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Plus tôt cette semaine, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a clarifié ce qui se dessinait depuis des mois : les États-Unis entendent préserver le cœur de l’AEUMC, tout en négociant de nouvelles modalités distinctes avec le Canada et le Mexique.  

Dans le cadre actuel de l’ACEUM, des modalités différentes s’appliquent déjà au Canada et au Mexique dans leurs relations avec les États-Unis. Or, les propos de M. Greer marquent un véritable tournant : ils élargissent la portée des enjeux examinés dans la relation économique canado-américaine et en redéfinissent en profondeur les règles du jeu.

Un accord assorti de nombreuses conditions

  • En négociant les différends bilatéraux dans le cadre d’accords parallèles avec le Canada et le Mexique, Washington conditionne désormais l’accès au marché pour ces deux pays à des résultats sur plusieurs fronts, plutôt qu’à un ensemble unique de règles fixes.

  • À titre d’exemple, plutôt que de verrouiller une prolongation de 16 ans, M. Greer a laissé entendre que les États-Unis pourraient enclencher un processus d’examens annuels pouvant s’étendre sur une décennie ; maintenant ainsi l’accord en vigueur, mais sous une pression constante de renégociation.

  • Concrètement, cela signifie que la politique commerciale devient plus évolutive. Les décisions concernant les droits de douane, les marchés publics, les règles numériques, le règlement des différends ou encore les mécanismes d’application ne seront plus arrêtées une fois pour toutes, mais réexaminées au fil des négociations.

  • Sur le plan politique, M. Greer laisse entrevoir qu’il sera impossible de régler l’ensemble des enjeux d’ici l’échéance du 1er juillet. Il pourra plutôt annoncer le maintien des protocoles de base de l’ACEUM, pendant que les dossiers plus complexes continueront d’être négociés dans des accords parallèles élargis.

  • Par ailleurs, dans un contexte d’imprévisibilité des marchés de l’énergie, M. Greer cherchait possiblement à rassurer les investisseurs quant à la continuité du marché énergétique nord-américain intégré, avec un certain cadre de fonctionnement en place.

  • Steve Verheul, ancien négociateur en chef du Canada pour le commerce, a souligné que la guerre en Iran a mis à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement américaines dans des secteurs clés – énergie, aluminium, engrais – autant de ressources que le Canada pourrait contribuer à fournir, offrant ainsi un certain levier à Ottawa.

La question centrale porte sur l’instauration d’un droit de douane de base pour l’accès au marché.

  • L’enjeu principal consiste à déterminer si les États-Unis mettront en place un droit de douane généralisé d’accès au marché et, le cas échéant, à quel niveau il sera fixé.

  • Du côté canadien, plusieurs estiment qu’un taux supérieur à 5 % serait inacceptable. Les États-Unis pourraient toutefois chercher à faire grimper ce taux jusqu’à 10 %, même si cela s’accompagnerait vraisemblablement d’importantes exceptions et exclusions.

  • Un droit de douane de base pour l’accès au marché aurait des répercussions plus larges sur l’économie canadienne que les effets plus ciblés des tarifs sectoriels imposés en vertu de l’article 232, comme le montre le plus récent rapport des Services économiques RBC : Un an de chocs tarifaires au Canada (seulement en anglais).

Au-delà du commerce : vers une négociation plus stratégique

  • Avant les propos de M. Greer, le Bureau du représentant au commerce des États-Unis (USTR) a également publié, le 31 mars, son rapport annuel National Trade Estimate (en anglais seulement), qui recense ce qu’il considère comme des « obstacles importants au commerce » chez ses partenaires, dont le Canada. 

  • La plupart des irritants recensés ne surprennent pas, mais ils prennent une place de plus en plus centrale dans les négociations.

  • Dans le contexte de la guerre commerciale menée par Trump, certains de ces irritants ont évolué et pris de l’ampleur, notamment le fait que les sociétés des alcools provinciales ne tiennent plus de produits américains en stock.

  • D’autres touchent directement à la façon dont le Canada structure certains pans de son économie : renforcement des politiques d’approvisionnement « Acheter canadien », gestion de l’offre dans le secteur laitier, réglementation du numérique et du streaming, ainsi que de nouvelles ambitions en matière de souveraineté des données.

  • À cela s’ajoutent les ambitions stratégiques des États-Unis en ce qui concerne les minéraux critiques. Le niveau de participation du Canada à ces ambitions sera un enjeu déterminant, comme nous l’avons évoqué en février.

Les prochaines étapes et leurs implications stratégiques

  • 1er juin : M. Greer doit présenter au Congrès les intentions de l’administration : soit prolonger l’ACEUM tel quel, soit envisager des modifications.

  • 1er juillet : le Canada, le Mexique et les États-Unis se réuniront officiellement pour l’examen prévu aux six ans dans l’accord, moment où Washington devrait faire pression pour passer à un cadre de révisions annuelles sur dix ans.

  • Les États-Unis se positionnent ainsi pour un modèle de négociation continu, fondé sur des révisions périodiques, leur permettant de maintenir un levier sur les dossiers non réglés.

  • Du côté d’Ottawa, l’un des objectifs, en plus de préserver un accès large et avantageux au marché américain, consiste à repousser les décisions sur les dossiers prioritaires le plus près possible des élections de mi-mandat, sans compromettre l’ensemble de l’accord.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

Il y a un an, Donald Trump se tenait dans la roseraie de la Maison-Blanche pour annoncer les droits de douane du « jour de la libération » de son administration. Cette semaine, nos collègues des Services économiques RBC ont examiné de près les répercussions de ces droits de douane. Voici quelques constats clés à retenir (cliquez sur les liens pour approfondir l’analyse) :

Canada : Un an de chocs tarifaires au Canada : ce qu’il faut retenir (en anglais seulement)

  • Malgré des tensions commerciales accrues, le Canada demeurait l’an dernier la principale source d’importations pour 22 États américains, un niveau inchangé par rapport à 2024.

  • Les mesures de rétorsion limitées du Canada ont atténué l’impact de la guerre commerciale sur les prix à la consommation au pays.

  • Comme les tarifs américains visant les produits canadiens sont ciblés, leurs effets ont été inégaux d’une région à l’autre.

États-Unis : Un an plus tard – comment les droits de douane et la politique commerciale ont redéfini le paysage (en anglais seulement)

  • Les droits de douane n’ont pas permis de réduire les déséquilibres commerciaux, en particulier avec la Chine.

  • Les revenus tirés des droits ont un effet limité sur la réduction du déficit, notamment parce qu’ils sont loin de compenser les baisses d’impôt de la loi One Big Beautiful Bill.

  • Rien n’indique que la politique tarifaire ait favorisé un rapatriement des emplois manufacturiers.

Les emplois salariés domestiques masquent une contraction profonde et durable dans les secteurs tributaires des échanges commerciaux. Variation cumulée des emplois salariés, depuis avril 2025.

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À mesure que la crise au Moyen-Orient se prolonge, de nombreuses économies émergentes importatrices de pétrole font face à une « triple pression » : hausse des coûts des importations d’énergie, dépréciation des monnaies et augmentation des taux pour le refinancement de la dette.

Le trafic maritime dans le détroir d'Ormuz se tarit. Moyenne mobile sur sept jours pour les pétroliers, porte-conteneurs, vrac sec, marchandises générales, rouliers.

Le quasi-blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran a fait grimper en flèche les prix du pétrole, du diésel et du gaz, entraînant une hausse des coûts des denrées alimentaires, des engrais et des transports à l’échelle mondiale. Mais ce sont les économies en développement qui en subissent le plus durement les effets. Dans plusieurs économies africaines, l’énergie et les transports représentent 15 à 25 % du panier de l’IPC ; le renforcement du dollar américain (en hausse de 0,85 % par rapport à un panier de devises depuis le début du conflit en Iran) a alourdi le coût du service de la dette libellée en monnaie locale. De l’Argentine au Vietnam, des pays ont mis en place des mesures d’économie d’énergie ou instauré des dispositifs d’aide d’urgence aux consommateurs afin d’apporter un certain soulagement. L’inflation alimentée par les prix de l’énergie contraint les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés, même si les économies nationales ralentissent et que les réserves de change s’amenuisent. La confiance des investisseurs a déjà été entamée : l’indice MSCI des marchés émergents a effacé ses gains de 13 % depuis le début de l’année, tandis que les émissions obligataires des marchés émergents ont atteint en mars leur niveau le plus bas depuis 2009.

Les vulnérabilités liées à la dette des marchés émergents étaient déjà à des niveaux historiquement élevés. Les pays en développement ont payé 741 milliards de dollars US de plus en service de la dette qu’ils n’ont reçu en financements (2022–2024). Les coûts d’emprunt ont nettement augmenté, les émissions postérieures à 2020 se faisant à des taux d’environ 10 %, soit environ le double des niveaux d’avant la pandémie. Avec 29 % des obligations des pays à faible revenu arrivant à échéance d’ici 2026, le risque de défaut augmente pour certains États souverains. La Banque mondiale indique qu’elle est « prête à intervenir à grande échelle » pour aider les marchés émergents qui en ont fait la demande.

Voici quelques-uns des pays sous pression :

  • Égypte : importateur net d’énergie avec d’importantes subventions aux carburants (28 % des dépenses publiques), une dette élevée en dollars américains et des refinancements d’euro-obligations à court terme (4 milliards de dollars US) ; pression sur les changes (monnaie −8 %) et déficit du compte courant (−3 % du PIB) aggravés par la dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (73 % provenant des économies du CCG) et par la baisse des revenus du canal de Suez et du tourisme.

  • Pakistan : les prix des produits pétroliers ont augmenté de 25 %, tandis qu’un refinancement à venir (1 milliard de dollars US) est attendu en 2026 ; un historique récent de crise de la dette, ainsi qu’une forte dépendance aux envois de fonds des pays du Golfe (62 % provenant des économies du CCG), met sous pression les réserves et accentue le risque de déséquilibre de la balance des paiements.

  • Bangladesh : structurellement dépendant du GNL (50 % de l’électricité) sans solution de substitution à court terme ; les perturbations d’approvisionnement et la hausse des coûts de transport alimentent l’inflation (~9 % et plus) et accentuent la pression sur les réserves de change.

  • Zambie : fardeau du service de la dette extrêmement élevé (10 % du PIB) et dépendance aux importations d’engrais (2,5 % du PIB) ; la dépréciation du taux de change (−5 %) accentue les tensions sur le financement extérieur.

  • Sri Lanka : l’économie, fragilisée depuis le défaut de 2022, reste vulnérable ; le rationnement du carburant et la dépendance persistante aux importations freinent la reprise malgré une stabilisation partielle de l’approvisionnement en GNL via les États-Unis.

  • Côte d’Ivoire, Mongolie, République dominicaine : combinaison d’une exposition à une dette libellée en devises étrangères, de déficits du compte courant et d’échéances en 2026 ; plusieurs pays supportent également des charges de subventions (par exemple la Mongolie), ce qui accentue la pression budgétaire à mesure que les prix de l’énergie augmentent.

  • Afrique du Sud : part élevée de la dette locale détenue par des non-résidents (16 % du PIB)) ; pression sur les changes (monnaie −5,2 %) ; vulnérabilité aux sorties de capitaux, à la volatilité des marchés obligataires et au resserrement des conditions financières.

  • Turquie : rendements domestiques extrêmement élevés (>35 %), dépréciation persistante de la monnaie et forte diminution des réserves (23 milliards de dollars US) liée aux interventions sur le marché des changes ; marge de manœuvre politique limitée.

  • Inde : dépendance aux importations de pétrole brut à hauteur de 89 %, dont environ la moitié transite par le détroit ; roupie à des niveaux historiquement bas, usines d’engrais fonctionnant à 70 % de leur capacité ; exposition accrue en raison de la dépendance aux envois de fonds.

  • Philippines : importe 90 % de son pétrole du Moyen-Orient ; déficit du compte courant (−3,4 % du PIB). Les perturbations du transport maritime compriment les marges dans son principal secteur d’exportation (les semi-conducteurs et l’électronique représentant environ 60 % des exportations totales), tandis que la répercussion de la hausse des prix de l’énergie alimente une inflation supérieure aux objectifs.

Plusieurs des marchés essentiels à la stratégie de diversification du Canada sont exposés au conflit en Iran : l’Égypte figure parmi les plus grands importateurs mondiaux de blé canadien, tandis que le Bangladesh et le Pakistan sont des destinations clés pour les légumineuses canadiennes. En Zambie, où le cuivre représente environ 70 % des recettes d’exportation, des entreprises canadiennes mènent d’importantes expansions de production. Des files d’attente de plusieurs heures dans les stations-service en Inde indiquent que le choc touche déjà les ménages – alors même que les négociations de l’Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Inde visent 70 milliards de dollars d’échanges bilatéraux d’ici 2030. Par ailleurs, l’exposition des entités canadiennes aux actifs des marchés émergents en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie pourrait également constituer un autre défi.

Sydney Wisener

Les discussions sur la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ont échoué

  • La 14e Conférence ministérielle de l’OMC, tenue la semaine dernière au Cameroun, n’est pas parvenue à ouvrir une nouvelle ère de réforme du commerce mondial après de profondes divergences entre les États-Unis et le Brésil quant à la durée de prolongation du moratoire sur le commerce numérique, un accord interdisant l’imposition de droits sur les transmissions électroniques et les services numériques.

