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Leadership avisé RBC Le projet croissance

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Plus de 500 dirigeants du monde des affaires, du gouvernement, de la politique et des communautés, ainsi que des experts politiques et des universitaires, se sont réunis lors du Sommet annuel entre les États-Unis et le Canada, organisé par RBC et Eurasia Group à Toronto le 11 juin, pour discuter des tenants et des aboutissants de la relation la plus prospère au monde.

Voici quelques-uns des éléments qui sont ressortis :

Le ton a toute son importance, et le sommet de cette année ne portait aucune trace de l’hostilité observée l’an dernier. Les ambassadeurs des deux pays ont parlé d’espoir, bien qu’avec des attentes différentes, et les deux parties ont qualifié les droits de douane de nouvelle normalité, là encore avec des attentes divergentes. Les données fondamentales sont trop importantes pour être ignorées : des échanges commerciaux bilatéraux annuels de 1 300 milliards de dollars, 120 millions de passages transfrontaliers par an et une relation tissée à travers le partage de la propriété intellectuelle, de talents, de capitaux et d’innovations. Robert Lighthizer, l’ancien responsable du commerce de M. Trump, a reconnu que le Canada n’était pas le problème principal, car la véritable frustration de l’Amérique concerne la Chine, l’Allemagne et le Japon. Cela dit, le Canada n’est pas exempté pour autant, et M. Lighthizer s’est montré direct : les droits de douane ne disparaîtront pas avant une génération.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait un rapprochement. Les dirigeants d’entreprise sont d’accord pour dire que les dommages causés aux relations entre le Canada et les États-Unis ne sont pas irréparables, mais qu’ils existent bel et bien, et qu’il faudra du temps pour les réparer. La confiance revient lentement. L’incertitude s’estompe lentement, elle aussi. Cependant, la logique économique d’un resserrement des liens entre le Canada et les États-Unis demeure solide. Un gestionnaire de portefeuille canadien a affirmé que, peu importe la manière dont ils exécutent leurs modèles de risque, ils se retrouvent toujours avec une allocation de 50 à 60 % aux États-Unis. Les deux gouvernements ont maintenant l’été, et probablement une partie de l’automne, pour trouver une voie à suivre sur le plan commercial. Ils devront également reconnaître à quel point leurs économies changent simultanément. Cette zone commerciale n’a plus rien à voir avec celle de vos parents.

Alors que s’estompent les espoirs du libre-échange, une nouvelle ère du capitalisme d’État est en train de voir le jour. Washington et Ottawa utilisent désormais explicitement les dépenses publiques, les droits de douane, les marchés publics et la réglementation comme des outils de stratégie économique – et l’époque où l’on supposait que la politique laisserait la mondialisation tranquille est révolue. Daleep Singh, gestionnaire d’actifs chez PGIM, l’a exprimé clairement : nous vivons dans un monde dominé par la fiscalité où la politique industrielle connaît une véritable renaissance. Chaque lien transfrontalier, qu’il s’agisse de commerce, de capitaux, d’énergie ou de technologie, court désormais le risque d’être militarisé à des fins d’influence géopolitique. Le résultat se traduit par une dette publique accrue, une tendance à une inflation plus élevée, un risque politique accru et des arguments renforcés en faveur des actifs tangibles liés à la sécurité économique.

Cela signifiera-t-il qu’on en revient au mercantilisme ? Si les gouvernements essaient d’obtenir des faveurs économiques en affaiblissant ou en contraignant les autres (en privilégiant la force compétitive au détriment de l’avantage comparatif), le Canada devra jouer ses nombreuses cartes de manière plus audacieuse : le gaz naturel à faible empreinte carbone, les minéraux critiques, l’alimentation et les engrais, le combustible nucléaire et un environnement stable régi par l’état de droit, que les capitaux prisent de plus en plus. Cela présente également d’importantes occasions commerciales pour les entreprises, car les gouvernements mettent en place des incitatifs pour relocaliser des secteurs économiques et financent le développement à grande échelle d’entreprises, allant de l’IA aux sciences de la vie. Annesley Wallace, gestionnaire de régimes de retraite chez HOOPP, a parfaitement résumé l’état d’esprit des investisseurs : le Canada attire désormais l’attention des investisseurs mondiaux d’une manière qui n’existait pas il y a quelques années. Les capitaux exigent toutefois de la certitude politique et des résultats concrets, pas seulement de l’ambition.

Les centres de données sont les nouvelles usines, c’est-à-dire l’infrastructure physique de l’économie fondée sur l’IA. Et le Canada y pèche par son absence. Hamid Moghadam, de Prologis, l’une des plus grandes entreprises de logistique au monde, qui a investi 5 milliards de dollars au Canada, s’est montré direct : les entreprises qui construisent des centres de données vont là où c’est le plus simple. Le Canada ne figure pas sur cette liste. Prologis ne dispose actuellement d’aucune capacité de centres de données dédiés à l’IA au Canada, les Pays-Bas et les États-Unis dominant largement son portefeuille. Cette situation s’explique par une « disposition bizarre » de la loi fiscale canadienne, qui impose une charge de 15 % sur les capitaux américains exonérés d’impôt investis dans des propriétés canadiennes – une friction qui ne s’applique pas en sens inverse. Il pourrait s’agir du plus grand risque transfrontalier, car les entreprises utilisatrices (contrairement aux fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle) se tournent davantage vers des modèles d’inférence capables d’utiliser des infrastructures à faible latence. Bell Canada saisit cette occasion avec un nouveau centre de données à Regina qui devrait, du moins au début, s’appuyer sur des utilisateurs américains.

Le rythme plus lent de l’adoption de l’IA au Canada (moins d’une entreprise sur cinq et encore moins d’utilisateurs du secteur public ayant déployé la technologie) commence à se faire sentir sur les résultats de l’économie et des entreprises. Le Canada tente de rattraper son retard avec une nouvelle stratégie nationale sur l’IA, qui vise à investir dans la sensibilisation et les compétences liées à l’IA, ainsi que dans son adoption par les entreprises. Jenny Johnson, de la société de gestion de placements Franklin Templeton, l’a exprimé de manière frappante : le rythme de l’IA est si rapide que les entreprises qui réussiront leur transition laisseront définitivement les autres acteurs de leur secteur derrière elles. Elle a dit à ses propres dirigeants : « si vous ne développez pas vous-mêmes des agents, vous êtes déjà à la traîne. Le problème est que les citoyens des deux pays sont de plus en plus anxieux et sceptiques face à l’IA. Cela entraîne une pression accrue de la base militante, y compris dans les campagnes électorales de mi-mandat de cette année aux États-Unis, pour réglementer l’IA. 

Le Canada et les États-Unis traversent tous deux une crise de confiance du public envers la technologie, mais ils y répondent de manières qui pourraient les placer sur une trajectoire de collision en matière de réglementation, de données et de commerce numérique. Aux États-Unis, l’essor de l’IA est propulsé par le capital privé, les fournisseurs de services infonuagiques à très grande échelle et une culture réglementaire permissive. La préoccupation porte moins sur la gouvernance que sur le risque de se faire distancer par la Chine dans la course aux armements de l’IA, bien que la résistance locale aux centres de données, en particulier en raison de leur consommation d’électricité et d’eau, pourrait changer les propos. Le Canada, en revanche, privilégie une approche davantage axée sur les droits et sur la souveraineté. 

Dans les deux pays, de même qu’à l’étranger, la révolution de l’IA progresse si rapidement que les gouvernements semblent condamnés à réagir. Ian Bremmer, fondateur et président d’Eurasia Group, a mis en garde contre une aggravation de la crise dans laquelle aucun dirigeant politique ne pourrait surmonter le fossé structurel entre la transformation technologique et des systèmes de gouvernance obsolètes. Les sociétés de technologie, a-t-il dit, agissent de plus en plus comme des souverains fonctionnels dans leurs propres domaines, et l’absence de gouvernance encadrant l’IA est l’un des risques les plus pressants qui se profilent à l’horizon. Le ministre canadien de l’IA, Evan Solomon, a reconnu le paradoxe : le meilleur et le plus important partenaire du Canada dans le domaine de l’IA demeure les États-Unis, et l’accès aux modèles de pointe, à la puissance de calcul et aux capitaux s’effectue encore principalement du nord vers le sud. Mais à mesure que le Canada bâtit son propre cadre de souveraineté en matière d’IA et que la Loi pour des médias sociaux sûrs (Safe Social Media Act), les nouvelles règles de protection de la vie privée et la stratégie L’IA pour tous prennent forme, les conflits concernant les flux de données, la réglementation des plateformes et le commerce numérique deviennent de plus en plus probables. 

Une fois de plus, la défense est au cœur à la fois de la relation et des divisions émergentes. Une question majeure se pose : quelles technologies domineront les champs de bataille et les lignes de défense de demain ? La preuve ? Trois jours avant le sommet, un drone iranien a abattu un hélicoptère Apache américain, puis un drone maritime américain a sauvé les deux aviateurs abattus. Les États-Unis investissent massivement dans les systèmes d’IA, la robotique et les machines de guerre autonomes, ainsi que dans les armes biologiques et les cyberarmes. Le Canada tente de rattraper son retard en matière de technologies militaires avancées, tout en s’efforçant de restaurer et de reconstituer son stock d’équipements lourds, tels que les avions de chasse et les sous-marins. La stratégie canadienne est tout autant dictée par la politique économique que par la stratégie de défense, afin de tisser des liens commerciaux avec ses alliés européens et asiatiques.

Les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont réécrit la doctrine de défense. La production évolutive et les chaînes logistiques résilientes se sont révélées aussi décisives que la puissance de feu. Mike Greenley, chef de la direction de MDA Space, l’a exprimé en ces termes : la défense et l’espace demeurent des domaines de collaboration et d’intégration totales, même en période de tensions commerciales. « Plus nous sommes forts, meilleur sera le partenaire que nous incarnons. »

Cela pourrait nécessiter une matrice complexe de chaînes d’approvisionnement et de partenariats, au sein de laquelle le Canada pourrait continuer à jouer un rôle dans le programme d’avions de chasse F-35 tout en développant le partenariat GlobalEye entre le suédois Saab et Bombardier pour fabriquer des avions de surveillance destinés à la défense de l’Arctique. L’énergie et les minéraux critiques constitueront un élément crucial de ce nouveau chapitre. Vivek Lall, de l’entreprise de défense General Atomics, a désigné une triade technologique reliant l’IA, l’énergie nucléaire et l’autonomie comme le cadre de référence de la prochaine génération de capacités de défense, et a soutenu que la collaboration entre le Canada et les États-Unis recèle un potentiel majeur dans ces trois domaines.

L’Arctique n’est plus une considération politique lointaine. Il est devenu un champ de bataille économique, géopolitique et stratégique mondial où le Canada et les États-Unis n’ont d’autre choix que de travailler ensemble, et rapidement. Olafur Grimsson, ancien président de l’Islande, a ainsi défini le défi : la dernière décennie a vu un afflux de nouveaux arrivants dans l’Arctique, alors que la Chine, la Russie et une constellation d’économies asiatiques cherchaient à y obtenir un accès. L’ancienne notion de souveraineté, où des lignes tracées sur une carte réglaient la question, ne s’applique plus dans un environnement qui devient rapidement à la fois économiquement accessible et stratégiquement contesté.

Thomas Dans, le président de la Commission américaine de recherche sur l’Arctique, s’est montré direct quant à la vision de Washington : les deux pays ont « énormément de marge, non seulement pour rattraper leur retard, mais aussi pour le dépasser et s’imposer comme de véritables leaders ».

Selon lui, l’Amérique du Nord doit regarder au-delà du pôle Nord, vers l’étoile Polaire. Le premier défi est la Russie. Même s’il peut y avoir de la place pour une coopération sur les pêcheries et les ressources partagées avec le Kremlin, M. Grimson a averti que l’Occident risquait de perdre de vue ce que Moscou est en train d’accomplir dans son propre Arctique, surtout alors que la Russie renforce ses liens avec la Chine, l’Inde et d’autres puissances asiatiques dans les secteurs de l’énergie, des pipelines et des mines. Le même type de développement des ressources est possible du côté nord-américain. Puis, il y a la trajectoire vers le ciel. La défense continentale a beau se trouver dans l’ionosphère, elle ne s’y arrête pas. Les deux pays doivent développer des systèmes terrestres et maritimes dans l’Arctique afin de relier leurs opérations de défense spatiale en pleine expansion.

Le Canada a toujours boxé au-dessus de sa catégorie dans l’espace, mais en grande partie, comme partenaire subalterne de la NASA. Cette posture est en train de changer. Le Canada cherche présentement à se forger une identité spatiale distincte en s’appuyant sur ses propres atouts et en communiquant avec un plus large éventail de partenaires internationaux, tout en conservant une profonde intégration avec les États-Unis. Il pourrait constituer le plus grand défi à la coopération continentale. L’astronaute canadien Jeremy Hansen a déclaré que les deux pays trouveront les meilleures occasions en misant sur leurs forces respectives, plutôt que pour des raisons diplomatiques. Pour le Canada, ces atouts résident dans l’observation de la Terre, les communications spatiales, la robotique et l’informatique embarquée.

Les pays accroissent rapidement leurs dépenses, créant un multiplicateur économique de 2,5 fois pour la fabrication et les technologies spatiales. Le fait toutefois de laisser ce que l’on nomme la « dernière frontière » aux seules entreprises commerciales pourrait amener à sous-estimer l’ampleur des tensions géopolitiques qui s’y jouent. Dans la course pour retourner sur la Lune, la Chine s’associe avec 11 pays, tandis que les États-Unis en comptent 60. Le Canada fait partie de cette deuxième coalition et y apporte une contribution significative. M. Hansen a comparé cet enjeu à l’éthos d’un équipage spatial : « Dans notre culture spatiale, il est inacceptable que des gens se contentent de pointer du doigt ce qui ne va pas et s’arrêtent là. » L’ambition spatiale du Canada exige la même discipline : des propositions précises, sans se cantonner à des aspirations.

Le Canada cherche à diversifier ses relations économiques et de sécurité sans pour autant affaiblir sa relation indissociable avec les États-Unis. La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, a indiqué que le Canada disposait d’accords commerciaux avec 52 pays. Les pourparlers avec l’UE s’approfondissent, non seulement en réponse aux droits de douane, mais aussi pour créer de véritables entreprises intégrées canado-européennes et harmoniser les politiques industrielles. Michael Sabia, greffier du Conseil privé, a été tout aussi clair : la stratégie américaine du Canada et sa stratégie mondiale globale se renforcent mutuellement. « Nous ne nous découplons pas. Nous nous diversifions. » En ce qui concerne la Chine, sa formulation a fait écho aux propos des États-Unis, c’est-à-dire réduire le risque, et non dissocier les deux pays, avec des garde-fous clairs qui définissent les domaines où le Canada peut ou ne peut pas s’engager.

La diversification a toutefois un coût et les infrastructures nécessaires pour réorienter le commerce canadien ne sont pas encore construites pour la plupart. La capacité des pipelines de la côte Ouest demeure gravement limitée, ce qui restreint l’aptitude du Canada à vendre son pétrole et son gaz au prix fort sur les marchés asiatiques. Les infrastructures portuaires de Vancouver et des autres points de transit du Pacifique – liaisons ferroviaires, capacité des ponts, débit des terminaux – accusent un retard considérable par rapport aux ambitions d’une stratégie commerciale sérieuse pour le Pacifique. Par ailleurs, les délais d’obtention des permis pour les nouveaux projets d’infrastructure demeurent un goulet d’étranglement systémique. Ce sont des problèmes solubles. Le dernier argument de M. Sabia était que le Canada détient des atouts véritablement puissants : du gaz à faible empreinte carbone, de la nourriture, des engrais, des minéraux critiques, des capacités en IA et une prime de confiance qui découle de ses valeurs et de son histoire. « Ce n’est pas le moment de céder à l’anxiété nationale. C’est le moment d’avoir confiance. » 

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Le Canada et les États-Unis sont liés par la plus importante relation commerciale bilatérale au monde – une relation qui subit aujourd’hui des tensions sans précédent. Dans ce qui suit, nous nous intéressons à quatre secteurs d’importance stratégique – les minéraux critiques, l’énergie, l’automobile et la défense – qui se trouvent au cœur de cette relation. Nous examinons comment un alignement stratégique accru peut renforcer la sécurité, la compétitivité et la résilience nord-américaines, et comment y parvenir.

Le défi : le commerce automobile entre le Canada et les États-Unis subit des pressions sur plusieurs fronts

  • Les droits de douane imposés par les États-Unis au titre de l’article 232 ont créé des frictions au moment précis où le secteur avait besoin d’une coordination continentale.

  • La grande menace structurelle qui pèse sur les échanges automobiles Canada–États-Unis, évalués à 100 milliards de dollars américains, vient de la Chine, qui a produit 33 millions de véhicules en 2025, soit plus du tiers de la production mondiale. La domination croissante de la Chine tient à son ampleur, à sa supériorité technologique, à sa rapidité de développement et au prix abordable de ses véhicules.

  • Quatre autres grandes tendances viennent encore accentuer ce défi :

    • l’électrification marque le pas en Amérique du Nord, alors que l’électrification des groupes motopropulseurs, portée par la Chine, s’accélère partout ailleurs ; les véhicules deviennent des plateformes définies par logiciel, et leur valeur se concentre de plus en plus dans les puces, les capteurs et les logiciels plutôt que dans les composants mécaniques ;

    • les véhicules deviennent des plateformes définies par logiciel, et leur valeur se concentre de plus en plus dans les puces, les capteurs et les logiciels plutôt que dans les composants mécaniques ;

    • l’industrie 4.0 transforme les activités manufacturières et réduit les besoins en main-d’œuvre ;

    • la maturité du marché, alors que le ralentissement de la croissance démographique et l’essor des plateformes de mobilité partagée transforment les habitudes de propriété chez les consommateurs urbains.1

Forces collectives

  • Les États-Unis apportent l’envergure, les capitaux et la demande du marché. Le savoir-faire manufacturier, l’infrastructure de R-D et les leviers de politique intérieure des États-Unis orientent les flux d’investissement dans l’ensemble du système nord-américain.

  • Le Canada apporte des atouts complémentaires : des usines d’assemblage primées, des fabricants de pièces de calibre mondial (p. ex., Magna et Linamar) et une grappe technologique dotée d’expertises en capteurs, en IA, en matériaux légers et en autonomie. Le logiciel BlackBerry QNX, par exemple, est déjà intégré à plus de 250 millions de véhicules dans le monde.2

    Le commerce automobile nord-américain : 100 milliards de dollars américains
  • Les deux pays possèdent des atouts en IA et en autonomie, mais accusent un retard par rapport à la Chine dans la chimie des batteries, l’extraction primaire et le raffinage des éléments entrant dans leur composition, ainsi que l’échelle manufacturière qui génère des gains d’efficacité.

  • Le réseau électrique du Canada est propre et offre des tarifs plus concurrentiels que ceux de territoires automobiles comparables comme le Michigan et l’Ohio. Cet avantage prend une importance stratégique croissante à mesure que l’électrification, l’informatique embarquée et les systèmes autonomes augmentent la charge électrique par véhicule.

  • Les minéraux critiques du Canada offrent un rempart contre la dépendance à l’égard de la Chine. L’extraction et le raffinage du cuivre, du cobalt, du lithium et du graphite renforceraient les chaînes d’approvisionnement intégrées des batteries, des véhicules électriques et des voitures intelligentes. De la mine au véhicule fini, toute la chaîne de valeur peut être réalisée en Amérique du Nord et, en grande partie, à moins d’une journée de route des usines d’assemblage.

  • Les batteries sont coûteuses et dangereuses à transporter en raison de leur composition chimique, ce qui confère un avantage concurrentiel au réseau ferroviaire canadien, au transport maritime sur les Grands Lacs et au camionnage transfrontalier.

Obstacles

  • L’incertitude entourant les droits de douane est l’obstacle le plus immédiat à la croissance et à l’innovation. Pour le Canada, la menace est existentielle. Plus de 90 % des véhicules canadiens sont expédiés aux États-Unis. Même avec un taux effectif de droits de douane relativement faible, les marges des usines seraient comprimées, ce qui modifierait les calculs des comités d’investissement à Detroit et à Tokyo.

  • Pour les États-Unis, les droits de douane de représailles seraient dommageables, sans être fatals. Le marché canadien de la consommation est vaste et lucratif : par habitant, les Canadiens achètent plus de véhicules que les consommateurs de tout autre pays, sauf les États-Unis. Le Canada n’est pas seulement le premier marché d’exportation des véhicules américains : il dépasse les dix marchés suivants réunis.

  • Relocaliser l’assemblage aux États-Unis ferait grimper le prix des véhicules pour les consommateurs américains. L’aluminium canadien, produit à partir d’hydroélectricité et d’énergie nucléaire propres et peu coûteuses, est un intrant essentiel pour alléger les véhicules. Le Ford F-Series est le véhicule le plus vendu en Amérique du Nord et contient quelque 385 kg d’aluminium. Le Canada fournit plus de la moitié de l’aluminium consommé aux États-Unis. Rapatrier la production en utilisant de l’aluminium assujetti à des droits de douane pourrait coûter de 1 à 2 milliards de dollars américains aux consommateurs automobiles américains.3 Le coût d’achat des véhicules s’est déjà alourdi des deux côtés de la frontière. Le prix de transaction moyen d’un véhicule neuf dépasse maintenant 50 000 $ aux États-Unis et 60 000 $ au Canada, ce qui rend les véhicules neufs inaccessibles pour de nombreux consommateurs.4 Résultat : le parc automobile vieillit, les ménages repoussant le remplacement de leur véhicule ou se retirant complètement du marché. Les droits de douane, les exigences de relocalisation de la production et le surcoût associé à l’électrification risquent d’accentuer les problèmes d’accessibilité financière.

  • Le repli des véhicules électriques immobilise des capitaux sans régler le problème de compétitivité. Les 53 milliards de dollars américains de dépréciations inscrites par les constructeurs automobiles de Detroit témoignent d’une véritable erreur d’appréciation du comportement des consommateurs et de la stabilité des politiques publiques.5 Les prévisionnistes du secteur s’attendent à ce que la production automobile nord-américaine demeure inférieure au record de 18 millions de véhicules légers atteint en 2016 jusqu’à la fin de la décennie.6 Le retour vers les plateformes à moteur à combustion interne et hybrides permet de gagner du temps, mais les constructeurs chinois continuent de bâtir des avantages technologiques et d’échelle sur les plateformes – électrifiées et définies par logiciel – qui domineront les prochaines décennies.

La voie à suivre

  • Réformes de la politique commerciale. L’objectif de Washington – rapatrier la production manufacturière – répond à une préoccupation industrielle légitime, mais la production que les États-Unis cherchent à récupérer n’a pas migré vers le Canada. Depuis 2000, les volumes d’assemblage ont diminué tant au Canada (-1,7 million d’unités) qu’aux États-Unis (-2,6 millions d’unités), tandis que le centre de gravité de l’assemblage continental s’est déplacé vers le Mexique (+2,2 millions d’unités). Le Canada, les États-Unis et le Mexique pourraient harmoniser et renforcer les règles d’origine, ainsi que réformer la politique tarifaire de la nation la plus favorisée, afin d’inciter les constructeurs mondiaux à implanter leur production au sein du bloc, tout en imposant conjointement des droits de douane sur les véhicules électriques, les pièces, l’acier et l’aluminium provenant de l’extérieur du bloc – une façon de se prémunir contre le dumping chinois. Des réformes aux dispositions sur la teneur en valeur de la main-d’œuvre, par exemple une hausse de la part de contenu exigée et du taux salarial, contribueraient à rééquilibrer l’investissement et la production au sein d’un bloc qui favorise depuis longtemps le Mexique.7

  • Pacte automobile sur les minéraux critiques. Une coopération couvrant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement permettrait de mettre en relation la géologie et l’expertise minière de calibre mondial du Canada avec les marchés financiers et la demande industrielle des États-Unis. En échange d’un accès en franchise de droits au marché américain, Ottawa et les provinces pourraient officialiser le libre-échange de l’acier, de l’aluminium et du cuivre, ainsi que des ententes d’achat, des mécanismes de stockage et des prix planchers pour le cobalt, le lithium, le graphite et les terres rares, ce qui réduirait les risques commerciaux liés à l’investissement privé et ferait de l’infrastructure de transformation canadienne une garantie implicite de sécurité des chaînes d’approvisionnement américaines, sans nouveau coût net en capital pour l’un ou l’autre gouvernement. L’extraction et le raffinage pourraient tirer parti des vastes capacités du Canada en matière d’énergie propre.

  • Coopération en matière de compétences et de recherche. Les constructeurs nord-américains misent de plus en plus sur les véhicules électriques à autonomie prolongée (VEAP) et les hybrides comme solution de transition entre le moteur à combustion interne et l’électrification complète. Des co-investissements dans les installations d’essai, une réforme de la recherche scientifique et du développement expérimental (RS&DE) afin d’y inclure l’autonomie, la connectivité et les exigences en cybersécurité, ainsi qu’une réforme de l’immigration visant à attirer des talents en ingénierie et en IA permettraient d’accroître la concentration de compétences nécessaire pour rivaliser avec la Chine.

Résultat potentiel : Le Canada et les États-Unis pourraient être mieux préparés à un avenir automobile électrifié, autonome et de plus en plus défini par logiciel en misant sur un partenariat bilatéral qui relie l’aluminium canadien, l’énergie propre, les minéraux critiques et les capacités de fabrication avancée aux marchés financiers américains, aux sièges sociaux des constructeurs et à la demande des consommateurs. Le maintien de l’accès aux marchés pour les deux parties pourrait contribuer à maintenir des prix de véhicules concurrentiels pour les consommateurs, tout en excluant le contenu chinois des chaînes d’approvisionnement continentales.

Le défi : la domination structurelle de la Chine

  • La domination de la Chine dans le raffinage et la fabrication des minéraux critiques constitue la menace la plus directe pour la souveraineté industrielle de l’Amérique du Nord. La Chine domine la transformation de 19 des 20 minéraux les plus critiques, avec une part de marché moyenne de 70 %. Pour les matériaux technologiques et les matériaux entrant dans la fabrication des batteries, comme le gallium, le graphite et les terres rares, sa part dépasse 90 %.8

  • Les questions entourant l’utilisation de la dépendance aux chaînes d’approvisionnement comme arme économique ne relèvent plus de la théorie. La Chine a imposé des contrôles à l’exportation sur le gallium, le germanium, les terres rares et les technologies de la chaîne de valeur des batteries au plus fort des tensions commerciales avec les États-Unis. En 2025, Ford a fermé son usine d’assemblage de Chicago pendant une semaine à la suite des restrictions chinoises à l’exportation de terres rares. L’U.S. Geological Survey estime qu’une perturbation de 30 % de l’approvisionnement en gallium pourrait réduire la production américaine de 600 milliards de dollars américains, soit 2 % du PIB des États-Unis.9

Forces collectives

  • La réponse continentale – qui extrait, qui raffine et qui capte la valeur en aval – déterminera la compétitivité industrielle et militaire de l’Amérique du Nord jusqu’en 2040.

  • Le Canada et les États-Unis sont déjà le plus important partenaire commercial l’un de l’autre dans le secteur des minéraux, avec des échanges bilatéraux annuels d’environ 150 milliards de dollars.10 Le Canada est la principale source d’importations américaines de minéraux critiques, avec une part de 20 %.11 Mais le système actuel est fragmenté : le Canada extrait, la Chine raffine et les États-Unis fabriquent. Combler cet écart constituera le grand défi de politique industrielle de la prochaine décennie.

  • Le Canada possède une géologie de calibre mondial riche en cobalt, cuivre, gallium, germanium, graphite, lithium, nickel, tungstène et terres rares, avec un potentiel d’approvisionnement multiplié par sept d’ici 2040.12 Le Canada dispose également d’infrastructures de raffinage établies ou en développement, notamment les installations d’Anglo Teck à Trail (germanium), l’installation de métaux des terres rares de Neo Performance Materials (gallium), le corridor de Sudbury (cuivre, nickel, cobalt) et l’écosystème de transformation minérale de Bécancour, qui relie les mines du Québec aux usines de transformation et à la fabrication de batteries en aval.

    La Chine exerce une emprise considérable sur les minéraux, mais le Canada offre une solution de rechange
  • Le Canada dispose d’une électricité propre et abordable, ainsi que d’abondantes ressources en eau. Les États-Unis possèdent l’envergure manufacturière, des marchés financiers dominants et la volonté politique de renforcer les chaînes d’approvisionnement.

Obstacles

  • La Chine a accès à des capitaux subventionnés par l’État et pratiquement illimités pour financer les mines et les usines de transformation.

  • L’écart avec la Chine en matière de talents et de R-D s’est creusé. La Chine compte 39 programmes universitaires destinés à former des ingénieurs et des technologues spécialisés dans les minéraux critiques ; le Canada n’en compte aucun.13

  • Pour de nombreux minéraux critiques, la demande nord-américaine est trop faible pour ancrer le marché. En 2024, les États-Unis représentaient moins de 2 % de la consommation de terres rares : un niveau nettement inférieur au seuil nécessaire pour rendre les ententes d’achat commercialement viables.

  • Les cycles d’investissement dans le secteur minier sont longs. Dans un monde où les capitaux affluent vers l’IA à cycle court, attirer des investissements dans le raffinage de minéraux à faible volume est difficile sur le plan économique.

  • Les normes élevées en matière de travail et d’environnement constituent des avantages stratégiques à long terme, mais elles entraînent des délais d’obtention de permis bien plus longs qu’en Chine. Les installations de transformation doivent faire l’objet d’évaluations environnementales supplémentaires.

  • Les chaînes d’approvisionnement se structureront autour de la demande, non de l’offre, mais l’essentiel de cette demande viendra des énergies renouvelables et des véhicules électriques, et non de la défense. La chimie des batteries évolue rapidement, tout comme leur intensité en minéraux. Jusqu’à tout récemment, le cobalt était considéré comme essentiel. La chimie au phosphate de fer lithié s’est depuis imposée comme technologie dominante pour les cellules. Les batteries sodium-ion et les batteries à l’état solide pourraient, de la même façon, bouleverser la demande de lithium.

  • Le Canada ne peut pas déployer simultanément une stratégie couvrant les 34 minéraux critiques. Les capitaux, les talents, la capacité de traitement des permis et les infrastructures ne sont pas illimités. Une stratégie plus crédible consisterait à concentrer les investissements dans les minéraux pour lesquels le Canada dispose déjà d’infrastructures de raffinage et où son avantage en matière d’énergie propre est le plus déterminant. Cette stratégie pourrait aussi cibler les minéraux dont la demande est indépendante des trajectoires technologiques et soutenue par de multiples usages autres que les batteries de véhicules électriques.

  • Si les États ont un rôle à jouer dans la création et le soutien des marchés, la captation réglementaire par quelques entreprises pivots constitue une menace pour le bien public.

La voie à suivre

  • L’infrastructure d’approvisionnement du Canada et l’architecture de la demande américaine sont symbiotiques. Un partenariat officiel sur les minéraux critiques permettrait d’arrimer la géologie, l’énergie propre et l’expertise minière du Canada aux marchés financiers américains et à la demande manufacturière nord-américaine, dans une complémentarité qu’aucune autre alliance ne pourrait égaler.

  • La demande à long terme de minéraux critiques devrait demeurer forte. L’AIE prévoit, d’ici 2040, une croissance de la demande pour le cuivre (30 %), le cobalt (50 %), le graphite (130 %), le lithium (350 %), le nickel (70 %) et les terres rares magnétiques (65 %), portée par les énergies renouvelables, l’adoption des véhicules électriques, le stockage sur batteries raccordées au réseau et l’expansion des réseaux électriques. La défense s’ajoute à ces facteurs, ce qui renforce l’argument stratégique en faveur de la mise en place de ces chaînes d’approvisionnement dès maintenant. La mutualisation de la demande aux États-Unis, au Canada, dans l’Union européenne, au Royaume-Uni, en Australie, en Inde, au Japon et en Corée pourrait élargir le marché à plus de 2,5 milliards de personnes.14

  • Le projet Vault fonctionne mieux avec le Canada. La stratégie fédérale du Canada cible les six mêmes minéraux, à savoir lithium, graphite, nickel, cobalt, cuivre et terres rares, ce qui correspond aux principaux axes d’intervention dui projet Vault. Le Fonds ontarien de 500 millions de dollars pour la transformation des minéraux critiques développe la capacité de raffinage intermédiaire dont les constructeurs américains ont besoin comme contrepartie dans le cadre de Vault. Une admissibilité explicite du Canada aux règles d’origine dans le cadre de Vault – afin que les minéraux raffinés dans ces installations soient considérés comme un approvisionnement intérieur américain – transformerait les installations de transformation canadiennes existantes en capacité industrielle américaine implicite, sans nouveau coût net en capital pour l’un ou l’autre gouvernement.

  • La mutualisation de la demande alliée fonctionne mieux lorsque le partenariat bilatéral Canada–États-Unis en constitue le socle. Le Forum on Resource Geostrategic Engagement (FORGE) pourrait être restructuré sur le modèle de l’OTAN, les alliés s’engageant alors à se procurer des minéraux raffinés auprès d’autres pays alliés dans le cadre de leurs objectifs de dépenses de défense au sein de l’OTAN.15

  • La manipulation des prix par la Chine est la menace commune qui rend essentielle une stabilisation bilatérale des prix. Le recours à des contrats sur différence, à des prix planchers et à des garanties de volume pourrait être appliqué bilatéralement aux transformateurs canadiens, ce qui mettrait les chaînes d’approvisionnement nord-américaines à l’abri de la manipulation des prix par la Chine.

  • Des investissements soutenus en R-D, en chimie de la transformation et dans les talents en ingénierie sont nécessaires. Des investissements conjoints, des programmes communs de formation technique et le regroupement géographique des activités de transformation et de fabrication destinée aux utilisateurs finaux pourraient contribuer à accroître la concentration de compétences qu’aucun des deux pays ne pourrait développer seul.16

Résultat potentiel : Une chaîne d’approvisionnement nord-américaine pourrait réduire la dépendance au raffinage chinois, en reliant la géologie et l’expertise minière du Canada au financement et à la demande manufacturière des États-Unis, tout en renforçant simultanément la résilience des chaînes d’approvisionnement et les capacités stratégiques.

Le défi : sécurité, abordabilité et marge de manœuvre

  • En 2024, le Canada a exporté pour 170 milliards de dollars d’hydrocarbures vers les États-Unis – pétrole brut, gaz naturel, liquides de gaz naturel et produits raffinés –, ce qui représentait 22 % des exportations canadiennes. Le Canada fournit plus de 60 % des importations américaines de pétrole brut et la quasi-totalité des importations de gaz naturel. Les échanges énergétiques bilatéraux s’élèvent à 215 milliards de dollars et reposent sur plus de 100 lignes de transport et pipelines transfrontaliers.17

  • Trois impératifs définissent cette relation :

    • Sécurité et souveraineté énergétiques : La dépendance du Canada à l’égard d’un seul acheteur pour ses exportations expose les deux pays à des risques de perturbation politiques, logistiques ou géopolitiques. Pour le pétrole, la croissance future de la demande se trouve en Asie. Pour le gaz naturel, la croissance de la demande viendra à la fois de l’Asie et de l’Amérique du Nord.

    • Accessibilité financière pour les consommateurs : La volatilité des prix de l’énergie, qu’elle soit causée par un conflit dans le golfe Persique, des tensions tarifaires ou des contraintes d’infrastructure, se répercute sur les ménages et les industries des deux côtés de la frontière.

    • Maximisation de la valeur : L’écart de prix entre le WCS et le WTI – historiquement de 10 à 25 dollars américains le baril – représente un transfert structurel de valeur des producteurs canadiens vers les raffineurs américains, attribuable à l’enclavement géographique de l’Alberta et à l’insuffisance des options d’exportation.18

  • La crise dans le golfe Persique a resserré les marchés du brut lourd, fait monter les prix et mis en lumière, avec acuité, la vulnérabilité associée à une dépendance envers des approvisionnements politiquement instables. Les États-Unis et leurs alliés asiatiques évaluent d’autres options. Le Canada s’impose comme la solution évidente.

Forces collectives

  • Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole, avec une production de 5,8 millions de barils par jour. Les sables bitumineux constituent un actif distinctif : ils sont à longue durée de vie, à forte intensité de capital et, contrairement au pétrole de schiste américain, résilients à la volatilité des prix à court cycle. La production américaine de pétrole brut atteint un plateau : le scénario de référence à long terme de l’EIA prévoit un pic de production en 2030, suivi d’un recul dans les années 2030. À mesure que l’essor du pétrole de schiste s’essouffle, les importations canadiennes gagnent en importance stratégique.19

  • La demande nord-américaine de brut lourd est structurelle. Les raffineries du Midwest et de la côte du golfe des États-Unis sont configurées pour traiter le bitume canadien lourd et sulfureux ; une configuration de plus en plus répandue en Inde et en Chine. Les raffineries américaines dotées d’une capacité de conversion du brut lourd devront trouver une source d’approvisionnement de remplacement. La production vénézuélienne demeure limitée par des contraintes liées à la sécurité, aux risques et aux infrastructures. Le Canada est le seul fournisseur de brut lourd à proximité capable d’offrir un approvisionnement d’envergure.20

  • Le Projet d’agrandissement du réseau de Trans Mountain (TMX) a commencé à transformer la position stratégique du Canada. Depuis sa mise en service en 2024, TMX a triplé sa capacité d’acheminement vers les eaux côtières, pour la porter à 890 000 barils par jour. L’écart entre le WCS et le WTI s’est resserré et stabilisé, passant de près de 30 dollars américains le baril en 2022 à environ 10 dollars américains en 2025. Chaque baril supplémentaire expédié en Asie, au lieu d’être dirigé vers le marché continental, réduit l’écart et améliore les prix nets réalisés par les producteurs.21

    L'élargissement de la clientèle du pétrole brut canadien contribue à réduire l'écart de prix et la volatilité
  • Du côté du gaz naturel, la formation de Montney, dans le nord-est de la Colombie-Britannique, est l’un des plus grands gisements de gaz naturel au monde, et l’installation de Kitimat de LNG Canada, qui a expédié sa première cargaison en juin 2025, a ouvert la première grande route canadienne d’exportation de GNL vers le Pacifique.

Obstacles

  • Prix du pétrole : des prix bas et volatils nuisent à l’expansion de nouveaux projets et aux infrastructures de pipelines ; des prix élevés provoquent une destruction de la demande et accélèrent la transition énergétique. Une expansion soutenue de nouveaux projets exigera une stabilité des politiques et un élargissement des infrastructures d’exportation.

  • Les investissements dans de nouveaux projets dans les sables bitumineux sont limités. La croissance à partir des installations existantes est possible, mais elle exige un cadre stratégique qui favorise l’expansion et ne désavantage pas le Canada par rapport à d’autres territoires. Une résolution de la crise dans le Golfe – qui ramènerait sur le marché l’approvisionnement en brut lourd sulfureux saoudien, irakien et possiblement iranien – atténuerait la prime dont bénéficient actuellement les barils canadiens en Asie. La production vénézuélienne, si elle était relancée à la faveur d’un changement de politique américaine, ferait concurrence au brut lourd canadien plus directement que le pétrole de schiste américain.22

  • Pour le gaz, la substitution constitue une contrainte qui ne s’applique pas au pétrole. Les acheteurs asiatiques peuvent délaisser le GNL au profit du charbon, du nucléaire ou des énergies renouvelables. La position concurrentielle de LNG Canada en Asie dépend de la cohérence des politiques carbone, des coûts d’expédition par rapport aux exportateurs qataris et australiens, et de la capacité du gaz canadien à être offert à un prix inférieur à celui du charbon.

  • L’Alliance des sables bitumineux, qui regroupe les cinq plus grands producteurs de sables bitumineux du Canada, s’est engagée à investir 16,5 milliards de dollars dans le captage et la séquestration du carbone d’ici 2030. La tension entre sécurité énergétique et politique climatique a entraîné une volatilité des politiques de gestion des émissions, ce qui accentue les défis techniques et financiers associés aux projets de captage et de stockage du carbone.

La voie à suivre

  • La diversification des options profite aux deux pays. La logique stratégique du pétrole et celle du gaz vont dans des directions opposées, et les politiques énergétiques des deux pays pourraient refléter cette asymétrie. Pour le pétrole canadien, la diversification vers l’Asie est la voie qui maximise la valeur : chaque baril supplémentaire expédié aux acheteurs asiatiques par TMX resserre l’écart WCS–WTI et accroît les prix nets réalisés par les producteurs canadiens. Injecter davantage de pétrole lourd dans le marché continental américain produit l’effet inverse. Pour le gaz naturel, le calcul est inversé : la demande d’électricité tirée par l’IA a fait monter les prix au Henry Hub, faisant des États-Unis un marché gazier à prix supérieur. La route pacifique de LNG Canada demeure stratégiquement importante pour la diversification à long terme du Canada. De même, les États-Unis pourraient continuer de rechercher une plus grande diversification pour leurs raffineries, en sécurisant l’approvisionnement canadien tout en trouvant de nouvelles sources d’importation.

