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Principales constatations

  • Dans le secteur des minéraux, le Canada représente le plus grand partenaire commercial des États-Unis et vice-versa. Le commerce bilatéral1 représente 146 milliards de dollars.
  • Sur une liste de 50 minéraux critiques identifiés, les États-Unis dépendent intégralement des importations en ce qui concerne 12 de ceux-ci et ont un solde importateur (plus de 50 %) pour 29 de ceux-ci2.
  • La Chine représente la principale source étrangère d’approvisionnement des États-Unis (un quart des minéraux critiques)3.
  • L’économie américaine pourrait fortement pâtir des perturbations de l’approvisionnement en minéraux critiques. Voici un exemple : une restriction de 30 % de l’offre de gallium pourrait entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain4.
  • L’approvisionnement de la défense représente une source de financement sous-utilisée pour les principaux minéraux critiques, en particulier le graphite, le tungstène, le scandium et le gallium.

Les soubassements d’une quatrième révolution industrielle

Les minéraux constituent le soubassement de toute économie industrielle. Acier, cuivre, aluminium… Ils posent les fondations des infrastructures économiques, civiles et de la défense. Par ailleurs, une catégorie de minéraux toujours plus nombreux est à la base des éléments indispensables de ladite « quatrième révolution industrielle » – une époque où des forces technologiques perturbatrices, mues par l’interaction personne-machine, animent la recherche, la fabrication et une économie des données en constante expansion.

Dans cette nouvelle ère, la demande pour cette catégorie de « minéraux critiques » sera stimulée par l’utilisation croissante des semi-conducteurs et des machines de traitement des données, l’adoption accrue de technologies de batteries et de nouvelles sources d’énergie, ainsi que les progrès des technologies aérospatiales et de défense. Pour le Canada, la course à la mise en valeur et à la transformation de ces minéraux ne s’arrête pas au secteur minier ; elle met en évidence un nouveau paradigme de sécurité visant à protéger et à renforcer nos intérêts économiques et nationaux dans un ordre mondial en constante évolution. Voici une partie des enjeux :

Semi-conducteurs

Les débuts de l’IA générative nous montrent à quel point nous aurons besoin d’une puissance informatique accrue. Les ventes mondiales de semi-conducteurs devraient atteindre un billion de dollars américains d’ici 2030. Les puces d’intelligence artificielle (IA) de grande puissance représenteront probablement la majorité des ventes5. À ce jour, le silicium constitue le matériau de choix, même si l’IA met ses limites thermiques à l’épreuve. Grâce à sa conductivité exceptionnelle, le nitrure de gallium (GaN) offre une amélioration de plus de 30 % du rendement énergétique des plaquettes6. Le palladium, l’arsenic, le cuivre et le cobalt interviennent également dans la fabrication de puces (placage, câblage).

Batteries

Qu’il s’agisse des véhicules électriques (VE) sur la route, de l’efficacité énergétique à domicile ou de l’entreposage de longue durée dans les sites de production d’énergie, la technologie des batteries devra s’intensifier fortement au cours des prochaines années. Une batterie de VE exige en moyenne 205 kilogrammes de lithium, de composés de cobalt, de nickel, de graphite et de manganèse7 (soit six fois celle d’un moteur à combustion interne). Selon le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la demande nord-américaine en minéraux pour batteries (transport et entreposage aux fins des services publics) quadruplera ou quintuplera probablement d’ici 2040, par rapport à aujourd’hui8.

Énergie de la région pionnière

Il est probable que la consommation de pétrole et de gaz augmentera au cours des dix prochaines années en Amérique du Nord. Nous assisterons toutefois également à une croissance beaucoup plus importante de nouvelles sources d’énergie, notamment les petits réacteurs nucléaires modulaires, la géothermie, l’énergie éolienne et l’énergie solaire. La rapide croissance de l’énergie renouvelable, qui représente maintenant environ 15 % de l’énergie mondiale9, renforce la demande de plusieurs minéraux critiques. Le silicium, l’argent et l’aluminium sont nécessaires pour les panneaux solaires, et le cobalt, le tellure et les métaux du groupe de terres rares, pour l’énergie éolienne. D’après le scénario de transition économique de Bloomberg New Energy Finance, nous estimons que la production d’électricité issue des énergies renouvelables (tant solaire qu’éolienne) en Amérique du Nord triplera au moins d’ici 2040 par rapport à celle de 2024 en raison de l’augmentation de la demande d’électricité10.

Défense

L’augmentation des dépenses de défense et de sécurité dans l’Occident, y compris au Canada, exigera beaucoup plus d’équipements lourds et de matériel ainsi que de minéraux entrant dans leur fabrication. Un char d’artillerie type nécessite plus de vingt minéraux critiques dans les systèmes11 de navigation, de communication et de combat, tandis qu’un avion à réaction F-35 compte près de 1 000 livres de métaux du groupe de terres rares12. Les batteries et les semi-conducteurs sont aussi de plus en plus importants pour les opérations militaires, tout comme les besoins plus traditionnels pour renforcer l’artillerie, la marine et l’aérospatiale (l’antimoine, le béryllium, le titane, etc.). Ensuite vient la sécurité aux frontières : le tungstène intervient dans les techniques à rayons X du secteur automobile et le germanium dans l’imagerie thermique et les lunettes de vision nocturne.

Un nouveau grand jeu

La lutte pour la suprématie technologique mondiale entre la Chine et les États-Unis prend les tournures d’une guerre des ressources minérales critiques. Il s’agit pour le 21siècle, d’un grand jeu géopolitique qui pourra bientôt rivaliser avec la course aux champs pétrolifères issue de la Seconde Guerre mondiale ou avec la lutte pour les routes commerciales qui a façonné le 19e siècle.

Pour les États-Unis et leurs alliés occidentaux, cette guerre risque d’être remportée par la Chine. Dans les domaines des VE, de l’énergie renouvelable et des technologies avancées de défense et de la protection civile, la Chine s’avère aussi innovante que l’Amérique. Dans le monde entier, les automobiles reposent sur la technologie des batteries chinoises. Jim Farley, chef de la direction de Ford, estime que la Chine a dix ans d’avance dans la technologie des batteries, et continue d’innover13. Dans le secteur de la défense, la Chine est en mesure de mettre en place de nouveaux systèmes d’armement cinq fois plus vite que les États-Unis14.

Fait encore plus préoccupant : les États-Unis sont peu ou pas présents dans la chaîne de valeur des minéraux critiques. Le pays dépend entièrement des importations pour près d’un quart de ses 50 minéraux critiques identifiés, et à plus de 50 % des importations pour 29 minéraux15. Dans bien des cas, cette dépendance concerne la Chine. Le pays est la principale source d’importation pour un quart des minéraux critiques des États-Unis et le principal producteur mondial de seize des minéraux critiques figurant sur la liste des États-Unis16.

Comme le montre la figure 1, la Chine occupe une position dominante dans la production ou l’affinage des six minéraux critiques « de base » : le lithium, le graphite, le cobalt, le nickel, le cuivre et les métaux du groupe de terres rares. Au degré extrême, la Chine détient au moins 75 % des parts du marché mondial du graphite produit et affiné, des métaux raffinés du groupe de terres rares et du cobalt affiné17. La Chine contrôle en moyenne les deux tiers de la transformation ou de l’affinage de l’ensemble des six minéraux dans le monde18.

La production de minéraux critiques se caractérise par un risque de concentration important.

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Source: OCDE et Leadership avisé RBC

Et encore davantage pour l’affinage de minéraux critiques, dominé par la Chine

Trois principaux fournisseurs en pourcentage de l’offre mondiale, 2023

Sources : OCDE et Leadership avisé RBC

Sur les marchés étrangers, les sociétés minières d’État chinoises sont fortement implantées au Pérou, en République démocratique du Congo et en Indonésie (les sociétés chinoises contrôlant près de 75 % de la capacité de nickel de l’Indonésie)19. Le pays a également établi des liens d’investissement et est le plus important partenaire commercial des producteurs et affineurs de minéraux dans pratiquement chaque pays d’Amérique du Sud, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est et d’Océanie (Australie).

Il sera difficile de rattraper le retard dans cette ruée vers les minéraux critiques, et beaucoup plus compliqué que lors de la ruée vers le pétrole de l’Occident, pour plusieurs raisons :

  • 1.
    Les minéraux rares. Les minéraux critiques sont un ensemble varié et diversifié de minéraux traditionnels et rares, avec leurs propres processus uniques de production et d’affinage. Le processus est beaucoup plus complexe que le raffinage du pétrole brut ou le traitement du gaz naturel, dont les molécules se cantonnent dans une zone plus étroite : les composés d’hydrogène et de carbone.
  • 2.
    L’utilisation finale a beaucoup d’importance. Dans le cas des minéraux critiques, l’utilisation finale prédit le type de production et le degré d’affinage requis. Par exemple, le gallium primaire est récupéré sous forme de sous-produit de la transformation, et même de l’affinage, de la bauxite, le gallium de haute pureté étant affiné jusqu’à une pureté de 99,9999 %.
  • 3.
    La technologie. Grâce à l’expérience qu’elle a accumulée pendant des dizaines d’années, la Chine a pu innover dans le domaine des techniques d’affinage, comme le perfectionnement du processus d’extraction par solvant pour affiner les métaux du groupe de terres rares.
  • 4.
    Des ressources nationales limitées. Les États-Unis disposent de ressources nationales limitées de minéraux critiques, représentant moins de 1 % des réserves mondiales de cobalt, de nickel et de graphite et moins de 2 % de manganèse et de métaux du groupe de terres rares20.
  • 5.
    L’absence de champions régionaux. Les Sept Sœurs, ancêtres du trio d’origine britannique et américaine BP, Chevron et ExxonMobil ont créé l’industrie pétrolière. Les sept d’entre elles ont reçu d’immenses garanties politiques (et militaires) pour traverser des terres étrangères en vue de constituer des réserves. En revanche, la plupart des principales sociétés minières nord-américaines sont moins implantées à l’échelle mondiale par rapport aux grandes sociétés pétrolières américaines, surtout en aval (à l’exception peut-être de Société aurifère Barrick, de Teck Resources et de First Quantum Minerals).

Les États-Unis auront pour défi de rattraper la domination chinoise, du moins par eux-mêmes. Par conséquent, ils créent de nouvelles sphères stratégiques pour obtenir les minéraux dont ils ont absolument besoin pour assurer leur leadership technologique mondial, en ciblant des marchés sur les ressources – voire en approfondissant des relations – en Ukraine, au Groenland et au Canada. Les États-Unis pourraient même réintégrer des marchandises russes non soumises à des restrictions sur les marchés mondiaux, s’ils poursuivaient leurs propres ambitions concernant la sécurité des ressources.

Le Canada doit être au cœur de cette sphère. Le pays peut réduire le risque lié aux chaînes logistiques des minéraux critiques – en diminuant la dépendance à l’égard de la Chine, mais aussi en fournissant une capacité supplémentaire aux marchés dominés par une poignée de fournisseurs. Le Canada est un pays minier responsable et riche sur le plan géologique. Il possède un important potentiel de minéraux, notamment le nickel, le cobalt, le zinc, l’aluminium, la potasse et d’autres minéraux spécialisés comme l’indium, le graphite, le germanium et le gallium. Nous sommes aussi un pays commerçant, le seul membre du G7 ayant conclu des accords de libre-échange avec les autres membres du G7, auxquels s’ajoute une solide relation sur le plan de la sécurité avec les États-Unis.

Un grand déséquilibre : le leadership de la Chine

L’administration Trump a fait des minéraux critiques une priorité stratégique. Dans l’ensemble, le regain d’intérêt pour la défense, complété par une approche enhardie face à la loi CHIPS and Science Act de l’administration Biden, est considéré comme un investissement positif. Le décret-loi de la nouvelle administration qui interrompt sur-le-champ le décaissement des fonds par l’entremise de la loi Inflation Reduction Act pourrait être plus problématique, car il menace de paralyser certains programmes d’investissements cruciaux alors que Pékin ne ralentit pas la cadence. Tout simplement, il faut peut-être que les États-Unis adoptent tous les facteurs de la demande de minéraux critiques, à l’instar de la Chine : les batteries, l’énergie renouvelable, les VE, la défense et l’IA.

Dans cette section, nous déterminons quatre facteurs clés qui ont entraîné la domination de la Chine dans les minéraux critiques. Il se peut que l’Occident soit forcé d’adopter des approches politiques industrielles et étrangères pour déstabiliser ce grand déséquilibre.

Intervention politique

La politique industrielle axée sur l’acier, l’aluminium et le cuivre (première industrialisation) a été suivie de politiques visant à promouvoir l’adoption des VE et des énergies renouvelables. Sur le plan de l’offre, les États ont fourni une assistance concourant à créer des champions nationaux afin de rivaliser avec les grands acteurs mondiaux. Ces objectifs ont été complétés par des objectifs de politique étrangère, comme l’initiative One Belt, One Road (la nouvelle route de la soie), qui s’est traduite par l’investissement d’un billion de dollars américains dans des pays étrangers – souvent dans des pays riches en ressources21. L’Amérique a réagi en adoptant une politique industrielle, la loi Inflation Reduction Act. Bien qu’elle ait ainsi réussi à stimuler le capital consacré à la recherche, au développement et à la fabrication, peu d’efforts ont été consacrés à l’extraction ou à l’affinage des minéraux.

Marché

Aujourd’hui, la Chine représente 70 % de la valeur de la fabrication de technologies propres à l’échelle mondiale22 dans un écosystème souvent intégré verticalement ; les minéraux sont extraits et affinés en fonction de la spécificité des éléments finaux. La demande stimule l’offre, qui provient de sociétés minières publiques exerçant leurs activités dans des territoires à moindres coûts, tout en bénéficiant d’un soutien de l’État. En revanche, les mineurs occidentaux sont soumis à des normes plus élevées provenant des investisseurs publics et du manque de subventions publiques. Par ailleurs, ils sont souvent soumis à des permis d’exploitation sociaux plus chers dans la mise en valeur des ressources étrangères, étant donné le manque de soutien politique (différend entre États et investisseurs au lieu d’un différend entre États).

Technologies

Le soutien public ciblé à la fois pour l’offre et la demande a favorisé des percées technologiques et abaissé la courbe des coûts – en particulier dans les énergies renouvelables et les batteries. Sur le plan de l’offre, l’innovation technologique dans la production et l’affinage chinois a permis à la Chine de perfectionner le processus d’extraction des solvants pour affiner les métaux du groupe de terres rares.

Tournure d’esprit

La Chine adopte une tournure d’esprit guerrière dans sa répartition de capitaux et d’autres ressources afin d’assurer la sécurité de l’offre et celle de la demande grâce à une approche de la chaîne de valeur complète. En revanche, une telle urgence fait défaut aux États-Unis. Ils délaissent même des réserves minérales stratégiques, soit par défaut de réapprovisionnement des réserves par rapport aux niveaux passés, soit par vente pure et simple des réserves (cas du lithium). Cette approche est très différente de celle adoptée pour le pétrole brut, qui impose le maintien d’une réserve stratégique et comportait une interdiction d’exportation continentale jusqu’en 2015.

Les cinq grands minéraux critiques non combustibles du Canada

Les importations américaines de tous les minéraux et métaux non combustibles ont atteint 167 milliards de dollars américains en 202423. Le Canada demeure la source la plus importante d’importations pour les États-Unis (40 milliards de dollars américains, soit 24 %) et est le premier fournisseur d’acier, d’aluminium, de potasse, de nickel et de zinc aux États-Unis (deuxième fournisseur pour le cuivre)24. Dans les 50 minéraux critiques des États-Unis, le Canada représente aussi la plus importante source d’importations (4,5 milliards de dollars américains, soit 20 %)25.

Cela étant dit, les États-Unis continuent de dépendre de la Chine pour de nombreux minéraux critiques spécialisés ayant une moindre importance commerciale, quoique fondamentaux sur le plan stratégique. Qui plus est, la Chine a mis en place des contrôles à l’exportation sur plusieurs de ces minéraux, p. ex., le gallium. Ce risque d’approvisionnement revêt une grande importance sur le plan économique ; U.S. Geological Survey estime qu’une réduction de l’offre de gallium de 30 % (la Chine constitue le fournisseur mondial à 90 %) pourrait à elle seule entraîner une baisse de 600 milliards de dollars américains du PIB américain26.

À court et à moyen terme, le Canada a l’occasion de supplanter progressivement l’offre chinoise, tout en poursuivant une stratégie canado-américaine visant à assurer la production pour plusieurs technologies ou applications essentielles pour la sécurité continentale et la quatrième révolution industrielle. Voici les cinq principaux minéraux critiques qui peuvent avant tout bénéficier de cette occasion.

