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L’enjeu

La COVID-19 a activé une cyberéducation de masse qui modifiera à long terme les procédés et les lieux d’enseignements des Canadiens. Le soudain changement pose un nouveau défi pour le système de l’enseignement supérieur canadien qui envisageait déjà un avenir économique très différent.

Point de vue

Les établissements d’enseignement postsecondaire du Canada ont transféré en ligne les cours de plus de deux millions d’étudiants en quelques semaines en mars. La rapide transition a permis de comprendre que l’apprentissage de la plupart des étudiants pouvait se faire de partout, et aussi que les établissements avaient la capacité de s’adapter rapidement. L’urgence étant désormais consacrée à la reprise de l’économie canadienne, les étudiants qui cherchent à acquérir des compétences pour affronter le monde d’après la COVID exigeront davantage de l’éducation numérique. Les établissements devraient tirer parti de cette période pour offrir aux étudiants et aux férus de l’apprentissage permanent plus de flexibilité quant à l’endroit, au moment et à la façon choisis pour étudier. Le système de l’enseignement supérieur est sur le point de devenir encore plus concurrentiel. Presque chaque établissement d’enseignement postsecondaire à l’échelle planétaire a beaucoup investi dans ses outils et procédés en ligne. Les établissements d’enseignement du Canada devront se distinguer des autres pour que le pays conserve sa position de chef de file de l’éducation et continue d’attirer les plus grands esprits. Pour commencer, il faudra définir la mesure de rentabilité de l’apprentissage en ligne et faire collaborer les secteurs pour que les étudiants puissent avoir plus d’options et de spécialisations. Il faudra ensuite adopter une approche globale d’apprentissage parallèle (apprentissage par l’expérience ou microcertifications – pour permettre aux étudiants de choisir la méthode et le lieu où ils voudront obtenir leurs crédits d’études. Les enseignants devront aussi offrir des outils de réalité augmentée et d’apprentissage automatique pour personnaliser l’éducation.

Principales Constatations

Près de 1,6 milliard d’apprenants ont été touchés par les fermetures d’écoles au pays.

91 % des étudiants dans le monde ont été contraints de quitter leurs salles de classe pendant la pandémie. Plus de 7 millions d’étudiants (dont 5,1 millions du jardin d’enfants à la 12e année, 1,2 million dans les universités, et 800 000 dans les collèges et les polytechniques) ont dû changer leur mode d’apprentissage Les 540 000 étudiants en fin d’études postsecondaires termineront probablement leurs études à distance cette année.



Les établissements canadiens ne disposaient pas des ressources ou de l’expertise requises pour tirer pleinement parti de l’apprentissage en ligne.

Environ 16 % des étudiants des universités et 12 % des étudiants de collèges ont essentiellement fait leur apprentissage en ligne en 2019, alors que plus d’un tiers des étudiants de premier cycle ont suivi au moins un cours en mode d’apprentissage hybride. Les problèmes de financement et de dotation en personnel ont entravé la formation numérique dans la moitié des universités et des collèges, et encore plus dans les plus petits établissements, malgré la plus grande utilisation des outils en ligne.

L’avantage du Canada au chapitre de l’attraction des étudiants internationaux est menacé.

L’émission de nouveaux permis des étudiants internationaux a chuté de 45 % en mars (d’une année sur l’autre). Les restrictions de déplacement et les retards de traitement des demandes de visa interrompront probablement l’arrivée des étudiants internationaux dans les prochains mois. Ces étudiants déboursent chaque année près de 6 milliards de dollars en droits de scolarité seulement dans les universités et les collèges.

Les dépenses numériques ne représentaient que 2,5 % des dépenses mondiales en éducation avant le confinement.

Même si les investissements en capital de risque dans le secteur des technologies de l’éducation ont augmenté de 14x depuis 2010, les dépenses numériques ne représentent qu’une infime portion des budgets en éducation. Les prévisions d’avant la crise laissaient entrevoir une hausse de 4,3 % de ces dépenses dans les budgets d’ici 2025. Les activités d’investissement ont été concentrées en Chine et aux États-Unis. Elles avaient attiré l’an dernier 52 % et 33 %, respectivement, d’investissement en éducation numérique.

Questions Clés

1. Est-ce que l’explosion de formations à distance donnera plus d’options aux étudiants ? La réponse simple est « oui ». Plus les écoles devront attendre avant d’enseigner comme elles le faisaient, plus les formations en ligne prendront de place. Tant les étudiants que les enseignants voudront conserver les outils et les façons de faire qu’ils aiment. Les établissements auront de la difficulté à attirer des étudiants une fois la pandémie terminée. Ceux-ci ayant compris qu’ils pouvaient apprendre ailleurs que dans une salle de classe, les établissements devront en effet leur démontrer en quoi leur campus offre une expérience différente. L’éducation en ligne pourrait devenir un facteur nivelant déterminant. Les écoles, peu importe leur taille, leur emplacement ou les niveaux qu’on y enseigne, peuvent se distinguer grâce à l’éducation en ligne, car il s’agit d’un mode d’enseignement sans frontière et adaptable qui n’est pas limité par le calendrier scolaire conventionnel. Par ailleurs, les étudiants souhaitent acquérir des aptitudes qui les rendront aptes à intégrer un marché de l’emploi qui évolue rapidement. Des établissements en ligne ne délivrant pas de diplôme comme edX, Coursera et Udemy peuvent créer et adapter de nouveaux cours axés sur l’acquisition d’aptitudes plus rapidement que ne le peuvent les universités. Et si les étudiants obtenaient des crédits pour ce type de cours ? Les programmes d’apprentissage autodirigés, donnés en ligne, en classe ou en formule mixte – où les étudiants choisissent parmi une liste de microcertifications – pourraient devenir une option dans un avenir pas si lointain. Nous devrons repousser les frontières conventionnelles de l’enseignement supérieur et amener les établissements à accorder plus de valeur aux diverses formes d’apprentissage. Certaines universités reconnaissent déjà les cours en ligne ouverts à tous (ce contenu est disponible en anglais seulement), mais le véritable point de friction réside dans le système de transfert des crédits. Parmi les exemples d’enseignement plus flexibles, mentionnons l’Academic Credit Bank (ACBS), en Corée du Sud, où les étudiants peuvent faire leurs études dans divers établissements, à leur rythme et selon leurs préférences. Ainsi, lorsqu’ils ont acquis suffisamment de crédits dans des cours de base, généraux et optionnels, l’ACBS attestera qu’ils ont bel et bien suivi ces cours et le ministère de l’Éducation délivrera un diplôme (qui ne sera rattaché à aucun établissement en particulier). Une telle façon de faire donnerait aux étudiants de nombreuses possibilités pour construire leur parcours. 2. Quels apprenants sont les plus vulnérables aux perturbations ? L’éducation en ligne exige d’avoir accès à la fois à des appareils numériques personnels et à une bonne connexion Internet, de sorte que les étudiants n’ayant pas accès à l’un ou à l’autre risquent de perdre au change. Environ un ménage canadien sur quatre du quartile de revenu le plus bas utilise uniquement un téléphone intelligent pour accéder à Internet. Plus ou moins 10 % des ménages – surtout en région rurale – n’ont pas Internet haute vitesse. Dans les deux cas, les étudiants autochtones sont surreprésentés. De plus, aux étudiants ayant des problèmes d’accessibilité, les établissements doivent parfois fournir des outils numériques adaptés pour qu’ils puissent poursuivre leur cursus. L’ambiguïté entourant le retour à la normale dans les écoles dictera la manière dont certains étudiants prendront des décisions qui auront des répercussions à long terme. Au cours d’une année donnée, environ 40 000 élèves du secondaire abandonnent leurs études. Cette année, ce nombre sera sans doute plus élevé étant donné que près de 300 000 élèves risquent de ne pas obtenir leur diplôme pour des questions d’insécurité financière. Et pour ceux qui doivent commencer leurs études universitaires, collégiales ou professionnelles cette année, l’orientation s’effectuera aussi sans doute à distance. De nombreux établissements se demandent s’il ne vaudrait pas mieux déplacer à l’automne les cours de première année, notamment les cours préalables en ligne dont les conditions d’admission étaient strictes. Alex Usher, expert en éducation, a invité des universités canadiennes à collaborer à l’établissement d’un curriculum de première année commun pour les entrants de 2020. Selon des sondages récents de l’Ivy Research Council, un étudiant sur quatre envisage de prendre une année sabbatique en raison de l’incertitude concernant l’année scolaire 2020-2021. 3. Le Canada sera-t-il aussi attrayant pour les étudiants étrangers si la formation a lieu en ligne ? Cela reste à voir, et il s’agit d’une question importante, car les étudiants étrangers représentent une source de revenus considérable pour nos écoles. S’ils ne peuvent pas entrer au Canada, nous devrons trouver de nouvelles manières de vanter les programmes canadiens aux non-résidents. Au début de 2020, plus de 640 000 étrangers détenaient un permis d’études et au moins 293 000 nouveaux permis avaient été délivrés pour la seule année 2019, tous niveaux d’études confondus. Le nombre d’étudiants étrangers inscrits à un programme d’études post-secondaires a doublé au cours des cinq dernières années et s’établit maintenant à 500 000. Ces étudiants, dont 11 000 deviennent résidents permanents chaque année, comptent pour environ le quart de la population estudiantine et contribuent au PIB à hauteur de 22 milliards de dollars par année. En raison du confinement, les arrivées de nouveaux étudiants ont chuté au premier trimestre de 2020 et des chutes importantes sont à prévoir dans un avenir prévisible. Pour freiner cette baisse, le gouvernement fédéral permet aux nouveaux étudiants étrangers de commencer leur programme depuis leur pays de résidence, de faire jusqu’à 50 % de leurs cours à distance, et d’obtenir un permis de travail postdiplôme. Cependant, l’apprentissage en ligne modifiera grandement l’expérience des étudiants étrangers ; ils devront payer leurs études presque deux fois plus cher que les étudiants canadiens et ne pourront même pas venir au Canada et tisser des liens. Environ 26 % des détenteurs d’un permis d’études (soit 168 000personnes) sont issus des pays ayant les politiques de censure d’Internet les plus sévères. Il sera impossible de garantir à ces personnes l’accès aux ressources éducatives canadiennes. Les collèges et les universités doivent donc s’attendre à ce qu’un grand nombre de personnes reportent leur adhésion à l’hiver 2021 ou à plus tard. Le cas échéant, il faudra revoir les préalables et les programmes de mise à niveau en cours d’année. Les collèges qui offrent des programmes de réorientation professionnelle aux étudiants étrangers – programmes dont la popularité a connu une forte croissance ces 15 dernières années – pourraient grandement souffrir de la situation. Tout d’abord, l’apprentissage en ligne ne permet pas d’acquérir les aptitudes pratiques et en milieu de travail qui sont essentielles pour ces gens, qui sont surtout des travailleurs de la santé et des gens de métier. Ensuite, de nombreuses personnes ne prendront pas le risque de venir s’installer ici, compte tenu de l’incertitude qui règne sur le marché de l’emploi au Canada. 4. L’apprentissage en ligne peut-il aider à cultiver des compétences professionnelles ? L’apprentissage à distance peut sans contredit favoriser l’acquisition de compétences prisées par les employeurs. Les étudiants qui s’y adonnent doivent gérer leur temps efficacement, parfaire leurs habiletés en communication écrite et utiliser la technologie avec aisance. Il reste qu’en ce moment, les apprentissages les plus importants que font les étudiants ne sont pas scolaires : ils résident plutôt dans le renforcement de leur résilience et de leur capacité d’adaptation. Ce sont là des atouts qui, à n’en pas douter, leur seront utiles à l’avenir. Cela dit, la formation en ligne ne stimule pas toujours le développement de compétences socioaffectives comme l’écoute active, l’expression orale et la structuration de la pensée critique. Or selon les conclusions du rapport Humains recherchés, publié par RBC en 2018, ces compétences seront très en demande chez les employeurs canadiens. L’éducation en ligne ne nécessite pas les mêmes approches pédagogiques que l’éducation en personne pour parvenir aux mêmes résultats ; pour permettre à ses adeptes d’approfondir leurs compétences humaines, elle doit faire appel à différentes formes d’interaction sociale. L’Université d’Athabasca, le plus grand établissement de formation à distance au Canada, ne tente pas de reproduire l’enseignement magistral sous une forme numérique. Elle mise plutôt sur une approche axée sur l’étudiant en encourageant par exemple les échanges entre pairs par le truchement de l’apprentissage en équipe et de groupes d’étude virtuels. En avril, le nombre d’inscriptions à l’Université d’Athabasca a grimpé de 12,3 % au premier cycle et de 10,7 % aux cycles supérieurs, ce qui est révélateur des préférences des étudiants dans le contexte de la pandémie de COVID‑19. L’apprentissage intégré au travail fait aujourd’hui partie intégrante du cursus de près de 60 % des étudiants de niveau postsecondaire. Cette forme d’apprentissage facilite l’acquisition de compétences professionnelles et le réseautage, autant d’atouts qui favorisent une transition harmonieuse vers le marché du travail. Bon nombre d’employeurs ont cependant dû renoncer à cette possibilité à cause des mesures de confinement : environ le tiers des étudiants ont en effet subi l’annulation ou le report d’un placement en milieu de travail. Certains étudiants se sont dès lors tournés vers l’apprentissage intégré au travail virtuel, un format qui pourrait être là pour rester. Riipen Networks, une entreprise de Vancouver qui organise des projets de travail virtuels à court terme pour les étudiants, a ainsi mobilisé 45 000 étudiants à ce jour dans 200 établissements en Amérique du Nord. Les administrateurs d’universités du Canada (par l’intermédiaire d’ECAMT) ont veillé à ce que les étudiants des programmes coop reçoivent des crédits pour ces projets virtuels d’apprentissage intégré au travail. 5. Est-il possible de personnaliser l’apprentissage lorsqu’il est dispensé à une échelle aussi vaste ? Dans la négative, les étudiants seront généralement moins motivés. Pour être rentable, la formation en ligne doit se faire à grande échelle ; une classe peut ainsi regrouper des centaines, voire des milliers d’étudiants. Toutefois, elle doit aussi offrir une expérience personnalisée à chacun d’eux. Le marché des technologies de l’éducation est plus florissant que jamais : l’activité du capital-risque a atteint 3 milliards de dollars US au premier trimestre de 2020, ce qui correspond grosso modo à la valeur de tous les marchés conclus pour l’année 2016 au complet. Les outils les plus prisés sont ceux qui promettent de procurer à chaque apprenant une expérience numérique unique. La réalité augmentée et virtuelle (RA/RV) est ainsi utilisée pour remplacer des sujets vivants (p. ex., en soins infirmiers ou en médecine dentaire) ou pour permettre l’accès à de l’équipement d’essai coûteux (p. ex., réparation de machines, construction). Grâce à ces outils, les étudiants peuvent s’exercer dans un nouvel environnement et explorer celui-ci à leur gré sans risquer de commettre des erreurs ou de causer des dommages. HolonIQ, entreprise de surveillance du marché des technologies de l’éducation, se montre particulièrement optimiste par rapport à la RA/RV : elle prévoit une multiplication par sept des dépenses dans ce domaine d’ici 2025. Ces outils adaptés aux téléphones intelligents pourraient marquer le début d’une nouvelle ère dans l’apprentissage à distance, notamment parce qu’ils ouvrent la porte à des ressources qui seraient inaccessibles dans un environnement physique ; des laboratoires virtuels et l’apprentissage basé sur des mises en situation, entre autres. L’intelligence artificielle jouera un rôle charnière dans l’évolution de l’éducation au cours de la décennie qui s’amorce. Outre le fait que des agents conversationnels pourraient alléger la tâche du corps enseignant par le tutorat et que les barrières linguistiques pourraient tomber grâce à la traduction en temps réel, l’apprentissage automatique a le potentiel de modifier de fond en comble la façon dont les étudiants sont évalués. Par la compréhension et la recension des progrès d’un étudiant s’adonnant à l’apprentissage numérique, l’intelligence artificielle est en effet capable d’élaborer des plans de formation sur mesure. S’ils étaient mis en application à grande échelle, ces outils pourraient mener à l’abolition des niveaux scolaires basés sur l’âge, de la maternelle à la cinquième secondaire. De même, la progression de l’étudiant au niveau postsecondaire pourrait être conditionnelle à l’acquisition de certaines compétences plutôt qu’à la réussite de cours préalables. L’infrastructure de l’éducation pourrait également être transformée par la technologie des chaînes de blocs, qui permettrait une vérification instantanée des titres de compétences. Un tel système simplifierait aussi le transfert de crédits d’un établissement d’enseignement à l’autre et le cumul des titres de compétences. Dans la même optique, il est permis d’envisager la création d’un registre de compétences personnelles authentifié et accessible, lequel ferait état du parcours d’une personne (aptitudes, titres de compétences et programmes de formation continue). 6. Le modèle d’affaires des établissements d’enseignement postsecondaire se trouve-t-il à un point d’inflexion ? La pandémie de COVID‑19 pourrait précipiter une révolution dans la prestation de l’éducation supérieure. La baisse du nombre d’inscriptions et des revenus, conjuguée à l’augmentation des coûts liés à la technologie, forcera les établissements d’enseignement à l’innovation. Ceux qui se cantonnent dans le statu quo resteront sur la touche. D’abord, force est de constater que les écoles ont opéré une transformation majeure en mars, lorsque plus de 2 millions d’étudiants sont passés à l’apprentissage en ligne. Il s’agit d’une réalisation importante, surtout si l’on tient compte du fait qu’avant la pandémie de COVID‑19, près des deux tiers des établissements d’enseignement postsecondaire canadiens affirmaient que la résistance de la part du personnel enseignant était le principal obstacle les empêchant de proposer plus de choix de cours en ligne. Bon nombre de pédagogues croyaient alors que l’enseignement en ligne donnait des résultats limités, essentiellement à cause de l’incapacité des étudiants à autoréguler leur apprentissage. Ces réserves ont été mises de côté – du moins temporairement – au profit de mesures d’urgence, et les établissements ont fait des avancées notables au chapitre de la technologie et de la conception de cours. Ensuite, les établissements qui avaient déjà investi dans l’éducation à distance sont les mieux placés pour assurer la transition harmonieuse de leurs activités. L’Université Laval a mis sur pied sa propre plateforme d’apprentissage en ligne à la fin des années 2000 par l’intermédiaire de l’Académie de la transformation numérique de l’Université Laval. Avant la pandémie de COVID‑19, 71 % des cours de l’établissement n’avaient aucune composante virtuelle ; à la fin mars, 95 % d’entre eux se donnaient par la plateforme en ligne. À l’Université de Windsor, l’Office of Open Learning n’a pas tardé à mettre en œuvre les ressources et la formation nécessaires pour que le corps enseignant « donne ses cours en ligne au plus vite ». Des établissements se sont échangé diverses ressources de microformation, qu’il s’agisse de modèles, d’outils, de blogues ou de balados. L’Université de Waterloo a quant à elle embauché plus de 300 étudiants pour l’été, lesquels travailleront avec les enseignants pour faciliter la transition vers l’apprentissage à distance à l’automne 2020. Enfin, les barrières artificielles érigées entre les établissements d’enseignement supérieur canadiens tomberont. Face à l’augmentation de la dette publique et à la baisse prévisible de l’effectif étudiant, bon nombre de ces établissements sont déjà forcés de réduire leurs coûts. Il faudra que les universités et les collèges collaborent plus étroitement pour réduire la duplication des ressources en ligne et faciliter l’accès à celles-ci. Certains établissements s’échangent d’ailleurs déjà du matériel d’apprentissage et des ressources didactiques, notamment les universités de la Maple League dans les provinces de l’Atlantique, le groupe Tri-University dans le sud de l’Ontario et les établissements membres d’Education City à Ottawa. À l’avenir, ce type de partenariats sera nécessaire pour coordonner l’offre de cours en ligne et proposer aux étudiants un maximum de choix et d’expériences.

