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Principales conclusions

  • Le gaz joue un rôle décisif dans nos meilleurs et pires scénarios concernant les systèmes énergétiques mondiaux. Il représentera un carburant de transition essentiel dans la « décarbonisation du monde » puis connaîtra une régression à la fin des années 2030 ; dans notre pire scénario, celui que nous dénommons le « monde dystopique », il procure une sécurité énergétique.

  • Le gaz peut assurer la sécurité énergétique des pays du G7+, quoiqu’avec des efforts. Pour les consommateurs des pays du G7+, il peut réduire la dépendance à l’égard de la Russie dans l’immédiat et éviter les cycles d’essor et de contraction de l’économie. Dans le long terme, il ouvre de nouveaux marchés prometteurs pour les producteurs des pays du G7+. Cette marchandise est toutefois problématique sur le plan géopolitique : elle est hors de prix dans certaines régions comme l’Asie. On la juge également trop riche en carbone. Le G7+ peut aider à surmonter ces obstacles.

  • Le gaz peut contribuer à lutter contre le changement climatique, bien qu’il puisse aussi en aggraver la situation. On remet en question l’atteinte de zéro émission nette avant les années 2060. Le G7+ peut toutefois promouvoir des politiques et des technologies qui catalysent la capture de carbone, accélèrent la réduction de l’intensité de méthane et encouragent le développement de solutions de rechange à faible émission de carbone (p. ex., l’ammoniac et l’hydrogène). L’augmentation de la température mondiale à environ 1,7 à 1,8 °C s’en trouverait limitée par rapport aux niveaux préindustriels.

  • Le G7+ pourrait devenir le producteur de gaz naturel liquide (GNL) le plus influent. D’ici 2040, grâce à leurs exportations de GNL, les États-Unis, le Canada et l’Australie pourraient alimenter les pays du G7+ et desservir les marchés émergents asiatiques, comme nous le présentons dans notre scénario de « monde démocratique ». Voilà l’occasion pour le G7+ d’étendre son influence géopolitique et de renforcer ses liens avec les marchés émergents.

  • Il se peut que la capacité mondiale d’exportation de GNL doive augmenter de près de 50 % d’ici 2040. La capacité d’exportation et l’offre en chantier ne suffisent pas à répondre aux besoins et aux aspirations d’une population mondiale en accroissement et d’une économie mondiale qui, selon notre scénario de « monde divisé », progressera de 42 %.

  • Le pacte du G7+ contribue à assurer le financement des projets liés au GNL. Il pourrait faciliter le financement auprès d’un éventail d’institutions financières, y compris des banques multilatérales de développement et des organismes nationaux de crédit à l’exportation qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de peur de « bloquer » des émissions.

  • Rien qu’en Amérique du Nord, l’exportation de gaz nécessiterait des investissements de 1 200 milliards de dollars américains. La construction des infrastructures gazières sur le continent exigerait probablement environ 1 200 milliards de dollars américains au cours des 15 prochaines années. Les collectivités et les sociétés auraient cependant besoin de politiques de soutien et de cadres clairs.

Bienvenue dans les années 2040.

Pendant la décennie qui précédera 2050, notre monde sera très différent d’aujourd’hui, tout comme nos besoins en énergie.

La planète accueillera au moins un milliard de personnes de plus, faisant grimper la population à plus de neuf milliards. Si la tendance des dernières décennies se maintient, la production économique mondiale augmentera de l’équivalent d’une autre économie américaine en Asie et dans la partie sud de la planète, et fera croître la demande énergétique de manière correspondante. Ajoutons à cela un élément complètement inédit : l’intelligence artificielle à grande échelle et les besoins informatiques en découlant, qui, pour l’instant, nous semblent incalculables. Selon une estimation, 4 000 térawattheures de plus d’électricité seront nécessaires pour faire fonctionner cette économie émergente axée sur les centres de données – l’équivalent de 15 % de la production mondiale d’électricité actuelle1.

Bien qu’un autre changement majeur dans la demande d’énergie puisse nécessiter une multiplication de chacune des sources d’énergie pratiques et abordables, les attentes reposent majoritairement sur le gaz naturel. Cette ressource, pour laquelle l’offre a déjà grimpé de 70 % depuis le début du 21e siècle, est susceptible de dépasser le pétrole pour devenir la forme d’énergie la plus répandue au monde2. L’avènement du gaz naturel liquéfié et des superpétroliers transportant le GNL refroidi à de très basses températures d’un océan à l’autre a transformé encore davantage les perspectives du gaz. En un peu plus de dix ans, les États-Unis sont passés de l’un des importateurs de gaz les plus importants au monde au plus grand exportateur de GNL à l’échelle planétaire.

Le gaz naturel pourrait être aussi essentiel au 21e siècle que le pétrole l’était pour le 20e siècle, mais cela signifie faire des choix stratégiques qui interpellent déjà le monde. L’invasion de l’Ukraine par la Russie, et l’utilisation stratégique du gaz par cette dernière dans le but d’affaiblir l’Europe, n’est que l’un des indicateurs du risque pour la sécurité énergétique qu’a entraînés la croissance rapide de la dépendance au gaz naturel. Les pays de partout dans le monde connaissant une croissance et une urbanisation rapides ont constaté que leur dépendance au gaz importé comportait des risques supplémentaires. L’ambition grandissante de l’Occident de rapatrier la fabrication et de se remilitariser pourrait aussi nécessiter une plus grande quantité de gaz naturel comme source d’énergie concentrée à la fois fiable et abordable.

Pour répondre à ces défis, peu d’organismes sont mieux placés que le G7, le groupe de démocraties libérales de premier plan composé des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon se réunissant du 15 au 17 juin à Kananaskis, en Alberta. La sécurité énergétique occupait une place de choix dans le programme de ce sommet.

Le G7 a été mis sur pied il y a 50 ans, au milieu des années 1970, en réponse à des perturbations similaires de l’économie mondiale causées par un choc pétrolier et les conflits en découlant. À l’heure actuelle, l’alliance est confrontée à de nouveaux défis, particulièrement du côté de la Chine et de la Russie, et pourrait découvrir des occasions de se réaffirmer en adoptant une approche démocratique et décarbonisée en matière de gaz naturel en vue de se préparer à un monde qui évolue rapidement.

À condition d’être bien géré, le G7+, un groupe composé des pays du G7 et de leurs principaux alliés, dont l’Australie et la Corée du Sud, peut créer des alliances plus fortes avec des marchés émergents, principalement en Asie, stabiliser les prix de l’énergie et renforcer la croissance mondiale à long terme. Il pourrait même créer un pont vers une réduction des émissions énergétiques en supplantant le charbon. Avec des consommateurs à sa tête de 107 millions de tonnes par an (Union européenne) et de 64 millions de tonnes par an (Japon), le G7+ utilise 227 millions de tonnes de GNL par an, ce qui représente 51 % de la demande mondiale. Ce chiffre excède les 179 millions de tonnes par an actuellement produites par les États-Unis et l’Australie.

D’ici 2040, la balance commerciale de gaz du G7+ pourrait s’inverser : l’offre excèderait ainsi de loin la demande de ses membres et de ses alliés (de près de 150 millions de tonnes par an), forçant ainsi l’alliance occidentale à obtenir de nouveaux marchés. La Chine devrait être de loin le plus important acheteur de GNL en 2040 (163 millions de tonnes par an comparativement à 79 millions de tonnes par an en 2024, selon le scénario de base de Rystad Energy). Cependant, les frictions commerciales avec l’Amérique du Nord pourraient faire en sorte qu’elle diversifie ses importations de GNL pour s’éloigner des sources américaines.

Pour le G7, il sera essentiel d’obtenir le concours d’autres alliés pour assurer un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. L’Inde est souvent considérée comme une perspective prometteuse à long terme pour les exportations des pays du G7+, puisque sa demande devrait atteindre 63 millions de tonnes par an. Toutefois, d’autres marchés asiatiques émergents, p. ex., le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie, joueront eux aussi un rôle essentiel, puisqu’ils devraient consommer, au total, 219 millions de tonnes par an d’ici 2040. Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Avec tous ces facteurs en jeu, le monde aura presque certainement besoin de plus de gaz en 2040 ; la question est de savoir dans quelle mesure.

Afin de tracer les trajectoires potentielles, Leadership avisé RBC et Rystad Energy, établie à Oslo, ont élaboré une nouvelle méthodologie de recherche permettant de fournir un aperçu des scénarios plausibles pour les années 2040, en prenant en compte que la condition de notre monde au milieu du siècle reposera sur l’évolution de la croissance. Chacun de ces scénarios a été façonné en fonction des alignements géopolitiques, des ambitions en matière de politique climatique et de la dynamique des marchés. Nous avons ensuite collaboré avec divers experts en politique afin d’évaluer les risques de chaque scénario et d’élaborer des options politiques plus vastes.

Les résultats suggérés par chaque scénario varient profondément. Notre éventail de trajectoires démontre que les exportations totales de gaz naturel à l’échelle mondiale pourraient passer de 411 millions de tonnes par an en 2024 à pas moins de 737 millions de tonnes par an d’ici 2050 – ou bien reculer jusqu’à 366 millions de tonnes par an. L’écart net de 371 millions de tonnes par an est presque équivalent aux exportations actuelles de GNL.

La différence réside dans le fait que le monde pourrait au non développer des marchés plus structurés pour le gaz naturel, trouver des moyens de mettre en relation des marchés à forte croissance avec des fournisseurs fiables (et démocratiques), et investir dans des technologies permettant de réduire les émissions. Les attributs environnementaux de cette future offre de gaz, y compris l’ampleur de la transition visant à capturer le carbone et les combustibles de rechange à faibles émissions de carbone comme l’hydrogène et l’ammoniac, auront une incidence majeure sur l’orientation du changement climatique, puisque les émissions de méthane provenant du gaz naturel sont largement considérées comme étant plus dangereuses pour le réchauffement climatique que le carbone, bien qu’elles soient également plus faciles à contenir.

Ayant connu les chocs de prix qui ont suivi la crise de l’énergie dans l’ouest des États-Unis en 2000 et 2001, la hausse de prix du GNL au Japon après l’accident nucléaire de Fukushima, et les récents chocs simultanés de la COVID-19 et de l’utilisation stratégique par la Russie des exportations de gaz aux fins de la guerre qu’elle mène en Ukraine, les nations du G7+ souhaitent assurer leur approvisionnement à long terme en gaz naturel fiable et abordable. Une approche coordonnée du G7+ peut stabiliser les marchés au moyen d’un alignement cohérent des politiques et d’investissements conjoints dans les infrastructures.

Des marchés de gaz naturel démocratiques et fondés sur des règles peuvent garantir des normes environnementales dans l’ensemble de la chaîne logistique, en plus de contribuer à la croissance économique au moyen d’une décarbonisation industrielle, y compris sous forme d’investissements dans la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CUSC), de combustibles à faibles émissions de carbone pour le chauffage industriel et le transport lourd, et d’un plan d’action coordonné d’élimination de gaz à la torche et d’atténuation des émissions fugitives de méthane.

Dans un monde hypothétique où les États-Unis n’ont pas accès au marché chinois et où l’Inde suit sa propre voie, plaçant le prix au-dessus de tout le reste et s’approvisionnant possiblement auprès de la Russie, la demande asiatique sera vitale à la stratégie du G7+, quelle qu’elle soit.

Par conséquent, les marchés asiatiques émergents, notamment le Pakistan, le Bangladesh, la Thaïlande et l’Indonésie seront essentiels pour le G7+ puisqu’ils devraient avoir une consommation combinée de 219 millions de tonnes par an d’ici 2040, particulièrement dans leur transition accélérée du charbon au gaz naturel.

Pour réussir tout cela, un accord du G7 sur le gaz naturel pourrait devoir jeter les bases d’une infrastructure de gaz naturel robuste et sécuritaire en phase avec les besoins des producteurs et des consommateurs en vue d’assurer la stabilité des prix, l’abordabilité et la fiabilité de la source d’énergie, et une réduction des émissions de gaz à effet de serre. Une telle entente pourrait couvrir les besoins d’un contexte de gaz naturel à croissance rapide en vue de développer des marchés et des outils financiers plus sophistiqués, de résoudre l’insuffisance d’infrastructures et de coordonner les plans d’investissement nationaux, et de travailler conjointement afin de veiller à ce que les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine affichant une croissance rapide aient accès à l’approvisionnement du G7+, non seulement à des fins de croissance économique, mais également de stabilité géopolitique. Le G7 et ses principaux alliés doivent toutefois reconnaître les risques de certaines trajectoires divergentes si une approche coordonnée n’est pas adoptée. Notre modélisation présente quatre résultats possibles.

En coulisse – Notre méthode de recherche

La recherche et la méthodologie qui sous-tendent ce document sont uniques pour trois grandes raisons :

La recherche a combiné la modélisation quantitative à des entretiens qualitatifs et à des tables rondes, notamment avec de hauts dirigeants des gouvernements fédéral et provinciaux du Canada, des acteurs du secteur privé, des groupes autochtones, des instituts de recherche internationaux et des banques multilatérales de développement. L’équipe a rencontré ces experts un par un et dans le cadre d’événements à Washington D.C., à Vancouver, à Ottawa, à Londres, à Beijing, à New York, à Calgary et à Toronto.

L’équipe Leadership avisé RBC s’est entretenue avec plus d’une centaine d’experts au Canada, aux États-Unis, au Japon et en Europe pour trouver des solutions pratiques à la sécurité énergétique. Parmi eux se trouvaient des représentants de la Banque asiatique de développement, de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), de Mokwateh, de la First Nations Climate Initiative, le Dr Robert J. Johnston, directeur principal de la recherche, Centre on Global Energy Policy, Université de Columbia, et le Dr Ken Kokawa, premier directeur général principal et économiste en chef, Institute of Energy Economics, Japan (IEEJ). L’équipe Leadership avisé RBC s’est associée à Rystad Energy pour collaborer dans le cadre des données et de la modélisation de cette recherche.

Les quatre scénarios ont été modélisés aux fins de l’élaboration de solides recommandations pour le G7+ à l’approche de la réunion de Kannaskis en juin. Nous le savons : les méthodes prévisionnelles traditionnelles ne sont pas à même de saisir les facteurs complexes qui provoquent des changements dans notre paysage géopolitique et dans nos systèmes énergétiques. Nous avons répertorié ces facteurs de changement et élaboré une gamme de quatre avenirs distincts quoique plausibles, en regard desquels nous pourrions mettre à l’épreuve les contours d’une stratégie coordonnée de gaz naturel au sein du G7+.

Les scénarios reposent sur différentes variations de facteurs déterminants propres au contexte du G7+, notamment la stabilité géopolitique, la croissance démographique et économique dans les marchés émergents, la numérisation et le déploiement des centres de données, les politiques climatiques et énergétiques, le rôle des institutions internationales et des forums multilatéraux, la production et la fabrication de combustibles fossiles et leur distribution par les chaînes logistiques, le rôle de la société civile, la cohésion sociale et la demande mondiale de gaz.

Voici certaines de nos hypothèses valables pour les quatre scénarios :

  • la population mondiale comptera environ 9,2 milliards de personnes. D’importantes variations régionales surviendront en fonction des tendances liées au PIB, à l’éducation et aux soins de santé ;

  • la consommation de charbon continuera de diminuer dans les pays de l’OCDE ;

  • la croissance continue de l’industrie du charbon en Asie offrira un potentiel important de remplacement du charbon par le gaz ;

  • le pétrole demeurera un carburant dominant pour le secteur des transports, en particulier dans les pays asiatiques émergents ;

  • la production d’énergie nucléaire continuera de jouer un rôle stratégique quoique globalement mineur, au cours des années 2030, et de nouvelles constructions sont prévues dans les marchés asiatiques tels que la Chine et les États-Unis, particulièrement pour répondre à la demande croissante des centres de données ;

  • les énergies renouvelables connaîtront une croissance exponentielle, en particulier les énergies solaire et éolienne, à mesure que les coûts continuent de baisser ;

  • les températures mondiales devraient augmenter et se situer dans une fourchette de 1,8 à 2,2 °C de plus que les niveaux préindustriels.

Les scénarios suivants ne constituent en aucun cas une prédiction de ce à quoi ressemblera l’avenir en 2040, mais plutôt un éventail d’avenirs plausibles.

  • Titre de l’année : « Le Japon et la Chine affichent leur résistance face aux chocs mondiaux des prix du gaz »

  • Un ordre mondial fragmenté et protectionniste, qui se traduit par une détérioration accrue des institutions internationales et par l’influence croissante de la Russie et de la Chine se profilant en puissances mondiales.

  • L’Australie, la Russie, le Qatar et les États-Unis dominent le secteur mondial de la production de gaz ; l’offre concentrée de gaz fait courir au G7+ d’importants risques de marché et une forte volatilité à mesure qu’un écart d’approvisionnement apparaît.

  • La croissance technologique prend une tournure régionale : la Chine et les pays du Golfe prennent la tête de l’IA et des infrastructures numériques comparables à celles de l’Amérique du Nord, et dirigent par là même les flux de gaz vers les pays tiers du G7.

Contexte

L’année 2040 divisée se caractérise par le protectionnisme et le régionalisme à mesure que les superpuissances continuent de se retirer des alliances mondiales. La porte est ainsi ouverte à une domination de la Russie (énergie et ressources) et de la Chine (technologie et manufacture). Les préoccupations relatives à la sécurité énergétique au milieu des années 2020 et au début des années 2030 sont maintenant amplifiées par les problèmes d’approvisionnement et d’accessibilité. Les institutions et alliances multilatérales telles que le G7 ont une influence limitée sur les acteurs étatiques. Les États-Unis, la Chine et d’autres grands acteurs mondiaux se sont retirés des institutions et alliances internationales, ce qui renforce la realpolitik et accroît l’importance accordée aux politiques et aux frontières nationales. La sécurité énergétique est l’une des principales inquiétudes mondiales et a eu une incidence profonde sur la capacité des marchés émergents à s’industrialiser et à se développer sur le plan économique. L’actuel cycle d’essor et de contraction expose les consommateurs à la volatilité des prix, tandis que les principaux producteurs comme les États-Unis, le Qatar, la Russie et l’Australie deviennent vulnérables du fait de la réticence des clients de signer des contrats à long terme. Alors que les pays s’attachent à relever les défis immédiats liés à la sécurité énergétique, l’activisme climatique cède la place à des actions civiques plus extrêmes et violentes.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

L’action climatique menée à l’échelle mondiale, à la fin des années 2010 et au début des années 2020, a considérablement ralenti, et seuls quelques pays européens se sont résolument consacrés à cette cause. Bien que cette division persiste dans le monde, le progressisme pour le climat persiste. Les sociétés et capitaux mondiaux restent orientés sur la cible de zéro émission nette. Les émissions, qui diminueront progressivement pendant le reste du siècle, devraient atteindre la zéro émission nette d’ici 2096 avec des augmentations de températures limitées à 2,0 °C, un résultat qui dépasse légèrement les limites de l’Accord de Paris.

La Corée du Sud et la Chine demeurent des chefs de file en matière d’innovations et d’approvisionnements technologiques, tandis que d’autres pays prennent du retard dans la révolution de l’IA et ne sont plus que de simples acheteurs de ces technologies. La demande mondiale d’énergie pour les centres de données a environ sextuplé par rapport à celle de 2025. Le développement technologique est de plus en plus influencé par les puissances régionales, et entraîne ainsi des normes et des écosystèmes divergents. Cette fragmentation entrave l’interopérabilité mondiale et exacerbe les tensions géopolitiques. Les efforts déployés par les pays du Golfe pour accélérer le déploiement d’infrastructures d’IA de la manière prévue au milieu des années 2020 se sont concrétisés. Les Émirats arabes unis continuent d’afficher les dépenses par employé les plus élevées de la région dans les services infonuagiques publics et sont maintenant solidement établis comme chef de file mondial de l’IA. L’Arabie saoudite et Singapour sont également au premier plan. Compte tenu de la diversification des sources d’approvisionnement en gaz de la Chine et de l’accélération de ses efforts de production nationaux au milieu des années 2030, les pays du Golfe et la Chine sont de puissants rivaux par rapport aux pays du G7 en ce qui concerne l’innovation en matière de technologies propres et les infrastructures numériques.

DIVISÉ : Les cycles d'essor et de contraction dominent les systèmes énergétiques

L’évolution du GNL

Le monde a besoin de trouver 207 millions de tonnes de GNL de plus d’ici 2040, par rapport à la capacité actuelle et à l’offre en construction. L’industrialisation de marchés émergents tels que l’Indonésie et l’Inde a été freinée par l’insuffisance d’un approvisionnement énergétique abordable. L’essor des infrastructures technologiques en Corée du Sud, en Chine et dans le Golfe envoie toutefois un signal fort indiquant une demande constante et croissante de gaz naturel qui culminera en 2038. L’insuffisance de l’offre transparaît, et les consommateurs de gaz subissent la volatilité du marché, les prix étant principalement influencés par les fournisseurs actuels qui concentrent leur offre : les États-Unis, la Russie, le Qatar et l’Australie. Les États-Unis restent le chef de file mondial et génèrent plus de GNL que la Russie et l’Australie au cours des années 2030. Les autres membres du G7+ sont exposés à la volatilité du marché, compte tenu des fluctuations des prix, du contrôle des grands producteurs et des perturbations des marchés régionaux.

Des chefs de file de la technologie, p. ex., la Corée du Sud, l’Inde et la Chine, restent dépendants de pays non démocratiques pour s’approvisionner, p. ex., la Russie, afin d’alimenter leurs centres de données et leurs infrastructures numériques. Dans le monde, les centres de données et les infrastructures numériques liés à l’IA ainsi que la propriété et l’exploitation de celle-ci sont dominés par des chefs de file de la technologie. Bien que les pays en développement aient toujours accès à des outils d’IA, ils ont peu de poids sur l’établissement de normes, sont de plus en plus victimes d’impartiaux et de modalités injustes de la part des fournisseurs technologiques.

  • Titre de l’année : « La nouvelle usine indonésienne de robots est paralysée par la pénurie mondiale de gaz »

  • L’intensification des conflits régionaux et le ralentissement de l’économie mondiale à la fin des années 2030 ont abouti à un monde très fragmenté.

  • La dépendance à l’égard des combustibles fossiles continue d’augmenter parallèlement à la demande croissante de GNL.

  • Les pays du Golfe enregistrent une croissance vigoureuse en raison des nouvelles fortes pénuries d’approvisionnement énergétique.

  • La sécurité énergétique domine les programmes politiques et détourne l’attention de la lutte contre les changements climatiques, tandis que les programmes nationaux donnent la priorité à la militarisation et aux facteurs géopolitiques au nom de la sécurité.

Contexte

En 2040, les conflits régionaux et le ralentissement économique mondial prolongé observé à la fin des années 2030 ont contribué à l’érosion des institutions internationales et l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale. Les protocoles internationaux relatifs à la primauté du droit et à la sécurité mondiale sont inexécutoires et bloqués dans un bourbier où l’indécision et le droit de veto dominent. L’incapacité d’un pays ou d’une institution internationale à intervenir efficacement face à l’agressivité grandissante en Ukraine et au Moyen-Orient a poussé des régimes violents et autoritaires à redéfinir la scène mondiale. Dans des pays tels que les États-Unis, la culture de la peur, le protectionnisme et les discours autoritaires purs et durs ont provoqué une diminution de la présence mondiale. L’UE est dominée par des politiques protectionnistes, et met l’accent sur les économies locales et une poignée de relations commerciales clés pour amortir les effets des conflits régionaux. La sécurité monopolise les politiques et les programmes nationaux tandis que les politiques nationalistes créent un climat à deux vitesses pour le commerce et les investissements. L’imposition par la Chine de restrictions sur les exportations de métaux des terres rares au milieu des années 2020 a ouvert la voie à une tendance croissante du contrôle des chaînes logistiques, en particulier dans les secteurs de la technologie et de la défense. En raison de la fermeture des frontières et de la coopération en bloc, le commerce international se limite à de petits clubs de pays, qui limitent l’accès au marché, misant sur les politiques technonationalistes de la fin des années 2020 pour renforcer l’indépendance à l’égard des chaînes logistiques étrangères et la compétitivité de la production de semi-conducteurs. La hausse du chômage due au ralentissement de l’économie mondiale et au fossé technologique grandissant creuse un écart entre ceux qui ont accès à une infrastructure numérique et ceux qui n’en ont pas. Dans un monde où la société civile et les institutions se caractérisent par une grande méfiance et un manque de coordination, le G7 a du mal à renforcer sa résilience énergétique et à résister aux perturbations périodiques de l’offre et de la demande en énergie.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les changements climatiques, ainsi que les conflits régionaux et prolongés, déclenchent de nouvelles vagues de crises humanitaires. L’expression « transition énergétique » est presque tombée dans l’oubli, alors que les programmes nationaux de la sécurité dominent le discours sur les systèmes énergétiques. La confiance mondiale est étroitement liée à la sécurité énergétique, ce qui stimule la demande de combustibles fossiles à faible coût, comme le pétrole et le charbon, au détriment de la gestion des émissions. Les pays du Golfe riches en combustibles fossiles connaissent une croissance considérable alors qu’ils soutiennent les économies asiatiques, en plus de débloquer d’importants fonds publics de plus en plus orientés vers une économie de données. À l’échelle mondiale, la montée du nationalisme et les préoccupations liées à la sécurité nationale engendrent un déclin du multilatéralisme. Les coalitions comme l’Accord de Paris ont perdu de leur importance alors que la poursuite d’une énergie à bas prix et d’une reprise économique domine les priorités. L’utilisation stratégique du commerce international devient un phénomène courant, voire attendu, dans un contexte où la concurrence entre les pays prend une toute nouvelle importance. Une montée du militarisme et du protectionnisme est à prévoir.

DYSTOPIQUE : Les pays se bousculent pour assurer la sécurité énergétique

L’évolution du GNL

La demande de gaz naturel est en hausse de 16 % par rapport aux niveaux de 2025. Ces chiffres sont tempérés par la demande d’autres combustibles fossiles rentables comme le charbon, qui représente encore un élément fondamental des systèmes énergétiques (22 % de l’énergie primaire totale). La demande mondiale de combustibles fossiles continue de croître au-delà des projections initiales pour 2030, sans montrer de signe d’essoufflement pour les années 2040. Tandis que les objectifs climatiques sont mis de côté au profit de la sécurité nationale, la transition du charbon au gaz naturel en Asie ne se déroule pas comme prévu à la fin des années 2020. Des défis s’annoncent au chapitre de l’énergie et de la sécurité nationale, y compris sous forme de pénuries limitant la croissance économique mondiale. D’ici 2040, 225 millions de tonnes supplémentaires de GNL, représentant plus de la moitié de la production mondiale en 2024, sont requises en plus de l’offre actuelle et en construction.