  • Un partenariat officiel en matière de sécurité énergétique. Un tel partenariat harmoniserait les processus d’autorisation des pipelines et les échéanciers réglementaires, coordonnerait les réserves stratégiques, favoriserait une collaboration bilatérale en matière de captage et de stockage du carbone ainsi que de réduction du méthane, et établirait un cadre commun d’investissement dans les infrastructures qui traiterait la production canadienne comme une garantie implicite de sécurité d’approvisionnement pour les États-Unis, sans nécessiter de capitaux publics de part et d’autre. Ce cadre pourrait être élargi au G7 et aux alliés de l’OTAN.

  • Le marché du pétrole fonctionne. Le système pétrolier et gazier continental – des centaines de pipelines, un raffinage intégré, des flux commerciaux établis – fonctionne efficacement lorsque les politiques n’en faussent pas les mécanismes. Les droits de douane sur l’énergie canadienne font augmenter les prix pour les consommateurs américains, élargissent l’écart du WCS et réduisent les revenus des producteurs, sans rapatrier la moindre production. Le système de raffinage américain, en particulier sa capacité de conversion du brut lourd, a été conçu pour le pétrole canadien. Perturber cette relation obligerait les raffineries américaines à investir des milliards de dollars en réoutillage ou à s’approvisionner en barils plus lourds auprès de fournisseurs moins stables.

  • Le gaz est complémentaire, et non concurrent. Les prix du gaz naturel au Henry Hub ont bondi sous l’effet de la consommation d’électricité liée à l’IA aux États-Unis, ce qui rend les ventes de gaz sur le marché américain économiquement attrayantes pour les producteurs canadiens. Le bassin gazier de Montney et la croissance de la demande américaine se renforcent mutuellement. Les investissements d’acteurs américains comme canadiens dans les infrastructures de production du Montney élargissent l’approvisionnement gazier continental dont les deux pays ont besoin pour la production d’électricité, les usages industriels et l’exportation de GNL.  

Résultat potentiel : Un partenariat énergétique bilatéral pourrait relier les ressources pétrolières et gazières de calibre mondial du Canada, ses infrastructures de pipelines et son accès aux eaux côtières du Pacifique à la capacité de raffinage, aux marchés financiers et à la demande continentale des États-Unis, afin d’offrir aux consommateurs une énergie abordable et sûre tout en élargissant les options stratégiques des deux pays sur les marchés mondiaux.

Le défi : des menaces accrues et des alliances qui s’effritent

  • Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2,9 billions de dollars américains en 2025, marquant une neuvième hausse annuelle consécutive. Les États-Unis, la Chine et la Russie en représentaient environ la moitié : une proportion inchangée depuis 2000. Toutefois, leur poids relatif a radicalement changé : en 2000, la Russie et la Chine réunies consacraient aux dépenses militaires l’équivalent d’un dixième des dépenses américaines ; aujourd’hui, elles dépensent plus de la moitié de ce que dépensent les États-Unis.23

  • L’invasion de l’Ukraine par la Russie a bouleversé les calculs de sécurité de l’Europe. L’OTAN a répondu par un engagement historique : au sommet de La Haye de 2025, les 32 alliés ont tous atteint la cible de 2 % du PIB pour la première fois depuis l’engagement pris au pays de Galles en 2014. Les alliés de l’OTAN ont également convenu d’un nouveau seuil de référence de 5 % du PIB d’ici 2035.24

  • The Canada–U.S. defence partnership faces four frictions: Les exercices et les manœuvres de la Russie et de la Chine dans l’Arctique illustrent la montée de la menace pour l’Amérique du Nord.25 Le partenariat de défense Canada–États-Unis se heurte à quatre points de friction :

    • Dépenses de défense : Le Canada a augmenté ses dépenses militaires de près de 70 % de 2022 à 2025, atteignant ainsi la cible de 2 % de l’OTAN pour la première fois depuis les années 1980.26 Bien qu’il se soit engagé à atteindre 5 % du PIB d’ici 2035, le Canada n’a toujours pas présenté de feuille de route jugée convaincante par Washington, ce qui a amené les États-Unis à suspendre la Commission permanente canado-américaine de défense.27

    • Acquisition des F-35 : L’examen du programme par le Canada intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes. Les États-Unis présentent ce retard non pas simplement comme une décision d’approvisionnement, mais comme un test visant à déterminer si le Canada entend demeurer pertinent sur le plan opérationnel à l’ère de la défense aérienne et antimissile de cinquième génération. Les tensions commerciales soulèvent également la question de savoir si le Canada continuera d’acheter le matériel militaire américain le plus sophistiqué.

    • Le Dôme d’or : Conçu pour assurer la défense du continent, il coûterait, selon le Bureau du budget du Congrès américain, 1,2 billion de dollars américains sur 20 ans.28 Le rôle du Canada reste à déterminer.

      Les dépenses de défense de l'OTAN demeurent inférieures à celles de la Russie en proportion du PIB

Forces collectives

  • En plus d’une envergure de plateformes, d’une profondeur de capital et d’une sophistication technologique inégalées, les États-Unis disposent d’une économie dynamique de l’innovation en défense, d’une forte concentration en R-D et d’une base industrielle de défense avancée.

  • Le Canada apporte des capacités de calibre mondial dans des domaines essentiels à la défense moderne, notamment l’avionique, la maintenance, la réparation et la révision d’aéronefs, les capteurs marins, la guerre électronique, les drones, ainsi que la formation et la simulation ; autant de secteurs désignés comme capacités souveraines prioritaires dans la Stratégie industrielle de défense (SID) d’Ottawa.29 Dans le domaine spatial, le Canada possède un héritage de six décennies qui couvre l’observation de la Terre, les communications par satellite et les systèmes de positionnement, de navigation et de synchronisation. Le Canada contribue largement aux capacités d’alerte précoce grâce aux réseaux de radars du Nord, exploite une partie du Système d’alerte du Nord (NWS) et maintient des sites d’opérations avancés dans l’Arctique.30 Près de la moitié de la production canadienne de défense est exportée, dont 70 % vers les États-Unis et les partenaires du Groupe des cinq, ce qui souligne sa profonde interconnexion avec les marchés mondiaux.31

Obstacles

  • Plus de 90 % des entreprises canadiennes du secteur de la défense sont des PME. L’absence de grands maîtres d’œuvre en défense freine la formation de capital, ce qui complique l’objectif de développer la base industrielle du Canada. Le bassin canadien de capital de risque – environ 12 milliards de dollars – représente moins de 5 % du bassin équivalent aux États-Unis. Les actifs donnés en garantie dans le secteur de la défense (installations spécialisées, propriété intellectuelle restreinte) sont souvent peu liquides, et un décalage persiste entre les besoins d’investissement initiaux et le calendrier des revenus.32

  • Politiques d’approvisionnement protectionnistes : le Canada comme les États-Unis cherchent à acheter davantage auprès de fournisseurs nationaux, ce qui accentue les frictions commerciales. Pour le Canada, attribuer des contrats à des entreprises nationales dans des secteurs où la capacité industrielle n’existe pas encore à grande échelle pourrait faire augmenter les coûts et allonger les échéanciers. À l’exception du spatial, du maritime et de certains aéronefs, l’objectif de 70 % de contenu canadien dans les acquisitions de défense d’ici 2035, contre environ 40 % aujourd’hui, exige de bâtir une infrastructure industrielle qui ne peut être créée rapidement.

  • La souveraineté dans l’Arctique constitue un autre point de tension. La Russie et la Chine représentent des menaces pour l’Arctique et, malgré les pressions américaines en faveur d’investissements dans la défense de cette région, celle-ci demeure exposée, en dépit des investissements actuels dans la défense arctique.

  • La base industrielle de défense des États-Unis est limitée par sa capacité de production, et non simplement par l’accès aux capitaux. Les conflits en Ukraine et en Iran ont mis en évidence des lacunes dans les stocks de munitions, tandis que les dispositions « Buy American » et les contrôles à l’exportation ont restreint l’intégration des chaînes d’approvisionnement avec les alliés.33

La voie à suivre

  • Développer des bases industrielles distinctes, mais interopérables. Le Canada s’est engagé dans une voie claire et distincte pour diversifier son industrie de défense par rapport à celle des États-Unis et développer sa propre capacité manufacturière souveraine. Cela créera des capacités divergentes et une plus grande autonomie canadienne. Toutefois, pour assurer le bon fonctionnement à long terme du cadre de défense nord-américain, il sera important que les capacités clés, en particulier celles qui sont essentielles aux commandements conjoints, conservent leur interopérabilité technologique et opérationnelle.

  • Approfondir la coopération dans les domaines où les besoins opérationnels convergent. La modernisation du NORAD est fondamentale. L’investissement canadien d’environ 40 milliards de dollars sur 20 ans – radars transhorizon, y compris le système arctique de 6,5 milliards de dollars codéveloppé avec l’Australie, surveillance spatiale, commandement et contrôle, et infrastructures nordiques – témoigne d’un engagement profond envers le partenariat. Le Canada pourrait négocier sa participation à un futur Dôme d’or : les capteurs canadiens, l’infrastructure radar arctique et l’accès à l’espace aérien constituent de véritables contributions qui justifient des modalités de partage des coûts, des droits canadiens de propriété intellectuelle sur les systèmes développés conjointement et un rôle défini du Canada dans les décisions d’interception.34

  • Explorer la coopération dans les technologies spatiales et les drones. Les conflits récents montrent que les systèmes sans équipage redéfinissent la conduite de la guerre. Parallèlement, l’espace devient un domaine stratégique de plus en plus contesté. L’Ukraine est devenue la « Silicon Valley » de l’innovation en défense, et de récents exercices de l’OTAN ont démontré l’efficacité de ces capacités contre des armées dépassées. Cette phase de réarmement ne prendra pas la même forme que les précédentes. Le Canada doit moderniser son équipement et ses infrastructures militaires à grande échelle, tandis que les États-Unis font face à des stocks épuisés et à des menaces asymétriques. Par conséquent, les deux pays doivent redéfinir leurs priorités quant aux technologies de défense à développer et à acquérir, ce qui crée des occasions de collaboration pour éviter les dédoublements dans les domaines où leurs intérêts de sécurité se rejoignent.

  • Approfondir le partenariat sur les minéraux critiques. La géologie du Canada, si elle est jumelée à une capacité de raffinage, pourrait servir de rempart contre la dépendance envers des puissances adverses. La formalisation d’accords d’approvisionnement pour les minéraux critiques à la défense de l’OTAN – avec des ententes d’achat, des mécanismes de stabilisation des prix et une admissibilité aux règles d’origine permettant de considérer les intrants raffinés au Canada comme un approvisionnement intérieur américain – renforcerait la résilience industrielle des deux pays.

  • Diversifier les plateformes et les partenariats. L’investissement de 530 millions de dollars du Canada dans l’Agence spatiale européenne, sa participation à l’initiative SAFE de l’Union européenne et son nouvel accord bilatéral avec l’Australie témoignent des efforts d’Ottawa pour diversifier sa base industrielle de défense. Les partenaires européens s’attendront à avoir accès aux marchés publics canadiens en contrepartie de l’accès aux marchés européens.

Résultat potentiel : La relation de défense Canada–États-Unis repose depuis toujours sur un pacte implicite : le Canada offre une profondeur géographique au sol, sous l’océan, en mer, dans les airs et dans l’espace ; les États-Unis fournissent un parapluie de sécurité et de protection, renforcé par une envergure de plateformes, une profondeur de capital, une sophistication technologique et des dépenses de R-D inégalées. Pour préserver ce pacte, le Canada devra combler l’écart entre ses engagements financiers et sa crédibilité opérationnelle, en menant à bien la modernisation du NORAD, en tranchant la décision relative aux F-35 et en bâtissant une base industrielle nationale véritablement capable. Pour les États-Unis, le respect de la souveraineté canadienne permettra de s’assurer d’un partenaire à long terme plus fiable.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier les experts externes consultés dans le cadre de ce rapport, dont certains sont nommés ci-dessous.

Peter Dawe, BDC

Steve Carlisle, General Motors (retraité)

Robert Johnston, University of Calgary

Frank McKenna, TD Securities et ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis

Michael Robinet, S&P Global Mobility

[1] Brennan, J. 2026. Composer avec l’incertitude : quatre trajectoires futures pour le secteur canadien de l’automobile Toronto : Leadership avisé RBC.

[2] Brennan (2026), Steering Through Uncertainty.

[3] Le Canada exporte pour environ 11 milliards de dollars américains d’aluminium vers les États-Unis, dont plus du tiers est destiné au secteur des transports. Avec des droits de douane de 50 %, les répercussions sur le seul secteur de l’assemblage automobile pourraient dépasser 1 milliard de dollars. Si l’on tient également compte des pièces automobiles, la facture liée aux droits de douane grimpe davantage. Pour une analyse économique de l’aluminium canadien assujetti à des droits de douane, voir Aluminum Association. 2025. Powering Up American Aluminum: A Roadmap for Next Generation Supply Chain Resilience. Arlington, VA : The Aluminum Association; Business Data Lab. 2025. How to Undermine U.S. Manufacturing: Debunking Aluminum Tariff Myths. Ottawa : Business Data Lab.; and Livingston, Brian. 2025. Canada’s Aluminum Production and US Tariffs. Intelligence Memos. Toronto : C.D. Howe Institute. 2 septembre.

[4] Brennan (2006). Steering Through Uncertainty.

[5] Markman, J. 2026. « How Legacy Automakers Torched $53 Billion on EVs They’ll Never Sell », Forbes, 9 février.

[6] Robinet, M. 2026. New Automotive Geo-economics. S&P Global Mobility. Présenté à la PMA, en mai 2026.

[7] Voir Helper, S. et T. Tucker. 2026. « Challenges and Opportunities for the North American Auto Industry in the 2026 USMCA Renegotiation », 4 mars. Washington : Brookings Institution ; U.S. International Trade Commission. 2025. USMCA Automotive Rules of Origin: Economic Impact and Operation, 2025 Report. Publication no 5642. Washington : USITC.

[8] IEA. 2025. Global Critical Minerals Outlook. Paris : Agence internationale de l’énergie.

[9] Gracelin Baskaran formule cette affirmation dans son témoignage devant le sous-comité des ressources naturelles de la Chambre des représentants – une affirmation que nous n’avons pas été en mesure de vérifier de façon indépendante. Voir : Baskaran, G. 2026. « Unleashing America’s Mineral Potential : The Critical Minerals Commodity Supply Chain », témoignage devant le House Natural Resources Subcommittee on Oversight and Investigations. Washington : Center for Strategic & International Studies.

[10] Ressources naturelles Canada. 2025. Canada-U.S. Minerals Data Dashboard.

[11] Baskaran, G. 2025. « Canadian Tariffs Will Undermine U.S. Minerals Security », Center for Strategic & International Studies, 29 janvier.

[12] Merwat, S. 2026. Exploiter et transformer : combler le déficit de capitaux des minéraux critiques au Canada. Toronto : Leadership avisé RBC.

[13] Merwat, S. 2025. Le nouveau grand jeu : le rôle des minéraux critiques dans la course à la suprématie technologique. Toronto : Leadership avisé RBC.

[14] Voir Baskaran (2026).

[15] Voir Baskaran (2026) pour un ensemble de recommandations de politiques qui intègrent l’extraction, la transformation, le raffinage et la fabrication autour de pôles de demande.

[16] Merwat, S. 2026. Transformation des minéraux critiques : retard de l’Occident en matière de raffinage et technologies disponibles pour combler les lacunes. Toronto : Leadership avisé RBC.

[17] Régie de l’énergie du Canada. 2025. Aperçu du marché : Aperçu des échanges d’énergie entre le Canada et les États-Unis en 2024. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.cer-rec.gc.ca/fr/donnees-analyse/marches-energetiques/apercu-marches/2025/apercu-marche-apercu-des-echanges-denergie-entre-le-canada-et-les-etats-unis-en-2024.html.

[18] Une partie de cet écart reflète la qualité et les coûts de transport, mais une autre découle d’une diversification insuffisante des exportations. Voir Alberta Energy Regulator. 2025. Alberta Energy Outlook ST98. Calgary : Government of Alberta.

[19] Energy Information Administration. 2026. Annual Energy Outlook. Washington : département de l’Énergie des États-Unis.

[20] Merwat, S. 2026. Six graphiques d’analyse des relations pétrolières Canada–États-Unis, en contexte de nouveaux développements géopolitiques sur les marchés pétroliers. Toronto : Leadership avisé RBC.

[21] Johnston, R. 2026. « Asia’s Oil Demand Outlook and Geopolitics », présentation à PwC Canada/School of Public Policy Asia Oil Outlook, 7 mai.

[22] Lisez l’explication de l’Alliance des sables bitumineux sur le projet Pathways : https://alliancesablesbitumineux.ca/projet-pathways/.

[23] Calculs de l’auteur fondés sur les données de la base SIPRI Military Expenditures Database (en dollars américains constants de 2024). 

[24] OTAN. 2025. Dépenses de défense et engagement de l’OTAN des 5 %. Bruxelles : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.nato.int/fr/what-we-do/introduction-to-nato/defence-expenditures-and-natos-5-commitment.

[25] Bingen, K.A. 2026. « Orbits of Influence : Emerging Threats to U.S. Space Security and Foreign Policy Implications ». Statement before the House Foreign Affairs Subcommittee on Europe. Washington : Center for Strategic and International Studies, 29 avril.

[26] Les données de l’OTAN indiquent que les dépenses de défense du Canada sont passées de 26 milliards de dollars américains en 2022 à 44 milliards de dollars américains en 2025, soit une hausse de 69 % (aux prix et taux de change courants). Les données du SIPRI indiquent que le Canada consacrait 2,06 % de son PIB à la défense en 1987.

[27] Certains interprètent la suspension de la Commission permanente comme une réponse à la décision du Canada de réexaminer le programme F-35, et non comme une réaction aux dépenses militaires prévues par le Canada, malgré les affirmations contraires.

[28] Rapport de mai 2026 du Bureau du budget du Congrès américain : https://www.cbo.gov/system/files/2026-05/62379-golden-dome.pdf.

[29] Ministère de la Défense nationale. 2026. Stratégie Industrielle de Défense du Canada : Sécurité, souveraineté et prospérité. Ottawa : Gouvernement du Canada.

[30] See NORAD Backgrounder: https://www.canada.ca/en/department-national-defence/news/2022/06/north-american-aerospace-defense-command-norad.html

[31] Voir la Stratégie Industrielle de Défense du Canada (2026).

[32] Ashcroft, T. 2026. Investissements de première ligne : comment faire progresser le financement de la défense au Canada. Toronto : Leadership avisé RBC.

[33] Voir le reportage de l’Associated Press, « US Will Need Years to Replenish Stockpiles of Advanced Weapons Used in Iran War, New Analysis Finds », 27 mai. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.usnews.com/news/business/articles/2026-05-27/us-will-need-years-to-replenish-stockpiles-of-advanced-weapons-used-in-iran-war-new-analysis-finds.

[34] Ministère de la Défense nationale. 2025. Fiche d’information : Financement pour la défense continentale et la modernisation du NORAD. Ottawa : Gouvernement du Canada. Accessible en ligne à l’adresse suivante : https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/services/operations/allies-partenaires/norad/fiche-financement-norad-modernisation.html.

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L’excellence des États-Unis en intelligence artificielle a eu un effet secondaire inattendu : une immense concentration dans le segment des logiciels et du matériel informatiques. Environ 85 % des dépenses du Canada en infrastructure infonuagique sont faites auprès de trois sociétés technologiques américaines, tandis que trois autres représentent environ 88 % de l’utilisation des modèles de fondation d’entreprise. Par ailleurs, NVIDIA détient une part de 80 à 90 % du marché des puces d’IA haut de gamme.

Les entreprises et les gouvernements du Canada ne jouent pas un rôle important dans la chaîne logistique mondiale de l’IA. Or, l’exercice d’un plus grand contrôle sur notre infrastructure numérique afin de renforcer les capacités du pays en IA est mis de l’avant tant sur le plan commercial qu’à l’échelle nationale. La question de la « souveraineté en IA » est devenue un enjeu crucial au moment où cette nouvelle technologie se propage rapidement dans le monde. Parallèlement, le choix de construire une infrastructure et des systèmes d’IA souverains, ou l’établissement d’exigences de souveraineté pour l’infrastructure infonuagique en place, pourrait entraîner un surcoût et affaiblir la compétitivité du secteur technologique. Les entreprises canadiennes qui mettent en œuvre des projets de souveraineté en IA devraient déterminer les charges de travail à conserver pour leur infrastructure infonuagique existante, et lesquelles pourraient nécessiter une nouvelle architecture.

Le Canada n’est pas le seul à viser la souveraineté en IA. Selon McKinsey & Co., plus de 70 % des dirigeants, des investisseurs et des gouvernements du monde entier considèrent l’IA comme une « préoccupation existentielle » ou un « impératif stratégique » par rapport à leurs objectifs. Cette société prévoit que le marché mondial de l’IA souveraine vaudra 600 milliards de dollars américains en 2030.

Depuis plusieurs années, le gouvernement du Canada cherche à adopter de nouvelles lois visant la protection de la vie privée et la modernisation de la réglementation du numérique. Pendant ce temps, Washington a durci le ton à l’approche de la prochaine révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en qualifiant d’irritants commerciaux potentiels une partie des efforts du Canada ayant pour but de réglementer les services numériques. Il s’en est suivi un débat animé – des deux côtés de la frontière – sur la façon dont les entreprises canadiennes peuvent continuer d’avoir accès aux dernières innovations en IA, tout en maintenant de rigoureuses mesures de protection.

Les entreprises canadiennes se retrouvent devant la nécessité de prendre des décisions concernant les infrastructures, les données et les fournisseurs dans un contexte qui a considérablement changé au cours des 18 derniers mois. La pile d’IA, c’est-à-dire l’infonuagique, l’informatique, les modèles fondateurs et les données requises pour l’exploitation des systèmes, est simultanément devenue un sujet de premier plan dans les négociations commerciales, l’élaboration de la réglementation, la stratégie d’approvisionnement et la gestion du risque opérationnel. Les choix qui sont faits aujourd’hui à la table des négociations et dans les salles de conseil du Canada créeront les conditions dans lesquelles se déroulera la prochaine décennie de l’économie numérique.

Tout d’abord, les États-Unis défendent plus vigoureusement leurs intérêts et leur domination dans le secteur de la technologie. Le chapitre de l’ACEUM sur le commerce numérique pose un défi immédiat à l’approche du 1er juillet 2026, étape importante de la révision conjointe après six ans.

Particulièrement en ce qui concerne la localisation des données, l’ACEUM va plus loin que plusieurs autres accords comparables : contrairement à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste, l’ACEUM ne prévoit dans l’article 19.12 aucune exception à l’« objectif légitime de politique publique », ce qui réduit la marge de manœuvre dont le Canada disposerait autrement pour imposer le stockage local des données relatives aux services publics ou aux citoyens.

Les quatre dispositions ci-après sont les plus importantes pour la souveraineté en matière d’IA et de données : 1) limites concernant le traitement moins favorable des produits numériques étrangers ; 2) restrictions relatives au blocage des flux de données transfrontaliers transférées pour des raisons d’affaires ; 3) interdiction de poser comme condition d’exploitation une exigence d’installations informatiques nationales ; et 4) limites quant aux exigences de divulgation des codes sources. Une certaine marge de manœuvre existe, mais elle est restreinte : l’exception du gouvernement fédéral, au titre de la sécurité nationale, l’exclusion relative à l’approvisionnement fédéral et les exceptions prudentielles dans le secteur des services financiers pour préserver la stabilité des systèmes. Le gouvernement fédéral travaille également à la mise en place de plus d’une douzaine d’exceptions ciblées pour la défense.

À la suite d’une série de décrets et de réorientations politiques, les États-Unis ont durci leur position à l’égard du commerce numérique. Washington considère de plus en plus la réglementation visant le numérique et l’IA, y compris les règles adoptées hors des États-Unis, comme un irritant commercial et une entrave à l’accès au marché. En mars 2026, le représentant américain au Commerce a qualifié le cadre de souveraineté informatique, les règles numériques et les projets de réglementation du Canada de barrières commerciales dans son rapport d’estimation du commerce national.  Jamieson Greer, représentant américain au Commerce, a noté que toutes les options étaient envisageables à propos de l’avenir de l’ACEUM. Un décret présidentiel des États-Unis promulgué en 2025 pour la création d’un groupe de travail fédéral sur les litiges en matière d’IA, et une recommandation de la Maison-Blanche en faveur d’une norme nationale peu contraignante vont dans la même direction : la réglementation de l’IA est vue comme une nuisance au commerce. Lors des consultations sur l’examen de l’ACEUM, l’association américaine à vocation industrielle appelée Computer & Communications Industry Association (CCIA) a qualifié la Loi sur les nouvelles en ligne et la Loi sur la diffusion continue en ligne du Canada de discriminatoires, ce qui laisse croire que le gouvernement et les entreprises du Canada auront beaucoup de mal à protéger leurs intérêts.

Le 4 juin 2026, Ottawa a lancé L’IA pour tous. Cette stratégie nationale en IA repose sur la confiance, l’opportunité et la souveraineté. Deux de ses six piliers visent précisément à éliminer ces dépendances, soit les « fondements de l’IA souveraine » en ce qui concerne l’informatique, les données et le talent, et l’expansion des champions canadiens selon une approche « bâtir-partenariats-acheter ». Les engagements principaux sont concrets : une infrastructure contrôlée par le Canada et régie par les lois canadiennes, des partenariats pour une puissance de calcul souveraine de 850 mégawatts d’ici 2030 et une capacité d’expansion pouvant atteindre 2,3 gigawatts, un superordinateur public d’ici 2031 et 700 millions de dollars pour que les petites entreprises aient un accès abordable à la puissance de calcul. Si la mise en œuvre est réussie, certaines lacunes pourraient être comblées.

Pour les dirigeants canadiens, la souveraineté à l’ère de l’IA n’est pas synonyme d’isolement. Elle signifie l’absence de coercition, c’est-à-dire la capacité de choisir les modèles d’IA à utiliser, le matériel utilisé pour l’inférence en IA, les autorités régissant les données et le recours à des fournisseurs suppléants si un risque se présente. Fait à noter, la pile nationale de l’infrastructure croît plus rapidement que ne l’indique l’opinion prépondérante. Elle comprend notamment la construction d’une infrastructure par CoreWeave et Cohere, le Réseau d’IA tissé de Bell, les centres de données d’IA de TELUS, le consortium ThinkOn–Hypertec–Aptum–eStruxture et un nouveau superordinateur canadien. Tous ces projets visent la création d’une infrastructure nationale de données et d’IA. En outre, de nombreuses sociétés technologiques prospères d’envergure mondiale œuvrent au Canada dans les domaines des modèles d’IA, des services financiers, des technologies de soins de santé, de la gestion des connaissances, du stockage de données, etc.

Graphique thermique du risque lié à la souveraineté du Canada en matière d'IA

Dans Sovereign by Design (Mullin et Khan, 2026), la carte de densité ci-dessus illustre la gravité des risques pour la souveraineté du Canada en matière d’IA à chaque niveau/dimension, la souveraineté signifiant l’absence de coercition, et la capacité de structurer les dépendances de sorte qu’elles ne puissent servir de levier. Les quatre paliers correspondent au degré de dépendance et permettent de déterminer si le Canada a une solution de remplacement viable.

Comment lire la carte de densité ? Chaque cellule évalue la gravité du risque lié à la souveraineté lorsqu’une couche de la pile d’IA (rangées) correspond à une dimension de la souveraineté numérique (colonnes). La gravité reflète le degré de dépendance envers l’étranger, la concentration des fournisseurs, la substituabilité, ainsi que l’influence qu’un acteur externe acquerrait en raison d’une perturbation.

  • Faible – Sensibilité minimale. Le Canada dispose d’une capacité nationale, d’un approvisionnement diversifié ou de solutions de remplacement à portée de main. La dépendance ne crée guère de conditions propices à une influence étrangère.

  • Modéré – Dépendance réelle, mais raisonnable. Il existe une certaine concentration ou une dépendance envers l’étranger, mais les substituts de pays alliés, la capacité nationale partielle ou les solutions de rechange limitent l’influence pouvant être acquise.

  • Élevé – Grande vulnérabilité. Forte dépendance envers un petit nombre de fournisseurs ou de territoires étrangers et peu de substituts à court terme ; une perturbation ou une mesure coercitive engendrerait d’énormes coûts et serait difficilement évitable.

  • Critique – Important goulot d’étranglement dans la chaîne logistique du Canada. Dépendance à l’égard d’une seule source d’approvisionnement étranger (ou d’un petit nombre), peu de substituts viables nationaux ou de pays alliés. La perte d’accès pourrait endiguer ou détériorer considérablement la capacité de l’IA et se répercuter sur la pile.

Toute entreprise canadienne de grande envergure qui envisage des mesures pour accroître sa souveraineté en IA doit répondre à quatre questions. Les enjeux varient d’un secteur à l’autre (les services financiers, les soins de santé, la défense et les infrastructures essentielles sont confrontés aux enjeux les plus cruciaux), mais les choix structurels sous-jacents sont de plus en plus communs à tous.

  1. Prévoir trois scénarios réglementaires, et non un seul

    La révision de l’ACEUM pourrait donner lieu à une continuité du commerce numérique (statu quo), à un léger renforcement des restrictions ou à une renégociation importante ayant trait au commerce numérique. Les sociétés pourraient concevoir leurs stratégies d’IA et numériques en tenant compte de chacun de ces scénarios. L’incertitude entourant la réglementation nationale complique la variable commerciale. La mosaïque de lois du Canada en matière d’IA et de données pourrait devenir plus simple – ou plus complexe – alors que le gouvernement fédéral réforme la Loi sur la protection des renseignements personnels, la LPRPDE et d’autres règles numériques, probablement toutes en même temps. La Loi visant un système de soins de santé connecté au Canada (dont l’appellation est maintenant le projet de loi S-5, présenté de nouveau au Sénat en février 2026) permet la connexion entre l’interopérabilité des données de santé et l’entraînement de l’IA d’une façon qui reste en grande partie non définie. Le projet de loi C-8 a pour but d’étendre les normes de supervision aux exploitants de réseaux de télécommunications et d’infrastructures essentielles adjacentes. Le Groupe sur la résilience du secteur financier canadien, qui s’est réuni en avril 2026 à propos de Mythos, a signalé que l’IA de pointe est désormais considérée comme une préoccupation relative à la stabilité financière et à la cybersécurité, et non seulement comme une préoccupation d’ordre technologique. Il s’agit d’un défi que les sociétés des secteurs de l’énergie, des télécommunications, des transports et de l’eau devraient s’attendre à affronter bientôt, probablement avant la mise en place d’un cadre de supervision définitif pour faire face à une IA toute-puissante.

  2. Considérer la souveraineté en IA comme une occasion, et non seulement comme une question de conformité

    Les forces du Canada dans le secteur de l’énergie, l’expansion de la capacité des centres de données et les nouveaux champions de l’IA pourraient former la base d’une pile souveraine qui n’existait pas il y a quelques années. Les sociétés de secteurs adjacents, comme les services juridiques, les services professionnels et l’assurance, qui adoptent des infrastructures souveraines pourraient être en meilleure posture pour profiter des changements qui seront apportés à la réglementation du Canada ou de l’évolution de la situation commerciale. La possibilité que cette pile atteigne une portée commerciale dépendra des décisions d’approvisionnement prises par les principaux acheteurs. Étant donné que le taux d’adoption de l’IA dans les banques est passé de 30 % en 2019 à 50 % en 2023, et devrait atteindre 70 % en 2026, les choix que feront les six grandes banques et d’autres grandes sociétés financières dans un proche avenir pourraient déterminer si la souveraineté d’un écosystème infonuagique est véritablement possible au Canada. La Stratégie industrielle de défense du Canada et les nouveaux engagements de l’OTAN créent également une voie de croissance parallèle pour les entreprises à double usage répondant à la demande du Canada, du Groupe des cinq et des pays alliés.

  3. Bien répondre à la question du talent et de la propriété intellectuelle

    De nombreux diplômés en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) quittent le Canada, en particulier les meilleurs diplômés universitaires en génie logiciel. Or, en l’absence de compétences approfondies en IA au sein des gouvernements, les entreprises et les institutions canadiennes peineront à réaliser leur potentiel. Outre le code source, la propriété intellectuelle, les poids du modèle, l’optimisation des ensembles de données et les instructions génératives accumulées lors des déploiements en production sont de plus en plus exclusifs et précieux. De plus, les sociétés pourraient même considérer les meilleurs diplômés en IA et les personnes possédant des compétences importantes dans ce domaine comme des actifs stratégiques. Ce point est particulièrement crucial dans le secteur des soins de santé, où les cycles d’approvisionnement pour la transcription par IA, le soutien au triage et l’automatisation administrative sont les principaux cas d’usage.

  4. Agir collectivement

    Les associations industrielles, comme l’Association des banquiers canadiens, l’Association canadienne du marketing, le Conseil canadien des innovateurs et les organismes sectoriels, offrent des occasions naturelles d’entreprendre les discussions maintenant nécessaires avec le gouvernement. Le Conseil canadien des affaires considère que la révision de l’ACEUM est une priorité essentielle en matière de défense des intérêts. Les sociétés et les secteurs qui n’ont pas encore déterminé ce qu’ils attendent de ces discussions devraient le faire dès maintenant. 

Les secteurs canadiens des services financiers, des soins de santé, de la défense et des infrastructures essentielles sont ceux qui risquent le plus d’être confrontés à la convergence de l’IA et de la souveraineté numérique. Les dirigeants de ces secteurs envisagent probablement de prendre les mêmes décisions d’architecture au cours des prochaines années. Nous présentons ci-dessous les grandes lignes des choix politiques et technologiques qui s’offrent à eux.

Les banques canadiennes ne se posent plus la question de savoir s’il convient ou non d’utiliser l’IA à grande échelle. Selon les données conjointes du Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) et de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC), le taux d’adoption de l’IA est passé d’environ 30 % en 2019 à 50 % en 2023 et devrait atteindre 70 % d’ici la fin de 2026. En avril 2026, le Groupe sur la résilience du secteur financier canadien, partenariat public-privé dirigé par la Banque du Canada, s’est réuni pour discuter de Mythos. Il a déclaré que l’IA de pointe est désormais considérée comme une préoccupation relative à la stabilité financière et à la cybersécurité, et non seulement comme une préoccupation d’ordre technologique. Les conséquences pratiques sont concrètes. Premièrement, la gestion du risque pour les modèles de crédit et de marché constitue le seuil minimal, et non maximal, de la gouvernance de l’IA. Deuxièmement, les cadres de gestion du risque doivent tenir compte de l’ensemble du cheminement des données d’inférence (où les requêtes de données sont traitées par les modèles d’IA et lesquelles le sont), et non seulement de l’entraînement. Troisièmement, les scénarios de cyberattaques intégrant l’IA font partie des principales menaces pour la stabilité financière sur le plan systémique.

Les décisions d’approvisionnement des six grandes banques et d’autres grandes sociétés de services financiers au cours des 24 prochains mois pourraient déterminer si l’écosystème infonuagique souverain du Canada atteindra une portée commerciale significative. Les services financiers ne sont pas seulement l’un des éléments de la politique canadienne d’IA, ils en sont aussi l’un des principaux facteurs déterminants.

The Pan-Canadian Health Data Strategy continues to advance through Health Canada and the Canadian Institute for Health Information, but the infrastructure for moving health data across provincial boundaries remains underdeveloped. Quebec constrains cross-border health data transfers as a matter of binding provincial law, while Alberta, Ontario and British Columbia have parallel systems that overlap unevenly. The Connected Care for Canadians Act (Bill S-5), advancing through Parliament in 2026, includes provisions on health data interoperability that intersect with AI training data in ways the legislation leaves largely undefined.

Canada has a patchwork of laws on AI and data, which could get clearer, or even more tangled as the federal government reforms the Privacy Act, PIPEDA, and other digital rules. Further, the current provincial patchwork of laws is unlikely to be resolved anytime soon. Meanwhile, procurement cycles for AI scribing, triage support, and administrative automation are already moving without clear sovereign requirements to procure against.

Healthcare leaders and hospital executives likely have options when it comes to digital sovereignty and protecting Canadians’ data—that might include federated learning, workload partitioning, deliberate data-flow design—but future leaders may want to invest in solutions that can ensure the data sovereignty of Canadians’ health data. Either choice is defensible. But it is crucial to determine the choices through governance and technology architecture decisions, rather than leaving them up to international vendors.

La Stratégie industrielle de défense du Canada et les nouveaux engagements de l’OTAN créent des occasions de croissance pour les entreprises à double usage. L’infrastructure infonuagique de défense présente trois options : la construire en conformité avec l’ITAR des États-Unis, la construire hors de ce cadre pour répondre à la demande du Canada ou des pays alliés, ou construire des deux façons. Les données classifiées au Canada pourraient nécessiter une infrastructure souveraine exploitée séparément, tandis que les données du Groupe des cinq demanderont probablement une infrastructure plus interexploitable. Pour les exploitants d’infrastructures essentielles dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications, des transports et de l’eau, les questions de politique d’IA que les sociétés de services financiers tentent de régler sont pertinentes. Il sera également important de surveiller le cadre de supervision envisagé dans le projet de loi C-8 concernant la cybersécurité, qui modifie la Loi sur les télécommunications et apporte des modifications corrélatives à d’autres lois. Les exploitants doivent décider s’ils adoptent une méthode proactive de gestion du risque lié à l’IA ou s’ils en reportent la mise en œuvre jusqu’à ce que les exigences réglementaires soient définitives.

Les entités canadiennes ci-dessous sont en exploitation, sous contrat ou en plein essor, et font partie des principales sociétés nationales actuellement en lice pour l’approvisionnement et les partenariats concernant la souveraineté en IA. 

Établie à Toronto, la société a été fondée en 2019. Cohere est la seule société dont le siège social est au Canada à créer des modèles de langage de pointe vendus à des entreprises dans des secteurs réglementés. Sa fusion avec la société allemande Aleph Alpha lui a récemment permis d’atteindre une valorisation combinée d’environ 20 milliards de dollars américains. En vertu d’un protocole d’entente fédéral, Cohere est reconnue comme un fournisseur de grands modèles de langage (GML) d’importance stratégique, bénéficiant d’un financement fédéral engagé de 240 millions de dollars. La société est le locataire principal d’une nouvelle installation informatique en IA de Cambridge, en Ontario, exploitée par la société américaine CoreWeave dans le cadre de la Stratégie canadienne sur la capacité de calcul souveraine pour l’IA. Le positionnement d’entreprise de Cohere se caractérise par des options de déploiement souverain pour les nuages privés virtuels et les environnements sur place des clients. La récente fusion avec Aleph Alpha accroît sa présence sur les marchés européens réglementés. La relation d’exploitation avec CoreWeave a soulevé des questions raisonnables dans l’écosystème quant au degré de propriété canadienne de la pile qui est requis, réalisable ou souhaitable. Dans l’ensemble, le renforcement de la position concurrentielle de Cohere par les moyens disponibles devrait améliorer le classement du Canada en matière d’IA. RBC est un partenaire national de Cohere et un utilisateur de sa plateforme North.

Annoncé en 2024 et accru en 2025, l’investissement de plus de 2 milliards de dollars de Bell dans la capacité de calcul du Canada pour l’IA repose sur l’infrastructure de NVIDIA, Cerebras et CoreWeave. Il vise la création d’une capacité souveraine au Canada pour les entreprises clientes, la capacité initiale étant destinée au gouvernement fédéral, aux provinces et aux secteurs des services financiers et des soins de santé. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France ont adopté le modèle infonuagique souverain rattaché à des sociétés de télécommunications. Du fait de son envergure, le projet de Bell est le plus important projet d’investissement en puissance de calcul géré à l’échelle nationale en dehors du programme fédéral.

L’infrastructure nationale d’IA offerte par la deuxième grande société canadienne de télécommunications, annoncée en 2024, a commencé ses activités en 2025 à Rimouski, au Québec. L’installation cible les clients qui ont besoin d’une puissance de calcul en IA originaire du Canada et exploitée au Canada, offrant une fiabilité de classe transporteur. Les deux options rattachées à une société de télécommunications créent une forte concurrence en matière d’approvisionnement pour les services d’infonuagique souverains du Canada.

