’augmentation des investissements dans le secteur de la transformation agroalimentaire au cours des 20 dernières années, la balance commerciale ne cesse d’augmenter. La valeur des exportations canadiennes vers les États-Unis a quadruplé depuis 2000, et le Canada représente aujourd’hui 20 % des importations américaines de produits agricoles et agroalimentaires.2

Cette discrète transformation a aidé le secteur agroalimentaire canadien à devenir la plus grande source de manufacture du pays.2 Nous ne sommes plus seulement un producteur de marchandises en vrac, mais aussi un fournisseur étranger de premier choix dans les rayons des épiceries et sur les tables des Américains, car les agriculteurs et les producteurs canadiens ont beaucoup progressé dans l’élaboration de nouveaux produits alimentaires et dans leur commercialisation aux États-Unis.

Prenons l’exemple du canola, utilisé pour la cuisine et les biocarburants ainsi que pour l’alimentation animale. Grâce à l’envergure des usines de trituration, près de 96 % des volumes d’exportation d’huile de canola et 65 % des volumes d’exportation de tourteau de canola canadiens ont été envoyés aux États-Unis en 2024.4 Puis il y a la potasse, élément essentiel des engrais américains. Le Canada répond à 85 % des besoins des États-Unis, et ce chiffre pourrait augmenter si les États-Unis s’écartaient de la Russie et de la Biélorussie, leurs seuls autres fournisseurs importants.5

Les deux pays en ont bénéficié. Les États-Unis ont profité d’un accès prioritaire à la production et à la transformation du Canada, qui présente un avantage concurrentiel pour ce qui est des produits comme les préparations de céréales et les huiles végétales. L’importance de la base de production des Prairies canadiennes, ainsi que l’ampleur et la proximité des centres de fabrication et de transformation de l’Ontario et du Québec ont joué un rôle clé dans l’afflux de capitaux d’investissement au cours des dernières années. En outre, l’importance et la régularité des volumes, conjuguées à la faiblesse du dollar, ont renforcé la capacité du Canada à s’imposer comme un fournisseur de premier plan. L’amélioration de l’efficience des exploitations agricoles et des entreprises de transformation alimentaire canadiennes a encore raffermi la position du Canada en tant que pays fiable et efficace pour s’approvisionner en produits agricoles et agroalimentaires. Par conséquent, l’industrie alimentaire canadienne a augmenté son ratio de valeur ajoutée (production moins consommation) de 71 % entre 2014 et 2023.6

Ces avantages sont aujourd’hui menacés, dans le contexte de tarifs douaniers qui pourraient être appliqués à grande échelle. Si ces tarifs sont appliqués aux produits agricoles et agroalimentaires, ils feront du Canada un partenaire commercial moins intéressant pour les États-Unis, car notre position d’exportateur de produits agricoles et agroalimentaires à faible coût par rapport à d’autres pays, dont la Chine et les Pays-Bas, en pâtira. Le secteur de la production d’aliments et de boissons pourrait également avoir du mal à maintenir ses niveaux d’investissement, car jusque là, l’un de ses principaux arguments de vente est l’accès privilégié au plus grand marché du monde.

Ces défis obligeront les producteurs canadiens à faire un choix : assumer le coût des tarifs douaniers pour accéder au marché américain, ou répondre davantage à la demande d’autres régions.

Depuis plusieurs générations, le Canada est un leader mondial de l’agriculture, avec par exemple les expéditions de blé vers la Chine pendant les conflits postrévolutionnaires du pays, de porc vers le Japon lorsque son économie a décollé, de lentilles vers l’Inde pour nourrir les villes en forte croissance, et de sirop d’érable vers l’Europe à l’ouverture de ses marchés. La potasse, les engrais et les semences canadiens ont également joué un rôle essentiel dans la capacité des agriculteurs du monde entier à augmenter la production destinée à leurs propres marchés. Grâce à des décennies de croissance des exportations, avec une longueur d’avance sur la plupart des secteurs économiques canadiens, notre secteur agroalimentaire est entré dans le XXIe siècle comme un chef de file de la productivité. Mais avec autant d’attention portée au marché américain, de nombreux Canadiens n’ont pas réalisé que le reste du monde était en train de les rattraper et, dans certaines catégories, de les dépasser.

Voici où nous en sommes aujourd’hui dans le classement mondial : au cours du premier trimestre de ce siècle, nous sommes passés de la 5e à la 7e place, dépassés par la Chine et le Brésil.7 Et si les conditions des affaires restent stables, nous pourrions tomber à la 9e place au cours de la prochaine décennie. Un modèle mondial élaboré par le Boston Consulting Group et RBC montre que depuis 2000, la part de marché du Canada a décliné de 12 % en termes relatifs. Nos exportations continuent de croître : elles ont quadruplé au cours de la période. Le problème est que nous ne suivons pas le rythme du reste du monde, qui a vu ses exportations agricoles et agroalimentaires multipliées par cinq au cours de la même période.c d

Le Canada croît en valeur, mais sa part de marché est en déclin

Le déclin relatif pourrait être un signal d’alarme indiquant que nos exportations agricoles et agroalimentaires ne sont pas seulement trop dépendantes des États-Unis, mais aussi menacées par une concurrence encore plus acharnée à l’étranger dans les décennies à venir. D’autres pays, comme le Brésil et le Chili, ont gagné une grande partie des marchés de la viande et du poisson, où le Canada était compétitif par le passé.

L’Équateur est un autre cas intéressant. Le pays dispose d’une aquaculture intérieure très concentrée, aux environs de la ville de Guayaquil, où les progrès de la génétique des crevettes ont permis de multiplier le volume de production par 18 depuis 2000.8 Aujourd’hui, les crevettes représentent près de 24 % des exportations totales de l’Équateur et 25 % du marché mondial des exportations de crustacés, en incluant les crevettes et les homards.9 Des tendances similaires sont observées pour les myrtilles du Pérou, les pâtes de la Turquie et le soja du Paraguay. Cette croissance ciblée et dynamique de la part de nos concurrents a fait perdre au Canada des parts de marché dans deux tiers des secteurs qui composent le commerce agricole et agroalimentaire, à savoir la viande (-2 %), les animaux vivants (-5 %) et les boissons et spiritueux (-2 %). Selon notre modèle, le Canada a ainsi perdu 23 milliards de dollars de valeur d’exportation en 2023 en raison des parts de marché perdues depuis 2000, ce qui dépasse la valeur des exportations canadiennes d’acier et de fer vers les États-Unis en 2024.

Il est important de surveiller le front de l’Asie du Sud-Est et du Sud. La consommation agricole et alimentaire de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est devrait s’accroître à plus de 31 % de la consommation mondiale au cours de la prochaine décennie.10 Depuis longtemps, une grande partie de la région représente un marché sûr pour les producteurs canadiens, qu’il s’agisse de soja pour le Vietnam, de blé pour l’Indonésie ou de pois pour l’Inde. Toutefois, la région se tourne de plus en plus vers d’autres fournisseurs. L’accord de libre-échange entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) a éliminé les tarifs douaniers sur 99 % des exportations néo-zélandaises vers l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam. En vertu de cet accord, l’Australie a régulièrement augmenté ses exportations vers l’ANASE, qui représente aujourd’hui 23 % de la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires.11 12 Le Brésil est un autre concurrent à surveiller. L’accent placé par le pays sur la promotion de son commerce n’en a pas seulement fait un fournisseur de l’ANASE plus important ; mais cela a aussi accéléré sa présence en Afrique et au Moyen-Orient – qui affichent la plus forte croissance du monde – où la valeur de ses exportations a bondi de 24,4 % et 20,4 %, respectivement, entre 2023 et 2024.13

Cette réorganisation du commerce alimentaire mondial s’est déroulée en grande partie pendant une période de libéralisation du commerce mondial, mais cette ère est peut-être en train de prendre fin. Si les barrières tarifaires et non tarifaires se normalisent, et si le commerce devient plus politisé, la capacité du Canada à être compétitif à l’international pourrait être à nouveau remise en question, notamment face aux exportateurs résurgents comme le Kazakhstan qui cherchent à regagner des parts de marché, en particulier en Asie et au Moyen-Orient.

L’année dernière, la valeur des échanges mondiaux de marchandises a atteint le chiffre record de 45 000 milliards de dollars, mais la croissance des volumese d’une année sur l’autre est en baisse depuis 2000.14 La croissance annuelle moyenne du volume des échanges a été de 2 % entre 2016 et 2025, ce qui marque un ralentissement par rapport aux 3,45 % enregistrés au cours de la décennie précédente.15 L’un des principaux facteurs à l’origine de ce ralentissement est l’abandon d’un système fondé sur des règles, ce qui a ouvert la voie à des politiques plus protectionnistes.

Par exemple, les interventions commerciales à l’encontre des céréales ont été 2,5 lus nombreuses que les interventions de libéralisation depuis 2009, sous l’impulsion de subventions financières, de prêts d’État et de tarifs douaniers à l’importation.16 L’agriculture et l’agroalimentaire font souvent les frais de ces politiques, compte tenu de l’importance politique des prix des denrées alimentaires et du pouvoir politique des producteurs de denrées alimentaires dans de nombreux pays. Les tarifs douaniers imposés par un membre de l’Organisation mondiale du commerce sur un produit agricole donné s’élèvent en moyenne à 14,8 %, contre 8 % pour les produits non agricoles.17 Le déclin de l’appétit pour le commerce international, le repli des occasions de conclure de nouveaux accords commerciaux et les perturbations de la stratégie d’exportation du Canada axée sur l’Amérique du Nord figurent parmi les plus grands défis que nous devrons sans doute relever dans les années à venir.

L’occasion est évidente. Selon notre modèle, la part du Canada dans les exportations mondiales pourrait augmenter de 30 % d’ici 2035, ce qui ajouterait 44 milliards de dollars aux exportations totales, à condition d’atteindre trois grands objectifs commerciaux : croître sur les marchés où le Canada a accès, se développer sur les marchés les plus dynamiques du monde, et maintenir les relations existantes grâce à une « diplomatie alimentaire » renforcée.

Le premier défi est simple : il s’agit de tirer parti de ce que nous avons. Le Canada a conclu 15 accords de libre-échange qui lui donnent accès à plus des deux tiers de l’économie mondiale. Ces accords pourraient permettre de mieux exploiter l’accès du Canada aux marchés d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Par exemple, l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne élimine progressivement une grande partie des tarifs douaniers sur les fruits de mer. Avant l’AECG, les tarifs douaniers de l’UE sur le poisson et les fruits de mer étaient de 11 % en moyenne, avec des sommets à 25 %. Ils seront totalement supprimés au cours des cinq prochaines années.18

Notre prochain défi consistera à conquérir de nouveaux marchés en croissance, avec une ambition plus grande. Nous pourrions commencer par les marchés asiatiques mentionnés dans la section précédente. Les consommateurs d’Asie du Sud-Est et d’Asie du Sud devraient avoir plus d’argent à dépenser en produits de valeur supérieure au cours de la prochaine décennie, en partie grâce à une croissance économique qui devrait être parmi les meilleures au monde, avec un PIB par habitant en hausse de 3,9 % par an entre 2024 et 2033, selon les prévisions, contre 2,6 % pour la décennie précédente.19 L’Inde est l’une des occasions les plus évidentes : un marché de 1,5 milliard de consommateurs dont l’économie et le niveau de vie augmentent rapidement. En outre, ce marché constituera une occasion de plus en plus importante pour l’industrie canadienne de la transformation agroalimentaire, en particulier dans le domaine des protéines d’origine végétale, grâce à la production canadienne de légumineuses – pois, lentilles et soja.

En particulier, la transformation des oléagineux et des déchets agricoles du Canada peut contribuer à répondre à la croissance de la demande de biocarburants attendue en Asie du Sud-Est, où les taux de mélange de biocarburants avec les combustibles fossiles devraient rester supérieurs à 30 % sur des marchés tels que l’Indonésie. Dans ce pays, la demande de biodiesel devrait augmenter de 56 % au cours de la prochaine décennie.20 L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Amérique latine devraient également connaître une forte croissance de leur PIB. Dans ces régions, nous pouvons nous attendre à une augmentation de la consommation totale et de la consommation par habitant, mais aussi à une transition vers des aliments plus riches en nutriments, ce qui inclut les protéines animales, les légumes et les légumineuses. Une façon de contribuer : le Canada peut aider à relier le transport maritime mondial aux chaînes d’approvisionnement locales en participant à la construction de corridors alimentaires et d’infrastructures portuaires en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, qui sont d’importants points d’entrée dans la région.

Troisièmement, le Canada peut renforcer et développer ses partenariats actuels. Ces marchés comprennent les États-Unis, le Japon, la Chine et le Mexique. Or, les trois premiers connaîtront probablement des déficits commerciaux dans le secteur alimentaire au cours de la prochaine décennie, et les producteurs excédentaires comme le Canada se disputeront ces marchés. Notre avantage réside dans les réseaux commerciaux établis et la confiance des consommateurs dans nos produits. En particulier, les États-Unis devraient accroître leurs importations de produits frais, de poisson et d’huiles végétales au cours de la prochaine décennie.21 La stimulation de la production et de la transformation dans ces domaines positionnera le Canada comme un partenaire à la fois fiable et stratégique, à condition de réaliser certains des investissements décrits aux sections suivantes.

ENCADRÉ : 3 pays à surveiller

Brésil : l’investisseur

  • Devenu le deuxième plus grand exportateur de produits agricoles et agroalimentaires, le Brésil prend une part exceptionnellement importante dans les exportations mondiales d’oléagineux et de viande, avec des augmentations respectives d’environ 20 % et 11 % en valeur.22

  • Les cultures en rangs ont presque doublé entre 2000 et 2014 au Brésil, principalement en raison de la conversion des pâturages (80 %), mais aussi des terres forestières (20 %).23 Le Brésil améliore également les rendements par rapport aux intrants tels que la terre, les engrais et la main-d’œuvre, et la productivité des facteurs agricoles globaux a augmenté de 53 % entre 2000 et 2022. À titre de comparaison, la productivité du Canada a augmenté de 27 %.24 f Le régime de politique industrielle a adopté un modèle de soutien aux entreprises au début et au milieu des années 2000, ce qui a attiré les investissements des multinationales de l’agroalimentaire et des sciences de la vie et contribué à financer la croissance du stockage national, des infrastructures de transport et de la capacité de transformation.25

  • Le Brésil a adopté une approche agressive en matière de marketing et de promotion sur les marchés en croissance, et il augmente progressivement sa part de marché en Chine. D’un autre côté, l’Union européenne, deuxième marché du Brésil, compte appliquer fin 2025 un règlement contre la déforestation interdisant des importations spécifiques, notamment de soja, de bœuf et de produits à base de café associés à la déforestation après 2020.26 Cette réglementation, conjuguée à d’autres politiques environnementales régissant le commerce international, pourrait poser des problèmes de conformité au Brésil malgré le repli des taux de déforestation dans le pays.

  • Au cours de la prochaine décennie, la politique industrielle brésilienne « Nova Industry Brazil » encouragera à l’innovation et à la durabilité, les chaînes logistiques agroalimentaires étant définies comme une priorité absolue pour la croissance.

Australie : le négociateur

  • L’Australie a mis à profit ses 18 accords de libre-échange avec 30 pays pour diversifier, développer et adapter ses flux d’exportation agroalimentaires. La valeur des exportations agroalimentaires de l’Australie vers l’Inde s’est envolée de 106 % entre 2022 et 2023 après l’entrée en vigueur de l’Accord de coopération économique et commerciale Inde-Australie (ECTA) en décembre 2022. En 2023, l’Australie a tiré parti de la baisse des tarifs douaniers sur la viande dans le cadre de l’Accord de libre-échange entre la République de Corée et l’Australie, augmentant les ventes de moutons et de chèvres d’environ 50 % en valeur par rapport à 2022.27

  • L’Australie diversifie sa production afin de s’adapter à la croissance de marchés d’exportation tels que le canola, et soutient cette politique à l’aide de promotion commerciale. Sa nouvelle initiative d’expansion agroalimentaire intersectorielle est la création d’un fonds de 85 millions de dollars destiné à accroître et diversifier les exportations agroalimentaires.28

  • Participant actif à la commission du Codex Alimentarius, qui est un ensemble de normes alimentaires adoptées à l’échelle internationale. L’harmonisation des normes alimentaires entre les partenaires commerciaux est essentielle pour éviter les barrières non tarifaires.

Espagne : l’expansion

  • Le pays s’est positionné comme le marché de référence pour les fruits, les légumes et le porc dans l’Union européenne, en se concentrant sur l’échelle de production, la qualité et la production régionalisée.

  • L’Espagne s’est hissée au rang de chef de file de l’agroalimentaire en se connectant à ses clients européens et internationaux depuis 46 ports.29

  • L’Espagne a augmenté sa production afin de répondre à la demande de volumes d’exportation, grâce à une amélioration de la productivité et à une transition vers la commercialisation agricole. Cela se traduit par une production sous serre centralisée, optimisée aux fins d’accès au marché régional et de commerce international. Toutefois, ce centre de production dépend principalement du transport routier, ce qui crée des vulnérabilités logistiques.

  • L’Espagne restera l’un des principaux concurrents du Canada pour ce qui est de l’expansion sur le marché européen si le pays décide d’optimiser son utilisation de l’AECG.

Kazakhstan : la croissance

  • Bien qu’il ne figure pas encore parmi les 50 premiers exportateurs, le Kazakhstan a multiplié par neuf la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires depuis 2000.30

  • Au cours de la prochaine décennie, si les tendances d’utilisation des terres agricoles du Kazakhstan reflètent celles d’autres puissances agricoles telles que le Brésil, le Canada et les États-Unis, on peut s’attendre à ce que ses pâturages, qui représentent environ les trois quarts de toutes les terres agricoles, soient transformés en marchés de cultures.31

  • Dans le cadre des plans de développement agricole 2021-2030 du ministère de l’Agriculture, le Kazakhstan prévoit stimuler la productivité de sa production de viande et de produits laitiers en augmentant le poids des carcasses et la production de lait par animal en vue d’accroître ses exportations.32

  • Le secteur agricole du Kazakhstan présente un potentiel de croissance important, mais il est sous-développé et sous-financé. À la suite des investissements significatifs réalisés par les institutions financières d’État telles que KazAgroFinance, le Kazakhstan deviendra un pays à surveiller pour les céréales, les oléagineux, le bœuf et le mouton.33

Le secteur agricole et agroalimentaire canadien n’est pas seulement un exportateur ; c’est une source d’aliments de haute qualité, abordables et nutritifs pour une population nationale croissante. Nous produisons au-delà de nos besoins, nous positionnant comme un exportateur net de produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de 32 milliards de dollars en 2023.34 Toutefois, la composition productive d’un secteur axé sur l’exportation ne se traduirait pas par un régime alimentaire sain pour tous les Canadiens.35 Une approche équilibrée est nécessaire.

Le Canada a noué des relations commerciales avec des pays spécialisés dans la production d’aliments tels que les fruits de façon plus concurrentielle et productive. En conséquence, le Canada accuse un déficit de production pour les fruits et légumes, ainsi que dans le secteur du sucre et de la confiserie. La technologie pourrait être d’une aide précieuse, en l’occurrence grâce à l’agriculture moderne en environnement contrôlé. Des poches de production en Ontario, au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique ont permis de quintupler les volumes de production de fruits et légumes en serre depuis 2000.36 Ce secteur en pleine croissance peut jouer un rôle essentiel pour combler le déficit de production – la production de légumes devrait doubler et la production de fruits quintupler pour répondre à la demande intérieure.37

Le Canada devra soutenir cette croissance à l’aide de services publics suffisants, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de la gestion des déchets. Il sera essentiel d’étendre et de décarboner les réseaux électriques du Canada, ce qui pourrait obliger les provinces à investir près de 160 milliards de dollars pour doubler leur approvisionnement en électricité à partir d’énergies propres.38 De tels investissements ont un effet en cascade sur la décarbonation du système alimentaire canadien, dans la mesure où ils permettent de réduire l’intensité en carbone de l’énergie utilisée pour le stockage, les usines de transformation et le transport.

La transformation de la viande, ainsi que la production et la transformation du poisson et des fruits de mer constituent d’autres domaines de croissance permettant de répondre à la demande intérieure et de regagner des parts de marché à l’échelle mondiale. La production de viande est presque deux fois supérieure au taux de consommation moyen du Canada, tandis que la production de poisson et de fruits de mer se situe juste au-dessus des moyennes de consommation.39 40

Ces secteurs ont été confrontés à des coûts d’exploitation élevés, à la volatilité des prix des marchandises, à des pénuries de main-d’œuvre et à un contexte politique difficile pour l’aquaculture. Pourtant, la demande nationale et internationale de protéines durables fabriquées au Canada est en plein essor, ce qui signifie que les gains d’efficience découlant des opérations mondiales réalisées au Canada pourraient améliorer le coût et la disponibilité de ces produits pour les consommateurs nationaux.

