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Principales conclusions

  • Le gaz joue un rôle décisif dans nos meilleurs et pires scénarios concernant les systèmes énergétiques mondiaux. Il représentera un carburant de transition essentiel dans la « décarbonisation du monde » puis connaîtra une régression à la fin des années 2030 ; dans notre pire scénario, celui que nous dénommons le « monde dystopique », il procure une sécurité énergétique.

  • Le gaz peut assurer la sécurité énergétique des pays du G7+, quoiqu’avec des efforts. Pour les consommateurs des pays du G7+, il peut réduire la dépendance à l’égard de la Russie dans l’immédiat et éviter les cycles d’essor et de contraction de l’économie. Dans le long terme, il ouvre de nouveaux marchés prometteurs pour les producteurs des pays du G7+. Cette marchandise est toutefois problématique sur le plan géopolitique : elle est hors de prix dans certaines régions comme l’Asie. On la juge également trop riche en carbone. Le G7+ peut aider à surmonter ces obstacles.

  • Le gaz peut contribuer à lutter contre le changement climatique, bien qu’il puisse aussi en aggraver la situation. On remet en question l’atteinte de zéro émission nette avant les années 2060. Le G7+ peut toutefois promouvoir des politiques et des technologies qui catalysent la capture de carbone, accélèrent la réduction de l’intensité de méthane et encouragent le développement de solutions de rechange à faible émission de carbone (p. ex., l’ammoniac et l’hydrogène). L’augmentation de la température mondiale à environ 1,7 à 1,8 °C s’en trouverait limitée par rapport aux niveaux préindustriels.

  • Le G7+ pourrait devenir le producteur de gaz naturel liquide (GNL) le plus influent. D’ici 2040, grâce à leurs exportations de GNL, les États-Unis, le Canada et l’Australie pourraient alimenter les pays du G7+ et desservir les marchés émergents asiatiques, comme nous le présentons dans notre scénario de « monde démocratique ». Voilà l’occasion pour le G7+ d’étendre son influence géopolitique et de renforcer ses liens avec les marchés émergents.

  • Il se peut que la capacité mondiale d’exportation de GNL doive augmenter de près de 50 % d’ici 2040. La capacité d’exportation et l’offre en chantier ne suffisent pas à répondre aux besoins et aux aspirations d’une population mondiale en accroissement et d’une économie mondiale qui, selon notre scénario de « monde divisé », progressera de 42 %.

  • Le pacte du G7+ contribue à assurer le financement des projets liés au GNL. Il pourrait faciliter le financement auprès d’un éventail d’institutions financières, y compris des banques multilatérales de développement et des organismes nationaux de crédit à l’exportation qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de peur de « bloquer » des émissions.

  • Rien qu’en Amérique du Nord, l’exportation de gaz nécessiterait des investissements de 1 200 milliards de dollars américains. La construction des infrastructures gazières sur le continent exigerait probablement environ 1 200 milliards de dollars américains au cours des 15 prochaines années. Les collectivités et les sociétés auraient cependant besoin de politiques de soutien et de cadres clairs.

Bienvenue dans les années 2040.

Pendant la décennie qui précédera 2050, notre monde sera très différent d’aujourd’hui, tout comme nos besoins en énergie.

La planète accueillera au moins un milliard de personnes de plus, faisant grimper la population à plus de neuf milliards. Si la tendance des dernières décennies se maintient, la production économique mondiale augmentera de l’équivalent d’une autre économie américaine en Asie et dans la partie sud de la planète, et fera croître la demande énergétique de manière correspondante. Ajoutons à cela un élément complètement inédit : l’intelligence artificielle à grande échelle et les besoins informatiques en découlant, qui, pour l’instant, nous semblent incalculables. Selon une estimation, 4 000 térawattheures de plus d’électricité seront nécessaires pour faire fonctionner cette économie émergente axée sur les centres de données – l’équivalent de 15 % de la production mondiale d’électricité actuelle1.

Bien qu’un autre changement majeur dans la demande d’énergie puisse nécessiter une multiplication de chacune des sources d’énergie pratiques et abordables, les attentes reposent majoritairement sur le gaz naturel. Cette ressource, pour laquelle l’offre a déjà grimpé de 70 % depuis le début du 21e siècle, est susceptible de dépasser le pétrole pour devenir la forme d’énergie la plus répandue au monde2. L’avènement du gaz naturel liquéfié et des superpétroliers transportant le GNL refroidi à de très basses températures d’un océan à l’autre a transformé encore davantage les perspectives du gaz. En un peu plus de dix ans, les États-Unis sont passés de l’un des importateurs de gaz les plus importants au monde au plus grand exportateur de GNL à l’échelle planétaire.

Le gaz naturel pourrait être aussi essentiel au 21e siècle que le pétrole l’était pour le 20e siècle, mais cela signifie faire des choix stratégiques qui interpellent déjà le monde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, et l’utilisation stratégique du gaz par cette dernière dans le but d’affaiblir l’Europe, n’est que l’un des indicateurs du risque pour la sécurité énergétique qu’a entraînés la croissance rapide de la dépendance au gaz naturel. Les pays de partout dans le monde connaissant une croissance et une urbanisation rapides ont constaté que leur dépendance au gaz importé comportait des risques supplémentaires. L’ambition grandissante de l’Occident de rapatrier la fabrication et de se remilitariser pourrait aussi nécessiter une plus grande quantité de gaz naturel comme source d’énergie concentrée à la fois fiable et abordable.

Pour répondre à ces défis, peu d’organismes sont mieux placés que le G7, le groupe de démocraties libérales de premier plan composé des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon se réunissant du 15 au 17 juin à Kananaskis, en Alberta. La sécurité énergétique occupait une place de choix dans le programme de ce sommet.

Le G7 a été mis sur pied il y a 50 ans, au milieu des années 1970, en réponse à des perturbations similaires de l’économie mondiale causées par un choc pétrolier et les conflits en découlant. À l’heure actuelle, l’alliance est confrontée à de nouveaux défis, particulièrement du côté de la Chine et de la Russie, et pourrait découvrir des occasions de se réaffirmer en adoptant une approche démocratique et décarbonisée en matière de gaz naturel en vue de se préparer à un monde qui évolue rapidement.

À condition d’être bien géré, le G7+, un groupe composé des pays du G7 et de leurs principaux alliés, dont l’Australie et la Corée du Sud, peut créer des alliances plus fortes avec des marchés émergents, principalement en Asie, stabiliser les prix de l’énergie et renforcer la croissance mondiale à long terme. Il pourrait même créer un pont vers une réduction des émissions énergétiques en supplantant le charbon. Avec des consommateurs à sa tête de 107 millions de tonnes par an (Union européenne) et de 64 millions de tonnes par an (Japon), le G7+ utilise 227 millions de tonnes de GNL par an, ce qui représente 51 % de la demande mondiale. Ce chiffre excède les 179 millions de tonnes par an actuellement produites par les États-Unis et l’Australie.

D’ici 2040, la balance commerciale de gaz du G7+ pourrait s’inverser : l’offre excèderait ainsi de loin la demande de ses membres et de ses alliés (de près de 150 millions de tonnes par an), forçant ainsi l’alliance occidentale à obtenir de nouveaux marchés. La Chine devrait être de loin le plus important acheteur de GNL en 2040 (163 millions de tonnes par an comparativement à 79 millions de tonnes par an en 2024, selon le scénario de base de Rystad Energy). Cependant, les frictions commerciales avec l’Amérique du Nord pourraient faire en sorte qu’elle diversifie ses importations de GNL pour s’éloigner des sources américaines.

Pour le G7, il sera essentiel d’obtenir le concours d’autres alliés pour assurer un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. L’Inde est souvent considérée comme une perspective prometteuse à long terme pour les exportations des pays du G7+, puisque sa demande devrait atteindre 63 millions de tonnes par an. Toutefois, d’autres marchés asiatiques émergents, p. ex., le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie, joueront eux aussi un rôle essentiel, puisqu’ils devraient consommer, au total, 219 millions de tonnes par an d’ici 2040. Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Avec tous ces facteurs en jeu, le monde aura presque certainement besoin de plus de gaz en 2040 ; la question est de savoir dans quelle mesure.

Afin de tracer les trajectoires potentielles, Leadership avisé RBC et Rystad Energy, établie à Oslo, ont élaboré une nouvelle méthodologie de recherche permettant de fournir un aperçu des scénarios plausibles pour les années 2040, en prenant en compte que la condition de notre monde au milieu du siècle reposera sur l’évolution de la croissance. Chacun de ces scénarios a été façonné en fonction des alignements géopolitiques, des ambitions en matière de politique climatique et de la dynamique des marchés. Nous avons ensuite collaboré avec divers experts en politique afin d’évaluer les risques de chaque scénario et d’élaborer des options politiques plus vastes.

Les résultats suggérés par chaque scénario varient profondément. Notre éventail de trajectoires démontre que les exportations totales de gaz naturel à l’échelle mondiale pourraient passer de 411 millions de tonnes par an en 2024 à pas moins de 737 millions de tonnes par an d’ici 2050 – ou bien reculer jusqu’à 366 millions de tonnes par an. L’écart net de 371 millions de tonnes par an est presque équivalent aux exportations actuelles de GNL.

La différence réside dans le fait que le monde pourrait au non développer des marchés plus structurés pour le gaz naturel, trouver des moyens de mettre en relation des marchés à forte croissance avec des fournisseurs fiables (et démocratiques), et investir dans des technologies permettant de réduire les émissions. Les attributs environnementaux de cette future offre de gaz, y compris l’ampleur de la transition visant à capturer le carbone et les combustibles de rechange à faibles émissions de carbone comme l’hydrogène et l’ammoniac, auront une incidence majeure sur l’orientation du changement climatique, puisque les émissions de méthane provenant du gaz naturel sont largement considérées comme étant plus dangereuses pour le réchauffement climatique que le carbone, bien qu’elles soient également plus faciles à contenir.

Ayant connu les chocs de prix qui ont suivi la crise de l’énergie dans l’ouest des États-Unis en 2000 et 2001, la hausse de prix du GNL au Japon après l’accident nucléaire de Fukushima, et les récents chocs simultanés de la COVID-19 et de l’utilisation stratégique par la Russie des exportations de gaz aux fins de la guerre qu’elle mène en Ukraine, les nations du G7+ souhaitent assurer leur approvisionnement à long terme en gaz naturel fiable et abordable. Une approche coordonnée du G7+ peut stabiliser les marchés au moyen d’un alignement cohérent des politiques et d’investissements conjoints dans les infrastructures.

Des marchés de gaz naturel démocratiques et fondés sur des règles peuvent garantir des normes environnementales dans l’ensemble de la chaîne logistique, en plus de contribuer à la croissance économique au moyen d’une décarbonisation industrielle, y compris sous forme d’investissements dans la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), de combustibles à faibles émissions de carbone pour le chauffage industriel et le transport lourd, et d’un plan d’action coordonné d’élimination de gaz à la torche et d’atténuation des émissions fugitives de méthane.

Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Par conséquent, les marchés asiatiques émergents, notamment le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie seront essentiels pour le G7+ puisqu’ils devraient avoir une consommation combinée de 219 millions de tonnes par an d’ici 2040, particulièrement dans leur transition accélérée du charbon au gaz naturel.

Pour réussir tout cela, un accord du G7 sur le gaz naturel pourrait devoir jeter les bases d’une infrastructure de gaz naturel robuste et sécuritaire en phase avec les besoins des producteurs et des consommateurs en vue d’assurer la stabilité des prix, l’abordabilité et la fiabilité de la source d’énergie, et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une telle entente pourrait couvrir les besoins d’un contexte de gaz naturel à croissance rapide en vue de développer des marchés et des outils financiers plus sophistiqués, de résoudre l’insuffisance d’infrastructures et de coordonner les plans d’investissement nationaux, et de travailler conjointement afin de veiller à ce que les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine affichant une croissance rapide aient accès à l’approvisionnement du G7+, non seulement à des fins de croissance économique, mais également de stabilité géopolitique. Le G7 et ses principaux alliés doivent toutefois reconnaître les risques de certaines trajectoires divergentes si une approche coordonnée n’est pas adoptée. Notre modélisation présente quatre résultats possibles.

En coulisse – Notre méthode de recherche

La recherche et la méthodologie qui sous-tendent ce document sont uniques pour trois grandes raisons :

La recherche a combiné la modélisation quantitative à des entretiens qualitatifs et à des tables rondes, notamment avec de hauts dirigeants des gouvernements fédéral et provinciaux du Canada, des acteurs du secteur privé, des groupes autochtones, des instituts de recherche internationaux et des banques multilatérales de développement. L’équipe a rencontré ces experts un par un et dans le cadre d’événements à Washington D.C., à Vancouver, à Ottawa, à Londres, à Beijing, à New York, à Calgary et à Toronto.

L’équipe Leadership avisé RBC s’est entretenue avec plus d’une centaine d’experts au Canada, aux États-Unis, au Japon et en Europe pour trouver des solutions pratiques à la sécurité énergétique. Parmi eux se trouvaient des représentants de la Banque asiatique de développement, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), de Mokwateh, de la First Nations Climate Initiative, le Dr Robert J. Johnston, directeur principal de la recherche, Centre on Global Energy Policy, Université de Columbia, et le Dr Ken Kokawa, premier directeur général principal et économiste en chef, Institute of Energy Economics, Japan (IEEJ). L’équipe Leadership avisé RBC s’est associée à Rystad Energy pour collaborer dans le cadre des données et de la modélisation de cette recherche.

Les quatre scénarios ont été modélisés aux fins de l’élaboration de solides recommandations pour le G7+ à l’approche de la réunion de Kannaskis en juin. Nous le savons : les méthodes prévisionnelles traditionnelles ne sont pas à même de saisir les facteurs complexes qui provoquent des changements dans notre paysage géopolitique et dans nos systèmes énergétiques. Nous avons répertorié ces facteurs de changement et élaboré une gamme de quatre avenirs distincts quoique plausibles, en regard desquels nous pourrions mettre à l’épreuve les contours d’une stratégie coordonnée de gaz naturel au sein du G7+.

Les scénarios reposent sur différentes variations de facteurs déterminants propres au contexte du G7+, notamment la stabilité géopolitique, la croissance démographique et économique dans les marchés émergents, la numérisation et le déploiement des centres de données, les politiques climatiques et énergétiques, le rôle des institutions internationales et des forums multilatéraux, la production et la fabrication de combustibles fossiles et leur distribution par les chaînes logistiques, le rôle de la société civile, la cohésion sociale et la demande mondiale de gaz.

Voici certaines de nos hypothèses valables pour les quatre scénarios :

  • la population mondiale comptera environ 9,2 milliards de personnes. D’importantes variations régionales surviendront en fonction des tendances liées au PIB, à l’éducation et aux soins de santé ;

  • la consommation de charbon continuera de diminuer dans les pays de l’OCDE ;

  • la croissance continue de l’industrie du charbon en Asie offrira un potentiel important de remplacement du charbon par le gaz ;

  • le pétrole demeurera un carburant dominant pour le secteur des transports, en particulier dans les pays asiatiques émergents ;

  • la production d’énergie nucléaire continuera de jouer un rôle stratégique quoique globalement mineur, au cours des années 2030, et de nouvelles constructions sont prévues dans les marchés asiatiques tels que la Chine et les États-Unis, particulièrement pour répondre à la demande croissante des centres de données ;

  • les énergies renouvelables connaîtront une croissance exponentielle, en particulier les énergies solaire et éolienne, à mesure que les coûts continuent de baisser ;

  • les températures mondiales devraient augmenter et se situer dans une fourchette de 1,8 à 2,2 °C de plus que les niveaux préindustriels.

Les scénarios suivants ne constituent en aucun cas une prédiction de ce à quoi ressemblera l’avenir en 2040, mais plutôt un éventail d’avenirs plausibles.

  • Titre de l’année : « Le Japon et la Chine affichent leur résistance face aux chocs mondiaux des prix du gaz »

  • Un ordre mondial fragmenté et protectionniste, qui se traduit par une détérioration accrue des institutions internationales et par l’influence croissante de la Russie et de la Chine se profilant en puissances mondiales.

  • L’Australie, la Russie, le Qatar et les États-Unis dominent le secteur mondial de la production de gaz ; l’offre concentrée de gaz fait courir au G7+ d’importants risques de marché et une forte volatilité à mesure qu’un écart d’approvisionnement apparaît.

  • La croissance technologique prend une tournure régionale : la Chine et les pays du Golfe prennent la tête de l’IA et des infrastructures numériques comparables à celles de l’Amérique du Nord, et dirigent par là même les flux de gaz vers les pays tiers du G7.

Contexte

L’année 2040 divisée se caractérise par le protectionnisme et le régionalisme à mesure que les superpuissances continuent de se retirer des alliances mondiales. La porte est ainsi ouverte à une domination de la Russie (énergie et ressources) et de la Chine (technologie et manufacture). Les préoccupations relatives à la sécurité énergétique au milieu des années 2020 et au début des années 2030 sont maintenant amplifiées par les problèmes d’approvisionnement et d’accessibilité. Les institutions et alliances multilatérales telles que le G7 ont une influence limitée sur les acteurs étatiques. Les États-Unis, la Chine et d’autres grands acteurs mondiaux se sont retirés des institutions et alliances internationales, ce qui renforce la realpolitik et accroît l’importance accordée aux politiques et aux frontières nationales. La sécurité énergétique est l’une des principales inquiétudes mondiales et a eu une incidence profonde sur la capacité des marchés émergents à s’industrialiser et à se développer sur le plan économique. L’actuel cycle d’essor et de contraction expose les consommateurs à la volatilité des prix, tandis que les principaux producteurs comme les États-Unis, le Qatar, la Russie et l’Australie deviennent vulnérables du fait de la réticence des clients de signer des contrats à long terme. Alors que les pays s’attachent à relever les défis immédiats liés à la sécurité énergétique, l’activisme climatique cède la place à des actions civiques plus extrêmes et violentes.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

L’action climatique menée à l’échelle mondiale, à la fin des années 2010 et au début des années 2020, a considérablement ralenti, et seuls quelques pays européens se sont résolument consacrés à cette cause. Bien que cette division persiste dans le monde, le progressisme pour le climat persiste. Les sociétés et capitaux mondiaux restent orientés sur la cible de zéro émission nette. Les émissions, qui diminueront progressivement pendant le reste du siècle, devraient atteindre la zéro émission nette d’ici 2096 avec des augmentations de températures limitées à 2,0 °C, un résultat qui dépasse légèrement les limites de l’Accord de Paris.

La Corée du Sud et la Chine demeurent des chefs de file en matière d’innovations et d’approvisionnements technologiques, tandis que d’autres pays prennent du retard dans la révolution de l’IA et ne sont plus que de simples acheteurs de ces technologies. La demande mondiale d’énergie pour les centres de données a environ sextuplé par rapport à celle de 2025. Le développement technologique est de plus en plus influencé par les puissances régionales, et entraîne ainsi des normes et des écosystèmes divergents. Cette fragmentation entrave l’interopérabilité mondiale et exacerbe les tensions géopolitiques. Les efforts déployés par les pays du Golfe pour accélérer le déploiement d’infrastructures d’IA de la manière prévue au milieu des années 2020 se sont concrétisés. Les Émirats arabes unis continuent d’afficher les dépenses par employé les plus élevées de la région dans les services infonuagiques publics et sont maintenant solidement établis comme chef de file mondial de l’IA. L’Arabie saoudite et Singapour sont également au premier plan. Compte tenu de la diversification des sources d’approvisionnement en gaz de la Chine et de l’accélération de ses efforts de production nationaux au milieu des années 2030, les pays du Golfe et la Chine sont de puissants rivaux par rapport aux pays du G7 en ce qui concerne l’innovation en matière de technologies propres et les infrastructures numériques.

DIVISÉ : Les cycles d'essor et de contraction dominent les systèmes énergétiques

L’évolution du GNL

Le monde a besoin de trouver 207 millions de tonnes de GNL de plus d’ici 2040, par rapport à la capacité actuelle et à l’offre en construction. L’industrialisation de marchés émergents tels que l’Indonésie et l’Inde a été freinée par l’insuffisance d’un approvisionnement énergétique abordable. L’essor des infrastructures technologiques en Corée du Sud, en Chine et dans le Golfe envoie toutefois un signal fort indiquant une demande constante et croissante de gaz naturel qui culminera en 2038. L’insuffisance de l’offre transparaît, et les consommateurs de gaz subissent la volatilité du marché, les prix étant principalement influencés par les fournisseurs actuels qui concentrent leur offre : les États-Unis, la Russie, le Qatar et l’Australie. Les États-Unis restent le chef de file mondial et génèrent plus de GNL que la Russie et l’Australie au cours des années 2030. Les autres membres du G7+ sont exposés à la volatilité du marché, compte tenu des fluctuations des prix, du contrôle des grands producteurs et des perturbations des marchés régionaux.

Des chefs de file de la technologie, p. ex., la Corée du Sud, l’Inde et la Chine, restent dépendants de pays non démocratiques pour s’approvisionner, p. ex., la Russie, afin d’alimenter leurs centres de données et leurs infrastructures numériques. Dans le monde, les centres de données et les infrastructures numériques liés à l’IA ainsi que la propriété et l’exploitation de celle-ci sont dominés par des chefs de file de la technologie. Bien que les pays en développement aient toujours accès à des outils d’IA, ils ont peu de poids sur l’établissement de normes, sont de plus en plus victimes d’impartiaux et de modalités injustes de la part des fournisseurs technologiques.

  • Titre de l’année : « La nouvelle usine indonésienne de robots est paralysée par la pénurie mondiale de gaz »

  • L’intensification des conflits régionaux et le ralentissement de l’économie mondiale à la fin des années 2030 ont abouti à un monde très fragmenté.

  • La dépendance à l’égard des combustibles fossiles continue d’augmenter parallèlement à la demande croissante de GNL.

  • Les pays du Golfe enregistrent une croissance vigoureuse en raison des nouvelles fortes pénuries d’approvisionnement énergétique.

  • La sécurité énergétique domine les programmes politiques et détourne l’attention de la lutte contre les changements climatiques, tandis que les programmes nationaux donnent la priorité à la militarisation et aux facteurs géopolitiques au nom de la sécurité.

