Dans le numéro de cette semaine : Signaux commerciaux au sommet du G7, pour quelles raisons il est si difficile pour les producteurs d’acier et d’aluminium de diversifier leurs activités hors du marché américain et le temps généralement nécessaire pour conclure un accord commercial important.
La semaine écoulée
Des rapports révèlent (ici et ici) que le Canada et les États-Unis disposent d’un document de travail sur le commerce, y compris des précisions sur un possible accord. Aucun échéancier n’a encore été fixé.
Avec la présence de Claudia Sheinbaum, du Mexique, et de Narendra Modi, de l’Inde, à Kananaskis pour le sommet du G7, est-ce que davantage de discussions sur le commerce avec le Canada seront à l’ordre du jour ?
Selon la Banque mondiale, nous sommes sur le point de connaître la plus faible décennie de croissance depuis les années 1960… en raison de l’incertitude levée par les droits de douane.
Même si le président Trump se réjouit d’avoir conclu une entente avec la Chine après deux jours de négociations, les nouvelles émanant de la Chine sont moins expansives – l’agence de presse officielle de Beijing l’a simplement appelée une « entente de principe ». La Chine lèverait les restrictions sur les exportations de terres rares pendant seulement six mois, laissant la porte ouverte à une escalade ultérieure.
Dans les deux prochaines semaines, Donald Trump prévoit envoyer des lettres décrivant les droits de douane unilatéraux à de nombreux pays.
Les droits de douane n’ont pas encore entraîné le bond de l’inflation aux États-Unis auxquels plusieurs s’attendaient. Prenez votre mal en patience, disent les économistes.
La République dominicaine a gagné en popularité auprès des sociétés américaines à la recherche de centres manufacturiers de remplacement. Les 92 zones franches du pays et la proximité des États-Unis sont deux facteurs clés.
Signaux commerciaux au sommet du G7
Même si le sommet du G7 ne débouchera probablement sur aucune avancée majeure avec les États-Unis en regard des droits de douane et du commerce, il y a certainement quelques éléments à surveiller :
Minéraux critiques : La guerre commerciale des États-Unis avec la Chine a souligné d’importantes dépendances à l’égard des chaînes d’approvisionnement en terres rares et minéraux critiques, dominées par Beijing. L’administration Trump a besoin d’un approvisionnement fiable pour soutenir ses grandes ambitions énergétiques et technologiques. Collectivement, les pays du G7 possèdent des ressources inexploitées considérables et le capital nécessaire pour financer les projets.
AEUMC : La présence de Claudia Sheinbaum marquera la première fois depuis l’investiture du président Trump que les trois dirigeants nord-américains participent à la même rencontre multilatérale. Cela ouvre la voie à une réunion parallèle pour planifier l’examen de l’AEUMC en 2026 et discuter des efforts continus de lutte contre le fentanyl, qui demeure la principale justification des droits de douane imposés par les États-Unis au Canada et au Mexique au titre de l’International Economic Emergency Powers Act (IEEPA).
À souligner
Par Jordan Brennan
J’étais à Ottawa cette semaine pour participer à l’événement Canada 2020, où les participants étaient généralement optimistes, mais prudents. L’accent était mis sur la relance de la croissance par des projets de construction nationale. Les occasions ne manquent pas dans les secteurs de l’énergie, des mines, du logement, des infrastructures et de l’intelligence artificielle ; par contre, la refonte de notre modèle d’exploitation est nécessaire. Voici quelques thèmes qui se sont démarqués :
À l’échelle internationale, le Canada est considéré comme un territoire à risque élevé en raison des retards dans l’approbation réglementaire (p. ex., les évaluations d’impact qui peuvent s’étendre sur plus d’une décennie) et de l’instabilité politique (pensons à la montée du séparatisme en Alberta). Les investisseurs internationaux ajoutent régulièrement une prime de risque de 20 % aux décisions d’affectation du capital concernant le Canada. Puis, le cabinet a un pouvoir politique discrétionnaire étendu sur des projets majeurs. Pour libérer des capitaux au pays et à l’étranger, nous aurons besoin d’une plus grande certitude réglementaire et politique.Une stratégie de corridor commercial national pourrait-elle contribuer à réduire le profil de risque perçu du Canada ?
La construction d’infrastructures destinées aux exportations suppose la création de ressources permettant de les exploiter, mais de nombreux projets sont au point mort ou annulés. Alors, comment transférer de façon responsable les ressources du sol canadien vers les marchés mondiaux ? C’est ici que les droits issus des traités et l’obligation de consulter les Premières Nations sont mis de l’avant, non pas comme un obstacle, mais bien comme un avantage concurrentiel. Les sociétés qui réussissent établissent des partenariats économiques rigoureux avec les Premières Nations dès le début du processus, sur tous les plans, allant des évaluations d’impact aux conventions d’emploi et d’approvisionnement, en passant par les participations financières. Pour qu’un plus grand nombre de projets soient approuvés plus rapidement, ce genre de partenariat est essentiel.
Il en va de même pour la sécurité dans l’Arctique. Avec le recul de la glace côtière, le passage du Nord-Ouest fait l’objet de contestations par des puissances étrangères, en partie parce qu’il réduit considérablement le temps de transport entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. Comme l’a dit un participant, il n’y a pas de meilleure façon d’affirmer la souveraineté du Canada dans le Nord que de développer la région. Cela signifie des infrastructures – numériques et physiques – ainsi que des emplois et des compétences liés au développement minier.
L’autre problème est celui du moment choisi. Les prix des ressources sont fixés en fonction de la volatilité sur les marchés mondiaux au comptant, mais le cycle de vie des projets comme les terminaux de GNL ou des grands projets miniers s’échelonne sur plusieurs décennies. Les activités d’aménagement doivent s’aligner sur les tendances de la demande future, mais nous devons aussi accorder beaucoup d’importance à la compétitivité des coûts. Prévoir les besoins d’énergie et de minéraux en 2050 est certes difficile, mais essentiel pour attirer les capitaux patients nécessaires aux projets de grande envergure.
Trois questions…
Puisque les États-Unis doublent les droits de douane imposés sur l’acier et l’aluminium, Jake Silverhorn de l’équipe Secteurs diversifiés RBC Marchés des Capitaux, nous aide à comprendre le contexte actuel.
Q : Pourquoi les droits de douane pénalisent-ils davantage les producteurs canadiens d’acier et d’aluminium que les producteurs américains ? R : Il y a une différence structurelle entre les marchés américains et canadiens. Les producteurs canadiens exercent principalement leurs activités au comptant, tandis que les producteurs américains ont recours à des contrats, de sorte qu’il est difficile pour les sociétés canadiennes de répercuter efficacement les coûts des droits de douane. De plus, les droits de douane ont créé un déséquilibre sur le plan de la demande et des prix entre les marchés américains et canadiens.
Q : Pour quelles raisons est-il difficile pour les producteurs canadiens de diversifier leurs activités hors du marché américain ? R : Compte tenu du coût élevé du transport, les États-Unis étaient la destination la plus économique. Les producteurs canadiens ont stratégiquement implanté leurs activités à proximité des ports américains afin de faciliter le transport.
Q : Que peuvent faire les producteurs canadiens pour conserver leur part du marché américain ? R : Pour demeurer concurrentiels par rapport aux producteurs américains et maintenir leurs activités, les producteurs canadiens doivent absorber une partie des coûts des droits de douane, ce qui aura une incidence sur leurs marges et leurs flux de trésorerie.
Conclusion
917
Le nombre de jours requis pour conclure un accord commercial type du début à la fin (l’AEUMC a demandé 896 jours). En avril, Donald Trump avait promis de conclure 90 ententes en 90 jours. À quelques semaines de l’échéance qu’ils se sont imposée, les États-Unis ont signé un accord (avec le Royaume-Uni) et une trêve sur les droits de douane avec la Chine.
Dans le numéro de cette semaine : Les négociations en deux volets entre le Canada et les États-Unis, les trois thèmes récurrents de Donald Trump en matière de commerce et la façon dont les entreprises composent avec l’incertitude
Faits saillants
Cette semaine, Ottawa a accueilli des invités de marque, allant d’une brochette de sénateurs américains au roi Charles, sans compter la première session du Parlement depuis 161 jours.
Cinq sénateurs américains, dont un républicain, ont rencontré de hauts fonctionnaires canadiens pour renforcer les relations entre le Canada et les États-Unis. Un accord en deux volets est envisagé.
Premier volet : Retrait de l’article 232 (droits de douane sur l’acier, l’aluminium et l’automobile pour des raisons de sécurité nationale) en contrepartie d’une hausse des dépenses du Canada en matière de défense, d’où les pourparlers concernant le système de protection antimissile appelé « Dôme d’or ». Il existe un espoir que cela puisse se faire avant ou pendant le sommet du G7, mais le temps presse, car le sommet commencera dans deux semaines.
Deuxième volet : La renégociation générale de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) dans son ensemble. Nous nous attendons à ce qu’elle s’amorce cet été et se termine juste avant la date limite de l’examen de l’accord, soit le 1er juillet 2026.
L’accord en matière d’économie et de sécurité a été salué lors du discours du Trône, prononcé par le roi, tout comme les priorités de Mark Carney au chapitre de la diversification commerciale. Le programme législatif et les travaux qui se dérouleront durant la session d’été de la Chambre des communes seront probablement davantage axés sur le marché intérieur, notamment sur l’accélération de projets d’intérêt national et l’élimination des barrières fédérales au commerce intérieur. Les négociations entre le Canada et les États-Unis devraient se dérouler en arrière-plan, comme ce fut le cas lors de la rencontre du ministre Dominic LeBlanc avec Howard Lutnick, secrétaire américain au commerce, et Jamieson Greer, représentant américain au Commerce.
La semaine écoulée
Vingt-quatre heures après que le Tribunal de commerce international des États-Unis eut jugé que Donald Trump avait outrepassé ses pouvoirs au titre de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) en imposant des droits de douane, une cour d’appel fédérale les a rétablis, du moins temporairement.
L’atonie du marché de l’emploi en Chine pourrait s’aggraver sensiblement : ce pays pourrait perdre neuf millions d’emplois dans le secteur manufacturier en raison de la guerre commerciale.
Clear Seas estime que d’ici 2040, si tous les projets prévus se concrétisent, le trafic maritime sur la côte pacifique du Canada devrait augmenter de 60 %, grâce principalement aux projets de gaz naturel liquéfié (GNL).
Les plus grandes entreprises du Japon sont mises à mal, ce qui incite le gouvernement à mettre en œuvre un programme de 6,3 milliards de dollars américains pour protéger son économie.
La criminalité liée au commerce grimpe en flèche aux États-Unis, et il est difficile pour le gouvernement d’y mettre un frein.
L’Inde se montre intransigeante envers les États-Unis en ce qui concerne les principales marchandises (riz, blé, maïs) et les produits laitiers.
Une agence onusienne prévoit que l’instabilité causée par la guerre commerciale entraînera une baisse de sept millions d’emplois en 2025 par rapport aux prévisions initiales. De plus, la demande des consommateurs américains est liée à 84 millions d’emplois supplémentaires. Le Canada et le Mexique, avec 17,1 % des postes liés aux États-Unis, sont les pays les plus exposés.
Point de vue de Washington
À Washington, quelle est l’expression à la mode sur Wall Street cette semaine ? Il s’agit de TACO, l’acronyme de « Trump Always Chickens Out » (« Trump se dégonfle toujours »). Cette phrase témoigne du scepticisme grandissant quant à la détermination de la Maison-Blanche à maintenir les droits de douane face aux pressions du marché et aux mesures de représailles des partenaires commerciaux. En fait, la réalité est plus complexe. Pour justifier sa politique commerciale, l’administration s’appuie sur l’un ou l’autre des thèmes suivants :
Une tactique de négociation pour atteindre d’autres objectifs en matière de politique étrangère. La Maison-Blanche a recours à ce raisonnement lorsqu’elle met en place des droits de douane liés au fentanyl à l’égard du Canada et du Mexique, et l’utilise souvent comme prétexte pour justifier l’annulation ou le report de droits de douane : elle prétend alors avoir accompli sa mission, elle crie victoire et poursuit ses activités. Dans cette optique, les droits de douane sont de courte durée et souvent éliminés ou réduits à la suite de concessions mineures de la part du pays ciblé.
Un levier de sa politique industrielle. Les droits de douane visent à encourager les entreprises à rapatrier les chaînes logistiques et les chaînes de production, conformément à la promesse de M. Trump de redonner au secteur manufacturier américain son lustre d’antan au moyen de droits de douane sectoriels sur les automobiles, l’acier et l’aluminium. Selon ce raisonnement, les droits de douane visent avant tout à annoncer de nouvelles usines de production et d’autres investissements importants.
Un outil de production de recettes publiques. Même si le battage médiatique autour du service fiscal externe de M. Trump s’est apaisé (pour l’instant), ce thème a dominé la stratégie de politique commerciale de l’administration dans les semaines qui ont suivi son arrivée au pouvoir. Dans ce contexte, les pays étrangers ont peu d’arguments à proposer qui pourraient inciter le président à changer d’avis.
La difficulté consiste à discerner le thème sur lequel Trump s’appuie un jour donné. Interrogé cette semaine à propos de l’acronyme TACO, le président a parlé de « tactique de négociation ». Ce thème pourrait changer la semaine prochaine, alors que l’administration poursuivra sa bataille juridique concernant les droits imposés en vertu de l’IEEPA.
Trois questions
Par Andrew Skinner, vice-président, Financement du commerce international, RBC.
Q. : Comment les entreprises parviennent-elles à se diversifier, tant sur le plan de l’approvisionnement que des ventes ? R. : Deux observations importantes : En avril, nous avons enregistré un nombre record de clients et de nouveaux utilisateurs potentiels de notre outil RBC Connexion Globale, qui fournit des ressources telles que les meilleurs pays où acheter et vendre, ainsi que d’autres renseignements sur le commerce. Ensuite, certains clients ont trouvé en Europe de meilleures occasions d’expansion des marges pour des produits qui étaient traditionnellement expédiés aux États-Unis. Par ailleurs, les importateurs assurent la résilience de l’offre en dénichant de nouveaux fournisseurs.
Q. : Qu’est-ce qui a changé ces derniers mois pour les entreprises qui ont poursuivi leurs activités auprès de leur clientèle aux États-Unis ? R. : Le taux de conformité à l’ACEUM est passé de 33 % en février à 50 % en mars. D’après nos discussions avec les clients, nous nous attendons à ce que ce taux soit désormais beaucoup plus élevé, compte tenu de l’estimation selon laquelle 94 % des exportations canadiennes vers les États-Unis devraient être conformes. Les clients ont maximisé leur mode d’entreposage et leurs canaux de distribution aux États-Unis pour répondre à la demande à court terme et atténuer les répercussions des droits de douane. Ils revoient aussi régulièrement les délais d’expédition et les lieux de livraison afin de composer avec les droits de douane américains. Certains clients ont été en mesure de répercuter la hausse des droits de douane en l’absence d’autres sources d’approvisionnement et en cas de demande soutenue. D’autres interrompent les transactions le temps d’obtenir des précisions concernant les prix et la demande, surtout si elles ne sont pas en mesure de régler les droits de douane.
Q. : Que conseillez-vous aux entreprises qui doivent composer avec l’incertitude ? R. : Nous encourageons les clients à passer en revue le cycle commercial de leurs principaux acheteurs et vendeurs – de la commande au paiement, les modalités du contrat et les documents disponibles – et à repérer les occasions de renégocier les modalités. L’objectif est de conserver des relations à long terme et d’éviter les perturbations au cours des périodes de pointe des ventes liées à la rentrée scolaire, au Vendredi fou et à Noël. Il existe toute une série de solutions visant à réduire le risque de non-paiement, à améliorer les flux de trésorerie et à assurer l’efficacité en termes de coûts et de rendement, alors que de nouveaux marchés, fournisseurs et acheteurs sont envisagés.
Plus de 100 projets miniers, d’une valeur de 107 milliards de dollars, se trouveront à différents stades de développement au Canada au cours des dix prochaines années. Tirer parti de ce potentiel nécessite des flux de capitaux diversifiés, tant nationaux qu’étrangers, pour que le Canada devienne un géant de la production de marchandises.
Puisque les capitaux chinois sont limités par le resserrement des règles fédérales, les Américains représentent le partenaire naturel contribuer à la mise en valeur des ressources minérales du Canada, compte tenu de l’alignement géostratégique des deux pays. Toutefois, les récentes tensions commerciales bilatérales avec les États-Unis portent à croire que le Canada devra faire preuve de prudence au moment de conclure de nouveaux partenariats et diversifier les sources de capitaux afin de réduire les risques liés aux projets.
S’il s’inscrit dans un cadre de sécurité plus large, le Canada peut se positionner comme un pilier essentiel de l’action menée par les États-Unis pour briser l’emprise de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement de plusieurs produits de base essentiels pour la défense, l’énergie et la fabrication de pointe. De nouvelles chaînes d’approvisionnement transfrontalières de produits de base pourraient servir de fondement pour la relance de la fabrication de pointe, de la défense et des infrastructures énergétiques en Amérique du Nord.
Building metal and critical mineral projects requires patient, long-term investors who can guarantee either long-term offtake agreements or security of demand to ensure their economic feasibility. To derisk projects, Canada could broaden its capital base beyond the U.S. and tap various global sources of foreign capital that are on the hunt for strategic assets—provided they meet Canada’s national interest and energy security thresholds.
Le Canada dans le Grand jeu des ressources
Les vastes ressources naturelles du Canada offrent des occasions d’investissement attrayantes. Surtout, elles deviennent des atouts stratégiques pour les pays du G7 et d’autres alliés dans un monde fragmenté.