1. Le gallium

 

Le gallium est un métal qui possède une des conductivités thermiques les plus hautes. Il intervient dans la production de circuits intégrés et de semi-conducteurs très spécialisés pour l’IA et l’informatique de pointe. Les semi-conducteurs au gallium sont également essentiels à la protection antimissile, aux systèmes radars et aux communications électroniques de prochaine génération des États-Unis.

Les États-Unis demeurent tributaires à 100 % des importations pour leur approvisionnement en gallium27. En 2024, le Canada était le premier fournisseur de gallium aux États-Unis, et représentait plus de 50 % des importations (supplantant ainsi l’approvisionnement chinois28). L’approvisionnement actuel provient du gallium recyclé sur le site de Neo Performance Materials à Peterborough (Ontario). Il se peut que le projet de démonstration de Rio Tinto à Saguenay renforce la production mondiale totale de gallium primaire de 5 à 10 % s’il peut atteindre la viabilité commerciale29. Un projet d’expansion de Teck Resource à Trail (Colombie-Britannique) pourrait également accroître la production de germanium et créer une production de gallium et d’antimoine.

2. Le graphite

 

Une conductivité électrique, une résistance à la température, une inertie chimique et un pouvoir lubrifiant élevés caractérisent ce métal intervenant dans les batteries dont l’intérêt grandit dans les applications de défense. Les propriétés uniques du graphite rendent difficile, voire impossible, la substitution dans de nombreuses applications, par exemple lorsque la résistance thermique est essentielle au rendement de l’équipement et à sa durabilité.

La demande mondiale de graphite devrait presque doubler d’ici 203530. Le Canada a une occasion unique de développer une chaîne de valeur complète de graphite, une proposition fort précieuse puisque la Chine représente 82 % et 91 % de la production et de l’affinage mondiaux de graphite, respectivement31. Le Québec est le plus avancé avec la mine en exploitation de Northern Graphite au Lac-des-Îles, au nord-ouest de Mont-Tremblant, et les projets de développement en cours de Nouveau Monde Graphite pour l’exploitation minière dans la Matawinie au nord de Montréal et l’affinage à Bécancour en périphérie de Trois-Rivières. L’Ontario offre une autre mine de graphite potentielle, Bissett Creek de Northern Graphite, en phase d’autorisation, près de la rivière des Outaouais au nord du parc Algonquin.

3. Le nickel

 

Le nickel possède une ductilité (flexible), une robustesse et une résistance élevées. Le minéral intervient dans les batteries lithium-ion et dans la production d’acier inoxydable. La demande mondiale devrait croître de 70 % d’ici 2035, principalement en raison de la demande de batteries, tant dans le secteur des transports que dans celui de postes fixes (services publics)32.

Le projet Dumont Nickel (Nion Nickel) dans la région de l’Abitibi au Québec, intégré verticalement, est en cours de construction. La mine Crawford de Canada Nickel (la deuxième réserve nickélifère au monde) au nord de Timmins, en Ontario, est en phase d’examen de permis. Le nickel canadien offre une diversification bien nécessaire, l’Indonésie et les Philippines représentant à eux seuls les deux tiers de la production mondiale33. Le nickel canadien parviendra peut-être à dépasser 100 % des besoins en importations américaines si tous les projets sont mis en œuvre34.

4. Le tungstène

 

Avec la plus haute résistance à la traction (la contrainte maximale qu’un matériau peut supporter sans se casser) et le plus haut point de fusion de tous les métaux présents dans la nature, les alliages à base de tungstène sont des intrants clés pour la défense aérienne, les navires militaires et les munitions perforantes. Le tungstène intervient également dans les appareils à rayons X du secteur automobile, et concourt ainsi à renforcer la sécurité aux frontières avec les États-Unis.

La Chine produit 83 % du tungstène mondial et représente 52 % des réserves mondiales35. Le Canada est un ancien producteur qui possède d’importantes réserves qui comprennent certains des plus importants gisements de tungstène au monde. Le projet Sisson de Northcliff Resources, au nord-ouest de Fredericton, et la mine Mactung de Fireweed Metals, dans l’est du Yukon, sont de remarquables projets de tungstène canadiens. En décembre 2024, le gouvernement du Canada et le ministère de la Défense des États-Unis ont annoncé un investissement conjoint de 35 millions de dollars américains dans le projet Mactung, le plus grand gisement de tungstène à forte teneur au monde36.

5. Le germanium

 

Le minéral possède des caractéristiques des semi-conducteurs comparables à celles du silicium, mais des propriétés optiques et thermiques supérieures. Son utilisation est essentielle pour la défense (vision nocturne), l’exploration spatiale, les câbles à fibres optiques et les semi-conducteurs. Ces dernières années, le besoin croissant des centres de données (pour les fibres) a stimulé la demande de ce minéral.

Le Canada a fourni 20 % des importations américaines de germanium (oxyde) en 202337. La société canadienne Teck Resources détient une chaîne logistique intégrée de germanium avec des minerais de zinc extraits en Alaska et affinés à Trail, en Colombie-Britannique. Le site de Trail prévoit accroître la production de germanium, lancée en janvier par le ministre Wilkinson aux États-Unis et à ses alliés cherchant à s’approvisionner au Canada, principalement en raison de l’interdiction de la Chine d’exporter le germanium à la fin de l’année dernière.

Assurer la compétitivité du Canada

Cela fait plus de cent ans que la richesse en ressources naturelles du Canada attire les investisseurs et les exploitants de ressources naturelles, grâce à des infrastructures de qualité, à la primauté du droit, à des normes environnementales et de travail rigoureuses et à de solides relations commerciales. Le Canada peut miser sur ces atouts en prenant les mesures suivantes :

  • Tirer profit des fonds gouvernementaux. Les projets liés aux minéraux critiques connaissent des pénuries de capitaux. Les gouvernements peuvent contribuer à combler cette insuffisance par le biais soit par de placements directs en actions, soit par l’octroi de conventions de vente et d’achat à long terme. L’approvisionnement de la défense est un point de mire où les ministères de la Défense du Canada, des États-Unis et des pays alliés peuvent trouver des réserves de minéraux critiques et de réserves de stocks par l’entremise de « stocks virtuels », essentiellement des engagements d’achat à long terme. En s’engageant à consacrer 2 % du PIB à la défense, le Canada pourrait ainsi débloquer jusqu’à 17 milliards de dollars de capitaux frais chaque année pour la mise en valeur des mines.
  • Restreindre les distorsions de prix issues de la Chine. L’industrie minière exige maintenant une « prime pour la Chine » afin de contrecarrer les distorsions du marché chinois, principalement pour compenser le risque que la Chine inonde les marchés afin de faire chuter les prix mondiaux. Un prix plancher minimal, appuyé par des conventions d’achat gouvernementales et d’autres interventions, renforce la transparence des prix et établit une assurance quant aux revenus pour atténuer les fluctuations des prix. Par ailleurs, les restrictions liées aux produits chinois pourraient soutenir les prix canadiens. Cela comprend la restriction pure et simple de l’offre chinoise, ou l’adoption d’ajustements de prix, p. ex., des droits antidumping, des droits compensateurs ou des ajustements aux frontières (carbone, main-d’œuvre, etc.).
  • Accroître les crédits d’impôt. Le crédit d’impôt à l’investissement (CII) pour les minéraux critiques du Canada exclut les principaux minéraux critiques pour la défense tels que le tungstène, l’indium et le béryllium. L’admissibilité pourrait être élargie à d’autres minéraux que les quinze figurant sur la liste actuelle. Autres solutions : permettre l’accumulation des crédits d’impôt, mettre en place des crédits d’impôt à la production pour soutenir les dépenses d’exploitation (protection contre le dumping chinois) et améliorer divers programmes gouvernementaux visant à appuyer plus explicitement les minéraux critiques, y compris le Fonds stratégique pour l’innovation et le Fonds de croissance du Canada.
  • Garantir l’accès au marché. Les menaces tarifaires et les programmes Buy America entravent les flux de capitaux dans les territoires en dehors des États-Unis. En réduisant au minimum les barrières tarifaires à l’étranger et en investissant dans les capacités nationales d’affinage et de transformation, nous finirons par assurer la demande pour nos produits. Sur le plan de l’offre, il est également crucial de garantir notre propre chaîne logistique. Le gallium connaît une belle réussite au Canada, mais dépend de l’importation d’appareils électroniques de Taïwan (par l’intermédiaire des États-Unis).
  • Investir dans le capital humain. La Bourse de Toronto et la Bourse de croissance TSX abritent plus de mineurs que n’importe quel autre indice mondial développé important. Ceux-ci s’accompagnent d’un vaste bassin de talents du secteur minier. Ce talent risque toutefois de péricliter, car les ingénieurs et une génération technophile se tournent de plus en plus vers les carrières dans les logiciels et l’IA. Fait surprenant : la Chine possède 39 programmes universitaires visant à former des ingénieurs dans les minéraux critiques ; le Canada n’en possède aucun.
  • Réduire les délais d’approbation. Le Canada doit consolider ses processus, dans la mesure du possible. Les minéraux critiques sont aussi stratégiques que le transport, et les projets connexes peuvent être déclarés comme faisant partie de l’intérêt national pour accélérer leur développement. Le même type de pragmatisme peut être appliqué au niveau provincial : la collaboration entre les ministères, avec les collectivités locales et avec Ottawa peut être améliorée. Enfin, et peut-être plus important encore, nous devrons trouver de nouveaux moyens d’accélérer les processus d’approbation des projets, sans nuire à l’obligation de consulter les communautés autochtones. Une plus grande participation des Autochtones dans ces projets, notamment par l’entremise des programmes de garantie de prêt nationaux et provinciaux, permet de débloquer plus de richesses et de capitaux autochtones qui peuvent être réinvesties dans l’infrastructure sociale et des projets liés à de futures ressources.
  • Soutenir les infrastructures. Compte tenu de l’emplacement éloigné de nombreux gisements de minéraux critiques, le manque d’infrastructures existantes est problématique (chemins de fer, routes, ports, transport d’électricité, stations cellulaires, hôpitaux, etc.). Une collaboration accrue de la part des gouvernements fédéral et provinciaux visant à fournir des infrastructures d’appui prévisionnelles qui soutiennent le fonctionnement des projets et raccourcissent les délais de mise en valeur des mines.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/espacecommercial/.

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Contributors:

Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la direction

Vivan Sorab, premier directeur, Technologie propre

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

  1. Ressources naturelles Canada.
  2. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025 ; Ressources naturelles Canada.
  3. Ressources naturelles Canada.
  4. US Geological Survey.
  5. Deloitte, 2025 Global Semiconductor Industry Outlook (Perspectives mondiales 2025 pour le secteur des semi-conducteurs).
  6. Arrow Electronics, Silicon vs. gallium nitride (GaN) semiconductors: Comparing properties & applications (Comparaison entre les semi-conducteurs de silicium et de nitrure de gallium (GaN) : propriétés et applications), 21 mars 2024.
  7. Agence internationale de l’énergie (AIE), Minerals used in electric cars compared to conventional cars (Comparaison des minéraux utilisés dans les voitures électriques ou les voitures traditionnelles), 5 mai 2021.
  8. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
  9. AIE, Renewables 2024 (Énergies renouvelables 2024), octobre 2024.
  10. Bloomberg New Energy Finance, Leadership avisé RBC.
  11. Ressources naturelles Canada.
  12. Science History Institute, Manufacturers Case Study, Using the Rare Earth Elements (Étude de dossier sur les fabricants, Utilisation des métaux du groupe de terres rares).
  13. Wall Street Journal, What Scared Ford’s CEO in China (Ce que craignait le chef de la direction de Ford en Chine), 14 septembre 2024.
  14. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
  15. Ibid.
  16. Ressources naturelles Canada.
  17. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  18. Ibid.
  19. Reuters, Chinese firms control around 75% of Indonesian nickel capacity, report finds (Selon un rapport, les entreprises chinoises contrôlent environ 75 % de la capacité indonésienne de nickel), 5 février 2025.
  20. Centre for Strategic and International Studies, Critical Minerals and the Future of the U.S. Economy (Les minéraux critiques et l’avenir de l’économie américaine), février 2025.
  21. AidData, Power Playbook: Beijing’s Bid to Secure Overseas Transition Minerals (Plan de match sur l’électricité : Offre de Pékin pour garantir les minéraux de transition à l’étranger), 28 janvier 2025
  22. AIE, Energy Technology Perspectives 2024 (Perspectives 2024 sur les technologies énergétiques), 30 octobre 2024.
  23. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb.
  24. Ibid.
  25. U.S. Geological Survey, Mineral Commodities Survey (Sommaires sur les produits minéraux) ; U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
  26. US Geological Survey.
  27. Ibid.
  28. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.
  29. Site Web de l’entreprise.
  30. Ressources naturelles Canada.
  31. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  32. Ressources naturelles Canada.
  33. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  34. Site Web de l’entreprise.
  35. IEA, Global Critical Minerals Outlook 2024 (Perspectives mondiales 2024 des minéraux critiques), mai 2024.
  36. Ressources naturelles Canada.
  37. U.S. International Trade Commission, données consultées au moyen de DataWeb ; USA Trade Online, U.S. Census Bureau.

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Alors que le monde entier tente de sécuriser l’accès aux minéraux critiques, essentiels à l’économie moderne, le Canada doit prendre une décision cruciale. Quel rôle le pays peut-il jouer dans la réduction du risque lié à la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques, largement dominée par la Chine ?

Lors de la conférence de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE) de 2025, cette question était au cœur des préoccupations des chefs de file, des dirigeants et des investisseurs de l’industrie. Nous nous sommes appuyés sur le document Regard critique sur les minéraux critiques pour vous présenter cinq minéraux de plus en plus importants pour l’économie de l’avenir.

Ces minéraux sont essentiels dans cinq secteurs clés, soit l’intelligence artificielle, la sécurité des frontières, les soins de santé, l’énergie et la défense. Toutefois, les chaînes d’approvisionnement sont vulnérables, la concurrence internationale est féroce, et le Canada doit jongler avec des enjeux complexes liés aux politiques, aux investissements et au traitement afin de devenir un leader mondial dans le domaine.

Consultez les documents :

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Minéraux Critiques – Gallium

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Il est temps de porter un regard critique sur les minéraux critiques.

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Les tensions commerciales avec les États-Unis ont braqué les projecteurs sur le commerce international des produits agroalimentaires canadiens : la menace tarifaire américaine représente un défi particulier pour les exportations agroalimentaires canadiennes, lesquelles ont aujourd’hui une part de 20 % dans les importations agroalimentaires américaines.

Les exportations vers les États-Unis sont à la hausse : plus de 60 % des exportations agricoles et agroalimentaires du Canada sont destinées aux États-Unis, et la valeur de ces exportations a quadruplé depuis 2000.

Toutefois, le Canada est à la traîne de ses concurrents à l’échelle mondiale : le Canada a reculé du 5e au 7e rang dans le commerce agroalimentaire mondial, et le pays pourrait chuter à la 9e place d’ici 2035 si des mesures correctives ne sont pas prises.

Les concurrents gagnent du terrain sur les marchés mondiaux à forte croissance : plusieurs concurrents agroalimentaires émergents comme le Brésil ont gagné du terrain en Afrique et au Moyen-Orient, tandis que les rivaux traditionnels comme l’Australie gagnent des parts de marché en Asie du Sud-Est.

Les occasions commerciales s’élèvent à 44 milliards de dollars pour le Canada : selon une nouvelle modélisation réalisée par RBC et le Centre pour l’avenir du Canada du Boston Consulting Group, le Canada peut augmenter sa part de marché mondiale et remonter au 5e rang des exportations à condition de déployer les investissements adéquats. Cela pourrait ajouter 44 milliards de dollarsa à la valeur des exportations agricoles et agroalimentaires d’ici 2035.

Il est essentiel d’établir un plan précis : pour regagner des parts de marché, le Canada doit se concentrer sur l’innovation, les capitaux, l’infrastructure des exportations, l’accès numérique et la commercialisation mondiale des produits agroalimentaires.

Acier, automobile, bois et pétrole : le conflit commercial grandissant entre les États-Unis et le Canada est concentré sur les secteurs phares de notre économie de cols bleus. Cependant, si nous observons ce qui traverse les frontières, nous avons toutes les chances de voir des produits agricoles et agroalimentaires – qu’il s’agisse de homards transportés par camion de la Nouvelle-Écosse au Maine, de muffins exportés de Toronto vers Chicago ou de bétail voyageant de l’Alberta au Montana.