Contexte

En 2040, les conflits régionaux et le ralentissement économique mondial prolongé observé à la fin des années 2030 ont contribué à l’érosion des institutions internationales et l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale. Les protocoles internationaux relatifs à la primauté du droit et à la sécurité mondiale sont inexécutoires et bloqués dans un bourbier où l’indécision et le droit de veto dominent. L’incapacité d’un pays ou d’une institution internationale à intervenir efficacement face à l’agressivité grandissante en Ukraine et au Moyen-Orient a poussé des régimes violents et autoritaires à redéfinir la scène mondiale. Dans des pays tels que les États-Unis, la culture de la peur, le protectionnisme et les discours autoritaires purs et durs ont provoqué une diminution de la présence mondiale. L’UE est dominée par des politiques protectionnistes, et met l’accent sur les économies locales et une poignée de relations commerciales clés pour amortir les effets des conflits régionaux. La sécurité monopolise les politiques et les programmes nationaux tandis que les politiques nationalistes créent un climat à deux vitesses pour le commerce et les investissements. L’imposition par la Chine de restrictions sur les exportations de métaux des terres rares au milieu des années 2020 a ouvert la voie à une tendance croissante du contrôle des chaînes logistiques, en particulier dans les secteurs de la technologie et de la défense. En raison de la fermeture des frontières et de la coopération en bloc, le commerce international se limite à de petits clubs de pays, qui limitent l’accès au marché, misant sur les politiques technonationalistes de la fin des années 2020 pour renforcer l’indépendance à l’égard des chaînes logistiques étrangères et la compétitivité de la production de semi-conducteurs. La hausse du chômage due au ralentissement de l’économie mondiale et au fossé technologique grandissant creuse un écart entre ceux qui ont accès à une infrastructure numérique et ceux qui n’en ont pas. Dans un monde où la société civile et les institutions se caractérisent par une grande méfiance et un manque de coordination, le G7 a du mal à renforcer sa résilience énergétique et à résister aux perturbations périodiques de l’offre et de la demande en énergie.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les changements climatiques, ainsi que les conflits régionaux et prolongés, déclenchent de nouvelles vagues de crises humanitaires. L’expression « transition énergétique » est presque tombée dans l’oubli, alors que les programmes nationaux de la sécurité dominent le discours sur les systèmes énergétiques. La confiance mondiale est étroitement liée à la sécurité énergétique, ce qui stimule la demande de combustibles fossiles à faible coût, comme le pétrole et le charbon, au détriment de la gestion des émissions. Les pays du Golfe riches en combustibles fossiles connaissent une croissance considérable alors qu’ils soutiennent les économies asiatiques, en plus de débloquer d’importants fonds publics de plus en plus orientés vers une économie de données. À l’échelle mondiale, la montée du nationalisme et les préoccupations liées à la sécurité nationale engendrent un déclin du multilatéralisme. Les coalitions comme l’Accord de Paris ont perdu de leur importance alors que la poursuite d’une énergie à bas prix et d’une reprise économique domine les priorités. L’utilisation stratégique du commerce international devient un phénomène courant, voire attendu, dans un contexte où la concurrence entre les pays prend une toute nouvelle importance. Une montée du militarisme et du protectionnisme est à prévoir.

DYSTOPIQUE : Les pays se bousculent pour assurer la sécurité énergétique

L’évolution du GNL

La demande de gaz naturel est en hausse de 16 % par rapport aux niveaux de 2025. Ces chiffres sont tempérés par la demande d’autres combustibles fossiles rentables comme le charbon, qui représente encore un élément fondamental des systèmes énergétiques (22 % de l’énergie primaire totale). La demande mondiale de combustibles fossiles continue de croître au-delà des projections initiales pour 2030, sans montrer de signe d’essoufflement pour les années 2040. Tandis que les objectifs climatiques sont mis de côté au profit de la sécurité nationale, la transition du charbon au gaz naturel en Asie ne se déroule pas comme prévu à la fin des années 2020. Des défis s’annoncent au chapitre de l’énergie et de la sécurité nationale, y compris sous forme de pénuries limitant la croissance économique mondiale. D’ici 2040, 225 millions de tonnes supplémentaires de GNL, représentant plus de la moitié de la production mondiale en 2024, sont requises en plus de l’offre actuelle et en construction.

  • Titre de l’année : « Le club méthane du G7 crie victoire à l’occasion du 15e anniversaire de la réunion de Kanasaskis. »

  • La sécurité climatique domine l’élaboration des politiques, qui comportent des cibles ambitieuses de réduction des émissions.

  • La demande d’énergie mondiale double, au bas mot, stimulée par l’industrialisation et l’infrastructure numérique. Les solutions d’énergies renouvelables et de technologies propres prennent de l’ampleur pour répondre à la demande.

  • La demande de GNL diminue, présentant un risque d’abandon de biens.

  • Les volumes de gaz restants sont régis par l’émergence d’un marché du gaz propre, alors que le méthane est en bonne voie de satisfaire à la demande de gaz naturel à faibles émissions.

Contexte

En 2040, dans un monde décarbonisé, les politiques et les cibles climatiques ambitieuses exercent une influence dominante dans le paysage international alors que les principales économies mondiales se pressent pour réduire leurs émissions et se procurer de l’énergie à un coût plus concurrentiel. La sécurité climatique est la principale priorité façonnant les politiques énergétiques alors que les événements climatiques destructeurs sont devenus de plus en plus difficiles à ignorer dans les années 2030 et ont orienté les préférences des électeurs et les actions citoyennes, tout en menant les gouvernements à ranimer la coopération mondiale et les institutions internationales. On constate un retour significatif aux cibles climatiques mondiales et à la création de nouveaux mécanismes de marché pour tirer profit de la décarbonisation. Ces mécanismes comprennent notamment l’émergence de combustibles propres et d’un marché du gaz naturel certifié, soutenus par la mesure et le suivi des émissions de méthane. La capture de carbone est en voie d’atteindre les trois milliards de tonnes d’ici 2050, l’équivalent de quatre fois les émissions totales du Canada en 2025. Les membres des générations Y et Z, qui occupent désormais des postes de direction essentiels dans les entreprises, mettent en œuvre le programme de décarbonisation au sein des gouvernements et des institutions. La société civile est elle aussi caractérisée par des acteurs forts et variés qui s’assurent activement que les institutions respectent leurs engagements climatiques.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

Tandis que la Chine a conservé sa position de fabricant de technologies propres et de chef de file en matière de propriété intellectuelle, les investissements occidentaux dans les technologies propres effectués au cours des années 2030 commencent à rapporter, dans le contexte d’une chaîne logistique mondiale davantage répartie qui mène à une résilience accrue et à une diminution des coûts.

Les pays qui ont développé de petits réacteurs modulaires (PRM) dans les années 2030, à savoir le Canada, les États-Unis, l’Argentine, la Pologne, la Roumanie et la Chine, exportent cette expertise vers des pays du monde entier qui souhaitent obtenir une énergie propre et fiable. L’électrification a également une longueur d’avance, ce qui permet de transférer les émissions à utilisation directe et d’augmenter l’efficacité énergétique. La demande de pétrole affiche une diminution de près de 60 % par rapport aux niveaux actuels, passant à 43 millions de barils par jour d’ici 2050, un creux inégalé depuis 1969. Bien qu’elle soit en baisse de 33 % par rapport aux niveaux actuels, la demande de gaz naturel demeure plus résiliente.

DÉCARBONISÉ : Des sources plus propres mènent la transition énergétique mondiale

L’évolution du GNL

La maturité des marchés du carbone, les mécanismes d’ajustement aux frontières et un « club méthane » parmi les acheteurs et les vendeurs du G7+ assurent la robustesse d’un marché du gaz naturel certifié. Au cours des années 2030, les dirigeants gouvernementaux et de l’industrie se sont efforcés d’élaborer des réglementations de marché claires et transparentes, alors que les entreprises recevaient des incitatifs pour réduire les émissions de méthane et cherchaient à se distinguer en fonction du rendement. Les règlements nationaux dans les pays du G7+ s’appuient sur une stratégie multilatérale de gaz naturel du G7+ qui favorise le commerce international et permet de mesurer le méthane. Des innovations importantes apportées aux technologies liées aux satellites ont donné lieu à un suivi plus efficace du méthane et à une meilleure robustesse des ensembles de données, assurant une meilleure uniformité en matière de suivi du méthane que dans les années 2020. Il existe un risque que les infrastructures existantes de GNL puissent être délaissées alors que les principales économies du monde passent à d’autres sources d’énergie renouvelable et que la demande de GNL diminue. La demande mondiale de GNL diminue rapidement en 2040, de sorte que le monde ne nécessite pas de nouveau GNL net d’ici 2050 par rapport à l’offre existante et en chantier. L’approvisionnement existant en gaz naturel provenant des sources du G7+ présente un avantage concurrentiel pour les acheteurs respectueux du climat à la recherche d’hydrogène, d’ammoniac et de gaz naturel à faibles émissions. Les banques multilatérales de développement comme la Banque asiatique de développement ont soutenu des améliorations de l’efficacité énergétique dans la distribution du gaz et les centrales électriques au gaz, ainsi que des projets de remplacement du charbon par le gaz en Asie.

L’atteinte de zéro émission nette se produira probablement au milieu des années 2070, où la température devrait augmenter de 1,8 °C. Cependant, des efforts accrus, par exemple pour exiger une diminution de 30 % de l’intensité des émissions de carbone de la production de gaz naturel après 2030, pourraient permettre d’éviter 40 à 45 milliards de tonnes supplémentaires d’équivalents CO2 d’ici 2100 dans ce scénario.

GNL : Une occasion de réconciliation

L’occasion du Canada liée aux GNL ne peut pas être capitalisée en l’absence de partenariats et de participations autochtones. La majorité des terrains connectant les principaux champs de gaz du pays à la côte du Pacifique sont des territoires non cédés, réclamés ou ratifiés dans le cadre du traité à l’intention des Premières Nations en Colombie-Britannique. Il s’agit d’une importante occasion de réconciliation, dont on prend conscience petit à petit. Les Autochtones, par l’entremise des Nations Haisla et Nisga’a, respectivement, possèdent une participation importante dans les projets de GNL Cedar et Ksi Lisims, deux projets de la côte ouest qui ajouteront 15 millions de tonnes par an à la capacité d’exportation du Canada. En cultivant des partenariats significatifs avec les Autochtones et en élaborant des modèles liés aux capitaux, à la capacité et au consentement autochtones, le GNL peut être une occasion commune de prospérité tout en permettant au Canada de répondre aux besoins du moment et d’accélérer les projets majeurs. — Varun Srivatsan

  • Titre de l’année : « Accord du G7+ pour relier la Terre à des centres de données en orbite basse »

  • Le monde est dominé par des coalitions de nations aux vues similaires et les institutions multilatérales ont été revitalisées.

  • Une trajectoire à deux sources d’énergie émerge alors que les énergies renouvelables prennent rapidement de l’ampleur grâce aux fonds mondiaux axés sur le climat et que la demande de GNL se maintient, stimulée par l’industrialisation de l’Asie et la transition du charbon au gaz.

  • Les chaînes logistiques mondiales et le commerce international sont plus résilients et répartis plus équitablement, la coalition du G7+ consolidant son influence en matière de GNL et de fabrication en vue de contrer la domination de la Chine sur les chaînes logistiques.

Contexte

Dans le scénario démocratique de 2040, le monde présente de solides coalitions entre les nations aux vues similaires, qui déploient des efforts croissants pour lutter contre la fragmentation de la fin des années 2020 et du début des années 2030. Les institutions multilatérales sont en pleine renaissance grâce au changement de cap dans leur gouvernance et leur structure en vue de répondre aux défis mondiaux fréquents et critiques. Un certain nombre de pays sont dissidents et axés sur les régions, comme nous l’avons vu dans le cadre du retrait des institutions internationales qui a eu lieu pendant les années 2020 et au début des années 2030. Le paysage international est désormais dominé par les coalitions de pays démocratiques du G7+ visant à contrer la Chine et la Russie et à assurer la résilience dans les secteurs critiques de l’économie, comme la fabrication de pointe, la défense et l’énergie. Le plus récent accord du G7+ permet aux importateurs de gaz du G7 et à leurs alliés comme la Corée du Sud d’approvisionner en gaz les centres de données et l’infrastructure numérique requis pour alimenter la prochaine génération de technologies d’intelligence artificielle (IA). À mesure que les énergies renouvelables continuent de prendre de l’ampleur, le gaz a un rôle essentiel à jouer pour répondre aux pointes de consommation des grandes villes et pour soutenir la résilience des réseaux électriques. La coopération du G7+ au chapitre du gaz naturel a réduit la volatilité des marchés du gaz par rapport aux années 2020. Cependant, en l’absence d’un marché robuste des gaz propres, les tensions demeurent entre les pays de l’Union européenne et le reste des membres du G7, qui ont mis en péril l’atteinte des cibles d’émissions en faveur de l’abordabilité et de la résilience. La place publique mondiale est robuste dans les pays démocratiques, où les organisations de la société civile favorisent une collaboration et une coopération accrues entre les pays partageant les mêmes valeurs et ayant renouvelé leurs engagements envers des objectifs climatiques ambitieux. Toutefois, l’oppression systémique des acteurs de la société civile dans les états non démocratiques crée une division mondiale entre les démocraties libérales et le reste du monde.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les progrès réalisés à l’égard du climat débutent lentement dans les années 2030, mais le Fonds vert pour le climat commence à avoir une incidence réelle sur l’atténuation des changements climatiques et sur les actions climatiques. Les contributions provenant à la fois de l’hémisphère sud et du G7+ signifient qu’en 2040, le Fonds a atteint une valeur de 800 milliards de dollars en placements à effet de levier, avec un total de 25 milliards de tonnes d’émissions évitées. Le Fonds vert pour le climat n’est qu’un exemple du sentiment général selon lequel le délaissement des combustibles fossiles est inévitable et que la part de la combinaison énergétique mondiale constituée de sources renouvelables continue de s’accroître de manière exponentielle. L’adoption rapide des sources d’énergie renouvelable à coût concurrentiel de même que la stratégie coordonnée du G7+ en matière de gaz naturel ont aidé l’Occident à obtenir de l’énergie pour les économies à croissance rapide comme l’Indonésie et l’inde.

Le commerce international et les chaînes logistiques se diversifient en 2040 par l’entremise d’un accord de commerce international et régional. La délocalisation dans un pays allié et le rapatriement, lorsqu’ils sont mutuellement bénéfiques et effectués de façon systématique et ordonnée assure une certitude politique et débloque des capitaux pour les infrastructures essentielles. Pour les membres du G7+, leur diplomatie mutuelle leur permet de trouver un terrain d’entente à des fins de croissance économique axée sur le climat, et d’assurer ainsi leur présence géopolitique dans le sud et le sud-est de l’Asie, faisant obstacle à l’influence de la Chine.

Le leadership technologique est réparti entre divers États, y compris la Chine, les États-Unis et les Émirats arabes unis, qui continuent d’être des chefs de file comme au milieu des années 2020. Un engagement renouvelé envers les institutions multilatérales a toutefois mené à des pactes mondiaux robustes, comme un accord numérique mondial visant à démocratiser l’accès à l’IA et aux sources d’énergie requises pour alimenter une nouvelle économie de données.

DÉMOCRATIQUE : Les producteurs de marché libre et à faible émission de carbone intensifient leurs forces

L’évolution du GNL

L’accès à un approvisionnement résilient en gaz naturel par l’intermédiaire de la coalition du G7+ permet de mieux adopter l’IA et répondre aux besoins énergétiques afin d’industrialiser davantage l’Asie. Le Japon, la Thaïlande, la Corée et l’Inde sont des marchés où la demande est forte alors que la renaissance de l’Asie domine la demande mondiale de GNL en 2050. La demande de GNL atteint 692 millions de tonnes en 2050 et continue d’augmenter dans un contexte où la croissance économique mondiale stimule la demande. L’incidence climatique de cette réalité est atténuée par la maturité des technologies de capture du méthane et par la demande de gaz à faibles émissions par des acheteurs éthiques comme le Japon. Cependant, un marché mondial des gaz propres n’a pas émergé conformément aux prévisions des experts à la fin des années 2020. Les mécanismes du marché des gaz propres sont adoptés par de plus petites coalitions d’États entretenant des relations commerciales bilatérales ou multilatérales. Les marchés du carbone en expansion au sein du G7+ assurent ultimement une transition énergétique et une offre accrue de gaz naturel, ce qui permet de faire croître une demande de gaz naturel ancrée dans la transition du charbon au gaz en Asie. Alors que la coordination du G7+ à l’égard d’une stratégie de gaz naturel permet d’accéder à une offre et une demande résilientes dans ces pays, la Chine continue de jouer un rôle de chef de file d’importance croissante en technologies propres et en manufacture, ce qui pose un risque majeur aux membres du G7+ qui cherchent activement ces technologies afin de respecter leurs engagements climatiques.

À titre d’hôte du G7 et de cinquième producteur de gaz naturel au monde, le Canada occupe une position unique pour façonner l’avenir du gaz naturel en faisant progresser ses propres objectifs économiques et climatiques et en appuyant la sécurité de l’énergie à l’échelle mondiale.

Plusieurs obstacles freinent toutefois le gaz naturel. Tout d’abord, les pays membres du G7+, qui forment le noyau dur, ainsi que leurs alliés tels que l’Australie et la Corée du Sud, ne sont pas en phase en ce qui concerne le rôle du gaz dans l’avenir des marchés énergétiques. Les principaux producteurs comme le Canada et les États-Unis ont besoin d’une sécurité contractuelle pour bâtir l’infrastructure et l’offre stratégique. Cependant, les consommateurs comme la France, le Japon et la Grande-Bretagne veulent la souplesse contractuelle et des sources d’approvisionnement diversifiées pour couvrir leurs risques et atteindre leurs cibles climatiques. Un autre niveau de complexité est ajouté lorsque le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et les États-Unis favorisent le gaz naturel, tandis que la France et la Grande-Bretagne soutiennent une utilisation accrue de l’hydrogène, de l’énergie nucléaire et du gaz à faible teneur en carbone pour atteindre les objectifs climatiques. De plus, les gouvernements respectueux du climat en Australie, au Canada, en France et dans le reste de l’Union européenne ne s’entendent pas non plus avec les États-Unis, qui considèrent que les combustibles fossiles stimuleront leur domination énergétique.

Un cadre politique coordonné et coopératif adopté par les membres du G7 peut faciliter la création d’un marché résilient de gaz naturel et de GNL qui réduit la volatilité des prix, débloque des capitaux, augmente l’offre diversifiée, réduit les risques liés à la demande et assure la transition éventuelle vers un marché du gaz décarbonisé.

Voici certaines approches axées sur l’action qui pourraient aider le G7, par l’intermédiaire de ses ministres de l’Énergie, à passer à un avenir du gaz démocratique et décarbonisé :

1. Déclarer un accord du G7 pour soutenir le gaz naturel décarbonisé

Un accord politique du G7 qui définit le rôle du gaz naturel et des combustibles connexes dans divers scénarios énergétiques peut contribuer à briser le cycle d’essor et de contraction des prix et des placements. Il peut également signaler le niveau d’investissement et de financement d’une infrastructure de gaz suffisant pour combler l’écart détecté par rapport à l’offre attendue dans trois des quatre scénarios présentés dans le présent document.

Les gouvernements du G7 doivent également s’efforcer de mettre fin au débat sur le gaz naturel voulant qu’il soit soit une solution aux changements climatiques, soit qu’il y contribue. En fait, les deux prises de position sont vraies. À court ou moyen terme, la transition du charbon au gaz naturel, la réduction de l’intensité des émissions de méthane et le déploiement du gaz comme solution provisoire aux sources renouvelables contribuent considérablement aux actions climatiques. À long terme, les gouvernements doivent collaborer avec l’industrie pour obtenir un engagement à développer de nouvelles voies axées sur le gaz naturel à faible teneur en carbone qui pourrait être requis dans tous nos scénarios.

2. Mettre en place un marché mondial du gaz stable et fonctionnel

Le marché du GNL a changé du tout au tout au cours de la dernière décennie, passant d’une série de marchés régionaux reposant principalement sur des contrats à long terme indexés en fonction du prix du pétrole à quelque chose de plus dynamique et global.

Sur ces aspects, le marché du GNL commence à ressembler au marché mondial du pétrole qui a acquis de la profondeur, de la résilience et une grande liquidité depuis les années 1980, offrant un vaste éventail de contrats, d’étalons de prix et d’outils de gestion du risque pour les marchés tant physiques que financiers. Ces caractéristiques signifient que le cours du pétrole, bien que volatile, a une plus grande capacité à absorber les chocs et à se rééquilibrer.

Malgré les progrès réalisés, le marché du GNL a encore du chemin à faire avant de devenir suffisamment mondial et liquide pour attirer des importateurs sensibles aux prix et des fournisseurs de capitaux ayant une aversion pour le risque. La flambée des prix à laquelle on a assisté en 2022, en plein conflit entre la Russie et l’Ukraine, a été dramatique et néfaste pour les consommateurs, ce qui a entraîné un rebond de la demande de charbon en Asie et la fermeture de sites de production industrielle à forte intensité en gaz naturel dans l’Union européenne.

Une caractéristique clé doit être ajoutée à un accord mondial sur le gaz afin de développer un marché négociable avec des participants au marché financier et au marché au comptant, diminuant ainsi le risque lié aux capitaux, réduisant les coûts d’investissement et encourageant des investissements supplémentaires. D’autres participants financiers ou non commerciaux peuvent contribuer à accroître la liquidité et à attirer de nouveaux capitaux.

Le marché mondial du GNL doit également s’appuyer sur des cours de référence efficaces et transparents. L’émergence de ces étalons de référence dont la durée et l’indexation varient peut soutenir un marché fonctionnel. Cela comprend la capacité à monter des contrats pour négocier des cargaisons de GNL à l’aide de divers marqueurs à différentes périodes afin d’éviter l’exposition à une formule unique selon les indices de référence Henry Hub ou Brent. Les pays du G7 doivent tenter de poursuivre les efforts existants, dont le dialogue entre producteurs et consommateurs mené par le Japon.

Technologie du méthane : Contenir un gaz puissant

Le gaz naturel est principalement composé de méthane, un puissant gaz à effet de serre. La réduction des émissions de méthane dans la chaîne de valeur du GNL, qu’il s’agisse de têtes de puits, de transporteurs ou de regazéification, est considérée comme un facteur clé du rendement environnemental pour les entreprises. Ceci est particulièrement essentiel puisque le méthane est de 28 à 36 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 100 ans.

Plusieurs technologies peuvent contribuer à colmater les fuites provenant de l’infrastructure du GNL. Cela comprend la technologie qui peut détecter (au moyen de satellites et de capteurs aériens et terrestres), contenir (au moyen d’unités de récupération de vapeur et de dispositifs pneumatiques à faible débit de purge) ou brûler (au moyen de fûts de torche haute efficacité) du méthane. Les émissions peuvent également être réduites en remplaçant les dispositifs à gaz, comme les compresseurs ayant des équivalents électriques, libérant ainsi le gaz nécessaire pour l’expédition.

Plusieurs technologies et politiques permettent déjà de changer les choses. Aux États-Unis, l’intensité des émissions de méthane a diminué dans les installations de transformation (30 %) et de transmission et de compression (33 %) du gaz naturel de 2014 à 2023, selon les données de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Pendant ce temps, la Norvège présente la plus faible intensité d’émissions au monde en raison de politiques comme l’interdiction du torchage non urgent qui remonte à aussi loin que 1971, et la taxe sur l’éventage et le torchage imposée en 2015.