  • Ce désaccord a été la principale raison pour laquelle un projet de plan de réforme de l’OMC n’a pas été adopté, un revers majeur pour l’organisation qui cherchait à contrer sa marginalisation et à rester pertinente dans cette nouvelle ère de perturbations du commerce.

  • Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a vivement critiqué l’OMC à son retour aux États-Unis, déclarant qu’elle ne jouerait qu’un « rôle limité » dans les futures discussions de politique commerciale mondiale.

L’hélium devient un nouveau casse-tête lié au détroit d’Ormuz

  • Outre les perturbations des marchés mondiaux de l’énergie, de l’aluminium, du transport maritime et des engrais, la quasi-fermeture du détroit menace l’approvisionnement mondial en hélium, un composant clé dans la production de semi-conducteurs.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

  • L’hélium étant principalement un sous-produit de la production de GNL, les perturbations de l’approvisionnement en GNL menacent également de perturber les flux de ce gaz, dont un tiers de l’offre mondiale transite par Ormuz. Selon Fitch Ratings, les prix de l’hélium ont à peu près doublé depuis le début du conflit, ce qui pourrait avoir des effets en cascade sur les économies fortement dépendantes de la technologie, telles que la Corée du Sud, le Japon et même le secteur technologique des États-Unis.

Les États-Unis se préparent à imposer de nouveaux droits de douane sur les produits pharmaceutiques

  • Selon un projet de décret obtenu par les médias, l’administration Trump prépare de nouveaux prélèvements sur les médicaments de marque des entreprises pharmaceutiques, incluant des droits de douane de 100 % sur les médicaments brevetés et leurs principes actifs.

  • Bien que la proposition n’ait pas encore été officiellement annoncée, elle donnerait suite aux menaces formulées par Trump l’automne dernier dans le cadre de la stratégie de son administration visant à contraindre les fabricants pharmaceutiques à construire ou relocaliser des installations de production aux États-Unis.

— Thomas Ashcroft

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Également dans ce numéro : Démêler la chaîne logistique en biocarburants en Amérique du Nord

Le détroit d’Ormuz a longtemps été traité comme un enjeu strictement pétrolier. Lorsqu’il se ferme, les marchés de l’énergie réagissent, les taux de fret des pétroliers s’envolent et l’attention médiatique se concentre sur le brut. Mais il s’agit aussi d’un choc lent et persistant sur le coût du transport de marchandises, un choc qui s’enracine au fil du temps.

Effet de premier ordre : brut et pétroliers

L’impact le plus direct se situe précisément là où les marchés l’anticipaient. Les taux au comptant de référence pour les très gros transporteurs de brut, multipliés par six depuis le début de janvier, s’établissent actuellement à 98 $ US/t (13 à 14 $ US/baril). Les volumes de pétroliers transitant par le détroit d’Ormuz (et le canal de Suez) se sont essentiellement effondrés, plus de 200 navires étant immobilisés dans le golfe Persique.

Effet de second ordre : produits et carburants

Les arrêts de raffineries et les contraintes à l’exportation liées au détroit d’Ormuz ont fragmenté les chaînes logistiques mondiales en carburant marin, forçant les navires à s’approvisionner dans des ports de rechange à des primes de zone de guerre élevées. Comme illustré ci-dessous, le prix indexé du carburant marin à Singapour a augmenté de 66 % depuis le début de la crise. Non illustré, mais tout aussi révélateur, l’écart entre les prix franco à bord et les prix livrés, habituellement inférieur à 5 %, a largement dépassé 50 % à la mi‑mars, signe d’une véritable désorganisation physique dans l’acheminement du carburant marin vers les navires.

Maersk, entreprise danoise de transport maritime, a officialisé cette perturbation le 25 mars en imposant une surcharge mondiale d’urgence sur le carburant, faisant de ce choc un facteur désormais solidement installé dans l’économie du transport maritime.

Effet de troisième ordre : conteneurs et vrac sec

L’indice du fret conteneurisé de Shanghai (SCFI) a baissé progressivement avant le conflit et a depuis bondi (voir le graphique), mais il s’agit probablement de fluctuations saisonnières. À la mi‑février, le Nouvel An chinois a entraîné un ralentissement saisonnier du débit portuaire, tombé à 40–50 % de sa capacité normale. La part de la reprise du SCFI en mars attribuable à des contraintes d’offre plutôt qu’à une demande plus forte demeurera incertaine jusqu’à la publication des données portuaires officielles en fin de mois.

Cela dit, le vrac sec était structurellement peu exposé au détroit d’Ormuz – environ 55 navires de vrac sec y transitaient chaque semaine avant le conflit – et l’indice Baltic Dry reste globalement stable, voire légèrement en baisse. Néanmoins, la vitesse moyenne des grands porte-conteneurs a légèrement diminué (voir graphique) depuis fin février, un signal modeste, cohérent avec des ajustements de trajectoire en marge de la zone de conflit.

–Shaz Merwat, Energy Policy Lead

Frictions commerciales croissantes. Valéurs indexées, 27 février = 100

La chaîne logistique en Amérique du Nord, autrefois intégrée, se fragmente désormais selon des lignes nationales.

Les incitatifs fédéraux américains, les programmes à l’échelle des États et le Règlement sur les combustibles propres du Canada tirent de plus en plus dans des directions différentes, ce qui entraîne un marché morcelé, avec des répercussions pour les producteurs canadiens de biocarburants et les agriculteurs cultivant des oléagineux et des céréales, notamment le canola, le soya et le maïs.

Des changements de politiques qui ont créé une fracture continentale

Les modifications apportées à la politique américaine dans le cadre de la norme sur les carburants renouvelables (Renewable Fuel Standard) et les nouveaux crédits d’impôt à la production ont déclenché ce réalignement. Les règles proposées pour cette norme en 2026–2027 augmentent considérablement les cibles d’incorporation domestique de diesel à base de biomasse, renforçant la demande pour des matières premières d’origine végétale comme l’huile de soya.

  • Parallèlement, les nouvelles structures d’incitatifs, en particulier la transition des crédits pour mélange vers des crédits fondés sur la production, favorisent explicitement la production intérieure de biocarburants aux États‑Unis.

  • Ce changement abolit l’incitatif de 1 $ US par gallon dont bénéficiaient les biodiesels et le diesel renouvelable canadiens sur le marché américain, puisque les biocarburants doivent désormais être produits aux États-Unis pour être admissibles aux crédits de production. Résultat : une baisse d’environ 13 % de la valeur des importations canadiennes vers les États-Unis entre 2024 et 2025, selon les données sur le commerce international du Canada. Il s’agit d’un changement notable par rapport au coup de pouce dont bénéficiaient auparavant les biocarburants canadiens grâce aux subventions américaines.

Quels effets sur les marchés canadiens des oléagineux et des céréales ?

Le marché des biocarburants est fortement tributaire des politiques publiques, et la certitude réglementaire n’est jamais garantie. Les incitatifs pour les matières premières destinées aux biocarburants aux États-Unis continuent d’évoluer, alors que l’Environmental Protection Agency (EPA) fixe ses obligations en matière de volumes renouvelables pour 2026 et 2027.

L’incertitude qui pèse sur les agriculteurs canadiens tient au fait que l’EPA a proposé de réduire le nombre de crédits RIN (Renewable Identification Numbers) attribués aux carburants renouvelables importés et à ceux produits à partir de matières premières étrangères, ce qui découragerait financièrement les raffineries américaines d’utiliser des matières premières canadiennes. Toutefois, l’augmentation de la demande intérieure canadienne pourrait compenser en partie le risque lié à l’exportation.

Canola : le plus exposé. L’huile de canola exportée aux États-Unis est principalement utilisée pour la production du diesel renouvelable. Les volumes d’exportation d’huile de canola vers les États‑Unis ont chuté de 26 % entre 2024 et 2025, après avoir augmenté chaque année au cours des cinq années précédentes. Cette baisse est survenue après une période de plus d’un an d’incertitude réglementaire pour l’industrie canadienne du canola, qui attendait des précisions du département du Trésor américain et de l’IRS sur les crédits de production, y compris la confirmation en janvier de l’admissibilité des matières premières nord‑américaines.

Soya : les producteurs canadiens de soya pourraient bénéficier de politiques américaines favorables. Selon les perspectives 2026 du département de l’Agriculture des États-Unis, les mandats en matière de biocarburants et les incitatifs fiscaux devraient entraîner une hausse de 17 % de l’utilisation d’huile de soya américaine dans les biocarburants. La demande accrue soutient les prix, mais le marché demeure exposé à des risques à la baisse pour les échanges avec les États-Unis si les obligations en matière de volumes renouvelables proposées par l’EPA sont confirmées.

Maïs : le maïs reste fortement lié à la production d’éthanol aux États-Unis dans le cadre de la norme américaine sur les carburants renouvelables. Cependant, les producteurs canadiens d’éthanol sont désormais désavantagés par le crédit à la production de combustibles propres (45Z), conçu pour encourager la production de biocarburants finis aux États-Unis.

Conclusion

Les perspectives pour le Canada sont mitigées. La demande du marché intérieur dépendra largement des prochaines modifications du Règlement sur les combustibles propres du gouvernement fédéral, où plusieurs leviers politiques sont à l’étude pour soutenir la demande domestique, notamment des exigences de contenu local minimal et des multiplicateurs de crédits pour les producteurs locaux.

Lisa Ashton, responsable principale, Politique agricole

Les producteurs de bœuf canadiens s’inquiètent d’un éventuel accord de libre-échange avec le Mercosur

  • Alors qu’Ottawa cherche à conclure cette année un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain, l’Association canadienne des bovins (ACB) a exprimé ses préoccupations.

  • Le Brésil est le plus grand producteur de bœuf au monde, et l’ACB craint qu’un accord avec le Mercosur n’inonde le marché canadien de bœuf bon marché, compromette les efforts de reprise d’un secteur confronté à la plus faible offre de bétail en quarante ans, et expose le Canada à des accusations américaines de servir de « porte d’entrée détournée » vers le marché nord‑américain.

Les coûts des engrais flambent à l’approche de la saison des semis

  • Les perturbations dans les expéditions d’engrais et des matières premières essentielles à leur production via le détroit d’Ormuz ont fait grimper les prix, alors que les agriculteurs nord-américains s’apprêtent à entamer la saison des semis de printemps. L’urée, par exemple, a vu son prix augmenter d’environ 40 % depuis le début du conflit. Cette hausse devient rapidement un enjeu politique pour Donald Trump, qui a rencontré cette semaine des groupes agricoles américains, un lobby politique influent.

  • Meanwhile, Russia, whose shipments remain unaffected by the Hormuz blockade, has deep reserves of fertilizers and commodities. Earlier this week, Russia halted its exports of ammonium nitrate, to shore up its domestic supply. But the conflict potentially raises the specter of Russia looking to increase its leverage on having restrictions on Russian fertilizer exports to Europe eased.

Le Parlement européen approuve un accord commercial avec les États-Unis

  • Les législateurs de l’Union européenne avaient auparavant retardé l’approbation de l’accord de Turnberry en raison des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland. Toutefois, mardi, le Parlement européen a ouvert la voie à sa mise en œuvre, en y ajoutant des conditions supplémentaires. Avant le vote, les États-Unis avaient averti que l’Union européenne pourrait perdre son accès préférentiel aux livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) américain si l’accord était de nouveau retardé, alors que l’Europe subit déjà les effets de perturbations dans les approvisionnements en GNL en provenance du Qatar.

  • L’accord prévoit l’élimination des droits de douane de l’UE sur les produits industriels américains et certains produits agricoles, ainsi qu’une baisse des droits de douane américains sur la plupart des biens européens à 15 %. Les députés européens ont cependant ajouté des mécanismes de protection, notamment en retardant la suppression des droits de douane européens jusqu’à ce que les États-Unis réduisent les leurs. Ces mesures devront maintenant être approuvées par les États membres, les négociations devant commencer le 13 avril.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Géopolitique

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➔ Le Canada établit de nouveaux scénarios pour une nouvelle ère énergétique

➔ Le petit changement qui a révolutionné l’efficacité énergétique

➔ Un guide pour les climato-optimistes

Que deviennent les plantations de café lorsque les chauves-souris qui contrôlent les ravageurs disparaissent ? Le monde commence à prendre conscience que la biodiversité influence tout, de votre café du matin aux résultats financiers des entreprises. Récemment, 152 gouvernements membres, dont le Canada, ont appuyé le rapport d’évaluation de l’IPBES sur les entreprises et la biodiversité. Il s’agit d’une recherche marquante : plus de la moitié de l’économie mondiale – soit environ 78 billions de dollars US – dépend de la nature, qu’il s’agisse de l’alimentation, du tourisme ou de la construction, selon l’Institut de recherche RBC. L’un des principaux constats du rapport de l’IPBES : la nécessité d’aligner les politiques budgétaires et les flux financiers sur les objectifs de biodiversité et de durabilité. Cependant, une couverture médiatique discrète suggère que le message de la nature comme un actif stratégique, et un bouclier, n’a pas encore trouvé un écho auprès du grand public des entreprises. Pour en savoir plus, lisez Extraire la valeur : la nature, un atout dans les programmes de stimulation de la croissance.

