Points saillants :

La remontée des prix du pétrole s’ajoute aux inquiétudes liées à l’inflation, ce qui pourrait inciter les banques centrales mondiales à relever les taux d’intérêt à court terme (dans certains cas, davantage). Nous avons révisé à la hausse nos prévisions d’inflation globale pour le Canada et les États-Unis, mais, pour l’instant, nous nous attendons à des répercussions graduelles et limitées de l’inflation de base.

Nous nous attendons toujours à ce que la Banque du Canada maintienne les taux d’intérêt avant de les relever graduellement en 2027 dans le contexte d’une économie plus forte. Les risques tendent vers des hausses plus hâtives si l’économie et le marché de l’emploi continuent de se redresser dans le contexte du choc commercial, mais les prix du pétrole ne se normalisent pas comme prévu.

Il est dorénavant prévu que la Réserve fédérale relève son taux. Une autre hausse inattendue de l’inflation en août a probablement suffi à ce que la majorité des membres du FOMC soit en faveur d’une hausse des taux en septembre. Nous prévoyons que la Fed procède à deux autres hausses cette année, ce qui annulera dans les faits 75 points de base de réductions « préventives » en 2025.

L’escalade de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis ne change pas notre optimisme prudent à l’égard du Canada. Les nouvelles mesures n’ont pas considérablement élargi la couverture tarifaire du commerce par rapport aux mesures existantes, mais les secteurs ciblés demeurent vulnérables.
Enjeux sous la loupe :