Toutefois, il demeure difficile de mesurer avec précision les émissions de méthane, tandis que les estimations sont assujetties à une incertitude et à une sous-évaluation généralisées. Au fil des avancées au chapitre de la mesure du méthane (par exemple, au moyen de la surveillance par satellite, qui est actuellement liée à plus de douze satellites en orbite), les exploitants et les organismes de réglementation peuvent réfréner davantage les émissions, réduire l’incertitude liée aux mesures et prendre des mesures d’atténuation appropriées.

Certaines méthodologies d’atténuation du méthane permettront aussi possiblement aux producteurs pétroliers et gaziers de capturer le méthane et de le réintégrer dans la chaîne du gaz afin de diminuer les émissions. En Amérique du Nord, par exemple, les technologies de détection et de réparation des fuites et les pratiques améliorées de maintenance de l’équipement peuvent éviter jusqu’à 55 millions de tonnes métriques, au bas mot, d’équivalent dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO2) en émissions de méthane chaque année, ce qui correspond à retirer 13 millions de véhicules à gaz de la route. – Vivian Sorab

3. Investir dans la décarbonisation pour réduire les émissions au moyen de nouvelles technologies 

Un accord du G7+ sur le gaz ne doit pas être interprété comme approuvant les pratiques habituelles. Il est essentiel que des mesures d’atténuation des émissions de méthane soient prises parallèlement aux trajectoires vers des combustibles carboneutres dérivés du gaz naturel.

L’élimination des émissions fugitives et le torchage ou l’éventage courant découlant de la chaîne de valeur du gaz naturel sont intégrés à l’engagement mondial sur le méthane, qui est fondamental pour que les espoirs de l’industrie du gaz naturel correspondent à un avenir à faibles émissions en carbone. Cela peut également être favorable aux entreprises puisque les coûts d’atténuation sont généralement peu élevés, voire positifs, lorsque le gaz fugitif peut être capturé, transformé et vendu.

Le G7 peut jouer un rôle crucial pour soutenir le déploiement de protocoles de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification (MSDV) des émissions de méthane. L’UE dirige ces efforts par l’entremise du déploiement de sa réglementation sur le méthane, qui impose au secteur de l’énergie de consigner l’intensité en méthane des importations de combustibles fossiles et qui annonce la transition vers les combustibles à faible intensité en méthane. Cela peut constituer un facteur de différenciation pour les sources de GNL et mettre à contribution d’importants consommateurs comme le Japon et la Corée du Sud pour adopter des règlements similaires à ceux de l’UE, tandis que des producteurs comme le Canada, les États-Unis et l’Australie sont en phase sur le plan de l’échéancier et des trajectoires technologiques et politiques en vue d’une réduction rapide de l’intensité en méthane.

La voie vers des combustibles carboneutres doit inclure l’application d’une technologie de capture et stockage du carbone à la production de produits d’ammoniac, de méthanol et d’hydrogène. La technologie de capture et de stockage du carbone sera également essentielle au maintien de la sécurité de la demande à long terme du gaz naturel dans la production d’électricité dans un contexte de décarbonisation de la production industrielle.

La sécurité énergétique dépend généralement de la diversification des sources d’énergie par type de combustible, technologie et région. L’électricité propre est essentielle pour atteindre une économie à faibles émissions de carbone, mais le maintien d’un système diversifié et résilient nécessitera d’autres sources, y compris l’énergie nucléaire, la bioénergie, les crédits de carbone et la capture du carbone. Les combustibles sans carbone et à faibles émissions de carbone peuvent également soutenir la décarbonisation des processus de production industrielle, y compris la production d’acier et de ciment où des températures plus élevées sont requises. Le Canada et les États-Unis travaillent aussi de pair avec les pays du G7+ pour décarboniser les marchés du combustible de soute en passant à l’ammoniac ou au méthanol. Des données récentes provenant de la Chine montrent une trajectoire permettant de remplacer le diesel dans le secteur du camionnage par le GNL, une voie qui pourrait éventuellement mener à l’hydrogène propre.

4. Promouvoir de nouveaux outils de financement pour que les économies en développement investissent dans la croissance propre

L’état du GNL à titre de combustible fossile et la volatilité inhérente de ses prix en tant que marchandise, de même que sa forte intensité de capital, présentent des défis au chapitre du financement de projets. Les pays en développement nécessitent souvent une infrastructure à grande échelle pour importer et stocker le GNL et convertir le liquide en gaz afin de l’expédier vers les marchés internes. La plupart ont besoin de financement à conditions préférentielles. Un signal clair de la politique du G7+, en gage d’une plus grande acceptation du gaz naturel, permet de débloquer le financement auprès de plusieurs institutions, y compris des banques multilatérales de développement comme la Société Financière Internationale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), des agences nationales de crédit à l’exportation comme Exportation et développement Canada ainsi que les banques et les gestionnaires d’actifs du secteur privé qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de crainte de « bloquer » leurs émissions ou de ne pas respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Les politiques connexes doivent souligner l’accord mentionné ci-dessus conclu entre les États membres du G7 et s’engager à réduire les risques du secteur du gaz naturel et à le décarboniser.

L’évolution et la progression continues de l’article 6 de l’Accord de Paris et l’utilisation des résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI), dont le mécanisme conjoint de crédit du Japon, peuvent également offrir de nouvelles méthodes de financement fondées sur le transfert des crédits de carbone générés par les investissements dans la réduction du méthane, la transition du charbon au gaz naturel ou le passage du combustible de soute à l’ammoniac propre.

Cependant, l’article 6 ou le cadre RATI actuel ne convient pas au gaz naturel ou au commerce entre pays développés. Néanmoins, l’esprit des « clubs de carbone », tout comme la création d’incitatifs communs pour des projets de réduction du carbone liés au gaz naturel entre les membres du G7, pourrait servir à créer des flux de revenu qu’il est possible de financer pour ces projets. Ces mesures pourraient être complétées par des programmes comme les obligations de transition verte (GX) du Japon et les fonds climatiques de la Corée du Sud pourraient aussi cofinancer le GNL conformément à la sécurité énergétique et aux transitions liées aux émissions.

Le recours au gaz naturel certifié peut démontrer une voie claire vers la décarbonisation et l’harmonisation avec les valeurs du G7+, ce qui réduit les risques de financement de projets, améliore l’économie des projets au moyen d’une bonification des tarifications et des conventions d’achat, et permet d’accéder au financement des transitions.

Programme d’échange des droits d’émission du Japon

Lancé en 2023, le programme d’échange de droits d’émission pour la transition verte (GX-ETS) est un élément central de la stratégie du Japon pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et soutenir la décarbonisation sectorielle au moyen d’une approche par étapes. Les crédits de carbone vendus aux enchères contribuent au remboursement des obligations de transition verte (GX), ce qui soutient les dépenses axées sur la transition dans des domaines comme l’hydrogène, l’ammoniac, la capture de carbone et l’infrastructure de véhicules électriques. Ces obligations souveraines visent à recueillir environ 20 billions de yens (150 milliards de dollars américains) d’ici le début des années 2030, favorisant une plus grande mobilisation des capitaux d’environ 150 billions de yens (1 billion de dollars américains) en investissements publics et privés.

Bien que sa priorité soit la décarbonisation intérieure, le Japon a exprimé son intérêt à trouver des chaînes logistiques d’énergies propres et à faibles émissions de carbone à l’étranger et à financer les coûts de développement de technologies propres.

Le Canada peut bénéficier grandement de l’harmonisation de ses exportations de combustibles propres, en particulier le GNL et l’hydrogène, avec les objectifs de transition verte du Japon, à condition que les projets satisfassent aux normes japonaises en matière d’intensité en carbone, de transparence et de fiabilité.

Voici comment :

  • La politique de transition verte du Japon accepte que le GNL à faible teneur en carbone soit en phase avec la transition, particulièrement lorsqu’il est jumelé à une décarbonisation du méthane, à un processus de capture et de stockage du carbone, ou à des normes d’émissions de gaz certifié. Il se peut que le GNL canadien soit admissible à des contrats d’approvisionnement à long terme en phase avec la transition verte, si la réduction des émissions peut être vérifiée.

  • Les investissements du Japon par l’entremise d’obligations de transition verte, en particulier dans une infrastructure comme la liquéfaction et le transport, y compris la capture et le stockage du carbone. Le pays fait déjà appel à l’Australie et à d’autres pays pour obtenir de l’ammoniac. Les produits d’énergie certifiés à faible teneur en carbone peuvent tirer parti de plusieurs occasions, y compris du financement par l’entremise d’obligations de transition verte et le mécanisme de crédit conjoint du Japon, une initiative bilatérale lancée par le gouvernement pour faciliter la réduction des émissions de GES en collaboration avec des pays partenaires.

  • Le Canada peut également participer au programme du Japon d’élargir les importations d’hydrogène vert et bleu et d’ammoniac à des fins de production d’énergie et d’utilisation industrielle, en raison du potentiel du Canada à produire de l’hydrogène vert et de divers projets de production d’hydrogène en développement en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador. L’hydrogène bleu, par l’entremise du gaz naturel ayant un potentiel de capture et de stockage du carbone, pourrait devenir une autre occasion.

  • L’économie japonaise a aussi besoin d’énergie pour maintenir son avantage sur le plan des calculs et de l’infrastructure numérique. Les centres de données, l’IA et l’infrastructure numérique dépendront du gaz naturel. — Robert J. Johnston.

5. Créer un Centre d’excellence pour communiquer des perspectives de marché, des technologies et de meilleures pratiques

The U.S. and Canada have strong incentives for cooperation on natural gas. The two countries have deeply integrated domestic markets, growing demand for gas-fired electricity to support reindustrialization and data centres, and a shared need to ensure growing exports do not lead to higher prices at home. Increasingly, as LNG exports from North America grow, the incentives for cooperation and coordination across the G7+ loom large.

Le G7+ peut faire progresser ces intérêts par l’entremise d’une nouvelle organisation afin d’assurer le suivi des mesures techniques et politiques en vue de soutenir la mise en œuvre d’un marché du gaz naturel décarbonisé et dont les risques ont été atténués. Le Canada serait un excellent emplacement pour ce centre en raison de son rôle d’hôte du 51e sommet des dirigeants du G7, des engagements à long terme envers l’action climatique, de l’expertise technique en forage horizontal, en capture du méthane et en électrification, et de son rôle croissant à titre de producteur.

Le Centre pourrait commanditer la recherche technique appliquée dans des domaines comme la réduction des émissions de méthane, l’ammoniac à moindre coût et les carburants à l’hydrogène. La recherche politique et l’innovation financière sont tout aussi importantes dans des domaines comme l’évaluation de projets réglementaires, le partage des avantages communautaires, les protocoles de MSDV du méthane, et le financement durable et des transitions soutenant les pays en développement. Le Centre pourrait prendre des mesures supplémentaires pour analyser le développement des marchés du carbone, y compris des marchés de gaz naturel certifié.

Un Centre d’excellence du G7 serait un indicateur clair des plus importants producteurs et consommateurs de gaz naturel au monde au sujet de leur engagement envers un marché mondial du gaz décarbonisé et dont les risques ont été atténués.

Gaz certifié : La norme de référence

Plusieurs programmes de certification du gaz naturel souscrits par des tiers indépendants ont émergé au cours des dernières années. Les exploitants nord-américains Project Canary, Equitable Origin (EO) et MiQ (Methane Intelligence) jouent un rôle significatif pour certifier les bénéfices du gaz naturel sur le carbone, l’environnement et les droits de la personne.

En Amérique du Nord, quelque 30 % du gaz naturel est actuellement certifié par EO et MiQ. Un tiers de la production provenant du bassin de Montney au Canada est certifié, tout comme les deux tiers de l’offre contractuelle du projet LNG Canada, qui sera lancé sous peu. Plus de la moitié de la production d’Utica et de Marcellus, dans le nord-est des États-Unis, est également certifiée.

En ce qui concerne le méthane, dont les fuites ne sont souvent pas signalées, les producteurs certifient les volumes de gaz naturel auprès de MiQ comme moyen de souligner la faible teneur en carbone de leurs molécules. D’autres aspects liés au rendement environnemental et social excédant les seuils minimums réglementaires, comme la participation autochtone au capital et la réduction de la consommation d’eau, sont communiqués en vertu de la norme d’EO, ce qui concorde largement avec les déclarations requises au titre de la nouvelle directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises de l’UE. La théorie est que ces attributs environnementaux et sociaux mèneraient à des prix plus élevés ou, à tout le moins, à un meilleur accès au marché.

Le marché certifié se trouve aux premiers stades de développement, mais les perspectives pour le gaz naturel et les catalyseurs réglementaires potentiels pourraient mener à un marché plus important et plus liquide. Si suffisamment de pays élaboraient et mettaient en œuvre conjointement une exigence d’intensité en méthane (ou une norme de certification plus générale) excédant le volume du gaz naturel certifié, la valeur des certifications augmenterait et encouragerait une réduction supplémentaire des émissions.

Enfin, l’audit effectué dans les champs par des experts sectoriels à la suite de processus d’assurance de mieux en mieux définis conformes aux normes ISO et IFRS assure la rigueur et la documentation améliorées des demandes de règlement nécessitant un plus grand engagement et le rendement correspondant. Les certifications peuvent aussi contribuer à réduire le financement de projets et les primes de risque d’assurance, améliorant l’aspect économique des projets grâce à la bonification potentielle de la tarification et des conventions d’achat et permettant d’accéder au financement de la transition. Dr Robert J. Johnston

Les 5 grands : les sources d’énergie qui ont alimenté l’économie mondiale au cours des 25 dernières années

Charbon

2000: 24 % de la part du marché mondial
2024: 26 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale de charbon a augmenté de 67 % depuis 2000, la croissance en Asie compensant largement les diminutions en Europe et en Amérique du Nord. La Chine a représenté à elle seule 74 % de la croissance en Asie. Alors que la consommation chinoise devrait diminuer, la hausse de la consommation en Inde et dans le sud-est de l’Asie signifie que le charbon demeurera une source d’énergie essentielle dans les économies asiatiques.

Pétrole

2000: 37 % de la part du marché mondial

2024: 31 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale du pétrole a augmenté de près de 30 % depuis 2000, la Chine représentant plus de la moitié de cette croissance. La consommation en Amérique du Nord et en Europe est essentiellement stable, la croissance provenant surtout des marchés émergents. Le transport routier, le transport maritime et l’expédition ont représenté près de 80 % de la croissance de la demande mondiale de pétrole depuis 2000. Malgré tout, la prédominance du pétrole au sein des systèmes énergétiques mondiaux continue de décliner.

Énergie nucléaire

2000: 7 % de la part du marché mondial

2024: 5 % de la part du marché mondial

La production d’énergie provenant de la technologie est demeurée relativement stable au cours des 25 dernières années, dans un contexte où la diminution dans les pays développés est compensée par la nouvelle capacité en Chine. Les nouvelles centrales nucléaires proposées et en cours de construction en Asie, la remise en service des centrales nucléaires au Canada et en Europe, de même que les nouvelles conceptions de réacteurs aux États-Unis, qui sont largement attribuables aux besoins en électricité des centres de données, pourraient compenser la baisse historique de l’énergie nucléaire.

Énergies renouvelables

2000: 10 % de la part du marché mondial

2024: 13 % de la part du marché mondial

La production d’énergie éolienne et solaire a augmenté de manière exponentielle par rapport aux niveaux négligeables de 2000, faisant passer la part totale du marché mondial des sources primaires d’énergie renouvelable (y compris l’énergie hydroélectrique et la biomasse) à 13 %. La croissance dans d’autres sources d’énergie renouvelable comme l’énergie géothermique affiche également une croissance modérée.

Gaz naturel

2000: 22 % de la part du marché mondial

2024: 25 % de la part du marché mondial

Le gaz naturel a stimulé sa part de marché au cours des 25 dernières années, dont la demande en provenance de plusieurs économies est en hausse. La transition du charbon au gaz dans le secteur de l’énergie a aussi stimulé la demande et a contribué à réduire les émissions de plusieurs pays, y compris le Canada. Depuis 2000, 50 % de la croissance du gaz provient du secteur de l’énergie. Une croissance supplémentaire est issue du secteur de l’énergie (12 %) et du secteur résidentiel (8 %). En tant que matière première essentielle des produits pétrochimiques, le gaz se trouvait également au cœur d’un essor du plastique. La mondialisation des marchés du GNL, dans un contexte où plusieurs nouveaux pays mettent en place des terminaux d’importation du GNL, a également stimulé la demande.

Toutes les données sont tirées du rapport World Energy Outlook de BNEF.

Le projet Croissance

Le rapport fait partie du rapport Croissance de RBC, une initiative visant à générer de nouvelles idées pour l’économie canadienne. Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur le projet Croissance, cliquez ici.

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èA moins d’indication contraire, toutes les données proviennent de Rystad Energy.

Veuillez vous reporter à la section En coulisse – Notre méthode de recherche pour obtenir plus de renseignements sur la recherche collaborative.

1. McKinsey & Co.
2. Agence internationale de l’énergie
3.The Institute of Energy Economics, Japan, 2025 Outlook

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Dans le numéro de cette semaine : Signaux commerciaux au sommet du G7, pour quelles raisons il est si difficile pour les producteurs d’acier et d’aluminium de diversifier leurs activités hors du marché américain et le temps généralement nécessaire pour conclure un accord commercial important.

La semaine écoulée

  • Des rapports révèlent (ici et ici) que le Canada et les États-Unis disposent d’un document de travail sur le commerce, y compris des précisions sur un possible accord. Aucun échéancier n’a encore été fixé.

  • Avec la présence de Claudia Sheinbaum, du Mexique, et de Narendra Modi, de l’Inde, à Kananaskis pour le sommet du G7, est-ce que davantage de discussions sur le commerce avec le Canada seront à l’ordre du jour ?

  • Selon la Banque mondiale, nous sommes sur le point de connaître la plus faible décennie de croissance depuis les années 1960… en raison de l’incertitude levée par les droits de douane.

  • Même si le président Trump se réjouit d’avoir conclu une entente avec la Chine après deux jours de négociations, les nouvelles émanant de la Chine sont moins expansives – l’agence de presse officielle de Beijing l’a simplement appelée une « entente de principe ». La Chine lèverait les restrictions sur les exportations de terres rares pendant seulement six mois, laissant la porte ouverte à une escalade ultérieure.

  • Dans les deux prochaines semaines, Donald Trump prévoit envoyer des lettres décrivant les droits de douane unilatéraux à de nombreux pays.

  • Les droits de douane n’ont pas encore entraîné le bond de l’inflation aux États-Unis auxquels plusieurs s’attendaient. Prenez votre mal en patience, disent les économistes.

  • La République dominicaine a gagné en popularité auprès des sociétés américaines à la recherche de centres manufacturiers de remplacement. Les 92 zones franches du pays et la proximité des États-Unis sont deux facteurs clés.

Signaux commerciaux au sommet du G7

Même si le sommet du G7 ne débouchera probablement sur aucune avancée majeure avec les États-Unis en regard des droits de douane et du commerce, il y a certainement quelques éléments à surveiller :

Minéraux critiques : La guerre commerciale des États-Unis avec la Chine a souligné d’importantes dépendances à l’égard des chaînes d’approvisionnement en terres rares et minéraux critiques, dominées par Beijing. L’administration Trump a besoin d’un approvisionnement fiable pour soutenir ses grandes ambitions énergétiques et technologiques. Collectivement, les pays du G7 possèdent des ressources inexploitées considérables et le capital nécessaire pour financer les projets.

AEUMC : La présence de Claudia Sheinbaum marquera la première fois depuis l’investiture du président Trump que les trois dirigeants nord-américains participent à la même rencontre multilatérale. Cela ouvre la voie à une réunion parallèle pour planifier l’examen de l’AEUMC en 2026 et discuter des efforts continus de lutte contre le fentanyl, qui demeure la principale justification des droits de douane imposés par les États-Unis au Canada et au Mexique au titre de l’International Economic Emergency Powers Act (IEEPA).

À souligner

Par Jordan Brennan

J’étais à Ottawa cette semaine pour participer à l’événement Canada 2020, où les participants étaient généralement optimistes, mais prudents. L’accent était mis sur la relance de la croissance par des projets de construction nationale. Les occasions ne manquent pas dans les secteurs de l’énergie, des mines, du logement, des infrastructures et de l’intelligence artificielle ; par contre, la refonte de notre modèle d’exploitation est nécessaire. Voici quelques thèmes qui se sont démarqués :

  • À l’échelle internationale, le Canada est considéré comme un territoire à risque élevé en raison des retards dans l’approbation réglementaire (p. ex., les évaluations d’impact qui peuvent s’étendre sur plus d’une décennie) et de l’instabilité politique (pensons à la montée du séparatisme en Alberta). Les investisseurs internationaux ajoutent régulièrement une prime de risque de 20 % aux décisions d’affectation du capital concernant le Canada. Puis, le cabinet a un pouvoir politique discrétionnaire étendu sur des projets majeurs. Pour libérer des capitaux au pays et à l’étranger, nous aurons besoin d’une plus grande certitude réglementaire et politique. Une stratégie de corridor commercial national pourrait-elle contribuer à réduire le profil de risque perçu du Canada ?

  • La construction d’infrastructures destinées aux exportations suppose la création de ressources permettant de les exploiter, mais de nombreux projets sont au point mort ou annulés. Alors, comment transférer de façon responsable les ressources du sol canadien vers les marchés mondiaux ? C’est ici que les droits issus des traités et l’obligation de consulter les Premières Nations sont mis de l’avant, non pas comme un obstacle, mais bien comme un avantage concurrentiel. Les sociétés qui réussissent établissent des partenariats économiques rigoureux avec les Premières Nations dès le début du processus, sur tous les plans, allant des évaluations d’impact aux conventions d’emploi et d’approvisionnement, en passant par les participations financières. Pour qu’un plus grand nombre de projets soient approuvés plus rapidement, ce genre de partenariat est essentiel.

  • Il en va de même pour la sécurité dans l’Arctique. Avec le recul de la glace côtière, le passage du Nord-Ouest fait l’objet de contestations par des puissances étrangères, en partie parce qu’il réduit considérablement le temps de transport entre l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie. Comme l’a dit un participant, il n’y a pas de meilleure façon d’affirmer la souveraineté du Canada dans le Nord que de développer la région. Cela signifie des infrastructures – numériques et physiques – ainsi que des emplois et des compétences liés au développement minier.

  • L’autre problème est celui du moment choisi. Les prix des ressources sont fixés en fonction de la volatilité sur les marchés mondiaux au comptant, mais le cycle de vie des projets comme les terminaux de GNL ou des grands projets miniers s’échelonne sur plusieurs décennies. Les activités d’aménagement doivent s’aligner sur les tendances de la demande future, mais nous devons aussi accorder beaucoup d’importance à la compétitivité des coûts. Prévoir les besoins d’énergie et de minéraux en 2050 est certes difficile, mais essentiel pour attirer les capitaux patients nécessaires aux projets de grande envergure.