Un moment déclic pour l’efficacité énergétique Même si la surface bâtie mondiale a augmenté de 20 % au cours de la dernière décennie, la consommation d’électricité liée à l’éclairage est demeurée stable. La raison ? Les ampoules DEL, près de 12 fois plus efficaces que les lampes halogènes. Sans elles, la consommation mondiale d’électricité aurait augmenté de 800 TWh – soit plus que la consommation annuelle de l’Afrique, selon l’Agence internationale de l’énergie. Le potentiel d’économie reste considérable : environ 30 % des lampes en Amérique du Sud et dans certaines régions d’Asie-Pacifique (hors Chine et Inde) doivent encore être modernisées. Et même dans les pays déjà équipés, le remplacement des premières générations de LED, aujourd’hui dépassées, permettrait de réduire encore davantage la consommation électrique.

Le nucléaire fait un retour dans le débat climatique Cette technologie d’électricité à faible émission de carbone est à la base de certains des réseaux les plus propres au monde et pourrait contribuer à la décarbonation de plusieurs industries, explique Vivan Sorab, responsable principal, Politique, Technologie propre RBC. Le réseau électrique français émet seulement 22 gCO₂/kWh, l’un des niveaux les plus faibles au monde, le nucléaire fournissant 65 % de l’électricité du pays. En Ontario, l’intensité des émissions du réseau a augmenté à 74 gCO₂/kWh en 2024 par rapport à l’année précédente, en raison de travaux de remise à neuf des centrales nucléaires et de la hausse de la demande, qui ont nécessité un recours accru au gaz naturel. Les petits réacteurs modulaires (PRM) pourraient étendre la contribution du nucléaire au-delà du réseau électrique. Certaines industries fortement émettrices – extraction de pétrole lourd, pétrochimie – ont besoin de vapeur à haute température que les énergies renouvelables peinent à fournir seules. Les PRM pourraient éventuellement produire à la fois de l’électricité et de la chaleur industrielle, ce qui en ferait l’une des rares technologies capables d’aider les secteurs difficiles à décarboner. Pour en savoir plus sur l’énergie nucléaire, lisez L’avantage atomique : une occasion historique pour le Canada à l’aube d’une nouvelle ère nucléaire.



Par John Stackhouse

La délégation climatique présente cette semaine à la grande conférence énergétique CERAWeek, à Houston, avait de quoi être un peu déboussolée. L’humidité du bayou et les files de la TSA y étaient pour quelque chose, certes, mais c’est surtout le changement dans le discours sur l’action climatique qui donnait l’impression d’un virage à 180 degrés. 

Il y a deux ans, la secrétaire à l’Énergie de Joe Biden, Jennifer Granholm, était venue expliquer la pause imposée aux exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Lundi, Chris Wright, secrétaire à l’Énergie sous Donald Trump, est monté sur la même scène pour présenter un plan visant à doubler la production de GNL d’ici la fin de la décennie.

Et ce n’est pas seulement la Maison-Blanche qui a changé de cap climatique. Des délégations de dizaines de pays sont venues à Houston pour demander plus de tout, surtout du gaz naturel. Le Japon, berceau du protocole de Kyoto et de nombreuses innovations climatiques, était en tête de file, expliquant qu’il ne peut plus compter uniquement sur le Qatar et quelques autres fournisseurs pour alimenter en gaz son économie insulaire. (Souvenons-nous de l’arrêt du nucléaire après Fukushima.)

Les États-Unis travaillent désormais à fournir au Japon et à d’autres alliés autant de gaz et de pétrole que possible. Et une grande partie de cet approvisionnement pourrait provenir du Canada.

En matière de pétrole, le Canada comble déjà les deux tiers de l’écart entre la production américaine (12 millions de barils/jour) et sa consommation (20 millions). Nous fournissons une part encore plus importante du gaz consommé par les Américains dans plusieurs États.

Le ministre canadien de l’Énergie, Tim Hodgson, est venu à Houston pour affirmer que le gouvernement fédéral est déterminé à voir la production pétrolière augmenter de 2,5 millions de barils par jour – une hausse de 50 % – et à doubler les exportations de GNL par rapport aux plans actuels. Peut-on concilier cette hausse avec les engagements climatiques ?

J’ai posé la question à Tim Hodgson et à la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, lors d’un échange que j’animais à Canada House dans le cadre de la conférence. Ils ont affiché une forte convergence de vues (à tel point que Mme Smith s’est décrite comme la porte-parole environnementale de la politique énergétique de Mark Carney). Ils ont ensuite insisté sur trois priorités : le méthane, la tarification du carbone et Pathways.

Leurs gouvernements ont d’ailleurs annoncé plus tard dans la journée une entente sur les émissions de méthane qui contribuera à maintenir le Canada – et l’Alberta – sur la voie vers l’objectif de zéro émission nette (ou la « carboneutralité », selon la terminologie privilégiée par Mme Smith). La tarification du carbone industriel demeure plus complexe, même si des prolongations d’échéancier pourraient permettre de débloquer la situation.

Le principal enjeu reste Pathways, que M. Hodgson décrit comme « le plus grand projet de captage du carbone au monde », et qui permettrait de réduire nettement l’empreinte carbone des barils supplémentaires. La question des coûts demeure toutefois entière. Ottawa estime que Pathways pourrait coûter aussi peu que 50 cents par baril – une aubaine pour l’industrie si cela permet d’atteindre une hausse de production de 50 %. Les acteurs du secteur présents sur place jugent plutôt que les coûts seront plus élevés, bien qu’ils espèrent que des investissements éventuels de fonds de pension canadiens pourraient réduire les coûts en capital à long terme.

Nous devrions en savoir davantage la semaine prochaine, à l’approche de l’échéance du 1er avril prévue dans le protocole d’entente Ottawa–Alberta sur l’énergie. La crise mondiale pourrait entraîner certains retards et nécessiter de nouveaux ajustements. Mais le message envoyé à Houston par Ottawa et l’Alberta était clair : davantage de production et moins d’émissions, voilà le nouveau plan canadien.

Par Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

L’électrification sera le principal moteur climatique du Canada. La production d’électricité devrait augmenter de 50 % d’ici 2050, les énergies renouvelables représentant 91 % du réseau (contre 79 % aujourd’hui), selon le plus récent scénario de référence de la Régie de l’énergie du Canada, qu’elle désigne sous le nom de Mesures actuelles.

Même si la carboneutralité d’ici 2050 demeure un objectif ambitieux, l’économie devrait continuer de progresser vers des sources plus sobres en carbone. Alors que le charbon, fortement émetteur, est presque éliminé et que la croissance de la production de pétrole brut ralentit, l’expansion des combustibles fossiles sera principalement portée par le gaz naturel, relativement moins émetteur : d’ici 2050, il représentera 43 % de la production totale de pétrole et de gaz, contre 36 % aujourd’hui.

Trajectoire énergétique et des émissions du Canada. Scénario selon les mesures actuelles.

Publié deux semaines après le début de la guerre en Iran, qui pourrait s’avérer l’un des événements énergétiques les plus marquants du siècle, le rapport propose plusieurs trajectoires pour la croissance de l’énergie et de l’électricité au Canada, ainsi que pour la réduction des émissions.

  • Le Canada va au-delà du scénario unique de carboneutralité : cette édition conserve les scénarios Mesures actuelles et Carboneutralité du Canada du rapport Avenir énergétique du Canada en 2023 (AE2023), mais y ajoute des scénarios à la hausse et à la baisse. Ceux-ci encadrent le scénario de référence en faisant varier la croissance économique, les exportations de gaz naturel liquéfié, la demande des centres de données et les prix mondiaux de l’énergie, offrant ainsi une fourchette de résultats plus réaliste de ±20 %, plutôt que de considérer la carboneutralité en 2050 comme seule trajectoire.

  • Les émissions diminueront d’environ 14 % d’ici 2050. Dans tous les cas, les émissions de GES sous Mesures actuelles sont plus faibles dans Avenir énergétique 2026 (AE2026) que dans l’édition précédente, mais une économie canadienne carboneutre n’apparaît toujours pas à l’horizon. D’ici 2050, AE2026 projette 546 mégatonnes (Mt), contre 566 Mt dans l’édition 2023, ce qui reflète une décarbonation plus rapide à court terme grâce aux politiques déjà en place, notamment dans le secteur de l’électricité.

  • Le soleil et le vent alimenteront le réseau. La production d’électricité dans le scénario Mesures actuelles est globalement similaire dans les deux rapports. D’ici 2050, la production atteint environ 975 TWh dans Avenir énergétique en 2026, contre 972 TWh dans Avenir énergétique 2023. La principale différence réside dans la part des énergies renouvelables : le rapport de 2026 prévoit une montée plus rapide, atteignant 91 % de production non émettrice d’ici 2050, contre 86 % dans le rapport de 2023, avec une accélération plus marquée après 2035.

  • Le pic pétrolier est repoussé La production pétrolière reste similaire à court terme, mais AE2026 est nettement plus prudent à moyen terme. D’ici 2035, AE2026 prévoit environ 6,0 millions de barils par jour, contre 6,5 millions dans AE2023. Les trajectoires convergent ensuite : 5,9 millions en 2050 dans AE2026, contre 6,3 millions dans AE2023. Le pic de production pétrolière est ainsi repoussé de sept ans, passant de 2035 à 2042. Selon le Scénario plus élevé, la production de pétrole montera à 6,4 millions de barils par jour.

  • …et le gaz naturel prend de l’ampleur. AE2026 prévoit une production nettement plus élevée à tous les horizons, atteignant 26,8 milliards de pieds cubes par jour d’ici 2050, contre 21,5 dans AE2023 – soit une hausse de 25 %, largement attribuable aux nouvelles hypothèses d’exportations de GNL intégrées au modèle 2026.

  • Le captage du carbone restera marginal. Bien que les volumes ne soient pas détaillés dans les projections, environ 4 % de la production totale d’électricité proviendrait de gaz naturel avec captage du carbone dans le scénario Mesures actuelles.Les émissions totales du secteur pétrolier et gazier devraient atteindre 176 Mt en 2050, en baisse de 12 % par rapport aux 199 Mt projetées en 2025, malgré une hausse de 5 % de la production (5,9 millions de barils par jour en 2050, contre 5,6 millions en 2025).

  • Le Canada est à la traîne de ses pairs : à l’échelle mondiale, dans le scénario Mesures actuelles, les émissions du Canada passeraient de 694 Mt en 2023 (dernières données disponibles) à 562 Mt d’ici 2035, soit une réduction de 23 % par rapport au niveau de 2005 (environ 730 Mt). Cela place le Canada légèrement derrière les États-Unis, où Rhodium Group prévoit une réduction de 26 à 35 % d’ici 2035 par rapport à 2005. Les deux pays sont nettement derrière l’Union européenne, qui vise une réduction d’environ 45 à 47 % d’ici 2035 selon les mesures actuelles et prévues. Les trois restent toutefois loin de la carboneutralité sans mesures additionnelles.​​​​​​​​​​​​​​​​

Fred Pearce, écrivain scientifique et conférencier britannique, auteur au fil des ans de plusieurs ouvrages aux titres plutôt sombres — Quand meurent les grands fleuves, The Land Grabbers et With Speed and Violence – change de ton avec Despite it All: A Handbook for Climate Hopefuls.Il y racontedes histoires qui témoignent d’« espoir au milieu de la morosité ».

Voici un extrait d’un bref échange de courriels :

Qu’est-ce qui vous rend optimiste ?
Nous sommes toujours en grand danger. Chaque tonne de gaz à effet de serre ajoutée à l’atmosphère y demeure pendant des siècles. Mais mon espoir repose sur les progrès techniques extraordinaires que nous avons accomplis. La Chine, et de plus en plus l’Inde ainsi que d’autres pays en plein développement, adoptent l’énergie solaire comme source d’énergie par défaut, parce qu’elle est si peu coûteuse. C’était impensable il y a seulement vingt ans. La Chine est en train de révolutionner le marché des batteries : leur coût s’effondre, et le stockage de l’énergie solaire devient réellement envisageable. Nous entrons dans l’ère solaire. Ce sont désormais les facteurs économiques, et non politiques, qui font la différence. Il reste à savoir si les choses vont se faire assez rapidement. Mais elles avancent.

L’une des raisons de votre optimisme est la baisse de la taille des familles et le vieillissement de la population, mais cela ne risque-t-il pas de freiner la croissance économique et la capacité des gouvernements à soutenir les citoyens ?
 
Il s’agit d’une nouvelle forme de « bombe démographique ». On redoute souvent qu’un nombre croissant de personnes âgées « à charge » et un nombre décroissant d’actifs pour les soutenir ne pèsent sur l’économie. Le vieillissement pourrait aussi ralentir l’activité économique en affaiblissant l’innovation portée par les jeunes ambitieux. Il faut revoir notre regard sur les aînés : les considérer comme une source de savoir et d’expérience, comme des aidants autant que des personnes aidées. J’ai 74 ans et je travaille encore, alors je suis bien placé pour le dire ! Mais rappelons aussi que nous avons moins d’enfants à charge, et qu’aujourd’hui la majorité des femmes participent à l’économie, plutôt que de rester à la maison pour élever les enfants.