Ce Que Nous Surveillons :

Le système de l’enseignement supérieur canadien a une occasion d’évoluer et le Canada à l’occasion, de devenir un acteur mondial dans le domaine de l’éducation, même après la pandémie. Éléments à envisager pour se distinguer :
  • Collaborations entre les universités, les collèges et les polytechniques pour l’établissement de plateformes d’apprentissage numérique communes et de programmes en ligne partagés.
  • Modernisation du système de transfert de crédit reconnaissant l’attribution d’un diplôme ou d’un grade après un apprentissage par l’expérience et les microcertifications.
  • Modification du calendrier scolaire traditionnel afin d’augmenter les taux d’inscription au printemps et à l’été, et modification des dates d’inscription pour les étudiants en ligne.
  • Nouvelles formules de participation des étudiants internationaux pouvant nécessiter plus de présence des établissements canadiens dans les pays d’origine des étudiants.
  • Demande accrue pour les concepteurs de cours pour le développement d’une pédagogie intégrant la réalité augmentée et la réalité virtuelle et l’apprentissage automatique pour des expériences d’études personnalisées.

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Dans un monde moderne constamment bousculé par les changements technologiques, les travailleurs de la santé ont tout de même un avantage. Étant donné la nature essentiellement humaine du travail, les technologies de pointe ne menacent pas dramatiquement l’emploi des médecins, des infirmières, des thérapeutes et des autres professionnels de la santé qui fournissent des soins de toutes sortes aux Canadiens. Même si l’automatisation promet des gains d’efficacité, personne ne s’attend à court terme à ce qu’un robot puisse poser un diagnostic de cancer ou effectuer des visites médicales à domicile. Voilà un pronostic rassurant, mais le secteur canadien de la santé devra faire face à un autre défi de taille. La population vieillissante du pays exercera bientôt une grande pression sur le système, qui coûtera 120 milliards de dollars de plus au cours de la prochaine décennie. Pour tirer pleinement profit des nouvelles technologies alors qu’un Canadien sur quatre sera une personne âgée, le secteur de la santé devra adopter de nouvelles façons de travailler.

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Un nouveau rapport de RBC intitulé On demande Dr Données révèle qu’environ 17 % des emplois du secteur de la santé sont à risque d’automatisation – soit moitié moins que dans les autres secteurs de l’économie. Le réseau de la santé devrait aussi continuer de créer beaucoup d’emploi : d’ici 2025, 370 000 nouveaux postes y seront offerts et le secteur connaîtra sans doute une pénurie de travailleurs, même selon les prévisions les plus optimistes. Cette pénurie annoncée présente une occasion de réorientation professionnelle pour un grand nombre de travailleurs dont l’emploi dans un autre secteur a été éliminé, bon nombre d’entre eux possédant déjà certaines des aptitudes fondamentales recherchées dans le secteur de la santé. La nécessaire mise à niveau des aptitudes pose toutefois un énorme défi que le réseau canadien de la santé devra relever rapidement. Les travailleurs qui souhaitent se réorienter vers le secteur de la santé devront trouver le temps, l’argent et le soutien nécessaires. Ceux qui travaillent déjà dans le réseau de la santé devront acquérir une formation d’appoint pour s’adapter aux technologies de rupture. De plus, le secteur sera à l’affût de nouvelles compétences, par exemple dans les domaines de l’impression 3D et de la programmation des dispositifs portables. Les spécialistes consultés s’entendent sur les aptitudes dont le secteur de la santé aura besoin dans un proche avenir, notamment la maîtrise du numérique (capacité non seulement de recueillir des données, mais aussi de les utiliser et de les analyser), la capacité de fournir des soins de santé virtuels (en raison de la croissance de la télémédecine) et la capacité d’orienter les patients dans un réseau toujours plus complexe. Quant aux qualités humaines caractéristiques des meilleurs soins de santé — l’empathie, l’écoute active, la pensée critique et la capacité de résoudre des problèmes complexes —, elles seront plus importantes que jamais. La révolution des aptitudes est déjà en marche dans le réseau de la santé. Les enseignants adaptent des cours provenant d’autres disciplines afin de développer l’adaptabilité et la résilience chez leurs étudiants. Les médecins consultent des spécialistes de l’intelligence artificielle afin de trouver des algorithmes permettant d’améliorer les soins. Les hôpitaux adoptent certaines technologies de pointe qui leur permettent d’attirer de nouveaux talents. S’il est bien conçu, un nouveau modèle combinant la technologie, les aptitudes et une approche de gestion novatrice pourrait atténuer le choc du vieillissement de la population pour le réseau de la santé du Canada. Il nous reste un peu de temps pour trouver la bonne formule, mais il faut que le réseau de la santé se tourne au plus vite vers l’économie fondée sur les aptitudes.

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Alors que les agriculteurs canadiens laissent les tâches traditionnelles aux machines intelligentes pour se concentrer sur les stratégies et les systèmes, ils seront mieux placés que jamais pour nourrir la population mondiale en croissance rapide. Mais pour y arriver, en plus de devoir parfaire leurs aptitudes actuelles, ils auront besoin de nouvelles aptitudes que le Canada devra s’atteler à développer sans tarder.

