➔ Le projet de capture du carbone et les obligations de transition, deux priorités pour Mark Carney ➔ Le successeur de Warren Buffett à la tête d’un véritable empire énergétique ➔ Des vedettes des technologies propres en difficulté et un prix de la fiction climatique
Sujet chauds
➔ Les politiques canadiennes en matière de véhicules électriques nuisent aux agriculteurs. Dans une lettre adressée à trois ministres fédéraux, les représentants du secteur agricole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) soulignent que les droits de douane appliqués par Ottawa aux véhicules électriques chinois ont eu comme « conséquence inattendue » l’imposition de droits de douane par Beijing, notamment sur le canola, les homards et les pois. Les 62 milliards de dollars de subventions accordés par le Canada aux constructeurs de véhicules électriques ne se sont pas non plus traduits par une envolée des investissements, car les entreprises concernées ont suspendu leurs projets au Canada, a précisé la FCEI. Les signataires plaident pour qu’une partie des fonds soit réorientée vers les petites entreprises.
➔ L’énergie verte a-t-elle déclenché des pannes d’électricité dans la péninsule ibérique ? Selon certains, les ressources « non contrôlables » (les installations solaires ou éoliennes, qui ne peuvent pas être commandées ou programmées à la demande) sont responsables des pannes survenues. Or les réseaux alimentés par des combustibles fossiles peuvent s’effondrer aussi, comme en Italie en 2003. L’intermittence de la production entraîne cependant son lot de problèmes. Alors que les causes exactes de la panne restent obscures, l’opérateur de réseau espagnol REE avait prévenu en février que la dépendance aux énergies renouvelables pourrait conduire à une instabilité du réseau, notamment si le gouvernement fermait ses centrales nucléaires d’ici 2027. La réponse pourrait-elle simplement consister à maintenir la diversification du bouquet énergétique ?
➔ Le successeur de Warren Buffett à la tête d’un véritable empire énergétique. L’« Oracle d’Omaha » a choisi Greg Abel, originaire d’Edmonton, pour lui succéder à la tête de Berkshire Hathaway. En sa qualité de président des activités de la compagnie dans le domaine de l’énergie et dans d’autres secteurs non liés à l’assurance, M. Abel dirige un conglomérat qui figure parmi les plus grands exploitants d’énergie éolienne et solaire aux États-Unis, sans parler des services publics d’électricité et des gazoducs. Berkshire Hathaway exploite certaines des centrales au charbon les plus polluantes aux États-Unis, mais ce type de centrale ne compte plus que pour 22 % de sa production d’électricité, contre 71 % en 2005.
➔ L’Ontario accélère l’exploitation des minéraux critiques. Les nouvelles règles proposées encourageront l’investissement dans les chaînes logistiques locales. En réduisant la dépendance à l’égard des importations, elles doperont la création d’emplois, stimuleront la croissance économique et feront de l’Ontario l’un des chefs de file de l’économie verte. Les nouvelles règles donneront également à la province des pouvoirs étendus pour protéger ses actifs stratégiques contre les « acteurs et régimes étrangers hostiles ». Cette décision intervient alors que les États-Unis tentent frénétiquement de sécuriser l’accès aux minerais critiques, notamment en concluant un accord avec l’Ukraine, en rationalisant les chaînes logistiques et en accélérant l’exploitation minière en eaux profondes.
POLITIQUE CLIMATIQUE
Les corridors énergétiques de Mark Carney
L’économie et le commerce sont en tête des priorités du nouveau gouvernement fédéral, mais les enjeux climatiques se fraient leur chemin. Les « corridors énergétiques », notamment, sont considérés comme moteurs possibles d’une croissance dopée par les investissements.
Voici quelques dossiers de premier plan auxquels entend s’atteler le gouvernement.
➔ Lancement d’un grand projet de capture du carbone en Alberta Comment faire décoller un projet de capture et de stockage du carbone soutenu par l’Alliance nouvelles voies, un consortium réunissant des producteurs des sables bitumineux ? Le premier ministre du Canada, Mark Carney, a déclaré la semaine dernière à Edmonton qu’il attendait avec impatience le lancement du projet..
➔ Renforcement de la politique industrielle en matière de carbone. Les conservateurs voulaient abroger la tarification fédérale du carbone pour les émissions industrielles, mais cette dernière est maintenue pour l’instant. L’an dernier, Myha Truong-Regan, responsable de la recherche sur le climat à l’Institut d’action climatique RBC, a co-écrit un article sur le rôle central que jouent les marchés du carbone industriel pour accélérer la transition énergétique du Canada.
➔ Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Le mécanisme figurait dans le programme électoral des libéraux. Il pourrait être la version canadienne d’une « taxe climatique ». S’il est mis en œuvre, il accroîtrait la compétitivité des entreprises canadiennes vertueuses face à leurs rivales étrangères grandes émettrices de GES. L’imposition d’un tel mécanisme au Canada serait probablement saluée par les Européens mais se heurterait à une forte résistance et à des représailles de la part des États-Unis – entre autres partenaires commerciaux.
➔ Contrats sur différence pour le carbone. Mark Carney est favorable à l’extension de l’initiative mais son gouvernement doit d’abord gérer de nombreuses priorités financières.
➔ Diffusion de l’information sur les risques climatiques. L’idée a été lancée sur la plateforme électorale juste au moment où les commissions provinciales en valeurs mobilières du Canada suspendaient leurs travaux visant à rendre obligatoire la communication, par les sociétés ouvertes, d’informations touchant au climat.
➔ Obligations de transition. Dans leur programme électoral, les libéraux proposent de financer des projets industriels et agricoles « propres » grâce à des obligations, pour un montant annuel de 10 milliards de dollars.
➔ Plafonnement des émissions du secteur pétrogazier. Des ajustements sont possibles, Mark Carney ayant suggéré qu’il travaillerait avec le secteur et les provinces sur « des moyens spécifiques pour obtenir ces réductions, qui ne seraient pas […] des plafonds prédéfinis ni des restrictions prédéfinies, avec un calendrier prédéfini ».
➔ Pour plus de détails, voir l’article de John Stackhouse sur les options dont dispose Mark Carney sous la présidence de Donald Trump.
Tendances climatiques, technologie et science
➔ Nouvelle sortie de route pour Li-Cycle. Les problèmes s’accumulent pour la société torontoise : après l’échec du rachat par la société minière suisse Glencore, le chef de la direction tire sa révérence.
➔ Le Québec ne sauvera pas Lion Electric Co. Aucun sauveur n’a encore volé au secours du fabricant d’autobus et de camions électriques, qui souffre des retards dans les programmes de subventions et d’incitations canadiens ou américains ainsi que des perturbations des chaînes logistiques.
➔ La Néo-écossaise Planetary Technologies remporte le prix XPrize (valeur : 1 M$ US). L’entreprise technologique spécialisée dans la capture du CO2 des océans était en lice avec 1 300 concurrents dans le cadre d’un concours doté de 100 millions de dollars américains et soutenu par Elon Musk. Mati Carbon, une entreprise américano-indo-africaine, a remporté le prix principal (50 M$) pour sa technologie d’élimination du carbone.
➔ Série Les innovateurs RBC. Avec Mike Kelland (Planetary Technologies), Jim Mann (UNDO), qui a remporté un prix XPrize de 5 M$ US, et David Keith (scientifique pionnier du climat et cofondateur de Carbon Engineering), John Stackhouse et Sonia Sennik discutent de la course à l’innovation visant à mettre en œuvre à grande échelle les technologies d’élimination du carbone.
➔ Le Nunavut se réjouit du recours à l’énergie solaire. Grâce à la mise en service de 2 500 panneaux solaires, une minuscule collectivité du cercle arctique pourra bientôt se passer de génératrices diesel, du moins en été.
➔ Prix de la fiction climatique. La rencontre entre un garçon et une fille sur fond de changements climatiques et l’amour à l’ère des feux de forêt sont deux des thèmes abordés dans les cinq romans sélectionnés pour le tout premier prix de la fiction climatique, d’un montant de 10 000 livres sterling. Le lauréat sera désigné lors du Hay Festival, qui se tiendra au Pays de Galles d’ici la fin du mois.
L’institut à l’œuvre
➔ Un grand nombre des principaux dirigeants autochtones du Canada se sont réunis à l’occasion de la 8e conférence annuelle de la First Nations Major Projects Coalition, parrainée par RBC, afin de déterminer comment mieux mobiliser des capitaux pour des projets menés en partenariat avec des autochtones. RBC a également publié un rapport baptisé Bâtir ensemble et a organisé une table ronde privée avec 30 dirigeants autochtones et chefs de la direction sur le renforcement de la résilience économique du Canada et sur le rôle central des partenariats noués avec les Autochtones et de l’inclusion de ces derniers.
➔ Le Sommet ontarien sur l’alimentation a rassemblé des chefs de file de la chaîne d’approvisionnement alimentaire de toute la province. John Stackhouse et Lisa Ashton, de Leadership avisé RBC, ont prononcé l’allocution d’ouverture, consacrée aux relations commerciales canado-américaines et à leur impact sur l’agriculture et l’alimentation ; les orateurs ont souligné les principales conclusions de notre dernier rapport de recherche, L’alimentation d’abord.
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
Les 100 premiers jours d’un nouveau gouvernement sont toujours marqués par une activité intense. Le gouvernement libéral minoritaire de Mark Carney devra notamment présenter un budget, mener des négociations commerciales avec l’administration Trump et accueillir le G7 en juin. Prendre un peu de hauteur permet de mettre en évidence les principales priorités. Cinq d’entre elles devraient focaliser l’attention du Parlement dans les mois à venir et au-delà. Leadership avisé RBC les suit de près.
Conclure un pacte économique et de sécurité avec les États-Unis.
Lors des prochaines négociations avec les États-Unis, le gouvernement canadien devrait faire des concessions minimales jusqu’à ce qu’il obtienne la garantie que les échanges commerciaux ne seront pas soumis à des droits de douane et que l’accord commercial actuel sera respecté. Les États-Unis, quant à eux, voudront élargir la discussion, notamment à la question des frontières et de la sécurité.