  • Titre de l’année : « Le club méthane du G7 crie victoire à l’occasion du 15e anniversaire de la réunion de Kanasaskis. »

  • La sécurité climatique domine l’élaboration des politiques, qui comportent des cibles ambitieuses de réduction des émissions.

  • La demande d’énergie mondiale double, au bas mot, stimulée par l’industrialisation et l’infrastructure numérique. Les solutions d’énergies renouvelables et de technologies propres prennent de l’ampleur pour répondre à la demande.

  • La demande de GNL diminue, présentant un risque d’abandon de biens.

  • Les volumes de gaz restants sont régis par l’émergence d’un marché du gaz propre, alors que le méthane est en bonne voie de satisfaire à la demande de gaz naturel à faibles émissions.

Contexte

En 2040, dans un monde décarbonisé, les politiques et les cibles climatiques ambitieuses exercent une influence dominante dans le paysage international alors que les principales économies mondiales se pressent pour réduire leurs émissions et se procurer de l’énergie à un coût plus concurrentiel. La sécurité climatique est la principale priorité façonnant les politiques énergétiques alors que les événements climatiques destructeurs sont devenus de plus en plus difficiles à ignorer dans les années 2030 et ont orienté les préférences des électeurs et les actions citoyennes, tout en menant les gouvernements à ranimer la coopération mondiale et les institutions internationales. On constate un retour significatif aux cibles climatiques mondiales et à la création de nouveaux mécanismes de marché pour tirer profit de la décarbonisation. Ces mécanismes comprennent notamment l’émergence de combustibles propres et d’un marché du gaz naturel certifié, soutenus par la mesure et le suivi des émissions de méthane. La capture de carbone est en voie d’atteindre les trois milliards de tonnes d’ici 2050, l’équivalent de quatre fois les émissions totales du Canada en 2025. Les membres des générations Y et Z, qui occupent désormais des postes de direction essentiels dans les entreprises, mettent en œuvre le programme de décarbonisation au sein des gouvernements et des institutions. La société civile est elle aussi caractérisée par des acteurs forts et variés qui s’assurent activement que les institutions respectent leurs engagements climatiques.

L’évolution mondiale de l’énergie

La demande totale d’énergie a augmenté de 66 % en 2040 par rapport à 2025. Elle est stimulée par l’industrialisation des marchés émergents, l’électrification des transports, le chauffage et les processus industriels. Les pays accordent la priorité au déploiement de systèmes énergétiques fondés sur les sources d’énergie renouvelable et propre telles que l’énergie nucléaire et l’hydroélectricité. Bien que le gaz naturel demeure un important combustible de transition, la dépendance aux combustibles fossiles diminue à l’échelle mondiale.

Tandis que la Chine a conservé sa position de fabricant de technologies propres et de chef de file en matière de propriété intellectuelle, les investissements occidentaux dans les technologies propres effectués au cours des années 2030 commencent à rapporter, dans le contexte d’une chaîne logistique mondiale davantage répartie qui mène à une résilience accrue et à une diminution des coûts.

Les pays qui ont développé de petits réacteurs modulaires (PRM) dans les années 2030, à savoir le Canada, les États-Unis, l’Argentine, la Pologne, la Roumanie et la Chine, exportent cette expertise vers des pays du monde entier qui souhaitent obtenir une énergie propre et fiable. L’électrification a également une longueur d’avance, ce qui permet de transférer les émissions à utilisation directe et d’augmenter l’efficacité énergétique. La demande de pétrole affiche une diminution de près de 60 % par rapport aux niveaux actuels, passant à 43 millions de barils par jour d’ici 2050, un creux inégalé depuis 1969. Bien qu’elle soit en baisse de 33 % par rapport aux niveaux actuels, la demande de gaz naturel demeure plus résiliente.

DÉCARBONISÉ : Des sources plus propres mènent la transition énergétique mondiale

L’évolution du GNL

La maturité des marchés du carbone, les mécanismes d’ajustement aux frontières et un « club méthane » parmi les acheteurs et les vendeurs du G7+ assurent la robustesse d’un marché du gaz naturel certifié. Au cours des années 2030, les dirigeants gouvernementaux et de l’industrie se sont efforcés d’élaborer des réglementations de marché claires et transparentes, alors que les entreprises recevaient des incitatifs pour réduire les émissions de méthane et cherchaient à se distinguer en fonction du rendement. Les règlements nationaux dans les pays du G7+ s’appuient sur une stratégie multilatérale de gaz naturel du G7+ qui favorise le commerce international et permet de mesurer le méthane. Des innovations importantes apportées aux technologies liées aux satellites ont donné lieu à un suivi plus efficace du méthane et à une meilleure robustesse des ensembles de données, assurant une meilleure uniformité en matière de suivi du méthane que dans les années 2020. Il existe un risque que les infrastructures existantes de GNL puissent être délaissées alors que les principales économies du monde passent à d’autres sources d’énergie renouvelable et que la demande de GNL diminue. La demande mondiale de GNL diminue rapidement en 2040, de sorte que le monde ne nécessite pas de nouveau GNL net d’ici 2050 par rapport à l’offre existante et en chantier. L’approvisionnement existant en gaz naturel provenant des sources du G7+ présente un avantage concurrentiel pour les acheteurs respectueux du climat à la recherche d’hydrogène, d’ammoniac et de gaz naturel à faibles émissions. Les banques multilatérales de développement comme la Banque asiatique de développement ont soutenu des améliorations de l’efficacité énergétique dans la distribution du gaz et les centrales électriques au gaz, ainsi que des projets de remplacement du charbon par le gaz en Asie.

L’atteinte de zéro émission nette se produira probablement au milieu des années 2070, où la température devrait augmenter de 1,8 °C. Cependant, des efforts accrus, par exemple pour exiger une diminution de 30 % de l’intensité des émissions de carbone de la production de gaz naturel après 2030, pourraient permettre d’éviter 40 à 45 milliards de tonnes supplémentaires d’équivalents CO2 d’ici 2100 dans ce scénario.

GNL : Une occasion de réconciliation

L’occasion du Canada liée aux GNL ne peut pas être capitalisée en l’absence de partenariats et de participations autochtones. La majorité des terrains connectant les principaux champs de gaz du pays à la côte du Pacifique sont des territoires non cédés, réclamés ou ratifiés dans le cadre du traité à l’intention des Premières Nations en Colombie-Britannique. Il s’agit d’une importante occasion de réconciliation, dont on prend conscience petit à petit. Les Autochtones, par l’entremise des Nations Haisla et Nisga’a, respectivement, possèdent une participation importante dans les projets de GNL Cedar et Ksi Lisims, deux projets de la côte ouest qui ajouteront 15 millions de tonnes par an à la capacité d’exportation du Canada. En cultivant des partenariats significatifs avec les Autochtones et en élaborant des modèles liés aux capitaux, à la capacité et au consentement autochtones, le GNL peut être une occasion commune de prospérité tout en permettant au Canada de répondre aux besoins du moment et d’accélérer les projets majeurs. — Varun Srivatsan

  • Titre de l’année : « Accord du G7+ pour relier la Terre à des centres de données en orbite basse »

  • Le monde est dominé par des coalitions de nations aux vues similaires et les institutions multilatérales ont été revitalisées.

  • Une trajectoire à deux sources d’énergie émerge alors que les énergies renouvelables prennent rapidement de l’ampleur grâce aux fonds mondiaux axés sur le climat et que la demande de GNL se maintient, stimulée par l’industrialisation de l’Asie et la transition du charbon au gaz.

  • Les chaînes logistiques mondiales et le commerce international sont plus résilients et répartis plus équitablement, la coalition du G7+ consolidant son influence en matière de GNL et de fabrication en vue de contrer la domination de la Chine sur les chaînes logistiques.

Contexte

Dans le scénario démocratique de 2040, le monde présente de solides coalitions entre les nations aux vues similaires, qui déploient des efforts croissants pour lutter contre la fragmentation de la fin des années 2020 et du début des années 2030. Les institutions multilatérales sont en pleine renaissance grâce au changement de cap dans leur gouvernance et leur structure en vue de répondre aux défis mondiaux fréquents et critiques. Un certain nombre de pays sont dissidents et axés sur les régions, comme nous l’avons vu dans le cadre du retrait des institutions internationales qui a eu lieu pendant les années 2020 et au début des années 2030. Le paysage international est désormais dominé par les coalitions de pays démocratiques du G7+ visant à contrer la Chine et la Russie et à assurer la résilience dans les secteurs critiques de l’économie, comme la fabrication de pointe, la défense et l’énergie. Le plus récent accord du G7+ permet aux importateurs de gaz du G7 et à leurs alliés comme la Corée du Sud d’approvisionner en gaz les centres de données et l’infrastructure numérique requis pour alimenter la prochaine génération de technologies d’intelligence artificielle (IA). À mesure que les énergies renouvelables continuent de prendre de l’ampleur, le gaz a un rôle essentiel à jouer pour répondre aux pointes de consommation des grandes villes et pour soutenir la résilience des réseaux électriques. La coopération du G7+ au chapitre du gaz naturel a réduit la volatilité des marchés du gaz par rapport aux années 2020. Cependant, en l’absence d’un marché robuste des gaz propres, les tensions demeurent entre les pays de l’Union européenne et le reste des membres du G7, qui ont mis en péril l’atteinte des cibles d’émissions en faveur de l’abordabilité et de la résilience. La place publique mondiale est robuste dans les pays démocratiques, où les organisations de la société civile favorisent une collaboration et une coopération accrues entre les pays partageant les mêmes valeurs et ayant renouvelé leurs engagements envers des objectifs climatiques ambitieux. Toutefois, l’oppression systémique des acteurs de la société civile dans les états non démocratiques crée une division mondiale entre les démocraties libérales et le reste du monde.

L’évolution mondiale de l’énergie

Les progrès réalisés à l’égard du climat débutent lentement dans les années 2030, mais le Fonds vert pour le climat commence à avoir une incidence réelle sur l’atténuation des changements climatiques et sur les actions climatiques. Les contributions provenant à la fois de l’hémisphère sud et du G7+ signifient qu’en 2040, le Fonds a atteint une valeur de 800 milliards de dollars en placements à effet de levier, avec un total de 25 milliards de tonnes d’émissions évitées. Le Fonds vert pour le climat n’est qu’un exemple du sentiment général selon lequel le délaissement des combustibles fossiles est inévitable et que la part de la combinaison énergétique mondiale constituée de sources renouvelables continue de s’accroître de manière exponentielle. L’adoption rapide des sources d’énergie renouvelable à coût concurrentiel de même que la stratégie coordonnée du G7+ en matière de gaz naturel ont aidé l’Occident à obtenir de l’énergie pour les économies à croissance rapide comme l’Indonésie et l’inde.

Le commerce international et les chaînes logistiques se diversifient en 2040 par l’entremise d’un accord de commerce international et régional. La délocalisation dans un pays allié et le rapatriement, lorsqu’ils sont mutuellement bénéfiques et effectués de façon systématique et ordonnée assure une certitude politique et débloque des capitaux pour les infrastructures essentielles. Pour les membres du G7+, leur diplomatie mutuelle leur permet de trouver un terrain d’entente à des fins de croissance économique axée sur le climat, et d’assurer ainsi leur présence géopolitique dans le sud et le sud-est de l’Asie, faisant obstacle à l’influence de la Chine.

Le leadership technologique est réparti entre divers États, y compris la Chine, les États-Unis et les Émirats arabes unis, qui continuent d’être des chefs de file comme au milieu des années 2020. Un engagement renouvelé envers les institutions multilatérales a toutefois mené à des pactes mondiaux robustes, comme un accord numérique mondial visant à démocratiser l’accès à l’IA et aux sources d’énergie requises pour alimenter une nouvelle économie de données.

DÉMOCRATIQUE : Les producteurs de marché libre et à faible émission de carbone intensifient leurs forces

L’évolution du GNL

L’accès à un approvisionnement résilient en gaz naturel par l’intermédiaire de la coalition du G7+ permet de mieux adopter l’IA et répondre aux besoins énergétiques afin d’industrialiser davantage l’Asie. Le Japon, la Thaïlande, la Corée et l’Inde sont des marchés où la demande est forte alors que la renaissance de l’Asie domine la demande mondiale de GNL en 2050. La demande de GNL atteint 692 millions de tonnes en 2050 et continue d’augmenter dans un contexte où la croissance économique mondiale stimule la demande. L’incidence climatique de cette réalité est atténuée par la maturité des technologies de capture du méthane et par la demande de gaz à faibles émissions par des acheteurs éthiques comme le Japon. Cependant, un marché mondial des gaz propres n’a pas émergé conformément aux prévisions des experts à la fin des années 2020. Les mécanismes du marché des gaz propres sont adoptés par de plus petites coalitions d’États entretenant des relations commerciales bilatérales ou multilatérales. Les marchés du carbone en expansion au sein du G7+ assurent ultimement une transition énergétique et une offre accrue de gaz naturel, ce qui permet de faire croître une demande de gaz naturel ancrée dans la transition du charbon au gaz en Asie. Alors que la coordination du G7+ à l’égard d’une stratégie de gaz naturel permet d’accéder à une offre et une demande résilientes dans ces pays, la Chine continue de jouer un rôle de chef de file d’importance croissante en technologies propres et en manufacture, ce qui pose un risque majeur aux membres du G7+ qui cherchent activement ces technologies afin de respecter leurs engagements climatiques.

À titre d’hôte du G7 et de cinquième producteur de gaz naturel au monde, le Canada occupe une position unique pour façonner l’avenir du gaz naturel en faisant progresser ses propres objectifs économiques et climatiques et en appuyant la sécurité de l’énergie à l’échelle mondiale.

Plusieurs obstacles freinent toutefois le gaz naturel. Tout d’abord, les pays membres du G7+, qui forment le noyau dur, ainsi que leurs alliés tels que l’Australie et la Corée du Sud, ne sont pas en phase en ce qui concerne le rôle du gaz dans l’avenir des marchés énergétiques. Les principaux producteurs comme le Canada et les États-Unis ont besoin d’une sécurité contractuelle pour bâtir l’infrastructure et l’offre stratégique. Cependant, les consommateurs comme la France, le Japon et la Grande-Bretagne veulent la souplesse contractuelle et des sources d’approvisionnement diversifiées pour couvrir leurs risques et atteindre leurs cibles climatiques. Un autre niveau de complexité est ajouté lorsque le Canada, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et les États-Unis favorisent le gaz naturel, tandis que la France et la Grande-Bretagne soutiennent une utilisation accrue de l’hydrogène, de l’énergie nucléaire et du gaz à faible teneur en carbone pour atteindre les objectifs climatiques. De plus, les gouvernements respectueux du climat en Australie, au Canada, en France et dans le reste de l’Union européenne ne s’entendent pas non plus avec les États-Unis, qui considèrent que les combustibles fossiles stimuleront leur domination énergétique.

Un cadre politique coordonné et coopératif adopté par les membres du G7 peut faciliter la création d’un marché résilient de gaz naturel et de GNL qui réduit la volatilité des prix, débloque des capitaux, augmente l’offre diversifiée, réduit les risques liés à la demande et assure la transition éventuelle vers un marché du gaz décarbonisé.

Voici certaines approches axées sur l’action qui pourraient aider le G7, par l’intermédiaire de ses ministres de l’Énergie, à passer à un avenir du gaz démocratique et décarbonisé :

1. Déclarer un accord du G7 pour soutenir le gaz naturel décarbonisé

Un accord politique du G7 qui définit le rôle du gaz naturel et des combustibles connexes dans divers scénarios énergétiques peut contribuer à briser le cycle d’essor et de contraction des prix et des placements. Il peut également signaler le niveau d’investissement et de financement d’une infrastructure de gaz suffisant pour combler l’écart détecté par rapport à l’offre attendue dans trois des quatre scénarios présentés dans le présent document.

Les gouvernements du G7 doivent également s’efforcer de mettre fin au débat sur le gaz naturel voulant qu’il soit soit une solution aux changements climatiques, soit qu’il y contribue. En fait, les deux prises de position sont vraies. À court ou moyen terme, la transition du charbon au gaz naturel, la réduction de l’intensité des émissions de méthane et le déploiement du gaz comme solution provisoire aux sources renouvelables contribuent considérablement aux actions climatiques. À long terme, les gouvernements doivent collaborer avec l’industrie pour obtenir un engagement à développer de nouvelles voies axées sur le gaz naturel à faible teneur en carbone qui pourrait être requis dans tous nos scénarios.

2. Mettre en place un marché mondial du gaz stable et fonctionnel

Le marché du GNL a changé du tout au tout au cours de la dernière décennie, passant d’une série de marchés régionaux reposant principalement sur des contrats à long terme indexés en fonction du prix du pétrole à quelque chose de plus dynamique et global.

Sur ces aspects, le marché du GNL commence à ressembler au marché mondial du pétrole qui a acquis de la profondeur, de la résilience et une grande liquidité depuis les années 1980, offrant un vaste éventail de contrats, d’étalons de prix et d’outils de gestion du risque pour les marchés tant physiques que financiers. Ces caractéristiques signifient que le cours du pétrole, bien que volatile, a une plus grande capacité à absorber les chocs et à se rééquilibrer.

Malgré les progrès réalisés, le marché du GNL a encore du chemin à faire avant de devenir suffisamment mondial et liquide pour attirer des importateurs sensibles aux prix et des fournisseurs de capitaux ayant une aversion pour le risque. La flambée des prix à laquelle on a assisté en 2022, en plein conflit entre la Russie et l’Ukraine, a été dramatique et néfaste pour les consommateurs, ce qui a entraîné un rebond de la demande de charbon en Asie et la fermeture de sites de production industrielle à forte intensité en gaz naturel dans l’Union européenne.

Une caractéristique clé doit être ajoutée à un accord mondial sur le gaz afin de développer un marché négociable avec des participants au marché financier et au marché au comptant, diminuant ainsi le risque lié aux capitaux, réduisant les coûts d’investissement et encourageant des investissements supplémentaires. D’autres participants financiers ou non commerciaux peuvent contribuer à accroître la liquidité et à attirer de nouveaux capitaux.

Le marché mondial du GNL doit également s’appuyer sur des cours de référence efficaces et transparents. L’émergence de ces étalons de référence dont la durée et l’indexation varient peut soutenir un marché fonctionnel. Cela comprend la capacité à monter des contrats pour négocier des cargaisons de GNL à l’aide de divers marqueurs à différentes périodes afin d’éviter l’exposition à une formule unique selon les indices de référence Henry Hub ou Brent. Les pays du G7 doivent tenter de poursuivre les efforts existants, dont le dialogue entre producteurs et consommateurs mené par le Japon.

Technologie du méthane : Contenir un gaz puissant

Le gaz naturel est principalement composé de méthane, un puissant gaz à effet de serre. La réduction des émissions de méthane dans la chaîne de valeur du GNL, qu’il s’agisse de têtes de puits, de transporteurs ou de regazéification, est considérée comme un facteur clé du rendement environnemental pour les entreprises. Ceci est particulièrement essentiel puisque le méthane est de 28 à 36 fois plus puissant que le CO2 sur une période de 100 ans.

Plusieurs technologies peuvent contribuer à colmater les fuites provenant de l’infrastructure du GNL. Cela comprend la technologie qui peut détecter (au moyen de satellites et de capteurs aériens et terrestres), contenir (au moyen d’unités de récupération de vapeur et de dispositifs pneumatiques à faible débit de purge) ou brûler (au moyen de fûts de torche haute efficacité) du méthane. Les émissions peuvent également être réduites en remplaçant les dispositifs à gaz, comme les compresseurs ayant des équivalents électriques, libérant ainsi le gaz nécessaire pour l’expédition.

Plusieurs technologies et politiques permettent déjà de changer les choses. Aux États-Unis, l’intensité des émissions de méthane a diminué dans les installations de transformation (30 %) et de transmission et de compression (33 %) du gaz naturel de 2014 à 2023, selon les données de l’Agence de protection de l’environnement (EPA). Pendant ce temps, la Norvège présente la plus faible intensité d’émissions au monde en raison de politiques comme l’interdiction du torchage non urgent qui remonte à aussi loin que 1971, et la taxe sur l’éventage et le torchage imposée en 2015.

Toutefois, il demeure difficile de mesurer avec précision les émissions de méthane, tandis que les estimations sont assujetties à une incertitude et à une sous-évaluation généralisées. Au fil des avancées au chapitre de la mesure du méthane (par exemple, au moyen de la surveillance par satellite, qui est actuellement liée à plus de douze satellites en orbite), les exploitants et les organismes de réglementation peuvent réfréner davantage les émissions, réduire l’incertitude liée aux mesures et prendre des mesures d’atténuation appropriées.

Certaines méthodologies d’atténuation du méthane permettront aussi possiblement aux producteurs pétroliers et gaziers de capturer le méthane et de le réintégrer dans la chaîne du gaz afin de diminuer les émissions. En Amérique du Nord, par exemple, les technologies de détection et de réparation des fuites et les pratiques améliorées de maintenance de l’équipement peuvent éviter jusqu’à 55 millions de tonnes métriques, au bas mot, d’équivalent dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO2) en émissions de méthane chaque année, ce qui correspond à retirer 13 millions de véhicules à gaz de la route. – Vivian Sorab

3. Investir dans la décarbonisation pour réduire les émissions au moyen de nouvelles technologies 

Un accord du G7+ sur le gaz ne doit pas être interprété comme approuvant les pratiques habituelles. Il est essentiel que des mesures d’atténuation des émissions de méthane soient prises parallèlement aux trajectoires vers des combustibles carboneutres dérivés du gaz naturel.

L’élimination des émissions fugitives et le torchage ou l’éventage courant découlant de la chaîne de valeur du gaz naturel sont intégrés à l’engagement mondial sur le méthane, qui est fondamental pour que les espoirs de l’industrie du gaz naturel correspondent à un avenir à faibles émissions en carbone. Cela peut également être favorable aux entreprises puisque les coûts d’atténuation sont généralement peu élevés, voire positifs, lorsque le gaz fugitif peut être capturé, transformé et vendu.

Le G7 peut jouer un rôle crucial pour soutenir le déploiement de protocoles de mesure, de surveillance, de déclaration et de vérification (MSDV) des émissions de méthane. L’UE dirige ces efforts par l’entremise du déploiement de sa réglementation sur le méthane, qui impose au secteur de l’énergie de consigner l’intensité en méthane des importations de combustibles fossiles et qui annonce la transition vers les combustibles à faible intensité en méthane. Cela peut constituer un facteur de différenciation pour les sources de GNL et mettre à contribution d’importants consommateurs comme le Japon et la Corée du Sud pour adopter des règlements similaires à ceux de l’UE, tandis que des producteurs comme le Canada, les États-Unis et l’Australie sont en phase sur le plan de l’échéancier et des trajectoires technologiques et politiques en vue d’une réduction rapide de l’intensité en méthane.

La voie vers des combustibles carboneutres doit inclure l’application d’une technologie de capture et stockage du carbone à la production de produits d’ammoniac, de méthanol et d’hydrogène. La technologie de capture et de stockage du carbone sera également essentielle au maintien de la sécurité de la demande à long terme du gaz naturel dans la production d’électricité dans un contexte de décarbonisation de la production industrielle.

La sécurité énergétique dépend généralement de la diversification des sources d’énergie par type de combustible, technologie et région. L’électricité propre est essentielle pour atteindre une économie à faibles émissions de carbone, mais le maintien d’un système diversifié et résilient nécessitera d’autres sources, y compris l’énergie nucléaire, la bioénergie, les crédits de carbone et la capture du carbone. Les combustibles sans carbone et à faibles émissions de carbone peuvent également soutenir la décarbonisation des processus de production industrielle, y compris la production d’acier et de ciment où des températures plus élevées sont requises. Le Canada et les États-Unis travaillent aussi de pair avec les pays du G7+ pour décarboniser les marchés du combustible de soute en passant à l’ammoniac ou au méthanol. Des données récentes provenant de la Chine montrent une trajectoire permettant de remplacer le diesel dans le secteur du camionnage par le GNL, une voie qui pourrait éventuellement mener à l’hydrogène propre.

4. Promouvoir de nouveaux outils de financement pour que les économies en développement investissent dans la croissance propre

L’état du GNL à titre de combustible fossile et la volatilité inhérente de ses prix en tant que marchandise, de même que sa forte intensité de capital, présentent des défis au chapitre du financement de projets. Les pays en développement nécessitent souvent une infrastructure à grande échelle pour importer et stocker le GNL et convertir le liquide en gaz afin de l’expédier vers les marchés internes. La plupart ont besoin de financement à conditions préférentielles. Un signal clair de la politique du G7+, en gage d’une plus grande acceptation du gaz naturel, permet de débloquer le financement auprès de plusieurs institutions, y compris des banques multilatérales de développement comme la Société Financière Internationale et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), des agences nationales de crédit à l’exportation comme Exportation et développement Canada ainsi que les banques et les gestionnaires d’actifs du secteur privé qui ont exclu les investissements dans le gaz naturel de crainte de « bloquer » leurs émissions ou de ne pas respecter les objectifs de l’Accord de Paris. Les politiques connexes doivent souligner l’accord mentionné ci-dessus conclu entre les États membres du G7 et s’engager à réduire les risques du secteur du gaz naturel et à le décarboniser.

L’évolution et la progression continues de l’article 6 de l’Accord de Paris et l’utilisation des résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI), dont le mécanisme conjoint de crédit du Japon, peuvent également offrir de nouvelles méthodes de financement fondées sur le transfert des crédits de carbone générés par les investissements dans la réduction du méthane, la transition du charbon au gaz naturel ou le passage du combustible de soute à l’ammoniac propre.