Miser sur le Canada pour l’alimentation de l’avenir peut également être un gage de sécurité environnementale. Bien qu’aucun pays ne soit à l’abri des effets négatifs des changements climatiques sur les cultures et l’élevage, les scénarios de croissance des rendements tenant compte de l’accélération des changements climatiques suggèrent que le Canada devrait renforcer son rôle de grenier mondial pour les cultures de base telles que le blé, le soja et le maïs. Le Canada est également bien doté en ressources naturelles, et dispose de systèmes de production efficients qui consomment ces ressources de manière responsable. L’utilisation de l’eau dans l’agriculture canadienne demeure modeste à 11 % du prélèvement d’eau douce total, contre 67 % en Australie et 40 % aux États-Unis.41

L’utilisation des terres dans l’agriculture canadienne est également très raisonnable par rapport aux États-Unis et à l’Australie qui exploitent plus de la moitié de leurs terres totales, alors que les terres agricoles du Canada ne représentent que 6 % de la superficie nationale. Ces chiffres illustrent les limites auxquelles se heurtent les autres puissances agricoles pour répondre aux besoins de terres à répartir entre le logement, l’énergie et l’alimentation.42 43 44

Nous sommes un chef de file en matière de production, mais à la traîne pour ce qui est de la commercialisation des innovations. Cela dit, le Canada souffre d’un ralentissement de sa productivité dans l’agriculture. La relance de la productivité passe par l’innovation axée sur l’efficience. Le taux d’adoption peut être amélioré. Prenons l’exemple du pilotage automatisé des tracteurs et de la technologie à taux variable dans le domaine des engrais et des semences. Les taux d’adoption de ces deux technologies restent faibles à 27 % et 16 %, respectivement.45 Nous avons également besoin d’une meilleure connectivité entre les chercheurs, les entreprises en démarrage, les fournisseurs de financement et les sociétés, de préférence au sein de pôles d’innovation agroalimentaire semblables à ceux du Midwest américain et des Pays-Bas. Pour ce faire, nous devrons combler l’écart croissant entre les ressources privées et publiques, qui menace la capacité du Canada à développer des partenariats dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la commercialisation. Les dépenses publiques consacrées à la recherche et au développement agroalimentaire ont reculé de 9 % en moyenne par an au cours de la dernière décennie.46

Le Canada dépasse ses homologues de l'OCDE en matière de productivité agricole, mais il est à la traîne des économies émergentes

Le Canada se classe parmi les 10 premiers pays pour les investissements dans la technologie et l’innovation agroalimentaires.47 Nous pourrions figurer parmi les 5 premiers, à condition de doubler les investissements annuels dans les entreprises en démarrage basées au Canada. La tâche pourrait être plus difficile dans un monde soumis aux tarifs douaniers, qui présenterait un risque intrinsèque pour les capitaux étrangers. Néanmoins, les rendements sur les exportations pourraient suffire à compenser les défis nord-américains. L’expansion des secteurs de la transformation agroalimentaire canadienne nécessitera également des investissements initiaux. Industries des protéines du Canada estime que nous pourrions détenir 10 % du marché mondial des aliments d’origine végétale d’ici 2035, ce qui ajouterait 25 milliards de dollars aux ventes annuelles. Pour réaliser cette ambition, le Canada aura besoin de 10 à 15 nouvelles usines de transformation d’aliments d’origine végétale et de 6 à 9 milliards de dollars d’investissements en immobilisations pour la seule fabrication d’ingrédients.48 Pour accroître les investissements au Canada, nous devrons également rehausser notre attrait en adoptant des approches plus concurrentielles en matière de fiscalité et de réglementation. Nous pouvons également promouvoir notre histoire, et repositionner le pays comme un producteur à valeur ajoutée, concurrentiel sur le plan des prix, de la qualité et des volumes. Nous pouvons élaborer des études de cas sur les sociétés, les régions et les secteurs (voir l’encadré) qui mettent en évidence ce qui, au Canada, est prêt à entrer dans une ère de croissance et a le potentiel d’attirer une nouvelle vague d’investisseurs.

L'augmentation des investissements dans le secteur manufacturier depuis 2015 témoigne d'une transition intérieure des marchandises vers les produits agroalimentaires à valeur ajoutée

Le Canada doit combler son retard en matière de 5 G. L’utilisation d’outils agricoles de précision met en évidence l’importance des connexions sans fil dans les régions rurales du Canada. Ces outils s’appuient sur des applications ou des plateformes Web pour améliorer l’utilisation des aliments pour animaux, des semences, des engrais et des pesticides afin de produire plus avec moins de ressources. Cette technologie nécessite l’Internet à haut débit et un excellent signal mobile 5G, domaines où les régions rurales du Canada sont en retard. Deetken Insights estime que si tous les agriculteurs canadiens avaient accès à la 5G, cela pourrait ajouter entre 2,7 et 3,5 milliards de dollars au PIB canadien d’ici 2030 grâce à une meilleure efficience des intrants et à une automatisation accrue dans les exploitations agricoles.49 La Stratégie canadienne pour la connectivité, qui reflète la vision nationale de l’infrastructure informatique, a permis de lancer des projets dans tout le pays pour élargir l’accessibilité au réseau. Cependant, deux provinces agricoles clés, la Saskatchewan et le Manitoba, n’ont que 50 % et 30 % de couverture rurale, respectivement, en ce qui concerne la 5G.50 Le redéploiement des fonds destinés à la connectivité des régions rurales canadiennes, pour se concentrer sur l’accès à la 5G dans les zones rurales et éloignées, pourrait être l’initiative nécessaire pour débloquer l’économie numérique pour les agriculteurs canadiens.

Les délais d’exécution dans les ports canadiens sont plus longs que dans les ports de nombreux concurrents, avec une moyenne de 2,7 jours en 2022 alors que les États-Unis, le Brésil et l’Australie affichent des délais d’exécution moyens respectifs de 2,1 jours, 1 jour et 2 jours.51 Le port de Vancouver, qui est le plus grand du Canada, connaît depuis longtemps des goulets d’étranglement liés à son infrastructure, entre le Second Narrows Bridge et le tunnel Thornton, que des mécanismes comme le Fonds national des corridors commerciaux ou la Banque de l’infrastructure du Canada pourraient aider à résoudre – par le biais d’un financement de transformation. À l’heure actuelle, le Canada investit environ 20 milliards de dollars par an dans ses infrastructures de transport, ce qui le place loin derrière ses concurrents agricoles tels que l’Australie et le Royaume-Uni. Pour rester au niveau de ces pays, il faudrait des investissements supplémentaires de l’ordre de 13 à 20 milliards de dollars.52 Il existe également des occasions plus modestes, telles que la logistique des conteneurs et les terminaux intérieurs, du fait que des problèmes simples comme le stockage des conteneurs peuvent engorger nos ports et nos voies ferrées.

Le Canada souffre d’un effet de dilution dans son approche de développement et d’accès au marché, avec des ressources limitées pour redémarrer. Les États-Unis dépensent près de 20 % de leur budget de services de soutien à l’agriculture dans le marketing et la promotion, soit le triple du Canada qui ne consacre que 6 % de son budget à ces activités.53 Dans le même ordre d’idées, pour gagner des parts de marché, de solides services d’inspection et de contrôle sont nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire et la protection de la production agricole contre les nouvelles maladies et les nouveaux parasites. Le Canada jouit d’une solide réputation, mais il fait face à un dilemme : malgré les 40 % de notre budget des services de soutien à l’agriculture consacrés à l’inspection et au contrôle, nous sommes toujours confrontés à des problèmes d’accès au marché et à des inspections redondantes.54 Une approche intéressante serait de sélectionner les cinq principaux produits ayant un potentiel à l’exportation et de réaliser des évaluations de marché prioritaires, par exemple au sujet de l’Europe pour les fruits de mer. En mettant en commun les ressources publiques et privées, le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les associations sectorielles, les sociétés et les provinces dans le cadre de groupes de travail régionaux et flexibles, afin de promouvoir les exportations et d’informer les organismes de réglementation sur les mesures à prendre pour soutenir la croissance. Une option complémentaire serait de positionner les autorités réglementaires telles que l’Agence canadienne d’inspection des aliments en vue de faire avancer la reconnaissance et l’harmonisation des normes sur les marchés de croissance identifiés.

Le Canada dépense environ 40 % de son budget de services agricoles dans l'inspection et le contrôle

Dans 10 ans à peine, le monde devra nourrir près de neuf milliards de personnes, et nombre d’entre elles disposeront de revenus plus élevés et rechercheront des aliments de meilleure qualité comme les produits sur lesquels le Canada a bâti sa réputation. Pour répondre à cette demande, le monde devra produire 14 % de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux et de biocarburants en plus que ce que nous produisons aujourd’hui, dans un environnement commercial plus perturbé.55

Pour nourrir le monde de demain, l’agriculture devra aussi composer avec les changements climatiques, l’expansion urbaine et les besoins croissants d’utilisation des sols pour la production d’énergie. En passant d’une réaction tactique à court terme à une stratégie de croissance, le Canada peut s’appuyer sur les menaces tarifaires américaines pour appeler à faire du secteur agricole et agroalimentaire un moteur de la diversification commerciale et de l’autosuffisance du pays.

Dans un scénario de forte croissance, nous estimons que le Canada pourrait retrouver son rang de 5e exportateur mondial et regagner l’influence internationale qui était la sienne au début des années 2000. Dans un tel scénario, le Canada, en 2035, aurait besoin d’accroître ses exportations agroalimentaires à valeur ajoutée de 50 % et ses exportations de marchandises agricoles de 10 %.

Dans un tel scénario, nous pouvons imaginer un Canada où

  • L’aquaculture de l’Atlantique doublerait en termes de production et de transformation, et alimenterait nos voisins européens ainsi que ceux qui sont plus proches.

  • Et où l’Alberta, qui produit 80 % de la viande bovine du pays, améliorerait la résilience de ses parcs d’engraissement et de ses chaînes logistiques, contribuant à faire du Canada le premier fournisseur de viande au Japon, alors qu’il y occupe aujourd’hui la quatrième place.56 57 58

  • Notre secteur des serres, qui aspire à doubler sa superficie au cours de la prochaine décennie, rapproche les Canadiens de leurs produits frais à un prix abordable.

L’agriculture est souvent laissée de côté dans les discussions sur la stratégie économique du Canada. La situation doit changer si nous voulons renforcer la résilience de notre pays et rétablir notre présence à l’étranger. Si le pays donne suite à ces idées, et à d’autres, avec précision et rapidité, la prochaine décennie pourrait voir un essor de la productivité, une ampleur sans précédent de l’industrie manufacturière, et une nouvelle voie de croissance fondée sur des marchés diversifiés. Partout au pays, des occasions de croissance sont prêtes à être saisies.

Encadré : Comment devenir un champion mondial

  • Les fournisseurs de légumineuses et produits d’origine végétale exportent vers plus de 100 pays.

  • Principaux marchés : Turquie, Algérie, Irak et États-Unis.

  • Marchés en croissance : Inde, Afrique du Sud, Arabie saoudite, et Émirats arabes unis.

  • Stratégie d’exportation :

    • Sa capacité à traiter et à transformer de gros volumes de légumineuses cultivées à proximité des installations de transformation de l’ouest du Canada a stimulé ses ambitions en matière d’exportation.

    • AGT dispose d’une chaîne logistique intégrée, de la porte de la ferme à la distribution mondiale, et la société a étendu sa prise de participation aux aliments emballés destinés à l’exportation, à l’infrastructure de transformation à valeur ajoutée, et à la manutention et au fret en vrac et par conteneurs.

    • De plus, son activité internationale a profité de l’expansion de ses bureaux et de ses usines de transformation en Turquie, au Kazakhstan, au Royaume-Uni, en Australie, en Europe, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en Inde.

  • Stratégie de croissance :

    • Les acquisitions et les nouvelles capacités visant à amplifier la transformation au sein des groupes de production ont permis à AGT de devenir un exportateur mondial de produits alimentaires à base de légumineuses et de blé dur à valeur ajoutée. Cela a également permis à AGT de passer du statut d’acheteur et d’exportateur de marchandises au secteur des produits de détail, avec 21 installations dans l’ouest du Canada.

    • AGT investit et s’engage dans la recherche et le développement pour créer de nouveaux produits et systèmes de transformation.

  • Société de fabrication de protéines exportant dans 20 pays.

  • Principaux marchés : États-Unis, Chine et Japon.

  • Marchés en croissance : Philippines, Singapour et Vietnam.

  • Stratégie d’exportation :

    • La forte intégration du marché et de la chaîne logistique avec les États-Unis étend la portée géographique de la société.

    • L’accès au marché et le développement entre le Canada et les États-Unis ont également bénéficié de la reconnaissance mutuelle des normes relatives au bien-être animal, à la biosécurité et à la qualité.

    • La qualité de la viande de porc canadienne est reconnue, et ce produit jouit d’une solide réputation sur les marchés asiatiques existants.

    • L’ouverture de nouveaux bureaux a soutenu le développement du marché en Asie. Cela a permis à MLF de travailler en étroite collaboration avec les délégués commerciaux de l’Asie pour accéder au marché et développer son activité, ainsi que pour résoudre les problèmes liés aux marchés locaux.

  • Approche de la croissance :

    • Portefeuille de marques reconnues et leadership bien établi, en particulier sur les marchés nord-américains et asiatiques.

    • Chaînes d’approvisionnement intégrées verticalement, avec pour priorité de réinvestir dans l’entreprise afin d’augmenter la capacité et d’améliorer l’efficience des opérations et de la chaîne d’approvisionnement.

    • Au fil des ans, MLF a eu recours aux acquisitions pour augmenter son échelle, mais aussi pour acheter d’importantes marques concurrentes ou complémentaires.

    • Elle s’est fortement concentrée sur l’efficience de sa production, grâce à l’automatisation et à l’établissement de centres d’excellence où les usines de transformation se spécialisent dans des gammes de produits particulières, ce qui permet de tirer parti de l’échelle du groupe.

  • Les produits sont vendus dans plus de 160 pays.

  • Forces et approche en matière d’exportation :

  • Mise en place de bureaux de vente locaux à Tokyo et Osaka et de centres de distribution dans tout le Japon pour assurer la ponctualité des livraisons.

  • Étroites relations entre le bureau international et les usines de transformation afin de garantir un approvisionnement fiable et cohérent répondant aux besoins des clients internationaux.

  • En cas de pénurie due à un cas de force majeure, par exemple des retards de transport ou des problèmes liés aux récoltes, l’entreprise a la capacité de proposer un produit de remplacement en temps utile grâce à la présence de bases de production dans différents pays.

  • Approche de la croissance :

    • Entretient d’étroites relations avec les agriculteurs par le biais de contrats directs, ce qui permet à McCain de réagir avec agilité aux perturbations de la production ou de la chaîne logistique.

    • Investit dans la résilience de l’agriculture régionale pour aider les principaux fournisseurs à atténuer les effets des changements climatiques et autres perturbations et à s’y adapter.

    • Étend ses usines de transformation et sa logistique dans les zones de production agricole existantes et émergentes.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/espacecommercial/.

Télécharger le rapport

Amy Standish, Vice-ministre adjointe, Policy and Programs, Gouvernement de la Saskatchewan
Brian Innes, directeur général, Soy Canada
Brodie Berrigan, directeur principal des relations gouvernementales et de la politique agricole, Fédération canadienne de l’agriculture Charlie Angelakos, vice-président, Affaires extérieures mondiales et durabilité, McCain Foods Limited
Craig Klemmer, directeur, Leadership avisé, Financement agricole Canada
Cyr Couturier, biologiste marin et scientifique de l’aquaculture, Institut des pêches et de la marine de l’Université Memorial
Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario
Darlene McBain, directrice, Relations avec l’industrie, Financement agricole Canada
Dave Carey, vice-président, Relations avec le gouvernement et l’industrie, Canadian Canola Growers Association
David McInnes, directeur, DMci Strategies
Deb Stark, ancienne Vice-ministre, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario
Erin Gowriluk, présidente, Canadian Grains Council Greg Northey, vice-président, Corporate Affairs, Pulse Canada
Guillaume Lhermie, professeur et directeur, Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Ian Ross, président et chef de la direction, Grand Valley Fortifiers Janelle Whitley, directrice principale, Market Access & Trade Policy, Pulse Canada
Janice Tranberg, présidente et cheffe de la direction, Alberta Cattle Feeders Association
Jean-Marc Ruest, vice-président principal, Corporate Affairs and General Counsel, Richardson International Limited
Jeff Vassart, président, Cargill Limited Canada
John Cranfield, doyen et professeur, Ontario Agricultural College, Université de Guelph
Kendra Donnelly, directrice financière, Korova Feeders
Kim McConnell, conseiller pour le secteur
Kristjan Hebert, président, Hebert Group
Kinga Nolan, Policy and Regulatory Affairs, Grain Growers of Canada
Kyle Jeworski, président et chef de la direction, Viterra
Kyle Scott, associé gestionnaire, Emmertech
Leif Carlson, directeur, Market Intelligence and Trade Policy, Cereals Canada Lenore Newman, professeure et directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Institute Simon Fraser
Lorne Hepworth, membre du Conseil, Agricultural Research and Innovation Ontario
Michael Harvey, directeur général, Alliance canadienne du commerce agroalimentaire
Margaret Hudson, présidente et cheffe de la direction, Burnbrae Farms Limited
Margaret Hughes, vice-président, Ventes et marketing, Avena Foods
Mark Walker, vice-président, Markets and Trade, Cereals Canada
Martin Scanlon, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université du Manitoba
Matt Korpan, directeur général, Recherche et développement, Center for Horticultural Innovation Peter Dhillon, président du conseil d’administration, Ocean Spray Ray Price, président, Sunterra
Richard Lee, directeur général, Ontario Greenhouse Vegetable Growers
Rickey Yada, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture, de la vie et de l’environnement, Université de l’Alberta
Ryder Lee, directeur général, Canadian Cattle Association
Sylvanus Afesorgbor, professeur agrégé, Université de Guelph
Ted Bilyea, membre honoraire, Institut canadien des politiques agroalimentaires
Tim Kennedy, directeur général, Alliance de l’industrie canadienne de l’aquaculture
Tom Rosser, Vice-ministre adjoint, Agriculture et Agroalimentaire Canada
Trevor Tombe, professeur, Université de Calgary
William Gould, directeur, Business Operations, Progressive Group of Companies
Yves Ruel, directeur général associé, Chicken Farmers of Canada


  1. UN Comtrade. Trade.

  2. UN Comtrade.

  3. Statistique Canada. Enquête annuelle sur les industries

  4. manufacturières, 2023.

  5. Statistique Canada. Base de données sur le commerce international

  6. canadien de marchandises.

  7. UN Comtrade.

  8. Statistique Canada. Enquête annuelle sur les industries

  9. manufacturières, 2023.

  10. UN Comtrade.

  11. Le Groupe de la Banque mondiale. Production de l’aquaculture (tonnes métriques) – Équateur.

  12. Le Groupe de la Banque mondiale. Production de l’aquaculture (tonnes métriques) – Équateur.

  13. OCDE et FAO. Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2024-2033, 2024.

  14. Gouvernement australien. Snapshot of agricultural export diversification to ASEAN, 2024.

  15. Ministère des Affaires étrangères et du Commerce de Nouvelle-Zélande. Zone de libre-échange ANASE-Australie-Nouvelle-Zélande.

  16. Gouvernement du Brésil. Historic milestone for Brazilian agribusiness shows leadership in global food security, 2024.

  17. Nations unies. Global trade to hit record $33 trillion in 2024, but uncertainties over tariffs loom, 2024.

  18. Statistiques de l’Organisation mondiale du commerce. Merchandise export volume change.

  19. Global Trade Alert. Céréales.

  20. Afesorgbor, SK. Trump’s Tariff Threat Could Shake Trade Relations and Upend Agri-Food Trade, 2024.

  21. Gouvernement du Canada. Débouchés et avantages de l’AECG pourles exportateurs canadiens de poisson et de fruits de mer, 2022.

  22. OCDE et FAO.

  23. OCDE et FAO.

  24. USDA Economic Research Service. USDA Agricultural Projections to 2034, 2025.

  25. UN Comtrade.

  26. Zalles, V., et coll. Near doubling of Brazil’s intensive row crop area since 2000, 2018.

  27. USDA Economic Research Service. International Agriculture Productivity Data.

  28. USDA Economic Research Service. Brazil’s Momentum as a Global Agricultural Supplier Faces Headwinds, 2022.

  29. UN Comtrade.

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  31. Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian

  32. Agriculture 2024, 2024. https://www.agriculture.gov.au/abares/products/insights/snapshot-of-australian-agriculture

  33. Investir en Espagne. Spain for agri-food industry. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/ICEX-Invest%20in%20Spain.%20Agri-food.pdf 30UN Comtrade.

  34. International Trade Association, États-Unis. Kazakhstan – Country Commercial Guide, 2022.

  35. USDA Foreign Agricultural Service. Kazakhstan : Kazakhstan

  36. Finalizes 2021-2030 Agricultural Development Policy Document.

  37. International Trade Association, États-Unis.

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  39. FAOSTAT. Production.

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  42. Institut d’action climatique RBC. Action climatique 2025, 2025.

  43. FAOSTAT.

  44. OCDE et FAO.

  45. FAO AQUASTATS. Prélèvement d’eau pour l’agriculture en % des ressources en eau renouvelables totales.

  46. AAC. Aperçu du secteur agricole et agroalimentaire canadien, 2024.

  47. Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian Agriculture 2024, 2024.

  48. OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.

  49. OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.

  50. OCDE et FAO.

  51. AAC. Distribution des activités d’abattage et nombre d’abattoirs inspectés par le gouvernement fédéral.

  52. AAC. Analyse des tendances du marché – Tendances du marché de la viande au Japon, 2023.


  1. Les estimations sont prudentes et fondées sur la valeur nominale de 2023.

  2. Les données sur le commerce sont converties du dollar américain au dollar canadien à l’aide de l’les taux annuels moyens.

  3. Les produits agricoles comprennent les codes SH : 01, 03, 06, 07, 08, 10, 12, 14.

  4. Les produits alimentaires dAgri comprennent les codes SH : 02, 04, 05, 09, 11, 13, 15, 16-24.

  5. Total trade of all goods. Cette catégorie comprend l’agriculture et les agroalimentaire.

  6. Model estime un scénario de forte croissance de la part de marché du Canada passant de 3,7 % en 2023 à 4,8 % en 2035.

  7. Basé sur une moyenne mobile sur 3 ans.

  8. Scenarios sont développés pour les codes SH 1-24, de 2024 à 2035. La croissance du commerce mondial est fondée sur les dernières données de l’OCDE-FAO sur l’agriculture Perspectives (croissance prévue du tonnage d’exportation aux prix de 2023) individuellement pour les céréales, les graines oléagineuses, les graisses, les sucres, la viande et le poisson. Les exportations mondiales dans toutes les autres catégories sont censées augmenter de 1 % par an d’après la croissance prévue de l’OCDE et de la FAO pour l’agriculture l’ensemble des produits de base.

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L’agriculture intérieure peut servir de source locale d’aliments en milieu nordique – et urbain

L’agriculture verticale est un type d’agriculture en environnement contrôlé qui permet aux producteurs de mieux contrôler l’environnement de leurs cultures, ce qui peut être avantageux dans des conditions de culture difficiles.

La production alimentaire au moyen de l’agriculture verticale intérieure était sur le point de prendre une expansion considérable; toutefois, les rendements du capital investi, peu prometteurs dans ce secteur, ainsi que les défis liés à l’expansion, ont ralenti celle-ci.

« Dans ce secteur, il y a eu une grosse bulle qui a plus ou moins éclaté au cours des quatre dernières années, a déclaré le Dr Alesandros Glaros, du Food and Agriculture Institute de l’Université Fraser Valley. Les entreprises qui ont résisté à la tempête sont patientes, et elles ont investi massivement dans la recherche et le développement. Elles ont adopté des technologies éprouvées et se sont intégrées à de solides chaînes logistiques locales et régionales, et elles misent beaucoup sur la collaboration. Et maintenant, on peut trouver leurs légumes-feuilles – cultivés à l’aide de méthodes d’agriculture verticale –, à des prix concurrentiels, à la fois dans les régions éloignées et dans les grandes chaînes d’épiciers. »

Il y a des exemples d’innovation dans le domaine. QuantoTech Solutions, une entreprise de technologie agricole intégrée verticalement de la Colombie-Britannique, a mis au point un système de culture dans des hangars de 2,4 m sur 3,7 m contenant des étagères conçues pour l’agriculture verticale, permettant une production annuelle de 4,8 à 7,2 tonnes d’aliments par année, entre autres, des légumes-feuilles, des fraises et des tomates cerises. Chaque unité nécessite de 37,2 à 52 gigajoules d’énergie par année, une quantité inférieure à celle qu’exige l’alimentation en énergie d’un ménage moyen au Canada1. Initialement, ces unités mobiles ont été mises au point pour une utilisation dans des milieux nordiques et où les conditions de culture sont difficiles. Toutefois, elles conviennent aussi aux milieux urbains.