Un accord a minima pourrait inclure :
Énergie et sécurité économique : Les négociateurs s’attaqueront probablement à des griefs de longue date, comme la taxe sur les services numériques. Ils tenteront aussi de résoudre le différend sur le bois d’œuvre et de renforcer les règles d’origine. Diverses évolutions stratégiques devraient avoir lieu en matière de gaz, d’énergie nucléaire et de minéraux critiques, également dans la perspective de la prochaine réunion du G7.
Défense et sécurité dans l’Arctique : Ce thème couvre aussi bien le plan visant à consacrer 2 % du PIB à la défense et la modernisation du NORAD, que la comptabilité des biens à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le nord, dont un port arctique, ou encore des engagements accrus en matière de construction de navires et de brise-glaces.
Sécurité des frontières : Bien que le Canada ait investi dans la sécurité des frontières, la poursuite de la collaboration, notamment en matière de blanchiment d’argent, d’immigration et de trafic de drogues et d’armes, figurera probablement à l’ordre du jour des négociations.
Les deux pays n’en sont pas à leur première tentative d’accord continental global en matière d’économie et de sécurité. Au milieu des années 2000, le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité visait à renforcer la compétitivité du continent en incluant le secteur privé. Bien qu’il n’ait pas abouti, de nombreuses idées ont subsisté ; citons notamment la coopération sur les maladies infectieuses, la gestion des urgences ou encore la sécurité des frontières. La nouvelle tentative a plus de chances de réussir si elle est ciblée et limitée dans le temps.
Privilégier les préfabriqués : Les maisons construites en usine peuvent être déployées plus rapidement et de manière plus rentable. Le gouvernement a promis 25 milliards de dollars de financement aux constructeurs de maisons préfabriquées. Il s’est aussi engagé à mettre l’accent sur les matériaux de construction durables.
Réduire les formalités administratives : Nous indiquions déjà précédemment que les délais d’approbation des projets au Canada « peuvent être parmi les plus longs au monde ». Le programme des libéraux prône la simplification des codes de construction nationaux, la rationalisation des réglementations et le recours accru à une conception standardisée.
Créer des options abordables : Le gouvernement a promis une enveloppe de 10 milliards de dollars pour apporter un financement à faible coût aux Canadiens à revenu faible ou moyen.
Aucune de ces mesures ne sera toutefois possible sans un travail de fond. Nous estimons que plus de 500 000 travailleurs supplémentaires seront nécessaires dans le secteur de la construction pour bâtir les logements requis d’ici à 2030. Le programme du Parti libéral, qui entend inciter les entreprises à embaucher des jeunes diplômés et proposer des programmes d’apprentissage, constitue un bon début. Mais il en faudra plus pour trouver un demi-million de travailleurs spécialisés. Plusieurs possibilités existent, et notamment privilégier les compétences en construction parmi les nouveaux immigrants, accroître les inscriptions dans les écoles de métiers qualifiés et encourager les travailleurs âgés à conserver leur emploi plus longtemps.
Face à cette crise du logement abordable, le pays doit agir rapidement et mieux organiser la coordination à tous les niveaux de gouvernement.
Créer des corridors énergétiques
Le développement de réseaux majeurs d’infrastructures énergétiques renforce la résilience économique, en permettant une diversification des exportations de matières premières essentielles. Les principales ressources naturelles canadiennes (soit les minéraux, les métaux et les combustibles) figuraient parmi les plus importantes exportations du pays en 2024. Les 175 milliards de dollars nets générés au total par l’exportation de ces ressources ont presque compensé les déficits commerciaux du Canada vis-à-vis des autres pays, dans toutes les autres catégories de marchandises.
De l’ébauche à l’élaboration en elle-même, la réussite des projets dépend des politiques visant à mobiliser les capitaux privés et à réduire les formalités administratives. À ce jour, les principales politiques mises en place par les libéraux, qui s’articulent autour des projets de loi C-69 et C-48 ainsi que du plafond d’émissions du secteur pétrolier et gazier, n’ont pas favorisé les investissements à grande échelle. Une approche « modifiée », plus pragmatique, pourrait créer un climat plus propice à l’attrait de capitaux. Ottawa se concentrera sur les points suivants :
Tarification du carbone produit par le secteur industriel : L’abolition de la taxe carbone risque de faire porter aux grands producteurs industriels le poids de la tarification du carbone. Il est probable que le prix du carbone industriel continue d’augmenter, ce qui pose des problèmes de compétitivité, alors que les dirigeants américains mettent l’accent sur la déréglementation. Même si un crédit d’impôt de 50 % sur les investissements liés à la capture du carbone permet de réduire les coûts d’investissement, une assurance quant aux revenus est cruciale pour la réussite des projets. À ce jour, l’Alliance nouvelles voies, un consortium réunissant les plus grands producteurs de sables bitumineux au Canada, n’a pas réussi à négocier des garanties concernant les crédits carbone avec le gouvernement. Il est évident que ce dernier doit actuellement arbitrer entre plusieurs priorités budgétaires. Ottawa assume déjà 50 % des coûts d’investissement de la CUSC (estimés de manière prudente à 60-75 milliards de dollars). Selon l’Alliance, il faudrait probablement des dizaines de milliards de dollars de financement supplémentaire pour les contrats sur différence (le calcul prend en compte 10-12 millions de tonnes à 125-150 dollars par tonne pendant 10 ans).
Réglementation/autorisation : Les retards réglementaires ont allongé les délais des projets, ce qui a entraîné des dépassements de coûts ou l’annulation de projets clés. En fin de compte, le capital est redistribué aux actionnaires et non mobilisé pour des infrastructures favorisant la croissance. Des politiques telles que « un projet, une évaluation » et le fait qu’un nombre plus important de projets énergétiques soient classés comme relevant de l’« intérêt national » ont un effet positif. Les gazoducs et les infrastructures de GNL en bénéficieront probablement le plus, étant donné la concordance politique sur le dossier du GNL (C.-B. et Ottawa).
Barrières commerciales provinciales : Le recours accru aux interconnexions pour favoriser les échanges est-ouest permet d’obtenir un réseau plus résistant, plus souple et plus efficace. Or, c’est de plus en plus essentiel compte tenu de l’augmentation attendue de la charge au cours des 25 prochaines années (cette dernière pourrait tripler) et de la nécessité de disposer d’une énergie bon marché pour l’industrie et le secteur manufacturier.
Préserver les finances fédérales
Les Services économiques RBC constataient récemment que la politique budgétaire devrait relever de nombreux défis. Le ralentissement de l’économie et le risque d’une récession profonde liée à la politique commerciale appellent des mesures de soutien budgétaire plus ou moins fortes. Par ailleurs, des défis structurels se profilent à l’horizon : la diminution de la productivité, la remise en question de l’accessibilité financière, le vieillissement de la population, la concentration des exportations et les mutations géopolitiques pourraient faire bondir les dépenses fédérales. La politique monétaire a ses limites et ne pourra pas répondre aux besoins les plus pressants. Par conséquent, le gouvernement devra garder à l’esprit les éléments suivants pour que le fardeau de la dette fédérale reste supportable :
Le Canada dispose d’une certaine marge de manœuvre budgétaire, même si elle n’est pas illimitée. Le fardeau de la dette brute du Canada (soit le ratio de la dette au PIB) est élevé, mais son fardeau de la dette nette est le plus faible du G7.
Les marchés tablent sur un soutien de l’économie en cas de récession. Si des mesures idoines sont prises, tant au niveau de l’envergure que de la cible, il est peu probable qu’elles suscitent un vent de panique. Les mesures de soutien visant à pallier le creux économique, à l’instar de celles prises pendant la crise de la COVID, ne conviennent pas en cas de choc commercial, car la structure de l’économie pourrait grandement changer du fait de ce choc.
Les investissements qui favorisent la croissance sont essentiels pour maintenir le niveau de la dette fédérale à un niveau soutenable. Plus chaque dollar de dépenses publiques génère des dividendes de croissance élevés, plus le fardeau de la dette fédérale restera sous contrôle, même si les dépenses augmentent.
Rééquilibrer les priorités entre les mesures d’investissement social et économique. Ces dernières années, les Canadiens ont profité de la hausse des dépenses publiques sans en absorber les coûts, puisque le gouvernement fédéral a souvent favorisé des programmes sociaux de grande envergure. La priorité est aujourd’hui différente : les autorités fédérales doivent notamment relancer les investissements des entreprises. Les mesures non financières, comme la suppression de la bureaucratie, sont certes utiles, mais une marge de manœuvre budgétaire sera également nécessaire, puisque des dépenses s’imposeront.
Rendre les dépenses sociales et autres dépenses « indispensables » plus favorables à la croissance. Les importants besoins d’investissement dans tous les pans de l’économie soulèvent la question des ressources en capital et en main-d’œuvre : sont-elles suffisantes pour obtenir des résultats en temps voulu, sans effet d’éviction ? Les dépenses publiques dans des domaines essentiels tels que le logement, la défense et la santé peuvent stimuler l’efficacité, l’innovation et d’autres moteurs de croissance, ce qui permettra à l’économie de croître dans de nombreux domaines.
Faire de l’IA un moteur de productivité
Le Canada possède de nombreux talents dans le domaine de l’IA, mais il lui manque trois catalyseurs qui peuvent générer de la prospérité : une infrastructure informatique moderne, un déploiement à grande échelle et une demande intérieure robuste. Seulement 26 % des entreprises canadiennes affirment avoir adopté l’IA. C’est huit points de moins que la moyenne mondiale – et le pays continue de reculer dans les indices de préparation à l’IA. Du fait du ralentissement de la croissance de la main-d’œuvre et de l’augmentation des coûts de cette dernière, combler l’écart d’adoption de l’IA est le moyen le plus direct d’augmenter la productivité, l’efficacité économique et la compétitivité de manière durable pour le Canada.
Le gouvernement pourrait adopter une approche triple, se positionnant à la fois en tant que facilitateur, champion et premier utilisateur de l’IA. Ensemble, tous les paris fragmentés de R&D deviendraient ainsi un véritable moteur de productivité à l’échelle nationale.
