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Leadership avisé RBC Action climatique Bouleversements climatiques : la grande ruée du Canada vers l’énergie et la capture de carbone
Action climatique

Bouleversements climatiques : la grande ruée du Canada vers l’énergie et la capture de carbone

Le nouveau Stampede de Calgary pour les ressources canadiennes

Temps de lecture 12 minutes

Incidence du projet de pipeline de la côte Ouest et du projet Pathways sur les émissions

Six tendances de la transition énergétique déclenchées par des conflits

Les batteries usagées retrouvent une seconde vie

L’initiative canadienne zéro déchet de plastique est dans le collimateur des États-Unis. Noyé dans la tourmente des ponts bloqués et de l’incertitude générale entourant l’Accord Canada–États-Unis–Mexique, le programme d’élimination du plastique constitue un autre grief commercial de Washington à l’encontre du Canada. Ottawa sera-t-il contraint de faire marche arrière sur ce programme ? Les résultats sont visibles : depuis l’entrée en vigueur de l’interdiction en 2018, les opérations de nettoyage des côtes canadiennes ont fait état d’une baisse des déchets ciblés (réduction de 60 % des pailles, 25 % de sacs en moins), tandis que les microplastiques présents dans les eaux des Grands Lacs ont chuté depuis l’interdiction des microbilles, ont récemment déclaré des experts devant une commission sénatoriale.

Les émissions mondiales de titres de créance durables ont atteint un sommet en cinq ans. Les émissions ont atteint près de 1 billion de dollars US au cours des cinq premiers mois de 2026. Toutefois, avec 216 milliards de dollars US émis en mai, elles ne représentaient que 4,6 % du total des émissions mondiales de dette pour ce mois. Les obligations vertes et durables ainsi que la dette sociale titrisée ont représenté plus des trois quarts des émissions, selon Bloomberg New Energy Finance. Le Canada n’a représenté que 0,7 % du marché mondial, loin de ses sommets de 2022, lorsqu’il détenait 3,1 % des émissions.

Les batteries de véhicules électriques mises hors service trouvent une seconde vie. La société Moment Energy, basée à Vancouver, a mis sur pied ce qu’elle décrit comme la plus grande installation au monde de réutilisation de batteries, transformant les batteries de véhicules électriques mises hors service en systèmes de stockage d’énergie stationnaires, avec un objectif de production d’un gigawattheure d’ici 2030. Soutenue par les gouvernements du Canada et des États-Unis, ainsi que par le Climate Pledge Fund d’Amazon et d’autres acteurs, Moment Energy a pour objectif d’utiliser la première génération de batteries VE arrivant en fin de vie. Bien qu’elles ne disposent plus de l’autonomie nécessaire pour répondre aux normes de rendement automobiles exigeantes, elles peuvent être réutilisées pour le stockage d’énergie de réseau.

Un pipeline sur la côte Ouest soutenu par le gouvernement fédéral et l’Alberta, un corridor énergétique Bouclier pour le Nord Alberta-Ontario, le soutien d’Ottawa au GNL en Colombie-Britannique – la course à l’énergie semble affolée ces jours-ci.

Puis est venu le grand plan d’action du Canada pour lutter contre les changements climatiques : cinq grandes sociétés des sables bitumineux ont convenu avec la province de l’Alberta et le gouvernement fédéral de réaliser le projet longuement mûri de capture et de stockage du carbone Pathways.

Les réalisations pourraient dicter le rythme des émissions au pays, et être un indicateur important de la façon dont la vague d’autres grands projets obligerait les décideurs canadiens à trouver un équilibre entre le développement économique et leurs ambitions climatiques.

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, examine le protocole d’entente du projet Pathways signé par les sociétés, l’Alberta et le gouvernement fédéral :

La partie s’est jouée en deux temps. Quelques jours avant l’annonce du projet, c’est du pipeline pétrolier de la côte ouest entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, pour transporter jusqu’à un million de barils par jour jusqu’à la côte du Pacifique, dont on parlait. Mais, les politiques qui ont accéléré le projet de pipeline s’appuient sur le retrait des principales mesures du fédéral qui établissaient l’échéancier des émissions provenant des sables bitumineux, plus particulièrement le plafond proposé d’émissions pétrolières et gazières. Ottawa a toutefois conservé le financement : le crédit d’impôt fédéral de 50 % sur les investissements dans la capture, le stockage et l’utilisation du carbone, auquel s’ajoute le soutien progressif de l’Alberta. Le « bâton » a été retiré, mais la « carotte » est restée.

