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Les ménages nord-américains continuent de dépenser, alors que les coûts du carburant augmentent

Les prix du pétrole continuent d’augmenter au-delà des hypothèses précédentes, mais les perspectives de croissance des États-Unis et du Canada ont peu changé, car les consommateurs continuent de dépenser malgré la hausse initiale des coûts du carburant.

Nous nous attendons toujours à ce que les coûts de l’énergie plus élevés aient une incidence neutre sur les économies nord-américaines, qui sont des exportatrices nettes d’énergie. Néanmoins, il y a des effets de répartition importants.

Les tendances du marché de l’emploi en Amérique du Nord ont divergé en avril : le Canada a affiché un calme persistant, tandis que les États-Unis ont fait preuve de résilience, ce qui a incité la Banque du Canada (BdC) et la Réserve fédérale américaine (Fed) à maintenir le statu quo.

Malgré la publication de rapports plutôt sombres sur le marché du travail au Canada cette année, nous continuons de nous concentrer sur la vigueur des données sous-jacentes, une demande intérieure résiliente et des contraintes structurelles sur l’offre de main-d’œuvre pour appuyer notre prévision d’une baisse graduelle du taux de chômage cette année.


Nous surveillons de près les données sur la consommation pour voir si la hausse des coûts de l’énergie découlant des tensions au Moyen-Orient évince d’autres dépenses dans le budget des ménages. Jusqu’ici, les données probantes en Amérique du Nord demeurent limitées. Au Canada, les consommateurs ont dépensé en moyenne 18 % de plus dans les stations-service en mars et en avril qu’en février, selon les opérations effectuées par les titulaires de cartes de la RBC (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement). Fait important, les dépenses au titre des articles non énergétiques ont continué d’augmenter, ce qui indique qu’il n’y a pratiquement pas eu de destruction de la demande à ce jour. Cela cadre avec notre hypothèse selon laquelle les ménages puisent dans leur épargne ou s’endettent davantage pour atténuer l’incidence immédiate de la hausse des coûts du carburant.

Des tendances semblables se manifestent aux États-Unis, où une flambée de 21 % des prix des produits énergétiques entre février et mars n’a pratiquement pas ébranlé les ménages. Dans l’ensemble, les dépenses réelles (ajustées en fonction de l’inflation) ont légèrement progressé de 0,2 % en mars et les ventes au détail, hors stations-service, ont augmenté de 0,3 % supplémentaires en avril (affichant une hausse de 1,0 % par rapport aux niveaux de février). Alors que les dépenses résistent à la hausse des prix, le taux d’épargne des ménages américains a chuté à 3,6 % en mars, son plus bas niveau depuis 2022.

Certes, la résilience des dépenses globales cache une faiblesse sous-jacente, en particulier dans les groupes à faible revenu, où les réserves d’épargne sont beaucoup plus faibles et où les achats d’énergie mobilisent une plus grande partie du revenu disponible. De plus, la trajectoire des prix du pétrole demeure très incertaine. Plus longtemps ils se maintiennent à des niveaux élevés, plus grand est le risque que la faiblesse se propage vers le haut de l’échelle des revenus. Dans le scénario de base, nous continuons de supposer que les prix du pétrole évolueront globalement en ligne avec la courbe à terme actuelle, qui montre des baisses de prix au deuxième semestre de l’année (sans toutefois revenir aux niveaux anticipés avant le conflit). Nous continuerons cependant de surveiller les signes de ralentissement de la demande.

Le marché canadien de l’emploi a surpris à la baisse en avril : la demande d’embauche est demeurée faible, l’emploi a légèrement reculé et le taux de chômage est passé de 6,7 % en mars à 6,9 %. Néanmoins, les détails étaient moins préoccupants, les licenciements permanents continuant de diminuer.

Nos prévisions de taux de chômage à court terme sont révisées à la hausse. Toutefois, en raison d’une résilience sous-jacente, nous maintenons le profil d’une baisse graduelle à 6,3 % au quatrième trimestre, ainsi que nos perspectives prudemment optimistes à l’égard du marché canadien de l’emploi (voir Enjeux sous la loupe ci-dessous).

Néanmoins, la faiblesse récente des tendances du marché de l’emploi devrait renforcer l’opinion de la BdC selon laquelle un taux du financement à un jour se situant dans la partie inférieure de la fourchette neutre demeure approprié, ce qui milite contre un changement de cap à court terme vers des hausses de taux. Nous continuons de prévoir qu’aucune décision ne sera prise par la BdC cette année, les hausses de taux n’étant pas attendues avant 2027.

Aux États-Unis, la Fed est probablement encouragée par l’accélération de la croissance de l’emploi en mars et en avril, qui indique une stabilisation des embauches dans les entreprises. Sa position tend probablement à passer d’une préférence antérieure pour l’assouplissement à une orientation neutre, ce qui cadre avec nos prévisions selon lesquelles la Fed maintiendra ses taux inchangés en 2026.

Un résumé de tous les changements que nous avons apportés en mai :  

  • La résilience des dépenses de consommation aux États-Unis nous a incités à revoir nos prévisions de produit intérieur brut américain pour le deuxième trimestre légèrement à la hausse, les faisant passer de 1,5 % à 2,4 % en taux annualisé par rapport au trimestre précédent. Les prévisions pour d’autres indicateurs, y compris le taux de chômage et l’indice des prix à la consommation (IPC) de base aux États-Unis, ont peu changé. On s’attend toujours à ce que l’IPC global culmine à 3,7 % au deuxième trimestre, parallèlement aux prix de l’énergie, avant de diminuer graduellement pour le reste de 2026.