Cependant, l’article 6 ou le cadre RATI actuel ne convient pas au gaz naturel ou au commerce entre pays développés. Néanmoins, l’esprit des « clubs de carbone », tout comme la création d’incitatifs communs pour des projets de réduction du carbone liés au gaz naturel entre les membres du G7, pourrait servir à créer des flux de revenu qu’il est possible de financer pour ces projets. Ces mesures pourraient être complétées par des programmes comme les obligations de transition verte (GX) du Japon et les fonds climatiques de la Corée du Sud pourraient aussi cofinancer le GNL conformément à la sécurité énergétique et aux transitions liées aux émissions.

Le recours au gaz naturel certifié peut démontrer une voie claire vers la décarbonisation et l’harmonisation avec les valeurs du G7+, ce qui réduit les risques de financement de projets, améliore l’économie des projets au moyen d’une bonification des tarifications et des conventions d’achat, et permet d’accéder au financement des transitions.

Programme d’échange des droits d’émission du Japon

Lancé en 2023, le programme d’échange de droits d’émission pour la transition verte (GX-ETS) est un élément central de la stratégie du Japon pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050 et soutenir la décarbonisation sectorielle au moyen d’une approche par étapes. Les crédits de carbone vendus aux enchères contribuent au remboursement des obligations de transition verte (GX), ce qui soutient les dépenses axées sur la transition dans des domaines comme l’hydrogène, l’ammoniac, la capture de carbone et l’infrastructure de véhicules électriques. Ces obligations souveraines visent à recueillir environ 20 billions de yens (150 milliards de dollars américains) d’ici le début des années 2030, favorisant une plus grande mobilisation des capitaux d’environ 150 billions de yens (1 billion de dollars américains) en investissements publics et privés.

Bien que sa priorité soit la décarbonisation intérieure, le Japon a exprimé son intérêt à trouver des chaînes logistiques d’énergies propres et à faibles émissions de carbone à l’étranger et à financer les coûts de développement de technologies propres.

Le Canada peut bénéficier grandement de l’harmonisation de ses exportations de combustibles propres, en particulier le GNL et l’hydrogène, avec les objectifs de transition verte du Japon, à condition que les projets satisfassent aux normes japonaises en matière d’intensité en carbone, de transparence et de fiabilité.

Voici comment :

  • La politique de transition verte du Japon accepte que le GNL à faible teneur en carbone soit en phase avec la transition, particulièrement lorsqu’il est jumelé à une décarbonisation du méthane, à un processus de capture et de stockage du carbone, ou à des normes d’émissions de gaz certifié. Il se peut que le GNL canadien soit admissible à des contrats d’approvisionnement à long terme en phase avec la transition verte, si la réduction des émissions peut être vérifiée.

  • Les investissements du Japon par l’entremise d’obligations de transition verte, en particulier dans une infrastructure comme la liquéfaction et le transport, y compris la capture et le stockage du carbone. Le pays fait déjà appel à l’Australie et à d’autres pays pour obtenir de l’ammoniac. Les produits d’énergie certifiés à faible teneur en carbone peuvent tirer parti de plusieurs occasions, y compris du financement par l’entremise d’obligations de transition verte et le mécanisme de crédit conjoint du Japon, une initiative bilatérale lancée par le gouvernement pour faciliter la réduction des émissions de GES en collaboration avec des pays partenaires.

  • Le Canada peut également participer au programme du Japon d’élargir les importations d’hydrogène vert et bleu et d’ammoniac à des fins de production d’énergie et d’utilisation industrielle, en raison du potentiel du Canada à produire de l’hydrogène vert et de divers projets de production d’hydrogène en développement en Alberta et à Terre-Neuve-et-Labrador. L’hydrogène bleu, par l’entremise du gaz naturel ayant un potentiel de capture et de stockage du carbone, pourrait devenir une autre occasion.

  • L’économie japonaise a aussi besoin d’énergie pour maintenir son avantage sur le plan des calculs et de l’infrastructure numérique. Les centres de données, l’IA et l’infrastructure numérique dépendront du gaz naturel. — Robert J. Johnston.

5. Créer un Centre d’excellence pour communiquer des perspectives de marché, des technologies et de meilleures pratiques

The U.S. and Canada have strong incentives for cooperation on natural gas. The two countries have deeply integrated domestic markets, growing demand for gas-fired electricity to support reindustrialization and data centres, and a shared need to ensure growing exports do not lead to higher prices at home. Increasingly, as LNG exports from North America grow, the incentives for cooperation and coordination across the G7+ loom large.

Le G7+ peut faire progresser ces intérêts par l’entremise d’une nouvelle organisation afin d’assurer le suivi des mesures techniques et politiques en vue de soutenir la mise en œuvre d’un marché du gaz naturel décarbonisé et dont les risques ont été atténués. Le Canada serait un excellent emplacement pour ce centre en raison de son rôle d’hôte du 51e sommet des dirigeants du G7, des engagements à long terme envers l’action climatique, de l’expertise technique en forage horizontal, en capture du méthane et en électrification, et de son rôle croissant à titre de producteur.

Le Centre pourrait commanditer la recherche technique appliquée dans des domaines comme la réduction des émissions de méthane, l’ammoniac à moindre coût et les carburants à l’hydrogène. La recherche politique et l’innovation financière sont tout aussi importantes dans des domaines comme l’évaluation de projets réglementaires, le partage des avantages communautaires, les protocoles de MSDV du méthane, et le financement durable et des transitions soutenant les pays en développement. Le Centre pourrait prendre des mesures supplémentaires pour analyser le développement des marchés du carbone, y compris des marchés de gaz naturel certifié.

Un Centre d’excellence du G7 serait un indicateur clair des plus importants producteurs et consommateurs de gaz naturel au monde au sujet de leur engagement envers un marché mondial du gaz décarbonisé et dont les risques ont été atténués.

Gaz certifié : La norme de référence

Plusieurs programmes de certification du gaz naturel souscrits par des tiers indépendants ont émergé au cours des dernières années. Les exploitants nord-américains Project Canary, Equitable Origin (EO) et MiQ (Methane Intelligence) jouent un rôle significatif pour certifier les bénéfices du gaz naturel sur le carbone, l’environnement et les droits de la personne.

En Amérique du Nord, quelque 30 % du gaz naturel est actuellement certifié par EO et MiQ. Un tiers de la production provenant du bassin de Montney au Canada est certifié, tout comme les deux tiers de l’offre contractuelle du projet LNG Canada, qui sera lancé sous peu. Plus de la moitié de la production d’Utica et de Marcellus, dans le nord-est des États-Unis, est également certifiée.

En ce qui concerne le méthane, dont les fuites ne sont souvent pas signalées, les producteurs certifient les volumes de gaz naturel auprès de MiQ comme moyen de souligner la faible teneur en carbone de leurs molécules. D’autres aspects liés au rendement environnemental et social excédant les seuils minimums réglementaires, comme la participation autochtone au capital et la réduction de la consommation d’eau, sont communiqués en vertu de la norme d’EO, ce qui concorde largement avec les déclarations requises au titre de la nouvelle directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises de l’UE. La théorie est que ces attributs environnementaux et sociaux mèneraient à des prix plus élevés ou, à tout le moins, à un meilleur accès au marché.

Le marché certifié se trouve aux premiers stades de développement, mais les perspectives pour le gaz naturel et les catalyseurs réglementaires potentiels pourraient mener à un marché plus important et plus liquide. Si suffisamment de pays élaboraient et mettaient en œuvre conjointement une exigence d’intensité en méthane (ou une norme de certification plus générale) excédant le volume du gaz naturel certifié, la valeur des certifications augmenterait et encouragerait une réduction supplémentaire des émissions.

Enfin, l’audit effectué dans les champs par des experts sectoriels à la suite de processus d’assurance de mieux en mieux définis conformes aux normes ISO et IFRS assure la rigueur et la documentation améliorées des demandes de règlement nécessitant un plus grand engagement et le rendement correspondant. Les certifications peuvent aussi contribuer à réduire le financement de projets et les primes de risque d’assurance, améliorant l’aspect économique des projets grâce à la bonification potentielle de la tarification et des conventions d’achat et permettant d’accéder au financement de la transition. Dr Robert J. Johnston

Les 5 grands : les sources d’énergie qui ont alimenté l’économie mondiale au cours des 25 dernières années

Charbon

2000: 24 % de la part du marché mondial
2024: 26 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale de charbon a augmenté de 67 % depuis 2000, la croissance en Asie compensant largement les diminutions en Europe et en Amérique du Nord. La Chine a représenté à elle seule 74 % de la croissance en Asie. Alors que la consommation chinoise devrait diminuer, la hausse de la consommation en Inde et dans le sud-est de l’Asie signifie que le charbon demeurera une source d’énergie essentielle dans les économies asiatiques.

Pétrole

2000: 37 % de la part du marché mondial

2024: 31 % de la part du marché mondial

La consommation mondiale du pétrole a augmenté de près de 30 % depuis 2000, la Chine représentant plus de la moitié de cette croissance. La consommation en Amérique du Nord et en Europe est essentiellement stable, la croissance provenant surtout des marchés émergents. Le transport routier, le transport maritime et l’expédition ont représenté près de 80 % de la croissance de la demande mondiale de pétrole depuis 2000. Malgré tout, la prédominance du pétrole au sein des systèmes énergétiques mondiaux continue de décliner.

Énergie nucléaire

2000: 7 % de la part du marché mondial

2024: 5 % de la part du marché mondial

La production d’énergie provenant de la technologie est demeurée relativement stable au cours des 25 dernières années, dans un contexte où la diminution dans les pays développés est compensée par la nouvelle capacité en Chine. Les nouvelles centrales nucléaires proposées et en cours de construction en Asie, la remise en service des centrales nucléaires au Canada et en Europe, de même que les nouvelles conceptions de réacteurs aux États-Unis, qui sont largement attribuables aux besoins en électricité des centres de données, pourraient compenser la baisse historique de l’énergie nucléaire.

Énergies renouvelables

2000: 10 % de la part du marché mondial

2024: 13 % de la part du marché mondial

La production d’énergie éolienne et solaire a augmenté de manière exponentielle par rapport aux niveaux négligeables de 2000, faisant passer la part totale du marché mondial des sources primaires d’énergie renouvelable (y compris l’énergie hydroélectrique et la biomasse) à 13 %. La croissance dans d’autres sources d’énergie renouvelable comme l’énergie géothermique affiche également une croissance modérée.

Gaz naturel

2000: 22 % de la part du marché mondial

2024: 25 % de la part du marché mondial

Le gaz naturel a stimulé sa part de marché au cours des 25 dernières années, dont la demande en provenance de plusieurs économies est en hausse. La transition du charbon au gaz dans le secteur de l’énergie a aussi stimulé la demande et a contribué à réduire les émissions de plusieurs pays, y compris le Canada. Depuis 2000, 50 % de la croissance du gaz provient du secteur de l’énergie. Une croissance supplémentaire est issue du secteur de l’énergie (12 %) et du secteur résidentiel (8 %). En tant que matière première essentielle des produits pétrochimiques, le gaz se trouvait également au cœur d’un essor du plastique. La mondialisation des marchés du GNL, dans un contexte où plusieurs nouveaux pays mettent en place des terminaux d’importation du GNL, a également stimulé la demande.

Toutes les données sont tirées du rapport World Energy Outlook de BNEF.

Le projet Croissance

Le rapport fait partie du rapport Croissance de RBC, une initiative visant à générer de nouvelles idées pour l’économie canadienne. Pour obtenir des renseignements supplémentaires sur le projet Croissance, cliquez ici.

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èA moins d’indication contraire, toutes les données proviennent de Rystad Energy.

Veuillez vous reporter à la section En coulisse – Notre méthode de recherche pour obtenir plus de renseignements sur la recherche collaborative.

1. McKinsey & Co.
2. Agence internationale de l’énergie
3.The Institute of Energy Economics, Japan, 2025 Outlook

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Aperçu

Sur le plan économique, tout indique en théorie qu’une société plus qualifiée sera plus productive. Les pays et les régions dont la population est plus qualifiée sont ceux qui attireront les secteurs de pointe, en plus d’être ceux où l’épargne et les investissements seront plus importants et où de tout nouveaux secteurs économiques émergeront.

Ce n’est pas encore le cas au Canada. Même si la population canadienne affiche l’un des taux de diplomation postsecondaire les plus élevés au monde et que la fréquentation des établissements d’études postsecondaires est en hausse constante depuis 25 ans, le pays tire de l’arrière au chapitre de la performance économique, incluant la productivité. Un trop grand nombre de diplômés des études supérieures n’arrivent pas à faire progresser la performance économique. Trop peu d’employeurs réussissent à créer des équipes qui présentent les bonnes aptitudes. Trop souvent, les étudiants ignorent comment leurs études leur permettront d’accéder à un emploi. De plus, les étudiants étrangers peinent toujours à être plus productifs dans une économie qui évolue rapidement.

Il est d’autant plus urgent de relever ces défis compte tenu de la détérioration des relations commerciales qui obligent les entreprises canadiennes à chercher rapidement des occasions d’accroître leur présence mondiale et de devenir plus concurrentielles. La recherche des meilleurs talents constitue le nerf de la guerre commerciale.

Bien entendu, cet enjeu n’est pas vraiment nouveau. Au Canada, le secteur postsecondaire, les employeurs et les gouvernements s’efforcent depuis des années, des dizaines d’années en fait, de bâtir une économie plus productive basée sur le savoir et les aptitudes.

Or, malgré toutes les innovations misant sur la préparation à l’emploi, l’éducation est encore loin de contribuer à l’économie. Une situation que le Canada ne peut pas se permettre étant donné ses difficultés sur le plan économique et de la productivité.

Dans le présent rapport, nous expliquons les raisons pour lesquelles le Canada n’arrive pas à profiter des retombées de son système d’éducation postsecondaire qui est pourtant reconnu à l’échelle mondiale. Nous formulons également des recommandations pour que l’éducation postsecondaire devienne un instrument de productivité.  Il s’agit d’un instrument essentiel pour accroître l’avantage concurrentiel du Canada.  Enfin, nous présentons des moyens que certaines économies plus productives ont pris pour tirer parti du capital intellectuel et de la force de recherche de leur système d’éducation postsecondaire. Nous présentons également à des fins de réflexion de nouvelles façons de concevoir les programmes d’études postsecondaires offerts.

Cette année, RBC a lancé Le projet Croissance qui se veut une initiative pour découvrir une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne. Tout au long de ce projet, nous explorerons les principaux moteurs de la croissance économique, comme la productivité. Pour préparer notre rapport dans lequel nous tentons de comprendre pourquoi l’économie est au point mort, nous avons participé à la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur (TRAES) pour réfléchir au rôle que joue l’éducation postsecondaire dans la crise de la productivité au Canada.

La productivité est un indicateur important de la capacité d’une économie à générer un revenu supplémentaire pour chaque heure travaillée. Certaines économies génèrent un revenu supplémentaire par heure travaillée supérieur aux autres, ce qui leur permet d’afficher une performance et une croissance économiques plus élevées.

Où en sommes-nous ?

La croissance de la productivité de la main-d’œuvre au Canada diminue même si un plus grand nombre de Canadiens obtiennent un diplôme d’études

Sources : Statistique Canada, Services économiques RBC

Malgré sa population hautement qualifiée, le Canada affiche un niveau de productivité inférieur — La population du pays est l’une des plus qualifiée parmi les membres du G7 et supérieure à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2024, environ 63 % des Canadiens de 25 à 64 ans détenaient un diplôme d’études postsecondaires, contre 41 % en moyenne pour les pays de l’OCDE.1 Or, ces deux graphiques montrent que notre niveau de productivité n’a pas suivi la même trajectoire. Non seulement tirons-nous de l’arrière par rapport aux autres pays, mais l’écart s’est en plus creusé au cours des dix dernières années, même si la part de diplômés des études supérieures, dont celle des nouveaux arrivants, a augmenté.

La croissance de la productivité est inférieure à celle de nombreux pays de l’OCDE

Croissance annuelle moyenne de la productivité de la main-d’œuvre, de 2014 à 2023, en %

Sources : OCDE, Services économiques RBC

Nos diplômés se trouvent un emploi, mais leur rémunération est inférieure à celle des autres pays — Les diplômés du collégial et de l’université présentent au fil du temps un taux de chômage inférieur et un revenu supérieur aux Canadiens qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires2. Cependant, si l’on fait abstraction du niveau d’études, les Canadiens gagnent en moyenne 8 % de moins que les Américains3, un écart qui se creuse dans de nombreux emplois4. Il s’agit de l’une des raisons qui expliquent l’exode des cerveaux, c’est-à-dire les diplômés des études supérieures qui choisissent de travailler aux États-Unis, ce qui nuit au Canada, notamment sur le plan économique. En excluant le coût et la qualité de vie aux États-Unis, le Canada demeure en milieu de peloton en ce qui a trait au rendement du capital investi de chaque personne ayant poursuivi des études supérieures comparativement aux autres pays5.

Enseignement postsecondaire au Canada

Le Canada compte plusieurs systèmes d’éducation postsecondaire. De fait, chaque province et territoire est responsable (une compétence protégée par la constitution dans le cas des provinces et déléguée par le fédéral aux territoires) d’établir et de réglementer ses universités, collèges et instituts, notamment en leur déléguant les pouvoirs en matière de sanction des études et sur les questions relatives au financement et aux droits de scolarité. C’est pourquoi les politiques et les systèmes varient à l’échelle du pays. Environ 64 % des étudiants de niveau postsecondaire sont inscrits à l’université et 36 % au collège6, dont la grande majorité fréquente un établissement public parmi 100 universités et plus de 200 collèges, dont 13 écoles polytechniques.7 À cela s’ajoutent plus de 1 500 collèges privés d’enseignement professionnel, dont près de la moitié se situent en Ontario.8

Traditionnellement, les universités offrent des cours menant à un diplôme à long terme dans des disciplines académiques, alors que les collèges publics offrent des cours menant à court terme à un diplôme centré sur la carrière. Cependant, les gouvernements provinciaux autres que ceux du Québec et des quatre provinces de l’Atlantique permettent également à certains collèges publics de décerner des diplômes9 et des certificats souvent octroyés par les universités. Par ailleurs, le gouvernement fédéral contribue aux systèmes d’éducation postsecondaire en offrant des bourses de recherche, de l’aide financière aux études et des paiements de transfert aux provinces10.

Les défis

Dans le meilleur des mondes, c’est en développant une main-d’œuvre qualifiée, en stimulant l’innovation grâce aux efforts de recherche et en favorisant la collaboration entre les secteurs que l’enseignement supérieur alimente la productivité. Les établissements postsecondaires permettent aux diplômés d’acquérir des aptitudes essentielles, fournissent aux entreprises des recherches de pointe et alimentent la croissance économique en créant de nouvelles technologies et en faisant émerger des jeunes pousses et des talents. La recherche montre une corrélation positive entre la santé économique d’une région et la présence d’établissements d’enseignement supérieur, et que le PIB sera rehaussé de 0,4 % pour chaque augmentation de 10 % du nombre d’universités par habitant11. Cet effet est attribuable au dynamisme dont profitent le capital humain et l’innovation et non pas seulement aux dépenses directes des établissements et des étudiants.

Les établissements d’enseignement supérieur favorisent également la vitalité sociale et intellectuelle d’une communauté, d’une région et d’une société, même si l’effet est difficile à évaluer. Néanmoins, le cas du Canada nous permet de comprendre que l’existence d’un système d’enseignement supérieur alimenté par ses nombreux participants et ses activités de recherche ne se traduit pas nécessairement par un rendement élevé lorsqu’on l’évalue en fonction de paramètres économiques.

Qu’est-ce qui cloche ? Le manque de données et de recherches limite la capacité de déterminer les facteurs qui contribuent à la valeur économique globale de l’éducation postsecondaire.12 13 Nous pouvons toutefois observer ce qui se passe dans les autres pays qui affichent une meilleure productivité et qui disposent de solides systèmes postsecondaires pour établir ce qui fonctionne et les stratégies qui semblent prometteuses, dont quelques-unes vous sont présentées plus loin. Nous pouvons aussi recenser les lacunes évidentes au pays, que ce soit dans le développement du capital humain ou dans la recherche.

Des écarts persistent entre les connaissances et les aptitudes acquises dans les systèmes d’enseignements supérieurs et les besoins du marché du travail au Canada.

L’OCDE mentionne « qu’un niveau de scolarité plus élevé ne se traduit pas nécessairement par de meilleures aptitudes ».14 Selon les enquêtes menées auprès des employeurs, les entreprises éprouvent encore des difficultés pour embaucher des employés qui possèdent les aptitudes nécessaires, surtout des aptitudes interpersonnelles et en communication.15 Nous savons aussi que l’écart se creuse dans le cas des aptitudes techniques des diplômés liées à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et aux mégadonnées, qui gagnent toutes rapidement en importance.

En raison du caractère inadéquat des modèles d’affaires des établissements postsecondaires, les systèmes d’enseignement supérieur du Canada ne pourront pas atteindre leurs objectifs dans l’état actuel de l’économie mondiale.

Le bilan des établissements postsecondaires est peu reluisant. Les finances de ces établissements se détériorent rapidement à cause de la stagnation du financement gouvernemental provincial, du plafonnement, voire du gel, de l’augmentation des droits de scolarité des étudiants, et du changement de la politique fédérale sur l’immigration qui a fait chuter brusquement le nombre d’étudiants étrangers et les revenus imposants provenant de leurs droits de scolarité plus élevés qui contribuaient à leurs bénéfices. La diminution de leurs revenus est susceptible de s’aggraver en l’absence d’une réforme de leurs modèles d’affaires pour les adapter à l’évolution de l’économie.

Le problème est que les dirigeants des établissements postsecondaires n’ont pas assez de contrôle sur leurs sources de revenus, sont assujettis à des règles de gestion budgétaire et n’ont peu ou pas la capacité de réduire ou de réaffecter une partie de leurs charges fixes les plus importantes. Les salaires et les avantages sociaux des employés représentent plus de 50 % des dépenses totales des collèges et des universités.16 Par ailleurs, les nombreuses facultés permanentes ainsi que la protection que confèrent les conventions collectives et l’ancienneté au corps professoral empêchent les établissements d’ajuster ou d’éliminer des programmes en fonction des inscriptions et de la demande. L’embauche de chargés de cours pour enseigner aux étudiants est l’une des stratégies qui visaient en théorie à obtenir une plus grande souplesse. En pratique, cette stratégie n’a pas fait de miracle et a entraîné la création d’un sous-groupe de professeurs qui ne disposent pas de ressources suffisantes ou d’une stabilité d’emploi élémentaire.

Dans un tel contexte financier fragile et limité, les programmes d’études universitaires qui s’harmonisent le mieux aux secteurs très productifs sont ceux qui coûtent le plus cher à exploiter. Les programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) sont en plein essor depuis plus de 30 ans, profitant de l’engouement du marché du travail et des étudiants. De fait, les inscriptions sont passées de 18,3 % en 1992-1993 à près de 26 % en 2022-2023.17 L’utilisation de laboratoires, d’ordinateurs et d’autre équipement fait grimper leur coût qui représente au moins le double de celui d’une formation en sciences humaines ou en administration des affaires.18 19 Si les collèges et les universités ne peuvent plus compter sur les sources traditionnelles de revenus, ces établissements devraient être libres, voire incités, de trouver de nouveaux flux de revenus, d’élaborer de nouveaux modèles de financement et de revoir leur mission éducative en fonction de leurs besoins, mais aussi, de façon plus large, de leur rôle à l’échelle de la société et de l’économie. Prenons l’exemple de l’Université d’État de l’Arizona (que nous verrons plus loin), qui a adopté une approche entrepreneuriale pour réinventer ses programmes, ses activités de recherche ainsi que son modèle d’affaires afin de reprendre le contrôle sur sa destinée fragilisée par une réduction du financement de l’État tout en faisant de l’accès aux étudiants, notamment des groupes marginalisés, sa priorité.

Le Canada manque de données comparables pour évaluer le rendement de nos systèmes postsecondaires et faire des liens avec les données du marché du travail.

Il est difficile de régler un problème quand on n’a pas toute l’information. Or, c’est ce qui arrive au Canada qui manque de données pour évaluer la performance de ses systèmes d’éducation postsecondaire.20 Les statistiques sur la proportion d’études complètes et l’emploi sont parfois connues, mais les données sur la performance ne sont pas uniformes d’une province ou même d’un établissement à l’autre. Elles ne sont par ailleurs pas publiées en temps opportun ni assez fiables pour pouvoir évaluer si les aptitudes des diplômés correspondent aux besoins du marché du travail. Puisque la responsabilité de l’enseignement supérieur relève des provinces et des territoires, la normalisation de ces données à l’échelle nationale peut sembler impossible. Or, l’intérêt renouvelé pour trouver des façons de mieux harmoniser les économies et le commerce entre les provinces et les territoires représente une occasion idéale d’inviter les établissements postsecondaires à la table de discussion.

Des pays comme les États-Unis et l’Australie font un meilleur suivi des données d’enseignement postsecondaire, ce qui leur permet de discuter des politiques publiques et d’y apporter des changements de façon éclairée. Aux États-Unis, les établissements qui participent aux programmes fédéraux d’aide aux étudiants sont tenus d’effectuer le suivi des données qui peuvent ensuite être consultées dans les systèmes intégrés de données d’éducation postsecondaire. L’Australie a élaboré des indicateurs de qualité pour  l’apprentissage et l’enseignement tirés d’enquêtes parrainées par le gouvernement qui sont menées chaque année auprès des étudiants aux niveaux supérieurs de l’inscription à l’emploi.

Les diplômes des études supérieures ne correspondent pas tout à fait aux besoins.

Près de 15 % de la population active au Canada est titulaire d’un diplôme d’études supérieures, ce qui est un peu moins que la proportion de 16 % de bacheliers en 1997.21  Or, ces diplômes ne mènent pas tous vers un emploi où une telle formation est exigée. (En fait, le nombre d’emplois vacants pour lesquels seul un diplôme d’études secondaires est exigé est plus élevé que ceux où l’on demande un baccalauréat ou un diplôme plus élevé22.)

Par conséquent, on observe un nombre croissant de Canadiens hautement qualifiés dans des emplois qui ne mettent pas à profit leur diplôme. Le Canada s’est classé au deuxième rang des 37 pays de l’OCDE pour son taux le plus élevé de travailleurs surqualifiés23, qui s’élève à 10,6 % pour les travailleurs nés au Canada et à 11,8 % pour les immigrés ayant étudié au Canada en 202324.