La mise en valeur des ressources minières permet aussi au Canada d’avoir accès à plusieurs secteurs verticaux clés, dont l’automobile, les équipements énergétiques, la défense et la fabrication de pointe. À l’aide de la bonne stratégie, le Canada peut se positionner comme un nouveau pôle logistique de la fabrication dans un monde où la géopolitique joue un rôle prédominant, comme nous l’écrivions dans Le nouveau grand jeu.
Mais l’incursion de la géopolitique dans le domaine de l’exploitation des minéraux est une arme à double tranchant.
On a pu le constater ces dernières années dans le cas de la Chine, un fournisseur de premier ordre d’investissements directs étrangers dans le secteur minier mondial. Ces dernières années, sa participation dans le secteur canadien des minéraux a fait l’objet d’une surveillance étroite pour des raisons de sécurité. La situation a atteint son paroxysme en 2022, lorsqu’Ottawa a ordonné à trois entités chinoises de se céder leur participation dans trois sociétés minières canadiennes. Cette décision a largement refroidi l’intérêt de la Chine pour le secteur canadien des minéraux.
Les entreprises américaines sont considérées comme des partenaires plus naturels du Canada pour la mise en valeur des ressources minérales, compte tenu de l’alignement géopolitique de longue date entre les deux pays. Malgré les pressions que les États-Unis tentent d’exercer sur le Canada en matière de commerce, de défense et dans plusieurs secteurs tels que le bois d’œuvre, l’automobile, l’acier et l’aluminium, les synergies dans les secteurs des métaux et des minéraux pourraient revêtir une importance stratégique pour les deux pays. Abstraction faite de la récente rhétorique américaine, on pense que la collaboration au sein de plusieurs chaînes d’approvisionnement liées aux métaux et aux minéraux renforcerait la sécurité énergétique et nationale en Amérique du Nord.
Trump prend une nouvelle direction
L’approche de Washington pour la mise en valeur des minéraux reste en cours d’élaboration.
Des signaux indiquent que les États-Unis sont prêts à agir de manière décisive en ce qui concerne les minéraux critiques et d’autres ressources qu’ils considèrent comme vitales pour la défense, la technologie et les semi-conducteurs. La Maison-Blanche a accéléré la mise en œuvre de dix projets miniers, signé un décret visant à intensifier l’exploitation minière en eaux profondes dans les eaux américaines et internationales, et évoqué la possibilité d’investir directement dans des sociétés minières, notamment par l’intermédiaire d’un fonds souverain américain dont la mise en place a été évoquée.
L’attitude belliqueuse du président américain Donald Trump à l’égard du Groenland, riche en ressources, la signature récente d’un accord sur les minerais avec l’Ukraine et l’intérêt pour un accord avec la République démocratique du Congo donnent à penser que les minerais représentent un atout stratégique dans la quête des États-Unis pour contrer la domination de la Chine.
L’intérêt du premier ministre canadien Mark Carney à lier les négociations commerciales à la sécurité nationale des États-Unis est en phase avec l’intérêt des Américains pour l’exploitation des ressources énergétiques et des minéraux. En décembre , les deux pays ont investi dans un projet de minéraux critiques au Yukon, dans le cadre d’une large collaboration bilatérale liée au plan d’action canado‑américain pour la collaboration dans le domaine des minéraux critiques et au Groupe de travail bilatéral Canada-États-Unis sur la transformation de l’énergie.
Les gouvernements américain et canadien ont déjà injecté des milliards de dollars de capitaux dans ce secteur. Entre 2021 et 2024, le gouvernement américain a financé au moins 24 projets de minéraux critiques et de matériaux, dont cinq au Canada, conjointement avec le gouvernement canadien. Au début de 2024, Ottawa avait aussi financé au moins cinq autres projets.
Si le Canada est désireux de s’associer aux États-Unis pour la mise en valeur des ressources minières, il a pris des mesures ces derniers mois pour mettre en place quelques garde-fous à l’égard de ses actifs dans un monde qui adopte une approche plus transactionnelle et qui devient plus imprévisible. En mars 2025 , le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, responsable de l’examen des investissements du Canada, a élargi les critères pour l’examen de la sécurité nationale pour y inclure la sécurité économique, dans le cadre d’une démarche qui semble viser les États-Unis. Et en avril 2025, le gouvernement de l’Ontario a mis en œuvre de nouvelles mesures pour empêcher les entreprises ou gouvernements étrangers de revendiquer les minéraux critiques de l’Ontario.
Avoir accès au capital géostratégique
Pour réduire davantage les risques liés à ses ressources, le Canada devrait faire appel à une grande variété de capitaux qui sont à la recherche d’actifs stratégiques.
Le secteur minier canadien attire déjà d’importants capitaux. Selon la base de données sur les grands projets de Ressources naturelles Canada, plus de 100 projets miniers et minéraliers d’envergure se trouvent actuellement à différents stades de développement au Canada (annonce, examen en cours, approbation ou construction), pour une valeur de plus de 107 milliards de dollars de capitaux. Et la liste s’est sensiblement allongée ces dernières années, compte tenu de l’intérêt accru pour les ressources canadiennes. Mais d’où proviendront ces capitaux ?
En préparation de projets d’exploitation futurs, les sociétés minières pourraient tirer parti de quatre sources de capitaux : l’autofinancement, les marchés boursiers mondiaux, les entités appartenant à un État étranger et les fonds souverains; chacune d’entre elles correspond à un horizon d’investissement et un appétit pour le risque différents.
Les capitaux étrangers sont déjà une caractéristique bien établie du secteur minier canadien, puisqu’ils représentent environ 40 % à 45 % des investissements effectués dans ce secteur au cours des dernières années.
Autofinancement : Au cours des deux dernières décennies, la mobilisation de capitaux pour le secteur des minéraux a été difficile, car les sociétés minières et minéralières ont été à la traîne à la fois de la marchandise sous-jacente et de l’indice général. En ce qui concerne les actions, cette sous-performance est encore plus prononcée sur une base ajustée au risque, compte tenu des faibles fluctuations de l’indice composé S&P/TSX et de l’indice S&P 500.
Cette situation est devenue un important problème de financement pour les entreprises. Cependant, un nouveau supercycle des marchandises, alimenté par la dynamique géopolitique et la transition énergétique, pourrait raviver l’intérêt des investisseurs pour le secteur.
Malgré la sous-performance du marché, les sociétés minières canadiennes sont généralement bien placées pour financer partiellement leurs projets. Le secteur bénéficie d’une grande solidité financière et d’une grande rigueur, comme en témoigne son ratio dépenses en immobilisations / flux de trésorerie de 0,7x au cours des 12 derniers mois (contre un ratio de 1x au cours des dix dernières années), ce qui montre que des fonds sont disponibles pour investir, tandis que le fardeau de la dette a également considérablement diminué ces dernières années.
En fin de compte, les sociétés métallurgiques et minières de l’indice S&P/TSX ont accumulé 14 milliards de dollars de liquidités excédentaires au cours des 12 derniers mois, prêtes à être déployées à l’échelle mondiale . Bien que le Canada puisse attirer une partie de ces capitaux, les entreprises devront tout de même faire appel à d’autres sources de capitaux pour financer leurs projets.
Marchés boursiers : Les marchés boursiers publics restent une source de capitaux viable. Les nouvelles émissions d’actions de sociétés représentent aussi une option attrayante pour les capitaux institutionnels et occidentaux, dont plus de 90 % sont constitués de fonds en gestion passive ou de fonds de positions acheteur. Si l’appétit des investisseurs pour le risque a été modéré, de nouveaux facteurs macroéconomiques et géopolitiques, combinés au bilan solide des entreprises, pourraient modifier l’humeur des investisseurs.
Sociétés d’État et fonds souverains : La pérennisation de certains de ces projets à longue période de gestation nécessite des acteurs géopolitiques qui ont une vision à long terme des ressources stratégiques. Ils sont déjà à l’affût : entre 2022 et 2024, nous estimons qu’environ 20 % des fusions et acquisitions dans le secteur minier mondial ont été effectuées par des fonds souverains. La part des transactions liée à des sociétés d’État était presque certainement plus élevée, puisque la majorité des 18 % de transactions mondiales attribuables à la Chine aurait été effectuée par l’intermédiaire des sociétés d’État de ce pays.
Le capitalisme d’État ne se limite pas aux fonds souverains et pourrait inclure des entreprises liées aux gouvernements ou soutenues par ces derniers.
Parmi ces entités appartenant à l’État, tous les acteurs ne sont pas considérés comme présentant un risque géopolitique élevé, comme ceux de la Chine, en termes de menace de contrôle du marché ou de transfert de la propriété intellectuelle en matière de minerais. Les fonds d’infrastructures d’énergie propre liés aux caisses de retraite publiques, aux fonds souverains ou aux grandes sociétés de capital-investissement sont aussi en quête d’occasions dans le secteur minier. Les caisses de retraite canadiennes bien capitalisées pourraient également jouer un rôle à cet égard.
D’autres investisseurs bien nantis, comme les fonds souverains du Moyen-Orient et les entités appartenant à un État, pourraient se montrer plus actifs à l’avenir. Bien qu’ils constituent une importante source de capitaux, ils pourraient poser des problèmes de sécurité, en raison par exemple de changements dans les alliances géopolitiques ou de querelles diplomatiques bilatérales, comme le conflit diplomatique entre le Canada et Riyad en 2018 au sujet du bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne.
Contenir la Chine
Les questions relatives à la sécurité des actifs stratégiques ne doivent pas être sous-estimées et ne feront que gagner en importance, comme en témoigne le bras de fer entre Washington et Pékin au sujet des chaînes d’approvisionnement. Alors que le président Trump s’apprête à signer des accords commerciaux avec plusieurs pays, il pourrait exercer des pressions sur ces derniers pour qu’ils éliminent les capitaux chinois de leurs chaînes d’approvisionnement minières.
Cette situation ne serait pas vraiment sans précédent. Les inquiétudes concernant les capitaux chinois ont amené l’administration américaine précédente de Joe Biden à renforcer son examen interne des nouveaux investissements chinois dans les minéraux critiques et d’autres secteurs stratégiques. [i] Dans le passé, Washington a aussi exprimé des préoccupations plus générales concernant les nouveaux investissements chinois dans ses pays alliés, faisant pression sur ses proches partenaires commerciaux, le Canada et le Mexique, pour qu’ils renforcent leurs processus d’examen.
Renforcer la Loi sur Investissement Canada Cette situation a déjà entraîné un changement dans la manière dont le Canada a traité les investissements chinois ces dernières années. En 2022, les dispositions relatives à la sécurité nationale de la Loi sur Investissement Canada ont été appliquées pour exiger la cession des investissements chinois dans trois entreprises canadiennes de minéraux critiques ayant des activités d’extraction de lithium. Ce faisant, le secteur des minéraux critiques a été désigné pour faire l’objet d’un examen plus approfondi de la part du gouvernement.
D’autres modifications apportées au cours de la dernière année permettent au gouvernement fédéral de procéder à un examen de sécurité nationale pour tout nouvel investissement étranger au Canada, et pas seulement pour ceux qui ont des participations majoritaires, et d’examiner de plus près les investissements d’entités appartenant à un État, ce qui vise principalement la Chine.
Ces modifications ont également précisé que les actifs étrangers des entreprises canadiennes entraient dans le champ d’application de l’examen dans le cadre de la Loi sur Investissement Canada en cas d’acquisition d’une entité appartenant à un État étranger.
Portée élargie du Canad
Combiné au fait que le Canada présente une forte concentration en sociétés minières – la Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX représentent 40 % des sociétés minières publiques de la planète et accueillent plus de 1 000 inscriptions –, cela signifie que la Loi sur Investissement Canada représente un outil puissant pour contrôler certains investissements chinois à l’étranger. Le Canada a récemment fait valoir cette autorité, deux entreprises canadiennes ayant tenté de modifier leur domiciliation afin d’éviter l’examen de la Loi.
Dans le cas d’une rupture significative avec la Chine, le président Trump pourrait chercher à rendre la participation aux chaînes d’approvisionnement centrées sur les États-Unis conditionnelle à une élimination plus large des investissements chinois par le Canada. D’une part, cela pourrait inciter le Canada à tester les pouvoirs dont il dispose en vertu de la Loi sur Investissement Canada. Cela pourrait aussi remettre en question d’anciens investissements réalisés par des sociétés d’État chinoises dans de grandes sociétés minières canadiennes (voir la section Gestion d’anciens investissements chinois).
Toutefois, si on provoquait la Chine, celle-ci pourrait riposter contre le Canada en fermant ses marchés à certaines exportations, comme elle l’a fait en mars en imposant des droits de douane sur le canola canadien, ou en utilisant comme arme sa chaîne d’approvisionnement.
Même si les capitaux de la Chine ou les accords d’approvisionnement à long terme ne sont plus les bienvenus dans le secteur minier canadien, la Chine reste un important fournisseur de pièces et d’équipements industriels. Les gouvernements occidentaux pourraient remplacer l’équipement chinois au fil du temps, mais il s’agirait d’une embûche en ce qui concerne l’exploitation des ressources. Le récent recul de M. Trump en ce qui concerne les droits de douane chinois à la demande des entreprises américaines fait ressortir douane chinois à la demande des entreprises américaines fait ressortir l’importance des matériaux chinois au sein de l’économie mondiale.
Occasions d’investissement au Canada
Le monde considère le Canada comme un acteur stable et fiable dans le domaine des produits de base, qui l’aidera à diversifier son approvisionnement dans ce domaine. Il s’agit également d’une occasion générationnelle pour les provinces et le gouvernement fédéral d’exploiter des ressources riches en or (vital en tant que valeur refuge), en cuivre, en fer et en minéraux critiques. La mise en œuvre d’une stratégie, d’investissements et des mesures de sécurité appropriés peut contribuer à l’essor du secteur minier canadien.
Contributors:
Cynthia Leach, économiste en chef adjointe, Services économiques RBC Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique, Leadership avisé RBC Vivan Sorab, premier directeur, Leadership avisé RBC Yadullah Hussain, directeur de rédaction, Leadership avisé RBC
Dans le numéro de cette semaine : M. Carney choisit les membres de sa principale équipe chargée du commerce et de la sécurité ; les signaux commerciaux du voyage de Trump au Moyen-Orient ; et ce à quoi il faut s’attendre dans le cadre des négociations entre les États-Unis et la Chine
À NOTER
Par John Stackhous
J’étais à Ottawa cette semaine pour un événement appelé le B7, un rassemblement de chefs d’entreprise des pays membres du G7, dont les gouvernements se réuniront en Alberta dans quelques semaines.
Quelle était la question qui divisait le plus ? Le commerce
L’ambiance était très pessimiste. Malgré la hausse des marchés en mai, on a l’impression que le monde démocratique, c’est-à-dire le monde du libre-échange, est de plus en plus divisé. Comme l’a déclaré un conférencier, « le commerce suit la géopolitique ».
L’Europe se replie sur elle-même et se concentre sur sa propre sécurité économique. Préparez-vous à davantage de politiques industrielles et d’investissements publics, ce qui ne favorisera pas le commerce.
Le Canada se trouve à la croisée des chemins : il doit réduire ses échanges commerciaux avec les États-Unis et accroître ses échanges avec d’autres marchés, alors même qu’il devient plus difficile de faire affaire avec ces derniers.
Une nouvelle ère de « multilatéralisme » prend forme, au cours de laquelle les négociations constantes et soutenues seront la norme.
Certains conférenciers américains ont exhorté les Canadiens à regarder au-delà des attaques de M. Trump, affirmant que le pays était en train de changer d’état d’esprit.
Mais pour l’instant, du moins, les États-Unis cherchent à jouer du coude, à l’américaine.
Le nouvel ambassadeur Pete Hoekstra présentera la semaine prochaine son premier rapport d’importance au président des États-Unis et soulignera les mesures « scandaleuses » prises par le Canada, comme le retrait des marques d’alcool américaines et l’interdiction de s’approvisionner auprès d’entreprises américaines.
On peut s’attendre à des échanges médiatiques entre M. Hoekstra, un ancien membre du Congrès du Michigan au franc-parler, et Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, qui n’a pas non plus la langue dans sa poche.
La nouvelle ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, pourrait être amenée à compléter le groupe, alors que ces trois personnes s’efforceront d’éviter que le secteur automobile canado-américain ne subisse d’autres dommages.
Une suggestion : qu’ils se rencontrent sur le pont Gordie-Howe, en hommage à ce hockeyeur qui se servait de ses coudes comme personne pour parvenir à ses fins.
Comment les choses se présentent-elles en ce qui concerne le dossier Canada-États-Unis, qui est d’une importance capitale ?
M. Carney a clairement indiqué qu’il était le patron et qu’il dirigerait les relations entre le Canada et les États-Unis. Cela dit, son équipe jouera un rôle majeur dans la conclusion d’un nouvel accord économique et de sécurité.
Cinq principaux négociateurs : En choisissant les membres de sa principale équipe de négociation, composée de Dominic LeBlanc, Anita Anand, David McGuinty, François Philippe-Champagne et Gary Anandasangaree, M. Carney a opté pour des ministres chevronnés qui, collectivement, possèdent une influence et des relations considérables à Washington. On peut s’attendre à ce que Mélanie Joly, ministre de l’Industrie, se joigne à ce groupe, en raison de sa vaste expérience dans ce dossier, et du fait qu’elle mènera les négociations nationales avec des secteurs critiques, comme l’acier, l’aluminium et l’automobile. Plus discrètement, Lisa Jorgenson, récemment nommée par M. Carney au poste de conseillère principale pour les relations canado-américaines, apportera son expérience acquise dans les domaines de la sécurité publique et de la justice et fournira des conseils ainsi qu’une coordination en coulisses entre les différents niveaux politiques et bureaucratiques.