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Selon Agriculteur 4.0, un nouveau rapport de RBC, le pays pourrait connaître une pénurie de main-d’œuvre possédant des aptitudes essentielles à la transformation du secteur : analyses des données, robotique, ventes internationales, pour n’en citer que quelques-unes. On prévoit en effet une transformation qui risque d’entraîner un manque à gagner de 123 000 travailleurs agricoles d’ici 2030. Toutefois, la bonne combinaison d’aptitudes pourrait ajouter 11 milliards de dollars au PIB du Canada et accroître la productivité du secteur à un niveau supérieur à celui des secteurs de l’automobile et de l’aérospatiale réunis. Agriculteur 4.0 présente les résultats d’une étude de quatre mois menée par des chercheurs et des économistes sur l’évolution des aptitudes agricoles exigées, au moyen de l’analyse des données recueillies dans le cadre d’entrevues avec des personnes se trouvant au cœur même de la révolution agricole. L’étude a révélé que les agriculteurs canadiens sont au carrefour d’une révolution démographique et technologique. D’ici 2025, un agriculteur sur quatre aura 65 ans ou plus. Par ailleurs, il y a moins de jeunes que jamais qui se lancent dans ce métier. Agriculteur 4.0 a aussi analysé l’émergence des technologies de pointe dans des sous-secteurs agricoles et découvert qu’elles n’entraîneront pas de réduction du nombre d’emplois à court terme, mais plutôt une évolution des aptitudes requises dans les fermes, les établissements d’aquaculture, les vignobles et les serres au cours de la prochaine décennie. Selon le rapport, 14 % des producteurs ont automatisé leurs tâches l’an dernier, et le secteur a dépensé quatre fois plus sur la machinerie par travailleur que tout autre secteur de l’économie. Cependant, même si 95 % des grands producteurs disent utiliser les technologies de pointe, la part des investissements du Canada en technologies agricoles n’était que de 3,4 % en 2018. En fonction d’un modèle de groupe d’aptitudes élaboré dans le cadre du rapport Humains recherchés, publié en 2018 par RBC, Agriculteur 4.0 présente cinq catégories de travailleurs agricoles qui seront touchés différemment par la technologie :
  • Le groupe le plus important, les propriétaires et exploitants d’une ferme que nous surnommons les « décideurs », auront besoin de l’expertise numérique, des capacités de leadership et de l’esprit critique nécessaires à la gestion d’exploitations agricoles plus grandes et complexes.
  • Un deuxième groupe de travailleurs qualifiés qui assurent l’entretien de l’équipement agricole devront composer de plus en plus avec des machines intelligentes, ce qui signifie qu’ils devront développer les aptitudes technologiques nécessaires pour travailler avec des robots et faire du codage. D’après le rapport, on estime que le Canada aura encore besoin de 25 000 de ces travailleurs, soit les « facilitateurs », qui ont des connaissances sur les logiciels, le sens des affaires et des aptitudes en communications.
  • Dans un troisième groupe se trouvent les « spécialistes », des travailleurs ayant des connaissances spécialisées dans des domaines scientifiques comme la génétique, la chaîne de blocs et l’intelligence artificielle. Le rapport indique que la demande pour cette catégorie d’emploi sera de 18 000 travailleurs.
L’un des plus importants défis des décideurs politiques sera de trouver des solutions à la pénurie de travailleurs peu spécialisés, qui devrait atteindre 85 000 travailleurs d’ici 2030. La demande pour ce type de postes, notamment pour la cueillette de fruits et les plantations, sera plus problématique à court terme. Une automatisation est à prévoir à long terme. La transition nécessitera une nouvelle approche en matière d’immigration et de rééducation professionnelle, entre autres choses. Agriculteur 4.0 souligne les innovations dans des pays comme les Pays-Bas, l’Australie et Israël, où les programmes agricoles sont au cœur des priorités. Le rapport invite d’ailleurs le Canada à adopter une nouvelle combinaison d’aptitudes agricoles davantage axées sur les données, l’innovation et la diversité. Parmi les recommandations du rapport, soulignons une stratégie nationale en matière d’aptitudes, y compris des mesures visant à inciter un nombre accru de jeunes à faire leur entrée dans le secteur. L’agriculture jouera un rôle central dans la santé et la prospérité futures du Canada. Grâce à la bonne combinaison d’aptitudes et de technologies, les agriculteurs canadiens pourront nourrir le monde et faire croître l’économie canadienne.  

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Il y a un an, RBC publiait Humains recherchés – Facteurs de réussite pour les jeunes Canadiens à l’ère des grandes perturbations, une étude inédite sur le passage d’une économie canadienne fondée sur les emplois à une économie fondée sur les aptitudes. On y traite des mesures prises par le Canada pour se préparer à cette transformation. À la suite de ce rapport, nous avons décidé de prendre la route. Nous sommes partis d’Halifax pour nous rendre jusqu’à Victoria. L’objectif : communiquer nos résultats à 5 000 Canadiens dans le but de savoir en quoi les lacunes sur le plan des aptitudes changent notre façon d’étudier, d’instruire et d’exploiter nos entreprises. Cette initiative a donné lieu à la rédaction d’un nouveau rapport, Combler les lacunes : Ce que les Canadiens nous ont dit au sujet de la révolution des aptitudes, qui met en commun les points de vue d’éducateurs, d’employeurs et de jeunes sur la révolution des aptitudes. Étonnamment, ce n’est pas tant le sujet de la technologie qui est ressorti de cette discussion, mais davantage celui des gens. Des Canadiens nous ont présenté des idées intéressantes, simples et ambitieuses, sur ce que nous pouvons faire pour nous préparer aux défis de l’avenir. Selon eux, le Canada devrait s’attaquer en priorité aux enjeux suivants :
  • Promouvoir les arts et les sciences dans nos écoles
  • Développer les compétences de gestion dans l’économie numérique
  • Promouvoir les aptitudes numériques dans les secteurs traditionnels
  • Contribuer au perfectionnement des aptitudes des jeunes autochtones
  • Aider les petites entreprises à embaucher des étudiants
Notre prospérité à tous est directement liée à notre capacité à préparer les jeunes à réussir dans une économie mondiale qui évolue rapidement. Les thèmes et les idées qui sont ressortis de notre tournée pancanadienne sont porteurs d’avenir pour le Canada à l’approche de 2020. Le monde du travail évolue, mais les jeunes Canadiens ont le potentiel, l’ambition et la force nécessaires pour y faire leur place.

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« D’emblée, j’ai dit aux responsables de l’embauche que les aptitudes techniques n’étaient pas mon point fort, a-t-il déclaré. J’ai quelque chose de différent à offrir. » Finalement, il a décroché l’emploi. À l’ère des grandes perturbations, la différence peut être un atout. Pour produire notre nouveau rapport, intitulé Combler les lacunes : Ce que les Canadiens nous ont dit au sujet de la révolution des aptitudes, qui fait suite à Humains recherchés, notre étude sur le monde du travail de l’avenir, nous nous sommes entretenus, sur une période d’un an, avec des étudiants, des enseignants, des employeurs et des décideurs de diverses régions du pays.

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De ces entretiens nous avons tiré quelques conclusions sur la révolution des aptitudes qui est en cours au Canada — ainsi que sur les défis qui en découlent. L’un de ces défis est le fait que les programmes de lettres et de sciences humaines (ou d’« arts libéraux ») sont en déclin — même si la demande pour les aptitudes qu’ils permettent de développer est en hausse. Les employeurs nous ont dit qu’ils recherchent de plus en plus des candidats possédant les aptitudes non techniques développées dans le cadre des programmes de lettres et de sciences humaines, comme la pensée critique et la communication. Or, les inscriptions à ces programmes sont en baisse de plus de 10 %. Dans notre société obsédée par la technologie, les opinions à l’égard des sciences humaines sont tellement défavorables que les jeunes délaissent ce domaine, selon Patrick Deane, président de l’Université McMaster. « Les parents, les gouvernements et la société en général sous-estiment les compétences essentielles développées dans le domaine des sciences humaines ; c’est un problème systémique et culturel qui dure depuis longtemps », a déclaré M. Deane. Entre 2011 et 2017, les inscriptions aux programmes de sciences humaines ont chuté de 17,5 %. Au cours de la même période, on a enregistré une hausse de 45 % des inscriptions aux programmes de mathématiques, d’informatique et de sciences de l’information. Ces champs d’études, en effet, sont considérés comme une voie plus directe vers un emploi stable après l’obtention d’un diplôme — ce à quoi aspirent les jeunes qui ont grandi dans l’ombre de la récession de 2008. Les étudiants des programmes de sciences humaines s’inquiètent de la place qu’ils trouveront dans le monde du travail de l’avenir. « Ils craignent tous de ne pas trouver d’emploi, a ajouté Tahir Adatia. On peut avoir une passion, mais elle ne mènera pas à un emploi ; c’est la perception qu’ont les étudiants en sciences humaines. » Mais ce n’est pas la réalité. Les étudiants optent de plus en plus pour une formation spécialisée alors que les employeurs sont à la recherche de diplômés polyvalents. Selon LinkedIn, les aptitudes non techniques les plus recherchées par les employeurs sont la créativité, la capacité de persuasion et la collaboration. « Les aptitudes non techniques sont tout aussi importantes que la numératie », a déclaré Steven Murphy, président et vice-chancelier de l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario. Tahir Adatia, titulaire d’une majeure en philosophie et d’une mineure en commerce, a découvert que son futur employeur était prêt à l’aider à se familiariser avec les aspects techniques de l’emploi. L’équipe était ravie par les aptitudes qu’il possédait déjà, comme la capacité de penser de façon critique, d’argumenter et de raisonner. La demande actuelle pour les aptitudes développées dans le cadre des programmes de lettres et de sciences humaines est une conséquence de l’automatisation. Plus il y a de tâches automatisées dans les milieux de travail, plus on cherche des gens qui possèdent des aptitudes complémentaires à la technologie. Les employeurs considèrent les capacités techniques comme une base. Les personnes que l’on embauche, comme Tahir Adatia, sont celles qui possèdent des aptitudes pour la communication et la résolution de problèmes complexes. À l’aube des années 2020, les nouveaux diplômés au Canada doivent faire preuve de plus de curiosité et de créativité en raison des besoins croissants en matière de formation interdisciplinaire. Les diplômés en science, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) doivent acquérir des aptitudes non techniques, et les étudiants en sciences humaines, la maîtrise des outils numériques. Les étudiants ne peuvent plus se limiter à une spécialisation. Le monde du travail évolue, mais les jeunes Canadiens ont le potentiel, l’ambition et la force nécessaires pour y faire leur place. Renseigner les jeunes diplômés sur les occasions qui s’offrent à eux est un défi pour les employeurs et les orienteurs. Les résultats de notre étude, Combler les lacunes, démontrent aux diplômés des programmes de lettres et de sciences humaines la valeur de leur diplôme dans le marché du travail.

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Mme Kennedy a en effet amorcé sa carrière comme associée aux ventes chez Pet Valu, pour ensuite gravir les échelons et devenir superviseure d’une équipe de vérificateurs. Passer des articles pour animaux aux articles de loi peut sembler un grand écart, mais un nouveau rapport de RBC publié à l’approche de la Journée internationale des femmes révèle que les femmes sont bien positionnées pour mettre leurs compétences à profit et réussir des transitions de carrière comme l’a fait Mme Kennedy. Le rapport, intitulé Les forces des femmes pourraient être valorisées par l’automatisation, estime que le phénomène de l’automatisation entraînera un risque de perte d’emploi plus élevé pour les femmes que pour les hommes. Malgré l’importante couverture médiatique accordée à la fermeture d’usines automobiles, où les travailleurs masculins sont majoritaires, 54 % des emplois à risque, soit 3,4 millions, sont occupés par des femmes. Les postes d’adjoint administratif, de commis et de caissier de banque, plus susceptibles d’être occupés par des femmes, perdent du terrain face aux nouveaux logiciels, caisses en libre-service et autres guichets automatiques.