Il ne fait aucun doute que les titulaires de diplômes d’études supérieures gagnent un salaire plus élevé que ceux qui n’ont pas de diplôme d’études postsecondaires. Or, l’écart se resserre lorsqu’on les compare les détenteurs d’un baccalauréat et d’une maîtrise. Entre 1997 et 2019, l’écart de salaire était de 23 % en moyenne. Depuis la pandémie, l’écart a diminué pour s’établir à 18 %, car un plus grand nombre de titulaires de diplôme d’études supérieures sont en concurrence pour décrocher un nombre inférieur d’emplois nécessitant leurs compétences25. Le choix du programme est également un facteur important : les docteurs en administration des affaires sont ceux qui gagnaient le salaire le plus élevé en 2021, selon une analyse menée auprès de cette cohorte, alors qu’ils ne représentaient que 4 % de tous les docteurs. À l’inverse, les docteurs en sciences humaines (9 %) et en sciences (22 %) figuraient parmi ceux dont le salaire était le moins élevé. Le salaire des titulaires d’un doctorat en mathématiques et en informatique est celui qui a enregistré la plus forte croissance au cours des cinq années suivant l’obtention du diplôme26.

Soulignons également que les titulaires de doctorats sont moins nombreux à travailler dans le secteur privé au Canada comparativement aux États-Unis. Cette situation pourrait s’expliquer par le fait que notre économie demeure en majeure partie basée sur les ressources et en raison des investissements moins importants dans les secteurs de la recherche et développement qui exigeraient de telles aptitudes27. Néanmoins, les étudiants diplômés participent généralement moins aux programmes d’apprentissage intégré au travail (que nous verrons plus loin) et ont peu d’occasions de montrer et de mettre en pratique leurs aptitudes et leur savoir-faire aux entreprises canadiennes qui pourraient en tirer parti. Certes, le Canada a besoin de diplômés des études supérieures, mais il faudrait davantage penser à privilégier les programmes qui répondent le mieux aux besoins et à la façon de profiter le plus des aptitudes et des connaissances qu’ils permettent d’acquérir.

Une expansion des campus et des programmes a été observée au Canada au cours des 25 dernières années, mais on ignore si leur nombre ou leur répartition est favorable.

Le nombre d’étudiants aux niveaux supérieurs a augmenté au cours des 35 dernières années, ce qui a entraîné une expansion des programmes et des campus. L’enseignement postsecondaire doit être de qualité pour former et inspirer la nouvelle génération de talents et de travailleurs qualifiés tout en favorisant les découvertes transformatrices. Il est toutefois intéressant de se demander si la taille et la répartition de la centaine d’universités publiques, auxquelles s’ajoutent plus de 200 collèges avec leurs campus associés et les plus de 25 000 programmes qui y s’offrent répondent aussi bien qu’ils le pourraient aux besoins les plus urgents et contribuer à créer une économie plus productive au pays.

Cette question est d’autant plus importante depuis que le nombre d’étudiants étrangers a été limité, car ce bassin d’étudiants permettait jusqu’en 2024 de contrebalancer la diminution plus récente des inscriptions et des revenus des étudiants canadiens, particulièrement ressentie dans certaines régions. Selon les projections démographiques, la tranche de Canadiens de 15 à 24 ans devrait enregistrer une croissance modeste au cours de la prochaine décennie avant de diminuer pour s’établir légèrement au-dessus du niveau actuel28.

Nous avons aussi encore en tête la crise financière de 2021 qui a secoué l’Université Laurentienne de Sudbury en Ontario, lorsque l’établissement a déclaré faillite principalement en raison de la piètre planification de ses projets d’investissement et de sa lourdeur administrative, comme nous l’avons appris plus tard29.

Réfléchissons sérieusement  aux façons de mieux arrimer les ressources d’enseignement supérieur à un bassin démographique plus large d’étudiants (p. ex., les baby-boomers vieillissants) et de les adapter en fonction de l’évolution des besoins de l’économie.

Nous ne donnons pas aux diplômés internationaux des établissements postsecondaires au Canada les outils pour s’intégrer aux secteurs à forte productivité du marché du travail.

Les étudiants étrangers font partie de la solution pour répondre aux besoins économiques et résoudre la crise de productivité auxquels le Canada devra faire face. Or, au cours des dernières années, nous avons constaté que les efforts déployés au pays pour recruter ces étudiants ont conduit à des dérapages, de sorte que les étudiants n’ont pas obtenu ce qu’ils cherchaient ou se sont retrouvés dans des programmes qui n’offrent pas de débouchés dans des secteurs à valeur élevée. Par exemple, les étudiants étrangers privilégieront souvent les programmes d’administration des affaires au détriment des STGM30, ce qui fait qu’ils sont nombreux à avoir de la difficulté à trouver un emploi après avoir obtenu leur diplôme, même si leur visa leur permet de rester.

À mesure que le Canada s’efforce de réduire et de recalibrer son bassin d’étudiants, nous devrions mettre l’accent sur le recrutement et la formation d’étudiants étrangers de grande qualité tout en cherchant à développer une main-d’œuvre ciblée. Le gouvernement fédéral a récemment imposé cette exigence en adoptant de nouvelles règles concernant les domaines d’études dans lesquels les étudiants étrangers doivent s’inscrire pour être admissibles à un permis de travail postdiplôme.

Il s’agit d’un bon point de départ, mais cette stratégie n’a pas tout à fait donné les résultats escomptés et a plongé plusieurs établissements postsecondaires en crise, les contraignant à combler de toute urgence les trous laissés dans leurs finances et leurs programmes. Lorsque la situation reviendra à la normale, le choix de domaines d’études devrait également tenir compte de la demande de main-d’œuvre des régions. Les étudiants étrangers auront aussi besoin d’un meilleur soutien pour mettre en pratique leurs aptitudes dans leur milieu de travail sous la forme de services personnalisés d’orientation professionnelle et d’occasions d’apprentissage intégré au travail en raison des difficultés de certains liées aux restrictions imposées aux travailleurs étrangers.

Les étudiants ont besoin d’un éventail d’outils plus complet.

Nous avons besoin d’experts en science des données capables de raconter des histoires, des électriciens qui peuvent expliquer les termes techniques complexes à leurs clients, et des créateurs culturels dont les connaissances de pointe en technologie numérique leur permettent de réaliser des prouesses. Les aptitudes et les connaissances techniques acquises dans les programmes de STGM sont précieuses, tout comme le sont les aptitudes où les sciences sociales excellent : la capacité de s’exprimer à l’écrit et à l’oral de façon efficace et convaincante, la pensée critique et les approches créatives en résolution de problèmes.

Par ailleurs, les étudiants finissent parfois par travailler dans un autre domaine que celui dans lequel ils ont été formés, que ce soit dans les STGM, les affaires ou les sciences sociales31. Il n’existe pas assez de programmes d’études postsecondaires qui favorisent l’acquisition de connaissances dans plusieurs disciplines. Or, certains programmes comme le baccalauréat ès arts et sciences offert par l’Université McGill et qui permet aux étudiants de suivre des cours des deux facultés ou le programme de baccalauréat en industries culturelles de l’Institut de technologie de la Colombie-Britannique qui offre une formation combinée en arts, technologies et affaires     sont des exemples prometteurs. De nombreux programmes permettent aux étudiants de faire des choix et ainsi d’élargir par eux-mêmes leurs connaissances et aptitudes.

Cela n’est toutefois qu’une infime partie de ce que nous pouvons ou devons accomplir. Puisque les inscriptions dans les programmes de sciences humaines continuent de diminuer, il est nécessaire que les établissements postsecondaires réinventent les compétences de base que les sciences humaines offrent à tous les étudiants et à la façon de les offrir dans l’ensemble des cursus, programmes et facultés compte tenu de la demande croissante pour les STGM. La pensée critique et la capacité à analyser des problèmes complexes sont des aptitudes clés pour les emplois les plus demandés compte tenu des progrès en intelligence artificielle et en automatisation32, tout comme la capacité à déterminer comment utiliser efficacement ces technologies. Le temps serait-il venu de faire tomber les barrières qui freinent l’intégration des STIAM plus concrètement dans les programmes et les cursus de la plupart des étudiants ?

Les entreprises canadiennes ne tirent pas pleinement parti de la recherche postsecondaire et peinent à adopter les innovations qui en découlent.

En 2022, le Canada s’est hissé au 10e rang mondial pour ce qui est des publications scientifiques33 en plus d’être un chef de file dans certains domaines comme l’intelligence artificielle. Or, les entreprises canadiennes ne sont pas au rendez-vous lorsque vient le temps de tirer parti des découvertes réalisées au pays. Les États-Unis font beaucoup mieux à ce chapitre, car ils jouissent d’un écosystème plus solide qui favorise la transposition de la recherche en application concrète dans le marché, que l’on pense au financement en capital de risque, aux politiques publiques de soutien et au cadre d’applications de la propriété intellectuelle qui incite les chercheurs et les établissements postsecondaires à commercialiser leurs découvertes.

Cela dit, en 2022, les entreprises canadiennes ont investi à peine 1,7 % du PIB en recherche et développement, ce qui est moins que la moyenne de l’OCDE et largement en deçà des pays très productifs comme Israël (6,0 %), la Corée du Sud (5,2 %) et les États-Unis (3,6 %)34. Même dans la recherche en IA où le Canada est un chef de file, nous accusons du retard sur les autres pays quand vient le temps d’en faire un usage commercial.

Comment pouvons-nous faire mieux ?

La question de l’adéquation entre l’enseignement postsecondaire et la formation et les besoins du marché du travail se pose depuis un moment. Les collèges et les universités y travaillent et réussissent à trouver de plus en plus de pistes novatrices. Or, le son de cloche est différent du côté des employeurs et des données économiques et laisse penser que le Canada n’arrive toujours pas à se doter d’une main-d’œuvre qui possède les aptitudes et les connaissances nécessaires pour accroître sa productivité dans un monde de plus en plus concurrentiel. Voici quelques pistes de solution :

Lever les obstacles qui empêchent les établissements d’innover.

Les établissements postsecondaires canadiens ont besoin de nouveaux modèles d’affaires qui leur permettent d’adopter une approche plus entrepreneuriale et d’avoir un meilleur contrôle de leur destinée financière tout en demeurant responsables et imputables à l’égard des personnes et des communautés qu’ils desservent.

Trop souvent les établissements qui cherchent à innover se butent à une multitude de règles fédérales, mais surtout provinciales, qui encadrent toutes leurs activités, des droits de scolarité, aux approvisionnements en passant par les partenaires et les programmes obligatoires, sans obtenir de soutien financier des gouvernements. Un assouplissement raisonnable de la réglementation aurait le mérite de favoriser leur créativité, un esprit de collaboration et leur capacité à s’adapter aux changements. À l’interne, les collèges et les universités doivent se doter de mécanismes pour encourager le changement là où se trouvent des obstacles et de la résistance face à la création ou aux changements de programmes ou à la collaboration avec les secteurs pour concevoir les programmes.

Améliorer la notoriété et la définition des aptitudes acquises dans les établissements d’enseignement postsecondaire.

Les futurs étudiants et les nouveaux diplômés doivent connaître les aptitudes acquises dans le cadre d’un programme afin de s’assurer qu’il correspond à leurs attentes et de pouvoir communiquer ces aptitudes aux employeurs. Certains programmes communiquent déjà ces renseignements, notamment dans les collèges, mais une telle pratique devrait être généralisée et faire partie des données comparables utilisées pour évaluer le rendement des systèmes postsecondaires à l’échelle nationale qui peuvent être liées aux données du marché du travail.

Le défi peut être plus grand pour les titulaires de diplômes d’études supérieures, dont la plupart ne sont pas issus du milieu académique. Ces diplômés, mais également leurs employeurs, doivent connaître quelles aptitudes sont acquises durant leurs recherches et de quelle façon ils pourront les appliquer dans un milieu autre qu’académique.

Adopter l’apprentissage intégré au travail là où les besoins sont les plus criants.

L’apprentissage intégré au travail se veut une façon de faire vivre à un étudiant une véritable expérience de travail dans le cadre de son programme d’études supérieures. Les stages, les formations pratiques, les programmes coopératifs, le mentorat auprès d’un entrepreneur et le travail sur le terrain en sont autant d’exemples. Ces expériences aident les étudiants à appliquer leurs apprentissages en milieu de travail et à acquérir de nouvelles aptitudes pertinentes en plus d’aider les entreprises à recruter des étudiants et à les former en fonction de leurs besoins particuliers.

C’est pourquoi l’apprentissage intégré au travail est l’une des pistes de solution pour relever les enjeux de productivité et d’aptitudes au Canada. De fait, les deux tiers des employeurs qui participent à de tels programmes par l’entremise de la TRAES ont déclaré avoir observé une hausse de leur productivité35. Or, même si des progrès importants ont été accomplis au chapitre des occasions d’apprentissage intégré au travail, ce n’est pas encore la norme, car à peine la moitié de tous les diplômés des études postsecondaires avaient profité d’une telle occasion en 202036. Les occasions sont également variables, puisque les étudiants au doctorat (18 %) et ceux des programmes de sciences humaines (16 %) ont moins accès à de telles expériences37.

La plupart des sociétés canadiennes sont des petites et moyennes entreprises (PME) et font face à un plus grand nombre d’obstacles que les plus grandes sociétés pour intégrer des expériences traditionnelles d’apprentissage intégré au travail, en termes de ressources, de temps et de risque. Des formules plus courtes, plus souples et qui nécessitent moins de ressources sont mieux adaptées à la réalité et aux besoins des PME et en font un meilleur choix. Elles devraient faire partie des expériences d’apprentissage intégré au travail proposées sous forme de mandats de services-conseils, de multiples stages de courte durée d’au plus 10 jours, de stages et de projets en ligne, et de participation à des concours sectoriels comme des marathons de programmation, des compétitions et des projets soumis par les employeurs qui font l’objet d’une évaluation.38

Multiplier les occasions de rehausser et de mettre à niveau les aptitudes.

Les entreprises sont tenues d’aider leurs travailleurs à maintenir les aptitudes nécessaires pour continuer d’exécuter les tâches qui évoluent, notamment sur le plan de la technologie. Les établissements postsecondaires sont bien placés pour offrir ce type de formation et peuvent saisir cette occasion d’en faire une source de revenus lors d’une refonte de leur modèle d’affaires. Trop souvent, les entreprises canadiennes peinent à collaborer avec les établissements postsecondaires et finissent par développer leurs propres outils de formation à l’interne.39

Pour y arriver, les établissements d’enseignement supérieur doivent demeurer à l’affût des occasions visant à rehausser les aptitudes dans leur communauté, collaborer avec les employeurs (et vice versa) pour comprendre quelles sont les aptitudes à améliorer et proposer des solutions et des programmes adaptés à la vie personnelle et professionnelle des apprenants. Un choix judicieux serait de se tourner vers les facultés d’éducation permanente. Les gouvernements pourraient également soutenir financièrement ces programmes et en faire la promotion en offrant des incitatifs fiscaux ou autres, au moment où ils cherchent des politiques pour atténuer les perturbations au sein de la main-d’œuvre. Les microcertifications, des programmes courts souvent offerts en ligne, sont l’une des solutions de rehaussement des aptitudes qui se sont avérées efficaces auprès des travailleurs qui ont besoin d’acquérir des aptitudes complémentaires,40 notamment les programmes et les cours créés par les établissements postsecondaires. L’Ontario, par exemple, permet d’y accéder par l’intermédiaire du portail eCampus qu’elle finance.

Les établissements postsecondaires peuvent aussi élaborer des programmes de mise à niveau des aptitudes pour les travailleurs qui ont besoin d’acquérir de toutes nouvelles aptitudes recherchées en raison d’une réorientation professionnelle. Les programmes de replacement externe offerts en collaboration avec des entreprises locales en sont un exemple. Puisque l’apprentissage y est plus important que dans un programme de rehaussement des aptitudes, la progression peut être plus difficile, surtout si l’on veut des résultats rapides. Les programmes d’éducation axée sur les compétences peuvent être une bonne solution. Ces programmes visent à offrir un éventail précis de compétences souvent nécessaires pour occuper un emploi donné, en soins infirmiers, par exemple. Les cours sont souvent offerts en formule flexible, virtuelle, personnalisée, autodirigée, et les apprentissages antérieurs sont généralement reconnus. Peu utilisée au Canada, cette approche est plus répandue aux États-Unis et pourrait inspirer les réformes visant la structure et la conception des programmes traditionnels.41

Stimuler la différenciation entre les établissements.

Le Canada fait belle figure en matière d’accès aux études postsecondaires dans toutes les régions du pays et dans les communautés éloignées. Or, nul besoin que chaque établissement offre les mêmes programmes, sans compter que nous n’en aurions pas les moyens. Les établissements n’ont pas tous besoin d’un centre de recherche en intelligence artificielle pas plus qu’un département d’histoire.

La différenciation est essentielle et, à ce titre, les collèges publics et les universités sont encouragés à miser sur l’enseignement, les apprentissages et la recherche dans les disciplines où elles excellent, et dissuadés d’offrir les mêmes programmes lorsque cela n’est pas nécessaire. Le gouvernement de l’Ontario suit cette politique, mais sans avoir une vision stratégique du secteur ou définir le rôle des collèges et celui des universités.42

La différentiation peut signifier que certains établissements seront spécialisés et excelleront dans l’enseignement aux étudiants de premier cycle, comme les universités de la Maple League de l’est du Canada, ou seront très impliqués en recherche, comme l’Université de Toronto, ou que leurs programmes d’enseignement et de recherche seront principalement axés sur leurs secteurs locaux importants comme les écoles polytechniques du pays.

Les établissements peuvent aussi se différencier par leurs modèles d’affaires afin de poursuivre leurs activités et de conserver leur pertinence. Leur différenciation peut être établie au moyen d’une convention négociée entre l’établissement et le bailleur de fonds publics, comme en Ontario, qui définit le mandat stratégique de l’établissement. Les modèles de financement public de la recherche peuvent aussi favoriser la différenciation et accroître la capacité en encourageant la spécialisation des établissements, comme le fait le gouvernement fédéral avec son Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada.

La crise financière qui compromet de plus en plus la pérennité des collèges et des universités fait de la différenciation un impératif stratégique pour chaque établissement.

Aider les entreprises canadiennes à se tourner vers la recherche et à y investir.

Les chercheurs de classe mondiale de notre système d’éducation postsecondaire font partie d’un pipeline d’innovation, dont les entreprises canadiennes qui en font partie peuvent mettre en application les découvertes des chercheurs, les commercialiser, les approfondir, les intégrer à leurs activités et accroître leur avantage concurrentiel. Or, ce pipeline est ralenti par les processus réglementaires et d’approbation fragmentés de tous les paliers de gouvernements, ce qui retarde et complique les décisions d’investissement des entreprises. La simplification de ces processus en mettant en place, par exemple, une méthode d’évaluation de l’environnement harmonisée entre le fédéral et les provinces pour les projets qui revêtent une importance stratégique sur le plan national accélérerait les approbations et stimulerait les investissements privés dans les nouveaux grands projets.

Notre système fiscal désuet doit aussi être revu en profondeur dans une optique qui viserait à encourager le privé à investir davantage en recherche et développement au Canada. Cette révision pourrait inclure une analyse des effets des changements au programme d’encouragement fiscal à la recherche scientifique et au développement expérimental (RS&DE) annoncés récemment dans l’énoncé économique de l’automne 2024, par exemple pour offrir des taux préférentiels aux secteurs à forte concentration en R et D et des incitatifs permanents aux entreprises novatrices pour qu’elles investissent à long terme en R et D, ce qui pourrait stimuler encore plus les investisseurs privés en R et D.

Conclusion

L’enseignement postsecondaire est l’un des fers de lance de notre pays. Nous ne l’exploitons toutefois pas à son plein potentiel de sorte que nous n’arrivons pas à suivre le reste du monde. Nous sommes plongés de toute évidence dans une crise de productivité qui doit être réglée de toute urgence, car elle se répercute directement sur le niveau de vie auquel tous les Canadiens sont en droit de s’attendre, incluant les futurs diplômés, surtout en raison des divisions et des perturbations qui touchent l’économie mondiale. Autant les gouvernements que les établissements et les employeurs sont appelés à prendre des mesures pour améliorer la situation :

  • Lancer une réforme de la réglementation et du régime fiscal pour encourager les investissements privés en R et D et adopter les découvertes réalisées par les chercheurs canadiens.

  • À mesure que les ministères apportent des changements à la stratégie relative aux étudiants étrangers, s’efforcer d’arrimer leurs capacités et leurs intérêts aux programmes qui peuvent répondre aux besoins économiques les plus pressants, à l’échelle tant régionale que nationale. Éliminer les restrictions sur l’immigration qui empêchent les étudiants étrangers de participer aux expériences d’apprentissage intégré au travail.

  • Lever les obstacles qui entravent les affaires et mieux faire connaître la valeur associée à la participation à des expériences d’apprentissage intégré au travail, surtout auprès des PME, en investissant dans des partenariats et le renforcement des capacités.

  • Utiliser les incitations fiscales et le financement public pour encourager les partenariats entre les secteurs et les établissements postsecondaires pour soutenir la création de programmes, de rehaussement et de mise à niveau des aptitudes de qualité et économiques pour les employés.

  • Participer aux efforts pancanadiens et tirer profit des programmes et des ministères pertinents du fédéral pour générer des données comparables, accessibles, complètes et faciles à interpréter dans le but d’analyser et d’établir les résultats en enseignement postsecondaire, y compris ceux des établissements et des programmes.

  • Mettre en place une vision et une stratégie bien définies des systèmes postsecondaires des provinces qui permettent de différencier les objectifs des programmes des collèges et des universités et d’en favoriser la différenciation.

  • Lancer un processus de déréglementation limité des systèmes postsecondaires qui donne aux établissements un plus grand contrôle de leurs finances, de leurs sources de revenus et qui favorise l’innovation dans les programmes et les partenariats sectoriels.

  • En parallèle, promouvoir l’imputabilité en obligeant les établissements à communiquer des données comparables et détaillées sur leur performance et leurs programmes postsecondaires, notamment les aptitudes des diplômés, qui peuvent être liées aux informations sur le marché du travail.

  • Examiner de façon rigoureuse et continue l’évolution des besoins de main-d’œuvre et mettre à jour les informations sur le marché du travail afin de favoriser une meilleure adéquation avec les programmes postsecondaires.

  • Bien expliquer les aptitudes que les étudiants pourront acquérir en suivant les cours et les programmes offerts et proposer des façons de les communiquer aux employeurs. Tirer parti de l’expertise des départements d’éducation permanente qui sont déjà bien placés pour aider.

  • Encourager, soutenir et inciter les départements et les facultés à chercher de nouveaux modèles d’enseignement et d’apprentissage, surtout ceux qui intègrent les aptitudes dont les étudiants auront besoin dans leur milieu de travail.

  • Abattre les barrières qui existent entre les facultés, les programmes et les cursus et qui entravent les apprentissages multi et interdisciplinaires exigés pour faire la promotion des aptitudes dans les STIAM et exposer les étudiants aux problèmes dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est forte.

  • Chercher de nouvelles façons de mieux faire connaître les occasions d’apprentissage intégré au travail auprès des étudiants, de leur expliquer en quoi ils sont un atout et de les aider à surmonter les obstacles qui en freinent l’accès.

  • Interpeller les établissements postsecondaires – ou des intermédiaires comme la Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui peuvent faciliter les échanges – pour discuter des aptitudes dont vous avez besoin et déterminer des pistes de collaboration.

  • Envisager de participer à des expériences d’apprentissage intégré au travail afin de combler les lacunes en matière d’aptitudes et d’avoir la possibilité de contribuer à former la nouvelle cohorte d’employés.

  • Chercher des établissements postsecondaires qui offrent des programmes courts pour rehausser ou mettre à niveau les aptitudes de vos employés avant de vous tourner vers de nouveaux fournisseurs externes.

  • S’impliquer dans les activités de prospection dans les écoles secondaires pour mieux faire connaître le secteur, ce qui fait de l’entreprise un milieu de travail stimulant et les parcours scolaires qui mènent à une carrière enrichissante dans le secteur.

  • Continuer de contribuer aux systèmes d’information du marché du travail en partageant les données avec les gouvernements et collaborer pour trouver de nouvelles façons d’améliorer l’exactitude et la pertinence des analyses du marché du travail et l’élaboration de politiques.

Exemples de recherche et développement en enseignement supérieur à l’échelle mondiale

Faciliter le transfert de connaissances aux PME – Université de Heilbronn, Allemagne

Le défi : Combler le manque de connaissances des petites et moyennes entreprises locales.

L’innovation : Cette université en recherche appliquée a créé un laboratoire virtuel en IA qui est accessible à tous, qui est mis à jour régulièrement, et qui aide les entreprises à comprendre l’évolution de la recherche en IA et à adopter des solutions d’IA pragmatiques dans une ville qui a été rapidement reconnue comme étant un centre de l’IA.

Alimenter la croissance des jeunes pousses en créant des liens à l’échelle mondiale — Block 71, Université nationale de Singapour

Le défi : Combler le manque de connaissances et de liens des jeunes pousses.

L’innovation : Block 71 est un centre d’innovation créé en 2011 pour encourager les jeunes pousses à créer des liens avec la recherche académique, les activités de mentorat et les marchés mondiaux. On compte maintenant dix centres dans le monde, dont ceux de la Silicon Valley, de Saigon et de Nagoya, ce qui a permis à plus de 100 jeunes pousses de créer des liens avec plus de 50 sociétés de capital-risque.

Créer une plaque tournante de la recherche grâce aux fusions — Université Paris-Saclay, France

Le défi : Accroître le rayonnement des instituts de recherche et de la recherche à l’échelle mondiale.

L’innovation : Crée en 2019, cette université spécialisée dans la recherche en technologie regroupe 20 collèges, universités publiques et instituts de recherche prestigieux dans un seul campus, sans compromettre leur autonomie. Les ressources combinées et la collaboration ont fait de l’université un chef de file de la recherche, de l’enseignement et de l’innovation dans les sciences et la technologie à l’échelle mondiale.

Promouvoir l’engagement économique à l’échelle locale – Programme de prospérité économique et d’innovation, Association des universités publiques et créées par donation foncière, États-Unis

Le défi : Arrimer l’enseignement, l’apprentissage et la recherche universitaire au développement économique local.

