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La résilience camouflée du marché du travail canadien

Les données globales sur le marché du travail au Canada semblent sombres en 2026, mais sous elles se trouvent des détails plus encourageants : La diminution des mises à pied permanentes et la stabilité du chômage camouflé indiquent un redressement de la faiblesse cyclique et une résilience sous-jacente.

Les secteurs exposés à la demande américaine subissent encore des pertes d’emplois, mais ces pertes ne se sont pas propagées au reste de l’économie. Plus récemment, les intentions d’embauche des sociétés canadiennes se sont accrues, mais il faudra du temps pour traduire ces plans en croissance réelle des emplois.

Sur le plan structurel, la population vieillissante du Canada resserre son contrôle de l’offre en main-d’œuvre à mesure que l’immigration ralentit et que les départs à la retraite s’accélèrent. Nous présentons ci-dessous les principales tendances camouflées qui nous confirment notre optimisme prudent à l’égard de la reprise du marché du travail au Canada cette année.

Les tarifs douaniers américains ont durement frappé les secteurs canadiens qui y sont exposés. L’emploi dans les secteurs dépendant de la demande américaine1 a chuté de 2 % depuis février 2025, ce qui est pire que la baisse de 1 % enregistrée un an plus tôt. Toutefois, cette faiblesse ne s’est pas propagée à d’autres secteurs, qui ont connu une croissance de l’emploi de 1 % au cours de la même période de deux ans.



Selon les estimations de Statistique Canada, en 2024, la demande américaine représentait 12 % du marché total de l’emploi total au Canada. Cette part est toutefois beaucoup plus élevée pour les emplois manufacturiers (à 41 %), en particulier dans la fabrication automobile et la production et la transformation de l’aluminium, où elle dépasse les deux tiers.

À l’avenir, cette toile de fond à deux volets persistera, car les tarifs américains devraient demeurer ciblés, mais élevés. Toutefois, nous nous attendons à ce que les ménages, les entreprises et les gouvernements canadiens dépensent davantage, ce qui va soutenir la croissance des quelque 90 % d’emplois ailleurs dans l’économie, qui sont axés sur la demande intérieure.

Les récentes pertes d’emplois au Canada (qui a enregistré une diminution au cours de trois des quatre premiers mois de 2026) ont soulevé des préoccupations, mais elles n’ont pas été causées par des mises à pied. Les mises à pied permanentes ont plutôt diminué de près de 10 % entre octobre 2025 et avril 2026.



À l’instar des États-Unis, le marché du travail canadien d’aujourd’hui est caractérisé par peu d’embauches et peu de licenciements. La faiblesse persistante de l’embauche a fait en sorte que de nombreux nouveaux venus sur le marché du travail se sont retrouvés sans emploi et que la part des nouveaux emplois (créés au cours de la dernière année) au sein du marché total de l’emploi a atteint un creux presque record en avril. Cette tendance touche de façon disproportionnée les jeunes Canadiens, qui représentent historiquement une plus grande proportion de chercheurs d’emploi.



D’après nos calculs, plus d’un chômeur sur quatre aujourd’hui était à l’école avant de devenir chômeur, ce qui est supérieur à la moyenne d’un chômeur sur cinq de la décennie pré-pandémique.

Il y a tout de même des signes d’amélioration. Au début de 2026, les enquêtes menées auprès des entreprises indiquent une hausse de la demande d’embauche. Parmi les chômeurs, les mises à pied temporaires et les nouvelles embauches2 ont augmenté, c’est à dire des travailleurs ne travaillant pas actuellement, mais dont l’emploi devrait revenir ou arriver bientôt.

Contrairement aux totaux globaux de l’emploi (qui peuvent fluctuer considérablement et sont influencés par des tendances non cycliques, comme les changements de la politique d’immigration du gouvernement), le taux de chômage mesure la dynamique relative de l’offre et de la demande et donc jauge mieux l’expérience des personnes sur le marché du travail.

Il y a une exception : Si le chômage camouflé augmente, par exemple lorsque plus de personnes travaillent à temps partiel involontairement ou lorsque les chercheurs d’emploi se découragent et abandonnent la recherche (quittant ainsi la population active et ne comptant plus comme chômeurs), c’est à ce moment que le taux officiel peut passer à côté de la faiblesse sous-jacente.



Cependant, il est facile de faire le suivi de ces groupes en utilisant des mesures plus générales du taux de chômage, comme le R-83. À ce jour, les taux de chômage des R-8 et celui officiel des R-4 restent étroitement alignés, ce qui laisse entendre qu’il n’y a pas beaucoup de faiblesse camouflée au-delà de ce que la mesure officielle saisit déjà.