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Si les travailleuses risquent davantage de voir leurs tâches remplacées par l’automatisation, elles sont cependant plus nombreuses à détenir les compétences qu’exigeront les emplois de demain. Les femmes sont largement employées dans des professions faisant appel à des compétences générales et sociales, qu’on appelle les « compétences relationnelles », comme le service à la clientèle, des rôles qui demandent de gérer des situations qui surpassent les capacités d’un robot. Cette tendance fait en sorte que même si on assiste à l’automatisation croissante de tâches spécifiques, les compétences que les femmes sont plus susceptibles de posséder continuent d’être en forte demande : la capacité d’interagir avec le public, de bâtir des relations interpersonnelles et de veiller au bien-être des autres. Les femmes sont aussi généralement plus susceptibles d’avoir travaillé dans un environnement informatique et de connaître les technologies numériques. Elles sont ainsi mieux outillées pour faire la transition vers des domaines d’emploi en croissance, notamment l’éducation à la petite enfance, les techniques vétérinaires, les soins infirmiers ou l’aide à domicile. Les hommes sont pour leur part trois fois plus susceptibles d’occuper des emplois dans le secteur de la construction, et plus de deux fois plus enclins à travailler en fabrication, des postes qui requièrent un savoir-faire plus pointu et des compétences spécialisées, comme la réparation et l’utilisation de machinerie, mais qui sont particulièrement vulnérables à l’automatisation. C’est ce fossé entre les généralistes et les spécialistes qui fera peut-être la différence entre le succès professionnel et les difficultés d’adaptation dans le futur automatisé, et qui permettra à un plus grand nombre de femmes de trouver de nouvelles carrières en s’appuyant sur les compétences qu’elles détiennent déjà. Mme Kennedy constate de multiples parallèles entre son ancien et son nouvel emploi, qui font tous deux appel aux compétences en communication et au savoir-faire informatique, ainsi qu’à la capacité de résolution de problèmes. Il y a également un volume étonnant de tâches administratives à accomplir dans le service policier, qui exige la prise de notes détaillées, à l’image du processus de vérification. Lorsque Pet Valu a décidé d’implanter un nouveau système d’exploitation pour l’ensemble des magasins de la chaîne, Mme Kennedy était aux premières lignes du déploiement : cette expérience s’est révélé une excellente formation en vue de son travail de terrain en tant que policière. « Je me rappelle avoir été injuriée par un franchisé qui acceptait mal le nouveau système informatique, raconte Mme Kennedy. Ça m’a appris à demeurer calme face à des gens colériques ». En tirant parti de leur pensée créative et en suivant de nouvelles formations, les femmes sont bien placées pour continuer de prospérer dans le futur marché du travail. Mais elles ne peuvent le faire seules. Selon la recherche de RBC, les femmes sont encore significativement sous-représentées dans les postes de gestion, parmi les moins menacés par l’automatisation. Chez les jeunes Canadiens de 25 à 29 ans, les hommes sont près de deux fois plus susceptibles d’occuper un poste de gestion que les femmes. Le défi qui se pose donc aux décideurs, c’est d’aider les travailleuses et travailleurs à s’adapter à l’évolution du marché du travail, tout en tirant profit des possibilités issues de ces changements pour permettre aux femmes d’acquérir des compétences en gestion et accroître leur présence au sein des postes de direction.

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Sans Donald Trump, Vladimir Poutine, Theresa May, Emmanuel Macron et Justin Trudeau, ainsi que leur entourage médiatique, le climat était indéniablement serein dans la petite ville des Alpes. Peut-être l’atmosphère plus calme était-elle nécessaire pour réfléchir au chemin parcouru par le monde depuis la crise et prédire son orientation future. C’était ma quatrième participation au forum de Davos. Cette édition a été, de bien des façons, la plus animée. À l’évidence, la lutte commerciale entre les États-Unis et la Chine, ainsi que l’issue incertaine du projet Brexit, avaient rendu nerveux les participants. Mais, les conversations sérieuses ont porté sur des enjeux qui vont bien au-delà de ces crises. Cette année, le thème était la mondialisation 4.0, un concept imaginé à Davos pour expliquer le nouvel âge des technologies intelligentes et omniprésentes qui relieront entre eux les gens et les objets de manières que ne permettaient pas les précédents moteurs de la mondialisation – la vapeur, l’électricité et l’informatique. Dans cette nouvelle ère, les machines intelligentes façonneront nos entreprises et nos collectivités, et des technologies de pointe seront intégrées à chaque objet, et possiblement à chaque personne, que nous rencontrerons. Les données ne seront pas seulement le nouveau pétrole, mais la nouvelle eau, essentielles à tous les besoins et désirs de notre société. Même si les perspectives peuvent être déstabilisantes, j’ai quitté le forum encouragé, car j’avais mieux compris de quelle manière les technologies transformationnelles et une nouvelle génération d’idées faciliteront le passage de la planète à la prochaine étape de la mondialisation, pour un monde plus humain, plus démocratique et dont la répartition est plus juste. Voici quelques enjeux qu’il faut prendre en considération pour y arriver :

1. Le défi de la Chine

Il y a deux ans, vedette du forum de Davos, Xi Jinping avait présenté une vision d’un nouveau monde où la Chine serait à l’avant-plan. L’an dernier, c’est Donald Trump qui avait volé la vedette de manière complètement différente, projetant une perception du monde au sein duquel les États-Unis prédomineraient. Conséquence inattendue de leur absence cette année : la mise en perspective de leur relation tendue. Les dirigeants du milieu des affaires présents à Davos ont exprimé l’assurance tranquille que le litige commercial entre les États-Unis et la Chine se réglerait au cours des prochains mois. Avec les négociations de l’ALENA qui tirent à leur fin, l’équipe commerciale de M. Trump, qui manque d’effectifs, a pu se concentrer sur la Chine. De plus, les Chinois en sont venus à comprendre avec qui, et avec quoi, ils doivent composer. Enfin, les deux parties semblent accepter la réalité économique des chaînes logistiques transpacifiques, qu’il serait trop difficile de démanteler sans préjudice grave pour les deux pays.

Les Chinois se sont imposé à Davos avec le message clair qu’ils ne se soumettront pas à la perception du monde de Washington.

Même en cas de résolution du litige commercial, ce sera un début plutôt qu’une fin. Avec Xi, les Américains ont découvert la détermination des Chinois à créer un nouvel ordre économique mondial. Et avec Trump, les Chinois ont découvert la détermination des Américains à résister à cet ordre. Les Chinois se sont imposé à Davos avec le message clair qu’ils ne se soumettront pas à la perception du monde de Washington. Ils se voient incontestablement comme la deuxième puissance économique mondiale, en voie de devenir la première, et estiment qu’il incombe à l’Ouest de s’adapter. Compte tenu du succès de la Chine au cours des 25 dernières années, le pays est même persuadé que son modèle serait très avantageux pour le reste de la planète. Il n’y a pas de domaine plus controversé que la technologie et les droits de propriété intellectuelle, que les Chinois veulent exploiter à leur propre façon. Chef de délégation à Davos, Wang Qishan, puissant vice-président, a formulé un message sans équivoque : le monde doit permettre à la Chine de «participer au système de gouvernance technologique mondial d’égal à égal ». Cette notion d’égalité est revenue sans cesse.
La ville de Davos ensevelie sous la neige au bas de la montagne

2. Promesses et périls du réseau 5G

Avec ses allures de membre non officiel de la délégation d’Ottawa, le cas Huawei a fait sentir sa présence aux membres du cabinet fédéral lors de chaque rencontre, alors que ceux-ci tentaient de rallier des appuis pour le côté canadien. Mais l’intérêt pour cette société est allé bien au-delà de l’extradition de Meng Wanzhou. Avec l’émergence de Huawei comme chef de file mondial en équipement de télécommunications, les participants au forum de Davos se sont interrogés au sujet de la prochaine génération de technologie mobile, se demandant si le géant chinois montrerait la voie. J’ai trouvé intéressant de constater que, malgré tout le battage autour du réseau 5G, bon nombre de leaders du monde des affaires et de chefs de gouvernement semblaient peu le connaître. À première vue, cette technologie devrait permettre le téléchargement de données et la navigation sur Internet à des vitesses jusqu’à 100 fois supérieures à celle des téléphones intelligents d’aujourd’hui. Cela nous facilitera assurément la vie. Surtout, la technologie 5G pourrait aussi former la base d’une nouvelle économie, grâce aux vitesses et à la constance nécessaires pour relier entre eux de petits objets – voitures autonomes, drones de livraison, électroménagers numériques – au moment de la prise de décisions. Il est emballant de penser que le 5G pourrait permettre à Internet d’avoir un fonctionnement semblable à celui de l’électricité – présent et accessible en permanence. Mais tout comme ce fut le cas lors du développement de l’électricité, avec la rivalité opposant le courant alternatif au courant continu, un débat fait rage au sujet de qui possède la meilleure technologie. Il ne fait aucun doute que Huawei est un chef de file et que la société ne fera que s’améliorer tandis que la Chine commence à implanter la technologie 5G dans ses grandes villes. En excluant Huawei, allons-nous passer à côté des avancées de la Chine ? Nous savons que Beijing a un pouvoir sur Huawei et peut contraindre celle-ci à remettre ses données étrangères pour des raisons de sécurité nationale. Mais nous devons aussi comprendre de quelle façon l’équipement de Huawei s’intégrerait à l’ensemble technologique qui représente le moteur de nos vies mobiles. La question de savoir qui peut accéder à nos données sera primordiale en 2019 – non seulement pour Huawei, mais pour tous ceux qui ont pour objectif de relier notre univers mobile.

3. Ralentissement ou stagnation?

Le dernier soir du forum, j’ai coanimé un souper regroupant une quarantaine de chefs de direction d’entreprises internationales. En abordant le sujet de l’économie, l’ambiance était à l’optimisme prudent. Bon nombre de participants ont répété que nous vivions un ralentissement et non une stagnation. Kevin Sneader, nouvel associé directeur mondial à McKinsey, l’a bien dit : « Je demande aux chefs de direction à Davos comment se porte leur entreprise et ils me répondent, Assez bien. C’est tout le reste qui m’inquiète ». Une anxiété de ce type peut être positive, car elle incite les exploitants d’entreprises à demeurer vigilants. Elle peut aussi être dangereuse, si les exploitants limitent leurs investissements et prennent moins de risques. Même si la plupart des chefs de direction ont affirmé qu’ils s’attendaient cette année à un ralentissement qui se poursuivrait en 2020, j’ai eu l’impression que d’autres chefs de direction et investisseurs considèrent que l’expansion demeure possible. L’économie américaine va bien et la Chine pourrait connaître le début d’une remontée une fois qu’un accord commercial aura été conclu avec Washington. Bien entendu, l’Europe éprouve des difficultés, avec l’Italie déjà en récession et l’Allemagne en voie de connaître une récession. Mais, une foule d’autres marchés, comme l’Inde, le Mexique et le Brésil, pourraient représenter des moteurs de croissance plus forts.  
Le chef de la direction de RBC M. Dave Mckay au Forum économique mondial de Davos
  Le risque est que nous ne soyons pas suffisamment ambitieux dans les années 2020 pour tirer parti des nouvelles technologies et des régions en croissance dans le monde. En restant prudents et en nous contentant d’une lente croissance, nous risquons de ne pas être en mesure de générer les rendements financiers exigés par nos actionnaires ni de pouvoir produire les retombées sociales – emplois, services, stabilité – attendues par nos sociétés. Pour faire mieux, les gouvernements devront offrir aux entreprises et aux investisseurs les bons incitatifs, y compris une réglementation plus judicieuse, des politiques fiscales plus cohérentes et un régime commercial prévisible. Dans son numéro sur le forum de Davos, la revue The Economist le fait remarquer sous le titre insolent « Slowbalisation » (mot-valise combinant lenteur et mondialisation) : il faut à la fois gérer le ralentissement et réfléchir avec plus d’audace au prochain cycle, afin que celui-ci soit axé sur le commerce et la responsabilité sociale, et l’ambition sur le plan mondial.

4. Les suites du Brexit

Absente à Davos, Theresa May a tout de même dépêché un bataillon de ministres pour communiquer la confiance de son gouvernement en la possibilité de conclure une entente sur le Brexit d’ici le printemps. Le parti conservateur, en dépit de ses propres divisions, recherche de toute évidence un résultat qui lui permettrait de rester au pouvoir tout en empêchant l’économie de frapper un mur en cas de sortie abrupte. On peut s’attendre à des négociations assez tendues jusqu’à la dernière minute et à un résultat qui, possiblement, ne serait pas bien différent de ce que Mme May a présenté en décembre. Ce n’est pas exactement l’optimisme au sujet du Brexit dont les participants à Davos voulaient entendre parler. Lors d’une séance comptant quelque 300 participants, environ 90 % d’entre eux ont levé la main pour signifier qu’ils seraient en faveur d’un deuxième référendum, dans l’espoir que, cette fois-ci, le public voterait pour garder le pays dans l’Union européenne. En privé, le gouvernement britannique, et même des dirigeants du monde des affaires britannique, a affirmé que ce scénario est peu probable. Un vote serait trop long à organiser et trop fortement marqué par les divisions, et risquerait d’aboutir à un autre résultat controversé. Le gouvernement de Mme May croit plutôt qu’il est possible d’en arriver à un compromis au sujet de la frontière irlandaise, sujet vexatoire parmi d’autres. Mais le plus difficile serait à venir. En effet, si Mme May réussit à obtenir l’appui de son parti et du parlement, elle devra rapidement regagner la confiance du milieu des affaires. Depuis le référendum, les investissements en Grande-Bretagne ont baissé d’environ 20 % et, avec chaque mois qui passe, les fabricants, les banques et d’autres transfèrent des emplois vers le continent ou ailleurs. Mark Carney a déclaré à un auditoire à Davos que le système bancaire de la Grande-Bretagne devrait s’en sortir, car il est capable d’encaisser les coups. Mais il a confirmé que si le Royaume-Uni n’est pas capable de dresser un plan cohérent pour ses frontières et échanges commerciaux, il n’y a pas grand-chose que le milieu des affaires puisse faire pour se préparer. Nouvelle potentiellement inquiétante, pendant que les ministres britanniques s’efforçaient de rassurer les participants à Davos, les responsables du gouvernement au pays élaboraient des plans en prévision de rationnement alimentaire, de patrouilles frontalières et, possiblement, d’agitation civile. Un tel scénario catastrophe devrait à tout le moins mobiliser les esprits des Britanniques à l’approche de l’échéance.