Trois questions…

Puisque les États-Unis doublent les droits de douane imposés sur l’acier et l’aluminium, Jake Silverhorn de l’équipe Secteurs diversifiés RBC Marchés des Capitaux, nous aide à comprendre le contexte actuel.

Q : Pourquoi les droits de douane pénalisent-ils davantage les producteurs canadiens d’acier et d’aluminium que les producteurs américains ?
R : Il y a une différence structurelle entre les marchés américains et canadiens. Les producteurs canadiens exercent principalement leurs activités au comptant, tandis que les producteurs américains ont recours à des contrats, de sorte qu’il est difficile pour les sociétés canadiennes de répercuter efficacement les coûts des droits de douane. De plus, les droits de douane ont créé un déséquilibre sur le plan de la demande et des prix entre les marchés américains et canadiens.

Q : Pour quelles raisons est-il difficile pour les producteurs canadiens de diversifier leurs activités hors du marché américain ?
R : Compte tenu du coût élevé du transport, les États-Unis étaient la destination la plus économique. Les producteurs canadiens ont stratégiquement implanté leurs activités à proximité des ports américains afin de faciliter le transport.

Q : Que peuvent faire les producteurs canadiens pour conserver leur part du marché américain ?
R : Pour demeurer concurrentiels par rapport aux producteurs américains et maintenir leurs activités, les producteurs canadiens doivent absorber une partie des coûts des droits de douane, ce qui aura une incidence sur leurs marges et leurs flux de trésorerie.

Conclusion

917

Le nombre de jours requis pour conclure un accord commercial type du début à la fin (l’AEUMC a demandé 896 jours). En avril, Donald Trump avait promis de conclure 90 ententes en 90 jours. À quelques semaines de l’échéance qu’ils se sont imposée, les États-Unis ont signé un accord (avec le Royaume-Uni) et une trêve sur les droits de douane avec la Chine.

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Dans le numéro de cette semaine : Les négociations en deux volets entre le Canada et les États-Unis, les trois thèmes récurrents de Donald Trump en matière de commerce et la façon dont les entreprises composent avec l’incertitude

Faits saillants

Cette semaine, Ottawa a accueilli des invités de marque, allant d’une brochette de sénateurs américains au roi Charles, sans compter la première session du Parlement depuis 161 jours.

  • Cinq sénateurs américains, dont un républicain, ont rencontré de hauts fonctionnaires canadiens pour renforcer les relations entre le Canada et les États-Unis. Un accord en deux volets est envisagé.

    • Premier volet : Retrait de l’article 232 (droits de douane sur l’acier, l’aluminium et l’automobile pour des raisons de sécurité nationale) en contrepartie d’une hausse des dépenses du Canada en matière de défense, d’où les pourparlers concernant le système de protection antimissile appelé « Dôme d’or ». Il existe un espoir que cela puisse se faire avant ou pendant le sommet du G7, mais le temps presse, car le sommet commencera dans deux semaines.

    • Deuxième volet : La renégociation générale de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) dans son ensemble. Nous nous attendons à ce qu’elle s’amorce cet été et se termine juste avant la date limite de l’examen de l’accord, soit le 1er juillet 2026.

  • L’accord en matière d’économie et de sécurité a été salué lors du discours du Trône, prononcé par le roi, tout comme les priorités de Mark Carney au chapitre de la diversification commerciale. Le programme législatif et les travaux qui se dérouleront durant la session d’été de la Chambre des communes seront probablement davantage axés sur le marché intérieur, notamment sur l’accélération de projets d’intérêt national et l’élimination des barrières fédérales au commerce intérieur. Les négociations entre le Canada et les États-Unis devraient se dérouler en arrière-plan, comme ce fut le cas lors de la rencontre du ministre Dominic LeBlanc avec Howard Lutnick, secrétaire américain au commerce, et Jamieson Greer, représentant américain au Commerce.

La semaine écoulée

  • Vingt-quatre heures après que le Tribunal de commerce international des États-Unis eut jugé que Donald Trump avait outrepassé ses pouvoirs au titre de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) en imposant des droits de douane, une cour d’appel fédérale les a rétablis, du moins temporairement.

  • L’atonie du marché de l’emploi en Chine pourrait s’aggraver sensiblement : ce pays pourrait perdre neuf millions d’emplois dans le secteur manufacturier en raison de la guerre commerciale.

  • Clear Seas estime que d’ici 2040, si tous les projets prévus se concrétisent, le trafic maritime sur la côte pacifique du Canada devrait augmenter de 60 %, grâce principalement aux projets de gaz naturel liquéfié (GNL).

  • Les plus grandes entreprises du Japon sont mises à mal, ce qui incite le gouvernement à mettre en œuvre un programme de 6,3 milliards de dollars américains pour protéger son économie.

  • La criminalité liée au commerce grimpe en flèche aux États-Unis, et il est difficile pour le gouvernement d’y mettre un frein.

  • L’Inde se montre intransigeante envers les États-Unis en ce qui concerne les principales marchandises (riz, blé, maïs) et les produits laitiers.

  • Une agence onusienne prévoit que l’instabilité causée par la guerre commerciale entraînera une baisse de sept millions d’emplois en 2025 par rapport aux prévisions initiales. De plus, la demande des consommateurs américains est liée à 84 millions d’emplois supplémentaires. Le Canada et le Mexique, avec 17,1 % des postes liés aux États-Unis, sont les pays les plus exposés.

Point de vue de Washington

À Washington, quelle est l’expression à la mode sur Wall Street cette semaine ? Il s’agit de TACO, l’acronyme de « Trump Always Chickens Out » (« Trump se dégonfle toujours »). Cette phrase témoigne du scepticisme grandissant quant à la détermination de la Maison-Blanche à maintenir les droits de douane face aux pressions du marché et aux mesures de représailles des partenaires commerciaux. En fait, la réalité est plus complexe. Pour justifier sa politique commerciale, l’administration s’appuie sur l’un ou l’autre des thèmes suivants :

  • Une tactique de négociation pour atteindre d’autres objectifs en matière de politique étrangère. La Maison-Blanche a recours à ce raisonnement lorsqu’elle met en place des droits de douane liés au fentanyl à l’égard du Canada et du Mexique, et l’utilise souvent comme prétexte pour justifier l’annulation ou le report de droits de douane : elle prétend alors avoir accompli sa mission, elle crie victoire et poursuit ses activités. Dans cette optique, les droits de douane sont de courte durée et souvent éliminés ou réduits à la suite de concessions mineures de la part du pays ciblé.

  • Un levier de sa politique industrielle. Les droits de douane visent à encourager les entreprises à rapatrier les chaînes logistiques et les chaînes de production, conformément à la promesse de M. Trump de redonner au secteur manufacturier américain son lustre d’antan au moyen de droits de douane sectoriels sur les automobiles, l’acier et l’aluminium. Selon ce raisonnement, les droits de douane visent avant tout à annoncer de nouvelles usines de production et d’autres investissements importants.

  • Un outil de production de recettes publiques. Même si le battage médiatique autour du service fiscal externe de M. Trump s’est apaisé (pour l’instant), ce thème a dominé la stratégie de politique commerciale de l’administration dans les semaines qui ont suivi son arrivée au pouvoir. Dans ce contexte, les pays étrangers ont peu d’arguments à proposer qui pourraient inciter le président à changer d’avis.

La difficulté consiste à discerner le thème sur lequel Trump s’appuie un jour donné. Interrogé cette semaine à propos de l’acronyme TACO, le président a parlé de « tactique de négociation ». Ce thème pourrait changer la semaine prochaine, alors que l’administration poursuivra sa bataille juridique concernant les droits imposés en vertu de l’IEEPA.

Trois questions

Par Andrew Skinner, vice-président, Financement du commerce international, RBC.

Q. : Comment les entreprises parviennent-elles à se diversifier, tant sur le plan de l’approvisionnement que des ventes ?
R. : Deux observations importantes : En avril, nous avons enregistré un nombre record de clients et de nouveaux utilisateurs potentiels de notre outil RBC Connexion Globale, qui fournit des ressources telles que les meilleurs pays où acheter et vendre, ainsi que d’autres renseignements sur le commerce. Ensuite, certains clients ont trouvé en Europe de meilleures occasions d’expansion des marges pour des produits qui étaient traditionnellement expédiés aux États-Unis. Par ailleurs, les importateurs assurent la résilience de l’offre en dénichant de nouveaux fournisseurs.

Q. : Qu’est-ce qui a changé ces derniers mois pour les entreprises qui ont poursuivi leurs activités auprès de leur clientèle aux États-Unis ?
R. : Le taux de conformité à l’ACEUM est passé de 33 % en février à 50 % en mars. D’après nos discussions avec les clients, nous nous attendons à ce que ce taux soit désormais beaucoup plus élevé, compte tenu de l’estimation selon laquelle 94 % des exportations canadiennes vers les États-Unis devraient être conformes. Les clients ont maximisé leur mode d’entreposage et leurs canaux de distribution aux États-Unis pour répondre à la demande à court terme et atténuer les répercussions des droits de douane. Ils revoient aussi régulièrement les délais d’expédition et les lieux de livraison afin de composer avec les droits de douane américains. Certains clients ont été en mesure de répercuter la hausse des droits de douane en l’absence d’autres sources d’approvisionnement et en cas de demande soutenue. D’autres interrompent les transactions le temps d’obtenir des précisions concernant les prix et la demande, surtout si elles ne sont pas en mesure de régler les droits de douane.

Q. : Que conseillez-vous aux entreprises qui doivent composer avec l’incertitude ?
R. : Nous encourageons les clients à passer en revue le cycle commercial de leurs principaux acheteurs et vendeurs – de la commande au paiement, les modalités du contrat et les documents disponibles – et à repérer les occasions de renégocier les modalités. L’objectif est de conserver des relations à long terme et d’éviter les perturbations au cours des périodes de pointe des ventes liées à la rentrée scolaire, au Vendredi fou et à Noël. Il existe toute une série de solutions visant à réduire le risque de non-paiement, à améliorer les flux de trésorerie et à assurer l’efficacité en termes de coûts et de rendement, alors que de nouveaux marchés, fournisseurs et acheteurs sont envisagés.

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Points clés

Plus de 100 projets miniers, d’une valeur de 107 milliards de dollars, se trouveront à différents stades de développement au Canada au cours des dix prochaines années. Tirer parti de ce potentiel nécessite des flux de capitaux diversifiés, tant nationaux qu’étrangers, pour que le Canada devienne un géant de la production de marchandises.

Puisque les capitaux chinois sont limités par le resserrement des règles fédérales, les Américains représentent le partenaire naturel contribuer à la mise en valeur des ressources minérales du Canada, compte tenu de l’alignement géostratégique des deux pays. Toutefois, les récentes tensions commerciales bilatérales avec les États-Unis portent à croire que le Canada devra faire preuve de prudence au moment de conclure de nouveaux partenariats et diversifier les sources de capitaux afin de réduire les risques liés aux projets.

S’il s’inscrit dans un cadre de sécurité plus large, le Canada peut se positionner comme un pilier essentiel de l’action menée par les États-Unis pour briser l’emprise de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement de plusieurs produits de base essentiels pour la défense, l’énergie et la fabrication de pointe. De nouvelles chaînes d’approvisionnement transfrontalières de produits de base pourraient servir de fondement pour la relance de la fabrication de pointe, de la défense et des infrastructures énergétiques en Amérique du Nord.

Building metal and critical mineral projects requires patient, long-term investors who can guarantee either long-term offtake agreements or security of demand to ensure their economic feasibility. To derisk projects, Canada could broaden its capital base beyond the U.S. and tap various global sources of foreign capital that are on the hunt for strategic assets—provided they meet Canada’s national interest and energy security thresholds.

Le Canada dans le Grand jeu des ressources

Les vastes ressources naturelles du Canada offrent des occasions d’investissement attrayantes. Surtout, elles deviennent des atouts stratégiques pour les pays du G7 et d’autres alliés dans un monde fragmenté.

La mise en valeur des ressources minières permet aussi au Canada d’avoir accès à plusieurs secteurs verticaux clés, dont l’automobile, les équipements énergétiques, la défense et la fabrication de pointe. À l’aide de la bonne stratégie, le Canada peut se positionner comme un nouveau pôle logistique de la fabrication dans un monde où la géopolitique joue un rôle prédominant, comme nous l’écrivions dans Le nouveau grand jeu.

Mais l’incursion de la géopolitique dans le domaine de l’exploitation des minéraux est une arme à double tranchant.

On a pu le constater ces dernières années dans le cas de la Chine, un fournisseur de premier ordre d’investissements directs étrangers dans le secteur minier mondial. Ces dernières années, sa participation dans le secteur canadien des minéraux a fait l’objet d’une surveillance étroite pour des raisons de sécurité. La situation a atteint son paroxysme en 2022, lorsqu’Ottawa a ordonné à trois entités chinoises de se céder leur participation dans trois sociétés minières canadiennes. Cette décision a largement refroidi l’intérêt de la Chine pour le secteur canadien des minéraux.

Les entreprises américaines sont considérées comme des partenaires plus naturels du Canada pour la mise en valeur des ressources minérales, compte tenu de l’alignement géopolitique de longue date entre les deux pays. Malgré les pressions que les États-Unis tentent d’exercer sur le Canada en matière de commerce, de défense et dans plusieurs secteurs tels que le bois d’œuvre, l’automobile, l’acier et l’aluminium, les synergies dans les secteurs des métaux et des minéraux pourraient revêtir une importance stratégique pour les deux pays. Abstraction faite de la récente rhétorique américaine, on pense que la collaboration au sein de plusieurs chaînes d’approvisionnement liées aux métaux et aux minéraux renforcerait la sécurité énergétique et nationale en Amérique du Nord.

Trump prend une nouvelle direction

L’approche de Washington pour la mise en valeur des minéraux reste en cours d’élaboration.

Des signaux indiquent que les États-Unis sont prêts à agir de manière décisive en ce qui concerne les minéraux critiques et d’autres ressources qu’ils considèrent comme vitales pour la défense, la technologie et les semi-conducteurs. La Maison-Blanche a accéléré la mise en œuvre de dix projets miniers, signé un décret visant à intensifier l’exploitation minière en eaux profondes dans les eaux américaines et internationales, et évoqué la possibilité d’investir directement dans des sociétés minières, notamment par l’intermédiaire d’un fonds souverain américain dont la mise en place a été évoquée.

Tirer parti des richesses minérales du Canada

L’attitude belliqueuse du président américain Donald Trump à l’égard du Groenland, riche en ressources, la signature récente d’un accord sur les minerais avec l’Ukraine et l’intérêt pour un accord avec la République démocratique du Congo donnent à penser que les minerais représentent un atout stratégique dans la quête des États-Unis pour contrer la domination de la Chine.

L’intérêt du premier ministre canadien Mark Carney à lier les négociations commerciales à la sécurité nationale des États-Unis est en phase avec l’intérêt des Américains pour l’exploitation des ressources énergétiques et des minéraux. En décembre , les deux pays ont investi dans un projet de minéraux critiques au Yukon, dans le cadre d’une large collaboration bilatérale liée au plan d’action canado‑américain pour la collaboration dans le domaine des minéraux critiques et au Groupe de travail bilatéral Canada-États-Unis sur la transformation de l’énergie.

Les gouvernements américain et canadien ont déjà injecté des milliards de dollars de capitaux dans ce secteur. Entre 2021 et 2024, le gouvernement américain a financé au moins 24 projets de minéraux critiques et de matériaux, dont cinq au Canada, conjointement avec le gouvernement canadien. Au début de 2024, Ottawa avait aussi financé au moins cinq autres projets.

Si le Canada est désireux de s’associer aux États-Unis pour la mise en valeur des ressources minières, il a pris des mesures ces derniers mois pour mettre en place quelques garde-fous à l’égard de ses actifs dans un monde qui adopte une approche plus transactionnelle et qui devient plus imprévisible. En mars 2025 , le ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, responsable de l’examen des investissements du Canada, a élargi les critères pour l’examen de la sécurité nationale pour y inclure la sécurité économique, dans le cadre d’une démarche qui semble viser les États-Unis. Et en avril 2025, le gouvernement de l’Ontario a mis en œuvre de nouvelles mesures pour empêcher les entreprises ou gouvernements étrangers de revendiquer les minéraux critiques de l’Ontario.

Avoir accès au capital géostratégique

Pour réduire davantage les risques liés à ses ressources, le Canada devrait faire appel à une grande variété de capitaux qui sont à la recherche d’actifs stratégiques.

Le secteur minier canadien attire déjà d’importants capitaux. Selon la base de données sur les grands projets de Ressources naturelles Canada, plus de 100 projets miniers et minéraliers d’envergure se trouvent actuellement à différents stades de développement au Canada (annonce, examen en cours, approbation ou construction), pour une valeur de plus de 107 milliards de dollars de capitaux. Et la liste s’est sensiblement allongée ces dernières années, compte tenu de l’intérêt accru pour les ressources canadiennes.
Mais d’où proviendront ces capitaux ?

En préparation de projets d’exploitation futurs, les sociétés minières pourraient tirer parti de quatre sources de capitaux : l’autofinancement, les marchés boursiers mondiaux, les entités appartenant à un État étranger et les fonds souverains; chacune d’entre elles correspond à un horizon d’investissement et un appétit pour le risque différents.

Les capitaux étrangers sont déjà une caractéristique bien établie du secteur minier canadien, puisqu’ils représentent environ 40 % à 45 % des investissements effectués dans ce secteur au cours des dernières années.

Répartition des capitaux dans le secteur minier canadien

Autofinancement : Au cours des deux dernières décennies, la mobilisation de capitaux pour le secteur des minéraux a été difficile, car les sociétés minières et minéralières ont été à la traîne à la fois de la marchandise sous-jacente et de l’indice général. En ce qui concerne les actions, cette sous-performance est encore plus prononcée sur une base ajustée au risque, compte tenu des faibles fluctuations de l’indice composé S&P/TSX et de l’indice S&P 500.

Cette situation est devenue un important problème de financement pour les entreprises. Cependant, un nouveau supercycle des marchandises, alimenté par la dynamique géopolitique et la transition énergétique, pourrait raviver l’intérêt des investisseurs pour le secteur.

Malgré la sous-performance du marché, les sociétés minières canadiennes sont généralement bien placées pour financer partiellement leurs projets. Le secteur bénéficie d’une grande solidité financière et d’une grande rigueur, comme en témoigne son ratio dépenses en immobilisations / flux de trésorerie de 0,7x au cours des 12 derniers mois (contre un ratio de 1x au cours des dix dernières années), ce qui montre que des fonds sont disponibles pour investir, tandis que le fardeau de la dette a également considérablement diminué ces dernières années.

En fin de compte, les sociétés métallurgiques et minières de l’indice S&P/TSX ont accumulé 14 milliards de dollars de liquidités excédentaires au cours des 12 derniers mois, prêtes à être déployées à l’échelle mondiale . Bien que le Canada puisse attirer une partie de ces capitaux, les entreprises devront tout de même faire appel à d’autres sources de capitaux pour financer leurs projets.

Le rendement inférieur des métaux depuis 20 ans entrave le potentiel de mobilisation de capitaux

Marchés boursiers : Les marchés boursiers publics restent une source de capitaux viable. Les nouvelles émissions d’actions de sociétés représentent aussi une option attrayante pour les capitaux institutionnels et occidentaux, dont plus de 90 % sont constitués de fonds en gestion passive ou de fonds de positions acheteur. Si l’appétit des investisseurs pour le risque a été modéré, de nouveaux facteurs macroéconomiques et géopolitiques, combinés au bilan solide des entreprises, pourraient modifier l’humeur des investisseurs.

Sociétés d’État et fonds souverains : La pérennisation de certains de ces projets à longue période de gestation nécessite des acteurs géopolitiques qui ont une vision à long terme des ressources stratégiques. Ils sont déjà à l’affût : entre 2022 et 2024, nous estimons qu’environ 20 % des fusions et acquisitions dans le secteur minier mondial ont été effectuées par des fonds souverains. La part des transactions liée à des sociétés d’État était presque certainement plus élevée, puisque la majorité des 18 % de transactions mondiales attribuables à la Chine aurait été effectuée par l’intermédiaire des sociétés d’État de ce pays.

Le capitalisme d’État ne se limite pas aux fonds souverains et pourrait inclure des entreprises liées aux gouvernements ou soutenues par ces derniers.

Parmi ces entités appartenant à l’État, tous les acteurs ne sont pas considérés comme présentant un risque géopolitique élevé, comme ceux de la Chine, en termes de menace de contrôle du marché ou de transfert de la propriété intellectuelle en matière de minerais. Les fonds d’infrastructures d’énergie propre liés aux caisses de retraite publiques, aux fonds souverains ou aux grandes sociétés de capital-investissement sont aussi en quête d’occasions dans le secteur minier. Les caisses de retraite canadiennes bien capitalisées pourraient également jouer un rôle à cet égard.

D’autres investisseurs bien nantis, comme les fonds souverains du Moyen-Orient et les entités appartenant à un État, pourraient se montrer plus actifs à l’avenir. Bien qu’ils constituent une importante source de capitaux, ils pourraient poser des problèmes de sécurité, en raison par exemple de changements dans les alliances géopolitiques ou de querelles diplomatiques bilatérales, comme le conflit diplomatique entre le Canada et Riyad en 2018 au sujet du bilan de l’Arabie saoudite en matière de droits de la personne.

Contenir la Chine

Les questions relatives à la sécurité des actifs stratégiques ne doivent pas être sous-estimées et ne feront que gagner en importance, comme en témoigne le bras de fer entre Washington et Pékin au sujet des chaînes d’approvisionnement. Alors que le président Trump s’apprête à signer des accords commerciaux avec plusieurs pays, il pourrait exercer des pressions sur ces derniers pour qu’ils éliminent les capitaux chinois de leurs chaînes d’approvisionnement minières.

Cette situation ne serait pas vraiment sans précédent. Les inquiétudes concernant les capitaux chinois ont amené l’administration américaine précédente de Joe Biden à renforcer son examen interne des nouveaux investissements chinois dans les minéraux critiques et d’autres secteurs stratégiques. [i]  Dans le passé, Washington a aussi exprimé des préoccupations plus générales concernant les nouveaux investissements chinois dans ses pays alliés, faisant pression sur ses proches partenaires commerciaux, le Canada et le Mexique, pour qu’ils renforcent leurs processus d’examen.

Renforcer la Loi sur Investissement Canada
Cette situation a déjà entraîné un changement dans la manière dont le Canada a traité les investissements chinois ces dernières années. En 2022, les dispositions relatives à la sécurité nationale de la Loi sur Investissement Canada ont été appliquées pour exiger la cession des investissements chinois dans trois entreprises canadiennes de minéraux critiques ayant des activités d’extraction de lithium. Ce faisant, le secteur des minéraux critiques a été désigné pour faire l’objet d’un examen plus approfondi de la part du gouvernement.

D’autres modifications apportées au cours de la dernière année permettent au gouvernement fédéral de procéder à un examen de sécurité nationale pour tout nouvel investissement étranger au Canada, et pas seulement pour ceux qui ont des participations majoritaires, et d’examiner de plus près les investissements d’entités appartenant à un État, ce qui vise principalement la Chine.