Qu’est-ce qui vous inquiète le plus ?
Les effets de seuil, les points de non-retour. La fonte des calottes glaciaires au Groenland et en Antarctique, et la montée du niveau des mers qui en résulte, pourraient bientôt devenir irréversibles – même si les températures redescendent. La déforestation en Amazonie pourrait approcher un seuil critique où le manque d’arbres assèche l’air, entraînant la mort des arbres restants. Le système de circulation océanique pourrait lui aussi être proche d’un effondrement, ce qui interromprait le Gulf Stream.  Sans oublier le dégel du pergélisol, qui libère du méthane – un puissant gaz à effet de serre – et accélère fortement le réchauffement. Là encore, de manière irréversible. La science ne peut pas encore nous dire précisément où et quand ces points de bascule pourraient être franchis. Ainsi, même si nous faisons des progrès remarquables pour sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, je crains qu’il soit déjà trop tard pour éviter ces grands bouleversements. Nous aurons peut-être de la chance… ou pas.

  • Le manque de valorisation et de prise en compte des actifs naturels fait partie des quatre obstaclesqui freinent les initiatives d’adaptation climatique au Canada, écrivent James Stewart, chercheur principal au CD Howe Instituteet Anabela Bonada, directrice générale du Centre Intact sur l’adaptation aux changements climatiques de l’Université de Waterloo.

  • Gavin Mooney, conseiller en transition énergétique analyse comment le déploiement rapide de l’énergie solaire a aidé le Pakistan à atténuer sa forte dépendance au gaz naturel du Moyen-Orient.

  • Le Canada s’apprête à lancer l’un des plus vastes programmes de développement de son réseau électrique de son histoire. Pour que ce vaste chantier réussisse, les Nations autochtones doivent en être au centre, et non en périphérie, écrivent Kwatuuma Cole Sayers et Blake Shaffer dans un article d’opinion.

  • As energy systems are struggling to transform in the face of climate change, Justice in Canada’s Energy Transition report asserts that justice and equity are central to making a low-carbon economy sustainable, writes Julie MacArthur, a co-editor of the report.

  • « Alertes à la chaleur extrême, avertissements de conditions propices aux feux de forêt, records mensuels de température battus une fois de plus… il s’agit sans doute de l’une des vagues de chaleur hors saison les plus anormales que j’ai observées », indique le climatologue Zachary Labe à propos de la saison actuelle.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Il n’est pas nécessaire que les perturbations affectant les navires transitant par le détroit d’Ormuz soient prolongées pour que celui-ci cesse de fonctionner comme une artère fiable du commerce mondial. Les coûts commencent à s’accumuler : les taux de fret des conteneurs ont augmenté de 12 % au cours des deux semaines se terminant jeudi dernier, selon l’indice mondial des conteneurs de Drewry.

  • En période de risque de guerre maritime, un groupe relativement restreint d’assureurs désigne certaines zones comme étant à haut risque. Les protections habituelles ne suffisent alors plus, et les armateurs doivent souscrire une assurance contre les risques de guerre — au cas par cas (par voyage) —  tarifée en pourcentage de la valeur du navire.

  • Au cours des dernières semaines, ces primes sont passées de fractions de point de pourcentage à environ 5 % de la valeur d’un navire. Pour un grand pétrolier, cela représente des millions de dollars pour une seule traversée. Cette situation pourrait bientôt entraîner des pénuries et, vraisemblablement, une hausse des prix de biens de consommation courants allant des jouets et des vêtements aux semi-conducteurs.

  • Alors que des drones iraniens, des mines et des attaques menées par de petites embarcations constituent une menace persistante et crédible pour le détroit, la décision relève également du jugement humain des capitaines et des équipages, sans parler des armateurs peu enclins à voir l’un de leurs coûteux pétroliers couler ou devenir inutilisable.

  • Des efforts internationaux sont en hausse, notamment de la part du Canada, afin de rétablir en toute sécurité l’exploitation d’un corridor maritime clé dans le Golfe, où environ 1 000 navires — principalement des pétroliers — sont actuellement immobilisés.

  • Selon Lloyd’s List Intelligence, le conflit a déjà entraîné le ciblage de 23 navires, certains incidents ayant causé des pertes parmi les équipages.

  • Alors que la pandémie de COVID-19 a provoqué une chute marquée des volumes tout en faisant grimper fortement les taux de fret, la situation dans le détroit d’Ormuz met à l’épreuve la précision du système mondial de transport maritime : les flux sont redirigés, les trajets s’allongent et le tonnage est repositionné entre les différents bassins. Les cargaisons qui transiteraient normalement par Ormuz sont de plus en plus acheminées vers l’ouest par des corridors alternatifs, les ports de la mer Rouge s’imposant comme des nœuds clés dans une carte en rapide mutation des flux de marchandises transitant par le Moyen-Orient.

Quelle en est l’incidence ?

  • L’allongement des trajets absorbe des capacités, resserre la disponibilité des navires dans certaines régions et crée des déséquilibres ailleurs. Pour le commerce conteneurisé, l’incidence est conséquente. Les délais de livraison du commerce électronique touchent déjà le commerce de détail au Moyen-Orient, le fret aérien étant lui aussi perturbé.

  • Les chaînes logistiques mondiales reposent sur la synchronisation. Les marchandises circulent de manière séquentielle et selon des fenêtres temporelles définies. Cette prévisibilité s’érode désormais. Une hausse des taux de fret peut être absorbée ; une expédition qui arrive avec des semaines de retard, et sans certitude, ne le peut pas.

–Thomas Ashcroft

Le commerce du pétrole et du gaz est pratiquement à l’arrêt dans les pays entourant le détroit d’Ormuz, dans le golfe Persique. De plus, les installations d’exportation de gaz naturel du Qatar ayant été touchées, les prévisionnistes du secteur énergétique doivent revoir leurs scénarios.

Le marché mondial du GNL devait entrer dans une phase d’excédent notable en 2026, avec un surplus de deux millions de tonnes pour une offre totale de 475 millions de tonnes (Mt) cette année, puis un excédent de 30 Mt pour une offre de 585 Mt en 2029.

À quel point les exportations de GNL du Qatar sont-elles touchées ?

  • Une perturbation de l’approvisionnement qatari — le deuxième exportateur mondial de GNL — éliminerait entièrement le surplus prévu pendant environ trois ans, entraînant plutôt un déficit d’environ 30 Mt en 2026, et seulement un excédent de 8 Mt en 2029. Bien entendu, cela suppose l’absence de destruction de la demande, ce qui reste à confirmer.

  • D’après les échanges en cours, l’offre ajustée de GNL du Qatar pour cette année se situerait probablement  50 et 55 Mt, soit une perturbation d’environ 30 Mtpa par rapport aux quelque 83 Mtpa de production de l’an dernier. Il ne s’agit pas d’un écart marginal — c’est une baisse presque deux fois supérieure à la capacité totale actuelle d’exportation de GNL du Canada.

  • L’expansion du North Field du Qatar, qui soutient la croissance de l’offre mondiale jusqu’en 2030, pourrait être retardée avec une montée en puissance plus lente. Le marché anticipait ces volumes, mais réévalue désormais un déficit à court et moyen terme.

    Production de gaz naturel du vaste champ North Field du Qatar.

Un choc en deux temps

  • Un déficit d’approvisionnement à court terme, alors que des capacités existantes au Qatar sont mises hors service, suivi d’un retard à moyen terme des trains d’expansion qui devaient rééquilibrer le marché. 

  • La situation dans le détroit d’Ormuz vient aggraver le tableau. Avec un flux de pétroliers pratiquement à l’arrêt, la perturbation ne se limite pas à la production : même les volumes non touchés ne peuvent plus transiter par le détroit. 

  • LNG Canada monte en puissance. Huit navires ont quitté la Colombie-Britannique au cours des 17 premiers jours de mars, contre quatre pour l’ensemble du mois de décembre, ce qui indique que les acheteurs du bassin du Pacifique réorientent déjà leurs approvisionnements hors du Golfe. Des rapports indiquent également que des cargaisons américaines de GNL sont acheminées vers l’Asie par le canal de Panama.

  • En résumé : l’excédent de GNL anticipé — largement censé faire baisser les prix et améliorer l’accessibilité — est probablement écarté au moins jusqu’en 2028.

Pour plus d’information : Choc énergétique : huit graphiques pour expliquer les retombées mondiales de la crise du pétrole et du gaz.

–Shaz Merwat

Négocier des échanges commerciaux avec le président Donald Trump s’apparente à un jeu de « tape-taupe » : les irritants surgissent sans cesse, de manière agressive. Et si l’on réagit trop tard, le problème réapparaît et frappe encore plus fort. Le lancement, par le représentant américain au commerce, d’une enquête au titre de la section 301 visant le Canada constitue simplement le dernier épisode en date.

Les enquêtes, qui ciblent au total environ 60 partenaires commerciaux, s’inscrivent dans deux volets :

  • D’abord, déterminer si certains pays n’ont pas efficacement interdit ou appliqué les interdictions concernant l’entrée aux États-Unis de biens produits par le travail forcé (ce qui est au cœur de l’enquête visant le Canada).

  • Ensuite, évaluer si les subventions accordées par des gouvernements étrangers entraînent une surcapacité qui inonde les marchés et nuit à la production manufacturière américaine dans des secteurs clés.

L’objectif des États-Unis est d’inciter leurs alliés à partager le fardeau lié au renforcement des mesures contre les produits issus du travail forcé provenant notamment de régions comme le Xinjiang — où des minorités sont contraintes de produire des biens —, en plus de s’attaquer à la surcapacité et aux risques plus larges associés aux chaînes logistiques chinoises. Il ne s’agit donc pas seulement d’accusations bilatérales. Pour le Canada, cela enclenche un processus délibérément ciblé :

  • Washington soutient que le régime canadien d’application des règles relatives au travail forcé impose un fardeau injuste au commerce américain en permettant à des biens contaminés d’entrer en Amérique du Nord.

  • Cela déclenche des consultations obligatoires, des audiences publiques et une collecte de preuves avant l’éventuelle imposition de droits de douane.

Quelle est la menace réelle ?

Si le Canada est jugé en défaut dans le cadre de ces enquêtes, des droits de douane pourraient viser des intrants manufacturiers (acier, aluminium, minéraux), des biens de haute technologie (semi-conducteurs, solaire, véhicules électriques), ainsi que des produits comme les fruits de mer, les jouets, les équipements électriques et des biens de consommation courante comme les textiles et le cuir. 

Les données de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) indiquent des progrès modestes depuis l’entrée en vigueur, en 2024, de la Loi sur la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement. Les interceptions d’envois soupçonnés d’être liés au travail forcé — notamment des vêtements, des jouets et des produits électroniques souvent reliés indirectement à la région autonome du Xinjiang en Chine — ont légèrement augmenté, avec environ 50 détentions en 2024 contre presque aucune au cours des trois années précédentes. Cependant, un seul envoi a été confirmé comme contrevenant à l’interdiction au Canada, une fraction des saisies totalisant 1 milliard de dollars américains effectuées par le U.S. Customs and Border Protection pour des liens présumés avec le travail forcé. Le gouvernement canadien a engagé 25,1 millions de dollars sur deux ans à compter de 2025 pour Affaires mondiales Canada et l’ASFC afin de renforcer les enquêtes et l’application de la loi. Néanmoins, Washington remet en question l’efficacité de ces mesures, estimant que leur portée demeure insuffisante pour atteindre ses objectifs stratégiques à l’égard de la Chine.

À quoi faut-il s’attendre maintenant ?

  • La section 301 est un processus. Contrairement à la section 232, elle exige des consultations, la constitution d’un dossier probant et la tenue d’audiences publiques avant toute imposition de droits de douane.

  • Le Canada dispose d’une fenêtre étroite pour influencer le dossier : les soumissions prévues d’ici le 15 avril et les audiences débutant le 28 avril seront déterminantes pour démontrer les progrès en matière d’application et étayer les arguments fondés sur les engagements en matière de travail prévus par l’AEUMC (chapitre 23).

Incidences sur les négociations de l’AEUMC

  • Le calendrier est délibéré. Le processus au titre de la section 301 se déroule en parallèle de l’examen de l’AEUMC, offrant au Bureau du représentant américain au commerce (USTR) un signal précoce quant à l’efficacité des consultations.

  • Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a indiqué cette semaine que le Canada accuse un retard par rapport au Mexique dans le processus d’examen de l’AEUMC. Le rythme canadien est toutefois stratégique, reflétant une allocation réfléchie des risques et des leviers à Ottawa. Mark Carney a constitué son équipe et réparti les rôles en conséquence : l’ambassadeur Mark Wiseman mobilise le Congrès pour contrer des scénarios imprévisibles comme un retrait de l’AEUMC (possible par décret présidentiel, bien que le Congrès conserve ultimement le pouvoir d’abroger la loi).

  • Parallèlement, la négociatrice en chef Janice Charette coordonne les ministères concernés et les lignes rouges pour le premier ministre.

  • Avant les élections de mi-mandat américaines, le Canada doit coopérer sur la question du travail forcé sans concéder des éléments de grande valeur stratégique, comme l’accès aux minéraux critiques. Il s’agit de démontrer des progrès et une volonté d’agir en matière d’application, tout en conservant des atouts stratégiques et en laissant les élections de mi-mandat tester le rapport de force avec Donald Trump, afin de préserver la marge de manœuvre d’Ottawa dans les négociations.

–Thomas Ashcroft

La récente « offre » opportuniste de la Chine à Taïwan — proposant une réunification avec le continent en échange d’une sécurité énergétique — illustre la convergence croissante entre sécurité énergétique, commerce et géopolitique, alors que le conflit au Moyen-Orient bouleverse violemment les systèmes énergétiques mondiaux.

Pourquoi Taïwan a-t-il besoin de sécurité énergétique ?