Cette coalition de moyennes entreprises canadiennes formée d’exploitants de centres de données et de fournisseurs de services infonuagiques – ThinkOn, Hypertec, Aptum, eStruxture – offre des services d’infonuagique souveraine pour les charges de travail du gouvernement fédéral et de sociétés réglementées. ThinkOn se dit le seul fournisseur canadien de services infonuagiques approuvé en vertu de l’accord-cadre de Services partagés Canada sur les charges de travail sécurisées au niveau Protégé B. Le consortium pourrait être une solution au problème des acheteurs du secteur public ayant besoin d’une plus grande envergure sans être liés à un fournisseur unique.

Les trois instituts de la Stratégie pancanadienne en matière d’IA financés par l’Institut canadien de recherches avancées – Vector (Toronto), Mila (Montréal) et AMII (Edmonton) – ont généré une grande partie de la base de recherche à l’origine de Cohere, d’Element AI (maintenant intégrée à ServiceNow), ainsi que d’une vaste équipe de spécialistes chevronnés en IA.

D’autres fournisseurs, des universités et des consortiums du Canada exercent actuellement leurs activités à plus petite échelle, notamment dans les domaines de la puissance de calcul et de l’hébergement spécialisé dans les secteurs réglementés. Soulignons que l’Université Queen’s et l’Université Simon Fraser ont conclu un partenariat en puissance de calcul pour l’IA.


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Les sources liées sont accessibles au public. Les documents gouvernementaux, les directives réglementaires et les principaux rapports mentionnés dans le présent dossier sont classés par sujet. Déni de responsabilité : Les sources ne sont pas toutes rigoureusement exactes, et il en est de même pour les avis juridiques antérieurs et les indications prospectives.

Commerce et politique américaine

Souveraineté et capacité du Canada en IA

Réglementation financière et risque lié à l’IA

Défense et double usage

Protection des renseignements personnels, gouvernance des données et cadres provinciaux

  • Quebec Law 25 (Loi modernisant des dispositions législatives en matière de protection des renseignements personnels). Commission d’accès à l’information du Québec — cai.gouv.qc.ca.

  • LPRPDE – Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques. Commissariat à la protection de la vie privée du Canada

  • Décision d’adéquation de l’UE pour le Canada (renouvellement en 2024) Commission européenne, justice et consommateurs

Cybermenaces et infrastructures essentielles

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Ce rapport fait partie du projet Croissance de Leadership avisé RBC, une initiative visant à générer de nouvelles idées pour l’économie canadienne. L’industrie automobile canadienne, qui emploie 125 000 personnes et qui représente 10 % des exportations du pays, est au cœur du dynamisme du vaste secteur de la fabrication de pointe canadien et des relations économiques avec les États-Unis. Au cours des dix derniers mois, afin de tracer une voie d’avenir pour cette industrie à un moment charnière, nous avons consulté des constructeurs automobiles, des fournisseurs de pièces et d’autres experts du secteur pour éclairer notre analyse, laquelle présente quatre scénarios possibles pour l’avenir de l’industrie.

  • Le secteur automobile canadien atteint un tournant majeur dans l’évolution de l’industrie nord-américaine. La volonté de Washington de relancer la production nationale menace de démanteler les chaînes d’approvisionnement reliant Montréal à Détroit, vieilles de plusieurs décennies. Dans notre scénario le plus pessimiste, les usines de montage automobile au Canada pourraient fermer leurs portes d’ici 2040.

  • À l’inverse, le volume de production du Canada pourrait atteindre deux millions d’unités en 2040. Dans notre scénario le plus optimiste, le maintien d’un accès exempt de droits de douane au marché américain pourrait entraîner une montée en puissance de la production.

  • Le secteur doit composer avec deux transitions mondiales qui se déroulent à des rythmes différents. L’adoption des véhicules électriques progresse plus lentement que prévu, mettant en péril des milliards de dollars d’investissements. Pendant ce temps, les révolutions de l’IA, de la conduite autonome et des technologies logicielles s’accélèrent plus rapidement que les fabricants d’équipement d’origine (FEO) ne peuvent les intégrer à leurs chaînes de montage, créant un décalage entre les engagements en capital et les technologies prêtes pour le marché.

  • L’avenir de l’industrie automobile sera de plus en plus défini par la valeur générée par véhicule. Aux États-Unis, le PIB par véhicule assemblé est environ deux fois plus élevé que celui du Canada, et l’écart continue de se creuser. L’automatisation et la robotisation pourraient accélérer l’émergence d’une industrie automobile où moins de travailleurs produisent davantage de véhicules.

  • L’accès au marché est un atout précieux et sous-utilisé. À l’exception des Américains, aucun peuple n’achète plus de voitures par habitant que les Canadiens. Comme 90 % du marché canadien est approvisionné par des importations, le Canada peut associer l’accès à son marché à des engagements d’investissement dans les secteurs de la fabrication, de la recherche et du développement, des logiciels, des essais et de la certification.

Le secteur canadien de l’automobile est au centre d’une tempête. Ce n’est pas la première fois que le secteur est confronté à des conditions difficiles, mais la tourmente actuelle représente une menace grave, peut-être même existentielle. La principale source de bouleversement réside dans l’utilisation, par le président Donald Trump, des droits de douane comme outil de rapatriement des capacités manufacturières vers le cœur industriel des États-Unis. L’année qui a suivi sa réélection a été marquée par une série douloureuse d’abandons de gammes de produits, de fermetures d’usines et par les pertes d’emplois les plus importantes qu’ait connues l’industrie automobile canadienne depuis la Grande Récession.

À ces turbulences tarifaires s’ajoutent quatre transformations structurelles du secteur : 

L’adoption des véhicules électriques (VE) a d’abord progressé rapidement grâce aux mesures incitatives à la consommation, aux règles sur les émissions et aux subventions industrielles. Or, le recul récent de plusieurs mesures incitatives a rendu les VE moins attrayants pour les consommateurs, ce qui a nui aux ventes et amené les constructeurs automobiles à suspendre ou à abandonner certains programmes liés aux VE. À court terme, il se pourrait que l’adoption des VE demeure inégale en raison des préoccupations liées à l’abordabilité et aux infrastructures de recharge. À plus long terme, la multiplication des chocs sur les marchés pétroliers pourrait accélérer cette adoption, puisque l’électricité produite localement rend les pays moins vulnérables à l’instabilité géopolitique. 

Avec l’arrivée de modèles intégrant la connectivité, l’autonomie, l’IA et la propulsion électrique, les véhicules deviennent de plus en plus de véritables plateformes technologiques sur roues. Une part croissante de la performance et de la valeur d’un véhicule repose désormais sur les batteries, les puces, les capteurs et les logiciels. Ainsi, la création de valeur dépasse désormais largement le montage final. Cette évolution conduit à une transformation profonde du secteur, la demande de nouvelles compétences et de nouveaux composants perturbant les savoir‑faire et les chaînes logistiques établies.

In 2025, some 92 million vehicles were sold globally, down from 95 million in 2017. Sales in the U.S. peaked in 2016, with Canada following a year later.1 The combination of an aging population and rapid urbanization is triggering structural shifts in global demand. That’s even before an impending autonomous vehicle revolution that could reimagine car ownership.

Les constructeurs automobiles chinois ont dépassé leurs rivaux japonais pour devenir les plus importants vendeurs de véhicules au monde en 2025, leur part de marché étant passée d’un peu moins de 1 % à environ 35 % au cours des 25 dernières années. La montée en puissance de la Chine sur le marché automobile mondial, souvent portée par une technologie supérieure et des prix plus bas, représente la menace à long terme la plus sérieuse pour l’industrie automobile nord‑américaine.  

Reste au Canada à déterminer la position qu’il souhaite occuper dans un système automobile mondial réinventé. Avec 735 millions de dollars américains de dépenses annuelles en recherche et développement, la fabrication automobile constitue une industrie de haute technologie et à forte valeur ajoutée, générant d’importantes retombées dans l’ensemble de l’économie2. Le Canada dispose également de plusieurs avantages concurrentiels – main-d’œuvre qualifiée, énergie propre et abordable, et installations de montage primées – qui le positionnent favorablement pour capter de la valeur tout au long de la chaîne logistique. Son succès dépendra du maintien de la compétitivité de l’écosystème des fournisseurs, des prestataires de services et des entreprises technologiques.

Alors que les droits de douane punitifs imposés en vertu de l’article 232 sur l’acier, l’aluminium et le cuivre demeurent en vigueur et que la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) approche à grands pas, les décideurs et les acteurs de l’industrie au Canada devront évaluer les compromis associés aux différentes orientations stratégiques possibles. Dans cette optique, nous nous projetons jusqu’en 2040 et examinons quatre trajectoires possibles pour l’avenir de l’automobile au Canada.

MesureEstimation
Emploi125 000 travailleurs : montage (35 000), pièces (71 000), carrosseries et remorques (18 000)
Unités produites1,3 M (2024)
Valeur ajoutée (PIB)17 G$ (2024)
Expéditions102 G$ (64 G$ véhicules + 38 G$ pièces)
Fabricants d’équipement d’origine (FEO)Toyota, Honda, Stellantis, GM, Ford
Nombre de fournisseurs de pièces700
Stock brut de capital65 G$ (coût de remplacement)
Densité robotique1 475 robots/10 000 employés

1. Voie rapide — Volumes accrus, plus de valeur et intégration renforcée

Principales hypothèses

  • Le Canada obtient un accès en franchise de droits au marché américain.

  • Reforms are made to the rules of origin, domestic content requirements, and most favoured nation tariff rates

  • Les droits de douane limitent l’accès des Chinois au marché nord-américain.

  • Le coût total de propriété d’un VE continue de baisser.

  • Les investissements annoncés dans les VE se concrétisent, mais sur un horizon plus long.

  • Les avancées en IA et en conduite autonome augmentent la valeur générée par véhicule.

  • Le Canada élargit son réseau énergétique à faibles émissions de carbone et renforce ses capacités de raffinage des minéraux critiques.

La vie dans la « voie rapide »

Il s’agit d’un scénario dans lequel l’intégration nord-américaine se maintient, l’électrification progresse et la création de valeur s’intensifie au sein des écosystèmes existants. Les cinq FEO (General Motors, Ford, Stellantis NV, Linda et Toyota) au Canada maintiennent leurs activités manufacturières, mais les usines mises à l’arrêt temporaire ou fonctionnant à faible capacité obtiennent de nouveaux mandats de production et augmentent leurs volumes d’assemblage. Le corridor Windsor–Montréal regroupe des usines d’assemblage, des fournisseurs de premier rang, des entreprises d’outillage, des sociétés spécialisées en automatisation, en IA et en logiciels, ainsi qu’un bassin de talents en ingénierie sur le terrain que peu de régions peuvent égaler. Les quelque 700 fournisseurs comprennent des entreprises canadiennes de calibre mondial, notamment Magna, Linamar, Multimatic et Martinrea.

La voie rapide est étroite, mais praticable. Le fondement de ce scénario repose sur le rétablissement du libre-échange avec les États-Unis. Les réformes apportées aux règles d’origine, aux exigences de contenu national et aux taux de droits de douane de la nation la plus favorisée incitent davantage les FEO à attribuer des mandats de production aux usines de montage canadiennes3. Simultanément, un mur tarifaire protecteur s’élève autour de l’Amérique du Nord afin d’empêcher l’entrée des véhicules électriques chinois, créant ainsi l’espace concurrentiel dont les FEO nord-américains ont besoin pour investir avec confiance.

Le rétablissement de l’accès au marché, conjugué à l’amélioration de l’abordabilité des véhicules électriques, débloque des dizaines de milliards de dollars d’investissements promis, dont la majeure partie avait été reportée durant la guerre tarifaire. Le nombre de véhicules montés passe de 1,3 million en 2025 à 2 millions en 2040, soit autant de véhicules que les Canadiens en achètent annuellement. De plus, les capacités du Canada dans les domaines des matériaux légers, des communications mobiles, des capteurs et systèmes de contrôle, des logiciels, de l’analytique des données, de l’IA, de la cybersécurité et de la recherche sur les batteries sont mises à profit pour obtenir de nouveaux mandats à des niveaux plus élevés de la chaîne de valeur4.

Le corridor Windsor–Montréal s’affirme comme une Silicon Valley du Nord, fort d’un vivier d’ingénieurs spécialisés en autonomie, IA, matériaux légers et systèmes embarqués. Cela constitue un atout majeur, puisque McKinsey prévoit que le segment mondial des logiciels, capteurs, unités de contrôle et composants électroniques passera de 335 G$ US à 520 G$ US entre 2025 et 2035.

La transition vers l’électrification prend plus de temps que prévu initialement, mais elle finit par se concrétiser. Après une dépréciation de 70 milliards de dollars pour les véhicules électriques en 2026, le coût des batteries continue de diminuer tandis que l’autonomie et l’infrastructure de recharge s’améliorent. D’ici 2030, les véhicules électriques commencent à s’imposer plus naturellement sur le marché. La pénétration des véhicules hybrides rechargeables et des véhicules électriques à batterie passe de 10 % en 2025 à 25 % en 2030, puis à plus de 60 % en 2040. La Colombie-Britannique et le Québec mènent l’adoption des véhicules électriques — les immatriculations de véhicules électriques se maintiennent autour de 20 % dans les provinces alimentées par l’hydroélectricité même après l’expiration des incitatifs gouvernementaux — avant de gagner d’autres marchés à mesure que les facteurs économiques deviennent plus favorables.

Le Canada accuse un retard par rapport aux États-Unis pour le PIB généré par véhicule monté

La stratégie canadienne sur les minéraux critiques renforce la position du pays. L’extraction, le traitement et la transformation du cuivre, du cobalt, du lithium et du magnésium, de plus en plus concentrés dans une chaîne logistique reliant le Nord de l’Ontario et le Québec, améliorent l’intégrité des batteries et réduisent la dépendance des FEO aux intrants chinois. L’accès à une énergie propre et abordable renforce également l’attrait du Canada pour les investissements. Les réseaux électriques à faibles émissions de l’Ontario et du Québec — alors que les prix de l’électricité au Québec sont déjà inférieurs à ceux de pôles automobiles comme le Michigan et l’Ohio — prennent encore plus d’importance à l’ère des véhicules intelligents, puisque l’électrification accroît la demande en électricité. Les activités informatiques, d’essais et de validation viennent accentuer cette demande. Un réseau électrique plus propre et moins coûteux accroît les marges et réduit l’exposition carbone des exportations automobiles vers des marchés de plus en plus sensibles aux émissions.

Le corridor Waterloo–Ottawa s’affirme comme une Silicon Valley du Nord, fort d’un vivier d’ingénieurs spécialisés en autonomie, IA, matériaux légers et systèmes embarqués. Cela constitue un atout majeur, puisque McKinsey prévoit que le segment mondial des logiciels, capteurs, unités de contrôle et composants électroniques passera de 335 G$ US à 520 G$ US entre 2025 et 2035.

D’ici 2040, le Canada dispose d’un écosystème où la valeur est créée à tous les niveaux de la chaîne, de la mine à la cellule de batterie jusqu’au véhicule défini par logiciel, avec l’assemblage comme pilier central.

Dans ce scénario, il devient clair que l’industrie automobile est devenue une plateforme technologique, et non plus seulement une industrie manufacturière. L’enjeu n’est plus seulement d’assembler davantage de véhicules, mais d’en capter une plus grande part de valeur. Ce sont les écosystèmes industriels et non les entreprises individuelles qui confèrent un avantage concurrentiel durable.

Tensions stratégiques

  • Le Canada renforce sa position au sein du système automobile nord-américain, mais devient également plus dépendant des États-Unis — et plus exposé à la volatilité des politiques américaines.

  • Si les FEO poursuivent leur intégration verticale en internalisant davantage de contenu lié aux véhicules électriques, de logiciels et de capacités d’architecture de systèmes, le virage du Canada vers les véhicules électriques et les véhicules intelligents pourrait être compromis.

  • La restriction des importations chinoises et de la concurrence étrangère entraîne une hausse des prix des véhicules sur le marché intérieur et ralentit l’adoption des véhicules électriques, avec des répercussions sur les émissions liées au transport.

Les usines canadiennes de montage de véhicules électriques font face à des retards prolongés de réoutillage

Ce qui doit se produire

  • En échange d’un accès exempt de droits, Ottawa et les provinces pourraient conclure avec les États‑Unis un pacte sur les minéraux critiques pour l’automobile, co‑créant des incitatifs (p. ex. contrats d’enlèvement, réserves stratégiques, prix planchers) afin de réduire les risques commerciaux des investissements privés dans l’extraction et le traitement du nickel, du cuivre, du lithium, du graphite, de l’aluminium et des terres rares, renforçant ainsi la chaîne logistique industrielle nord‑américaine.    

  • Le Canada, les États‑Unis et le Mexique pourraient adopter une approche coordonnée pour imposer des droits de douane sur les VE, l’acier, l’aluminium et les pièces automobiles provenant de l’extérieur du bloc, afin de se prémunir contre le dumping chinois. Les trois administrations pourraient harmoniser leurs politiques relatives aux règles d’origine et aux droits de douane de la nation la plus favorisée afin d’encourager les investissements au sein du bloc.

  • Afin d’assurer un approvisionnement abondant en énergie non émettrice et à prix concurrentiel, l’Ontario pourrait entreprendre une expansion ambitieuse de ses capacités hydroélectriques, nucléaires et éoliennes, ainsi qu’une modernisation et un élargissement du réseau électrique. Les gouvernements fédéral et provinciaux pourraient accroître massivement les infrastructures de recharge afin de favoriser l’adoption des VE. 

  • Afin d’obtenir de nouveaux mandats en recherche et développement et en logiciels, l’Ontario et le Québec pourraient envisager de co-investir avec les assembleurs et les fabricants de pièces dans des installations communes de recherche, d’essais et de validation. Les seuils d’admissibilité au programme de la recherche scientifique et du développement expérimental (RS&DE) pourraient être abaissés afin d’attirer des mandats d’investissement dans les domaines de l’électronique, de la connectivité, de la conduite autonome, de la cybersécurité et des matériaux légers.

  • Ottawa could consider reforming its immigration strategy to attract and retain professors and graduate students in computer and materials science, mechanical and chemical engineering, and AI and machine learning, deepening the ecosystem of competitively priced tech talent.


La transition vers les VE est en cours partout dans le monde

2. Voie lente — Le montage survit, l’adoption des véhicules électriques ralentit, la création de valeur se déplace ailleurs

Principales hypothèses

  • L’ACEUM survit, mais sous une forme affaiblie.

  • L’adoption des véhicules électriques se poursuit, mais plus lentement que prévu.

  • Les fabricants d’équipement d’origine chinois accroissent leur présence sur le marché de consommation canadien.

  • Les États-Unis continuent d’exclure les véhicules chinois. 

  • Les minéraux critiques et l’énergie propre permettent le renouvellement de certains mandats.

  • Le Canada conserve une valeur stratégique comme site de capacité de débordement et de diversification du montage.

Glissement vers la « voie lente »

Le Canada maintient sa présence au sein du système nord-américain, mais sa position et son importance stratégique s’érodent. Le scénario de la « voie lente » est déclenché par un résultat sous‑optimal aux négociations commerciales. L’ACEUM survit à la renégociation de 2026, mais en ressort plus limité et moins prévisible. Le Canada se voit imposer des droits de douane de 10 %, correspondant à un taux effectif de 5 % sur les véhicules montés, ce qui réduit presque à néant les marges de montage. Ce n’est pas fatal pour l’économie des usines, mais cela modifie les calculs des comités d’allocation des investissements des FEO établis à Detroit, Tokyo et Stuttgart. Et comme la menace persistante d’une hausse des droits de douane demeure en arrière-plan, investir dans les activités canadiennes devient excessivement risqué.

La « voie lente » n’est pas synonyme de crise — le Canada maintient ses niveaux actuels de production — mais les segments à plus forte valeur de l’écosystème automobile se développent ailleurs. Les usines continuent de fonctionner, des investissements de réoutillage sont réalisés périodiquement et les emplois liés au montage sont en grande partie préservés. Mais le Canada perd graduellement les investissements, mandats et capacités qui conditionnent sa pertinence industrielle future. En 2040, le Canada monte 1,2 million de véhicules, mais la part de valeur qu’il capte par véhicule diminue avec le temps.

Ironiquement, l’industrie automobile canadienne est née grâce aux droits de douane protecteurs sur les véhicules fabriqués aux États-Unis5. Au début du 20e siècle, des droits de douane de 35 % ont été imposés dans le cadre de la Politique nationale sur les voitures importées afin de protéger la production canadienne de la concurrence américaine6. Plutôt que de soutenir les constructeurs automobiles canadiens, les droits de douane ont incité des géants américains comme Ford et GM à contourner la barrière douanière en établissant des usines au Canada7. Par conséquent, le Canada est devenu le deuxième producteur mondial d’automobiles en 1930. Au tournant du siècle, le Canada montait trois millions de véhicules par année et occupait le premier rang mondial en proportion de sa population. Mais cet avantage s’est érodé : la production est tombée à 1,3 million de véhicules en 2024.

La transition vers les véhicules électriques aggrave le problème. L’adoption par les consommateurs ralentit encore davantage après l’expiration des incitatifs fédéraux — les immatriculations de véhicules électriques tombent sous la barre des 10 % à l’échelle nationale en 2025 et ne se redressent pas sans un soutien soutenu des politiques publiques. Les plateformes à moteur à combustion interne et hybrides prolongent leur durée de vie commerciale, ce qui peut sembler offrir un répit au montage, mais constitue en réalité un piège stratégique : les investissements réalisés par le Canada dans les chaînes logistiques des batteries pour véhicules électriques génèrent des rendements inférieurs aux hypothèses ayant justifié leur rentabilité. L’offre de véhicules électriques demeure paralysée par une adoption anémique de la part des consommateurs, ce qui nuit à l’attrait du Canada pour les investissements.

Pendant ce temps, les segments de l’industrie affichant la plus forte croissance migrent ailleurs. Les mandats en recherche et développement diminuent à mesure que les fonctions d’ingénierie et de développement logiciel se concentrent autour des pôles de montage américains et japonais. Les revenus tirés des programmes de recherche et développement des FEO s’amenuisent dans le corridor Windsor–Montréal. Les diplômés dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) mettent leurs aptitudes au service de marchés mieux rémunérés. Certains des géants nationaux du Canada demeurent concurrentiels à l’échelle mondiale, mais ils se développent aux États-Unis dans la Sun Belt, au Mexique et en Allemagne, et non en Ontario.

RangPays
Véhicules montés
(en millions)
Part du
total mondial
Unités assemblées
par 1 000 résidents
Rang par
habitant
1Chine31,334 %229
2É.-U.10,611 %318
3Japon8,29 %663
4Inde6,07 %415
5Mexique4,25 %327
13Canada1,31.5 %336
RangPaysVéhicules montés
(en millions)
Part du
total mondial
Unités assemblées
par 1 000 résidents
Rang par
habitant
1É.-U.1323 %477
2Japon9,918 %782
3Allemagne5,710 %694
4France3,26 %526
5Canada3,15,4 %1011

Sources : OICA ; Indicateurs du développement dans le monde des Nations Unies

Le vieillissement du marché de consommation canadien renforce cette trajectoire. Les ventes de véhicules ont atteint un sommet en 2018 et n’ont jamais retrouvé ce niveau, même si la population a augmenté de quatre millions d’habitants en 2025. Ce ralentissement reflète des changements structurels dans les habitudes de mobilité des jeunes générations urbaines, qui se tournent de plus en plus vers le transport collectif, les services de transport avec chauffeur et l’autopartage. Si le volume du marché ne croît pas, les fabricants d’équipement d’origine ont moins de raisons d’investir dans les capacités de production au Canada.

Les gouvernements réagissent en se livrant concurrence pour obtenir des mandats précis, en égalant les mesures incitatives américaines projet par projet. Cette approche est coûteuse et réactive. Chaque dollar de subvention consacré au maintien des activités de montage existantes est un dollar qui n’est pas investi dans le développement de capacités —infrastructures d’essai, grappes manufacturières avancées, filières de talents en ingénierie — qui permettraient au Canada d’être concurrentiel pour des mandats à plus forte valeur ajoutée. La directrice parlementaire du budget a établi que l’aide publique accordée au secteur automobile entre 2020 et 2024 dépassait les capitaux privés engagés8. Dans le scénario de la voie lente, ce ratio continue de se détériorer.

Le secteur automobile canadien conserve une part de valeur inférieure à celle de ses homologues nord-américains

En 2040, le Canada expédie toujours des véhicules, mais une part croissante de la valeur qu’ils contiennent — pile logicielle, chimie des batteries, systèmes électroniques de commande — provient de l’extérieur du pays. L’écosystème se fragilise graduellement à mesure que les mandats d’investissement se dissipent.

Il devient évident que l’érosion industrielle peut survenir graduellement — non par un effondrement des volumes, mais par une baisse de la valeur captée par véhicule. La valeur peut migrer hors du pays même si le montage demeure au Canada. Le déclin industriel ne résulte pas nécessairement de fermetures, mais d’un enchaînement de cycles d’investissement manqués et de mandats amoindris.

Tensions stratégiques

  • Le Canada préserve l’emploi et les opérations de montage, mais échoue à capter les segments à forte croissance et à forte valeur.

  • Governments increase subsidies to retain lower-value layers of the industry, raising fiscal costs without improving ecosystem competitiveness.

Ce qui doit se produire

  • La politique industrielle actuelle du Canada est optimisée pour ce scénario. Les incitatifs ciblent surtout l’investissement en construction plutôt que les subventions opérationnelles, et le programme RS&DE exclut des activités qui seraient autrement admissibles.

  • Les politiques publiques visant à réduire les coûts de l’énergie, à améliorer la compétitivité fiscale, à réduire les frictions réglementaires ou à renforcer les chaînes logistiques en minéraux critiques ne sont mises en œuvre qu’avec parcimonie, en raison des contraintes budgétaires et de l’incertitude industrielle.

3. Voie d’accès — Le Canada se tourne vers l’Eurasie pour attirer les investissements

Principales hypothèses

  • Les exportations canadiennes vers les États-Unis sont assujetties à des droits de douane de 15 % — soit un taux effectif de 7,5 %.  

  • Le Canada utilise l’accès au marché comme levier pour attirer les investissements étrangers.

  • Des droits de douane modérés sont maintenus sur les importations chinoises.

  • La transition vers les VE se poursuit. En 2040, la plupart des véhicules vendus au Canada sont des véhicules électriques à batterie. 

  • La politique automobile canadienne est réorientée afin d’attirer des investissements non américains.

Emprunter la « voie d’accès »

Alors que l’intégration nord-américaine se fragmente lentement sous l’effet de droits de douane persistants — les exportations canadiennes vers les États-Unis étant assujetties à un taux effectif de 7,5 % — Ottawa redéfinit sa politique commerciale et industrielle autour d’un cadre stratégique de remise des droits. Les FEO qui investissent dans la fabrication, la recherche et le développement, l’ingénierie ou la certification au Canada bénéficient d’un accès préférentiel au marché. Ceux qui ne le font pas sont soit assujettis à des droits de douane, soit contraints de se retirer du marché. La définition de l’« investissement » est volontairement élargie afin d’inclure non seulement le montage et les pièces, mais aussi le développement logiciel, les installations d’essai, les pôles d’intégration des systèmes et les capacités de certification réglementaire.

Ce modèle attire une combinaison d’entreprises différente de celle du modèle nord-américain traditionnel. Des FEO asiatiques et européens — Hyundai, BMW, BYD et un groupe émergent de fabricants de véhicules électriques et de véhicules définis par logiciel — considèrent le Canada comme un marché d’accès stratégique et un moyen de réduire leur risque de concentration en Chine et aux États-Unis. Certains établissent ou élargissent des activités de montage en partenariat ou de façon indépendante ; d’autres se concentrent sur l’ingénierie, les essais et la production spécialisée intégrée aux chaînes logistiques mondiales. Le corridor technologique Windsor–Montréal devient un pôle d’infrastructures de conformité et de validation logicielle, positionnant le Canada comme un territoire de confiance capable de certifier simultanément des véhicules pour plusieurs marchés réglementaires.

À l'exception des Américains, aucun peuple n'achète plus de voitures par habitant que les Canadiens

Le pouvoir d’achat des consommateurs canadiens entre également en ligne de compte. À l’exception des Américains, aucun peuple n’achète plus de voitures par habitant que les Canadiens. Les Canadiens dépensent près de 110 milliards de dollars chaque année en voitures. De plus, 90 % de ces véhicules sont construits à l’étranger. Cela donne au Canada la possibilité d’utiliser l’accès à son marché comme levier pour obtenir des investissements. Les préférences des consommateurs canadiens influencent les FEO qui choisissent d’investir. La Ford F-Series est le véhicule le plus vendu au Canada depuis 15 années consécutives ; les Toyota RAV4 et Honda CR-V dominent le marché des VUS. Cette prédominance des camionnettes et des VUS aligne le marché canadien sur les véhicules à plus fortes marges et à plus forte valeur ajoutée — le segment où les véhicules électriques et l’intégration logicielle génèrent le plus de valeur. Un FEO qui réussit à séduire les consommateurs canadiens avec sa nouvelle génération de camionnettes hybrides rechargeables ou de véhicules multisegments obtient des rendements qui justifient les coûts liés à l’établissement d’activités de recherche et développement ou de certification au Canada.

Le Canada constitue un marché prisé des constructeurs automobiles mondiaux

La transition vers les VE se poursuit parallèlement. En 2040, les véhicules électriques à batterie représentent la majorité des véhicules vendus au Canada, les véhicules hybrides rechargeables servant de technologie de transition pour les segments des camions et des VUS où l’anxiété liée à l’autonomie demeure la plus vive. Les FEO qui n’exercent pas d’activité de montage au Canada se tournent vers les investissements en recherche et développement, l’intégration de logiciels et la certification, s’intégrant ainsi aux chaînes de valeur canadiennes sans posséder d’usine d’emboutissage. L’emploi se concentre dans les professions hautement spécialisées en STIM : ingénieurs systèmes, architectes logiciels, spécialistes de la réglementation et chimistes spécialisés dans les batteries œuvrant le long du corridor Windsor–Montréal.

Les ressources canadiennes en minéraux critiques et le réseau électrique propre du pays remplissent une double fonction. Ils attirent des FEO européens et asiatiques cherchant à diversifier leurs chaînes logistiques afin de réduire leur dépendance envers les approvisionnements chinois, tout en conférant au Canada une crédibilité accrue comme partenaire des chaînes logistiques mondiales en batteries. Un constructeur automobile qui s’approvisionne en lithium et en cuivre auprès d’exploitations minières et d’installations de traitement canadiennes renforce son argumentaire de chaîne logistique auprès des autorités réglementaires européennes et américaines — et dispose d’un motif supplémentaire pour accroître sa présence au Canada.

Les Canadiens ont une préférence marquée pour les véhicules plus lourds et à plus forte valeur

En 2040, le Canada monte un million de véhicules, dont la majorité est vendue sur son propre marché. Les exportations vers les États-Unis continuent de diminuer, freinées par des droits de douane qui nuisent à la compétitivité des modèles à faibles marges. Mais l’économie automobile canadienne ne se mesure pas uniquement au nombre de véhicules montés. Elle se mesure également à la valeur intégrée aux modules, aux systèmes et aux services que le Canada exporte de plus en plus : piles logicielles validées sur des pistes d’essai à Oshawa et dans des installations de démonstration à Markham, modules de batteries assemblés à partir de minéraux canadiens et services d’ingénierie fournis dans le cadre de programmes automobiles mondiaux. Le Canada joue un rôle moins central dans les décisions de production nord-américaines, mais s’intègre davantage aux chaînes de valeur mondiales, devenant ainsi un intégrateur technologique. Cette position est plus défendable que le modèle d’usines de filiales qu’elle remplace.

L'energie propre offre au secteur canadien de l'automobile un advantage concurrentiel

Tensions stratégiques

  • La diversification commerciale réduit la dépendance envers les États-Unis, mais risque de provoquer des représailles ou une réduction de la coopération avec le principal partenaire économique et allié en matière de sécurité du Canada.

  • Une plus grande ouverture aux FEO chinois soulève des préoccupations liées à la sécurité nationale, à la gouvernance des données et à l’intégrité des chaînes logistiques.

Ce qui doit se produire

  • Le cadre canadien de remise des droits pourrait échanger un accès au marché contre des investissements. Les FEO qui exercent des activités au Canada pourraient importer une certaine quantité de véhicules en franchise de droits pourvu qu’ils respectent les engagements en matière de production et d’investissement au Canada.

  • Afin d’inciter les FEO à adapter leurs usines pour des activités de montage à faible volume et à forte diversité de modèles, l’Ontario et Ottawa pourraient créer conjointement un fonds de compensation des coûts d’investissement (conçu avec soin et assorti d’une surveillance rigoureuse) et permettre la déduction immédiate intégrale des investissements dans l’automatisation, la robotique et les systèmes de fabrication numérique.

  • Ottawa pourrait contribuer à stimuler la demande pour les véhicules fabriqués au Canada grâce aux achats de flottes du secteur public et en réservant les mesures incitatives applicables aux véhicules électriques aux véhicules fabriqués au Canada.

4. Voie de sortie — Les piliers du montage disparaissent, la politique industrielle devient réactive

Principales hypothèses

  • Les dispositions de l’ACEUM relatives à l’automobile sont abolies ou fortement affaiblies.

  • Le Canada ouvre entièrement son marché aux importations chinoises en échange d’un meilleur accès au marché chinois pour les exportations canadiennes de produits agroalimentaires et énergétiques.

  • En 2040, la plupart des véhicules vendus au Canada sont des véhicules électriques à batterie.

  • La politique industrielle canadienne passe d’une approche proactive à une approche réactive.

Emprunter la « voie de sortie »

La voie de sortie commence par une dynamique qui façonne l’industrie automobile canadienne depuis le dernier quart de siècle : les usines continuent de fonctionner, mais avec des mandats réduits. Dans ce scénario, ces mandats finissent par disparaître, les décisions d’investissement se tournant vers des territoires moins exposés aux droits de douane et offrant une plus grande prévisibilité des politiques publiques.

Historiquement, le Canada n’a pas perdu sa capacité de montage durant la phase de contraction du cycle ; il l’a perdue pendant la reprise, lorsque l’empreinte de production n’est jamais revenue après avoir migré d’abord vers des États américains dotés de lois sur le droit du travail comme l’Alabama et le Tennessee, puis vers le Mexique, où le nombre de véhicules montés est passé de 1,9 million en 2000 à 4,2 millions en 2025. La voie de sortie correspond à cette dynamique, accélérée et rendue permanente par l’effondrement des dispositions automobiles de l’ACEUM.

Le Canada fait face à un taux effectif de droits de douane de 12,5 %, ce qui rend le montage destiné à l’exportation économiquement non viable. Les entreprises continuent de monter des véhicules à perte, mais tentent de préserver leurs parts de marché dans les activités lucratives liées aux pièces et à l’entretien hors garantie.

Le Canada suit l’exemple de l’Australie en laissant son industrie automobile disparaître9. En 2040, toutes les usines de montage automobile au Canada ont fermé leurs portes. Les véhicules électriques à batterie à bas prix de constructeurs chinois comme BYD, Geely et Leapmotor — déjà concurrentiels sur le plan des prix et de plus en plus compétitifs sur celui de la qualité — comblent le vide laissé par le départ des FEO nord-américains. En 2040, la majorité des véhicules vendus au Canada sont des véhicules électriques à batterie fabriqués en Chine. Pour les consommateurs canadiens, les prix des véhicules diminuent et les émissions reculent.

Le ecteur automobile canadien a perdu des capacités productives durant les phases d'expansion

Pour l’écosystème automobile canadien, les conséquences sont structurelles et graves. Les usines soutiennent un réseau de fournisseurs qui génère davantage d’activité économique que les installations elles-mêmes. Les fournisseurs de premier rang demeurent concurrentiels à l’échelle mondiale et continuent d’exporter vers des clients américains et internationaux. Mais la perte du volume de montage national érode la densité industrielle qui assure la viabilité des fournisseurs canadiens de deuxième et troisième rang. Les ateliers d’outillage et de matrices — secteur dans lequel le Canada compte peu d’équivalents à l’échelle mondiale — perdent leur clientèle. Les fabricants spécialisés de composants ferment leurs portes ou se regroupent. Certains suivent la production vers le sud ; d’autres cessent simplement leurs activités. Les segments de l’industrie automobile affichant la plus forte croissance — logiciels, batteries et systèmes électroniques de commande — n’avaient jamais véritablement pris racine et disparaissent progressivement sans activités de montage pour les soutenir. L’avantage de densité du corridor, construit sur un siècle de production par des usines de filiales, se dissipe en moins d’une décennie après la perte de ses principaux clients.

Les pertes d'emplois et la stagnation salariale persistent dans le secteur automobile canadien

Les effets d’entraînement sont profonds. Les aciéries de Hamilton et de Sault Ste. Marie qui approvisionnaient depuis longtemps l’industrie automobile en tôles d’acier spécialisées perdent l’un de leurs principaux clients, tout comme les producteurs de produits chimiques et de plastiques de Sarnia. L’écosystème manufacturier avancé couvrant les secteurs de l’automobile, de l’aérospatiale et de la défense perd les retombées croisées en matière de compétences, de capacités d’outillage et de talents en ingénierie que permettait la concentration des activités de montage. Windsor, Oshawa et Ingersoll subissent un déclin économique durable : le chômage grimpe, les prix de l’immobilier chutent et les assiettes fiscales s’érodent, exerçant une pression à long terme sur les programmes sociaux et les transferts gouvernementaux.

La politique industrielle canadienne passe d’un soutien actif à une logique de gestion de crise. Deux axes d’intervention distincts émergent :

  • Mesures incitatives visant la conversion des fabricants de pièces automobiles vers la fabrication d’équipement de défense. Les fournisseurs de pièces qui ont le capital et les capacités nécessaires pour réussir dans le domaine de la fabrication de défense sont soutenus par des fonds dédiés à la conversion des installations, un amortissement accéléré et la subvention publique du recyclage de la main-d’œuvre.

  • Transition de la main-d’œuvre restante. Les mesures de soutien fiscal destinées aux FEO sont réaffectées afin d’aider les travailleurs déplacés grâce à des programmes de transition vers la retraite, de requalification et de relocalisation.

La voie de sortie met en lumière ce que les autres scénarios masquent : l’industrie automobile n’est pas seulement un secteur d’activité, mais un écosystème dont le montage constitue le pilier. Retirer ce pilier, c’est perdre la densité nécessaire au dynamisme industriel dans l’ensemble du secteur manufacturier avancé.

Tensions stratégiques

  • La perte de densité de l’écosystème automobile accélère un déclin industriel plus large et fragilise les industries connexes.

  • En mettant fin aux subventions à la production, le Canada préserve ses ressources fiscales à court terme, mais perd des capacités industrielles et du savoir-faire à long terme. Ironiquement, cela menace la capacité fiscale à long terme du pays.

  • La fin du montage domestique supprime la justification du protectionnisme : le Canada ouvre entièrement son marché aux véhicules électriques chinois, ce qui améliore l’accessibilité pour les consommateurs et réduit les émissions du transport.

  • Les politiques publiques se recentrent sur la gestion de la transition industrielle, la réaffectation du capital et de la main-d’œuvre vers l’aérospatiale, la robotique, la défense et le secteur manufacturier avancé, et la préparation de la main-d’œuvre à une transition difficile.

Ce qui doit se produire

  • Ottawa pourrait élaborer, avec les provinces clés, une stratégie industrielle visant à soutenir la conversion des fabricants de pièces vers la production d’équipements de défense — incluant des mécanismes de financement, l’intégration aux chaînes logistiques, la requalification de la main-d’œuvre et la modernisation des installations.

  • Pour soutenir les travailleurs et les collectivités touchées, Ottawa pourrait renforcer l’assurance-emploi (admissibilité, prestations, durée) et, avec l’Ontario, cofinancer un programme ciblé de requalification, de transition vers la retraite et de mobilité. 

  • En prévision de l’entrée des constructeurs chinois sur le marché canadien, Ottawa pourrait instaurer un cadre de sécurité et de gouvernance des données pour les véhicules connectés couvrant logiciels, matériel et localisation des données.