Remaniement du comité : Le comité Canada-États-Unis de M. Trudeau n’existe plus. Le groupe de travail « Un Canada sûr et souverain » est entré en fonction. Présidé par M. McGuinty et Mme Anand, ce nouveau groupe comprend quelques éléments remarquables. Maninder Sidhu, ministre du Commerce international, est chargé de diversifier les échanges commerciaux du Canada en diminuant la part des États-Unis, une promesse clé de M. Carney. Et Rebecca Chartrand, ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique, représente un clin d’œil à l’importance de la sécurité dans l’Arctique, l’un des trois volets du pacte économique et de sécurité.
Remaniement diplomatique et bureaucratique : Les mandats de quelques ambassadeurs de premier plan (Kirsten Hillman à Washington, Ralph Goodale à Londres et Stéphane Dion à Paris) devraient bientôt prendre fin. M. Carney privilégiera probablement un mélange d’expérience, de relations et de poids politique, en particulier pour pourvoir le poste à Washington, car il ne sera pas facile de remplacer Mme Hillman, très respectée à Ottawa et à Washington. En ce qui concerne le secteur public, les bras droits de M. Carney au Bureau du Conseil privé seront le greffier JohnHannaford et la sous-greffière Christiane Fox, qui possèdent tous deux une grande expérience des dossiers relatifs à la sécurité nationale, à l’énergie et au commerce. Un remaniement en profondeur de la fonction publique pourrait être envisagé, le premier ministre cherchant à obtenir des résultats à court terme.
La semaine en chiffres
7
Nombre de poursuites intentées contre Trump et son administration pour contester l’état d’« urgence » invoqué pour imposer des droits de douane en vertu de l‘International Economic Emergency Powers Act. Le Tribunal de commerce international des États-Unis (U.S. Court of International Trade) a tenu une première audience en début de semaine.
150
Nombre de pays qui, selon Trump, souhaitent négocier une entente. Faute de temps pour les rencontrer tous, son administration enverra dans les prochaines semaines des lettres à une liste de dirigeants pour leur dire simplement « ce qu’ils devront payer pour faire des affaires aux États-Unis ».
1 000
Produits marqués comme étant touchés par les droits de douane chez Loblaw. La chaîne d’épiceries prévoit que ce nombre atteindra 6 000 dans deux mois. Par ailleurs, Walmart, dont les bénéfices ont reculé au premier trimestre, a annoncé qu’il allait hausser ses prix aux États-Unis à cause des droits de douane.
60 millions
Nombre d’iPhones qu’Apple prévoit produire en Inde pour le marché américain. Lors de son voyage au Moyen-Orient, Donald Trump a critiqué le chef de la direction d’Apple (« J’ai eu un petit problème avec Tim Cook ») concernant la fabrication d’iPhones en Inde alors qu’il s’est engagé à investir 500 G$ US aux États-Unis.
Perspectives de Washington
Les détails du voyage de Donald Trump au Moyen-Orient donnent un aperçu de la manière dont les négociations commerciales en cours et à venir, y compris avec le Canada, pourraient se dérouler.
D’importantes dépenses pour les produits de défense américains : L’Arabie saoudite (142 G$ US) et le Qatar (3 G$ US) ont signé des contrats d’achat et d’approvisionnement de matériel de défense qui vont de la modernisation générale des systèmes d’information aux nouvelles capacités de défense aérienne et antimissile. Cette question revêt une importance particulière pour le Canada, étant donné que la Maison-Blanche a souvent critiqué les dépenses de défense du Canada. M. Trump pourrait utiliser l’accord entre les États-Unis et le Canada pour inciter ce dernier à atteindre plus rapidement la cible de 2 % des dépenses de défense au moyen d’accords avec des entreprises de défense américaines.
N’oublions pas les grandes sociétés technologies : M. Trump a annoncé un investissement de 20 milliards de dollars d’une entreprise saoudienne dans des centres de données d’IA et des infrastructures énergétiques connexes aux États-Unis. Pour sa part, le Qatar a promis 1 milliard de dollars pour une coentreprise de technologie quantique entre la société américaine Quantinuum et la société qatarie Al Rabban Capital. Les centres de données sont intéressants dans le contexte américano-canadien en raison du potentiel du Canada à devenir un partenaire solide (terrains disponibles, capacités en matière d’énergie renouvelable, températures plus fraîches).
3 questions… sur les négociations entre les États-Unis et la Chine
Avec Jasmine Duan, première stratégiste, Placements, RBC Gestion de patrimoine, à Hong Kong
Q. : Comment pensez-vous que les marchés et les économies asiatiques réagiront et se comporteront au cours de la fenêtre de négociation de 90 jours ? R. : Nous observerons probablement un mélange d’optimisme et de volatilité. Les marchés pourraient chercher à obtenir des précisions sur l’accord, ce qui pourrait entraîner de la volatilité à court terme.
Q. : Quels sont les signaux que les investisseurs rechercheront ? R. : Les investisseurs seront attentifs aux conditions finalisées entre les deux parties ainsi qu’aux concessions ou incitatifs offerts par chacune d’entre elles. Il serait bon que les négociations se concentrent sur des questions liées au commerce, telles que l’accès aux marchés et l’achat de marchandises, et non sur des sujets nationaux tels que le fentanyl ou la politique.
Dans l’édition de cette semaine : Comment les États-Unis-Royaume-Uni. l’accord prépare le terrain pour le reste du monde ; lire les signaux des négociations commerciales de Washington avec la Chine ; ce que Trump recherche lorsqu’il conclut un accord.
À noter
Par John Stackhouse
La semaine a été bonne pour le Canada et bien meilleure pour la Grande-Bretagne. La donne pourrait toutefois changer la semaine prochaine.
Mark Carney s’est entretenu avec Donald Trump et a réussi à repositionner les négociations autant au niveau du commerce que dans d’autres secteurs. Nous nous attendons à l’établissement d’un nouveau Partenariat nord-américain pour la sécurité.
Aucun des dirigeants n’a tourné le dos à la Mexicaine Claudia Sheinbaum, mais de nombreux chefs d’entreprise mexicains déplorent la stagnation des négociations entreprises avec le président Trump.
La Grande-Bretagne et les États-Unis ont conclu un accord qui n’était ni grand ni beau, mais qui est soudain devenu le modèle de référence pour les États-Unis et d’autres pays. Cela nous fait penser aux négociations types entreprises dans le secteur de l’automobile.
L’accord que les États-Unis ont conclu avec le Royaume-Uni se concentre essentiellement sur des secteurs spécifiques. Plus d’automobiles de marque Land Rovers pour plus de hamburgers au fromage américains. (Autrement dit, des voitures contre du bœuf américain) La fin du commencement, comme dirait probablement M. Carney. La Grande-Bretagne estime que cet accord, qui s’ajoute à une autre entente bien plus large, lui confère un avantage concurrentiel par rapport à l’UE.
Le premier ministre britannique Keir Starmer espère faire un arrêt à Ottawa à la mi-juin avant de se rendre en Alberta pour la rencontre du G7. C’est là qu’il se rendra compte de la réalité. Le Canada et le Royaume-Uni ont eu de la difficulté à conclure des accords commerciaux au cours des dernières années, en raison particulièrement des activités de lobbyisme agricole qui sont menées dans les deux pays. Peut-on toutefois parier sur le fait que M. Carney finira par servir du fromage britannique, et M Starmer, par boire du lait canadien ?
Les deux alliés pourront ensuite se concentrer sur leurs approvisionnements en défense. M. Carney a fait part de son intérêt pour l’achat de plus de fournitures de BAE, mais doit également rester ouvert aux options de M. Trump qui souhaite que le Canada (et la Grande-Bretagne) achète plus d’avions et de systèmes d’armement américains.
La rencontre du G7 qui aura lieu les 16 et 17 juin retiendra autant l’attention que les montagnes à Kananaskis. Les dirigeants devraient surtout parler de sécurité (un sommet de l’OTAN suivra à la fin juin), débattre des piliers de la démocratie après-guerre et décider des ententes commerciales en procédant à la remilitarisation de leurs pays ou en concluant des accords spécifiques. Que le Canada et la Grande-Bretagne restent unis, ou qu’ils soient coincés par les États-Unis constituera un signal.
79 : Pourcentage des Américains qui pensent que l’AEUMC avantagerait l’économie américaine, selon les résultats du dernier sondage réalisé par The Chicago Council on Global Affairs. Ce chiffre tient compte des réponses des 90 % des démocrates et des 72 % des républicains qui ont été interrogés.
2 500 : Produits américains, notamment l’huile d’olive et le vin qui bénéficieront d’une réduction des droits de douane dans le cadre du U.S.-U.K. Economic Prosperity Deal (accord de prospérité économique conclu entre les États-Unis et le Royaume-Uni).
100 000 : Véhicules britanniques pour lesquels les droits de douane américains sont ramenés à 10 % dans le cadre de l’accord conclu avec les É.-U. Les moteurs Rolls-Royce pourront bénéficier d’une exonération des droits de douane à l’entrée.
Point de vue de Washington
L’identité des dirigeants qui seront présents cette fin de semaine à Genève donnera une idée de la façon dont les États-Unis envisagent de négocier leurs ententes commerciales avec la Chine.
Mis en avant : Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, et le représentant américain au commerce, Jamieson Greer
Mis en retrait : Howard Lutnick, secrétaire américain au commerce, et Peter Navarro, conseiller au commerce et de la politique manufacturière de la Maison-Blanche
L’envoi de Bessent et Greer, perçus comme des représentants plus modérés, laisse penser que l’aspect pratique et le progrès l’emporteront sur l’idéologie politique maximaliste. À noter : M. Bessent a joué un rôle principal dans la conclusion de l’accord signé par les États-Unis et l’Ukraine sur l’exploitation des ressources naturelles dans le sol ukrainien, tant souhaité par la Maison-Blanche.
Quelques points à l’ordre du jour pour cette fin de semaine, et prochaines réunions :
Défense : L’utilisation par Pékin des contrôles à l’exportation de terres rares et de minéraux essentiels cible les vulnérabilités des chaînes logistiques américaines de semi-conducteurs, d’avions de chasse, de sous-marins, et d’autres produits essentiels à la base industrielle de défense des États-Unis.
Technologies de pointe : Les pratiques et les politiques commerciales chinoises, en particulier les exigences applicables aux coentreprises qui obligent les entreprises américaines à établir des partenariats avec des entreprises chinoises pour opérer en Chine et les obligations d’information pour l’obtention des licences, obligent les entreprises étrangères à transférer des droits de propriété intellectuelle sensibles pour accéder au marché chinois.
Transport/Expédition : Les constructeurs de navires et les travailleurs maritimes américains se sont plaints des pratiques chinoises qui font baisser les coûts de la construction navale, en particulier les bas salaires ou le travail forcé et l’offre excédentaire d’intrants pour la construction navale stimulés par les subventions gouvernementales.
Que veut vraiment M. Trump ?
Certains thèmes seront repris à mesure que M. Trump s’efforcera de conclure 90 ententes en 90 jours :
Baisse des droits de douane et retrait des obstacles au commerce intérieur : Trump considère injuste la position commerciale de nombreux pays par rapport à celle des États-Unis, et il cherche à réduire les obstacles liés aux droits de douane et autres dans la mesure du possible.
Accords d’achat : Comme les pays veulent réduire leur déficit commercial, les accords comprendront probablement des ententes d’achat. Prenons l’exemple de la chine qui a pris l’engagement d’acheter des marchandises pour un total de 200 milliards de dollars (un engagement qu’elle n’a finalement pas respecté).
Exemptions : M. Trump et son équipe subissent de fortes pressions pour exonérer les biens considérés comme stratégiques, nécessaires ou pour lesquels les États-Unis sont fortement tributaires des importations, qu’il s’agisse de poudre ou de sièges de voiture de bébé. La mise en place de nouvelles exemptions devrait permettre d’atténuer les répercussions des mesures commerciales.
Engagements pris sur le plan des investissements : Les investissements étrangers réduiront probablement la position qu’occupent les États-Unis en matière d’investissements internationaux, mais M. Trump souhaite voir d’autres pays et des entreprises étrangers investir aux États-Unis, à l’instar de l’usine de fabrication de semi-conducteurs de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company située en Arizona.
Corrections des taux de change : Les observateurs du marché doutent qu’un « accord de Mar-a-Lago » visant à corriger le déficit commercial entraîne une dépréciation coordonnée du dollar américain. Une telle coordination transfrontalière serait improbable, et il est très peu probable que la Chine, principale cible des manipulations monétaires, accepte une appréciation du renminbi.
Les 100 premiers jours d’un nouveau gouvernement sont toujours marqués par une activité intense. Le gouvernement libéral minoritaire de Mark Carney devra notamment présenter un budget, mener des négociations commerciales avec l’administration Trump et accueillir le G7 en juin. Prendre un peu de hauteur permet de mettre en évidence les principales priorités. Cinq d’entre elles devraient focaliser l’attention du Parlement dans les mois à venir et au-delà. Leadership avisé RBC les suit de près.
Conclure un pacte économique et de sécurité avec les États-Unis.
Lors des prochaines négociations avec les États-Unis, le gouvernement canadien devrait faire des concessions minimales jusqu’à ce qu’il obtienne la garantie que les échanges commerciaux ne seront pas soumis à des droits de douane et que l’accord commercial actuel sera respecté. Les États-Unis, quant à eux, voudront élargir la discussion, notamment à la question des frontières et de la sécurité.
Un accord a minima pourrait inclure :
Énergie et sécurité économique : Les négociateurs s’attaqueront probablement à des griefs de longue date, comme la taxe sur les services numériques. Ils tenteront aussi de résoudre le différend sur le bois d’œuvre et de renforcer les règles d’origine. Diverses évolutions stratégiques devraient avoir lieu en matière de gaz, d’énergie nucléaire et de minéraux critiques, également dans la perspective de la prochaine réunion du G7.
Défense et sécurité dans l’Arctique : Ce thème couvre aussi bien le plan visant à consacrer 2 % du PIB à la défense et la modernisation du NORAD, que la comptabilité des biens à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le nord, dont un port arctique, ou encore des engagements accrus en matière de construction de navires et de brise-glaces.
Sécurité des frontières : Bien que le Canada ait investi dans la sécurité des frontières, la poursuite de la collaboration, notamment en matière de blanchiment d’argent, d’immigration et de trafic de drogues et d’armes, figurera probablement à l’ordre du jour des négociations.
Les deux pays n’en sont pas à leur première tentative d’accord continental global en matière d’économie et de sécurité. Au milieu des années 2000, le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité visait à renforcer la compétitivité du continent en incluant le secteur privé. Bien qu’il n’ait pas abouti, de nombreuses idées ont subsisté ; citons notamment la coopération sur les maladies infectieuses, la gestion des urgences ou encore la sécurité des frontières. La nouvelle tentative a plus de chances de réussir si elle est ciblée et limitée dans le temps.
Privilégier les préfabriqués : Les maisons construites en usine peuvent être déployées plus rapidement et de manière plus rentable. Le gouvernement a promis 25 milliards de dollars de financement aux constructeurs de maisons préfabriquées. Il s’est aussi engagé à mettre l’accent sur les matériaux de construction durables.
Réduire les formalités administratives : Nous indiquions déjà précédemment que les délais d’approbation des projets au Canada « peuvent être parmi les plus longs au monde ». Le programme des libéraux prône la simplification des codes de construction nationaux, la rationalisation des réglementations et le recours accru à une conception standardisée.
Créer des options abordables : Le gouvernement a promis une enveloppe de 10 milliards de dollars pour apporter un financement à faible coût aux Canadiens à revenu faible ou moyen.
Aucune de ces mesures ne sera toutefois possible sans un travail de fond. Nous estimons que plus de 500 000 travailleurs supplémentaires seront nécessaires dans le secteur de la construction pour bâtir les logements requis d’ici à 2030. Le programme du Parti libéral, qui entend inciter les entreprises à embaucher des jeunes diplômés et proposer des programmes d’apprentissage, constitue un bon début. Mais il en faudra plus pour trouver un demi-million de travailleurs spécialisés. Plusieurs possibilités existent, et notamment privilégier les compétences en construction parmi les nouveaux immigrants, accroître les inscriptions dans les écoles de métiers qualifiés et encourager les travailleurs âgés à conserver leur emploi plus longtemps.
Face à cette crise du logement abordable, le pays doit agir rapidement et mieux organiser la coordination à tous les niveaux de gouvernement.
Créer des corridors énergétiques
Le développement de réseaux majeurs d’infrastructures énergétiques renforce la résilience économique, en permettant une diversification des exportations de matières premières essentielles. Les principales ressources naturelles canadiennes (soit les minéraux, les métaux et les combustibles) figuraient parmi les plus importantes exportations du pays en 2024. Les 175 milliards de dollars nets générés au total par l’exportation de ces ressources ont presque compensé les déficits commerciaux du Canada vis-à-vis des autres pays, dans toutes les autres catégories de marchandises.
