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Faible croissance du PIB au Canada, mais aucun changement aux prévisions

Le produit intérieur brut (PIB) du Canada s’est contracté au premier trimestre, mais les indicateurs de capacité excédentaire, notamment le taux de chômage, demeurent conformes à nos prévisions antérieures. Nous n’avons pas modifié nos perspectives de croissance, mais avons fait passer la faiblesse dans la réduction de nos estimations de croissance potentielle du PIB.

Les exemptions prévues dans l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) demeurent intactes, car les tarifs douaniers américains imposés en vertu de l’article 301 remplaceront ceux imposés en vertu de l’article 122 le 24 juillet. Cela soutient notre point de vue selon lequel il n’y aura pas d’escalade importante des tarifs douaniers en 2026, même si les négociations s’étirent et que l’accord n’est pas immédiatement renouvelé le 1er juillet.

Les taux directeurs actuels de la Banque du Canada (BdC) et de la Réserve fédérale américaine (Fed) demeurent appropriés. Nous constatons une offre excédentaire modérée au Canada par rapport à une demande excédentaire aux États-Unis. Les deux banques centrales devraient maintenir leurs taux directeurs inchangés en 2026, la BdC devrait augmenter le sien par la suite, tandis que la Fed devrait maintenir le statu quo.

Les données modérées sur le PIB du Canada au cours des derniers trimestres ont coïncidé avec des baisses de la population. Lorsque l’on tient compte de ces baisses, le PIB par habitant a continué d’augmenter depuis sa contraction en 2023 et 2024. Lorsque nous comparons les mesures par habitant au Canada à celles qui prévalaient lors des replis précédents, nous constatons que l’économie semble plus être au début d’une phase de reprise que victime d’une contraction marquée et synchronisée typique d’une récession.


Une deuxième contraction du PIB réel du Canada au premier trimestre ne nous a pas incités à revoir nos perspectives de croissance. La croissance par habitant a continué d’augmenter (voir Enjeux sous la loupe ci-dessous), et le taux de chômage (en tenant compte des données positives sur le marché du travail en mai) suit les prévisions trimestrielles de notre scénario de base précédent.

Pour nous et pour la BdC, le taux de chômage n’est pas seulement une mesure de la santé du marché du travail, mais aussi un indicateur important de l’écart de production de l’économie. En mai, il demeure élevé à 6,6 %, ce qui laisse entrevoir une capacité excédentaire modérée de l’économie, mais pas nettement supérieure à nos attentes précédentes.

Dans la mise à jour de nos prévisions de ce mois-ci, nous avons en grande partie fait passer la baisse inattendue du PIB dans nos estimations de croissance potentielle du PIB, tout en maintenant la taille de l’écart de production inchangée, soit à un niveau modérément négatif, mais semblable et conforme à la fourchette de -0,5 % à -1,5 % estimée par la BdC en avril.

Les exemptions prévues dans l’ACEUM sont une fois de plus maintenues dans le cadre des nouvelles enquêtes en vertu de l’article 301

Les exemptions prévues dans l’ACEUM ont de nouveau été préservées dans le cadre des récentes enquêtes des États-Unis en vertu de l’article 301 visant à remplacer les mesures existantes prévues à l’article 122 par de nouvelles mesures à la fin de juillet. L’annexe comprenait également une longue liste de produits exemptés séparément, représentant environ la moitié des importations totales de biens américains en 2025 (une proportion presque identique à celle des produits exemptés des tarifs douaniers actuellement imposés en vertu de l’article 122).

Cette situation est largement conforme à notre hypothèse selon laquelle les tarifs douaniers américains continueront de diminuer. En mai, le département du Trésor des États-Unis a fait état de tarifs douaniers perçus de 23,5 G$ US, soit leur plus bas niveau en un an, même s’ils demeurent nettement supérieurs à la moyenne de 8,2 G$ US perçue mensuellement en 2024.

Fait important, comme l’examen prévu de l’ACEUM devrait commencer, un non-renouvellement ne signifie pas l’expiration automatique de l’accord, mais plutôt que des négociations devraient se poursuivre jusqu’à son expiration en 2036. Nous continuons de supposer que l’ACEUM et les exemptions connexes ne seront pas modifiés pendant la période d’examen et de négociation qui s’annonce longue.

Au Canada, la capacité excédentaire qui persiste, car la croissance économique a été inférieure à son potentiel pendant plusieurs trimestres consécutifs, pèse sur les tendances de l’inflation de base. Aux États-Unis, le taux de chômage demeure à son plus bas niveau depuis dix ans, ce qui indique une demande excédentaire dans l’économie compatible avec les données qui montrent une inflation de base persistante supérieure à la cible de 2 % de la Fed.

Les taux directeurs actuels des banques centrales reflètent cette divergence : celui de la BdC se situe dans la partie inférieure de la fourchette neutre et celui de la Fed, dans la partie supérieure. Il existe toutefois un risque que l’écart entre les taux des deux pays s’élargisse davantage si la tendance récente des données se maintient, mais nous n’en sommes pas encore là.

Pour l’instant, nous nous attendons toujours à ce que les deux banques centrales maintiennent leurs taux directeurs et que la BdC commence à augmenter le sien dans la première moitié de 2027. L’horizon d’une augmentation des taux pourrait s’allonger si l’économie canadienne met beaucoup plus de temps à s’améliorer que le prévoit notre scénario de base. La Fed pourrait également relever le taux des fonds fédéraux si l’inflation de base persistante aux États-Unis commence à s’accélérer et que le marché de l’emploi demeure vigoureux.