Nous examinons de plus près la dynamique globale des répercussions de l’inflation énergétique au Canada et repérons les secteurs et les catégories de consommation clés qui consomment le plus de pétrole à mesure des nouvelles hausses des prix.
Nous réitérons que la portée de l’intensité pétrolière est généralement limitée, le transport étant de loin le secteur d’activité et le groupe de consommation les plus sensibles en dehors de la consommation directe de carburant. Les signes de « répercussions » sont limités à ce jour, mais les risques sont amplifiés à mesure que les prix du pétrole augmentent.
Changements dans les prévisions :
Au Canada, l’escalade du conflit commercial entre le Canada et les États-Unis a fait les manchettes. Comme nous l’avons déjà mentionné, nous nous attendons toujours à ce que les mesures aient une incidence limitée sur la macroéconomie.
Pour les secteurs ciblés, la production et les exportations diminueront en raison de la baisse de la demande des États-Unis, même si les programmes de soutien des gouvernements fédéral et provinciaux devraient permettre d’atténuer en partie les conséquences.
Par ailleurs, le Canada et les États-Unis ont subi deux autres chocs au cours du dernier mois :
1. Un resserrement important des conditions financières à mesure que les taux de rendement des obligations d’État augmentent partout dans le monde, ce qui fait grimper les coûts d’emprunt pour les ménages et les entreprises, même en l’absence de mesures des banques centrales.
2. La remontée des prix du pétrole augmente la probabilité d’un choc inflationniste plus général.
Les deux économies affrontent ces chocs à partir de points de départ différents.
Le point de départ du Canada demeure l’une des capacités excédentaires restantes dans l’économie et l’inflation de base qui est demeurée bien ancrée autour de 2 %, du moins jusqu’à présent. Dans ce contexte, le taux directeur de la Banque du Canada se situe dans la partie inférieure de la fourchette neutre estimée, c’est-à-dire à la limite des mesures de relance.
En ce qui concerne les États-Unis, leur point de départ porte sur un contexte complètement différent. L’inflation dépasse les 2 % depuis plus de cinq ans, la croissance de l’économie est exceptionnellement forte et le marché de l’emploi est tendu.
Le contraste entre les points de départ signifie simplement que la Fed dispose de beaucoup moins de souplesse que la Banque du Canada en attente que les prix élevés du pétrole deviennent des problèmes d’inflation plus importants.
Il est temps que la Fed relève les taux
L’évolution des données sur l’inflation aux États-Unis, les taux de chômage historiquement bas et les risques que les prix du pétrole demeurent élevés en raison du conflit en cours au Moyen-Orient suffisent pour que nous nous attendions à une hausse de taux de la Fed en septembre. La question est alors de savoir combien d’autres hausses suivront et dans quelle mesure elles seront efficaces.
Nous prévoyons au total trois hausses des taux directeurs de la Fed cette année, y compris celle en septembre, qui pourraient être largement considérées comme une annulation des réductions de taux de 75 pb à la fin de 2025, instaurées à ce moment-là comme des réductions préventives contre un léger ralentissement du marché de l’emploi.
Dans une certaine mesure, l’inflation de base persistante est également alimentée par des facteurs liés à l’offre que la Fed ne peut pas contrôler, notamment le développement de l’IA qui a stimulé les investissements (et les emprunts) élevés des entreprises, mais qui montre des signes de plafonnement. Un déficit budgétaire généralisé du gouvernement soutiendra également la demande dans l’ensemble de l’économie.
Après le resserrement supposé de cette vague, nous nous attendons à ce que la Fed maintienne une « approche attentiste et d’observation », surtout compte tenu des hausses supplémentaires des prix du pétrole qui exacerbent les préoccupations à l’égard de l’inflation.
La Banque du Canada devrait toujours relever son taux plus tard en 2027
Au Canada, la hausse des prix du pétrole pourrait faire en sorte que la Banque du Canada devance sa décision de relever son taux en 2027. Le principal facteur décisif est le degré de transition de l’énergie vers l’inflation en général, qui, selon nous, sera graduelle et limitée (voir les Enjeux sous la loupe ci-dessous).
Les prix élevés du pétrole présentent d’autres risques pour l’inflation. Les attentes d’inflation peuvent augmenter (nous en apprendrons plus dans l’Enquête sur les perspectives des entreprises du 18 octobre), et les produits supplémentaires tirés du pétrole peuvent également contribuer à la croissance au Canada (bien qu’elle soit très inégale) et à l’inflation sous-jacente.
Toutefois, la reprise économique est également fragile, surtout dans un contexte où les droits de douane américains pourraient encore considérablement augmenter. Pour l’instant, nous continuons de croire qu’un effet important des prix du pétrole sur l’inflation et l’incidence d’une baisse de l’économie attribuable aux tarifs douaniers supplémentaires constituent des risques pour nos prévisions de base plutôt que pour les prévisions en elles-mêmes, et nous nous attendons à ce que la Banque du Canada maintienne le statu quo jusqu’en 2026 tout en surveillant les risques de part et d’autre.
Résumé des changements de prévisions en septembre :
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Nous maintenons le profil de croissance économique et de taux de chômage essentiellement inchangé au Canada. La croissance devrait ralentir au deuxième semestre de 2026, après un meilleur deuxième trimestre, mais demeure conforme avec une reprise de l’économie par habitant après avoir pris en compte le déclin de la population.
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Les prévisions d’inflation au Canada sont revues à la hausse pour tenir compte des prix élevés du pétrole. L’indice global des prix à la consommation devrait maintenant clore l’année à près de 3 %, contre 2,5 % en août. L’IPC de base hors alimentation et énergie est légèrement plus élevé, car il reflète les répercussions très limitées du pétrole. Selon les contrats à terme sur le pétrole au moment de l’établissement des prévisions, nous supposons que le prix du West Texas Intermediate se situera à environ 90 $ US le baril à la fin de 2026 et à environ 70 $ US le baril en 2027.
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Les prévisions du PIB et du taux de chômage aux États-Unis ont peu changé. Dans l’ensemble, l’économie devrait croître à un rythme semblable en 2026 qu’en 2025, à un rythme tout juste supérieur à 2 %, le taux de chômage oscillant autour de creux historiques. L’IPC global aux États-Unis est majoré en raison de la hausse des prix du pétrole, tout comme l’IPC de base hors alimentation et énergie afin de rendre compte des faibles répercussions du pétrole, mais aussi d’une économie forte.
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La Fed devrait maintenant relever les taux, annulant principalement trois réductions en 2025 en raison des signes de vigueur du marché de l’emploi et d’inflation de base persistante cette année. Nous nous attendons à ce que la fourchette du taux des fonds fédéraux soit relevée pour s’établir entre 4,25 % à 4,5 % d’ici la fin de 2026, avant que la banque centrale fasse de nouveau une pause.