De l’ébauche à l’élaboration en elle-même, la réussite des projets dépend des politiques visant à mobiliser les capitaux privés et à réduire les formalités administratives. À ce jour, les principales politiques mises en place par les libéraux, qui s’articulent autour des projets de loi C-69 et C-48 ainsi que du plafond d’émissions du secteur pétrolier et gazier, n’ont pas favorisé les investissements à grande échelle. Une approche « modifiée », plus pragmatique, pourrait créer un climat plus propice à l’attrait de capitaux. Ottawa se concentrera sur les points suivants :
Tarification du carbone produit par le secteur industriel : L’abolition de la taxe carbone risque de faire porter aux grands producteurs industriels le poids de la tarification du carbone. Il est probable que le prix du carbone industriel continue d’augmenter, ce qui pose des problèmes de compétitivité, alors que les dirigeants américains mettent l’accent sur la déréglementation. Même si un crédit d’impôt de 50 % sur les investissements liés à la capture du carbone permet de réduire les coûts d’investissement, une assurance quant aux revenus est cruciale pour la réussite des projets. À ce jour, l’Alliance nouvelles voies, un consortium réunissant les plus grands producteurs de sables bitumineux au Canada, n’a pas réussi à négocier des garanties concernant les crédits carbone avec le gouvernement. Il est évident que ce dernier doit actuellement arbitrer entre plusieurs priorités budgétaires. Ottawa assume déjà 50 % des coûts d’investissement de la CUSC (estimés de manière prudente à 60-75 milliards de dollars). Selon l’Alliance, il faudrait probablement des dizaines de milliards de dollars de financement supplémentaire pour les contrats sur différence (le calcul prend en compte 10-12 millions de tonnes à 125-150 dollars par tonne pendant 10 ans).
Réglementation/autorisation : Les retards réglementaires ont allongé les délais des projets, ce qui a entraîné des dépassements de coûts ou l’annulation de projets clés. En fin de compte, le capital est redistribué aux actionnaires et non mobilisé pour des infrastructures favorisant la croissance. Des politiques telles que « un projet, une évaluation » et le fait qu’un nombre plus important de projets énergétiques soient classés comme relevant de l’« intérêt national » ont un effet positif. Les gazoducs et les infrastructures de GNL en bénéficieront probablement le plus, étant donné la concordance politique sur le dossier du GNL (C.-B. et Ottawa).
Barrières commerciales provinciales : Le recours accru aux interconnexions pour favoriser les échanges est-ouest permet d’obtenir un réseau plus résistant, plus souple et plus efficace. Or, c’est de plus en plus essentiel compte tenu de l’augmentation attendue de la charge au cours des 25 prochaines années (cette dernière pourrait tripler) et de la nécessité de disposer d’une énergie bon marché pour l’industrie et le secteur manufacturier.
Préserver les finances fédérales
Les Services économiques RBC constataient récemment que la politique budgétaire devrait relever de nombreux défis. Le ralentissement de l’économie et le risque d’une récession profonde liée à la politique commerciale appellent des mesures de soutien budgétaire plus ou moins fortes. Par ailleurs, des défis structurels se profilent à l’horizon : la diminution de la productivité, la remise en question de l’accessibilité financière, le vieillissement de la population, la concentration des exportations et les mutations géopolitiques pourraient faire bondir les dépenses fédérales. La politique monétaire a ses limites et ne pourra pas répondre aux besoins les plus pressants. Par conséquent, le gouvernement devra garder à l’esprit les éléments suivants pour que le fardeau de la dette fédérale reste supportable :
Le Canada dispose d’une certaine marge de manœuvre budgétaire, même si elle n’est pas illimitée. Le fardeau de la dette brute du Canada (soit le ratio de la dette au PIB) est élevé, mais son fardeau de la dette nette est le plus faible du G7.
Les marchés tablent sur un soutien de l’économie en cas de récession. Si des mesures idoines sont prises, tant au niveau de l’envergure que de la cible, il est peu probable qu’elles suscitent un vent de panique. Les mesures de soutien visant à pallier le creux économique, à l’instar de celles prises pendant la crise de la COVID, ne conviennent pas en cas de choc commercial, car la structure de l’économie pourrait grandement changer du fait de ce choc.
Les investissements qui favorisent la croissance sont essentiels pour maintenir le niveau de la dette fédérale à un niveau soutenable. Plus chaque dollar de dépenses publiques génère des dividendes de croissance élevés, plus le fardeau de la dette fédérale restera sous contrôle, même si les dépenses augmentent.
Rééquilibrer les priorités entre les mesures d’investissement social et économique. Ces dernières années, les Canadiens ont profité de la hausse des dépenses publiques sans en absorber les coûts, puisque le gouvernement fédéral a souvent favorisé des programmes sociaux de grande envergure. La priorité est aujourd’hui différente : les autorités fédérales doivent notamment relancer les investissements des entreprises. Les mesures non financières, comme la suppression de la bureaucratie, sont certes utiles, mais une marge de manœuvre budgétaire sera également nécessaire, puisque des dépenses s’imposeront.
Rendre les dépenses sociales et autres dépenses « indispensables » plus favorables à la croissance. Les importants besoins d’investissement dans tous les pans de l’économie soulèvent la question des ressources en capital et en main-d’œuvre : sont-elles suffisantes pour obtenir des résultats en temps voulu, sans effet d’éviction ? Les dépenses publiques dans des domaines essentiels tels que le logement, la défense et la santé peuvent stimuler l’efficacité, l’innovation et d’autres moteurs de croissance, ce qui permettra à l’économie de croître dans de nombreux domaines.
Faire de l’IA un moteur de productivité
Le Canada possède de nombreux talents dans le domaine de l’IA, mais il lui manque trois catalyseurs qui peuvent générer de la prospérité : une infrastructure informatique moderne, un déploiement à grande échelle et une demande intérieure robuste. Seulement 26 % des entreprises canadiennes affirment avoir adopté l’IA. C’est huit points de moins que la moyenne mondiale – et le pays continue de reculer dans les indices de préparation à l’IA. Du fait du ralentissement de la croissance de la main-d’œuvre et de l’augmentation des coûts de cette dernière, combler l’écart d’adoption de l’IA est le moyen le plus direct d’augmenter la productivité, l’efficacité économique et la compétitivité de manière durable pour le Canada.
Le gouvernement pourrait adopter une approche triple, se positionnant à la fois en tant que facilitateur, champion et premier utilisateur de l’IA. Ensemble, tous les paris fragmentés de R&D deviendraient ainsi un véritable moteur de productivité à l’échelle nationale.
Facilitateur : Il s’agit ici de traiter les capacités informatiques comme une infrastructure essentielle, en mobilisant des capitaux patients, en obtenant des garanties d’approvisionnement et en concluant des partenariats avec des acteurs mondiaux pour faciliter l’accès aux grappes de processeurs graphiques. En outre, le gouvernement pourrait envisager des subventions et des crédits d’impôt ciblés favorisant les projets qui privilégient la propriété intellectuelle canadienne et les emplois de grande valeur dans le pays.
Champion : Les ministres pourraient devenir des ambassadeurs proéminents des réussites nationales en matière d’IA, en mentionnant ces dernières dans toutes leurs communications relatives à la productivité, à la santé et à la défense. Les outils axés sur la demande (pensons aux quotas d’approvisionnement qui réservent quelque 25-30 % des contrats pertinents aux spécialistes de l’IA enregistrés, aux lettres de première référence pour la clientèle, aux remboursements d’impôts accélérés pour les projets pilotes d’IA) ont le potentiel de générer la demande intérieure nécessaire pour empêcher les entreprises en démarrage prometteuses de fuir vers le sud.
Premier utilisateur : Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait équiper les analystes de première ligne, les auditeurs et les agents de service de copilotes sécurisés afin de réaliser des gains de productivité et de développer la maîtrise de l’IA. À plus long terme, il pourrait réorganiser les programmes autour de modèles qui apprennent à partir de différents silos ministériels, grâce à un accord de financement technologique accéléré tel que celui mis en œuvre par le ministère américain de la Défense et à de grands modèles de langage généralistes souverains partagés. Il pourrait aussi octroyer des primes d’encouragement pour les hauts fonctionnaires qui sont en mesure de mettre en œuvre des solutions d’intelligence artificielle.
Contributors:
Cynthia Leach, Économiste en chef adjoint, RBC
Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique
Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique
Reid McKay, Directeur, Responsable des politiques technologiques
Bienvenue à la Zone commerciale. Semaine 2. (Toujours en version bêta, alors faites-nous savoir ce que vous en pensez.)
Cahier
Par John Stackhouse
Les équipes se préparent à affronter une grosse semaine de changements, tant au sein du gouvernement que du secteur privé. Mark Carney se rendra à la Maison-Blanche mardi pour rétablir les relations entre les deux pays. Les discussions devraient être cordiales et porter sur les dépenses militaires et la façon dont le Canada pourrait investir davantage dans la sécurité de l’Amérique du Nord. Plus de drones. Une cybersécurité renforcée. Pouvons-nous aussi prétendre à ces futures exportations ?
J’ai passé une partie de la semaine à Vancouver, habituellement considéré comme la porte d’entrée du Canada vers l’Asie-Pacifique. Le port semblait prospérer en raison des grosses transformations actuellement en cours dans les chaînes d’approvisionnement :
Les producteurs chinois et vietnamiens ont commencé à déplacer des marchandises et des intrants vers le Canada pour contourner les droits de douane américains.
Un grand producteur agroalimentaire de la Colombie-Britannique a révélé que son acheteur américain avait réorienté la production de son entreprise vers Singapour et a demandé à un fournisseur néo-zélandais d’approvisionner les États-Unis.
Un autre grand fabricant de vêtements explique comment il a dû intégrer cette semaine les droits de douane aux prix des produits qui seront offerts en août dans les magasins nord-américains pour la rentrée scolaire.
Une autre entreprise internationale a dit avoir légèrement réduit sa production chinoise (qui n’est plus que de 20 %) pour garder une longueur d’avance sur des négociations de Trump avec d’autres marchés comme l’Inde.
Nous devrions nous attendre à d’autres changements de ce genre.
La semaine en chiffres
Apple, le géant de la technologie, a chiffré à 900 millions de dollars l’impact des droits américains pour le trimestre en cours. Le PDG, Tim Cook, a déclaré que la majorité des iPhone vendus aux États-Unis devraient provenir de l’Inde plutôt que de la Chine pour limiter l’impact des droits de douane.
Les expéditions de marchandises entre la Chine et les États-Unis ont chuté de 60 % en avril, selon des estimations. Le ralentissement de la demande a incité certaines entreprises à utiliser des navires plus petits.
750 pertes d’emplois à l’usine de General Motors à Oshawa, en Ontario. Le constructeur automobile a réagi au contexte des droits de douane en passant de trois à deux quarts de travail.
Ce que vous devez savoir
Nous avons, bien avant la visite de M. Carney à Washington, réfléchi aux éléments qui pourraient être évoqués dans le cadre d’un éventuel accord économique et de sécurité avec les États-Unis :
Sécurité énergétique et économique : Les négociateurs voudront s’attaquer à des irritants de longue date (la taxe sur les services numériques, le conflit du bois d’œuvre résineux entre le Canada et les États-Unis, le renforcement des règles d’établissement de la provenance des produits). Il faut s’attendre à des prises de position et à des stratégies sur le gaz, le nucléaire et les minéraux critiques.
Défense et sécurité dans l’Arctique : Tout, du plan visant à atteindre la cible de 2 % du PIB pour les dépenses militaires à la modernisation de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), en passant par la comptabilité à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le Nord, y compris un port en Arctique, et l’expansion des engagements en matière de construction navale et de brise-glace.
Sécurité des frontières : Le Canada a investi dans la sécurité des frontières, mais les sujets qui seront soulevés au cours des négociations dans la poursuite de la collaboration porteront probablement sur le blanchiment d’argent, l’immigration et le trafic de drogues et des armes, entre autres.
La grande question
Cette semaine, nous posons notre question à Sue Noble, vice-présidente, Financement automobile, Bureau national, RBC.
Q : Que pensez-vous des allègements des droits de douane pour le secteur automobile décrétés par Trump cette semaine ? SN: Ces allègements peuvent être considérés comme positifs, mais l’incertitude reste élevée et rend la situation difficile pour les fabricants et l’industrie. La production nord-américaine varie en fonction des fabricants et même des marques. Les constructeurs automobiles devraient, compte tenu du manque de certitude d’une stratégie à long terme connexe aux droits de douane, faire preuve de prudence.
Le mot de la fin
« Les Américains, en parlant du peuple, des entreprises et des consommateurs, ont tout à gagner à entretenir des relations plus stables avec leur principal client. Les Américains, et les personnes qui ont voté pour le président élu s’attendent à acheter des produits abordables, à faire affaire avec des entreprises qui investissent dans leurs collectivités. Les entreprises suspendent leurs investissements en période d’instabilité. »
–Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada aux États-Unis (événement The Atlantic on the Future tenu à Washington, 29 avril)
Bienvenue dans le premier numéro de Zone commerciale. Il est en phase d’essai bêta, alors n’hésitez pas à nous faire savoir ce que vous en pensez. Chaque semaine, l’équipe Leadership avisé RBC vous fera part de ce qu’elle entend de la part des gouvernements, de ce qu’elle apprend des clients et de ce qu’elle observe dans ses recherches. Elle vous fournira également une feuille de route pour la semaine, afin de vous aider à suivre le rythme.
Cahier
John Stackhouse
Si les libéraux de Mark Carney sont réélus lundi, comme le laissent croire les sondages, il faut s’attendre à ce qu’ils portent leur attention vers le sud et l’ouest d’ici la fin de la semaine.
Au sud, il faut s’attendre à l’affectation d’une équipe de nouveaux venus dans la bureaucratie, ainsi que d’un membre du cabinet du premier ministre ayant de l’expérience aux États-Unis. Un appel avec Donald Trump sera une priorité absolue, le commerce n’étant pas le seul sujet de préoccupation. L’expression « partenariat global » est un terme que l’on entend souvent et qui couvre des enjeux de sécurité des frontières, d’immigration, de l’Arctique et de défense. Et oui, le commerce, même si l’AEUMC ne restera peut-être pas longtemps dans sa forme actuelle.
Il faut s’attendre à ce que l’approche canadienne, très structurée et stratégique, se heurte à l’approche américaine, très peu structurée. L’équipe Trump avait dit aux Canadiens d’éviter les groupes de travail ou les « experts » externes. Remarque : Les négociateurs américains rendent les Mexicains fous de rage en exigeant d’eux qu’ils contrôlent les expéditions de tomates avant qu’un accord ne soit conclu.
L’équipe Trump a perdu devant les tribunaux et sur les marchés. Si cette situation perdure, le Canada pourrait opter pour une stratégie à long terme, en suivant le conseil de Napoléon : « N’interrompez jamais un ennemi qui est en train de commettre une erreur ».
À l’ouest, il faut s’attendre à ce qu’Ottawa prenne contact avec l’Alberta et la Saskatchewan, en mettant l’accent sur la diversification des exportations. Pour cela, il faudra bien plus qu’un nouvel oléoduc (qui pourrait être dans les cartes), tandis que nos provinces axées sur les ressources envisagent de nouveaux marchés. La décision choquante prise cette semaine par Dow Chemical de retarder la construction de son usine en Alberta n’est que le dernier avertissement commercial en date. (J’ai écrit un article sur le grand virage sur L’Espace commercial en m’inspirant des conversations qui ont eu lieu cette semaine au Sommet sur la croissance annuel du Forum des politiques publiques, qui est en quelque sorte les Olympiques des mordus de politique).
L’Ontario est coincé entre le Potomac et les Prairies, mais pas pour longtemps. Doug Ford a volé la vedette au sommet du FPP en attaquant Donald Trump avec fougue (« Parfois, le fromage semble tomber du craquelin avec ce type ») et en lançant un appel passionné aux conservateurs progressistes. M. Ford semble prêt à jouer les mauvais flics face aux bons flics du prochain premier ministre. Il est peut-être aussi en train de s’échauffer pour un autre rôle.
Préparez-vous à entendre parler de l’Europe comme d’un nouveau (ancien) partenaire pour l’approvisionnement militaire, les normes en intelligence artificielle et, oui, le commerce. Ces conversations prendront de l’élan avant le sommet du G7 qui se tiendra en Alberta en juin et au cours duquel nous nous attendons à ce que le GNL et les centres de données soient au premier plan. Si l’équipe Trump se présente – il n’y a rien à parier – elle voudra s’assurer d’un certain alignement sur le financement du GNL, en particulier pour les marchés émergents, et de l’accès à l’électricité alimentée par le gaz pour ses sociétés à très grande échelle (le dernier euphémisme pour « géants technologiques »).
Le climat revient dans les conversations sur le commerce, mais pas en Amérique du Nord. L’Europe va de l’avant avec l’ajustement carbone aux frontières (qu’il ne faut pas appeler taxe sur le carbone). Le Japon propose également un système d’échange de droits d’émission comprenant des crédits carbone transfrontaliers et une surtaxe sur les combustibles fossiles. Il faut s’attendre à ce que le système fragmenté de tarification du carbone industriel du Canada fasse partie d’une discussion probable en marge du G7. (On vous a dit que la réunion se tiendra en Alberta ?)
La participation autochtone sera un aspect important de toute nouvelle relation commerciale, bien plus qu’il y a cinq ans. Nous participerons à la grande conférence de la First Nations Major Projects Coalition qui se tiendra à Toronto la semaine prochaine et nous nous attendons à ce que M. Ford et peut-être un nouveau premier ministre en profitent pour faire avancer leurs stratégies d’investissement. (Pas d’investissement, pas de commerce). Des chefs autochtones de l’Alaska et de l’Utah – bonjour, les républicains –, qui pourraient proposer un autre type de relations transfrontalières, figureront aussi parmi les invités de marque.
Ce que vous devez savoir
➔ Nous estimons que 125 milliards de dollars sont à risque pour le Canada, car le président américain Donald Trump lorgne cinq secteurs stratégiques.
➔ Pour tenter d’échapper aux droits de douane et en attendant la fin de la guerre commerciale, les vendeurs tiers d’Amazon et de Walmart déplacent leurs stocks de la Chine vers des entrepôts exempts de droits de douane au Canada.
➔ Coke et Pepsi : qui est le vainqueur de l’ultime test de goût, euh, des droits de douane ?