Facilitateur : Il s’agit ici de traiter les capacités informatiques comme une infrastructure essentielle, en mobilisant des capitaux patients, en obtenant des garanties d’approvisionnement et en concluant des partenariats avec des acteurs mondiaux pour faciliter l’accès aux grappes de processeurs graphiques. En outre, le gouvernement pourrait envisager des subventions et des crédits d’impôt ciblés favorisant les projets qui privilégient la propriété intellectuelle canadienne et les emplois de grande valeur dans le pays.
Champion : Les ministres pourraient devenir des ambassadeurs proéminents des réussites nationales en matière d’IA, en mentionnant ces dernières dans toutes leurs communications relatives à la productivité, à la santé et à la défense. Les outils axés sur la demande (pensons aux quotas d’approvisionnement qui réservent quelque 25-30 % des contrats pertinents aux spécialistes de l’IA enregistrés, aux lettres de première référence pour la clientèle, aux remboursements d’impôts accélérés pour les projets pilotes d’IA) ont le potentiel de générer la demande intérieure nécessaire pour empêcher les entreprises en démarrage prometteuses de fuir vers le sud.
Premier utilisateur : Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait équiper les analystes de première ligne, les auditeurs et les agents de service de copilotes sécurisés afin de réaliser des gains de productivité et de développer la maîtrise de l’IA. À plus long terme, il pourrait réorganiser les programmes autour de modèles qui apprennent à partir de différents silos ministériels, grâce à un accord de financement technologique accéléré tel que celui mis en œuvre par le ministère américain de la Défense et à de grands modèles de langage généralistes souverains partagés. Il pourrait aussi octroyer des primes d’encouragement pour les hauts fonctionnaires qui sont en mesure de mettre en œuvre des solutions d’intelligence artificielle.
Contributors:
Cynthia Leach, Économiste en chef adjoint, RBC
Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique
Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique
Reid McKay, Directeur, Responsable des politiques technologiques
Bienvenue à la Zone commerciale. Semaine 2. (Toujours en version bêta, alors faites-nous savoir ce que vous en pensez.)
Cahier
Par John Stackhouse
Les équipes se préparent à affronter une grosse semaine de changements, tant au sein du gouvernement que du secteur privé. Mark Carney se rendra à la Maison-Blanche mardi pour rétablir les relations entre les deux pays. Les discussions devraient être cordiales et porter sur les dépenses militaires et la façon dont le Canada pourrait investir davantage dans la sécurité de l’Amérique du Nord. Plus de drones. Une cybersécurité renforcée. Pouvons-nous aussi prétendre à ces futures exportations ?
J’ai passé une partie de la semaine à Vancouver, habituellement considéré comme la porte d’entrée du Canada vers l’Asie-Pacifique. Le port semblait prospérer en raison des grosses transformations actuellement en cours dans les chaînes d’approvisionnement :
Les producteurs chinois et vietnamiens ont commencé à déplacer des marchandises et des intrants vers le Canada pour contourner les droits de douane américains.
Un grand producteur agroalimentaire de la Colombie-Britannique a révélé que son acheteur américain avait réorienté la production de son entreprise vers Singapour et a demandé à un fournisseur néo-zélandais d’approvisionner les États-Unis.
Un autre grand fabricant de vêtements explique comment il a dû intégrer cette semaine les droits de douane aux prix des produits qui seront offerts en août dans les magasins nord-américains pour la rentrée scolaire.
Une autre entreprise internationale a dit avoir légèrement réduit sa production chinoise (qui n’est plus que de 20 %) pour garder une longueur d’avance sur des négociations de Trump avec d’autres marchés comme l’Inde.
Nous devrions nous attendre à d’autres changements de ce genre.
La semaine en chiffres
Apple, le géant de la technologie, a chiffré à 900 millions de dollars l’impact des droits américains pour le trimestre en cours. Le PDG, Tim Cook, a déclaré que la majorité des iPhone vendus aux États-Unis devraient provenir de l’Inde plutôt que de la Chine pour limiter l’impact des droits de douane.
Les expéditions de marchandises entre la Chine et les États-Unis ont chuté de 60 % en avril, selon des estimations. Le ralentissement de la demande a incité certaines entreprises à utiliser des navires plus petits.
750 pertes d’emplois à l’usine de General Motors à Oshawa, en Ontario. Le constructeur automobile a réagi au contexte des droits de douane en passant de trois à deux quarts de travail.
Ce que vous devez savoir
Nous avons, bien avant la visite de M. Carney à Washington, réfléchi aux éléments qui pourraient être évoqués dans le cadre d’un éventuel accord économique et de sécurité avec les États-Unis :
Sécurité énergétique et économique : Les négociateurs voudront s’attaquer à des irritants de longue date (la taxe sur les services numériques, le conflit du bois d’œuvre résineux entre le Canada et les États-Unis, le renforcement des règles d’établissement de la provenance des produits). Il faut s’attendre à des prises de position et à des stratégies sur le gaz, le nucléaire et les minéraux critiques.
Défense et sécurité dans l’Arctique : Tout, du plan visant à atteindre la cible de 2 % du PIB pour les dépenses militaires à la modernisation de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), en passant par la comptabilité à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le Nord, y compris un port en Arctique, et l’expansion des engagements en matière de construction navale et de brise-glace.
Sécurité des frontières : Le Canada a investi dans la sécurité des frontières, mais les sujets qui seront soulevés au cours des négociations dans la poursuite de la collaboration porteront probablement sur le blanchiment d’argent, l’immigration et le trafic de drogues et des armes, entre autres.
La grande question
Cette semaine, nous posons notre question à Sue Noble, vice-présidente, Financement automobile, Bureau national, RBC.
Q : Que pensez-vous des allègements des droits de douane pour le secteur automobile décrétés par Trump cette semaine ? SN: Ces allègements peuvent être considérés comme positifs, mais l’incertitude reste élevée et rend la situation difficile pour les fabricants et l’industrie. La production nord-américaine varie en fonction des fabricants et même des marques. Les constructeurs automobiles devraient, compte tenu du manque de certitude d’une stratégie à long terme connexe aux droits de douane, faire preuve de prudence.
Le mot de la fin
« Les Américains, en parlant du peuple, des entreprises et des consommateurs, ont tout à gagner à entretenir des relations plus stables avec leur principal client. Les Américains, et les personnes qui ont voté pour le président élu s’attendent à acheter des produits abordables, à faire affaire avec des entreprises qui investissent dans leurs collectivités. Les entreprises suspendent leurs investissements en période d’instabilité. »
–Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada aux États-Unis (événement The Atlantic on the Future tenu à Washington, 29 avril)
Le Canada pourrait être à l’aube d’un essor historique des investissements. La guerre commerciale avec les États-Unis, une économie mondiale de plus en plus divisée, les inquiétudes liées à la sécurité de l’Arctique et une révolution de l’IA qui s’accompagne d’énormes besoins en énergie sont autant d’éléments qui soulignent la nécessité de renforcer les infrastructures économiques et de sécurité. Mais ces diverses ambitions, qu’il s’agisse des ports du Nord, du GNL de la côte Ouest ou des usines de traitement des minerais, reposent sur un impératif commun : les partenariats avec les Autochtones.
La croissance et la prospérité futures du Canada dépendent fortement de la réussite de la réconciliation économique autochtone. Dans le cas contraire, la capacité du pays à diversifier ses exportations de ressources, à jouir d’une indépendance et d’une résilience dans des secteurs stratégiques et à améliorer sa productivité, qui est inférieure à celle des autres pays depuis des années, est menacée. Cependant, l’enjeu ne se limite pas à cela. Selon les recherches de Leadership avisé RBC, 73 % des 504 grands projets de ressources et d’énergie prévus ou en cours au Canada traversent des territoires autochtones, ou se trouvent dans un rayon de 20 kilomètres de ces territoires, à savoir des terres issues de traités, avec des titres non cédés et soumises à des consultations. À eux seuls, ces projets représenteront 98 milliards de dollars de participations autochtones au cours des dix prochaines années.
Le Canada ne peut pas se permettre de manquer cette occasion. Heureusement, des exemples de réconciliation économique autochtone fleurissent dans tout le pays, notamment :
À Kitimat, en Colombie-Britannique, la Nation Haisla et Pembina Pipeline travaillent sur le projet de GNL Cedar, un partenariat de quatre ans qui débouchera sur l’installation d’une usine d’une valeur de 4 milliards de dollars. Une fois opérationnelle, cette usine appartenant majoritairement à des Autochtones devrait générer 85 millions de dollars de PIB par an.
Dans plusieurs communautés du Manitoba et du Nunavut, la Liaison hydroélectrique et de fibre optique à Kivalliq cherche à fournir de l’énergie propre grâce à un projet de corridor énergétique et de télécommunications de 1 200 kilomètres reliant le Nunavut au réseau du Manitoba.
Dans la petite ville de Jarvis, au sud-ouest de l’Ontario, le projet d’Oneida Energy Storage sera l’une des plus grandes usines de stockage d’électricité en batteries d’Amérique du Nord lorsqu’elle sera mise en service. Détenue en partie par la Six Nations of the Grand River Development Corporation, Oneida fournira la capacité nécessaire au réseau électrique de l’Ontario, qui est mis à rude épreuve.
Si ces projets illustrent les progrès accomplis, il est possible d’en faire davantage. Des siècles de traités, d’accords entre Nations, d’accords commerciaux et de jurisprudence ont souligné la place centrale des peuples autochtones dans le processus décisionnel canadien, en particulier dans la mise en place de projets d’infrastructure et d’exploitation des ressources. La Loi constitutionnelle de 1982, en particulier l’article 35, a reconnu et affirmé les droits ancestraux et issus de traités dans le tissu juridique et politique canadien. Les causes portées devant la Cour suprême, notamment Calder, Delgamuukw et Tsilhqot’in, ont réaffirmé les droits et titres ancestraux, le droit inhérent à l’utilisation et à la compétence sur le territoire traditionnel d’une nation autochtone.
L’un des principes clés inscrits dans la Constitution et la jurisprudence est le maintien de l’honneur de la Couronne, un concept juridique qui caractérise l’obligation fiduciaire du gouvernement du Canada à l’égard des peuples autochtones. Selon ce principe, la Couronne a notamment l’obligation de consulter et d’accommoder. Lorsque la Couronne entreprend une activité qui pourrait avoir un effet négatif sur un droit ou un titre autochtone, elle doit consulter les groupes autochtones concernés et tenir compte de ces atteintes. Cette obligation a été affirmée par la jurisprudence et se caractérise par la relation de nation à nation entre les peuples autochtones et le gouvernement du Canada.
