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Au cours de la dernière conférence de la série Les innovateurs, nous sommes intéressés à l’entrepreneuriat aujourd’hui, à ce que peuvent faire les entreprises, petites et grandes, pour faire preuve d’un esprit plus entrepreneurial, et à la façon dont les sociétés bien établies peuvent mieux collaborer avec les jeunes entreprises.

Voici quelques-uns des messages que nos invités – Jamie Shulman, cofondateur de Hubdoc, Darrell MacMullin, fondateur de Goldmoney Network, et Laura Buhler, administratrice dirigeante de C100, une association sans but lucratif qui établit des liens entre les entrepreneurs de la Silicon Valley et du Canada – avaient à transmettre :

1. Embauchez des personnes curieuses

M. Shulman a conçu le processus de recrutement de Hubdoc après avoir étudié les caractéristiques de ses meilleurs employés afin de trouver un dénominateur commun.

« Nous avons été plutôt étonnés de constater que ce qui ressortait, c’était la curiosité, explique-t-il, le fait d’être intéressant et de s’intéresser à quelque chose. »

Cette découverte a incité son équipe à procéder autrement, et à se mettre à la recherche des personnes les plus curieuses.

Pour recruter du personnel de vente, on commence par une simple prospection téléphonique, avec cette différence que c’est le candidat qui doit appeler la société et se vendre. La suite n’a rien à voir avec la vente : le candidat doit donner à l’entreprise un exposé sur sa passion, qu’il s’agisse de la pêche à la mouche ou du Dave Matthews Band.

2. Apprenez à très, très bien connaître votre client

La dernière étape du processus de recrutement de Hubdoc est axée sur un élément primordial, selon MM. Shulman et MacMullin : la connaissance du client.

On demande à tous les nouveaux employés, quel que soit leur échelon, de passer un mois au service à la clientèle. Ils se familiarisent ainsi avec le produit et la façon dont la société interagit avec ses clients.

« Le principal avantage, affirme M. Shulman, c’est qu’ils découvrent le point de vue des clients et des prospects sur notre produit, qui est bien différent du nôtre. »

Selon M. MacMullin, les commentaires des clients constituent une source de données cruciale pour toute entreprise. Pourtant, c’est souvent la plus sous-utilisée. Chaque semaine, le dirigeant consulte un rapport des principaux problèmes signalés par les clients. « Une de nos ressources fait le pont entre le service à la clientèle et l’équipe des produits. Elle dispose d’une feuille de route indiquant les priorités, axée sur les solutions pour la clientèle. »

3. Faites preuve d’une transparence absolue

On sait bien qu’en affaires, la réussite est tributaire de la communication, et selon M. MacMullin, les entrepreneurs n’ont pas vraiment droit à l’erreur. « La plupart des échecs sont attribuables à des attentes irréalistes ou à un manque de communication. »

Pour la majorité de ses échanges internes, Goldmoney utilise la plateforme de communication Slack. Grâce à cet outil efficace, qui permet d’aller à l’essentiel, les réunions qu’a tenues la société au cours des 12 derniers mois se comptent sur les doigts d’une main.

« En étant mieux informé, on se sent plus concerné, ajoute M. Shulman. On comprend mieux ce qu’on fait, ce qui se passe, et le rôle qu’on peut jouer. »

4. Ayez des attentes réalistes

Selon M. MacMullin, lorsque les entrepreneurs ont des objectifs irréalistes, c’est au regard des échéances ou des ressources. Cette situation peut se produire au sein d’une société, ou dans le cadre d’un partenariat entre une petite et une grande entreprise.

« Les entrepreneurs se disent : “Je vais conclure une entente avec RBC, et dans six mois nous serons prêts et aurons une tonne de clients. » Voyons les choses en face : ça ne se passera pas comme ça. »

Comme l’indique M. MacMullin, le risque, pour les entrepreneurs ambitieux, est de ne s’intéresser qu’à l’objectif final, sans mettre en place ce qu’il faut pour l’atteindre. Le défi est encore plus grand lorsque, pour créer un produit, il faut déployer des efforts pour passer du monde des idées à la réalité.