➔ Où voyons-nous le ratio de la dette du Canada au cours des trois prochaines années dans le pire des scénarios sur les droits de douane :
Pour conclure
« Tous les regards sont actuellement tournés vers l’Arctique. Nous sommes la porte d’entrée du passage vers le Nord-Ouest et au premier plan des discussions sur la sécurité et la souveraineté. » – P. J. Akeeagok, premier ministre du Nunavut
« Personne ne va se ruer pour construire des usines en Amérique. La volatilité des politiques nuit en fait à l’objectif même que l’on tente d’atteindre. » – Ken Griffin, chef de la direction de Citadel
« La renégociation de l’AEUMC comprenait un accord sur le commerce numérique très avant-gardiste. Je pense qu’il y a là une excellente occasion, et cela contraste avec ce que l’on a observé dans certains pays, où la souveraineté des données a été plus restrictive. » – David Schwimmer, chef de la direction de la Bourse de Londres
« L’UE travaille à une réponse ciblée et mesurée au cas où nous ne parviendrions pas à un accord [avec les États-Unis] rapidement. » – Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté l’industrielle et numérique de la France
Sur le plan économique, tout indique en théorie qu’une société plus qualifiée sera plus productive. Les pays et les régions dont la population est plus qualifiée sont ceux qui attireront les secteurs de pointe, en plus d’être ceux où l’épargne et les investissements seront plus importants et où de tout nouveaux secteurs économiques émergeront.
Ce n’est pas encore le cas au Canada. Même si la population canadienne affiche l’un des taux de diplomation postsecondaire les plus élevés au monde et que la fréquentation des établissements d’études postsecondaires est en hausse constante depuis 25 ans, le pays tire de l’arrière au chapitre de la performance économique, incluant la productivité. Un trop grand nombre de diplômés des études supérieures n’arrivent pas à faire progresser la performance économique. Trop peu d’employeurs réussissent à créer des équipes qui présentent les bonnes aptitudes. Trop souvent, les étudiants ignorent comment leurs études leur permettront d’accéder à un emploi. De plus, les étudiants étrangers peinent toujours à être plus productifs dans une économie qui évolue rapidement.
Il est d’autant plus urgent de relever ces défis compte tenu de la détérioration des relations commerciales qui obligent les entreprises canadiennes à chercher rapidement des occasions d’accroître leur présence mondiale et de devenir plus concurrentielles. La recherche des meilleurs talents constitue le nerf de la guerre commerciale.
Bien entendu, cet enjeu n’est pas vraiment nouveau. Au Canada, le secteur postsecondaire, les employeurs et les gouvernements s’efforcent depuis des années, des dizaines d’années en fait, de bâtir une économie plus productive basée sur le savoir et les aptitudes.
Or, malgré toutes les innovations misant sur la préparation à l’emploi, l’éducation est encore loin de contribuer à l’économie. Une situation que le Canada ne peut pas se permettre étant donné ses difficultés sur le plan économique et de la productivité.
Dans le présent rapport, nous expliquons les raisons pour lesquelles le Canada n’arrive pas à profiter des retombées de son système d’éducation postsecondaire qui est pourtant reconnu à l’échelle mondiale. Nous formulons également des recommandations pour que l’éducation postsecondaire devienne un instrument de productivité. Il s’agit d’un instrument essentiel pour accroître l’avantage concurrentiel du Canada. Enfin, nous présentons des moyens que certaines économies plus productives ont pris pour tirer parti du capital intellectuel et de la force de recherche de leur système d’éducation postsecondaire. Nous présentons également à des fins de réflexion de nouvelles façons de concevoir les programmes d’études postsecondaires offerts.
Cette année, RBC a lancé Le projet Croissance qui se veut une initiative pour découvrir une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne. Tout au long de ce projet, nous explorerons les principaux moteurs de la croissance économique, comme la productivité. Pour préparer notre rapport dans lequel nous tentons de comprendre pourquoi l’économie est au point mort, nous avons participé à la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES) pour réfléchir au rôle que joue l’éducation postsecondaire dans la crise de la productivité au Canada.
La productivité est un indicateur important de la capacité d’une économie à générer un revenu supplémentaire pour chaque heure travaillée. Certaines économies génèrent un revenu supplémentaire par heure travaillée supérieur aux autres, ce qui leur permet d’afficher une performance et une croissance économiques plus élevées.
Où en sommes-nous ?
La croissance de la productivité de la main-d’œuvre au Canada diminue même si un plus grand nombre de Canadiens obtiennent un diplôme d’études
Malgré sa population hautement qualifiée, le Canada affiche un niveau de productivité inférieur — La population du pays est l’une des plus qualifiée parmi les membres du G7 et supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2024, environ 63 % des Canadiens de 25 à 64 ans détenaient un diplôme d’études postsecondaires, contre 41 % en moyenne pour les pays de l’OCDE.1 Or, ces deux graphiques montrent que notre niveau de productivité n’a pas suivi la même trajectoire. Non seulement tirons-nous de l’arrière par rapport aux autres pays, mais l’écart s’est en plus creusé au cours des dix dernières années, même si la part de diplômés des études supérieures, dont celle des nouveaux arrivants, a augmenté.
La croissance de la productivité est inférieure à celle de nombreux pays de l’OCDE
Croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d’œuvre, de 2014 à 2023, en %
Sources : OCDE, Services économiques RBC
Nos diplômés se trouvent un emploi, mais leur rémunération est inférieureà celle des autres pays — Les diplômés du collégial et de l’université présentent au fil du temps un taux de chômage inférieur et un revenu supérieur aux Canadiens qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires2. Cependant, si l’on fait abstraction du niveau d’études, les Canadiens gagnent en moyenne 8 % de moins que les Américains3, un écart qui se creuse dans de nombreux emplois4. Il s’agit de l’une des raisons qui expliquent l’exode des cerveaux, c’est-à-dire les diplômés des études supérieures qui choisissent de travailler aux États-Unis, ce qui nuit au Canada, notamment sur le plan économique. En excluant le coût et la qualité de vie aux États-Unis, le Canada demeure en milieu de peloton en ce qui a trait au rendement du capital investi de chaque personne ayant poursuivi des études supérieures comparativement aux autres pays5.
Enseignement postsecondaire au Canada
Le Canada compte plusieurs systèmes d’éducation postsecondaire. De fait, chaque province et territoire est responsable (une compétence protégée par la constitution dans le cas des provinces et déléguée par le fédéral aux territoires) d’établir et de réglementer ses universités, collèges et instituts, notamment en leur déléguant les pouvoirs en matière de sanction des études et sur les questions relatives au financement et aux droits de scolarité. C’est pourquoi les politiques et les systèmes varient à l’échelle du pays. Environ 64 % des étudiants de niveau postsecondaire sont inscrits à l’université et 36 % au collège6, dont la grande majorité fréquente un établissement public parmi 100 universités et plus de 200 collèges, dont 13 écoles polytechniques.7 À cela s’ajoutent plus de 1 500 collèges privés d’enseignement professionnel, dont près de la moitié se situent en Ontario.8
Traditionnellement, les universités offrent des cours menant à un diplôme à long terme dans des disciplines académiques, alors que les collèges publics offrent des cours menant à court terme à un diplôme centré sur la carrière. Cependant, les gouvernements provinciaux autres que ceux du Québec et des quatre provinces de l’Atlantique permettent également à certains collèges publics de décerner des diplômes9 et des certificats souvent octroyés par les universités. Par ailleurs, le gouvernement fédéral contribue aux systèmes d’éducation postsecondaire en offrant des bourses de recherche, de l’aide financière aux études et des paiements de transfert aux provinces10.
Les défis
Dans le meilleur des mondes, c’est en développant une main-d’œuvre qualifiée, en stimulant l’innovation grâce aux efforts de recherche et en favorisant la collaboration entre les secteurs que l’enseignement supérieur alimente la productivité. Les établissements postsecondaires permettent aux diplômés d’acquérir des aptitudes essentielles, fournissent aux entreprises des recherches de pointe et alimentent la croissance économique en créant de nouvelles technologies et en faisant émerger des jeunes pousses et des talents. La recherche montre une corrélation positive entre la santé économique d’une région et la présence d’établissements d’enseignement supérieur, et que le PIB sera rehaussé de 0,4 % pour chaque augmentation de 10 % du nombre d’universités par habitant11. Cet effet est attribuable au dynamisme dont profitent le capital humain et l’innovation et non pas seulement aux dépenses directes des établissements et des étudiants.
Les établissements d’enseignement supérieur favorisent également la vitalité sociale et intellectuelle d’une communauté, d’une région et d’une société, même si l’effet est difficile à évaluer. Néanmoins, le cas du Canada nous permet de comprendre que l’existence d’un système d’enseignement supérieur alimenté par ses nombreux participants et ses activités de recherche ne se traduit pas nécessairement par un rendement élevé lorsqu’on l’évalue en fonction de paramètres économiques.
Qu’est-ce qui cloche ? Le manque de données et de recherches limite la capacité de déterminer les facteurs qui contribuent à la valeur économique globale de l’éducation postsecondaire.12 13 Nous pouvons toutefois observer ce qui se passe dans les autres pays qui affichent une meilleure productivité et qui disposent de solides systèmes postsecondaires pour établir ce qui fonctionne et les stratégies qui semblent prometteuses, dont quelques-unes vous sont présentées plus loin. Nous pouvons aussi recenser les lacunes évidentes au pays, que ce soit dans le développement du capital humain ou dans la recherche.
Des écarts persistent entre les connaissances et les aptitudes acquises dans les systèmes d’enseignements supérieurs et les besoins du marché du travail au Canada.
L’OCDE mentionne « qu’un niveau de scolarité plus élevé ne se traduit pas nécessairement par de meilleures aptitudes ».14 Selon les enquêtes menées auprès des employeurs, les entreprises éprouvent encore des difficultés pour embaucher des employés qui possèdent les aptitudes nécessaires, surtout des aptitudes interpersonnelles et en communication.15 Nous savons aussi que l’écart se creuse dans le cas des aptitudes techniques des diplômés liées à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et aux mégadonnées, qui gagnent toutes rapidement en importance.
En raison du caractère inadéquat des modèles d’affaires des établissements postsecondaires, les systèmes d’enseignement supérieur du Canada ne pourront pas atteindre leurs objectifs dans l’état actuel de l’économie mondiale.
Le bilan des établissements postsecondaires est peu reluisant. Les finances de ces établissements se détériorent rapidement à cause de la stagnation du financement gouvernemental provincial, du plafonnement, voire du gel, de l’augmentation des droits de scolarité des étudiants, et du changement de la politique fédérale sur l’immigration qui a fait chuter brusquement le nombre d’étudiants étrangers et les revenus imposants provenant de leurs droits de scolarité plus élevés qui contribuaient à leurs bénéfices. La diminution de leurs revenus est susceptible de s’aggraver en l’absence d’une réforme de leurs modèles d’affaires pour les adapter à l’évolution de l’économie.
Le problème est que les dirigeants des établissements postsecondaires n’ont pas assez de contrôle sur leurs sources de revenus, sont assujettis à des règles de gestion budgétaire et n’ont peu ou pas la capacité de réduire ou de réaffecter une partie de leurs charges fixes les plus importantes. Les salaires et les avantages sociaux des employés représentent plus de 50 % des dépenses totales des collèges et des universités.16 Par ailleurs, les nombreuses facultés permanentes ainsi que la protection que confèrent les conventions collectives et l’ancienneté au corps professoral empêchent les établissements d’ajuster ou d’éliminer des programmes en fonction des inscriptions et de la demande. L’embauche de chargés de cours pour enseigner aux étudiants est l’une des stratégies qui visaient en théorie à obtenir une plus grande souplesse. En pratique, cette stratégie n’a pas fait de miracle et a entraîné la création d’un sous-groupe de professeurs qui ne disposent pas de ressources suffisantes ou d’une stabilité d’emploi élémentaire.
Dans un tel contexte financier fragile et limité, les programmes d’études universitaires qui s’harmonisent le mieux aux secteurs très productifs sont ceux qui coûtent le plus cher à exploiter. Les programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) sont en plein essor depuis plus de 30 ans, profitant de l’engouement du marché du travail et des étudiants. De fait, les inscriptions sont passées de 18,3 % en 1992-1993 à près de 26 % en 2022-2023.17 L’utilisation de laboratoires, d’ordinateurs et d’autre équipement fait grimper leur coût qui représente au moins le double de celui d’une formation en sciences humaines ou en administration des affaires.18 19 Si les collèges et les universités ne peuvent plus compter sur les sources traditionnelles de revenus, ces établissements devraient être libres, voire incités, de trouver de nouveaux flux de revenus, d’élaborer de nouveaux modèles de financement et de revoir leur mission éducative en fonction de leurs besoins, mais aussi, de façon plus large, de leur rôle à l’échelle de la société et de l’économie. Prenons l’exemple de l’Université d’État de l’Arizona (que nous verrons plus loin), qui a adopté une approche entrepreneuriale pour réinventer ses programmes, ses activités de recherche ainsi que son modèle d’affaires afin de reprendre le contrôle sur sa destinée fragilisée par une réduction du financement de l’État tout en faisant de l’accès aux étudiants, notamment des groupes marginalisés, sa priorité.
Le Canada manque de données comparables pour évaluer le rendement de nos systèmes postsecondaires et faire des liens avec les données du marché du travail.
Il est difficile de régler un problème quand on n’a pas toute l’information. Or, c’est ce qui arrive au Canada qui manque de données pour évaluer la performance de ses systèmes d’éducation postsecondaire.20 Les statistiques sur la proportion d’études complètes et l’emploi sont parfois connues, mais les données sur la performance ne sont pas uniformes d’une province ou même d’un établissement à l’autre. Elles ne sont par ailleurs pas publiées en temps opportun ni assez fiables pour pouvoir évaluer si les aptitudes des diplômés correspondent aux besoins du marché du travail. Puisque la responsabilité de l’enseignement supérieur relève des provinces et des territoires, la normalisation de ces données à l’échelle nationale peut sembler impossible. Or, l’intérêt renouvelé pour trouver des façons de mieux harmoniser les économies et le commerce entre les provinces et les territoires représente une occasion idéale d’inviter les établissements postsecondaires à la table de discussion.
Des pays comme les États-Unis et l’Australie font un meilleur suivi des données d’enseignement postsecondaire, ce qui leur permet de discuter des politiques publiques et d’y apporter des changements de façon éclairée. Aux États-Unis, les établissements qui participent aux programmes fédéraux d’aide aux étudiants sont tenus d’effectuer le suivi des données qui peuvent ensuite être consultées dans les systèmes intégrés de données d’éducation postsecondaire. L’Australie a élaboré des indicateurs de qualité pour l’apprentissage et l’enseignement tirés d’enquêtes parrainées par le gouvernement qui sont menées chaque année auprès des étudiants aux niveaux supérieurs de l’inscription à l’emploi.
Les diplômes des études supérieures ne correspondent pas tout à fait aux besoins.
Près de 15 % de la population active au Canada est titulaire d’un diplôme d’études supérieures, ce qui est un peu moins que la proportion de 16 % de bacheliers en 1997.21 Or, ces diplômes ne mènent pas tous vers un emploi où une telle formation est exigée. (En fait, le nombre d’emplois vacants pour lesquels seul un diplôme d’études secondaires est exigé est plus élevé que ceux où l’on demande un baccalauréat ou un diplôme plus élevé22.)
Par conséquent, on observe un nombre croissant de Canadiens hautement qualifiés dans des emplois qui ne mettent pas à profit leur diplôme. Le Canada s’est classé au deuxième rang des 37 pays de l’OCDE pour son taux le plus élevé de travailleurs surqualifiés23, qui s’élève à 10,6 % pour les travailleurs nés au Canada et à 11,8 % pour les immigrés ayant étudié au Canada en 202324.
Il ne fait aucun doute que les titulaires de diplômes d’études supérieures gagnent un salaire plus élevé que ceux qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires. Or, l’écart se resserre lorsqu’on les compare les détenteurs d’un baccalauréat et d’une maîtrise. Entre 1997 et 2019, l’écart de salaire était de 23 % en moyenne. Depuis la pandémie, l’écart a diminué pour s’établir à 18 %, car un plus grand nombre de titulaires de diplôme d’études supérieures sont en concurrence pour décrocher un nombre inférieur d’emplois nécessitant leurs compétences25. Le choix du programme est également un facteur important : les docteurs en administration des affaires sont ceux qui gagnaient le salaire le plus élevé en 2021, selon une analyse menée auprès de cette cohorte, alors qu’ils ne représentaient que 4 % de tous les docteurs. À l’inverse, les docteurs en sciences humaines (9 %) et en sciences (22 %) figuraient parmi ceux dont le salaire était le moins élevé. Le salaire des titulaires d’un doctorat en mathématiques et en informatique est celui qui a enregistré la plus forte croissance au cours des cinq années suivant l’obtention du diplôme26.
Soulignons également que les titulaires de doctorats sont moins nombreux à travailler dans le secteur privé au Canada comparativement aux États-Unis. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que notre économie demeure en majeure partie basée sur les ressources et en raison des investissements moins importants dans les secteurs de la recherche et développement qui exigeraient de telles aptitudes27. Néanmoins, les étudiants diplômés participent généralement moins aux programmes d’apprentissage intégré au travail (que nous verrons plus loin) et ont peu d’occasions de montrer et de mettre en pratique leurs aptitudes et leur savoir-faire aux entreprises canadiennes qui pourraient en tirer parti. Certes, le Canada a besoin de diplômés des études supérieures, mais il faudrait davantage penser à privilégier les programmes qui répondent le mieux aux besoins et à la façon de profiter le plus des aptitudes et des connaissances qu’ils permettent d’acquérir.
Une expansion des campus et des programmes a été observée au Canada au cours des 25 dernières années, mais on ignore si leur nombre ou leur répartition est favorable.