5. Un monde de murs

La ministre Chrystia Freeland au Forum économique mondial de Davos
  Les politiciens qui se sont rendus à Davos se sont penchés principalement sur les divisions croissantes en matière de gouvernance mondiale, bien résumées par Chrystia Freeland du Canada : « L’ordre international axé sur les règles fait face à des enjeux d’une ampleur jamais vu depuis sa création ». Pendant la majeure partie du 20e siècle, cet ordre a été maintenu par des institutions multilatérales pour que le monde puisse se concentrer sur la prospérité plutôt que sur les conflits. Mais la confiance du public à l’égard de cet ordre s’est érodée, favorisant la montée du nationalisme sur tous les continents. La chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays connaît les périls du nationalisme extrême, s’est servie de sa tribune à Davos pour émettre une mise en garde.
  Elle voit la montée d’organismes comme l’Organisation de coopération de Shanghai, menée par la Chine et la Russie, comme un effort de création de systèmes de rechange à la démocratie et au capitalisme de marché. Elle a fait l’éloge du G20 comme étant le type d’organisme dont le monde a besoin pour assurer l’adhésion des pays et des régions aux principes mondiaux, et même aux règles et normes mondiales. Il ne s’agit pas d’un enjeu impossible. Mme Merkel a donné comme exemple de collaboration internationale la Conférence générale des poids et mesures, tenue l’an dernier, qui a permis la modification de la mesure du kilogramme. Cet esprit de collaboration est mis à l’épreuve au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le destin repose sur un monde divisé. L’OMC représente la « plomberie centrale » du commerce mondial, servant de lien entre 400 ententes commerciales préférentielles et 3 000 accords d’investissement. Pourtant, au cours des dernières années, on lui a retiré sa capacité de fonctionner normalement. C’est l’une des raisons pour lesquelles le commerce international stagne depuis la crise financière. Dans le cadre de plusieurs séances à Davos, on a étudié le besoin d’une nouvelle approche en matière d’échanges commerciaux qui permettrait aux pays et aux blocs commerciaux d’adhérer à un nouveau système mondial réformé. On prétend que tant que les principes mondiaux seront maintenus, l’esprit du commerce international perdurera. Cette idée de multilatéralisme, ou d’un club de clubs, pourrait même servir de modèle pour les nouveaux enjeux de la mondialisation 4.0 : la bioéthique, la cybersécurité et les données.

Dans le cadre de plusieurs séances à Davos, on a étudié le besoin d'une nouvelle approche en matière d'échanges commerciaux qui permettrait aux pays et aux blocs commerciaux d'adhérer à un nouveau système mondial réformé.

6. Un nouveau contrat en matière de données

Compte tenu de la tradition de secret associée à la Suisse, il semble on ne peut plus approprié d’y tenir des discussions sur la protection de la confidentialité des données au 21e siècle. Même si, à une époque, le Forum a préconisé une approche mondiale relativement aux données, on y note actuellement une opinion de plus en plus répandue selon laquelle tout système de gouvernance en la matière sera davantage « balkanisé ». Comme l’a fait observer Satya Nadella, chef de la direction de Microsoft, nous étions « naïfs » de croire en la possibilité de gérer l’économie numérique selon une approche universelle. Le risque auquel nous sommes confrontés à l’heure actuelle, c’est que chaque pays adopte sa propre approche relativement aux données, de sorte que nous nous retrouverions avec un Internet comparable à ce qu’était l’industrie aéronautique dans les années 1950. Pas étonnant, donc, qu’on parle aujourd’hui de « splinternet », c’est-à-dire d’un Internet fragmenté. Maintenant que des pays comme l’Inde et la Thaïlande commencent à se tourner vers l’identification numérique de leurs citoyens, ils tiennent à garder leurs données sur leur territoire. Cet effort de « localisation des données » devrait s’amplifier, car les gens redoutent de plus en plus l’utilisation – et l’utilisation inappropriée – de leurs renseignements personnels.   La localisation des données pourrait aussi devenir un obstacle à l’innovation si elle freine l’infonuagique et les gains d’efficacité qui y sont associés. Dans les faits, nos données traversent chaque jour plus de frontières que nous ne le croyons généralement. C’est pourquoi Singapour, un pays à l’avant-garde sur de nombreux fronts numériques, met actuellement à l’essai certaines idées dans le domaine du traitement transfrontière – dans le but de permettre le libre déplacement de blocs de données tout en maintenant un lieu d’hébergement sécuritaire pour ces données. De tels efforts deviendront encore plus pressants quand des pays tenteront d’inclure l’économie des données dans des accords commerciaux, en ne réalisant peut-être pas que le pire frein imaginable pour le 21e siècle est la mise en place de murs de données. Les entreprises devront peut-être faire entendre leur voix, et cela avec l’esprit qui a animé l’industrie aéronautique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale lorsqu’elle a établi des normes communes afin de donner confiance aux populations dans le monde entier. Comme les participants au sommet de Davos se le sont fait dire, en matière de données, la population de nombreux pays fait maintenant davantage confiance aux entreprises qu’aux gouvernements. Notre défi est de transformer cette confiance du public en bien commun.

7. Un nouveau contrat social

Le baromètre de confiance Edelman est publié chaque année au début de la rencontre du Forum économique mondial, ce qui a l’effet d’une douche froide d’opinion publique sur les délégués alors qu’ils commencent tout juste à s’adapter à l’air vivifiant des Alpes. Ce baromètre, qui reflète l’opinion de 33 000 personnes réparties dans 27 marchés, continue de montrer qu’une nette majorité des gens font très peu confiance aux gouvernements et aux médias. Les entreprises, de leur côté, ont lentement regagné la majeure partie de la confiance qui leur avait été retirée durant la crise financière. Si l’on veut dégager une préoccupation dominante, il faut parler de la différence entre le degré de confiance du public informé et celui de la masse de la population. Cet écart est d’une ampleur record à l’heure actuelle. À l’échelle mondiale, seulement une personne sur cinq est d’avis que le système agit en sa faveur. Cette préoccupation est particulièrement répandue dans les pays développés, où une majorité écrasante de la masse de la population s’attend à ne pas être en meilleure posture dans cinq ans. Au Canada, seulement un tiers de ce segment de population entrevoit un avenir meilleur.   L’une des raisons de cet état de choses semble être la crainte croissante des pertes d’emplois. Ce n’est pas que les gens craignent l’automatisation, mais ils redoutent simplement de ne pas avoir accès à la formation ou aux compétences dont ils auront besoin pour occuper un emploi convenable au cours de la prochaine décennie. Nous savons que le contrat social qui a prévalu jusqu’à une époque récente est en déclin. Ce contrat nous assurait de recevoir une éducation de qualité dans le système public, de jouir d’une sécurité d’emploi, de toucher des pensions décentes, d’être protégés par un système de soins de santé accessible et de pouvoir nous loger à un coût abordable. Or, dans de nombreux pays, une carrière est maintenant une série d’emplois limités dans le temps tandis que le coût de l’éducation grimpe et que le prix du logement est hors de portée pour bon nombre de jeunes qui travaillent. Il ne faut pas s’étonner que l’inquiétude soit si répandue ni qu’elle s’exprime sur le plan politique par du populisme. Par le passé, les gens se tournaient vers les gouvernements pour obtenir des réponses ; maintenant, ils attendent du monde de l’entreprise qu’il s’exprime et investisse dans des solutions pratiques, par exemple en favorisant l’acquisition de compétences. Selon le baromètre de confiance, 76 % des gens (soit un bond spectaculaire de 11 points en un an) attendent des chefs de la direction des entreprises qu’ils prennent les commandes du changement – en s’employant en priorité à favoriser l’inclusion et à offrir une rémunération juste et de la formation.
Le Forum économique mondial de Davos 2019

8. Le dilemme des chefs de la direction

J’ai passé presque tout un après-midi en compagnie d’une cinquantaine d’autres chefs de la direction venus des États-Unis, d’Europe et d’Asie. Nous avons examiné ce qui est peut-être le plus important défi de l’heure pour les dirigeants d’entreprise : comment répondre aux exigences du monde d’aujourd’hui tout en positionnant nos entreprises de façon à ce qu’elles soient prêtes pour les complexités de l’avenir ? Selon ces dirigeants, le premier élément de la réponse se trouve du côté de la raison d’être des entreprises. À RBC, nous avons formulé clairement notre raison d’être, et il est encourageant de voir l’importance qu’accordent à une telle démarche un si grand nombre d’entreprises d’envergure mondiale. Aux yeux de ces dirigeants, une entreprise qui ne peut compter sur une raison d’être claire pour se guider ne parviendra pas à maintenir son cap, car les pressions constantes exercées par les médias et les investisseurs la feront dévier de sa course. Nous avons convenu que les dirigeants doivent absolument continuer de parler des objectifs à moyen terme – c’est-à-dire des objectifs qui, si nous dirigions des équipes de sport, créeraient un pont entre le pointage actuel de notre équipe et sa position au classement en fin de saison. Les dirigeants doivent aussi informer leur conseil d’administration et leurs principaux actionnaires des tendances qu’ils surveillent.   J’ai souligné le fait que RBC s’était efforcée de gérer la montée de la tendance au court terme du marché en formulant ses objectifs financiers à moyen terme, et en consacrant ensuite beaucoup de temps à expliquer aux actionnaires sa stratégie distinctive, la démarche qu’elle a planifiée et la carte routière qui lui sert de guide dans cette démarche. Nous croyons qu’à une époque d’innovation numérique, nous pouvons créer quelque chose de puissant pour contribuer à la réussite des clients et à la prospérité des collectivités. C’est notre raison d’être. Un dirigeant de Hitachi a expliqué au groupe pourquoi l’entreprise japonaise est en train de se doter d’un secteur axé sur l’innovation sociale. Ce secteur soutiendra les efforts de l’entreprise en ce qui a trait à certains objectifs à long terme, notamment en matière de lutte contre les inégalités de revenu à l’échelle mondiale et les changements climatiques. L’atteinte de ces objectifs fait maintenant partie des critères pris en compte dans l’établissement de la rémunération des dirigeants. La raison est simple : ce qui menace l’équilibre du monde menace celui de Hitachi. Pepsi a présenté sa propre étude de cas concernant son choix de formuler une raison d’être ayant comme principe de base le bien-être des êtres humains. Cela peut sembler étrange de la part d’une entreprise qui s’est taillé une réputation en vendant des boissons gazeuses, mais cette raison d’être claire l’a aidée à mettre l’accent sur des produits plus sains et l’utilisation d’emballages durables. L’année dernière, lorsque le conseil d’administration de Pepsi a nommé Ramon Laguarta au poste de chef de la direction, en remplacement d’Indra Nooyi, qui a été à la barre de l’entreprise pendant de longues années, il a examiné son aptitude à diriger une entreprise durable et à traiter avec des sociétés inclusives –, ainsi qu’à communiquer les besoins sur ces plans avec passion et humanité. En raison de la complexité et des exigences croissantes du monde qui nous entoure, il faut s’attendre à ce que l’on recherche de plus en plus ce type de profil chez les dirigeants.