Les exportations du Canada sont moins diversifiées que celles de ses concurrents importants

Des produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de plus de 100 milliards de dollars franchissent les frontières chaque année, les États-Unis important près de 60 % de ces marchandises. 1 bEt grâce à l’augmentation des investissements dans le secteur de la transformation agroalimentaire au cours des 20 dernières années, la balance commerciale ne cesse d’augmenter. La valeur des exportations canadiennes vers les États-Unis a quadruplé depuis 2000, et le Canada représente aujourd’hui 20 % des importations américaines de produits agricoles et agroalimentaires.2

Cette discrète transformation a aidé le secteur agroalimentaire canadien à devenir la plus grande source de manufacture du pays.2 Nous ne sommes plus seulement un producteur de marchandises en vrac, mais aussi un fournisseur étranger de premier choix dans les rayons des épiceries et sur les tables des Américains, car les agriculteurs et les producteurs canadiens ont beaucoup progressé dans l’élaboration de nouveaux produits alimentaires et dans leur commercialisation aux États-Unis.

Prenons l’exemple du canola, utilisé pour la cuisine et les biocarburants ainsi que pour l’alimentation animale. Grâce à l’envergure des usines de trituration, près de 96 % des volumes d’exportation d’huile de canola et 65 % des volumes d’exportation de tourteau de canola canadiens ont été envoyés aux États-Unis en 2024.4 Puis il y a la potasse, élément essentiel des engrais américains. Le Canada répond à 85 % des besoins des États-Unis, et ce chiffre pourrait augmenter si les États-Unis s’écartaient de la Russie et de la Biélorussie, leurs seuls autres fournisseurs importants.5

Les deux pays en ont bénéficié. Les États-Unis ont profité d’un accès prioritaire à la production et à la transformation du Canada, qui présente un avantage concurrentiel pour ce qui est des produits comme les préparations de céréales et les huiles végétales. L’importance de la base de production des Prairies canadiennes, ainsi que l’ampleur et la proximité des centres de fabrication et de transformation de l’Ontario et du Québec ont joué un rôle clé dans l’afflux de capitaux d’investissement au cours des dernières années. En outre, l’importance et la régularité des volumes, conjuguées à la faiblesse du dollar, ont renforcé la capacité du Canada à s’imposer comme un fournisseur de premier plan. L’amélioration de l’efficience des exploitations agricoles et des entreprises de transformation alimentaire canadiennes a encore raffermi la position du Canada en tant que pays fiable et efficace pour s’approvisionner en produits agricoles et agroalimentaires. Par conséquent, l’industrie alimentaire canadienne a augmenté son ratio de valeur ajoutée (production moins consommation) de 71 % entre 2014 et 2023.6

Ces avantages sont aujourd’hui menacés, dans le contexte de tarifs douaniers qui pourraient être appliqués à grande échelle. Si ces tarifs sont appliqués aux produits agricoles et agroalimentaires, ils feront du Canada un partenaire commercial moins intéressant pour les États-Unis, car notre position d’exportateur de produits agricoles et agroalimentaires à faible coût par rapport à d’autres pays, dont la Chine et les Pays-Bas, en pâtira. Le secteur de la production d’aliments et de boissons pourrait également avoir du mal à maintenir ses niveaux d’investissement, car jusque là, l’un de ses principaux arguments de vente est l’accès privilégié au plus grand marché du monde.

Ces défis obligeront les producteurs canadiens à faire un choix : assumer le coût des tarifs douaniers pour accéder au marché américain, ou répondre davantage à la demande d’autres régions.

Depuis plusieurs générations, le Canada est un leader mondial de l’agriculture, avec par exemple les expéditions de blé vers la Chine pendant les conflits postrévolutionnaires du pays, de porc vers le Japon lorsque son économie a décollé, de lentilles vers l’Inde pour nourrir les villes en forte croissance, et de sirop d’érable vers l’Europe à l’ouverture de ses marchés. La potasse, les engrais et les semences canadiens ont également joué un rôle essentiel dans la capacité des agriculteurs du monde entier à augmenter la production destinée à leurs propres marchés. Grâce à des décennies de croissance des exportations, avec une longueur d’avance sur la plupart des secteurs économiques canadiens, notre secteur agroalimentaire est entré dans le XXIe siècle comme un chef de file de la productivité. Mais avec autant d’attention portée au marché américain, de nombreux Canadiens n’ont pas réalisé que le reste du monde était en train de les rattraper et, dans certaines catégories, de les dépasser.

Voici où nous en sommes aujourd’hui dans le classement mondial : au cours du premier trimestre de ce siècle, nous sommes passés de la 5e à la 7e place, dépassés par la Chine et le Brésil.7 Et si les conditions des affaires restent stables, nous pourrions tomber à la 9e place au cours de la prochaine décennie. Un modèle mondial élaboré par le Boston Consulting Group et RBC montre que depuis 2000, la part de marché du Canada a décliné de 12 % en termes relatifs. Nos exportations continuent de croître : elles ont quadruplé au cours de la période. Le problème est que nous ne suivons pas le rythme du reste du monde, qui a vu ses exportations agricoles et agroalimentaires multipliées par cinq au cours de la même période.c d

Le Canada croît en valeur, mais sa part de marché est en déclin

Le déclin relatif pourrait être un signal d’alarme indiquant que nos exportations agricoles et agroalimentaires ne sont pas seulement trop dépendantes des États-Unis, mais aussi menacées par une concurrence encore plus acharnée à l’étranger dans les décennies à venir. D’autres pays, comme le Brésil et le Chili, ont gagné une grande partie des marchés de la viande et du poisson, où le Canada était compétitif par le passé.

L’Équateur est un autre cas intéressant. Le pays dispose d’une aquaculture intérieure très concentrée, aux environs de la ville de Guayaquil, où les progrès de la génétique des crevettes ont permis de multiplier le volume de production par 18 depuis 2000.8 Aujourd’hui, les crevettes représentent près de 24 % des exportations totales de l’Équateur et 25 % du marché mondial des exportations de crustacés, en incluant les crevettes et les homards.9 Des tendances similaires sont observées pour les myrtilles du Pérou, les pâtes de la Turquie et le soja du Paraguay. Cette croissance ciblée et dynamique de la part de nos concurrents a fait perdre au Canada des parts de marché dans deux tiers des secteurs qui composent le commerce agricole et agroalimentaire, à savoir la viande (-2 %), les animaux vivants (-5 %) et les boissons et spiritueux (-2 %). Selon notre modèle, le Canada a ainsi perdu 23 milliards de dollars de valeur d’exportation en 2023 en raison des parts de marché perdues depuis 2000, ce qui dépasse la valeur des exportations canadiennes d’acier et de fer vers les États-Unis en 2024.

Il est important de surveiller le front de l’Asie du Sud-Est et du Sud. La consommation agricole et alimentaire de l’Inde et de l’Asie du Sud-Est devrait s’accroître à plus de 31 % de la consommation mondiale au cours de la prochaine décennie.10 Depuis longtemps, une grande partie de la région représente un marché sûr pour les producteurs canadiens, qu’il s’agisse de soja pour le Vietnam, de blé pour l’Indonésie ou de pois pour l’Inde. Toutefois, la région se tourne de plus en plus vers d’autres fournisseurs. L’accord de libre-échange entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) a éliminé les tarifs douaniers sur 99 % des exportations néo-zélandaises vers l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et le Vietnam. En vertu de cet accord, l’Australie a régulièrement augmenté ses exportations vers l’ANASE, qui représente aujourd’hui 23 % de la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires.11 12 Le Brésil est un autre concurrent à surveiller. L’accent placé par le pays sur la promotion de son commerce n’en a pas seulement fait un fournisseur de l’ANASE plus important ; mais cela a aussi accéléré sa présence en Afrique et au Moyen-Orient – qui affichent la plus forte croissance du monde – où la valeur de ses exportations a bondi de 24,4 % et 20,4 %, respectivement, entre 2023 et 2024.13

Cette réorganisation du commerce alimentaire mondial s’est déroulée en grande partie pendant une période de libéralisation du commerce mondial, mais cette ère est peut-être en train de prendre fin. Si les barrières tarifaires et non tarifaires se normalisent, et si le commerce devient plus politisé, la capacité du Canada à être compétitif à l’international pourrait être à nouveau remise en question, notamment face aux exportateurs résurgents comme le Kazakhstan qui cherchent à regagner des parts de marché, en particulier en Asie et au Moyen-Orient.

L’année dernière, la valeur des échanges mondiaux de marchandises a atteint le chiffre record de 45 000 milliards de dollars, mais la croissance des volumese d’une année sur l’autre est en baisse depuis 2000.14 La croissance annuelle moyenne du volume des échanges a été de 2 % entre 2016 et 2025, ce qui marque un ralentissement par rapport aux 3,45 % enregistrés au cours de la décennie précédente.15 L’un des principaux facteurs à l’origine de ce ralentissement est l’abandon d’un système fondé sur des règles, ce qui a ouvert la voie à des politiques plus protectionnistes.

Par exemple, les interventions commerciales à l’encontre des céréales ont été 2,5 lus nombreuses que les interventions de libéralisation depuis 2009, sous l’impulsion de subventions financières, de prêts d’État et de tarifs douaniers à l’importation.16 L’agriculture et l’agroalimentaire font souvent les frais de ces politiques, compte tenu de l’importance politique des prix des denrées alimentaires et du pouvoir politique des producteurs de denrées alimentaires dans de nombreux pays. Les tarifs douaniers imposés par un membre de l’Organisation mondiale du commerce sur un produit agricole donné s’élèvent en moyenne à 14,8 %, contre 8 % pour les produits non agricoles.17 Le déclin de l’appétit pour le commerce international, le repli des occasions de conclure de nouveaux accords commerciaux et les perturbations de la stratégie d’exportation du Canada axée sur l’Amérique du Nord figurent parmi les plus grands défis que nous devrons sans doute relever dans les années à venir.

L’occasion est évidente. Selon notre modèle, la part du Canada dans les exportations mondiales pourrait augmenter de 30 % d’ici 2035, ce qui ajouterait 44 milliards de dollars aux exportations totales, à condition d’atteindre trois grands objectifs commerciaux : croître sur les marchés où le Canada a accès, se développer sur les marchés les plus dynamiques du monde, et maintenir les relations existantes grâce à une « diplomatie alimentaire » renforcée.

Le premier défi est simple : il s’agit de tirer parti de ce que nous avons. Le Canada a conclu 15 accords de libre-échange qui lui donnent accès à plus des deux tiers de l’économie mondiale. Ces accords pourraient permettre de mieux exploiter l’accès du Canada aux marchés d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine. Par exemple, l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne élimine progressivement une grande partie des tarifs douaniers sur les fruits de mer. Avant l’AECG, les tarifs douaniers de l’UE sur le poisson et les fruits de mer étaient de 11 % en moyenne, avec des sommets à 25 %. Ils seront totalement supprimés au cours des cinq prochaines années.18

Notre prochain défi consistera à conquérir de nouveaux marchés en croissance, avec une ambition plus grande. Nous pourrions commencer par les marchés asiatiques mentionnés dans la section précédente. Les consommateurs d’Asie du Sud-Est et d’Asie du Sud devraient avoir plus d’argent à dépenser en produits de valeur supérieure au cours de la prochaine décennie, en partie grâce à une croissance économique qui devrait être parmi les meilleures au monde, avec un PIB par habitant en hausse de 3,9 % par an entre 2024 et 2033, selon les prévisions, contre 2,6 % pour la décennie précédente.19 L’Inde est l’une des occasions les plus évidentes : un marché de 1,5 milliard de consommateurs dont l’économie et le niveau de vie augmentent rapidement. En outre, ce marché constituera une occasion de plus en plus importante pour l’industrie canadienne de la transformation agroalimentaire, en particulier dans le domaine des protéines d’origine végétale, grâce à la production canadienne de légumineuses – pois, lentilles et soja.

En particulier, la transformation des oléagineux et des déchets agricoles du Canada peut contribuer à répondre à la croissance de la demande de biocarburants attendue en Asie du Sud-Est, où les taux de mélange de biocarburants avec les combustibles fossiles devraient rester supérieurs à 30 % sur des marchés tels que l’Indonésie. Dans ce pays, la demande de biodiesel devrait augmenter de 56 % au cours de la prochaine décennie.20 L’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Amérique latine devraient également connaître une forte croissance de leur PIB. Dans ces régions, nous pouvons nous attendre à une augmentation de la consommation totale et de la consommation par habitant, mais aussi à une transition vers des aliments plus riches en nutriments, ce qui inclut les protéines animales, les légumes et les légumineuses. Une façon de contribuer : le Canada peut aider à relier le transport maritime mondial aux chaînes d’approvisionnement locales en participant à la construction de corridors alimentaires et d’infrastructures portuaires en Turquie, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, qui sont d’importants points d’entrée dans la région.

Troisièmement, le Canada peut renforcer et développer ses partenariats actuels. Ces marchés comprennent les États-Unis, le Japon, la Chine et le Mexique. Or, les trois premiers connaîtront probablement des déficits commerciaux dans le secteur alimentaire au cours de la prochaine décennie, et les producteurs excédentaires comme le Canada se disputeront ces marchés. Notre avantage réside dans les réseaux commerciaux établis et la confiance des consommateurs dans nos produits. En particulier, les États-Unis devraient accroître leurs importations de produits frais, de poisson et d’huiles végétales au cours de la prochaine décennie.21 La stimulation de la production et de la transformation dans ces domaines positionnera le Canada comme un partenaire à la fois fiable et stratégique, à condition de réaliser certains des investissements décrits aux sections suivantes.

ENCADRÉ : 3 pays à surveiller

Brésil : l’investisseur

  • Devenu le deuxième plus grand exportateur de produits agricoles et agroalimentaires, le Brésil prend une part exceptionnellement importante dans les exportations mondiales d’oléagineux et de viande, avec des augmentations respectives d’environ 20 % et 11 % en valeur.22

  • Les cultures en rangs ont presque doublé entre 2000 et 2014 au Brésil, principalement en raison de la conversion des pâturages (80 %), mais aussi des terres forestières (20 %).23 Le Brésil améliore également les rendements par rapport aux intrants tels que la terre, les engrais et la main-d’œuvre, et la productivité des facteurs agricoles globaux a augmenté de 53 % entre 2000 et 2022. À titre de comparaison, la productivité du Canada a augmenté de 27 %.24 f Le régime de politique industrielle a adopté un modèle de soutien aux entreprises au début et au milieu des années 2000, ce qui a attiré les investissements des multinationales de l’agroalimentaire et des sciences de la vie et contribué à financer la croissance du stockage national, des infrastructures de transport et de la capacité de transformation.25

  • Le Brésil a adopté une approche agressive en matière de marketing et de promotion sur les marchés en croissance, et il augmente progressivement sa part de marché en Chine. D’un autre côté, l’Union européenne, deuxième marché du Brésil, compte appliquer fin 2025 un règlement contre la déforestation interdisant des importations spécifiques, notamment de soja, de bœuf et de produits à base de café associés à la déforestation après 2020.26 Cette réglementation, conjuguée à d’autres politiques environnementales régissant le commerce international, pourrait poser des problèmes de conformité au Brésil malgré le repli des taux de déforestation dans le pays.

  • Au cours de la prochaine décennie, la politique industrielle brésilienne « Nova Industry Brazil » encouragera à l’innovation et à la durabilité, les chaînes logistiques agroalimentaires étant définies comme une priorité absolue pour la croissance.

Australie : le négociateur

  • L’Australie a mis à profit ses 18 accords de libre-échange avec 30 pays pour diversifier, développer et adapter ses flux d’exportation agroalimentaires. La valeur des exportations agroalimentaires de l’Australie vers l’Inde s’est envolée de 106 % entre 2022 et 2023 après l’entrée en vigueur de l’Accord de coopération économique et commerciale Inde-Australie (ECTA) en décembre 2022. En 2023, l’Australie a tiré parti de la baisse des tarifs douaniers sur la viande dans le cadre de l’Accord de libre-échange entre la République de Corée et l’Australie, augmentant les ventes de moutons et de chèvres d’environ 50 % en valeur par rapport à 2022.27

  • L’Australie diversifie sa production afin de s’adapter à la croissance de marchés d’exportation tels que le canola, et soutient cette politique à l’aide de promotion commerciale. Sa nouvelle initiative d’expansion agroalimentaire intersectorielle est la création d’un fonds de 85 millions de dollars destiné à accroître et diversifier les exportations agroalimentaires.28

  • Participant actif à la commission du Codex Alimentarius, qui est un ensemble de normes alimentaires adoptées à l’échelle internationale. L’harmonisation des normes alimentaires entre les partenaires commerciaux est essentielle pour éviter les barrières non tarifaires.