Ces modifications ont également précisé que les actifs étrangers des entreprises canadiennes entraient dans le champ d’application de l’examen dans le cadre de la Loi sur Investissement Canada en cas d’acquisition d’une entité appartenant à un État étranger.

Portée élargie du Canad

Combiné au fait que le Canada présente une forte concentration en sociétés minières – la Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX représentent 40 % des sociétés minières publiques de la planète et accueillent plus de 1 000 inscriptions –, cela signifie que la Loi sur Investissement Canada représente un outil puissant pour contrôler certains investissements chinois à l’étranger. Le Canada a récemment fait valoir cette autorité, deux entreprises canadiennes ayant tenté de modifier leur domiciliation afin d’éviter l’examen de la Loi.

Dans le cas d’une rupture significative avec la Chine, le président Trump pourrait chercher à rendre la participation aux chaînes d’approvisionnement centrées sur les États-Unis conditionnelle à une élimination plus large des investissements chinois par le Canada. D’une part, cela pourrait inciter le Canada à tester les pouvoirs dont il dispose en vertu de la Loi sur Investissement Canada. Cela pourrait aussi remettre en question d’anciens investissements réalisés par des sociétés d’État chinoises dans de grandes sociétés minières canadiennes (voir la section Gestion d’anciens investissements chinois).

Toutefois, si on provoquait la Chine, celle-ci pourrait riposter contre le Canada en fermant ses marchés à certaines exportations, comme elle l’a fait en mars en imposant des droits de douane sur le canola canadien, ou en utilisant comme arme sa chaîne d’approvisionnement.

Même si les capitaux de la Chine ou les accords d’approvisionnement à long terme ne sont plus les bienvenus dans le secteur minier canadien, la Chine reste un important fournisseur de pièces et d’équipements industriels. Les gouvernements occidentaux pourraient remplacer l’équipement chinois au fil du temps, mais il s’agirait d’une embûche en ce qui concerne l’exploitation des ressources. Le récent recul de M. Trump en ce qui concerne les droits de douane chinois à la demande des entreprises américaines fait ressortir douane chinois à la demande des entreprises américaines fait ressortir l’importance des matériaux chinois au sein de l’économie mondiale.

Participations chinoises notables

Occasions d’investissement au Canada

Le monde considère le Canada comme un acteur stable et fiable dans le domaine des produits de base, qui l’aidera à diversifier son approvisionnement dans ce domaine. Il s’agit également d’une occasion générationnelle pour les provinces et le gouvernement fédéral d’exploiter des ressources riches en or (vital en tant que valeur refuge), en cuivre, en fer et en minéraux critiques. La mise en œuvre d’une stratégie, d’investissements et des mesures de sécurité appropriés peut contribuer à l’essor du secteur minier canadien.

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Dans le numéro de cette semaine : M. Carney choisit les membres de sa principale équipe chargée du commerce et de la sécurité ; les signaux commerciaux du voyage de Trump au Moyen-Orient ; et ce à quoi il faut s’attendre dans le cadre des négociations entre les États-Unis et la Chine

À NOTER

Par John Stackhous

J’étais à Ottawa cette semaine pour un événement appelé le B7, un rassemblement de chefs d’entreprise des pays membres du G7, dont les gouvernements se réuniront en Alberta dans quelques semaines. 

Quelle était la question qui divisait le plus ? Le commerce

  • L’ambiance était très pessimiste. Malgré la hausse des marchés en mai, on a l’impression que le monde démocratique, c’est-à-dire le monde du libre-échange, est de plus en plus divisé. Comme l’a déclaré un conférencier, « le commerce suit la géopolitique ».

  • L’Europe se replie sur elle-même et se concentre sur sa propre sécurité économique. Préparez-vous à davantage de politiques industrielles et d’investissements publics, ce qui ne favorisera pas le commerce.

  • Le Canada se trouve à la croisée des chemins : il doit réduire ses échanges commerciaux avec les États-Unis et accroître ses échanges avec d’autres marchés, alors même qu’il devient plus difficile de faire affaire avec ces derniers. 

  • Une nouvelle ère de « multilatéralisme » prend forme, au cours de laquelle les négociations constantes et soutenues seront la norme.

  • Certains conférenciers américains ont exhorté les Canadiens à regarder au-delà des attaques de M. Trump, affirmant que le pays était en train de changer d’état d’esprit. 

  • Mais pour l’instant, du moins, les États-Unis cherchent à jouer du coude, à l’américaine. 

  • Le nouvel ambassadeur Pete Hoekstra présentera la semaine prochaine son premier rapport d’importance au président des États-Unis et soulignera les mesures « scandaleuses » prises par le Canada, comme le retrait des marques d’alcool américaines et l’interdiction de s’approvisionner auprès d’entreprises américaines. 

  • On peut s’attendre à des échanges médiatiques entre M. Hoekstra, un ancien membre du Congrès du Michigan au franc-parler, et Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, qui n’a pas non plus la langue dans sa poche. 

  • La nouvelle ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, pourrait être amenée à compléter le groupe, alors que ces trois personnes s’efforceront d’éviter que le secteur automobile canado-américain ne subisse d’autres dommages. 

  • Une suggestion : qu’ils se rencontrent sur le pont Gordie-Howe, en hommage à ce hockeyeur qui se servait de ses coudes comme personne pour parvenir à ses fins.

Comment les choses se présentent-elles en ce qui concerne le dossier Canada-États-Unis, qui est d’une importance capitale ?

M. Carney a clairement indiqué qu’il était le patron et qu’il dirigerait les relations entre le Canada et les États-Unis. Cela dit, son équipe jouera un rôle majeur dans la conclusion d’un nouvel accord économique et de sécurité.

Cinq principaux négociateurs : En choisissant les membres de sa principale équipe de négociation, composée de Dominic LeBlanc, Anita Anand, David McGuinty, François Philippe-Champagne et Gary Anandasangaree, M. Carney a opté pour des ministres chevronnés qui, collectivement, possèdent une influence et des relations considérables à Washington. On peut s’attendre à ce que Mélanie Joly, ministre de l’Industrie, se joigne à ce groupe, en raison de sa vaste expérience dans ce dossier, et du fait qu’elle mènera les négociations nationales avec des secteurs critiques, comme l’acier, l’aluminium et l’automobile. Plus discrètement, Lisa Jorgenson, récemment nommée par M. Carney au poste de conseillère principale pour les relations canado-américaines, apportera son expérience acquise dans les domaines de la sécurité publique et de la justice et fournira des conseils ainsi qu’une coordination en coulisses entre les différents niveaux politiques et bureaucratiques.  

Remaniement du comité : Le comité Canada-États-Unis de M. Trudeau n’existe plus. Le groupe de travail « Un Canada sûr et souverain » est entré en fonction. Présidé par M. McGuinty et Mme Anand, ce nouveau groupe comprend quelques éléments remarquables. Maninder Sidhu, ministre du Commerce international, est chargé de diversifier les échanges commerciaux du Canada en diminuant la part des États-Unis, une promesse clé de M. Carney. Et Rebecca Chartrand, ministre des Affaires du Nord et de l’Arctique, représente un clin d’œil à l’importance de la sécurité dans l’Arctique, l’un des trois volets du pacte économique et de sécurité.

Remaniement diplomatique et bureaucratique : Les mandats de quelques ambassadeurs de premier plan (Kirsten Hillman à Washington, Ralph Goodale à Londres et Stéphane Dion à Paris) devraient bientôt prendre fin. M. Carney privilégiera probablement un mélange d’expérience, de relations et de poids politique, en particulier pour pourvoir le poste à Washington, car il ne sera pas facile de remplacer Mme Hillman, très respectée à Ottawa et à Washington. En ce qui concerne le secteur public, les bras droits de M. Carney au Bureau du Conseil privé seront le greffier John Hannaford et la sous-greffière Christiane Fox, qui possèdent tous deux une grande expérience des dossiers relatifs à la sécurité nationale, à l’énergie et au commerce. Un remaniement en profondeur de la fonction publique pourrait être envisagé, le premier ministre cherchant à obtenir des résultats à court terme.

La semaine en chiffres

7

Nombre de poursuites intentées contre Trump et son administration pour contester l’état d’« urgence » invoqué pour imposer des droits de douane en vertu de l‘International Economic Emergency Powers Act. Le Tribunal de commerce international des États-Unis (U.S. Court of International Trade) a tenu une première audience en début de semaine.

150

Nombre de pays qui, selon Trump, souhaitent négocier une entente. Faute de temps pour les rencontrer tous, son administration enverra dans les prochaines semaines des lettres à une liste de dirigeants pour leur dire simplement « ce qu’ils devront payer pour faire des affaires aux États-Unis ».

1 000

Produits marqués comme étant touchés par les droits de douane chez Loblaw. La chaîne d’épiceries prévoit que ce nombre atteindra 6 000 dans deux mois. Par ailleurs, Walmart, dont les bénéfices ont reculé au premier trimestre, a annoncé qu’il allait hausser ses prix aux États-Unis à cause des droits de douane.

60 millions

Nombre d’iPhones qu’Apple prévoit produire en Inde pour le marché américain. Lors de son voyage au Moyen-Orient, Donald Trump a critiqué le chef de la direction d’Apple (« J’ai eu un petit problème avec Tim Cook ») concernant la fabrication d’iPhones en Inde alors qu’il s’est engagé à investir 500 G$ US aux États-Unis.

Perspectives de Washington

Les détails du voyage de Donald Trump au Moyen-Orient donnent un aperçu de la manière dont les négociations commerciales en cours et à venir, y compris avec le Canada, pourraient se dérouler.

  • D’importantes dépenses pour les produits de défense américains : L’Arabie saoudite (142 G$ US) et le Qatar (3 G$ US) ont signé des contrats d’achat et d’approvisionnement de matériel de défense qui vont de la modernisation générale des systèmes d’information aux nouvelles capacités de défense aérienne et antimissile. Cette question revêt une importance particulière pour le Canada, étant donné que la Maison-Blanche a souvent critiqué les dépenses de défense du Canada. M. Trump pourrait utiliser l’accord entre les États-Unis et le Canada pour inciter ce dernier à atteindre plus rapidement la cible de 2 % des dépenses de défense au moyen d’accords avec des entreprises de défense américaines. 

  • N’oublions pas les grandes sociétés technologies : M. Trump a annoncé un investissement de 20 milliards de dollars d’une entreprise saoudienne dans des centres de données d’IA et des infrastructures énergétiques connexes aux États-Unis. Pour sa part, le Qatar a promis 1 milliard de dollars pour une coentreprise de technologie quantique entre la société américaine Quantinuum et la société qatarie Al Rabban Capital. Les centres de données sont intéressants dans le contexte américano-canadien en raison du potentiel du Canada à devenir un partenaire solide (terrains disponibles, capacités en matière d’énergie renouvelable, températures plus fraîches).

3 questions… sur les négociations entre les États-Unis et la Chine

Avec Jasmine Duan, première stratégiste, Placements, RBC Gestion de patrimoine, à Hong Kong

Q. : Comment pensez-vous que les marchés et les économies asiatiques réagiront et se comporteront au cours de la fenêtre de négociation de 90 jours ?
R. :
Nous observerons probablement un mélange d’optimisme et de volatilité. Les marchés pourraient chercher à obtenir des précisions sur l’accord, ce qui pourrait entraîner de la volatilité à court terme.

Q. : Quels sont les signaux que les investisseurs rechercheront ?
R. :
Les investisseurs seront attentifs aux conditions finalisées entre les deux parties ainsi qu’aux concessions ou incitatifs offerts par chacune d’entre elles. Il serait bon que les négociations se concentrent sur des questions liées au commerce, telles que l’accès aux marchés et l’achat de marchandises, et non sur des sujets nationaux tels que le fentanyl ou la politique.

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Dans l’édition de cette semaine : Comment les États-Unis-Royaume-Uni. l’accord prépare le terrain pour le reste du monde ; lire les signaux des négociations commerciales de Washington avec la Chine ; ce que Trump recherche lorsqu’il conclut un accord.

À noter

Par John Stackhouse

La semaine a été bonne pour le Canada et bien meilleure pour la Grande-Bretagne. La donne pourrait toutefois changer la semaine prochaine.

  • Mark Carney s’est entretenu avec Donald Trump et a réussi à repositionner les négociations autant au niveau du commerce que dans d’autres secteurs. Nous nous attendons à l’établissement d’un nouveau Partenariat nord-américain pour la sécurité.

  • Aucun des dirigeants n’a tourné le dos à la Mexicaine Claudia Sheinbaum, mais de nombreux chefs d’entreprise mexicains déplorent la stagnation des négociations entreprises avec le président Trump.

  • La Grande-Bretagne et les États-Unis ont conclu un accord qui n’était ni grand ni beau, mais qui est soudain devenu le modèle de référence pour les États-Unis et d’autres pays. Cela nous fait penser aux négociations types entreprises dans le secteur de l’automobile. 

  • L’accord que les États-Unis ont conclu avec le Royaume-Uni se concentre essentiellement sur des secteurs spécifiques. Plus d’automobiles de marque Land Rovers pour plus de hamburgers au fromage américains. (Autrement dit, des voitures contre du bœuf américain) La fin du commencement, comme dirait probablement M. Carney. La Grande-Bretagne estime que cet accord, qui s’ajoute à une autre entente bien plus large, lui confère un avantage concurrentiel par rapport à l’UE.

  • Le premier ministre britannique Keir Starmer espère faire un arrêt à Ottawa à la mi-juin avant de se rendre en Alberta pour la rencontre du G7. C’est là qu’il se rendra compte de la réalité. Le Canada et le Royaume-Uni ont eu de la difficulté à conclure des accords commerciaux au cours des dernières années, en raison particulièrement des activités de lobbyisme agricole qui sont menées dans les deux pays. Peut-on toutefois parier sur le fait que M. Carney finira par servir du fromage britannique, et M Starmer, par boire du lait canadien ?

  • Les deux alliés pourront ensuite se concentrer sur leurs approvisionnements en défense. M. Carney a fait part de son intérêt pour l’achat de plus de fournitures de BAE, mais doit également rester ouvert aux options de M. Trump qui souhaite que le Canada (et la Grande-Bretagne) achète plus d’avions et de systèmes d’armement américains. 

  • La rencontre du G7 qui aura lieu les 16 et 17 juin retiendra autant l’attention que les montagnes à Kananaskis. Les dirigeants devraient surtout parler de sécurité (un sommet de l’OTAN suivra à la fin juin), débattre des piliers de la démocratie après-guerre et décider des ententes commerciales en procédant à la remilitarisation de leurs pays ou en concluant des accords spécifiques. Que le Canada et la Grande-Bretagne restent unis, ou qu’ils soient coincés par les États-Unis constituera un signal.   

Ce que vous devez savoir

18 : Nombre des pays que les États-Unis privilégieraient pour les négociations commerciales.

79 : Pourcentage des Américains qui pensent que l’AEUMC avantagerait l’économie américaine, selon les résultats du dernier sondage réalisé par The Chicago Council on Global Affairs. Ce chiffre tient compte des réponses des 90 % des démocrates et des 72 % des républicains qui ont été interrogés.

2 500 : Produits américains, notamment l’huile d’olive et le vin qui bénéficieront d’une réduction des droits de douane dans le cadre du U.S.-U.K. Economic Prosperity Deal (accord de prospérité économique conclu entre les États-Unis et le Royaume-Uni).

100 000 : Véhicules britanniques pour lesquels les droits de douane américains sont ramenés à 10 % dans le cadre de l’accord conclu avec les É.-U. Les moteurs Rolls-Royce pourront bénéficier d’une exonération des droits de douane à l’entrée.

Point de vue de Washington

L’identité des dirigeants qui seront présents cette fin de semaine à Genève donnera une idée de la façon dont les États-Unis envisagent de négocier leurs ententes commerciales avec la Chine.

Mis en avant : Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, et le représentant américain au commerce, Jamieson Greer

Mis en retrait : Howard Lutnick, secrétaire américain au commerce, et Peter Navarro, conseiller au commerce et de la politique manufacturière de la Maison-Blanche

L’envoi de Bessent et Greer, perçus comme des représentants plus modérés, laisse penser que l’aspect pratique et le progrès l’emporteront sur l’idéologie politique maximaliste. À noter : M. Bessent a joué un rôle principal dans la conclusion de l’accord signé par les États-Unis et l’Ukraine sur l’exploitation des ressources naturelles dans le sol ukrainien, tant souhaité par la Maison-Blanche.

Quelques points à l’ordre du jour pour cette fin de semaine, et prochaines réunions :

  • Défense : L’utilisation par Pékin des contrôles à l’exportation de terres rares et de minéraux essentiels cible les vulnérabilités des chaînes logistiques américaines de semi-conducteurs, d’avions de chasse, de sous-marins, et d’autres produits essentiels à la base industrielle de défense des États-Unis.

  • Technologies de pointe : Les pratiques et les politiques commerciales chinoises, en particulier les exigences applicables aux coentreprises qui obligent les entreprises américaines à établir des partenariats avec des entreprises chinoises pour opérer en Chine et les obligations d’information pour l’obtention des licences, obligent les entreprises étrangères à transférer des droits de propriété intellectuelle sensibles pour accéder au marché chinois.

  • Transport/Expédition : Les constructeurs de navires et les travailleurs maritimes américains se sont plaints des pratiques chinoises qui font baisser les coûts de la construction navale, en particulier les bas salaires ou le travail forcé et l’offre excédentaire d’intrants pour la construction navale stimulés par les subventions gouvernementales.

Que veut vraiment M. Trump ?

Certains thèmes seront repris à mesure que M. Trump s’efforcera de conclure 90 ententes en 90 jours :

  • Baisse des droits de douane et retrait des obstacles au commerce intérieur : Trump considère injuste la position commerciale de nombreux pays par rapport à celle des États-Unis, et il cherche à réduire les obstacles liés aux droits de douane et autres dans la mesure du possible.

  • Accords d’achat : Comme les pays veulent réduire leur déficit commercial, les accords comprendront probablement des ententes d’achat. Prenons l’exemple de la chine qui a pris l’engagement d’acheter des marchandises pour un total de 200 milliards de dollars (un engagement qu’elle n’a finalement pas respecté).

  • Exemptions : M. Trump et son équipe subissent de fortes pressions pour exonérer les biens considérés comme stratégiques, nécessaires ou pour lesquels les États-Unis sont fortement tributaires des importations, qu’il s’agisse de poudre ou de sièges de voiture de bébé. La mise en place de nouvelles exemptions devrait permettre d’atténuer les répercussions des mesures commerciales.

  • Engagements pris sur le plan des investissements : Les investissements étrangers réduiront probablement la position qu’occupent les États-Unis en matière d’investissements internationaux, mais M. Trump souhaite voir d’autres pays et des entreprises étrangers investir aux États-Unis, à l’instar de l’usine de fabrication de semi-conducteurs de Taiwan Semiconductor Manufacturing Company située en Arizona.

  • Corrections des taux de change : Les observateurs du marché doutent qu’un « accord de Mar-a-Lago » visant à corriger le déficit commercial entraîne une dépréciation coordonnée du dollar américain. Une telle coordination transfrontalière serait improbable, et il est très peu probable que la Chine, principale cible des manipulations monétaires, accepte une appréciation du renminbi.

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Les 100 premiers jours d’un nouveau gouvernement sont toujours marqués par une activité intense. Le gouvernement libéral minoritaire de Mark Carney devra notamment présenter un budget, mener des négociations commerciales avec l’administration Trump et accueillir le G7 en juin. Prendre un peu de hauteur permet de mettre en évidence les principales priorités. Cinq d’entre elles devraient focaliser l’attention du Parlement dans les mois à venir et au-delà. Leadership avisé RBC les suit de près.

Conclure un pacte économique et de sécurité avec les États-Unis.

Lors des prochaines négociations avec les États-Unis, le gouvernement canadien devrait faire des concessions minimales jusqu’à ce qu’il obtienne la garantie que les échanges commerciaux ne seront pas soumis à des droits de douane et que l’accord commercial actuel sera respecté. Les États-Unis, quant à eux, voudront élargir la discussion, notamment à la question des frontières et de la sécurité.

Un accord a minima pourrait inclure :

  • Énergie et sécurité économique : Les négociateurs s’attaqueront probablement à des griefs de longue date, comme la taxe sur les services numériques. Ils tenteront aussi de résoudre le différend sur le bois d’œuvre et de renforcer les règles d’origine. Diverses évolutions stratégiques devraient avoir lieu en matière de gaz, d’énergie nucléaire et de minéraux critiques, également dans la perspective de la prochaine réunion du G7.

  • Défense et sécurité dans l’Arctique : Ce thème couvre aussi bien le plan visant à consacrer 2 % du PIB à la défense et la modernisation du NORAD, que la comptabilité des biens à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le nord, dont un port arctique, ou encore des engagements accrus en matière de construction de navires et de brise-glaces.

  • Sécurité des frontières : Bien que le Canada ait investi dans la sécurité des frontières, la poursuite de la collaboration, notamment en matière de blanchiment d’argent, d’immigration et de trafic de drogues et d’armes, figurera probablement à l’ordre du jour des négociations.

Les deux pays n’en sont pas à leur première tentative d’accord continental global en matière d’économie et de sécurité. Au milieu des années 2000, le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité visait à renforcer la compétitivité du continent en incluant le secteur privé. Bien qu’il n’ait pas abouti, de nombreuses idées ont subsisté ; citons notamment la coopération sur les maladies infectieuses, la gestion des urgences ou encore la sécurité des frontières. La nouvelle tentative a plus de chances de réussir si elle est ciblée et limitée dans le temps.

  • Privilégier les préfabriqués : Les maisons construites en usine peuvent être déployées plus rapidement et de manière plus rentable. Le gouvernement a promis 25 milliards de dollars de financement aux constructeurs de maisons préfabriquées. Il s’est aussi engagé à mettre l’accent sur les matériaux de construction durables.

  • Réduire les formalités administratives : Nous indiquions déjà précédemment que les délais d’approbation des projets au Canada « peuvent être parmi les plus longs au monde ». Le programme des libéraux prône la simplification des codes de construction nationaux, la rationalisation des réglementations et le recours accru à une conception standardisée.

  • Créer des options abordables : Le gouvernement a promis une enveloppe de 10 milliards de dollars pour apporter un financement à faible coût aux Canadiens à revenu faible ou moyen.

Aucune de ces mesures ne sera toutefois possible sans un travail de fond. Nous estimons que plus de 500 000 travailleurs supplémentaires seront nécessaires dans le secteur de la construction pour bâtir les logements requis d’ici à 2030. Le programme du Parti libéral, qui entend inciter les entreprises à embaucher des jeunes diplômés et proposer des programmes d’apprentissage, constitue un bon début. Mais il en faudra plus pour trouver un demi-million de travailleurs spécialisés. Plusieurs possibilités existent, et notamment privilégier les compétences en construction parmi les nouveaux immigrants, accroître les inscriptions dans les écoles de métiers qualifiés et encourager les travailleurs âgés à conserver leur emploi plus longtemps.