L’innovation : Le programme encourage les universités à comprendre, communiquer et développer leur engagement économique local en suivant un processus pour obtenir une désignation. Des prix sont aussi décernés chaque année pour souligner des exemples d’excellence en matière de perfectionnement des talents et de la main-d’œuvre ; d’innovation, d’entrepreneuriat et de développement économique basé sur la technologie ; et d’autres formes d’engagement communautaire.

Exemples d’innovation en enseignement et en apprentissage aux études supérieures à l’échelle mondiale

Diplômes d’apprentis — Université métropolitaine de Manchester

Le défi : Aider les diplômés à acquérir les aptitudes manquantes et améliorer la productivité

L’innovation : Les diplômes d’apprentis allient le travail à temps plein aux études à temps partiel, en offrant la possibilité aux entreprises du secteur de participer en grande partie à la conception et à la mise en œuvre du programme. L’Université métropolitaine de Manchester a obtenu des résultats exceptionnels en utilisant ce modèle. De fait, le salaire médian des apprentis a augmenté de 44 %, ce qui correspond à une hausse de la productivité d’environ 60 %. De plus, 70 % des employeurs ont déclaré des gains au chapitre de la productivité.

Transformer le modèle – Université d’État de l’Arizona, États-Unis

Le défi : Repenser l’université pour favoriser l’accès à l’éducation, faire avancer la recherche des valeurs publiques et s’engager auprès de la communauté pour résoudre les problèmes économiques.

L’innovation : Sous la direction transformatrice de Michael M. Crow, l’université repense son rôle dans le système d’éducation supérieure en vertu de son nouveau modèle d’université américaine. L’établissement a été un précurseur en offrant des programmes menant à un diplôme entièrement en ligne et en favorisant l’accès des groupes d’étudiants non traditionnels, notamment en collaborant avec Starbucks qu’elle puisse offrir gratuitement à ses employés des programmes menant à un diplôme en ligne. Reconnu comme un chef de file du transfert de technologie dans le volet de la recherche et de la propriété intellectuelle, il a obtenu plus de 1 600 brevets depuis 2003 et recueilli plus de 1,4 milliard de dollars en capital investissement.

  • Corée du Sud – Ce géant de l’Asie de l’Est présente le taux le plus élevé d’études postsecondaires parmi les pays de l’OCDE, puisque près de 70 % de sa population a atteint ce niveau d’études43. Il est également l’un des pays de l’OECD où la croissance de la productivité est la plus forte. Le pays a mis à profit les avantages de son système d’enseignement pour développer son économie, notamment son approche descendante robuste qui favorise une collaboration étroite du gouvernement, des entreprises et de la communauté universitaire en recherche44. Même si le pays affiche des résultats moins probants à l’heure actuelle, ses fondamentaux demeurent solides et il continue de faire figure d’exemple en montrant ce qu’il est possible d’accomplir grâce à la politique, aux investissements et à la collaboration.

  • Israël – Avec un taux de croissance de 6,5 % en 202245, le secteur de la haute technologie représente plus de 15 % du GDP du pays46. Les universités sont aussi profondément intégrées à ses activités. Israël s’est hissé au premier rang mondial pour la concentration des talents en IA et cinquième pour la pénétration des talents en IA dans le rapport de l’indice sur l’IA de l’Université Stanford en 2024. Ce classement a été attribué à son écosystème exceptionnel composé de jeunes pousses et d’universitaires et au soutien stratégique de joueurs locaux et multinationaux47.

  • Slovénie – Ce petit pays d’Europe a enregistré de forts gains de productivité au cours de la dernière décennie et une hausse importante de la proportion de sa population titulaire d’un diplôme d’études postsecondaires, laquelle est passée de 35,3 % en 2012 à 47,3 % en 202248. Le pays investit environ 1 % de son PIB dans l’enseignement supérieur, ce qui a permis de faire augmenter rapidement le nombre de diplômés de ses programmes de STIM49. Par ailleurs, l’enseignement supérieur et la science et l’innovation sont regroupés au sein du même ministère.

Programme de technologie numérique, Université York
  • Le défi : Pallier le manque d’aptitudes dans l’économie numérique et développer une main-d’œuvre diversifiée et novatrice.

  • L’innovation : Il s’agit du premier programme d’apprentissage entièrement intégré au travail qui mène à un diplôme au Canada, où les étudiants consacrent 80 % de leur temps au travail, incluant des possibilités de travail rémunérées, et 20 % à leurs cours. Ce programme axé sur les compétences permet aux étudiants de mettre en pratique leurs aptitudes tout en faisant progresser leurs connaissances liées aux technologies avancées. Les employés enregistrent des gains de productivité grâce aux mandats qui durent plus longtemps et à l’engagement plus élevé des étudiants dans les projets.

Programme de technicien en électricité, Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse
  • Le défi : Répondre à la demande de nouvelles aptitudes liées aux efforts déployés par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour accroître sa production d’énergie éolienne terrestre.

  • L’innovation : Grâce à la participation de RBC Fondation à un engagement totalisant 2 millions de dollars, le Collège communautaire de la Nouvelle-Écosse actualise son programme de technicien en électricité afin d’y inclure une formation en énergie éolienne à plus grande échelle pour répondre à la demande du marché du travail en plus de s’inscrire dans les initiatives provinciales pour soutenir la croissance propre. Les fonds serviront à développer un nouveau cours et du matériel de formation pratique.

Grappes d’innovation mondiales, Innovation, Sciences et Développement économique Canada
  • Le défi : Trouver des solutions aux problèmes complexes et augmenter la productivité du Canada dans des industries naissantes clés.

  • L’innovation : Mieux connu sous le nom de « supergrappes », ce programme rassemble des entreprises, des établissements universitaires et des organismes à but non lucratif dans cinq secteurs pour stimuler la croissance et l’innovation, et est financé par le gouvernement et l’industrie. Le programme a généré plus de 1,6 milliard de dollars en projets financés par le gouvernement fédéral et les partenaires de l’industrie entre 2018 et 2023, en plus de créer 24 000 emplois à temps plein50.

Recherche et partenariat pour des stages, Mitacs
  • Le défi : Mettre à profit l’expertise et l’innovation en recherche postsecondaire pour résoudre les problèmes éprouvés par les entreprises et combler les lacunes dans les aptitudes acquises par les étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs.

  • L’innovation : Par l’entremise de ses nombreux programmes, cet organisme sans but lucratif rassemble les étudiants et les chercheurs au postdoctorat avec des partenaires du secteur privé dans le but de résoudre des enjeux réels éprouvés par des entreprises dans le cadre de stages et de projets de recherche collaboratifs. Mitacs offre également aux étudiants et aux chercheurs au postdoctorat un programme pour les aider à perfectionner leurs compétences professionnelles. Le programme a généré une hausse de 11 % de la productivité auprès de plus de 12 000 partenaires et des investissements en R et D de 1,2 milliard de dollars entre 2018 et 2023, selon une analyse de Statistique Canada et de Mitacs51.

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/le-projet-croissance.

Télécharger le rapport

Contributors:

Leadership avisé RBC

John Stackhouse, premier vice-président, Bureau du chef de la
direction

Caprice Biasoni, graphiste spécialisée

Shiplu Talukder, Dspécialiste, Publication numérique

Table ronde entreprises + enseignement supérieur

Val Walker, Chef de la direction

Matthew McKean, Chef de la R-D

Andrew Bieler, Directeur des partenariats et de l’apprentissage par l’expérience

Carmela Busi la R-D

Contributeur externe

Moira MacDonald, Rédacteur et réviseur


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Le secteur canadien des sciences de la vie se caractérise depuis longtemps par son dynamisme. Qu’il s’agisse de mise au point de médicaments ou d’innovation en santé, son écosystème de chercheurs de réputation mondiale a fait de notre pays un chef de file. Devenu moteur de croissance économique et lui-même en pleine expansion, le secteur contribue à former ou à attirer des scientifiques de haut vol.

Pourtant, notre secteur des sciences de la vie montre des signes de faiblesse. Les chercheurs n’ont pas toujours la capacité de commercialiser avec succès leurs découvertes pourtant révolutionnaires. C’est peut-être en partie pour cela que les entreprises pharmaceutiques canadiennes ont de plus en plus de mal à répondre aux besoins du pays en médicaments – de fait, le Canada, jusqu’ici pays exportateur net, est devenu importateur net. La part de son budget qu’il consacre au secteur des sciences de la vie le place d’ailleurs derrière ses pairs du G7 et de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique).

Les voyants commencent à clignoter alors que l’économie canadienne est en difficulté. Notre productivité générale – la valeur économique générée par heure de travail – souffre d’un manque d’investissements. L’élan qui avait marqué le tournant du siècle ne s’est pas maintenu et, dans son ensemble, le Canada n’est plus aussi prospère. S’il veut relever le défi de la croissance à long terme, notre pays doit renforcer les secteurs à fort rapport économique – celui des sciences de la vie, par exemple, qui s’est révélé un puissant catalyseur au cours des dernières décennies.

Un réexamen sérieux nous permettrait de tirer profit des possibilités gigantesques qu’offre un secteur dont la valeur mondiale est évaluée à plus de 2 800 milliards de dollars américains. Son renforcement chez nous aurait en outre des retombées sur les autres secteurs de pointe canadiens axés sur la science et la technologie.

Un changement de perspective pourrait avoir des répercussions au-delà de la sphère économique. En mettant à l’épreuve nos systèmes de santé et les chaînes d’approvisionnement mondiales, la pandémie de COVID-19 a montré que le Canada doit renforcer sa capacité de production, afin de pouvoir subvenir à ses propres besoins en cas de crise sanitaire. Le monde s’attend à connaître plus fréquemment de telles crises (pandémies ou autres), au moins dans un avenir assez rapproché, du fait des changements climatiques, de la mondialisation et de l’urbanisation. Il sera donc de plus en plus important de pouvoir nous doter nous-mêmes des vaccins et des traitements nécessaires. Par ailleurs, en raison de l’accroissement et du vieillissement de la population, la consommation de produits en tous genres liés à la santé ne fera qu’augmenter.

Pour se renforcer et atteindre son plein potentiel, le Canada a donc de grands défis à relever. Certaines solutions exigent de financer davantage, d’autres, de soutenir différemment le secteur des sciences de la vie, par exemple en coordonnant mieux l’action des intervenants publics et privés. Moyennant une politique nationale bien conduite, le secteur continuera de contribuer à notre résilience économique et à préparer le pays à affronter les futures crises de santé publique.

Principals Constatations

  • Le secteur des sciences de la vie est depuis longtemps l’un des fleurons canadiens en matière de recherche-développement (R-D) mais, qu’il s’agisse d’investissements ou de talents, il fait à présent face à une concurrence de plus en plus vive sur la scène mondiale.
  • Il est urgent d’investir dans les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (IA) et de revoir les politiques d’encouragement des investisseurs privés, compte tenu des carences chroniques et croissantes auxquelles sont en butte les chercheurs et les entreprises du secteur canadien des sciences de la vie, notamment ceux qui se consacrent à la mise au point de nouveaux médicaments, toujours longue et coûteuse.
  • Canada aurait tout à gagner d’une meilleure coordination entre les secteurs de l’IA et des sciences de la vie. Qu’elle s’applique aux politiques ou aux moyens mis en œuvre, cette coordination aiderait le pays à demeurer un chef de file mondial en matière d’innovation et de mise au point de nouveaux médicaments.
  • Le développement à grande échelle de l’innovation ainsi que l’étoffement et le maintien en sol canadien de sa propriété intellectuelle (PI) passent pour le Canada par un meilleur soutien à la commercialisation, donc par des politiques plus favorables, mais aussi par un accès plus facile – et selon des mécanismes mieux coordonnés – aux ressources appropriées et aux sources de financement.
  • Dans la sphère publique ou privée, les décideurs doivent donner la priorité aux mesures permettant d’attirer et de conserver des chercheurs et des innovateurs de pointure internationale, compte tenu des problèmes systémiques auxquels fait face le pays dans le secteur des sciences de la vie.

Où nous en sommes et ce qui nous y a conduits

Discipline en rapide évolution, les sciences de la vie englobent tout un éventail d’activités visant à la préservation et à l’amélioration de la santé. C’est le domaine de la biofabrication (mise au point de vaccins à partir d’organismes vivants), de l’industrie pharmaceutique (qui produit des médicaments à partir de substances chimiques et de synthèse) et des fabricants d’équipements d’aide au diagnostic, d’appareils médicaux personnels, etc.

Plus de 2 000 entreprises œuvrent dans ce secteur au Canada ; elles emploient 220 000 personnes. Il s’agit avant tout d’activités de recherche-développement menées dans des laboratoires publics ou privés et conduisant à diverses formes de propriété intellectuelle qui font progresser les sciences de la santé – par exemple, les formulations pharmaceutiques ou les brevets pour équipements médicaux qui sont achetés (souvent par des sociétés privées étrangères) en vue de la commercialisation de nouveaux produits auprès des établissements de santé et des consommateurs.

Il n’est pas facile de déterminer précisément l’impact des sciences de la vie sur le produit intérieur brut du Canada, car l’État ne fournit pas les indicateurs voulus (nombre d’entreprises du secteur, effectifs, contribution au PIB, taux de croissance annuel…). L’évaluation de la vigueur et du potentiel de croissance de cette branche d’activité est d’autant plus difficile que tous les analystes ne s’entendent pas sur les sous-secteurs à prendre en considération. De surcroît, les disciplines de pointe comme l’étude des biotechnologies ne portent pas seulement sur la santé humaine, mais aussi sur celle des animaux et des plantes.

Ce qui est certain, toutefois, c’est que le secteur canadien des sciences de la vie, par sa taille et son champ d’action, joue un rôle économique important – et qui ne fait que croître. À lui seul, le sous-secteur des activités de recherche-développement entourant les médicaments a représenté 16 milliards de dollars en 2021 (environ 0,7 % du PIB canadien), répartis majoritairement entre l’Ontario (8,2 G$, soit la moitié) et le Québec (3,2 G$).

 

Le secteur dans son ensemble présente d’autres intérêts pour le Canada. Il permet à des spécialistes hautement qualifiés de se perfectionner et de demeurer au pays, malgré des compétences très convoitées à l’étranger. Leurs travaux de recherche et les produits ou services qu’ils conçoivent suscitent une très forte demande, en rapport direct avec les besoins grandissants du secteur de la santé canadien, lequel est censé connaître un taux de croissance annuel de 10 % au cours de la prochaine décennie.

Pourquoi le Canada excelle-t-il autant ?

Depuis plus d’un siècle, le Canada occupe une place particulièrement importante dans l’univers des sciences de la vie ; en matière d’hygiène personnelle comme de santé publique, on lui doit des progrès extraordinaires. Ce sont des chercheurs de l’Université de Toronto qui ont découvert l’insuline dans les années 1920 puis, dans les années 1960, les cellules souches. Dans les années 1980, des scientifiques montréalais ont mis au point des traitements révolutionnaires contre le sida et l’infection à VIH. L’un des trois chercheurs auxquels la découverte d’un vaccin contre l’hépatite C a valu le prix Nobel en 2020 était Michael Houghton, professeur à l’Université de l’Alberta.

On doit toutes ces découvertes à l’aide de l’État et à l’écosystème de réputation internationale dont est doté le Canada en matière de R-D et d’innovation. Établi principalement à Toronto, à Montréal et à Vancouver, l’univers des sciences de la vie consiste en un réseau intersectoriel remarquablement énergique constitué, à l’échelle nationale, d’universités, de laboratoires de recherche et d’organismes publics ou privés. On y trouve des centres de recherche subventionnés par les gouvernements, des universités de pointe (dont beaucoup possèdent leurs propres centres de recherche), des PME et de grandes multinationales établies au Canada (notamment Johnson & Johnson, AstraZeneca et Pfizer).

Le pays possède certains des autres ingrédients nécessaires au dynamisme du secteur des sciences de la vie. C’est en effet l’un des chefs de file internationaux de l’intelligence artificielle – ses trois instituts sont reconnus comme parmi les meilleurs au monde et plusieurs grands experts en apprentissage machine sont établis au Canada. Pour un chercheur, le fait de travailler dans l’un des pays les plus multiculturels au monde présente un autre avantage : l’accès facilité à des données sanitaires qui sont peut-être les plus diversifiées qui soient.

À quoi le Canada est en butte

Le Canada a certes étoffé ses capacités techniques en sciences de la vie, mais les autres pays sont pas en reste. Ces deux dernières décennies, par rapport à nos pairs de l’OCDE (qui compte 38 membres), nous avons perdu du terrain au chapitre des investissements et des dépenses en R-D consacrées au secteur en question. À peu près tous les indicateurs concernant la participation et les investissements placent les États-Unis largement en tête des pays développés. Le Canada se distingue toutefois sur un point : depuis 20 ans, la proportion de chercheurs au sein de la main-d’œuvre canadienne s’est accrue de 45 % ; elle est aujourd’hui supérieure à la moyenne de l’OCDE.

Du fait du sous-investissement, le Canada doit, pour satisfaire à certains de ses besoins névralgiques, s’en remettre de plus en plus aux autres pays. Autrefois exportateur net, le pays est aujourd’hui importateur net des produits que réclame le maintien en santé de sa population de plus en plus nombreuse et qui vieillit – depuis 2016, le déficit commercial a triplé en ce qui concerne les médicaments. Le Canada importe actuellement 85 % des vaccins et des traitements dont il a besoin, alors que ses dépenses en santé continuent d’augmenter, notamment en ce qui a trait aux médicaments.

 

Les forces en jeu font généralement abstraction des frontières, et il n’est pas facile de rester concurrentiel quand augmente le coût des actifs nécessaires et du développement de la propriété intellectuelle. La mise en marché d’un nouveau médicament peut exiger plus de dix ans et des milliards de dollars, dont la moitié en essais cliniques – qui, d’après une étude menée en 2022, échouent 90 % du temps. Malgré les bonds technologiques réalisés, il est difficile, dans certaines disciplines, d’obtenir un rendement des investissements suffisant : depuis le milieu du 20e siècle, le nombre de nouveaux médicaments produits, ramené au montant des fonds nécessaires à leur mise au point, a régulièrement diminué.

Les difficultés du Canada sont d’autant plus grandes que son marché intérieur est relativement réduit, ce qui rend souvent la commercialisation des médicaments à peine viable. Résultat : des sociétés étrangères achètent les brevets canadiens et mettent les produits en marché dans des conditions plus favorables ou plus rentables – parfois, en débauchant les chercheurs…

La concurrence dont font l’objet les moyens en jeu et, plus généralement, les besoins d’un système de santé de plus en plus sollicité – sans parler des budgets de la santé, qui explosent – montrent combien il faut changer de perspective et soutenir davantage la productivité et l’innovation dans le secteur canadien des sciences de la vie. Sur ce plan, le Canada possède déjà de nombreux atouts. Comment les faire fructifier et comment conjuguer les forces en présence afin de donner toutes ses chances au secteur en jeu ?

Défis et solutions – que faire pour rester concurrentiel

L’IA au service de la découverte et de la mise au point de médicaments

Défi à relever:
Pour le secteur canadien des sciences de la vie, l’intelligence artificielle peut être un catalyseur de premier ordre. Les ensembles de données utilisés dans ce domaine (notamment quand il s’agit d’organismes vivants) sont très grands et particulièrement complexes ; c’est justement en pareil cas que l’IA est d’un grand secours. Elle permet en effet d’énormes gains d’efficacité et de productivité, puisqu’il devient possible de traiter rapidement de nombreuses données, d’en tirer de l’information et de faire des pronostics, pour déterminer par exemple les structures moléculaires les plus propres à la mise au point d’un nouveau médicament. Qu’il s’agisse d’efficacité ou de revenus, le secteur des sciences de la vie est l’un de ceux qui peuvent tirer le plus de profit de l’intelligence artificielle.

L’IA recèle bien des promesses pour l’ensemble de l’écosystème et de la chaîne de valeur des sciences de la vie. À eux deux, l’Ontario et le Québec constituent un pôle en innovation dans lequel intelligence artificielle et soins de santé font bon ménage – à Montréal, l’entreprise Deep Genomics met au point de nouveaux médicaments grâce à l’IA ; à Toronto, c’est également l’un des outils qu’emploient les chercheurs de l’institut Vector spécialisés en génomique et en diagnostics médicaux.

L’utilisation de cette technique ne continuera toutefois de progresser qu’à condition de disposer de l’infrastructure voulue. La capacité de traitement combinée requise pour mettre au point et utiliser des systèmes à intelligence artificielle exige souvent autant d’électricité qu’il en faut pour alimenter de grandes agglomérations. En outre, à mesure que ces systèmes se généralisent et deviennent plus puissants, les ressources nécessaires sont de plus en plus en demande. Or la capacité de traitement totale du Canada est, au sein du G7, l’une des plus faibles. François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie du Canada, l’a dit plus tôt cette année : « Les cerveaux, nous les avons. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est l’infrastructure. »

 

La demande combinée en outils d’IA et en puissance de traitement provoque déjà un goulot d’étranglement : dans presque tous les secteurs, cette ressource stratégique mais coûteuse fait chroniquement défaut aux chercheurs et aux entreprises.

Solutions:
La vitalité des sciences de la vie dépend de la robustesse de l’infrastructure technologique. La garantie d’une capacité suffisante de traitement par l’IA exige de débloquer rapidement des fonds publics et privés, sans quoi des entreprises pourraient envisager de s’adresser ailleurs qu’au Canada, avec tous les problèmes à long terme que cela impliquerait. La coopération entre secteur public et secteur privé contribuerait certainement à combler l’écart, ce qui rassurerait les futurs investisseurs.

Comment inverser la tendance au sous-financement de la recherche et du développement

Défi à relever
L’insuffisance des investissements consentis pour l’infrastructure de traitement par intelligence artificielle est révélatrice du problème plus vaste dont pâtissent les sciences de la vie : au sein de l’OCDE, le Canada fait moins bien que la moyenne en ce qui a trait aux dépenses en R-D ramenées au PIB, et ce, depuis au moins 1991 ; l’écart (encore plus grand quand on compare le Canada aux États-Unis) est dû en grande partie aux efforts insuffisants du gouvernement fédéral et des entreprises.

 

Les apports ponctuels de fonds publics n’y changent rien. Le gouvernement fédéral s’est engagé à consacrer plus de 2,4 milliards de dollars aux sciences, à la technologie et à l’innovation en 2014, 2,2 milliards à la biofabrication et aux sciences de la vie en 2021, et 2,4 milliards en 2024 dans le cadre de sa stratégie IA nationale. Pourtant, la part du PIB que représentent les investissements en R-D diminue depuis deux décennies.

Cette faiblesse relative de l’effort en recherche-développement constitue un problème particulièrement aigu pour les sciences de la vie qui, davantage que la plupart des autres disciplines, font appel à des essais intensifs et coûteux.

Solutions:
Pour que le secteur demeure un chef de file mondial et attire de nouveaux investissements, les acteurs publics et privés nationaux vont devoir prendre en main le problème du financement. En outre, si l’État consentait – sans qu’intervienne l’opportunisme politique – à un mécanisme financier permanent, l’ensemble du secteur y gagnerait. Le premier objectif devrait être d’atteindre au minimum la moyenne observée au sein de l’OCDE.

Un financement qui privilégie la R-D au détriment de la mise en marché

Défi à relever
L’écosystème canadien des sciences de la vie s’appuie sur de solides mécanismes de financement, par exemple le Fonds stratégique pour l’innovation (FSI) et la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). Grâce à de tels programmes fédéraux, des milliards de dollars viennent financer des projets de recherche et aider les laboratoires des universités, des hôpitaux et des sociétés publiques ou privées.

Par contre, seule une fraction de la manne accordée vise à aider les chercheurs à commercialiser leurs découvertes : environ 80 % des fonds versés au secteur des sciences de la vie servent à soutenir les travaux de recherche-développement. Cela ne facilite pas la vie des chercheurs qui ont du mal à trouver un partenaire commercial, par exemple une société de capital-risque capable de régler les frais de préparation des documents financiers ou juridiques (brevets et autres), sans parler des méandres des approbations réglementaires.

La faiblesse relative du financement consacré aux activités de mise en marché des entreprises spécialisées en sciences de la vie (dont les projets sont trop vite jugés insuffisamment avancés) est particulièrement frappante quand on considère les capitaux disponibles aux États-Unis, qui attirent davantage les investisseurs étrangers. Tout cela n’invite pas les sociétés canadiennes à s’engager dans des projets à long terme.

C’est peut-être la principale raison pour laquelle le Canada réussit moins bien que ses pairs à passer de l’innovation à des réalisations pleine grandeur. Les statistiques gouvernementales montrent que la majorité des produits demeurent au stade du développement ou de la précommercialisation. Le Canada est d’autant moins compétitif qu’il compte moins d’habitants que les autres pays du G7 – plus le marché est petit, moins il incite à commercialiser de nouveaux produits.

 

Tout cela peut aussi expliquer le déficit commercial canadien observé dans le secteur pharmaceutique, alors même que le pays figure en tête du G7 en matière de productivité des essais cliniques et que la vente de médicaments canadiens ne fait que croître.

Solutions:
Une fois qu’il aura accru son soutien financier aux capacités de traitement informatique nationales, l’État devrait se livrer prioritairement à un examen interdisciplinaire complet des programmes et politiques en vigueur, afin de consacrer une part plus importante des nouveaux fonds aux activités de commercialisation.

L’étoffement de l’infrastructure permettrait d’ailleurs de s’assurer, au-delà des considérations purement financières, que les changements apportés sont pertinents. D’autres formes de soutien (formation à l’entrepreneuriat, perfectionnement des aptitudes…) peuvent aider considérablement les chercheurs à mener l’exploitation commerciale de leurs découvertes.

Pour une meilleure coordination des aides à la commercialisation

Défi à relever

Le financement accru des efforts de commercialisation est une chose. Il est possible aussi d’agir plus judicieusement sur d’autres plans. La simplification des politiques gouvernementales et une meilleure coordination des enveloppes financières et des mesures incitatives pousseraient les entreprises à conserver au Canada le fruit des recherches qui y sont menées ainsi que le personnel auquel on les doit.