Le dossier des émissions semble avoir été réinitialisé. Le gouvernement fédéral, favorable au marché, a renoncé aux délais réglementaires pour accélérer le rythme et a laissé le marché et l’Alberta dicter le rythme. Le premier ministre Mark Carney a été exceptionnellement direct sur les coûts à court terme : les changements, a-t-il dit, signifieront que les émissions seront « plus élevées que prévu dans le plan du gouvernement précédent au cours des années à venir », estimant que le plan dont il avait hérité était trop cher et trop clivant. M. Carney a donc réinitialisé le dossier des émissions.

Pathways est le premier projet proposé dans le cadre du redémarrage du régime climatique. Cinq grandes sociétés des sables bitumineux, exerçant leurs activités sous le nom de la Oil Sands Alliance, ont accepté de présenter une version réduite du projet de capture de carbone Pathways, dont les modalités exécutoires sont encore à venir. Les engagements ont été modifiés par rapport à ce que l’alliance avait initialement promis en 2021 (voir le tableau).

Engagements de réduction des émissions de l’Alliance des sables bitumineux

OriginalRévisé% révisé c. original
Phase initiale / Phase 1
Réduction des émissions totales22 tm6 tm16 tm de moins
Réduction des émissions, projet de capture et de stockage du carbone10-12 tm6 tm4-6 tm de moins
Échéance de la réduction des émissions20302035+ 5 ans
Phases additionnelles / Phases 2 et 3
Réduction des émissions totales46 tm10 tm36 tm de moins
Réduction des émissions, projet de capture et de stockage du carbone28-30 tmNon indiqué18-30 tm de moins
Emissions reductions deadline20502045– 5 ans
Toutes les phases / Phases 1 à 3
Réduction des émissions totales68 tm16 tm52 tm de moins
Réduction des émissions, projet de capture et de stockage du carbone40 tmMin. 6 tm24-34 tm de moins
Emissions reductions deadline20502045– 5 ans

Sources : Alliance des sables bitumineux, RBC Marchés des Capitaux, Institut d’action climatique RBC

L’engagement de l’alliance en regard de la réduction s’élève maintenant à 16 tonnes métriques ™ par an d’ici 2045, contre quelque 68 Mt dans le plan original. Le chiffre original a toujours été le plus bas, couvrant uniquement les émissions opérationnelles (portées 1 et 2), et non pas le volume beaucoup plus important lorsque le baril est brûlé (portée 3). Par rapport aux émissions annuelles de 90 tm par année provenant des sables bitumineux, un engagement de 16 tm laisse la majeure partie de l’empreinte du secteur hors de tout plan quantifié.

Les enjeux climatiques ne cadrent pas dans les plans. Le protocole d’entente de novembre entre le Canada et l’Alberta a établi son propre objectif, soit d’atteindre zéro émission nette d’ici 2050 tout en libérant la croissance du secteur pétrolier et gazier de l’Alberta, y compris le pipeline. Ainsi, l’entente déclare simultanément un objectif pour 2050, permet une production et des émissions accrues à court terme et réduit par plus des trois quarts le projet phare de réduction des émissions du secteur, sans expliquer publiquement comment ces trois points s’articulent.

L’objectif de zéro émission nette du Canada pour 2050 demeure. L’objectif zéro émission nette d’ici 2050 reste sous réglementation fédérale. L’Alberta a toujours un objectif pour 2050, que l’on appelle maintenant une économie carboneutre. Le protocole d’entente conserve l’ambition, même si les choses demeurent indéfinies au niveau de la société.

Est-ce mauvais pour le climat ? Cela dépend de ce que vous considérez comme des progrès. Le pipeline ajoute environ 15,5 à 18,2 tm par année en amont jusqu’en 2030 s’il stimule la production ; les compensations découlant du passage du chemin de fer au pipeline et au remplacement du brut asiatique à plus fortes émissions rapprochent le total net entre 10 et 12 tm. Les 16 tm de l’alliance couvrent cette valeur, mais nominalement – et nominalement travaille fort : les émissions du pipeline sont à court terme (encore probablement dans 6 ou 7 ans). Les 16 tm correspondent à un objectif de près de 20 ans en 2045, sans lien annoncé pour atteindre zéro émission nette d’ici 2050. Sous l’ancien régime, la progression était synonyme de distance jusqu’à la cible, assujettie à un échéancier réglementaire. Sous le nouveau, l’objectif demeure, mais l’échéancier est fixé par le marché, et le projet phare table sur ce qui est livrable maintenant, et non sur ce qui est nécessaire avant 2050. Qu’il s’agisse d’une route plus longue pour arriver à la même destination ou un abandon subtil reste sans réponse. Cette ambiguïté, plus que tout autre chiffre, est ce qui est nouveau.