L’avenir du secteur automobile canadien combinera probablement plusieurs éléments des scénarios présentés. L’essentiel est que les politiques publiques demeurent flexibles et capables de s’adapter à n’importe quelle trajectoire. Cinq considérations stratégiques transversales émergent de l’ensemble des scénarios et s’imposent au Canada :

  • Défendre le corridor manufacturier nord-américain. L’industrie automobile canadienne s’est construite sur un accès préférentiel au marché américain. Entre 90 % et 95 % des exportations automobiles prennent la direction du sud. Cette concentration constitue à la fois un atout et une source de vulnérabilité.

  • Se positionner sur la valeur créée à l’intérieur du véhicule. Les véhicules deviennent des plateformes technologiques, une part croissante de leur valeur étant intégrée aux logiciels, à l’électronique, aux batteries et à l’intégration des systèmes. Historiquement, les politiques canadiennes se concentraient uniquement sur les volumes de montage et l’emploi. Cette approche devra évoluer à mesure que l’automatisation progresse et qu’une plus grande part de la valeur migre vers l’ingénierie, les logiciels, l’électronique et les services numériques.

  • Utiliser l’accès au marché comme levier. À l’échelle internationale, le marché automobile canadien est vaste et lucratif. Les capacités de production sont actuellement axées sur une logique d’exportation. L’accès au marché peut servir d’outil stratégique afin d’obtenir des engagements d’investissement dans un large éventail de fonctions et d’actifs, notamment dans les secteurs de la fabrication, de la recherche et du développement, des essais et de la certification réglementaire.

  • Déployer les capitaux publics de manière stratégique. Les gouvernements d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie ont engagé des dizaines de milliards de dollars dans la fabrication automobile, les chaînes logistiques en batteries et les technologies automobiles avancées. Le Canada fait face à un équilibre difficile. Les subventions à grande échelle peuvent attirer des investisseurs, mais elles exposent également les finances publiques à d’importants risques. Le Bureau de la directrice parlementaire du budget estime qu’entre 2020 et 2024, les 46 milliards de dollars d’investissements promis dans la chaîne logistique des VE ont été accompagnés d’environ 53 milliards de dollars de soutien gouvernemental. Les contribuables doivent en avoir pour leur argent.

  • Préserver l’écosystème industriel : les usines de montage soutiennent un réseau de fournisseurs, d’ingénieurs, d’entreprises d’outillage et de matrices, de fournisseurs de services logistiques et d’entreprises de services, mais elles créent également une demande pour d’autres industries lourdes, notamment l’acier, l’aluminium, les produits chimiques et les plastiques. Si les piliers du montage s’affaiblissent ou ferment leurs portes, l’écosystème plus large qui soutient le secteur manufacturier avancé risque de perdre la densité nécessaire à son dynamisme et à son efficacité.

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The author would like to thank the experts who were consulted on this report, some of whom are listed below.

Tim Hollander, Toyota Canada

Brian Kingston, Canadian Vehicle Manufacturers Association

Scott MacKenzie, Toyota Canada

David Paterson, Government of Ontario

Brendan Sweeney, Pacific Manufacturing Association of Canada

Don Walker (Retired), Magna

Advanced Fabrication Council. 2024. 2024 Advanced Fabrication Council: Final Report. Toronto : Gouvernement de l’Ontario.

Cain, T. 2026. « How many vehicles—and which—were made in Canada in 2025? », Driving, 5 mars.

Guide de l’auto 2026. « Top 10 : les véhicules les plus vendus au Canada en 2025 », 17 janvier.

Dykes, J.G., D. Anastakis, 2021. « Industrie automobile », L’Encyclopédie canadienne.

Giswold, Jill. 2024. Bilan de l’aide gouvernementale à l’investissement dans les VE au Canada. Ottawa : Bureau de la directrice parlementaire du budget.

Helper, S. et T. Tucker. 2026. « Challenges and opportunities for North American auto industry in the 2026 USMCA renegotiation », 4 mars. Washington : Brookings. 

International Energy Outlook. 2025. Global EV Outlook 2025: Expanding sales in diverse markets. Paris: IEA.

Statistics Canada. 2025a. ‘Number of Canadian commuters increases for fourth straight year in 2025’, The Daily, August 26.

McKinsey & Company. 2026. The automotive software and electronics market through 2035.

Statistics Canada. 2025b. ‘Vehicle registrations, 2024’, The Daily, October 17 26.

Statistics Canada. 2026. ‘New motor vehicle registrations, fourth quarter 2025’, The Daily, March 12.

Tanguary, Ray. 2018. En route pour gagner : Rapport du conseiller pour le secteur automobile. Toronto : Gouvernement de l’Ontario.

Williams, G. 2026. Why are Chinese EV’s so Cheap?  New York: Rhodium Group.

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  • Le Canada est revenu dans la ligne de mire des investisseurs mondiaux. L’an dernier, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint près de 100 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis 2015.

  • Les flux de capitaux mondiaux connaissent des changements significatifs. Les perturbations géopolitiques, en particulier le conflit en Iran, ont incité les principaux investisseurs et les sociétés à rééquilibrer leurs portefeuilles.

  • Une enveloppe d’investissement de 1,8 billion de dollars pendant les dix prochaines années pourrait placer le Canada au premier rang de la croissance parmi les pays du G7. D’après les recherches et analyses de Leadership avisé RBC, il existe des occasions extrêmement intéressantes dans six secteurs exportateurs qui investissent massivement dans la recherche et le développement (R-D) et revêtent une importance stratégique :

    • Pétrole et gaz : 705 milliards $. De nouveaux oléoducs et terminaux de GNL pourraient transformer le Canada en une superpuissance énergétique tout en soutenant la diversification du commerce international, la sécurité énergétique des pays alliés et les technologies de capture et de séquestration de carbone.

    • Électricité : 670 milliards $. Une expansion énergétique dans les secteurs du nucléaire, de l’hydroélectricité et des énergies renouvelables, conjuguée à une modernisation du réseau, permettrait au pays de disposer d’un système fiable, abordable et sans émissions, tout en renforçant la compétitivité du Canada dans les industries à forte consommation d’énergie.

    • Agriculture et agroalimentaire : 205 milliards $. Un effort accru en matière de R-D pourrait se traduire par un cycle de croissance de plusieurs décennies, axé sur les exportations, qui assurerait la souveraineté alimentaire nationale ainsi que la sécurité alimentaire des pays alliés.

    • Métaux et minéraux : 200 milliards $. Alors que les partenaires de l’OTAN se penchent sur une diversification de la chaîne d’approvisionnement des minéraux critiques, actuellement dominée par la Chine, le Canada pourrait représenter une protection contre le risque de concentration, contribuer à la transition énergétique de l’Occident et solidifier les chaînes d’approvisionnement dans les secteurs de la défense et de la fabrication de pointe.

    • Défense : 19 milliards $. Le Canada prévoit tripler ses dépenses de défense pour atteindre 5 % de son PIB d’ici 2035, ce qui générerait 100 milliards de dollars pour les entreprises canadiennes et ferait passer le Canada d’un statut d’importateur d’équipement de défense à celui de fournisseur de capacités militaires pour les pays alliés, en particulier dans des domaines émergents comme la surveillance de l’Arctique et les systèmes de défense spatiale.

    • Espace : 12 milliards $. Les ambitions économiques du Canada doivent aller au-delà des limites de notre planète. Un effort d’investissement dans le secteur spatial aiderait à promouvoir l’excellence du pays dans les domaines de la communication par satellite, de la robotique spatiale, de l’observation de la Terre et du génie aérospatial, tout en créant des occasions dans la défense, la haute technologie et la fabrication de pointe.

  • Le Canada émerge à peine d’une récession des investissements jamais vue auparavant. Ce regain d’intérêt survient après une décennie de repli des investissements des entreprises, de stagnation de la productivité et de stagnation du niveau de vie. Entre 2015 et 2024, plus d’un billion de dollars d’investissements sont sortis du Canada – le plus grand exode de capitaux de l’histoire du Canada. Pour chaque dollar d’investissement direct étranger (IDE) arrivé au pays, deux dollars en sont sortis.

  • Pour libérer des investissements, le Canada doit se doter d’un nouveau cadre de formation de capital. Le secteur des sociétés non financières dispose de liquidités de plus d’un billion de dollars au total. Le déploiement de ces liquidités pourrait encourager de nouveaux afflux de capitaux : capitaux institutionnels, capital-risque, capitaux étrangers et capitaux publics. Le cadre de formation de capital que nous proposons comprend quatre piliers, chacun consacré à un palier additionnel dans la structure de capital :

    • Programme de recyclage d’actifs depuis des installations existantes vers des installations nouvelles

    • Approvisionnement adapté à la taille des sociétés

    • Réforme des impôts sur le revenu des sociétés et les investissements étrangers

    • Exploitation du capital de l’État

  • Le nouveau plan de match du Canada doit inclure un partenariat économique avec les peuples autochtones, non seulement pour faciliter l’approbation des projets, mais aussi pour accélérer leur mise en œuvre. Les partenariats sont plus efficaces s’ils sont mis en place dès les premières phases d’un projet et répondent aux besoins de la collectivité.

Le Canada revient à l’avant-scène de la mobilisation de capitaux.

Après une décennie marquée par des fuites de capitaux sans précédent et des investissements timides de la part des entreprises, le Canada attire de plus en plus l’attention des investisseurs et des sociétés du monde entier qui cherchent à rééquilibrer leurs portefeuilles dans le contexte d’incertitude mondiale. L’an dernier, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint près de 100 milliards de dollars, soit leur niveau le plus élevé depuis 2015, et pour la première fois en une décennie, les afflux ont dépassé les sorties.

Les possibilités sont immenses. Si le Canada parvenait à tirer parti de ce moment, il pourrait devenir le chef de file du G7 en matière de croissance économique et de dynamisme industriel. D’après les recherches et analyses de Leadership avisé RBC, le Canada aura besoin de 1,8 billion de dollars d’investissements au cours des dix prochaines années pour propulser la croissance dans six secteurs exportateurs qui investissent massivement en R-D et revêtent une importance stratégique : le pétrole et le gaz, les métaux et les minéraux, l’électricité, l’agriculture et agroalimentaire, la défense et l’espace.

Pour une économie évaluée à 3 billions de dollars par an, et puisque nous nous concentrons sur six secteurs qui représentent moins de 10 % du PIB au total, la somme de 1,8 billion de dollars est considérable. Toutefois, il est possible de l’atteindre en une décennie, surtout si l’on tient compte des réserves de capitaux disponibles. Entre les fonds de pension et les gestionnaires d’actifs, le Canada compte près de 10 billions de dollars américains de capitaux. Et bien que les estimations varient, le montant des capitaux mondiaux se situe entre 150 et 200 billions de dollars US.2

Autrement dit, les capitaux sont plus que suffisants pour réaliser les ambitions de croissance du pays.

C’est pourquoi nous imaginons deux scénarios pour l’avenir : croissance tendancielle, ou croissance accélérée. Le scénario de croissance tendancielle établit une projection à 10 ans de la situation du Canada dans l’hypothèse où les politiques et modèles d’investissement actuels resteraient constants. Le scénario de croissance accélérée repose sur une décennie de stratégie réfléchie, de coordination entre le gouvernement fédéral et les provinces et d’investissement ciblé.3

Le deuxième scénario, qui prévoit des injections de capitaux supérieures de 65 % à celles du scénario de croissance tendancielle, se traduirait par un Canada rénové et prospère. Ce plan inclut deux nouveaux oléoducs qui augmenteraient d’un tiers la capacité de production ; une expansion de la génération d’électricité pour toutes les sources d’énergie, y compris le nucléaire ; 300 milliards de dollars de dépenses militaires qui renforceraient la fabrication de pointe et aideraient le Canada à accroître sa participation à la défense collective de l’OTAN ; le positionnement du secteur minier comme clé de voûte de la stratégie industrielle et géopolitique du Canada ; et une capacité de lancement nationale, au moment où l’espace devient la prochaine frontière économique.

Les investissements des entreprises et le PIB réel par habitant tombent à des creux historiques

Le tout, dans la foulée de dix années de récession des investissements. Au cours de la dernière décennie, les sorties nettes d’investissements ont dépassé la barre du billion de dollars au Canada, soit l’exode de capitaux le plus important de l’histoire moderne du pays. Pour chaque dollar investi au Canada depuis l’étranger, deux dollars en sont sortis. Au cours de la dernière décennie, le Canada a représenté environ 10 % des investissements directs à l’étranger à l’échelle mondiale, et exporté plus de capitaux que tout autre pays sur Terre, à l’exception des États-Unis et de la Chine. Le Canada se classe actuellement au dernier rang des pays du G7 pour ce qui est des investissements, tant dans le secteur des machines et du matériel que dans celui de la propriété intellectuelle. Une part de seulement 30 % de la formation de capital canadienne est investie dans des catégories qui améliorent la productivité, ce qui représente la moitié de celle des États-Unis.4

Les investissements nets du Canada à l'étranger s'élèvent à 1 billion $

Le point de vue commun aux experts que nous avons consultés, qu’il s’agisse de caisses de retraite, de décideurs politiques, de fabricants ou de sociétés minières, est que le Canada ne manque pas de capitaux. Les obstacles sont plutôt l’exécution, la prévisibilité et la tolérance au risque. Ce qu’il faut, c’est plus d’audace et d’ambition commerciale. La croissance exige des compromis dans trois domaines reliés entre eux :

  • Améliorer la tolérance au risque dans l’écosystème canadien et éliminer les barrières réglementaires qui entravent notamment l’obtention des permis et la mise en œuvre des projets, tout en respectant les droits des peuples autochtones et en assurant la protection de l’environnement.

  • Réduire l’incertitude entourant les processus : les investisseurs savent composer avec les risques, mais ils s’enfuient lorsqu’ils sont confrontés à des règles vagues et à des cadres changeants.

  • Récompenser la prise de risques et l’entrepreneuriat afin de stimuler l’innovation et la croissance.

Rien de tout cela ne sera facile. Le marché boursier canadien a gagné du terrain, mais la concurrence mondiale pour les capitaux est féroce. Le Canada n’est pas le seul pays engagé dans une amélioration de son économie. Mais le pays possède toutes les qualités propres à un chef de file économique : un vaste bassin de talents, une abondance de ressources naturelles, la stabilité politique et la prééminence du droit.

La question n’est pas de savoir si le Canada peut croître, mais plutôt comment.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis430 milliards $705 milliards $
Pas d’effort significatif pour augmenter la production de pétrole ou de gaz naturel liquéfiéDeux nouveaux oléoducs qui augmentent la production d’un tiers
Investissements qui améliorent progressivement la productionTrois nouveaux terminaux d’exportation de GNL
Expansion de la capacité de capture de carbone

Le secteur canadien du pétrole et du gaz se trouve à un carrefour stratégique. Les producteurs canadiens semblent prêts à renouer avec la croissance : l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que compte tenu de la politique actuelle, la demande mondiale de pétrole et de gaz naturel continuera de croître jusqu’en 2050. 5 La demande de pétrole repose en partie sur la croissance des marchés en développement, le transport aérien et la pétrochimie. La capacité de production de GNL a atteint des niveaux sans précédent. Une nouvelle capacité d’exportation de 300 milliards de mètres cubes est attendue sur le marché d’ici 2030, ce qui représente une hausse d’environ 50 % de l’offre mondiale de GNL, dont les deux tiers proviennent des États-Unis et du Qatar.

La sécurité énergétique est devenue une préoccupation géopolitique majeure. Et c’était avant que la guerre en Iran provoque un effondrement de l’offre et une envolée des prix, et expose au grand jour la dépendance de nombreuses économies avancées envers le Moyen-Orient. L’incidence à long terme de la perturbation de l’offre n’est pas encore connue. En outre, il est trop tôt pour conclure que la demande de pétrole et de gaz canadiens demeurera solide dans un avenir prévisible. Non seulement à des fins énergétiques, mais aussi en tant qu’intrants dans des industries essentielles comme les produits pharmaceutiques et les engrais. La situation au Venezuela reste une inconnue. Il n’est pas certain que les investissements afflueront dans ce pays à l’échelle nécessaire pour accroître considérablement ses capacités de production et d’exportation. Sur le plan stratégique, les États-Unis sont donc exposés à un risque, même s’ils sont le plus grand producteur de pétrole au monde. Avec 46 milliards de barils de pétrole récupérables, le ratio réserves/production des États-Unis montre moins de sept ans de réserves prouvées, sur la base des habitudes de consommation actuelles.

Le contexte opérationnel du Canada connaît toutefois des contraintes. Les pipelines fonctionnent presque au maximum de leur capacité, et plusieurs mégaprojets ont été retardés ou annulés au cours de la dernière décennie. Le protocole d’accord entre le Canada et l’Alberta signale une inflexion des politiques ; pour les marchés des capitaux, il réduit le risque politique, historiquement l’un des facteurs ayant le plus contribué au coût en capital du Canada. Ce protocole, conjugué à l’action de diplomatie commerciale du Premier ministre Mark Carney en faveur des exportations de GNL vers la région Indo-Pacifique, incluant la construction d’infrastructures commerciales connexes, le message aux marchés des capitaux mondiaux est que le Canada est maintenant plus ouvert au développement.

Au Canada, le gaz naturel et le GNL sont aussi en voie d’expansion. La préoccupation des pays asiatiques et européens pour la sécurité énergétique et la transition du charbon au gaz offre une trajectoire de croissance bien définie. La côte ouest du Canada est bien placée pour répondre à cette demande, à condition que la capacité d’exportation, les permis et les partenariats avec les peuples autochtones soient harmonisés. 6 Compte tenu de la percée des États-Unis dans le domaine du GNL, la croissance future repose sur la prévisibilité et l’accélération de la délivrance de permis, l’efficience des évaluations environnementales et l’harmonisation des politiques entre les territoires.

Pétrole et gaz (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi148 000
Revenus248 G$
Exportations115 G$
PIB97 G$
Source : Statistique Canada.

Du point de vue du capital, les grandes sociétés de sables bitumineux ont mis l’accent sur la discipline en matière de capital et sur le rendement pour les actionnaires, après avoir désendetté leurs bilans. La plus grande partie du capital du secteur provient des flux de trésorerie d’exploitation et des bénéfices non distribués. Les plus grandes sociétés pétrolières et gazières du Canada détiennent au total des dizaines de milliards de dollars de liquidités dans leurs bilans, et elles génèrent des dizaines de milliards de dollars supplémentaires en flux de trésorerie disponibles. Le secteur est bien pourvu en capital pour financer sa croissance à l’interne, mais les marchés de la dette et des actions accueilleraient positivement des investissements catalyseurs. Le secteur exige beaucoup de capitaux, notamment pour le forage, l’extraction de bitume, les usines de traitement, le raffinage et les pipelines, et les coûts de maintenance sont extraordinairement élevés. Le secteur s’est montré réticent à entreprendre les lourdes dépenses d’investissement nécessaires pour accroître sa capacité de production, car il est particulièrement sensible aux politiques et à l’incertitude entourant l’approbation des pipelines, sans parler de la volatilité des prix des marchandises.

Les capitaux tendent à affluer dans le secteur quand une meilleure certitude politique permet d’envisager l’horizon d’investissement à longe terme nécessaire pour que les bénéfices non distribués soient investis dans des actifs durables, favorables à la productivité. Si ces conditions ne sont pas réunies, le capital est généralement retourné aux actionnaires sous forme de dividendes et de rachats d’actions.

Les dépenses en immobilisations par baril se sont effondrées, passant de 75 $ US par baril en 2014 à 20 $ US par baril en 2024 (après rajustement en fonction de l’inflation). La production a plus que doublé depuis 2000, et pourtant les entreprises investissent moins qu’il y a un quart de siècle. Par conséquent, les infrastructures énergétiques canadiennes sont confrontées à des contraintes de capacité en regard du potentiel de ressources.

L’intégration des technologies propres répond à la fois à un besoin de capitaux et à une nécessité stratégique. Les projets à grande échelle de capture et de séquestration de carbone (CSC) comme Pathways Alliance et les programmes de réduction des émissions de méthane sont des facteurs importants pour sécuriser l’accès au marché et le soutien politique. La modélisation de l’AIE indique que la décarbonation du secteur pétrolier et gazier exigera l’adoption de technologies de réduction du méthane éprouvées, testées et abordables (p. ex., dispositifs de détection et de contrôle des fuites) et des investissements massifs (plus de 100 milliards $US) dans la technologie de CSC en vue d’atteindre la carboneutralité. Sans ces investissements, les producteurs canadiens risquent de perdre accès aux marchés soucieux des émissions de carbone.

Tant que les principaux aspects du protocole d’entente entre le Canada et l’Alberta ne seront pas mis en œuvre, la capacité des pipelines demeurera un goulot d’étranglement déterminant pour l’avenir du pétrole canadien. La politique climatique, y compris la tarification du carbone dans le secteur industriel, est toujours en évolution. Le débat au sujet de la Loi sur le moratoire relatif aux pétroliers ajoute une couche d’incertitude. Entre-temps, la dépendance des exportations canadiennes à l’égard des États-Unis demeurera un risque pour la souveraineté et la résilience du Canada. En l’absence de nouvelles voies à travers les eaux maritimes, la diversification vers l’Asie ne sera qu’une aspiration.

Dans le secteur du pétrole, les dépenses en immobilisations ont chuté au cours de la dernière décennie.

Des capitaux sont nécessaires pour entretenir et amplifier progressivement les infrastructures et les modèles de production actuels. Le Canada demeure un acteur important sur les marchés internationaux, mais il continue de jouer un rôle limité sur la scène géopolitique.

  • La production de pétrole s’accroît de 10 % par année pour atteindre près de six millions de barils par jour (bpj) en 2030, avant de plafonner. Le Canada reste dépendant des acheteurs américains.

  • Aucun nouveau pipeline pour l’exportation de pétrole : le système repose sur l’amélioration de l’efficience des infrastructures existantes.

  • La production de GNL augmente grâce à l’achèvement des projets d’expansion annoncés (Woodfibre LNG et Cedar LNG), mais le Canada ne satisfait pas la demande de la région Indo-Pacifique. Aucun nouveau terminal n’est ajouté, au-delà de ce qui est déjà financé.

  • Le déploiement de la technologie de CSC est limité, ce qui freine l’accès aux marchés de l’Europe et de l’Asie et intensifie les frictions nationales quant au développement des hydrocarbures.

Le Canada devient un pays capable d’assurer la sécurité énergétique de ses alliés, de contribuer à la réduction des émissions dans le monde et de galvaniser la croissance de l’économie nationale grâce à des investissements à long terme hautement capitalistiques.

  • Ce scénario s’appuie sur deux nouveaux pipelines d’exportations :

    • Un pipeline sur la côte ouest jusqu’à Prince Rupert ou Kitimat pourrait ajouter un million de barils par jour.

    • Un pipeline reliant l’Alberta aux raffineries côtières du golfe du Mexique en passant par les États-Unis pourrait ajouter 800 000 bpj – avec une réalisation par étapes basée sur les réseaux existants, ou dans le cadre d’un nouveau projet d’expansion de pipelines de grand débit.

  • La production de pétrole augmente à 7,1 Mb/j d’ici 2035. 

  • Un projet de capture et de séquestration de carbone (CSC) à grande échelle devient partie intégrante de la stratégie du Canada et contribue à l’expansion de la production. Les réductions d’émissions ont été incorporées dans notre modèle de croissance :

    • Pathways, qui séquestrerait jusqu’à 22 000 kilogrammes par année (kg/an).

    • D’autres projets pourraient permettre de séquestrer les émissions de sables bitumineux à une échelle similaire (p. ex., Alberta Carbon Grid ou Origines).

  • Trois nouveaux grands projets de GNL ajoutent 3,8 milliards de pieds cubes par jour (Gpi3) à la capacité d’exportation de GNL du Canada : la phase 2 de LNG Canada, le projet Ksi Lisims LNG et l’expansion de Tilbury LNG.

Combinés, ces investissements créent un système énergétique fondamentalement différent. Le Canada contribue à répondre aux besoins énergétiques à long terme des États-Unis et veille à la sécurité énergétique de ses partenaires en Asie et en Europe. Le Canada retrouve son influence sur les marchés mondiaux du pétrole et du GNL, diversifie ses partenaires commerciaux et renforce sa souveraineté. Les ententes de participation autochtone sont prises en comptes dans les mégaprojets en accord avec les besoins des collectivités, ce qui permet d’accélérer la mise en œuvre des projets. Les émissions en amont sont gérées au moyen de solutions de CSC à grande échelle.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis400 milliards $670 milliards $
Achèvement des projets en coursExpansion de l’énergie éolienne et de l’énergie nucléaire pour assurer l’électrification de toute l’économie
Maintenance du réseauExpansion et modernisation du réseau

Le réseau électrique du Canada repose à près de 80 % sur des sources d’énergie non émettrices de GES, avec en tête l’hydroélectricité et le nucléaire. Mais les prochaines décennies mettront à l’épreuve tous les maillons du réseau. L’électrification des véhicules, des immeubles, des industries et des centres de données pourrait faire doubler la demande d’ici 2050. Pour maintenir la fiabilité et l’abordabilité du réseau, le Canada doit agrandir et moderniser massivement un réseau mis au point il y a plus d’un demi-siècle. Un effort politique a été engagé dans ce domaine, avec une nouvelle stratégie pancanadienne d’électricité en cours d’étude.

La planification de l’électricité passe d’une logique de services publics provinciaux à un modèle qui inscrit les infrastructures nationales dans une stratégie industrielle. Les engagements et les applications des centres de données à très grande échelle transforment la prévision de charge, laquelle ne se base plus sur des mises à niveau graduelles, mais sur une demande accélérée. L’électricité est de plus en plus considérée du point de vue de la capacité industrielle et de la résilience économique, plutôt que sous le seul angle des besoins en énergie et de la gestion climatique. Il existe aussi des domaines où la coopération régionale pourrait être accrue en matière de production et de transport, comme les interconnexions, avec un rôle important du gouvernement fédéral dans la coordination, le financement et la réglementation. 

La modernisation des systèmes du Canada coûtera cher, en raison de leur hétérogénéité. Le secteur de l’énergie se distingue des autres secteurs par sa division entre les sociétés de services publics et les exploitants privés, tous assujettis à une lourde réglementation. Il s’agit d’un secteur axé sur le bilan, où les flux de capitaux sont très structurés. Les investissements sont généralement financés par des titres de créance à long terme, plutôt que des actions. Le profil risque-rendement n’est pas seulement lié aux cours boursiers. L’approbation réglementaire, le cadre de fixation des taux, les mécanismes de recouvrement des coûts et, parfois, les ententes de partage du risque attirent les investisseurs à long terme axés sur le passif, comme les caisses de retraite et les assureurs qui privilégient la sécurité et la stabilité des rendements.

Secteur des services publics (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi140 000
Revenus51 G$
Exportations$4.6B
PIB$46B
Source : Statistique Canada.

Les investissements affluent vers les réseaux de production, de transport et de distribution échelonnés sur plusieurs décennies, la modernisation du réseau, le stockage et les systèmes de contrôle numérique. Contrairement à d’autres industries lourdes, l’amélioration de la productivité ne découle pas de l’efficience de la main-d’œuvre, mais de l’accroissement du capital, c’est-à-dire qu’elle repose sur des systèmes plus grands, plus résilients et plus flexibles qui réduisent les coûts et favorisent l’activité économique en aval.

Sur le plan de la production, chaque ressource joue un rôle distinct dans le système canadien.

  • Le nucléaire est en train de renaître. Les travaux de rénovation en Ontario assurent l’offre de base, tandis que le petit réacteur modulaire (PRM) de Darlington représente le premier projet à échelle de réseau mené en Occident. La production d’énergie nucléaire à grande échelle comporte des risques considérables en matière de coûts et de calendrier. Une étude récente a révélé que parmi les deux dizaines de types de projets évalués, les déchets nucléaires et l’énergie nucléaire étaient classés respectivement au premier et au troisième rang en ce qui a trait aux dépassements de coûts. Le programme de rénovation de l’Ontario a toutefois été achevé plus tôt que prévu et à un coût inférieur au budget, ce qui en fait l’un des grands projets d’infrastructure les plus réussis de l’histoire du Canada.

  • L’hydroélectricité demeure la clé de voûte de l’énergie partout au Canada, mais le contexte a changé. Alors que le réseau et la demande évoluent, l’hydroélectricité, autrefois considérée comme une source d’énergie inépuisable, devient une source plus modérée. La sécheresse au Québec, en Colombie-Britannique et au Manitoba a mis en lumière la fragilité liée à la dépendance exclusive à l’hydroélectricité. L’avenir de l’hydroélectricité ne se résume plus aux mégaprojets, mais repose aussi sur la flexibilité, l’utilisation stratégique des interconnexions et l’inertie du réseau.

  • L’énergie éolienne représente la plus grande part de la production d’énergie nouvelle. Sur une base incrémentielle, l’énergie éolienne est la source d’énergie nouvelle la moins coûteuse. Les défis sont l’intermittence et l’inertie. L’intégration de grands volumes d’énergies renouvelables exige du stockage, un réseau stable et de la flexibilité.

  • Le gaz naturel demeurera probablement un filet de sécurité dans plusieurs régions.

    Rapidly expanding electricity demand also puts strain on the grid and related infrastructure. Transmission and distribution of assets spanning 850,000 kilometres require massive upgrades, regional interconnection, and enhanced digitization. Canada’s patchwork of 10 provincial grids complicates this process. The long-horizon nature of investment planning is complicated by the multiplicity of demand drivers, which are politically, technologically, and culturally contingent.   

Le Canada s'apprête à amplifier son réseau électrique

Le Canada achève les projets déjà approuvés, financés ou en cours de construction, et sa production d’énergie augmente de 20 % toutes sources confondues.

  • Le Canada augmente de 63 GW ses capacités dans les domaines de l’énergie, de l’énergie solaire, du gaz naturel et du stockage de batteries, sur la base des projets déjà planifiés et annoncés.

  • Deux grands projets nucléaires sont lancés en Ontario : le PRM de Darlington (mise en service en 2035) et le projet Bruce C (mise en service en 2041).

  • En ce qui concerne le réseau, notre hypothèse fait état de réinvestissements courants et d’améliorations progressives dans les lignes de transport et de distribution existantes au Canada, ainsi que d’avancées modestes sur le plan de la décarbonation à l’échelle nationale.

La trajectoire de base ne modifie pas considérablement la structure sous-jacente du système. Lorsque la politique climatique est au point mort ou en recul, les incitatifs en faveur de la décarbonation sont moins attrayants. Les efforts mondiaux et nationaux visant à réduire les émissions demeurent limités. L’électrification avance, dans ce scénario, mais lentement.

Le Canada transforme et amplifie radicalement son système énergétique destiné à la production, au transport et à la distribution, ce qui inclut des mesures politiques pour promouvoir la décarbonation et une croissance économique portée par l’électrification.

  • Le Canada construit 119 GW de nouvelles capacités de production, soit près du double par rapport au scénario de croissance tendancielle.

  • Les nouveaux projets nucléaires comprennent les PRM de Peace River (Alberta), Point Lepreau (Nouveau-Brunswick), Wesleyville (Ontario) et en Saskatchewan.

  • Le Canada augmente considérablement son énergie éolienne au-delà des projets déjà en place. Le réseau s’agrandit de 240 000 kilomètres – soit le double du scénario de croissance tendancielle – avec des investissements considérables dans la modernisation et la numérisation du réseau, le renforcement du système et la mise en place de nouvelles connexions.

Le système élargi est plus propre, plus flexible, et autosuffisant. Il répond à l’électrification de l’économie globale et tient compte des principaux facteurs qui devraient influer sur la demande au cours des prochaines décennies, à savoir :

  • Croissance de la population, donc augmentation de la demande d’électricité de la part des ménages (appareils électroniques, thermopompes, etc.). Cette tendance est en pleine évolution, car le système d’immigration canadien fait l’objet d’une attention accrue.

  • L’adoption des véhicules électriques, qui stagne depuis le retrait des mesures incitatives, pourrait reprendre de la vigueur grâce à la nouvelle stratégie d’Ottawa en matière d’automobile. Le renforcement des normes d’émissions, la mise en place de nouvelles remises pour véhicules électriques et l’amélioration des infrastructures de recharge visent à porter à 75 % la part des véhicules électriques dans les ventes d’ici 2035. Cette tendance pourrait aller au-delà de l’électrification des voitures particulières et englober le fret et le transport par véhicules lourds, ce qui chargerait encore plus le réseau.

  • Les centres de données demeurent une inconnue, car ils engendrent des risques et de l’incertitude dans le secteur. Les services publics signalent déjà une demande qui dépasse largement ce que les perspectives avaient modélisé :

    • L’exemple de l’Alberta est frappant : à septembre 2025, les demandes de connexion au réseau avaient bondi de 6 GW à près de 20 GW, incitant la province à mettre en œuvre un programme d’intégration en deux phases pour maintenir la fiabilité et l’abordabilité du réseau.

    • Hydro-Québec s’attend à ce que les centres de données représentent 15 % de la nouvelle demande nette d’électricité d’ici 2032.

    • En Ontario, l’IESO prévoit que les centres de données représenteront plus de 10 % de la nouvelle demande d’électricité d’ici 2035.

  • Un autre facteur imprévisible est l’évolution de la technologie des batteries, qui est difficile à anticiper, même si la courbe des coûts fléchit.

Ce scénario prend en compte une population nationale de plus grande taille, qui consomme plus d’électricité propre dans les foyers et qui utilise de l’énergie propre au travail. Au moyen d’interconnexions et de corridors électriques, le Canada étend son réseau horizontalement, assurant ainsi le transport d’électricité des régions productrices vers les régions consommatrices d’énergie, y compris à l’étranger.

La stabilité, l’abordabilité et la flexibilité du système électrique canadien constituent un avantage stratégique par rapport au reste du monde, qui permet au Canada de remporter de nouveaux mandats d’investissement dans les secteurs de la fabrication de pointe et des technologies avancées tout en avançant vers son objectif d’un réseau électrique à zéro émission nette d’ici 2050.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis140 milliards $200 milliards $
Maintien du taux de croissance à long terme du secteurDéveloppement de projets miniers dans leurs premières ou dernières étapes.

L’exploitation minière a toujours été un secteur cyclique régi par les forces du marché. Cependant, compte tenu des récents événements survenus à Washington et à Beijing, le segment des minéraux critiques, en pleine expansion, est de plus en plus influencé par la stratégie géopolitique. Le Canada, les États-Unis et les autres partenaires de l’OTAN voient maintenant le secteur minier sous l’angle de la souveraineté, de la sécurité et de l’infrastructure stratégique. Ce faisant, ils commencent à refléter le plan de match de la Chine. Pendant vingt ans, la Chine s’est appuyée sur une politique industrielle, des financements publics et des mécanismes hors marché pour assurer le contrôle des minéraux essentiels à la défense, à la fabrication de pointe et aux technologies propres, notamment sur le plan de la transformation, du raffinage et de la fabrication secondaire.

L’Alliance sur la production de minéraux critiques, dirigée par le Canada, a annoncé plus d’une vingtaine de nouveaux investissements et partenariats, mobilisé quelque 6 milliards de dollars au bénéfice de projets et déclaré les minéraux critiques comme « essentiels » en vertu de la Loi sur la production de défense du pays. Les conventions de vente et d’achat, les prix planchers et l’accumulation de stocks figurent parmi les mécanismes hors marché utilisés pour mobiliser des capitaux privés. 

Les États-Unis vont encore plus loin avec le projet Vault, un partenariat public-privé visant à financer des projets et accumuler des stocks de minéraux nécessaires à la fabrication de pointe et aux technologies avancées. La Maison-Blanche utilise une panoplie d’instruments d’atténuation du risque, tels que les garanties de prêt, les conventions de vente et d’achat et les prises de participation directe dans des sociétés d’exploitation minière, afin d’accélérer le développement dans les domaines du lithium, du cuivre, du cobalt et des terres rares, entre autres. Pratiquement du jour au lendemain, les gouvernements occidentaux sont passés de simples observateurs de la dynamique du secteur minier à un rôle d’acteurs principaux du marché.

Secteur minier (2024)

Dépenses variablesValue
Emploi128,000
Revenus$85B
Exportations$35B
PIB32 G$
Source: Statistique Canada.

Les défis de longue date du Canada sont mis en évidence. Malgré une géologie favorable, un financement minier de calibre mondial et une expertise en ingénierie, la croissance a été freinée par :

  • Un processus de délivrance de permis laborieux, complexe et imprévisible.

  • Des infrastructures insuffisantes (routes, lignes de transport, installations industrielles).

  • Une pénurie de talents spécialisés dans l’exploitation minière, surtout en matière d’exploitation.

  • Capital-risque. Les sociétés minières plus récentes ont eu du mal à mobiliser des fonds auprès d’investisseurs institutionnels, car le marché de l’investissement s’est tourné vers le cannabis, puis les cryptomonnaies, puis vers l’IA qui prend une place grandissante.

Pour être concurrentiel dans cette nouvelle ère, le secteur minier canadien doit aller au-delà d’une dynamique fondée sur le marché, et s’inscrire dans un développement national stratégique. De plus en plus d’ententes de participation autochtone sont intégrées aux premières étapes des projets, ce qui raccourcit le cycle de consultation.

La demande mondiale de métaux devrait augmenter au cours des 25 prochaines années

Le secteur minier canadien reste sur sa trajectoire historique à long terme. L’ambition politique reste élevée, mais les obstacles à la formation de capital – incertitude relative aux permis, insuffisance des infrastructures, pénurie de talents – ne sont pas résolus de manière significative. Le cadre réglementaire ne s’améliore pas assez vite pour accélérer les flux de capitaux. La production croît lentement, dans la lignée d’un taux de croissance annuelle du PIB de 0,5 %.

  • Les nouvelles mines ont de la difficulté à parvenir à des décisions d’investissement définitives.

  • Les flux de capitaux restent concentrés sur les métaux de base et les métaux précieux.

  • Le potentiel des minéraux critiques canadiens demeure sous-exploité et tributaire des forces du marché. 

Ces tendances sont suffisantes pour poursuivre les activités et remplacer les actifs qui se déprécient, mais elles ne transformeront pas la position concurrentielle du Canada dans les chaînes logistiques mondiales. Le Canada préserve sa base minière, mais sa chaîne logistique reste dépendante du raffinage et de la transformation à l’étranger. Le Canada conserve une force relative dans le secteur minier, mais ne devient pas un acteur majeur dans la course géopolitique à la souveraineté en matière de minéraux critiques, perdant du même coup son influence stratégique auprès de ses partenaires de l’OTAN. 

Les forces du marché continuent de régir l’exploitation des métaux de base et des métaux précieux, mais les minéraux critiques sont devenus une priorité nationale. Ottawa dirige des mesures fédérales et provinciales coordonnées et met en place plusieurs mécanismes d’atténuation du risque.

Le scénario de croissance accélérée reflète trois éléments fondamentaux du secteur minier mondial :

  • De nombreux projets miniers essentiels ne sont pas viables commercialement s’ils sont laissés à la dynamique du marché. Entre la petite taille du marché, l’absence de prix mondiaux et les barrières liées aux infrastructures, les sociétés minières mondiales ne sont pas encouragées à exploiter les ressources de minéraux critiques et de terres rares.

  • Le Canada possède des dizaines de gisements d’une importance stratégique, mais la pleine exploitation de ces gisements nécessitera la collaboration des secteurs public et privé.

  • Les États-Unis et autres pays alliés avancent vite, et le Canada risque d’être laissé pour compte dans la course mondiale à la construction d’une chaîne d’approvisionnement pour les minéraux critiques.

Le Canada élabore une série de projets dans leurs premières ou dernières étapes, visant une panoplie de métaux précieux, de métaux de base et de minéraux critiques. Le Canada devient un chef de file de l’Alliance sur la production de minéraux critiques grâce à l’exploitation de ses réserves de cuivre, de lithium, de nickel, de cobalt et de terres rares. Afin de réduire sa dépendance à la Chine dans les domaines de la transformation et de la fabrication secondaire, le Canada s’est associé à l’OTAN et à d’autres pays alliés pour créer une chaîne logistique de raffinage de minéraux critiques en tirant parti de la capacité de fusion existante.

Le Canada sert de catalyseur pour :

  • Le développement de tous les projets dans leurs étapes finales, notamment la mine de nickel Eagle’s Nest dans le Cercle de feu de l’Ontario et la mine de cuivre Casino au Yukon.