Le nombre d’étudiants aux niveaux supérieurs a augmenté au cours des 35 dernières années, ce qui a entraîné une expansion des programmes et des campus. L’enseignement postsecondaire doit être de qualité pour former et inspirer la nouvelle génération de talents et de travailleurs qualifiés tout en favorisant les découvertes transformatrices. Il est toutefois intéressant de se demander si la taille et la répartition de la centaine d’universités publiques, auxquelles s’ajoutent plus de 200 collèges avec leurs campus associés et les plus de 25 000 programmes qui y s’offrent répondent aussi bien qu’ils le pourraient aux besoins les plus urgents et contribuer à créer une économie plus productive au pays.
Cette question est d’autant plus importante depuis que le nombre d’étudiants étrangers a été limité, car ce bassin d’étudiants permettait jusqu’en 2024 de contrebalancer la diminution plus récente des inscriptions et des revenus des étudiants canadiens, particulièrement ressentie dans certaines régions. Selon les projections démographiques, la tranche de Canadiens de 15 à 24 ans devrait enregistrer une croissance modeste au cours de la prochaine décennie avant de diminuer pour s’établir légèrement au-dessus du niveau actuel28.
Nous avons aussi encore en tête la crise financière de 2021 qui a secoué l’Université Laurentienne de Sudbury en Ontario, lorsque l’établissement a déclaré faillite principalement en raison de la piètre planification de ses projets d’investissement et de sa lourdeur administrative, comme nous l’avons appris plus tard29.
Réfléchissons sérieusement aux façons de mieux arrimer les ressources d’enseignement supérieur à un bassin démographique plus large d’étudiants (p. ex., les baby-boomers vieillissants) et de les adapter en fonction de l’évolution des besoins de l’économie.
Nous ne donnons pas aux diplômés internationaux des établissements postsecondaires au Canada les outils pour s’intégrer aux secteurs à forte productivité du marché du travail.
Les étudiants étrangers font partie de la solution pour répondre aux besoins économiques et résoudre la crise de productivité auxquels le Canada devra faire face. Or, au cours des dernières années, nous avons constaté que les efforts déployés au pays pour recruter ces étudiants ont conduit à des dérapages, de sorte que les étudiants n’ont pas obtenu ce qu’ils cherchaient ou se sont retrouvés dans des programmes qui n’offrent pas de débouchés dans des secteurs à valeur élevée. Par exemple, les étudiants étrangers privilégieront souvent les programmes d’administration des affaires au détriment des STGM30, ce qui fait qu’ils sont nombreux à avoir de la difficulté à trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme, même si leur visa leur permet de rester.
À mesure que le Canada s’efforce de réduire et de recalibrer son bassin d’étudiants, nous devrions mettre l’accent sur le recrutement et la formation d’étudiants étrangers de grande qualité tout en cherchant à développer une main-d’œuvre ciblée. Le gouvernement fédéral a récemment imposé cette exigence en adoptant de nouvelles règles concernant les domaines d’études dans lesquels les étudiants étrangers doivent s’inscrire pour être admissibles à un permis de travail postdiplôme.
Il s’agit d’un bon point de départ, mais cette stratégie n’a pas tout à fait donné les résultats escomptés et a plongé plusieurs établissements postsecondaires en crise, les contraignant à combler de toute urgence les trous laissés dans leurs finances et leurs programmes. Lorsque la situation reviendra à la normale, le choix de domaines d’études devrait également tenir compte de la demande de main-d’œuvre des régions. Les étudiants étrangers auront aussi besoin d’un meilleur soutien pour mettre en pratique leurs aptitudes dans leur milieu de travail sous la forme de services personnalisés d’orientation professionnelle et d’occasions d’apprentissage intégré au travail en raison des difficultés de certains liées aux restrictions imposées aux travailleurs étrangers.
Les étudiants ont besoin d’un éventail d’outils plus complet.
Nous avons besoin d’experts en science des données capables de raconter des histoires, des électriciens qui peuvent expliquer les termes techniques complexes à leurs clients, et des créateurs culturels dont les connaissances de pointe en technologie numérique leur permettent de réaliser des prouesses. Les aptitudes et les connaissances techniques acquises dans les programmes de STGM sont précieuses, tout comme le sont les aptitudes où les sciences sociales excellent : la capacité de s’exprimer à l’écrit et à l’oral de façon efficace et convaincante, la pensée critique et les approches créatives en résolution de problèmes.
Par ailleurs, les étudiants finissent parfois par travailler dans un autre domaine que celui dans lequel ils ont été formés, que ce soit dans les STGM, les affaires ou les sciences sociales31. Il n’existe pas assez de programmes d’études postsecondaires qui favorisent l’acquisition de connaissances dans plusieurs disciplines. Or, certains programmes comme le baccalauréat ès arts et sciences offert par l’Université McGill et qui permet aux étudiants de suivre des cours des deux facultés ou le programme de baccalauréat en industries culturelles de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique qui offre une formation combinée en arts, technologies et affaires sont des exemples prometteurs. De nombreux programmes permettent aux étudiants de faire des choix et ainsi d’élargir par eux-mêmes leurs connaissances et aptitudes.
Cela n’est toutefois qu’une infime partie de ce que nous pouvons ou devons accomplir. Puisque les inscriptions dans les programmes de sciences humaines continuent de diminuer, il est nécessaire que les établissements postsecondaires réinventent les compétences de base que les sciences humaines offrent à tous les étudiants et à la façon de les offrir dans l’ensemble des cursus, programmes et facultés compte tenu de la demande croissante pour les STGM. La pensée critique et la capacité à analyser des problèmes complexes sont des aptitudes clés pour les emplois les plus demandés compte tenu des progrès en intelligence artificielle et en automatisation32, tout comme la capacité à déterminer comment utiliser efficacement ces technologies. Le temps serait-il venu de faire tomber les barrières qui freinent l’intégration des STIAM plus concrètement dans les programmes et les cursus de la plupart des étudiants ?
Les entreprises canadiennes ne tirent pas pleinement parti de la recherche postsecondaire et peinent à adopter les innovations qui en découlent.
En 2022, le Canada s’est hissé au 10e rang mondial pour ce qui est des publications scientifiques33 en plus d’être un chef de file dans certains domaines comme l’intelligence artificielle. Or, les entreprises canadiennes ne sont pas au rendez-vous lorsque vient le temps de tirer parti des découvertes réalisées au pays. Les États-Unis font beaucoup mieux à ce chapitre, car ils jouissent d’un écosystème plus solide qui favorise la transposition de la recherche en application concrète dans le marché, que l’on pense au financement en capital de risque, aux politiques publiques de soutien et au cadre d’applications de la propriété intellectuelle qui incite les chercheurs et les établissements postsecondaires à commercialiser leurs découvertes.
Cela dit, en 2022, les entreprises canadiennes ont investi à peine 1,7 % du PIB en recherche et développement, ce qui est moins que la moyenne de l’OCDE et largement en deçà des pays très productifs comme Israël (6,0 %), la Corée du Sud (5,2 %) et les États-Unis (3,6 %)34. Même dans la recherche en IA où le Canada est un chef de file, nous accusons du retard sur les autres pays quand vient le temps d’en faire un usage commercial.
Comment pouvons-nous faire mieux ?
La question de l’adéquation entre l’enseignement postsecondaire et la formation et les besoins du marché du travail se pose depuis un moment. Les collèges et les universités y travaillent et réussissent à trouver de plus en plus de pistes novatrices. Or, le son de cloche est différent du côté des employeurs et des données économiques et laisse penser que le Canada n’arrive toujours pas à se doter d’une main-d’œuvre qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires pour accroître sa productivité dans un monde de plus en plus concurrentiel. Voici quelques pistes de solution :
Lever les obstacles qui empêchent les établissements d’innover.
Les établissements postsecondaires canadiens ont besoin de nouveaux modèles d’affaires qui leur permettent d’adopter une approche plus entrepreneuriale et d’avoir un meilleur contrôle de leur destinée financière tout en demeurant responsables et imputables à l’égard des personnes et des communautés qu’ils desservent.
Trop souvent les établissements qui cherchent à innover se butent à une multitude de règles fédérales, mais surtout provinciales, qui encadrent toutes leurs activités, des droits de scolarité, aux approvisionnements en passant par les partenaires et les programmes obligatoires, sans obtenir de soutien financier des gouvernements. Un assouplissement raisonnable de la réglementation aurait le mérite de favoriser leur créativité, un esprit de collaboration et leur capacité à s’adapter aux changements. À l’interne, les collèges et les universités doivent se doter de mécanismes pour encourager le changement là où se trouvent des obstacles et de la résistance face à la création ou aux changements de programmes ou à la collaboration avec les secteurs pour concevoir les programmes.
Améliorer la notoriété et la définition des aptitudes acquises dans les établissements d’enseignement postsecondaire.
Les futurs étudiants et les nouveaux diplômés doivent connaître les aptitudes acquises dans le cadre d’un programme afin de s’assurer qu’il correspond à leurs attentes et de pouvoir communiquer ces aptitudes aux employeurs. Certains programmes communiquent déjà ces renseignements, notamment dans les collèges, mais une telle pratique devrait être généralisée et faire partie des données comparables utilisées pour évaluer le rendement des systèmes postsecondaires à l’échelle nationale qui peuvent être liées aux données du marché du travail.
Le défi peut être plus grand pour les titulaires de diplômes d’études supérieures, dont la plupart ne sont pas issus du milieu académique. Ces diplômés, mais également leurs employeurs, doivent connaître quelles aptitudes sont acquises durant leurs recherches et de quelle façon ils pourront les appliquer dans un milieu autre qu’académique.
Adopter l’apprentissage intégré au travail là où les besoins sont les plus criants.
L’apprentissage intégré au travail se veut une façon de faire vivre à un étudiant une véritable expérience de travail dans le cadre de son programme d’études supérieures. Les stages, les formations pratiques, les programmes coopératifs, le mentorat auprès d’un entrepreneur et le travail sur le terrain en sont autant d’exemples. Ces expériences aident les étudiants à appliquer leurs apprentissages en milieu de travail et à acquérir de nouvelles aptitudes pertinentes en plus d’aider les entreprises à recruter des étudiants et à les former en fonction de leurs besoins particuliers.
C’est pourquoi l’apprentissage intégré au travail est l’une des pistes de solution pour relever les enjeux de productivité et d’aptitudes au Canada. De fait, les deux tiers des employeurs qui participent à de tels programmes par l’entremise de la TRAES ont déclaré avoir observé une hausse de leur productivité35. Or, même si des progrès importants ont été accomplis au chapitre des occasions d’apprentissage intégré au travail, ce n’est pas encore la norme, car à peine la moitié de tous les diplômés des études postsecondaires avaient profité d’une telle occasion en 202036. Les occasions sont également variables, puisque les étudiants au doctorat (18 %) et ceux des programmes de sciences humaines (16 %) ont moins accès à de telles expériences37.
La plupart des sociétés canadiennes sont des petites et moyennes entreprises (PME) et font face à un plus grand nombre d’obstacles que les plus grandes sociétés pour intégrer des expériences traditionnelles d’apprentissage intégré au travail, en termes de ressources, de temps et de risque. Des formules plus courtes, plus souples et qui nécessitent moins de ressources sont mieux adaptées à la réalité et aux besoins des PME et en font un meilleur choix. Elles devraient faire partie des expériences d’apprentissage intégré au travail proposées sous forme de mandats de services-conseils, de multiples stages de courte durée d’au plus 10 jours, de stages et de projets en ligne, et de participation à des concours sectoriels comme des marathons de programmation, des compétitions et des projets soumis par les employeurs qui font l’objet d’une évaluation.38
Multiplier les occasions de rehausser et de mettre à niveau les aptitudes.
Les entreprises sont tenues d’aider leurs travailleurs à maintenir les aptitudes nécessaires pour continuer d’exécuter les tâches qui évoluent, notamment sur le plan de la technologie. Les établissements postsecondaires sont bien placés pour offrir ce type de formation et peuvent saisir cette occasion d’en faire une source de revenus lors d’une refonte de leur modèle d’affaires. Trop souvent, les entreprises canadiennes peinent à collaborer avec les établissements postsecondaires et finissent par développer leurs propres outils de formation à l’interne.39
Pour y arriver, les établissements d’enseignement supérieur doivent demeurer à l’affût des occasions visant à rehausser les aptitudes dans leur communauté, collaborer avec les employeurs (et vice versa) pour comprendre quelles sont les aptitudes à améliorer et proposer des solutions et des programmes adaptés à la vie personnelle et professionnelle des apprenants. Un choix judicieux serait de se tourner vers les facultés d’éducation permanente. Les gouvernements pourraient également soutenir financièrement ces programmes et en faire la promotion en offrant des incitatifs fiscaux ou autres, au moment où ils cherchent des politiques pour atténuer les perturbations au sein de la main-d’œuvre. Les microcertifications, des programmes courts souvent offerts en ligne, sont l’une des solutions de rehaussement des aptitudes qui se sont avérées efficaces auprès des travailleurs qui ont besoin d’acquérir des aptitudes complémentaires,40 notamment les programmes et les cours créés par les établissements postsecondaires. L’Ontario, par exemple, permet d’y accéder par l’intermédiaire du portail eCampus qu’elle finance.
Les établissements postsecondaires peuvent aussi élaborer des programmes de mise à niveau des aptitudes pour les travailleurs qui ont besoin d’acquérir de toutes nouvelles aptitudes recherchées en raison d’une réorientation professionnelle. Les programmes de replacement externe offerts en collaboration avec des entreprises locales en sont un exemple. Puisque l’apprentissage y est plus important que dans un programme de rehaussement des aptitudes, la progression peut être plus difficile, surtout si l’on veut des résultats rapides. Les programmes d’éducation axée sur les compétences peuvent être une bonne solution. Ces programmes visent à offrir un éventail précis de compétences souvent nécessaires pour occuper un emploi donné, en soins infirmiers, par exemple. Les cours sont souvent offerts en formule flexible, virtuelle, personnalisée, autodirigée, et les apprentissages antérieurs sont généralement reconnus. Peu utilisée au Canada, cette approche est plus répandue aux États-Unis et pourrait inspirer les réformes visant la structure et la conception des programmes traditionnels.41
Stimuler la différenciation entre les établissements.
Le Canada fait belle figure en matière d’accès aux études postsecondaires dans toutes les régions du pays et dans les communautés éloignées. Or, nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens. Les établissements n’ont pas tous besoin d’un centre de recherche en intelligence artificielle pas plus qu’un département d’histoire.
La différenciation est essentielle et, à ce titre, les collèges publics et les universités sont encouragés à miser sur l’enseignement, les apprentissages et la recherche dans les disciplines où elles excellent, et dissuadés d’offrir les mêmes programmes lorsque cela n’est pas nécessaire. Le gouvernement de l’Ontario suit cette politique, mais sans avoir une vision stratégique du secteur ou définir le rôle des collèges et celui des universités.42
La différentiation peut signifier que certains établissements seront spécialisés et excelleront dans l’enseignement aux étudiants de premier cycle, comme les universités de la Maple League de l’est du Canada, ou seront très impliqués en recherche, comme l’Université de Toronto, ou que leurs programmes d’enseignement et de recherche seront principalement axés sur leurs secteurs locaux importants comme les écoles polytechniques du pays.
Les établissements peuvent aussi se différencier par leurs modèles d’affaires afin de poursuivre leurs activités et de conserver leur pertinence. Leur différenciation peut être établie au moyen d’une convention négociée entre l’établissement et le bailleur de fonds publics, comme en Ontario, qui définit le mandat stratégique de l’établissement. Les modèles de financement public de la recherche peuvent aussi favoriser la différenciation et accroître la capacité en encourageant la spécialisation des établissements, comme le fait le gouvernement fédéral avec son Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada.
La crise financière qui compromet de plus en plus la pérennité des collèges et des universités fait de la différenciation un impératif stratégique pour chaque établissement.
Aider les entreprises canadiennes à se tourner vers la recherche et à y investir.
Les chercheurs de classe mondiale de notre système d’éducation postsecondaire font partie d’un pipeline d’innovation, dont les entreprises canadiennes qui en font partie peuvent mettre en application les découvertes des chercheurs, les commercialiser, les approfondir, les intégrer à leurs activités et accroître leur avantage concurrentiel. Or, ce pipeline est ralenti par les processus réglementaires et d’approbation fragmentés de tous les paliers de gouvernements, ce qui retarde et complique les décisions d’investissement des entreprises. La simplification de ces processus en mettant en place, par exemple, une méthode d’évaluation de l’environnement harmonisée entre le fédéral et les provinces pour les projets qui revêtent une importance stratégique sur le plan national accélérerait les approbations et stimulerait les investissements privés dans les nouveaux grands projets.
Notre système fiscal désuet doit aussi être revu en profondeur dans une optique qui viserait à encourager le privé à investir davantage en recherche et développement au Canada. Cette révision pourrait inclure une analyse des effets des changements au programme d’encouragement fiscal à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS&DE) annoncés récemment dans l’énoncé économique de l’automne 2024, par exemple pour offrir des taux préférentiels aux secteurs à forte concentration en R et D et des incitatifs permanents aux entreprises novatrices pour qu’elles investissent à long terme en R et D, ce qui pourrait stimuler encore plus les investisseurs privés en R et D.
Conclusion
L’enseignement postsecondaire est l’un des fers de lance de notre pays. Nous ne l’exploitons toutefois pas à son plein potentiel de sorte que nous n’arrivons pas à suivre le reste du monde. Nous sommes plongés de toute évidence dans une crise de productivité qui doit être réglée de toute urgence, car elle se répercute directement sur le niveau de vie auquel tous les Canadiens sont en droit de s’attendre, incluant les futurs diplômés, surtout en raison des divisions et des perturbations qui touchent l’économie mondiale. Autant les gouvernements que les établissements et les employeurs sont appelés à prendre des mesures pour améliorer la situation :
Lancer une réforme de la réglementation et du régime fiscal pour encourager les investissements privés en R et D et adopter les découvertes réalisées par les chercheurs canadiens.