Face à cette crise du logement abordable, le pays doit agir rapidement et mieux organiser la coordination à tous les niveaux de gouvernement.

Créer des corridors énergétiques

Le développement de réseaux majeurs d’infrastructures énergétiques renforce la résilience économique, en permettant une diversification des exportations de matières premières essentielles. Les principales ressources naturelles canadiennes (soit les minéraux, les métaux et les combustibles) figuraient parmi les plus importantes exportations du pays en 2024. Les 175 milliards de dollars nets générés au total par l’exportation de ces ressources ont presque compensé les déficits commerciaux du Canada vis-à-vis des autres pays, dans toutes les autres catégories de marchandises.

De l’ébauche à l’élaboration en elle-même, la réussite des projets dépend des politiques visant à mobiliser les capitaux privés et à réduire les formalités administratives. À ce jour, les principales politiques mises en place par les libéraux, qui s’articulent autour des projets de loi C-69 et C-48 ainsi que du plafond d’émissions du secteur pétrolier et gazier, n’ont pas favorisé les investissements à grande échelle. Une approche « modifiée », plus pragmatique, pourrait créer un climat plus propice à l’attrait de capitaux. Ottawa se concentrera sur les points suivants :

  • Tarification du carbone produit par le secteur industriel : L’abolition de la taxe carbone risque de faire porter aux grands producteurs industriels le poids de la tarification du carbone. Il est probable que le prix du carbone industriel continue d’augmenter, ce qui pose des problèmes de compétitivité, alors que les dirigeants américains mettent l’accent sur la déréglementation. Même si un crédit d’impôt de 50 % sur les investissements liés à la capture du carbone permet de réduire les coûts d’investissement, une assurance quant aux revenus est cruciale pour la réussite des projets. À ce jour, l’Alliance nouvelles voies, un consortium réunissant les plus grands producteurs de sables bitumineux au Canada, n’a pas réussi à négocier des garanties concernant les crédits carbone avec le gouvernement. Il est évident que ce dernier doit actuellement arbitrer entre plusieurs priorités budgétaires. Ottawa assume déjà 50 % des coûts d’investissement de la CUSC (estimés de manière prudente à 60-75 milliards de dollars). Selon l’Alliance, il faudrait probablement des dizaines de milliards de dollars de financement supplémentaire pour les contrats sur différence (le calcul prend en compte 10-12 millions de tonnes à 125-150 dollars par tonne pendant 10 ans).

  • Réglementation/autorisation : Les retards réglementaires ont allongé les délais des projets, ce qui a entraîné des dépassements de coûts ou l’annulation de projets clés. En fin de compte, le capital est redistribué aux actionnaires et non mobilisé pour des infrastructures favorisant la croissance. Des politiques telles que « un projet, une évaluation » et le fait qu’un nombre plus important de projets énergétiques soient classés comme relevant de l’« intérêt national » ont un effet positif. Les gazoducs et les infrastructures de GNL en bénéficieront probablement le plus, étant donné la concordance politique sur le dossier du GNL (C.-B. et Ottawa).

  • Barrières commerciales provinciales : Le recours accru aux interconnexions pour favoriser les échanges est-ouest permet d’obtenir un réseau plus résistant, plus souple et plus efficace. Or, c’est de plus en plus essentiel compte tenu de l’augmentation attendue de la charge au cours des 25 prochaines années (cette dernière pourrait tripler) et de la nécessité de disposer d’une énergie bon marché pour l’industrie et le secteur manufacturier.

Préserver les finances fédérales

Les Services économiques RBC constataient récemment que la politique budgétaire devrait relever de nombreux défis. Le ralentissement de l’économie et le risque d’une récession profonde liée à la politique commerciale appellent des mesures de soutien budgétaire plus ou moins fortes. Par ailleurs, des défis structurels se profilent à l’horizon : la diminution de la productivité, la remise en question de l’accessibilité financière, le vieillissement de la population, la concentration des exportations et les mutations géopolitiques pourraient faire bondir les dépenses fédérales. La politique monétaire a ses limites et ne pourra pas répondre aux besoins les plus pressants. Par conséquent, le gouvernement devra garder à l’esprit les éléments suivants pour que le fardeau de la dette fédérale reste supportable :

  • Le Canada dispose d’une certaine marge de manœuvre budgétaire, même si elle n’est pas illimitée. Le fardeau de la dette brute du Canada (soit le ratio de la dette au PIB) est élevé, mais son fardeau de la dette nette est le plus faible du G7.

La dette publique brute du Canada est relativement élevée, mais sa dette nette est faible
  • Les marchés tablent sur un soutien de l’économie en cas de récession. Si des mesures idoines sont prises, tant au niveau de l’envergure que de la cible, il est peu probable qu’elles suscitent un vent de panique. Les mesures de soutien visant à pallier le creux économique, à l’instar de celles prises pendant la crise de la COVID, ne conviennent pas en cas de choc commercial, car la structure de l’économie pourrait grandement changer du fait de ce choc.

  • Les investissements qui favorisent la croissance sont essentiels pour maintenir le niveau de la dette fédérale à un niveau soutenable. Plus chaque dollar de dépenses publiques génère des dividendes de croissance élevés, plus le fardeau de la dette fédérale restera sous contrôle, même si les dépenses augmentent.

    • Rééquilibrer les priorités entre les mesures d’investissement social et économique. Ces dernières années, les Canadiens ont profité de la hausse des dépenses publiques sans en absorber les coûts, puisque le gouvernement fédéral a souvent favorisé des programmes sociaux de grande envergure. La priorité est aujourd’hui différente : les autorités fédérales doivent notamment relancer les investissements des entreprises. Les mesures non financières, comme la suppression de la bureaucratie, sont certes utiles, mais une marge de manœuvre budgétaire sera également nécessaire, puisque des dépenses s’imposeront.

    • Rendre les dépenses sociales et autres dépenses « indispensables » plus favorables à la croissance. Les importants besoins d’investissement dans tous les pans de l’économie soulèvent la question des ressources en capital et en main-d’œuvre : sont-elles suffisantes pour obtenir des résultats en temps voulu, sans effet d’éviction ? Les dépenses publiques dans des domaines essentiels tels que le logement, la défense et la santé peuvent stimuler l’efficacité, l’innovation et d’autres moteurs de croissance, ce qui permettra à l’économie de croître dans de nombreux domaines.

Faire de l’IA un moteur de productivité

Le Canada possède de nombreux talents dans le domaine de l’IA, mais il lui manque trois catalyseurs qui peuvent générer de la prospérité : une infrastructure informatique moderne, un déploiement à grande échelle et une demande intérieure robuste. Seulement 26 % des entreprises canadiennes affirment avoir adopté l’IA. C’est huit points de moins que la moyenne mondiale – et le pays continue de reculer dans les indices de préparation à l’IA. Du fait du ralentissement de la croissance de la main-d’œuvre et de l’augmentation des coûts de cette dernière, combler l’écart d’adoption de l’IA est le moyen le plus direct d’augmenter la productivité, l’efficacité économique et la compétitivité de manière durable pour le Canada.

Le gouvernement pourrait adopter une approche triple, se positionnant à la fois en tant que facilitateur, champion et premier utilisateur de l’IA. Ensemble, tous les paris fragmentés de R&D deviendraient ainsi un véritable moteur de productivité à l’échelle nationale.

  • Facilitateur : Il s’agit ici de traiter les capacités informatiques comme une infrastructure essentielle, en mobilisant des capitaux patients, en obtenant des garanties d’approvisionnement et en concluant des partenariats avec des acteurs mondiaux pour faciliter l’accès aux grappes de processeurs graphiques. En outre, le gouvernement pourrait envisager des subventions et des crédits d’impôt ciblés favorisant les projets qui privilégient la propriété intellectuelle canadienne et les emplois de grande valeur dans le pays.

  • Champion : Les ministres pourraient devenir des ambassadeurs proéminents des réussites nationales en matière d’IA, en mentionnant ces dernières dans toutes leurs communications relatives à la productivité, à la santé et à la défense. Les outils axés sur la demande (pensons aux quotas d’approvisionnement qui réservent quelque 25-30 % des contrats pertinents aux spécialistes de l’IA enregistrés, aux lettres de première référence pour la clientèle, aux remboursements d’impôts accélérés pour les projets pilotes d’IA) ont le potentiel de générer la demande intérieure nécessaire pour empêcher les entreprises en démarrage prometteuses de fuir vers le sud.

  • Premier utilisateur : Dans l’immédiat, le gouvernement pourrait équiper les analystes de première ligne, les auditeurs et les agents de service de copilotes sécurisés afin de réaliser des gains de productivité et de développer la maîtrise de l’IA. À plus long terme, il pourrait réorganiser les programmes autour de modèles qui apprennent à partir de différents silos ministériels, grâce à un accord de financement technologique accéléré tel que celui mis en œuvre par le ministère américain de la Défense et à de grands modèles de langage généralistes souverains partagés. Il pourrait aussi octroyer des primes d’encouragement pour les hauts fonctionnaires qui sont en mesure de mettre en œuvre des solutions d’intelligence artificielle.

Contributors:

Cynthia Leach, Économiste en chef adjoint, RBC

Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Reid McKay, Directeur, Responsable des politiques technologiques

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Bienvenue à la Zone commerciale. Semaine 2. (Toujours en version bêta, alors faites-nous savoir ce que vous en pensez.)

Cahier

Par John Stackhouse

Les équipes se préparent à affronter une grosse semaine de changements, tant au sein du gouvernement que du secteur privé. Mark Carney se rendra à la Maison-Blanche mardi pour rétablir les relations entre les deux pays. Les discussions devraient être cordiales et porter sur les dépenses militaires et la façon dont le Canada pourrait investir davantage dans la sécurité de l’Amérique du Nord. Plus de drones. Une cybersécurité renforcée. Pouvons-nous aussi prétendre à ces futures exportations ?

J’ai passé une partie de la semaine à Vancouver, habituellement considéré comme la porte d’entrée du Canada vers l’Asie-Pacifique. Le port semblait prospérer en raison des grosses transformations actuellement en cours dans les chaînes d’approvisionnement :

  • Les producteurs chinois et vietnamiens ont commencé à déplacer des marchandises et des intrants vers le Canada pour contourner les droits de douane américains.

  • Un grand producteur agroalimentaire de la Colombie-Britannique a révélé que son acheteur américain avait réorienté la production de son entreprise vers Singapour et a demandé à un fournisseur néo-zélandais d’approvisionner les États-Unis.

  • Un autre grand fabricant de vêtements explique comment il a dû intégrer cette semaine les droits de douane aux prix des produits qui seront offerts en août dans les magasins nord-américains pour la rentrée scolaire.

  • Une autre entreprise internationale a dit avoir légèrement réduit sa production chinoise (qui n’est plus que de 20 %) pour garder une longueur d’avance sur des négociations de Trump avec d’autres marchés comme l’Inde.

Nous devrions nous attendre à d’autres changements de ce genre.

La semaine en chiffres

Apple, le géant de la technologie, a chiffré à 900 millions de dollars l’impact des droits américains pour le trimestre en cours. Le PDG, Tim Cook, a déclaré que la majorité des iPhone vendus aux États-Unis devraient provenir de l’Inde plutôt que de la Chine pour limiter l’impact des droits de douane.

Les expéditions de marchandises entre la Chine et les États-Unis ont chuté de 60 % en avril, selon des estimations. Le ralentissement de la demande a incité certaines entreprises à utiliser des navires plus petits.

750 pertes d’emplois à l’usine de General Motors à Oshawa, en Ontario. Le constructeur automobile a réagi au contexte des droits de douane en passant de trois à deux quarts de travail.

Ce que vous devez savoir

  • Nous avons, bien avant la visite de M. Carney à Washington, réfléchi aux éléments qui pourraient être évoqués dans le cadre d’un éventuel accord économique et de sécurité avec les États-Unis :

    • Sécurité énergétique et économique : Les négociateurs voudront s’attaquer à des irritants de longue date (la taxe sur les services numériques, le conflit du bois d’œuvre résineux entre le Canada et les États-Unis, le renforcement des règles d’établissement de la provenance des produits). Il faut s’attendre à des prises de position et à des stratégies sur le gaz, le nucléaire et les minéraux critiques.

    • Défense et sécurité dans l’Arctique : Tout, du plan visant à atteindre la cible de 2 % du PIB pour les dépenses militaires à la modernisation de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), en passant par la comptabilité à double usage, les investissements dans les infrastructures sociales et économiques dans le Nord, y compris un port en Arctique, et l’expansion des engagements en matière de construction navale et de brise-glace.

    • Sécurité des frontières : Le Canada a investi dans la sécurité des frontières, mais les sujets qui seront soulevés au cours des négociations dans la poursuite de la collaboration porteront probablement sur le blanchiment d’argent, l’immigration et le trafic de drogues et des armes, entre autres.

La grande question

Cette semaine, nous posons notre question à Sue Noble, vice-présidente, Financement automobile, Bureau national, RBC.

Q : Que pensez-vous des allègements des droits de douane pour le secteur automobile décrétés par Trump cette semaine ?
SN: Ces allègements peuvent être considérés comme positifs, mais l’incertitude reste élevée et rend la situation difficile pour les fabricants et l’industrie. La production nord-américaine varie en fonction des fabricants et même des marques. Les constructeurs automobiles devraient, compte tenu du manque de certitude d’une stratégie à long terme connexe aux droits de douane, faire preuve de prudence.

Le mot de la fin

« Les Américains, en parlant du peuple, des entreprises et des consommateurs, ont tout à gagner à entretenir des relations plus stables avec leur principal client. Les Américains, et les personnes qui ont voté pour le président élu s’attendent à acheter des produits abordables, à faire affaire avec des entreprises qui investissent dans leurs collectivités. Les entreprises suspendent leurs investissements en période d’instabilité. »

Kirsten Hillman, ambassadrice du Canada aux États-Unis (événement The Atlantic on the Future tenu à Washington, 29 avril)

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Bienvenue dans le premier numéro de Zone commerciale. Il est en phase d’essai bêta, alors n’hésitez pas à nous faire savoir ce que vous en pensez. Chaque semaine, l’équipe Leadership avisé RBC vous fera part de ce qu’elle entend de la part des gouvernements, de ce qu’elle apprend des clients et de ce qu’elle observe dans ses recherches. Elle vous fournira également une feuille de route pour la semaine, afin de vous aider à suivre le rythme.

Cahier

John Stackhouse

  • Si les libéraux de Mark Carney sont réélus lundi, comme le laissent croire les sondages, il faut s’attendre à ce qu’ils portent leur attention vers le sud et l’ouest d’ici la fin de la semaine.

  • Au sud, il faut s’attendre à l’affectation d’une équipe de nouveaux venus dans la bureaucratie, ainsi que d’un membre du cabinet du premier ministre ayant de l’expérience aux États-Unis. Un appel avec Donald Trump sera une priorité absolue, le commerce n’étant pas le seul sujet de préoccupation. L’expression « partenariat global » est un terme que l’on entend souvent et qui couvre des enjeux de sécurité des frontières, d’immigration, de l’Arctique et de défense. Et oui, le commerce, même si l’AEUMC ne restera peut-être pas longtemps dans sa forme actuelle.

  • Il faut s’attendre à ce que l’approche canadienne, très structurée et stratégique, se heurte à l’approche américaine, très peu structurée. L’équipe Trump avait dit aux Canadiens d’éviter les groupes de travail ou les « experts » externes. Remarque : Les négociateurs américains rendent les Mexicains fous de rage en exigeant d’eux qu’ils contrôlent les expéditions de tomates avant qu’un accord ne soit conclu.

  • L’équipe Trump a perdu devant les tribunaux et sur les marchés. Si cette situation perdure, le Canada pourrait opter pour une stratégie à long terme, en suivant le conseil de Napoléon : « N’interrompez jamais un ennemi qui est en train de commettre une erreur ».

  • À l’ouest, il faut s’attendre à ce qu’Ottawa prenne contact avec l’Alberta et la Saskatchewan, en mettant l’accent sur la diversification des exportations. Pour cela, il faudra bien plus qu’un nouvel oléoduc (qui pourrait être dans les cartes), tandis que nos provinces axées sur les ressources envisagent de nouveaux marchés. La décision choquante prise cette semaine par Dow Chemical de retarder la construction de son usine en Alberta n’est que le dernier avertissement commercial en date. (J’ai écrit un article sur le grand virage sur L’Espace commercial en m’inspirant des conversations qui ont eu lieu cette semaine au Sommet sur la croissance annuel du Forum des politiques publiques, qui est en quelque sorte les Olympiques des mordus de politique).

  • L’Ontario est coincé entre le Potomac et les Prairies, mais pas pour longtemps. Doug Ford a volé la vedette au sommet du FPP en attaquant Donald Trump avec fougue (« Parfois, le fromage semble tomber du craquelin avec ce type ») et en lançant un appel passionné aux conservateurs progressistes. M. Ford semble prêt à jouer les mauvais flics face aux bons flics du prochain premier ministre. Il est peut-être aussi en train de s’échauffer pour un autre rôle.

  • Préparez-vous à entendre parler de l’Europe comme d’un nouveau (ancien) partenaire pour l’approvisionnement militaire, les normes en intelligence artificielle et, oui, le commerce. Ces conversations prendront de l’élan avant le sommet du G7 qui se tiendra en Alberta en juin et au cours duquel nous nous attendons à ce que le GNL et les centres de données soient au premier plan. Si l’équipe Trump se présente – il n’y a rien à parier – elle voudra s’assurer d’un certain alignement sur le financement du GNL, en particulier pour les marchés émergents, et de l’accès à l’électricité alimentée par le gaz pour ses sociétés à très grande échelle (le dernier euphémisme pour « géants technologiques »).

  • Le climat revient dans les conversations sur le commerce, mais pas en Amérique du Nord. L’Europe va de l’avant avec l’ajustement carbone aux frontières (qu’il ne faut pas appeler taxe sur le carbone). Le Japon propose également un système d’échange de droits d’émission comprenant des crédits carbone transfrontaliers et une surtaxe sur les combustibles fossiles. Il faut s’attendre à ce que le système fragmenté de tarification du carbone industriel du Canada fasse partie d’une discussion probable en marge du G7. (On vous a dit que la réunion se tiendra en Alberta ?)

  • La participation autochtone sera un aspect important de toute nouvelle relation commerciale, bien plus qu’il y a cinq ans. Nous participerons à la grande conférence de la First Nations Major Projects Coalition qui se tiendra à Toronto la semaine prochaine et nous nous attendons à ce que M. Ford et peut-être un nouveau premier ministre en profitent pour faire avancer leurs stratégies d’investissement. (Pas d’investissement, pas de commerce). Des chefs autochtones de l’Alaska et de l’Utah – bonjour, les républicains –, qui pourraient proposer un autre type de relations transfrontalières, figureront aussi parmi les invités de marque.

Ce que vous devez savoir

➔ Nous estimons que 125 milliards de dollars sont à risque pour le Canada, car le président américain Donald Trump lorgne cinq secteurs stratégiques.

Le Canada exporte pour 125 milliards de dollars de marchandises vers les États-Unis dans des secteurs clés

➔ Pour tenter d’échapper aux droits de douane et en attendant la fin de la guerre commerciale, les vendeurs tiers d’Amazon et de Walmart déplacent leurs stocks de la Chine vers des entrepôts exempts de droits de douane au Canada.

➔ Pas une seule nouvelle introduction n’a été réalisée à la Bourse de Toronto ou à la Bourse de croissance au cours du premier trimestre. La guerre commerciale inquiète aussi les entreprises au sud de la frontière.

➔ Coke et Pepsi : qui est le vainqueur de l’ultime test de goût, euh, des droits de douane ?

➔ Où voyons-nous le ratio de la dette du Canada au cours des trois prochaines années dans le pire des scénarios sur les droits de douane :

Le ratio d'endettement du Canada pourrait atteindre un niveay élevé en cas de pandémie dans un scénario tarifaire sévère

Pour conclure

« Tous les regards sont actuellement tournés vers l’Arctique. Nous sommes la porte d’entrée du passage vers le Nord-Ouest et au premier plan des discussions sur la sécurité et la souveraineté. »
– P. J. Akeeagok, premier ministre du Nunavut

« Personne ne va se ruer pour construire des usines en Amérique. La volatilité des politiques nuit en fait à l’objectif même que l’on tente d’atteindre. »
– Ken Griffin, chef de la direction de Citadel

« La renégociation de l’AEUMC comprenait un accord sur le commerce numérique très avant-gardiste. Je pense qu’il y a là une excellente occasion, et cela contraste avec ce que l’on a observé dans certains pays, où la souveraineté des données a été plus restrictive. »
– David Schwimmer, chef de la direction de la Bourse de Londres

« L’UE travaille à une réponse ciblée et mesurée au cas où nous ne parviendrions pas à un accord [avec les États-Unis] rapidement. »
– Éric Lombard, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté l’industrielle et numérique de la France

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Aperçu

Sur le plan économique, tout indique en théorie qu’une société plus qualifiée sera plus productive. Les pays et les régions dont la population est plus qualifiée sont ceux qui attireront les secteurs de pointe, en plus d’être ceux où l’épargne et les investissements seront plus importants et où de tout nouveaux secteurs économiques émergeront.

Ce n’est pas encore le cas au Canada. Même si la population canadienne affiche l’un des taux de diplomation postsecondaire les plus élevés au monde et que la fréquentation des établissements d’études postsecondaires est en hausse constante depuis 25 ans, le pays tire de l’arrière au chapitre de la performance économique, incluant la productivité. Un trop grand nombre de diplômés des études supérieures n’arrivent pas à faire progresser la performance économique. Trop peu d’employeurs réussissent à créer des équipes qui présentent les bonnes aptitudes. Trop souvent, les étudiants ignorent comment leurs études leur permettront d’accéder à un emploi. De plus, les étudiants étrangers peinent toujours à être plus productifs dans une économie qui évolue rapidement.

Il est d’autant plus urgent de relever ces défis compte tenu de la détérioration des relations commerciales qui obligent les entreprises canadiennes à chercher rapidement des occasions d’accroître leur présence mondiale et de devenir plus concurrentielles. La recherche des meilleurs talents constitue le nerf de la guerre commerciale.

Bien entendu, cet enjeu n’est pas vraiment nouveau. Au Canada, le secteur postsecondaire, les employeurs et les gouvernements s’efforcent depuis des années, des dizaines d’années en fait, de bâtir une économie plus productive basée sur le savoir et les aptitudes.

Or, malgré toutes les innovations misant sur la préparation à l’emploi, l’éducation est encore loin de contribuer à l’économie. Une situation que le Canada ne peut pas se permettre étant donné ses difficultés sur le plan économique et de la productivité.