« On a tendance à se lancer dans un projet démesuré au lieu de procéder par étapes. »

5. Préparez continuellement la relève

Les entreprises de premier plan sont dirigées par des personnes responsables, et les meilleures entreprises en démarrage s’y prennent tôt pour créer un bassin de relève.

« Les niveaux de responsabilité sont clairs, la communication est transparente, explique M. MacMullin, et les employés savent saisir les occasions qui se présentent. »

Le dirigeant suit l’exemple des meilleures entreprises, tous secteurs confondus, qui selon lui ont une chose en commun : elles recherchent les meilleurs talents, mais assurent aussi le perfectionnement de leur effectif.

« Investir dans leurs employés et leurs processus fait partie de leur culture, affirme-t-il. Elles cherchent toujours à mieux organiser leurs réunions, à se poser les bonnes questions et à faire en sorte que les bons dirigeants encadrent leurs équipes. »

6. Le temps, c’est de l’argent : ne le jetez pas par les fenêtres

Selon M. Shulman, il est parfois difficile pour les entrepreneurs de faire affaire avec des gens qui prennent leur temps.

« Il arrive souvent, indique-t-il, qu’une grande société ne soit pas consciente des contraintes d’une jeune entreprise en matière de ressources. »

Il raconte qu’un jour, les représentants d’un client potentiel qui se sont rendus à une réunion étaient si nombreux que les 15 premières minutes ont été consacrées aux présentations.

« Une grande entreprise peut envoyer de nombreuses personnes à de longues réunions, explique-t-il, mais les entrepreneurs peuvent difficilement se permettre de perdre une demi-heure. »

7. Visez une croissance rapide, mais sachez ralentir au besoin

À leurs débuts, bon nombre de petites entreprises en sont encore à chercher leur premier client. Les grandes entreprises, comme l’indique M. MacMullin, sont très attrayantes pour les entrepreneurs qui tâchent d’obtenir un premier gros contrat ; or, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

« Pour tirer son épingle du jeu, il faut notamment élaborer une proposition de valeur unique, dit le dirigeant. Une grande entreprise peut difficilement justifier la mise en œuvre d’un produit par un cas d’usage ou une validation du concept si le fournisseur lui-même n’y arrive pas. »

Selon lui, il importe tout de même de s’adresser à des entreprises établies, l’objectif n’étant pas de conclure une vente ponctuelle, mais d’établir des relations.

« Nous avons vécu une expérience semblable, raconte-t-il, en évoquant la salle de réunion surpeuplée de M. Shulman, mais seulement après avoir atteint une certaine étape. La relation que nous avions entretenue au fil du temps a joué un rôle essentiel. »

8. N’attendez pas qu’on parle de vous : racontez votre histoire

Les histoires d’entrepreneurs canadiens qui changent le monde sont nombreuses, indique Mme Buhler, mais le public n’en entend jamais parler.

« Nous pensons que ces histoires doivent être racontées parce qu’elles inspirent et encouragent les futurs entrepreneurs, et parce qu’elles font rayonner le Canada dans le monde entier. »

C100 recueille les nombreux témoignages d’entrepreneurs canadiens qui jouent un rôle de premier plan dans le milieu des entreprises en démarrage et du capital-risque. Geoff Lewis, par exemple, a fondé deux entreprises avant de se joindre à Founders Fund, une société de capital-risque de 3 milliards de dollars US dirigée par Peter Thiel, l’ancien chef de la direction de PayPal.