Espagne : l’expansion

  • Le pays s’est positionné comme le marché de référence pour les fruits, les légumes et le porc dans l’Union européenne, en se concentrant sur l’échelle de production, la qualité et la production régionalisée.

  • L’Espagne s’est hissée au rang de chef de file de l’agroalimentaire en se connectant à ses clients européens et internationaux depuis 46 ports.29

  • L’Espagne a augmenté sa production afin de répondre à la demande de volumes d’exportation, grâce à une amélioration de la productivité et à une transition vers la commercialisation agricole. Cela se traduit par une production sous serre centralisée, optimisée aux fins d’accès au marché régional et de commerce international. Toutefois, ce centre de production dépend principalement du transport routier, ce qui crée des vulnérabilités logistiques.

  • L’Espagne restera l’un des principaux concurrents du Canada pour ce qui est de l’expansion sur le marché européen si le pays décide d’optimiser son utilisation de l’AECG.

Kazakhstan : la croissance

  • Bien qu’il ne figure pas encore parmi les 50 premiers exportateurs, le Kazakhstan a multiplié par neuf la valeur de ses exportations agricoles et agroalimentaires depuis 2000.30

  • Au cours de la prochaine décennie, si les tendances d’utilisation des terres agricoles du Kazakhstan reflètent celles d’autres puissances agricoles telles que le Brésil, le Canada et les États-Unis, on peut s’attendre à ce que ses pâturages, qui représentent environ les trois quarts de toutes les terres agricoles, soient transformés en marchés de cultures.31

  • Dans le cadre des plans de développement agricole 2021-2030 du ministère de l’Agriculture, le Kazakhstan prévoit stimuler la productivité de sa production de viande et de produits laitiers en augmentant le poids des carcasses et la production de lait par animal en vue d’accroître ses exportations.32

  • Le secteur agricole du Kazakhstan présente un potentiel de croissance important, mais il est sous-développé et sous-financé. À la suite des investissements significatifs réalisés par les institutions financières d’État telles que KazAgroFinance, le Kazakhstan deviendra un pays à surveiller pour les céréales, les oléagineux, le bœuf et le mouton.33

Le secteur agricole et agroalimentaire canadien n’est pas seulement un exportateur ; c’est une source d’aliments de haute qualité, abordables et nutritifs pour une population nationale croissante. Nous produisons au-delà de nos besoins, nous positionnant comme un exportateur net de produits agricoles et agroalimentaires d’une valeur de 32 milliards de dollars en 2023.34 Toutefois, la composition productive d’un secteur axé sur l’exportation ne se traduirait pas par un régime alimentaire sain pour tous les Canadiens.35 Une approche équilibrée est nécessaire.

Le Canada a noué des relations commerciales avec des pays spécialisés dans la production d’aliments tels que les fruits de façon plus concurrentielle et productive. En conséquence, le Canada accuse un déficit de production pour les fruits et légumes, ainsi que dans le secteur du sucre et de la confiserie. La technologie pourrait être d’une aide précieuse, en l’occurrence grâce à l’agriculture moderne en environnement contrôlé. Des poches de production en Ontario, au Québec, en Alberta et en Colombie-Britannique ont permis de quintupler les volumes de production de fruits et légumes en serre depuis 2000.36 Ce secteur en pleine croissance peut jouer un rôle essentiel pour combler le déficit de production – la production de légumes devrait doubler et la production de fruits quintupler pour répondre à la demande intérieure.37

Le Canada devra soutenir cette croissance à l’aide de services publics suffisants, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie et de la gestion des déchets. Il sera essentiel d’étendre et de décarboner les réseaux électriques du Canada, ce qui pourrait obliger les provinces à investir près de 160 milliards de dollars pour doubler leur approvisionnement en électricité à partir d’énergies propres.38 De tels investissements ont un effet en cascade sur la décarbonation du système alimentaire canadien, dans la mesure où ils permettent de réduire l’intensité en carbone de l’énergie utilisée pour le stockage, les usines de transformation et le transport.

La transformation de la viande, ainsi que la production et la transformation du poisson et des fruits de mer constituent d’autres domaines de croissance permettant de répondre à la demande intérieure et de regagner des parts de marché à l’échelle mondiale. La production de viande est presque deux fois supérieure au taux de consommation moyen du Canada, tandis que la production de poisson et de fruits de mer se situe juste au-dessus des moyennes de consommation.39 40

Ces secteurs ont été confrontés à des coûts d’exploitation élevés, à la volatilité des prix des marchandises, à des pénuries de main-d’œuvre et à un contexte politique difficile pour l’aquaculture. Pourtant, la demande nationale et internationale de protéines durables fabriquées au Canada est en plein essor, ce qui signifie que les gains d’efficience découlant des opérations mondiales réalisées au Canada pourraient améliorer le coût et la disponibilité de ces produits pour les consommateurs nationaux.

Miser sur le Canada pour l’alimentation de l’avenir peut également être un gage de sécurité environnementale. Bien qu’aucun pays ne soit à l’abri des effets négatifs des changements climatiques sur les cultures et l’élevage, les scénarios de croissance des rendements tenant compte de l’accélération des changements climatiques suggèrent que le Canada devrait renforcer son rôle de grenier mondial pour les cultures de base telles que le blé, le soja et le maïs. Le Canada est également bien doté en ressources naturelles, et dispose de systèmes de production efficients qui consomment ces ressources de manière responsable. L’utilisation de l’eau dans l’agriculture canadienne demeure modeste à 11 % du prélèvement d’eau douce total, contre 67 % en Australie et 40 % aux États-Unis.41

L’utilisation des terres dans l’agriculture canadienne est également très raisonnable par rapport aux États-Unis et à l’Australie qui exploitent plus de la moitié de leurs terres totales, alors que les terres agricoles du Canada ne représentent que 6 % de la superficie nationale. Ces chiffres illustrent les limites auxquelles se heurtent les autres puissances agricoles pour répondre aux besoins de terres à répartir entre le logement, l’énergie et l’alimentation.42 43 44

Nous sommes un chef de file en matière de production, mais à la traîne pour ce qui est de la commercialisation des innovations. Cela dit, le Canada souffre d’un ralentissement de sa productivité dans l’agriculture. La relance de la productivité passe par l’innovation axée sur l’efficience. Le taux d’adoption peut être amélioré. Prenons l’exemple du pilotage automatisé des tracteurs et de la technologie à taux variable dans le domaine des engrais et des semences. Les taux d’adoption de ces deux technologies restent faibles à 27 % et 16 %, respectivement.45 Nous avons également besoin d’une meilleure connectivité entre les chercheurs, les entreprises en démarrage, les fournisseurs de financement et les sociétés, de préférence au sein de pôles d’innovation agroalimentaire semblables à ceux du Midwest américain et des Pays-Bas. Pour ce faire, nous devrons combler l’écart croissant entre les ressources privées et publiques, qui menace la capacité du Canada à développer des partenariats dans le domaine de la propriété intellectuelle et de la commercialisation. Les dépenses publiques consacrées à la recherche et au développement agroalimentaire ont reculé de 9 % en moyenne par an au cours de la dernière décennie.46

Le Canada dépasse ses homologues de l'OCDE en matière de productivité agricole, mais il est à la traîne des économies émergentes

Le Canada se classe parmi les 10 premiers pays pour les investissements dans la technologie et l’innovation agroalimentaires.47 Nous pourrions figurer parmi les 5 premiers, à condition de doubler les investissements annuels dans les entreprises en démarrage basées au Canada. La tâche pourrait être plus difficile dans un monde soumis aux tarifs douaniers, qui présenterait un risque intrinsèque pour les capitaux étrangers. Néanmoins, les rendements sur les exportations pourraient suffire à compenser les défis nord-américains. L’expansion des secteurs de la transformation agroalimentaire canadienne nécessitera également des investissements initiaux. Industries des protéines du Canada estime que nous pourrions détenir 10 % du marché mondial des aliments d’origine végétale d’ici 2035, ce qui ajouterait 25 milliards de dollars aux ventes annuelles. Pour réaliser cette ambition, le Canada aura besoin de 10 à 15 nouvelles usines de transformation d’aliments d’origine végétale et de 6 à 9 milliards de dollars d’investissements en immobilisations pour la seule fabrication d’ingrédients.48 Pour accroître les investissements au Canada, nous devrons également rehausser notre attrait en adoptant des approches plus concurrentielles en matière de fiscalité et de réglementation. Nous pouvons également promouvoir notre histoire, et repositionner le pays comme un producteur à valeur ajoutée, concurrentiel sur le plan des prix, de la qualité et des volumes. Nous pouvons élaborer des études de cas sur les sociétés, les régions et les secteurs (voir l’encadré) qui mettent en évidence ce qui, au Canada, est prêt à entrer dans une ère de croissance et a le potentiel d’attirer une nouvelle vague d’investisseurs.

L'augmentation des investissements dans le secteur manufacturier depuis 2015 témoigne d'une transition intérieure des marchandises vers les produits agroalimentaires à valeur ajoutée

Le Canada doit combler son retard en matière de 5 G. L’utilisation d’outils agricoles de précision met en évidence l’importance des connexions sans fil dans les régions rurales du Canada. Ces outils s’appuient sur des applications ou des plateformes Web pour améliorer l’utilisation des aliments pour animaux, des semences, des engrais et des pesticides afin de produire plus avec moins de ressources. Cette technologie nécessite l’Internet à haut débit et un excellent signal mobile 5G, domaines où les régions rurales du Canada sont en retard. Deetken Insights estime que si tous les agriculteurs canadiens avaient accès à la 5G, cela pourrait ajouter entre 2,7 et 3,5 milliards de dollars au PIB canadien d’ici 2030 grâce à une meilleure efficience des intrants et à une automatisation accrue dans les exploitations agricoles.49 La Stratégie canadienne pour la connectivité, qui reflète la vision nationale de l’infrastructure informatique, a permis de lancer des projets dans tout le pays pour élargir l’accessibilité au réseau. Cependant, deux provinces agricoles clés, la Saskatchewan et le Manitoba, n’ont que 50 % et 30 % de couverture rurale, respectivement, en ce qui concerne la 5G.50 Le redéploiement des fonds destinés à la connectivité des régions rurales canadiennes, pour se concentrer sur l’accès à la 5G dans les zones rurales et éloignées, pourrait être l’initiative nécessaire pour débloquer l’économie numérique pour les agriculteurs canadiens.

Les délais d’exécution dans les ports canadiens sont plus longs que dans les ports de nombreux concurrents, avec une moyenne de 2,7 jours en 2022 alors que les États-Unis, le Brésil et l’Australie affichent des délais d’exécution moyens respectifs de 2,1 jours, 1 jour et 2 jours.51 Le port de Vancouver, qui est le plus grand du Canada, connaît depuis longtemps des goulets d’étranglement liés à son infrastructure, entre le Second Narrows Bridge et le tunnel Thornton, que des mécanismes comme le Fonds national des corridors commerciaux ou la Banque de l’infrastructure du Canada pourraient aider à résoudre – par le biais d’un financement de transformation. À l’heure actuelle, le Canada investit environ 20 milliards de dollars par an dans ses infrastructures de transport, ce qui le place loin derrière ses concurrents agricoles tels que l’Australie et le Royaume-Uni. Pour rester au niveau de ces pays, il faudrait des investissements supplémentaires de l’ordre de 13 à 20 milliards de dollars.52 Il existe également des occasions plus modestes, telles que la logistique des conteneurs et les terminaux intérieurs, du fait que des problèmes simples comme le stockage des conteneurs peuvent engorger nos ports et nos voies ferrées.

Le Canada souffre d’un effet de dilution dans son approche de développement et d’accès au marché, avec des ressources limitées pour redémarrer. Les États-Unis dépensent près de 20 % de leur budget de services de soutien à l’agriculture dans le marketing et la promotion, soit le triple du Canada qui ne consacre que 6 % de son budget à ces activités.53 Dans le même ordre d’idées, pour gagner des parts de marché, de solides services d’inspection et de contrôle sont nécessaires pour garantir la sécurité alimentaire et la protection de la production agricole contre les nouvelles maladies et les nouveaux parasites. Le Canada jouit d’une solide réputation, mais il fait face à un dilemme : malgré les 40 % de notre budget des services de soutien à l’agriculture consacrés à l’inspection et au contrôle, nous sommes toujours confrontés à des problèmes d’accès au marché et à des inspections redondantes.54 Une approche intéressante serait de sélectionner les cinq principaux produits ayant un potentiel à l’exportation et de réaliser des évaluations de marché prioritaires, par exemple au sujet de l’Europe pour les fruits de mer. En mettant en commun les ressources publiques et privées, le gouvernement fédéral pourrait collaborer avec les associations sectorielles, les sociétés et les provinces dans le cadre de groupes de travail régionaux et flexibles, afin de promouvoir les exportations et d’informer les organismes de réglementation sur les mesures à prendre pour soutenir la croissance. Une option complémentaire serait de positionner les autorités réglementaires telles que l’Agence canadienne d’inspection des aliments en vue de faire avancer la reconnaissance et l’harmonisation des normes sur les marchés de croissance identifiés.

Le Canada dépense environ 40 % de son budget de services agricoles dans l'inspection et le contrôle

Dans 10 ans à peine, le monde devra nourrir près de neuf milliards de personnes, et nombre d’entre elles disposeront de revenus plus élevés et rechercheront des aliments de meilleure qualité comme les produits sur lesquels le Canada a bâti sa réputation. Pour répondre à cette demande, le monde devra produire 14 % de denrées alimentaires, d’aliments pour animaux et de biocarburants en plus que ce que nous produisons aujourd’hui, dans un environnement commercial plus perturbé.55

Pour nourrir le monde de demain, l’agriculture devra aussi composer avec les changements climatiques, l’expansion urbaine et les besoins croissants d’utilisation des sols pour la production d’énergie. En passant d’une réaction tactique à court terme à une stratégie de croissance, le Canada peut s’appuyer sur les menaces tarifaires américaines pour appeler à faire du secteur agricole et agroalimentaire un moteur de la diversification commerciale et de l’autosuffisance du pays.

Dans un scénario de forte croissance, nous estimons que le Canada pourrait retrouver son rang de 5e exportateur mondial et regagner l’influence internationale qui était la sienne au début des années 2000. Dans un tel scénario, le Canada, en 2035, aurait besoin d’accroître ses exportations agroalimentaires à valeur ajoutée de 50 % et ses exportations de marchandises agricoles de 10 %.

Dans un tel scénario, nous pouvons imaginer un Canada où

  • L’aquaculture de l’Atlantique doublerait en termes de production et de transformation, et alimenterait nos voisins européens ainsi que ceux qui sont plus proches.

  • Et où l’Alberta, qui produit 80 % de la viande bovine du pays, améliorerait la résilience de ses parcs d’engraissement et de ses chaînes logistiques, contribuant à faire du Canada le premier fournisseur de viande au Japon, alors qu’il y occupe aujourd’hui la quatrième place.56 57 58

  • Notre secteur des serres, qui aspire à doubler sa superficie au cours de la prochaine décennie, rapproche les Canadiens de leurs produits frais à un prix abordable.

L’agriculture est souvent laissée de côté dans les discussions sur la stratégie économique du Canada. La situation doit changer si nous voulons renforcer la résilience de notre pays et rétablir notre présence à l’étranger. Si le pays donne suite à ces idées, et à d’autres, avec précision et rapidité, la prochaine décennie pourrait voir un essor de la productivité, une ampleur sans précédent de l’industrie manufacturière, et une nouvelle voie de croissance fondée sur des marchés diversifiés. Partout au pays, des occasions de croissance sont prêtes à être saisies.

Encadré : Comment devenir un champion mondial

  • Les fournisseurs de légumineuses et produits d’origine végétale exportent vers plus de 100 pays.

  • Principaux marchés : Turquie, Algérie, Irak et États-Unis.

  • Marchés en croissance : Inde, Afrique du Sud, Arabie saoudite, et Émirats arabes unis.

  • Stratégie d’exportation :

    • Sa capacité à traiter et à transformer de gros volumes de légumineuses cultivées à proximité des installations de transformation de l’ouest du Canada a stimulé ses ambitions en matière d’exportation.

    • AGT dispose d’une chaîne logistique intégrée, de la porte de la ferme à la distribution mondiale, et la société a étendu sa prise de participation aux aliments emballés destinés à l’exportation, à l’infrastructure de transformation à valeur ajoutée, et à la manutention et au fret en vrac et par conteneurs.