À mesure que les ministères apportent des changements à la stratégie relative aux étudiants étrangers, s’efforcer d’arrimer leurs capacités et leurs intérêts aux programmes qui peuvent répondre aux besoins économiques les plus pressants, à l’échelle tant régionale que nationale. Éliminer les restrictions sur l’immigration qui empêchent les étudiants étrangers de participer aux expériences d’apprentissage intégré au travail.
Lever les obstacles qui entravent les affaires et mieux faire connaître la valeur associée à la participation à des expériences d’apprentissage intégré au travail, surtout auprès des PME, en investissant dans des partenariats et le renforcement des capacités.
Utiliser les incitations fiscales et le financement public pour encourager les partenariats entre les secteurs et les établissements postsecondaires pour soutenir la création de programmes, de rehaussement et de mise à niveau des aptitudes de qualité et économiques pour les employés.
Participer aux efforts pancanadiens et tirer profit des programmes et des ministères pertinents du fédéral pour générer des données comparables, accessibles, complètes et faciles à interpréter dans le but d’analyser et d’établir les résultats en enseignement postsecondaire, y compris ceux des établissements et des programmes.
Mettre en place une vision et une stratégie bien définies des systèmes postsecondaires des provinces qui permettent de différencier les objectifs des programmes des collèges et des universités et d’en favoriser la différenciation.
Lancer un processus de déréglementation limité des systèmes postsecondaires qui donne aux établissements un plus grand contrôle de leurs finances, de leurs sources de revenus et qui favorise l’innovation dans les programmes et les partenariats sectoriels.
En parallèle, promouvoir l’imputabilité en obligeant les établissements à communiquer des données comparables et détaillées sur leur performance et leurs programmes postsecondaires, notamment les aptitudes des diplômés, qui peuvent être liées aux informations sur le marché du travail.
Examiner de façon rigoureuse et continue l’évolution des besoins de main-d’œuvre et mettre à jour les informations sur le marché du travail afin de favoriser une meilleure adéquation avec les programmes postsecondaires.
Bien expliquer les aptitudes que les étudiants pourront acquérir en suivant les cours et les programmes offerts et proposer des façons de les communiquer aux employeurs. Tirer parti de l’expertise des départements d’éducation permanente qui sont déjà bien placés pour aider.
Encourager, soutenir et inciter les départements et les facultés à chercher de nouveaux modèles d’enseignement et d’apprentissage, surtout ceux qui intègrent les aptitudes dont les étudiants auront besoin dans leur milieu de travail.
Abattre les barrières qui existent entre les facultés, les programmes et les cursus et qui entravent les apprentissages multi et interdisciplinaires exigés pour faire la promotion des aptitudes dans les STIAM et exposer les étudiants aux problèmes dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est forte.
Chercher de nouvelles façons de mieux faire connaître les occasions d’apprentissage intégré au travail auprès des étudiants, de leur expliquer en quoi ils sont un atout et de les aider à surmonter les obstacles qui en freinent l’accès.
Interpeller les établissements postsecondaires – ou des intermédiaires comme la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui peuvent faciliter les échanges – pour discuter des aptitudes dont vous avez besoin et déterminer des pistes de collaboration.
Envisager de participer à des expériences d’apprentissage intégré au travail afin de combler les lacunes en matière d’aptitudes et d’avoir la possibilité de contribuer à former la nouvelle cohorte d’employés.
Chercher des établissements postsecondaires qui offrent des programmes courts pour rehausser ou mettre à niveau les aptitudes de vos employés avant de vous tourner vers de nouveaux fournisseurs externes.
S’impliquer dans les activités de prospection dans les écoles secondaires pour mieux faire connaître le secteur, ce qui fait de l’entreprise un milieu de travail stimulant et les parcours scolaires qui mènent à une carrière enrichissante dans le secteur.
Continuer de contribuer aux systèmes d’information du marché du travail en partageant les données avec les gouvernements et collaborer pour trouver de nouvelles façons d’améliorer l’exactitude et la pertinence des analyses du marché du travail et l’élaboration de politiques.
Exemples de recherche et développement en enseignement supérieur à l’échelle mondiale
Faciliter le transfert de connaissances aux PME – Université de Heilbronn, Allemagne
Le défi : Combler le manque de connaissances des petites et moyennes entreprises locales.
L’innovation : Cette université en recherche appliquée a créé un laboratoire virtuel en IA qui est accessible à tous, qui est mis à jour régulièrement, et qui aide les entreprises à comprendre l’évolution de la recherche en IA et à adopter des solutions d’IA pragmatiques dans une ville qui a été rapidement reconnue comme étant un centre de l’IA.
Alimenter la croissance des jeunes pousses en créant des liens à l’échelle mondiale — Block 71, Université nationale de Singapour
Le défi : Combler le manque de connaissances et de liens des jeunes pousses.
L’innovation : Block 71 est un centre d’innovation créé en 2011 pour encourager les jeunes pousses à créer des liens avec la recherche académique, les activités de mentorat et les marchés mondiaux. On compte maintenant dix centres dans le monde, dont ceux de la Silicon Valley, de Saigon et de Nagoya, ce qui a permis à plus de 100 jeunes pousses de créer des liens avec plus de 50 sociétés de capital-risque.
Créer une plaque tournante de la recherche grâce aux fusions — Université Paris-Saclay, France
Le défi : Accroître le rayonnement des instituts de recherche et de la recherche à l’échelle mondiale.
L’innovation : Crée en 2019, cette université spécialisée dans la recherche en technologie regroupe 20 collèges, universités publiques et instituts de recherche prestigieux dans un seul campus, sans compromettre leur autonomie. Les ressources combinées et la collaboration ont fait de l’université un chef de file de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation dans les sciences et la technologie à l’échelle mondiale.
Promouvoir l’engagement économique à l’échelle locale – Programme de prospérité économique et d’innovation, Association des universités publiques et créées par donation foncière, États-Unis
Le défi : Arrimer l’enseignement, l’apprentissage et la recherche universitaire au développement économique local.
L’innovation : Le programme encourage les universités à comprendre, communiquer et développer leur engagement économique local en suivant un processus pour obtenir une désignation. Des prix sont aussi décernés chaque année pour souligner des exemples d’excellence en matière de perfectionnement des talents et de la main-d’œuvre ; d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement économique basé sur la technologie ; et d’autres formes d’engagement communautaire.
Exemples d’innovation en enseignement et en apprentissage aux études supérieures à l’échelle mondiale
Diplômes d’apprentis — Université métropolitaine de Manchester
Le défi : Aider les diplômés à acquérir les aptitudes manquantes et améliorer la productivité
L’innovation : Les diplômes d’apprentis allient le travail à temps plein aux études à temps partiel, en offrant la possibilité aux entreprises du secteur de participer en grande partie à la conception et à la mise en œuvre du programme. L’Université métropolitaine de Manchester a obtenu des résultats exceptionnels en utilisant ce modèle. De fait, le salaire médian des apprentis a augmenté de 44 %, ce qui correspond à une hausse de la productivité d’environ 60 %. De plus, 70 % des employeurs ont déclaré des gains au chapitre de la productivité.
Transformer le modèle – Université d’État de l’Arizona, États-Unis
Le défi : Repenser l’université pour favoriser l’accès à l’éducation, faire avancer la recherche des valeurs publiques et s’engager auprès de la communauté pour résoudre les problèmes économiques.
L’innovation : Sous la direction transformatrice de Michael M. Crow, l’université repense son rôle dans le système d’éducation supérieure en vertu de son nouveau modèle d’université américaine. L’établissement a été un précurseur en offrant des programmes menant à un diplôme entièrement en ligne et en favorisant l’accès des groupes d’étudiants non traditionnels, notamment en collaborant avec Starbucks qu’elle puisse offrir gratuitement à ses employés des programmes menant à un diplôme en ligne. Reconnu comme un chef de file du transfert de technologie dans le volet de la recherche et de la propriété intellectuelle, il a obtenu plus de 1 600 brevets depuis 2003 et recueilli plus de 1,4 milliard de dollars en capital investissement.
Corée du Sud – Ce géant de l’Asie de l’Est présente le taux le plus élevé d’études postsecondaires parmi les pays de l’OCDE, puisque près de 70 % de sa population a atteint ce niveau d’études43. Il est également l’un des pays de l’OECD où la croissance de la productivité est la plus forte. Le pays a mis à profit les avantages de son système d’enseignement pour développer son économie, notamment son approche descendante robuste qui favorise une collaboration étroite du gouvernement, des entreprises et de la communauté universitaire en recherche44. Même si le pays affiche des résultats moins probants à l’heure actuelle, ses fondamentaux demeurent solides et il continue de faire figure d’exemple en montrant ce qu’il est possible d’accomplir grâce à la politique, aux investissements et à la collaboration.
Israël – Avec un taux de croissance de 6,5 % en 202245, le secteur de la haute technologie représente plus de 15 % du GDP du pays46. Les universités sont aussi profondément intégrées à ses activités. Israël s’est hissé au premier rang mondial pour la concentration des talents en IA et cinquième pour la pénétration des talents en IA dans le rapport de l’indice sur l’IA de l’Université Stanford en 2024. Ce classement a été attribué à son écosystème exceptionnel composé de jeunes pousses et d’universitaires et au soutien stratégique de joueurs locaux et multinationaux47.
Slovénie – Ce petit pays d’Europe a enregistré de forts gains de productivité au cours de la dernière décennie et une hausse importante de la proportion de sa population titulaire d’un diplôme d’études postsecondaires, laquelle est passée de 35,3 % en 2012 à 47,3 % en 202248. Le pays investit environ 1 % de son PIB dans l’enseignement supérieur, ce qui a permis de faire augmenter rapidement le nombre de diplômés de ses programmes de STIM49. Par ailleurs, l’enseignement supérieur et la science et l’innovation sont regroupés au sein du même ministère.
Programme de technologie numérique, Université York
Le défi : Pallier le manque d’aptitudes dans l’économie numérique et développer une main-d’œuvre diversifiée et novatrice.
L’innovation : Il s’agit du premier programme d’apprentissage entièrement intégré au travail qui mène à un diplôme au Canada, où les étudiants consacrent 80 % de leur temps au travail, incluant des possibilités de travail rémunérées, et 20 % à leurs cours. Ce programme axé sur les compétences permet aux étudiants de mettre en pratique leurs aptitudes tout en faisant progresser leurs connaissances liées aux technologies avancées. Les employés enregistrent des gains de productivité grâce aux mandats qui durent plus longtemps et à l’engagement plus élevé des étudiants dans les projets.
Programme de technicien en électricité, Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse
Le défi : Répondre à la demande de nouvelles aptitudes liées aux efforts déployés par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour accroître sa production d’énergie éolienne terrestre.
L’innovation : Grâce à la participation de RBC Fondation à un engagement totalisant 2 millions de dollars, le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse actualise son programme de technicien en électricité afin d’y inclure une formation en énergie éolienne à plus grande échelle pour répondre à la demande du marché du travail en plus de s’inscrire dans les initiatives provinciales pour soutenir la croissance propre. Les fonds serviront à développer un nouveau cours et du matériel de formation pratique.
Grappes d’innovation mondiales, Innovation, Sciences et Développement économique Canada
Le défi : Trouver des solutions aux problèmes complexes et augmenter la productivité du Canada dans des industries naissantes clés.
L’innovation : Mieux connu sous le nom de « supergrappes », ce programme rassemble des entreprises, des établissements universitaires et des organismes à but non lucratif dans cinq secteurs pour stimuler la croissance et l’innovation, et est financé par le gouvernement et l’industrie. Le programme a généré plus de 1,6 milliard de dollars en projets financés par le gouvernement fédéral et les partenaires de l’industrie entre 2018 et 2023, en plus de créer 24 000 emplois à temps plein50.
Recherche et partenariat pour des stages, Mitacs
Le défi : Mettre à profit l’expertise et l’innovation en recherche postsecondaire pour résoudre les problèmes éprouvés par les entreprises et combler les lacunes dans les aptitudes acquises par les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs.
L’innovation : Par l’entremise de ses nombreux programmes, cet organisme sans but lucratif rassemble les étudiants et les chercheurs au postdoctorat avec des partenaires du secteur privé dans le but de résoudre des enjeux réels éprouvés par des entreprises dans le cadre de stages et de projets de recherche collaboratifs. Mitacs offre également aux étudiants et aux chercheurs au postdoctorat un programme pour les aider à perfectionner leurs compétences professionnelles. Le programme a généré une hausse de 11 % de la productivité auprès de plus de 12 000 partenaires et des investissements en R et D de 1,2 milliard de dollars entre 2018 et 2023, selon une analyse de Statistique Canada et de Mitacs51.
Le secteur canadien des sciences de la vie se caractérise depuis longtemps par son dynamisme. Qu’il s’agisse de mise au point de médicaments ou d’innovation en santé, son écosystème de chercheurs de réputation mondiale a fait de notre pays un chef de file. Devenu moteur de croissance économique et lui-même en pleine expansion, le secteur contribue à former ou à attirer des scientifiques de haut vol.
Pourtant, notre secteur des sciences de la vie montre des signes de faiblesse. Les chercheurs n’ont pas toujours la capacité de commercialiser avec succès leurs découvertes pourtant révolutionnaires. C’est peut-être en partie pour cela que les entreprises pharmaceutiques canadiennes ont de plus en plus de mal à répondre aux besoins du pays en médicaments – de fait, le Canada, jusqu’ici pays exportateur net, est devenu importateur net. La part de son budget qu’il consacre au secteur des sciences de la vie le place d’ailleurs derrière ses pairs du G7 et de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).
Les voyants commencent à clignoter alors que l’économie canadienne est en difficulté. Notre productivité générale – la valeur économique générée par heure de travail – souffre d’un manque d’investissements. L’élan qui avait marqué le tournant du siècle ne s’est pas maintenu et, dans son ensemble, le Canada n’est plus aussi prospère. S’il veut relever le défi de la croissance à long terme, notre pays doit renforcer les secteurs à fort rapport économique – celui des sciences de la vie, par exemple, qui s’est révélé un puissant catalyseur au cours des dernières décennies.
Un réexamen sérieux nous permettrait de tirer profit des possibilités gigantesques qu’offre un secteur dont la valeur mondiale est évaluée à plus de 2 800 milliards de dollars américains. Son renforcement chez nous aurait en outre des retombées sur les autres secteurs de pointe canadiens axés sur la science et la technologie.
Un changement de perspective pourrait avoir des répercussions au-delà de la sphère économique. En mettant à l’épreuve nos systèmes de santé et les chaînes d’approvisionnement mondiales, la pandémie de COVID-19 a montré que le Canada doit renforcer sa capacité de production, afin de pouvoir subvenir à ses propres besoins en cas de crise sanitaire. Le monde s’attend à connaître plus fréquemment de telles crises (pandémies ou autres), au moins dans un avenir assez rapproché, du fait des changements climatiques, de la mondialisation et de l’urbanisation. Il sera donc de plus en plus important de pouvoir nous doter nous-mêmes des vaccins et des traitements nécessaires. Par ailleurs, en raison de l’accroissement et du vieillissement de la population, la consommation de produits en tous genres liés à la santé ne fera qu’augmenter.
Pour se renforcer et atteindre son plein potentiel, le Canada a donc de grands défis à relever. Certaines solutions exigent de financer davantage, d’autres, de soutenir différemment le secteur des sciences de la vie, par exemple en coordonnant mieux l’action des intervenants publics et privés. Moyennant une politique nationale bien conduite, le secteur continuera de contribuer à notre résilience économique et à préparer le pays à affronter les futures crises de santé publique.
Principals Constatations
Le secteur des sciences de la vie est depuis longtemps l’un des fleurons canadiens en matière de recherche-développement (R-D) mais, qu’il s’agisse d’investissements ou de talents, il fait à présent face à une concurrence de plus en plus vive sur la scène mondiale.
Il est urgent d’investir dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (IA) et de revoir les politiques d’encouragement des investisseurs privés, compte tenu des carences chroniques et croissantes auxquelles sont en butte les chercheurs et les entreprises du secteur canadien des sciences de la vie, notamment ceux qui se consacrent à la mise au point de nouveaux médicaments, toujours longue et coûteuse.
Canada aurait tout à gagner d’une meilleure coordination entre les secteurs de l’IA et des sciences de la vie. Qu’elle s’applique aux politiques ou aux moyens mis en œuvre, cette coordination aiderait le pays à demeurer un chef de file mondial en matière d’innovation et de mise au point de nouveaux médicaments.
Le développement à grande échelle de l’innovation ainsi que l’étoffement et le maintien en sol canadien de sa propriété intellectuelle (PI) passent pour le Canada par un meilleur soutien à la commercialisation, donc par des politiques plus favorables, mais aussi par un accès plus facile – et selon des mécanismes mieux coordonnés – aux ressources appropriées et aux sources de financement.
Dans la sphère publique ou privée, les décideurs doivent donner la priorité aux mesures permettant d’attirer et de conserver des chercheurs et des innovateurs de pointure internationale, compte tenu des problèmes systémiques auxquels fait face le pays dans le secteur des sciences de la vie.
Où nous en sommes et ce qui nous y a conduits
Discipline en rapide évolution, les sciences de la vie englobent tout un éventail d’activités visant à la préservation et à l’amélioration de la santé. C’est le domaine de la biofabrication (mise au point de vaccins à partir d’organismes vivants), de l’industrie pharmaceutique (qui produit des médicaments à partir de substances chimiques et de synthèse) et des fabricants d’équipements d’aide au diagnostic, d’appareils médicaux personnels, etc.