  • L’île d’Asie de l’Est est le principal producteur mondial de semi-conducteurs. Le gaz naturel et le pétrole — majoritairement importés — représentent 61 % de son approvisionnement énergétique, selon le Statistical Review of World Energy.  Le charbon (33 %), le nucléaire (3 %) et les énergies renouvelables (3 %) composent le reste.

  • Taïwan a lancé des politiques visant à éliminer progressivement l’énergie nucléaire en 2016 et a achevé la fermeture de son dernier réacteur en mai 2025, retirant près de 5 GW de capacité — soit environ 42 % de la capacité nucléaire du Canada — et accentuant sa dépendance aux importations de gaz naturel liquéfié.

  • Environ 42 % des importations de GNL de Taïwan provenaient du Qatar, qui a subi cette semaine une importante attaque de missiles en provenance de l’Iran.

  • Taïwan réévalue désormais sa stratégie nucléaire, avec des études de faisabilité portant sur la remise en service de deux centrales. La société d’État Taipower devrait également soumettre ce mois-ci des plans de redémarrage de réacteurs.

Leçons pour une nouvelle ère énergétique

  • Notre rapport L’avantage atomique : une occasion historique pour le Canada à l’aube d’une nouvelle ère nucléaire a mis en évidence le rôle central de la sécurité énergétique dans la relance du nucléaire à l’échelle mondiale.

  • De nombreux pays européens et asiatiques diversifient à la fois leurs fournisseurs d’énergie et leurs sources de production afin de composer avec l’instabilité géopolitique qui perturbe les marchés énergétiques mondiaux.

  • À mesure que les pays cherchent à diversifier leurs approvisionnements et leurs sources d’énergie, le Canada est bien positionné pour soutenir ces objectifs. La technologie des réacteurs CANDU du Canada — incluant des réacteurs de moins d’un gigawatt adaptés aux réseaux de plus petite taille —, ainsi que l’expertise croissante du pays en matière de petits réacteurs modulaires, en font un partenaire tout désigné pour les pays souhaitant réduire leur dépendance aux combustibles fossiles sans recourir à des technologies chinoises ou russes.

–Vivan Sorab

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Également dans ce numéro : Séance de questions et réponses avec l’ancien négociateur en chef du Bureau du représentant américain au commerce pour le secteur agricole

Cette semaine, RBC et Eurasia Group ont tenu une table ronde à Washington, D.C., réunissant des décideurs, des chefs d’entreprise et des experts du commerce dans le cadre de la préparation du sommet Canada–États-Unis que nous co-organiserons en juin à Toronto.

Le ton s’est avéré prudemment optimiste, ce qui a contrasté avec les manchettes alarmistes et l’agitation politique que nous constatons au quotidien. Les principaux acteurs des deux côtés de la frontière continuent de privilégier la préservation et le renforcement de l’une des relations économiques les plus profondément intégrées au monde.

La discussion a porté sur plusieurs thèmes essentiels.

  • La prochaine révision de l’ACEUM a été inscrite dans l’entente signée il y a six ans à titre de tribune pour présenter des griefs, et non pour démanteler le cadre en lui-même. Ce processus ne peut pas mettre fin à des relations commerciales qui font du Canada le principal partenaire commercial de plus de 30 États américains, ce dont le Bureau du représentant américain au commerce est tout à fait conscient.

  • Les droits de douane sur l’aluminium, le bois d’œuvre, l’acier et les automobiles, imposés en vertu de l’article 232 pour des raisons de sécurité nationale, n’entrent pas dans le périmètre de la révision officielle, et il y aura inévitablement des négociations à enjeux élevés à propos d’un statu quo.

  • D’autre part, M. Trump a une moindre disposition et surtout une moindre capacité à réimposer unilatéralement des droits de douane en 2026. Cependant, des initiatives comme le projet Vault montrent son intention d’aligner ses alliés sur les intérêts des États-Unis dans le domaine des minéraux critiques et des technologies de pointe. M. Trump voudra s’assurer que le Canada ne s’écarte pas trop de l’orientation des États-Unis sur ces questions, d’autant plus que l’UE s’emploie à élaborer son propre programme de souveraineté technologique et de réglementation du secteur.

  • Pour sa part, le Canada dispose de précieux atouts : son offre d’éléments de terres rares lourdes aux exceptionnelles propriétés magnétiques à température élevée, et ses capacités de pointe en informatique quantique.

  • Par ailleurs, le rôle de la Chine sur ces deux marchés demeure préoccupant et occupera une place prépondérante dans les négociations. Pour Washington, les priorités sont de réduire les possibilités d’utiliser le Canada comme une porte dérobée pour faire entrer les produits chinois sur le marché américain, et de dissocier sa chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques. Ottawa devra naviguer dans ce changement tout en conservant une certaine souplesse économique.

  • L’interdépendance énergétique est une question clé. Le système énergétique intégré entre le Canada et les États-Unis, qui sont reliés par des pipelines et des réseaux, alimente un territoire plus grand que la Russie. Le Canada fournit plus de 60 % des importations américaines de pétrole brut, et les chefs de file du secteur recommandent de ne pas considérer cette relation comme un simple levier de négociation. Étant donné que les deux pays se classent parmi les premiers producteurs d’énergie au monde, il serait logique d’étendre les infrastructures communes et de renforcer la position concurrentielle de l’Amérique du Nord à l’échelle mondiale.

Les dirigeants politiques peuvent débattre des détails, mais le processus d’intégration continue, alimenté par l’habitude, la nécessité et les impératifs économiques.

-Thomas Ashcroft

John Stackhouse, RBC, sur la façon dont les tensions commerciales pourraient renforcer la position du Canada dans un marché intégré :

Les extraordinaires droits de douane mis en place par M. Trump ont préparé les Canadiens à une refonte fondamentale du libre-échange continental, à des conditions moins favorables pour le Canada et le Mexique.

Le Canada s’est ainsi retrouvé sur une voie plus ambivalente, mais stratégique et résolue. Il n’est pas inhabituel que les gouvernements canadiens des deux principaux partis politiques oscillent entre un resserrement de leurs liens avec Washington et de grands discours sur l’autonomie, au fil des décennies. Mais cette fois, les choses sont différentes, du moins en qui concerne un point important : le Canada investit massivement dans sa stratégie industrielle et dans d’autres politiques économiques souveraines.

Au moins trois restructurations majeures sont en cours :

  • Expansion des ports et des infrastructures d’exportation afin d’atteindre des marchés au-delà des États-Unis.

  • Renforcement des capacités nationales de défense, de numérique et de données dans le cadre d’une approche « Acheter au Canada », avec une volonté d’accroître la collaboration avec d’autres partenaires européens et asiatiques.

  • Reconstruction de la capacité industrielle nationale tout en réorientant la fabrication vers des activités concurrentielles à l’échelle mondiale et à plus forte valeur ajoutée.

Cette stratégie, si elle est mise en œuvre, entraînerait non pas un retrait du marché américain, mais plutôt un changement des relations entre le Canada et les États-Unis. Le commerce avec les États-Unis demeurerait important et central, mais moins unilatéral : le Canada augmenterait ses exportations à partir d’une plus grande capacité de production intérieure, dépendrait moins des intrants américains et gagnerait en pouvoir de négociation. Il en résulterait probablement des échanges commerciaux transfrontaliers plus stables et plus diversifiés.

Lire le commentaire complet ici.

Lisa Ashton, notre responsable du secteur de l’agriculture, s’est entretenue avec l’ambassadrice Darci Vetter, ancienne négociatrice en chef du Bureau du représentant américain au commerce pour le secteur agricole, pour analyser les récents changements apportés à la politique américaine en matière de droits de douane et ce à quoi le secteur agricole devrait réfléchir à l’approche la révision de l’ACEUM. (Cette entrevue a été modifiée et condensée.)

Q : Comment l’accent actuellement mis par l’administration Trump sur la réciprocité et les déficits commerciaux pourrait-il influer sur le commerce agricole et alimentaire, où les chaînes logistiques sont souvent complexes et partagées entre plusieurs pays?
R. : Les agriculteurs et les transformateurs d’aliments doivent maintenant tenir compte de multiples facteurs et de l’évolution des droits de douane dans leurs décisions d’approvisionnement. Les droits de douane sur l’acier, l’aluminium, les pièces automobiles, le bois d’œuvre et autres produits qui constituent des intrants essentiels compliquent encore davantage les calculs. 

Par ailleurs, je ne suis pas certaine que le déficit commercial agricole des États-Unis soit un bon indicateur de la santé du secteur agricole américain. Si vous regardez les produits exportés par les États-Unis par rapport aux produits importés, vous comparez littéralement des pommes et des oranges. Même s’il est pertinent d’examiner comment les agriculteurs américains peuvent mieux desservir les marchés locaux et nationaux, sachant qu’aucun pays ne souhaite être trop dépendant des importations d’aliments, les produits agricoles et alimentaires importés permettent aux consommateurs d’avoir accès à une alimentation variée, abordable et saine.

Les dernières prévisions de l’USDA pour le commerce agricole font état d’une réduction de 20 milliards de dollars US du déficit commercial agricole.1 Les prévisions tablent sur une légère hausse des exportations, mais un examen plus attentif montre que la majorité des changements est attribuable à une baisse des prix des importations à valeur élevée, comme le café, le cacao et les spiritueux, plutôt qu’à des changements de politique.

Q : Quels sont les aspects que les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation doivent surveiller dans le cadre de la révision de l’ACEUM ? 
R. : La relation commerciale trilatérale entre le Canada, les États-Unis et le Mexique sur le plan de l’alimentation et de l’agriculture est l’une des plus intégrées au monde. En 2024, les exportations de produits agricoles et de produits de la mer des États-Unis vers le Mexique et le Canada ont totalisé plus de 60 milliards de dollars américains2. Aux États-Unis, un vaste groupe d’associations agricoles a formé une coalition appelée Agricultural Coalition for USMCA, dont l’objectif est de plaider pour le maintien de l’accord et faire valoir son importance cruciale pour le secteur.

Dans les relations de longue date, il y a forcément quelques irritants. À l’occasion de son témoignage devant le Congrès en décembre, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a évoqué plusieurs enjeux pour le secteur agricole, notamment l’accès au marché pour les produits laitiers américains, que le Canada s’est engagé à garantir au titre de l’ACEUM, la question des exportations de certains produits laitiers canadiens, et l’incidence des importations de fruits et légumes mexicains de saison pour les producteurs américains. 

Q : Quels autres aspects de la révision de l’ACEUM pourraient avoir des retombées sur le secteur?
R. : Les États-Unis donneront probablement la priorité à un resserrement des règles d’origine et des exigences de contenu nord-américain pour les automobiles, les pièces automobiles, l’acier et l’aluminium, ce qui aura un impact sur les chaînes logistiques pour ces intrants importants dans la production agricole et la transformation des aliments.

L’un des aspects les plus importants de l’ACEUM était le chapitre sur les mesures sanitaires et phytosanitaires. L’ACEUM a créé d’importantes obligations visant la sécurité des aliments et la santé animale et végétale. Le chapitre sur les mesures sanitaires et phytosanitaires préconise la coordination afin d’assurer une réglementation transparente qui repose sur de solides données scientifiques et de risque et qui permette l’adoption de technologies agricoles clés. Le Comité des mesures sanitaires et phytosanitaires de l’ACEUM constitue une tribune pour coordonner les positions et faire valoir les normes internationales. Bien qu’un changement soit peu probable dans le cadre de la révision, cela illustre clairement les avantages d’une approche régionale à long terme dans les relations commerciales.

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➔ La stratégie du Canada pour le « Davos de l’énergie ».

➔ Ce que les dirigeants canadiens nous ont confié sur leur vision de l’action climatique.

➔ Selon une étude, le secteur pétrolier canadien pourrait mettre en œuvre une tarification industrielle du carbone au coût équivalent à un Timbit par baril.

La transition énergétique — et non la défense — sera le moteur de la demande en minéraux critiques. Selon Shaz Merwat, responsable principal, Énergie, Leadership avisé RBC, l’accent mis sur les véhicules électriques et autres technologies de la transition énergétique sera essentiel pour soutenir les investissements dans le secteur canadien des minéraux critiques. La bonne nouvelle réside dans le fait que les technologies de traitement émergentes — comme le chauffage par joule flash et l’extraction directe du lithium — pourraient modifier la courbe de coût des nouveaux projets de raffinage au Canada. L’avantage du Canada en matière d’électricité propre pourrait également constituer un facteur différenciateur à mesure que les technologies de traitement réduisent suffisamment l’intensité énergétique pour rivaliser avec la Chine.​​​​​​​​​​​​​​ Lisez le rapport Exploiter et transformer de M. Merwat, et Sept points à retenir de la PDAC.

Comment les dirigeants d’entreprises canadiennes abordent-ils les politiques climatiques ? Au cours des dernières semaines, l’équipe Action climatique a mené une tournée d’écoute afin de mesurer l’engagement des dirigeants d’entreprises canadiennes en matière d’action climatique. Voici ce que nous avons constaté : les entreprises canadiennes privilégient ce qui est réalisable. Il ne s’agit pas d’un repli, mais d’une concentration accrue sur ce qui peut être bâti, financé et déployé à grande échelle au cours de la présente décennie. Les capitaux liés à l’action climatique sont abondants. Le défi réside dans leur déploiement. Consultez l’intégralité de notre dossier de synthèse ici.