  • Projets dans leurs premières étapes visant un éventail de métaux et minerais. Le Canada est un fournisseur fiable de minéraux critiques pour ses partenaires de l’OTAN. Le Canada renforce les chaînes logistiques nationales et internationales de même que sa capacité de transformation. Le secteur minier est transformé d’un secteur de ressources naturelles en un pilier de la stratégie industrielle et géopolitique du Canada.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis10 milliards $19 milliards $
Le Canada atteint sa cible de dépenses de 2 % fixée par l’OTAN.Core defence spending increases to 3.5% of GDP by 2035

Les courants géopolitiques changent rapidement. L’incertitude entourant la cohésion et la stabilité de l’OTAN a suscité des interrogations quant aux capacités militaires du Canada. Après des décennies de sous-investissement, Ottawa envoie le meilleur signal de demande depuis une génération. Le gouvernement fédéral réalise des investissements historiques dans le cadre de son engagement à augmenter les dépenses militaires à 5 % du PIB. La Stratégie industrielle de défense d’Ottawa marque le début d’un nouveau plan directeur qui allie capacité industrielle et positionnement stratégique.

L’augmentation de l’enveloppe de financement entraîne un changement de mentalité au sein des Forces armées canadiennes (FAC), qui passent d’une approche de plateforme à une approche axée sur les capacités. Les systèmes autonomes et sans pilote, c’est-à-dire les drones, illustrent bien le phénomène. À l’intersection de la défense, de l’espace, de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, le secteur des drones évolue rapidement d’un sous-secteur de niche à une source de capacités fondamentales. Le programme canadien d’accroissement du nombre de drones et l’initiative MINERVA de l’Armée canadienne illustrent cette évolution : le gouvernement définit la mission ou les résultats attendus, et demande à l’industrie de fournir la solution. Les drones s’inscrivent aussi dans l’esprit de double usage de la stratégie de défense spatiale du Canada, car parallèlement à leur usage dans un contexte commercial, ils offrent des applications militaires évolutives lorsque les délais d’approvisionnement sont en accord avec les mécanismes de répartition du risque. En ce qui a trait à la souveraineté dans l’Arctique, qui retient à nouveau l’attention d’Ottawa, les drones, par leur persistance et leur réactivité, complètent les dispositifs spatiaux tout en constituant une capacité durable à l’échelle nationale.

Malgré le récent effort de financement, le secteur de la défense est confronté à une série de défis liés entre eux.

Secteur de la défense (2022)

Dépenses variablesValeur
Emploi36 000
Revenus14 milliards $
Exportations7 milliards $
PIB9,6 milliards $
Dépenses en recherche et développement$440M
Source: ISED
  • En raison de la faiblesse et de l’incertitude entourant les dépenses publiques, les sociétés nationales n’ont pas de client stratégique.

  • Le processus d’approvisionnement canadien peut être laborieux, complexe et politisé. La surveillance répartie entre plusieurs agences, les cycles de soumission prolongés et les complexités administratives dissuadent les investisseurs et limitent l’innovation.

  • Les occasions d’exportation sur les marchés étrangers sont parfois limitées pour les sociétés canadiennes en raison des barrières réglementaires, politiques et économiques conçues pour favoriser la souveraineté du pays importateur, au détriment des concurrents étrangers.

  • Le problème persistant de l’échelle, du fait que bon nombre de PME canadiennes dépendent de conglomérats américains.

  • La chaîne d’approvisionnement de la défense reste fragile dans l’ère de l’après-pandémie, où les retards et les goulots d’étranglement techniques pénalisent les fournisseurs des catégories 2 et 3.

  • La pénurie de compétences signifie que les entreprises ont du mal à trouver des ingénieurs, des scientifiques et des techniciens.

La dynamique des capitaux dans le secteur de la défense est dictée par les marchés publics, les contrats à long terme et les signaux de financement public de la R-D, qui attirent aussi le capital-risque et la prise de participation stratégique pour les investissements de démarrage et la structuration de la dette des sociétés plus avancées. Les flux de capitaux permettent de financer la recherche et le développement, l’équipement spécialisé, les installations de fabrication, ainsi que les infrastructures technologiques et les activités d’exploitation. Compte tenu de la nature du secteur, la demande gouvernementale peut faciliter la mise à l’échelle de la capacité industrielle dans le cadre de contrats à long terme, et réduire le risque associé aux investissements privés.

Le budget de 2025 a élargi le cadre de financement, à l’aide de nouvelles mesures visant les technologies à double usage, les minéraux critiques, l’intelligence artificielle et la capacité souveraine de lancement spatial. L’accent sur l’approvisionnement est clair :

  • Avions de chasse, avions de patrouille maritime, sous-marins capables d’opérer sous la banquise et lance-roquettes de longue portée.

  • Stratégie orientée sur la surveillance aérienne et maritime avec une revitalisation des infrastructures canadiennes militaires et à double usage, y compris les installations dans l’Arctique.

  • Ces capacités dépendent de l’espace, des communications par satellite et des cybersystèmes pour connecter et sécuriser les systèmes de défense numériques du Canada.

Tout cela s’inscrit dans une politique industrielle encore naissante, portée par de grandes ambitions d’achat au Canada. Le secteur bénéficie de puissants atouts, mais il lui reste à prendre de la vitesse.

Le Canada est à la traîne de ses pairs de l'OTAN pour les dépenses militaires

Le Canada dépense annuellement 2 % de son PIB jusqu’en 2035. La demande est donc prévisible.

  • La politique d’Ottawa en faveur des achats au Canada oriente les volumes d’approvisionnement vers les produits nationaux.

  • L’écosystème de la défense est renforcé tout au long de la chaîne de valeur, à commencer par la recherche et le développement, puis à l’échelle des installations et des machines et équipements spécialisés, ce qui se traduit par une amélioration des capacités.

Bottom line: Canada rebuilds its military incrementally, with expanded hardware in a few key areas. This enables Canada to better surveil the Arctic, patrol the coasts, and support our NATO allies. However, in a world where the integrity of the NATO alliance is in question, or abolished completely, Canada’s defence capabilities remain under-developed. En conclusion, le Canada reconstruit graduellement ses capacités militaires grâce une amélioration de son matériel dans plusieurs domaines clés. Cela permet au Canada de renforcer la surveillance de l’Arctique et le patrouillage des côtes, et de mieux soutenir ses alliés de l’OTAN. Toutefois, dans un monde où la crédibilité de l’OTAN est remise en question, voire complètement anéantie, les capacités de défense du Canada demeurent sous-développées.

Le Canada atteint sa pleine cible de l’OTAN de 5 % du PIB d’ici 2035, incluant :

  • Augmentation linéaire des actifs de base du secteur de la défense.

  • Augmentation de la part des dépenses affectées aux biens d’équipement et au matériel militaire.

  • Approvisionnement national massif en avions et navires de nouvelle génération, architectures de cyberdéfense et infrastructures en Arctique.

Cela ajoute 300 milliards de dollars aux dépenses militaires au cours des dix prochaines années. Si Ottawa maintient son engagement d’atteindre au moins 70 % de ses importations au pays au cours de la prochaine décennie (contre 30 % actuellement), les producteurs canadiens devraient gagner 100 milliards de dollars de revenus supplémentaires (ce qui exclut les dépenses liées aux infrastructures à double usage). Il ne s’agit pas seulement d’une augmentation des dépenses. La défense repose particulièrement sur la recherche et le développement, ce qui se répercute sur l’ensemble de la production de propriété intellectuelle et soutient la fabrication de pointe, permettant au Canada de mieux contribuer à la défense collective de l’OTAN.

Le Canada renforce à la fois ses capacités défensives et spatiales. Les dépenses militaires revitalisent la base industrielle du Canada. L’espace mobilise de la technologie à double usage. Le Canada contribue grandement aux capacités de défensives et spatiales des pays alliés, ce qui représente non seulement une nouvelle « frontière » à défendre, mais aussi un marché de consommation frontière.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capitaux requis5 milliards $12 milliards $
Le secteur croît à un taux historique (1 % par année).Le secteur spatial canadien double sa part de marché mondiale et augmente de 2 % d’ici 2035.

L’espace représente une convergence unique de besoin stratégique et d’occasion de formation de capital. De par leur nature stratégique, les capacités spatiales contribuent à la souveraineté canadienne grâce à la surveillance de l’Arctique, aux communications de défense et au suivi du climat, tout en stimulant la productivité d’autres secteurs. En effet, l’observation de la Terre et l’analyse géospatiale rehaussent l’efficience de l’agriculture, des mines, de l’énergie, des infrastructures et des assurances, ce qui en fait des éléments essentiels dans toute stratégie de formation de capital. La combinaison de la technologie spatiale et de l’IA représente également un puissant moteur de la demande et de la propriété intellectuelle, du fait que les données spatiales alliées à l’intelligence artificielle peuvent renforcer les capacités d’automatisation, la résilience face aux changements climatiques et les moyens de défense.

Le Canada est reconnu pour son excellence en matière de communications par satellite, de robotique spatiale, d’observation de la Terre et de génie aérospatial. Bien que le pays soit la troisième puissance spatiale et bénéficie d’une renommée de longue date dans ce domaine, le sous-investissement fédéral et l’incapacité de développer la capacité souveraine de lancement dans l’espace ont limité la croissance du secteur. Cette ère pourrait maintenant prendre fin, en partie grâce à la mise en convergence des technologies de la défense et de l’espace.

Industrie spatiale (2023)

Dépenses variablesValeur
Emploi13 900
Revenus5,1 milliards $
Exportations2,2 milliards $
PIB3,4 milliards $
Dépenses en recherche et développement$650M
Source: Agence spatiale canadienne

Une révolution à deux volets est engagée, mais le Canada n’a pas encore trouvé un terrain solide.

  • Aux États-Unis, une transformation du modèle d’affaires est en cours depuis 15 années, soutenue par des mesures politiques en vertu desquelles le secteur privé a pris un rôle de plus en plus déterminant dans le déploiement de capitaux et l’innovation.

  • Le deuxième point de transformation sera l’Europe, qui n’en est qu’à ses débuts. Avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie et l’engagement de l’OTAN à augmenter les dépenses de défense, nous assistons à une mise en convergence du secteur spatial et du secteur de la défense souveraine. Les sociétés spatiales traditionnelles se tournent vers des contrats du secteur de la défense, tandis que les conglomérats de défense élargissent leurs capacités spatiales. Les technologies spatiales « à double usage » sont désormais la norme.8

Tout comme dans le secteur de la défense, les capitaux affluent lorsque la demande gouvernementale atténue les risques associés à l’investissement privé, ce qui permet aux entreprises de renforcer leurs capacités technologiques et de mettre à l’échelle leurs capacités industrielles dans le cadre de contrats à long terme – cela ne serait pas possible si les contrats étaient purement commerciaux. Le modèle de financement du Canada est mis à l’épreuve. Dans le secteur spatial, la voie la plus rapide vers une mise à l’échelle industrielle ne repose pas sur le matériel que possède l’État, mais sur le rôle de l’État en tant que client stratégique pour les sociétés de services à vocation commerciale – données, communications, surveillance, analyse et lancements – dans le cadre de contrats pluriannuels fondés sur le rendement. Si leur structuration est correcte, ces contrats deviennent des sources quasi souveraines de revenus, ce qui facilite le financement, réduit le coût du capital et permet de débloquer d’importantes enveloppes d’investissement privé, tout en aidant les entreprises canadiennes à mettre à l’échelle leurs capacités au pays et à exporter dans le reste du monde.

Malgré les réalisations antérieures et les forces actuelles, le secteur reste confronté à des défis structurels et politiques.

Budget consacré au secteur spatial parmi les 10 pays participants au Forum sur le secteur spatial de l'OCDE
  • Les ventes annuelles reculent de 1 % par année.

  • L’activité du secteur chute à 4,5 milliards de dollars en 2035.

Conclusion : le Canada ne parvient pas à enrayer le déclin de son secteur spatial. Cette situation est principalement une affaire de politique, et ne résulte pas d’un échec des sociétés spatiales sur le plan de l’innovation et de la croissance. Par conséquent, les capacités de défense spatiale du Canada continuent de stagner tandis que les applications civiles de base sont au point mort. Conclusion : le Canada ne parvient pas à enrayer le déclin de son secteur spatial. Cette situation est principalement une affaire de politique, et ne résulte pas d’un échec des sociétés spatiales sur le plan de l’innovation et de la croissance. Par conséquent, les capacités de défense spatiale du Canada continuent de stagner tandis que les applications civiles de base sont au point mort.

L’espace est considéré comme un élément essentiel de la sécurité nationale et de la compétitivité économique.

  • Le Canada double sa part de marché mondiale, qui passe de 1 % à 2 %.

  • Renforcement de la capacité de lancement souveraine, soutenue par une croissance accélérée des lancements de satellites, conformément aux engagements de financement prévus au budget de 2025.

  • Approfondissement de l’intégration du double usage avec la défense.

  • Modernisation de l’approvisionnement axée sur la rapidité, les partenariats commerciaux et la répartition du risque.

  • On the space-defence axis, government earmarks a modest share of incremental defence spending growth for dual-use space, procured primarily via COCO service contracts—creating predictable revenues that crowd-in private capital at scale.

McKinsey prévoit que le marché spatial mondial atteindra 755 milliards de dollars américains d’ici 2035.Le Canada double sa part de marché actuelle, ce qui entraîne une multiplication par quatre des revenus tirés des ventes. Le Canada renforce à la fois ses capacités défensives et spatiales. Les dépenses militaires revitalisent la base industrielle du Canada. Le secteur de l’espace impulse les technologies à double usage, ce qui permet au Canada de contribuer de manière significative à la capacité de défense et spatiale de ses alliés.

ScénarioCroissance tendancielleCroissance accélérée
Capital Required155 milliards $205 milliards $
Les tendances historiques de la croissance restent constantes dans le futurLa croissance engendrée par les exportations aide le Canada à retrouver son
Les investissements en R-D et en propriété intellectuelle augmentent, ce qui renforce l’innovation et la productivité

Il y a un demi-siècle, le secteur agricole canadien a vécu un essor de croissance et d’innovation fondé sur la recherche et le développement. Les provinces des Prairies sont devenues le grenier du monde, s’imposant comme chefs de file pour les céréales et les oléagineux, mais aussi pour les légumineuses et la viande bovine. Dans les années 1970 et 1980, une forte hausse des investissements s’est traduite par un remaniement de l’agriculture, coïncidant avec l’introduction de nouvelles machines, de variétés de cultures améliorées, de nouveaux produits chimiques agricoles, de techniques génétiques avancées et de systèmes de gestion agricoles.

L’élan suscité par la recherche et le développement, l’innovation et la croissance s’est estompé au cours des dernières décennies. La croissance de la productivité agricole a ralenti, passant d’environ 2 % dans les années 1990-2000 à 1,4 % récemment.10 Le Canada a également perdu du terrain en tant qu’exportateur de produits agroalimentaires. L’investissement dans la fabrication de produits alimentaires et de boissons, qui occupe la plus grande part dans le secteur manufacturier global, est resté stable du milieu des années 1990 au milieu des années 2010, bien qu’il ait montré des signes de rebond au cours de la dernière décennie.

Agriculture et agroalimentaire (2024)

Dépenses variablesValeur
Emploi695 000
Revenus337 milliards $
Exportations60 G$
PIB78 milliards $
Source : Statistique Canada.

Après 2018, nous avons assisté à une brève vague d’expansion dans l’agroalimentaire – entre autres, une usine de volaille Maple Leaf pour 770 millions de dollars et une minoterie de Parrish & Heimbecker pour 250 millions de dollars. RBC estime que le secteur a investi 7,5 milliards de dollars pour accroître sa capacité de fabrication au cours des dernières années, ce qui représente une hausse de 20 %.

Les entreprises agricoles dépendent des flux de trésorerie, des bénéfices non répartis et de la dette bancaire pour financer leur croissance, et elles utilisent des terres, de l’équipement et des stocks comme garanties. Les entreprises agroalimentaires, dont certaines ont une envergure mondiale, peuvent endetter leurs bilans afin de financer leur croissance, en plus des flux de trésorerie, et accéder aux marchés des capitaux. Le capital est déployé dans des investissements productifs en machinerie et en équipement, dans des technologies d’agriculture de précision, dans des installations de stockage, dans des usines de transformation et, de plus en plus, dans la recherche et le développement concernant les semences et les produits biologiques.

Un nœud d’obstacles freine le secteur :

  • Le moteur de l’innovation est mis à rude épreuve. Au Canada, l’activité de R-D du secteur agricole a reculé en termes réels et en pourcentage du PIB. L’aide publique consacrée aux connaissances et innovations agricoles, qui représentait auparavant de 3 % à 4 % des revenus du secteur, est tombée en deçà de la moyenne de l’OCDE. Ce recul érode la future production du canola et limite la commercialisation d’outils de précision, de semences et de systèmes de données.

  • Intensité capitalistique. Les contraintes de capital peuvent freiner l’adoption d’équipements de haute technologie coûteux tels que les drones, les capteurs de récolte et les systèmes de surveillance par GPS utilisés dans l’agriculture de précision.

  • Vague de relève et creusement des lacunes de compétences. L’âge moyen des exploitants agricoles est de 56 ans. La transition vers la nouvelle génération approche à grands pas. Et le nombre d’exploitants de moins de 56 ans a diminué de plus de 50 % depuis 2001.11 En même temps, les exploitations deviennent de plus en plus axées sur la technologie et ont besoin de beaucoup de données, ce qui signifie que les exploitants doivent posséder des compétences techniques, analytiques et de gestion des systèmes. La pénurie de main-d’œuvre et de compétences nécessite des solutions à plusieurs niveaux, allant d’une immigration ciblée (à court terme) à une discipline éducative plus intégrée et à une technologie agricole plus intelligente (à long terme).

  • Concentration des marchés d’exportation. Environ 60 % des exportations de produits agricoles et agroalimentaires du Canada sont expédiées aux États-Unis, ce qui représente un risque de concentration peu engageant. En outre, les États-Unis sont devenus un marché mature (caractérisé par un vieillissement de la population et une lenteur de la croissance), ce qui réduit les perspectives de croissance pour les exportations, surtout si l’on compare avec les marchés émergents.

Le Canada dispose encore d’énormes capacités – des terres fertiles, une eau abondante, des techniques génétiques avancées et une chaîne d’approvisionnement concurrentielle à l’échelle mondiale. La prochaine ère de croissance dépendra de la capacité du Canada à générer une nouvelle vague d’investissements et à reconstruire son écosystème de l’innovation. Le Canada devra gagner du terrain sur deux fronts : utiliser plus efficacement les intrants de production et progresser dans la chaîne de valeur en captant une plus grande part de la capacité mondiale de transformation des aliments. Cela implique l’adoption de technologies agricoles innovantes pour faire progresser la recherche sur le rendement des cultures, la gestion du bétail, l’exploitation des serres et l’expansion de la capacité de fabrication nationale, ce qui se traduirait par des gains d’efficacité dans les exploitations agricoles et les usines.  

La formation du capital dans le secteur de l'agriculture s'oriente lentement à la hausse
    • Les flux d’investissements publics et privés en R-D et dans la propriété intellectuelle se situent à des niveaux historiques.

    • Les investissements agricoles dans les structures, le matériel et l’équipement perpétuent l’intensité capitalistique.

    • Les usines de transformation des aliments remplacent ou modernisent leurs machines et équipements.

Les conséquences de ce scénario :

  • La productivité continue de s’améliorer peu à peu, restant bien en deçà des sommets historiques. Financement agricole Canada estime à 30 milliards de dollars la perte de revenus du secteur au cours de la prochaine décennie à cause des gains d’efficience non réalisés.12

  • La position du Canada dans le commerce agroalimentaire mondial continue de s’éroder lentement. Au début des années 2000, le Canada était le cinquième exportateur en importance, mais il est aujourd’hui septième et pourrait bien chuter au neuvième rang dans les dix prochaines années.13

Ce scénario ne prévoit pas un effondrement, mais plutôt une stagnation. Le Canada conserve son empreinte actuelle, mais ne saisit pas la prochaine vague mondiale en matière de technologie agricole, d’automatisation et de transformation à valeur ajoutée.

Le Canada s’engage dans un nouveau cycle de croissance de plusieurs décennies. Nous imaginons un essor des investissements semblable à celui des années 1970, porté par un soutien accru aux activités de R-D et de production de propriété intellectuelle. Davantage de capitaux publics et privés soutiennent la recherche et la production de propriété intellectuelle, ce qui stimule les progrès technologiques et la formation de capital, améliore progressivement l’efficience agricole et facilite l’adoption de nouvelles technologies. Selon ce scénario, la croissance du secteur de la transformation alimentaire repose sur la demande étrangère en exportations d’aliments canadiens.

  • Le Canada regagne sa part du marché agroalimentaire international, passant du septième au cinquième rang, renforçant ainsi son statut de superpuissance agroalimentaire.

  • Il faudrait que les dépenses publiques et privées liées à la R-D augmentent de 50 % pour retrouver leurs niveaux des années 1980 – ajustés en fonction du PIB. Toutefois, le rendement sur l’investissement en R-D pourrait être de 10 à 20 fois supérieur.14

  • Le Canada déploie des efforts délibérés et coordonnés pour déclencher un nouveau cycle d’investissement et d’innovation dans le secteur. Les dépenses en immobilisations montent en flèche grâce à l’adoption à grande échelle de technologies agricoles émergentes, notamment la génétique des cultures, des machines plus efficientes et des systèmes de production améliorés.

Qu’il s’agisse d’affecter davantage de fonds à la recherche, de mettre à niveau l’équipement à des fins d’efficience ou d’adopter de nouvelles pratiques, l’accroissement notable de la productivité exigera une nouvelle phase d’accroissement du capital. Dans notre scénario de croissance, les marchés d’exportation du Canada gagnent en ampleur et en intensité, en particulier dans le domaine des aliments transformés. Comme nous l’avons mentionné dans une récente recherche RBC, le Canada pourrait gagner une part importante du commerce agroalimentaire international et retrouver son rang mondial15 Pour ce qui est du secteur agroalimentaire, cela signifie que les exportations grimpent au-delà les niveaux actuels. Il en résulte non seulement un renforcement de la souveraineté alimentaire, mais aussi une sécurité alimentaire pour les pays alliés et amis, ce qui renforce la position du Canada comme chef de file sectoriel et partenaire de confiance.

Pendant des décennies, le cadre de l’investissement au Canada s’est appuyé sur le principe de sociétés privées exerçant leurs activités sur des marchés relativement libres et aux frontières de plus en plus ouvertes, le tout sous l’auspice d’institutions multilatérales. Les flux de capitaux étaient dictés par les avantages comparatifs et l’efficience des coûts. Cette nouvelle ère se caractérise par une fragmentation et par l’élargissement du rôle de l’État, tandis que les capacités industrielles, la souveraineté et l’alignement géopolitique sont des facteurs qui s’ajoutent au calcul traditionnel des profits et des pertes.

Le Canada ne manque pas de capitaux, mais les systèmes utilisés pour les déployer sont mal adaptés à cette nouvelle ère. Les capitaux n’affluent pas à la vitesse ni à l’échelle nécessaires vers les secteurs qui en ont besoin – c’est ce qu’on appelle la non-concordance des capitaux. Pour moderniser son cadre de formation de capital, le Canada doit mettre l’accent sur un rapprochement entre les enveloppes de capitaux et les actifs investissables.

Ce sont les sociétés elles-mêmes qui représentent la première source de capitaux visant à financer la croissance. Le secteur des sociétés non financières du Canada, dont les bilans totalisent plus de 1,1 billion de dollars de devises, de dépôts et de titres de créance, constitue la première couche des réserves de capitaux. Les liquidités excédentaires des sociétés canadiennes ne suffiraient peut-être pas à alimenter notre scénario de croissance accélérée, mais leur déploiement pourrait avoir un effet en cascade et attirer d’autres enveloppes de capitaux.

Le cadre que nous proposons repose sur quatre sources de capitaux supplémentaires : les capitaux institutionnels, le capital-risque, les capitaux étrangers et les capitaux d’État.

  • Les grands portefeuilles de capitaux institutionnels – caisses de retraite, gestionnaires d’actifs mondiaux, assureurs – sont positionnés pour investir dans des actifs à long terme, à faible risque et produisant des flux de trésorerie prévisibles. Le Canada produit trop peu de ces actifs. En fait, de nombreuses occasions se présentent aux premières étapes de développement, alors que les projets sont minés par l’incertitude réglementaire, les délais d’obtention de permis ou le risque de commercialisation. Les capitaux institutionnels ne sont pas conçus pour saisir ces occasions.

  • L’écosystème canadien de capital-risque fonctionne relativement bien dans les premières étapes. Le capital-risque et le capital-investissement permettent de financer un flux constant d’innovations, mais trop peu de sociétés passent de la phase de démarrage à une expansion à grande échelle. Le pays manque de capitaux de croissance pour financer les dernières étapes des projets, et les signaux de demande requis – approvisionnement, clientèle stratégique, profondeur des marchés intérieurs – pour soutenir la commercialisation sont également insuffisants. Par conséquent, les sociétés réussissant à mobiliser des capitaux demeurent de taille moyenne, par faute de moyens suffisants pour s’accroître à l’échelle nationale.

  • Les capitaux étrangers demeurent une source de croissance sous-exploitée. Les investisseurs mondiaux accordent la priorité aux territoires offrant des politiques claires, des processus rapides et des rendements concurrentiels. Le Canada possède les fonds de dotation nécessaires pour se démarquer sur le marché des investissements mondiaux, mais il est constamment à la traîne du point de vue de l’exécution. Les longs délais d’approbation et la volatilité des politiques augmentent l’incertitude et le coût du capital.

  • Les capitaux de l’État pourraient être déployés à grande échelle, non pas pour remplacer l’investissement privé, mais pour l’encourager. Face à la fragmentation de l’économie politique mondiale, les gouvernements jouent un rôle plus important dans la circulation des flux de capitaux par l’intermédiaire des marchés publics, des prises de participation et d’autres mécanismes d’atténuation du risque. Le Canada dispose de nombreux véhicules de déploiement, avec une abondance de sociétés d’État et d’institutions financières publiques, mais la coordination et l’exécution freinent l’affectation de capitaux de l’État et l’accroissement des investissements privés.

Pour résoudre ce problème de concordance, nous explorons un ensemble de mécanismes interconnectés qui permettraient d’attirer et de libérer des investissements. Ces solutions sont conçues pour réduire l’incertitude des investisseurs, atténuer le risque d’exécution et augmenter les rendements après impôt, sans pour autant alourdir la pression sur les finances publiques du Canada qui sont déjà tendues. Il est important de noter que chaque solution peut être mise en œuvre à court terme à l’échelle politique.

Au Canada, d’importants capitaux publics sont immobilisés dans des actifs publics matures à faible risque : ports, services publics, pipelines, routes et autres infrastructures de base. Ces actifs peuvent produire des flux de trésorerie stables et prévisibles (et c’est souvent le cas), ce qui les rend particulièrement adaptés à l’investissement institutionnel à long terme. Néanmoins, ils demeurent inscrits dans les bilans publics, ce qui limite la flexibilité budgétaire à un moment où de nombreux gouvernements canadiens sont déjà en déficit. Parallèlement, l’incertitude politique décourage l’investissement dans les projets d’infrastructures essentielles. Par conséquent, les investisseurs institutionnels restent sur la touche tandis que les projets d’intérêt national demeurent sous-capitalisés.

Les gouvernements de tous les niveaux possèdent des actifs – des pipelines aux aéroports, des services publics aux ponts – qui peuvent être monétisés. En vertu de ce modèle, les gouvernements pourraient louer ou céder les actifs arrivés à maturité, convertir la richesse publique dormante en flux économiques productifs, et réinvestir le produit dans de nouvelles infrastructures. Au besoin, des incitatifs fédéraux pourraient être utilisés pour encourager les provinces et les municipalités à participer à l’initiative. Les avantages sont évidents :

  • Pour le gouvernement, de la capacité budgétaire est créée sans augmenter les impôts ni émettre de titres de créance. Les gouvernements réorientent le capital provenant des actifs matures vers des infrastructures à impact élevé.

  • Pour les citoyens, une nouvelle infrastructure voit le jour sans hausse d’impôts.

Ce modèle n’entraîne pas de nouveaux coûts, mais change qui le prend en charge – c’est là que des compromis (inévitables) doivent être faits. Le fait de transférer ces coûts des contribuables aux utilisateurs directs pourrait créer des frictions politiques, malgré la logique économique du modèle qui améliore l’équité (puisque les coûts sont mis en phase avec l’utilisation des actifs) ainsi que l’efficience (puisque la tarification régule la demande tout en finançant l’entretien). La gouvernance est la clé de la réussite du programme et du soutien du public. 

Le capital public est plus utile dans les premières étapes du développement, lorsque le risque est élevé, tandis que le capital privé convient mieux aux actifs à long terme dont les risques sont moins importants. Un programme de recyclage des actifs pourrait aider les gouvernements à atteindre l’équilibre budgétaire tout en générant le dynamisme inhérent à une économie de marché. Le programme de recyclage des actifs de l’Australie témoigne du potentiel de cette solution : des incitatifs fédéraux de 2,3 milliards de dollars ont permis de mobiliser 15 milliards de dollars d’investissements en infrastructures supplémentaires sur cinq ans, accélérant le développement des infrastructures sans alourdir la dette publique.

Pour assurer l’efficacité d’un programme de recyclage des actifs, il convient d’inclure ce qui suit :

  • Critères d’admissibilité clairs, axés sur les actifs matures générant des revenus.

  • Réaffecter le produit des dessaisissements à de nouveaux investissements en infrastructures (et non aux revenus généraux).

  • Normes d’évaluation et de gouvernance transparentes.

Ce modèle de construction et privatisation attirerait des capitaux privés, permettant de réaliser des investissements générateurs de productivité dans les infrastructures de base sans pression sur les finances publiques.

Au Canada, l’écart de mise à l’échelle est particulièrement prononcé pour les sociétés de taille moyenne. Pour les grands portefeuilles de capitaux institutionnels, comme les caisses de retraite, les projets doivent respecter des seuils de taille, de maturité et de flux de trésorerie. Or, bon nombre de projets et d’entreprises du Canada sont de trop petite taille ou dans des étapes trop précoces pour être admissibles.

Des processus d’approvisionnement ouverts aux sociétés commerciales pourraient aider à combler cet écart, à condition que le modèle évolue d’une fonction administrative à un outil de politique industrielle. Au lieu d’acheter des plateformes, le gouvernement devrait acheter des capacités au moyen de contrats fondés sur les résultats. Le gouvernement agirait en tant que client stratégique en canalisant la demande publique, afin de réduire l’incertitude entourant les revenus des projets et des sociétés qui ont du mal à accéder aux capitaux à cause du risque de commercialisation. 16 Un processus d’approvisionnement intelligent permettrait d’attirer des capitaux privés, de tirer parti de la concurrence, de transférer le risque et d’encourager l’innovation, créant ainsi une cascade de formation de capital.

Des plans de production pluriannuels, une mise aux normes de la flotte et des contrats de maintien sur le cycle de vie pourraient transformer des achats ponctuels en capacité industrielle durable. Le maintien et les mises à niveau génèrent des flux de revenus récurrents, des emplois qualifiés stables et un contrôle national sur la propriété intellectuelle. Le Canada pourrait continuer à connaître des fuites de capitaux bien après la décision d’approvisionnement initiale. À cet égard, l’architecture financière est importante : les contrats stratégiques permettent le financement de projets et la mise en place de prêts adossés à des actifs, tandis que les conventions de vente et d’achat réduisent considérablement le coût moyen pondéré du capital en rendant la dette viable plus tôt dans le cycle de développement. Cet « effet papillon » pourrait transformer l’approvisionnement en une formation de capital généralisée, en aidant les sociétés canadiennes, actuellement fournisseurs de niveau 2, à devenir des entrepreneurs principaux concurrentiels à l’échelle mondiale.

Le Commercial Crew and Carrier Program (C3PO) de la NASA constitue un exemple intéressant. Dans le passé, la NASA concevait, détenait et possédait ses actifs en vertu de contrats à coût remboursé, avec une lourde supervision bureaucratique et une réutilisation commerciale limitée. Après 2005, la NASA a fait volte-face en passant de l’approche « construire et posséder » à une approche « acheter et utiliser ». La NASA est devenue un client stratégique qui achète des services auprès de sociétés privées concevant et possédant des actifs pour de multiples clients. Les coûts de lancement sont devenus dix fois moins élevés, soutenus par des innovations notables comme les fusées réutilisables, les systèmes d’amarrage autonome et le tourisme spatial.

Au Canada, ce même modèle pourrait :

  • Agir comme un signal de demande stratégique. Selon le modèle du client stratégique, répondre à une demande soutenue grâce à des contrats à long terme, réduire l’incertitude commerciale et encourager les importantes dépenses en immobilisations requises pour le développement technologique de pointe. Attirer du capital-risque grâce à des engagements d’achat anticipés assortis de volumes minimaux garantis.

  • Mettre en place des contrats liés au rendement. Passer d’une prestation à coût remboursé à une prestation à prix fixe pour les actifs arrivés à maturité, au moyen d’appels d’offres concurrentiels qui récompenseraient l’amélioration des capacités tout en gérant les risques de dépassement des coûts. Mettre en place des mesures de rendement fondées sur la capacité et les délais de livraison, conjointement à des récompenses (tarification favorable, primes) et des pénalités (amendes pour retards).

  • Simplifier les tâches administratives. Réduire la bureaucratie pour les entrepreneurs en leur permettant de consacrer leurs modestes ressources au perfectionnement des capacités, l’amélioration de la productivité et la maintenabilité. Pour accélérer les programmes, il faudrait envisager la création d’une autorité en dehors du système d’approvisionnement traditionnel, capable de signer les contrats de production subséquents sans avoir à les soumettre à un processus de concurrence (sous réserve que la société parvienne à livrer les capacités requises dans les limites du budget).

Il en résulterait une harmonisation des incitatifs, une voie de commercialisation plus claire pour les petites et moyennes entreprises, et un écosystème plus dynamique constitué de sociétés ayant une meilleure capacité à répondre aux besoins intérieurs et à rivaliser à l’étranger.

Les investisseurs mondiaux évaluent les territoires en fonction de leur ouverture à l’investissement et de leur compétitivité structurelle. L’accueil des investissements étrangers et la politique fiscale sont des éléments essentiels dans les cadres de décision.

Le cadre canadien visant à examiner les investissements étrangers, c’est-à-dire la Loi sur Investissement Canada (LIC), constitue un frein pour attirer les capitaux mondiaux. Assurer la sécurité nationale et donner un avantage net au Canada sont des objectifs raisonnables, mais l’application de ce cadre peut être une source d’incertitude, d’opacité et de retards. Le caractère réactif et discrétionnaire du système crée de l’imprévisibilité, avec un effet dissuasif sur les investissements étrangers. Une réforme donnerait plus de confiance aux investisseurs tout en rehaussant les rendements après impôt.

  • Le système de sélection et d’approbation des investissements étrangers pourrait être davantage fondé sur des règles et stratégiquement harmonisé, avec une distinction entre les secteurs commercialement ou stratégiquement sensibles et ceux où les capitaux sont bien accueillis. Certaines réformes pourraient préserver la sécurité nationale tout en renforçant l’attrait du Canada comme destination d’investissement :

    • Processus plus rapides pour les placements à faible risque tels que les participations minoritaires, les investissements provenant d’alliés de confiance ou les projets visant des secteurs autorisés.

    • Corridors d’investissement stratégique avec des alliés privilégiés, et harmonisation des stratégies politiques, industrielles et de capital dans des domaines tels que les mines, l’énergie et la fabrication de pointe.

À la suite de ces changements, la LIC ne serait plus perçue comme une barrière, mais comme un élément de facilitation et de prévisibilité pour l’investissement étranger, tout en assurant la protection des intérêts nationaux et un accueil favorable aux capitaux mondiaux.

Le Canada a également besoin d’un régime d’impôt sur les revenus des sociétés plus concurrentiel. Depuis les réformes engagées par les États-Unis et d’autres pays en 2018, le Canada a perdu son avantage en matière d’impôt des sociétés. C’est pourquoi les principaux fiscalistes réclament une réforme fiscale « coup de poing » qui encouragerait l’investissement au lieu de créer encore plus de couches de crédits d’impôt ayant des effets de distorsion. Pour accroître les rendements du capital après impôt, nous voyons deux solutions qui méritent d’être étudiées en profondeur :

  • Le Canada pourrait imposer les bénéfices distribués tout en exonérant les bénéfices non répartis. Par exemple, l’Estonie et la Lettonie accordent aux sociétés une exonération d’impôt totale sur leurs bénéfices non répartis, une disposition qui a fait ses preuves pour attirer les investissements directs étrangers. En supposant que cette option soit conforme aux conventions fiscales internationales et aux règles fiscales minimales de l’OCDE, le Canada pourrait :

    • Imposer les bénéfices qui sont distribués : dividendes, rachats d’actions et distributions réputées.

    • Exonérer les bénéfices retenus au bilan des sociétés, afin de les inciter à réinvestir dans la recherche et le développement, la propriété intellectuelle, les machines et équipements, et l’expansion des affaires.

    • Soulignons que cette approche pourrait être neutre au regard des recettes publiques, grâce à la suppression d’autres incitatifs fiscaux inefficaces et générateurs de distorsions qui deviendraient alors redondants.17

Même si elle n’influe aucunement sur les recettes publiques, cette réforme ferait du Canada une destination d’investissement plus intéressante en abaissant considérablement le taux d’imposition effectif marginal. Elle récompenserait aussi directement et considérablement les sociétés canalisant leurs capitaux dans des activités productives au Canada.

  • Mise en place d’une série de réformes qui amélioreraient la compétitivité fiscale du Canada :

    • Réduction du taux de l’impôt sur les sociétés à l’échelle fédérale. Réduction des taux d’imposition sur les revenus des sociétés pour accroître la compétitivité du Canada par rapport à d’autres territoires, en particulier depuis les récentes réformes fiscales aux États-Unis.

    • Passation en charges complète des dépenses en immobilisations. Permettre aux entreprises de déduire immédiatement le coût total des machines, de l’équipement et des investissements en propriété intellectuelle plutôt que de les amortir au fil du temps. Une telle solution procurerait des avantages immédiats en matière de flux de trésorerie et réduirait le coût en capital des placements axés sur la croissance.

    • Traitement amélioré des gains en capital. Augmenter les limites d’exonération des gains en capital pour les investissements des sociétés, et accroître les allocations pour passation d’entreprise afin de faciliter le réinvestissement et la planification de la relève tout en maintenant l’équité.

Cette approche globale témoignerait clairement de l’engagement du Canada à demeurer une destination de prédilection pour les capitaux mondiaux, tout en assurant la viabilité des revenus et la conformité aux lois fiscales internationales.

Le Canada demeure confronté à un défi persistant en ce qui concerne le financement de projets et de technologies qui sont commercialement viables à long terme, mais ne parviennent pas à surmonter les obstacles à l’investissement privé à court terme. Il s’agit généralement de technologies premières en leur genre ou d’actifs stratégiques (petits réacteurs nucléaires modulaires, minéraux critiques, transformation des terres rares, capture de carbone), où des facteurs tels que les délais d’attente, l’incertitude entourant la demande ou la volatilité des prix creusent un écart entre la tolérance au risque et les intérêts stratégiques du Canada.

Le problème n’est pas l’absence de capital, mais plutôt le manque de capacité à prendre des risques. Les investisseurs privés sont peu disposés à composer avec l’incertitude initiale lorsque les calendriers s’étendent sur plusieurs décennies et les sources de revenus demeurent incertaines. Il en résulte un sous-investissement dans les secteurs qui comptent le plus pour le positionnement industriel et géopolitique du Canada.

Un déploiement plus actif du capital de l’État pourrait contribuer à combler cet écart, non pas dans l’objectif de supplanter l’investissement privé, mais plutôt de modifier le profil risque-rendement afin de l’attirer. Pour ce faire, une panoplie d’instruments peut être déployée :

  • Prises de participation de l’État dans des entreprises ou des projets en phase de démarrage ou d’une importance systémique, qui permettraient à l’État d’absorber le risque initial tout en conservant une participation aux hausses.

  • Prix planchers pour réduire la volatilité des marchandises et favoriser la viabilité des projets, surtout dans les marchés peu profonds ou peu matures comme l’extraction et la transformation des terres rares.

  • Conventions de vente et d’achat à long terme offrant une certitude en matière de revenus, qui permettraient aux promoteurs de projets d’obtenir des financements par emprunt ou par actions adossés à une demande contractuelle sur une longue durée.

  • Accumulation stratégique de stocks pour stabiliser les marchés et donner le signal d’une forte demande publique dans les secteurs prioritaires.18

Ces outils sont déjà déployés dans des pays pairs, en particulier dans les secteurs des minéraux critiques et de l’énergie où les gouvernements agissent en tant qu’acteurs principaux du marché et non comme simples observateurs. La question n’est pas de savoir s’il faut utiliser ces outils, mais comment les déployer à une vitesse et à une échelle suffisantes.