« Nos jeunes entreprises sont florissantes, mais nous ne sommes pas très do
ués pour les mettre à l’avant-plan, dit-elle. Nous espérons remédier à cette situation afin que les entrepreneurs canadiens soient beaucoup plus nombreux à tirer parti des connaissances et de l’expérience des autres. »

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Quand vous réfléchissez à l’économie de l’Alberta, vous pensez probablement au pétrole, au bœuf… et à la technologie de pointe ? C’est une réalité incontournable. Orientés vers l’énergie propre, les technologies de l’information, la biotechnologie et la nanotechnologie, les secteurs axés sur l’innovation en Alberta ont généré, au total, 16 milliards de dollars US l’an dernier, devancés uniquement par le secteur de l’énergie traditionnelle.

Afin d’explorer l’économie de l’innovation en croissance de l’Alberta, nous avons transporté notre série de conférences mensuelles #LesInnovateursRBC à Calgary cette semaine, et avons réuni à cette occasion trois entrepreneurs locaux qui ont présenté leurs activités. Notre panel était composé d’Arlene Dickinson, ancienne vedette de l’émission Dragon’s Den, version anglaise de Dans l’œil du dragon, qui constitue un fonds de capital de risque accélérateur d’entreprises visant à financer les entreprises en démarrage du secteur de l’alimentation et du bien-être ; de Kip Fyfe, chef de la direction de 4iiii Innovations, seconde entreprise de l’entrepreneur axée sur l’informatique vestimentaire ; et de Trent Johnsen, fondateur de Hookflash, société de communications en temps réel à laquelle font notamment appel Google et Microsoft.

La conjoncture n’est pas favorable. La débâcle du secteur pétrolier dure depuis deux ans, le taux de chômage provincial frôle les 10 %, et les gens qui quittent Calgary sont plus nombreux que ceux qui s’y établissent. De plus, la province obtient une maigre part des investissements de capital de risque, soit seulement 3 % des sommes totales investies à l’échelle nationale.

Vu la faiblesse des prix de l’énergie, les investisseurs ont toutefois senti qu’il était temps de faire preuve d’ingéniosité pour relancer l’économie de l’Alberta. Voici, d’après les participants, ce qu’il faudra faire :

1. Reconnaître ses forces — et les assumer

L’Alberta doit faire des choix. L’énergie propre est un choix évident, compte tenu des talents de la province en ingénierie et des grandes connaissances que l’on y retrouve dans le domaine de l’énergie. L’agriculture va également de soi, surtout si on l’associe à un mode de vie sain. Au chapitre des exportations, les produits alimentaires et les boissons ont d’ailleurs dépassé les produits énergétiques raffinés l’an dernier. Pour Arlene Dickinson, les produits alimentaires et de bien-être albertains devraient être considérés comme la nouvelle norme de qualité à l’échelle mondiale. « C’est exactement ce dont le monde a besoin », déclare-t-elle. Elle soutient que le pétrole et le gaz de l’Alberta devraient aussi bénéficier d’une telle notoriété. Tout cela signifie que la province devra miser sur la transformation à valeur ajoutée, ainsi que sur une meilleure commercialisation à l’étranger.

2. Utiliser l’argent du pétrole pour pousser la réflexion

La richesse privée est abondante en Alberta, et il y a beaucoup de talents entrepreneuriaux. C’est exactement ce qu’il faut à chaque jeune entreprise. Mais il n’est pas facile d’amener des entrepreneurs prospères et des dirigeants d’entreprise qui ont fait fortune dans le pétrole et le gaz à se tourner vers d’autres secteurs. Ils sont souvent réticents à se lancer dans des domaines qu’ils ne maîtrisent pas. À mesure que le prix du pétrole remontera, les perspectives qu’ouvre cette richesse pétrolière en Alberta se multiplieront. Le gouvernement provincial l’a reconnu cette année et a annoncé un nouveau crédit d’impôt de 30 % pour les investissements dans les autres secteurs d’activité, comme l’informatique, les technologies propres et les technologies de la santé. Il serait possible d’en faire encore plus. Par exemple, des investisseurs providentiels pourraient être jumelés à des entrepreneurs, et leurs investissements seraient complétés par des capitaux équivalents provenant du gouvernement et des banques, comme cela se fait au Québec.