Le système de QuantoTech Solutions comprend des hangars de 8 par 12 pieds avec des unités d’étagères pour permettre l’agriculture verticale.

Une source de production alimentaire pour les communautés isolées et du Nord du Canada

Les communautés isolées et du Nord sont confrontées à de nombreux obstacles en matière d’accès à des fruits et légumes frais; en effet, ceux-ci sont souvent chers et de piètre qualité puisqu’ils proviennent de centres de production ou de distribution situés au sud du 49e parallèle. À elles seules, les entreprises d’agriculture verticale intérieure ne peuvent régler le problème de l’insécurité alimentaire dans le Nord ni remplacer les sources d’aliments traditionnelles des Autochtones, mais elles peuvent toutefois contribuer à l’expansion de l’offre de fruits et légumes frais locaux dans la région.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure dans les communautés isolées et du Nord :

1. L’investissement et la croissance. Avant que les producteurs puissent investir dans le démarrage ou la croissance d’une exploitation d’agriculture intérieure, ils doivent d’abord tenir compte de l’échéancier à l’égard du rendement du capital investi et de la disponibilité des subventions nécessaires pour couvrir les coûts initiaux et opérationnels.

2. L’approvisionnement en énergie et sa consommation. Au Canada, environ 178 communautés isolées autochtones et du Nord dépendent de génératrices souvent alimentées par du carburant diesel, car ces communautés ne sont pas reliées au réseau électrique nord-américain ou à l’infrastructure gazière continentale2.

3. La croissance des rendements. Pour soutenir l’exploitation, il faut simplifier l’accès aux intrants et améliorer les rendements. Le développement et le maintien de l’accès aux fournisseurs et de l’expertise locale en agriculture verticale sont essentiels.

L’expansion de l’agriculture urbaine

L’écosystème de l’agriculture verticale intérieure peut facilement être reproduit dans les milieux urbains, qui présentent toutefois des défis particuliers. Les liens avec la production agricole dans les grandes zones urbaines sont de moins en moins fréquents, car les villes se développent et la demande augmente, ce qui rend nécessaire une production commerciale à grande échelle, assortie de chaînes logistiques rationalisées. L’intégration d’exploitations agricoles verticales intérieures à de nouveaux bâtiments ou à des bâtiments rénovés est une façon de donner aux citadins un accès rapide aux produits locaux, et peut contribuer aux efforts de décarbonation des villes et du secteur de la construction.

Principaux points à considérer en matière d’agriculture intérieure en milieu urbain :

1. Créer des liens avec les consommateurs. Pour inciter les consommateurs à se procurer leurs légumes auprès d’une exploitation agricole verticale locale, il faudra promouvoir cette option et leur offrir une facilité d’accès.

2. Présenter un argumentaire convaincant. Pour justifier l’expansion des exploitations agricoles verticales intérieures dans des zones urbaines ou à proximité de celles-ci, il faut disposer de plus d’énergie, de plus d’espace et de plus d’investissements, et offrir un intéressant rendement du capital investi.

3. Planifier l’utilisation des terres. On observe dans les zones urbaines une concurrence féroce pour les terres. C’est pourquoi la production alimentaire devrait être stratégiquement intégrée à la planification municipale, faire l’objet d’une collaboration avec les municipalités et répondre aux besoins locaux.

L’agriculture verticale intérieure pourrait devenir une source principale de production alimentaire partout au Canada, si l’on arrive à mieux justifier son expansion. Mais pour l’instant, elle sert principalement à répondre à la demande des marchés locaux et spécialisés.

Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole, à l’Institut d’action climatique RBC.

1. Statistique Canada, (2024). Consommation d’énergie des ménages, Canada et les provinces.

2. Régie de l’énergie du Canada, (2023). Aperçu du marché : Projets d’énergie propre dans les communautés isolées autochtones et du Nord.

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Principaux points à retenir

Le secteur canadien de la serriculture : un pôle de croissance. La valeur à la ferme des fruits et légumes de serre vendus au Canada a augmenté pour la 11e année consécutive. La hausse de 9,2 % en 2023 correspond à une valeur de 2,5 milliards de dollars, soit le double par rapport à 2013.1


Des infrastructures déficientes ou mal adaptées pourraient freiner la croissance. On s’attend à ce que la superficie des serres de l’Ontario double au cours des 10 prochaines années, mais le secteur est confronté à d’importants enjeux en ce qui concerne l’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets et la pénurie de main-d’œuvre.2 La pointe de consommation d’électricité anticipée pour les régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent qui était de 500 mégawatts (MW) en 2023 passera à environ 2 100 MW en 2035, portée principalement par la croissance du marché des batteries de véhicules électriques et d’autres technologies de pointe et des entreprises serricoles.3


Les forces des entreprises serricoles canadiennes à l’échelle mondiale reposent sur la productivité et l’utilisation efficiente des sols. Les volumes de production en serre du pays par rapport à l’espace utilisé battent des records. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne, deux fois plus que le Mexique et légèrement plus que les Pays-Bas.4 5 Le Canada devra au cours de la prochaine décennie réussir à se distinguer en matière d’utilisation efficiente des superficies exploitées tout en augmentant les volumes de production pour répondre à la demande des marchés intérieur et extérieur.


Le marché de l’ouest des États-Unis est important pour la croissance des exportations. Le volume de production en serre représente 39 % des exportations de produits frais, 99,5 % de ces produits étant destinés aux États-Unis. Les fruits et légumes de serre du Canada sont consommés dans l’est des États-Unis, de l’État de New York à l’État de la Floride. Le Canada pourrait tabler sur l’important marché de 68 millions de dollars du Midwest s’il est en mesure d’établir des relations, une image de marque pour les produits et des services logistiques de la chaîne du froid.


Les entreprises serricoles doivent régler leur dilemme énergétique – demandes énergétiques, émissions de GES et facturation – pour soutenir l’expansion de leurs activités. Les coûts d’énergie pour les serres ont augmenté de 55 % au Canada entre 2013 et 2023, tandis que l’approvisionnement en gaz naturel augmente l’empreinte carbone de l’industrie.6 7 La réduction de la demande en gaz naturel et la prime verte pour les solutions de rechange, y compris le gaz naturel renouvelable, l’hydrogène et l’électricité propre, pourraient permettre aux entreprises serricoles du Canada de prospérer dans une économie à faible émission de carbone.

Ouvrir un monde de possibilités

Selon les projections, la population mondiale devrait atteindre 9,7 milliards de personnes en 2050, et la demande alimentaire augmentant de 56 % par rapport aux niveaux de 2010.8 9Il faudra des efforts colossaux pour satisfaire la demande alimentaire future avec l’augmentation de l’insécurité alimentaire. Au Canada, plus de 20 % des ménages vivent une situation d’insécurité alimentaire, alors que le prix des aliments dans les magasins a augmenté de 21,6 % de février 2021 à février 2024 en raison de plusieurs facteurs, y compris les conditions de croissance déplorables, les problèmes d’approvisionnement et les coûts d’intrant élevés.10 Ces facteurs présentent un défi pour le secteur agricole qui doit innover et mettre en place des systèmes efficients et résilients dans le contexte des changements climatiques, systèmes qui permettent à un plus grand nombre d’aliments produits à un prix raisonnable de se retrouver dans l’assiette du consommateur.

Le secteur serricole du Canada est bien positionné pour aider à relever ce défi en raison de son utilisation particulièrement efficiente des sols et des intrants, de la possibilité de raccourcir la chaîne d’approvisionnement pour les Canadiens et d’un solide historique de croissance et de solutions novatrices.

Au cours des dix dernières années, le nombre de serres spécialisées dans la production de légumes et de fruits a augmenté chaque année :11
103 %
Valeur du produit
36 %
Volume récolté
12 %
Exploitations serricoles

La consolidation de ces réalisations au cours des dix prochaines années exigera des efforts pour relever les défis que posent les infrastructures d’approvisionnement en énergie et en eau, la gestion des déchets, les contraintes réglementaires, la pénurie de main-d’œuvre et les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement.

Les avantages des solutions novatrices dans le contexte de la culture en serre augmentent dans les environnements contrôlés. Dans les espaces fermés, les exploitants peuvent concevoir des systèmes dynamiques pour l’éclairage, la fertigation et le chauffage qui permettent d’optimiser la croissance des plantes et l’utilisation efficiente des ressources. Par exemple, les exploitants serricoles peuvent adopter des solutions non complexes comme des rideaux horizontaux pour conserver la chaleur près des plantes et des solutions technologiques pour effectuer un dépistage génétique précoce des maladies ou des parasites qui risquent d’anéantir la croissance de toute une récolte. L’agriculture en environnement contrôlé présente également des occasions d’innover et de mettre en place des mesures d’adaptation aux changements climatiques. En cultivant les fruits et les légumes dans des structures fermées et des milieux de culture contrôlés, la production peut être plus résiliente aux conditions climatiques extrêmes, aux écarts de précipitation et aux changements de saison, protégeant par le fait même un approvisionnement continu de nourriture. Avec les changements climatiques qui perturbent déjà les chaînes d’approvisionnement et les marchés, il y a un coût économique associé à l’inaction – il ne faut pas perdre de temps à créer un faux dilemme entre l’action climatique et l’approvisionnement de nourriture.12 La production alimentaire et les chaînes d’approvisionnement devraient plutôt viser la réalisation des mêmes objectifs sur le plan climatique, économique et de production.

L’énergie utilisée dans les serres est principalement alimentée par le gaz naturel. Une utilisation énergétique élevée signifie donc qu’il y a des émissions élevées de gaz à effet de serre (GES).13 Le Canada doit développer des options d’énergie renouvelable et propre, et également chercher à réduire les factures et la consommation énergétique pour aider le secteur à réduire ses émissions de carbone. Les options de développement comprennent la production de gaz naturel renouvelable (GNR) à partir des biodéchets agricoles et des décharges dans les environs, les investissements dans la production locale d’hydrogène et l’exploration et le déploiement de pompes à chaleur industrielles alimentées à l’électricité.

On doit s’attendre à des perturbations et de la volatilité sur les marchés jusqu’en 2050, mais également à une augmentation de la demande de fruits et de légumes produits en serre au Canada.33 La population nord-américaine devrait croître de façon régulière jusqu’en 2050 et, avec l’augmentation des revenus, les préférences des consommateurs se tourneront vraisemblablement vers des aliments plus nutritifs, comme les fruits et les légumes, pour des raisons de santé et dans la foulée de certaines mesures complémentaires, comme la taxation du sucre. Les denrées doivent être disponibles pour répondre aux nouvelles préférences, mais les projections supposent que la superficie cultivée diminuera au cours des dix prochaines années.14 Ces questions multifactorielles présentent de nouveaux défis pour assurer la croissance de la production serricole du Canada.

Qu’est-ce que l’AEC?

L’agriculture en environnement contrôlé (AEC) repose sur des systèmes de production agricole qui peuvent varier de peu à très complexe sur le plan technologique et qui permettent aux exploitants d’avoir plus de contrôle sur les milieux de culture.

Infrastructure de croissance de l’AEC

  • Serre en verre ou en plastique :
    Structure fermée faite de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène.
  • Tunnel chenille en plastique facile à installer :
    Structure en forme de tunnel recouverte de plastique qui est facile à installer et qui offre un contrôle limité à l’égard des intempéries.
  • Ferme verticale intérieure :
    Pièce fermée, comme un conteneur d’expédition, qui est remplie d’unités de production et qui utilise souvent un système d’éclairage artificiel et des milieux de croissance hors-sol.
  • Autre ferme intérieure :
    structures fermées, opaques, comme des bâtiments rénovés utilisant différents systèmes de production, de la culture aéroponique à la culture en eau profonde.

Milieu de culture de l’AEC

  • Culture hydroponique :
    les plantes poussent dans l’eau et sont alimentées par des solutions nutritives combinant divers sels minéraux.
  • Culture aéroponique :
    les plantes poussent pendant que leurs racines sont exposées à l’air et alimentées par vaporisation d’une solution nutritive.
  • Culture aquaponique :
    les plantes poussent dans un milieu de croissance qui intègre des organismes aquatiques dont les déjections servent de nutriments.
  • Culture dans la terre :
    les plantes poussent dans la terre.

Un survol de la production serricole du Canada

Une approche régionale à la croissance de la culture en serre

Au Canada, il y a 920 entreprises spécialisées dans la culture des fruits et des légumes de serre sur une superficie de plus de 5 000 acres.15 Ces serres produisent plus de 800 000 tonnes de tomates, concombres, poivrons, laitue, fraises ainsi que d’autres fruits et légumes. Elles sont faites de verre, de polycarbonate ou de polyéthylène, et utilisent différents milieux de croissance adaptés au type de culture.16 Le Canada produit également des fleurs et du cannabis en serre. Il y a plus de 1 500 entreprises serricoles qui se spécialisent dans la culture des fleurs et des plantes, pour une valeur à la ferme de 2,1 milliards de dollars en 2023.17 Le présent rapport porte sur la production des fruits et légumes de serre du Canada, compte tenu des occasions favorables à l’expansion de la production agroalimentaire et des échanges commerciaux ainsi que des défis à relever pour décarboniser notre système de production alimentaire et l’adapter aux changements climatiques.

Les deux tiers de la production de fruits et légumes en serre au Canada provient de l’Ontario, et plus particulièrement du comté d’Essex dans le Sud-Ouest de la province. Leamington, en Ontario, surnommé le « Sun Parlour » du Canada, se trouve dans le comté d’Essex. Cette ville réunit le plus grand nombre de serres spécialisées dans la production de fruits et légumes en Amérique du Nord.

Le comté d’Essex bénéficie de températures clémentes, de longues journées ensoleillées et d’un microclimat induit par les Grands Lacs qui crée des conditions idéales pour la croissance. Et la frontière avec les États-Unis est à une heure de route. La région bénéficie également de la présence des exploitants de fermes familiales qui ont investi localement et innové dans la construction de serre, la recherche et la production combinée d’énergie et de chaleur, pour devenir un pôle unique de la culture en serre. Par exemple, le Center for Horticultural Innovation à Leamington teste la production des fruits et légumes et les nouvelles technologies, comme l’utilisation des drones dans la lutte contre les insectes nuisibles, afin d’identifier les technologies dont l’utilisation peut être étendue aux exploitations serricoles du Canada et de favoriser les avancées technologies au sein du secteur. Le secteur serricole de l’Ontario soutient, pour sa part, divers programmes, notamment des fonds d’innovation comme l’Initiative pour la compétitivité et l’innovation dans le secteur serricole (ICISS), des programmes d’efficacité énergétique, de nombreux projets de recherche dans le cadre de l’Alliance pour l’innovation agroalimentaire en Ontario et des projets d’expansion des infrastructures électriques dans certaines régions.

Canada: Une centrale électrique de serre

Source: Statistique Canada

La Colombie-Britannique, le Québec et l’Alberta suivent avec de plus petites parts, chacune de ces provinces ayant un secteur serricole en croissance porté par des stratégies de développement régional.

  • Québec met en œuvre sa Stratégie de croissance des serres au Québec 2020-2025 par la mise en place de divers mécanismes, comme le taux préférentiel pour la consommation d’électricité, afin de doubler la superficie de fruits et de légumes cultivés en serre dans la province, l’objectif étant de passer à 620 acres d’ici 2025.
  • L’Alberta soutient l’innovation et les technologies agricoles appliquées à la culture en serre par l’intermédiaire de ses recherches sur de nouvelles variétés de semence de fraise et de tomate, des systèmes d’éclairage efficients et des mesures d’efficacité énergétique. Un soutien est également offert dans la province pour développer des collaborations entre les secteurs énergétique et serricole pour l’installation de panneaux solaires transparents dans les serres et la récupération de la chaleur perdue pendant l’utilisation du gaz naturel et du CO2 pour soutenir la croissance des plantes.
  • La Colombie-Britannique utilise les technologies de pointe pour soutenir son secteur serricole par l’intermédiaire du B.C. Centre for Agritech Innovation de l’Université Simon-Fraser – un élément du programme économique de la Colombie-Britannique.

La valeur des exportations de légumes de serre au Canada représente 39 % de tous les produits frais exportés, soit plus de 1,4 milliard de dollars. L’Ontario produit 88 % de ces légumes de serre en valeur qui sont exportés principalement vers les États-Unis (99,5 %), mais également vers le Japon, la France et Taïwan.18

La demande de fruits et de légumes frais aux États-Unis dépasse les capacités de production intérieure, ce qui en fait un marché important pour la croissance des exportations du Canada. Par exemple, le volume des tomates de serre importées du Canada représente environ 65 % du volume total des tomates fraîches importées aux États-Unis, une part importante de la consommation intérieure.19 Le Canada est le deuxième importateur de tomates de serre en importance aux États-Unis, à bonne distance derrière le Mexique. S’il met en place des solutions novatrices et énergétiques, le Canada pourra commercialiser des produits de haute technologie à faible émission de carbone pour mettre à profit les préférences des consommateurs à l’égard des produits durables.20

Conditions de croissance, coûts et règlements

Des systèmes de croissance hautement productifs et efficients sont requis pour satisfaire à la demande du marché intérieur et des marchés à l’étranger.

En Ontario, les plus gros producteurs de tomates, de concombres et de poivrons de serre ont affiché une marge brute d’environ 80 à 90 % entre 2017 et 2021, augmentant la taille des serres d’environ 29, 117 et 49 acres en moyenne, respectivement.21

Le gaz naturel et l’éclairage artificiel, le CO2, la chaleur, l’eau, l’azote, le phosphore et le compagnonnage végétal sont les éléments d’un système de croissance dynamique qui sont utilisés pour la culture des légumes et des fruits de serre. L’équilibre à maintenir entre les intrants varie selon le produit agricole. Les concombres qui sont composés principalement d’eau exigent une quantité substantielle d’eau pendant leur croissance. Dans les serres, le recyclage de l’eau permet de réduire les besoins en eau des concombres d’environ 800 à 1 200 litres par mètre carré et par saison de croissance. La quantité exacte d’eau requise dépend de différents facteurs, y compris la source d’éclairage utilisée. Les intrants pour les tomates varient légèrement selon la variété, mais les résultats font ressortir les principales différences. Par exemple, une tomate Beefsteak exige la même quantité de lumière, d’eau, d’énergie, de CO2 et de fertilisant que la tomate cerise, mais les rendements de la tomate Beesteak sont plus de deux fois ceux de la tomate cerise.22

Les serres utilisent l’énergie qui provient principalement du gaz naturel, pour le chauffage, l’éclairage, et la production de CO2. Le gaz naturel est souvent utilisé pour chauffer l’eau dans des chaudières, eau qui est ensuite pompée et acheminée dans les serres par un réseau de tuyaux placés sur le sol et qui peuvent être déplacés comme des rails pour récolter le produit agricole. Le gaz de combustion dans les chaudières est souvent récupéré et converti en CO2 afin d’être utilisé pour nourrir la plante.

Les prix du gaz naturel, de l’électricité, de mazout et des autres source d’énergie augmentent pour les exploitants serricoles du Canada. Ils ont augmenté de 55 % entre 2013 et 2023, pour atteindre 406 millions de dollars.23 L’énergie utilisée dans les serres peut avoir un coût environnemental, car le gaz naturel est souvent la principale source d’émissions de gaz à effet de serre permettant de déterminer l’empreinte carbone d’une exploitation serricole.24 Certaines exploitations serricoles ont mis en place des installations de cogénération qui sont intégrées au réseau de distribution électrique pour aider à optimiser l’efficience et répondre aux demandes de pointe. Par exemple, l’entreprise Under Sun Acres établie à Leamington exploite quatre génératrices alimentées au gaz naturel à proximité des serres destinées à la production de poivrons pour la production d’électricité et la captation de la chaleur résiduelle. Les génératrices fournissent 13 MW d’électricité au réseau d’électricité de l’Ontario, et la chaleur résiduelle est récupérée à la sortie et des jaquettes de régulation sont utilisées pour le chauffage de la serre.25

Moteur de cogénération à Under Sun Acres, Leamington, ON

Le rôle des serres dans la production d’énergie peut aider à répondre à la demande régionale, notamment dans le cas des régions de Windsor-Essex et de Chatham-Kent dont la demande en période de pointe qui était de 400 MW en 2023 passera à environ 2 100 MW d’ici 2035, poussée principalement par les exploitations serricoles, la fabrication de pointe et la production de batteries pour véhicule électrique.

Les terrains sont également très prisés, mais l’efficience par superficie exploitée par rapport à la production en champ est un maillon important de l’histoire du développement durable et de la serriculture, c’est-à-dire l’affectation des terres à d’autres activités. Au Canada, la production de tomates, de poivrons, de concombres, de laitue et de fraises en serre est 8,5 fois plus élevée par superficie exploitée que la production en champ, ce qui témoigne d’une solide productivité. Cependant, les rendements obtenus au cours des dix dernières années plafonnent.26 27 Les solutions novatrices proposées pour dépasser les rendements historiques comprennent les systèmes d’éclairage dynamique, la reconfiguration des infrastructures de croissance pour optimiser l’utilisation de l’espace et l’éclairage et les stratégies génétiques pour lutter contre la stagnation des rendements.

Système de culture pyramidale au Center for Horticultural Innovation, Leamington, ON

Les coûts de main-d’œuvre sont nécessaires, mais élevés. Ils représentent 29 % des dépenses d’exploitation des entreprises serricoles du Canada.28 Agriculteur 4.0 indique que les coûts de main-d’œuvre sont plus élevés pour les exploitations serricoles que pour les autres secteurs agricoles, comme l’industrie du bœuf. Même si les processus de récolte demeurent à forte intensité de main-d’œuvre, les innovations prometteuses, comme les tapis et convoyeurs pour la récolte et les robots pour le transport et l’emballage des produits agricoles dans les entrepôts, permettent de réduire le temps requis pour arriver sur les tablettes des magasins.