Dans le présent rapport, nous expliquons les raisons pour lesquelles le Canada n’arrive pas à profiter des retombées de son système d’éducation postsecondaire qui est pourtant reconnu à l’échelle mondiale. Nous formulons également des recommandations pour que l’éducation postsecondaire devienne un instrument de productivité.  Il s’agit d’un instrument essentiel pour accroître l’avantage concurrentiel du Canada.  Enfin, nous présentons des moyens que certaines économies plus productives ont pris pour tirer parti du capital intellectuel et de la force de recherche de leur système d’éducation postsecondaire. Nous présentons également à des fins de réflexion de nouvelles façons de concevoir les programmes d’études postsecondaires offerts.

Cette année, RBC a lancé Le projet Croissance qui se veut une initiative pour découvrir une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne. Tout au long de ce projet, nous explorerons les principaux moteurs de la croissance économique, comme la productivité. Pour préparer notre rapport dans lequel nous tentons de comprendre pourquoi l’économie est au point mort, nous avons participé à la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES) pour réfléchir au rôle que joue l’éducation postsecondaire dans la crise de la productivité au Canada.

La productivité est un indicateur important de la capacité d’une économie à générer un revenu supplémentaire pour chaque heure travaillée. Certaines économies génèrent un revenu supplémentaire par heure travaillée supérieur aux autres, ce qui leur permet d’afficher une performance et une croissance économiques plus élevées.

Où en sommes-nous ?

La croissance de la productivité de la main-d’œuvre au Canada diminue même si un plus grand nombre de Canadiens obtiennent un diplôme d’études

Sources : Statistique Canada, Services économiques RBC

Malgré sa population hautement qualifiée, le Canada affiche un niveau de productivité inférieur — La population du pays est l’une des plus qualifiée parmi les membres du G7 et supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2024, environ 63 % des Canadiens de 25 à 64 ans détenaient un diplôme d’études postsecondaires, contre 41 % en moyenne pour les pays de l’OCDE.1 Or, ces deux graphiques montrent que notre niveau de productivité n’a pas suivi la même trajectoire. Non seulement tirons-nous de l’arrière par rapport aux autres pays, mais l’écart s’est en plus creusé au cours des dix dernières années, même si la part de diplômés des études supérieures, dont celle des nouveaux arrivants, a augmenté.

La croissance de la productivité est inférieure à celle de nombreux pays de l’OCDE

Croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d’œuvre, de 2014 à 2023, en %

Sources : OCDE, Services économiques RBC

Nos diplômés se trouvent un emploi, mais leur rémunération est inférieure à celle des autres pays — Les diplômés du collégial et de l’université présentent au fil du temps un taux de chômage inférieur et un revenu supérieur aux Canadiens qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires2. Cependant, si l’on fait abstraction du niveau d’études, les Canadiens gagnent en moyenne 8 % de moins que les Américains3, un écart qui se creuse dans de nombreux emplois4. Il s’agit de l’une des raisons qui expliquent l’exode des cerveaux, c’est-à-dire les diplômés des études supérieures qui choisissent de travailler aux États-Unis, ce qui nuit au Canada, notamment sur le plan économique. En excluant le coût et la qualité de vie aux États-Unis, le Canada demeure en milieu de peloton en ce qui a trait au rendement du capital investi de chaque personne ayant poursuivi des études supérieures comparativement aux autres pays5.

Enseignement postsecondaire au Canada

Le Canada compte plusieurs systèmes d’éducation postsecondaire. De fait, chaque province et territoire est responsable (une compétence protégée par la constitution dans le cas des provinces et déléguée par le fédéral aux territoires) d’établir et de réglementer ses universités, collèges et instituts, notamment en leur déléguant les pouvoirs en matière de sanction des études et sur les questions relatives au financement et aux droits de scolarité. C’est pourquoi les politiques et les systèmes varient à l’échelle du pays. Environ 64 % des étudiants de niveau postsecondaire sont inscrits à l’université et 36 % au collège6, dont la grande majorité fréquente un établissement public parmi 100 universités et plus de 200 collèges, dont 13 écoles polytechniques.7 À cela s’ajoutent plus de 1 500 collèges privés d’enseignement professionnel, dont près de la moitié se situent en Ontario.8

Traditionnellement, les universités offrent des cours menant à un diplôme à long terme dans des disciplines académiques, alors que les collèges publics offrent des cours menant à court terme à un diplôme centré sur la carrière. Cependant, les gouvernements provinciaux autres que ceux du Québec et des quatre provinces de l’Atlantique permettent également à certains collèges publics de décerner des diplômes9 et des certificats souvent octroyés par les universités. Par ailleurs, le gouvernement fédéral contribue aux systèmes d’éducation postsecondaire en offrant des bourses de recherche, de l’aide financière aux études et des paiements de transfert aux provinces10.

Les défis

Dans le meilleur des mondes, c’est en développant une main-d’œuvre qualifiée, en stimulant l’innovation grâce aux efforts de recherche et en favorisant la collaboration entre les secteurs que l’enseignement supérieur alimente la productivité. Les établissements postsecondaires permettent aux diplômés d’acquérir des aptitudes essentielles, fournissent aux entreprises des recherches de pointe et alimentent la croissance économique en créant de nouvelles technologies et en faisant émerger des jeunes pousses et des talents. La recherche montre une corrélation positive entre la santé économique d’une région et la présence d’établissements d’enseignement supérieur, et que le PIB sera rehaussé de 0,4 % pour chaque augmentation de 10 % du nombre d’universités par habitant11. Cet effet est attribuable au dynamisme dont profitent le capital humain et l’innovation et non pas seulement aux dépenses directes des établissements et des étudiants.

Les établissements d’enseignement supérieur favorisent également la vitalité sociale et intellectuelle d’une communauté, d’une région et d’une société, même si l’effet est difficile à évaluer. Néanmoins, le cas du Canada nous permet de comprendre que l’existence d’un système d’enseignement supérieur alimenté par ses nombreux participants et ses activités de recherche ne se traduit pas nécessairement par un rendement élevé lorsqu’on l’évalue en fonction de paramètres économiques.

Qu’est-ce qui cloche ? Le manque de données et de recherches limite la capacité de déterminer les facteurs qui contribuent à la valeur économique globale de l’éducation postsecondaire.12 13 Nous pouvons toutefois observer ce qui se passe dans les autres pays qui affichent une meilleure productivité et qui disposent de solides systèmes postsecondaires pour établir ce qui fonctionne et les stratégies qui semblent prometteuses, dont quelques-unes vous sont présentées plus loin. Nous pouvons aussi recenser les lacunes évidentes au pays, que ce soit dans le développement du capital humain ou dans la recherche.

Des écarts persistent entre les connaissances et les aptitudes acquises dans les systèmes d’enseignements supérieurs et les besoins du marché du travail au Canada.

L’OCDE mentionne « qu’un niveau de scolarité plus élevé ne se traduit pas nécessairement par de meilleures aptitudes ».14 Selon les enquêtes menées auprès des employeurs, les entreprises éprouvent encore des difficultés pour embaucher des employés qui possèdent les aptitudes nécessaires, surtout des aptitudes interpersonnelles et en communication.15 Nous savons aussi que l’écart se creuse dans le cas des aptitudes techniques des diplômés liées à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et aux mégadonnées, qui gagnent toutes rapidement en importance.

En raison du caractère inadéquat des modèles d’affaires des établissements postsecondaires, les systèmes d’enseignement supérieur du Canada ne pourront pas atteindre leurs objectifs dans l’état actuel de l’économie mondiale.

Le bilan des établissements postsecondaires est peu reluisant. Les finances de ces établissements se détériorent rapidement à cause de la stagnation du financement gouvernemental provincial, du plafonnement, voire du gel, de l’augmentation des droits de scolarité des étudiants, et du changement de la politique fédérale sur l’immigration qui a fait chuter brusquement le nombre d’étudiants étrangers et les revenus imposants provenant de leurs droits de scolarité plus élevés qui contribuaient à leurs bénéfices. La diminution de leurs revenus est susceptible de s’aggraver en l’absence d’une réforme de leurs modèles d’affaires pour les adapter à l’évolution de l’économie.

Le problème est que les dirigeants des établissements postsecondaires n’ont pas assez de contrôle sur leurs sources de revenus, sont assujettis à des règles de gestion budgétaire et n’ont peu ou pas la capacité de réduire ou de réaffecter une partie de leurs charges fixes les plus importantes. Les salaires et les avantages sociaux des employés représentent plus de 50 % des dépenses totales des collèges et des universités.16 Par ailleurs, les nombreuses facultés permanentes ainsi que la protection que confèrent les conventions collectives et l’ancienneté au corps professoral empêchent les établissements d’ajuster ou d’éliminer des programmes en fonction des inscriptions et de la demande. L’embauche de chargés de cours pour enseigner aux étudiants est l’une des stratégies qui visaient en théorie à obtenir une plus grande souplesse. En pratique, cette stratégie n’a pas fait de miracle et a entraîné la création d’un sous-groupe de professeurs qui ne disposent pas de ressources suffisantes ou d’une stabilité d’emploi élémentaire.

Dans un tel contexte financier fragile et limité, les programmes d’études universitaires qui s’harmonisent le mieux aux secteurs très productifs sont ceux qui coûtent le plus cher à exploiter. Les programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) sont en plein essor depuis plus de 30 ans, profitant de l’engouement du marché du travail et des étudiants. De fait, les inscriptions sont passées de 18,3 % en 1992-1993 à près de 26 % en 2022-2023.17 L’utilisation de laboratoires, d’ordinateurs et d’autre équipement fait grimper leur coût qui représente au moins le double de celui d’une formation en sciences humaines ou en administration des affaires.18 19 Si les collèges et les universités ne peuvent plus compter sur les sources traditionnelles de revenus, ces établissements devraient être libres, voire incités, de trouver de nouveaux flux de revenus, d’élaborer de nouveaux modèles de financement et de revoir leur mission éducative en fonction de leurs besoins, mais aussi, de façon plus large, de leur rôle à l’échelle de la société et de l’économie. Prenons l’exemple de l’Université d’État de l’Arizona (que nous verrons plus loin), qui a adopté une approche entrepreneuriale pour réinventer ses programmes, ses activités de recherche ainsi que son modèle d’affaires afin de reprendre le contrôle sur sa destinée fragilisée par une réduction du financement de l’État tout en faisant de l’accès aux étudiants, notamment des groupes marginalisés, sa priorité.

Le Canada manque de données comparables pour évaluer le rendement de nos systèmes postsecondaires et faire des liens avec les données du marché du travail.

Il est difficile de régler un problème quand on n’a pas toute l’information. Or, c’est ce qui arrive au Canada qui manque de données pour évaluer la performance de ses systèmes d’éducation postsecondaire.20 Les statistiques sur la proportion d’études complètes et l’emploi sont parfois connues, mais les données sur la performance ne sont pas uniformes d’une province ou même d’un établissement à l’autre. Elles ne sont par ailleurs pas publiées en temps opportun ni assez fiables pour pouvoir évaluer si les aptitudes des diplômés correspondent aux besoins du marché du travail. Puisque la responsabilité de l’enseignement supérieur relève des provinces et des territoires, la normalisation de ces données à l’échelle nationale peut sembler impossible. Or, l’intérêt renouvelé pour trouver des façons de mieux harmoniser les économies et le commerce entre les provinces et les territoires représente une occasion idéale d’inviter les établissements postsecondaires à la table de discussion.

Des pays comme les États-Unis et l’Australie font un meilleur suivi des données d’enseignement postsecondaire, ce qui leur permet de discuter des politiques publiques et d’y apporter des changements de façon éclairée. Aux États-Unis, les établissements qui participent aux programmes fédéraux d’aide aux étudiants sont tenus d’effectuer le suivi des données qui peuvent ensuite être consultées dans les systèmes intégrés de données d’éducation postsecondaire. L’Australie a élaboré des indicateurs de qualité pour  l’apprentissage et l’enseignement tirés d’enquêtes parrainées par le gouvernement qui sont menées chaque année auprès des étudiants aux niveaux supérieurs de l’inscription à l’emploi.

Les diplômes des études supérieures ne correspondent pas tout à fait aux besoins.

Près de 15 % de la population active au Canada est titulaire d’un diplôme d’études supérieures, ce qui est un peu moins que la proportion de 16 % de bacheliers en 1997.21  Or, ces diplômes ne mènent pas tous vers un emploi où une telle formation est exigée. (En fait, le nombre d’emplois vacants pour lesquels seul un diplôme d’études secondaires est exigé est plus élevé que ceux où l’on demande un baccalauréat ou un diplôme plus élevé22.)

Par conséquent, on observe un nombre croissant de Canadiens hautement qualifiés dans des emplois qui ne mettent pas à profit leur diplôme. Le Canada s’est classé au deuxième rang des 37 pays de l’OCDE pour son taux le plus élevé de travailleurs surqualifiés23, qui s’élève à 10,6 % pour les travailleurs nés au Canada et à 11,8 % pour les immigrés ayant étudié au Canada en 202324.

Il ne fait aucun doute que les titulaires de diplômes d’études supérieures gagnent un salaire plus élevé que ceux qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires. Or, l’écart se resserre lorsqu’on les compare les détenteurs d’un baccalauréat et d’une maîtrise. Entre 1997 et 2019, l’écart de salaire était de 23 % en moyenne. Depuis la pandémie, l’écart a diminué pour s’établir à 18 %, car un plus grand nombre de titulaires de diplôme d’études supérieures sont en concurrence pour décrocher un nombre inférieur d’emplois nécessitant leurs compétences25. Le choix du programme est également un facteur important : les docteurs en administration des affaires sont ceux qui gagnaient le salaire le plus élevé en 2021, selon une analyse menée auprès de cette cohorte, alors qu’ils ne représentaient que 4 % de tous les docteurs. À l’inverse, les docteurs en sciences humaines (9 %) et en sciences (22 %) figuraient parmi ceux dont le salaire était le moins élevé. Le salaire des titulaires d’un doctorat en mathématiques et en informatique est celui qui a enregistré la plus forte croissance au cours des cinq années suivant l’obtention du diplôme26.

Soulignons également que les titulaires de doctorats sont moins nombreux à travailler dans le secteur privé au Canada comparativement aux États-Unis. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que notre économie demeure en majeure partie basée sur les ressources et en raison des investissements moins importants dans les secteurs de la recherche et développement qui exigeraient de telles aptitudes27. Néanmoins, les étudiants diplômés participent généralement moins aux programmes d’apprentissage intégré au travail (que nous verrons plus loin) et ont peu d’occasions de montrer et de mettre en pratique leurs aptitudes et leur savoir-faire aux entreprises canadiennes qui pourraient en tirer parti. Certes, le Canada a besoin de diplômés des études supérieures, mais il faudrait davantage penser à privilégier les programmes qui répondent le mieux aux besoins et à la façon de profiter le plus des aptitudes et des connaissances qu’ils permettent d’acquérir.

Une expansion des campus et des programmes a été observée au Canada au cours des 25 dernières années, mais on ignore si leur nombre ou leur répartition est favorable.

Le nombre d’étudiants aux niveaux supérieurs a augmenté au cours des 35 dernières années, ce qui a entraîné une expansion des programmes et des campus. L’enseignement postsecondaire doit être de qualité pour former et inspirer la nouvelle génération de talents et de travailleurs qualifiés tout en favorisant les découvertes transformatrices. Il est toutefois intéressant de se demander si la taille et la répartition de la centaine d’universités publiques, auxquelles s’ajoutent plus de 200 collèges avec leurs campus associés et les plus de 25 000 programmes qui y s’offrent répondent aussi bien qu’ils le pourraient aux besoins les plus urgents et contribuer à créer une économie plus productive au pays.

Cette question est d’autant plus importante depuis que le nombre d’étudiants étrangers a été limité, car ce bassin d’étudiants permettait jusqu’en 2024 de contrebalancer la diminution plus récente des inscriptions et des revenus des étudiants canadiens, particulièrement ressentie dans certaines régions. Selon les projections démographiques, la tranche de Canadiens de 15 à 24 ans devrait enregistrer une croissance modeste au cours de la prochaine décennie avant de diminuer pour s’établir légèrement au-dessus du niveau actuel28.

Nous avons aussi encore en tête la crise financière de 2021 qui a secoué l’Université Laurentienne de Sudbury en Ontario, lorsque l’établissement a déclaré faillite principalement en raison de la piètre planification de ses projets d’investissement et de sa lourdeur administrative, comme nous l’avons appris plus tard29.

Réfléchissons sérieusement  aux façons de mieux arrimer les ressources d’enseignement supérieur à un bassin démographique plus large d’étudiants (p. ex., les baby-boomers vieillissants) et de les adapter en fonction de l’évolution des besoins de l’économie.

Nous ne donnons pas aux diplômés internationaux des établissements postsecondaires au Canada les outils pour s’intégrer aux secteurs à forte productivité du marché du travail.

Les étudiants étrangers font partie de la solution pour répondre aux besoins économiques et résoudre la crise de productivité auxquels le Canada devra faire face. Or, au cours des dernières années, nous avons constaté que les efforts déployés au pays pour recruter ces étudiants ont conduit à des dérapages, de sorte que les étudiants n’ont pas obtenu ce qu’ils cherchaient ou se sont retrouvés dans des programmes qui n’offrent pas de débouchés dans des secteurs à valeur élevée. Par exemple, les étudiants étrangers privilégieront souvent les programmes d’administration des affaires au détriment des STGM30, ce qui fait qu’ils sont nombreux à avoir de la difficulté à trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme, même si leur visa leur permet de rester.

À mesure que le Canada s’efforce de réduire et de recalibrer son bassin d’étudiants, nous devrions mettre l’accent sur le recrutement et la formation d’étudiants étrangers de grande qualité tout en cherchant à développer une main-d’œuvre ciblée. Le gouvernement fédéral a récemment imposé cette exigence en adoptant de nouvelles règles concernant les domaines d’études dans lesquels les étudiants étrangers doivent s’inscrire pour être admissibles à un permis de travail postdiplôme.

Il s’agit d’un bon point de départ, mais cette stratégie n’a pas tout à fait donné les résultats escomptés et a plongé plusieurs établissements postsecondaires en crise, les contraignant à combler de toute urgence les trous laissés dans leurs finances et leurs programmes. Lorsque la situation reviendra à la normale, le choix de domaines d’études devrait également tenir compte de la demande de main-d’œuvre des régions. Les étudiants étrangers auront aussi besoin d’un meilleur soutien pour mettre en pratique leurs aptitudes dans leur milieu de travail sous la forme de services personnalisés d’orientation professionnelle et d’occasions d’apprentissage intégré au travail en raison des difficultés de certains liées aux restrictions imposées aux travailleurs étrangers.

Les étudiants ont besoin d’un éventail d’outils plus complet.

Nous avons besoin d’experts en science des données capables de raconter des histoires, des électriciens qui peuvent expliquer les termes techniques complexes à leurs clients, et des créateurs culturels dont les connaissances de pointe en technologie numérique leur permettent de réaliser des prouesses. Les aptitudes et les connaissances techniques acquises dans les programmes de STGM sont précieuses, tout comme le sont les aptitudes où les sciences sociales excellent : la capacité de s’exprimer à l’écrit et à l’oral de façon efficace et convaincante, la pensée critique et les approches créatives en résolution de problèmes.

Par ailleurs, les étudiants finissent parfois par travailler dans un autre domaine que celui dans lequel ils ont été formés, que ce soit dans les STGM, les affaires ou les sciences sociales31. Il n’existe pas assez de programmes d’études postsecondaires qui favorisent l’acquisition de connaissances dans plusieurs disciplines. Or, certains programmes comme le baccalauréat ès arts et sciences offert par l’Université McGill et qui permet aux étudiants de suivre des cours des deux facultés ou le programme de baccalauréat en industries culturelles de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique qui offre une formation combinée en arts, technologies et affaires     sont des exemples prometteurs. De nombreux programmes permettent aux étudiants de faire des choix et ainsi d’élargir par eux-mêmes leurs connaissances et aptitudes.

Cela n’est toutefois qu’une infime partie de ce que nous pouvons ou devons accomplir. Puisque les inscriptions dans les programmes de sciences humaines continuent de diminuer, il est nécessaire que les établissements postsecondaires réinventent les compétences de base que les sciences humaines offrent à tous les étudiants et à la façon de les offrir dans l’ensemble des cursus, programmes et facultés compte tenu de la demande croissante pour les STGM. La pensée critique et la capacité à analyser des problèmes complexes sont des aptitudes clés pour les emplois les plus demandés compte tenu des progrès en intelligence artificielle et en automatisation32, tout comme la capacité à déterminer comment utiliser efficacement ces technologies. Le temps serait-il venu de faire tomber les barrières qui freinent l’intégration des STIAM plus concrètement dans les programmes et les cursus de la plupart des étudiants ?

Les entreprises canadiennes ne tirent pas pleinement parti de la recherche postsecondaire et peinent à adopter les innovations qui en découlent.

En 2022, le Canada s’est hissé au 10e rang mondial pour ce qui est des publications scientifiques33 en plus d’être un chef de file dans certains domaines comme l’intelligence artificielle. Or, les entreprises canadiennes ne sont pas au rendez-vous lorsque vient le temps de tirer parti des découvertes réalisées au pays. Les États-Unis font beaucoup mieux à ce chapitre, car ils jouissent d’un écosystème plus solide qui favorise la transposition de la recherche en application concrète dans le marché, que l’on pense au financement en capital de risque, aux politiques publiques de soutien et au cadre d’applications de la propriété intellectuelle qui incite les chercheurs et les établissements postsecondaires à commercialiser leurs découvertes.

Cela dit, en 2022, les entreprises canadiennes ont investi à peine 1,7 % du PIB en recherche et développement, ce qui est moins que la moyenne de l’OCDE et largement en deçà des pays très productifs comme Israël (6,0 %), la Corée du Sud (5,2 %) et les États-Unis (3,6 %)34. Même dans la recherche en IA où le Canada est un chef de file, nous accusons du retard sur les autres pays quand vient le temps d’en faire un usage commercial.

Comment pouvons-nous faire mieux ?

La question de l’adéquation entre l’enseignement postsecondaire et la formation et les besoins du marché du travail se pose depuis un moment. Les collèges et les universités y travaillent et réussissent à trouver de plus en plus de pistes novatrices. Or, le son de cloche est différent du côté des employeurs et des données économiques et laisse penser que le Canada n’arrive toujours pas à se doter d’une main-d’œuvre qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires pour accroître sa productivité dans un monde de plus en plus concurrentiel. Voici quelques pistes de solution :

Lever les obstacles qui empêchent les établissements d’innover.

Les établissements postsecondaires canadiens ont besoin de nouveaux modèles d’affaires qui leur permettent d’adopter une approche plus entrepreneuriale et d’avoir un meilleur contrôle de leur destinée financière tout en demeurant responsables et imputables à l’égard des personnes et des communautés qu’ils desservent.