3. Profiter des difficultés économiques pour miser sur le talent

C’est un thème en vogue dans tout le pays : on se dispute les talents. L’Alberta, autrefois championne au chapitre de l’obtention des meilleurs talents, est maintenant du côté des perdants alors que se poursuit l’exode des travailleurs du secteur pétrolier. Une partie de la migration de la main-d’œuvre est inévitable. Même en période de prospérité, des programmeurs talentueux et des entrepreneurs ambitieux partaient pour Vancouver ou San Francisco, où se démarrent de nombreuses entreprises dans le secteur du logiciel. Un exemple : Garrett Camp, ingénieur originaire de Calgary, est parti pour la Silicon Valley, a été l’un des fondateurs de Uber, a programmé une grande partie de l’application et est en train de développer une nouvelle entreprise, Expa, à San Francisco et à Vancouver. Calgary ne pourra peut-être pas le récupérer, mais pourra profiter du ralentissement pour attirer de nombreux autres talents. Le logement est enfin abordable, les bureaux vides ne manquent pas et la qualité de vie, avec les montagnes, les rivières et les grands espaces, rivalisent avec tout ce que Portland, Seattle ou Austin ont à offrir. Et il ne faut pas oublier l’immigration. Le gouvernement fédéral intensifie le programme d’immigration économique du Canada, et l’Alberta a la possibilité d’attirer les meilleurs et les plus brillants talents mondiaux. La province compte des universités de calibre mondial, des impôts peu élevés, des villes où il fait bon vivre et des collectivités de plus en plus diversifiées, offrant ainsi un mode de vie coûtant 40 % moins cher qu’à Vancouver ou à Toronto.

4. Propager l’esprit entrepreneurial de l’Alberta aux universités de la province

L’un des reproches que font les trois participants porte sur l’incapacité relative des universités de l’Alberta de commercialiser leurs recherches. Tous vont jusqu’à affirmer qu’ils s’adresseraient ailleurs pour leur R-D. C’est peut-être un peu injuste pour ces universités, mais pas complètement. Prenons l’Université de l’Alberta. Elle a tranquillement acquis une expertise de très haut calibre dans le domaine de l’intelligence artificielle, et les entrepreneurs du campus devraient pouvoir en faire des perspectives d’affaires gigantesques en utilisant l’apprentissage machine pour réduire les émissions de carbone des sables bitumineux ou pour améliorer l’efficacité des hôpitaux de la province. Mais pour cela, il faudra à ces campus une véritable culture de la propriété intellectuelle qui encourage les professeurs et leurs étudiants à transformer les idées théoriques en occasions d’affaires très rentables.

5. Faire de Calgary une porte d’entrée internationale

Avec les Rocheuses à l’ouest, les Prairies à l’est, l’Arctique au nord et les badlands au sud, l’Alberta peut sembler bien loin de l’univers des entreprises en démarrage. Il n’en est rien. Trent Johnsen bâtit son entreprise avec des partenaires du monde entier qui misent sur la source libre, et il ne doit que rarement sortir de chez lui. Sa connexion est impeccable et les fuseaux horaires jouent en sa faveur. Kip Fyfe travaille à partir de la petite ville de Cochrane, où il préfère conserver les membres de son équipe pour les avoir à portée de main, mais il ne s’est jamais senti éloigné ni des États-Unis ni du reste du monde. Il affirme que ses deux entreprises réalisent la quasi-totalité de leurs ventes à l’étranger. Et s’il a besoin d’accéder à des marchés clés pour ses vêtements de sport, il n’est qu’à 45 minutes de l’aéroport et le trajet jusqu’à la côte ouest est très court. Et les choses vont encore s’améliorer. Une nouvelle aile, qui a coûté deux milliards de dollars, vient d’ouvrir cette semaine à l’aéroport international de Calgary, qui n’hésite pas à parler du « terminal aéroportuaire le plus avancé au Canada ». L’innovation donc, dès l’atterrissage.