La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) a fait progresser le concept de consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause (CPLCC). Il s’agit d’un moyen proactif pour les gouvernements (et les entreprises) de rechercher et d’obtenir le consentement pour les projets qui ont lieu sur les territoires autochtones. La DNUDPA a désormais force de loi au niveau fédéral, ainsi qu’en Colombie-Britannique et dans les Territoires du Nord-Ouest.
Ensemble, l’obligation de consulter et le CPLCC définissent le cadre et les conditions dans lesquels les gouvernements et les entreprises collaborent avec les nations autochtones sur des projets se déroulant sur leurs terres ou mettant en jeu leurs intérêts.
Il faut désormais faire preuve d’audace et d’esprit d’innovation, et cela commence par la recherche de moyens permettant de débloquer trois éléments essentiels :
CAPITAL: La participation autochtone dans les grands projets nécessite une combinaison d’outils de financement privé et à conditions préférentielles, y compris des prêts, des garanties de prêt et des subventions. Sans accès au capital, qui est un défi historique pour les nations autochtones, de nombreuses occasions de participation, voire des projets entiers, pourraient ne pas voir le jour.
CAPACITÉ: Les négociations fondées sur les droits, ainsi que les discussions commerciales et juridiques entourant le développement de grands projets, sont complexes et nécessitent d’investir dans les capacités de toutes les parties concernées – nations autochtones, gouvernements et entreprises – afin de garantir la réussite du projet.
CONSENTEMENT: L’obligation constitutionnelle de consulter et d’accommoder, la DNUDPA, la jurisprudence et des décennies d’évolution juridique et politique ont confirmé l’importance du consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause pour le développement de projets. Pour obtenir le CPLCC, il est nécessaire d’établir des relations de confiance à long terme entre toutes les parties, ce qui implique d’aller au-delà des discussions transactionnelles sur le projet.
Il est nécessaire de faire progresser ces trois éléments (capital, capacité et consentement) en parallèle pour que les nations autochtones deviennent de véritables partenaires du développement économique. Grâce à un appel à l’action collectif, mené par les nations autochtones et étroitement soutenu par les entreprises et les gouvernements, il est possible de générer une prospérité partagée et de faire en sorte que le Canada se développe rapidement et à grande échelle.
Capital
L’accès à des capitaux abordables est un défi constant pour les membres des communautés autochtones, en partie à cause des barrières institutionnelles mises en place par les gouvernements canadiens. La prime de risque pour les emprunteurs autochtones est influencée par les agences de notation et, par extension, par les considérations des institutions financières en matière de risque et de responsabilité. Cela s’explique en partie par plusieurs éléments : l’impossibilité pour les communautés des Premières Nations de donner des terres de réserves en garantie en vertu de l’article 89 de la Loi sur les Indiens ; l’impossibilité pour les communautés Métis de tirer parti d’un territoire et d’accéder au financement fédéral ; et la difficulté pour les communautés Inuit d’obtenir le financement de projets dans les régions rurales éloignées. Comme nous l’avons souligné dans de précédents rapports, les garanties de prêt et d’autres outils de financement peuvent aider à résoudre les problèmes liés à l’accès au capital et au risque.
Historiquement, la mise en œuvre et le développement de ces outils progressent lentement, alors que les besoins en capitaux ne cessent de croître. Nous parlons ici d’un manque de capitaux allant jusqu’à 270 milliards de dollars1 pour l’infrastructure, de 30 milliards de dollars2 pour les minéraux critiques et de 60 milliards de dollars pour les investissements liés au climat dans la capture du carbone, l’électricité et les énergies renouvelables3. Le soutien des prêteurs privés et publics est donc nécessaire pour répondre à la demande.
La Banque de l’infrastructure du Canada (BIC) s’est récemment engagée à investir un milliard de dollars dans le cadre de son Initiative pour la participation autochtone. Les subventions en capitaux propres de la BIC, qui vont de 5 à 100 millions de dollars, sont assorties d’un objectif de remboursement sur 15 ans. Au début de l’année 2024, les fonds ont commencé à affluer. C’est à ce moment-là que la Banque a accordé son premier prêt participatif aux autochtones, s’engageant à verser jusqu’à 18 millions de dollars à Wskijinu’k Mtmo’taqnuow Agency Ltd. (WMA), une société en commandite détenue par 13 communautés Mi’kmaw. Ce financement a permis à WMA d’acquérir une participation dans le projet énergétique de la Nouvelle-Écosse, la plus grande initiative de stockage d’électricité en batteries prévue au Canada.
L’Autorité financière des Premières Nations (FNFA), une autre source financière importante, a permis le développement économique des Premières Nations par le biais d’un mécanisme d’emprunt commun. En émettant des obligations au nom des Premières Nations (certifiées par le Conseil de gestion financière des Premières Nations pour leur bilan sain et leurs bonnes pratiques de gestion financière), la FNFA a emprunté 3 milliards de dollars pour ses membres afin de financer des projets essentiels et générateurs de revenus, créant ainsi une production économique de 6,3 milliards de dollars.
Ce ne sont pas les seuls exemples de progrès en matière de déblocage de capitaux. L’année dernière, trois programmes de garantie de prêts ont été annoncés : un au niveau fédéral (qui est récemment passé de 5 à 10 milliards de dollars) et deux au niveau provincial en Colombie-Britannique (1 milliard de dollars) et au Manitoba (500 millions de dollars).
Les différents outils d’accès au capital actuellement disponibles représentent environ 20 milliards de dollars. Et si l’on se base sur le montant des investissements privés que ces outils de financement à conditions préférentielles ont permis d’attirer, il serait possible de mobiliser près de 48 milliards de dollars d’investissements en capitaux propres pour les populations autochtones. Cela laisse un déficit de 20,7 milliards de dollars pour le financement à conditions préférentielles et de 28,7 milliards de dollars pour le financement privé4.
Bien que des lacunes subsistent, les capitaux circulent plus que jamais. Et ils incitent à agir. Selon un rapport publié en avril dernier par le cabinet d’avocats Fasken Martineau DuMoulin LLP basé à Toronto, 111 communautés autochtones ont déclaré avoir acquis une participation dans un projet d’infrastructure entre 2022 et 2024. Plus d’un quart (26 %) d’entre elles se trouvaient en Alberta, où est mis en œuvre le programme de garantie de prêts de l’Alberta Indigenous Opportunities Corporation, d’une valeur de 3 milliards de dollars. Les projets de production d’énergie éolienne ont entraîné un pic de participation en Nouvelle-Écosse (23 %). La Colombie-Britannique complète le trio de tête avec 18 %. Ces chiffres ont par ailleurs été atteints avant même le lancement du programme provincial de garantie des prêts mentionné ci-dessus5.
Du point de vue du financement privé, les approches de la gestion du risque doivent tenir compte des préoccupations spécifiques des autochtones, les banques reconnaissant que si les projets sont viables sur le plan économique, les emprunteurs autochtones devraient pouvoir être traités comme les autres emprunteurs du marché.
Pour les outils d’accès au capital existants et annoncés, la priorité doit être donnée à la rapidité de mise en œuvre, à une approche qui tienne compte des risques et à un champ d’application sectoriel plus large, couvrant non seulement les projets relatifs aux ressources et à l’énergie, mais aussi l’infrastructure, le transport, l’agriculture et la pêche, soit tout secteur où les intérêts des Autochtones sont étroitement liés à un impératif économique national.
Capacité
La complexité accrue du développement de grands projets nécessite de renforcer les capacités de toutes les parties. Cela passe notamment par l’éducation et la formation nécessaires aux entreprises et aux gouvernements pour mieux comprendre l’histoire, l’économie, la culture et les priorités des populations autochtones. Pour les nations autochtones, cela peut aller de la capacité financière, juridique et technique requise pour les négociations commerciales au soutien environnemental, historique et juridique nécessaire pour participer aux discussions sur la réglementation et les droits. Il est important de reconnaître que les capacités autochtones ont toujours existé, que ce soit à travers les réseaux commerciaux, les systèmes économiques, les modèles de gouvernance et les connaissances traditionnelles que les nations autochtones ont développées au fil des siècles.
La capacité fiscale et économique des Nations est mesurée (imparfaitement) par leur capacité à générer des revenus autonomes (non générés par des virements gouvernementaux) et à maintenir des contrôles financiers et de gouvernance. Nous nous basons sur deux indicateurs pour ces mesures : des revenus autonomes supérieurs à 25 % des revenus totaux d’une Première Nation, et une Première Nation recevant la Certification du rendement financier. Cette certification, délivrée par le Conseil de gestion financière des Premières Nations, est une attestation volontaire et indépendante de la bonne santé financière et de la capacité à emprunter auprès de l’Autorité financière des Premières Nations.
Nos recherches indiquent que les lacunes en matière de capacité mettent en péril 85 % des projets qui passent par le territoire des Premières Nations, ce qui représente environ 83,6 milliards de dollars.
Project Rocket, un partenariat entre 23 communautés des Premières Nations et Métis et Enbridge, a permis de renforcer les capacités au bénéfice de toutes les parties. Ce partenariat a donné lieu à la création d’Athabasca Indigenous Investments, l’entité ad hoc qui a permis aux nations autochtones de prendre une participation de 12 % (évaluée à 1,1 milliard de dollars) dans sept oléoducs. Outre les avantages économiques potentiels, le processus de négociation a permis aux nations autochtones, aux promoteurs et aux intermédiaires financiers d’acquérir des capacités techniques, juridiques et commerciales. Les accords qui incluent plusieurs Nations, comme celui-ci, permettent aux Nations mieux dotées en ressources et plus expérimentées de partager leur expertise, les rendant ainsi plus reproductibles et évolutifs.
Les partenariats entre les Autochtones et les entreprises, y compris les détachements, le partage des connaissances et les forums entre leaders, peuvent contribuer à renforcer les capacités.