    • De plus, son activité internationale a profité de l’expansion de ses bureaux et de ses usines de transformation en Turquie, au Kazakhstan, au Royaume-Uni, en Australie, en Europe, aux États-Unis, en Afrique du Sud et en Inde.

  • Stratégie de croissance :

    • Les acquisitions et les nouvelles capacités visant à amplifier la transformation au sein des groupes de production ont permis à AGT de devenir un exportateur mondial de produits alimentaires à base de légumineuses et de blé dur à valeur ajoutée. Cela a également permis à AGT de passer du statut d’acheteur et d’exportateur de marchandises au secteur des produits de détail, avec 21 installations dans l’ouest du Canada.

    • AGT investit et s’engage dans la recherche et le développement pour créer de nouveaux produits et systèmes de transformation.

  • Société de fabrication de protéines exportant dans 20 pays.

  • Principaux marchés : États-Unis, Chine et Japon.

  • Marchés en croissance : Philippines, Singapour et Vietnam.

  • Stratégie d’exportation :

    • La forte intégration du marché et de la chaîne logistique avec les États-Unis étend la portée géographique de la société.

    • L’accès au marché et le développement entre le Canada et les États-Unis ont également bénéficié de la reconnaissance mutuelle des normes relatives au bien-être animal, à la biosécurité et à la qualité.

    • La qualité de la viande de porc canadienne est reconnue, et ce produit jouit d’une solide réputation sur les marchés asiatiques existants.

    • L’ouverture de nouveaux bureaux a soutenu le développement du marché en Asie. Cela a permis à MLF de travailler en étroite collaboration avec les délégués commerciaux de l’Asie pour accéder au marché et développer son activité, ainsi que pour résoudre les problèmes liés aux marchés locaux.

  • Approche de la croissance :

    • Portefeuille de marques reconnues et leadership bien établi, en particulier sur les marchés nord-américains et asiatiques.

    • Chaînes d’approvisionnement intégrées verticalement, avec pour priorité de réinvestir dans l’entreprise afin d’augmenter la capacité et d’améliorer l’efficience des opérations et de la chaîne d’approvisionnement.

    • Au fil des ans, MLF a eu recours aux acquisitions pour augmenter son échelle, mais aussi pour acheter d’importantes marques concurrentes ou complémentaires.

    • Elle s’est fortement concentrée sur l’efficience de sa production, grâce à l’automatisation et à l’établissement de centres d’excellence où les usines de transformation se spécialisent dans des gammes de produits particulières, ce qui permet de tirer parti de l’échelle du groupe.

  • Les produits sont vendus dans plus de 160 pays.

  • Forces et approche en matière d’exportation :

  • Mise en place de bureaux de vente locaux à Tokyo et Osaka et de centres de distribution dans tout le Japon pour assurer la ponctualité des livraisons.

  • Étroites relations entre le bureau international et les usines de transformation afin de garantir un approvisionnement fiable et cohérent répondant aux besoins des clients internationaux.

  • En cas de pénurie due à un cas de force majeure, par exemple des retards de transport ou des problèmes liés aux récoltes, l’entreprise a la capacité de proposer un produit de remplacement en temps utile grâce à la présence de bases de production dans différents pays.

  • Approche de la croissance :

    • Entretient d’étroites relations avec les agriculteurs par le biais de contrats directs, ce qui permet à McCain de réagir avec agilité aux perturbations de la production ou de la chaîne logistique.

    • Investit dans la résilience de l’agriculture régionale pour aider les principaux fournisseurs à atténuer les effets des changements climatiques et autres perturbations et à s’y adapter.

    • Étend ses usines de transformation et sa logistique dans les zones de production agricole existantes et émergentes.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/espacecommercial/.

Télécharger le rapport

Amy Standish, Vice-ministre adjointe, Policy and Programs, Gouvernement de la Saskatchewan
Brian Innes, directeur général, Soy Canada
Brodie Berrigan, directeur principal des relations gouvernementales et de la politique agricole, Fédération canadienne de l’agriculture Charlie Angelakos, vice-président, Affaires extérieures mondiales et durabilité, McCain Foods Limited
Craig Klemmer, directeur, Leadership avisé, Financement agricole Canada
Cyr Couturier, biologiste marin et scientifique de l’aquaculture, Institut des pêches et de la marine de l’Université Memorial
Dana Dickerson, directrice de l’expansion du marché et du développement durable, Grain Farmers of Ontario
Darlene McBain, directrice, Relations avec l’industrie, Financement agricole Canada
Dave Carey, vice-président, Relations avec le gouvernement et l’industrie, Canadian Canola Growers Association
David McInnes, directeur, DMci Strategies
Deb Stark, ancienne Vice-ministre, Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Affaires rurales de l’Ontario
Erin Gowriluk, présidente, Canadian Grains Council Greg Northey, vice-président, Corporate Affairs, Pulse Canada
Guillaume Lhermie, professeur et directeur, Simpson Centre for Food and Agricultural Policy
Ian Ross, président et chef de la direction, Grand Valley Fortifiers Janelle Whitley, directrice principale, Market Access & Trade Policy, Pulse Canada
Janice Tranberg, présidente et cheffe de la direction, Alberta Cattle Feeders Association
Jean-Marc Ruest, vice-président principal, Corporate Affairs and General Counsel, Richardson International Limited
Jeff Vassart, président, Cargill Limited Canada
John Cranfield, doyen et professeur, Ontario Agricultural College, Université de Guelph
Kendra Donnelly, directrice financière, Korova Feeders
Kim McConnell, conseiller pour le secteur
Kristjan Hebert, président, Hebert Group
Kinga Nolan, Policy and Regulatory Affairs, Grain Growers of Canada
Kyle Jeworski, président et chef de la direction, Viterra
Kyle Scott, associé gestionnaire, Emmertech
Leif Carlson, directeur, Market Intelligence and Trade Policy, Cereals Canada Lenore Newman, professeure et directrice générale, Food and Agriculture Institute, Université Institute Simon Fraser
Lorne Hepworth, membre du Conseil, Agricultural Research and Innovation Ontario
Michael Harvey, directeur général, Alliance canadienne du commerce agroalimentaire
Margaret Hudson, présidente et cheffe de la direction, Burnbrae Farms Limited
Margaret Hughes, vice-président, Ventes et marketing, Avena Foods
Mark Walker, vice-président, Markets and Trade, Cereals Canada
Martin Scanlon, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation, Université du Manitoba
Matt Korpan, directeur général, Recherche et développement, Center for Horticultural Innovation Peter Dhillon, président du conseil d’administration, Ocean Spray Ray Price, président, Sunterra
Richard Lee, directeur général, Ontario Greenhouse Vegetable Growers
Rickey Yada, doyen et professeur, Faculté des sciences de l’agriculture, de la vie et de l’environnement, Université de l’Alberta
Ryder Lee, directeur général, Canadian Cattle Association
Sylvanus Afesorgbor, professeur agrégé, Université de Guelph
Ted Bilyea, membre honoraire, Institut canadien des politiques agroalimentaires
Tim Kennedy, directeur général, Alliance de l’industrie canadienne de l’aquaculture
Tom Rosser, Vice-ministre adjoint, Agriculture et Agroalimentaire Canada
Trevor Tombe, professeur, Université de Calgary
William Gould, directeur, Business Operations, Progressive Group of Companies
Yves Ruel, directeur général associé, Chicken Farmers of Canada


  1. UN Comtrade. Trade.

  2. UN Comtrade.

  3. Statistique Canada. Enquête annuelle sur les industries

  4. manufacturières, 2023.

  5. Statistique Canada. Base de données sur le commerce international

  6. canadien de marchandises.

  7. UN Comtrade.

  8. Statistique Canada. Enquête annuelle sur les industries

  9. manufacturières, 2023.

  10. UN Comtrade.

  11. Le Groupe de la Banque mondiale. Production de l’aquaculture (tonnes métriques) – Équateur.

  12. Le Groupe de la Banque mondiale. Production de l’aquaculture (tonnes métriques) – Équateur.

  13. OCDE et FAO. Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2024-2033, 2024.

  14. Gouvernement australien. Snapshot of agricultural export diversification to ASEAN, 2024.

  15. Ministère des Affaires étrangères et du Commerce de Nouvelle-Zélande. Zone de libre-échange ANASE-Australie-Nouvelle-Zélande.

  16. Gouvernement du Brésil. Historic milestone for Brazilian agribusiness shows leadership in global food security, 2024.

  17. Nations unies. Global trade to hit record $33 trillion in 2024, but uncertainties over tariffs loom, 2024.

  18. Statistiques de l’Organisation mondiale du commerce. Merchandise export volume change.

  19. Global Trade Alert. Céréales.

  20. Afesorgbor, SK. Trump’s Tariff Threat Could Shake Trade Relations and Upend Agri-Food Trade, 2024.

  21. Gouvernement du Canada. Débouchés et avantages de l’AECG pourles exportateurs canadiens de poisson et de fruits de mer, 2022.

  22. OCDE et FAO.

  23. OCDE et FAO.

  24. USDA Economic Research Service. USDA Agricultural Projections to 2034, 2025.

  25. UN Comtrade.

  26. Zalles, V., et coll. Near doubling of Brazil’s intensive row crop area since 2000, 2018.

  27. USDA Economic Research Service. International Agriculture Productivity Data.

  28. USDA Economic Research Service. Brazil’s Momentum as a Global Agricultural Supplier Faces Headwinds, 2022.

  29. UN Comtrade.

  30. UN Comtrade.

  31. Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian

  32. Agriculture 2024, 2024. https://www.agriculture.gov.au/abares/products/insights/snapshot-of-australian-agriculture

  33. Investir en Espagne. Spain for agri-food industry. https://www.rbc.com/fr/wp-content/uploads/sites/4/2024/11/ICEX-Invest%20in%20Spain.%20Agri-food.pdf 30UN Comtrade.

  34. International Trade Association, États-Unis. Kazakhstan – Country Commercial Guide, 2022.

  35. USDA Foreign Agricultural Service. Kazakhstan : Kazakhstan

  36. Finalizes 2021-2030 Agricultural Development Policy Document.

  37. International Trade Association, États-Unis.

  38. UN Comtrade.

  39. FAOSTAT. Production.

  40. Statistique Canada. Tableau 32-10-0456-01. Production et valeur des fruits et légumes de serre.

  41. FAOSTAT.

  42. Institut d’action climatique RBC. Action climatique 2025, 2025.

  43. FAOSTAT.

  44. OCDE et FAO.

  45. FAO AQUASTATS. Prélèvement d’eau pour l’agriculture en % des ressources en eau renouvelables totales.

  46. AAC. Aperçu du secteur agricole et agroalimentaire canadien, 2024.

  47. Gouvernement australien, – ABARES. Snapshot of Australian Agriculture 2024, 2024.

  48. OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.

  49. OCDE. Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2024.

  50. OCDE et FAO.

  51. AAC. Distribution des activités d’abattage et nombre d’abattoirs inspectés par le gouvernement fédéral.

  52. AAC. Analyse des tendances du marché – Tendances du marché de la viande au Japon, 2023.


  1. Les estimations sont prudentes et fondées sur la valeur nominale de 2023.

  2. Les données sur le commerce sont converties du dollar américain au dollar canadien à l’aide de l’les taux annuels moyens.

  3. Les produits agricoles comprennent les codes SH : 01, 03, 06, 07, 08, 10, 12, 14.

  4. Les produits alimentaires dAgri comprennent les codes SH : 02, 04, 05, 09, 11, 13, 15, 16-24.

  5. Total trade of all goods. Cette catégorie comprend l’agriculture et les agroalimentaire.

  6. Model estime un scénario de forte croissance de la part de marché du Canada passant de 3,7 % en 2023 à 4,8 % en 2035.

  7. Basé sur une moyenne mobile sur 3 ans.

  8. Scenarios sont développés pour les codes SH 1-24, de 2024 à 2035. La croissance du commerce mondial est fondée sur les dernières données de l’OCDE-FAO sur l’agriculture Perspectives (croissance prévue du tonnage d’exportation aux prix de 2023) individuellement pour les céréales, les graines oléagineuses, les graisses, les sucres, la viande et le poisson. Les exportations mondiales dans toutes les autres catégories sont censées augmenter de 1 % par an d’après la croissance prévue de l’OCDE et de la FAO pour l’agriculture l’ensemble des produits de base.

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Chaque année, Toronto accueille la plus importante conférence au monde consacrée à l’exploitation minière. Plus de 27 000 cadres supérieurs, investisseurs et décideurs politiques du secteur minier mondial y assistent, rassemblés par l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE). La conférence de cette année, qui se tiendra du 2 au 5 mars, est particulièrement cruciale.

Les minéraux critiques seront au cœur des discussions, compte tenu de l’importance qu’ils revêtent dans la course géopolitique croissante entre les États-Unis et la Chine. Ils ne constituent peut-être pas le pilier de l’exploitation minière, mais les minéraux comme le gallium et le lithium sont des intrants essentiels de technologies de pointe dans les secteurs de l’énergie, de la défense, de l’industrie manufacturière et, de plus en plus, de l’intelligence artificielle. Les pays qui disposent d’un accès sécurisé à ces minéraux critiques assureront leur compétitivité économique à l’échelle mondiale et leur sécurité nationale.

Voici trois grandes questions que nous étudierons dans le cadre la conférence de l’ACPE 2025 :

1. Pourquoi un tel engouement pour les minéraux critiques ?

Des semi-conducteurs de pointe utilisés en intelligence artificielle à la fabrication de véhicules électriques et de batteries, en passant par les avancées technologiques dans les secteurs de la défense et de l’aérospatiale, les minéraux critiques sont à la base des composantes essentielles de la quatrième révolution industrielle, une ère de forces technologiques perturbatrices résultant d’une interaction humain-machine accrue.

Actuellement, la Chine domine l’ensemble de la chaîne de valeur des minéraux critiques, de l’exploitation minière à la demande d’utilisation finale en passant par le raffinage et le traitement. L’Agence internationale de l’énergie a dressé une liste de six minéraux critiques fondamentaux (cuivre, lithium, nickel, cobalt, graphite et métal du groupe des terres rares) et, en moyenne, la Chine représente les deux tiers de la capacité mondiale de raffinage pour ce groupe. Pour leur part, les États-Unis disposent de réserves nationales limitées de minéraux critiques et dépendent entièrement des importations, souvent en provenance de la Chine.

Cette lutte pour la suprématie technologique mondiale que se livrent la Chine et les États-Unis se manifeste par une guerre pour les ressources de minéraux critiques, un nouveau grand jeu pour le XXIe siècle, comparable à l’importance géopolitique que revêtait le pétrole au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

2. Quel rôle le Canada peut-il jouer dans la protection des chaînes logistiques des minéraux critiques ?

Le Canada et les États-Unis entretiennent des relations commerciales bien établies dans le secteur des minéraux et des métaux, puisqu’ils sont le principal partenaire commercial l’un de l’autre. En 2024, les importations canadiennes de minéraux non combustibles s’élevaient à 40 milliards de dollars US, soit 24 % des importations américaines totales. Le pays est également la plus grande source d’importations de minéraux critiques des États-Unis en termes de valeur monétaire, mais ces importations sont en grande partie constituées de minéraux critiques « commerciaux » comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

On observe une augmentation du nombre de minéraux critiques de créneau, moins commerciaux, mais stratégiquement importants, qui revêtent une importance vitale pour les applications de défense, la sécurité à la frontière et la fabrication de puces de pointe. Les approvisionnements en minéraux de ce type, notamment le gallium, le germanium, l’antimoine et le tungstène, sont concentrés en Chine et sont soumis aux contrôles chinois des exportations. C’est dans ce sous-ensemble de minéraux en particulier que nous pensons que le Canada peut jouer un rôle essentiel en réduisant les risques qui pèsent sur les chaînes logistiques des minéraux critiques des États-Unis et du G7.

3. À quoi peut-on s’attendre de la conférence ?

Cette année, la conférence de l’ACPE aura une orientation politique plus marquée que d’habitude, étant donné les tensions accrues suscitées par l’approvisionnement en minéraux critiques des États-Unis, déjà observées dans les pourparlers de paix en Ukraine, mais aussi dans les commentaires du président Trump sur le Groenland et le Canada. Les discours continus des décideurs politiques et des dirigeants du secteur de l’exploitation minière sur le potentiel du Canada peuvent renforcer l’idée que le Canada a des alliés et des partenaires économiques.