  • Les prévisions de croissance et du marché du travail au Canada demeurent inchangées : Nous présumons que la contraction du PIB au premier trimestre a été alimentée par une faiblesse structurelle (faible croissance de la productivité et apport du travail en baisse en raison de la diminution de la population) et nous l’intégrons au ralentissement de la croissance potentielle du PIB. Le PIB réel devrait augmenter de 0,6 % (contre 1,2 %) en 2026, avant de s’accélérer pour atteindre 1,5 % (inchangé) en 2027.

  • Nous avons légèrement revu à la baisse nos prévisions de taux de chômage pour les deuxième et troisième trimestres aux États-Unis, après les hausses consécutives du marché de l’emploi qui ont fait état de gains nettement supérieurs à nos prévisions de point d’équilibre de la croissance de l’emploi. Les prévisions du PIB des États-Unis demeurent inchangées : nous nous attendons toujours à ce que la croissance s’accélère légèrement jusqu’à la fin de 2026, de sorte que l’augmentation annuelle restera à 2 % (en légère baisse par rapport à 2,1 % en raison des révisions au premier trimestre de 2026).

  • Les prévisions à l’égard de la BdC et de la Fed demeurent inchangées. Nous ne prévoyons aucun changement au taux directeur de la BdC cette année et quatre hausses de 25 points de base (pb) en 2027. Les hausses dépendront de l’amélioration prévue de l’économie. La Fed devrait maintenir le statu quo tout au long de la période visée par les prévisions.

2.25%

0 pb en juin 2026

0 pb

juil. 2026

Comme prévu, la Banque du Canada a maintenu le taux du financement à un jour à 2,25 % en juin. Le gouverneur Macklem a indiqué que l’économie se trouve dans la même position qu’en avril et a réitéré que la politique monétaire actuelle demeure appropriée pour équilibrer le compromis entre croissance et inflation. Nous nous attendons toujours à ce que la BdC maintienne le statu quo en 2026, avant de relever modérément son taux dans un contexte d’amélioration de la conjoncture économique en 2027.

3.5-3.75%

0 pb en avr. 2026

0 pb

juin 2026

Comme prévu, la Fed a maintenu le taux des fonds fédéraux inchangé en avril, mais dans un contexte de dissidence croissante. La plupart des membres du FOMC estiment toujours que la politique monétaire est légèrement restrictive, mais le nombre de membres en faveur de réductions (qui étaient majoritaires) se réduit. Nous nous attendons toujours à ce que la Fed maintienne le taux des fonds fédéraux inchangé jusqu’en 2027. Selon ce scénario de base, les risques d’une hausse l’emportent sur ceux d’une réduction, étant donné que le taux réel des fonds fédéraux est inférieur au taux neutre et que les rapports sur l’emploi sont robustes.

3.75%

0 pb en avr. 2026

0 pb

juin 2026

Le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a voté à 8 contre 1 en faveur du maintien du taux directeur à 3,75 % en avril, mais a maintenu un biais de resserrement. Le comité a assoupli son ton par rapport à mars en ce qui a trait aux risques inflationnistes liés au conflit au Moyen-Orient. Les données recueillies depuis la réunion d’avril (marché de l’emploi, indice des prix à la consommation [IPC], indices des directeurs d’achats) ont été plus faibles que prévu, ce qui compromet nos prévisions d’une autre hausse du taux en juillet, avant que la Banque d’Angleterre ne maintienne le statu quo.

2.0%

0 pb en avr. 2026

+25 pb

juin 2026

La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu son taux directeur inchangé à 2 % en avril, tout en introduisant un biais de resserrement. La présidente Christine Lagarde a déclaré que la BCE sait où elle s’en va et que, malgré le statu quo d’avril, d’éventuelles hausses du taux ont fait l’objet de discussions approfondies. Nous prévoyons trois hausses de 25 pb en juin, en septembre et en décembre, ce qui portera le taux directeur à 2,75 %.

4.35%

+25 pb en mai 2026

0 pb

juin 2026

La Banque de réserve d’Australie a relevé son taux directeur de 25 pb en mai dans un vote de 8 contre 1. Depuis le début de 2026, elle a augmenté son taux directeur de 75 pb, ce qui, selon la déclaration, fait en sorte que la politique monétaire est « bien placée pour réagir à l’évolution de la situation ». Les données plus faibles que prévu sur l’IPC en avril rendent peu probable une hausse en juin. Nous nous attendons désormais à ce que les pressions inflationnistes croissantes au cours de l’été entraînent une autre hausse de 25 pb en août pour que le taux au comptant atteigne 4,6 %.

Les contractions consécutives du PIB du Canada au cours des derniers trimestres ont soulevé des préoccupations au sujet de l’état de l’économie. Cette faiblesse s’explique toutefois en partie par les fortes fluctuations de la croissance démographique qui continuent de perturber l’interprétation traditionnelle des données.

En examinant les données par habitant par rapport à celles qui prévalaient lors des récessions précédentes, nous avons constaté que l’économie canadienne semble plus être au début d’une phase de reprise que victime d’une contraction marquée et synchronisée typique des récessions antérieures.

Cela dit, les enjeux structurels, tels que la faiblesse des investissements des entreprises, le ralentissement de l’immobilier sur plusieurs années et la hausse du coût de la vie, en particulier pour les Canadiens à plus faible revenu, persistent.

Les risques entourant le conflit au Moyen-Orient et les tensions commerciales entre les États-Unis et le Canada demeurent également élevés, ce qui assombrit les perspectives de l’économie par habitant, qui s’est révélée relativement résiliente jusqu’à présent. Lire la suite




À propos de l’auteur :

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.


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