Ce cadre de formation de capital vise à restaurer l’attrait du Canada pour les investisseurs en réduisant l’incertitude, en contribuant à une mise à l’échelle des capacités là où les mandats l’exigent, en transférant le risque initial afin qu’il ne soit plus porté par les investisseurs privés, et en améliorant le rendement après impôt associé aux investissements productifs.

À condition d’abaisser le coût du capital ajusté en fonction du risque dans les secteurs stratégiques tels que le pétrole et le gaz, l’électricité, les mines, la défense, l’espace, et l’agriculture et agroalimentaire, le Canada peut convertir ses atouts non exploités en projets bancables.

Mais cette excellente occasion ne durera pas. Dans un contexte de concurrence accrue, les capitaux seront dirigés vers les pays assurant la viabilité des investissements. Le Canada doit agir rapidement pour mettre en œuvre ses ambitions.

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A.  Méthodologie et sources des données

Pétrole et gaz

Dans le secteur pétrolier et gazier, le capital requis comprend ce qui suit :

  • Investissement en installations existantes pour accroître progressivement la production de pétrole conventionnel et de sables bitumineux ;

  • Investissement en installations nouvelles pour créer de nouvelles capacités de production dans le secteur des sables bitumineux ;

  • Nouvelle infrastructure de pipeline pour renforcer la capacité d’exportation ;

  • Nouveaux investissements dans l’extraction de gaz naturel ;

  • Nouvelles installations d’exportation de GNL ;

  • Investissements dans des projets de capture de carbone.

Notre scénario de croissance tendancielle dans le secteur pétrolier est fondé sur les prévisions de production de RBC Marchés des Capitaux.

  • La production augmente de 5,1 millions de barils par jour (Mb/j) en 2024 à 5,9 Mb/j d’ici 2030, avant de plafonner. La production supplémentaire se répartit proportionnellement entre le pétrole conventionnel et les sables bitumineux.

  • Le processus d’optimisation et d’amélioration de l’efficience des pipelines permet de faire circuler davantage de pétrole dans les infrastructures existantes, en supposant que le réseau principal d’Enbridge augmente son volume de 300 000 barils par jour ou que le pipeline Trans Mountain ajoute 245 000 barils par jour au-delà de 2027 grâce à des stations de pompage. Nous supposons qu’aucun site de production majeur n’est nouvellement construit, et que l’augmentation de la production provient des installations existantes.

  • Les données sur les dépenses en immobilisations proviennent de l’Association canadienne des producteurs pétroliers et de la Régie de l’énergie du Canada. Afin d’estimer les dépenses en immobilisations annuelles pour la prochaine décennie, nous avons utilisé les dépenses en immobilisations moyennes par baril de production de pétrole entre 2017 et 2023 pour le pétrole conventionnel (38,80 $) et les sables bitumineux (9,90 $).

  • Notre scénario de croissance tendancielle dans le secteur du gaz naturel prévoit l’achèvement des installations de GNL Woodfibre et Cedar. D’après Ressources naturelles Canada, le coût total est estimé à 11,5 milliards de dollars. Cela permet d’ajouter 0,7 Gpi3/j aux nouvelles capacités d’exportation.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous supposons l’approbation de deux nouveaux oléoducs :

  • L’oléoduc Keystone XL augmente la capacité de 0,83 million de barils par jour, et que l’oléoduc de l’Alberta à la Colombie-Britannique (plus ou moins inspiré de Northen Gateway) ajoute 1 million de barils par jour. Pour établir le coût estimatif de chaque pipeline, nous avons utilisé le coût au kilomètre du pipeline Northern Gate (fourni par l’Office national de l’énergie) corrigé en fonction de l’inflation et des dépassements de coûts. Nous estimons que le coût de chaque pipeline est d’environ 30 milliards de dollars. Nous supposons que la construction du pipeline commencera en 2028 et s’échelonnera sur quatre années. La capacité de production de sables bitumineux s’accroît ainsi de 1,2 million de barils par jour environ. Cette estimation tient compte d’une répartition à 70-30 entre le bitume et le condensat dans les pipelines.

  • L’augmentation de la capacité du pipeline permet de réaliser des investissements en installations nouvelles destinées aux sables bitumineux pour un coût d’environ 56 000 $ par baril et par jour. La production pétrolière totale du Canada pourrait ainsi atteindre 7,1 millions de barils par jour d’ici 2035.

  • Notre scénario de croissance accélérée comprend trois projets supplémentaires de terminaux d’exportation de GNL : phase 2 de LNG Canada, Tilbury et Ksi Lisims. Les coûts estimatifs sont tirés de sources accessibles au public. Collectivement, ces terminaux d’exportation nécessitent des dépenses en immobilisations d’environ 55 milliards de dollars. Ces terminaux augmentent la capacité d’exportation de 3,75 Gpi3/j. Nous avons estimé que les dépenses en immobilisations pour l’extraction de gaz naturel supplémentaire seraient de 10 $ par baril d’équivalents pétrole.

  • Our step change scenario imagines heavy investment into carbon capture and sequestration (CCS) infrastructure. We assume major projects go forward, including the Pathways Alliance’s Phase 1, at a cost of $24 billion. We assume two additional projects of a similar scale go forward. We loosely estimate the total investment for CCS projects amounts to $80 billion over 10 years, based on publicly available estimates. We source project-level CCS data from the BloombergNEF Carbon Capture Capacity Database and include approximate costs from various sources, including news articles.

Électricité

Dans le secteur de l’électricité, le capital requis comprend ce qui suit :

  • coûts initiaux des projets de construction de centrales qui se trouvent déjà à diverses étapes de développement ou qui ont été annoncés ;

  • coûts de remplacement ou de mise à niveau du réseau électrique, ce qui inclut les lignes de transport et de distribution, la mise en place de nouvelles connexions et le renforcement des systèmes.

Selon notre scénario de croissance tendancielle, les projets qui en sont à diverses étapes de développement passeront à la phase de construction.

  • La capacité électrique s’accroît d’environ 69 GW dans toutes les sources d’énergie. Nous tenons compte des projets pour lesquels les processus d’obtention de permis ont été amorcés, pour lesquels un financement a été obtenu, qui sont déjà en phase de construction, ainsi que les projets énergétiques qui ont été annoncés. Nous nous appuyons sur la base de données des projets de production d’énergie de S&P CapIQ. Les données mesurent la capacité et les coûts de construction des projets par type de technologie.

  • Nous incluons aussi les projets de PRM de Bruce C et de Darlington dans notre scénario de croissance tendancielle. Combinés, ils fourniront 6 GW de nouvelles capacités. OPG estime le coût du PRM de Darlington à environ 21 milliards de dollars. Pour Bruce C, nous nous appuyons sur les données du Center For Advanced Nuclear Systems du MIT pour évaluer le coût des réacteurs AP1000, qui se chiffre entre 8 300 $ US et 10 375 $ US par kW.

  • Nous utilisons un exemple de calendrier de déploiement de projets nucléaires à grande échelle tiré du Plan énergétique intégré de l’Ontario, en répartissant équitablement les coûts de construction au fil du temps. Dans le cas des projets dont le déploiement est programmé au-delà de 2035, nous intégrons une partie du coût d’ici 2035.

Nous comparons ce renforcement des capacités aux projections du rapport Avenir énergétique du Canada en 2026 de la Régie de l’énergie du Canada. Notre scénario de croissance tendancielle est globalement conforme aux nouvelles exigences de capacité inscrites dans le scénario de carboneutralité de la Régie de l’énergie du Canada, qui suppose des incitatifs politiques limités en faveur de l’électrification et de l’écologisation du réseau.

Les investissements visant la maintenance et l’amélioration du réseau proviennent de Prévisions de BloombergNEF. Le plan inclut notamment des investissements dans les lignes de transport et de distribution ainsi que dans les sous-stations du réseau, en vue de remplacer les installations vieillissantes, d’établir de nouvelles connexions et de renforcer les systèmes.

Bien que les scénarios de BloombergNEF n’aient pas de corrélation directe avec les scénarios de la Régie de l’énergie du Canada (scénario de transition économique utilisé dans notre scénario de croissance tendancielle), ils supposent l’absence de soutien politique à la transition énergétique, en dehors des mesures existantes, tout comme le scénario de carboneutralité de la Régie de l’énergie du Canada.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous intégrons la capacité supplémentaire requise pour que le Canada demeure sur la voie de la carboneutralité, comme le prévoit le scénario zéro émission nette de la Régie de l’énergie du Canada. Nous incluons quatre projets nucléaires supplémentaires (Wesleyville, PRM de la Saskatchewan, Point Lepreau et Peace River) qui généreront environ 13 GW additionnels pour un coût estimatif de 149 milliards $, dont 43 milliards $ sont répartis jusqu’en 2035. Selon le scénario de croissance accélérée, la capacité totale augmenterait de 98 GW.

TechnologyCER ‘Current Measures growth 2025-35 (MW)CER ‘Net-Zero’ growth 2025-35 (MW)Projects in development (MW)Announced projects (MW)Additional capacity in Step-Change scenario
Solar10,82610,1759,4614,003
Wind36,12858,52617,7453,49337,288
Hydro6,3186,3381,0166,111
Natural Gas9825,0397,0754,438
Battery4,8425,4135,7133,455
Nuclear2,1122,1126,00013,175

Comme pour le scénario de croissance tendancielle, nous utilisons les projections de BloombergNEF pour les investissements liés aux infrastructures du réseau. Le scénario zéro émission nette décrit une démarche difficile, mais réalisable pour atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Bien qu’il ne corresponde pas directement au scénario zéro émission nette de la CER, il présente une voie à suivre.

ProjectCaseCapacity
(MW)
Cost ($B)EstimationTimeline
Darlington SMRBase1,20020.9OPG192029-3520
Bruce CBase4,80058.3MIT CANES212031-4122
Peace RiverGrowth4,40039.3Derived estimate232029-4224
Point LepreauGrowth3005.2Derived estimate252030-3426
Sask. SMRGrowth3155.5Derived estimate272030-3428
WesleyvilleGrowth8,16099.1MIT CANES2033-4729

Exploitation minière

Les besoins en capital dans le secteur minier comprennent une combinaison de :

  • Dépenses en immobilisations nécessaires aux activités générales ;

  • Coûts de construction d’installations nouvelles.

Nous utilisons une approche combinée : modélisation économique générale pour estimer les dépenses en immobilisations dans le scénario de croissance tendancielle ; et une approche ascendante fondée sur les projets, qui tire parti des données de S&P Capital IQ pour le scénario de croissance accélérée.

Dans notre scénario de croissance tendancielle, nous utilisons la fonction de production Cobb-Douglas en considérant les tendances des dix dernières années, en supposant que la relation entre l’investissement et la production correspond aux tendances historiques. La fonction de production Cobb-Douglas quantifie l’interaction entre la main-d’œuvre, le capital et la productivité relativement au PIB. Nous utilisons les données de Statistique Canada, Tableau 36-10-0217-01 pour établir la relation entre la productivité multifactorielle (MPF), le capital (K) et la main-d’œuvre (T), ainsi que le PIB réel, exprimés comme suit :

RealGDP=MFPKαL((1α))Real GDP=MFP*K^α*L^((1-α)) PIBréel=MFP∗Kα∗L ((1 – α))

Premièrement, nous avons déterminé une valeur générale pour l’élasticité, le facteur α, qui est d’environ 0,7 en moyenne entre 2012 et 2021. Nous utilisons les tableaux suivants pour les données sur les sociétés minières et l’exploitation en carrière (sauf le pétrole et le gaz) – SCIAN 212 :

Une fois le modèle défini, nous appliquons un taux de croissance annuel composé sur 10 ans pour le PIB réel, la main-d’œuvre et la productivité afin d’élargir les projections dans le cadre du scénario de croissance tendancielle. Le PIB réel augmente de 0,6 % par an jusqu’en 2035, ce qui suppose des flux d’investissement totaux d’environ 139 milliards de dollars dans le secteur au cours de la prochaine décennie, selon un taux d’amortissement historique d’environ 16 %.

Les placements font ici référence aux flux de capitaux fixes non résidentiels. Cela comprend la construction d’immeubles industriels, comme les usines, les machines et l’équipement, et la construction de produits de propriété intellectuelle résultant d’activités de recherche et développement et d’activités similaires.

Dans notre scénario de croissance accélérée, nous calculons le coût de la construction de nouvelles mines au Canada pour une gamme de métaux et de minerais : or, zinc, minerai de fer, potasse, U3O8, cuivre, lithium, graphite, nickel, éléments des terres rares (principalement des lanthanides) et cobalt. Nous avons obtenu un ensemble de données de plus de 1 000 projets actuellement en exploitation ou à diverses étapes de développement. Pour modéliser le scénario de croissance accélérée, nous avons adopté une approche ascendante en examinant :

  • plus de 1 000 sites miniers actifs et inactifs partout au Canada ;

  • plus de 50 projets en étape ultime de développement dans les secteurs des métaux de base (p. ex., zinc et cuivre), des métaux précieux (or, argent) et des minéraux critiques (lithium, graphite) ;

  • plus de 100 occasions à un stade précoce dont les coûts ou les réserves sont connus.

Nous appelons projets qui sont à l’étape de préfaisabilité (développement des réserves, exploration avancée, préfaisabilité et définition de la portée) comme des projets aux premières étapes, et ceux qui sont déjà à l’étape de faisabilité ou dont la construction a commencé comme des projets en à l’étape finale.

À mesure que les projets miniers progressent, davantage de renseignements deviennent disponibles. Nous avons donc réduit notre périmètre à 228 projets actifs présentant des renseignements sur les coûts en capital initiaux ou sur les capacités de production estimatives. Des renseignements sont disponibles pour environ 95 % des projets qui en sont aux dernières étapes.

Dans le cas des projets pour lesquels seuls des renseignements sur la capacité de production sont disponibles, nous appliquons un coût moyen estimé par capacité de production pour les métaux ou minéraux correspondants. Selon le scénario de croissance accélérée, tous les projets qui en sont aux dernières étapes et 10 % des projets aux premières étapes doivent être achevés sur une période de 10 ans.

MetalTotal countActive projectsEarly Stage: Projects with cost or capacity infoLate Stage: Projects with cost or capacity info
Gold4462966924
Silver32172
Zinc915187
Copper16396243
Lithium3232127
U3O8472173
Graphite221452
Nickel6939115
Potash13742
Lanthanides141362
Iron Ore5334119
Diamonds1152
Platinum521
Cobal3311
Total1,00163016365

Défense

Les besoins en capital du secteur de la défense englobent la R-D ainsi que les machines et équipements, en fonction de différentes hypothèses concernant les dépenses publiques dans le secteur de la défense. Selon les données du rapport État de l’industrie canadienne de la défense publié par Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISED), le secteur génère des revenus répartis à parts égales entre les ventes au pays et les exportations. De plus, les ventes au gouvernement fédéral représentent près des deux tiers des revenus intérieurs.

Nous supposons que les dépenses en biens d’équipement du gouvernement fédéral constituent la principale source de revenus pour l’industrie canadienne, et cette source varie selon les scénarios. Nous supposons que les autres revenus augmenteront au taux de croissance du PIB nominal de 3,5 %.

Historiquement, les dépenses en machines et équipements et les dépenses de R-D ont représenté environ 5,5 % des revenus. Nous utilisons ce ratio pour déterminer les dépenses en immobilisations requises par le secteur pour assurer la nouvelle trajectoire des revenus.

Dans notre scénario de croissance tendancielle, nous supposons que le Canada n’atteindra que 2 % des dépenses fixées par l’OTAN. Les dépenses sont réparties entre le personnel (50 %), l’exploitation et la préparation (25 %), les biens d’équipement (20 %) et l’infrastructure (5 %), ce qui correspond à la répartition historique, et la consigne d’achat au Canada augmente la part du contenu canadien de 30 % à 50 % en 2035 (hausse linéaire). Le gouvernement fédéral a indiqué que par le passé, environ 70 % des dépenses consacrées à la défense étaient dirigées vers des producteurs étrangers, laissant une part de 30 % au marché intérieur. Ottawa veut inverser cette tendance au cours des dix prochaines années afin que la balance s’établisse à 70/30 au bénéfice des entreprises canadiennes.

Dans notre scénario de croissance accélérée, la principale différence est que le Canada est en voie d’atteindre l’exigence de dépenses de 5 % fixée par l’OTAN, dont 3,5 % consacrées aux biens de défense de base. Nous supposons que la composition des dépenses reste la même. Les dépenses de personnel demeurent semblables à celles du scénario de croissance tendancielle, et les dépenses liées à la préparation et aux infrastructures augmentent selon la répartition historique de 25 % et de 5 %, respectivement. Les autres dépenses de défense sont axées sur l’acquisition de nouveaux biens d’équipement (ou le remplacement de biens d’équipement vieillissants), qui génèrent des revenus accrus pour le secteur et qui nécessitent des investissements supplémentaires pour répondre à la demande croissante.

Espace

Les données sur l’économie spatiale canadienne sont limitées. L’Agence spatiale canadienne (ASC) publie chaque année l’État du secteur spatial canadien, englobant notamment le revenu, le produit intérieur brut, l’emploi et les exportations. Les données concernant les sociétés cotées en bourse sont disponibles. Dans notre méthode, nous avons combiné les données de ces deux sources pour modéliser le chiffre d’affaires, le PIB et les dépenses en immobilisations dans les deux scénarios de croissance tendancielle et de croissance accélérée.

Les calculs ont nécessité plusieurs étapes.

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires et le PIB jusqu’en 2035 dans le scénario de croissance tendancielle, nous avons dérivé le taux de croissance annuel historique sur la plus longue durée possible à l’aide des données de l’ASC (de 2014 à 2022) qui, selon nous, orienteront la future croissance du chiffre d’affaires (-0,8 %) et du PIB (1 %).

  • Pour prévoir le chiffre d’affaires dans le cadre du scénario de croissance accélérée, nous supposons que le Canada doublera sa part du marché mondial d’ici 2035, en passant d’environ 1,1 % du marché mondial en 2022 à 2 % d’ici 2035. En partenariat avec McKinsey & Company, le Forum économique mondial prévoit que le marché spatial mondial augmentera à 755 milliards de dollars américains d’ici 2035, portant la part du Canada à 21 milliards de dollars canadiens. Ce scénario prévoit donc un quadruplement de la croissance du marché spatial en dix ans.

  • To infer the capital required under the two scenarios, we used data for publicly traded space firms. From 2020-2024, Canada’s publicly traded space firms had a capex-to-revenue ratio of 36% (on a weighted average basis). That figure was skewed by heavy investments from a few key firms that are unlikely to be repeated in the future, even under the Step Change Scenario. To better anchor the capex-to-revenue ratio, we included a few mature aerospace companies, which have lower capital requirements. On a weighted-average basis, this brought the capex-to-revenue ratio down to ~10%.

  • Across the Trend Growth and Step Change scenarios, we multiplied annual sales revenue by 10% to determine the annual capex, aggregating the figures over 2025-2035 to determine the total capital required

Agriculture et agroalimentaire

Dans le secteur de l’agriculture, le capital requis comprend ce qui suit :

  • soutien des secteurs public et privé aux connaissances et à l’innovation dans le domaine agricole, grâce à des dépenses en recherche et développement et en propriété intellectuelle ;

  • dans les secteurs de la transformation et de la fabrication, dépenses en immobilisations pour la construction non résidentielle, les machines et les équipements visant à optimiser les procédés au niveau des usines ;

  • pour les grands agriculteurs commerciaux, approfondissement du capital grâce à l’adoption de solutions de technologies agricoles.

À partir des données du USDA, nous examinons la productivité agricole du Canada sur plusieurs décennies. La tendance suggère que la croissance de la productivité a atteint un sommet dans les années 1990 et 2000, puis qu’elle a décliné par la suite. À partir du Tableau 36-10-0096-01 de Statistique Canada, nous observons les tendances de l’investissement au cours de la même période. Nous comparons les flux d’investissement réels au fil du temps ainsi que les flux d’investissement par rapport au PIB du secteur. Les taux d’investissement ont été élevés (tant en termes réels qu’en pourcentage du PIB) au milieu des années 1970 et au milieu des années 1980, se traduisant par des gains de productivité notables au cours des décennies qui ont suivi. À partir des données du rapport de l’OCDE Politiques agricoles : suivi et évaluation, nous suivons le soutien public aux activités de recherche et de développement depuis 1986. Les tendances indiquent une baisse des dépenses en termes réels, en pourcentage des revenus sectoriels et en pourcentage du PIB agricole.

In our Trend Growth Scenario, we extend the average investment trends of the past 10 years. This suggests ~$10 billion annual investment in non-residential construction, machinery and equipment purchases and ~$1.3 billion combined industry IP investments and public support for R&D.

Our Step Change Scenario assumes Canada repeats the investment surge witnessed in the 1970s-1980s, which could raise productivity through more innovation, stronger advanced tech and practice adoption, and investments into efficiency gains. Industry capex increases to ~$13.8 billion annually to match peak levels in 1970s, and combined public and private R&D-related investments rise to $1.6 billion, matching peak levels in 1980s.

Combined total rises to ~$18.9 billion if instead investment levels are calibrated on proportional size to industry GDP – where industry capex investment stood at ~34% (vs 21% currently) as the share of industry GDP on average during 1973-1982, and combined public and private R&D spending was 4.2% (vs 2.7%) during 1986-1995.

For the food manufacturing industry, we tailor the Trend Growth and Step Change scenarios to Canada’s share of global exports aligned with pathways developed in Food first: How agriculture can lead a new era for Canadian exports. Canada’s current market share of global agriculture and agri-food exports stands at 3.7%, and by 2035, global agriculture and agri-food export market (HS codes 1-24) is projected to grow by 0.6% annually. In our Trend Growth scenario for the food manufacturing industry, we assume Canada only maintains it current global standing. This implies 0.8% annual growth in exports of food manufacturing products. Our Step Change scenario for food manufacturing industry assumes Canada increases its export market share by 50%, capturing about US$66 billion by 2035.

In both scenarios, to estimate overall production levels (Statistics Canada table 36-10-0488-01) we combine projected exports with domestic consumption. Domestic consumption is based on historic per capita levels – ~$2500 of real output (adjusted to 2025 price levels) per person, and by 2035, Canada’s population is expected to reach 44.3 million. Overall, food manufacturing production is projected to grow from an estimated $144 billion in 2025 to $155 and $173 billion by 2035 for Trend Growth and Step Change scenarios, respectively. We use a recent spike in investments since 2018, which led to 20% increase in estimated real output, compared to the historic average of 1.9 investment per output ratio during 2007-2017 to derive capital requirements for production capacity increase aligned with our Trend Growth and Step Change scenarios.

B.  Références

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C.  Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier les personnes suivantes, dont les observations ont éclairé nos réflexions et notre rédaction, ainsi que les nombreux experts qui ont souhaité garder l’anonymat.

Mines Agnico Eagle : Alden Greenhouse

Arrell Food Institute, Université de Guelph : Evan Fraser

Bennett Jones : John Baird

Bombardier : Francis Richer De la Flèche

Brookfield Asset Management : Cyrus Madon

Bruce Power : James Scongack

Institut climatique du Canada : Kate Harland

Réseau canadien d’innovation en alimentation : Richa Gupta

Office d’investissement du régime de pensions du Canada : Andrew Alley, Bruce Hogg, Tara Perkins

Exportation et développement Canada : Sven List

MDA Space : Guillaume Lavoie, Patrick Nihill

NASA : Alex MacDonald (ancien étudiant)

NordSpace : Rahul Goel

Ministère de l’Agriculture de l’Ontario : Steve Duff

Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario : Jonathan Hausman

Prospectors & Builders Association of Canada : Jeff Killeen

RBC : Tracy Antoine, Daniel Chornous, Louis Derlis, Chinyere Eni, Andrew Hay, Ken Herbert, Sara Gelgor, Stuart Kedwell, Robert Kwan, Eric Lascalles, James McGarragle, Lorna McKercher, Rob Nicholson, Greg Pardy, Chris Redgate, Hugh Samson, Michael Scott, Michael Siperco

Espace Canada : Brian Gallant

Ressources Teck : Jeff Hanman, Dale Steeves

The Simpson Center for Food and Agricultural Policy : Sabrina Gulab

Université de Calgary : Robert Johnston, Jack Mintz, Trevor Tombe Volatus Aerospace : Greg Colacitti, Glen Lynch, Abhi Singhvi

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Les jeunes entreprises canadiennes du secteur agroalimentaire représentent une occasion d’investissement de 13 milliards de dollars. D’ici 2030, le financement des entreprises agroalimentaires en phase de croissance constituera un levier évident pour soutenir l’ambition d’Ottawa de mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements afin d’accélérer la croissance économique du pays.

Le secteur agroalimentaire canadien est actuellement sous-financé par les fonds de croissance nationaux. À l’échelle fédérale, il ne représente que 2 % des fonds de croissance, de capital de risque et d’infrastructure soutenus par l’État, et n’a attiré qu’environ 4 % de l’ensemble des capitaux de croissance investis au Canada au cours des cinq dernières années.

Ce n’est pas faute d’intérêt. Des fonds de capital de risque et des investisseurs institutionnels ont cherché à se positionner, mais la fragmentation de la gouvernance entre les provinces, ainsi que l’adéquation limitée du secteur aux mandats de certains fonds, ont relégué l’agroalimentaire en marge des approches dominantes de déploiement du capital de croissance.

Les entreprises canadiennes des secteurs de l’agriculture et de l’alimentation ont bénéficié d’une part de l’essor du capital de croissance — soit 10,5 milliards de dollars — entre 2015 et 2021. Toutefois, les investissements ont, depuis, reculé dans l’ensemble des secteurs. Aujourd’hui, l’investissement de croissance dans l’agroalimentaire canadien est inférieur à son niveau d’il y a dix ans, avec une baisse de 32 % en valeur et de 29 % du nombre d’opérations.

Les mécanismes fondamentaux de croissance propres aux entreprises agroalimentaires peuvent mener à une exclusion du secteur des priorités des fonds. Afin d’aligner les investissements sur les ambitions du Canada en matière de croissance économique et de souveraineté, des fonds comme l’Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance de 1 milliard de dollars annoncée dans le budget fédéral de 2025 pourraient prévoir des volets dédiés à l’agroalimentaire et dotés d’outils adaptés.

D’autres pays — notamment la Finlande, le Japon et les Émirats arabes unis — établissent explicitement des liens entre la sécurité alimentaire, la productivité et la politique industrielle au moyen de stratégies coordonnées de capital de croissance. Pour atteindre leurs objectifs en matière de sécurité alimentaire, les Émirats arabes unis ont lancé le pôle Agri-Food Growth and Water Abundance (AGWA), avec l’ambition d’attirer 48 milliards de dollars spécifiquement destinés aux secteurs de l’agriculture, de l’alimentation et de l’eau d’ici 2045.

L’enjeu — et l’occasion — pour les investisseurs et les innovateurs canadiens, tant publics que privés, consiste à mieux calibrer et à accroître l’échelle des capitaux et des entreprises afin d’ancrer la valeur économique au pays. Cela commence dès l’étape conceptuelle en renforçant le rôle des universités, dont la contribution à l’innovation s’est affaiblie, et en inversant le recul des investissements de recherche et développement agroalimentaire confiés aux universités par les entreprises, lesquels ont chuté de 64 % au cours des cinq dernières années.

Le Canada dispose de l’un des secteurs agricoles les plus productifs au monde et de producteurs concurrentiels à l’échelle internationale, et est un exportateur net de produits agricoles et alimentaires à valeur ajoutée. Pourtant, le pays perd progressivement sa position de soutien privilégié des jeunes entreprises agroalimentairesa. Cette situation s’explique par l’existence de lacunes et de barrières structurelles tout au long du parcours d’investissement et d’innovation, de la phase d’amorçage à la maturité.

Le Canada est en phase de construction. Son ambition d’attirer 1 000 milliards de dollarsb d’investissements au cours des cinq prochaines années pour stimuler la croissance du pays envoie un signal clair1. Une étape clé pour concrétiser cette ambition consiste à mettre à profit les infrastructures existantes ainsi que les fonds de croissance et de capital de risque du pays au service des secteurs à fort potentiel de croissance, comme l’agroalimentaire. Le budget fédéral de 2025 a désigné l’agroalimentaire comme l’un des trois secteurs où le Canada bénéficie d’un avantage stratégique à l’échelle mondiale. Pourtant, ce secteur représente moins de 2 % des fonds publics orientés vers la croissance. Et au cours des cinq dernières années, les entreprises agroalimentaires n’ont capté que 4 % des investissements de capital de croissancec au Canada, un niveau que les investisseurs du secteur qualifient de sous-investissement flagrant.

Pour que les investissements en capital de croissance au Canada correspondent à la contribution de l’agroalimentaire au PIB du pays, il faudra mobiliser environ 13 milliards de dollars d’ici 2030 — soit une augmentation de 36 % par rapport aux cinq dernières années : de tels investissements permettraient de cibler les actions et de positionner le Canada comme un pôle mondial dynamique d’innovation et de produits agroalimentaires.

Les bouleversements mondiaux des cinq dernières années soulignent la nécessité pour le Canada de renforcer sa souveraineté dans les domaines de l’innovation, de la production et de la transformation agroalimentaires. Or, le reste du monde n’attend pas que le Canada peaufine son approche. Sans mesures immédiates pour accroître sa capacité de transformation à valeur ajoutée, le pays risque de limiter le potentiel de croissance de son secteur agroalimentaire. Il risque également d’éroder son écosystème d’innovation agroalimentaire, les entreprises et les talents se tournant vers d’autres pays — notamment l’Australie, le Japon et l’Allemagne — qui intensifient leurs investissements en recherche et développement et en commercialisation2. Enfin, il risque de perdre en pertinence à l’ère des technologies de rupture — outils décisionnels pilotés par l’IA, édition génétique, intrants biologiques, automatisation, robotique et procédés alimentaires innovants — qui façonneront les gains de productivité des prochaines décennies.

Il existe un décalage entre le positionnement du secteur agroalimentaire canadien comme une superpuissance et de ses avantages stratégiques d’une part, et l’ampleur et l’orientation réelles des investissements nationaux d’autre part. Transformer le Canada en superpuissance agroalimentaire nécessite une approche ciblée et agile en matière de capital et de croissance capable de contourner les contraintes sectorielles et de révéler son plein potentiel.

Les entreprises canadiennes ne captent que 3 % du capital de croissance dans le secteur agroalimentaire
  • Objet : Conception, prototypage précoce, études de marché

  • Investisseurs : Investisseurs providentiels, incubateurs et accélérateurs, subventions universitaires et gouvernementales, fonds d’amorçage en capital de risque, bureaux de gestion de patrimoine

  • Atouts : Soutien gouvernemental et régional solide grâce à des programmes d’innovation en phase initiale

  • Défi : Rupture entre les secteurs public et privé dans la collaboration visant la commercialisation de la propriété intellectuelle

  • Objet : Projets pilotes, prototypage, essais de marché et production à petite échelle

  • Investisseurs : Accélérateurs, sociétés de capital de risque, capital de risque corporatif, subventions gouvernementales, bureaux de gestion de patrimoine, sociétés d’État

  • Atouts : Réseau de fonds de capital de risque en expansion

  • Défi : Complexité des parcours d’investissement et risques de sous-capitalisation pouvant entraîner des rondes de financement de transition, ralentir le développement et diluer l’actionnariat

  • Objet : Innovation continue, émergence d’un leadership de marché, mise à l’échelle des opérations

  • Investisseurs :  Sociétés de capital de risque, capital-investissement, investissements stratégiques corporatifs, sociétés d’État

  • Atouts : Accès aux marchés internationaux des capitaux, notamment aux États-Unis et dans l’Union européenne

  • Challenges: Gap in follow-on fund, especially Series B to growth and fragmented domestic capital-raising options

  • Objet : Flux de trésorerie stables, croissance plus modérée, efficacité opérationnelle et expansion, sortie

  • Investisseurs : Banques commerciales, capital-investissement, fusions et acquisitions, vente industrielle, premier appel public à l’épargne

  • Atouts : Solide soutien des banques commerciales, bien que le financement de projets demeure difficile à obtenir

  • Défis : Rareté de grands acquéreurs nationaux, ce qui conduit souvent à des ventes à des acheteurs étrangers ; les entreprises menant des projets d’infrastructure font face à des contraintes structurelles dans l’assemblage de montages financiers complexes

Trop peu d’entreprises parviennent à passer à la phase de croissance, et trop peu de capitaux sont disponibles pour celles qui y parviennent.

L’ampleur, la répartition et la valeur du capital de croissance investi dans les entreprises en expansion d’un secteur sont des indicateurs de sa dynamique et de ses perspectives de croissance. Au Canada, les marchés en amont et intermédiairesd — allant des intrants agricoles à la transformation alimentaire — bénéficient généralement d’un bon accès aux capitaux en phase initiale grâce aux subventions gouvernementales, aux bureaux de gestion de patrimoine familial et aux sociétés de capital-risque. Les marchés en aval, comme les marques alimentaires, ont moins accès à ce type de financement, avec un nombre réduit de fonds de capital-risque actifs. Les entreprises agroalimentaires, quel que soit leur segment de marché, commencent à se heurter au défi canadien du capital de croissance : des fonds internes fragmentés et limités lorsqu’il s’agit de lever 15 millions de dollars ou plus. Il existe un écart important en matière de financement de croissance dans l’ensemble des secteurs économiques, les sociétés de capital-risque nationales n’étant généralement pas en mesure d’injecter plus de 30 millions de dollars. Cette situation freine l’expansion des entreprises et réduit la capacité du Canada à attirer et à retenir des sociétés agroalimentaires à fort potentiel. La complexité du secteur agroalimentaire canadien accentue ce problème, car les investisseurs généralistes ont du mal à s’y retrouver sans expertise sectorielle. Les capitaux mobilisés, par exemple, pour soutenir une entreprise de technologies agricoles sont souvent complètement différents de ceux qui s’intéressent à une marque alimentaire, leurs indicateurs de croissance, marchés et besoins en capitaux étant très différents (par exemple, propriété intellectuelle ou entrepôt de distribution).

À l’échelle mondiale, le capital de croissance a fortement augmenté dans tous les secteurs, y compris l’agroalimentaire, jusqu’au pic de 2021. Entre 2015 et 2021, le capital de croissance dans l’agroalimentaire canadien a progressé de 1 405 % en phase d’amorçage et de 480 % en phase de capital-risque3. Cette croissance a été alimentée par plusieurs facteurs et intervenants :

  • L’intérêt mondial pour la technologie agroalimentaire et l’agriculture durable a explosé face à l’urgence croissante de nourrir davantage de personnes avec un impact environnemental réduit. En conséquence, les investissements mondiaux dans la technologie agroalimentaire ont atteint 71 milliards de dollars en 20214

  • Le Canada a lancé des incubateurs (YSpace Food Incubator), des accélérateurs (SVG Thrive) et des centres de sciences appliquées de l’alimentation (Saskatchewan Food Industry Development Centre) pour favoriser la commercialisation de l’innovation agroalimentaire.

  • Les fonds de capital-risque axés sur l’agriculture et l’alimentation, notamment District Ventures Capital, Ag Capital Canada, Emmertech, Tall Grass Ventures et Nya Ventures, ont également connu une croissance au Canada.

  • Certaines sociétés d’État ont contribué à dynamiser le secteur par des initiatives comme l’engagement de 2 milliards de dollars d’ici 2030 de Financement agricole Canada (FAC) pour soutenir l’innovation dans l’agriculture et l’alimentation.

Le capital de croissance a représenté 12 % des investissements au cours de la dernière décennie

Depuis 2021, le capital de croissance et les investissements dans la plupart des segments ont diminué. Les investissements dans les entreprises agroalimentaires canadiennes sont désormais inférieurs à ceux d’il y a dix ans, avec une baisse de 32 % en valeur et de 29 % du nombre d’opérations5. Cette contraction reflète les tendances observées dans d’autres grandes économies agroalimentaires — notamment les États-Unis, le Brésil et l’Australie — où le financement consacré aux technologies agroalimentaires a atteint son plus bas niveau en dix ans6.

Bien que certains signes positifs aient émergé au cours des cinq dernières années — notamment la progression du capital-investissement et l’orientation vers des entreprises matures et à fort impact — les défis fondamentaux pour attirer et retenir le capital demeurent. Le défi le plus évident se situe à la phase de croissance. La valeur du capital disponible au Canada pour les entreprises en phase de croissance est d’environ 37 % inférieure à celle en phase de capital-risque, où les entreprises en démarrage bénéficient davantage du soutien des sociétés de capital-risque et des incubateurs7.

Les entreprises du secteur agroalimentaire canadien font face à un important déficit de financement au stade de la croissance

Cependant, se concentrer sur la résolution de ce problème de manière isolée peut engendrer de nouveaux déséquilibres tout au long de la chaîne. Par exemple, les fonds de capital-risque agroalimentaire apparus au Canada au cours de la dernière décennie cherchent désormais à lever de nouveaux fonds plus importants pour combler les lacunes à la phase de croissance, ce qui pourrait créer un nouveau déficit dans les investissements en phase de démarrage — c’est-à-dire des tours de financement compris entre 1 et 5 millions de dollars. Assurer la disponibilité de capitaux à chaque étape de la croissance et pour l’ensemble des segments de marché nécessite donc une coordination entre les investisseurs afin de garantir une couverture continue le long de la chaîne de financement.

L’absence de « licorne » agroalimentaire canadienne — définie comme une entreprise en démarrage privée générant un chiffre d’affaires annuel d’au moins 1 milliard de dollars — constitue un signal macroéconomique indiquant que le Canada ne dispose pas d’un écosystème capable de propulser les entreprises prometteuses8. Les pays comparables, comme les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Australie, comptent tous des licornes, et les poids lourds comme les États-Unis, l’Inde et la Chine disposent d’un portefeuille stable de ces entreprises à forte valeur.

Principaux pays producteurs de licornes dans le domaine agroalimentaire

Les structures de financement poussent les entreprises à se développer hors du Canada

Les jeunes entreprises agroalimentaires canadiennes progressent souvent plus lentement dans les phases de commercialisation et d’expansion que leurs homologues dans les marchés concurrents en raison de bassins de capitaux moins importants. Un accès limité au capital limite la croissance et allonge les horizons de rentabilité. Si les entreprises en phase initiale peuvent attirer des fonds publics et du capital de risque, celles qui recherchent des rondes de financement plus importantes sont fréquemment contraintes de se tourner vers des sources de capital étrangères.

Les pays comparables au Canada prennent de l'avance dans les investissements en phase de croissance

Vive, une entreprise de protection des cultures établie à Mississauga, en Ontario, cherche à lever des capitaux de série D de plus de 40 millions de dollars à compter du premier trimestre de 2026. L’entreprise s’attend à ce que plus de 75 % des fonds levés lors de cette ronde proviennent de l’extérieur du Canada. Cette démarche s’inscrit dans la continuité de la première phase d’expansion commerciale de Vive, amorcée aux États-Unis, où l’approbation des ingrédients actifs de ses produits a nécessité quatre ans, contre huit ans au Canada.

Alimentent l’innovation agroalimentaire, mais ne soutiennent pas ces mêmes innovations aux étapes de croissance.

Le soutien gouvernemental aux premières étapes de la croissance provient principalement des incubateurs, des accélérateurs, ainsi que des programmes de partage des coûts et de recherche et développement — des composantes essentielles de la filière d’innovation agroalimentaire du Canada. Toutefois, cette concentration du financement et les modalités de mise en œuvre des programmes conduisent souvent à ce que les dirigeants de futures entreprises de pointe canadiennes de l’agroalimentaire soient qualifiés d’« entrepreneurs axés sur les subventions », contraints de consacrer un temps disproportionné à la recherche de financement, à la rédaction de demandes et au respect des exigences de reddition de comptes, plutôt qu’à la construction d’entreprises prêtes à accueillir des investisseurs. Bien entendu, les mécanismes de contrôle et de responsabilisation sont indispensables dans le cadre du financement public, mais l’accès à ces fonds et les obligations de suivi qui y sont associées gagneraient à être rendus plus efficients.

Un autre défi lié au capital gouvernemental réside dans le fait que le secteur ne correspond souvent pas parfaitement aux critères d’investissement des fonds nationaux, comme le Fonds de croissance du Canada, pour plusieurs raisons : taille des projets, dispersion géographique de la production et des initiatives, et définitions de l’innovation ou des technologies propres. Par conséquent :

  • Les 17 investissements et plus du Fonds de croissance du Canada ne comprennent aucune entreprise agroalimentaire.

  • Sur les 106 investissements de la Banque d’infrastructure du Canada, un seul est axé sur la production agricole.