Poivrons jaunes à Under Sun Acres, Leamington, ON

Les serres profitent du soutien des gouvernements et de l’industrie, mais les politiques gouvernementales et l’environnement réglementaire peuvent également être un obstacle. L’agriculture en environnement contrôlé se retrouve souvent dans une zone sans règles clairement définies. Elle n’appartient pas vraiment aux catégories industrielles ou agricoles pour le développement et l’accès aux ressources. De nombreuses années peuvent également être nécessaires pour obtenir l’approbation des nouveaux projets. Les exploitants serricoles du Canada doivent payer des taxes plus élevées et ont un accès limité aux sources d’énergie abordable comparativement à leurs homologues américains, ce qui nuit à leur compétitivité. Le secteur est également confronté à des obstacles liés à la réglementation pour l’accès à une quantité d’eau suffisante, forçant les exploitants à faire des choix entre un nombre limité d’options et les obligeant notamment à faire des investissements initiaux importants pour construire des étangs d’irrigation et des systèmes de collecte des eaux pluviales, à payer des frais de développement élevés ou à être soumis à de longues périodes d’attente pour obtenir des servitudes et des permis pour un accès à l’eau.

Les cinq grandes productions

Les serres de fruits et de légumes au Canada sont très spécialisées. Voici les cinq principales cultures en serre du Canada :

  • La tomate :La tomate est la reine de la culture en serre au Canada. Elle couvre une superficie de plus de 1 800 acres pour une production d’environ 315 000 tonnes et une valeur à la ferme de 869 millions de dollars.29
  • Le concombre :Le concombre est le légume le plus exporté parmi les végétaux cultivés en serre au Canada, représentant 34 % de la valeur totale des exportations.30
  • Le poivron : Avec un volume de près de 170 000 tonnes produites en 2023, le poivron est le troisième légume de serre en importance au Canada sur le plan du volume et de la valeur, mais le deuxième pour ce qui est de la superficie cultivée.31
  • La laitue : La production de laitue de serre arrive à bonne distance derrière, en quatrième place, dominée par le Québec. Il serait possible d’augmenter la productivité intérieure étant donné que la laitue de plein champ représente la part la plus importante des importations de végétaux de champ au Canada en valeur, à 18 %. Les États-Unis et le Mexique combinés sont les sources d’environ 99 % des légumes de plein champ importés au Canada.32
  • La fraise : La fraise est le fruit vedette de la production en serre, mais elle ne compte cependant que pour 3 % de la superficie en serre au Canada.33 Le marché pour ce fruit prisé des ménages offre des possibilités aux exploitants serricoles qui continuent de modifier leur approche pour protéger les fraises des insectes nuisibles et des maladies.

Les cinq grandes production à surveiller

Les préférences des Canadiens évoluent et se diversifient, et l’accès aux aliments qui sont consommés en grande quantité, comme les bananes et le café, pourrait devenir plus difficile pour le Canada en raison des préoccupations soulevées par les changements climatiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les mutations géopolitiques. Ce contexte crée des occasions propices à l’innovation pour les produits agricoles cultivés au Canada.

  • Les petits fruits, à part les fraises : Les framboises et les bleuets sont parmi les cinq fruits les plus importés sur le plan de la valeur au Canada, ce qui correspond à une forte demande intérieure à satisfaire si la production en serre de ces produits à valeur élevée peut être maîtrisée.34
  • Les épinards : Le Canada est un importateur net d’épinard, mais des efforts sont déployés actuellement pour améliorer le rendement en serre, pour accélérer et automatiser le processus de culture et améliorer la logistique de la chaîne froide.35
  • Les bananes : La banane est le fruit le plus importé au Canada en volume, et les rendements à l’échelle mondiale connaissent une augmentation depuis les années 60. Mais les rendements des cinquante prochaines années pourraient ne pas être aussi bons, ce qui ouvre la porte à la possibilité de cultiver les bananes en serre.36 37
  • Le café : Même s’il est difficile d’imaginer que des grains de café puissent être produits au Canada, des recherches sont pourtant en cours pour explorer la possibilité de les produire en serre et pour régler les problèmes multifactoriels qui causent les pénuries de grains de café et les flambées de prix.38
  • Le gombo : Le gombo (aussi appelé okra) est un ingrédient important requis qui se retrouve de nombreuses cuisines à travers le monde, et les importations de ce légume augmentent régulièrement année après année. La production de ce légume augmente régulièrement depuis 2018, et représente actuellement 1 % de la production mondiale de végétaux en volume.39

Le Canada se démarque pour l’efficience de ses superficies agricoles cultivées

La force du Canada dans la production de fruits et légumes de serre par rapport aux concurrents internationaux repose sur sa productivité par acre. Le Canada produit 4,5 fois plus par superficie exploitée que l’Espagne et légèrement plus que les Pays-Bas, et deux fois plus que le Mexique.40 41 42

Productivité par superficie de terre

Rendement estimé par hectare (tonnes)

*Comparaison mondiale des principaux pays producteurs de serre en 2022. Les estimations comprennent la production annuelle combinée en serre de tomates, de concombres, de poivrons, de laitue et de fraises.

Source: Statistique Canada, Gouvernement du Mexique, EuroStat.

Ces régions qui affichent une production élevée ont des forces qui leur sont propres grâce à certains facteurs, y compris les technologies ayant été adoptées, la situation géographique et les conditions climatiques. Même si le Canada ne peut pas livrer concurrence au Mexique sur le plan de la chaleur – du moins pas à court terme – il peut tirer de nombreuses leçons de ses concurrents.

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays. 43

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Investissement dans la décarbonisation
  • Efficacité de l’utilisation des terres
  • La main-d’œuvre hautement qualifiée correspond à l’industrie de haute technologie

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

  • Mexique

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Le Mexique a accès à un large bassin de main-d’œuvre qualifié, situation qui trouve difficilement un écho au Canada. Les entreprises serricoles du Canada explorent activement des approches qui leur permettraient d’intégrer l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le fonctionnement des serres pour centraliser les données et optimiser les conditions de croissance en temps réel. On ne s’attend pas à ce que l’IA et les autres technologies perturbatrices qui pourraient avoir des répercussions sur l’efficience soient utilisées pour remplacer l’être humain, mais pour améliorer la compétitivité du Canada. En plus d’une main-d’œuvre productive et de conditions climatiques favorables à la croissance des cultures, le Mexique a également bénéficié du commerce ouvert avec les États-Unis et du libre-échange des biens soutenu précédemment par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et maintenant par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Le Mexique a simultanément favorisé les investissements dans les installations serricoles de grande envergure, améliorant ses avantages concurrentiels au fil du temps en fournissant des produits frais à longueur d’année qui peuvent répondre à la demande des États-Unis. Cependant, l’augmentation du déficit commercial entre les États-Unis et le Mexique pour les fruits et légumes frais signifie que des pressions sont exercées aux États-Unis pour l’exploration d’options législatives qui permettraient de soutenir l’industrie de produits agricoles frais du pays.43

  • Espagne

 

  • Proximité et accès aux marchés européens
  • Concentration régionale
  • Conditions climatiques

La capacité de l’Espagne à optimiser la centralisation de la production serricole sur une courte période et l’accès aux marchés régionaux et les échanges commerciaux sont certainement un modèle inspirant. La centralisation de la production a permis à l’Espagne d’émerger comme un leader dans l’exportation des produits agricoles de serre. La ville d’Almeria dans le sud-est de l’Espagne produit 72 % des légumes de serre du pays sur une superficie de 98 000 acres – la plus forte concentration de serres dans le monde.44 Le développement stratégique et le manque de planification des superficies cultivées ont permis à Almeria de se positionner comme marché centralisé pour plus de 80 % des exportations de légumes de serre de l’Espagne vers les pays de l’Union européenne.45 Le réseau étendu de serres d’Almeria crée des externalités négatives sur l’environnement et les personnes qui vivent et travaillent dans la région, comme l’épuisement et la salinisation de l’approvisionnement en eau et même la modification du microclimat de la région.46 L’atténuation des répercussions négatives sur les collectivités locales, l’environnement (pollution) et la main-d’œuvre qui découlent de l’expansion d’une production très concentrée de végétaux en serre exigent des lentilles stratégiques et inclusives pour la planification et le développement.

  • Pays-Bas

 

  • Conditions climatiques
  • Disponibilité de la main-d’œuvre
  • Proximité et accès aux marchés nord-américains

Les Pays-Bas ont une longueur d’avance sur le Canada pour s’y retrouver dans les dédales des mesures qui doivent être prises pour produire plus sur une superficie réduite tout en réduisant les émissions de GES. La pays a une quantité limitée de superficies cultivables et un ensemble de cibles de réduction des émissions de GES définies spécifiquement pour le secteur serricole, soit une mégatonne d’éq. CO2 d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2016, principalement par la réduction des émissions en provenance de l’énergie.47 La cible des Pays-Bas s’ajoute à des mécanismes favorables, notamment le projet Energy Efficiency in Greenhouse Horticulture, la certification Green Label Greenhouse et les projets de démonstration qui encourage le développement et la mise en commun des connaissances. En conjuguant les cibles de réduction des GES et les mécanismes prévus pour soutenir la croissance du secteur et l’innovation pendant la transition vers un système à faible émission de carbone est un modèle qui pourrait être utilisé par les gouvernements du Canada et intégré à la Stratégie pour une agriculture durable.

Ce que les entreprises serricoles du Canada doivent faire

Le secteur serricole du Canada est une belle réussite sur les plans de la croissance et de la productivité. Il est maintenant temps de déterminer les étapes qui pourront aider à soutenir et développer le secteur. Une stratégie de croissance des serres à l’échelle canadienne qui permet de cartographier la production, les échanges commerciaux, la valeur et les cibles GES et permettre au secteur d’afficher une croissance année après année jusqu’en 2035 et par la suite. En plus de cartographier le possible, la prise en compte des besoins en matière d’infrastructures, de compétences, de politiques, d’investissements et de recherches est essentiel pour ancrer la stratégie aux défis auxquels le secteur devra s’attaquer.


Énergie : Aborder le trilemme du secteur

Le gaz naturel est la principale source d’énergie du secteur, mais son utilisation continue pourrait nuire à l’atteinte des cibles de réduction des GES du Canada. Pour réduire l’empreinte carbone de la production en serre, il faudrait augmenter le recours à d’autres sources d’énergie, comme le gaz nature renouvelable, les pompes à chaleur alimentées à l’électricité et l’hydrogène. Le gaz naturel renouvelable représente seulement 0,36 % du gaz naturel distribué au Canada, mais pourrait réduire de moitié l’intensité carbone du gaz naturel utilisé, selon le type de matières premières utilisées (p. ex., le fumier).48 49 50 Cependant, les coûts supplémentaires requis pour cette option de production écoresponsable sont élevés. Par exemple, en Ontario, le coût du gaz naturel renouvelable est moins élevé que l’électricité, mais il est cinq fois plus élevé que le gaz naturel.51 La sensibilisation et la création de mécanismes financiers qui permettent d’indemniser de façon adéquate les agriculteurs et les exploitants serricoles pour la biomasse qu’ils utilisent dans la production de gaz naturel renouvelable sont essentiels si l’on veut que le Canada puisse fournir une quantité constante de matières premières dans les biodigesteurs.

Les systèmes alimentés à l’électricité seulement sont également étudiés. Mais les exploitants qui envisagent de passer aux pompes de chaleur alimentées à l’électricité pour améliorer l’efficacité énergétique et réduire leur empreinte carbone doivent également tenir compte de la source d’électricité. À l’échelle nationale, les GES qui sont associés à la production d’électricité et de chaleur ont diminué de 56 % entre 2022 et 2025, qui est l’année de référence pour la cible d’émission des GES de 2030.52 Cependant, le niveau des GES associés à la production d’électricité diffère de façon substantielle entre les provinces, car les sources d’énergie utilisées varient, passant des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, ce qui donne une intensité carbone différente. En 2021, l’intensité carbone associée à la production d’électricité de l’Alberta était 510 fois plus élevée que celle du Québec.53 Ces différences font ressortir le besoin d’élaborer des stratégies régionalisées ainsi que des engagements et des actions ciblés étendre les réseaux d’énergie propre et favoriser des processus de décarbonisation.


Déchets : Concevoir des systèmes circulaires et à faible émission de carbone

Un approvisionnement régulier et constant de matières premières est requis pour étendre l’utilisation du gaz naturel renouvelable. Les entreprises serricoles produisent des biodéchets qui peuvent être utilisés comme matières premières pour la production de gaz naturel renouvelable. D’autres déchets doivent vraisemblablement être ajoutés à ces matières premières pour que l’approvisionnement soit constant étant donné que les biodéchets d’une serre plongent pendant les saisons de croissance et atteignent des sommets à la fin de ces saisons. En raison des risques de biosécurité et des préoccupations liées à la présence d’étiquettes de plastique et de bouts de ficelle dans les déchets des serres, l’option la plus courante et la plus sûre consiste à jeter les biodéchets dans une décharge. Près de la plaque tournante de la serriculture du Canada, Enbridge développe un projet de pipeline de gaz naturel renouvelable prévue par Waste Connections of Canada à la décharge Ridge dans la région Chatham-Kent, qui devrait annuler 110 000 tonnes d’éq. de CO2 de la décharge et produire 1 591 pétajoules par année.54

Les décharges, comme celle de Ridge qui est remplie au maximum de sa capacité, doivent être agrandies pour satisfaire aux demandes d’enfouissement des déchets. Pour atténuer les pressions liées à l’élimination des déchets et aider à la production de gaz naturel renouvelable dans les décharges, l’installation de biodigesteurs de matières résiduelles et de noyaux et lignes de collecte et de distribution pourrait générer un flux de rentrées de fonds dans les zones agricoles très productives par la récupération des biodéchets dans les multiples systèmes de la ferme, des cultures aux élevages aux exploitations serricoles. Cette installation permettrait de créer une certaine circularité et de faire la promotion d’un accès au gaz naturel renouvelable dans les régions rurales.


Terrains : Produire plus sur moins

Les prix et la concurrence que se livrent les habitations, les commerces de détail, les installations agricoles et les industries, particulièrement dans les régions densément peuplées comme le corridor Windsor-Montréal, limitent l’offre de terres. Les entreprises serricoles du Canada démontrent leur leadership à l’échelle mondiale en matière de productivité par superficie exploitée, mais les innovations qui poussent les rendements à la hausse sont requises pour maintenir la position dominante du Canada. L’un des plus grands défis à relever au sein du secteur agricole est d’arriver à produire plus avec moins. La contribution des entreprises serricoles qui est requise pour relever ce défi et soutenir la croissance devrait être plus explicitement incluse et soutenue dans la politique de développement durable à l’échelle du secteur, et plus particulièrement dans la Stratégie pour une agriculture durable.


Eau : Conserver une ressource de plus en plus précieuse

Comme dans le cas des terres agricoles, l’accès à l’eau dans certaines régions est également limité pour les exploitations serricoles. Les frais de développement qui ont été introduits par les municipalités dans le cas des nouvelles infrastructures qui utilisent les services publics d’approvisionnement en eau à Chatham-Kent, en Ontario, fait ressortir le contexte changeant. Des investissements dans les infrastructures rurales sont requis de la part des différentes administrations en raison de la demande alimentaire en hausse, des pressions sur les ressources naturelles, y compris l’augmentation de leurs coûts. L’harmonisation des plans de développement des infrastructures des municipalités et des provinces et des cibles de croissance pour le secteur pourrait aider à régler les problèmes liés aux pénuries dans les zones rurales.


L’éclairage : Tenir compte de la communauté dans le développement rural

Les serres peuvent émettre des lumières vives pendant toute la journée, ce qui peut être un inconvénient pour les résidents des zones rurales. Les municipalités, comme Leamington, qui ont une concentration élevée de serres, ont des règlements qui exigent que la pollution lumineuse soit atténuée par les exploitants à l’aide de rideaux ou que les lumières soient éteintes en soirée. Les exploitants serricoles doivent respecter les règlements locaux et les plans d’expansion doivent tenir compte des répercussions sur le bien-être des collectivités pour soutenir une croissance durable et la capacité d’attirer une main-d’œuvre hautement qualifiée.


Compétences : Rebaptiser l’agriculture canadienne pour attirer des talents diversifiés

Les progrès dans l’automatisation des exploitations serricoles peuvent se traduire par une plus grande efficience et une demande pour des postes hautement qualifiés. Mais le Canada est-il prêt à pourvoir ces postes ? Le secteur a déjà du mal à régler sa pénurie de main-d’œuvre avec un poste agricole vacant sur trois étant anticipé d’ici l’année 2030 si aucune mesure importante n’est prise. Il est plus difficile de convaincre les Canadiens de déménager dans les régions rurales, la population croissant 15 fois moins vite que dans les zones urbaines. De plus, les politiques récentes qui ont une incidence sur le parcours des étudiants étrangers au Canada pourraient réduire les inscriptions dans les programmes d’études postsecondaires, ce qui limitera l’accès aux personnes hautement qualifiées. Les défis sont nombreux alors que les exploitants serricoles doivent pouvoir compter sur les travailleurs étrangers du Mexique et de l’Amérique centrale. Le secteur agricole doit se donner une nouvelle image pour attirer les chercheurs d’emploi. Il doit se présenter comme un milieu propice à la réussite des personnes ambitieuses et hautement qualifiées qui sont stimulées par l’utilisation des technologies de pointe et qui veulent avoir un impact positif au Canada et à l’échelle mondiale.


Réglementation et politiques : Moderniser pour un monde plus compétitif

Le positionnement du Canada comme centre de production serricole efficient et responsable passe par l’exploration des politiques et règlements qui le désavantagent par rapport à ses concurrents mondiaux. L’identification et la modernisation des règlements qui placent la culture sous serres et environnement contrôlé dans un environnement sans règles clairement définies et qui retarde l’expansion seraient un excellent point de départ.


Échanges commerciaux : Élaborer un plan directeur pour exploiter de nouveaux marchés

Un schéma d’expansion des exportations de fruits et de légumes de serre pourrait aider les principaux intéressés à tracer la voie à suivre et à explorer les mesures de soutien que le Canada pourrait prendre. Le Midwest des États-Unis pourrait être ciblé, car il offre des occasions importantes et pourrait servir de fondement à un programme d’échanges commerciaux. Des missions coorganisées par l’industrie et les gouvernements peuvent aider à réunir des renseignements sur la logistique de la chaîne du froid et les besoins connexes, à évaluer les occasions sur le marché, à établir des relations et une image de marque canadienne. L’expansion des exportations dans de nouvelles régions doit également tenir compte des effets du temps de réfrigération et des kilomètres qui doivent être ajoutés sur le climat ainsi que des principaux concurrents, comme la production en champ de la Californie.


Expansion du marché : Créer un calculateur de carbone fabriqué au Canada

Le secteur serricole est prêt pour un calculateur de l’intensité carbone développé au Canada. Le fait de ne pas connaître l’intensité carbone de la production en serre est un angle mort pour la politique climatique du Canada et pour le développement de solutions par l’industrie et la communication des progrès réalisés en matière de développement durable. Les gouvernements ont un rôle à jouer en ce qui concerne les investissements et les efforts de collaboration pour le développement d’outils faciles à utiliser par les entreprises serricoles pour l’identification, la compréhension et la réduction de leur empreinte carbone. Le calcul de l’intensité carbone des produits est de plus en plus important pour satisfaire à la demande, pour lever les barrières commerciales et pour permettre à l’industrie de prendre des décisions éclairées sur les nouveaux développements et les rénovations.


Recherche et innovation : Coordonner et mettre à l’échelle les innovations canadiennes

Le Canada est un chef de file non seulement en matière de productivité serricole, mais également en matière d’innovation. Pourtant, les programmes de financement sont fragmentés, et l’application des connaissances se fait en silo. C’est dû au fait que le Canada fonctionne selon un modèle réactif tandis que l’industrie et les universités peuvent travailler en collaboration avec certains exploitants pour des projets qui ciblent un aspect en particulier, sans stratégie uniforme et cohérente entre les priorités, le financement et les objectifs en matière de recherche. Cette approche fragmentée présente une occasion d’établir un cadre de recherche global pour regrouper les projets et les parties intéressées en vue de faire avancer la recherche de façon ciblée et cohérente. Les parties intéressées pourraient convenir des priorités en matière de recherche (automatisation, génétique et sélection, objectifs zéro émission nette, agronomie, etc.), priorités qui pourraient être par la suite utilisée pour faciliter la coordination et les partenariats pour les projets pertinents. Un cadre de recherche comprenant les priorités, les fonds engagés et les objectifs mesurables permet également de s’assurer que les organismes de recherche sont sensibilisés à la vitesse relative de leurs travaux et que les projets de recherche sont liés aux besoins de l’industrie.

La prochaine décennie

La serriculture peut émerger comme un pilier de la croissance agroalimentaire du Canada et être au cœur des ambitions de développement durable au cours des 10 prochaines années et jusqu’en 2050. L’objectif est de doubler la superficie exploitée au cours des 10 prochaines années, de proposer une plus grande diversité de produits et d’améliorer les rendements. Le véritable défi pour les entreprises serricoles du Canada qui doivent répondre aux demandes des marchés en croissance et éliminer les obstacles à la mobilisation des ressources passera par le développement d’infrastructures qui puissent soutenir la croissance et la décarbonisation, et favoriser la prospérité des collectivités rurales.