Nous nous attendons à en apprendre davantage sur la manière dont le Canada peut accroître sa compétitivité en attirant des capitaux dans le secteur des minéraux critiques. Les gouvernements pourraient notamment jouer un rôle plus important en concluant des accords d’exploitation, en améliorant les incitations fiscales (par exemple, en augmentant les crédits d’impôt à l’investissement), en sécurisant l’accès au marché et en simplifiant le processus d’octroi des permis.

Leadership avisé RBC publiera un rapport plus détaillé sur les minéraux critiques dans le courant de la semaine prochaine, ainsi que des commentaires tout au long de la conférence de l’ACPE. Vous pouvez trouver nos recherches et nos perspectives dans l’Espace commercial RBC.

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Les tarifs douaniers américains qui menacent l’économie canadienne appellent à une intervention urgente, vigoureuse et stratégique. Les 30 prochains jours sont cruciaux : le Canada doit démontrer à Washington que la route de l’Amérique vers la sécurité énergétique et économique passe par le Canada. En particulier, cette route passe par les ressources canadiennes.

Un effort particulier dans le secteur des marchandises essentielles pourrait entraîner une résurgence industrielle généralisée au Canada, avec pour effet de stimuler le PIB canadien, de revitaliser l’innovation technique, d’attirer les investissements étrangers et nationaux dans plusieurs domaines clés, d’améliorer la productivité et d’accélérer l’investissement autochtone dans les ressources. Une telle stratégie nous rendrait indispensables à la croissance des États-Unis, et nous positionnerait comme un pilier de leur stratégie économique et énergétique.

En outre, le fait de mettre l’accent sur certaines marchandises spécifiques pourrait favoriser la renaissance de la manufacture et des services connexes au Canada, tandis que les rigoureuses politiques canadiennes de durabilité, par exemple sur la capture et la conservation du méthane, pourraient propager la réduction des émissions dans l’ensemble de la chaîne de valeur. En d’autres termes, une stratégie économique axée sur les ressources naturelles n’est pas synonyme d’extractivisme.

Nous avons aussi un impératif plus large : celui de la diversification géographique. L’expansion des ressources réduirait le risque associé aux projets de marchandises de grande envergure et stimulerait les exportations canadiennes de produits agricoles, de matières et d’énergie vers l’Asie et l’Europe. Au fil du temps, cela pourrait ouvrir la voie à des échanges commerciaux plus importants avec de nombreux pays, parmi lesquels les plus grands et les plus dynamiques du monde. Sur le plan stratégique, le fait de posséder une partie de la chaîne de valeur accroît notre visibilité à l’échelle mondiale, renforce notre pouvoir de négociation avec les États-Unis et nos autres partenaires, et nous rend plus résilients face aux changements géopolitiques.

Washington reconnaît déjà l’importance des ressources canadiennes. La décision d’imposer des tarifs douaniers moins punitifs de 10 % sur l’énergie canadienne, comparativement au taux de 25 % appliqué aux autres marchandises, constitue une reconnaissance tacite de l’importance stratégique des ressources pour l’économie américaine. Nous devons profiter de cet avantage géostratégique et promouvoir les marchandises et leurs produits finaux dans les futures négociations commerciales avec Washington.

Nous présentons ci-après trois groupes de ressources stratégiques sur lesquelles les négociateurs canadiens peuvent s’appuyer pour approfondir l’un des partenariats économiques les plus appréciables au monde :

1. Les abondantes ressources de pétrole, de gaz et d’électricité du Canada peuvent aider l’Amérique à réaliser ses ambitions énergétiques

Les exportations canadiennes de pétrole, de gaz et d’électricité contribuent à renforcer les réserves d’énergie américaines et à réduire les coûts pour les consommateurs, tout en soutenant l’objectif des États-Unis d’accroître leurs exportations d’énergie vers leurs alliés mondiaux. Étant donné que l’infrastructure énergétique nord-américaine est profondément intégrée entre le nord et le sud de la frontière, toute diversification visant à s’écarter du Canada serait coûteuse et longue à mettre en œuvre.

Exportateurs nets de pétrole et de gaz naturel, les États-Unis cherchent à aider l’Europe et les pays asiatiques alliés à réduire leur dépendance aux sources d’énergie non alignées, mais ils doivent aussi répondre à leur demande intérieure grandissante. Et bien qu’ils disposent de réserves abondantes, les centres de données à forte consommation d’énergie destinés à alimenter l’intelligence artificielle et les autres technologies mettent leur capacité à rude épreuve. Dans le contexte d’une production énergétique stable au Canada, la mise en place d’oléoducs et de réseaux intégrés pourrait accroître l’approvisionnement des États-Unis. Cela donnerait aux États-Unis un coussin de sécurité pour exporter du pétrole et du gaz naturel à leurs alliés mondiaux sans pour autant augmenter les prix à la pompe pour les consommateurs nationaux, ce qui est une priorité absolue de Trump.

Pétrole: 60 % des importations américaines1

Avantage du Canada : le pétrole canadien peut soutenir les efforts des États-Unis visant à devenir de facto le fournisseur de pétrole mondial le plus influent sur les prix.

La part du Canada dans les importations américaines de pétrole brut a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, et elle représente maintenant 24 % de la consommation totale de pétrole aux États-Unis. Les oléoducs transfrontaliers livrent directement le pétrole brut lourd aux raffineries américaines conçues pour le transformer. Pour ces raffineries, surtout celles du Midwest, s’éloigner du brut lourd canadien entraînerait des coûts élevés de rééquipement, ou les ferait dépendre d’autres sources comme le Venezuela ou le Moyen-Orient au prix de risques géopolitiques. Récemment, l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain a presque triplé la capacité de transport de pétrole du Canada vers la côte, ce qui renforce le rôle du Canada dans le soutien des alliés mondiaux comme la Corée du Sud et le Japon.

Électricité : 90 % des importations américaines3

Avantage du Canada : l’électricité canadienne propre et à faible coût peut soutenir plusieurs des efforts américains, notamment dans l’intelligence artificielle, la manufacture de pointe et les produits technologiques avancés.

Bien que les États-Unis produisent la majeure partie de leur propre électricité, les approvisionnements canadiens leur permettent de fonctionner et de maintenir des coûts abordables dans plusieurs États américains. De nouveaux projets, comme la ligne d’interconnexion Hertel‑New York d’Hydro-Québec, visent à accroître les exportations d’électricité en comblant 20 % des besoins en électricité de la ville de New York, ce qui permettra à ses résidents d’économiser environ 17 milliards de dollars en coûts d’électricité au cours des trois prochaines décennies4.

Avec plus de 30 lignes de transmission transfrontalières entre les provinces canadiennes aux États américains, le Canada est un acteur essentiel pour assurer la sécurité du réseau transfrontalier tout en constituant une source potentielle de production supplémentaire. Par exemple, la croissance rapide de la technologie de l’IA – une priorité stratégique des États-Unis – devrait entraîner une forte augmentation de la consommation d’électricité dans les centres de données américains, avec une part estimée à 12 % de la consommation totale des États-Unis d’ici 2028 comparativement à 4,4 % en 20235.

Gaz naturel : 99 % des importations américaines

Avantage du Canada : le gaz naturel canadien peut aider les États-Unis à assurer un ample approvisionnement intérieur, avec une marge de manœuvre pour exporter vers leurs alliés en Europe et en Asie.

Selon l’Agence d’information sur l’énergie des États-Unis, l’augmentation de la demande de gaz naturel dans le pays devrait surpasser la croissance de l’offre au cours des deux prochaines années. De plus, la demande liée aux centres de données et à la relocalisation de l’industrie manufacturière pourrait intensifier les pressions sur la production d’énergie au gaz naturel. Le gaz naturel canadien est bien placé pour combler les lacunes d’approvisionnement. Il représente déjà 9 % de la consommation totale de gaz naturel aux États-Unis, avec la capacité d’accroître cette part.

Le Canada est également sur le point de devenir un important fournisseur de gaz naturel liquéfié (GNL), et le pays est particulièrement bien placé pour exporter de l’énergie vers les alliés stratégiques de l’Asie. En incluant les six projets de GNL de la côte ouest, dont certains dont au stade de proposition et d’autres en cours de construction, notamment la phase 1 de LNG Canada dont la mise en production est attendue cette année, la capacité d’exportation totale du Canada est estimée à 6,26 milliards de pieds cubes par jour. Cette capacité proposée placerait le Canada parmi les cinq principaux exportateurs mondiaux de GNL, sur la base des niveaux actuels. De plus, les terminaux de la côte ouest ont un emplacement stratégique à seulement 10 jours d’expédition de l’Asie, comparativement à 20 jours pour les exportateurs de la côte du Golfe des États-Unis qui doivent emprunter le canal de Panama.

2. L’agriculture canadienne peut renforcer la sécurité alimentaire américaine

Le Canada représente une part importante du grenier nord-américain, fournissant un approvisionnement stable et sûr en produits agricoles qui viennent compléter les forces des États-Unis dans ce secteur. En tant que fournisseur clé d’intrants essentiels comme la potasse et les huiles de graines, le Canada appuie la production américaine d’aliments et de biocarburants. Du fait que les États-Unis sont menacés de pénuries de main-d’œuvre en raison de la répression de l’immigration illégale, le Canada peut contribuer à combler cette lacune à court terme et à renforcer la sécurité alimentaire du continent à long terme.

Potasse : 85 % des importations américaines

Avantage du Canada : la potasse canadienne, élément essentiel des engrais, peut stimuler le rendement des cultures américaines à un moment où les conditions météorologiques sont extrêmes, et renforcer la sécurité alimentaire et la stabilité des chaînes logistiques du continent.

Compte tenu de la croissance de la demande alimentaire, il existe un potentiel important pour renforcer ce partenariat. La mine de potasse Jansen, dont la mise en production est attendue en 2026, devrait stimuler la production de potasse canadienne de 4,2 millions de tonnes par année, avec une expansion potentielle jusqu’à à 8,5 millions de tonnes par année d’ici 2029, ce qui représente une augmentation de la capacité canadienne de plus d’un tiers. Le nouveau projet augmenterait la part de marché mondial du Canada à près de 40 % d’ici 2026. Non seulement l’accroissement de la production renforcera la sécurité alimentaire américaine, mais elle contribuera aussi à supplanter les exportations de potasse de pays non alignés comme la Russie et la Biélorussie.

Huile de colza : 98 % des importations américaines6

Avantage du Canada : le canola, un produit élaboré au Canada, peut jouer un rôle essentiel dans la sécurité alimentaire des États-Unis et répondre à la demande de biocarburants.

Le Canada fournit aux États-Unis un approvisionnement stable et diversifié de produits agricoles, au second rang derrière le Mexique. Les États-Unis sont fortement tributaires de l’huile de colza canadienne, qui représente 98 % de ses importations totales et joue un rôle important dans la production d’aliments et de carburants renouvelables aux États-Unis.

Le Canada est aussi la principale source d’importation des États-Unis pour ce qui est de la viande et des produits céréaliers, en raison de la chaîne logistique transfrontalière profondément intégrée dans ces secteurs.

Viande : 34 % des importations américaines

Avantage du Canada : La viande canadienne, y compris les bovins et les porcs, est une partie importante de la matière première de la viande aux États-Unis.

Les protéines animales continueront de jouer un rôle important dans l’alimentation américaine, avec une consommation par habitant aux États-Unis. devrait passer de 68,7 kilogrammes en 2023 à 74,6 kilogrammes d’ici 2028.7 Les producteurs de viande canadiens sont essentiels pour répondre à cette demande croissante, tout comme les États-Unis. importe déjà 33 % de son boeuf et 66 % de son porc du Canada.8 La forte intégration entre les marchés de la viande du Canada et des États-Unis est motivée par des normes de sécurité élevées, une structure de marché similaire et l’harmonisation de la qualité des produits. Par conséquent, la viande canadienne soutient non seulement les États-Unis. mais contribue également aux exportations américaines de viande vers les marchés mondiaux.

3. Les minéraux critiques et l’uranium du Canada peuvent alimenter les technologies de pointe en Amérique du Nord

Les États-Unis ont en réserve de nombreux minéraux critiques nécessaires dans le secteur des semi-conducteurs et autres technologies sensibles. Ils possèdent également des réserves d’uranium  capables de contribuer à la construction d’une nouvelle vague de projets d’énergie nucléaire. Le pays ambitionne d’extraire et de raffiner autant que possible à l’intérieur de ses frontières afin de supplanter les approvisionnements de la Chine, mais il fait face à des contraintes, notamment en ce qui a trait à l’augmentation des capacités de raffinage. Le Canada dispose de capacités dans des domaines complémentaires essentiels qui pourraient aider les États-Unis à construire une chaîne de valeur nord-américaine efficace.

Minéraux critiques : 19 % des importations américaines pour le total des minéraux et métaux9

Avantage du Canada : des investissements adéquats, conjugués à un effort d’innovation, permettraient au Canada de faire progresser sa production de plusieurs types de minéraux critiques.

La nouvelle administration américaine cherche à donner de l’élan à plusieurs projets de minéraux critiques, et elle s’intéresse aux occasions de développer ces activités dans le cadre du dialogue quadrilatéral sur la sécurité qui rassemble les États-Unis, l’Inde, le Japon et l’Australie. Malgré son absence de cette alliance, le Canada joue un rôle dans le secteur des minéraux critiques. Il est l’un des 10 principaux producteurs mondiaux, et figure déjà parmi les fournisseurs importants des États-Unis pour l’aluminium, le fer, l’acier, le cuivre, le nickel et plus encore.

Le Canada a contribué à réduire la dépendance des États-Unis à l’égard de la Chine, depuis le Plan d’action conjoint Canada–États-Unis sur les minéraux critiques aux investissements publics de 3,8 milliards de dollars visant à accroître les exportations de gallium et de germanium, deux métaux critiques touchés par les contrôles à l’exportation de la Chine, vers les États-Unis. L’infrastructure d’extraction et de transformation du Canada pourrait combler les lacunes des États-Unis dans des secteurs clés comme l’aluminium, le nickel et le zinc.

Expertise en uranium et en énergie nucléaire : 27 % des importations américaines pour l’uranium

Avantage du Canada : les États-Unis traversent le Canada, le deuxième producteur d’uranium après le Kazakhstan.

Cette source d’énergie est de plus en plus importante pour répondre à la demande croissante d’électricité visant à alimenter les centres de données de l’IA et les autres technologies stratégiques avancées à forte intensité énergétique. En tant que premier fournisseur d’uranium des États-Unis, le Canada peut jouer un rôle important dans le cycle du combustible nucléaire du continent grâce à une technologie et à des talents de premier plan, notamment dans le domaine des réacteurs CANDU et des petits réacteurs modulaires (SMR), et à une main-d’œuvre de 89 000 personnes dans le secteur nucléaire.

Ce que le Canada peut faire pour répondre aux intérêts américains

À court terme, il est urgent que le Canada rajuste ses intérêts économiques en fonction de ceux des États-Unis. Pour leur part, les États-Unis peuvent y parvenir seuls, mais au prix d’un cheminement plus difficile, plus coûteux et plus long vers l’autosuffisance. L’évolution de l’environnement économique et géopolitique appelle à une collaboration entre les deux pays dans ces trois grands domaines d’intérêt commun.

La stratégie dépend en grande partie de l’adhésion des États-Unis à cette idée. Nous avons peu de temps pour convaincre Washington de la nécessité de collaborer dans le domaine des ressources et de l’énergie, qui a été militarisé par plusieurs acteurs non alliés.

Le Canada doit aussi mettre de l’ordre dans sa propre politique.

Une stratégie économique et commerciale axée sur les ressources exigerait des milliards de dollars en nouvelles infrastructures, parmi lesquelles des lignes ferroviaires, des ports maritimes et des usines de transformation. Toutefois, l’afflux de capitaux nationaux et étrangers dépendra de la stabilité de l’environnement réglementaire et de la politique en matière de prix, car ces marchés peuvent s’avérer très volatils.

Ces défis ne sont pas nouveaux pour le Canada. L’incertitude réglementaire et politique mine le développement économique depuis plusieurs décennies. Il en va de même pour la stabilité de la demande de nos principaux partenaires commerciaux, y compris les États-Unis.

Le thème de la production et de la transformation des ressources relève d’une réflexion à long terme qui demandera au gouvernement fédéral et aux provinces de travailler de concert à la création d’entités et au renforcement des entités existantes, afin d’attirer et de retenir les capitaux et d’assurer une protection contre l’extrême volatilité des prix. Nous devrons également nous assurer que nos systèmes éducatifs attirent les talents et les compétences dont nous avons besoin pour lancer l’économie sur la voie de la croissance à long terme. De plus, tandis que nous repositionnerons les ressources canadiennes sur le marché américain, nous devrons améliorer nos relations commerciales avec bon nombre d’autres pays et régions.