2,25%
0 pb en sept. 2026
0 bps
oct. 2026
La Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 %, mais elle a adopté un ton ferme dans ses communications. Le gouverneur Tiff Macklem a souligné une reprise généralisée de l’activité économique au deuxième trimestre, une incidence globale limitée attendue des nouveaux tarifs douaniers américains et une augmentation des risques de hausse de l’inflation découlant des prix élevés du pétrole. En l’absence de signes concrets de ces inquiétudes à l’égard de l’inflation, nous ne modifions pas notre scénario de base de hausses de taux pour 2027.


3,5-3,75%
0 pb en juil. 2026
0 bps
sept. 2026
La Fed demeure exceptionnellement tributaire des données pour ses décisions en matière de taux d’intérêt à court terme, en particulier sur le plan de l’inflation, qui a augmenté plus rapidement plus tôt cette année, mais qui a quelque peu ralenti au cours de l’été. Les données sur l’IPC d’août ont montré que les pressions sur les éléments de base avaient tendance à persister plutôt qu’à s’atténuer, suffisamment du moins pour provoquer une hausse des taux en septembre, suivie de deux autres hausses consécutives lors des réunions suivantes.


3,75%
0 pb en juil. 2026
0 bps
sept. 2026
En juillet, les décideurs ont voté à 6 contre 3 en faveur du maintien du taux directeur à 3,75 %, le gouverneur Andrew Bailey s’opposant aux attentes selon lesquelles la Banque d’Angleterre se dirigeait vers une hausse des taux. Depuis, les données sur le marché du travail montrent toujours un taux de chômage élevé, mais les données sur le PIB au début du troisième trimestre ont également été solides. Pour l’instant, nous nous attendons à ce que la Banque d’Angleterre adopte une approche attentiste afin d’observer les répercussions des prix du pétrole.


2,25%
25 pb en sept. 2026
+25 bps
oct. 2026
La Banque centrale européenne a relevé tous les taux de 25 pb, comme beaucoup s’y attendaient en septembre, et a laissé la politique monétaire inchangée, soit une approche « fondée sur les données et une réunion à la fois ». Nous ajoutons une hausse des taux en décembre à notre profil, car les prix de l’énergie se rapprochent du scénario « défavorable » des dernières projections de la BCE et entrevoyons des risques de nouvelles hausses en 2027 si les prix demeurent élevés ou augmentent davantage.