Les émissions mondiales du secteur énergétique ont augmenté de 1,1 % en 2025, les États-Unis représentant plus d’un tiers de cette hausse, selon le Statistical Review of World Energy de l’Energy Institute, qui en est désormais à sa 75e édition. Autrefois publié par BP PLC, ce rapport est maintenant édité par l’Energy Institute, un organisme sans but lucratif, en partenariat avec les cabinets de conseil Ember, Kearney et KPMG.

Principale conclusion : si les politiques climatiques sont fragmentées à l’échelle mondiale, le déploiement des énergies renouvelables s’accélère à un rythme qui redéfinit des systèmes énergétiques entiers.

Voici quelques points saillants du rapport qui illustrent les grandes tendances :

  • Le soleil brille. À l’échelle mondiale, l’énergie solaire a enregistré une croissance de 30 % en 2025, et sa part dans la production totale d’électricité a atteint 8,7 % – dépassant pour la première fois l’énergie éolienne (8,4 %) et égalant presque la part de l’énergie nucléaire (8,8 %).

  • Les É.-U. sont à la traîne en matière d’émissions : En termes absolus, l’augmentation des émissions américaines a été quatre fois plus élevée qu’en Chine. L’Amérique du Nord a également été la seule région à voir l’intensité de ses émissions de carbone augmenter en 2025.

  • La guerre en Ukraine a déjà modifié les comportements. L’Union européenne a économisé 72 milliards d’euros en évitant d’importer des combustibles fossiles au cours des quatre dernières années, grâce au déploiement de systèmes éoliens et solaires à la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

  • La capacité des batteries connaît une expansion rapide : La capacité mondiale des batteries a augmenté de 66 % pour atteindre 302 GW en 2025, les pays cherchant à réduire leur dépendance aux combustibles fossiles. Le déploiement accéléré de projets éoliens et solaires, associé à des cadres politiques favorables tels que REPowerEU, a permis à ces deux sources de produire 852 TWh en 2025, soit plus d’électricité que le charbon, le gaz et le pétrole réunis (760 TWh).

  • La Chine se protège contre les perturbations périodiques liées aux combustibles fossiles. La demande chinoise en carburants routiers stagne déjà et reste six fois inférieure à celle des États-Unis par habitant, ce pays asiatique ayant adopté les véhicules électriques.

  • La croissance de la consommation de combustibles fossiles se dissocie de la croissance économique. En Europe, la consommation de combustibles fossiles a baissé de 15 % au cours de la dernière décennie. En Amérique du Nord, elle a augmenté de 1 %, mais ce chiffre masque un passage du charbon au gaz au cours de la même période. Elle a baissé de 4 % en Amérique du Sud et en Amérique centrale, en raison notamment des énergies renouvelables sur des marchés majeurs comme le Brésil.

  • Les investisseurs s’adaptent au fait que les gouvernements fédéral et provinciaux – ainsi que les Premières Nations – jouent un rôle plus actif dans le secteur de l’énergie, a fait remarquer John Stackhouse au Stampede de Calgary. Cela représente une nouvelle réalité canadienne et marque l’essor du capital d’État à l’échelle mondiale. L’événement de Calgary, qui célébrait autrefois l’esprit pionnier de la libre entreprise, se positionne désormais plus aisément comme un lieu de rencontre entre les gouvernements et les entreprises.

  • Le Canada est entré dans une nouvelle ère de fumée, où une exposition élevée à la fumée des feux de forêt devient la nouvelle référence, selon Dave Sawyer, économiste principal à l’Institut climatique du Canada dans une nouvelle note d’information. Sa principale conclusion : les coûts pour la santé associés aux feux de forêt sont considérables, s’élevant à environ 19 milliards de dollars par an, principalement en raison d’une mortalité accélérée.

  • L’IA peut-elle contribuer à la décarbonation du secteur de la construction ? C’est le principal point retenu par Stephanie Shewchuk, cheffe, Politique de logement, à l’issue d’un événement organisé par la Polytechnique George Brown. Une approche possible : l’optimisation de l’utilisation des matériaux. Lisez les principales réflexions de Stephanie ici.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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