En créant un pont entre les Autochtones et les entreprises du Canada, des organisations telles que la Coalition de grands projets des Premières Nations (First Nations Major Projects Coalition, FNMPC) et le Conseil canadien pour l’entreprise autochtone (CCEA) permettent d’établir des relations, de renforcer les capacités, et de soutenir les entreprises et gouvernements autochtones. Des organisations comme la FNMPC et le CCEA sont des modèles positifs à reproduire et à étendre à l’ensemble du pays, afin d’offrir un mentorat, un perfectionnement des aptitudes, des outils environnementaux et économiques, des stratégies d’approvisionnement et un soutien à la négociation en matière de projets pour et avec les nations autochtones.
Il faut prioriser le renforcement des capacités avec des équipes de financement ou de fusion et acquisition pour les promoteurs et les institutions financières. Cela permet de s’assurer que les membres de l’équipe de financement connaissent l’histoire des Autochtones, les priorités en matière de développement économique et la façon dont les équipes doivent collaborer avec les nations autochtones.
Pour les entreprises, il est important de savoir s’il faut renforcer les capacités en interne, par le biais d’embauches et de formations ciblées, ou développer les capacités en acquérant des organisations existantes disposant de la bonne combinaison de connaissances commerciales et d’expertise au niveau des communautés autochtones.
Les gouvernements devraient envisager de consacrer 2 à 5 % des subventions, prêts et fonds de garantie aux capacités, afin de donner aux nations autochtones les bonnes informations et la capacité de négocier des accords avec des homologues du secteur privé mieux dotés en ressources. Cette fourchette est une directive basée sur les opérations passées.
Consentement
La nature du consentement varie d’une communauté à l’autre et d’un projet à l’autre. Il est difficile de s’accorder sur la notion de consentement, qui relève à la fois d’obligations constitutionnelles (article 35 et obligation de consulter) et d’obligations internationales (DNUDPA). Toutefois, bien qu’insuffisantes, certaines conditions sont nécessaires pour obtenir et maintenir le consentement, notamment un engagement précoce et fréquent, des partenariats économiques et l’inclusion des nations autochtones dans le processus réglementaire.
Le processus de délivrance de permis et réglementaire joue un rôle important dans la réalisation des projets. Ce processus consiste notamment à rechercher l’engagement éclairé des Autochtones et, le cas échéant, à obtenir leur consentement. Le gouvernement du Canada est soumis à une obligation de consulter et d’accommoder les groupes autochtones lorsque ses actions peuvent avoir un impact sur les droits ancestraux potentiels ou établis ou sur les droits issus de traités –, une obligation qui a été confirmée par les tribunaux et la Constitution. Ainsi, bien qu’il s’agisse d’un objectif important pour accélérer le développement des projets, la réduction des délais de délivrance des permis ne peut se faire en vase clos sans que la Couronne s’acquitte de son obligation de consulter. Les promoteurs ont une responsabilité et un rôle importants à jouer dans l’établissement des relations étroites fondées sur la confiance avec les nations autochtones et, par ce biais, dans la recherche et l’obtention de leur consentement.
Le projet de GNL Cedar illustre la manière dont les autorités fédérales et provinciales et les nations autochtones peuvent accélérer le processus de délivrance de permis. Le gouvernement fédéral, par le biais d’un processus appelé substitution, a permis d’éviter de réaliser deux évaluations pour un seul projet. Le gouvernement de la Colombie-Britannique a travaillé en étroite collaboration avec la Nation Haisla pour identifier et atténuer les impacts environnementaux, sociaux, sanitaires et économiques. Ce processus a été accéléré en grande partie parce que la Nation Haisla est copropriétaire du projet, ce qui a permis de raccourcir le processus de délivrance de permis et de limiter les litiges (malgré les préoccupations persistantes d’autres Nations à l’égard du projet).
Si la participation de la Nation Haisla dans le projet de GNL Cedar a probablement accéléré les choses, les délais moyens d’évaluation en Colombie-Britannique sont généralement parmi les plus courts du pays. Cela s’explique en partie par le fait que les promoteurs collaborent de manière précoce et fréquente avec les nations autochtones et que les régulateurs provinciaux confient de plus en plus aux nations autochtones la responsabilité de diriger les évaluations. Le processus d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique peut intégrer des évaluations menées par les autochtones par le biais de la substitution, de la délégation et par d’autres mécanismes. Il permet de raccourcir le processus de 5 à 15 mois par rapport aux délais moyens de deux régimes fédéraux de longue date et du processus de délivrance de permis aux États-Unis. Les projets autorisés au niveau fédéral, en particulier ceux qui traversent les frontières provinciales, sont complexes et nécessitent des délais d’autorisation plus longs. Toutefois, l’expérience de la Colombie-Britannique suggère qu’un processus de délivrance de permis qui intègre les points de vue, les processus et les connaissances des Autochtones peut favoriser la confiance et l’acceptabilité sociale.
L’accord de prise de décision par consentement pour le projet Eskray Creek (Eskay Creek Consent-Based Decision-Making Agreement) et l’accord d’évaluation environnementale de la Nation Squamish fournissent tous deux des plans directeurs pour mettre en œuvre le consentement par le biais de l’évaluation environnementale et du processus de délivrance de permis.
Cet accord relatif à la réouverture de la mine d’or et d’argent d’Eskay Creek, dans le nord de la Colombie-Britannique, a été conclu en vertu de l’article 7 de la Declaration Act (Loi de la Colombie-Britannique sur la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones). Dans le cadre de cet accord, le processus d’évaluation environnementale modifié vise à obtenir un consensus par le biais d’une équipe de collaboration entre la Nation Tahltan et la Colombie-Britannique, d’une évaluation des risques du gouvernement central de Tahltan, d’un consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause sur la décision finale, et d’une résolution indépendante des litiges. Cet accord fournit un modèle unique de prise de décision conjointe, d’évaluation environnementale partagée et de maintien de l’acceptabilité sociale.
Le processus d’évaluation environnementale de la Nation Squamish pour l’usine et le terminal d’exportation de GNL Woodfibre en Colombie-Britannique a été le premier processus d’évaluation environnementale juridiquement contraignant mené par des Autochtones au Canada. Un accord-cadre a permis à la Nation Squamish de mettre en place un processus en dehors des régimes d’évaluation environnementale provinciaux et fédéraux. Cela a été possible grâce à un processus parallèle de collecte et d’analyse d’informations environnementales et socio-économiques, la décision finale revenant au chef et au conseil de la Nation Squamish. Cela a permis de responsabiliser les acteurs tant au niveau technique que politique. Il était essentiel que les gouvernements fédéraux et provinciaux, ainsi que le promoteur, adhèrent à l’évaluation environnementale menée par les Autochtones. Les trois parties pouvaient être ainsi certaines que l’examen tenait compte des préoccupations et des intérêts de la Nation Squamish, ce qui est important pour maintenir l’acceptabilité sociale et le soutien.
Ces approches amènent aussi leur lot de défis. En effet, d’autres Nations peuvent chercher à affirmer leur compétence à l’égard de celles qui dirigent le processus d’évaluation environnementale ou qui soutiennent de manière substantielle le développement d’un projet. En outre, cela ne dissipe pas l’opposition d’autres groupes d’intérêt, tels que les groupes environnementaux ou sociaux. Ces approches fournissent néanmoins des modèles utiles pour mettre en œuvre le consentement par le biais d’un processus d’évaluation collaboratif.
Quelques principes clés pour les entreprises et les gouvernements lorsqu’ils recherchent et maintiennent le consentement :
L’un des moyens d’y parvenir est de faire mener les évaluations par les Autochtones. Cela passe également par l’intégration des ordres juridiques, des connaissances traditionnelles, des valeurs et des priorités des Autochtones dans le processus de réglementation et d’évaluation en réalisant une coévaluation des projets ou en déléguant certains aspects d’un projet aux gouvernements autochtones.
Ces relations nécessitent un investissement en temps et en argent. Les gouvernements et les entreprises ne peuvent pas se mobiliser sur des questions liées à un projet sans établir des relations significatives afin de maintenir le consentement, la confiance et l’acceptabilité sociale nécessaires au développement du projet.
Il est impératif que les promoteurs, le gouvernement et les nations autochtones partagent les informations et aient des discussions transparentes.
Il s’agit d’une tâche difficile, car elle dépend à la fois des définitions juridiques indiquant pour quelles Premières Nations le gouvernement doit s’acquitter de l’obligation de consulter et d’accommoder, et des mesures basées sur les relations qui peuvent indiquer quelles Nations doivent être consultées. Il est recommandé d’établir des relations solides et durables avec les Nations, indépendamment de l’obligation de consulter.
Préparer l’avenir : considérations pour le Canada
Les tensions géopolitiques avec notre plus proche allié ont mis en évidence les failles de la stratégie économique du Canada. La diversification commerciale, le développement massif de nos ressources et de nos infrastructures, la résolution définitive du problème du commerce intérieur et la progression de la chaîne de valeur des produits sont devenus des impératifs économiques. Pour atteindre ces objectifs, il est essentiel de faire progresser la réconciliation économique autochtone. D’autres considérations animeront le débat au Canada dans les mois à venir :
Ce qui figure sur la liste des procédures accélérées : Les deux principaux partis politiques du Canada ont promis d’accélérer le développement, la délivrance de permis et le financement de certains projets commerciaux, d’infrastructure et de ressources dans l’intérêt national. Pratiquement tous les projets qui feront l’objet d’une procédure accélérée auront une incidence sur les intérêts autochtones et traverseront des territoires autochtones. La capacité du gouvernement fédéral à agir rapidement et à grande échelle reposera sur un engagement et des partenariats approfondis avec les Autochtones.
Le renouvellement de l’accord de sécurité continentale : Le nouveau gouvernement fédéral entamera probablement des discussions avec l’administration américaine sur le renouvellement du cadre économique et de sécurité entre les deux pays. Les investissements nécessaires porteront sur la surveillance, la connaissance de la situation dans tous les domaines et l’infrastructure commerciale afin de renforcer le Nord. Au-delà du commerce et de la sécurité, l’infrastructure sociale, y compris le logement, l’éducation et les établissements de soins de santé, doit être renforcée. Ces discussions doivent être menées en étroite collaboration avec les gouvernements territoriaux, les sociétés inuites et les communautés de l’Inuit Nunangat.