4,35%
0 pb en août 2026
0 bps
sept. 2026
Les récentes données australiennes montrent que certaines de ces forces inflationnistes à long terme ne se sont jamais vraiment dissipées, et la demande est demeurée ferme. Les revenus nominaux ont tenu le coup et certains des effets secondaires de la vague inflationniste découlant du conflit au Moyen-Orient sur l’inflation pourraient encore émerger des prix finaux. Nous nous attendons à ce que la Reserve Bank of Australia maintienne le statu quo en septembre, mais relève son taux directeur de 25 pb en novembre pour atteindre un nouveau sommet cyclique de 4,6 %.
Enjeux sous la loupe
Comment nous surveillons les répercussions des prix du pétrole au Canada
La remontée des prix du pétrole à l’échelle mondiale a ravivé les craintes quant aux répercussions potentielles sur l’ensemble des prix à la consommation non énergétiques au Canada. Toutefois, comme nous l’avons déjà fait valoir, les répercussions des prix du pétrole ne sont pas aussi claires ou aussi importantes que l’on est souvent porté à le croire.
Même si le pétrole est un facteur de production essentiel dans l’ensemble des secteurs, il n’est pas le seul. Les salaires, le loyer, les dépenses en immobilisations, les dépenses administratives et les taxes et impôts augmentent considérablement les coûts dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement avant que les produits n’arrivent sur les tablettes des magasins, et peuvent représenter une plus grande part du prix indiqué que l’énergie.
Pour nous faire une idée d’abord de l’ampleur des répercussions potentielles globales puis des produits de consommation les plus sensibles (indicateurs avancés efficaces) aux effets secondaires, nous avons calculé l’intensité de la consommation de pétrole pour chaque secteur d’activité canadien, et les avons ensuite associés directement aux dépenses de consommation à l’aide de tableaux d’entrées-sorties. Voici un résumé de nos conclusions.
Consommation sectorielle d’énergie :
Comme prévu, les raffineries de pétrole, la fabrication de matières synthétiques, la fabrication de produits du pétrole et du charbon (à l’exclusion des raffineries) et une foule de sous-secteurs du transport figurent parmi les secteurs d’activité canadiens les plus énergivores.
Même pour ces secteurs d’activité, toutefois, la part du pétrole et des produits connexes en tant qu’intrants peut être inférieure à ce que plusieurs peuvent supposer. Dans nos calculs, nous avons pris en compte le bitume brut, le pétrole brut classique et synthétique, l’essence automobile, le diesel, l’aviation et le carburant lourd, les produits pétrochimiques et d’autres produits liés au pétrole.
Le transport aérien en est un bon exemple. Le secteur est à forte intensité énergétique, mais le carburant d’aviation ne représente toujours que 27 % du coût total des intrants en 2022. Les salaires représentent une autre tranche de 21 %, les services de soutien au transport aérien, les services d’entretien et de réparation d’aéronefs représentent 19 %, la marge d’exploitation brute, 7 %, et le reste porte sur d’autres dépenses.
Dans l’ensemble, nous estimons que 3,4 % du coût total des intrants dans l’ensemble des secteurs d’activité correspondaient au pétrole et aux produits connexes, ce qui est nettement inférieur à 23,7 % pour les salaires. En effet, environ 70 % de l’économie canadienne est composée de secteurs de services, où la forte intensité de main-d’œuvre signifie que les salaires représentent une part beaucoup plus importante du coût des intrants, tandis que les intrants énergétiques sont généralement faibles.
La croissance des salaires au Canada a ralenti graduellement en raison du taux de chômage constamment élevé.
Coûts de l’énergie intégrés aux dépenses de consommation :
Nous avons ensuite associé la consommation d’énergie par secteur d’activité aux dépenses de consommation pour avoir une idée des produits de consommation qui sont les plus sensibles aux prix élevés du pétrole et qui pourraient commencer à subir des pressions plus tôt que les autres.
En dehors de la consommation directe de carburant, nous avons constaté que les dépenses en transport aérien, en transport urbain et autres services de transport sont les plus sensibles au prix du pétrole, car elles tirent une plus grande part de la valeur ajoutée des secteurs du transport décrits ci-dessus.
Les produits alimentaires ne sont pas aussi directement touchés par les fluctuations des prix du pétrole que le transport, mais le volume considérable des dépenses alimentaires dans le panier de consommation moyen des ménages signifie que les hausses de prix du pétrole peuvent encore avoir une incidence importante sur l’inflation globale par ce canal.
Il est également important de noter que le niveau de sensibilité commence à diminuer considérablement lorsque nous passons des dépenses directes en carburant aux dépenses en transport. Cela donne à penser que la portée des effets secondaires des prix élevés du pétrole peut être limitée pour ces catégories.
Aucun signe de répercussions à ce jour, mais les risques augmentent
Faisant écho aux propos de la Banque du Canada, nous soulignons que, jusqu’à présent, nous n’avons observé aucun signe de répercussion importante des prix élevés du pétrole sur les prix à la consommation en général. Le meilleur indicateur est notre indice de diffusion, qui montre la part du panier de consommation qui connaît une croissance des prix anormalement élevée. Cette situation laisse généralement entrevoir un rétrécissement de la portée des pressions sur les prix au cours de la dernière année.
Cela ne signifie pas qu’il y a absence de répercussions. Les prix à la consommation du transport interurbain, y compris ceux du transport aérien et ferroviaire, ont augmenté de façon plus marquée au Canada cet été. Toutefois, l’inflation dans les transports locaux et de banlieue demeure faible, et l’inflation des aliments s’est en fait atténuée au cours de la même période.
Dans l’ensemble, nous continuons de prévoir des répercussions graduelles et limitées des prix du pétrole, compte tenu de notre profil énergétique hypothétique qui suit les contrats à terme sur le pétrole. Néanmoins, des risques sont présents et ne feraient qu’augmenter aussi longtemps que les prix du pétrole demeureront élevés.
Nous continuerons de surveiller les données sur les secteurs d’activité et les prix à la consommation, en particulier dans les secteurs et les catégories qui montrent des répercussions plus importantes sur une inflation généralisée.
À propos de l’auteur :
Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.
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