Plus de 2 000 entreprises œuvrent dans ce secteur au Canada ; elles emploient 220 000 personnes. Il s’agit avant tout d’activités de recherche-développement menées dans des laboratoires publics ou privés et conduisant à diverses formes de propriété intellectuelle qui font progresser les sciences de la santé – par exemple, les formulations pharmaceutiques ou les brevets pour équipements médicaux qui sont achetés (souvent par des sociétés privées étrangères) en vue de la commercialisation de nouveaux produits auprès des établissements de santé et des consommateurs.
Il n’est pas facile de déterminer précisément l’impact des sciences de la vie sur le produit intérieur brut du Canada, car l’État ne fournit pas les indicateurs voulus (nombre d’entreprises du secteur, effectifs, contribution au PIB, taux de croissance annuel…). L’évaluation de la vigueur et du potentiel de croissance de cette branche d’activité est d’autant plus difficile que tous les analystes ne s’entendent pas sur les sous-secteurs à prendre en considération. De surcroît, les disciplines de pointe comme l’étude des biotechnologies ne portent pas seulement sur la santé humaine, mais aussi sur celle des animaux et des plantes.
Ce qui est certain, toutefois, c’est que le secteur canadien des sciences de la vie, par sa taille et son champ d’action, joue un rôle économique important – et qui ne fait que croître. À lui seul, le sous-secteur des activités de recherche-développement entourant les médicaments a représenté 16 milliards de dollars en 2021 (environ 0,7 % du PIB canadien), répartis majoritairement entre l’Ontario (8,2 G$, soit la moitié) et le Québec (3,2 G$).
Le secteur dans son ensemble présente d’autres intérêts pour le Canada. Il permet à des spécialistes hautement qualifiés de se perfectionner et de demeurer au pays, malgré des compétences très convoitées à l’étranger. Leurs travaux de recherche et les produits ou services qu’ils conçoivent suscitent une très forte demande, en rapport direct avec les besoins grandissants du secteur de la santé canadien, lequel est censé connaître un taux de croissance annuel de 10 % au cours de la prochaine décennie.
Pourquoi le Canada excelle-t-il autant ?
Depuis plus d’un siècle, le Canada occupe une place particulièrement importante dans l’univers des sciences de la vie ; en matière d’hygiène personnelle comme de santé publique, on lui doit des progrès extraordinaires. Ce sont des chercheurs de l’Université de Toronto qui ont découvert l’insuline dans les années 1920 puis, dans les années 1960, les cellules souches. Dans les années 1980, des scientifiques montréalais ont mis au point des traitements révolutionnaires contre le sida et l’infection à VIH. L’un des trois chercheurs auxquels la découverte d’un vaccin contre l’hépatite C a valu le prix Nobel en 2020 était Michael Houghton, professeur à l’Université de l’Alberta.
On doit toutes ces découvertes à l’aide de l’État et à l’écosystème de réputation internationale dont est doté le Canada en matière de R-D et d’innovation. Établi principalement à Toronto, à Montréal et à Vancouver, l’univers des sciences de la vie consiste en un réseau intersectoriel remarquablement énergique constitué, à l’échelle nationale, d’universités, de laboratoires de recherche et d’organismes publics ou privés. On y trouve des centres de recherche subventionnés par les gouvernements, des universités de pointe (dont beaucoup possèdent leurs propres centres de recherche), des PME et de grandes multinationales établies au Canada (notamment Johnson & Johnson, AstraZeneca et Pfizer).
Le pays possède certains des autres ingrédients nécessaires au dynamisme du secteur des sciences de la vie. C’est en effet l’un des chefs de file internationaux de l’intelligence artificielle – ses trois instituts sont reconnus comme parmi les meilleurs au monde et plusieurs grands experts en apprentissage machine sont établis au Canada. Pour un chercheur, le fait de travailler dans l’un des pays les plus multiculturels au monde présente un autre avantage : l’accès facilité à des données sanitaires qui sont peut-être les plus diversifiées qui soient.
À quoi le Canada est en butte
Le Canada a certes étoffé ses capacités techniques en sciences de la vie, mais les autres pays sont pas en reste. Ces deux dernières décennies, par rapport à nos pairs de l’OCDE (qui compte 38 membres), nous avons perdu du terrain au chapitre des investissements et des dépenses en R-D consacrées au secteur en question. À peu près tous les indicateurs concernant la participation et les investissements placent les États-Unis largement en tête des pays développés. Le Canada se distingue toutefois sur un point : depuis 20 ans, la proportion de chercheurs au sein de la main-d’œuvre canadienne s’est accrue de 45 % ; elle est aujourd’hui supérieure à la moyenne de l’OCDE.
Du fait du sous-investissement, le Canada doit, pour satisfaire à certains de ses besoins névralgiques, s’en remettre de plus en plus aux autres pays. Autrefois exportateur net, le pays est aujourd’hui importateur net des produits que réclame le maintien en santé de sa population de plus en plus nombreuse et qui vieillit – depuis 2016, le déficit commercial a triplé en ce qui concerne les médicaments. Le Canada importe actuellement 85 % des vaccins et des traitements dont il a besoin, alors que ses dépenses en santé continuent d’augmenter, notamment en ce qui a trait aux médicaments.
Les forces en jeu font généralement abstraction des frontières, et il n’est pas facile de rester concurrentiel quand augmente le coût des actifs nécessaires et du développement de la propriété intellectuelle. La mise en marché d’un nouveau médicament peut exiger plus de dix ans et des milliards de dollars, dont la moitié en essais cliniques – qui, d’après une étude menée en 2022, échouent 90 % du temps. Malgré les bonds technologiques réalisés, il est difficile, dans certaines disciplines, d’obtenir un rendement des investissements suffisant : depuis le milieu du 20e siècle, le nombre de nouveaux médicaments produits, ramené au montant des fonds nécessaires à leur mise au point, a régulièrement diminué.
Les difficultés du Canada sont d’autant plus grandes que son marché intérieur est relativement réduit, ce qui rend souvent la commercialisation des médicaments à peine viable. Résultat : des sociétés étrangères achètent les brevets canadiens et mettent les produits en marché dans des conditions plus favorables ou plus rentables – parfois, en débauchant les chercheurs…
La concurrence dont font l’objet les moyens en jeu et, plus généralement, les besoins d’un système de santé de plus en plus sollicité – sans parler des budgets de la santé, qui explosent – montrent combien il faut changer de perspective et soutenir davantage la productivité et l’innovation dans le secteur canadien des sciences de la vie. Sur ce plan, le Canada possède déjà de nombreux atouts. Comment les faire fructifier et comment conjuguer les forces en présence afin de donner toutes ses chances au secteur en jeu ?
Défis et solutions – que faire pour rester concurrentiel
L’IA au service de la découverte et de la mise au point de médicaments
Défi à relever: Pour le secteur canadien des sciences de la vie, l’intelligence artificielle peut être un catalyseur de premier ordre. Les ensembles de données utilisés dans ce domaine (notamment quand il s’agit d’organismes vivants) sont très grands et particulièrement complexes ; c’est justement en pareil cas que l’IA est d’un grand secours. Elle permet en effet d’énormes gains d’efficacité et de productivité, puisqu’il devient possible de traiter rapidement de nombreuses données, d’en tirer de l’information et de faire des pronostics, pour déterminer par exemple les structures moléculaires les plus propres à la mise au point d’un nouveau médicament. Qu’il s’agisse d’efficacité ou de revenus, le secteur des sciences de la vie est l’un de ceux qui peuvent tirer le plus de profit de l’intelligence artificielle.
L’IA recèle bien des promesses pour l’ensemble de l’écosystème et de la chaîne de valeur des sciences de la vie. À eux deux, l’Ontario et le Québec constituent un pôle en innovation dans lequel intelligence artificielle et soins de santé font bon ménage – à Montréal, l’entreprise Deep Genomics met au point de nouveaux médicaments grâce à l’IA ; à Toronto, c’est également l’un des outils qu’emploient les chercheurs de l’institut Vector spécialisés en génomique et en diagnostics médicaux.
L’utilisation de cette technique ne continuera toutefois de progresser qu’à condition de disposer de l’infrastructure voulue. La capacité de traitement combinée requise pour mettre au point et utiliser des systèmes à intelligence artificielle exige souvent autant d’électricité qu’il en faut pour alimenter de grandes agglomérations. En outre, à mesure que ces systèmes se généralisent et deviennent plus puissants, les ressources nécessaires sont de plus en plus en demande. Or la capacité de traitement totale du Canada est, au sein du G7, l’une des plus faibles. François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, l’a dit plus tôt cette année : « Les cerveaux, nous les avons. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est l’infrastructure. »
La demande combinée en outils d’IA et en puissance de traitement provoque déjà un goulot d’étranglement : dans presque tous les secteurs, cette ressource stratégique mais coûteuse fait chroniquement défaut aux chercheurs et aux entreprises.
Solutions: La vitalité des sciences de la vie dépend de la robustesse de l’infrastructure technologique. La garantie d’une capacité suffisante de traitement par l’IA exige de débloquer rapidement des fonds publics et privés, sans quoi des entreprises pourraient envisager de s’adresser ailleurs qu’au Canada, avec tous les problèmes à long terme que cela impliquerait. La coopération entre secteur public et secteur privé contribuerait certainement à combler l’écart, ce qui rassurerait les futurs investisseurs.
Comment inverser la tendance au sous-financement de la recherche et du développement
Défi à relever L’insuffisance des investissements consentis pour l’infrastructure de traitement par intelligence artificielle est révélatrice du problème plus vaste dont pâtissent les sciences de la vie : au sein de l’OCDE, le Canada fait moins bien que la moyenne en ce qui a trait aux dépenses en R-D ramenées au PIB, et ce, depuis au moins 1991 ; l’écart (encore plus grand quand on compare le Canada aux États-Unis) est dû en grande partie aux efforts insuffisants du gouvernement fédéral et des entreprises.
Les apports ponctuels de fonds publics n’y changent rien. Le gouvernement fédéral s’est engagé à consacrer plus de 2,4 milliards de dollars aux sciences, à la technologie et à l’innovation en 2014, 2,2 milliards à la biofabrication et aux sciences de la vie en 2021, et 2,4 milliards en 2024 dans le cadre de sa stratégie IA nationale. Pourtant, la part du PIB que représentent les investissements en R-D diminue depuis deux décennies.
Cette faiblesse relative de l’effort en recherche-développement constitue un problème particulièrement aigu pour les sciences de la vie qui, davantage que la plupart des autres disciplines, font appel à des essais intensifs et coûteux.
Solutions: Pour que le secteur demeure un chef de file mondial et attire de nouveaux investissements, les acteurs publics et privés nationaux vont devoir prendre en main le problème du financement. En outre, si l’État consentait – sans qu’intervienne l’opportunisme politique – à un mécanisme financier permanent, l’ensemble du secteur y gagnerait. Le premier objectif devrait être d’atteindre au minimum la moyenne observée au sein de l’OCDE.
Un financement qui privilégie la R-D au détriment de la mise en marché
Défi à relever L’écosystème canadien des sciences de la vie s’appuie sur de solides mécanismes de financement, par exemple le Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) et la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Grâce à de tels programmes fédéraux, des milliards de dollars viennent financer des projets de recherche et aider les laboratoires des universités, des hôpitaux et des sociétés publiques ou privées.
Par contre, seule une fraction de la manne accordée vise à aider les chercheurs à commercialiser leurs découvertes : environ 80 % des fonds versés au secteur des sciences de la vie servent à soutenir les travaux de recherche-développement. Cela ne facilite pas la vie des chercheurs qui ont du mal à trouver un partenaire commercial, par exemple une société de capital-risque capable de régler les frais de préparation des documents financiers ou juridiques (brevets et autres), sans parler des méandres des approbations réglementaires.
La faiblesse relative du financement consacré aux activités de mise en marché des entreprises spécialisées en sciences de la vie (dont les projets sont trop vite jugés insuffisamment avancés) est particulièrement frappante quand on considère les capitaux disponibles aux États-Unis, qui attirent davantage les investisseurs étrangers. Tout cela n’invite pas les sociétés canadiennes à s’engager dans des projets à long terme.
C’est peut-être la principale raison pour laquelle le Canada réussit moins bien que ses pairs à passer de l’innovation à des réalisations pleine grandeur. Les statistiques gouvernementales montrent que la majorité des produits demeurent au stade du développement ou de la précommercialisation. Le Canada est d’autant moins compétitif qu’il compte moins d’habitants que les autres pays du G7 – plus le marché est petit, moins il incite à commercialiser de nouveaux produits.
Tout cela peut aussi expliquer le déficit commercial canadien observé dans le secteur pharmaceutique, alors même que le pays figure en tête du G7 en matière de productivité des essais cliniques et que la vente de médicaments canadiens ne fait que croître.
Solutions: Une fois qu’il aura accru son soutien financier aux capacités de traitement informatique nationales, l’État devrait se livrer prioritairement à un examen interdisciplinaire complet des programmes et politiques en vigueur, afin de consacrer une part plus importante des nouveaux fonds aux activités de commercialisation.
L’étoffement de l’infrastructure permettrait d’ailleurs de s’assurer, au-delà des considérations purement financières, que les changements apportés sont pertinents. D’autres formes de soutien (formation à l’entrepreneuriat, perfectionnement des aptitudes…) peuvent aider considérablement les chercheurs à mener l’exploitation commerciale de leurs découvertes.
Pour une meilleure coordination des aides à la commercialisation
Défi à relever
Le financement accru des efforts de commercialisation est une chose. Il est possible aussi d’agir plus judicieusement sur d’autres plans. La simplification des politiques gouvernementales et une meilleure coordination des enveloppes financières et des mesures incitatives pousseraient les entreprises à conserver au Canada le fruit des recherches qui y sont menées ainsi que le personnel auquel on les doit.
En raison de la diversité des programmes d’aide, il est parfois compliqué d’obtenir telle ou telle forme de financement prévue pour les sciences de la vie, et cela ne contribue pas de manière optimale à la commercialisation des découvertes. Rappelons que près de 80 % des programmes portent sur les travaux de recherche-développement ; à peine 15 % des programmes prennent en compte les possibles activités de mise en marché. Moins de 10 % du financement est dévolu expressément à la commercialisation.
Par ailleurs, l’État canadien penche pour la large répartition d’une richesse pourtant limitée. Les chercheurs du Canada passent donc parfois leur temps à solliciter de petites subventions, programme après programme, contrairement à leurs homologues étrangers. Aux États-Unis par exemple, où les National Institutes of Health (NIH) et la Small Business Association (SBA) administrent des programmes beaucoup plus généreux, une seule demande de subvention peut suffire.
Solutions: Les analystes estiment que le Canada a besoin d’un organisme fédéral qui fera la promotion du secteur des sciences de la vie, favorisera la collaboration et vérifiera si les objectifs des politiques sont atteints. On obtiendrait ainsi un niveau de cohésion et de leadership sectoriels qui n’existe pas aujourd’hui. Une telle agence pourrait aussi se faire la porte-parole des scientifiques désireux de conseiller le gouvernement en la matière.
À tout le moins, l’organisme aiderait les chercheurs à se mettre en contact avec les intervenants qu’exige la mise en marché (spécialistes en IA ou en robotique, sociétés de capital-risque et experts en gestion ou en exploitation). L’agence pourrait aussi faciliter les communications avec les chercheurs étrangers qui ont su franchir le cap décisif de la commercialisation.
Comment tirer le meilleur parti d’une main-d’œuvre hautement qualifiée
Défi à relever En sciences de la vie comme ailleurs, le succès repose avant tout sur ceux et celles qui expérimentent, innovent et bâtissent. Pour que le secteur ait les moyens de réaliser son potentiel de croissance, le Canada doit en faire davantage pour attirer, former et conserver les meilleurs éléments.
Les conditions d’exploitation doivent aussi être concurrentielles. Parce que d’autres pays surclassent le Canada sur la question des plans d’infrastructure et d’investissement visant à promouvoir l’innovation, le risque de fuite des cerveaux et de perte de propriété intellectuelle est bien réel. Il sera difficile de retenir les chercheurs qu’on s’arrache si le Canada ne veille pas à leur assurer un accès permanent à des moyens haut de gamme et à les soutenir financièrement.
Solutions: En plus de cultiver un écosystème d’innovateurs dynamique et d’investir dans l’infrastructure dont il a besoin, le Canada doit bonifier les investissements directs axés sur les ressources humaines et les établissements de formation. Le fait de financer davantage l’acquisition de tel ou tel savoir-faire – non seulement en science pure, mais aussi sur le plan technologique ou commercial – ne peut que profiter au secteur des sciences de la vie.
Le temps nous est compté
Les intervenants publics et privés peuvent bien décider d’injecter rapidement plus d’argent, quand les chercheurs s’en vont à l’étranger, ils ne reviennent généralement pas de sitôt. Or c’est d’eux que dépend la vitalité du secteur. Aussi faut-il agir sans tarder et, idéalement, en assurant une meilleure coordination entre les instances gouvernementales, les entreprises, les universités et les chercheurs, toutes disciplines confondues.
Le problème de croissance économique qu’éprouve le Canada a fait que sa productivité s’est érodée pendant des décennies. Nous devons adopter une nouvelle mentalité, récompenser davantage l’innovation et investir massivement dans deux domaines clés : l’élément humain et la technologie.
Cette nouvelle attitude serait tout à fait appropriée dans le secteur des sciences de la vie, où le Canada fait bonne figure. En stimulant dès maintenant cette branche d’activité, on lui permettrait d’agir davantage comme levier de croissance économique, avec toutes les retombées que cela impliquerait pour les autres secteurs… et pour la santé future des Canadiens.