L’impact du contexte géopolitique entre les États-Unis et la Chine : Comme nous l’avons analysé précédemment, les minéraux critiques sont devenus un élément clé dans le nouveau grand jeu entre les deux superpuissances. La capacité du Canada à prendre le relais dans le domaine de l’extraction et de la transformation des minéraux critiques dépendra de sa capacité à exploiter des régions riches en minéraux comme le Cercle de feu en Ontario et le Triangle d’or en Colombie-Britannique. La Nation Tahltan, dont les territoires traditionnels couvrent 70 % du Triangle d’or, a soutenu l’exploration minière. Toutefois, les revendications et les partenariats autochtones n’ont pas encore été résolus dans le Cercle de feu – une question qui se posera dans d’autres régions minières du Canada.
Les changements générationnels dans le système commercial mondial : L’évolution des flux internationaux de commerce et d’investissement incite les pays à rechercher des sources de résilience économique. Cela passe par la diversification des marchés, mais aussi par la relocalisation de certaines parties de leur chaîne de valeur. Le Canada ne fait pas exception. Dans ce contexte, il est utile de nous rappeler que les nations autochtones, qui constituent notre population la plus jeune et dont la croissance est la plus rapide, sont une véritable force et un avantage concurrentiel.
Notre capacité à agir rapidement dépend de notre capacité à agir collectivement. Comme l’a déclaré le regretté Murray Sinclair, président de la Commission de vérité et réconciliation, lors de la publication du rapport final de la Commission : « Nous vous avons décrit une montagne, nous vous avons montré le chemin qui mène au sommet. Nous comptons sur vous pour en faire l’ascension ».
Contributors
Leadership avisé RBC
John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction
Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique
4. Les calculs de l’écart de financement sont fondés sur le coût en capital des projets visés par des traités, des titres et des titres de propriété, et des terres non cédées, multiplié par les ratios d’endettement moyens par secteur, et les hypothèses propres à l’industrie sur le ratio du capital qui appéderait sur les Autochtones. Les chiffres globaux pour l’ensemble des secteurs sont multipliés par le rapport entre les capitaux concessionnels et les capitaux privés par le biais des programmes de garantie de prêts existants, pour arriver à l’écart de capitaux concessionnels et privés. Il est important de noter que sur les 17 milliards de dollars d’outils de financement concessionnel, environ 11,5 milliards de dollars n’ont pas encore été mis en œuvre.
Une révolution de la recharge ultrarapide est à nos portes.
Les géants chinois des véhicules électriques (VE) BYD et CATL se sont récemment fait remarquer avec le dévoilement de batteries pouvant être chargées en cinq minutes – jusqu’à cinq fois plus vite que celles de concurrents – pour récupérer 520 kilomètres d’autonomie.
Ces batteries révolutionnaires pourraient-elles changer la donne et ouvrir la voie à une adoption plus généralisée des VE au Canada et ailleurs ? Autre question tout aussi importante : les réseaux électriques pourront-ils répondre à une demande accrue en énergie si cette technologie arrive au Canada au cours des prochaines années ?
Un point tournant ?
Une recharge de cinq minutes pourrait répondre à deux des trois principales préoccupations exprimées par les consommateurs qui envisagent l’achat d’un VE : l’angoisse de la panne et l’accès à des bornes de recharge publiques (la troisième étant l’abordabilité). Selon un sondage de J.D. Power mené en 2024, 68 % des Canadiens craignaient que leur VE tombe en panne de batterie sur la route. Dans un autre sondage mené auprès de conducteurs de VE, jusqu’à 50 % des répondants se sont dits préoccupés par les files d’attente aux bornes de recharge publiques et le long temps de recharge (30 minutes en moyenne). Une batterie pouvant être rechargée en cinq minutes et offrant une plus grande autonomie pourrait bien être la solution qui convaincra les propriétaires potentiels d’un VE de faire le saut.
Les trois principaux obstacles à la recharge en cinq minutes
Voici l’incidence que la recharge ultrarapide pourrait avoir sur les réseaux électriques canadiens :
Elle sollicite intensément le réseau électrique : Contrairement à la recharge traditionnelle, qui s’étale sur plusieurs heures, la recharge rapide provoque d’importants pics de consommation qui pourraient surcharger les réseaux électriques. 1 000 kW de puissance sont nécessaires pour recharger en quelques minutes un VE moyen doté d’une batterie de 80 kWh. Cette quantité d’électricité, suffisante pour alimenter 800 foyers pour une période équivalente, accroît considérablement la demande énergétique imposée au réseau, surtout si la recharge a lieu pendant les heures de pointe.
L’expansion du réseau électrique constitue en elle-même un défi inédit : L’expansion des réseaux de distribution régionaux, la modernisation des postes électriques locaux et l’amélioration des interconnexions afin d’augmenter leur résilience face aux hausses localisées de la demande sont les principaux défis posés par la recharge ultrarapide. De plus, les lignes de distribution devront être prolongées de 55 000 à 85 000 kilomètres d’ici 2030. Pour ce faire, le rythme de construction d’infrastructure actuel devra être accéléré de 30 % à 100 %.
Un réseau à l’épreuve de l’avenir devra nécessairement être décentralisé : Il ne suffit pas de développer les actifs de réseaux centralisés pour répondre aux augmentations soudaines et localisées de la demande. Ces dernières exigent aussi l’ajout de ressources énergétiques décentralisées (RED), comme des miniréseaux et des panneaux solaires résidentiels, ainsi qu’une plus grande numérisation du réseau. Par ailleurs, avec une infrastructure plus moderne, les RED pourraient fonctionner comme des centrales électriques pendant les périodes de pointe.
Farhad Panahov est économiste à l’Institut d’action climatique RBC.
Bienvenue dans le premier numéro de Zone commerciale. Il est en phase d’essai bêta, alors n’hésitez pas à nous faire savoir ce que vous en pensez. Chaque semaine, l’équipe Leadership avisé RBC vous fera part de ce qu’elle entend de la part des gouvernements, de ce qu’elle apprend des clients et de ce qu’elle observe dans ses recherches. Elle vous fournira également une feuille de route pour la semaine, afin de vous aider à suivre le rythme.
Cahier
John Stackhouse
Si les libéraux de Mark Carney sont réélus lundi, comme le laissent croire les sondages, il faut s’attendre à ce qu’ils portent leur attention vers le sud et l’ouest d’ici la fin de la semaine.
Au sud, il faut s’attendre à l’affectation d’une équipe de nouveaux venus dans la bureaucratie, ainsi que d’un membre du cabinet du premier ministre ayant de l’expérience aux États-Unis. Un appel avec Donald Trump sera une priorité absolue, le commerce n’étant pas le seul sujet de préoccupation. L’expression « partenariat global » est un terme que l’on entend souvent et qui couvre des enjeux de sécurité des frontières, d’immigration, de l’Arctique et de défense. Et oui, le commerce, même si l’AEUMC ne restera peut-être pas longtemps dans sa forme actuelle.
Il faut s’attendre à ce que l’approche canadienne, très structurée et stratégique, se heurte à l’approche américaine, très peu structurée. L’équipe Trump avait dit aux Canadiens d’éviter les groupes de travail ou les « experts » externes. Remarque : Les négociateurs américains rendent les Mexicains fous de rage en exigeant d’eux qu’ils contrôlent les expéditions de tomates avant qu’un accord ne soit conclu.
L’équipe Trump a perdu devant les tribunaux et sur les marchés. Si cette situation perdure, le Canada pourrait opter pour une stratégie à long terme, en suivant le conseil de Napoléon : « N’interrompez jamais un ennemi qui est en train de commettre une erreur ».
À l’ouest, il faut s’attendre à ce qu’Ottawa prenne contact avec l’Alberta et la Saskatchewan, en mettant l’accent sur la diversification des exportations. Pour cela, il faudra bien plus qu’un nouvel oléoduc (qui pourrait être dans les cartes), tandis que nos provinces axées sur les ressources envisagent de nouveaux marchés. La décision choquante prise cette semaine par Dow Chemical de retarder la construction de son usine en Alberta n’est que le dernier avertissement commercial en date. (J’ai écrit un article sur le grand virage sur L’Espace commercial en m’inspirant des conversations qui ont eu lieu cette semaine au Sommet sur la croissance annuel du Forum des politiques publiques, qui est en quelque sorte les Olympiques des mordus de politique).
L’Ontario est coincé entre le Potomac et les Prairies, mais pas pour longtemps. Doug Ford a volé la vedette au sommet du FPP en attaquant Donald Trump avec fougue (« Parfois, le fromage semble tomber du craquelin avec ce type ») et en lançant un appel passionné aux conservateurs progressistes. M. Ford semble prêt à jouer les mauvais flics face aux bons flics du prochain premier ministre. Il est peut-être aussi en train de s’échauffer pour un autre rôle.
Préparez-vous à entendre parler de l’Europe comme d’un nouveau (ancien) partenaire pour l’approvisionnement militaire, les normes en intelligence artificielle et, oui, le commerce. Ces conversations prendront de l’élan avant le sommet du G7 qui se tiendra en Alberta en juin et au cours duquel nous nous attendons à ce que le GNL et les centres de données soient au premier plan. Si l’équipe Trump se présente – il n’y a rien à parier – elle voudra s’assurer d’un certain alignement sur le financement du GNL, en particulier pour les marchés émergents, et de l’accès à l’électricité alimentée par le gaz pour ses sociétés à très grande échelle (le dernier euphémisme pour « géants technologiques »).
Le climat revient dans les conversations sur le commerce, mais pas en Amérique du Nord. L’Europe va de l’avant avec l’ajustement carbone aux frontières (qu’il ne faut pas appeler taxe sur le carbone). Le Japon propose également un système d’échange de droits d’émission comprenant des crédits carbone transfrontaliers et une surtaxe sur les combustibles fossiles. Il faut s’attendre à ce que le système fragmenté de tarification du carbone industriel du Canada fasse partie d’une discussion probable en marge du G7. (On vous a dit que la réunion se tiendra en Alberta ?)