  • Le taux de chômage au Canada a légèrement augmenté pour s’établir à 6,7 % au deuxième trimestre et à 6,5 % au troisième trimestre, et est demeuré inchangé à 6,3 % au quatrième trimestre. Nous continuons de faire abstraction de la volatilité à court terme et prévoyons que des données sous-jacentes solides, y compris la baisse persistante des mises à pied et la hausse des intentions d’embauche des entreprises, soutiendront la reprise plus tard cette année.

  • La croissance du PIB canadien à court terme et les prévisions d’inflation ont été légèrement ajustées pour correspondre aux statistiques mensuelles sur la production et refléter la faible pression sous-jacente qui persiste sur les prix au début de 2026. Toutefois, aucune de ces révisions ne reflète un changement de notre point de vue sur l’ensemble de l’économie (qui reste un optimisme prudent) ou sur les tendances de l’inflation de base (qui devraient demeurer près de la cible de 2 %).

  • Les prévisions de la BdC et de la Fed pour 2026 demeurent inchangées, ces deux institutions devant maintenir leurs taux directeurs à leurs niveaux actuels jusqu’à la fin de l’année. Nous continuons de prévoir que la BdC amorcera de modestes hausses de taux en 2027 (« normalisation » du taux directeur parallèlement à une amélioration de l’économie par habitant), mais nous ne nous attendons plus à ce que la Fed abaisse son taux directeur en 2027, étant donné que la fourchette cible des fonds fédéraux devrait également rester stable l’an prochain. Le degré de certitude entourant les prévisions pour 2027 est plus faible, celles-ci étant tributaires de l’évolution du marché de l’énergie, du commerce global et de l’écart de production dans les deux économies, qui devront se comporter en grande partie comme prévu dans notre scénario de référence.

2.25%

0 pb en mars 2026

0 pb

avr. 2026

La BdC a maintenu le taux du financement à un jour à 2,25 % en avril et a déclaré qu’elle continuerait de faire abstraction de l’effet immédiat de la hausse des prix du pétrole sur l’inflation. L’offre excédentaire dans l’économie rend tout de même le cadre politique actuel « approprié », à condition que l’économie évolue conformément à ses prévisions, lesquelles concordent également avec les nôtres. Nous ne prévoyons aucun changement en 2026, avant des hausses en 2027.

3.5-3.75%

0 pb en mars 2026

0 pb

avr. 2026

Comme prévu, la Fed a maintenu le taux des fonds fédéraux au même niveau en avril, mais dans le contexte d’une dissension croissante, avec une voix contre la décision elle-même et trois contre le biais à l’assouplissement implicite dans le communiqué. Le président de la Fed, Jerome Powell, a clairement indiqué son intention de rester en tant que gouverneur après la fin de son mandat à la présidence. La transition d’une position majoritairement axée sur des baisses de taux vers un consensus plus serré nous conforte dans notre prévision selon laquelle la Fed continuera de maintenir le statu quo en 2026.

3.75%

0 pb en mars 2026

0 pb

avr. 2026

En avril, le Comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre a voté à huit contre un en faveur du maintien du taux directeur à 3,75 %. Le Comité a adouci son ton par rapport à mars en ce qui a trait aux risques inflationnistes liés au conflit au Moyen-Orient, mais a conservé sa préférence pour le resserrement. Nous prévoyons désormais qu’au moins une hausse de taux cette année est plus probable, à compter de juillet.

2.00%

0 pb en mars 2026

0 pb

avr. 2026

La Banque centrale européenne (BCE) a maintenu son taux directeur inchangé à 2 % en avril, mais a introduit un biais de resserrement. La présidente Christine Lagarde a déclaré que la BCE sait où elle s’en va et que, malgré le statu quo d’avril, d’éventuelles hausses de taux ont fait l’objet de discussions approfondies. Nous avons mis à jour nos prévisions et prévoyons désormais trois hausses de 25 points de base (pb) en juin, en septembre et en décembre, ce qui porterait le taux directeur à 2,75 %.

4.35%

+25 pb en avr. 2026

+25 pb

juin 2026

La Banque de réserve d’Australie a relevé son taux directeur de 25 pb en mai, lors d’un vote de huit contre un (un dissident a voté en faveur d’une pause), tout en adoptant un ton conciliant. En 2026, la banque centrale australienne a relevé son taux directeur de 75 pb afin de s’attaquer à une inflation locale supérieure à la cible avant que le conflit au Moyen-Orient n’éclate, et non aux effets secondaires de la hausse actuelle des prix de l’énergie. Nous prévoyons une nouvelle hausse de taux de 25 pb en juin, ce qui porterait le taux au comptant à un niveau terminal de 4,6 %.

Les données globales sur le marché du travail au Canada semblent sombres en 2026, mais une analyse plus approfondie révèle des détails plus encourageants : La diminution des mises à pied permanentes et la stabilité du chômage camouflé indiquent un redressement de la faiblesse cyclique et une résilience sous-jacente.

Les secteurs exposés à la demande américaine subissent encore des pertes d’emplois, mais celles-ci ne se sont pas propagées au reste de l’économie. Plus récemment, les intentions d’embauche des sociétés se sont accrues, mais il faudra du temps pour traduire ces plans en croissance réelle des emplois.

Sur le plan structurel, le vieillissement de la population canadienne exerce une pression croissante sur l’offre en main-d’œuvre à mesure que l’immigration ralentit et que les départs à la retraite s’accélèrent. Nous présentons les principales tendances sous-jacentes qui appuient notre vision prudemment optimiste de la reprise du marché du travail canadien cette année.



À propos de l’auteur :

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.


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