La création de demande constitue l’impulsion à l’origine de la nouvelle Coalition pour l’élimination anticipée du carbone au Canada. Lancée ce mois-ci, la coalition réunit RBC, Shopify, le gouvernement du Canada ainsi que d’autres investisseurs afin de mobiliser 100 millions de dollars de nouveaux financements destinés à des projets canadiens d’élimination du dioxyde de carbone d’ici 2030. Ces projets couvrent plusieurs secteurs — notamment l’énergie, l’industrie lourde et l’agriculture — et visent à accélérer le déploiement à grande échelle de technologies durables d’élimination du carbone. Parmi celles-ci figurent le captage direct dans l’air, le biochar, la bioénergie avec captage et stockage du carbone, l’altération accélérée des minéraux et les solutions marines d’élimination du dioxyde de carbone. Compte tenu de l’abondance de ses ressources minérales et de sa biomasse, ainsi que de son accès à des sources d’électricité propres pour les procédés de transformation, le Canada dispose d’un avantage concurrentiel dans ces modes d’élimination du carbone.

On espère que le conflit au Moyen-Orient sera de courte durée, mais il affecte déjà la croissance économique et les flux d’énergie, ainsi que les objectifs climatiques, à l’échelle mondiale.

Alors qu’une grande partie de cette région riche en pétrole et en gaz est plongée dans la crise, d’importants importateurs en Europe et en Asie s’efforcent de sécuriser d’autres sources d’approvisionnement en combustibles fossiles. Si l’énergie solaire et l’énergie éolienne sont souvent qualifiées de sources « intermittentes », le pétrole et le gaz font désormais face, eux aussi, à leurs propres incertitudes. Pour les décideurs — qu’ils se trouvent dans des pays riches en ressources énergétiques ou dans des économies qui disposent de peu d’options —, l’enjeu consiste à prendre des décisions urgentes à court terme sans compromettre les objectifs climatiques à long terme.

Voici ce qui est en jeu…

Pour le Canada : des décisions majeures, des enjeux élevés

Superpuissance refuge.Des pays préoccupés se tournent vers le Canada à la recherche d’approvisionnements en pétrole et en gaz politiquement neutres, souligne Tim Hodgson, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles. Atout supplémentaire : les hydrocarbures canadiens ne transitent pas par des points névralgiques mondiaux, mais ils se heurtent néanmoins à des obstacles logistiques sur le plan national. Le Canada peut-il accroître son rôle de fournisseur fiable sans compromettre ses objectifs climatiques ?

Les investisseurs commencent déjà à tâter le terrain. La tentation est grande de construire de nouveaux terminaux de GNL sur la côte Ouest et de nouveaux oléoducs, voire de lancer des projets sur la côte Est afin d’approvisionner l’Europe. Terre-Neuve-et-Labrador a récemment conclu une entente avec Equinor et BP p.l.c. afin de jeter les bases de la construction et de la production du projet extracôtier de 14 milliards de dollars de Bay-du-Nord. Le tracé d’oléoduc autrefois connu sous le nom de Keystone XL — désormais appelé Prairie Connector — refait, lui aussi, surface. Ces projets pourraient déclencher une poussée de croissance économique, mais ils entraîneraient presque certainement une hausse des émissions.

Enjeux provinciaux. La Colombie-Britannique et le Québec doivent désormais composer avec la tension entre leurs exigences environnementales strictes et la pression croissante visant à autoriser de nouvelles infrastructures énergétiques sur leur territoire. L’Alberta, pour sa part, devra veiller à ne pas miser de manière excessive sur les investissements dans le pétrole et le gaz dans un contexte de demande énergétique mondiale incertaine.

Pour l’Europe : un réalignement énergétique ?

Dérive continentale. La hausse de 40 % des prix du GNL en Europe à la suite de la frappe contre l’Iran a mis en évidence le peu d’options dont dispose le bloc économique. Alors que le continent demeure marqué par la perte des approvisionnements en gaz acheminés par gazoduc depuis la Russie, le choc actuel au Moyen-Orient a ébranlé le consensus européen en matière de transition verte. La décision récente de l’Italie de suspendre la tarification du carbone — ainsi que le recalibrage discret par l’Allemagne du système d’échange de quotas d’émission en place depuis plus de 20 ans — témoignent d’un virage privilégiant d’abord la sécurité énergétique plutôt que les impératifs climatiques.

Une énergie assortie de conditions. Alors que les exportations de GNL qatari transitant par le détroit d’Ormuz se tarissent, l’Europe fait face à une crise gazière à court terme, l’Italie, la Belgique et la Pologne étant plus exposées que d’autres. Si le GNL américain permet pour l’instant de combler une partie du manque, cette dépendance devient de plus en plus transactionnelle et s’accompagne de conditions politiques qui compliquent l’alliance transatlantique. Confrontée à un embargo complet sur le gaz russe et à une chaîne logistique des technologies renouvelables qui demeure dangereusement concentrée en Chine, l’Europe se retrouve dans une impasse stratégique : revenir au charbon traditionnel, payer la prime américaine, ou accélérer la transition énergétique en s’appuyant sur des chaînes logistiques dominées par la Chine.

Pour l’Asie : un signal d’alarme

Le paradoxe de l’« électro-État » : la sécurité énergétique de la Chine est aujourd’hui définie par une contradiction frappante. Destination d’environ 38 % du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz, Pékin a beaucoup à perdre de l’instabilité au Moyen-Orient — une vulnérabilité accentuée par la disparition du brut vénézuélien à la suite de l’éviction du régime de Maduro plus tôt cette année. Si Pékin a récemment publié un prudent 15ᵉ plan quinquennal, abaissant son objectif d’intensité carbone à 17 % afin de privilégier la stabilité industrielle, ce recul apparent masque en réalité un virage plus profond. Comme le souligne Jason Bordoff, directeur du Centre on Global Energy Policy à l’Université Columbia, en absorbant dès aujourd’hui les coûts à court terme liés aux perturbations des combustibles fossiles, la Chine prépare en fait le terrain pour consolider sa domination en tant que premier véritable « électro-État » au monde.

Le dilemme de l’Inde. Même avant la récente déstabilisation au Moyen-Orient, New Delhi avait déjà manifesté un intérêt marqué pour l’énergie canadienne, le haut-commissaire Dinesh Patnaik affirmant que l’Inde était prête à absorber « tout ce que le Canada est en mesure d’offrir ». Bien que l’Inde entretienne des liens de longue date avec les pays du Moyen-Orient, la vulnérabilité du détroit d’Ormuz — par lequel transite près de 15 % de ses importations de pétrole brut — a accéléré un mandat de diversification énergétique déjà bien établi. Pour l’Inde, la crise pourrait ainsi avoir plusieurs effets simultanés : une hausse du recours au charbon, une augmentation des importations de GNL en provenance de pays occidentaux, mais aussi une accélération des efforts visant à développer l’énergie solaire et d’autres sources renouvelables.

Le virage asiatique. Environ 37 % du pétrole transitant par le détroit d’Ormuz est destiné à la Corée du Sud, au Japon et à d’autres centres régionaux — une dépendance qui impose une révision stratégique radicale. Plutôt que d’attendre que les tensions au Moyen-Orient se calment, la Corée du Sud transforme cette volatilité en catalyseur. Le président du pays a qualifié la crise de « bonne occasion d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables ».

Il reste incertain si les combustibles fossiles ou les énergies renouvelables sortiront gagnants de ce conflit catastrophique. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la course mondiale pour sécuriser les approvisionnements énergétiques s’est intensifiée.

La conférence IHS CERA, qui se tiendra à Houston à partir du 23 mars, verra une présence canadienne bien plus importante que les années précédentes, avec le pavillon Canada House et la participation de Tim Hodgson, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, accompagné de représentants d’Invest in Canada, d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada et d’Affaires mondiales Canada, entre autres.

Le défi pour le Canada consiste à attirer les investissements américains tout en diversifiant ses sources de capitaux afin de préserver sa souveraineté et de réduire sa dépendance au marché américain.

—Quatre thèmes stratégiques pour le Canada lors de l’événement :

  • Veiller sur la sécurité énergétique : Positionner le Canada comme une superpuissance énergétique à la fois propre et conventionnelle, sûre et stable.

  • Being resourceful: Showcase Canada’s leadership in innovation, research and development, and emissions reduction in energy;

  • Soutenir l’équipe Canada : Appuyer les entreprises énergétiques en valorisant les avantages du Canada comme destination privilégiée pour les investissements dans le secteur de l’énergie.

  • Exploiter l’angle de la souveraineté : Souligner la souveraineté énergétique du Canada et sa capacité à répondre à la demande énergétique mondiale croissante grâce à une diversification des marchés.

— Plusieurs provinces canadiennes, entreprises énergétiques et leaders d’opinion contribueront à amplifier ce message, avec notamment la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith prévue à l’une de ces discussions.

— Avec le lancement, cette année, des travaux routiers dans le Cercle de feu riche en minéraux et l’adoption d’une nouvelle Stratégie sur les minéraux critiques, le ministre de l’Énergie et des Mines de l’Ontario, Stephen Lecce, participera à une discussion sur la nouvelle géopolitique des minéraux critiques.

— Canada House proposera une programmation couvrant le pétrole, l’énergie nucléaire, le GNL, l’intelligence artificielle appliquée à l’énergie, l’investissement au Canada et les technologies de réduction du méthane. Le ministre Tim Hodgson participera à certaines séances, y compris « Capital in Motion: Funding an Infrastructure Supercycle ». Une autre séance, animée par Sharleen Gale, présidente de la First Nations Major Projects Coalition, portera sur la livraison de l’énergie canadienne dans les marchés mondiaux.

—D’autres séances aborderont le GNL à faible empreinte carbone du Canada, les réacteurs nucléaires de nouvelle génération, le leadership canadien en matière d’innovation sur le méthane, les technologies propres assistées par intelligence artificielle, ainsi que les avancées et les obstacles dans l’acheminement du pétrole canadien vers les marchés internationaux.

— Le monde est confronté à une pénurie de cuivre. John Stackhouse et Shaz Merwat expliquent quel rôle le Canada peut jouer.

— Le secteur agricole se demande pourquoi les agriculteurs canadiens ne participent pas à grande échelle aux marchés carbone réglementaires pour générer des crédits compensatoires. Lisa Ashton, cheffe intérimaire, a présenté les conclusions d’Action climatique 2026 lors de la Conférence annuelle sur la durabilité de l’agriculture canadienne, et la tarification du carbone a dominé la période de questions.

Dale Beugin et Ross Linden‑Fraser, de l’Institut canadien du climat, expliquent pourquoi la tarification du carbone industriel ne coûtera qu’un Timbit par baril pour le secteur des sables bitumineux au Canada.

— ESG signifie désormais énergie, sécurité et géopolitique, écrit Liam Denning, chroniqueur d’opinion chez Bloomberg.

— Les provinces et territoires canadiens ont signé un accord pour construire l’infrastructure de transmission nécessaire à la prochaine génération de croissance énergétique du pays. Tim Weis, de Pembina, en explique l’importance.

— Ce ne sont pas seulement les derniers droits de douane américains qui ont fragilisé le secteur canadien du bois d’œuvre. Salim Zanana, Services économiques RBC, détaille les milliers de suppressions d’emplois.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (yadullahhussain@rbc.com).

Bulletin d’information sur le climat

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Également dans ce numéro : un entretien avec Anita Anand, ministre des Affaires étrangères du Canada, les principaux points à retenir de la PDAC et les répercussions du conflit avec l’Iran sur l’offre et les prix mondiaux du pétrole

Si le commerce et l’investissement sont les deux faces d’une même médaille, le Canada a longtemps privilégié le commerce. La doctrine Carney, une fois formulée, montre une préférence nouvelle pour l’investissement. Sans capital, rien ne se fait.

Lors de sa tournée éclair en Asie cette semaine, marquée par 30 000 kilomètres parcourus, trois pays visités et 5,5 milliards de dollars d’ententes, le premier ministre a indiqué qu’il entendait privilégier le capital. Le message livré à Mumbai, Sydney et Tokyo, trois centres financiers majeurs dans le monde, est que le Canada a besoin de capitaux et qu’il en veut réellement. Peu de protocoles d’entente symboliques ont été signés lors de ce voyage.

Les initiatives de M. Carney dans la région indopacifique étaient axées sur les flux de capitaux, les partenariats industriels et l’intégration des chaînes d’approvisionnement dans des secteurs tels que les minéraux critiques, les semi-conducteurs, l’IA, la fabrication de matériel de défense et la sécurité énergétique. De loin, la tournée ressemblait plus à une présentation sur le capital-investissement qu’à une mission commerciale. Par exemple, IFM, un géant de l’investissement dans les infrastructures détenu par des fonds de pension australiens, a annoncé son intention d’investir jusqu’à 10 milliards de dollars au Canada. Cela est important, car davantage d’infrastructures dans les deux pays faciliteront les échanges commerciaux.

Au Canada, des changements plus subtils ont confirmé la tendance qui fait du capital mondial un préalable au commerce. Le remaniement récent du ministère des Affaires étrangères montre que la politique étrangère s’ancre désormais au sein du bureau du premier ministre. Le premier ministre et son chef de la fonction publique, Michael Sabia, ont également nommé Glenn Purves sous-ministre du Commerce international. M. Purves, fonctionnaire de longue date, avait travaillé sous la direction de M. Sabia avant de rejoindre le secteur privé au début de l’année dernière comme chef de la recherche macroéconomique au BlackRock Investment Institute. 