La participation autochtone sera un aspect important de toute nouvelle relation commerciale, bien plus qu’il y a cinq ans. Nous participerons à la grande conférence de la First Nations Major Projects Coalition qui se tiendra à Toronto la semaine prochaine et nous nous attendons à ce que M. Ford et peut-être un nouveau premier ministre en profitent pour faire avancer leurs stratégies d’investissement. (Pas d’investissement, pas de commerce). Des chefs autochtones de l’Alaska et de l’Utah – bonjour, les républicains –, qui pourraient proposer un autre type de relations transfrontalières, figureront aussi parmi les invités de marque.
Ce que vous devez savoir
➔ Nous estimons que 125 milliards de dollars sont à risque pour le Canada, car le président américain Donald Trump lorgne cinq secteurs stratégiques.
➔ Pour tenter d’échapper aux droits de douane et en attendant la fin de la guerre commerciale, les vendeurs tiers d’Amazon et de Walmart déplacent leurs stocks de la Chine vers des entrepôts exempts de droits de douane au Canada.
➔ Coke et Pepsi : qui est le vainqueur de l’ultime test de goût, euh, des droits de douane ?
➔ Où voyons-nous le ratio de la dette du Canada au cours des trois prochaines années dans le pire des scénarios sur les droits de douane :
Pour conclure
« Tous les regards sont actuellement tournés vers l’Arctique. Nous sommes la porte d’entrée du passage vers le Nord-Ouest et au premier plan des discussions sur la sécurité et la souveraineté. » – P. J. Akeeagok, premier ministre du Nunavut
« Personne ne va se ruer pour construire des usines en Amérique. La volatilité des politiques nuit en fait à l’objectif même que l’on tente d’atteindre. » – Ken Griffin, chef de la direction de Citadel
« La renégociation de l’AEUMC comprenait un accord sur le commerce numérique très avant-gardiste. Je pense qu’il y a là une excellente occasion, et cela contraste avec ce que l’on a observé dans certains pays, où la souveraineté des données a été plus restrictive. » – David Schwimmer, chef de la direction de la Bourse de Londres
« L’UE travaille à une réponse ciblée et mesurée au cas où nous ne parviendrions pas à un accord [avec les États-Unis] rapidement. » – Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté l’industrielle et numérique de la France
Ce mois-ci marque le 100e anniversaire de la publication de Gatsby le magnifique, le roman de F. Scott Fitzgerald qui se déroule à l’ère du jazz, moment où les États-Unis voient leurs fortunes et leur pouvoir prendre de l’ampleur, et pourtant les personnages du livre s’accrochent aux vestiges d’un âge d’or antérieur.
Ça vous dit quelque chose ?
Quelques fins de semaine plus tôt, j’ai passé du temps non loin de la maison mythique de Gatsby, dans un autre domaine légué par la dynastie Whitney à une fondation créée par la famille pour soutenir la paix et le développement durable. Près d’une trentaine de responsables politiques des États-Unis, d’Europe et du Canada se sont réunis au Groenland, à Long Island, pour discuter de la manière dont les entreprises pourraient s’adapter au monde régi par Donald Trump, à sa promesse d’un nouvel âge d’or, et aussi le façonner.
Voici certaines des conclusions émises dans un contexte de forte baisse des marchés mondiaux :
1. La Chine deviendra la force déterminante de cette administration, qui devra peut-être envisager une « interdépendance gérée »
2. Le dollar américain continue de poser un énorme défi pour la compétitivité commerciale de l’Amérique et continuera à être surévalué aussi longtemps que Washington fonctionnera avec de vastes déficits.
3. Les républicains de Trump éprouvent une aversion et une méfiance particulières à l’égard de l’Europe auxquelles il sera difficile de mettre fin, et une attirance particulière pour la Grande-Bretagne.
4. Les droits de douane ne résoudront pas les frustrations sous-jacentes des États-Unis, qui découlent de la stagnation à long terme de la productivité de la main-d’œuvre et des salaires réels.
5. L’on attribue le malaise économique de l’Américain moyen au commerce, mais c’est la technologie qui a provoqué le plus de suppressions d’emplois au cours des 25 dernières années.
6. L’Amérique, entre autres, doit se concentrer sur la mise en place de programmes de formation et de recyclage professionnels pour rehausser les salaires et les revenus en cette nouvelle ère de l’IA.
7. Il ne sera pas évident de mettre en œuvre les droits de douane si Trump établit (ou a établi) un sommet politique, puisqu’il devra centrer davantage son attention sur les forces d’opposition, notamment sur plus de 100 actions en justice.
8. Les grandes entreprises européennes et nord-américaines doivent d’un commun accord défendre des politiques plus rationnelles sur le plan économique.
Lisez ici le discours que John a prononcé lors de la conférence :
Le Forum des politiques publiques, l’un des principaux groupes de réflexion au Canada, tient chaque année un Sommet sur la croissance, qui aborde généralement des enjeux de taille.
L’édition 2025, qui a eu lieu à Toronto, a porté sur ce que j’appellerais « le grand virage », et sur les moyens de favoriser l’indépendance et la résilience de notre économie. Celle-ci a été marquée par des conversations passionnantes au sujet de l’investissement, de la participation des Autochtones et de l’adoption de l’intelligence artificielle, pour ne citer que quelques exemples.
Voici certaines questions que j’ai retenues :
1. Faut-il regagner la confiance des investisseurs ?
Il semble que oui. Dans bon nombre de conversations à ce sujet, le Canada paraît extraordinaire aux yeux du monde. Si la rhétorique est facile, le crédit est plus coûteux. Gardez un œil sur la façon dont le prix de l’argent sera fixé au Canada dans les prochains mois.
2. Est-il possible d’accroître notre concurrence tout en réduisant notre dépendance à l’égard des États-Unis ?
Les États-Unis semblent être le principal moteur de la concurrence, que ce soit de façon directe ou indirecte. Et les options de rechange se font rares. Il est peu probable que les entreprises européennes apportent beaucoup de dynamisme aux marchés canadiens, et les nouveaux venus chinois ne sont probablement pas une option. Notre nouvelle concurrence doit peut-être venir davantage de l’intérieur.
3. Les gouvernements peuvent-ils jouer un rôle plus actif dans l’économie sans la mettre à mal ?
Nous avons connu des résultats mitigés au cours des dernières décennies. Néanmoins, nous allons probablement donner une nouvelle chance aux entreprises publiques, que ce soit pour construire des logements ou pour étendre le réseau d’oléoducs.
4. Qu’est-ce que l’« intérêt national » ?
Bon nombre de ces investissements publics seront réalisés au nom d’un intérêt national mal défini. Nous sommes une nation composée de diverses régions. Les intérêts peuvent donc différer de l’une à l’autre.
5. Pourquoi les Canadiens fuient-ils le risque ?
J’ai été sidérée par le nombre de conversations qui ont évité le risque. Nous sommes le seul pays à réclamer à cor et à cri une réduction des risques, comme si le rôle principal du gouvernement consistait à assumer les risques du secteur privé et des particuliers.
6. Comment développer l’Arctique sans le compromettre ?
Lors du Sommet, plusieurs voix importantes du Nord ont évoqué la nécessité de ne pas militariser le Nord comme cela a été fait dans les années 1950 et 1960. Elles souhaitent défendre le Canada par des moyens terrestres et aériens, mais pas à n’importe quel prix, particulièrement pour leur culture.
7. Dans quelle mesure voulons-nous exclure la Chine ?
Si nous réduisons notre dépendance à l’égard des États-Unis, nous devrons nous tourner vers de nouveaux marchés et de nouvelles sources de capitaux. L’Europe, à elle seule, ne suffira pas. Oui, il existe un tas de possibilités. Le monde est vaste ! Cela dit, c’est avec la Chine que nous devons développer une relation plus claire, car elle représente notre plus grande opportunité.
8. Comment trouver un équilibre entre les ambitions économiques et les engagements climatiques, et les attentes mondiales à l’égard de cet enjeu ?
Tout ce qui concerne Trump nous accapare tellement que nous semblons oublier que le reste du monde a une tout autre réalité. En effet, le climat demeure un enjeu primordial du Japon à l’Allemagne, les marchés que nous voulons maintenant conquérir, et nous devrons nous assurer d’être en adéquation avec eux.
9. Comment harmoniser notre devoir de consulter les communautés autochtones avec notre ambition d’aller plus vite ?
Il n’y aura peut-être jamais de formule toute faite pour la consultation et le consentement qui en découle. Toutefois, nous pourrons peut-être établir des normes qui seront largement acceptées. Les mots d’ordre ? Rapidité et certitude.
10. Comment mettre en commun les capitaux institutionnels pour des projets d’envergure ?
Nous pouvons continuer à laisser les forces du marché déterminer les financements, avec divers soutiens et incitatifs du gouvernement. Je ne crois pas que le Canada disposera un jour d’un fonds souverain. Ou le ferons-nous ? En revanche, pouvons-nous opter pour des véhicules de placement publics et privés qui pourraient s’inspirer du modèle québécois ?
Pour prendre le pouls de l’industrie agroalimentaire, l’équipe Leadership avisé RBC a rencontré la semaine dernière des agriculteurs de tout le Canada, allant des producteurs de porcs du Manitoba aux membres du secteur des fruits et légumes rassemblés à Montréal pour leur salon annuel.
Il est évident que le secteur est fortement motivé à poursuivre sur sa lancée, d’autant plus que l’année dernière, la valeur des exportations agroalimentaires canadiennes a atteint le chiffre record de 106 milliards de dollars. Tous les regards sont tournés vers les prix des marchandises, la politique agricole américaine et, bien sûr, l’impact des droits de douane du président américain Donald Trump.
Ce que nous avons entendu:
De nombreux agriculteurs choisissent de rester calmes et de tenir bon. Les agriculteurs sont habitués à la volatilité, car ils doivent faire face aux conditions météorologiques imprévisibles, aux fluctuations des prix des marchandises et aux pannes d’équipement. Bon nombre d’entre eux voient les droits de douane imposés par Trump simplement comme une perturbation supplémentaire. D’autres tentent de surmonter les fluctuations de prix qui en ont découlé, notamment pour le canola. En réponse aux droits de douane du Canada sur les véhicules électriques, la Chine a imposé ses propres droits de douane sur les pois et les produits canadiens à base de canola. En conséquence, certains producteurs, notamment de céréales et de grains oléagineux, envisagent de modifier la rotation des cultures pour la saison de plantation 2025.