Tout cela exigera un état d’esprit différent parmi les Canadiens, afin que nos ressources naturelles ne soient pas considérées comme de simples éléments de négociation avec les États-Unis, mais plutôt comme une plateforme stratégique de croissance et de prospérité pour les décennies à venir.

C’est peut-être l’occasion pour le Canada de devenir un acteur clé dans le secteur des ressources.

Contributors:

Salim Zanzana, Économiste

Varun Srivatsan, directeur général, Politique et engagement stratégique

Cynthia Leach, Économiste en chef adjointe

Yadullah Hussain, directeur de rédaction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, spécialiste, Publication numérique

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  1. Tous les États-Unis importer des parts à partir de 2023, sauf indication contraire.
  2. Ressources naturelles Canada « Fiche d’information sur l’énergie 2024-2025 »
  3. Moyenne des 5 dernières années, le chiffre de 2023 ayant été faussé en raison des sécheresses qui ont une incidence sur la capacité de production et d’exportation du Canada.
  4. Énoncé économique de l’automne 2024
  5. États-Unis Département de l’énergie « Évaluation de l’augmentation de la demande d’électricité des centres de données »
  6. Comprend les importations de produits sous le code SH 1514 en 2023
  7. Agriculture et Agroalimentaire Canada « Analyse des tendances du secteur – Tendances de la viande aux États-Unis »
  8. Comprend les produits sous les codes SH 0201 et 0202 pour le boeuf et 0203 pour le porc en 2023
  9. Commission du commerce international des États-Unis

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Le capitalisme allait-il tenir ? Les États-Unis reculaientface au communisme ; les populations adhéraient au socialisme, pas aux politiquesmonétaires ; et les jeunes s’opposaient aux multinationales qui dictaient les règles ducommerce mondial.

Le capitalisme l’a emporté, et pour la vaste majorité des gens, le monde est devenuplus ouvert, plus savant, plus novateur et – selon la plupart des indicateurs – plusprospère. La semaine dernière, pourtant, le 50e Forum économique mondial de Davosa révélé une nouvelle fracture. Après un demi-siècle de mondialisation, de règles etd’ambitions qui, depuis la fin de la Guerre froide, ont accompagné l’entrée dans l’èred’Internet et l’arrivée des appareils mobiles, maintenant omniprésents, le monde,confronté à de nouveaux défis, se questionne de plus belle. Et une fois de plus, lanouvelle génération réclame qu’on agisse. Le capitalisme peut-il encore releverle gant ?

Cette cinquième participation au Forum m’a ouvert les yeux : les appareilsgéopolitiques et les systèmes économiques sont des plateformes de lutte pouraborder le grand virage à venir et en encaisser les profonds contrecoups. Au cours desannées 2020, à mesure que nos sociétés relèveront le défi des changements climatiqueset que seront exploitées les possibilités qu’offrent les technologies intelligentes,on pourrait assister à une restructuration des économies et des secteurs d’activité.Seulement, qui sera l’artisan du changement ? Plus que jamais, le secteur privé vadevoir redoubler d’efforts.

Voici quelques constats que j’ai faits à Davos.

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Sans Donald Trump, Vladimir Poutine, Theresa May, Emmanuel Macron et Justin Trudeau, ainsi que leur entourage médiatique, le climat était indéniablement serein dans la petite ville des Alpes. Peut-être l’atmosphère plus calme était-elle nécessaire pour réfléchir au chemin parcouru par le monde depuis la crise et prédire son orientation future.

C’était ma quatrième participation au forum de Davos. Cette édition a été, de bien des façons, la plus animée. À l’évidence, la lutte commerciale entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l’issue incertaine du projet Brexit, avaient rendu nerveux les participants. Mais, les conversations sérieuses ont porté sur des enjeux qui vont bien au-delà de ces crises. Cette année, le thème était la mondialisation 4.0, un concept imaginé à Davos pour expliquer le nouvel âge des technologies intelligentes et omniprésentes qui relieront entre eux les gens et les objets de manières que ne permettaient pas les précédents moteurs de la mondialisation – la vapeur, l’électricité et l’informatique. Dans cette nouvelle ère, les machines intelligentes façonneront nos entreprises et nos collectivités, et des technologies de pointe seront intégrées à chaque objet, et possiblement à chaque personne, que nous rencontrerons. Les données ne seront pas seulement le nouveau pétrole, mais la nouvelle eau, essentielles à tous les besoins et désirs de notre société. Même si les perspectives peuvent être déstabilisantes, j’ai quitté le forum encouragé, car j’avais mieux compris de quelle manière les technologies transformationnelles et une nouvelle génération d’idées faciliteront le passage de la planète à la prochaine étape de la mondialisation, pour un monde plus humain, plus démocratique et dont la répartition est plus juste.

Voici quelques enjeux qu’il faut prendre en considération pour y arriver :

1. Le défi de la Chine

Il y a deux ans, vedette du forum de Davos, Xi Jinping avait présenté une vision d’un nouveau monde où la Chine serait à l’avant-plan. L’an dernier, c’est Donald Trump qui avait volé la vedette de manière complètement différente, projetant une perception du monde au sein duquel les États-Unis prédomineraient. Conséquence inattendue de leur absence cette année : la mise en perspective de leur relation tendue. Les dirigeants du milieu des affaires présents à Davos ont exprimé l’assurance tranquille que le litige commercial entre les États-Unis et la Chine se réglerait au cours des prochains mois. Avec les négociations de l’ALENA qui tirent à leur fin, l’équipe commerciale de M. Trump, qui manque d’effectifs, a pu se concentrer sur la Chine. De plus, les Chinois en sont venus à comprendre avec qui, et avec quoi, ils doivent composer. Enfin, les deux parties semblent accepter la réalité économique des chaînes logistiques transpacifiques, qu’il serait trop difficile de démanteler sans préjudice grave pour les deux pays.

Les Chinois se sont imposé à Davos avec le message clair qu’ils ne se soumettront pas à la perception du monde de Washington.

Même en cas de résolution du litige commercial, ce sera un début plutôt qu’une fin. Avec Xi, les Américains ont découvert la détermination des Chinois à créer un nouvel ordre économique mondial. Et avec Trump, les Chinois ont découvert la détermination des Américains à résister à cet ordre. Les Chinois se sont imposé à Davos avec le message clair qu’ils ne se soumettront pas à la perception du monde de Washington. Ils se voient incontestablement comme la deuxième puissance économique mondiale, en voie de devenir la première, et estiment qu’il incombe à l’Ouest de s’adapter. Compte tenu du succès de la Chine au cours des 25 dernières années, le pays est même persuadé que son modèle serait très avantageux pour le reste de la planète. Il n’y a pas de domaine plus controversé que la technologie et les droits de propriété intellectuelle, que les Chinois veulent exploiter à leur propre façon. Chef de délégation à Davos, Wang Qishan, puissant vice-président, a formulé un message sans équivoque : le monde doit permettre à la Chine de «participer au système de gouvernance technologique mondial d’égal à égal ». Cette notion d’égalité est revenue sans cesse.

La ville de Davos ensevelie sous la neige au bas de la montagne

2. Promesses et périls du réseau 5G

Avec ses allures de membre non officiel de la délégation d’Ottawa, le cas Huawei a fait sentir sa présence aux membres du cabinet fédéral lors de chaque rencontre, alors que ceux-ci tentaient de rallier des appuis pour le côté canadien. Mais l’intérêt pour cette société est allé bien au-delà de l’extradition de Meng Wanzhou. Avec l’émergence de Huawei comme chef de file mondial en équipement de télécommunications, les participants au forum de Davos se sont interrogés au sujet de la prochaine génération de technologie mobile, se demandant si le géant chinois montrerait la voie. J’ai trouvé intéressant de constater que, malgré tout le battage autour du réseau 5G, bon nombre de leaders du monde des affaires et de chefs de gouvernement semblaient peu le connaître. À première vue, cette technologie devrait permettre le téléchargement de données et la navigation sur Internet à des vitesses jusqu’à 100 fois supérieures à celle des téléphones intelligents d’aujourd’hui. Cela nous facilitera assurément la vie. Surtout, la technologie 5G pourrait aussi former la base d’une nouvelle économie, grâce aux vitesses et à la constance nécessaires pour relier entre eux de petits objets – voitures autonomes, drones de livraison, électroménagers numériques – au moment de la prise de décisions.

Il est emballant de penser que le 5G pourrait permettre à Internet d’avoir un fonctionnement semblable à celui de l’électricité – présent et accessible en permanence. Mais tout comme ce fut le cas lors du développement de l’électricité, avec la rivalité opposant le courant alternatif au courant continu, un débat fait rage au sujet de qui possède la meilleure technologie. Il ne fait aucun doute que Huawei est un chef de file et que la société ne fera que s’améliorer tandis que la Chine commence à implanter la technologie 5G dans ses grandes villes. En excluant Huawei, allons-nous passer à côté des avancées de la Chine ? Nous savons que Beijing a un pouvoir sur Huawei et peut contraindre celle-ci à remettre ses données étrangères pour des raisons de sécurité nationale. Mais nous devons aussi comprendre de quelle façon l’équipement de Huawei s’intégrerait à l’ensemble technologique qui représente le moteur de nos vies mobiles. La question de savoir qui peut accéder à nos données sera primordiale en 2019 – non seulement pour Huawei, mais pour tous ceux qui ont pour objectif de relier notre univers mobile.

3. Ralentissement ou stagnation?

Le dernier soir du forum, j’ai coanimé un souper regroupant une quarantaine de chefs de direction d’entreprises internationales. En abordant le sujet de l’économie, l’ambiance était à l’optimisme prudent. Bon nombre de participants ont répété que nous vivions un ralentissement et non une stagnation. Kevin Sneader, nouvel associé directeur mondial à McKinsey, l’a bien dit : « Je demande aux chefs de direction à Davos comment se porte leur entreprise et ils me répondent, Assez bien. C’est tout le reste qui m’inquiète ». Une anxiété de ce type peut être positive, car elle incite les exploitants d’entreprises à demeurer vigilants. Elle peut aussi être dangereuse, si les exploitants limitent leurs investissements et prennent moins de risques. Même si la plupart des chefs de direction ont affirmé qu’ils s’attendaient cette année à un ralentissement qui se poursuivrait en 2020, j’ai eu l’impression que d’autres chefs de direction et investisseurs considèrent que l’expansion demeure possible. L’économie américaine va bien et la Chine pourrait connaître le début d’une remontée une fois qu’un accord commercial aura été conclu avec Washington. Bien entendu, l’Europe éprouve des difficultés, avec l’Italie déjà en récession et l’Allemagne en voie de connaître une récession. Mais, une foule d’autres marchés, comme l’Inde, le Mexique et le Brésil, pourraient représenter des moteurs de croissance plus forts.
Le chef de la direction de RBC M. Dave Mckay au Forum économique mondial de Davos
 

Le risque est que nous ne soyons pas suffisamment ambitieux dans les années 2020 pour tirer parti des nouvelles technologies et des régions en croissance dans le monde. En restant prudents et en nous contentant d’une lente croissance, nous risquons de ne pas être en mesure de générer les rendements financiers exigés par nos actionnaires ni de pouvoir produire les retombées sociales – emplois, services, stabilité – attendues par nos sociétés. Pour faire mieux, les gouvernements devront offrir aux entreprises et aux investisseurs les bons incitatifs, y compris une réglementation plus judicieuse, des politiques fiscales plus cohérentes et un régime commercial prévisible. Dans son numéro sur le forum de Davos, la revue The Economist le fait remarquer sous le titre insolent « Slowbalisation » (mot-valise combinant lenteur et mondialisation) : il faut à la fois gérer le ralentissement et réfléchir avec plus d’audace au prochain cycle, afin que celui-ci soit axé sur le commerce et la responsabilité sociale, et l’ambition sur le plan mondial.

4. Les suites du Brexit

Absente à Davos, Theresa May a tout de même dépêché un bataillon de ministres pour communiquer la confiance de son gouvernement en la possibilité de conclure une entente sur le Brexit d’ici le printemps. Le parti conservateur, en dépit de ses propres divisions, recherche de toute évidence un résultat qui lui permettrait de rester au pouvoir tout en empêchant l’économie de frapper un mur en cas de sortie abrupte. On peut s’attendre à des négociations assez tendues jusqu’à la dernière minute et à un résultat qui, possiblement, ne serait pas bien différent de ce que Mme May a présenté en décembre. Ce n’est pas exactement l’optimisme au sujet du Brexit dont les participants à Davos voulaient entendre parler. Lors d’une séance comptant quelque 300 participants, environ 90 % d’entre eux ont levé la main pour signifier qu’ils seraient en faveur d’un deuxième référendum, dans l’espoir que, cette fois-ci, le public voterait pour garder le pays dans l’Union européenne. En privé, le gouvernement britannique, et même des dirigeants du monde des affaires britannique, a affirmé que ce scénario est peu probable. Un vote serait trop long à organiser et trop fortement marqué par les divisions, et risquerait d’aboutir à un autre résultat controversé. Le gouvernement de Mme May croit plutôt qu’il est possible d’en arriver à un compromis au sujet de la frontière irlandaise, sujet vexatoire parmi d’autres.

Mais le plus difficile serait à venir. En effet, si Mme May réussit à obtenir l’appui de son parti et du parlement, elle devra rapidement regagner la confiance du milieu des affaires. Depuis le référendum, les investissements en Grande-Bretagne ont baissé d’environ 20 % et, avec chaque mois qui passe, les fabricants, les banques et d’autres transfèrent des emplois vers le continent ou ailleurs. Mark Carney a déclaré à un auditoire à Davos que le système bancaire de la Grande-Bretagne devrait s’en sortir, car il est capable d’encaisser les coups. Mais il a confirmé que si le Royaume-Uni n’est pas capable de dresser un plan cohérent pour ses frontières et échanges commerciaux, il n’y a pas grand-chose que le milieu des affaires puisse faire pour se préparer. Nouvelle potentiellement inquiétante, pendant que les ministres britanniques s’efforçaient de rassurer les participants à Davos, les responsables du gouvernement au pays élaboraient des plans en prévision de rationnement alimentaire, de patrouilles frontalières et, possiblement, d’agitation civile. Un tel scénario catastrophe devrait à tout le moins mobiliser les esprits des Britanniques à l’approche de l’échéance.

5. Un monde de murs

La ministre Chrystia Freeland au Forum économique mondial de Davos

Les politiciens qui se sont rendus à Davos se sont penchés principalement sur les divisions croissantes en matière de gouvernance mondiale, bien résumées par Chrystia Freeland du Canada : « L’ordre international axé sur les règles fait face à des enjeux d’une ampleur jamais vu depuis sa création ». Pendant la majeure partie du 20e siècle, cet ordre a été maintenu par des institutions multilatérales pour que le monde puisse se concentrer sur la prospérité plutôt que sur les conflits. Mais la confiance du public à l’égard de cet ordre s’est érodée, favorisant la montée du nationalisme sur tous les continents. La chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays connaît les périls du nationalisme extrême, s’est servie de sa tribune à Davos pour émettre une mise en garde.

 

Elle voit la montée d’organismes comme l’Organisation de coopération de Shanghai, menée par la Chine et la Russie, comme un effort de création de systèmes de rechange à la démocratie et au capitalisme de marché. Elle a fait l’éloge du G20 comme étant le type d’organisme dont le monde a besoin pour assurer l’adhésion des pays et des régions aux principes mondiaux, et même aux règles et normes mondiales. Il ne s’agit pas d’un enjeu impossible. Mme Merkel a donné comme exemple de collaboration internationale la Conférence générale des poids et mesures, tenue l’an dernier, qui a permis la modification de la mesure du kilogramme.

Cet esprit de collaboration est mis à l’épreuve au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le destin repose sur un monde divisé. L’OMC représente la « plomberie centrale » du commerce mondial, servant de lien entre 400 ententes commerciales préférentielles et 3 000 accords d’investissement. Pourtant, au cours des dernières années, on lui a retiré sa capacité de fonctionner normalement. C’est l’une des raisons pour lesquelles le commerce international stagne depuis la crise financière. Dans le cadre de plusieurs séances à Davos, on a étudié le besoin d’une nouvelle approche en matière d’échanges commerciaux qui permettrait aux pays et aux blocs commerciaux d’adhérer à un nouveau système mondial réformé. On prétend que tant que les principes mondiaux seront maintenus, l’esprit du commerce international perdurera. Cette idée de multilatéralisme, ou d’un club de clubs, pourrait même servir de modèle pour les nouveaux enjeux de la mondialisation 4.0 : la bioéthique, la cybersécurité et les données.