9. Volatilité : la nouvelle norme

Même si le mois de janvier a été plus favorable aux investisseurs en actions, tous avaient encore à l’esprit la déroute qu’ont connue les marchés en décembre. Le repli a-t-il été trop prononcé et trop soudain ? Si oui, dans quelle mesure a-t-il été amplifié par les systèmes automatisés ? J’ai participé à une table ronde portant sur le rôle croissant des machines dans nos marchés, ainsi que sur les choses auxquelles nous devons réfléchir afin que les efforts axés sur l’efficacité favorisent aussi l’équité. Adena Friedman, chef de la direction de Nasdaq, a indiqué qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être un investisseur, en raison de l’efficacité que l’automatisation a conférée aux marchés. Les coûts ont chuté de plus de 75 %, a-t-elle dit ; les écarts entre les cours acheteurs et les cours vendeurs se sont rétrécis de 90 % dans certains cas. Bien sûr, l’automatisation avait progressé durant des décennies à l’arrière-plan des marchés. Toutefois, ces dernières années, elle a joué un rôle plus profond au premier plan en déterminant ce dans quoi nous investissons et le mode d’exécution des placements.   À titre d’exemple, un plus grand nombre d’investisseurs optent maintenant pour des placements passifs – comme les fonds négociés en bourse (FNB) – plutôt que de choisir eux-mêmes des titres. Cette tendance marquée est positive, car les petits investisseurs se trouvent ainsi dans une position qui se rapproche de celle des gros investisseurs. Elle fait aussi surgir certains risques à long terme, comme l’a noté Bill Ford, chef de la direction de General Atlantic. Au cours de notre table ronde, celui-ci a mentionné que les actionnaires passifs contrôlent maintenant 44 % des actions américaines, contre 9 % il y a dix ans. Dans bien des cas, cela se traduit par une diminution du nombre d’acheteurs et de vendeurs d’actions. Comme on ne s’attend pas à ce que l’automatisation des marchés ralentisse, les institutions financières devront continuer de trouver des façons d’aider les clients à composer avec cette diminution de la liquidité et avec la volatilité qui peut en résulter. Plus généralement, nous devrons aussi continuer d’approfondir notre compréhension des conséquences de l’investissement passif – ses conséquences tant sur les investisseurs que sur les sociétés qui observent ces mouvements en se demandant s’il s’agit vraiment du meilleur moyen de mesurer la valeur de ce qu’elles s’efforcent de créer.

10. Une nouvelle équation énergétique

Il y a dix ans, Tony Blair est venu à Davos pour dire qu’il fallait tirer profit du contexte de crise financière pour relever le défi climatique. Selon lui, des milliards – et bientôt des milliers de milliards – pourraient ainsi affluer vers les bilans des économies stagnantes et servir à stimuler la transition vers une économie à faible intensité de carbone. Dix ans plus tard, l’économie mondiale se porte beaucoup mieux, mais on ne peut pas en dire autant de l’environnement. Notre incapacité collective à relever le défi climatique est le risque le plus important dans l’esprit des participants au sommet de Davos. Dans l’édition de cette année du Global Risks Report (rapport sur les risques mondiaux), trois des cinq principaux risques classés selon la probabilité qu’ils se réalisent sont des risques environnementaux ; de même, quatre des cinq risques classés selon l’importance des incidences qui résulteraient de leur réalisation sont aussi des risques environnementaux. Les événements météorologiques extrêmes ont été la première préoccupation des 1 000 membres du Forum économique mondial consultés lors de l’établissement du rapport ; viennent ensuite les inquiétudes concernant l’incapacité d’atténuer les changements climatiques et de s’y adapter. Même si l’on continue de se préoccuper des divergences entre les politiques climatiques des États-Unis, de la Chine et de l’Europe, on a beaucoup discuté à Davos du fait que l’évolution se poursuit malgré tout dans les secteurs économiques. La société DHL, par exemple, a conçu des véhicules électriques afin que son parc de véhicules de livraison dans les villes d’Europe puisse atteindre la carboneutralité d’ici 2025. Boeing a mis à l’essai avec succès un avion-cargo utilisant uniquement des biocarburants. De leur côté, deux aciéristes, Mittal et Tata, sont en train de mettre au point un « acier vert » au moyen de nouvelles sources d’énergie et de plus grandes quantités de matériaux recyclés.

La réglementation doit évoluer aussi rapidement que les besoins de la planète afin de stimuler l'utilisation de nouveaux procédés et le retrait d'anciens procédés.

La technologie n’est que l’un des aspects de la question. La réglementation doit évoluer aussi rapidement que les besoins de la planète afin de stimuler l’utilisation de nouveaux procédés et le retrait d’anciens procédés. Et il serait possible de faire beaucoup plus pour relier les systèmes énergétiques. Daniel Yergin, réputé pour ses analyses touchant l’énergie, a déclaré aux participants qu’il n’entrevoyait pas de « pic pétrolier » avant au moins 2040, ajoutant que l’atteinte d’un sommet de la production ne signifiait pas que celle-ci chuterait par la suite. Il faudra du temps pour voir se modifier les chaînes d’approvisionnement, les procédés industriels et les choix des consommateurs touchant par exemple le chauffage résidentiel ou les déplacements. Il faut aussi songer à la population mondiale, qui devrait augmenter de deux milliards d’habitants. Il a beaucoup été question de la recherche de solutions pour réduire l’empreinte de carbone du pétrole, soutenir durablement cette croissance et utiliser une partie des revenus générés par les anciennes sources d’énergie pour développer de nouvelles sources. Voilà pourquoi les gens parlent d’une transition.

11. Un pont entre les générations

L’une des surprises les plus agréables de la rencontre de Davos de cette année a été la diversité des générations présentes. On pouvait ainsi côtoyer tant Jane Goodall, l’une de mes héroïnes, que les six coprésidents du sommet de Davos, tous des jeunes leaders de calibre mondial et aussi des héros. L’interaction entre les générations a été une source d’inspiration, et devrait nous inciter tous à rechercher davantage de façons de mettre en relation des gens de tous les âges. À 84 ans, Mme Goodall est remarquable, participant chaque année à plus de 300 événements, en bonne partie pour faire la promotion de l’initiative Roots & Shoots (« racines et pousses ») qu’elle a lancée, et incitant les jeunes à soutenir des initiatives environnementales partout dans le monde. « La génération montante est prête à tout pour protéger la nature », nous a-t-elle dit. À l’occasion d’un lunch, Mme Goodall et le chanteur vedette Bono, âgé de 58 ans, ont partagé les projecteurs avec l’activiste environnementale suédoise Greta Thunberg, âgée de quinze ans, qui leur a volé la vedette en lançant une mise en garde au nom de sa génération : « Notre maison est en feu. Je veux vous voir paniquer. »
Malheureusement, la technologie qui a tant retenu l’attention à Davos a aussi pour effet de couper les membres de la génération de Mme Thunberg du monde naturel qui les entoure. Au cours d’un autre échange intergénérationnel inspirant, le prince William (36 ans) a interviewé le légendaire réalisateur David Attenborough (92 ans) au sujet des documentaires ayant trait à la planète qu’il a tournés durant plus d’un demi-siècle. Sir David Attenborough a expliqué que dans les années 1950, il lui suffisait de montrer une image de tatou pour soulever l’enthousiasme d’une salle, alors que de nos jours, il faut aller au fond de l’océan ou dans l’espace pour trouver des images qui capteront l’attention des gens. Il a souligné l’ironie de la situation : nous n’avons jamais vu autant d’images de la nature, et pourtant nous n’en avons jamais été aussi déconnectés. Son conseil à l’intention du duc de Cambridge et de sa génération : respectez et chérissez la planète. « Et gardez un regard neuf et votre capacité d’émerveillement. » Des paroles sages pour les gens de tout âge.  
Le prince William au Forum économique mondial de Davos 2019
 

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Malgré cela, le système d’éducation de la province se heurte à une crise démographique.

Étant donné le taux de décrochage persistant au secondaire et les difficultés linguistiques qu’éprouvent de nombreux néo-Canadiens, la province (et ses jeunes) aura un énorme défi à relever dans les années 2020, à mesure que les baby-boomers prendront leur retraite et que l’automatisation prendra de plus en plus d’importance.

La technologie ajoutera-t-elle au fardeau ou l’allégera-t-elle ?

Nous avons traité cette question récemment à Montréal, lors de la première table ronde d’une série de rencontres nationales avec des chefs de file du secteur de l’éducation et des jeunes pour explorer les conclusions et les recommandations du rapport Humains recherchés, publié à la suite d’une importante étude de RBC sur l’effectif canadien à l’ère de l’automatisation.

Au Québec, les avantages économiques de la technologie ne font aucun doute. Selon les Services économiques RBC, si la province peut faire en sorte que la productivité des jeunes égale la moyenne du G7, ses résultats économiques pourraient augmenter de 7 milliards de dollars.

De plus, le recrutement et le maintien en poste de la nouvelle génération pour rehausser la place du Québec dans le monde comportent des avantages sur le plan social.

Mais le statu quo ne suffira pas.

« Nous devons bousculer nos propres façons de faire », a affirmé Isabelle Bajeux-Besnainoux, doyenne de la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill.

Voici comment :

Plus de diplômes d’études secondaires

D’après un récent rapport de l’Institut du Québec, le taux d’obtention de diplôme d’études secondaires de la province (64 %) est le plus faible au Canada et est 20 % inférieur à ceux de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick. Ce problème est concentré dans les petites villes et les milieux ruraux, où les jeunes trouvent encore des perspectives intéressantes dans les métiers et le travail manuel. Malheureusement, ces emplois sont en cours d’automatisation rapide et bon nombre de jeunes ne possèdent pas les aptitudes nécessaires pour occuper les emplois de demain, qui reposeront beaucoup plus sur la technologie.

Plus de STIM

Le Québec est en retard par rapport à l’ensemble du Canada sur le plan de l’inscription à des programmes de science, technologie, ingénierie et mathématiques/informatique (STIM). Les données de 2016 de Statistique Canada indiquent que dans la province, seulement 17,7 % des jeunes de 20 à 29 ans ont poursuivi des études en STIM, ce qui est bien inférieur à l’Ontario (20,1 %) et à l’Alberta (21,5 %). Pierre Dumouchel, qui dirige l’École de technologie supérieure de Montréal, a souligné que l’Ontario avait deux fois plus d’étudiants en génie que le Québec. Par conséquent, son école n’a pu pourvoir que 3 600 des 6 000 stages offerts au cours de la dernière année. Pour combler l’écart actuel, M. Dumouchel calcule que le Québec devra augmenter ses placements en ingénierie de 5,4 % par année durant la prochaine décennie, en mettant fortement l’accent sur le génie logiciel.

Plus de diversité

Le Québec doit stimuler la participation des femmes, des jeunes Autochtones et des enfants de néo-Canadiens dans les domaines STIM. Pour y arriver, il faudra peut-être revoir les préalables aux programmes de génie, car ils ont tendance à exclure de nombreuses filles qui décident de ne pas suivre les cours de sciences dures facultatifs au secondaire. La barrière de la langue demeure également un défi. Guy Breton, recteur de l’Université de Montréal, a mentionné que 40 % de ses étudiants ont une langue maternelle autre que le français ou l’anglais. C’est un problème grandissant à Montréal, où près du quart des jeunes de 20 à 24 ans indiquent que leur première langue n’est ni le français ni l’anglais, ce qui représente une hausse de 21,2 % en dix ans. Une piste de solution : la province pourrait permettre aux 40 000 étudiants étrangers par année qui obtiennent un diplôme au Québec de s’y établir ensuite.

Plus d’aptitudes humaines

François Bertrand, directeur de la recherche, de l’innovation et des affaires internationales à Polytechnique Montréal, a mis en relief l’importance de la communication, de la collaboration et de l’esprit critique. Ces aptitudes deviendront de plus en plus essentielles pour occuper tout emploi, du chirurgien au sous-chef. Malgré cela, les écoles québécoises ne font pas suffisamment la promotion ou le suivi de ces aptitudes. Et les employeurs n’envoient pas suffisamment de signaux au marché en intégrant ces aptitudes de manière explicite à leurs pratiques d’embauche. À titre d’exception, le programme de MBA de HEC Montréal exige que les étudiants fassent du bénévolat auprès d’organismes sans but lucratif pour renforcer leurs aptitudes humaines.

Plus de stages

Le Québec est en tête du Canada au chapitre de l’apprentissage pratique : 18,3 % des jeunes Québécois dans la vingtaine détiennent un certificat d’apprentissage ou d’une école de métiers. C’est plus du double de la moyenne nationale (8,3 %). Et c’est l’une des raisons pour lesquelles le Québec présente le moins grand déséquilibre des aptitudes au Canada : seulement 6,8 % des diplômés en STIM y occupent des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, comparativement à 11,1 % en Ontario et à 12,1 % en Colombie-Britannique, selon le recensement 2016. Iris Unger, directrice générale de l’organisme Youth Employment Services Montreal, a souligné l’importance des programmes de stages rémunérés pour l’intégration des jeunes au marché du travail.

Plus de place pour l’entrepreneuriat

Caroline Brouillette, conseillère stratégique en impact social à la firme-conseil Credo, souhaite que les écoles explorent de nouveaux modèles d’emploi, comme les horaires variables et les revenus d’appoint. Pour y arriver, un plus grand nombre d’employeurs devront faire preuve de souplesse pour permettre aux employés de poursuivre des projets d’entrepreneuriat tout en conservant leur emploi. Et dans cet esprit, bon nombre d’entreprises pourraient intégrer l’entrepreneuriat à leur culture pour favoriser l’innovation chez les jeunes employés et attirer des talents de qualité.