Trop souvent les établissements qui cherchent à innover se butent à une multitude de règles fédérales, mais surtout provinciales, qui encadrent toutes leurs activités, des droits de scolarité, aux approvisionnements en passant par les partenaires et les programmes obligatoires, sans obtenir de soutien financier des gouvernements. Un assouplissement raisonnable de la réglementation aurait le mérite de favoriser leur créativité, un esprit de collaboration et leur capacité à s’adapter aux changements. À l’interne, les collèges et les universités doivent se doter de mécanismes pour encourager le changement là où se trouvent des obstacles et de la résistance face à la création ou aux changements de programmes ou à la collaboration avec les secteurs pour concevoir les programmes.

Améliorer la notoriété et la définition des aptitudes acquises dans les établissements d’enseignement postsecondaire.

Les futurs étudiants et les nouveaux diplômés doivent connaître les aptitudes acquises dans le cadre d’un programme afin de s’assurer qu’il correspond à leurs attentes et de pouvoir communiquer ces aptitudes aux employeurs. Certains programmes communiquent déjà ces renseignements, notamment dans les collèges, mais une telle pratique devrait être généralisée et faire partie des données comparables utilisées pour évaluer le rendement des systèmes postsecondaires à l’échelle nationale qui peuvent être liées aux données du marché du travail.

Le défi peut être plus grand pour les titulaires de diplômes d’études supérieures, dont la plupart ne sont pas issus du milieu académique. Ces diplômés, mais également leurs employeurs, doivent connaître quelles aptitudes sont acquises durant leurs recherches et de quelle façon ils pourront les appliquer dans un milieu autre qu’académique.

Adopter l’apprentissage intégré au travail là où les besoins sont les plus criants.

L’apprentissage intégré au travail se veut une façon de faire vivre à un étudiant une véritable expérience de travail dans le cadre de son programme d’études supérieures. Les stages, les formations pratiques, les programmes coopératifs, le mentorat auprès d’un entrepreneur et le travail sur le terrain en sont autant d’exemples. Ces expériences aident les étudiants à appliquer leurs apprentissages en milieu de travail et à acquérir de nouvelles aptitudes pertinentes en plus d’aider les entreprises à recruter des étudiants et à les former en fonction de leurs besoins particuliers.

C’est pourquoi l’apprentissage intégré au travail est l’une des pistes de solution pour relever les enjeux de productivité et d’aptitudes au Canada. De fait, les deux tiers des employeurs qui participent à de tels programmes par l’entremise de la TRAES ont déclaré avoir observé une hausse de leur productivité35. Or, même si des progrès importants ont été accomplis au chapitre des occasions d’apprentissage intégré au travail, ce n’est pas encore la norme, car à peine la moitié de tous les diplômés des études postsecondaires avaient profité d’une telle occasion en 202036. Les occasions sont également variables, puisque les étudiants au doctorat (18 %) et ceux des programmes de sciences humaines (16 %) ont moins accès à de telles expériences37.

La plupart des sociétés canadiennes sont des petites et moyennes entreprises (PME) et font face à un plus grand nombre d’obstacles que les plus grandes sociétés pour intégrer des expériences traditionnelles d’apprentissage intégré au travail, en termes de ressources, de temps et de risque. Des formules plus courtes, plus souples et qui nécessitent moins de ressources sont mieux adaptées à la réalité et aux besoins des PME et en font un meilleur choix. Elles devraient faire partie des expériences d’apprentissage intégré au travail proposées sous forme de mandats de services-conseils, de multiples stages de courte durée d’au plus 10 jours, de stages et de projets en ligne, et de participation à des concours sectoriels comme des marathons de programmation, des compétitions et des projets soumis par les employeurs qui font l’objet d’une évaluation.38

Multiplier les occasions de rehausser et de mettre à niveau les aptitudes.

Les entreprises sont tenues d’aider leurs travailleurs à maintenir les aptitudes nécessaires pour continuer d’exécuter les tâches qui évoluent, notamment sur le plan de la technologie. Les établissements postsecondaires sont bien placés pour offrir ce type de formation et peuvent saisir cette occasion d’en faire une source de revenus lors d’une refonte de leur modèle d’affaires. Trop souvent, les entreprises canadiennes peinent à collaborer avec les établissements postsecondaires et finissent par développer leurs propres outils de formation à l’interne.39

Pour y arriver, les établissements d’enseignement supérieur doivent demeurer à l’affût des occasions visant à rehausser les aptitudes dans leur communauté, collaborer avec les employeurs (et vice versa) pour comprendre quelles sont les aptitudes à améliorer et proposer des solutions et des programmes adaptés à la vie personnelle et professionnelle des apprenants. Un choix judicieux serait de se tourner vers les facultés d’éducation permanente. Les gouvernements pourraient également soutenir financièrement ces programmes et en faire la promotion en offrant des incitatifs fiscaux ou autres, au moment où ils cherchent des politiques pour atténuer les perturbations au sein de la main-d’œuvre. Les microcertifications, des programmes courts souvent offerts en ligne, sont l’une des solutions de rehaussement des aptitudes qui se sont avérées efficaces auprès des travailleurs qui ont besoin d’acquérir des aptitudes complémentaires,40 notamment les programmes et les cours créés par les établissements postsecondaires. L’Ontario, par exemple, permet d’y accéder par l’intermédiaire du portail eCampus qu’elle finance.

Les établissements postsecondaires peuvent aussi élaborer des programmes de mise à niveau des aptitudes pour les travailleurs qui ont besoin d’acquérir de toutes nouvelles aptitudes recherchées en raison d’une réorientation professionnelle. Les programmes de replacement externe offerts en collaboration avec des entreprises locales en sont un exemple. Puisque l’apprentissage y est plus important que dans un programme de rehaussement des aptitudes, la progression peut être plus difficile, surtout si l’on veut des résultats rapides. Les programmes d’éducation axée sur les compétences peuvent être une bonne solution. Ces programmes visent à offrir un éventail précis de compétences souvent nécessaires pour occuper un emploi donné, en soins infirmiers, par exemple. Les cours sont souvent offerts en formule flexible, virtuelle, personnalisée, autodirigée, et les apprentissages antérieurs sont généralement reconnus. Peu utilisée au Canada, cette approche est plus répandue aux États-Unis et pourrait inspirer les réformes visant la structure et la conception des programmes traditionnels.41

Stimuler la différenciation entre les établissements.

Le Canada fait belle figure en matière d’accès aux études postsecondaires dans toutes les régions du pays et dans les communautés éloignées. Or, nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens. Les établissements n’ont pas tous besoin d’un centre de recherche en intelligence artificielle pas plus qu’un département d’histoire.

La différenciation est essentielle et, à ce titre, les collèges publics et les universités sont encouragés à miser sur l’enseignement, les apprentissages et la recherche dans les disciplines où elles excellent, et dissuadés d’offrir les mêmes programmes lorsque cela n’est pas nécessaire. Le gouvernement de l’Ontario suit cette politique, mais sans avoir une vision stratégique du secteur ou définir le rôle des collèges et celui des universités.42

La différentiation peut signifier que certains établissements seront spécialisés et excelleront dans l’enseignement aux étudiants de premier cycle, comme les universités de la Maple League de l’est du Canada, ou seront très impliqués en recherche, comme l’Université de Toronto, ou que leurs programmes d’enseignement et de recherche seront principalement axés sur leurs secteurs locaux importants comme les écoles polytechniques du pays.

Les établissements peuvent aussi se différencier par leurs modèles d’affaires afin de poursuivre leurs activités et de conserver leur pertinence. Leur différenciation peut être établie au moyen d’une convention négociée entre l’établissement et le bailleur de fonds publics, comme en Ontario, qui définit le mandat stratégique de l’établissement. Les modèles de financement public de la recherche peuvent aussi favoriser la différenciation et accroître la capacité en encourageant la spécialisation des établissements, comme le fait le gouvernement fédéral avec son Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada.

La crise financière qui compromet de plus en plus la pérennité des collèges et des universités fait de la différenciation un impératif stratégique pour chaque établissement.

Aider les entreprises canadiennes à se tourner vers la recherche et à y investir.

Les chercheurs de classe mondiale de notre système d’éducation postsecondaire font partie d’un pipeline d’innovation, dont les entreprises canadiennes qui en font partie peuvent mettre en application les découvertes des chercheurs, les commercialiser, les approfondir, les intégrer à leurs activités et accroître leur avantage concurrentiel. Or, ce pipeline est ralenti par les processus réglementaires et d’approbation fragmentés de tous les paliers de gouvernements, ce qui retarde et complique les décisions d’investissement des entreprises. La simplification de ces processus en mettant en place, par exemple, une méthode d’évaluation de l’environnement harmonisée entre le fédéral et les provinces pour les projets qui revêtent une importance stratégique sur le plan national accélérerait les approbations et stimulerait les investissements privés dans les nouveaux grands projets.

Notre système fiscal désuet doit aussi être revu en profondeur dans une optique qui viserait à encourager le privé à investir davantage en recherche et développement au Canada. Cette révision pourrait inclure une analyse des effets des changements au programme d’encouragement fiscal à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS&DE) annoncés récemment dans l’énoncé économique de l’automne 2024, par exemple pour offrir des taux préférentiels aux secteurs à forte concentration en R et D et des incitatifs permanents aux entreprises novatrices pour qu’elles investissent à long terme en R et D, ce qui pourrait stimuler encore plus les investisseurs privés en R et D.

Conclusion

L’enseignement postsecondaire est l’un des fers de lance de notre pays. Nous ne l’exploitons toutefois pas à son plein potentiel de sorte que nous n’arrivons pas à suivre le reste du monde. Nous sommes plongés de toute évidence dans une crise de productivité qui doit être réglée de toute urgence, car elle se répercute directement sur le niveau de vie auquel tous les Canadiens sont en droit de s’attendre, incluant les futurs diplômés, surtout en raison des divisions et des perturbations qui touchent l’économie mondiale. Autant les gouvernements que les établissements et les employeurs sont appelés à prendre des mesures pour améliorer la situation :

  • Lancer une réforme de la réglementation et du régime fiscal pour encourager les investissements privés en R et D et adopter les découvertes réalisées par les chercheurs canadiens.

  • À mesure que les ministères apportent des changements à la stratégie relative aux étudiants étrangers, s’efforcer d’arrimer leurs capacités et leurs intérêts aux programmes qui peuvent répondre aux besoins économiques les plus pressants, à l’échelle tant régionale que nationale. Éliminer les restrictions sur l’immigration qui empêchent les étudiants étrangers de participer aux expériences d’apprentissage intégré au travail.

  • Lever les obstacles qui entravent les affaires et mieux faire connaître la valeur associée à la participation à des expériences d’apprentissage intégré au travail, surtout auprès des PME, en investissant dans des partenariats et le renforcement des capacités.

  • Utiliser les incitations fiscales et le financement public pour encourager les partenariats entre les secteurs et les établissements postsecondaires pour soutenir la création de programmes, de rehaussement et de mise à niveau des aptitudes de qualité et économiques pour les employés.

  • Participer aux efforts pancanadiens et tirer profit des programmes et des ministères pertinents du fédéral pour générer des données comparables, accessibles, complètes et faciles à interpréter dans le but d’analyser et d’établir les résultats en enseignement postsecondaire, y compris ceux des établissements et des programmes.

  • Mettre en place une vision et une stratégie bien définies des systèmes postsecondaires des provinces qui permettent de différencier les objectifs des programmes des collèges et des universités et d’en favoriser la différenciation.

  • Lancer un processus de déréglementation limité des systèmes postsecondaires qui donne aux établissements un plus grand contrôle de leurs finances, de leurs sources de revenus et qui favorise l’innovation dans les programmes et les partenariats sectoriels.

  • En parallèle, promouvoir l’imputabilité en obligeant les établissements à communiquer des données comparables et détaillées sur leur performance et leurs programmes postsecondaires, notamment les aptitudes des diplômés, qui peuvent être liées aux informations sur le marché du travail.

  • Examiner de façon rigoureuse et continue l’évolution des besoins de main-d’œuvre et mettre à jour les informations sur le marché du travail afin de favoriser une meilleure adéquation avec les programmes postsecondaires.

  • Bien expliquer les aptitudes que les étudiants pourront acquérir en suivant les cours et les programmes offerts et proposer des façons de les communiquer aux employeurs. Tirer parti de l’expertise des départements d’éducation permanente qui sont déjà bien placés pour aider.

  • Encourager, soutenir et inciter les départements et les facultés à chercher de nouveaux modèles d’enseignement et d’apprentissage, surtout ceux qui intègrent les aptitudes dont les étudiants auront besoin dans leur milieu de travail.

  • Abattre les barrières qui existent entre les facultés, les programmes et les cursus et qui entravent les apprentissages multi et interdisciplinaires exigés pour faire la promotion des aptitudes dans les STIAM et exposer les étudiants aux problèmes dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est forte.

  • Chercher de nouvelles façons de mieux faire connaître les occasions d’apprentissage intégré au travail auprès des étudiants, de leur expliquer en quoi ils sont un atout et de les aider à surmonter les obstacles qui en freinent l’accès.

  • Interpeller les établissements postsecondaires – ou des intermédiaires comme la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui peuvent faciliter les échanges – pour discuter des aptitudes dont vous avez besoin et déterminer des pistes de collaboration.

  • Envisager de participer à des expériences d’apprentissage intégré au travail afin de combler les lacunes en matière d’aptitudes et d’avoir la possibilité de contribuer à former la nouvelle cohorte d’employés.

  • Chercher des établissements postsecondaires qui offrent des programmes courts pour rehausser ou mettre à niveau les aptitudes de vos employés avant de vous tourner vers de nouveaux fournisseurs externes.

  • S’impliquer dans les activités de prospection dans les écoles secondaires pour mieux faire connaître le secteur, ce qui fait de l’entreprise un milieu de travail stimulant et les parcours scolaires qui mènent à une carrière enrichissante dans le secteur.

  • Continuer de contribuer aux systèmes d’information du marché du travail en partageant les données avec les gouvernements et collaborer pour trouver de nouvelles façons d’améliorer l’exactitude et la pertinence des analyses du marché du travail et l’élaboration de politiques.

Exemples de recherche et développement en enseignement supérieur à l’échelle mondiale

Faciliter le transfert de connaissances aux PME – Université de Heilbronn, Allemagne

Le défi : Combler le manque de connaissances des petites et moyennes entreprises locales.

L’innovation : Cette université en recherche appliquée a créé un laboratoire virtuel en IA qui est accessible à tous, qui est mis à jour régulièrement, et qui aide les entreprises à comprendre l’évolution de la recherche en IA et à adopter des solutions d’IA pragmatiques dans une ville qui a été rapidement reconnue comme étant un centre de l’IA.

Alimenter la croissance des jeunes pousses en créant des liens à l’échelle mondiale — Block 71, Université nationale de Singapour

Le défi : Combler le manque de connaissances et de liens des jeunes pousses.

L’innovation : Block 71 est un centre d’innovation créé en 2011 pour encourager les jeunes pousses à créer des liens avec la recherche académique, les activités de mentorat et les marchés mondiaux. On compte maintenant dix centres dans le monde, dont ceux de la Silicon Valley, de Saigon et de Nagoya, ce qui a permis à plus de 100 jeunes pousses de créer des liens avec plus de 50 sociétés de capital-risque.

Créer une plaque tournante de la recherche grâce aux fusions — Université Paris-Saclay, France

Le défi : Accroître le rayonnement des instituts de recherche et de la recherche à l’échelle mondiale.

L’innovation : Crée en 2019, cette université spécialisée dans la recherche en technologie regroupe 20 collèges, universités publiques et instituts de recherche prestigieux dans un seul campus, sans compromettre leur autonomie. Les ressources combinées et la collaboration ont fait de l’université un chef de file de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation dans les sciences et la technologie à l’échelle mondiale.

Promouvoir l’engagement économique à l’échelle locale – Programme de prospérité économique et d’innovation, Association des universités publiques et créées par donation foncière, États-Unis

Le défi : Arrimer l’enseignement, l’apprentissage et la recherche universitaire au développement économique local.

L’innovation : Le programme encourage les universités à comprendre, communiquer et développer leur engagement économique local en suivant un processus pour obtenir une désignation. Des prix sont aussi décernés chaque année pour souligner des exemples d’excellence en matière de perfectionnement des talents et de la main-d’œuvre ; d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement économique basé sur la technologie ; et d’autres formes d’engagement communautaire.

Exemples d’innovation en enseignement et en apprentissage aux études supérieures à l’échelle mondiale

Diplômes d’apprentis — Université métropolitaine de Manchester

Le défi : Aider les diplômés à acquérir les aptitudes manquantes et améliorer la productivité

L’innovation : Les diplômes d’apprentis allient le travail à temps plein aux études à temps partiel, en offrant la possibilité aux entreprises du secteur de participer en grande partie à la conception et à la mise en œuvre du programme. L’Université métropolitaine de Manchester a obtenu des résultats exceptionnels en utilisant ce modèle. De fait, le salaire médian des apprentis a augmenté de 44 %, ce qui correspond à une hausse de la productivité d’environ 60 %. De plus, 70 % des employeurs ont déclaré des gains au chapitre de la productivité.

Transformer le modèle – Université d’État de l’Arizona, États-Unis

Le défi : Repenser l’université pour favoriser l’accès à l’éducation, faire avancer la recherche des valeurs publiques et s’engager auprès de la communauté pour résoudre les problèmes économiques.

L’innovation : Sous la direction transformatrice de Michael M. Crow, l’université repense son rôle dans le système d’éducation supérieure en vertu de son nouveau modèle d’université américaine. L’établissement a été un précurseur en offrant des programmes menant à un diplôme entièrement en ligne et en favorisant l’accès des groupes d’étudiants non traditionnels, notamment en collaborant avec Starbucks qu’elle puisse offrir gratuitement à ses employés des programmes menant à un diplôme en ligne. Reconnu comme un chef de file du transfert de technologie dans le volet de la recherche et de la propriété intellectuelle, il a obtenu plus de 1 600 brevets depuis 2003 et recueilli plus de 1,4 milliard de dollars en capital investissement.

  • Corée du Sud – Ce géant de l’Asie de l’Est présente le taux le plus élevé d’études postsecondaires parmi les pays de l’OCDE, puisque près de 70 % de sa population a atteint ce niveau d’études43. Il est également l’un des pays de l’OECD où la croissance de la productivité est la plus forte. Le pays a mis à profit les avantages de son système d’enseignement pour développer son économie, notamment son approche descendante robuste qui favorise une collaboration étroite du gouvernement, des entreprises et de la communauté universitaire en recherche44. Même si le pays affiche des résultats moins probants à l’heure actuelle, ses fondamentaux demeurent solides et il continue de faire figure d’exemple en montrant ce qu’il est possible d’accomplir grâce à la politique, aux investissements et à la collaboration.

  • Israël – Avec un taux de croissance de 6,5 % en 202245, le secteur de la haute technologie représente plus de 15 % du GDP du pays46. Les universités sont aussi profondément intégrées à ses activités. Israël s’est hissé au premier rang mondial pour la concentration des talents en IA et cinquième pour la pénétration des talents en IA dans le rapport de l’indice sur l’IA de l’Université Stanford en 2024. Ce classement a été attribué à son écosystème exceptionnel composé de jeunes pousses et d’universitaires et au soutien stratégique de joueurs locaux et multinationaux47.

  • Slovénie – Ce petit pays d’Europe a enregistré de forts gains de productivité au cours de la dernière décennie et une hausse importante de la proportion de sa population titulaire d’un diplôme d’études postsecondaires, laquelle est passée de 35,3 % en 2012 à 47,3 % en 202248. Le pays investit environ 1 % de son PIB dans l’enseignement supérieur, ce qui a permis de faire augmenter rapidement le nombre de diplômés de ses programmes de STIM49. Par ailleurs, l’enseignement supérieur et la science et l’innovation sont regroupés au sein du même ministère.

Programme de technologie numérique, Université York
  • Le défi : Pallier le manque d’aptitudes dans l’économie numérique et développer une main-d’œuvre diversifiée et novatrice.

  • L’innovation : Il s’agit du premier programme d’apprentissage entièrement intégré au travail qui mène à un diplôme au Canada, où les étudiants consacrent 80 % de leur temps au travail, incluant des possibilités de travail rémunérées, et 20 % à leurs cours. Ce programme axé sur les compétences permet aux étudiants de mettre en pratique leurs aptitudes tout en faisant progresser leurs connaissances liées aux technologies avancées. Les employés enregistrent des gains de productivité grâce aux mandats qui durent plus longtemps et à l’engagement plus élevé des étudiants dans les projets.

Programme de technicien en électricité, Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse
  • Le défi : Répondre à la demande de nouvelles aptitudes liées aux efforts déployés par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour accroître sa production d’énergie éolienne terrestre.

  • L’innovation : Grâce à la participation de RBC Fondation à un engagement totalisant 2 millions de dollars, le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse actualise son programme de technicien en électricité afin d’y inclure une formation en énergie éolienne à plus grande échelle pour répondre à la demande du marché du travail en plus de s’inscrire dans les initiatives provinciales pour soutenir la croissance propre. Les fonds serviront à développer un nouveau cours et du matériel de formation pratique.

Grappes d’innovation mondiales, Innovation, Sciences et Développement économique Canada
  • Le défi : Trouver des solutions aux problèmes complexes et augmenter la productivité du Canada dans des industries naissantes clés.

  • L’innovation : Mieux connu sous le nom de « supergrappes », ce programme rassemble des entreprises, des établissements universitaires et des organismes à but non lucratif dans cinq secteurs pour stimuler la croissance et l’innovation, et est financé par le gouvernement et l’industrie. Le programme a généré plus de 1,6 milliard de dollars en projets financés par le gouvernement fédéral et les partenaires de l’industrie entre 2018 et 2023, en plus de créer 24 000 emplois à temps plein50.

Recherche et partenariat pour des stages, Mitacs
  • Le défi : Mettre à profit l’expertise et l’innovation en recherche postsecondaire pour résoudre les problèmes éprouvés par les entreprises et combler les lacunes dans les aptitudes acquises par les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs.

  • L’innovation : Par l’entremise de ses nombreux programmes, cet organisme sans but lucratif rassemble les étudiants et les chercheurs au postdoctorat avec des partenaires du secteur privé dans le but de résoudre des enjeux réels éprouvés par des entreprises dans le cadre de stages et de projets de recherche collaboratifs. Mitacs offre également aux étudiants et aux chercheurs au postdoctorat un programme pour les aider à perfectionner leurs compétences professionnelles. Le programme a généré une hausse de 11 % de la productivité auprès de plus de 12 000 partenaires et des investissements en R et D de 1,2 milliard de dollars entre 2018 et 2023, selon une analyse de Statistique Canada et de Mitacs51.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/le-projet-croissance.

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Contributors:

Leadership avisé RBC

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la
direction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, Dspécialiste, Publication numérique

Table ronde entreprises + enseignement supérieur

Val Walker, Chef de la direction

Matthew McKean, Chef de la R-D

Andrew Bieler, Directeur des partenariats et de l’apprentissage par l’expérience

Carmela Busi la R-D

Contributeur externe

Moira MacDonald, Rédacteur et réviseur