En raison de la diversité des programmes d’aide, il est parfois compliqué d’obtenir telle ou telle forme de financement prévue pour les sciences de la vie, et cela ne contribue pas de manière optimale à la commercialisation des découvertes. Rappelons que près de 80 % des programmes portent sur les travaux de recherche-développement ; à peine 15 % des programmes prennent en compte les possibles activités de mise en marché. Moins de 10 % du financement est dévolu expressément à la commercialisation.

Par ailleurs, l’État canadien penche pour la large répartition d’une richesse pourtant limitée. Les chercheurs du Canada passent donc parfois leur temps à solliciter de petites subventions, programme après programme, contrairement à leurs homologues étrangers. Aux États-Unis par exemple, où les National Institutes of Health (NIH) et la Small Business Association (SBA) administrent des programmes beaucoup plus généreux, une seule demande de subvention peut suffire.

Solutions:
Les analystes estiment que le Canada a besoin d’un organisme fédéral qui fera la promotion du secteur des sciences de la vie, favorisera la collaboration et vérifiera si les objectifs des politiques sont atteints. On obtiendrait ainsi un niveau de cohésion et de leadership sectoriels qui n’existe pas aujourd’hui. Une telle agence pourrait aussi se faire la porte-parole des scientifiques désireux de conseiller le gouvernement en la matière.

À tout le moins, l’organisme aiderait les chercheurs à se mettre en contact avec les intervenants qu’exige la mise en marché (spécialistes en IA ou en robotique, sociétés de capital-risque et experts en gestion ou en exploitation). L’agence pourrait aussi faciliter les communications avec les chercheurs étrangers qui ont su franchir le cap décisif de la commercialisation.

Comment tirer le meilleur parti d’une main-d’œuvre hautement qualifiée

Défi à relever
En sciences de la vie comme ailleurs, le succès repose avant tout sur ceux et celles qui expérimentent, innovent et bâtissent. Pour que le secteur ait les moyens de réaliser son potentiel de croissance, le Canada doit en faire davantage pour attirer, former et conserver les meilleurs éléments.

Les conditions d’exploitation doivent aussi être concurrentielles. Parce que d’autres pays surclassent le Canada sur la question des plans d’infrastructure et d’investissement visant à promouvoir l’innovation, le risque de fuite des cerveaux et de perte de propriété intellectuelle est bien réel. Il sera difficile de retenir les chercheurs qu’on s’arrache si le Canada ne veille pas à leur assurer un accès permanent à des moyens haut de gamme et à les soutenir financièrement.

Solutions:
En plus de cultiver un écosystème d’innovateurs dynamique et d’investir dans l’infrastructure dont il a besoin, le Canada doit bonifier les investissements directs axés sur les ressources humaines et les établissements de formation. Le fait de financer davantage l’acquisition de tel ou tel savoir-faire – non seulement en science pure, mais aussi sur le plan technologique ou commercial – ne peut que profiter au secteur des sciences de la vie.

Le temps nous est compté

Les intervenants publics et privés peuvent bien décider d’injecter rapidement plus d’argent, quand les chercheurs s’en vont à l’étranger, ils ne reviennent généralement pas de sitôt. Or c’est d’eux que dépend la vitalité du secteur. Aussi faut-il agir sans tarder et, idéalement, en assurant une meilleure coordination entre les instances gouvernementales, les entreprises, les universités et les chercheurs, toutes disciplines confondues.

Le problème de croissance économique qu’éprouve le Canada a fait que sa productivité s’est érodée pendant des décennies. Nous devons adopter une nouvelle mentalité, récompenser davantage l’innovation et investir massivement dans deux domaines clés : l’élément humain et la technologie.

Cette nouvelle attitude serait tout à fait appropriée dans le secteur des sciences de la vie, où le Canada fait bonne figure. En stimulant dès maintenant cette branche d’activité, on lui permettrait d’agir davantage comme levier de croissance économique, avec toutes les retombées que cela impliquerait pour les autres secteurs… et pour la santé future des Canadiens.

Contributors:

Ajay Nandalall, associé, Recherche

Steven Frank, Rédacteur en chef collaborateur

Caprice Biasoni, Graphiste spécialisée

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L’IA générative a fait son entrée dans nos vies et se retrouve soudainement partout autour de nous.

Dans la vallée de l’Okanagan, la ville de Kelowna utilise l’IA pour automatiser les demandes de permis et pour répondre aux questions sur les règlements municipaux, dans l’espoir d’accélérer le processus de construction dans un contexte de crise du logement.1 À Edmonton, le géant de l’ingénierie Stantec a élaboré un outil propulsé par l’IA pour analyser des données de masse sur l’écoulement des rivières, l’utilisation des terres et le ruissellement des eaux afin de déceler des tendances et de réduire les risques d’inondation dans le cadre de projets d’infrastructure.2 À Halifax, des chercheurs de l’Université Dalhousie entraînent des ordinateurs au moyen de milliers de photos et d’enregistrements audio de vaches laitières pour vérifier si leurs expressions faciales ou leurs mugissements donnent des indices sur la manière dont elles se sentent, sachant que les vaches qui se sentent bien produisent plus de lait.

L’intelligence artificielle est la technologie transformationnelle numéro un du moment. Elle semble avoir un nombre infini d’applications et elle contribue à l’accélération de l’industrie 4.0, qui est propulsée par les données et l’électronique. Extrêmement puissante et incroyablement versatile, l’IA, qui est seulement partiellement comprise, utilise la technologie pour imiter l’intelligence humaine. Elle tire profit des données massives pour détecter des tendances, résoudre des problèmes et réaliser des tâches.

Sa plus récente version, l’IA générative, utilise l’apprentissage automatique pour entraîner des ordinateurs afin qu’ils soient entre autres capables de créer des rapports et des logiciels, de concevoir des molécules et de produire des œuvres d’art.3 Par contre, l’IA générative soulève des inquiétudes au chapitre du respect de la vie privée, de la désinformation et de l’éthique. Elle représente également un défi en matière d’électricité. Par exemple, une demande faite à ChatGTP consomme dix fois plus d’énergie qu’une recherche Google.

L’IA générative a le potentiel de contribuer à la croissance économique du Canada en accélérant l’innovation et la productivité. Or, la grande question est de savoir si les entreprises et les organismes du secteur public canadiens saisiront cette occasion.

Voici les raisons pour lesquelles nous avons rédigé ce rapport :

Afin d’étudier les défis que le Canada doit relever en matière de productivité, RBC a récemment lancé le projet Croissance, qui explore certains moteurs économiques importants, comme la productivité, le commerce et les investissements, les compétences, l’immigration et les technologies innovatrices comme l’IA.

Le présent rapport porte sur l’adoption de l’IA et sur son incidence au sein de secteurs économiques clés. Nous avons sondé des innovateurs et des spécialistes de l’IA, nous avons organisé des tables rondes avec des chefs d’entreprises au sein de secteurs clés et avons élaboré un cadre analytique pour évaluer les vulnérabilités de l’économie canadienne. Enfin, ce rapport propose des recommandations pour soutenir l’adoption de l’IA générative et assurer que son incidence soit positive et productive pour tous les Canadiens.

Au Canada, le taux de productivité, qui représente la production par heure ouvrée, est en baisse depuis quelques années. Il est actuellement 30 % inférieur au taux de productivité des États-Unis. Ce phénomène est notamment attribuable à la baisse des dépenses en immobilisations et des investissements dans la propriété intellectuelle (qui sont actuellement 40 % inférieurs à ceux des États-Unis). Selon la même mesure, les investissements du secteur manufacturier canadien représentent le quart de ceux du secteur manufacturier américain . Les investissements dans l’IA générative et dans les technologies pourraient améliorer le taux de productivité, contribuer à la hausse des salaires et permettre au Canada de demeurer concurrentiel dans un monde de plus en plus axé sur le numérique et les données.

En entreprise, de tels investissements peuvent contribuer à l’augmentation de la productivité des employés, qu’il s’agisse de cols blancs, de cols verts ou de cols bleus, notamment en leur faisant gagner du temps et en facilitant l’exécution des tâches routinières. Selon une étude de Microsoft, les codeurs qui utilisent des outils d’IA générative prennent 56 % moins de temps à réaliser leurs tâches que ceux qui n’en utilisent pas. De plus, ces outils réduisent le temps consacré à la rédaction de 37 %5. Selon certaines estimations, le temps gagné pourrait varier de 1006 à 125 heures par travailleur par année et entraîner une augmentation de la productivité de 8 % d’ici 2030.

Les entreprises souhaitent que l’IA générative permette aux employés de consacrer plus de temps aux tâches importantes et de créer plus de valeur. Dans le cadre d’un sondage mené par le Conference Board du Canada auprès d’entreprises en démarrage canadiennes, 63 % des répondants ont déclaré que l’implantation de l’IA ne réduirait pas le nombre d’employés au sein de leur entreprise et 30 % ont répondu être incertains . (Les deux tiers des répondants ont déclaré que l’IA leur permettait déjà d’être plus concurrentiels.)

L’augmentation de la productivité découlant de l’implantation de l’IA générative pourrait ajouter 180 milliards de dollars par année à l’économie canadienne d’ici 20309. En outre, la création de nouveaux produits et services d’IA générative pourrait injecter 5 milliards de dollars de plus10. Le Conference Board estime à près de 2 % la contribution de l’IA au produit intérieur brut du Canada et croit que ce sont les centres technologiques comme Toronto, Waterloo et Vancouver qui entraîneront la croissance la plus importante.11

Pourquoi les entreprises canadiennes affichent-elles tant de retard dans l’adoption de l’IA générative ? Un rapport récent de la Chambre de commerce du Canada a révélé qu’une entreprise canadienne sur sept (14 %) seulement utilise l’IA générative ou prévoit l’utiliser sous peu. Cela signifie que près de trois entreprises sur quatre (73 %) n’envisagent même pas encore son utilisation. Les principales raisons qui expliquent ce retard sont les mêmes que pour toutes les nouvelles technologies révolutionnaires : les coûts, les inquiétudes quant à la sécurité des données, les doutes quant à la capacité des travailleurs à l’utiliser et la peur de commettre des erreurs. D’ailleurs, les dirigeants d’entreprises et d’organismes du secteur public ne sont pas les seuls à avoir peur de l’IA. Selon un sondage, 32 % des Canadiens (moins du tiers) ont confiance en l’IA, comparativement à 40 % des Américains et à 39 % des personnes dans le monde. Par ailleurs, seulement 28 % des Canadiens croient que la réglementation actuelle est suffisante pour assurer l’utilisation sécuritaire de l’IA.12

Les risques liés à l’IA sont trop élevés pour être ignorés, mais il en va de même pour les avantages qu’elle présente. Si elles veulent faire partie de la génération de l’IA générative, les organisations canadiennes devront rattraper leur retard. Qu’elles soient prêtes ou non, nous sommes à l’aube d’une nouvelle transformation technologique.


À quel point le Canada est-il en retard dans l’adoption de l’IA générative ? La plus récente Enquête canadienne sur la situation des entreprises trimestrielle de Statistique Canada, réalisée auprès de 13 327 entreprises au début de l’année 2024, fournit l’aperçu le plus récent et le plus complet de la situation. Les résultats indiquent que 73 % des entreprises canadiennes n’envisagent pas d’utiliser l’IA générative, que 9,3 % d’entre elles l’utilisent et que 4,6 % d’entre elles prévoient l’utiliser sous peu.

À l’échelle mondiale, selon des données qui datent de quelques années, le Canada occupe la 20e position au chapitre de l’adoption de l’IA parmi les 35 pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques.13 Selon l’indice mondial d’adoption de l’IA d’IBM de 2022, parmi quinze pays sondés, le Canada occupe le 10e rang et affiche un retard de 6 points de pourcentage par rapport à la moyenne. Le pays est à la traîne par rapport aux États-Unis et ne cherche pas autant à tirer profit de l’IA générative.

Il est surprenant que le Canada affiche un retard par rapport à un si grand nombre de ses concurrents étant donné sa position de chef de file dans le secteur de la recherche. En 2017, le Canada a été le premier pays à se doter d’une stratégie en matière d’IA, un effort de 25 millions de dollars mené par le CIFAR dont les objectifs consistaient à attirer et à retenir des talents, ainsi qu’à soutenir la recherche et l’innovation.14 De plus, les trois instituts d’IA nationaux canadiens sont reconnus à l’échelle mondiale et certains des plus grands spécialistes de l’apprentissage automatique ont élu domicile au Canada. Enfin, le Canada dispose d’un écosystème d’IA dynamique formé de laboratoires de recherche, d’incubateurs et d’accélérateurs d’entreprises, de fournisseurs de produits et services d’IA générative et de sociétés de capital-risque.15

Malheureusement, le Canada est tout simplement meilleur pour générer des idées et élaborer des modèles que pour les concrétiser.


Certains éléments de la structure de base de l’économie canadienne font en sorte qu’il peut être difficile de saisir les occasions qu’offre l’IA générative. Le Canada est peu peuplé et son territoire est vaste et diversifié, ce qui rend difficile la création de grands ensembles de données essentiels à l’IA. De plus, une grande partie de l’économie du pays est réglementée, ce qui peut freiner l’innovation technologique et nuire à la création de nouveaux modèles d’affaires. Enfin, de nombreux secteurs, comme ceux de la sylviculture, de l’exploitation minière, de la pêche, du pétrole et du gaz, dépendent des ressources naturelles. Or, ces secteurs ne sont pas à l’avant-garde de l’IA générative.

Les coûts figurent également parmi les obstacles à l’adoption de l’IA générative, qui nécessite le recours à de gros ordinateurs consommant beaucoup d’électricité et à des talents en technologie de plus en plus recherchés. Il s’agit d’une barrière particulièrement importante pour les petites entreprises, qui dominent l’économie canadienne. Au Canada, environ 98 % des entreprises comptent moins de cent employés. Or, les petites entreprises sont habituellement moins enclines que les grandes à investir dans les nouvelles technologies. Certaines d’entre elles jugent qu’elles n’ont pas les moyens ou l’expertise nécessaires, alors que d’autres ne subissent tout simplement pas suffisamment de pression de la part de la concurrence.

Selon une analyse du Laboratoire de données sur les entreprises (LDE) de la Chambre de commerce du Canada, 15 % des petites entreprises, dont environ la moitié comptent 100 employés ou plus, utilisent ou prévoient utiliser l’IA générative . Selon les conclusions du rapport, les petites entreprises devraient avoir plus de facilité que les grandes entreprises à recycler leurs employés et à réorienter leur stratégie d’affaires et leur utilisation de la technologie. Par contre, le financement pourrait constituer un plus grand défi. Quoi qu’il en soit, les petites entreprises pourraient bénéficier grandement de l’adoption de l’IA générative. Selon certaines estimations, l’utilisation de l’IA générative par les petites et moyennes entreprises (PME) pourrait permettre d’injecter plus de 100 milliards de dollars dans l’économie canadienne d’ici 2030, 70 % de ce montant provenant des petites entreprises.17.

Le gouvernement et les organismes du secteur public pourraient également accélérer le pas. En effet, l’innovation est un enjeu qui touche les gouvernements, ce qui est particulièrement vrai au Canada, où le secteur public représente environ 40 % de l’économie et embauche un cinquième (21 %) de la main-d’œuvre.18 Les secteurs de l’éducation et des soins de santé canadiens sont respectivement 70 % et 50 % moins productifs que ceux des États-Unis.19

Selon les données de Statistique Canada, 0,3 % des organismes gouvernementaux ont adopté l’IA générative. La situation est nettement meilleure dans les secteurs des soins de santé et de l’aide sociale, qui relèvent essentiellement du public, dont le taux d’adoption est de 9 %. Toutefois, ce pourcentage n’est pas supérieur à celui de l’ensemble du pays. Le gouvernement fédéral a annoncé au printemps qu’il souhaitait mettre en place un plan d’utilisation de l’IA dans le cadre de ses activités d’ici le printemps prochain, ce qui constitue une adoption tardive. Le gouvernement est notamment aux prises avec une dette technique énorme. En effet, ses systèmes sont si désuets que l’adoption de l’IA pourrait être impossible ou ne pas valoir la peine. Selon une étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA dans plusieurs secteurs au Canada, l’adoption de l’IA pourrait entraîner une création de valeur de l’ordre de 13 milliards de dollars pour le secteur des soins de santé et de 14 milliards de dollars pour le gouvernement.20

Même au sein des secteurs de la « vieille économie » comme celui des ressources naturelles, l’adoption de l’IA pourrait se traduire par un ajout de 9 milliards de dollars au PIB.21 Par contre, chaque secteur et chaque concurrent pourraient exiger une approche différente. De nombreuses organisations qui souhaitent appliquer l’IA aux données sur la clientèle ont à composer avec différents enjeux réglementaires. D’autres continuent d’éprouver de la difficulté à attirer et à retenir les talents dans le domaine des technologies avancées. Néanmoins, au Canada, certains secteurs entretiennent des relations étroites avec les universités, où une grande partie de la recherche en matière d’IA est effectuée.

La diversité de l’économie canadienne pourrait faire en sorte que plusieurs approches soient nécessaires pour adopter l’IA générative. Ces approches sont présentées à la section suivante du présent rapport.


Pour mieux comprendre le retard dans l’adoption de l’IA générative au Canada, nous avons élaboré un modèle analytique qui évalue les principaux secteurs de l’économie et qui comprend des éléments clés pouvant favoriser une telle adoption :

  • Taux d’adoption des technologies. Taux servant à comparer la vitesse à laquelle les secteurs canadien et américain des entreprises investissent dans les produits de propriété intellectuelle selon leur part du PIB.

  • Risques liés aux pressions exercées par la concurrence. Risques de perturbation ou d’intensification de la concurrence à l’échelle mondiale au sein de secteurs clés, reflétant les forces concurrentielles susceptibles d’influer sur le retard dans l’adoption de l’IA générative.

  • Potentiel de productivité. Potentiel de l’IA générative au sein de secteurs économiques clés selon des études comparatives, des données de l’industrie et des tables rondes sectorielles.

  • Compétences. Compétences actuelles et transférables au sein de secteurs importants selon des études sur la main-d’œuvre et des entrevues sectorielles.

  • Volonté des entreprises. Indicateur fondé sur les résultats du sondage « Utilisation de l’IA générative par l’entreprise » de 2024 de Statistique Canada.

22 %

du PIB

4,2

millions d’emplois

Risque faible
avantages élevés

Force : grands ensembles de données centralisés, notamment sur la santé, les impôts et les écoles
Priorité : gouvernance des données

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • Compétences plus élevées que la moyenne

  • Cas d’utilisation : processus d’inscription, planification et tenue de dossiers, prévision de la demande pour différents programmes d’études

  • Besoin clé : coopératives de données

  • Avantages : apprentissage sur mesure, accroissement de l’efficacité de la recherche

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • Compétences moyennes

  • Cas d’utilisation : demandes de permis, manifestations de la criminalité, efficacité des politiques publiques

  • Besoin clé : renforcement de l’infrastructure de données

  • Avantages : réduction de la lourdeur administrative, efficacité accrue du gouvernement

  • Adoption lente des nouvelles technologies

  • 11 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : découverte de médicaments, détection des maladies

  • Besoin clé : renforcement de la gouvernance des données

  • Avantages : amélioration des résultats en matière de santé et réduction des coûts

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Soins de santé

Mutuo Health souhaite mettre fin à la prise de notes manuscrites par les médecins.

Cette entreprise en démarrage de Toronto offre un produit qui tire profit de l’IA générative appelé AutoScribe. Cet outil de prise de notes virtuelles transcrit les conversations entre les médecins et leurs patients et prend des notes en temps réel.

« Il s’agit d’un outil qui réduit de manière importante le temps consacré à la prise de notes après les rendez-vous, ce qui fait que les médecins peuvent voir plus de patients, précise Noah Crampton, chef de la direction de Mutuo Health. Comme je suis moi-même médecin, je croise souvent des collègues insatisfaits au travail. » M. Crampton ajoute qu’AutoScribe a permis d’augmenter la satisfaction au travail des médecins de 72 % et d’accroître leur productivité et leur bien-être.
Depuis son lancement en 2023, plus de 1 000 médecins l’ont adopté. Il s’agit d’un exemple concret d’accroissement de la productivité rendu possible grâce à l’IA générative. Selon l’entreprise, l’outil réduit le temps consacré par les médecins à la prise de notes de 80 % en moyenne. En tenant pour acquis que la prise de notes manuscrites prend en moyenne cinq heures par semaine, cela veut dire que les médecins disposent de 16 à 20 heures de plus par mois pour rencontrer des patients.


14 %

du PIB

2,1

millions d’emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : utilisation avancée des technologies
Priorité : adoption responsable de l’IA

  • Depuis la dernière décennie, investissements des cabinets dans les nouvelles technologies 8 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • Utilisation de l’IA générative par près de 20 % des cabinets

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : émission de contrats, recherches juridiques, diligence raisonnable

  • Besoin clé : respect de la réglementation

  • Avantage : meilleur accès à des services juridiques, à des services de fiscalité et à des services-conseils

  • Investissements dans la propriété intellectuelle moins élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • Trois banques canadiennes classées parmi les dix meilleures banques au monde dans le domaine de l’IA

  • 22 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : conformité, détection de la fraude et services financiers personnalisés

  • Besoin clé : habilitation des employés de première ligne

  • Avantage : efficacité accrue de la prévention de la fraude et de la cyberdéfense

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Vente au détail

Les détaillants sont souvent à l’avant-garde des technologies innovatrices, car ils doivent gérer les attentes des consommateurs et l’évolution de leurs goûts tout en gérant leurs stocks à la limite. Canadian Tire a récemment intégré à son appli mobile l’outil virtuel d’aide au magasinage fondé sur l’IA générative CeeTee.

L’entreprise a d’abord intégré l’IA générative au parcours d’achat de pneus pour simplifier le processus, permettant aux consommateurs de trouver en un clic les bons pneus pour leur véhicule.

« Beaucoup de personnes ne connaissent pas les caractéristiques techniques des pneus, ce qui en complique l’achat, d’autant plus que les pneus coûtent cher », mentionne Cari Covent, cheffe de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes chez Canadian Tire. Le détaillant, qui compte 1 700 magasins au Canada, a d’abord intégré l’outil au processus d’achat de pneus pour comprendre de quelle manière les clients l’utilisent.

Les résultats sont prometteurs : l’outil guide les clients tout au long du parcours d’achat, de la navigation aux questions, en passant par les recommandations et le choix des bons pneus. L’IA générative offre également d’autres avantages aux détaillants. Par exemple, les données tirées des interactions avec la clientèle alimentent de vastes bases de données, ce qui permet aux détaillants d’adapter leurs produits. Enfin, ils peuvent également s’appuyer sur ces interactions pour émettre des recommandations personnalisées et prendre des décisions plus éclairées, notamment en matière de marchandisage et de gestion des stocks. Écouter l’entrevue complète avec Cari Covent sur les perturbateurs de marché


10 %

of GDP

1,6

millions d’emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : intégration avec les chaînes d’approvisionnement et les marchés des États-Unis
Priorité : gestion des chaînes d’approvisionnement

  • Sous-investissement important dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 72 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 15 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences moyennes

  • Cas d’utilisation : conception de produits, optimisation de la production, gestion des chaînes d’approvisionnement

  • Besoin clé : perfectionnement accru du personnel technique

  • Avantage : augmentation de la productivité

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Fabrication

L’IA générative est appelée à prendre de plus en plus de place dans nos vies. Sanctuary AI, une entreprise de Vancouver, conçoit des robots qui fonctionnent au moyen d’un système d’IA qui imite le cerveau et le corps humains.

De vastes modèles de langage, comme ChatGPT, sont intégrés aux robots afin de leur permettre de « penser » et d’agir comme des humains, ainsi que de transformer le langage en actions et en concepts. ChatGPT permet d’imiter la pensée, mais les robots de Sanctuary AI vont plus loin. En effet, ils sont capables de poser différents gestes et de réaliser des tâches manuelles ou répétitives.

Sanctuary AI a attiré l’attention d’entreprises de premier plan partout dans le monde. En avril 2024, elle a conclu avec Magna International une entente de partenariat stratégique visant le déploiement d’applications d’IA générative dans le cadre du processus de fabrication de pièces du géant du secteur de l’automobile.

Écouter l’entrevue complète sur les perturbateurs de marché :
Mechanical Minds: Exploring the World of AI Robots – RBC Thought Leadership


20 %

du PIB

1,4

millions d’emplois

Risque faible
avantages faibles

Force : main-d’œuvre spécialisée
Priorité : planification virtuelle à des fins de réduction des délais d’approbation des permis

  • Sous-investissement dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 50 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 17 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : analyses de marché, mise en scène d’intérieur virtuelle, émission de contrats

  • Besoin clé : talents en technologie

  • Avantage : logements plus abordables

  • Sous-investissement dans les nouvelles technologies (depuis les dix dernières années, investissements 40 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 6,5 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : conception virtuelle, optimisation des ressources

  • Besoin clé : talents en technologie

  • Avantage : réduction des retards dans la construction

5 %

du PIB

2

millions d’emplois

Risque élevé
avantages moyens

Force : fidélité et confiance élevées envers les marques
Priorité : meilleure compréhension des préférences des clients

  • Sous-investissement dans les technologies (investissements 40 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis)

  • 11 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : gestion des stocks, conception de produits

  • Besoin clé : gestion des données de grande qualité

  • Avantage : compétitivité à l’échelle mondiale

Études de cas – l’IA dans différents secteurs

Services professionnels

Eirene, une entreprise de services funéraires, a intégré l’outil d’IA générative de Google Gemini afin d’automatiser et d’optimiser différents éléments de sa plateforme Funeral OS. Grâce à cet outil, les employés peuvent se concentrer sur leurs tâches plus délicates, comme les services funéraires et les services d’incinération.

Eirene utilise l’IA générative pour transcrire, analyser et extraire des renseignements pertinents provenant d’appels téléphoniques, de courriels et de séances de clavardage. L’application peut remplir efficacement plusieurs formulaires gouvernementaux, ce qui réduit la saisie manuelle de données et le risque d’erreur.