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Au cours de la prochaine décennie, la moitié des emplois seront touchés par la technologie et l’automatisation. Certains subiront une transformation. D’autres, appelés à disparaître, seront remplacés par des emplois qui n’existent pas encore. Nous traversons une ère marquée par de profonds changements, alors que les récentes percées en matière d’intelligence artificielle et d’automatisation transforment les méthodes de travail, même dans les domaines où on ne s’y attendait pas comme le droit et le service à la clientèle. Comment allons-nous préparer les jeunes Canadiens au marché du travail de l’avenir ? Au cours de la dernière année, RBC a mené une importante étude sur le marché du travail canadien. Nous avons parcouru le pays pour discuter avec des étudiants, des travailleurs, des éducateurs et des employeurs de tous les secteurs. Nous nous sommes penchés sur l’évolution des perspectives d’emploi et de l’automatisation et avons analysé une quantité énorme de données pour comprendre les changements qui s’opèrent au pays et déterminer comment nous y préparer. https://youtube.com/watch?v=Zav4QikC0fI%3Frel%3D0 Nous avons découvert que les quatre millions de jeunes Canadiens qui entreront sur le marché du travail dans la prochaine décennie devront posséder des aptitudes de base qui leur permettront d’occuper différents emplois et rôles plutôt que de suivre un parcours professionnel unique. Ils auront besoin d’un ensemble d’aptitudes humaines comme l’esprit critique, la perspicacité sociale et la résolution de problèmes complexes pour demeurer concurrentiels et résilients sur le marché du travail. Le Canada passe d’une économie fondée sur les emplois à une économie fondée sur les aptitudes. Or, il semble que les employeurs, les éducateurs et les décideurs n’y soient pas bien préparés. Voici quatre points à retenir sur la révolution des aptitudes qui s’amorce et l’avenir du monde du travail.

Le rythme auquel les perturbations surviennent s’accélère

Il fut un temps où l’automatisation menaçait uniquement les tâches routinières et répétitives, comme celles d’ouvriers sur une chaîne de montage. Aujourd’hui, des algorithmes permettent aux avocats de monter leurs dossiers, remplacent les adjoints administratifs et traitent les appels au service à la clientèle de grandes sociétés. La technologie a déjà remplacé des emplois par le passé, mais il en va autrement de la situation actuelle. Plus du quart subiront de profonds changements liés à l’automatisation au cours des dix prochaines années et que la moitié exigeront de nouvelles aptitudes, même si le titre de poste reste le même. Ces emplois ne disparaîtront pas nécessairement pour autant. D’ici 2021, 2,4 millions d’emplois s’ajouteront à l’économie canadienne. La presque totalité d’entre eux, cependant, exigera une approche différente. L’économie sera fondée sur une main-d’œuvre mobile qui ne cesse jamais d’apprendre, de suivre des formations et de mettre à niveau ses aptitudes pour s’adapter aux exigences d’un monde en constante évolution.

Pour réussir dans le monde de demain, il faudra faire preuve de souplesse

Comme l’évolution est rapide, il est difficile de savoir à quoi ressembleront les emplois dans dix ans. Les exigences des postes doivent être envisagées autrement. L’acquisition d’aptitudes humaines – esprit critique, discernement, prise de décision, etc. – permettra aux jeunes de réorienter leur carrière et de changer de secteur, même si la description des fonctions change. Après avoir analysé les données de centaines de professions diverses, nous avons constaté que de nombreux emplois, même de domaines différents, étaient reliés entre eux par un ensemble d’aptitudes de base. Nous avons classé les emplois en six groupes en fonction de la similitude des aptitudes qu’ils exigent. En mettant l’accent sur les aptitudes requises, il est étonnant de voir qu’on peut passer aisément d’un rôle donné à un autre qui n’a apparemment aucun lien avec le précédent. On peut se demander ce que les postes de musicien et de technicien en soins médicaux d’urgence ont en commun. Pourtant, ces deux emplois nécessitent un niveau élevé de concentration, un solide esprit d’analyse et un grand souci du détail. Une assistante dentaire souhaitant devenir graphiste n’a que quatre aptitudes à développer. Bien sûr, on peut difficilement opérer une transition sans y investir temps et argent. Les éducateurs et les décideurs ont là une belle occasion de revoir leur stratégie de formation et de perfectionnement.

La littératie numérique est essentielle

La maîtrise des outils numériques sera essentielle pour occuper tous les nouveaux emplois. Cela ne veut pas dire qu’on doit tous concevoir des codes comme un programmeur de Silicon Valley. Il s’agit plutôt de comprendre la technologie et de savoir comment se servir des ordinateurs, des téléphones intelligents et de tout ce qui suivra. Sous peu, nous percevrons l’alphabétisme numérique de la même manière que l’alphabétisme traditionnel : ce sera un prérequis à presque tous les emplois.

Il faut nous préparer à l’avenir du monde du travail

Les perturbations du marché de l’emploi comptent actuellement parmi les enjeux les plus pressants auxquels le Canada fait face. L’économie ne saurait fonctionner sans employés qualifiés et possédant les aptitudes voulues. Si on peut amener les Canadiens, surtout les jeunes, à exploiter ces aptitudes de bases, notre économie sera prête pour cette transition des aptitudes. Il faut que les écoles transmettent et valident les aptitudes, que les gouvernements élaborent des programmes de soutien à l’éducation permanente et que les entreprises embauchent des employés en fonction de leurs aptitudes de base, et non de leurs titres professionnels. En développant des aptitudes qui leur permettront de passer aisément d’un emploi à l’autre, les jeunes Canadiens pourront tirer profit d’une nouvelle économie qui mise sur ce qui peut être accompli plutôt que sur les réalisations passées.

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À tous les jeunes : Apprenez à mieux vous préparer à l’évolution du monde du travail.

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Cette année, dame Nature nous a toutefois joué des tours. Pendant les nuits froides, six pieds de neige ont recouvert le village suisse, tandis que les journées chaudes ont transformé les rues en rivières. Chose rare à Davos, la glace et la neige fondante ont provoqué des embouteillages. Les dieux de la météo nous ont concocté une métaphore parfaite pour l’année 2018 : un monde et une économie si contrastés qu’il est difficile d’y voir clair. Ce fut ma troisième participation au Forum économique mondial et certainement la plus enrichissante. J’ai pu constater le rythme effréné auquel les changements se produisent actuellement et les difficultés à résoudre les problèmes les plus urgents de notre époque, allant de la stagnation des revenus qui a alimenté la montée des mouvements populistes en 2016 aux scandales des abus sexuels qui ont éclaté en 2017, en passant par les inquiétudes que suscite la technologie à l’échelle mondiale en 2018. Le thème du Forum, « Construire un avenir commun dans un monde fracturé », était parfaitement adapté à la situation. Comment y arrive-t-on ? Les alpinistes qui explorent les environs de Davos pourraient dire qu’il faut se munir d’une bonne carte, s’adapter au terrain au lieu d’avancer en ligne droite, adopter un bon rythme et travailler en équipes, tant pour monter que pour redescendre. Voici quelques-unes des questions qui m’ont le plus interpellé au Forum tenu cette année.

1. Reprise synchronisée ou complaisance irrationnelle ?

L’économie mondiale s’est rarement si bien portée. Des 192 pays suivis par le Fonds monétaire international, 187 affichent une croissance positive, ce qui représente un nombre record. Au Canada et aux États-Unis, le taux de chômage n’a pas été aussi bas en 40 ans. L’Europe est bien avancée sur la voie de la reprise. Enfin, l’Asie connaît la croissance la plus synchronisée avec le reste du monde qu’on ait vu depuis des décennies. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que les marchés soient en hausse. Un économiste a qualifié la confiance ambiante de « complaisance irrationnelle ». De fait, les actions ont progressé plus rapidement que l’économie pendant neuf années d’affilée. Rares sont ceux qui jugeraient un tel phénomène durable. La plupart des économistes présents à Davos ont estimé que sans les dernières mesures de stimulation budgétaire (entre autres, réductions d’impôt aux États-Unis et déficit actif au Canada), une correction aurait probablement lieu cette année. Si nous sommes plus proches de la fin du cycle que du début, quels sont les facteurs susceptibles de provoquer un repli ? Lors du Forum, les dirigeants d’entreprises ont consacré une bonne partie de leur temps à examiner les menaces qui pèsent sur l’expansion. Il s’agit notamment des cyberattaques, des catastrophes naturelles et des éventuelles guerres commerciales. Elles pourraient obliger les pays en situation d’excédent (p. ex., la Chine) à cesser de financer la dette d’autres pays (p. ex., les États-Unis). Cependant, les risques politiques, comme ceux liés à la Corée du Nord, ont généralement été ignorés. La question du Brésil a été soulevée. Le pays organisera bientôt une élection importante qui pourrait porter au pouvoir un gouvernement populiste et exacerber la crise des caisses de retraite que le pays traverse. L’Italie, qui entre aussi en année électorale, a été montrée du doigt en raison de ses difficultés budgétaires. Pourtant, toutes ces préoccupations n’ont pas été considérées comme des menaces pour la reprise mondiale. Dans l’ensemble, les participants de Davos se sont montrés optimistes. Or, cet optimisme est à lui seul une source d’inquiétude.

2. Donald Trump : d’apprenti de la politique à homme fort de Davos

Donald Trump a tenu la vedette à Davos cette semaine. Avant même que son hélicoptère touche terre, il faisait l’objet de presque toutes les conversations, notamment parce que huit de ses secrétaires d’État étaient présents pour promouvoir son programme « America First ». L’an dernier, dans le sillage de l’élection de M. Trump, le Forum avait fait l’effet d’un grand blessé. Cette année, les participants semblaient cependant prêts à en découdre avec le président. La réforme fiscale des États-Unis a été bien accueillie par les entreprises. M. Trump a également défendu des thèmes, comme l’équité des échanges commerciaux et les emplois de la classe moyenne, qu’il n’était pas inconvenant d’aborder à Davos. Devant un public de gens d’affaires, ses conseillers ont affirmé ne pas être opposés aux échanges commerciaux, mais plutôt à certains pays qui, comme la Chine, ne respectent pas les règles (selon le point de vue de Washington). Leur appui à une refonte de l’ALENA était aussi manifeste. Il n’est pas exclu que le président américain signale l’abrogation de l’accord en vigueur par un préavis de six mois. Néanmoins, son équipe vise une entente avec le Canada et le Mexique qui moderniserait les conditions actuelles. Le dernier jour de sa visite, M. Trump a prononcé sa phrase-choc signifiant que les États-Unis sont l’endroit où faire des affaires (America is open for business). Cette déclaration a répondu aux attentes de la foule, même si d’autres propos ont eu moins de succès. Faut-il considérer M. Trump comme un internationaliste ? Loin de là. Il ne serait cependant pas étonnant de le revoir à Davos.

3. L’Europe est de retour… pour le moment

L’an dernier, le Forum de Davos était prêt à enterrer le projet européen et même à faire le deuil de sa tradition de démocratie libérale. Les élections qui ont eu lieu aux Pays-Bas, en France et en Allemagne ont changé la donne. Cette année, Emmanuel Macron a fait fureur à Davos en exposant la vision de son pays et du continent pour le 21e siècle. Le président français a indiqué qu’il comptait diminuer les impôts, réduire la taille du gouvernement, réformer les régimes de retraite et injecter les économies ainsi réalisées dans l’éducation et la recherche en vue de stimuler l’innovation. Heureusement, l’économie européenne a renoué avec la croissance, en partie grâce à la faiblesse des taux d’intérêt. Toutefois, les difficultés ne sont jamais bien loin. L’Union européenne doit trouver une solution pour la sortie du Royaume-Uni et, en même temps, faire face à ses propres contradictions, notamment en ce qui concerne la taille de l’appareil gouvernemental, la liberté de déplacement et les restrictions applicables au libre-échange de services. Mark Rutte, le premier ministre néerlandais qui a remporté l’élection face au candidat nationaliste l’an dernier, s’est inquiété du fait que le continent ne prend pas les décisions difficiles au moment où il bénéficie d’un solide leadership et d’une renaissance économique. Sa patience pourrait être mise à l’épreuve durant l’élection qui se tiendra en Italie en mars, étant donné que le Mouvement cinq étoiles pourrait fort bien connaître le meilleur résultat de son histoire. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie de la France, a prévenu les participants que les populistes pourraient faire un retour en force si la croissance et l’emploi n’augmentaient pas. « Nous n’avons d’autre choix que de réussir », a-t-il déclaré

4. Chine : moins de pourparlers, plus de décisions

La Chine a été la vedette de Davos en 2017. Son président, Xi Jinping, y avait exposé le rôle de leader mondial qu’il ambitionnait pour son pays. La présence de Beijing était beaucoup moins visible cette année, mais son influence était tout aussi grande. Le premier conseiller économique de M. Xi, Liu He, a énoncé les priorités du gouvernement : réorganiser les secteurs dirigés par l’État, combattre la pauvreté et réduire la pollution. En ce qui concerne ce dernier enjeu, les spécialistes de la Chine croient que M. Xi est réellement déterminé à lutter contre les changements climatiques et qu’il est bien placé pour transformer la Chine et une bonne partie de l’Asie. L’énorme projet d’infrastructure mené par la Chine, surnommé « la Ceinture et la Route », fixe déjà de nouvelles normes environnementales pour la région et jette les bases d’un transfert massif de capital mondial. D’après les autorités chinoises, cette initiative peut générer 2 500 milliards de dollars d’échanges commerciaux en dix ans grâce à de nouveaux corridors reliant la côte du Pacifique à la mer Arabique et à la Manche. Les ambitions de la Chine en matière de technologie ne sont pas moins impressionnantes. Elles n’émanent toutefois pas du gouvernement. Durant le Forum, Kai-Fu Lee, chef de la direction de Sinovation Ventures, a déclaré avoir investi dans 45 nouvelles sociétés chinoises d’intelligence artificielle depuis 2015. Ces investissement s’inscrivent dans un programme qu’il qualifie de course aux armements contre la Silicon Valley. Selon lui, Beijing s’est engagée à faire de la Chine un chef de file de l’IA d’ici 2030 et a construit de toutes nouvelles écoles d’ingénierie épatantes pour alimenter des entreprises comme les siennes. La Chine jouit d’un avantage : elle impose moins de restrictions en ce qui concerne la protection des renseignements personnels. Ses entreprises peuvent ainsi accéder à des données en employant des méthodes hors de portée de leurs concurrents occidentaux.