Dans le cadre de plusieurs séances à Davos, on a étudié le besoin d'une nouvelle approche en matière d'échanges commerciaux qui permettrait aux pays et aux blocs commerciaux d'adhérer à un nouveau système mondial réformé.

6. Un nouveau contrat en matière de données

Compte tenu de la tradition de secret associée à la Suisse, il semble on ne peut plus approprié d’y tenir des discussions sur la protection de la confidentialité des données au 21e siècle. Même si, à une époque, le Forum a préconisé une approche mondiale relativement aux données, on y note actuellement une opinion de plus en plus répandue selon laquelle tout système de gouvernance en la matière sera davantage « balkanisé ». Comme l’a fait observer Satya Nadella, chef de la direction de Microsoft, nous étions « naïfs » de croire en la possibilité de gérer l’économie numérique selon une approche universelle. Le risque auquel nous sommes confrontés à l’heure actuelle, c’est que chaque pays adopte sa propre approche relativement aux données, de sorte que nous nous retrouverions avec un Internet comparable à ce qu’était l’industrie aéronautique dans les années 1950. Pas étonnant, donc, qu’on parle aujourd’hui de « splinternet », c’est-à-dire d’un Internet fragmenté. Maintenant que des pays comme l’Inde et la Thaïlande commencent à se tourner vers l’identification numérique de leurs citoyens, ils tiennent à garder leurs données sur leur territoire. Cet effort de « localisation des données » devrait s’amplifier, car les gens redoutent de plus en plus l’utilisation – et l’utilisation inappropriée – de leurs renseignements personnels.

La localisation des données pourrait aussi devenir un obstacle à l’innovation si elle freine l’infonuagique et les gains d’efficacité qui y sont associés. Dans les faits, nos données traversent chaque jour plus de frontières que nous ne le croyons généralement. C’est pourquoi Singapour, un pays à l’avant-garde sur de nombreux fronts numériques, met actuellement à l’essai certaines idées dans le domaine du traitement transfrontière – dans le but de permettre le libre déplacement de blocs de données tout en maintenant un lieu d’hébergement sécuritaire pour ces données. De tels efforts deviendront encore plus pressants quand des pays tenteront d’inclure l’économie des données dans des accords commerciaux, en ne réalisant peut-être pas que le pire frein imaginable pour le 21e siècle est la mise en place de murs de données. Les entreprises devront peut-être faire entendre leur voix, et cela avec l’esprit qui a animé l’industrie aéronautique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale lorsqu’elle a établi des normes communes afin de donner confiance aux populations dans le monde entier. Comme les participants au sommet de Davos se le sont fait dire, en matière de données, la population de nombreux pays fait maintenant davantage confiance aux entreprises qu’aux gouvernements. Notre défi est de transformer cette confiance du public en bien commun.

7. Un nouveau contrat social

Le baromètre de confiance Edelman est publié chaque année au début de la rencontre du Forum économique mondial, ce qui a l’effet d’une douche froide d’opinion publique sur les délégués alors qu’ils commencent tout juste à s’adapter à l’air vivifiant des Alpes. Ce baromètre, qui reflète l’opinion de 33 000 personnes réparties dans 27 marchés, continue de montrer qu’une nette majorité des gens font très peu confiance aux gouvernements et aux médias. Les entreprises, de leur côté, ont lentement regagné la majeure partie de la confiance qui leur avait été retirée durant la crise financière. Si l’on veut dégager une préoccupation dominante, il faut parler de la différence entre le degré de confiance du public informé et celui de la masse de la population. Cet écart est d’une ampleur record à l’heure actuelle. À l’échelle mondiale, seulement une personne sur cinq est d’avis que le système agit en sa faveur. Cette préoccupation est particulièrement répandue dans les pays développés, où une majorité écrasante de la masse de la population s’attend à ne pas être en meilleure posture dans cinq ans. Au Canada, seulement un tiers de ce segment de population entrevoit un avenir meilleur.

L’une des raisons de cet état de choses semble être la crainte croissante des pertes d’emplois. Ce n’est pas que les gens craignent l’automatisation, mais ils redoutent simplement de ne pas avoir accès à la formation ou aux compétences dont ils auront besoin pour occuper un emploi convenable au cours de la prochaine décennie. Nous savons que le contrat social qui a prévalu jusqu’à une époque récente est en déclin. Ce contrat nous assurait de recevoir une éducation de qualité dans le système public, de jouir d’une sécurité d’emploi, de toucher des pensions décentes, d’être protégés par un système de soins de santé accessible et de pouvoir nous loger à un coût abordable. Or, dans de nombreux pays, une carrière est maintenant une série d’emplois limités dans le temps tandis que le coût de l’éducation grimpe et que le prix du logement est hors de portée pour bon nombre de jeunes qui travaillent. Il ne faut pas s’étonner que l’inquiétude soit si répandue ni qu’elle s’exprime sur le plan politique par du populisme. Par le passé, les gens se tournaient vers les gouvernements pour obtenir des réponses ; maintenant, ils attendent du monde de l’entreprise qu’il s’exprime et investisse dans des solutions pratiques, par exemple en favorisant l’acquisition de compétences. Selon le baromètre de confiance, 76 % des gens (soit un bond spectaculaire de 11 points en un an) attendent des chefs de la direction des entreprises qu’ils prennent les commandes du changement – en s’employant en priorité à favoriser l’inclusion et à offrir une rémunération juste et de la formation.

Le Forum économique mondial de Davos 2019

8. Le dilemme des chefs de la direction

J’ai passé presque tout un après-midi en compagnie d’une cinquantaine d’autres chefs de la direction venus des États-Unis, d’Europe et d’Asie. Nous avons examiné ce qui est peut-être le plus important défi de l’heure pour les dirigeants d’entreprise : comment répondre aux exigences du monde d’aujourd’hui tout en positionnant nos entreprises de façon à ce qu’elles soient prêtes pour les complexités de l’avenir ? Selon ces dirigeants, le premier élément de la réponse se trouve du côté de la raison d’être des entreprises. À RBC, nous avons formulé clairement notre raison d’être, et il est encourageant de voir l’importance qu’accordent à une telle démarche un si grand nombre d’entreprises d’envergure mondiale. Aux yeux de ces dirigeants, une entreprise qui ne peut compter sur une raison d’être claire pour se guider ne parviendra pas à maintenir son cap, car les pressions constantes exercées par les médias et les investisseurs la feront dévier de sa course. Nous avons convenu que les dirigeants doivent absolument continuer de parler des objectifs à moyen terme – c’est-à-dire des objectifs qui, si nous dirigions des équipes de sport, créeraient un pont entre le pointage actuel de notre équipe et sa position au classement en fin de saison. Les dirigeants doivent aussi informer leur conseil d’administration et leurs principaux actionnaires des tendances qu’ils surveillent.

J’ai souligné le fait que RBC s’était efforcée de gérer la montée de la tendance au court terme du marché en formulant ses objectifs financiers à moyen terme, et en consacrant ensuite beaucoup de temps à expliquer aux actionnaires sa stratégie distinctive, la démarche qu’elle a planifiée et la carte routière qui lui sert de guide dans cette démarche. Nous croyons qu’à une époque d’innovation numérique, nous pouvons créer quelque chose de puissant pour contribuer à la réussite des clients et à la prospérité des collectivités. C’est notre raison d’être. Un dirigeant de Hitachi a expliqué au groupe pourquoi l’entreprise japonaise est en train de se doter d’un secteur axé sur l’innovation sociale. Ce secteur soutiendra les efforts de l’entreprise en ce qui a trait à certains objectifs à long terme, notamment en matière de lutte contre les inégalités de revenu à l’échelle mondiale et les changements climatiques. L’atteinte de ces objectifs fait maintenant partie des critères pris en compte dans l’établissement de la rémunération des dirigeants. La raison est simple : ce qui menace l’équilibre du monde menace celui de Hitachi. Pepsi a présenté sa propre étude de cas concernant son choix de formuler une raison d’être ayant comme principe de base le bien-être des êtres humains. Cela peut sembler étrange de la part d’une entreprise qui s’est taillé une réputation en vendant des boissons gazeuses, mais cette raison d’être claire l’a aidée à mettre l’accent sur des produits plus sains et l’utilisation d’emballages durables. L’année dernière, lorsque le conseil d’administration de Pepsi a nommé Ramon Laguarta au poste de chef de la direction, en remplacement d’Indra Nooyi, qui a été à la barre de l’entreprise pendant de longues années, il a examiné son aptitude à diriger une entreprise durable et à traiter avec des sociétés inclusives –, ainsi qu’à communiquer les besoins sur ces plans avec passion et humanité. En raison de la complexité et des exigences croissantes du monde qui nous entoure, il faut s’attendre à ce que l’on recherche de plus en plus ce type de profil chez les dirigeants.

9. Volatilité : la nouvelle norme

Même si le mois de janvier a été plus favorable aux investisseurs en actions, tous avaient encore à l’esprit la déroute qu’ont connue les marchés en décembre. Le repli a-t-il été trop prononcé et trop soudain ? Si oui, dans quelle mesure a-t-il été amplifié par les systèmes automatisés ? J’ai participé à une table ronde portant sur le rôle croissant des machines dans nos marchés, ainsi que sur les choses auxquelles nous devons réfléchir afin que les efforts axés sur l’efficacité favorisent aussi l’équité. Adena Friedman, chef de la direction de Nasdaq, a indiqué qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être un investisseur, en raison de l’efficacité que l’automatisation a conférée aux marchés. Les coûts ont chuté de plus de 75 %, a-t-elle dit ; les écarts entre les cours acheteurs et les cours vendeurs se sont rétrécis de 90 % dans certains cas. Bien sûr, l’automatisation avait progressé durant des décennies à l’arrière-plan des marchés. Toutefois, ces dernières années, elle a joué un rôle plus profond au premier plan en déterminant ce dans quoi nous investissons et le mode d’exécution des placements.

À titre d’exemple, un plus grand nombre d’investisseurs optent maintenant pour des placements passifs – comme les fonds négociés en bourse (FNB) – plutôt que de choisir eux-mêmes des titres. Cette tendance marquée est positive, car les petits investisseurs se trouvent ainsi dans une position qui se rapproche de celle des gros investisseurs. Elle fait aussi surgir certains risques à long terme, comme l’a noté Bill Ford, chef de la direction de General Atlantic. Au cours de notre table ronde, celui-ci a mentionné que les actionnaires passifs contrôlent maintenant 44 % des actions américaines, contre 9 % il y a dix ans. Dans bien des cas, cela se traduit par une diminution du nombre d’acheteurs et de vendeurs d’actions. Comme on ne s’attend pas à ce que l’automatisation des marchés ralentisse, les institutions financières devront continuer de trouver des façons d’aider les clients à composer avec cette diminution de la liquidité et avec la volatilité qui peut en résulter. Plus généralement, nous devrons aussi continuer d’approfondir notre compréhension des conséquences de l’investissement passif – ses conséquences tant sur les investisseurs que sur les sociétés qui observent ces mouvements en se demandant s’il s’agit vraiment du meilleur moyen de mesurer la valeur de ce qu’elles s’efforcent de créer.

10. Une nouvelle équation énergétique

Il y a dix ans, Tony Blair est venu à Davos pour dire qu’il fallait tirer profit du contexte de crise financière pour relever le défi climatique. Selon lui, des milliards – et bientôt des milliers de milliards – pourraient ainsi affluer vers les bilans des économies stagnantes et servir à stimuler la transition vers une économie à faible intensité de carbone. Dix ans plus tard, l’économie mondiale se porte beaucoup mieux, mais on ne peut pas en dire autant de l’environnement. Notre incapacité collective à relever le défi climatique est le risque le plus important dans l’esprit des participants au sommet de Davos. Dans l’édition de cette année du Global Risks Report (rapport sur les risques mondiaux), trois des cinq principaux risques classés selon la probabilité qu’ils se réalisent sont des risques environnementaux ; de même, quatre des cinq risques classés selon l’importance des incidences qui résulteraient de leur réalisation sont aussi des risques environnementaux. Les événements météorologiques extrêmes ont été la première préoccupation des 1 000 membres du Forum économique mondial consultés lors de l’établissement du rapport ; viennent ensuite les inquiétudes concernant l’incapacité d’atténuer les changements climatiques et de s’y adapter. Même si l’on continue de se préoccuper des divergences entre les politiques climatiques des États-Unis, de la Chine et de l’Europe, on a beaucoup discuté à Davos du fait que l’évolution se poursuit malgré tout dans les secteurs économiques. La société DHL, par exemple, a conçu des véhicules électriques afin que son parc de véhicules de livraison dans les villes d’Europe puisse atteindre la carboneutralité d’ici 2025. Boeing a mis à l’essai avec succès un avion-cargo utilisant uniquement des biocarburants. De leur côté, deux aciéristes, Mittal et Tata, sont en train de mettre au point un « acier vert » au moyen de nouvelles sources d’énergie et de plus grandes quantités de matériaux recyclés.

La réglementation doit évoluer aussi rapidement que les besoins de la planète afin de stimuler l'utilisation de nouveaux procédés et le retrait d'anciens procédés.


La technologie n’est que l’un des aspects de la question. La réglementation doit évoluer aussi rapidement que les besoins de la planète afin de stimuler l’utilisation de nouveaux procédés et le retrait d’anciens procédés. Et il serait possible de faire beaucoup plus pour relier les systèmes énergétiques. Daniel Yergin, réputé pour ses analyses touchant l’énergie, a déclaré aux participants qu’il n’entrevoyait pas de « pic pétrolier » avant au moins 2040, ajoutant que l’atteinte d’un sommet de la production ne signifiait pas que celle-ci chuterait par la suite. Il faudra du temps pour voir se modifier les chaînes d’approvisionnement, les procédés industriels et les choix des consommateurs touchant par exemple le chauffage résidentiel ou les déplacements. Il faut aussi songer à la population mondiale, qui devrait augmenter de deux milliards d’habitants. Il a beaucoup été question de la recherche de solutions pour réduire l’empreinte de carbone du pétrole, soutenir durablement cette croissance et utiliser une partie des revenus générés par les anciennes sources d’énergie pour développer de nouvelles sources. Voilà pourquoi les gens parlent d’une transition.

11. Un pont entre les générations

L’une des surprises les plus agréables de la rencontre de Davos de cette année a été la diversité des générations présentes. On pouvait ainsi côtoyer tant Jane Goodall, l’une de mes héroïnes, que les six coprésidents du sommet de Davos, tous des jeunes leaders de calibre mondial et aussi des héros. L’interaction entre les générations a été une source d’inspiration, et devrait nous inciter tous à rechercher davantage de façons de mettre en relation des gens de tous les âges. À 84 ans, Mme Goodall est remarquable, participant chaque année à plus de 300 événements, en bonne partie pour faire la promotion de l’initiative Roots & Shoots (« racines et pousses ») qu’elle a lancée, et incitant les jeunes à soutenir des initiatives environnementales partout dans le monde. « La génération montante est prête à tout pour protéger la nature », nous a-t-elle dit. À l’occasion d’un lunch, Mme Goodall et le chanteur vedette Bono, âgé de 58 ans, ont partagé les projecteurs avec l’activiste environnementale suédoise Greta Thunberg, âgée de quinze ans, qui leur a volé la vedette en lançant une mise en garde au nom de sa génération : « Notre maison est en feu. Je veux vous voir paniquer. »

Malheureusement, la technologie qui a tant retenu l’attention à Davos a aussi pour effet de couper les membres de la génération de Mme Thunberg du monde naturel qui les entoure. Au cours d’un autre échange intergénérationnel inspirant, le prince William (36 ans) a interviewé le légendaire réalisateur David Attenborough (92 ans) au sujet des documentaires ayant trait à la planète qu’il a tournés durant plus d’un demi-siècle. Sir David Attenborough a expliqué que dans les années 1950, il lui suffisait de montrer une image de tatou pour soulever l’enthousiasme d’une salle, alors que de nos jours, il faut aller au fond de l’océan ou dans l’espace pour trouver des images qui capteront l’attention des gens. Il a souligné l’ironie de la situation : nous n’avons jamais vu autant d’images de la nature, et pourtant nous n’en avons jamais été aussi déconnectés. Son conseil à l’intention du duc de Cambridge et de sa génération : respectez et chérissez la planète. « Et gardez un regard neuf et votre capacité d’émerveillement. » Des paroles sages pour les gens de tout âge.
Le prince William au Forum économique mondial de Davos 2019