« Nous utilisons l’IA pour augmenter notre efficacité opérationnelle, ce qui nous permet d’investir plus de ressources dans l’offre d’une expérience exceptionnelle centrée sur l’humain à notre clientèle, précise Mallory Greene, cheffe de la direction de l’entreprise. La clé est d’utiliser l’IA comme outil d’habilitation et non comme outil de remplacement de l’ingéniosité humaine. »


3,3%

du PIB

360 K

emplois

Risque élevé
avantages élevés

Force : compétences
Priorités : qualité et rigueur

  • Investissements dans les nouvelles technologies 66 % moins élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 31 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences élevées

  • Cas d’utilisation : création de contenu, recommandations personnalisées, vérification des faits

  • Besoin clé : lutte contre la désinformation

  • Avantage : société plus informée


5 %

du PIB

200 K

emplois

Risque faible
avantages moyens

Force : expertise mondiale
Priorité : investissements dans les technologies

  • Investissements dans les nouvelles technologies 63 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 8 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : exploration et prospection, analyse des données géologiques

  • Besoin clé : plus de talents en technologie

  • Avantage : extraction des ressources plus durable


2 %

du PIB

575 K

emplois

Risque moyen
avantages moyens

Force : demande mondiale
Priorité : optimisation de la production

  • Investissements dans les nouvelles technologies 80 % plus élevés au Canada qu’aux États-Unis

  • 8,3 % des organisations utilisant déjà ou prévoyant utiliser l’IA générative

  • Compétences faibles

  • Cas d’utilisation : modélisation de la séquestration du carbone, optimisation des engrais et des graines

  • Besoin clé : plus de talents en technologie dans les exploitations agricoles

  • Avantages : augmentation de la production et réduction des émissions

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La révolution de l’IA aura un impact aussi vaste que profond dans tous les secteurs et touchera presque toutes les activités des entreprises. Elle contribuera à l’augmentation de l’efficacité des systèmes et des processus des entreprises, et elle permettra à ces dernières d’offrir un meilleur service à la clientèle et de concevoir de nouveaux produits améliorés, et ce, rapidement et à plus faible coût. L’IA libérera également les employés de certaines tâches, ce qui leur permettra de créer plus de valeur. Enfin, elle augmentera la productivité et l’innovation au Canada, elle procurera un avantage concurrentiel au pays à l’échelle mondiale et elle contribuera à la prospérité des citoyens.

Les entreprises canadiennes doivent agir maintenant. Et elles doivent surtout changer de mentalité. Il est important qu’elles cessent d’hésiter à investir dans les nouvelles technologies et de reporter la décision d’investir afin d’éviter les erreurs.

Les obstacles à l’adoption de l’IA doivent être éliminés et les entreprises doivent cesser d’attendre avant de se lancer. Voici ce que les entreprises peuvent faire :

1. Accroître la confiance du public envers l’IA.

Les Canadiens n’ont pas encore confiance en l’IA. Selon le Baromètre de confiance Edelman de cette année, à peine 31 % des Canadiens ont confiance en cette technologie, soit 19 % de moins que la moyenne mondiale. Près de la moitié des Canadiens sondés dans le cadre d’une étude menée par Ipsos ont répondu qu’ils se méfiaient des produits et services qui utilisent l’IA. Qui plus est, le discours public, constamment orienté vers la nécessité d’ériger des « garde-fous » autour de la technologie, ne fait qu’accroître leurs inquiétudes.

Les entreprises canadiennes ont un rôle à jouer dans le changement des mentalités. Elles doivent convaincre leurs employés, leur clientèle et la population que l’IA peut être adoptée de manière responsable. Cela contribuera à l’acceptation sociale, qui est nécessaire à l’adoption de la technologie. Les entreprises devraient faire preuve de transparence lorsqu’elles utilisent l’IA générative et former leurs employés, le cas échéant, afin qu’ils puissent à leur tour expliquer les usages de l’IA à leur clientèle et aux parties prenantes.

2. Bâtir une main-d’œuvre compétente.

Les travailleurs doivent arrêter d’avoir peur que l’IA les remplace et les employeurs doivent démontrer à leurs employés qu’ils ont l’intention de leur offrir les outils nécessaires pour innover et pour travailler plus rapidement et efficacement. (Selon le rapport de la Chambre de commerce du Canada, le deuxième principal avantage de l’adoption précoce de l’IA est l’accroissement de l’automatisation des tâches sans occasionner de pertes d’emploi. Le principal avantage constitue l’élaboration de contenu créatif.) L’IA générative est un moyen efficace d’améliorer les compétences de la main-d’œuvre.

Il est important d’investir dans l’éducation et la formation et de collaborer avec les établissements d’enseignement postsecondaire afin d’élaborer et d’offrir les programmes de formation nécessaires. Les organisations qui servent les petites entreprises devraient également les aider en créant des réseaux et des guides.

Les employés auraient avantage à profiter des outils offerts en ligne pour se familiariser avec l’IA générative. Bon nombre de ces outils sont gratuits ou presque gratuits. Les compétences en « ingénierie de requêtes » seront de plus en plus importantes pour les travailleurs et les entreprises.

3. Investir maintenant, adopter de manière précoce et commencer graduellement, au besoin.

Le coût des modèles d’IA et d’IA générative diminue et les petits projets pilotes sont abordables. Investir dans de tels modèles et projets pourrait en valoir la peine. Selon une étude, chaque dollar investi dans l’IA rapporte en moyenne 3,50 $.22

La création d’un environnement sûr pour permettre aux employés d’explorer et d’expérimenter l’IA est essentielle. Par définition, l’IA générative s’améliorera avec le temps, tout comme les données commerciales utilisées pour former les ordinateurs. Par conséquent, les entreprises qui hésiteront longtemps avant de se lancer pourraient passer à côté d’améliorations exponentielles dont profiteront leurs concurrents, en particulier si ces derniers utilisent déjà la technologie depuis des mois ou des années.

Il n’est pas nécessaire de commencer par la mise en place de grands projets d’IA générative transformateurs. Les entreprises peuvent d’abord mettre en branle de petits projets d’IA pratiques et tirer profit de la réussite d’autres projets.

4. Régler les problèmes liés aux données dans le secteur des soins de santé.

Le secteur des soins de santé, vaste et essentiel, nécessite une attention particulière. Ce secteur, qui utilise encore des télécopieurs pour certaines communications, doit être modernisé de toute urgence. Il doit se doter d’une infrastructure de données de base. La numérisation des dossiers médicaux constitue un début, mais nous devrions envisager la mise en place de réseaux d’information numériques dynamiques pour permettre à notre système de santé de se démarquer et de tirer profit de l’IA.

5. Créer un cadre réglementaire approprié.

Dans le cadre de leurs efforts de réglementation de l’IA, les gouvernements devraient adopter des approches législatives technologiquement neutres, axées sur les risques et fondées sur des principes. De telles approches leur permettraient de mettre en place une réglementation durable, et ce, malgré le fait que la technologie change très rapidement. De plus, la réglementation devrait être harmonisée le plus possible avec les normes internationales de gouvernance de l’IA et promouvoir l’interopérabilité (soit la capacité de produits et de systèmes à opérer ensemble) pour les entreprises canadiennes à l’étranger.

6. Évaluer le caractère approprié des exigences en matière de résidence des données.

Les exigences en matière de résidence des données ralentissent l’adoption de services infonuagiques modernes au sein des gouvernements et de certains secteurs clés. En 2024, nous devrions revoir la pertinence de ces exigences. Contrairement à d’autres gouvernements et entreprises, qui utilisent des logiciels professionnels, le gouvernement canadien dépend de systèmes informatiques désuets. Le Canada est un marché trop petit pour que les fournisseurs de services en nuage, à l’exception des plus grands, puissent lancer une infrastructure dédiée. À l’heure actuelle, les exigences en matière de résidence des données limitent les choix de logiciels de grands fournisseurs possibles et donnent accès à des modèles d’IA moins qu’optimaux sur lesquels les entreprises peuvent s’entraîner.

L’adoption de l’IA générative dépend de la mise en place d’infrastructures adéquates. La consommation d’électricité liée à l’IA a grimpé de manière exponentielle. Désormais, les centres de données qui soutiennent des modèles d’IA complexes consomment autant d’électricité que les villes de Vancouver ou Calgary. Comme l’IA continue d’évoluer et de prendre de l’ampleur, la demande en électricité connexe devrait augmenter. Par conséquent, nous devrons trouver des solutions énergétiques efficaces et durables pour soutenir les progrès technologiques sans surcharger les infrastructures d’électricité actuelles. Enfin, les annonces récentes du gouvernement fédéral du Canada concernant la puissance informatique soulignent également la nécessité pour les différents ordres de gouvernement de maintenir un dialogue ouvert avec l’industrie pour trouver des moyens de saisir les occasions qu’offre l’IA générative.

Lecture recommandée

Le projet Croissance :

Une nouvelle génération porteuse d’idées pour l’économie canadienne

Le défi de la croissance au
Canada :

pourquoi l’économie est au point mort

Occasion à saisir pour la Nouvelle-Écosse :

tirer parti de l’essor démographique

Pour en savoir plus, allez à rbc.com/fr/leadership-avise/le-projet-croissance.

Télécharger le rapport

Nous reconnaissons l’appui de Table ronde des affaires + de l’enseignement supérieur qui nous ont permis de rassembler des décideurs et leaders d’institutions dans le cadre de cette initiative de recherche.

  1. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  2. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  3. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  4. RBC – Le défi de la croissance au Canada : pourquoi l’économie est au point mort

  5. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  6. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  7. Rapport du Conference Board

  8. Rapport du Conference Board

  9. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  10. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  11. Conference Board of Canada – Real Talk: How Generative AI Could Close Canada’s Productivity Gap and Reshape the Workplace—Lessons From the Innovation Economy, 2024.

  12. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  13. Automation Nation? AI Adoption in Canadian Businesses (dais.ca)

  14. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  15. Étude de Microsoft sur l’IA au Canada

  16. Chambre de commerce du Canada

  17. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  18. fraserinstitute.org

  19. RBC – Le défi de la croissance au Canada : pourquoi l’économie est au point mort

  20. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  21. Étude de Microsoft sur les occasions offertes par l’IA

  22. Chambre de commerce du Canada


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La croissance du Canada s’est arrêtée. Notre économie, sur une base ajustée en fonction de l’inflation et de l’immigration, est de la même taille qu’avant la pandémie et à peu près au même point qu’il y a dix ans. Ce n’est pas le cas aux États-Unis ou dans d’autres économies avancées, et les causes de cette situation ne sont pas vraiment claires ni liées à un facteur unique. Néanmoins, alors que le pays est aux prises avec des années de stagnation économique, il est évident que notre productivité collective est au centre du problème.

Les chiffres sont maussades, surtout si nous tenons compte de la richesse et du potentiel du pays. À l’échelle de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), nous sommes tombés du 5e rang des pays les plus productifs en 1970 au 18e rang en 2022. Au vu de cet historique, l’OCDE a estimé en 2021 que la croissance économique du Canada par habitant serait la pire des pays développés pendant les 40 prochaines années.

L’impact se fait sentir à grande échelle dans les salaires, les recettes publiques, les bénéfices des entreprises et les rendements des placements. Sur le long terme, nous perdons de notre capacité à attirer et maintenir le capital d’investissement et la main-d’œuvre qualifiée, ce qui pourrait compromettre les occasions de croissance futures par rapport aux autres économies avancées. Dans le même ordre d’idées, un changement positif dans notre productivité pourrait constituer le principal catalyseur dont le pays a besoin pour stimuler la croissance économique et la prospérité qui en découle. D’après nos calculs, la réduction de l’écart de revenus entre le Canada et les États-Unis dans l’ensemble de l’économie ajouterait 20 000 $ de PIB par personne et par année, avec une réelle incidence sur les travailleurs dont le salaire moyen est maintenant inférieur de 8 % aux salaires des États-Unis.

Le ralentissement de la croissance du PIB canadien est principalement attribuable à l’affaiblissement des gains de productivité
Variation annuelle moyenne en pourcentage, secteur des entreprises (la somme des barres est égale à la croissance annuelle du PDG)
Source: Statistique Canada, RBC Économie

Évidemment, il n’est pas facile de stimuler la productivité. Le Canada est un grand pays, géographiquement diversifié, riche en ressources et caractérisé par une dispersion de la population, ce qui crée des difficultés particulières en matière d’infrastructure, d’investissement et de réglementation. Les lourdeurs administratives aux divers échelons gouvernementaux ont créé des inefficacités et des barrières au commerce intérieur. Les goulots d’étranglement liés à l’infrastructure et les lourdeurs administratives rendent le commerce international plus compliqué. La mobilité des travailleurs qualifiés – déjà compliquée à cause de l’étendue de notre territoire – peut aussi être limitée par la façon dont les provinces, les secteurs et les groupes professionnels essaient de contrôler l’offre de main-d’œuvre. Tous ces problèmes peuvent peser sur les investissements des entreprises canadiennes et, par conséquent, ralentir la croissance. En outre, au cours des derniers cycles économiques, une part croissante de l’épargne et de l’investissement a afflué vers l’immobilier et la construction, qui, bien que nécessaires et bénéfiques pour de nombreuses raisons, sont des secteurs relativement inefficaces qui peuvent nuire à la croissance de la productivité dans l’ensemble de l’économie. Il en va de même pour les petites entreprises, dont la part dans l’économie a augmenté au cours des dernières décennies. Ces entreprises sont fondamentales pour le pays et pour les collectivités de nombreux Canadiens, mais si elles ne se développent pas pour devenir plus concurrentielles, elles pourraient limiter le potentiel de l’ensemble de l’économie.

Cela n’a pas toujours été le cas. La croissance de la productivité canadienne s’élevait à 5 % par année en moyenne dans les années 1950, à un moment où les technologies utilisées pendant la guerre étaient adaptées à un usage civil, ce qui a stimulé presque toute la croissance du PIB lors de cette décennie. La croissance de la productivité est restée élevée (3,5 % par année) dans les années 1960, alors que l’automatisation du secteur manufacturier se poursuivait et que le Pacte de l’automobile de 1965 conclu entre le Canada et les États-Unis ouvrait la voie à une libéralisation des échanges. Cette trajectoire a fléchi pendant les turbulences économiques des années 1970 et 1980, bien que quelques innovations comme le transport par conteneurs et l’expansion du commerce mondial aient entraîné de nouveaux gains de croissance et de productivité dans les années 1990.

Bon nombre des tendances positives pour l’économie canadienne ont été des tendances mondiales, notamment en matière de commerce, de technologie et d’éducation. Toutefois, le Canada a aussi tiré parti de ses forces spécifiques, parmi lesquelles la rapide augmentation de la participation des femmes à la population active, l’amélioration des conditions sanitaires pour la grande majorité de la population, et l’amélioration de l’accessibilité et de la qualité de l’éducation à tous les niveaux.

Malgré ces investissements, la croissance de la productivité stagne à moins de 1 % par an en moyenne depuis le début du siècle. Ces défis ne sont pas propres au Canada, mais ils se posent également dans la plupart des économies avancées. Cela dit, le ralentissement a été plus marqué dans notre pays que partout ailleurs. La transformation des secteurs grâce aux technologies numériques, la rapide expansion de la robotique et de la fabrication de pointe, et les gains économiques importants liés aux sciences de la vie sont autant de moteurs qui ont accéléré la croissance économique dans d’autres pays, mais qui n’ont pas eu le même effet au Canada.

Par ailleurs, un autre défi attend le Canada dans le futur, étant donné que le secteur des services est celui qui détient la plus grande part dans l’économie. La productivité du secteur des services est en hausse, mais sa progression n’est pas aussi rapide que ce qui était attendu après les investissements importants réalisés dans l’éducation canadienne. Actuellement, près de 80 % de la main-d’œuvre travaille dans le secteur des services. Cela inclut tous les employés de comptoir et le personnel hôtelier qui offrent une valeur réelle à leurs clients et à leurs employeurs, mais aussi ceux des services professionnels où la productivité et les salaires dépendent davantage des investissements dans le capital humain que de la machinerie et de l’équipement. Autrement dit, les investissements du Canada dans l’éducation et la formation, ainsi que ses efforts pour attirer des immigrants qualifiés ne génèrent pas les rendements économiques escomptés.

Ces défis peuvent sembler intimidants. Mais les solutions sont claires, réalisables, et leur mise en œuvre ne nécessite pas beaucoup de compromis. Les politiques axées sur la croissance peuvent même bénéficier à tous les secteurs de la société, et profiter aux investisseurs aussi bien qu’aux travailleurs.

Parmi les solutions les plus attrayantes pour les gouvernements, les entreprises, les syndicats et les groupes sectoriels, nous pouvons citer :

  • La réduction des lourdeurs administratives et des barrières au commerce intérieur. Cela n’implique pas forcément de revoir les normes à la baisse, mais d’améliorer la cohérence et les règlements dans l’ensemble des territoires afin de rendre les coûts et les délais d’approbation des projets plus prévisibles.
  • Une meilleure exploitation des compétences des immigrants. Étant donné que la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration, nous avons besoin d’améliorer le système pour que les niveaux d’étude et les compétences des nouveaux arrivants correspondent à des emplois.
  • Une amélioration de la compétitivité fiscale. La compétitivité fiscale du Canada s’est effritée. Notre niveau d’imposition global est inférieur à celui d’autres économies plus productives, mais des réformes plus larges visant à réduire la complexité et le coût de la conformité fiscale pourraient aider à attirer plus d’investissements.
  • L’adoption de nouvelles technologies. Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité, mais le taux d’adoption de ces technologies est faible au Canada. Faciliter l’investissement dans les nouvelles technologies est crucial pour maintenir une compétitivité à l’échelle mondiale.
  • Tirer profit d’une main-d’œuvre hautement qualifiée. La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada est particulièrement bien placée pour jouer un rôle dans la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. Le Canada doit s’assurer que les investissements dans l’éducation génèrent un résultat.

Au cours du dernier quart de siècle, tous les gouvernements fédéraux et bon nombre de provinces se sont penchés sur les défis de la compétitivité, de la croissance et de la productivité. Et ils ont découvert, parfois avec du recul, qu’il n’existait pas de plan facile à mettre en œuvre. Ce rapport passe en revue certaines des mesures qui pourraient être prises pour stimuler la croissance, mais l’un des outils les plus puissants dont nous disposons n’est pas un outil : c’est notre état d’esprit. Si les Canadiens se concentraient collectivement sur l’économie de l’avenir, c’est-à-dire une économie qui récompense l’innovation, célèbre la compétitivité, investit à la fois dans les personnes et la technologie, et génère des rendements efficaces, alors le casse-tête de la productivité serait plus facile à résoudre. Et en même temps, la croissance ferait son retour.

  • La productivité du Canada par rapport aux États-Unis diminue depuis les années 1980
 
  • Les gains de productivité du Canada par rapport aux États-Unis sont principalement attribuables aux ressources naturelles
 

Comment la productivité du Canada est tombée à un niveau aussi faible

Le ralentissement de la croissance économique canadienne à long terme est lié à plusieurs facteurs, dont certains sont clairs et évidents. Commençons par la lourdeur du système d’approbation réglementaire et administrative à tous les échelons gouvernementaux, qui a eu pour effet indésirable d’entraver le commerce et la croissance à l’intérieur du pays. En outre, les goulots d’étranglement liés à l’infrastructure, combinés aux lourdeurs administratives, rendent le commerce international plus compliqué. Ces facteurs ont contribué à la baisse des investissements des entreprises canadiennes et, parallèlement, à une augmentation du capital consacré aux immeubles et à la construction. Or, bien que ce secteur apporte beaucoup à l’économie, il ne stimule pas autant la croissance que l’automatisation ou la propriété intellectuelle. De plus, de nombreuses politiques ont favorisé les petites entreprises plutôt que les sociétés de croissance et les grandes entreprises, ce qui limite la croissance globale de notre productivité.

 

Les entreprises canadiennes investissent moins

Les entreprises canadiennes investissent beaucoup moins que celles des États-Unis – au total, environ la moitié par travailleur. Ce retard dans les investissements s’est aggravé à la suite de la crise financière mondiale de 2008-2009 et au moment de la chute des prix du pétrole en 2015, et encore plus dans le sillage de la pandémie où la hausse des taux d’intérêt a frappé l’économie canadienne plus durement que celle des États-Unis. En somme, la contribution des investissements à la croissance de la productivité canadienne depuis la crise financière de 2008-2009 représente à peine la moitié de la contribution de la décennie précédente. En outre, les tendances moroses observées récemment en matière d’investissement laissent entrevoir que l’écart continuera de se creuser au cours de la prochaine décennie.

Bien entendu, le ralentissement des investissements s’explique en partie par le repli des investissements dans le secteur canadien du pétrole et du gaz, qui est davantage lié à la transition énergétique mondiale visant à s’éloigner des combustibles fossiles. Toutefois, la part du PIB investie par les entreprises canadiennes dans le secteur manufacturier a aussi été beaucoup plus faible qu’aux États-Unis pendant la dernière décennie.

Le problème ne semble pas être lié à un manque de capitaux disponibles. Bien que les banques centrales aient fait grimper les taux d’intérêt, les entreprises disposent toujours d’une importante réserve de liquidités qui représente près d’un tiers du PIB. Les entreprises expliquent depuis longtemps que la lourdeur du cadre d’approbation des projets rend relativement coûteux l’investissement au Canada. Le manque d’investissement a également pour effet de maintenir les entreprises canadiennes à une taille relativement réduite (98 % des entreprises canadiennes comptent moins de 100 employés), et il se trouve que les petites entreprises sont généralement moins productives.

  • Le Canada accuse un énorme retard sur les États-Unis en matière d’investissements
 
  • Ratios investissements/PIB du Canada et des États-Unis
 

La réglementation représente un fardeau financier pour l’investissement et la croissance

L’enchevêtrement des réglementations et des exigences administratives entre les différentes municipalités et provinces a pour effet indésirable de compliquer et de limiter le commerce à l’intérieur du territoire canadien.

Le Fonds monétaire international estime ainsi que les barrières au commerce intérieur (différences de réglementation entre les régions, divergences dans les exigences administratives s’appliquant aux entreprises d’un territoire à un autre, et disparité des exigences de certification qui limite la mobilité de la main-d’œuvre, entre autres) coûtent l’équivalent d’un droit de douane de 20 % qui s’appliquerait entre les provinces. En comparaison, le droit de douane perçu sur les importations internationales qui entrent au Canada est inférieur à 1 %1.

En 2020, le Canada s’est classé au 188e rang des 208 économies suivies par la Banque mondiale en ce qui concerne le nombre de jours passés par les entreprises à rechercher des permis de construction pour les nouveaux projets. Ce délai est trois fois plus long qu’aux États-Unis.
La lourdeur administrative augmente également le coût supporté par les entreprises pour réaliser des opérations transfrontalières. En réalité, les droits de douane appliqués au commerce international sont relativement faibles au Canada, mais le pays se classe mal (au 51e rang mondial) sur le plan de la facilité des échanges transfrontaliers, notamment à cause des coûts administratifs associés à l’importation et à l’exportation.

Notre régime fiscal perd son avantage concurrentiel

Il y a dix ans, à l’échelle du G7, le Canada était au deuxième rang des taux d’imposition les plus bas pour les sociétés. Cet avantage a décliné, surtout après la forte baisse des taux d’imposition des sociétés aux États-Unis en 2018.

Les taux d’imposition des sociétés au Canada sont toujours comparables à ceux des autres économies avancées. Toutefois, en tenant compte de l’impôt sur les dividendes de sociétés appliqué au revenu des particuliers, l’OCDE estime que l’impôt total sur les bénéfices distribués par les sociétés canadiennes est le plus élevé parmi les pays du G7.

En outre, les gouvernements canadiens ont créé des déficits budgétaires plus importants, après des décennies de rigueur budgétaire. Cela augmente le risque de nouvelles augmentations d’impôt à l’avenir, et crée des incertitudes pour les entreprises envisageant de s’installer au Canada et de s’y développer.

En même temps, malgré le maintien de l’investissement direct étranger au Canada, les investissements des Canadiens à l’étranger ont connu une croissance considérable, ce qui s’est traduit par une importante sortie nette de capitaux vers l’étranger. Les investissements à l’étranger sont bénéfiques. L’actif net du Canada détenu à l’étranger a atteint près de 1 700 milliards de dollars (57 % du PIB), mais ces investissements favorisent la croissance de la productivité à l’extérieur du Canada plutôt qu’à l’intérieur.

  • Les sorties nettes de capitaux du Canada au profit des États-Unis se sont intensifiées après 2014
 
  • Les impôts prélevés au Canada sur les bénéfices des sociétés sont les plus élevés parmi les pays développés
 

Défis liés à l’infrastructure – certains sont naturels, d’autres d’origine humaine

Le Canada compte une petite population qui s’étend sur une vaste superficie, et d’abondantes ressources naturelles qui doivent être exportées. Cette situation génère des difficultés uniques par rapport à d’autres pays.

Le point positif, c’est que le Canada bénéficie d’une solide infrastructure qui se classe au premier rang des pays du G7 dans le classement de la Banque mondiale. Le transport et l’entreposage sont les rares secteurs où les investissements des entreprises canadiennes représentent une part du PIB plus importante qu’aux États-Unis, et aussi où la productivité du Canada a le moins de retard par rapport aux États-Unis.

Toutefois, il reste d’importants goulots d’étranglement où l’infrastructure canadienne est nettement à la traîne. Les délais d’exécution dans les ports du pays sont parmi les plus longs au monde, se classant au 103e rang parmi les 113 pays suivis par la Banque mondiale en 2023, avec une médiane de deux jours et demi. Le Canada est également en mauvaise place dans les classements mondiaux de la Banque mondiale en ce qui concerne « la facilité pour exporter », notamment à cause du coût des formalités administratives.

 

Surpondération de la construction, sous-pondération de la propriété intellectuelle

La productivité canadienne est à la traîne dans la plupart des secteurs par rapport aux États-Unis, mais elle souffre particulièrement d’une surpondération de l’économie dans le secteur de la construction où la croissance de la productivité est plus lente.

Les investissements dans les structures résidentielles représentent une part du PIB deux fois plus élevée au Canada (6 %) qu’aux États-Unis (3 %). Les entreprises canadiennes investissent davantage dans les structures non résidentielles, et moins dans les produits liés à la propriété intellectuelle. Dans l’ensemble, le Canada investit environ 40 % de moins (en part du PIB) dans les produits liés à la propriété intellectuelle – et une part plus importante dans l’exploration minière. Le secteur manufacturier n’investit que le quart de ce que les États-Unis investissent dans les produits liés à la propriété intellectuelle en part du PIB.