Faire face à la demande d’articles fabriqués au Canada. L’augmentation de la demande pour des produits canadiens conduit à une détérioration des produits américains que l’on trouve dans les épiceries. Ce mouvement s’ajoute aux efforts visant à accroître la superficie des serres canadiennes et la diversité des produits pour combler l’écart entre la production et la consommation de fruits et légumes.
Les producteurs et transformateurs alimentaires canadiens s’efforcent de renforcer leur conformité à l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC). Les entreprises se préparent à un examen minutieux à la frontière pour prouver leur conformité à l’AEUMC et leur respect des règles énoncées, notamment en ce qui concerne le pays d’origine. Seulement 0,1 % de tous les produits agroalimentaires échangés en 2024 n’étaient probablement pas conformes à l’AEUMC, mais plus d’un tiers des exportations agroalimentaires du Canada, bien que conformes, n’ont pas été échangées dans le cadre de l’accord.
La diversification des échanges est commencée. Il reste néanmoins à voir si les détaillants et les commerçants canadiens pourront se procurer des produits alimentaires de qualité et de prix équivalents. Les exportateurs et les détaillants cherchent à savoir où ils peuvent se procurer les produits dont ils ont besoin pour leurs clients. Toutefois, les Canadiens voudront-ils acheter une orange marocaine plutôt qu’une orange de la Floride ?
Nos ports peuvent-ils répondre à nos ambitions de croissance et de diversification ? Dans le secteur agroalimentaire, le Canada a des délais d’exécution plus longs que ses principaux concurrents, notamment les États-Unis, l’Australie et le Brésil. Le potentiel afflux de produits dans les ports canadiens, en raison de l’augmentation des coûts de transport des marchandises aux États-Unis, pourrait provoquer une congestion accrue et des goulets d’étranglement plus importants si le Canada ne se prépare pas à cette croissance.
Trois choses à surveiller :
L’impact du soutien agricole d’urgence des États-Unis sur la compétitivité des agriculteurs canadiens. L’Emergency Commodity Assistance Program (ECAP) du département de l’Agriculture est un programme d’aide économique ponctuelle de 10 milliards de dollars destiné à aider les agriculteurs à atténuer les effets de l’augmentation du coût des intrants et de la chute des prix des marchandises. Par exemple, les agriculteurs américains peuvent recevoir jusqu’à 77,66 $ par acre d’avoine et environ 30 $ par acre pour le soja et le blé.
Réductions dans les programmes et services de recherche agricole aux États-Unis. Le démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et les réductions dans le financement de 19 laboratoires d’innovation basés dans 17 États dans des universités ayant bénéficié d’un don de terrain, ainsi que les réductions proposées dans la recherche climatique de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) peuvent compromettre l’innovation agricole et risquent d’interrompre des services essentiels tels que la surveillance météorologique.
Risque d’augmentation des coûts et de perturbation des chaînes d’approvisionnement passant par les ports américains, de La Nouvelle-Orléans à Philadelphie. Le décret du 9 avril de Trump, Restoring America’s Maritime Dominance (restaurer la domination maritime de l’Amérique), charge les représentants américains du commerce de donner suite à une proposition qui prévoit des droits de quai de 1 million de dollars dans les ports américains pour tout navire faisant partie d’une flotte comprenant des navires construits en Chine ou battant pavillon chinois. Outre le risque lié aux coûts, les services douaniers américains pourraient ralentir les chaînes d’approvisionnement « juste à temps » nécessaires pour acheminer les bleuets péruviens au Canada.
Lisa Ashton est responsable principale, Politique agricole
Ces trois thèmes étaient au cœur des discussions lors du Global Energy Summit 2025 de l’Université Columbia la semaine dernière. Les droits de douane et les politiques commerciales ont dominé le sommet en raison de leurs répercussions importantes sur l’offre et la demande d’énergie d’Amérique du Nord. Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, Institut d’action climatique RBC, y assistait, et revient sur les cinq enjeux qui ont marqué le sommet de cette année.
Les enjeux énergétiques se complexifient
La réorientation des échanges commerciaux dans le but d’atteindre des résultats économiques précis (réduction du déficit commercial, relocalisation de la production) pourrait accentuer les risques liés aux prix en fracturant l’équilibre entre l’offre et la demande de certaines matières premières essentielles. Il est clair que les droits de douane sur l’acier, l’aluminium et, possiblement, le cuivre – tous essentiels aux infrastructures énergétiques – entraînent une différenciation régionale des prix. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, les prix de l’aluminium aux États-Unis ont fortement augmenté par rapport aux prix européens, une conséquence directe des droits de douane imposés par l’administration Trump. De manière similaire, l’écart entre les prix de l’acier laminé à chaud du Midwest américain (1 075 $ US/tonne) et ceux du nord de l’Europe (715 $ US/tonne) a augmenté pour atteindre environ 360 $ US/tonne, comparativement à 150 $ US/tonne en début d’année.
Sur le plan géopolitique, les risques s’étendent désormais au-delà du simple risque d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient auquel nous sommes confrontés depuis un demi-siècle. Les sphères d’influence peuvent redéfinir les dynamiques de l’offre et de la demande, en particulier pour le gaz naturel liquéfié et les minéraux critiques. Ces nouvelles restrictions commerciales à motivation politique réduisent la capacité des marchés mondiaux à absorber les chocs au chapitre de l’offre ou de la demande, ces chocs étant désormais de plus en plus délibérés dans un contexte de commerce mondial instrumentalisé (gaz russe, chaînes d’approvisionnement chinoises, marché américain).
Quelle hégémonie énergétique ?
L’administration américaine promettait d’assurer la suprématie énergétique des États-Unis, mais les faits démontrent qu’elle semble avoir fait exactement l’inverse. Au chapitre du pétrole, les stratégies américaines en matière de droits de douane et d’échanges commerciaux ont fait tomber les prix sous les niveaux observés pendant la majorité de la présidence de Joe Biden. Le prix WTI est tombé sous les 60 $ US le baril à deux reprises la semaine dernière. Ce seuil étant considéré comme le point d’équilibre du gaz de schiste américain, les producteurs pourraient bien décider de ralentir leurs activités de forage. Selon S&P Global, un prix de 50 $ US le baril pourrait motiver une chute de 1 million de barils par jour de la production américaine. Pendant ce temps, l’OPEP continue d’augmenter sa production.
Le désir constant de réduire les fonds alloués aux programmes et projets en vertu de la loi sur la réduction de l’inflation, même les crédits d’impôt considérés comme favorables à l’industrie pétrolière (comme les crédits d’impôt 45Q pour la capture du carbone), fait aussi obstacle au développement des énergies renouvelables aux États-Unis. Enfin, les inquiétudes concernant l’inflation des coûts d’approvisionnement (droits de douane sur l’acier et l’aluminium) et l’incertitude générale relative au marché et à l’économie ont créé des conditions particulièrement difficiles pour l’investissement de capitaux.
Les frictions commerciales liées au climat sont toujours bien présentes
Avec la lente agonie de l’OMC et les droits de douane « réciproques » de Trump, les conditions commerciales préférentielles offertes aux pays en développement (taux de douane « autorisés » plus élevés) disparaissent. Il faut ajouter le climat à la liste des enjeux, car les pays imposent des mesures commerciales liées au climat pour renforcer leur compétitivité économique.
En Europe, le mécanisme d’ajustement au carbone aux frontières (MACF) protège les politiques climatiques intérieures. Aux États-Unis, une taxe sur la pollution aux frontières exploite l’avantage carbone de l’Amérique, notamment vis-à-vis de la Chine. Le Royaume-Uni et l’Australie envisagent de mettre en place leurs propres ajustements carbone aux frontières.
Les politiques intérieures en matière de carbone sans mesure commerciale climatique (comme le MACF) sont presque certainement vouées à l’échec sur le plan politique. Il semble toutefois peu probable que les pays en développement puissent instaurer des prix du carbone s’apparentant à ceux du système d’échange de droits d’émission de carbone de l’Union européenne – au sein duquel le prix du carbone a augmenté au cours des deux dernières décennies – en l’espace de seulement quelques années. Cette situation risque d’accentuer les tensions commerciales liées au climat entre le Nord et le Sud.
Réduction du déficit commercial
Aux yeux de M. Trump, des droits de douane « réciproques » garantissent une relation commerciale équilibrée. Pour les partenaires commerciaux, une relation commerciale équilibrée est à peu près tout ce que l’on peut espérer dans la vision de l’« America First » (l’Amérique d’abord) du président américain. Les partenaires commerciaux seront bien servis s’ils parviennent à faire meilleure place aux exportations américaines de marchandises.
Le gaz naturel liquéfié des États-Unis semble promis à un bel avenir. Selon les prévisions de RBC Marchés des Capitaux présentées ci-dessous, le pays devrait dépasser le Qatar et devenir le plus grand exportateur de GNL au monde d’ici 2030. Pour les grands acheteurs de GNL qui affichent d’importants excédents commerciaux avec les États-Unis (l’Union européenne, le Japon, la Corée, l’Inde), l’augmentation de leurs achats de GNL pourrait constituer une stratégie gagnante.
Pôles d’IA et flux de données transfrontière
Les pays disposant d’électricité abondante et bon marché sont les mieux positionnés pour se lancer dans la construction de centres informatiques. Il en résultera probablement des « pôles » d’approvisionnement centrés sur la production d’énergie renouvelable, compte tenu des engagements climatiques des entreprises technologiques. Il est de plus en plus évident que le Canada, les États-Unis et le Moyen-Orient deviendront des pôles de déploiement de l’intelligence artificielle américaine.
Mais quelles seront les conséquences pour les flux de données ? Le protectionnisme en matière d’hébergement (colocation) persistera probablement, mais il faudra s’entendre sur les transferts de données transfrontière résultant des capacités informatiques (centres de données à très grande échelle). Ce sujet devrait revenir sur la table lors de la renégociation de l’Accord États-Unis–Mexique–Canada en 2026.
Shaz Merwat est responsable principal, Politique énergétique, Institut d’action climatique RBC.