➔ Une nouvelle façon de faire de la nature une classe d’actifs au Canada
➔ Une technologie de valorisation de la chaleur résiduelle gagne du terrain
➔ Tom Cruise en vedette dans un film catastrophe sur le climat « incompris »
Signaux
Un projet de loi américain sur l’octroi de permis énergétiques pourrait changer la donne. Un projet de loi bipartisan visant à accélérer les projets énergétiques sera soumis au vote après les élections de mi-mandat de novembre. S’il est adopté, il exemptera de l’évaluation prévue par la National Environmental Policy Act les prêts fédéraux, certaines subventions, les essais géothermiques, les permis de transport de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC) ainsi que les gazoducs situés dans des emprises existantes. Les acteurs du solaire et du stockage le soutiennent, y voyant une occasion rare de désengorger les files d’attente de raccordement au réseau, même si le texte ne privilégie aucune source d’énergie en particulier. Cependant, des groupes voués à la justice environnementale, notamment des organisations autochtones et des communautés de première ligne, qualifient ce projet de loi de déréglementaire et estiment qu’il surestime les retombées pour les énergies propres.
Une entreprise spécialisée dans la valorisation de la chaleur résiduelle en électricité obtient un coup de pouce de 138 millions de dollars. L’entreprise albertaine Kanin Energy, établie à Calgary, a mobilisé ces capitaux auprès de S2G Investments et du Fonds de croissance du Canada, qui ont chacun engagé environ 69 millions de dollars pour développer, construire et exploiter des installations de valorisation de la chaleur résiduelle en électricité ainsi que d’autres projets énergétiques au Canada et aux États-Unis. L’entreprise indique récupérer la chaleur résiduelle issue des activités industrielles, notamment de l’exploitation pétrolière et gazière, des cimenteries et des aciéries, afin de produire de l’électricité sans générer d’émissions additionnelles. Selon Kanin, jusqu’à 58 % de l’énergie consommée dans les procédés industriels est perdue sous forme de chaleur résiduelle, ce qui en fait une source d’électricité encore largement inexploitée pour l’industrie lourde.
Le film catastrophe de Tom Cruise sur le climat essuie un échec commercial retentissant. Délaissant les cascades spectaculaires de la franchise Mission : Impossible au profit d’une pelle, au sens propre, Tom Cruise incarne un magnat du pétrole texan aux allures de caricature. Dans sa quête d’or noir au Groenland, son personnage provoque une fuite de méthane qui menace la stabilité de la calotte glaciaire et fait planer le risque d’inondations catastrophiques en Europe. Malgré un revirement intrigant au milieu de l’intrigue, le film n’a récolté que 8 millions de dollars américains lors de sa première fin de semaine aux États-Unis, bien loin des prévisions de 40 millions de dollars américains. La critique est partagée : une publication spécialisée en environnement a « détesté » le film, tandis qu’une autre soutient qu’il a été « incompris ».
Le Canada, futur pôle des technologies climatiques
Le Canada s’apprête à consacrer plus de 200 milliards de dollars à de nouveaux projets pétroliers et gaziers, selon notre nouveau rapport, Une nouvelle énergie. Bien que ces investissements aient une incidence sur les émissions, les gouvernements pourraient inciter à l’adoption de technologies propres plus écoénergétiques. Ce déploiement comporte déjà un volet axé sur les technologies climatiques avec le projet colossal de captage du carbone de Pathways, qui pourrait donner naissance à de nouveaux secteurs dépassant le simple CSC, tels que le captage direct dans l’air ainsi que la réduction et la surveillance du méthane. L’Alberta a longtemps été le royaume des prospecteurs pétroliers. Aujourd’hui, son cœur industriel pourrait devenir le terrain de prédilection de prospecteurs audacieux du secteur des technologies propres.
L’organisme de réglementation des ingénieurs et des géoscientifiques de l’Alberta compte environ 71 000 membres inscrits, ce qui constitue un bon point de départ. La province abrite déjà plusieurs entreprises prometteuses de technologies propres prêtes à jeter les bases d’une Silicon Valley du Nord. La R-D liée à l’énergie est déjà passée de 2,1 milliards de dollars en 2014 à 3,1 milliards en 2024, selon Statistique Canada.

Il est temps d’accélérer la R-D : dans l’ensemble, le Canada accuse un retard en R-D, avec 1,6 % du PIB comparativement à 2,9 % pour ses pairs de l’OCDE en 2024. Les nouvelles installations pourraient mettre l’accent sur l’efficacité énergétique, la surveillance et la réduction des émissions de méthane. L’essor de l’IA et de l’informatique quantique, porté par les centres de données partout au pays, peut stimuler cette dynamique tout en s’en nourrissant.
Établir un signal de prix crédible. Les crédits se négocient autour de 30 $ la tonne, soit bien en deçà de la plupart des coûts de captage. L’Alberta doit légiférer d’ici la fin de l’année pour fixer un prix plancher du crédit atteignant 60 $ la tonne en 2030, ce qui reste très éloigné des coûts implicites du projet Pathways, vraisemblablement bien supérieurs à 300 $ la tonne avant l’aide publique. La prévisibilité des prix est indispensable pour que les investisseurs puissent en tenir compte dans leurs décisions d’investissement, affirme Shaz Merwat, responsable principal, Énergie.