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

Contributors:

Auteur principal : Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Myha Truong-Regan, Cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC

Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, Climat et énergie

Shiplu Talukder, Spécialiste, Publication numérique

Caprice Biasoni, graphiste spécialisé

    Nous tenons à remercier les personnes qui nous ont fait bénéficier de leurs connaissances et de leur expertise pendant la rédaction du présent rapport.
  • Alesandros Glaros, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Aaron Coristine, Ontario Greenhouse Vegetable
  • Gordon Stock, Ontario Fruit and Vegetable Growers’ Association
  • Evan Fraser, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Lenore Newman, Food and Agriculture Institute, University of the Fraser Valley
  • Goretty Dias, School of Environment Enterprise and Development, Université de Waterloo
  • Matt Korpan, Center for Horticultural Innovation
  • Peter Quiring, Nature Fresh Farms
  • Chris DelGreco, Under Sun Acres
  • Gary Toupin, Banque Royale du Canada
  • Mohamad Yaghi, conseiller-expert en agriculture
  • Alycia Van der Gracht, QuantoTech
  • Peter Van der Gracht, QuantoTech
  • David Arkell, Energy 360
  • Lisa Brodeur, Energy 360
  • Expert-Ressource, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario

  1. Statistique Canada. (2024a). Production et valeur des fruits et des légumes de serre.
  2. Analyse de l’Ontario Greenhouse Vegetable Grower.
  3. Ministère de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario. (2023). Alimenter la croissance de l’Ontario – Plan de l’Ontario pour un avenir énergétique propre.
  4. Gouvernement du Mexique. (2023). Statistical Yearbook of Agricultural.
  5. EuroStat. (2024). Crop production in EU standard humidity.
  6. Statistique Canada. (2024b). Dépenses d’exploitation des producteurs de serre.
  7. Dias et al. (2017). Life cycle perspectives on the sustainability of Ontario greenhouse. tomato production: Benchmarking and improvement opportunities. Journal of Cleaner Production.
  8. Nations unies. 2022. La population mondiale franchit la barre des huit milliards de personnes cette année, mais le taux de croissance ralentit.
  9. Van Dijk et al. (2021). A meta-analysis of projected global food demand and population at risk of hunger for the period 2010–2050. Natural Foods.
  10. Statistique Canada. (2024c). Indice des prix à la consommation, février 2024.
  11. Statistique Canada. (2024a).
  12. Deloitte. 2022. The turning point: A new economic climate in the United States.
  13. Statistique Canada. (2024b).
  14. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). 2022. Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2022-2031
  15. Statistique Canada. (2024a).
  16. Statistique Canada. (2024a).
  17. Statistique Canada. (2024d). Estimation des serres spécialisées en exploitation, de la superficie en serre et des mois en exploitation.
  18. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022a). Aperçu statistique de l’industrie canadienne des légumes de serre et des champignons.
  19. Département de l’Agriculture des États-Unis. (2024). Vegetables and Pulses Outlook: April 2024.
  20. McKinsey & Company. (2023). Le consommateur se soucie de développement durable – et le manifeste en faisant leurs achats.
  21. Gouvernement ouvert. (2024). Données d’analyse financière de la ferme de l’Ontario.
  22. Analyse des récoltes de Greenhouse Vegetable Grower de l’Ontario.
  23. Statistique Canada. (2024b).
  24. Dias et al. (2017).
  25. Under Sun Acres. (s. d.). Cogeneration.
  26. Statistique Canada. (2024a).
  27. Statistique Canada. (2024e). Superficie, production et valeur à la ferme des légumes commercialisés.
  28. Statistique Canada. (2024b).
  29. Statistique Canada. (2024a).
  30. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022a).
  31. Statistique Canada. (2024a).
  32. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022b). Aperçu statistique de l’industrie des légumes de plein champ.
  33. Statistique Canada. (2024a).
  34. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022c).
  35. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2202b).
  36. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2022c).
  37. Varma & Bebber. (2019). Climate change impacts on banana yields around the world. Nature Climate Change.
  38. Cantor. (2023). Historic coffee prices percolated after a bitter global supply crisis. U.S. Bureau of Labour Statistics.
  39. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC). (2202b).
  40. Statistique Canada. (2024a).
  41. Gouvernement du Mexique. (2023).
  42. EuroStat. (2024).
  43. Congressional Research Services. (2023). Seasonal Fruit and Vegetable Competition in U.S.-Mexico Trade.
  44. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). (2023). Policies for the Future of Farming and Food in Spain.
  45. Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). (2023).
  46. NASA Earth Observatory. 2022. Almería’s Sea of Greenhouses.
  47. Government of the Netherlands. (2019). Measures to reduce greenhouse gas emissions.
  48. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2023). Prépublication : Mise à jour de l’intensité en carbone du gaz naturel et du propane.
  49. McKinsey & Company. (2023). Renewable natural gas: A Swiss army knife for US decarbonization?
  50. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2023).
  51. Enbridge. (2024). Coûts énergétiques selon la source.
  52. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC). (2024). Rapport d’inventaire national : sources et puits de gaz à effet de serre au Canada.
  53. Ministère de l’Énergie et de l’Électrification de l’Ontario. (2023).
  54. Waste Connections of Canada. (s. d.). Ridge Landfill Future Plans
  55. Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture. (2024). Semer les graines du changement – Prévisions du marché du travail agricole de 2023 à 2030.
  56. Statistique Canada. 2022. Croissance démographique dans les régions rurales du Canada, 2016 à 2021.

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Pourquoi avons-nous rédigé ce rapport

L’automne dernier, RBC a noué un partenariat avec le Centre pour l’avenir du Canada du BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph. Nous avons exploré ce qui, selon nous, devrait être la vision du Canada : produire 26 % plus de produits alimentaires d’ici 2050 (suffisamment pour maintenir notre contribution à l’alimentation de la population mondiale à mesure qu’elle croît) tout en émettant moins de GES. Il en a résulté le rapport La prochaine révolution verte : comment le Canada peut accroître sa production alimentaire tout en réduisant ses émissions.

Voici ce que nous avons appris au cours de la dernière année :

  1. Le Canada est en excellente posture pour devenir un chef de file. Le pays dispose d’actifs sans pareil, mais doit faire plus pour les maximiser. D’autres pays allouent des sommes substantielles à la promotion d’une agriculture adaptée au climat. Le Canada peut effectuer des investissements similaires, proportionnellement à sa taille, tout en établissant de nouveaux mécanismes de marché pour financer la transition durable de l’agriculture.
  2. Une technologie de mesure précise est absolument indispensable pour aller de l’avant. Des outils permettant de surveiller les émissions avec précision (en particulier la séquestration du carbone dans le sol) sont essentiels pour développer les marchés et aider les producteurs à en tirer parti.
  3. La collaboration intersectorielle est essentielle. Pour que la transition vers la carboneutralité réussisse, il faut suivre une nouvelle approche. Les acteurs publics et privés de toute la chaîne logistique fragmentée du secteur agricole doivent s’allier et travailler main dans la main en adoptant la même vision.
  4. Le financement de la recherche et du développement par le secteur privé est insuffisant. Certaines des technologies agricoles les plus importantes au monde ont été mises au point au Canada. Toutefois, le financement de l’innovation par le secteur privé n’a jamais été aussi bas. Afin que le pays conserve sa place de chef de file dans ce domaine, des investissements privés sont nécessaires.
  5. Les lacunes dans les compétences freinent la croissance. Le secteur a besoin de main-d’œuvre pour soutenir la transition vers la carboneutralité. Des gestionnaires d’exploitations aux analystes de données, les exploitations agricoles du Canada ont désespérément besoin de travailleurs qualifiés et de conseillers. Or, le financement de l’enseignement postsecondaire est insuffisant.
  6. Il faut récompenser les utilisateurs précoces. Un nombre important de producteurs canadiens suivent des pratiques adaptées au climat depuis des années, voire des décennies. Ces précurseurs sont susceptibles d’être écartés des programmes visant à inciter financièrement les exploitants agricoles à adopter de meilleures méthodes pour la santé des sols. Pour que les stocks actuels de carbone continuent d’augmenter, les utilisateurs précoces doivent bénéficier d’un avantage financier en reconnaissance de leurs efforts.
  7. Le monde a plus que jamais besoin du Canada. La guerre entre l’Ukraine et la Russie et les phénomènes climatiques extrêmes exercent des pressions sur les chaînes logistiques mondiales, entraînant des pénuries dans de nombreux pays ou une instabilité de l’approvisionnement. Le Canada est un pays politiquement stable et un fournisseur fiable d’aliments sûrs et de grande qualité, deux atouts qui peuvent faire de lui le grenier durable du monde.

Les investissements du Canada en agriculture adaptée au climat sont à la traîne par rapport à ceux de pays comparables

Les investissements du Canada en agriculture adaptée au climat sont à la traîne par rapport à ceux de pays comparables

Source: Analyse de BCG, analyse de RBC, USDA et OCDE

Le Brésil et l’Indonésie sont exclus étant donné que le financement de la lutte contre les changements climatiques est versé aux programmes de financement.

Les principaux pays producteurs de denrées alimentaires sont en pleine évolution. En faisant de l’agriculture durable une priorité stratégique, les pays comparables au Canada jettent les bases de formidables chaînes d’approvisionnement alimentaire adaptées au climat, généreusement financées et soutenues par des politiques audacieuses.

Au milieu de ces changements spectaculaires sur le plan des investissements et des politiques, un moment charnière se dessine pour l’agriculture canadienne. Le secteur agricole risque d’accumuler les retards si les gouvernements canadiens ne s’ajustent pas à leurs concurrents en déployant du financement et des politiques pour soutenir les producteurs afin qu’ils produisent plus de produits alimentaires tout en réduisant leurs émissions.

Le Canada est déjà à la traîne. Les secteurs agricoles des États-Unis, de l’Union européenne, de l’Australie et de la Chine reçoivent un financement environ trois fois plus élevé pour la lutte contre les changements climatiques que ce que le Canada accorde à son secteur. Pourtant, les attentes à l’endroit de nos agriculteurs continuent de croître : produire plus (dans des conditions météorologiques de plus en plus défavorables), réduire les émissions et contribuer à assurer la sécurité alimentaire mondiale.

Nous avons commencé l’an dernier à explorer les occasions entourant l’agriculture adaptée au climat, en plein cœur d’une double tourmente mondiale : les pénuries alimentaires et les dérèglements climatiques. Depuis, nos équipes de recherche ont parlé à plus de 500 agriculteurs et producteurs de denrées alimentaires, afin de mieux comprendre quelles politiques pourraient concrètement faire une différence en ce moment.

Des politiques judicieuses contribueront à renforcer notre économie, atténuer les menaces géopolitiques et accélérer la réduction des émissions.

Ottawa et les provinces devront changer leur approche à l’égard des politiques agricoles afin de protéger un secteur qui représente 7 % du PIB national – et qui a un immense potentiel de croissance.

Le présent rapport décrit neuf politiques dans cinq domaines – les sols, le méthane, les engrais, les talents et les technologies, et les consommateurs – qui peuvent propulser le secteur agricole canadien à l’avant-plan de la prochaine révolution verte et lui permettre d’affronter la concurrence mondiale.

Actuellement, les politiques et le financement agricoles du Canada ne sont en rien comparables aux mesures incitatives et crédits d’impôt de 19,5 milliards de dollars US inscrits dans l’Inflation Reduction Act (IRA) pour soutenir les technologies agricoles, la conservation et d’autres mesures. Même avant que Washington ne déploie son programme climatique phare, le financement de la lutte contre les changements climatiques aux États-Unis s’élevait à 1,7 % des revenus totaux des agriculteurs – plus de trois fois le niveau atteint au Canada. Les prochaines dispositions législatives du Farm Bill, d’une valeur de 1,5 billion de dollars US, pourraient renforcer encore l’avantage des États-Unis.

Notre plan en neuf points pourrait être une réponse puissante aux visées de l’IRA, et il jette les bases pour une puissance alimentaire prospère, étendue et durable.

Pendant ce temps, la Chine revitalise ses terres agricoles à coup d’investissements annuels de 7 milliards de dollars US, alors que l’Union européenne consacrera 224 milliards de dollars US à des initiatives liées au climat jusqu’en 2027.

Selon les agriculteurs à qui nous avons parlé, l’agriculture a déjà une longueur d’avance sur les autres secteurs économiques dans la lutte contre les changements climatiques et le déploiement de technologies, d’innovations et de méthodes de réduction des émissions de GES. Cela dit, la hausse des émissions nationales et mondiales génère de nouvelles attentes venant des marchés nationaux et internationaux, qui souhaitent que les principaux secteurs d’activité canadiens en fassent plus.

Les politiques que nous proposons réduiront les émissions du secteur agricole, qui représentent actuellement des émissions totales de gaz à effet de serre du pays.

Un modèle d’affaires adapté aux changements climatiques pour le secteur agricole invite les agriculteurs à prouver qu’ils réduisent leurs émissions afin d’atteindre les cibles ambitieuses des gouvernements et des investisseurs et de répondre aux attentes croissantes des consommateurs.

Sur une note positive, le Canada joue déjà un rôle crucial pour assurer la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale et est un précurseur en matière d’agriculture favorable au climat.

Le Canada est déjà l’un des principaux pays exportateurs de produits alimentaires et se classe parmi les meilleurs en matière de durabilité du système alimentaire, selon l’indice Food Sustainability Index. Plus de 65 % des agriculteurs canadiens ont adopté au moins une pratique en vue de renforcer la résilience de leur exploitation face aux problèmes touchant les sols, l’eau ou la biodiversitéI.

Le temps est venu pour les gouvernements canadiens de s’appuyer sur les réussites de ses agriculteurs. Notre plan en neuf points pourrait être une réponse puissante aux visées de l’IRA, et il jette les bases pour une puissance alimentaire prospère, étendue et durable.


Les sols :
une catégorie d’actifs

Un producteur de maïs près du canton d’Elmira, en Ontario, nous a récemment fait part de son enthousiasme à l’idée d’accroître ses profits en intégrant des crédits de carbone dans ses pratiques agricoles.

Il n’est pas seul. Des milliers d’agriculteurs canadiens lorgnent également le marché des crédits de carbone, qui promet de nouvelles sources de revenus et reconnaît leurs efforts en vue de retirer du carbone de l’atmosphère.

Cependant, des récits et des expériences de projets pilotes malheureux qui n’ont pas donné les résultats escomptés, des directives peu claires concernant l’accès au marché et des connaissances et données limitées ont refroidi cet enthousiasme. De plus, les producteurs qui ont adopté des pratiques de séquestration du carbone plus rapidement ces dernières années se sentent laissés pour compte et regrettent de s’être lancés si tôt.

Les gouvernements canadiens pourraient appliquer trois politiques pour créer des marchés du carbone dynamiques :

1. Établir des normes pour soutenir les marchés du carbone

    • Occasion

      Soutenir un marché du carbone de 4 G$ d’ici 2050


  • Défi

    Aucune norme claire

Agissant à titre de puissant puits de carbone, les terres agricoles actives au Canada peuvent séquestrer de 35 à 38 Mt de carbone d’ici 2050, soit 40 % à 45 % des émissions annuelles actuelles des sables bitumineux.

Actuellement à leurs débuts, les marchés volontaires du carbone canadiens pourraient devenir un géant de 4 milliards de dollars d’ici 2050, selon ce que montrent nos recherches. Un marché actif pourrait signifier des dizaines de milliers de dollars en nouveaux flux de revenus pour certains exploitants – et plus d’un million de dollars pour les opérateurs d’envergure.

Cela dit, les assises d’une compensation carbone intégrée ou d’un marché des crédits compensatoires viable au Canada reposent sur un système robuste de mesure et de déclaration du carbone du sol et des émissions.

Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) et Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ont accompli un travail important à cet égard, mais il est possible d’en faire plus collaborativement. Voici comment nous pouvons établir un marché du carbone dynamique au Canada :

  • En se fondant sur les travaux réalisés dans le secteur privé, le gouvernement fédéral peut publier des méthodologies issues des approches les plus crédibles en matière de compensation intégrée et de crédits compensatoires (voir l’encadré).
  • L’incidence doit être mesurée scientifiquement pour qu’il soit envisageable d’obtenir un paiement au titre des crédits de carbone. En collaboration avec les agriculteurs, les éleveurs et les agroentreprises, et par l’entremise de projets pilotes régionaux partout au pays, AAC et ECCC peuvent envisager de publier des normes qui constitueront un cadre préliminaire de mesure, de déclaration et de vérification (MDV) pour différentes pratiques adaptées au climat. Ce cadre fonctionnerait de pair avec la base de données sur les sols décrite à la section suivante. Cela sera cependant délicat. Trouver une méthodologie MDV qui soit uniforme et économique dans le but de mesurer l’incidence des pratiques agricoles adaptées au climat (y compris les cultures de couverture et les cultures sans labour) sur la séquestration du carbone dans le sol et les émissions demeure un défi.
  • Un cadre MDV guiderait les producteurs dans l’obtention de crédits, alors que les acheteurs feraient en toute confiance l’acquisition de ces crédits ou les intégreraient dans un programme de compensation intégrée.

  • Les gouvernements devraient explorer des façons viables d’assurer la stabilité des prix du marché ainsi que des rendements substantiels constants pour les agriculteurs et investisseurs.
  • L’investissement de 300 millions de dollars US sur huit ans des États-Unis dans les MDV pourrait servir de modèle pour le Canada. Cet investissement permettra d’améliorer les mécanismes de collecte de données et de créer des modèles algorithmiques, en vue d’établir les niveaux de référence actuels et futurs en matière d’émissions. Il déterminera également les protocoles d’analyse des sols, répertoriera des technologies de télédétection et d’échantillonnage des sols à la fois évolutives et abordables, et établira un réseau national de recherche pour améliorer les pratiques dans les exploitations. Le Canada devra effectuer un investissement similaire, proportionnellement à sa taille, pour que ses producteurs demeurent compétitifs.

Compensation carbone intégrée


Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Le processus aide les entreprises à éviter ou à réduire les émissions du périmètre 3 dans leur chaîne logistique et les prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes.

Crédits compensatoires


Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables générés par des énergies renouvelables ou d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par leurs activités.


2. Créer une base de données liées au climat pour aider les agriculteurs

    • Occasion

      Alimenter en données le secteur agricole pour gérer les risques et améliorer la productivité


  • Défi

    Manque de connaissances accessibles

Il est essentiel d’avoir une banque de données approfondie et étendue pour mesurer l’état des pratiques liées au climat et les futurs points sur lesquels il faut se concentrer. Cela dit, le manque de financement public des programmes de données liées au climat a entravé les efforts visant à gérer les risques et à améliorer la productivité.

Le gouvernement peut s’attaquer à ces défis et accélérer l’adoption de méthodes efficientes en élaborant un cadre pour la création d’une base de données nationale sur les sols :

  • En s’appuyant sur des années de travail d’AAC et des provinces, une base de données nationale sur les sols peut recueillir des données par l’entremise d’un système commun. Cela est essentiel pour comprendre la santé actuelle des différentes catégories de sols dans l’ensemble du Canada, particulièrement du fait que certaines cartes pédologiques n’ont pas été actualisées depuis les années 1950. Cela est également important pour comprendre l’incidence des sols sur les émissions d’oxyde nitreux (qui est particulièrement nocif pour les cultures et la santé humaine), la séquestration du carbone et les variations des stocks de carbone organique.
  • Établie et financée par AAC, une telle base de données pourrait servir de portail donnant accès à des renseignements économiques en temps réel et téléchargeables aux producteurs, experts et décideurs.

  • Le flux de données, venant des provinces, des laboratoires d’analyse des sols, des fournisseurs de machines agricoles et des opérateurs de matériel de télédétection, permettra d’établir en temps réel des niveaux de référence régionaux et nationaux en matière d’émissions. Il favorisera aussi la modélisation régionale des cultures, la mise en place de moyens pour améliorer la gestion des éléments nutritifs, et l’établissement de pratiques axées sur la biodiversité et la conservation de l’eau.
  • Armés de telles données éclairées, les agriculteurs pourraient réduire le risque entourant l’adoption de pratiques agricoles adaptées au climat par une bonne compréhension des conséquences économiques potentielles de l’adoption de nouvelles pratiques. La base de données pourrait également être un outil inestimable pour les entreprises et les sociétés de recherche intéressées à développer des technologies agricoles prêtes à l’exportation.

3. Mettre au point un système juste qui assure l’équité des marchés

    • Occasion

      Instaurer un système qui favorise l’adoption rapide des technologies durables


  • Défi

    Peu de reconnaissance pour les utilisateurs précoces

Les deux premiers éléments de notre ensemble de politiques sur les sols visent à favoriser un comportement futur. Notre dernier élément reconnaît les actions passées.

Les agriculteurs canadiens sont en avance sur les autres. Beaucoup d’entre eux ont mis en œuvre des pratiques adaptées au climat avant l’Accord de Paris, parfois de plusieurs décennies. Mais ces utilisateurs précoces s’inquiètent du fait que leurs stocks de carbone n’ont peut-être pas été dûment documentés avec les années. Après tout, pour que les producteurs soient récompensés sur le marché du carbone, ils doivent prouver qu’ils ont accru l’absorption du carbone au fil du temps.

Le manque de reconnaissance de ces utilisateurs précoces pourrait avoir des conséquences inattendues. Il risque notamment de démotiver les agriculteurs ou de les pousser à labourer de nouveau leurs terres (et ainsi libérer du carbone) afin de fixer un niveau de référence plus bas pour le carbone de leur sol – ce qui se traduirait par des paiements futurs plus élevés.

Les utilisateurs précoces qui peuvent prouver qu’ils ont accru leurs stocks de carbone pourraient être rémunérés de plusieurs façons:

  • L’exonération des gains en capital pourrait être accrue pour les terres agricoles admissibles. À l’heure actuelle, lors du transfert intergénérationnel d’un bien admissible, l’exonération peut représenter jusqu’à un million de dollars de la valeur du bien. Selon la nouvelle politique, les producteurs bénéficieraient d’une exonération correspondant à la valeur totale du carbone organique stocké dans leurs sols déterminée d’après les derniers prix du marché (en plus des exonérations actuelles). Cette valeur serait incluse dans la valeur des terres agricoles au moment du transfert et ne ferait pas partie de l’exonération reçue. À l’aide d’une analyse rétrospective, un processus de modélisation permettant d’estimer les variations passées de la quantité de carbone dans le sol, on peut connaître l’évolution des stocks de carbone organique des sols sur plusieurs années. Cette méthode peut être utilisée pour déterminer les estimations de référence et ainsi rémunérer les exploitants agricoles.

  • Les producteurs pourraient se voir accorder un ensemble de crédits d’impôt fondés sur les stocks de carbone scientifiquement prouvés de leurs exploitations ; ils pourraient ensuite utiliser ces crédits pour le paiement des impôts. Les crédits peuvent être utilisés sur dix ans, et les producteurs peuvent choisir l’année pour laquelle ils veulent s’en prévaloir aux fins du paiement des impôts.
  • Certains éléments de la recherche scientifique et du développement expérimental peuvent être simulés pour favoriser des investissements favorables sur le plan environnemental dans les exploitations. Un nouveau programme émettrait des crédits d’impôt à l’investissement aux exploitants agricoles qui investissent dans des projets qui font la promotion de services écosystémiques. Si un investissement correspond à une activité figurant sur une liste d’investissements appropriés au niveau des exploitations, les producteurs peuvent présenter une demande de crédit d’impôt.

Le méthane :
une occasion de croissance

Un producteur laitier juste au sud d’Ottawa nous a dit qu’il avait envie de se procurer un biodigesteur, mais qu’il était préoccupé par son prix élevé et sa viabilité économique. Le biodigesteur aiderait à la décomposition des matières organiques (comme le fumier) à sa ferme pour produire des biogaz, principalement du méthane. Cependant, il estime, comme d’autres agriculteurs à qui nous avons parlé, que les politiques canadiennes ne sont pas très attrayantes, même sous le programme de gestion de l’offre. Cela rend difficile de justifier l’acquisition d’un biodigesteur, malgré son rôle dans la réduction des coûts et la gestion des émissions.