5. Les écosystèmes et l’essor du darwinisme numérique

Le Forum de Davos réunit des représentants de gouvernements, d’entreprises et d’universités ainsi que des militants. Ces participants viennent de tous les pays du monde pour faire part de leurs expériences en ce qui concerne les nouvelles tendances. Cette année, toutes les discussions semblaient tourner autour des préoccupations entourant l’évolution rapide des relations entre les entreprises et leurs clients, et entre les gouvernements et les citoyens. Les sociétés qui s’en sortent le mieux tentent de redéfinir leurs marchés en les traitant comme des écosystèmes. Elles élaborent ces derniers en collaboration avec les fournisseurs, les partenaires et les clients. Chacun utilise les données des autres afin de comprendre les besoins des clients. Jeff Schumacher, de BCG Digital Ventures, est l’un des philosophes des écosystèmes que je préfère. Il a prédit l’émergence d’une nouvelle génération d’écosystèmes spécialisés (p. ex., les besoins des nouveau-nés) qui nous obligera à miser sur nos forces et à trouver des alliés pour pallier nos faiblesses. Un grand nombre de ces décisions seront prises pour nous grâce aux données. On ne sait pas encore si les producteurs de biens et les fournisseurs de services prospéreront dans ces nouveaux écosystèmes ou s’ils devront subir les contraintes imposées par les plateformes, comme Facebook et Amazon, qui agissent à titre d’intermédiaires. Quoi qu’il en soit, les consommateurs en sortent gagnants : choix étendu, plus grande commodité, prix plus intéressants et expériences améliorées. Les entreprises de petite taille sont également florissantes, surtout celles qui réussissent à s’insérer dans un écosystème à croissance rapide. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas une coïncidence si, cette année, le Forum a attiré un nombre record de petites entreprises. L’économie des plateformes perturbe les vieilles sociétés, mais favorise la création d’un grand nombre de nouvelles entreprises. Ce bouleversement darwinien pourrait même entraîner une fragmentation d’Internet, c’est-à-dire un monde numérique fracturé composé d’un grand nombre d’écosystèmes remplaçant les plateformes mondiales qui ont dominé jusqu’à présent.

6. Des gouvernements à la traîne des grandes sociétés technologiques

À une certaine époque, les mégaentreprises technologiques de Silicon Valley étaient les vedettes de Davos. Cette année, chaque table ronde semblait avoir pour but de leur attribuer tous les malheurs du monde. Marc Benioff, le fondateur de Salesforce et un pilier de Silicon Valley, a exhorté les gouvernements à renforcer la réglementation en vue de limiter l’influence des moteurs de recherche et des réseaux sociaux. George Soros est allé plus loin. Lors du souper qu’il organise chaque année à Davos, il a déclenché une tempête en déclarant que les sociétés de médias sociaux exploitaient le climat social de la même manière que les pétrolières exploitaient autrefois le milieu naturel. Il s’en est pris à Google et à Facebook, estimant que ces sociétés de « services publics » devraient être imposées et réglementées de façon beaucoup plus stricte. Selon M. Soros, l’UE étant plus forte, elle fera figure de pionnière dans ce domaine. Le président de la France, M. Macron, a exprimé un avis similaire, mais de façon plus diplomatique. Il a incité les autres gouvernements à se joindre au sien pour tenter d’assujettir l’économie numérique à de nouvelles normes fiscales à l’échelle internationale. La manière dont ce cadre serait administré n’est pas claire. On ne voit pas non plus très bien quels problèmes ces pourfendeurs de Silicon Valley veulent résoudre. Équité fiscale ? Part de marché excessive ? Violation des données confidentielles ? Non-respect des normes des médias ? Ou autre chose ? Les sociétés de technologie n’ont pas répondu aux critiques, mais elles savent qu’elles font face à un problème. Elles devront y remédier rapidement.

7. Cryptomonnaie : retour à la réalité

Les cryptomonnaies et la technologie de chaîne de blocs dont elles dépendent ont fait partie des sujets les plus chauds du Forum, mais pas forcément pour les bonnes raisons. À la fin de 2017, près de 1 400 cryptomonnaies (ou monnaies numériques) étaient en circulation. Ensemble, elles représentaient une valeur marchande d’environ 610 milliards de dollars, contre seulement 18 milliards au début de l’année. Au moins 33 d’entre elles étaient évaluées à 1 milliard de dollars ou plus. Toutefois, la grande tendance financière de 2017 n’a pas suscité un fort enthousiasme à Davos. Larry Fink, le directeur de BlackRock, les a comparées à un « indice du blanchiment d’argent ». Paul Achleitner, président de Deutsche Bank, a estimé qu’elles constituaient un phénomène temporaire, tout en rappelant que la technologie de chaîne de blocs pourrait servir à améliorer les systèmes financiers. Le message des gouvernements est sans équivoque : il faut s’attendre à un renforcement de la réglementation. Steve Mnuchin, le secrétaire du Trésor américain, et Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international, ont tous deux fait part de leurs craintes concernant l’utilisation possible des cryptomonnaies aux fins de blanchiment d’argent et de financement des activités terroristes. Toutefois, ils n’ont évoqué aucune solution pour terrasser le monstre.

8. Le milieu du travail en crise

Les organisateurs du Forum de Davos se sont bien rendu compte que la campagne #MoiAussi a été le plus profond des mouvements sociaux observés depuis l’an dernier. L’explosion de révélations sur le harcèlement, les abus et la violence au travail a bouleversé le monde et a donné une nouvelle direction au débat sur le leadership. Le Forum a accueilli plus de femmes cette année (quoiqu’elles demeurent sous-représentées, à 21 %), y compris une présidence composée entièrement de représentantes du sexe féminin. Parmi les coprésidentes figuraient Christine Lagarde, directrice générale du FMI, Ginni Rometty, chef de la direction d’IBM, et Erna Solberg, première ministre de la Norvège. Il est plus facile de mettre en place des initiatives que de changer la culture. Durant son discours, Justin Trudeau a invité le public à relever le défi. Selon lui, les responsables des gouvernements et des entreprises doivent s’attaquer à la nature même de nombreux lieux de travail. Alors que les dirigeants ont l’habitude de promouvoir leur pays auprès des investisseurs, M. Trudeau a préféré défendre la morale plutôt que les intérêts commerciaux. Il a pressé les participants de Davos d’embaucher, de fidéliser et de promouvoir plus de femmes. Il a aussi invité les gouvernements à prendre des mesures pour améliorer les congés parentaux, investir davantage dans l’éducation des filles et, ce point est peut-être le plus important, changer les comportements en ce qui a trait à la diversité Selon lui, cette ouverture sera bonne pour les affaires. Elle constitue aussi un avantage canadien.

9. La confiance en berne

Le jour de l’ouverture du Forum de Davos, le rapport annuel du Baromètre de la confiance d’Edelman a révélé que nous vivions dans un monde divisé sur le plan de la confiance. La confiance gagne du terrain en Orient et recule en Occident ; le Canada se situe quelque part entre les deux. Cependant, alors que la plupart des Canadiens se méfient de leur gouvernement, nos entreprises sont celles qui suscitent le plus de confiance au monde, avant celles établies en Suisse, en Suède et en Australie. Le baromètre d’Edelman, qui repose sur un sondage mené auprès de 32 000 personnes dans 28 pays, a montré que la confiance était en berne dans 22 de ces pays. À la queue du classement, on retrouve les États-Unis. La confiance y a chuté de 37 % à l’égard de toutes les institutions. Dans toutes les séances d’affaires auxquelles j’ai assisté, le sujet de la confiance du public et de la citoyenneté d’entreprise a figuré au cœur des discussions. Ce n’est plus une question de responsabilité sociale ou de contribution à la collectivité. Il s’agit de renforcer le rôle de l’entreprise au sein de sa collectivité et d’assurer une présence à long terme. Ce n’est pas chose facile à l’ère numérique, étant donné que la plupart des entreprises n’ont plus de contact en personne avec leurs clients et vice versa. Il existe cependant quelques lueurs d’espoir, notamment une remontée de la confiance envers l’expertise. Dans le rapport d’Edelman, les mesures de crédibilité des experts techniques, des analystes du secteur de la finance, des journalistes, des chefs d’entreprises et des entrepreneurs prospères sont repassées en territoire positif. Cette hausse s’explique en partie par la méfiance croissante qu’inspirent les plateformes technologiques, autrefois considérées comme un facteur important de démocratisation de l’expertise. Ce déclin s’est accompagné d’une progression de la confiance envers les véritables experts. Personne ne souhaite perdre l’ouverture et la connectivité d’Internet. Toutefois, une reconnaissance des compétences ne ferait pas de mal.

10. L’apocalypse provoquée par les robots n’est pas pour tout de suite

Les chefs d’entreprises s’inquiètent de la menace que l’automatisation fait planer sur leur modèle opérationnel et leurs employés. En outre, ils craignent que les gouvernements ou le système éducatif ne puissent aider les travailleurs à échapper au tsunami qui se prépare. Nous savons que les perturbations technologiques ont rarement pour effet d’abaisser le niveau global de l’emploi. En revanche, les avancées de l’IA et de la robotique modifieront les compétences nécessaires dans la plupart des emplois plus rapidement que nous l’imaginons. Notre main-d’œuvre devra plus que jamais faire preuve d’agilité et d’adaptation. Ruth Porat, la chef des finances de Google, estime que 90 % des nouveaux emplois créés en Europe exigent des habiletés numériques. Ces emplois sont toutefois peu nombreux. Elle précise qu’il ne s’agit pas de programmation : « Il faut savoir travailler avec des feuilles de calcul, rédiger des courriels et faire des présentations. » Or, ce n’est pas toujours facile pour un chauffeur de camion ou un caissier. Plutôt que de licencier ces employés, certaines entreprises trouvent qu’il est moins cher (et plus judicieux) d’investir dans la nouvelle tendance de la réorientation professionnelle extrême. Cependant, les gouvernements ont réduit leurs dépenses en éducation et en formation partout dans le monde. David Autor, un économiste du Massachusetts Institute of Technology, croit qu’un investissement massif dans les nouveaux systèmes d’éducation pourrait être nécessaire, à l’instar des mesures prises pour le système des universités d’État, qui a été étendu à l’aube du dernier siècle afin de venir en aide aux jeunes déplacés par la mécanisation de l’agriculture. Yuval Noah Harari, l’auteur à succès de Sapiens, croit que nous devons revoir en profondeur l’éducation et la formation continue. Sinon, la quatrième révolution industrielle pourrait avoir un coût social plus élevé que la première, pour la simple raison que, comme le dit M. Harari, plus que d’être exploités, les gens craignent d’être inutiles. Ce pourrait bien être le plus grand défi de notre temps : conserver et renforcer l’utilité humaine, alors que les machines prennent de plus en plus de place pour nous faciliter la vie. Si nous ne nous ressaisissons pas, tous les autres problèmes soulevés à Davos resteront aussi irrésolus.