  • Le secteur agroalimentaire ne représente qu’environ 3 % des 575 entreprises financées par l’Initiative de catalyse du capital de risque (ICCR) et le Plan d’action sur le capital de risque (PACR).

Le capital d’agriculteurs dont les capitaux sont immobilisés ou d’investisseurs institutionnels exclus représente une ressource sous-utilisée pour le secteur agroalimentaire canadien.

Les investisseurs institutionnels au Canada, comme les caisses de retraite et les sociétés de capital-investissement, veulent s’engager dans l’agroalimentaire canadien, mais se heurtent à un triple obstacle :

  • Nombre limité de projets de grande envergure

  • Besoin de co-investisseurs, publics ou privés, pour partager le risque

  • Réglementations restreignant les investissements

Le modèle canadien d’attraction de capitaux dans l’agriculture primaire illustre bien ces barrières. Le pays est optimisé pour la propriété familiale, avec des réglementations provinciales restreignant les investissements étrangers et imposant la gestion de l’offre pour certains sous-secteurs. Cela contraste fortement avec l’Australie, par exemple, qui considère l’agriculture comme un secteur d’exportation investissable grâce à de grandes exploitations regroupées et gérées par des sociétés professionnelles. Les investisseurs peuvent injecter des centaines de millions dans une seule entreprise, qui dispose alors de liquidités suffisantes pour investir dans de nouvelles entreprises et des innovations susceptibles d’accroître leur productivité.

Les investisseurs institutionnels souhaitant réaliser des placements significatifs avec des rendements éprouvés peuvent trouver le modèle canadien fragmenté difficile à naviguer. Ainsi, certaines des plus importantes caisses de retraite canadiennes investissent dans l’agriculture hors du Canada. Le portefeuille de ressources naturelles de la Caisse de retraite de la Fonction publique comprend environ 77 % d’investissements agroalimentaires, le Canada n’en représentant que 9,3 %. La plus grande part, 43,3 %, est dirigée vers des pays d’Océanie, principalement l’Australie.

Les agriculteurs jouent également un rôle clé dans le pipeline d’innovation et de capital agroalimentaire, car les nouveaux produits et services du segment amont peuvent directement influencer leur croissance et leur productivité. Cependant, les agriculteurs canadiens voient leurs possibilités limitées, le capital étant souvent immobilisé dans les coûts opérationnels et les actifs comme terres, bâtiments et équipements. Cela réduit à la fois les signaux de demande pour les technologies novatrices et les occasions de co-investissement dans des projets à forte incidence, par rapport à des pays capables d’attirer des investissements à grande échelle et disposant de capitaux disponibles au-delà des opérations et des actifs.

L’aversion au risque freine l’appétit des investisseurs, l’entrepreneuriat et l’innovation.

Contrairement aux États-Unis, où une culture « échouer rapidement, ajuster, passer à l’échelle » stimule l’activité transactionnelle et l’appétit pour le risque, les investisseurs canadiens se montrent généralement plus prudents, surtout au-delà de la phase d’amorçage, ce qui décourage les prises de pari audacieuses. Cela se reflète dans le nombre limité de nouvelles entreprises canadiennes recherchant des rondes de financement.

Entreprises agroalimentaires établies dans certains pays de premier plan

Les préférences traditionnelles des investisseurs pour des secteurs comme les technologies de l’information plutôt que pour l’innovation agroalimentaire — souvent perçue comme générant une croissance et des rendements plus faibles — limitent la participation des fonds de capital-risque généralistes et des investisseurs institutionnels. Cela contribue à restreindre les bassins de capitaux disponibles pour les opérations agroalimentaires en phase avancée.

La responsabilité de mettre en place des approches claires et cohérentes pour accéder au soutien et au capital ne devrait pas reposer uniquement sur les investisseurs. Lorsqu’une jeune entreprise parvient à attirer des clients, le capital suit souvent naturellement. Cela souligne l’importance d’améliorer la pertinence des innovations pour résoudre des problèmes concrets et de favoriser leur adoption par les agriculteurs, les entreprises et les détaillants canadiens, mais aussi par les clients étrangers, afin de permettre aux entreprises canadiennes de se développer à grande échelle.

Une demande confirmée permettrait aux jeunes entreprises d’accéder au financement tout au long de leurs phases de croissance et de collaborer avec les investisseurs pour établir les structures de capital appropriées. Three Farmers, une entreprise de collations basée en Saskatchewan, a accru sa production dans les Prairies et commercialise ses légumineuses assaisonnées dans plus de 4 000 points de vente au Canada et aux États-Unis. L’accès au capital de croissance a été un élément clé de son succès. Cela inclut une levée de fonds de 6,2 millions de dollars en 2022, menée par trois investisseurs stratégiques : District Ventures Capital, société de capital-risque spécialisée dans les biens de consommation emballés ; Exportation et développement Canada (EDC), qui aide les entreprises à se développer efficacement sur des marchés étrangers comme les États-Unis ; et Protein Industries Canada, qui offre un accès aux réseaux d’innovation et de chaîne d’approvisionnement9. En 2025, un nouveau partenariat stratégique avec Financement agricole Canada (FAC) a apporté non seulement des capitaux propres, mais aussi un « capital intelligent » sous forme de mentorat pour l’orientation dans le cadre réglementaire et la définition d’approches optimales de combinaison de capitaux. De tels exemples constituent un véritable guide pour mettre ponctuellement les entreprises en rapport avec les bons types d’investisseurs.

La mise en place de chaînes d’approvisionnement nécessite des capitaux — les entreprises agroalimentaires émergentes peinent à les mobiliser au Canada.

Le développement de chaînes d’approvisionnement agroalimentaires et la commercialisation de produits exigent souvent la création d’infrastructures pour les installations de production et de transformation, ce qui requiert des structures de capital adaptées combinant fonds propres et dette afin de rendre ces projets attrayants pour les entreprises et les investisseurs. Les nouvelles installations de production, en particulier pour les produits alimentaires et la transformation, nécessitent souvent des contrats d’achat ou des engagements d’adoption pour rassurer les investisseurs. Au Canada, où le bassin d’investisseurs prêts à s’engager dans des projets d’envergure est restreint, où les chaînes d’approvisionnement alimentaires sont décentralisées et où les étalons de prix peuvent être incertains — notamment pour les ingrédients alimentaires innovants —, l’obtention de tels engagements peut s’avérer difficile, augmentant le risque perçu.

Malgré les coûts initiaux liés à la commercialisation et à l’expansion, la croissance du secteur contredit l’idée selon laquelle l’élan pour la transformation à valeur ajoutée stagnerait au Canada. Au cours de la dernière décennie, la croissance annuelle des revenus dans la fabrication agroalimentaire a été en moyenne de 5,9 %, contre 3,6 % pour l’ensemble du secteur de la fabrication10.

Les investissements dans les actifs de fabrication agroalimentaire ont augmenté d’environ 32 % en termes réels au cours de la dernière décennie11. Cette croissance modérée est principalement portée par l’expansion d’entreprises agroalimentaires établies de grande envergure, qui développent des capacités de transformation significatives.

Pourtant, de nombreuses nouvelles entreprises innovant dans les ingrédients alimentaires se heurtent à des obstacles pour réunir les bonnes structures de capital en raison des barrières liées à la chaîne d’approvisionnement — absence de certitude quant aux prix et manque d’engagements contractuels de la part d’acheteurs avant la construction des infrastructures de transformation. En conséquence, le Canada risque de perdre des activités de transformation à valeur ajoutée au profit d’autres territoires où les capitaux circulent plus facilement. Par exemple, Phytokana Ingredients Inc., une jeune entreprise albertaine qui transforme des fèves cultivées au Canada en ingrédients alimentaires, s’efforce de développer la transformation à valeur ajoutée des légumineuses au Canada. L’entreprise cherche actuellement à financer la construction et la mise en service d’une installation de fractionnement sec entièrement automatisée d’une capacité annuelle de 30 000 tonnes métriques près de Strathmore, en Alberta12. Cependant, constituer une base de capital adéquate s’avère difficile avec les investisseurs nationaux, poussant Phytokana à envisager des investisseurs étrangers, ce qui pourrait influer sur le choix de l’emplacement de la future installation de transformation.

Le paysage agroalimentaire canadien est difficile à naviguer pour les jeunes entreprises et les investisseurs qui ne sont pas intégrés aux réseaux sectoriels régionaux et nationaux. Une fois dans ces réseaux, les entreprises en phase initiale bénéficient souvent d’un soutien solide, mais deux défis persistent pour établir des trajectoires cohérentes permettant aux entreprises d’attirer du capital par étapes :

  • Explorer les possibilités de financement et de soutien et s’orienter dans les processus de demande.

  • Déterminer les sources de financement pour les phases suivantes.

Cartographier les profils d’investisseurs selon les segments de marché et les mandats fournit une feuille de route structurée pour faire évoluer le capital, de l’amorçage aux étapes de croissance. Des pays comme le Royaume-Uni, Israël et Singapour offrent des exemples de mise en place de telles structures. Le Royaume-Uni, par exemple, est reconnu pour ses parcours structurés reliant les accélérateurs et les plateformes d’amorçage aux sources de capitaux des phases intermédiaires et avancées d’organisations comme Founder Factory.

Une des principales raisons pour lesquelles le nombre d’opérations agroalimentaires au Canada a chuté de 450 % entre la phase initiale et la phase de croissance au cours des trois dernières années réside dans le niveau de préparation des jeunes entreprises. Les investisseurs soulignent régulièrement que le manque de préparation constitue une contrainte majeure. Les fondateurs d’entreprises excellent souvent dans la preuve de concept et la phase de recherche et développement, mais ont de la difficulté à effectuer la transition vers une demande client validée, des modèles de revenus reproductibles, la conformité réglementaire, la préparation de la chaîne d’approvisionnement, ainsi que la maturité en gestion et gouvernance.

De nombreuses organisations, notamment les bureaux d’innovation des universités et les accélérateurs, s’attaquent à ces enjeux. Par exemple, le Réseau canadien d’innovation en alimentation met les jeunes entreprises en relation avec des partenaires dans des segments de marché technologique alimentaire définis, comme les ingrédients alimentaires. Ces programmes permettent aux jeunes entreprises de nouer des relations avec les détaillants et les acheteurs stratégiques plus tôt, tout en offrant aux entreprises et aux acteurs de la chaîne d’approvisionnement une meilleure visibilité quant aux innovations émergentes. Établir ces liens est essentiel pour améliorer les taux de réussite des entreprises et pour renforcer la connectivité entre les leaders sectoriels et les entreprises en démarrage, d’autant que seulement 6 % des entreprises canadiennes cotées en bourse investissent dans le capital-risque, contre 40 % aux États-Unis13.

Le Canada est de plus en plus perçu comme un pays où les contraintes réglementaires freinent le développement des entreprises agroalimentaires et la commercialisation de leur propriété intellectuelle.

Le pays accuse un retard par rapport à des concurrents clés comme l’Australie, le Japon, l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et la Corée du Sud en tant que ressort privilégié pour le dépôt de brevets agroalimentaires14. Cette situation découle de multinationales, notamment dans les sciences de la vie, qui déclarent avoir fortement rétrogradé le Canada dans leur classement des pays où investir en recherche et développement au cours de la dernière décennie. Cela s’explique en partie par des processus d’approbation pour les intrants agricoles, comme les ingrédients actifs des pesticides, qui peinent à garder le rythme et à demeurer transparents pour l’examen des demandes15. Ces tendances nuisent à l’image du Canada comme soutien à l’innovation agroalimentaire en phase initiale.

États-Unis : échelle et profondeur

Part de marché : les États-Unis ont capté 33 % des investissements agroalimentaires mondiaux au cours des trois dernières années.

Atout : l’ampleur et la maturité de leurs marchés de capitaux.

Leçon : créer des fonds de croissance capables de participer activement à toutes les phases du cycle de vie des entreprises. Par exemple, S2G Investments, basée à Chicago, gère plusieurs fonds et peut collaborer avec des entreprises à différentes phases de croissance, générant des bassins de capitaux plus profonds, alors que les entreprises agroalimentaires ont historiquement eu du mal à accéder à du financement auprès de sociétés de capital-investissement ou de banques commerciales (par exemple, avant la génération de revenus).

Inde : croissance alimentée par la demande

Part de marché : l’Inde attire désormais 8 % des investissements mondiaux en croissance agroalimentaire et devrait renforcer sa position au cours de la prochaine décennie grâce à l’amélioration rapide de sa productivité agricole.

Atout : la croissance repose sur une demande intérieure massive, un système alimentaire en pleine modernisation, et un soutien gouvernemental solide à l’innovation agricole.

Leçon : se concentrer sur les fondamentaux relatifs à la croissance de la production et de la consommation pour orienter les investissements. En réponse aux projections de consommation et de production, l’Inde connaît un fort développement des plateformes agroalimentaires, de la logistique de la chaîne d’approvisionnement et de l’agriculture de précision, le tout soutenu par une participation accrue des fonds de capital-risque nationaux et des investisseurs stratégiques.

Le pays capte désormais près de 8 % des investissements européens en technologies agroalimentaires16. La récente progression a été largement portée par un investissement de 260 millions de dollars dans Finnforel, une entreprise d’aquaculture, soulignant la force de la Finlande dans les protéines durables et les systèmes de production alimentaire avancés.

Avec seulement 2,3 millions d’hectares de terres agricoles — soit 3,7 % de la surface agricole canadienne —, la Finlande s’impose comme un pôle d’innovation suivant une approche semblable à celle soutenue par les gouvernements des Pays-Bas et du Danemark pour attirer des investissements sectoriels privés. L’écosystème finlandais se distingue par une forte collaboration public-privé, une expertise approfondie en agriculture et aquaculture en climat froid, et un accent sur des solutions technologiques de pointe orientées vers l’exportation.

Le Japon est désormais le troisième investisseur en technologies agroalimentaires en Asie, captant environ 13 % du marché, derrière l’Inde et la Chine17. Sa progression dans le classement mondial s’appuie sur plusieurs grandes opérations, notamment un investissement de 89 millions de dollars dans la jeune entreprise de biomatériaux Spiber.

Parmi ses avantages concurrentiels, le Japon bénéficie d’une forte participation d’investisseurs en capital-risque comme Global Brain Corporation et Beyond Next Ventures. Le marché interne japonais, mature, soutient la commercialisation d’aliments haut de gamme et fonctionnels, et présente des avantages notables dans des domaines clés de croissance, notamment les biomatériaux et les technologies de fermentation. L’écosystème national excelle également dans la mise à l’échelle de technologies à forte intensité de capital nécessitant de longs cycles de développement et des partenaires industriels solides.

Les Émirats arabes unis importent environ 80 % de leur alimentation. La sécurité alimentaire est donc devenue une priorité nationale. Le pays vise à produire 50 % de sa nourriture localement et à se classer premier dans l’Indice mondial de la sécurité alimentaire d’ici 205118. Pour atteindre cet objectif, les Émirats ont lancé le pôle économique Agri-Food Growth and Water Abundance (AGWA), qui prévoit attirer près de 48 milliards de dollars d’ici 2045.

La sécurité alimentaire en tant qu’impératif stratégique a stimulé la croissance rapide du secteur agroalimentaire national soutenue par les avantages plus larges de l’économie des Émirats arabes unis, notamment :

  • Zones franches et réglementation favorable aux investisseurs

  • Infrastructures logistiques de pointe et position géographique stratégique reliant l’Europe, l’Afrique et l’Asie

  • Fort soutien gouvernemental aligné sur des objectifs nationaux à long terme.

Incidence potentielle : Renforcement du rôle des universités, qui s’est affaibli en matière d’innovation, et inversement de la tendance à la baisse des investissements en recherche et développement agroalimentaire externalisés vers les universités, lesquels ont chuté de 64 % au cours des cinq dernières années19

Favoriser la commercialisation suppose d’aller au-delà des approches traditionnelles qui incitent les chercheurs principalement par le biais de subventions, où la réussite est mesurée en fonction des publications évaluées par les pairs, et où l’avancement repose sur le modèle classique axé sur la recherche et les services universitaires. Les facultés d’agroalimentaire pourraient envisager de promouvoir davantage les parcours universitaire-entrepreneur pour les chercheurs — à l’instar de ceux proposés par la Faculté d’agriculture de l’Université Dalhousie — et de mettre en place des cadres structurés permettant aux universités et au secteur privé de négocier la propriété intellectuelle afin de soutenir efficacement la commercialisation. Ces mesures pourraient inclure la facilitation de partenariats de co-conception entre établissements et entreprises, l’établissement de lignes directrices plus claires en matière de conflits d’intérêts, ainsi que l’intégration explicite des activités de commercialisation dans les critères de promotion et de titularisation, en particulier dans les disciplines des sciences appliquées et du génie.

Il est courant que les universités et collèges canadiens engagés dans des projets avec le secteur privé détiennent automatiquement la propriété intellectuelle issue de ces travaux. Bien que cette approche vise généralement à protéger l’intérêt public et la valeur institutionnelle, ces conditions — combinées à l’absence de reconnaissance formelle, de crédits liés à la titularisation et de mécanismes de rémunération pour les chercheurs agissant à titre d’entrepreneurs — peuvent constituer des obstacles importants à la commercialisation. Ainsi, des institutions comme les universités, qui jouent un rôle fondamental dans l’expérimentation et la génération d’idées nouvelles, risquent d’être de plus en plus exclues de la chaîne de commercialisation agroalimentaire, en particulier dans les domaines de l’innovation appliquée et à forte intensité de capital comme la transformation des aliments, la bioproduction et les technologies agricoles. L’expérience des États-Unis, d’Israël et de certaines régions d’Europe démontre que des modèles de propriété intellectuelle plus souples — notamment des cadres où la propriété intellectuelle appartient aux créateurs ou est partagée, assortis de mécanismes clairs de partage des revenus — peuvent accroître de manière significative la création de jeunes entreprises et la collaboration avec l’industrie et les investissements en aval, sans compromettre l’intégrité académique.

Incidence potentielle : Atténuation de la chute marquée du nombre d’opérations — de 450 % entre les stades de démarrage et de croissance — et rétention des talents entrepreneuriaux en STIM et en administration dans le secteur agricole au-delà du 1 % actuel des diplômés de cycles supérieursPotential impact: Mitigate the stark deal count shrink of 450% from early stage to growth stage; and retain entrepreneurial STEM and business talent in agriculture beyond the current 1% of postgraduates.20

Pour lever les obstacles propres aux premières étapes, il est proposé de développer une plateforme de conciergerie propulsée par l’IA intégrée à une organisation nationale existante disposant d’une crédibilité sectorielle et d’une connaissance institutionnelle reconnue. Cette plateforme permettrait aux jeunes entreprises de naviguer, en un seul point d’accès, l’ensemble des possibilités offertes par les secteurs public et privé en s’appuyant sur des outils existants comme AgPal.

Des initiatives comparables ont déjà été tentées afin d’aider de jeunes entreprises à s’orienter dans cet écosystème, et de nombreux incubateurs et accélérateurs offrent des services de mise en relation et d’accompagnement. Malgré cela, les jeunes entreprises agroalimentaires indiquent être désorientées aux premières étapes de leur création et faire face à une diminution marquée du soutien une fois sorties d’un incubateur ou d’un accélérateur. Cette chute de soutien est particulièrement prononcée dans l’agroalimentaire en raison de cycles de recherche et développement prolongés, de la complexité réglementaire et de l’intensité en capital du secteur. Un tel outil pourrait offrir un accompagnement personnalisé et en temps réel en matière d’admissibilité au financement, de prospection de clientèle, de parcours réglementaires, de relais plus clairs entre les différentes étapes de financement de croissance, et de connexions à l’écosystème.

L’optimisation de la plateforme nécessiterait toutefois un alignement entre les investisseurs et les intervenants de soutien en phase précoce quant aux définitions communes des segments de marché, aux catégories d’innovation et aux mandats d’appui, afin d’assurer une orientation précise des jeunes entreprises vers les occasions les plus pertinentes.

Incidence potentielle : Correction de la faible part de l’agroalimentaire dans le capital de croissance national en mobilisant davantage d’investisseurs généralistes, tout en attirant une plus grande proportion du capital de risque mondial, qui dépassait 500 milliards de dollars en 2025.21

Si le secteur souhaite susciter l’intérêt d’investisseurs externes, les leaders et investisseurs agroalimentaires établis au Canada doivent mettre en place des plateformes plus intentionnelles permettant aux investisseurs non spécialisés d’acquérir une meilleure compréhension, un cadre de référence et une conviction d’investissement. Un point de départ pourrait consister à organiser, à l’intention d’investisseurs généralistes canadiens et internationaux, des tables rondes nationales par segment de marché animées par des chefs de file de l’investissement agroalimentaire. Ces forums faciliteraient la création de liens, le partage de thèses d’investissement propres au secteur et la comparaison des profils de segments de marché, des horizons temporels et des trajectoires de sortie.

Les investisseurs généralistes qui souhaitent s’engager de manière significative et stratégique dans le secteur ont également l’occasion d’intégrer l’agroalimentaire à leur champ de couverture. Des moyens concrets d’ancrer l’expertise agroalimentaire directement dans les processus décisionnels d’investissement pourraient notamment inclure :

  • Des comités d’investissement et des conseils consultatifs renforçant leur expertise agroalimentaire par l’intégration d’exploitants agricoles, de transformateurs et d’investisseurs spécialisés du secteur.

  • Fund managers of investment firms participating in federal programs like VCCI must have a team with either:

    • une expérience préalable en investissement agroalimentaire ; ou

    • une relation consultative formelle avec des experts sectoriels.

Par ailleurs, les fonds de capital de risque et les programmes d’investissement peuvent prévoir des sous-allocations spécialisées au sein de fonds plus larges, par exemple des volets consacrés à des segments précis du marché agroalimentaire intégrés à des fonds généralistes.

Incidence potentielle : Possibilité, pour le secteur agroalimentaire, de générer un plus grand nombre de projets et d’entreprises admissibles à l’investissement par des fonds soutenus par l’État au-delà des 2 % actuels que le secteur capte de ces véhicules.

Bien que l’agroalimentaire soit régulièrement cité comme l’un des principaux avantages stratégiques du Canada, les programmes d’investissement gouvernementaux — tant provinciaux que fédéraux — demeurent souvent peu accessibles aux entreprises agroalimentaires en phase de croissance. Ils sont fréquemment mal adaptés aux réalités sectorielles, notamment en ce qui concerne la nature de l’innovation, l’intensité des actifs et les horizons de mise à l’échelle propres à l’agroalimentaire. Ce décalage laisse une part importante du potentiel agroalimentaire inexploité.

À titre d’exemple, l’ICCR n’exclut pas explicitement l’agroalimentaire, et certains gestionnaires de fonds participants exploitent d’ailleurs des fonds axés sur ce secteur. Toutefois, seulement 3 % des entreprises financées par des fonds soutenus par l’ICCR œuvrent dans l’agroalimentaire. Si l’expertise des gestionnaires et la mention explicite de l’agroalimentaire jouent un rôle, les critères des programmes, les définitions technologiques et les classifications de l’innovation influencent également les décisions d’investissement et orientent de façon systémique les capitaux vers des secteurs numériques ou à faible intensité d’actifs, au détriment de l’agroalimentaire.

Plutôt que de créer de nouveaux programmes, les fonds existants pourraient mettre en place des volets agroalimentaires dotés d’outils adaptés. Une option consisterait à envisager la mise en place d’un mandat agroalimentaire en phase de croissance au sein de l’ICCR — ou de son successeur dans le cadre de l’Initiative de catalyse du capital de risque et de croissance de 1 milliard de dollars annoncée dans le budget fédéral de 2025.

Les critères d’admissibilité des fonds gouvernementaux fédéraux et provinciaux pourraient être adaptés afin de mieux refléter les étapes de croissance des entreprises agroalimentaires, ouvrant ainsi la voie à des entreprises agroalimentaires de grande qualité :

  • Accepter les modèles d’affaires à forte intensité d’actifs disposant de solides plans d’affaires et de gestion des risques (par exemple : installations de transformation, cuves de fermentation, entreposage frigorifique, laboratoires pilotes).

  • Reconnaître l’innovation de procédé, les ingrédients novateurs, l’amélioration des rendements et la réduction des coûts comme de véritables innovations, et non uniquement les avancées logicielles ou basées sur la propriété intellectuelle.

  • Autoriser des horizons de commercialisation plus longs (7 à 10 ans plutôt que 3 à 5 ans), en accord avec les réalités réglementaires, de construction et d’adoption par le marché.

Incidence potentielle : Le Canada est un exportateur net de produits agroalimentaires transformés et à valeur ajoutée, avec un potentiel considérable d’accroissement de la transformation de produits qui sont encore majoritairement exportés sous forme de matières premières. Un exemple marquant est celui des protéines végétales : bien que le Canada soit le premier exportateur mondial de pois secs, environ 88 % de la production au cours des cinq dernières années a été exportée comme matière première.22 23 Cet exemple illustre une importante occasion manquée de création de valeur, de croissance de l’emploi et de diversification des exportations, alors que l’industrie des protéines de pois connaît un essor mondial.

Étendre la chaîne de valeur agroalimentaire canadienne exige que les investisseurs publics et privés mettent en œuvre des structures de capital mixtes adaptées aux particularités économiques du secteur agroalimentaire. Cela inclut l’examen d’outils permettant d’atténuer les risques liés au déploiement de capital pour des projets à fort impact répondant à une occasion de croissance claire pour le secteur agroalimentaire canadien, comme :

  • Capital subordonné ou patient en complément du capital-investissement

  • Garanties de premier risque par le gouvernement pour sécuriser les projets d’infrastructure

  • Instruments liés aux revenus ou structures convertibles adaptés à des marges variables

  • Soutien au financement lié à des contrats d’achat lorsque les engagements des acheteurs sont conditionnels, mais que la demande est manifeste

Dans les marchés agroalimentaires, les acheteurs en amont hésitent souvent à confirmer des contrats d’achat à long terme avant que les installations soient construites ou mises à l’échelle, alors que les investisseurs exigent une certaine certitude de revenus pour déployer leur capital — ce qui crée un blocage structurel. Des outils ciblés de partage des risques peuvent combler cet écart et débloquer des investissements privés dans la transformation, les ingrédients et la capacité de production alimentaire. Bien entendu, le Canada devra trouver des acheteurs pour les produits transformés plutôt que pour les matières premières, mais ne pas explorer les possibilités internes de développement de la transformation représente une occasion manquée de création de valeur pour le pays.

Télécharger le rapport

Alison Suntrum, Nya Ventures et CDL Agroalimentaire

Amy Standish, Ministère de l’agriculture de la Saskatchewan

Arlene Dickinson, District Ventures Capital

Ben Gibbons, Water Point Lane

Bianca Parsons, Alberta Food Processors Association

Blair Knippel, Inside Out LLC.

Brennan Gillis, Université Dalhousie

Bruce Rathgeber, Université Dalhousie

Celine Hildebrandt, Financement agricole Canada

Chris Hartt, Université Dalhousie

Chris Paterson, TallGrass Ventures

Chris Theal, Phytokana

D’Arcy Hilgartner, RDAR

Dana Gibson, Alberta Innovates

Darren Anderson, Vive Crop Protection

Dave Barrett, Université Dalhousie

Dawn Trautman, SVG Ventures, THRIVE

Drew Dwernychuk, Innovation Saskatchewan

Evan Fraser, Arrell Food Institute, Université de Guelph

Ghader Manafiazar, Université Dalhousie

Glen Price, Venturepark

Graeme Millen, Financement agricole Canada

Graham Markham, New Protein International

Greg McElheran, Exportation et développement Canada

Haibo Niu, Université Dalhousie

Heather Bruce, Université Dalhousie

Jeff Linner, PFM Capital Inc.

Jeff McKinnon, Four Mile

Jeff Zweig, Fiera Comox

Jodie Parmer, Banque d’infrastructure du Canada

Jolene MacEachern, Université Dalhousie

Kassandra Quayle, Protein Industries Canada

Kee Jim, G.K., K Jim Farms and Feedlot Health Management Services Ltd.

Ken McDougall, McDougall Acres Grainex Inc.

Kirby Sawatzky, Parkland Potato Varieties

Krista Heidebrecht, Aliments Sofina

Kristjan Hebert, Hebert Grain Ventures

Kyle Scott, Emmertech

Laurie Dmytryshyn, PIC Investment Group Inc.

Lawrence Hanson, Agriculture et Agroalimentaire Canada

Leah Perry, Wittington Ventures

Lenore Newman, Université de Fraser Valley

Marie Barnes, Invest Alberta

Martin Vanderloo, New Protein International

Marvin Slingerland, MNP

Matt Coutts, Coutts Agro Ltd.

Matt Petrow, Rayhawk Technologies

Miranda Stahn, New Harvest Canada

Oleta LeRush, BASF Canada

Richa Gupta, Réseau canadien d’innovation alimentaire

Rob Russell, Emmertech

Robert Saik, T1 Technology Corporation

Shaun Vey, Syngenta Canada

Stefanie Colombo, Université Dalhousie

Steven Webb, Global Institute of Food Security

Suresh Neethirajan, Université Dalhousie

Travis Esau, Université Dalhousie

Tyler Groeneveld, Protein Industries Canada

Wayne Arsenault, Avena Foods

Wilson Acton, Tall Ball Ventures

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Le monde est confronté à une série de chocs et de transformations d’une ampleur sans précédent. Le Canada doit s’adapter. Rapidement.

Certaines des structures et des configurations économiques qui ont façonné l’entrée du Canada dans le XXIᵉ siècle pourraient ne pas perdurer au cours de la présente décennie. Les alliances politiques et de sécurité, pourtant indispensables au maintien de la paix et de l’ordre internationaux, traversent actuellement une phase de réalignement profond. Par ailleurs, les technologies de pointe transforment en profondeur la nature du travail, des échanges commerciaux et des interactions humaines — à une ampleur et à une vitesse telles que même les analyses réalisées l’an dernier semblent
déjà dépassées.

La compression des délais et l’intensification des risques font qu’aucune entreprise, aucun gouvernement, aucune organisation du secteur public ni aucun organisme communautaire ne peut se permettre d’attendre et d’observer.

Eurasia Group et Leadership avisé RBC ont élaboré le présent rapport — une première en son genre — afin d’aider les Canadiens à se repérer dans ces risques profonds et ces bouleversements majeurs en 2026. Il rassemble cinq analyses tirées des Principaux risques 2026 d’Eurasia Group — les risques mondiaux les plus susceptibles d’avoir une incidence sur le Canada —, ainsi que cinq analyses de Leadership avisé RBC portant sur les forces internes les plus déterminantes susceptibles de façonner l’année à venir. Il ne s’agit ni de prédictions ni de prévisions, mais d’analyses rigoureuses et étayées des tendances, des dynamiques et des intérêts qui influencent notre économie et notre environnement de politiques publiques. Ces analyses s’appuient sur des données économiques, des perspectives de marché, ainsi que sur des échanges avec des chefs d’entreprise, des investisseurs et des décideurs de premier plan. Elles sont conçues comme des phares — et non comme des systèmes de navigation.

Le présent rapport constitue également le socle d’un nouveau partenariat mondial entre Eurasia Group et RBC visant à aider les entreprises et les gouvernements à évaluer et à gérer leurs propres risques dans un contexte inédit de forte volatilité. Au cours de l’année à venir, nous publierons d’autres analyses sur ces enjeux et réunirons des leaders de la réflexion issus des milieux économiques et gouvernementaux afin d’approfondir notre compréhension collective des risques auxquels nous sommes confrontés. En juin, nous tiendrons à Toronto le sommet annuel Canada–États-Unis d’Eurasia Group, qui contribuera à éclairer davantage les risques — mais aussi les occasions — qui se présentent alors que ces deux pays et voisins, chacun remarquable à sa manière, poursuivent l’évolution de leur relation économique et, au besoin, en réorientent les contours dans un monde en mutation rapide.

Les défis à venir peuvent paraître redoutables, voire insurmontables. Mais comme l’histoire — y compris l’histoire récente — nous l’a montré, ce sont précisément dans les périodes d’incertitude, cette cousine diffuse du risque, que celles et ceux qui font preuve de lucidité et de confiance dans leur jugement se distinguent.

Leadership avisé RBC

Le Canada cherche à renforcer ses capacités militaires, à développer une base industrielle et à nouer de nouveaux partenariats commerciaux à un rythme comparable à celui d’une économie de guerre. Un échec dans l’exécution pourrait conduire d’autres acteurs — notamment les États-Unis — à intervenir.

Lélan du Canada en faveur d’une militarisation accélérée s’est manifesté dès le moment où Donald Trump a exigé un engagement accru


de la part des alliés de l’OTAN des États-Unis.Il s’est ensuite renforcé à mesure qu’il évoquait la possibilité de prendre le contrôle de certaines parties de l’hémisphère occidental — du Canal de Panama au Groenland —, allant jusqu’à lancer l’idée du Canada comme 51ᵉ État américain. Pour les Canadiens, l’exercice a d’abord revêtu une dimension essentiellement budgétaire : il s’agissait de trouver les moyens d’allouer des dizaines de milliards de dollars au renforcement de ses forces armées de taille modeste et souvent négligées. Toutefois, lorsque Donald Trump a déployé l’armée américaine au Venezuela, l’avertissement adressé au Canada et à ses forces armées a pris une portée beaucoup plus concrète. Les frontières ne sont plus des points de passage. Elles sont devenues des lignes fermes qui doivent être défendues.

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Eurasia Group

La révolution politique américaine

Les États-Unis vivent une révolution politique : la tentative de Donald Trump de démanteler systématiquement les contrepoids à son pouvoir, de s’emparer des rouages de l’État et de les instrumentaliser contre ses adversaires. L’an dernier, nous avions mis en garde contre la « Rule of Don ». Ce qui a commencé comme une série de ruptures tactiques des normes s’est transformé en mutation systémique dépassant largement les simples joutes partisanes ou les excès de l’exécutif — un phénomène qualitativement distinct de ce que même les présidents américains les plus ambitieux ont tenté. Avec l’affaiblissement de nombreux freins institutionnels qui avaient résisté au cours du premier mandat de Trump, il n’est plus possible d’affirmer avec certitude quelle forme prendra le système politique américain une fois cette révolution achevée.

Selon la perspective de Donald Trump, il a surmonté une élection truquée, deux procédures de destitution partisanes, des dizaines de condamnations pénales qu’il juge injustes, ainsi

que deux tentatives d’assassinat — dont l’une est passée à un cheveu de réussir — pour orchestrer ce qu’il considère comme le plus grand retour politique de l’histoire américaine. Le président Trump conçoit la principale menace pour lui et ses alliés comme étant intérieure, et non extérieure, et il estime disposer d’un mandat pour se venger. L’administration considère ce projet non pas comme une attaque contre la démocratie, mais comme sa restauration, une épuration nécessaire d’un système politique capturé par un établissement profondément corrompu qui avait déjà instrumentalisé l’État contre eux. Plus de 77 millions d’Américains ont voté pour Donald Trump en 2024, et nombre d’entre eux sont d’accord avec ce diagnostic : la majorité des électeurs de 2024 qui ont déclaré que la démocratie influençait leur choix a choisi Donald Trump non pas parce qu’elle le considérait comme un défenseur des valeurs démocratiques, mais parce qu’elle estimait que le système était déjà défaillant et qu’elle souhaitait quelqu’un capable de le perturber. Le « trumpisme » est structurel et, à ce niveau le plus fondamental, les partisans de Trump obtiennent exactement ce qu’ils ont réclamé.

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Leadership avisé RBC

Le Canada vise à doubler ses exportations hors des États-Unis vers deux de ses plus grands partenaires commerciaux antagonistes, la Chine et l’Inde, alors même que les investissements canadiens continuent de se diriger massivement vers les États-Unis.

Depuis que Mark Carney a lancé sa campagne « on lève les coudes » pour inciter le pays à commercer davantage avec le reste du monde, et entre Canadiens, les Canadiens ont dépensé et investi davantage aux États-Unis alors même que les Américains investissent moins au Canada. La solidité de l’économie américaine, ainsi que les allègements fiscaux prévus par le Big Beautiful Bill, ont renforcé l’attrait du plus grand marché mondial pour les investisseurs canadiens. Des caisses de retraite aux fonds communs de placement, plus de dollars canadiens que jamais ont afflué vers le sud. L’investissement des entreprises a suivi le même mouvement. M. Carney pourrait devoir aller encore plus loin sur le plan fiscal et réglementaire pour maintenir les investissements canadiens sur le territoire national.


Malgré les droits de douane, les consommateurs canadiens ont été lents à modifier leurs habitudes. Des marques très visibles, comme le whisky du Tennessee, ont sans doute constitué une cible facile dès le départ. Les vacances en Floride ou en Arizona ont également été affectées. Mais dans une large mesure, les Canadiens continuent de regarder Netflix, d’acheter des voitures Ford et de consommer du

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L’Europe assiégée

L’évidement du centre politique européen s’opère depuis une décennie. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni abordent l’année avec des gouvernements faibles et impopulaires, assiégés à la fois par la droite populiste, la gauche populiste, ainsi que par une administration américaine et des plateformes de médias sociaux alignées sur l’État qui soutiennent ouvertement leur effondrement. Aucun de ces pays ne fait face à des élections générales prévues à court terme. Pourtant, tous trois risquent au mieux la paralysie, au pire la déstabilisation — et au moins un dirigeant pourrait tomber. Les conséquences ne resteront pas circonscrites : la capacité de l’Europe à remédier à son malaise économique, à combler le vide sécuritaire laissé par le retrait américain et à soutenir le combat de l’Ukraine en pâtira.

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Leadership avisé RBC

L’évolution des perspectives mondiales du pétrole et du gaz — du Venezuela au Qatar — modifie les perspectives d’investissement pour les exportations albertaines, ainsi que pour les grands projets d’infrastructure destinés à les acheminer vers les marchés d’outre-mer.

Les ambitions du Canada de devenir une superpuissance énergétique — y compris dans le pétrole et le gaz — sont mises à l’épreuve à la suite de l’intervention américaine au Venezuela. Mais les défis dépassent largement le voisinage immédiat du Canada. La demande à long terme de pétrole et de gaz demeure incertaine, d’autant plus que l’Asie se tourne de plus en plus vers l’électrification pour soutenir sa croissance. Un excédent mondial de l’offre, incluant le gaz naturel liquéfié américain, assombrit davantage les perspectives. Reste enfin la question de la croissance mondiale. Sans croissance, il n’y a pas de besoin accru en énergie — qu’elle provienne du Canada ou d’ailleurs.


En une manoeuvre stratégique à Caracas, le président américain Donald Trump a tenté d’encercler les Amériques, avec Washington comme capitale la plus influente de la région. Ce faisant, M. Trump pourrait avoir affaibli la carte de négociation la plus précieuse du Canada — ses exportations d’énergie. La reprise de la production de pétrole brut vénézuélien pourrait remplacer le pétrole canadien sur le marché américain, réduisant ainsi la part de marché de ce dernier à celle que lui laissent les Saoudiens et d’autres producteurs. Il s’agit donc d’un choc concurrentiel potentiel. Au cours des 25 dernières années, le Canada a consolidé sa position de principal fournisseur de pétrole et de gaz pour le plus grand marché pétrolier mondial, représentant près de trois barils importés sur cinq entrant aux États-Unis. Une industrie structurée pour servir l’Amérique produit aujourd’hui un record de cinq millions de barils par jour, contre un peu plus de deux millions en 2000, plus de 90 % de ses exportations étant destinées aux raffineries du Midwest, de la côte Ouest et du golfe des États-Unis.

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Le cycle déflationniste en Chine

La spirale déflationniste de la Chine s’aggravera en 2026, et Pékin ne fera rien pour l’enrayer. À l’approche du 21e Congrès du Parti en 2027, Xi Jinping privilégiera le contrôle politique et la suprématie technologique au détriment des mesures de stimulation de la consommation et des réformes structurelles susceptibles de briser le cycle. Pékin dispose des moyens pour prévenir une crise, mais le niveau de vie se détériorera, les retombées se diffuseront à l’étranger, et la deuxième économie mondiale restera enfermée dans un piège qu’elle a elle-même créé.

Les prix de l’immobilier en Chine reculent depuis quatre ans et demi, provoquant une destruction de la richesse des ménages d’une ampleur comparable à celle observée lors de la crise financière américaine de 2008, avec la différence notable que la dynamique reste négative et s’accélère. Cette correction prolongée a lourdement pesé sur la confiance des ménages, l’investissement et la demande intérieure. Face à l’affaiblissement du secteur immobilier, Pékin a fait le pari que l’essor de la production manufacturière de haute technologie compenserait la perte de croissance. Or, l’investissement orienté par l’État a surtout engendré des surcapacités, tandis que la faiblesse persistante de la demande intérieure limite la capacité du marché à absorber cette production excédentaire.