Au sud de la frontière, c’est une tout autre histoire. En vertu de l’IRA, les agriculteurs américains sont bien placés pour profiter de crédits d’impôt de 30 % associés à la production de biogaz, au moins jusqu’en 2025. En outre, les programmes Rural Energy for America de l’U.S. Department of Agriculture ont octroyé 2 milliards de dollars US en prêt et subventions pour accroître l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables, comme les biogaz.

Le Canada devra faire des investissements équivalents à ceux des États-Unis dans les biogaz afin de tirer parti de leurs avantages accrus sur le plan de la durabilité, de la conversion des déchets en énergie et de la réduction des coûts d’énergie.

4. Promouvoir des façons de rentabiliser la réduction des émissions de méthane

    • Occasion

      Instaurer un système qui favorise l’adoption rapide des technologies durables


  • Défi

    Peu de reconnaissance pour les utilisateurs précoces

Le Canada doit accroître sa production de produits alimentaires, mais en réduisant ses émissions. Les cultures et le bétail génèrent 10 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada, le méthane en étant l’un des plus puissants.

En tant que signataire de l’engagement mondial sur le méthane, le gouvernement fédéral a reconnu que l’agriculture est responsable de 31 % des émissions totales de méthane du pays. La fermentation entérique, le processus de digestion des ruminants, représente 86 % de ce total, le fumier étant responsable du reste. Bien que le fumier contribue aux émissions de méthane, il peut aussi être considéré comme une source de gaz naturel renouvelable, ou biogaz.

Les technologies et les outils permettant de s’attaquer au méthane sont prêts, mais leur déploiement nécessitera à la fois du financement et une approche systémique globale. Nous recommandons les approches suivantes :

  • Le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les provinces pour créer un mandat national mixte visant à inciter les services publics à acheter du gaz naturel renouvelable (GNR) issu de digesteurs. Les provinces comme le Québec et la Colombie-Britannique exigent que d’ici 2030, les fournisseurs de gaz naturel offrent un mélange composé d’au moins 10 % de gaz renouvelable, ce qui incite les services publics à acheter du GNR. Cela a aussi encouragé les exploitants agricoles à installer des digesteurs qui produisent des biogaz pouvant être convertis en GNR chez un transformateur. Dans le cadre d’un mandat national, les provinces devraient définir le seuil minimal des mélanges.
  • Soutenir davantage de propositions pour la construction de digesteurs grâce au Fonds stratégique pour l’innovation (FSI). Même si le FSI accepte des propositions axées sur le secteur agroalimentaire, celles-ci ne constituent pas un volet fondamental du programme.

  • Des crédits peuvent être accordés aux producteurs dans le cadre du Règlement sur les combustibles propres pour les biocarburants utilisés dans le secteur du transport. En vue d’assurer l’efficacité du programme, ECCC pourrait le revoir au bout d’un an, et s’assurer que tous les participants reçoivent une compensation financière appropriée et que les obstacles à l’installation de biodigesteurs sont examinés et aplanis en temps opportun.
  • Le coût d’installation des digesteurs et des tuyaux pourrait être inclus dans le crédit d’impôt à l’investissement dans les technologies propres. L’IRA prévoit un crédit d’impôt pour les entreprises qui peut atteindre 50 % du coût de l’installation d’un digesteur. Un crédit d’impôt similaire sera nécessaire pour que le Canada puisse demeurer concurrentiel et développer le marché du GNR produit à l’aide de cette technologie. L’accélération des investissements dans la production de GNR fera augmenter l’offre de carburant ultrapropre destiné au transport.
  • Adopter des règlements et des politiques publiques souples sur l’ajout d’additifs destinés à réduire les émissions dans les aliments pour animaux. À l’heure actuelle, ces additifs ne sont pas admis sur le marché canadien en raison des règlements stricts. Un groupe d’experts permanent et indépendant pourrait conseiller les organismes de réglementation sur le potentiel de réduction des émissions et les avantages sur le plan de la productivité des technologies à faibles émissions d’alimentation des animaux. Le mandat de ce groupe d’experts pourrait être de collaborer avec les personnes chargées de la réglementation à Santé Canada et à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) en vue de revoir les règlements, de collecter des données et de fournir des conseils techniques sur les politiques relatives aux nouveaux additifs. Étant donné que de nombreux additifs ajoutés aux aliments des animaux sont considérés comme des médicaments vétérinaires, le groupe d’experts passera la réglementation en revue et la modifiera afin que l’innovation et la compétitivité soient prises en compte. Le groupe d’experts pourrait collaborer avec des partenaires commerciaux clés afin d’élaborer des normes favorisant les producteurs qui utilisent des additifs qui réduisent les émissions de méthane.

Les chaînes logistiques :
des moteurs stratégiques

Un producteur de pommes de terre de Lethbridge, en Alberta, a souligné l’efficacité du programme Gérance des nutriments 4B – des engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment et au bon endroit.

Cela dit, il estime que le gouvernement peut faire davantage dans le domaine des engrais pour assurer l’innocuité des intrants, essentielle pour préserver la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

Ce qui est préoccupant, c’est que le Canada n’aura pas assez d’intrants agricoles pour soutenir l’ensemble de l’industrie s’il n’a plus accès à des fournisseurs externes, particulièrement les exportateurs d’envergure comme la Russie.

La promotion d’une industrie nationale des engrais et d’autres intrants agricoles permettrait de réduire les coûts et d’assurer une source stable de solutions novatrices pour les agriculteurs partout au Canada.

Un encouragement intérieur à la production d’intrants agricoles créera aussi des emplois dans les régions rurales, étant donné que les matières premières nécessaires à la fabrication de nombreux engrais novateurs, comme les biostimulants, proviennent de zones rurales et sont traitées près de leur source.

5. Renforcer le portefeuille d’engrais produits au Canada

    • Occasion

      Assurer la sécurité alimentaire du Canada


  • Défi

    Soutien insuffisant aux nouvelles entreprises biologiques

En plus de se soucier de leurs revenus, les agriculteurs doivent veiller à ce que l’approvisionnement en engrais et en solutions agricoles soit abordable et accessible.

Trois éléments essentiels composent les engrais : l’azote, le phosphore et le potassium. Ils apportent aux plantes les nutriments nécessaires à leur croissance et augmentent les rendements. Le Canada est le premier producteur de potasse (une forme courante de potassium) et répond à 31 % de la demande mondiale de ce produit. En revanche, il dépend d’autres pays pour l’azote et le phosphore.

Le Canada importe de l’engrais azoté de la Russie et depuis que celle-ci a envahi l’Ukraine, cette dépendance est devenue particulièrement préoccupante. Avant 2022, les exploitations du centre et de l’est du Canada consommaient annuellement plus de 660 000 tonnes d’engrais azoté importé de Russie (soit plus de 85 % du total des engrais azotés utilisés dans ces régions). Le gouvernement a imposé des tarifs douaniers substantiels sur les engrais en vue de pénaliser l’économie russe et les producteurs canadiens ont dû payer la facture.

Les produits biologiques, par exemple les biostimulants et les produits utilisés pour le contrôle biologique et la fertilité biologique (voir l’encadré), peuvent devenir des produits complémentaires ou de remplacement essentiels par rapport aux solutions agricoles traditionnelles. Les biostimulants peuvent être mélangés avec des engrais traditionnels pour favoriser la santé des sols et en augmenter l’efficacité, et représentent actuellement un marché de 12 milliards de dollars US à l’échelle mondiale[i]. Le Canada occupe une position unique de chef de file dans ce domaine étant donné que les matières premières nécessaires à la fabrication de ces solutions se trouvent dans les régions rurales. Le siège social des entreprises qui fabriquent ces produits se trouve souvent dans des collectivités rurales. Ces entreprises peuvent combler la demande locale d’engrais azotés organiques, tout en créant des emplois bien rémunérés.

Les maillons suivants peuvent contribuer à établir une chaîne de valeur agricole locale et résiliente :

  • L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), chargée de certifier les produits biologiques, devrait simplifier les processus d’approbation. Elle devrait aussi obtenir un financement supplémentaire pour embaucher plus de personnel, puisqu’il lui faut actuellement plus de 380 jours pour approuver de nouveaux produits – sans compter les retards possibles.
  • Renforcer les chaînes logistiques en améliorant les réseaux de transport comme les routes, les chemins de fer et les ports.

  • Fournir une aide gouvernementale aux entreprises biologiques afin d’étendre leur présence sur les marchés nationaux et étrangers. Les produits biologiques peuvent aider à limiter l’érosion des sols, qui coûte plus de 3 milliards de dollars chaque année aux agriculteurs canadiens et américains selon les chercheurs. Des subventions devraient être accordées aux chercheurs pour mener des essais sur le terrain en vue de la commercialisation. Même si de nombreux programmes de fertilisation continueront d’utiliser des produits chimiques, les agriculteurs peuvent y intégrer des solutions biologiques pour améliorer la santé des sols.
  • On estime que le secteur des extraits d’algues, souvent utilisés comme biostimulants, peut créer 30 000 emplois rien qu’en Colombie-Britannique, dans les régions rurales.
  • Établir les produits biologiques comme des produits lucratifs fabriqués au Canada. Plusieurs entreprises canadiennes offrent actuellement des solutions biologiques novatrices qui sont adoptées dans de nombreux marchés, notamment en Europe et en Amérique du Sud . En 2021, la moitié des détaillants canadiens d’engrais avaient une bonne opinion des biostimulants et plus de 80 % d’entre eux en vendaient . Les biostimulants courants comprennent les enzymes qui favorisent la fixation de l’azote, les extraits d’algues marines et certains champignons et bactéries.

Les solutions biologiques :


  • Contrôle biologique :
    Aide les plantes à lutter contre le stress biotique et prévient les dommages causés par les parasites, les agents pathogènes et d’autres organismes.

  • Biostimulant :
    Renforce les plantes pendant les périodes de stress abiotique en augmentant l’efficacité de l’utilisation des nutriments en vue d’améliorer la qualité globale des récoltes.

  • Fertilité biologique :
    Favorise la croissance des cultures par l’ajout d’organismes vivants dans les sols, sur les graines ou sur la surface des plantes ; ces organismes colonisent les tissus internes des plantes, ce qui stimule leur croissance.

Les technologies et les talents :
des avantages concurrentiels

Aux abords de Saskatoon, en Saskatchewan, un producteur de canola nous a dit qu’il ne se donnerait même pas la peine d’installer une affiche « Nous embauchons » cette année, ses plus récentes tentatives pour trouver des talents ayant été infructueuses. Comme d’autres agriculteurs, il estime que la recherche de main-d’œuvre va bien au-delà des ouvriers qui l’aident pendant les récoltes. Les exploitations agricoles ont besoin de spécialistes sur place et d’un réseau de conseillers pour cerner ce qui nécessite leur attention. Ces spécialistes doivent communiquer de l’information rapidement à partir des données provenant de la machinerie pour accroître l’efficacité.

Une autre préoccupation des agriculteurs est le coût prohibitif des technologies essentielles et des innovations qui pourraient éliminer certaines tâches fastidieuses. Les spécialistes sur place et les technologies qui peuvent aider à gérer les sécheresses et les épisodes météorologiques deviendront indispensables à leur succès.

Pourtant, les investissements dans ces domaines sont en baisse depuis quelques années. Afin d’assurer que les exploitants ont accès aux technologies et aux talents, les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient accroître leur soutien en recherche et développement pour réduire le coût des innovations, des réseaux de conseillers et de la formation.

L’ensemble de politiques suivant pourrait aider à perfectionner les talents et à stimuler l’innovation :

6. Soutenir un secteur agricole qui carbure à l’innovation

    • Occasion

      Trouver la prochaine vague d’agrotechnologies majeures au Canada


  • Défi

    Investissements minimes en agrotechnologie

Le lancement d’un marché du carbone dynamique et la croissance de l’analytique des données massives prépareront le terrain pour la prochaine génération d’entreprises agricoles canadiennes technophiles.

Toutefois, les investissements dans les agrotechnologies sont moins importants au Canada que dans d’autres pays comparables, ce qui freine l’innovation. En 2021, les sociétés américaines d’agrotechnologie ont amassé plus de 6,9 milliards de dollars US de capital-risque. À titre de comparaison, seulement 270 millions de dollars US sont allés aux entreprises canadiennes. Le financement public et privé de la recherche et du développement doit augmenter afin que les entreprises agrotechnologiques canadiennes puissent prendre de l’expansion.

Voici comment le Canada peut ajuster ses mécanismes de financement :

  • Amener le secteur privé et Innovation, Sciences et Développement économique Canada à investir dans la création d’un réseau, semblable au Clean Resource Innovation Network (CRIN) pour les projets pétroliers et gaziers qui favorisent la recherche et le développement. Ce partenariat public-privé regrouperait des exploitants agricoles, des exploitations intelligentes, des établissements de recherche, des investisseurs et des entreprises (petites, moyennes et grandes) de toute la chaîne logistique agricole.
  • Organiser des concours (de façon semblable au CRIN) visant le développement et la commercialisation de technologies durables. Par exemple, un appel à propositions axé sur la réduction des émissions nocives d’oxyde nitreux pourrait stimuler l’innovation dans les domaines de la génétique pour les cultures fixatrices d’azote, des engrais plus efficaces, ou d’autres technologies permettant aux plantes de capter l’azote directement de l’atmosphère, réduisant ainsi les besoins en engrais à forte intensité énergétique.

  • Permettre aux entreprises novatrices de présenter leurs solutions et de financer leurs innovations. Les exploitants agricoles participants et les exploitations intelligentes du réseau pourraient évaluer les innovations directement au moyen d’essais sur le terrain à un coût négligeable. De leur côté, les chercheurs pourraient mener des études sur lesquelles les entreprises s’appuieraient aux fins de commercialisation, ce qui leur donnerait accès à des investisseurs de différents niveaux. Les entreprises du réseau pourraient accéder aux investissements en priorité, puis créer un partenariat entre leurs équipes de recherche et de développement et les entreprises agrotechnologiques participant aux défis.
  • Accroître la recherche et le développement du secteur privé afin d’éliminer les obstacles qui touchent actuellement la main-d’œuvre agricole. Les technologies peuvent automatiser les processus, permettre aux exploitants agricoles de se concentrer sur la gestion, réduire les intrants et accroître les rendements.

7. Faire revivre les réseaux de partage des connaissances du Canada

    • Occasion

      Mettre sur pied un portail de connaissances agricoles canadien


  • Défi

    Infrastructures insuffisantes

Les services de vulgarisation agricole – une constellation d’experts en agriculture répartis dans chaque province – et les universités canadiennes ont depuis toujours soutenu les agriculteurs en leur offrant des directives. Les agronomes et les experts de ces réseaux ont souvent donné des conseils aux producteurs quant aux stratégies et technologies les plus appropriées. Mais, avec les années, la plupart des universités se sont désengagées, et les services provinciaux de vulgarisation ont perdu de leur lustre en raison de compressions de leur financement. L’inverse s’est produit aux États-Unis, où de nombreuses universités ayant bénéficié d’un don de terrain (« land-grant universities ») fournissent différents programmes d’aide aux producteurs.

Voici comment le Canada peut faire revivre ces réseaux :

  • Les agriculteurs peuvent se renseigner auprès d’experts du privé et profiter de leurs connaissances. Cependant, alors que l’urgence climatique grandit, une plus grande contribution des provinces est indispensable. En effet, les démonstrations dans les exploitations agricoles représentent le moyen le plus efficace d’encourager l’adoption des nouvelles pratiques de gestion et des innovations. Les agriculteurs ont aussi indiqué que le manque d’accès aux experts, aux démonstrations dans les exploitations agricoles et aux connaissances était un des principaux obstacles à leur adoption.

  • Les services de vulgarisation devraient envisager une nouvelle approche axée sur la collaboration entre les acteurs publics, privés et institutionnels. Une nouvelle approche mixte inciterait les provinces à s’associer aux universités et établissements postsecondaires de formation agricole en augmentant les investissements fédéraux et provinciaux dans les installations de recherche sur les campus. Elle ferait également la promotion des services-conseils des ministères de l’Agriculture provinciaux (comme en Nouvelle-Écosse), ce qui pourrait soutenir le recrutement.
  • Le secteur privé a un énorme rôle à jouer lui aussi, ses agronomes pouvant offrir des recommandations en temps réel aux agriculteurs afin de les aider à accroître leur productivité.

8. Favoriser les investissements dans la formation postsecondaire

    • Occasion

      Élargir et approfondir le bassin de talents dans le secteur agricole


  • Défi

    Lacune dans le recrutement de talents aux aptitudes diversifiées

Le secteur agricole canadien connaîtra bientôt l’un de ses plus grands bouleversements au chapitre de la main-d’œuvre et de l’importance de son rôle. Pour relever ce défi, il faut continuer d’élargir les politiques d’immigration actuelles qui accélèrent l’admission des agriculteurs qualifiés et des travailleurs agricoles.

Voici comment nous pouvons assurer que de futures générations de producteurs et qu’un réseau de conseillers et de consultants seront prêts à fournir leur expertise :

  • Les universités et les collèges de formation agricole devraient poursuivre la création de programmes de microcertification et de programmes ouverts aux personnes ayant étudié dans divers domaines. La création de programmes qui combinent l’expertise de différentes facultés aidera à accroître l’exposition des étudiants à l’agriculture.

  • Un programme de gestion du carbone pourrait inviter des étudiants de différentes facultés pour leur montrer comment les émissions de gaz à effet de serre sont mesurées, et comment créer des objectifs d’affaires permettant de réduire les émissions ainsi que les moyens les plus efficaces de suivre les progrès.
  • L’élimination des obstacles pour les titulaires de diplômes étrangers (par exemple, les vétérinaires) peut contribuer à combler les besoins en main-d’œuvre et à accroître la productivité dans le secteur agricole.

Les consommateurs :
des moteurs de l’évolution des marchés

Une pomicultrice du Québec nous a posé la question suivante lors d’un événement à Ottawa : pourquoi le gouvernement ne cherche-t-il pas proactivement à acheter des produits alimentaires respectueux du climat auprès de producteurs nationaux ? Tout en reconnaissant que l’approvisionnement est régi par des ententes commerciales qui doivent être respectées, elle estime que les gouvernements devraient montrer l’exemple et faire leurs achats localement pour témoigner de leur soutien.

Il peut être difficile de mobiliser les consommateurs à cet égard, et le gouvernement a un rôle à jouer en montrant l’exemple. Les recherches dont il est question dans Sol fertile, un autre rapport de notre série La prochaine révolution verte, ont constaté que peu de consommateurs sont prêts à payer plus cher pour des aliments produits de façon durable.

Pour stimuler le marché, les divers paliers de gouvernement doivent faire un effort concerté afin de rémunérer les producteurs qui mettent en œuvre des pratiques agricoles adaptées au climat.

9. Influencer les habitudes d’achat par l’approvisionnement

    • Occasion

      Établir un programme gouvernemental de « prime verte »


  • Défi

    Non-optimisation des leviers d’approvisionnement par le gouvernement

Pour établir un cercle vertueux, les politiques d’approvisionnement du gouvernement doivent respecter ses engagements en matière de carboneutralité.

Voici comment les politiques d’approvisionnement du secteur public peuvent soutenir les pratiques agricoles adaptées au climat :

  • Afin d’améliorer la durabilité dans l’ensemble des ministères fédéraux, Travaux publics et Services gouvernementaux Canada devrait établir un programme d’approvisionnement écologique pour l’achat d’aliments produits selon des pratiques agricoles adaptées au climat. Selon les données disponibles, le gouvernement fédéral achète annuellement plus de 400 millions de dollars de produits alimentaires pour ses services. Si cet argent était consacré à l’achat d’aliments produits de façon durable, les agriculteurs auraient l’assurance d’avoir un acheteur ; cela pourrait aussi contribuer à la réduction du gaspillage alimentaire.

  • L’établissement de normes et de certifications claires et largement reconnues permettrait aux producteurs de vendre leurs marchandises au gouvernement. Il pourrait s’agir de mesures visant notamment à améliorer la santé des sols, la gérance des nutriments 4B, les partenariats sur le bétail, les pratiques de pâturage, de consommation d’eau, d’énergie et de carburants, ainsi que la restauration des prairies indigènes. Les paramètres devraient être mis à la disposition de tous les agriculteurs canadiens.
  • Ces normes et certifications devraient être administrées directement par des groupes de producteurs et des organismes du secteur agricole. Ces groupes mèneraient des entrevues dans les exploitations afin de vérifier les pratiques qui y sont appliquées et informeraient les producteurs de leur statut. Les résultats seraient communiqués au gouvernement avant l’attribution de la certification. Le financement de ces groupes devrait être bonifié en vue de couvrir le coût des vérifications. Leur rôle étant élargi, les organismes devraient obtenir des ressources supplémentaires pour présenter les pratiques de pointe en matière de gestion des terres dans les exploitations.
  • Pour que le gouvernement puisse rendre des comptes, il devrait y avoir un mécanisme de suivi des progrès réalisés par Ottawa par rapport à l’adoption accrue de pratiques agricoles adaptées au climat.

Conclusion

Les producteurs canadiens à qui nous avons parlé au cours de la dernière année sont bien placés pour assurer leur croissance. Le secteur s’est démarqué en tant que source importante d’emplois, d’occasions commerciales et de gains économiques, même durant les périodes de crise.

Pourtant, les producteurs estiment que les récents budgets gouvernementaux ont été moins audacieux que ceux des pays comparables qui mettent en œuvre des programmes générationnels.

Les gouvernements canadiens ont une occasion d’intensifier leurs engagements et de mettre en place des politiques solides qui reconnaissent le potentiel économique du secteur ainsi que son rôle à l’échelle mondiale en tant qu’exportateur de produits alimentaires fiable et de chef de file en agriculture adaptée au climat.

Le moment est venu pour le Canada de se démarquer.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteur principal : Mohamad Yaghi, Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, Institut d’action climatique RBC

RBC
Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Institut d’action climatique RBC
Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et leadership avisé
Darren Chow, premier directeur, Médias numériques
Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique
Caprice Biasoni, graphiste spécialisée
Myha Truong-Regan, cheffe, Recherche, Institut d’action climatique RBC
Gwen Paddock, directrice générale, Développement durable, Banque Royale du Canada

Arrell Food Institute
Evan Fraser, directeur, Arrell Food Institute, Université de Guelph
Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat
Lisa Ashton, Ph.D.
Emily Duncan, Ph.D.