Par conséquent, la construction représente environ le double des heures travaillées totales au Canada (8 %), comparativement aux États-Unis (4 %). La construction est l’un des secteurs ayant eu le plus de mal à stimuler la productivité au fil du temps. En effet, si nous regardons les décennies passées, en 2022 la productivité du secteur canadien de la construction était de 54 % supérieure au niveau de 1961, ce qui ne représente qu’un quart de l’augmentation de la production de l’ensemble des entreprises par heure travaillée sur la même période.

  • Croissance de la productivité au Canada par secteur au cours des six dernières décennies
 
  • Les États-Unis devancent le Canada au chapitre de l’investissement dans la propriété intellectuelle au sein des secteurs clés
 

La croissance du secteur des services n’a pas d’effet positif sur la productivité

Les raisons qui expliquent le retard de la productivité canadienne observé depuis plusieurs décennies dans la production des biens sont identifiées, et certaines sont faciles à résoudre. Le secteur des services (qui représente 80 % des travailleurs canadiens) doit également être pris en compte dans toute solution aux problèmes de productivité.

Il est inquiétant de constater que les importants investissements réalisés dans le capital humain ne sont pas vraiment fructueux sur le plan de la croissance de la productivité. Le Canada dispose d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et d’un niveau d’éducation élevé, qui devrait être bien placée pour tirer parti de la transition de l’économie mondiale de la production de biens vers les services. Toutefois, la qualité de la main-d’œuvre n’a pas entraîné une accélération de la croissance de la productivité à la hauteur des progrès réalisés dans l’éducation.

La part de la main-d’œuvre canadienne ayant terminé ses études postsecondaires a augmenté de 41 % en 1990 à 70 % en 2023, mais la croissance de la productivité mesurée selon la composition de la main-d’œuvre (amélioration des compétences évaluée d’après l’allongement de l’expérience et la composition de la main-d’œuvre en fonction du niveau d’éducation) ne représente que la moitié de son rythme des années 1990.

Une partie du problème réside probablement dans l’accès au financement. Le Canada est le deuxième plus grand marché de capital-risque du G7 par rapport à la taille de l’économie, mais le pays demeure très en retard par rapport à la somme des liquidités disponibles aux États-Unis.

  • Une main-d’œuvre plus instruite n’entraîne pas une meilleure productivité
 

Un secteur public important et en croissance est moins productif

Les secteurs publics canadiens de l’éducation et des soins de santé sont beaucoup moins « productifs » qu’aux États-Unis, avec des différences respectives de 70 % et 50 %, et ces secteurs représentent un cinquième de l’écart de productivité dans l’économie totale alors qu’ils ne pèsent que 14 % dans l’économie. De plus, la croissance et le vieillissement de la population entraînent une rapide hausse de la demande pour ces services publics. Au Canada, les emplois dans le secteur public ont représenté plus du tiers de la croissance totale de l’emploi au cours de la dernière décennie.

Par ailleurs, il est notoirement difficile de mesurer la productivité dans le secteur public, car la plupart de temps il n’y a pas de transactions négociées sur le marché. L’écart de productivité du Canada dans le secteur des soins de santé et de l’éducation par rapport aux États-Unis disparaît en partie si l’on tient compte des résultats obtenus dans ces systèmes. L’espérance de vie est plus longue et les décès évitables sont plus faibles au Canada. Une plus grande partie de la population âgée de plus de 65 ans est en bonne santé. Et pour atteindre ces résultats, le système canadien coûte un peu moins de la moitié de ce qu’il coûte aux États-Unis par habitant. Dans le domaine de l’éducation, les étudiants canadiens (de 15 ans) sont parmi les meilleurs de l’OCDE (et se classent au-dessus des États-Unis) en mathématiques, en sciences et en lecture.

Mais il y a toujours un potentiel d’amélioration – et le secteur public devra être plus productif pour répondre aux besoins d’une population en croissance rapide. Bien que les résultats du secteur canadien de la santé surpassent la productivité mesurée, la rapidité et la disponibilité des services posent problème depuis longtemps. La satisfaction à l’égard de la couverture a diminué. Le Canada manque de médecins et d’infirmiers, et le pays affiche un piètre bilan en matière d’utilisation des compétences des nouveaux arrivants, particulièrement dans le secteur des soins de santé, à un moment où la demande augmente rapidement en raison de la croissance démographique.

Production agricole canadienne :
leçons pour l’avenir

L’agriculture n’est pas la première chose qui vient à l’esprit quand on parle d’innovation technologique. Or, aucun secteur canadien n’a connu de progrès technologiques plus perturbateurs que ceux de la production alimentaire au cours du dernier siècle (voire des deux derniers). Ces progrès ont conduit à des gains de productivité massifs, même au cours des dernières décennies. De nouvelles techniques et de nouveaux produits ont rehaussé le rendement des cultures. Les machines avancées ont considérablement réduit le nombre de personnes nécessaires pour travailler la terre. L’époque des tracteurs et des moissonneuses-batteuses de la génération passée est révolue ; les machines agricoles modernes comportent maintenant des technologies dignes de vaisseaux spatiaux. Selon nos calculs, la production agricole par acre en 2016 était trois fois et demie plus élevée qu’en 1941. La production par travailleur a progressé encore plus rapidement. La production par travailleur agricole est environ 12 fois plus élevée qu’en 1941.

Moins d’agriculteurs, mais ils sont plusieurs fois plus productifs
Tous ces gains de productivité ont conduit à des changements structurels spectaculaires. Les fermes sont devenues beaucoup plus grandes. La taille de l’exploitation agricole canadienne moyenne en 2021 était d’environ 800 acres, soit deux fois plus qu’une ferme moyenne il y a 50 ans et quatre fois plus qu’en 1921. Une mécanisation plus grande signifie que moins de travailleurs sont nécessaires. En 1921, environ un tiers des emplois canadiens, ce qui représentait un million de travailleurs, étaient répartis dans le secteur agricole. Aujourd’hui, l’agriculture représente environ 1,5 % des emplois, soit moins de 300 000 travailleurs. Il y a près de 700 000 personnes en moins qui cultivent des terres, ce qui représente environ 12 % de plus qu’il y a un siècle.Automatisation – ce n’est pas quelque chose de nouveau
Il y a une leçon à tirer de l’agriculture, pour ceux qui craignent que l’automatisation ne rende obsolète une grande partie de la main-d’œuvre actuelle. Les tendances historiques de l’agriculture montrent que la technologie peut être très perturbatrice, mais que d’un autre côté elle améliore le bien-être dans les mêmes proportions. La perspective de perdre près d’un tiers des emplois à cause de l’innovation technologique dans l’agriculture aurait semblé terrifiante en 1921. Il y a eu des conséquences négatives pour les collectivités rurales tributaires de ces emplois agricoles. En même temps, toutes ces améliorations de la productivité agricole ont permis à près d’un tiers de la main-d’œuvre de se concentrer sur autre chose que la production alimentaire. De nouvelles activités se sont développées, et les travailleurs ont trouvé d’autres emplois. Les grandes avancées telles que les progrès dans la recherche médicale, l’élargissement du filet de sécurité sociale ou les innovations favorables à la production dans d’autres secteurs sont en partie attribuables au fait que les agriculteurs sont devenus plus efficaces pour produire de la nourriture.

Mesures à prendre pour améliorer la productivité

La plupart des mesures à prendre pour relever les défis de la productivité au Canada ne suscitent pas de controverse. Ces changements nécessitent des politiques favorables à la croissance, lesquelles profiteraient aux propriétaires d’entreprises aussi bien qu’aux travailleurs même si le Canada avait la meilleure productivité du monde. Cela ne signifie pas qu’ils sont difficiles à mettre en œuvre. Mais si le Canada ne s’attaque pas au problème, le pays abordera les années 2030 avec un défi économique encore plus grand que celui que nous connaissons aujourd’hui.

Élimination des barrières au commerce interprovincial et réduction des lourdeurs administratives

La suppression des barrières commerciales à l’intérieur du Canada ne passe pas forcément par un allègement des normes. Cela implique d’améliorer la cohérence entre les règles des territoires, afin d’accroître la rapidité et la prévisibilité des approbations de projets et de réduire les coûts potentiels pour les entreprises envisageant de nouveaux investissements au Canada. Dans bon nombre de nos conversations avec les entreprises, le caractère imprévisible des approbations de projets ressort comme un problème qui augmente les coûts au Canada par rapport à d’autres régions comme les États-Unis.

Des tentatives ont été faites au fil des décennies pour harmoniser le cadre réglementaire dans l’ensemble des provinces. La dernière initiative en date a été l’Accord de libre-échange canadien de 2017. Mais les progrès sont lents, pénalisés par de longues listes d’exceptions au libre-échange entre les provinces. Tous les défis ne sont pas interprovinciaux. Les exigences, les règlements et les délais d’approbation des projets varient également d’un gouvernement municipal à l’autre.

D’autres pays ayant supprimé leurs barrières au commerce intérieur ont réussi à accroître leur productivité.

L’Australie, qui était aussi aux prises avec des barrières au commerce intérieur, a réussi à les éliminer dans les années 1990. Parmi les autres facteurs en jeu en Australie, il y a eu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique mondiale. En résultat, les niveaux de productivité de l’Australie sont passés de 8 % sous ceux du Canada au début des années 1990 à 8 % au-dessus avant la pandémie.

 
Meilleure utilisation des compétences des immigrants

Dans la décennie à venir, la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration. Or, le Canada a une piètre feuille de route en ce qui concerne l’utilisation des compétences des nouveaux arrivants. Le Canada se classe en tête du G7 pour ce qui est d’attirer les immigrants, et les nouveaux arrivants sont maintenant le moteur de la croissance démographique.

Ces immigrants sont généralement mieux formés et plus jeunes que la main-d’œuvre nationale, et il est plus probable qu’ils se spécialiseront dans des domaines liés aux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comparativement à leurs homologues natifs du Canada. Par ailleurs, ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans des emplois où leurs compétences ne sont pas pleinement exploitées.

Le Canada a mieux réussi à utiliser les compétences des nouveaux arrivants dans le groupe des étudiants étrangers choisissant de rester au Canada. La sous-utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail par rapport à la population née au Canada disparaît en grande partie chez les immigrants ayant étudié au Canada. Toutefois, la reconnaissance des qualifications de professionnels formés à l’étranger dans des domaines comme les soins de santé augmenterait la productivité et les revenus de ces travailleurs, tout en aidant à résoudre le problème chronique de la pénurie de ces travailleurs sur le marché du travail.

 
Se concentrer à nouveau sur la compétitivité fiscale

Le taux d’imposition effectif appliqué à l’économie canadienne ne semble pas poser de problème. Parmi les 17 économies de l’OCDE dont la productivité surpasse celle du Canada, 13 ont des taux d’imposition globaux plus élevés (en comptant tous les impôts, c’est-à-dire les impôts des sociétés et des particuliers).

Mais la manière dont les recettes fiscales sont perçues entre aussi en ligne de compte. Par rapport aux économies plus productives, le Canada perçoit davantage d’impôt sur le revenu et moins de taxes sur la consommation comme la TPS/TVH. Les taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises (y compris les impôts sur les dividendes) sont également élevés.

Par ailleurs, le régime fiscal est exagérément complexe, avec de longues listes d’exceptions, de déductions, de crédits, etc. Ces dispositions augmentent le coût de la conformité, souvent sans résultat apparent pour ce qui est de l’équité fiscale dans la distribution des revenus. Les responsables politiques devraient faire en sorte que les règles fiscales soient plus compréhensibles, afin d’encourager la conformité, en particulier pour les personnes qui ont le plus besoin des avantages visés, c’est-à-dire les nouvelles entreprises et les ménages à faible revenu. Le gouvernement devrait aussi offrir une assistance disponible et accessible à tous, par le biais de la numérisation, pour remplir les déclarations et rassembler les documents requis.

Une meilleure harmonisation des règles fiscales, des assiettes fiscales et des définitions entre le gouvernement fédéral et les provinces pourrait également accroître l’efficacité. Le Canada pourrait aussi envisager la création d’un organisme ou d’un mécanisme indépendant et impartial, responsable de réviser les politiques fiscales et de réduire leur complexité. Le dernier examen approfondi du régime fiscal canadien remonte à 1967.

 
Investissement dans les nouvelles technologies

Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité. Cependant, le taux d’adoption des nouvelles technologies est assez faible au Canada. De plus, les technologies innovatrices ne se traduisent pas toujours par des gains de productivité. Par exemple, les gains de productivité ont été plus lents pendant les décennies suivant l’adoption généralisée de l’Internet que dans les années 1990. Toutefois, le fait de prendre du retard par rapport aux tendances émergentes peut avoir des conséquences importantes, et les investissements des entreprises canadiennes dans les nouvelles technologies sont insuffisants.

Le Canada est un chef de file dans la production de nouvelles idées, mais il est plus lent pour adopter les nouvelles technologies à l’échelle des entreprises. Le Canada se classe au cinquième rang de l’OCDE en matière de recherche et de développement dans les universités, et seulement au 22e rang en ce qui concerne ces mêmes investissements dans les entreprises.

Apparemment, le problème n’est pas lié à une pénurie de capitaux. Le marché canadien du capital-risque est beaucoup plus petit que celui des États-Unis, mais il est le deuxième en importance dans le G7.

Il serait important d’améliorer le cadre concurrentiel général et la prévisibilité de l’environnement politique. Selon l’OCDE, le Canada se classe relativement bien en ce qui concerne les subventions à la R-D pour les petites et moyennes entreprises, mais beaucoup moins bien pour les grandes entreprises. Cela dit, les incitatifs fiscaux en faveur de la R-D ne peuvent fonctionner que dans un environnement politique prévisible, et les projets se déroulent souvent sur de longs horizons temporels. Par conséquent, l’amélioration de l’efficience et de la prévisibilité du système canadien d’approbation des projets et la simplification du régime fiscal profiteraient à ces investissements.

L’OCDE a également constaté que les régimes de faillite moins sévères à l’égard des débiteurs peuvent stimuler les investissements et la croissance de la productivité. Le Canada se classe bien selon les mesures de la production d’idées et des occasions perçues, mais les entrepreneurs ont une grande peur de l’échec.

 
 
Miser sur les forces du Canada

Le Canada est particulièrement bien placé pour tirer parti de la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. L’automatisation réduit la part de la main-d’œuvre nécessaire pour produire des biens à l’échelle mondiale, ce qui implique que le secteur des services est en croissance.

La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada devrait bénéficier de cette transition – le pays a la proportion de diplômés universitaires et collégiaux la plus élevée du G7. Certains des freins naturels à la croissance de la productivité dans la production de biens, comme la dispersion géographique de la population, sont moins problématiques dans le secteur des services où des produits d’une valeur plus élevée peuvent être échangés par voie électronique tout autour du monde et presque instantanément.

En effet, la taille et les effets d’échelle représentent depuis longtemps des défis pour une population canadienne dispersée, avec une plus grande proportion d’entreprises plus petites et moins productives qu’aux États-Unis. Ces défis sont toutefois moins prononcés dans le secteur des services où les niveaux de productivité sont moins liés à la taille des entreprises. Le secteur des services professionnels a connu l’une des croissances les plus rapides des dernières années. Il s’agit d’un secteur productif à salaires élevés, qui repose davantage sur le capital humain que sur les investissements en machines et équipements, et qui est moins dépendant des économies d’échelle. En 2019, l’entreprise moyenne de services professionnels comptait 6 travailleurs au Canada comparativement à 29 dans le secteur manufacturier.

Au Canada, le défi consiste depuis longtemps à convertir le niveau d’éducation en revenus accrus. Nous soutenons depuis longtemps que le fait d’accorder une plus grande importance aux compétences qu’aux diplômes, de mettre l’accent sur l’élaboration du plan de carrière dans les programmes de la maternelle à la 12e année, et de mieux utiliser l’apprentissage intégré au travail (programmes coopératifs et stages) aiderait à mettre en phase le perfectionnement des compétences avec les besoins actuels et futurs du marché du travail.

  • barrières au commerce

Élimination des barrières au commerce interprovincial et réduction des lourdeurs administratives

La suppression des barrières commerciales à l’intérieur du Canada ne passe pas forcément par un allègement des normes. Cela implique d’améliorer la cohérence entre les règles des territoires, afin d’accroître la rapidité et la prévisibilité des approbations de projets et de réduire les coûts potentiels pour les entreprises envisageant de nouveaux investissements au Canada. Dans bon nombre de nos conversations avec les entreprises, le caractère imprévisible des approbations de projets ressort comme un problème qui augmente les coûts au Canada par rapport à d’autres régions comme les États-Unis.

Des tentatives ont été faites au fil des décennies pour harmoniser le cadre réglementaire dans l’ensemble des provinces. La dernière initiative en date a été l’Accord de libre-échange canadien de 2017. Mais les progrès sont lents, pénalisés par de longues listes d’exceptions au libre-échange entre les provinces. Tous les défis ne sont pas interprovinciaux. Les exigences, les règlements et les délais d’approbation des projets varient également d’un gouvernement municipal à l’autre.

D’autres pays ayant supprimé leurs barrières au commerce intérieur ont réussi à accroître leur productivité.

L’Australie, qui était aussi aux prises avec des barrières au commerce intérieur, a réussi à les éliminer dans les années 1990. Parmi les autres facteurs en jeu en Australie, il y a eu l’émergence de la Chine en tant que grande puissance économique mondiale. En résultat, les niveaux de productivité de l’Australie sont passés de 8 % sous ceux du Canada au début des années 1990 à 8 % au-dessus avant la pandémie.

 
  • Compétences des immigrants

Meilleure utilisation des compétences des immigrants

Dans la décennie à venir, la croissance de la population et de la main-d’œuvre sera essentiellement attribuable à l’immigration. Or, le Canada a une piètre feuille de route en ce qui concerne l’utilisation des compétences des nouveaux arrivants. Le Canada se classe en tête du G7 pour ce qui est d’attirer les immigrants, et les nouveaux arrivants sont maintenant le moteur de la croissance démographique.

Ces immigrants sont généralement mieux formés et plus jeunes que la main-d’œuvre nationale, et il est plus probable qu’ils se spécialiseront dans des domaines liés aux STIM (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques), comparativement à leurs homologues natifs du Canada. Par ailleurs, ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans des emplois où leurs compétences ne sont pas pleinement exploitées.

Le Canada a mieux réussi à utiliser les compétences des nouveaux arrivants dans le groupe des étudiants étrangers choisissant de rester au Canada. La sous-utilisation des compétences des immigrants sur le marché du travail par rapport à la population née au Canada disparaît en grande partie chez les immigrants ayant étudié au Canada. Toutefois, la reconnaissance des qualifications de professionnels formés à l’étranger dans des domaines comme les soins de santé augmenterait la productivité et les revenus de ces travailleurs, tout en aidant à résoudre le problème chronique de la pénurie de ces travailleurs sur le marché du travail.

 
  • Compétitivité fiscale

Se concentrer à nouveau sur la compétitivité fiscale

Le taux d’imposition effectif appliqué à l’économie canadienne ne semble pas poser de problème. Parmi les 17 économies de l’OCDE dont la productivité surpasse celle du Canada, 13 ont des taux d’imposition globaux plus élevés (en comptant tous les impôts, c’est-à-dire les impôts des sociétés et des particuliers).

Mais la manière dont les recettes fiscales sont perçues entre aussi en ligne de compte. Par rapport aux économies plus productives, le Canada perçoit davantage d’impôt sur le revenu et moins de taxes sur la consommation comme la TPS/TVH. Les taux d’imposition sur les bénéfices des entreprises (y compris les impôts sur les dividendes) sont également élevés.

Par ailleurs, le régime fiscal est exagérément complexe, avec de longues listes d’exceptions, de déductions, de crédits, etc. Ces dispositions augmentent le coût de la conformité, souvent sans résultat apparent pour ce qui est de l’équité fiscale dans la distribution des revenus. Les responsables politiques devraient faire en sorte que les règles fiscales soient plus compréhensibles, afin d’encourager la conformité, en particulier pour les personnes qui ont le plus besoin des avantages visés, c’est-à-dire les nouvelles entreprises et les ménages à faible revenu. Le gouvernement devrait aussi offrir une assistance disponible et accessible à tous, par le biais de la numérisation, pour remplir les déclarations et rassembler les documents requis.
Une meilleure harmonisation des règles fiscales, des assiettes fiscales et des définitions entre le gouvernement fédéral et les provinces pourrait également accroître l’efficacité. Le Canada pourrait aussi envisager la création d’un organisme ou d’un mécanisme indépendant et impartial, responsable de réviser les politiques fiscales et de réduire leur complexité. Le dernier examen approfondi du régime fiscal canadien remonte à 1967.

 
  • nouvelles technologies

Investissement dans les nouvelles technologies

Des investissements « plus intelligents », par exemple dans l’IA, peuvent contribuer à améliorer la productivité. Cependant, le taux d’adoption des nouvelles technologies est assez faible au Canada. De plus, les technologies innovatrices ne se traduisent pas toujours par des gains de productivité. Par exemple, les gains de productivité ont été plus lents pendant les décennies suivant l’adoption généralisée de l’Internet que dans les années 1990. Toutefois, le fait de prendre du retard par rapport aux tendances émergentes peut avoir des conséquences importantes, et les investissements des entreprises canadiennes dans les nouvelles technologies sont insuffisants.

Le Canada est un chef de file dans la production de nouvelles idées, mais il est plus lent pour adopter les nouvelles technologies à l’échelle des entreprises. Le Canada se classe au cinquième rang de l’OCDE en matière de recherche et de développement dans les universités, et seulement au 22e rang en ce qui concerne ces mêmes investissements dans les entreprises.

Apparemment, le problème n’est pas lié à une pénurie de capitaux. Le marché canadien du capital-risque est beaucoup plus petit que celui des États-Unis, mais il est le deuxième en importance dans le G7.

Il serait important d’améliorer le cadre concurrentiel général et la prévisibilité de l’environnement politique. Selon l’OCDE, le Canada se classe relativement bien en ce qui concerne les subventions à la R-D pour les petites et moyennes entreprises, mais beaucoup moins bien pour les grandes entreprises. Cela dit, les incitatifs fiscaux en faveur de la R-D ne peuvent fonctionner que dans un environnement politique prévisible, et les projets se déroulent souvent sur de longs horizons temporels. Par conséquent, l’amélioration de l’efficience et de la prévisibilité du système canadien d’approbation des projets et la simplification du régime fiscal profiteraient à ces investissements.

L’OCDE a également constaté que les régimes de faillite moins sévères à l’égard des débiteurs peuvent stimuler les investissements et la croissance de la productivité. Le Canada se classe bien selon les mesures de la production d’idées et des occasions perçues, mais les entrepreneurs ont une grande peur de l’échec.

 
 
  • forces du Canada

Miser sur les forces du Canada

Le Canada est particulièrement bien placé pour tirer parti de la transition mondiale vers une économie plus axée sur les services. L’automatisation réduit la part de la main-d’œuvre nécessaire pour produire des biens à l’échelle mondiale, ce qui implique que le secteur des services est en croissance.

La main-d’œuvre hautement qualifiée du Canada devrait bénéficier de cette transition – le pays a la proportion de diplômés universitaires et collégiaux la plus élevée du G7. Certains des freins naturels à la croissance de la productivité dans la production de biens, comme la dispersion géographique de la population, sont moins problématiques dans le secteur des services où des produits d’une valeur plus élevée peuvent être échangés par voie électronique tout autour du monde et presque instantanément.

En effet, la taille et les effets d’échelle représentent depuis longtemps des défis pour une population canadienne dispersée, avec une plus grande proportion d’entreprises plus petites et moins productives qu’aux États-Unis. Ces défis sont toutefois moins prononcés dans le secteur des services où les niveaux de productivité sont moins liés à la taille des entreprises. Le secteur des services professionnels a connu l’une des croissances les plus rapides des dernières années. Il s’agit d’un secteur productif à salaires élevés, qui repose davantage sur le capital humain que sur les investissements en machines et équipements, et qui est moins dépendant des économies d’échelle. En 2019, l’entreprise moyenne de services professionnels comptait 6 travailleurs au Canada comparativement à 29 dans le secteur manufacturier.

Au Canada, le défi consiste depuis longtemps à convertir le niveau d’éducation en revenus accrus. Nous soutenons depuis longtemps que le fait d’accorder une plus grande importance aux compétences qu’aux diplômes, de mettre l’accent sur l’élaboration du plan de carrière dans les programmes de la maternelle à la 12e année, et de mieux utiliser l’apprentissage intégré au travail (programmes coopératifs et stages) aiderait à mettre en phase le perfectionnement des compétences avec les besoins actuels et futurs du marché du travail.

La productivité ne s’améliorera pas toute seule

Les problèmes de productivité du Canada pourraient prendre des années, voire des décennies, pour se résorber. Mais si aucune mesure n’est prise pour expliquer pourquoi les personnes travaillent plus et produisent moins, ce qui se traduit par des salaires moins élevés, alors le mécontentement croissant des travailleurs et des entreprises pourrait faire reculer l’économie à un niveau encore plus bas qu’aujourd’hui.

La flambée du coût de la vie a fait ressortir les écarts de productivité, car les salaires plus bas prennent une importance particulière dans la crise de l’accessibilité. Le défi pour le Canada est de savoir comment l’économie peut renverser des décennies d’investissement insuffisant de la part des entreprises et de retard dans l’adoption des nouvelles technologies, tout en éliminant les complexités de la réglementation et de la fiscalité. Il faudrait aussi déterminer les outils et les mesures nécessaires pour que la main-d’œuvre hautement qualifiée utilise pleinement ses compétences.

Les importants gains de productivité observés dans le secteur agricole au cours du dernier siècle montrent que le Canada a la capacité de renverser la situation, aussi perturbantes que soient les solutions. Les gouvernements, les entreprises et les groupes sectoriels ont un rôle à jouer pour mettre en œuvre et soutenir la transition vers une plus grande efficacité. Après tout, si nous n’améliorons pas la productivité au Canada, le niveau de vie ne s’améliorera pas.

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Contributors:

Nathan Janzen, Directeur principal, Recherche économique

Rajeshni Naidu-Ghelani, Rédacteur en chef

Aidan Smith-Edgell, Chargé de recherches associé

Darren Chow, Directeur général, Contenu stratégique, création et production

Caprice Biasoni, Graphic Design Specialist

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