La surveillance du méthane exige l’épreuve des faits. L’Alberta a fait état d’une baisse de 52 % par rapport aux niveaux de 2014 d’ici 2023, mais des mesures aériennes réalisées en 2021 ont établi que les émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier étaient environ 1,5 fois supérieures aux chiffres officiels. L’entente de principe conclue en mars avec Ottawa intègre ce mécanisme de contrôle : la réglementation fédérale s’effacerait si l’Alberta atteignait une réduction de 75 % d’ici 2035, attestée par une évaluation indépendante. Les acheteurs emboîtent le pas : la japonaise JERA et la coréenne KOGAS, deux des plus grands acheteurs de GNL au monde, dirigent une coalition visant à accroître la transparence des émissions de méthane dans les chaînes d’approvisionnement en GNL.
Le grand échange de carbone
Le Canada espère transformer ses ressources naturelles et son potentiel de gestion du carbone en une nouvelle classe d’actifs. Il élabore actuellement un cadre qui permettrait aux entreprises canadiennes de participer aux marchés internationaux du carbone et d’échanger ce qu’on appelle des résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale (RATI), en vertu de l’article 6 de l’Accord de Paris.
Fonctionnement : Dans ce cadre, des acheteurs et des investisseurs étrangers pourraient financer un projet canadien de réduction des émissions, les réductions obtenues étant alors comptabilisées dans le bilan d’émissions national du pays d’origine de l’investisseur, et non dans celui du Canada (d’où les résultats d’atténuation transférés à l’échelle internationale). La Suisse et le Kenya ont conclu un tel accord l’an dernier, et le Japon ainsi que l’État insulaire des Palaos leur ont emboîté le pas.
Le Canada accuse étonnamment un retard dans le domaine des crédits de carbone. Si le Canada met en place ce cadre, cela pourrait ouvrir une nouvelle voie pour financer les projets canadiens qui réduisent ou éliminent les émissions, notamment ceux liés à la nature ou aux terres agricoles, souligne Wilson Fink, notre responsable, Agriculture. Cela aiderait également le Canada à rattraper son retard par rapport aux autres pays sur les marchés volontaires du carbone. Sur les plus de 250 projets de compensation agricole répartis dans une douzaine de pays, seuls trois se trouvent au Canada, d’après Verra, le plus important registre international de projets de crédits de carbone volontaires.
« Cette lenteur d’adoption montre bien le mal qu’a le Canada à arrimer l’intérêt, les investissements et l’innovation dans le domaine des marchés environnementaux afin que les producteurs puissent être récompensés pour leurs pratiques durables », précise Wilson Fink.Cette nouvelle initiative survient au moment où le Canada entreprend une nouvelle vague de mise en valeur de ses ressources. Le nouveau cadre fédéral pourrait attirer des investissements et une attention indispensables pour les marchés naissants de la gestion du carbone au Canada, d’autant plus que le pays amorce une nouvelle phase effrénée de mise en valeur de ses ressources.
Pour en savoir plus sur cet enjeu, et sur les pistes de politiques envisageables, consultez notre rapport Donner du crédit aux agriculteurs : intégrer l’agriculture au système canadien de tarification du carbone.
Conversations
Les groupes canadiens du secteur de l’énergie propre réclament un triple « double-double » : deux fois plus d’électricité, deux fois plus d’électrification et deux fois plus d’efficacité énergétique d’ici 2050. Comme l’explique Rachel Doran, directrice générale de Clean Energy Canada :« Une énergie propre et abordable constitue un solide avantage concurrentiel qui attirera davantage de capitaux d’investissement au Canada. De plus… elle alimentera les véhicules électriques et les thermopompes, procurant ainsi des économies d’énergie réelles et durables aux familles canadiennes. »
Les jeunes Torontois décrochent dès que les institutions emploient des expressions comme « carboneutralité ». Des formules telles que « réduction des émissions de gaz à effet de serre » et « responsabilité des entreprises » ne trouvent pas non plus d’écho, selon un sondage. Pour mobiliser les jeunes, les entreprises doivent aborder la conversation sous l’angle de la justice sociale, en mettant l’accent sur l’accessibilité financière, l’accès et l’équité, recommandent les auteurs du sondage.
Remplacer les importations par des technologies propres éprouvées permettrait de supplanter près du tiers de la consommation mondiale de pétrole et de gaz. Toutefois, la démarche s’avère lente et coûteuse, et elle est sur le point de se heurter à un plafond infranchissable, souligne le McKinsey Global Institute dans son dernier rapport. Par conséquent, la combinaison de nouvelles sources d’approvisionnement, d’infrastructures pour réorienter le commerce et de stocks joue un rôle déterminant.
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
Le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Jordan Brennan, John Intini, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni, Lavanya Kaleeswaran, Joelle Schonberg et Alicja Siekierska.
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Bulletin d’information sur le climat
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