BCG
Killian Berz, directeur général et associé principal
Keith Halliday, directeur, Centre pour l’avenir du Canada
Sonya Hoo, directrice générale et associée
Chris Fletcher, directeur général et associé principal
Thomas Foucault, directeur général et associé
Taylor Whitehouse, responsable principal de projet
Chris Kornas, responsable principal de projet

  • Erin Doherty, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Alice Raine, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Rene Van Acker, doyen, Ontario Agriculture College, Université de Guelph
  • Lenore Newman, directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Fraser Valley
  • Rickey Yada, doyen, Land and Food Systems, Université de la Colombie-Britannique
  • David McInnes, fondateur et coordonnateur national de l’Indice national de rendement agroalimentaire
  • Kim McConnell, partenaire stratégique, AdFarm
  • Keith Currie, président de la Fédération canadienne de l’agriculture
  • Peggy Brekveld, présidente de l’Ontario Federation of Agriculture
  • Tyler McCann, directeur général, Institut canadien des politiques agroalimentaires
  • Barbara Schwartzentruber, agrégée supérieure et directrice de programme, Systèmes agricoles et alimentaires, Smart Prosperity Institute/The Natural Step
  • Cameron Charlton, vice-président, Grandes entreprises clientes, RBC
  • Scott VanEngen, spécialiste de la planification financière, RBC Dominion valeurs mobilières Inc.
  • Karen Proud, présidente et directrice générale, Fertilisants Canada
  • Catherine King, vice-présidente des affaires publiques, Fertilisants Canada
  • Cassandra Cotton, directrice du développement durable, Fertilisants Canada
  • Fawn Jackson, cheffe du développement durable, Producteurs laitiers du Canada
  • Fiona McNeil-Knowles, spécialiste du développement durable, Producteurs laitiers du Canada
  • Adam Hayter, Hayter’s Farm
  • Wayne Cantelon, Cantelon Farms
  • Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario
  • Michael Williamson, président-directeur général et cofondateur de Cascadia Seaweed
  • Nick Harsulla, directeur des relations avec les gouvernements, United Farmers of Alberta

  1. « Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada : un article sur la transformation de l’industrie agricole et l’adaptabilité des agriculteurs canadiens », Statistique Canada, dernière modification le 11 mai 2022.
  2. Stratus Ag Research, « Tracking biostimulants: Retailers – USA and Canada 2022 ».

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Le secteur agroalimentaire du Canada est responsable de plus de 136 mégatonnes des émissions annuelles du pays. D’ici 2050, ces émissions devraient dépasser les 196 mégatonnes, soit 19 % du total national. Dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques, un mouvement de plus en plus important se dessine pour parvenir à zéro émission nette dans tous les secteurs de l’économie. Mais l’un des secteurs qui n’a pas obtenu les outils dont il a besoin pour atteindre cet objectif est celui de l’agroalimentaire. Considérant que la population mondiale augmentera vraisemblablement de deux milliards de personnes d’ici 2050, l’agriculture doit faire partie intégrante de notre programme national de durabilité. Les producteurs doivent disposer des outils adéquats pour adopter en plus grand nombre des pratiques agricoles climato-compatibles. L’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire reconnaît que le changement doit intervenir maintenant. RBC, Loblaw, les Aliments Maple Leaf, Nutrien, le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group (BCG)—avec le soutien de l’Institut pour l’intélliProspérité, The Natural Step Canada et l’Arrell Food Institute—ont apporté le soutien initial au lancement de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre (l’Alliance). L’Alliance vise à rassembler les bonnes personnes dans la chaîne de valeur alimentaire et les secteurs partenaires afin d’augmenter considérablement les investissements et de stimuler l’innovation au niveau national, tout en tenant compte des réalités régionales. Voix nationale du secteur, l’Alliance misera sur le pouvoir de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement agricole pour stimuler le changement. L’objectif de l’Alliance est de réduire les émissions de 50 mégatonnes d’ici 2030 et de 150 mégatonnes d’ici 2050. À la fin de 2022, RBC, le Centre pour l’avenir du Canada du BCG et l’Arrell Food Institute de l’Université de Guelph ont cerné six initiatives transversales qui pourraient orienter la transition zéro émission nette en agriculture. Pour que le changement soit aussi rapide et efficace que possible, deux axes de travail ont été mis en place : l’initiative d’agrostockage de carbone et l’initiative nationale de réseau de biodigesteurs. Ces axes de travail s’intéresseront aux principales sources d’émissions dans la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire, l’objectif étant de réduire les émissions de 50 mégatonnes d’ici à 2030. L’initiative d’agrostockage de carbone vise à développer un système de mesure, de déclaration et de vérification peu coûteux, évolutif et pertinent au niveau national, et à créer une plateforme de crédits carbone pour aider les producteurs à développer et à monétiser des actifs carbone de grande qualité. On s’attaquera aussi au développement de produits adaptés aux impératifs climatiques et d’une stratégie de certification qui permettra de mieux faire connaître ces produits aux consommateurs et d’accroître la demande. Un premier projet de démonstration en Saskatchewan jettera les bases d’autres projets pilotes à travers le pays. Dans le cadre de l’initiative nationale de réseau de biodigesteurs, on cherche à élaborer un plan et un modèle de valorisation des déchets par un réseau de digesteurs dans les zones à fortes émissions au Canada. Par la création de politiques et d’incitatifs commerciaux au développement de digesteurs agricoles, on espère assurer un approvisionnement stable en matières premières et générer de nouvelles occasions économiques. Au terme de la période d’essai réussi de ces deux chantiers, d’autres initiatives pour aider le Canada à atteindre son objectif de réduction des émissions du secteur agricole de 150 mégatonnes d’ici 2050 seront lancées. L’objectif ultime de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre est de trouver des mécanismes qui récompensent financièrement les exploitations agricoles pour leurs pratiques de conservation. Il s’agit de mettre en œuvre des projets de réduction des émissions de carbone pour les agriculteurs du pays et d’accélérer l’adoption de pratiques durables dans le secteur. Avec le soutien d’une coalition étendue, la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire sera en mesure de prendre des mesures importantes pour réduire son empreinte écologique. Pour de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec mohamad.yaghi@rbc.

Partenaires de l’Alliance agroalimentaire canadienne carboneutre

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Principales constatations

  • D’ici 2033, 40 % des exploitants agricoles canadiens auront pris leur retraite. L’agriculture du Canada est donc sur le point de vivre l’une des plus grandes transitions de son histoire en matière de main-d’œuvre et de relève des dirigeants.
  • Sur le même horizon, la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 24 000 travailleurs dans les exploitations agricoles, les pépinières et les serres.i
  • 66 % des producteurs n’ont pas de plan de relève, ce qui jette une ombre sur l’avenir des terres agricoles.ii
  • Ces menaces émergent à un moment où la main-d’œuvre agricole du Canada a besoin d’évoluer pour inclure des compétences telles que l’analyse des données, les sciences de l’environnement et les pratiques respectueuses du climat, ce qui nous permettrait de produire plus d’aliments avec moins d’émissions.
  • À l’aide de politiques à court, moyen et long terme, le Canada peut se procurer la main-d’œuvre agricole compétente en technologie numérique dont le pays a besoin pour devenir un chef de file mondial de la production alimentaire durable et à faibles émissions de carbone.
  • Afin d’éviter une crise des compétences à court terme, au cours de la prochaine décennie nous devrons attirer 30 000 immigrants permanents capables d’établir leurs propres fermes et serres ou de reprendre les exploitations existantes.
  • Pour atteindre nos objectifs à moyen et à long terme, nous devrons bâtir un nouveau pipeline d’exploitants et de travailleurs nationaux en facilitant l’accès à l’enseignement et en augmentant les dépenses de recherche et développement destinées à améliorer l’automatisation et la productivité.
  • D’autres pays comme le Japon et la Nouvelle-Zélande déploient rapidement des stratégies nationales visant à relever des défis similaires. Les gouvernements en question offrent des incitatifs aux exploitants qui deviennent plus autonomes et ouvrent des voies aux travailleurs étrangers qualifiés et aux nouveaux agriculteurs. Le Canada doit agir rapidement.

Les agriculteurs canadiens vieillissent et sont moins nombreux

2001

166 M acres

346 000

âge moyen 50

2006

167 M acres

327 000

âge moyen 52

2011

160 M acres

294 000

âge moyen 54

2016

159 M acres

272 000

âge moyen 55

2021

153 M acres

262 000

âge moyen 56


Citation : Services économiques RBC et Statistique Canadaiii

Un plan de croissance en trois points

  1. Accroître l’immigration d’exploitants agricoles internationaux de 30 000 travailleurs au cours de la prochaine décennie.
  2. Promouvoir l’enseignement agricole dans les collèges et les universités afin d’attirer de nouveaux étudiants.
  3. Accélérer l’adoption de solutions autonomes et mécanisées dans les exploitations agricoles.

À court terme :

Ouvrir les frontières à de nouveaux producteurs canadiens

La crise des compétences agricoles que traverse le Canada est déjà l’une des pires au monde. Le pays souffre d’une pénurie de compétences qui figure parmi les plus graves du secteur de la production alimentaire à l’échelle mondiale, en comparaison avec les autres grands exportateurs de produits alimentaires. Seuls les États-Unis et les Pays-Bas sont encore plus à la traîne.

La pénurie de travailleurs agricoles dont souffre le Canada est l’une des plus graves au monde

Citation : Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDEiv

La crise démographique qui approche à grands devrait aggraver le problème. Dans 10 ans, 60 % des exploitants agricoles d’aujourd’hui auront plus de 65 ans. Jamais autant d’agriculteurs canadiens n’ont été aussi près de la retraite. De plus, le nombre d’exploitants de moins de 55 ans a décliné de 54 % depuis 2001.v La solution la plus rapide se trouve à nos frontières. L’octroi d’un statut de résident permanent à plus de 24 000 travailleurs agricoles et 30 000 exploitants pourrait combler les pénuries liées à la retraite et aux postes vacants, aider le secteur à réaliser son potentiel de productivité et répondre à la demande alimentaire canadienne aussi bien qu’internationale. De nombreuses serres et exploitations agricoles font déjà appel à d’autres pays pour répondre au besoin de main-d’œuvre peu qualifiée. De fait, le secteur agricole canadien est l’un des plus diversifiés au monde, bien que la demande de travailleurs étrangers diffère considérablement selon les provinces et les activités. Le programme des travailleurs étrangers temporaires demeure une source essentielle de main-d’œuvre peu qualifiée. Mais ce dispositif a ses inconvénients. Premièrement, il s’agit d’une solution provisoire à un problème chronique. Deuxièmement, bon nombre des travailleurs étrangers temporaires (TET) qui acquièrent des compétences essentielles à l’ensemencement et à la récolte au Canada doivent retourner dans leur pays d’origine pendant de courtes périodes. S’il leur est impossible de revenir au Canada (par exemple parce que leur propre gouvernement fait obstacle à la migration pour des raisons de sécurité alimentaire nationale), la main-d’œuvre agricole du Canada s’en trouve considérablement réduite. De meilleures politiques sont nécessaires pour faciliter l’immigration des travailleurs peu qualifiés. Par exemple, une voie vers la résidence permanente pour les TET expérimentés constituerait une solution immédiate à ce type de pénurie. En ce qui concerne les exploitants agricoles hautement qualifiés, le Canada a toujours bien accueilli cette catégorie d’immigrants en provenance des Pays-Bas, de la Chine, des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Inde. Cependant, il existe aujourd’hui des occasions en or d’attirer des exploitants ayant perdu leurs entreprises à cause de politiques réglementaires d’autres pays. Aux Pays-Bas, par exemple, le gouvernement a réservé un budget de 24,3 milliards d’euros pour racheter les 3 000 fermes néerlandaises qui produisent le plus d’émissions. Les producteurs n’acceptant pas cette offre seront forcés de fermer. De plus, les exploitations agricoles autorisées à rester en activité devront considérablement diminuer leur application d’azote. Le pays devra aussi réduire sa population d’animaux d’élevage à un tiers de sa taille actuelle dans un délai de huit ans. En Nouvelle-Zélande, une loi de 2019 exigeant des producteurs qu’ils réduisent leurs émissions de 10 % dans les trois prochaines années oblige déjà les exploitations agricoles à réduire leurs activités. Des centaines de milliers d’agriculteurs qualifiés du monde entier sont forcés de réduire la taille de leur exploitation ou sont menacés de fermeture. Rien qu’au sein de l’UE, une perte de plus de quatre millions d’exploitations agricoles est enregistrée depuis 2005. À l’échelle mondiale, cela crée un bassin d’agriculteurs qualifiés qui pourraient aider le Canada à accroître ses exportations alimentaires et à s’adapter aux règlements plus rigoureux en matière de durabilité. L’immigration de scientifiques, d’ingénieurs en données et d’entrepreneurs est déjà reconnue comme essentielle à la croissance du Canada. Une approche similaire doit être adoptée pour attirer les agriculteurs.

À moyen terme :

Les écoles d’agriculture doivent évoluer pour répondre aux exigences d’aujourd’hui

Un changement fondamental est survenu dans les écoles d’agriculture partout au Canada. Alors que les inscriptions déclinaient dans les années 1990, beaucoup ont revu leurs programmes. Afin d’encourager les inscriptions, ces écoles ont commencé à offrir des cours interdisciplinaires susceptibles d’attirer les étudiants urbains moins motivés pour travailler en exploitation agricole. Cela signifiait se concentrer sur des sujets autres que les sciences agricoles, allant de la sécurité alimentaire au développement international. L’approche a fonctionné. Après avoir touché le fond en 2003, les admissions ont augmenté de plus de 40 %, ce qui signale un changement de mentalité à l’égard des études agricoles.vi À l’heure actuelle, le taux d’inscription à l’enseignement postsecondaire dans les domaines de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et des sciences vétérinaires au Canada fait partie des plus élevés parmi les taux de l’OCDE, de l’UE et du G20. Malgré cela, la demande de diplômés continue de dépasser l’offre.vii

Le taux d’inscription à l’enseignement agricole au Canada est élevé

Pourcentage d’inscriptions total

Citation : Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBCviii

Afin de renforcer le taux d’inscription, davantage d’efforts doivent être mis en œuvre pour intégrer l’agriculture aux programmes traditionnels. Par exemple, parmi les dix meilleures écoles de commerce du Canada, aucun programme de MBA à temps plein n’offre de cours optionnels dans le domaine de l’agriculture. De même, les écoles d’agriculture ne font pas assez pour promouvoir une approche interdisciplinaire qui intégrerait des étudiants de filières allant de l’ingénierie aux sciences sociales. Ces innovations seront essentielles pour encourager les inscriptions et construire un écosystème agricole plus solide et mieux doté en ressources. D’un autre côté, plusieurs écoles et collèges d’agriculture sont en voie de se transformer en centres multidisciplinaires parmi les plus polyvalents du pays. Ces établissements incorporent des thèmes qui vont des incitatifs financiers à la séquestration du carbone dans les sols, en passant par l’énergie propre. L’Installation de recherche sur les systèmes environnementaux contrôlés de l’Université de Guelph travaille même avec la NASA et l’Agence spatiale canadienne pour mettre au point des méthodes de culture de nourriture sur Mars. En plus d’augmenter le nombre d’inscriptions, les écoles d’agriculture doivent équiper les élèves des outils dont ils ont besoin pour mettre en œuvre leurs compétences. Par exemple, les écoles d’ingénierie, de commerce et d’informatique pourraient mettre en place davantage de coopératives, d’études de cas et de projets spéciaux liés à l’agriculture, qui offriraient des occasions d’apprentissage expérientiel axées sur la production alimentaire. Services-conseils pour les producteurs L’enseignement ne finit pas à la porte de l’école. Les producteurs ont toujours été des pionniers dans le domaine des nouvelles technologies. Pour mettre encore plus de compétences numériques en application, ils auront besoin de services-conseils leur permettant de se renseigner sur les meilleures solutions, les pratiques de production les plus efficaces et les façons de réduire les coûts et de promouvoir la durabilité dans leurs exploitations. Étant donné que chaque exploitation est confrontée à des défis uniques, les solutions doivent être individualisées. Les services-conseils visent à aider les agriculteurs à concevoir des solutions sur mesure. De plus, des ateliers sont proposés aux exploitants agricoles et à leurs employés, que ce soit dans un cadre structuré ou de façon informelle. Les services-conseils, à l’image de ceux qui sont offerts aux agriculteurs américains, doivent devenir plus accessibles aux nouveaux agriculteurs canadiens.

À long terme :

Déployer des solutions pour renforcer la mécanisation et l’autonomie des exploitations agricoles

L’automatisation est un thème central de l’agriculture depuis des siècles. La plupart des machines et des outils intègrent aujourd’hui des technologies qui augmentent l’efficacité sur chaque acre cultivé. Et les producteurs qui investissent dans la technologie sont souvent ceux qui dégagent la meilleure rentabilité. En 2020, plus de 50 % des exploitations agricoles ayant investi dans les nouvelles technologies ont constaté une baisse de leurs coûts. Et bien que l’automatisation réduise le besoin de main-d’œuvre agricole, elle crée aussi de nouveaux emplois pour les travailleurs hautement qualifiés. Les inventions telles que le tracteur, la moissonneuse-batteuse automotrice et le guidage automatisé ont marqué des jalons dans l’innovation et la productivité de l’agriculture. Dorénavant, les technologies et pratiques agricoles intelligentes permettront aux exploitations de rehausser leur efficacité et leur productivité, de limiter leur impact sur l’environnement et de mettre l’accent sur la durabilité. Un autre aspect important est que ces solutions innovatrices réduisent les besoins de main-d’œuvre peu qualifiée. Une grande partie de cette technologie est en cours de développement au Canada. Néanmoins, un effort de recherche et de développement plus ambitieux est essentiel pour réduire les besoins de main-d’œuvre, améliorer les taux de production et promouvoir la durabilité. Cela commence par le financement. Au Canada, les fonds consacrés à la recherche et au développement du secteur agricole proviennent principalement de sources publiques. Nous devons viser plus haut en matière de financement, car chaque dollar investi en recherche et développement génère entre 10 et 20 dollars de PIB.ix À mesure que la production agricole s’intensifiera, de plus en plus d’outils seront nécessaires pour réduire les émissions de manière autonome.

Dans l’agriculture canadienne, le financement public de la recherche et du développement est en retard par rapport aux autres pays

millions de dollars américains

Citation : Services économiques RBC, OCDE et Statistique Canada

Les investissements publics représentent la plus grande source de financement dans la recherche et le développement agricoles au Canada, soit 456 millions de dollars en 2020, mais les investissements du secteur privé sont à la traîne avec 156 millions de dollars.xxi Et les sociétés canadiennes, de manière générale, investissent moins dans la recherche et le développement, en comparaison avec leurs homologues étrangères. Les sociétés ont contribué de façon significative aux innovations passées, afin de résorber les pénuries de main-d’œuvre tout en rendant la production agricole plus résiliente face aux phénomènes météorologiques extrêmes et en améliorant la qualité et la durabilité. Toutefois, pour que le Canada devienne l’exportateur alimentaire le plus fiable et le plus durable au monde, d’autres investissements seront nécessaires. L’effort de recherche et développement peut stimuler la croissance du secteur, mais la distribution entre les producteurs sera essentielle. Les dépenses en immobilisations ont augmenté plus rapidement dans l’agriculture que dans les autres secteurs du Canada au cours des 15 dernières années. Or, la majeure partie de ces investissements est attribuable aux cultivateurs.

Les sociétés agricoles canadiennes sont à la traîne des concurrents mondiaux en matière de dépenses en recherche et développement

Dépenses sur la base du pourcentage des revenus

2018

1,2 %

Canada

5,2 %

Étranger

2019

1,0 %

Canada

3,8 %

Étranger

2020

1,4 %

Canada

4,6 %

Étranger

Citation : Services économiques RBC, Statistique Canadaxii

Comparaison mondiale

Le Canada n’est pas le seul pays à faire face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences dans son secteur agricole. Les autres pays ont déjà pris des mesures pour remédier aux pénuries grâce à des programmes politiques spécifiques : Le Japon

L’âge moyen d’un exploitant agricole est de 68 ans au Japon, ce qui en fait le pays de l’OCDE le plus sensible au problème de la relève des dirigeants. Pour encourager les jeunes à entrer dans le secteur, le gouvernement leur offre une aide au revenu pendant cinq ans à compter de la création de leur propre exploitation agricole. De plus, le programme Smart Agriculture propose des services-conseils gratuits sur la façon de mettre en œuvre des solutions autonomes et mécanisées. Le pays a également établi des « villages pilotes » visant à démontrer l’efficacité des nouvelles technologies.xiii

La Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a du mal à convaincre les jeunes et les nouveaux producteurs à s’engager dans le secteur. En 2014, un groupe de producteurs, universités, collèges et agents publics ont formé la Primary Industry Alliance.xiiv Le volet agricole du programme ambitionne d’attirer de nouveaux agriculteurs par les voies de l’enseignement et de l’immigration. De plus, le gouvernement a engagé un dialogue avec la communauté maorie afin d’accroître sa participation dans le secteur.

Les Pays-Bas

Plus de 530 000 travailleurs migrants sont employés dans le secteur agricole néerlandais. Alors que les Pays-Bas dépendent de plus en plus de ces travailleurs migrants, le pays souhaite augmenter la part de travailleurs hautement qualifiés. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a élaboré le programme Strategy for Green Education, dont l’objectif est d’attirer les étudiants dans le secteur et d’assurer une coordination entre les établissements d’enseignement afin de répondre aux besoins de main-d’œuvre agricole.

Les États-Unis

Tout comme le Canada, les États-Unis sont fortement dépendants des travailleurs temporaires. Cependant, du fait que le nombre d’exploitants agricoles a diminué, la demande de main-d’œuvre n’a fait que croître. Il existe un financement pour les programmes d’enseignement agricole dans les écoles secondaires, et des terrains sont donnés aux universités qui offrent des services consultatifs aux agriculteurs. Cependant, la crise de la main-d’œuvre pousse le salaire moyen vers le haut et incite de nombreux producteurs à investir dans des solutions autonomes.

Conclusion

Le secteur agricole fait face à une pénurie de main-d’œuvre et de compétences pour transformer l’agriculture. Toutefois, avec une bonne approche, ce désavantage aigu pourrait devenir un avantage générationnel. Si le Canada augmentait l’immigration d’agriculteurs qualifiés, encourageait les collèges et universités à faire entrer dans cette filière des étudiants de tous les horizons, et investissait dans des solutions innovatrices visant à automatiser le secteur et à réduire la main-d’œuvre agricole, alors le pays pourrait prendre la tête de la transition mondiale vers une agriculture à faibles émissions de carbone. Le budget de 2023 a été l’occasion d’établir des objectifs ambitieux qui tirent parti des avantages naturels du Canada dans le domaine de l’agriculture. Bon nombre des mesures dévoilées apportent un soulagement temporaire à diverses questions, mais le budget manque de vision globale sur l’avenir du secteur et les enjeux climatiques auxquels il est confronté. Le moment est venu pour les agriculteurs, les gouvernements et les acteurs de la chaîne logistique agricole de travailler ensemble sur cette question. Pour relever ces défis, il faudra adopter une nouvelle approche basée sur la participation de toutes ces parties prenantes.