C’est vrai même chez les jeunes travailleurs, où le chômage camouflé semble aussi contenu. À ce jour, malgré un taux de chômage élevé, il y a peu de signes d’un abandon massif de la part des jeunes chercheurs d’emploi au Canada. Cela est conforme aux rapports de Statistique Canada sur les NEET (jeunes adultes qui ne sont ni en emploi ni aux études) en 2025, qui, à 13 %, sont demeurés près des niveaux pré-pandémiques.

L’allongement des périodes de recherche d’emploi est préoccupant, mais il ne dénote pas le même genre de faiblesse du marché du travail attribuable aux mises à pied qu’on observe habituellement, par exemple, au début d’une récession. Plus tard cette année, la recherche d’emploi persistante des jeunes travailleurs pourrait être récompensée à mesure que la demande d’embauche s’améliore de façon plus importante.

Selon les résultats de l’Enquête sur les perspectives des entreprises pour le premier trimestre de la Banque du Canada, les entreprises canadiennes prévoyaient embaucher plus de travailleurs avant le conflit au Moyen-Orient.

En février, les entreprises ont fait état de meilleures intentions d’embauche axées sur l’augmentation de la productivité et de la capacité, et non seulement de continuer de faire rouler les installations existantes. Cela reflète probablement l’augmentation des dépenses des ménages au cours de 2025 et un apaisement des préoccupations commerciales parmi les entreprises moins exposées aux tarifs douaniers américains.



L’humeur des entreprises s’est largement maintenu malgré les tensions au Moyen-Orient. Selon le Baromètre des affaires FCEI, la confiance à court terme des petites entreprises a diminué en mars et en avril, mais elle est demeurée bien au-dessus des niveaux d’il y a un an. La part des petites et moyennes entreprises qui prévoient créer des emplois au cours des prochains mois a continué d’augmenter en avril.

Le revirement de l’humeur est encourageant, mais il reste à voir dans quelle mesure l’amélioration des intentions d’embauche se traduira par une croissance réelle de l’emploi plus tard cette année. Il est important de noter que les forces structurelles, soit le ralentissement de l’immigration et le vieillissement de la population, pèsent également dans la balance, ce qui limite la croissance de l’emploi globalement.

La croissance démographique du Canada ralentit fortement après que des augmentations rapides survenues au cours des années précédentes ont suscité des préoccupations au sujet de l’abordabilité du logement et des services publics et ont amené le gouvernement à changer le cap de ses politiques d’immigration.

Comme l’immigration tend à attirer des familles et des travailleurs plus jeunes que l’âge médian de la population du Canada, les augmentations rapides entre 2022 et 2024 ont suffi à compenser temporairement les baisses de la participation à la main-d’œuvre qui s’échelonnaient sur des décennies en raison du vieillissement de la population.



Lorsque l’immigration a ralenti en 2025, ce déclin a recommencé. D’ici le printemps 2026, le taux de participation à la main-d’œuvre au Canada atteindra son plus bas niveau depuis 1997 (à l’exclusion de la pandémie) après un nombre record de départs à la retraite, et il continuera probablement de diminuer dans un avenir prévisible. Cela abonde dans le sens de notre opinion selon laquelle même des pertes d’emplois modérées correspondraient à un taux de chômage stable à décroissant cette année.

Dans l’ensemble, les progrès sur le marché du travail n’ont pas été sans heurts. Mais nous continuons de porter notre regard au-delà de la volatilité à court terme pour nous concentrer sur des détails sous-jacents plus sains, une demande intérieure résiliente et des contraintes structurelles sur l’offre de main-d’œuvre pour appuyer notre prévision d’une baisse graduelle du taux de chômage cette année.


À propos de l’auteur :

Claire Fan est économiste principale à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.


  1. Définis comme les secteurs où plus de 35 % des emplois sont dus à la demande américaine.
    ↩︎
  2. Les personnes qui n’avaient pas d’emploi au cours de la semaine de référence de l’enquête et n’ont pas cherché du travail au cours des quatre semaines précédentes, mais sont disponibles pour travailler et ont un emploi à commencer au cours des quatre prochaines semaines. Elles sont classées comme chômeuses, car elles font partie de l’offre actuelle de main-d’œuvre. ↩︎
  3. R-8 ajoute de nouveau les chercheurs découragés, les groupes en attente et une partie des travailleurs à temps partiel involontaires au taux de chômage officiel R-4. ↩︎

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