La nomination d’un spécialiste des marchés des capitaux à la tête du service du commerce extérieur envoie un signal : le capital d’abord. M. Purves dispose maintenant de sa propre infrastructure mondiale, par l’intermédiaire des délégations commerciales, pour veiller à ce que les appels de capital de M. Carney soient satisfaits. Depuis son bureau, le premier ministre suit les engagements pris et tenus. Appelons cela la nouvelle balance commerciale. 

John Stackhouse

Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, est un point de passage crucial pour de nombreux pays asiatiques qui dépendent des importations d’énergie. La Chine arrive largement en tête de cette liste.

Pétrole transporté par ledétroi, par destination (millions de bpi), T1, 2025

Depuis le début du conflit avec l’Iran, les livraisons commerciales de pétrole brut et de gaz naturel ont ralenti pour s’arrêter presque totalement. Et les prix augmentent rapidement. Les contrats à terme sur le Brent ont franchi la barre des 90 $ US le baril, le niveau le plus élevé en près de deux ans, suscitant des craintes de hausse des prix à la pompe et de flambée de l’inflation. 

–Farhad Panahov

L’événement tenu cette année à Toronto par la PDAC (Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs) a été animé par de nombreuses discussions sur les richesses du Canada en minéraux critiques et sur la rapidité avec laquelle celles-ci pourraient être acheminées vers les marchés mondiaux, à une échelle commerciale. Les acteurs du secteur sont enthousiastes et le gouvernement apporte son appui, mais il reste beaucoup à faire pour réaliser pleinement le potentiel minier du Canada.

Voici sept thèmes que nous avons relevés lors de l’événement.

  • Divergence d’opinions sur les risques liés aux chaînes d’approvisionnement

  • La résolution des goulots d’étranglement dans le raffinage sera essentielle

  • Le projet Vault n’est pas un partenariat entre égaux

  • Le cuivre est le signal de demande le plus clair

  • Ne pas négliger la demande civile

  • Établir un ordre de priorité parmi les minerais

  • Coordination réglementaire : un avantage concurrentiel

Pour en savoir plus sur ces points clés, lisez l’article de Shaz Merwat, responsable principal, Énergie, Leadership avisé RBC, ici.

Quelques heures après son retour d’Inde, où le premier ministre Mark Carney a amorcé les discussions sur un accord de partenariat économique global visant à doubler les échanges bilatéraux pour les porter à 70 milliards de dollars d’ici 2030, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand a rejoint John Stackhouse de RBC sur scène à la chambre de commerce de la région de Toronto. Voici quelques points saillants de cet entretien (édités pour plus de concision) :

JS: Quels signaux retenez-vous, en particulier pour les décideurs d’entreprise ?
AA: Nous sommes le seul pays du G7 à avoir un accord de libre-échange avec tous les autres pays du G7. Nous disposons déjà des infrastructures nécessaires sur le plan commercial. Il faut maintenant les rendre opérationnelles et les utiliser. C’est précisément l’objectif avec l’Inde. Nous devons tous exploiter pleinement les accords que nous concluons, sinon nous continuerons à dépendre d’un seul partenaire commercial, avec toutes les difficultés que cela entraîne.

JS: J’entends cela depuis des décennies. Nous devons diversifier. Nous faisons des progrès, mais ils sont lents. Qu’est-ce qui nous échappe, dans le milieu des affaires ?
AA: Il est très important d’expliquer clairement ce que nous faisons à l’international. C’est ce que j’essaie de faire : rendre la politique étrangère et ce type d’accords accessibles et compréhensibles afin que les entreprises puissent les utiliser. Cela permettra de diversifier réellement nos échanges commerciaux au-delà des accords que nous signons.

JS: Pourriez-vous conclure par une réflexion positive sur votre voyage et indiquer s’il y a un élément en particulier qui vous a donné confiance, notamment pour les entreprises ?
AA: Il y a des éléments encourageants, malgré la conjoncture économique très difficile dans laquelle nous nous trouvons et malgré un conflit mondial extrêmement troublant et stressant. Le Canada se trouve sur une trajectoire de croissance positive. Le Canada possède tout ce que le monde recherche. Partout où je vais, les gens s’intéressent au Canada.

Regardez l’entretien complet ici.

Des États contestent les nouvelles mesures commerciales de Donald Trump

  • Pas moins de 24 États américains ont intenté des poursuites contre l’administration Trump au sujet des nouveaux droits de douane de 10 % imposés en vertu de l’article 122 de la Trade Act de 1974. Selon eux, le président a de nouveau outrepassé ses prérogatives après que la Cour suprême a invalidé les précédents droits de douane fondés sur des pouvoirs d’urgence.

  • L’affaire ouvre un nouveau front juridique dans la contestation de la stratégie douanière de Washington et prolonge l’incertitude pour les entreprises, tandis que les tribunaux examinent les limites du pouvoir exécutif en matière de commerce.

Les exportations de puces d’IA pourraient être liées à des investissements aux États-Unis

  • Le département américain du Commerce propose de nouvelles règles d’exportation qui obligeraient les pays achetant de grandes quantités de puces d’IA de NVIDIA et d’AMD à investir dans l’infrastructure des centres de données aux États-Unis.

  • Cette initiative signale un virage vers une politique technologique où l’accès dépend de l’investissement, les États-Unis cherchant à exploiter leur avantage dans le segment des semi-conducteurs pour soutenir le déploiement massif de centres de données.

–Thomas Ashcroft

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Le premier ministre Mark Carney est arrivé en Inde avec un objectif clair : avancer rapidement vers un accord commercial Canada–Inde. La logique géopolitique est solide, reposant sur la diversification, la coopération dans l’Indo-Pacifique et des intérêts stratégiques de plus en plus alignés.

Cependant, les gouvernements canadiens successifs ont tenté — et ont largement échoué — à débloquer à grande échelle le marché immense de l’Inde. Ce pays se libéralise de manière sélective, ouvrant des secteurs où les importations soutiennent la croissance intérieure tout en maintenant une protection stricte dans les domaines politiquement sensibles. Les gains précoces sont donc les plus probables dans les secteurs où l’Inde a besoin d’approvisionnement externe ou de technologies — sécurité énergétique, intrants industriels et technologies avancées —, ce qui signifie que la stratégie canadienne doit prioriser des résultats commerciaux consécutifs plutôt que des concessions à l’échelle de l’économie.

Heureusement, un plan est déjà en place : les caisses de retraite canadiennes ont jeté des bases remarquables, ayant investi plus de 70 milliards de dollars en Inde pour établir des points d’entrée commerciaux.

Nous avons cerné certains secteurs dans lesquels le Canada pourrait percer le marché indien.

Agriculture : sensibilités nationales, enjeux commerciaux majeurs

  • L’agriculture demeure le principal secteur d’exportation du Canada vers l’Inde, tout en étant l’un des plus encadrés politiquement. Les mesures en vigueur — des droits de douane de 30 % sur les pois jaunes canadiens et de 10 % sur les lentilles — visent à protéger les agriculteurs indiens et à maintenir la stabilité des prix alimentaires.

  • L’Inde ajuste fréquemment ses droits de douane, ses règles de licence et ses conditions d’approvisionnement de manière à plafonner effectivement les volumes d’importation, en particulier pour les légumineuses dont le Canada est un fournisseur majeur.

  • Ces politiques fonctionnent comme des instruments de gestion économique intérieure et peuvent évoluer rapidement selon les résultats des récoltes ou les pressions inflationnistes, créant une incertitude persistante pour les exportateurs canadiens. Des cadres d’importation plus clairs seraient utiles.

Énergie : remplacement du pétrole et du gaz russes

  • La demande énergétique de l’Inde s’accroît dans les secteurs du pétrole, du gaz et de la production d’électricité plus rapidement que dans toute économie avancée, créant un alignement structurel avec l’offre de ressources du Canada.

  • Pourtant, la plus grande exportation canadienne d’énergie vers l’Inde est le charbon, et non le pétrole ou le gaz naturel — démontrant que les infrastructures et les voies commerciales limitent la relation.

  • Les efforts de l’Inde pour diversifier ses fournisseurs, notamment en réduisant ses importations russes sous pression des États-Unis, ouvrent une occasion pour le Canada de se repositionner comme fournisseur à long terme de pétrole brut, de GNL et de combustible nucléaire.

  • Ce sont les commandes à long terme de pétrole et de GNL — et non les annonces diplomatiques — qui détermineront si cet alignement se traduit par une croissance durable des exportations.

Nucléaire : une dynamique fondée sur la coopération

  • L’expansion des capacités d’énergie nucléaire en Inde — à environ 100 GW d’ici 2047 — nécessitera un approvisionnement sécurisé en combustible alors que le Canada demeure l’un des rares exportateurs d’uranium politiquement fiables.

  • Le commerce de l’uranium repose sur des horizons de planification à long terme et des arrangements d’approvisionnement structurés, ce qui le rend moins sensible que celui des autres ressources à la volatilité à court terme des matières premières.

  • La coopération s’étend généralement au-delà du combustible, incluant les services d’ingénierie, les systèmes de sécurité, la formation de la main-d’œuvre et la collaboration réglementaire, renforçant ainsi les liens industriels au fil du temps.

  • Un accord sur l’uranium constituerait un signal que le réajustement bilatéral dépasse la simple diplomatie pour se traduire par une coopération économique durable.

Talents et culture : le pouvoir de l’humain

  • La mobilité des talents et les liens avec la diaspora demeurent des infrastructures fondamentales de la relation commerciale, soutenant les investissements et les liens d’affaires à travers les différents secteurs.

  • Les pressions liées aux étudiants internationaux et à la capacité des établissements postsecondaires nationaux signifient que les politiques de mobilité doivent équilibrer les occasions économiques et la viabilité politique intérieure.

  • La collaboration dans le domaine du cinéma et des médias représente une première possibilité concrète, alors que les productions de Bollywood recherchent de plus en plus des lieux de tournage internationaux que « Hollywood Nord » est en mesure de fournir.

Industries : au-delà des matières premières

  • Les contraintes à la croissance de l’Inde résident de plus en plus dans les systèmes — réseaux électriques, logistique, gestion des émissions et efficacité industrielle —, et non simplement dans l’accès aux matières premières.

  • Les entreprises canadiennes sont concurrentielles dans ces technologies, ce qui permet au Canada de se positionner comme partenaire de solutions en complément de son rôle d’exportateur de ressources.

  • Associer les exportations d’énergie à des technologies propres et à l’optimisation numérique élargit la relation au-delà des cycles des matières premières et favorise une intégration commerciale progressive et reproductible.

Le commerce avec l’Inde progressera non seulement grâce à l’élan politique, mais aussi en alignant les incitatifs commerciaux sur les priorités nationales de l’Inde. La réussite se mesurera non pas par le nombre de documents signés, mais par des résultats concrets : marchandises expédiées, projets financés et relations d’approvisionnement suffisamment solides pour croître au fil du temps.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Enjeux politiques mondiaux

Cette semaine, le Bureau du représentant américain au commerce (U.S. Trade Representative) a publié une demande de commentaires sur la manière dont un accord plurilatéral sur les minéraux critiques devrait être conçu. Dans cette consultation, on trouve un renvoi à l’Accord international sur l’étain de 1956. Ce renvoi mérite un bref rappel historique.

Pourquoi c’est important

L’Accord international sur l’étain fut l’une des expériences les plus ambitieuses en matière de gouvernance des marchés de matières premières jamais tentée : un cadre producteurs-consommateurs conçu pour stabiliser le prix d’un matériau dont le monde occidental dépendait, mais qu’il ne pouvait pas contrôler. Il a duré près de 30 ans, mais a finalement échoué. Les raisons de cet échec sont précisément les questions auxquelles le Bureau du représentant américain au commerce invite aujourd’hui les gouvernements alliés à répondre pour les minéraux critiques.

Leçons

  • Le club des acheteurs doit être suffisamment important pour compter. L’accord sur l’étain a échoué en partie parce que les fournisseurs non membres représentaient une part significative du marché. Les accords plurilatéraux doivent atteindre une masse critique — ce qui est difficile, la Chine dominant à la fois l’offre raffinée et la demande finale.

  • La rapidité est essentielle. L’étain a nécessité six révisions sur plusieurs décennies pour poser les bases, et l’accord s’est malgré tout effondré. La fenêtre pour réaligner aujourd’hui les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques des pays occidentaux est plus courte, la Chine étant vraisemblablement encore plus incitée à perturber les marchés.

  • Les règles d’origine constituent le véritable mécanisme de contrôle. Les prix planchers ont peu de valeur sans moyens d’application, et le respect des engagements doit être garanti. Le souhait des États-Unis de rapatrier la production constitue un avantage concurrentiel pour le Canada par rapport aux autres partenaires commerciaux américains.

Vue d’ensemble

Le dossier des minéraux critiques est particulier, car il s’agit du seul domaine où Washington mise sur les partenariats plutôt que sur les droits de douane. Rassembler les alliés, élaborer des cadres et même demander aux partenaires commerciaux de contribuer à la définition des règles permet à Washington de renforcer la confiance et la certitude des investissements pour les industriels et les investisseurs.

L’architecture se dessine. Si elle réussit, un prix garanti pour les métaux, assorti de règles d’origine s’appliquant jusqu’aux intrants raffinés, devrait suffire à rendre viables les économies occidentales de raffinage. À ce jour, le capital nécessaire pour établir ces infrastructures fait défaut. C’est là que des efforts supplémentaires sont requis.