Le résultat est un phénomène d’« involution » : un trop grand nombre d’entreprises chinoises se disputent une demande insuffisante, en comprimant les prix pour survivre. Les marges s’effondrent, contraignant même les entreprises les mieux gérées à réduire salaires et effectifs afin de préserver leur viabilité. Les ménages, confrontés à une insécurité accrue, restreignent leurs dépenses, ce qui affaiblit encore la demande. Les entreprises réagissent alors par de nouvelles baisses de prix, enclenchant une dynamique auto-entretenue. Dans le même temps, le poids de l’endettement devient de plus en plus difficile à supporter à chaque itération du cycle. Les banques et les gouvernements locaux contribuent à prolonger cette situation en maintenant artificiellement en vie des entreprises « zombies » par le renouvellement des prêts et la protection de champions locaux. Cette pratique fige les surcapacités existantes. La spirale dette-déflation s’auto-alimente ainsi. Les droits de douane imposés par Donald Trump l’an dernier ont accentué ces pressions en fermant l’accès à un marché d’exportation clé. Les entreprises chinoises se trouvent dès lors confrontées à un choix défavorable : réduire encore leurs prix pour écouler leurs produits sur d’autres marchés, ou recourir au transbordement via des pays tiers afin d’atteindre malgré tout le marché américain. Dans les deux cas, les marges sont davantage comprimées. Plus du quart des entreprises chinoises cotées sont désormais déficitaires, une proportion inédite depuis vingt-cinq ans.

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Une surcorrection face à la récente hausse de l’immigration irrégulière met sous pression les employeurs, fragilise les collèges et universités, et menace de retarder une nouvelle vague de projets dans les ressources et les infrastructures — alors même que le Canada approche d’un point critique sur le plan démographique.

Le sentiment public et politique au Canada à l’égard de l’immigration devient de plus en plus négatif. Pourtant, cette opinion va à l’encontre des besoins du pays : le vieillissement de la population et la baisse des taux de fécondité font de l’immigration un levier central pour le maintien et l’expansion de la main-d’oeuvre qualifiée. Une réduction drastique de l’immigration pourrait entraîner un recul rapide de la population, compromettant les efforts visant à préserver le niveau de vie, soutenir l’activité économique et commerciale, et atteindre les objectifs économiques à court terme.


Le plan du gouvernement Mark Carney pour restreindre l’immigration intervient après des années de politique expansionniste. Le nombre de résidents temporaires a dépassé les capacités d’accueil au cours du mandat de dix ans de Justin Trudeau, commencé en 2015. Les infrastructures de logement et les services communautaires ont été surchargés, et la productivité a diminué, les travailleurs temporaires à bas salaire réduisant l’incitation pour certaines entreprises à investir dans la technologie, la formation ou l’équipement. Les cibles pour les nouveaux résidents temporaires, y compris les étudiants, ont été réduites de plus de 550 000 en 2026 par rapport à 2024. Les cibles pour les résidents permanents ont été diminuées de plus de 100 000 par rapport aux admissions de 2024. Malgré ces réductions, les Canadiens estiment que le niveau d’immigration reste trop élevé.

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L’IA se retourne contre ses utilisateurs

Sous la pression de générer des revenus et sans garde-fous contraignants, plusieurs des principales entreprises d’IA adopteront en 2026 des modèles économiques susceptibles de menacer la stabilité sociale et politique — suivant le modèle destructeur des réseaux sociaux, mais plus rapidement et à plus grande échelle.

Nous restons optimistes quant au potentiel révolutionnaire de l’IA. Les modèles de pointe actuels sont capables de raisonner sur des problèmes complexes et de montrer leur raisonnement, et sont intégrés aux flux de travail en codage, recherche et gestion des connaissances. Les agents à l’expansion rapide délèguent désormais de larges pans du développement logiciel à l’IA, accélérant leurs propres cycles de recherche et développement. Dans les domaines de la biotechnologie et des sciences des matériaux, l’IA ouvre de nouvelles voies de recherche, même si les percées commerciales restent encore à venir. Des centaines de millions de personnes utilisent désormais quotidiennement des chatbots pour tout, de la rédaction de courriels au débogage de code en passant par l’apprentissage de nouvelles compétences. C’est concret, et ce n’est que le début.


Mais l’IA ne peut pas, à court terme, répondre aux attentes des investisseurs. Même après des centaines de milliards de dollars d’investissements, les modèles les plus avancés continuent de produire des « hallucinations ». Leurs capacités sont impressionnantes pour certaines tâches, peu fiables pour d’autres, souvent de manière imprévisible. Cette inconstance complique leur déploiement dans des applications à enjeux élevés où l’erreur coûte cher. L’adoption par les entreprises reste inégale : selon le Census Bureau, seulement environ 10 % des sociétés américaines utilisent l’IA pour produire des biens et des services. Beaucoup rapportent des gains de productivité significatifs, mais les enquêtes suggèrent que la plupart n’ont pas encore constaté d’incidence réelle sur leurs résultats financiers. Les véritables gains de productivité viendront d’une diffusion large de la technologie à travers l’économie, ce qui prend du temps. Pourtant, les marchés ont déjà intégré dans leurs valorisations une révolution, et non
une évolution graduelle.

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Les perspectives économiques du Canada sont menacées non seulement par des chocs externes et des voisins exigeants, mais aussi par une asymétrie croissante du fédéralisme qui complique l’élaboration, l’acceptation et la mise en oeuvre d’une stratégie économique cohérente à l’échelle nationale.

Les divergences de vues entre Ottawa, les provinces et les gouvernements autochtones sur l’exploitation des ressources naturelles, le financement et la prestation de l’éducation, ainsi que la stabilisation d’un système de santé sous tension, accentuent la fragmentation du Canada en un ensemble de régimes de politiques publiques disparates, au moment même où le pays doit faire face à des négociations commerciales difficiles avec des États-Unis plus transactionnels et à une concurrence mondiale accrue. Des instruments constitutionnels autrefois considérés comme des recours ultimes — la clause dérogatoire, des contestations juridictionnelles offensives, des demandes d’exemptions aux réglementations et normes nationales, voire des votes provinciaux sur l’autonomie — deviennent de plus en plus courants. Cette évolution accroît la probabilité que les provinces et les groupes autochtones recourent à des droits de veto, formels ou informels, pour bloquer des priorités nationales. Un seul Canada, peut-être, mais de multiples nations en son sein.


Les conséquences pour l’unité nationale sont plus graves qu’à tout autre moment depuis les années 1990, car la fragmentation s’accompagne désormais de soutiens à l’étranger. Un ordre mondial plus fragmenté offre aux gouvernements étrangers, aux réseaux militants et aux acteurs corporatifs davantage d’occasions d’exploiter les tensions entre compétences, que ce soit en favorisant certaines provinces dans les décisions liées aux chaînes d’approvisionnement, en finançant des recours judiciaires et des campagnes médiatiques autour de projets de ressources, ou en amplifiant des récits séparatistes. Pour des rivaux géopolitiques, tout ce qui affaiblit la cohérence du Canada en tant qu’allié des États-Unis et partenaire du G7 peut même devenir un atout plutôt qu’un effet indésirable, à mesure que des acteurs infranationaux et des détenteurs de droits autochtones cherchent à affirmer plus vigoureusement leur voix sur l’énergie, le climat, la politique industrielle, le commerce intérieur et, de manière plus critique encore, les relations commerciales bilatérales avec les États-Unis.

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La zombification de l’AEUMC

Le commerce nord-américain restera dans une situation d’incertitude en 2026. L’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) ne sera ni prolongé, ni modernisé, ni abrogé. Il continuera plutôt à subsister dans un état intermédiaire, maintenant les entreprises et les gouvernements dans l’expectative, tandis que le président Donald Trump poursuivra des négociations avec les deux principaux partenaires commerciaux des États-Unis.

L’accord est soumis cette année à l’examen obligatoire prévu par ses dispositions, examen à l’issue duquel les parties peuvent décider de le proroger pour une période de seize ans. Or, Donald Trump cherche à éviter les contraintes qu’imposerait un nouvel accord trilatéral afin de conserver la flexibilité d’exercer une pression bilatérale et d’arracher des concessions économiques et politiques aux deux pays. Le Canada a déjà abandonné sa taxe sur les services numériques. Le Mexique impose désormais des droits de douane sur les importations chinoises. Les deux pays renforcent également leurs mesures contre les flux de fentanyl. Washington n’a concédé pratiquement rien en retour. Pourquoi s’enfermer dans un accord formalisé lorsque l’approche actuelle continue de produire des résultats favorables au président américain ? Ni le Canada ni le Mexique ne peuvent se permettre de se retirer. Les États-Unis absorbent environ 75 % des exportations canadiennes et près de 80 %
des exportations mexicaines. Donald Trump détient l’essentiel des leviers — et il en est pleinement conscient.


Il en résultera un « AEUMC zombie », ni pleinement mort ni véritablement vivant, et une zone de libre-échange nord-américaine soumise à une incertitude chronique.

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Le Canada cherche à renforcer ses capacités militaires, à développer une base industrielle et à nouer de nouveaux partenariats commerciaux à un rythme comparable à celui d’une économie de guerre. Un échec dans l’exécution pourrait conduire d’autres acteurs — notamment les États-Unis — à intervenir.

Lélan du Canada en faveur d’une militarisation accélérée s’est manifesté dès le moment où Donald Trump a exigé un engagement accru
de la part des alliés de l’OTAN des États-Unis.Il s’est ensuite renforcé à mesure qu’il évoquait la possibilité de prendre le contrôle de certaines parties de l’hémisphère occidental — du Canal de Panama au Groenland —, allant jusqu’à lancer l’idée du Canada comme 51ᵉ État américain. Pour les Canadiens, l’exercice a d’abord revêtu une dimension essentiellement budgétaire : il s’agissait de trouver les moyens d’allouer des dizaines de milliards de dollars au renforcement de ses forces armées de taille modeste et souvent négligées. Toutefois, lorsque Donald Trump a déployé l’armée américaine au Venezuela, l’avertissement adressé au Canada et à ses forces armées a pris une portée beaucoup plus concrète. Les frontières ne sont plus des points de passage. Elles sont devenues des lignes fermes qui doivent être défendues.
Pour le Canada, la tâche de constituer une force militaire d’envergure — la plus importante depuis la Seconde Guerre mondiale — est considérable. En temps de guerre, des mesures exceptionnelles, comme des chaînes d’approvisionnement administrées par l’État, peuvent être mises en place rapidement. En temps de paix, chaque étape exige des négociations approfondies — un défi d’autant plus complexe dans un contexte où le public garde peu de souvenirs des pertes subies lors de la mission en Afghanistan et où l’appareil bureaucratique militaire a éprouvé des difficultés à gérer des volumes de passation de marchés et de déploiement bien moindres. La base industrielle représente un défi supplémentaire. Mentionnez le terme « complexe militaro-industriel » et la plupart des Canadiens répondront « non, merci ». Avant le retour de Donald Trump au pouvoir, le Canada se classait 27ᵉ sur 31 nations de l’OTAN en matière de dépenses militaires en proportion du PIB. En réalité, le financement de la défense est resté stagnant pendant vingt-cinq ans, à des niveaux bien inférieurs aux moyennes de la fin du XXᵉ siècle. Le recrutement militaire a également connu un déclin constant, avec moins de deux militaires pour mille habitants. Même les missions de maintien de la paix ont diminué, ne mobilisant plus qu’une poignée de casques bleus.


Le gouvernement de Mark Carney a attaqué ce défi de front. Son premier budget prévoyait un investissement de 81,1 milliards de dollars sur cinq ans. Désormais, Ottawa cherche à réduire la forte dépendance vis-à-vis des États-Unis, orientant sa diplomatie militaire dans une direction très différente : ses ministres ont parcouru le monde à la recherche d’équipements — sous-marins et bien d’autres — auprès de tout allié autre que les États-Unis. Les relations avec le Japon et l’Allemagne ont été transformées par cette logique de réarmement en temps de paix, de même qu’avec la Corée du Sud et la Suède. Mais le moment difficile arrive désormais : celui des choix. Ottawa risque inévitablement de contrarier un allié, et pourrait très bien mécontenter ses propres états-majors militaires, en optant pour des navires, des avions et des armements moins performants, sur le plan opérationnel comme financier, que les options américaines. Le défi de « l’interopérabilité » est encore plus grand si les Forces armées canadiennes doivent continuer à partager avec les États-Unis la responsabilité de la défense de l’Amérique du Nord. Aujourd’hui, 100 % des chasseurs, 91 % des hélicoptères et plus de 75 % des autres avions de mission du Canada proviennent des États-Unis. Si ces derniers estiment que l’équipement non américain du Canada n’est pas à la hauteur pour défendre l’Arctique ou, plus largement, l’Atlantique Nord, ils pourraient très bien intervenir eux-mêmes, même si cela signifie porter atteinte à la souveraineté canadienne.


L’ampleur de la bureaucratie entourant le système d’acquisition de défense du Canada — et une administration formée à répondre « peut-être » — a contribué à réduire considérablement la souplesse entrepreneuriale du secteur privé. Dans les derniers budgets, un quart de la Politique des retombées industrielles et technologiques, soit 15,3 milliards de dollars, restait non alloué en raison de frictions dans le déploiement, de barrières de certification et de définitions imprécises. Même le gouvernement reconnaît qu’il faut plus de 15 ans pour l’acquisition d’une flotte majeure. Une étude récente a en outre révélé que 18,5 milliards de dollars de dépenses en capital prévues n’avaient pas été engagés sur une période de cinq ans. Un nouveau mandat militaire « Acheter Canadien » pourrait, du moins à court terme, entraîner davantage de dollars poursuivant un nombre réduit de producteurs. Par ailleurs, les exigences accrues en matière de cybersécurité — et une part importante des nouvelles dépenses étant destinée à la cyberdéfense — risquent de provoquer de nouveaux retards.


Afin de surmonter l’inertie bureaucratique et de stimuler l’investissement militaire national, l’équipe Carney a mis en place l’Agence de l’investissement pour la défense, dont l’objectif est d’introduire une capacité rarement maîtrisée par l’appareil étatique : la rapidité d’exécution. Les nouveaux crédits n’ont pas encore été déployés à la vitesse ni à l’échelle nécessaires, tandis que les régions revendiquent déjà une part des retombées, indépendamment de leur contribution à l’intérêt national. Cette dynamique entraînera vraisemblablement une diminution de l’efficience et une augmentation des coûts, même si elle soutient la création d’emplois au Canada. Elle posera également la question de la compétitivité du pays sur un marché mondial de l’armement en expansion, alors que le Canada cherche à approfondir ses échanges avec des alliés en Europe et en Asie — des partenariats qui exigeront à la fois une masse critique suffisante et des normes élevées de performance industrielle.


Ce qui manque encore à ces équations est l’apport de capitaux privés du type de ceux qui ont contribué à l’essor du complexe militaro-industriel américain. Cette nouvelle forme de capitalisme de défense sera inédite pour de nombreux acteurs industriels canadiens, tout comme pour les forces armées elles-mêmes. Le Canada cherche par ailleurs à jouer un rôle de premier plan dans la Banque de défense, de sécurité et de résilience, une institution émergente que l’on peut assimiler à une forme de Banque mondiale pour l’OTAN et ses alliés. Celle-ci s’appuierait sur la solidité des bilans de ses membres afin de faciliter leur accès aux marchés financiers et de soutenir le financement de leurs budgets et de leurs chaînes d’approvisionnement. Dans ce contexte, les institutions financières publiques, comme la Banque de développement du Canada et Exportation et développement Canada, devront assumer un rôle accru pour aider les petites et moyennes entreprises canadiennes à mobiliser les capitaux nécessaires afin d’intégrer les chaînes de valeur dominées par les grands maîtres d’oeuvre — les prime contractors.


La base industrielle de défense du Canada compte environ 600 entreprises, contre 60 000 aux États-Unis, et la plupart emploient moins de 250 personnes. Ces entreprises canadiennes, modestes par la taille mais stratégiques par leurs capacités, disposent d’une base de capital tout aussi limitée. Nombre d’entre elles n’ont survécu que de justesse aux chocs de la demande provoqués par des annonces de programmes successives — souvent suivies de retards importants, voire d’abandons — de la part des gouvernements et des forces armées. À cette fragilité s’ajoute le fait que la moitié des exportations militaires canadiennes est destinée au marché américain, lequel pourrait restreindre l’accès si le Canada venait à marginaliser les grands maîtres d’oeuvre américains. Un risque plus discret, mais tout aussi réel, pour les PME canadiennes tient à l’enchevêtrement industriel : dans les systèmes de défense complexes, la propriété intellectuelle est fréquemment contrôlée par de grands acteurs — le plus souvent des multinationales — qui disposent du pouvoir de mettre à l’écart, voire d’évincer, un fournisseur de moindre taille.


Les généraux — et leurs autorités politiques — ont une prédilection bien connue pour les équipements spectaculaires, ce qui explique que tant d’occasions médiatiques mettent en scène de massives structures d’acier plutôt que les petits groupes d’hommes et de femmes qui opèrent et soutiennent ces systèmes. Pourtant,
ce sont précisément ces effectifs humains qui devront être plus nombreux — et ils sont de plus en plus difficiles à recruter. Les forces armées canadiennes ne mobilisent que 0,38 % de la population active, contre 0,56 % il y a dix ans, bien en deçà du Royaume-Uni (0,58 %), de l’Australie (0,60 %) et des États-Unis (1,69 %). L’armée canadienne, qui peine déjà à atteindre un effectif d’environ 100 000 personnes, pourrait devoir doubler, voire tripler, sa taille au cours de la prochaine décennie. Les besoins ne concernent pas uniquement les pilotes de chasse et les combattants de première ligne, mais aussi les opérateurs de bases dans l’Extrême-Nord et les spécialistes en cybersécurité répartis dans l’ensemble du pays. À l’heure actuelle, les Forces armées canadiennes (FAC) accusent un déficit d’environ 15 000 membres par rapport à leur effectif cible, ce qui crée des lacunes persistantes en matière de disponibilité opérationnelle et de soutien. Le principal facteur explicatif est la lenteur des processus. Les délais médians de recrutement dépassent 271 jours, soit plus du double de l’objectif officiel. Ces délais sont parfois encore plus longs pour l’importante population immigrante du Canada, soumise à des procédures d’habilitation de sécurité plus complexes. Il n’est donc guère surprenant que plus de la moitié des jeunes Canadiens qui posent leur candidature finissent par se désister. À ces contraintes s’ajoute le défi de l’entraînement. Les centres d’instruction des FAC fonctionnent à environ 80 % de leur capacité en raison d’une pénurie d’instructeurs. Cette pression est appelée à s’accentuer à mesure que les forces armées deviennent plus intensives en compétences scientifiques et technologiques. Le secteur de la défense est en effet 2,5 fois plus intensif en STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques) que l’industrie manufacturière dans son ensemble.


La remilitarisation constitue un élément central de la stratégie du Canada pour réaffirmer sa pertinence sur la scène internationale, notamment vis-à-vis de ses alliés, anciens comme nouveaux. Avant même le début du second mandat de Donald Trump, le Canada avait déjà renforcé sa participation militaire en Europe de l’Est en réponse à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Le déploiement canadien en Lettonie représente l’une des plus importantes missions en temps de paix pour le pays et est perçu en Europe comme un engagement substantiel en matière de défense du continent. Une armée canadienne en croissance pourrait également jouer un rôle dans la protection des Antilles contre les cartels de la drogue, ainsi que dans la gestion de l’instabilité dans des régions comme Haïti. Enfin, elle se redéfinira une nouvelle fois dans l’Arctique, sur terre, dans les airs, sous la glace — et dans l’orbite terrestre basse, où les prochains théâtres opérationnels pourraient se déployer.


Une industrie de la défense plus sophistiquée et mieux capitalisée, accompagnée de forces armées plus dynamiques, pourrait même contribuer à façonner le prochain chapitre des relations Canada–États-Unis. Ces deux pays, partenaires et non rivaux, sont appelés à relever conjointement les menaces croissantes que représentent la Chine, la Russie et l’Iran. Le sanctuaire géographique du Grand Nord canadien a longtemps constitué un avantage stratégique majeur. Toute perte de ce refuge représenterait un défi inédit pour le pays. Toutefois, pour les Canadiens attentifs à leur histoire, le rôle des conflits — qu’ils soient visibles ou latents — n’a jamais été éloigné de leur conscience stratégique.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

Le Canada vise à doubler ses exportations hors des États-Unis vers deux de ses plus grands partenaires commerciaux antagonistes, la Chine et l’Inde, alors même que les investissements canadiens continuent de se diriger massivement vers les États-Unis.

Depuis que Mark Carney a lancé sa campagne « on lève les coudes » pour inciter le pays à commercer davantage avec le reste du monde, et entre Canadiens, les Canadiens ont dépensé et investi davantage aux États-Unis alors même que les Américains investissent moins au Canada. La solidité de l’économie américaine, ainsi que les allègements fiscaux prévus par le Big Beautiful Bill, ont renforcé l’attrait du plus grand marché mondial pour les investisseurs canadiens. Des caisses de retraite aux fonds communs de placement, plus de dollars canadiens que jamais ont afflué vers le sud. L’investissement des entreprises a suivi le même mouvement. M. Carney pourrait devoir aller encore plus loin sur le plan fiscal et réglementaire pour maintenir les investissements canadiens sur le territoire national.


Malgré les droits de douane, les consommateurs canadiens ont été lents à modifier leurs habitudes. Des marques très visibles, comme le whisky du Tennessee, ont sans doute constitué une cible facile dès le départ. Les vacances en Floride ou en Arizona ont également été affectées. Mais dans une large mesure, les Canadiens continuent de regarder Netflix, d’acheter des voitures Ford et de consommer du Coca-Cola au même rythme qu’avant la guerre commerciale.


Il y a quelques générations, à l’époque de Trudeau père, alors que le Canada cherchait à s’éloigner d’une Amérique à l’ère du Vietnam, des tensions similaires se faisaient sentir dans les salons et les salles de conseil canadiens. L’éléphant américain et la souris canadienne, proverbialement parlant, ne se limitaient pas aux petits enjeux ; il s’agissait de dépendances multiples : économiques, culturelles et, en fin de compte, liées à la souveraineté. Une nouvelle approche a alors émergé face au dilemme classique entre dépendance et indépendance : la Troisième option, selon laquelle le Canada chercherait à se rapprocher d’une Europe reconstruite, d’une Asie renaissante et d’un Tiers-Monde en résurgence.


À l’époque, la préoccupation majeure portait sur le Canada en tant qu’économie de « filiales » — c’est-à-dire dominée par des filiales américaines. Cinquante ans plus tard, plutôt que de jouer depuis une position de force, la recherche canadienne de nouvelles alliances mondiales intervient à un moment de dépendance maximale à l’égard des États-Unis, et de fluctuations d’incertitude elles aussi maximales. Cette dépendance s’est construite au cours du siècle passé à travers des partenariats de défense et de dissuasion comme le North American Aerospace Defense Command (NORAD), la coopération commerciale et en matière d’investissement et, pour le Canada, un profil fondé sur le fait d’être l’allié le plus semblable aux États-Unis. Aujourd’hui, le risque central n’est pas que le Canada rompe soudainement avec son voisin et allié, mais que les tentatives de diversification loin du pouvoir américain révèlent à quel point Ottawa dispose de peu de leviers solides auprès d’autres partenaires — et à quelle vitesse une Maison-Blanche plus transactionnelle peut exploiter l’asymétrie dans les domaines de la défense, du renseignement et du commerce international. La géographie reste une destinée.


La quête d’indépendance du Canada commence par l’économie. Les droits de douane américains ont entraîné la perte de dizaines de milliers d’emplois manufacturiers, ainsi que des coups durs pour les secteurs de l’automobile, de l’acier et du bois, et pour les régions qui en dépendent. Si ces droits de douane sont maintenus, la plupart des projections suggèrent une période prolongée de croissance lente qui érosionnera davantage la pertinence du Canada sur la scène mondiale. Les effets des droits de douane de M. Trump se sont fait ressentir rapidement et intensément, entraînant une baisse des exportations totales du Canada d’environ 10 % à la mi-2025.
À cela s’ajoute le problème aggravant de la dépendance : alors que le déficit commercial du Canada avec les États-Unis se creuse, son excédent d’investissement s’accroît. La première année de la guerre commerciale a rendu les Canadiens encore plus désireux d’investir aux États-Unis malgré les boycotts de bourbon. Les Canadiens ont injecté 61 milliards de dollars dans des titres américains au cours du premier semestre de 2025. La plus grande caisse de retraite du pays, le Canada Pension Plan, a porté la proportion de ses placements aux États-Unis, de 35 % au début de la décennie, à 47 % en 2025.


Après des décennies d’exportations canadiennes orientées vers les États-Unis, les entreprises commencent à repérer des occasions d’affaires ailleurs. Le Royaume-Uni achète davantage d’or brut, les investisseurs et banques centrales cherchant des solutions de rechange au dollar américain. Le reste de l’Europe achète plus de canola, d’aluminium et de pétrole canadien. La Chine augmente ses importations de pétrole canadien grâce à l’expansion du pipeline TransMountain, qui a porté les expéditions de pétrole hors d’Amérique du Nord à un niveau record en octobre 2025. Même des marchés lointains comme Singapour et l’Indonésie ont augmenté leurs importations canadiennes de pétrole, de charbon et de chlorure de potassium.


Ces succès illustrent l’engagement de Mark Carney à doubler les exportations vers les marchés hors des États-Unis d’ici 2035. Pour accélérer cette tendance naissante, le gouvernement Carney se concentre en 2026 sur le renforcement des liens commerciaux avec la Chine et l’Inde. Le gouvernement fédéral a également lancé des consultations sur des négociations commerciales avec plusieurs pays, dont les Émirats arabes unis, le Qatar et l’Arabie saoudite. Le premier budget de M. Carney a par ailleurs prévu 159 millions de dollars sur trois ans pour des programmes de financement du commerce afin d’aider les entreprises à pénétrer de nouveaux marchés. Il faudra faire infrastructures qui font que les ports canadiens figurent parmi les moins efficients du monde industrialisé.


Pour pouvoir exercer une influence sur un plus grand nombre de marchés étrangers, le Canada devra renforcer sa pertinence auprès de ces pays — en particulier dans des pays et marchés comme la Chine, l’Inde et même l’Europe continentale, qui ont historique de mesures commerciales non tarifaires contre le Canada lorsqu’ils veulent faire passer un message. Cela ne sera pas facile. Alors que le pouvoir mondial s’est déplacé vers l’Asie et que l’Europe et le Moyen-Orient se réarment et se réalignent, la pertinence relative du Canada s’est érodée. Le risque n’est pas l’exclusion pure et simple des clubs internationaux, mais plutôt une marginalisation discrète au sein des coalitions opérationnelles qui comptent le plus pour la sécurité, la technologie, la politique industrielle — et, en fin de compte, le commerce. À titre d’exemple, la Stratégie indo-pacifique d’Ottawa et le partenariat de sécurité approfondi avec les Philippines sont politiquement efficaces, mais insuffisants pour générer de grandes percées commerciales dans une région où le Japon, l’Australie, l’Inde et les États de l’ASEAN se tournent en priorité vers Washington, Pékin et entre eux. En Europe, les contributions majeures du Canada à la défense de la Lettonie et une posture plus affirmée dans l’Arctique renforcent sa crédibilité. Plus près de chez nous, dans les Antilles, les engagements pour restaurer l’ordre en Haïti, bien qu’importants et appréciés, ne transforment pas la place du Canada dans la région.


Trop souvent, ces alliés calibrent leur engagement avec le Canada à travers le prisme des conditions imposées à l’ère Trump sur l’OTAN et le commerce. Ottawa est perçu comme étroitement lié aux marchés et à la sécurité américains, mais lent à investir dans les capacités, l’application et l’échelle industrielle. Pour se forger un rôle plus indépendant et ambitieux sur la scène mondiale, le Canada peut s’appuyer sur certaines alliances et réseaux dont il fait déjà partie. C’est le cas du Conseil de l’Arctique, un groupe d’acteurs régionaux et de puissances qui se concentre sur des questions douces, comme la science et la protection de l’environnement. Le Canada peut approfondir ses liens avec les Scandinaves et, peut-être un jour, réengager la Russie à travers ces efforts non militaires, tout en renforçant sa capacité militaire dans la région aux côtés d’alliés partageant les mêmes vues, comme la Suède. Cela illustre bien le nouvel (et ancien) ethos de la politique étrangère canadienne, fondé sur les intérêts plutôt que sur les valeurs.


Une approche très différente pourrait être adoptée avec la francophonie et le Commonwealth, à condition que les autres membres soient prêts à se mobiliser, notamment financièrement. En Afrique, par exemple, où l’image de la France s’est détériorée, le Canada peut travailler avec ses partenaires francophones pour renforcer les défenses non militaires contre un ISIS renaissant au Sahel. Le Commonwealth peut jouer un rôle pragmatique à sa manière en facilitant la construction de passerelles commerciales de l’Australie à l’Inde et à l’Afrique du Sud, tandis que les États-Unis continuent de s’isoler. Des engagements militaires supplémentaires seront également nécessaires à mesure que les États-Unis se retirent des régions et pays instables. Haïti cristallise ce risque concret. Une mission dirigée par le Kenya, sous autorité de l’ONU et sous pression croissante de l’Organisation des États américains, offre au Canada l’occasion de devenir le centre de formation et de normes pour les contributeurs antillais en se concentrant sur les ports, la logistique énergétique et les fonctions étatiques de base — tout en rendant difficile pour les Canadiens de fermer les yeux si les États-Unis interviennent en pleine nuit pour démanteler des gangs ou des réseaux de migrants.

L’un des leviers les plus prometteurs pour le Canada pourrait être AUKUS — l’alliance de sécurité entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le pacte trilatéral s’est d’abord concentré sur les sous-marins nucléaires, un domaine loin des forces canadiennes, et il élargit désormais son champ à des capacités avancées, incluant la détection sous-marine, les satellites en orbite basse et la cybersécurité, autant de points forts du Canada. Le Canada peut se positionner comme un membre sérieux pour la prochaine phase de l’alliance, ce qui permettrait de gagner du levier sur la scène internationale tout en préservant un partenariat respectueux et pertinent avec les États-Unis.


L’année à venir offrira de nombreuses occasions d’explorer ce type de diplomatie de realpolitik alors que le Canada contribuera à concevoir ou à rejoindre des approches plus stratégiques, fondées davantage sur les intérêts que sur les valeurs, et sur le pragmatisme plutôt que sur les principes. Ce sera un recul par rapport aux approches plus idéalistes apparues à l’époque des Troisièmes options. Mais, comme chaque nation le sait, l’indépendance a un prix.

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Cela fait partie du rapport conjoint de RBC Thought Leadership et d’Eurasia Group

L’évolution des perspectives mondiales du pétrole et du gaz — du Venezuela au Qatar — modifie les perspectives d’investissement pour les exportations albertaines, ainsi que pour les grands projets d’infrastructure destinés à les acheminer vers les marchés d’outre-mer.

Les ambitions du Canada de devenir une superpuissance énergétique — y compris dans le pétrole et le gaz — sont mises à l’épreuve à la suite de l’intervention américaine au Venezuela. Mais les défis dépassent largement le voisinage immédiat du Canada. La demande à long terme de pétrole et de gaz demeure incertaine, d’autant plus que l’Asie se tourne de plus en plus vers l’électrification pour soutenir sa croissance. Un excédent mondial de l’offre, incluant le gaz naturel liquéfié américain, assombrit davantage les perspectives. Reste enfin la question de la croissance mondiale. Sans croissance, il n’y a pas de besoin accru en énergie — qu’elle provienne du Canada ou d’ailleurs.


En une manoeuvre stratégique à Caracas, le président américain Donald Trump a tenté d’encercler les Amériques, avec Washington comme capitale la plus influente de la région. Ce faisant, M. Trump pourrait avoir affaibli la carte de négociation la plus précieuse du Canada — ses exportations d’énergie. La reprise de la production de pétrole brut vénézuélien pourrait remplacer le pétrole canadien sur le marché américain, réduisant ainsi la part de marché de ce dernier à celle que lui laissent les Saoudiens et d’autres producteurs. Il s’agit donc d’un choc concurrentiel potentiel. Au cours des 25 dernières années, le Canada a consolidé sa position de principal fournisseur de pétrole et de gaz pour le plus grand marché pétrolier mondial, représentant près de trois barils importés sur cinq entrant aux États-Unis. Une industrie structurée pour servir l’Amérique produit aujourd’hui un record de cinq millions de barils par jour, contre un peu plus de deux millions en 2000, plus de 90 % de ses exportations étant destinées aux raffineries du Midwest, de la côte Ouest et du golfe des États-Unis.


Alors que les États-Unis avancent à vitesse éclair pour sécuriser leurs besoins en énergie et en ressources, le Canada doit pivoter rapidement, non seulement pour capter une part des investissements massifs en cours, mais aussi pour défendre son territoire et diversifier ses exportations (bonjour, Xi) — le tout simultanément afin de suivre le rythme du blitz américain.


Toute perturbation du flux énergétique nord-sud pourrait porter un coup économique et politique au Canada. Le secteur génère près de 100 milliards de dollars de revenus annuels. Une baisse des exportations d’énergie pourrait également mettre à l’épreuve l’unité nationale. L’échec du développement des sables bitumineux albertains serait perçu par la province comme une déclaration de guerre politique à l’échelle nationale, à un moment où le mouvement indépendantiste albertain se fait entendre plus fort que jamais depuis une génération. L’Alberta, enclavée, est par ailleurs en désaccord avec la Colombie-Britannique voisine, qui s’oppose à la construction d’un oléoduc traversant son territoire pour atteindre la côte.


Le Canada a quelques atouts solides à jouer. Le Venezuela peut abriter les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde, mais le Canada possède la troisième plus grande au monde, avec les avantages supplémentaires d’une infrastructure de classe mondiale, d’une expertise prête à l’emploi, et des technologies et des capitaux pour répondre aux besoins pétroliers des États-Unis. Après des décennies d’hésitation, Ottawa, sous la direction de Mark Carney, semble avoir la volonté de mener à bien cette stratégie. Il existe une corrélation nette entre la domination du pétrole canadien sur le marché américain et le déclin continu de la production de pétrole vénézuélien (voir graphique ci‑dessous). Les deux s’échangent principalement sous la forme de ce que le secteur désigne comme du « pétrole lourd », dont la consistance rappelle celle du beurre de cacahuète : plus difficile à extraire, énergivore et intensif en carbone à produire, et nécessitant des diluants pour circuler dans les pipelines, ce qui accroît les coûts logistiques. La nature visqueuse du pétrole canadien en fait une matière première particulièrement adaptée à la production d’essence, de diesel, de carburéacteur et de plastiques, par rapport aux huiles légères issues des bassins de schiste américains.


Alors que les entreprises canadiennes des sables bitumineux ont innové au cours de la dernière décennie pour surmonter les coûts et l’intensité des émissions, la société pétrolière publique vénézuélienne Petróleos de Venezuela (PDVSA) est tombée dans un état de négligence, de mauvaise gestion et de corruption. Autre coup dur : en 2018, l’entreprise a été pillée par des voleurs qui ont dérobé des équipements vitaux, notamment des câbles en cuivre, tandis que ses travailleurs qualifiés fuyaient vers les États voisins. Si les entreprises américaines devaient revenir au Venezuela, elles devraient repartir de zéro à bien des égards, certains estimant qu’il faudrait plus de 100 milliards de dollars US sur 10 ans pour remettre le secteur pétrolier vénézuélien en état de fonctionnement. Dans le meilleur des cas, il faudrait au moins une décennie pour que le Venezuela puisse remplacer une partie des 4,5 millions de barils par jour de pétrole canadien exportés vers les États‑Unis, alors que sa production actuelle est d’environ 750 000 barils par jour. Cela donnerait au Canada une longueur avance pour s’adapter au nouveau paradigme énergétique.


Le pétrole lourd est profondément intégré aux systèmes de raffinage américains, ce qui devrait rassurer les dirigeants pétroliers de Calgary. Dès les années 1990, les raffineurs américains ont commencé à investir des milliards dans des configurations adaptées au pétrole lourd et acide afin de traiter les barils canadiens et latino-américains, compte tenu de la proximité de ces deux sources d’énergie. La capacité totale des raffineries de la côte du Golfe (connues sous le nom de PADD 3) a augmenté de 2,9 millions de barils par jour, tandis que celle des raffineries du Midwest (PADD 2) a crû de 700 000 de barils par jour. Les deux régions ont par ailleurs renforcé leur capacité de cokéfaction de 1 million de barils par jour au cours de cette période.

Des coentreprises américano-canadiennes ont également commencé à se développer, comme la collaboration entre Cenovus et Conoco Phillips sur deux raffineries aux États-Unis, à mesure que les flux en amont et en aval transfrontaliers se consolidaient. Parallèlement, les exploitants de pipelines canadiens Enbridge et South Bow (scindée de TC Energy) ont élargi leur réseau de branches et augmenté la capacité pour atteindre la côte du Golfe et le Midwest.

Les sables bitumineux du Canada ont remplacé le pétrole lourd du Mexique et du Vénézuéla aux États-Unis.

Le pétrole lourd canadien est prisé sur d’autres marchés. Si l’on parle beaucoup de la Chine devenant une « électro‑nation » et d’autres marchés asiatiques se tournant vers les énergies renouvelables, il existe peu de substituts viables au pétrole lourd en tant qu’ingrédient essentiel pour la production de plastiques. La hausse des niveaux de revenus à travers l’Asie devrait stimuler une demande toujours plus forte pour les téléviseurs, réfrigérateurs, appareils électroniques et poupées Labubu, même si la croissance démographique dans de nombreux marchés émergents tend à ralentir. L’expansion du pipeline TMX, propriété du gouvernement fédéral, a déjà démontré l’existence d’un marché pour le pétrole canadien en dehors des États‑Unis. Si plus de 90 % des exportations canadiennes de pétrole sont globalement destinées aux États‑Unis, seulement un tiers des livraisons du TMX a franchi la frontière, le reste étant acheminé vers des raffineries en Chine, à Singapour, en Corée du Sud et en Inde.


Après tout, c’est en Asie que se concentre la croissance, d’autant plus que l’Europe devrait connaître une baisse de la demande. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le continent devrait représenter 80 % de la croissance nette totale de la demande de pétrole jusqu’en 2030. La seule demande indienne devrait croître d’environ un million de barils par jour, l’Asie émergente constituant également un marché important pour de nouveaux volumes de pétrole.


Se pose également la question récurrente de la pertinence pour le Canada d’investir des milliards dans une industrie supposée ralentir — sur un marché déjà encombré.
Si l’AIE s’est récemment éloignée de ses prévisions de « pic pétrolier », la demande mondiale n’augmente que lentement, tandis que les producteurs intensifient leur production. Un nouvel acteur, la Guyane, porté par une coentreprise tripartite ExxonMobil-Chevron-CNOOC, a rapidement augmenté sa production à environ 900 000 barils par jour en peu de temps. Plusieurs producteurs de l’OPEP et des indépendants, comme le Brésil, le Mexique et la Norvège, ont également l’ambition d’augmenter leurs volumes de production. Si les Saoudiens, le producteur le plus influent de l’OPEP, sont restés discrets alors que les actions américaines menacent de faire baisser les prix du pétrole, le cours du Brent, autour de 60 $ US le baril, reste bien en deçà du seuil de rentabilité budgétaire du gouvernement saoudien, estimé à environ 90 $ US le baril.


Pour les entreprises pétrolières canadiennes, qui ont versé environ 25 milliards de dollars en dividendes et rachats d’actions en 2025, le risque réside dans l’engagement sur un nouveau projet fortement capitalistique sans nouvelle proposition de pipeline ni réelle visibilité sur l’évolution du marché. Une autre mise en garde : Ottawa exigerait que les entreprises contribuent à un projet de capture, stockage et valorisation du carbone (CCUS) très attendu et coûteux afin de compenser les nouvelles émissions. Cet engagement est en effet formalisé dans le cadre du protocole d’entente Ottawa-Alberta. Le protocole d’entente, qui offre une voie pour l’expansion de l’industrie pétrolière et pourrait déclencher une nouvelle vague d’investissements dans le pays, est un symbole emblématique de ce que le secteur énergétique canadien peut accomplir. S’il réussit, ce protocole pourrait servir de modèle pour montrer comment le Canada peut mettre à disposition ses ressources, ses infrastructures et son expertise au service d’une clientèle au‑delà des États‑Unis

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