Facteurs de succès

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Pour en savoir plus, allez à rbc.com/la-prochaine-revolution-verte/.

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Collaborateurs :

Auteur principal: Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique, RBC

RBC Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Farhad Panahov, économiste Carrie Freestone, économiste Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise Boston Consulting Group Youssef Aroub, chef de projet Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat

  • Joy Agnew, Ph. D., vice-présidente associée, Recherche appliquée, Olds College
  • Christopher Johnson, associé principal en développement, Olds College
  • Danny Le Roy, Ph. D., professeur agrégé d’économie, Université de Lethbridge
  • Jeanna Rex, Arrell Food Institute, coordonnatrice en éducation, Arrell Food Institute, Université de Guelph
  • Beverly Agar, première directrice relationnelle, Agriculture et agroalimentaire, RBC

    1. Emploi et Développement social Canada et Services économiques RBC.
    2. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    3. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    4. Services économiques RBC et Base de données sur les compétences d’emploi de l’OCDE.
    5. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    6. Recensement de l’agriculture de 2021 du Canada de Statistique Canada et Services économiques RBC.
    7. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    8. Base de données Regards sur l’éducation de l’OCDE et Services économiques RBC.
    9. Institut agricole du Canada, « An Overview of the Canadian Agricultural Innovation System. »
    10. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    11. Statistique Canada et Services économiques RBC.
    12. Statistique Canada, Statistiques de l’OCDE et Services économiques RBC.
    13. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    14. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.
    15. « Labour and skills shortages in the agro-food sector », documents de l’OCDE sur l’alimentation, l’agriculture et la pêche, no 189, publication de l’OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ed758aab-en.

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Misons sur l’agriculture :

Valorisation des terres pour lutter contre les changements climatiques
Depuis des générations, les agriculteurs canadiens retirent des gains financiers pour la nourriture qu’ils produisent. Plus le nombre de boisseaux de blé qu’un agriculteur cultive est élevé (et plus le prix de cette marchandise est élevé sur les marchés), plus le rendement sera élevé. Pourtant, en adoptant des pratiques durables, les agriculteurs ont aussi le pouvoir inégalé de réduire les émissions et d’améliorer la qualité de l’air et de l’eau ainsi que la santé des sols et la biodiversité. Des capitaux seront requis pour tirer parti de ce pouvoir. Cependant, si le potentiel actuel de l’agriculture durable est solide, les données économiques qui le sous-tendent ne le sont pas. Nous devrons prendre en compte les pratiques durables tout en fournissant le financement et les instruments financiers permettant d’en réduire les risques et d’encourager leur utilisation. De plus, nous devrons repenser un système économique qui récompense pleinement la production agricole, mais qui accorde peu de valeur à la préservation. Ces efforts, soutenus par des protocoles nationaux encadrant les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification et par des partenariats intersectoriels, peuvent servir d’assise à une stratégie d’agriculture durable de premier plan à l’échelle mondiale.

Que sont les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification ?

Mesure – Un outil mesure les réductions des émissions résultant de l’activité agricole. Déclaration – La mesure est soumise à un vérificateur tiers. Vérification – Le vérificateur tiers certifie les émissions.

L’agriculture pourrait être une source beaucoup plus importante de réduction et d’élimination des émissions

Source : Elis (2021). Analyse BCG

Que sont les compensations carbone et les compensations carbone intégrées ?

Compensations carbone intégrées : Les organisations évitent les émissions ou les réduisent directement dans leurs propres chaînes logistiques. Compensations classiques : Les entreprises ou les particuliers achètent des crédits négociables associés à de l’énergie renouvelable ou à d’autres projets de réduction des émissions. Ces crédits annulent ou compensent la même quantité d’émissions de carbone que celle créée par l’acheteur.


Une vraie mine d’or :

Trois parcours financiers menant à un secteur agricole plus durable
Dans le présent document, nous examinons trois instruments financiers qui pourraient stimuler le stockage du carbone dans le sol et créer d’autres avantages : les compensations carbone, les compensations carbone intégrées et le financement public. Tous ces outils sont actuellement utilisés à divers degrés. Cependant, leur potentiel à produire des effets immédiats sur l’agriculture durable varie. La compensation carbone intégrée est actuellement le mécanisme le plus efficace pour inciter les agriculteurs à adopter de nouvelles pratiques. Bien que la demande globale des consommateurs pour des produits alimentaires durables reste à développer, les entreprises agroalimentaires ont montré une volonté de payer davantage pour des intrants durables afin de réduire les émissions dans leurs propres chaînes logistiques. Le soutien du gouvernement sera également essentiel au début de cette transition. Pourtant, à l’heure actuelle, le financement du gouvernement canadien est à la traîne de celui de ses pairs à l’échelle mondiale. Cet écart pourrait désavantager les agriculteurs canadiens, car les systèmes alimentaires sûrs et durables gagnent en importance sur le marché mondial. Dans tous les cas, il est essentiel de disposer de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification fiables. Les compensations sont particulièrement tributaires des essais de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification pour établir les bases de l’intégrité du marché et de la confiance. Et le développement de ces systèmes prendra du temps.

1 | Compensation carbone

  • À court terme : Difficile
  • À long terme : Importante
[inpage-tabs id= »2″ background_colour= »#ffffff »]
Fonctionnement des compensations carbone
  • ...
  • Projets Les projets réduisent ou éliminent les émissions de GES (par exemple, grâce à la capture directe dans l’air, au reboisement et aux pratiques agricoles durables). Une fois les projets validés, les crédits sont émis et vérifiés par un vérificateur tiers.
  • Compensation Les organisations ou les particuliers peuvent acheter des crédits externes pour compenser leurs émissions.
Pour les agriculteurs, le rendement associé aux compensations n’est pas rentable
Un agriculteur qui recourt à des pratiques durables reçoit environ 8 $ à 13 $ de crédits carbone par acre. Mais comme il s’agit d’une science imparfaite et que les mesures sont bancales, une grande partie de ces crédits peut être retenue. Et à cela, il faut ajouter les divers coûts du projet qui peuvent retrancher jusqu’à 60 % de ces montants (35 % pour les coûts, 25 % pour les frais), et un autre 20 % pour l’assurance. En fin de compte, la part de l’agriculteur est de seulement 2 $ à 4 $ l’acre, ce qui représente une mince portion du total des rentrées agricoles.

Revenu faible

  • ~8 $ à 13 $
Crédits carbone par acre

Déductions importantes

  • Coûts – 35%
  • Frais – 25%
  • Assurance – 20%

Incitatif faible

  • ~ 2 $ à 4 $
Crédit carbone par acre après déductions

Sources : Recherche sur les essais des systèmes de mesure, de déclaration et de vérification en Amérique du Nord ; analyse BCG

La qualité des crédits de carbone dépend des méthodes de mesure

Trois principaux types de systèmes de mesure, de déclaration et de vérification
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Cadre pour repérer les systèmes de mesure, de déclaration et de vérification de grande qualité

Bien que chaque système soit différent, les plus efficaces mettent en œuvre ce qui suit :
Fonction de mesure, de déclaration et de vérification Bronze Argent Or
Échantillonnage des sols
Modèles fondés sur les processus cross Checkmark Checkmark
Au moins deux certificateurs tiers vérifient les résultats cross Checkmark Checkmark
Télédétection cross Checkmark Checkmark
Évaluation du cycle de vie des intrants à la ferme ou utilisation de plus de trois des meilleures pratiques de gestion cross cross Checkmark
Couvre plus de cinq grandes cultures cross cross Checkmark

2 | Compensation intégrée

  • À court terme : Prête
  • À long terme : Importante
[inpage-tabs id= »4″ background_colour= »#ffffff »]
Comment les aliments cultivés de façon durable peuvent réduire les émissions de chaînes logistiques agroalimentaires
  • ...
  • Agriculteurs Un réseau d’agriculteurs au sein d’une chaîne logistique est sélectionné pour cultiver de façon durable en incorporant de nouvelles pratiques ou en les élargissant.
  • ...
  • Sociétés Les entreprises payent un prix plus élevé aux agriculteurs pour cette nourriture, ce qui les aide à compenser les coûts et les risques associés à la transition vers une agriculture durable. Les entreprises peuvent absorber ce coût additionnel ou le transmettre aux consommateurs sous forme d’un prix plus élevé ou d’une « prime verte ». Le processus aide les entreprises prépare mieux à de futures réglementations qui pourraient être plus strictes. Ces initiatives de chaîne logistique peuvent également être utilisées à des fins de marketing.
  • ...
  • Consommateurs Les consommateurs ont la possibilité d’acheter des produits cultivés de façon durable.
La plupart des consommateurs n’achèteront pas seulement en raison de la durabilité1
  • 10 %
  • des consommateurs décident d’acheter ces produits uniquement pour « sauver la planète ».
  • 10-30 %
  • des consommateurs sont prêts à acheter lorsque la durabilité2 est associée à d’autres avantages comme la santé, la sécurité et la qualité.
  • 40-60 %
  • des consommateurs se disent préoccupés par la durabilité, mais sont freinés par des obstacles3 comme le revenu, le coût et la commodité.

1. Comprend les acheteurs qui achètent souvent ou très souvent des produits durables et qui considèrent agir eux-mêmes en faveur de la durabilité ; 2. Comprend les acheteurs qui achètent parfois des produits cultivés dans une optique durable ; 3. Comprend les non-acheteurs qui seraient prêts à payer une prime supérieure à 5 % s’il y a parité avec les autres avantages.

Mais la moitié des entreprises, y compris celles du secteur agroalimentaire, sont prêtes à payer plus

Sources : Enquête du Boston Consulting Group sur la consommation durable (juin 2022), expérience de projet et analyse du Boston Consulting Group, rapport conjoint du Boston Consulting Group et du Forum économique mondial (2023)

Raisons justifiant le paiement d’une prime verte

  • Respecter des engagements en matière de durabilité (p. ex., les compensations carbone intégrées)
  • Gagner du terrain dans les marchés en plein essor
  • Sécuriser l’approvisionnement en prévision d’une rareté future
  • Se préparer à la réglementation gouvernementale (notamment en ce qui concerne le prix du carbone)
  • Gagner la faveur des clients prêts à payer pour la durabilité ou prêts à cesser d’acheter un produit pour cette raison

3 | Financement public

  • À court terme : Prêt
  • À long terme : Importante
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Le financement du Canada en matière d’agriculture durable accuse un retard par rapport à ses pairs
USA

États-Unis


Total des recettes agricoles1

545 G$


Soutien agricole en % des recettes

64 G$|12 %


Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,7 %

La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) prévoit l’allocation de 27 milliards de dollars pour la conservation et l’intendance agricoles, jusqu’en 2031

Europe

Union européenne


Total des recettes agricoles1

699 G$


Soutien agricole en % des recettes

122 G$|18 %


Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles

~1,8 %

La politique agricole commune (Common Agricultural Policy) prévoit l’allocation d’environ 224 milliards de dollars, jusqu’en 2027, pour des initiatives liées au climat.

Canada

Canada


Total des recettes agricoles1

83 G$


Soutien agricole en % des recettes

8 G$|10 %


Financement de la lutte contre les changements climatiques en % du total des recettes agricoles

~0,5 %

Le Partenariat canadien pour une agriculture durable pourrait engager 500 M$ en financement supplémentaire, et 800 M$ pour le financement du Fonds d’action à la ferme pour le climat et des technologies agricoles propres

Consultez l’annexe pour en savoir plus


Recommandations :

Cultiver le changement
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Cultures de couverture | Cultures, comme le trèfle, qui peuvent être cultivées pendant la saison morte pour augmenter le stockage du carbone et réduire l’érosion du sol. Travail réduit du sol | Réduction de la perturbation des sols en limitant le travail du sol dans les terres cultivées, ce qui permet d’améliorer le stockage du carbone. Gestion des éléments nutritifs | Utilisation d’engrais de bonne provenance, au bon dosage, au bon moment, au bon endroit et avec un minimum d’apport. Sylvopastoralisme | Intégration des arbres, de fourrage et de pâturage pour le bétail dans une même zone, pour améliorer les nutriments dans le sol et le bien-être du bétail. Rotations des cultures | Plantation successive de différentes cultures pour renforcer la santé du sol et en améliorer les nutriments, tout en contrôlant les parasites et les mauvaises herbes. Gestion du fumier | Possibilité de transformer le fumier en énergie grâce à la digestion anaérobie ou de l’utiliser comme engrais naturel. Biocharbon | Conversion des résidus de cultures (déchets) en charbon de bois ; lorsqu’il sert d’engrais, le biocharbon peut accroître le stockage du carbone.

Pour en savoir plus, visitez rbc.com/climat.

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Collaborateurs :

Auteur principal: Youssef Aroub, chef de projet, Boston Consulting Group

Boston Consulting Group Keith Halliday, directeur général principal, Centre pour l’avenir du Canada Chris Fletcher, directeur général et associé Thomas Foucault, directeur général et associé Shalini Unnikrishnan, directrice générale et associée Sonya Hoo, directrice générale et associée Pilar Pedrinelli, experte-conseil

RBC Darren Chow, premier directeur, Médias numériques Naomi Powell, directrice de rédaction, Services économiques et Leadership avisé Mohamad Yaghi, responsable principal, Politique agricole et climatique Colin Guldimann, économiste Trinh Theresa Do, première directrice, Stratégie de leadership avisé Zeba Khan, directrice, Publication numérique Aidan Smith-Edgell, chargé de recherche associé Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique Gwen Paddock, directrice, Durabilité et climat, Agriculture et agroentreprise

Arrell Food Institute, University of Guelph Evan Fraser, directeur Ibrahim Mohammed, candidat au doctorat, Sciences environnementales Deus Mugabe, candidat au doctorat, Agriculture végétale Lisa Ashton, candidate au doctorat

En complément des noms cités dans le présent rapport, nous remercions les personnes suivantes pour leurs contributions :
    • Alison Sunstrum, fondatrice et chef de la direction, CNSRVX-Inc
    • Dan Lussier, directeur, Canadian Agri-Food Data Initiative
    • Tim Faveri, vice-président mondial, Développement durable et relations avec les parties prenantes
    • Michelle Nutting, directrice, Agriculture et durabilité environnementale, Nutrien Ltd.
    • Karen Haugen-Kozyra, résidente, Solutions Viresco
    • Dr. Brian McConkey, scientifique en chef, Solutions Viresco
    • Anthony D’Agostino, directeur général, Marchés des marchandises, RBC
    • Marty Seymour, agriculteur de quatrième génération, Acme, Alberta
    • Gillian Flies, cofondatrice, Fermiers pour la transition climatique
    • Matt Sawyer, fourth generation farmer, Acme, Alberta
    • Doug Whitehead, cultivateur, Manitoba
    • Julia Maria-Becker, première directrice, Solutions d’exploitation durable, RBC
    • Janay Meisser, directrice de l’innovation, Cultivateurs unis de l’Alberta
    • Derek Eaton, directeur de la politique industrielle, L’accélérateur de transition
    • Ryan Cooke, chargé de recherche associé, Smart Prosperity Institute
    • David Hughes, président et chef de la direction, The Natural Step Canada
    • Kristjan Hebert, associé gestionnaire, Hebert Grain Ventures
Canada Le Partenariat canadien pour une agriculture durable comprend 3 milliards de dollars sur cinq ans. Environ un milliard de dollars est consacré aux programmes fédéraux et à leurs activités, dont 690 millions de dollars sont destinés à la croissance novatrice et durable, y compris dans le cadre du Programme Agri-science soutenant la recherche précommerciale et d’autres recherches. Environ 2 milliards de dollars sont consacrés à l’agriculture durable, à l’achat d’équipement, à la formation et à la recherche scientifique. Les 200 millions de dollars du Fonds d’action à la ferme pour le climat ont été distribués par 12 organismes partout au Canada. Ceux-ci distribueront les fonds aux agriculteurs pour les aider à adopter des pratiques durables. Les provinces mettent également en place ou gèrent leurs propres systèmes d’échange de droits d’émissions de carbone, qui permettent aux producteurs de vendre des crédits de carbone agricoles. Les systèmes de compensation de l’Alberta et du Québec sont bien établis, tandis que la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan sont sur le point de lancer leurs propres approches. États-Unis La loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act) est la plus importante loi fédérale jamais adoptée pour lutter contre les changements climatiques, augmentant de 20 milliards de dollars américains le financement des efforts de conservation. Elle élargit la portée du programme Partnerships for Climate-Smart Commodities, qui vise à éliminer 50 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone. Ce programme a alloué 3 milliards de dollars américains à 141 projets dans des entreprises agricoles de culture et d’élevage situées dans les 50 États et à Puerto Rico. Il mise également sur la collaboration entre plus de 100 universités, 20 tribus et groupes tribaux et 60 000 fermes, répartis sur plus de 25 millions d’acres de terres exploitables. Le projet permettra d’éliminer les émissions équivalant à 12 millions de véhicules à essence. Union européenne La politique agricole commune (PAC) a été remaniée en 2022. Elle inclut 387 milliards d’euros, soit le tiers du budget total de l’UE pour 2021 à 2027, qui ont pour but d’aider les exploitations agricoles et les communautés rurales à atteindre l’objectif de zéro émission nette. Elle vise une réduction des gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030, conformément aux objectifs du pacte vert pour l’Europe. Au total, 40 % du plan financier de la PAC est explicitement consacré aux activités liées au climat, et 10 % du budget de l’UE hors de la PAC est consacré aux efforts en faveur de la biodiversité. Australie Le fonds de réduction des émissions (Emissions Reduction Fund) est le programme phare de l’Australie pour lutter contre les changements climatiques. Il aide les agriculteurs, les entreprises et les communautés rurales à réduire les gaz à effet de serre en fournissant des unités de crédits carbone qui peuvent être vendues à des acheteurs publics ou privés. Le programme encourage activement les projets consacrés au carbone du sol en partageant les coûts initiaux de l’échantillonnage des sols. Le programme prévoit que les agriculteurs australiens gagneront plus de 400 millions de dollars australiens grâce à la vente des crédits provenant de la séquestration du carbone dans les sols d’ici 2050. Le gouvernement fédéral consacre également 64 millions de dollars australiens à la promotion du développement de technologies de mesure du carbone dans les sols, 54,4 millions de dollars australiens pour encourager les analyses du sol et le partage des données à l’échelle nationale. Brésil Le Brésil offre aux agriculteurs des prêts à faible taux d’intérêt par l’intermédiaire du plan ABC. Les agriculteurs obtiennent les crédits et les options de financement nécessaires pour adopter des pratiques agricoles durables, comme la culture sans labours, la culture intercalaire, la rotation des cultures et la réhabilitation des pâturages dégradés. Lancé en 2010, le programme a récemment été remanié dans le but de stocker chaque année 41 mégatonnes de dioxyde de carbone sur plus de 177 millions d’acres de terres agricoles au pays. Lors de sa dernière ronde de financement, plus de 62 000 contrats ont été signés. Le Brésil est ainsi devenu le deuxième pays le mieux classé au monde pour les exploitations agricoles sans labours (environ 18 % des terres agricoles du Brésil).

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La nourriture est de nouveau à l’avant-plan

La nourriture est en train de remodeler l’économie, car les prix des aliments font grimper l’inflation. Elle redéfinit aussi la sécurité nationale, étant donné que les pays doivent prévoir des approvisionnements stratégiques. De plus, la nourriture relance le débat sur le climat. Les producteurs aussi bien que les consommateurs sont confrontés à une contradiction entre l’augmentation des besoins de nourriture et la nécessité de réduire les émissions. Le monde a besoin d’une nouvelle révolution verte, et le Canada pourrait y jouer un rôle majeur. De fait, nous en avons l’obligation. D’ici 2050, nous devrons accroître d’un quart notre production de nourriture si nous voulons maintenir notre contribution dans le contexte de la croissance démographique. Nous devons développer notre production afin d’approvisionner l’humanité, mais avec moins d’impact sur la planète. Cet objectif pourrait être celui du Canada pour 2030 et après, si nous parvenons à tirer parti de l’imagination et de l’esprit d’entreprise des Canadiens dans tous les secteurs et toutes les régions.
L’entrée des systèmes agricoles et alimentaires dans une ère d’innovation a incité RBC, BCG Le Centre pour l’avenir du Canada et l’Arrell Food Institute (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement) de l’Université de Guelph à se lancer dans ce projet, dont l’ambition est d’informer les Canadiens de l’urgence des besoins, mais aussi de mettre en avant les occasions grandissantes qui découleront de systèmes alimentaires plus durables. Dans notre série de rapports, nous expliquons la façon dont nous pouvons édifier ces systèmes. Par exemple :
  • utiliser des technologies de pointe ainsi que des pratiques bien établies ;
  • attirer et former une nouvelle génération d’innovateurs dans le secteur agricole et alimentaire ;
  • investir dans les agriculteurs en vue de mettre en place de nouveaux incitatifs économiques qui rémunèrent ce qu’ils produisent et aussi ce qu’ils protègent ;
  • créer un cadre politique national pour unir tous les éléments clés, harmoniser nos objectifs de mesure et de réduction des émissions, et intégrer les secteurs qui se recoupent avec l’agriculture ;
  • et affirmer haut et fort que l’agriculture canadienne peut aider le monde entier à accélérer la résolution de la crise climatique.
La façon dont nous cultivons, transformons et consommons la nourriture n’est pas la première cause de notre crise climatique. Elle pourrait constituer une solution essentielle. À condition d’investir de manière appropriée, nous pourrions apporter à la planète une solution « fabriqué au Canada, cultivé au Canada ».
Nos partenaires de projet
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Le défi de la croissance : une série de baladodiffusions Innovateurs

Le défi de la croissance est une série spéciale en trois parties de baladodiffusions Innovateurs de RBC qui aborde une question essentielle pour les années 2020 : comment le Canada peut-il aider à nourrir une population en croissance dans le monde, tout en réduisant ses émissions de carbone pour atteindre les objectifs nationaux de zéro émission nette? Les animateurs d’Innovateurs, John Stackhouse et Trinh Theresa Do, sont allés voir des fermes et des installations de production aux quatre coins du pays, et se sont entretenus avec un éventail d’experts travaillant en amont et en aval de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, notamment des agriculteurs, des chercheurs, des scientifiques et des restaurateurs. Nous vous emmènerons du champ à l’usine de traitement et jusqu’à la table pour découvrir la façon dont nous pouvons tirer parti des nouvelles technologies et des nouveaux processus pour améliorer l’efficacité, réduire les émissions et diminuer le gaspillage alimentaire. La résolution de ce problème pourrait être le projet pilote du Canada et un moment déterminant pour notre pays.