Paru à la veille de la conférence annuelle de l’Association des prospecteurs et développeurs du Canada tenue à Toronto — qui attire quelque 27 000 participants —, le dernier rapport de Leadership avisé RBC, Exploiter et transformer, examine cet écart de capital : les structures, mécanismes de financement et investissements souverains nécessaires pour positionner le Canada comme un fournisseur crédible de minéraux critiques raffinés dans le nouvel ordre des chaînes logistiques.

–Shaz Merwat, responsable principal, Politique énergétique

Le ministère des Finances de la Chine a confirmé que les droits de douane sur certains produits agricoles canadiens seront suspendus.

  • Cette annonce fait suite à l’accord conclu par Mark Carney à Pékin plus tôt ce mois-ci.

  • Alors que les droits de 100 % sur le tourteau de canola et les pois, ainsi que ceux de 25 % sur le homard et le crabe, ne seront pas appliqués, l’annonce ne mentionne pas les droits sur les graines de canola, qui devaient être abaissés à 15 % à compter du 1er mars.

Plus de 900 entreprises ont poursuivi le gouvernement américain à la suite de la décision de la Cour suprême sur les droits de douane.

  • FedEx a été la première grande entreprise américaine à demander un remboursement après le jugement de vendredi dernier, qui pourrait remettre en cause près de 170 milliards de dollars de recettes tarifaires.

  • L’avalanche de recours déposés auprès de la Cour américaine du commerce international provoque un important accroissement d’incertitude et de complexité quant au régime tarifaire du président Donald Trump.

L’Allemagne presse la Chine pour un réajustement commercial.

  • Le chancelier Friedrich Merz a exhorté Pékin à limiter les subventions, à résoudre le problème de surcapacité industrielle et à assouplir les restrictions imposées aux entreprises européennes, alors que les préoccupations de l’UE concernant la concurrence déloyale et les déséquilibres commerciaux croissants s’intensifient.

  • Xi Jinping a présenté la Chine comme un défenseur du commerce multilatéral et a encouragé un rapprochement avec l’UE, même si l’Europe cherche à réduire ses dépendances stratégiques dans les chaînes logistiques critiques.

–Thomas Ashcroft, responsable principal, Enjeux politiques mondiaux

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➔ à Rester engagés vers la carboneutralité d’ici 2050 ou y renoncer ?

➔ à Certains secteurs fonciers se voient appliquer une nouvelle norme d’émissions.

➔ à Le Canada accentue son virage nucléaire en Europe.

Le 1er avril pourrait-il représenter un point de bascule pour réaligner la trajectoire climatique du Canada ? Selon le dernier rapport de l’Institut climatique du Canada, qui souligne que le pays est actuellement « hors trajectoire » par rapport à ses objectifs climatiques, le renforcement de mesures comme la tarification du carbone dans le secteur industriel et la réglementation du méthane pour le pétrole et le gaz apparaît essentiel pour se rapprocher des cibles établies. Ces deux initiatives sont intégrées au protocole d’entente que le gouvernement fédéral et la province de l’Alberta ont convenu de finaliser d’ici le 1er avril. La mise en œuvre conjointe de ces politiques pourrait générer une réduction significative des émissions (voir graphique).

Les cibles climatiques du Canada dépendent de quelques politiques à fort impact.

Faut-il abandonner l’objectif de carboneutralité d’ici 2050 ? Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, semble le penser. Il a récemment critiqué l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour ce qu’il qualifie « d’illusion destructrice » entourant Objectif 2050. Dans ce contexte de tensions, les ministres de l’Énergie réunis la semaine dernière lors du sommet de l’AIE à Paris n’ont pas réussi à s’entendre sur des objectifs climatiques communs. Il est vrai, selon les projections des Nations-Unies, que le monde peine à atteindre ses cibles net zéro alors que des pays allant du Canada à l’Allemagne reculent sur certaines de leurs politiques climatiques les plus ambitieuses. Toutefois, rares sont ceux qui sont prêts à renoncer à la carboneutralité. La France et d’autres pays européens ont réaffirmé, lors du sommet, que l’électrification demeure un pilier de la politique économique du bloc. Le Canada devrait bientôt dévoiler sa stratégie de compétitivité climatique, tandis que la Chine s’est déjà affirmée comme le premier « état électro » mondial.

La Chine a pris une avance décisive sur ses concurrents avec l’introduction d’un nouveau navire de transport maritime entièrement électrique. En résonance symbolique avec l’Année lunaire du Cheval, le pays a dévoilé le Ning Yuan Dian Kun, un bâtiment océanique doté d’un système de batteries dont la capacité équivaut à celle d’environ 380 véhicules Tesla Model 3. Le lancement d’essai du navire intervient à un moment où l’Organisation maritime internationale continue de délibérer sur l’adoption de mesures de réduction des émissions du secteur maritime. Une fois de plus, l’innovation technologique semble devancer l’élaboration des politiques publiques. Fait notable, les modules de batteries peuvent être rechargés à quai et remplacés selon un procédé comparable à la manutention de conteneurs, permettant ainsi au navire — conçu pour transporter 740 équivalents vingt pieds (EVP) — d’accroître son autonomie opérationnelle. Cette avancée constitue un jalon stratégique : environ la moitié de la flotte mondiale de porte-conteneurs est composée de navires d’une capacité inférieure à 3 000 EVP — des unités qui représentent l’épine dorsale du transport maritime. Des réductions d’émissions significatives dans ce segment pourraient contribuer de manière substantielle à la décarbonation du transport maritime.

– Par Lisa Ashton, cheffe intérimaire

La première norme internationale de comptabilisation des émissions de gaz à effet de serre (GES) des secteurs liés à l’utilisation des terres constitue un véritable test de transposition de la science du laboratoire au terrain — ainsi qu’un exercice de persévérance.Les secteurs fondés sur l’exploitation des terres, notamment l’agriculture et la foresterie, disposent désormais d’un cadre international pour la comptabilisation, la déclaration et le suivi des émissions de GES.

Le Land Sector and Removals Guidance (LSRG) du GHG Protocol vise à normaliser les méthodes d’inventaire des émissions pour les entreprises dont les activités génèrent ou séquestrent des GES liés aux terres. L’objectif est d’assurer la cohérence et la comparabilité des divulgations, condition essentielle au renforcement de leur crédibilité auprès des investisseurs et des autorités réglementaires — en particulier pour les déclarations portant sur l’augmentation de la séquestration du carbone dans les sols agricoles ou les initiatives de plantation d’arbres, dont les répercussions réelles peuvent être mal évaluées en raison de la complexité inhérente au suivi des sources et des puits de carbone dans les systèmes naturels.

L’élaboration de cette norme aura été longue, nécessitant plus de cinq années de débats, de révisions successives — et même une phase de blocage — avant d’aboutir à une version consolidée du cadre du GHG Protocol.

Pourquoi un tel délai ? En termes simples, il résulte de tensions persistantes entre les tenants d’une approche rigoureuse et doctrinale de la comptabilité climatique et les acteurs sectoriels cherchant à définir une norme applicable et opérationnelle dans la pratique.

Points d’achoppement :

  • L’absence de visibilité sur les producteurs agricoles : Les chaînes d’approvisionnement agroalimentaires sont géographiquement dispersées et s’étendent sur de vastes superficies afin de répondre aux besoins d’une population mondiale croissante. Cette réalité complique les efforts des entreprises visant une traçabilité exhaustive des variations d’émissions de GES et des flux de séquestration du carbone dans les sols des exploitations dont elles s’approvisionnent.

  • La comptabilisation des émissions liées aux changements d’affectation des terres : La conversion de terres — par exemple, le passage de prairies à des cultures — entraîne des émissions de GES ainsi que des modifications des stocks de carbone des sols susceptibles d’influer sur l’inventaire global d’émissions d’une entreprise. La détermination des technologies de mesure admissibles, notamment la télédétection, ainsi que des modalités de déclaration des impacts nets, demeure une source d’ambiguïté et de débats.

  • La mesure, la quantification et le suivi du carbone des sols : Les variations de GES au sein des écosystèmes naturels, notamment les sols agricoles, présentent un degré élevé de complexité scientifique, et la constitution de jeux de données robustes requiert plusieurs années. L’approche la plus appropriée — permettant aux entreprises de suivre l’évolution du carbone des sols sans transformer l’exercice en une démarche académique lourde et coûteuse — fait encore l’objet de discussions, alors que les méthodologies continuent d’être affinées et que de nombreux facteurs influencent la dynamique du carbone dans les sols.

Les entreprises canadiennes devraient-elles s’aligner sur le Land Sector and Removals Guidance du GHG Protocol ?

Les entreprises qui s’approvisionnent en produits agricoles et forestiers sont désormais confrontées à cette question stratégique, dont les implications dépassent largement leurs seuls objectifs climatiques. La décision peut en effet influencer de manière structurante leurs modèles opérationnels — depuis la logistique et la gestion des chaînes d’approvisionnement jusqu’aux choix de régions d’approvisionnement et d’intrants. La complexité de cet arbitrage est accrue par le fait que la norme a nécessité un délai d’élaboration plus long que prévu, manquant ainsi une période charnière au début des années 2020, durant laquelle plusieurs entreprises de premier plan mettaient en place leurs cadres de comptabilisation des GES et concevaient des mécanismes d’incitation destinés aux agriculteurs et aux exploitants forestiers afin de soutenir des actions climatiques concrètes sur le terrain.

Par Stephanie Shewchuk, responsable des politiques du logement.

Le secteur forestier canadien, en perte de vitesse, risque d’affaiblir la capacité du pays à développer des solutions durables d’origine nationale pour les secteurs de l’emballage, de la construction et du commerce de détail. L’Association des produits forestiers du Canada a qualifié 2025 de « l’une des années les plus difficiles de mémoire récente ». Par ailleurs, les feux de forêt — phénomène paradoxalement aggravé par les changements climatiques — ont ravagé 886 300 hectares en 2025 seulement, un niveau largement supérieur à la moyenne provinciale des dix dernières années.

Le gouvernement fédéral à Ottawa et celui de la Colombie-Britannique ont tous deux reconnu l’ampleur de la crise forestière provinciale au moyen de mesures budgétaires ciblées. Toutefois, des interventions supplémentaires pourraient être envisagées : la mise en place de nouveaux crédits d’impôt à l’investissement afin d’encourager l’utilisation de la biomasse, l’amélioration des lignes directrices en matière d’approvisionnement public pour favoriser une plus grande utilisation du bois canadien dans les projets gouvernementaux, ainsi que l’intégration, par la nouvelle agence Maisons Canada, d’une priorité accordée au bois d’œuvre canadien dans les projets de construction fédéraux. Une telle orientation pourrait constituer un levier climatique significatif, alors que les bâtiments représentent actuellement 18 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada.

Si ces approches contribueraient à soutenir une industrie aujourd’hui en difficulté, sa viabilité à long terme dépendra de trois facteurs déterminants : la reprise des marchés, le positionnement des produits du bois durable comme actif stratégique dans la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, et la capacité du secteur à s’adapter efficacement aux risques accrus de feux de forêt liés aux changements climatiques.

  • Le ministre canadien de l’Énergie Tim Hodgson s’est récemment rendu à Varsovie pour promouvoir la technologie nucléaire CANDU en vue de la prochaine génération de réacteurs nucléaires polonais. « Nous avons ce que la Pologne recherche », a dit M. Hodgson, suscitant un intérêt accru pour cette source d’énergie de base. Le Canada envisagerait également un accord sur l’uranium avec l’Inde lors de la visite du premier ministre Mark Carney à New Delhi cette semaine.

  • La nouvelle stratégie automobile du Canada ouvre une voie inédite pour le secteur, mais Farhad Panahov, économiste de l’Institut d’action climatique, souligne que les développements futurs seront guidés par trois thèmes principaux.

  • La géothermie, soit la chaleur provenant du sous-sol, pourrait représenter une source d’énergie de base transformatrice. Vivan Sorab, responsable de l’énergie propre, Institut d’action climatique, examine le potentiel que présente cette occasion.

  • Qui a fixé l’objectif mondial de 1,5 °C ? La climatologue Katharine Hayhoe explique comment la science et la politique se sont rejointes pour déterminer ce chiffre, désormais référence des ambitions climatiques mondiales.

  • Tout scénario crédible pour l’avenir de l’électricité canadienne doit envisager que l’éolien et le solaire répondent à la majorité de la nouvelle demande. « La question n’est pas de savoir si ces sources vont se développer, mais si le Canada commencera à considérer le solaire comme un actif stratégique central ou continuera à le traiter comme marginal », écrit Peter Nicholson, président de l’Institut canadien du climat, dans un essai.

  • « L’énergie n’est pas une fin en soi ; ce que les gens veulent, ce sont des douches chaudes et des bières fraîches. » Micheal Liebreich et d’autres estiment que les décideurs auront davantage de succès s’ils abordent l’énergie du point de vue du consommateur.

  • La pollution constitue une menace plus importante pour l’économie indienne que les droits de douane, a récemment averti Gita Gopinath, économiste en chef du FMI. Voici pourquoi l’une des plus grandes économies mondiales est en train d’étouffer.

Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.

Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration dJohn StackhouseJordan Brennan, John Intini, Farhad PanahovLisa AshtonShaz MerwatVivan SorabCaprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran et Joelle Schonberg.

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